Citation
Training for agriculture and rural development

Material Information

Title:
Training for agriculture and rural development
Series Title:
<199798> FAO economic and social development series
Parallel title:
Formation pour l'agriculture et le developpement rural
Parallel title:
Adiestramiento para la agricultura y el desarrollo rural
Abbreviated Title:
Train. agric. rural dev.
Creator:
Food and Agriculture Organization of the United Nations
Unesco
International Labour Organisation
Place of Publication:
Rome
Publisher:
Food and Agriculture Organization of the United Nations.
Creation Date:
1985
Frequency:
annual
regular
Language:
English
Physical Description:
24 v. : ill. ; 23 cm.

Subjects

Subjects / Keywords:
Agricultural education -- Periodicals ( lcsh )
Community development -- Study and teaching -- Periodicals ( lcsh )
Education, Rural -- Periodicals ( lcsh )
Agrarische ontwikkeling ( gtt )
Platteland ( gtt )
Beroepsopleidingen ( gtt )
AGRICULTURAL DEVELOPMENT ( unbist )
AGRICULTURAL TRAINING ( unbist )
RURAL DEVELOPMENT ( unbist )
TEACHING METHODS ( unbist )
Genre:
serial ( sobekcm )
international intergovernmental publication ( marcgt )

Notes

Language:
Articles in either English, French or Spanish with summaries given in the other 2 languages.
Dates or Sequential Designation:
1975-97/98.
Numbering Peculiarities:
None published in 1974.
Issuing Body:
Vols. for 1975-98 issued by the Food and Agriculture Organization of the United Nations with the United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization and the International Labour Organisation.
Funding:
FAO economic and social development series.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Holding Location:
University of Florida
Rights Management:
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Resource Identifier:
02441278 ( OCLC )
76641400 ( LCCN )
0251-1495 ( ISSN )

Related Items

Preceded by:
Training for agriculture
Succeeded by:
Human resources in agricultural and rural development

Full Text








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1985

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Publiee conjointement par la FAO, I'OIT et I'Unesco, cette revue annuelle examine la situation actuelle de la formation et de la vulgarisation dans les regions rurales des pays en developpement, a travers les opinions et commentaires de specialistes.












































Couverture:
Jamai'que. Une agricultrice ramasse des ignames pour la consommation familiale.

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FORMATION POUR L'AGRICULTURE ET LE DtVELOPPEMENT RURAL

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Collection FAO: Dveloppement 6conomique et social


1985

formation pour I'agriculture et le

developpement rural










Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et I'agriculture Organisation des Nations Unies pour I'ducation, la science et la culture Organisation internationale du travail


ORGANISATION DES NATIONS UNIES POUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE Rome, 1986


No 38

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Les appellations employees dans cette publication et la presentation des donnies qui y figurent n'impliquent, de la part de l'Organisation des Nations Unies pour I'alimentation et I'agriculture, aucune prise de position quant au statutjuridique des pays, territoires, villes ou zones, ou de leurs autoritis, ni quant au trace de leurs frontibres ou limites. Les opinions exprimdes n'engagent que la responsabilitj de leur(s) auteur(s).



P-67
ISBN 92-5-202334-8
ISSN 0251-1487




Reproduction (par quelque procd6 que ce soit) et traduction interdites, en tout ou en partie, sans l'autorisation 6crite de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et I'agriculture, seule d6tentrice des droits. Adresser une demande motive au Directeur de la Division des publications, Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, Via delle Terme di Caracalla, 00100 Rome, Italie, en indiquant les passages ou illustrations en cause.



FAO 1986

Imprimd en Italie

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Table des matieres







Introduction vii

La vulgarisation au service des agricultrices 1
S. Gura

M6thodes de vulgarisation permettant d'atteindre les agricultrices
Cas du Malawi et du Y6men 11

Les vulgarisateurs au service des agricultrices au Malawi 11
A. Spring

Les vulgarisateurs au service des agricultrices au Y6men 23
D. Hamada

Les femmes rurales et le d6veloppement en Zambie 31
B. Keller

Un projet en faveur des femmes de p~cheurs au Bangladesh 43
P. Natpracha et B. Williams

Les femmes rurales et la commercialisation
Un projet d'61evage de porcs aux Philippines 51
A. Muioz

La formation et le d6veloppement
en images (encart couleurs)

Formation des femmes A des activit6s r6mun6ratrices A Fidji 57
M. Kroon

Formation des femmes une m6thode base sur la participation 67
N. Minett

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vi TABLE DES MATIPRES

Les dangers des projets en faveur des femmes pauvres
du tiers monde 77
M. Buvinic

Le r61e des femmes dans l'am6nagement des ressources
naturelles au N6pal 89
S. Pandey

Une m6thode de formation des vulgarisateurs en El Salvador 97
C. Rucks

Initiation A l'agriculture et A l'61evage dans une cole primaire
de Sardaigne 101
A.T. Bonapace

De la th6orie A la pratique Etude de cas sur l'enseignement
sup6rieur de la vulgarisation agricole 109
A. Blum

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Introduction





1985 marque la fin de la D6cennie des Nations Unies pour la femme, dont les trois objectifs 6taient de promouvoir une r6elle 6galit6 entre les femmes et les hommes, d'assurer la pleine integration des femmes au d6veloppement, en tant que participantes et en tant que b6n6ficiaires, et d'augmenter la contribution des femmes A la promotion de la paix dans le monde.
En reconnaissance des efforts faits au cours des 10 dernibres ann6es pour atteindre ces buts, ainsi que de l'engagement permanent de la FAO, de l'Unesco et de l'OIT dans ce sens, le thbme retenu pour le num6ro de 1985 de la pr6sente publication est le suivant: Le r61le des femmes dans l'agriculture et le d6veloppement rural progrbs accomplis au cours de la D6cennie pour la femme, 1975-1985.
Un certain nombre d'articles t6moignent des efforts d6ploy6s dans diverses regions du monde pour toucher davantage de paysannes, et de fagon plus efficace; ils mettent en lumidre les facteurs qui expliquent les r6ussites, les lemons tires des 6checs, ou les innovations mises en pratique pour accroitre la participation et la productivity des femmes dans le secteur de l'agriculture et du d6veloppement rural.
Des 6tudes de cas sur le Malawi et le Y6men donnent des exemples de diff6rentes approches pour atteindre les paysannes appartenant A divers groupes culturels d'Afrique et du Proche-Orient. La description des activit6s de d6veloppement mendes en Zambie, aux Philippines, au N6pal, A Fidji et au Bangladesh appelle attention sur la situation difficile oii se trouvent les femmes rurales et sur les probl6mes que pose l'int6gration de ces dernibres dans des programmes de formation et de vulgarisation ax6s sur la production. Ces comptes rendus, qui ne pr6tendent pas fournir des solutions simples ni des analyses d6finitives, attestent cependant l'importance de l'6ducation et de la formation, sans lesquelles les femmes ne peuvent acc6der au cr6dit, h la technologies et aux savoir-faire n6cessaires pour aml1iorer leur sort et leur contribution au d6veloppement.
D'autres articles, conform6ment h l'orientation de cette publication qui met I'accent sur la formation et la vulgarisation aux fins du d6veloppement rural, pr6sentent des m6thodes novatrices dans le domaine de l'6ducation et de la formation A la vulgarisation en g6n6ral et donnent des exemples d'efforts de d6veloppement qui ont pu ainsi 6tre men6s avec succbs.

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viii INTRODUCTION

Tous les articles de ce num6ro, mime s'ils ne visent pas de fagon explicite les paysannes, expriment l'espoir que le d6veloppement rural, grace A l'6ducation et A la vulgarisation, permettra de r6aliser les objectifs assigns A la D6cennie des Nations Unies pour la femme: l'6galit6, le d6veloppement et la paix pour tous.

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La vulgarisation au service des agricultrices


S. Gura

Dans les pays en d6veloppement, les femmes constituent pres de la moiti6 de la population active agricole. Pour certaines regions telles que l'Afrique, les statistiques officielles donnent un chiffre encore plus l1ev6. Au Congo, par exemple, la proportion des femmes employees dans V'agriculture d6passe 60 pour cent. II est en outre notoire que leur nombre est sous-estim6. Leur participation A certains travaux peut ne pas 8tre signal6e, ou ce sont les activities auxquelles elles participent qui ne sont pas recensdes, ou encore il se peut qu'on ne les ait m6me pas interrog6es sur leurs occupations. D'apr6s des estimations officieuses, le nombre des femmes actives dans l'agriculture de certains pays d'Afrique atteindrait souvent 80 pour cent.
D'autre part, dans nombre de pays, notamment en Afrique, le deficit de la production vivriere provoque de grosses p6nuries alimentaires. Il est done logique d'essayer d'y rem6dier en am6liorant les ressources, les intrants et les services A la disposition des agriculteurs. Or, ces services dont la vulgarisation constitue une part importante cessent, en g6ndral, lorsqu'il s'agit de venir en aide aux cultivatrices. Ainsi, au Kenya, les agriculteurs chefs de famille regoivent la visite d'agents de vulgarisation 13 fois plus souvent que leurs homologues f6minins (Staudt, 1981).
Les moyens de transmettre aux femmes rurales les messages de la vulgarisation n'ont pas encore 6t6 trouv6s. C'est que, trop souvent, les vulgarisateurs pbchent sur les points suivants:

- ils ne s'adressent qu'aux hommes, cens6s tre chefs de famille;
- ils favorisent les cultures de rapport plut6t que les cultures vivribres, qui sont en g6n6ral la sp6cialit6 des femmes;
- ils ne tiennent pas compte de la division du travail selon le sexe au sein de la cellule familiale;
- ils supposent que les renseignements communiques A un membre de la famille seront automatiquement transmis aux autres membres de la famille;



Mme Susanne Gura est cadre associ6e A la Division des ressources humaines, des institutions et de la rdforme agraire (Femmes et systfmes alimentaires), FAO, Rome.

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S. GURA


- ils postulent que le temps dont disposent les femmes est 61astique et qu'elles peuvent participer aux activities de vulgarisation dans les m6mes lieux et aux m6mes heures que les hommes;
- ils considbrent que l'enseignement manager est ce qui intdresse le plus les femmes.

Les effets n6fastes de telles attitudes et la n6cessit6 d'y rem6dier 6tant notoires, de nouvelles m6thodes de vulgarisation, conques pour atteindre les petits agriculteurs, ont permis, moyennant quelques retouches, d'atteindre les agricultrices. Ces m6thodes, qui seront successivement examines dans le pr6sent article, consistent A:

- analyser des groupes cibles, dont il est admis qu'ils ne sont pas homog6nes;
- refondre des m6thodes de vulgarisation en fonction de groupes de producteurs plut6t que d'individus ou de families;
- int6grer dans les sch6mas de d6veloppement la participation aussi directe que possible des destinataires de la vulgarisation;
- relier la recherche sur les systbmes agricoles et la vulgarisation.

En g6n6ral, on s'accorde A reconnaitre la p6nurie de personnel qualifi6 et de cr6dits dont souffre la vulgarisation. Mais, m6me si les ressources sont limit6es, les femmes, 1A oii elles constituent la plus grande partie de la population active agricole, doivent 6tre parmi les premieres A b6n6ficier de la vulgarisation; car, pour r6soudre le problme de la s6curit6 alimentaire au niveau des manages, il faut d'abord am61liorer les pratiques non seulement des productions de rapport, mais aussi des productions vivrieres, et l'on ne saurait y parvenir sans prendre en compte le r61le des femmes.


Le groupe cible des agricultrices

Les agricultrices forment un groupe cible, dont les exigences particulibres en matibre de vulgarisation et de formation doivent 6tre reconnues. Leur participation aux travaux agricoles est souvent multiforme et diff6rente de celle des hommes. C'est aux femmes que doit s'adresser la vulgarisation lorsque les activities et les int6rts qui leur sont propres sont en jeu, et ce sont leurs besoins qui doivent Stre d6finis et satisfaits.
Les femmes, dans le d6veloppement, ont souvent 6t6 consid6r6es A tort comme un groupe homogbne, alors que leur participation aux travaux

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LA VULGARISATION AU SERVICE DES AGRICULTRICES .

agricoles et aux decisions peut beaucoup varier A l'int6rieur d'une seule et mme region selon les conditions 6cologiques, le systbme d'exploitation, la tranche de revenus et la situation familiale. II faut soigneusement tenir compte de ces differences dans la planification et l'ex6cution des projets de vulgarisation. La recherche sur les systimes agricoles et les m6thodes participatives analyses ci-aprbs ouvrent deux voies qui devraient faciliter l'identification des groupes cibles et de leurs besoins de vulgarisation.
Les contenus, mais aussi les m6thodes de la vulgarisation, doivent r6pondre aux besoins des femmes. Sur le terrain, en fait, la pratique de la vulgarisation a souvent 6t6 contraire aux int6r&ts des agricultrices. Il est par exemple arrive que des discussions publiques se tiennent A des heures qui convenaient aux hommes mais pas aux femmes; ou bien que l'information soit diffuse sous des formes ou dans des lieux en g6n6ral inaccessibles aux femmes: brochures, missions radiophoniques, affiches places dans les banques, etc. De mme, les cours de formation agricole sont souvent dispenses dans des centres qui ne sont pas 6quip6s pour accueillir les femmes ni les enfants en bas age.
En Zambie, la prise en compte du pourcentage 61lev6 d'agricultrices et des problkmes qui se posent A elles du fait qu'elles doivent s'absenter de leur foyer s'est traduite par la creation d'unit6s mobiles de formation (SafiliosRothschild, 1985).
Certaines coutumes culturelles ou religieuses peuvent empecher partiellement ou entibrement les vulgarisateurs de sexe masculin d'accomplir leur travail aupris des agricultrices. C'est le cas au Pakistan, oti les ragles du purdah les avaient empach6s, par exemple, de p6ndtrer dans les maisons pour y vacciner la volaille en l'absence des maris. Leur emploi du temps 6tant charg6, ils n'y 6taient pas retourn6s, et des 6pid6mies se sont d6clar6es dans les basses-cours. Aussi des vulgarisatrices ont-elles 6t6 engages par la suite (Carloni, 1983). Les situations de ce genre d6montrent qu'il est n6cessaire de former des femmes aux tAches de la vulgarisation agricole.
Parfois, cependant, il sera plus facile aux vulgarisateurs d'6tablir des rapports avec les agricultrices si, au lieu de s'adresser A elles individuellement, ils ont affaire A des groupes'. Ils pourront aussi, lors de leur premiere visite, se faire accompagner de colleagues de l'autre sexe, et 6tre ainsi bien accueillis lorsqu'ils se pr6senteront seuls.
Les rbgles qui president aux rapports entre hommes et femmes-sont susceptibles d'applications diff6rentes selon la classe sociale. Dans de nombreux


Voir les articles de Spring et de Hamada, p. 11-30.

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4 S. GURA

pays oil les mceurs, en principe, ne le permettent pas, les paysannes pauvres qui pratiquent une agriculture de subsistance, moins soucieuses que les autres du qu'en-dira-t-on, se laisseront approcher plus facilement par les vulgarisateurs.
En r6alit6, s'agissant d'entrer en rapport avec les agricultrices, le sexe des vulgarisateurs est un facteur peut-8tre moins determinant qu'on ne l'a cru jusqu'd present. Certains vulgarisateurs, qui avaient compris les fonctions et les besoins des femmes dans le domaine de la production, ont accompli leur tache auprbs d'elles de bon gr6 et efficacement. Un projet de la FAO ex6cut6 au Zaire pour y am61liorer la production de manioc et de mais visait au premier chef les groupes d'agricultrices. Dans ce pays, la tradition veut que ce soient les femmes qui aient la charge des cultures vivribres, dont les hommes n'ont pas toujours appris A s'occuper. Les vulgarisateurs, qui avaient 6t6 initi6s sur le tas aux pratiques culturales et 6 l'emploi de vari6t6s nouvelles, ont parfaitement rdussi A se faire entendre des agricultrices.
De m~me, au Kenya, on signale le cas d'un vulgarisateur qui avait pris & tache d'inculquer aux femmes les principes de la nutrition (Muzale et Leonard, 1982). On signale aussi celui d'un autre vulgarisateur, qui, A Sri Lanka, enseignait aux femmes A utiliser les tracteurs et les pulv6risateurs et A pratiquer une agriculture moderne (Postel et Schrijvers, 1980). Dans ces deux cas, il s'agissait de femmes non seulement trbs organis6es, mais aussi consid6r6es par les fonctionnaires locaux et les cadres agricoles sur le terrain comme des cibles valables pour la vulgarisation. Le facteur d6cisif a toujours 6t6 la formation reque par le vulgarisateur, et non pas son sexe.


S'adresser aux femmes collectivement

Organis6es en groupes, les femmes sont plus r6ceptives A la vulgarisation qu'individuellement, de sorte que les r6sultats obtenus sont plus complets. Dans certains cas, cela permet de tourner les interdits culturels dresses entre les vulgarisateurs hommes et les agricultrices. L'Inde, actuellement, dans le cadre de projets pilotes, fait l'essai d'une nouvelle strat6gie exigeant le concours de < courtibres en information >>, qui ont pour tAche de constituer les groupes d'agricultrices auxquels le vulgarisateur viendra r6gulibrement faire classe. Trois categories de femmes ont 6t6 retenues pour servir en tant que courtibres: les spouses des vulgarisateurs, les femmes qui assument des responsabilit6s dans les villages et celles A qui l'Age donne une autoritd particulibre. Toutes ces femmes sont en mesure, du fait de leur position sociale, de faciliter les contacts entre les agricultrices du village et les vulgarisateurs.

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LA VULGARISATION AU SERVICE DES AGRICULTRICES 5

La premiere d6marche de cette strat6gie collective consiste A rep6rer les groupes de femmes existants et A d6finir les activit6s qu'elles souhaitent intensifier. C'est ce qu'ont fait, il n'y a pas longtemps au Cameroun, le minist&re charge des questions f6minines et le Bureau international du travail, en collaboration avec l'Organisme danois pour le d6veloppement international qui, dans un certain nombre de pays, r6pertorie les groupes de femmes d6jA constitu6s.
Une autre fagon de pratiquer cette approche collective consiste & appuyer les associations d'6pargne et de credit agricole, organis6es et g6r6es par des femmes. C'est le cas, par exemple, des arisans A Java, des mabati au Kenya, des isusu en Afrique de l'Ouest, des mushti au Bangladesh, des dhikuri au N6pal, des kutu en Malaisie, des wokmari en Papouasie-NouvelleGuin6e et des gamayas en Egypte. Leur fagon de recueillir et de g6rer leurs fonds et d'en r6partir les b6n6fices est parfaitement adapt6e aux besoins particuliers des agricultrices. Moyennant une aide pour 61argir leur assise financibre et l'acc6s A des services permettant aux membres d'accroitre leurs revenus, ces associations spontan6es peuvent obtenir des r6sultats spectaculaires. Au Zimbabwe par exemple, c'est grace B la creation et A l'expansion des caisses d'6pargne rurales que l'agriculture vivribre, pratiqu6e par les femmes, a pu r6pondre aux besoins exceptionnels de 20 ann6es de tourmente, et que l'adoption de vari6t6s de mais A haut rendement a pu s'y g6n6raliser plus facilement que dans les pays voisins. Les membres de ces associations sont en majority des femmes analphab6tes (Smith, 1984).
Une autre approche collective adopt6e par certains services de vulgarisation consiste A organiser les femmes en fonction d'activit6s productives paraagricoles. Ainsi, le ministbre des affaires r6gionales du Bangladesh a lanc6 une campagne de cooperation agricole qui a favoris6 la constitution de groupes de femmes charges, avec l'aide des vulgarisateurs, de participer A la production. De m~me, des groupes de femmes ayant pour objectif l'introduction de techniques am61lior6es pour la transformation et la conservation du poisson ont vu le jour au B6nin, au Ghana et en Guinde. Dans bien des cas, la constitution de tels groupes s'est r6v616e n6cessaire A la bonne execution des tiches de vulgarisation.


Favoriser la participation

La vulgarisation n'est plus conque comme un m6canisme A sens unique par lequel le vulgarisateur transmettrait des messages A un destinataire; elle suppose aussi une coop6ration active de ce dernier; des m6thodes visant A tirer

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S. GURA


parti de l'exp6rience et du savoir des agriculteurs ont t6 mises au point. De nombreux services de vulgarisation encouragent les agriculteurs A participer eux-memes l'l61aboration des programmes.
On a rarement essay de signaler A l'attention directe des planificateurs de la vulgarisation les probl&mes des agricultrices. A l'occasion de la Journ6e mondiale de I'alimentation de 1984, la FAO a organism au N6pal un atelier sur les femmes rurales. Celles-ci ont ainsi pu exposer leurs problbmes devant des cadres sup6rieurs des services de vulgarisation et proposer des solutions. Elles ont notamment demand que les cours de vulgarisation portent non seulement sur l'6conomie m6nagbre, mais aussi ou davantage sur des questions proprement agricoles.
En 1985, la FAO a organism dans de nombreux pays d'Afrique des ateliers villageois de formation aux techniques de commercialisation et de cr6dit. Des responsables de groupes de productrices y ont expliqud aux autres femmes comment elles avaient r6ussi A commercialiser leurs produits. Des fonctionnaires des gouvernements int6ress6s et des repr6sentants des 6tablissements de credit agricole qui ont suivi ces ateliers ont appris, de la bouche mme des paysannes, la nature des difficulties auxquelles elles ont A faire face1.
La FAO a r6alis6 un programme-cadre A l'intention des femmes rurales ddfavoris6es. En suscitant leur participation, il les a aides A d6finir leurs besoins et les activities qu'elles souhaiteraient entreprendre. Pour des groupes de femmes, divers projets ont 6t6 61labor6s dans des plantations, des zones de colonisation agraire, des camps de rdfugi6s, dans des regions arides et semi-arides. Les experiences de ce genre montrent que les femmes qui font partie de ces groupes peuvent 8tre r6ceptives A la vulgarisation, acc6der a l'autod6pendance et cr6er les m6canismes leur permettant de se procurer les facteurs deproduction dont elles ont besoin; ces experiences renseignent aussi sur la manibre dont les institutions officielles, financibres et autres accueillent ces initiatives et les appuient.


La recherche sur les systhmes agricoles

La recherche sur les systames agricoles (RSA) envisage l'exploitation agricole comme un systame constitu6 par un grand nombre d'616ments interd6pendants, d'ordre materiel, 6conomique et social. Elle permet de concevoir

1 Cette m6thode de formation des agriculteurs par des agriculteurs a d6ji 6t6 employee avec succbs; elle est d6crite dans un document CESAP/FAO (1979).

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toute une gamme d'activit6s par sexe. Elle accorde une attention accrue a la cellule familiale et A des problmes tels que la production de subsistance, I'emploi extra-agricole et la gestion m6nagre, en tant qu'ils peuvent affecter la production agricole.
Jusqu'd present, la recherche sur les systames agricoles s'est bien plus intdress6e au r61le des hommes qu'd celui des femmes et des enfants. Un certain nombre d'institutions ont pris des mesures pour y rem6dier. La FAO, par exemple, a modifi6 son systbme d'analyse des exploitations agricoles de manibre A mieux prendre en compte femmes et enfants, dont les activit6s, les int6rts et les responsabilit6s dans le secteur agricole devront 8tre plus explicitement reconnus. Les donn6es seront tries et analyses selon le sexe et l'Age. Cette m6thode mettra mieux en lumibre aussi le rble des hommes dans les foyers ruraux.
La RSA a n6glig6 certaines activities agricoles importantes comme la manutention et l'entreposage des r6coltes, l'61evage du petit b6tail et i'entretien des potagers, qui incombent gdn6ralement aux femmes dans beaucoup de pays. Quand elles sont responsables du s6chage et du stockage des r6coltes, c'est elles qu'il faut d'abord atteindre si l'on veut r6duire les pertes (Stevenson, 1984).
La RSA se r6vble particulibrement utile pour cerner les probl6mes souvent n6glig6s par les services de vulgarisation des manages qui ont A leur t6te une femme (Staudt, 1981). Les femmes chefs de famille pratiquent de faqon autonome des cultures vivribres et aussi, dans une moindre mesure, des cultures de rapport. Beaucoup, marines A des migrants qui sont les propri6taires officiels du lopin familial, ne jouissent pas du statut d'exploitant agricole et n'ont droit, par consequent, ni aux pr6ts ni A la vulgarisation. Les unions polygames, oil les femmes doivent cultiver, outre leurs'propres champs, ceux de leur mari, cr6ent souvent des situations analogues. La RSA peut contribuer A l'analyse de ces sch6mas complexes et A d6finir le type de vulgarisation qu'ils exigent.
La RSA s'efforce, en g6n6ral, de resserrer ses liens avec les services de vulgarisation. Le personnel de ces derniers peut, en travaillant chaque jour sur le terrain, parvenir A une comprehension profonde des probl6mes qui se posent aux agricultrices au sein de leurs familles et, en collaboration avec les responsables de la RSA, les aider A les r6soudre.
Les vulgarisateurs, qui ont une pratique quotidienne des r6alit6s rurales, r6clament fr6quemment de nouvelles lignes directrices. Dans le cadre de deux projets de la FAO, ils ont attire l'attention sur le rble important des femmes et, par leur intervention directe, ils ont r6ussi & convaincre les responsables de modifier les projets (Carloni, 1983).

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Conclusions

Les agricultrices constituent, au sein de la population rurale, un groupe cible dont la sp6cificit6 est de plus en plus reconnue, dans la mesure oii leurs activit6s et leurs int6rets, et donc leurs besoins en matiere de vulgarisation, diffMrent de ceux des agriculteurs. La condescendance A leur endroit n'est plus de mise. Leurr6le dans la production alimentaire est essentiel, surtout dans la plupart des pays d'Afrique oiz la situation alimentaire, qui s'est r6cemment d6grad6e, exige que les services de vulgarisation agricole accroissent leurg efforts pour atteindre les femmes rurales.
Il est g6n6ralement admis que cet objectif sera d'autant plus facile & atteindre que les services de vulgarisation compteront un plus grand nombre de femmes, surtout IA oi les moeurs genent les contacts extra-familiaux entre les sexes. Les vulgarisatrices ne doivent pas limiter leur enseignement 1l'6conomie m6nagre, car ce n'est pas la seule chose qui int6resse les femmes.
Toutefois, homme ou femme, le vulgarisateur doit avant tout etre conscient de l'importance du r6le des femmes et de leurs besoins. II doit aussi comprendre que la famille rurale forme un tout complexe oii s'entrecroisent des problames d'ordre agricole, manager et familial. Il peut etre utile de recycler les vulgarisateurs, surtout si, en poursuivant leurs activities, ils font porter leurs efforts sur les groupes de femmes plut6t que sur des agricultrices isol6es.
Le r6le respectif des deux sexes dans les foyers ruraux devrait occuper une place plus grande dans les programmes d'enseignement agricole, car les vulgarisateurs ne comIorennent pas toujours clairement pourquoi il importe que I'enseignement technique qu'ils dispensent s'adresse aussi aux femmes. Leur formation peut tre compl6tde sans qu'ils aient A interrompre leurs activit6s, mais des reunions sp6ciales peuvent aussi tre organis6es pour leur faire rencontrer des agricultrices et prendre ainsi directement connaissance des besoins de ces dernieres.
L'exemple de l'Institut agronomique de Yambio, au Soudan, montre de quelle fagon un programme de formation peut 6tre compl6t6 dans ce sens. Il propose, en effet, aux vulgarisateurs et aux techniciens agricoles de niveau interm6diaire un cours de deux ans, sanctionn6 par un dipl6me. I! y a environ cinq ans, aid6 par la FAO, il a refondu ses programmes de formation agricole pour y inclure diverses matieres qui int6ressent les manages et les families, telles que la nutrition, la pu6riculture et la gestion des ressources. Ce programme s'adresse aux hommes et aux femmes (ces dernieres repr6sentant environ 15 pour cent des inscrits); une fois dipl6m6s, ils sont en mesure d'aider les agriculteurs de l'un et l'autre sexe A assumer leurs tAches agricoles et leurs responsabilites domestiques et familiales. La section Shambat de la

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LA VULGARISATION AU SERVICE DES AGRICULTRICES 9


faculty d'agronomie de l'6cole polytechnique de Khartoum, au Soudan, s'est engage dans la m6me voie.
Etant donn6 la p6nurie de personnel dont souffrent partout les services de vulgarisation, l'un des meilleurs moyens d'atteindre directement les agricultrices consiste A recycler les vulgarisateurs en les sensibilisant A l'importance du r6le des femmes dans l'agriculture et en leur enseignant A s'adresser aux groupes de femmes.
Le resserrement des liens entre la recherche et la vulgarisation, tel que le prdconise la recherche sur les systhmes agricoles, peut aider A d6finir avec precision les tAches incombant aux agriculteurs des deux sexes et A trouver les meilleurs moyens de leur procurer les connaissances techniques et les facteurs de production dont ils ont besoin.




R~ffrences

CARLONI, K. Integrating women in agricultural projects case studies of ten FAO-assisted 1983 field projects. Rome, FAO.
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JIGGINS, J. Agricultural extension and trainingfor rural women. Rome, FAO. (Non public) 1983
MUZALE, P.J. & LEONARD, D. Women's groups and extension in Kenya: their impact on 1982 food production and malnutrition in Baringo, Busia and Taita-Taveta, Kenya.
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Methodes de vulgarisation permettant d'atteindre les agricultrices

Cas du Malawi et du Y6men




Les m6thodes traditionnelles de vulgarisation n'ont pas permis d'atteindre les agricultrices en raison surtout des facteurs culturels, sociaux et 6conomiques qui s6parent les femmes des hommes consid6r6s en tant que groupes cibles. Dans les deux 6tudes de cas ci-aprbs, les pays ont 6t6 choisis pour illustrer les traditions de deux cultures: celle de l'Afrique et celle du Proche-Orient. Elles constituent des exemples d'exp6riences prometteuses d'innovation dans les m6thodes de vulgarisation sur le terrain. Dans les deux cas, le message est essentiellement transmis par des vulgarisateurs hommes.





Les vulgarisateurs au service des agricultrices au Malawi



A. Spring

En maints endroits d'Afrique, les services de vulgarisation sont structures de manibre que les vulgarisatrices travaillent avec les paysannes et les vulgarisateurs avec les paysans. A premiere vue, cette division du travail par sexe semble raisonnable. Toutefois, les politiques de vulgarisation en matibre de fourniture de services aux agriculteurs devraient pouvoir tenir compte de la diversit6 des situations familiales en milieu rural. Cet article 6tudie un service de

Mme Anita Spring est doyenne et professeur h l'Universit6 de Floride, Gainesville, Floride, Etats-Unis. Elle fut directrice du Projet concernant les femmes dans le d6veloppement agricole, ex6cut6 au Malawi avec l'aide financibre de l'Agence pour le d6veloppement international.

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vulgarisation qui 6tait diff6renci6 par sexe et examine quelques changements effectu6s pour permettre aux services de mieux r6pondre aux besoins des m6nages ruraux, et notamment h ceux des femmes. Le pays 6tudi6 est le Malawi; l'innovation consiste en une brochure sur la vulgarisation justifiant le travail des vulgarisateurs avec les agricultrices.
II faut examiner certaines variables pour 6tablir si la division du travail selon le sexe (les vulgarisatrices doivent travailler exclusivement ou principalement pour des femmes et les vulgarisateurs doivent travailler exclusivement ou principalement pour des hommes) est justifi6e, ou meme sense, entre autres: i) l'aspect d6mographique, par exemple le nombre de vulgarisateurs, de vulgarisatrices, d'agriculteurs et d'agricultrices; ii) la formation/6ducation des vulgarisateurs et des vulgarisatrices; iii) le contenu des programmes de vulgarisation suivant le sexe des sp6cialistes de la vulgarisation et des personnes vis6es; et iv) la fourniture des services de d6veloppement selon le sexe de l'expert et du destinataire.
Pour ce qui est du nombre, le personnel de vulgarisation peut varier beaucoup, mais il est, dans sa grande majority, compose d'hommes. Par contre, dans la population rurale vis6e, les femmes peuvent 6tre plus nombreuses que les hommes 6tant donn6 que ces derniers 6migrent h la recherche d'un emploi. II peut donc y avoir moins de vulgarisatrices pour servir les paysannes que de vulgarisateurs pour servir les paysans.
Les vulgarisateurs et les vulgarisatrices peuvent avoir requ une education diff6rente pour ce qui est du type, de la qualit6 et de la dur6e des cours de formation. En g6n6ral, les cours suivis surtout par les hommes sont plus techniques et plus longs que ceux qui s'adressent aux femmes.
La clientele rurale et les objectifs de la vulgarisation font l'objet de plusieurs postulats. Entre autres, on pense que les femmes rurales ne s'occupent que des travaux managers et de leurs enfants et qu'elles n'ont donc besoin que d'une formation en 6conomie familiale (notamment en cuisine et en couture), oubliant ainsi que les femmes africaines jouent un r6le important dans la production agricole de subsistance.
Les possibilities d'accbs aux services de vulgarisation different pour les agriculteurs et les agricultrices. Si les hommes, en tant que membres de groupes ou chefs de famille, ont droit aux services, on peut en refuser l'accbs aux femmes, m6me si elles sont chefs de famille. La division du service de vulgarisation selon les sexes cnpdche de tenir compte de la diversity des situations et donc des besoins des diff6rents membres de la famille. Dans certains m6nages, mari et femme travaillent A plein temps comme agriculteurs. Dans d'autres, le mari a 6migr6 et envoie de l'argent que sa femme peut g6rer pour l'exploitation; ailleurs, la femme ne b6n6ficie pas du soutien d'un homme, ni

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LES VULGARISATEURS AU MALAWI


de son travail; ou bien seul le mari est agriculteur. Certains manages partagent les ressources; dans d'autres, les hommes s'approprient des ressources que d'autres membres de la famille produisent. L'id6e que si le mari regoit une formation ou une aide, d'autres membres de la famille, et notamment l'6pouse, en profiteront n'est pas toujours bien fondue en r6alit6.


Le service de vulgarisation au Malawi et le projet concernant les femmes dans le developpement agricole

Le Malawi a mis au point un service de vulgarisation sophistiqu6 au sein du D6partement du d6veloppement agricole du Ministere de l'agriculture, charge de l'ex6cution du Programme national de d6veloppement rural. Dans tout le pays, ce service compte environ 1 950 vulgarisateurs, mais seuls 150 d'entre eux, soit 5 pour cent, sont des femmes.
L'6tude de cas pr6sent6e ici indique que les femmes tiennent une place importante dans le secteur de la petite production agricole mais que, jusqu'A une date r6cente, la vulgarisation s'adressant aux femmes s'occupait principalement de leur donner des connaissances en 6conomie familiale et non en agriculture. La formation en 6conomie familiale et d'autres services 6taient assures par des vulgarisatrices, peu nombreuses et techniquement moins bien pr6par6es que le personnel masculin. Seuls les vulgarisateurs pouvaient faire b6n6ficier des agriculteurs de services tels que credit et facteurs de production ou donner des informations techniques. En 1981, le Ministbre de l'agriculture a transform la section d'6conomie familiale en Programmes pour les femmes. C'6tait un premier pas pour orienter davantage la vulgarisation vers la formation agricole et la fourniture d'autres services A de petits groupes de femmes par des vulgarisatrices. Toutefois, les vulgarisateurs n'ont pas 6t6 touches par ce changement.
Le Projet concernant les femmes dans le d6veloppement agricole, finance par l'Agence pour le d6veloppement international (AID), a 6t6 ex6cut6 au Malawi entre 1981 et 1983. 11 a men6 une recherche approfondie au niveau national sur i) le r61e des femmes et des hommes dans la production agricole; ii) les types de services de vulgarisation offerts aux ruraux; et iii) les types d'orientation et de formation donn6es aux vulgarisateurs et aux vulgarisatrices (Spring, Smith et Kayuni, 1983). Le projet visait A documenter la contribution des hommes et des femmes A la production agricole dans le secteur des petites exploitations et A convaincre le personnel charg6 du d6veloppement que les femmes devaient entrer dans les objectifs du Programme national de d6veloppement rural. Le projet i 6galement examine l'effet du sys-

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tbme de vulgarisation sur les agriculteurs et les agricultrices au plan de la formation du personnel de vulgarisation et de la fourniture de services de d6veloppement aux agriculteurs. Par ailleurs, il s'est pench6 sur la formation des techniciens et des auxiliaires de terrain (hommes et femmes), dans tous les centres d'enseignement, pour comparer le type et le contenu des cours. Enfin, il a pr6sent6 quelques suggestions pour revoir la formation de tous les vulgarisateurs sur le plan du contenu des cours et des m6thodes utilis6es pour atteindre les ruraux (Spring, 1983).
Le projet a pens6 qu'en utilisant des m6thodes appropri6es, les vulgarisateurs pouvaient travailler avec les agricultrices aussi bien qu'avec les agriculteurs et ouvrir aux femmes plus de services. 11 a aussi song aux moyens de donner aux vulgarisatrices une formation agricole plus pouss6e (Spring, 1983). Enfin, il a pr6par6 une brochure sur les moyens de vulgarisation intitu16e <>, qui justifiait un travail plus intensif du personnel masculin avec les agricultrices et avangait des suggestions pour am61liorer les services de vulgarisation destin6s aux femmes.


Gendralits sur la contribution des femmes A la petite agriculture

Vulgarisateurs et chercheurs n'ignorent certes pas que les femmes rurales du Malawi travaillent dans le secteur de la petite agriculture, mais ils reconnaissent rarement la contribution des femmes dans ce domaine ou ne la considrent pas trbs importante. Certains estiment que les femmes rurales ne sont pas de vraies cultivatrices ou bien que, si elles travaillent effectivement dans l'agriculture, elles le font pour aider leurs maris. Selon d'autres, les femmes ex6cutent quelques operations agricoles, mais seuls les hommes dirigent les exploitations.
Clark (1975), 6crivant pour le Ministbre de l'agriculture au d6but des ann6es 70, estimait que les Malawiennes ex6cutent de 50 & 70 pour cent des travaux agricoles dans les petites exploitations. Les recherches men6es par le Projet concernant les femmes dans le d6veloppement agricole dans les ann6es 80 ont montr6 que ce sont les femmes qui ex6cutent la plus grande partie des travaux dans les petites exploitations et que les systhmes de culture, les types de terre et les modes d'utilisation de la main-d'oeuvre sont varies au Malawi (Spring, Smith et Kayuni 1983). Le projet a utilis6 les donn6es de l'enqu6te nationale par sondage sur I'agriculture effectude par le Gouvernement du Malawi par le biais du Ministbre de l'agriculture en 1980/81, des enqu6tes agro-6conomiques r6alis6es au Malawi entre 1968 et 1982, de ses propres recherches et 6tudes sur les systhmes d'exploitation ainsi que des donn6es

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fournies par d'autres chercheurs. On trouvera ci-apr6s quelques-unes des conclusions du projet:

* dans les zones rurales, les femmes sont plus nombreuses que les hommes et tiennent une place importante dans la petite agriculture du fait que les hommes partent souvent travailler comme salaries. Un tiers environ des m6nages ruraux ont une femme A leur tite et ce chiffre semble en augmentation du fait de l'6migration masculine. Il s'ensuit que la participation des femmes A la gestion des exploitations familiales est de plus en plus importante;
* les femmes consacrent autant de temps aux activities agricoles qu'aux soins du m6nage et autant de temps aux travaux agricoles que les hommes;
* les femmes participent h plusieurs systimes de culture allant des cultures mixtes de subsistancd aux cultures de rente (mais, arachides, riz, manioc, tabac, coton, caf6 et th6). Tant6t elles cultivent des terres appartenant A la famille, tant6t elles ont leurs propres parcelles;
* les femmes pratiquent aussi bien des cultures vivribres que des cultures de rapport et ex6cutent nombre d'op6rations agricoles (telles que pulverisation du coton et plantation du tabac) que l'on croit souvent r6serv6es aux hommes. En fait, selon les r6gions et les manages, les operations agricoles peuvent 6tre ou non diff6renci6es selon les sexes. En maints endroits, la division du travail par sexe a conduit A des arrangements; les femmes prennent part A toutes les activities agricoles, y compris le d6frichement, le labourage, l'application d'engrais, la protection des v6g6taux, etc., soit constamment, soit quand la main-d'ceuvre masculine fait d6faut;
* les projets de d6veloppement agricole augmentent le nombre d'heures de travail par jour et le nombre de jours de travail par an, tant pour les hommes que pour les femmes;
* dans de nombreuses regions, les femmes s'occupent d'l61evage, en particulier des petits ruminants et de la volaille. Ce sont surtout les hommes qui possbdent des bovins, dont ils confient le soin A des jeunes gens ou aux femmes lorsqu'ils sont engraiss6s en enclos;
* dans les manages oi le chef de famille est une femme, on risque davantage de trouver des probl6mes de main-d'muvre, des mdthodes culturales rudimentaires, des p6nuries alimentaires et un manque de services agricoles. Par contre, les families ayant un homme A leur tate b6n6ficient largement du travail ou de l'envoi de fonds du chef de famille, ce qui leur permet de cultiver plus de terres et d'embaucher de la main-d'oeuvre suppl6mentaire;
* par rapport aux hommes, les femmes n'ont gubre accbs aux services de vulgarisation agricole tels que formation, facteurs de production, credit et visites. Souvent, les m6thodes culturales auxquelles elles ont recours (par exem-

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pie date de plantation, espacement, utilisation des engrais et m6thodes de protection des v6g6taux) sont m6diocres et refltent leur manque de pr6paration et I'absence de services de vulgarisation. N6anmoins, quand les femmes reqoivent des cr6dits, une formation agricole, des facteurs de production et une instruction enimatibre de gestion agricole, leurs prestations sont semblables A celles des hommes. En particulier, elles font un bon usage des credits et manquent rarement A leurs engagements.


Activit6s de vulgarisation auprs des agriculteurs et des agricultrices

Le projet a appuy6 sa documentation concernant la fourniture de services de vulgarisation agricole sur trois sources: l'enquate nationale sur I'agriculture, les donn6es sur le nombre d'agriculteurs et d'agricultrices membres de clubs et b6n6ficiaires de cr6dits au titre de diff6rents projets de d6veloppement rural et, enfin, des interviews avec des experts en vulgarisation et leurs observations (Spring, Smith et Kayuni, 1983).
Les donn6es indiquaient que les contacts des exploitants avec les vulgarisateurs lors de visites personnelles, tourn6es sur le terrain, reunions de groupes, demonstrations et cours de formation variaient selon les sexes. Les experts en vulgarisation 6taient la principale source de conseils tant pour les agriculteurs que pour les agricultrices, mais les hommes recevaient plus de visites personnelles et b6n6ficiaient plus souvent de conseils et sur un plus grand nombre de sujets. Les reunions de groupes avaient tendance A toucher plus d'agriculteurs que les visites personnelles, mais IA encore, les femmes 6taient d6favoris6es par rapport aux hommes. Les agriculteurs et les agricultrices 6taient relativement peu nombreux A assister aux demonstrations, mais les hommes 6taient plus nombreux A en tirer des enseignements. Les tourn6es sur le terrain concernaient un nombre plus limit d'agriculteurs que les visites personnelles ou les reunions de groupes, et moins de femmes 6taient touches.
Dans l'analyse des donn6es de l'enqute nationale, on comparait trois cat6gories d'agriculteurs: des hommes chefs de famille, leurs femmes et des femmes chefs de famille. Des variations apparaissaient quant aux sujets enseign6s par les vulgarisateurs. Dans toutes les matibres agricoles, les hommes avaient requ beaucoup plus d'instruction que leurs femmes ou que les femmes chefs de famille. Dans de nombreuses r6gions, leurs femmes avaient requ plus d'instruction que les femmes chefs de famille, le contraire pouvant se produire dans d'autres r6gions: En outre, trbs peu de femmes recevaient des informations agricoles de leurs maris. Le transfert de technologie pr6-

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sum6 des maris A leurs 6pouses au sein de la cellule familiale n'a donc pas lieu.
L'id6e 6tait r6pandue parmi les vulgarisateurs et les responsables que les femmes participaient largement aux programmes de credit; en r6alit6, les donn6es sur la participation des hommes et des femmes aux clubs d'agriculteurs et aux programmes de credit ont montr6 que peu de femmes avaient b6n6fici6 des services de cr6dit et d'autres services agricoles, contrairement aux cours d'6conomie familiale. L'analyse a aussi rapproch6 le pourcentage des manages ayant une femme A leur tete de celui des femmes accddant aux services de vulgarisation. L'6cart 6tait grand dans la plupart des r6gions, indiquant que beaucoup de families 6taient habituellement d61laiss6es.
Au cours des interviews et des discussions dans le cadre du projet, des vulgarisateurs ont pos6 le probl6me des facteurs culturels qui peuvent les empecher de travailler avec les agricultrices. En particulier, ils ont constat6 que les gens se montraient soupponneux s'ils pratiquaient avec les agricultrices les mimes activities qu'avec les agriculteurs. N6anmoins, certains rendaient souvent visite A un petit nombre d'exploitantes et les inscrivaient parmi les b6n6ficiaires de credits. Ces proc6d6s ainsi que de nouvelles techniques mises au point et exp6rimentdes sur le terrain 6tant satisfaisants, le projet a pu en recommander l'application sur une grande 6chelle. Conseiller A un homme d'appeler sa femme pendant les visites personnelles et les tourn6es sur le terrain, demander aux chefs locaux d'informer les villageoises sur les reunions et d'indiquer les femmes chefs de famille ayant besoin de services de vulgarisation, travailler avec des femmes en reunions de groupes ou au sein de clubs d'agriculteurs sont autant de moyens de simplifier la tache des hommes travaillant avec des femmes qui ne sont pas leurs parentes.


La brochure <>

Le besoin 6tait ressenti d'aider les agents de vulgarisation A reconnaitre le r6le des femmes dans la petite agriculture et de leur indiquer des m6thodes pratiques pour faire b6n6ficier les femmes des services agricoles. En outre, il fallait justifier le travail des vulgarisateurs avec les agricultrices dans tout le pays, politique en d6saccord avec l'id6e 6tablie que seules les vulgarisatrices pouvaient travailler avec les femmes rurales. Le projet, conjointement avec le directeur du service de la vulgarisation et le fonctionnaire charge du Programme pour les femmes, a mis au point une brochure technique sur les moyens de vulgarisation. Son but 6tait d'encourager le personnel masculin, plus nombreux et mieux form, A travailler avec les agricultrices. La brochure a 6t6 distribute A tous les sp6cialistes de la vulgarisation du Malawi, quel que

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soit leur niveau, et sa publication a 6t6 annonc6e dans le quotidien national (Ministry of agriculture, 1983).
La brochure attire l'attention sur le fait que les services de vulgarisation doivent &tre fournis aux agricultrices pour un certain nombre de raisons 6nonc6es ds la premiere page, a savoir: les femmes contribuent largement aux cultures vivriares, aux cultures de rente et A l'61evage; les femmes effectuent de nombreuses operations agricoles; les femmes sont A la tite de 30 pour cent environ des families rurales du Malawi et prennent les d6cisions se rapportant A l'agriculture pour ces families; les femmes sont cultivatrices aussi bien que femmes de cultivateurs. Sur la premiere page figure aussi la photographie d'un vulgarisateur apprenant A un groupe d'agricultrices et d'agriculteurs des techniques de preparation de la terre et de plantation. Les huit photographies de la brochure proviennent de la collection du service de vulgarisation et repr6sentent des femmes occupies & diverses operations agricoles (enlevant les rejets du tabac, maniant une charrue tire par des beufs et semant des graines), qui participent A des d6monstrations effectu6es par un vulgarisateur, assistent A une reunion de village avec des exploitants et des vulgarisateurs, regoivent des credits et montrent un certificat d'aptitude en agriculture. Les photographies ont 6t6 prises en diff6rents endroits du pays; personnes et faits sont r6els.
Le texte est divis6 en deux parties. D'abord, on explique qu'il y a peu de vulgarisatrices, beaucoup de vulgarisateurs et que les agricultrices ex6cutent une grande partie des travaux dans les petites exploitations. On precise que, selon certains, les femmes s'int6ressent davantage A l'6conomie familiale qu'aux questions agricoles, et on constate que la formation agricole a 6t6 surtout r6serv6e aux hommes. Cependant, on y souligne que les femmes s'int6ressent aux deux sujets A la fois et que, 1 oi on a pris l'initiative d'offrir aux femmes des programmes agricoles, elles ont appris de nouvelles techniques et ont accru leur production, obtenant souvent des revenus pour leurs activit6s au foyer.
Deuxibmement, on pr6sente des m6thodes pour am61liorer la fourniture des services de vulgarisation aux femmes rurales. Des recommandations sont donn6es en cc qui concerne les r6unions de village, les cours de formation agricole, les programmes de credit, les clubs d'agriculteurs, les parcelles de demonstration, les journ6es paysannes et la tenue des registres. On affirme que les reunions de village sont l'id6al pour r6aliser une approche collective et que les chefs locaux, les maris ou les vulgarisatrices peuvent encourager les femmes A y assister. On precise que les vulgarisateurs devront d6couvrir pourquoi les femmes sont empich6es de participer aux reunions. A cet 6gard, on avance plusieurs raisons qu'il serait bon d'examiner: l'heure des reunions

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coincide avec celle des teaches m6nagres ou agricoles, les vulgarisateurs ont tendance A aborder les problimes des hommes et A ignorer ceux des femmes; il est n6cessaire d'expliquer tant aux hommes qu'aux femmes que les services agricoles devraient 6tre ouverts aux femmes, ou le probl6me que pose la pr6sence simultan6e du.mari et de sa femme A une mime reunion, les enfants restant alors sans surveillance. On pr6sente des suggestions concernant l'heure des reunions, la formation de repr6sentantes des villageoises afin que les femmes puissent exprimer leurs problemes en public, et la n6cessit6 de convaincre les femmes que les vulgarisateurs s'int6ressent A leurs problames d'agriculture. On encourage les vulgarisateurs a faire participer les femmes et les parentes des cultivateurs aux visites personnelles dans les foyers ou les exploitations dans le cadre des programmes de formation, de credit et de conservation des sols.
Pour ce qui est des cours de formation agricole, on dit aux vulgarisateurs qu'il est possible d'inscrire des femmes dans les centres de formation A tous les niveaux, comme cela a 6t6 le cas au Malawi oii 30 pour cent des places sont r6serv6s aux femmes. Puisque la participation des femmes aux cours de formation est une nouveaut6, il est n6cessaire de mettre au point de nouvelles m6thodes de recrutement. Pendant ces cours, les femmes recevront les m8mes informations que les hommes sur les cultures, l'6levage et la gestion des exploitations.
La brochure fait remarquer que la politique de credit saisonnier et A moyen terme n'est pas discriminatoire du fait qu'hommes et femmes peuvent en b6ndficier, mais qu'en pratique peu de femmes regoivent des credits. On souligne ensuite que la decision de demander des credits devra tre prise au niveau du manage, un conjoint ou les deux pouvant en obtenir, soit pour la m6me exploitation agricole, soit pour des exploitations diffdrentes. II faut atteindre tout particulibrement les femmes chefs de famille, et le vulgarisateur devrait veiller A proposer les credits A ceux et A celles qui en ont vraiment besoin. Puisque c'est surtout dans le cadre des clubs d'agriculteurs que les credits et les informations techniques sont donn6s, il faudrait encourager les femmes A y adh6rer d'elles-memes ou, si elles sont marines, avec leur conjoint.
Les vulgarisateurs s'occupent de choisir dans leur zone des agriculteurs qui participeront A divers programmes et demonstrations, entre autres des journdes paysannes spdciales oi les agriculteurs apprennent de nouvelles techniques. On exhorte les vulgarisateurs a choisir des femmes aussi bien que des hommes pour ces activities. On les encourage aussi A consigner leurs activitds aupras des agricultrices et des agriculteurs et A indiquer sur leurs registres le nombre d'hommes et de femmes, le type et la fr6quence des contacts,

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la pr6sence aux d6monstrations et aux cours de formation et la participation aux programmes concernant les credits et les facteurs de production.
La brochure ne fournit pas de formulaire pour l'enregistrement des services de vulgarisation fournis aux hommes et aux femmes. Toutefois, en plusieurs endroits du pays, le projet a 6l1abor6 des formulaires que les vulgarisateurs et les responsables peuvent adopter pour la presentation des activities de vulgarisation, telles que credit, formation et participation aux clubs, et qui indiquent le sexe des participants aux activit6s ou programmes.


Conclusions

Avant la publication de la brochure, quelques vulgarisateurs int6graient d6jA des agricultrices dans leurs programmes; mais cette integration ne refl6tait pas la contribution des femmes et ne r6pondait pas A leurs besoins, et la plupart des vulgarisateurs pr6dfraient s'en remettre A quelques vulgarisatrices. La brochure, par contre, justifie et recommande le travail des vulgarisateurs avec les agricultrices dans le secteur de la petite agriculture.
Le travail ex6cut6 par les femmes rurales justifie que les vulgarisateurs souvent plus nombreux, mieux pr6par6s et bien places dans le systhme de fourniture travaillent avec elles et les int6grent dans les services de d6veloppement. Cela ne veut pas dire que les programmes d'6conomie familiale ne devraient plus 6tre offerts aux paysannes. Ils pourraient 6tre consid6r6s comme des programmes d'enrichissement, et leur contenu devrait tenir compte de la contribution des femmes A la production. N6anmoins, quand les vulgarisatrices sont peu nombreuses ou que leur formation n'a pas 6t6 centre sur le r6le des femmes dans la production, les vulgarisateurs doivent intervenir. L'id6e selon laquelle les hommes ne peuvent pas travailler avec les agricultrices doit 8tre r6examin6e, et il faut mettre au point de nouvelles m6thodes, en tenant compte des contraintes culturelles. Ensuite, il faut laborer un m6canisme pour enseigner les nouvelles techniques aux experts en vulgarisation. Dans le cas du Malawi, une brochure de vulgarisation, base sur des recherches sur les systhmes d'exploitation et la contribution des agriculteurs et des agricultrices ainsi que sur des donn6es concernant la fourniture des services et les fagons de l'am61liorer, a fourni A des centaines de vulgarisateurs les moyens d'atteindre une partie importante de la population rurale. Les moyens offerts, acceptables au plan culturel, consistent en des recommandations du Ministare de l'agriculture, et il sera bient6t possible, grace A des 6tudes de suivi, d'en determiner les effets sur la fourniture de services de vulgarisation aux manages ruraux, et notamment aux femmes rurales.

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Reffrences

CLARK, B. The work done by rural women in Malawi. East. Afr. J. RuralDev., 8(2):80-91. 1975
MALAWI MINISTRY OF AGRICULTURE. Reaching female farmers through male extension 1983 workers. Government Printer. Extension Aids Circular 2/83.
SPRING, A. Priorities for women's programmes. Report for the Ministry of Agriculture, 1983 Government of Malawi. Washington, D.C., USAID Office of Development.
SPRING, A., SMITH, C. & KAYUNI, F. Women farmers in Malawi: their contributions to agri1983 culture and participation in developmentprojects. Report for the Ministry of Agriculture, Government of Malawi. Washington, D.C., USAID Office of Development.

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Les vulgarisateurs au service des agricultrices au Yemen


D. Hamada

Des services de vulgarisation ont 6t6 6tablis au d6but des ann6es 70 en R6publique arabe du Y6men pour introduire des techniques agricoles am61lior6es. Leur succas initial a incitd les autorit6s A cr6er des activities analogues dans la region de Tihama, qui est depuis toujours le grenier du pays.
Vers la fin des ann6es 70, il a fallu revoir les programmes de vulgarisation agricole pour am61liorer les systbmes locaux de production alimentaire, qui ne permettaient plus de faire face A la demande croissante, d'autant plus que l'agriculture 6tait d6sert6e par les hommes, qui 6migraient vers les villes et les Etats p6troliers du Golfe.
On savait que les femmes pouvaient jouer un r61e dans la production agricole. Par la formation, on pouvait leur apprendre, d'une part, A exdcuter plus efficacement leurs tAches traditionnelles et, d'autre part, les preparer A prendre la relive des hommes dans les tAches de production et de gestion, de fagon A 6viter une forte chute de la production agricole.
Alors que dans d'autres regions du monde, le potentiel que repr6sentent les femmes dans l'agriculture 6tait reconnu et exploit, il a fallu, au Y6men, d6finir des fagons socialement acceptables d'utiliser ce potentiel. Qui plus est, on a dfi d6finir le r6le actuel des femmes A la ferme et le type de formation dont elles auraient besoin pour prendre en charge les operations traditionnellement r6serv6es aux hommes.
Une volontaire des Nations Unies (VNU) a 6t6 charge d'examiner les possibilities d'6tablir des services de vulgarisation pour les agricultrices qui ne heurtent pas les mentalit6s. Elle devait compl6ter l'assistance fournie sur le terrain par les volontaires hommes du projet FAO/ONU de Tihama.
Avant de mettre au point un programme, la volontaire a dfi se familiariser avec la region et la communaut6 agricole, en particulier avec les femmes. A cette fin, elle a travaill6 avec ses colleagues masculins qui avaient d6jA des projets dtablis et avec les agriculteurs qui coop6raient avec eux, ce qui lui a permis d'acqu6rir une experience directe des problems.



Mme Dorothy Hamada, experte de la FAO, a travaill6 au Y6men; elle est actuellement en poste au Soudan.

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Trbs vite on s'est rendu compte que certains facteurs risquaient de compromettre les chances de r6ussite d'un programme pour les femmes entrepris par la volontaire des Nations Unies, notamment:

- le manque de vulgarisatrices y6m6nites et l'impossibilit6 d'en former imm6diatement r6duisaient le champ d'action. Qui plus est, il aurait 6t6 difficile de poursuivre le programme aprbs le depart de la volontaire;
- sa connaissance insuffisante de l'arabe limitait la communication avec les paysannes et rendait indispensable la pr6sence d'un interprte. Or, les seuls interprates disponibles 6taient les vulgarisateurs;
- sa competence en agronomie et ses capacit6s en matibre de travaux agricoles 6taient s6rieusement mises en doute par les agriculteurs et par ses collgues. II fallait done qu'elle fasse ses preuves avant de pouvoir travailler avec les femmes, ce qui a pris un certain temps.


Les paysannes de la region de Tihama

L'agriculture, dans la region de Tihama, est essentiellement une activit6 .familiale d'autosubsistance. Les c6rdales sont la principale culture; viennent ensuite l'61evage, la production de fourrage, d'6pices et de 16gumes. Les cultures n'dtant possibles que six mois par an, il est indispensable de stocker des reserves. Seul l'exc6dent est commercialism. Il y a toutefois des exploitations et des fermes d'Etat qui produisent pour la vente.
Les femmes y6m6nites participent aux travaux agricoles, mais en g6n6ral elles n'ont pas de contacts avec les hommes, surtout s'ils ne font pas partie de la famille. Plus les paysannes sont au bas de l'6chelle sociale, plus elles participent aux travaux agricoles. Cette iemarque vaut aussi pour les femmes engages dans les fermes commerciales ou les fermes d'Etat. Ily a separation des sexes dans tous les aspects de la vie sociale.
Dans les fermes familiales, les femmes participent aux semailles. Elles marchent derriere les hommes qui creusent les sillons avec une charrue tire par un animal, sbment et recouvrent le grain ou, assises A l'arribre du tracteur, elles remplissent A la main des semoirs improvises attaches A la charrue. Elles d6sherbent et nettoient les champs, d'abord pour le fourrage. Ce sont g6n6ralement elles qui coupent les 6pis, les chargent dans des corbeilles ou les rassemblent en bottes (mil), quand les c6r6ales sont encore sur pied ou aprbs que les hommes ont fauch6 et fait des andains. Les femmes battent alors les 6pis au fl6au; avec les hommes, elles mettent le grain en sac et I'entreposent; ce sont elles qui conservent les semences pour les semailles suivantes.

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LES VULGARISATEURS AU YMEN 25

Les soins au petit b6tail (poules, ch6vres, moutons) et parfois aux bovins sont r6serv6s aux femmes et aux enfants. Elles donnent A boire et & manger aux animaux, les mbnent aux champs, les rambnent A l'6table et les traient. Ce sont les hommes qui s'occupent des chameaux.
Les femmes pr6parent les aliments et font la cuisine. Quand il n'y a pas de moulin m6canique, elles broient le grain tremp6 avec un pilon de pierre. Elles font fermenter et s6cher les produits de la r6colte, salent le lait et le font cailler pour obtenir du beurre et du fromage. Elles font aussi la corv6e d'eau et de bois.
De nombreuses femmes tissent la laine et font des objets artisanaux avec des palmes et des roseaux, r6parent et d6corent les murs de torchis et dressent des cl6tures.
Depuis l'expansion de l'agriculture commerciale et la cr6ation de fermes d'Etat et de stations exp6rimentales, un nombre croissant de femmes travaillent dans ces 6tablissements. Elles plantent, prdparent le terreau, s~ment en pots, ddsherbent, d6marient les plants et les repiquent. Pendant la p6riode d'irrigation, elles participent aux travaux dans les champs. Elles r6coltent le coton et les 16gumes, les emballent et les trient.
SI1 y a trois grandes activities auxquelles les femmes de Tihama ne participent g6n6ralement pas: i) preparation de la terre; ii) prise de decisions et gestion de la ferme; iii) commercialisation, vente ou achat. Elles peuvent avoir leur mot A dire, mais elles n'interviennent pas activement.


Les techniciens agricoles au Yemen

Jusqu'en 1980, il n'existait pas de college agricole au Y6men, et il n'6tait pas possible de faire une carribre professionnelle dans l'agriculture. Les techniciens agricoles 6taient forms dans des 6coles secondaires et des stages organis6s par certains projets et organismes agricoles. La formation sur le tas occupait une place importante. Pour l'enseignement sup6rieur, les Yd6mnites devaient aller A l'6tranger. Aucune cole agricole du pays n'6tait ouverte aux jeunes filles. Aucunle femme y6m6nite n'avait donc de formation agricole. La tradition empachant les jeunes femmes de travailler aupres des hommes faisait obstacle A leur recrutement dans les bureaux de vulgarisation agricole, en particulier quand il fallait aller sur le terrain.
Les vulgarisateurs 6taient pour l'essentiel des jeunes gens ayant une instruction 616mentaire. Les cadres moyens 6taient dipl6mbs de l'6cole secondaire, avaient un peu plus d'exp6rience de terrain et une certaine formation sp6cialis6e. Les cadres sup6rieurs affects au projet avaient une formation

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D. HAMADA


universitaire. Les techniciens 6taient affects un groupe de villages et devaient vivre A proximit6. En g6dnral, ils 6taient originaires de la region. L'avantage de ce systhme de recrutement est que les techniciens connaissaient la region, les habitants et I'environnement culturel et politique. Qui plus est, ils 6taient connus et accept6s par les gens avec lesquels ils travaillaient.
Les services de vulgarisation agricole 6tablissaient des parcelles de ddmonstration des techniques agricoles am61lior6es dans les champs des agriculteurs, donnaient des cours aux paysans, visitaient les families et les fermes, organisaient des journdes A la ferme et sur le terrain, diffusaient des missions radiophoriques et fournissaient de la documentation concernant les activitds agricoles. Des bureaux de vulgarisation 6taient 6tablis dans les gros bourgs et les villages.
Pour renforcer la formation sur le tas du personnel travaillant avec les volontaires des Nations Unies, des stages 6taient organisms de temps en temps. Chaque ann6e, des repr6sentants de projets et d'organismes agricoles du pays 6taient invit6s A un s6minaire dans la region de Tihama pour mettre en commun r6sultats, experiences et recommandations, mais aussi pour encourager le dialogue avec le personnel de terrain. Le personnel 6tait en outre invit6 A participer A des activities de recherche applique, de production et de multiplication contr616e des semences, d'information,.de documentation et de gestion des exploitations.


Strat6gie d'assistance aux paysannes

Etant donn6 les obstacles existant au Y6men, A savoir: i) l'absence de femmes ayant une formation agricole et l'impossibilit6 de recruter des vulgarisatrices agricoles, et ii) la difficult de recruter l'6tranger des techniciennes agricoles arabophones disposess en outre i se d6placer et A vivre dans des conditions difficiles), il fallut concevoir une strat6gie nouvelle. Les agents (hommes) devaient aider eux-mimes les agricultrices et veiller A ce que lesinformations agricoles s'adressent aussi bien aux femmes qu'aux hommes. Ce nest pas une approche nouvelle en vulgarisation, mais c'6tait autrefois consid6r6 comme impossible dans la socidt6 y6dmnite.
La volontaire des Nations Unies a alors modifi6 sa faqon de travailler, continuant d'aider ses colleagues hommes sur le terrain pour acqu6rir de la cr6dibilit6, mais prenant aussi des initiatives en matibre de documentation, programmation, formation et communication. Ce sont les hommes techniciens qui ont alors assist les femmes rurales.

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LES VULGARISATEURS AU YIMEN 27

Criteres de recrutement des vulgarisateurs charges des programmes agricoles destin6s aux femmes

,* Ils doivent 6tre originaires du village m6me et 6tre accepts par la communaut6 agricole.
* Ils doivent savoir exactement ce que les femmes font A la ferme et comment elles le font.
* Ils doivent tre sinc~rement motives et 6tre convaincus que les femmes peuvent contribuer A la production agricole. S'ils n'ont pas l'attitude voulue, ils ont peu de chances de pouvoir travailler avec les femmes.


Preparation du programme

En pr6parant un programme de vulgarisation agricole, il faut tenir compte des preoccupations des agricultrices. Quand les femmes participent aux op6rations agricoles, elles doivent b6n6ficier de l'assistance du programme de vulgarisation. II faut d6finir, A cet 6gard, des objectifs et des moyens sp6cifiques sans se contenter d'attendre les retomb6es des activities de vulgarisation conques pour les hommes. Dans les regions oi les femmes ne s'occupent pas traditionnellement des travaux agricoles, mais doivent maintenant s'en charger, il ne faut pas oublier qu'elles manquent d'exp6rience, n'ont pas autant de force que les hommes, et en tenir compte dans le choix des techniques propos6es. Les femmes doivent avoir les m6mes possibilities que les hommes d'apprendre et d'8tre inform6es. Les vulgarisateurs ne doivent pas I'oublier. Dans des pays comme le Y6men, on peut donner la m&me chance aux hommes et aux femmes en organisant une formation analogue, mais s6parde, pour les uns et pour les autres. Pour les femmes, la formation devra n6cessairement avoir lieu A la ferme.
Il faudrait adopter une approche globale et concevoir une assistance A la programmation qui s'adresse aux hommes, aux femmes et aux jeunes. Il est faux que tout programme de vulgarisation agricole atteint automatiquement tous les secteurs de la communaut6 agricole. Il y a des obstacles A la r6partition uniforme de l'information et des services.


Preparation des vulgarisateurs

Ii faut revoir le programme de formation des agents agricoles. En agriculture, certains domaines sont consid6r6s comme r6serv6s aux femmes et sont, en

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D. HAMADA


consequence, volontairement ou non, n6glig6s par les programmes de formation, ce qui est regrettable.
Pour que les hommes puissent aider efficacement les femmes rurales, ils doivent connaitre les travaux qu'elles effectuent. Au Y6men, les t~ches qui ne sont pas dfiment prises en compte sont les suivantes: les semailles (par opposition A la preparation du terrain), le d6sherbage, la r6colte et le battage; la s61lection des semences; la pr6vention des pertes, aux niveaux de la r6colte et de la transformation; la preparation des aliments et la mouture; la corv6e d'eau et de bois; et l'introduction de m6canismes et de techniques permettant d'6conomiser temps et travail.
Pour s61lectionner les techniques A utiliser A la ferme, les services de vulgarisation doivent tenir compte des besoins des femmes, et done faire adopter des engins et des outils 16gers qui facilitent leur travail et 6vitent le gaspillage. II faut s'occuper non seulement des pertes au champ et A la r6colte, mais aussi de celles qui se produisent pendant la transformation et la preparation des aliments. Le recyclage, qui permet d'6conomiser les produits agricoles et d'en tirer meilleur parti, int6resse aussi les femmes.


Utilisation des m&dias

Les moyens de communication de masse, en particulier la t616vision, la vid6o, la radio et la presse, sont trbs utiles pour atteindre les femmes. Ils rem6dient au probl6me des contacts personnels entre les sexes.- Dans les pays islamiques, les moyens audiovisuels permettent, dans une certaine mesure, de remplacer les demonstrations directes et les cours donn6s par des techniciens hommes. De fait, la t616vision et la vid6o se r6pandent de plus en plus dans les villages y6m6nites, car les femmes peuvent voir des programmes tout en restant cloitr6es.
On pourrait preparer des programmes sp6ciaux pour les publics f6minins et les distribuer aux centres de vulgarisation, qui les prbteraient A des femmes ou A des groupes de femmes. Mais ces programmes ne seraient pas interdits aux hommes. Cette m6thode a l'avantage d'61argir le public inform. Quand il y a beaucoup d'analphabetes, I'audiovisuel est irremplagable. II convient d'utiliser la langue locale et des pr6sentateurs locaux dans les programmes de radio et d'illustrer les textes imprim6s au moyen de graphiques et de dessins simples.
Comme les programmes de vulgarisation, les programmes de communication doivent s'adresser express6ment aux femmes. II faut 6tudier les m6thodes de presentation qu'elles prd6frent, la p6riode d'6coute qui leur

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LES VULGARISATEURS AU YIMEN


convient, le style et le vocabulaire qui correspondent A leur niveau d'instruction.
Les programmes de communication doivent 8tre suivis d'activit6s compl6mentaires conduites par les techniciens sur le terrain. Celles-ci permettraient de mesurer l'efficacit6 du programme, de clarifier le message ou les aspects qui n'ont pas 6t6 compris et d'encourager l'utilisation des informations fournies.


Documentation et suivi

Les preoccupations des paysannes doivent faire l'objet de recherches constantes. Les systhmes de documentation et de suivi doivent porter A la fois sur leur r6le actuel, sur l'6volution en cours, sur les m6thodes d6ji exp6riment6es pour atteindre les femmes, sur les autres m6thodes possibles et sur tous les facteurs qui peuvent entrer en jeu. Surtout, ces informations doivent tre compiles, analyses et utilis6es pour am61liorer constamment le programme. II faut revoir les syst6mes de documentation pour veiller A ce qu'ils rassemblent des informations sur les femmes rurales et leurs activities et s'assurer que l'analyse pr6sente une image objective de leur r6le dans l'agriculture.


D'une pierre deux coups

Ce n'est pas parce qu'on manque de techniciennes et qu'on risque d'en manquer encore longtemps qu'il faut continuer A n6gliger les femmes. Le recours A des techniciennes 6trangbres n'est, au mieux, qu'une solution temporaire, qui le plus souvent cofite cher. Quoi qu'il en soit, l'absence de techniciennes ne doit pas d6courager les efforts pour am61liorer la contribution des femmes au d6veloppement agricole.
Les vulgarisateurs aussi bien que les vulgarisatrices peuvent fournir une assistance, tant aux agriculteurs qu'aux agricultrices. Cela ne veut pas dire qu'il faut donner deux fois plus de travail A chaque technicien: l'6tendue de la zone A desservir sera d6termin6e en fonction de la masse de travail qu'une personne peut effectivement accomplir. Ce systdme permet m6me de faire d'une pierre deux coups. Il est plus rentable de donner A un seul technicien la responsabilit6 complete du programme, car cela permet, sous r6serve qu'on l'aide A le preparer, d'6viter les doubles emplois et les lacunes. Les techniciens doivent apprendre A consid6rer l'agriculture comme un ensemble d'op6rations interd6pendantes ex6cutdes tant par les femmes que par les

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30 D. HAMADA

hommes. De plus, cette m6thode r6duit le travail d'administration et de coordination, ainsi que le soutien logistique n6cessaire. Elle peut done accroitre la rentabilit6 du programme.


Conclusion

L'exp6rience de Tihama est encore nouvelle. De nombreux ajustements seront encore n6cessaires avant qu'un syst~me efficace d'assistance aux femmes rurales ne devienne op6rationnel, mais l'exp6rience est encourageante. Les agents agricoles peuvent travailler avec les femmes rurales avec autant d'efficacit6 que leurs homologues f6minins.

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Les femmes rurales et le developpement en Zambie


B. Keller

En Zambie, la grande majority des femmes rurales sont trbs pauvres. Beaucoup d'entre elles sont incapables de cultiver, pendant la campagne agricole, des denr6es en quantit6s suffisantes pour nourrir leur famille durant I'ann6e. Elles utilisent des outils rudimentaires et sont occasionnellement aides par leurs enfants. Plus d'un tiers des femmes rurales adultes sont chefs de famille. Il s'agit 1A des tranches les plus pauvres de la population rurale; certaines de ces femmes ne poss~dent aucun instrument aratoire, pas meme une houe. Elles cultivent seules et produisent peu. Marines ou c6libataires, les paysannes fournissent un nombre considerable d'heures de travail par jour, et non seulement dans les champs: elles vont aussi chercher l'eau et le bois et pr6parent la nourriture pour leur famille. La plupart d'entre elles mettent au monde beaucoup d'enfants, mais la mortality infantile est trbs 6lev6e. Elles sont souvent en mauvaise sant6, ce qui r6duit leur capacit6 de production. Pourtant, elles doivent nourrir leurs enfants et pour cela produire des aliments; mais leur production doit leur permettre aussi de se procurer les montants d6risoires servant aux achats de premiere n6cessit6, pour satisfaire par exemple les besoins scolaires des enfants.
Cet article examinera les raisons pour lesquelles les Zambiennes ne participent pas encore pleinement aux efforts de d6veloppement rural, 6valuera les contraintes auxquelles elles se heurtent et analysera leur participation au programme agricole LIMA, qui vise A amdliorer la productivity des petits cultivateurs. L'information provient d'une 6tude r6cente (Keller, 1984) sur les progrbs accomplis en matibre d'int6gration des Zambiennes au d6veloppement, dans le cadre de la D6cennie des Nations Unies pour la femme.


Les femmes rurales en marge de la socit6

De nombreuses 6tudes effectu6es au cours des 10 dernibres ann6es ont permis de constater que les femmes du tiers monde n'ont pas participd pleineM. Keller est professeur principal au D6partement d'6tudes sur le d6veloppement africain & l'universit6 de Zambie A Lusaka.

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Z5 B. KELLER

ment au d6veloppement socio-6conomique, dont, par ailleurs, elles n'ont pas partag6 les avantages (Rogers, 1980). Cette situation s'explique selon le contexte historique de chaque pays. Pour comprendre les problbmes accablants auxquels se heurtent actuellement les paysannes de Zambie, il faut examiner bribvement leur r61le traditionnel dans la production, I'impact de la colonisation et les principales tendances qui se sont manifestoes dans le pays depuis son ind6pendance de la Grande-Bretagne (1964).
La structure socio-6conomique traditionnelle ou pr6coloniale n'est certes pas la cause du r6le marginal actuel des femmes rurales en Zambie. Les donn6es ethnographiques recueillies par les chercheurs de l'ancien Institut Rhodes-Livingstone' t6moignent du r6le important jou6 par les femmes dans la production agricole. Dans les petites communaut6s de type familial pratiquant I'horticulture, maris et femmes se partageaient les activities de production alimentaire selon des systhmes locaux de r6partition sexuelle des teaches. S'il est vrai que les femmes travaillaient plus longtemps que les hommes, puisqu'elles 6taient responsables de corv6es comme le d6sherbage, elles pouvaient compter sur l'aide de leur mari, des parents et des voisins, dans le cadre de groupes de travail coop6ratifs. Les femmes 6taient en 6tat de subordination sociale et juridique (selon la loi coutumibre), mais l'in6galit6 entre les sexes n'entrainait pas syst6matiquement un appauvrissement de la femme par rapport A l'homme. Les communaut6s locales 6taient autosuffisantes sur le plan alimentaire et certaines celles situdes par exemple dans l'actuelle province de l'Ouest, le long du Zambbze produisaient m6me des exc&dents.
L'appauvrissement 6conomique des femmes commenga avec la colonisation vers la fin du xixe sidcle (Muntemba, 1982). La Zambie et d'autres parties de l'Afrique australe 6taient consid6r6es comme des reservoirs de main-d'oeuvre masculine non qualifi6e pour les mines et les centres d'agriculture commerciale de l'Afrique du Sud, de la Rhod6sie (l'actuel Zimbabwe) et de la ceinture du cuivre de la Zambie. Les hommes passaient une grande partie de leur vie d'adulte loin de leurs villages, si bien que les teaches domestiques et I'entretien de la famille 6taient assures par les femmes. En l'absence des maris, les femmes ne pouvaient pas effectuer certains travaux p6nibles, comme le d6frichement de nouveaux champs. Des parcelles qui, normalement, auraient 6t6 laissdes en jach re 6taient surexploit6es, et la pro1 Le plus ancien institut de recherche de sciences sociales du continent africain, actuellement l'Institute for African Studies. Des anthropologues 6minents, comme Elizabeth Colson (1958), y ont 6tudi6 la complmentarit6 des activities des hommes et des femmes.

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FEMMES RURALES ET DPVELOPPEMENT EN ZAMBIE 33

duction alimentaire se mit A d6cliner. Quelques femmes, incapables d'assurer par elles-m6mes la production vivriare, furent forces de gagner leur pain en travaillant chez les principaux fermiers locaux (Cliffe, 1979).
Dans la province du Sud, I'Etat colonial encourageait les paysans A produire du mais pour nourrir la population urbaine croissante de la ceinture du cuivre. La main-d'ceuvre f6minine 6tait utilis6e pour la production de cultures de rapport aussi bien que de denr6es alimentaires, mais les travailleuses ne b6n6ficiaient pas n6cessairement de leur surcroit de travail. Hommes et femmes travaillaient ensemble les champs de mais, mais cette nouvelle culture commerciale 6tait consid6r6e comme l'apanage des hommes. Ailleurs, I'Etat ne cherchait gubre & ambliorer l'agriculture de subsistance, qui 6tait de plus en plus le fait des femmes. Ainsi, dis les ann6es 40, quelques zones rurales avaient cess6 d'6tre autosuffisantes et A fortiori exc6dentaires pour devenir importatrices de produits alimentaires, situation qui s'est poursuivie jusqu'd ce jour.
A partir de 1964, le Gouvernement zambien utilisa les b6n6fices d'une industrie du cuivre florissante pour am6liorer l'infrastructure (par exemple les routes), n6glig6e jusque-lk, ainsi que les services de sant6 et l'6ducation, promis au peuple comme fruits de l'ind6pendance. La diversification de l'6conomie, grAce notamment A une am61ioration de la production agricole, progressa lentement. L'exode rural s'acc616ra, aboutissant A la situation actuelle, A savoir une urbanisation de pris de 50 pour cent de la population zambienne
- situation diff6rente de celle du reste de l'Afrique (A l'exclusion de l'Afrique du Sud). La population rurale, dont un nombre disproportionn6 de femmes adultes, se mit donc A travailler davantage. Les prix & la production des cultures de rapport, y compris l'arachide, traditionnellement consid6r6e comme <>, furent gard6s artificiellement faibles de manibre A subventionner le cofit de la vie de la population urbaine, importante sur le plan politique. D'une fagon g6n6rale, la situation 6conomique des femmes se d6grada & mesure qu'augmentaient les in6galit6s entre villes et campagnes; mais la chose ne fut pas relev6e tant que la demande de cuivre demeurait importante et que ce m6tal se vendait bien sur les marches mondiaux.
L'Ann6e internationale de la femme (1975) a co'ncid6 en Zambie avec une chute des cours du cuivre, une baisse des recettes de l'Etat et une d6t6rioration g6n6rale de la situation 6conomique. Reconnaissant la n6cessit6 de diversifier l'6conomie, le gouvernement a lanc6 divers programmes visant A accroitre la production agricole, pour l'autosuffisance alimentaire comme pour l'exportation. Il s'agissait de quelques grands programmes impliquant de gros investissements en capitaux mais aussi comme pour le programme

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B. KELLER


LIMA, dont nous traiterons plus loin d'initiatives express6ment orient6es vers les petits producteurs, et plus particulibrement les paysans pratiquant une agriculture de subsistance. Une caractdristique de LIMA, du mouvement coop6ratif et des autres programmes destin6s aux populations pauvres des campagnes 6tait qu'ils ne reconnaissaient pas I'existence d'in6galit6s entre les sexes. Traitant les manages paysans comme des units homog~nes et se fondant sur le postulat selon lequel la plupart des manages ont pour chef un homme, les efforts de d6veloppement agricole ont, dans une large mesure, n6glig6 les femmes.
En Zambie, la prise de conscience du r6le 6conomique considerable jou6 par les femmes rurales a dt6 trbs progressive. En 1980, toutefois, la D6cennie des Nations Unies pour la femme avait commence & porter ses fruits. Grace surtout A l'intervention des diverses institutions des Nations Unies et des principaux organismes donateurs, notamment ceux des pays scandinaves, les projets sp6ciaux destin6s aux femmes rurales ont 6t6 de plus en plus nombreux et- quoique dans une moindre mesure-les structures existantes, telles que services de vulgarisation et moyens de credit, ont 6t6 r6examin6es du point de vue de leur accessibility pour les femmes.


Contraintes actuelles

Actuellement, le Gouvernement zambien cherche & intdgrer les femmes dans le d6veloppement. Un examen des contraintes auxquelles celles-ci se heurtent laisse toutefois pr6sager que cette integration ne se fera pas sans peine. En effet, l'accs des femmes aux principaux facteurs de production agricole
- notamment la terre, la main-d'oeuvre, le capital et les comp6tences est insuffisant et in6gal.
La Zambie est un pays dtendu, faiblement peupl6 et dont la population rurale est trbs disperse. L'acc6s aux terres cultivables semble, A premiere vue du moins, ne devoir poser aucun probl6me. Par le pass, la femme marine poss6dait g6n6ralement son propre champ, que son mari lui donnait et ddfrichait pour elle. Actuellement, les champs obtenus par le systhme des terres communales appartiennent A la famille dans son ensemble. En cas d'exc6dent destiny A la vente, le revenu appartient au chef du manage qui <> le champ, c'est-A-dire invariablement au mari. Il n'est pas facile A une femme marine d'obtenir des terres A titre personnel. Quand bien m~me elle y parvient, la production de la parcelle familiale passe, dans l'ordre des priorit6s, avant ses propres cultures. Dans certaines parties du pays oi la production de mais et de coton comme cultures de rapport est plus rdpandue, la terre est de

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FEMMES RURALES ET DEVELOPPEMENT EN ZAMBIE 35

plus en plus privatis6e, et ce sont les hommes plut6t que les femmes qui obtiennent les titres de propri6t6.
Dans la province du Sud, qui produit le gros des aliments de base et du mais de rapport, la main-d'ceuvre feminine a une importance critique pour les petits cultivateurs les plus novateurs. Avec des charrues A beufs, les hommes augmentent leur production de mais commercial, dans la mesure oi ils parviennent & accroitre leurs effectifs de main-d'oeuvre, notamment en devenant polygames. En effet, la main-d'oeuvre feminine rend les mariages multiples tras rentables -pour les hommes. En g6n6ral, ceux-ci ont d'ailleurs la haute main sur le travail des femmes marines, lesquelles n'exercent leur autorit6 sur personne, en dehors des enfants quand ils ne sont pas A l'6cole. Comme ce sont les maris qui contr6lent l'essentiel des revenus agricoles, souvent les spouses ne perqoivent pas de retribution en espbces proportionnelle au travail qu'elles fournissent. Incapables de produire un exc6dent agricole qu'elles vendraient elles-m6mes pour faire face A des d6penses p6riodiques (comme I'achat d'uniformes scolaires pour les enfants), elles entreprennent par exempie de brasser et de vendre ill6galement de la bibre. Le probl~me de la maind'oeuvre est particulibrement critique pour les femmes chefs de famille, qui repr6sentent de 30 A 40 pour cent de l'ensemble des m6nages ruraux du pays. Cultivant seules une petite parcelle et 6tant seules responsables de leurs enfants, elles constituent la couche la plus d6sh6rit6e de la cat6gorie des ruraux pauvres.
La plupart des femmes adultes, c6libataires ou marines, sont incapables d'accroitre leur production agricole parce qu'elles n'ont pas acchs au credit n6cessaire pour l'achat des semences hybrides, des engrais et des pesticides. D'une fagon g6n6rale, les paysans les plus d6munis, qui n'offrent aucune garantie, n'ont gubre accbs aux petits prfts consentis par l'interm6diaire des pouvoirs publics. Les programmes de credit, destin6s A favoriser la petite production de cultures de rapport, outre qu'ils sont insuffisants, ont 6t6 monopolis6s par les cultivateurs dynamiques de sexe masculin.
De plus, les femmes ne jouissent pas de l'6galit6 d'accs A l'information et aux comp6tences. Les services de vulgarisation agricole sont g6n6ralement dirig6s par des hommes, pour les hommes. Les vulgarisateurs n'ont, par coutume, aucun contact direct avec l'6pouse d'un autre homme. Par cons6quent, les nouvelles techniques agricoles sont expliqu6es aux maris, alors qu'en r6alit6 ce sont les spouses qui font le gros du travail. Les femmes chefs de manage devraient tre plus accessibles: elles sont parmi les plus pauvres de la communaut6 rurale et tendent A tre n6glig6es par les services de vulgarisation, orients vers les cultivateurs les plus dynamiques. Le programme de vulgarisation feminine concernant le d6veloppement agricole et communautaire

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B. KELLER


a mis l'accent sur l'6conomie familiale plut6t que sur les comp6tences n6cessaires A la production agricole. C'est pourquoi de nombreuses Zambiennes savent tricoter, mais sont incapables de comprendre les instructions pour l'6pandage des engrais.
L'in6galit6 des femmes devant la terre, le travail, le cr6dit et les comp6tences doit 6tre vue dans le contexte plus vaste de la pauvret6 rurale. Dans les campagnes, la plupart des families habitent des cabanes rudimentaires et sans latrines, manquent de prot6ines et boivent de l'eau non trait6e. Dans ces manages, les femmes adultes sont toujours 6cras6es de travail et souvent malades A cause d'accouchements trop frequents et de maladies end6miques comme le paludisme, les infections respiratoires, etc. Une 6tude r6cente a, par exemple, 6tabli l'emploi du temps des femmes adultes d'une zone de la province du Nord. Ces femmes consacrent leur temps d'abord A des corv6es domestiques et ensuite A tre malades. Le temps qu'elles consacrent a la production agricole vient en troisibme position, aprbs la maladie (Allen, 1984).
Grace A la D6cennie des Nations Unies pour la femme, ces contraintes sont d6sormais mieux reconnues et discut6es en public. Toutefois, cet 6tat d'esprit n'a pas encore abouti A une evaluation de l'impact de tous les plans et projets de d6veloppement nationaux sur la situation des femmes. On conqoit plus volontiers des projets sp6ciaux pour les Zambiennes, qui demeurent en dehors des principaux courants nationaux de d6veloppement. Quelques-uns de ces projets destin6s aux femmes continuent, d'ailleurs, de porter sur l'6conomie familiale. De plus en plus, cependant, ils visent A les encourager a produire des revenus, tant par l'accroissement de la production agricole que par le biais de petites industries, g6n6ralement celles qui <

Le programme LIMA

Le Gouvernement zambien a lanc6 le programme LIMA vers la fin des ann6es 70, dans le cadre des efforts d6ploy6s pour diversifier l'6conomie en la lib6rant de sa d6pendance excessive A l'6gard de l'extraction et de l'exportation du cuivre. En raison de s6cheresses p6riodiques, d'un exode rural important, de la baisse artificielle des prix a la production des denr6es de base

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FEMMES RURALES ET DIVELOPPEMENT EN ZAMBIE


et d'un manque g6n6ral d'enthousiasme pour le d6veloppement rural, la production nationale de mais stagnait. Quelques grands cultivateurs commerciaux et certains agriculteurs dynamiques, en particulier dans la province du Sud, approvisionnaient les villes en mais, mais la majority des cultivateurs pratiquaient une agriculture de subsistance qui ne leur permettait pas de produire des exc6dents pour la vente.
LIMA visait A am6liorer cette situation en offrant une enveloppe technique aux cultivateurs qui pratiquaient une agriculture de subsistance. Tout cultivateur souhaitant participer au programme pouvait obtenir, par l'interm6diaire d'un organisme gouvernemental de credit, un petit pret destiny A lui permettre d'acheter des semences de mais hybrides et les engrais n6cessaires. Des vulgarisateurs agricoles furent forms pour aider les cultivateurs A mesurer leurs champs, planter et 6pandre la quantity n6cessaire d'engrais, etc. Le module LIMA inspira plusieurs des principaux donateurs, contribuant ainsi au d6veloppement rural de la Zambie et entrant pour une part importante dans les programmes de d6veloppement rural int6gr6 de la plupart des provinces.
A l'6poque du lancement de LIMA, la contribution importante des femmes A la production agricole n'dtait gubre reconnue. Le message LIMA se propagea par les filibres 6tablies de bouche (masculine) A oreille (masculine). Dans les manages paysans comportant un couple mari6, un nouveau champ LIMA destiny A produire un exc6dent pour la vente devint le champ du mari, mime si le travail fourni par sa femme jouait un r61e critique dans l'amdlioration de l'agriculture familiale. On admit sans discussion que tous les membres du m6nage b6ndficieraient A 6galit6 des recettes en espices obtenues grace A la culture du mais. Or, en leur qualit6 de chef de manage, ce sont les maris qui prennent, de droit, les decisions concernant I'utilisation des revenus en esp6ces.
De nombreuses femmes trouvbrent que les efforts qu'elles avaient consacr6s aux parcelles LIMA de leur mari ne leur rapportaient que quelques metres de tissu une fois la r6colte vendue. En outre, une 6tude a montr6 que l'6tat nutritionnel des femmes et des enfants a en fait empire dans les zones oih I'agriculture de subsistance a fait largement place A la production de mais. Si l'attention des femmes est d6tourn6e de la production vivribre, ou si le temps limit dont elles disposent doit 6tre partag6 entre les cultures alimentaires et les cultures de rapport, il est bien 6vident qu'elles ne tirent aucun profit de LIMA. Qui plus est, en ce qui concerne les femmes c6libataires, on ne peut mame pas parler d'un b6n6fice quelconque puisqu'elles ont 6t, dans leur ensemble, exclues du programme.
Une enqu6te r6cente sur les participants LIMA de la province du Nord-

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B. KELLER


Ouest a permis de conclure, par exemple, que le programme 6tait ddfavorable aux femmes c6libataires du fait essentiellement qu'elles ne disposaient pas d'une main-d'ouvre familiale suffisante pour travailler A la fois sur les champs LIMA et sur les parcelles destinies aux produits de subsistance (Oppen, 1983). Huit pour cent seulement des agriculteurs LIMA sur lesquels a port l'enqu&te 6taient des femmes c6libataires, bien que celles-ci constituent 21 pour cent de l'ensemble de la population. Quelques spouses (25 pour cent des cultivateurs LIMA) 6taient parvenues A participer, mais s'6taient trouv6es d6savantag6es par rapport A leur mari, car elles avaient en outre la responsabilit6 de la production de subsistance. La grande majority des cultivateurs de la zone ayant fait l'objet de l'enquite ne participaient pas A LIMA. De nombreuses femmes ont d6clar6 aux enquateurs que LIMA 6tait un programme r6serv6 aux hommes et ont fait observer que les vulgarisateurs ne leur en avaient meme pas parl6.
Dans la province du Nord, un programme de type LIMA finance par des donateurs fournit gratuitement semences et engrais pour une campagne A tous les adultes qui souhaitent entreprendre la culture du mais. Ici, dans les villages oai tous les adultes hommes et femmes en bonne sant6 ont b6n6fici6 des m8mes possibilities pour la culture d'une parcelle LIMA, la participation des femmes a 6t6 importante. En effet, 40 pour cent environ des participants de la premiere ann6e 6taient des femmes (NORAD, 1982). Par la suite, lorsque les participants sont census acheter leurs facteurs de production, on assiste typiquement A un abandon de la part des femmes. Bien qu'aucune 6tude syst6matique n'ait 6t6 effectu6e pour determiner les raisons de ce ph6nomne, il est probable que les femmes soient appel6es A travailler les champs de leur mari plut6t que leurs propres parcelles. De toute fagon, on constate qu'aprhs la premiere annde, les recettes en esphces provenant de ce programme agricole vont presque entibrement aux homes.
Dans la province de 'Est, LIMA s'inscrit depuis longtemps dans le cadre des activit6s du programme de d6veloppement rural int6gr6 le plus ancien du pays. Jusqu'A une date r6cente, toute l'attention consacr6e au <> 6tait ax6e sur les clubs f6minins, dont les activities 6taient presque exclusivement tourndes vers 1'6conomie familiale. Au cours des deux dernibres ann6es, cependant, on a incit6 les clubs f6minins A abandonner la couture au profit de LIMA, de manibre A permettre aux femmes de s'assurer un petit revenu. Cette nouvelle orientation ne traduisait pas une option de fond du programme de d6veloppement rural int6gr6, mais la pens6e des vulgarisatrices expatri6es, qui collaborent b6ndvolement avec le programme. Des credits ont 6t6 mis tout sp6cialement A la disposition de ces clubs, d6sormais convertis en groupes LIMA, et des vulgarisateurs leur ont 6t6 assigns.

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FEMMES RURALES ET DIVELOPPEMENT EN ZAMBIE


Bien que les femmes n'aient pas toutes le temps de participer aux activities d'un club, cette formule de cooperation repr6sente pour elles une fagon acceptable de s'occuper d'elles-m~mes en 6chappant A.la tutelle du mari.
Lors de leur lancement, les groupes LIMA ont eu beaucoup de succas puisque les cultivateurs pouvaient ainsi b6n6ficier de prts de groupe tout en cultivant individuellement leurs terres. Puis le projet Formation et Visites (T & V, Training and Visits) lanc6 par la Banque mondiale a fait son apparition en Zambie, dans la province de l'Est, choisie comme zone pilote. Dans le module T & V, chaque vulgarisateur agricole travaillant au niveau de la base choisit sept ou huit contacts parmi les cultivateurs et leur rend visite tous les 15 jours pour leur transmettre toutes les informations pertinentes compte tenu de la p6riode de l'ann6e. Or, aucun vulgarisateur n'a pris contact, dans le cadre de ce programme, avec des cultivatrices, et les groupes LIMA f6minins ont 6t6 exclus du b6n6fice des services de vulgarisation. Bien que cette situation puisse A l'avenir 6tre rectifi6e localement, h condition qu'on parvienne A persuader les vulgarisateurs d'inclure des cultivatrices dans leur emploi du temps particulibrement structure, le modble T & V repr6sente un autre exemple d'approche de d6veloppement agricole techniquement efficace, mais dont les femmes sont exclues.


Conclusions

Les retomb6es 6conomiques des programmes de d6veoppement agricole comme LIMA et T & V, aussi bien intentionn6s soient-ils, ne profitent en Zambie qu'A un nombre relativement restreint de femmes rurales. Le paysannat n'est pas homogbne. Les manages dont le chef est une femme repr6sentent un pourcentage important des manages ruraux et sont, pour une large part, exclus des programmes de d6veloppement, qui postulent que les chefs de famille sont par definition des hommes. Dans les couples mari6s, les titres de propri6t6 et l'accas aux prets et aux services de vulgarisation sont monopolis6s par les maris, mme si ce sont les 6pouses que les vulgarisateurs trouvent dans les champs lorsqu'ils effectuent leur tourn6e.
L'in6galit6 entre les sexes est accrue plut6t que diminu6e lorsque la main-d'oeuvre feminine est utilis6e pour la production de cultures de rapport en m6me temps que pour celle des denr6es n6cessaires A l'alimentation familiale. L'in6galit6 actuelle entre les sexes n'a pas 6t6 remise en question par les programmes r6cents de d6veloppement agricole, comme LIMA. Or, tant que les femmes ne jouiront pas de l'6galit6 d'acc6s A la terre, A la main-d'oeuvre, au credit et A l'information, elles ne pourront pas produire davantage pour

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4U B. KELLER

leur famille aussi bien que pour la nation. Celles qui ont la bonne volont6 n6cessaire se retrouvent en fin de compte 6cras6es de travail.
La contribution des femmes A la production agricole vient seulement d'6tre reconnue; mais il est vain d'attendre d'elles une production accrue sans modification des structures et des attitudes.
Les institutions internationales qui ont plaid en faveur de l'int6gration des femmes dans le d6veloppement ont jusqu'A present choisi la voie de la facility. Hesitant A mettre en cause les structures et les attitudes existantes, elles tendent A mettre en place de petits projets destin6s aux femmes. En Zambie, par exemple, quelques clubs f6minins parrain6s par des institutions des Nations Unies b6n6ficient de pr&ts pour la production de cultures de rapport. Comme il s'agit de projets sp6ciaux, fortement subventionn6s, le nombre de femmes qui en b6n6ficient est faible. Le plus souvent, il s'agit de femmes rurales d6ji un peu plus ais6es, qui ont du temps et de l'6nergie A consacrer A l'obtention d'un revenu, ce qui n'est pas le cas, en Zambie, de la majorit6 des femmes rurales. On ne dispose pas encore de la technologie requise pour permettre aux femmes d'6conomiser temps et 6nergie. Bien qu'ils se soient beaucoup am61lior6s au cours des 20 dernibres ann6es, les services de sant6 dans les campagnes laissent encore A d6sirer. Les cultivateurs sont tous confronts aux insuffisances de l'infrastructure rurale (routes, transports, services de commercialisation). II faut affronter ces problames en mime temps que ceux pos6s par les structures et les attitudes, qui continuent A priver les femmes de la possibility d'apporter leur pleine contribution au d6veloppement rural.
Les Zambiennes sont en fait d6jA int6gr6es dans le d6veloppement, mais in6galement. Elles travaillent pour nourrir leur famille, mais leur travail est utilis6 pour la production de cultures de rapport. La nation les honore en tant que meres, mais pas en tant que productrices. L'int6gration r6elle, 6galitaire, ne sera atteinte que lorsque les femmes b6n6ficieront des retomb6es des divers programmes de d6veloppement et que leurs int6r6ts seront pris en compte sp6cifiquement, plut6t que dans le cadre global du paysannat. La D6cennie des Nations Unies pour la femme a le m6rite d'avoir ouvert le d6bat sur ces questions; mais l'assaut concert aux in6galit6s existantes devra se poursuivre longtemps aprbs la fin de la D6cennie.



Rdffrences
ALLEN, J.M.S. Baseline survey report (1980-82): Chief Mubanga's area. Mpika, Integrated 1984 Rural Development Project/Chinsali District Council.

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FEMMES RURALES ET DIVELOPPEMENT EN ZAMBIE 41


CLIFFE, L. Labour migration and peasant differentiation: Zambian experiences. In Devel1979 opment in Zambia, ed. B. Turok. London, ZED Press.
COLSON, E. Marriage and the family among the Plateau Tonga of Northern Rhodesia. Man1958 chester, Manchester University Press.
KELLER, B. The integration of Zambian women in development. Lusaka, NORAD. 1984
MUNTEMBA, S.M. Women as food producers and suppliers in the twentieth century: the case 1982 of Zambia. In Development dialogue (Uppsala). Issue 1/2.
NORAD (ORGANISME NORVPGIEN POUR LE DVELOPPEMENT INTERNATIONAL). An evalua1982 tion of a village agricultural programme Northern Province, Zambia.
Lusaka/Oslo.
OPPEN, H.J.V., SHULA, E.C.W. & ALFF, U. 1983 LIMA survey: final report. Francfort 1983 (R6p. f6d. d'Allemagne), GTZ.
ROGERS, B. The domestication of women: discrimination in developing societies. London, 1980 Tavistock.

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Un projet en faveur des femmes de pecheurs au Bangladesh


P. Natpracha et B. Williams

Le Programme de d6veloppement et d'am6nagement des p6ches dans le golfe du Bengale, projet FAO financ6 par 'Agence su6doise d'aide au d6veloppement international, vise A am61liorer les conditions de vie et de travail des petits pcheurs. On ne peut pas faire abstraction des femmes dans les villages de pecheurs car, bien qu'elles n'aillent pas en mer, ce sont elles qui vendent le poisson et qui doivent en plus assurer la survie de leur famille dans un milieu difficile marqu6 par la misbre.
A la fin de 1981, un projet pilote rattach6 au programme, intitul << Activit6s pour les femmes de p6cheurs >>, a 6t6 lanc6 dans le petit village de JuldiaShamirpur, A 20 km au sud de Chittagong. II s'agissait de trouver les moyens d'aider ces femmes pauvres et pour la plupart analphab6tes A s'organiser en groupes, I travailler ensemble A l'am61lioration de leurs conditions de vie et A constituer une force dans la collectivit6.
Le projet 6tait fond6 sur le postulat selon lequel, pour d6boucher sur l'autonomie, le d6veloppement doit s'appuyer sur la participation. Ainsi:

- les activities ne doivent pas 6tre fix6es A l'avance, mais se d6gager des id6es 6manant des discussions avec les participants;
- les relations de travail entre le personnel du projet et le groupe cible doivent tre celles d'homologues au service du d6veloppement;
- le personnel du projet doit avoir une attitude respectueuse envers le groupe cible et lui faire confiance.

Le projet avait pour objectifs sp6cifiques d'aider les femmes A identifier et pratiquer des activities r6mun6ratrices et de renforcer leur capacity A am6liorer la sant6, la nutrition et l'hygibne de leur famille.
Comment les femmes ont-elles rdagi A cette approche ax6e sur la participation? A-t-on constat6 des am6liorations dans leurs conditions de vie?


Mme Patchanee Natpracha est sociologue au Programme de d6veloppement et d'am6nagement des piches dans le golfe du Bengale; elle a 6t6 affected A ce projet. Mme Betty Williams est un 6crivain qui s'int6resse aux questions de d6veloppement.

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P. NATPRACHA ET B. WILLIAMS


Quels 6taient les probl6mes h surmonter? Enfin, quels sont les 616ments essentiels pour assurer la continuity des r6sultats d'un projet de faible ampleur lorsque l'organisme d'ex6cution s'est retire? Voici l'appr6ciation sans detours de la sociologue charge du projet.


Les femmes de Juldia-Shamirpur et leurs families

Au titre du projet, on a proc6d6 A une enquite sur les conditions de vie des pcheurs de Juldia-Shamirpur, A partir d'entretiens et de donn6es d6jA disponibles. Une fois le projet lanc6, on a observe toute une ann6e les activit6s quotidiennes de huit families choisies dans les diffdrents groupes socio-6conomiques. Cela a permis de mieux comprendre les pecheurs, leurs croyances, coutumes, comportements, sentiments et mentality.
Les 114 families de pecheurs du groupe cible sont hindoues; elles vivent dans une petite poche du village parmi des marchands et des cultivateurs musulmans. Environ 70 pour cent d'entre elles sont tras pauvres: a l'exception de leur cabane, elles ne posshdent rien. Leurs revenus proviennent de leur travail sur les bateaux de pche et de la vente du poisson.
Au moment de l'enqubte, sur les 62 marchands de poisson que comptait le village, 43 6taient des femmes (dont 21 veuves). Il s'agit d'un travail 6reintant. 11 faut attendre sur le d6barcadbre I'arriv6e des bateaux de pache, marchander l'achat d'un lot de poisson que l'on transporte ensuite sur la tate jusqu'au march local ou dans les villes des environs, ofi l'on fait du porte A porte. Le sort des marchandes de poisson de Juldia-Shamirpur est plus dur depuis quelque temps, car les bateaux ne s'arretent plus & c6t6 du village, mais poursuivent leur route jusqu'd Chittagong. Les marchandes doivent donc prendre le ferry, le bus et un rickshaw (pousse-pousse) pour faire les 20 km qui les s6parent du port, A 2 heures du matin et 2 heures de l'apr~s-midi. Plusieurs nuits par semaine, elles dorment sur les quais A m~me le sol.
Cette population est 6cras6e par un endettement assorti de taux d'int6ret 61lev6s. Le jour oil elles ne font pas de b6n6fices, les marchandes doivent emprunter pour pouvoir acheter du poisson le lendemain; pendant la mauvaise saison, quand il n'y a pas de travail sur les bateaux et peu de poisson A vendre, elles doivent emprunter pour nourrir leur famille. Les taux d'int6rt pratiqu6s par les usuriers ou les commerqants peuvent atteindre 2 pour cent par jour. A l'6poque de l'enquate, 62 pour cent des families de picheurs 6taient endett6es; 35 pour cent n'avaient pas de dettes, mais n'avaient pas non plus d'6conomies.
Il1 n'est pas 6tonnant que les mesures anthropom6triques de 95 enfants de

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FEMMES DE PtCHEURS AU BANGLADESH 45

moins de cinq ans vivant A Juldia-Shamirpur indiquent que seuls 6 pour cent d'entre eux avaient un 6tat nutritionnel normal, alors que 23 pour cent souffraient de malnutrition grave (du troisibme degr6) et le reste de sousalimentation. C'est une des pires situations nutritionnelles du Bangladesh.
On a interrog6 40 personnes constituant un 6chantillon repr6sentatif des divers groupes 6conomiques, et il en ressort une constante 6tonnante: toutes avaient l'impression que la situation s'6tait d6t6rior6e dans le village depuis quelques ann6es. Les raisons en 6taient presque toutes de nature 6conomique (les gens ne pouvaient pas se permettre deux repas par jour, les bateaux n'accostaient plus dans le village, les possibilities d'emploi 6taient moins nombreuses, etc.). Certes, la pression d6mographique et les ressources limit6es sont des 616ments determinants, mais il existe un autre facteur: la modernisation, qui touche A la fois la collectivit6 et les techniques de pache; en effet, les pacheurs pauvres du village ne peuvent pas 6tre concurrentiels, et leurs techniques traditionnelles de pache et de commercialisation les poussent un peu plus chaque jour aux marges de la soci6t6.


Structure du projet

C'est une structure fort simple. Deux agents de terrain de sexe f6minin, bases A Chittagong mais se rendant tous les deux jours au village, ont encadr6 les diverses activities relevant du projet. Bien que dipl6m6es, ces deux jeunes femmes ont di &tre formdes au travail sur le terrain et recevoir un apprentissage sur place aux m6thodes de travail avec les femmes.
Pour pouvoir commencer A travailler ensemble, on a pens6 que la fabrication de filets de piche pourrait &tre une activity r6mundratrice. Les villageoises ont 6t6 convi6es A une reunion sur ce theme. Apris de longues discussions, une trentaine de femmes ont accept de mettre l'ide A l'6preuve; elles ont 6t6 invites A former de petits groupes de cinq ou six personnes. Chaque groupe nommait une coordinatrice parmi ses membres l'agent de liaison en g6n6ral une femme plus jeune ayant du temps A consacrer A ce travail. Chaque agent de liaison percevait un petit salaire mensuel de 100 A 250 taka (25 taka = 1 dollar U.S. environ), en fonction de son rendement. En mai 1985, 178 femmes se r6partissaient en 13 groupes de travail, chapeaut6s par neuf agents de liaison. On estime qu'd terme, chaque agent de liaison pourra s'occuper de deux groupes de 15 membres chacun. /
Peu A peu, d'autres personnes se sont proposdes'd'assumer certaines responsabilit6s, telles l'enseignement des soins de sant6 primaires, pour lesquelles elles touchaient une r6mun6ration symbolique. Lorsque quelques agents

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46 P. NATPRACHA ET B. WILLIAMS

de liaison prirent un emploi dans une nouvelle usine de v6tements, ces b6n6voles prirent leur place. Agents de liaison et b6n6voles, ayant toutes requ une formation et pris de l'ascendant, sont d6sormais une pr6cieuse ressource humaine dans le village.
Enfin, un des principes directeurs du projet consistait q utiliser les comp6tences techniques existant sur place pour les apports indispensables, dont la formation. Treize organismes ont particip6 A l'une ou l'autre phase de ce projet pilote, et il faut noter tout particulibrement: la formation des agents de terrain et/ou des agents de liaison et des b6n6voles assure par le Bangladesh Rural Advancement Committee; l'aide en matibre de soins de sant6 pr6ventifs apport6e par CONCERN, association irlandaise de b6nivoles; le programme de credit de la banque Grameen; et I'aide en matibre de sant6 et de nutrition assure par l'Institut de nutrition et de sciences alimentaires de l'universit6 de Dhaka.


Activitis des groupes rattach6s au projet

Les 6tudes effectu6es au titre du projet ont permis de constater que l'endettement constituait pour ces femmes de picheurs l'obstacle d6sesp6rant par excellence. Il fallait absolument les lib6rer de ce cercle vicieux de d6pendance A l'6gard des usuriers pour qu'elles puissent maitriser un peu mieux leur vie. Dans le cadre du projet, on a donc consenti de petits prets sans int6r6ts de 50 h 300 taka aux membres du groupe afin qu'elles les investissent dans des activities r6mun6ratrices. Les emprunteuses 6taient incit6es A rembourser le pr~t, puis a mettre de c6t6 10 pour cent de leurs b6n6fices pour les investir dans d'autres activit6s 6conomiques et faire face aux impr6vus.
La fabrication des filets 6tait connue de ces femmes, mais elles n'avaient pas beaucoup de pratique; on leur a donc enseign6 A fabriquer un type particulier de filet d6rivant, dont la demande dans la region d6passe l'offre. Trbs vite, dans de nombreuses huttes, on a pu voir les familles rassembl6es dans un coin et fabriquant des filets.
A part la fabrication de filets, les femmes ont choisi d'investir dans des activities qu'elles pratiquaient d6ji quand elles en avaient les moyens l'61evage de poulets pour la chair et les oeufs, de canards pour les oeufs, de chvres pour la viande, le s6chage et la vente du poisson. Avant de leur accorder les pr6ts, on organisait des reunions pour aider les femmes A anticiper les problmes 6ventuels et les solutions a y apporter, A determiner le montant des b6n6fices possibles et A d6finir les modalit6s de remboursement.
Toutes ces activities se sont r6v616es rentables. Cent soixante-quatre per-

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FEMMES DE PICHEURS AU BANGLADESH 47

sonnes se sont lances dans la fabrication de filets. D6s juin 1985, 382 filets avaient 6t6 fabriqu6s; ce travail avait rapport 63 918 taka (2 567 dollars U.S.). Bien que les pr6ts aient 6t6 accords sur I'honneur et sans calendrier pour le remboursement, ds avril 1985, 62 pour cent de la somme totale pr6t6e avaient 6t6 rembours6s, et chaque emprunteur avait rembours6 au moins une partie de son emprunt. Qui plus est, presque tous les membres avaient r6ussi A 6conomiser environ 100 taka, et la somme totale des economies atteignait 16 350 taka.
Seules deux activities rattach6es au projet ont 6chou6. Deux arbres fruitiers un goyavier et un cocotier ont 6t6 distribu6s A 75 personnes pour qu'elles les plantent, mais la plupart ont 6t6 d6vor6s par le b6tail. L'autre 6chec et, fait int6ressant, il s'agissait de la seule activity non propose par les femmes elles-m6mes a 6t6 la location d'un bassin que l'on a rempli de poissons. Le manque d'exp6rience, l'insuffisance des capacit6s de gestion et la non-participation des p6cheurs sont les causes probables de cet 6chec.
Une fois les activit6s r6mun6ratrices bien rod6es, et le respect et la confiance assures entre agents de terrain, agents de liaison et membres des groupes, les femmes se sont mises A aborder d'autres aspects de leurs conditions de vie, notamment la sant6. Aprbs avoir regu une premiere formation auprbs de l'association CONCERN, les agents de liaison et les b6ndvoles ont pass de trois A huit mois A inculquer aux groupes 16 principes de prophylaxie allant de l'hygibne du milieu aux soins pr6natals.
Ensuite (d6but 1984), les responsables du projet ont obtenu de l'Institut de nutrition et de sciences alimentaires de l'universit6 de Dhaka qu'il envoie une 6quipe de cinq personnes pour former les villageoises, comme le personnel engage au titre du projet, aux questions relatives A la sant6 et A la nutrition. Dans le cadre de cette formation, des cours de cuisine ont 6t6 organisms; il s'agissait d'introduire une plante sauvage de tres grande valeur nutritive qui pousse abondamment autour du village, mais que les villageois ne mangeaient pas habituellement. Force a 6t6 de constater, cependant, que les femmes ayant particip6 A ces cours ont t6 trbs peu nombreuses A appliquer leurs nouvelles connaissances en nutrition quand elles faisaient la cuisine chez elles, ou m6me h utiliser cette plante sauvage. Pour modifier des habitudes culinaires et alimentaires de toute une vie, il faut constamment rappeler les nouvelles pratiques. Par consequent, les agents de liaison et les membres des groupes continuent de faire la cuisine ensemble et de discuter des difficult6s qui les emp~chent de mettre en pratique les connaissances nouvellement acquises.
Enfin, le surpeuplement du village et l'exiguit6 des logements 6taient tels qu'il devenait urgent de disposer d'un local oii les groupes puissent se r6u-

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48 P. NATPRACHA ET B. WILLIAMS

nir, oit les agents de terrain aient un bureau, et oil I'on puisse ranger cordes et filets. Lorsqu'un marchand musulman, trbs respect dans le village, offrit le terrain, le Programme de d6veloppement fournit les credits pour la construction d'un local. Les femmes souhaitent qu'il puisse servir 6galement de garderie d'enfants, A condition de former le personnel pour la tenir.


Transfert du projet pilote

L'appui du programme au projet pilote s'achevant en juin 1985, le personnel du projet a longuement cherch6 un organisme local capable de prendre la relive en utilisant le personnel d6ji form et la structure en place et d'6tendre les activities aux villages avoisinants. Finalement, Nijera Kori, une organisation bien connue pour ses activities communautaires ax6es sur le d6veloppement humain, a visit6 le village et, apr~s avoir consult6 les int6ress6es, a accept de continuer de s'occuper du projet.
Le second apport n6cessaire des credits abordables sera assur6 par la banque Grameen, qui ouvre prochainement une succursale tout prbs du village. Cette banque constitue une des principales r6ussites du Bangladesh dans le domaine du d6veloppement rural; elle accorde de petits prats A faible taux d'int6r&t aux personnes d6munies, leur permettant ainsi d'investir dans des activities rdmun6ratrices. La p6rennit6 de ce petit projet semble done quasiment assure.


Quelle legon tirer du projet pilote?

Certaines lemons tires de ce projet pil3te A court terme touchant des femmes de pecheurs d'un petit village du Bangladesh pourraient 6tre l'objet d'applications plus vastes.

* La participation engendre une plus grande autonomie. Lors du lancement du projet, les deux agents de terrain, qui manquaient d'exp6rience, faisaient plut6t office d'assistantes sociales et les villageoises percevaient le projet comme une entreprise charitable. L'atmosphbre de confiance dans laquelle agents de terrain et participantes ont collabor6 sur un pied d'6galit6 n'a pu etre instaur6e qu'une fois remplies certaines conditions:

- C'est en travaillant avec les families de p6cheurs et en les observant directement que l'on a pu comprendre leurs conditions de vie, leurs croyances, et

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FEMMES DE PtCHEURS AU BANGLADESH


non en comptant exclusivement sur les donn6es socio-6conomiques initialement recueillies;
- chaque activity propose a 6t6 l'objet de discussions de groupe; les participantes ont tras bien compris qu'il ne s'agissait que d'exp6riences auxquelles elles 6taient libres de donner suite ou non;
- le personnel du projet avait requ instruction d'6couter les femmes de pecheurs; il s'agissait aussi bien d'6couter ce que ces femmes avaient A dire que de les aider A proc6der A une r6flexion critique sur ce qu'elles vivaient et A identifier les probl6mes, pour ensuite les r6soudre.

Lorsque les femmes se sont rendu compte qu'on les consultait, que leurs ides et leurs comp6tences 6taient valoris6es, elles se sont montr6es plus confiantes et ont acquis une mentality plus positive. Tout effort de d6veloppement devrait chercher A rendre les gens plus aptes & r6soudre les problames plut6t qu'A les rendre d6pendants.

* Les activists au titre des projets doivent rdpondre aux besoins ildmentaires des participants. Lorsque les personnes qui participent a un projet sont trbs pauvres, tout effort pour les aider a mieux se prendre en charge doit reposer sur des activities r6mun6ratrices, ou qui permettent de mieux nourrir la famille. Le present projet comporte un aspect particulibrement positif: les activities ne constituaient pas un surcroit de travail pour ces femmes d6jA d6bord6es; au contraire, la fabrication de filets et l'61evage 6taient des activit6s auxquelles les femmes pouvaient faire participer mari et enfants.

* Les femmes pauvres ont absolument besoin de credit. Ces femmes de pecheurs 6taient totalement sous la coupe des usuriers. Les petits prets consentis grace au projet ont contribu6 de fagon non n6gligeable A rompre ce cercle vicieux. Sans le volet credit, ce projet efit 6t6 difficile, voire impossible. D'autre part, il faut noter que, malgr6 leur pauvret6, ces femmes se sont montr6es trbs scrupuleuses dans le remboursement des pr6ts.

* Utiliser et renforcer les connaissances techniques locales est indispensable.
L'emploi de jeunes villageoises dans des fonctions rattach6es au projet a permis de renforcer I'atmosphbre de participation, mais aussi de faire 6clore de pr6cieuses qualitis de chef dans la communaut6. Il importait de faire appel aux organismes existant dans la region, car ils connaissent la situation mieux que les consultants ext6rieurs, et leur concours pourrait se r6vl1er indispensable par la suite.

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50 P. NATPRACHA ET B. WILLIAMS

* II faut situer le projet dans le contexte global du ddveloppement. Au d6but du projet, on s'attendait A voir le ministare des peaches prendre la relive lorsque le programme se serait retir6. Mais le ministere ne disposait pas de l'infrastructure n6cessaire, et ses responsables 6taient plus attaches A faire progresser les techniques de p6che qu'A am6liorer les conditions de vie des p6cheurs. Les organismes d'aide qui lancent un projet pilote doivent s'assurer ds le d6but d'une structure d'appui pour prendre la relive; le dialogue doit 8tre permanent entre les responsables du gouvernement et des organismes d'aide sur les fondements du projet et sur les ressources n6cessaires pour le reconduire et l'6tendre si les premiers r6sultats sont concluants.
Il existe un rapport important mais trop souvent n6glig6 entre d6veloppement humain et transfert de technologie. I1 est indispensable que les organismes d'aide inculquent aux d6cideurs la n6cessit6 voire la priority
- du d6veloppement humain pour que l'apport technologique soit accept et optimism. Souvent, meme les organismes d'aide ne saisissent pas toute l'importance de ce rapport.

* II est essentiel de privoir un dilai raisonnable pour la rdussite du projet. Un projet pilote ax6 sur le d6veloppement des ressources humaines doit pr6voir suffisamment de temps pour permettre aux participants d'acqu6rir des comp6tences et A la communaut6 d'enregistrer certains progres. Un projet qui se contenterait de mettre A l'6preuve des approches sans y donner suite pourrait fort bien 6tre perqu par les participants comme une exploitation pure et simple. Si l'organisme initial ne peut assurer la poursuite d'un projet, il devrait faire en sorte que d'autres organismes d'aide prennent la relive.

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Les femmes rurales
et la commercialisation

Un projet d'elevage de porcs aux Philippines


A. Mufoz

Je m'appelle Simeona Azores. J'ai 56 ans, mais je suis en pleine forme. J'ai abandonn6 l'6cole au lyc6e. J'ai six enfants, tous marids. Depuis que je suis devenue veuve en 1978, je travaille deux fois plus pour gagner ma vie et aider mes enfants et mes petits-enfants, qui vont A I'6cole primaire du village et au lyc6e. Mes journdes sont bien remplies: chaque jour, je fais le manage, je vends du poisson, je m'occupe des animaux et de la rizibre.
Mais tout d'abord, deux mots de Santo Domingo, mon village: il est A 12 km de Naga et A environ 27 km de l'adroport de cette ville. Santo Domingo est plat et expos aux inondations. I1 s'6tire le long d'une grande rue principale, qui est aussi la seule route qui y mbne. Le village s'6tend sur environ 435 ha, dont 202 ha de rizibres, 5 ha de cocotiers et le reste des marais et marecages.
Santo Domingo est le village le plus mal loti de la municipality de Bombon. 11 est situ6 h proximity de I'embouchure du Bicol et de la baie de San Miguel, et c'est probablement pourquoi l'eau sale p6ndtre par les canaux de derivation. Le drainage se faisant mal pendant les pluies, le fleuve d6borde. Par ailleurs, les marais et mar6cages du c6t6 ouest sont des repaires de rongeurs qui attaquent les cultures certains mois de I'annie. I1 n'y a pas de systame d'irrigation et de drainage A Santo Domingo. On en construit un dans le cadre d'un programme de d6veloppement int6gr6 prdvoyant la mise en valeur du Bicol. Ce projet devrait bient6t 6tre achev.
Dans l'ensemble, les habitants de Santo Domingo sont pauvres. Soixante-dix-sept pour cent (105 families) sont des exploitants agricoles. Trois seulement des 129 maisons du village sont construites en dur, les autres sont faites de bambou, de bois et de chaume.
Santo Domingo compte 987 habitants, soit en moyenne 7,3 personnes par famille. Le revenu moyen annuel (1 375 pesos, soit 184 dollars environ)



D'aprbs six monographies sur les activities commerciales des femmes rurales, soumises par Mme Angelina Mufioz, Secr6taire adjointe, Ministare de la r6forme agraire, Philippines.

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52 A. MUNOZ

est tras inf6rieur au revenu national moyen par famille (3 736 pesos, soit 500 dollars environ).
En 1976, il n'y avait pas un seul cultivateur propridtaire. La plupart 6taient soit fermiers, soit ouvriers agricoles. Certains fermiers 6taient d'anciens propri6taires contraints d'abandonner leurs terres aprbs plusieurs r6coltes d6sastreuses dues aux inondations, aux typhons, aux infestations, A la s6cheresse et A la perte de leur animal de trait, le k6rabau (buffle). Toutefois, les plus d6termin6s d'entre eux ont continue de cultiver la terre A bail jusqu'au jour oai, r6cemment, la r6forme agraire leur a permis d'en devenir propri6taires.
L'absence d'irrigation et de drainage gene consid6rablement les petits fermiers et les empeche de sortir de la pauvret6. Dans le passe, ils ont b6ndfici6 de credits publics, qui toutefois ne leur ont pas permis d'am6liorer leur situation; au contraire, A cause de calamitds naturelles, ils se sont trouv6s encore plus endett6s pendant plusieurs ann6es. Aucune banque, priv6e ou publique (A l'exception, plus tard, de la Banque foncibre des Philippines, dans le cadre du Programme de promotion des petits exploitants), ne voulait prater de l'argent aux fermiers de Santo Domingo s'ils n'avaient pas de caution.
Traditionnellement, une fois terminus les travaux agricoles, les petits exploitants fabriquent des bardeaux, pour lesquels ils touchent 6 pesos par paquet de 100. Toute la famille participe A cette activity, en particulier les femmes. La peche est une autre activity r6mun6ratrice. Les hommes vont picher et les femmes vendent le poisson au march6.
Notre village, comme tant d'autres aux Philippines, a les services suivants:

- deux 6coles primaires comprenant chacune trois classes
- une 6glise
- un puits profond dans la cour de l'6cole (source d'eau potable pour les enfants et les families voisines)
- un systbme municipal d'alimentation en eau
- le passage deux fois par mois du service d'hygibne rurale
- une fabrique de tapisserie du SFPPG'
- un groupe de femmes rurales s'occupant d'un projet d'activit6s r6mundratrices


1 Groupe de production des petits exploitants et paysans, groupement d'intdr&ts constitute dans le cadre du Programme de promotion des petits exploitants.

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FEMMES RURALES ET COMMERCIALISATION AUX PHILIPPINES 53

- un atelier de forgeron membre du SFPPG2
- un magasin de meubles
- cinq r6frig6rateurs, un poste de t616vision et des transistors radio dans certaines maisons
- des toilettes avec chasse d'eau dans de nombreuses maisons
- sept boutiques de sari-sari (bazars)
- des courts de basket-ball et de volley-ball
- l'61ectricitd dans presque toutes les maisons
- trois motoculteurs, dont deux appartenant A des membres du SFPPG, et une batteuse, A louer
- une 6quipe de preparation du terrain compos6e de 10 personnes, membres du SFPPG.


Aides de 'Etat

Des agents de quatre ministries et de trois bureaux administratifs (agriculture, r6f6rme agraire, sant6, 61evage) se rendent fr6quemment A Santo Domingo pour preter leurs services.
En 1973, la majorit6 des paysans de Santo Domingo avaient demand des prets A la production de riz, dans le cadre du programme Masagana 99. Malheureusement, A l'6ch6ance, 15 pour cent seulement des paysans ont pu rembourser la banque, car un typhon avait d6truit les cultures. Les autres n'ont pu s'acquitter de leur dette qu'en quatre ou cinq ans.
Seuls ont 6t6 r6am6nag6s les prets de ceux qui avaient r6gl6 leur compte A l'6ch6ance. Jusqu'd aujourd'hui, certains exploitants de Santo Domingo n'ont pas fini de rembourser le fameux pr&t du projet Masagana 99, premier et dernier de ce type A avoir 6t6 consenti aux paysans de Santo Domingo. Aujourd'hui, tous les prets sont assortis de garanties.
Selon la 16gislation actuelle, le certificat de transfert foncier d61livr6 aux b6n6ficiaires de la r6forme agraire peut servir de garantie pour les pr6ts A la production. N6anmoins, l'incendie qui a ravag6 la capitale provinciale, Camarines Sur, en mars 1976 a compltement d6truit les pieces et dossiers relatifs A ces op6rations, et notamment ceux concernant Santo Domingo. Aussi, dans cette circonscription, les b6n6ficiaires de la r6forme agraire doi2 Ce projet, soutenu par le Programme de cooperation technique de la FAO, a pour objet de former des forgerons et des charpentiers et de favoriser l'6tablissement d'ateliers d'artisans au village. II fait partie du Programme de promotion des petits exploitants.,

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4 A. MUNOZ

vent-ils attendre que les documents soient reconstituds. Pour autant que je m'en souvienne, le groupe de production des petits exploitants et paysans est le seul projet public qui ait bien march A Santo Domingo. Tant d'autres ont 6t6 lancds qui n'ont pas dur6 plus de deux ou trois ans. Au d6but de ce programme, en 1976, l'enthousiasme 6tait grand. Un nombre considerable de groupes se sont forms, mais sept seulement se sont organisms. Les int6ress6s devaient suivre divers ateliers sur la production vivriere, animale et avicole, la gestion de la ferme, la planification, l'6tablissement du budget, la comptabilit6, etc. Quant A moi, j'ai particip6 au s6minaire sur l'61evage.
Malheureusement, le fonds de soutien au projet a tard6 & arriver, ce qui a 6branl6 la confiance des dventuels participants. Certains groupes se sont dissous, mais le programme a continue. Les responsables du SFPPG ont repris les choses en main et ont lanc6 des projets d'auto-assistance: fabrication de cuisinibres (pugon) avec des mat6riaux locaux (invention d'un participant), fabrication de bardeaux, essais de vari6t6s de riz poussant en sols salins, 61evage de porcs, etc. En 1979, quand le fonds longtemps attendu est enfin arrive, ceux qui faisaient d6jA partie de groupes ont eu la priority pour l'aide financibre. J'6tais de ceux-hl.
Avant de me sp6cialiser dans l'61evage de porcs, j'ai vendu du poisson pendant de nombreuses ann6es. C'est le seul travail que je pouvais faire pour aider mon mari, de sant6 mediocre. J'avais remarqu6 que lorsque le poisson est abondant, celui qui est de mauvaise quality ne se vend pas, et presque chaque jour, je rapportais A la maison du poisson de rebut pour mes cochons. C'est ce qui m'a donn6 l'id6e d'61ever des porcs. Pourtant, je n'arrivais pas A percer. Avec ma fille, j'ai aussi essay d'61ever des volailles mais, lh encore, j'ai 6chou6. Je pensais que je n'6tais peut-8tre pas dou6e ou que je manquais d'exp6rience.
Heureusement, au d6but de 1976, les SFPPG ont 6t6 organis6s dans le cadre du Programme de promotion des petits exploitants, pour lequel le Ministbre de la r6forme agraire a jou6 un r6le pilote. Les b6n6ficiaires de la r6forme et les futurs participants aux groupes ont suivi une s6rie de s6minaires sur la planification, I'dtablissement du budget, la comptabilit6, I'61evage (en particulier de porcs) et la production avicole, les aliments pour animaux et la nutrition animale. J'ai suivi ces cours parce que je savais que c'6tait la seule chose qui me manquait pour r6ussir dans l'61evage de porcs. C'6tait la premiere formation que je recevais dans ma vie. Tout 6tait gratuit: les cours, le materiel p6dagogique, les repas, et mime les m6dicaments v6t6rinaires et les aliments d'appoint pour ceux qui commenceraient leur projet dbs la fin du cours.
Forte de mon experience personnelle et de mes nouvelles connaissances,

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j'ai commenc6 avec un seul porcelet. Cet animal 6tait de bonne quality. Je l'ai achet6 avec l'aide financibre de mes filles, qui m'ont soutenue pour que je puisse commencer avec une bonne souche d'origine. Au bout d'un an, j'avais d6ji une truie pleinement productive et sept petites truies sur le point de l'6tre. Cette truie a engraiss6 plus vite que je ne le pensais. A sa deuxibme port6e, elle pesait environ 260 kg, et c'6tait la plus grosse de toute la municipalit6 et de toutes celles que j'avais jamais cues. Elle a mis bas six fois, me donnant 62 petits magnifiques, avant que je ne la vende comme reproductrice.
A ce moment-la, la Banque foncibre des Philippines nous a consenti les pr6ts que nous avions demand6s et a mis les fonds A notre disposition. Quelques jours plus tard, on commengait A construire des porcheries avec l'aide des voisins et des amis. Alors que les autres membres du SFPPG ne faisaient que lancer leur projet, moi j'agrandissais d6ja le mien. Grace A ce systame d'assistance mutuelle (bayanihan), notre groupe a 6conomis6 beaucoup d'argent parce qu'il n'y a pas eu de frais de main-d'oeuvre.
Avec le pr6t, j'ai achet6 d'autres porcheries et des aliments pour produire des animaux de quality. Mon capital 6tant trbs r6duit, il 6tait normal que je limite la taille de mon projet pour ne pas le mettre en danger. J'avais appris pendant la formation que 75 pour cent du capital servait aux aliments. Pour r6duire le cofit de production, je m61langeais les ingredients que je trouvais sur le march avec les aliments que j'avais. Je distribuais des porcelets aux exploitants et aux m6nagbres int6ress6s, avec partage 6gal des b6n6fices des ventes et de la production. J'ai trait ainsi avec 20 femmes, dans un rayon de 40 km de mon domicile.
Je n'oublie pas que la commercialisation est l'aspect le plus important de mon entreprise. J'ai souvent observed que les interm6diaires profitent des petits producteurs comme moi. Depuis quelque temps, nous ne traitons plus avec eux, mais avec les acheteurs de Mdtro Manila et des clients locaux directs dont les prix ne sont pas trbs l1oign6s de ceux pratiqu6s A Naga.
Pour vendre au meilleur prix, j'encourage g6ndralement les m6nagres, les exploitants et les autres membres du SFPPG A venir avec moi les jours de grande vente pendant les mois forts de l'ann6e oi la demande des gros acheteurs de porcs est importante. Les prix offerts sont 61lev6s et uniformes quel que soit le poids de l'animal, principal critbre de classification des porcs.
Grace A ce projet et A d'autres operations connexes, j'ai pu me construire une maison plus solide que la pr6c6dente, qui n'6tait faite que de mat6riaux 16gers. J'ai aussi achet6 une horloge, une radio et un petit r6frig6rateur. Ces choses repr6sentent pour moi le fruit de mes sacrifices, le r6sultat de l'entreprise que j'ai pu cr6er grace A l'aide du projet. Certes, cet 61levage m'a permis

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56 A. MUIOZ

de gagner de l'argent, mais je dois encore atteindre mon but qui est d'avoir un veritable 6levage. Je ne suis qu'au d6but du chemin menant A l'autosuffisance, ce qui signifie d'autres probl6mes, d'autres obligations et d'autres sacrifices. Mais ces sacrifices sont n6cessaires et m'apportent de nombreuses satisfactions sociales et 6conomiques. Ici au village, certains sont trop mat6rialistes. Nous ne tenons aucun compte de certaines obligations sociales qui contribueraient grandement a l'am6lioration de la vie communautaire. Nous nous rendons compte que ce n'est pas facile d'avoir un projet.
Sans la maladie de 1981, ma situation serait meilleure aujourd'hui. Cette maladie a emport6 14 petits d'une valeur de 4 200 pesos, troisjeunes animaux reproducteurs coitant 4 500 pesos et une jeune truie pleine d'une valeur de 2 300 pesos. Cette 6preuve m'a beaucoup d6courag6e. J'ai mis du temps A r6cup6rer cette perte financiare, mais je veux relever le d6fi pour me montrer digne du titre d'experte en 6levage de porcs que mes amis me donnent maintenant.

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Formation des femmes a des activites remuneratrices a Fidji


M. Kroon

L'archipel des Fidji, situ6 dans le Pacifique du Sud-Ouest, se compose de plus de 800 iles, dont 90 sont habitues. Selon des estimations de 1983; la population est de 677 481 habitants, dont 304 575 d'origine m61lan6sienne, 339 456 d'origine indienne et un petit nombre d'Europ6ens, de Chinois et d'autres races du Pacifique. La majority de la population, et notamment les Fidjiens, vivent dans les zones rurales et tirent l'essentiel de leurs revenus de l'agriculture de subsistance et de rapport. Comme dans la plupart des pays du Pacifique, le problame de l'emploi devient de plus en plus aigu pour les jeunes qui quittent l'6cole et pour les femmes. On prend conscience de l'importance du d6veloppement rural, notamment pour ce qui est de la cr6ation d'emplois ind6pendants, et du r61le que peuvent jouer les femmes dans ce processus.
Contrairement A la plupart des pays du tiers monde, Fidji a la chance de ne pas connaitre l'extreme pauvret6. Une grande partie de la population rurale vit encore en 6conomie de semi-subsistance, mais le besoin de liquidit6s se fait de plus en plus sentir. Si la contribution des femmes A l'6conomie de subsistance est 6vidente, leur participation aux activities g6n6ratrices de revenus n'est pas toujours reconnue. Or, leur contribution peut Stre importante, comme en t6moignent les sommes verses par les femmes aux conseils provinciaux pour la construction d'6coles, les frais scolaires ou les 6glises.
D'une faqon g6n6rale, les femmes se tournent vers des activities lucratives quand elles ont besoin d'argent, de sorte que ces activities sont le plus souvent temporaires et bas6es sur les ressources naturelles et les techniques traditionnelles. N6anmoins, les choses changent rapidement et le besoin d'argent liquide devient de plus en plus frequent, presque quotidien. Toutefois, si les femmes r6ussissent A gagner un peu d'argent grice A ces activities occasionnelles, lorsqu'elles cherchent un emploi r6gulier et organism, tout devient plus difficile.


Mme Marjan Kroon travaille & Fidji, A titre de consultante, dans le cadre d'un projet de l'OIT sur l'6ducation des adultes et la formation des femmes en milieu rural, finance par le Fonds de contributions volontaires pour la D6cennie des Nations Unies pour la femme.

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Ces dernibres ann6es, quelques programmes ont 6t6 lanc6s par des organismes gouvernementaux et non gouvernementaux pour preparer les femmes jeunes ou adultes A excercer des activities lucratives, mais essentiellement dans des domaines tels que l'artisanat, la couture et la restauration. On ne les renseigne pas sur les techniques de gestion ni sur les conditions requises pour r6ussir dans une activity ind6pendante, pour la simple raison que la plupart des formateurs n'ont pas eux-mames suffisamment de connaissances ni d'exp6rience dans ce domaine.
Le projet OIT/Fonds de contributions volontaires pour la D6cennie des Nations Unies pour la femme concernant l'ducation des adultes et la formation des femmes en milieu rural dispense, aux auxiliaires charges de la promotion des femmes et A des monitrices polyvalentes, une formation aux techniques de gestion de base dont ont besoin les femmes qui ont un travail ind6pendant. Les auxiliaires sont des agents de vulgarisation qui travaillent avec les groupes de femmes. Les monitrices polyvalentes travaillent dans le cadre d'un programme de formation professionnelle de base destiny aux jeunes femmes. Le projet est axd sur ces deux programmes qui sont destined & des groupes d'Age diff6rents et doivent donc r6pondre A des besoins diff6rents.
Le projet est mis en oeuvre en coordination avec le Ddpartement de la formation professionnelle polyvalente du Ministare de l'6ducation, le Ddpartement de la promotion de la femme du Ministbre du d6veloppement rural et les services consultatifs pour la gestion et le commerce du Ministbre des affaires fidjiennes.


Programme de promotion des femmes (Ministere du d6veloppement rural)

Ce programme forme des groupes de femmes dans les domaines suivants: 6conomie familiale, m6tiers manuels, education, animation et activities g6n6ratrices de revenus. Les stages sont de courte durde- une ou deux semaines
- et se d6roulent dans des centres de formation ruraux ou dans des salles polyvalentes de village.
Bien que le Dpartement de la promotion de la femme soit, entre autres, charge de promouvoir les activities rdmundratrices, celles-ci n'ont b6n6fici6 que d'une attention limitde. Un projet conjoint de la Commission 6conomique et sociale pour I'Asie et le Pacifique et de la FAO, mis en euvre en 1980 pour la promotion et la formation des femmes rurales A des activities de groupe lucratives, a provoqu6 une prise de conscience; les 6tudes de cas, en particulier, se sont r6v6 6es trbs efficaces. Le programme a permis aux parti-

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FORMATION DES FEMMES A FIDJI 59

cipantes de recueillir des renseignements pr6cieux grace aux changes de donn6es d'exp6rience, mais il n'a toutefois pas consenti aux auxiliaires charg6es de la promotion de la femme de se familiariser suffisamment avec les pratiques commerciales pour pouvoir organiser le suivi.
Le programme de formation mis en place dans le cadre du projet OIT/ Fonds de contributions volontaires pour la Ddcennie des Nations Unies pour la femme A l'intention des auxiliaires en gestion (1984) 6tait organism par stades, de fagon A mieux faire assimiler la notion d'activit6 g6n6ratrice de revenu et les m6thodes commerciales de base. On a utilis6 des 6tudes de cas comme documents de r6fdrence, de faqon a relier la th6orie et la pratique. Chaque auxiliaire a particip6 a quatre ateliers, au cours desquels elle a jou6 le r61le de simple participante, puis d'animatrice, puis d'assistante, et enfin de monitrice (ou formatrice).

Aperqu des ateliers. Le premier atelier, destiny aux auxiliaires charg6es de la promotion des femmes, 6tait ax6 sur la notion d'activit6 g6ndratrice de revenus et sur I'utilisation d'6tudes de cas. En guise d'introduction et pour situer la contribution des femmes au d6veloppement dans une perspective plus large, les diverses activities 6conomiques auxquelles participent les femmes ont 6t6 r6pertori6es comme suit:

- les activities qui permettent d'6conomiser de l'argent, entreprises uniquement pour les besoins du manage, telles que la piche, la couture et l'agriculture de subsistance;
- les activities lucratives entreprises uniquement lorsqu'une possibilit6 se pr6sente ou que l'on a besoin d'argent. A Fidji, il semblerait que la plupart des femmes se livrent A ce type d'activit6s temporaires;
- les activities g6n6ratrices de revenus r6gulibres et mieux organis6es;
- les petites entreprises plus structures et davantage orient6es vers le profit.

Les auxiliaires charges de la promotion des femmes devaient avant tout distinguer les activities occasionnelles des activities r6gulibres et prendre conscience que pour s'int6grer v6ritablement au processus de d6veloppement, les femmes doivent se tourner vers les secondes et peuvent se faire aider par le D6partement de la promotion de la femme.
Cet atelier a comport6 des s6ances d'information sur les entreprises, la structure des cooperatives et l'utilisation des 6tudes de cas. En outre, les auxiliaires ont di chercher dans le huitibme plan de ddveloppement de Fidji des renseignements de base sur la population, le taux de croissance d6mographi-

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M. KROON


que et les programmes 6conomiques prioritaires de la province dans laquelle elles travaillaient. La plupart d'entre elles n'avaient encore jamais consult de plan de d6veloppement.
La seconde sdrie d'ateliers a eu lieu au niveau regional. Chaque auxiliaire avait t6 charge au pr6alable de rendre compte de deux activities r6mun6ratrices donnant des r6sultats satisfaisants dans des domaines auxquels les femmes s'int6ressent traditionnellement. Ces ateliers devaient mieux faire comprendre, A la fois aux auxiliaires et aux villageoises qui y participaient, les conditions requises pour cr6er et g6rer une petite activity g6n6ratrice de revenus dans leur sp6cialit6. Les activities retenues ont t6, par exemple, la production et la vente de masi (6corce de mOrier aplatie), de bila (manioc ferment6 avec du sucre et de la noix de coco), de plantes-racines et de 16gumes, le ramassage et la vente de coquillages, la vente de voivoi (feuilles de pandanus A tisser) et de produits artisanaux.
A chacun des ateliers rdgionaux, quatre 6tudes de cas servaient de point de depart des discussions. Les problbmes soulev6s donnaient lieu A des s6ances de formation, au cours desquelles les participantes ont appris A calculer les coits et les prix, se sont familiarises avec les techniques commerciales de base et ont appris A 6tablir un budget familial. Ce dernier point a 6t6 introduit parce que beaucoup de femmes estimaient qu'elles avaient besoin non seulement de gagner de l'argent, mais aussi de mieux g6rer les fonds disponibles A la maison, notamment pour faire face A des d6penses impr6vues (frais scolaires ou m6dicaux). Ces ateliers r6gionaux se sont d6roul6s en langue locale.
Le troisibme atelier a t& organism au niveau national A l'intention de participantes des quatre regions qui avaient pr6sent6 des propositions int6ressantes d'activit6s r6mun6ratrices. Les quatre meilleures 6tudes de cas retenues lors des ateliers pr6c6dents ont 6t6 examines en detail, et les donn6es recueillies ont 6t6 utilis6es pour des exercices de calcul des cofits et des prix et de comptabilit6. Des sp6cialistes de l'agriculture, de la couture et de' l'impression au pochoir avaient 6galement 6t6 invites pour donner des conseils techniques. Des visites ont t& organisdes chez les acheteurs 6ventuels, A l'intention des participants qui cherchaient un d6bouch6 pour leurs produits. Lors de cet atelier, les auxiliaires se sont occupies des participantes de leur region et ont ainsi pris conscience des mesures de suivi n6cessaires.
Le quatribme atelier, toujours au niveau national, 6tait destiny uniquement aux auxiliaires, qui devaient traiter d'une partie des sujets 6tudi6s lors des pr6c6dents ateliers. L'auditoire 6tait compose de personnel travaillant pour le projet, et l'enseignement 6tait dispense par les auxiliaires. Celles-ci ont estim6 qu'il s'agissait 1 d'un exercice trbs utile, qui leur a donn6 confiance

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FORMATION DES FEMMES A FIDJI 61

en elles pour organiser seules d'autres cours A l'avenir. L'atelier a 6galement permis au personnel du projet de d6gager les points faibles du programme de formation et les capacit6s de chaque auxiliaire.
La premiere s6rie de visites de suivi a t6 effectu6e par des membres du personnel des services consultatifs pour la gestion et le commerce, accompagn6s chaque fois que possible d'une auxiliaire. A l'avenir, les auxiliaires effectueront elles-mimes le suivi et seront charg6es de contacter les services consultatifs ou d'autres d6partements, comme ceux de l'agriculture ou des cooperatives, lorsqu'elles auront besoin d'aide. Cette coop6ration avec les autres services et organismes gouvernementaux est indispensable pour que les auxiliaires puissent aider les femmes A entreprendre des activities g6n6ratrices de revenus autres que la couture, la restauration ou l'artisanat, et pour que ces activities soient orient6es vers des marches ext6rieurs au village. Surtout, cette cooperation devrait favoriser l'int6gration des femmes aux activit6s de d6veloppement rural et leur donner accbs aux programmes de vulgarisation ex6cut6s par les divers organismes.
En bref, le programme de formation a appris aux auxiliaires charges de la promotion des femmes:

- A presenter un sujet de faqon int6ressante et comprehensible pour les villageoises (6tudes de cas);
- A adapter la formation aux besoins des participantes (en 6tablissant un lien avec des probl~mes r6els);
- o s'adresser pour obtenir des conseils techniques et de gestion, et l'importance de la cooperation entre organismes;
- l'importance du suivi pour savoir si la formation porte ses fruits et pour aider les femmes qui en ont encore besoin.

Principaux problkmes rencontr6s. Les auxiliaires avaient 6t6 charges de recenser les activities entreprises par des groupes de femmes; or, il est apparu que les activities les plus prospbres 6taient presque toujours dirig6es par une seule personne. Il faudra examiner ce point de plus prbs et en tenir compte dans la planification des activities et programmes futurs. Des 6tudes plus approfondies doivent &tre men6es avant d'encourager la creation d'activit6s r6mun6ratrices par des groupes de femmes, notamment lorsque ceux-ci sont organisms de fagon traditionnelle et done orients vers des objectifs sociaux plut6t qu'6conomiques.
La selection des participantes au cours est un probl6me que le service de la promotion des femmes devra r6soudre, car le choix est fait par les responsables d'organisations ou de groupes de femmes. En outre, les participantes

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OZ M. KROON

ne sont pas toujours trbs bien inform6es du contenu du cours. Bien qu'une brochure d'information ait 6t6 largement diffuse avant la tenue des ateliers r6gionaux, de nombreuses participantes ne savaient pas, en arrivant, de quoi il s'agissait.
La disparity des niveaux d'instruction, notamment entre jeunes femmes et femmes plus ag6es, fait qu'il est parfois difficile d'int6resser toutes les participantes.
En raison des problames de transport, I'atelier de la region est, qui couvrait les iles les plus 6loign6es, a dfi se tenir dans un centre de formation de la capitale, Suva. Les participantes ont 6t6 moins dynamiques que lors des autres ateliers, et l'on aurait pu croire que le cours n'avait pas suscit6 le meme int6r t dans cette r6gion. En fait, les visites effectu6es par la suite ont montr6 que les femmes avaient tout de mme beaucoup appris A l'atelier, mais qu'elles sont plus r6ceptives lorsque la formation est dispense dans leur milieu habituel.


Programme de formation professionnelle polyvalente (Ministere de 1'ducation)

Ce programme offre deux ann6es de formation professionnelle de base aux jeunes qui quittent 1'6cole, I'accent 6tant mis, notamment dans les zones rurales, sur la preparation A une activity autonome. Les centres, au nombre de 27, sont rattach6s aux 6coles secondaires et sont disperses sur tout le territoire. Les disciplines sont les suivantes: petite m6canique, bitiment, agriculture, et artisanat et industrie A domicile, mais tous les centres ne dispensent pas les quatre enseignements. Dans les zones rurales, la combinaison agriculturebitiment-artisanat et industrie A domicile est la plus courante. Bien que toutes les disciplines soient ouvertes aux gargons et aux filles, le cours pr6parant d artisanat et industrie A domicile est surtout suivi par les jeunes filles, mais 10 centres seulement offrent ce cours.
Le projet de I'OIT vise notamment A am61liorer le cours de preparation A artisanat et industrie A domicile (qui remplace le cours d'6conomie familiale) et a introduire des programmes de formation des adultes. Ce cours se pr6sente comme suit:

Principaux objectifs:
- fournir une formation professionnelle de base aux jeunes gargons et filles qui quittent I'6cole et leur apprendre des techniques utilisables dans ces domaines;

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FORMATION DES FEMMES A FIDJI 63

- les aider a cr6er de petites entreprises ou des activities h domicile, individuelles ou de groupe;
- assurer une formation A des techniques utiles dans la vie quotidienne, qui utilisent les mat6riaux et l'6quipement disponibles sur place afin d'am1liorer les conditions de vie des families, des villages et des communaut6s.

Principales orientations: premiere ann6e acquisition de comp6tences susceptibles de faciliter la vie quotidienne. Deuxibme ann6e acquisition de comp6tences en rapport avec le travail autonome.

Groupe cible: jeunes gens et jeunes filles quittant l'6cole (de 16 A 20 ans).

Niveau d'instruction: de pr6f6rence r6serv6 aux 61ves qui ont termin6 la classe IV (niveau 10).

Matiares: couture, alimentation/nutrition, 6conomie familiale, agriculture, technologie appropriate, artisanat d'art et techniques commerciales de base.

Durde: deux ans.

La premiere annie, I'accent est mis sur la formation aux techniques destin6es a amdliorer la vie de tous les jours, la mime importance 6tant accord6e h l'agriculture, A la technologie appropri6e (travail du bois, construction de fourneaux sans fum6e, entretien et reparation des ustensiles managers), A l'artisanat et a l'6conomie familiale. Des 616ments d'agriculture et de travail du bois viennent seulement d'6tre introduits dans le cours artisanat et industrie & domicile, tandis que les gargons qui suivent les cours d'agriculture et de bitiment peuvent maintenant acqu6rir des notions de couture, de nutrition et d'6conomie familiale.
La seconde ann6e, le principal objectif est la preparation A une activity autonome et donc la mise en place de projets g6n6rateurs de revenus. Le nouveau programme de seconde ann6e n'a pas encore 6t6 mis en application. En seconde ann6e, les 6tudiantes choisiront leur sp6cialit6 et passeront la moiti6 de leur temps A se sp6cialiser dans cc domaine, dans le cadre de projets individuels et de groupe qui se d6rouleront A l'6cole ou dans le village. Leg techniques fondamentales de gestion et commerce devront tre int6gr6es A la formation et relies aux projets entrepris par les 6tudiantes. On continuera d'accorder une grande importance A l'agriculture, A l'artisanat et A la technologie appropriate. Formation et production allant de pair, les 6tudiantes devraient pouvoir gagner un peu d'argent. Toutes les 6tudiantes auront donc

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64 M. KROON

leur livret d'6pargne, et I'argent qu'elles gagneront servira, A la fin du cours, A acheter les outils, l'6quipement et les mat6riaux n6cessaires A I'activit6 r6mun6ratrice qu'elles entreprendront.
Bien que rattach6 aux 6coles secondaires publiques, le programme de preparation polyvalente est cens6 &tre non acad6mique. Cependant, les cours continuent d'8tre dispenses selon un sch6ma et un calendrier tout A fait scolaires et dans les locaux d'une cole et n'ont donc pas toute la souplesse voulue. C'est le cas en particulier du cours de preparation & artisanat et industrie A domicile qui se d6roule entibrement dans les centres de formation. Mais les choses commencent A changer, et des programmes sont mis en place dans les villages, en vue d'aider les 6tudiantes A organiser leurs activities A domicile et, le cas 6ch6ant, d'aider les adultes A acqu6rir une formation professionnelle.
Les monitrices du cours devraient participer aux activities de suivi et de vulgarisation. Or, jusqu'd pr6sent, cette partie du programme a t6 tras n6glig6e. L'6volution risque d'8tre ralentie du fait que le personnel reste tr s attach6 A l'enseignement de type scolaire. La coordination avec les autres d6partements et organismes est tres importante, mais A l'heure actuelle elle est pratiquement inexistante. Le projet favorise notamment la cooperation entre le D6partement de la promotion de la femme, le programme de preparation A artisanat et industrie a domicile et les services consultatifs pour la gestion et le commerce. En 1984, le personnel f6minin de ces services s'est rendu dans presque tous les centres de pr6paration A artisanat et industrie A domicile et a form monitrices et 6tudiantes aux techniques commerciales de base. Lorsque les installations destinies A accueillir les cours de preparation seront termin6es, les auxiliaires de la promotion de la femme et les enseignantes charg6es de ces cours assureront de concert la formation des adultes.

Principaux problimes rencontr6s. Ce cours de preparation offre une alternative aux jeunes filles qui ne trouvent pas d'emploi fixe, mais, jusqu'A present, elles ont 6t peu nombreuses A pouvoir cr6er, A la sortie, une activity g6n6ratrice de revenus. Cela est dfi en partie au manque de formation commerciale du personnel, habitu6 A enseigner l'6conomie familiale. Des techniques essentielles font ainsi d6faut aux 6tudiantes. Pour y rem6dier, le projet organise A l'intention du personnel enseignant des cours de brbve dur6e pour la formation en cours d'emploi aux techniques fondamentales de commerce et de gestion. Jusqu'd une date r6cente, les 6tudiantes n'avaient le choix qu'entre la couture, la restauration et I'artisanat. II est evident que cette formation limit6e r6duit les possibilities de cr6er des activit6s r6mun6ratrices viables. En introduisant l'agriculture et, le cas 6ch6ant, la p&che dans le cours,

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FORMATION DES FEMMES A FIDJI


on a pu initier les jeunes filles & des techniques qui, surtout A Fidji, leur ouvriront beaucoup plus de possibilities d'emploi r6mun6rateur.
Le programme de formation professionnelle polyvalente a dt6 conqu essentiellement pour des l66ves sortant de la classe IV. Les objectifs et les programmes d'6tudes visent donc un groupe ayant un niveau d'dtudes et de maturity suffisants. Cependant, certains centres acceptent des 616ves qui quittent l'6cole primaire, mais celles-ci sont g6ndralement trop jeunes et n'ont pas la maturity suffisante pour profiter de cette formation. Il est rare que des jeunes femmes ayant quitt6 l'6cole depuis un certain temps s'inscrivent A ce cours, dont la dur6e est peut-6tre trop longue pour celles qui sont plus mfires et plus Ag6es.
Le soutien des parents et de la communaut6 est extr~mement important pour les jeunes filles qui quittent l'6cole et qui souhaitent cr6er et poursuivre une activity gbnbratrice de revenus. Trop souvent, les jeunes femmes sont rappel6es dans leur foyer sans avoir le temps de mettre en route des activit6s qui leur permettraient de gagner leur vie. Le projet organise done, sp6cialement A l'intention des mbres, des ateliers analogues A ceux qui sont organisms par le D6partement de la promotion de la femme au niveau regional; ils ont aussi recours A des 6tudes de cas et s'efforcent de faire comprendre les objectifs du cours de preparation A l'artisanat et l'industrie A domicile.


Conclusions

Il est encore trop t6t pour savoir dans quelle mesure le D6partement de la promotion de la femme et le cours de preparation susmentionn6 ont atteint leur but, c'est-A-dire la mise en place de programmes destin6s A aider les jeunes filles et les femmes A se lancer dans des activists g6n6ratrices de revenus. Il est evident que le niveau de connaissances commerciales des enseignantes est insuffisant, de sorte qu'elles ne peuvent apporter toute l'aide voulue aux 6tudiantes. Elles ont encore besoin de conseils et d'une aide dans des domaines comme le recensement des possibilities nouvelles d'activit6s lucratives, I'organisation et la direction d'activit6s de groupe et la formation A des techniques professionnelles sp6cialis6es. Au niveau national notamment, il faudra qu'un membre du personnel de chaque programme se sp6cialise et soit particulibrement charge de soutenir le personnel de terrain en lui fournissant les informations, la formation et toute l'aide n6cessaires. La coop6ration avec les autres organismes, tant nationaux que locaux, est essentielle.

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Formation des femmes une methode basee sur la participation


N. Minett

Quelque part sur la c6te africaine, les femmes, accroupies sur le sable, regardent les hommes tirer l'immense filet plein de poissons encore fr6tillants. On d6gage soigneusement le poisson, puis on le trie par espaces et par taille. Les femmes marchandent le poisson qu'elles veulent acheter, juchent le plateau sur leur t6te et vont le vendre au march h plusieurs kilometres. Dans d'autres villages de la c6te, oi les bateaux peuvent aborder dans de petits ports, la piche est parfois si abondante, par beau temps, qu'elles doivent en fumer une partie.
Avant I'aube, les femmes prennent le depart pour les champs parfois situds A plusieurs kilomtres du village. Elles portent sur la tate des provisions, du linge A laver au ruisseau, des outils agricoles. Sur leur dos, le dernier nd. Dbs qu'elles sont capables de marcher, les petites filles suivent, portant sur la tote un petit plateau en 6quilibre pr6caire. Les femmes et les enfants passent la journ6e A d6sherber les rizibres et A cultiver des lgumes sur les termitires et ici et l1 au milieu du riz. Une petite cabane construite au milieu du champ leur permet de s'abriter des pluies torrentielles. Tout le jour, pli6es en deux, le b6b6 sur le dos, elles d6sherbent A la main.
Au cr6puscule, femmes et enfants rentrent au village en procession, portant d'6normes fagots sur la tate. On fait la cuisine sur des foyers en plein air. II faut trouver du bois pour chaque usage: braise, chaleur vive, chaleur douce, flamme. Dans les gros bourgs, il faut parfois acheter le bois, car la fort est trop loin pour s'y rendre tous les jours. Le plus souvent, la marchande de poisson et la fabricante de gari doivent aussi rdcolter du bois et preparer le repas.


Mme Nancy Minett est consultante auprbs de l'Unesco (enseignement de la nutrition).

1 Le gari est un plat A base de manioc ferment et d6shydrat6, trbs largement consomme en Afrique occidentale, ainsi qu'en Afrique orientale et centrale. Une preparation culinaire de ce genre existe en Am6rique latine, en particulier au Br6sil (farinha de mandioca). Traditionnellement, la fabrication du gari suppose au moins six operations (presque toutes effectu6es A la main) avant la vente: il faut en effet d6raciner les tubercules, les transporter au village pour les peler, les raper, les faire fermenter et s6cher avant de les r6tir.

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N. MINETT


Comme ces femmes du golfe du B6nin, la plupart des femmes rurales des pays en d6veloppement assument d'innombrables tAches extremement diverses. Si nous consid6rons l'exemple 6voqu6 ci-dessus, nous constatons en effet que les femmes ont:

Des activists commerciales et sociales: acheter, vendre, fumer et transporter le poisson; exploiter des bateaux de p6che; recruter des travailleurs; acheter et vendre (allumettes, concentr6 de tomate, huile, etc.); acheter, teindre et vendre des tissus; payer les frais d'6cole; faire et vendre la bibre et autres boissons; acheter et vendre des aliments; assister les femmes en couches.

Des activists agricoles: d6sherber et prot6ger les cultures des pr6dateurs; cultiver des 16gumes pour la consommation et la vente; s6cher et entreposer des semences de 16gumes; s'occuper des animaux domestiques, poules, canards; aider A la r6colte; preparer la r6colte pour l'entreposage; preparer I'huile de palme pour la consommation et la vente; cueillir les fruits pour la consommation et la vente.

Des activists domestiques: faire le manage et nettoyer la cour; porter les enfants et les nourrir; Clever les enfants; cuisiner; piler ou moudre le grain; faire la corv6e d'eau; faire la corv6e de bois; fabriquer du savon pour la consommation et pour la vente; p6cher au marigot pour la consommation et pour la vente; vtir les enfants, les faire aller A l'6cole; soigner les enfants; faire la lessive souvent loin de la maison.

Ces r6les multiples exigent que les femmes posshdent plus que des notions dans des domaines aussi varies que l'administration; la zootechnie; les finances; la comptabilit6; la protection du consommateur; la preparation et conservation des aliments; le droit du travail; les premiers soins; la sylviculture; l'horticulture; la logistique; la gestion; la m6morisation; la commercialisation; le calcul; la pu6riculture; les travaux de force; la planification; les achats en gros et la preparation des aliments. C'est 1 une somme de connaissances difficiles A acqu6rir pour n'importe qui et A plus forte raison pour des paysannes analphabbtes vivant loin de tout.


.L'bducation des filles dans les pays en d6veloppement

L'instruction villageoise traditionnelle peut transmettre certaines qualifications indispensables A la vie familiale, mais elle ne prepare pas A la concur-

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FORMATION DES FEMMES ET PARTICIPATION 69

rence commerciale. D6pourvues de formation, les femmes doivent acqudrir, soit seules, soit en s'entraidant, les comp6tences n6cessaires pour gagner de l'argent afin d'entretenir leur famille.
Le present article propose un cadre d'action pour faire participer les femmes A l'identification des besoins de formation au village, puis A la conception, A la mise en oeuvre et A l'6valuation de programmes appropri6s.
De plus en plus, on insiste sur la n6cessit6 d'am61liorer la nutrition des ruraux des pays en d6veloppement. Aussi est-il grand temps d'appr6cier A sa juste valeur le travail des femmes qui leur permet de gagner de quoi nourrir leur famille et 61lever leurs enfants -, de les encourager et de preparer A leur intention et avec leur aide des programmes d'6ducation.
Dans les pays en d6veloppement, en moyenne moins de 40 pour cent des filles vont A l'6cole. Beaucoup abandonnent avant la fin du cycle primaire, rares sont celles qui font des 6tudes secondaires, plus rares encore celles qui vont au-delA: le nombre de femmes instruites est infinitesimal (tableau 1) (Unesco, 1983a).

TABLEAU 1. Taux de scolarit6 des filles (Afrique subsaharienne)
Niveau Nombre de pays Nombre de pays ayant un taux
d'enseignement ayant rdpondu de scolarit6 des filles

Primaire 35 InfBrieur & 40% 18
Secondaire 34 Inf6rieur & 40% 25
Postsecondaire 33 Inf6rieur A 30% 30
Postsecondaireagricole 18 Inf6rieur A 10% 14


Les taux de scolarit6 du tableau 1 permettent de calculer le nombre effectif de femmes terminant leur formation (tableau 2). Les chiffres sont analogues pour les autres r6gions en d6veloppement. Ils sont d6courageants partout.

TABLEAU 2. Abandons scolaires (sur 500 filles en Age d'aller a I'ecole primaire)
Niveau Taux de scolarit6 Nombre
d'enseignement des filles d'inscrites

Primaire Inf6rieur & 40% 200
Secondaire Inf6rieur 40% 80
Postsecondaire Inf6rieur & 30% 25
Postsecondaire agricole Inf6rieur A 10% 3

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N. MINETT


Le pourcentage de femmes analphabbtes dans le monde n'ayant pas change depuis 30 ans environ 60 pour cent -, on ne peut gubre esp6rer une evolution sensible de la situation dans les 20 prochaines ann6es. La sant6 et le bien-&tre d'une grande partie de la population des pays en d6veloppement continueront donc d'etre une responsabilit6 6norme pour des femmes illettr6es. Les gouvernements doivent par consequent faire un gros effort pour 6tablir des programmes sp6ciaux de formation A l'intention de toutes, jeunes et adultes, rurales et citadines. En outre, il faut leur donner un meilleur acc6s aux projets de d6veloppement de toutes sortes pour leur permettre d'utiliser au mieux les comp6tences qu'elles auront acquises et gagner plus d'argent.


Les femmes et les projets de d6veloppement

S'il est vrai que les grands projets agricoles sur lesquels reposent les programmes de d6veloppement de nombreux pays accroissent la superficie cultiv6e, ils alourdissent aussi la charge de travail des femmes, qui doivent consacrer plus de temps au d6sherbage et A l'entretien de parcelles plus grandes. La mdcanisation agricole profite presque exclusivement aux hommes et prive trop souvent les femmes de l'acchs A des activities r6mun6ratrices et A la terre. Le cr6dit, et notamment le cr6dit de r6colte, est fourni essentiellement aux hommes (Unesco, 1983b).
Bien que l'on reconnaisse de plus en plus ces anomalies, rares sont les plans et les projets oi femmes et hommes participent sur un pied d'6galit6. I ne suffit pas de dire que les femmes peuvent participer A tel projet agricole. Si elles doivent travailler pour les hommes, elles n'ont plus le temps de cultiver des 16gumes pour nourrir leurs families; elles doivent done renoncer A participer au projet, sinon c'est l'6tat nutritionnel de la famille, et en particulier celui des enfants, qui en souffre.


La formation de base et la formation professionnelle des femmes

De plus en plus de femmes sont chefs de famille, car les hommes vont travailler en ville: il n'en est que plus important de former les femmes. Ilne suffit pas qu'elles deviennent plus comp6tentes et efficaces; encore faut-il que les hommes reconnaissent leur contribution A l'6conomie et A la vie du village.
Certes, les femmes participent d6ji aux programmes de formation agricole et aux classes d'alphab6tisation; mais la plupart de ces programmes sont li6s h des projets de d6veloppement sp6cifiques, conqus pour les hommes et

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FORMATION DES FEMMES ET PARTICIPATION 71

concernant g6n6ralement une seule culture. Quant au materiel p6dagogique utilis6 pour les classes d'alphab6tisation fonctionnelle, il porte soit sur les probl6mes techniques et le vocabulaire qui int6ressent les hommes, soit sur la pu6riculture pour les femmes, chose importante mais qui ne suffit pas. Bien souvent, le calcul n'est enseign6 ni aux femmes ni aux hommes. Par ailleurs, les classes d'alphab6tisation se font souvent dans la langue locale, qui dans bien des cas n'est pas 6crite. Cela n'ouvre gubre d'horizons aux ruraux, car il existe rarement des publications actuelles et int6ressantes dans ces langues; or, c'est d'une langue v6hiculaire qu'ils auraient besoin pour lire les instructions sur les sacs de semences ou d'engrais ou pour communiquer avec les strangers. Malheureusement, de nombreux programmes d'alphab6tisation sont devenus presque aussi rigides que les programmes scolaires en ce qui concerne le materiel p6dagogique, les matieres enseign6es et l'information.


Batir un programme integre d'alphab6tisation

Avec la participation des villageois, on peut 6tablir un programme de formation et d'enseignement pertinents comprenant des cours d'alphab6tisation, de calcul, d'agriculture, de commercialisation, etc. Le regroupement dans un seul programme de ces matibres jusqu'd present enseigndes s6par6ment r6duira les abandons, car les participants auront la possibilit6 de mieux utiliser leur temps et leur 6nergie.
Avant de commencer A travailler avec des villageois, le planificateur doit apprendre A bien les connaitre; et r6ciproquement. Cela prend du temps et <> doit avoir la volont6 d'explorer, de se familiariser avec la vie villageoise, d'en comprendre la dynamique, le partage des teaches, la hi6rarchie, l'6quilibre des pouvoirs, et les critbres et m6thodes de decision.
Une connaissance, meme bonne, de la vie villageoise n'est pas toujours suffisante. Il faut pousser A fond l'analyse, comme l'auteur a pu le constater dans un projet auquel elle a particip6.
Ce projet visait notamment A donner A des sages-femmes traditionnelles une formation de monitrices sanitaires. On a beaucoup discut6 avec les sagesfemmes, qui 6taient trbs int6ress6es par la formation. On a examine les possibilit6s avec les chefs et les anciens des divers villages. Ceux-ci ont reconnu que c'6tait une trbs bonne id6e, car les sages-femmes 6taient des personnages consid6r6s et influents dans les villages.
Les sages-femmes de plusieurs villages ont 6t6 r6unies pendant une semaine, pendant laquelle elles ont appris des chants et des sketches 6ducatifs accompagn6s de cassettes qu'elles devaient utiliser pour animer les discus-

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72 N. MINETT

sions de groupe dans leurs villages. Elles 6taient trbs enthousiastes et convaincues que la formation leur serait trbs utile pour faire connaitre aux villageois de bonnes pratiques d'hygibne.
Ensuite, les responsables du projet ont visit les villages ofi travaillaient ces femmes pour voir les r6sultats. Un chef a dit: <>.
Les sages-femmes, quant A elles, ont dit: << le chef ne nous a pas aides et les hommes ne sont pas venus aux reunions>>. Aprbs avoir pouss6 l'enquite, les responsables se sont rendu compte qu'ils n'avaient pas bien compris la hi6rarchie du village. Certes, les sages-femmes sont influentes dans la communaut6, mais seulement dans leur domaine, c'est-A-dire comme guides pour les femmes et initiatrices pour les jeunes filles; mais elles n'avaient jamais eu l'occasion d'animer un groupe de discussion mixte. L'id6e 6tait bonne, mais les responsables voulaient charger les sages-femmes d'une tache qui sortait de leur r6le traditionnel; or, ni les villageois ni les sages-femmes elle-mimes n'y 6taient suffisamment pr6par6s. Finalement, un instituteur a td adjoint A chacune d'elles et tout a beaucoup mieux march.


Creer les conditions d'un dialogue entre hommes et femmes

Une fois 6tablie l'atmosphbre de confiance et de respect mutuels, le planificateur peut commencer par r6unir les villageois pour discuter et les inciter h analyser leur situation et les problimes du village. Dans la plupart des soci& t6s traditionnelles, toutes les femmes, et pas seulement les sages-femmes, ont un r6le social et familial bien d6termin6, mais ont rarement l'occasion de d6cider par elles-m~mes, A moins de sortir de leur r61le accept. Avant d'entreprendre des programmes pour les femmes, il faut donc d'abord cr6er des conditions qui leur permettent de se considdrer dans une nouvelle perspective. Pour les aider A approfondir cette nouvelle image d'elles-m~mes, il convient de les r6unir sans les hommes.
II existe plusieurs bons manuels p6dagogiques sur la fagon de diriger un groupe de discussion ou un stage pour stimuler l'action et la planification collectives (Save the children, 1978).
Les conversations informelles avec les villageoises auront donn6 des ides sur les sujets A aborder dans les premieres reunions, mais le questionnaire suivant peut servir de guide h ces conversations ou & des d6bats organis6s. (Chaque question est suivie entre parentheses d'une indication de

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FORMATION DES FEMMES ET PARTICIPATION /j

l'objectif vis6. Les questions peuvent 8tre soulev6es dans un ordre different, mais il est pr6f6rable de les examiner toutes pour obtenir les renseignements dont on a besoin pour la planification.)

* Comment les femmes d6finissent-elles leur r6le dans la communaut6? (perception 61argie d'elles-m~mes)
* Qu'ont-elles individuellement et collectivement en commun avec les femmes qui r6ussissent etles programmes pour les femmes qui ont r6ussi ailleurs? (identification des ressources personnelles et collectives)
* Comment d6finissent-elles le r61le des hommes dans la communaut6? (perception 61argie du r6le des hommes)
* Quels sont les problames de la communaut6? (perception 61argie de la communaut6)
* Quels sont leurs problmes les plus importants? (fixation de priorit6s)
* Ces probl6mes peuvent-ils tre r6gl6s au niveau de la communaut6? Par les femmes seules? Pourquoi? (se faire une id6e r6aliste des problbmes)
* Quels r6les peuvent-elles jouer pour r6soudre ces problbmes? (nouvelles perspectives)
* Quelles qualifications doivent-elles avoir pour r6gler ces problmes? Lesquelles ont-elles d6jt? (identification des besoins 6ventuels de formation)
* Quel r61le les hommes peuvent-ils jouer pour r6soudre ces problbmes? (coordination hommes-femmes)
* Quelles qualifications les hommes doivent-ils avoir pour r6soudre ces problames? (identification des besoins 6ventuels de formation)
* Les qualifications requises peuvent-elles etre enseign6es au village? Par qui? Quand et comment? (objectifs de formation)
* Le r~glement de ces problmes en causera-t-il de nouveaux? (pr6vision des inconv6nients 6ventuels de l'action propose)

Tandis que se tiennent ces reunions avec les villageoises conduites si possible par une femme -, on peut poser les memes questions aux hommes, puis r6unir les deux groupes pour qu'hommes et femmes en d6battent ensemble. A ce moment, on peut jouer A changer les rbles, faire des sketches et utiliser d'autres techniques pour encourager Ia participation. A ce point, il faut que tous travaillent ensemble A 6tablir des programmes qui s'adressent tant aux hommes qu'aux femmes. C'est au groupe de d6cider qui participera aux activit6s du programme.
Il importe de ne pas isoler telle matibre ou telle question: la formation professionnelle agricole peut tre abord6e A partir de l'alphab6tisation, celleci peut 6tre suscit6e par la nutrition, qui peut aussi d6boucher sur les techni-

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4 N. MINETT

ques d'6levage, lesquelles peuvent 6galement d6couler de la pu6riculture et des soins aux enfants. A cause de l'affectation sp6cifique des financements extdrieurs, ces divers themes sont souvent traits s6par6ment et plusieurs systames de formation sont utilis6s dans la mime collectivit6. Le programme 6ducatif forme un tout, et les bailleurs de fonds, s'il y en a, doivent arriver A comprendre non seulement les avantages de la coordination de la coop6ration, mais aussi la volont6 des hommes et des femmes de la communaut6 de voir leurs demandes en formation prises en consideration.
A force de d6licatesse et de tact, le planificateur peut faire en sorte que les femmes, dans les reunions mixtes, aient la possibility de s'exprimer au m~me titre que les hommes et que leurs opinions soient respect6es. Les objectifs, la conception, la durde et 1'6valuation du programme peuvent Etre d6termin6s par les villageois.


L'6valuation des programmes de formation

L'6valuation est un 616ment fondamental de la planification d'un programme, et la mise au point d'un processus efficace d'6valuation est une exp6rience bdndfique pour tous. Les participants apprennent A d6finir clairement ce qu'ils veulent apprendre et A determiner si leurs objectifs sont atteints.
Les questions suivantes peuvent 8tre utilisdes pour stimuler le d6bat sur l'6valuation du programme congu par les villageois:

* Que voulons-nous apprendre?
* Pourquoi?
* Comment? Quelles sont les diff6rentes tapes?
* Combien de temps durera chaque tape?
* Comment savoir si chaque tape est bien acquise?
* Comment utiliser les connaissances acquises?
* Ces connaissances nous aideront-elles A r6soudre les probldmes prioritaires de la collectivity?
* Y a-t-il autre chose que nous puissions apprendre pour pouvoir r6gler les probl6mes de la collectivity?
* Avons-nous appris ce que nous avions d6cid6 d'apprendre?
* Avons-nous besoin d'approfondir nos connaissances?
* Dans quel domaine?

Si les participants le dsirent, il peut 8tre utile de s6parer les hommes et les femmes pour qu'ils puissent d'abord exprimer leurs ides s6par6ment,

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FORMATION DES FEMMES ET PARTICIPATION 13

puis de les regrouper pour 6tablir le systhme d'6valuation. L'6valuation est faite par les participants pendant toute la dur6e du programme. Le programme peut tre modifi6 A tout moment, pourvu que les changements propos6s visent A mieux ajuster les activities en fonction des objectifs.
Pour garantir la participation h part entire des femmes, toutes les activit6s doivent comprendre un nombre 6gal d'hommes et de femmes. L'un des objectifs de cet exercice de planification 6tant d'encourager la participation feminine, toute exception & ce principe sera d6cid6e d'un commun accord, aprbs discussion s6parde par sexe. Mais il vaut mieux s'en tenir A la repr6sentation paritaire.


Conclusions

La m6thode pr6sentde ici vise h encourager les femmes A participer h l'61aboration, A l'ex6cution et A 1'6valuation des programmes d'enseignement et de formation et a encourager les hommes A respecter et h accueillir favorablement les ides et la contribution des femmes. C'est une m6thode qui demande beaucoup de temps, mais qui est indispensable pour apprendre aux femmes A avoir confiance en leurs id6es et comp6tences et pour amener la collectivit6 & les respecter.



Rffirences

SAVE THE CHILDREN. Bridging the gap: a participatory approach to health and nutrition edu1978 cation. Westport, CT, Etats-Unis.
UNESCO. L'dgalit6 des chances pour les jeunesfilles et les femmes dans l'enseignement, la for1983a mation professionnelle et l'emploi. Paris. UNESCO. Bibliographic guide to studies on the status of women. Paris. 1983b

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Les dangers des projets en faveur
des femmes pauvres du tiers monde


M. Buvinic

En 1979, une organisation b6n6vole priv6e a mis en place un projet visant A assurer un revenu aux femmes rurales de l'ouest du Kenya. Ce projet regroupait en une cooperative une cinquantaine de femmes produisant des anneaux en fibre de bananier, destined A 6tre vendus & Nairobi pour accrocher des pots. Au bout de deux ans d'activit6, les femmes perdaient 0,50 shilling (0,05 dollar) sur chaque article produit et vendu, sans compter le cofit implicite de leur travail. (Le coit unitaire de la fibre 6tait de 3 shillings et le prix de detail du produit fini de 2,50 shillings.) De plus, les capitaux offerts pour financer et poursuivre le projet grace A un fonds de roulement 6taient 6puis6s. Le projet n'en a pas moins suivi son cours.
Un projet ex6cut6 dans les bidonvilles de la p6riph6rie de Lima, au P6rou, risque de subir le meme 6chec 6conomique que le pr6c6dent. II comprend des groupes de sept ou huit femmes qui apprennent A faire des jupes et des chemises vendues sur le march local. Le tissu n6cessaire A la confection d'une chemise cotte 1 000 soles (0,45 dollar) de plus que le prix de detail auquel cette chemise peut 6tre vendue (7 000 soles). Ces femmes, dont certaines travaillent dans ce centre depuis deux ans sans salaire, ne tireront sans doute jamais aucun b6n6fice de la vente de ces v~tements.
Aussi incroyable que cela puisse paraitre, ces projets ne sont pas l'exception; au contraire, ils illustrent le sort d'un grand nombre d'activit6s destinies A assurer un revenu A des femmes pauvres du tiers monde, qui ne survivent A leur 6chec financier que parce que les objectifs de d6veloppement social ou communautaire (comme la constitution d'un groupe de travailleuses au sein d'une collectivit6) l'emportent sur les questions de production lorsque I'on s'adresse A des femmes. L'am6lioration sociale guide l'ex6cution des projets en faveur des femmes pauvres, meme si cela va & l'encontre des politiques et des objectifs d6clar6s, ainsi que des besoins 6conomiques exprim6s sans relache par ces femmes elles-memes, quelles que soient leur situation et leur culture (Dixon, 1980; Chen, 1984).


Mme Mayra Buvinic dirige le Centre international de recherche sur les femmes, 1717 Massachusetts Avenue, NV, Suite 501, Washington, D.C. 20036, Etats-Unis. (Les exemples de projets cit6s dans le texte sont tirds des travaux de ce centre de recherche.)

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115 M. BUVINIC

Un projet de d6veloppement rural int6gr6 entrepris dans les hautes terres de Bolivie illustre ce hiatus entre plans et action. Ce projet visait au d6part A moderniser la conduite de l'61evage et les m6thodes de tonte utilis6es par les paysans boliviens, afin d'accroitre la production de laine d'alpaga et de lama. On a constat6 pendant le projet que l'1levage et la tonte 6taient des travaux de femmes et le projet a 6t6 modifi6 pour les inclure. Toutefois, pendant l'ex6cution, I'accent a 6t6 d6plac6 vers la nutrition, la cuisine et la broderie. Tout au long du projet, les 6quipes de surveillance ont insist en vain pour que l'on cesse de se concentrer sur les r61les de mere et d'6pouse et qu'on s'attache plut6t A promouvoir les activities productives et A satisfaire les besoins 6conomiques r6els de ces femmes. II a 6t6 recommand6 A plusieurs reprises dans les documents du projet d'associer les femmes aux cours de formation agricole et de leur inculquer des notions v6t6rinaires modernes, mais cela n'a eu aucun effet (Buvinic et Nieves, 1982).
Comment se fait-il que les strategies sociales persistent dans l'ex6cution des projets consacr6s aux femmes du tiers monde, m6me quand elles ne figurent pas dans les politiques et les orientations initiales? On analyse ici la deviationn> des projets en faveur des femmes, dont les objectifs 6conomiques se transforment en activities purement sociales pendant l'ex6cution. Cet essai n'est pas exhaustif, c'est pourquoi il passe sous silence les exceptions h cette r6gle g6n6rale. I1 est bon de signaler que les exemples de r6ussite, qui portent surtout sur le cr6dit, sont plus frequents depuis quelques ann6es.


Trois explications de la deviation des projets

Ce glissement des objectifs des projets s'explique tout d'abord par les caract6ristiques m6mes de certains programmes qui entravent l'ex6cution des politiques de production, mais facilitent celle des objectifs sociaux. Ces caract6ristiques r6sultent A leur tour de l'exp6rience sociale des organisations qui ex6cutent ces projets et de l'6volution diff6rente des institutions de d6veloppement et des organismes vou6s aux femmes. Enfin, cette pr6f6rence s'explique par le moindre coOt financier entre autres des projets sociaux par rapport aux activities 6conomiques.


Projet type

Le projet type illustr6 dans l'introduction, qui a pris de l'ampleur ces 10 dernibres ann6es, est entrepris sur une petite 6chelle, adapt A une situation par-

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PROJETS EN FAVEUR DES FEMMES PAUVRES IY

ticulibre, avec peu d'apports financiers et techniques. I1 est ex6cut6 par des femmes, dont la plupart sont des volontaires sans grandes connaissances techniques, et ne profite qu'A des femmes. 11 comprend des groupes de cinq A 40 femmes, qui 6taient d6jA forms ou sont n6s pour le projet; les groupes qui souhaitent entreprendre des activities 6conomiques sont souvent institu6s officiellement en coop6ratives. Le projet type comporte une participation et des entretiens de groupe, des programmes de d6veloppement humain et une formation A des tAches f6minines telles que la couture, le tricot, la cuisine ou le jardinage. 11 comprend pour finir des activities de groupe qui permettent aux femmes de mettre en pratique les connaissances qu'elles ont acquises pour gagner de l'argent. Compte tenu du type de formation dispens6e, ces programmes demandent beaucoup de temps et ne permettent pas de gagner de I'argent. Les groupes survivent A leurs frequents 6checs financiers en substituant A leurs objectifs 6conomiques des strategies sociales, et les projets s'enlisent dans une vari6t6 d'activit6s de groupe du domaine social.
La documentation r6cente montre que les choix faits au moment de la conception du projet (concernant la nature de la tiche, la composition de l'6quipe, la participation de groupe et le b6n6volat) entravent les objectifs de production et contribuent, au cours du projet, A les transformer en activit6s sociales.


Mconnaissance de tiches simples et familieres

Le projet aura plus de chances de r6ussir si les tAches imparties ne sont pas trop nombreuses, trop complexes ni trop mal connues (Esman et Uphoff, 1984). On a constat6, en effet, que les projets en faveur des femmes donnent de meilleurs r6sultats quand les participantes effectuent des tiches qui leur sont familibres (Dixon, 1980).
On pense g6n6ralement que les tAches habituelles des m6nagbres occidentales sont simples et bien connues des femmes pauvres du tiers monde et, par consequent, qu'elles peuvent facilement 6tre transf6rdes; c'est pourquoi elles pr6dominent dans les projets. En r6alit6, ces tAches ne sont ni simples ni aussi 6videntes qu'on pourrait le croire pour les femmes des pays pauvres. C'est une des constatations les plus imm6diates et les plus frappantes de l'observation des projets de terrain, comme celui qui a 6t6 organism en 1980 pour apprendre A coudre A un groupe de femmes pauvres A San Jos6 au Costa Rica. On leur enseignait A mesurer et A reporter ces mesures sur des patrons de robes qu'elles suivaient ensuite pour couper le tissu. La confection des patrons (comme on la leur apprenait) 6tait extr6mement complexe et n6cessi-

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M. BUVINIC


tait une aptitude au dessin, une comprehension de l'espace et des connaissances de math6matiques plus que rudimentaires (pourcentages et fractions). Bien entendu, la plupart des femmes du groupe 6taient incapables de suivre les lemons dans un domaine qui ne leur 6tait pas familier.
Le premier stage de formation du projet de d6veloppement rural en Bolivie cit6 plus haut est une bonne illustration de la complexity des tAches f6minines traditionnelles. Un rapport notait que ce stage avait bien march, mais qu'il comprenait trop d'activit6s, telles que nutrition et cuisine, broderie, couture, tricot et crochet, papier et papier mdch6, et fabrication de fleurs artificielles. Non seulement ces tiches 6taient varies, mais elles 6taient mal connues des femmes rurales des terres d'altitude, dont les principales occupations sont de garder et de tondre les troupeaux, de g6rer le budget du manage et de tenir leur maison.
Le fait de sous-estimer la difficult des teaches f6minines et de surestimer les possibilit6s de transfert dans les pays en d6veloppement entraine un glissement dans les objectifs des projets, car les responsables sont ports A choisir la promotion sociale de pr6f6rence au d6veloppement 6conomique, pour assurer le succ~s du projet. S'il est vrai que les activities productives ne sont gubre ais6es, la difficult des tAches sociales est sous-estim6e et celle des objectifs de production est souvent surestim6e.


Bnivolat et formation technique

Le personnel des projets productifs en faveur des femmes du tiers monde se compose essentiellement de femmes b6n6voles. Leur formation est insuffisante pour leur permettre d'ex6cuter des programmes 6conomiques, et cette lacune entraine le projet vers la pente des activities sociales (Tendler, 1982). Le b6n6volat perp6tue en outre le statut inf6rieur de la femme, car la grande majorit6 des hommes employs dans des projets de d6veloppement sont pays.
I1 est g6n6ralement admis que, pour des raisons culturelles, il est pr6f6rable que ce soit des femmes qui travaillent avec les femmes pauvres du tiers monde. On a adopt6 cette pratique dans tous les pays en d6veloppement sans chercher A en v6rifier la validity; en revanche, il est stir que le manque de connaissances techniques de ces femmes b6n6voles freine consid6rablement la marche des projets destin6s A accroitre la productivity et le revenu. Il est sans doute pr6f6rable d'employer des femmes dans des domaines aussi d6licats que la planification familiale, mais il pourrait 8tre n6faste de recourir au personnel f6minin pour des activities comme la vulgarisation agricole, ofi

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quelqu'un ayant un statut social sup6rieur (comme un vulgarisateur homme) est plus credible et done plus efficace.


Participation, b~nivolat et beneficiaires

Le temps n6cessaire A la participation A des groupes et les exigences du b6n&volat tendent A exclure les femmes les plus surcharges de travail et les plus pauvres. On constate que les femmes au foyer, qui ont du temps libre, deviennent automatiquement les premieres participantes A ce type de projets. Or, ces femmes ne sont pas les plus pauvres. Les femmes chefs de famille, qui sont les plus d6favoris6es et n'ont pas de temps libre car elles doivent travailler tant A la maison qu' Il'ext6rieur, se trouvent automatiquement exclues des projets qui n6cessitent des entretiens de groupe, une participation et du travail b6n6vole. Ces contraintes aboutissent A la selection de b6n6ficiaires qui ont le temps et les moyens de participer A des tAches sociales, ce qui entraine une transformation des objectifs, qui de productifs deviennent sociaux.


L'heritage des institutions

Au Costa Rica, une organisation internationale de d6veloppement a demand A un petit organisme priv6, compos6 essentiellement de femmes b6n6voles, et qui avait milit6 avec succbs pour l'6galit6 des droits, de concevoir et d'ex6cuter un grand projet destiny & accroitre la productivity et le revenu des femmes rurales pauvres de ce pays. Le credit devait 6tre l'616ment cl6 du projet, mais cet organisme n'6tait pas en mesure de g6rer un pr&t volumineux et d'ex6cuter un programme de credit. Le personnel f6minin b6ndvole 6tait mieux A m6me d'enseigner la cuisine, la couture et le tricot que de se lancer dans les d6caissements et les bilans. Cet organisme h6sitait done i entreprendre le projet tel qu'il 6tait conqu.
Ce cas est typique des projets en faveur des femmes et permet de comprendre pourquoi les activit6s sont r6orient6es vers le secteur social au stade de l'ex6cution; les institutions de femmes qui sont choisies pour ex6cuter les projets sont capables d'entreprendre des activit6s de promotion sociale, mais non des programmes productifs; comme elles tiennent A la r6ussite du projet, elles transforment tout nathrellement les objectifs de production en activit6s de promotion sociale. Les lacunes de ces institutions s'expliquent en partie par le fait qu'elles ont progress6 parallblement aux organismes de d6veloppement et de secours, aprbs la seconde guerre mondiale.

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La fin de la seconde guerre mondiale et la reconstruction de I'Europe ont fait naitre deux modes parallbles d'assistance au ddveloppement: d'une part, celui de la croissance 6conomique, sous l'6gide de la Banque mondiale et de ses organismes affili6s, et de l'autre, celui des secours d'urgence, avec une proliferation d'organismes b6n6voles priv6s nationaux et internationaux. Les femmes pauvres et leurs enfants sont devenus la principale cible des programmes sociaux ex6cut6s par ces organismes b6n6voles internationaux. Les organismes de secours s'appuyaient g6ndralement pour ex6cuter leurs programmes sur des organisations locales, composees essentiellement de femmes bdn6voles qui 6taient charges de distribuer des secours aux femmes pauvres et A leurs enfants; ils ont ainsi assure la promotion de ces organisations. Ces dernibres, qui remontaient pour la plupart A la fin des ann6es 20 et dont le mandat contenait des objectifs de promotion sociale et d'6galit6 juridique, 6taient donc pretes & entreprendre ces activities de secours.
Cette vocation A l'assistance a fait des organisations de femmes des interm6diaires efficaces pour la distribution gratuite des services et des denr6es. II leur fallait de nombreux bdn6ficiaires et un vaste personnel, et elles ont pens6 pour cela A la main-d'oeuvre b6n6vole qui pouvait travailler bien et A moindres frais. Les clubs de mares, qui ont vu le jour pendant cette p6riode dans les pays en d6veloppement, ont tenu ce r6le d'interm6diaire. Toutefois, sauf en ce qui concerne les programmes de secours, les organisations de femmes ont stagn6 entre 1950 et 1970.
Dans les ann6es 70, deux 6v6nements importants ont eu des r6percussions profondes sur les programmes d'aide aux femmes pauvres du tiers monde. I1 y a eu une modification des principes et des strategies de d6veloppement 6conomique, et les Nations Unies ont institu6 une D6cennie pour la femme, commengant en 1975 avec l'Ann6e internationale de la femme. Conscientes que le transfert de capitaux et de techniques des pays industrialis6s n'avait pas atteint les couches pauvres des pays du tiers monde, les institutions de d6veloppement ont cr66 de nouvelles strategies destinies A am6liorer directement le niveau de vie des pauvres. Les organismes de secours internationaux et nationaux ont aussit6t suivi l'exemple, commengant A se transformer en fondations de d6veloppement priv6es.
La distance entre les deux modes d'assistance secours d'urgence et croissance 6conomique a commenc6 A diminuer; la Banque mondiale a beaucoup investi dans le secteur social, prenant la tete de la recherche en matibre de besoins fondamentaux de I'homme, et les organisations b6n6voles priv6es ont employ du personnel plus qualifi6 pour ex6cuter de petits programmes de d6veloppement 6conomique. En ce qui concerne les femmes, ces organisations ont 6t6 lentes A r6orienter leurs activities de secours vers le

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PROJETS EN FAVEUR DES FEMMES PAUVRES 83

d6veloppement. Cela est attribuable en partie A l'h6ritage institutionnel des programmes de secours.
L'Ann6e internationale de la femme a mis en lumibre les preoccupations des femmes du monde entier, justifi6 les activities de d6veloppement 6conomique en faveur des femmes et incit6 les organismes de d6veloppement internationaux g consacrer A cette cause des credits budg6taires limit6s mais significatifs. Les organismes de d6veloppement ont commence A inclure dans leurs programmes de lutte contre la pauvret6 des projets destin6s i am61liorer la condition des femmes pauvres dans les pays du tiers monde. Certaines organisations de femmes, en place depuis les annies 50 ou avant, ont, elles aussi, r6vis6 leurs objectifs et se trouvaient pr6tes a ex6cuter ces nouveaux projets. Cependant, elles avaient 6t6 cr66es et conques pour mener des activit6s de secours et non des projets productifs. L'6volution diff6rente des organisations de femmes et des institutions de d6veloppement et la volont6 d'agrandir les premieres en leur laissant faire ce qu'elles connaissent le mieux expliquent la pr6dominante sociale des projets consacr6s aux femmes du tiers monde.


L'conomie politique des projets en faveur des femmes

Les facteurs qui conditionnent le choix des institutions d'ex6cution expliquent le glissement des objectifs des projets en faveur des femmes. Les institutions qui ex6cutent des projets de d6veloppement pour les femmes n'opbrent pas en vase clos, mais en relation avec les organisations de d6veloppement internationales et nationales. Le choix d'institutions composes uniquement de femmes pour ex6cuter des programmes destin6s aux femmes est di en partie A l'id6e que le personnel f6minin est mieux A mime de communiquer avec des b6n6ficiaires du m6me sexe, mais surtout au refus des organismes de d6veloppement d'accorder des fonds substantiels aux projets destin6s aux femmes et d'ex6cuter des activities productives en leur faveur. Cette r6ticence s'explique par les cofits et les avantages, pour les organismes de d6veloppement travaillant pour des hommes, des activit6s sociales par rapport aux activities productives en faveur des femmes pauvres du tiers monde. Les institutions de femmes sont pr&tes a faire le travail et A le faire A moindres frais.
Dans un monde oi les ressources de d6veloppement limit6es sont surtout aux mains des hommes, les programmes de promotion sociale et de secours en faveur des femmes des pays en d6veloppement ne repr6sentent gubre une menace pour le budget ou I'autorit6 des hommes, bien moins que

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les projets productifs. Pourquoi les strategies de promotion sociale sont-elles consid6r6es comme moins dangereuses ou moins cofiteuses que les politiques de d6veloppement de la production?
La promotion sociale est finance par des credits exclusivement r6serv6s A cet effet, et comme ces programmes concernent uniquement les femmes en tant que mares, il s'opbre automatiquement une s6gr6gation entre les sexes, sans aucune possibility de concurrence entre hommes et femmes pour les biens et les services offerts. Par contre, les programmes productifs peuvent cr6er une concurrence entre les sexes. Ces activities sont forc6ment consid6r6es comme plus coiteuses, car elles risquent de poser les femmes en concurrentes pour l'utilisation des maigres ressources de d6veloppement.
Les strategies de production sont moins attirantes, car elles peuvent aboutir A une redistribution des ressources en faveur des femmes, ce qui revient A une situation oi les avantages acquis pour les femmes le sont aux d6pens des hommes soit parce que la reduction des in6galit6s entraine des cofits suppl6mentaires, soit parce que les femmes s'approprient une partie des maigres ressources 6conomiques. Les activities de promotion sociale, qui concernent uniquement les femmes et sont ex6cutdes dans un contexte de s6gr6gation des sexes, semblent donc utiles pour les femmes, sans empi6ter sur le domaine des hommes et plus important sans accaparer aucune ressource. Ces programmes sociaux sont donc pergus comme 6tant positifs, car personne n'y perd.
Les programmes en faveur des femmes pauvres du tiers monde doivent donc permettre d'investir en faveur des femmes sans d6sinvestir aux d6pens des hommes. C'est pourquoi les responsables du d6veloppement pr6farent et continueront A pr6f6rer- les activities sociales, A moins que l'on ne d6montre clairement les avantages des projets productifs. Les cofits supposes de ces derniers expliquent les changements d'orientation des projets en faveur des femmes, m6me lorsqu'on entend poursuivre des objectifs de production. Par suite de cette crainte d'une redistribution des ressources en faveur des femmes, on entreprend beaucoup plus volontiers des activities finances par des credits sp6cifiquement r6serv6s A cet effet ou des fonds consacr6s A la promotion sociale en g6n6ral.
En r6sum6, cette crainte d'une redistribution des ressources amine A:

* pr6f6rer ex6cuter des programmes de promotion sociale;
* choisir, dans les programmes de lutte contre la pauvret6, des groupes compos6s uniquement de femmes et des activities sp6cifiquement f6minines. Dans les projets int6gr6s hommes-femmes, on pr6fire travailler avec des femmes chefs de famille et des femmes pour les tAches typiquement f6minines, car

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PROJETS EN FAVEUR DES FEMMES PAUVRES 85

dans les deux cas, il y a une s6gr6gation entre les sexes qui 6limine toute concurrence.


Les solutions et leurs risques

La deviation des projets de d6veloppement en faveur des femmes pauvres a des causes qui remontent a la cr6ation, sur une base distincte, des organismes de d6veloppement 6conomique et des institutions de secours, aprbs la seconde guerre mondiale; elle r6sulte de trois facteurs interd6pendants: un style de projet particulier qui conduit A ex6cuter des activit6s sociales plut6t que des programmes productifs; les comp6tences des institutions qui mettent en oeuvre ce type de projets et le peu de credits que n6cessitent ces activities, ainsi que le moindre risque social et financier qu'elles repr6sentent par rapport aux interventions productives de lutte contre la pauvret6.
La transformation des objectifs de production en mesures sociales est une consequence logique du choix d'organismes d'ex6cution composes uniquement de femmes, qui ont d6ji fait leurs preuves dans le secteur social. Cette distorsion est due 6galement A la nature m6me de ces institutions qui n'ont pas les capacit6s institutionnelles voulues pour ex6cuter des programmes productifs, depuis qu'on a limit6 leur r6le au domaine des secours et qu'elles se sont isol6es des organismes de d6veloppement 6conomique. Ii se cr6e alors un cercle vicieux oi les institutions de femmes qui n'ont aucune competence 6conomique finissent par axer leur action sur la promotion sociale et oif la pauvret6 des femmes b6n6ficiaires s'accroit quand les projets productifs mis en euvre pour elles s'av6rent des 6checs financiers et sont transforms en mesures sociales.
II faut parvenir & insurer la lutte contre la pauvret6 et la promotion de l'6quit6 dans le cadre du d6veloppement 6conomique, sans cr6er des programmes distincts en faveur des femmes, qui n6cessitent une fraction des ressources et emp6chent les femmes d'acc6der aux connaissances requises pour promouvoir le d6veloppement. Cela cr6e un dilemme, car d'une part les organisations composes uniquement de femmes et les programmes qui leur sont sp6cifiquement destin6s tendent A carter encore davantage les femmes pauvres des avantages 6conomiques des projets, tandis que de l'autre, l'int6gration complete des objectifs sp6cifiques aux femmes risque de faire perdre de vue, pendant l'exdcution, les priorit6s particulibres des femmes ou d'entrainer une monopolisation des ressources destinies aux femmes par les b6n6ficiaires hommes. En outre, si l'on veut assurer l'6galit6 des sexes, il faut d6velopper des institutions de femmes sp6cialis6es dans le d6veloppement

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.conomique et am6liorer leurs comp6tences professionnelles plut6t que de les laisser disparaitre.
Pour r6soudre ce dilemme, il faut lib6rer le potentiel institutionnel des organismes de femmes et des organisations int6gr6es dans des domaines sp6cialis6s et compl6mentaires. Un d6veloppement institutionnel rationnel, qui tienne compte des points forts et des faiblesses des organismes existants et des risques de distorsion ou de submersion, est essentiel pour accroitre le taux de succ6s des strategies de production en faveur des femmes.
Tout d'abord, les organisations de femmes peuvent jouer le r61le d'un interm6diaire qui fournit aux femmes pauvres des services que les organisations int6gr6es ne peuvent g6n6ralement pas leur assurer. Par exemple, elles peuvent fournir des informations sur les services productifs offerts aux femmes pauvres des zones rurales, que ces dernibres n'auraient pu obtenir car elles ne participent pas aux coop6ratives de production. Deuxibmement, tout comme les colleges de femmes, les organisations de femmes peuvent ouvrir A celles-ci la porte des institutions modernes, en leur offrant un milieu pr6serv6 oii elles peuvent s'instruire et acqu6rir une experience pour rattraper leur retard vis-A-vis des organisations de production modernes. Troisibmement, ces organisations peuvent avoir une fonction essentiellement politique en faisant prendre conscience aux institutions du r61e 6conomique des femmes. Les organisations de femmes qui ont une large assise ont un poids politique qu'il faut renforcer et exploiter au maximum. Elles peuvent jouer de leur influence vis-A-vis du pouvoir pour faire adopter des strategies visant A int6grer les femmes pauvres dans l'6conomie nationale. Les institutions de recherche peuvent mettre I'accent sur les craintes que font naitre les programmes productifs en faveur des femmes dans les milieux influents. Enfin, les institutions de femmes peuvent jouer les << chiens de garde >> en cr6ant des systames de suivi et d'6valuation des activit6s en faveur des femmes.
Par ailleurs, la faiblesse des institutions de femmes limite leur r6le dans l'ex6cution des programmes productifs, sauf quand elles permettent aux femmes de rattraper leur retard et de s'adapter A la vie 6conomique moderne. Le credit repr6sente un bon exemple de ce r61e. Les cr6dits allou6s aux femmes leur permettent d'entrer en concurrence avec d'autres femmes aux possibilit6s d'emprunt 6quivalentes plut6t qu'avec des hommes qui, en tant que groupe, sont plus 6volu6s que les femmes et ont moins de difficulties A trouver les cautions n6cessaires.
Un certain nombre d'organismes qui ont vu le jour ces derni res ann6es pour servir de liaison A vocation feminine entre le besoin de credits des femmes pauvres et les disponibilit6s des marches financiers officiels ont connu un franc succas (Everett et Savara, 1985). Ces institutions ont ex6cut6 la majo-

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rit6 des projets heureux qui font exception A la r~gle g6n6rale des programmes destin6s A accroitre le revenu des femmes et elles peuvent jouer un r6le essentiel dans les projets d'aide aux femmes du tiers monde. Mais pour bien fonctionner, elles doivent avoir les moyens financiers n6cessaires et pouvoir acc6der aux connaissances et aux services disponibles dans les organismes techniques int6gr6s.
Dans la mesure du possible, ce sont les institutions int6gr6es qui devront ex6cuter les programmes productifs en faveur des femmes pauvres, afin de minimiser les risques de distorsion des objectifs et les possibilities d'isoler davantage encore les b6n6ficiaires femmes des ressources du d6veloppement, en crdant des organismes pdriphdriques qui s'occupent de leurs besoins particuliers. Dans les organismes int6gr6s, il faut 6duquer le personnel et fournir des encouragements spdcifiques pour qu'il entreprenne des activities 6conomiques en faveur des femmes. On d6montrera, donn6es A l'appui, que l'int6gration des femmes dans les activities dconomiques contribue au succs des projets. Des mesures d'encouragement sont n6cessaires, car ces projets peuvent comporter des cofits importants pour ceux qui les ex6cutent; A une tAche d6ji tras difficile accroitre la productivity et le revenu des femmes pauvres
- s'ajoutent des contraintes institutionnelles et financibres et des risques politiques 6lev6s.
Afin de d6velopper ces r6les institutionnels compl6mentaires des organismes de femmes et des organisations int6grdes, il faudra que les institutions de d6veloppement, nationales et internationales, accordent d'importantes ressources financibres pour soutenir les politiques et les programmes 6conomiques en faveur des femmes. Face A l'amenuisement des ressources des programmes de lutte contre la pauvret6, il sera de plus en plus difficile de convaincre les hommes politiques que les avantages A long terme des activit6s productives en faveur des femmes pauvres l'emportent largement sur tous les coiits financiers, sociaux ou politiques A court terme qu'elles pourraient comporter.



Rf6rences

BUvINIC, M. & NIEVES, I. Elements of women's economic integration: project indicators for 1982 the World Bank. Report prepared for the World Bank, Office of the Adviser on
Women in Development. Washington, D.C., International Center for Research
on Women (ICRW). (Reprographi6)
CHEN, M.A. A quiet revolution: women in transition in rural Bangladesh. Cambridge, 1984 Massachusetts, Schenkman Publishing Co.

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DIXON, R.B. Assessing the impact of development projects on women. Washington, D.C., 1980 USAID. AID Program Evaluation Discussion Paper No. 8.
ESMAN, M.J. & UPHOFF, N.T. Local organizations. Ithaca, New York, Cornell University 1984 Press.
EVERETT, J. & SAVARA, M. Institutional credit as a strategy toward self-reliance for female 1985 petty commodity procedures in India: a critical evaluation. Paper presented at the
Women in Development Conference, Washington, D.C., April 1985.
TENDLER, J. Turning private voluntary organizations into development agencies: questions 1982 for evaluation. Washington, D.C., USAID. AID Program Evaluation Discussion
Paper No. 12.

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Le r6le des femmes dans I'amenagement
des ressources naturelles au Nepal


S. Pandey

Le r6le des femmes n6palaises dans l'am6nagement des ressources naturelles' est de plus en plus d'actualit6. Les femmes du N6pal font un grand usage de ressources naturelles comme le bois de feu, l'eau et le fourrage, qu'elles sont charg6es d'aller chercher et de transporter pour leur usage domestique. Jusqu'A present, peu d'efforts ont 6t6 faits A l'6chelle nationale pour accroitre la participation et la contribution des femmes A l'am6nagement des ressources. Et pourtant, c'est de leur mobilisation que depend le succds des programmes de conservation et d'am6nagement des ressources et le r6tablissement de l'6quilibre 6cologique au N6pal. De m~me, les programmes de conservation peuvent avoir une plus grande efficacit6 si l'on s'assure la collaboration de femmes qualifies sur le plan professionnel, notamment pour la diffusion d'informations et d'id6es nouvelles sur le terrain. Le present article s'efforce de d6crire brievement la situation actuelle, I'utilisation des ressources naturelles par les femmes au N6pal, le r61le qu'elles peuvent jouer dans l'am6nagement des ressources et les problames pos6s par la formation des femmes A des postes de responsabilit6 dans ce domaine.


Les ressources naturelles du Nepal

Un des plus graves problames que doit affronter le N6pal A l'heure actuelle est le d6s6quilibre 6cologique. Le groupe de la recherche 6nerg6tique de l'universit6 de Tribhuvan (1976) indique que 95 pour cent de. '6nergie consomme dans les collines provient du bois de feu. De mime, comme le fait observer Stevens (1979), environ 25 pour cent des ressources forestibres ont disparu en l'espace de 10 ans (1964-1975). A ce rythme, ce qui reste de forts accessibles dans les montagnes pourrait disparaitre au cours des 15 prochaines ann6es, tandis que les forts de la plaine m6ridionale du Terai risquent de

Mme Shanta Pandey a collabor6 au Projet de conservation et d'utilisation des ressources au N6pal en quality de sp6cialiste des sciences sociales.

L'am6nagement des ressources naturelles se r6fare essentiellement ici aux forts.

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90U S. PANDEY

ne plus exister d'ici A 25 ans (Stevens, 1979). Une des raisons essentielles de cet appauvrissement des ressources naturelles est le besoin en bois d'6nergie, en terres arables et en fourrage. L'l1imination de la v6g6tation a souvent pour rdsultat le d6boisement et l'6rosion.
Chaque ann6e, le N6pal perd de 20 A 25 tonnes de sol fertile par hectare, soit 20 fois le poids de la r6colte de riz. D'aprbs une enqu6te men6e dans le pays, 47 pour cent des glissements de terrain survenus au Ndpal sont d'origine gdologique, le reste 6tant provoqu6 par l'homme. Sur les 75 districts que compte le N6pal, cinq (Mustang, Sallyan, Sarlahi, Mahotari et Okhaldhunga) laissent d6ji apparaitre de s6rieux indices de d6boisement. Pour reboiser le N6pal de faqon durable, il faudrait planter environ 1,3 million d'hectares de forts d'ici l'an 2000. Depuis une quinzaine d'ann6es, de nombreuses organisations nationales et internationales ont lanc6 diff6rents programmes pour tenter de mettre un terme A la degradation rapide des ressources ndpalaises. Ils ont pour but d'amiliorer les techniques d'utilisation et d'am6nagement des ressources forestibres, mais ils n'int6resseront pas plus de 34 000 hectares d'ici la fin du sibcle (Bhatta, 1984).


Le role des femmes dans l'utilisation et I'am6nagement des ressources naturelles

II apparaft, d'aprbs une 6tude effectu6e par l'Agence pour le d6veloppement international (AID) et le Centre ndpalais de d6veloppement et d'administration 6conomiques en 1979-1981, ainsi que d'aprbs diverses autres 6tudes, que les femmes jouent un r6le essentiel dans l'utilisation et l'am6nagement des ressources naturelles au Ndpal. La part des femmes dans le temps consacr6 par les adultes au ramassage du bois de feu est de 66 pour cent (Acharya et Bennett, 1981). En certains endroits, il leur faut jusqu'A 11 jours par mois pour mener A bien cette tiche (Cordovez, 1984). Etant donn6 la part active des femmes dans l'utilisation des ressources forestibres, il est n6cessaire qu'elles contribuent davantage A am6nager ces ressources.

Des femmes dans la gestion des p6pinieres. L'auteur a visit plus de 50 grandes p6pinibres dans diff6rents districts, notamment Gorkha, Mustang, Myagdi et Sindhupalchok. Chaque p6pinibre est dirig6e par un villageois d6sign6 sous le nom de <> (en ndpalais, < signifie >). Les p6pini6ristes sont charges de remplir de terre les sacs en plastique, de preparer les lits de semence, d'ensemencer, d'arroser la p6pinibre et de planter les jeunes arbres. Les responsables d6crivent souvent les femmes

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LES FEMMES ET LES RESSOURCES NATURELLES AU NEPAL 91

comme des travailleuses plus efficaces et plus acharn6es que les hommes, et pourtant pas une seule p6pinibre n'est dirig6e par une femme. Il n'est pas rare que les villageoises vendent au chef de la p6pinibre les graines qu'elles r6coltent lorsqu'elles emmbnent brouter leurs troupeaux ou qu'elles ramassent du bois et du fourrage dans la fort. Si l'on nommait des femmes chefs p6pini6ristes, cela encouragerait les autres femmes A visiter la p6piniare et A se renseigner A son sujet, A planter des arbres dans leur enclos familial et & se livrer A diff6rentes tiches de jardinage.

Recrutement des femmes comme gardes forestiers. Au N6pal, les femmes montent sur les arbres pour couper les branches qui serviront de fourrage et consacrent une grande partie de leur temps A ramasser du bois dans la fort, mais pas une seule femme n'occupe les fonctions de garde forestier. En effet, on estime a tort que les femmes ne sont pas assez robustes pour exercer ce m6tier. Si l'on formait des femmes & ce travail, elles seraient sans doute mieux places que les hommes pour motiver les utilisatrices des ressources foresti&res et les aider A trouver d'autres sources de combustible et de fourrage, notamment dans les forts fr6quent6es par les femmes et les enfants.

Formation professionnelle des femmes en matiere d'amenagement des ressources naturelles. Si l'on considere la contribution apport6e par les femmes
dans d'autres domaines professionnels au Nepal, il apparait clairement que les femmes ayant une qualification communiquent plus facilement que les hommes de mime niveau avec les autres femmes des collectivit6s. A cet 6gard, les vulgarisatrices sont mieux places pour atteindre et motiver ce groupe d'usagers, ainsi que pour formuler des suggestions et des avis et apporter une contribution efficace A la planification, A la mise en oeuvre et A l'6valuation des programmes s'adressant aux femmes. Les participants au s6minaire national sur les possibilities d'emploi offertes aux dipl6m6es de l'Institut de foresterie (IRNR, 1984) ont d6clar6 qu'ils seraient disposes A employer des femmes ayant une qualification professionnelle dans des domaines tels que recherche en matibre d'am6nagement des ressources, organisation d'enquetes, enseignement, travaux de laboratoire, vulgarisation, etc. Et pourtant, il y a peu de temps encore, aucune femme n'avait requ de formation au N6pal dans le domaine des ressources naturelles. L'Institut de foresterie' de l'universitd de Tribhuvan, A Hetauda, existe officiellement

1 L'Institut de foresterie prendra bient6t le nom d'Institut des ressources naturelles renouvelables et sera transf6r6 dans de nouveaux bitiments en construction A Pokhara.

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