Citation
Histoire medicale de larmee francaise a Saint-Domingue, en lan dix, ou, Memoire sur la fievre jaune

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Title:
Histoire medicale de larmee francaise a Saint-Domingue, en lan dix, ou, Memoire sur la fievre jaune avec un appercu de la topographie medicale de cette colonie
Portion of title:
Mémoire sur la fièvre jaune
Alternate title:
Histoire médicale de l'armée française à Saint-Domingue, en l'an dix, ou, Mémoire sur la fièvre jaune avec un apperçu de la topographie médicale de cette colonie
Creator:
Gilbert, Nicolas Pierre, 1751-1814
Place of Publication:
Paris
Publisher:
Gabon
Publication Date:
Language:
French
Physical Description:
1 online resource (103 p.) : ;

Subjects

Subjects / Keywords:
Yellow fever -- Haiti ( lcsh )
Fièvre jaune -- Haïti ( ram )
Medical care ( fast )
Yellow fever ( fast )
Haiti ( fast )
Genre:
non-fiction ( marcgt )

Notes

General Note:
Title from PDF t.p. (LLMC Digital, viewed on Nov. 5, 2011)
Statement of Responsibility:
par le C. N.P. Gilbert.

Record Information

Source Institution:
University of Florida
Holding Location:
University of Florida
Rights Management:
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Resource Identifier:
759716836 ( OCLC )
ocn759716836
Classification:
RC212.H2|RA644.Y4 G55 1803 ( lcc )

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HISTOIRE MEDICAL

DE L'ARMItE FRANCAISE,


A SAINT


-DOMINGUE,


EN L'AN


D J.V


/,







HISTOIRE MEDICAL

DE L'ARME"E FRANCAISE,


INT


- DOMINGUE,


EN L'AN


D I X;


OU


MIEMOIRE


AvEc un appercu de la


Topographie mgdicale de


cette Colonie.


PAv


LE C. N. P. GILBERT,


M t D E c I N en chef de cette Arm&o, Mdecin titulaire de 1'I6pital militaire de Paris, Membre de plusieurs Socidt6s savantes de la imme ville.
Quoeque ipse miserrima vidi, Et qtorum pars magnaftti.
V n c i ne. ZBneU. Vb.


Chez GABON et


A PARIS, Compi , Libraires, de Mddecine.


Place de 'Ecole


DE L'IMPRIEIERIE DE


A N x z-I-o.


SA


SUR LA Fi]tVRE JAUtNE,


GUI L LEMINET4


A









AUX COSTE,


CI TOYENS


Mdecin,


HEURTELOUP,


Chirurgien


PARMENTIER, Pharmacien, VERGE Z fls, M6decin-Secr6taire; COMPOSANT

LE CONSEIL DE SANTE DES ARMEES.




TJMOIGNAGE D'ESTIME


ET DATTACHEMENT


DE LAUTEUR4









1IJSTOIRE MEDICARE

DE L'ARMEE FRANCAISE,

A SAINT-DOMINGUE,

EN L'AN DIX.

a
Co nsiddratons gdndrales.

L E sulet que 1e traite interesse tous les FranctIis, soit come citoyens, soit comme individus attache's par les liens du sang, ou par des affect. tioris particulieres a* ceux qui vont servir la patrie, ou former des etablissemens dans les Colonies.
Lorsque expeditionn de Saint-Doningue fun ordonnee au mois de vende"'miair an i o .le desir d'en fire partic devint general : les mallicurs inseparables des rtfbrnmes de tous les dtablissemens de guerre, la raret6 des emplois civils, cn raison du nombre d'hommes qui, depuis dix ans, servaient darts les arnees, et qui allaient se trouver sans etat ' la paix, les presomptions bien fortdees d'un avancement ou d'une fortune, ordintairement rapide aux Isles, tcls Jtaient les suIets de
toutes les conversations ; les esprits S"""chaue"u't,






(4)
les esp'rances les plus flatteuses furent concues; les bureaux du ministre de la guerre, les cabinets des hommes en place farent assiges par les citoyens qui voulaient passer a Saint-Domingue.
I1 semblait que cette 6nigratiou ne ffit qu'un ,oyage de plaisir, que cette transplantation sons la zone torride convint ' tous les ages, ' tous les temperamens; on ne voyqait pas, on iie youlait pas voir ' quel prix s'est acdiet dans tous les temps l'acclimatement dans ces contrecs.
Qu'est-i arri*v ? les effkts d une stkberesse extraordiuaire et d'une chaleur devorante ont imprine un caractere de malignite a la maladie qui attaque les Europdens qui vont s' tahlir a* I'Amerique. Les suites insdparables d'une g91lerre h outrance ont done' " cette mahadie assez dextension pour en forrme r une esp&ce d epidle"Mie a Saint'Doningue et a Ia Ouiadeloui:. Des causes locales , depInda utes de "'icendie et de la d,'vasution du Cap-'Franits out riedu ce fleau plus desastreux encore en cette ville. Dui moment oh ces nouvelles ont t revues en France, les iddes a c sujet ont pris une autre direction; a une security' aveugle odt succd4' des alarwes trop vives; les bruits les plus effraqarns se sont repandus, et lon a craint le passage dans les Colonies autant qu'on F'avait desire'.
I1 importe de rectifier l'opinion 4 cet e'ard e







(5)
de rassurer les esprits. On a dit que la fie'vre jaune est une epidWaiee pestilentielle, qui, depuis la revolution, frappant annuelleeut ies Europeens qui arrivent aux Antilles, et meme les Colons, ne pre'sente plus qu'une depopulation ine. vitable; que cette epidemle, inconnue dans sa source, sa marche et ses eftets, ne laise aux mt~decins qui en sont les teinoins que la doultur d'accroltre le nombre des victimies , sans respoir consolant d'en moderer la fureurpu d'en arreter le cours; cette assertion est de toute faussete. Je ferai conwalte que la fievre jaune a fi'app4 de tout temps, dans les colonies, les Europeens qui y ont aibordd ; qu' elle a ete plus ou mnoin, redoutable en raison de la temperature des saisons, ou de I' tat idyosyncrasique des sujets qui en oit 4td atteints ;que son intensite actuelle tient h des modifications locales et teniporaires, qui, loin de devenir permanentes, s'affaibliront insensiblement d'elles-memes, ou plus promptement, si les moyens convenables d'hygiene puIbiique y sont employes. Je ddmontrerai, par les faits, que la fievre jaune de Amerique ne doit pas inspirer plus d'alarmes pour l'avenir que toute autre fievre de mauvaise nature, qui nait, croft, se de'veloppe et s) eteint, en Europe, daiis les armies 7les villes assietgees, les hopitaux, les prisons.' On sera force d'en conclure que nos Co.







(6)
lonies ne seront pas plus ddsertees par nous, ' reason de cette maladie, que ne sont abandonnjes toutes les villes maritimes des EtatsiUnis que ce fle'au ravage depuis long-temps, que ne sont abandonnees la Havane, la Jamaique, lAndalousie, qu'il a 4galement frappees, ainsi que toutes les contrees de 1'Europe oh se montrent de temps h autres des maladies epide'miques plus ou moins funestes.
Todtes ces ve'ritds seront rendues sensibles par les details qui suivent.
A,4rrhde de l'armdefrangaise au Cap.
L'arme de Saint-Domingue, sous les ordres du general en chef Leclerc, beau-frre du premier Consul, partie de Brest le 23 fimaire an io, arriva devant Samana le 9 pluviose. Le i0 le general Kerverseau se detache avec quelques frigates et se dirige sum' Santo.Domingo. Le i4, I'armde arrive devant le Cap-Francais; le general Rochambeau se porte sur le fort Dauphin avec le capitaineMagon; le gdne'raI Boudet et le contreamirat Latouche so rendent au PortoauPrince.
I1 y avait pea de malades sur les vaisseaux.
Le 15, le gdne'ral en chef opere la descente au port Lacul, " ,t n lieues du Cap.
Le mneme jour, cette superbe viile est mcendie'e dans sa presque totality, et Iarnee francaise







(7)
s etabli t sur ses decombres, au milieu des ruines, de la devastation et de la desolation publique Etablissement de deux hpitaux au Cap.
Mon premier soin, en descendant "a terre, fut d'aller reconnaltre l'Mat actuel des deux h6pitaux de cette cite. Tous deux avaient ete' dtdvaste's, pills, incendids en partie, et nk'taient pas en tat de recevoir, pour l'instant, les militaires et les marins malades, ainsi que ceux qui avaient pu le devenir dans une marche vive et force, de plus de douze lieues, sous un ciel brdlant, sans provisions, et a travers le feu des rebelles. Le general en chef, a son arrivee au Cap, attach ses premieres pensees au soulagernent de l'huma. nite' souffrante; le plan qu'il adopta fut si precis, 'execution de ses ordres fut tellement activdre par I'ordonnateur en chef Daure, le zMAe des chefs du service de santd, de administration hospitalibre, et de tous leurs collaborateurs, fut si ardent, qu'en peu de jours,les det. h6pitaux furent mis en etat de recevoir entre eux i,ooo h ,,2oo hommes. Cet dtablissement codita les plus grandes peines. On ne trouva aucunes ressources ni en hommes ni en effets dans la ville. Les effiets dh6pitaux, embarqu.s pour le service de rarmde, se trouvaient disperse's stir les vaisseaux de 1'escadre; plusieurs de ces vaisseaux s'jtaient ports str diffirens points de rile. L'hbpital , dit des







(3)
PWres, situ n quart de lieue du Cap, n'offrait pas routes les suretes convenables; celui de la Providence, place en vile, ,as un loc a insalubre sous tous les rapports, presentait de grands inconveniens ; mais la n4cessitJ fit loi et nos malades entrrent dans ce double asile.
Mon premier dt sir, en arrivant dans cette Colonie, que je voyais pour la premiere fois, fut de recueilir avec soin tous les renseignemens propres a m'eclairtr sur la topographie me'dicale du pays, "sa m'teorlogie, la serie de ses constitutio1 m dieaes, la nature , la marche , le retour priodique de-ses maladies, et sur-tout de ce fl.au cruel connu sous le nom de fiivre jaune. Javas, sur tous les objets, les connaissances que m'avaient Pu fburnir les praticiens qui avaient public des ouvrages en France, en Angleterre , en Espagne et dans les diverses Colonies II me restait' a rapprocher de ces travaux les observations des gens de l'art qui exertaient leur profession dans ce pays. Les informations me procurement une suite de tableaux ne-. teorologiques et nosoliques, qui trouveront leur place duiis ce rmdmnoire. Ces tableaux mont toujLurs ete presens darts le service de santd que j' ai eu a diritger; ils ont servi de base a linstruction que J'ai cru devoir r-dioer an mois de germinal, sur les maladies des troupes "a Saint-DoTninque, et sur leur traitement. Cette instruction







(9)
atk imprimfle par les ordres du general en cief, cnvoy e aux officers de santJ et "a tous les corps de 'artnee. Elle avait pour objet principal d'edairer nos jeunes collaborateurs , qui 'aient pas eu occasion de traiter ou de voir traiter les maladies des armies daus les pays chauds; ils devaient se trouver tous les ours isoles dans des ambulances, des cantonnemens, des poses eloignes des hopitaux permanents ou temporaires sans livres, et abandonnes a leur propre inexperience par les difiicult~s et les lenteurs des communicatious ; il leur devenait avantageux de pouvoir consulter, avee quelque utilite I'analyse succincte de ce qui a t6 ecrit sur cet important objet.
Je presenterai ici avec quelques extraits de ce travail, dont je n'ai pu conserver quIun exemplaire, quelques additions que j'y ai faites depuis.
APPERC DE LA TOPOGILAPHIE MEDICALE DE SAINTDOMINGUE,

PWjiexiors gdndrales.
Le traitemeta des maladies des armies dans les climats situes sous la zone torrie offre l'applicalion journaliere de la premiere sentence du leislateur de ]'art de gueir. L'occasion est toujours fugitive et experience souvent trompeuse.
Un appercu de la topograpie midicale des







(1O)
Iieux doit toujours preceder rhistoire des maw ladies qui y regnent; c'est le phare qui conduit le praticien dans le traitement des pidemies, on qui lui indique au moins les ecueils qu'il doit 4viter. Cest ainsi qu'en arrivant dans les clitmats site's sous la zone torride ,, i conuat d'avance ldtat habituel de 1'dconomie animale; ii sait que hs slides y tendent "a la flaccidit; que le syst~me musculaire s'y trouve dans un stat de dtbilitation habitueile; que les organes de la digestion y sont frappes d'une enervation siguii ere; que les humeurs moins animalisees y ont un caractere plus sensible de carbonisation; qu'en meme temps faction d'une chaleur forte y rend la constitution tres-nerveuse, le temperament tres-bilieux, 1ame tres-ardente '1'iragm nation tres-exalte. Ces principes ge'neraux doivent &re toujours presens au medecin qui exerce sa profession dans les pays chauds; appliquonsles 'a la colonie qui nous occupe.
Situation gdographique.
L'ile de Saint-Domingue, placee entre le 7e et le 2oe degrt de latitude boreale, le 7 1 e et le 77edere' de longitude a, rouest du me'ridien de Paris, a i 6o lieues de longueur de rest a l'ouest, sur une largueur moyenne de trente lieues du nord au midi. Son circuit est de 55o lieues, et de Goo lieues en tUisant le tour des ases. Elle







C'')
est Coupee dans sa longueur par une chalne de montagnes tres escapees, tres-levees d'oui se detaclient lateralement , en divers sens, d'autres mornes au has desquels se trouvent ces deicieuses plaines couvertes des produits de la veg'tation la plus riche, qui fbrme de cette ile la plus belle colonie du Nouveau-Monde.,
De ces montagnes et'de ces mornes descendent plusieurs rivie'res et ruisseaux; its forment dans les pluies aboidantes des torrens qui entrahuent vers la mer et sur les esters des terres et des substances de, diverse nature. Les esters sont des rivages de niveau avec la mer basse, et qu'elle couvre daus le flux. Une moitii , pour ainsi dire, de Ile de Saint - Domingue consiste en esters. Ce soot des plages marecageuses couvertes de mangles, de meure d'une prodigieuse quantity d'insectes, de maringouins, de moustiques et de crustacees, dont les ddeompositiong exhalent avee les detritus dog vge'taux, des myriades d'emanations deleteres, sources inepuisables des maladies de mauvaise nature, si communes dans les Colonies.

Temperature, rises, pluies, saisons.
La temperature de Saint-Domingue merite de fixer attention de 'observateur. A tie juger cette ile que par sa situation dans ]a zone torride, on pourrait croire que la chaleury doit etre iisupporta-








be pendant. les six mois que passe le soleil entre 1kequateur et le tropique du cancer; mAIs des vents que [on appelle rises viennent regulimert chaque lour rafialciir I'atmosphere. Lun est la brise du large; i commence " se faire sentir vers rles 9 a i o heures du matin, crot en force "a measure que le soleil s'dleve sur rhorizon, d "croft "a mesure qu'iI s'eoigne du meridien , et
tombe "a sou coucher. La brise de terre lui succ ed et dure jusqu'au leudemain. Ces deux vents reguiers sont Interrompus en hiver par les vents de nord, qui sont pluvieux; en 4te, par les vents de sud, tr es-orageux,
Les pluies coutribuent aussi 'a temperer la chaleur; ies augnenteut en fipqtience et en hrce a measure que le soleil-avamce vers le z'nith. A leqimoxe d'automnie, les orages sout terribles, sur- tout dans les d partemensdu sud et de rouest. Au mois d'octobre, Wt:s orages cessent, des pluies d'une autre espce cottiu ncent ; ce e sont plus ces .d,,%( fot rient, par- tout des torrens
si redoutablts ; ce sovit des- phuies fines, 1raimhes, sembiables a celles do Frwve, dont dlbs prennent le nom; mais ces pluics tie favorisent que certain quartiers, et ne revienuent pas chaque annee jaux memes tivux.
La varidte' du climat de cette Ile est telle, qtie les habitats des diverses parties ne convietment pas encore entre eux de ce quils doivent appeler








iiiverou c4 Ainsi, dansles departemensdel(uest, du Sud et de lInganno, on appelle hiver le t!rjs des orages, depuis avril jusqu'en nov;imbre, de germinal "a brumaire; on ny connaL li piintemps ni automne. Dans les d(4,artemiens du 'Nord et de Samana, l'hiver commnwice en frimaire et finit en germinal. Guest alors qtie se font sentir les ventside nord ,appex es Iod;u sn c
ti -1 e les nords; 'is sont accompages d'un tcmps v 'blcux, pluvieux, durent trouis "a quatre jo it's de suite, et revientent deux a trois fbis le nos; alors les nuits et les matinees sout ftrakches et mcmfle ilt peu froides; les plates vMgktent peu, quoique ce soit le temps des pluies: le printemps nat, se continue jisqu'a la fin de prairial;- c'est le moment ol toutes les riclisses de la nature se deploienJ; ies vegetaux sont pares de ficurs, beaucoup d'arbres sont cbarge's de fleurs et de fruits, rair est ernbaumud de toute part. Messidor arrive et amene avec luii les chaleurs devorantes , les seheresses accablantes, les vents de sud etouffans. C'est I'e't de ]a zone torride, it dure i usqu'en vendhniaire. te, ps di's orange saison de rautoinne qui se termine en tiimaire.,
Le there iomntLre de Reaurnur, indiquc de 2o t 25 degres de brumaire "a ventose ; de .5 a 5o, de ventose ' florei ; de 3o " 35, de praiAa U vendeiiiaire ; le Fai vu a 37 et 38, le .2 prairial, au Cap-Francais.
Le barointre se tient ordinairent entri:






(14)
28 pouces 2 hignes , et 28 pouces lines
La chaleur est toujours plus forte dans la plaine; elle diminue a mesure que I'on S'"'lve dans les mornes ; et cette difirence de tempera. ture est tellement sensible, que 'on est quelquefois oblige de changer de vwtemens et de se couvrir avec soin, ,lorsque l'on arrive dans une haitation. tres-eIevee au-dessus du niveau de ]a mer. La fraicheur que l'ou y e'prouve le soir et le matin est semblable 4 celle des matinees on des belles soirees du printemps, ou meme quelquetois de rautomne en France. Cette variation subite et tres.frequente de temperature rend, en cette Co. lonie, les affections catharrales tres-ordinaires. Terroirs, carrieres, rivmeres , eaux, sources
d'eaux mindrales.
Le terroir de cette ie est d'une diversity remarquable, propre "a presque toutes les cultures.4 On y reconnalit des terrains calcaires, argileux, marneux, schisteux, sablonneux. La moitie de file est en montagnes, dont la plupart peuvent se cultiver jusqu'h leurs sommets. I1 y en a deI stories trs-escarpees, d'une hauteur extraordinaire; leurs gorges, dont le terrain est plus humide par la chfite habituelle des torrens, se couvrent de bananiers, de palmiers, de mimosa de toute espece; d'autres montagnes, tgalenient aritles, boI'deu les 0tes, et semblent fu'tre places la







()
parla nature que pour servir de digues aux fureurs de la mer. Au pied de ces montagnes se voieIt des rochers effrayans par leurs masses, s' levaiit a pic, et format ce que lon appelle les cotes de fer; tell est la c6te qui s'e'end depuis le fort Picolet au Cap jusqn'au port de l'Acul; telle est encore la bande du nord de Ile de la Tortue. '
Quelque lieu que l'on creuse dans la plaine, une profondeur de six ou buit decimetres
presente le tuf, ou l'argile ou le sable; la terre ve'getale y a tre's peu d epaisseur, et c' est un objet digne des mteditations du plhvsicien et du naturaliste, que de voir cette terre, si peu profonde, porter et soutenir les arbres les plus Plevds, les plus gros, les plus forts, don't Ies forks puissent s'embellir: leurs racines ne plongent jamais "a plus de six ddcimetres, (2 pieds)

I -La plupart des cotes des d6partemens du Nord et de rOuest sont des collines calcaires, form6es par des masses dnormes de madrepores, souvent cellulaires. Les habitats les nomment Roches ' Ravet, du nom de l'insecte blatta americana, Linn., aussi comMunI qu'incommode, qui se r6fugie dans ces madr6pores. Ces roches calcaires sont couples de inani6re t faire quelquefois sept ' huit gradins horizontaux, de trois 4 quatr, cents mtres de largeur, depuis le board de la mer jus. qu'au sommet le plus 61ev6. Cette disposition tr" "Sin guli6re est frappante aux environs du taorne SaintNicolas et aupr's du fort DaupIhin.






(e6)
mais elles s'ttendent en surface; leur direction quite la perpendiculaire et, devient horizontale en proportion diu poids qu'elles ont " soutenir. C'est ainsi que le figuier sausage pousse ses ratines a plus de 24 mtres de distance du tronc, tandis que les palmiers, dont les racines sont tres-courtes, les ont en nombre immense. Cette disposition singuliere de la terre ve'P6tale parait provenir de ce que les pluies ne peuvent jamais, pour ainsi dire, qu'efflkurer la surface du sol.
Ony trouve des mines d'or, d'argent, de cuivre, de fer, d'tain et d'aimant; du cristal de roche, du soufre, du charbon de terre, etc., des carrieres d narbre, de schiste , de marne, dans lesquelles on rencontre beaucoup de silex ; des produits volcaniques, des stalactites danis des cavernes. Le morne, dit Bonnet " l'Eveque, situ" dans la paroisse de la Plaine du Nord, pr s le canton du Grand Boucan, ne presente dans son intrieur qt'excavations, precipices et cavernes, ou d'immenses stalactites et stalagmites aunoncent le !ong et continue ouvrage de la nature.
L'Ile del Saint-Domingue a un grand nombre de rivieres ; mais ii taut convenir que la plupart d'entre elles ne sont que des torrens et des ruisseaux, et qu'on n'en trouve pas une seule navigable trois ou quatre Iieues de son embouchure. Les plus belles de ces rivie'res sont, f'0zama, don't 1 embouclhure forme le port de Santo-







('7 )
Dormingo, la Neyva, 1'Usaque ou rviere de
Monte-Christo, 1'Artibonite.
Les eaux des rivieres y sont en general bon. nes et saines, mais vires et frachs; celhS qut avoisinent lesbords de la mer sout saumtres et limoneuses; elles deviennent ineilhcures 4 mesure que leurs sources approchent des mornes; le plus grand notnbre centre elles contient plus ou moins de sulfate calcaire ou diaux sulfatee.
II y a dans rile un grand nombre de sources d'eaux rinrales ; deux seulemetit ont ete sou. arises 'a des 4preuves ncessaires pour is fAire connaitre: routes deux sot thermales stillbreuses.
Les premieres de ces sources sont cells de Boy nes "t deux lieues du Port it Pialent, " 50 licues du Cap-Franeais et 'a 14 liues des Goailves. Ces eaux mierales peuvent t tre utilemerut or-. dones dans tous les cas oh celles de Bareges le south en France. Elhes seront particulieremIent utiles dans les atfctions rhumatismales chroniques, les maladies cutanees, les anciens ulcers a la suite des plaies d'armes "a feu, les paralysies completes ou incompletes, etc. beaucoup, de militaires blessed's ou rhuniatisans, que l'ou serait oblige' de Utire repasser en Eutrope, pourront etre guepris et conserves dans la Coloie.
L'analyse de ces eaux a et' fthite plusicurs fois; le mtedccin Dazille, qui a dowle' un travail in-







(di)
twressant sur les maladies des nbgres, et sur celies de Saint.Domingue, s'en est occupy d'une maw niere particuliere , et avec tous les details que-la Situation ou iU se trouvait a pu lui permettre.
Les secondes sources d'eaux minrales appartiennent egalement aux eaux sulfureuses. Elles sont situdes dans le d partement de rouest, quartier de Mirebalais, sur les confins de celui de 'Artibonite, M. Desportes, "a qui l'on doit une histoire si fiddle des maladies de Saint-Domingue, et dont 'ouvrage m'a fourni plusieurs des details que j'ai consiguds dans mon travail, a Wdt lepreuve de ces eaux. L'le de Saint-Domingue est aujourdt nu partage~c en cinq de'partemnens; ceux du Nord, de 'Ouest etdu Sud, formant les anciennes possessions frau. cases; ceux de Samana ou du Nord-Est, et de 1'hIganno ou du Sud-Est, format les anciennes possessions espag oles.,
Queques observations sur la botadq ie.
cette Coloide.
i n'est pas de mon sujet, de -poUsser plus loin ces details de topographie rndicale; ce que jen ai dit suffit pour conduire aux resuhats suivans:
0
ue me permettrai seulement d'ajouter un mot sur les brillans produits de la vegetation dans cette Coloniej je ne parole pas de ceux que ia cul-







( '9, )
tire met , profit pour 1'avatttage du commerce, le sure, le cafJ, le coton et ldigo , ces oblets sont assez connus; e ne W vex que fixer un instant mes souvenirs sur les richesses spontares que la nature dispense avec taut de proliision danS ces clirnats.
Les courts loisirs que me laissait mon service att Cap) Francais etaient entieement consacrds a des excursions botanques. Le citoyen Tussac, aiatair tis - distingue , avait eu la compai, sance de me Iburitir tous les renseignemens qui pouvaient m'etre ndcessaires. 11 avait fait avec nol plusicurs promenades, qui mavaient 1 e extreme : il mavait offert uri
ete, d'une utility" .ilnia
otppartement dans une de ses habitations, site derriere la vile, sur un ruorne assez eee. Une route 'a demi sauvage y conduisait; elle etait couverte d'arbres,- d'arbustes, de plantes , objets entibremeut nouveaux pour moi. La, tous les legumes de l'Europe, tous les legunes de I'Am& rqtze etaient cultives par ses mains, dans ses jardins. Tous ies veaetaux de la Colonie etaienlt reunis, par ses soins, darts ses bois, et sur ses coteaux. Au has de sa mason de campa, ne, unet route deserte, s elevant entre deux iontagnei dans une gorge, connue sous le nor de Gorge de !aProvidence, cotiduisait, par des sentiers tortueux et difficiles, a queiques trwssof- de fureIl, aussj






(20)
a0Iciennes que le monde, descendait ie long d'unio ra' inC tapissde des belles fougeres et des longues scolopendres dAmerique , traversait les ruisseaux sur des points de rochers couverts de mousses ct de licbens, croisait le chemin frayd qui conduit au Port Francais , et se termmait par des savanes, ou des prairies ewaillees de fleurs, ' une habitation incendite, situee sur le bord de la mer, dans 'anse 'a Piment, derrit'e le morne Picolet. Cette liaison, a% une demi - lieue du Cap, Ctait le terme ordinaire de mes courses. Je ie rendrai pas compte des sensations que j'eprouvais dans ces promenades solitaires, que je faisais seul avec ron fils, un Systema naturae Linnaei a
]a main; je ftuldis sous mes pas, dats ces sa. vanes, le cleome pentaphj i/a, le lepidiuvz 'virginicum, le bunias cakile, le turnera pumicea, cystoides, Vlocy mum amiericanum. Je rencontrais, sur les bords de la mer., les grands raisiniers coccoloba uvYfra, Linn. croissant entre les rochers , laissant echapper des aisselles de leurs feuilies larges, arrondies, epaisses, coriaces, de belles panicules pyramidales d'un grand nombre de fleurs, petites, blanicititres et d'une odeur trs-douce. A mesure que la route s elevait sur les coteaux, le me pi eritait des acacias de toute esp 'ce et de toute taille; la mo. deste sensitive, mimosa sensitiva .pudica,









Linn. , caee sous le gazon entre los sidi, les dianthera, les ruellia; Facaja-' F 'tics
mimosa faraesiana , Linn., forilat des buissons charmans patr la finesse de ses fi i6Ies et le parfum de ses petites fleurs jaunes, distoseies en houis. Aux~ memes he'ux selealetit matstueusement les acacias fruits sucres, mimosa inga, Linn., d&nt is fruits donnent une puwpe SPOInlituse si blanche et si douce ; his acacias plus beaux encore, a flours monadelphes tasciculet s, mimosa lebbeck, Linn., dont leslongues Ciousses dessechees et froissees par les vents rappelawint a esprit et ' l'oreille le sylvamque sonantenz de Virgile. En approchant des habitations, les orangers se mulipliaient, ainsi jue les g yavivts, les citronniers, le bois de Campeche, haematox)y'lum campechianum, Linn.; le bresillet, caesalpinia crista, Linn, ; l'Il ant t-oee d'"Ar'ique, volkameria aculeata, Linn ; le joli melia azedarach, Linn. ; les belles poiM. cillades, poirciana puicherrima Lin., auw superbes apis de fleurs at ptdtalcs, jaunes sur les bords, pourpres dans leur milieu , environnant dix etamines dun rouge lbrillatit. Tels etaient les charmans arbustes qui fbrmaient, autour des habitations4 et des carreaux, de cannes 'a sucre, des hales vives du plus bel effet.
Si je m'enfoncais dans des lieux plus d serts,







(22)
au milieu des bois, les lianes de routes les ii miles; convohalus , o/echos , granadilia P'aiania,-pauflnitl, ignonia, seriania. Linn.,
fornaient par leurs entrelacemens et louts contours nmltiplies, lie long et autour des troucs et des branches des arbres les plus eIeves, par leurs eos , tiles, leurs vrilles pendantes, leurs feuilles arniiees dX.pc'- ., leurs fleurs de toutes forms et de toutes couleurs, des berceaux er-des voitcs admnirabes. Sous les lianes, je considfrais avec le plus graud etonnement ces figuiers imrnenSes , ficus iudkca, Lz') ., leurs racines grosses 0 fibreuses, traeautes a la surface de la terre, saillant ensuite, et so relevant " une hauteur tell que ces arbres paraissaieut ports sur des arcsboutans 'e&normes; leurs branches poussaient do distance en distance des rarneaux droits, sans feuilles, descendant verticalement de quatrevingts pieds de hauteur f gagnaut la terre, p&nrant son sein, y fbrmant des racines nouvelles, propres a la production de iouveaux arbres, marcottes don't ia nature a donn e le secret h lar t des jardins.
Plus loin, jelevais les yeux vers le gui de 1Awnerique, titlandska usneoices, Linn., toiiffes longues , epaisscs et chevelues, suspendues en groupes aux rameaux des arbres, flotttitau gvr des vents$ presentant de j olies petites lIP








liacees envirovnes de filamens entort'illes et subdivise's a i'illini.
Si je gravissais les mornes, je. trouvais leurs penchans couverts de cactus, de cierges, ci'o. puntia, d'aloes de toute espce. Je recounaissais de tres-loin, a leurs foirmes sin guli' es, ,les cecropa peltata, Linn., bois trompettes, les lactescentes en si grand nombre, telles que les euphorbes, les apocins, les taberna mpntana, les raui ola, LI*Iu., etc. ces arbres hauts et droits, "a trones nus, blanchdtres, noueux de distance en distance, creux entre les nceuds, jetant et et l vers leurs sommets de longues branches blanchatres et nues comme leurs troncs, aux extremites desquelles croissaient des bouquets de feuilles larges, palmees ou lasciniees, vertes en dessus, blanches a leur surface infr ieure. Au bas de ces mornes, je w arretais a reconnaitre la structure et les dimensions du fromager, borzbax ceiba, Linn., le plus grand et le plus gros arbre des Antilles; ses racines dnormes, s'elevant en grand hombre h six ou huit pieds de terre, tbrment des appuis en vote tout autour de la tige; le trone nu et vertical piesente vers le milieu de sa hauteur un renflenient considerable, et tout t fait extrordinaire; son ecorce grise -et Seche est armde de gros aiguillons, forts, ligneux , droits, ficiles " ddtacher; son bois blanc forme un tissu








de contcxture -tendre, facile "a couper; poreuse come le liege; ses fruits contieunent des semences environnees d'un duvet ou coton gris de perle, dune finesse extreme, soyeux au tot dhef, wais d'une fi-agilite si grande, qu'il paraft impossible a l'art de le filer ou de le carder. De grandes bananeries, prolon'es dans les gorge 's des mornes, etaient parsvmet-s ca et li de palmers de tous les genres , les cycas, les cocos , les dattiers, les choux palmistes, les 6lates, les zamias.
Lorsque m es courses an dehors m"taient in. terdites par mon service, les jardins de l'h6pital des PLres, de la Providence, et de quekrues habitations voisines de la ville, me fournissaient de nouveaux suiets d'admiration. Une fbule d'arbres rangerss plus interessans les tns que les autres s'othaient "a mes observations. J'y trouvais le superbe adansonia d Egypte, le premier des arhres connus par leurs c'normes dimensions ,lepan. danus odoratissimr s, Linn., des ies de la So�iet, 1'artocarpus rima, Linn. ou firuit a, pain d'Otaiti; le pommier d'acajou, cassuvium, Linn,, 'acajou qui fburnit des meubles si beaux, swietenia makogani., Linn., .l'agave americawa, Lin.,cette superbe liliacde dont la tige pyramidale s' live a% plus de trente pieds de hauteur, et avec tant de rapidit" que 1'ceil en peut suivre I'aceroissement; le badamier des Molques termi-A








nalia catappa, Linn. ; la pomme rose, eugenia malacensis, Linn., don't te fruit a tout le parfimi de cette flour, le rocou, bID'xa orellana, Linn., dont les graines sont enduites d'une substance visqueuse , qui fournit une matiere colorante rouge si v ve; Ie brillant frangipanier "a fleurs si belles et si suaves, plum eria, Linn., 1'epidendrum vanilla, Linn., la
vanille dont 1'amande ajoute tant de quality et de prix 'a celle du cacaoyer; le papayer, caricao Lnn., qui laisse 'couler un sue lactescent glutineux, semblable ' celui du figuier d'Europe, lequel a la reputation d etre un bon vermifiige. On vient d'en recevoir en France de rile de Bourbon, et les experiences o"t " comrnde'es pour l'epreuve et application de ce m6*dicamlernt.
Le citoyen Tussac n'avait fiuit connaltre, en parcourant les environs de son habitation, une des plus singuhe'res productions de la nature, I'arbre connu sous le nom de guilandina moringa, Linn., le ben oldifre, de la decandrie mnoynie, et de la thmille des lgumineuses sa hauteur est de douze " quinze pieds; ses fleurs exhalent vers le soir une odeur extremement aglreable; son fruit, qui est une noix, contient une made qui Iburnit, par expression, l'luile de ben, huile inodore, qui ne se rancit point, et qui sert







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a retenir et 44 conserver l'arome des fleurs don't ,xi I 'im ' h'ue, Iile presque toujours lsiee en Europe; sa 6cie, enfin, semble appartenir a la Plante putot qu'a l'arbre; sa substance est plus charnue que igneuse; dle est tout ' faith sereblable "a celle du raifbrt par la consistancela forme, le goIt U cre et piquant, les propriete's anti-scorbutiques.
Telles sont les productions vgetales, spontanees ou cultivees que I ai pu me Irapplder plusiturs autres ont chappe a ma memoire : je n'ai i regretter que de n'avoir pu consacrer plus de temps a cette aimable etude; je n'ai indique' ici que ce qui m'a le plus frappe'.
Etat de l'atmosphhre ; son inflence dans
les Colonies.
La topographie me'dicale de rile de Saint-Domingue, la serie des observations meteorologiques qui y ont. ete tites, les atnnales des constitutions mddicales qui s'y succ'dent, tout prouve que sa temp&erature habituelle est la fois tres- chaude et trs -humide, cc qui s'explique acilement; trs .-chaude, parce que I'action des rayons du soleil s'y exerce, pendant toute lain e, dans une direction presque verticale ; tre's- humide, parce que, les fonds marecageux s'y rencontrant presque par-tout sous les plaines 4ttorales, 'atmos-







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pitre y est continuellement sursaturee de mole CUleS aqueuses en evaporation , lcsquelles tendent ai se reunir et 4, se preeipiter ' I'instant oh le calorique les abandonne; ce qui a lieu apr s le coucher du soleil. Or, le propre de cette temperature est d'e�tre ce qu'on appelle vulgairement pourrissaute. En efft, les insectes se miuhiplient prodigicusement "a Saint - Domingue ; les substances malliiques s'y oxident en un instant; les viandes sy gatent d'un quart-d'heure a I'autre ; les corps oi'ganises, souffrans et malades, y sont frappes dans les sources meme de la sensibility' et de l'irritabilite' ; le solide vivant s'y abandonne a une prostration singuliere, et, par un eftft ncessaire dec dtIhut de reaction vitale, les humeurs animales .y contractent un genre d'altration qui les fait marcher a grands pas vers la decomposition. Cette constitution a ete regardee, depuis HiPPocrate jusqula nos jours, comme la plus propre h la production et au developpement des fie'vres putrides, malignes) des maladies contagieuses et pestilentielles. Dc ces principes decoulent des effets dedsastreux. Les maladies aigue3s des troupes " Saint - Doniugue ont le plus souvent un cours prdcipiW, irregulier, plein d'anomalies. Les pouvoirs de la nature y sont sans force, les crises difficiles, leites, imparfaites incertaines; le retardement dans administration









des remedes est une occasion perdue qui ne se retrouve plus; les erreurs du malade, du mdecin ou de la nature, y content souvent ]a vie. D'un autre dte, les maladies cironiques y sont Iongues, rebelilt s ; lles y ont une terminaison funeste; elles appellent les secours d'une nmdecine active, et la rnideciue active y est toujours con. tre-indIqu& par Iirritat 1on , compagne inseparable des maladies de toute espece sous la zone tornide.
II ttut cependant reconnahtre, et experience journalee le prouve, que, relativement "a la situation d 's ieux, toutt s les maladies ont en "I* n&al un caractere plus grave datis Ics viiles que datis les pIlines, " moins que celles-ci ne soient mnarecageuses, et dans les plaines que dans les mornes, lieux oih la nature paralt exercer des droits mieux prononces.
Maladies annuelles au Cap.
Les maladies suivent " Saint-Domngue 'ordre des saisons; dans ls mois cdauds de flore'al "a brumaire, les troupes auront a* craindre les fievres intermittentes simpl(ts, les intermittentes pernicieuses, sur-tout les doubles tierces, les remittentes bilieuses, putrides, malignes, le cholera morbus, les coliques bilieuses, les dyssenteries, le tenesme, la fibvre june.






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Drtns ks mois d'hiver, de brumaire "a floral, les troupes seront sujttes auxI rhumes , aux fluxions catlarrales sur Ies yeux , le nez , la gorge, la poitrine; aux douleurs des articulations et du systeIne musculdire, connues sous le nor de rluinatismes aigus ou clroniques.
Les maladies aiyucis de lete' sont d'autant plus redoutables 'a Saint-Domingue qu'elles paraissent quelquefbis moins diungereuses au premier aspect on serait alors tentl de les prendre, danis leur in*, vasion, pour de simples embarras gastxiques, pour une irritation de nulle consequence. Un homme a un 6rt accs de fievre, elle tombe, les dou. leurs cessenit, le came succde, le malade so leve, ii S'entretitunt familierement avec ses amis. Le m 'decin le fixe, recounait daus le teint, les yeux, les traits, unie alteration particuliere, qui announce ur hidamma tion iscerIale protonde, et menace d'un etat grangreneux prochain; si a% ce caractere facial vient se joindre la prostration d systeme ds tbrcesla gallgriie a ea succtede" I rinflammation, la ,mort va flapper sa victime au sein
4 une security apparente.
Conseils thdrapeutiques gdndraux.
Une grande chaleur, une irritation continuelle, la durete du pouls accompacnent toutes les rnaladies aiguls de Saint-Domingue; leur caractZre







5o)
est le plus souvent biieux; i est done prudent de s'abstenir de rme'tique, ou au nuoins de nle le fire prendre qua doses tr's-refracte~es et di" visees dans une certaine quantity d'eau ,dans l'eau de casse , la limonade legere, Cne boisson dmuisionnee, simple ou anodine.
Evitez de purger fortement, sur-tout les gens replets; pre'frez toujours les minoratifs, les purgatifi en grand lavage ; vous en apprecierez mieux l'action, vous n'en craindrez pas ]eS suites.
Les annees seches sont dangereuses aux rangets; ils doivent se prdmonir contre cette tenpe'rature redoutable il semble que les remndcs les mieux indique's ne produisent alors que de l'irritation et de 'ardeur. Daus les saisons pluvieuses, les purgatifs agissent plus facilement et h petite dose.
Dans les fievres dites putrides, toute parotide qu Nest pas critique ne doit pas re ouverte; il vaut mieux en tenter la resolution, qui s opere par un flux diarrholique; si la parotide est critique, i convient d'en faire prompterment I'ouverture, et d'en activer la suppuration.
Les bains, les deni-bains, ls lavemens, les, fomentations emollientes et huileuses sur le basventre, les laxatif, sont ins dire
fiques dans les maladies aigu es'de SaintDomingue.
Le tnesue, rmaladie toujours inquietante aux








Colonies, est Presque toujours le roduit d e'l chattf fement; il se traite avec succes par les boissons rafroicbissantes ekeres, les minoratit , les muqueux; il faut observer que, dans ces cas, les lavemens trop rep"dste ftiguent rintestin rectim; prdfi'r&z les demi - lavemens, les vapeurs ,molientes, rescues par le bndement. Si le tenesme devient chronique, il change de nature et appelle les toniques alternes avec les opiatiques.
Quelque avantageuse que puisse etre l'administration du quinquina dans les fievres intermittentes simples ou insidieuses, dans les re'mittentes, nerveuses ou maliges, dans tous les cas ou la prostration des forces semble l'exiger, ne le prescrivez jamais taut qu'il existe.secheresse, chaleur brfilante h la peau , soi, douleur vive, langue aride, dyspnee, difficult d'uriner, urines rouges, acres, brdlantes, constipation, tension du basventre 'k'vation ou duret des hypocondres, tant que la fievre nest pas d 'cid nent renit" tente, c'est-a-dire que les retours des redoubleinens ne sont pas tre s-marques et te's-evideniment pe'riodiques. Dans toutes ces circonstances, le quinquina ne peut etre employee commc febritfge; et, pour en faire usage en quality' d'excitant, il fiut toute la prudence et toute la sagacit d'un praticien consomme' dans le traitement des ma,adies des Antilles. J'insiste , a cet egard, pace








que plusieurs aut'urs trts - rccommandables ont mis, sur ce point de doctrine, des opinions 1h v orables "a I'administration du quinquitia en grandes doses; opinions qtmi pourraient iiduire en erreur les metdecins qui commencent h pratiquer dans ces regions.
Les evacuations du bas-ventre sont indispensables dans le traitement des maladies aiguiIs de Saint-Dowingue: il semble que l'organe gastrique et le system screteur de la bile soient les foyers habituels des principes morbifiques.
Les fonctions de la digestion sont toujours les premri res qui se deraigeit chez les nouveaux debarque's, meme sans qu'ils soient maladvs. La dltirence des aliens, beaucoup morns savoureux , mois substantiels en Amerique, 1'abOna dance de la sueur, qui tend toujours sympathiquement a resserrer le venture , come 'a observe Hippocrate, cutis laxitas, alv densitas; voila les causes predisposantes toutes les maladies de ces clitnats.
L'excitemuent continuel de la peau par l'action des rayons solaires, ]a grande facility d'absorption par cet organe abreuve et e tlache par les sueurs excessives, expliquent pourquoi les maladies cutanees, sur-tout les aftiections dartreuses, sont si fietquentes, si contagieuses, si difficiles "a guerir a $4int-Domiugue. I1 iaut se defier de tous








ks reatedes vant&s dans le pays; ce south, pour la pluparL , des repercu~ss. Les barns, les tisanes ds-!puratives, les bouillons auti-scorbutiques, les purgatits repetes, le, lit loug-temps cotnvo, tel est le traitement mthodique, seul couvknable. 11 doit etre prolonge enU reason. de de la resistance, de la complication de la mala. die on peut alors attaquer le vice de 1a peau par des remedies externes, emolliens, resolutifs, discussis, ani-psoriques, les lotions ou autres preparations mercurielles, etc.
Substitution des mddicamensdidgenes aux
exotiques,
p~ ~ ~ ~~l P + q
Le medecin doit toujLurs s occuper, a SaintDomiajgue, de la substitutio des re Idicareens in.' dii*uCes aux exotiques , ceux - ci parvenant fort rarement ou fort difficile.ent a ]a Colotie, dans les temps de guerre sur-tout. I1 est douc impotaut qu'il cotnaisse assez la botanique usuelle po ur etre en &at de fire ds substitutions bien entendues.
C'est ainsi qu'il pourra composer:
La tisane commune , avec les tiges et les Ieuilles de la re'lisse du pays, abras precatorUts, Lir. et la racine de mais, zea mah is Linw.






Ow i
Les boissons rafralclissantes ou temperantes, avec ]a chicoree blanche du pays, lactuca canadensis, Linn.; les #pinards sauvages du pays, amaranthus oleraceus, Linn. ; le laman, qui est un solanum , Linn.
Les boissons rafralchissantes le'gerement acidules avec toutes les parties de l'alleluia, oxalis acetosella, Linn; l'oseille de Guinde, hibiscus sabdarifera , Lirn.
La lemonade, en faisant bouillir quelques citrons coupes par tranches, ou une orange amere dans I'eau commune, et y ajoutant suffisante quan. titd de sure; c'est la boisson la plus convenable dans les fievres bilicuses, pourvu que '-estoac ]a puispe supporter. It convient que l'acide citrique y soilt peu sensible et porte " l'kat savonneux par le me'ange du sucre. On la rend vineuse par addition d'un sixime de vin; elle est alors rn6eux rescue par l'estomac.
Les tisanes pectorales et adoucissantes, avec toutes les malvacees si communes ' Saint-Dominigue; les gombos, hibiscus esculentus, Linn.; les guimauves, althaea, .Linn.; les abutilons, stda , Lina.
Les bouillons et apozemes aperitifs, avec ]a clicoree sauvage, la racine de patience, le cressou de Savane, lepidiunz iberis, Linn.







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On relda totes ces boissols laxatives par Iiadditk-n de la casse ou des twaiwars.
On les rendra purgatives avec La liatie a Bau-, duit, contohulus scammonia, Linn., ou le aie&icmier, iatropha carcas, Linn. ; mais en gnlfdral il ihut craitidre tous ccs purgatits du pays, qui fie Sout que des resineux drastiques, si Eon en excepte Ihuile de pa/ma christi, pwrgatif tr"srecorumande, rais sur usage duquel Pppele encore la plus grande circonspection: r'Iile, dans les pays chauds, tend 4 une rancidite trvs-prompte' Son usage, prolonged mme dans sa puret4, nerve les forces digestives; c'est un poison dans I'ttat ' bile.
La verveine 4 fleurs bteues ,verbena jaia " censIs, Lin., le maioc fraichement raWpe I'iatropha m anihot , Linn., les deux absinthes du pays, partheniurm hysterophorim et ambrosia arteinisfolia , Linn. , employs en cataplasmes, fourniront d'excellens resolutifs.
Les deux dernieres plantes sont des amers dont l'usage iliterieur ne peut qu'etre avantageux en infiusion, lorsque les circonstances rordonnent.
Les cataplasmes maturatifs se composent avec la mante'gue et les oignons de lis d pays, paqcratium caribaeum, Ling,, ou la t*uille de raquette, cactus opuntia j11znn., ou celle de )a raquette 'I ceniles, cactus cochelinz







(56)
fera, Linn., plus file a roaier pace qu'elle est sans epimes.
Les places rcentes se pansent heurousement avec le sue de karatas, bromelia karatas, Linn.
Des bains de guildive ont souvent opere des miracles dans les paratysies et les affections rhumatismales chroniques. Le savon noir et le tafia reums torment un liniment avantageux dans ls
&
nemes circolnstances.
Les fumigations de graines de coton, gosspium herbaceum arboreum, Linn., presentent un fondant dune eff"cacite eprouv"e dans les tumeurs blanches indolentes.
La feuille tendre du bananier, musa parai' $iaca ,Linn., et cvllv de la iane wolle, c'ssus sicioldes, Lian, sont des moyens prdcieux pour le pansement des ve.Sicatoires.
Les bols toniques 'se composent sur-ile-champ avee la limaille de kr, I ecorce de citronnier' en poudre, citrus, Linn., et Un sirop simple.
Les bols et opiats f"brifbges peuvent s, . ire avee les oces fines de citron et d orange" les fleurs dess&chetes de, la poincillade, poinciana pulcherrima, Linn., et le quinquina du pays, cinchona caribaa. Linn.
L'intusion tlliifoime de cat", cofjea arabica Liniz., est un tollique tres-recommandable.



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(57)
La cyraine de sapotille, achras sapata, Lb,,. celle du ,ig cri ou ocli sesamizm orient tale, Lintz., et la racinie d'lIerbe h collet, piper peltatuz, Lin , sont des diuretiques puissans.
Le duvet du pois "a gratter, dolichos prtt1 riens, Linn., est un trbs-bon antheIrientique; mais i1 faut adoucir faction mecanique irritante de ce duvet en l'crasant, le me'1ant ensuite a un sirop simple, ou le prescrivant dans la bouillie de ime de mals.
Les feuilles du ricin, ricinus palm a christi, Linn., trempes dans le vinaigre froid, et appliquees surle fronL et la tt'te, sont desretfrigerans avan-s tageux dans les douleurs de tote occasionne~es par Faction solaire ou par toute autre determination trop rive du sang vers l'organe cerebral; on remarque quelles excitent une transpiration tresaboadate de la parties sur laquelle elles sont appliqu es.
II est important de connaltre les propretes du vftal peut - tre le plus commune du pays; l'Iherbe 'a bk, sacckarum vulnerarium,
Tussac. T

' La phrase de cette plante est du citoyen ussac, dnt (-J'ai d~j parl, qui in'a fourni la plupart des
renseignernens et des inliations ci - dessus rfr&i.
&maln idsssrfref







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C'est un vulneraire et un ddtersif excellent-. on accorde les me 's vertus au thi de SaintDomingue, capraria biforia, Linn., et a hlherbe " plomb. lantanacamara. Linn.
Enfin lorsque les circonstances sont telles que les malades, dans les h6itaux, sont prives de matelas d'Europe, on leur en prepare sur-le-champ avec une espece de gui du pays, connu sous le norn de barbe espagnole, caragate, tittlandsia, Linn.; cette plante battue forme une sorte de cin v6IVtal 'lastique, sur laquelle les malades sont doucenient et fialchement couch~s. Les Etats. Unis en font depuis long-temps usage.
Tous ces details prouvent combien la botanique usuelle de Saint -Domingue peut devenir utile au praticien, et combien it lui importe de cultiver cette branche si interessante de rhistoire atturelle.
Je reviews 4 mon sujet: les deux hopitaux du Cap, unne fois etablis, les officers de sante en

C'est avec cet homme, recommandable par ses coniaaissances en histoire naturelle autant que par sa bieuveiIlarce et son ameite social, que jai parcouru les environs de cette ville, et que j'en ai reconnu les productions v g&tales, si belles, si brillantes, celles au LUoins que hous out pr6sent6es les mois yenrose, geremina 1, flore'al et prairie. Je me plais *
wici lhowwao-ol de ina recouaisciwe,







(;9)
chef de .'armee s ocruperent du soin impor-a tant d'organiser le service gdndral ; et je puis dire ici, avec vebritd, que le zele et les talens de la plupart de nos collaborateurs nous second'rent d'une manire puissante. Cdtaient en effet des officers d- sante des armies, accouturnes depuis dix ans a ce service pdnible, difficile, dangereux, mal re'compese . trop me'connu. Maladies de l'armee t! son arrive au Cap.
Les maladies qui affligerent rarmee dons son premier sdjour au Cap furent en general des fievres doubles tierces, des diarrhdes bilieuses, des dyssenteries. Ces dernieres affections plus ou moins graves avaient pour cause : i� action d'une chaleur vive sur des individus qui n'y dtaient pas accoutumcs; 20 les imprudences auxquelles s'abandonnaient les troupes. Fatigudes " l'exce~s par usage d'alimens Acres et salds pendant une traverse de deux mois, elles dtaient sans doute, en arrivant dans la colonie, appelkes par la nature a l'usage des vecgrtaux frais; mais elles ne connaissaient "a cet 4gard aucune moderation. On voyait les soldats se jeter avec aviditd et indistine-. tement sur tous les fruits qu'ils rencontraient, sans en attendre la maturity, et souvent sans en connaitre l'esp'ce. Le corossolier dpineux, anona nzricata, Li r. , repandu comme tous les v-







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getaux de I'lle avec une profusion qui fait le pluis maguifique des spectacles, offrait dans ses fruits une crme epaisse, blanche , aigrelette, d'un goeit acyreablc, qui pouvait mutne, par son usage modere guerir les diarrhees et les coliques bilieuIsS commencantes, tandis que son exces convertissait les indispositions letgres en maladies graves; le bauanier conimun, musaparddisiaca, Linn., et le figuier bananier, qui n'en diWtlre que par ]a corileur de sa tige parsemee de taches noirts, et par ]a forme et ]a quality de ses fruits, presentaient ' nos soldats un aliment agrvable au goi't, tres-nourrissant, et propre " subir un grand nombre de transfirnations flatteuses dais ses prparations culinaires: on les voyait revenir de le irs excursions dans les mornes, oh ils avoient poursuivi les noirs ftigififs, riches de la depouille des campagnes voisines, portant, sur un baton des superbes -rappes ou r gimes de bananes, attaches et serrees fune contre lautre au nombre de douze t quinze, et pesant quatre, six 'a huit livres, les poches pleircs ode citrons tt d'oranges amres. L'usage imnodere de ces fruits des limonadts qu'ils en composaient, des vins de Mauvaise quality, des liquyqurs spiritueuses, -iftiguait bientut les thcuLtMs digestives, et leur faisait payer bien cher le plaisir d un moment.








(4')
oCampagne d moz's ventose.
Ce t't Zt cette epoque, le 23 pluviose, que Ie ros de Farmee se nmit en marche pour aller cowbattre les noirs insurges. D'autres qud moi peindront dignement cette memorable campaign dLI mois de ventose, ]a plus difficile, la plus sanglar te peut-'tre que les defenseurs de la patrie ,4tyt fate dans toute la guerre de la revolution. Is admireront et la sagesse du plan de cette campagne, coneu par le gdndral en chef, et la rapidite3 extraordinaire de son execution; moi, je rends homage au bientiiteur de '"umai " au sauveur de ses compagnons d'armes, qui vouut que cette guerre It terrine avant que la saison ds chaleurs vint exercer ses ravages.
Dfautres expliqueront comment le fbyer de la guerre rut tabli danw l'interieur de File, loin des villes et des posts fortifi' ,ta t stir le pen. chant ou sur le sonmet des mornes, dont l'asperite ii'a as meme dars les Alpes de site qui puisse leur etre Compard , tantt dans les bois et les forts imp netrables qui couvrent les vallkes; ils donneront, s'ils le peuvent, une just ide de tous les obstacles qui renaissaient ' chaque instant sous les pas des Francais, ils les representeront places au milieu des inegres revolteds, qui con. naissaient toutes les locality's, qui combattaient







( 42 )
avec la violence et la fureur d'hommes d"ide's " la mnort ou 'a extermination de leurs ennernis. Us suivront nos troupes valeureuses, s'emparant de routes les positions qu'elles attaquaient, et couronuant cette glorieuse campagne par la prise du fort de la Crete a ,Pierrot, journee achete au prix du sang d'un grand nombre de nos braves, et sur-tout de nos generaux intrepides, qui y furent tous blesses. Mon devoir est de rappeler egalement i la reconnaissance nationa le e soueifir des otficiers de sant� de Farm&, qui partagerent tous les dangers de leurs freres d'armes, qui pfnsbrent leurs blessures sur le champ de bataille et sous le fiu de 'ennemi, qui portaient d'une main le fbr destine h la conservation de la vie des guerriers, et de I'autre, le fer destine a dtdfendre leur propre vie.
irotstances partculieres quz ont donnd
aux maladies simples un caracidre de
rnaliowitS."

Pendant le cours de ces e enemens, mes fbnc. tions me retenaient au quartir-g6nral, au Cap. Le nombre des malades s'accroissait chaque jour, et des circonstances particuliires, dont je dois tire ici mention, ne contribuaient pas peu a donner aux maladies un caractere de maliguit redoutabe.







(43 )
Tandis que le general en chef occupait ls villes et les plaines, depuis Leogane jusqu'aux GonaiNves , et poursuivatt Dessalines dans les montagnes de I'Artibonite et du Mirebalais, Toussaint et Christople , reunissant sur les derrieres quelques milliers de brigands, tombaient stir les environs du Cap, incendiaient les habitations de la plaine, enlevaient les animaux et venaient nous braver par des fusillades jusque sous les murailles de 1'hipital des Peres et de la Petite Anse. Les officers de sante", les employes de IhnpitaI, ceux merme des malades qui pouVient soutenir le poids de leurs armes, passaient les nuits sur la defifnsive, faisaient des patrouilles continuelles, doublaient par-tout les gardes, et surveillaient -'intdrieur de la maison - mesuce d'autant plus important, que les servans de 1l6pital n'4tant que des noirs rdvolts et rentrd's Fun apres 'autre, it dtait fort t craindre que, pour seconder I'attaque de leurs fi-'res, ils n'incendiassent les salles. Get 4tat d'angoisse avait ft&, une nuit, port au point que los malheureux soldats, accablks par la fievre, se relevaient, se trainaient avec peine et douleur hors de I'h6pital, pour dviter une mort affreuse dont ils se croyaient "a l'instant menaces. Je n'ai pas besoin d'expiquer comment cette situation des esprits cmpirait les maladies, et les rendait le pls sou-







(44)
vent nortelles. Les doubles tierces d'gne'raient en re[nittentes bilieuses; les diarrhees simples passaient ' 'etat de dyssenteries malignes; la pro. tration des forces et le dcouragement de rame etaient les symptomes conmuns a toutes les maladies.
Naissance de laftdvrejaune au Cap.
Ce fut h cette epoque, fin de germinal, que l'arm&e victorieuse rentra dans le Cap. Alors conmenca a* se montrer ]a fievre jaune; ,son intensite s'accroissait chaque jour a mesure que la saison chaude s'avancait. De ce moment, Ie me protnis de ne voir, dans les premiers temps de mon sejour dans la Colonie, d'officiers malades de la iieve jaune, qu assisted autant que je le pourrais d'un me'decin du pays. Il sy en trouvait deux ou trois qui jouissaient de la coiifiauce publique; un dentr'eux, le cit. la meritait particulirt m ient par ses conmaissances, son esprit et son amiiite. I1 Jtait depuis long.temps tabli en cette ,ille; it avait eu, pendant plusieurs annes, des occasions frequentes de suivre la marche et les developpemens de ]a fievre jaune. Notre malheur voulut qu'il nous tfdt enleve 'a l'instant oh ses talens allaient nous devenir utiles; je 'avais attach ai I'arnie par ordre du general en chef, en quality de mkdecin 4 I'h6pital des Peres. Vieillard







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respectable ! il avait, depuis quelques anndes,
exerce' les fonctions d'inspecteur general du service de sante. La faction de Toussaint.Louverture l'avait destitude; les incendies repdtes du Cap 1avaient ruie,'. Ces e'venemens Iavaient jete dans un etat de morosited sombre et d irritabilite, qi annoncaient alterationn de sa santed. II eutA dtns son service quelques l gares indispositionS, ii a suite desquelles se de'dclara une fievre catharrale nerveuse, qui l'enleva au' grand regret de tous les honu&es gens.
Je pense qu'il est convenable, avant de falre l'histoire de ]a fi wre jaune, de consigner ici quelques observations qui lui sont relatives; Iles se t'vot~teftt range'es par ordre de dates.
Premiere Observatioz.
Un valet de chambre du general en chef, jeune homme fortewent constitute , temperament bilieux.
Premier jour. Frisson de deux heures, accablement violent,: mal de the, puis chaleur in" tense, visage allume", pouls vif et dur.
Deuxi'me et troisieme ours. Accroisse'ment des me'mes symptomes, nausees, bouche am're, prostration des forces. Dite, lavemens edrolliens, puis laxatifs, limnonade amere, bouillon de poulet nitre. J'ordonnai un grain d'emetique, et deux







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gros de sulfate de soude, dans une pinte'de petit lait. Peu devomissemens, quelques selleshbilieuses.
Quatrieme, cinqui me et sixieme our. Mme etat, beaucoup dagitation; iI se ivre aux sons des fmrnmes du pays qui administrent des Lvenens colliers et mucilagineux, donnent un purgatif, des demi-bains avec les frictions de citron sur la surface du corps.
Septleme et huitime ours. La peau se coor d'une teinte jaune tres- foncee, les yeux prennent la meme couleur; des selles bilieuses out lieu chaque jour, au nombre de deux a trois: faiblesse extreme. Le vin le restaure; queiques bouillons, quelques cre'mes de riz; la maladie prend un caractere plus doux ; les ibnctions se re'tablis. sent; il entire en convalescence au quinzibme jour; dile est tongue et difficile. Enfin son ritablissewent est parfait.
Deuxbime observation.
Le citoven Tourne, aide de camp du general en chef, jenne homme dun temperament sanguin, cheveux rouges, teit anime, fatigue par ]a campagne.
Premier jour. Long frisson, ctphalalgie violente, douteurs de reins, nausees.
Deuxieme *our. Chalcur 'Acre et tres-vive, visage d'un rouge pourpre, lcs yeux ardens, agita-.






~47)
tion extraordinaire. i1 est vu par un mtdecin du pays, qw prescrit une salgtie, te bouillon de poulet, les lavemens laxatifs: quelques selles de couleur d'un brun fonce".
Trosieme et quatrieme ours. Prostration des forces, douleurs abdominales, suppression des urines. Continuation des menes moyens, aux. quels on ajoute le camphre et le nitre dans la boisson et les lavemens. Dans la nuit du 4 au 5j, dMfaillances successiveso hoquet. Mort le cinquime jour.
Troisdm e observatiolz.
Le citoyen* *, aide de camp dui gdziral Hardi, jeune home d'une constitution athle. tique , d'un caract~re tres-gai, echauffi par les veilles, le travail, les fatigues.
Premier jtir. Frisson, mal de tete, accablement, perte des forces. J'ordonne les lavemens r6p'te's, tour h tour emoliens et laxatifs; le bain de pieds, la boisson d'eau de poulet nitree et le petit lait.
Deuxierme jour. Grande fatigue, nausees, douleur ' la region de l'estomac, quelques vomis. sernens de matiere bilieuse porrac e, un peu brune. Leslfemmes qui le servent regardent son dtat corme treS-dangereux; cependant il s'entretient &amilierenment avec ceux qui I'approchent; les






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latemens n'entralinent que des d" sections, s'reu ses, brunes, tres-f4tides. Potion lg(!rement excitante, avec I'eau 4e menthe et l'acetite ammoniacal.
Troisieme jour. Mme stat; minoratif coMM pose de deux ones de manne dans une dcoction legere de quinquina, prendre par verres d'heure en heur'v ; plusieurs selles bilieuses, noirtres, accompagnes de ddiillances ; quelques ioquets. Potion excitante, avec la thiriaque et I'eau de fleur d'orange; quckues cuillerdes d'eau vineuse, de crCrne ke're de riz 'eau.
Quatrieme lour. Faiblesse extreme, hoquets, suppression des urines; vomissement de mati res noires oude couleur de cafi; dei'aillance, pouls insensible. Mmes excitans. Mort dans la nuit du 4 u 5. Usage libre des ficuts intellectuelles jusqu'au dernier soupir.
Quatri~me observation.
Le C.***, commandant de la place du Cap trente a trente-cinq ans, constitution seche, teni perament bilieux, caract re vif, rarement malade.
Premier jour. Frisson de trois heures peu vif, k'ger mal de tite , fatigue,, maux de reins. Eau de poulet, linonade legere, lavemens e'molliens, denii bain dune demii-heure, fictions de citrons dans le baini. Quekques sells bilieuses.






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Deuxieme jour. Accroissement des svmpto- " nes, faihblesse considerable , cjue1ques nausees, quelkues douleurs 'a ]a region de restomac, pouls frequent et dur, redoublenent sensible chaque jour vers le soir.
Troisierme jour. e16me etat.Minoratifde manner dans la de'coction de quinquina i prendre par verres. Evacuations bilieuses aboudantes , fai. blessed dans le bain. Un medecin du pays' est appeI4. Potion excitante d'eau de menthe, d'eau de fleurs d'orange et de liqueur dHoffmann.
Quatrieme et sixieme jour. Les accidens di'minuent dintensit6, le pouls se rePIve un peu. Le
-visage devient jaune. Tisane nitrde et legerment ape'ritive, les bols de nitre et de camphre.
Sixi'me et septieme ours. Diarrhee bilieuse, faiblesse, pouls mieux prononce, plus r'gulier et assez egal, desir de prendre quelques alimens. Bouillons, creme de riz. MinoratiftIc huiti"me jour. La convalescence arrive 'a pas lents, la jaunisse se prolonge, le malade se rend a* une habitation dans les mornes.
Cinquidme observation
Le citoyen Sardin, aide de camp du general ,n chef, officier du genie,
Premier jour. Frisson lger, mal de t~te violent, douleurs " la region de l'estomac - nausees,
4






(5o)
Le soir, fievre trs-vive , pouls tres-treuent et tres-dur, visage rouge, ceil ardent. I1 est vu par les femrnmes creoles qui administreut les secours ordinaires, lavemens, demi-bains, caux de poulet nitrees.
Deuxierme jour. A croissement des sympt6mes, vomissemens de bile porracee, agitation extreme, urines rouges, tres-wdificiles daus leur excretion. Le soir, chdite de la fievre, pouls tremblotant, in"I, trils - dt"prime, disparition des douleurs, espoir du mieux, garigrene et mort dans la nuit.
Sixkirne observation.
Le citoyen Betourne', officier du gevie Constitution forte, plethorique, temperament sanguin, caractere gai, n'ayant jamais tW malade. Trente ans.
I1 avait rendu des soins continuels t son ami Sardin, sujet de observation precedente; ii n'avait pas quittd le clevet de son lit. II vint me trouver le jour m6me de ]a mort de son camarade: Docteur, me dit-il, d'un air un peu effire et tros-eloignd de son liabitude ordinaire, je suis pris h mon tour; je voulus le rassurer et engagedr a mionter 4, cheval pour se distraire. Non, ajoutat-il, je ne le puis, j'ai froid, ttez-moi le pouls, jai utn mal de teLe affreux: le dernier regard de mon ami m'a apped , je vais me coucher. A ces







(5i)
roots, il me quitu et je le suis. Le deuzicme jour le visage est ardent, les accidens s'dlevent au plus baut degrd d'intensitd ; i se livre aux sorse des femmes creoles , il meurt le troisieme. Je n'ai pu me procurer de detals plus eirconstances.
Septieme observation.
Le general Hardi, dge de 5o ans. Constitution pldthorique, temperament sanguin, dchauffe par les fatigues de la guerre.
Ii venait d'essuyer une atteinte le'gere de fievre gastrique catharrale, dans le cours de Jaquelle un Officer de santC do l'arme , qui l'avait traits. l'avait purge' plusieurs fois avec avantage. I habitait le bord de mer, lieu toujours insalubre, et oh les maladies sont les plus fie'quentes et les plus graves. 11 avait vu mourir la plupart de ses do. mestiques, et deux de ses aides de camp.
Le premier jour. Long frisson, violent mal de tte, accablement, quelques fnauses. It est vu par un medecin du pays, qui prescrit le bain de pied, les lavemens emolliens, les boissons nitrees.
Deuximejour. Accroissement des sympt'mes visage rouge, yeux ardens et charges, pouls dur, irrdgulier, frequent; saignde du bras, rdpdtde le so 1
Troisie'me jour. Prostration des forces , nauao








Stes ie&eres douleurs au bas-ventre. II est transportd "a une habitation sur un more voisin. Je suis appel, Minoratif ldger, quelques sellers biIeuses, faiblesses. On essaie la dhcoction legere de quinquina par cuillerees; le est constamment rejetee par le vomissement. Lavemens dmoliens, cataplasmes 'moliens sur toute la region abdominale. Je nomme un officer de santd de premiere classe, charge de suivre la maladie dans ses plus minutieux details et de nous en rendre compte. Les urines deviennent difficiles.
Quatri me jour. Faiblesse extreme, nausees con tinuelles, pleine liberty des fonctions intdllectudllesp, application des vesicatoires aux jambes, potion excitante avec I'infusion de quinquina, le camphre et la liqueur d'Hoffmann. 'estomac la rejette. Les vomissemens fournissent une bile brune legere tension de abdomen.
Le cinqu ee. Prostration complete, pouls ver. miculaire, C tat gangrdeneux evident. It mneurt le soi.
fluitime ob,,servation.

Le g''eila1 Le Doyen, inspecteur en chef aux revues de 'arm e cinquante ans. Constitution pletlorique, temperament sauguin, fatigu, cchautte par les veilles et un travail force.
Premier jour. Frisson, mal de tcte violrot, les







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yeUX charges, lger assoupissement. Un mdecin
du pays est appeal. II prescrit les eaux de poulet trees, les lavemens iaxati16, un grain d'Aemteuque dans une pinte de petit liit. Le soir ]a fievre s allume.
Deuxieme jour. Accidens plus intenses, violent mal de tte, pouls frequent et tres-inlgal, visage rouge, yeux ardens et charges de larmes, alternatives singuliires entre l'assoupissement et
Une A
uri jactation des membres, une angoisse extreme.
Troisie'me jour. Je suis appeal. Vsicatoires aux jambes etl la nuque, decoction de quin"S quina camphrde et laxative, que le malade refiase ou qu'il ne prend que tres-imparfaitement. Potion excitante par cuillerees.
Quatrierme jour. Memc etat. Assoupissement stertoreux, angoisses extremes, efforts du malade pour aider la respiration en se levant sur son seant, Nul eftft des vesicatoires. Quelques selles bilieuses ttnues. Mort dans la nuit du 4 au 5.
Neuvihme obser'vatiol.
Le C.***, g ;nral de brigade, commandant. Soixante ats . constitution seche , temperament bilieux, caract're froid.
Premier jour. Frisson, cephalalgie, nausees, douleurs de reins, lavernens, limonade Ikaere rut, tre e, lave mens Cmolliels�







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Deuxi me jour. Acoroissement -des accidens fiezvre cependant mode3ree ainsi que a fatigue. Minoratif qui entrane quelques selles billeuses.
Troisieme jour. Meme e at, memes accidens. Le soir, urines ficiles et claires, assez libres dans leur excreion, lavemens tour 'a tour tmolliens et laxatits. Quelques bouillons au riz, une orangeade l4re, des tranches d'orange douce sucrde, eau vineuse. Une ou deux selles bilicuses, mais de couleur fone~e et moins ihes que la veille.
Quatrieme jour. Prostration des tbrces sing.ulitre; nauPes, quelques hoquets, difficultes dans Iemission des urines. Cataplasmes tmolliens'sur le bas-ventre, boissons legerement camphrees, de'coction de quinquina laxative pa" cuillerces; le rnalade la preud et la garde; quelques selles noires et tenues.
Cinquieme jour. MIV[mne &tat. Potion excitante, angoisses du rnalade, suppression des uines depuis ]a nIuit, metorisme du bas-ventre, yeux jaunes, surifce de la peau teinte de la wme couleur. Pouls in gal , vermiculaire, intermittent. Usage assez libre des fbnctions intellectuelles.
Sixic'me jour. M16ne etat. Prostration au dernier degree. Mort dans la nuit du 6 au 7Les femmes cr&les lhi ont prodigue en ma presence, pendant toute sa maladies, les soins les lus empresses,







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Dixkidme observation.

La ievre jaune exercait dans les hiptaux dui C ap des ravages d'autant plus hunestes, que, f1:ute de localite's suffisantes, on s' tait vu dans ]a cruelle necessity de doubler les malades daims dia. qIe lit. La contagion ne tarda pas a" se repandre, bien qu'on se premunt. contre elle de tous les secours que la chimie moderne a fait connaitre, sur lesquels le conseil 4e sant' des armees a pU" blie", en l'an 9, ne instruction s utile; secours que le C. Guyton-Morveau a si bien apprecies et ddveloppes. Elle s'attacha, aux individus qui approchaient les malades; i't conome de l'h6pital des P&es, le C.***, succomba : un autre qui SC confia "a mes soins, le C.***, fut dangereusemcnt malade. Le mdecin en chef Boujardiere pensa devenir la victime de son dekvouement-: presque tous les pharmaciens eurent ]a maladie, etla moite d'entre eux fut enleve'e, en y comprenant le pharmacien en ehef, le C. Blanchard. Tous les chirurgiens payerent dgalement le tribut; il fut mortel pour la plupart, La maladie se signalait h peu pre's par les menmes smpt6mes; ils pe'rissaient aux troisieme, cinquiene ou septiemne jours. Mes soins et res visites rdp&dts chaque jour talent inutiles; j'etais disespdrd. On avait eru observer "a l'h6pital que les vesicatoires ap-







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pliques de bonne heir e avaient sauvd' quelques n Iitajres: cette methode flit wise en usage chez plusieurs oficiers de sant ; ils se les faisaivnt appliquer aux premieres atteintes de la maladie: Ce moyen parut efficace cdez quelques-uns, et filt sails success chcz dautres.
O nzirnee observation.
Le C. Brosseau, chirurgien de troisibme classe i lhopitl des Peres, jeune bomme dune forte constitution, te iperataent sanguine, teint anitea
Premier jour. Frisson Ieger, real de t'te tres-iolent, quielques heures apres chaleur intense, v"sag& roug agitation league blanche, pouls ibrt et fr1-quent; une saignee du pied, des bois*sons dmollientes nitres, des lavwmens n6u1iens et laxatifs
Deuxie'me jour. Mnimes accidens; mat de tete moins vii', ftiblesse musculaire, pouls moins dur et plus ruier; lavemens, cataplasmes dmolliens sur le bas-ventre, petit lait aiguise par un sel neutre, queiques selles bilieuses.
Troisieme jour. Chdte de la fievre,,pouts dprini, prostration des forces; liberty des fone.tions intellectuelles, visage pie, nausees, embarras dans l'!Mission des urines; meme boisson et uiMe traitement que ia veille, plus quelques verres d fusion de camnomille que l'estomac supv'irte.







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Qvatrime jour. Pouls releve, egal, selles bi
lieuses, urines toujours gndes et troubles; doux mnoiati t 4 prendre par verres, cataplasmesp lavemens z 1'ordinai re.
Cinquime, sixieme et septieme jours. Les forces reviennent peu a peu; de doux excitans, I'eau vineuse, les bouillons et les crimes de riz " 1'eau.
Point de cruise sensible, diminution successive des sympt6mes, convalescence lente. Ii fut envoy d a rile de la Tortue, pour y recouvrer ses forces.
Douzitame observation.
Le C. Hugonin, chirurgen en chef del

pital des Peres, jeune home d'une constitution ithible, s|ie, irritable; temperament biiux caractere vif, un peu melancolique: ftigue pa'r I'etude, les veilles, et par un travail forced a, '6pital.
Premier jour. Frisson de trois heures, mat
de tote "a la region sus-orbitaire, maux de reins, accablement; ii s'affecte d's le premier instant, et ddsesp're de sa gud'rison. Lavemens dmolliens et doucement laxatifs, deni-bains, petit lait nltrd; quelques selles liquides qu'il veut voir absolumient, et qui ne lui plaisent pas; le soir,,fi&vre torte, pouls frequent et vif, impatience extreme
du malade.
Deuxime jour. Accroisement des sympt&-








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rmnb sodaw at apuimadaa k mod anonoj4 Ul TP 101 missedd sip, at of a i ve va a! at "DI Onuluo liS )simojdo:) ar 5 ST04 a 9nb 'RsIunj VaoW oiao op addej !s i enad uaipmr noa, uiapltu arfl !N[ anb xnaxnati'mq snid snoi assieI snou up uinao 1! 'anot amnbnmnz ;"I 'snd ap aqoed aun ai2joad seg uS um sup omuqCuwa OS l) 'v), p!.
-DtuV, Sas 9pueMWoaa o3m uI tiem fI raaxas am 1!
. 1n5ua19ue6 amnlqisel ap awTa a ilaap ne amnoan
tid p spua a tu at :-3-TOA OW oaSp it 'J9 ne /np !nu el suu "sodaj at onb pnopr ou a, sinoaaS Infl asnja apulem al . s9)ufan sop uoIssaad
-dtus 'noieaisoad ql ap samrng ,ano. owolj'e),.
'' I"_ iD eutuopq r,
uo! m el . l sameldea 'lUe3!axa

uo!iod 'osunaq sap w sanblanib u,;aeUau !nb f IuatunssrwOA oI Jed aplaj ' Oll!WotuZ op uoS
-nTJ 'suo0 S!ll OU P puaa o s uU11 'sapamaa sp uolealsluitup, I osqja as II .ano. momb
-Ma 'ne axg! eIla o apelem vs ap a lil mnss!,[ anb
-!ilsouo.,d 1! .svnboq sariblanb 'saaamt sap uo!al
-soid 'liuawtlqnopaa np rniq9 "Tinor WtoM.ISIOU � pplet up 495alqtM vI ap asnea , 'oanOq,p vaenb unp lap-n auoload as inad au !nb Tueq-!wap 'sUalljOwa sumaAerl "a~ioq ap asqjaal la 4 Ule 51'0S unp adde,9 i!p as It f oemmsaj ap uo!ia

q i anajnop 'soasneu 'osnanbnm anuej 'sam








Treizidme obsertatton.

Le C. ***, secretaire du commissaire des guerres d'Intrans, jeune homme d'une complexion dtdicate, temperament biieux, caractere milancoique, esprit frappe des malheurs publis,
I " "� ' ehe iolent,
Premier ]our. Frisson eger, malde tete v n, accablement, degout, nausees; le soir, dialeur tris-vive, face vultueuseyeux ardeits et larmoyans, pouls fr equent sans etre fbrt. Bains de pied, lave-* nens emolliens, eau de poulet nitree.
Deuxieme jour. Accroissement des symptornes, nausees, douleur a la region de l'estomac, sueur abondante le soir 'a la fin du redoublement. Me'me traitement, limonade d'oranges ameres i brtement sucree.
Troisieme jour. Prostration des forces 'a la cbite de la filvre , douleurs abdominales, nausees, agitation singulire, jactation continuelle des membres. Lavemens C'molliens , zninoratif de manne et de casse par verres; quelques selles bilieuses, un peu de sang dans les dernieres; nuit tourmente'e par des songes sinistres quil raconte le matin.
Quatriemie jour. M "me etat, menmes douleurs a la region abdominale, les urines ne passent plus. Potion d'infusion de camomile avec la liqueur c'Hofiiann, rejetee par le vomissement; legere






(6o)
intision de quinquina "a froid passe, et ne prodit aucunl eltet sensible. Le soir, hemorrhage consider able par le fondement, entire prostration des forces, liberty des functions intellectuelles, afThiblisscment graduel de toutes les ftcultds. Agohie de vingt-quatre heures, mort " la tin d]a cin quiene jour; les vesicatoires appliques le troisiene 01 o1t pu itee panses.
Ainsi, dans le cours de prairial, la mort allait multipliant ses victims, fiappant indistinctement toutes les tetes, et ne nous laissant que le desespoir de ne pouvoir mode'rer ses flreurs et ralentir sa marche. Tous les moyens avaient did pris pour atteindre ce but desire. Les h6pitaux avaient dtd inultiplids; les habitations, heureusement situdes dans les mornes voisius, avaient -&4 destinies it la dissemination des malades. Un h6pital de douze cents hommes avait" dtd 4tabli au m6le SaintNicolas position trVs-salubre ; etla correspondance annoncait que les maladies y taient moins funestes que dans les hopitaux du Cap et de ses environs.
Etat de la santd du Gdndral en chef et
de madame Leclerc.
Cependant ia santi du general en chef m1'inquietait vivement ; le sort de ]a Colonie tenait peut-etre a la conservation de sa vie', si chere a







(6t)
son armee , si precieuse a tous les habitans d'une colonie qu'il venait de sauver et de rendre a* la ~re - patrie. 1 souffrait depuis long- temps de maux d'estomaC. sa faiilesse etait extreme� il avai eprouve, dans la campagne qu'iI venait de termniuer, un flux dyssenteinque qui I'avait 'uis"; inais i dtait soutenu par son courage et par la force naturelle de sa constitution. Je tren-blais de le voir (ce qui lui arrivait souvent) parcourir tous nos hbpitaux, se precipiter fau sein de la contagion, ranimant les infortunes compagnons de sa gloire et de ses travaux, par sa presence, ses discours consolants et ses gnereux secours. La situation de madame Leclerc ne in spirait pas moins d'alarmes. C'tait le plus attendrissant des spectacles que celui d'une femme jeane, seno sible, d'une constitution ddicate et nerveuse, transplantee tout a coup du sere de l'opulence et des plaisirs de la capitale, sur le theatre de la guerre la plus horrible, assise seule au milieu d'une colonie immense sur des cendres et d&s ruines, ayant a tous les instans ' craindre pour les jours de son dpoux. d'un fils de cinq arts, et pour sa propre vie. Le gdne'ral en chef mavait ordoun d'engager, autant quo je le pourrais, madame Leclerc 'a repasser en France: je n'avais pu rien obtenir ; mes instances avaient meme Lin jour OCcasionne quelques spasmes , qui cessrent du








moment oh le general en chef l'assura qu'elle ne partirait pas. Tous deux m'honoroieut de leur confiance, et tous mes efforts tendaient ' la justifier. Je les avais engages -a passer qelques ]ours h* 'ile de la Tortue pour s'y reposer ils sly etaient rendus. A leur retour, je pressai le gelneral en chef de fire ce qui se pratique avec succbs cdans les villes des Etats-Unis, lorsque la fibvre jaune y r"gne, de s'tablir dans une habitation voisine oh i1 serait 'a 'abri de la contagion. 11 choisit dans le morne du Cap l'habitation Destaing, parfaitement situee sous tous les rapports; le general Dugua, chef de l'etat-major, campa aupres du general en chef; les citoyens furent au moins tranquilles sur la vie du capitaine general et de sa famille.

dccrolssement dA nombre des malades et
de Pintensitd de la maladie.
Tel etair I'etat affligeant des c.oses au mois de prairial. La gravity de la maladie regnante devenait chaque lour plus redoutable; toutes les methodes de traitement etaient infrUctueusement emnploye'es. Le general en chef appelait les officiers de sante' en chef de l'armee 4t de fre'quentes conferences sur la nature et les progres de cette maladie, ainsi que sur les moyens Iesplus convenables "a employer. Un ne'decin, arrive rdcemment des






(6!i)
Etats- Unis, de Philadelphie, o4h il avait pu observer tolls les developpemens de la fievre jaune, connaltre et apprecier les options des 'n"ecins du pays, et comparer , par experience, les divers traitemens adopts, ne nous avait fourni aucun renseignement propre "a nous fire sortir de l'emrbarras cruel daus sequel nous nous trouvions.

.dssem b1de gdadrale des of/ciers de sand.

Le general en chef desira que tous les officiers de santt de premiere clause de 'armee, re'sidens au Cap et dans les environs, r'unis a tous les praticiens de la ville et des lieux circonvoisins, s'assemblassent, consultassent ensemble, se com. muniquassent.les resultats reciproques de leur experience, et adoptassent un plan curatif qui iie put qu'Xtre modify par les circonstances et par lydiosyncrasie des individus attaques.
Cette assemblete cut lieu, le x rprairial, chez les officers de sauet en chef de l'armee. La conftrence s'ouvrit par la proposition que ie fis d'etablir l'ordre suivant dans ]a discussion:
i" Histoire et marche de la maladie regnante an Cap;
2' Causes gendrales, particulieres, locales;
3' Nature et classifica tion nosologique de la maladie;






(64)
4� Diagnostic precis, de la maladie;
5o Ses crises et son pronostic;
60 Traitement preservatif, traitement methodique " ses diverses epoques,
70- Ce qu'il faut penser du traitement dit du pays, vulgairement emp oye;
80 Usage de la sai',nee, de rme'tique I des purgatifs, du quinquina, du camphre, des ,esicatoires dans cette maladie;
9 Ce qu'il faut penser sur la contagion et le cpactere pretendu pestilential de cette maladid-;
o�Rapproclement de cette maladie avec celles de meme nature, qui, dans tous les temps, ont regne au Cap et dans la Colonie, ou qui ont ravage d'autres contrees.
loyens propres a arreter le cours, ou , prevenir le retour de la maladie.
Cette marche methodique de discussion a 'te adoptee. Les diverses opinions balances nont offert que de lkgeres difti~rences entre elles, et plut6t relatives, h 'individu malade, qu'au caractbre de la inaladie; les traitemens ont ete diriges dans les hbpitaux de rarmee sur ces principes g~ne'raux~ jai re'di en consequence le rnoire qui suit







(65)
Rapport sur la maladies quiaPrO'Ind all
Cap Francais et dans la Colonie,
depuis le mois germinal aiL 10
Histoire et marcke do l maladie.
La maladie n'a point de symptoms prcur-' seurs, ou du moins ils sont assez rares, et ne se sont montrds que dans les sujets qui, avant elle, etaient fiappes de terreur. Elle commence par un violent mal de tate, au-dessus de la region des orbites, ou sur un point circonscit de la calotte hmisphe"rique. Un frisson plus ou moins long le pr&cde, l'accompagne ou le suit; bientot des lassitudes, le vertige, l'accablement, et souvent des nausees se dclarent. A ce premier etat succede une chaleur, une ardeur extrerne; ]a fievre s'allume, le mal de tate et de reins devient insupportable; le pouls est vif, dur et fie'quent; la peau tant~t seche, tant6t humide d'une rose fine de sueur; langue blanche, couverte d'un enduit Muqueux, visage d'un rouge fonce, ceil ardent, tant t see, tant6t humide; oppression singulire, ou anxie'te's de la region cardiaque; urines tantot blanches et jumenteuses , tantot dejp difficiles dans leur excr&ion. Le premier etat ou ce paroxisme dure douze, vingt-quatre, trente, quarante-huit heures : plus il est court plus, il est sinistre. La fievre tornbe, le pouls se regularise






(66)
quelquefois assez semblable au pouls natural; d'autres fois il se ddprinie, devient inegal, petit, serr : des vomissemens, plus ou moins opinidtres, surviennent; ils entrainent des defections bilieuses, porracees, ou noir tres, ou de couleur de caf4. ils se renouvellent lorsque le malade prend quelque boisson, sur-tout si elle est excitante. La prostration des forces, qui, dans les premiers instans de la maladie, s'e'tait couverte du voile d'une irritation tres-vive, se demasque et marche grands pas. Le malade ne sent pas le danger de sa situation, il jouit de ]a pine liberty de ses fonctions intellectuelles, repond quand on l'interroge, prend ce qu'on lui oflie, et retombe dans 1'accablement de la prostration. Les hoquets, les ddfaillances, la suppression des urines, les hnorragies par les narines , ranus, ou par I'ouverture des saignes que i'on a faites, sont les acci.
0 P 0
dens qui se presentent ou spares ou reunis. Les dejections sont souvent noires; le visage, qui avait et d'un rouge fonce, se colore d'un jaune plus ou moins sature: c ette suffusion icteique se repand sur la surface du corps: le malade extale au loin une odeur cadave'reuse; i meurt le premier, le troisieme, cinquieme , septieme jour. Si ]a maladie se prolonge, elle laisse quelques esperances; dans ces cas, la fi~vre s'est rapprochd~e de l'ordre des reiLttentes, a'est -chare, qu'elle a ere sujeLte,







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dans son cours, ' des redoublemens et a* des re" missions. Quand la convalescence a lieu, elle est dificile, incertaine; les recluttes sont fre'quentes, et presque toujours mortelles.
CAUSES GENERALES , PARTICULIERlES , LOCALES.
Causes gdndrales.
Les causes gdnerales de cette maladie sont celles qui rendent ce tribut necessaire - presque tous les Europens qui viennent habiter les Colonies ;mais ce tribut nest pas egalement meurtrier tous les ans. Ces causes generales sont: I0 l'action continuelle et vraiment insupportable, pendant quatre a cinq mois, des rayons perpendiculaires d'un soleil brflant sur les Europeens qui ne sont pas acclimates; 20 impression habituelle et profonde d'une 1umiditd chaude et pourrissante sur les menmes individus.
La premiere de ces causes, la chaleur extreme, jette I syst~me humoral dans un ve'riwble e'tat d'effervescence. Le sang parait bouillir dans les veines; i se porte par une espece d'elan vers l'organe cerebral, determine ces cephalalgies cruelles, qui ne cessent qu'a ]a fin du jour, pour reparaltre le lendemain au lever du soleil. Cette meme irritation, que je pourrais appeler irritation solaire, portee sur la surface de la peau, y occasionne une espece de turgescence , ou de pl&-






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thore locale, qui gene, ralentit ou engourdit les mouvemens des membres, et les tient dans
-une lassitude permanente. Portje sur les organes exhalans 2 elle les agace, fait naltre des sueurs abondantes, excite a la peau des fourmillemens, des picotemens douloureux, des rougeurs, des teaches ""rysip teuses , des eruptions miliaires rouges, (sudamiria) dont la presence tourmente et dont la disparition trop prompte inquiete.
La second de ces causes gendrales, 'humiditS chaude, est enervante et sidaItive de sa nature, et porte son action preniere sur l'organe gastrique et ses depandances; les fonctions de la digestion se ralentissent, ses produits se depravent, rhumeur biliaire ne tarde pas h subir une aeration plus ou moins septique. Cet tat s announce par les affections bilieuses de toute esp&e, maladies les plus communes pour les nouveaux de'barques , les coliques, les gastrod uies, les cholera morbus, les diarrhees, les dy enteries, les tenesmes dtchirans et si souvent tuestes.
Les causes gene'rales de la fievre jaune, ont toujours et4 les memes. Pour s'en convaincre, il suit de consulter les praticiens de Saint.Domingue, de la Jamaique, de la Caroline, de toutes les Antilles, des Etats-Unis, des Indes Orientales; de tous les lieux oh ces causes peuvent exercer leur action redoutable,


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II n'y a pas un Europeen, arrivant pour la premiere Tois a Saint-Dominue, qui n'4eprouve plus ou moins les effets de ces causes reunies, lors meme qu'elles ne se sont pas assez developpees, ou qu'elles n'ont pas trouy une predispositionl assez prononce'e dans 1individu, pour flapper le principe vital dans ses sources, par la production de la maladie terrible dont je fais 'histoire. Heureux les homnmes qui ont ste preserves de ce fle'au au prix de quelques maladies moins graves, qu'ils ont eues 4 supporter),et qui ont servi A les acclimater!
Causes particuligres.
Jappelle causes particulien'es celles qui, tenant aux causes gPnfrales, en sont cependant diStinctes et servent 4 les modifier !!us ou moIs Cest ainsi qu'une cause particullere a donnd cette annee plus d'intensite a ]a maladie de Saint-Domingue, et I'a rendue, pour ainsi dire, epidemique, puisqu'eile f'appe un assez grand nombre de colons. C'est la temperature extraordinairement sbche qui regne depuis six mois dans presque toutes les parties du monde connu. M. Desportes, le medecin qui a le plus fidellement e'crit r'histoire de cette maladie, qu'il a suivie pendant quatorze ans au Cap, prouve, par ses observations, qu'ellc a et toujours d'autant plus cruelle , que les annecs,







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ont t plus seches En l'an 6 sous action dune temperature semblable, les Anglais occupaienu le mole Saint-Nicolas et ses environs, lieux fort sains par leur position : ils 4taient au nombre de vingt-cinq mille lommes; ils en perdirent les sept huitiemes par la fivre jaune dans le cours de cet &e4. 11 en a peri de mille "a douze cents par jour pendant pres de trois semaines. Le retour des mImes causes produira toujours les m~mes effets. .
Causes locales.
Les causes locales enfin, qui rendent en ce moment ]a fievre jaune si funeste au Cap, et qui hui impriment un caractere contagieux et presque pestilentiel, sont en grand nombre; elles sont dues aux malheurs de la guerre, actuelle et I'incendie de cette superbe ville. Ces causes

LVair infect que l'on respire aupres des maimsons incendie'es, dans lesquelles des denre'es aban. donne'es ont te' livrdes 4t une ddcomposition rapide. Ruch attribue la fievre jaune qui ravagea Philadelphie en 1795, quelques ballots de cafd gAte' qu'on laissa dans des magasins situds au bord de la mer, et qui se putrdfierent. Les memes maisons abandonne's ont servi long-temps de latrines aux matelots, aux soldats, parce qu'il ne s'en trouve point en cette vile. Les niasmes







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mephitiques qui sen 41event le inatin au lever du., soleil exhalent dans tout le voisinage une Mtdite suffocante.
Le voisinage du cimetiere public de la Fossette, beaucoup trop resserrd dans sa surface, "a raison du nombre de cadavres que ron y entasse; le peu de profondeur des losses fort au-dessous des dimensions prescrites par les lois de police; la negligence criminelle avec laquelle on procede aux inhumations, telles sont les causes qui menacent des dangers sans nombre, par le ddvelop, pement des gaz detres dans une atmosphere dej vicie'e; les voiries abandonnees, les animaux li vrds , sur les lieux oh ils pprissent, h une ddcomw. position dont les produits se mrnlent par, tout 'air que respirent les citoyens.
II faut ajouter enfin 4 ces causes locales Ia terreur qui s'empare trop facilement de fame dans les calamity's de cette nature, disposition prochaine "a la rnaladie, et qui l'aggrave toujours. Nature et Classification Nosologigue de
la maladle.
Cete maladie est Va fi vre connue, dans tous

les temps, par les medecins-qui ont pratiquS dans les Colonies, sous le nom de fievre putride, fiivre maligne, mal de Siam, fievre Iaune, lorsque I'affection iterique "est au nombre des phd-







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nomenes qui la caracterisent. C'est la Tritophe d' merique -de Sauvages, la Rpivm rdmittente bilieuse des pays chauds de Lind, le typhus ictdrodes et.pdtdchial de Cullen, la flvre maligne jaune des tndes Occidenta. les de Makittrick, la fvre bilieuse maligne jaune d'AImdrique de Moultrie, afi7vre rdmittente , bilieuse gastritique , gas. tritico -d kpatique de Mostly ; elle appartient a* une tamille speciale des ordres compass de la fire aclynamique, ataxique et juelquefois adeno. nerveuse du docteur, Pinel.
Trois degrds de lamaladie
On lii reconnalt evidemment trois degre"s d'intensite; au premier aegre, c'est une fi~vre adynamique simple; les "accidens sont- ceux d'une irritation gastrique, lus ou moiusvive, - laquelte succede une prostration des forces, quelquefois funeste. Elle esttoujours "qukkante:,q et soh pronostic ne peut etre prononce favorablement qu apres le dixime ou le. douzie lour; 1affection icterique, ,,plus ou morns grave, en est souvent la rise heureuse; le plus ordinairement dle se termine, par des dejections bilieuses; les organes gastriques demeurent assez Iong-temps debilitds dans la convalescenice.
Au second degree, c'est ]a fire adynamique dans toute son intensity et plus ou moins' con-







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phquee de l'ataxique. Les accidens sont redouTables et multiplie's; le paroxysme ou l'exacerbation icrie est considerable ; une prostration e&frayante lui succede; les malades perissent le plus souvent du sept au douzieme jour; s'ils survivent, c'estM'aide d'une diarrhee bilieuse critique, qui les rdduit a un 4tat d'4puisement extrA, ou d'une jaunisse qui laisse Iong-temps de rincertitude sur son issue. La convalescence est toujours d'une lenteur fatigante; les rech'tes sont presque toujours mortelles. C'est a ce degr6 de la maladie que I'on peut espe'rer quelque chose de administration des remedes, s'ils ont &Z convenablement ordonnes et appliques des ies premiers instans de ]a maladie.
Au troisiene degree, c'est la fievre adynamiqueataxique dans toute sa gravity; quelquefois complique de radeno.nerveuse ; c'est une fievre pestilentielle, la fievre maligne essentielle de quelques auteurs. Un seul accs la caract~rise; son is sue, rapidement funeste, a present plus d'une fois des charbons ou des affections glanduleuses analogues. On a vu, des militaires et des matelots tomber morts tout 'a coup, comme par sydri. ration, au milieu de Ia meilleure sante. Le paroxysme; compose du frisson, du chaud et de la gangrene, dure 15 2o 3o, 56, 48 heures.
D autres fois, c'est une espice de fire ce-







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djrale, qui se signale par les accidens soporeux ou par ceux du coma-vigil, ainsi est mort le pr4Let colonial Benzech; C'est le sort qui menace les hommes replets qui ont pass I Age de quarante-cinq ans, qui s'exposent ' la chaleur du jour, qui se livrent a un travail trop assidu du cabinet, aux affaires qui exigent une forte contention de l'esprit, h des exercices violens, h Irempire des passions, soit excitantes, soit ddpriantes, h un r gime d' vie trop peu mesure ou trop c"&hauffant'.
Le plus souvent cette madie est mortelle dans tlespace de trois jours : ce degrd, la fievre jaune est au-dessus de tous les secours de i'art, quels qu'ils soient, de quelque manire et dans quelque temps qu'ils soient administrs.
Diagnostic prde's de a, maladie.
Le diagnostic precis d'une maladie se fonde sur les 'caractres qui tracent la line de de'marcation entre elle et celles qui ont le plus de rapports avec elle.
C'est ainsi que la fievre jaune a, dans son invasion et dans sa premiere exacerbation, des raprochemens plus ou moins marqus avec le cazisus ou la fievre ardente. Dans ces deux maladies, le pouls est. dur, la face animee et rouge, les yeux ardens et charge's, la tte tres, douloureuse;







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mais la fievre ardente se prolonge davantage; le visage n est pas colored du rouge pourpre et once quiy est repandu dans ]a fievre jaune, pcu pros come dans les premiers jours de f 'rysipee a a face; la fievre ardente se termine par des he morragies critiques; "a Iexacerbation ne succedent pas les accidents d'une prostration, de forces effiayante. Elle ne present jamais de suffhsion icterique, de vomissemens noirs, d'hnmorragies de dissolution, d'eiiuptions pe'tchiales; ces deux maladies, rapproch&s dans leur invasion par quel-, ques sympt6mes communs, sont done de nature bien differ rente, et i serait tres.dangereux de les confondre.
It a plu "a un me'decin anglais, le D. Warens, de ne pas separer de la peste, la fievre jaune de la Barbade. A Dieu ne plaise qu'une opinion aussi erronnee se propage! 1 existed sans doute quelques sympt6mes communs, h raison du caractere asth. nique qui les signale toutes deux. Les symptbmes communs sont une irritation vive dans l'invasion, et, par la suite, 1'entiere prostratioU des forces, I "anxiek' prlhcordiae, les hemorragies de dissolu. tion, la ftidit cadavereuse trs - prompte 4 Se developper; mais la peste est endemique a certaines regions; la fievre jaune ne rest que pour, les individus qui n'ont point encore habits les pays chauds; la peste ne se communique qmu par con-








tagion, et se communique "a tous ceux qul s'y exposent; la fi~vre Iaune n'atteint plus les individus Line fois acclimates. 11 n'y a ordinairement dans la peste, iii vomissemens noirs, ni sufunsion ict&rique; ces symptAmes sont pathognomoniques de la fievre jaune. La peste se reconnaht aux symptomes qui affectent le systeme glanduleux. Ces symptomes sont tres-rares dans la fie.vre jaune.
Diverses contt-es de i'Amerique ont pu tre frappees et peuvent l'tre encore de maladies dpid4'miques de nature putride ou asthenique; quelques auteurs ne les ont pas distinguees de la fievre jaune; mais c'est ' tort. Les 'epidemies sont dues a une constitution particuliere de l'air, ou a% des circonstances locales, telles que rentassement des hommes, les mauvaises qualities ou le dedfaut des alimens n cessaires 'a la vie. La fievre jaune est le product d'une chaleur extreme sur les corps vivans
*qui ne sont point accoutumes a cette impression; les epidemies ont un temps determine pour Jeur cours; la fievre jaune attaque en masse ou disol& meant les nouveaux d barques; les epidemies n'epargnent personnel, les habitans sont rarement atteints de la fiivre jaune. On ne peut cependant Iisconvenir que la fitvre jaune devient epiddmique, lorsque les causes qui la produisent agissent xrnme sur les individus accoutume's a 'action de la chaleur. Telles ont ete' les epidemies des diver*







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ses contrees de rAnierique ou nmeme de I'Europe,
11 faut egalement tracer une line de Separation entre la fievre jaune et les fievres d'hopitaux et des prisons, bien qu'elles aient beaucoup de sytnpt6mes communs. Ceux-ci tiennent au caractere asthe'nique, qui appartient egalement a toutes ces maladies; mais ii est des sympttmes speciaux qui font de la fievre jaune un genre pardculier : tels sont les vomissemens noirs, la suffusion ict'i que, la suppression des urines, l'irritation toujours tres-vive dans l'invasion, le visage rouge et 'oeil ardent.
La fievre jaune est.elle bien distincte des fivres bilieuses? C'est un probleme medical don't Ia solution interesse l'humanite. I1 y a tout lieu de croire qu'elle nest autre chose que le maximum dns fievres rinittentes bilieuses. On est fond a le croire en ceque, tandis que les fievres jaunes attaquent les strangers, les doubles tierces bilieuses sont les maladies r'gnantes parmi les colons; en ce que les remittentes bilieuses, qui attaquent les nouveaux debarques, degenerent facilement en fie'vre jaune ; en ce que ]a ,fievre jaune, au premier degree, se confond tres-Iacilement avee les fi~vres bilieuses rd"mittentes ; en ce que les etrangers, qui se sont acclimates sans ]a fire jaune, ont eu tous des affections bilieuses de telle ou telle espee ; en cc que les circonstances les plus






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propres 'a ia production de Iafi~vre jaune, tels que le voisinage des lieux mardeageux, les emanati ons putrides de oute espc, sont aussi celles qui font natre et entretiennent les fivres et les maladies bilieuses; enfin, en ce que les mrthodes curatives qui leur conviennent sont identiques.

Crises et pronostic de la maladie.
Plus le premier paroxisme febrile est court s'iil est violent, plus i1 y a de danger. Les jours redoutables sont le 5, le 5 et le 7- Si le malade passe le terme, pourvu qu'en meme temps les accidens s'appaisent, et que le ventre sIouvre doucement, ii y a espdrer; mais, dans ce cas favorable m~me, il ne faut pas perdre de vue leImalade. La faiblesse qui succde "a la fievre est si grande, que la plus l1gere imprudence lui devient fatale.
Les crises sont rares dansila fivre jaune, ainsi que dans toutes les fievres malignes; quand elles se pre'sentent , elles sont irmparfaites et sigent difficilement. La meilleure crise est une diarrhea bilieuse, pourvu toutefois que sa violence ne fatigue pas-trop le malade: viennent ensuite les urines 4paisses et bilieuses, affection ictdrique apres le septieme jour, puis les affections cutandes, tels que les cloux, les dep6ts, les boutons, les eruptions de toute nature, qui demeurent long-







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temps en suppuration. Si la maladie est au premier degree , une hdmorragie nazale et un flux brmorroidal modere peuvent etre des crises salutaires, sinon, ce sont des accidens mortals.
Les signes funestes sontTinvasion de la maladie par un frisson long et violent, le vomissement noir, ]a suppression des urines, les dedfailances, les hoquets, les hinorragies passives.
La marthe de cette maladie terrible a fixed d'autant plus jdstement attention des officiersde sante de l'arrnde, qu'on ne la rencontre dans aucune des fie'vres de mauvaise nature en Europe, si ce n'est dans les maladies pestilentielles des contrees meridionales.
i faut toujours bien distinguer dans la fievre jaune, la presence de la fi vre on I'etat d'irritation, Fabsence de la fievre ou I' tat gangreneux.
L eat ftbile ou d'irritation annonce l'inflammation sourde dans les organes gastriques, le long de t'estomac et des intestins grdles, et dans le syst~me secr&eteur de la bile; mais cette inflammation asthenique n'a que des rapports eoiguds avec le vrai gastritis , enteritis , o hepatitis , cystitis ou autres affections inflammatoires sthniques. Dans la fi'vre jaune, il existe des vomissements, des hoquets continuels, et cependant la sensibility de l'estomac et des intestius est nulle au dehors; ces organes, palpes meme assez vive-







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meant, ne font eprouver aucune douleur, le corps des visceres enflamrnms ne s'eleve pas au-dela de rtat natural; le bas.ventre n'est ni tendu ni me' tdorise ; la suppression des urines existe, et la region hypogastrique ve sicale ne present h l'ext&ieur aucun changernent. Ce genre d'inflammation marche rapidement vers lagangrene. Cet etat inflammatoire est clairement devdloppe' dans la doctrine de Brown. i1 est tres'important de le reconnaltre dans la pratique, quoiquil ne soit malheureusement que trop constant qu'il se terrine le plus souvent par la moort.
Traitement prdservatif.
Les Europe'ens qui veulent Oiviter les atteintes de ]a fibvre jaune doivent aller habiter les mornes pour y respirer rair pur et frais de ces lieux ileyes. Si leurs devoirs les retiennent 'a la Nille; ils doivent eloigner leur habitation des bords de la mer; et sur-tout des environs de l'embouchure de la rivi're du haut du Cap, lieux oh la brise de terre porte chaque jour les emanations marecageuses de cette surface immense de lagons qui s'etendent de l'embarcadere de4 la petite anse au bourg du haut du Cap. Ceux qui sont d'une constitution ple'thorique se feront fire une ou deux saignees en arrivant h SaintDomingue, et prendront, dans le cours du premier mois de ieur sej our, un doux innoratif de manne et de tartrite acidule' de po-







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tasse qu'ils repeteront deux ou trois Iis. Un bainl d'eau tide d'un quart dtheure, ou, a son defaut, un peluve sera necessaire de deux joursl'n. Du reste, ]a mod&'atiou et la temperance, sous tous les rapports, sont les premiers et les plus sArs preservatifs. Tout ce qui porte du feu et de - zirri-* tation dans le syste'me n'est pas moins dangereux que ce qui tend 4 1 enerver. L'usage des viandes doit etre me 'a celui des vegetaux. i1 ne faut manger les fruits que dans leur dtat de maturit, et se souvenir qu'ils sont tous acides ou mucilagineux, et, par cela, contraires a l'estomac. It est important de s'abstenir de sortir depuis sept heures du matin jusqu'i x i heures ou midi; moment oh la brise du large vien temper 'ardeur du soleil. On dvitera avec le plus grand soin ia pro. menade du bord de mer le Soir, temps oh la fraicheur prdcipite les emanations mard'cageuses que le soleil a tenues en evaporation dans la journd'e. Les militaires se souviendront toujours que rien n'est plus dangereux que de se coucher et s'endormir sur la terre hurnide, le long des wagons. La promenade du mating est tres -fvorable " ]a sante'; c'est aussi le temps oh le travail du cabinet est le plus facile et le plus convenable.
Si l'on eprouve (quelque incommodity legre, i1 convient de fire h l'instant usage d'une limo-" nade d'oranges ameres, ou d'une lemonade vi-








neuse, dequciques. bains ti*des, de quelques lavemens raraichissans le soir, et d'un doux minoratif: apris cela, un exercice moddrd 4 pied ou ii cheval dans les temps convenables, Ia dissipation , retabliront lintegritd des Ibnctions.1 Itur sur-tout usetr de toute la force de la raison pour que les affections de 'ame ne prennent pas
catrac re de morosite et de meiancolie, lorsque des maladies plus ou nmoins graves exercent leurs ravages. I1 est sans doute dificile de se livrer a, la gaiety quand on compte chaque jour ses con. naissances, ses awis, ses camnarades au nombre des victinies; mais la philosophic doit alors exer ccr tout son empire : le citoyen qui se menage daus ces circonstatices difficiles se conserve moins pour lui que pour la pattie, et cette rfflexion doit fire taire la sensIbilit
Traitement mdthodique aux verses
dpoques de la maladie.
Lorsque la maladie est dlclaree, tant que la fie'vre est forte, et que les accidens de irritation du systeme gastrique existent, on ne peut gure s'occuper d'autre chose que du soin de la calmer par les boissons adoucissantes nitrdes, les eaux de poulet, les bains entiers ou lks demi-bains de quelques minutes, ou , si lts forces du malade ne le permettent pas, les pddiluves tildes reptes toutes







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tes six heures, les lavemens nmultiplkis, tour a ore vinolliens et doucemtent laxati, les cataplasmius Qnotliens appliques et continuellemeut entretenus chauds sutr la region abdominale; tels sot hIs secours qu'exigent les premiers momVns de la maladie : si ces moyenis ont product qutilque avantage, on peut les seconder pat unt minoratif doux et dont l'eft.t soit proportiotinu aux forces du malade: si, " travers les accidens de irritation, on decouvre ceux de la prostration des forces, i! faut, 4 r'instant merme oh la fievre tombe, passer aux excitans, appeler a son secors les dtcoctioiis de quinquina, ou simples, oinmulsionnees, ou rendues laxatives, les boissons canimphrees, les lavemens de mime espece, Les leps excitans, les vvsicatoires; on se trove souveint oblig d'alterner ou de itiger ces remedes, de maniere a. ce que les excitans n irritent pas,et que les **adoucissans n'afaiblissent pas; i taut savor marcher entre ces deux ecueils. Mais c'est 15 le point difficile, et lVon ne peut disconvenir que ]a conduite h tenir ne soit environntee de toute part des. ,plus. grades difficultes; cependunt h maladie marche ai pas rapides, et lia mort art e lorsqu'on dehiere encore. Si la gaigteie Ile se pro, nonce pas 4, la fin de la fiere, Ia continuation des nemesisecours devient plus utile, et ia convalescence arrive inseusiblenient par la diinution







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graduelle des sympt6mes et le retour lent des forces vitales. Ce traitement methodique convient la fievIw iaune, et renplit les indications; mais, st divers accidens se prononcent dans le cours de la maladie, i1 faut s'empresser de les calmer.
Lanti-entique de Riviere, c'est-aire, le sue de iimon, meie au carbonate de potasse, ( sel d'absynthe) arrete oU diminue souvent le vomissement.
Si I'irritation de 'estomae s'oppose 4 1'administration du quinquina, on peut essayer de le fire passer en lavemens, quoiqu'il nr ait pas grand'chose "a esperer de cette m ethode.
Les hoquets, les spasmes, les mouvemens convulsifs cedent quelquefois h I'usage du camphre en grandes doses, en' oleo sacharum. Cette dose pkut tre de dix grains, rep't&e toutes les six heures. Au reste, cette substance, unie au nitrate de potasse, est dun usage habituel dans cette maladie, comme doux excitant et diaphore ique.
Dans les douleurs d'entrailles, les vomissemens, les mee'orismes commencans, les bains ou les demibains, sont heureusement employee's; reais, pendant l'usage de ces moyens, le melecin doit consulter continuellement le pouls, afin de remettre le malade dans le bain, et de 'en retirer suivant 'tat de ses forces.







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Le dWlire tranquille ou fr~netique, I'affection cornateuse, accompagne de la prostration des forces, appellent I'application des epispastiques at laq uuque et aux jambes, bien qu'on soilt oblioe de convenir avee Baglivi que si ce moyen est employee trop tard, et lorsque l'4tat gangre'neiix se prononce, il ne fait que hdter la decomposition des liqueurs animals, et precipiter la fin du malade.
Si le malade se plaint d'une douleur vive une extremite, il faut se hdter d'y appliquer des fomentations rn'ollientes, des cataplasmes adoucissans; il faut en tenir le membre continuellement envelopp6, pour y attirer autant qu'il est possible, et y dterminer la formation d'un dp't qu'on ouvre de bonne heure, et dont on a soin d'entretenir Iong-temps la suppuration. Cette inthode n'est qu'un proceed imitateur de la nature, qui terrine quelquefois cette inaladie par une crise heureuse, en couvrant la peau d'un nombre considerable de boutons ou de furoncles.
La dikte doit &tre proportionnee i la violence de la maladie, les boissons vineuses, les doux Scordiaux, les doux analeptiques, sont tour 'a tour wiles. On ordonne les bouillons au riz et aux herbes, les crimes de riz a, l'eau ou de sagou, les bouillons de substances animales, arroses. du sue de citron. On passe peu ,i peu aux alimens








pius substornticS,,nais du e digestion facile. Le convalescent doit, manger peu et souvent ; on 41i recomtnauide un ext'rcice journalier, mais point ttiiant, et fair~ fa des heures et dans des leux oh le soled ne drde pas ses rayons.
,i la jaunisse subsiste dans ktaconvalescence, ce qui est asset .rdinaire , on hitsge de bouilios ap eilifs et e ,stues d hIa be Te est le traitement methodique, le seul qui "4ove, Ctrc employ, la ;sine medecme . n en consaS-%tt point d'autres, si ce i'c t le- traiterent
' " : qi pe peto u iuii,
par les spciques,ie ic
L. s: tnecims.militaires an~Iais einploieut la MVatliuique,: pourfiwe ja4a4, n "'e aitect f*d bord ne solution de
xattite de potasso, anti"noi' aveeo'la- mane ; ils en aident lactiou par Otis boissous appropees
t
et des lavemens wmollienis. Quad Is, out, par ce m~oyen, deter~aind Iaia ' . "" missioni d{e'"" I a ne~e ,,ils passent " l'usare. dt,:i quinquina qui. ltermiue la Maladies A"
Lirr'itation des organes g "queq s
" no a-strqs usgne
lc cornmencewcnt ou le premiptr i6'de d6 a fibvre jaune a Saintow-Dojaig. ie P.rcmettrat pas de laire usL-ge des antimioniau.
Le docteur lRushI, darts sa dissertation sur la fievre jaune qui a ravage Pliiladelplhie et 1793, dit quaprs avoir tute touesL, Ics tueLltodeb cu-








ratives rationnelles ou,,empyriques, ii n'en a pas trouve de meilleure qe la suivante: d' plua de cent malades, diti i, auxquels je 1'ai" app-'I quee jef uen ai pas perdu un seul. If pubi h'ct eftiiun procedd usuel aneu en c terrnes:
c Aussitot que vous vous sentez pris bsoit lo C jour, soi la nuit) d' mal a tete otti aAx' , reins,' douleurs o'estotnac, de fissOn' OU ,� de fiir0, Specilemeut si CeS sympt46res so$t (C accompagties de roueru dvN isage si. les -vetu. sontd telints_ dluw laune p1e,r 'pen vnne
'C' des, pidesc putgativ (ahaque, pour e esA Scornp se de quinze grain de jal4P L1 di c grains :de mercure doux) dans.tin pen; 4,eu O s ucrdectoutes les sixlheures, jusqua c* (-, " aient prodbit quatre a -uqoqgrandes evacuations c alvines. Buvez en mnt nemps-bcauc'uf CUOMO c d'org"'- de gruau ou d . et,u toae uutre liquetiw adtoucissante et agt~el pouri aider'
ot , t, t
( l'ef6dtdu terrfd4 Lorsque les p rerrlve s VIOb "aaurot ete a'insi e'mrnpltement uicitoyeS 1i poul s' 09t Pl et1 f4du, vdos vous ut cretrer
,c huit-ai dix onces de sang duibraS etdaraiage Ssi ia pPIPitude et la tension du pouls conthu0. Dars le cours de la-maladie, Vous fcr'vt uge o d eau panee, do limoae d'eau g de
,C tamarins, de thd I'ger de camomille. Vous ticlll
* drez les premieres voies toujours rbr4 pay







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q une.4ose de poudre purgative, de creme de 0tartre ou d'un sel neutre quelconque, et par cc des lavernens dmoltiens et laxatifs; rais si
a apres Iaction du premier purgatif, le . pouls se (e troupe faible ou dtprirme, vous eMploierez en c'boisson l'infusion de camomille, ou de serpen(c tairede Virginie; vousy ferez entrer re'lixir de cc vitriol ou le laudanum " doses convenahies; vous donnerez les boissous excitantes, 1'eau vineuse, cc!e wrn pu t, le punch, le porter, le quinquina ft en decoctdon ou en Isubstnice dans la remission cc de jv fe.vre On appliquera des vcsieatoires a a la pditrine, a te ou) a* la nuque. Lorsque la c faiblesse exigera cet excitant, on tiendra en a� mern temps les reins envelopps d'une flanelle trtp4e dns le vi.Yuigre chaud ou, leau chaude.
11"~~~~ A Psgu aae
c Le egime consistemaa gruausagou,panades,
~th",, cf,' cocolat, vins n gn'reux ele'es ani c males, vi"ndes blanches, conv enablment
l'tat ds foes, en fruits d saison, cuits ou 0 cru. On fira circuler dan I'appartement du r.rnalad un air frais et M nme froid si le pouls Sest pcem et tendu. Les parquets seront arroses ~ ~iNwaigre, et les djelctions seront eoigi-e$ At le plust6t qu'il sera possible. ,
Tel est le procd curatif du docteur Rush; ili announce qu'il fut adopted' par le plUs grand hombre des mdecins de Philadeiphie, et que la







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c'lkrit6 du inoyen fut telle, que ses 'I"ves et lui tie suflisant pas au traitement des malades, et metne a la preparation de la poudre purgative, i en fit communiquer la recette ' plusieurs pharmaciens, qui Ilemployerent avee un 4gaI success.
On voit que le procekd' de ce me'decin ne diiftre de celui qne j'ai de'taillI, qu'en ce qu'il emploie pour purgatifs les mercuriaux unis au drastiques, tandis que nous ne conseillons h Saint-Domingue que de doux rninoratifs. I1 y, a lieu de s'etonner que rirritationdes organes ait permis r'usage de ces moyens, it faut qual Philadelphie elle soit beaucoup noins vive que dans notre Colonic. Je ne m'v arr'terai done pas davantage, et je m'tonnerai seulement - qu'un traitemeut., si vante
dansevre jaune de 1795 % Philadelphie, n'ait pas ete pratique dans la mme maladie qui a ravage cette malheureuse ville, et d'une maniere plus effirayante encore, dans l'an 6 et l'an 7. Ce qu'il faut penser du traitement dit du
pays, ou vulgairement emplolyd.
Le traitement du pays, qui consiste daus to seul usage des adoucissans, des eaux de poutlet nitres, des doux laxatitf,, ne considre que le premier temps de la madadie, lhetat fibrile ou dirritation. Les saignees repetees dans le premer jour, les lavernens Cmolliens, les bains,







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les demi-bains, les minoratifs, rdussissent quelquetbis dans les mains desCre'oles, pourvu que la maladies ne soit qu'au premier degrd ou au commencement du second, parce que ces remdes sont admministres par Aes: timmes, souvent avant que invasion soit avance', e'toujours avec un soin, une attention, ue. constance dans les plus minutieux details, qu'il est difficile de trouver ailleurs que dans leurs mains. Si !a maladie est grave et passe a son second etat, les tfmmes donnent le camphre en lavemens, mais elks n'emploient le quinquina que dans la convalescence ,eX come toniqe, Usage d I sagnde, Je 1'drdtique, des
purgats, dU quinquina, d camphre,
des vdscatoires, dans cette naladie.
La satgnee est regarded dans le pays, et meme par quelques praticiens, comme un preservatif de la fiwvre *aune, ou du moins come un moyeu de la rendre plus douce a supporter. A cet efet, elle se pratique au bras tous les mojs, ou a Invasion du plus le'ger mal de t&e, et "a la quanitite de six ai huit onces chaque fbis. Sila tke dewent tres-douloureuse par l'insolation on pratique utilement une saignee du pied.
Quoi qu'il en soit de ce moyen, qui pent &re tile" aux nouveaux dbarques dans un grand







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nomb-re de circonstances, et relativement a leur a a je o ,leu coustttion et ' leurs forces, il 1e1n est pas moms vrai, en prindipe, que ]a saignce par eIe-meme est contraire Qi toute naladie adynamiqtue de sa nature. Si ele a souvent calme l'irritation ombicn de iois n'a-t-ell, pas ijtd ic malade datis, wi atthissetnent morteA I Consultez les observations consigneeks dans louvrage de M. Desportes, dans un temps oh la saigum e tait beaucoup trop souvent pratique, ,ous vous convaincrez de t ra littP de "Ii "'emets
conv ca c ppogn que tes
ici. Si cependanpt la fievre, atne nest pas a, un haut do' d'" sit, s'ii y a lieu de prdsumer .que la nature est en etat do fire une reaction suffisantesi le I sujet est jeune ,.vigoureux, d'un temperameritsanuin, Si e pouls est pleim et fdur, Ja , sa~e t eeeessale dans 1iqvasio1 wmege ld l ma l4e, c est.h-dir, auss t e a cil ir yent de succeder, au frissOn.,
pp a4
gu 4re et ven age ne
.,portntp Il ei st de nnsnnpe es 1tmpIr , xxi ]o~ a bi~lg M~~omine.
VLAet ue veL Atie , .is tous les" cos ,. mn~ag; dans son emc )loi, at d4as ses joses. It sc,
'I, pl;"'us pry ' r, "
r l r1~dJy t diw ieuoir enticement daun , traiten4ot Ae, jta i vre - C s1 opinion, ,Aqxl1c des auteurs qui ont ecrit str cette~ miatioe, et des medecis quippatiquent atourd hul dans xks Co4onx:,;







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La meme observation s'applique aux purgatits; is doivent toujours etre pris dartis la classe des minoratifs donnas a doses rfractees et en lavage. Sans cette precaution, ils peuvent exciter des tbntes colliquatives mortelles, ou jeter le malade dans un affaissement qui prIeipite sa fin. Yoi' t pourquoi les lavemens laxatifs sont pre'f" res, en general, dans le cours de cette maladie; l'eau6 de casse ou celle de tamarins, le'gerement aiguisde parun sel neutre, opere plus doucement Pefrtt qu'on a, droit d'en attendre.
Le quinquina est parfaitement indique dans cette maladie,,du moment oh ia remission febrile permet de ]'employer; mais il rencontre des contre-indications tellement puissantes dans 'irritation gastrique, quI1 fait naitre ou qu'il accroit, dans horreur--et la crainte que sa prescription, inspire au inalade, que 'on se voit pour ainsi dire oblige d'y renoncer , -ou de se" horner :i des de'coctions l4res ou emulsionnees, donnees a !'instant o& le-premier temps de Ia maladie fait place au second; mais alors meme, quels que soient la prostration des forces et 'tat de'prime du pouls, I'estomac est si fatigue de irritation qt"i a souffrte; les hoquets, les sp~ism les, lv*o ssemens qu'il eprouve encore,.ccblent tellement le malade, qu'on ne peut plus dorer le quii .w qurna qtfen lavernens. I1 arrive de lh que ce re-







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mWde hdroique perd son effet, et en mtnie temps. son credit, et qu'iA nest guere connu que come tonique " ia fin de cette maladie.
On peut appliquer le memne raisonnement Zi tous les autres excitans dout administration pao rak indiquee par la nature de ]a fievre june.
Quant aux vesicatoires, us ne sont utiks quc Iorsqu'ils sont applique's entre irritation qui les repousse et i'etat gangreneux qui les rend inutiles. lus peuvent donc etre bornes aux cas oh les af. fections soporeuses semblent en solliciter usage. Ce qU'il faut, penser sur la contagion et
le caractareprdtendu pestilentiel de la
maladie.
Quelle est la source de la fi vre jaune de Saint. Domingue ? est.elle d'une origine etrangere? d'oh, dans quel temps, de quelle maniere a-t-elee pu y 'tre imported? est-elle contagieuse? la contagion peut-elle s'etendre jusqu'at I'Europe ? Telles sont les questions dont la solution touche de preos I'hygiene publique, et peut determiner et les magistrats a, prendre des measures de sfrete, et les autorite's premieres rendre des lois convenables aux circonstances.
La fi~vre jaune de Saint-Domingue y a-t-elle ete importee? Non; elle a son origine dans un air tres-chaud, sature d' manations mare'cageuses.







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Par-tout oh ces principles se dvelopperont et se mettront en activity, on verra naltre ]a maladie dan les individus qui porteront en eux- memes les causes prd'disposantes. C'est ainsi qu'on I'a vu se manifester a Cadix en 1764, dans und te' extr&mement chaud et sec, "a Pensacole en x 765, et dans toute l'Andalousie en i 8oo. La double tierce de Minorque prsenta des caracte'res de fievre jaune, et les contres meridionales de rEurope auront a la craindre dans les memes circonstances. II n'existe dans les Indes Occidentales aucune cause propre a y produire exclusivement cette maladie; die exerce des'ravage*s d'autant plus redoutables que les lieux Oh die se re'pand sont plus voisins des fbyers des miasmes. Voil pourquoi, i Philadeiphie, dans toutes les villes maritimes des Indes Orientales, " Saint - Domingue, 'a la Guadeloupe, Ia fievre june est moins commune, moins dangereuse a nesure que lVon s'loigne des plaines et des lagons. Voila pourquoi la partie espagnole est le plus souventt 'a l'abri de ses aueintes. Voilh pourquoi on peut s'en garantir en allant respirer un air plus pur dans les mornes.
La fievre jaune ifest pas conagieuse, cette opinion est celle de la generalitd des praticiens, P.,est-a-dire qu'elle -ie se communique pas necessairement du corps vivant qui en est fi'appe aux individus avec lesquels il peut se trouver en






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contact; rnais elle est epidemique pour presque tous Ies nouveau dedbarques dans la Colonie :est un tribut qull -aut payer dans le cours du premier e'te' que Fon y passe. Cependant on ne peut se dissirnuler qu'une maladie aussi grave et d'un caractere putride et gangrCneux tie puisse se porter par communication de I'air respire, ou par le contact des etifts impregnes de ces minasmes sur les homes qui, par etat ou par de'vouemel, s'exposent a tous les instans du iour 'a action des causes qui la font naltre, et qui 1'entretiennent. Tel est le sort des officers de sante desemploye's dans les h6pitaux, .et de tous ceux qui visitent frequernment ces asiles de la soufii-ance. Aussi le hombre de ces victimes a-t-il et considerable dans le cours de floral et prairial. Ce fleau n'a pas meme epargne les hommes les plus acchmates, c'est a-dire, ceux chez lesquels les eflets des miaso mes et de la contagion sont en partie detruits par l'habitude.
Que Thu.il done penser des mesures que 'autorit6 publique prend en Europe pour prevenir introduction de la fievre jaune et des quarantaines auxquelles se trouvent assuiettis les vaisseaux, les hornmes, les eff-ets qui arrivent des lieux infectes?
La prudence et la crainte prescrivent ces mesures, et la raison les consacre. Nos connaissances







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Sur les limites de la dissemination de ]a contagion, sur les temps, les lieux, les distances, les circonstances propres i la propager ou "t I'teindre, ne sont pas assez sres pour que les magistrats ne prennent pas toutes les precautions possibles.
Les quarantaines sont de toute necessite dans les d~partemens ne"ridionaux. parce que les causes productives de la fievre jaune y existent en tout temps, et peuvent y tre mises en activit par une secheresse et une chateur extraordinaire. Les de'partemens autres que ceux du midi ont beaucoup moins 'a craindre, puisque le froid faith dans tous les temps lesser cette maladie. Les communications commerciales qui ont existed entre les regions du nord de 'Europe dans les
A A
Colonies, dans le temps meme ou celles-ci etaient frappees de la fievre jaune, ie l'ont jamais transmisc. Le tropique du cancer est la limite naturelle de la contagion de cette maladie.

Rapprochement de la maladie de SaintDomingue de celles de mdme nature q ui ont afjlgd diverses contrdes en diffdrens temps.
I1 importe " l'Ihistoire de cette maladie de faire connaltre les diverse poques ou elle s'est manifiste'e 4 S. Domingue et les constitutions annuelles,







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En 1755 et 1734, la saison pluvieuse fus suivie au Cap d'uue seeheresse extreme pendant ete'. Le vent du sud commenca 4 y souffler 4s le mois d'avril. La fievre jaune, que ron connaissait alors sous le nom de ral de Siam,. fit perir plus de la moitie des matelots et des nouveau de'barques. i1 y avait au Cap beaucoup de malades, tres-peu dans la plaine, sur-tout vers les morne. Cette maladie re'gna seule pendant quatre mois; toutes les autres maladies annuelles disparurent devant elle.
En 1735, 1756,1737, 1738, temperaturemoderee. La maladie de Siam fiut sporadique; beau* coup d'etrangers en firent frappds, et le plus grand nombre en gue'rit.
En 1739, 1740, 1741, temps serein, tres-sec, trbs-chaud, dans les mois avril, mai, juin , juillet; grande mortality" sur les animaux, quantity' de chenilles extraordinaires.Maladie de Siam trbs.re" pandue, tres-maligne; les saignees se rouvraient, la gangrene survenait promptement, aucune methode curative ne reussissait.
1742. Temperature mode'ree, maladie de Siam assez douce, pleu de morts.
1743.Secheresse longue, chaleur trts-vive dans les mois d'&t, brises trbs.faibles, mal de Siam ii un haut degree' de malignit. Le petit nombre de ceux qui ont echappe k la wort n'a ete sauvte que
7







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p~ar des depots aux extremites qu'ii a fallu entretenir Iong-temps en suppuration; cette maladie a pr 'sent4 quclques charbons, et des ulc~ces gangre'neux en grand nombre.
La meilleure constitution est celle oh les oragessont frjqens ;les torrens forme's par les pluies entralnent alors, avec les terres les emanations dele'teres qui s'eIvent de la surface des lagons.
I. Desportes, a qui l'on doit cette suite d'observations intressantes, a remarque" que les constitutions tres-seches, et consiquemment les fievres jaunes tres-maignes qui les accompagnent toujours, reparaissent ai peu pres, aprs un pdriode de douze ' quinze ans. On doit regretter que le travail de ce sage praticien n'ait pas ete' suivi patr les medecins de Saint-Domingue, qui se sont succe'des depuis le temps oh il vivait. Nous serious claires aujourd'hui sur la nature de cette ma" ladie, surla meilleure methode curative qui puisse li convenir, et sur les moyens d'hygiene propres a en prevenir le retour.
11 n'importe pas moins " l'histoire de ]a fievre jaune de observer en d'autres contre'es oh elle a pris naissance 'a diverses e'poques.
Si ron consulte tous les medecins qui ont ecrit sur la fibvre jaune d'Ame'rique, et ils sont en grand ombre, on peut se convaincre que cette maladie, qui, a diverses reprises, a ravage plusieurs regions




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This volume was donated to LLMC to enrich its on-line offerings and for purposes of long-term preservation by University of Florida Library __J

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HISTOffiE MEDICALE ~. DE L' A RMEE FRANCAISE, A SAINT--DOMINGUE, :EN L' AN DIX. l

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, HISTOIRE MEDICALE DE L'ARl\IEE FRANCAISE, I A SAINTDOMINGUE, OU IVIEMOIRE SUR LA FIEVRE .JAUNE, A VEc un apper~u de Ia Topographie medicale de cette Colonie. I PAn LE C. N. P. GILBERT, M jj D E C IN en cl1ef de cette Armee, Medecin titulaire de l'Hopital militaire de Pat"is, Membre de plusieurs Societes savantes de Ja 1neme ville. Q~oogue ipse miserrima vidi, Et gttorwn pars magnafui 1 o . .,. V X l\ G 1 L. .lEneld. llb. 2 .. A PARIS,, Chez G ABO N et Compie , Libraires, Place de l'Ecoie de Medecine. DE L'IMPRil\IERIE D~ GUILLEMINET& AN XI1805.

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AUX CI'TOYENS . >: C O S T E , Medecin , ' HEUR TE LOUP, Chi . rurgien, PARMENTIER, Pharmacien, . VERGE Z fils, l\f edeci11-Secretaire; ,, COI\JIPOSANT , .. . . , . . , LE CONSEIL DE SANr.rE DES ARl\IEES. i ' T.EMOIGNAG , E D'ESTI1V1E " E'"r D'.A.TTACHE MEN'~l:1 DE L, AUTEUR ii

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' ' \ .. ; ..:.,Ji _,_ i, , _.;.; . HISTOIRE "' MEDICALE .. I . , DE L'ARMEE FRAN~AISE, A SAINT-DOM ' INGUE, EN L• AN DIX. Considerations genera/es. L . . . . ' . 1 F ' , E su1et que Je tra1te 111ter~sse tous es . ran. c; ais, s~it com1ne citoyens soit c,omme individus attaches par les liens du sang' OU par des aftec tions particulieres a ceux: qui VOllt servir Ia patrie, OU tor1ner des etablissemens dans les Colonies. Lorsque }'expedition de Saint-Dorningue fut d ' . d d; . . . I d or 011nee au mo1s e ven em1a1re an Io, e es1r d'en faire partie devint . general : les malheurs ir1• separahles des refor111es de . tous les etablissemens . de guerre, la rarete des errJplois civils , c11 raiso11 do non1b 1 re d ' hommes qui, d e puis dix. ans, ser ,,aient clans les arrnees, et qui allaient se trouver s~ns etat a la paix , les preson1ptions biell fort dees d ' un avancement o'u d'une fortune, ordinai _ rernent rapide aux Isles J tels etaient les su jets de toutes les convcrsatior1s ; les esprits s'echautlere11t,

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( 4 ) Jes esperances les plus flatteuses fu1e11t con~ues; Jes bureaux du n1inistte de la guerre , ]es cabinets des bon1mes e11 tJlace furerit assieges par les ci toyens qui voulaient passer a Saint-Domingue. II semblait que cette e1nigratio11 ne fut qu'un toyage de plaisir, que cette trar1splantation sous la zone torricle convi11t a tons Ies ages, a tous les temperan1ens; on 11e vo_yait pas , Ofl ne ,roulait pas voir a quel prix. s' est acl1ete da:ns tous les temps l'acclimateme11t clans ces contrees. Qu'est-il arrive '? les eflets djulle secheresse cxtraordinaire et d'uue chaleur devorante ont ,:, i,npri1ne Ull ca1actere de t11alignite a la maladie qui attaque les Europeens qui VOllt s'etablir a }' Amerique. Les suites i11separahles d' Ulle gnerre' a outrance ont donr1e a cette maladie assez d"ex• tensio11 pour etl forrr1Pr ur1e espece d' epide1nie a Saint••D01ningue et it Ia Guadeloupe. Des cau-ses lacales ; depE~ndantes de ri11cendie et de Ia devastation du Cap~Fran~ais ont rendu ce fleau plus desastreux: en?ore en cette ville. l)u 1110ment oi.t ces 11ouvelles out ete re9ues en France, I les idees a ce sujet ont pris une autte direction ; a une securite aveugle ont sccede des alarrnes trop vivcs ; ! le~ bruits les plus eflitayans se sont re1)andus, et ron a craint le passage da11s les Colonies autant qu' 011 ravait desire. 11 impo1~te tie rectifier ropir1io11 a cet egard 1 et

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( 5 ) de rassurer Jes esprits. 011 a dit c1ue Ia fievrt jaune est une epiden1ie pestilentielle, qui, dt'puis la revolutio11, frappant annt1ellernent les Europeens qui arrivent aux Antilles , et n1eme les Colons, ne prese.nte plus qu'une depopulation iue• vitable; que cette epidernie inconnue clans sa source , sa marche et ses ellets , ne laisse aux 111edecins qui en sont les te1noins que la dou• leu1' d'accroitre le 11ombre des victin1es , sans l'espoir consolant d'en moderer la fureur /JU d'en arreter le cours; cette assertion est de . toute faus sete. J e ferai connaltre que la fievre jaune a fiappe de tout ternps, clans les colonies, les Europeens qui J Ollt ahorde ; qu' elle a ete plus OU n1oi11a, redoutahle e11 raison de la temperature des sai, so11s, ou de l'etat idyosyncrasique des sujt1ts qui en ont ete atte,ints ; que son intensite actuelle tient a des modifications locales et ten1poraires , qui, loin de devenir permanentes, s'affaiblirout insensihlement d'elles-memes, ou plus prompte .ment, si les m~yens convenahles d'hygiene pu• . Jllique y sont employ es. J e demo11trerai , par les faits , que la fievre jau11e de r Amerique ne doit pas inspirer plus d'alarmes pour l'avenir que toute autre fievre de mauvaise nature, qui nait, croit, se developpe et s' eteint , en Europe , clans, Jes armees \;-les villes assiegees , les hopitaux , les . prisons. 1 On sera tJrce dt e11 conclure que nos Co,, ,, I Ii

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( 6) . . I Jo11ies ne seront pas plus desertees par nous , a raison c)e cette maladie , que ne sont abandonnees toutes les villes rnaritimes des Etats Unis que ce fleau rav~g e depuis long-temps, quy ne sont ahandonnees la . Ha vane, la Jarria1que, l'Anclalousie, qu'il a egalement frappees; ainsi que tout e s .. )es. COlltrees de l'Europe ob se m()ntrent de temps a autres des ,, maladies epidemic1ues plus Oll moins funestes. Todtes ces verites seront rendues sensibles pat les details qui suivent. .. . Arrivee de l'armee franeaise au. Cap. L'arn1ee de Saint-J?omingue, sous les ordres du gei1eral en chef Leclerc, heau-frere du pre. : mier Consul , partie de Brest le .23 ' frimaire an l O' arriva deyant Samana le 9 pluviose. Le IO ' le ge11eral Kerverseau se detache avec quelque-s fregates ~t se dirige sur Santo•Domingo. te 14, l' armee arrive devant le Cap-Fran~ais ; le g~neral. Rochambeau se porte sur 1e fort D~uphin avec le capitainel\1'agon; le general Boudet et le contre amiral Latouche se re11dent au I>ort-au-Prince. II y avait peu de ' malades sur les vaisseaux. Le 15, le general en chef operela desce~te au port , Lacul, a : 12 lieueS du Cap. Le r-neme jour, cette superhe ville est incen• diee dans sa presque totalite, et l'arrnee fran9aise

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( 1 ) s'etablit sur ses decombres, au milieu des rui11es, de la 4evastat~on et de la desolation publique. \i . /. Etahlissement de deu:c liopitau:c au Cap. Mon premier soin, en descendant . a terre, fut . d'aller reconnaltre l'etat actuel des deux hopitau~ de cette cite. Tous deux avaient ete devastes , pilles , i11cendies en partie, et 11'etaient pas en etat de recevoir, pour l'instant, les militaires et Ies marins malades , ainsi qe ceu:x qui avaient pu le devenir , dans . u11e marche vive et forcee , de . plus de douz~ lieues , sous un ciel brdlant , sans provisio11s, et. a travers le feu des rehelles. Le ge~eral en chef, a son arrivee au Cap , attacha ses premieres p~nsees au soulagen1ent . de l'hu1na11ite souffrante; le plan qu'il adopta fut si precis, l'executio , n de ses ordres fut teUement activee par l' ordo1111ateur en chef Daure , le zele des chefs . . du service de sante, de l'administratio11 hospita• liere, et de tous leurs collaborateurs _ fut si ar dent, qu'en peu de jours;1es demt ' hopitaux furent r11is en etat de : recevoir entre eux 1,0~0 a 1,200 hommes . . Cet etahlissemenf couta les pI1:1s grandes , .. peines. On 11e trouva aucunes ressources ni e11 hommes ni en effets j dans la , r ille. Les effets d ~ hopitaux, embarques pour le service de l'armee, se trouvaient disperses sur les vaisseaux de l' es cadre; plusieurs de ces vaisseaux. s' etaient portes Sltr differens points de l'ile. L'hopital ' dit des ' i ,, " ,. ' , . ! . \ I ,.

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( 8 ) Peres, situe a tm quart de lieue du Cap, n'offrait pas toute~ les sdretes conve11ables ; celui de la Provid e nce , place e11 ville, da11s un local insa sous tous les rapports, presenrait de grands inconveniens ; mais la 11ecessi te fit loi , et 110s malades e11tterent clans ce double asile. Mon premier d t , sir , en arriva11t dans cette Colonie, que je voyais pour la premiere fois, fut de r12.cueiHir avee-soitt tous les renseignen1ens propres a m'eclairer sur la topographie n1edicale c1u })ays , Sa n1eteorologie, la serie de ses cons/ . . titutions 1neclicales , la nature , la n1arche , le retour periodique de = ses n1aladies , et sur tout de ce fleau cruel connu sous le 110111 de fievre I jau ne. J' avais , sur tous les objets , les connais~ances que m'ava~ent pu fournir Jes praticiens qui avaient publie des ouvrages en France, e11 Angleterre , en Espagne et dans les cliverses -~ Colonies. 11 me restait a rapprocher de ces travaux les o1lservations des gens de l'art qui exer ~aient Jeur professio11 clans ce pays. Les informa -tio11s me procure1ent 1 ur1e suite de tableatl:X: n1e~ teorologic1ues et nosologiques, '{tti trouveror1t Jeur place clails ce rue1noire. Ces tableaux n1'ont tou jour9 ete prese11s daus le service de sante que j'ai eu it cliriger; Hs ont s~rvi de base a !'instruc tion que 'j 1 ai cru devoir rediger au mois de ger n1inal, su1~ les 111aladies des troupes a Sai11t-Do mingue, et su1-leur traiteme11t. Cette i11structior1

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( 9) a ete imprin1ee par le . s . ordres du ge11eral en chef, ellVOj 7 CC aux officiers de sante et i} toll~ Ies corps de l'arr.nee. Elle avait pour objet pri11cipal d'e clairer 110s jeunes collaborateurs . , _ qui 11;a, f aie11t . pas eu occasio11 de traiter ou de voir traiter Jes 111aladies des atmees dans les pays chauds ; ils devaier1t se trouver tous les jours isoles dar1s des a111bula11ces, d~s cantonnen1ens, des postes eloi• g11es des hopitaux pern1anents ou temporaires , sans Ii vres , et ahando1111es a leur propre . inexperiencc par les ditlicultes et les ienteurs des _ con1munications; il leur devenait avantageux de pouvoir consulter, avec quelque utilite, l'a11alyse . . d . ,,, . . succ1ncte e ce qui a ete ecr~t sur cet 1mport~11t ohjet. J e pres e nterai ici avec quelques extraits de ce travail, dont je n'ai pu co11server qu'ur1 e ' xem plaire, quelques additions que j'y ai fai~es d~puis. , . . .. . . I .APPERCtJ DE LA TOPOGRAPHIE MEUICALE DE S.AlNT• "" DOMINGUE. Ref/lexions lrtfnerales. Le Jraiten1ent des maladies des armees dans Ies c~m:ts situ~~ sous la zone .t.orrife offi-e l'appl!c_a: t1on 1ournahere de la pren11ere se11tence du leg1s 1ateur de l'art de guerir. L'occasion est toujours fhgitive et !'experience s_ouvent trompeuse. Un app~r~u de la topograpie medicale des

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/J .... ( IO ) , Jieux doit toujours preceder l'histoire des ma• ladies qui y regr1ent ; c'est le phare qui conduit le praticier1 da11s le traiten1ent des epidemies, ou qui lui indique au moins les ecueils qu'il ,1oit -eviter. C 1 est ait1si qu'en arriva11t dans Jes clit1lats situes sous Ia zone torride , il conuait I d'~va11ce 1' etat habituel de l' eco11omie a11in1ale ; ii sait que les solides y , te11dent a la flaccidite; , 1 ue _ le systeme musculaire s'y trouve clans un ctat
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( I I ) est coupee dans sa longueur par une cbal11e de montagnes tres-escarpees , tres-elevees d'ob se detache11t lateralement, e11 divers sens, d'autres n1ornes au bas desquels se trouvent ces delicieuses, plaines couvertes des produits de la vegetation la plus riche, qui forrr1e de cette ile la Elus belle colonie du Nouveau-Monde. De ces montagnes et , de ces mor11cs desce11dent plusieurs rivieres et ruisseaux; ils forme11t dans les pluies abo11dantes des torrens qui en tralnent vers la mer et sur les esters des terres et des substances de.diverse nature. Les esters so11t des rivages de 11iveau a~ec la mer hasse, et qu'elle couvre da11s le flux.~ Une moitie, pour, ainsi dire, de rue de Saitlt Domingue consiste en esters. Ce sont des plages marecageuses couvertes de ma11gles, demeure d'une prodigieuse quantite d'insectes , de maringouin~, de rnoustiques et de crustacees, clont les deeo1npositions exhalent avec Ies detritus des vegetaux, des myriades d'ema. natio~s deleteres , sources inepuisahles des ma ladies de mauvaise nature , si commt1nes clans les Colonies~ Temperature, hri$f!S1 , , pl,ties I saison8. ,, La . temperature de Saint-Domingue merite ,de fix.er l'attention de I' ohservatetfr. A 11e Jt1ger cette ile que par sa situation clans la zo11e torride, 011 pourraifcroire que la cbaleury doit etre it1supporta

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( 12 ' ) ble pendant Jes six mois que . passe le soleil e _ ntre l'equateur , et le tropit1ue du cancer; . mais des vents qqe l'on ap[lelle hrises viennent regulie1ne11t ch~que jour rafraicliir l'atmosphere. L'u11 est la brise du large ; ~ i comn1ence . a se faire seutir v~rs les g a 10 beures . du n1atin, croit e11 force a n1esure que . le soleil s' eleve sur l'horizon , d , " ' -' ' 'I . -d . ' d -. ecro1( a r nesu1 .. e qu 1 . s e 01gne . u n1er1 _ 1et1 , et tomhe a son coucher. La brise de terre lui sue cede ~t dure jusqu'au le1\demain. Ces deux v , ents reguliers so11t interrompus en hi ver . par Jes vents de 11ord, qui sont pluvieux; en ete, par "!es venls desud, ~res•orageux~ _ Les pluies coutrihuent aussi a ten1perer la chaleur : ; . ellesaugtnentent er1 ti equence et e11 lorce , a . mesure _ que le soleil : a~ar1ce vers le zenith. A l'equiiioxe d'autornne , Jes or.ages sont terribles, sur ~ tout clans les dep~• tettl•~ns: , du sud et de r ouest. Au n19is d'octnhre , l e s . orages tessent , des pluies d'une autr~ : esp . t : !cf• cortu1~ ~ i1c _ i•nt ; ce 11e s01~t plus ces ( delugt f :f
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( 15 ) llivl•rou ete. Ainsi, dansles departe111e11sdel'()uest, 1 du Sud et de l'lnganno, 011 appelle hiver le temps . des orages, depuis avril jusqu' e11 nov, 1 rr1bre , de l " b . ' " .. germ1na a . .. ruma1re; 011 ny co11na1t u1 pr1r1temps ni automne. Dans les departen1ens du Nord et de Samana, l'hiver com111euce e11 . fi,imaire et finit en gern1inal. C~est alors que se font senti~ l~s vents 1 d~ 11ord, appel
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. 28 }JOuces 2 lignes , et !l8 pouces 5 lignes . La chaleur est . toujou~s plus forte dans la ' plaine ; elle ditninue a mesu1~e que r on s' eleve dans les n1or11es ; et cette ditlerence de ten1pera ture est tellement sensible, que l'on est quelque• fois oblige de changer de veteme11s et de se cou vr . ir avec soin, : / lorsque ro11 arrive dans une ha bitation tres~elevee au--dessus du 11iveau de la mer. La ft~aicheur que I' 011 y eprouve le soi1 .. et le matin (•St semblahle a Celle des 111atinees OU des belles soirees du printemps, OU 111en1e quelquefois de l'autom11e en France. Cette variation suhite et 1 tres-frequente de temperature rer1d, en cette Co lonie, . les affections catharrales tres-ordinaires. Terroirs, carrieres, rivieres, eau:c, . sources d'eau:c minerales. Le terroir de cette ile est d'une diversite re marquable, propre a presque toutes les cultures.i t)n . y reco11nait des terrains calcaires,. argilcux, n1arrieux , schis . teux, sa _ plon11eux. La n1oitie de file est e11 montag11es, do11t la plupart peuvent se cu}tiyer jusqu'a leurs sommets. 11 y e11 a de' steriles tres-escarpe~s, d'une hauteul' extraordi naire; leurs gorges dont le terrai11 , est plus hu1T1ide p~r la chute habituelle des torren~ 1 se cou vrent cle bananiers, de paln1iers, de mimosa de toute espece; d'autres 111011tag11es, cgalen:1ent ari tlcs) borde11t les cotes, Ct sen1blent 11' etre pl~cees l~l

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( 15 ) , , par la nature que pour servir de tiigues aux ftueurs de la mer. Au pied de ces n1011tagnes se voient des rochers elli,.ayans par leurs masses, s' elevant a pie, et formant ce que I' on appe~!e les cotes de fer ; telle est la cote qui s'ete11d depuis le fort Picolet au Cap ju&qu'au port de l' Acul; telle est e11core la bande du nord de l'ile de la rrortue. 1 Quelque lieu . (1ue l'or1 creuse dans la plai11e, une profondeur " ,< de six OU huit decimetres presente le tuf, OU l' argile OU le sable ; la t~r1~e vegetale y a tres peu d' epaisseur , ct c' est u.n obj et . dig11e des n1editations du f)hy sici~n et du 11aturaliste , que de voit" cette tet"t'e , si peu p1~ofo11de, porter ef soutenir les arbres les plus eleves , les plus gros , le~ plus . forts , do11t les forets puissent s't embellir : leurs racit1es ne pion gent jamais a plus de six decimetres , ( pieds) 1 La plupart des cotes des departemens du N orcl et de rouest sont des collines calcaires, formees par des . masses enormes de madrepores, souvent celluiaires. Les habitans les nom , ment Rophes a B.avet , du now. de r iusecte hlatta arriericana J Linn., aussi comrnup qu'incommode, qui se refugie dans c~s madrepores. Ces roches calcaires sont coupees de 1naniere a faire quel quefois sept a huit gradins horizontaux, de trois a quatra . ceuts metres d~ largeur , depuis le bord de la mer jus-, . qu'au sommet le plus ~leve. Cette disposition tres-sin guliere est frappante aux environs du morne Saiut,., Nicolas et aupriis du (ort l.laupain. . ' . '

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( 16) mais elles s'etendent en surface ; leur directior1 quitte la perpendiculaire et devient horizontale , en proportior1 dtt poids qu'elles out a soutenir. C' est ainsi que le figuier sauvage pousse ses ra-eines a plus de .24 metres de distance du t1~ouc, tandis que les palmiers , dont les raciues sont tres-couttes, les out en nomhre in1mense. Cette I disposition singuliere de la terre vegetate parait provenir de ce q1:1e les pluies ne peuvent jamais , pour ainsi dire, qt1'etllcu~er la surface du sol. O:ny trouvedes minesd'or,d'argent, de cuivre, de fer ,d'etain ~t d'aimant; du cristal de roche, du soufte , du charbon de terre , etc. , des carrieres de iriar1Jre , de schiste , de marne, da~1S lesquelles 011 re11co11tre heaucoup de silex ; des produits volcanic1ues, des stalacti~es dans des cavernes. L<:' morne ,~ clit Bonnet a l'Eveque, situe da11s la pa roisse de la Plaine du Nord , pres le canto11 du Grand Boucan , 11e presente dans S011 interieur qu' excavations, pl"ecipices et cavernes, ou d'im1nenses stalactites et stalagn1ites aru1on~e11t le , long et continue} ouvrage de la nature. I..,'ile dti' Saint-Don1ingue a un grand nombre de ri \'ieres ; n1ais il faut convenir lJUe la plupart cl' entte elles ll~ so11t que des torrens et des , ruis' ' I seaux, et (1,U 011 r1 e11 trouve pas une seu e navigable a trois ou quatre lieues de son emhou ... chure. Les plus belles d~ ces rivieres sont, f zar11a, dont r ernbouchurf f;.lrn1e le port de Santo•

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( 17 ) Domingo, la Ney, 1 a, l'lTsaque ou riviere de 1\Ionte-Christo, r Artibonite. Les eaux d e s riviet'eS J sont en ge11eral hoti• nes et saines, 111ai 1 s vives et li aiches; cell e s qui . . . I ' 1 1 J l 1 a.vo1s1nent es )oros ce a n1et sont sau111atres et li111oneuses; elles devie1111ent 111eilleures a rn e sure que leurs sourc e s approchent des n1or11es; le plus gra11d iiornbre d ' entre elles contie11t plus ou rnoi11s de sulfate calcaire OU chaux sulfatee. II y a dans l'ile un grand uon1hre de sources d ' eaux 111inerales ; deux seulen1e11t ont ete sou rnises a des epreuves 11~cessaires pour les fitire ., 1 connattre: toutes deux s011t thern.1alt : s sulJiireuses. ' Les pren1ieres de ces sources sont celltts de Boy• nes a deux lieues du Port i1 Pin1 e r1t , ' a 5o lieues du Cap-Ftan~~is et a . 14 lieues des Gona:ives. Ces eaux. n1inerales peuvent etre utilen1cut orclor1nees da11s tous les cas ou celles de Bareges le sont en France. Elles seront particuliere111ent utiles clans les aflectious rhui1.1Htisrnales chl'oni ques, les maladies cuta11e e s , 1es a11ciens ulceres a la suite , , des plaies d' arn1es a fen, les paralysies eompletes ou incon1pletes, etc. beaucoup 1 ; de rni litaires blesses OU rhun1atisar1s, que }' on serait , oblige de faire repasser en Europe , pourront ~tre gueris et conserves dans la Co1or1ie. L' analyse de ces eaux. a ete faite plusieurs fois; le n1edc~i11 Dazille , qui a do1u1e un travail ii1"

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( 18 ) teressa11t sur les maladies des 11egt~S, et sur ceUes
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( I fj ) ._ 1ur-e 1net a profit pour l'avantage du con1rnerce, .Je sucre, le eafe, le coton et l'indigo , ces ob jets sont a~sez connus; je r1e venx q~e fixer uq instant n1e,~ souvenirs sut lt:S richesses sponta-e 11ees que la 11ature dispense avec taut de profu sion clans ces clin1ats. Les courts loisirs que n1e Jaissait mon servjce till Cap Frangai.s etaient entiere111e11t consacres a des excursions botaniques. Le citoyen, Tussac, an1ateur trbs distingue , avait eu la complai~ sance de 1ne fournir t0us Jes renseigne111e11s qui pouvaiellt n1'etre necessaires. JI avait fait avec 1noi plusieurs promenades , qui ~11' avaient , ete d'une utilite extre1n e : il ni'avait otfert U[l ftpparten1et1t clans une de ses habitations, situee derriere la ville, sur Ull n1orne assez eleve. U ne route a den1i sauvage y conduisait; elle etait cou~ ,orerte d' ar))res " d' arbustes "' de p lantes ob ets . , ' ' entiere111ent nouveaux ' pour n1oi. La, tous les legtu11es de !'Europe, tous Jes legun1es de I' .t\ n1e1 ; ique etaient cultives par ses 111ains, clans ses jarclins. ,l 1 ous les vegetaux de la Colonie etaient retu1is, par ses soins, dails ses hois , et sur ses co teaux.. Au ])as de sa n1aison de campagne, une route deserte, s' el~vant entle deux . 1uontag11es / dans une gorge , connue sous le 110111 de Gorge de laProvide11ce, conduisait, par cles sentiers tortueu~ et qifliciles' a lJUelques JTlaSsifs de for~ts ' i:lUSSi .

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( !lO ) auciennes que le monde, descendait le long d'une raVine tapissee des belles fougeres et des tongues , scolopendresd'Amerique, traversaitles ruisseaux sur des po11ts de rochers couverts de n1ousses et de licl1e11s, croisait le chen1in fiaye qui conduit au Port Fran~ais, et sc tern1inait par des sa-var1es, OU des praifies , en1aiUees de tleurs, a une habita tio11 inceudiee, situee sur le bord de la n1er, dans I' anse a Pin1ent, derriere le n1orne Picolet. Cette ' n1aison , a , une demi lieue du Cap , etait le terme ordinaire de mes courses. J e 11e 1;e11drai . , }Jas cornpte des se11sations que j'eprouvais dans ces pron1e11ades solitaires, que je faisais seul avec nloll fils, u11 SJlstema naturae J;.innaei a la main ; je foulais sous Illt 1 S pas ' da , llS ccs sa vanes, le cleome pentaphylla, le J'Jpidiu111. virginicu1n , le bunias cakile, le , turnera pullticea, cystoides , I>oc;,~mum america• num. J e re11contrais ; sur les bords de la n1er, Jes grands raisiniers coccolo6a uc-'ifera, Linn. croissant entre les rochers, laissa11t ecbapper des aisselles de leurs feuilles larges, arrondies, epais s~s, coriaces , de belles pa11icules pyrarnidales d' un grand non1bre , d~ fleurs, petites , hlanchatres et a ' une odeur tres-dooce. A mesure que la route 1 s' elevait sur les coteaux, elle n1e presentait des ,acacias de toute espece et de toute taille; la mo deste seuiitive, mimosa sens iti~ ' a, pudzca, . ; ~ j i l

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( 21 ) Linn. , cachee sous le gazon, entre les sidt : i, le~ diantlzera, les ruellia ; . raca c ia Fat l uese' ::: :{, _ milTl:osa farn:esiana , Linn. , forn1a11t des huissons charmans pat" la finesse d e ses f~ uiUes et le parfi1m de ses petites fleurs jaunes, disposees en houl e s. Aux n1emesJieux s'elevaiPut n iaj t Stueu1 . ' f" . , sement es acacias a . ru1ts sucres , 11linzosa inga, Linn., d , )nt les fruits donnent uue pttlpe spo11gitlrS rnonadelphes tascicule t S, _ mimosa lehheck, Linn., dont lesl)ngues souss e s dessechees et fioissees par les Vtllts rappelaient a l'esprit et a l'oreille le syluar1zq~te sonantem de Virgile. _ En approchant des habitations, les ., oranger$ se n1ultipliaient. ainsi que les gr!yavir rs, les citronniers, le hois de Can1pe c he, ltaer11a10:cylum campechi,anztm, Linn.; le hresillet, l . . 1 . I' 'l ' " caesa rpznza crzsta , . .1inn .. ; e egar1t troene d' Amerique, volka1neria aculeata, Linn . ; le joli melia!!z_edarach, Linn.; les helJfJS poin. cillades, poinciana pulcherrima , Li11n., aux superhes epis de fleurs a petales , jaunes st1i: Jes bords , pourpres da11s leur n1ilieu , en viroanant dix etatnines d' un rouge brillaut. r I'els etaient . les charmans arbust e s qui loi-maient, au tour des hahitatioi1s 0 et des carreaux. de ca1111es a sucre, des haies vives du plus bel eftet. Si je m' enfo11gais clans des lieux plus deserts ,

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'I ( 22 ) au milieu cles bois, Jes lianes de toutes l~s l~,w n1illes; convol, , ll11s, tiolichos , granaclilla; . z .. . b. . . .. L '. " ;-aianza:, pa11 , inzt1, , 1g7zon1a,serzanza, . , z,ln.; for111aient par l 1 eurs entrelacen1ens et leurs corttours n1ultiplies, le long et autourdes troncs et cles bra11ches des arhres les plus eleves , pa . r leurs longs pe tioles, leurs vrilles penda11tes, leurs feuilles ar-n1ees . d' epines, leurs fleurs de toutes iorn1cs et cle toutes couleurs, des berceaux et ~ des voutes adrnirables" : sous les Jianes, je considerais avec le plus grand et,)ru1en1e11t ces figuiers in1rne11ses, .ficus i,zdica, Lil!,,. J , leurs racines grosses; fihreuses, tra9antes a Ia surface de la terre , saillant ensite, et se releva11t a u11e hauteur telle que ces arbres paraissai~11t }Jortes sur des : arcs hqutans er1ormes; leurs branches poussaie11t da dista1ice en distance des rameaux droits , sans feuilles, desce11dant verticalen1e11t , de quatre vi11gts pieds de hauteur, gagna11t la terte , pe11ett"ant son sein, j forrnant des racines 11ouvelles, propres a la production de uou,,eaux. arhres, rnar cc•ttes dont la nature a donne le secret a rart , des jarclins. , Plus loin, j'elevais les yeux: vers le gui de 1• Arnerique, titlanclsia usneoides, Linn., touf:. f es longues , epaisses et chevelues , suspendues en groupes aux ran1eaux de~ arhres, tlottru1t . au gre des ve11ts; pre~e11tant de j olies petites Ii~ l t I ! j

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lil .... ) ~ \ 2~) liacJes c11vironnees de filan1cris e11to . rtilles et ..... ii' ~ subdivises a ltinfi11i. . Si je gravissais les tnornes, .je trouvais leurs penchans CQuverts de cactus, de cierges t ti'o• puntia, d'aloes de .toute espL~e.. Je recour1aissais de tres.Join, a leurs forn1es sir1gulieres, les cecro• . piapeltata, Linn., hois tron1pettes, les lactes centes e11 si grand 11on1bre, telles que les euphor l>es, les apocins, les tahernae mpntana, les rau"' vo!fia, Lin,., etc~ ces arbres l1auts et . droits, a . tro11cs nus, bla11chatres, noueux de dista11ce en dis• tance, creux e11tte les 11reuds, jetant ~a et la vers leurs s01nmets de longues branches hlanchatres . et nues comme leurs troncs , aux extremites des quelles croi$saient des bouquets de feuilles larges, palmees ou lasciniees , vertes en dessus , hlar1ches a leur surface i11ferieure. Au . has de ces mornes, je n1' arretais a . recon11aitre la structure et Ies di mensio11s du fromager, homha~ ceiha, Li,zn., le plus gra11d et le plus g1~os ar hre . des An tilles; ses raci11es enornies, s' elevant . e11 granti r1omhre a six ou l1uit pieds de terre, forment ' des appuis ert votite tout ~utour de la tige ; le trone nu et vertical presente Vrs le milieu de sa hauteur un renflen1e11t considerable , et tout a fait extrordinaire ; SOll ecorce grise et s:eche est ar~ee de gros aiguillons, forts, ligneux , droits , f._1ciles a detacher; SOll bois bla11c formc un tissu ,;, . , ' : : : 1 f' j, , ' ,f I ' ' ,., : It i ' ( :~ '' . ' a /• . ; l i;

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( 24) de contexture tendre , facile a cooper; poreuse comn1e le liege ; ses fruits co11tieunent des se1nences environ11ees d'un duvet ou cotoi1 gris de perle, . d'une finesse extreme, soyeux au tot i cher, mais d'une fi~agilite si grande, qu'il parait irnpossihle a l'art de le filt'r ou de le carder. De grar1des hananeries, prolongees dans les gorgt?S des m-0rnes, etaient parsemers f!t et Ut 0 depah11ie1"S de tous les g~nres , les cycas , les cocos , les dattiers, les choux palmistes, les elates, les za1nias. Lorsque mes courses au debors n1'etaient interdites par mon service, les jardins de rhcJpital des Peres, de la Providence, et de quelqu~s ha bitations voisines de la ville , n1e four11issaie11t de nouveaux sujets d'adn1iration. Une foule d ' ar hres etrangers plus interessa11s les uns que les autres s'otfrait=nt a rnes observations. J'y trouvais , le superhe adansonia d ' Egypte,le pre1nier des ar• hres conn us par leurs enorn1es din1ensions ,le pan.• danus odotatissi1n11s, Linn., des lles de Ia Sa ... ciete, l'artocarpus ' ri11ta, Lfnn., ()U fi 1 uit a pain d'Otatti; le pomn1ier d' acajou, cassuvium, Linn., J'acajou qui fournit des mehles si beaux, s,wietenia makoga,,i, Linn ., l' agaf!e american,a, Linn.,cette superbe liliaceedor1t ]a tige pyramidale s' ele:ve a plus de trente pi eds de hauteur, et avec tant de rapidite que l'reil en peut suivre l'ac ttoissement; le badamier des Moluques, term

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nali,t catappa, Linn. ; la pon1111e rose , eu genia ,nalacen , sis, Li1in., . dont le fruit a tout le parfun1 de cetLe flcur , , le tocou , bixa ore llan a, Linn. , . do11t , les graines sont e _ nduites d'u11e substance visqueuse , qui fournit une matiere colorante rouge si vive; l , e hrillant fi~ang , ipa nier a fleurs si belles et si suaves, plum.eria, Linn. , l,epidendrum vanilla, Linn. , la vanille dont rarnande ajoute taut de 1 qualites et de prix a celle du cacaoyer ; le papayer , cizrica Linn. , qui laisse ecouler un sue lactescent glu. tineux, sen1hlahle a celui du figuier d'Europe , lequel a la reputation d'etre . un hon vermifitge. 011 vie11t d'e11 recevoir en Fra11ce de , l'ile de ' Bourbon , ' et les experiences ont ete comn1andees pour l'epreuve et l'application de ce n1edica n1ent. Le citoyen Tussac n1'avait tiit co11naitre, en parcourant les environs de son habitation , une des plus sii1gulieres productions de la nature , l'arhre connu sous le nom de guilandina _ mo1inga, Linn., _ le hen oleifere, de la decandrie n1on0"Vl1ie et de la farr1ille des leaumineuses tv , " b ' sa hauteur est de douze a quinze pieds; ses fleu1:is e:xhalent vers le soir une odeur' extreme1nent agr~eable; son fruit, qui est une noix, cpntienl ur1e an1ande qui fournit, par expressio11, l'huile de hen, _ huile inodore, qui ne se rancit point , et qui sert i j" i L . . '

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( 26) a i-etet1ir et a conserver r aron1e des fleurs dont ()n , l'in4'piCgne , huile presque toujours falsifiee en Europe; sa racine, enfir1 , semble appartenir a la plat1te _ _ plutot ' qu'a l'arhre; sa substa11te est p1uscharnue que ligneuse; elle est tout a fait sen1. blahle a celle d 1 u raifort par la co11sistance , la forrne, le gout acie et piquant , les proprietes anti-scorhutiques. ' Telles sor1t Jes prodqctions vegetales, sponta-11ees OU cultivees que j'ai pu me ' rappeler; plu-sieurs autres ont " echappe a ma meioire: je n'ai a regret~er clue de 11' avoir pu eo11sacre1 plus de ten1ps a cette ' aimahle etude ; je 11' ai indique ici que , Ce qui nl't:l le plus frappe. Btat de l'atmospkere ; son i,y'/1tence dan8 les l"olonies. , La topographie medicale de l'Ue de , Saint-Do. mii1gue, la serie des observations meteorologi(J1:leS qui J Ont _ ete taites les arn1ales des constitutions ,di I . ' \ d , me , . ca es qui sy $ucce ent , tout prouve que sa temperature bahituelle est a la fois tres-cha11de ' h .d 1 ' 1 i" et tresun11 . e , ce qui s exp 1que .1ac1 ement ; tteS-i chaude , parce que l'actio11 des raJOllS du l ' cl . I' . ' . cl . so e1 s y exerce , p-e11 ant toute a11nee , . ans une direction presque verticale ; tres humide , parce que, les fonds marecageux s'y rencontrant 1 presque par-tout sousles plaines l\ttorales, r atmos

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( 27 ) phcre y est continuellen1ent sursaturee de molecules aqueuses e11 evaporatio11, lesquelles tende11t a se 1~eunir et a se precipitel' a l'insta11t ob le ca lorique les aha11dor1ne; ce qui a lieu apres le cou• cher (lu soleil. 01'', le propre de cette temperature est er (~tre ce c1u' Oll a appelle vulgail'ement pourris sante. En effet, les i11sectes se multiplie11t prodi gieusen1et1t a Sai11t D0111ingue ; les substances metalliques s'y oxide11t en un instant; les via11des s'y g:ltc11t d'un quatt-d'heure a l'autre; les corps orga11ises, soufli .. ans et malade~ , y sont fi.,appes da11s les sources n1eme de la sensihiHte et de I' ir rit~hili te ; le solide vivant s'y ahandonne a u11e 1 prostration singuliere, et, par un eftet r1ecessaire de ce deiaut de reactio11 v itale, les humeurs ani" males y co11tractent u11 genre d' alteration qui les fait marcher a grands pas vers la decotnposition. Cette constitutio1;1 a ete rega1 .. dee, depuis Hippo crate jusqu'i., nos jours , co111n1e la plus pro1Jre a la productio11 et au developpement des fievres putrides , maligncs, des maladies contagieuses et pestilentielles. De ces pri11cipes decoulent des _ eftets dcsastreux. Les n1riladies -aigues des troupes a Sah1t Domingue ont le, plus sou ve11t un cours precipiie, irregulier, plein d' nomalies. Les pouvoirs de la nature y s011t sans _force, les crises difficiles , lentes, in1parfaites incertaines ; le retarden1ent da11S l' administration 'I

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( 28 ) des remedes est une . occasio11 perdue qui ne se retrouve plus; les erreurs du malade, du medecii1 ou de la r1ature, y coutentsouve11t la vie. D'un autre cote , le~ " n1a1adies chroniques y sout ton gues , reheUts ; elles J' out une tern1inaiso11 fu11este; elles appellent les secours d'une n1edeci11e active, et Ia rnedecine ac~ive y est . toujours con. d. " 1 ,. ' tre-111 . 1quee par 1rr1tat 1011 , compagne inseparable des n1aladies de toute espece sous la zone torricle. II fa t ut Cf•pendant , reconnattre' et l' experience journaliere le pi~ouve, que, relativernent a la si tuation des lieux , tout<:s les maladi('s ont en ge neral un caractere plus grave clans les villes . c1ue dans les plaines, a n1oins que celles-ci 11e soieni n1arecageuses , et clans . les plaines que clans les mort)es , lieux oil la nature parait exerce1.. des droits n1ieu~ prononces. •. JIIaladies annuelles au Cap. Les 111aladies sui vent a Sa1nt-Don1h1gue l' or,dre . des saisons; dans les mois chauds de floreal a bru maire , les troupes auront a craindre les fievres i11tern1itte11tes sirnplrs , les intetmittentes perni cieuses, sr .. tout les doulJles tierces, Jes remit tentes 1lilieuses, ptrides, malignes, le cholera morhus, les coliques bilieuses, les dyssente,-ies 11 le tenesm_e , lf\ fievre jaune.

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( :.29) Dans les mois d'hiver, de brun1aire a t1oreal, les troupes, sero11t sujcttes aux. -rhun1es ,. aux fluxions catharrales sur lcs yeux , le tlt>Z ., la gorge, la poitrine; aux douleurs des articulations et du systerne n1usculaire, connues sous le 110m de rllu111atisn1es aigus ou chronic1ues. Les 111aladie~ aigues de rete sont d'autant plus redoutables a Saint-Don1ingue qu'elles paraissenl quelquefois n1oins dangereuses au pr~111itir aspect; ()11 serait alors ter.ite de les prendre, dans leur in• vasioti, pour de sitnples en1barras gasti;iques, pour une irri~ation de 11ulle consequence. Un horl1ine a Ull lort acces de fievre' elle tornbe' les dou leurs cessent, le ca hue succede, le 1r1alade se le,ve, ii s' entretient tamilierement avec ses amis. Le n1edecin le fixe, reconnait da11s le teint, les yeux", les traits, une alteratior1 pat'ticuliere, qui annonce une intlan1n1ation viscer~le profc)l}de, et n1enace d' un etat grangre11eux prochain; si tl ce caractere facial vient , se joi11dre Ia prostration dn syste1ne des torces, Jfi gangrkne a deja succede a l'inflam1r1a tion , la , n101t va ~~apper sa victin1e au sein , ,.ru11e securit~ apparente, Conseils tht!,:apeutiques gdnt.!raux. One graride chaleur, u11eirritatio11 continueUe, la durete du pouls acco111pagnent toutes les n1a ladies aigues de Saiut-Don1ingue; leur caract~re

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( 5o ) est le plus souvent hilieux ; ii est done pruder1t de s'ahstenir de I' emetique , OU au n1oit1s de Ile Je faire pre11dre qu'a doses tres-refractees et di ... visees dans Utle certaine quantite d'ea~' dans l'eau de casse , la limonade legere, une boisso11 en1ul sionnee' simple OU anodine. E, 1 itez de purger fortement, sur-tout les gens replets; preferez toujours Ies n1inoratifs , les pur gatifs en grand lavage ; vous en apprecierez mieux l'actio11, vous n'e11 craindrez pas les suites. , Les annees seches sont clangereuses aux etra11gers ; ils doive11t se premunir contre cette ten1perature redou 1 tahle : il sen1ble que les !en1edes Jes mieux i11diques ne produisent alors que de !'irritation et de 1' ardeur. D~11s les saisons plu vieuses, les purgatifs agisse11t plus . 1acilen1ent et a petite dose. Dans . les fievres
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; I Colo11ies, est r>l'esque toujours le produit cle I' echaut ! ternent; il se traite avec s.ucces par les lloisso~1s ,.. I ' ' 1 1 l rafr~1c ussantes ~ ,,egeres; es m111orat1 s, es 1nuqueux ; il taut observer que, dans ces cas , l c s Iavemens trop repetes fatiguent l'i11testi11 rectun1; ' ., 1 1 I 1 ' 1 prefere::z es c em1 aven1e~s , es vapeurs e1110,1ier1tcs , r e .;ues pat~ le fondeme11t. Si le te11esnle devient chro11ique, il change de 11ature et a1Jpelle l . l I ; I .. es to111ques a ter11es avec es op1at1ques. Quelque avantageuse que puisse etre l'adminis1 tratio11 du quinquina dans les fievres intern1it~, te11tes simples QU insidieuses, clans Jes ren1ittentes, nerveuses ou n1aligi1es : , da11s tous les cas oh la prosttation des forces sen1ble I' exiger, ne le pres_ crivez jan1ais ta11t qutil existe .. secheresse, chaleur brulante a la peau, soif, douleur vive, langue at~ide, dyspnee' difficulte d'uriner, urjnes l"otiges, t1cres, hrtilantes, . constipation, tension du bas ventre , elevatiotl OU durete des hypocondrts, ta11t que la fic~re 11'est pas deciden1ent , ren1it tente , c' est-a-dire que les retours des redouble1 , , , . 1nens ne sont pas tres-marques et tres ~ ev1 en11nent periodiques. Dans toutes ces circonstances , le quinquina ne peu'i etre eruployc i comi:nc febri fuge; et, pour en . faif•e usage en qualite d' excitant, il faut toute la prttdence et toute la sagacite d'ull _. praticien consorr1n1e clans le traitement des 111a ladies des Antilles. J'insiste, a cet egatd, parce ,

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rt \ \ 02 ) que plusieurs auteurs trcs rccornn1ar1dallles ont emis, sur ce poh1t de doctrine, des opi11ions fa ~orahles a radministration du quinquina CI1 gran des doses; opinions C(Ui , pourraient induire er1 erreur les medecins c1ui comme11cent a , pratiquer . clallS ces regio11s. Les evacuations du bas -ventre sont indispe11 .. sables clans le traitement des n1aladies aigues de Sai11t-D0111ingue : il sen1ble que l'organe gastri que et le systerne secreteur de la bile soient les foyers habituels des principes n1orbifiques. Les fonctions de la digestio11 sont toujours le$ p1emieres qui se derai1ger1t chez les r1ouveaux, deharques, n1en1e sans qu'ils soient n1alades. La difltl~ence des alimens, beaucoup mo~ns savou l"eux , n1oins substantiels en An1erique, l'ahon clance de la sueur, qui tend toujours sympathique ment a resserrer le Ventre, comn1e ra observe Hippocrale, cutis laxitas, alvi de1zsitas; voil~ les causes predisposantes a to~tes les 111aladies de ces clitnats. _L'exciten1ent co11tinuel de la peau par l'actio11 des rayo11s solaires, la grande facilite d'ahsorp. tio11 par c~t organe abreuve et rtIache par . les sueurs excessives, expliquent pourqt1oi les ma_ ladies cutanees, sur-tout les aftections dart reuses, , S0#11~ si fiequentes , si contagieUS(:tS, si difficiles a guerir a Saint-Domingue. 11 faut s~ defier de tous ~

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r ' .. ( ~ 3 ) L:s rcnJedcs va11~es clans le pays ; ce s9rit, pour . la plupnrt , des reper~ussifs. Les hait~s , les tisa-11es dep,rati ves, les ho~illons anti-~corbutiques , _ les purgatifs repetes, le lait l~ng-ternps (?qq , tit1ue, tel est le traitement n1ethodique, seul co _ n . v.e _ nabl~. II doit etre prolonge ell " ra~son de l'ur1ciennete, de : -'la resistance, d , e la , cor11plicatio11 d~ )a -n1aladie: c)l; p~ut alors attaquer I~ vice d~)a : peau pa~ des ren1edes exter11es , emollie11s ,,, " resolutifs, d~scussifs, anti--psoriques, Ies lotions OU aut~es pre parations mercurielles,. et ' c. . , . ' ,, ; Suhstitution des medic_amens i11,digenes, aux _ , . ' exo _ tiques. ri 1'1 ~e mCdecin doit touj/:mfs s'occuper' a s~illl~ Dorr1ingue, d ,j Ia substitut1on _ d e s n1edicari1eus i11~ ... ,_ ~. , . ,,.,_ ., dig~11es aux exotique.s 1 ceux ci parve11ant _ fort raren1ent ou fort ~iflici,len1er1t ' ~ 'la Colonie, clans les te1~1ps tle guerre sur• tout. Il " est done _ in~p~i~ t.ant qu'il connaisse assez la botanique usuelle pt)ur etre e11 etat, de faire des suhsti tutions hieii_ e1ite11tlues. C' est ainsi qu~H pourra con1poser : La tisane co1.r1n1une , avec les tiges et les feuilles de la ri~lisse au pays, abrus prec,ito rizts , , Li1t'n.. et la racine , de n1a1s , zea mahis , Linn. I ; I '

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( 54) Les boisso11s rafraicl1issantes ou" temperantes, avec )a chicoree hla11ebe du pays, lactuca can-a densis, Linn.; les. epinards sauvages du pa_ys, amaranthus oleraceus, Linn. ; le laman, qui est un solanum, Linn. Les hoissons rafratchissantes legerement aci dules avec toutes les parties de l'alieluia, oxalis acetosella, Linn; I' oseill,e de Guinee , hi!Jiscus saodarifera, Li,zn. La limonade , en faisant houillir quelques ci trons coupes par tranches, ou une orange a111ere dans l' eau commune, et y ajoutant suffisante quan tite de sucre; c'est la~boisson la plus convenable dans les fievres bilieuses,, pourvu que l'estomao la puis~e supporter. ll convient que l'acide citri que y soit peu sensible et porte a l' etat savonneux par le melange du sucre. On la rend vineuse:par !'addition d'un sixieme de vi11; elle est alors n1ieux. re~ue par I' eston1ac. Les tisanes pectorales et adoucissantes , avec toutes les malvacees si con1n1unes a Sai11t-Do1r1h1gu ' e; les gomhos, hibiscus esculentus, Linn.; Jes guimauves, althaea, Linn.; les ahutilons ' , sida, Linn. Les bouillons et apozemes aperitifs, avec la chicoree sauvage', la l'acine de patience, le cressori cle Savane, lepidium. iheris, Linn.

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-':; On re ti d _ ta toutes ces l)oisst>ns Iaxati-ves llar l'add i ti o n de la casse ou des tan1arius. 011 lcs rendra purgatives av ec la liar1e a . Ba~.,. .
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( 56 ) fora , Linn. , plus facile a rnauier parce qu' eHe , . est sans ep1nes. Les p1~ies recentes se pansent heur t .. usen1e11t avec le sue de karatas , , bromelia _ karatas, L . znn. Des bains de guildive ont sot1ven~ opere des mirac~es dans les paratysies et les aflections rhu rnatismales chronic1ues. Le sc3:von noir et le tafia reunis torment un li11in1en.t avantageux dans les men1es circonstar1ces. Les fun1igations de graines de ~o'f on, gossi pium he,rbaceum arboreu,n, Linn.:, prese11tent un fondant d'u~e eflic,1cite Cprouve'e ~ans les tumeurs blanches 1ndolentes. ,. . . ' _ .La feuille tendre du hananier, 11zusa " paratli$iaca , ,, l~inn., e't celle de la Hane n1olle , . cj " sszts s_icioides, L ' inn. J sont des ; moJ r ens :precietix: l d , . . ' . poui: e pansen1e1Jt . . es , vestcato1res . . ,. Les l!ols 10111 ques se co1iiposentsur~le-cha111p avec la lin1aille de fer, recorce de citronnie1 ; ell d L ~ . f 1 pou re, cztrus, .inn., et u11 s1rop s1mp e. 1 Les bols et opiats febrifi1ges peuve1Jt se ~ faire l ' fi. .J d ' .. 1 avec es t:~corces 1 ues ue c1t~"On et . or~ngt? , , .. es tleurs d, 1 ssechees de . . la poincillade, pofnciana pulchcrrinza, Linn. , . et le qui11qui11a du pays, cinchona caribae.a . Linn. ' L , .. t 1 . . ct d " f., . .r.J: h. . 111 us1on t1e1101:111e eca e, co 1 Jea ara z~a, Linn. 1 est . un tonique .. tres-recomn1a11dahle. I , .

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( 57 ) La grah1e de sapotille, aclt ras s,7.piltti~ ldn., -ceHe du gigeri ou ocli , sesamzt1n orientale , Linn., et la racine d'he~"he it coliet , piper peltatu11t, Lin11, , so11t des diuretiques puis• . sa11s. Le d(.Jvet du pois a gratter, dolichos prrt• riens, Linn. , est un tres-hon a11thelrr1~ntique; n1ais ii taut adoucir r action n1eca11ique irritante de ce duvet en recrasant, le n1elant e11suite a un sirop sin1ple, ou le prescri vant dans la houillie cle Jarir1e cle 1nais. Les feuilles du 1~ici11, ricinus palma christi, Linn. , tren1pees clans le vir1aigre fi~oid, et appli quees sur le fi~ont et" la tete, sont desrefiigerans ava11• tageux clans les douleurs de tete occasionnees par l'action solaire o,u par tou~e . autre deterrr1ination trop vive du sang vers : l' organe cerebral ; on re n1arque qu' elles excite11t UI}e transpira . tion trcs ahondante de la partie sur laquelle elles sont ap pliquees. . ll est iri1portant de co11nait1~e les proprietes du vegetal peut .. etre le plus COlllffillll du pays; l'herbe a 11le , saccharum vulnerarium , , Tassac. 1 1 La phrase de cette plaute est du citoyen 1,ussac, dont j'ai d1.~ja par le, qui 1n'a fourni la plupart des renseignen1~ns et des incli~ations ci dessus referees.

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( 58) t ,, C'est Ull vulneraire et un detersif ex<;:ellent; . on accorde les memes vertus au the de Saint Domingue, capraria o!.foria , Linn. t et a l'herhe aplomb. lantanacamara. Linn. Entin lorsque ies cir
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.....,......... . .. ( 59 ) l f d I' . , ' ' d . . . Cti( ~ . e .. arp1ee . s occupere11t . u ~01n 1mpor• tant d'organiser le service ge11e1,al; et je puis dire ici, avec . verite, que le zele et les talens de la plu part de nos collaborateurs nou : s seconderent d'une manicre puissante. C ' etaietlt e11 effet des ofli~iers d e sa11te des armees , accoutumes depuis dix ans a ce service peuihle, difficile , , . da11gereux, mat , . . , recompense, trop n1econnu. Maladies de l'arm.ee a son arrivt!e au Cap. Les 111aladies qui aftligerent l'armee dens . son premier sejour au Cap ,, furent en general des fievres doubles tierces , , . des diarrhees hilieuses, des dyssenteries. Ces der11icres aftections plus OU moins graYes avaient pour cause : 1 l'acti?n d'une chaleur vive sur des individus qui n'y etaient pas accoutumes; .2 les imprudences auxquelles s'abandonnaient les troupes. Fatiguees a l'exces par !'usage d'alimens acres et sales pendant une traversee de deux mois, elles etaient sans , doute, en arrivant dans la colonic, appelees par Ia na ture a l'usage des vegetaux frais; mais eDes 11e connaissaient a cet egard aucune moderation. On voyait les soldats se jeter avec avidite et indistinc tement sur tous les fruits qu'ils r-encontraient, sans en attendre ]a maturite, et souvent sans en connaitre l' espece. Le corossolier epineux . , 'fnona nzuricata, Linn. , repandu _ comme tous Ies ve

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•' getaux de I'He avec une profusion qui fait le t)ln s tn"aguifique des spect~cles, ofrrait clans ses ti"uits ' ' . ,' hl 1 . . l 1 ' . " une creme epa1sse, . anc ie, a1gre ette, o un gout agreablc ,' ({Ui pouvai t 1r1e1 , ne , par son usage 1110• d ' ' ' . d . . I , I 1 b 1 ere, guer1r es 1arr 1ees et es co 1qoes 1 1euses _ , cornn1en~antes , .. tandis que s011 exces eonverti s sait les i11dispositio11s legeres en n1aladi~s graves; . l 1 L .. . e lanan1er con1n1un, . musa para zszaca., znn.J et le f~gu , ier hanar1ier, (1ui 11' en diftere que I)ar la . couleur de sa tige parsemee de taches noires , 1 r J 1 ,d f'. ' et par a 1orme et a qua 1te e ses ru1ts, presentaiei1t a 110s soldats un aliment agreable au ,. , . . . . , b. J gout, ~res ... nourr1ssant , ftt propre a su . 1r u11 gra11n 1101nbre de tra11sforn1ations flatteuses clans ses pre .. . . . I;\ . pa 1ations culi11aires: on les voyait revenir de leurs . excursions dans les n1ornes, oil ils avoient pour, suivi les noirs fugitif-s, riches de ,la depouille des campagnes voisines , portant sur un baton des su perlleS : . gft!fJPes OU regit11es de hananes, attachees et ; se1 ~ rees rune contre rautre au norr1bre de douze a quinze, etpes~nt quatre,sixahuit livres, les pol I .. . ,, d . d' ' L' c 1es p e1nes r; e citrons .~t oranges ameres. . U• sage " im111odere de ces frui , ts , des lirnonades qu 'ils en co1uposaie11t; des vins de 111auvaise qualite, des liqti~urs spiritueuses, .fatiguait J1ie11tot les facultes dige ~ ~ti ves, et le ur faisait pajer )lien cher le plaisir d'un n1ome11t. ' .

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( 41 ) .,Campagne tiu ,nois 1}entOSt'J. Ce fut li cette epoque, ~e 28 pluviose, que le gros de l' ar111ee se 1i-1i t en 1narche pour . all er cornhattre [ les noirs insurges. D'autres qud moi peindro11t dignen1e11t cette n1emorable can1pagne du n1oi~ de v r entose, la plus difficile, la plus san• g1ar te peut-etre que Jes cletenseurs de la p~trie :\i,: . rtt Ktite clans toute la guerre de la revolution. Ils admirero11t et la sagesse du plan de cette cam11agne' COll;ll par le general en chef, et la rapi dite extraordinaire de son execution; moi, je rends hornn1age au hienfaiteur de l'hun1anite, au sauveur deses con1pagnons d'armes, qui you lut que . cette guerre fut t~rrr1inee ava11t que la saison des cbaleurs vint exercer ses ravages. D'autres expliqueront q)mn1e11t le foyer de la guerre fut etahli clan, l'inteL'ieur de l'ile, loin . des villes et des postes fortifies, , tan tot sur le pen .. chant ou sur le sonu11et des tnornes , dont 1' as perite 11' a pas rnen1e dans les Alpes de site qui puisse leur etre compare , tautot dans les hois et !es forets in1penetrables qui couvrent les vallees; il~ _,,don11eront, s'ils le peuver1t, une juslit! idee de tous les obstacles qui renaissaie11t a chaque ins tant sous les pas des Fran~ais, ils Ies represente~ ront places au n1ilieu des negres revoltes, qui con• 11aissaie11t toutes les localites , qui combattaieut

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( 42) avec la -violence et la fureur d'l1ommes decides a la mort ou a I'extermination de le11rs en11er11is. 11s suivront nos troupes valeureuses , s' en11-,ara11t de toutes les positions qu'elles attaquaie11t , . et cou1 .. onnantcette glorieuse can1pag11e par.la prise du fort de la Crete a "Pierrot , journee achetee au prix. du sang d'un grand nQmhte de 110s braves, d ~, , . , .d . ,et sur•tout e 110s generaux 1ntrep1 es , c1u1 Y' furent tous blesses. l\1on devoi1.. est de rappeler egalement a la reconnaissance 11atior1ale le soure11ir des officiers de sante~ de r arn1ee , qui parta gere11t tous les "dangers de leurs freres d'arn1es, qui panserent leurs blessures sur le cha111p de ., ha.taille et sous lefeu de l' en11emi , qui portaie11t d'une 111ah1 le fet' destir1e a la conservatio11 de Ia .,,,ie des gucrriers, et de l'autre, le fer destine a defer1~ire leur propre vie. Circonstances particulieres qui ont donne aux llzaladies simples un caractere de 1nalig11itt!. . \ P•Jndant le cours de ces thenemens, mes fonc1,io11s 1ne ret<~naient au quartier-ger1eral, au Cap. Le 1101nbre des malades s' accroissait chaque jour, et des circo11sta11ces particulieres, dont je dois f,aire ici n1entio11 , 11e co11tribuaient pas pen a donner aux n1aiadi<~s un caractere de malignite reclQutable.

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( 4s ) Tandis que le general en ~hef occupait les villes et les plaines , depuis Leogane jusqu' aux G<)na1ves , et poursuivait Dessali11es da11s les n1011• . tagnes de l' A1,.tibo11ite et du l\Iirebalais, Tous" saint ct Christophe,. reunissant sur les derrieres quelques milliers de htigands , tombaient sur les environs du . Cap , ince11diaie11t Ies habita tio11s de la plaine, erilevaient les ani111aux. et ,,enaient nous hra,,,.er par des fusillades jusque sous les 111urailles de l'hopital des Peres et de la Petite Anse. Les officiers de sante, Ies employes de l'hopital, ceux n1eme des malades qui pou. . vaie11t soutenir le poids de leurs armes, passaient les 11uits sur la defensive, faisaient des patrouilles continuelles, douhlaient par-tout les gardes, et surveiHaient . l'interieur de la maison ; me sure d' autant plus importante, que les servans de l'ho pital n'eta11t que des r1oirs revoltes et rentres l' un apres l'autre, ii etait fort a craindl'e que, pou1 seconder l'attaque de Ieurs fieres, ils :n'ince11. diassent les saUes. Ce~ etat d' angoisse avait etc, une nuit, porte au . poit1t que lcs malheureux: sold _ ats ' accahles par la fievre ' se I rele~aient, s~ trainaient ?vec peine et douleur hors de l'ho pital , pour eviter une mort affreuse , dont ils se croyaient a l'instant menaces. Je n'ai pas hesoi11 d'expliquer con1rner1t cette situatio11 des esprits f : 111pirait les maladies, et: les rendait le plus ~ot1

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( 44) venf mortelles. Les doubles tierces deg . eneraient en retnittentes bilieuses ; les diarrbees simples pass~i . ~ut a l'etat de dysseilteries n1alignes; la pr'cs t1ation des forces et le decouragernent de l'arne etaient Jes sympton1es con1muns a toutes , les 1naladies. 1 Naissance de la jie"re jaune au Cap. . .. I Ce fut a cettc epoque , fin de germinal, que l'armce victorieuse rentra dans le Cap. Alors con1men~a a se 111011trer la fievre jaune ; _ son i11tensite s'accroissait chaque jour a .: mesure que la saiso11 chaude s'avangait. De ce moment, je me prt)1r1is de 11e voir, clans les premiers temps de.,n1or1 sejour clans la Colonie, d'ofiiciers n1alades d I f .. , . .. ' . . , . . I e a 1evre 1aune, qu ass1ste autant que 1e . ~ pour. d' 'd . d II ' . d rats u11 me ec1n u pays. , , . y e~ trouva1t eux ou trois qui jouissaier1t 9e la co1Jfia11ce publique; d , ' I . *** I ' . . . . u11 eutr eux , ' e . cit. . , a mer1ta1t parttcu. J l .• . . . . . . . . . . . 1ertpi~11t 1oar ses conna1ssances, s011 esp , r1 _ t , et son ' ' II ' . d . l ' ht a1nen1te. eta1t . epu1s 011g•tPmps ~ta l e11 cette ville; _ il avail eu, pen1ant plusi~urs annees, des occasions fiequentes de suivre la marche et les " cleveloppemens de la fie':.re jaune. Notre malhe~r voulut qu ' il nos fut enleve a l'i11stant OU ses ta lens allaicr1t nous devenir utiles; je l'avais attah . ''l' ' d . d ''t hf c e a . arn1e'P par or . re u genera en c e , en quaUte de 111edecin a l'hopital des Peres. Vieillard

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( '1-5 ) ,, respectable ! ii avait , depuis t1uelques annees, . . exerce les fonctio11s d'ir1specteur general du Service de sante. La faction deToussaint-Louvertute l'avait destitue; Ies incendies repetes du Cap l'avaient ruine. CPS evenemens ravaient jete dans un etat de morosite sombre et d'irritabilite, .-_ tjtti anr1oncaient l'alteration de sa sante. II eat •aans t ' ' {it son service quelques legeres indispositions~ suite desc1uelles se declara une fievre catharral~ nerveuse, qui l'enleva au grar1d regret de tous Jes hon_netes gens.,_ •u Je perise qu'il est convenable, ava11t de ;fuire l'histoire'de la fiev1:e j~une, de cons~grier ici• qhel~ qt~_es observations qui lui s011t relatives;, elles se trou~eiit -r~ngees par ordre de dates. ;, .: ~. \ ' ~; (.I : ' ;t , . Premie,r(J Ol,,se~vatio11, •. __ ,, .;;;,..~! .. .-> ,, 4 ''.,~, '.,' ,, .. ; .'i Un valet de ch~mbre du general en c.11ef, jeu11e homme fortement constitu,e , tempera1nent bi ... lieux. Premier jour. Frisson de deux heures, racca .. hlement violent, _ mal jde tete , puis chaleur in tens~, visage allume, pouls vif et dur. , Deuxieme et troisieme jours. Accroissement des m~r.nes symptomes , 1 nausees, houche amere, prostratio11 des forces. Diete, lavemens en1olliens, puis laxatifs , lin1onade amere, b0t1iUon de poulet nitre .. J' ordonnai un grain d' emetique , et deux

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, gros de sulfate de soude , dans u11e ph1te cle petit lait. Peu de vomissemens, quelques selles hilieuses. Quatrieme, cinquieme et sixiemejour. l\ieme etat, beaucoup d 1 agitation; ii se livre aux soins des femmes du pays qui adrn~nistre11t des lave n1ens emolliens et mucilagineux, clo11nent un pur gatif, des demi-hains ave~ .les frictions de citro11, sur la surf~ce du corps. . Septit!me et huitieme jow-s. La peau se color\ d'une teinte jaune tr-esfoncee, les yeux pret111ent la meme couleur ; des selles hilieus~s ont lie~ chaque jour, au nomhi-e de deux a trois :,. (ai hlesse extreme. Le vin le restaure ; quelques bouillons, quelques cremes de riz; la n1ala~ie pre11d Ull caractere plus doux; lcs fo11ctions se r.~t~blis: se11t; il entre en convalescence au quinzieme jou1-; elle est longue et .difficile. Eufi11 son retablisse rrient est parfait .. 'c Deu:cieme ol1ser~•atio11,. L.e .citoj~en Tourne , aide de cam:p du general en chef, jeane homme d'.un temperan1ent san~ guin, cheveux rouges, teint anime, fatigue par Ja campagne. Premier jour. Log frisso11, cephalalgie,. violente , douleurs de reins , 11ausees. Deuxieme jour. Chaleur acre et tres-vive, vi• sage d' un rotige pourpre, les yeux. ardens, agita

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( 47 ) tiOll extraordinair~. ll est vu par Ull medecin d11 pays , qui p1 .. escrit . une sai 5 11ee, le bouillon de f1oulet~ les . lavemens . laxati . fs: quelques selles de couleur d,un hrun fo11ce. ,, Troisieme et quatrieme jours. Prostration des forces, douleLJrs abdomioales , . suppressio11 des urines~ Continuation d . es men1es n1oye11s, aux quels on ajt)Ute le ca . m . phre et le ~itre dans la hoisson et les la-vemens. Dat1s la 11uit du 4 au 5, defaillances successives ~ hoquet. Mort le cin. ' . <1u1eme 1our. Troisieme observation . . Le citoyen * * * , . aide de camp du general Hardi, jeune homme . d'une constitution atble tique , d'u11 caractere tres-gai, echauffe par les veilles, le travail, les . fatigues, Premier jour. Frisso11, 111al de tete,, accable ... ment , perte des forces. J'orclonne . Jes laven1ens " repetes , tour a tour emolliens et laxatifs ; le hah1 de pieds, la hoisson d'eau de p9ulet 11itree et le petit lait. _ " Deuxieflle jour. Grande fatigue' llausees, dott• leur a la region cle l' estomac , quelques vomis sem~ns de matiere bilieuse porracee, un peu hrune. Les fe1:Dmes qui le servent regar , dent son etat comme ttes-dangereux; cependant ii s;entretient fan1ilieren1ent avec ceux qui 1' approchen-t ; les

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l ,\ -: 1' H : f. . ( 48) lavemens n" entrainent que des dejections se1eu ses, i~ruues, tres-fetides. Potion legererne11t exci tante , avec I' eau 4e menthe et I' acetite amh10n1acal. 'l..,roisieme jour. Meme . etat; minoratif con1. pose cle deux onces de manne dans ' Ull~ decoc tion legere de qui11qui11a ~ ; ; a prendre pat~ verres d~h~ure en l1eure; plusieurs selles bilieuses, noi. rc1.tres . , accompagnees de detaiUances ; quelques hoquets. :: Potion ex.c~tantc, avec la theriaque et l'eau de fleur d' orange ; quel(JUes cuillerees dt eatt vineuse, cle cre1ne-Iegerede riz a l'eau. Quatrieme jour. Faihlesse extreme, hoquets, suppression des uri11es; von1issement de ' matieres noires OU ' de couleur de cafe ; delaillance' pouls insensible. Men1es ex.citans. 1\1:ort dans la nuit ' du 4 a~ . 5. Usage libre des tacultes intellectuelles jusqu'au dernier soupir. Quatriem , e ooseri ation. Le C.***, commar~da11t de la place du Cap 1 trente a trente-cinq ans, constitutio 1 n seche , ten1~ peran1it1t bilieux, caractere vif, raremeut Premier jour. ~""risso11. de trois heures peu vif, leger n1al de tete, f~tigue . , ~aux de 1~eins. ~au de poulet, lin1011ade legere, laven1e11s ! e1n0Hie11s, den1i "' hain d~urie de111i-heure, frictions de citrons . dans le bait1. Quelques selles bilieuses.

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( /4 , 9 ) " Deu xicme jour. Acctoissen1ent ds . . s3 1 n1pto• llleS ' faiblesse considerable ' c1uelques . 11at1sees , : c,. que1c1ues douleurs a Ja , region de l' estomac, pouts frequent et dur , redoublen1ent 5,e11sible chat1ue . _.7 jour vers le soir. I . ', Troisien1e jour. l\1eme ~ _ tat. l\'finor;ltifde ma1111e _ dans la decoctio11 cle quinquina a , pr e ndre par ., -' verres. Evacuations bilieuses abo1idantes , faihlesse clans le bain. Un medeeii1 du pays est ap pefe. Potio11 ex.citante d' eau de menthe, d!eau de fleurs d'ot'ange et de liqueur dHoffn1ann. _ Quatrieme et sixiemejour. Les accidens di•mi nuent d'i11tensite, le pouls se releve un . peu. Le . -visage devient _j~9ne. Tisane nitreeet legerement . . . . & , aperitive, les bo]s de nitre et de camphre. , Sixieme et septieme jours. Diarrhee hilieuse , faiblesse, pouls , mieux prononce , plus regulier et assez egal , desir de prendre quelques alimens. Bouillons, creme de _ riz. Minoratif 'le huitieme jour. La convalescence arrive . a pas lents, la jau• nisse sc prolonge , le malade se rerid a une Jiabi tat~on dans les n1ornes. Cinquie!IJ,e observation. Le citoyen Sardin , aide de camp du general ~n chef, officier du genie. Premier jour. Frisson leger, mal de tete vio~ lent, douleurs a la region de l'estomac, " nausees~ 4

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,, ' '' ( 5o) _, fl Le , soir , fievre h' tres-vive , pouls t1es-licque11t et tres-dur, visage rouge , reil ardent. II est vu par les temrnes . . creoles qu~ adn1inistrent les secours ortlinaires, lav~n1ens, demi•hai11s, eaux de pou• let tli ll'ees. ' ~ . . ' . . . . . , Deuxieme jour. Accrojssement des syn1ptomes, von1issemens de hile porracee , agitation extreme, urines rouges, tres-difiiciles dans leur excretion . . ii, Le soit , chute de la fievre , -pouts trcmblotant, inegal , , tres .. deprime; disparition des douleurs , espoir du mieux , ; gangrene et mort dans 1a nuit. " . SiaJierne observation. I/' Le citoyen Betourne , ofiicier du geuie. Cons~ titutio11 forte, plethorique, temperament sangui11 , caractere gai, 11'aya11~ jan1ais ete n1alade. Trente ans. \ _ 11 avait rendu des soins continuels a son ami S d . d l' h . . 'd ' ar --1n, su1et e . o servanon prece ente; 1 11 avait pas quitte le cl1evet de son lit. II vint me trouver le jour meme de )~ mort" de son cama rade: Docteur, n1e dit-il, d'u11 air un peu eflare et tres-eloigne cle son habitude ordi11aire , je suis pris b. n1011 tour; je voulus le tassurer et rengager a n1onter a . cl1eval pour se distraire. Non, ajouta• t•il ' , je ne le . puis, j'ai froid, tcitez-n1oi Je pouJs, j'ai u11 mal de tetc affreux: le rler11ier regard de . mon ami ro'a i a11p _ ele , . je vais me couclter. Aces

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1 n1ots, ii me quitte et je le suis. Le deuxicme jour le visage est arde11t, les accidens s' eleve11t au plus l1aut degre d'intensite ; ii se livre aux soitlS . des femmes creoles _ , . il meurt le troisien1e. Je . n:ai pu ' me procurer de details plus cit~~onstancies. Septieme ol,servation. _ Le general Hardi, tige de 5o ans. Constitution plethorique, temperan1ent .sangui11, echaufle par Its fatigues de la guerre. It venait d'essuyer une atteinte legere de fievre gastrique catharrale, dans le cours de laquelle un ffi . d 'dl' ' -. ' .. .. _ _ . _ , I' o c1er e sante e . armee, qu1 ava1t tra1te, .. avait purge plusieurs fois avec av&1tage. Ii hahitait le hord de . mer , . lieu toujours ,, i11saluhre , et oit les maladies so,nt les plus frequentes et les plus graves. Il avait vu , . mourir la . plupart de ses domestiques, et deux de ses aides de catnp. _ . Le premierjour. Long trisson , violent n1al d,f tete, accablement , quelques .. nausees. It .. est v11 par un medecin du pays, qui prescrit le hain de pied, l~s lavemens emollieris, les hoissons 11i, trees. Deuxieniejour. Accroissement des sympto~es, visage rouge , yeux ardens et charges, pouls dur, irregulier , frequent; saignee du bras , repetee le .. SO Troisieme jour. Prostration des forces 1 nau•

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( 5.2 ) sees, legeres douleurs au has-ventie. II est trans. portc a utie babitatio11 sur Ul1 morne voisin. Je _ . . suis appele. Minoratif leger , quelques seUes hi liJ;uses , faihlesses. Ori essaie la deCoctio11 legere de quinquina par cuiUerees; elle est constamment rejetee par le vomisseme11t. Lavemens emolliens, cataplasn1es en10Uiens SUl' toute la region ahdomi11ale. Je nomn1e un oflicier de sante de pre• . miere classe , charge de suivre la maladie dans ses plus minutieux details et d~ nous eu. rendre compte. L_~s urines deviennent difficiles. Quatri~me jour.' Faiblesse ex.tren1e , nausees contit1uelles, pleiue l.iherte des fonctions intellec . tuelles , applicatio11 des vesicatoires aux jan1bes , potion ex.citar1te avec l'infusio11 de qui11quina, le ' can1phre ' ' et la liqueut' d:Hoflinanti. L'estomac la rejette. Les vo1nisseniens four11isse11t une bile , , hrune, leg ere tension de l' abdomen. Le cinquieme. Prostratio11 complete, pouls ver miculaire, etat gangre11eux , -evident. Il meurt le so1r. Huitieme oa . servation. Le general Le Doyen, inspecteur en chef aux re,tues de l'arn1ee , cinquante ans. Co11stitutio11 plethorique , temperan1ent sanguin , fatigue , ecl1aufle par les veilles et un travail f;)rce. Premiet' jour. Frisso11, n1al de tete viol•~~1t, les

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( 53) yex . charges, leger assoupiss e ment. U11 medecin du pays est appele. 11 prescrit les ,' eaux de poulet ltittecs, les lavemetlS laxatif~' un grain d' emeLi' que dans . une pinte de petit lait. Le soit' la fievre s'allume . . ' Deuxiemejour. Accideus plus intenses, vio: lent mal de tete , pouls fi~,equer1t et ~ Jres-inegal , visage rouge, y eux. ardens et charges de larmes, alternatives singulieres entre l'assoupissement er u~e jactatio11 des memhres, une ango~sse extreme. 'l,toisieme jour. Je suis appele. Vesicatoi , rcs aux jambes et.,;l la nuque , decocti,on de ~ quin~ , quil1a camphree et laxative, que le malade refuse OU qu'il 11e prend que tres-in1partaiten1e11t. Potio11 excitante par cuillerees. Quatrien1e jour . . Meme etat. Assoupissen1ent stertoreux, angoisses extrernes, eflorts du malade pour aider Ia respfration e11 se levant sur so11 seant. Nul eftet des vesicatoi'res. Qoelques selles bilieu ses tenu:es. Mort dar1s la nuit du 4 au. . 5. . Neuvieme observation. ' Le C. ***, general de brigade, co~mandant. Soixa11te ans , co11stitutio11 seche , temperan1e11t llilifUX' caractere froid. V Pren1ier jour. Frisso11, cepbalalgie, 11ausees, douleurs de reins, laverne11s , , lim~pade leg ere ni.;. tree; lavemens en10Uiet1s.

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( 54) Deuxieme jour. Accroisscment .des accidens, fievre cependant 111oderee ai~1si que Ia fatigue. l\1.ino~at.if qui entraine quelques selles hilieuses,. Troisieme jour.,Meme etat, n1emes accidetlS. Le soir, urines faciles et claires , assez libres dans leur excretion , lavemens tour a tour emolliens et,laxatifs. Quelques bouillons au riz, une oran seade 1,;gere, des tra11cbes d'orang~ douee sucree, eau vitteuse. Une ou deux selles hilieuses , mais de couleur foncee et moins liees que la veille. , ,Quatrieme jour. Prostration des forces singu liere; nausees, quelques hoquets' difricultcs clan 1 S l'en1ission des urines. Cataplasmes . en1olliens su, .. le has~ventre, boissons legeremellt campt1rees , de,~ coction_ de quinquina laxative par cuillerees; le n1alade la prend et la garde ; quelques selles noires , ,et tenues. •l Cinquieme jour. l\'1e1ne etat. llotion excitante~ angoisses 'du malade, suppressior1 des urine~ de puis la l!ltit, meteorisme du bas-Ventre' yeux ' 'jauues, surface de la peau teii:1te de Ia I n1en1e cou, leur. Pouls i1iegal , vermiculaire , intermittent. usage assez lihre Qes tonctio11s intellectuelles. Sixieme jour. l\feme etat. Prostratior1 au der11ier degre. 1'1ort dans la ,nuit du 6 au 7. Les f emxnes creoles lui Ollt prodigue e11 n1a })res~nce, pe11dant toute sa maladie , les soi11s !cs , plus empresses ..

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/. (, 55) D;xiJme . ohser'111tio1t. f.,a fievre jaune exer~ait clans les hopitaui du . (Jap desravagesd•autant plus fu11estes, que, iltute . de Iocalite~ suflisantes . , on s' etait vu clans la cruelle necessite de doublet les malades ' duus , clia• c1ue lit. La contagion ne tarda pas a : . se repa1uire, hien qu'on se premunit. contre elle de tous les secours que la chi1nie moderne a fait connait1e , sur lesquels le conseil ~e sante des armees a p1:1hlie, en ran 9 ; ' Ulle instruction si u~le ; ~cours que , le C. Giiyton-Morveau a si bien appreciJs et developpes. Elle s'attacha aux individus , qui app~ochaiep.t les malades; l' econom . e de , l'bopital .des Peres, le C.***' SUCC4!>mba : tlll autre " qui St! confia a mes s~ins le C.**~ , fut clangcreusement malade. he medecin en chef Boujardiere pensa d~venir la victime de sor1 devouement : . presque t9us les pharmaciens eurent la maladie, et ~a moitie d'entre ~ux fut enlevee, en y comprenant le pharrnacien en chef, le C. Blanchard. 'I 1 ous Jes chirurgiens payerent egalement le triJ}ut ; ii fut mortel pour la plupart., La maladie se sig11a, ,, lait a . peu pres par les men1eS ' syn1ptomes; ils 1 , . . . ' .. ., ' . ., . ' . . . , . ' per1ssa1ent aux tro1s1en1e, ctnqu1en1e ou sept1en1e jours. Mes soius et mes visites repetes chaque jour etaient inutiles; j'etais desespere. 011 avait eru ol1se1ver a l'hopital <}ue les vesicatoites apI .

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. c 56) pHqucs de honne he11~e avaient sauve quelques 111ihtaires : cettc n~ed1odc fi,t n1ise e11 usage chez plusieors officiers de 1 sante; its se les faisaienl ap pliquer a~1x. pren1icres at~eintes de la maladie : ce 111oj " en patu t efficace cbez quelq . ites-uns, .et titt saris succes chtz d'autres. , f ' ,t ' > 1 , J I ' 0 nzienze observation. . _;/ _;.;._ "-.-:.. .. Le C. Brosseau, chi _ rurgien de t1oisieme classe it l~hopital des Pe1: _ es, jeune liomme d'une forte . . . . I , . . .. . . . . .. . . , . c~nstttu~ion, ten1perament , sangrnn, tc1nt anune. . F . , . l ' l ..1 , .. ' .Pren,1er JOur. . r1sson eger, n,1a ue tete tresvioleut, quelques beures apres , cl1alcur intense , \visnge k rouge' agitation' Jangue blanche' pouls fort et . frCt]uent; une saignee du pied, des bois• sons emollie11tes niuees , des lavcn1e11s en1olliens et laxatifs~ ])eulien1e jour. , , Men1es accidens; inal de tete moins ,,if, faihlesse n1usculaire, pouls moins . dur et plus regulier; lavemens, cataplasmes emol liens sur le bas-ventre, petit lait aiguise par un sel neutre, quelques , selles bilieuses. r1~roi$ieme jour. Chute de Ia fievre, pouls de prin1e, prostration des fotces, liherte des fonc~ tions intellectuelles , visage pale, nausees, emhar ras dans l'elllission des urines; meme boisson et meme tra~te1ne11t que la veille, plus quelques verres d;infusion de camomille que l'estomac SU~ porte.

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( 57 ) Quatrieme jour. Pouls releve, egal, selles hi'.J lieuses, urines toujours genees et troubles ; doux. . n1inoratif a prendre par verres, _ cataplasmes, la~ , yen1ens a f orclinaire. Cinquien1e, six.ieme et septieme jour.s, Les for• ces reviennent peu a peu; de doux cxcitans , l' eau vine use , les . bouillons et les cremes : de riz a l' eau. Point ' de Crise sensible' dirninutioil successive des symptom~s, convalescence le11te. II fut envoye a rile de la Tortue, pour y recouvrer ses forces. Douzieme obserf!ation. ' Le G. Hugonin , chirurgien en chef de l'ho• pital d~s Peres, jeune hon1i11e d'u11e constitutio11 faible, scche, irritable ; temperament bilieux , caract~te vif, un peu melancolique : fatigue . par .. l' etude , ' les veilles ' et par un travail force kl l'ho t)ital. Premier jour. Frisso11 de trois heures , , mal de tete a la region sus-orl)itaire , . maux de reins, acca}Jlen1ent; il s'affecte des le premier instant, et desespere de sa g'1Jerison. Lav ' eme11s emolliens et cloucement laxatits, den1i-llains, petitlait nitre ' ;
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n i . . .i, , . ( 58) mes, Jangue muqueuse, natisees, douleur a la region de l'estom~c; ii se dit ft~appe d'un gastritis malin, et refuse de hoire. Lavemens emolliens, demi-bain _ qui ne peut se prolonger au-dela d'u11 quart cl'heure, a ~ause de la faiblesse dn malade. _ 1 Troisiemejour. , Chutedu redouble1ne1it, prost , ration des forces, quelques hoqu:ts; ii pronosti que l'issue fatale de sa maladie et la fix~ au cinc1uien1e jour. II se refuse a l'administration des remedes, enfin se . rend a nos sollicitations. I11fu sio11 de camomille , rejetee par le vomisscn1ent , qui entraine quelques matieres hrunes , , potio11 / excitante, ': cataplasmes emolliens SUI' la regio11 abdomi11ale. . -Quatrieme jour~ Suites de la prostratio11, sup pression des urines; le malade _ refuse tout secours et ne veut que le r.e.pos. Dans la nuit du 4 au 5, ii desire n1e voir : je n1e rer1ds dtt Cap, et le trouve au dernie1 9 termederastheoiegangreneus~; il me serre la maii1 , rne recorriman
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( 59) TreiziJme ol>ser,,ation. Le C. ***, secretaire du commissaire des guer res d'Intrans, jeune homme d't1ne con1plexion clelicate, temperament hilieux , caractcre melan colique , esprit fraPpe des n1alheurs ptthlics. Premier jour. Fri;so11 leger, n1al de tete violent, accablement , degout , 11ausees; 1e soir, cl1alet1r t1fes-vive, face vultueuse,yeux ardenset larmoyans, pouls frequent sans etre fort ~ains de pied, lave111ens emolliens, eau de poulet nitree. Deuxieme jour. Accroissement des sympto mes, nausees, doulcur a la regio11 de l' estomac, suer abonda11te le soir a Ia fin du redoublement. J\1eme traitement, lin1onade d'oranges an1eres fortement sucree. Troisieme jour. Prostration des forces a la chute de la fievre, douleurs abdon,1i11ales, nausees, agitation singuliere , ~ ' jactation contin.uelle des membres. Lavemens en1olliens , minoratif de rnanne et de casse par verres; quelques selles hi ... lieuses, un peu de sang clans les dernieres ; nui t tourmentee par des songes sinistres qu'il raconte le matin. ,, Qua~rie1I1e jour. Meme etat, memes douleurs a la region ahdominale, Ies urines ne passent plus. Potio11 d'infusion de camomille avec la liqueur cl'Hofln1ann, rejetee pa1~ le vomissement; Iegere ..

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. q ( 60 ) i11fi1sio11 de quinquina a ftoid _ pa~se, et 11e pro duit aucuu effet s e11sible. Le soi r , _ hen1orragie considerable par le fondeme11t, entiere prostratio11 des forces' lillerte des fonctions intellectuelles, aflaihlissen1ent graduel de toutes les facultes. Ago-, r1ie de vingt-..quatre heures, niort a la fi11 du cin.' I ' 1 , 1 qu1erl)e JOtu ; . es ves1cato1res app 1ques e tro1., . ' .... . , s1e111e 11 ont pu ctre pa11ses. ,. Aiusi, dans le cours de prairial, Ia mort allait n1ultipliant ses victin1es, fi:appa11t indistinctetnent toutes lcs tetes, et e nous laissant que le desespoir de nel'louvoir r,noderer ses fureurs et ralentir sa 111arche. Tous les moyens avaient ete pris pour atteindre ce llut desire. Les hopitaux avaient ete , 111ultiplies; les habitations, heureusement situee$ ,:. ~ dans Ies mor11es voisins, avaient ~ ete destinees a la disse111ii1atio11 des n1alades . . U 11 hopital de douze cents bo111mes avait. ete etahli au mole Saint N , icolas , . position , tt~~s•saluhre ; _ et la correspondance a~nonfait que les maladies y ~taient moins funestes que _ clans les hopitaux du Cap ~t de ses environs. Etat de la sante du General en cnej et de 111.adame Leclerc . •:, I ! Cependant la sa~te du genetal e11 chef n1'in.. quietait vivement ; le sort de la Colonie tenait peut-etre a la con~ervation de sa vie , , si , cl1ere a

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( 6r ) son armee , si precieuse a tous les habitans d'une colo11ie qu'il , 1 enait de Sf!UVer et de rendre a la mere patrie. II souffrait depuis l()11g ten1ps cle maux d'estor11ac , ' sa fi.lil)lesse etait extren1e; il avait ~ eprouve, clans Ia campagr1e qu'il venait de terminer, un flux dysse11terique qui l' avai.t epuise; 111ais il etait soutenu par so11 courage et par la force naturelle de sa co11stitution. J e tren]blais de le '1oir ( ce qui lui arrivait souvent) parcourir tous nos hopitaux, se precipiter . au sein de Ia: . contagion , ranimant les info, ~ tu11es ' compagnor1s de sa gloire et de ses travaux., par sa presence, ses discours cc.1nsolants et ses genereux secours. La situation de madame Leclerc t1e n1'inspirait pas moius d' alarm es. C\!iait le plus attendrissa11t , de~ spectacles que celui d'une femn1e jean~ , sen sible , diune constitution delicate et nerveuse, transplantce tout a coup du sein de l' opulence et des plaisirs de la ,, capitale, , sur le theatre de la guerre la plus horrible, assise seule au milieu d' unc colonie inimense sur des cendres et des ruines , . , ayant a tous les i11stans a craindre pour les jours de son epoux, . d~ un fils de cinq ans, et pour sa .. _ p~opre vie. Le general .. en chef m'avait ordonne d' engager, autantqu~ je le pourrais, . n1adarr1e Le clerc repasser en France : je n'avais pu _rje11 ohte11ir ; 111es instances avaient meme un jour occasionne quelque5. spasmes , qui cesserent dtt d . . .. _ .. ,. .. . ... .. .

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Q ( 62 ) m~n1ent ob le general en chef l'assuta qu' elle ne p~rtirait pas. Tous deux. m'honoroient de leur ,confiance , et tous mes etf orts tendaie11t a la jus tifier. Je les avais engages "a passer quelques jours a l'ile de la Tortue pour s'y reposer ; ifs sy etaie11t rendus. A leur tetour, je, pressai le ger1eral en chef cle fai1~e ce qui se pra tique avec succes tlans Jes villes des Etats--U11is, lorsque la fievre jaune y regne , de s'etahlir dans une habitation voisit1e oh il serait a l'abri de la ! ' . . . . . >I,, co11tagion. 11 choi~sit clans le morrie du Cap l'habi" tatio11 Destaing, parfaitement situee sous tousles rapports; le general Dugua, chef de l' etat-major, campa aupres du general en chef; les citoyens furent au moins tranquilles sur la vie du capitaine ge11e~al et de sa famille. ,dccroissement du nombre des malades et de l'intensite de la maladie. Tel etait l'etat affligeant des choses au mois de prai~ial. Lagravited e la maladie regnante devenait chaque jour' plus redoutable ; 1 toutes Jes inethodes de traitement etaient inti~uctueusement employees. Le general en chef appelaitles officiers . de sante en clief de rarmee a de frequentes <:onferences sur la nature et les progres de cette maladie , ainsi que sur les moyen~ tes plus convenahles a employer. Un medecin, arrive rece1nment des

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( 65) I Etats. Unis , , de Philadelphie, ou ii a,Tait pu oh• servei .. tons les developpemens de la ' fievre jaune, connaitre et appre~ier les opinions des medt3ci11s du pays, et cornparer, par l'experience, les di,rers 1 traitemens adoptes, ne nous avait four11i aucun . ' c:. d l' rense1gneme11t propre a nous 1a1re sort1r e e1n ... . ) harras cruel clans lequel nous c nous trouvions. Assemblee gt!ndrale ' des officiers de santJ,, Le Seneral e . 11 chef desira que tous les o.fficiers de sa11te de premiere classe de l'armee, residens au Cap ' ct da11s le5 environs, , reunis a tous Ie.s praticiens de la ville ct des lieux circonvoi~ins, . s' asse1n~lasse11t, consu~tassent ensemble, se com n1uniquasse11t. les resultats reciproques de , leur .. experience, et adoptassent un pla11 curatif qui 11e put qu' Jtre 1nodifie par les circoi1sta11ces et , par lydiosyncrasie des individus attaques. I ' Cette assernhlee eut lieu, le 1 rprairial , ,, chez les ofliciers de sante en chef de l'arlllee. La con fere11ce s' ouvrit par la proposition que je fis d' tablir l'ordre suiva11t dans la discussion: 1 Histoire et marche de la maladie . regna11te au Cap; . 2 Causes ge~erales, part.iculieres, lotales; 5 Nature et classificatior1 noso}ogique de la maladie;

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I ( 64) 4 Diagnostic precis . . de la maladie; 5 S , t•s crises et son pronostic; 6 r.rraitement preservatif ' traitement me tl1odique a ses diverses epoques ; 7 -Ce qtt'il faut penser du traitement dit du pays, vulguirement empl9ye ; 8 Usage de Ia saig11ee , c_ de l' emetique , des purgatifs, du quinquina, du can1pbre, des vesicatoires dans cette tnaladie ; 9 Ce qu'il faut penser sur la contagion et le ~If actere pr
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( 65 ) Rapport sur la , maladie qttia 1egne azt Cap F,--anfais tt da1zs la Colo,zie, depuis le 11zois ge1--1ni1ztzl a1.z 1 o. Histoire et 11iarclie de la 11taladie. La maladie n'a point de sympton1es precur seurs, ou du moins ils so11t assez rares, et ne se sont montres que clans les sujets qui, avant elle, etaient frappes de terreur. Elle commence . par un violent mal de tete, au-dessus de la region des , orhites, ou sur un point circonsc,it de la ca lotte hemispherique. Un frisson plus ou moins long le ~ precede' l' actompagne OU le suit; bien tot des lassitudes, le vertige, l'accahlement, et souvent des nau~e,~s se declare11t. A ce premier etat succede une chaleur, une ardeur extrerne; la fievre s'allume, le mal de tete et de reins devient ' . insupportable; le pouls est vif, dur et fiequent; la peau tantot seche, tantot humide d'une rosee fine de sueur; langue hlanche, couverte d'un enduit muqueux, visage d'un rouge fonce, roil ardent, tantot sec, tantot humide; oppression singuliere, OU anxietes , de la region cardiaque; urines tan tot blanches et jumenteuses , tantot deja difficiles dans leur excretion. Le premi,er etat OU ce pa roxisme dure clouze, vingt-quatre, trente, qtia .rante-huit heures : plus ii est court_ , plus, il est si. nistre. La fievre tombe, , le pouls se regularise ; .5 :

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( 66) quelquetois assez semhlable au pouls 11aturel ; d'autres fois ii se deprime, devie11t inegal, petit, serre: des vomissemens, plus ou moinsopiniatres, surviennent ; ils entrainent des dejections hi lieuses, porracees, ou noiratres, ou de couleur de cafe. Ils se renouveltent lorsque le malade prend c1uelque hoisson _, sur-tout si elle est excitante. La prostratio11 des forces, qui, dns les premiers instans de la maladie, s'etait couverte du voile d'une irritation tres•vive, se demasque et mar• che a grands pas. Le malade ne sent pas le d,an ger de sa situation, il jouit de Ja pleine liherte de ses fonctio11s intellectuelles, i"cpond quand on l'interroge , prend ce qu'on lui oflre, et retombe dans l' accablement de Ia prostration. Les hoquets, les defailla11ces, la suppression des urines, les lie. morragics par les narines, l'anus, ou par l'ouv.er ture des saignees
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( 67 ) Jans son , cours , . a des redoublemens et a des re n1iss 1 ions. Quand la convalescence , a lieu, elle est _ d~fficile, incertaine ; les recbutes sont freque11tes, et presque toujours mortelles. , , \ CAUSES GENER ... .\.LES, I>ARTICULIERES, LOCALES. I , Causes gt!n~rales. I Les causes generalcs . de cette maladie sont celles qui rendent ce trihut uecessaire a presque ~?us Jes Europeens qui viennent habiter les Colo. . .b ' ' l n1~s ; _ ma1s ce tr1 ut nest pas ega eme11t meurtrier tous les ans. Cms causes generales sont : I 1 l'action continuelle et v-raiment insupportable, pendant quatre a cinq mois, des rayons perpen diculaires d' un 'Soleil hrul~nt sur les Europe~ris qui ne s011t pas acclimates; .2 l'impressio11 ha hituelle et profonde d'une humidite chaude et I pourrissante sur les men1es individus. La premiere de ces causes, la chaleur extreme, jette Jt -systeme . humoral rlf,11s ~n veritable e,tat d'eftervescence. Le sang parait bouillir dan~ les ,,.eines; il se porte parune espece d'elan vers l'or gane cerebral, determine ces cephalalgies cruel les, qui ne cessent qu'a la fit~ du jour, pour re p~raitre le 1endemain au lever du soleil. Cette meme irritation, que je pourrais appeler irrita• tion solaire, portee sur la suiface de la peau , y Qccasionne u1Je espece de turgescence , ~u de pie

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( 6B) t11ore locale , qui gene , r~lentit ou engordit les mouvemens des membres, et les tient dans u11e lassitude permanente. Portee sur les organes c~~1alans , elle les agace , fait naitre des , sueurs abo11da11tes , excite a la peau des fourmillemens, des picoten;iens doulour,eux, des rougeurs , des taches erysipelateuses , des eruptions miliaires rouges, ( sudamina) dont la presence tourmente et dont la disparition trop prompt,e inquiete. La . sec9nde de ces causes generales, l'humi dite chaude, est enervante et seda 1 tive de sa na ture, et porte son action pren1iere sur l'organe gastrique et ses depa11dances ; les f onctio11s de la digestio~ se ralentissent , ses produits se de pravent, r humeur biliaire ne tar de pas a subir ulle alteration . plus ou moins septiq~e. Cet 6tat ~, an11once par les aflections bilie~ses de toute es pece, maladies les plus , communes pour les nouvea . u . x d:'harques . , les coli~ues , ,les gastrotnies, Jes cholera morhus, les d1arrhees , les dj!l!Jenteries ,, , les tenesmes dechirans et si souvent fiu1estes . Les causes generales de la fiev1e jaune , ont toujours ete les ntemes. Pour s' en convail)cre , il suflit ij de consulter les pr~ticiens de Sai11t-Do n1ingue, de la Jan1a1que ,, de la Catoline, de toutes Ies Antilles, des Etats-Unis, des l11des Orientales ; de tous les lieux ou ces causes peu vent exercer leur actio11 redoutal>le. J

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( 69') II n'y a pas un Europeen, a1,,ri, 1 ant pQur Ia pre miere fois a Sai11t--Domingue, qui n'eprouve plus ou moins Jes eflets de ces causes reunies , lo1s ,, meme qu~elles ne se sont pas assez developpees, ' 11 ' " 'd. . . ou qu e . es n ont pas trouye une pre~ 1spos1t1or1 assez prononcee dans l'individu , pour frapper le pri11cipe vital dans ses . sources, par la produc tion de la maladie terrible dont je fais I'histoire. Heureux les bommes qui ont ete preserves de ce fleau au prix. de quelques n1aladies moins gra ves, qu'ils ont eues a supporter,;et qui ont servi a les acclirnater ! f_ Causes psrticulieres. J'appelle causes particulieres ' celles qui, tenar1t aux cause~ generales, .en sont cependant disrinctes et servenl .. . 1 les m~difier pips OU mo.ins. C'est ainsi qu 1 une cause particulie1e a do:nn e cette annee plus d'intensite a la maladie tle.Sai11t•Domingue, et 1' a repdue~, pOUl' ainsi dire' epidemique' puis qu' eUe fi~appe un assez grand non1bre de colons. C'est la l~mperature eittaordh1airement secbe qui I regne -depuis six .mflis clans presque tout es les par:ties du monde connu. M. Desportes , le medecin qui a le plus fidellement ecrit l'histoira de cette maladie, qu'il a suivie pendant quatorze ans au Cap, prouve, par ses observations, qu' ellc a ete toujoursd'autant plus cruelle, que lesan11de~ 1

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( 70 } ' ont etc . plus seches. En l'an 6, sous ra~tion trune : temperature semblable , les Anglais occupa . ient le mole, Saint-Nicolas e~ ses environs, lieux tort sains par leur position : its etaient au nombre de ~ vingt-cinq mil~e l1ommes; ils ~n perdirent les sept huitiemeS '' par la fie vre jaune dans le cours de cet 1 ete. II en a peri de ., miHe a douze cents par . . ' . ' ' ,, J6ur pendant pres de trois .. semaines. Le retour ~es memes causes produi~a toujours les memes effets. , Causes locales. Les causes locales enfin , qui r~ndent en ce moment la fievre jaune si fune$te au Cap, et I .I qui lui impriment un caractere contagieux et presque pes.tilentiel, sont en grand nomhre; elles sont : dues aux malheurs ae la . . guerre , actuclle et a l'incendie de cette superbe ville. Ces causes sont: 11 .. L,air infect que l'on respite aupres des mai sons incendiees, clans lesquelles des denrees aban donnees ont ete livrees a . une decomposition ra~ '. pide. Ruch attribue la fievre jaui1e: qui ravagea Pbilade)phie en 1795 , lr queJques . ballots de cafe gate qu' on laissa dans des magasins situes au hord de Ja mer' ~ et CfUi se putrefierent. Les memes maison$ abandonnecs ont servi long-temps de latriI1es aux matelots, aux soldats , parce qu'il ne s'Jen trouve .. point en cette ville. Les miasmes

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( 71 ) mephitiques qui s•en ele1ent le matin au lever d~ soleil e:x.halent dans tout le . voisinage une fetidite suffo . cante. c Le voisinage du cirneti : ere public de la Fos , sette, heauooup trop resserre dans sa surface, a raison du nombre de ca9-avres que l'on , y entasse; le -peu -> de profondeur des fosses fort au .. dessous des , dimensions prescrites ', par les lois de police; la negligence criminelle avec laqueHe on procede aux inhumations, telles " SOnt les causes qui me nacent des dangers sans non1hre , , par le develop~ pement des gaz deleteres dans uneatmosphere deja viciee; les ,, voiries , abandonnees, les anilnaux. Ii vres , sur les lieux oii ils peri$Se11t, a une decom .. _ position ~~nt . , ~es pr~uits 1 , se; melent par-tout a . _ l'air gue re$plrent _ les cit~yens . . I . I .faut ajoJ1ter enfin a ces causes locales la terreur . qui s'empare trop facilement de l'ame dans les , ._ cal~ , mites . de cette . nature , di~position , prochaine a la maladi~, . et ~ ui l'aggr~ve. ~oujC?urs, _ Nature et -Classification Nosologique ' de , la maladi11. ,. , (;Jette ; maladie esf]a fievre connue, dans tous les temps , ~ par les medecins ~"~ qui . ont pratique dans Jes Colonies, sous le nom de fievte putride, fievre maligne , mat de Siam , fievre ja!!ne, lors que l'affection icterique ~ est au nombre des , phe

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( 72 ) nomenes qui la caractt~risent. C' est la Tritt!opnie d' A meriq;ue . de Sauvages, la fievre remit tente bilieuse des pays ckauds de Lind, le , .f(Yphus icttfrotles et.pt!lechial de Cullen, la fiev.re ,n,a/ig,iejaune des Jndes Occidenta les d~ Makittt'ick, la fievre hilieuse mali gne jaune d':Amt!rique de l\foultrie,Ja fie vre remittente , hilieuse gastritique, gas• tritico-lzepatiqued~ .. Mosebr; elle appattient iJ une tamille s~ciale des ordres composes 'de la fievre .. aclynamique, a.taa:ique et quelquefois adeno~ nerveuse du docteur Pinel. Trois degres de la maladie. Orr lui reconnait evid~mmerit trois degres d,'in tensite; au p1emier>degr~, c'est u~e fievre ady namique simple; .,Jes 'accidens sont. ceux d'une irritation gastrique, plus ou moins vive, a laquelle succetie une prostration des forces, c1uelq1-1efois ft1neste. Elle est ,-toujours inquietante ,' et sorl prortostic ne peut ". etre ,,prortottce fav~rablement ' ' I d. . ' I cl ' I' f. qu ~pres ,, e 111 lXIeme . , OU .. t}
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( 75 ) pliquee de l' atax.ique. Les accidens so11t redou, .rables et n1ultiplies; le paroxys1ne ou r exacerha tion 1ehrile est considerable ; une prostration ef:. frayante, lui succede; les n1alades perissent le plus souvent du sept t).U ' douzieme jour; s'ils sur'1i~ ver1t, c'estal'aide d'une diarrhee hilieuse critique, qui les reduit a un etat d'epuisement extrettle, ou d'une jaunisse qui laisse Iong•temps de l'i11certitude sur son issue. La convalescence est tou .jQurs d' une Ie11teur fatigaute; les rechutes SOllt presque toujours mortelles. C'est ace degre de la . .. maladie que l'on peut esperer quelque chose de l' administration des remedes ' s'il$ ont ele COll• venableme11t ~rdo11nes et appliques des Jes pre n1iers. instans de la maladie. Au troisi~t1;1e ~egl'e, c' est la fievr~ ady11an1iqueataxique clans toute sa gravite; quelquefois com pliquee de l'ader10-11erveuser c'est une fiev, .. e pes tile11tielle , la fievre maligr1e esentielle de quel ques auteU,~s •. Un seul acces la caracterise;_son,,is;s sue, rapideme11t funeste, a presente plus d'unc fois des charho11s OU des affections glanduleuses apalogues. Qn .?vu.. des militaires et des matelots tombe1 morts tout a coup, ' COmme par syde ration, au milieu de la meilleure sa,nte. Le pa,ro~ysme; compose du frisson, .du chaud et. de la gangrene, dure 15 , .20, 5o , 56, 48 heures . ,;, .. nautres fois., c'est une espece de fievre .ce

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( 74) r~brale , qui . !e signale par les accidens soporeux OU par ceux du coma-vigil . , ainsi est m . ort le pre fet colonial ~Ben~ech; C'est le sort qui menace Jes bornmes rerJlets qui ont passe l'clge de qua ra11te-cinq ans , qui s'exposent a la chaleur du jout, qui se livrent a un travail trop assidu du cabinet, aux affaires qui exigent une forte con tention de resprit , a des exercices violens , a l'empire des passions, soit excitantes, soit depri1nantes _ , a ' UO regime de vie trop peu mesure OU trop echaufTant ' ._ Le plus sou'1ent cette roadie est mortelle dans , respace de , trois jours : a Ce degre' la fievre jaune est au-dessus de tous le~ secours de rart, quels qu'ils soient , de quelque maniere et dans quel, que temps qu'ils soient administres. ' _ Diagnostic prdci$ de la. ~alat/ie. V : . ' •' Le diagnostic precis i _ d'une maladie se fonde su1• les ~ ' caraeteres qui trace~t fa ligne , de demar cation ! entr ' e elle et celles qui ottt le plus de rap ,, ports avec elle. C' est ainsi que la fievre jaune _, a, dans son invasio11 et daris sa premiere exacerbation , des ra~ proehemen _ s plu~ ' '. oir'moins marques avec le cau sus otf I~ fi~vre ardente. Qans ces deux ' maladies , le poul~ ' est . dur, la ' face anitttee et rouge, Jes yeux ardens et charges, ,: Ia tete tres•douloureuse;

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( 75) n1ais la fievre ardente se prolonge davantage ;' le visage11'estpas colore du rouge . pourpre et _ fonce qui y est repandudans la fievre jaune,a p ~ -u pres eon1me dan . s les premiers iours de rerysipele a la face ; la fievre ardente se termine par des be morragies critiques; a r e:Kacerhation ne succedent pas les accidents d't111e prostration _, de forces ef frayante. Elle tle prese11te jamais de ' Suffusion ic~ terique , de vomissemens noirs , d'hemorragies de dissolution, d'eruptions petechiales; ces d ' ~ux maladies, rapprochees dans leur invasion par quel~ , ques symptomes c~m~uns, sont done de nature : hien difterente , et ii serait tres .. dangereux de les confondre. Il a plu a un m~decin anglai~ , le D. Warens, de ne pas _ separer d~ Ia peste; la fievre jaune de la B~rbade~ A Dien ne plaise qu,une opi11ion aussi err~nnee se _ pr6page ! ll existe sans doute quelques symptomes comm~ns , a raison du car~ctere asthe nique qui , les signale toutes deux. Le~ symptomes communs sont une irritation vive dans l'ii:ivasion, et , par la suite , l'entie1'e prostratiorl _ des forces : ~ ranxiete precoraiale, les hemortagies de dissolution , la fetidite cadavereuse t~es ptompte a se ' ' developper ; mais la peste est -enden1ique a certaines regions; la fievre jaune i1~ fest qiie pour i , les individus qu~ n~optpoint encore habite l~s pays chauds; la peste ne se communique que par con;:,I

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( 76) tagion , et se communique a tous ceux qui s'y exposent; la fievre jaune n'atteint plus les indi vidus u11e fois acclimates. I.I n'y a ordinairen1ent dans Ia peste , " ni vomi , ssen1ens noirs, ~i sufll!sion . _ ictetique; ces symptomes sont patbognomoniques de la fievre jaune. La peste se reconnait aux symp tomes qui affect~tlt le systeme glanduleux. Ces , s_ymptomes s _ ont tres-rares dans la fievre jaune. ; _ Diverses contrees de l'Amerique ont pu etre _ fiappees et pcuvent I' etre e11core de maladies epi~ den1iques de nature putride OU asthei:iique ; quei• ques auteurs ne les ont pas distinguees de la fiev1~e . ' ' L ' .d ' . d 1aune; n1a1s c est a tort. es ep1 _ en11es sont ues a u11e co11stitution particuliere de J' air, OU a des circonstances locales, telles _ que l'e11tassement des l1ommes , les n1auvaises qualites OU le defa~t des alimens necessaires a la vie. La fieyre jaune est le _ produi , t d'une chaleur extre~e sur les corps vi vans . . ,, . . . , \ . . . . ll_ll~ 11e sont point accoutumes a cette 1mpress1on ; les epidemies o~t un temps determine pour leur cours; Ia fi.eyre ,, ja _ une attaque en masse. OU isole. Jl)CUt Ies nouveaux dCharques ; l~s epidE!mies n' e. })argnent personr1~ , les . hahi~ans sont rarement . att~int$ de la fievre jaune. 011 ne , p . eut cependant ~isconvenir que la fievre jau~1e clevient epidemi, que, lorsque Ies causes , qui la produisent agissent meme sur les individus ' 8CCOUtumes a l'action de . . . ' . . . Ja chal~ur. Telles ont ete le~ epidemies des diver.

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h ( 77 ) ses contrees de l'An1erique ou 'meme de !'Europe. ' Il faut egalen1ent tracer une ligne de separatio11 entre la . fievre jaune et les fievres d'hopitaux et des prisons, hien qu'elles aier1t heaucoup de sytnp .. tomes con1mu11s. Ceux ci tie1111ent au caractere asthe11ique, qui appartient egalen1ent a toutes ces maladies; 111ais il est des syrnpto111es speciaux qui font de la fievre jaune un ge11re particulier : tels sont les vomissemens noirs , la suffusion icteri que , la suppressiot1 des urines , !'irritation tou• jours tres-vive dans l'invasion, le visage i-quge et l'rnil ardent. La fievre jaune est-elle bien distincte des fievres hilieuses~! C'est un problen1e medical dont la so lution interesse l'humanite. II y a tout liei.:t de crohe qu'elle n'est antre chose que le maximum ., des fievres retnittentes biJieuses. On est fonde a le croire e11 ce que , tandis que les fievres jaunes attaquent les etra11gers, les doubles tierces bilieu-. ses sont les maladies regnantes parmi les colons ; en ce que le$ remittente . s bilieuses, qui attaquent les nou,eaux deha1~ques , degenerer1t facilement en fievre jaune; en ce que la , fievre jaune, au premier degr.e , se confond tresfacilement avec les fievres hilieuses remittentes ; en ce que les etrangers , qui se sont acclimates sans la fievre jaune, ont eu tous des aftections hilieuses de telle ou telle espece ; en ce que les circonsta11ces les plus

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_ ( 78) ~ropres a la production de Iafievre jaur1e, tels que le voisinage des lieux marecageu~, les emanations putrides de toute espece , sont aussi celles qui font uaitre et entretiennent Ies fievres et les n1aladies bilieuses; er1fin, e11 ce que les methodes curatives qui Jeur convien11ent sont identiques. Crises et pronostic de la maladie. Plus le premier ~, paroxisme febrile est court s'il est violent, plus il y a cl~ danger." Les jours re doutables sont le 5 , le 5 et le 7. St le malade passe le terme _ , pourvu qu' e11 meme temps les . accidens s'appaisent, et que le ventre s' duvre dou cement, il ya esperer ; mais, dans ce cas favo, rable meme , ii ne faut pas perdre de vue le : . ma ,. lade. L~ fai~lesse qui succede a la _ fievre est si grande, que la plus legere imprudence lui devient fatale. . , Les crises sont rares dansjla fievre jaune, ainsi que dans toutes les fievres malignes ; quand elles se p.resentent , elles sont imparfaites et sieg~11t difficilement. La meilleJ1re crise est une diarrhee bilieuse , ponr\fu toutefois que sa violence 11e fa• tigue pas '" trop le malade : viennent ensuite les urines epaisses et bilieuses , I' affection icterique apres le septieme jour, puis Jes affections cuta nees, tels que les cloux, les depots, les houtonst les eruptions de toute nature, qui demeure11t long

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( 79) temps er1 suppuration. Si la maladie est au pre mier degre, une hemorragie nazale et un flux hemorroidal modere p~uvent eJre des crises salu taires . , sinon, ce sont des accidens mortels. Les signes funestes s011t ~l'i11vasion de la mala die par un frisson long et violent, le vomissement noir, la suppression des urines, les defaillances, I.es hoquets, les b~n1orragies passives. La martlte de:cette maladie terrible a fixe. d'au tant plus justement !'attention des officiersde sanie ~e l'armee , qu'on ne la rencontre dans aucune des fievres de mauvaise J)ature en Europe, si ce n' est dans les , maladies pestilentielles des co.trees meridionales. .. 11 faut _ toujours hien distinguer clans la fievre jau11e, la presence de la fievre OU l'etat d'irrita tio11, rahsence de .. Ia fievre OU l'etat gangreneux. L'etat febrile OU d'irritation annonce l'inflam matio11 sourde dans les organes gastriques, le long de l'estoma~ et des intestins greles, et dans le sys~ ten1e secreteur de la llile ; mais cette inflamma tion astheniqe n'a que des rapports eloignes avec le vrai gastritis , enteritis , ; kepatilis cy titis OU autres atlections iuflammatoires stl~eni ques. Df}ns la fievre jaune, il existe des vomisse ments , des boquets continue)s , et cependant la .~ensibilite ~ de l' estomac et des intesti.11s est nulle au dchors; ces organes, palpes meme assez vive

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( 8 o) ment, ne font _ eprouver aucune douleur, le corps des visceres enflammes ne s'~leve pas au-dela de l'etat nature); le has-ve1;1tre n'e ' st ni tendu ni ~e teorise; la suppression des urines existe, et la regio11 hypogastrique vesicale ne presente a l'exterieur au cun cbangement. Ce genre d'i11fla~mation marche rapidcment ver.slagangrene.Cetetatinflam~atoire . ~stclairement developpe clans la doctrine de Brown. 11 est tres-important de le reconnaitre dans la prati que, quoiqu'il ne soit malneureusement que trop constant qu'il se termine le plus sou vent par la mort. Traitement prt!servatif. Les Europee11s . . qui veulent eviter les atteintes de la fievre jaune doivent aller hahitr tes mornes poury respirer l'air pur et frais de ces lieux ele ves. Si leurs devoirs les retienne11t a la ville; ils doiventeloigner leur habitatio11 deshordsdela mer; et sur-tout des environs de l'emhouchure de la riviere du haut du Cap, lieux oh la brise de terre , . J port~ chaque jour les ema11ations matecageuses de ce . tte . surface imn1ense de lagons qui s'etendent de l'embarcadere de ? la petite anse au hourg dtt haut du Cap. Ceux qui sont d'une constitution plethorique se feront faire u11e OU deu:t saignees en arrivant a Sainl-Domingue, et prendront, clans Je cours du premier mois de leur sejour, u11 doux. minoratif de manne et de tartrite acidule de . po

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( 81 ' tasse qu'ils repeteront deux: OU trois lois. U11 bai11 d'eau tiede d'un (Ji.tart d'heure ' OU ' a son def aut ' un pcdiluve sera 11ecessaite de deux jours l'u11. Du reste , Ja moderatio11 et la temperm1ce,, sous tousles rapports, sont les premiers et les plus surs preservatits~ '1 1 out ee qui po rte du feu et de r irri tation dans le syst&me n'est pas moins dangereux que ce qui tend a l'enerver. L'usage ,des viandes doit etre mele a celui des vegetaux. 11 ne faut manger les fruits que dans leur etat de maturite, et se souvenir qu'ils sont tous acides ou mucila gineux, et, par cela, contraires a l'estomac. ll est , important de s'abstenir de sortir depuis sept heures du matin jusqu'a 1 t heures ou midi; mo ment oh la hrise du large \ 1 ient terpperer l'ardeur du soteil. On evitera avec le plus gr3rnd soin la pro menade du bord de mer le soit':; temps oh la frai cheur precipite les eJl}anations marecageuses que le , soleil a tenues en evaporation da11s la journee. L,es militaires se souviendtyont toujours que rien 11' est plus dangereux que de se coucher et s'e.ndorn1ir sur Ia terre humide, le long des lagons. La pro menade. du. matin est tres-favorahle a Ia sante; c'est aussi le temps oil :le travail du cabinet est le plus facile et le plus convenable. Si l'or1 eprouve fquelque incommodite legere, il convie11t de faire a l'instant usage d'une lin10nade .d'oranges an1eres, ou d'une limonade vi
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., , 11eu$e, de quelques h~1ins . tildes , de quelques la~ vt~rncq.s rafi aichissa11$ ~ ::le : soir , et d'un doux mi; 11oratif: apres cela; Ul,l exercice modere a pied oq a cbf!val . dans les ten1ps t9nvenables >"la dis__ , sipat , ioti , retabl~t()llt fiutegriite des 1onctions.+ II iaut , sur-tout user . de toute Co la force de la raiso11 < ... ._ , 1 . f... . . . d I' . . . . . ,,_ pourr que es . . a tect1011s. -. e an1e n . e prennent pt\~ J ' d . . , d 'I . 1 . I _ . e 1 ca1 : ~ , ptere e 1norO$!t , e '-et e me a11;co 1e , . prsq~ des '. maladies plu$ OU , : n1oins graves exerc~nt ltturs ravages. II t ! St sa11s . doute difficile de se livre~ 'I . . , d h . ,l Jl ga1ete quao . on compte c aque 19ur ses con11~~issatltes, ses a,rpis , , scs can1arades au nombre ,. des vitin1es; n1ais la phi.losophie dolt al ors exer• II 1 . . , ccr tout s011 en1p1t,e . : e c1toye11 qu1 se l ' menage qan$ ces circonstanccs difficiles se conserve moin~ l . 1 'fl d . . _ pour u1 r1ue pour a : patr1~, et cette re.• e~ion _ 01t faire tc)ire . 1a ser1sihilite. :: . •, ' ,, ~-; Traitement methiidique auaJ diverses , epoque,s de la maladie. LQtsque la n1aladie est declare . e, tant que la ficvre _ est forte , er q~e les accidens de l'irrit~tion du systen1e 1 gastriqu~ existe11t , on ne peut guere ~'occuper d'autre chose que, , du soin de la caln1er par l~s lloissons adocissantes ni trees , les eau~ de poulet, les hain$ . e11ticrs ou lcs demi~hains de quelques n1iuutes , OU t si les forces du n1alade ne le perrn1ettent pas, l~s pediluves : tiedes repetes toute~ ~

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( 85) lessix. heures, les lav~n1e11s , n1ultiplies, tour a toue ti1nolliens et d9ucen1ent ~axatits, Jes cataplas11n:s ecnoUiens . appliques ,, et co11tinuellen1eut e11tretenus chauds stn' la region abdoinjnale ; tels S()Ut b :~ s secours qu'cxigen~ Jes prerniers . 11ionlt!llS .
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( S4) gradueUe des~inptomes et le retour lent des forc~s, , vitales. Ce traitement methodique convient a la fievre jaune, et remplit les indications ; mais, si I . divers accidens se prononcent dans le cours de la maladie, ii faut s' empresser de Jes calmer. L' a11ti-emetique de Riviere, C est-a-dire, le SltC de iimon, mele au carbonate de potasse, ( sel d'absyntbe) arrete oti' diminue' souvent le vomis .. sement. Si l'irritation de l'estomac s'oppose a l'adn1i nistration du quinquina , on peut essayer de le faire passer en Javemens , quoiqu'il n'y ait pas grand' chose a esperer .de cette metbode. 1 Les hoquets , Jes spasmes , les mouvemens convulsifs cedent quelquefois a l'usage du capi phre en grandes doses, e,i oleo sacnarum. Cette dose peut etre de dix grain,s, repetee tout es' les six heures. Au reste, cette substance, unie au nitrate de potasse, . est d'un usage babituel dans cette maladie, comme ~~ux excitant ,et diapho., . ret1qe. Dans les douleurs d' entrailles, Jes vomisse mens, les meteorismes commen~ans, les bains ou les demi-hains, oont heureusement employes ; mais, pendant l'usagede ces moyens, le medecin doit consulter continuellement le pouls, afin de remettre le malade dans le hain , et de l' en retirer suivant l'etat de ses force$,

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,;It ( 85 ) Le deli re tranquille OU frenetiq~e ' I' affectiorl . oornateuse . , accompagnce de la prostration des force~, appellent l'application des epispastiques a Ia f 11uque et aux jamhes, hien qu' on soit ohlig~ de conven!r avec Baglivi que s~ ce moyen est _ employe tro . p lard, et lorsque 1'etat gangrenein: _ _ _ se prononce , ii ne fait que h.it~r la decomposition des liqueur~ ani males, et precipiter la fin du ma~ lade. . . ,. ~ ' Si le malade se plaint d'une douleur vive a tlfle extremite' ii faut Se hater d'y appliquef ,._ des fomentations en1ollientes, des cataplasmes adou~ cissans ; il faut e11 tenir le membre continuelle~ ment enveloppe, pour y attirer auta11t qu'il est . possible, et y 11 determiner la forn1ation d'un de• pot qu' on ouvre de bonne heure , et dont . on a soin d'entreteni1~ long-temps la suppurijtion. C~tte rnethode : n'est qu'un procede imitateur de la na ture, qui termine quelquefois cette M.1aladie par une crise hcureuse, en , couvrant la peau d'un 11ombre considerable de boutons ou de furoncles. ~ La diete doit etre proportionnee a la violence de la maladie, , }es boissons vineuses, les doux corcliau x, les doux. analeptiques, sont tour a tour utiles. On ordontie Jes bouillons au riz et aux ' herbes ' les cremes de riz . a I' eau OU de sagou' les bouillons de substar1ces animales , arroses du sue de citron. On _ passe peu ._ a peu aux alimens

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J 86"') f!lU~ i1 tlbst~nfjel$~ J i11<1is d'uue digestion 1acile. Le ~ f l \ 7 ~1t .~ scent cloit J . ni~nger peu et > souve11t; Oil Jui .. J r ecprn~ua1u:l~ " un exercice jot1rnalier, n1ais 1~~i1it : Jal.iga11t, " ~t ~ fair , des , heurcs et da11s ~!es lf~JJJ ~ Q ( b , le sQll1tl ntt tit1rde :i1as , ses rayons. ~J " b . . ,. . i c1 l I I :: : J : :. ~J / ~ -1a11111s&e i \ S!l 1 s1ste --a11cs ,; Jl C0t1ya esfence , , A~ : ~ q ~~i est . asse~Jn : qii13.il~e : _ , pp; {ait ( its~ge . de , J1~J1il loJ1s t 3.p~ri.tif& tlt i~ d~ ~ sLJqS ~ ; d'hrt1 : besi ,. , : ' ,/: . rrel est le traitement methodir 1 ue, le seul qu1 .,J . . A . . 1 ' } . ' 'd " .. ,. RoJ , ve / etre . ernp oye, ; a ~1u~. me ecu1e i n : en co~1~~~isSp . 11~ point . cf autres, :\ si _ ce .: . 1fest Je _ . traiternent p _ ~l ~ i .Jes . c speci:fiques, . qui \le " p~(ll: ~-~ aYQir Ji _ eU ici. ,,; , ,: :-)t ~s ; : ,: ~fl , e , l1e , ,;;1~Jq ~ , n1iHt~ires angl~i~ : . eittr1loiet1l a-Ja Marri , nlqi•~ ,:J PPl!t J ,, la i Jievre jat,1~,e , :1 lJl),.. ttaitc111~11t . 1 .. _ . , ., . ,;, l ajps~ : , ~~u-;u " . ,; , jls x r d911)}~1~t:,~'~boi~d _ : :i . u;~asolutio11 cl~ tar,ti, ; it~ t9e f)Ptf:IS~ r, ai1tio19ijie 1 a v _ et : . 1~ 1.; n1ar1ne ; ii~ ,. ' i e11 ,~iqe11t I' actioii . par 1 . des ). ~oissdns a-ppropriees e-t , dr~ lavcmep,j 4{!llier1s. Qt1c;)i1cl rls~ or1t , , pat (e l!!Oye.n' . ~te~,~li~)tl : l~ , ~e111~$~ior~ t1 .i la. ; fjq~r~' , j]s p " ~S$~qt q l'u$age :; 9~ , ( ;i , q~1iI1r1utna, , ~ ; 1 qtJi " f ; {er(11inf! t_ la l d . ' . . f ' nia a ie. . .. , .. . , , .\ 1 , jl < " 1:l. 1' l. ' " , .. ,, : •. i ,.; , ;p{ i fi{ JI ", , . . r . ';i u , ;'. _ ;{i_ . _;'. _ _; ,y: ,i' i,i.! ;; _ _ , . -. ;-. _ ~ , __ l~' . \ : ' _ ' 1 /J .1, t YI ).;_" ~ r .J :,t.,_ ; , ;. -_ 1.:,. ... : .~ ,1,., "'! : ' , ... . L ! lr~~ : it~tior~ : ". ds orgap~ gas . tricJue.s qt,i)signale le . , po,x1~ . 1~e1icetn,e~1 , t ou 1~ . pre1rii~r , _ pe1~i{l(le d~ . la fl.~ \ ~~,~ ,j.flu~1~ . a ~ail~~-P9r11irlg1Jff1,.; .f1 ue IJtrmettrait p~ 1 ~ ; d~ . f~i~}1 U$ag(:! ,, qt? , s . aJ)tin1oi1iaux.,/ . ; ._ '.) , .. , . , _. , ., Le , . docteur Jl.usb . .. , dans . sa disse1tatior1 sur " la , : ; i t ., , _ , '. , ' , ) ' ,, "') ' ' ' ' , "' . f ; .. t _'. ' flevr~ . j_au _ ne qui a , r~ _ vage PJ"Iiladelphie e1}
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( 87 ;, J ; v ratives . ,: -rationneUes OU trnpyt~ique9, il J~ i n\~ , t1' a -pas ! troute de 01cilleure ~ (ftttrl~ Stt~,vante ' : (tlct pltt.!r de I cent ;" n1alades , dit:'IHf , au : xqueJs : je ' f a-i .ff appli . quee, . je i n~en > ai . pas ' perdtt ttn . Stt:1t ir ptthlirv lr : &t eflet. tltl ;; pr9cedd usuel aon~~ etl , ,. ces 1 , tern1e : s : : :< : ; . Ct Aus sitot .. . que ~ vous ~ -vous sente~ ; Jn~is : ( j soil ;i .Je (( jdttl.' ~ / soit ]a nuit) ct'cl n1al { a , la tete ~ ~tf t ~llX! << reins .. / ; ~ : douleurs U'~stornuc, de ; ot1 1 de ,fief . ti!', . , Apecialerneut .si ces symptort1es ' St>nt (( : aecoriipagdes de croogaeut~ ~ tltr : 1isa ! ge . f _ $i 1 les : yctlX: (( sOnt ,~ atja ' t~hits lf~ jaui~ ~ pt\le/ ' •pren(~ti ' ifne t< des :: potidi;es : puitgtttiV~~ ./ {lChaque , . poud . Je i' ~st cc : c~posee de i quinze : g,rain& . i de jali1p .: i11Ji$1 1 i tt \~

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; . tt , UJJf ' t tdose i, de poud1ie , purgat _ ive 1 . . , de creme de , , , t,rlftte , ou . d'un sel neutre quelconque, " et par . cc ' d~ ; ltlvememe11 . $ en1olliens et laxatifs , ; rnais si : ap;'eS " raction dtl premier purgatif, : le j l)9U1~ S~ , (t troute . faible OU . deprime, vous emploierez . en ) cchC>issqn l'itifus _ i0.n de ; camomiUe; ou de serpen ~< tc,tir~ :, de Virginie; vousy , fere _ z _ entrer l'elixir de . ~ . , ,,,: vit,riolou lel~uda _ tium _ a ooses convena . J>les; vous do11nerez ~es hoissolls excit~11tes,l'~au vineuse, ~< J~ . : ~ vio t pu,-, ~e , punch ~ , .I~ porter . , Je quinquina (( en deeoct\oi1 _ . QU 'en. 1 subs , ~nce . . dans la : remission ~< _ ler' \ p~11s l' appart.ement du ' ~< : rna}a _ d.e :: un I air . frais . ef .IIleme froi~ si le pouls << esl , , pleiti et . iendu . . Les . parqu . ets seront . arroses .. JJ.~ riioaigr~ , et les de jections seront . eloigrtees ~ << . le . 1:1lusj6t . q . u'il se1 : a , pQssible. >> , j fi I 1) E' ) , ' . 1..,el _ ,. ~St le " pro~ede curatif du docteur _ Rush; , , il ' ~t1Jlot1ce qu'il fi1t : , . adQpte par le p,ls " grand iJqmJ>re des 111t~de
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0 ( 89) . celerite du 1noye11 fut telle, que / ses eleves et lui . r1e suffisa11t pas au traitement des malades, et merne a la preparatio11 de la poud1;.e purgative, ii _ e11 . fit commu11iqt1er la recette a plusieurs phar1nacie11s, quifemplO)'erent a, r ec un egal succcs . .. . On voit que le procede de Ce medecin ne diflere de celui qne j'ai detaiUe, qu~tn ce qu'il emploie , pour purgatifs les n1ercuriaux u11is au drastiques , tandis que . nous . ne conseillons a Saint-Domingue que de doux . mi11oratifs ! ll y ~ a lieu de s'etonner que l'irritation : des organes ait permis l'usage de ces moyens , it -: faut qu'a Philadelphie elle soit beaucoup moit1s vive que dans notre Colonie. Je ne m'y arreterai done pas da':antage, et je rri'e ton11erai seulen1eht . qu'un traitement , si vante c dans la ' fievre ja~ne de 1795 a Phila~elphie, n'ait pas ete pratique dans la 1neme n1aladie qui a ravage cette malhe~reuse ville, et d'une ma11iere . plus eftray ante encore , dans l' an 6 et l' a11 7. Ce qu"il faut , penser du traiteinent dit du pays, ou. : vulghirement employtf. . : _ Le traitement du pays, qui consiste clans le seul . usage des adoucissa11s, des eaux de poulet nitrees , . des . doux lax.atifs ! , ne considere que le premier temps de la mcdadie, retat .. febrile OU d'irritatio11. . Les saignees repetees clans le p1~e mier jour t les lavemens Cmolliens, les l>ains, !

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(:, ( 90) les den1i-bains, les n1inotati& , reussisse11t r 1 u~l quefois dans les mains des Creoles, pourvu que la ma~adie ne soit qu'au pren1ier degre ou ai1 con1t11er1cement.du secor1d , parce que ces reme~ des sont ad1ni11istres par des/2. :fem~~s, sou, 1 ent , avant ,que l'itivasion soit avancee,, et ,toujours a:vec un soitt, une atte11tio11 , une constan(~e dans les plus minut.ieux. details, qu'il est difficile de trouver ailletirs que dans leurs •mains. Si la ma;;. . ladie est gt'ave et passe a son second etat , Jes temu1es donnent. le camphre, en laven1ens, mais ,elles 11'en1plo~entle quinquinaSr1ue da11s la convalescence , ~_el..eon1me toniqne. : ( ' Usage de lil s,iignde cle . l' enietique, des l'urgati/s, f?tt quinq~i,na, du Ctl:fllphre,1 de$ veszcaioifes, dans cette .inaladie. La saigr1ee est regardee dans: le pays, et meme . pat .. quelques.praticiens, comme un preservatifde l~ fievre jau11et,, ou du n1oins .~or~m~ u11 mo.yer1 cle la rendre plus doucea 'st~pporter. A cet eflet, elle Se " pratique au bras tous les ,:-nlOJS ' OU tt f invasion du:r>lus.leger mal :de tete, et a . la quan ... tit.e de six it huit ,onces chaquefois. Si,la teteile vient tres .. douloureuse par I'irisolation, on pratiq'tle utilement une sai,gnee du pied. Quoi qu'il en soit de ce ioyei1 , qui peut etre tttile attX i19uveaux debarques I dans un grand

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{ 9 . . t ) 110,n1~\re d~ ~irf9p~ta11ces, ~t relative.ment a , Ieur . age, .. . }er ; ~01isiitJ.1tioi1 et~ leurs ta,rces , il it' tn . . es,t paS ~~ . ii1~ r1:ai, en ptill,tpe' que . la saignee par ~! , ler~e~n~ J!~\ ~ntrair~A~Joutc malaclie ady~ _ 11a111i~u~ <=le '. i pt1tu1~e. , Si tlle _ a $QUVent caln1e l ,. . . -• . ' ... . l . d f ~ ' II ,. I . , ~•:1t ; atton ~ i Wn? ~1e~1 . e ~1S . ~} a-t-q . ~J pas J , ete ._ . . C " 1i1alade dabs i\ Uli aflaissement . mortel ! Consultez _ ; ~.-:.1 ~~:: : l ) _:. t~~ : ff ~ , :< ' .-_i :.'. . ..• . :. , (, . . . les . clbserv~tio11s consignees ,.. daris _ Touvrage de . ' 1\1. l?esportes,, clans Ull Jen1 , ps , OU la saig11ee!etait . _ _ ,'_ ., . -lJ (, '• •,i . \i ~fO.l~ souver1t ; pr~~iq~~ . . , vous vous co11vai11crez ' de j J~ realite ~le -1':o.pi!liQn qu~ j'en1ets . . . . ic~ . . ~i ceper~ ) cl~:fJt j la fie~re . j~llll~ :, 11': ; ~S~ ' pas , 3 , , 1111 ,, haut 1~,~ ~ r : fjo .. . m ' . . . l:~n. e t , .. ) -. ' . ;; !l . . . fl' ' .. . . . l,; .\ C.U . ;, , , . ,,,(, •!<' ,,: , ,. ' •" : ,: ,, '..:i. ;' t ., , ; . ... . , , ' '.; . u I ,, " ,. . b ' ... " , . ,. •, ,.. ' ' . . '"' .... . ... ,. ' iii Ji ' ,t.'~ " ", ,:_ J,,., ,;. : ! , ' ~~,L .. S, . 'I' . r.:.:. ~ --~ ... , . ... ' 4-1, L ' ; . , ; , . . . A isl . . 1 •' ~./ _, ._ . . ~~01C~\qU.f~Y~\~ e.ti;f ;: ' ~jlJl$ tOUS , , . es . . C~S , c rtl!e~ Jlli\~~ge ; d~Q~ t $QB, ; , eq.Jplqi ) {!~ cJ?.95J Sf , ~ ii q.oses . . 11 . se _ ~ . r~jf jlus prJ~ , ~ P,'y ; I'CI)Ql\~~r I e~1tie,r~n1e11t clan~ M ir~,it~UJ%~ : t: J lH _fiCvn~ ; ja~,;tp,., F St , al;l j moin!s 1;~pi9i~p . ~1l1~t~l~ ~es i au . fFu _ ~~ , qui , ont ccrit sur ,. "' . . d . 'd ~ . " C~tt . e ; Xp~ \ ~~~~r / ': S 3/t . . ~ . s '. ~~ . e . el11Il , ~ qy1 ~ pr;atu.1tteQt ;; al\• jourd'hui dans Ic 3 s Coloni es~

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La meme 'observation _s'applique aux purga tifs; ils doivent tt:uj(!urs etre pris dflnS la classe des minoratifs donnes a doses refractees et , en t,avage,;SallS cette p~eeaution,i}s peuvent ~~citei iles tontes'colliquatives mortelles,'ou jeter le ma lade dans un atfaissement qui prCCipite sa fin. ,Voila pourquoi les lavem~ns ilaxati(f-~sont prefe res, en general, dans le cours de ce~ie maladie; l'eau de casse ou celle de tamarins, legerement aiguisee par Ull sel neutre' opere pips doucement I' etlet qu' on ~, droit d'en attendre. ,~ Le quinquina est ' parfaitement indique dans cette maladie, du moment. oh la temission febrile . Jlermet de l'employer; mais ii re11potjtre des tre-indications tellement puissa~1tes :: dans l'irrf tatio11 gastrique , qu',l fait naitre ~u qu'il accrolt , . dans r horreur~--et I~ crainte que , sa prescription, inspite au , malade, que i'on se, voit pour ainsi "dire oblige d 1 y renoncer, :ou ;8e se',,fiorrier :a de~ 4ecoetions legeres OU emulsio11n1es~.J;tlonnees a l'tinstant ou,Je( premier temps~ de ::~a malatlie faft place au second; mais alorsi•-meme, quels que soient la prostration. des fore es et ,r ~tat 'depri me du pouls, l' estomac est'' gi fatigue de 1:irritatiOn qu'fl a .souffrte; les hoquets, 'les sptfsrnes, les VOtrli~ semens qu'il eprouve e!}CO~e, ac~able11t tel~etnellt le ntalade, qu'on ne peutplus dtmh~r'le qtiihL . quina qt1'en l~veniens. It ar1-ive tle'Ia~_ que, ce rc:J,. 11/

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( 95) mede hero1que perd son etfet, et en meme t.emps son credit, et qu'il n'est guere connu que co111me tonique a la fin de cette maladie. On peut appliquer le n1erne raisonnen1ent a tous les autres ex.citans clout fadn1i11istrc1tio11 pa, rait indiquee par la nature de la fievre, jattne. Quant aux vesicatoires, ils ne sont utiles que lorsqu'ils sont appliques entte l'irritatior1 qui Jes repousse et l' etat gangreneux c1ui les rend inutiles. lls peuvent done etre hornes aux cas OU les af1:. fections sopo1~eu,ses semblent en solliciter l'usage. Ce qu'il faut ,, penser sur la contagion et le ,,caractere pretendu pestilentiel . de la. maladie. Quelle est la source de la fievre jaune de Saint .. Domingue ? est•elle d' une origine etrangere d' oii' , dans quel temps, de quelle maniere a-t-elle pu y etre importee? estelle contagieuse? la conta gion peut-elle s'etendre jusqu'a l'Europe? ""elles sont les questions dont la solution touche de pres l'hygiene puhlique, et peut determiner et les ma gistrats a 1 pr'endre des mesures de surete , et les autorites pren1ieres a rendre des lois convenahles aux c1rconstances. La fievre jaune de Saint-Domingue y a-t-elle ete importee? No11 ; elle a son origine dans un air tres-chaud, sature d'emanations marecageuses.

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' ( 94) Par~tout oil ces p1incipes-se developperont et se i mettront e:0 activite , on verra naitre la, maladie ~a11s les individus . qui portero11t en euxmemes les causes predisposantes. C'es~ ai1Jsi qu 1 on ra vu se , manif~ster a Cadix ell 1764' da11s un ete extre~ men1ent.. . cbaud et ' sec, a Pensacole c1i 1765 . , et clans to ' ute l'Andalousie en 18 00 . La double tierce de Minorque presenta des ~aracteres de fievre jaune , , et les contrees meridionales de l'Europe a . 1.uont a la craindre dans les mernes circonstan~ . ces. II n;existe '. dans Jes Indes Occidentales aucune . cause propre , a y produire exclusiverrient cette 111aladie; clle exerce des ravage~ d'aulant plus re~ douta~les qi.le les lieux ou elle '' se repand sont plLlS voisins des foyers des miasn1es. V oila po u1~quoi, a Philadelphie . , dans toutes Jes villes maritimes des In.des Orientales , a Saint~ . Do1,11ingue, a la ' Guadeloupe, la fie . vre .. jaune est rrioins con1une~ i n1oi11s da11gereuie a mesu ' re que 1'011.s'eloigne des plai11es et des lago11s: . . Voila pour~quoi ~ . a partie es. pa_gnole est le plus soitven t it l 'abri de ses attei11tes. Voila pourquoi on: , peut s' en garantir eu allant res~ pirer un air: plus pur dans Jes motnes. , t n. . : : La fievre jaune n' est pas . contagieuse, cette . Opinio11 est celle de la generalite des praticiens, ~'~st•a-dire qu"eUe ne se comn1uuique pas ne tessaii eme11t . du corps vi,,ant qui e1i est . fiappe aux. individus . avec lesqtiels ilpeut se trouver en

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( 95) co11tact ; n1ais elle est epidemique pour presq~ tous les 110uveaux deharques clans la Colonie : c'est un trihut qu'il .faut payer dans 'le cours . du pre _mier ete que 1'011 y passe. Cependant 011 ne peut se dissin1uler CJu' une 1naladie aussi grave,;ct ti"un . caractere putticle et gangreneux , ne puisse se , porter pa1~ con1n1u11ication de rair respire, OU par d .... . , , d . I le co11tact cs eftets 1mpreg11es e ces n11as1nes, , SUl" les bon1n1es qui, par eta~ OU p~r devouen1e11t, s'exposent a tous les instans du jour a l'action des causes qui la fo11t 11aitre, et qui l' entretienne11t. Tel est le sort des officiersde sante, desemployes da11s les hopitaux., .et de tous ceux qui visitent frequen1mc11t ces asiles de la souftiance. Aussi le nomhre de ces victimes a .. t-il ete co11siderable dans le cours de floreal et prairial. Ce fleau ~;a pas meme epargne les homrnes les plus acclimates, c' est .. a-dire , ceux chez lesquels les el;f ets des mias• mes et de Ia contagion sont en partie detruits pat' l'habitude. QL1e taut.ii done penser des mesures que l'au torite puhlique prend en Europe pour prevenir l'introduction de la fievre jaune et des quara11taines auxquel les se trouve11t assujettis les vais seaux , les hornrnes , les eflets qui arri vent des lieux infectes '? La prudence et la crainte prescrivent ces me sures, et la raison les consacre. Nos con~aissance$

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.. ( 96) sur les limites de la disseroinatio11 de la con ta.. gion, sur les temps, les lieux, les d . istances, les circonstances propres a , la propager OU a r etein dt"e , ne sont pas assez sures pour que les ma gistrats ne prenne11t pas toutes les I precautions _ possibles. Les quarantaines sont de, toute 11ecessite dans I~ departemens meridionaux , parce que les causes productives de la fievre jaune y existe11t A -,i en tout temps, et peuvent y e . tre mises en act1vite par une secheresse et une cbaleur extraor dinaire. Les departemens autres que ceux ~u ridi ont heaucoup " moins a craindre , puisque le 6:oiti fait d~ns tous les temps cesser cette maladie. Les communications commerciales qui ont existe entr~ les regions du nord d~ l'E~rope dans les Colonies; dans le temps menle OU celles-ci etaie11t frappees de Ia fievre jaune , ne I' ont jamais trans ffl,ise. Le tropique du cancer est la limi . te .na .. turelle de la contagion de cette maladie. Rapprockement de la maladie de SaintDomingue de celles de mime nature 'l ui ont af.flige diverses contrt!es e,, dif ferens temps. Il importe a l'histoire de cette maladie de faire connaitre les diverses epoques oh elle s'est mani• festee a S. Domingue et les constitutions an11uelles~

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( 97 ) En 1755 et 1754, la saison pluvieuse fus suivie au Cap d'une, secheresse extreme pe11da11c ''l'ete. Le ,e11t du sud comn1en~a y souffier\Cles le n1ois d' a vril. La fievre jau11e, que r 011 connais sait alors sous le nom de mal de Siam ,. fit perir plus de la moitie des matelots et des nouveaux. debarques. II y avait au Cap beaucoup de n1alades, tres-peu dans Ia plaine , sur-tout vers les morne$. Cette n1aladie regna seule penda11t quatre mois ; toutes les autres maladies annuelles disparurent devant elle. En 1755, 1756, 17'!>7, 1758, temperaturemo d~ree. La mah1die de Siam fut sporadique; beau• , coup d' etrangers en furent frappes , et le plus grand nonlbre en guerit. En 1759, 1740, 1741, temps serein, tres-sec, tres-chaud, dans les mois avril, mai, juin, juiUet; grande, mortalite sur Jes animaux:, quantite de cheniUes extraordinaires. Maladie de Siam tres-re"' pandue, tres-maligne; les saignees se rouvraient , la gangrene survenait promptement , aucune me~ thode curative ne reussissai t. I 7,,42. Ten1perature moderee, maladie de Siam assez douce, peu de morts. 1 1745.Secberesse ~ongue, chaleur tres-vive dans . les mois d'ete, hrises tres-faibles , mal de Siam a un hctut degre de malignite. Le petit nombre de ceux qui ont ecbappe a la roort n' a ete S8"1Ve que 7

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( ,98 ) r,at des depots aux extremites qu'il a faUu e11tre ttinir long-temps en suppuration; cette maladie a prese11te quelques cha1hons, et des ulceres gaugreneux en grand 11on1bre. La rneiUeure cot1stitutio11 est celle ou Ies ora ges sont fieqoens; les torrens forn1es par Jes pluies entraiuent'''alors, avec les terres, les en1anations deleteres qui s'eleve11t de la surface des lagons. I l\f. Desportes, a qui ron doit cette suite d'ob setvations interessantes, a remarque que les cons: ti tuti ons tres-seches, et consequemment les fievres jaunes tres-malignes qui les accompagnent tou jours ' reparaissent a peu pres ' apres Ull periode de douze a qui11ze ans. 01J doit regretter que le ,, travail de ce sage praticien 11'ait pas ete suivi par les n1edecins de Saint-Domingue, qui se. sont sue cedes depuis le ten1ps oh ii vivait. Nous serious eclaires aujourd'bui su1 la nature de cctte ma~ _ lad.ie, su~la meilleure n1ethode curative qui puisse lui co11venir, et sur les moyens d'hygiene propres ,) ' a ' en preve11ir le retour. 11 n'in1porte pas moins a I'histoire de la fievre jaune de l'observer en d'autres contrees ou elle a pris naissa11ce a diverses epoques. -"'~ Si l' on consulte tous les medecins qui ont ecrit surla fievre jaune d'Amerique, et ils sont er1 g1and . 11ombre, on peut se co11vaincre que cette maladie, qui,_ a dive1ses reprises, a ravage plusieurs regjons

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( 99) , . . t1es Etats Unis, s'est toujours mo11tree clans les saisons n1arquees par une secheresse et u11e cha. leur extremes , <1u' ellcs se sont ' toujours ralenties a mesure que la saison froide s'approcl1ait, et qu~eUes se sont eteintes a vec elle. ' L' epideu1ie de la Catalogne, en 1764 , eut les n1en1es causes , la 111en1e 111arche , la 1r1en1e minaiso11. _ Le docteur l\tlasdevvall' e11 a trace l'l1istoire. L' epidemie OU la fic, 1 re jaune de Cadix, en 1800, do11t le docteur Blin de Nantes a donne l'histoire traduite de r espagnol, avec des re1nar ques tres .. i11teressantes sur Ia Itature et Ia contagio11 pretendue de cette 1naladie , presente le n1en1e ta• . hleau. . _ L _ es travaux. de l\'Iakittrik ai~1si que ceux de Moultrie , sur cette n1atiere, l'histoire tres .. circonstanciee et . tres .. hien taite de la fievre relnit te11te jaune de Philadelphie en 1 795 , p _ ar le doc teut .. Rush ; t . outes les ~hserYatiotis enfi11 que I' on a faites sur cette maladie, clans tous les pays ou elle regne , co11courent a fixer sa duree ann , uelle clans les n1ois les plus cbauds. Cette meme fievre jaune qui i-avagea Philadel phie en 1795 , Baltimore en 1 794 , New-Yorck et Norfolk en I 796 et 1797 ' et qui, apres s' etre un insta11t assoupie, " s'est eveillee avec tant de fu'8 reur dans I' a11 6 et r a11 7 , ofli~e quelques de-tails interessans a co11naitre. Elle a pris tonjours nais•

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(JOO) _ sa11ce sur le co11tine11t d' Amerique, elle a co!Il• menee toujours par les quartiers Jes plus sales et les moins aeres des villes 1 , elle n' a jamais paru que clans la saisonla plus chaude de I'annee, aux mois de juillet, aout et sept~mhre; ten1ps oh sbr 1 ies cotes l'air est ahsolument etouffa11t si la ten1perature est tres-seche. A New-Yorck, la fievre jaune a paru mani festement provenir de matieres putrefiees dont se trouvaient remplis plusieurs bassins sur le hord de la mer , qui etaient le receptacle des immon dices du voisinage , et qui empestaient I' air lors que la n1areese retirait: les magistrats.firent com• .bier ces hassins et sanifierent ce lieu. ' A J>hiladelphie, la fievre jaune se declare toujoitrs dans le voisinage des quais oh se jettent ioutes les irnmondices. cest toujours par la rue Walter Street que commence la 1:naladie. Cette rue est situee derriere les quais; elle se prolonge le long de la riviere , on y respire dans les etes un air n1ephytique suflocant pour ceux. qui n'en.ont pas rhabitude. Si f on se rar t'elle ce que j' ai dit des eauses lo cales de la fievre jaune a Saint Domingue , on voit que Ies observations faites dans les villes des , Etats•Unis que ce tl~au a devastees, cadrent en• tieren1ent avec celles qui ont ete faites clans la ville du Cap; c'es.t du rapprochement de ces oh:,,,

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( IO'I ) ~ervations, faites en plusieurs lieux et depuis plu sieurs annees , sur eette maJadi'e,_, que r ai cru dt?• . voir induire les divers corollaires que peut offrir ce tra,rail. 1J1oj"ens propres a orrdter le cours ou a prt!ven,ir le retour de cette maladie. Les movens d'arreter le cours de cette maladie ,v appartien11ent au temps scul; une temperature nou• velle oper~ toujours cet eftet si an:lemment desire. II taut que les pluies d'orage rafi~atchissent l'atmos-. iphere, clelaient et divise11t les emanations delc• teres, et que des hrises fortes les enlevent ; alors la fievre jaune, qui etahlit son cours de floreal a . hrumaire, s' adoucit, perd peu a peu le :caractere malin qui la signale clans l'ete,,tandis que d'un autre cote les Europeens, echappes ace eruel fleau, s'acclimatent chaque jour davantage. Les n1oyens propres a adoucir la violence de cette maladie, a en ameliorer le caractcte, a en prevenir la propagation, consistent clans 1' execu tion des mesures suivantes : \.Y 1 Entretenir la plus grande proprete Elansles hopitaux , les casernes , les 1naiso11s particulieres oil ii peut se trouver des malades ; ne pas .per• , mettre que ceux-ci soient couches deutl deux ; multiplier les salles et les hommes de service; faire circuler sans cesse l'air lihre du dehors, desinfecter ,. I ', t

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( 102} t)lusieurs fois le jour . les atmosphe1~es i11terieures, ; fJar l'expansion du gaz muriatique oxigene et pat . tous les aut1--es IDO}rens specifies dans l'instructioll sage du conseil de sa11te des armees ; surveill e r de tres-pres la qualite du pair1, clu ,,i11, des vian des, des lllatelas, des pailles, et cle toutes lcs , tour1, •, r1itures qui entrent et se conso111n1 e n~ clans lcs hopitaux , les casernes des villes et des canton11emens n1ilitaires; sanifier avec le plus grand soi11 les ettets dont les malades ont pu s ' e servir, ou h.ruler ceux do11t la co11se1"vatio11 r1e serait pas sure; eloigner Ies casernes, les hopitaux, du hord de ' la mer et des li1gons de la petite anse. 2 Delivrer la ville du Cap de toutes tes causes d'infection qui y sont accun1ule-es, y reu11ir tous les moye11s connus par l'hygiene publique , que les officiers de sa11te e11 chef de l' armee ont deja fait con11aitre et que le general a fait n1ettre ri I' ordre du jottr. 5 Ne laisser au Cap que les troupes indispe11sablement necessaires au service; faire statio1111er ! les di visions de r arr,nee clans les mor11es , pourvu qu'elles y soient a l'ahri des chaleurs excessives et des , . pluies trop , .fortes. 4 Hahituer les troupe~ a un exercice journa~ lier le n1ati11 avant le lever du soleil, defendre de s' endormir, de se reposer sur la terre hu1nide, le long des lagons et des esteres.

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( 105 ) Nota. Tel etait r etat des choses au pren1ier mess~clor; les rebeUes ~taient soumis , Toussaint• Louverture s' etait rendu, lfl guerre etait ter111inee ; 111011 service de medecin en chef de rarmee n'avait plus d;objet. Les officiers de sante en cl1ef de la Colo11ie , nommes par le ministre de la marine, entraient dans 1' exercice cle leurs fonctious. Ma sante , depuis pres de deux mois, etait chanGelante; un service a cheval tous les matins, pour !'inspection des bopitaux;. au cabinet, pour la. cortespo11da11ce, et aupres des malades le resie du jour, m'accabiait de fatigues. Cependant mon activite, loin de se ralentir, s'accroissait a raison de l'urgence des circonstances. A cette epoque, le general en chef me donna l' orclre , de depart. J e ne l' aurais jamnis de maude, da:ns cet etat des choses, man devoir etant de 1nourir a mon poste. Il voulut bien y ajouter des te-1 moignages de l'estime que mon zele avait pu lui , inspirer. Je partis , du Cap le 5 messidor. Les , pa piers publii~s ont annonc~ depuis que Ia fiev~e jaune avait continue ses ravages , ce qui clevait etre , cette 111afadie ne se tern1i11a11t ja1uais avant la saison d es pluies.