Citation
Contre la révision de la constitution, by Emmanuel Morpeau, 42p,

Material Information

Title:
Contre la révision de la constitution, by Emmanuel Morpeau, 42p,
Publisher:
Cayes, Haiti, Impr. Bonnefil, 1914
Language:
French

Notes

General Note:
4-tr-Morpeau-1914
General Note:
HarLawDep HAI 961 MOR; Hollis 004455054

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Source Institution:
Harvard University Law Library
Holding Location:
Harvard University Law Library
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Resource Identifier:
LLMC31869

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CONTRE LA REVISION


DE LA CONSTITUTION




PAR


Emmanuel MORPEAU LICENCIg EN DROIT
AVOCAT


0 b


IMPRIMERIE BONNEFIL
CAYES ( HAITI)
Rue du quai
1914



















Du m~ne auteur:

La Doctrine de I'aieul 1 b:ochure


En vente A Port-au-Pr ince
chez le S~nateur M. Morpeau Aux Cayes chez I'auteur




-EP 15 1931

















LA CHAMBRE DES COMMUNES

AU
StNAT DE LA REPUBLIQUE

Je d~die ces pages.
Puissent-elles produire quelques effets sur leurs esprits et exercer quelqutinfluence dans leurs d6lib6rations.
Que le corps 16gislatif soit assurE qu'en les 6crivant, je n'ai pens6 qu'h mon pays;
qu'en les adoptant, il aura encourage un hornme qui ne dsire que le relvement de sa chare Haiti.
D'ores et dja tout le succas et tout l'honneur en reviennent A la patrie.
J'ai pour devoir d'4tre utile. A celui qui accomplit sa tache , il n'est rien dfi. A l'ceuvre d'ducation que je propose, je ne cesserai de faire mon apport.











Estrre la skbisin
Sin zonstitution *

Le but de I'homme est I'action"
VOLTAIRE
" L'homme est une force active,
unecause qui agit Incessamment,Tellement que I'ide d'existence ne lui
vient que de cette cause interleure
qul est iui," LEIBNITZ,



Tout est un eflet naturel de notre activitE. Le present explique le pass et prepare
l'avenir. Au dessus des lois il y a les moeurs. Les lois ne valent pas sans l'ilment social
qui les justifie et les apphque.
Dans un article intituld: " Nos moeurs
et nos lois" paru dans " L'Essai" du 24 Octobre 1912, j'avais soutenu que: " Notre
" constitution de 89- contrairement a ce qu'
" en penscnt certains- n'est pas A reviser " quant present. C'est plut6t la mentality
"du pays qui doit tre rgformie, ses moeurs "qui doivent stre amblior6es. Pour savoir si

* Paru dans Le Matin des ler et 2 Septembre 1913.







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" un instrument est bon ou mauvais , on
" doit commencer par l'utiliser. Ce ne sera
" qu'apris s'en 8tre servi qu'on pourra d6ci" der s'il doit tre conservC ou remplac6. N'a" voir fait de cet instrument qu'un usage "imparfait et dclarer qu'il ne s'adapte pas " nos moeurs , qu'il doit etre 6cart6, c'est " franchement ne pas raisonner. Un peuple "est un ftre d'habitude. En lui so trouve "entasse une longue succession de valon" i6s identiques. Les circonstances qui nous va"lurent I'Ind6pendance , les tendances h6radi" taires , les influences historiques et ie milieu "ont fauss6 chez nous l'organisme. Tenir " compte de toutes ces circonstances et se " basant des 3us , arriver A reformer nos moeurs, " telle est la premiere pierre de l'oeuvre 5 en"treprendre. Nons avous vecu de l'arbitraire, "dans l'arbitraire et par l'arbitraire. Nous de" vons propager I'id6e qui fera disparaitre cet " 6tat de choses.>
Mon opinion n'a pas change. Aujourd'hui que la question de savoir si la constitution mdrite d'etre ravis6e , est A l'ordre du jour , je crois de man devoir de prsenter qcuelques considerations contre le projet de revision.
A rant de le faire jetons un coup d'oeil rapide autour de nous et vovons ce qui
s'v passe. L'6ducation qui forge 'hllomme et fait de lui un citoven n'existe pas. Au point de vue moral nous sommes infirieurs A nos aieux. Dans nos villes , dans nos
champagnes tout est A l'dtat de nattire.
Le souci de la gloire , celi combien no-








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ble de la grandeur de la patrie n'obsident plus. Beaucoup d'administrateurs tras pen on plut6t pas d'administration. Pas de systome financier et administratif. Partout la course aux fonctions publiques, la course A la cure. Les charges sont insuffisantes , on en augmente le nombre et chaque jour va
se multipliant la liste des solliciteurs. L'Etat est le grand curateur , le nourricier. Parce qu'il est 6goiste, sans education et ne salt pas plarer dans les spheres de la politique proprement dite , it se croit capable de pourvoir A tous les besoins afin d'avoir tout le monde la tte baisse , 1'6chine courb6e, sous la main. Pour lui n'a aucun sens cette forte pensde par laquelle Aristote r~torquait Platon: " La cit6 se fait " non d'hommes semblables mais d'hommes
" diffdrents. " 11 doit seul penser et pour tout le monde. 11 ne faut pas opiner contrairement a ses vues , car tout de suite sa tate tourne comme avait tourn6 celle de
N&ron donnant naissance A ses crimes fantastiques de lase-ftat, ,de complot contre la la sfreti de 1'Etat , et que sais-je. Ainsi done i'Etat est corrupteur et tue , par 6troitesse de vue , 'esprit d'initiative , I'esprit d'ind6pendance. La richesse, le luxe, l'aisance sont 1'apanage de certains et 6toilent une surface de misare. Beaucoup de talents, peu de caractare, beaucoup d'hommes intelligents , peu hommes de bonne foi et utiles , peu -de capacit6s bien emploves. Tout le monde vit d intrigues , s'ipuise en competitions vaines , stiriles , clame








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que le -pays va A l'abime mais se soucie fort peu de rien rdparer. On 6crit beaucoup, on parle beaucoup et on semble ignorer qu'en politique les grands hommes, les grands esprits crateurs ne sont certainement pas ceux qui parlent A longueur de journe , 6crivent sans cesse , mais ceux qui conqoivent juste et ex6cutent bien. En HaYti comme partout ailleurs, on n'estime un homme politique qu'A ses oeuvres et aux r sultats obtenus. Chez nous on a trop longtemps gouvern6 contre quelqu'un ou contre quelques-uns. II est temps qu'on comprenne que l'avenir est A celui qui
gouvernera pour tout le monde, en dehors et au dessus des partis, qui sera isnpartial et tolerant, fera appel aux bonnesvolontis et aux concours intelligents et loyaux, en un mot gouvernera grandement et largement. Cette courte peinture doit faire sentir la nicessit6 de I'ducation tant pour 1'Etat que pour la nation.
* Quelle est la premiere partie de la politique? s'6crie Michelet dans son int6ressant ouvrage intituld Le Peuple. a " L'6ducation. La " seconde? L'6ducation. Et la troisiame? L'6"ducation. J'ai trop vieilli dans l'histoire, " pour croire aux lois, quand elles ne sont "pas prdpardes , quand de longue date les "hommes ne sont point 6levs A aimer, A "vouloir la loi. Moins de lois , je vous prie, "mais par l'ducation fortifiez le principe "des lois , rendez-les applicables et possibles; " faites des hommes et tout ira bien. "
Parmi la gindration qui doit succder








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A celle d'aujourd'hui il y a des jeunes gens qui savent A peine signer leur nom.
J'en connais plus de cinquante qui savent tout au plus lire et ecrire. Le mauvais exemple pullule. La liberty inlividuelle n'est pas encore un fait chez nous. Le dernier agent de police se croit ledroit d'arrfter, de deposer en prison. La rivision de la constitution ne produira aucun effet pratique. Actuellement le fait brutal c'est qu'il n'y a qu'un moyen de salut: I'instruction de la masse , 1'6volution du peuple.
Pourquoi parler de revision de la constitution alors qu'en cas de violation' du principe de la separation des pouvoirs, le dernier mot 'est toujours rest A celui des trois qui possade la force ?
Pourquoi parler de revision quand cette constitution dont la defense a 6t6 confide " au patriotisme et au courage des grands "corps de l'Etat et de tous les citoyens a
n'a jamais 6t6 observe, applique ?
Pour qu'une famille evolue il faut absolument que tous ses membres travaillent A son bien-ftre, A son d veloppement riel , en un mot qu'il n'y ait entre eux qu'un coeur et qu'une Ame , tout en conservant chacun son individuality propre. Une nation progresse quand la conscience de chacun a, pour r.percuter ses nobles sentiments , la conscience de tous ; quand il n'y a pas deux nations dans la nation.
Pour obtenir ce resultat d'une nation cohdrente, lide entre elle comme par un








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lien magn~tique qui fasse vibrer ses menrbres du sommet de l'6chelle sociale A sa
base, il faut l'ducation. Tout dans la vie
se resume par ce mot. Trouvons-nous actue!lement un fond d'iddes , de croyances. communes qui inspirent les actes de l'homme politique et du citoyen et assurent le d6veloppement rationnel de l'enfant ? L'homme de domain vaudra-t-il mieux que celui
d'aujourd'hui ? Et pour appliquer d'une faeon impartiale, r6gu!iare , les lois que nous violons sans cesse, qui aurons-nous ? La constitution, ayant pour but veritable le drveloppement normal de I'homme, m6rite-t-elle d'etre ravis6e quand elle n'a jamais t6d 6xcute , c'est-A-dire employee comme vrai moyen d'action ou d'6ducation nationale ? Que penscr d'un individu qii parle de respect de la loi et de la constitution quand il est le premier A les violer ? Dans cc cas , est-ce la constitution ou l'individu qui m6rite d'tre r6forma ?
Dans tons pays non encore en decadence, l'individu est tout tant que ne fleurissent les institutions. Par ses moeurs austeres, par sa sagesse il s'impose en exemple A tons ceux qui I'entourent. Son respect des lois et des institutions que , peut-atre , il a cries , est le plus stir garant de leur bonne marche et de leur evolution.
Les !ois les mei!lleures ne peuvent produire aucun bon r6sultat sans l'6ilment social appel6 A les appliquer, sans l'opinion publique , fruit de I'ducation , qui flageile le coquin et soutient l'hiomme de bien. Inexistence d'dducation morale, inexistence d'dducation sociale , inexistence









d"'ducation politique , voilA ce qu'on constate.
Dans ces conditions est-ce la constitution qui est A rCviser? Et puis quand un peuple pi6tine sur place, sans industrie parce que sans indipendance et sans initiative dans l'esprit pour pouvoir !a cr6er , sans agriculture, incapable de s'approprier les progras r6alis6s par d'autres, se peut-il que ce soit une question de revision de constitution qui nous pr6occupe?
Je voudrais bien voir ceux-IA qui en sont les partisans prouver 10 que la constitution a 4t6 applique e, 20 que sa mise en oeuvre a d6montrd ses d6fectuosit6s , 31 qu'elle est inf6rieure A nos moeurs.
Qu'on r6ponde ou non A ces questions je fournis d'avance mon opinion.
Je suis presque stir d'8tre en opposition, avec beaucoup. Ceci me chagrine peu car j'exprime simplement ce que je pense. La volition est 6troitement li6e i l'intelligence. La plus forte raison de dire ce que je crois Ia v6ritC a son fondement dans un principe de droit naturel: celui de penser et de formuler ma pensde et ensuite dans un principe de morale. Penser et 6noncer la pens6e sont done deux actes absolument solidaires. Comment concilier la dignity de l'Fme humaine avec le mensonge ? L'inconciliabilit6 ne cesse qu'autant qu'ii s'agisse d'une conscience fourvoy6e , qui ne voit dans le peuple qu'une chose et dans la politique qu'un moven quelconque.
L'article 21 de la constitution est conforme- aux deux principles dont je viens de parler et en opposition continuelle avec nos mceurs. Qu'un homme use librement de son







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droit de penser et de formuler sa pense tout de suite il est montr6 du ioigt. I)ans ce
cas qu'est-ce qui est a reviser ? Ici encore revient la question d'dducation.
Elle est capitale pour quiconque itudie les sources de vie morale infiltries aux diverses generations qui se sont succdME ,de l'Inpendance a nos jours. Si elle existait, elle n'eit pas pu engendrer cet 6goYsme profond qui 6treint la nation et fait que tout, est
objet de speculation mene l'amour de la patrie
La force et la sante personnelles s'obtiennent par l'observance des lois physiologiques comme la force et la sante nationales sont la r6sultante logique de 1'obdissance aux lois sociales. Aucun peuple n'a march par bonds et les progris r6alises par tous ne sont au tond que des transformations. Aussi je m'explique difficilement ces brusques changements qu'on veut apporter a la vie de la nation.
On dsire un principe autre que celui de
la separation des pouvoirs alors qu'on n'a jamais 6tabli d'6quilibre entre eux et qu'A d6faut de tradition, de moeurs
pour le favoriser on n'a encore fait aucun appel aux 6lIments qui pourraient 1'amener.
On parle de changer le principe de linamovililit6 des juges quand parmi les individus qu'on choisit pour remplir cet office , il s'en troupe qu'on n'aurait jamais du honorer d'une pareille dignity. gui p1che? C'est le pouvoir qui nomme. uu'est-ce qui est A modifier ? Ce sont les nceurs g(ui ptrmettent A un chef d'Etat d'appeler A Cdes fonctions si importantes des individus qui







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auraient du atre rel6gues A l'arridre-plan. Ce principle peut-il produire de beaux r6sultats ailleurs, de dftestables chez nous ?
Ce que je dis du principe de la sparation des pouvoirs et de l'inamovibilit6 des juges s'applique A l'institution du jury, A la peme de mort en matibre politique et A toutes les autre- questions sur lesquelles doit statuer la 28e 16gislature. Hilas ! depuis la mise en viguceur' de la constitution de 1889 que de fusillades- sommaires pour crimes pr~tendus con-, tre la sfiret6 in-6rieure de I'Etat !

II

''L'Article 6 ne doit pas 8tre modifi6.* Chez nous on a cctte mauvaise habitude de vouloir quand mme copier l'tranger sans tenir compte de l'6tat de nos moeurs , de la situation du pays. Si on modifie cet article ce sera plus qu'un crime d'Etat, cc sera une faute pour parler le langage de Talleyrand stigmatisant la decision malheureuse qui eut pour consequence la fusillade du due d'Enghien. On se base pour demander cette suppression sur les pays oi l'tranger a le droit de propridt6. Envisage-t-on la Jamaique ? Je nmontre d'ores et djaj le canon anglais d6fen* Je voudrais bien savoir, ce que les partisans de la suppression de 1'art. 6 pensent de la violation brutale de notre territoire par les marins strangers , alors que les 1dgations , les consulats n'6taient nullement menac6s. C'est un fait positif Qu'objectent-ils?








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dant cette colonie depuis le jour oi , en 1655 la Grande Bretagne l'enleva A l'Espagne.
Et puis l'Angleterre n'a accord ce droit A l'tranger que depuis ure quarantaine d'ann.es environ. S'agit-il de la France ? Je vois le citoyen , le capital national , fr mir et manoeuvrer le canon qu'il a fabriqu6, toutes. les fois qu'on semble vouloir porter atteinte au drapeau, cet emblame sublime qui incarne la patrie. Dans ce pays le pouvoir est 6clair6 et coherent , les luttes intestines p6riodiques ne se constatent plus, I'Etat existe A toutes les 6poques et ne chancelle pas, meme dans les temps malheureux. Sur cette terre classique de l'hdiroisme une prohibition semblable A la n6tre ne s'explique plus.
Mais chez nous oi l'insicuritU , le dsordre sont h 1'6tat endimique; oi l'on prend toujours des mesures contre le citoyen, le regnicole, mais jamais contre le dehors; dans ce pays sans defense contre I'6tranger, simplement plac6 sons l'oeil protecteur du Dieu des armies , cette suppression est-elle possible ? Si on le fait, ce sera dans le but 6vident , brutal, de faciliter les rec!amations les plus imbeciles et les plus odieuses , d'endetter la nation , de lui faire perdre son ind6pendance.
Qu'on se rappelle le r61e de l'6tranger en Pologne. Depuis longtemps le pays sue son honneur par tous les pores. Aprbs l'enlavement, en 1870, de nos avisos de guerre par le capitaine Bastch, c'est le 6 dicembre 1897, aprs le 3 dc6dembre , le 6 septembre 1902. -A cat6 de ces fltrissures horribles que de reclamations insidieuses et perfides , que de choses







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rmalhoanvtes et viles ! Je n'6numre pas. Les plaies qu'elles ont occasionnies sont encore vives et laissent des traces de boue et de sang dans la m6moire nationale. Cependant cette constitution dont on demande la r~vision dit formelement en son article 185: " En cas de pertes 6prouvies par suite de " troubles civil ei politiques, nul haitien ou " stranger ne peut pr6tendre A aucune indem" nit6. "
Bref A ceux-IA qui nous jettent si brutalement I'insulte A la face, qui nous crachent notre lAchet6 & la figure, qu'offrons-nous? La pleine propridt6 , la suppression de l'art. 6 ! Heureusement que l'histoire est 1A et enregistre. II y a des hommes qu'elle vouera A
l'ex&iration national. Elle est aussi, hilas ! " l'ternelle Cassandre. A ses vaticinations inu" tiles , les peuples ne s'arratent pas , ' s'6crie Freddric Masson dans une des pages Ics plus 4mouvantes du premier volume deadis et aujourd'hui. " Durant qu'elle announce 1'abime, ils y "courent , s'y pricipitent et elle ne peut pas
" mme pleurer s-ur les folies et les crimes des " morts! "
Nous ne so mnmes pas encore assez maitres de nous-memes et maitres chez nous,
pour faire cette suppression. Aussi je propose carrfment d'ajouter A la suite de Part. 6: "quiconque osera y porter atteinte, sera d6" clar traitre A la nation. "
Ii est temps d'entourer d'un respect sacr6 notre pacte fondamental.
II est temps que l'itranger ne nous considare plus comme un peuple de comdiens








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ou comme a une miserable bande de negres Id"g rement teint6s de civilisation frangaise, A " qui de jennes garcons montes sur des navires " coles enseigneront les bonnes mnniares. "
C'est seulement chez nous qu'on voit les moeurs en opposition continuelle avec les lois. Quel peuple! Admirable cependant et facile A ftre transform mais A qui des conducteurs, des 6ducateurs manquent. Ce qui fait qu'aucune ide n'a pu produire des fruits et des fruits vigoureux . c'est que chaque haitien , qui a des sentiments gen6reux , prend les nobles l6ans de son coeur et les envobes de son esprit pour la r6alit6 et ne comprend pas qu'il ne dive avoir comme measure des intrfts de 1'Etat ni ce qu'exige son entenlement ni ce que d6sire son coeur; qu'il doive. 'agir vis A vis d'une nation malade avec la belle prudence que suggare an m6decin habile la conviction de la grande d6licatesse des organes du corps humain.
Un historien remarquable TAINE, a soutenu dans le tome deuxiame des Origines de la France Contemporaine que:
" Remplacer les vieux cadres dans lesquels " vivait une nation par des cadres diffrents, " approprids et durables appliquer un moule "de cent mille compartiments sur la vie de " vingt six millions d'hommes , le construire si " harmonieusement , 1'adapter si bien , si A " propos , avec une si exacte appreciation de " leurs b!csoins et de leurs facult6s qu'ils y en"trent d',ux-memes , pour s'y mouvoir sans " heurt et que tout de suite leur action impro"visde ait I'aisance d'une routine ancienne,








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" une pareille entr-prise est prodigieuse et pro" bablement au dessus de l'esprit humain."
L'entreprise de la revision de la constitution est une oeuvre funeste.
Cette constitution modifide, r ,'isde ne s'adaptera point aux moeurs de la nation. On constatera cette chose burlesque : une nation a qui i'exp~rience n'a pas servi, dont les contumes et les moeurs n'ont pas td "prises en
consideration; une nation off l'on n'enregistre ni ne r6gularise jamais ; oa l'on difait, refait , crie sans cesse ; une nation sans assise et sans m6thode. Dans les pays of il y a rdellement des hommes d'Etat on ne cherche point A
"remplaer les vieux cadres dans lesquels vit "]a nation par des cadres diffrnts; " on 6vite les changements brusques. Le Gal Gallidni, cc grand organisateur, reste sur le terrain de la politique proprement dite, quand, dans son beau rapport sur Madagascar, en 1899, il propose de laisser le regime auquel le peuple est habitu6 et d'utiliser : " le plus
" possible les rouages existants au lieu de leur " superposer des rounges artificiels."
Dans notre pays oA l'Etat est tout, ofi l'initiative privie n'existe pas , oh l'6nergie individuelle offusque presque , oi les tendances h6rdditaires sont dans toute leur force, peuton rien entreprendre sans tenir compte de ces tendances , des meurs , des habitudes iav6t6rdes du peuple ?
Nous ne sommes pas encore arrives 1 ce degrd de fiert6 qui nous permette de dire avec Taine-chacun 6tant une force conscience-: " Prenons garde aux accroissements de PEtat








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" et ne souffrons pas qv'il soit autre chose qu'un " chien de garde. "
Nous ne poss6dons pas encore cet esprit d'abnigation qui facilite la comprehension et l'application de cette grande pense. de Goethe: " 'aime mieux l'injustice que le d6sodre. "
L'Etat, simple chien de garde, prisidant au d~veloppement national; I'individu subissant son joug, acceptant meme l'injustice pour empecher le d6sordre sont des iddes contraires A notre esprit et en opposition avec nos moeurs. Du haut en bas de l'chelle social lec d6voflment n'existe as.
Pans les pays organisms o0i Ia science
du gouvernement est enseign6e et applique, on comprend ais~ment que l'Etat est un assemblage de centres locaux en p.erptuel devenir d'oi la vie s'6chappe fatalement das que le gouvetinement essaye de concentrer tons les pouvoirs en ses mains et d'absorber les forces vives de la nation. Dans ces pays l'Etat fournit un minimun de travail et accomplit ce que les citovens r6anis en association ne peuvent rdaliser. 11 provoque l'6nergie, encourage l'initiative privie. Son but 6tant la grandeur nationale
il respecte et exalte la conscience et i'honneur, ces deux notions indestructibles dont la premiere nous vient du Christianisme, la seconde du moven age et facilite la satisfaction des besoins de la vie morale , intellectuelle et physique 11 comprend que chercher A altrer l'indpendance des citoyens, c'est aller A l'encontre de ces notions et abaisser du coup son propre niveau moral.







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Tant valent les citovens, tant vaut I'Etat.
On s'explique sans peine alors qu'en Anglecerre ohi l'Cducation existe ce grand citoven Herbert Spencer, le fondateur de la philosophie 6volutioniste , art priconis6 la devise hardie de : " L'Individu contre 'Etat. "
Ainsi done tout 6tant une question d'6ducation, avant de r6viser notre constitution , empressons-nous de reformer nos moeurs, de nous donner une vraie Education nationale. Alors seulement naitra entre les citovens d'une mime ville : " La grande Amitid" qui conduit logiquement A l'amour de la patrie. Fornions des hommes. Les membres de la Grande Convention Nationale Frangaise se sont Ccrifs dans le cours de lear h6roique besogne; " Si nous decr6tons l'dducation " nous aurons assez v6cu. " Ils ne la d6crftarent pas seulement mais Forganis.renten haut et en has par la creation des 6coles normales et des 6coles primaires. Tout de suite apres, avec Ic tact qu'inspire seul le patriotisme 6clair6, ils remplirent i'espace intermindiaire par !a creation et l'organisation des ,*coles centrales. Et pour rdaliser les voeux de la grande Assemiblie, pour assurer le succhs de cette oeuvre d'6ducation , les hommes les plus remarquables dans la
politique, les sciences et les lettres accepthrent les plus humbles fonctions de l'enseignent: Sivys , Roederer , Cabanis , Lacroix, Cuvier, Fontanes , Laharpe , Laromiguibre etc. Laplace et Lagrange se firent simples professeurs d'arithmeti ue. Pour tout traitement, l'un d'eux , Clouet, a'accepta qu'un coin de







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terre qu'il cultiva. Leurs 61ives furent des hommes distinguCs dans 1'action qui transformirent tout: le monde , les sciences , et les arts et exaltbrent la grande nation. Soyons edacateurs dans le sens exact du mot , inspirons la foi qui fonde les nations , regen re les Etats et dans vingt on trente ans , quand cette grande education nationale aura per, mis effectivement l'application stricte , ferme de la constitution et des lois, alors seulement on pourra, se basant sur les moeurs, voir ce qu'il y a de d6fectueux dans la
constitution et les lois et les reviser. Pour ce travail d'dducation de 1'Etat et de la nation faisons appel aux sp&cialistes courageux et de bonne foi dont I'Allemagne appricie depuis longtemps l'oeuvre et au temps. ce dieu des Anglais. Enlevez S ein A la base et Bismarck au sonmmet du travail
de rgnrii ation allemande , l'oeuvre cesse d'Ptre possible.
En tout ayons recours A la sagesse, A I'exp6rience des autres. Le rapporteur de la Convention pour expliquer son oeuvre conclut , par ces paroles dont Napoleon luimeme appricia la porte: "Le temps seul " pouvait etre le professeur de la R~publique."
Travaillons ferme. L'amour de la patrie
comme dogme, comme principe d'ducation,
comme ligende , voilih ce qu'il faut. Nous obtiendrons alors ce r6sultat: memrne coeur, .mnme ame , patrie glorieuse , respect des lois ir-lig~ion du progres.
Les Cayes, le 26 Aofit 1913.
















"La science est unei il est impossible do toucher i la politique
"sans s'occuper de morale et la morale tient i toutes les questions
"scientifiques,"
BALZAC,


" Il aut restaurer la fhi dans I'avenir de la pattie,
Emmanuel MORPEAU,




On ne doit commencer aucune oeuvre par
une ill6galit6. Le corps 16gislatif n'ayant pas 6t6 d'accord sur les articl:-s A r6viser: le s6nat de la Rpubliique pour n'avoir pas sanctionnC les articles drenncis par la chambre des communes et la derniare ceux d6noncis
par le sdnat, la constitution de 1889 ne sera pas modifie. A moins que la 280me 16gislature ne veui!le se croire capable d'6difier, sur une illIgalit6 , une oeuvre 16gak. Dans ce cas, je la renvoie A I'histoire , qui lui dira le sort de ces sortes de travaux.
A c6t6 de cet argument d~cisif, j'en pr~sente d'autres tir6s des faits mmes de l'histoire
nationale.









Quand , dans mes articles parus dans " Le Matin " des premier et deux septembre de
l'ann&e derniare, qu'on a lus plus haut, j'eus demand, qu'on s'occupAt plut6t d'une oeuvre d'6ducation, je tenais compte exactement de l'6tat moral et materiel disastreux du pays.
Les besoins du temps , l'esprit de l'6poque, les aspirations, les tendances du peuple sont les e61ments essentiels qu'on doit consider, quand on entreprend une oeuvre quelconque.
Une double tendance existe : celle de l'l1ite et celle de la masse. Depuis quelque temps la tendance de la masse tend A s'6lever et A se confondre avec celle de l'6lite. Le peuple se surprend A raisonner et A desirer un meilleur emploi de son labeur et des richesses qu'il procure. II est fatigue de se sentir une -hose. II se laisse mener moins facilement. L'act-ion de l'Etat est plus difficile. Dans ces conditions une transformation dans sa fagon d'etre et de fonctionner est nicessaire.
La revision de la constitution aminera-t-elle plus de liberty effective en faveur de la nation ou plus de pouvoir, plus d'autorit6 au profit de l'Etat? Plus que jamais , ces deux principes sont en presence : autorit , liberty.
Qu'on n'oublie pas, que de 1804 & nos jours , ]'Etat a 6t6 preponderant; que tous les malheurs du pays viennent de lui. Pouvant tout, 'le hien efit i6t accompli, s'il l'avait voulu. Science et conscience lui ont manqud. Encore qu'il se soit form et ait grandi en nime temps que ]a nation, il s'est d6velopp6 outre mesure et a acquis , au detriment de celle-ci, par suite des luttes intestines qu'il a trop souvent









proxoques , une puissance intdrieure marquee et dprimante. Ceei est un fait brutal. Mais une autre constatation non moins 6vidente, ce sont les aspirations confuses , il est vrai, de la nation vers. la liberty, manifest6es ds 1807. Elles sont contenues dans nos diverses constitutions, notamment celles de 1816, 1843, 1889. Depms , la lutte existe Apre entre 'Etat oppresseur, despotique, se croyant capable
d'assurer seul le bien-ftre du people , et la nation qui , en presence de l'incapacit, , de la mauvaise foi notoires de I'Etat, desire arriver A la pleine possession d'elle-meme et assurer son complet d~veloppement. Toute ceuvre politique pour 8tre rationnelle, logique, pour r6ussir , doit 8tre la r~sultante n6cessaire des faits de l'histoire nationale. Il n'y a que les idles communes qui rassemblent les hommes et les portent At fra terniser. Seules ces iddes triomphent en formant les grands groupes nationaux. " Le monde qui vient, affirme Eugne " Melchior de Vogiid, a soif de recomposition; " on ne le groupera qu'autour des iddes simples." II a vu juste.
On ne fouille pas assez l'histoire. Les mceurs , les tendanc2s , les habitudes d'un
peuple sont tout. Cette idae n'est pas propre sculement aux politiques, mais h tous ceux qu'int6ressent et prdoccupent le 'oonheur du peuple et l'avanement de la Nation.
II
Un grand porte allemand Schiller a 6crit
dans son Wallenstein: " L'homme est fagonn6 " par la coutume , la couture est sa nourrice.









" Malheur A celui qui vient troubler l'homme " dans son affection pour les anciennes choses, " pr6cieux heritage des aieux ! Le temps exer"ce une sorte de consecratidn , ce qui 6tait " resptctable pour les vieillards prend un ca" ractare divin aux yeux des enfants. "
11 a tellement raison, que si l'on prend au hasard n'importe quel frangais, en d&hors de l'l1ite, et qu'on lui dise: " Le peuple est souverain ", on 1'entendra, tout de suite, rappeler qu'il a fait 1789 , qu'il a pris La Bastille d'assaut, qu'il a, coinme gant A l'Europe, jet6 la tote de Louis XVI et celle de Marie-Antoinette; qu'A. cette 6poque il a conquis 1'6galit. civile et , en 1848, l'6galit6 politique. Puis ii conclura:" Le peuple souverain, c'est mci."
A cela ii n'v a rien d'6tonnant , la Fra nce a 6t6 formie, discipline. rendue compacte 15ar dix si~cles de gouvernement monarchique. En 1789 , elle pouvait parfaire, elle-meme, l'oeuvre de son avanement. Les iddes de ses penseurs , de ses juristes, cimenties par leur courage et leur foi dans l'avenir, i'avaient penitr6e et avaient provoqu6 le plus formidable des 6v6nements: ia revolution frangaise. La lumibre ne se localisa pas. Elle s'dtendit partout et sur le monde entier. Le peuple devint luimme. Tel qu'il existe, ii est capable de tous les progres , de toutes les transformations propres A le maintenir au sommet de ia civilisation.
Sommes-nous dans le meme cas? Hilas! non. L'unii6 morale n'existe mrnme pas. On raisonne non en patriote, non en v,.ritable homme politique, maiq en homme de parti,








en homme de sentiment. Dans cce pays aux bouleversements p6riodiques, on n'envisage pas l'avenir; on tie pense pas, du tout. aux generations futures. 11 parait qu'on a des enfants du sort desquels on ne se soucie pas. Puisque tout peuple ou tout individu doit avoir une passion, pourquoi ne pas avoir celle de lIguer A nos fils une Haiti r6gCnfre, respected, glorieuse?
Le people souffre de la triste situation qui lui est faite et manifeste timidement. 11 lui faut des conducteurs, des 6ducateurs courageux, divouds.
III
Je n'ai soulev6 aucune id6e subversive. Nous sommes en democratic. Si je l'ai fait , je deniande , afin que je le discute et le combatte, le principe de conservation qu'on peut m'opposer. L'Etat n'en a pas. Quand il condamne. sans libre discussion et sans examen pr6alable accompli de bonne foi , il ne resoud rien. En supprimanlt l'homme, on n'andantit pas l'idae. Elle subsiste et fait son chemin A la honte de ses oppresseurs.
" Les idles une fois nres, a Ecrit Chateau" brilland * , ne s'an6antissent plus ; elles peu'vent ftre, accablies sous des chaines; manis, "prisonniares immortelles , elles usent les liens ' de leur captivit&."
Or n'a guare fait de la politicue chez nous. On n'v a faith que de ]a police. Et quelle police!.
La politique tant science et art , pour pouvoir gonverner d'une fagon rationnelle , I'Etat

* Etudes historiques , p. 504.









doit, comme le dit si bien Gustave Flauiert " s'l1ever au dessus des affections personnelles "et des susceptibifit6s nerveuses" , et provoquer, par une volont& frm'e, arrete Ju bien,. l'ocasion de realiser au profit de la nation, ia plhs grande sommve de bonheur possible.
Ainsi done: " la politique n'est pas ine th"orie de cabinet, enseigne Taine, darrs la pr&"face de ses Notes sir I'Angleterre, applicable "A I'instant, toute entire et tout d'une piece ,. " mais une affaire de tact o~f l'on ne doit pro" ceder que par atermoienients., transactions et ' compromis."
Toute la politique de Napoo&r I a &t6 transactionnelle. Celle intirieure de - Pitt I'a 6t& aussi. Ii faut toujours compter avec- les passions des hommes et avec les circonstances. Le milieu, le moment sont les gnratrices dont on doit toujours tenir compte.
II faut actuellement une politique nationale qui, accoimodant les principes, les idbes aux exigences de la vie , reconcilie Haiti avec elle-mnme et lui prepare ainsi les voies de l'avenir.
Bismarck crut pouvoir, i un certain moment, pratiquer une politique de morgue et d'arrogance, Alexandre II et Gortschakoff, la reine Victoria et lord Derby ameuterent contre lui l'Europe.
Quand on gore ses propres affaires , on a le droit d'etre aveugle et tout ce qu'on veut. Mars quand on administre pour compte d'autrui , quand on est mandataire on doit s'inginier A faire r6ussir les vues de celui qu'on represcnte. On ne prete jue sa science, son

* Correspondance t. III p. p. 80 et 270.










savoir-faire. La nation soup'ire apres la stabi lit6 intirieure base sur la liberty rielle , effective, pourquoi la lIui refuser? Qu'on comprenne done qu'on n'a qu'une mission: celle d'obtenir que ]a libert se r6alise sans heurt, ,sans choc. Laisser chacun s'orienter, faire' effort librement povrvu , bien entendu, qu'il ne porte pas atteinte a la libert- gen6rale. Effort dans 1'ordre. Or , I'ducation r6glemente tout. et fait comprendre A chacun que sa libert6 s'arrate oiA commence celle d'un autre. Ne sont-ce pas des preuves frappantes de notre manque d'dducation que la fatuit6 de nous croire capables de raisonner sur tout , d'occuper toutes les fonctions; que I'imposibilit6 d'obair, de nous courier A une discipline quelconque-; que. l'impatience A accepter la crititique ? Ii est certain que tons les hommes n'ont pas les mames talents , les mimes aptitudes. On a des penchants pour telie branche de 1'activit6 humaire plut6t que pour telle autre. La patience A l'approfondir, developpe les qualitis speciales qu'on a. Un orateur, quelque distingu6 qu'il soit, n'entame pas tous les sujets avec la nmme aisance.
Ob-ir ne signifie pas suivre sottement, aveuglement. e'est, se courber Ai la discipline. Peuton comprendre une socift6 dans laquelle tout le monde est chef? L'impossibilitC d'obdir n'est que la consequence de la sotte suffisance dont je viens de parler.
Nul n'a le monopole de la raison, du bon sens et de la science. Quand on est mandataire, on doit ftre contr61a et, quand on
fait ral, ftre critique.










Celui qui n'a jamais su accepter la critique et en tirer profit, ne sera jamais un homme d'Etat.
Le champ d'action de la politique est I'observation. Tout est 1.
Deux choses caract6risent le progrZs: la grandeur des principes et la nicessit6 des applications qu'ils imposent. L'observation des faits conduit A l'analyse et A la comparaison. La loi. le principe 6tant connu, le raisonnetent s'impose. On disseque, on se convaine par Pexp6rience et on couronne l'oeuvre par !a synthese. Toutes les ides sont discutables. Soit. Mais la possession de la science ou plut6t de la mithode qui y conduit provoque un risultat immense, incalculable: le discernement. 11 y a des v6ritds qu'ort 'ne discute pas. C'est de la connaissance exacte des moeurs, des aspirations et des besoins du peuple, qu'on peut d6duire logiquement la loi qui les am6liore et les satisfasse.
" La politique est une science exp6rimentale, "dit Adolphe Franck, qui doit puiser toutes ses legons dans l'histoire. "
Pond6ration et mesure sont done la ragle des hommes publics.
L'homme d'Etat tate le pouls de la nation avec autant de tact que le medecin le plus
habile celui d'un malade. Ce qu'il ordonne porte des effets imm6diats parce que rien -ne >ui a 6chapp6. .a raison pure n'est pas plus ,on fait que celui des peuples. Tandis que ceux-ci se gouvernent d'apres leurs passions, lui, cidant au principe sup6rieur qui est son motif d'etre, ob6it uniquement A la raison d'Etat. Elle n'est







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pas ce qu'on la croit chez nous. Elle a pour base essentielle, I'int6rtt , le d6veloppement sous toutes ses formes . la grandeur de la nation. Elle inspire A l'homme politique les plus habiles rforumes par lesquelles il devance l'esprit public et se le concilie. Elle 6claire sa raison, lui permet de dominer son temps et son 6poque par le sentiment patriotiqtue le plus pur, la foi la plus robuste. la plus inalt6rable dans l'avenir de son pays.
La d6mocratie ne pouvant avoir sa base. an point de vue politique que dans le peuple, au point de \ue intellectuel que dans la diffusion des lumidres, la propagation des connaissances , au point de vue de l'6conomie sociale , que dans la rdpartition , l'6parpillement et la possession de la richesse par le travail organism, l'dducation est done le seul 616ment qui puisse faire sentir et comprendre la necessitd de l'effort individuel. L'homme d'Etat le sait et en l'employant comme levier , travaille infailliblement & l'avanement de la nation.
La patrie est an dessus de la famille, par consequent , de l'individu. Elle exige le sacrifice de nos affections, de nos haines , de nos personnes.
I61as ! sans guide , d6sernpar6es , abruties par les souffrances et les misares de toutes sortes, sans amusement sain, sans appui, toujours courb6es sous un travail peu r6mun6rateur, accabl6es d'imp6ts , exposes A toutes sortes d'affronts , plac6es continuellement sous la main-mise de l'itat , 6reint6es par ses agents , nos populations trainent une vie misc-







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rable. Voilh le resultat de plus d'un sicle de despotisme.
Lcs tendances , les habitudes , les passions des peuples sont aussi vieilles que leur histoire et ont, naturellement , la meme cause. Elles ont des courants de d~veloppements paralll1es. L'action de ces tendances , de ces habitudes , de ces passiors est impirieuse et fatale parce qu'.instinctive. On la subit sans s'en apercevoir. Elle est dans l'air qu'on respire, dans la poign6e de main qu'on donne,
dans les rdticences de l'ami avec qui l'on cause, dans l'eau .qu'on boit, dans le chant qu'on entend et surtout dans Ics 'protestations energiques contre l'arbitrire. Cells des populations publies dans les journaux de la
Capitale ( nov. - dec. de l'annae derniare ), contre les elections officielles , I'attestcnt. Elle est enveloppante. Et on ne veut pas en tenir
compte!
C'est PEtat qui est cause du discredit de la nation , de la faillite de la justice. 11 est seul coupable. 11 est plastron. Comme tel , il n'a pas le droit de dicouvrir lui-nime les plaies du pays. Que les journalistes , les publicists le fassent, c'est leur droit, leur devoir imp6rieux. Qu'il Pose , c'est un crime.
Hlas! le navire a sombr6 prcsqu'au port. Quel habile pilote! Et quel fameux coup de
barre! Organiser la reaction, quand on est arrive , avec aux lvres, les mots de liberty et de progris! Avilir la justice quand on en a toujours demand le respect! Dicreter les t6nabres, quand on a toujours reclam6 Il lumiere! Ariiver, appuyd sur Pl'opinion et se l'alidner! QuAl









sort! Et ce fat son sort! Certes, perir pour ses principes en tenant en main le drapeau qui les symbolise est magnifique et immortalise la m6moire des hommes politiques. Disparaitre de la scene, apras les avoir renids, foul& au pied; voir le rideau tomber derriere soi, apras avoir 6t6 victime, que dis-je? dupe de sa sotte vanity, constitue une humiliation horrible . sans pr&cadent, dont un homme public ne se relve pas. Pourquoi vouloir la revision d'une constitution qu'on n'a pas su respecter soi-m6me et qui contient, surtout , les principes sur lesquels on s'est appuy6 pour arriver!
Mais que consacre-t-elle , qui soit contraire A la science moderne? Rien.
Elle renferme le systame qui est & la base de toutes -les republiques democratiques: le regime reprdsentatif et parlementaire. La nation ragne pir la chambre des d6puts et le s6nat. Le parlement gouverne par Florgane du cabinet responsable. Le Chef de I'Etat, produit du suffrage des deux chambres , come celles-ci sont le fruit du suffrage populaire, a un pouvoir purement nominal et impersonnel. Rprisentant le pays devant
i'6tranger, il incarne l'honneur de la nation. II preside . le conseil des secr6taires d'Etat y soul1ve, agite, discute toutes les quest ions. Son role s'arrate lIA. En cas de dissentiment-, et afin que I'harmonie ne soit pas rompue -, il s'entremet , conseille et concilie les chefs de d~partements minist~riels. Ne d6cidant jamais, sa personnalit6 n'est jamais entamee. Quand Jes Secr6taires d'Etat se seront mis d'accord par une dic;:-bn clair-








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re, logique , raisonn6e, il interviendra et sanctionnera purement et simplement. L'acte est ridig6. II le signe. Le ministre responsable le contresigne. S'il. s'agit d'u,e simple mesure administrative , la decision est executoire du moment qu'elle est publie sur le Moniteur. Si , au contraire, la d6cision concerne, non pas une branche d6termin6e de l'administration , mais le pays entier, quant aux rapports des citoyens entre eux, on bAtit un projet de loi. Le projet, sign du President de la R6publique et contresign - du secr6taire d'Etat responsable, est soumis aux chambres. 11 est
.discut6 en comit6 et en stance publique, approuv6 ou rejet6. Dans ce dernier cas, le cabinet responsable et solidaire se retire, n'ayant plus la confiance du pays. Et le Chef de 1'Etat lui dit adieu le plus poliment du monde. La responsabilit6 minist&rielle consacre la prdpond6rance des chambres et la subordination du pouvoir executif. Le contr6le le plus scrupuleux , le plus severe 6tant exerc. , ne peuvent se faire jour que les nobles ambitions, celles bases sur la science et la conscience et ayant pour but le bonheur de la nation. D'apris la constitution, le Chef de I'Etat, les membres du Cabinet et ceux des deux chambres sont des cerveaux disciplines par la science, trks larges, ayant, pour me. servir, d'une expression chore A Talleyrand, "beaucoup d'ave" nir dans l'esprit." Il n'y a pas de pouvoir 'pr6sidentiel. Le President de la Republique, pas plus qu'aucun secretaire d'Etat, pas







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plus qu'aucun agent de police, n'a le droit d'arrfter, de d6poser en prison. Seuls, le juge d'instruction et le commissaire du gouvernement sont pourvus de ce droit exhorbitant.
Consciencieuscment applique, en vue' du relevement de la patrie, la constitution produira des effets magnifiques. Car elle content le systame "des freins et des contrepoids," dont parle Bagehot, qui assure le triomphe de
la liberty dans les d6mocraties stables et equilibrdes.
Les ministres rdpondent de tout devant les chambres, devant le pays. Contresignant tous les actes du Chef de 1'Etat, ils sont
seuls responsables , sauf dans le cas de haute trahison, d'abus d'autorit6 et de pouvoir ou de tout autre crime commis durant l'exercice de ses fonctions. Les divers comits du corps 16gislatif administrent. Les chambres gouvernent en 6mettant le principe , le cabinet responsable l'applique. Elles ont le droit de contr1le effectif en posant des questions ou en interpellant. La solidarity qui existe entre tous les citoyens est affirmed , consolidate quand les chambres , statuant sur une mesure prise par uri ministre ou un de ses subordonns , usent d'un des droits inum6rds plus haut. La liberty ]a plus large 6tant consacr , le parliament, le cabinet sont jug6s , contr6l6s
par la presse qui est l'organe vritab!e de l'opinion publique.
Telle quelle est, la constitution n'a besoin que d'etre ex6cutie. Elle est une oeuvre de sagesse et assure le dvelopement normal, du








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citoyen. L'assembl6e qui la vota eut, au plus haut degr6, le disir du relkvement de la patrie. Tenant compte de l'anarchie qui rignait a!ors , des exces dn pouvoir personnel , elle consacra le gouvernement des chambres par ses comit6s. On y remarquait d'originales et brillantes personnalites qui emirent des idees-fo-ces.
Mais la constitution est i'oeuvre de l'Assembl6e Nationale Constituante qui , appr6ciant ces ides, les consacra.
Honneur h elle! Si, depuis 1889, la constitution avait 4te applique, nous eussions eu ddjA le gouvernement civil. 11 est A la base meme et la consequence n6cessaire de sa mise en ceuvre: le dernier mot en tout, qu'il-s'agisse de traits, de declaration de guerre etc, devant rest an pouvoir lgislatif, c'est-A-dire '-A la nation. L'ex4cutif ne peat se passer des
chambres. Qu'on commente les articles 63
et 108 de la constitution. Les chambres sont done prdponddrantes. Le Gouverneme-t
civil est consacrd. L'instrument est bon.
Il n'y a que ceux qui scnt appeals 4 le manier qui se rivalent inhabiles ou de mauvaise foi.
En somme ce qu'on appelle la mauvaise
foi haitienne,- sauf de tras rares exceptions - n'existe pas. 11 n'y a que l'ignorance et le manque de courage ; l'habitude de rapfter cc qu'on a vu .faire sans riflexicn, sans examen, sans se demander si cc qui a L6t fait est bien. On tourne dans le, cercle vicieux de 1804.
Comme j'ai eu & dire dans mon article
i Ititali " Nos meurs.et nos. lois " : la concep-







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" tion a td6 fauss6e chez nous ds 1'Ind6pen. " dance. " Ce n'est done que par la mise en ceuvre franche , sincere de la Constitution qu'on arrivera A reformer la mentality du peuple , A lui donner, A la place de ]a conception erron&e qu'il a des choses , une ide rdelle, vraie , base sur des faits.
Meme que la constitution ne serait pas ce qu'elle est , peut-on la modifier du jour au lendemain , sans preparation aucune de 1'esprit public ?
IV
Un grand philosophe allemand , Kant, est contre toute marche par bonds. Si au nom de la raison pure, il conmmande de douter de tout, de faire table rase detout. au nom de la' raison pratique , il ordonne de tout respecter, de transformer lentement et de faire que les rformes naissent des besoins, des tendances, des habitudes du peuple. C'est "un imp6ratif catigorique". La famille base de la socifti, la commune fondement de l'Etat , 'esprit de r6forme A c6de l'esprit de tradition , le compl6tant , le corrigeant , voilA les principes des grands politiques allemands: Stein, Hardenberg, de Humboldt, Bismarck, tous 6laves de Kant et de Hegel et continnateurs rdsolus de la politique du grand Frdderic. C'est, grace A ces
principes, que Bismarck a pu obtenir le couronnement de son oeuvre de relive ient: "' unit6 morale de I'Allemagne. ".
L'6ducation est le grand levier de ious les rdformateurs. De Moltke , le 16 fin-iier








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1874 , dans son retentissant discours sur 'urgence de la loi organique militaire, d6veloppe un plan conforme et " rdclame l'dducation virile de la nation" pour pouvoir faire tete A la France et emp cher la revanche.
Dans son discours- programme prononc6 A Grenoble en 1872, Gambetta dit: "' II "faut refaire ce pays , refaire ses moeurs , fai"re disparaitre le mal cause de nos maux, "l'ignorance; il n'est qu'un remnde , c'est 1'6" ducation de tous. Nous avons 6t6 battus par "des adversaires qui avaient mis de leur co" t6 la prvoyance, la discipline et la science. " I1 faut nous debarrasser du passe, il faut " refaire la France. Ce que je demande , c'est " que la science sorte des livres , des biblio" theques , des academies , des instituts; je de"mande que ceux qui la detiennent h1 pro"diguent A ceux qui en ont besoin ; je � veux que la science descende sur la place "publique , qu'elle soit donn6e dans les plus "humbles coles ; il faut risolument savoir " et rdsolument pratiquer les v6ritis sup~ieu'"res de la science et de la raison."
Pour appliquer, il faut savoir. On ne
peut savoir que si on a appris. Apprendre beaucoup pour pouvoir beaucoup appliquer. "L'art, " dit Herbert Spencer . n'est que la connaissance " applique. "
" C'est par l'ducation , dclar- Gabriel " Hanotaux, que la France relv'era le double "hricage , refera les deux units ,celle de la "patrie et celle de la doctrine. France et science , c'est la devise. " L'Europe, que la politique bismarckienne







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avait bouleverse , en comprit la haute por-tee et se l'appropria. Tous les a soiffas de gloire se rurent A l'immortalit en en prdparant le succds. Elle est partout entreprise. Et de toutes parts , une litt6rature d'enseignement l'appuie et la rend. ficonde. L'esprit Ipublic est riveill , le sentiment national vivifi6.
En face de la r6vi riscence frangaise, I'Europe avait sursaut6. On se rappelle hl pol6mique violente qui, en Allemagne et en
France , avait 6t' soutenue. Durant. le siege, Mommsen, dans une p6tition couverte de
milliers de signatures, avait demand le bombardement et I'an6antissement de Paris. On
connait la lettre savante, digne A tous 6gards de la plume, de l'auteur de La Cite Antique et de l'Hisfoire des Institutions , dans laquelle Fustel de Coulanges dMfendit la France. Renan n'avait cessi de poldmiquer avec Strauss.
En rdponse au Dr. Carl Starck qui avait
pnbli6 sa brochure virulente:" De la dgind6rescence physique de la nation fi-anCaise, son
caractare pathologique , ses sympt6mes et ses causes ," en .r6ponse A Dd linger , A Virchow, A Sybel , de Quatrefages langa sa brochure formidable: "La Race prussienne".
Avec l'6ducatior. on obtient rdellement, dit Caro: " le lien 'vritable de la patrie com" me de la famille: l'amour , la sympathie , la "communion des Ames. VoilA pourquoi la pa"trie est , en definitive , inattaquable et indes" tructible. On en pent briser, par la violen-








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ce , l'unit6 extdrieure et materielle , mais 'l'unit6 morale qui est le meilleur de la pa"trie , qui en est le fond meme, 6chappe "A tous les coups et ddfie la conquete."
Cette unit morale si ncessaire A la vie, A l'&volution des peuples, quand 'obtiendrons nous? Et comment I'aurons-nous ? En effet ii n'y a que 1'6ducation qui puisse faire passer toute la save physique et morale de la patrie C'est parceque I'ducation n'existe pas que la constitution de 1889 n'a jamais 6t6 ap plique ; que jusqu'A present. l'ceuvre n6cessaire de reparation et de reforme n'est pas entreprise.
L'unit6 matirielle de la nation existe, mais pas i'unit6 morale: il n'y a pas qu'une intelligence et qu'une Ame haitiennes.
Le pays est en pleine gestation. II renferme des ressources considrables. Deux systames de rigindration se prfsentent: lo celui de la rigineration de la nation 'par elle-mme et 20 celui de la rig6ndration de la nation par I'Etat.
Nous avons vu ce que peut l'Etat. En moins dt'une annie, il a avou6 huit fois son imlpaissance dans des actes officiels. I1 parait ignorer que t6t ou tard ces actes seront opposes a hI nation. Son 6goisme l'bgare et 6reinte le pays. 11 a, proclam6, - contrairement A l'article premier de la constitution qui decla-






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re :" la Ripublique, une et indivisible, essen"tiellemerit .souveraine, " sur le territoire de laquelle les lois sont partout executoires contrairement aux faits de notre histoire nationale et A tous les principes de droit public -, qu'il y.a des individus qui: " 6chappent "' A tout contr6le effectif et A toutes punitions.*
Dclarer que des individus, habitant le territoire de la R6publique. " 6chappent A tout " contr6le effectif et A toutes punitions " , c'est avouer son impuissance et reconnaitre une exception dans I'Etat. "Les gouvernements libres, " dit judicieusement, I'6minent Albert Soret, " ne comportent pas plus que les despo"tiques d'Etat dans l'Etat, ni d'Etat contre " l'Etat. "
Comment cette exception existerait-elle quand I'Etat en Haiti est essentiellement despotique et que la. d6centralisation n'existe pas. Meme que cela serait. A-t-on le droit de montrer son impuissance A ses auxiliaires ? En le faisant on provoque leur embarras et leur disobbissance. On lance des circulaires destines A etre lues et classes. Et an point de vue de la politique exterieure, on occasionne l'immixtion des autres Etats dans les affaires intirieures du pays.
La leqon ne tarda pas. Le corps diplomatique, au m6pris de tous les principes du droit des gens, fit ddbarquer des marins 6trangers A Port-au-Prince pour protdger les 16ga* Voir la rdponse de Mr Etienne Mathon A
la lettre du batonnier de Tordre des avocats de Port - au - Prince parue dans Le Matin du
5 novembre 1913.







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tions , les consulate. et des maisons prices nullement menac6s.
Le pays reqvt ''affront.
L'histoire ne juge les hommes politiques que sur leurs actes. Malheur A eux si ces actes ne sont qu'une s6rie d'inconsiquences et de faiblesses !
N'est ce pas un suicide, que l'aveA que fit le gouvernement de Michel Oreste lorsqu'il voulut confier le service du timbre a la Banque? La loi modificative de celle sur les conseils comnunanx est mauvaise. Non seulement elle change brusquement un ordre de choses 6tabli, mais viole surtout ce principe qui regoit' son application partout oi une politique nationale est pratique : le meilleur doit exclure le pire plus silrement que le fort n'6erase le faible. La violence a en elle mme son frein. Le meilleur n'en a pas , arce que tout amane son triomphe. Consacrer qu'un conseil r6iuit A an on deux 'membres ne sara pa% consider conime dissout; qu'on dsignera un autre individu pour composer la commission appele A girer les interfts de la commune jusqu'aux elections, c'est caller A l'encontre de toutes les, saines notions du droit, public. Le plus souvent ce sont les moins scrupuleux qui ve donnent pas leur admission et on vent que ces hommes sans foi ni loi continuent A g&rer les interats de la commune ! N'est-ce pas consacrer le mal,. perp6tuer l'ignorance ? Il n'y a pas d'hommes indispensables en d6mocratie.
II1 est plus que temps d'essayer franchement du gouvernement de la reforme de la nation par elle-meme. L'oeuvre de l'Etat a 6t6 piteuse , son ichec deplorable. 11 n'a mme.







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pas su crier l'admininistration: "cette intelligence sans la passion " qui dans les pays organises, assure le fonctionement rgulier de la machine sociale. Comment existerait-elle, quand nos chefs d'Etat n'acceptent pas de conseillers ind6pendants et courageux , quand ils sont leur propre contrOleur des finances et leur chambre des comptes et qu'il n'y a, en somme, pas de budget. L'Etat est prospare suivant que le chef du gouvernement est 6conome, probe et bien aninmi. Ainsi sous Christophe, il y a enu de l'6pargne, mais ni credit 6tabli, ni ressources certaines, parce qu'aucune methode, aucun syst me , aucune tradition d'administration n'6taient 6tablis ni entr6s dans nos mceurs. L'ordre et 1'6conomie ne constituent pas un systme. Ils ne sont que les moyens qui en font rdussir un. Aussi il n'y a que la routine. Et le hasard dcide de tout. La loi n'itant applique que contre le paysan taillable et corv6able a merci et contre l'individu non protg- , non en situation, les institutions sont sans base et ne peuvent, par consequent , fondre la nation en un tout compact. L'Etat
n'est ni rationnel ni national. Il ne comprend pas .ses. Aevoirs, ses int~rfts et n'a pas de but. Il ne se croit que des droits. Tous les devoirs sont pour la nation. C'est parce que la nation et l'Etat ne se sont jamais entendus ni sur la nature et 1'6tendue de leurs droits r~ciproques ni sur la inanibre dont il convient de les faire valoir , que le pays a 6t6 si souvent boulevers6. C'est parce que l'ducation n'a jamais exist6'que i'id6e de justice absolue n'a pas privalu, qu'on n'est pas arrive A






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pomprendre que le droit * A pour corrdlatif !e devoir.
V
" Connais-toi toi-meme " dit le philosophe. II faut que la nation et l'Etat se connaissent; que les plaies soient d6bandies et pansies de bonne foi.
Comment connaitre le mal et ses causes, sans la liberty qui les dinonce?
Comment obtenir de bons r~sultats sans le plus large concours de toutes les intelligences? Qu'on.veuille bien remarquer que: "tous " les grands mouvements de la pensfe , au
" dire meme de W. Bagehot ** dans les temps " anciens et modernes , ont A peu pros coin" cid6 avec l'6poque d'un gouvernement -de "discussion. Athenes, Rome, les r~publiques "italiennes du moyen-Age, les communes et' " les Etats g~ndraux de :'Europe fiodale "ont toujours eu pour accilerer le progrbs, "une influence sp ciale et particuliere qu'el"les devaient A leur liberty et que n'ont "jamais exercie des Etats depourvus de cette liberty.
" C'est lors des grandes 6poques de la

* Le droit consiste, dit Janet , Histoire de la science politique, liv. IV, ch. II, dans la pos" sibiliti de F'accord d'une contrainte gEnuta"le ct riciproque avec Ia liberty de chacun."
** Lois Scientifiques du dveloppement des nations dans leurs rapports avec les principes de la selection naturelle et de Phdridit6 ,p. p. 181, 182.-








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"pens6e, pendant la guerre du Plopon.se,
A" la chute de la R6publique romaine, "lors de la Rforme, lors de la R6volu"tion fran aise que cette liberte de parler "et de penser a produit toutes ses cons6" quences."
Le mal dont souffre le pays est profond. L'Etat ne doit ni se faire illusion ni essayer d'en imposer.
Actuellem,.nt en Europe et aux Etats-Unis d'Am&rique la politique des masses privaut sur celle des classes, la politique de l'espace remplace celle de l'6quilibre. C'est parce que la stability int~rieure est obtenue que la politique des masses a succed6 A celle des classes. A.yant besoin de d6verser, d'em ployer le trop plein de leurs force, , ces puissance doivent fatalement chercher A s'aggrandir. Le danger pour nous est lA.
Ceci 6tant, en cas d'une crise internationale, de quelles ressources effectives disposons-nous? Les individus et les peuples ont
pour mission rdelle de se conserver, de s'amiliorer, de se d6velopper. De quelle fagon Haiti a-t-elle compris ces nicessitis? A-t-elle su exectiter correctement les lois de la conservation? Aux ressources de la science militaire moderne, A I'artillerie perfectionnie, aux
ing6nieurs savants, exp6riment6s qu'opposera t-elle?.Une ile sans muraille de fer, des villes sans dfense, pleines d'agitation oa grouillent des populations affamdes et indisciplindes. Nous n'avons pas de ressources d'Etat et nos ressources nationales, quoique nombreuses,, ne pourront pas ser vir pour








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une defense rgulire , mathodique. La France utilisa en 1814 ses ressources d'Etat et en 1870 ses ressources d'Etat et ses ressources nationales.
Les Etats-Unis se sont empar6s de la Navase , nous n'avons meme pas essav de
les en chasser. Et cette 6ternelle question des* frontiares , prouve notre irndifference, notre apathie, le peu de cas que nous faisons de notre security. Pourvu que le bien-ftre imm6diat de certains soit .assure, qu'imnporte r&ellement que. la collectivist v6gate et meure!
Je dcmande que 'on nm6dite ces paroles de Bismarck qui synthftisent tout son plan de conduite quant A la politique ext6rieure de l'Allemagne an lendemain de la guerre de 1870: "Si P'on veut 6tre maitre chez soi, il faut" balaver soi-mnme le devant de sa porte."
La France vaincue, mutil&e, 6tait quand meme nicessaire. Quelque grands que fussent les precautions, les arrangements pris pour 1'6carter du concert europen , pour qu'elle fit difaut, par exemple, - la conference de Londres, on sent t qu'elle ne pouvait ftre nigligde. Comme le soleil A l'horizon, un nuage 'avait seu ement obscurcie. Elle comptait de vrais coeurs de fils. Loin de disesparer, ils se mirent risolument A l'euvreet la . relevrent. Malgr6 le triomphe insolent de Bismarck A Versailles, Thiers ne cessa de se dtivouer. C'est lui qui djoua le plan que le petit juif de Berlin, Bleichroe.ler avait sugg&rd au charcelier. C'est que . pour lui comme \
pour tous les franqais ,la France existait.
Gloire A eux!







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Quelle est notre importance? Que repr6sentons-nous? Comme peuple qu'avons-nous fait qui nous signale au regard du monde civilis6 et fasse comprendre notre nicessitd?
Tout est reconvert d'un voile 6pais , parce que, depuis 1804 , le principe d'autorit6 ayant pr6valu, la nation n'a pu avoir les couddes franches. Dans la lutte, impuissante, elle est sacrifice et vaincue d'avance, grace au manque de courage de ceux qui avaient pour mission de la d6fendre, de la prot~ger, en faisant plus de lumiere. Elle a compt6 sur l'61ite et l'61ite 6goiste l'a trahie. Dire que la vie est en elle comme en tout et partout! Dire qu'il ne s'agit que de trouver et de pratiquer le principe qui doit l'entretenair et la d&velopper!
Tout ce qui respire a la vertu du devenir. 11 ne s'agit pas d'etre simplement, mais d'augmenter ses facults , de se rendre utile par les oeuvres remarquables qu'on pose. L'individu , l'Etat, la nation, tous doivent marcher , se perfectionner. Ils commandent: " le respect et l'admiration, dit Eugane Melchior ' de Vogi , A la condition d'ftre une force en "travail , une cole de sacrifices an profit "de la g6nration du lendemain."
Ils ont chacun un r81e A remplir dans le mouvement universel.
L'cffort 6tant obligatoire, la stagnation ne se congoit pas. Le progras est le corollaire nicessaire de la vie. Malheur aux peuples et aux individus qui n'avancent pas.


Mais par qui le


branle sera-t-il don-







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nd? Par la nation ou bien par 'Etat? Te
voudrais qu'on laissat faire la nation et que l'Etat: " simple chien de garde " pr6sidft A ce d~veloppement. J'entends l'Etat 6clair6, disi teress6 , de bonne foi , poursuivant une politique nationale au fonctionnement de laquelle se ddvoueront des sp6cialistes courageux, Un grand chef d'Etat ou un grand ministre:. Henri IV, Napoleon, Thiers, FriCdric le Grand ou Richelieu, Stein , Bismarck.
Avec l'un ou l'autre, I'e61ment ndcessaire, indispensable qui assure la rdussite de toute oeuvre de relavement s'6tablira: ia confiance. La perspective d'un bien-etre ulterieur fera oublier les misares actuells. Quand I'Etat agit avec dsintressement et d6vouement an profit de la nation, l'individu present s'oublie pour penser a la somme de jouissances et de satisfaction que recueillera l'homme futur. Ainsi se forme la chaine qui lie la nation et I'Etat et entre elles toutes Ics g6nerations.
Freddric le grand ,' dans un de ses entretiens avec Henri de Prusse, en mars 1769 avait fix6 arbitrairement l'epoque de l'unit6" complete de I'Allemagrie sous l'h6g'monie prussienne: " avant un sicle , " avait-il dit.
C'est lui, rdellement, qui a tout fait, marqu6 le but A atteindre, plant les jalons, montr6 les chemins A parcourir, fixd les tapes. Stein, avec le concours de Hardenberg, de Charles Guillaume de Humboldt, reprit I'oeuvre, Bismarck l'acheva, la couronna.
Chez nous aussi, pourvu qu'il y ait scienceet cohcience, on peut fixer l'6poque du complet







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rel~vement de la patrie : trente ans au moins et cinquante au plus.
La destine est ce qu'on la fait.
Bref. " Les nations , soutient judicieusement Gabriel Hanotaux, dans qa magistrale Histoire de In France Contemporaine " sont exposes A " perir par excas soit dans un sens, soit dans " I'autre. Elles pourvoient A leur conservation et " elles maintiennent l'6quilibre par une constitu"tion pondr&e de l'autorit6 et de la liberty. Si " 'autorit6 6tait sans contre-poids , elle compro" mettrait le sort et le bonheur des peuples pour "le caprice d'un seul ou de quelques uns ; si " l'autorit6 Ctait annihilde on m6pris6e, tout "reviendrait A 'intrft individuel ; la soci~t6 " p&irait : quand la discipline se meurt , 'inva" sion s'branle."
La constitution de 1889,- bien que n'ayant pas les propyles monumentales des grands chefs-d'meuvre de l'esprit humain - , maintient l'6quilibre entre les deux principes et n'a besoin que d'etre exicutie. " La constitution la meil"leure . dit Laboulaye, est celle qu'on a, pour" vu qu'on s'en serve."
Supprimera-t-on la liberty accord&6 au peuple seulement sur le papier au profit de l'autorit6 ou bien amoindrira-t-on les pouvoirs de celle ci? Qu'on y r6flchisse. La premiere hypothese serait une monstruosit6 et la seconde une chimire. On ne doit pas vouloir refr&ner d'un coup les empidtements de l'Etat. Pour le moment il s'agit de faire entrer dans les To curs les idces de liberty , de " libert6-6gale" ,

* tome 2, page 645.







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pour parler le language de Courcelle-Seneuil ; il s'agit d'obteiir que ces ides deviennent des faits. Et ce sera dans l'interft meme de 'Etat , car l'exercice du pouvoir sera plus facile.
Les gouvernements doivent avoir la mmoire des 6venements.
En risum6 la constitution de 1889 ne serd pas revise parce que:
10 La chambre des communes n'avant
pas eu A sanctionner les articles denoncs en dernier lieu par ]e s~nat de la Republique, l'accord, exig6 par Part. 194 de la Constitution, pour qre la revision . ait lieu, n'a pas pu s'6tablir et nwexiste pas.
20 La 28e legislature ne peut ouvrir .ses travaux par une illigalit.
39 Etant donn6 le principe d'autorit6 qui a pr~valu depuis 1804, il faut que la !ibertI entre dans les moeur. et devienne un fait par Papplication stricte, reguliere de la zonstitution et des lois.
40 Avec la liberty rdelle, il faut I'6galit6 en fait de tous devant l'imp6t, devant la loi, devant les peines; le service militaire personnel et obligatoire, l'instruction primaire obligatoire ; I'admissibilit6 aux emplois publics de tous les citoyens, quels qu'ils soient, rdunissant. effectivement, '" les conditions d'aptitude et de morality exigies par la loi". A chacun sa place.
Il ne faut pas que des savetiers soient bombard6s instituteurs, juges, etc. Done des spcialistes courageux et de bonne foi partout.
50 Etant admis qu'on doit savoir parfois renoncer au mieux pour rdaliser le bien, I'&







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quillibre ne s'improvise pas. Ii se cr6e. L'elite, d6pend de la masse comme celle-ci de l'lite. Elle n'evoiue et ne prend conscience d'elle-meme qu'autant que l'accueil, sympathique de la foule l'environne , la rechauffe, l'exalte-, la soulave,
" La multitude, affirme Pascal, dans ses "Pensies, art. XXIV , 85 , " qui ne se reduit " A l'unit6 est confusion , l'unit6 qui ne depend � de la multitude est tyrannie. "
La partie doit influer sur le tout, comme le tout sur la partie. Ce sont les secrets et les bienfaits de 1'ducation.
Pour garantir cette oeuvre possible de relvement nat'onal, je demande au corps l6gislatif composant la 28_ 16gislature , une dclaration solennelle en face de la nation: d'observer loyale-nent dans sa (orme et teneur la constitution de 1889 et d'en exiger 1'application.
Qu'il ne perde pas de vue que, quand le
Tiers-Etat tenant ses pouvoirs du peuple, refuse de vider la salle des seances , A moins d'y ftre contraint par la force des baionnettes, une &re nouvelle avait lui pour la France.
Un principe ne vaut et ne triomphe que
par le courage que celui qui 1'a prconis , met A l'affirmer. Le pouvoir 1gislatif vote le principe , I'ex cutif l'applique.
11 a ftd nomm6 pour le peuple et anu nom du peuple Cc sont les moeurs qui l'ont permis ainsi. II ne doit agir que dans l'intiret du peuple. Ce sera son veritable titre de gloire. Science, conscience doiven- atre sa devise. Le pays iemande gr&ce. I edt encore








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temps de'le restaurer , de le rthabiliter.
Mes vceux les meilleurs Paccompagnent:
voeux d'un cceur sincre et disint6ress6 d6sirant simplement le relivement de la patrie.

Les Cayes, le 15 mars 1914.

EMMANUEL MORPEAU Avocat.







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