Citation
Finances d'Haïti

Material Information

Title:
Finances d'Haïti emprunt nouveau, même banque
Creator:
Marcelin, Frédéric, 1848-1917
Place of Publication:
Paris
Publisher:
Impr. Kugelmann
Publication Date:
Language:
French
Physical Description:
1 online resource (281 p.) : ;

Subjects

Subjects / Keywords:
Finance, Public -- Law and legislation -- Haiti ( lcsh )
Debts, Public -- Law and legislation -- Haiti ( lcsh )
Finances publiques -- Droit -- Haïti ( ram )
Dettes publiques -- Haïti ( ram )
Genre:
bibliography ( marcgt )
non-fiction ( marcgt )

Notes

Bibliography:
Includes bibliographical references.
General Note:
Title from PDF t.p. (LLMC Digital, viewed on Oct. 29, 2010)
Statement of Responsibility:
Frédéric Marcelin.

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Source Institution:
Library of Congress Law
Holding Location:
Library of Congress Law
Rights Management:
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Resource Identifier:
673820128 ( OCLC )

Full Text























This copy of a rare volume in its collections,
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Library of Congress

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FINANCES D'HAITI


EMPRUNT NOUVEAU ME'ME BANQUE

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FRED] RIC MARCELIN


FINA GES D'T4AITI






EMPRUNT NOUVEAU MgME BANQUE













PARIS
EN VENTE A L'IMPRIMERIE KUGELMANN
(L. Cadot, directeur)
12, rue de la Grange-Bateli're, 12

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r ~./e /

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AVANT-PROPOS





Le gdndral Nord Alexis, du temps qu'iL dtait pr6sident de notre petite r6publique, disait volontiers :
(( On a beau me parler d'emprunt, je (( n'en veux ni "i l'interieur, ni surtout ". l'extdrieur. C'est par lhi qu'on perdra notre autonomie. Et puis, est-ce que le pays ( a jamais profit de nos emprunts "a l'dtranger? De celui de 1875, pas un centime ( n'est entr6 dans les caisses de l'Etat. Il a
6t un veritable scandale. En 1896, cela ( a 6 t la m~me chose. Le pays n'a gu~re profit des millions emprunt6s. Et le but principal, qui 6tait le retrait du papiermonnaie, n'a mme pas t6 tent6. Le plus:

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6 FINANCES D"IIAITI

( clair de l'op'ration fut d'enrichir nos 'x ddpens des banquiers 6trangers. Quant
ht nous, nous sommes rests aussi pauvres, ( plus pauvres. Ces deux emprunts rdu( nis, tout en nous soutirant annuellement de grosses sommes, nous endettent pour
l'6ternit6 de pros de soixante-quirize mil( lions. Je ne veux pas attacher mon nom a semblables operations. Je suis, avant tout, ( conservateur de l'hritage, fdt-il (llabre.))

Secouant sa ta te d'octogenaire a* peine blanchie, et souriant malicieusement, il reprenait un instant apr~s :

(( Ma vieille experience m'a enseignd aussi que gdn6ralement un emprunt 'a l'6tranger est toujours le signal de ddsordres "a l'int6rieur. C'est parfois les agents, les auxiliaires du Gouvernement
lui-merme qui, feignant de les apprdhenc der, les provoquent au besoin pour avoir une occasion de depense. Mais ce sont les

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EMPRUNT NOUVEAU. MkIME BANQUE 7

( m6contents qui s'organisent, tentent un mouvement, prennent les armes pour ( empecher le Gouvernement de jouir dc
I'argent et s'en emparer h sa place. It ne ( faut pas exposer la paix publique "a sema blables tentations. Je ne ferai pas d'emt. prunt a l'exte'rieur. ))
Quand le general Antoine Simon, actuellement president de notre republique, rencontrera le general Nord Alexis, il est de toute probability que celui-ci, entre autres propos, lui rappellera son opinion sur les emprunts. Entre hommes d'Etat, ces e'changes d'idees sont frequents. 11 va de soi ([ue cette conversation ne saurait 'tre qu'extraterrestre, puisque le general Nord Alexis est mort depuis assez longtemps. Mais il est presumable que la vie se continue plus loin, que les propos de cette terre se rdpercutent ailleurs, que l'on y achve les conversations commencees ici-bas.
Peut-6tre pouvait-on, avec quelque rai-

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8 FINANCES D'HAITI

son, croire que le successeur, sur ce point, ne diffrait gu~re d'avec le pre'ddcesseur. Car le 25 juillet 1909 (1), le general Antoine Simon exposait dans un de ses entretiens dominicaux ceci: Celui qui a la responsa( bilite' d'un peuple ne doit pas s'aventurer.
IL doit proc'der avec circonspection, car ( c'est le credit du pays qui est en jeu. ( Combien de fois ne m'a-t-on pas parley
d'emprunt : il n'en sera point fait. )) Le lecteur bn6vole qui n'aurait pas poursuivi plus avant la lecture du discours resterait convaincu qu'il ne pouvait e-tre fait d'emprunt sous ce gouvernement. Mais le general Simon, apres avoir proclaim qu'il ne serait pas fail d'emprunt, s'etait hatW d'ajouter : s'il n'y a pas lieu. C'6tait savoir ce que parler veut dire.
C'est grace h cette restriction que l'on a pu presenter quelques mois plus tard au


(1) Le Nouvelliste, num~ro du 27 juillet 1909.

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EMPRUNT NOUVEAU. MEME BANQUET 9

Corps legislatif le contrat d'emprunt de 65 millions de francs, clef de vocite du nouvel editice financier dont Haiti a 6t6 dotee. Ce qui n'implique nullement, vous le comprenez bien, que, meme en l'absence de cette memorable restriction, on n'ecit pas prdsent6 ledit contrat et le reste.
Le sous-titre de cet ouvrage explique clairement la pensee dans laquelle il est 6crit. En toute l'affaire il n'y a eu reellement de nouveau que l'emprunt, c'est-h-dire l'op&ration financiere qui, contre un capital de 47 millions verses, nous greve de 65 millions, soit 18 millions d'cart.
Dans la Banque meme, il n'y a eu vraiment d'inedit que l'ajoutage des mots : ((la Rcpublique )). Au lieu de: Banque Nationale d'Haiti, c'est aujourd'hui : Banque National de la Republique d'Haiti. On conviendra que payer 18 millions cette adjonction de deux mots, c'est cher. D'autant plus que ces syllabes, quelque reconfortantes

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qu'elles soient, ne peuvent faire oublier que le pays n'avait plus subir l'ancienne quo durant vingt ans encore, tandis que la pseudo-nouvelle nous lie pour cinquante, et que m~me, en depit de la loi qui la r6git, elle d6clare dans ses statuts qu'elle est cons!ituee pour soixante-quinze ans.
A part cette addition de la Rdpublique, c'est le m(me local, taut 'a Port-au-Prince qu'a Paris (1), le mrne personnel, tant "a Port-au-Prince qu'at Paris, le meme capital de millions appel6s. A cot de cela, quo d'avantages, que de privileges! Quel encerclement multiple, savant, vari6, infini! Toutes les plus grandes nations du globe y out concouru, ce qui est loin d'etre rassurant pour nous.
Il n'est donc pas 6tonnant quo l'opinion publique, en d6pit des congratulations officielles, soit inqui~te. On avait autrefois Cha1) On annonce qu',on va changer de local & Paris.


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FINANCES D'IHAITI

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EMPRUNT NOUVEAU. MERME BANQUET If

rybde. Si encore on en sortait pour tomber dans Scylla, ce serait m6me mal, et en somn me on y est habitue". Mais on appr(hende d'avoir Charybde et Scylla tout ensemble.
Cependant il ne convient pas d'6tre inexorablement pessimistes. Ce n'est pas une raison parce que nous sommes des malchanceux de d6sesperer quand mnie. Les accords signs, l'emprunt consomme, la banque 6tablie, ce sont ia des faits positifs. I1 faut donc en tenir compte.
Certes, il fallait, au moment opportun, discuter ces contrats, les modifier utilemeut dans le sens des intdrets du pays. II n'en a pas ete possible pour des causes que chacun sait, pour des causes inherentes au moule social. II a fallu voter manu militari. Ni dans la Presse, ni dans les Chambres, nulle voix na pu s'-lever hors celles qui, dans le salus populi, ne voyaient que le leur. Du reste ces questions etaient pour elles du chinois. Ceux qui pouvaient discuter et com-

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12 FINANCES DHAITI

prendre furent 6cartds systematiquement. Ils auraient pu, en risquant gros, essayer tout de meme de se faire entendre. A quoi bon, se dirent-ils? Le sibge est faith et le resultat que trop certain.
S'ensuit-il qu'on doive continue "a s'abandonner? I1 semble plutot que la raison publique doit tenter de se ressaisir, car il ne parait pas probable, aujourd'hui que tout est consomme, que le Gouvernement ait intdret pers6v6rer dans son intransigeance.
11 faut done se rendre compte des circonstances qui ont prcdd et concouru 'a la formation de cet 6tat financier qu'on nous dit nouveau. I1 faut avoir sans cesse presents a l'esprit les sacrifices qu'il nous a coutes, afin de les comparer aux avantages que nous en retirons. [1 faut, censeurs vigilants, que nous puissions, sans acrimonie et en toute loyaut6, rappeler "a tout instant a la Banque Nationale de la Republique d'Haiti,

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EMPRUNT NOUVEAU. MEME BANQUE 13

si besoin dtait, la dette qu'elle a contracted envers le pays et qu'elle doit obligatoirement remplir.
Et cependant pourrons-nous le faire si nous ne savons rien d'elle ?
Ce nest qu'en 6tudiant exactement les conditions de sa naissance, de son pass, que nous influerons favorablement sur son avenir. Qui sait si dans cette tude on ne trouvera pas, au surplus, les moyens de la ramener dans le droit chemin si elle s'en dcartait? C'est le devoir des pouvoirs publics de ne pas contrarier ce travail de l'opinion, car ils peuvent y gagner eux-memes pour r'avenir une aide efficace. Nagu6re nos gouvernants, en bridant l'opinion, ont agi de cette fa~on inconsiddree. On sait ce qui, de chute en chute, d'abime en abime, en est rdsultd : le ndant, la ruine, non pas sans doute pour l'ancienne banque, dont les actionnaires ont reu, "a la rdsiliation du con trat, le double du capital vers6, apr~s avoir

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joui durant trente annees d'un inte'ret annuel de 12 0/0 environ mais pour notre pays. Aussi bien, et c'est ici Foccasion d'insister la"-dessus, il est bon de remarquer que, quoi qu'il puisse advenir, l'affaire de la Banque, dans les conditions oft elle se pr&sente chez nous, ne peut jamais 6tre mauvaise. Elle peut Ore plus ou moins bonne, selon que ses agents seront plus ou moins habiles, jamais mediocre, 'a plus forte raison mauvaise. La liquidation de l'ancienne institution l'a suprieurement demontre' Et on peut m~me croire que la transformation h laquelle on a assist n'a 6t6 au fond qu'une excellent occasion de rajeunissement et de consolidation pour l'avenir. Rien n'6tait plus ais6, en effel, pour l'ancienne institution, que de s'entendre a l'amiable avec le Gouvernement actuel. Elle la ddlib'rement refuse, parce qu'elle 6tait certaine de trouver plus do profit dans sa transformation actuelle.


FINANCES D HAITI


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EM\PRUNT NOUVEAU. MIME BANQUE tI

11 faut done que nos publicistes mettent de c6t6 le cliche conventionnel qui consiste a presenter la rdsiliation du contract de la premiere Banque comme la sanction de ses fautes, et, par deduction, comme un dpouvantail 'a qui marcherait surses traces. C'est faire sourire inutilement ht nos d~pens ceux qui ont mene l'operation.
Ca qu'il faut envisager aujourd'hui que, selon le dicton vulgaire, le vin est tire, &est l'adaptation de l'institution a notre milieu social, au developpement de notre agriculture et h la creation de Findustrie national. Or, pour y arriver, il faut que l'opinion publique suive pas a pas la Banque, qu'elle la surveille, qu'elle l'avertisse, qu'elle la rappelle sans cesse au sentiment de ses responsabilites et de ses devoirs.
Comment pourrait-elle le faire si elle ne la connait qu'imparfaitement?
Le but q ue se propose ce livre est d'appeler, de retenir s'il est possible attention sur

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les origines, les ressorts et les moyens d'action de la Banque. Ce but ne saurait prater h aucune fAcheuse interpretation. I1 est miodeste, pacifique et franchement d'inLrt g6n6ral.
F. M.

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Le 26 octobre 1910, Le Moniteur, en tote de ses colonnes, publiait les trois lois qu'on trouvera a la fin de ce volume (1). On nous excusera de ne pas les donner ici, dans ce chapitre m~me. Elles sont quelque peu ardes. Mais quelque aride que peut etre leur lecture, elle ne sauraitjamais Atre superflue. Que de fois dans 'avenir n'aura-t-on pas les invoquer !
I1 est 'a peu pros certain que ce ne sera pas pour leur d(cerner sans restriction des louanges.
Quelquesjours apr6s le vote de ces lois, le Gouvernement, d'urgence et seance tenante, faisait sanctionner le 28 octobre, tant par la Chambre que par le Senat, une loi sur le

(1) Voir ces trois pieces A, B, C h la fin de I'ouvrage.
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rachat de la Dette intdrieure. Elle 6tablissait ainsi les conditions de ce rachat :
Consolides 6 0/0 55 0/0
3 0/0 27 1/2 0/0
Emprunts dits Provisoires 54 0/0
du l0 juillet 1903. 5 40/0
Titres bleus 25 0/0
roses 25 0/0
Uln fait unique dans notre histoire, et qui ne s'dtait jamais vu depuis l'independance du pays, marqua ces diffdrentes lois d~s avant leur presentation aux Chambres : cc fut la protestation du Gouvernement am6ricain. Voici les documents relatifs h cette protestation

MI]NJOURANDUM

En se ref#rant 'a ses pr~cedents, me'morandums relatifsi aux contract demprunt et de Banque dilati, le Departement des, Etats-Unis d'Amrique, .apres avoir achevd l'exarnen minutieux de ces contrats, considere qu'ils renferment (e. grande defectuosits parmi les.-


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EMPRUNT NOUVEAU. ME ME BANQUE 19

quelles ,es suivantes peuvent tre mentionnoes:
10 La perception de certains revenus, douaniers est ,c,onfie, 'i une Compagnie frangaise pour une pgrio-de, .d'une cinquantaine d'anncies et, dans la suite, pour une priode inddfinie. (voir art. 13 du contrat d'emprunt). En cas de difficult s'rieuses entre! cette Compagnie frangaise, percevant ainsi les revenus douaniers,, et le Gouvernement haitien, lei Gouvernement frangais pourrait intervenir. Article 24 du contrat n'exiclut pas, interventionn, car cette clause, dars plus d'une, circonstanice, a 6t6 reconnue, comme ayant un eliet, nul sur le droit dintervention diplomatique. Le Gouvernement des Etats-Unis doit consider avec dgfaveur tout ,contrat pouvant entrainer l'intervention, par voie de contr6le, des Douanes.
20 Le contrat .de Banque, tel qu'il est conCu, est un contrat purement exclusif non. s eulement en ce qui a trait au fonctionnement de institution comme Banque nationale, mais encore elt ce qui concerne son fonctionnemenit commie entreprise commerciale (voir contrat de Banque, art. 9, 14, 17 et 22). Le Gouvernement des, Etats-Unis doit s'opposer "a l'6tablissement en Haiti de, dro-it de monopoly

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qui exclut ies entreprises amie'ri-caines.
30 Le contrat dei Banque n-e peut 6tre consid'r6 comme donnant un plan financier solide :
a) Parce qu'o nIy voit pas, clairement quels sont ceux qui doivent former ou constituer la Banque. Il peut 'tre suppose quelle sera constituee ou forme, par ceux at qui le contrat original aura d,6 a,cc-ordd, qu'il empdche. de passer en d'autres mains.
b) Le project ,d'dmission des billets de banque parait entidrement impropre ft l'dtablissemenL d'une circulation mondtaire serieuse. D'aprds article V, il est stipule que le capital de la Banque sera de 20 millions de francs dont un quart seulement, ces.t-f-dire 5 millions de francs ou I million ,de dollars, doit et^re verse. On, ne voit pas clairement si tout le stock doit 6tre, dmis ot 25 0/0 ft prdlever dessus, ou si l'on doit dmettre seulement 25, 0/01 du stock et pour .esquels la totality de la valeur doit Otre, payde,, la balance du sto.k restant, non dmise.
c) D'.aprds l'arti-cle 9 du contrat, la Banque e,st autorisee ft imettre ,de 2 ,h 6 millions de dollars en billets, c'est-fA-dire de deux 'a six fois la portion, du capital qui aura te versee. Aucune, stipulation nest faifte en ce- qui a trait ft la reserve d'usage : la seule reserve prdvue


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EMPRUNT NOUVEAU. MAM E BANQUE 21

est celle qui est stipui6.e, -dans 'article 11 oi il est dit que, la Banque, .devra avoir en caisse une valeur .en numraire equivalente au tiers, du inontant deis billets en circulation. Ce, tiers, ;omme le. contrat est maintenant ,elabore, polarrait prove-nir entieremen,t, des valeurs, appartenant ai des ,deposants, d' oi une dpreciation possible de. la circulation monetaire. La reserve ainsi prsvue n'exigie pas, en outre, que le, montant reserv,6 soit du numeraire ;elle permet que. ce montant soit constitute en valeurs assimile'es au numraire, ce qui esft indeini ;en, ce qui regarde, la nature ,de, la monnaie,.
40 D'apres. le contrat, tel qu'il est congu, la Banque, non seulemrent exerce -des, droits de souverain, mais -encore remplit les fonctions de tr~sorier, une, section ordinaire de, ladministration haitienne. I1 est, tr~s, impolitiquel de la part, du Gouvernement haYt.ien de mettre entre! les mains de Socie.ts, privies des, pouvoirs si souverains, parce, que si ces, pouvoirs ne sont pas co nvenabtement, exerces ou si leur exercice devient indiiment ,onereux pour le qouvernement hatien, ce, dernier ne, pourra pas, sans. courir le risque, d'une intervention dipl-omatique, entreprendre d,en redresser les abus.

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50 Le, contrat semble, non s-eulement peu equitable, mais excessif pour le Gouvernement haitien :
a) Parce que, les bons 5 0/0' du Gouvernement ne siont places qu*a 72 et fraction. Par vo.ie do comparaison, en pourrait r-emarquer que les bons du Gouvernemen-t de Saint-Domingue ont t'd 6mis a 98.

b) Comme il est dit ci-dessus, la Banque est charge du service, de, la tres orerie du Gouvernement haitien, tandis que le Gouvernement paie A, la Banque i 1/2 et, -dans certains cas, 2 0/0 pour la m,anipula--ion de ses fonds. Cette institut-ion, en retour, ne paie, absolument aucun interet au Gouvernement pour ses fonds qu'elle detie'nt et, utilise. Elle, charge le Gouvernement haYtien de 5 0/0 avec addition de 1/2 0/0 pour le renouvellement, ,de prets. qu'elle lui faith.
c) D'apres le contrat, la Banque: a le droit exclusif d'emettre -des billets, tandis, cue le Gouvernement n'a pas le droit den mettre. Aucune obligation nest faite, 'a la Banque d'6mettre, plus de 2 millions -de dollars. Si ciette somme es-t reconnue insuffisante, il est impossible au Gouvernement de rem,6dier a cette situation en emettant lui-meme des billets o,u


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RMPRUNT NOUVEAU. MEME BANQUET 23

en exigeant de! la Banque qu'elle en emette (art. 9 et 13).
60 11 n'est accorded aucune situation ad& quate au Gouvernemenit clans la direction, de la Banque, car, tandis que l'article 8 prdvoit la nomination d'un commissaire special du Gouvernelnent et stipule que le tiers du personnel de la Banque sera compose d'Hattiens, fl, ne semble pas qu'il y ait une provision en vue de la presen-ce .de repre'sentants dans le Conseil de La Banque don't le, siege social est A, Paris, elt, d'apres larti-cle 17, les directeurs, ont le droit exclusif ,de regler administration interieure de la Banque,. 11 s-emble donc que le Gouvernement n'a aucune, voix dans la question.
70 I1 no semble pas que la Banque soit dans 'obligation d'avoir des fonds, e.n Haiti et, par consequent, il serait possible. d'eloigner d'Hati tous les fonds de La Banqute, et, alors, peut- tre d'entrainer, d'apres article 2: du contract de la Banque., un-e dissolution de La Banque laissant le Gouvernement haltien entierement cans 'embarras.
Les provisions. faites pour le rachat de la dette interieure sont entierement en disco-rdance -des droits, -des, Am~ri-cains porteurs de bons. Beaucoup dIentre .eux ont tenu a faire

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acquisition de bons pour lesquels ils ont payer plus du double de leur valeur actuellet valour qui a W dpr.cie, par le. faith, que le Gouvernoment haYtien, a reduit de moitie le, taux de F'int~ret.
En outre, le projet ne faith aucun provision et, appar,emmeint, ne sie propose pas de. regler de nombreuses rclamations contre le %ouvernement haitien. Le Gouvernement des.'EtatsUnis doit insister en vuse d'un just et convenable reglement ,de ces reclamations. Pour oes raisons : le Gouvernement des Etats-Unis trouve qu'il est nkcessaire. d',exprimer .une entire disapprobation A lendroit dens presents contrats, -de protester contre Ia n gociation d'un6 convention qui est en M ,mel temps, si prdjudiciable, aux int erts americains,, si nuisiblo h la souverain,etet d'Hatti et si injuste dans ses operations 'a l'16garld du people et -du Gouvernement dilati, qu'il n,e, pourrait permettro ,a un te,1 contrat d'avoir son effet d'une, maniere si pr~judiciable aux citoyens et aux initrts amricains.


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EXMPRUNT NOUVEAU. AMEME BANQUE 25


LIGATION AM.RICAINE

14 octobre i910.

Au Se,crdtaire d'Etat
des Relations ext6rieures.

Monsieur,
En me nDferant aux memorandums relatifs aux contrats de Banque et d'emprunt actuellement h l'examen, memorandums que, par ordre de mon Gouvernement,, j'ai soumis ht l'examen. du Gouvernement de Votre. Excellence, j'ai i'honneur de vous remettre sous ce pli un nouveau memorandum reigu hi,er par cable. Je serai oblige A Votre Excellence de le sournettre i attention del son Gouvernem,ent, le plus tbt qu'il lui sera possible. Je dd6sire parti,culierement ,attirer attention de Votre Excellence sur le paragraphe e'crit du memorandum oii' mon Gouvernement exprime sa dsapprobation et proteste contre le contrat tout enti-er qui est si prjudiciable aux inte're ts amdricains, si nuisible I la souverainet d'Haiti et si injuste; dans sess operations pour lei peuple d'Iaiti.
Votre Excellence voudra bien agre'er, etc.
H.-W. FURNISS.

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Nous ne commenterons pas ces pieces. Elles mirent, sans doute, le patriotisme haitien h une rude epreuve. Le moins qu'on puisse en dire, c'est que les reproches qui nous 6taient adress6s 6taient m6rit's. Et cela nest pas, au contraire, pour panser la blessure. Cependant on doit remarquer qu'en d6pit do ces memorandums, vdritables ultimatums, les contrats furent vote"s. Comment nos hommes dttat s'arrang~rentils pour donner satisfaction aux interets am6ricains, ou de curtains Amdricains? Par quels arguments convaincants les ont-ils convertis ?
La est leur secret, et il ne faut pas insister.
Ce qui peut e~tre interessant, c'est de jeter un regard rdtrospectif sur la fa(on dont, dans la pressed et dans les Chambres, la discussion touchant ces contrats fut menee. Cela nous aidera h fixer les responsabilit6s si plus tard nous avions "a pa'tir de ces nouvelles operations.


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FINANCE S D'HIAITI

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RMPRUNT NOUVEAU. MTIMIE BANQUE 27

Eh bien! sans hesitation, sans attdnuaion possible, il faut 6tablir que cette discussion fut absolument nulle : rien, ni dans les Chambres ni dans la presse, ne revela que le pays allait contracter des engagements d'une importance capitale pour son avenir. Toute vell'it6 d'examen fut sv6rement proscrite. On avait vu, sous Salomon, l'tablissement de la premiere Banque : le projet avait 6t0 discut6, critique, dobattu dans la presse et au Corps lgislatif. Journalistes, ddputes, s6nateurs avaient 6mis des opinions plus ou moins favorables. Cette fois, rien le neant, ou tout comme.
A la Chambre un seul depute, M. Mforavia Morpeau, essaya de discuter 'emprunt et le contrat de Banque. Trait6 de vendu par le ministre quand il croyait naYvement defendre les intere'ts du peuple, il perdit aux elections generalps de janvier suivant sa place de ddput6, le pouvoir executif l'ayant faith rayer de la liste de ceux "i Mire.

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De plus, quelque temps apr~s, profitant de l'insurrection de Ouanaminthe, on lui fit faire un bon tour de prison.
Au Sdnat, le s6nateur Cauvin vainement tenta de discourir, en les divisant, sur les trois contrats financiers. Comme il avait t6 qualify de conspirateur, la semaine d'avant, dans une des hom6lies pre'sidentielles, l'Assembl'e refusa de l'dcouter. Ft par un vote d'ensemble, elle ratifia stance tenante dissolution, Banque, emprunt. C'est ce qui s'appelle chez nous la maniere forte. Si dans la vie ordinaire les cambrioleurs sont gens timides et de mince envergure, il n'en est pas de m6me dans notre politique, Le cambriolage est un sport qu'on y pratique couramment, et avec succes.
Quand on se donne la pine de relire les declarations officielles du Gouvernement, on voit que, comme de coutume, il se place en face de l'intdret general pour demander qu'on lui vote sans discussion les projets


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FINANCEIS IY'HAITI

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qu'il presente. En effet, le ministre des finances s'6crie aussi bien dans l'une que dans l'autre Chambro :
(( Que de fois, helas! n'avez-vous pas eu, Messieurs, "a critiquer, et juste raison, le syst~me des emprunts ruineux, a protester contre la pratique des petits expedients inavonables, indignes d'un people si merveilleusement dou6 sous le rapport des richesses naturelles de son sol ? Quel est celui d'entre vous, Messieurs les senateurs, qui n'a eu h 6prouver les effets lamentables de cette monnaie de mauvais aloi dont le pays a 't' envahi ces temps derniers? Qui de vous ne se sentirait bondir d'indignation h la seule pense6 de voir 'Ex6cutif un de ces jours se presenter en cette enceinte pour vous demander de voter un projet soit de frappe de nickel, soit une emission de papier-monnaie? )
C'est fort bien, et on ne peut qu'approuver ce langage. Cependant, it s'agit de s'en-

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tendre : va-t-on sans vergogne, et au d6triment de la communautd, sacrifierles int6rets du pays, accepter pour 'emprunt des conditions ondreuses que ni l'tat du pays ni celui des marches europeens ne pouvaient laisser supposer ?
Nul doute que si le Gouvernement 'avait voulu, ces conditions n'eussent d6 tres sensiblement amdIiorees. Mais it ne s'en est pas preoccupe, et ii est certain que lui euit-on impose des conditions deux fois plus dures, dans sa ha'te de conclure ii les ecit accept'es.
Vainement objectera-t-il que 'emprunt de 1896 avait 6M6 conclu dans des conditions aussi desastreuses. Cette consideration -ne saurait l'absoudre, et elle equivaut plut6t at une condamnation. Avant, 1896, le pays n' avait fait- j''carte, et pour cause, l'emprunt do 1820 (1) qu'une fois appel aux capitaux strangers, et, ii en 6tait result

1) voir ,,n livrc ha et l'ilndem itd rangaise.


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FINANCES D'HIAITI

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EMPKRUNT NOUVRAU. M-- MAlAD BANQUET 31

l'opdration financi~re d6nommde : Emprunt 1875. Le rdsultat de cette operation n'dtait pas pour inspirer confiance aux pre'teurs. Les souvenirs cuisants qu'il leur avait laissds n'6taient pas encore compl~tement effacds.
Les temps dtaient autres en 1910. Et il ktait 6ldmentaire d'en tenir compte.
En effet, depuis 1896 le credit d u pays 'a 1'6tranger n'avait faith que progresser. Les 6ch6ances de l'emprunt conti'actd cette ann~e-lh avaient te fidelement venues. De jour en jour ses cours avaient hauss6. Ils avaient tr~s notablement, depuis quelque temps, depassd le pair. D'un autre c6td, les pays producteurs de cafd, apr~s de nombreuses anndes de baisse persistante, voyaient presque h chaque Bourse cette denrde franchir une nouvelle tape. Pour Hafti, la hausse avait 6te presque du double: en 1908, nos cafds vaiaient environ 39 francs et en 1910 ius ddpassaient 75 francs. Ne

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fallait-il pas profiter de cette situation? Et parce qu'on avait faith une mauvaise opdration en 1896, fallait-i[ la decalquer, la re'pdter en 1910? Quand tous les peuples ouvrent leurs yeux 'a la lumiere, fallait-il les tenir obstindment bands? Quel int6ret avaient nos gouvernants "a garder un sommeil lthargique ?
On ne peut supposer que l'ignorance ou une impardonnable negligence.
Ceux qui penchant pour l'ignorance trouveront peut- tre un argument "a leur these dans le document intituld Rapport au Senat de la Republique sur les projets financiers.
Dans ce rapport, inspire ou dicta par le pouvoir exdcutif, il est dit quoe l'mission de l'emprunt se fera vraisemblablement aux environs de 400 francs, et on pr6voit pour les 6metteurs un b6ne'fice de 5 millions de francs. L'(venement a de'montre' que le Senat n'avait aucune ide de 1'tat de notre credit "a 1'ext6rieur, ni des ambitions de


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EMPRUNT NOUVEAU. MtEME BANQUET 33

l'Union Parisienne, car, h.las! ce nest pas seulement 5 millions qu'on a gagnds sur note tte.
L'emprunt dit de 1910 est de 65 millions de francs, soit 130,000 obligations de 500 francs. I1 n'est verse h l'Etat que 47 millions, d'ofi un cart de 18 millions abandonnds aux dmetteurs et au public. L'obligation revient done aux 6metteurs, puisqu'ils ne versent que 47 millions, h 361 fr. 54. A combien la passeront-ils au public? Le Snat pr6voyait 400 francs. Qu'il 6tait bon! Les 6metteurs ne l'ont ltchiee qu'h 442. 50, soit plus du double des provisions beneficiaires s6natoriales. Et encore ne l'ont-ils donn(e, comme on le verra plus loin, que tr~s parcimonieusement, en routes petites tranches, se reservant de la faire aller jusqu'au pair et de realiser encore un nouveau ben~fice.
En attendant, en ce mois d'avril o 6 j'6cris ces lignes, elle est dijfh h 455 francs Ce qui

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faith, en se tenant seulement au prix d 'dmission de 442 fr. 50, n'gligeant les 13 francs d jaJ gagnds sur ce cours, que la souscription, ouverte le 17 f6vrier, close le nirme jour, rapportait a cette date (l'obligation 6tant livrde par l'Etat 'a 361 fr. 54) le chiffre a peu pres rond de 10, O0,000 francs. Pour une belle opd ation, c'6tait une belle operation. On comprend que dans ces conditions le capital h verser de la nouvelle Banque n'dtait pas difficile h trouver. C'dtait notro propre argent qui le constituait. Mais que dire de nos dirigeants ?
Ils ne prirent meme 'pas la peine de stipuler, comme en 1896, que les porteurs de la Dotte Intdrieure pourraient, pour leurs crdances a rembourser, recevoir au taux de l'dmission les titres du nouvel emprunt, s'ils le ddsiraient. Non, ils ne stipul~rent rien au profit de la communaut. Cependant, oui, il y eut une stipulation, et il serait injuste de ne pas la signaler, d'autant plus


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qu'elle peut, h Foccasion, constituer une barri"re infranchissable si le Gouvernement dtait tent6 de l'enfreindre. C'est celle qui h l'article 25, dernier alint'a, du contrat d'emprunt, dtablit que "la Banque Nationale de la R6publique d'Haiti ne pourra se dessaisir de ces fonds que pour les paiements auxquels ils sont affected's par l'article dixsept des presents ". Or, 1'article 17 declare qu'il s'agit du retrait integral du papier monnaie, du remboursement de la Dette Interieure et du solde de l'Emprunt du 20 aoifit 1909.
On aura, au moins, ce rdsultat, le retrait integral du papier-monnaie. achet6 si ch rement.
En tout cas, la Banque Nationale de la Republique d'Hafti a inter6t ne pas oublier, comme sa devanciire, la responsabilite que laloi lui impose de ce chef (I).

(1) I1 est absoltimenl regrettable que le Gorps 1gislatif n'ait pas fixed, dans l l,)i, le taux dui retrait.

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30 FINANCES DHAITI


On sait que le Gouvernement qui prec6da celui du gdndral Antoine Simon passait, aux yeux de '6'traager, pour faire de la x(nophobie un systeme gouvernemental, une sorte de credo politique. Au fond, cette opinion 6tait exagdrge ou plutot ne reposait que sur un examen trbs superficiel de la question. Pour beaucoup, elle n'dtait en faith qu'une revanche de leurs intdr6ts priv6s contrecarr6s par le proces de la Consolidation.
I1 n'est pas besoin de dire qu'aucun des membres du Gouvernement individuellement ne pouvait encourir ce reproche, car ils taient tous, soit par leur education, soit par leurs attaches, au-dessus do ce pr6jug6. Mais c'6tait au chef du Pouvoir Exe!cutif


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qu'on en faisait rernonter surtout la responsabilite. Or, le chef 6tant tout dans 1'1tat haitien, le Gouvernement du Gdneral Nord Alexis portait l'dtiquette, et la gardera peuttre dans 'histoire, de d tester l'dtranger. Je me hate d'ajouter que cette qualification, quelque inimritde qu'elle ffit, n'6tait pas pour d6plaire i ce gdne'ral. Sans s'en glorifier, il ne la repoussait pas.
D'abord il faut 6tablir que la xenophobie a cess6 d'exister en Haiti depuis pros d'un sicle, c'est-a"-dire d~s apr~s les luttes de l'Inddpendance haitienne. Encore pourraiton soutenir que meme h cette poque elle u'existait pas rellement, car c'ktait aux Fran(ais seulement, naguire maitres de l'ile, qu'on en voulait. Les autres strangers n' taient l'objet d'aucune animadversion. Mais, quelques annees apr~s Dessalines, tout sentiment de haine m~me contre les ancient possesseurs du pays, contre les maitres impitoyables, 6tait effac, : le Fran~ais, qu'on

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n'avait plus craindre comme colon, bdn6ficiait, au m6me titre que les autres peuples, de ]a plus large et de la plus complete bienveillance.
Aujourd'hui ce n'est plus la bienveillance, C' est le privilege en tout et partout, que ce soit dans la vie privde ou dans la vie publique, qui entoure l'6tranger en laiti et faith cortege 'a chacun de ses pas. Qu'il reste dans les villes ou qu'i] aille dans les cam pagnes, son titre d'ttranger, illustr6 par sa peau, lui est un passeport irresistible. C'est la sympathie assuree, ce serait aussi le respect au besoin. Car personne n'ignore dats l'ile que, defaut de ce premier sentiment, il pourrait, h l'occasion, imposer le second par les canons allemands, anglais, americains, franais, qui sont derriere lui. Toutefois il faut dire que c'est surtout la sympathie qui domine. 11 est le roi, le maitre. Et s'il daigne choisir unejolie fille pour compagne l6gitime dans les families de File, du


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EMPRUNT NOUVEt'. MEIME, BANQUF 39

coup il lve ladite famille au-dessus de toutes les autres, nagure ses gales, par une sorte de brevet de noblesse, de protection conf~r6 instantan6ment, etqui permettra detain, si un des parents est compromis dans une conspiration, de trouver chez lui un asile sacr6 sous son pavilion d'6tranger.
On est done bien revenue de 1804, 6poque ofi Dessalines entendait que le sang blanc f Ct une souillure.
Aujourd'hui nos jeunes gens, dans leurs ddtresses journali~res, quand ]a g6nErale bat dans les rues, quand le canon d'alarme est tired, quand, pourchasses, ils sont oblig@s de se sauver dans les consulats pour ne pas etre fusilles sommairement contre un mur, n'ont qu'un d6sir, qu'une ambition se faire stranger, car l'etranger circle, vaque a ses affaires, respect, honor, tandis qu'ils ressemblent a s'y mdprendre aux moutons a% Fabattoir.
Chaque fois que de l'asile oft ils sont

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caches, de la prison oii, ferrds, ils attendent l'inconnu, ils apprennent une execution militaire, ils font voeu de se naturaliser Franais, car generalement, dans ces cas, c'est vers la France qu'on se tourne. Heureusement pour la Patrie, quand le danger est passe, nos jeunes gens se reprennent a l'esperance de jours moins tristes, peut-etre bien aussi a l'espoir de rendre plus tard a d'autres ce qu'ils ont subi. Ce qui faith que plus a change, plus c'est ]a m(me chose.
I1 est donc aise' de voir que la xenophobie ne saurait trouver un terrain favorable dans le pays. L'6tranger n'est pour personne l'ennemi. Pour beaucoup de nos compatriotes
- et c'est la faute de nos discordes civiles et de notre militarisme il est plutot le supreme espoir, l'ideal auquel on aspire, quand devant la Patrie maraltre on blaspheme et on renie.
Telle 6tait la situation quand 6clata le procbs de la Consolidation, proc~s dans


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EMPRUNT NOUVEAU. MIfME BANQUE 4t

sequel I'aristocratie financi~re du paysc'est- "-dire l'dlement stranger et la Banque Nationale fut compromise.
On dit que le general Nord Alexis saisit avec empressement cette occasion d'affirmer des sentiments qui dtaient h l'6tat latent dans son coeur. On affirme que nonage!naire, ayant faiL toute sa carri~re dans L'armee, ayant eu pour compagnons d'armes ceux qui n'eurent, vers 1804, qu'un catechisme, la haine de l'6tranger, les lemons qu'il croyait avoir oubliees, dont peut- Lre it ne soup(onnaiL me'me plus l'existence, se reveill~rent en lui dans leur intensity et furent le pivot de sa conduite. 11 faut s'inscrire en faux contre ces suppositions. Rien ne fait presumer que ce legs du passe pesa sur sa conduite, et la meilleure raison qu'on en peut donner, c'est que jamais anterieurement ii ne passa pour x6nophobe. Au CapHaitien, oh il gouverna si longtemps, il avait bien plutbt la reputation contraire.

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Cependant la sorte de prestige dont jouit I'tranger est si grand chez nous, que de tous c6tes on conseilla au chef de l'Etat de ne pas donner suite au pros. On lui representa les mille dangers qui en rdsulteraient, et surtout ]'execrable renomme dont la presse europeenne ne manquerait pas de le couvrir. Le dicton creole, si pittoresque, si original: casse feitilles, couvrica, fut invoqu6 par ses amis, par ses ennemis, par tout le monde. Si ce n'e'tait pas archere sainte, c'tait tout au moins un nid de gu~pes auquel il 6tait perilleux de toucher, car on ne manquerait pas d'y voir un retour au passe, au pass qu'il faut ensevelir.
Le general Nord Alexis ne crut pas a ces avertissements. 11 pensa que son devoir de chef d'Etat 'tait de marcher droit devant lui, sans s'occuper des ha-cotWs. Peut-e'[re crut-il aussi que le moment 6tait favorable d'essayer de relever le sentiment national de plus en plus amoindri, de plus en plus


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EMPRUNT NOUVEAU. MEME, BANQUET 43

avili devant l'dtranger, de donner hl lHaitien quelque conscience de lui-melne. Sans connaitre ses auteurs, il avait souvent entendu nos politiciens s'dcrier avec douleur, rappelsnt les temps anciens, et au regret qu'il n'en ffit plus de me'me :
Mon verve n'est pas grand, mais je bois dans mon verre !
11 rbva de faire boire l'HaItien dans son verre, et il lui sembla que l'occasion dtait trouvde dans la Consolidation. 11 fit done le Proces et enleva le service de la tresorerie la Banque d'Hlaiti pour le remettre aux Haitiens. Ce qui en r(sulta, on ne le sait que trop : guerre civile, ddchainement d*injures, de calomnies dans la presse trang re, et finalement remise aujourd'hui de ce service de trdsorerie fa l' tranger. Cependant, pour avoir tent6e de realiser ce rbve, cette utopie, Nord Alexis, en ddpit de tout, gardera dians 'histoire une glorieuse originality.
Ce qui fait ressortir l'injustice de laccu-

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sation de xenophobie port6e contre lui, c'est qu'il y avait des Haitiens compromis dans le proc~s. Or, ils ne furent pas mieux traits que les autres. Toutefois, on ne peut nier que plus tard la lutte parut certains moments revgtir ce caract re d'intransigeance de la part du Gouvernement, et cela par la force meime des circonstances. Car les strangers se jugeant menacds dans leur sitnation parce que quelques membres de leur classe etaient compromis, se solidaris~rent avec eux. Ils firent bloc contre l ennemi commun, lequel ennemi commun se dMfendit, tr~s maladroitement d'ailleurs.
Jusqu'at ce jour, ce Procis de la Consolidation faith encore l'effet d'une robe de Nessus. Personne ne veut l'avoir endossde. Un peu plus, quand la Revolution des Cayes triompha, on allait ddcr6ter sa non-existence. Les pieces dtaient prtes qui demandaient non seulement la revision du proces, mais son abolition. Du general Antoine Simon


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FINANCES D?'HAITI

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E\MPRUNT NOUV&EAU. MfItME BANQUE 45

on pr6tendit faire une fa on de Louis XVIII radiant Napoleon. La question pecuniaire arr~ta l'41an. On songea qu'il faudrait restituer les sommes encaissdes, et c'6tait impossible.
Au surplus, cette question p(cuniaire continue "a passionner encore en ce moment. Quand elle ne sert pas "a des suspicions illogiques, elle sert a l'illusion. politique. C'est dans cette derni~re catdgorie qu'on peut ranger une d6peche du Pr(sident de la R6publique a son secretaire d'eitat des finances, a la date du 11 mars 1911.
Il lui dit :
c M. Cincinnatus Leconte ayant acquitted' sa condamnation pe'cuniaire, je vous invite a faire encaisser le montant de cette condamnation par la Banque Nationale de la Rdpnblique d'Hafti, avec mention de n'y point toucher pour quelque motif que ce soit.
( Vous ordonnerez cet encaissement dans

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!46 FINANCES D'HAITI

les forces l'gales, en ayant soin de faire observer ht ]a Banque que cette recette doit figurer dans un compte special, de fagon qu'h n'importe quelle 6poque on puisse, sans difficult. constater que la valeur verse par Al. Cincinnatus Leconte, en ex6cation d'un jugement du Tribunal criminel de Port-au-Prince, est entree dans la caisse publique au profit de l'itat.
A entendre honorable general, ii semblerailt que les vateurs de la Consolidation ne sont pas entries dans la caisse publique. I1 fait absolument erreur. Toutes les sommes per(ues ont about reguli'rement h la Recette generale, des ordonnances ont 6t0 drossees, et routes elles out servi aux depenses de l'ftat. Il a done 6t6 tr~s mal reiiseign6. 1lais lh off ii est reprochable surtout, et ofi son ministre des finances aurait dfi le rappeler "a l'observance des lois, c'est quand ii croit qu'il peut de son autorite 6dicter des r~gles nouvelles en mati~re

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EMPRUNT NOUVEAU. MIEME BANQUE: 47

d'adrninistration, d6cider, comme i le fait, que telle valeur figurera a tel compte special quand la loi de finances en a prealablement decide, prescrire qu'on ne touchera pas a ladite valeur sous quelque prdtexte que ce soit, quand une disposition legislative "a prescrit :
( Toutes les valeurs gdndralement quelconques recouvrees et a recouvrer des condamn6s et toutes celles accumulees h la Banque Nationale d'HaYti en vertu des saisius regulirement effectuees seront employees aux d~penses du service public (1) ).
Voila donc une decision pr6sidentielle qui abroge formellement la loi. Et, du reste, a qui fera-t-on accroire qu'il soit plus facile de constater dans un compte special que par une ordonnance regulirement dressed ( que la valeur verse par Al. Cincinnatus

(1 Voir 1 ft la fin du volume le rappoil du 5 juilet. 1910 de la thambre des comptes. Piee D.

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Leconte, en execution d'unjugement du Tribunal de Port-au-Prince, est entrde dans la caisse publique au profit de l'1tat ))? C'est le contraire qui serait plut6t prevoir. 11 faut souhaiter, dans l'intdret public, que cette m(thode ne se gdne'ralise pas, qu'elle ne soit pas surtout applique aux quarante-sept millions que le Gouvernement touche de l'Emprunt 1910.
Aussi bien cette fa(on de proceder paraft grosse d'un autre danger. Supposons que M. Cincinnatus Leconte le cours des evenements est incertain en Haiti reprenne pied demain dans la politique. Comme le montant de sa condamnation a 6te' consign6 a la Banque (( avec mention de n'y point touched pour quelque pretexte que ce soit)),
il le trouvera h. point et pourra tout simplement se le faire rendre. Et le general Antoine Simon n'aura travaille que pour lui.


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F'INANCEiS I)'HAITI

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EMPRUNT NOUVEL\A. METME BANQUET 49'


Revenons a la Banque nouvelle et au con-trat d'emprunt.
Aucune critique de ces operations ne saurail valoir celle que, d'ordre de son gouvernement, avait prsentee la legation des Et'ats-Unis h Port-au-Prince. avant 1'entente. It faudra deplorer amerement que les int.rets du peuple n'aient trouv6 que dans cette lgation-seulement une possible et dph6mrnre defense. Certes, le respect de la dignity nationale commandait de ne pas oublier que Haiti est un Etat libre, inde'pendant, jouissaint pleinement de son autonomie. Cependant il ne fallait pas mdriter les. reproches qui nous 'taient adresse's. Et, du, reste, comment a-t-on rendu vains ces re-prochus? Comment a-t-on dcart6 les foudres.

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qui grondaient sur nos totes ? En abandonnant une part du gateau, lequel demeurant en le primitif dat critique, constituait en somme une affaire autrement belle, autrement lucrative quo no l'avaient rev6e les pretendus evinces. En v6rite, est-ce que la justice peut se contenter d'une semblable solution ? Et y a-t-il lieu, "a cc propos, d'invoquer le patriotisme et de parler du respect de Fautonomie national, brillamment sanvegardde ?
Cela est inutile et cela est p'nible pLt6L.
Les conditions draconiennes centre lesquelles, au nom du peuple haitien, protestait le gouvernement des Etats-Unis, sont restees, en fait. immuables, invariables. Seulement, apres nogociations eL entente, il e a t' distrait une part au profit de curtains int6rets amelricains. Cela a suifi, pour te moment, h rendre inoperantes ces remopitrances. Or, elles no subsistent pas moins. Par une circonstance inattedue qui s'-


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FINANCES D HAITI

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RMPRU NT NOUNXUE. -\ EMD BANQUET 0t

chappe parfois de pertains actes, rien ne prouve que demain elles ne servent pas, et cette fois reellement, le peuple haitien.
11 n'est pas douteux que bien des mis~res vont d6couler du remboursement de notre Dette interieure. L'dquilibre budgetaire des petits manages sera rompu tre's notablement. Je sais bien qu'on invoquera la reduction des interets op6rde sous le preucdent Gouvernement pour justifier la reduction actuelle du capital de la Dette. La question m'6tant personnelle, je ne veux pas insister. C'esten passant que je ferai remarquer qu'il n'y a pas dk'quivalence entre reduire des intdr'ts de 12 0/0 6 0/0 et diminuer un capital de 45 0/0. Au lieu d'avoir 6 0/0 d'intdrets sur 100 dollars comine dans l'ancienne Dette interieure, le rentier n'aura devaut lui qu'un capital de 55 dollars, et le po-rrait-il placer a 6 0,0 qu'il ne recevrait .ie
3 dollars 30.
Mais le placera-t-il h 6 0/0? 11 faut en

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douter, car on n'a meme pas eu la precaution de r&server aux porteurs de la Dette int6rieure l'6change facultatif de leurs titres contre des obligations du novel emprunt 5 0/0 au prix d'e'mission de 442 fr. 50. Au surplus, quand on a reduit les intdrets de la Dette interieure, c'6tait une question budg'taire qui 'tait en jeu : il fallait vivre, il fallait payer les employes, faire marcher le service courant. Ce sacrifice impose h la nation lui retournait, en quelque sorte, sous une autre forme. 1i n'y avait ni moyens, ni ressources autres en vue. En dtait-il de meme en 1910 ? I est permis de dou ter que dans une operation financi~re de 65 millions, il n'ect pas ete possible de faire un autre sort aux porters de ]a Dette interieure.
En dehors de cet interbt special, il semble aussi qu'un grand inter~t public commandait une autre mdthode, car un malaise dconomique va probablement ddcouler de ce rouage bris6 de la Dette consolidee. Elle fai-


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EMPRUNT NOUVEAU. M-IME BANQUET 53

sait l'office de caisse d'6pargne dans notre milieu social, et les habitudes de prevoyance ne sont pas dejh si communes chez nous qu'il faille faire fi de cet argument. L'argent rembours6 sera vite dissip6, faute d'un placement sous la main, et la plethore du paupdrisme envahira de plus en plus notre socidt6.
I1 faut donc se demander si, pour toutes ces tristes perspectives, il 6tait sage d'emprunter 65 millions pour n'en recevoir que 47, soit moins de 37 0/0 du capital nominal.
Le bon sens public, t6t ou tard, rdpondra que cela ne valait pas cette peine.
11 faut encore r4pter que les negociateurs de l'emprunt n'avaient aucune connaissance des marches europeens, et surtout de l'dtat economique du pays au regard de ces marches. Autrement ils auraient mieux defendu nos intAts.
Cette ignorance 6tait generale, si on en juge par le rapport du S'nat que nous avons

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54 FINANCES D'HAITI

deji analyse sommairement. Le Sdnat, en sa naive libdralit6, estimait h 5 millions le ben6fice des dmetteurs, car il affirmait que l'on ne pourrait dmettre les obligations qu'& 400 francs. Or elles ont Me' emises h 442.50, soit de ce chef seulement on reviendra plus loin sur la question un bendfice de 11 millions. Cette preuve est suffisante, je pense, pour d6montrer comment nos int&rtt out ete sacrifids.
Le general Nord Alexis, avec des rdcoltes tr~s minimes et des prix pour le cafd audessous de 40 francs, avait pu diminuer la Dette publique de plusieurs centaines de milliers de dollars. Mais en 1910, par un rare bonheur, le cafe avait d6passi 75 francs. C'est, on le sait, la seule veritable ressource du pays jusqu'h" ce jour. Indubitablement ces prix doubles devaient amener plus d'aise dans le peuple et am'liorer la situation du Trisor. Malheureusement, le mal end6mi(Iue de nos Gouvernements : les grosses

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EMPRUNT INOUVEA-L. A1MEE' BANQUE -.5

ddpenses. n'ayait pas plus 6pargn6 le Gouvernement du general Antoine Simon quo celui de ses preddcesseurs. Achats reiteres de bateaux de guerre, gaspillages dans totes les branches de administration, charges publiques crepes sans discernement, pour le plaisir, enfin -toute ha gamme coutumi6re des futilit6s et des inutilites decorees du pompeux qualificatif de service public, au lieu d'ameliorer la situation l'avait empire. Peut-6tre qu'avec un programme d'ordre et d'6conomie, pratiqu6 sans de6faillance, aurait-on pu s'en firer. Comment, en fait, l'exiger de nos gouvernants ? C'6tait impossible. On souffrait donc autant, si cc n'est davantage, et malgre la hausse du caf6 sur les marches strangers, que sous Nord Alexis, car les employs publ;ics -c'est-a-dire une bonne portion du petuple restaient ind6finiment sans etre pays. Le general Antoine Simon, chaque dimanche, pour expliquer cette situation, en faisait remonter la res-

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ponsabilit6 a son pr~dcesseur. Ses hom& lies, qu'il s'efforgait de rendre le plus paternelles possible, n'endormaient le mal qu'ai la surface.
I fallut donc arriver h un emprunt extrieur, puisqu'on ne voulait, qu'on ne pouvait peut-6tre, arriver h une vraie amelioration par des voies plus prudentes et plus sages.
Cependant ce mal rdsolu, comment expliquer une mdconnaissance aussi flagrante des int6r6ts du peuple ? Comment comprendre qu'on ne les ait pas mieux ddfendus ?
A cette question on ne peut trouver qu'une rdponse: c'est que le Gouvernement, malheureusement, ne permit aucune discussion dans la presse locale. On aurait pu I' clairer, car notre pays ne manque pas d'hommes tres au faith des sciences financires. 11 no le permit pas. Aujourd'hui que 1'opdration est accomplie, il faut esp(rer que, dans l'intdret public et dans le sien propre, il se montrera roins intransigeant.


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FINANCES DHAITI

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EMPRUNT NOUVEAU. MiZME BANQUET 57


IV



La Banque Nationale d'HaYti, si elle a le souvenir reconnaissant, doit marquer d'une pierre blanche le jour qu'elle s'est 6tablie en Haiti. En effet, apres trente ans d'existence sans labeur s6rieux, n'ayant durant ce temps connu d'autre fatigue que celle d'encaisser nos commissions statutaires et extra-statutaires, apres avoir enfin, de par cette somnolence ddldt~re, merite des vicissitudes ameres, elle s'est retiree cependant en toute gloire, en toute apotheose, en tout profit. Aucun pronostic defavorable n'a pu avoir prise sur sa chance inebranlable.
Le rapport l'Assemble gen6rale extraordinaire du 6 janvier 1911, ainsi que les deux circulaires de fdvrier, ne reclament

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pas de commentaire : ces pieces parlent.

Elles 6tablissent surabondamment qu'en

s'en allant, la Banque s'est retiree "a son

avantage, toujours maitresse du terrain.

Tout lui a souri et pourrait lui sourire

mieux encore. Voyez. L"Union Parisienne lui accorde, en compensation de son

privilege cede, 20,000 parts de fondateur

qu'elle vend, un peu "hgtivetnent pour eue,
a 62 fr. 50, soit 1,250,000 francs. Le lendemain, ces parts font 100 francs, soit 2 millions de francs (1). Heureuse liquidation!

Heureuse ancienne Banque! (2).


(1) Voi,r plus loin le rappolrL au Conseil d'admini,strat-icn et les, eirculaires de f~vrier. Pikes, E, F, G, H.
P2) Pendant que je corrige tos epieuves do ce livre, je lis planss lc Jornoi ali roni(qo finanaeibre du I. mai, que les paris bneticiaires soita ] 1.2 Ir. 50, ce qui done pour les 20,001 parts le chiffre de 2,50.000 francs.
Cctte haussa suppose ui dividendeo annual de Lip ft 15 francs ft la part. La Manque Nationale de la lidpublique d li aura, an effect, une omnce exeeptionnelle, grace aux commissions du service extrieur, lesquelles, de par t'emprunt at le rachat de la Dette int,6rieure, vont 6tre consider bles. Sans computer, Men entendu, les autres profits, tels, pour nen citer qu'un, les opOrations inultiples sur la balance des 1.7 millions q0 forcement, en attendant le retrait integral du papier-inonnaie. le gouvernenient hafti-en laissera entree ses mains.
Quant aux parts bon~ficiaires, on voit l'6tape parcourue


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FINANCES D HAITI

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E)MPRUNT NOUVEAU. \11ME BANQUE 69

L'institution qui disparaissait ainsi dan, ce feu de Bengale pay6 par les Haitiens avait dte fondue en 1880. Elle avait done environ une trentaine d'annees d'existence. Elle eut des moments difficiles h passer, mais ne s'en soucia gu~re jusqu'au jour ofi le service de la tresorerie lui fut enlev6 par une decision legislative. Ce coup, sans doute, lui fut sensible, call' Ih etait le plus clair de son revenue. En effet. lurant les trente ann'es qu'elle resta dans le pays, elle ne fut, proprement parler, qu'un bureau de perception.
Entre ceux qui critiquerent le retrait du

service de la tre'sorerie de la Banque, ;il convient de'tablir deux categories : 'une soutenait que 'Etat u'avait pas le droit laI d'en deposseder institution, l'autre condamnait la mesure en elle-meme parce

depuis que deux mois auparavant on les liquidait en bloc pour I million de francs environ. JCest nous qui faisons les frais de la danse, ignorants et naifs come a lordinaire.

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que, selon son dire, lHaYtien est inapte remplir honn6tement ce service.
11 n'y a pas h rouvrir la discussion avec les partisans de la premiere cat6gorie. Cette discussion serait vraiment oiseuse, puisque ayant d6finitivement rornpu avec la Banque nous n!avons eu rien de plus press6 que de remettre ce service h une autre institution. Que l'on ait transig6, la n'est point la question. Soit par transaction ou autrement, l'Itat, h la minute de ]'arrangement, a eu ce service en mains, puisque l6galement il a pu le conceder au nouvel tablissement. Donc il n'est pas int6ressant de rouvrir une discussion r6solue en faith.
Reste la deuxiirme cat6gorie, celle qui ddnie h l'Ha'tien toute aptitude h g6rer ses propres finances. 11 n'y a pas d'erreur possible sur cc point : le Gouvernement a 6t6 d'accord avec cette cat6gorie quil fallait restituer ce service a l'6tranger, parce que


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seul il pouvait le faire avantageusement pour la nation. Notons que cette fa~on de voir ne lui 6tait pas impose. 11 pouvait fort bien, puisqu'il contractait avec uie autre institution, soutenir l'opinion contraire, essayer tout au moins de la faire prevaloir. Mais nulle hesitation de sa part. Pour lui la chose est arretee, jug~e : .-latien cree la fortune publique et ne peut pas la gerer. C'est pourquoi il se ha'ta, de son propre movement, de remettre ce soin a l'institution 'tranghre.

Eh bien on nous permettra de nous inscrire en faux contre ce jugement et de croire, malgr6 ce qui est arrive, que l'expdrience n'est pas aussi concluante que nos gouvernants actuels le pretendent.

En effet, jusqu'au 2 d6cembre 1908 et durant mme la pdriode revolutionnaire qui aboutit au triomphe du general Antoine Simon la Recette gnerale, ger6e exclusi-

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vement par des Haitiens, donna le plus parfait exemple de l'ordre et de la regularite. Le desordre ne commenga quavec le nouvel ordre de choses. Ce fut voulu, iH semble. Le programme de la Rdvolution 6tait de remettre le service de la Tresorerie a la Banque Nationale d~s l'entrde h Portau-Prince. Un discours officiel du chef du Pouvoir exfcutif le dit formellement. I1 semblerait m~me que datis cette hate il y cout un pieux hommage a rendre 'a Salomon (1), createur de institution, et aussi un temoignage de def6rence amicale a la France. Quel meilleur moyen pour arriver h ce rdsultat que de delmontrer au pays quo le service de la Recette et de la Depense dtait insuffisant et mal fait. '? I1 n'y avait qu'b le dcmoraliser en proclamant chaque jour sa precarite ; il n'y avait qua' le d(sorganiser en y

1) Salomon tait du Sud, d'oft vint la Revolution, et le gen.-al Ant(ine Siion, co qui est a sa louange, fut un de ses tidiles lieutenants.


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introduisant des 6ldments choisis dans ce but, il u'y avait surtut qu'h I'affranchir de tout controle. Mais la Banque qui pref6rait unc liquidation autrement fructueuse resta sourde a nos avances, et ce fut I'heritiere d6signde par elle qui en bne'fiia.
11 semble logique que le Gouvernement haitien, apr~s l'expdrience qu'on venait de faire durant trente annees avee ]a Bauque Nationale, dh't essayer de conserver sa tr6sorerie. Tout au contraire, ii crut faire oeuvre excellent, oeuvre patriotique, eii la confiant de nouveau pour cinquante ans ou soixante-quinze (on ne sait au juste, ici c'est cinquante, la c'est soixante-quinze) a une autre institution 6trangere. I est tres impolitique, lii avait dit le cabinet de Washington, de metIre entre les mains de socidtes privees des pouvoirs si souverains. ) I1 passa outre. Et ses hommes d'Etat n'entendirent pas ou s'ils entendirent n'6cout~rent pas cette voix de la

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conscience, cette voix du bon sens, de la raison, qui veut qu'un peuple qui ne peut gerer ses finances ne peut non plus conserver son autonomie. Naguere nous n'avions qu'un tuteur. Aujourd'hui nous en avons trois, de nationalities diff6rentes, il est vrai: allemand, amricain, franais. Nous voila dans une triplice d'o' il sera difficile peuttre de sortir.

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V


Un des plus grands reproches qu'on peut adresser aux contrats financiers sous I'empire desquels la R6publique va vivre durant de si nombreuses anne'es, c'est il faut le redire qu'ils n'ont e!te guere discutds. Assurement, il y a eu un ou deux articles par-ci par-lh dans les journaux. Deux rapports officials ont e't6 lus dans les Chambres ligislatives. Mais articles et rapports e6taient sans grande valeur. Ils parlaient pour parler. D'avance on savait la conclusion a lafjuelle ils allaient aboutir. Leurs auteurs 'etaient pas sans doute des illettre's, mais ils 6taient en dehors de 'approbation attendue -- peu au courant des questions qu'ils pre'tendaient traiter. Ils n'6taient pas nuls, ils n'dtaientque m(diocres. Or, eo ces

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matieres, il y a quelque chose, declare un auteur, de plus terrible que la nullit6, c'est la mediocrity.
Peut-etre aussi n'6tait-il pas tres sage de se confier h l'Union Parisienne pour l'ddification de notre nouvel edifice financier. Cette Banque est essentiellemerit une Banque d'affaires. 11 faut que son capital travaille vite et bien. Elle sest specialis'e dans les operations 6minemment lucratives pour la plus grande joie do ses actionnaires. Elle nest pas surtout une banquet de dep6ts et ne dispose pas des resources que donne une clientele de deposants. C'est un rouage admirablement forge, tout ce qu'il y a de plus moderne, de dernier progres si on pout s'exprimer ainsi. Or un tel 6tablissement, qui est pour la re'alisation rapide, instantanee, pout bien mener avecmaestria un emprunt public et on a vu et on verra tout h 'heure encore comment il a men6 le n6tre mais on pout craindre que pour le


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reste des contrats financiers le mnme esprit de routine, de parti pris, de tr6sorerie bureaucratique qui dominait l'ancienne Banque d'HaYti ne soit le sien. Et en tudiant les conventions, en songeant au ca.; Id1 appel6, dont l'infimit6 d6risoire saute aux yeux, on sent cette appr6hension se fortifier, grandir, devenir une d6sastreuse r6alit6.
11 est bien evident que le pays aurait eu un meilleur contrat de banque si on n'avait pas soude aux conventions un contrat d'emprunt. La fascination de l'argent frais sur un tresor see ferma nos oreilles toute discussion sdrieuse. Nos yeux seuls rest.rent ouverts, fixed's sur l'appa't des 63 millions. Dans ces conditions, il fut ais6 d'obtenir l'adh6sion des pouvoirs publics h tout ce qu'on voulut.
Le gouvernement traita done avec hatte, hi a vapeur, comme s'il ne voulait pas laisser echapper cette occasion unique, inespdrde.

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Et dcit-on se re'peter, il faut redire qu'il oubliait trop que la situation du pays avait change, que depuis deux ans le caf6 de 38 francs 6tait monte 75, que tous les pays producteurs de cette denree avaient vu leur credit public se fortifier, que particulirement pour Haiti la bonne tenue de sa rente extdrieure 'tait un barom~tre qu'il ne fallait pas ndgliger de consulter.En vdrit6', quelle raison, encore une fois, y avait-il de signer un emprunt qui pour 47 millions effectifs endettait la Republique de 65 millions!
On connalt le rapide succs de cot emprunt sur la place de Paris. Emis le 17 f6vrier 191 1 442 fr. 50, il fut clos le meme jour. I1 est presumable que fort peu d'obligations furent r6ellement offertes au public, car voici la repartition qui eut lieu le 24 f&vrier courant:
a) Les souscriptions de I 'a 5 obligations furent effeetues.


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b) Celles de 6 h 200 regurent 6 obligations.
c) Au delh de ce chiffre, ii fut attribu6
2 3,'4 0/0 des titres demands.
Le bloc fut sans doute gard6 par les dmetteurs. Ds le lendemain, les obligations mont~rent rapidement h 455. On prevoit qu'avant longtemps elles atteindront le pair. On voit, sans beaucoup d'arithmdtique, ce qu'a' 500 francs chaque obligation devra rapporter au groupe 6metteur. Pour mdmoire, il faut se rappeler qu'elle lii revient initialement h 361 fr. 54, en dehors, bien entendu, des frais de publicity qui ont 6te nuls.
A la fin du volume, nous renvoyons les prospectus relatifs h l'emprunt (1). Il est bon que nos hommes d'Etat actuels les contemplent de temps en temps, afin que

(1) Voir plus loin les deux pro-spectus de l'Union Parisienne, relatifs a l'Emprunt de 65,000,000, et une note financllre du 17 fvrier 1911. Pieces I, J, K.

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dans ce succ~s ils aient quelque regret de n'avoir pas mieux d6fendu leur pays. Certainement, avec une meilleure connaissance du march, une etude plus complete de nos intdrets, ils auraient pu faire ben~ficier la Republique de plus de six 'i :sept millions.
Un des journaux financiers de Paris, sous le titre: ((Petit Pays, grand avenir )), a cdlebre en termes 6logieux le triomphe economique, dit-il, du general Antoine Simon. Ce triomphe est a proprement parler celui de l'Union Parisienne, mais je ne puis m'empecher de repeter avec une conviction autrement fondue: Petit pays, grand avenir A quand ? La est le secret.
En attendant, avant do passer au chapitre suivant, laissez-moi vous faire remarquer combien dans les notes financi~res,
- publies au sujet de Femprunt et dont vous trouverez plus loin, a la fin de ce tra-


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vail, uti Ochantilion, il est rdpetA sans cesse : (( Un des c6tes caracterisques de cet emprunt est intervention de grandes maisons de banques amenricaines et d'un des principaux 'tablissements allemands. ))
La conclusion "a en tiror n'estpas difficile.

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En meime temps que la Banque Nationale. d'Haiti annonait sa liquidation, la Banque Nationale de la Republique d'Haiti cornmenait ses operations le 1er mars (1).
Quelques publications avaient pris soin de rappeler que, avec ]a nouvelle institution, ]a France gagnait une part importante d'influence. Elles appuyaient surtout infiniment sur les grands avantages qui devaient en resulter pour notre pays de l'installation de ce nouveau rouage financier.
(( Aux termes de ses statuts, disaientelles, dtablis d'accord avec le gouvernement haitien, la Banque Nationale de la Rpublique d'laI'ti a le privilege exclusif d'emet(1) Voir A ]a fin du volume 1es l ices relatives A la liquidation et h l'ouverlure : L. M. N.

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tre des billets au porteur, remboursables en especes, h presentation, h Haiti. Ces billets, considerds comme monnaie, auront cours l6gal avec force liberatoire illimitee, dans toute l' tendue de ]a Republique dilaiti et seront reus dans routes les caisses publiques. La banque devra avoir en caisse, en metallique ou valeurs assimil6es au metallique, le tiers du montant des billets en circulation.
( Elle donnera son concours au Gouvernement pour l'6laboration t l'application d'une loi relative a l'6tablissement d'une unite de monnale national a base d'or et d'une monnaie divisionnaire, au retrait du papier-monnaie, et, 6ventuellement, du nickel, et a la circulation des monnaies 'trangcres. Elle sera chargee de l'mission de la nouvelle monnaie divisionnaire.
En outre, la Banque sera, a titre exclusif, charge du service de la tr6sorerie de I'Etat, tant a l'int(rieur qu'a l'exterieur. A

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ce titre, elle recevra h 1'encaissement routes les sommes revenant 'Etat, et notamment les droits de douane sur l'importation et 1'exportation. De mme, elle effectuera tous les paiements pour le compte do l'Etat, y compris le service des intdr~ts et amortissements de la Dette publique.
(( Elle recevra, apres entente sp6ciale avec le Gouvernement, les consignations et les dep6ts prescrits par I'autorit6 administrative etjudiciaire.
(( La Banque pourra dtablir une Caisse d'6pargne et effectuer toutes les operations quo comportera son fonctionnement.
(( Enfin, elle aura la faculty de realiser touts les operations ordinaires d'une banque d'6mission, de d6plts, de prets, d'escompte, de prkts agricoles, et, en general, toutes les operations considere'es comme rentrant dans le cadre habituel des affaires des maisons de banquet et des tablissements de credit.


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On voit que ce programme, vaste et precis, doit permettr'e "a la Banque Nationale de la Republique d'Ha'ti d'exercer une influence sensible sur le developpement dconomique et financier de la Republique, dont les nombreux elements de prospdrite ne demandent qu'h e tre mis en oeuvre. ))
A Port-au-Prince, le 8 mars 191, on inaugurait devant le Prdsident de la Republique et une assemblele d'dlite la nouvelle Banque. Dans un discours appropri6 aux eirconstances, son directeur saluait q ceux qui, presents ici, ont contribute par des moyens diff6rents, la fondation de cet etablissement.
(( Je nommerai donc, disait-il, en les priant de trouver une fois de plus ici 'ex- pression de toute notre gratitude


q Monsieur le Ministre de France, qui a 1 collabor6 si activement nos efforts et

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contribute si puissamment la fondatio de cette Banque;
(( Monsieur le Ministre des Etats-Unis
qui nous a value le haut et puissant con (( cours des capitaux aindricains ;
(( Monsieur le Mlnistre d'Allemagne, qui ( a suivi avec tant de persdvdrance tout l c travail de formation de la nouvelle insti.< ( tution, qui en est l'ouvrier de la premiere, ( heure et qui pourrait, si sa reserve hien, ( connue ne l'en empechait, revendiquer a juste titre. le titre de principal collaborateur de l'dtablissement. )
Auparavant, il avait fortement appuy4 sur le programme de ]a Banque, dont les. grandes lignes sont:
(( La restauration des finances de 'Eta par l'ordre et l'dconomie;
(( Le ddveloppement du commerce, en lui
4 accordant les facilities dont il a besoin;
( Le relvement de agriculture ;


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L'oncouragement et la propagation du agouit de l'epargne par le developpement des affaires industrielles et agricoles et la security offerte au placement des capitaux ;
Et enfin la creation, par voie de consequence, du movement industriel, toutes les conditions qui sont los premiers elements de la richesse d'une nation. ))

Cette magique evocation, ce merveilleux tableau doit devenir une reality grace au capital appel6 de la nouvelle institution qui, comme dans l'ancienie, n'est que de cinq millions. C'est r6ussir de belles choses avec de bien petits moyens. Ce ne serait, "a la veritd, que plus me'ritoire. Mais la Banque National d'Haiti ne pas lire de la Republique avait devoloppe exactement, lors d son inauguration, le meme programme. Elle a passd trente ans h pidtiner sur place.

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I1 est vrai que ne pre'sidaient pas "a so bapte me les f6es d'Allemagne, des Etats Unis et de France rdunies.
I1 n'est pas daus notre intention, pour lI moment, d'entrer dans 1'examen ddtaill du contrat de la nouvelle Banque et de montrer combien peu il a 6t6 tenu compte des desiderata de l'opinion publique haftienne. Cependant, il est important de faire quelques observations qui peuvent presenter une certaine utility', mme sous I'administration actuelle.
L'article 2 des statuts dit que la Societe prend la denomination de: Banque Nationale de la Rdpublique d'flaiti. Cette dnomination lui est octroyee en vertu de l'acte de concession du Gouvernement d'Haiti, en son article ter, et 'article 2 du meme acte determine que cette concession est faite pour cinquante annees a partir du 25 octobre 1910.
Etalors comment comprend-on que 'ar-


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ticle 4 des statuts de la Banque Nationale de la Re. 'h blique d'Haiti )) declare:
Article 4. La Socit6 aura u ne durde de soixante-quinze ans a partir de sa constitution ddfinitive. ?
Voila une denomination Banque Nationale de la Rdpublique d'HaYti )) qui lui a 6t. accordde en vertu d'une loi legislative. Elle n'est sa propriete, dans les conditions prevues par cette loi, que pour cinquante ans. Cependant elle entend harder cette denomination,, cette marque de fabrique, qu'on ne lui a donnde que parce qu'elle est une banque d'Etat, ati del du terme fix, soitvingt-cinq ans de plus. Si donc l'Etat haitien, le contrat expire, veut creer une autre institution, il ne pourra disposer de cette denomination qui est pourtant sa propriete.
il faut faire modifier cet article 4 des statuts, et le mettre en harmonie avec la loi. La loi ne peut pas dire cinquante ans et

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les statuts soixante-quinze. Au surplus, si on veut se refdrer h 'ancienn2 Bn'que., on trouvera que le d(cret qui l'institua et ses statuts etaient d'accord: tous deux disaient cinquante ans. Voila' maintenant que nous sommes forces de l'invoquer comme une autorit6.
On sait qu'invariablement la reponse de la Banque de'funte fut. chaque fois qu'on la pressait de s'interesser au de'veloppement teconomique du pays, que son capital appeld de 5 millions de francs ne lui permettait pas de voir plus loin que le service terre-hterre de perception de nos recettes de douane. Durant. trente ans le pays a souffert, en est presque mort, de cet etat de choses. Et voila' que la nouvelle institution
- qui pourtant reprend le beau programme financier de l'ancienne ne nous apporte que ce meme capital de 5 millions. Et, chose bizarre, tandis que l'ancienne avec ses 5 millions se contentait de 6,000 parts


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b n~ficiaires, la nouvelle institution, avec le m~me capital vers6 de 5 millions, crde 20,000 parts be'n6ficiaires II faudra rudement travailler la Republique pour qu'on arrive a faire face, avec ce capital r6duit, Stous ces grands besoins financiers.
11 importe donc que d~s 'a present on ouvre une campagne pour forcer la Banque National de la Rdpublique d'Haiti 'a appeler l'integralit6 de son capital nominal. Elle ne peut faire moins, si elle est sincere darts son ddsir de contribuer au relvement du pays. Personne n'osera soutenir qu'elle peut quelque chose pour la prospdritd d'Haiti avec ce triste capital. Elle ne fera pas mieux que l'ancienne Banque. Elle fera moins, surtout si on songe qu'elle est grevde de 20,000 parts b(neficiaires, lesquelles, a leur taux actual de 100 francs, reprdsen tent pr s de la moiti6 du capital vers6! On conviendra que 20,000 parts b6ndficiaires sur
5 millions de capital, c'est forcer la note.

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Donc. il faut faire une campagne active, et sans reltche, pour arriver au versement integral des 20 millions de francs.
On fait grand ltat de trois concessions que le nouvel 6tablissement a consenties au pays, et on les celibre, dans notre monde official, a peu pris comme trois nouvelles capitulations de Rochambeau. Les void dans l'ordre auquel elles se presentent d'apris la loi votee

10 L'article 6 entend que les statuts do la Banque contiendront une clause suivant laquelle la nomination du directeur, charge de la gerance de 'tablissement principal h Port-au-Prince, devra etre imm& diatement notifide par le Conseil d'admi nistration au Pr6sident de la Republique.
20 L'article 8 6tablit que la moiti6 des employs en HaYti devra etre de nationality' haitienne.
30 L'article 10" fixed le pret statutaire h


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avancer par la Banque l'tat au chiffre nominal de 3 millions de francs.
Tels sont les avantages que le pays a gagnes dans le nouveau contract. Eh bien! il faut le constater avec tristesse, et meme quelque ennui que 1'on nous ait trouvds si faciles 'a contender, ces avantages ne constituent en rdalit6 que des leurres.
I1 n'est pas vrai que la clause de l'article 6 permette au Gouvernement de refuser un directeur qui lui ddplairait. Notification ne dit pas veto, ne sous-entend meme pas objection. Cette redaction, qui ddlimite la puissance de l'1tat, la limite au contraire. 11 efit 6t' mieux de ne rien stipuler, car alors restait debout, entier, le droit d'objection du Gouvernement contre un directeur qui n'aurait pas sa confiance. Mais, en ralitd, la question n'est pas si importante qu'elle paralt de prime abord, car, en v6ritd, ce nest pas 1at qu'il faudrait efficacement exercer son action. Le directeur "a

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Port-au-Prince, sauf de rares exceptions, ne peut que se soumettre aux ordres et instructions du Conseil d'administration represent6 par le secretaire general. Or, c'est h Paris meme, au sein de cc Conseil, que F'action gouvernementale devrait s'exercer. Et c'est 1h qu'iI aurait fallu, dans cette intention, armer un commissaire special du Gouvernement d'instructions nettement 6tablies. II n'est pas besoin de dire qu'on n'y a jamais song6.
Avec plus de force encore, s'il est possible, le qualificatif de leurre doit s'appliquer h 'article 8. En effet, on nous dit que la moiti6 des employs en Haiti(?) devra tre de nationalit6 haitienne. Mais quels eniplois leur donnera-t-on ? Soyez assure que dans cette moiti6 reserve, s'il en est deux ou trois qui occuperont des charges convenables, le reste sera compteur, hoqueton, balayeur de bureau. Ainsi voilh une Banque qui, fondue en totality avec une des portions du benefice.


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realis' sur le credit national dans l'emprunt de 65 millions, ne reservera que des places infdrieures 'a nos compatriots, des places qu'elle ne pourrait, du reste, remplir autroment. Cessez donc de nous dire que vous avez pris soin des intdr~ts nationaux. Cet argument faith effet dans un discours politique, mais ne soutient pas la discussion.
En ce qui a trait a l'article 15, je sais bien quo l'ancien Gouvernement avait insist pros de la Banque Nationale d'Hafti pour que le pr't statutaire fit port a 600,000 dollars. Mais ce qui constituait 'a cetto 6poque une ndcessit6 n'en est plus une pour un Gouvernement qui vient de fair un emprunt exterieur de 65 millions. Que peuvent peser pour lui 3 millions de francs en face des interets generaux de la nation? Si l'augmentation du pret statu-taire nous a rendus coulants sur l'ensemble du contrat, ne faut-il pas le regretter amrement ? Selon toute probability, cette augmentation, loin

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d'6tre un avantage, no constituera, en de finitive, qu'une nouvelle charge au passif de la Republique.
Et puis une r'flexion s'impose 'ancienne Banque, aux demandes d'augmentation du pr~t statutaire, avait toujours pretexte que son capital verse de 5 millions ne lui permettait pas de faire une avance plus forte. Or la nouvelle, avec le meme capital de 5 millions, nous prate 3 millions. Que lui restera-t-il pour ex~cuter son vaste programme ? Que lui restera-t-il pour ddvelopper le commerce, relever agriculture, creer enfin le mouvernent industriel, selon les termes du discours de son directeur? Tout juste 2 millions. Ce n'est guere, et c'est encore une raison pour demander qu'on se hate d'appeler tout le capital nominal.
Pour le moment, nous n'irons pas plus loin dans l'analyse du contrat et des statuts de la Banque. Le mal, "a jamais deplo-


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FIMPRUNT NOUVEAU. MIEME BANQUE 87

able, est fait en ce qui concerne 1'emprunt. De ce chef, il n'y a rien "a espdrer, les hirondelles, c'est-a-dire les benefices de l'op&'ration, se sont envolees, et aucun printemps ne les rappellera. I1 n'en est pas de meme de la nouvelle institution. Elle existe, elle vit, elle veut vivre au moins cinquante ans
- pas soixante-quinze. C'est une entitW rdelle et non une operation fluidique (pas pour l'Union Parisienne bien entendu) comme l'emprunt de 1910. Certes, il est indispensable que l'opinion qui n'a pu presider "a sa naissance s'occupe de cet enfant hctif, pour I'aider "a vivre d'une vie comfortable, humaine, dans ses inter ts et dans les n6tres. 1lais en cette tache il ne faut, ni de cc c^t' ni de celui du pouvoir, aucune intransigeance. L'intransigeance ne servirait "a rien et serait absolument sterile, com me toujo u rs.

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Ce livre n'est pas un livre de politique. Cependant la politique est si intimement melde "a notre vie sociale, elle en est tellement la trame que je suis oblige, en dpit que j'en aie, de lui donner ici une certaine place. C'est avec une grande detressc que je la lui fais, forc6 que je suis de constater encore une fois, selon un mot tr6s souvent rdpdte, que plus cela va, plus c'est la mrme chose.
Quand Salomon fonda la premiere Banque Nationale d'Haiti, il eut aussi a combattre de nombreuses oppositions. Une tentative insurrectionnelle mme se manifesta a SaintMarc au cri de A bas la Ban que! 11 la rdprima sans peine. Mais il n'avait fond6


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DMPRUNT NOUVEAU. MIMb BANQUET 89

qu'une Banque, ii n'avait pas dote en meme temps la Rdpublique d'un Emprunt extdieur de 63 millions et il n'y avait pas eu an 10janvier des Mections dgislatives con,ues dans un plan tellement strict que si la veille il n'y avait pas d'dlecteurs inscrits sur les roles, ni non plus aucun candidat connu, le lendemain pourtant, dans toute la Republique, les deputes 6taient dlus avec une unanimity foudroyante. Salomon 6tait autoritaire, d'un autoritarisme gradue, endin aux dilutions. Sous lui, les listes de'passaient toujours h ]a capitale plusieurs milliers de votants. En province, elles e'taient encore dans une moyenne respectable. Personne ne vous empechait d'6'laborer votre programme, de le faire imprimer dans les journaux, de le faire distribuer, d'avoir meme des chefs' de bouquenent. Heureux temps Nous n'avions que la facade de la liberty, car invariablement les candidats de PEx1cutif passaient d'un bout h l'autre du

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pays. Mais enfin cette facade donnait de l'illusion.
Dejh une certain s6ance du S'nat, le 20 octobre 1910, sur la politique inte'rieure du Gouvernement, avait cause' un grand Cmoi, provoqu6 quelque malaise dans l'opinion publique. Jamais, ni sous Hyppolite, ni sous Nord Alexis, on n'avait entendu un organe de l'Exe'cutif s'exprimer avee une aussi veh'hmente erudite' vis-hi-vis d'un membre du Corps Ldgislatif. (( La police ( suivra tout le monde, disait l'organe de
l'Exe'eutif, elle observera le respect di ai ( un membre de 'Assemblhe nationale, k mais aussi a l'occasion elle saura lui mettre la main au collet comme "a un
vulgaire conspirateur. ))
La riposte avait te vive, h la hauteur de l'attaque. Mais le Senat "a l'unanimit6, par un vote de confiance, avait donned' tort au senateur Cauvin, l'interess6. Et le ministre avait conclu aux applaudissements de tous:


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SLe Gouvernement a mis ses ennemis dans
lmpossibilite de lui nuire.
II est "a pr6sumer que plus tard, se souvenant de cette declaration de principes, le senateur Cauvin, le temps 6tant orageux au mois de fdvrier suivant, n'a pas e6te le dernier 'a se mettre 'a l'abri.
Trois causes ont determine l'insurrection qui en ce m(me inois a afflig6 le pays:
10 L'dtablissement de la nouvelle Banque d'Etat.
20 L'Emprunt extdrieur.
3c Les elections du 10 janvier 1911.
On a assez longuement expliqu6 dans les pages qui prec'dent comment le mecanisme de la nouvelle Banque et celui de 'Emprunt a pu mdcontenter les populations. Cependant sur ce point les opinions peuvent etre partagdes. Elles sont unanimes sur les elections legislatives et les plus chauds amis du regime actuel ont condamn6 la fa(on dont on les a mendes. I1 faudrait remonter aux

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temps imperiaux de Faustin Jer pour trouver leur pendant. Qu'on ne croie pas cependant que le mode de ces elections soit la condamnation sans appel de la Chambre nouvelle. L'arr~t serait prematur6 et pourrait donner lieu hi une grave erreur. On ne saitjamais avec les corps d6libdrants. Celuici peut, pour le bien de la nation, et meme t cause de son origine, 6tre une assemble parfaitement respectable, ayant conscience de ses devoirs et de ses responsabilits. Elle n aurait que plus de merite. Souhaitons-le sincerement pour le Gouvernement et le pays.
Cette sorte de vie nationale, composee de revoltes, de fusillades, de repr'sailles, que nous avons adopt6e depuis un si~cle est certainement 6pouvantable. On comprend sans peine que chaque chef d'Etat haitien, arrive cependant par les m(mes moyens, s'empresse de ]a fletrir a son tour. Aussi bien a-t-on entendu au Corps legislatif un


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ministre du general Antoine Simon, emport6 par cette ardeur, d6clarer que lorsqu'il prit Ins armes contre le general Nord Alexis il n'etait plus son deldgue. 1I voulait etablir par lh qu'iI n'avait pas trahi, qu'il n'avait pas 'a craindre les foudres de ]a justice immanente, c'est-a'-dire en 'espbce d'etre renverse par une revolution. C'tait pousser loin la casuistique officielle. Cette justice immanente est enracin6e dans la prose nationale. On l'invoque sans cesse. Et c'est a croire vraiment qu'elle existe, car ses effets ont lair d'etre assez visibles. Nous conspirons, on conspire contre nous, nous tuons, on nous tue, et ceux qui nous ont tu6s sont tuds a leur tour. It n'y a pas de raison pour que cela finisse. C'est la vendetta haitienne.
Au moment de jeter un coup d'oil sur les 6vdnements auxquels la revolte de Ouanaminthe a servi de pretexte, la r6flexion qui vient naturellement a l'esprit est que l'on

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avait quelque droit de croire que les m~mes faits, tant reproche's naguere a nos gouver, nants, ne se reproduiraient pas, et cette fois peut-etre sans aucune circonstance att&nuante. Or on les a revus, augments, aggravds. Faut-il en conclure que fatalement ius devront toujours se reproduire?
Cependant, toute note Histoire ddmontre que cela n'aboutit h rien, que cela ne retarde pas la chute d'une heure si elle doit arriver, que bien plutot cela la prdcipite. Alors, quoi ? nos gouvernants ne savent donc ni interroger, ni lire notre propre Histoire? C'est maiheureusement ce qu'il faut conclure.
It va de soi que le droit d'un Gouvernement de se d6fendre contre les revolutionnaires reste absolument intact. Mais un Gouvernement ne doit pas, dans une repression quelque meritde qu~elle soit, fournir a la morale publique de justes motifs de plainte. Une repression productive de paix

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peut parfois, malheureusenient, etre sanglante, jamais sanguinaire. Et c'est par-lt que se perdit Nord Alexis.

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VII



Le 3 fdvrier 1911, le President de la Republique annonait dans une adresse au peuple que la ville de Ouanaminthe s''tait soulevde. I1 terminait ainsi :
( Que les families se rassurent! Que le ( peuple qui m'a honor de sa confiance en m'appelant "a la supreme magistrature de o Ytat sache bien que, fiddle au serment
que j'ai prt6 de ddfencire ses droits et de ( me sacrifier pour le bien de mon pays, je o ne negligerai rien pour an6antir une entreprise aussi insensee que criminelle. Les factieux seront chaites; la paix mais une paix durable sera rdtablie; le pays


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continuera sa marche dans la voie du progres ou mon government 'a lance et le bien que je reve pour Haiti sera realise.
Malgre' ces assurances donnees aux familis, des la nouvelle de la prise d'armes les itoyens 6taient de routes parts pourchassds L les consulats se remplissaient. I1 faudrait e nombreuses pages pour citer les noms: resque tout Port-au-Prince se mit a 'abri )us pavilion stranger en attendant que eux qui se croyaient le plus en danger ussent mettre la mer entre eux et l'autorite'. n ne parlait que d'executions sommaires rdonnees la nuit dans les prisons. Chacun ,emblait et ne songeait qu'a se garer. Tel it instantanement l'effet de Ia prise d'armes e Ouanaminthe.
Ds la veille, le 2 fdvrier, un acted 6pouantable se commettait : un citoyen, Charles ruignard, p re de neuf enfants, venant de letionville chercher de 'argent chez un nei .

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08 FINANCES DI'HAITI

gociant de ]a place pour ses achats de caf, 'tait arrt6 h quatre heures de l'apre~s-midi, coll6 au mur du Bureau Central et fusilld. Le cadavre fut laissd tout l'apr~s-midi, toutela nuit sur la terre rouge de sang. 11 servit d'epouvantail, car h tous ceux qu'on arrtait, et ils 'taient nombreux, les plus hauts et les plus marquants de la ville,
- avant de les ddposer en prison et aux fers, on le leur montrait :
oila, leur disait-on, ce qui vous attend!
Naturellement, personae ne soufflait mot. Les journaux ktaient muets. Ils ne donnaient les noms ni des prisonniers, ni des suppli-. i6s. Un vent d'epouvante avait passed sun la ville et sur le pays. Pour consolation, durant ces jours terribles, on avait les pieces officielles.
Le 11 f6vrier, le g6nh'ral Jhre'mie, de son quarter gdndral de Carice, s'ecriait en un style fleuri :

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ORDRE DU JOUR


Concitoyens,

Notre marche sur Carice a die encore une victoire.
Hier, "a neuf heures du matin, nous quitlions Cerea-la-Source pacifide, pour entrer a midi vingt minutes au poste militaire de Lamielle, ob" nous attendaient des vivats fronetiques i 'honneur du President Antoine Simon.
Nous avons eu le loisir d'adresser quelques paroles aux habitants reunis devant la Chapelle de Notre-Dame de 'Esperance, et nous avons ferme notre audience en leur !onnant le conseil de ne plus d6truire ces pins majestueux qui ornent leurs montagnes. Mais plus loin. nous devious respirer un air de combat.
L'herbe seche petillait, la fort 6tait en

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feu. De Larose-Bonny 'a la rivi ere des (( Te'n~bres )), nous avons constat6 des postes peine 6vacu6s par l'ennemi. Les rebelled avaient concentr6 routes leurs forces Carice pour mieux se d6fendre. Mais Caric fut emport6e par l'aile droite du genera Eliacin, commaed6e par le courageux ge n6ral Charleus Charles.
Les femmes du bourg, dominoes par l crainte de voir leur cit6 livr6e h l'incendi. et au massacre, se presenterent devan nous, faisant flotter le mouchoir blanc. Le charge du commandement de la place quelques-uns de ses acolytes, pris les armed a la main, sont actuellement nos prisonniers.
Yallires, qui, hier matin, avait envoy aupres de nous une dd1egation pour prI tester de son devouement, a renouvel6 sa d6marche le soir.
L'arm6e du Gouvernement est attendue toutes les portes ouvertes.


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