Citation
Les relations extérieures d'Haïti

Material Information

Title:
Les relations extérieures d'Haïti études historiques et diplomatiques
Creator:
Justin, Joseph
Place of Publication:
Paris
Publisher:
A. Savine
Publication Date:
Language:
French
Physical Description:
1 online resource (236 p.) : ;

Subjects

Subjects / Keywords:
Foreign relations -- Haiti ( lcsh )
Relations extérieures -- Haïti ( ram )
Genre:
non-fiction ( marcgt )

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General Note:
Title from PDF t.p. (LLMC Digital, viewed on Nov. 13, 2010)
Statement of Responsibility:
Joseph Justin.

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Source Institution:
Columbia Law Library
Holding Location:
Columbia Law Library
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Resource Identifier:
681133038 ( OCLC )

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Columbia University Law Library

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JOSEPH JUSTIN


LES





RELATIONS EXTERIEURES



D'H M T I




RTUDEs HISTORIQUES ET DIPLOMATIQUES




((L'Histoire da monde est le tribunal du monde.
SCHILLER.
L'6galit6 des peoples est un principle de droit international, an m6me titre qua 1'6galit6 des citoyens est un axiome do notre d6claration d'ind6pendance; on He doit pas faire h un people petit at fable, ce qu'on ne ferait pas h un people grand ou puissant, on ce qua nous no souffririons pas, si cela Mait fait contra nous-ni&nes.
SUMNER.


PARIS

ALBERT SAVING, RDITEUR

121 RUX DES PYRAMIDS, 1-2

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tsw L;6ety
Il a eV tird de cet onorage, 12 exeniplaires

de luxe sur paper de Hollande.






-T X

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PREFA CE





Expose ce livre au plein. jour de l'opinion publique. C'est une wuvre de conscience. C'est une esquisse de I'avenir tel que je Pentrevois.

En I'derivant, je me "suis dinn6 pour but de servir mon pays que j'aime, non point du bout des Mvres seulement, mais de cet ainow qui fait les c6eurs rdsolus.

Toujours soucieux de la ve'riM et de la justice, j'ai exprin6 mes opinions avec franchise, avec &ergie, sans dissimulation.

J ai fait mon devoir de patriots sin0re; j'ai. rempli ma page blanche.
'Heureux serai-je si ce livre peut d6truire quelques pr6jug6s, raffermir quelques convictions et fortifier l'time de la PdIrie!

L'heure est solennelle

Si le people haitien aspire d Phonneur des peoples libres, il doit en avoir la conscience et le caract&e. 11 faut qu'il se conduise de fa ,on d Writer 1'estime et le resp ect de tous,

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11 faut, en un mot, qu'il modified ses mceurs politiques interns, qu'il fasse tr&e des revolutions pe'riodiques. Bient6t, il aura cent ans existence; il importe qu'il s'affirme, qu'il ait le sens des affidires, le sens de la liberM et de la justice.

Tous les Haitiens vraiment p patriots doivent avoir aujourd'hui une iWme volonM, un int6rdt common et une action commune : agrandir et reliever Haiti.

Pour ina part, festive qu'il est d mon devoir de ranimer les courage, de r9chauffer le patriotisine, de reliever Venthousiasme qui fait faire de belles actions.

A dois I'avouer, c'est ici sup cette terre g6ndreuse et hospitalize de France quefai appris 0 penser, d bien connaitre I'histoire de mon pays, partant 0 me Wvouer d sa defense.

A remercie M. Glasson, Nminent juvisconsulte, d'avoir bien voulu presenter mes deux volumes : _2tude sur les Institutions Haffiennes, d I'Acad6rniedes Sciences .31orales et Politiques, laquelle dans sa dance du 20 juillet 1,395, iWa fait Monneur de m'advesser quelques mots d'iloges (I).

Ce t6moignage de sympathetic gne touche profonddment.



(1) Voir Ic Journal Officiel de la 116publique Frangaise du 26 uillet 1895.

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En terminate, je fais des v6eux pour que la paix cette sante morale des nations, r gne en Haiti, afin qu-'elle puisse marcher de Pavant, veiller au reVect de ses droits et consider ses relations avec les puissances trangb-es.

J. JUSTIN.
15, Rue Vauquelin,

Paris, le Q octobre 1895.

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LIVRE PREMIER

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CHAPITRE PREMIER


FORMATION TERRITORIAL DE L'ILE D'HAYTI'



Haiti est aujourd'hui le nom official de la parties occidental de I'lle. Les premiers habitants appelaient le pays indiff6remment : Haiti (terre montagneuse), Bohio (grande terre), Quisqueya (m6re des terres).
Le territoire d'Hafti 6tait primitivement divis6 en cinq grand royaumes ou Caciquats
Le Marien, au Nord;
Le Xaragua, a I'Ouest et au Sud;
Le Maguana, au Centre;
Le Higuey, h I'Est;
Et la Magua, au Nord-Est.
Les iles adjacentes 6taient leGuanabo, I'Amona et I'Adarnanoy.
((Les Indiens, dit M. Emile Nau, bAtissaient des bourgades assez considerable, de plusieurs milliers d'habitants... Ils 6taient assujottis it Ja

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discipline d'un government r6gulier et doux, quoique absolu. Le commandment supreme 6tait d6f6r6 h un cacique environn6, autant quo quelque roi que cc fftt au monde, de Fob6issance et de Yhommage de ses sujots. La puissance 6tait h6r6ditaire dans sa famille et ne manquait m6me pas du prestigieux entourage d'une noblesse ..... Le cacique 6tait aussi le chef de la religion; les pr6tres ou. butios accomplissaient leurs rites sous sa direction... Les moeurs simples et deuces des naturals d'HaTti, lour industries et lour organisa,tion politique, si grossi6res encore, 6taient, cependant, cellos d'un people d(.stin6 h fonder une civilisation au moins aussi remarkable que des Mexichins ou des P6ruviens. La d6couverte de l'Am6riqu'o semble 6tre venue trop t6t on arr6ter Yessor. )) (1).
Les Indes occidentales, on le sait, furent d6couvertes par Cbristophe Colomb au xve si6ele. Avant cette 6poque, I'Am6rique encore inconnue ne figurait point sur les cartes g6ographiques. Cependant, existence d'un nouveau monde avait toujours pr6occup6 les esprits. C'est ainsi que. S6n6quo dans sa iWd e, avait dit: ((Il viendra un si6cle 6loign6 dans les temps futures, oa Foc6an desserrant les. liens du monde, un immense con-


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(1) Histoire des Caciques d'Halti, p. 54.

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tinent surgira. Tethys d6couvrira des regions nouvelles et ThuM no sera plus h Fextr6mW des terres. )) Pierre d'Ailly d6veloppa plus tard dans son fameux outrage, I'Riage dit Monde, la conception du monde habitable. C'est dans ce livre quo Colomb a puis6 tout son baggage scientifique. On peut dire que le plus -rand m6rite de Yintr6pide navigateur est d'avoir poursuivi avee une indomitable 6nergie 1'ex6cution d'un plan si Ionguement caress. Apr6s de longs pourparlers, Colomb re ut enfin Fordre de partir, le 30 avril 1492. 11 monta sur une des trois caravelles, la Capitane, ot cingla droit sur les Canaries, avee Fintention de se, diriger ensuite h I'Ouest.
Le 12 octobro 1492, il aborda I'lle de Guanahani, (ju'iI surnomma San-Salvador et d6couv.rit peu apr6s Cuba. Le 6 d6cembre 1492, il atteignit le M61e-Saint-Nicolas, nom qu'il donna lui-m6me, on Fhonneur do la fCAe de ce jour. La richesse do I'lle d'Hafti enebanta tant Colomb qu'il la baptism Hispaniola ou. Petite Espayne.

Je n'6crirai pas ici 1'histoire do saDg et do larmos des Haftions pendant le, temps oq le' Espapols r6gnaient dans ce pays. Au nom do la civilisation, au nom do la religion, do la science et du progr6s, le sol haftion devait We le theatre des plus horrible scenes do carnage. Tout un

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people devait 6tre 6gorg6 par les Espagnols alt6r6s d'or.
La premiere ville que fonda Col omb dans le Nouveau-Monde fut Isabela qui deviant plus tard Santo-Domingo. Sous les colons franqais, le nom de Saint-Domingue pr6valut jusqu'en 1804, au moment ofi les Haltiens proelam6rbnt leur ind& penance.
Parmi les Grand es-Antilles, File d'Halti occupy la position central. Pour 1'6tendue et la population, elle vient immediatement apr6s Cuba. Elle occupy une superficie de 77,253 kil. q; elle a 650 kilomkres dans sa plus grande longueur do FEst h l'Ouest et 260 kilom6tres dans sa plus grande larger du Nord au Sud (1). La division territorial de File a W solvent modified. Cola est do it notre politique de movement perp6tuel. Sous le, government francais, la colonies de Saint-Domingue fut divis6e en cinq departments et 86 cantons. Toussaint -Louverture la divisa plus tard en six, quelque, temps apr6s Foccupation de la parties espagnole de File. Une nouvelle division s'imposa en 1805. L'empire d'HaYti fut partag6 en six divisions militaries, et cbaque division militaire en deux arrondissements. Il y eut

(1) Voir le Tome I de mon outrage : Etude sur les Institutions Hafflennes.

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deux divisions dans le Nord, deux daris I'Ou6st et
deux dans le Sud.
En 1822, apr6s la reunion do la Dominicanie
la Wpublique, d'HaYti, File fut divis6e, en six d6partements.
Apr6s le depart do Boyer, le territoire de la
R6publique fut divis6. 6galement en six d6partements et cheque department on cantons, selon
Importance des ville du department.
Chaque canton se composite do communes agglom6r6es pour server h 1'6tablissement des diverse branches de Fadministration publique. En 1849, Empire d'HaYti fut divis6 en provinces, et les provinces furent subdivis6es en division militaire ou arrondissement. Il y out sixprovinces. Aujourd'hui I'lle d'HaYti est 4ivis6e on deux Etats ind6pendant Fun de future : La parties occidental ou Harti dont la capital est Port-au-Prince, et la partie orienwL -1i Dominicanie, dont la capital est SaDtODomingo.
La R6publique d'HaYti est former de la pres"le du Nord-Ouest, de la 'resqu"le du Sudu 1 p I
Ouest et do la plane de I'Artibonite. Elle measure
29 h 30 kil. q.
Sa population est de 1200 Ames; chiffre assur6ment contest, car le torritoire do la R6publique peut contenir unpopular tion active de, 4 millions.
A Fheure actuelle, la R6publiquo d'HaYti est di

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vis6e en cincj d~pdirtements. Chaque d~partement est subdivis6 en arrondissement et chaque arrondis'senient, en communes.,
10 Le d~pdrtement du'Sud a pour chef-lieu les Cayes et pour villes principales :Aquin, Ansed'Hainault, JRr6mie et Miragomne. C'est le d~partement le'plus long du pays; ii forme six arrondissements;
20 Le d6partement do l'Ouest a pour chef-lieu Port-au-Prince, et pour villes principales : PetitGo~ve, LUog~no et Jacmel. Il comprend cinq arrondissements;
30 Le d6partement de l'Artibonite a pour cheflieu GonaYves, et pour villes principales :SaintMarc, Petite-Rivikwe de l'Artibonite et GrosMorne. Ii forme quatre arrondissements;
40 Le d~partement du Nord a pour chef-lieu Cap-HaYtien, et pour villes principales :FortLibert6, Grand'Rivi~re du Nord et Borgne. -Il forme six arrondissements;
50 Le d6partement du Nord-Guest a pour cheflieu Port-de-Paix, et pour villes principales: M6Ie-Saint-Nicolas et Saint-Louis du Nord. 11 no comprend que- deux arrondissements.
Les Ilies adjacentes sont : la Gonave, dans le golfe do LUog-ne, 745 kil. q ; la Tortue,' dans l'oe6an Atlantique, 303 kil. q; ics CaYmites, au Nord du d~partement du Sud, 49 kil. q ; l'Jle-

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h-Vaches, 33 kil. q; la Navase, 12 kil. q ; ot la Grosse-Caye, pr6s des c6tes m6ridionales,
8 kil. q.
11 y a on HaYti un grand golfe: le golfe de ]a GonAve ou de UocrAne ot vingt-deux baie principales. On y troupe aussi quamnte-trois rivi6res remarquables ot trois grand fleuves qui sont: I'Artibonite et la Grand'Anse, qui se jettent dans le golfe de la GonAve ; et le fleuve Trois-Rivibres qui se jette dans le canal de la Tortue. 11 y a dans FIle entire trois principaux massifs orographiques. En cc qui eoneerne la parties occidental, on pout eiter quatorze chains de montages principales, dont quatre grades et dix petites. Les plus connus de ces montages sont : la Hotte, la Selle, le mont des Orangers, le mont Ponsez-y-bien, etc. La plane de I'Artibonite ost la plus important de File; elle se d6roule le long du cap Saint-Marc aux GonaYves. HaYti poss6de encore d'aut; as planes non moins importance, on pout signaler les planes forties du Cul-do-Sac sur la baie de Port-au-Prince.
En HaYti, la f6condit6 du sol r6pondh la douceur de la temperature. Le pays, est dans. la zorie des aliz6s du Nord-Est.
(( Un climate g6neralement salubre, un sol fertile, des sites magnifiques, products par des montagnes d'uno hauteur prodigieuse, enfin de tastes

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planes arros6es par une multitude do ruisseaux et cbuvertesd'ailleursd'une riche v6g6tationdonnent it cette Ile, un aspect enehanteur. Nous no sommes done pas surprise que Christophe Colomb se soit vant6 d'avoir d6eouvert Fancien emplacement du paradise terrestre.
(( Dans les vall6es d6licieuses de Saint-Domingue, on jouit de routes les douceurs du printemps, sans avoir h redouter ni les rigueurs de Fhiver, ni les chaleurs 6touffantes de F646. 11 n'y a que deux seasons dans Fann6e, et elles sont 6galement belles. La torre toujours couverte de fruits et do flours, pr6sente en r6alit6 les d6lices imaginaires quo. nous offrent des descriptions po6tiques les plus s6duisantes. De quelque c6t6 que les -yeux so tournament, ils sont enchant6s par une variW d'objets colors et rffl6chis par la lumi6re la plus pure. L'air est temp6r6 pendant le jour, et les nuits sont constamment fralches )) (1).
La flore baftienne est des plus prodigieuses du globe. On troupe chez nous toute ]a v6g6tation luxuriant des contr6es tropicales. On y rencontre 6galement de beaux bois de construction; tels que le ch6ne, Facajou, le campoehe, le pin d'Oecident, le fr6ne, etc. On remarque des carries do gyp(1) Charles Alalo, Histolre de I'lle de Saint-Domingue, P. 2.

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ses, ocres rouges et jaunes des jollies cascades, des grottoes h stalactites et h stalagmites, des eaux min6rales froides ou chaudes.
Haiti pr6sente une min6ralogie sup6rieure; elle. consisted en mines d'or, d'argent, d'aimant, de cuivre, do for et de soufre en carri6res d'ardoises, on gr6s, silex pyromaque, agate, crystal do roche, albAtre, antimoine, tale, marble, porphyre, spath, ophite, granite, lapis-lazuli, etc. Le caf6 est notre principle denr6e; il se distingue surtout par son parfum. Le caf6ier fleurit deux ou trois et quelquefois quatre fois Fan : en f6vrier, maps, avril et mai. Les derni6res floraisons sont les meilleures. Haiti cultive aussi le cacao, la canne a sucre, le. coton' le tabac, etc.
Tel est en g6n6ral, Faspect de ee beau pays qui a W surnomm6 h juste titre : la Reine des Antilles.
D'apr6s Fart. jer de la Constitution qui nous r6git, la R6publique d'Hafti est une et indivisible, essentiellement libre, souveraine et ind6pendante.
Son territoire ot les Iles qui on dependent sont inviolables et ne peuvent 6tre ali6n6s par aucun trait ou par aucune convention.
Depuis 1804, Funit6 de government existed chez nous. Le pays jouit d'une autonomic qui lui est propre et a un organism politique ind6-

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pendant. Ceci n'est pas arrive, assur6ment tout soul -; il nous a fallu letter centre nos oppressors; il nous a fallu de 1'6nergie et do la constance dans nos efforts pour parvenir h secouer les champs de Fesclavage. ((Cc lopin de terre, dit le Doctour Janvier, ofj nous sommes les maltres, et que nous gardens avee un soin tant jaloux h nos arri6resneveux, nous Favons pay6 trois fois. Nous Favons d'abord aehet6 dans la personnel de nos anc6tres, et pay6 de deux si6eles de larmes et de suour; puis nous Favons pay6 d'une immense quantity de sang et puis encore nous Favons pay6 do 120 millions: en argent. ))
L'Haftien quel qu'il soit, n.'a pas le droit d'oublier le pass6 ; le pass6, c'est sa gloire, c'est sa force dans Favenir.
Le premier devoir de cheque citoyen est do sacrifier h la conservation de son independence, sa vie, ses biens, sa volont6 personnel, en un mot tout cc qu'iI poss6de. Jo souhaite de toute mon time que mes compatriotes.se p6n6trent fortement de leurs devoirs civiques et qu'ils no assent pas bon march d'une possession qui n'a d'6gale nulle, part.

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CHAPITRE 11


CODE NOIR




C'est en Fan de grAce 1505 que commenqa Fintroduction des Noirs en HaYti.- Apr6s la destruction des insulaires, les espagnols pour repeu'pler File eurent record h la trite qui fut r6gularis6e par I'Mit de 1517. Los Noirs enlev6s sur les c6tes d'Afrique, eurent pour principal tALche d'exploiter les mines du pays. Jo n'ai pas le courage do d6crire les souffrances do ces malheureux, de ces Wes humans qu'on empilait dans les entreponts des n6griers comme des colis.
Je n'ai pas le courage de dire par quels proc& d6s on d6truisait, on saerifiait ces homes n6s du m6me sang quo les autres. Qu'il nous suffise de savor qu'on achetait alors un homme, une femme, un enfant, m6me une famille comme on rama'sse les clievaux, comme on op6re une affaire. A la honte de I'humanit6, Finstitutio I n do

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Fesclavage remote tr6s loin. 11 a fallu des si6cles de constants efforts pour 6tablir 1'6.galit6 des homes entre eux. On peut m6me dire que Fesclavage a W, un instant, un progr s relatif sur la costume de mettre h mort les prisoners.
Cot adoucissement fut dft d'abord 4 Josu6 chez les Isra6lites. Le m6me ph6nom6ne se produisit chez les Cimbres et les Teutons. C'est ainsi quo les Romains s'incorpor6rent les C6ciniens, les Antemnates, les Crustuminiens, les Sabins do Tatius, les Tusques do Fid6nes et les Albains. Ces moeurs sont 6pouvantables. On ne pout pas admettre que le travail de Fesclave soit utile 4 Yhomme libre. Au contraire, Phistoire est lh pour prouder que Fesclavage a eorrompu et amolli les soci6t6s antiques et que Rome lui doit sa perte.
L'6dit de 1517 fut, A mon estime, une horreur, une abomination. 11 fut une ceuvre de degradation et de destruction. A-t-on lo droit de 16gitimer Fesclavage, do river. Fbomme de sa liberty ? At-on le droit de fouler aux pieds les principles de la morale et de la vertu, d'opprimer toute une race d'hornmes, sous pr6texte qu'elle est incapable de tout progr6s ? 0 les vieux arguments d'Aristote!
Les Espagnols, les Anglais, les Frangais -devaient s'entretuer pour savor a qui reviendrait

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Yhonneur de perp6trer ce crime odieux. Leave nturiers francais Yont emport6.
La Cour de France ayant d6finitivement r6solu d'Ientreprendre ]a conqu6te de I'lle, chargea seer6tement M. de Cussy de prendre des measures h cet effet: ((Vous pouvez croire que vous n'aurez rien de plus grand a ex6cuter, et vous pouvez computer que le sucee's vous m6ritera les grAces partieuli6res de sa Majest6 ; le government de votre conqu6te vous sera donne', vous n en sauriez outer. Je vous prie de m'informer des measures que vous prendrez pour 1'ex6cutionde ce project. ))
Le trait de RysNvick conclu en 1697 mit un terme aux diff6rends. Par ce trait, I'Espagne c6da pourla premiere fois aux Franqais lapartieoccidentale de I'lle. Ainsi, les pauvres eselaves pass6rent a d'autres maltres. Quel fut done leur sort ? .....
Si je reviews sur ces lugubres souvenirs, c'est qu'il s'en d6gage plusieurs lemons qu'il est toujours salutaire de m6diter. De, m6me que Louis XIV ne pouvait pas souffrir qu'il y efit deux religions dans son royaume, de m6me il ne pouvait pas comprendre que les esclaves de Saint Domingue pussent vivre sans loi, sans droitpublic.
On doit en m6me, temps h sa solicitude I'an de grAce 1685: la Mvocation de Vddit de Nantes et le Code-floir. Est-il'besoin de rappeler les exc6s qui s'en suivirent apr6s la revocation de cet 6dit ?

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Qui ne se rappelled que la France perdit alors l' plus clair de ses revenues dans la porsonne de tj ois -cent mille r6form6s qui pass6rent la fronti6ro ? Oui, le grand roi vieilli, d6er6pit, tomba sous Yinfluence de M-0 do Maintenon" femme habile et insinuate, commit des forfiaits les plus atroces et so signal par des drayonnades indignes du Grand Si6cle.
Le Code Noir fut le couronnement de cette oeuvre de pers6cution et de sentiment implacable do vengeance.
Cette ordonnance divis6e en soixante articles, out pour principal but le r element de Ykat des enclaves. Cette loi unique, inhumane, frappa impitoyablement les noirs de St-Domingue. Le despotisme des colons aidant, ces malheureux vivaient en Writables troupeaux, en v6pitables b6tes do somme. L'esclave. ne pouvait rien avoir, recevoir ni acqu6rir qui ne fat 4 ses maltres. Il 6tait plac6. sous la dontinica protests comme dans I'ancienne Rome. Vis-h-vis de son maltre, 1'esclave n'6tait pas une personae, e'6tait une chose. On ne lui reconnaissait aucune intelligence, aucune volont6. L'esclave fugitif, pendant un mois, avait les oreilles coupes, et 6tait, marqu6 d'une fleur de lis a 1'6paule ; a la second vasiori il avait le
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jarret coupe ; il la troisi6me, il etait puni do mort.

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Au nom de Fhumaine raison, na-t-on pas le droit de conclude quo le plus barbare 6tait le blane qui torturait un'homme, fait do, son limon, de son sang, et qui n'avait commis d'autre tort que celui d'avoir la peau noire ?
Si Fon ne, petit voir sans un profound ni6pris', Jes savages, dans leur amour d'une ind6pen-, dance, sans r6gle, aimer m'ieux se battle continuellement que se soumettre h une contraintle 16(,ale constitue'o par eux-m6mes et pr6f6rer ainsi une folle liberty h une liberty reasonable, et si Fon regarded cola comme de la barbaric, comme un manque de ci'ilisation, comme une degradation brutal de Fhumanit6 ; h combine plus forte ra'ison des peoples civilis6s (dont chactin forme un Etat constitu6) ne doivent-ils pas so hater de sor-, tir d'uno situation si d6gradante ?
Toute la difference qui existed entre les sauvages de I'Am6rique et coux do FEurope; c'est quo les premiers ont de''a mang6 plus d'une horde ennemie, tandis quo les seconds savent tiror u'nmeilleur parti des vaincus, et qu'ils pr6f6rent s'en server pour augmented le non-ibre do leurs sujets, et par consequent celui des instruments qu'ils destir--nt a de plus tastes conqu-Otes. (1)


(1) Kant. De la Paix perpOuelle, p. 30 1.

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En consid6rant,, ujourd'hu.ifroidementles6v nements, on, constant, avee horror que 1'extQrmination des indig6nes a W toujours la premi6ro page de Foccupation des colonies. L'exploitation rapaee du sol par les occupants, par les compagnies, par les gouverneurs. est eu g6n6ral la seconde page.
Heureuses, dit M. Cochin, ces. possessions lointaines, lorsque la, m6tropole ne les exploited pas h son tour, cornme un 6goYste propri6taire do fermes 6loign6es, qui en tire Out ce qu'il peut, se plaint de ce qu'elles coAtent, et s'y fait ropr6senter par un enregisseur sans entrailles ; heureuses lorsqu'elles reQoiventunv6ritableadministrateur, tels que furent aux Antilles M. de Poiney, h Bourbon, M. do la Bourdonnaye, M. Poivre, M. Desbassayns do Richemont, a la Guyanne M. de la Barre ou M. de Malouet, et des habitants humans et intelligents I Mais la plupart de ceux-ei no sont venus do si loin, que pour faire fortune h tout prix. Aussi voit-on les colonies, h c6t6 de families intelligence et respeetables, server de nids it des corsairs enrichis par la rapine ou abriter des prisons sans murailles, manufactures odieuses, produisantpendant des si6cles du tabac, du coton, du sucre, ot consommant des enclaves (1) ))

(1) A. Cochin. L'aboiffion de 1'esclavage, p. 5, t. 1--

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,On ne fl6trirajaniais assez la m6moire des eoIons fran(,ais qtd, par do inauvais treatments, ab6tiront les noirs do Sanit-Doininguo. Si je M'en rapporte aux documents que j'ai maintenance sous les yeux, ils furent en quelque sorte, les premiers ouvriers qui travaiMi-ont h I'6maneipation des eselaves. Si coux-ci 't bout de force prirent la torelie et la hache ; s'ils incendiorent et pill6rent; s'ils se plong6rent dans des fl ots de sang, c'est parce que les planters n'on t jamais su faire de leur fortune un noble usage, c'est parce qu'ils n'ontjamais W bons et g6n6reux a 1'6gard de leurs serviteurs. Loin d'adoucir leur sort, ils les irritaient par des proe6d6s brutaux. Ils 6taient volontairement durs; ils imposaient sans remuneration, sous les pines les plus s6v6res, de rudes travaux a ces malbeureux, afin de les abrutir et do les rendre incapables de liberty. Ils les 6nervaient liar un luxe effr6n6.
Comme dit M. Cochin: ((et la servitude n'estelle pas elle-m6me abrutissante ? Elle posse an vol, car on vit an soin du luxe sans Pion poss6der; a la paresse, car le travail, toujours p6nible it I'llomme lui deviant hafssable d6s qu'il est oblige au mensonge, par peur du cbAtiment; h Fivrognerie, parce qu'elle product Foubli momentan6 des maux ; h la d6bauelic, parce qu'elle est sous un climate qui stimuli les passions, sans parlor

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des maltres qui les excitenc, la soule jouissanee qui ri'exige, ni Yargent que Feselave n'a pas, ni la permission qu'il faut sollieiter pour le marriage (1). )) Je le r6p6te, Feselavage existent sous une forme aussi terrible h Saint-Domingue, ne pouvait kre que prejudiciable aux colons franqais. En v6rit6, on a peine a comprendre que les Pois tHs-chMiens et les Pois ti- s-catkoliques aient pu s'entendre pour exercer le monopole de la trite.
Voici ee qu'6erivit on 1-771, le ministry do la MarmQ au go I uverneur de Saint-Domingue:
(( Sa Majest6 apens6 qu'il importeau bon ordre dene pas affaiblir Fkat d'humiliation attach6 't 1'esp6ce, dans quelque degr6 qu'il se troupe pr6jug6 d'autant plus utilequ'. ilestdansleeoeurmOme .deseselaves et qu'il contribute prineipalement au repos des colonies (2). )) Yest-ce pas qu'un tel
-ProcM6 est condemnable? Quelle horreur!
D6s 1772, William Wilberforce, alors stir les bancs de l'6cole de Poklington, 6crivit pour la premi6re fois centre, cet inflame traffic. Ce grand ap6tre de I'humanit6 a consacr6 toute sa vie i la cause dont il devait un jour voir le triampbe.
11 est assur6ment juste de, donner une large place h I'Angleterre dans ce mouvementcontre la


(1) L'abolition de I'esclavage p. 279, loc. cit. ,(2) Lacour. ffistoire de la Guadeloupe, p. 392.

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trite. Qu'elle ait agi dans son propre, int6r6t ou par sentiment moral, il n'est pas moins vrai qu'elle fut la premi6ro qui poussa les premiers cris en favour des eselaves. Certes, on no saurait nier Finfluence de la R6volution dans cetto grande ceuvro 6mancipatrice, Pout-on oublier la Mclaqwtion des Droits de I'homwe ? D'apr6s eetto declaration*, tous les homes naiss'ent libres et 6gauxon'droit. Le s distinction's socials ne peu-vent 6tre fond6es que sur l'utijit6 commune.
Nous no demons pas non plus oublior ee grand parti abolitionniste, les amis des noirs. )) Pitt, Burke, Buxton, Adam Smith, Lafiayetto, Robespierre, Toequeville, Lamartine, Seliceleher, Gasparin et bien d'autres encore, qui ont men6 cette (r -ieuse champagne, doivent 6tre pour tous les noirs, Fobjet de la plus grand Wn6ration (1).


(1.) ...... (( L'honneur de la France, consisted A conserver magnanimement un grand crime; A avoir la grandeur d'Ame de ne rien. changer, de ne rien sacrifice, do ne rien faire. L'honneur de la France, consisted h s'associer aux peoples complies en mati6re d'esclavage.
(( Oui, on nous a pr6sent6 cette belle perspective politique, IaFrance, au xixe si6cle, A la t6te des peoples possesseurs d'esclaves, la France ayant pour alli's (et pour allies parce qu'elle les a pour complies, je r6p6te le mot), les Etats-Unis' Cuba, le Br6sil Xentends d'une autre mani6rel'honneur de mon. pays.,Son bonneur, c'est d'otre juste; son honneur, c'e-st

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Depuis le soul6vement terrible des enclaves d'HaYti centre leurs oppresseurs, le movement entire la trite et Yesclavage, n'6tait plus un vain mot.
La trite fut abolie par I'Angleterre en 1807. Napol6on ler pendant les centjours, abolit la trite probablement pour faire plaisir h I'Angleterre. Au congr6s de Vienne, on la condamna solennellement; mais cotte declaration n'eut pas d'effet juridique. On pout dire que 1'eselavage n'a W d6finitivement aboli par I'Angleterre qu'en 1833. Au4si offrit-elle 635 franesit ses colons, par t6te d'esclaves qu'ils lib6reraient.. En France, le 4 mars 1848, le, gouvernementprovisoire, publiaun d6cret qui 6maneipa tous Jos eselaves des colonies, et cola grace C-i la champagne men6e vigourousement par le grand philantrope Seliceleher.
Aux Etats-Unis, vers 1860, les principles d'6mancipation n'avaient pas encore pr6valu, et il y avait prineipalement dans les Etats du Sud 4 millions d'e sclaves repr6sentant, i.t raison de pr s de 3 mille francs chaeun, une valeur mobili6re do plus de 12 milliards. On pout eroire quo la guerre de Session fut eaus6e par les d6sirs inconelliables


de donner un grand example; son honnear c'est de dire : lorsque I'Angleterre fait une oeuvre juste et bonne, Mt-ce m6me par des motifs int6ress6s, la France ne doit pas y renoncer. Discourse po7itiques. Agdnop de Gaspapin, p. 291,

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des planters des deux Am6riques. Les uns, cewc du Nord, voulaient 1'6.mancipation,- les autres,, COUIX du Midi, s'y opposaient formellement. Enfin, Fesclavage fut aboli dans le district de Columbia e't dans les Territoires, par les lois. du 16 avril ot 9 juin 1862. Ce fut la proclamation du Jerjanvier 1863 qui dklara libres tous les eselaves. Cette proclamation fat confirmed par un amendment vot6 par le Congr s ot entr6 en vigueur le 18 d6cembre 1865.
Depuis lors, apr6s le triomphe du Nord sur le Sud, le parti republican arrive au po I uvoir, triomphant du parti d6mocrate qui fut longtemps tenu a lWart des affairs. 11 fallout Farriv6e h la pr6sidence des Etats-Unis do I'Am6rique du Nord do M. Cleveland pour redonner a ce parti d6mocrate un nouveau relief. ,
L'esclavage. fut aboli en 1811 par le Danemark. 11 le fut en 1813 par le Portugal et par le Chili; en 1814 et 1815 par la Hollande. En 1822, le Br6sil comptait 2 millions 750 mille enclaves centre h peine 1., 200.000 homes libres. En 1871, par suite d'un d6cret d'6maneipation, la population noire diminua. A la m6me 6poque une loi sp6cifia formellement quo Feselavage cessait d'6tro h6r& ditaire et que Fonfant do Fesclave naltrait libre.
En 1888, ces tondances lib rales s'accentu6rent do plus on plus et Fesclavage fut d6clar6 d6finitivement aboli au Br6sil. Enfin, Fann6o suivahto,

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le parti republican d6mocrate arrive au pouvoir. L'empereur Don Pedro fut renvers6. La monhrchie fut abolie et Ia R6publique proclam6e. Malgr6 tous ces progr6s r6alis6s depuis tant6t un si6cle, nous ne pouvons pas encore affirme'r que cette abominable institution n'existe plus. Ce quo Yon .peut dire, c'est que Ia trite cessa faute d'aliments sup Ia.. c6te occidental d'Afrique ; personnel ne 4emande plus d'esclaves ; mais elle se reported sur Ia c6te oriental. L'Angleterre, toujours dans un but -bumanitaire, porte done ses- efforts de ce c6t6. Elle fit en 1877 une convention avee FEgypte et en -1880, une avec Ia Turquie. En 1889j le cardinal Lavigerie, cetto belle figure du christianisme, attire Fattention des puissances sur les horreurs de Ia trite. Le parliament anglais s'empara de Ia question et exprima le voeu de voir tous les Rtats s'entendre pour Ia repression do cet bideux traffic. Une conference se r6unit h cet effet a Bruxelles de november 1889 h juillet 1890. Elle 61abora d'abord deux documents: I'Acte gdn&al do Ia conference de Bruxelles en 100 articles et une dddaration relative a Ia situation commercial du Congo.
L'Acte gdniral ne touebe qu'a une seule question : Ia trite. Mais il content des dispositions do diverse natures, par example, mosures h prendre dans le lieu d'origine de Ia trite, le lieu

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des destinations, les edravane*, 'intrbdubtioh de.e, 'Spiritueux, des armes h fed, organisation, d'un bureau international qui renseignerait tout cequi concerned cet horrible commerce.
Yest-ce pas que c'est avec un orgueil bien 16gitime que nous rendrons homage aux eselaves deSaint-Dominguequi les premiers ont jet6 les cris d'alarme? Peut-on leur faire un crime de s'Otre proclaims libres et ind6pendants et d'avoir donn6 au monde 1'exemple d'un aete si grand et si digne d'int6r6t ?
Comme dit Bentham: il est absurd de raisonner sur le bonheur des homes autrement- quo par leurs propres sensations, et de d6clarer heureux un homme qui se troupe malheureux...
(( Que Fesclavage soit agr6able aux maltres, c'est un fait qui n'est pas douteux, puisqu'il suffisait de leur volont6 pour le faire cosser h Finstant; qu'if soit d6sagr6able aux enclaves, c'est un fait qui. n'est pas moins certain, puisqu'on ne les retient partout dans cot 6tat que parla constraint. Personnel qui se trouvant libre voulAt devenir esclave; personnel qui se trouvant eselave ne voul6t devenir-libre. ))
Les noirs d'HaYti ont voulu devenir libres, et ils le sont; Gertes, les sacrifices ont W grand; la secousse a W profound et la resistance h6roYque. 11 a fallu vaincre un adversaire redoubtable, et

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intractable. La ta"che nWait pas facile. Loin de lh. Mais, comme il s'agis,,ait de la conservationdes droits naturals et imprescriptibles de Yhomme ; comme il s'agissait de letter centre Foppression, ils combattaient tous avec courage et tous ceux qui tombaient, mouraient avec honneur.

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CHAPITRE III


L'EYD PENANCE NATIONALE




Le lerjanvier 1804, au congr6s r6uni aux GonaYves, l'Ind6pendance d'HaYti fut proclam6e. Jean-Jacques Dessalines, un des plus grand chefs de Yarm6e indig6ne, prka avee ses frbres d'armes le torment do renounce a jamais h la France et de mourir plut,5t quo de vivre sous sa' domination. Ce spectacle fut grand, sublime. Ces ancient eselaxes sans le savoir venaient de poser les bases du principle des nationalists. Ils venaient de donnor a, l'univers un example qui allait 6tre suivi dans le cours do cc si6cle par tous les peoples qui aspiraient a faire grand.
Si on veut opposerles uns aux autres les grand faits, les grand changements prod nits depuis cette 6poquo dans lo monde, on voit so presenter les m6mes identit6s, les m6mes similitudes. Gest la mOme histoire des luttes en Europe comme par-

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tout ailleurs. Les couples r6volt6s ne parl6rent quo de justice, de v6rit6, d'humanit6, de liberty. Tons ces grand mots qu'onfanta la M-Wolution. D6sormais le but de la guerre est la seule CODqu6te de l'ind6pendanee. Hidalgo et Morenos donn6rent le signal. Le Moxique sous inspiration de ees deux pr6tres essay de so s parer do I'Espagne. Mais Yceuvre ne fut achieve qu'en 1820. Le Guat6mala, le San-Salvador, le Nicaragua. le, Costa-Rica et le Honduras s'affranchirent une ann6e plus tard do l'ob6dience del'Espa gne. D6j(h, en 1816, la 116publique Ar-entine, Ia- nouvelle Grenade, la Bolivie, I'Rquateur, s'6taient s6par6s de la m6tropole. Bolivar, St-Martin, pour ne parler quo des plus connus, conduisirent tous ces peoples a l'immortalit6. -Peut-on nier aujourd'hui Fefficacit6 de la R6volution, qui 6mancipa les anciens enclaves de Saint-Domingue? S'ils se d6tach6rent violemment do la m6ro-patrie, c'est parce quo la m6re-patrio fut une maratre pour ses enfants. Jamais peut-6tre les noirs d'HaYti n'auraient song a accomplir un si bel acte, s'ils avaient eu pour maitres des 6tres humans et raisonnables. Mais les colons furent pour eux sans piti6, sans commiseration. Les haYtiens se moutr6rent 6galement tels enters eux. C'est la poino du talon: Outrage ongendre outrage.
Le temps a fait justice do ces haines accumul6es

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des ancions colons entire les pauvres eselaves. 11 est assur6ment inutile de s'6tendre sur des mesures qui n'ont plus leUr raison d'6tre. Qu'il nous suffice de savor que les planters on t toujours poursuivi de leur implacable vengeance ces hommes qui n'ont recuI6 deviant aucun sacrifice pour nous conqu6rir ce sol qui nous apartment aujourd'hui. On dit et on r6p6te sur tous les tons que sans Fimportation des afrieains en HaYti, les HaYtiens do routes les couleurs en seraient encore aujourd'hui oA en sont leurs &6res d'Afrique, malgr6 le voisinage do peoples eivilis6s, etles tentatives de coux-ci pour les retired do la barbaric. Cet argument est fable, avouez-l(,,. A ce compete, on pourrait contester aujourd'hui a tous les peoples europ6ens le droit d'babiter leur territoire. Le sujet est int6ressant et m6rite d'attirer Fattention.
Personne n'ignore ou ne doit ignorer quel'Europe fut parta-6.e par trois families: la famille slave, la famille germanique, la famille latrine.
C'est vers les vul, viij, et ix'si xle qu'apparurent les slaves sous forme des populations barbares; ils oecup6rent le centre do I'Europe. Plus tard, les allemands les repouss6rent vers I"Est. Aujourd'hui, les slaves se divisent en deux' branebes; Dans l'Ouest, il y a les Polonais qui sont 9 ou 10 millions et les Ch ques de Boh'me, de Moravie et de Sil6sie qu.i sont h 6 ou 7 millionsDan-s le;Sud-

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Ouest, nous. rencontrons les Sloy6nes d'Autriche'i, les Croates. Series, etc. Les Bulgares sont des Finnois 6tablis au xine si6cle en Bulgarie, parn-ii les Slaves qui les ont assimil6s. On en compto 6 millions. La famille russe se devise en grand et petits russiens. En tout 80 millions environ. Cette
-famille vise h 116g6monie de toute la race slave et envahit un peu l'Asie. Quant a la famille gormanique, elle est au centre de I'Europe. Chaeun sait qu'elle ruina la civilisation romainoen Gaule ofi elle s'est fondue aveo les populations conquises. Elle se partake en trois groups: 10 il y a la branches scandinave qui compete 8 millions d'Ames, on Island, Su6de, Norw6go, Danemark; 20 il y a la branch allemande qui compound tout Yempire, sauf les slaves do Pologne, Ies Danois au Nord et les Fran ais messing.
En ajoutant les pays allemands d'Autriche, on compete en tout 49 millions; 30 il y a lo- group hollandais-flamand, soit: 6 millions d'Aies; 40 enfin, on troupe le group saxon de l'Angleterre venu des pays germains, soit 29 millions dames.
La famille latrine qui est la derni6re, compared 4 groups : 3 a Youest, un h Yest. Vous avez d'abord les roumains qui sont au nombre de 9 h 10 millions en Roumanie, Bessarabie ot Hongrie. Les autres groups sont la France, I'Espagne,

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l'Italie. Ces peoples parent des leagues d6riy6es du latin qui lour fut impose. Le group ib6rique se devise en Espagne et en Portugal. 11 y a 4 millions de Portugais qui ont form6 une nationalit6. L'empire du Br6sil a W form6 par eux. Les espagnols sont 20 millions dont 3 millions de catalans qui ont une league litt6raire et qui ferment un veritable group.
L'Italie forme un group assez homog6ne, sauf quelques petits groups de Slaves, d'Albanais et de Franqais et le canton suisse du Tessin, la moiti6 du Tyrol, quelques iles autrichiennes. II y a 25 h 26 millions d'Italiens. 11 y a les Franqais dont il faut distinguer le pays basque, la, Bretagne, la Corse, le Roussillon, les pays flamands ou non. 11 faut y ajouter les fles anglo-normandes, la moiti6 de la Belgique (pays Nvallon) que1ques cantons suisses et une parties du Pi& mont. On compete en tout pour les Frangais 39 millions.
Pour compl6ter ce tableau, nous compterons quelques petites races qui subsistent entre les grand basques,. celtes ou bretons et gallons, lithuaniens (3 millions d'dmes). On troupe en Europe 3 millions de Grecs et un mdlion en Asie. 11 y a encore les Finnois en Finlande; les Maggyars, en Hongrie;, les Turcs qui sont au nombre do

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6 millions sont diss6min6s en Europe dt en Asie.
Apr6s ce rapid coup d'oeil historique des divers peoples qui habitent le territoire europeen, viendra-t-on encore nous contester la 16gitimit6 de notre possession? Voudra-t-on nous' faire accroire que les mobiles humanitaires n'engendrent pas les m mes r6sultats en raison des agents qui I es provoquent ?
Je comprends difficilement 1'6gofsme et la cruau t6 de ceux qui ont pour mission de Civiliser les barbares. A mon estime, ils se montrent plus savages que les savages eux-m6mes. 0 civilisation que de crimes commet-on en ton nom!
Ecoutons les historians, dit un publicist, notamment ceux qui pr6tendent faire la philoso-phie de I'histoire, et nous les entendrons dire quo la guerre, Fesclavage, les castes et la tyrannic ont W et sont encore, peut-6tre des moyens de civilisation. Suivant eux, la civilisation est r6sult6e de-l'emploi de pareils moyens. Pourjustifiercotte strange philosophic rien no lour coCite,-ni la.c-ontradiction, ni l'incoh6rence, ni la nafvet6'la plus pu6rile. Alexandre passe sur I'Asie eom -me un mWore et un. fl6au, ne laissant apros lui qu'un. heritage h d6chirer par ses lieutenants... n6cessit6 de la -.civilisation. Rome conquiert routes les nations auteur d'elles pour les miller, les

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asservir et'les d6peupler..., autre nkessit6'4e la' civilisation. A son tour, Rome est conquise, pill6o, asservie par les barbares.... encore une n6cessit6 do la civilisation. 11 faut avouer quo la civilisation est prodigieusement avide! Ainsi, Charles Martel arr6tant h Poitiers les Sarrasins qui menaqaient d'onvabir I'Europo oecidentale et de la placer sous le joug du Croissant, et les Turcs s'emparant de Bysance sont doux n6aessit6s de la civilisation au m6me titre ou a peu'pr6s. La civilisation n'est pas soulement avide, elle est encore aceommodante, puisque tout lui convent. Do nos jours on ne raisonne gu6re mieux.
Pourquoi ne voit-on pas de pr6f6rence dans tous ces faits, dans tous ces grand bouleversements, FiWrR exclusif de chacun? Sousle rideau du progr6s et de la science, on va de par le monde pr6chor les croisades oft plutot massacre les gens paisibles chez eux qui ne demandent qu'a vivre et, qu'a suivre graduellement la marehe du temps Qui e6t dit qu'en plein xixe si6cle on verrdit exposer des homes en tous points semblables h nous comme des objets de curiosity dans une vitrine!
Comme dit Francois Copp6e Je troupe quelquo chose do barbare dans cette habitude que nous prenons do monitor comme des bkes, quolques exemplaircs des exotiques que nous
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avons vaincus. Entre nous, I'We est m6me assez indigne d'un people chr6tien et civilis6. )) (1).
Yinsiste. Los Franqais, apr s leur expulsion do I'lle, ne cess6rent pas d'on. vouloir aux combattants de 1804.
Ils 6crivirent des libelles, des pamphlets de routes sorts pour honnir leurs grades actions. Ils jou6rent pieds et inains poul, empkher I'Angleterre et les Etats-Unis do reconnaltre Find6pendance haYtionne. Si on veut se donor la peine de lire les pi6ces do f6poque, il en est de tr s eurieuses qui pr6sentent un int6r6t tout particular. On doit aujourd'hul le-reconnattre, apr s la pacification do I'lle, nos p6res no s'kaient point endormis dans une fausse s6curiO. Loin de lh. Ils ont bien compris que, d6s que Foccasion s'en strait pr6sent6e, leurs ancient maltres n'auraient pas manqu6 de prendre une 6clatante revanche.
Dans une r6ftitation d'un 6crit des colons r6fugi6s h la Jamafque, le chevalier de Prkeau, secretaire du roi Henri Christophe, s'exprima en ces terms : (( D'apr6s les mallieurs qui n ont cess6 de poursuivre ces 6tres criminals, comme, une punition bien m6rit6e de la justice divine, depuis qu'ils ontful cette terre de liberty. sur laquelle ils r6gnaient anciennement combine autant de des(1) Voir le journal Le Jownal du 12 september 1893.

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potes barbares et sanguinaires, on avait juste raison d'esp(',Per qu'ayant passe th, 1'6eolo des (.v6nements, ils eussent pordu I'liabitude de cette vanit6 et de cet orgueil, passion dominate dans leurs occurs, qu'ils affiehaient pendant leur r6gne 6pouvantable ; vaino esp6rance. Gette tourbe de bandits dont aucune disgrAce ne saurait abaisser le caract6re alter, ni ramener aux principles do 1'6quit6, bien loin de se relhelier do, lour odieux syst6mc, en raison des circumstances pr6sentes, ils ne se montrent aujourd'hui qu e plus inflexible dans lour opinion ; ils s'acliarnent advantage h nous poursuivre dans leurs injustes vengeanees: nous d6cou-vrons dans routes leurs actions, dans tous leurs 6crits le mOme esprit qui les a toujours anim6s, le mOme plan qu'ils ont toujours mis en usage centre nous ; enfin cc sont les m6mes homes, ou plut6t les m6mes tires, h figure humaine, encore tents do sang de nos infortun6s pbres, qu'ils ont immol6s dans leur fureur et dont tous les efforts tendent maintenance h notre enter an6antissement.
(( Jamais done le people haYtien no cessera d'6tre Fobjet de la baine et de la pers6cution des excolons ? Jamais done des Wes de justice et do raison suce6deront aux passions hideuses qui tourmentent les destructeurs do nos parents!... ))
Le ton de'ce'tte refutation t6moigne de f6taf

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d'esprit des haYtiens h cette 6poque. Ils craignaient et avee, raison de voir les blanks retourner sur cette terre qu'ils venaient d'arroser do lour sang. Effectivement, les r6fugi6s ne cess6rent de s'agi-. ter et de.demander aide et appui a la m6tropole. Celle-ci fit la source oreillo. Cc fut alors, on s'en souvient, quo Napol6on Jer march h la conqu6to du monde. Austerlitz, 16na, Eylau, Friedland, Essling, Wagram emp6ch6rent I'ambitieux monarque de avenger la mort de Leclerc ot celle do, 40,000 homes d'61ite.
Cc fut done sous la Restauration. quo les r6xla-. mations des colons prirent un caract6re official.
Louis XVIII envoy h cet effet deux commissaires extraordinaires, le vicomte de Fontanges et Esmangart, aupr6s du government haitien.

Je cite h tout hazard le fragment d'une letter des commissaries adress6oh Pkion, president do la 116publique d'HaYti: ((Saint-Domingue ost sans contredit la terre oft la revolution s'est fait senior, avec le plus do force; c'est ineontestablement le, pays oft il a W commis le plus do barbaries, d'injustices, de cruaut6s et de crimes Le roi a g6mi de tous ces malheurs, comme de coux qui ont, inond6 la France pendant son absence; et c'est ce souvenir qui I'a d6termin6 h envoyer des commissaires dans cotte ile pour voir do concert avec

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les autorit6s actuelles, quels seraient les moyens do sativer cette malheurcuse colonic.
Le sons de cette letter nWhappa pas 1 4 P6tion 'dont on ne saurait trop admirer la grandeur ,d'a'me... ((Apr s des crimes 6pouvantables, dit-il, commis par des franeais: crimes qui rougissent les pages do I'histoire, Findependance d'HaIti a W solennellement jur6e sur les rests encore fumants de 'nos infortun6s compatriots par les guerriers intr6pides qui venaient do 1, conqueror. Cc segment saer6, prononc6 pour la premiere fois par un people indign6, n'a jamais cess6 de retentir dans tous les eceurs; cheque ann6e il est renouvel6 avee un novel enthusiasm, il est le palladium de la liberty publique; le r6tracter on en concevoir la coupable pens6o, strait un d6shonneur et une infamie dont aucun haftien 'h'est capable; Falt6rer strait attire sur nous des malheurs m6rit6s! Nos lois nous le d6fendent imperieusement, et comme premier magistrate do la R6publique, la plus sacr6e de mes obligations est do la faire respecter: je Fai jur6 h la face du ciel ot des bommes etje nai janiais jur en vain. Nous faire rovenir sur cette saints resolution est
-au-dessus de touto force humane; nous la poss6dons, nous nous croons dignes de la conserver; pour nous Fenlever, il faudrait done nous exterminer tous. Eh bien! si la chose 6tait m6me pos-

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sible, nous nous y d6terminerions plut6t que dle reculer. ))
Apr6s une r6ponse aussi cat6gorique, les commissaires de Sa Majest6 tr6s chr6tienne n'avaient qu'h plier baggage. Ce qu'ils firent prudemment. Car les baYtions avaient encore dans la m6moire les tortures qu'infli-6rent les colons franqais h leurs p6res. D'ailleurs, Pkion n'avait pas manqu6 de stimuler leur courage dans une proclamation dont je cite quelques fragments :
Le pavilion franqais, dit-il, a paru sur nos places et le Poi do France a envoy des commissaires it Hafti.
(( .... 11 n'existo pas un haYtien dont I'Ame soit assez ti6de pour consentir h revenir sur les pas quo notro gloire a franchise; nos devoirs sont trac6s, nous les prisons dans la nature; elle nous a cr66s 6gaux aux autres homes nous les soutiondrons centre tous ceux qui oseraient concevoir la coupable pens6e de nous subjuguer. Ils ne trouveront sup eetto terre que les cendres m6l6es de sang, du fer ot un climate vengeur.
.... L'autorit6 repose sup votre volont6, et votre volont6 est d'6tre libres et ind6pendants; vous le serez ou nous donnerons un example terrible h I'Univers, de nous ensevelir sous les ruins do notre Patrie, plutOt que do retourner h la servitude m me la plus modified.

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Quand I'Europe entire se r6unit h la voix
-de la;philanthropie pour an6antir jusqu'A la trite du trafie le plus d6shonorant; quand les nations les plus policies pr6parent et m6ditent le plan de 1'6mancipation g6n6rale de ceux qui g6missent encore sous Foppression, nous voyons avee doulour les governments qui se piquant d'6tre les plus religieux, caresser des principles que la justice et Fhuryianit6 eondaryinent. ))
Le president de la R6publique Ivaftienno no s'6t ait point tromp6; Louis XVIII, Sa Majest6 tr6s chr6tienne, fit tout ce qui 6tait en son pouvoir pour r6tablir Fesclavage. Ce monarque goutteux, affli-6 d'un embonpoint incommode, cherclia des de dommal-ements dans les souffrances de ses somblables. Sous un masque doux et b6at, A cacha un ewur froid, insensible, inhumain.
Dans les documents que j'ai sous les yeux, je rel ve des hoses tr6s curieuses. 11 s'agissait, h la fin del'ann6e do 1814, des instructions donn6es h MM. Dauxion Lavaysse, a de Medina et Dravermann. Ces messieurs devaient se mettre en rapport avee Pkion et son second Borgella pour qu'ils consentissent saris difficult, a ce que lear caste, on acqu6rant la presque totality des droits politiques, restAt pourtant, h quelques 6gards, un peu au-dessous de la caste blanche.
a Car d'UDe part, dit ce bon vieux p re Louis

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XVIII, I'assimilation totale h oux accord6c sera plus saillante et plus flatteuse, et de I'autre lour caste sera d'autant plus assure de maintenir ta, caste noire et par celle-ci les noips non libres et la. distance oi it lui imported de les maintenir, qu'elle aura elle-m6me laisser subsisted une petite diff rence entre elles et les planes.
(( On insisted beaucoup sur ce point pareo qu'il doit 6tre lo premier pas dans la n6gociation. 11 est -bien important de conserver aux planes une pr66minonce quelconque sur les gens do coulieur do premier ordre; sauf h admettre absolument et sans restriction aucune, Pkion, Borgella et quelques autres, d6s h present, parmi les planes, et h donner, par la suite sobrement, do temps h autre des letters de planes a quelques individuals, que lour couleur 6loign6e du noir, lour fortune, lour education, leurs services auront rendus dignes de cette favour.
Le reste de cette pi6ce, revenue aujourd'hui si rare, est h Favenant. Cc bourbon repr6sentait la haine et la ruse.
11 invoquait partout cc principle de la ldgitimiM dont il devait faire si grand parade par la bouche do Talleyrand au Congr6s do Vienne. Pour cc dernier, c'6tait la chose la plus l6gitime du monde que do remettro sous la f6rule de la France cc people noir qui venait de c'onqu6rir sa

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libert6. Ce diplomats v6nal et blas6, ce g nie t6n6breux ne manqtiait en aucune circonstance do seconder les vues 6-oYstes et mesquines de son roi. D'ailleurs, 6tait-il 6tonnant de voir ce grand pr6lat de coup travailler au r6tablissement de 1'esclavage ? Qui double le fameux mot de Mirabeau ? (( Pour de I'argent il vendrait son Ame, ot il aurait raison, car il troquerait son fumier contre de Yor. )) Le government de Louis XVIII ne r6ussissait pas a divider les HaYtiens, comme il so lo proposait. Ceux-ei avaient trop de bon sens pour donner dans le panneau. Pkion se montrait du reste en toute occasion ce qu'il 6tait: un honn6to homme. Malheureusement, son succosseur Jean-Pierre Boyer n'avait pas conscience de sa force et commettait la faute a jamais regrettable d'avoir consent it payer une indemnit6 h la France.

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L'INDEMNIT .



L'acceptation de Yordonnance do Charles X est la plus visible, la plus retentissante, des fautes du successor de Pkion. 11 ne connaissait point Ykat do 1'Europe do cette, 6poque : sans quoi il n'erit point accept l'ordonnance de 1825 ; il ek temporis6, n6goci6, on lui cat fait d'excellentes conditions, on eat reconnu l'ind6pendance par trait, d6s lors, au lieu de le faire treize ans plus tard. )) (1)
En effet, qui ne so rappolle h cette 6poque la situation g6n6rale, des chooses? En 1814, I'Europe, pour me, server de 1'expression de Guizot, est venue en France. Elle y est revenue en 1815, apr6s Waterloo. Les Anglais, les Prussiens, les Saxons, les Bavarois, etc., accouraient 4 la cur6e. 11 fallait contender tout le monde.

(1) Dr Janvier. Les Constitutions d'Haiti, p. 148.


CHAPITRE IV

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Alors intervint le trait d'Aix-la-Chapelle qui. fit 6vaeuer le territoire franeais. A l'int6rieur, 1'6tat do la France n'6tait pas meilleur. Louis XVIII tout en c6dant aux exigenees des allies devait satisfaire aux col6res %do son parfi.
C'est a ce moment que co bel esprit couronn6 commit des fates les plu s d6plorables. 11 proserivit tous les aneiens sorviteurs do I'Empereur ot fit ex6euter des h ommes, tels quo Lab6doy6ro, le mar6ehalNey. Sa ehambre intmuvable qui 6tait plus royalist quZe lui-m6me, vofait des loisrigoupeuses centre'. la libor'-[6 individuelle la liberty de' la Press, etc. Ces genl -Mt Wavalent rien ajj qris -ni* rien oubli Go fut un W ritable g('whis. L a r6volu.tion d'Espagne, la revolution do Naples, la 1-(,,vo.lution de Portugal, Jes Carbonarl, Lofivel, I'insurrection' do la Gr6ce ot bien d'autres 6v6nements dont I'Europe a W le tWAtre, vinrent ag graver la situation. L'incendie 6tait allum6 partout La politique de* la Saifite-Allianco, Laybach, Verone et Jout I'appareil de 1'6quili breourop6en 6taient alors mis en movement.
En 1824, Louis XVIII eossa do vivre. 11 l6gua son.h6ritago ,t Charles X. Celui-oi nWit (A6 g u6re ,plus heureux. La situation do I'Europe so compliqua. On ne s'entendit plus. Charles X. commit des fates tr6s graves. C'est ainsi qu'il fit mettre
la retraite, quantity d'officiers -(.n6rau-x de la

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45,
R6publique-et de I'Empire. Il. fit -voter. des,, lois: draeoniennes.. Une- indemnity d'un milliard fut aceord6o aux 6migr6s pour les biens confisqu6s par la R6publique. Qui double les fameus'lesor-, donnances du.25 juillet qui awenOent explosion de routes les.coWes awass&s centre la Restauration-9,
Eh bien, c'est en presence de tous c6s grand faits, de, tous ces grand 6v6nements, que JeanPierre. Boyer commit la maladresse d'accepter le march que nous impose la nation, franqaise on 1.825. Je le demanded, pourquoi I Boyer avait-il conclu un mareh6 si honteux ?
Pourquoi n'avait-il pas imit6 la noble conduit de Christophe et.. de P6tion -? Chose, 6trange ot regrettable, c'est que cethomme dont led6but.do. la politique ext6rieure a 6A6 si funeste au pays, P6-. gna vingt-einq ans sur Hafti Quoi que Yonpuisse dire pour absoudre Yignominie do son aete, la m6moire de Boyer, ne sera pas moins ex&r6e par les HaYtiens vraiment patriots. 11-a agi par vanity, par outroeuidanee; comme.la plupart des mulAtres de 1'6poque, il a eru qu'll 6tait de bon ton de vivre dans le commerce des Francais.
Comment, h la barbe des vieux generaux et des vaillants soldats qui avaient g6n6reusement vers6 leur sang pour la Patrie,.Boyor out la IAchet6 d'accepter un tel mareh6! NonAe fouet de 1'Histoirene manquera pas do le chitier comme

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il le m6Hte-., La post6rit6 le jugera selon ses oeuvres. Pour 6tre enti6roment MiN sur la conduite de cet antipatriote, lions attentivement les pi6ces qui suivent
Ceci est le fragment d'une letter des plus typiques 6crite sous Finspiration de Boyer:
(( Depuis que nous sommes d6livr6s du joug tyrannique de Christophe qui d6testait les Franqais, et que tout le pays s'est ralli6 sous les Mendards du president Boyer, nous nous flattons de Yespoir que les moyens de rapprochement avec la France sont devenus faciles.
(( Jamais occasion ne futplus belle! Un grand Etat peut trailer dignement avec une nation libre et avec un government dont le cbef est renomm6 par sa moderation, son habilet6 et <( sa sagesse.
(( 11 ne faut pas se le dissimuler: il existedans ce pays des ennemis acharnds de la France qui cherchent h empOcher tout rapprochement entre la colonies et son ancienne m6tropole. Ils font' courier le bruit que jamais le government franqais ne reconnaltra la liberty et surtout Yind6pendance de Saint-Domingue. Ces craintes, habilement r6pandues, pourraient 6tre de grand obstacles h toute n6gociation. Toutefois, on peut assurer que, si l'on a dans notre Pr6sident et dans notre SMat ]a juste confiance:qu'ils

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&7_m6ritent, si Yon- trite avee eux. par des, organs qui ne. repoussent pas toute id6e de conciliation, on doit esperer pour les ancient proprWaires lesplusheureux rdsultats. Cen'est
pas toutefois parmi eux qu'il faudrait choisir les n6gociateurs. Un pays,'devenu riche et puissant par son emancipation, se d6fiera toujours de ceux h la denomination desquels il s'est soustrait.
(( Le people haYtien est disposed t faire beaucoul) pour rester paisible; les sacrifices p cuniaires ne liticoAttentrien; maisilnefera aucune concession dans tout ce qui touche a sa libert6 et h son independence. 11 indemnisera volontiers ceux qu'il ne veut plus avoir pour maitres, ceux meme qu'il ne veutplus revoir.
(( On parlait derni6rement de laisser le gouvernement fran ais juge de leurs r6clarnations, et de lui abandonner le soin de r partir les indemnitds entre ceux des individuals quipouvaient y avoir des droits. On ne sait pas, quant h pr6sent, si tous les ports (I'Haiti seront ouverts au eommercefranqais, ou si seulementquelquesuns lui scront exclusivement rdservds. Tout est subordonn6 aux n6gociations futures et 4 la reconnaissance de I'JnWj)endance de la Colonic sous protection de a France. Si, par malheur,

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les chooses tournament autrement, u ait'renoncer a tout rapprochement.
N'est-ee pas, Haitiens, que cette letter a6t6 perfide?
Etait-ce h Boyer de fl6trir le nom do Christophe, de celui qui disait h Leclerc ces m6morables paroles ?
(( Si vous r6alisez vos menaces, jo r6sisterai comme doit le faire un officer g6n6ral; ot si le sort vous est propice, saeliez que vous n'entrorez dans la ville du Cap qu'apr6s Favoir vu r6duire on cendres. Bien plus, je renouvellerais le combat sur ses ruins. )),
Certes, malgr6 ses aetes violent, Christophe avait le culte de la Patric. Jamais, au grand jamais, il aurait consent a ee que Ha.Yti devint le jouet de f6tranger. 11 n'6tait pas do ceux qui pr6taient une oreille eomplaisante 4 routes les flqtt(,Pies qu'on d6bitait h satiW dans Fun quo but d'exploiter le pays.
Boyer, pour une cause quelconque, se d6cida (h enter en pourparlers avee le government franqais. Celui-ci d6p6ehale 5 f6vrier 1821, aupr6s du president de la R6publique, M. Aubert du PetitThouars (1), comme un homme sfir ot discreet.


(1) Le Writable Glkyu6 de la mission fut Esmangart.qui av'ait essay en 1816 do prendre Mion dans le pi ge.

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Celui-ci dans la orainte de ne pouvoir causer seull avecle pr6siaent lui Ocrivit pour faire connattre les intentions du roi.
Les pr6tentions de la France, dit M. Aubert du Petit-Thouars, sont si mod6r6es, si justes; sa conduit avec HaYti, depuis la restaumt.mn, a W telle, quo- V. Ex. est beaucoup trop klalr6e pour ne pas y voir le d6sir le plus sine6re. de terminer h Amiable cette lutte d"h trop longue.
((Je dois faire connaltreh Votre Excellence, ajoutait-il, que Sa Majest6 d6sirantlebonheur des habitants de la parties de I'lle soumise a votre donaination, et non de porter parmi eux le trouble et, la guerre civil, avait pens6'qu une teI16 reconnaissanc'e* strait peut-6tre funeste h la reunion et a la paix queyousvenez d'kablir a rec tantdosuc-. c6s. Sa MajesO a voulu donner une preuve de'son d6sir sine6re de la reconciliation,. de s' bienveillance pour Votre Excellence, et'en m6mie' t mps de sa sollicitude pour un* pays qu'elle regarde toujours commie franqais; elle s'est d6cid6e et coiisacrept'iitde pendancedelaR ptibliqtte dHaiti.:
En pregnant une telle resolution, Sa'Majest6 s'est attended h- trouper dans V6tre Excellence et son government des dispositions analogues 61le s'attend a voir reconnalt e sa siml)le suZerat hetd,,ou a la France" un droit de protection sem-,
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blable h celui- que I'Angleterre exeree a l'6gard du g'ouvernement des Iles toniennes. Cc drolt no 6dt qu36tre avantagou'x it la Wpublique, et utile a son independence, en' 6cartant toutes les VPCte Ations que Yon pourrait lever sur elle; d'un 6 We, e6t6, il assure a la France la libre j ouissano't" du' c6mmcree avoc Haiti.
SaMajest6 ne&sirele commerce qu 5 auxconditions 6tablies pour la Puissance la plus favoris6e; car, dans Yint6r6t d'HaYti, qui sera aussi eelul de Ia France, aprOs le trait, il imported qu'il no soit pas fiait do conditions qui puissent, par suite, trouble fordre do la R6publiquo. Cos derniers motifs font tonir aux indel-linit6s pour le ter-ritoire. et les propri6t6s.
I I Est-ce quo vous vous souvenez, Haltiens, de I'attitude de Pkion, quand les envoys extraordinaires do S. A T. C. se sont adress6s h lui ?
Eh bion, soyezjuges on l'oecurence. Constatons maintenance la conduit de celui entre les mains duquel les destin6os de la patrie 6taient confiks.
Boyer address la letter suivante "t M. Esmangart :
(( Vous avez dii, M. le Pr6fet, pendant votre s6jour au Port-au-Prince, en 1816, vous bien convaincre que le government do la R6publique no faisait qu'interpr6ter l'in6branlable volont6 du people, en demandant quo la reconnaissance de

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I'ind j)endance dHarti, de apart S. .41. T C. fitt pure et sbiyle; car la prosp 1;46 du pays ot Yhol-1neur national no pormettent pas (ld'il soit port6 ]a moindre atteinte (-'t Mto independence, soit en admettant la suzeraincM director ou indirecte, soit en ,so placant sous (a, I)rotection d'aucuiie puissance quelconque. A cot 6-ard, mon pr (Mcesseur's'est trop bien overt aux commissaries du roi de France, du nombre desquels vous faisiez parties, pour qu'il soit n6cessaire d'entrer aujourd'hui dans d'autres explications.
(( Gest au moment ofi. la Ropublique jouit de la paix int6i-ieure, oi t elle est fr6quent6e par le commerce de routes les nations, que la question do la reconnaissance do son irid6pendance est, do nouveau, vivement agit6e; et c'est pour donner au monde enter une preuve do la loyauM hai'lienne quo jo serai dispose h faire revive l'offie d'une indemnity raisonnablement calcul6e, qu'avait faite mon pr6d6cesseur h 1'6poque de la premi6ro mission que la France envoy ici, ot qui fut 6cart6e on 1816, dans lo cas ou S. M. T. C. recona'trait la nation haitionne, comme elle Fest do fait, libre et ind6pendante; alors, le, commerce fran(-ais pourra Ure, en Haiti, trait sur le pied do 1'6gallt6 avec celul des nations qui y sont le plus favoris6os ; mais il sera bien entendu que la It6publique d'Hayti conservera une neutralit6 parfait

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Aans touts les 'guerres que les puissancesmaritimes se feraient entire elles.
Voilh, M. le Pr6fet, les seules bases sur lesquelles il est possible' de conclude un arrangement avee le government de France, et qui, jo 1'esp6re, seront adopOes, paree que Sa Majest6 Louis XVIII et les princes -do sa famille sont trop 6elair6s, trop religi ux, pour nepas saisir cette circonstance, en repandant sur leur norn une gloire 6ternelle, et en attirant sur eux les b6n6dictions du ciel. Cola procurera au commerce franQais les plus grand avan tages
Ici, la'duplieit6 de Boyer ost flagrant. Ila tent6 de donner le change, dWhapper par la tangent, mais il n'a point'r6ussi.
I Dans une. declaration adress6e au people haYtien, voici comment il essay de cachor son jeu qui n'6tait plus un myst6re pour porsonne.
... Lar6union de la parties. du Norda ]a R6publique fit More do nouvelles propositions que M. Aubert du. Petit-Thouars fut eharg6 de me porter de la part do M. le Conseiller d'Etat Esmangart qui, lors de la mission de M. le vieomte de Fontange, en 1816, dont ilfaisaitpartie, s'6tait attire, enmanifestant ici des prineipes lib6raux, 1'estime du government haffien. M. Aubert in'annonqait que S. M. Louis XVIII sYtait d cid e et consacrer notre ii dependance, et se bornait t r lawyer ledroit

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--531de sv..;'era nele uvecdes indP)nnWsj)ou2- la mission d'u' territoire et des "Ms. Ma r6ponse fut positive,) et en repoussant jusqu'a Foi-abre do proteetorat, je consents "t faire revive, comme la seule voio qui p6t mener hun trait d6finifif, l'offre d'une-indemnit6 raisonnablement ealeulc e, que mon pro-, d6cesseur avait faite au -en6ral Dauxion Lavaysse, et que M. le vicomte do Fontango avait kaWe:'. Cotto offre do ina part resta dahs Foubli, malgP6 Fassurance que M. Aubert m'aVait donn6e, quo Yon Wattendait plus quo la reconnaissance de ma d6-, termination pour en finir.
A peine les habitants de la parties de I'Est avaient manifesto leur ferme voloW de ne plus former avee nous qu'un soul et m6me people, et vaient r6alis(% le vcvu do la Constittition, quo M. Liot so pr6senta i.t 1-noi aveu- des notes confident tielles de M. le inarquis de Clermont-Tonnerre, mirnstre de la marine. Ces notes avaient pourbut do me porteret faire ime dcma)-chc de convenance. Son'gouvernement, disait-il, ayant de'j,i fait inftnetueusement les premiers pas, d6sirait que j6, prenne a mon tour Finitiative.
(( '..Voulant donner une nou'velle preiive de qde dispositions conciliatrice8, et peasant' qu'il strait agr6able a eolui qui solliciterait cette n6gociati6h, qu'elle Rit monk arec inyst re, je no crug pouvoir', la remettre alors on.tre des mains plus-convena-

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bles quen cells du g6n6ral. Boy6 qui 6tait ici depuis quelque temps.
(( Ce g6n6ral, qui h juste titre poss6do mon estime et ma confianee, partit dans le courant du mois de mai 1823, revku do mes plains pouvoirs pour parvenir h la conclusion d'un trait de commerce, bas6 sur la reconnaissance de l'Ind6pendance d'HaIti. 11 est surprenant quo le n6gociateur d6sign6 par monsieur le marquis do ClermontTonnerre, pour s'abouelier avee lui, n'ait pas eu une latitude suffisante, pour accepter mes propositions; puisque d'apr s tout ce qui avait W agit6 depuis 1814, le cabinet fran(,ais devait 6tre fix6, et sur notre determination, et sur les demands auxquelles la France pouvait esp6ver de nous voir adh6rer. Quoi qu'il en soit, cette n6goeiation que lo minist6ro avait appel6e de tons ses vooux? 6eboua (lo croira-t-on?) pour une chicanesurla nature et le mode de Findomnit6 propose par le g6n6ral Boy6.
(( M. Esmangart, dans ses letters du 27 aoat ot du 26 octobre 1823, me t6moigna eombien il regrettait quo la mission dont le g6n6ral Boy6 avait W char-6, n'ait point r6ussi. 11 on attribuait la cause an choix do mon a-ent, et h la difference qu'il trouvait entre lespwj)ositions quej'aVais fates le 10 mai 1821, of cells que le g6n6ral Boy6 lui avaitpr6sent6es.N6anmoins, no d6sesp6rant point

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do po'uvoir moner it fin une affaire qu'il avdit taht h mur, il me pressait d'envoyer un autre agent, qui ne fAt point indiff6went, par sa position an r(Isultat de la n6gociation, et qui Mt porter do mes premi res propositions, m'assurant qu'alors le youvernewent dit, vot qui ne voulait que des conditionsjustes, inod ) des, tells enfin que je les avais desires moi-mc)ne, strait toujours dispose t trailer sitr ces bases, qu9il reconnaissait Wavoir rien qui ne ft t acceptable, qui, selon lui, conciliaient routes les pi-dtentions, et auxquelles il n'avait point W sans doute maltre de donner suite dans Fintervalle qui s'est 6coul6, depuis ma d6pkho du 10 mai 1821, jusqu'au jour do sa conf6rMee h Bruxelles avee le g6n6ral Boy6, en ao6t 1823... ))
Point n'est besoin de commenter cette d6claration quo lo premier chef de la nation a eu la maladresse do faire au people. Apr6s la lecture de cette pi6ce justificative,. qui osera nier Finsigne mauvaise f6i du president Boyer? Qui osera pr6tondre trouper des circumstances attenuates .4 colui qui fut la chenille ouvri6re do tous les maux dont Hafti a ot6 le thNttre? Do deux chooses Fune, ou Boyer 6tait un fieM ignorant, ou il 6tait (h bon esciont traitre (h sa patrie. Dans Fun comme dans Fautre cas, sa conduit est ignoble et ne m6rite aucune. indulgence. 11 est auJourd'hui deviant

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le tribunal de Yopinion et il no, pout so oustrah o ,aux charges qui Faccablent
Toute page d'bistoire est ineffaqable. Arri6re ceux qui dans Yinterk de leur cause nous pr6sentent des faits falsifi6s!
Je le r6p6te, Boyer a 6A6 traltre h sa patric, il a tromp6 le people, la nation tout entire. Yestcc pas, en effet, abuser do la conflance. que 10 pays placait en- vous que de faire bon march de ses libert6s et de ses droits ?
Je lo demanded un peu, HaTti qiji s'6tait organis6o ind6pendante au prix des plus grand sacrifices, devait-elle kre tenue de d6dommager.ses oppresseurs ? N'6tait-elle pas, I par le fait do son ind6pendance, franche de toute dette? Si, je ne me trompe, c'6tait bien un Rtat nouveau qui se format au- detriment d'un autre RAtat. Pour don.ner un example recent, est-ce qu'en, 1871, on vertu du trait de Franefort, I'Allemagne n'a pas acquis I'Alsace-Lorraine, francho do toute dette? Pourquoi ? -parce. que cotte cession de territoire n'avait pas lieu h I'amiable.
Si vous me parlez. de la reconnaissance de Yind6pendance baYtienne, je vous r6pondrai que HaYti 6tait ind6pendante de fait et quo la France a W dans son tort de n'avoir pas voulu reconnaltre iwmMiatenzent tin 6tat de chooses accomplices en debtors de sa volont6. Au point de vue du droit

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= 57 =
des gens; -lorsqu'un Rtat est fo=6 et que son government est accept par la majority des citoyens, il doit kre reconnu par les autres Etats. Surtout s'il est assez fort pour le maintain de Yordre h finterieur. Dans ce cas, un refus pourrait 6tre consi&W comme un acte d'hostilit6 et server de cause h la guerre. Je ne sache pas que la France eat voulu h cette 6poque rouvrir les hostilit6s. Cela n'efit pas 6t6 assur6ment dans le goftt du public francais.
Si on a bonne m6moire, 1'exp6dition centre Alger e.n 1827 n'avait gu6re passionn6 le people. Cbarles X avait vot jlu implement so racheter aux yeux de I'Europe par un coup d'6clat.
Done, la reconnaissance de l'ind6pendance d'Hafti 6tait un fait normal. La France Yeat reconnue; c etait pour elle une obligation morale.
11,y a aujourd'hui, dit un publicist, peu de nations, si barbares qu'elles soient, qui, no reconnaissent des devoirs enters les autres nations, et qui ne r6clament d'elles des guaranties pour lours propres droits )). Tout homme sens6 reconnaltra avec moi qu'il 6tait dans Yint6rk bien oniondu do la France de nouer des relations pacifiques avee I'Etat haYtien. Mallieureusement, Boyer n'entendit point de cetto oreille-1h. 11 persist h vouloir sacrifier les int6rks du pays.

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11 d6p6eha avec des instructions seer6tes, le s -' nature Larose (un honn6te homme, celui-fit), et Rouanoz, notaire du gouvernen-lent, aupr6s du government francais afin do trailer pour la reconnaissance de Yindopendance d'HaYti et arr ter les bases d'un trait de commerce.
Comme bien Yon pense, le people haftien avait de justes motifs pour s'alarmer. Heureusement pour la post6rit les envoys do I'Etat haftien n'ont pas cru devoir eonsentir ,t routes ces machiav6liques operations.
Les n(,,,,oeiations furent done rompues.
Le vertueitx Bover, en guise de manifesto, fit la declaration suivante:
(( En 1814, on voulait nous imposer la souveraineM absolue de la France ; en 1821, on no demandait plus qu'une simple sn--erainete; en 1823, lors de la n6gociation du g6n6ral Boy6, on so bornaith r6elamor eomme condition sineywi gion, Yindemnit6 que nous avions offerto pr6e6demnient ; parquelretour hunespritdedomination, vetit-on en 1824 nous assujettir a une souveraineM exte)-ieure ? Cette souverainet nous paait injuvicuse, ot eontraire ii, notre s6cuvit6; c'est poui-quoi nous la r(jetons. Compared, HaRiens, cc petit elief-Twuvre de roucrie avee, les pieces que votis avez lues plus haut et donned votro appreciation.

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Que de fiel en cette Ame !!! ..... On le sait. Tout mauvais cas est liable, encore faut-il le nier avee address!
L'ann6e suivante, les negotiations furent renou6es et sa Majest6 Tr6s-Chrkienne daigna octroyer une ordonnance qui consacra l'ind6pendance du government des habitants actuels de la patio, fran(.aise de Saint-Domingue, moyennant la somme do cent cinquante millions de irancs, destine h d6dommag'er les ancient colons qui r6clameront une indemnity.
Ainsi, Ycouvre fut consomme. Notre ind6pendance fut reconnue par shnple ordonnance du roi de France et de Xavarre. Et Boyer et ses corr6ligionnaires ont consent h cet acte de spoliation, ont adh6r6 h indemniser les aneiens exploiters d'hommes. Avant que do eommettre une telle 16g6ret6 si l6g6ret6 il y a quo ne lut-on pas la proclamation do Pkion, cette proclamation adress6o au people et h Yarm6e? 0 bonte! Boyer a amoindri I'CEuvre. Sans doute avee une capacife, plus Mev6e, une volont6 plus forte, une politique int6rieure plus national, il cat 6vit6 pour son pays cette fl6trissure. Mais tout lui manquait. Entour6 des courtesans aides, gofstes, cupides, et caress par des conseillers obs6quieux qui devaient plus tard le ronier et avilir sa m6moire, il commit des acte- les plus odieux. 11 faut le reconnaltre, Yac-

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i rotation do la liatitaine ordonnance do Charles X fut un crime. de 16se-patrie. HaYti n'6tait'pas un pays conquis; elle jouissait do sa pleine souverainet6 int6rieure.
Je dirai plus, sa souverainet6 ext6rieure 6tait. de*h reeonnue par les Etats avee lesquels elle 6tait en relations d'affaires. La France Rait settle except6e. La raison 6tait facile h comprondre. D'ailleurs, il existait alors des eornp6titions, des, divisions entre les grades nations qui 6taient.. en tout 6tat de cause, tin -sor grant pour les peoples fables et petits.- Le principle des nationalists vonait de recevoir son application apr s les traits do 1815. Toutes les grades aspirations nationals so faisaientjour d s cetto6poque. Des-randestransformations politiques allaient s'aeeomplir. Co furent d'abord les colonies espagnoles qui proclam6pent leur independence, au nom du sentiment national. En Europe, nous eonstatons' le mome ph noin6ne. Tout fermentait. Gest ainsi quo la Gi-6-o so soulova en 1821 etparvint on 1829 I-L conqu6rir sa liberty. Si nous suivons les brands eliangements qui ont eu lieu daris le eours du si6ele, clue voyons-nous? En 1830, la Belgique se s6para do la Hollande. En 1864, le Holstein fut enlex-6 au Danomark pour kre rattacb6o it la Prusse. En 1859, l'Italie so forma. L'unit6. allemande, commew e en 1867, fut achieve en 1871, -,Enfin, les

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'Principaut'e's slaves" des Balkans socm6rent le joug ottoman et fond6rent les royaumes de Roumanie, do Serbie, les prineipaut6s de Mont6n6-ro et de Bulgarie.
Xinsiste fortement sur ees examples p -our montrer combine Fignorance de Boyer sur les chooses de I'Europo 6tait grand ot c6mbien il mettait sa ssatisfaction personnelle.1 au-dessus de la justice ot du sons eonimun.
Plus tard, il devait lui-m6me s'avouer ineons6quent sinon eoupable on signant le trait du 12 f vrier 1838 relative h eette fameuse indewnil .
Par cc trait, le solde de Findemnit6 due par la R6publique d'HaYti demourait fix6 a la somme do soixante millions de francs.
Dieu sait si nous avons -euA souffrir pour acquitter cette detto ill6gitime, pour payer r6guli6recent lesannuit6s... I .
L'Expose gene'ral de la situation de la R614ibliq'o de Fann6c 1893 s'exprime ainsi-: - I s (( Apr6s bien des Aiffieult6s et, des lentours comproniettantes pour le cr6dit. national, la quest ion de la-double dette fran( aise vient..d'6tre r6gl6o.
((Depuis le lcrjUillot 1887, le government estimait sa er6arice 6tointe ; routes les valours de F(Aat ge n6ral de la double dette ayant 61A', int( gra-: lenient pay(,es, soit it 6ch6ance soit aveo des re-

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tards i.ompons6s, par 'des int6r6ts caleul& aux ,taux de 5 010, sauf ceflo du dernier trimestre de 1883 port6e pour m6i-noire h frs. 223.059.37, inais dontle chiffre exact devalt krefix6 alaliquidation g6n6rale, ; or, h cette m me 6poque, il existait encore dans la roue, conform6ment au certificat de notre 16-ation h Paris, onze eent vin(rtquatro numerous non amortis, valour frs. 1. 124. 000, a notre d6bit. Notre Ministre a Paris 6tait assailli journellement par les porters r6elamant le pavement de leurs obligations, et qui, par lo fait,,ne connaissent que nous. 11 faut aussi ajouter qu'il avait W compl6tement 6tabli par Fexarnen -des competes de la Caisse des D6p6ts et Copsignations, que les 1. 288.712.37 que M. Charles No6l, notre ancient Consul, avait compt6s h M. Laforestrie et quo Fon croyait h tort ne pas figurer au cr6dit du government, .s'y trouvaient bel et bien.
(( Pourtant, les experts ayant admis- quo la Gaisse des D6p6ts et Consignations avait fait une mauvaise application des remises du gouvernement et que des int6r6ts excessifs avaient W pa.y6s aux porters de titres do Findemnit6, alors quo la Caisse cut da approprier ces fonds t Famortissement de la dette, un compromise fut propos6 sur la base quo le government fran(:ais renoncerait formellement a toute demanded ult6-

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63
rieure de remboursemeDt, on ce qui eoncerne la double dette de 1825, qu'il consid6rerait coming, d6finitivernent r6gl6e et accepterait comme siens les engagements enters les tiers represent6s par les 1124 Obligations 1825., qui resent encore dans la roue. Ce compromise, fortement appuy6 par notre Ministroa Paris, a 6t6 accopt6 par lcs deux governments. Un t6l6gramnio it la date du 5 juin, confirni6 depuis par diff6rentes d6p6ehes, a announce au d6parteniont des; Finances quo M. Box h qui le pays doit en cette cireonstance ses plus vifs remorciments, pour le Me et lo d6vouement patriotiques qu'il a montr6s a la defense do' ses int6i-6ts a obtenu quittance conip 16te de I'Emprunt de 1825. ))

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PARTIES OFFICE LLE

SECRI TAIRERIE D'ETAT DES FINANCES.


Le chef du department des Finances porte Ch la reconnaissance du public la corrospondance 6chang6e entre le government franeais et la 16.gation d'Hafti (h Paris, correspondan-ce qui consaere le r6glement d6finitif do 1'emprunt 4825.


Paris, le 2 Juin 1893.

Monsieur le Ministre,
J'ai Yhonneur de vous faire connaltre quo, h la suite de 1'examen auquel les competes de I'Emprunt d'Hafti de 1825 ont W soumis de la part de IMM. Hamot, Inspecteur g6n6ral des Finanees, et GRIck, Consul g6n6ral d'HaYti h Paris, qui avaient W d6signes par les deux gouvernei-nents pour eette mission, le Gouvernement Franqais a d6cid6 de consider le Gouvernement HaYtion comme d6sormais lib6r6 enters lui par les paiements effeetu6s h ce prix pour le service des int6r6ts et Yamortissement do I'Emprunt dont il s agit.

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Le Gouvernement Franqais se reserve do prendre en eons6quence les dispositions n6cessaires en vue d'assurer le reimbursement, dans un d6Jai aussi rapproch6 quo possible, de ce qui peut rester en circulation aujourd'huides' titres do cet Emprunt.
Agr6ez les assurances de la haute consid6ra'tion'avee laquelle j'ai Yhonneur d'6tre,
Monsieur le Ministre,
Votre tr6s humble et tr6s ob6issant ser'viteur.
Signd:' DEVELLE.
Monsieur Box, 21finistre dHaiti a' Paris.
Pour copie conform
Paris, le 5 Juin 1893.
'Le Ministre dHaiti,
Signd: A. Box.


Paris, le 5 juin 1893.

Monsieur le Ministre,
Par la d6p6che que vous m'avez Lit I'lionneur de in'adresser a la date -du 2 Juin courant, vous avez bien voulu me faire' connaltre quo', h la suite de 1'examen a uquel- les eomptes de I'Emprunt d,Hayti de 1825 ont W soumis de.la part de MM. Hamot, Ins eeteur g6n6ral des Finances, et GRIck, Consul g6n6ral d'HaYti h Paris, qui

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wvaient 6t.6 d6sign6s par les doux gouvernements pour cotte mission, le Gouvernement Fran ais a. d&W do ( onsid6rer le Gouvernement Haltien comm-e d6sormais lib6r6 overs lui par les paicpients effects h cc jour- pour le service des in7 t6r6ts et Famortissement do I'Emprunt dont H

Vous ajoute; que le Gouvernoment Fran ais so r6serve en consequence de prendre les dispositions n6cessaire' en vue d'assurer le romboursement, dans un d0ai aussi rapproch6 que possible, de.e6 qui 'pent rester on circulation" aujourd'hui des titres de cQt.Emp runt.
Je m'enipresse, Monsieur le Ministre, do- donner a vQtrO Excellence, acte do eette declaration qui mot- ainsi', bh au litige qui a si longtemps exist entre le Gouvernement de Ia R6publique Franeaise et le Gouverneinent do Ia 116publique d'HaYti h propose do I'Emprunt en question.
Veuillez agr6ez Fassuranee de Ia haute consid6ration avee laquelle j'ai I'lionneur d'6tre,
Monsieur le Ministro,
do votre Excellenee,
Je- tri6s hunible et tr6s ob6issant serviteur.
Le Ministry d'Haiti,
A. Box.

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I A7

.'Son'Ex'eellen"ce Mon'sleur1'llos Wvello Mnistr'o des affairs Etrang6res, "t Paris 0)11 est a souhaiter quo routes les nations eivilis6es du globe fiennent aussi fiMement leurs enagements; il est 14 souliaiter qu'e'lles soient touloyales dan leurs relations. Ce qui "vitera bien do cruel in()comptes, bien des malentendus.'
Tous les efforts des homes klair c' 'et de, bons cito- ons d'Hafti, doivent tendrea maintenir et et h affirmor nos rapports ax, ee les puissances 6trang6res. 11 faut lo reconnaltre, la France en maintes circumstances s'est montr e quolque pou s6v ro (t notre kmrd. Elle nous monaeo toujours, a Chaquo malentendu, de ses canons Bange et d'?tn awiral quelconque pour nous faire peur. Le procM6 n'est pas digne assur6ment d'un people fort "t I'6gard d'un people fable. Le droit brutal de la force n'est jamais tin droit, c'est une spoliation. Les 6N-6neinents do 1870-1871 en fournissent les preuves ..... Que mes compatriots me pardonnont Wavoir fitit rovivre les ancient 6tats d'e.sprits, d'avoir 6voqu6 les sombres tableaux du pass6. C'est uniquement pour les ame(1) 11 s'agit ici de I'Emprunt Laffite, emprunt de t),ente millions (lue contrada Boyer pour payer le premier terme de FindemniM (te cent cinquante millions de francs.

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nor discrRement aux preoccupations do Favenir; c'est uniquement pour entretenir chez eux le feu sacr6 do. la patrie.
Comme dit Paul Bourde La patrie est le
lien qui nous unit aux homes do notre race, h ceux du pass6 et de Favenir comme h ceux du present. C'est un champ toujours en semailles et en missions. Nous moissonnons les semailles de nos anc6tres et nous somons les missions do nos h6ritiers. )) Songeons-y bien.

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CHAPITRE V


IIAYTI FARA DA SE



Maintenant que nous avons acquis notre pays au prix du sang et de For, ne sommes-nous pas en droit do le conserver et do crior tout haut Haiti aux Raitiens?
Certes, il est bien peu de pages d'histoire qui soient aussi cmouvantes que les n6tres. La gestation a W laborieuse; il nous a fallu vaincre beaucoup de difficult6s. Yest-ce pas, en somme, la gen se de tous les peoples?
Haiti aux Haitiens, il faut bien le dire, est aujourd'hui le mot d'ordre do tous ceux qui ont le souci de Favenir du pays, de routes les Ame's gon6reuses qui ont f6i dans la justice et qui d6fendent leurs droits. Nous avons aujourd'hui I'dge de la discussion; il nous est permits de formuler nos pens6es et de taxer d'erreur ceux qui persistent ks'6garer dans une mauvaise voie.

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La r6gle du monde actual. dit Bluntschli, n est plus la guerre, c'est la paix. En temps do paix, ce n'est pas la violence (ui preside aux relations des Etats entre eux, e'est au fond le droit. Los Etats respectent tout autant, dans leurs relations paeffiques, la personality et Find6pendance des petits Rtats que celle des grand. Le droit international r gle les formes, les conditions, les effects de 'ces'rap orts entre' les Etats, et ces effects sont les m6mes pour I'Ptat-yMnt quo pour FRtat le plus humble. Toute tentative de porter atteinto h ces prineipes en so fondant sur sa propre, force, entrance une opposition, uno resistance quo FRtat le plus puissant no pout m6priser sans dangers et sans dommages. )) (1)
Assur6ment, il nous est impossible de penser qu'une nation, quelled qu'elle soit, puisse avoir, jamais Fid6o de mettre aujourd'IlUi Ch son service le droit brutal de ]a force pour porter atteinte (h ]a personality d'un Rtat. Co que nous redoutons* et avee raison ; c'est le maehia-Aisme, c'est Fesprit de chicane de ces L,"tats-yMnts qui, sous couleur do d6fendre leurs int6rks, eommettent le plus sou-, vent des r6voltantes iniquit6s.
Combien do fois notro pays n'a-t-il pas eu .t >
supporter des humiliations de la part des (( puis-.


(1) Introduction-, Di-olt international codified, p. 2.

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sarice's amies?)) Com'bien do fois"navon's-nous pas W constraints de payer, pance quo nous sommes fables et petits? Jo crois (ju'ils ont quelquo peu raison ceux qui pr6tendent qu'il Wexiste pas de droit international pour les petits R tats. En effet, quelled est la sanction de ce droit? Quelles sont ses lois, ses tribunaux? Yest-ce pas toujours la raison du plus fort qui est la moilleure? 11 conviont cepondant do rendre justieei-i ceux qui'travaillent a la codification de ce droit. Ce'Ux-la supposent les homes meillours 'qu'ils no le sont en r6alit6.'Douce illusion!!
((La grandeur d'un people, dit Victor Hugo, ne so measure pas plus au nombre que la grandour d'un homme no se measure (h la taille. L'u, nique measure, e'est la quantity d'intelligen-ce et la quantity de vertu. Qui donne un grand e'emplO est grand. Les *Petites nations seront les grades nations du jour oft, it c6t6 des peoples forts en nombre et tastes en territoire,' qui s'obstin'nt dans les fanatismeset les pr'jug6s, dan's la gloir6, dans la guerre, dans Feselavage ot dans la mort, elles pratiqueront do ueement ot fi6remofit la fi aternit6, abhorreront la gloire, an6antiroht lWhafaud, glorifieront le progr6s...
Les mots sont vains quand ils n'expriment pas une id6e. It no suffit pas d'6tre la r6publique, mais il est n6cessaire d'6tve-la libevt6, -il n.e- suffit

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Pas d'6tre, Ila, d6nioerdtie, mais il est besoin d'kre, Thumanit6 )). (1)
Aujourd'hui HaYti est un R tat libre, ind6pendant et souverain. QU elle-ne Youblie point, elle a de nombreuses fonetions ih remplir pour sa conservation et son bien-6tre. Elle doit pouvoir ellemOme diriger sa conduit et agir de facon a ce que ses actes no soient eontr6l6s par personnel. En un mot, elle doit se faire elle-in'eme et s'affranchir de tout vasselage. Mais jo n'entends pas dire par Itt que nous demons nous passer du bon, 616ment ranger. Au eontraire, jo persisted it croire quo notre pays no sera whimont prosp6re que quand il ouvrirases portes aux capitaux et aux cr6dits strangers. En effet, il s'en faut de beaucoup que nous poss6dions une dose suffisante, d'esprit Xontrepri ;e.
D'ailleurs, une nation quelled qu'elle soit ne pout pas pr6tendre so suffice tout a fait a elle-m6m'e. 11 lui faut n6cessairement le eoncours des autres; c'est Ih la grande loi de la division du travail international. En HaYti plus quo partout aillours, cette n6cessit6 so fait fortement senior. Car nous avons quantity do richesses naturelles quo nous ne pouvons exploiter, faute do bras ot de capitaux. Dans mes pr6c6dents outrages, fai longuement discuf6

(1) Lettre i M. le pasteur de Gen6ve, 17 nov. 1862..

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cetto q I question qui estA mon avis, une question do vie ou do mort pour notre existence national. Xy reViens aujourd'hui, parce qu'elle est tr6s important de sa nature ; je dis done que mon pays a tout a garner en introduisant dans son sein lo bon 616ment stranger pour exploitation do ses richosses naturelles. L'oxp6rience est lh pour d6montrer quo routes les nations qui sont parvenues a une puissance r6elle de grandeur ot de prosp6rit6 n'ont accompli ce progr6s que grAce h Foxtension de leurs relations. 11 est absurd de croire quo nous pouvons tout par notis-m6mes, quo nos seules resources intellectuelles peuvent nous permettre d'atteindre nos desiderata. 11 ne faut pas le dissimuler, la civilisation no se compared pas seulement d'un
capital immat6riol. Il faut le travail, le travail bien entendu d'ofj (f6eoule la prosp6rit6 d'un pquple. Les Etats-Unis, n'est-ce pas 1'exemple le plus topique quo Fon puisse citer en Foccurrence? En I effet, ce people, qui, il y a un si6cle, n'avait pas

existence 6conomique, est aujourd'hui le premier people industrial du monde. Je pourrais h Yenvi .citer quantity do pays neufs qui, au bout d'un cerfain temps, ont obtenu les r6sultats les plus satisfaisant. Pourquoi devons-nous faire exception a la r6glo g6n6ralo ? Quel est le stijet de notre crainte? Ce n'est pas assur6ment la crainte de la servitude;

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car cette We surann6e a'heureusem6nt fait son temps. Nous ne voyons pas quo FkrangOl tel qu'il vit chez 'nous h Fhe're actuelle, est'h Fabri

de touto mauvaise fortune et que c'est le pauv re Haftion qui patit do tout.
Tandis qu'en, r6gularisant la situation de chacun, Fkrancer tout comme Maitien aurait des devoirs a remplir enters I'Etat. Savez-vous comment 1'6tranger ( ehappe'a la rigueur d e nos codes ? ] ,h bien, quand il veut doucement filer ses jours dans cc merveilleux pays, il prend ou fait prendre un long bail, un bail eniphyt6otique. Par cc moyen, il n'a aucune responsibility et n'a nul souci do eette Haiti qui n'est qu'une be'te qui veut faire I'anye. 11 est grandement temps quo nous agissions en vue de nos propres int6r6ts. 11 est grandement temps que nous en finissions avee cc syst6me de privi16gos. Pourquoi F.6tranger doit-il jouir des avantages do nos lois, sa ns en subir les ineonv6ijients?
Encore sait-on la plupart du temps les tenants et aboutissants'de la tourbe des adventurers qui encombrent nos Ailles? Je suis absolument'convaineu I qu'une .16gislation int6rieure bien faite donnerait a chaeun la place qui lui prevent. 11 faut done favoriser eette elite d'hommes tiles qui dp.po rtent chez nous les 616ments do la civilisation ot qui employment lour esprit d'entreprise et leurs capitaux- A d6velopper Ja richesse mat6rielle

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d'HaYti. 11 fauf par centre rapper ceux qui viennent allumer 'la, g'uerre civile- dans notre foyer.
Les sentiments de m6fiance que nous avions jad'isnes'expliquent pas aujourd'hui. ((Les 6trangers, dit M.de Molinari, qui important a HaYti les capitaux, les connaissances et les forces morales a d6faut desquels un Etat blane ou noir est condamn6. it trainer une existence miqrable et pr6caire, appartiennenta des nationalists diverse. A eW des Franqais, il y a des Allemands', des Anglais, des Espagnols, des Am6ricains. Ce sent des 616ments diff6ronts, sinon bostiles, qui se font contro-poids. Yajoute, do plus, qu'il est bien rare qu'une eolonie 6trang6re 6tablie dans un pays ind6pendant souliaite do voir le pays passer sous une d6pendance quelconque, ftit-co m6me celle de la m6re-patrie. Pour bons patriots qu'ils soient, les Francais d"HaYti n'envient pas le sort des colons de la Martinique ou do la Guyane, et -la preuve, c'est qu'ils sont venus s'6tablii- do pre"f6rence a HaYti. Si la R6publique noire vient a p6rir, ce n'est point paree qu'elle aura'trop de blanes'ehez elle, c'est parce qu'clle n'en aura pas assez.
Youblions pas quepourpro dresser, il faut lo coneours des esprits (%elains ot-6n6reux, qu'il .'Ctut n(',cossairoment Nireabn6gation do nos potites Wes qui no- sont assur6ment plus de' to Si6cle. Je ne

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saurais trop dire et r6p6tor que Haiti n'atteindra son but quo quand ses richesses naturelles seront exploit6es, que quand elle, sera administr6c avec la plus s6v6re 6conomie. Yesp6re fortement en Favenir du pays. Je crois qu'avec une p6pini6re d'hommes instructs, de bonne foi, il parviendratl accomplir ses destinies.
Jusqu'iei, on a fait beaucoup de chooses inutiles. Administration est presque nulle. Cost un v6ritable d6sordre. Nous ne faisons rien pour reffi6dier h un tel 6tat do chooses. C'est pourquoi 1'6tranger pretend et avec quelque appearance do raison que nous sommes incapable de nous gouverner, do nous donner.des institutions en rapport avec'nos mceurs et nosbesoins. '
(( Puisque, dit-il, Funivers est condamn6 h marcher quand-m me, est-il juste qu'une parties des homes, uniquoment parce qu'ils sont noirs, assistant sans rien faire au travail des blanco et jouissent de leurs labeurs?
Depuis pr6s d'un si6cle, qu'ont fait les noirs de la civilisation qu'on lour a 16-u6e a Haiti ?
Depuis pr6s d'un demi-sikle, jouissant de tous les m6mos droits quo les planes dans les pays anglais, qu'ont-ils jamais fait ?
Quo font-ils dans I'Am6rique du Nord?
Sous routes les latitudes, et sauf de 'Pares exceptions, le n gre est sensual, insolent et pa-

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resseux; le mulAtre est orgueilleux, vindicatif, ingrate et Fennemi du blanc. )) (1).
Ainsi qu'on le voit, notre race est bien loin RAre pris6e dans certain milieux europ6ens. On nous voue une haine execrable. Chaque fois que Focea,sionsepr6sente, onnoushumilie, onnousavilit(2). Si nous gallons au fond des chooses, que ne diraiton pas aussi de Yhomme blanc?
((Je suis oblige, dit M. de Molinari de convenir en toute humility, que I'liomme blane, Yhomme civilis6 et eivilisateur par excellence, n'a pas jou6, au moins jusqu'h ces deniers temps, un r6le des plus flatters.
(( Il a commenc6 par d6truire presque compl6tement les indig6nes qu'iI a remplac6s par des esclaves achet6s h bon march en Afrique. P pendant deux si6cles, qa W m6me son commerce de pr6dilection. GrAce au Code noir et au bAton, les planters des colonies ont pu extraire d'immenses richesses d'un sol verge, ofi la nature avait accumul6 les pouvoirs productif.s. Mais ce sol f6cond, ils Font ravag6; ces pouvoirs productifs-, ils les ont d6truits sans se pr6oecuper jamais de


(1) Voir les d6bats qui ont eu lieu dans les Charnbres anglaises = sujet des troubles de la Jarnaique, ann6e 1866,
(2) Voir aussi le Globe Quaterly Review, dont Mr Thorne est I'Miteur, ann6e 1895.

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les renouveler. Partout o j Fe8ela-\,age a pass6, la terre a W 6puis6,., et ee n'ost qu'h'grand reiifort d'engrais naturals et artificiels qu'on parvient ,aujourd'hui h la reconstitute.
(( Si I ; esclavage avait dur6 un si6ele de plus, les Antilles seraient revenues des landes inf6rJiles ofi des mar6cages infects. Et ces richess'es que leurs eselaves d6robaient au sol on le ruminant, les conqu6rants eivilisateurs dunouveau monde se les disputaient avee une rage forcen6e! Aucuno .p I artie du monde n'a W le theatre do luttes plus aebarn6es et plus cruelles. Les Anglais,, les Franqais, les Hollandais, les Espagnols, sans-parler des filibusters et des boueaniers, ont tour a tour conquis,, ravag6 et piII6 ces splendideso6ntr6es
-en y promenant Fincendie ot le massacre. Enfia, Ila paix s'est faite et Feselavage a k6 aboli. Us Antilles jouissent aujourd'hui d'u-ne tranquillity profound. Mais il est impossible do n'6tro pas frapp6 du contrast qu'y pr6sentent les rieliesses de la nature et les mis6res de Fhomme: Qu'a fait Yhomme blanc pour 61e.ver jusqu'Ct lui son bon fr6re noir ? 11 lui a-oppos6 la barri6ro infrancliis sable du I)re'j'ug6 de couleur. Il lui a dit Quel quo soit le niveau intellectual et moral auquel tu puisses monster, quand mOme tu deviendrais-un savant ou un saint, tu ne prendras jamais pla'c'e h ma table, tu ne t'assi6ras'jamais a mon foyer.

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Yeat-il qu'une goutte imperceptible de sang noir dans les veins, Yhomme de couleur est une cr6a ture vile, dont le contact est une souillure. Cette creature vile, Yhomme blane, a naturellement le droit de 1'exploiter sans tr6ve ni merci. Au beau temps de fesclavage, il on usait comme une b6te de somme...
Intelligence, que je sache, n'est pas une question do latitudes ot de longitudes.
L'homme blanc est injuste quand il pretend quo Fhomme noir est incapable de tout progr s.
Le noir, suivant moi, peut tout ce quo pout Io blanc; il est apte h exercer les m6mes actes de c6r6bration.
Du reste, it est aujourd'.hui prouv6 qu'll n'y a. pas de di&rence native entre les races. L'influence du milieu est seul en jeu dans Fespe'ce. Les d6tracteurs de notre race no tiennent pas suffisamment compete des difficult6s comme des advantages que certain milieux ambiants offrent it 1'6volution. Je le demanded, la race europ6enne qu'on tient pour sup6rioure, combine de siocles no lui fallut-il pas pour atteindre au faite de la civilisation? Cepondant, les homes de cotte race


(1),A.Panama, p. 260.

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n I onf jamais W eondamn6s h* viv*re s6us les inAuences d6pressives du climate tropical. Le's orgueilleux fils do Japhet semblent Oublier que les 616.ments de la nature, sont pour beaue6up 'dans la civilisation des peoples.
Il faut computer aussi avec 1' ^tge. Par example, les Grecs et les Romains n'kaient-ils pas sup6.rieurs aux barbares des bords de la Seinej du Rhin et du Danube?
Avant les Grees et les Romains, ri'kait-ce pas la civilisation 6thiopienno qui pr6valut (1) ? Qui sait si la race blanche, d6g6nWe no sera pas romplac6e -par une autre race., Cola est dans le doinaine des chooses -possibles.
Pensez-y bien.
Nous; HaYtiens; nous avons une mission imPortanto h remplir. Peuple'jeune, libre, ind6pen. dant, plein do vitality, nous demons pen-ser h nous constituor fortement, h nous faire respecter comme Rtat souverain. Nous ne demons avoir d'autre but que. nous-m6mes ot ne pas server do tremplin, de moyens aux vues des autres. 11 faLit nous affrancliir de toute volont6 6trang6re, do


(1) ((La race noire, dit Mr A. Firmin, fut la premiere a commencer I'dvolution civilisatrice et social de 1'esp6ce humanee). Voir De 1',kgaUtd des Races jiumaines,-p. 580.

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toute immixtion dans nos affairs. Ce qui caract6rise notre, existence politique, notre personnalit6, c'est l'ind6pendanee. Nous demons done, chercher h la conserver par tous les moyens en notre pouvoir.

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CHAPITRE VI


HAYTI DANS LE DROIT DES GENS POSITIF



HaYti uno fois revenue majoure, maltresse de ses destinies, devait n6cessairement faire parties do la grande famille international.
Etat souverain, libre, ind6pendant, elle poss6de aujourd'bui, dans toute ]a plenitude, la capacity de conclude des traits.
Certes, c'est la une belle prerogative do pouvoir librei-nent conseiitir tin contract avec d'autres Etats et de trailer do puissance a puissance avee eux quelque soit le rang qu'ils occupant. Nous avons le droit maintenance do vouloir nous conserver et de dejouer routes les co mbinaisons machiav6liques qui auraient pour but do nous faire perdre notre autonomic politique. Nous avons tout comme les autres nations des droits et des devoirs 6gaux, nous avons dans nos relations avec elles a peu pr6s les m6mes organs. Cost h

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nous h en faire un noble usage, c'est a nous h assurer notre propre s6curit6. Gest h nous, en un mot, a eonclure des eon-ventions compatibles avec existence de notre pays ot a son d6veloppement.
Tout trait, on le sait, suppose Faccord entre deux ou plusieurs Etats touchant leurs int6r6ts politiques ou 6conomiques, quelled qu'en soit la forme ot quelled que soit l'importanee des engagements qti'il renferme.
Qu'on no Foublio pas, Fobligation de respecter les traits repose sur la conscience et sur lo sentiment de la justice.
D'ailleurs, no sont-ce pas les traits qui constituent les v6pitables bases de Forganisation politique international du monde ? Malheureusement, dans les relations iiiternationales, selon quo Fint6r6t est plus ou moins en jeu, on n 5 a garde de respecter la parole donn('-,e. On strait tent6 de eroire, en v6rit6, quo Fon no eonclut des traits que pour saver les apparenees, puisqu'ils n'ont de guaranties morales qu'autant que les nations qui les ont conclus sont do force 6gale. 11 faut esp6r(,,r qu'avec, le progr6s du droit des gens moderne les grades puissanees s'abstiendront de pratiquer Fintervention, et tous autres principes de m6me nature qui ont pour offet de terroriser les peoples fables et petits.

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Qui ne se rappelled la fameuse histoire de, Fintervention et de la non intervention dans la politique moderne Quelle league intelli u qible q e cello
des diplomates!
Savez-vous cc quo c.'est que, cc grand principle de Intervention consaer6 solennellement, par les Etats forts? C'est le droit de s'Immiseer dans les affi-Lires int6rieures ou ext6ricures d'un Rtat fable. Bien. Savez-vous alors co quo o'est quo cc grand prineipe de la non intervention?
Gest le droit d'emIjklier une nation quelConque do s'imrniscer dans les affairs d'unc autre. Tout cela parfait tr6s elair et rien 'est plus embrouiW .
Ces deux mots ont W invents pour mieux usurper les droits des couples fables. C'est on d'autres terms Fempressement d'un ami qui pour d6fendre centre une mouche le sommoil do son aini,

Vous empoigne un pav6, le lance avec raider, Casse la. t6te h Fhomme en 6crasant la mouthed.

Le pi-ineipe do la non intervention a k6 proclam6 pour la preini re fois par le president Monro6, sous forme do message address au congress des Etats-Unis, clans sa session. du 22 d6ceinbro 1823.
Par cc messa-e, le prOsident des Etats-Unis

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d'Am6rique a cru devoir protester centre le droit que s'arrogeaient les puissances allies d'intervenir h main arm6e pour traneher les diff6rends entre I'Espagne et ses colonies r6volt6cs. En effet, h cette 6poque, on s'en souvient, tous les Rtats do I'Europe 6taient on grande coquetterie.
Dans le fiameux trait de la Sainte-Alliance, on lisait cette clause remarkable entre routes quo les Rtats signatures s'engageaient it demeurer unis par les liens d'une fraternity veritable ot indissoluble, et h se pr6tor on touto occasion et en tout lieu assistance, aide et scours. L'An-leterre ayant toujours des vues pratiques a W la seule ,Pande nation qui n'alt pas adh6r h cc trite' qui avait pour base unique le droit divin. Plus tard, les congr6s de Tropl)au, do Laybacli, do Wrone, vinrent cimenter cc lien indissoluble. Etant donn6s ces faits, on compound facilement quo le president Monro6 ait proclaim une telle doctrine et qu'il ait consid6r6 comme dangerous pour la paix et la sfiret6 des Rtats-Unis toute tentative faite par des puissances europ6ennes pour appliquer au. continent am6ricain les prineipes do politique adopts par le vieux continent.
Mais, comme Fa fait remarquerjustement Lawrence, dans son commentaire sur le Droit international, h 1'6gard de cc que Yon est convene de designer comme la doctrine de Monro6.'on a fait

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une grande erreur on confondant les deux propositions soutenues dans le message presidential de d6eembre 1823.
11 y a la second proposition de ee message qui n'a pas W expliqu6c et qui impliquait une application tr6s 6tendue. C'est a cotte second proposition que tous les Rtats ind6pendants d'Am6ri(lue quels qu'ils soient doivent prendre garde. On so demandait si'la grande r6publique du Nord n'aurait pas la vell6it6, a un moment donn6, de jeter 1'6p6e de Brennus dans la balance des petits Ptats au grand detriment des int6rks curop6ens.
Comme on le sait, le message du president Adams, du 26 d6eembre 1825, address au S6nat, modifia la doctrine de Monro6. M. Adams, en reeommandant Yenvoi de ministries a un congr6s des Rtats Am6ricains, borne la proposition a un aeeord entre les Rtats qui seraient represents au dit congros, d'apr6s sequel cheque Rtat s'en-agerait a emp6chor par ses propres moves, tout 6tablissement futur d'une colonies europ6onne dans les limits de son territoire.
(( La politique,.1 laquelle les Rtats-Unis, dklare La-wrence, ontadli6i-6 Ih Y o-avd do I'lle do Cuba, depuis tine p6riode qui remonto au message du pi-6siderit TNLonro de 1823, 110LIS fournit une prove de plus du dmit qu'a toute ilatioii de S'0-1)-

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poser au transfer d'un territoire rapproch6, des mains d'un R tat fable it cells d'une puissance forte. Ces changements peuvent en effet converter le territoire transf6r6 en base d'op6rations hostiles centre l'ind6pendance de cette nation ou centre ses institutions int6rieures. ((La Grande Bretagne, disait A Canning, d6savoue de la mani6re la plus solennelle toute ifie d'occuper Cuba, ou m6me de s,approprier cette ile. Mais elle ne pourrait envisager non plus avec indifference tout effort qui strait fait pour en obtenir possession par quelque autre puissance qui comme elle strait en terms d'amiti6 avee 1'Espagne, alors qu'ellem6me se defend de tout d6sir de poss6der.
Des expeditions, continue Lawrence, centre I'lle de Cuba en 1851 ayant W organis6es aux Rtats-Unis, quoique contrairement aux lois du pays, I'Angleterre et la France y virent un pr6texte pour intervenor et elles all6rent jusqu'h envoyer aux commandants do leurs stations navales, l'ordre d'emp6cher par la force, si cola devenait n6cessaire, le d6barquement des adventurers de routes nations qui se rendraient h Cuba avee des intentions hostiles. Les deux puissances current de lour devoir do faire part de ces instructions au government des Rtats-Unis )) (1).
(1) Commentaire sur le Droit international, tome deuxi6me, p. 317.


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Ainsi qu'on peut le constater le government des Rtats-Unis ne manque pas, quand Foccasion lui est favorable, de proclamer cette th6orie qui est revenue aujourd'hui de style dans ses relations ex0rieures: (( I'Am6rique aux Am6ricains)).
Depuis quelque temps, I'lle de Cuba qui a routes nos sympathies lutte pour son independence. Aussi exprimons-nous le vceu tr6s sine6re de voir ce beau pays prendre d6finitivement sa place h c6t6 des nations scours d'Am6rique. Jo le demanded, une conflddration antiMenne no serait-elle pas de toute n6cessit6 pour la conservation do ces petits Rtats? La question a touto son importance. R6fl6chissons-y...
Puisqu'il est donn6. h notre pays de conclude des conventions avee des puissances 6trang6res, il no doit pas ignorer la march la plus habile h suivre pour ne pas 6tre frustr6 dans ses droits. On le sait, le droit des gens date de 1'6re moderne qui s'ouvrait avee le xvilsi6ele. Autrefois, les peoples n'avaient pas commeaujourd'hui des droits et des devoirs communes; leurs obligations n'6taient pas les m mes. Les Romains, people juridique par excel lenee, n'avaient aucune id6o des relations internationals qui sont, somme toute, une attribution exclusive de la nation (1). Maintenant, il

(1) Les Romains o.nt solvent confondu le droit des gens avec le droit de la nature. Voir Vattel, page 69.

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n'en est pas do m6me. Les relations sont plus suivies. L'id6e du droit est plus en honneur, bien que les bommes ne silent pas devenus meilleurs. Seulement, en eas de eonflits entre les Rtats, ax-ant d'arriver a traneher par le for et par le feu, on met en movement toute la machine diplomatic que et, selon que les negotiations ont k6 men6es plus on moins habilement, on 6vite bion des m6comptes.
11 faut Favouer -a notre grande confusion, Haiti a 646 bien solvent Fartisan de ses propres onnuis. Nous no inettons pas dans nos relations avec les puissances tout le tact voulu. Ou nous sommes trop enflamm6s, on nous sommes trop timides. L'oxc6s nuit dans ees doux cas. Lors m6me quo nous avons raison; nous ne devonspas manquer de forme touted 6tant tr6s fermes. 11 faut le direon confielop us solvent la charge de Seer6taire d'Rtatdes relations ext6rieures"i des homes inaptesitcompren(l re la politique ext6rlou re d'un Etat. Ces hommesde carton comproinettent par lour ineurie les int6r6ts les plus chers du pays. Ils sont tour CL tour obs6quieux, grossiers, impudents et ne se soucient gu6re de mettre en eu, en ni .me temps, les drolts, la tranquillity, la dignity et Yhonneur de la nation. Qui le croirait? Haiti a on des Seer6taires d'Etat des relations eWrieures qui, do coniplicit6 avec Y(Aranger, ont, W l'instrOment le plus direct de

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nos humiliations et cola en vue de satisfaire leurs haines et leurs mesquines rancunes. Cola estvraiment d plorable. 11 faut faire un in eilleur ehoix des homes auxquels nous eonfions Favenir de notre pays. Nous demons tonir compete des connaissances et de la morality. do ceux que nous bombardons cbefs de la diplomatic haYtierine.
(( La politique ext6rieure d'un Etat pr6sente des rapports si varies, si multiplies, si sujets a changer, et a la fois environn6s de tant d'6eueils et do difficult, qu'on coneevra als6ment combien doivent 6tre diffleiles et d6licates les fonetions do celui qui est appeI6 h la direction d'une administration de cotto importance; olles le sont d'autant plus qu'il ne saurait 6tre soumis, pour la conduit g6nerale do son minist6re, haueune responsabilit6 l6gale; il n'a d'autre tribunal que son propre sentiment... On est tollement habitu6 a juger, d'apr6s le caract6re, les principles et les qualit6s personnelles du ministry des relations ext6rioures, le syst6me do sa politique, quo sa nomination ou son renvoi sont toujours eonsid6r6s eomme des 6v6neinents politiques. Aussi voit-on solvent les eours m6mes s'empresser do reassure les cabinets rangers sur les principles et les dispositions de eelui qui est appeal a remplir ces hautes fonetions. ))
Pour que le ininist6re des relations ext6-

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rieures r6ponde parfaitement au but de son institution, les objets qui doivent fixer Fattention constante do celui qui est appeI6 h le diriger, sont
10 La eonnaissance parfaice de la situation geographique de routes les parties de I'Etat;
20 La connaissanee des int6r6ts, des rapports commercial et des resources physiques et morales do la patrie;
30 La reconnaissance exact des droits et des pi,6tentions du souverain, fond6s sur les traits ot les conventions.
40 L'6tude des prineipes ot des vues politiques du souverain;
50 La cormaissance parfaite des inoyens physiques et moraux des puissanees etran-6res avee lesquelles le government est en rapport direct;
60 L'art de diriger les d6marebes ot les n6gociations des agents diplomatiques onvoyes au dehors, vers le but principal du syst6me adopt par I'Etat;
70 L'attention continuelle de se faire informer temps, par les agents diplomatiques on mission, des d6marehes, des men6es et des tentative seer6tes des autres puissances, afin de pouvoir agir ou faire agir en consequence, dejouer ou seconder leurs efforts (1) ).


(1) Le Dr Winter. LIauche d'un syst6me de diplomatic. Voir le Guide diplomatique de Alartens, p.29.

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Je le r6p6te, il est absolument ridicule de confier cette function de la plus haute importance e h des gens qui ont pour tout baggage politique : 1'6goYsme et l'ignorance. Un government qui veut faire grand, qui veut se. signaler par une politique sage, habile, est dans l'obligation de s'entourer d'hommes vraiment instructs, vraiment convaincus. Dans notre malheureux pays, on est encore cet absurd prG',*ug6. qu'iI ne faut que des vieux pour diriger les affairs publiques. J'ai peme 'a comprendre cette persistence que Yon met h 6loigner du pouvoir ceux qui sonthm6me de faire une politique iDtelligente, seientifique, en un mot, une politique d'ex&ienee qu'on acquiert par 1'6tude et I'application. Je le demanded, pr6tendons-nous avoir plus de saret6 de vue, plus deprudence, que tous ces vieux pays qui se sont confi6s h des bommes jeunes, r6put6s pour leur patriotism et leur valour ?
Les examples sont multiples. On pout citer h 1'envi les jeunes hornmes qui se sont illustr6s dans I'administration des affairs de leur pays.
William Pitt, Palmerston, Robert Peel, Fox, Robert Wa'lpole, nesont-ce pas des noms dignes de la vieille Angleterre ?
Et ces grand giants de la R6volution 6tai'entils des vieillards a' grande experience de la vie ? Lebas, Robespierre, Ver-niaud, Camille Desmou-

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lins, Ducos, Babaroux, Isnard, Saint7JUSt, Barr6re, Brissot et tant d'autres encore qui se sont sacrifi6s A lour patrie n'6taient pas, que Je saefie, des Xestw% 11 faut done en fmir avee ce prejug6 qui a fait son temps. Appelons de jeunes homnies probes, instructs aux affairs du pays. Geux-la sont les souls capable de devenir de grand administrators, de -rands ministries. Ils sont les seuls capable de travailler, d'appliquer les grades chooses qui font la prosp6rit6 -d'une nation.
(( La force des Etats, dit Fr6d6ric 11, consisted dans les grand homes que la nature y fait altre h propose.
(( Gouverner n'est pas difficile ; on prend do bons ministries et on les lasso faire. ))
Voici l'id6al de Balzac : ((Un grand ministry est une grande pens6o 6erite sur routes les ann6es du si6ele dont la splendour et les prosp6rit6s ont k6 pr6par6es par lui...
((Toujours voir au-delh du moment et devancev la destine; 6tre au-dessus du pouvoir et n'y rester que par le, sentiment de Futilit6 dont on est sans s'abuser sur ses forces ; d6pouiller ses passions ot m6me touto ambition vulgare pour domeui er maitre de ses facult6s, pour pr6voir, vouloir et agir sans cesse; se faire juste et absolu inaintenir Fordre en grand, imposer silence 'a son

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