Citation
"Les coins d’histoire de Me. Victor Cauvin ont ete publies dans Le Nouvelliste au cours de l’annee 1943."

Material Information

Title:
"Les coins d’histoire de Me. Victor Cauvin ont ete publies dans Le Nouvelliste au cours de l’annee 1943."
Alternate Title:
"Les coins d’histoire de Me. Victor Cauvin ont été publiés dans Le Nouvelliste au cours de l’année 1943.", reprint
Publisher:
Bibliotheque Nationale d’Haiti, 1999.
Bibliothèque Nationale d’Haïti, 1999.
Language:
French

Notes

General Note:
4-tr-Cau.-1943-V
General Note:
Widener, Hollis 009348504

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Source Institution:
Harvard University Libraries
Holding Location:
Harvard University Libraries
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WIDENER LIBRARY
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VICTOR CAUVIN




COINS
D'HISTOIRE

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VICTOR CAUVIN








COINS D'HISTOIRE

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Tous droits reserves
Dep6t 1egal: 97-09-283
B3ibliothhque Nationale d' laiti
Premier Trimestre 1 999
Imprime en I laiti

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Coins d'histoire


NOTE DU NOUVELLISTE

Du 7/8 /1943, no. 21476.


Me Victor Cauvin, avant pris ses vacances depuis la fermeture des Tribunaux, a momentanement suspend ses "COINS D'HISTOIRE" que nous publions chaque vendredi.
Tout comme nos lecteurs, nous deplorons cette "halte" de notre prestigieux collaborateur qui s'est engage A reprendre des octobre prochain sa rubrique A laquelle le grand public a fait le plus bienveillant accueil.
Nous remercions d'une fagon particuliere nos sympathiques confreres de [a Presse qui, pour marquer 'I interit qu'ils attachment aux "uCoirns d'Histoire" dans notre journal, en ont reclame instamment la publication en brochure.
C'est 6videinmment un hommage rendu A notre collaborateur Me. Victor Cauvin personnellement, mais don't Le Nouvelliste prend une large et legitime part.












* Les coins d'histoire de Me. Victor Cauvin ont ete public dans Le Nouvelliste au course de I'annbe 1943.

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Coins d'histoire 5

Extrait du "NOUVELLISTE" du 10 fevrier 1971, d'un article de Gerard Jolibois a l'occasion de la mort de Me. Victor Cauvin



UN NATIONALIST

Ie debarquement a Port-au-Prince des soldats des Marine Corps des E.L. le 28 Juillet 1915 amena F.L.Cauvin et son fils Victor aux premiers rangs des nationalists haitiens qui se dresserent en vue de defendre la perennitd de notre patrie. Plus que jamais, le pbre et le fils se souvinrent du rule glorieux de leur anctre, JeanBaptiste Covin dans notre guerre de liberation, celui-ci traversa les lignes pour aller renseigner Jean-Jacques Dessalinnes sur la situation de Port-au-Prince assi6ge en Septembre Octobre 1803, servir d'interm6diaire avec les chefs de la garnison frangaise encerclee (ce, en compagnie notamment d'Inginac et de Zamrni Lafontant) et etre I'un des principaux guides qui, en ce jour memorable du 11 Octobre 1803, conduisirent la march triomphale du Pere Charismatique de notre Nation, par le pont du Petit Paradis, le chemin de Lalue, le Poste Marchand et la Porte Montalais.
Les deux iurent parmi les fondateurs, en 1916 et en 1920, de la Premiere et de la Seconde "UNION PATRIOTIQUE", association National constitute pour stimuler la flamme de nos populations, galvaniser les energies et former un faisceau puissant contre l'occupation americaine.

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Coins d'histoire


En guise d'avant propos, nous publions la note suivante tire du Nouvelliste du 21/1/45.


AVANT APROPOS



MON KODAK



Voyez-vous cet home deja ~ige portant encore beau et qui d'un pas rapide, nerveux et tres alerte prend chaque martin, au coup de dix heures, la route qui conduit au Palais de justice ?
Vous nie le reconnaissez pas ? C est un avocat qui depuis quarante ans ne fut que cela. Mais suivez-le. 11 port en vrac sur le bras droit sa toge cependant que la main continuellement secoue par sa nervosit6 porte sa serviette otu s'entassentt dans un desordre quii n'est qu'apparent, les dossiers qui vont thfaire l'objet de son plaidoyer de ce martin.
iEn coup de vent, it penetre au Palais, rapidement se vet de sa toge, gagne la barre et impatiemment attend son tour de parole pour defendre avec acharnemnent et passion la veuve et I'orphelin et au besoin, la liberte bafouee.
11 trouva en son berceau en guise de fortune, un nom illustre dans la judicature, le barreau et le Parlement. Et I'amour de la chose publique au fnom du liberalisme, mnais d' un liberalism inconsequent qui s'arrite Ai Montesquieu et ne s'apparente pas ai la philosophic politique moderne.
Volterien ne, je le soupyonne, vu Ia tacilite avec laquelle sa plume manic I'ironie, d'tire un lecteur fervent de France.
11 tent de son oncle qui s'illustra aux Gonaives lors du vote de la Constitution de 1889( et de son pre, incana tion vi\ ante au 13arreau de Port-tiPrince et au PalKmet laie des lu be e ui

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Coins d'histoire 7

l'Orateur, I'amour des joutes oratoires et celui de l'humanisme en dehors duquel, prdche-t-il chaque jour avec raison, il n'y a pas de vraie culture.
L'etude de l'antiquite latine forme le civisme. L'elegance de la forme ne se puise que chez les H ellenes.
1I appartient a la Phalange de ceux qui se dresserent contre FOccupation. II resta fiddle A son Credo Politique et vingt ans durant, nuit et jour, it sonna la charge.
La reconnaissance populaire A bon droit s'en souvint et l'envoya en 1930 singer a la Chambre Basse.
11 n'y retourna pas apres les Elections de 1932. Trop instruit pour ne pas comprendre que le nationalism integral n'est qu'un etat d'anime, une doctrine d'opposition negative, il ne joua pas le rile auquel le destinaient et sa grande culture et sa grande autorite morale. 11 ne fut pas un Leader de la Chambre de 1930 pour n'avoir pas su vider de son outrance le nationalism victorieux aux elections de 1930
Voila le theme des conversations du cher Maitre entire deux plaidoyers dans les Pasperdus du Palais. Mais, voici midi. Midi, Roi des Etes." recite-il. Un bref coup de clochette. L'audience est levee.
De son pas tranquille, lentement cette fois, il regagne son cabinet d'avocat. 11 se remet a la tdche, ecrit des coins d'histoire et office en example a la Jeunesse qui le lit les traits de courage et de vertu des Heros de L'lndependance.


Jhean MAX II

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LE TEMPS PASSE


Dans un article intitule:de poste a poste et paru tout dernierement dans Haiti -Journal j'ai lu ce passage :
SEt puis, en ce temps-la heureusement aboli d'ailleurs et pour jamais, la liberty n'ctait qu'un mythe et un mot que l'on osait a peine prononcer, l'esprit pour Stre la dignity que I'on sait, se voyait oblige de se liver a de quotidiennes acrobatics et ce n'etait pas assez d'un hdroisme de toutes les heures pour la sauvegarde contre tous les assauts d'une soldatesque ignorantt, vaine et brutale". Et stur ce ton, le contempteur continue son persiflage. S'il connaissait I'epoqure haitienne ou si, la connaissant, if ne voulait pas ignorerr, il en aurait certainement proclame I'excellence sur les temps actuels. Nous avons de justes raisons d'etre fiers d'un passe qui malgre ses faiblesses, content encore plus de belles pages que n'a voulu le reconnaitre I'ecrivain d' laiti-Journal C'est sans benefice d'inventaire que chaque haftien doit accepter notre glorieux passe, ce legs de tous nos devanciers.
On a tort d'induire le public en erreur, de chercher a fausser le jugement de la jeunesse en denaturant notre histoire, en travestissant les faits. Une pareille tendance aoflaiblit les forces de l'ime haftienne quand elle ne les ruine pas completemnent. Et ce nest pas le pays qui en profite. Je ne pretends pas que tout etait rose dans les periods que l'on se propose de discrediter 1I n'y a pas de regime politiqlue qui, pour salutaire et progressiste qu'il ait 6te, se soit developpe selon les regles strictes de la morale pure MNais le temps passe avail

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sa grandeur et sa beauty et c'est cela qui s'en va qui se perd. Chacun, a l'enrvi, veut le condamner ou denier tout merit ou toute vertu a tel ou tel personnage. Aux strangers les moins prevenus, on fbourni, par cette tendance, des pretextes de calomnnie contre nous. Les preuves abondent qui plaident en faveur de la liberty don't on jouissait a certain moments, de la fayon don't alors on respectait les droits mdme des adversaires et des humbles. Je cite au hasard de la memoir des fits entire mille. Ecoutez : en 1841(plus de cent ans deja) des deputes du Sud regagnent leurs circonscriptions. Ils sont tous de l'opposition. Tout au long du voyage, its sont accueillis par des ovations. Au course des diners qui leur sont offers, les discours roulent sur la politique. De Mirag6ane aux Cayes, l'accueil est le meme autant en faveur du depute de Mirag6ane, que de ceux d'Aquin et des Cayes.

Per solne na ete inquidte. L'annee suivante, les electeurs renvoyerent ces momes deputes sieger a la chambre. Bien plus, dans d'autres circonscriptions, Port-au-Prince en tete avec ses trois deputies, 'opposition fuit victorieuse malgre les efforts du gouvernement pour Ifaire triompher ses candidates. Dites si cela ressemnble a l'emprisonnement de Jolibois, a la veille des elections du 10 janvier 1932; dites si cela resemble a l'emprisonnement de Kebreau, candidate a la magistrature communale de l'Arcahaie, qui ne laisse la prison que pour aller mourir et don't le crime etait de marcher avec Jolibois dites si c'est ainsi que l'on a use pendant la period electoraldede 1940 quand des candidates furent molestes par la soldatesque qui n'etait pas ignorante, pas brutale, n'est-ce pas ?
Aux elections de 1876, on a vu la plus haute autorite militaire de Port-au-Prince, pour se defendre de certaines accusations de ses adversaires, dcrire au President de l'Assemblee primaire, en appeler

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Coins d'histoire I

a son temoignage au lieu d'user d'intimidation ou de menace. Plus tard, en 1879, le President de la Republique est alle ostensiblement voter dans un dernier effort pour essayer de sauver son candidate. Ce fit son adversaire qui triompha. Arrtons-nous uine minute pour avoir de l'orgueil. Et comment, apres cela, peut-on se rejouir, au lieu de s'attrister, de voir abolies de pareilles epoques?
En 1894, Monsieur Stenio Vincent, Secretaire du bureau de inspection scolaire de Port-au-Prince, public, dans in journal haf tien qui s'editait a Paris, des articles sur notre situation financi6re. Pour Mr. Frederic Marcelin, alors Secretaire d'Etat des Finances, ces articles avaient 6branle le credit de la Republique a I' Etranger. 11 demand la revocation du jeune et imprudent ephebe, ce qui lui fut accord. Vincent ne fitt pas inqui6t6, on ne pensa pas a l'envoyer pourrir en prison. La justice d'alors n'aurait pas admits cela. Peu de temps apres, une charge de Secretaire-Redacteur du Senat etant devenue vacant, Stenio Vincent la sollicita et il I'obtint. Les Senateurs ne s'inquieterent pas de savoir si le postulant etait ou non en odeur de saintete aupres du Secretaire d'Etat des Finances. Mais depuis ? Apres 1915, le Senat est alley jusqu'a abdiquer en faveur du pouvoir exdcutif son droit de choisir son personnel
Un Secretaire d'Etat, en 1896, imagine de fire saisir toute uine edition du journal "L'IMPARTIAL" avec defense d'en continue la publication. Immediatement, ce fonctionnaire fut assigned en refere Le cas etant urgent. Le juge F. Baron, delegu6 par le doyen du Tribunal civil de Port-au- Prince, entendit l'afThaire et, sans plus tarder, rendit sa decision. 11 declara illegal la saisie des numeros de I'lmpartial, en ordonna la premise immediate, ordonna egalement la reapparition dLI journal don't la publication etait arbitrairement suspendue; I'ordonnance executoire suir minute lilt respected et executee. NMe Pierre Frederique, directed c de Ilmipartial, teniea en

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Coins d'histoire I t

possession des numerous saisis don't la vente connut un grand et rapide success. Sous le regime de 1915, l'imprimerie de Jolibois a Port-au-Prince, celle d'Adhemar Auguste au Cap furent sabotees.
Sous ce mme regime de 1915, on a vu la police traquer des citoyens de province voyageant pour afftaires, leur refuser, sans raison legal, le droit de denmeurer, mnie une journee, a Port-auPrince et les embarquer de force dans un camion de la Garde d'Haiti ou ils n'etaient admis ai descendre qu'a leur arrive chez eux. Tout cela parce que leur presence a la capital deplaisait au President de la Republique. En 1940, un Secretaire d'Etat de I'Interieur, sans loi, de sa propre fantaisie arbitraire, par un avis au moniteur, creait une peine, la pine de bannissement a la Gonave, contre de mnalheureux citoyens qui n'avalent rien fait, contre qui il n'etait releve, ni crime, ni delit, ni contravention don't tout le peche etait d'etre inconnus des autoritds de la Capitale Quand a-t-on jamnais vu pareille chose avant 191 i5?
L'article 193, 2eme alinea de la Constitution de 1889, s'exprime ainsi : "UElle (la constitution) est confine au patriotism, au courage des Grands Corps de l'Etat et de tous les citoyens".
Sous le Gouvernement du President T.A.S. Sam, a l'ecole National de Droit, le professeur de Droit Constitutionnel, pour expliquer cette disposition, dit en resume, ceci aux etudiants : "Messieurs, il n'y a pas d'autres explications a vous donner de cet article que de vous rappeler, a vous qui 6tes des citoyens, que lorsque la constitution est violee l'insurrection devient le plus saint des devoirs" 1'echo de cette eloquent legon de civisme et de patriotism parvint au Gouvernement et Tancrede Auguste, Secretaire d'Etat de I'linterieur, n'a rien dit, n'a rien faith. la liberty n'etait done pas toujours un mythe, un mot. Point n'etait besoin a l'esprit ide se livrer toujours a des acrobatics poutr sa sauvegarde.

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Coins d'histoire


Sous le President Nord Alexis, Me Michel Oreste, avocat, revenant d'un voyage d'Europe, s'est vu interdire le droit de descendre du bateau. On lui reprochait, parait-il, d'avoir come avocat, donne une consultation sur une affaire litigieuse entire son client, un stranger, et le gouvernement haitien Sit6t informed de cet incident, Me T. Laleau, avocat, Secretaire d'Etat de la justice, alla trouver le Pr6sident de la Republique, lui expliqua que c'etait bien le droit de son confrere de donner une consultation sur une question de droit a un client qui la lui reclame qu' il etait impossible de l'empacher de rentrer chez lui pour la raison invoque et que cela etait contraire aux lois et aux droits de l'avocat.
A la suite de cette intervention, je ne dis pas courageuse tant pareils gestes etaient courants et naturels a l'6poque, Me. Michel Oreste rentra tranquillement chez lui et ne fuit point inqui6te de ce chef
Je mi'arrete a ces faits. Je n' auirais pas tini d en citer, tant ils abondent. Est-ce que c'est tout cela qu il y aurait lieu de se rejouir de voir abolir? L'auteur de Particle "De pocte a poete" n'aurait rien a gagner. Les fils refuseront-ils de ressembler aux pores?
En tout cas, mon choix est fait.
Voila rmes gens, voilai come il faut en user Voila l'exemple enfin qu'il se faut proposer

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"JE N'AIME PAS LA CUISINE ANGLAISE!"

Au cours de I'insurrection qui eclata dans le Departemnent du Nord en 186 5 centre le president Geflrard, les insurges, maitres de la ville du Cap-H1aitien, enleverent du Consulat de Sa Majest Britannique quelques individus qui s'y etaient refugees Ce n'etait qu'une faible mesure e represailles contre la marine anglaise qui, au course du conlit, ne s'etait pas ginee pour prendre parties dans la lutte en aidant le Gouvernement haitien.
('Cet incident regrettable, depourvu de gravite, aurait pu taciliement 8tre regle entree les deux pays sans froissemrnent, equitablement. II fICt exploit contre ses auteurs. 11 donna en outre ia I'Angleterre, alors inmitresse du monde, I'occasion de tenter d'hunilier notre faible petit pays en nous infligeant un traitement aussi injuste que violent. Pour venger ce fait, en some banale, un navire de guerre anglais le "BULL DOG" coula le bateau des insurges et bombarda la ville du Cap, causant la mort d'innocentes victims. Des enfants, des femmes, des vicillards sans defense, qui n'avaient rien fait aux marins du "BULLDOG" perirent ce jour li. 11 n'y a pas, dans notre histoire, un autre exemnple de plus brutal abus de la f L'armee qui deliendait le Cap-tllaitien avait su repondre ia I'agression britannique Les fortifications dIe la ville riposterent. iUn obus atteignit la machine du "BUL LI)OG" qui, devenu inutilisable, fu t detruit sur Iorde de son capitaine. Pour venger cet echec,


Coins d'histoire 13

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d'autres bateaux de la marine de guerre britannique, parmni lesquels le "GALATIHEA", arrives de la Jamaique, bombarderent le C('ap quelques ours plus tard fisant de nouvelles victims, ce qui augmenta l'indignation de tout le people haltien.
Une grande deception s'ajouta A cette indignation quand le rp
apprit que notre Gouvernement n'avait pas essay d'empicher ces actes barbares et qu'il en avail mme profit pour attaquer les insurg6s par terrecooperant ainsi a l'agression de la force etrangere contre des haitiens.
Des que ce second bombardment frit decide, les chefs d'armee requrent chacun, selon le r81e qu'il devait jouer, les instructions pour uine attaque simultande. Potion Faubert commnandait les tirailleur s. [1 avait faiit son education militaire dans un milieu ou les mots I lHonneur et Dignite avaient utine signification reelle et representaient quelque chose de sacre et d'absolu.

Pour lui, le citoyen qui avait emnbrasse la carrier des armes faisait volontairement le sacrifice de sa vie a la Patrie; il assumait la charge et le devoir, avant et plus que tout autre, de veiller a son salut et de la defendre en tous temps, en tous lieux, sans jamnais considered quel est I'adversaire. Tout coup qui frappe la Patrie frappe d'abord le soldat dans son honneur militaire.
On congoit conbien I'humiliation a dc Stre rude pour ce soldat aux principles sev6res, d'assister impuissant At la destruction d'une des principals villes de la Republique par tne marine etrangere, la marine anglaise. Aux douleurs qui assaillaient son time, lui dorint I'anctre avail dans le Departemnent du Sud, i cote de Rigaud, combattu Ies Anglais, est venu se joindre le sourventir de nos malheurs passes quand, appeles par les colons frangais pour les aider a retablir I'esclavage, d' aultres anlais, les devanciers du B LI)LDOG'A et du

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Coins d' histoire 15

"GALATHEA" debarquerent sur la terre de Saint-D)omingue et oserent entreprendre la conquete du territoire pour executer leur project barbare et inhumain I1 a fallu tout I'heroisme de nos peres pour chasser la coalition des colons insaliables autant qu'impitoyables. Et Petion Faubert, le coeur ulcere, l'esprit tout rempli des souvenirs d'un passe qui excite vainement son patriotism et ravive heureusement sa haine des anciens maitres cruels, se prend a maudire ceux qui, charges de la plus noble des teaches, cell de defendre l'honneur national, la vie des concitoyens et de maintenir l'Independance du pays, trahissent la conliance qu'ils out su inspire ou manquent a la foi juree.
Ainsi travaille par les sentiments les plus nobles et les plus dignes, ce militaire est trouble a l'idee qu'il.doit ou contribuer a l'humiliation de sa patrie, ou desobeir a l'ordre d'un chef qui, a la verite, aurait di cesser de l'dtre puisqu'il a oublie son devoir et son segment. MNlais pour on si grand coeur et un si ier soldat, pour Petion Faubert, le trouble sera de course duree "Le vieux sang des aieux qui s'indigne et qui bout" dans ses veines lui command une prompted decision. Elle est prise. Le General sait qu en tout etat de cause, il doit d'abord obeir a la Patrie Il n'a pas le droit de se joindre aux Anglais.
I1 trahit la Patrie celui qui manque a ses devoirs envers elle et ses subordonnes ne lui doivent plus obeissance. Aussi, tandis que d'autres officers lancent inconsiderement leurs troupes a l'assaut de la ville, Petion Faubert refuse de faire participer les siennes a une bataille ou les attend un success assure, mais sans gloire et sans honneur. II refuse de forfaire.
Apres le combat, quand le President deja install dans la ville recevait les compliments des thuriferaires don't le destin est, par leur flatterie, de perdre les gouvernements plutat que de les sauver,

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Coins d'histoire

Petion Faubert ai ce moment gagnait son cantonnement lentement, tristement. Et quand il eut tout regle, tranquillement, il alla au President.
Le chef de l'etat etait fort contrarie de l'abstention des tirailleurs. Son mecontentement etait visible quand Petion Faubert, leur chef se present devant lui : Gendral, vous arrivez apres que la table ait 6te desservie" lui dit le president qui croyait ainsi confondre le militaire qui ne s'etait pas battu.
Mais notre General, car de tous c'est lui qui adroit a ce titre non seulement par ses connaissances, mais surtout par son sentiment patriotique et sa conception de l'honneur militaire, notre General ne fut pas desarme; il ne se laissa pas prendre au depourvu. 11 fit cette reponse cinglante qui etait sa vengeance et sa victoire : pour une bonne raison, Monsieur le President, je n'aime pas la cuisine anglaise >.
Le chef de etat n'insista pas. 11 venait de perdre la plus important bataille, la bataille de la dignite national et du patriotism. Pour une legon, celle-ci en 6tait une. La posterite en a fait son profit. A l'exemple de Petion Faubert, les haitiens continent a ne pas aimer la cuisine etrangere.

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DEFENSE DES ELEVES ET DE LEUR DROIT


Sous le President Salnave, les eleves de province, pensionnaires au lycee Petion furent surprise it Portg-au-Prince par la guerre des cacos. Us durent bon gre, mal gre, rester dans l'etablissemnent La charge devenait lourde et delicate pour le directeur.
Quelques-uns de ces eleves, a la longue, furent soupponnes de professor des sentiments hostiles au gouvernement parce que leurs parents, en provinces revoltees, etaient parmi les insurges. Lautorite militaire tenta d'incorporer ceux d'entre eux qui paraissaient capable de porter les armes. Le directeur du lyvcee, Monsieur J.Frangois Cauvin, dut intervenir sans cesse pour les defendre. Sans crainte de perdre sa charge (aujourd'hui on dirait platement son cheque ou son job), il reclama toujours en faveur de ses 6eleves devenus ses proteges Le secrelaire d'Etat de l'Instruction Publique approuva pleinement ses demarches et partageait ses raisons. 11 condamna vehementement, lui aussi, les entreprises denoncees, contraires a education de la jeunesse, a l'avenir national et contraires egalement aux vrais interits du gouvernement. 11 fallait neanmoins tire, tout le temps, en eveil ponur dejouer les persecutions et les griefs., inventes contre ces jeunes gens.
Le secretaire d'etat de I' nstructiom Publique et le directeur du lycee etaient d'accord pour reconnaitre que I'autorite mnittaiet

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Coins d 'histoire

doit s'arrater a la porte des ecoles. Ce qui s'y passe, en tant que fait scolaire, ne releve que d'une seule categories de fonctionnaires, seuls qualifies pour le comprendre, I'apprecier et apporter la solution just. Les discussions entire eleves, les opinions emises, les querelles, leur travail et tout ce qui concern, en general, la vie des ecoliers ne regarded que les maitres ou les parents. I n'est pas, non plus, permis de contrarier ou d'entraver les etudes scolaires pour une raison ou pour une autre C'est une science, special, qui enseigne comme on doit instruire et eduquer les enfants.

Elle exclut dans sa pratique, toute violence, toute secheresse et durete de coeur L'enfant est enclin a la bonte et a la sincerity. 11 ne comment, ne peut cornmettre, dans l'intention, ni crime, ni delit, ni contravention I1 est faible et demand naturellement a 6tre defend et protege. Le devoir de chacun est d'y penser et de s'en preoccuper routes les tfois que sa conduite ou ses rapports avec les eleves et m eme avec les parents sont determines par un fait scolaire ou par les interats de l'enfant. Ce petit Stre est impressionne de fagon different selon la forme employee dans les relations.
Ce serait mal que de vouloir appliquer, par example, en matiere scolaire, commine moyen de correction ou de contr6le, les lois penales edict6es pour la repression des pervertis, des criminals. Enriler des collegiens dans l'armee avant la fin de leurs etudes n'etait point un moyen d'etendre leurs connaissances.
Quoique I'on fut en pleine period de guerre civil, notre Secretaire d'Etat de l'Instruction Publique ne crut pas devoir laisser a I'autorite militaire I'appreciation de la conduite des elves ou la decision des sanctions a y apporter.
[,'enfant est constitute d'une patte molle qui demand, pour ttre fayonne, une connaissance special des conditions de sol

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developpement. 11 sera demain ce que ses maitres en auront fait. 11 taut aller avec lui doucement, patiemment. Le maitre doit I'attirer au lieu de le repousser. C'est cela qui est enseigne et partout recommande 11 serait bien miserable celui qui, dans un cas quelconque, recourritait a la force pour essayer de regler par des rnoyens tortionnaires ou par des violence morales, une question pedagogique ou scolaire quelconque qui intdresserait l'ecolier directement ou indirectement.
Dans les circonstances rappelees, le Secretaire d'Etat avait compris son devoir et son r61e, il avait compris que l'enr1ement de ces jeunes gens aurait cree au gouvernement qu'il servait plus d'ennemis qu'il n'en aurait pu d6nombrer.
Par principle et par raison de sagesse politiqtte il comprit sainement son devoir et le remplit loyalement. C'est pourquoi it fit droit aux demrnarches du directeur du Lycee en assurant la quietude des potaches.
Pour demontrer combien le resultat est funeste et deplorable a la jeunesse quand on s'ecarte des regles inflexibles de ]'education, il suffit de rappeler le malheur qui a suivi le geste d'un instituteur qui n'a pas su manager le temperament si fragile des 61eves.
En 1910, un emnrploy du Departement de l'lnstruction Publique communique au jeune Cesar C, qui allait se presenter aux examens du Baccalaureat, le sujet de la composition fran4aise Ce postulant etait un brilliant eleve et n'avait pas besoin de cet appoint 11 en parla en riant, ai ses condisciples. Au jour des examens, I'on constata que les renseignements etaient exacts. Cela fit du bruit dans le monde universitaire, seul intdresse d'ailleurs. Le D)epartement de Instruction Publique nomma une commission de trois memrbres, trois instituteurs comme bien l'on pense, pour rechercher I'auteur de l'indiscretion. A peine avait it reu la depeche ministerielle que l'un

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(Coins d'histoire 20

des commissaires se rendit chez 1'eleve C. qui ne pensait deja. plus au sujet de la composition. l,'enqueteur s'introduisit precipitamment chez ce jeune home et I'interpella a brile-pourpoint : "Vous rtes bien Cesar C .? "Oui repondit it tout interloque et ne sachant pas ce qu'on lui voulait. Ce visiteur ne s'aperqut malheureusement pas du trouble de son interlocuteur. 11 continue a poser des questions entrecoupees de cette exclamation : "C'est grave C'est grave!"
Le collegien avait fini par perdre tout contr61e de soi et presque la raison; il crut, qu'apres cela, it ne lui etait plus permis de soutenir la vue des siens et court avaler du poison.
On ne sait jamais ce qui peut advenir quand on se prend mal, mmrne sans le vouloir, comme c'est le cas de cet honorable enquiteur, pour reprimer un abus ou lorsqu'on choisit sans discernement les agents ou les moyens. La peine ne doit jamais depasser le faith a reprimer et ntie doit surtout pas rapper l'innocent. II taut aussi savoir distinguer les degres dans la culpabilitle Pour tout cela, les ro1es doivent 6tre definis et separes A chacun son metier et les boeufs seront bien gardes. I,'exemple que je viens de rappeler est une legon.

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Co ins d'histoire 21


LE SECRETAIRE D'ETAT RESPONSABI F


C'etait en 1891, le 22 mai au matin tandis que le President de la Republique, le General Florvil H yppolite, assistant aux ceremonies religieuses de la Fhte-Dieu, des coups de feu eclatent a Port-au-Prince.
La prison etait envahie par des citoyens armes qui liberbrent les prisonniers politiques surtout. C 'etait le signal de l'insurrection Mais il Testa isole Les autres postes ne tfurent pas attaques quoi qu'ait pu pretendre plus tard un ordre du jour du gouvernement.
Ceux qui avaient commence le movement s'etant rendu compete qu'il avait 6choue se separerent et coururent se mettre a covert pour echapper aux inevitable repr6sailles des autorites. Le chef de l'Etat, qui pensait deja se refugier dans une legation, se ressaisit alors. Ayant repris confiance, il decide de chatier les coupables. It le fit et comment.
Pendant deux ou trois jours, Port-au-Prince resta atterre des fusillades renouvelees et inutiles auxquelles se complaisait le president Hyppolite Fusillez-lui disait-il, a ce que 'on a raconte, chaque fois qu'un malheureux etait arrhte, a tort on a raison, plutt ti tort. On devenait coupable des qu'on etait signal come suspect.
Partout, on se demandait tvec angoisse quand cela finira-t-il ? 11 ne s a~hatt plus de repression puisque le mouvemnent n'avait guere dure et I'on a compete qtu'un mor du cote du gotuvernement.

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11 s'agissait encore inoins de chitiment car les responsables jusque-l n'etaient pas decouverts. C'est en vain que Fordre du jour avait indique certain citoyens come organisateurs ou chefs de fI'action. [I,'un d'eux etait en prison et n'en etait sorti qu'a la faveur du coup de main sur ce post.
Le jour mme de l'attaque on pouvait, a la rigueur, croire aux motifs de justifications alleges; les autorites pouvaient pretendre qu'il s'agissait de retablir l'ordre. Mais le lendemain ? Les jours suivants ? Une fois la paix retablie, les coupables avaient droit a la justice des tribunaux de droit commtn qui souls, desormais, avaient jurisdiction sur eux La loi gardait toute sa force. Ainsi pensait-on partout, mirne dans les spheres officielles. Le Secretaire d'Etat de l'Interieur, Monsieur Nemours Pierre-Louis, luttait dejit pour mettre fin A l'etat d'inquietude qui regnait parmni la population de la capital.


11 partageait le sentiment general et attendait Ioccasion propice pour le manilfester lorsqu'en entrant au Palais National, un ou deux jours apres I'attaque, il trouva que le Prcsident se preparait a sortir. Son cheval l'attendait. Un bataillon de soldats etait deji la, sous les armes, pret a accompagner le chef de l'Ltat. Le Secretlaire d'Etat comprit mais ne laissa rien paraitre. Monsieur Nemours Pierre-Louis etait un homme et, a ce titre, ne craignait pas de parler ai un homme Tres came, it interrogea le President commune c'etait son devoir.
O0 allez-vous, President demanda-t-il'?
Je vais fire une tournee au Morne- -Tuf on j'ai appris ql'il y a un certain rassemblement de gens suspects.
Dans ce cas, rdpairtit le Secretaire d'Etat, cec nest pas a vous a sortir, c'est a mioi, responsible de l'ordre public et de la sect iteC qu'il revient de vriCm,,- _. maintion. C('est moi qui doiis aller contr16ler, rtais 1101)1 vous

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11 mne faut defendre mon (!) gouvernernent. J'irai faire cette tournee, aflirma-t-il. Le President lyppolite disait, mon gouvernement, mon people, mon armee selon Line conception antidemocratique et erronee du pouvoir.
C'est une erreur! dit le Secretaire d'Etat, c'est moi que cela regarded. C'est ma function essentielle de defendre et vous et le gouvernemnent de la Republique tout enter. Je suis Secretaire d'Etat de l'Interieur pour cela vous ne sortirez pas.
Lt dessus, une discussion s'engagea violent entire le President qui persistait a vouloir sortir et le Ministre qui s'y opposait.
Celui-ci tint bon, revendiqua avec courage et dignity le droit d'exercer les prerogatives de sa function sans partage, sans aucun emnpietement.
I 'exasperation du President augmentait autant que la resistance du Secretaire d'Etat demeurait inflexible. Monsieur Pierre-Louis n' etait pas de temperament a se laisser emnouvoir par la colere presidentielle. A un certain moment, Hyppolite, tout hors de lui, ecumant de rage devant cet homme qu'il dut respecter, declara en manidre de defi : J'irai quand mdme et, au besoin, je fusillerai ceux que je trouverai en faute.
La menace etait lancee et le Secretaire d'Etat I'attendait pour jouer le tout pour le tout. 11 releva le deft : non President, je vous le repete, vous nie sortirez pas tant que je serai Secretaire d'Etat de I Interieur. En ce moment vous ne fusillez pas des revolutionnaires, vous assassinez du monde.


C('omniment donc! s'ecria le President, de plus en plus furieux Oui, repeta Nemours Pierre-Louis, ce n'est pas fusiller, c'est assassiner du monde mnaintenant. La repression pouvait se justifier, il y a un oui deux jours, mais maintenant plus rien ne la justifie. Je n'accepte pas

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a assumer de telles responsabilites.
C'etait au Pr6sident, cette fois, devant ce courage et cette indbranlable ferrnete, A itre surprise et ai rester coi.
Ceux qui ont assisted a cette scene et qui ne furent pas nombreux, disent combien elle fut tragique et combien le Secretaire d'Etat fut admirable de decision et de calme. 11 jouait son portefeuille, et meme sa vie pour la protection de celle des autres.
Son attitude ranima certaines personnel pr6sentes qui oserent appuyer son point de vue ne voulant pas que, demain, on leur reproche un silence criminal.
Quand le Chef de l'Etat se vit ainsi desapprouve et devant la noble attitude de son collaborateur responsible, il se calma peu a peu, revint de son erreur et, en fin de compete, renonga a son fimeste project. Cette heureuse solution fut autant i a son honneur qu'a celfui du Secretaire d' Etat qui l'avait provoque.
Monsieur Pierre-Liouis savait, a I'avance, a quel exces son attitude pouvait porter le President Hlyppolite. 11 savait qu'il risquait personnellement beaucoup. Qu'importe! La crainte du danger doit disparaitre quand le devoir a comnmande.
Monsieur le Secretaire d'Etat de I'Interieur ne s'arreta pas lI. Pour montrer qu'il entendait resolument assurer la securite de tous, il publia, sous sa seule autorite, un arrite par lequel il ordonnait de cesser toute fusillade et rnmenagait des rigueurs de la Justice repressive tout fonctionnaire qui aurait enfreint cet ordre. La confiance renaissait et I'autorite mninisterielle en fut accrue au benefice du Gouvernemnent. La position de Mr Pierre Louis dans l'opinion s'etait fbrtifiee; il devenait plus indispensable au pouvoir. Loin de lui avoir nui, son attitude I'avait grand. On gagne donc ia toujours Itire son devoir Ce n'est qu'un an plus tard que Mr Pierre Louis demnissionna. 11n hoifmme venait de laisser le pouvoir

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LE DEVOIR AVANT TOUT


Mon enthousiasme de jeunesse debordait chaque fois que je revenais d'une de ces grades s6ances du Senat de l'annee 1903 oui s'etait discutdes quelques importantes questions d'interit general. Des debats toujours eleves, une chaleur de conviction qui se d6gageait des paroles des orateurs et qui galvanisait les auditeurs, un came et une sereine gravity qui regnaient au milieu de I'assemblee dirigde par tiun de ses membres les plus prestigieux et les plus eclaires tel etait, en raccourci, le spectacle qu'offrtiait ce grand corps.
J'ai la nostalgia de ces beaux jours et de ses grands debats qui faisaient croire a l'avenir Dessalinien du pays et qui developpaient, chez les citoyens, l'amour de la liberty sainte. Partout, autour de soi, I'on sentait battle alors des coeurs d'homme. Alors, on vivait; la lutte etait function de l'existence. La destinee de l'homme est d'etre toujours pr~it a se defendre Celui qui, sous une forme ou sous une autre, renonce a la lutte, abdique, par liA, tous ses droits et se soumnet d'avance ai la volonte et, le plus solvent, a I'iniquite d'autrui don't il devient desormais I'esclave. la gloire de nos peres n'est-elle pas d'avoir compris la saintetc et la necessite de la lutte?
Ces grands sentiments animaient encore ces legislateurs de 1903, deputes et s6nateurs, don't la conduit faisait la force et le respect de l'instiii ution laquelle ils appartenaietm ls la rendaient inattaquable


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Une entreprise contre elle est tout de suite jugee temeraire et perd fatalement celui qui la tente. Les eclipses du Parlement lui preparent toujours une brillante resurrection.
II advint done qu'ai la session extraordinaire du debut de 1903, le pouvoir executif soumit quelques projects de loi au vote du Corps Ldgislatif Leur examen a etc laborieux A la Chambre des deputies, certain projects avaient subi d'assez profondes modifications ce qui avait cree une certain tension entire deputes et Secr6taires d'Etat interesses
Au Senate, on alla plus loin. On decide d'ecarter certain projects et de leur en substituer d'autres plus contfornes aux interits du pays et plus adapts aux necessites de l'heure. 11 n'en fallait pas d'avantage pour exasperer des fonctionnaires a court vue de l'entourage du President de la Republique. Incapables de comprendre les raisons des senateurs, ils se sont, helas imagines que c'etait un besoin d' opposition qui animait ies auteurs des contreprojets (Cet etat d'esprit, cree au course des discussions a la Chambre, se fortifia et s'amnplifia devant le Senat.

Mais nos intrdpides Peres Conscrits n'en avaient cure. lls poursuivaient leur besogne sans s'inquieter des clameurs de la meute.
Pour essayer d'avoir raison d'eux, tous les moyens turent mis en oeuvre 11 taut dire it la gloire des Senateurs qu'ils dedaignerent jusqu'a la fin de considered les procedes d'intimidation. Ils defierent tous les chantages. [Is firent leur devoir incontinent. Forts de leur position, les tfauteurs de ces manoeuvres, quoique desapprouves par les Secretaires d'E tat eux-mmes, ntie continuerent pas moins leurs menees tenebreuses A la veille de chaque seance, tine propaganda etait lancee plus precise, plu)s extta vagante que ia precedetce. I,eurs


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auteurs en assuraient l'authenticite et affirmaient que la source etait sure. Et nos senateurs, sceptiques, continuaient a travailler en conscience, suivant leurs opinions, ne tenant point compete des bruits qui circulaient sans jamais se realiser en fait.
Quoiqu'il flit avere que les agents de l'intimidation ou de la pression ne depassaient pas les menaces, il arriva cependant qu'un jour, au fort de la crise, certain, sans tre convaincus, gardaient I'impression que, mnme a l'insu ou ia l'encontre des Secretaires d'Etat quelques cerveaux briles, proteges, etaient decides a tout braver et ai tenter un coup contre le senate ou contre les senateurs.
C'est ici que se place un des gestes les plus admirables et les plus emouvants d'un membre de cette assemble qui comptait tant de membres coutumiers du courage et de la dignite. Le senateur Arthur Bourjolly etait malade et retenu au lit par un fort access de fievre. I1 apprend ce qui se dit et que, pour beaucoup de personnel, il ne serait p)as impossible qlu'on essayfi queique mauvais coup. Que fire Lui, le senateur, if ne croit guere a tant d'audace de la part des meneurs. Mais si cependant, malgre tout, ils allaient tenter quelque chose ? Comment expliquera-t-il son absence? On sait qu'il est malade. Mais jusqu'a quel point cette maladie l'excusera-t-elle aux yeux du public? 11 est perplexe et ne trouve qu'une solution a cela. C'est d'etre a son poste. 11 rassemble routes ses forces, et MENS AGITANS MOLEM, sans une minute d'hesitation, tranquille, it se rendit au Senat. Son arrive fuit une surprise. On ne pouvait s'expliquer ce geste. Malade, Bomujolly venait se fire excuser. I1 flut I'objet de I'interrogatoire curieux de ses colleagues. P'ourquoi cette imprudence ? Qu'est-ce qui vous a determine A venir? Le plus naturellement du monde, il dit ce qu'il avait appris, sa perplexite pour le cas ou, malgre tout, une aggression aurait ete tent:ee en son absence. Non, dit-il, senateur partageant vos idees, ayant les

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mrmes buts, je dois subir le sort commun. J'ai appris que le senate peut Stre attaqlue aujourd'hui. Premier Secretaire du bureau, je suis venu occuper mon poste et courier le danger qui nous est announce >.
La grandeur et la beauty de ce geste emurent les autres senateurs, comme bien I'on pense, et leur admiration pour tant de magnanimite se comrnuniqua ia I'auditoire quand il fut renseigne ILa seance ne dura pas et le senateur Bourjolly en fut incontestablement le heros. On parla longtemps de ce geste. Ne faut-il pas en garder le souvenir pour les generations a venir, leur apprendre, par ainsi, qu'un pays qui a eu de tels enfants merite de vivre.

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LA FORCE CEDE AU DROIT
Le 20 Novembre I 896, le tribunal correctionnel de Port-au-Prince jugeait avec l'assistance du jury et pour ddlit de press, Messieurs Leonidas Laventure, Pierre Fred6rique et Camille N Numa. Ils etaient prevenus d'avoir par la voie des journaux LE RALLIEMENT et L'IMPARTIAL, outrage le Secrdtaire d'Etat des Finances dans l'exercice de ses functions et A l'occasion de cet exercise.
Quoi! dirent quelques jeunes gens mal avertis des choses du pass6, !l le s ,choses allaienr ains ai vant !1 5) ParFil respect etait professes en ces temps-la, par les hommnues au pouvoir, pour la loi et les droits des citoyens?
Oui, Messieurs, chez nous la loi a toujours eu son temps d'egard et les forces du droit et de la liberty ont constamment livr6 la lutte a I'arbitraire et a la tyrannie. Le pouvoir, quel qu'il ait et6, s'est toujours preoccupe, un peu plus, un peu moins, de l'opinion publique. On en tenait compete. Et quand I'6quilibre etait trop violenmment rompu, le pouvoir l'apprenait A ses depens. C'est pour 1'eviter clue la loi servait de boussole aux plus r6flichis A cette epoque, le pays cherchait sa voie. Nos bouleversements politiques avaient leur signification favorable. Ils 6taient, en some, moins desastreux que plus d'une greve chez ceux qui nous critiquaient. Et il y avait quelque chose de just et de noble au fond de nos revendications qucte provoquaient un besoin idealiste de mieux itre


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moral et materiel tandis que leur greve s'inspire le plus souvent, de la haine, de I'envie et de satisfactions materielles.
C'est le sort des belles idees et des grands principles de servir de trernplin et de porter en eux le chatiment de ceux qui les exploitent pour des fins egoistes. Tout est dans Ia lutte. Elle scule permit, par progression, la realisation relative des grands ideaux. Ainsi va le monde et, pour notre part, nos tatonnernenlts salutaires auraient fini par nous fire trouver la route ai la poursuite de laquelle tant de sang genereux a couple. 1 Iaut souhaiter le retour de nos belles periods d'agitation et de luttes. L'etat statique en politique, est un etat de regression.
Le proces du Ralliement et de I'Impartial representait la lutte de I'autoritarismne et de la liberty. I/opinion publique empcha I arbitraire de sevir et fbrga le pouvoir a deferer les journalists prevents a des juges, a leurs juges naturels: le tribunal correctionnel avec assistance du jury

Le tribunal etait, au jour du jugement, preside par le doyen titulaire: Monsieur A Dyer A cause des liens spirituels qui m'attachent a ce grand disparu, j'eprouve uine grande joie a proclamer ici ce qui, aux yeux de ses contemnporains, le lfaisait estimer et le signalait comme on model de magistrate. 11 se distinguait par sa science et par sa probite auxquelles etaientl joints son impartialite et son sentiment du devoir. Un jour I'hommage Ile plus eclatant et le plus desintcresse ftut rendu ai nos juges, eni sa personnel. iLe president du Tribunal de Premiere instance de la Seine, choisi pour fixer I'indemnite que reclamait unt sieur Alexandre, commergant franyais etabli a Port -au-Prince, exprima son etonneent de voir que, malgre la belle et just decision du tribunal civil de Port-au-Prince rendue sous la presidency de Nit le doyen l)yer rieleant les pe tentions du

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reclamnant franyais, on ait admis le principle de la reclamation Aucun tribunal frangais, selon lui, n'aurait pu mieux juger.
C'est ce model de magistrat qui presidait I'audience correctionnelle du 20 Novembre 1896. Tandis que le commissaire du gouvernement exposait la prevention, le commandant de l'Arrondissement, qui etait dans l'enceinte depuis un moment, se dirigea vers les prevenus et, designant Mr. Laventure, ordonna a ses homes de l'arreter. Jamais geste ne souleva plus d'indignation que cette insulte a la justice. Le Doyen du tribunal etait heureusemnent de taille a reliever le deli It ne saurait accepter une pareille tache a sa ignite de Magistrat. 11 haussa son energie et son sentiment du devoir a la hauteur de la situation. II sut fire reculer le representant de la force. Ce jour les armes l'ont cede a la toge. Pour qui connatl I'omnipotence de l'autorite militaire, il est facile de se rendre bien compete du courage que representait [attitude du Doyen repoussant, came mais fermie, ia provocation injustifice. L'assistance eut aussi sa reaction et n'hesita pas ia manifester sa repulsion pour cette vaine tentative d'intimidation. Solon Menos pour la parties civil, Isnardin Vieux, Luxembourg Cauvin et Labedoydre Cauvin pour les prevenus se solidariserent spontanement avec le tribunal en cette circonstance qui aurait pu devenir tragique; le Doyen Dyer n'etait pas homme it reculer surtout devant le devoir impose. Un colloque assez vif s'engagea entire les deux autorites Les journaux n'ont pas rapporte toute la scene et pour cause. Monsieur le Doyen, quoique surprise et indigne, ne flut pas desempare
De sa voix forte et grave, il cria au militaire "'Qu'est-ce que vous venez faire ici, General ? Ne savez-vous pas que les prevenus sont sous ma scule autorite et que, seul j'en reponds? Vous n'avez ici aucun droit. A I'audience, vous depended de moi. 11 n'y a qu'un chef

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ici, c'est moi. Vous meme devez obeissance ia mes ordres. Je ne vous reconnais pas le droit d'agir ainsi. Veuillez vous retired."
Lit-dessus, un exchange de paroles. Le Doyen, de plus en plus indigne, refuse d'entendre le Commandant de I'arrondissement. II prevent l'oflicier de police en service ce jour an tribunal qu'a lui seul, le Doyen, I'escouade doit obeissance au nom de la Loi et qu'il ordonnera, a l'occasion, de fire sortir de la salle n'importe qui troublera l'audience. "'Je ne represent ajouta-t-il qu'une force morale mais l'armee et la police doivent executer mes ordres et me prdter leur concours.
Le Commandant de l'arrondissement pour sortir de ce manvais pas s'empressa de saisir l'occasion que lui oftrait cette categorique declaration et repondit au Doyen : "Notre concours vous est assure."
L'attitude general et la fermete du tribunal ayant fait echouer la manioeuvre, ie mlitaire s en alia et nie reparut plus jusqu at la iin du process. C'etait sage. 11 ftit assurement heureux de trouver un moyen de se retire de l'impasse ot il s'etait malencontreusement engage. Le calme retabli, grace a l'energie intransigeante du Doyen, le process se deroula sans aucun autre incident d'importance (1).
La situation de Me. Solon Menos, avocat de la. parties civil, fut particulierement ginee apres l'intervention de la soldatesque brutale, selon la courageuse expression de Me. Isnardin Vieux, avocat du prevenu Laventure. Mais la partie fut belle pour les avocats des prevenus. Ils purent aisement montrer que l'accusation servait de pretext a un essai d'etranglement de la justice aussi bienr qu e de la press. "La parole, disait Me. F.I Ca (auvin, avocat de Pierre Frederique, a mis en question le droit de tous, le droit qui appa.rtient it chacun de nous de surveiller et de contro1er la gestion des athires publiques et tqui ne se peut exercer, qui devient un vain mot, sans la

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liberte de la press politique; cette liberte si necessaire au bon gotuvernement des societes, si feconde en progress chez les nations mnodernes, don't I'abus mitme est moins deplorable que son absence".

Le juy, a l'unanimite, renvoya les prevents de la prevention. Ce tut une belle et reconfortante journee pour la liberate, pour la justice et pour le Doyen Dyer qui, ce jour, les avait personnifices. Le civismne avait vaincu les forces d'intimidation.


(1) A la suite de ce Coin d'histoire. NMe. V. (Cauvin rpondit at une note du Journal Le Matin date du 25 du mrome mois iet sigde Ic X.
P.S. ILe Matin du 25 de ce mois, sous la signature de son collaborateur I ux, trouve quelque peu normal un incident que j'ai rappel dans mon article paru ici vendredi de la semnaine passed.
Lux dit : Le prvenu (L. 1 venturer) dtait sous la main rise de Ia justice et m ame de I'autoritd; or arriter un privenu ou un accus dans cette position, parait quelque peu anornalt"
Parmi les prevenus, seul M. Laventure etait en liberty, les autres 6taient dtenus. Seoul


uspension audience et minme dc'aller chez lui si Iafi'aire devait tire continue le lendemain par exwplc, sauf a revenir a I'heure fIixee.
C'est cc que savait, sans doute, le Commandant de 'arrondissement et c'est pourquoi il a tentd son coup. Au fond, it n'entendait qu'essayer une manoeuvre d'intimidation.
La ifermetd et I courage de tous out tout fait echouer.
Lieffeit produit par cette manoeuvre tf'ut si dplorable que le lendemain le Secrtaire d'E tat de la Justice M. Fine a rendu visit au Doyen du Tribunal Civil pour lui exprimer les regcts du Gouvernement eI ra f6licitc d'avoir sauvegard le prestige de la magistrature et dtindu la loi et le doit des citoyens.V.C


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LA JUSTICE QUI NE REND PAS DE SERVICE


Voici un home : Mr Polynice Joseph JanvierL l n'a pas fait de bruit dans les functions qu'il a occupies et cependant il a etc un homme de temperament et de caractere. Place, une fois, dans alternative de manquer a son devoir et a son honneur ou de imournir de faim par la perle possible de sa charge, il n'a pas hesite une minute. II a choisi la voie de i'honneur et de la dignite Que lui important, apres cela, de se level in jour sans pain n ayant pius que ia aim por0111 ce soir et la mnort pour denmaln
Son attitude, contre son attente, lui a plutct bien value. Rien ne doit emouvoir, en effet, I'honnite homme et ne peut ebranler sa volonte ferme de rester vertueux et de n'avoir pour guide que ses principles austeres 11 lui suflira toujours, pour sa satisfaction, d'avoir fait ce qu'il devait faire. Tant qu'il sera dans la voie reguliere, sa conscience sera legere et l'avertira qu'il n'a pas devie Rien donc ne sera perdu et il grandira en valeur morale imnposant a tous respect et admiration.
La compromnission a tente an jour Polynice Janvier 11 etait alors juge de paix de la section Sud de Port-au-Prince L,'histoire vaut la peine d'tre contde. Elie est tout a l'honneur de ce magistrat et ide ceuix qui ont su I'encouragel a se maintenir dans la route du devohi et lui rendre I'honnmage que meritait sa conduite

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J'ai dit que Mr. Polynice Joseph Janvier ne connaissait pas d'accommodement avec le devoir. 11 avait conscience de la grandeur de la tache qu'il etait charged d'accomplir et il pensait qu'une certain intransigence seyait en pareil cas.
Un haut tfonctionnaire de l'ordre militaire le requit pour des perquisitions chez une certain dame que l'on avait denonce a tort ou a raison, comme ayant un dep6t d'armes et de munitions. 11i se rendit sur les lieux en compagnie du fonctionnaire. On perquisitionna et, apres avoir tout visit, on ne trouva pas mine un vieux fusil. La femme denoncee n'avait pas froid aux yeux. Elle causa une grande surprise au general qui la persecutait, parait-il, en lui apprenant qu'elle etait frangaise et qu'elle allait s'en referer a sa legation. Trouble du general


Si i'on pouvait dire que des fusils on quelques balles avaient ete irouves? Le general plensa tout de suite a s'assurer la coinmplicite du juge de paix, fonctionnaire revocable et sans protection Comnme il s'etait trompe Comme it a ignore combien ce juge de paix etait tiun reel juge et par consequent un home.
Le juge Polynice Janvier refusa net de se prdter a aucun acte de complaisance. Et le general, avec insistence, lui dit : "'Rendez-moi ce service, personnel n'en saura rien. Je vous promnets que si vous im'aidez a me debarrasser de cet ennui, je vous en tiendrai compete "
"'Mais, repondit le magistrat indigne, vous ne savez pas ce que vous me proposed et a qui vous le proposed? Quand j'aurai 6te seul a savoir que j'ai commis pareille action, ce serait dejia trop Je ne connais qcue ma conscience. Vous avez ete imprudent, tant pis pour vous Je ne dois fire qclue mon devoir"t En depit de toutes les insistances, de toutes les menaces, il refusa et econduisit le potentat.
Le Secretaire d'Etat de la Justice, (I) ainsi que le President de la

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Republique furent mis au courant de I'incident. Le juge fut felicite et sa position en devint plus solide. Toutes les manoeuvres qui auraient pu ttre tentees contre lui furent ainsi ruinees a l'avance. Le general s'en rendit compete Et ce qui s'ensuivit acheva de le decourager
Quelques mois apres, deux charges de juge au Tribunal civil de Port-au-Prince devinrent vacantes. II y eut beaucoup de candidates. Le Secretaire d'Etat de la Justice, apres elimination n'en retint que six et soumit leur nom a agreementt du President de la Republique. 11 indiqua les titres qui donnait a chacun d'eux des droits a la nomination : le nom de Polynice Janvier figurait naturellement sur la liste et quand le secretaire d'Etat de la Justice rappela au chef de l'Etat l'incident qui avait reveled le temperament du candidate et justifiait, avec ses connaissances juridiques, son merite et la recommendation, le President de la Republique, le General T.A.S.Sam, repondit : "Pour celui ci, il n'y a pas a hesiter. II a droit a cette promotion. Nous devons le rendre inamovible Sa conduite est un example qu il faut encourager. 11 s'agit de combler I'autre vacance". Mr Janvier fit si bonne figure au tribunal qu'il passa, quelques annees apres, au tribunal de Cassation ou il siegea jusqu'a sa mort.


(1). Me F. auvin

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COMMENT ON REPOND AUX MENACES


Le gouvernement de Soulouque avait pu un jour, fire oublier la grande deception et la terrcur organise qu'il constituait ia l'interieur par les reactions de dignity qu'il montrait contre lcs manoeuvres d'intinmidation des puissances etraulgercs qui mettent si facilement ler force au service des reclamnations mime les plus injustes et les plus scandaleuses. En ces moments do danger national, il savait qu'il pouvait computer sutir tous les hatiiens, adversaires ou partisans, pour I'aider, darns uine tryve, it reliever tout defi dce Ietranger insolent. Et, de leur c6te, les citoyens etaient reconnaissants au pouvoir de cette confiance dans leur patriotisme et leur sens de l'honncur national.
C'e cst une vertu du temperament hal itien d'etre tou jours prct a oublier les fautes ai l'intericur, pour ne plus penser, en cas de peril, qu'a la patrie i difendre ensremble. A domain les rcrimiunations centre les administrateurs! Il s'agit mainlenant du patrinmoine commun it sauvegarder. Et alors, en avant Vive le pouvoir.
Toujours, dans ces circonstances, lc patriotism de Il'hatien gale sa generosity. Mais, par centre, malheur aux gouvernants qui ne le comprennent Ipas ainrsi qui aidenrt i abattre la fierte de la nation ei I'abandonnent en pature i la calomnic et i I'appetit des metcques ilibustiers. Soulouque sut eviter cet ecuil ct cette mnalediction par son attitude 6nergique autant que digne quand le contre-amiral Victor D)uquesne, au nomn de son gomivernement, vint appuyer la reclamation des frangais, porters dc titles de la dette extrieucre c l Iaiti.


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Notre situation financiers allait cn s'aggravant depuis l'electlion de 1847 et pour faire face aux depcnses les plus urgentes le Secretaire d'Etat des Finances dut suspended momnentanement le paiement dqs annuites de la dette exterieure. Cette circonstance fut le prdtexte de I'expedition l)uquesne. Quelques annuites en retard et la Ilotte fran raise etait dirigec contre nous:
La reclamation tft presentee sous bforme d'ultimatum et, conseille par le charge d'allaires de France, Mr Maxime Reybaud, qui ne nous aimait pas, I'Amniral pretenrdit y joindre I intimidation.

On represent a I lEmpereur, deja indigne, tout ce que les procedes brutaux employes en cette circonstance contenaient d'humiliation et d'impertinence pour le prestige de son government et pour I'orgueil national II fallait reliever cetl affront. 11 ne faut pas qte nous aons 'air d'avoir peur de defendre nos droits et notre honneur. Gendralemnent ces menaces sont dirigees contre nous parce que I'on nous suppose assez liiches et assez indignes pour y souscrire.
L iiEmpercur pensa que ces conseils etainuct salutaires el que la scule response i fire a IFamiral c'etait de se preparer, en cas de ndcessite ai ouvrir le feu contre l'escadre. Toute l'armee fuat immediatement mise sur pied. L'artillerie suir le rivage, etait prite i agir contre les bateaux de I'escadre tandis que Fintfanterie en bataille attendait d'entrer en action. Le people de Port-au-Prince se solidarisa sans reserve es avec le gouvernement. Le charge d'affaires de France et l'amiral flirent alors obliges de ceder et d'accepter nos conditions. Pour effacer le mauv ais effet de cette deplorable demarche, le gouvemement desavoua son charge d'aftfaires et son admiral Et Soulouque, pour s'etre cantonne clans le chemnin de l'honneur national avail faith triompher note droit.

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LE PARQUET FAIT RESPECTER LA LOI

La guerre civil battait son plein dans le Nord. Le President Legitimne qui detenait le pouvoir a Port-au- Prince n'epargnait rien pour avoir raison des insurg6s. Cependant l'insurrection ne faiblissait pas. Les necessities d'une situation qui s'aggravait obligeaient le gouvernement a prendre les measures les plus energiques. Parfois, on mettait mme la legality en vacances. C'est ainsi qu'il fut d6cidd, un certain moment, d'envoyer la garde national ai la guerre.
1In matin donc on vii defiler en direction du port, au son du clairon et du tambour, la garde national composee de peres de families, de bourgeois, presque tous employes publics. Le commissaire du gouvernement et ses deux substitute etaient a leur bureau quand passait devant le parquet cette garde national don't la mission legale etait de veiller A la defense de la ville. Cette illegalit6 part inadmissible au chef du parquet. II lui semblait qu'un certain devoir commandait a chacun d'aller representer au President de la Republique la necessity de revenir sur une measure qui, sans parler de son illegalite, etait impolitique A plus d'un point de vue. Mais qui osera le dire au President? En pleine guerre civil quel en sera l'effet et comment tout cela sera-t-il interpreted si le parquet entreprenait cette demarche ? Le commissaire du gouvernement hesita cependant, non qu'il en eut quelque crainte (il n'en a jamais connu) mais parce qu'apr s tout, pareille demarche ne rentre pas dans les attributions precises et defines de sa function N'importe! En tant clue

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representants de la loi et charges de ['appliquer, les membres du parquet peuvent, quand mme nc i ce titre, justifier leur intervention. AuL surplus, une question d'humnanite veut que soient defendus des malheureux qu'on envoie a une mort certain, car ils vont se battle sans preparation contre des militaires aguerris.
Apres avoir convaincu ses substitute, le chef du parquet s'entendit avec eux pour se rendre immediatemnent, en corps, au Palais National et essayer d'obtenir du President de la Republique qu'il fasse annuler l'ordre du depart.
L'entrevue fit tragique. Le comnmissaire du Gouvernement avait a peine indique l'objet de la visit que le President rentra dans uine furieuse colere, contrarie de s'entendre rappeler a l'observance de la loi et d'etre oblige de reconnaitre, au fond de lui-mnme, I'illegalite d'une measure deja connue peut-dttre dans la ville.

VOUS vouliez ilie e jeu de mes ennenis, a--ii dit. vous ne voulez pas que le Gouvernement se defended? et le rest a I'avenant.
Mais le chef du parquet ne se troublait pas facilement. 11 en avait deja, dans sa vie, vu bien d'autres 11 semble qu'il se complaisait ai ces situations dangereuses. II ne les recherchait pas mais ne les evitait pas, pour 'ordinaire Non, Monsieur le President, repondit-il. Nul d'entre nous n'aurait la naivete de penser ainsi. Nous defendons la loi que vous nous avez charges d'appliquer. C'est a vous a. nous aider, sinon notre taiche est vaine. Non settlement la loi defend d'embarquer ces citoyens de la Garde Nationale, mais encore l'interdt politique du gouvernement vous I interdit. Ces mallieureux que vous voulez expedier dans le nord ne sont pas assez entraines pour aller se battle contre des soldats aguerris, habitues depuits des mois a la vie des camps. Is vont etre immoles. Et chaque famille en deuil, dans ces conditions vous deviendra hostile. Ce n est strement

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pas l a le but auqucel vous tendez. C'est dans l'interdt bien entendu du gouvernement que nous venons vous rappeler les prescriptions de la Ioi Et les substituts soutenaient de leur attitude egalemrent energique, la discussion a laquelle ils ava.ient pris une part courageuse. Le plein accord du parquet augmentait l'exasperation du President. Le colloque s'etait a ce point envenime qu'a un moment le chef de l'lEtat, tout a fait hors de lui et d'un geste brusque qui ne lui etait pas coutumier, se retira, laissant au salon le commissaire et ses substitute Tout etait gate et la situation allait apparemment turner mal. 11 n'y avait plus d'espoir pour la conciliation et l'accord
Le parquet etait compose d'hommes de la generation de trente ans de cette epoque. Jamais, its n'auraient hesite a sacrifier les meilleures situations materielles s'ils devaient les gagner ou les conserver aux depens de la verite ou de leur dignite. Pour qui les connaissaitur, i n'y avait pas de doute conurne ii etLan certain qu iis ne s'en iraient pas du Palais sans avoir dit son hfait au President. Tout I'arsenal du Pays n'aurait empdche le chef du parquet de fire sonner les verites de sa plus forte voix et de tout son courage. Et l'on sait, s'il en avait,Dieu merci! forte voix et mile courage, le commissaire du Gouvernement. Avisant l'aide de camp de service, il lui demand d'aller dire au President que le Parquet etait encore la, qui l'attendait. A ce moment, le chef de l'Etat reapparut. Son visage etait visiblement calme, les yeux reposes et le regard plut6t tranquille. Mais le commissaire du Gouvernement n'en a cure. I se leve, tout bouillant dune colere sourde et retenue et, decide, comnme d'ailleurs les substitute, a jeter ensuite leur demission. Monsieur le President, dit-il, savez-vous ce que vous venez de faire.

II n'eut pas le tempers de continue. Le President I engitime

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l'interrompit brusquement et, (d'un ton calme, s'adressant aux membres du parquet: "Messieurs, dit il, je vous prie de n excuser de mon geste de tout ia herer. Mais ai quelquIe chose malheur est bon. Cela m'a permis de reflechir. C('est vous qui avez raison Je me rends compete, a present, que vous etes reellement des amis du gouvernement et des fonctionnaires loyaux. Je vous remercie de votre demarche. Je vous demand meme, routes les fois que vous constaterez que je suis dans la mauvaise voie, de m'en avertir comme vous venez de le fIaire"
11 n'etait plus possible apres cela de rien lui dire. En vetritd, me disait I'ancien chef du parquet qui m'a raconte l'histoire, je tie pouvais pas me defendre d'une certain emotion devant ce geste du President de la Republique reconnaissant son erreur et le confessant a ses forictionnaires Ce geste d'un liberalism rare et qui temoigne d'mune grandeur d'ame cl d'une larger d'esprit de civilise de grand style, me parut d une beaute inconparabic i in'a emu ce jour au point de laisser en moi trne impression inc'tlgable. Quel dommage qu'un pareil home n'ait pas pu achever son mandate!
Et quel dommage, ajoutai-je a mon tour, que les chefs d'Etat n'aient pas toujours eu, ai leurs cotes, des honmmes d'un pareil courage. Mais j'allais oublier de dire quels ont ete les membres forts du parquet qui ont montre uine telle conception de leur mission. ,e commissaire du gouvernement s'appelait luxembourg Cauvin et les deux substituts: Messieurs Anvienor Vieux et Fmile Deslandes, nati melioribus annis Le lendemain de cette entrevue, on faisait donner une explication quelconque pour justifier la tournee" de la Garde National en ville

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LES ETATS-UNIS

MENACENT DE LA FORCE

Un citoyen amnericain (son nom imported peu) ach(ite des articles a bord d'un bateau en trade de Port-au-Prince. Quand il en descend, il est arrte et remis a la justice pour delit de contrebande. Condamne, il s'adresse it sa legation qui prend sa cause en mains et present pour lui une reclamation Cette reclamation est produite directement au President IHlyppolite. 11 renvoya le diplomat au Secretaire d'Etat des Relations Exterieures, seul qualified pour discuter la question. Le titulaire du portefeuille etait alors Me IEdmnond Lespinasse II nous etait demand de liberer le condamnie citoyen americain, de l'indemniser, avec, en outre, des excuses ou des regrets. Un delai etait fixe pour donner satisfaction et dans l'intervalle, la legation suspendait toutes relations avec nous. C'etait net et c'dtait violent. Le procede etait etrange et inusite. C'etait la premiere fois qu'une grande puissance s'avisait d'en user dans ses relations avec nous. Le President et le secretaire d'Etat des Relations exterieures reconnurent tout de suite que ce n'etait la qu'un pretext. Au fond, on profitait de cette occasion pour regler uin autre compete, un compete plus important. A ce moment, il se discutait entire les Etats-Unis et la Republique Dominicaine la cession ou le bail de la baie de Samana. .Et le Gouvernemnent hautien se demenait, conmne de raison, pour faire echouer ce project dans l'inte rit common des deux peuples et pour I'equilibre du continent.
Le Secretaire d'Etat des Relations Exterieures essava d'entrer en

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relation avec la legation des Etats-Unis pour discuter. Ce n'est qu'apres des efforts reiteres qu'il put obtenir une response a sa dopiche. La legation n'entendaii reprendre formellement les relations qu'apres l'acceptation de son ultimatum.
La situation paraissait vouloir s'aggraver. Et le Secretaire d'Etat des Relations Exterieures, Me Edmond Lespinasse, a un certain moment, dit loyalement son sentiment au gouvernement. Pour lui, I'attitude du Cabinet, ses demarches pour Ifaire echouer les pourparlers de 1'atffaire de Samana out determine le gouvernemnent de Washington a prendre cette voie de pression. Le but reel etait de cr6er tune crise ministerielle qui determinerait, peut-6tre, le nouveau Cabinet a renoncer a s'interesser a la question de Samana.
Mais le President lyppolite 6tait toujours en eveil chaque Ifois qu'il s'agissait de l'Independance et de la Souverainete Nationale. Eh bien!, dit il, ses Messieurs se trompent s'ils pensent me porter a changer de cabinet. i d ailieurs, je n accepterai janals que l'etranger me force la main Je n'entends pas qu'il intervienne dans ce qui ne le regarded pas. Ce serait m'indiquer, de figon detournee, qu'il n'accepte pas d'entrer en rapports avec telle ou telle personnel. De IA a mrn'indiquer, qui je dois choisir pour lui plaire, il n'y a qu'un pas. Non, seules les Chambres peurvent mr'obliger a renvoyer mon Cabinet. Secretaire d'Etat, vous pouvez dire au Ministre americain que mrime si le Cabinet doit Stre modify il ne le sera que quartnd cette reclamation aura 6te completement reglee.
Quand la communication tit oticiellemrnent faite par le Secretaire d'Etat et que, des jours passes, la legation s'aperqut que ce n'etait pas une declaration vaine mais I'expression du sentiment de dignity d'un (Chef lqui n'entendait pas recevoir des suggestions insolites ou une indication deplacee sur les individus A nommer, elle dut se designer t reprendre les poitrparlers.

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Pour manager son credit travers le Continent, le Gouvernement de Washington evitaitL autant que possible, le retentissement des reclamations injustes ou de la pression pour des fins imperialistes I renonga a ses tentatives de menace et se decide A regler l'aflfaire amiablement pour montrer, selon la formule, son desir de maintenir les bonnes relations. Mais, nile President, ni les Secrdtaires d'Etat n'en furent dupes. Ils avaient sauvegarde la dignity national en decourageant I'intervention etrangere dans nos affaires aussi bien que la tentative de nous suggerer qui doit dtre nommne ou qui ne doit pas dtre nomme.

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CONDUITE DE SECRETAIRE D'ETAT

Apropos de measures qu'il avait prises contre certain chefs de service de son department, le Secretaire d'Etat des Finances, Me. Edmond ILespinasse, fit invite, au course de la session legislative de 1903, A repondre it des questions qu'un depute se proposait de lui poser.
Une pareille intervention paruint inaccoutume et etrange; I'on se demnandait comment le depute allait justifier son attitude et comment le Secretaire d'c[tat considerera cette ingerence parlementaire dans une aflaire d'ordre purement disciplinaire.
'La parole est au depute Kernizan" dit le president de la Chamnbre. L,'orateur expliqua sa position en quelques mots et, it la fin, demand au Secretaire d'Etat de dire les raisons qui I'avaient determine ai suspendre deux de ses employes.
Le Secretaire d'Etat gagne la tribune et, en guise de response, langa un defi superb, inattendu au depute. Je le revois encore, Me. Edmond Lespinasse, de sa demarche cadencee montant i la tribune, calmne, tranquille, commne si rien nte se passait sous cette tte portant, dans une cicatrice hislorique, le temoignage qu'il n'a jamais craint de manifester ses sentiments et de defendre ses idees. C'est pour affirmer son droit d'agir et d'exercer l'autorite de sa tfonction qu'il va risquer soni portlefcuille.
Son portlelttille' Il ti'en a rte. Ce rr'est pas de ela gt'il s'inquite c'est sotn presie, c'est sa dignity quil s'agit de dIefendt e II abantdotnera v o0ontiers le Mitist. si ces atttibuts de SOtn ttk t Oi\ [ P el, ('isc'iites A si \r I 1g nt l r e

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tient au pouvoir que dans la measure ou, en I'exeryant, it conserve assez d'autorite pour imposer le respect et rendre ses decisions eflicaces et profitables a la collectivite.
"Ce nest plus votre opinion personnelle qu'il me faut en ce moment, Monsieur le depute, cria le Secretaire d'Etat des Finances, de sa voix pergante ai laqcluelle la chaleur de la resolution mettait une note original et la rendait communicative." Votre approbation ou votre desapprobation ne me suffit pas. 11 me taut celle de toute la Chambre et, par ainsi, du pays enter. Pour pouvoir repondre a vos questions je vous prie done, au besoin je vous some de transformer votre demand en interpellation".


Le public, generalement frondeur fut gagne ce jour a cette attitude d'un Ministre qui lance un defi qui peut lui ctaiter son portefeuille. Quand le depute transforma sa demand en inerpeilation, ie Secretaire d Etat s'expiiqua ou du moins it nie s'expliqua pas du tout. 11 se content de revendiquer hautement son droit de frapper tout employee qui tenterait soit par paroles, soit par ecrit, de s'ecarter du respect qu'il doit a ses superieurs ou qui conmmnettrait une late sujette a sanction
Cela fait, le Secretaire d'E tat regagna sa place, indifferent aux suites. Apres le vote d'un ordre du jour favorable, il se retira ayant raflermi son autorite par I'approbation qu'il venait d'obtenir d'une majorite parlementaire ecrasante.
ine telle attitude etait alors monnaie coutrante. Un Secretaire d'Etat, soucieux de sa d(lignite, demissionnait ou jouait toujours son portefeuille sur des questions de principe. Son autorite et son prestige personnel se maintenaient a ce prix.
A la mnlne cp0otue, til autre menibre du mnime cabinet, Monsieur Ncre Nuna Sec rctaire d'EItat des ''Travaux Publics, se demettait de

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sa function pour une question de principle et le respect de son autorite et de son prestige
Ah! quel home! II avait urine serenity qui decelait urine aime honnte, droite et une volonte inebranlable. Le jour de sa d6mission, il n'avait pas change d'une ligne. En homme conscient de ses devoirs et de ses responsabilites, il paraissait plutat soulage. Aussi, it n'6tait nullement emu Beaucoup d'autres, peut-itre, laisseraient fair pour rester en function Mais lui, ii ne le pouvait pas, il ne le voulait pas.
Pourquoi cette admission? Voici : du Palais National on lui avait expodie, un jour, urine commission que le President de la Reptblique avait signed en faveur d'un citoyen contre la nomination duquel if y avait de serieuses raisons a faire prdvaloir. Le Secretaire d'Etat des Travaux Publics estimait que l'investiture 6tait impossible et qu'on devait renoncer a cette nomination fa.ite d'ailleurs a son insu. Apres avoir entendu les explications du Secretaire d'Etat, le Prdsident de la Repubiique part ttre d'accord avec lui. Mais queiques jours apres la meme commission filt expedite au Departement. Le Secretaire d'Etat comprit. I1 la retourna et, cette fois, l'accomnpagna de sa demission.

Ces manifestations de rectitude, ces reactions de la dignite chez nos hommes publics etaient normales, presqu'inaperques alors, tant on les trouvait naturelles et parce que cela devait dtre; on ne s'en faisait pas un merit. Leurs auteurs 6taient dignes en dehors de tout eloge. "Vous dtes put, disait Hugo, pace que vous dtes putr"
L'hermine n'a aucun merite a otre blanche."Ainsi pour ces homes. De tells conduites sertvent de le4oon et d'exemple. C'est le ble qui love. Voyez come il t fait bon de semer le bon grain. Ces deux concitoyens sont parts, mtais l'exemple de leur conduite indique encore la vote a ceux qui veulent bien thaire, il profit leurs

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descendants qui entendent les continue Me. Pierre Eugene Lespinasse faith honneur it son pete. Monsieur Nere Numa, a pour continuateur intransigeant de ses vertus des fils qui lui ressemblent et parmi eux, Me Edgard Numa, I'une des plus belles figures de notre milieu. Et considerant le patriotism, la science du fits, le pere aurait pu, content, repeter les mots d'Horace: NON OMNIS MORIAR.

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EXAMPLE DE COURAGE

Au course de l'annee 1895, if y cut quelque agitation politique aux Cayes. Cela donna lieu a des tiraillements entire diverse autorites de la ville. Le gouvernement pour tirer la situation au clair, manda a Port-au-Prince, certain individus qui lui otaient signals, parmi lesquels se trouvaient, Monsieur Philippe Argant, ILannes Apollon, 1Hilderic Roux. Quelques-uns etaient meme des tfonctionnaires. A en croire les rapports, les uns travaillaient au replacement de certaines autorites de la ville et les autres etaient suspects de propaganda en faveur d'un candidate a la presidency
Colerique a l'ordinaire, le President souffrait mal de telles attitudes d'independance. Aussi, des le debut de l'entrevue qu'il accord a ses citoyens, un dimanche matin a Carrefour, en sa villa de Mon Repos, manifesta-t-il la contraricte qu'il eprouvait des activities vraies ou supposees de ces messieurs.
Vous Stes des inconsequents, vous voulez me fire revenir sur un etat de choses que vous mine avez cr6e N'est ce pas vous qui mrn'avez fait appeler, au post qu'ils occupent, ces personages don't vous demanded le replacement leur dit-il
Un pareil debut rendait assez diflicile la conciliation et l'accord, les "inconsequents" justifiorent leur attitude passee et expliquerent comment ellde ne pouvait indefiniment ni les lier ni lier le Gouvernement. Plus les reponses 6taient justes, plus le Chef de I'Etat s'enervait au point de perdre toute measure. 11 menayait avec

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des eclats de voix. Vous etes des inconsequents, repetait-il en y ajoutant des rots de plus en plus durs, ne se rappelant plus qu'il etait en presence d'antis ou de partisans don't la loyante n taisait pas de doute, et qui, avant tout, etaient des citoyens et entendaient jouir de leur droit d'opiner sur les affairs publiques qui etaient les affaires de tout le monde et non la propriete du Chef de l'Etat. C'6tait done leur devoir de suggerer ce qui leur paraissait plus convenable et plus conforme at l'evolution de leur department et a l'intdrt general du pays. Le Gouvernement de la Republique etait essentiellement representatif et democratique, L'etat d'esprit du President lui avait fait oublier tout cela, surtout qu'll avait des honmmes en sa presence. Philippe Argant, l'un des plus jeunes, se charge de le lui rappeler. Ahl! la jeunesse! Come elle est belle et admirable quand elle abrite, pour les defendre ou les fire valoir, I'honneur, la dignity et la fierte. Philippe Ar gant estimait qu'il n'y avait plus de mnesure A garder en presence de qui ia depassait.
Ce n'est plus le moment de defendre ou d'excuser son attitude. I.e terrain est autre. Argant se leva et dit au President : "' Je ne peux pas permettre que vous me parliez ainsi, Monsieur le Pr6sident. Je ne I'ai jamais permis a personnel. Et si vous n'etiez pas President, jamais vous n'auriez ose me parler de cette tfgon. Je ne l'aurais pas tolere."
L'on raconte que le Chef de l'ltat n'a pas eu ce jour la presence d'esprit de se ressaisir immediatement. Le coup etait, en effet, dur. 11 se leva et allait a Argant en vociferant tandis que son interlocuteur repondait sur le merne ton.
Le gendre du President intervint, et aide des assistants, il fit partir Argant et ses cornpagnons. l'incident neut pas de suite. Le President Htyppolite savait souvent reconnaitre ses fautes ou ses erreurs. Ces messieurs, qui etaient des fonctiontnaires, ne furent pas

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revoques, m'a aflirme Me (C Rosemnond, I'un des temoins de cette scene. Le President s'est rappele, sans doute, le contours devoue qu'ils lui avaient done pen de temps aupalavant. On lui avait aussi fait remarquer que c'est le droit de tout citoyen de penser, s il a des raisons plausibles, qu'un fonctionnaire nest pas a sa place, que ceil ne doit pas 8tre impute a crime. Cclui don't on voulait le replacement ne garda point rancune a ses adversaires Quelques-uns sont devenus ses amis dans la suite.
Peu apres l'incident, ces honorables citoyens rentrerent chez eux et regagnerent leur poste, Philippe Argant ne fut point inquiete. On avait respect l'homme en lui.

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JE VOUS EXCUSE.

On a beau dire du General Nord Alexis, President de la Republique de 1902 a 1908. Sa presidency mouvementee lui a permis de donner la measure de son temperament combattif a I'etonnement de tous ceux qui, considerant son grand age, lui supposaient moins d'ardeur a la lutte.
Sa politique interieure etait arbitraire et tyrannique, c'est dommage: Ft i t fat Pen blamer sincerement. Mais, it en allait autrement en ce qui concern sa politique exteriteure. Par sa conception de nos relations avec les puissances etrangeres, il donnait au pays une legitime satisfaction et il rejoignait directement ceux qui nous ont creek la patie haitienne.
Avec Nord Alexis, la dignity national etait constanmment sautvegardee Aussi, Il'etranger nous respectait-il, au moins chez nous. Aucune de ces attitudes arrogantes, derivant de l'absurde conception des blancs de leur superiorite racial, n'etait toleree. Les ressortissants des plus puissantes nations etaient obliges de se montrer humbles et reserves et de se conformer ia I'orthodoxie politique du gouvernement. L'on sentait revenir en nous I'orgueil des ancetres qui, les premiers, sortis d'une race que les blancs proclamrent inlerieure, avaient, sur les champs de bataille d'taiti, d(eimontre la superiority de leur geniec militaire sutr celui des soldats frangais, les soldats de Bonaparte
Notre glorietuse champagne dce 1803 n 'a jamais ete jugee a sa

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valeur exacte. Elle est d'une importance historique considerable Elle constitute une date inoubliable. Et il faut attendre cent deux ans pour trouver une nouvelle et pareille ecrasante defaite infligee par une nation de race dite inferieure A un autre people de race blanche .
Nord Alexis resumrnait ceux don't il voulait retablir le culte, respecter et suivre les traditions; il se rapproche de Dessalines. Ce n'est pas lui qui aiderait a fire le silence sur ce grand genie de la race noire don't, sans s'en outer, on dimrninue la gloire et le merite en lui opposant des prdecesseurs qui n'ont pas pu rdussir ou des collaborateurs qui, loyalement, se sont inclinds devant lui qui avait la force et le genie pour tous.
Nord Alexis etait un Dessalinien sans reserve. 11 ne manluait pas de le laisser paraitre lorsqu'il lui fit propose d'accepter, pour clore un incident diplomnatique, de presenter des excuses ou d'exprimer des regrets aux Ministres de France et de rEmpir e d'Allemagne. Un fonctionnaire avait, un soir, blesse l'un d'eux d'un coup de pierre lancee contre la voiture de ces diplomats qui n'avaient pas voulu obtemperer A l'ordre de rebrousser chemin; la route dans laquelle il s'etait engage etait interdite d6s six heures du soir. C'est la route qui est situee A l'Est du Palais National.
Ni excuses, ni regrets, avait dit le President. Et c'dtait grave, car il n'dtait pas facile de fire revenir ce vieillard sur une decision qu'il avait prise Cependant, le Secretaire d'Ftat des Relations Exterieures insist et fit tant que le Chef de l'Etat accept. Mais, BON DIEU PUNI'M (a) avait-il dit, (c'etait li son juron familier ect le seul d'aprds ses amis et ses collaborateurs) ils n'auront pas envie de recommencer Cette reflexion rendit les uns et les autres perplexes. Quand mme, on arrdte la visit.
Au jour fixe, les diplomats fira.nais et allemand, d'accord pour

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Coins d'histoire 55

la circonstance, se rendirent au Palais National, iers et superbes Leur morgue allait, encore une bfois, humilier l'orgueil du negre. Ils durent vite dechanter. A leur arrive, le President Nord Alexis se mit a leur refaire le recit de la scene au course de laquelle Fun d'entre eux (le Ministre de France) fit blessed. 11 leur rappela que le fonctionnaire avait une consigne et n'avait pas le droit de ne pas l'executer sans s exposer ait subir les plus dures sanctions. "Vous dtes en promenade et votre voiture passait par une route interdite a cette heure, continue le President. Ce nest pas de la faute du soldat. Vous avez ete dans t'armee, chez vous, Messieurs, et vous save ce que c'est quiune consigne militaire. Aussi, je vous excuse"
Et le President se tut.
On pretend que le Ministre d'Allemagne, Monsieur Von
Zimmerer, ouvrit de grands yeux et regard son college, Monsieur Paul D)esprez, conmme pour lui demander si, par cette phrase, le general Nord Alexis avait. reilement adresse les excuses reclamees. Mais le Ministre de France avait des instructions formelles, parait-il, d'eviter le plus possible des aflfaires avec notre gouvernement. Aussi, fit-il semblant d'6tre satisfait et sans aller plus loin, voulant faire le malin, il s'empresse de repondre : "Eh : bien, oui, Monsieur le President, nous comprenons, vous regrettez l'incident et vous nous faites des excuses
Mais le President n'entendait pas du tout en fire. 11 repartit : C'est comnme je vous dis, le fonctionnaire aurait pu faire feu sur vous, a cette heure ou il faisait deja presque nuit. Et c'est une chance qu'il airt employee des pierces au lieu de se servir de son fiisil. Aussi, je vous excuse.
Une ou deux fois le Ministre de France a cherche ai rectifier et a porter le Chef de l'ltat ai ceder Ce fit peine perdue Chaque fois le vicillard rdpetait, implerturbablement je vous excuse".

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Coins d'histaire 50

In s'en allant le Ministre de iFrance confia a l'u n des Secretaires d' ti at d alors la surprise que lui causait un parci lcangave ca en tait, les diplomates fuient mystilies. Le Secretaire d tat pince sans rie, renforya la mystification en disant au diplomnate Ne tailtes pas attention a cela, ce nest qu'une question de syntaxe". la leton donnee fit reue Et elle servit a convaincre tout le monde que Nord Alexis n'etait pas homme a se couri her devant le blanc, encore moins a s'avouer coupable (Iquand an contraire il avait pleine raison qu'il n'acceptait jamais a abdiquer les droits de la Pattie qu 'il avait jure de defendre contre 1 stranger



(a) Que I)ie m puni

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JEUX D'ANTAN

Nous sommes en l'annee 1897. Un matin, comme a l'ordinaire, les autorites charges de la police de la ville, venant au rapport comme on disait, tendirent au Secrdtaire d'Etat de l'Intbrieur un placard oU dtait 6crit :" Vive le Senateur Steward. A bas le Gouvernement!" On en avait, la nuit, affich6 de pareils, un peu partout, sur les devantures de magasins de la ville. Le Secr6taire d'Etat de I'lnterieur comprit tout de suite, mais fit semblant de prendre la chose au tragique
Le procede etait classique. Qui veut noyer son chien Iaccuse de rage. Comment le Senateur Steward venait, il y a a peine un an, de refiser la presidency de La Republique 11 ne dispose d'aucune force Celles qui existent a la Capitale sont commandoes par des fonctionnaires qui n'ont aucun engagement politique avec lui et qui sont tout ddvoues au gouvernement qu'ils servent. Et c'est a ce moment que ce citoyen s'aviserait, dans son isolement surveill6, de creer une agitation sans computer que, par ce moyen qui serait le comble de la naivetd, il aurait averti 'autorite de ses intentions. Non, il n'y a que les gens du gouvernement pour avoir faith cela, se disait le Secretaire d'Etat de l'Interieur, Me F.L. Cauvin. Dans quel but? On le devine.
Quoi qu'il en soit, le Secretaire d'Etat n'etait dispose ni a creer des ennuis au Senateur Steward qui n'etait pour rien dans cette machination, ni a autoriser, sous la rubrique de security publique, des sorties de fbnds pour renforcer d'inutiles measures de police puisque les autorites charges d'assurer I'ordre et la paix etaient les

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Coins d'histoire

premieres a savoir qu'il n'y avait rien et que cette aftaire de placards n'etait pas serieuse, c'etait simplement mrnachiavelique! I1 y avait cependant urgence a la regler.
Le Secretaire d'Etat envisageait la question a un autre point de vue : 11 pensait qu'il etait imprudent de jouer avec le feu. Qu'il etait criminal de la part de fonctionnaires ou d'amis du gouvernement, d'inquidter de paisibles citoyenris, de career de l'agitation, d'alarmer les esprits.
Le devoir cst autre et celui qui y manque comment une lourde faute, va a sa perte.
Ip ne communique pas son veritable sentiment a ces messieurs, et se mit plut6t a considered avec eux ce qu'il fallait faire pour mettre rapidemrent un term a ce jeu Je regrette seulement, leur dit-il, que vous n'ayez pas trouve 'aficheur sur l'heure. J'espere toutefbois que demain mnatin, au plus tard, vous m'apprendrez qu'un coupable, au moins, a ete arri te et defere a ia justice.


"'Nous allons travailler dans ce sens", repondirent-ils.
Et I'audience se deroula normalement. On parla ensuite d'autres aff'aires. Le lendemain, pour toute preuve de leurs activities, ces m6mes autorites rapporterent de nouveaux placards et avouerent apparemment contrariees et confuses, que, malgre leurs efforts, elles n'avaient pu encore retrouver les delinquants.
"Eh! bien, Messieurs, leur dit le Secretaire d'Etat, je vous accord un dernier delai de vingt-quatre heures pour me trouver les afficheurs. Sinon, ce ne sera pas la peine de vous presenter ici, je n'entendrai aucun rapport de vous!"
Le delai expire, quand les autorites revinrent au rapport, le Secretaire d'Etat leur dit a brule-pourpoint:
Avez-vous reussi a poser la main sur des coupables?

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leCur response fit cell des deux jours precedents : Toutes leurs recherches etaientl jusque la infiructueuses.
"D)ans ces conditions, Messieurs, je vous dispense de tout rapport jusqu'i cc que vous ayez trouve les coupables", rdpliqua le Secretaire d'Etat.
Peu apres leur depart, le Chefde la Police ftht made d'urgence par le Secretaire d'Etat de l'Interieur, l'entrevue fut breve.
Le Chef de la Police etait parmni ceux qui venaient au rapport chaque mating.
"Voila trois jours, dit-il A cet officer de police, que dure cette plaisanterie d'affiches" sans que l'on ne puisse me trouver les responsables. C'est vous le Chef de la Police et pas on autre : Vous avez jusqu'A demrnain pour mne trouver celui qui pose les placards. Donc, si detain martin vous ne me le donnez pas, vous cesserez d'dtre Chef de la Police, ou je cesse d'dtre Secretaire d'Etat de i'lunterieur. Et jc vous previcens, en outre, tque cet ordre doit rester secret entire vous et nmoi et ne dolt etre su de personnel, ni du commandant de l'arrondissement ou de la Place ou tout autre. Vous devez agir seul avec vos subordonnes de confiance et sans le concours d'aucune autorite. Vous m'avez compris, j'espbre?
1'ai tires bien comprise, Secretaire d' Etat, repondit le Chef de la Police avec un sourire significatif qui indiquait sa satisfaction de constater que son chef n'etait pas dupe.
II partit, et dans la nuit l'oiseau etait en cage.
Joyeux et fier du coup de filet, il vintl l'annoncer au Secretaire d'E tat de I'Intereiur. le Senateur Steward n'avait aucun rapport avec I oficier. Celui qlue I'on avait arrdte etait uni parent du connandant de I'Arrondissement et aide-de-camp du President de la Reputlblique.

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LE PRESIDENT RELIEVE LE GANT

Monsieur Paul Desprez, Ministre de France en Hlaiti, en rejoignant son poste en d&cembre 1903 apres quelques semaines de conge, apprit que le General Nord Alexis, president de la R6publique, devait aller aux Gonaives commmorer, le i er Janvier 1904, le centenaire de notre Ind6pendance.
Ce prochain depart lui part convenir pour servir de pretexte a une nouvelle demarche en faveur de certain de ses ressortissants, europeens authentiques, alors en prison a Port-au-Prince sous mnandat du juge d'instruction. D)ej a la 16gation de France avait essay d'obtenir leur elargissement. Toujours, elle s'etait heurtee a la mrnme response : le pouvoir executifn'a pas les moyens legaux d'intervenir dans une affaire defer6e a l'instruction.
Sans se decourager par les refus successifs et pressed par certain de ses compatriotes, Mr Desprez sollicita reguliremrent, par I'intermediaire du Secr6taire d'Etat des Relations Ext6rieures, uine audience du President de la R6publique.
Que l'on ne se meprenne pas : Nord Alexis, il ifaut le reconnaitre a sa dignity, n'aurait jamais abdiqud les privileges de sa function comme aussi le prestige du pays en permettant a un agent stranger quelconque, quelqu'ait 6tc son rang, de se presenter A l'improviste aul Palais National, come plus tard, a partir de 1915, le faisaient impunement les americains tels les Butler, les Russel, les Bailly Blanchard ou mime de simples secretaires de legation. It nos Secretaires d'Etat des Relations Exterieures d'alors n'auraient jamais manque de reliever pareil mnanquement au protocole. Le corps

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diplomatique d'ailleurs le savait bien.
Au jour fixde, le Ministre de France se present au Palais National accompagn6 de Mr Emile Rouzier, chancellor de la legation Le diplomrnate conmmuniqua au President les preoccupations que lui causait le prochain depart des memnbres du Gouvernemrent pour les Gonaives. 11 se fit I'interprte des inquietudes de la colonies frangaise qui pensait que, durant I'absence du President et des Secretaires d'Etal les prisonniers seraient exposes a tous les ennuis et aux pires traitements susceptibles mme d'entrainer leur mort. Pour apaiser toutes craintes et fire cesser les bruits, il venait demander la mise en liberty de ses ressortissants.

Le President de la Republique protest contre ces allegations gratuities, injiustifides. "L'autorite dit-il, en I'absence des mnembres du Gouvernemnent, sera exercoe par le commandant de i'arrondisseimetu et les autres tonctionnaires civils et militaires qui, par leurs functions, ont charge de maintenir l'ordre. J'ai pleine confiance en eux et dans leur sens du devoir, dit le chef de l'Etat. Je vous garantis que rien n'arrivera pas plus a vos compatriotes qu'a aucun autre detenu. Je vous ai deja explique l'impossibilite de considered une demand de raise en liberty. Cela relieve exclusivement des tribunaux auxquels les interesses peuvent s'adresser"
Mais, Mr. le President, repliqua tole Ministre de France I'on a deja accord [a liberty dans ces conditions a des prisonniers; je ne vois pas pourquoi, avec les excellent (1) rapports de nos deux pays, vous n 'agiriez pas de la mime fCaon a votre tour?
'Je n'ai jamais su que pareille chose avait eu lieu dans le passe, repartit le President. En tout cas, ce nest pas Ia pour moi une raison sullisante d'agir. n acte irregulier ne dolt pas servir de precedent.

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I1 restera toujours irregulier."
Apres quelques minutes de conversation, Mr Desprez, s'etant convaincu que sa demarche avait echoue, se decide a jouer le grand jeu de l'intimidation La France etait alors puissante. Et le Gouvernement laitaien, le savait Juste A ce moment un croiseur frangais "Le Troude", je crois, etait en rade de Port-au-Prince Le Ministre de France s'en autorisa pour lancer cette menace: "Monsieur le President, dit-il je suis au bout de ma carrier Je ne peux accepter de la terminer avec une note ddfavorable et, pour le cas ou un malheur arriverait A ces messieurs en prison, avec le reproche de n'avoir pas su les ddfendre convenablement. Pour leur protection, je serai oblige de fire descendre immediatement des marines du croiseur en rade"
Casse, courbe par l'Page, le President Nord Alexis opera presqu'un miracle par la brusquerie et la rapidite avec lesquelles it se leva et sortit du fauteuil ou ii etait enifonce. Cela n'etonne pas. Une telle menace devait produire fatalement cette reaction chez ce vieillard qui, tyrannique et insupportable quant a la politique intdrieure, n'admettait jamais de l'etranger ni def, ni atteinte i la dignity national. On se rappelle son attitude, sous Nissage, a l'&gard du capitaine Batsch. Cet oflicier de la marine de guerre allemande, en laissant Port-au-Prince apres son abominable conduite vis-a-vis de note gouvernement, toucha le Cap-Haitien. II voulut profiter de son passage dans ce port pour aller visitor la Citadelle Lafferricre.

Le General Nord Alexis, qui commnandait le department du Nord, prit sur lui de s'y opposer et refusa de laisser le capitaine entreprendre cette excursion. I1 n'admettait pas que celui qui venait, a quelques jours d'intervalle, de nous humilier par l'abus de sa force,

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voyagefiat impundment dans l'interieur du pays. Et Mr Desprez croyait pouvoir intimider cet home si sensible it la moindre insult de l'etranger it son pays:
En verit, le calcul etait mauvais et la manoeuvre denotait un manque complete de sens psychologique. Le President ne repondit pas. 11 poussa cette simple exclamation : Ah! puis, s'adressant ai l'aide de camp de service qu'il avait appele, il ordonna : Allez dire au General Darius (a) de mettre tout de suite la Garde sous les armes. Et se retournant vers son visiteur temeraire, le Chef de l'FEtat lui repondit alors: (Comme vous, Monsieur le Ministre, je suis au bout de ma carrier. J'ai toujours souhaite de mourir en defendant ma Patrie. Je v:ous serai reconnaissant de me donner l'occasion de realiser ce reve. Eh! bien, faites debarquer vos marines. Je vous donne ma parole qu'ils n border ont pas le rivage. Je fais couler I'un apres 'autre les canots qui les transportent. Moi-mrnme, je ieai ouvr it Ic teu et je conunmencerai par vous. Nous serons peut-etre obliges de payer iune indemnite pour vous, mais vous serez bel et bien mort. Je vous le dis. Je vous attends. Et l'audience prend fin.
Mr. le Ministre Desprez se retira. 11i n'osa pas realiser sa menace. Le sentiment de la dignite personnelle chez Nord Alexis, sentiment qu'il titchait toujours d'elever ia la hauteur de la ignite national, I'orgueilleux souci de ntie pas laisser humnilier la nation dans la personnel de son chef, d'dtre totjours prdt it reliever les defis et la preoccupation serieuse de ne pas comnmettre deliberement des faiblesses devant I'etranger, de fire son devoir sans hesitation, routes ses preoccupations ont toujours servi de guide a I'ancien President dans ses relations avec les representants des nations etrangeres Aussi etailt-il respect et, j'ose dire, generalement craint par eux
Mr_ DesI)IeZ, par MI juste eI{}tur des chose est s{orti Iti-mente

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diiniue de Pientrevue. L.e general Nord Alexis ne s'etiit pas laisse ebranler par la "prepot enzia" frangaise. 11 avait su la defier. Et1 nunc intelligite.

(a) Oi appelait gndraement ainsi dei soi pr6olo le guiocal Darius IIyppoline iinilad ni de la garde du government,

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L'ORDRE ET LA LIBERATE
La camrnpagne electorale battait son plein en Janvier 1873. L,'excitation populaire etait a son comble, comme il arrive en ses p6riodes de consultation ou les parties politiques s'affrontent aprement, nerveusement. Les candidates aussi bien que les agents du gouvernement ont peine a calmer leurs partisans.
L'ancienne loi electoral compliquait aussi la situation. Elle prevoyait l'etablissement d'un bureau provisoire qui devait presider a I'election d'un bureau definitif, apres quoi les citoyens etaient appeals a dlire les deputies. A Port-au-Prince, il y avait a 6lire successivement trois deputes. Un seul bureau pour tout cela! les operations etaient forcement lentes surtout avec les mille et un incidents qui surgissaient, cr6es bien souvent par la mauvaise fbi. On ne peut pas, aujourd ihui que tout se passe en utine journee, se taire une idee de ce que representait une election en ces temps-la. A Portau-Prince la loi accordait vingt-cinq jours pour les elections et ce delai suflisait parfois a peine.
iLa tache etait delicate pour tout pouvoir qui entendait a la fois maintenir l'ordre et assurer i tous, adversaires ou partisans, le complete exercise de leur droit d'electeur
De semnblables epoques permettent d'apprecier la sincerity d'un gotuvernement, la probity des dirigeants, leur respect des liberties publiques. L important nest pas que des hommes politiques assembles en gouvernement jettent a toute occasion les mots de liberty de democratic ou le droit, mnais qu'ils demontrent par des faits et par tune conduite constant que les actes accomplish sont conformnes i leurs declarations.
En I1873, Nissage Saget, notre president le plus liberal continuait

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encore a respecter le serment qu'il avait prite en montant au pouvoir. I1 gouvernait selon les principles democratiques consacres par nos lois et notre constitution.
Certes, personnel ne sera assez simple pour exiger qu'un gouvernement soit dupe du respect des droits des citoyens jusqu'a se desinteresser du resultat des elections qui constituent pour tous les barometres de la confiance populaire. II peut, i1 doit chercher a obtenir dans les chamrnbres une majority qui lui assure la realisation de son programme d'action. Mais que ce ne soit pas en employant des moyens de force, en recourant a l'arbitraire, A l'ill6galit6, au crime.
Le President Nissage Saget le comprenait ainsi et c'est en pleine liberate comrne en toute sincerity que les elections eurent lieu. Les agents de l'autorite savaient que cette period amene toujours de l'agitation, des troubles. C'est la consequence ineluctable de toute competition politique. Le gouvernement est Ia justement pour les controler, les empecher de depasser ies linmites, les refrener ou les reprimer mime si cela devenait necessaire. Mais ii ne lui est point penis, sous pretexte de trouble ou d'agitation a eviter, de billonner les candidates ou leurs partisans, d'etouffer la voix de la nation ou d'adulterer le resultat de l'urne. C'est un crime de lese-democratie que l'honndte Nissage Saget ne se serait jamais permis, n'aurait jamais tolere
Dans le courant du mois de Janvier 1873 don't la plus grande parties fit absorbee par les elections, le government eut l'occasion de montrer combien le pouvoir s'ennoblit et se fait respecter lorsqu'il use du mnandat qui lui est confine dans les limits de la Ioi ou pour le maintien de l'ordre, Deux jours apres l'ouverture de la period electoral, uine fete flit organisee chez le senateur Gateau, Secretaire du C(omite permanent du Senat. Vers dix heures du soir, un detachement cqui faisait la patrouille, organisee sans doute dans on

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but de police a cause des elections, voulait arrter un pere de farnille qui rjoignait sa ille ai la fi6te. Malgre l'intervention du Senateur devant la maison dulquel l'incident cut lieu, les soldats voulurent amnener leur prisonnier au post.
Au course des explications, le senateur recut un coup de birton, puis un second pace qu'itl voulait, apres le premier, prendre son agresseur au collet. Un invite reut un coup de batonnette au dos. Aux mrilitaires, quelqu'un cria: feu! A ce moment, le Substitut du Commissaire du Gouvernement, Mr. Arthur Bourjolly, don't le sentiment du devoir 6galait le courage, chez qui, I'un et I'autre n'etaient jamais pris en defaut, s'elance au milieu des soldats, et s'ecrie : Je suis le Commnissaire du Gouvernement. Au nom de la Ioi, je vous ordonne de vous arrter.
I ,e chevalier de la legality [ut ecoute et les militaires obeirent. 11 est bon de noter que le Chef de cette compagnie etail it I'arriere. 11 hiata ses pas quandi it entendit ie bruit. ii arriva a temps pour faire respecter l'inijonction du Commnissaire du government. Cet officer, ce representant de la force que j'ai connu plus tard, ce civilise qui savait se decouvrir et forcer ses subordonnes it se decouvrir devant le representant de la loi, s'appelait Deschamps Lambert. Je I'ai connu sur ses vieux jours, depuis que j'ai ete instruit de son geste d'obeissance it la loi, lui qui, politiquement, etait I'adversaire du group du Senateur Gateau, il mn'a pare meriter autant d'estime et cid'admiration que le substitute Bourjolly. ILes deux, a I 'epoque etaient jeunes, jeunes de trente ans environ.
Is avaient la probity de leur ig e et le courage des responsabilites librement acceptees. Ds que les aulorites firent raises au courant de cette attlire, elles ordonniireit I'arrestation du militaire coupable qui fut df ri a la justice, juge et condamnne

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LA LECON D'UNE FAUTE

Depuis quelques temps dcja, l'opinion publique reclamait du President Boyer certaines rdbformens de administration. Come la Constitution reservait alors ]'initiative des lois aut Pr6sident de la Republique, la Chambre des deput6s se vit contrainte, elle aussi, de s'adresser au Chef de I'Etat pour montrer son adhesion aux reclamations du pays
A l'ouverture de la session legislative de 1838, le President Boyer proclama lui-mme que certaines reformes etaient indispensable "pour ddgager I'administration des entraves qui en ralentissaient faction". Un pareil aveu fortifia I espoir des partisans d'un changement serieux dans le system de gouvernement demneure stationnaire, ou presque, depuis vingt ans environ. 11 encourage les deputies qui en profiterent pour fixer, dans un message au President, les details de quelques ameliorations a envisager immediatemnent.
Le President Boyer admettait bien la n6cessite des reformes mnais, par on defaut de temperament, il ne pouvait soutfrir les projects ou les idees d'autrui. Jn faux orgueil le condamnait it repousser tout ce qui ne venait pas de lui. C'est ainsi que l'ebauche de plan continue dans le message legislatif d'Avril 1838 rencontra son hostilite. Il ne voulait tenir aucun compete des recommendations de la Chambre des deputes a l'epoque interpreted reel des sentiments de la Nation.
C'est le pire des destins pour un chef de gouvernement de se laisser griser par son propre pouvoir et de n'avoir, a ses c6tes, personne capable de lui ouvrir les yeux sutr les dangers en lui indliquant ses errelurs oui ses fates 11 v a I I'ave(ugle sans but

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jusqu'au moment ou le gouffre qu'il a creuse sous ses pieds le rcyoit 11 est encore regrettable pour lui d'etre atteint du mal de la subite omniscience. A cela, plus de remede. Le ridicule de sa position fantasque l'emportera s'il ne troupe pas un conseiller courageux ou utin ami loyal pour le ramener i la modestie de son peu de mdrite.
Pour n'avoir pas comprise que I'intcrat de son gouvernement commune son devoir de chef etait d'eviter ces ecueils et de satisfaire les aspirations legitimes de ses administres, le President Boyer vit le pays, qu'il pouvait encore gagner, se rallied peu a peu aux reclamants, ia ceux qu'il designait sous le non d'opposants. C'6tait dommage! car la jeunesse 6clairec de 1838 constituait une force avec laquelle on aurait di computer. II y avait quelque chose de just au fond de ses demands.


Surtout cette generation, issue directement des hommes de 1804, avait de ia conviction et un coeur leur battait sous la mainelle. Ils n'admettaient pas ce system d'acceptation passive de toutes chose qu'on semblait vouloir leur imposer. "Vous avez un gouvernement mauvais, ai-je In quelque part, vous le supported en vue des avantages de la paix. Mais sa tyrannie devient insupportable et vous le supporter totujours pour ne pas vous agiter Vous employee les mnoyens lnoraux, vous parlez, vous ecrivez, vous VOLus contentez de cette paix honleuse, fiuneste, au sein de la servitude. Voila ou mnerait cette inconceivable doctrine de la resignation en politique s'il n'y avait, au dessus de tous les droits, le droit supreme de renverser I'oppression qui etouftle le droi t". Ainsi pensaient ceux don't les aspirations 1egitimes etaient deques.
ILes jeux etant ainsi taits, les revendications allaient devenir plus pressantes. Les deputies allaient prendre rellement la cause de leurs mIandants. Ils ne pouvaienlt pas y faillir. la etlait leur devoir.

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Pour essayer d'echapper ou croyant 6chapper a la realisation des reformes reclamees, le pouvoir recourut a la pression, aux manoeuvres d'intimidation. Quelques deputies s'etant laisses influence, la majority du corps fut d6placee et le gouvernement put realiser son plan de faire carter de la Chambre les membres les plus influents. Les glorieux elimines ne se sont pas tenus pour battus. A partir de ce moment ils lutterent plus ardemment pour le triomphlie de leur programme. On n'arrive pas a effrayer ni a desarmer ceux qui sont conduits par une sincere conviction au service de nobles et de justes idees.
La reception enthousiaste faite a ces mandataires, dans leur circonscription, apres leur exclusion de la Chambre aurait di indiquer au pouvoir le danger auquel il s'exposait en persistent dans son attitude. 11 ne part rien comprendre. Etait-ce le travail de Jupiter? Le people avait pourtant assez indique qu'il n'entendait pas abandonner ses vrais representants, ses sinceres defenseurs. De leCur c6te, les David St-'Preux, les Herard Dumesle, les Lochard, les Lartigue n'etaient pas hommes a se laisser abattre, a se laisser intimider. Illegalement exclus de la Chambre, ils entendaient prouver que ce sont eux qui representaient les aspirations nationals. Sans crainte, dans le mepris de la security, ils continuerent a rester en contact avec la ville et la champagne.
En 1842, au renouvellement de la C(hambre des deputes, le pays recompensera leurs efforts courageux et patriotiques. Its fiurent elus a nouveau et, en mime temps, beaucoup de leurs amis furent choisis par d'autres circonscriptions. C(ette bataille flit dure. Partout et dans tous les camps, on deploya uine energie feiroce, une activity sans borne pour fare echec it son adversaire.
11 faut le dire, personnel ne fut inquiete pendant la period electoral. Les diflrents groups parent aisement 1aire leur

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campagne Par ailleurs, chacun etait decide a se defendre contre tout abhLs de la lfoce.
Malheurteusement, le Gouvernement ne se resolut pas a respecter la volonte du people souverain fl renouvela ses manoeuvres. 11 fit exclure de la Chamrbre les anciens deputies de 1839 et quelques-uns de leurs anmis politiques elus aussi en 1842. Les trois deputies de Port-au-Prince furent limiinds. C'6tait deplorable a tous les points de vue.
Peu de temps apres, le President Boyer fut renverse du pouvoir. 11 comprit alors combien il etait imprudent et dangereux de la part d'un gouvernement de toucher aux institutions fondamentales et de career I'insecurite dans le pays.

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CHATIMENT D'ESPiONS

Nos eclatantes victoires sur les soldats de Napolon, les measures de security qui les ont suivies et I'etat d'alerte constant dans sequel nos aieux de 1804 maintenaient la patrie qu'ils venaient de career, n'avaient pas suffi a determiner la France a renoncer ia ses pretentions sur l'ancienne colonie de Saint-Donnmingue redevenue Haiti.
I1 important a la nation vaincue de r6tablir son prestige et son influence que nos armes venaient de ruiner dans le Nouveau Monde. Et les anciens colons, don't elle partageait I'aveuglement, la poussaieInt a preparer une nouveile expedition )pour ia reconquete de l'lle. Pour faciliter le success de cette chimerique entreprise, le gouvernement friangais comptait obtenir, au moment voulu, le concours d'agents de renseignements (on ne disait pas encore cinquieme colonne) parnni ses ressortissants don't le sejour, pour des raisons diverse, etait tolere sur le territoire d'laiti.
C'est ici qu'il faut s'arreter une minute pour celebrer le genie prevoyant de notre grand Dessalines qui, comprenant le rl1e dangereux que pouvait jouer, a l'occasion, ces 6lments disciplines et solidaires, avait decide et fait executer des measures energiques et salutaires pour parer ia tous les clangers d'un retour offensif' des franais. Les eveneuents sont venus le justifier.
EIn matiere de prelude., le gouvernement firanais envoya des agents secrets en Haiti charges de recueillic des renseignnements utiles et de serner la division parmi nous Notre action viev ilante devil taire

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avorter ces demarches Peu de temps apres la capitulation du sauvage marquis Donatien de Rochambeau, deux agents de la France arriverent dans le pays. Considerez la perfidie du jeu nouveau : ce sont deux negres de la Martinique, un noir et un mulatre. Chacun d'eux accept la mission d'exciter les individus de sa couleur contre ceux de l'autre nuance. Ainsi, une division naitrait entire les deux groups et, periodiquemnent renouvele, ce travail aboutirait ai une degradation qui assurerait le success de l'invasion projete.
Aux temps revolus de la colonies, cette manoeuvre avait si bien reussi qu'elle permit aI la France de diviser Rigaud et Toussaint jusqu'a la guerre civil. Mais Dessalines et les autres generaux, tous, des chefs jusqu'aux soldats, tous, venaient de fatire l'experience d'un passe regrettable et d'une situation qui ne reservait que ruine et misere a tous les negres sans distinction et ne laissait de benefice qu'aux seuls blancs qui l'avaient provoquee et reglee. Nous etions, tous taut que nous iInles, les dindons de ia iarce, les nmarionnettes dont on avait tire la ficelle.
Ils n'ont rien appris, rien oublie, disait-on des emigres, en France, apres la restauration des Bourbons. Ceux qui gouvernaient li-bas, depuis 1804, eux aussi, n'avaient rien appris des lemons que nos generaux venaient de leur donner, rien oublie de l'echec de leurs intrigues qui n'ont pas pu leur assurer la domination definitive qu'ils avaient rivee sur Saint-Domingue. Le resultat, imprevu par eux, des successives missions d'espionnage fut d'assurer I'union des forces Ihaitiennes toute fremnissantes encore au souvenir de la barbaric des colons.
Un de leurs deux espions, le nonmme )Ducoudray, fut arrte et conduit a Dessalines. J'imnagine I'etat d'esprit ou plutot I'etat d'ime de I'ancien "general en chef de l'armee indigene". Quelle legitime colere mlee de mepris a du dtre la sienne devant cet espion. Quoil

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malgre tous les crimes et les atrocites des franrais contre la race negre, il s'est trouve deux negres pour servir d'instruments contre des negres et contre quels negres? Contre ceux qui venaient justement de rnontrer a leurs congeneres encore infortunes la voice a suivre pour assurer leur bonheur, se creer utine patrie et jouir de la liberty qui, decidement, nest pas un bien reserve sur la terre seulement aux blancs; contre ceux qui venaient, par le plus glorieux des examples, de demontrer qu'il n'y a pas d'inegalite de races et qu'a tout prendre, les negres, au moins ceux d'Haiti valaient leurs anciens dominateurs blancs, ceux enfin qui venaient de donner ai toute une race malheureuse l'espoir en des jours meilleurs.
L'homme qui conseillait a Miranda le "coupe tte boule caille" ne pouvait se dejuger ni manquer d'energie et de decision 11 fit executer l'infrme Dutcoudray, honte de l'humanite et de sa race. Et le gouvernement qui avait employee cet agent a si hasse besogne I'abandona et n'eut pas ie courage de ie dfetindre. Le dernier mot resta a Dessalines commune il restera toujours a tous ceux qui, a son example sauront tre des hommes. L'adversaire respect ceux qui se font respecter, ceux qui n'abdiquent jamais leur droit et leur dignite; ceux qui, en tout temps et en tous lieux, savent defendre l'honneur et I'intert de leur pays.
Cette legon infligee ne decouragea ni les anciens colons, ni leur gouvernement. 11s recommencerent leur jeu plus tard, Avec un caractere ofliciel, une nouvelle mission debarqua en Haiti pendant que l'admrinistration du pays etait partagee entire les gouvernements de Petion, de Christophe, de Borgella. L'occasion part belle pour reprendre le travail commence. Les membres de la mission, au nombre de trois, etaient separemnent designes pour entreprendre des pourparlers avec celui des trois chefs qui lui etait indique. Le President de la commission avait ecrit au roi Henri pour lui annoncer

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I'arrivee du membre Franco de Medina. Deja, lc minister e du monarque avait dans sa response, declare au colonel Dauxion L.avaysse, president de la commission "Nous n'accepterons jamais aucun traite ni aucune condition capable de compromettre l'honneur, la liberte et I'Independance du people d'Halti". Mais les Frangais n'avaient rien appris, rien oublie. Franco de Medina parut fort suspect au roi qui le fit arr6ter come espion. Interroge, il fit des aveux complete sur le but occulte de sa mission. 11 etait, avec ses colleagues, charge de travailler a ramener Hlaiti sous l'autorite du roi de France. Les papers qu'il avait en sa possession revelaient que l'expedition militaire qui devait suivre, en cas de success de sa mission aurait recommence les noyades et les autres crimes des de Noailles, des de Rochambeau de la period colonial. Decidement ces messieurs n'avaient rien appris, rien oublie. La publication des documents saisis fit une telle sensation en Europe mime, et principaiement en ,,ngieterre, que e e gouvernement iianyai, dut s'expliquer et, dans son journal oticiel, desavouer ses agents. La farouche energie deployee sans cesse et pa-tout par nos chefs d'Etat qui s'appelaient Dessalines, Christophe, Petion fit echouer constamment ces menaces attentatoires ai notre souverainete. -11 ne fallait pas, disait Petion, que les "'Frangais, s'ils venaient, trouvassent un seul ajoupa pour s'abriter contre les intemperies du temps" C'etait le sentiment general des homnmes de l'epoque don't le courage et la virile resolution n'avaient jamais connu de hornets. Pour mrnaintenir leur oeuvre et pour la fortifier, c'est par ces beaux ctes qu'il tfaut leur ressembler. Leur solide vertu n'a jamais admis de aiblesse. C'est cela qui a toujours assure leur respect et notre tranqruillite. N'oublions jamais de fire come eux et mdme plus qu'eux. La est notre salt

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L'AFFAIRE LEON MONTHS A LA CHAMBRE



L'un des premiers soins du general Salnave, devenu maitre de la situation apres le renversement du President Geffrard fut de poursuivre les anciens serviteurs du gouvernement dechu Le general Ieon Montas, a ce titre fut arretde; il etait encore en prison apres l'election de Salnave a la presidency de la Republique et la reconstitution du cabinet Malare toutes les demarches l'autorite refusait de le liberer ou de le livrer a ses juges naturels. De guerre lasse, Madame Montas adressa a la Chambre des Deputes, le 5 octobre 1867, une petition ou elle exposait la situation malheureuse de son maria sur le sort duquel couraient mille bruits de plus en plus inquietants.
Les persecutions contre les citoyens, les attentats a la liberate individuelle ont toujours discredited les gouvernements qui y recourent On peut dire, en considerant nos bouleversements politiques, que ce sont les gouvernements eux-mimes qui les ont toujours provoques et rendus necessaires par leur tyrannie et leur mepris de la loi ou des principles.
ILa Chambre des Deputes ne pouvait pas rester indifferente a la plainte de Madame Montas. Elle interpella le Cabinet Ah! Ces chambres d'autrefois: Je ne peux pas y penser sans emotion et sans


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un profound regret que comprendront et partageront tous ceux qui s'attachent encore anotre passe qui, s'il content des erreurs ou des fautes, est aussi parseme de beaute et de grandeur. 11 n'y a qu a vouloir pour y trouver sans peine des examples qui instruisent autant qu'ils fortifient dans les coeurs sincere l'espoir d'un ineluctable renouveau national. Car il faut avoir 1'espoir, il faut, avoir la foi tant que l'on respire et que l'on contemple encore l'horizon qui cache dans son inconnu, pour ceux qui croient come pour ceux qui doutent, I'inevitable realisation des buts longtemps roves de prosperity et de grandeur nationals.
Le genie tutelaire de la Patrie est la qui dit a tous que la beaute des actions heroiques accomplies par nos aieux et le maintien de note souverainete et de notre independence dans l'honneur et la dignite de 1804 a 1915 auront des lendemains resplendissants. Les nuages qui obscurcissent notre soleil s'evanouiront un jour plus tot quc notre impatience patriotique ne ie souhiaite. Airs, assagis et reconciles, nous nous mettrons tous ensemble a I effort pour racheter.
"Par cent pas en avant chaque pas en arriere"
De tels sentiments et de telles idees animaient aussi nos peres don't les luttes marquaient toujours, dans ane atmosphere elevee, la preoccupation d'arriver ai l'evolution et au progress propres a notre genie national. Pour eux, le pouvoir executif n'etait ou ne devrait tre que la representation des principles. 11 etait constitute pour fair appliquer les lois, faire respecter la justice et les droits de tous comme aussi pour ecouter les critiques et les doleances des administres, reparer les erreurs et les IFautes qui lui sont signalees sous peine de voir les citoyens s'ecarter oe lui, lui tourner le dos
Nos deputies de 1867 ne conce\ aient pas autremenm le gouvernement la lettre de Madamne M(otas leur pernettait de lfaire

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comprendre au pouvoir ex6cutif, par l'interpellation immediatement decide, que leur adhesion au gouvernement n'impliquait pas une approbation sans discernement de tous ses actes mime les plus irreguliers. Une telle conduite aurait ete le faith d'esclaves et ne pouvait pas 8tre celle des hommes libres et independents qui allaient montrer, au course de l'interpellation, combien ils etaient conscients de leur r81e et a la hauteur de la mission qu'ils avaient accepted du people.
Dans notre histoire parlementaire, on ne rencontre aucune seance plus impressionnante et plus pleine d'enseignements que cette orageuse seance du 11 octobre 1867. Pas une faiblesse a reprocher a nos deputies, pas une exaggeration non plus et surtout pas une hesitation. Tous au devoir. Du plus sage et du plus pondered, je veux dire l'illustre president de la Chambre, Monsieur le depute Alfred Menard, jusqu'au plus intrepide et au plus enthousiaste (il s'agit du depute de St-Marc, Mvonsieur Armand Thioby, jeune pat iementaireC de 26 anrts don't on ne sait ce qu'il faut dejia le plus admirer en lui, sa science, son courage ou son patriotism) tous ont justified ce jour la confiance de leurs mandants. Quand reviendront ces beaux jours d'antan et de semblables moments?
J'ai, dans ma vie, a l'ige des belles illusions et des grands enthousiasmes, assisted a des seances tumultueuses de la Chambre ou du Senat don't je garde encore le fremissant souvenir, mais je m'imagine que celle qui eut lieu cet apres-midi du I I Octobre 1 867 n'a ete ddpassee ou egalee par aucune de celles quej'ai vecues. La seance est ouverte, Mr le President Menard accord la parole au depute Armand Thoby qui rappela que le despotisme (despotisme d'un seul ou despotisme de plusieurs) est, de temps en temps, abattu par la colere populaire. 11 avertit le cabinet que les nuages que le despotisme amnoncelle couvent assez souvent la tempete

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rdvolutionnaire; la petition de Madame Montas signal un frait deplorable: a violation du droit par ceux qui revendiquaient le droit. Nous devons sister A une pareille tentative, ajouta-t-il, de toute la force de not re conviction, de toute la puissance de notre autorite morale.
Ce discourse fitt interrompu par un incident tries grave. Le commandant de I'arrondissement, d'un air menayant, penetra dans I'enceinte reserve aux memrbres de l'Assemblee. 11 etait deja aux abords du local avec sa force dans le but d'essayer d'intimider les interpellateurs.
Une tourbe encanaillee de brigands, de femmes ramassees dans les plus mauvais lieux de la ville, lui servait de cortege et de sbires. Comme les deputes n'en paraissaient pas emnus, notre general s'introduisit dans la salle des seances, pensant par Ia, sans doute, mieux reussir dans sa manoeuvre.
1,e depute Btrice se leva immediatement pour r eciamner, avec plusieurs de ses colleagues, I'expulsion du militaire oublieux de son rle de defenseur de l'ordre et de nos institutions.
"Vous dtes venu, dit le commandant de l'arrondissement, pour attaquer la revolution, je me present pour la defendre". Toute la Chambre alors prouva combien ce chantage de l'intimidation 6tait vain et inutile en se levant commre till seul homme pour protester contre cette violence. Les deputies unis et solidaires, d6clarerent: "qu'aucune menace ne peut les intimider et qu'ils sauront s'offrir s'il le taut, en holocaust pour defendre les interets du people" et sur le tard, nos representants etaient encore en seance, attitude renouvelee des peres conscrits remains.
Rien, mais rien n'avait pu trouble ces homes qui s'appelaient Alfred Menard, Armand Thoby, Dominique Debrosse, Ferrus fills, Fidele, (Chassagne, Brice l'audacieux qui devait tire, plus

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tard, l'un des chefs du famrneux debarquement de Decembre 1869 a Port-au-Prince, j'en passe.
En province, les premieres violations de droit avaient provoque la reaction salutaire. Les cacos avaient pris les armes contre Salnave qui les avaient dequs par sa politique arbitraire et attentatoire a u droit des gens.
L'attitude du cabinet, au course de la journee du I 1 Octobre 1867 et apres, allait mettre le comble a la measure. Le commandant de l'arrondissement fut invite par le president de la chambre a quitter l'enceinte Se croyant fort de la lie du people don't il s'etait fait accompagner pour sa triste besogne, il refusa de deferer a celte invitation Alors, Mr Menard, de son fauteuil presidential, se dress et, decouvrant sa poitrine, dit au general, en rupture de discipline: "Nous sommes ici sans armes, si vous rates venu pour nous attaquer, commence par moi". Ces energiques paroles, galvanisant les deputies, rendiient I 'assembiee huOleuse. L,'auditoire lui-nmeme itii entendre un murmnure d'indignation assez comprdehensible. Cette desapprobation general determine le Secretaire d'E tat de I'Instruction Publique a intervenir. 11 fit quitter I'enceinte de la Chambre par le Commandant de I'Arrondissement. Le calme retabli, le depute Armand Thoby a toujours la parole. I1 n'a pas flechi sous la menace. On le constate a ses paroles.
Comme si rien ne s'etait passe, c'est la meme phrase qu'il continue. C'est que dans la rafale il avait garde l'esprit calme et libre, sans trouble aucun.
Une double surprise etait reserve a la Chambre quand ellde vit qu'au lieu du Secretaire d'Etat de la Justice ou de celui de lI'Intrieur, cc fit leur college de 1' Instruction Publique qui repondit a l'interpellation et que, au lieu de se justifier et d'essayer de faire absoudre le gouvernement, il se mit ai accuser son prisonnier. 11 eut,

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au course des debats, cet aveu scandaleux en parlant du general Montas: "Suspect, il a du ctre arr6te". C'etait peu, en v6rite, pour justifier 1'emprisonnement. Cela indiquait, en tout cas, les dispositions arbitraires des d6tenteurs du pouvoir.
Le depute Eugene Margron intervint ensuite. 11 doit a son eloquence, a sa droiture et a son patriotism d'avoir etc elu plusieurs fois depute de Jeretmrie. On peut dire qu'il a toujours justified le choix de ses mandants. Autant que Thoby, it fut superbe d'independance et de courage. "Sans la liberte individuelle a-t-il dit, la liberty de la tribune ne serait qu'une decevante illusion, la liberty de la press, utne vaine chimere. Sans le respect de la liberty individuelle, vos discours, vos actes, vos lois, la constitution, le pouvoir legislatif le pouvoir judiciaire, tout ne serait que mensonge; le pouvoir executif seul serait une realize et cette realite, Messieurs, ce serait la dictature".
Car, continuat-ii, ie peupie dans son bon sens, comprend qu'avec la legalite il aura la paix, Ia prosperity, tandis que sans la legalite ce serait I'oppression, ce serait la mrnisere, ce serait la guerre civile."
Arrivant a l'emprisonnement de Leon Montas, I'dloquent deputy declare: "Ce que la Chambre sait, c'est que contrairement ai tout principle humanitaire, contrairement i la Constitution, le general Montas, apres avoir ete arrate illegalemnent, subit utin traitement que rien ne justified. Ce que la Chambre sait, c'est que ce citoyen est encore dans les fers apres cinq rnois d'une detention illegal et qu'il n'a pas ete livre a ses juges, mnalgre l'injonction formelle de l'assemblee constituante. Voilit poutrquoi elle vient vous dire: ou le general Montas est coupable ou it ne l'est pas. S'il nest pas coupable, de quel droit avez-vous arrtd un innocent? S'il est coupable (et je veutx admettre qu'il le soit) de quel droit I'avez-vous

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mis aux fers avant qu'il soit judge? de quel droit ne voulez-vous pas le juger depuis cinq mois qu'il est aux fers?" Helas! On ne sut pas chez nous cette eloquence entretenir, come dit le fabuliste. Puis vint le tour du Depute Br3ice. 11 cria son indignation d'hornrmme libre et de Depute soucieux de defendre les droits du people. "Lorsque I'arbitraire, dit-il frappe sans scrupule les hommes qui lui sont suspects, ce nest pas seulement un individual qu'il persecute, c'est la nation entire qu'il indigne d'abord et qu'il degrade ensuite".
Ce qu'il fallait a nos parlementaires, c'etait I'execution des lois et le respect de la liberate individuelle par ceux-la mrnme qui ont charge de la proteger. Pour ne pas souscrire a cette injunction legitime, le gouvernement prefera recourir a la plus grave des measures, a la dissolution inconstitutionnelle de la Chambre. 11 a d, dans la suite, regretted cet attentat qui, par un effet contraire, donne de nouvelles forces a la revolte deja inauguree contre lui. 11 allait tre oblige, cihaque jour, de veiser davantage clans I'ai itraire, soutenir ses rigueurs par d autres cruautes, sonner lui-tmme son glas tandis que ses adversaires sonnaient, a travers le pays, le tocsin de la legalite et des liberties en peril. C'est toujours une faute et une faute en politique, que de ne pas avoir regard aux droits et aux immnunites du pouvoir legislatif ou d'outrager la liberty individuelle
Quand la Constitution est violee, I'insurrection est le plus saint des devoirs, a-t-on dit. Si le gouvernement avait respect la Constitution et les institutions, s'il avait obei a la volonte du people exprimee par la Chambre des deputies, s'il avait respect les droits des citoyens, s'il availt, en un mot, une sa.ine idee de sa mission, sa popularity, loin de s'evanouir aurait grand. Cornmmne le disait Monsieur Thoby, I'oeuvre de la Chamnbre des deputies etait appelee a turner au prof it du gouvernement rnais celui-ci nte I'a pas comprise nmalheureusement. 11 aima mnieux violet la C'onstittion et leIs lois.

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(Cet episode de notre vie parlementaire sufHt a nous rappeler que nous avons eu des deputes qui fiurent de veritables defenseurs du droit et de la Justice. Eleve dans les principles qui font se soulever Ifime et le coeur en faveur de la justice et de la liberty, rues amours tres chores, je me sens emu, au delay de toute expression, a l'evocation de gestes glorieux de notre vie national et j'accorde un souvenir de respectueuse sympathie et profonde admiration a ces grandes figures haltiennes qui les ont accomplish. Elles out marque leur epoque d'une incontestable grandeur en y semant de la gloire et en la rendant belle.
On oublie trop vite, d'une generation ia l'autre, ceux de nos comrpatriotes qui out travaille i career ou a fortifier en nous les sentiments d'orgueil et de dignity. Nous oublions trop tfacilement nos devanciers de valeur et de mnerite et meme leurs actes. Ainsi deja, il y en a qui semblent ignore que, de tous les points du pays, quand le sol national i rut envahi par ies forces iiitaires americaines, en i 15, if y eut contre les envahisseurs un movement de revolte et d'indignation qui, en certain endroits, se manifesta par les armes; que tous les grands tonctionnaires de province, civil et militaires, 6taient disposes it reagir, qu'il y en a meme qui firent leur devoir dans la rnesure de leurs moyens et tant qu'ils resterent en ftonction. S'il en est ainsi des evenements de 1915, relativement recent, jugez conmbien peu parmi nous sont au courant des faits des anciens, des evenements de 1867. Non, nos devanciers meritent plus de souvenir et plus de gratitude. Prenons la resolution de leur vouer desormais un meilleur cult, de leur accorder plus d'amour.

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RESISTANCE A L'ARBITRAIRE

Au Tribunal correctionnel de Port-au-Prince, en l'anne 1895, un ancien Secretaire d'Etat de 1'Intdrieur et des fonctionnaires militaires etaient cites pour repondre d'un delit d'abus d'autorite et d'emprisonnement illegal et arbitraire que leur reprochait un modest citoyen, ancien employee du Ministre. I leureux temps! Hleureux justiciables!
Me. Michel Oreste representait le plaignant. Nul choix ne pouvait Stre meilleur Par son eloquence, son courage et sa science juridique, l'eminent avocat s'etait de bonne heure acquis au barreau de Jacmel, sa ville natale, une place enviable, la premiere j'ose dire, parmi ses confreres. Quand en 1890, apres son election de deputy au Corps Lgislatif, il vint s'etablir a Port-au-Prince, il n'eut guere d'effort a faire pour occuper le rang qui lui revenait dans ce nouveau milieu. Sa brillante reputation l'y avait precdde. En mmrne temps qu'il comptait parmi les maitres du barreau, il dtait alors un des ddfenseurs les plus notoires et les plus decides du droit viold A la barre du tribunal come a la tribune du Corps Iegislatif, i etait toujours parmi ceux qui reclamaient en faveur de la justice ou de la liberty en danger. Ce proces convenait donc bien a son talent et a son caractere; sa parole cinglante etait a la mresure de la cause qui lui etait confide.
Sans s'inquieter de savoir si, parmi les prevenus, il y en avail qui etaient encore en fonction Ic aourvaoe x a\ocat st ti UM,

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nouvelle fois, les auteurs des actes arbitraires et illegaux don't la pratique provoquait justement l'indignation et I'impatience du pays.
Me. Michel Oreste fut averti, peu apres I'audience, que ses paroles avaient provoque la colore du Commandant de la Place de Port-au-Prince egalement impliqud dans le prices. L'honorable avocat n'en fut guere trouble. A peine rentre chez lui, il reput une lettre de ce fonctionnaire qui reclamait des explications sur la plaidoirie. 1I y repondit sur le champ et par le porteur rnm&me du message. On ne pouvait donner satisfaction ni plus vite, ni plus corn pletement.
Les avocats de cette generation ne s'emouvaient pas de la menace ou de la colere des puissants. Ce n'etait pas dans leurs mLoeurs et dans leur temperament. lIs etaient des hommes et ils savaient le montrer. "la vie de notre ordre, a dit l'un d'entre eux et non des moindres par la science, la probitO, le courage et I independiiance, la vie de nore ordre, a dit Me. lEdmond iLespinasse, jadis se poursuivait dans une atmosphere de lutte et de combat et it avait pour devoir, au milieu des passions, de reclamer pour tous ceux qui souff aient et de protester pour tous ceux don't on violait le droit" "On l'a vu, a dit encore Me. Lespinasse, au milieu des revolutionnaires triomphants, lever la voix, sans crainte, sans hesitation, avec la plus complete independence pour defendre le President Sylvain Salnave". C'est une tradition heureusement conservee dans le barreaur de savoir braver les perils, de souffrir risere et persecution pour dletendre la verite, le droit ou la justice.
Avant mm&e que la response parvint i destination, le correspondent occasionnel se rendit chez Me. Oreste en ayant la precaution de se faire preceder de sbires dissemines tout autour de la mason I)es qur'elle entendit rapper, Madamrne Oreste, devangant son mart et retenant ses domestiques, alla elle-m0me recevoir le

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visiteur. Elle avait pressenti, comme de just et a cause de l'heure indue, que c'etait le Commandant de la Place. Sans se deplacer, elle avertit son maria qui, avant de se presenter eut la precaution de s'armer a toutes fins. Heureuse idee! Dans la pensee d'un danger possible, Mme. Oreste comprit que son devoir etait de rester Ia, a cote de son maria. Elle ne se retira donc pas. Quid fallere possit amantemn?
Notre histoire resplendit de cette categories de femmes fortes, courageuses et devouees, bien imbues du rdle qu'elles sont appelees a jouer a crte de leurs maris, qui consentent a ne pas empieter sur les attributions ou la mission de I'homme et trouvent assez beau de s'evertuer a &tre la reine du foyer.
Leur amour conjugal decuple leur courage et leur devouement quand arrive pour le mari I'epreuve des heures d'ennui ou de danger. Stoiques autant que genereuses, elles savent encourager les resolutions ies plus 6nergiques commnie eiies conseilient ies pardons les plus magnanimes. La pratique des vertus domestiques, saine ambition, absorbait assez leur temps pour les empecher de divertir a autre chose Les femmes d'a present sont bien loin de ces moeurs, pouvons-nous dire avec le poete. Madame Oreste etait de I'ancienne ecole, la bonne, l'eternellemnent vraie. Quand I'entrevue devint tragique, elle fut I pour soutenir courageusement son maria menace dans son propre domicile par un de ceux don't la tiche est pourtant d'assurer la protection des citoyens.
Des le debut, la conversation prit un ton aigre et, en quelques minutes atteignit son denouement. Aux propos menagants du general, Me. Oreste repondit en lui montrant la porte. Sur urn geste imprudent et significatif de l'etrange visiteur, Me Michel Oreste, avec une promptitude salutaire, degaina son revolver d'une main en minme temps que de l'autre il saisit le bras de son adversaire. Puis,

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Parme an poing, if tint cet a gresseur en respect, I'obligeant a gagner la rue a rIeculons.
Alors, de sa voix de stentor, il dit publiquement et durement son fait a cette autorite toute puissante, ce qui attira les voisins au dehors. Les passants s'etaient arrtes emerveilles de tant de courage, tandis que demneuraient atterres ceux don't le commandant militaire s'etait fait accompagner pour le but manque. Un voisin limitrophe, l'honorable Mr. Racine aine que le bruit avait faith apparaitre, en fit si indigne qu'il tourna le dos et ferma sa porte au general qui faisait le geste d'aller Ili expliquer, ai sa faton, la regrettable scene. C'etait une legon et une premiere sanction.
Comme une trainee de poudre, la nouvelle de cette incroyable aflaire se repandit dans la ville et I'emotion qu'elle provoqua fut grande. Les autorites militaires jusque-la manifestaient une autre conception de leur mission, jamais auparavant un avocat, reclamant meme contre ies abus d'uin home au piouvoir, n avait ete mins a pareille epreuve. Ce qui faith, en tout temps, la force de l'autorite et assure le prestige qui l'accompagne dans I'exercice de ses functions, c'est la protection qu'elle accord a l'individu et le respect qu'elle professe pour les droits de tous les citoyens, adversaires ou amis, riches ou pauvres, humbles ou puissants. Quand le fonctionnaire oublie son r61e ou sa mission en mesusant de son pouvoir, il provoque le mecontentement ou l'inquietude de ses administres; il cree les causes d'irritation contre le regime qu'il dessert par sa mauvaise conduite et prepare la reaction d'une colere qu'il a provoquee et qui, sans lui, ne serait pas ne. Toutes les revolutions parent des violations du droit ou de l'inaptitude a le proteger. L'honmme d'etat fait naufiage contre ces ecueils quand i1 oublie les principes essentials qui doivent servir de base a ses moindres actions.
Malls l'apres midi et le lQlen in lc barreau, les magistrats,

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meme les fonctionnaires revocables, toute la ville peut-on dire, defila chez Me. Oreste. Ce fut a la fbis on t emoignage de sympathie pour l'avocat et une manifestation de protestation contre l'agression.
Me. J. N. Leger etait Batonnier de l'Ordre des Avocats du Barreau de Port-au-Prince. De la lignee de nos grands avocats, il continuait la liste des Bitonniers qui ne savaient pas transiger avec le devoir accepted de defendre en toute occasion I'ordre qu'il representait et les avocats qui t'avaient charge de cette mission. Sitot qu'il fut mis au courant de l'attentat, il convoqua le conseil de l'ordre et, des le lendemrnain, au nom de la liberte individuelle qui doit tre garantie aux avocats dans la defense de leurs clients, it adressa une energique protestation au Secretaire d'Etat de I'interieur contre l'agression sans precedent don't un membre du Barreau avait failli 6tre victim de la part d'une des principles autorites de la ville.
Dans de pareilles circonstances, nos goutivernements par calcul sinon par puincipe, coimp enatent itijous ia necessiue de donner satisfaction a l'opinion publique. ILe Secretaire d'Etat de 1' interieur, Mr Papillon, prit I'affaire en mains, blima l'acte, son auteur dut, dans un rapport que ses chefs exigerent, regretter sa conduite et presenter de formelles excuses.
Sachant que sa vie restait quand mmrne en danger, puisque l'agresseur n'etait pas deplace, Me. Michel Oreste decide de se rendre a. l'etranger tant que son adversaire sera en function et mme s'il le faut, jusqu'a la fin du mnandat du President de la Republique. Mais Mr Le Secretaire d'Etat de 1' lntrieur refisa net le passeport. 11 le fit savoir a Me. Michel Oreste "Je ne peux pas signer ce passport, a-t-il dit. Le signer ce serait proclamer que, sous mon administration, les citoyens n'ont aucune garantie et que la liberate individuelle nest qu'un vain mot. ILe depart dans de telles conditions d'un haltien de valeur ne peut qoue nuire au gouvernemnent "

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Sur les instances du Secretaire d'Etat de l'Interieur et du Secretaire d'Etat de la Justice qui representerent surtout le deplorable effet de la conduite du Commandant de la Place sur l'opinion, le President de la Republique consentit ai recevoir Me. Michel Oreste et a lui renouveler l'assurance que, dejai, l'ordre des avocats et lui avaient rebus, a savoir que l'incident etait regl6, et qu'il etait assure de toute garantie pour lui et pour sa famille, qu'au surplus, les autorites militaires etaient revenues qu'elles devaient respecter les droits et la liberte des avocats. Le courage, l'independance et la pratique du devoir venaient de triompher. L'armee leur avait present les armes.

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CURRICULUM VITAE DE VICTOR CAUVIN

Ne a Port-au-Prince, le 17 aofit 1882
-Etudes classiques i Port-au-Prince.
*D'abord it l'Ecole Polymatique et ensuite au Lycee Petion jusqu'i la philosophic.
-Baccalaureat en Aofit 1901. Avocat du Barreau de Port-au-Prince, licencie en droit. Plusieurs fois membre du Conseil de discipline de l'Ordre des Avocats.
-A occupy les emplois et functions:
*Employ6 au D6partement des Travaux Publics.
*Employ e au Departement des Relations Exterieures.
*Professeur au lyvcee Petion.
*Chef du Bureau au Departement des T.P.
*Depute de Port-au-Prince au Corps Legislatif 1930 1932
*Membre du Conseil de Gouvemrnement 1956
*A et6 designed par le Gouvemement Haitien comme membre de la Cour Permanente de La Have 1945 Decorations:
*Ordre Francisco de Miranda Venezuela
*Oflicier de I Ordre National Honmecur et Merite, Haiti
*Commandeur do l'Ordre Petion Bolivar, Haiti
-Commandeur de l'Ordre Isabelle la Catholique, Espagne Membre fondateur de la Societe Bolivarienne d'Hati,
*Vice-President de cette society en plusieurs fois et aussi President de cotte society.
Directeur honoraire de l'Institut Chileno-Haitien. Collabora a plusieurs journaux hatiens :
*La Poste, L'Essor, Le Nouvelliste, Le Matin etc.
-11 fut aussi, a cot6 de son pere, Me. F.L Cauvin, I'un des fondateurs de I'UNION PATRIOTIQUJE a 1'epoque de l'occupation Americaine et secretaire de cette society sous la Presidence de Mes. Georges Sylvain et Perceval Thobv.
-11 publia dans le Nouvelliste une s6rie d'articles sous la rubrique "SONNONS LA CHARGE". Connut la prison pour d61it de Presse sous Borno. II fut arrate en compagnic de Ernest Chauvet, Ch. Moravia, Jn Ch. Pressoir, Clamrnart Ricourt, Luc Fouche, Me Perceval Thoby etc Et sous Vincent, lors de l'affaire Calixte, en compagnie de Me Seymour Pradel etc.
-Decede le 8 Fevrier 1971

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TABLE DES MATIERES


N o te d u N o u v elliste . 4 U n nationalist . 5
Avant-Propos 6 Choix de texer
1 Le tem ps passe . . 8 2. "Je n'aim e pas la cuisine anglaise" . 13 3. Defense des dleves et de leur droit . 17 4. Le secrdtaire d'Etat responsible . 21 5. Le devoir avant tout 25 6. La force cede au droit . . . 29 7. La justice qui ne rend pas de service .- 34 8. Comment on rdpond aux menaces 37
9. Le parquet fait respecter la loi . 9 10 Les Etat-Unis menacent de la force 43
S1 Conduite de secretaire d'Etat . 46 12. Example de courage .50
13 Je v o u s ex cu se . 5 3 14. Jeux d 'antan . 57 15. Le president relve le gant 60 16 L 'o rd re et la lib ert . . 6 5 17 L a legon d 'un e faute . 6 8 18 C h fitim ent d 'esp ion s 72 19. L'affaire Leon M ontas ai la Cham bre . 76 20. Resistance i l'arbitraire . 84 Curriculum V itae de V ictor Canuv in . 90

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nfographie et Impression: M6dia-Texte, 25 Ruelle Chavannes, W: 22-5393

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