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Notes sur Saint-Domingue, tirees des papiers d'un armateur du Harve, by Charles Breard, Rouen, 1893. (BCL-Williams Mem.Eth.Col.Cat. #550)

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Notes sur Saint-Domingue, tirees des papiers d'un armateur du Harve, by Charles Breard, Rouen, 1893. (BCL-Williams Mem.Eth.Col.Cat. #550)
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Notes sur Saint-Domingue, tirées des papiers d'un armateur du Harve, by Charles Bréard, Rouen, 1893. (BCL-Williams Mem.Eth.Col.Cat. #550)
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4-tr-Bréard

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CHARLES BRIARD


NOTES


SUR



Saint- Domingue


TIRES DES PAPERS D'UN AMATEUR DU HAVRE


(1780- 1802)


ROUEN

IMPRIMERIE DE ESPiRANCE CAGNIARD


Rues Jeanne-Darc, 88, et des Basnage, 5


1893


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HARVARD UNIVERSITY LI B RARY JUN 9 1942

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NOTES SUR SAINT-DOMINGUE


TIRES p S PAPERS D'UN AMATEUR DU HAVRE (1780-1802)






La catastrophe de Saint-Domingue, sanglant episode de P'histoire coloniale, ne frappa pas les seuls colons. Cette ile, situde entire deux mondes comme un intermidiaire pour les relations de l'un et de l'autre, centre d'un commerce immense, frequentde par toutes les nations de l'Europe, s'dtendait au milieu de l'Ocdan avec ses riches cultures, ses villes bien peuplees et ses ports remplis de nombreux navires. La metropole la traitait comme une soeur chirie. Avoir touch Saint-Domingue, c'6tait pour les anciens ndgociants de nos ports avoir abord6 la fortune. II semblait dans les villes que chaque famille dit, pour sa prospdritd, avoir un parent colon d Saint-Domingue. De fait, un grand nombre de nos compatriotes y dtait propridtaire de vastes domaines. Nous pourrions citer l'exemple d'un simple commis-marchand que son esprit aventureux avait dirig6 vers cette colonie; apres dix annees de sdjour, il y possedait deux habitations dans le quarter de Nippes, lesquelles lors de son decks etaient evaludes plus de 700 ooo livres, argent d'Amdrique. D'ailleurs, il ne fallait autrefois que du crCdit pour acquirir'des propridtis dans les colonies. Le gouvernement concedait souvent le sol, et ce sol, concid6 ou achetd, etablissait le credit auprs du commerce qui fournissait les sommes n~cessaires aux exploitations. Le planteur, A qui le sol 6tait concede, obtenait vingt A trente pour cent de revenues;

Les b&timents qu'exigeaient les manufactures de sucre 4taient constructs en masonnerie. Le domicile du martre qu'on nommait case, et qui ne mdritait pour l'ordinaire que ce nom, ainsi que le nombre plus on moins grand des cases infdricures faisaient ressembler cheque habitation A une bourgede,

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4 NOTES SUR SAINT-DOMINGUE

celui qui achetait le sol en retirait encore quinze a vingt pour cent. Mais la passion des crdoles pour le luxe compromettait trop souvent leur fortune.
Apris tout ce que l'on a public sur cette ile que l'on nous a prdsentde comme un Eldorado rdel, nous ne nous hasarderons pas A tracer un tableau de l'activitd et de l'industrie de Saint-Dorningue. Seulement nous dirons que la Normandie a particulibrement senti le contre-coup du fatal dichirement. Les armateurs de Rouen, du Havre, de Dieppe, en ont dtd dbranlIs; ceux de 1-lonfleur ne s'en sont jamais relevds. La correspondence d'une maison du Havre permet de dire que les uns et les autres ont luttd jusqu'au dernier moment de l'expulsion total des blancs de l'ile de Saint-Domingue.
C'est de ce recueil de lettres'familibres don't nous allons faire usage, non pour ajouter quelques traits a une histoire bien connue, mais pour rappeler la longue suite de vicissitudes que subit le commerce de ce grand port, les ddsastres qui emportbrent ses maisons coloniales, les revers qui disoldrent ses marchands et ses marines.
C'dtait, en effet, par le commerce des Antilles frangaises, poursuivi pendant plus d'un si6cle avec des alternatives de bonne et de mauvaise fortune, que le port du Havre dtait parvenu A la prospdritd. I1 est ficheux d'avoir A ajouter que la meilleure part de cette prospdritd dtait fondue sur un regime economique arbitraire, sur des privileges plus ou moins restrictifs, sur le travail forced, sur l'esclavage qu'alimentait la traite des noirs. On sait que le ddbouchd le plus important pour ce dernier traffic 6tait Saint-Domingue.
Au commencement du xvItre siecle, ce commerce odieux avait pris un essor d'autant plus vif que le gouvernement avait reconnu la nicessitd d'encourager le transport des noirs dans les Antilles; une declaration de 1 716 avait prescrit que les denrdes coloniales importdes en France et provenant de la vente des n6gres ne payeraienit que la moitid des droits auxquelles elles dtaient assujetties par les tarifs. A ce moment, en 1723, tel petit port de Normandie transport au Cap Frangais plus de deux mille noirs. Quelques anndes plus tard, la traite devint un traffic annuel et rdgulier. En i784 vingt-trois mille tetes de nigres, ndgresses et ndgrillons furent introduits A Saint-Domingue, et trente mille environ l'annde suivante.
En I 785, quatorze armateurs du Havre armaient pour la c6te d'Afrique. D'autres ndgociants de la mime ville dtaient dtablis consignataires A Saint.


Domingue out ils habitaient Le Cap, Saint-Marc, L6ogane, Port-au-Prince,

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TIRI ES DES PAPERS D'UN AMATEUR DU HAVRE 5

les Caves. Ces derniers, souvent, etaient de veritables colons qui possddaient de riches plantations peuplies d'hommes de couleur, don't on tirait une main-d'oeuvre it vil prix.
Pour mieux faire connaissance avec ces negociants, nous recueillerons ce que leur correspondence commercial renferme d'intdressant; elle embrasse des points de vue multiples, et d'abord elle nous instruit a fond de ce qu'6tait une expedition de traite.
Le navire du Havre, equip6 pour une operation de traite, dtait approvisionne de vivres pour dix mois. Comme le troc des noirs ne se faisait que pour des marchandises, ce commerce en exigeait un grand assortment. Les principles consistaient en eaux-de-vie, poudres a feu, fusils communs, r6les de tabac, coffres de pipes, barils de suif, chapeaux, couteaux flamands, bassins et chaudrons de cuivre, barres de fer plates, pieces d'6toffes dites siamoises, cotonnades, guingans, ndganepaux, bajutapaux, limeneas, mouchoirs de Pondichdry, etc., etc. Sa cargaison ainsi compose, le navire negrier, equipe de quarante hommes environ, armed de six canons d'un faible calibre, mais suffisants pour combattre les pirates marocains, mettait i la voile.
Conduit par un vent favorable, it atteignait en peu de jours la hauteur du cap Vqrt. I1 y rencontrait les vents alisis, de telle softe qu'il pouvait courier la c6te vent arridre, mouiller au cap Mesurado, payer la coutume au roi en lui offrant un baril de suif ou deux mouchoirs, puis on traitait des captifs. Mais en rdaliti la traite ne commengait qu'au cap Blanc pour finir a la riviere du Congo. Elle 4tait particulibrement abondante.en or, en morphil et en noirs depuis le cap des Trois-Pointes jusqu'd la riviere du Volta. De cette riviere i Badagry elle fournissait aussi beaucoup de n6gres et les plus estimis dans les colonies. Sur la c6te des Trois-Pointes ou C6ted'Or, au.centre de laquelle itait situd Anamabou, locality ott le commerce 6tait trds florissant, nos nigriers trafiquaient non sans peine. Dans cette region on comptait vingt-trois forts renfermes- dans une space de soixantequinze lieues. Ces forts appartenaient aux Anglais et aux Hollandais qui y avaient dtabli d'importants comptoirs a l'abri de leurs batteries. Les deux principaux forts etaient EI-Mina (La Mine) et Cape-Coast (Cap Corse). Les gouverneurs de ces stations s'ingeniaient, d'accord entire eux, pour carter de la c6te le pavilion frangais. Le traits de Paris devait rendre encore plus dures les conditions imposes i nos marines et i nos ndgociants dans ces parages.

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03 NOTES SUR SAINT-DOMINGUE

Supposons qu'un des capitaines havrais ait itd fort mal reCu A La Mine et qu'il n'ait pu y traiter ni l'or, ni les gommes, ni a l'bne D. Le capitaine negrier, A qui une longue experience a rviled les resources de la c6te, gagnera les mouillages de Cormantin, du Petit et du Grand-Popo, de Whydah ou de Badagry. C'itait l8 les foyers de traite les plus actifs du golfe de Binin. Whydah 'est une ville situde A une distance d'environ trois miles de la mer, don't elle est sdparde par une lagune ou lac. Son aspect est tris pittoresque; elle est la plus agrdablement situee des villes ou bou rgades qui s'lvent soit sur la c6te d'Or, soit sur la c6te des Esclaves. Elle fait parties des stats du roi de Dahomey, sur lesquels attention toute particuliire du public a 4td appelee dernidrement par l'intdressant voyage de M. le capitaine Binger.
En 1761, le ndgrier qui abordait a Whydah ou Juda devait, en premier lieu, mettre son pavilion sous la protection du souverain noir. II n'y parvenait qu'en payant d'assez lourdes coutumes d'entre et de depart de traite : aux canotiers, pour franchir la barre souvent forte et dangereuse et pour descendre A terre; au roi qui exigeait des pieces de cotonnade, des bassins de cuivre, des barres de fer et des barils de poudre; au valet du roi; au capitaine de ses canots; A un autre capitaine charge de la distribution de P'eau et des vivres; aux conducteurs des captifs; A la maison du roi; A l'intendant du roi; A la mere du roi, etc., etc. En joignant a ces frais la valeur des vols commis par les negres proposes a la garde des tentes et du magasin, la dipense au prialable s'elevait a quinze cents livres. Sur la mdme rade on achetait les noirs quelquefois cher, quelquefois bon march, et cela selon leur Age, leur force, leur figure, leur sante. C'est ainsi qu'on traitait d'un n6gre pour sept onces d'or paydes en marchandises et d'une valeur de 322 livres; de douze n6gres pour quinze onces d'or d'une valeur de 729 livres; de cinq negres pour trente onces d'or d'une valeur de 2 r 27 liv. Au xvI e sidcle, sur toute la c6te de Guinee, un n6gre ordinaire, dit pice d'Inde, ne cottait que 28 ou 30o livres; rendu en Amdrique, ii se vendait de Soo A 6oo livres.
La vente des noirs se faisait, comme on le salt, aux colonies du Nouveau-Monde. De la Guinde a Saint-Pierre-Martinique, on estimait qu'il y avait quatorze cents quarante lieues, et plus de quinze cents cinquante a Saint-Domingue; maisles plus habiles capitaines diffdraientsur l'6valuation. Ce que tous savaient, c'est qu'on employait soixante jours de route pour se rendre du golfe de Bdnin aux Antilles fran

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tIEES DES PAPERS D4UN ARMATELtR DU tfAV1E ,

pas moins bien, c'dtait le prix moyen des noirs pidce d'Inde : on nommait aiasi un ng)refort et robuste de l'Age de vingt a trente ans. Ce prix varia beaucoup. Divers documents groupent ainsi les chiffres : De 1750 & 1755, le prix s'dleva a i 280 livres; de 1764 A I 770, ii varia de 300 & I 412 livres; il monta a i 796 lives de l'annee 1771 l'annde 1778; enfin, ii atteignit
2 033 livres en 1785.
Si maintenant nous ajoutons, d'aprds la correspondence que nous avons sous les yeux, que par example l'Agamennon, navire du port du Havre, capitaine Lemasson, introduisait au 'Cap, en 1785, cinq cents vingt-huit noirs don't la vente produisait plus d'un million de livres, on aura par ces chiffres une idie des pertes que les armateurs havrais subirent quand les colons, repoussant les comptes de commerce, cessbrent tous paiements en ce qui touchait les transactions de l'extrieur, surtout pour les ventes de negres.
A propos de l'arrive'" Saint-Domingue "d'un bAtiment charge de n6gres, la maison P. avait conserve quelques lettres relatives A un jeune prince noir que l'on vit se promener sur les quais de Rouen, ii y a une centaine d'annies. De mAme, de nos jours, ne rencontre-t-on pas sur les boulevards et dans les cercles de Paris on jeune gar;on d'environ quatorze ans, qui a une bonne figure de noir, est vetu a l'europienne et est coiffi d'une calotte blanche. C'est aussi le fils d'un chef noir don't les possessions sont situdes dans la region du Haut-Niger.
Le jeune africain, venu en Normandie au commencement de l'annie I784, avait dtd amend aux comptoirs de la c6te de la Gambie parmi le troupeau human captured par les marchands d'esclaves. II tait le neveu du roi de Quoyporte ou Coiporte, chef indigene avec lequel la France entretenait d'amicales relations. Comme rien dans son costume ni dans ses allures nravait trahi sa quality, ii avait 5td jetd A fond de cale avec le reste de la merchandise. Par bonheur, des esclaves le reconnurent au course de la traverse pendant laquelle le jeune prince ne se livrait pas aux plus agrdables raves de voyage. De telle sorte qu'au lieu de lui chercher un acquireur sur le march du Port-au-Prince, le capitaine conserve le ndgrillon a son bord et l'amena en France. Il y fut accueilli, vdtu et nourri par les armateurs. Plus tard, sur un ordre du commissaire-gindral de la marine, au Havre, on le dirigea sur les 6tats du roi, son oncle. Les pieces publides ci'aprds sont relatives A cet episode.


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NOTES SUR SAINT-DOMINGUE


M~moire des ouvrages et fournitures pour M. Maurice, fils du roi
de Coiporte, du i4fedvrier I 784, *
SAvorn :


Faxon d'un habit, veste et culotte de coutil. Faxon de deux culottes de froc bleu . Faxon d'une culotte longue de toile de coton bleu. Faxon de 4 chemises de gingas. Trois aunes I/2 de froc bleu, a 4 livres Deux aunes de toile blanche, a 40 sols Trois aunes 3/4 de coutil rave, a 50 sols. Deux aunes i/2 de toille, a 32 sols. Deux aunes 3/4 de toille de fil et coton. t 40 sols Onze aunes de guingas, a 28 sols .
Deux paires de bas de-laine, a 3 livre. . Blanchissage et repassage .
Un demi cent de poire de Bon-Chretien Panier et paille .
Logement et nourriture pendant quinze jours


ro liv. 19 s.


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r 28 liv. 5 s.
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.1 AN-Louis ROCa MISTRAL, conseiller du Roi en ses conseils, commissaire
general des ports et rsenaux de marine, Ordonnateur en Normandie.
'a 11 est ordonni au capitaine Charles-Francois Plet, du navire d'Honfleur l'Amitie, de recevoir sur son bord et nourrir a sa table un jeune prince nigre qui lui sera remis avec le present ordre, etqui est un tils du roi de Coiporte. II'aura soin de le remettre au roi son pere du moment qu'il abordera aux c6tes d'Arfrique qui avoisinent le rovaume de Coiporte.
D Fait au Havre, le trente janvier mil sept cent quatre-vingt-quatre.
n MISTRAL.

Vu a lfisle de- Lop le prince cv-dessus mentionne, lequel a iti remis par le capitaine Plet au capitaine Hebert pour le rendre a sa destination.
A bord de la Bayotinaise, le .5 avril 1 784.
A LE MARQUIS DE LA J.ILLE.


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TREES DES PAPERS D'UN AMATEUR DU HAVRE 9

> Je soussignd, roi de Quoiporte, de Wonguepont, de Mallegud et autres lieux, certified que le sieur Jean-Baptiste Heber, capitaine du navire la Bonne-Union, d'Honfleur, m'a fait remettre ce jour par la corvette le Frdre, commandee par le sieur Granger, le jeune prince Morice Fraguesmaille, mon neveu, en bonne sante. En foy de quoy je lui ai dlivrb le present pour servir et valoir a qu'il appartiendra.
A Wonguepont, le to mai 1874. n
(Signature en lettres arabes).

Nous aurions regretti de ne point reliever dans la correspondence de MM. P.-. ce curieux incident, mais elle ne roule pas uniquement sur des anecdotes bien que les affaires privies y soient meld's souvent aux intirets generaux de la maison. Nous allons r6unir les informations que cette core respondance content et apporter ainsi a des faits ddjk connus le timoignage des contemporains.
Dans l'intervalle de 1785 a 1792, divers navires arms par la maison P. freres, du Havre, avaient fait a Saint-Domingue des ventes don't le produit total s'dlevait a 6 millions, argent colonial; ii restait a recouvrer sur cette some, au moment de l'insurrection, celle de I million 200 000 livres.
Suivant les usages locaux, les navires avaient itd consigns a des associds grants qui, risidant dans les villes de la' colonie au. Cap, a SaintMarc, aux Cayes et a Ldogane, servaient d'intermddiaires entire les habitants et les armateurs de France. Ces grants, a l'arrivie d'un batiment charge de n6gres, faisaient rdpandre des avis dans les quarters avoisinants; les colons se transportaient a bord pour y faire leur choix parmi les esclaves que la loi dclarait ttre des instruments de culture. Ces mimes negociants renvoyaient les navires charges de denrdes cotoniales provenant de la parties des ventes rdalisdes au comptant.
Quant aux comptes entire les consignataires et les armateurs, ils s'6tablissaient par les documents don't ceux-la faisaient P'envoi. C'itait d'abord le tableau general de la vente pr6sentant avec le nom des acheteurs le ddcompte de chacun d'cux, avec les chances des obligations consenties; ensuite des factures accompagnant les remises partielles successives; puis, enfin, des 6tats dits de reprises, qui, transmis A des 4poques pdriodiques, constataient la situation a~ ces memes epoques de tous les dbiteurs envers chaque armement. Au moyen de ces 616ments d'ailleurs dvelopp s par

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NOTE SUR SAINT-DOMINGUE


une correspondence fort active, on concoit que les armateurs pouvaient suivre leurs affaires des colonies et en faire passer les 9critures dans leurs comptoirs comme s'ils avaient eu leurs titres de crdances entire les mains.
Voici queo! tait, en particulier, chez MM. P. freres, le systbme de ces dcritures : fa un registre special pour chaque armement oh s'inscrivait avec le plus grand detail tout ce qui se rapportait d'une manidre quelconque a cet armement ; 20 un memorial oh les articles etaient repris un peu plus sommairement come les autres affaires; 3o un journal oh its se groupaient suivant leur nature pour aller se classer aux divers comptes ouverts; 40 un registry des comptes courants; 50 un grand livre; le tout dtait tenu en parties doubles.
Comme les dtats'de reprises avaient td adressis a la maison P. jusqu'au moment de l'insurrection, ii lui fut facile en dipouillant ces documents de dresser, sans ses titres memes des crdances, l'itat nominatif avec dicompte de tous les habitants de Saint-Domingue, au nombre de 228, rests ses ddbiteurs lors de la catastrophe de I 792, ensemble pour i million 200 mille livres.
La maison P. avait pour principal associd-girant a Saint-Domingue M. Grandmaison, propridtaire d'une cafeydre a Saint-Marc et d'une'indigoterie aux Cayes '. Dis le mois de mai 1787, epoque de la reunion des deux conseils du Port-au-Prince et du Cap, ce colon signalait le micontentement gdndral des habitants et 1'dbranlement politique de la colonie. En.effet, on peut certainement reporter a cette epoque la premiere et insensible origin de larivolution de Saint-Domingue. Puis les lettres de M. Grandmaison se font P'cho des efforts de l'intendant de Marbois pour mettre de l'ordre dans los finances et des difficultds qu'dprouve le gndral Duchilleau dana le maniement des forces militaires. On voit aisdment, a leur lecture, que les liens du gouvernement se deserraient et que les agents supdrieurs abandonnis a eux-memes commengaient a itre terriblement embarrasses.
En aoCt 1789, arrivent au Cap les nouvelles de ce qui s'est passe en France. Alors le correspondent de la maison P. ddpeint A ses amis les assemblies aux coins des rues, les conciliabules dans les lieux icartis, la formation de companies de colons volontaires, la distribution de cocardes tricolores qui sont envoydes de France par. cargaison, l'installation de la
I Les indigotiers occupaient gendralement les vallons que forme la naissance des montagnes. Celles qui avaient la resource de 1'eau du ciel dtaient destinies a la production du cafd, comme les lieux arides ~ la production de I'indigo et du coton.

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TIRiES DES PAPERS D UN ARMA'lEUk bU AVkE t

premiere assemble populaire au Cap, centre de la parties du nord de 1'ile, la fuite force de M. de Marbois qui s'embarque furtivement avec sa famille sur une frigate qui le conduit aux Etats-Unis, enfin, les insurrections partielles des mul.tres et des negres libres, l'insurrection gendrale de tous les hommes libres et ensuite celle des affranchis et des esclaves.
Voici ce qu'exprime'une de ses lettres :

< Saint-Marc, le 12 avril 179t.

> M. L. T. itant absent de l'habitation ne peut avoir 1'honneur de vous 6crire. Il est force de se tenir bloign6, parce que membre d'une corporation de volontaires qui a ete proscrite il a ete toujours trop en evidence et avoit pour cette raison tout ai craindre des mrauvais sujets. D'ailleurs nous ne pensionspas que la colonie put tre agitde d'une crise plus epouvantable que celle qu'elle ressentait depuis deux mois surtout, lorsque l'arrivde de la station l'a augmented.
> Le deux ddtachements d'Artois et de Normandie, les equipages des vaisseaux le Borde et le Frougueux, sdduits, tromp's en ddbarquant au Port-au-Prince, par un decret suppose du 17 ddcembre qui annuloit celui du 12 octobre, leur fit voir comme ennemis de la nation ses plus zilds ddfenseurs, leverent le 4 mars dernier l'tendart de la rdvolte et de l'insubordination.Leur example fut imit6 de suite par le regiment de Port-auPrince. Ce dernier regiment a eu la barbarie d'assassiner son colonel, M. Mauduit I; le gouverneur gdndral, les officers, les membres du Conseil general craignant pour leurs jours se sont rifugids au Cap. Tous les bons citoyens, amis de la paix, fermes difenseurs des ddcrets natioqaux, ont trembl: pour leur vie et leurs propritis ; ils ont cherchi leur salt dans la fuite apres avoir mis leurs papers i l'abri des incendies. Mais qui souffre de ces maux ? c'est le commerce; les affaires sont nulles et les ddbiteurs savent qu'on ne peut les contraindre ~ payer, etc. ,
A la mi-aotIt 1791, un incendie iclata dais le nord, sur l'habitation Chabaud : au mime instant l'atelier de l'habitation voisine se souleva.

I Les grenadiers du regiment de Port-au-Prince s'emparirent de leur colonel, M. de Mauduit. Le 4 mars, a 5 heures apris-midi, ils le conduisirent vis-a-vis le corps de garde oh il fut massacre a coups de fabre, apris avoir subi des outrages et des mutilations sans nom. La ville du Cap deplora par des regrets 6clatants et solennels la mort du colony ieu4.

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12 NOTES SUR SAINT-DOMINGUE

C'dtait ddjd l'explosion du grand disastre qui devait suivre, et que des soulevements parties dans l'ouest faisaient prevoir.
Le 22 aotlt, 'insurrection des noirs se manifesta d'une manibre gendrale; alors commenga la guerre a mort entire les noirs et les colons.
Le 9 septembre, M. Grandmaison adressait a ses amis la lettre qui
suit :
A MM. P. frdres, armateurs au Havre.

a Au Cap, le 9 septembre 1791.
Le dicret du I5 may tait assurdment accompagnd de personnel qui
croyaient qu'il mettrait les blancs aux prises avec les gens de couleur; elles ont profit de I'agitation des blancs pour s'introduire dans les atteliers oti s'est former le plus horrible et le plus terrible des complots, cellui d'assassiner tous les blancs, de broiler ledirs cases et celles a l'usage de l'exploitation. La premiere 6tincelle a paru au Limbd; les coupables ont td arrtids et ils ont accuse plusieurs negres que l'aveuglement de leurs maitres a empich6 d'arreter. Peu de jours apres, l'incendie est devenu presque general Sl'Acul, Limbd, port Margot, Morne-Rouge et la plaine du nord. Les atteliers de gri ou de force se sont joints aux brigands. Le nombre s'est si fort accru qu'ils ont formed plusieurs bandes et plusieurs camps. Rien n'a pu arrter ce torrent d'hommes et de flames; ils se sont divisis dans plusieurs quarters. Leur premier soin a etc de tuer les blancs surprise ou rests chez eux par trop de confiance, ensuite de bruler les cases, les moulins les sucreries et les cannes, de tuer les bons sujets negres qui refusaient de 'marcher. De la plaine du nord, 1'incendie s'est port au haut du Cap,
Mornet, Petite-Anse, Quartier-Morin, Limonade et a 6t6 arrdtd au Rocou par un camp de blancs et de mulitres libres, ce qui a d cidd les brigands a monter dans les mornes de la Grande-Rivibre, Grand-Boucaud, etc. L'on compete jusqu'i cent quatre-vingt-quatre sucreries et beaucoup de cafeteries plus ou moins maltraitdes, dans leurs batiments, leurs plantations et meme leurs n6gres. Car enfin les blancs se sont defendus, ils ont former divers camps et fait diverse attaques au Trou, a la Petite-Anse, au Haut-du-Cap, aux Mornets, au Port-Margot, a Plaisance et au canton d'Ennery. Notre regiment fournit a tous les posters, mais malgrd les secours de nos mul.tres libres qui se sont offers gdndreusement, nous ne sommes pas assez forts pour attaquer et ditruire les bates firoces. Notre but jusqu'a present a 6td de les cerner pour empdcher la contagion de se communiquer, moyennant





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TIREES DES PAPERS D'UN AMATEUR DU HAVR@ I3

quelques executions partielles sur diverse habitations, sur des mauvais sujets' connus. Le Trou, Jacquery,'Terrier-Rouge; Port-Dauphin, Maribaroux, La Marmelade, Plaisance, Le Borgne, Port-de-Paix, Jean-Rabel, Gonaives et tout le bas de la c6te paraissent tranquilles suivant les dernibres nouvelles. Le Port-au-Prince Seul se disposait a se battre contre lesmulatres pour le dicret du 15 may, mais ii est probable qu'ils se seront rdunis contre l'ennemi commun.
Vu la proxilniti et l'urgence du cas, la-colonie a demands du secours a la Jamaique, a la Havane, a Curacao et a la Nouvelle-Angleterre, mais personnel ne vient. Le president de Santo-Domingo nous en refuse sous le pritexte que c'est une suite de notre revolution.
n Les brigands sont un compose de blancs qui se noircissent, qui ne semontrent que pour incendier et donner ordre aux atteliers de marcher; cependant quelques-uns ont dtd tuds, de mulatres libres peu fortunes, de negres libres et esclaves. Ceux-cl sont les commanders, ouvriers, domestiques, sucriers, cabroutiers, c'est-a-dire les negres de confiance, les mieux instruits, les mieux traits qui paraissent les plus affidds. Viennent apres le gros des atteliers qui ont dtd de ged ou de force. Les anciens atteliers qui avaient mdriti le plus d'6gards ont itd les premiers corrompus, ont aide plus ou moins a dtruire et ce sont les chefs. Les meilleurs negres ont ete ceux qui ont dit a leurs maitres de se sauver; ceux qui leur ont dit de rester les ont tugs. Ces cruels ont des femmes blanches qui servent a leur brutality ou a leurs besoins les plus vils. On a essays de leur demander la cause de leur guerre. Tant6t ils ont demand les droits de l'homme, la liberty, I'ancien regime trois ours de la semaine et qu'on les layat. Tant6t qu'ils ne voulaient plus de maitres puisque les blancs ne voulaient plus de roy. Mais ils se sont dlus un roy qui joue ddji le r61e de despite, ce qui diplait ses sujets. D'apres ce tableau vous devez calculer nos malheurs
n Les affaires sont toutes suspendues; les tribunaux et les comptoirs
sont fermis; on ne songe qu'aux gardes et aux patrouilles qui fatiguent beaucoup. Un embargo retient depuis le 25 du passe les navires fran Un mois apr~s, M. Grandmaison revenait sur le mame sujet. I1 avait
constamment porter les armes. II avait cru de la premiere prudence d'dloigner de sa maison tous les papers d'utilit6 et de les envoyer en futailles chez des amis la champagne. Les habitants incendids ne pouvaient absolument

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t4- NO)TES SUk SAINT-DOMINGUk

payer; ceux qui ne l'taient pas encore employaient leurs revenues a nourrir
des troupes soldies pour tAcher de preserver leur quarter.
Ce fut peine inutile, les incendies continubrent. Enfin arriva 1'epouvantable pillage du Cap, le 21 juin 1793, qui cofita a la France plusieurs
centaines de millions.
M. Grandmaison, aprbs avoir inform la maison du Havre des
angoisses perpituelles qui l'assaillaient, annonqa qu'il avait rduni les debris de sa fortune et qu'oubliant les affaires d'intirdt pour sauvegarder sa personne ii s'embarquait sur une frigate de l'ltat et qu'il migrait. La frigate portait plus de cinq cents refugids; elle mit quatorze jours pour se rendre a
la baie de Chesapeake (Etats-Unis).
La Providence n'abonna pas l'infortund colon sur la terre ambricaine.
Plusieurs habitants de la Georgie se disputdrent a l'envi de remplir envers lui les charges d'une g6ndreuse hospitality. L'ancien negociant havrais se
fixa a Savannah; c'est de cette ville que sa correspondence continue :
zer janvier 1794. a Vous aurez vu par ma dernire que je me suis
sauvi de Saint-Marc sans passe-port et avec cinquante-cinq portugaises. J'ai en outre deux lettres de credit sur MM. Ward et compagnie; cela m'assure l'existence pour six mois. Espirons, mes bons amis, que dans cet intervalle la colonies va respirer un peu et qu'on y pourra donner ses soins aux recouvrements. 7
En effet, un peu plus tard, le general Laveaux 6tant parvenu a gagner
le chef des noirs, Toussaint-Louverture, les colons propridtaires et les consignataires reprirent peu A peu possession de quelques parties de la colonies.
En 1798, le gouvernement anglais retira ses troupes et Toussaint rdtablit
l'ordre et les.cultures dans l'ile entire.
De son lieu d'exil, M. Grandmaison suivait, non sans anxidtd, les evenements qui portaient un coup fatal A sa fortune et A celle de ses amis du Havre. Il ne pouvait se ddfendre d'un regret amer quand ii se rappelait le sol luxuriant d'oi il avait 6td chasse. 11 n'en voulait pas moins donner a
ses mandataires, sur leurs affaires, tous les details de nature A les dclairer.
Voici deux lettres dates de 180 :
Savannah, I9 juin i80o.

Actuellement j'ai une lettre date de Saint-Marc du 22 avril, finie au
Port-Rdpublicain le 3o. Elle ddbute par ce qui me concern. Un dsordre affreux rgne dans mes paperasses, lesquelles pourrissoient dans la pous,g


4

..









TTRRES DES PAPERS D'(N AMATEUR DU HAVE r5

siere du greffe. Notre ami en a pris charge; je reconnois bien 1a mon paperassier mais je ne lui en scais pas moins tres-bon gre.
II a vu a Saint-Marc une parties de mes ci-devant sujets don't quelquesuns sont attaches a la petite place tenue a ferme par l'ex-sinichal Morel de Guiramand qui pretend pour la prdsente ricolte a deux balles de coton, Ii partoit pour le Port-Rdpublicain afin de solliciter la levee du sequestre sur ma maison qui, bien entendu, est inoccupie. L'ancien personnel qu'on y voyoit a 6tc dicime : Gabriel Gros-Bouche a 6tc mis a la volde d'un canon pour s'dtre rdvolti; Rossignol Desbar est sourd; Daquin est mort; Daubry
est 6galement mort de chagrin.
D Au Port-Ripublicain, une assemble central s'occupe de la redaction
d'un plan d'organisation pour la colonies. Ce travail est secret. Cependant Von sait qu'h I'egard des tribunaux on demand le rdtablissement des anciennes sen6chaussdes et deux conseils, Pun au Port-Ripublicain, l'autre a SantoDomingo. On s'occupe encore des proprietaires absens et des moyens de les rdtablir sur leurs propridtis, en representant leurs titres ou un acte qui y supplee. On ne dit pas de quelle couleur se compose cette assemblee centrale.
v Saint-Marc est triste a mourir, m'a dit Scoffiery, qui est arrive a
Charlestown. Vous vous rappellerez de ce Scoffiery, italien ou genois, tenant une petite boutique de graisserie pr6s de l'glise. II 6toit passe a Kingstown au plus en 1797. On me marque que cet homme quite cette locality apr6s y avoir ramass6 une fortune monstrueuse pour aller la porter
dans ce continent. 11 ne scait ni lire ni ecrire.
M. le marquis de Montalet se marie avec M"ie Lise Niel. On me
l'annonce comme chose publique; ici nous n'en savions rien. 1'oujours estil que le marquis a quittd le deuil et qu'il paroit aujourd'hui en petit gris,
* etc., au demeurant je crois que c'est un faux bruit.
n A propos de l'organisation des tribunaux, j'ai omis de dire que la
jurisdiction de Saint-Marc a 6t6 transferde aux Gonaives pour plaire au chef noir. Saint-Marc est ddommagd par le conseil supdrieur ou tribunal d'appel, lequel est of'nd de la belle figure de Songueau pour president. Quelle
infamie! Les autres sont inconnus et & l'avenant. ,

Dans la second lettre, on rencontrera le nom de Barbd de Marbois,
intendant des miles francaises sous le Vent, qui fut maire de Metz, ddportd aprbs le i8 fructidor, president de la Cour des competes et sdnateur; on a de

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NOTES SUlt SAINT-DOMINGUE


lui urt Etat des


finances de Saint-Domingue,


depuis le o novembre 1785


jusqu'au ir ejanvier i 788, imprimi au


Port-au -Prince.


On me marque, mes


chers amis, que


<< Savanah, I9 novembre I8oI. M. Delmas est sur son depart


pour Saint-Domingue par la voie du Port-R6publicain. Si, comme je le prdsume, on ne voyage plus. qu'a cheval dans ce pays-lh ii faut convenir que le trajet sera un peu difficultueux pour la grosse personnel de M. Delmas.


DAu reste, on m'ajoute que la santd


du gendral noir ou du noir


general est extrimement chancelante et qu'il ne peut aller loin. N'y a-t-il pas de doute que, lui partait de la vie, ii n'en rdsulte du mal pour la" colonie. Car en effet vous souponnez qu'il en sera des dispositions de Toussaint pour gouverner encore cinq annees apres sa mort, suivant la belle consti-


tution, comme du testament de Louis XIV, sans comparison


pourtant. 11


paroitroit que la concurrence serait dtablie entire Moise, Dessalines et Christophe. Quelle alternative pour les blancs. C'est un tas de.boue.


x Mme J. m'a dit que son maria


correspondence avec M.


avait toujours continue d'entretenir


de Marbois, mdme dans son exil de Cayenne; que


depuis que celui-ci se trouvoit A la tdte des finances de la Republique ii avoit mand a M. J., qui marquoit ledesir de passer en France, de rester oit il 6toit plut6t que de venir habiter aucune contrie de P'Europe; que les res-


sources en France


dtoient nulles, que les finances ne reposoient


des impositions, qu'il falloit le plus souvent arracher avec violence; que les employs la plupart du temps n'toient pas pays, etc.
Je ne regois plus de lettres de Chasteau. 11 faut qu'il soit diablement


employed dans son notariat a Saint-Marc. Je suis


persuade que les actes les


plus friquens sont les conttats de marriage entire les negres; les dots doivent dtre quelque chose de beau et de bien engageant, etc. ,
Ce fut alors, et jusqu'au mois de dicembre I 8o i, que l'on songea a une


expedition expedition.


militaire. Une autre lettre de M. Grandmaison parole de cette << Savanah, 21 janvier I802.


J'ai eu de vos nouvelles, mon cher ami, par le retour de mon neveu qui m'a dit vous avoir laissd a peu pres dans le meme etat de sante que vous


viviez ici. Le haut pays, ne vous vaut donc


pas mieux que


les sables de


i Augusta, ville des Etats-Unis dans la Giorgie, a 155 kilomtres de Savanah.


que


sur

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TIREES DES PAPERS D UN ARMATEtk DU HAVi1E ti

Savanah. Au fait je ne pense pas qu'il y ait dans cette vaste province, soit dans sa longueur, soit dans sa larger, un endroit qui puisse 4tre sain, encore moins agrdable. Qu'y faire ? Gardons la chaine que nous nous sommes rivee jusqu'd ce que notre bon ange nous en tire.
> Voici A cet igard les esperances qui se presentent. D'abord, du c6td de la France, M. J. dcrit de Paris, le 26 octobre, que la veille ii avait dine chez' le citoyen Barbd de Marbois (qui a Saint-Domingue 4toit l'homme du roi et qui se trouve aujourd'hui fort a l'aise le ministry du trisor de la Republique), lequel citoyen ministry avoit ce jour a sa table le gdndral Leclerc, beau-frbre du First Consul, nomm6 general en chef de l'armde destinde pour Saint-Domingue, un M. Benezet ou Benezec nomme grand prdfet, M. Devaivres, etc. Le gdndral Rochambeau, supposait-on, devait commander sous le general Leclerc.
Ce M. Benezet ', grand prdfet (ce qui repond, je pense, A gouverneur de province), est je crois l'ancien banquier qui a figure dans diverse circonstances de la revolution et qui, je m'en rappelle, s'dtoit fort livrd, avant ladite revolution, dans les affaires avec nos crdoles, d'oht il toit rdsultd de sa part une faillite asses passable. I1 a peut-tre pris cela pour aider A ses recou-. vrements. N'importe.
> L'armde, don't on ne dit pas le nombre mais que l'dh porte d'avance A quarante mille hommes, alloit faire voile tres-incessamment de Brest d'oti part toute la flotte.
Le plan paroissoit devoir tre de ddbuter par des voies de conciliation, sauf A faire agir ensuite les marionnettes. N'est-il pas incroyable de les voir toujours trembler jusqu'au dernier moment devant de pareils gueux? Je voudrois demander a ce gdndral Le Clerc, qui coupoit des armies entidres avec son grand sabre, ce qu'il pourroit redouter de ia resistance de Toussaint, n'eitt-il lui, g6ndral Le Clerc, que vingt mille hommes et meme moins. Car, de meme que l'opinion des individus seule a fait la revolution de Saint-Domingue et a fini par mettre l'autoritd dans les mains de Toussaint, ainsi tombera la vertu de Toussaint.
n Actuellement, du c6td de Saint-Domingue, M. Depestre qui roule sur ]s mers, tandis que madame son spouse ne se roule qu'au lit, raconte que le consul noir est loin de vouloir rdsister, qu'au contraire il recevra les

1 En I8o3, lnizech suivit I'exp'dition comnmandde par le gdndral Le Clerc et passa aux les avec sa femme et sea enfants comme prfet k Saint-Domingue.

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18 NOTES SUR SAINT-DOMINGUE

troupes de France en frbres et amis. Pour donner plus d'assurance de ses dispositions amicales, ii a proclam6 par toute la colonie qu'd la nouvelle du premier assassinate de blancs sur une habitation ii ferait fusiller tout l'atelier d'icelle et d6cimer sur les habitations voisines. En attendant les blancs n'en sont pas plus Pl'aise et soupirent sans doute aprbs l'arrivee de cette armee. On fait monter i cinq cents environ la perte des blancs dans P'assassinat de Moise, etc. n
Cette dernidre lettre nous a conduits jusqu'au 21 janvier 1802. Huit jours apres, le 29 janvier, une flotte frangaise jetait l'ancr# dans les eaux de Saint-Domingue.
L'armde navale de la Republique, aux ordres de Villaret-Joyeuse, comprenait trois divisions, mouillees dans les ports de Brest, de Rochefort et de Lorient. Voici une lettre inidite de l'amiral, 6crite quelque temps avant de mettre a la voile :

L'amiral Villaret-Joyeuse au Ministre de la Marine.

<< En rade de Brest, I5 venddmiaire an X.

La revue qltie je viens de passer t bord des vaisseaux m'a plus que jamais convaincu qu'on peut tout attendre des Frantais. Aprbs tant de ,nigligences et de fautes qui ont concouru dans le commencement de la Revolution a la destruction de la marine, j'avoue, citoyen ministry, qu'en me divouant sans reserve ai l'exdcution des projects du Premier Consul dans le commandement d'une armee navale je n'avais jamais porter mes espdrances au-deli d'une organisation mediocre. II est de mon devoir de vous dclarer qu'elle est excellent. Discipline, union entire les troupes et les dquipages, bonne intelligence avec les allies, zle, emulation, confiance et patriotisme, voila ce qui existe sur tous les vaisseaux, etc.
L'armement de mes vaisseaux est fort sup6rieur a ce que j'espirais et les presages les plus certain d'une champagne utile sont dans mon ooeur. J'ai toujours dt4 convaincu qu'un des grands moyens d'obtenir sur mer les success que nous avons eu sur terre 6tait d'inspirer a nos matelots, unpeu trop dicouragis, un peu de cet enthousiasme auquel nos soldats ont di tant de victoires. Les soins que j'ai pris pour introduire sur nos vaisseaux l'esprit militaire ont obtenu les plus grands succs i.

I Arch. de la Marine, Campagnes 1802-z803.

..


1*


All




TIREES DES PAPERS D'UN AMATEUR DU HAVRE 9

La flotte mit a la voile le 23 frimaire an X (14 dicembre 180o), de
Brest, Lorient, Rochefort, Flessingue, Toulon et le Havre. Elle se composait de vingt-huit vaisseaux et vingt-deux frigates, corvettes et batiments gers portant 22 000 hommes environ. Du Havre partit une expedition de t ooo hommes appartenant a la 98e demi-brigade d'infanterie de ligne, au toe regiment de dragons et a des companies d'artillerie. Ces troupes embarquies sur les frigates la Valeureuse, l'lnfatigable, la Comete, la
Revanche, la Serpente, arriverent apres l'ouverture de la champagne I.
Ce n'est pas ici, est-il n6cessaire de le dire, qut nous prdsenterons un
nouveau recit de l'expidition du gndral Le Clerc. Nous avons entrepris une tAche plus modest, plus court et plus facile. Qu'il nous suffise de rappeler l'acte odieux de vengeance qui fit de la ville du Cap un amas de ce'hdres et de d6combres, et les traces sanglantes don't Dessalines marqua son passage depuis LIogane jusqu'aux planes de l'Artibonite. Si les troupes venues de France infligerent aux noirs une sdrie de difaites a la suite desquelles leurs chefs furent obliges de cdder, Pile de Saint-Domingue n'en
etait pas moins enlevee pour jamais a la France.
L'expddition de 1803 consomma la misere des colons qui avaient
echappi aux massacres. Notre negoclant havrais continuait a trainer son existence parmi les privations, les besoins et les maiux qui sont le cortege de l'indigence. La perspective d'un avenir meilleur semblait chaque jour
plus loignie. Ses dernibres lettres trahissent son ddcouragement.
1 x 2 vent6se an X (3 mars 1802).

A mon retour de la champagne, je me suis trouv6 honors de la v6tre du 29 passe.
Le detail de mes malheurs serait trop long. II vous suffira de vous
dire que je me suis perdu deux fois et que j'ai etd pris deux fois par les anglais en revenant des Cayes a la Nouvelle-Angleterre' et me rendant de la Nouvelle-Angleterre & Halifax. A ces malheurs, ii faut en ajouter de plus grands. Toutes mes propridtis A Saint-Domingue ont it6 la proie du pillage et des flames. L'habitation a 6td incendide deux fois avec 70 ooo livres de cafe. Ma maison de Cayes n'a pas dt6 brusl~e mais tout ce qu'elle contenait aussi ce que contenaient ses magasins ont ete pris par l'administration pour le compete du gouvernement; meubles, argenterie, effects, marchandises,

a Rapport du general Rochambeau, arch. de la Marine

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20 NOTES SUR SAINT-DOMINGUE

denries, tout a disparu. Mon cabinet a 6t4 pilld; on a enlevd les tires et papers, mes livres qui etaient, disait-on, souillis de la vente d'hommes libres comme nous, ont servi a bourer les canons avec lesquels on nous faisait la guerre. Depuis novembre 1 793 cette cruelle administration loge malgrd moi dans ma maison et ne m'a pas donnd un sol d valoir. Je fis des representations dans Pan IV et on me menaca de cachot. II fallut me taire.
En partant, j'avais laissd trois commis chez moi et un surveillant. Deux ont 6td assassins ma porte et les deux autres disparurent pour iviter le malheur qui les menagait tous les jours, et je ne sais ce qu'ils sont devenus.
Me trouvant A la Nouvelle-Angleterre en 1793 et voulant me convaincre par moi-meme de mes malheurs, je pris la resolution d'affroater tous les dangers. Je m'embarquai a Baltimore et j'arrivai aux Cayes A la fin de l'an III. II n'y eut que moi et un autre particulier qui ne furent pas jettis dans les cachots en arrivant.
A Sans maison, sans habitation, sans argent, enfin sans resources, je vdcus neuf mois A la charge d'un ami qui me donna l'hospitalitd. Je ne tardai pas A m'apercevoir que les biancs allaient &tre pour la troisibme fois les victims des negres et de ceux qui les dirigeaient. Je repartis heureusement pour la Nouvefle-Angleterre, et quinze jours apres le massacre eut lieu de la manidre la plus atroce.
En quittant Saint-Domingue pour la premiere fois, j'avais donned a mes commis les ordres les plus precis de remettre A mes commettants tout ce qui pouvait letir tre du et j'ai vu par leur correspondence que ma maison ne devoit plus rien A qui que ce fit en France.
n D'ailleurs depuis 1790, vous le savez vous-meme, on ne payait presque plus. Les affaires 6taient extrdmement difficiles pour ne pas dire impossible et, depuis cette 6poque, le mal n'a fait qu'augmenter. Je suis intimement persuade que je suis creancier du Stanislas, parce que j'avais A coeur de conserver l'estime et l'amitid de MM. F. frdres. Mais comment pourrais-je moi-meme reclamer puisque administration s'est emparee de tous mes papers et enfin de tout ce que je possedais. A qui pourrais-je demander ? sera-ce aux ndgociants du Havre, de Nantes ou de Bordeaux, a des infortunds comme moi & qui on a laissd que la vie ou pen de choses de plus. Je ne puis vous dire ce que deviendront routes ces crdances. Le temps nous l'apprendra, mais Saint-Domingue ne pourra se rdtablir avant dix ans e ii faudrait une avance du gouvernement de quatre-vingt-six millions ct
41

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TIR ES DES PAPERS D'UN AMATEUR DU HAVRE 2f

peut-4tre plus pour remettre file dans une situation satisfaisante. D'environ 5r ooo habitants blancs des deux sexes a peine een reste-t-il 7 ou 8 ooo. Je ne sais ce que je ferai. Les circonstances determineront le parti que j'aurai a prendre. v
Savanah, 22 mars 1802.
Mon cher ami, nous recevons quelques details sur Saint-Domingue. Vous savez dj que toute la parties du nord, hours le Fort-Dauphin a 4t6 encore une fois incendiee, massacree. La parties du sud, compris Jacmel, paroitroit conserve par la raison que le negre Laplume qui commandoit cette parties n'a pas exdcutd les ordres de son chef. Mort aux blancs; feu aux proprietds !
A Le Port-au-Prince, la plaine du Cul-de-Sac, on croit mdme l'Arcahaie dgalement andantis. Mais toute la population blanche de la ville a dtd entrainde dans les hauteurs. Beaucoup de cadavres vus ci et l dans les routes. On disespirait de tout ce monde-la.
La ville de Saint-Marc incendide entibrement. Ce qui restait de la plaine aussi incendide. Tous les blancs de la'ville emmends dans les hauts des Verettes; on croignoit pour eux le meme sort que pour la population du Port-au- Prince.
Logane paroitroit avoir eu le meme sort que Saint-Marc.
b Les Gonaives egalement incendid et massacre.
L'armie frangaise 6toit bien dicidement de trente-cinq mille hommes sous le commandement du general Le Clerc.
Un general Boudet s'dtait empard de l'Arcahaie et marchoit sur SaintMarc.
p Les brigands toient poursuivis. On ne savoit pas trop ort 4toit Toussaint.
Je pense bien que ce sont des armies comme celles qui nous combattoieat autrefois. Le general Le Clerc ne les verra pas plus en rase campagne que les gindraux anglais ne les ont vus.
Un abbd Sibour, cur6 du Port-au-Prince depuis l'vacuation des anglais jusqu'au 22 decembre dernier, que son bon ange I'a fait partir de Saint-Domingue, m'a contd quelques details.
D C'tait une piti6 de voir nos anciennes cultures, mes chers amis, mais on rioit quelquefois de voir les nigresses, femmes des chefs, en perruque dans le genre de celles que portent nos dames. Une perruque rousse devoid fort bien aller sur une tate noire. Ces princesses ne sortoierit d'ailleurp
U

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NOTF.S SUR SAINT-DOMINGUE


qu'en carrosse. Quant aux n6gres ils 6toient trbs insolens. 11 faut vraiment manquer de pain ailleurs pour vivre dans un pays pareil.
D D'ailleurs qu'irions-nous faire a Saint-Matc ? Les derniers et plus grands efforts de Toussaint qui se portoit pricisiment dans ce deplorable quarter vont l'achever. Presque toute la population est detruite, la ville incendide A vingt-sept maisons prbs, les n6gres y sont tuds 1a plus qu'ailleurs. I1 nous restera les cendres et la misbre. La volontd de Dieu soit faite '.

Savanah, io octobre 1802.

3 Je ne puis me rdtablir, mes chers amis, car ii faut que vous sachiez que la fievre m'a encore repris et que je suis tout aussi foible qu'aprbs une maladie violent. Je suis maigre A percer. Je suis vieilli comme l'oncle du beau Ldandre. J'ai soixante ans passes. Je n'y vois tout-A-l'heure plus; voila ddj~ l'Pge des lunettes. Ne suis-je pas bien dispose, mes bons amis, pour aller chercher de nouvelles misbres A Saint-Domingue !
n J'en re Les deux maisons de Bernard sont conserves; celle de M. Arnoult, le presbytbre, l'dglise, la prison, parties du greffe sont les seules aziles des tristes restes des habitants de la ville, lesquels y sont amoncelds. Point de moyens pour rebatir, point de bois; les planches se vendent i8 a 20 sols le pied. Le reste est A proportion. Plusieurs families sont obliges de rester au Port-au-Prince faute de trouver un abri a Saint-Marc.
11 me dit qu'il a remarqud et qu'il remarque chaque jour une difference frappante que fait sur le negre l'arrive ou la vue des anciens blancs, qui reviennent B present, aux autres blancs qui s'dtoient avilis avec eux et qu'ils continent de hair et de mdpriser.

I Un des amis du signataire de cette lettre, M Hardivillier, de la maison du Havre, Foache, Morange et Hardivillier, perit dans les derniers massacres du Cap dans des circonstances dramatiques. Le feruce Dessalines avait fait proceder a l'arrestation de quarante blancs notables, et de ce nombre Hardivillier. Dessalines, aprks un splendid diner que les blancs lui avaient donn6, fit commencer le massacre a coups de sabres et de balonnettes, pans tirer un coup de fusil pour, ne point 6pouvanter les voisinS,


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TiR ES DES PAPERS DIUN ARMATEUR DU HAVRE 23

La mortality est effrayante dans toutes les classes et dans tous les rangs.
n On travaille un peu sur les habitations de la rive sud de la rivibre de rArtibonite, un peu dans le bas sur la rive droite, mais trds peu ou point dans la plaine ou les hauts. La famine est disolante pour toute la dependance. Toussaint avait tout ditruit.
Au reste, on m'engage fort au retour. Si j'dtois arrive au moment de l'organisation j'aurois 6td plac6 sans aucun doute; mime apres mon retour actuel je ne tarderais pas a 4tre mis en rang. Mais je suis dans un infernal pays qui m'a ruined et la course et la santd. J'ai des engagemens qui ne veulent pas que je songe Ai un depart si prompt. Je n'ai que des espirances loignees. Que faire ? Que devenir ?
,1 2 octobre 1802.

Les dernibres nouvelles de Saint-Domingue ne sont point satisfaisantes. I1 vient d'eclater dans les montagnes du Borgne, Plaisance, Marmel lade, etc., enfin.dans toutes ces parties une insurrection. Les bitimens qui restoient encore sur pied ont iti incendies et les blancs 6gorges. Les mimes 6venements sont arrives dans l'ouest, dans notre quarter, a la Croix-auxBouquets, t L ogane, jusqu'a la porte du Cayer. Cependant ii venait d'arriver quatre mille hommes.
J'ai lu des lettres de personnel du Cap qui semblent annoncer des choses disespiries. On 6crit qu'il ne convient pas encore de passer a SaintDomingue, surtout si l'on trouve son existence dans le pays que l'on habite. n
Nous terminerons ici nos citations. Des faits qu'elles consacrent ii resulte 6videmment que, depuis 179o, 'file de Saint-Domingue livrde aux incendies s'est trouvie, jusqu'au moment de l'abandon force en i8o3, dans une situation extraordinaire. Sous influence de ces circonstances les armateurs du Havre, rests sans communications avec leurs associds, don't la plupart avaient t6 disperses, ne purent rentrer dans leurs crdances;"par uite, des- maisons nagubre les premieres du commerce de France succombdrent au contre-coup de la perte de la colonie.
CH. BRLARD.

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