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Gazette nationale, ou, Le moniteur universel
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 Material Information
Title: Gazette nationale, ou, Le moniteur universel
Portion of title: Gazette nationale
Moniteur universel
Physical Description: v. : ; 51 cm.
Language: French
Creator: Panckoucke, Charles Joseph, 1736-1798
Panckoucke, Charles Joseph, 1736-1798
Thuau-Grandville
Publisher: Chez H. Agasse, Libraire.
Place of Publication: Paris
Paris
Creation Date: 1789
 Subjects
Subjects / Keywords: History -- Periodicals -- France -- 1789-1815   ( lcsh )
History -- Sources -- France -- 1789-1815   ( lcsh )
Genre: periodical   ( marcgt )
serial   ( sobekcm )
Spatial Coverage: France
 Notes
Additional Physical Form: Also available on microfilm from Association pour la conservation et la reproduction photographique de la presse and Northern Micrographics.
Dates or Sequential Designation: 5 mai 1789-déc. 1810.
Numbering Peculiarities: Publication began with issue for Nov. 24, 1789; issues for May 5-Nov. 23, 1789 appeared in the introductory volume published in 1796. Cf. Hatin. Bibliographie historique et critique de la presse periodique française. 1866. p. 125-127.
General Note: Founded by C.-J. Panckoucke.
Funding: Digitization provided by Creekside Digital
 Record Information
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: oclc - 06444351
System ID: UF00103152:00134
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GAZETTE NATIONALE,
O U
[LE MONITEUR UNIVERSEL;
COMMENC LE) MAI I789.
PRCD

DUNE INTRODUCTION HISTORIQUE,


CONTENANT
UN ABRG DES ANCIENS TATS-GNRAUX,
DES ASSEMBLES DES NOTABLES,
E T
DES PRINCIPAUX VNEMENS QUI ONT AMEN LA RVOLUTION.


A PARIS,
Chez H. Agasse, Libraire, rue des Poitevins, n 18.
L'AN IV CE LA RPUBLIQUE,
an
I



>
AVERTISSEMENT DE L'DITEUR.
Ce journal parut pour la premire fois le t\ novembre 1789 ; l'article de l'Affemble nationale, jufqu'au 3
fvrier 1790 n'tait alors rdig qu'en fmple notice d'une trs-courte tendue et fouvent imparfaite. A cette
dernire poque, l'auteur du Bulletin de l'Affemble nationale, runit Ton travail au Moniteur et donna aux
fances du corps lgislatif la forme dramatique qu'on leur a conferve jufqu' ce jour. Les foufcripteurs attachs
au Moniteur, ayant defir qu'il comment avec la Rvolution, nous avons imprim les fances dater du 5 mai
1789, jour de l'ouverture des Etats-Gnraux avec la relation des principaux vnemens de cette mme anne.
Nous avons fait prcder le premier volume de cette nombreufe collection, d'une Introduction qui contient
l'abrg hiftorique des premires formes du gouvernement de ia France, de fes anciennes aflembles politiques,
def es Etats-Gnraux, des aflembles des notables en 1787 et 1788, et des vnemens fubfquens qui amenrent
la Rvolution.
N. B. Ceux des anciens foufcripteurs dont la collection commence au 24 novembre 178P, et qui Ce font abonns pour ce
nouveau volume. auront doubles les numros de ce journal, depuis cette premire poque du 24 novembre 1780 jufqu'au j
fvrier 175*0 exclufivement, parce qu'ils fe trouvent rimprims dans,le volume de 178P avec les fances complexes de PAflWnblce
nationale, rdiges fous la forme dramatique, qui leur manquait dans la premire dition; ce qui fait 71 numros qu'ils peuvent
fupprimer, s'ils le jugent propos.


AVANT-PROPOS.
O
N ne pouvait remplir une tche plus difficile que celle de
renfermer dans un cadre la fois fidle et circonferit, ce nom-
bre prodigieux d'vnemens extraordinaires qui fe font preffs de-
puis qu'on a commence parler de la rvolucion franaife. Devant
elle fenible s'effacer tout ce que J'hiftoire des Peuples antiques
offre de mmorable; la feience politique, celle de la lgiflation
civile, la connailfance des hommes, .celle de leurs droits comme
Jes connailTances qui s'appliquent au perfectionnement de la fo-
cict, ont pris dans quelques annes par les efforts fimultans de
tout ce qu'un Peuple nombreux renfermait d'efprits actifs et inf-
truits,4im dveloppement auquel elles n'avaient point encore paru
pouvoir atteindre ; enfoite que l'hifloire de cette rvolution femble
tre comme une bibliothque politique devant laquelle un nouveau
Mahomet aurait, prefque fans danger pour l'exprience des Peu-
ples, prderit toutes les autres.
T ^ difficult de claffer et de dcrire une malTe de faits dont
l'admiration de ceux qui portent leur il fur le palT a peine
embrafTer la multitude, n'tait pas la feule que nous eulTions
vaincre dans cette entreprife ; la partie la plus nombreufe de ces
vnemens, ceux 'ont 1 importance s'ell accrue avec les fuccs
de la rvolution fe trouvaient dj recueillies dans les feuilles du
Monit ur qui ont paru depuis le 24 novembre 1789 ; recueil qui
a le plus prcieux avantage de comprendre dans ion tendue tou
les dtails les plus propres ies caractrifer, qui cil une cfpece de
procs-verbal crit jour par jour par des tmoins oculaires des faits,
et enprcfcncedes tmoins intreffsdetousles partis,dans lequel enfin
les principaux acteurs de la rvolution, dpouills de cette forte de
toilette que Fhiftoire donne fes hros et reprfents par eux
mmes dans leurs dmarches et leurs difeours journaliers, ont,
pour ainfi dire broy de leurs mains la couleur des tableaux
dans lefquels ils figurent.
Il ne manquait ce recueil que d'avoir commenc avec la r-
volution ; car s'il peut tre utile de ne point ngliger dans l'hil-
toire des grands hommes celle de leur enfance, c'eft dans l'hif-
toire des rvolutions furtout qu'il importe de ne rien omettre de
ce qui tend faire connatre leurs premiers mouvemens, leurs
caufes, les fymptmes qui les annoncrent, et nous initier en
quelque forte dans les myfteres de la gnration de ces importans
phnomnes qui ont en naiffnt la force de tout dtruire. Tel cil
le motif qui nous a dtermins donner cette introduction au
Moniteur; et quoiqu'il ne ft queftion que d'un travail partiel ,
et dont les lmens font depuis long-tems connus il ne por-
tait pas moins avec lui la grande difficult attache l'entre-
prife de tout crivain qui voudra au fein d'une rvolution en
tracer l'hiltoire cette difficult que dfinit un auteur clbre lorf-
qu'il dit, qu'un hiflorieirne doit avoir ni religion ni Patrie.
Certes nous ne pmes oublier notre Patrie, lorfque nous avions
dcrire fon triomphe. L'efprit elTentiel de la religionde tout homme
t bien a d encore moins nous abandonner lorfque nous cherchions
lever quelques monumens l'hilloire ; cet efprit eP l'amour de la
vrit l'amour des hommes, et ces deux ides renferment toute
la morale de J'hiflorien.
Pour atteindre autant qu'il tait defirabie, ce caractre d'im-
partialit qui regarde le vrai feul comme utile, et fur lequel
nous voulions fonder le feul mrite de cet ouvrage nous avons
d nous dfier fouvent de notre propre jugement ; c'efl celui des
crivains les plus accrdits que nous avons confult dans tous
nos rcits et ce font leurs expreffions que nous avons confer-
ves lorfqu'elles nous ont paru propres rappeller l'efprit du
tems dans lequel ils ont crit.
Nous devions mme ne pas nous en rapporter toujours leurs
interprtations, lorfque nous avions parler des faits principaux
fur lefquels fera bal le jugement que l'Europe impartiale et la
poffrit porteront de la rvolution franchie : auli, pour mettre
le lecteur mme de rformer leur jugement et le ntre, avonc-
nous eu foin de rapporter fur toutes les circonflancs imposantes ,
les pices authentiques qui peuvent fervir les caractrifer.
Nous avons penf qu'un tel recueil, s'il peut intreffer les
Fianais, en leur rappellant les fouvenirs dont doit fe compofer.
leur expeiience et leur orgueil national, pourrait piquer plus en-
core la curiolit des trangers auprs defquels les <"nnemis de cette
(volution l'ont fi odieufement calomnie par leurs rcits pendant
que l'interr.iption de toute relation entre eux et nous, ne leur
permettait pas de la juger par eux-mmes, niais qui vont fans
doute enfin, fe livrer avec d'autant plut d'intrt au fpectacle de
ce vafte thtre de gloire, qu'ils ont t plus long-tems privs
des moyens d'en apprcier toutes les feene*. Quelle plus utile et
plui brillante cole pour les amis de la libert, dont le nombre
s'accroit chaque jour en Europe, quel moyen d'inllruction plus
agrable pour eux, qu'un ouvrage dans lequel ils pourront re-
cueillir tout ce que nos gens de lettres nos publicits nos l-
gislateurs, nos philolophesont dit etpuhlipour prparer, dvelopper
et confommer une rvolution dont l'heureufe influence parait dj
fe faire fentir chez tous les Peuples ?
Nous avons cru doubler pour eux cet intrt, en reprenant
les chofes d'un peu haut, en les faifant paTer par tous les degrs
intermdiaires qui nous ont conduits au terme de notre rgnra-
tion en leur offrant toutes les pices originales qui pouvaient jeter
du jour fur les faits, appuyer la critique, peindre au naturel
les murs et les habitudes des minillres et des courtifans. Cette
peinture lidele de l'tat de la France avant la rvolution, des pro-
grs et de la dcadence du defj otidne de nos, prjugs et du re-
lchement o fe trouvait le royaume, quand fa rvolution com-
mena fe dvelopper nous a paru tre comme l'ombre nce
faire au tableau de celle-ci. Nous ne pouvions ignorer d'ailleurs
combien il exiile encore d'hommes intrefles embellir des cou-
leurs trompeufes de leurs regrets, ce rgime dfaftreux et
vanter la prtendue conllitution de la France monarchique ;
i'apperu que nous donnons de cet ordre de chofes fuflira pour
dtruire ces illufions et ces fophifmes.
C'efl vainement que dans tous les fiecles s'accumulrent fur les
Peuples affervis, les longs outrages du defpotifme ; l'amour de la
libert et les vrits premires qui lui fervent de bafe fe confer-
verenr dans le cur et dans la mmoire des hommes; elles re-
parurent toujours avec clat, et entranrent la diffolution des
empires, ou nceffiterent leur rgnration.
La France fournit un mmorable exemple de ces vrits; c'eft
de tous les Etats de l'Europe moderne celui dans lequel les droits
des Peuples furent d'abord le plus long-tems connus et pratiqus ,
mprifsenfuite jufqu'au dernier terme de l'aviliffevienc de l'homme,
et enfin proclams avec une folemnit et un degr d'nergie qu'on
n'avait point encore vus. Ds l'origine de la monarchie, nos pres
fe runifiaient dans les champs de Mars, autour d'un roi qu'ils
avaient lu ; le vu gnral dictair la loi ; l'autorit lgiflative
rfidait toute entire dans ces auguftes afTembles ; et les rois
taient tellement fournis aux lois nationales, que plufieurs fois
par des dcrets de la Nation, ils furent punis pour les avoir en-
freintes.
Si ces affcmbles furent par la fuite altres dans leurs formes ,
ce ne fut que par l'impofTbilit de runir tous les individus d'une
Nation devenue bientt trop nombreufe. Les grands les hommes
enrichis des fruits de la guerre, qui commenaient fe dire privi-
lgis et qui avaient les moyens de confacrer leur tems et leurs
richelFes aux dplacemens et aux foins qu'exigeaient les affaires pu-
bliques, le rendirent feuls ces alFembles o ils s'arrogrent avec
le confentement des lois, le droit d'y reprfenter la Nation, et
qui ds-lors, moins puifTantes et moins refpectables, cefferent
d'tre priodiques, et ne parurent plus que les inftrumens des
caprices du monarque. Tel ell l'origine que tous nos publiciftes
fe font accords attribuerai! defpotifme royal en France; telle
eft celle qu'attellent les monumens les plus authentiques. Nous
en citerons plufieurs dans le cours de cet ouvrage.
Uinjujtice la fin produit lindpendance. Cette maxime fi fortement
exprime par un de nos potes, indique qu'on ne faurait mieux faire
connatre les caufes d'une rvolutinn, qu'en caractrifant avec foin
la nature et les progrs du defpotifme qui l'a prcde; et il n'eft
peut-tre aucune vrit mieux dmontre par l'exprience, depuis
Pififtrate Tarquin et Clodius, jufqu'aux exemples rcents que
nous en fourniffent la SuifTe la Hollande, l'Amrique et la France.
La patience des Peuples eft longue mais elle a un terme. Patiendo
multa veniunt, quee nequeas pati. Il ne faut qu'un grand revers
ou un grand crime, pour livrer enfin les tyrans la merci d'une
multitude fatigue de ks longues fouffrances. Alors ils invoquent
en vain les lois ; avec le refpect de leur autont elles ont ceff
d'tre : leurs armes elles deviennent Peuple dans ces grandes
crifes, et n'ayant plus craindre une autorit chancelante, elles
ont bientt cefT de leur offrir l'appui de leur difeipline. Ds qu'un
Peuple a commenc oppofer fa force la violence, il ell fur
de la victoire ; fa vengeance eft d'autant plus terrible, qu'elle a t
plus long-tems comprime; fon courage plus exafpr qu'il fe
fonde fur la juftice de fes droits, et qu'il s'lectrife la fois de
A z


iv
.tous, les fenfnneiw gcnieux que l'amour de la libert infpira
fhomm
Moiti rufe, moiti comrair.te dit uh de nos hifloriens c-
lbre, un l'.l" fuis! vil prix d'un Carabe l'hri-
tage de ft ___Celui-ci n'ofa refluer, il le croyait un Dieu.
iMais bientt il s'apperut que l'ufurpateur n'tait qu'un homme.
Il le furprend (on tour, et rclame la propriti /Europan
lui teprfente ion contrat d'acquilition. Je ne fais poit.t, lui r
pondit le Sauvage ce que dit ton papier ; nuis lis ce qui cil crit
fur ma flche; tu y verras en caractres qui ne mentent | oint ,
que fi tu ne me rends pas ce que tu m'as drob, j'irai te brler
C foir dans ta cabanne.
Voil, clans fon principe, l'hiftoire des rvolutions humaines;
elle cil partout le rcit des ulurpations uu j. ouvoir, les rclama-
tion! de la raifon et d< s vengeances, de la force; voil lui tout
l'hiftoire de la rvolution franaife.
Les annales du M r.He ne prefentent peut tre aucune _ oque
plus digne de fixer les regards du philotopbc et de L'homme fa-
cial. On y verra le plus nouveau des fpectacles la force vaincue
par la |ulce les prjugs parla raifon le cri des pallions touff
par la voix de la nature les privilges fubjugs par les lois. On
v verra et les forfaits du defpotifme qui le dchire lui-mme de
l'es mains fanglantes, et les terribles carts de la licence, et les
tranfports quelquefois homicides de la fureur populaire, et les
fi.blimes lans du patriotifme, Couvent forc de depaller le but
dans la crainte de paratre relier en de.
Il n'tait point dirig, ce mouvement impofant de tout un Peu-
ple fur le plan de ces conjurations tnebreufes enfantes par l'am-
bition non pour dtruire la tyrannie, mais pour la fupplanter.
Il n'tait queftion de rien moins que de crer pour infi dire une
faconde fois une grande Nation dgrade par des liecles d'efcla-
vage. Il fallait renouer le lien fdral, dtruire des prjugs
auffi anciens que la monarchie, abailfer l'orgueil de la naiflncc,
des rangs et de la fortune devant la dignit d^ l'homme, rin-
tgrer tous les membres de la confdration dans la jouilfance
des droits du citoyen, fans attaquer ls proprits lgitimes, don
lier un cfprit public une imtnenfe multitude divife et fubJivifee
en une foule d'alfociations animes chacune d'un gnie particulier,
anantir l'efprit de corps, runir ceue lgion d'intrts divers qi i
fe croifent en tous fera et fe combattent fans celle en un feu.
intrt y celai de la Nation entire ; il fallait enfin donner de-,
moeurs et des lois un Peuple gnreux fpirituel et clair ,
mais vain frivole et corrompu.
\
Mille obilacles de tout genre femblaient devoir rendre une telle
rvolution impoffijle.- Un monarque abfolu accoutum dis le
berceau ne voir que des efclaves prollerns fes pieds, et
mettre fa volont la place de toutes les lois; des parlement,
jaloux d'terniler leur exiftence politique, et de la rendre ind-
pendante, afpirant au pouvoir lgiflatif; des provinces divile.s
de privilges, de murs, de lois et d'intrts ; une nobleile al-
tiere, imbue des infolentes ides du fvjlme fodal, et fpar
fon orgueil comme par fes prrogatives, du relie des citoyens;
une arme noinbieuie dvoue au roi et foumife fes chefs ,
t.us tirs du corps des nobles; un clerg riche et puilant, gou-
v.in jar un rgime particulier, formant une autre Nation, au
milieu de la Nation el!e mme et fort de la crdulit d'une
grande multitude, opi fant la barrire formidable de la fuperfli-
tion toute efpece d innovation et tabliffant entre la thocratie
et les lois ternelles de la raifon, une. lutte terrible contre l'in-
deflructible fentment de I galit ; un Peuple accoutum au joug
par l'habitude, le teins et les exemples oui agiilent li puiffamment
fur les penfes des hommes par les fruits d'une ducation con-
facre l'efclavage craf (oui le faix des impts et fous le
poids des humiliations : que de barrires furmonter pour par-
venir la consommer !
Lorfque l'on confiJere tant d*obfhclei avec le fang-froid qu'a
tach la plrbe, fous le joug d'une foule d'ufurpateurs fubal-
ternes ce Peuple nagure libre et conqurant, fut trait plus
mal encore, que ces Ilotes que les Spartiates ne fouponnaient | as
mente tre des hommes, ou comme le font encore aujourd'hui
les malheureux habitans de l'Afrique tranfplants dans nos Colo-
nies : le cultivateur paitible fut livr, lui et fa famille, aux ca-
prices du premier baron qui confervant la paix les armes et !ea
foldats de mtier qu'il avait employs dans les guerres, forait
la faiblefl des monarques lui donner avec un fief, le droit
d'exercer toutes les forte* de vexations, et de fortifier, aux frais
des payfans, le chteau d'o il devait exercer fur eux fes brigan-
dages. Dans ces liecles de fer, ces barbares auraient volontiers
lch leurs chiens courans fur un vilain, comme ils les lchaient
furies btes fauves qui taient devenues leur proprit exelu-
five,'et dont l'exiitence privilgie leur femblait plus prcieufe que
la vie des hommes. Alors en effet on vit des ordonnances leur
livrer l'encan la vie de leurs vaifaux, en ne condamnant Jet
meurtriers fieffs ou' u..~ -mende d'une modique famine d'argent;
encore les juges corr-mpus qu'ils nommaient et deilituaient leur
gr les dchargeaient-ils fouvent de la [dus forte partie de crtte
amende pour en partager l'autre avec eux, ou leur donnaient-ils
le moyen d'tn luder le paiement.
Obligs d'aller venger ou laver dans leur fang les injures per
tonnelles que leur feigneur avait faites un autre feigneur ou
qu'il en avait effuyei forcs mme de marcher contre les
rois dans ces guerres intellines et cette anarchie laiw
glante de plufieurs ficels, les malheureux Cerfs taient cha-
que jour exj ofs avoir leurs maiions dtruites, leurs familles
captives, et livres au } lus offrant ; ils taient comme un patri-
moine mif
I
les
fei
gnew
s fe vendaient et fe reven lai
du exclure 1
e courage
qui les a furmonts, et que l'en calcule
L'oppreflion exerce pat le clerg n'tait pas moins cruelle, ni
intraitable ; on fait que dans toutes les religions celui-ci ne chercha
qu' aggraver le joug des Peuples auxquels il vendit jufqu'au droit de
ia fpulture. C'efl principalement de, 1%.France qu'on pourrait dire::
On ne peut fans argent mourir en ce pays .. et les rnterre-
mens Monlieur (ont hors de prix. N'avait il pas tabli dr.i
impts non moins ridicules et cruels fur les iources mme de Lt
vie, fur les naiilances, fur les alimens que le malheureux tirait
les fuenri de Ion travail'.' HUs, combien de lois les dmes ec-
clfialliques, aufii bien que les dmes infodes, ne fureiu-cilcs
| oint arrofes des larmes et du fang de nos anctres !
On ne peut s'empcher de remarquer, ce futer, en remon-
un: des effets aux caufes que le defpotifme femble tre de l'ef-
fenee des religions en gnral, du moins de toutes celles qui fe-
ront cre s pour l'intrt des pitres, lis ont d faire de la divi-
nit un tyran pou. exercer fous fa caution une \ uillunce fans
frein : plus ils ont voulu o'autorit, plus ils ont d troitement
entraver la raifon. Ils ont dit On devient facri'.ege alors qu'on
u dlibre... Loin de moi les mortels aflez audacieux.., pour juger
* pir eux-mmes et voir tout par leurs yeux... Quiconque ofe
<> puifer, n'ell pas fait pour me croire.
C'efl en donnant une (anction divine, d'abord la fodalit,
qui n'tait qu'une forte de uiieipline militaire qui affermirait leur
empire, enfuite au defpotilme roval ipi I\>1 ir.ion de cette
origine femblait leur donner le droit de | artagrr qu'ils com-
mencrent par faonner les Peuples au joug et finirent j ar faire
trembler les rois eux-mmes devant leur magique pouvoir.
Jufqn' Louis XIII, 1rs rois furent contenus par les fuzerains
et les grands. Lorfque Rich lieu eut excut fi habilement, le
projet depuis long teins conu d'abaiifer la puifloce de ceux-ci.
le peu or royal devint abfolu et l'amb'tion du clerg excite pat
cet accroiflea.eut, s'leva jufqu'au gouvernement du royaume ; s'il
ne voullt plus dpoffder les rois il voulut gouverner en leur
non ; la cour devint le thtre de fes plus actives intrigues, et
ori.ja'il ne rivalifa plus de pouvoir avec elle, il fut le complice
de fes crimes.
En attirant les principaux feigneurs la cour, le cardinal de
ieu purgea les provinces te quelques tyrans; mais il acquit
par l mme plus de moyens d'opprimer ces provinces ; la v-
. il acheva d'affranchir le roi de la puiflance des feigneurs;
nais en les tran-,formant en valets courtifms, en dprdateurs a\i-
les effets naturels d: IV! v Tcence frrible qui a d tre propor-
tionne la force dts rfilhnces, on doit tre peu furi ris des
malheurs et desdfiflres pajtkLsqui ont accom; agne une telle com-
motion. Exiflait-il en effet en Europe une feule monarchie dont
le defpotifme fe ft affermi par une auffi longue dure de jouif-
fance et d'opprelfion, ,ien interrompue, dont les racines fuffent
pius profondes, plus difficiles dtruire? Exilhit il un empire
dans lequel les ordres privi.cgics fuflnt plus nombreux, plus ri-
ches, plus eflentielleincnt attachs d'intrt au pouvoir du tri
un fetd dans lequel le Peuple ft devenu plus malheureux par
l'excs des impts, et qui, par Cela mme, et, ;i lein de ^ lible inquifiieiir, s'il fit couler leur langpar la main du bourreau,
mifere, moins de moyens d:. rfiflance oppoler fes oppref- ils fe vengrent bi n pu 'a fuite fur le Peuple ; en sVmparant de
feurs
A peine les aflmblei de la Nation eurent-elles cefT qu'at-
des il jeta les germes de corruption qui bientt dfolerent la
France. Ainli donc i les coups d'autorit de eeminiftre ne por-
it que fur la haute noblcffe s'il meubla les prifons d'i tat de
feigneurs qui avaient aez d'nergie pou) ne voul ir [as tre fes
va'ets, ni s'allimiier au pre Jofeph, le premier alguafil de ce ter-
tous les accs du trne, cette portion de la noblette lit plus de
mal fur ce thtre d'intrigues qu'elle n'en eut jai::ais pu faire dans
l'es terres.
le


Le miniflere, de fofl cte, conquit tout le pouvoir que perdirent les
grands, et l'on ne ftntit pas ailiz que le defpt tilme, pour eue
Amplifi n'en ferait pas moins actif, cju'il n'aurait que plus d'agens,
quoiqu'il y et moins de defpotes, parce que les miniflres lei
a, piqueraient au befoin, toutes les forces motrices d'un grand Etat.
le defpotidiie fodal tait frement plus contre nature mais
il y avait au moins un* efpece de lien de relation qui liait le ferf
fou matre et intreli.it le (eigneur fon elclave ; au lieu que
le defpotifme des minillrrs nt portait fur aucune bafe qui ne ft
odieufe. L'un appartenait |>lus h bnbarie, l'antre fut plus atroce. Le
jninillre qui ne regardait la place que comme un paltage o il de-
vait puiferfa Fortune| ne croyait avoird'autrt: intrt que de dilliper,
tyrannifer et dprder Etait-il un crime ; lus punillable et moins
fiini '. On fe contentait de le renvoyer avec les dpouilles de
'Etat ; et fa famille, qui fe confolait du deuil de l'ambition avec
ce qu'elle avait obtenu del faveur, comptait aprs les premiers
terni de la difgrace parmi lev titres d'illullratk n d'avoir eu un
minirtre dans fon foin, tandis qu'elle devait iCcn conferver que la
tache.
Au rgime dfaitrrux de la fodalit fuccderent auTi toutes
les horreurs de la hfcalit. Ces derniers fiecies feront fameux par
les atteintes que le fyftiue financier porta l'uumanit ; alors pa
lurent ces lois ces dits injurieux aux droits des Peuples pro-
voqus par la fiiblofle des princes ou dictes par la mauvaife foi
de leurs miniflres ; alors naquit la gabelle, ce flau deftructeur,
qui enlev l'homme l'ulage d'un bien (pie la nature a prodigue
aux nations qui a fait couler des f"o de larmes et de lang, et
torturer des milliers de malheureux.
Cm maux augmentrent par la vnalit des charges, abus qui
ouvrit une reflource au rival de Clwles-Quint, e1 qui, dans la
fuite couvrit tout le royaume de deuil par les arit iniques det
compagnies de magiftrature qui ayant hrit comme d'un immeu-
ble du droit de i'Jger leurs femblables vendirent la juftice ou
la firent vendre par leurs fecrtaires et des counil'annes.
L'abb de Mably en parlant di*3 vices des empires, obferve
qu'il y en a de fconds, et qui lervent pour ainh dire de ma*
tricc et de foyer la corruption. A leur tte, dit-il, eft ce
vice, dont je ne fais pas le nom; monflre deux cor[.s, com-
pof d'avarice et de prodigalit qui ne fe lalle jamais d'acqurii
ri de difliper et dont les befoins toujours renaiflans et toujours
inl'atiables, ne fe refufent aucune injullice. C'eft ce vice'ou ce
monflre que l'on doit l'infme et incalculable impt de la vna-
lit. Vers la lin du dernier rgne, M. Quinaut fut charg de
drelTer un tat de toutes les charges et emplois crs pour avoir
de l'argent ; elles montrent plus de trois cent mille. La cra-
lion de ces charges la plupart inutiles dont les revenus givaient
l'Etat taient, comme toutes les efpeces d'emprunts dont un gou-
vernement ne peut, ainfi qu'un commerant faire valoir le capital,
un impt indirect pay par le Peuple.
On voulait, difait-on, viter la corruption attache la mi-
fere On redoutait avec ddain quiconque ne pouvait pour un
refus que fit cet ancien efclave, iebe de plus de fept million'!, de
la fommequi lui tait offerte lecompare aux Fabricicns et con-
facre fon dlintrefiement un monument avec une infr.ii,,tion adu-
latrice. Mais de nos jours ne vit-on pas une numicipali. de Paris
faire 'tir et magnifiquement meubler un htel qui lui cota \ lus
d'ur million,pour en gratificrun miniltre complaifant, M. de Saint-Flo-
rentin aux dpens des citoyens, lrchargs d'imi ut pour fub\ enir
ces j rodigalits.
Le luxe, une fois introduit dans la cour par la facilit que lui
donnaient les traitans de prefuirer 1-s I"eu; les ne tarda j as fe
rpandre dans la capitale et dans les provinces; partout il cra
les faulTes jouiflrires, les ddains orgueilleux les maux de l'en-
vie de la cupidit, de l'oilivet et les haines, n^u rendit tri-
butaires de l'induftrie et:ingre, non; fit inutilement c nfommer
dans l'intrieur les produits de la ntre, Vous lit met rifer l'agri-
culture et les arts utiles porta la defolation dans les familles,
le trouble dans l'union conjugal la corruption gnrale dans
les murs ; et comme il l'alimentait de l'oppreiiou tifcale, infa-
tiabie de jouiflanoes, il ne tendit qu' l'accrot.
Le fjfte des princes n'tait pas une moindre for.rce de mal-
heurs et de diudatons. Loilque le pre de Louis XVI lit voir
fe.N e-fans, avant de mourir, les regiftres o taient conlignei
les naiflancei de Vcilahles, il leur donna une (ublime mais inutile
re-
em
ploi
orfri
ir
que
lui-mme, et
nue rien ne diilinguait, except
les talens En vain, eulTiez-vous par votre mrite par vos fer-
vic-s, cherch furmonter les dlavantages du rang et de la fer-
tune ; vous vous trouviez comme enlac dans un cercle vicieux
dans lequel fe fondait toute mulation ; car, ou vous ne pouviez
rien devenir fi vous n'aviez t quelque chofe o I on ne don-
nait le Jroit d'acqurir des richeffes qu' ceux que dj la cor-
ruption et les intrigues avaient enrichis.
Mais quel eft donc le plus incorruptible l'homme opulent,
ou le citoyen pauvre? Qui de deux voit-on ramper dans les
cours ? Qui fe trane le plus fouvent aux pieds des miniflres ? Qui
tudie l'an de violer la confeience des princes ? Qui maudit avec
inlolence reoit avec orgueil, et regarde une faveur obtenue
comme le droit d'en obtenir une nouvelle ? Qui peut cacher ai
fement cr qu'il a reu dans ce qu'il pofl'ede ? Et qui par fes pro-
fitions mmes le rend plus fufpect de rapines ? L'homme | auvre
ou mdiocrement aif qui le trouvait exclu des places n'oflrait-
il pas, au contraire, dans l'habitude de l'ordre et des meeurs do-
meftiques le ga^e le plus prcieux de fon intgrit? Moins il
poiTde, plus il eft prs de vous, de vos intrts ; plus il a be
foin de mriter votre eftime puifque votre eftime lui donne un
lullre fuprieur l'opulence, et place au-deflous de lui le mil-
lionnaire qui i\i que fon or.
h<-s richeflTes corrompirent la Grce et amenrent ia dcadence
de Rome : en France, la vnalit et 1- fife eurent bientt con-
fomm faviliiTement du gouvernement et banni de fon fein toute
dcence.
Il nous femble bien vil, ce fnat Romain, qui dcerne l'affranchi
Pallas la prture avec iyo milnt r;:? leon : exemits de devoirs envers la/ocit, des millions de
venus ne leur furti'aient as ; il leur fallait par fupplmesu des
millions de dettes que \ ayait l'Etat, et dent les crancier, mal-
heureux irtUmrn an ridaient avec d'ef, oh, et fans ofr fe plain-
dre, le tardif acqut ; tabliflant une foi te diinjt julques fur la
pervt i lit des miniP.r^s s'ils ne puifaient dans le trfar public en
makres, ils y pommaient en vampires myflrieux et impunis.
Toute la foc't fouffnit de la rvoltante pullu'.ation d'annoblis
que l'on voyait le ; avaner au fortir de leur roture comme le
papillon naiflant, avant de devenir habitant de l'air, frtille fur fa
dpouille d'infecte. Quoique le parchemin, que nos princes leur
donnaient au prix de 60 ou 120 mille livres n? ft gure qu'un
permis vendu la vanit d'tre impudente et mprife, le nom-
bre de ces dlerteurs de la cafte commune tait prodigieux. A
n'en compter que cent par chaque anne c'tait en cinquante
ans, cinq mille familles privilgies pour l'impt; le Peuple,
outrag par les snnob.is, tranait avec^ fon lourd fardeau celui
qu'ils avaient Jfie au-deflbus d'eux.
Il fe faifaient tin mrite du privilge exclufif de commander
dans le camps : qu'y portaient-ils? leur inexprience, et l'or-
gueil qui en doub.ait les dangers, les intrigues d*. cour, les ja-
loufies, les balTes ambitions, auxquelles ils ftcrjSaient l'honneur
de nos armes, les manires infultantes qui portaient le dcourage-
ment dans l'ame des vieux guerriers le droit de s'arroger leur
gloire, en ne faifant remplir que de leurs noms de faftiiieufes
gazettes la corruption qui fouvent livrait nos ennemis le fruit
des plus brillantes victoires, la lchet cemeite des dcorations
de la valeur obtenue dans les boud' irs et qui leur faifjit rpandre
des Ilots de lang pour mettre couvert leur prcieufe exiftence ;
enfin avaient-ils (e faire un mrite, au fein de la paix d'un
fyflme qui ne tendait qu' confolider leur tyrannie et faviliiTe-
ment del Nation, en mettant dans leurs mains tout le pouvoir
de la force arme.
Le defpatifme des lettres de cachet ne fut pa? moins terrible,
on en comptait trs de 200 mille dlivres fous le long mi-
niftere de Lavallire au [ rolit de toutes le haines et des am-
bitions les plus fubalternes. Q land perfonne n"eft fa place ,
le delordre ne doit-il pas rgner partout ''. et le dtordre eft la
bote de Pandore ; il en fort tous les maux la fois.
En vain eut-on compt fur les parlemcns, pour les rprimer ?
N'avaient-ils pas eux-mmes concouru prcipiter la dgnration
de l'Etat ? pour un Robert de Saint Vincent, combien de
membres qu'on ne pouvait nommer fans faire une fatyre ? Et (i
l'on veut juger leur pouvoir, qu'on fe rappelle Louis XIV s'y
pr'Tentant en bottes et en perons, un fouet la main, pour y
faire enregiftrer J chafie.
C'tait dans le fein du dfordre qu'il fal'ait trouver des ref-
fources nouvelles : le revenu public ne pouvait s'accrotre que de
la deftruction des abus particuliers c'tait faire jaiilir une fource
de profprit du principe mme des malheurs.
Mais comment devait fe conduire fadminiftrateur forc de d-
couvrir la France fa vritable fituaiiuii l'adminiftrateur qu'un
devoir imprieux obligeait de frapper fur les privilgies et d'anau-
tir les exemptions qui les enrichiiaient?
Il tait facile de prvoir, qu'attaquer la fois tous les corps
fi



I
!.. |U| ptffcnl) c'tait fe fnfciter d'innombrables ennemis,
c'tait les piovoquer en mme tenu aux pieds du trne et aux
pieJs dci autels
Servir le Peuple aux dpens des grandi, c'taiv s>xporer fe
tiomei folc pendant un liecle. Souvent le Peuple, aveugle pai
frs | ri juges, ne retrouve fa voix pour bnir fou bienfaiteur, que
loilqu'ii ell delcendu dans la nuit du tombea;; ; ce Peuple abufe
jar ceux mme qui lui nuifent, fe runit momentanment eux
contre le minillre qui le fert : encore s'il tait allure d'ac
fui cuv;age.! Mais la haine active et imparable des ccrj.s qu'il
Ktaqi e, : eut iu: ravir et !agloi;e et fapjace, Ell il difgracie ? alors au
I in:-su comentcmeiis etdrstroubles qu'on lui impute, et au milieu
ci etil.liflemens divers qu'il laide imparfaits; il n\fl aux yeux du philo
foj lie qu'iln exemple malheureux des viciflhudes humaines; aux
yeux du clerg, qu'il a of braver, c'efl uh minillre juAemeii' (acriti ;
aux yeux de la nob elle, c'ell un tnihire victime de Ion impru-
dence; aux yeux du Peuple, c'ell i'auleur bientt oubli, d'un
projet que fon inexcution mec au rang de* chimres.
Annoncer la crife de l'Etat dam un Jit de rformation, en-
v>) fimpli nient aux cours parlementairet, c'eut t rendre le
nul incurable, c'eut t ouvrir la porte aux rclamations de tous
Ici genres, c'eut t diffrer le moment de la dellruction des
abus ; et en retarder l'inftant, tait le moyen de les enraciner
d'avantage. Ii s'agiffait de rgnrer la Nation ; il fallait rappel 1er
ces anciennes inflitutiom qui avaient entour fon enfance, qii
avaient embelli fa jeuneffe dans les teins les plus orageux ; il
fallait lui rendre toute fon nergie, en lui rendant les formes pri-
mitives et clier?s de fon antique exiflence ; il fallait ranimer Ion
roeur par de fi prcieux fouvenirs et lui faire retrouver fes ver-
tus en lui rappellant que ce fut dans les affembles vnrables
du Champ de Mars, que la Nation fe pntrant l'envi et
d'mulation et de zle dvoua conlfamnvnt et fans rferve fon
exillence et ( fortune la profprit de l'Etat.
Pour anantir d'antiques abus il fallait recourir aux moyens
rf. ects et chris qui en avaient ananti jadis de fi pernicieux ; on
voulut d ne reunir lo il les yeux du monarque des notables de tous
les ordres de ia Nation et le montrer fon Peuple au milieu
ds cette augulle dlemlle.
Il tait craindre que les corps mmes qui devaient la compo'er,
fe foulevafl'nt, l'afpect des lacrilices que l'Etat allait exiger
d'eux; maisiarmi ces corj s divers, il en tait qu'on j ouvait ra-
mener et convaincre ; il en tait dont on ne devait pas craindre d'ex-
citer l'implacable rellentiment ; c'tait un motif de les runir : le
roi allait connatre Ici citoyens lideles,ti l'Etat fes vrais ennemis.
Une dmarche aulTi clatante devait lailfer d'ternels fouvenirs qui
furvivraient au minillre quelle que ft fa destine ; et dans ces r-
minilcences ineffables, il pouvait voir In gage allure d'un bien venir,
que la haine la plus anime que la vengeance la plus obstine
ne j ouvaient touffer.
La faible/Te efl amie des tnbres l'obfcurit le inillere accom-
pagnent et couvrent les pas de celui qui veut tromper; c'ell la
clart du foleil que le montre la vrit; et qui veut parler fon
langage qui veut trouver en elle feule Ces moyens et les reffour-
ces, ne faurait s'entourer de trop de furveillans : fous ce rapport, la
convocation de la premire Affemble des notables, fut un grand
hommage rendu aux principes eflentieli de tout bon gouvernement,
hommage forc, (ans doute, mais qui eut dans fes luites des avantages
incalculables.
Dans l'intervalle de la convocation et de l'ouverture de l'A(Tem-
ble, il tait aif de prvoir quels orages les ennemis du minillre
s'efforceraient d'attirer fur fa tte
Dj le clerg allarm prvoyait les changement qui le mena-
aient ; la connaiflance parfaite qu'avaient fes chefs des abus qui
leur taient utiles ; la poiibilit de couvrir d'un voile refpect
l'exiflence de ces mmes abus, la facilit de runir la dure de
leurs privilges aux objets l'pirituels dont ils devaient uniquement
s'occuper, l'ignorance du Peuple, l'ancienne habitude d'effrayer
le monarque l'ufage de perptuer leur exiflence, par la terriur
qu'ils imprimaient aux miniftres qui avaient voulu la changer, l'ef-
poir de confondre leurs rclamations avec l'intrt de la nooleffe :
telies taient les armes de ce corj s redoutable ou plutt trop
Jong-tems redout.
Runifiez cela tout ce que l'habitude de difeuter, de gou-
verner de dominer donne de talens et de lumires ; l'loquence
tonnante des uns infirmante des autres artificieufe de quelques-
uns ; en gnral, c-t art d'mouvoir fourJement les efprits,
cette foupleffe qui fit viter le choc, pour conferver l'intgrit
de fes prtentions, qui fait attendre jour les faire reparatre, des
circonftances critiques, et profiter du malheur de l'Etat, pour
reprendre aufli-tt fa premire exiflence ; ces t:aits vous re
connatre que c'tait l le principe des plus grands obflacles y
le foyer de la rc fi fiance l'aine de i'oppofition.
Le mmoire fur l'impt territorial en nature fut prfent
rAlleirible j c'tait ce moment critique que le cierge attendait
le minillre | et le flattait de l'crafer lous le poids de les dcla-
mation.
Ce mmoire offrait une foule de principes irrfragables et de
confqueneca ntcellaires: les rfultau devaient IcJuire tout efprit
non prvenu ; mais ce mme mmoire contenait des vrits cruelles,
qui durent exciter toute l'aiiunolu du clerg. Ci 11 c'ans cet
tait que, rrndu la Nation, il tait place avec la noblelfe,
Confondu avec elle, fournis avec elle aux impts. Cette galit
tait un outrage Ces yeux. Il fe trouva aviu parce que fes
iminenfea richelfes allaient enfin iubir les taxes impolees aux for-
tune des defenleurs de la Patrie.
I! fentit nanmoins que prfenter fes prtentions dans tonte leur
tendue, c'tait s'expoler un combat ingal, c'tait s'ollrir fous
l'odieux afpect d'un corps tranger a I Etat qui le relule de con-
tribuer la dfenfe. Attaquer l'imj t eu lui-mme et dans les
formes, loutenir qu'il tait injuAfl et impraticable, prolciM
jamais l'ide d'une fubvention j. erue en nature lui a paru tre
un moyen plus fur de renverfer le plan deflructeur de les privi-
lges, et de fe mnager la poiibilit de s'en reilailir un jour. Le
cierge a toujours merveilleufement lu tirer partie de ce principe,
que la vie politique d'un minillre ell borne et que l'elprit des
corps ell immortel.
On a donc fait trouver des difficults infurmontables dans la
fubvention territoriale en nature ; la crainte d'une perception trop
difpendieule, le dfaut de Dals certaines pour la clalTification des
terres, l'inconvnient d'tendre l'impolitiou julques fur les frais
de cu.ture. Le clerg qui fit valoir ces raifom avec l'nergie la
plus exagre n'a pas hnti que tout ce qu'il difait contre
cette elpece dedimeroyale le rtorquait avec avantage contre la dune
eccliiallique qui tait beaucoup plus conlidrabie.
Le clerg prfrait les dons gratuits ; ce fut toujours le moyen
dont il paya la rellauration de a privilges. Voici Ion projet.
Lorfque uclalfification exacte des foumes que le clerg doit fournir
la contribution gnrale eut t faite, il devait dire au roi : Vous
n'avez plus d'intrt la dellruction de nos antiques privilges,
t uiiq'ue nous offrons en confervant nos formes de verler au
tiefor royal le contingent auquel nous fournies allujettis. Cette
ft're adopte, le cierge continuait de voir dans les crifes ora-
geulea de l'Etat les caufes de ion bonheur particulier; il les at-
tendait avec autant d'impatience que d'attention. C'ell dans ces
momenj difficiles, qu'il le fallait ^ mrite d'ollrir des fecours,
un emprunt, un don gratuit, qu'on devait rcompenfer, en lui
rendant fa premire exiflence.
M. de Calonnc avait cru, en dpouillant le clerg, fe concilier
1rs deux autres ordres, mais il fe lit des ennemis oe plus, et no
fe concilia perfonne. Ii s'tait imagin qu' la faveur d'un plan
qui offrait en effet de grands avantagea, et accorJait la Nation
plulieurs des chofes qu'elle dlirait depuis long tems il ferait
[aller des impts dlallieux et elquiverait les attaque des ptM
lemens ou les cralerait fous le poids du VOEU des notables ;
liais on ne voult ni de les im| ts ni de fes j lans : la main qui
les offrait les rendait tiof> fufpectS. Il foiiteiuit Qu'il avait fauve
l'Etat; mais l'Allemble jugea qu'il l'avait ruin. Le roi porta le
mme jugement et ta ce dpoluaire infidle et fa confiance,
et le coruon de ks ordres.
La coupable adreffe que mettaient les courtifans, pour parven'r
a drober au roi la crife o fe trouvait le royaume n'tait
pas
un moindre obllacle l'utilit de l'Allemble des notables. La
noblefle, efprait ajouter un nouveau reflort fa puiifance, et
gagner quelques marches de ce [trne qu'elle brlait depuis long-
tems de partager ; les grands inquiets n'ayant ni le courage de
fupporter la mdiocrit ni ie talent d'en lortir intrigurent avec
fuccs en apparence mais furent bientt entrainspar le cours des
vnement.
A tant d'efforts on vit de hardis novateurs oppofer avec courage les
armes de la philofophie, l'intrt perfonnel des Petites. Mais ce n'ell
pas l'ouvrage d'un moment que de redonner une grande Nation
Ton ancien patriotifme et dfaire revivre en elle l'amour du bien pu-
blic en lui rendant la facult de s'en occuper : c'efl par des
moyens fticceffs et lents que l'on dcomi oie une Nation qu'on
teint fa vie politique ; ce n'ell pas dans un infiant qu'on la ie-
conflitue qu'on la rgnre.
Les ficels couls avaient accumul fur la Fiance vs charge
immenfei ; il n'tait plus d'autres refburrcs pour les allger,
qu'on pouvait tire: de l'enereie mme de la Nation J il
que celles qu'on pet


fallait lui montrer quelques lueurs de libert, fi l'on voulait lui
faire recouvrer la vigueur. Cei tributs, que de* Peuuki foreci l
une aveugle foumiffion, ne le (aillent arrachei qu'avec douleui ,
font offerts avec zle par d-s Peuples claires fur lei befbfni
rublics, devenus les leurs, du moment qu'ils leur (ont connus,
et qu'ils (ont appelles faire eux- mme* la rpartition.
Ainli la force des cbofei contraignit les iniufties donner
eux-mmes le premier mouvement a la rvolution.
Ce fut fti annonant rtablicnent des AlTemb'.es provinciales,
que le roi parut manififler pour la [ remiere fois qu'il voulait i n
dre (on Peuple une [ artie de Ion txdleiiic j les dilcvfilons
qu'elles tirent naitre conuilircnt bientt a la demande des Ailem-
bles nationales.
Leur conflitution (vivant l'ide du miniflre fe rapprochait des
prncipea du droit naturel ; les uni lui ont reproche d'avoir con-
fondu tous les rangs d'autres d'avoir rpandu dans (on mmoire
des ides encore trop nouvelles pour une Nation vieillie (Uni h$
prjugs, d'avoir plu* confulU fon cul que (on ftecle. 11 faut
convenir, en effet >mt ce n'tfl | M fans de grandi llorrs, et que
ce n\ Il mme que graduellement que l'on revient aux ides pri
mitives quand d'antiques prjugs ont mil les pieiliges de l'oiguei.
la place des premiers fcimmens de la nature.
Un des principaux vices des affembl-s provinciales fut d'avoir
confacr la diflinction des ordres dans une institution dont la po-
pularit devait tre le premier mrite.
' Cette diflinction laquelle on attachait une fi grande impor-
tance, qu'avait-elle produit dans la plupart des payi d'Etats, li
ce n\A des defpotes et des victimes ''. L'attribut n un feul
ordre de la prfidence aux affembl es provinciales avait donn le
feeptre au clerg. La noblefie dominait a[ rs lui ; les communes
relirent dans une exclulon aviliifante qui aigriffait les efprits.
aN'tait-ce pas un julle redreffement que d'lever toutes les mes au
mme niveau que de leur rendre leur primitive galit et de
faire jouir chacun des co-intrefTs de l'influence qui lui appar-
tenait dans une lection o les rangs ne doivent tre marqus qui
par les vertus la capacit tt l'habilet fe rendre utile '(
Cependant ce moyen a paru aux notables incoi lliuiii unel et
anti monarchique mme four l'galit du dioit de nrfidenct
entre les trois ordres. En fe refufant faire dpendre d'un choix
libre la prminence dans une aflemblee patriotique ils augmentrent
le mcontentement, donnrent aux communes des auxiliaires dans
la claQ des nobles et provoqurent par cela mme, des prten-
tion! plus tendues.
I .e miniflere commit une autre faute. Aprs avoir cherche
dtruire les abus du rgime des intendances en tabliffant, pour
maintenir fon ouvrage des administration! paternelles dans plu
li urs provinces, ii iaiii (ubliller celles o| primes par les Etats ces
anciennes corporations qui avaient perdu toutes les formel repu-
i tentative*| et taient devenues l'ariflocratie de quelques familles.
II tait des provinces o les Peuples tolraient encore cette forme
ci'jdniiniflration la vrit prfrable fous quelques rapports aux
intendance! j il en tait d'autres o depuis long-tems elle parail-
lait plus onreuf qu'utile : jourquoi n'avoir pas fait participer
au moins ces dernires aux bienfaits qui parafaient devoir rlulter
des nouvelles afl'embles provinciales ? Comment n'avoir p.as au
moins imagin un moyen aulli fini] le que 'gal, de lavoir fi les
Peuple! des province! rgies par les Etats voulaient confrver
cette ancienne admin.flraiion, ou adopter la nouvelle f Ce qu'on
ne leur permit pas de faire, pluleuis le tentrent de leur propre
mouvement ; des ailembles (e formrent cet effet dans les grandes
villes, et elles favorilerent le dveloppement de l'tfprit public
beaucoup au-del des craintes qu'on avait pu concevoir.
L'obfcrvatcui" qui jeitait fes regards dans l'avenir voyait avec
une (crette joie combien un feul homme avait pu fubitement
porter de changemens dans les ides avec quelle facilit il ref-
fufeita le courage abattu, rappella l'efpcrance fugitive : tel fut
l'effet des mmoire! de M. de Calonne. Une rvolution habite fe
lit dam les efpritl ; tout le inonde (c mit difeuter les affaires
publique!, loi (que nagure! chacui. fembiait y tre tranger.
Comparons en effet l'tat prcdent de la France et celui au-
quel elle s'leva tout coup cette poque importante. Le premier
tait l'image fi Jolie de ce. que font encore tous les Etats defpotiques.
Dans les campagne! on laboure, on fouffre on gmit, et l'on
fe tait. Dans la province jeu de voix.font allez fortes pour fe faire
entendie ; dans 11 capitale les grands intriguent, les riches s'amu-
fent les financiers (pculent, les acadmiciens font de l'efpritj
tout le monde, cherche s'agite fe tourmente ; les uns tom-
bent, et entranent leurs amis dans leur chiite, les autres s'lvent,
M)
et vendent l'efprance. T! rfl un trs petit nombre d'hommes au
dellus u s | allions des vains- defiri des beloins imaginaires, qui
contemplent du fond de leur folitude la corruption de l'eut
fociil, les malheurs de la condition humaine, les erreurs des
gouvernemeiis les fautes des lois ; happes de tant de maux ils
l'puifent en mditations, trouvent ou Croient avoir trouv dei
remdes; ils 1rs offrent : N'y -t il pas de la dmence les pour-
fuivre, lei prcipiter dans les cachots, parce qu'ils ont voulu
tre utilea ''. N'v a-t-il pai de la barbarie | rendre leum | laintei,
pour des cris lditieui '. El u'ell ce pas une dtifio/1 inluhante,
que de punir ceux qui s'informent pourquoi on prend leur argent?
Lei g ni de lettres detous les pays e lavent pas allez ce qu'ils peuvent,
fi au lieu de fe raflembler pour chercher des mots, j our Faire dei
ren et des |logei ils fe coalitionnent jamais en lueur de la
raifon,de la venu. ; s'ils donnent au courage ce qu'ils prodiguent
l'elprit : le rgne des mchant efl paff, la terre leur l'eu enleve.
C'eft ce qu'ils firent en France. La multitude d'crit! dont les
partifans tt les ennemis de l'adininiltration inondrent le public ,
les recherches qui en rcitrent lur les principes- et I'. de
notre gouvernement, clairrent tout cou,' lei citoyen! de touti i
leaclam s fur leurs droits, et fur les devoirs du monarque : ils appri-
rent avec une iecrette fiert que le prince tait fait pour le Peu-
ple et non le Peuple pour le prince j que le [lus tuiffant dea
rois et le dernier de fes fujet! (oui gaux par leur nature ; et
que dans le parallle, l'avantage fe trouverait rarement du ect
du f.uverain. Ils apprirent ce que difait un Perle, prifonnier de
guerre un Lacdmonien qui lui reprochait la lcha u de la
Nation, elle efl lui difait il, le fruit de notre efclavage ; il
comme vous nous n'avions d'autres matres que nous-mmes, fi
nous ne combattions que pour nos propres murets, comme
vous, nous (crions invincible.';. Us frmirent l'atpect du pr-
cipice o le defj otilme avait jet l'Etat, et parurent juftement
tonns d'exiftet encore au milieu de tant de principe! de deflruc*
tion dont la tyrannie les avait environns ; comme ce niiuiilre d'un
Sophi, qui nefbrtait jamais de l'appartement de fon matre fans por-
ter f. s mains fa tte tour voir fi elle tenait encore (es
paules.
L'homme libre n'a point la tte courbe vers la terre ; fon
i gard efl affin la dmarche ell fiere aucun de les mouve-
ment n'annonce la crainte ; plein de co tfianee en (es propres
foi ces il ne voit peifonne autour de lui qu'il doive redouter,
et devant qui il ait befoin de s'humi.ier ; fa joie efl pure elle
. il franche, f^s affections font douces et bonnes ; ces (entimens
de i'ame donnent fon corps le [dus parfait dveloppement, les
plus belles proportion*. Cette vrit que la moindre rlexion
dmontre, que l'ex[iienee des anciens Peuples a prouve, n'ell,
en gnral, pas allez (entic. Combien la contrainte de l'efclavage,
combien les ides trilles et facheufes du malheur n'attaquent-elles
pas notre tempramment, et ne font-elles pas de ravages fur notre
conformation extrieure f la moindre rvolution morale n'occ.t-
lionne-t-elle pas un DOU lever fement phylique /'Comparez un enlait
j cniblement retenu dans une attitude gnante, forc de fixer fes
regards fur un livre qu'il dchirerait en morceaux s'il en avait le
jonvor, avec celui qui, du mme ge, joue, s'amufe en pleine
libert, va, vient h fon gr Doit et mange quand il lui (lait;
ce denier ne ferait-il Las infiniment plua agile et plus robufte ?
Cette diffrence entre deux individus ell la mme entre, deux
Peuple!. Je fuppofe ces deux Peuple! foui le mme climat, l'un
libre l'autre elclave ; les hommea de la Nation libre feront au
l hylique [lus grands, [lus beaux, plus courageux.; au moral,
ils feiont [lus vertueux et meilleurs.
L'homme libre ferait-il mchant f 11 ell heureux; fes biens,
fon honneur, fa vie font en furet, il ne voit autour de lui que
des gaux qui font dans I im; uiiLnce de lui nuire. L'homme n'ell
pas mchant, c'efl l'o; preflion, c'ell l'efdavaK* qui le rendent
fourbe, menteur et cruel, qui le dpravent. Environn de gens
qu'il doit ciaindre il les flatte et les trompe. Gn dans fes moin-
dres action! il fe cache et difimule ; prell de toutes parts par mille
intrts particuliers, dirigs contre le lien, il s'irrite il .s'offrn'e ; il
attaque (on tour. Livi eu.s guerres perptuelle!) il vit dans
une agitation douloureule fins jamais trouver le repos. Lei loi!
qui devaient protger fd perfonne, le laifient la merci de l'homme
puiflant ; il l plaint de fon fort, il fe livre au dlfpoir, et fe
porte tous les excs Comment voulez-vous qu'il (bit bon, lorf-
que tout l'entrane au vice et au crime ''. Rendez-le libre Ii vous
voulez fon bonheur et celui de la focit : plus on approfondira
cette vrit, plus on la fuivra dans fes dveloppciiuns, et p.us
elle paratra frappante.
Comme le (entament de l'galit rpand un baume (lutaire fur
notre exiflence voyez ces hommes runis en troupe p, ai
livrer aux travaux les plua pnible! ils lotit touagaii et jo
peine cependant ils < nt leur fubfftance ; mais leur fort .il co>
mun ; d.s-.-or.s il leur parah doux, llolez ces hommes, doiUl
leur les mmes occupatious placez lei aupri de ia demeure.du



:
vaj
,* olif v -, .-,, : les ver
Li comj araifoii A ife de l< ;r mil don
iu (ont tmoins o u j :* tonfternation dan Iran coeurs.
L' pri cine le plus fi'cond. le plu falutaire
dans lit ce3 il l'tend tout, il efl la lource des
b .lin rite de Nation, do la paix et ce l'har-
monie entre lei cito
Les i aysgou m ;uement. du Mirabeau prtHenti i
de loir: .rue, i z calme. Le i. riverain veut,
il pri-* ii eft obi ; il en refaite un ordre apparent, une tran-
quillit extrieurs qui u premier coup-u'esii. Les rvolu
tiens de ces gouverneurs font cependant frquente*. mais sou-
daines; L cour et\eft le i et le Peuple y internent ra-
rement : le lenCMMD tout eft rentr dans le premier tat, autre
raifon pour des (peuteurs fuperfictel, de penfer que dans ces
contres ferviiei, la paix eft un ddommagement de la libert.
M lis combien ers apparences font trompeufes Sous le defpo-
tifme,on n'crit point, on communique peu, on ne s'informe
pa.s du fort de fon voi'm, on craint d'avoir une plainte faire ,
une trifl ; a livrer nu foupons. aux interprtations, un m-
contentsment laiffer percer. Perfonrie n'ofe compter les victi-
mes ; mais eft-ce dire qu'il n'y en ait pas ? Pefe-t-on ce< larmes
! encieufe, ces douleurs muettes, ces calamits ignores dont
les ravagea Ibnt d'airant plus terrible*, que rien ne les arrter
tient-on regillr" dei aiTaffinats iudicijires, de; vengeances fecretes ,
~s f; oiiition.s, des meurtres cUndeJtins, des victimes dvoues
aux tourmens des priions d'Etat ? La paix publique femble exiller ;
vaine illufiun! Dans une inu.titude d.- lieux a la fois, des milliers
d'individus ilbis prouvent dans l'intrieur de leurs maifons, djns
leurs relati ns avec des hommes plus puiflns qu'eux tout ce que
la guerre civile a de plus horrible. Ce filence qui vous trompe ,
f (1 celui de la terreur ; rapprochez par l'imagination tous ces tres
malheureux tous ces efclav's opprims donnez tous les mur-
mures fourds, tous le dcfefroir concentr, la voix qui leur
manqt'e et dites, fi vous i'ofez que le dcfpotilrne eft un tat
de paix.
dangereiues. lis font fouvnt les victimes de cette erreur, et
font natre des rvolutions, dont il faut attribuera eux leuls les
Le tableau des pays libres efl bien diffrent : point de voiles
mvlljrieux qui couvrent les iniquits de l'a fminillration tout efl
connu; l, de peur de paa*i pour un adulateur du pouvoir, on cen-
fure on fe plaint, et l'on fe fait prefque honneur d'un efprit
chagrin. Ce mcontentent apparent, qui nVft pas le malheur efl
un des caractres de la libert : l'homme libre femble defirer tou
joues une perfection, qu'on n'atteint jamais. Il efl, en matire de
gouvernement, un Sybarite bleff par des feuiiles de rofe. On
n'attend pas les maux rels pour fe plaindre ; mais on s'tudie
les j rvoir. Une opinion fait un fchifme, et tout homme dou
de grands talens, peut devenir chef d'un fvftme; mais tous fe
contiennent les un* par les autres ; tous finiflent par flchir devant
la loi qui efl gale pour tous.
Les gouvernemens defpotiquea ont cru qu'en empchant ies
mccoiuenicmensde fe montrer j ai des actes lgaux ils Lestm| <'che-
raientaulM de fe manilefterpar une multitude de manires illgale/
et
nt natre des rvolutions_
excs. Le Peu, le, dans ces gouvernement, efl tantt rampant,
tantt furieux. La modration et la raifon n'appartiennent qu'au
rgime de la libert.
Pourquoi encore fousledef] otifme, toutes le-: parties de l'adminif-
Iration offrent-ellea li peu a hommes capables d'en tenir les rnes f
c'eft qu'on a la trille habitude de ne choilirque des gens de la cour et
que les cours des roislont le iieii de l'efpece humaine ; c'efllquela
nailTance et la fortune, ne fervent qu' affurer l'impunit ; que l'amour
et la nci ffit de l'argent ont avili les mes. On y efl tmoin non
de faibhfles, nuis de baflefles; non d'imprudences, mais de'cri-
mes ; non de lgre: es, mais d'immoralits ; on y vend l'honneur,
le rang, les places les femmes, le crdit, avec une impudence
rvoltante; on emprunte ce qu'on ne payera point; on ne paye
?iue ci; qui peut rapporter; \< mrnfonge la calomnie les fuppo-
Itions, l'alination des esprit, le trouble dans les familles font
les moyens ufuels, qu'un ne prend pas mme la peine de dif-
funuler.
Del vient que noire Nation fut aceufe de n'avoir point de
caractre. Il femble qu'il foit de l'eflnce des Peuples qui manquent
de conflitution de manquer aufli de caractre national ; c'eft que
les principes de fon idnrunillration changent comme les nommes
qui I dirigent; cVll que 1rs individus appartenant un ordre de
thofes infiniment'mobile, doivent infailliblement s'arranger pour cei
ordre decnofea; c'efl quedslort* l'exception d'un bien petit nombre,
. fi i d'tre mieux, doiverfi le comnier une manire d'tre, qui
KlUtfl le maini et fe. compofe. fans effort? pour toutes les formes
m veut lui Lire prendre.
Quand Augujle buvait, la Pologne tait ivre dit un de nos
biflorieni ; quand des principes fixes exifteront dans l'admiiiiAra-
tion, il en exiflera dans l'efprit et le caractre des citoyens ; et
le patriotisme revivra dans les curs, quand ii fera utile d'tre
patriote. On aimera la libert, quand l'tat de l'homme libre fera
devenu pour tous un objet d honneur et d'envie.
L'avantage qu'obtint le Tiers Etat d'avoir au fein des F.tats-
raux. une double reprsentation qui lui donnait les moyens
J'y exercer la prminence, avec le fecours du petit nombre de \ oix
qui avaient dj retenti en fa faveur dans les deux premiers ordres ,
lut donc pour les partifans de la libert un triomphe d'autant plus
corn; Ict, qu'honors et encourags par cette aiurauce d'une pro-
ehaM fup'matic, il rallia a leurs rclamations tous les hommes
jufpi'alors faibles et indcis. L'orgueil et Penthoufiafmc de la
victoire les animaient de nouveaux combats, le lucces leur
donna de nombreux auxiliaires et le premier changement ap-
port l'ancienne forme des Etats, fut bientt le lignai d'une
rvolution plus importante. Du droit de contrebalancer les deux
f remien ordres ils paflrent la prtention de les vaincre et de
celle-ci bientt encore, celle de les dtruire; en effet, une fois
que ies efprit eurent t appelles difeuter les rapports tablir
entre le nombre des dputs des ordres et celui des commettais,
il tait difficile que la queflion ainli ramene fes calculs (im-
pies et lsnentaires, n'eut pour rfultat qu'une fixation arbi-
traire.
Le problme devenait mathmatique ; une fimple quation allait
fuffire pour en comparer les termes ; et comme dans le cal-
cul des chiffres, des rfuluts difirens peuvent tre re| rdent*
par des caractres gaux en quantit mais diflincts par leur va-
leur, les dputs du Tiers ne tardrent pas lemir qu'ils devaient
avoir en force et en droits ce qu'on ne pouvait leur donner en
nombre- : c'eft d'aprs ce principe que fans confulter les ordres
privilgis, fe bornant lire dans leurs pouvoirs, le droit de
reprfenter eux feula les cent dix-neuf cent vingtime de la Nation ,
ils fe conflituerent en AftlNBUtl nationale.
Cet acte fut le coup de mort port au defpotifme ; il n'avait
pu rlifler au principe qui le lgitimait ; il ne put en viter 1 a
confquences ; ii n'exhala plus que les fureurs de l'agonie. Lus
pouvoirs qu'il avait ufurps, rentrrent dans le corps qui roi i-
lentait la Nation; avec le droit de faire les lois, il remit cetta
Aflemble toute ia force du gouvernement ; et celle-ci runifiant
la force du gouvernement celle de l'opinion n'eut besoin pour
Consommer la plus tonnante de rvolutions, que la peine de pro-
clamer des dcrets.
Comme les intrts et les ides des hommes changent avec le
pofitions, celui qui devient le matre de crer les pofirion par cela mme le fuprme arbitre de nos volonts, d'autant plus
puiffant qu'il ne nous contraint pas, qu'il ne nous fait agir qu'en
nous faifant vouloir. C'eft de notre libert qu'ii fe fert comme
d'un instrument infaillible ; en difpofant, il produit ; en prvoyant ,
il opre ; c'eft ainfi que PAlfembie nationale crant les cir-
conflances dont elle avait befoin mouvant au gr de fe* volont *!
le levier de l'opinion parlant la rai ion publique l'intrt de
tous faifant Jervir le gouvernement mme dont elle dirigerait le
reflbrts fa propre deflruction fit concourir au fucc* :iJs
changemens qu'elle avait mdits, toutes les force de la Nation ,
et les rliflances mme de (es ennemis.
Il y a des matires fur lefquelles on dirait aue la raifon efl une
folie que l'vidence efl une chimre que le bon ftns < il un
dlire; ce font les matires du droit public j dans l ,
il faut, dit-on, faire ce qu'on a fait dire ce 01 'oi
fendre aux lumires de faire aucun progrs, ;i iatt< .c-
maquer l's erreurs, aux murs de fe perfectionn r. j ci OUI*
tances de changer, aux hommes ilVffjyer modi (I ment d'tre fage;
toute innovt!* n ell iu\ crime, tout mouvement une rvolte toute
critique un blafphme : ainli enunJait-on parler la cour dan
les parlement, et julqueadant le fein de l'Alf-mMe, ces homme
dont la Icience ptiife dans le fait, lie change qu'avec les fic-
els ; fophiftes quelquefois fpcieux toujours opinitre il \ a
dans le mal mime, dltaient-ils, lorfqtl'il efl l'ouvrage du teins,
une forte d'Innuonie qui foutieni l'difice, et qui ne fe retrouve pas
toujours dans le bien, lorfqu'il efl fubitement l'ourragdWes hom-
mes. Incapables, dans leurs vue- troites d'affiirer ou Je conce-
voir le fucc d'un plan complet de rgnration t< ut ce qui
tait mal, prtendaient il, n'en devait pas moins relier tel, dan
l'incertitude dfaire mieux. Les prjugs de ceux-l n'taient rsj
les feuls que l'Alfemble et :i vraincre. L'efprit de rformation
fes excs et fon intemprance. Dans toutes les rvolu-
f prte tout.*ousdoivir.t sVrginift'r de faon ce qu'aucune circonf avait auffi h
lance ne les bielle, eVft- dire, fe donner une organifation fans j lions, il efl des hommes exalt qui cherchent h s'em arer, jour
mufcles, fi on ne permet cette exjreffion qui s'allouplifle fous j kur folie, des changemens qui ne devraient tre faits uif*au profi-
le
______


I,
I*
fc la raifon qui ont un intrt dcrier l'rudition et qui, vain? {tien qu'ils agitant, finira par fe rfoudre flon les plus pures ivnxi-
de leurs vaines penfes, voudraient imprimer atout le globe, le mes de la morale univerfelle. Ainfi en rapprochant les d| uts
mouvementarapide et dfordonn de l'imagination qui les agite.
Rien ne feri bon pour eux que les ides qui viennent de natre;
la feience politique n'efl cre que depuis eux la raifon a tendu
qu'ils fullent ns pour avoir des oracles ; tout ce" qui n'a pas t
cr par eux doit dilparaitrc.
Combien il tait difficile qu'une afTemble toute neuve dans l'art
de gouverner, plus neuve encore dans celui de lgcnrer une Na^
lion vitai toujours l'un et l'autre de ces excs ? Elle lit de
grandes cliofes ,T!le en omit de pins- grandes encore; elle voulut
oppoier au pouvoil royal, qu'elle no crut pouvoir dtruire celui-
dune innombrable multitude d'adminillrations iectives, qui conlli-
tuaient une foi te de defj otifnie poj ulaire ; et en plaant ainfi dans fa
conflitution, cot d'un troue, les excs de la dmocratie elle
v ima, par cette afiiance motiflrueufe, le germe de la guerre in
tciline osa devait la dtruire.
Cependant les refies de la barbarie fuirent devant Ces lumires;
la iNati n fe refondit; le gothique difice des lois arbitiaires,
tomba aux pieds de fa fagcll et elle lailfa Cvs fucceflurs tous
les moyens de remplacer par une conflitution plus ivguliere, ces
infoimes dcbns.
La rvolution fut faite ds qu'on vit un C fnbflitu aux antiques corporations. La divilion es ordres avait
Cr dam les Etat-Gnraux trois corps d-fiincts, fans cefie en
tat de guerre l'un contre l'autre et toujours moins occup es de
l'hu et piblic que de leurs rivai'.s perlbnnciles. G'ell dans une
afTemble homogne compofe de d[ uts temporaires du Peuple,
qu'on trouvait enfin lei plus i'ts moyens de faire prdominer ,
par 1 intrt mme des hommes qui la compilaient, le bien public
fur les pallions particulires.
On ne peut draciner fans doute entirement l'intrt per-
fonnel, parce qu'il efl plant par la nature, et malheureusement
cultive par toutes nos inflitutions : mais dans ur.e Almbie na-
tionale, il n'efl jamais bien dangereux, parce qu'il s'accorde
beaucoup d'gards avec Tinrent public et que dans ce qu'il a
de contraire il efl d'une injuflice l frappante et fi honteufe ,
qu'il rougit de fe montrer en pifence de tout un Peuple.
1! n'y a point d'homme qui puifl vouloir autre chofe que fon
bonheur ; ce qui ell vrai de l'individu ne Tell pas n.oins des
agrgations. Si cette aggrgation ell un Peuple fi elle ell for.ne
des d| uts du Peu] 'e, pris indiitinctement dans toutes les clalies,
Tunique corps que cette auemble reprfentera fera le Peuple et
le rfultat des dlibrations deviendra nceflirenoeut le bonheur
gnral.
II en efl autrement des compagnies, telles que furent les parle-
mens, et les ordre privilgidans les Etats-Gnraux: ne pou-
vant l onferver par la direction variable des volonts momen-
tanes, elles font c mine forces de refpecter reiigieufement les
vieux principea qui les ont formes autrefois et gouvernes dans
tous les tems. Ces principes, que perfonne n'ofe dilcuter font
devenus des prjugs, et font, par confquent, plus forts que la
rahn. Us ont pour but unique le bonheur, bien ou malen-
tradu de ces focit-s, niais enfuite ce bonheur vatil l'unit
la flicit publique Y c'efl une queflon qui fera le plus fouvent
indiffrente ces corps comme eil efl prcfque toujours tran-
gre aux projets que chacun de nous forme p-our fon avantage
perfonnel.
Tt;.' ces diffrens groupes, ces aggrgatipns particulires, ta-
blies dans les Etats mal conflitu, ont un o!jet qui ell commun
par rapport leurs membres mais qui ell rellement particulier
l'gard del Nation; et del vient, qu'un fentiment naturel au
cur humain, lui reprfente comme noble tout ce que no \s fiai-
fons pour les autres ; et il vue de la plr.put des hommes, tant
infiniment borne, ils prennent aifnvnt leur focit pour le
public, ils fe croient defintrenes, lorfqu'ils ne travaillent que
des diffrentes provinces, les reprefentans des diffrens ordres .ans
l'AfTemble nationale, en les mettant enfemble, en mlangeant
leurs prjugs en temj rant ainli par la fociabilit qtii nous cif*
tingue, la roideur de l'efprit de parti, on peut tre fur on a du
moins, dans ce fyflmc feul, Telpoir fond d'obtenir une dlib-
ration ucic par l'intrt public.
Ces principes d'ordre public feront partout les rcfultats de la
fupprefTion des privilges, qui fubllkue l orgueil de la vertu celui
de la naiflance, l'mulation d'tre utile, au coupable honneur de
relier oifif. Auffi le ciel, dit un de nos | hi'ofophes, femble-t-il n'avoir
| ermis qu'il exillt des Rpubliques fur la terre, que pour donner aux
vertus une patrie ditUte d'elle, comme il permit la tyrannie pourpunir
les hommes de leur aviliflement. Auffi Sdney obfirve t-il que les
Rpubliques fuient de tout tenu plus heureufes et plus riches que
les monarchies fondes fur Us privilges parce qu'on n'y connat
point cne ridicule et coupable vanit qui arrache des bras au com-
merce et les plu* grolls fortunes l'impt.
Que ceux dont l'orgueil s'alimentait de la fitriflure de ces dis-
tinctions, cefifent donc enfin de regretter ces vains hochets d'une
fuperflition qui n'efl plus ; et s'ils veulent tre heurtux, au liai de
l livrera d'inutiles regrets, de fangurnaires fureur*, qu'ils fui-
vent ces confciis que leur avait donu d'avance le philofophe de
Genve dans un article de l'Emile o il a li bien fu prdire h r-
volution qui devait l'oprer.
Vous vous fiez l'ordre actuel de la focit fans longer que
cet ordre ell i'ujet aufll impoffible de prvoir, que de prvenir celles qui peuvent me-
nacer vos enfans. Le grand devi-i t petit, le riche devient pat
vrc le monarque devient fujet. Ces cot.., du fort font-ils fi rares,
que vous puifiiez compter d'en tre exempts Nous appro-
hons de l'tat de crife et du ficel des rvolutions. Je tiens
pour iuipofble que les grandes monarchies de l'Europe aient
tncore long tems durer ; toutes ont brill et tout tat
qui brille ell fur fon dclin. J'ai de mon opinion des raifons plus
particulires que cette maxime ; mais il :i'ell pas propos de les
dire et chacun ne le voit que trop. Qui peut vous rpondre de
ce que vous deviendrez alors ? Tout ce qu'ont fait les hommes,
les hommes peuvent le dtruire : il n'y a de caractres ineffaa-
bles que ceux qu'imprime la nature, et la nature ne fait ni princes,
ni riches ni grands feigneurs. Que fera donc dans la bafiefi ,
ce fat rpe que vous n'avez lev que pour la grandeur? que fera
dans la pauvret, ce publicain qui ne fait vivre que d'or ? Que
fera, dpourvu de tout, ce fafl'jcux imbcille qui ne fait point
ufer de lui-mme et ne met fon tre que dans ce qui efl tranger
lui Heureux celui qui fait quitter alors l'tat qui le quitte et
r*ftet homme en dpit du fort qu'on loue tant qu'on voudra ce
roi vaincu qui veut s'enterrer en furieux fous les dbris de fon
trne ; moi je le mprife ; je vois qu'il nVxiile que par fi cou-
ronne, et qu'il n'efl rien du tout s'il n'efl roi; mais celui qui
la perd et s'en pafle, efl alors au deiis d'elle. Du rang de roi,
qu un lche, un mchant, un fou j eut remplir comme un autre,
il monte l'tat d'homme que fi t eu d'hommes favent remplir.
Alors i triomphe de la Fortune il la brave il ne doit rien qu'
lui fini; et quand il ne lui refte montrer que lui, il n'efl point
nul, il eft quelque chofe. Oui, j'aime mieux cent fois le roi de
Svrarufe, matre d'cole Connil.e et le roi de Macdoine ,
greffier ;i Rome, qu'un malheureux Tarquin, ne fchait que de-
venir s il
ne rgne
as
que l'hritier et le liis d'un roi des rois,
jouet de quiconque ofe infulter fa mifere i nfant de cour cri
cour, cherchant partout des feccurs, et trouvant partout des
affronta, faute de lavoir faire autre chofe qu'un mtier qui n'el^
plus en fon pouvoir. .
Ce n'efl pas fans quelque regret que nous offrons d'abord t nos
lecteurs le tableau des calamits paflees et que nous nous trou-
vons forcs de mler dej louve: hs affligeait! l'efpvance flatteufe
qui va luire fur notre Patrie. Mais pouvait-on parler de fa r-
pout la mafl dans laquelle ils font confondus J ils fe glorifient de I gnration fans parler de fa difgraCC Tacite ne peignait-il pas
tout ce qu'ils f. m pour elle ; leur attachement ente petite R- grands traits et en couleurs d'une horrible vrit les rgnes de
publique leur parat un dvouement, et ce qu'ils fouinent jour la
Tibereet de Nron ,pour s'emprefl'er de faire pafler fon lecteur effray
aux rgnes fortuns de Trajan et de Marc- AureIle, par le tableau faiv>
glant der 1 tyrannie.et le prparer appi cier les iouiffancesde quelque
iimulacre de libert On verra comment lat} rannie dtruifit par fes ex
dfendre, fe revt leurs yeux, de tous les honneurs d'un facririce.
Sparez maintenant ces membres d'un mme corps |ettez-les dans
tin cercle d'hommes imbus de maximes diveris, nourrisdans diffrent ces les deux baf-s de fon pouvoir, les imj c>:s eti'arane en puifant
tats, livrs des occupations varies, qui n'aient de commun par fes profufions ilunlees les fources du trior public, et en
entr'eux que la raifon humaine: que venvz-vous t le* principes j aviiiflant et mcontentant les troupes par des coinmiflions non-
oppofs qu'ils apiportent chacun de leur ct, commenceront par teufes et cruelles. La libert nous en deviendra plus chre, quand
fe heurter avec quelque violence; nuis en fe rapprochant, en fe nous confidrerons travers combien d'opprobres, de vexations
mlant enfemble ils vont fe modifier l'un par l'autre, s'adoucir et de prils, nous avons chapp au flau uvorant de la puifj
par le frottement; ils tranligeront en quelque foi te ; les prjugs arbitraire; un malheur pafle ne rend-il pas plus vif encore le f~n-
e dpoferont pour ainfi dire, dans le courant de leur confe- timent du bonheur prfent. C'ell ainfi que le. fage Alibe, par-
rence; la jullice et la raifon feule rgneront la lin, et la quef- t venu du fein de J'efclavage au pouvoir du trne que lui mritrent


fes venus, corfervait dans un c:>ffre enrichi d'or etde pierreries
1rs BUiiMCt de ion premier eu.
Que ; r.'-C i' vous., difm M. Servan dans Ton difermrs fui
Buts-C x, d'un homme qui t'pouvanterait de fe voire
vrir de fufl - aprs a\oir reu l'inoculation pour garantir la
vie tfta i i nfe t'applique la plupart dos plainte et
montentemeoi qa'onei s i les hommes -: I?.
d'une rvofl : n i ceflaire. La (ervitude avait accumul dana
corjs foci i. des r opuej : lea palliatifs mme di ;
cmj iriqt : c'taient conve lia en poifoaa nous avons embrase la
libert comme la feule rc fourec d'une organifation prte fed-
tnire; er 1101 s noua to non) que cette libert ait produit on
feintent. '.< n i h raie c '.Mie ait t accompagne d'inquitudes ,

Les trou'xsf les ira heurs de la rvolution eurent en grande
fa-tis Ijor d ufc dant l'ignorance du Peuple, entretenue par le
eipotirre, a ctduii Fomente par l habitude de la fupcrflition :
del i.'qtit : perchart u.iivei'.'ei croire, exagrer les nouvelles fi-
niftrei qii f >narrtfefteui dans Itatemi de calamit. I1 fembleque lalogi-
3uen<. corl fie p usa calcu.er lesdegrsde probab lit, mais prte]
e 1;. tti'G: nb'arceajx runrn.rs les plus vaguea litt qu'elles aniun-
ceni des rxna., ;t agitent Pimagunrionpal defombres terreurs.
Un l'eir.'i .lau: c;t tat d'eialtation refiemblo aux enfan de qui
les contrs les plu.' efftayans Ion: toujours le neuiccoutet. AulTi
'les uir'.nij Je a libert furent-ils avec, art (.ans lea conmence-
mm* r..' la \oution fe prvaloir de cette difpofi don four >'ex-
'cder pal i fauil.s allarmes,et l'endormir on uite dans une lcu-
tu ui.e;f :.

Des vllea des provinces ont t remplies de teneurs pani-
ques; lesc tadina ,'lcs laboureurs, ont quitte leu"s travaux pour courir
aux armes. Ds les premiers mois de l'anne i'&Q, on vil des bandes
ce brigands le rpandre dans les campagnes, faucher les bleds avant
leur maturit, et faire reHuerdan^ Jes villes les habitans les villages
pour rpandre partout la terreur et le ccfordre. Tel fut le com-
mencement des troubles qui, vifiblemen: excits'ors par des mains
trangres, s'accrurent enluite, et eufanglanterent partout la France.
Quel qu'ait t long-tems notre ddain pour la politique inquite
qui gouvernait l'Angleterre, et dont la tracafferie de notre cabinet
des affaires trangres lui a malhenreufement pour nous donn
l'exemple, on n'a pu douter depuis de l'intention abomina-
ble de fon rninillere. On s'ell convaincu que quel que ft fur les
troubles l'influence des ambitions inteflines, lui feul fut tonjours
la caufe premire des malheurs du continent ; et lui-mme a t
forc d'avouer le prix norme que lui a cot ce trille honneur.
Ne 'ni prouvera-t-on pas enfin que les Peuples libre"!, et il en
era malgr lui, ont encore plus d'intrt s'unir pour ie
maintien de leur indpendance, que lea defpotes-n'en ont guer-
rover pour leur domination. Cette croifade cllfans doute prpare
d.ms les destines.
Si la libert des Peuples fc fonde furies principesdu droit naturel, il
efl pour les Nations entre elles des principe! gnraux de libert
iui condiment leur droit public, et veulent que chacune refpeote
l'indpendance, les proprits et les droits de l'autre. C'efl la
France adonner la premire l'exemple de leur reiigicufc oblerva-
tion. Ce font ces principes qui, tant que lea obfcrverent lei Bta-
ves, prferverent leur fdration de toute atteinte et iea conduiii-
rem au plus haut point de prolpiite.
Les Suides qui, plus encore qu'eux n'ont uf de leurs forces
que pour lecouer le joug, et recouvrer leur libert naturelle, ont
trouv dans cette modration la fourec de leur bonheur, l'aflermifl-
muit ce leur conllitution. leurs efforts n'ont nui qu' des tyrans; ils
n'en ont plue. Ce Peuple reipectable exempt d'ambition affez puil-
fant pour fe repofer fur lui-mme du maintien de fa libert, et
pour fubftituer la Franche t robit aux rufes dcores du beau nom
Je politique n'tendit jamais au del de fes projets l'intrt de fon
indpendance et il refla libre : on ne rduit point l'efclavage
celui qui ddaigne le defpotifine. Heureux fi la difproportion des
forces la rivalit des diffrens membres de cette belle allbciation,
et la diverlit de leurs conflitutions particulires, les [aillent jouir
de cette tranquillit durable qui femble ne devoir appartenir qu'aux
Rpubliques fondes fur l'unit de gouvernement et l'uniformit
des principe*!
i
Pins confquens dans notre lgiflation que tous ces Peu-
ples (iui n'ont d en parti- tours lois et leurs inllitutiuns qu' d'heu-
reux halards, foyons-le auili dans notre conduite.
Nous croirons aux progrs de l'efprit public, orfque noua
verrons les pallions fermenter moins ; la raifon parler des
chofea, fins prvention pour les perfonnes; les hommes moins
agglomrs dans des partis ambitieux moins agit, moins
dvors du befoin de parler et de faire du bruit prendre
une opinion plus rllcliie, et par cela mme, plus ind-
pendante; abandonner, enfin, cette lgnti Panfunnt qui am-
bitionnait d'tre le caractre national, ce facile engouement fi
promptement fuivi de l'indiffrence, du dgot ,de l'avcrfion del
fureur des nouveauts et cette corrolive impatience qui brle
et confume tous lea objets fur lefquels fc porte l malfaifant
activit.
O


INTRODUCTION.
U N efclave ne doit rien parce qu'il n'a rien en propre j un homme
de coeur lui u 14 bientt d'UO paye o le defpctifnie fera tabli: s'il ne le \
y nt pas, il leva bientt dgrade. Ou ja Patrie n'eu ikn on ne lui doit
rit parce que Ls devoirs font rciproques. Le gouvernement qui appar-
tient un frai homme, dilpofe de tous les autres pour fon plaifir, fon caprice
ou (on inttt ; ds-lors chaque individu a la pcrmulion tacite de s'avan-
tager autant qu'il le peur.a fur le fouverain. En jullicc rgle il ne fau-
rait y avoir do rthtun dan un Etat detpotique parce que l'efclave ne
peut erre ni crancier ni dbiteur. On ne laurait enfreindra des lois tt
des rgles dans un gouvernement dont l'tiTence eft de n'en avoir point ;ct
t. d faut de rgles elt le vice qui doit tour dtruire ; car rien ne fe conferve
et ne fe reproduit dans la nature que par des lois rixes et invariables.
Telles font les paroles que Mirabeau, du fond d'un cachot adreflait m def-
potifme dans lbn ouvrage fur le: 1 .mes de ca ht t. Veut-on que leur vrit devienne
plus frappante! ilfuffitdcrelirel'bidoirc d.sdcniieisexccsuudefpotifmeenFrance.
i)cs dettes normes et un ciciic public ananti des impts dvorans, un
Peuple aigri par les malheurs, prt, rentier leur exaction, d'i.ni-
putUantes lois fubfiituees violemment nos lois antiques... de nouveaux
magiltrats, la lois inveftis de l'opprobre et de leurs dignits; on militaire
perdu indcis entre 'ordre des miniltres et la voix de la confeience ,
enray de ia defobilTance, mais plus < (fray encore des aflalf.nats qu'on lui
commande, des provinces entires prtes a rc-pouffer la violence par la
violence:, u,ies encore la couronne, par l'habitude de leur attachement
pour leur loi mais confdres par leur haine et le mpris pour les mi-
niltres : t tableau donne l'image exacte des derniers rgnes cr des com-
mntitns qui fuiviiem les dernires fureurs de la tyrannie, oblige de re-
courii ai a remdes dont la violence devait la dtruire.
Une longue fervitude a\ ait fl tri routes les ame<. Il fallait que l'eifct d ipotifme vin le tirer de l'engnurdiitement lthargique dans lequel elles
taient plongeas : il fallait nous donner de la colre, pour nous rendre un
peu de uflort. Les formes de la jultice ananties, des en.egilhemcns forcs,
Ces i xils, deux cent mille citoyens arrachs de leurs foyers jets dans des
cachotst OH bannis pour de mifiables queielles de rhologie; des lettres
de cachet (ans nombre- achetes et furprftes l'eutorit, fouvent vendues par
des courtifannes ; deux buiquerourts ouvertes et authentiques; des milliers
d'infractions la foi publique, pallies par des rufes de chevalier! d'induf-
trie ; nouveaux vingtimes ; augmentation de taille ; runion arbitraire au
domaine ; furtharge fur les denres de premire nceflit &c.
Tous ces prodiges de tyrannie ne (unirent pas pour nous irriter. le Peu-
rle fe rptait mme avec la confiance de la fecurit fur le fecours des par-
mens. Le chancelier Maupeou ne rarda pas lui montrer fui quels rofeaux
fragiles il avait mis fon appui. Us furent tous enfls leurs membres
exiles, relgus et difperfs dans tout le royaume pour apprendre la France
entire combien tait redoutable la vengeance d'un miniftre. On murmura
ds-lors, mais onn'ofaitencore oppofer aucune rfiftance, e: l'on n'tait que
faiblement attach des corps uniquement occups de leurs prtentions
ambitieufeS.
Le dcfpotifme avait commenc fous Richelieu, la dgradante fervitude
fucceda a la franchife du rgne d Henri IV. Il voulut alTervir jelqo'au
gnie. C'cft lui qui perfuada SOI rois qu'ils pouvaient ofer tout ce qu'ils
pouvaient excuter. Cette detettable leon gara Louis XIV.
L'intrigant et avare Ma/arin n'tait f >pre rparer le mal. Il n'avait
pas, comme Riche-lieu, les vices d'un g' ractere, mais les balles pai-
Jions d'un ame taufle et avide. Il vexa le F hi-, l'accabla d'impts, accu-
mula des triors et leva ( famille.
Deux partions funefles aux Peuples dominrent Louis XIV le fade et
l'ambition. La premire obligea les cotutifans d'normes dpenfes, et les
conduiiit s'avilir pour y fuili e. L'intrigue multiplia fes relions pou. avoir de
J'argent, et devint moins fcrupuleufe fut le choix des moyens.
Mais la prtention de dicter des lois l'Europe foumife et de la courber
fous le joug, le vouai des guerres interminables. De l'es orgueilleux triom-
phes naifllt le g nne de la vengeance; et de les revers, l'efpoir d'tre
enfin v^ng. Le luxe de cour, la magnificence de Ils btiment en tout
genre, les travail excuts Bref!, Toulon Pochefort, Dunkerque ,
taient dj plus que. fullilans pour delLchei le trelor royal ; l'entretien de
fes armes epuifa ce royaume.
Mazarin avait udminiitr arbitrairement ; les troubles et les guerres qui
defoltrrnt la France, pendant la minorit de Louis XIV, lui avaient donn
la facilit de l'enrichir au point de faire defirer fon alliance par des princes.
Cens oui adminifiraient Ions lui, avaient comme lui concouru p.iifer
lt trur dans la proportion de leur faveur et de leurs places ; enfbrte
que Colbert trouva en 16M If! finances dans un dfordre efTra' ant A
l'poque du rgne de Charles VI, les dpenfes de la cojr n avaient
jamais pafl* O4.OOO liv. Cc!t avec le befoin ou la manie des grandes armes,
a' c rtablifTenient de la marine militaire mais furtnut avec la corruption
des cours, que s'accrurent le befoin des finances dans uns proportion plus
que dcuple de l'accroillement naturel qu'eulent pu apporter dans I s impts
lcxtenfion du territoire Cl la multiplication des mtaux prcieux. Atillitot
que l'pidmie des croifades eilt entran les Franais loin de leurs fron-
tires ; a f&tOi que des ennemis trangers fe portrent en force fur la France,
il fallu-, dis ' tus rgulier et confidrables. Los rois auraient b:eu voulu or-
donner eux-mmes ces contributions : plus d'une fois ils le tentrent. La
rclamatirn des m cclaiis les avertit de leurs ufurnarions, et les rvoltes
des Peuples les forcrent / rcnoocer.il fallut reconnatre que cette auto-
ris; appartenait a1 la Nation ; Bme 1 m (acre, que ce droit facr, inalinable ferait a jamais fefpect ;
et ce ferment eut quelque force durant plufieuis ficele.
Pendant tout le terris que li couronne n'av3i; eu d'airti qtic le produit
de fon domaine, c'taient fes (nchaux, l'es baillis qui chacun dms leur
dp.itte-mint, taient chargs du recouvrement des deniers publics. Il fallut
tablir un nouvel ordre de chofes, lorfque les impofitions devinrent gne-
falct dans le royaume. Suit que les taxes poitaflent fur la perfonne ou fur
lei malfoni des citoyens, foit qu'on leur demandt le cinquime ou lo
dixime de leurs icc-ltis, .'e cinquantime ou le centime de leurs biens
meuble* et immeubles, foit qu'on fit d'aunes combinaifons plus ou moins
heuteufes c'tait une nceflit d'avoir des gens pour reu sUlir ces difTrens
tributs ; et le malheur de l'Etat voulut qu'on les allt ehircher en Italie ou
l'art de preiurer les Peuples avait dj tait des progrs iinmenfes.
Ces financiers, connus fous le nom de Lombards, ne tardrent pas i
montrer un gnie fertile en inventions fraud ileufes.
Aprs leur expulfion les Etats-Gnraux qui ordonnaient les fubfides, fe
chargrent d'tn faire la leve ; et cet arrangement continua jufqu' Charles
\ Il qui, le premier, fe permit d'tablir un impt fans le confentement
de la esarion, et qui s'appropria le droit de taire percevoir par fes dlgus.
Sous le rgne de Louis Xll le revenu public, qui s'tait accru par degrs,
fut port 7,950,000 1. Cette fomme teprfenuie trente-fix de nos miilione
a:tues.
A la mort de Franois I", le file recevait rj,710,000 liv. c'tait cin-
quante -fix de nos millions. Sur cette fomme, il fallait p.lever6o,4i6liv. 5 f. 4d.
pour les rentes perptuelles cres par ce prince, et qui, au denier 12 ,
reprfentait un capital de 725,: 00 liv.: c'tait une innovation. Ce n'efi pas
que quelques-uns de fes prdcefleors n'enflent connu la funefle leffource
es emprunts, mais c'tait toujours fous la caution de leurs agens, et l'Etaj
n'tait ja:nais engag.
Quarante ans de guerres civiles, de fanntifme, de dprdations, de cri-
mes, d'anarchie, plonger.nt les finances du royaume dan un dfordre dont
il n'y avait qu'un Sully qui pt les ti-er. Ce miniilre conome clair ,
v.rtueux, appliqu, courageux teignit pour f pt millions de renus, di-
minua les importions de trois millions, et lail. l'Etat % ving-fix miilione
Rrev s feulement de 6,011,666 I. X f. 6 d. de rentes, t utescharges dduites:
il entrait donc vingt millions dans le trfor royal. Cent cinquante-un millions
cin.i cents mille livres furtifaient pour les dpe-nies publiques ; et les rserves -
taient de ^jecoej liv.
La retraite Force de ce grand homme, fut une calamit publique.la cour s'aban
donna d'abord des prOrufions quii/avaiet t point d'exemple dam la monarchie,
et les miniltres formrent, dans la fuite des entreprifes que les forces de la
Nation ne comportaient ras. Ce double* principe d'une confufion certaine ,
ruina de nouveau le file. En 1661 les impofitions montrent 84.1z2.096 1.
mais les dettes absorbaient 52.577 17. liv. : il ne reftait par confqnent,
pour les depenfes publiques, que 21,84^,024 liv. fomme videmment infu*
rifante pour les befoins de l'Etat. Tel tait l'tat des finances, lorfque l'aj-
miniltration en fut confie Colbert.
Il commena par reconnatre les revenus et les' dettes de l'Etat pour ta-
blir un meilleur ordre dans l'admimfbation des finances, et il ruflit ren-
dre fon travail fi (impie et fi flair, qu'il tait la porte du roi qui crivait,
c'iaque mois de fa propre main, le montant de la recette et de la dpenfe,
et la balance de 1 un et de l'autre. En 1661, il trouva qu les dettes ers
anticipations, en emprunts fur les receveurs gnraux et les alinations ,
montaient 451,254,053 1. Pendant fon adminiftration il paya non-feule-
ment ces dettes, mais il augmenta fucceflivement tous les revenus publics ,
fupprima une infinit de charges onereufes l'Etat et au Peuple diminua
le nombre des privilges, fit des remiles fur les tailles, le fel, les aides,
rdtiiiities harges 15,;7f,274 liv ; elles montaient en 1661 351,377,1841.
Il porta les revenus, qui ne s'levaient la mme poque de 1661 qu'
84,200,000 I. 1 i6,0C5i^74 1. Levfreior-rcyal n'avait pas 12 millions de re-
venus quand il prit les finances : en 1685 il en avait plus de 92. Malgr
fes conomies, ce giand adminiltrateur encouragea les feiences, le com
merce M linduilrie, et les faifait tous fleurir. Son principe tait celui do
Sully.c'eft--dire, de confulter kintrr du roi et celui des fujets. Leurs fuccef-
1, urs n'ont et; guides que par le beloin d'argent, et la nuflit d'en trouve
pour relier en place.
ITett Colbert que la France dut les pniiTanres refTources qui lui refterenp
peur fe rpare; favoir } les grandes manufacturas de Lyon, df; Tours, de
Viims ; celles de Vanrobais, Sedan LoVi rs et Elbeui celles d<-s Gobe-
lins et des Glaces. Mais la rvocation d l'dit de Nantes, et la perfcution
de' piouflans nous fir.nt perdre une pi rie des fruits du gnie de Colbert.
les fuccelTeurs de Colbert, au lieu d'teindre, fon exemple de
r t s et des olfices gages, en crrent (ans mefure puifqu'en 171 r, ils
avaient chrrg l'Etat de 1 lus de -5 millions de rentes! leur incapacit et
les defaftres de la vieill.ne de Louis XIV mirent le royaume deux doigts
de fa perte.
Aprs fa mort, /e diferdit devin: bientt univerfel ; les banqueroutes fo
multiplirent; l'^igent difparutj le commerce fur ananti ; les coninmmaticns
diminurent] on ngli a ia culture de.' terres s les contrats fur l'htcl-de-
ville ne fe vendaient que la moiti de leur valeur. Louis XIV fut la fin de
fes jours, et un bnin pielfant de huit millions {il tut oblig de les ache-
ter par trente-ceux militons de referiptious : c'tait prur a quatre cent pour
cent.
L'Etat avait, il elt vrai, \ ; v,389,0; 4 1. de revenu, mais les charges en
emportaient 8;5859,504 liv. ; et il ne reftait pour les dpenfes du gouverne
n-ent, que u.^ 11,470 liv. ,j)0 Jiv. 10 f. 6 d. le marc, tncore ces fonds
taier.t-ils conlommes] d'avance pour plus de trois an:
Locfeue le duc d'Orlans prit les rnes du gouvernement, fes vrais
-mis dliraient qu'il ail; l EtaiS-G nraux : c'tait un moyen infail-
lible de conserver, d*augmfnt r mme !. faveur publique, alors < mr -
mem ddesc pour lui. Philippe fe pjstesit, fans efforts, cet ex|
m.ilheureufeinent k* perfides i ili lenj qui avaient ufur| i trop e fui
l'es penfes, rprouvrent un pj leurs intrts paiticuliars ne 14
trouvaient pas ; il fut sbandano. (ry
(1) On trouvera plus bas d.* notes hiftoriques fur les Mbuuivcs faireg


K h mot de ce prince M tth endett de ,47T,ooc.eoo IV, l'arpent dur fc Ibm moralit, n? pouvant (voir d'flrfMHen W>!i au nom i:i<-\ i i- liv. le marj ; co qui ferait de nos )"ii l j is d<; quatre milianji ; j il ruina tous les cioyensqui avaient fourni aux trais de la guerre en rdui-
em '1 on tonn que la dettr ne fort pas plus norme quand on compara ; fant deux et demi pour cent les mtrti le leurs crances [oit fur lee
4es dicit. i, Pour le concevoir, ii faut convei ir que Colbcrt a bien le gouvernement et le nniftre da te* exactiorn devint ent dieux. le
trouve d'imm l dans fa np .irions et furtout dans le cou.- ; produit en fut bientt dvor : c'tait une faible pluie d'or il en aurait
merce Qu'il ouvrit avec In quatre parties du Monde.
Ce ne fut qu'.iots la mort de L mu Vl\ que h j laie publiqu? fut bien con-
nue. Ce mani |ue qui en*v ii > 'e U tonune \ i ftutenu
en grand ho orne les rv i Ici pi i accablant mafquVt grandeur t.l l'abnv mail qu'il parut p-.ofond quand on
plus que l'a mmoire i 'Lm i ei ou eenfnrer. et qu'on tyrruva les
tfrmun qui prodent la au-tre civile! SI le trftarnont du t'en i i na< u
pas et.- call qui ferai* devenu le vaifleau de l'Ftat fous la main impuif-
fante du dut du Maine
Le gnie du duc d'Orla- s pouvait fc-ul raTurer les efprits. Il corrorrpit
les murs, mais il fauva le royaume -t entreprit le hardi projet devint
Je dshonneur d'une banqueroute prefqee vidente.
Le rgent voulant oprer une liquidation ne in? pollble avait befo'n
de moyens plus qu'ordiuair*s ; il lailit avec avilit le fyftm.' cap ieur de
ecoflus Lvw au moyeu duquel on devait utuetirc aux engagemens publi s
avec des billers, n M rernbourfer fur les immenles profits que produirait
Ja dcouverte de la Louifiane dj Mi1 ipi fcc. Ma'.heureuletntnt les bn-
fices taient fantailiques. Cependant, d'aprs ces fpculatbns on tablit tn
1716 une banque, dont le prix des actions tait hypothqu fur les pro-
duits et bnfices du commerce du Sngal | elle acquit le privilge de i'an-
ci.-nne compagnie des ind.s, fonde par Colbert, et prit les fermes gn-
rales. On cou-ut avec fureur achetet des actions qui femblaient porter fur
d'auiTi varies foudemens. Elles montrent d:x,v:ngt fois peut-tre au-deflus
de leur premire valeur. Les plus grandes fortunes furent boulevetfes, et
des agioteurs des intrigans en firent d'immenfes dms l'e'pace de quclauis
mois. Law, enivr de l'ivrt le publique, cra tant de billets, qu'en 1719 ,
la vaeur chin ique des actloM valait quatre-vingt fois tout l'argent qui
rouvait circuler dans 1* royaume On reinbouifa en papier Us rentiers iie
Etat. En foutenanr le taux des dividendes, l'iftufion fc foutint quelque
tems encore ; mais le rgent, emport malgr. lui par le mouvenent rapide
o'una machine auii grande que complique, ne put empcher le mafqus de
tomber et le crdit tomba tou: d'un coup avec lui. Le duc d'Orlans voulut
en vain le relever par des arrrs qui 1 anantirent. Il fallut fufp^ndre les
paiemens. Les porteurs de billet! devinrent cranciers do 1"! rat,et l'on tut
oblig de rduire l'intrt tu centime denter de la primitive valeur.
A la majorit de LnMfU XV le gouvernement, dcharg de l' .ormitdu far-
deau e !a dette et dirig par la main timide et pacifique du cardinal de lieury ,
fc montra avec fplendtur. Les trente premires annes de ce rgne furc.it
brillantes et heureufcs. Mais les minilttres de Machaulr et de d'Argenfon
furent les derniers de cette poque et let dernires annes de Louis XV
furent le long opprobre d'un trop long tegne. {1)
M. de Choifeul, quoique dou d'une certaine lvation & d'un carac-
tere plus franc mrite plus l'animadverfion de l'hiftoire. Il fera cit comme
n des corrupteurs de fonmaitre.toujo'ars aui aguets avec le duc de Richelieu pour
touffer les remords qui auraient pu le rendre fes devoirs, li avait ce;en
dam un coup-d'il jufte une nergie peu commune la noblefle franaife,
et une parfaite connaiflance du caractre national et de l'art de manier les
nommes. Les cours de Vienne, de Petcrsbourg et de Berlin n'oferent
tenter le partage de la Pologne fous fon miniflere quoiqu'elles en cherchaffent
alors les moyens. Ceux qui l'accufent d'avoir le premier port un coup mortel
au militaire franais en contrariant les anciennes ordonnances lu', tont hom
mage des deux plus tonnantes rvolutions que les annales du Monde puiflent
offrir i il prpara la rvolution d'Amrique & celle-ci amena la rvolution
de France.
11 a vant 1 s rductions qu'il avait faites dans fes d^partemens, mais ce
fut d'abord l'effet naturel le la runion des m nifteus dont il tait le chef:
car un mme homme repiieutant trois minillres peut fans beaucoup de
iniite, porter en conomie ce que IVnve de fe diftinguer dans1 fon dpar-
:ement fait demander au-diHas du nCefTaire%eminilhe qui n'en are qu'un ;
(uand on paflerait ces conon ies, feront-elles comparables fa diiirpation
reconnue, aux augmentations de dpinfes faites pt lui ? ne fait-on pas qu'il
tement
S
reconnue _
donnait de toutes .r.;'.i >s ? Pour repar'r le trefor roval il rduifir les pro
vinces la ini'.re en acciparaut tous les bleds, poir en faire- le commerce
excliilif au nom du roi. M. de Choifeul avait des talens mais furtout le
ton trancha'.t qui les fait rellortir (j).
Aprs la paix de 1761, l'abb Terray homme d'un caractre ferme mais
pendant la rcncc et fous le rgne de Louis XV pour une convocation
d'Etats-Gnraux.
(1) On peut et l'on doit regarder la vie diflbtue du roi comme une des
principales cauftsde la dprdation des financs. On value i 500 millions
ce qu'il en a cor l'Etat. fous ce rgne pour les dp^nfes que leur na-
ture hontefe rendait effentiellement ferretes } des milliers de familles leur du-
rent 'pornbre et la fortune, et puiferent dans le trfor public, les unes
le prix atfcuh au: plus aviliffantes feveufU les autres le ddommagement
de leur humiliation ; mais qui peut calculer au juite ces myfteres ? au Al
le parlement de Paris remontra-1-il que fous Louis XIV les bons non moti-
vs ne s'taient jamais levs plus de dix millions et que les liens paifaietit
dj cch:.
(i) On trouvera plus bas un notice plus tendue du caractre perfonne!
t des oprations des minillres les plus marquai qui fe font fucceds f'.u^
les r^gntj de Louil XV et de Louis XVI. Nous avons prit le fond de la plupart
de ces portraits dans des ouvraes imprimes avant la rvo'urion et pubien
pir des nommes qui avaient t mme d'avoir une connailTance particulire des
i.;!-. Non* " nous fommesftrvis que pour quelques-uns d'un ouvage imprim
depuis !a rvolution } c'eft celui de M. Senac de Mciiken qui oamthI "i-
Terfts particularits fur le miniiteres de M. de Calonne et de M. Necker.
N t! en avons tir les dtails les plus fratmans, fans prtendre cependant
t' ; garantir la vtit, ni partager toutes les opinions fur des perfonnages
vivans, et qui na doivent encore eue jugs que comme hommp$ pu-
blics.
rallu un fleuve.
A la mort de LmflXV, le revenu public s'levait \7$A%\,$71 l'v. ,
mais les engagemens, Balgr< cette touie de banquerontel qu'on s .-t it per-
mifcl mont'ieei IJ ,8j8,(Jl liv! il ne reliait donc de libre que
il+4j},m lit. Les epenfei de l'Eut eaigeaient ico, co <*.e liv. :
et.it par confequent un vida de , 16,657 liv, dans le trefor de ll.tat.
A fon avnement au tr:ie le jeune roi, aunucl, par mpril "our Louil X?
autant que par laiterie les parlement et ks princes voulaient donnt le nom
de Dij', qu il refufa, ippti aupr s de lui les hommes qu'on lui dfignt
pour les plus vertueux ou les pins habiles. Le conte de Mann pas devint
fon conf.il intime fon tuteur. Ce choit tait un malluur : courtifan dif-
gra intreffl tablir un nouvel ordre de thofes, bnguer le titre de 1
nratruri il n'apporta u miniftenque l'intrigue et la corruption, l'egoiime
d'un vitilLrd couniuu joint la kg nie tt l'efprit futile de la jeU-
nele.
M. le comte de Maurepai conuneni par 'occuper des parlemens exils
depuis pies de cinq ans. I eur rappel fut regard comme une des plus geandet
fautes de l'on miniflere. Le maith.' du Muy, miniflrede la guerre, itoicien leve-
re, maieauquel ou n'attribuait pas tuusles tah ns nceflaires la place, l'apo-
Aoi'ha en pleiucoiii.il, en lui reprochant ae dshoivrer fa vieilleffe et
j'abufer de la jeuielL-du roi. la fuite a prouve que le marchal avait raifon, au
moins .'ans le. lylfme du defponfme de la cour. Le roi eut t bien p!u
t'inquiUe, bipn moins tracaflpir les cours fonveraincs; il aurait pu Mire
entrtl dans les Douveitx pal nens, ceux des exils qui auraient mieux aiini
s'accommoder aux circoUtaines, que de vgter dans leurs terus.
On aceufa aufli le ch in relier d'avoir la:fT chapper un moment tis-
favorable au mairtitndes chambres q: i lui devaient leur exillence. Si, qrand
l."uis %y 1 monta lut le troue, il avait demand i ce ieUM motiarque la
leve de touu's L s lettres de cachet : tous les membres des ptrien eus qui,
dans leur exil, formaient nrore une compagnie formidab,e ou qui avaient
eOCori un etand parti il nt la Nation, feraient rentrs comme de limples
partisulitri dans le feiri <^e leur famille. Ifolis, fans titre et fans fonetion ,
ils n'emuent 0 l'aflcrnblei : t/iaot plus malheureux l'intrt qu'on pre-
nait leur dil^race aurait in'enfibiement din inu, on fe ferait accoutume
lei v lit fans robe et 1.1ns fonction. Cette dmarche tait un coup de parti
vcw 1 chancelier : fon dfaut de prudence t- trana fa chute i il tut envoy
Uns f.s terres.
I Quil XVI remit d'abord fes finances dans les mains de Clugny ancien
intendant des colonies, adminiftutcu" born, avare & intraitable i celui-ci
eut pour (uccfleur .M.T.iot, intendant du Limoufin, connu par une admi-
ilir.irion pure, vivifiante & heureufe. H dploya dans le minillere de la
pnbit et des vues utiUs i mais il fallait s'expefor dplaire, pour opctcc
acs tefonnes nceflaires : il dplut, & fe retira.
M. Ncckar, connu p:r fon looe de Colb^rt et par fon habilft dans le
banque, ri: entrevoir au vieux IMatKepis la poilibiltt de crer du crdit
& de fe donner de l'aifance. Il tut nomm directeur gnral des finances.
Ce nouveau Bnifln dcouvert de toute pat l'.nvie, annonant un fyllme
nouveau et un peu de Itojiifme, dut avoir des preneurs entb,ouli.dtes et des
dtracteurs frntiques. Ses aenfeurs lui reprochent d'avoir tabli la relTource
i'lufoire er !'.(trtuld. s emprunts I d'avoir pris pour principes de fon admi-
nillration qu'il faut) un Etat un crdit pcunilire, comme un banquier
et de n'avoir pas va que le banquier s enrichit it'un creiit qu'il a l'art de
faire valoir ton profit que ks emprunts actifs du banquier augmentent
H.VOJM tandis que les emprunts partits d'un gouvernement le ruinent..
Ils duint qu'il a tn u fournil aux capitalilles, qu'il a nglig l'agriculture,.
ils l'accuLnt d'ambition i et prenant pour jufet la difeutuon ouverre enrre
lui et ML. de Calonne, ils le taxent d'avoir trompe dans fon Compte
rendu (4).
A fon vnement au trne Louis XVI avait rendu un premier hommage
la juttice et l'opinion publique en rappelant leurs fonctions lis an-
ciens magiftrats devenus chri la France par les maux d'un long exil. Elle
acquit un nouveau degr d nergie lotlqu'uu minime philolophe annona
le projet da prparer la narion au grand bienfait de la libert par l'tablif-
fement des adminiltrati'ins provinciales, et la fupprellion prochaine des in-
tendam, de te-. pa:has cres p^r le vir Richelieu, qn' sengrailfaient de la
lubllance des peuples et les affaibliflaienr par les corves, les exactions, la
mifere et la faim peur les contenir dans I obcillance. On le crut dj libres ,
'orfque M. Necker, diflipant lei nuages pais que l'impritie et la rapacit
|< l'es prdceff u,s |a K aflVmblei fut lei finances mit f >us nos yeux
l'tat de la fortune publique rendit compte des divcrles branches des re-
veoul eu royaume, des frais, du mode de leur perception, et de l'emploi
des contributions nationales.
A cett? 'umiera imprvue, cette troupe de traitans qui s'abreuvaient dans
l'ombre du fang des viennes humaines frmit Je rage. Favoris, minillres ,
e .uttifans tous ces natalits qui cachaient dm' une nuit profonde et leurs
(' urdes rapines et leur n 1 lu i ( > prtefldui bommei d'Etat qui
!'e flattaient d'tre de gr.i s brtri? ,l crirent au facrilege et reprfen-
terent la rvelarion dr-s m 1 cabinet, comme un atti ntat contre la
majefi du trne. Ils 1 1 mirent de concert contre un administrateur qui
avait, quelle que ft f"ii ,'Ul montrer IVmrgie d'un ci-
toyen, il ir oifgnci les honneurs du triomphe dcerne par la,
teconnailTance publique.
(4) Il rfuta du Comute rendu, qu'en 1 -S 1 Ls revenus de l'Etat exc-
daient de dix miili.)! s !.., :.,!,; 1 11,,^ mais comme il existait a la mure
de Fouis XV un v'de 1 vinot il faudrait donc que x; kie efli r*mhourf malgr la p.uerre pir f^s
cales conomies er i'. xtenlion des avenus fifeaux, le capi'ai de ces vingt-
cinq millions de dficit j ce qui. joint aux dix millions d'excdent qui'
annonce donnerait une augmeniarion de trentf-cinq millions de revenus. Cela
arait difficile : M. de Calonne prtend ;u contraire qu'il exillait, en 1781.
0 detu.it COldaueuLue.
EHe


HTO
FI! ne pouvait trop clater : c'eft le clbre Compte rendu dont l'ide
ibfolumi m neuve dans un pays monarchique a eu uni d'influence fur le
crdit rec i qui a i'.' les i ram,.iis de leur long afloupillement ;
tire fut les aflcmblei provinciales qui leur a communiqu la
in nu rt !: l'amont de la libert. Ce projet n'tait pan abfolument
nouveau : il avait l t propuflf M. le duc de Choifeul qui le gotait allez;
mais les r'antun de la finance Je forcrent l'abandonner.
gotait
j-
r
le p'an de M. Necker ptfentait ut: moyen facile de foulager les peu-
Jei, fans diminue! la > | du trfbl royal) de prparer la nation la
politique i en l'accoutumant peu--peu traiter elle-mme les pro-
t .s I i dts hommes en forant les talent d1e dvelopper
dam U dii adiou Mail il d'onait les vices du r-
l'iMu dei int.nl ibtH du fjrflme financier Pefprit de
t parlemens i c'en fut affsx pour le faire marinier du fceau de la
i a: et e^ vfmoire, qui appuy de l'opinion publique, aurait pu
i I nheur < a la I tance et ameoei fans crili la n nnrioo d. I
il cret entre le roi et fon niftre. On fit dans deux provinces l'effai
te nou die forme d'admlnrltra ion, et elle obtint le plus gran.t luccs
malgr I obstacle! de tout g-11'- qu'on ne manqua pas de lui oppoler.
l i 1781 HnStgr voulut lire ce Mmoire | M. Necket le lui confia. On
le lut on le vola et il tomba entre les maint de M. (,'romor. Ce dernier,
Qui 1 .' yatt .u moiris le uval de M. Necker, peruad qu'n avait trouve
loccafioii qu'il cherchait depuis long-temps d'carter du naihi(tet| le feul
homme qui Iempchait d'y parvenir, tire la hlta des coplti de ce m
moire j i'ei p il A> les faire parvenir aux intendant, aux parlemens et aux
chefs de la finance c'eft--dire tous ceux dont l'intrt particuliei re-
pouffiient toute innovation pour l'intrt public. M. Necker tait 1.1ns appui,
contre m e ma 1 d nnemii auffi redoutables; comice protellant il ne pou-
vait avoir dans t mps-l fon entre au confil ; il ne travaillait mme jamais
1 u' avec roi 1 tt M. de Maurepas qui tait toujours en tiers, s'tait
d clar contre lui. La gloire que le Compte rendu a\ ait procur fon au-
teur, I 1 inn de l'ombrage, et il ne pouvait lui pardonner de n'a-
troll pal la't de lui dans cet ouvrage une mention honorable.
On attaquait au confeil tous les plans du directeur gnra! et comme il
n'y irait pal t, o. morcelait n retenait les plans. On avait fuivi la
I marche pi ur perdre M. Turgot. M. Necker demanda donc au roi ,
roi pis une place au confeil, mais au moins la libert d'y entrer pour dif-
c .:.. fes oprations.
Aprs une mre et profond-* dlibration, on lui promit cette faveur ,
condition qu'il ..' etlement le calviniime ; c'eft ce que 1.
Saint Pre et le fcr Collge auraient pu exi.r de lui s'il avait demand
le chapeau de cardinal. Cornue il ne v : point aux honneurs de la
pourpre mais celui de taire prvaloir tes plans de finance, il quitta le
miroitera ett 1781 emportant dans l retraite les regret du public, et en
COCUaCrant fon loifir au clbre ouvrage de YAdminifration des finances.
On ne put fuppofeft ni talent ni vertu celui qui ofa remplacer un mi-
nirhe honor de la confiance' de la nation et dont l'lvation tait regarde
comme le luit des intiiguesde la cabale qui l'tait dclare contre le pre-
mier. Deux impots tt u:i emprunt onreux fignalerent la courte adminiitra-
ti -n de M. Joly de Meury > h retrancha les fous deux fous & quatre fous
p.>ur livre dont les impositions taient furcharges et, pour que U comp-
tabilit tt plus productive et plus impie il chargea in iiflinctement tous
les impt! de dix fous pour livre de la valeur de leur primitive impofition.
II greva la vide de fans de droits fur le fucte &c. et il fortit de place
avec des penlions et du mpris.
Un jeune homme d'une prebit reconnue M. d'OrmiTon ,*donna pen
Oaot quelque temps d~s eiprances. Il tut bi.mt oblig i fon tour d
dpiter un farde.u trop pelant. Son brillant faccefleut avec tous les avan-
tages cle h fupriotit n'avait pas celui de l'opinion publique. Nomm com-
n Uirc dans l'affaire de M. de la Chalotais, au iieu de l'impartialit d'un
). ii avait ( i\i l'tcharnem ot des ennemis puiflans de ce courageux nu-
gitrat, uoiqui ment pour en obtenir de la faveur. Mal fam d'ailleurs ,il ne lui
1 t de droits la confiance que de l'elprit et l'art de l'inftnuation. On
fui conltern de voir M. de Calonne remplacer M. d'OrmiTon, de voir
les nJuileS de l'Etat entre les mains d'uu homme qui avait dilapid fon
patrimoine i d'un homme qui inconfidr par caractre immoral par fyl-
tme avait dshonor les taiens par fes vices, lus dignits par l'opprobre j
d- la conduite }qui tant procureur-g n rai du parlement de Douav, s'tait
avili jufqu' le rendre l'elpion d'un miniftre auprs du procureur gnral du
parler.. | i. ; i -u .- tt avait eu l'impudeur de devenir 's juge ciu ma-
giltrat dont il avait t le d.L; ur ; qui depuis vieilli dans Ml intrigues
amoureufes, et dans les intrigues de la cour 1 de hemte et de dettes,
venait avec la troupe avide de fes protecteurs tondre fur les richeifes du
royaume comme pour dvorer, les nuances fous prtexte de les admi-
IniUer.
Mais il f l'ait la cour un miniftre fcond en reffonrees habile cou
v.ir de palliatifs la brche ouverte par les diffipations, et qui ne fe laifsat
point effrayer par l'abme : on crut l'avoir trouv dans M. de Calonne. In
effet rien n'tait au-deffus de l'es taiens et de fon audace j i! plut au roi,
et le fabjugua par I res fpirituelles ; il plut par fa prodigalit ceux
auxquels un ambitieux avait principalement befom de plaire.
O puis le'mo^ d'octobre 1776, jufqu'au mois de mai 1-81, M. Necker
avait emprunt cinq cents trente millions ; en deux ans fon luccclfeu
emprunt plus de trois cents millions ; mais M. de Calonne les fuipalTa l'un
et l'autre ; fes emprunts montrent plus de huit cents millions. ihfi, en
dix ans l'Etat s'eft charge de la tente d'un capital d un milliard fix cents
trente millions ( J ).
Comment, en fuppofant l'exactitude du Compte rendu c'eft--dire dix
millions d'excdent, et vingt-cinq millions de capitaux teints M. de Ca-
lonne avait d :jcit en trois ans et quau cent quarante
million. {(,). Cela paratrait inconcevable, fi l'on ne (avait pas qu'indpen-
damment des charges de l*Ktat fource primitive du dficit (," ), le trfoi
royal tait ouvert toute les fantjifies, acceflible toutes les intrigues.
(5) Remontrances du parlement de Paris, du 14 juillet 1787.
(6) Taux suxquel les notables l'ont valu.
(.7) M. Mallet, premier commis des finances fous M. Dcfmareti, a dmon-
5
Les dons, les penfion--, l;s gratifications volrent au-devant de tous les
fervlctl rels ou fuppofs i les d ttes des princes furent liquides| on acquitta
mme dts crances limules. On refait ach.tr au roi Rambouillet, et saint*
Cloud la reine, on engageait, on changeait les domaines de la couio.me.
Jamais la cour n'avait t ti brillante, ni le prince fi magnifique ; jamais on
n'avait vu tant d'activit dans la circulation; le miniftre fe changeait en pluie
d'orj enfin, il tab'ilfait une caille d'amottifTemcn: pour et.nuire la dette
nationale : les emprunts fe multipliaient en mme-terat il tell vi i; mail on
annonait dam de brillant prambules, que le contrleur gnral avait trouv
Il fecret de librer le royaume; qu'avant vingt ans la France aurait reni-
bourf tous fes cranciers, et ferait parvenue au plus haut dtgf ele |Ueh>*
deur et de gloire. Tous les dits portant ( 1 de nouveaux emprunts,
ne manquaient pat de le promet; nt la malfaifante ictivit
s'alimente d la multiplicit des effets public, de la cumulation et du lif-
crdit des emprunts, chantaient la louange d'un mlnilhe qui fervait li bien
leurs detirs.
Cependant la fadlit des emprunts, qui tenait principalement la confiance
qu'avait infpiee M. Neck r, ne fut plus la marne Imfqu'on eut remarqu
I s diffipatiom de ton fucccliarir. Auffi les premiers emprunts de M. de Ca-
. iant point ^:e qu'on aviit attendu il fallut en ouvrir de 11011-
rtaux a des conditions plus avanrageuftl pour le prtettr. jufqu' ce qu
I s engagement devinrent enfin fi onreux, qu'il n'y eut plus moyen de
"deguiler l'impolfibilit de les remplir.
M. de Calonne j parvenu cetts extr:'m:r fit convoquer les notable! J
il efpra en impofer par l'audace, et feduire par les refiburces de l'elprit j
mais i n ne tarda pas s'apercevoir que les hommes raflmbli s*lectrifent puif-
famment que la plulolophie et ia rvolution d'Amrique avaient donn dis
prtentions nouvelles, et qu'il ne huit foiivent qu'ouvrir une iflue l'ner-
gie, pour qu'elle fille une otageuth exp'.oRon. Les premiers moment d^' l'on
minulere fe luifirent par des piomefles, et par un hiftajrc d'sdfnce qui en
impofa : c'tait un fonge flatteur; mais le rveil c:i fut terrible. La convo-
canon des notablts lut un coup de foudre qi'i tira tout coup la Nation
tonne de cette i.croyable fecurite. M. de Calonne voulut reculer, il n'tait
plus ti.-ms ; il voulut diffoudre 1 alemblte par tt lettre! de cachet, mais
rien ne pouvait plus i-irmonrei l'opinion i elle planait dj fbtla force ex-
cutrice, et annonait la puhTance qui cre les lois, qmbrifoen uninfiaM
us entraves des antiques abus.
L'indignation publique fut gale la fhrprif, lorfqu*on entendit annoncer
un dficit de cent aix millions. M. de Calonne prvoyani | ir l 1 S inee des
notables qu'il aurait plus d'un aflaut i Rvrer au parlement. mina fourdemeni
lais l'efpiit du roi le faible garde Ml Iceaux qui lui donna bientt lui-
nme odeafion de l'attaquer ouvertement. Le contrleur grerai ayant fou-
tenu r.u grand comit des notab'es qt:e le ttfor royal n'tait pas, ati mo-
iv. nt de la r. traite de M. Necker dans l'tat d'opulei :equ'il avak annonc,
e roi Jclm d'avoir fur ce fait le tmoignage de M. joiyde 1 ieury fon
fui cefleur. Sa reponfe ne fe trouvant prs c nforme k.'.x vues ce aux aler-
tions de M. de Calonne, celui-ci jugea plus propos de la fupprimet que
le li combattre ; mais l'ex-rr.iniit.e avait envoy en mt-meurns au garde
des Iceaux un double de U lettre qu il avait adrelle au contrleur gnral.
'1. de Miromefnil en paria au roi. Une infidlit de cne nature devait
dcider de la pne de celui qui s'en tait tendu coupable } mais le- rufe cour-
i.in fut en tirer avantage : il attaqua vivement !e chef de la ioftice.. pro-
voqua une rixe, et finit par en impofer au monarque. M. d^ Mil in-leut
tort, car il perdit fa place, mais il retrouva la paix et regagna l'cllime pu-
blique par la fermet avec laquelle il fouti.it fa difgrace- i il crivit au
roi une lettre noble ,et touchant, en lui renvoyant les letttcs-pauatcs par
lefqueiles ii i avait nomme chancelier.
Ds que la retraite de M, le garde des fceaux fut afiure "M. de Ca-
lonne propofa au roi M. de Lamoignon comme L'homme le plus capable
dans des circonih.ices difficiles,_ de remplir les importantes fonctions de chef
de la magiftrature : for. choix fut agr. On a.-ait congdi les notables,
pour fe d ibarraffer de leur impercune prfence, mais ils fettMtent da.is les
provinces la plainte et le loup cm.
S'il tait facile de trouver un fucceffeur M. de Calonne fous !e rap-
port de la probit, il ne l'tait pas de lui donnei un (uccefieur qui l'gaat
n taiens ; et l'archevque de Touloufe furtout, auquel on n'attribua d'aut e
nrite que la premption d'un ambitieux, et les faufls atteurs de l'impuif-
lance ne lui paxut pas fuprieur en vertus.
Il avait prvu la chute prochaine de M. de Caonne et dirig toutes fes
dmarches, tout fes difeours fer le -i.i-, combin de fort lvation future.
Ia; liler.ee politique qu'il affecta n'en impofa pexibnne : on fbuleva mme
le voile ni y : ri< dont il couvrait t s prtentions; mais il louvoy
lement fous I :s aufpices de r?VI t, et fut fervi fi chaudement
qu'il fut admis au cenfeil, imui I (oi du contrleur
gnral. De l'efprit naturel, une locution facile ; mais un gnie troit, un
corps ui par les plaiirs ; un caractre nerv une var.it exalte par
loi fades adulations de quelques littl et vagues
d'adminiltration qu'il prenait pour un pi in des lundi : et de l'exprience;
tels taient les moyens ayee lefquels i; entrait Sans le miniftere. 11 avait
i peine produit un initant d'illufii n que fes vues curtee et inconfqnentet
l'avaient dtruites auffuot. Il propoia au parlement les mmes impts que
M. de Calonne avait propofs aux notables, l'impt territorial et celui
,lu timbre quoique comme notable, il fe file forUttltement lv contre
e;.:
Les magilirats grevs par le premier impt, profitrent de l'odieux du
fcond, pour luder l'quit de celui qui lutait port gal nient fur toutes
Us proprits. De-la ce combat d'ordres e. de refus, d'injontrioes de
remontrances et d'arrts, qui finit pa.' l'exil du p^Lrlefflent de Paris i
Trov r.
Cet acte d'autorit fut le premier il-nal de la gutre, et dcida l'opinion
pub.ique. Elle fe manifefta peu de jouis aprs l'gard des deux princes,
tr que dans l'efpace de deux fiec'.es, on a mis forcment fur les Peuples
plus de cent millions de leves n uvelles et pour r.
engagemens d : ;>,.-iq s et de rentes auxqiw Is ai '! s rhai
et qui taient doublement onreufes puifqi 'l lires
d ;s spculations uti es du commerce par le quelles leuis caoiuux auraient
pu tre une fource de richefici pour fEtat et, les exemptaient de
l'impt.


ii furent envov pour le mme enregiftrerrrenr, l'un la chambre des
louiptes, l'autre a II i Aides avec un qui ete.ma er.alcnii.ni
Us amis le la libert et ici t..utcuis dudcfpoofiue.

La milEon des doux frres du roi tait la mme. Cependant, Monfeur qui.
t .!t dciar c nt contre M. d^ Ca'.onne a l'AleaiWee des no-
tables, et au. di que tint enfuire le par-
! nt Fit ux acclan du Peup'e et reconduit aprs
b feaoce danj fon palais du Luc an on eu des bndictions d'une
foule immenfe, qui s'emprcflail de ui prfnter des b< et de jeter des
flun Ut .d'Artois, au contraire, qui s'tait cm, par te-
coni itions du m nUtre di-
gracie, ii la 0 des marques du mc.ntente-
ment public. Il fe ma pour fi perfonnc, au
Palais, '. i fii nt an mous km pour lie mettre en
dfenfeinn homme b! in on par accident, augmenta le
tumulte et le..... i-'t h p. ur. Lorsqu'il fortit
de la cour des Aidesi i. fut jfl..:!ii par de nouvel i : eues et pourfuivi
fur les bu ce men Peupc dont il avait t l'idole, jufques vers la
latue d'Henri H dont la ru pour 'iV10 r,ouvt-a" reproche Un
cordon e troupes, depofe fur 1- Pont-Neuf, frm- !c partage la multi-
tude et donna au prince la facilit de continuer librefhent la route aprs
une leon enrayante doit il eut viaifemblablement mieux profite, fans les
confeils perfides de ceux qui 'entouraient.
La Nation tait trop cla:re pour que le parlement renouvelt l'abfurdt
prtenn .n de 'enir le roi en tutelle et le porter la main au gouvernail. Pour
cette fois rd' its la feule vciit pour fortir d'embarras ils -.doptertnt
l'avis d'un conseiller M. d'. prerrefnil, qui leur reprfenta avec force qu'il
tait inutile de circuiter iniidkufement ; que la vrit de leurincomp te.ice tait
aperce et fende, qu'il fallait fe faire un mrite d'un aveu neceiTaire. Ils
c iniefTerert dr.-ic n'.voir pas h- droit de fonctionner l'impt, que ce droit
appartint aux feuls Etats-Gnraux qui avaient celui de le confentir, et ils
en dmarrrent la ptochaine convocation.
L-=s miniftres furent entirement dconcerts, et de l'trange aveu, et
rie la dessande danger* ufe du parlement. In effet, elle fut l vivement
accu.siliie, repre avec tant de-'thou'.iairrtc, pue le roi fe vit oblige de
de l'accord- r ; ! s'y eng' par UM promeffe foitnncile. Les patleraens ont
donc rendu un fetyice re ("Etat? Oui; mais il s'en faut de beaucoup que
leur gloire frit pure i ils ne furent pas mme pallier les motifs dterminant
de I. ur rfiflanec et l'aveu de knr incomptence : l'intrt de corps et l'in-
trt perfoenel perce unt du toute part.
Dans la crife violerte o l'on fe trouvai, le confeil n'imagina rien de
mieux qu- de nommer l'arch vque de Fouloufe principal miniltre ; mais un
nouveau titte M put d< mier un nom eau talent et le principal miniltre
ne fut ni plus habile ni plus h.aeux quu ne l'avait ete le chet du confeil
des finances.
L'enttement et la f.iibleffc prtant toutes les oprations d'impudence
en impudence, il amena les rfa fis au point qu'il tait eg:lement dangereux
pour 1 autorit royal* d'avance! rude reculer, et lui fit faire l'un et l'autre :
he.iitufcmmt pour la monarchie franaife le parle.nent ne fut, ni plus po-
litique, ni plus prudent. L'enregiftrement de la prorogation du deuxime
vingtime, pendar,: fon exil, montra qu'il n'tait pas moins inconfequent,
qu'incomptent;et le roi, en le tendant la capitale lui nt percre pour toujours
l'impuitance qu'il avait ulttrps dans l'aiminiliration.
La mauvaife-foi avait prpar l'accommodement fimul des miniftres et
des magiftrats : la mauvaife-foi amena une nouvelle rupture. L'archevque,
qui la voie des impts tait ferme, tenta celle des emprunts, et elle
lui eut peut-tre reuiTi fans la perfidie de quelques magiftrats et la gaucherie
du garde des (beaux. M. de Lamoignon avait engag le principal miniltre
entrer en ngociation avec le; membres du ] arlement qui avaient le plus
d'influence dans leur compagnie. Tous convinrent des befoins du gouvernement
et de la nceiTn de l_i trouver de i argent.
Le miniftere crut la circonftance favorable pour tablir une cour plniere
impotente qui lui donnera t les moyens de fe palier des parlcmens. Cette
co.:r devait tre compofe des prince; des pairs de marchaux de fiance
et de quelqjes magiltr^ts : c'eut t vraiment la cour plniere du defpotifme.
En mme-tems le garde-des-fceaux Lamoigron fe vengeait du parlement, en
cr nr, dans chaque gnralit, les baillages auxquels il donnait des pou-
voirs tts-tendu* tant iu civil qu'au criminel. Fous les parleme.-.s firent
une leve de bouclier terribl il fe confdretent et conclurent un pacte de
rfiftance, qu ils fanctionnerentd'un ferment. Pendant qu'on recueillait les voix ,
le |arde-des-fceaux s'appercevtnt que la majorit ne ferait pas pour les
projets minilteriels, monta au trne pour avertir le roi d'en taire ceTer le
r ; colement et de dclarct l.s vc Ion ti ce qui tut fait. (81 Leduc d'Or
Jeans s'taiit permis de demander au *-oi fi c'tait un lit de milice ou une
feance loyah qu'il entendait tenir et de prott! er contre l'enregiftrement,
fut exile, ainl #ue deux antres conf illers MM. Frteau et Sabbatier de
Cabic, qui avaient parl ivec c arage. Le pv.inier mouvement du roi fut
de le faire arrter tu mil eu c".e ia giand'chambre ; on prvint cette d-
marche, qui n'aurait fait qu'aigrir les efprits. Les minires n'en furent pas
moins pourfu:vis avec_ pies d- fueur encore par les cris de l'indignation
publique df que '.'orare d'eul lue connu*-
M. d'Fprm. fnil avait donne "ide d'un emprunt fucceflf : la dclara-
tion du roi, libelle lur fen plrn, relia plus de huit jours enve fes mains,
et la fance royale ne lut arrte au confeil que lorsqu'on fe crut alTurj
du confememen: des magtflraa. La veille, tout changea: on prtendit que
des membres du par'. M eux-mmes prefent des mmoires pour
demander diltr.'.ire du refior: de leur coar plufic :irs provinces et propof
d'y tablir d; s confeils (uprieurs. M. d'Kpremefnil fut dfi^n comme de-
vant tre premier prsident d'un de c s nouveaux tribunaux; d'un autre
ct, quelques propos todiferets de l'archevque l'ayant fait fouponner de
mauvaife loi les inrreffs craignirent d'tre compromis et lui manqurent
de parole. Cependant vne grand maj i tant iclare peut l'enregiftre-
ment, dans la lanc. i' ne reitait qu< di a< partis prendre, l'un
de laire rctouner le roi Verfailes, et de laitier confommer la dlibra-
tion la pi ir vite des vo't puifque le parlement y attachait tant d'impt*
tance i l'autte d'accorder fur le champ les F-tats-Geiieraux.
Mais M. de I^moignon penfa que le roi devait fuivre auli flrictement
les dterminations de Ion confeil, qu'un premier prfident, les arrts de la
cour. II ne feot pas que l'Affemble dis rcpreiotans de la Nation tait
dformais indiipcnfable et qu'il valait mieux, pour la gloire tt pour l'in-
trt du prince qu'elle parut un bienfait de fa part qn'un facrifice arrachi
par la neceffite. Peut-tre ufli n'eut-il pas le courage de braver ie refit
liment du prciiiier miniftte.
(8) Quand M. de I imoignofl entra au parquer M. Spuier 'ni demanda s'il '
tait vrai qu'il ft tilier fana prendre les voi*. Sms aowr ,
Jui rpond I- pirde-des fecaux e/het qm \ou* vou/ti que U roi ne fait qu'un '
eoajiiutr s parlement i j
L'emprunt ne fe remn'it point, l'Etat prilTait ; mais les affaires particu-
lires d-s miiiftis pr.'lpraient. L'archeveche de Sens et une riche abbaye
furent la rcompenfe des brilians fuccs du principal miniltre, et le garde des-
fceaill reut pour prix de fon habilet ico,oco liv. pour marier fa tille.
On rfolut de perdre M. de Lamoignon ; pour v ruffir, on fatigua la cot
d'arrts, de dputadont, de remontrances. L'inflexible garde-des-Iceaux fal-
lait parler le roi avec la hauteur d un lulnn. Les parlement rpondaient avec
une termete rcfpectueufe ettailaient de leur caule la caufe de la Nation,
en paraiflnt combattie le defpotifme minilleriel, uniquement pour aflurer la
libert publique.
Cependant laefilhnce qu'ils oppofetent l'tablifTement des affembles pro-
vinciales leur donna de la dfaveur i et les feenes qui fe pafTcrent an pa-
lais, lors Je l'dit qui accordai: l'tat civil aux prot.ltans, l'humble con-
fejoa de M. d'Eprmefnil, la Icillion dont plufieurs membres menacrent la
compagnie, citrent du ridicule lur leurs dlibrations. Encore deux luis
julies et agrables la Nation, t les miniflres triomphaient. Mais leur im-
peritie et leur audace les perdirent tous deux.
Un comit de jurifcorfultes phi'.ofophes, s'occupait fous les yeux du chef
de h jufttee de la reforme de >a jurilprudence civile et criminelle. Le garde-
des-fceaux, toujouis pielle d'a:ir, voulut faire en quatre mois, ce qui de-
mandt plufieurs annes de mditation et de travail. Le principal miniltre,
jiluux de partager fa gloire le joignit lu: et ils arrtrent d'oprer une
rvolution au mois Je nui, CotOUM on anetait un voyage de Com^iegne ou
de i ontaineulcau.
Tout--coup les ordres font donns. Tous les militaires font rappels fous
leurs drap.aux ; des ofiJers gnraux et des confcitfers d'Etat partent, pour
les provinces ignorant <.ux-n.i_i.es l'objet de Lur million. Le mme jour,
a la ne.ne heur. ils doivent c.uvrir des paquets cachets, qui renferment
le fort de la France. Lue imprimerie tait dretTt \erf.iilles, une foule
de prcllcs y gnuaient jour et nuit, et un triple rempart de bayonneaes
drobait le fecret des miniltrcs aux regards indiferets.
Cet appare I nouveau de defpotifme avait feme l'alarme. M. d'Eprmefnil
vint bout de dcouvrir le mvitere, et fir jurer les magiftrats et les pairs
du royaume de le rctuier tout pio,ct qui manerait des prefles minift
rielles.

Les miniflres furieux, lancent une lettre de cachet contre l'auteur de la
dcouverte et contre un j--uiie nugilirat qui avait dnonce leurs vexations
dans la perception des vingtimes. Ceux-ci ech pptnt aux fatell.tes, porteurs
de la lettre, fe rfugient au palais, et le parlement les met fous la fauve-
garde du roi et de la loi. Le\ pairs s'affemblent ; le P.'uple fe porte en foula
la grande faite; une d. putatioii fol.mnelle part pour Vu failles, et va
luppiier le roi d'couter dans d f gefle, de meilleurs confeils.
Cependant un homme eft furpris dans l'enceinte mme du palais, vendant
des exemplaires failifis du fameux arrt du ? mai. Les po.t-.s du la crande
chambre s'ouvrent, et la cour, ! ces imprimes impolteurs aprs avoir fait lir- au Peuple l'original mme de
Uur dlibration. Cette circonltance chauffe les efprits ; la fermentation
augmentait d'heurt) en heure, tout Pat 1 attendait avec une curiofite inquite
la fuite d'un vnement qui devait dcider fi le palais allait devenir un lieu
d'immunit d'o tout conleiller pourrait dformais braver les foudres de
Verfailes ; ou fi les miniltrcs au lifque d'encourir 1 excration de la France,
employaient la violence pour taire excuter les lettres de-cachet.
Il tait minuit lorfque plufieurs bataillons fous les armes prcds de
leurs fapeurs 1a haehe fur 1' paule accourerr 80 palais pas prcipits ,
prts brifer les portes, en cas de rfiftance ; le but Vincent d Ag ul: les
commande. Il entre dus la cour des pairs et demande les victime- d lignes.
Nous lommes tous (JoillarJ et d'Eprmefnil, rpondent les magiftrats. Fous
les Franais furent ce jour-li pour d'Eprmefnil. Us ne lavaient pas qu'il n'tait
que l'ennemi dufminiftre et non l'ami de la libert. Lt marquis d'^goult
montra fes ordres ; mais comme ils n'taient que minilteriels on rcfufa dj
les reconnatre, il fallut donc retourner VerlaiUcs veiller le roi pour lui
taire ligner un ordre que Ion doit croire avoir t *ontrai:e fes difpoli-
tions naturelles. Vers les cinq heures de la mme nuit, l-s deux con-
feillers furent enfin enlevs. M. d'Agi.ult conduisant comme en triomphe ces
deut magiftrats en robe, la tte de deux mille hommes arms reut tout
long de la route h s tmoignages de l'indignation publique et contre fa pr-
ir., i. et contre les ordres dont il tait porteur; comme il avait fait une efpece
de fiege du Palais et failli emporter la grande chambre d'allaut, on lui
donna le gouvernement de la place qu'il avait conquife.
Ce dernier acte de defpotifme tait trop violent ; il devait paratre trop
odieux la Nation pour que les deux miniflres de qui il maniir confer-
vaiTsnt leur place. Comme il ne leur reftait plus fur la terre de ddomma-
gement que celui des rich-ffes et des titres, on les en combla. M. de La-
noignn eut une grolTe p^nfion et l'archevque obtint tout re qu'un roi
de France peut donner, afiu de proportionner autant qu'il tait poflible,
les graves la haine du public. Il emporta pour prs de 8co,ooo liv. do
penfions et de bnfices.
Il faut reconnatre que dans leur lutte avec 1? miniftere les parlemens ont
fervi puittmment la rvolution fous laquelle ils furcomberent. lis ont averti
la Nation qu'elle avait des droits piiinans a cx-rcer, de longues rclame
lions faire valoir. La volont pcrfonnelle du roi tant nulle dvvant I in-
fluence des miniltrcs qui la dir geai en t a leur gr, il ne trouvaient point
d'autres juges p.endre entre les ipii.iffres et eux que le P-uple; i forcs
de le fane intervenir dans leurs querelle, ils le mirent bientt porte
de s'infiruire par lui-mme de fes droits qu'ils avaient l'air de dfendre.
Par leur prtention d erre partie e-fTentielle de la lrtiflation ils fe font ex-
pofs l'examen, la furveillance, la critique et l'on vit qu'ils avaient
abuf du mot peur ulurper les dioits et s'attribuer la puiflanec d.s grands


parlemem, c'cft-i-dire les ttars-Gnraux, quoiqu'en 1484 aux Etats
t pejdaOI la minorit le Chtie \ iil le premier prelidetit la Vaque-
im tdi expreflement dclar au icgvtit : >< Oue le parlement tait pour
rendre a (utlice au Peuple > que les finances, la guerre et le gouveme-
nementdu toi, n'taient pas de ion reflort.
S
L'on reconnut bientt en effet qu'ils n'avaient montr d'nergie qu'autant que
leurs prrogative!, leurs prtentions ou leurs intrts taient compromis.
Ont-ils poutfilvi les crimes d'Etat dans les minilties dprdateurs ou tri-
ons, uns Us deipotes fubaltenies qui commettaient, au nom de Louis
__V tomes fortes ei horreurs? Ont-ils prlerv ou mme ellay de pre-
fervel le Peuple de l'oppreffive progreflion des impts? Selon l'auteur de
l'loge lu chancelier de l'Hofpiul, ils ont corrompuectecju'ily a dplus
facr: fut la t-.rre et le feul bien que les gouvernemens puisent faire aux
lioiu es,la )uiuc et Us lois. C pendant le Peu;>'?, qui M voy.iit que Us
motifs njpaieiuj, avait COnfetv long-'.crw pour cette vieille idole un refpect
fanatiquei et dans c-s derni ri rems, il regard it encore le-s dou/.e paile-
muis rpandu! dans le royaume comme autant d'eguies qui protgeaient les
citoyens tt les prupilts.
Peu d> jours ajri la feene du Palais, parurent les fameux dits du S
mai 178S. (o) Peut-tre et-on vu d'un il tranquille l'tabliflemcnt des
fgrandi bailliages) quoique dangereux dans l'tat o fe trouvait alors la
cgillation franaifa, ils ne pu aient manquer d tre unies et agrables aux
provinces. Mail la haine ra ns, et ceux-ci, fors desf. rtimens excitisdans tous les curs tant par
la couragetife reliltance du Peuple de Kemic-s et les crits vigoureux de la
commiflion intermdiaire des Etats d-' Bretagne, que par la conduite ferme,
mefureet vraiment patribtiquc lu Dauplune, uiompherent de la puilfance
royale Indignement prolliuie, de la force militaire branle par t'ufage
dshonorant qu'on en von 'ait faire et renverferent enfin l;s grands bailliages,
la cour plcnxre et leurs ineptes auteuts.
C'eft M. d'Artois que l'on prtend que la France dut d'tre dlivre
de l'archevque de SetM ; il ouvrit les yeux au roi et !a reine fur la finit*
ti.in d p.or.ble des affaires du royaume lur l'incapacit du miniftre et la
nceffite d en prendre un autre dont I choix lt agrable la Nation. Il
sotinr a aller lui-mme lui demander fa d:m;lli>n on l'arrta en lui pro-
menant d'avoir gard Ces reprfentations, Quelque* peifonnes le la cour
avai M dj I it It.ntiv au principal minillre qu; M. Nctk^r tait le fei.l
homme qui pdt ri tirer le royaume de l'aDitne o il tait plun^ et il en
a\ait parl au roi. Le prlat cOnfentait de lui abjndonner en entier le d-
partement det Inancee, Mais l'ancien ailminiilrateur refnfa d'entrer dans le mi-
nilKre tant que l'archevque y relierait. La retraite de celui-ci fut do c r-
folue. I.a reine v uiiut en v.in le prparer a et vnement, il s'tait arrang
pour tenir toujours ta \^.n.:. du gouvernement, et ne compiit lien ces
li ours. Il fallut que l'abb eie Vermont ailat les lui expliquer le jour de
ii. 1 ous, dans la matine.
Sa conduire pendant fVin miniftere eft une nouvelle preuve de la vanit
que la cour plcniere. La manire dont il
des rputation! ; il n'imagina rien
travailla foutenir cette opration fut plus honteule en:ore, que l'opra-
tion mme : pendant quatre mois il ne chercha qu' tromper le roi et la
KatioCt Tonte la France fut inllruite qu'il avait ptrfuad au roi que le Ch
fe.Lt de Paris avait cnrcgifti av^c joie fon rection en grand bailliage, (ic)
Jaloux de M. Netker dont il fe croyait le rival de gloire et dont il
Craignait l'afcendant fur le roi, il lavotifa conltanunent les ennemis de cet
admimllraieur. M. Pan'haud, qui eut beaucoup de part une tponfe de
M. de (,'alonne, au compte rendu de M. Neckrr trouva dan les bureaux
du contrle-gnral toutes les facilits imaginables pour faire des recherches
fur Ion adir.inilliation et fon ouvrage tut vendu publiquement et fans oblta
des daoi un terni o mille entraves gnaient la libert de la prefle. (1 i)
Il jeta le premier entre les trois ordres cet funeftes germes de divifon qui
depuis ont mis lira: deux doigts de la perte ; il jeta galement le plus grand
dtordre dans les tinanc s par les l.uiiii poui foutetm us pi ijcU. '.<_> i.. .:;... j rpandues pour fou!?V*f M peuple .
acheter des juges pour les grandi biilliages les marches et contre marches des
iroupci la baille du change > la lulpenfi .n d t paiement des importions les
liais d'elpionnage, &c. cotrent la France plus de cent millions.
I! marcha toujours au hafard, et fans but dtermin. Pjrmi cette foule
d'vnement qui fe fuccedent avec tant de rapidit il n'efl pas poflibb ,
dilait-il, qui! n'en furvienne que'qu'un qui nous loit favorable} il ne faut
qu'une chance heureufe pour nous tirer d ait aire . Une perfonne qui l'cou-
tait, lui fit oblerver que la guerre civile pouvait re une de ces chances.
Naus avans calcul iii-dtjfus ruondv.-ii froidement.
Dans les derniers temps de fon adminiltration fes mauvais fuccs l'avaient
aiftri la moindre contradiction le metait en fureur, il ne mditait que des
violences. Il tait la veille de s'emparer de tout l'argent qui tait en dpt
ch z les notaires et d'y fubtlituer du papier. Sa retraite prvint ce nouveau
Crime, et la mine d'une foule de familles.
La rforme des tribunaux les jugemens par jurs en mariere criminelle ,
S'iniiruitiou .publique des procs un conleil donn aux aceufs, la fupprehion
abfotua de la tort ire et des fupplices atroces et une foule d'autres rgit
mena utiLs pour l'adminiltraiion de la jullice ( entraient dans le plan de tra-
(<;) Ce*: dits font rapports en entier dans le courant de cette introduc-
tion. Voyez la table ds matires.
(k) La reine fur fa parole, l'avait annonc Mefdames: deux heures
prs, leur mdecin tant venu Bellevue, leur apporta l'arrte de cet*
compagnie, et mit le comble leut furprife et leur indignation.
(11) C'eft une chofe remarquable que la prodici'i'.fe rpiditcavec laquelle
le delpotilme s'eft enracin dans l'efprit de ce miniftre : concevez-vous,
difait-il un jour rien de pareil a l'extravagance de ces bretons ? Ils ne font
que nous harceler de mmoires nous fatiguer de dpurations -, les voil ici
cinquante ex' tant pour en redemander douze qui font la Baftille. l'ai voulu
bonnement raifonner avec eux : Meilleurs leur ai-jc dit, il eft vrai que vos
comp:.'otes font la "affilie ; mais on 1rs y traite avec tout : la diftinction
et tous les gards polfibles. Eh Monfeigrteut s'eft crie un d'eux ( une
bte qui tait d venus demander ici pour eux c'eft la libert. Ma toi, je fuis nft con-
vail dont s'occupait fous fes ordres le comit de logiflation qu'il avait tabli.
(.mine il fallait pour taire palier la cour plterc offrir au public quel-
ques lois propres balancir et couvrir l'odieux de ce nouveau divati ,
on s'empara du travail; du comit on le tronqua on le morcela pour le faire
cadmf avec l'opration principale. L'abb Maury fut charge des pieanibules
et des difeours, et-le gatdc-dts-fceaux de les prononcer.
Aprs la retraite de l'arch vaqua la dmifton qu'offrit M. de Lamoignon
ne tut point fur le champ accepte. Il fe flatta un moment de cooterverfa
place i mais la haine du parlement de Paris l'obligea de hter de deux jours
le moment lixe pour fa retraite.
Cette cour, avant de fe rendre Verfailles pour le lit-de-iumee difpof
par M. le garde-des-(ceaux avait pris un arrt vigoureux contenant une
dnonciation contre lui et avait charg fon | rlidnt d'en faire lecture en
prtnce de ta nujeit. Sur des copies qui- l'on eut de cet arrt le lit-
de-juitice fut contre-rrund : M. de Lamoignon renvoya les fceaux au roi,
ce les parlemens turent rintgres dans leuts tonetions fans lit-dejuftice.
On n'a jamris fu au jufte quel tnitement lui avait fait la cour. Il eft mort (12)
avec des dettes. Il avait t magiftrat ntegr ; miniftre, il bouleverfa la nugiltra-
ture et le royiuma. Il laifia un exemple frai pant cette foule d'ambitieux qui
convoitent les crandes places, tans s'embarralfcr d'avoir les talcns neceflaires
pour les remplir.
La jeuneffe de Paris ayant appris le lpart du principal miniftre, alla de-
mander au lieutenant-de police la permiilion de le divertir, c'eft--dire de
dnrtfier des marques publiques de la joie que lui procurait cet vnement.
1 lie s'alfembla donc a la place Dauphinc Se promena un manequin vtu
d'une robe d'vqne dont trois cinquimes taient de fatin et les deux
autres de papier en dridon de l'arrt du confiai du 16 aot, qui autoiiiait
Ls diffrentes caTes faire en papier les deux cinquimes de leurs paie-
mens. On le jugea enfuite et il fut condamne? au feu appatemment com-
me coupable de l'avoir mis aux quatre coi s du royaume. On ecclliaMque
qui partait, fut arrt i on lui donna le nom de l'abb de Vcrmont, et il fut
rg de confefler fon protg. (Jette crmonie acheve le manequin tut
brle en grande crmonie et chacun fe- retira.
Le !endemain,le Peuple voulut recommencer.! mais le chevalier Dubois/omman-
d int du guet, s'y oppofa. I! aurait pu tacitement prvenir le tumulte et mme
r.niluence la place Daurhine en l'emparant le bonne heure c! cette
place et en fefant gaider toutes fes avenues par de nombreux dtachemens,
c'eft ce qu'il ne fit pas. Il s'masirg que vingt cavaliers, (outenus par une
jnquantame de fuiiliers, lui futliraient peur dfperler plus de y.ngt mille pei-
fonnes.
Sa prfence ne lui paraiflant pas en impofer au Peuple, il ordonne de
fondre fur lui coups de f bre coups de baryonnstttt et de charger indif-
tinctement tout c*- qui fe rencontre fur fon paffage. Plufieurs perfounes le
marque turent bielfees ; quelques autres, tant hommes qae femmes, prdirent
la vie.
A la vue des morts et des blefles le Peuple, quoique fans mes, fe
rallie la fureur fuccede au premies dfordre et les fatellites du petit tvran
fubalteiM font mis en fuite avec leur chef. On force le corps-de-garde plac
au pied de la flatue de Henri IV ; on dpouille les foldats qui y taient can-
tonns n s'empare de leurs armes, ea brle leurs habits, et on les renvoie
avec des fentimens de commifution dont ils's'taient rendus indignes.
Une foule d'artifans et d'ouvriers fe rpandent enfuite dans la ville, et
brlent divers corps de-garde ifolesy (ans fe permettre de faire aucun mal i
ceux qui s'y trouvaient. C'tait un dfordre puniflable, fans doute ; mais
n'tait il pas occafionn par la violence et l'ineptie du commandant du guet?
On crut rparer un premier crime par un autre plus grand encore. Loilqje
cette itunelTe indifeiplinee fe porta lur la Grve des corps de troupes que
l'on y avait poltes et que la nuit couvrait rie l'on ombre, firent des d-
chane:, redoubles, et tendirent fur la place un grand nombre de ces mal*
BcurvUX, aont on jeta )e< cadavres dans la rivire- pendant la nuit, '.e I n-
demain, le calme reparut dans la ville, mais, il tait bien loin d'eue dani
les curs.
io.idu, moi j que voulwz-vous qu'on difs des a;uituux de cette efpecc-l i m [ dans une grotte de fon jardin
T a retraite de M. de Lamoitnon fit recommercer les mmes feenes. On
le brla comme l'archevque, aprs avoir ordonn qu'il fera't furfis pendant
quarante jours fon excution, par allulon fon ordonnance fur la juru-
prudence criminelle. Des brigands et des hommes foudoys par l-js ennemis
perfotme's des deux ex-minift es fe mlrent dans la fule et l'excitrent
la vengeance. Des troupes de furieux partent de la place Dauphine pour
aller mettre le feu leurs htels et la nuifon du chevaliet Dubgis.
M. de Brienne frre de l'archevque et miniftre de la guerre, arrivait
de Verfailles l'inltant o ces force-nc-s, arms de torches brlantes, s'ap-
prochaient de for. htel. 11 va fur le champ chercher du fecours. On tt pu
faire r*rcber un bataillon de gardes-tiancailes et un corps de grenaili;r< qui
en auraient impof cette multitude deiarmee : on trouva plus court de la
mafTacrer impitoyablement. Deux corps de troupes entrent la fois par les
deux extrmits de la rue Saint-Dominique, chargent coups de bayo:r.em s
tout ce qui fe trouve entt'eux fans aucune dittlncrion, et couvrent le pav
de cadavres. La mme feene fe rptait dans ls rue Mle o demeurai: ie
chevalier Dubois et deux rues de Paris furent inondes de lng.
Sur la dnonciation de ces atTiffinats le commandant du fuetfut mand par
le parlement. L maior comparut en fon nom, et pttntaun ordre fuprieur.
Le chevalier Dubois fut oblig de fuir de la capitale : fa furet perfon-
nelle exigea la facrifice de fa place.
Le mal tait tel, qu'il fallait p^ur les finances un homme qui ft riche de
l'opinion publique plutt qu'un minilhe habile. Les facults d'un feulheratna.
auraient pu peine mefurer f abme; i' fallait le concours de ring'-ciaq,
millions d'hommes pour le combler. M. Necker fut rappel, arce qu'il n'y
avait que lui qt.i et un crdit perfonnel qui pt fervir d'une immenfg cau-
tion. Le rappel de ce miniftre et le rtabliffem.nt des tribunaux qui en fut
(il) Le genre de la mort de M. de Lamoinon a fait croire qu'elle *v!c
volontaire. Il fut tue par la dtente d'un tutti J- cfuc qu il avt en main,


4 ter.
h fuite, rpandirat la joie et une forte d'cnthoufiafine qui Contintmomen-
uncn le crdit.
La pc :"e que fit M. Necktf fut ii'ohiajnll la grce des exil s,
et de I m la ptomcft de la trs-prochaine convocation des El
nais les p.'.rl remite a demandaient qu'ils fuflcni
cmvr a ux de 1614 c'cft-.vdire en nombre
gal de c1 chaque ordre .t d'aprl-s un mode d'lection qui ai-
de la rt mmifteiils aux b.:
fnchaux ,ix et de iftice qui, ayant eu en 1614
d'i du parti de la cour qui les nommait. Tel
amli le voeu .i^ la .
*a!s, qu.lques nobles mme r c ttc u unmque prtention.
1 Dj iphin vetui le do mer la Frai ..and exemple. II lfifta am
vie 11 avec courage Vil
au !iii."cu d lions dont ils i t, foui le t" u da plufieurs
batteries leur fagefl, lcnr confiance et leur
nergie le n inKtei 1 qu'ont tous lea Peuple*
do nmes 1 ur bj H nce politique, de former les AtTembics
nationales pour ditcuter leen fcti et aflurct la tranquillit publique,
l'aflemblee de Roma ifut coi > par le roi l'effet de dreffer un plan
de conftitution pour les Etal s, dont l'ancienne forint lepouilee par
l'opinion et le fentnent un:verfel, ne pouvait plus convenir.
Les deux premiers ordres facriiiant lea mHrablfl prtentions de la vanit
cet ei jours quitable lorfqu'il eit clair, s empref-
ferent de renouer des dflinctions atltl in;r.ftes qu'onreufes pour le Peu-
ple ; et afin d'tablir enw 1 iua les citoyens cette unit d'intrts qui feule
peut affermir l'union, et former de toutes ks parties de l'Etat un enfemble
arrtrent que l'ordre Ju t'ers aurait aux F.tats de la province
une reprsentation gale celle des d?ux autres runis ; que l'affemblee ferait
une qu'on y d' libn ait par tte et que les fubfidesferaient proportion
Bellement rpartis entte tous les citoyens fans diftinction. Ces bafes avaient
dejl t tablies par les notables convoqus pendant le miniltere cie M. de
Galonn, et adoptes pour toutes Us admiifirations provinciales ciecs par
cett; aemble.
Us flatuerent i. que l'octroi des impts ferait abfolument et en der
nier reflbrt, r.ttribu aux Liais rau, aififi qui leur repartition entre
les proviiu 1 t*. que cette attribution ferait exclusive, et que nul impt
ne pou.rai: ce tabli dans la province, avant que les n eufient
dlibre dans l'Allen bide des Etats Gnraux. Enfin ils tablirent la neccllt
du Peuple en arrtant que tout.- loi nouvelle, avant ion enregiftremem
dans les cours, ferait commurri ue aux ptocureim-gnraux-f)'ndica, afin
3u'il en foit dlibr bec. Is confbmmerent lears travaux patriotiques, en
il .rant que dan* aucun tem.s, on ne pourrait changer cette conftitution
fans le concours d'm. par il Ml mbla nationale gnrale j en demandant
enfin que les ttats G de la France faflent forms fur les mmes baies
d'quit et qu'on les iVuv dans la Domination-dea dputs.
Le Dauphin devint l'admiration et le modle du royanme. Les provinces
qm n'avaient point d'Etats, voulurent s'en former forces principes.Toutes
les munici .. es de I rtta ne ; les trois or 1res du Ve-iay, du Languedoc,
du Vivaraif, le tienvtat de Provence-, envoyrent des dputs porte au pied
du tro.ie le voeu des Pcupies.
Le gouvernement embarrafle entre ces demandes et les arrts des parle-
mens, l'emprofia de raflembler l'ancien coofeil des notables. La nobkik
bretonne alarme pour fes privilges ^rotefta aoffitOt contre une aflemble
qui n'tait point conrtituee par la loi et dont ks membres n'tant ni libre-
ment lus ni chargs d'au.un mandat fpcial de la Nation, ne pouvaient la
repre (enter 1 i la lier par leur dlibration. Il tilt peut-rre t facile au mi-
niltre de dcider contre les parkmens qui commenaient devenir fufpects,
niais il crut plus fage de laiie convoqut de nouveau les notables, pour leur
prlente! ce noeud a couper. Les corps et les ordres remportrent encore;
car, de tous les bureaux, celui d- Monfinr fut le feul qui vota pour que
le t:ers-tat et des rtprdfeotans en nombre gal aux deux premiers ordres.
Cette dlibration qui fit autant d'honm :t a Monfitur, que les opinions
Connues du comte d'Artois n ffaient peu ce dernier fut celle que le
roi et fou miniftre adoptrent*
Mais cette fconde a (Te nble des notables avait deux autres points eflen-
tiels dterm net > fvoit dans quelles proportions territoriales ou de dif-
trict on dputerait, et comment voteraient les dputes. Si on dputait fui-
vant l'ancien cadaflre d 1 i actions, il s'en (hivait que de petits d partemens
auraient une noml ntation, tandis que.des provinces riches et
peuples n'oj nr quun petit nombre de reprefentans. La justice tait
encore vidente ici] mais l'vi n'exifte point pour les panions. Si on
limait l'ordre naturel d( 1 et del proprit, la grand? queftion
de voter par ordre ou par tte fembl ic ; et l'on fait combien le
cleig et la noblefi tenaient nu domains autocratique des privilges. Ils
crirent que la France tait perdue fi on touchait leurs droit'.; que les
fermes antiques devaient tre facres. Ils cabalerent tant que M. Necker crut
laiie beaucoup que l'obtenir pour le Peuple l'galit de reprsentation &
de pofei la bafe de la pO| ulation pour rgle de dputation; mais il n'ofa
pas trancher la derrire cor au fujet de la forme de voter. Cette
arrire queftion refis i d id 1 aux Etats-Gnraux eux-mmes ; mais pen-
dant que les notables et i-s parlement travaillaient touffer, fous le poids
de leur autorite les rclamations univerfelles, arrter les vues bienfai-
fantes du roi et de fon mi ifire, des crivains philofophcs remontaient aux
principes des 1 ntraiei : que le vritable intrt de l'Etat eft
neceffairement li a\ec le bonheur de la Nation, que les intiitutions fociales
ne peuvent tre uti' > qu'autant qu'elles font jufles, et qu'elles ne peuvent
tre jufles li ell s n font fondes fur les droits naturels et imprescripti-
bles de tous les hommes.
M. de Kerfai-,t eut la gloir? de ramener le premier ks principes du gou-
vernement et de l'ordre n lois tti 11 I de la raifon dans un
ouvrage inti les vques, ks confillen et les marquis
s'eflorcerent do proft.
les obfervationsfur l'hiftoirede France cette production que fon vertueuv
auteur ahnaic ave< prd-Ieci lesritresdi la Nation contrle
defporifmc des r< i d s jrands et d-.scr, .. tefiameat (c'eft ainsi que
l'appelait l'abb de Mabl par le gi ie de la libert en faveur de la
France, tait entre les nains de tons I
MM. Tai Cf'rutti, dans deux ouvrages volum..ieux fur les droit-
du ciet>tat et la forme des Eluu-Genrauz j drendaient avec loquence ks
-': Franais. M. Mounl r dpouillait le* anciennes archive*
taux, et prouvait par l'autonie dea faits c: des exemples, M
au: tait de' dmontr par ks premires notions de la juflice, la I ;iiit
- la double itprfentarion, la nectlfit de l'unit de l'allemble et de
tien par tte. M. d'Antraigu-s s'levait avec force contre les abus de
la noblefi hrditaire, le plus pe Beau qui puille frapper une
Nation libre, peignait en traits de fou les fureurs de la tyrannie, : nous
faifait frmir, en n us piefentant l'effroyable Louis XI tout dgotant dl
(ne franais, armant la Julliee d'un poignard, habitant auPkflis-ies Tours,
.: il .1 chanait les victimes qu'il refervait des tout*
mens obfcurs, vivant familirement avec le bourreau qu'il appelait fon ami
et l'on coopre, et mourant au 1 M remords, des frayeur et dei au-
..s les pieds le defcfpoir et ks doulei'rs autour de lui
a trahifon, la terreur, la haine, tt fur ( tte l'ia.plaai
1 1 |.
.placable Colre du
'Ions les coeurs ! r.t de la haine des tyrans, et Ju di (ir d'une
fage coi n, le pattiotfme fe propageait avec les lumires, lorfque l'Efd
tgu parut, ainfi que le livre intitul : Q*'eft-ct que le trsitatf
qui eji cil la fuite et ment. (.'c;ie production purta le dernier coup i
tous les genres de defpotilme et la rvolution lut confomme dans l'opi-
nion, publique ( 1^ ). a
Parmi les nombreux cria publis a cetter>oque,!e plus influant,parce qu'il joi-
gnait aux armes de la raifon cellesdel autorit ei de l'afcendant d'unminiftreea]
fut le rappor; ; if pai 'M. Nt tkrr au confcil du roi lur k- rfultats dei dli-
brations de la dutil ies notabeSi rapport dans lequel les rai-
lbns qui militaient en faveur d: la double reprfeiitation du liers-l.tat taient
dveloppes avec une tell qu'elles dterminrent l'opinion du roi. La
convocation des EtatS-Gnraui fut au:ii lixee dans cette forme, pour le 17
avril 1789.
Ce rapport au COflfeil fut un coup de foudre pour les privilgis. Ils ju-
rai M des ce moment la perte d un minilire qui ofait prfrer leurs pr-
rogatives ks droits du n ad nombre, et prtendre que vinst-quatre millions
rt'hnmiuai f'nrrn 1 de la Nation, et n'taient pas moins citoyetal
que cent milie oilil's dcores.
I es F.tats du Dauj hin firent tranfcrlre ce rapport fur leurs regiflies, comme
un rnonuim 1 f hii I prince er pour Ion miniftre
routes I innales 1 damai ni 1 leur exemple contre le fyf-
tme oppr u de leur an i rnement, et les trois ordres reunl
COIltrc les |u s ;i:'pliaient le roi de leur accorder pour
l-uradn.iniilr.uii-' parti ulieie le bienfaii de cette jufie et fage rew fenta*
.ion annonce la Frani comme devant tre i' bafe det oprations rela-
tives la convocation des Etats-Goraux. Les i:neuis d s ri ts luttaient
erc re en Provence contic la nobleife, le Tiers-Etat et le cierge ; ils avaient
viole le titre fondamental d. l'aflemblee des Etats, en ne fe conformant point
.u* bis tablies pour le nombre de leurs rep nentans, et en fe rendant en
corps a une aflmbl e O i .aient altilter que par dputes : ils avaient
pour eux le parlement t! d'Ail : > t contre eux la juftice et
:eloqu.nce tonnante de Mirabeau. 1 s ne purent manquer d'tre vaincus. (14)
Les Etats de Bretagi !, du Barn et du Dauphin avaient form enfemble
un pacte de dfi tre le dffpotifme miniftriei ] nanmoins on elpera
pou-oir engager 'ls provinces a t<-umer leurs efforts contre un ad-
Tiinittrateur qui men au I royaume d'une conftituron libre qui tait un
attentat contre lac. .on actuelle des lltats. Les Barnais, fe laiflrent
fd ire, 't crivii nt nus I tars du Dauphin pour les exhotter s'unir avec
eux pour la '.l'en e di.s prix. "... Cette lettre fut pour ceux ci une nou-
velle occasion d i r de: preuves du pitriotifme ckir qui ava;t dirig
toutes leurs dm i, et ils ai mirent me nouvelle gloire en de<
[01 air premi.r titi, tait 1 Franais et de citoyens ; que Us pr-
rogativts ies ordres etdc provinces n' nuent precieuit leurs \eux que
lotfqu'elks pou aient tre confidres comme dos barrierea oppofer ai .-
potilme du gouvernement 1 mais que le faciirice des privilges tait
le premier q*'on d ait aire a la libert publique.
les ngociant de Grenoble ne fe firent pis moins d'honneur en rpondant
aux princi| a royao as, qui ks follicirajent de le (oindre elles,
afin n'obtenir ..ux : tats an 1 prl n ation pardeuliere pour le com-
merce que les membres de cette affmbl : Jent tre Ici d ptes del
Nation, etjnonceux ds corporations particullcet qui la cotnp fent, que
leur force n: pouvait rfider qu dans leur unit et que ce ferait ia rom-
pre que de fubflituer une foule d'intrts partiels Tint.rt commun qui de-
vait les unir.
Lesdivifions qui, depuis prs de trois mo's dchiraient la Bretagne, ra-
nimrent les efperanccs des ,-iriliocrat.s. Le Bretons, ces vieux anus de la
libert, toujou.s divifl entr'eux mail toujours runis contre l'oppreflion
et la t)rannie avaient vu re: anr< la dife rde au milieu des ftes qu'ils
clbraient pour honorer leur rriomphe et le rtablifiement ne lois et des
magiftrats. Des abus fars nombre s'taient gtiflrs dans leurs aflemblesi na-
tionales, le Tiers-Etat n'y tait point reprfent, car il ^ie pouvait regarder
comme fon mandataire des officiers municipaux qui avaient achet du roi
un droit que le monarque n'avait pas lui-mme, et qu'on ne pouvait rece-
voir que du choix libre de fes commettuns. Le cierge du fcond ordre tait
(15) On trouvera la fi.i d cotte introduction une notice plus dtaille
des principaux ouvrages qui punirent cette poque.
(14) Ce fut dans ks aflembles d'Aix et de Marleile que l'loquence de
Mirabeau commena a fe d c le plus grand clat et lui concilia
[d'admiration publique. La ndbl fl, qui il faifait ombrage, l'exclut provi-
foirement de fes fances, en levant une conteftation gnrale contre les
non-polkdanr Sefs ; e 1!.- eut bientt fe repentir de l'avoir [forc porter
!a fougue de fou gnie cJecr'i il'aflembk ; des communes o il eut routes
ks occafions de fe ven r de lai les ordres privilgis. A \ix .a jeune
bourgeoiiie lui ui ; Marfeillc, fa voiture fut trai-
i- le Peuple. Pend i, det feux de joie et
d s 1 ml s perptuelles lui fous fes I et. es le fpectacle de l'alle-
pubbqoe. On lui une place particulire h comdie ; eiifin
on lui pofa une couronne fur la tte au mili u des plus vives acclamations.
de fes s il en tait auru l'arbitre, et i! avait une
relie influence, que M. de l 1, commandant de la province, crai-
! nr' !iS 1 cj ii commenait a fe manifefter, lui cri-
vit k ao mari, 1 l'ascendant cu'il avait fiir le
Peuple pour calmer ks dprits, et il y teufjSt en effet avec le feows de
ti* Alltunelie.
exclus


exclus des Etat!, et la noiicfle en totalit y figeait depuis plus Je deux
fiecles parle feul droit de l'a naiflance. Cependant tttte affiuence de no-
bleffe qui, dans les dangers accourait de toutes parts pour la dfenfe de la
pjtiie, donnait aus Etats de Bretagne une apparence de force qui en
impofait aux miiiiltres, et dans l'aiTentiment gnral, il avaient conferv un
li.mlacre de libert que le defpotifme mme relpectait.
Dans toutes aatres circonltances, on fe ferait born a demander la rforme
des abus les plus crians et l'on aurait refpect une coaiitution fi fouvent
confacree par l'aiTentiment de tous les ordres ; mais en commenait refl
chir fur la juftice tt les avanngt-s d'une reprefentation proportionnelle : la
conduite des Etats de Romans, les principe* qui le! avaient guids les
qu ils avaient poftes et fur lefquelles on dlirait de voir tablir le fyftmc
gnral du gouvernement, l'inij)ortance d'adopter pour l'univerfalir des pro-
vinces un plan d'adminifrration uniforme et co-rel.mi a celui du royaume ,
la ncellit de runir enfin en un feu! corps toutes ces provinces qui for
niaient vingt .Nations dans une : toute! CM confidratfoni furent vivement
fendes dans les villes de Bretagne 011 la prf.nce des l.tats et leurs cn-
tcliadots frquente! contre la c< tir avaient accoutum les efprits dif
cuter les intrts nationaux concevoir quelques principes d'iad.pendance
politique et les BVMeM prpar! aux orages de ia libert.
Toutes les municipalits de Bretagne s'affcmb'.erent j et afin de propager
les grandes imputfioni donnes par le Dauphn, envoyrent au roi une d-
putation nonibieule poui porter au pied du trne Us rclamation! de la
piovince fur les '.ices de l'organifatieo de: f s Etats. Cet exemple fut l'ui\ i
ar une foule de villes t de province!} on n'entendit parler que d'afltm-
slees nu icipaWl, d'adreffes au roi de ptitions de corps de communauts,
et lu pnnee fut invelti de dputes du Peuple.
t
[.a nobl fl bretonne, furprife de ce mouvement unverfel au moment
o elle V-nait le rendre ia Patrie des lerv.ces fignals, crut voir dans et
concert unanime du Peuple une infurrection contre elle excite ou liment i?
par le miniftVr , en reprlailles de la protection qu'elle a\it accorde aux
parlement (ij>.
T Ile tait laifpofition d-s efprits, 1 rique les Etats furent convoqus
19 dcembre 1788. I. tiers-et.'.t 11 avait c,u'un moyen de prvenir
I i ifkwncc K la coalition des deux pre nierserdr s; c'tait d'obtenir uncreptefe.
t Bon influante dans l'affernbaVe avant qu'elle lut conib'rue de Rmiere
pouvoir fe h: r par f.s dc-ercs. Il la demanda, et profita, pour parvenir
ion but, de la premire formalit a laquelle il devait concourir.
Les d.'lib-rations d s I tus de Bretagne n'taient regarde! comme lga
les que lorlque le 1 litre ur lequel elle! taient portes avait ete chiffr
fign et paraphe page par page par des coosmiflaires des trois ordres. Cett
commiilion sappelaU L commiilion de la chithature : elle devait tre nomm,
le tioiiicme jour de la tenue des Etats. 'Joutes les communauts de la pro
vince dtendirent d'un commun accord a leur! reprfentanj de procder cett.
nomination, avant qu'on et fait droit leur demande j et pour dtermina
plus efficacement l'alfei timent des l.tats, elles luipendireiit toutes les ajdrr -
niltratinns intrieures de la province, en retunt cie continuer comme cei..
tait d'ufage a l'poque des lections, Isa pouvoir* de leurs dputes mem
bres des coimrilions intermdiaires qui reprftotaient les l.tats.
Aulfi la nobleffe et le clerg runirent tous leurs effort) pour contraindr
le tiers a franchir ce pas detiiif. Mais celui-ci fe maintint avec une ferm.t
inbranlable dans le fyttme d'Inaction qu'il avait adopte et ni les inltanccs
des privi egis, ni les ordres menus des comiiuilaiie du roi, ne purent
les taire chanceler.
Le 7 janvier le commandant de la province apporta PAlTemb'e un
arrt du confeil qui (ulpendait les fance* d^s Etats jufqu'au 3 fvrier, ri
enjoignait aux dputs ou Tiers de le retirer vers leurs commettant t et d.
leur demander de nouveaux pouvoirs. Le procureur gnralfyndk protefta ci.
prefence de M. de'Ihiard contre un acte d'autorit contraire aux ursiti de la
province et aux droits des Ltats. Les prlidens et Ils orateur!des premiers
ordres conjurrent le TierJ-Ett. Il rpondit qu'il n'entendait prendre au
cune pat aux dlibration! des Ltats et qu'il avait anete d'obtemperu a
l'ant du confeil.
t
Le cbevalii r de Guer, pour arrter les communes, fait jurer tous les
gentilshommes et ia tlcrg qu'ils n'entreraient jamais dans aucune aJminif-
ftatio. publique autre que celle des ltats, forme et rgle lelon la conf
tjxution actu Ile. Mais ce ferment ne produit aucun effet fut le Tiers j et
le 0 janvier, aprs avoir Intim de nouveau ia refolution l'Aflelnb.'e il le
retira ; les deux premiers ordres reiolureut de proroger la ieai.ee, (ans de
fempares, jtuqu'au j tevner.
Le plus grand nombre des dputes du Tiers fe rendit Paris, perfuad que
ce f rat ah coi.r que l'on chercherait frapper les plus ra :ds coups. Ce*
ptlldant lu clivtes corporations et comiiiunautes s'atfemblaicnt conforme
nient a 1 arrt du confeil pour dlibrer lur le- parti qu'elles devaienr prenene
dans des circonltance* ulli difficiles Le piriemeut qui jufqa'alors, avait
garde le lilcnce vint fe mler a la querelle, et dcrta d'ajournement per-
loitni I I s lyndici dei commumut s. Cet arrt auquel ils ne jugrent pas
propos d'obtemprer, augmenta l'aigreur de part et d'autre} et une tour-
detie d; quelqitol paruians outrs d.s ordies privilgis, occafionna d-s
fcenei fangfantes, des cat.dlroph.es qui menacrent la province d'un nu
gnral et faillirent d'imprimer au nom breton une intmie ternelle.
Pendant le miniflere de l'archevque de Sens, on avait imagin de jeter
du ridicule fur ls oprations, en le! parodiant: on avait inttall foui les
rentrt! d 1 imandant un -trand bailliage figu: pat des portefaix et des
gagne-d.nieis en limares. les mmes acteurs pardiunt t\ prs
jeter du ridicule fu les aflembles d:s corps de- mtien et des commu-
nauts on rfolot de les employer. Des billets furent en confqoence dit-
tribu s dans I s du Peuple pour le! inviter fe rendre
une .d! rr.bl Montmoi v accoururent en foule.
Un laquais fi l'oi c nom aux comices u 1 fut fa tribune
aux harangues II reprtVm (auditeurs avec touu l'loqu | bw
qui leur convenait que c'tait les l'.tats qui les faifait ni \ ivre ; que le bat e vi-
( 1 0 On prtendit que l'archevque de Sens avait rpandu d s con-
fidraolei poui armer les roturier! coni
blelie par le Peuple, afin u'crafet enfuir.e le Peuple fous L t oid immeafi
de l'autorit royale.
4 fjater
dent du haut Tiers tait d'en abolir le Aflembles qu'alors ils mourraient
de faim, ce qui n'tait pas douteux, puifque le pain tait bois de prix. Il
conclut ce que l'Alfemhle fe tranlportat ?u Palais pour dclarer au par-
lement qu'elle tait de l'avis de la noblele, et prier Kl marilL.ts de mettre
le pa n bon march.
La multitude courut au Palais fur les pas de fon tribun. Celui-ci harangua
le parlement qui promit de faire droit fur fa plainte. Toute la troupe enor-
gueillie de fes d 1 arches patriotiques pleine de joie et de vin As rpandit
Uns la ville, armes de barons, et maltiaita plulieurs jeunes gens alliiibles
dans un cal j.
Cet attroupement annonc depuis plufieurs jours n'avait pas t- ignor du
pu rie ment i le giand prvt avait lurprH et port au prrident pluueuts des
billets rpandus avec profulion pour ameuter le Peuple.
C'tait un gentilhomme, difait l'un qui avait diftribui des btons aux
fTaiTinsi d'3utreS prtendaient avoir reconnu foui de! habits de livr.'e, des
membres des Ltats et du parleme.it; une foule de faits et de drails prefque
tous altrs et exagrs par la coleie -ugiiv-maienc parmi la bourgeoitie
l'indignation et la foif de la vengeance.
Le lendemain la jeunetTe de la ville, arme d epfs fabres et piftolets ,
partage en divers groupes parcourait les places et les rues. Une querelle
entre deux hommes du Peuple vint rallumer la fureur pnrale et prcipiter
i exploiion. L'un d'entr'eux, blefl d'un coup de couteau, t'crie que l'on
ennemi eil un gentil!iomi.,e ;ravefli. La rage tait au combla ; dans les tranf-
ports qu'elle excite, on aitriLue- aux douze cents gentiUhonimeS qui com-
pofaient les Ltats le projet d'alLiliner toute la bourgeoitie.
On les faifit au momenr o-"i ils fortaient de leurs auberges pour fe rendre
aux Etat). On les attaque-, on les pourtiiit.on les pcefl de toutes part!,
ils fe dfendent avec courage. Chaque rue devient un champ de baraille, le
fan g coule, deux gentilshommes fut tus. Les femmes mmes des deux
p rtis viennent le mcler dans ces Iccn.s barbares.
fe toefin fonne tous les citoyens accourent ; la foule augmente le dibr-
dre ; le magnats font in'ult.s : enfin le commandant Ce iette au milieu des
combattans et leur ordonne, au nom du roi et de la Patrie de mettra
bas l-.s arme*. Sa prfence et fa vois fufpendent laturetu du Peupte, htel-
d.-ville salie.:.M-, et la r.oblelie rentre au:; i-'.tats.
Les gentilshommes ne penfi nt plus qu'a ix moyeni d? fe mettre en d-
fetife. Les Etats tenaient leurs (canos dans une laRa des cordeliers : dans
I clotre etaii une boutique d'armurier i ils s'emparent des armes, et fe
I artagent Us d : fi rens polies. '
Des troupes taient entres dans Rennes j mais elles n'en nr.pof'ent point
au Peuple. L'i.otd-.l--ville tait toujours aflembl mais !a nobleffe rtfufa
d'entrer < n compolition. Enfin, M. de Ihiard, commandant de la province,
galement cher aux deux parus parvint leur faire accepter un accom-
modement. On convint que la nobleffe fortirait fans autre armes que fon
pe, de la falle des Etats, et l'on promit de part et d'autre de ne point
troubler la tranquillit publique.
A la premi re nouvelle des vnemens ^ui venaient de fotilever ta capitale
de la picvinc-- les citoyens de tous les ordres s'murent ; les nobles cam-
pagnards quittrent le timon de la charrue, ceignirent la vieille pe de
1 urs aietix orne mens de leur cabane et courtm nt Hennos pour dfendre
leur ordre. Les villes de Nantes et de St. Malo firent maicher l'lite de
leur jeunefle pour foutctt la caufe communal > les vil.es de Caen, d'An-
gers et pluiieurs autres, leur offrirent des fecuts. Rennes vit suffi les
portes une troupe de parti'.ans qui venaient donner M. !ieis-lla leur fei-
g'ieur des marques touchantes de leur affection et lui offrir le fecours
de leur bras pour venger la mort de fon fils, tue dans l'meute du 16
janvier.
M. de Thiard a'arm de tous ces mouverr.ens, marche la tte de
quelques troupes, la rencontre des lgions citoyennes. Quelques-unes,
a !.> s'tre affures du rtablifiement de ia tranquillit, contentant re-
toumer dans leurs foyers j d'autre! qui, pour n'tre pas charge ceux
qu'el es venaient ffcoiir, s'taient fait fuivre de pluficurs chariots remplis
de vivres et de munitions retufent de traiter avec le commandant des troupes
du ni, entrent dans la ville confrent avec des commiflaires nommes par
les jeunes patriotes, dpokrt leurs auv.es dans des magafins o ils tabliffent
des eo ps-de-gardr, et la dcident attendre les vnement. Le commandant ne
prvoyant que nouveau-; dtartres, donna aux Ltats i ordre 011 le conleil de
(e feparet, jufqu'au moment c ie calme renatrait et permettrait de les raf-
fembler. Tous les ordres fendront la nec.iiite de cette feparadon.
L'inaction d's dputes du Tiers, et les dmarches courareufes et foute-
nues de toutes les villes de Bretagne, durent faire prfager la fermet des
Etats (j.'nerau.x et le triomphe des amis de la libert fut les partifaus du
d.fpotilme. .
On attribua ces dfaftres l'infoueiance ou la malveillance du parlement.
T< ns frein baient l'approche de cette .fler.iblee qui allait dtruire leur exif-
tence politique. Deux fois celui de Grenoble fembla vouloir revenir fur fe!
pas et commencer la guerre contre les tats: deux lois les menaces du peupla
ii forcrent a garder lefilence. Le parlement de Befnconnefut pas plus heureux
d ns ks actes de defpocifme qu'il fn permit contre trente deux membres des deux
miers ordres de la piovince, qui avaient eu I courage de s'lever contre
euts collgues, et de renoncer aux prrogative!. L;i arrt du confeil fltrie
l'arrt tyraeniqu: de cette cour fouveraine e: pou.- la premire* t'ois peut-tra
< n vit un acte du pouvoir arbitraire employ protger la libert Individuelle
d-s citoyens.
Tous les membres de la nobleffe de Franchp-Comt avaient galement d-
clar dans 1 ur affemM e tenue Qu le premier octobre 1-38, qu'ils
et Ment citoyins avant d'tre g ntili Makrila employrent par-deffout
main toutes fortes de manoeuvres pour anantit ;n-
ti.i.nce Ucuielle le tiers tat avait le droit reconm de prtendre dans les
afTembles de la province. ]* fei i-nt qu'ils avaie i le 10 feptan I 1 ,
de ne jamais adopter d'autres aflembles que ce'!cs des an< -1 donc
ils ne pouvaient cependant le dilfimulei les meoitrueus abus i la coalition du
haut clerg qui n'avait pas rougi d'appuyer I ut d m 11 le et de foutemr leuc
impofture auprs du monarque- en avanant s ti is exprimait
le mme vu ; leur confiance perlever dans leurs trou cris de r "i rment :
trois ordres.... trois chainbrus.-... uois voix.... avaient occalionna une f.illion


'* germe? .-:^-, <" wrt le pev le et I
ia de ieu:
bre qu'il en ootintcnt prt eiations
m des eau ,
: t.r f* mlUmn
r
2
Les pri' galement mettre Irti;
fo: et !:u- Bn Ce 1. manire !i plus n.
fini y jonnerer-
tous le- poor u rtr.v;;i.r , : ^rcrevque dlrrbru' les engagea a
ttttti termes Je$
loi - ': BtS. Il \
a Pans t>l de.
\ : : k iiro:t de d
Eua s Etxts-geneVaax s'obftine:
conr :.. ,:ti: ifac que par des Cl-
flets ce deveu. -. .
Les communes e: le zs de Bretagne s ilTer-ilerent par bailliages ,
et Doaunerem leurs d- un Etats.' Les deux ordres privilgis
lirieux par ordre du roi, de< t qu'ils ret a tous
knrt privilgespcuniaires m-, i.ntpas reur.is en c arps d'tats, ils r.e
pouvaient K'mrwr de dputs a lAfTcmbe nationale du royaume. Leur
motif eui: te qu'on De ..:. i ce:t= ailembiee at qu'on
loult y ref,:;r>er la contt;tutioo bretonne.
Le parlement de Rouen, l'exemple de celui de Bef-r .or., irnalafatvrannie, en
dcrtant un citoyen pour avoir o: la voix dans Ion bailliage contre
1 s abus .'u defpotifme parlementaire. F.ifin le parlement de Paris tantt
pouff par 'efpnt de corps tantt entran par le torrent de Popmoa
publique ne pouvait s'arrter a aucun Aline il fe mor.tuit populaire ou
a.iltocrate flon t'impulfion du jour et les pillions de fes orateurs.
Le r dcTibre il parut di'pof defendr*la libert ; au mois de janvier
(vivant il voalut fe faire dnoncer le rapport c_ M. Meckei aa co
p-'u de temps aprs i laid pntre et m rentable efprit, e: iu:i mpuif-
i-rice pat la dmarebe la ?.. itique. J.= docteur Oui lotu r..
d'.- la facult de Paria .-..-.. Fait un plan te cahier connu fo_s le titre de
Fetiti^i du c.!3-.tii 4 Pan: jui fut auopte par les lix corps, et
depo.e par eux cfiz un Notaire pont rt-cevoit les ngnarures de tous !ts ci-
toyens qui rendraient lut donnes cette marque de leur approbation, tut
mind a la ejandchambre, ainiique riaRpriineai et les tyadiia tes notaires.
Ils y arrivrent au tra ers d'une multitude irrmenfe curieuse d'apprendre
les fuites de cette aff.uc. Au monci,. oj le ptricment s'en occupait, un*
taule de citoyen! Bgnjit la ptition dans les falles du Palais ; ce qui prou-
vait aux magtttrats qn il tait de la prudeoca d'avoir gard aux circonltances
dlicates dus s ils fe trouvaient. L'auteur de cet crit interroge
d'un ton fvere lur ta principes Lt fes opinions, foutint avec courage ta
caufe qu'il a du dfendre, rt les juge* n'offrent ni le condamner, ni l'ab-
foudre. Le Peuple qui rempiff.it la grar.u'.alle et attenda.t avec impatience
fu:i : nr, le reut avec d- grandis acclama ions, le cou-
ronna de leurs, et ie r.con.iuilit en triomph. Le parlement .ait corme
le. public tarife en deux parus : l'etprit de corps et les antiques prjugs
lu:taicnt avec : c. centre l'elpiit national et les vrais principes des droits
des ho.;, s < tait l'image du coinnat de la ui.uere *t des tnbres.
Les lentes de convocation pour la ville de Paris retardes par des diffi-
cults locales et par les prtentions reproques du prevot des marchands
et du prvt de Paris parurent enfin. Contre l'ufage constant de cette \i.ie
" les lections s'taient toujours faites dans des aflrr.bit-s de communes ,
les trois o.dics iu.eat convoques fparement, et tinrent des aicmblees par-
ticulires.
Lrs premiers regards d ns ces affembles fe tourneront vers les com-
n. li ires e v s par le prvt des marchand pour les prefi-ler. C taient
c! u. tl-s un dil 'Ij confeil, des confeillers du Chttl.t, -^ ur ta r.obleffe ,
Cl des c<> i de il e, jour le Tiers-Etat. Tous, comme de conceit ,
ent la neceiGt de ne point e laiiler maitrifer vix aucune influence
trangre dans i'elec io de lurl tepi (entansj tonsi .natre
les hoinaics qui n'taient pas de lect choit et les fe formrent
f"Ui la pi i'ge qui, d'une voix unanime, prirent la
puce de coinmillaires. Cefl alor que Paris tut parure en foixante dillricts.
Les cabLs et les brigues pendant les lections, s'y montrrent avec plus
de fureur encore que dans les provinces. L.s gands qui n'avaient pi, dan;
leurs bailliages, reuffir a fe taire dputer aux Ltats-Gnraux accoururent
Paris et y r.nt tontes les reifources de l'intrigue pour parvenir
maitril r i -, futtrages. Lef amis uc la libert triomphrent dans les alfembltes
de la ville il n'en fut pas de mme dans celles de la prvt. M. d'F.-
pr-fmcnil y fut e-Iu le premier a pareil jour o l'ar.nee prcdente il avait
c :.- atrache du Pala s.
Les affembles de h commune furent trs-tumultueufes ; lad.fiance, l'ani-
mofu- et l'cfprit de pjrti proli pendant plus d'un mois la dur-e de
leurs l^rces. L'approche du jour rixe pour l'ouverture des Lt.its qui feni-
blait devoit tre ui point de ralliement pour tous les lecteurs, ne fit
uu ir iter tomes les pentes p.iffions auxquelles ces f ances tient entirement
livr-es, et .es lections ne lurent acheves que quinze jours ap.es la crmo-
nie de ronveruirn.
Le derg d^ Paris fe dshonora par la bair-ffe, l'ignorance et le fanatifme
qui re d-r.s toutes le. i.tlibrations : il P ded.ua ouvertement
:tme de lob.niai. e. On crut tre encore au teins del :i ne
j on vit dt nergunenes crier au defpotifme, l'hrefie, l'atheifme
!e p.tir nombre de prtres qui foutensicnt qu^ la puifTarce pul
v ht de u N l on ; mais on fe crut dans l'anti-chmbre d'unminillre, cc.n-
t avec I juais quand on entendit un eccl :fia(f que dire tout haut
/ riait de l'o- ,7 ui de MOtftign -feulement fur C qu'il avait dit m^it
fui :ujicl qm'Hpourrait uare. {Jn on lcerne l'opinant un habit de livie,
s'cria un nen bre de l'AtTembe. l'once la capitale fut de fon avis.
;r les troubles qui agitrent la France d'ur bout l'autre pendant
la tenue des AfTemble pour les lection* des dputs, l'opinion publique
ne tut : -nie. On ne tardt mme pas s apperceveir Que le flam-
beau do la diiccrde ete au milieu du Peuple ne terrait qu' l'clairer fur
fes venubies intrts.
Aoj malgr la piclpitition avec laquelle les cahiTS des d'ffrens bailliages
fcrtrvt rdiges lenterent un enlemble frappant d: rclamations, d'ob*
.ratrices. C cil l funotit qu'il faudra recourir
pour connatre 1 tendue "des abus qui rgnaient fur ta 1 rance, et le premier
ic la rvolution. (15)
Ce fut alors que fe manifefterert des mouvemens dans les faubourgs de la
. M. Rveillon fabricant r'e papiers, qui entre-
. uvrietSj qui les faifait vivre lors menu que la
dr la l'iiioii fufper.dait les tmvattl, devint tout coup l'objet de la
de la m Itituce dont il avait aupa-.asant l'irTection. On fugra BU
r.t.'.re.-s(le loi derr.arvdtr .1 1 .,1: ne: : .t ons exorbitantes de falanes on les
1 contre lui, de l'argent tut d: cur les porter un foule ve ment.
L suteurs de cette comurarion n'avait n: coritte cet honnte citoyen aucun
"je: de haine perfonre".. Mats Ion tait connu du rciiple ; il avait un
pin es criminel contre un fri c'en tait alT.z pour leur objet.
ii leur fallait un p et-.-xte pour alTemblei des troupes j il Lur fallait des
l a!i 1 u'exercer l-.s troupes fur ies fce'.erats pour frapper e. fuite fut
es gens de bien. Voila le mot de cette ranule nigme qui a fi long-tems
pouvant t On commera par rpandre le brait que V. Rveillon avait propof de
re i if fols !a ; ; om*H avait dit hautement que
le pain de rrOment tait trop bon j*ur ces g-*ns-la et qu'il fallait les nourrit
de farine d pomme de terre, &.c. Depuis quelques MUtS i! tr.tr :t
'avilie une foule de gens uns aveu. Leur nombre s tant multiplie au point
lefir, fans iucun. .e ces malheureux s'attroupetent,
perrant au mi i u d'eux ur. ma -.requin de paille auquel ils donnent le nom
. v Alor.. ils liLnt fur la place Koyale un prtendu arrt du Tiers lit,
co*.damne i la mon : del ils >e rpandent en tumulte dans la v.lle.
L'tflroi I s pietcde kl t' tiques font fermes lai Lu: paflge et l'on ne
:*e met oalkment en peine de Ls diliper.
M. R.'veiilon alarm court implorw l'affiftance du lieutenant de police.
On lui promet -ie poiflns fecoutS, et on lui envoie pour gardti une ::
mie CI de sait laidin, une poienee de foldatv. ( .:: trouai o. rs
gabonds qui av.it jet la (en s mire la ville, paffe la nuit Jim
les cabarets *i fe dilpofe par de brutales oigi.s aux crimes du 1 r.d r... m.
Au peint du ;our ils courent dam !-.s manufafltures emmnent de gre ondq
force tous les nuviiers, rpandent l'srgeni pleines mains et marchent,
en pouffant de grands cv.^, rera la demeire de l'irtortunte victime qu'on
avait dvoue leur fureur. Qu Kj conduilent pendant t-nq heures
cette foule de forcens qui rompent enfin de trop faibles barrieio,et 'em-
paient de ia maifon.
Tout fut brif dvait le-s places rompues les meubles pntckui jets
par Ls fentres et livres aux lammeSj les caves ne turent pas oublucs : ces
mifreblcs s* gorge rina et ae liqueurs > quelques-.ns v trouvrent
la mort, en avalant a longs tr.its d. l'acide nitrtux et des diogues d.fti-
nes la teintuie. Ccftalois lculeme.it que les lecours anivent.
Les foMats reoivent orire alors d'carter ta feule et de repouffer la
force par la force. C'tait 1. ur ordonne' d'arrier ta foudre dans fa chiite,
ou plutt c'ta't leur comirunder un ma.facre gnral. Cens multitude 1
ivre de vin et de fureur le rail des .unes de tout ce qui tombe fous feS
mairs. Des cha.-ettes charp-.. rres et un bateau chajgee de cailloux
et de btons, paraiaicni -voir t deftins et il avait t intercept dans
la journe; ils firent pleuvoir une crle de tuile ei d'ardoifes fut les Ca dam
Franaifes et les Suilfcs, et ce ne fut qu'aprs qu'ils en eurent * cruelle-
ment fdg s qu'on leur ordonna de tir^r. La vengeance fut terribie, tout
ce qui fe trouva fur les to.ts fut tu coup de futil et tout ce qui tait
dans les caves et dans les appartemens, abandonn ta bayonnette. Ce-
p-nd.mt cette foule dtarme fe dfendait avec vigueur. a nuit et le canon
dirige fui le fauxbourg Saint-Antoine mirent fin au carnage.
Le y mai i-8o fe-a ter-lment tine des poques les plus ntliKWabkl
dans nos Lltcs. Ce fut en ce joue que l'on vit, aprs 17J ans d'inttriup-
tjofi recommencer enfin ees Etats Gnraux demands avec tant d'ir.itances
pour toute ta Nation ces Etais dont elle attendait (x deflinee. Le tableau
ou ils offrirent fera long-tems preient ta mmoire de- ceux qui en lurent
Ipectauuit.
LTne vafte fa le confruit et dcore d'un granlgoilt, foutenii? par virgt
colonnes doriques, exentre dans toutes fes partie en 11 vie du mme ordre.
Mille douze cent repiefcnruns de ta France, divifs en rrois ordrel oc-
cupant le to d de ta fa le. Le de re d un cte, dans fon plus riche colume}
de l'autre, les dputs de la nobleffe couverts de plumis (ployantes fur
des chapeaux de forme fodal.: et de manteaux noirs t e i.iranr de dorure et
d'une coupe la fois el gante et thtrale tous l'epee au cte. Dans le
fond, rtaurhe les cinq ou lix cents dputs du 1 i i-Etit. fans pe , rfbits ti manteaux de laine, cravates bkrcnm et chapeaux rabattus. Un
trne avec toute la richtffe et la pompe royale slevant du fond de cette
faile le roi rendant un compte public de l'tat du royaume aux dputs
du leuple : til fut le tableau que cette premire journe prefenta.
; l'ouverture des Etan, les de:puts des communes fe rendirent dms
la f le a Semble j conformment i''ournemcnt fixe pat le 'oi, ils atten-
dirent et la nobl H nie de li dUcorde le rarTnv
niait dans 'les falles rpares, et ctif fur cet if.lement et la dfunion qui
en devait reilter que les ennemis du nouveau f/ftme des Etats fondaient
l'efp leur emkre dilioiution. Le Tiers-!.tat leur envoya dpuration
fur deputitinn joignit ta prire aux bonnes raifons pour les toucher et
i les pa'uader. On ieiir rpedat par des phrafes vagues, aflaifbnnes de la
moigue qu'on appelle dignit. Pour paratre vouloir concilier les efprits,
(1 y) Il en a t fait un rfum gnral en trois volumes n 8 avec une
tabl raifonne au moyeu de laquelle on connat, au premier conp-d'cei1,
foit l'unanimit, foit le nombae des bail'ages, en faveur de chaque demanda
O4) M. de Calonne v'nt auffi d'Angleterre fe mettre Hit les rangs povr contenuedans Itscaniers. L e-endue de ce travail ne nou? a pas pemis de le
r d s dnies de rgnet Ls fniTtages du bailliage de tailleul. rapporter. Mais on en trouve les principales bafes dans le cahier du Tiers-
dignarJoa publique le loi a bientt de fuir, j Ltat de PatiSj dont nous donnons un extrait ta fin de cette introduction.


on tint cher le garde-des-fceasx une afll-nible conciliatoire, compofe de
conimillaircs pour ie roi, et de dputs des trois ordres. Cette aflemble
i rien; on conrut feulement que les miniftres prtendaient avoir de
lirjHuence dans Jes Etats. m
Ce fut alors que le Tiers-Etat, auffi ennuy que rebut par ies refus de la
majorit du clerg et de la nobleffe, fentit la nceffit de fe conffituer en
affoibif dts communes, et qu'il fe dclara repifentant de la Nation.
11 le tenait des arTembles chez madame de Polignac et ailleurs o l'intrigue
mditait la difpofition des reprfenrans du Peuple Franais. Les princes (i)
ayant M. le comte d'Arrois leur tte, fireni paratre un inanifsfte adio/
au roi, co,.tic ies prtentions du Tiers-Etat, dans kquel, aprs avoir
rfut celui-ci jufqu'aux talens et aux lumires, iis prtiilaient au monar-
que tous les ma!keurs s'il ne s'< mpreflait de rprimer les atteintes qu'on
je djfpofait i porter la noblefl.. le comte d'Arrois ne fe contenta pas
decrpremiei manifefte il en donna un fcond, qui menaait d'une iniur
nct'on gnrale de la part de la noblefie et qui laidait voir que le chef
ne ferait pu difficile trouver.
Cette proteftitton n'eut d'autre efet que dcouvrir fes auteurs de la haine
et du mpris qui les Fnv-rcnt peu aprs, lorfqu'ils l bannirent SUI-mmes
de leur Patrie pour aller porter aux rois trangeis leurs projets de ven-
geance. Les dputs des communes ne regardrent ces reliilances que comme
n motif de pr.ndre plus d'nergie, et leur aflemble proclama h rfutation
d'oprer feule la rgnration de la France fi les deux autres corps con-
tinuaient s'y oppoltr i cet acte d'autorit fora ceux-ci changer de fyltme.
L'arc h. vque de Bordeaux fut un Je ceux qui influa le plus dans Ion ordre ,
par le rayonnement et l'exemple pour la runion.
Dans la chambre de la nohlcrTe les aptres de la runion avaient tou-
jours t plus nombreux tt plus puifTans. 1 e duc d'Orlans tait leur tte,
et fon nom faifit dj un grand poidl dans la balance ; mais le duc de la
Rochefoucauld et quelques autres montraient plus de z:le encore, caufaient
nioii.s d'enthouiiafinc et mritaient plus d'eftiute.
La haute noblefle et le clerg l'opinrtrerent feuls la rfftance. L'arch.-
vque de Puis alla Marly fupplier le roi d'intervenir et de dicter les
volonts fu.rmes. Fn conlquence la fnee royale fut indique peur le ij
juin. File devait tre le prlude de h diffolution des Ftats.
Il fut e"joint aux dputs de ceflr leurs fances pour que l'on pt
dcorer la (aile. Ils f.mthent ce que ce prtexte avaic d'illufoire et l'aflem-
bkrent clans un jeu de paume i ainfi tandis que l'on dcorait le lieu qui
avtit p.iru difjne d^s dputs de la Nation rallemblee pour qu'if le hit de
la ptllnce du r.">i une acadmie d." jeu devenait use efpece de temple
environn de tout I clat de l'einhoufiaime | ubiic et o la Patrie reut
les plut augufhs lerniens.
PARAGRAPHE Ier.
Ol'ftrvatlons gnrales fur la Conflitution Franaife et fur les
Aj]emblccs national s, Jous la premire race dts Rois.
en
La fouveranet tait ixerce parle Nation et le Roi runis.
Conflitution primitive de la Nation.
lus on monte vers les premiers ges de la monarchie, plus on trouve de
libert, de privilge et des droits dans la Nation Franaife.
C'efl une Aflemble nationale qui lit les rois, ou plutt des compa-
i>ns de Conqute! qui les montrent i l'ar.ne en les levant fur un
C'eft
gn
pavois.
A cette poque il n'appartient point encore au chef de cette Nation de
convoquer quand il lui plat, ni de u'eiiguer le lieu o il lui plak de cl-
brer cette afltmblee.
Champ de Mu *
I a Nation elle mme s'affemblait tous les ans dans fes Champs de Mars ,
foit avec le confentement, foit fans le contentement de fes rois.
L on dreflait des lois
pvtageait le butin par le fort i on y expliquai
commentaire.
on y traitait de la paix et de la guerre ; on
t la loi fi
qui avait belbin de
Succeffon au trne non dtermine.
Quant la fucceffion au trne il paraU qu'elle appartenait tous les
erfms des rois, er furtout depuis le roi Clovis car on n'avait pas encore
reconnu L'indivifibilit de la couronne, puiique les quatre enfans de ce ri
la partageaient cnti'tux.
Les mconvniens d'une pareille divifi^n n'taient pas mme encore connus;
les roi- n'avaient pu encore ordonner l'indivifibilit en faveur de l'an des
maies et de fes defeendans et les fujets n'avaient point reconnu les abus
d'une auifi grande fucceflion partage.
La Nation quoique gouverns par quatre rois tait cependant indivi-
fible en elle mme ; car les quatre royaumes s'aflembLient galement en
champ de Mars pour les affaires gnrales.
Mais le roi ne pouvait encore, de fon autorit abfolue rien ordonner,
ri terminer. Fa France aflemble tait fon confeil et les miniftres i e' pour
barir mme l'glife Sainte Genevive le roi avait belbin du confentenient
de la Nation comme pour fonder l'abbaye Saint-Gtrmain-des-Pis a la-
quelle Childebert I*1 ne donna une portion de fes domaines que de l'aveu
des Franais et des Neuftriens.
(O M. le duc d'Orlans er !.. duc de Pentbievrt rtfuferent de ligner le
mmoire.
La Nation fouillait fotiverainement du pouvoir de juger et de dpofer fes
rois ; les difllutions de Childric fuflirent la France pour l'exclure du
trne : les feigneurs s'affeirblent et donnent le gouvernement Gilon.
Thierri III roi de Neultrie et de Bourgogne fut encore pour fa conduite
arrogante, dtrn, raf et renferm } et fi Childric remonta fur le trne,
c'eft parce qu'tl y fut rappel par l'Aflemble de la Nation.
II tait bien jufte en effet qu'une troupe de capitaines, qui crait des rois
y levant fur un bouclier l'un des compagnons de leurs conqutes fe con-
fervt le droit de l'en prcipiter, quand il ne fe comportait pas comme
un bon monarque.
De nos jours on a vu les Arragonois dans l'lection ou l'htronifation
de Fur lduvcrain lui prter un ferment,, qui annonce que tous les Peuples
n'ont point voulu le vendre l'autorit royale, ni tailler perdre de vue
que les rois doivent la couronne leurs fujets.
Sous qui valons autant que to! difent les Arragonois leur fouverain,
nous te faifons roi pour nous gouverner avec jvjlicc tt flon nos lois ; Jinon ,
non.
Une autre obfervation c'eft qu'au commencement de la monarchie, il no
fut pas toujouis preferit d'tre fils du roi pour lui fuccder. Ainfi Clodion
n'tait pas pre de Merovee qui lui fuccda. Sous les rgnes fuivans, la
loi qui veut qu'un roi fuccede a un roi fon pre, fe fortifia. Cependant,
en 71J les Franais aflmblcs prfrrent le fils dj Childric II Thierri,
fais de Dagobert, leur roi, t Ppin fut cre roi, lu roi, nomm roi, facre
roi, au prjudice de Childric, fon ptedcelfeur, dpof, raf et ren-
ferm la dite de Soiffons, en jjx quoique fa race "et rgn dans lca
Gaules prs de trois cents ans.
Les rois mme qui fuccderent leur pre, devaient tre reconnus ou
ports par les grands fur le pavois. Ainfi Childebert fut proclam roi du
ronfentemenc des Nations fur lesquelles fon pre Sigebert avait rgn. Clo-
taire ne fut reconnu qu'aprs certaines conditions qu'il confentit. Dago-
oerr I, pour fuccder Ion pire, eut belbin que les grands le reconnulleuC
avec le ferment des dputes de la Nation.
Il v avait encore, ds ce tems-Ii, des officiers de la Nation prs du
roi pour rprimer fon pouvoir.
Charges et places nationales.
Tels ta'ent les maires du palais. C'tait la Nation qui les crait ou'bien
les rois eux-mmes nuis du confente avec le contentement des grands, cra maire du palais Hadon dans l'Auf-
trafie, et fit llerpon duc au-del du Jura. En 616, le mme Clotaire faic
alfembler les grands pour lire un maire la place de Garnier qui .tait
mort,
La plupart des maires du palais abufaient de ce pouvoir qu'ils tenaient do
la Nation ; car on voyait fouvent roi contre roi : la mort de Garnier le
grand n'en voulurent plus, et prirent le roi d'en faire l'office lui-mme.
Clovis jffemble aiilTi les grands en 641 Orlans, pour l'lection de
Flzocat, maire au palais, et les plus anciens documens nous montrent que
cet officier tait tabli pour fervir de contrepoids l'autorit royale. Peu-a-
peu la Naton abandonna fes fouverains l'exercice du pouvoir de cet offi-
cier qui tait li fouvent charge l'Etat, dont le gouvernement d un leul
tait la bafe et l'effence.
Condition des perfonnes.
La condition des perfonnes, aprs la conqute de Clovis, ne fut pa
telle que tout ft efclave en France.
Clovis, aufli habile politique que conqurant redoutable traita, poui
ainfi dire, avec la Nation, et fit des conditions avec elle pour obtenir qu'elle
fe laiiat gouvernt
Il trouva des cits polices, un Peuple clair une religion pleine d'hu*
manit, de charit, qui tait la gardienne des murs des fcie.ices et dea
ans : il adopta toutes ces inltitutions.
Le barbare du Nord brifa mme fes divinits et fe fit baptifer : il pro
tgea les chrtiens et s'appuya de leur fidlit et de Ie.ir attachement.
Il leur biffa 1 lgiflation tablie dans les Gaules, les droits des cits ,
les formes municipales et les aftemblees gnrales de la Nation auxquelles
iis taient accoutums : il appela auprts de fa perfonne des prla.s : il
prfida leurs conciles il voulut paratre dvot aux faints qui taient
alors en vnration : il voulut agir avec eux dans U urs inltitutions canoi-
ques : il promit d'en pourfuivre l'excution et de ks dfendre.
L'ordre admirable que Clovis trouva dans la conflitution politique des
Gaules retint mme ce conqurant barbare dans de telles bornes de ref-
pect, que ce monarque ordonna de garantir du pillage un g-and nombre do
villes dont la plupart fubiiltent encore : elles conferverent Lurs privilges ,
leurs ufages, leurs lois ; et malgr fa barbarie et l'on caractre atroce ayant
runi une partie des Gaules fon arme de France ce ne fut que de leur
avis et par Une confentement qu'il fit la gutrre contre les Vifigots ; U
avait dj trait et compof avec fes fujets unis dans l'aflemblee de jo6.
Lois.
Les Peuples Gaulois, quoique vaincus et fournis, ne cefferenr donc pas
d'tre gouvernes par le vainqueur f.-Ion leurs anciennes loi;; ils taient iuga
flon ces lois et celles que les premiers monarques tabiillaient, taient
telles qu'elles n'obligeaient pas toujours tous les fujets indistinctement. car
oh laiflait aux Peuples le droit d'tre jur' flon fes anciennes lois ; il n'tait
donc pas rare de voir un Franc mg flon la loi nouve le, er fon voifirt
flon la loi ancienne : ce qui montre que les Peuples les plus barbares
ont refpect dans leurs conqutes les lois et les nfag< ) tab i. on fair que*
le barbare qui ne connat que la force a U cur conmitiflnt et dbon-
naire la vue des Peuples conquis, et il n'eft donn qu'en dvfpote vicieux
et rflchi de tenter la delhucuun des privilge s qui naverleat les ides.


SuhfiJes.
Qmr.r !'.ix fubfiJe* qui taient perus des le commencement de la anar-
chie, i! f ut Jiftingnet le* d des roi? d'avec les domaines de l'eliie ;
> r avait ijifi des domaine} qui appartenaient encore aux Gau!o:s, et des
bnfices.
* domaine de l'^life fut toujours facr pour les rois. Quand un des fou
v-.s de la ore-nicre- ne? roi la r for le f*"'
Jvque noms.* lnjvw, c-ofacms une i8esblee>en emp .ha !a
cailecze.
Lesd saines de; Fi rues tatS de
P j des
doni gide a confenr le foi; venir de ces formes d'ocrrci.
Les rois, v teniri l'otage d
domaine i et< t ace a -
ortion des I cp:cs la cor.:
arm'.e ne coniefltait mme a !a dilliibutior. es et du butin qui
la \ : .- tffl n le \ fons; car le monarque ne pouvai
te difpofer fous le roi (!ov:s, le plus redout
vafe vole dam une glife (an e coofer.terr..r.t des compagnons de fin
conqutes.
Cependant pour la fubfifunce des capitaine* et des premiers chefs des
arm.es, on afigru des i e: des : m s au roi Clois
et aux 101s fuivans d'o eft venu leur es .et peu a peu le* rois qui ne
pouvaient ifpor d'an bijou pris fur feuoea, dpof?teiR des terres COO-
quifes qu'ils donnere;.: oui le titra de hriffimi en viager. Ces bnfices
ru une fouiliaccioa de leur domaine qui y rentrait a la mort des
tenanciers.
Pouvoir des Ruis.
On voit donc quele tait la conditions des rois de France de h premire
race : ne Tans la Nation, faire h paix, la guerre et les Ml le con-
cert avec e'ic ; ne pas lever des impo s fa. s i i '.tement, rilquer d'tre
dpofs en ne gou-> irusm : ei : ivec juftsce, le iroii enlever la couronne pi. -
lieurs fois pendant deux Ucles, et la voir enfin palier de la maifon de C
a Celle de Ptp::.
Ce t;rre lui tait prom's ou donn c!e toutes parts et il annonait qu'a
cette poque la Fim lit eu' pria la rforme des pt ncipaux abuset
un gouverne- if. On croyait mme encore la royaut occe";ire -
honneur de 1 Lut.
et
an
Ainfi les roi n'taient gure que de fitnples capitaines ou des chefs .{'un.-
teme nuis ce chef avait en cette qualiti- le pouvoir le p'us abfoto fi ne-
ctlTsire a la police d'une troupe de gens arms qui avait conu le plan d'une
conqute et ce chef qui ne pouvait pas difpofer d'une co IV il
pouvoir Je couper la tte au foi.'at quand il manquait la difeipline. Anfi
quoique maitie abfolu comme chef il une arme, et fe trouvant reprim de
tous eot s par le pouvoir national quand il s'aenfait du civi!, il tait a la rois
le monarque 1-- plus ioipuiflnt pendant la p.ix et le plus abfolu quind il
S'agiffait de conqu'cS tt qu'il tait en action* nu:s il tait abfolu pour rgir
cette anne, et non pour envahir pour lui-ir-ne, pui:que le partage n'taii
pas mm. l'adjudication, mais une a-.jinoutior. Jmple et par U 90 :- fort de la
chofe conqaife.
C'eft donc l'anecdote du vafe de Soiffons que commence viirablemem
notre hiftoire ; et comme I objet de 1 hiUoi c- romaine eft de dpeindre com-
me n- un- horde de bandits fe civilifa, conquit fes voifin<, et s'tendit dan*
tout l'Univers qu'elle fubjugua, de mme l'hiftoire de France n'a J*ai>tr<
objet et d'autre but que de montrei comment le confia au premier ct.iialne des
l -.'.-.s purxiht petit petit a s'empirer au pouvoir n.::ondl, a joumettrt le:
graniais tu juug, j tefclavtge, et a tr.-fioutr des proprit* ci li libert et de:
privilges au l'eu; le le plms aimailtt le plus aigte a'un bon gouvernement.
Marche inverfe du pouvoir royal en France et en Angleterre.
Ces progrs du pouvoir rmoifiriel en France ont t dans un ordre inverft
tt contra-'red: ceux de la \ i '( qui. conquiif d six rd et foamife
des dei'pi'tis, mrne lit n'a reconquis la libert qu' la longue et
da-'s lev derniers te ns; un us que la i'rance iii>rc au commencement n'a lenti
le poius du pouvoir abioiuqu- dans es d-rnieis fi.cies.
Ctt ordre inverfe de la tyrannie des Anglais qui fe me'tamorphofe petit a
petit tn libert, et de la libert franai e qui rf-.g nere en d-lpotifme, de-
man>ie;ai: ici de profondes fptculatior.s pour en analyser les caults.
Ni-us obferverons f u'ement que la march du Peuple Anglais ievenn fie-
et Ibre refcnble aff-.* a c.lie du Peuple Franais dans les ficels de
libert.
Si fAsflef^r.C a fa t couper'a tte fon roi.fi ell^achaff des fouverainv
dont elli tait mcontente, les Franais dans leurs i| i libi , sffembl i n
dicte nationale, ont condamn au fuppiiee cette infime Bruoebtvut, qui
tait jultemeot dennue l'objet de leur bains*
Ils ont prcipire les Mrovingiens et les Carlonn-giens d'un trne fur leqnel
la France les avait levs.
A-'nfi la Fnnce et l'Angl.-ter-?. dans leurs fietbsde libert, ont chaffe I?
racs de leurs fouveraini et ot la vie .i ceux d; leurs rois dont le gouverne
ment leur a dplu, avec cette diffrence eaie ks Franais, comme autrefois
les Romains, ont civfTe une race de rois qu'ils avaient lus tandis que les
Ang'ais en eruuifant la race des Smart n'ont prive cette maifon que d'un
fimple droit d'hritage fur le trne d Angleterre.
F.n Anglterre Clv.r!es 1er fut mis mort par frs propres fojettv. f.e fns>
plice au contr.iir.* de Brunehsoi d.termine par l'Affembleo nationale fut
excute par les loins d. C'otaire.
Si la France a foupir fous le rene de fouis XVI, ipr1; fa libert et ap:
droits que le roi avait dclar vouloir i li refl :u< r, ce n'elt point contre- h p r-
f i s facree que fe tramait cette >a'!c coiifpiratinrj dirige par la pi
phie. Il tait |>ei neni aim et l'on peut dire ador. Les infurrec-
tions qui clatrent depuis 1781 n'eurent jamais le roi pour objet. La Franc
paraiffait ne vouloir s'' K ver que contre le pouvoir ufurp par des ambitieux
qni environnaient le trne.
D'ns toutes les plaintes qi i lui taient adrefles on remarquait le vrru
de la Nation de devenir le confeil etiomme le premirr miniftr du roi. On
ne fe rappelait que le moment o comme fous Loaij M! tocs les Fran-
ais reunis lveraient les ru s s lu', er le dclareraientt noo-leuk
le tte ue U l'uiut, niais le Rijluu,~iur de U Fa/icf.
Obfervatons fur la Conjltution Franc.li/c, et fur les Affcmblet
Nationales isfttl la fconde race des Rois.
Que la fouverainet appartenait encore la Nation runie au
Roi, fous la fe-conde race.
C - -'.- tti champs de Mars nue Ppin change en champs de 1
I la fecor.de race 1'.' I gnrale de la Nation tait encre p-
riodique j que tous les ans, en rafe c n^pane fans qu'il t'u
Haire de convoquer les franais, la N.it lait
Mais !a K-rotl tait. ee, plus porte ux p'.-.iirs de la focitd|
car elle s'aviia que l'Ali*, mblee nationale tait convoqu.v Jars un- faiib.-i r-op
rieoureufe pendant le moi de mars : le roi Ppin la renvoya au premier
de mai.
Sous la premire rare l'arme des corqurans commen-ir en mus fes
excu.liop.s preced es de 1 Aflembte nationale, ir ce Peuple gut rriet t t con-
tinue jufqoes dans le mois de mai fes aiTernble-s poli S il tl perdu en
dteuntons un ter. ,,\ et ncctTaire aux conqutes, mais quand la Vtion
eut fait plus d<. dam la on t < a% 1 que l'.Mf'mble dam
'.s lustsM lourTrait d ira de la fa fou : elle fut donc tunster-e au mois
li DeS-'ors, on n'appela plus l'Ailemble nationale les Cktmpt de MLutt
niais ks t MStSM i-. .'-i-..
Pu'ifjance royale et nationale dans les affaires.
Les rois ne difcrntinuerenr pjs dans les Champs de K'ars d'agir conenr-
remment avec la Nation. L'homn rendait pas
au roi victorieux, nuis l'Afl ou au P rlctnent gnral des Franais.
Tel fut 1 hommage d. 1 a \\..rms.
Cha'!*maer? lui-mme ne rut paiam an*dedans et au-dtiors que parce
tant 1 iiillration qu'en marie r. s i ;ir
i nt avi c les I ranais. Pour taire fon leflanvcnt il i: o>
b'a a > r Les t : im n .- r exemple ne fur ju que
p?r la France aTembie.. C'eft un Parlement qui le reconnut fouverain e*
Auftrilie.
Le Oihoinai'e furvant les traces d fofl pere n'avait carde de rien faire
que de concert avec la Nation : s ca; nul ires ne turent rir.ii s que de con-
cert avec rAff-mble. Le \v\ g da fes royaumes .t .1 i s do naines ne fe
fit qu :v;c !. : des I : dpofa Lothaire Ion fis en prellnce de
fes lujets et le reut en grce dus une fconde ABanbloc tei.ue expref-
nc
f s |]| n-s mnes ne fe contracta;en: qu'avec le cftnfenremenr de l'F*af.
Dms les rgent, *-t les gi comme les petitesanirestaient traites de concert
entre la Nation et les rois.
Du pouvoir militaire ds rois et du pouvoir civil.
On peut faire i. i une obfervation eflntieOe qui -f! particulire la fconde
race des rois de France c'eft que le pouvoir militaire qui tablit la monar-
chie i ar la conqute s'etant ihrg-* en pouvoir civil les rois qu'on levait
fur un pavois au Champ de Mars pour les montrer toute I arme ne
furent plus inaugures dans cette ratio* la fin de la premire lace et fous
la fconde.
Alors la monarchie s'tant chan*' en un gouvernement mixte l'inaugu-
ration (e fi: avec pius de Iblennit dans I vff.n.l>; g des ordres,
compofee ele mm rienram d^- la Nation; et comme le- pouvoir royal
ft des progrs les fouveraM ne furent plus lus. Jls eurent befoin te-pen-
dant pour monter fur le irone uu cottfrntement uattonpl. A:."!:, la monar-
chie toute militaire an commencer) t 1 changeant en gouvernement civil
et mixte-, le monarque oui n'avait traiter qu'a, c ls cou pagnoi s de con-
;ut-s et av c l'an t:, I d'agi concuri : us les ordres
ele 1 I ;.t ; t r les ordtes reemnarfl m combien la fuccel i raiie tait
plus compatible avec le c-1 "e d'ui a la tranquillit et
aux plailus, q 'ai 1 0 1 qi ... s lectif ns .'.* s rois, cor t.t
que la couronne ft hrditaire, im eh qui n.nu-
non de rgne le droit deic pas reconnatre ou eic rcconnaitri; s nouveau!
rois.
Se r mens de fidlit.
De-l les fermens de fi.llir qui prennent leur origine d'n lr< pr-en,irs
ges de la monarchie. Ces feim ns font 1. :r v. I- plus convaincante de
de la libert des gran le reconn itn le it v rain i mais aufi ce mme
f -ment porte aveclui l'obligation authen ique .e lui obir, quand la Nation
afl mble, flon l'uface de ee tens'a, la reconnu pour :< ; nirime.
Un fils ne fair point ferment dob.ir fon petUi paroi que la Nature l'a
rendu G>umis celui de qnr il a reu L- jour i et dam un 1 n | ire or) la force
efl le principe du ,<>. nt, comme dans plufieurs Etats de I' '1 nt_,
on n'emploie pas '"-.i plus la vois du ferment parce qu'on efl forc d'< be
au pouvoir dominant ; mais un NatK n qui eiit lil; i, d* it s'-t:a-
cher lui quand eil-; la iu ; en f.r-. que tint qu'il eft jufle, humain,
t protecteur do faib'e et de l'i 01 m li Nation - blige dtt
lui porur honneur reipect et ob fiance tant fon Itul tt les, une fou-
verain.
Origine de U nobkffe franaiji.
\ .1 noMeffe f inaife arquir, fous la feconJe race furtout, une confiftanco
qui fut dans la fuite la bafe de la m.....irchie. On 1 beaucoup crit e- 1 u-
ve-nt erre fur fa vritable fou.ee. Void ee qui parait de- j> uv certain fur
Ci tte matire.
monumens de l'hiftoire les plus (tirs nous montent dans l'tabliflemeM
de la monarchie franaife dans i s, un eirige et un 01 1
1 Ciovh refpecta tellement qu'il en embrafl le culte et la religion) il en
alopta les ufages les mo?;rs -1 s coutumes, i. t la no-
tratiloife taient donc dans les Caulei, plus anciennes que la monar-
chic tiai.iiie.
Les


Les Francs, de leur ct qui arrivrent dans les Gaules et qui s'y ta-
blirent lurent conduits aulli pir des chefs nui taient nobles, feigneurs et
ducs parmi les conqurans. La noblelfe gauloife s'atlbcia bientt cette no-
LLffe conqurante de Fiancs, et ne fit dans la fuite qu'un feul et mme corps
avec elle la premire fubfilhnt par fes richelles hrditaires, et la fconde ,
par les biens chus au partage du butin par des terres conquiles, ou par
de* bnfices qui taient les biens fonds cot.cdes vie par le roi ou par
la Nation ..llemb'.e.
Hrdit des fiefs fa vraie fowee.
On a confidr l'hrdit des fiefs comme une injuftice faite la royaut ,
qui, dit-on, appartenait la fouve raine puiiance : on ne fait pas attention
fins doute que nos rois, levs librement lur un bouclier au comment
de Ja monarchie ne pouvaient rtfufl la nobleffe qui fe dpartit rie fon
pouvoir d'lire les tois, l'hrdit des fiefs qui fut enfuite fanctioi.nee par
Charles-le-Chauve.
I a royaut devenue hrditaire favorifa elle mme et profita de cette hr-
dit des fiels, ce qui confolida la rvolution ; car elle loigna de la cour
tous les anciens compagnons de la conqute qui dans ces ges primitifs ,
taient des voilins les plus dangereux pour 'a tranquillit- des monarques. Dans
as teins d.. ba'barie l'hrdit a mme pu tre utile; et la Nation, fein-
blable celle des Vanda es, des Goths des V ifigots et de tant d'autres
Peuple* qui arrivaient du Nord et peut-tre t livre des divifions def-
tuictives et inteilines, elle et t touffe ds fe s premiers commencemens,
fi l'on n'et favoril et permis cette continuation de commandement qui ten-
dait prvenir les ufurpations et les guerres intefti.ies.
Charlemagne quelque puiflant qu'il ft crut qu'il tait de fon intr:
de contenir les Peuples fous l'obilTaiice des ducs des comtes et des feigneurs
rpandus dans toutes L s contres de fes dominations i il tablit fa puiffince
fur cette divifion du pouvoir, confirmant dans l'Aflemble nationale de Pa-
derborn tous les privilges de la nob'effe franaife et allemande qu'il nomma
les fundemeiw et les louticns de la monarchie.
Ccmparaifm des abus du gouvernement fodal, avec les abus d'un
gouvernement qui tomberait dans U dcfpotijme d'un feul.
Le minififre franais n'a cefT dans ces derniers tenu, de reprocher les
exactions de cette conduit ion fodale ; mais il n'a pas fait attention qu.
le Peuple ayant lecoll le joug des ducs et des barons, ell tomb fous la
fervitude des gouverneurs des commandans et des intendans que le roi
leur a donns i car pour contenir la multitude, pour faire rgner la juilice,
pour conferver la tranquillit dans un empire le monarque a toujours eu.
befoirj de divifer fon pouvoir de le partager et d'en confier une portion ;
et il tait alors plus politique de le confier, avec droit d'hritage des
familles qui y trouvaient leur confidration leur fortune et leur fubfillance
hrditaire que de voir le pouvoir royal confi par une commiilion rvo
cable volont des commandans qui rpandent des armes corruptrices
dans les provinces et des matres des requtes avides qui deviennent
( moyennant une finance ) des intendans de province dont on connat en
gnral l'efprit dprdateur et defpotique.
le gouvernement fodal tait un contre-poids du defpotifme royal; c'efl
fous ce rapport qu'il a pu avoir un utilit relative dans les monarchies :
pour s'en convaincre on n'a qu' jeter les yeux fur quelques unes d. ces
petites fouverainets de l'Empire, qui ont conlcrv leur conltitution, et qui
font furvcillees par le pouvoir imprial et par celui de la dite. Le duc ,
le Palatin, le prince rgnant ne peuvent ni taire la guerre, ni g ver le*
Peuples ni nbufer de la force comme dans la plupart des monarchies de
l'Europe qui, aprs la chute du gouvernement fodal, font tombes et
dans dans l'excs contraire et dans un tat de fubjection qu'avait profon-
dment, et depuis long-tcms, mdit le confeil des rois.
Mais comme c'eft le propre des inftitutions qui n'ont qu'un genre d'uti-
lit de circonllance, er dont le principe ell vicieux de le corrompre ce
gouvernement parvint affervir les hommes, les rendre efclavts et feifs ,
et il fut un te-ms tn France o les feigneurs, comme d'un confentement
unanime, afurvirent les Peuples comme les monarques modernes ont allcrvi
leurs fujets ; car la monarchie abfolue, comme le rgime fodal ont des
moyens de corruption qui aboutirent au mme r" ultat et tt ou tard un?
Nation telle que la Nation Franaise dont le caractre elt bon, tranquille,
port la jouiffance et aux plaints, doit tre aflervie par tout pouvoir quel-
conque qui la dominera n'tant point dans fon caractre de montrer une
perptuelle rfiflance l'eftoit continuel ou dts rois ou d'une noblcnV en-
vironns d'un confeil permanent, ambitieux clair, avide d'autorit et
des biens des fujets.
L'tat de la Nation fous Louis XVI obre d'impts et foupirant
aprs fon ancienne libert et aprs des droits que le monarque a dclar
vouloir lui rellituer, en ell une preuve.
Defciiption des ges ignominieux de la fodalit y horreurs de ce
gouvernement dans fa d gnration finale.
On voit donc que s'il faut reconn-irre que la confl'tution du gouvernemnt
fodal primordial avait quelque motif d'intrt public, on ne peut appliqui r
cette obfervation au defpotifme fodal, auffi abfttrde que le defpotifme des
ro;s ; la fodalit eut fes iges ignominii ux connu la royaut eut le lien i,
les annales des empires n'ou lieront jamais ces ges ho* teux o les hommes,
n'ayant que la condition des btes, fouffrent, comme en Ruflie, en Pologne
et comme ils foutraient en France il y a cinq fiecles fous verge du fer du
tyran baricad- dans fon inacceflible donjon.-Cette condition des citoyens .
aufl dplorable que celle de l'efclave dans la monarchie defpotique doit
tre a jamais l'objet de l'excration de tout les hommes.
Rclamation du tiers-tat en France pour obtenir la fuppreffion des
OldliS.
Fitinie de cette forte de tyrannie plus fatigue encore de l'rpprelTion
qu'exe'cerent fur les Franais les derniers monarques la Nation ie tour-
ir et s'agitait demandant une: nouvelle forme de gouvernement ; er
il s'leva en France ds 1707, un tiers parti qui dans le mcontentement
univerfel (embla demander un gouvernement comnn popula re qu'il voulait
fubilituer en France au gouvernement fodal et monarchique. Par cette tenta
tivt, on devait tablir un Etat nouveau gouvern par un roi, auquel tous
les ordres, tous les tats, feraient confondus en un ftul tat, avec des f-
r.ts qui auraient prvenu l'abus du pouvoir du monarque pour l'avenir.
Le parti contraire oppofait que le monarque ne devait jamais avoir
droit de renverfer les prorogatives dts corps; que, s'il n'tait plus <*n\i*
ronn de paiis, de gentilshommes et le clerg runi, ds-lors i! n'tait
>ins d'alTociation ni de corps en France il n'y aurait plus cet intrt qui
es maintenait, qui en tait le mobile ls principe er le foutien.
Comment pourrait-on former alors dans le Peuple un; corporation ncef-
.faire pour oppofer l'autorit royale.' Sans doute que des nprfuuana lus
pourraient agir auprs du roi : ainfi on placerait prs du monarque un corps
populaire et national, lu priodiquement ; c:.r la royaut ayant uni germant net,
ce corps popu'aire devrait en avoir une.
Or dans le concours de la permanence hrditaire du roi et de la perma-
nence lltcirvt du corps national populaire Vautorit royale, toujours fubfifiante
er krJUttirt fubjuguerait neceflaireme-1 l'autorit nativiu/e qui lefidcrau dans
un corps perptuellement lu aice qu'un corps qui fe mrintie-nt par voie
d'lection, ell moins bitn conit.tu qu'un corps qui fe maituiwit parJiitetJUa
hrditaire.
On en concluait en faveur du rgime ancien, qu'il fallait, en bonne poli-
, oppi fei a la force et la prrogative royale que l'hrdit rend per-
unulle, une lemblable perptuit hrditaire dans le corps reprsentant la
Nation; et comme cette perptuit ne pouvait le trouver dans l'ordre du Peuple
que par lection caufe de notre grande population la voie d'lection tant
infrieure en pouvoir et e moyens la lucceulon hrditaire, il tait ncef-
laire dans une Auemblee nationale de la fortifier par un pouvoir hrditaire,
ou par un pouvoir de fuccejp.>n, qui lont de leur nature plis l'abri qu'un
pouvoir f..nd fur des lections des coups d'un deipote qui commande
cent mille nommer.
D'ailleurs ils observaient que {'hrdit monarchique tait devenue une loi
fondamentale dans l'Etat, tandis que la conflituion lective d'un corps popu-
laire ne ferait qu'un ctablillenv nt moderne, faiole de fa nature, combattu
par ia noblelfe et le clerg nouveau dans les efprits et dans l'opinion pu-
blique et e^e la faction des uize et les efforts de la ligue ne purent jamais
tablir en France.
Fes auteurs de ces objections ajoutaient qu'ils ne mprifaient pas le gou-
vernement populaire ; .ils reconnatraient qu'on y trouve de plus vraies et
plus clatantes vertus que dans le s pouvernemens monarchiques : mais ce
gouvernement ne pouvait f Ion eux tre fond dans un empire vici
prefque dans toutes fes parties, qui devrait tre rgnr dans tous fes
membres et dont on devrait renouveler toute! les inflitutions les prin-
cipes, les pr juges, le genre de connaiiTances les lois et l'ducation; pour
un vri citoyen en France ne comptait-on pas des milliers de lches !
Enfin fi les rois font parvenus dans les derniers fides tablir un pouvoir
ablolu dans le fein d'un clerg jidis indpendant, i\ les richelles de ce clerr>
ne funt aujourd'hui riiftribuees que par le monarque h* dans les ficles les
plus redoutables la force royale ell parvenue enverfer tout droit d'lection
dans ce corps, plus forte raifon le pouvoir royal parviendrait la longue
i renverfet, lubjugu.T toute corporation lect've et populaire : oppofer
au pouvoir royal'un feul coins ligiblc et populaire ce ferait n'oppofer
qu'une confdration impuitttnte au pouvoir qui a fu renverfer en France
toutes les digues que le gnie politique national avait cru pouvoir lui oppofer
et que pourraient mille reprfeiitans de la Fiance, priodiquemeiir ligibles,
contre un fouverain qui commande toujours cent mille hommes?
Premire poque du gouvernement fodal, quand Vautoritfiigneurialc
tait Jbamife celle de la Nation.
Tant que les feigneurs fe foutinrent dans la foumiflon envers le roi, et
que le monarque put tendre dans tout fon empire le pouvoir des lois fur
tou'es les clalf. s des citoyens, cette forme de couvernement tait un obf-
tacle au defpotifme abfolu. Cependant, s'il ne s'exerait pis immdiatement
fur le Peuple au nom du roi il n'en exiftait pas moins. Le monarque do-
minait fur fes valfjux immdiats; ceux-ci fur les arriere-fiefs de la couronne,
qui commandaient une nohlc-ffe infrieure laquelle exerait fa puiiance
lur les roturiers, lut les ferfs, furies elclaves.
Tous ces feigneurs domins et dominans faifaient dans l'Etat la fonction
que les Officiers fupe-rieurs et les officiers iubaiternes exercent aujouid'hui
fur toute une arme. .
Cette htrersjlie tait encore la mme que celle du clerc, avec diffrents*)
formes; mais elle tait foumife la puiffance et "i'infpection nationale qui
vrifiait tout en prelence de tous; fur-tout fous Charlemagre qui convo-
quait les ducs, le clerg et le Peuple.
Seconde poque du gouvernement f >dal, quand tautorit rayait
devint fwreraint.
Les abus d'un pareil gouvernement s'aggravrent cette poque, o la
fouverainet du roi fut change par le fait en (impie fii'-.rainet ; le monarque
fe vit oblige alors d'- traiter avec l-s grands vallaux comme avec des gaux,
et ds lors il n'y eut ; lus de corps monarchique en France, mais une elpece
d'aflbeiation de petites fouverain. ts Ce pouvoir royal une fois divif ne fut
donc plus bahnc, et la monarchie franaife perdit fa_ primirive conilitution,
qui confillait dans le concours de la vol nt royale et de la volont nationale
pour toutes les oprations, et la France fut divife en feigneuries qui n3
travaillaient plus de conce t dans les fanctions gnrales de la France; chaque
duc et chaque comte n'ar.ilfant plus avec le monarque pour cntefler avec
lui les intrts des Peuples, mais pour dfendre les prrogatives de leurs
ufurpations.
Troifteme poque du gouvernement fodal dans fa d-'gn-ation ult-
rii ure ou le dejpotijme ftodal compar la fervitude royale.
Alors 'es Peuples privs de l'autorit '"recte du monarque tombrent dans
cette fervitudedont lis derniers rois n'onr pis oubli- de conferver les monu-
ment, et qu'on voit dpeims avec les plus noire* et .'s plus vr n'es couleurs
dans les ouvrages des partilans de l'autorit royale i alors la l'rance cette
Nation gnreule et conqurante gmit fous la fervitude la plus dshono-
rante des ducs et des comtes.
Cependant cette fervitude tait-ell. gale elle rlu defpote qui fe joua
>'e la libert et des proprits du citoyen? Le defpotif te d'un baron tait il
plus intolrable que celui qu'exerce fur une grande Nation la force arme
plus intolrable que
d'un fouverain?
qu<
Dans la la fervitude royale, o*i vo;t des armes de commis intraitables ,
durs de caractre et par habirn ie hibiles dans l'art lu tii'c exerant ftns
piti et d'une manire irrvocable la volont du fouverain dans h lsv..' de


6
l'impt. Le monarque bfcflfblc :ui cri* du malheureux dont il ne peut'en-
/nriv.; a command cet inpt te fa certaine f.'.eice et pleine
s'rft protage jufqj aux tr s phu recuites. Il faut
3cu'. Si le malheureux ne peut payer l'impt, ii faut qu'il aban-
. f n champ et fa sien; i parce que le deipote a dit en
I 11 foi fins connatre (i elle peut erre excute : Cefi ma volont tt
no
! e feigneur au contrrire qui vit dans fes dllmiB qui trouve fa f b-
fifttncc et le maintien de fa famille dans la cents) que lui doir l'on va!'.1 ,
pounait tre intrtoe devenir le pre de tous les propntaiie; : il o>n-
milfait en jetai' les rnaih urcux ; il pouvaittre exck par la compalfion a aider
t a encojrugcr les vall-ur.
Frrfin on ne trouve dans le defpote qui veut par l'organe de fes officiers ,
ou* dis vol- mes irr-s ocab.es ; dans le gouvernement fodal on voir les petits
fcuvtrairis obligs de reconnatre en y !i calamit o'i la proiprit
publquts; dans les grands empire a le defpote on ne voit qu'un
monarque loign de us fujets, que des mniltres jaloux en loignent davan-
tage et qui ne peut eut-mire parler du bien ou du mal que par des oui
lire outf l'intrt a touiou s foin de voiler u d'altrer ou de corrompre.
Enfin, fi le bonheur d s Peuples peut fubfiuer quelque part, c'efl lurtout
da; s les petit s fouveramets : la cor.fufion et le delorJie dominant au con-
traire dans tous les grands empires.
Tels taient les principes oui infpirerent nos anciens jurifconfultes cette
fouie dcrus qui tendaient f lire confolider le pouvoir fodal en le repre-
fentint comme un b;ei;tait des rois : C'tait lt coup dt grce donn un
patient,
Ccrfcs du pouvoir fcod.l.
Tel? furent long-toms lis avantages et les inconvr'niens de la fodalit en
France : elle fe fort fia Surtout au commen ement de la troileme race Capet
et fes fucceffeurs, ayant eu foin de laiflcr en paix des feigneurs danger, ux
q i pouvaient fe rappeler de leur antienne puilTance et qui n'avaient pas
oub! S qu'il tenait fa ouronne de leut genrofite au prjudice de la race re-
fl te de Charlemagne. Ce n'efl pa que la royaut ae nourrit dans fon fein
arnbiti >n d'affujettir toute puiuance qui pouvait dominer en France ; mais le
t-ms favorable n'tait pas venu. La fodalit 'ait tnenre trop redoutaMe :
el!-- tait dans fon adoLicence, et comme toutes les inflitutions elle devait
arrivera fon ge de dcrpitude. Alors les monarques toujours avec l'nergie
naturelle i leur conflitution politique devaent l'accabler par leurs attaques,
et ia jetter enfin dans un precip ce d'o el e ne s'elt plus releve.
Lu France indivifibl maigre la fodalit.
Cependant malgr la diviion de la monarchie en un nombre infini de
de principauts ful>al ternes, la France ne celTa jamais d':re indivifible dans le
fens que le roi ne put jamais tendre fa domination lur les terres polidts
par fes vaffaux mdiats Uns leur paiticipation. Ainfi pour la defenfe gnrale
d_ la Nation il fallait traiter avec les chefs des Peuples pour compofer une
arme, et pour tout ce qui pouvait concerner la fanction de l'impt.
La fodalit contribu, dgrader la royaut.
F.nfin c'eft dans ces fiedes de fodalit la plus puiffante qu'n vit l'au-
torit royale avilie en France, le roi n'tait auprs des grands feigneuts de
l'Etat que comme un feigneur fuzerain qu'il tait indiffrent de traiter avec
les refpects lus fes pr.rogativcs et fon caractre facr : les Peuples obfer-
vaient me.ne perptue lemenr ce qu'il y avait de ridicule de plaifant ou
d'informe dans l'efprit ou la perfonne des monarq es qu'ils ne diltinguaient
que par des fobriquets ajouts leur nom et fi on en excepte Charlemagne
qui s'attira le refpect des Pi uples on trouvera chaque roi de la fconde race
avec des iurnoms de cette forte : ainfi on dit Chilaeric l Iifenf, prdceileur
de Ppin ; on dit Ppin le bref ; Louis U Dbonnaire, Charles le Chauve Louis
le Bgue, Charles le Gros '. harles le Simple et Louis le Fainant. Ces de-
nominations de ridicule fi:ii!Tent cette fconde race et on ne trouve dans
toute la troileme que Philippe le Long et Louis le Hutin qui la Nation
fe foit permis de donner des noms de ridicule. Dans les ges de fuboHina-
tion ce font des noms refpectueux ou impofans qui en prennent la plate.
Tel'e fut donc l'ufurpation de la nobleffe qu'ayant flon la conftiturion
de la France concouru, au commencement de la monarchie^ la Lgiflato
avec le monarque ( nofit cum optimatibus convenir, ) ( ha'aito cum optimatibus
tractatu, ) ayant concouru encore faire la loi en Bourgogne avec le Peuple ,
( de mediocibus perfonis iam B.irgunaionibns qu'am Romanis), elle s'empara des
dro:ts rgaliens les unit ceux qu'ils avaient conflitutionnelltment comme
grands de l'Etat ( Optimates) et parvint jufqu' ce point de puilTance qu'elle
infultait impunment par d.s ephhetes njur tufes la p rfonne royale ; Cette
conduire pu lique avoue de tous prouve bien que l'hrdit des fiefs qui
fe for ifia dans ces tems l s'affermit par une condition tacite pu fqur
l'opinion publique qui ne rpugnait pas traiter les rois peu refpectueufe
ment ne s'intreflut gure dfendre leurs prrogatives tt c'eft cette
opinion rgnante que les privilges de la nobleffe doivent leur fiabilit.
Caper. I.e nouveau monarque le fentit bien car c'eft lui et non point U
loi faiique, qu'il faut regarder comme le deftructeur du droit d'lection ou de
conftntcmtnt l'avnement au trne des nouveaux rois.
Auffi les premiers rois de la troifeme race eurent le foin de faire facrer
de leur vivant leurs fils ain s. Cette politique tablit l'hrdit linale et
agnative : elle emp.ha les lections orag nies contraires la tranquillit
publique ; mais aufli cette fucceilion hrditaire donnant une f i .. U pro-
prit de la couronne fit oublier aux rois qu'ils devaient le iron.- i leur
raux et des-lors furrout ils perfuade ent les Peuples qu'il* tenaient de Dieu
Jeul leur feeptre et leur cou-onne et qu'ils n'en aevaient rendre compte qu' Du.
Le pouvoir du fouverain Turc n'a pas d'autres fondeine-ns.
Les croifades fiyent la fodalit par fes fondemens.
Le pouvoir roval une fois devenu indpend mt et hr;;itaire fans contef.
tarion ce fut un grand borheur pour nos rois oue la pi"t du tems ordon-
nt les croifades L-.s feireneurs Franais, les grands de l'F.tat, tels que le
c>mte de Touloufe en i ai.int en Orient, lrifTaient en France le pouvoir du
roi s'aerrrirre en paix. Ils apportrent de ces guerres facres l'amour da
luxe, d- la focite du crmonial, et ils s'attachrent divjntage aux rois
nui depuis la fin du douzime fiecle arqui-ent fucreflivement les comt
d'Alenon et l'Aus'e'gno, les comts d'Artois d'I'.vreux de Touraire,
du Maine de l'Anpu le duch de Normandie e comt de Poitou, &c.
Suite du pouvoir fouverain exerc par le roi et la Nation ajfemble.
Cependant quoique 'es rois fufTi'nt hrditaires indpendamment de lt
volont nationale la France affemblee fr reflouvenait que fi un long con-
llnrement avait tolr cette fucceffion hrditaire, il n'en tait pas de mme
des rgences en cas de la mnorit des rois. Blanche fit convoquer, non les
Champs de Mars ni de Mai que la fodalit avait fair oublier; mais un
parlement gnral compofc des pairs, des hauts barons, des vqueset dei
grands de la couronne et de l'F.tat.
Saint F ouis convoqua aufTi un parlement pour s'informer du chtiment que
mritait le saffal qui refufait l'hommage.
Blanrh fous fa fconde reence convoqua de nouveau le parlement
pour l'affranchifTement des ferfs.
Touis-Hutin reconnut devant les Frirs affembls qu'en ne lverait pas de
tailles fans le confentement des trois Ltats.
Nouvelle forme des Affembles nationales fous Philippe-le-Bel.
Philippe-le-Bel en effft avait chang la dnomination de? parlement en
convoquant tous Us ordres de fon royaume; et randis oue fous !e roi
.Saint-Louis la Nation tait reprenfeme par les pairs les hauts barons,
les prlats et les erands de l'Ftat affembls en parlement fans que le
Peuple encore ferf fr convoqu les communes et les municipalits releves
de la f?rvitude parurenr au roi Philippe allez puiflantes et affez confidrables
pour les appeler aux grandes fanerions du gouvernemenr.
Une preuve ultrieure enfin que fous la troifeme race la Nation exera
avec fon roi des prrocatives de fouverainet c'eft le jugement port dans
laffemble des pairs barons prlats et autres du royaume ; routes patries
ouies i' fut deciar par la Nation reprfente par les trois Ftats, que le
droit de Philipe de Valois tait le plus apparent pour parvenir au trne:
F.douard en fut exclus.
Quant aux fubfides que le monarque ne pouvait ordonner que de concert
avec la Nation les EtStl avaient grand foin de modifier les levs d'impts
pour H dpenfes de la guerre : il fut rfou aux Etats de ijjf qu'on n'en
accorderait que pour un an.
La France perd la piodicit de fes Afjemb'es qui ne font plus ctnvo*
ques que par la volont ou le bejitn des rois.
Origine des pairs de France.
Alors s'levrent les pairs de France qui s'appellerent a-nfi de leur prro-
gative qui tait telle qu'ils fe crurent pairs avec le roi leur chef, ne recon-
naiffant en lui que l'autorit fuzeraiie. Devenus propritaires des gouver-
ncmens ils allaient de pair eftectiv.ment avec nos rois qui fefaienr la guerre ,
des traits et des alliances avec eux ; et tels furent les ducs de Normandie,
de Bourgogne de Guyenne les comtes de Flandre, de Champagne de
Touloufe et les pairs etclfiaftiques. Ces perfonnes exercrent dans l'Etat
tous les droirs que les anciens (proceres Optimale*) avaient exerc de concert
avec le roi et la Nation et comme l'autorit royale ne s tendait gure alors
que dans les domaines du roi, et que le monarque ne pouvait exercer fon
empire dans les rerres des pairs de Frante ces pairs devaient tre convoqus
dans les grandes fanerions du gouvernement.
Olfervations fur la conflitut'ron de la monarchie fous la troifeme
race, et fur les AJJemblcs n.tionules.
Suite des preuves que la fouverainet a appartenu h Nation
conjointement avec les rois.
Election de Capet.
T.a plus grande preuve que la fouverainet appartenait encore la Nation
.Ae, c'eft de voir la couronne tavie la race de Charlemagne et demies
La Trance cependant qui petit petit fe changeait d'.uiftocratie fodale
u'elle tait en nv-narchie abfolue n'avait plus d Ltats Gnraux perio-
iques : elle perdit cette priodicit en perdant fes Champs de Mai et
ne foc plus aflemble depuis, que par convocation royale ; mais le mo-
narque comme aujourd'hui en Angleterre, ne pouvait iLn faire cil France
*ans le concours d-s Etats. Pour faire la guerre il avait btfoin de fui!:
demandaient la loi ou li rforme des lo's par des caules que l'amour du
pouvoir dans les rois fit changer enfuire en termes de dolances et de rc
rnontrances pour les parlement. Les Ktats ne cefl't rent pourtant pas de tr.in-
figer pour ainfi dire, avec les rois dans les fanerions du gouvernem nt ;
car en 1356 ils n'accordrent des impts que moyennant l'excution de leurs
demani.es. Souvent ils approuveront la paix tt la guerre et toujours ils s'affem-
I blerent quand il fallut accorder des apanages aux nouveaux princes.
Les rois (dont le pouvoir augmentait journellement, parce qu' l'tab'ilTe-
ment d la puilfance royale hrditaire fous Capet la Nation n'avait pas tu
foin d'oppoftr 00 pouvoir toujours fubfifiant et parce que les rois redou-
tant le pouvoir des Aflembles les dfendirent fans le confenttment royal, )
nos rois, dis-je abuferent fouvent de leur puilfance. Charles VI en 1381,
rtablit pu un acte royal la Nation dans toutes les franchifes, liberts,
privilg s et immunits fans qu'a l'avenir les ufages introduits au contraire
pufitnt tre tires consquence.
La France perd les prrogatives qui balanaient f autorit c'.u roi
par Vextinctim des grandes maifons.
T a Nation copendant devait petit petit biffer perdre fon pouvoir car les
familles des ducs et de comtes, qui en avaient un conftitutionel, balanant
celui du roi e fondaient dans ia famille royale. Le dauphin la Pro-
vince le Languedoc et d'autres pavs fe rangeaienr ainfi fous l'obinanc*
royale qui hritait du pouvoir de ces princes augmentait d'autant fes do-
miines et les pirogatives des rois. Ces prrogatives s'acc urent encore,
mrce que la pairie oubliant fon pouvoir et la Nation n'ayant la tte
des affaires que des pairs de cieation royale, perdit ainfi tous fes repr-
llntans.
Le roi devient chef abfolu des armes.
Mais quand 'e pouvoir fur entre les mains du roi, et qu'il fallut lever des
armes pour foutenir l'autorit rovale dans le royaume agrandi par la runion


des p.ovine?, il s'tablit alors en Trince une puilTance vritablement mili-
taire dpendante absolument des rois, inltrument des rois et la bafe de ce
defpotifme, qui commence fur-tout dans le rgne dos Valois j qui la
Nation reproqhera toujours la fubverfion de l'ordre. Il ne rut bientt en
France de vritable honneur et de moyens de s'lever que dans l'tat mili-
taire et les monarques exercrent ce nouveau pouvoir tant pour r-
pudier les ennemis du dehors que pour foumettre toutes l) oppofitions du
dedans.
Le clerg fournis au roi abfolumcnt.
II reliait un corps dans l'F.tat, qui par fes richeffM par le refpect que la
Nation lui portait, par l'afcendant qu'il avait fur tous les elprits caul de
les lumires n'tait pas enco-.e dans Tordre des citoyens ilTujettis. Une
grande rvo'ution le conquit aux monarques : Franois J l'emparant de la
moiti des biens des moines en nommant l'abb qu'il rendit commendataire ,
MAKI auffi aux eveches de fon rovauuu> en forte que dans pu de tenu
on ne tut grand en France dans l'eglife, dans l'pia, que par la volont
da roi.
Vnalit des charges.
La maf.ift ature cependant confervait encore quelques-unes de ces formes
antiques qui reprfi ntent l'tat des Peuples libres : elle thoilifliit dans les
candidats trois furets} elle les pre (entait au roi qui choitflait encore. Franois Jer
rendit ces charges vnales et des-lors il ne tut plus permis de juger qu'aprs
en avoir achet la prrogative.
Les provinces perdent leurs reprfentans en perdant leurs Etats.
Tout allait en dcadence, et tout pouvoir national difparaiflait. Il reliait
cependant encore dans les provint es reunies ries image ou des ombres de leur
ancien droit public des relies de leurs Etats-Gnraux. Cette contlirution h
favorable aux Peuples, fi capable ds faire connatre aux rois la prolpiite ou
la mifere des provinces, tut encore la proie du pouvoir minifteriel ; la Fro
vence, la GoyeiUM la Normandie le DiUphin perdirent leurs Eut. Un
roi jaloux de tout taie immdiatement par Ils minillres imagina enluitc la
fonction des intendant qu'il rpandit dans toute la France pour y exercer fon
pouvoir arbitraire.
Richelieu.
Cependant la France, fous Louis XIII, foupirait encore aprs fa libert;
nuis Richelieu parut, qui p.-.r fes coups d'Fat punit quiconque ofa parler de
piivil.ges. On imagina aulli la reiTource des <-ommillions, parce qu'il reflair
dans la magillrature un certain amour de la jultice qui l'empchait de commettre
des fairileges contre nos lois. lt il y tut des hommes qui fe vendirent a ce
miniitre pour excuter fs ordres fanguinaires ; et par l'invention des commil-
fions, les miniltus lurent affursdes jugemens.
Trafic de Ui libert des citoyens.
Telle tait peu prs la marche du pouvoir royal quand le mitiiftcie trafiqua
plus que jamais de la libert des citoyens.
Pour oprer en paix ces rvolutions, la perte de la libert tait l'pou-
vantai! redoutable que le gouvernement oppolait au mcontentement des corps
et des citoyens.
Petit petit le jeu des minillres fur la liSert des hommes fut tel, que fous
DuboisetIleury.il tut donn des milliers de lettres de catnet pour maintenir,
par exemple, une bulle des papes, dont les Peuples n'ont jamais connu que le
premier mot unigenitjis.
France tiez-vous digne d'un pareil traitement !
HISTOIRE
DES TATS-GNRAUX,
Leur forme et la caufe de leur convocation.
SLR LA CONVOCATION DES TATS.
La convocation des Etats-Gnraux a t vivement follicite par les cours
fouveraines ; elle a t promife par le roi : objet des vux unanimes de-
l Nation elle eft regarde comme le reu.ede unique tous les maux dont
la France eft afflige.
J'ai puif dans notre hilloire le dveloppement des motifs qui dans les
dittgeentes piques de la monarchie, ont neceflit les Etats Gnraux et
leiWcts qu'ils ont produits.
Je n'ai voulu fuppleer par aucune reflexion particulire aux rflexions de
ces hiftoriens dont les ouvtages cor.facrs par le tems deltins l'inllitu-
tion des princes eux-mmes et authentiquement publies, font revtus d'un
caractre lgal qui les met l'abri de la cenfure.
J'ai penf qu'un recueil hillorique des Etats Gnraux ne pourrait que
fconder les vues du gouvernement qui vient d'inviter tous les ordres
des citoyens lui envoyer toutes les recherches et tous les clairciflemens
qu'ils peuvent fe procurer fur cette matire. Cefl une fource ou chacun
pourra puifer beaucoup plus facilement, que s'il fallait recourir d'immenfes
bibliothques. Les hilloriens qui nous ont tranfmis ces dtails, les ont trou-
ves dans les procs verbaux dpolis dans nos archives et l'on ne peut
s'garer en prenant pour guide des hommes qui ont eu eux-mmes des in-
terprtes aiii fidles.
L'ufage de convoquer les Etats-Gnraux eft n, dit Savaron 3vec la
monarchie ; ce qui tait croire plufieurs crivains que les Erats t.nus a
Saliton en 411 fous Pharamond, pour la loi falique taient des Etats-
Gnraux.
Mais quelque nom qu'on donne ces dites, Champ de Mars Champ
de Mai, ou Parlement, il eft certain que fous la premiers race elles n'taient
compofecs que de la nobleiTe j et qu; fins la fconde atrfi cjue fous tue
partie de la troifieme elles n'admettraient que la nobleiTe et le clerg.
Joachiin le Grand dans un trait fur cette matire, refufe le nom d'Etats*
Gne aux une Aflemble tenue en 1)01 fous Phttippc-le-Bcl pare que)
le tics tat n'y fut pas conlulte conjointement avec les deux autt.s ordres ,
mais feparment.
Pafquier donne aux Etats-Gnraux une autre origine que celle des d-
mls de Philippe avec le Pape, et recule leur InlfatUtioD jufqu'en 1314.
On peut le confultcr dins IttRetktrthei de la fumet l.v. , chap, 7.
Four fe former une julte ide de la tenue des Etats -Gnraux, drs
cailles et des occafions pour lefquelles on les convoquait, du fruit que
le l'ecp'e a dro't de s'en promettre; pour favoir s'il c-lt utile ou nuifibie
au roi de les alTcmbler, il ne faut que parcourir la harangue du clbre
chancelier de l'Hpital tn l'Aflembl.e de 156c.
On entend par le mot d'Ents-gnraux l'Allemble de la Nation entire,
foit par elle-mme, '.oit par Ils rtprellntans. Tenir Ici I t.,rs, c'elt, de la
part du fouverain communiquer avec les fujets, prendre leur ivif fur des
matires qui touchent l'ordre public, couter leurs plaintes pour y appli-
quer les remdes convenables. Dans les anciens te;:is, on donnait ces Allem-
bles nationales la dnomination de parEmens, qu'elles confervent encore en
Angleterre et en Ecoile.
Les rois les tenaient, foit en t?ms de guerre pour demander leurs
fujets des fecours extraordinaires d'hommes et d' gent ; foit pendint la ;>aix,
pour afflgnt r des apanage! a leurs frres, pour rtablir la police geneiale,
ou pour rformer quclqu'auus du gouvernement.
Parfaite ne onr !i : fans doute, que ces fortes d'alTembles ne foient
infiniment utiles au Peuple, puifqu'eiles lui procurent le prcieux avantage
d'appiocher de fon louvetain de lui taire entendre fes dolances, et d'eu
recevoir tous les foulagemens qu'il peut raifonnaMement en attendre. On dif-
pute feulement fi elles le font galement au roi. Bien des gens prtendent
que c'elt dgrader fa puiilance avilir la maj;ft, eue de l'aftreindre prendre
conllil de fes fujets, confuhcr ceux auxquels il a le droit dcommander,
et qu'autant i! le rend fan ilier avec eux autant il perd du refpect qui lut
cil d. Cette faon de voir, je le conf-.lTe, m'a toujouts paru bien trange;
et plus j y rflchis, moins j'apperois ce qui peut y avoir donn lieu : car
y B-t-il une fonction plus augufte, un acte plus oigne d'un roi que celui de
prfider l'aflenvle de fes fujets, d'COi t.:r leurs demandes, et de faire droic
fur leurs requtes, fi elles lui paraifllnr fondes?.....C'elt prefque le feul
moyen qu'aient les rois de connatre la vrit qui leur eft dguife par tout
ie qui les entoure. Combien de vexations, d'imutlices et de rapines le coin-
mettent journellement fous le nom du roi, mail fon in u et dont il ne
peut avoir connaifiance qu'en tenant F s Etats-gnraux C'efi l qu'il a- pren-
dra le tort inapprciable qu il fe fait lui-mme en chargeant le Peup.t de
nouveaux impts, en vendant les offices, en confrant les premires chatges
civil.s tt ccclfialliques des hommes fcandaleux : car h plupart des rois
l'ont condamns ne voir que par les yeux d'aiurui j et au lieu qu'ils devraient
mener les autres, ils font mens par une douzaine d'hommes qui les appro-
chent. Prt ndre qu'un roi, en demandant confeil fes fujets, et en con-
venant familirement avec eux dgrade fon autorit c'en vouloir fapper
d'un leul coup toutes Us ancres fur lefquelles repofe le vaifleau de l'F.tat.
Car il s enfumait de l qu'on devrait (opprimer non-feulement les Etats-
gnraux, mais le confeil d'Etat, les parlemcns, et toutes les cours louve-
rames qui ont droit de dlibrer et de faire des reprefentations fur les ma-
tires de leur comptence.
Concluons donc hardiment que ceux qui coniei'lent au roi de fe rendre
iiacceilible confultent plus leurs intrts que ceux du prince et de la Na-
tion. Ce font, ou des hommes prfomptueux qui mprifent le rcfle des
humains et fe croient feu'.s en tat d'ouvrir de bons avis ou des fujets per-
vers qui ne trouvent leur falut que dans les tnbres. Car de venir tran-
quillement nous d:re que toute grande aflemble eft craindre ; oui bien ,
leur rpondrais-je, pour un tyran et fes fateilites, mais jamais pour un prince
lgitime qui doit fe regarder comme le pre de fes fujets. Il me ferait
facile en parcourant les diverfes tenues d'Etats*gnraux dont les procs-
verbaux fe confervent dans nos archives, de montrer en dtail qu'ils, ont
opr le falut de l'Etat, foit en procunnt au roi des fecours prompts et
efficaces dans des moment de drrele foit en u formant une foule d'abus
deftructifs, et en donnant naiifunce des lois falutarres ou d'utiles regle-
mens.
A ct de ce difeours fuperbe on ne fera point tach de retrouver celui
de Charles de Mari lac archevque de Vienne fur le mme fujet.
Pour dmontrer dit-il, la ncelTit des Etats-Gnraux il fuffira de par-
cou: ir rapidement 1rs principaux objets qui font du relfort de ces aflembles.
Si le Peuple fe plaignait de l'augmentation progreflive des impts, et voulait
s'autorill-r de ce qui fe pratiquait il y a un ficle pour demander des di-
minutions et que le roi, d'un autre cte, voult lui faite entendre que
par les changemens furvenus depuis ce tems dans le numraire, et le rencn"
riflement de toutes les chofes de premire neceflit la mme fomnie de
[deniers ne rpond plus aux mmes befoins et que le gouvernement, en
tirant en apparence plus d'argent du Peuple eft dans la ralite plus l'troit
qu'il ne l'tait alors ; o ces fortes de queltions peuvent-elles tre plus con-
venablement difeutes et claircies que dans une aflemble d'Etats ?
Si le Peuple reprfentait que par l'ancienne conftitution de l'Etat, le roi
doit vivre de fes domaine! fouloyer fa gendarmerie du pro.iuit des tailles,
et faire tace aux dpenfe* de la guerre avec le produit des aides et ga-
belles puifque ces impts permanent ne lui ont t accords qu' ces
conditions ; et que le roi fut intrefle lui montrer qu'il a trouv en
montant fur le trne prefque tous les domaines de la couronne alins, les
aides et gabelles chargs de rentes et d'hypothques qui en absorbent tout
le produit ; que priv de ces deux branches de revenus publics et charg
en outre d'une marie norme de dettes qu'il n'a point contractes mais qu*T
ne pouvait mconnatre fans manquer la foi publique, il lui eft dformais
impoflilde de faire face aux dpenles courantes et aux frais les piii indif-
penfables de l'adminiftration ; par qui et en quels endroits ces arrangemens
de famille peuvent-ils tre difeut s et termins plus facilement que par les
reprff ntans de la Nation et dans une tenue d'Etats ?
.Si les miniftres du roi font calomnis fi l'on affecte de les dnonc-r pu-
bliquement comme les auteurs des tioubles et les opprefleurs de la libert,
quel plus beau moyen pourraient-ils defirer pour confondre leurs ennemis
et fe laver de tout reproche ec mme de tout foupon, que d'expofer
devant la Nation aflemble en quel tat taient 1rs affaires, lorfqu'ds en
ont t chargs, en quel tat elles fe trouvent maintenant, et de rendre
un fi bon compte de leur geltion, que l'envie foit force de fe taire ou de
rendre jultice leur intgrit.
En un mot, s'il s'kve dans l'Etat une clameur publique, une rclama*


s
ion o ftudk eue I Mt dam Me aVi.We d'Etat? / U clerg bahrr demanda plus de remt pour dlibrer, voulut tl
Paratre b rr.epr.f.r, c'e0 fouv-.nt lui donner de la co;-iiflance. le Ppe, repteienta que fon intention n'tait pzs de combattre la d^nite
I loyale, exhoita .e pin.ce confervrr l'union qui avait toujours rgne entre
lm browHom et les mcontens rouvrit un champ bien prepa' ne, l'cglife Romaine et fes predctfleurs j mats enfin p.elfe de repondre fur le
manquent pas :tri:ion et ne pr-j champ effraye des feandaie-s qu'il cauftrait et du fcr.ifme qu'il croyait
traflect,pan ins peine a >i m-.r leurs ir.viuble s'il ne conte t^it le monarque il lui jura fa foumilfion et fa rid-
: l'oreille ou d:ns de petits comits que fil lire. Il le fjpplia cependant de lui p-rmettre de le rendre auprs du pontife
>; on kl -a cot des rues, aux portes Romains. Le roi et les barons prouft.rent qu'ils ne le fouffriraient pas.
d s cLns une foule d< i qui circulent dans !.. ,- ru im m , .. ,
les ei dan m. lf ******t prfi m ni un- rplique a effet qu il lui plut garder
' * lu louvcraiM franchtlc de I>n r yaume, qui tit telle que dans le temporel,
.i peu: prvoir o aboutiront ces menes ? FafTe le Ciel que mi ca'nte | le roi ne connat baverais, ta terre fors que Dieu.
' m.rs je tremble qu'une M De rieanent fe d-
tacher de la couronne et rs royaux. O trois.-rions- I
les fonds n le le ]
Ue Ce ne poe.ru t :rc q-i'en fou' t. Mais : nom- j
ter un f t ; et le :eu de la r
dani d'une province l'autre ne finirait-il pas par embtafis le royaume
er ?
' | ; -: r- :-. de fe promettre de cette
AfiVmb! e ninona! tat du gouffre o i! eil cn-
foae. -c Franais e*. reux et I et i! n'y a p- mple
et (bavent mme au-
del de fes lorces ceex de :.s ro;> qui o:.t recouru i elle, dans le mal-
h;ur.
Une feco-de coHtderation eu la iseefM d'a\ .''. i 1 is, ou
de :- i les arc r ptafieun Iration. Car, bien
le pouvoir leg flarif r'-.de efTentie data k 101 feal et que fa
ma-ente et dament notifie foi: la reie a laquelle tous fes fujets
d. :v;:it i conformer, ii Eut convenir cependa t que, dans l'opinion pu-
ne il y a de la diffrence entre Us 1 is qui cmm.r.t du propre motive*
: du roi, affilie de l'on conseil, et reflet qui lont rdiges fur la pri*
ri a -.-- --ois ordre', premires, pan oa'on foup-
, Bne quelquefois qu'elles ont t fuggerei par des mtiiftm qui as i il
f.crettes; M f.ul amour du
public, deb:t:u=s et d libres en p;e UMH ceux qui avaient
intrt a la fhote. port M : utai .es caract-rts de l'quit, et deviennent
la volont commune, c antre iqilflle aucun particulier n'a le front ae r -
clamer.
On ne manquera pas de di-e qae c'e une vieille irfliturion tombe en
deTufude, qui n'eit propre qu'a brider l'autorit du roi et qui acheve-
i : toa p.rdre d.ns : mu de troubles et de divisons. Je rponds
eew qai k'autt i te la longue interruption des Etats- Senraux
. s proftrire, avaient bien calcul les biens et les rraux qui en font
rfults, i' eft au moin> douteux q .'i!s ofaffer.t l'appuyer d'un'pareil titre.
Car a oaeile autre cau.'e faut-il rapporter les calamits que nous .prouvons ?
e: n'eil-l pas vident 0, s fi s ::ts eulTent continue de s aflernUrf ia
r ,.::on ne ferait peirt parvenue au point o nous la voyons : i.tur cef-
(rion a ouvert la porte a une foule d'cxnedier.s ruineux, de trompeufes
r ii, -es et de larcins c qui ne ce lieront de d=vorer l'Etat, juf^u'
ce qu'il fe ra;. proche de ix coultitution premire.
Si l'en a;oute que le roi fe donnerai des entraves en renonant impoter
fes fujets far.sl-ur eor.fentement, je rpondrai qu il ne perdra rien auch.nge.
Car, paUqoc fans tre confulte vs entendre les raifons qui engageaient le
pri ce augmenter les impts le Peuple a paye jufqu' ce j'-ur qu- ne
tera-t-ii point quand il dura que la demande eit j-fte qu'elle a tdllcots
et approuve par fes rcprlcn:ans ?
Achevera-je de dire Iibrtment ce que je penfe ? Cette exceflve faci!:t
qu'ont tri nos demieri monarques fe procurer tout l'argent qu'ils
oefirai nt, let a rendus et trop ntreprenans et trop inconfidfs fur les objets
de dpenf. S'ils avaient t obligs de mefurer leurs projets fur leur revenu,
i!s auraient prf rv leur cur d'attenter la Ib.rt du leurs vo.ii.is, et
leurs mains de fouiller fi as an: dans la bourfe de leurs fujets.
Etats-Gntraux de 1}02, fous Pilif/n-le Bel. Dmles avec- le
pape Bonij.ice Vlll.
Te pip Coniface A'III prtendait porter la plus frrre atteint" l'autorit
des r >is. Il voulait tendre fi puiiance fur le temporel du oyaumr i il avait
pour fournir aux frais des guerres que la France av.it j fout nir et le
nivilgei concd-sau roi et fes fucceiTeurs qu pour dfendre aux eccle
ludiques de payer m 'icimes ni fubfides fans une p'rmilTion exprefie de
la cour de Rome. 11 foutenait q e la colla.ion des bnfices n'appartenait pas
au roi et que la regale tait une ufurpation.
Philippe n'oublia rien pour intrelTer tous fd fujets dans fa caufe et
voulut fe munir de leur approbation contre les entreprifes in;u'*es du fouve-
ram pontife.
1! convoqua les Etats-Ctnraux Paris, dans l'glife de Notre-Dame, le
10 avril i$ci.
Philippe, dans cette Aflemble, reut les tmoignages de l'attachement le
plus inviolable.
Le garde-des-fceaux expofa 1 spr.-tentions monltiueufes du pontif; Romain,
et obferva que la convocation du clerg Rome pour y dlibrer fur la r-
t'i rme du gouvernement, dcelait tous les mauv.is defleini du pape cou-
pable de mille vexations envers l'glife gallicane par fes rf. rves, par les
collations arbitraires des vchs par les provilions des bnficts qu'il
donnait des trangers et des inconnus qui ne rsidaient jamais. Le garde-
des-fceaux termina ce difeours par communiquer l'intention o tait le roi ,
de ne plus tolrer ces abus et d'txpofer pour cet intrt gnral fes biens,
fa perfonne mme et fes enfans, s'il en tait befoin.
Foute l'Aflemble applaudir cette gnreufe rfolution. On proteffa
qu'on ne connatrait jamais en France que Dieu et le roi dans le temporel.
} ". monarque fut pri d? prendre tous Its ordres du royaume lous fa garde
paiticulier* et de Es protger contre les entreprifes des puiflances
e rangeras.
Philippe quoique charm de cette difpoJition gnrale voulut eficore
avoir l'avis de chaque ordre en particulier fur l'article de la mouvance.
Le comte d'Artois portent 'a parole pour la nobleffe prorefta que to;ij
utilshommes taient prts d'expofer leurs biens tt leurs vies, pour la
dftnfe des liberts nu royaume.
la dlibration de l'AlTtmble fut que les trois ordres criraient au
pa;>e pour lui reprsenter Es privilges du royaume et les droits du roi.
Philippe, de fon ct, lui envoya un prlat pour lo prier de remettre fon
concile a un tems pi s favorable, et de vouloir bien pargner fes ptSMI
pour la rforme du gouvernement le roi devant y travailler lui-mme.
Ee clerg crivit au pape ; la ncblefle et le tiers tat aux cardinaux.
La vigueur de ces lettres, o le pape n'tait nul k meut mnag, et eu
l'on affecta de lui retult r la qu.ilite de louverain ponti'e tonna la cour de
Rome. On prit le parti de nier que Boniface eut voulut coutelier la juri-
diction du roi pour le temporel ; que le nonce n'avait rien dit qui put Is
faire fuppoftr et que les dclamati ns du garde-des-lctaux dans l'alfin.blt'e
des Etats n'avaient aucun fondement rel. Defavcu remarquable mais le
lecteur peu: juger s %.Il fincere. (0
Etats-Gnra x Je ijij, fous Philippe-le- Bel.
La Flandre s'tait rvolte. Les impts dont cette province tait accable
par les confeill di chancelier Lalotte, homme violent et avare, furent la
caui de ce fouEvement, que le roi voulut lprimer, en maichant lui mme
la ttc de fes troup-.s.
Fa refiflance courag ufe des Flamands amena la paix; 'e comte de Flandre
obtint la confervatini de p'nli:urs v lies, moyennant i ne certaine fon.nu.
Mais il fal ut bientAt recommencer la guerre. Robert redemanda les villes
dont il avait pay le raehat a I n:uerrand de Mangny, tt Es I Lmandi re-
luErent oe payer au ici ce qu'ils lui devaient.
Le roi convoqua Es Etais-Gnraux Paris, dans la grand falle du
palais.
Fneuerrand txplqui aux dputs les intentions du roi, remontra les belcins
de l'Etat et demanda des lubfides.
Les dputes Fd its, entrains par fes difeours, lui accordrent un impt
de lix deniers pour livre.
Les villes de Picardie et de Normandie s'y oppoferent fortement; et les
plaintes le plus amens, les reproih s les plus langans tombrent fur le
nvniltre, auteur de tous Ces mmx, qui inferfible Ii haine de la Nation,
aggrava le mal en failant fabrquer ae mauv-ife monnaie.
Etats -Gnraux de i$l5 fous Louis- le-Hutin,
Les Flamands afFirnaii nt Lille. Lonis-lt-Hiitin fe rendit en Flandre, et
les fora a h renier dans Courtray. Mais oblige par le mauvais tems et
la dif. tte de vivres, de lve le li ge, il revint en France aprs avoir perdu
la plus grande partie de fon bagage.
Cette guerre exigea des fnbfiies. Les F.ta's furent, affembls. On leur
demanda d s fecours extraordinaires t avec pronielle de Its rembourler des
revenus lu domaine. Le roi raxa les marchands it.liens auxquels il vendit
(de bourgeoifie. Il txi.-ca du clerg une dcime dont les cardinaux
a If. n. bls lui firent prfent. Il vendit tous les pttirs offices de judicatnre
aans tes prosin.es, rechercha le* malversations des officiers, en recueillit des
taxes ou des confifeatio. s. Il fora n.cme les feils acheter des lettres
d'afEanchiiTement.
iTtais- Centraux de i^xi, fous Philippe-le-Long.
Le conf il de Phi!ippe-le-Long avait rfolu d'tablir p'r toute la France
mmes poids, mme mefure tt mme monnae, fous prtexte de bien public^
mais en fT t pour en tir.-r de l'argent.
Dans les vues de quelques frais nceflaires pour ddommager les feignent!
et Us prlats qui y avaient intrt, il voulut prendre la cinquime partie
du bien de (es fujets.
le roi avait mand a toutes les villes de lui envoyer d.s dpur. Mais
la fcTHcnta1! n du Peuple fut gnrale. Les princes er les prlats qui a/aient
droit le battre monnaie, ne fouff irent pont que les commiff.irts toi
travaillai!' nr a Cette reforme. Ils en appelrent aux E ats, tt f: ligurent
avec les \i:l s pour s'oppoier un rglement qui ne f- faifait que pour tablir
un impt (2).
Etats -Gnraux de i"$2-8 ^ fous la rgence et le couronnement de
Philippe de Falots. a
Aprs la mort de Cbarles-lf-Bei, il fut qusftion de dcerner la rgence,
parce qu- la r- ,n. tait enceinte.
I louard roi il'Anclererre petit-fils de Charles -le-Bel la difputait i
Philippe de Valois, qui n'en tait que le neveu.
Les Etats aflembles Pa is perfuades que la rgence tait un prjug
i cer ain pour la, royaut et guides par les p intipes de la loi falique, de-
frerei t la rgence Philippe.
Pientt la rei e accoucha d'une fille ; et les Etats, qui avaient nomm
Philippe rgent, lui confirmrent la royaut.
Etats-Gnraux de 1^55, 1^56, i^fj, 13.55, l3$S> tenus fous
le roi Jean.
Le roi Jean ne pouvait fupporter le farde?u de la guerre qu'il avait
foutt.nir contre le p.mce de Calles en 15 f j qu'avec de grandes dej enfes.
(1) Hiftoire eccEf.iffMiie de rieurs/-
(1) Au rgnefuivant, fousCharles-li -Bel, toutes les monna;es furent fondues
1 e: rduites en une feule, qu'on nommait agneUu. On dfendit le cours de celle
i des feigneurs.
Alors


Alors on ne levait point de fubfiJes fans le concours extraordinaire des
Et.
Le roi les convoqua au chteau de Paul o fur le rapport des befoins
urg'.-ns du royaume ils lui accordrent de quoi entretenir }o,oco hommes.
Pour en avoir les fonds, il fallut remettre la gabelle qu'on avait te et
de plus impofer huit deniers pour livre fur les mifes et une taxe annuelle
fur toute foi te de revenus, foit en terres fans excepter celles des princes,
foit en bnfices foit en offices, et mme en fa'aires et gages de fervireurs.
Le roi de fon ct promit de ne point changer les monnaies, et de
n'en faite battre que de bonnes.
L'ordonnance qui a t rendue l'occafon de ces fubfides, le 18 dcembre
Hjj prouve quel tait alors le pouvoir des Etats Gnraux. Ils dlib-
rrent, i- fnr le nombre des troupes nceffaires pour la guerre; i. fur les
fom-riej n'Veflares pour foudoyer l'arme i ;. fur les moyens de lever cette
omine; 4P. fur la rgie et emploi des deniers.
Les Etats furent mme autorifs nommer des gnraux des aides pour
tu avoir la furintendance et des lus dans chaque diocefe poui faire l'im-
pofition et leve des deniers.
Il y a t auffi arrt que le compte de la leve et emploi des deniers,
ferait rendu en leur prfence, et qu' cet effet ils fe raffembleraient dans
un tems marqu.
Pendant la captivit du roi Jean en 15 c6, comme il n'y avait plus d'au-
torit dans le royaume et que le mi, avant fon d part, n'avait tabli aucun
ordre, tout fc trouva dans une horrible confufion.
Le dauphin Charles V ne prit d'i.bor.1 que la qualit de lieutenant. Il crut
que c'tait aux Etats-Gnraux pourvoir au gouvernement du royaume et
a la dlivrance du roi.
Il les convoqua a Paris le if octobre ijy6. Mais il arriva alors ce qu:
arrive toujours dans les grands dfordres ; quand les Peuples ont t rrii-
trait's durant h profpr't, ils croient que c'elt le tems de rabaifler la do-
mination lorfqu'elle a reu quclqu'echec.
Au lieu de fubldcs, le dauphin ne trouva que plaintes et qu'aigreur. I'
choifirent cinquante perfonnes pour entendre fes propofitinns, et ne vou-
lurent rien dlibrer en prfence de fes commilTaires. Ils demandaien
la deftitution du chancelier du premier prfiden' de fix ou fep* autre)
officiers qui avaient adminiftr les finances la dlivranre du roi de Navarre .
et qu'il fe gouvernt par un confeil que les Etats lui dlOfjfiriietltl moyen-
mnt quoi, ils lui entretiendraient et lui paveraient par leurs mains trenu
mille hommes. C'elt ce que le dauphin ne voulut pas fouffiir.
Cependant ils tablirent un confeil pour l'adrniniftration du royaume, e'
commirent des gens pour manier les finances.
Le dauphin n'ayant pu Ici flchir ni dtourner leurs rfblutions urp
d'adreffe pour rompre l'Affemble ; et, fous divers prtextes, obligea les d-
puts fe retirer. Il en envoya d'autres par tous les baii'iages et fnehauffes.
pour leur demander quelques feconrs efpranr que chacun en particulie
n'offrait lui dnier ce que tous cnfemble lui refufaient hardiment.
Durant ces troubles chacun s'imaginait avoir le tems propre pour recou-
vrer l'es droits et fes privilges. La nobleffe commenait s'a'lier t\ec le<
villes. S'ils euffent bien ciment cette union la royaut en et eii for'
affaiblie. Le dauphin fou va moyen de fparer la nobleffe d? cette union et
de l'attirer lut par l'efpoir des rcompenfes. De leur ct, les villes en
trerent en dfiance contre les gentilshommes, et fe fortifirent.
A l'exemple du fouverain qui avait plus fong r.-gnndiffemenr de fa puif-
fance qu'au bien public, tout le monde ne fe fouciait que de fon intrt
particulier, et tenverfait tout pour y parvenir.
Les dputs que le dauphin avait envoys dans les provinces n'en rap-
portaient que des griefs. Le Languedoc feul offrt de foudoyer jooo chevauv
pour le fervice d.i roi ; les autres refuferer.t tout, moins qu'on ne le fi:
ordonr.er par les Etats.
En IJJ7, ayant befoin de quelqu'autorit publique pour fe faire dclarer
rgent, il av^it convoqu les Etats pour le t fvrier Paris, et ils furem
tei us aux Cord^iers; mais il ne put en obtenir plus que la premire fois. Ili
forcrent le chancelier Lafort tle quitter les fceaux, chafferent tous les prin
cipaux officiers des finances firent faifir et annoter tous leurs biens ; et fur
K ; remontrances de l'vque de Laon, dfapointerent touj les grands officiers
l'entre Paris, if fous par queue .de vin franais, et 24 fous par queue
de vin de Bourgogne. A quoi dit Mettrai les villes confentirent fort
gaiment, parce qu'elles lavaient bien que ces leves feiaicnt bien mnages,
et qu'el.es cefferaient avec la guerre .
Etats Gnraux de 2380 fous Charles VI.
Le Peuple gmiffait fous le fardeau des impoftions. Le feu de la (dition
s'tait allum et le roi avait t oblige d'abolir gnralement tous les fub-
fides impoies en Erance depuis Philippe-Ie-Bel.
Cette condefeendance ne rtablit point le calme. Les princes taient eux-
mmes divifs ; le partage des provinces t di s trfors de l'Etat ne fu (Filait
pas encore pour entretenir une folide union entre les princes : tout excitait
leur jaloufie.
Les Etats-Gnraux furent aflembls Paris. Loin que les miiiilrcs puffent
obtenir le rtablilTement des aides qu'on venait de fupprimer, ils fuient oblig!
d'en confirmer de nouveau l'abolition.
Les princes, et furtout le duc d'Anjou, n'ofaient infifter fur cet article,
en reprfentant les befoins de l'Etat et lepuifement du trfor-royal. Ils ne
pouvaient fe diffimuler les jufles reproches qu'on aurait eu lui faire.
Les.dputs ne s'en, tinrent pas la rvocation des fubfides. Ils fentaient
leur fupriorit fur un minilkre orageux et incertain. On vit alors ce qui
tait toujours arriv dans les tems de trouble et de faibleffe. La Nation fe
crut en devoir de rclamer l'ancienne forme de gouvernement, fans fongec
que le changement des circonflances et du fyPme politique n'admettait p'us
la mme adminiftration. Ceux qui auraient pu oupofer ces tonfidrations aux
demandes exceffives des dputes manquaient du crdit nccelire pour les
f.ire valoir: ceux qui difpofaient de la principale autorit inlenfibes aux
intrts du Peuple et du fouverain ne conlidi aient que les lems. Les Etats
obtinrent tout ce qu'ils demandrent.
Sur les plaintes des trois ordres, on drefla une dclaration par laquelle le
roi renonait gnralement tout ce qui avait t innov depuis le rgne
de Philippe IV rtabliffant la Nation dans toutes fes frar.chiies Eberts ,
privilges et immunits fans qu' l'avenir les ufar.es introduits au contraire
pufTcnt tre tirs confequence ni former un titre pour le monarque rgnant
ou fes fuccelfeurs. Les fouverains fe trouvaient par ce moyen rduits aux feuls
revenus domaniaux fuffifans la vrit pour leur entretien fi l'on avait t
moins prodigue d'alinations 5 mais qui ne rpondaient plus aux autres charges
le l'Etat confidrablement augmentes par la multitude des troupes fou-
foyes, par la diminution infcnfible, et l'utilit prefque reconnue du fervice
fodal} fervice momentan, qui ne s'accordait plus avec une guerre con-
du royaume mme ceux du parlement, hormis fente. Le
*
uphin, ne fou-
rnie jours aprs
v.int donc pas fon compte avec eux, remit l'Affemble
Pques.
Les Etats furent affermVs en i?{S. On avait befoin d'argent pour la ranon
du rot. Les Anglais ne demandaient que de l'argent et le dauphin fefait
courir le bruit qu'ils le dlivreraient pour 600,000 florins. Pour fe rendre
matre de cette AiTemble il amafla des troupes autour de la ville, ce qui
ofEmfa beaucoup les Parifens et les dputs des Etats.
Dec!..: rgent par le parlement, il ne voulut plus tre la merci des
Parifens ni des Etats-Gnraux ; il trouva meilleut d'en tenir de particuliers,
qui lui accordrent quelques contributions.
Depuis ce tems il n'y eut que des troubles et des dfordres dans le
royaume.
Cependant le roi toujours captif Londres, s'en remit aux Etats de fon
royaume fut 'es enn 'itions que l'Anglais lui propofait pour fa dlivrance.
Les Etats affirmbls 3 Paris en 1559 trouvrent fes conditions fi dures,
que tous d'une voix ils choifirent plutt la guerre et offrirent de grands
fecours pour h faire.
L'Anglais ne fe 'aida point prvenir; il la dclara, il s'avana mme jufqu'
fept lieues de Paris.
Enfin les dpits de part et d'autre conclurent la paix et la ranon demande
pour la dlivrance du roi.
Enus-Guraux de z^tfo, fous Charles V.
Charles V avait rfolu de rendr? nul le trait de Bretigny, par lequel
!". voulut que ce prince demeurt toujours vsffal de la couronnne.
11 lui fit dclarer la guerre; et les Etats-Gnraux afTembls le 7 dcem-
bre octroyrent au roi une impofition d'un fou par livre fur le fel, de4liv.
fur chaque feu dans II s. villes, et de 5c fous aux champs : comme aufli fut
la vente de vin la campagne, le 15e en gros et le 4e en dtail. Et fur
tinuelle.
Cette rforme arrte dans les Etats, exprime en termes magnifiques dans
l'dit publi en confequence fous une vaine oftentation du bien public, pro-
duisit un mal rel. Ne pouvant avoir lieu, fon inexcution devint pour le
public un fujet de mcontentement que la douceur ou la fevrit ne purent
amais appailcr : fource intariflable de divifion entre le prince et les
fajets.
Etats-Gnraux de iq.6'8, fous Louis XI.
Il s'tait form ds le commencement du rgne de Louis XI, une ligua
la tte de laquelle fe trouvait Monfiiur, frre du roi, le duc de Breta-
gne le duc de Bourbon prefque tous les princes, grands et capitaines du
feu roi.
Louis XI tait rfolu rompre cette ligue quelque prix que ce ft, en
donnant chacun ce qu'il demandait. 11 tait prefque d'accord de tout, hormis
de l'apanage de Monfieur qui voulait avoir la Normandie.
Le roi ne pouvait confentir dmembrer cette belle province ; mais il
fut oblig de la biffer fon frre le duc de Bourbon s'en tant rendu
matre et l'ayant donne Monfieur.
Le duc de Normandie, qui avait mis la Normandie entre les mains de
Monfieur, travaillait l'en retirer et la remettre entre les mains du roi.
Monfieur, dnu d'argent et d'amis, fut contraint de s'va.ler et de chercher
un afyle chez, le duc de Bretagie. 11 ne fut que deux mois duc de Nor-
mandie.
Le roi reut bientt avis que le ducd'AIenon qui le mfait dans rous les
partis rait entr dans celui de Monfieur et du duc de Bretagne, et qu'au
moven des places qu'il leui avait abandonnes, ils occupaient prefque toute
la Baffc-Normandi .. 11 fit marcher fes troupes dans le pays du Perche et du
Maine, et fe rendit lui-mme au Mans. Il corrompit ie liere du duc d'Alen-
on, qui lui livra le hteau d'Alenon, une des places la mieux fortifie
de ce tems-l. Les Bretons abandonnrent la ville. Le roi voyant Monfnur et
le duc de Bretagne tonnes d'un coup fi imprvu, employa le lgat du f.iint-
pere pour leur faire entendre qu'il remettrait tous ces diffrends au jugement
des Etats-gnraux. 11 les convoqua Tours, au 1er. avril 1468.
Tous les dputs fe trouvrent n llement dvous aux intrts du roi qu'ils
fe conformrent fis intentions. On y dcida que la Normandie tant unie
la couronne, ne fe pouvait dmembrer pour la donner fon frre ; que ce
jeune prince voudra bien fe contenter de 12,000 liv. de rentes en terres
pour fon apanage et de 6000 liv. de penfion annuelle fans tirer confe-
quence pour l'avenir pour les autres fils de France; que le Breton rendrait
les places de Normandie et que s'il n'y dferait on lui dclarerait ia
guerre tous les fujets offrant des ce moment leurs vies et leurs biens au
roi.
Les princes conclurent leur accommodement avec le roi, et en paffercut
par la refolution des Euts.
Etats-Gnraux de I483 "fous Charles VIII.
Guillaume de Rechefon chanctl.tr.
Louis XI venait de mourir. Charles VIII, fon furceffeur, fe trouvait en
ige de gouverner ; ma:s, par fon teftament le feu roi avait nomm rgente
fa fille Anne d France, dame de Beauieu.
Il fe prfenta d'autres concurrens, qui crurent avoir des droits pins appa-
rens la rgence; fa mete, Charlotte de Savoye mais qui ne rarda point
mourir; le duc.d'Orlans premier prince du fang et le duc de Bouibon.
Madame de B auju effava en les comblant d'honneurs et de biem>, de
les faire renoncer leurs prtentions.
Mais les princes en pntrrent le motif, et s'attachrent dcrier le gou-
C


114 ]ia.a ptrxcGe tseaeAart de tost'-
-

ttn car-

uple tait
I

. Etat 1 mmoire de Lou s XL Qui pouvait aflurer
.t fur le
rrnrtmei '
rc p!us c mil conclu qu'on n'avait :
I. les pi
CQQRnarj* avec le Pcipe. Madeait
U > '
t !a piopofition; nuis) princes fermes da leurs .... >, Je
d.ui Basa _.;. jre
Ie. -,-otir le ter. janvier Tour*. Des ce rrrrent, le
CaluK et :.s '- B0UH .t..: UU
les a/tembkes p f o |' .s.
de Beatqea fWirhiii de fcn cot gagner de< fiufsjgej. Les
j roi, forent : ta s dam leurs lorgnons.
-> c*oJ que Louis M avait perfccut avec le p.'us
lia beaucoup de troupes, tan: etranjeres que natio-
"- ". coon sj on donna de< ordres pour
de la couronne toutes les terres qui en avaient t alie-
ic s. On r.mi: au Peuple le quart des enpotl le cette aDoe-U.
, urt ii U HUittitfM au roi. Le ir janvier,
qui concernent le Dien g;
Ce! es MM chaque province et enfin lis affaires des particuliers.
:..:.*,-. ces tjf:iers. O'in qu'on fe p'opofe de fuhrt aans les dilioraiions.
1er- 1 l'aflemblereut fans admettre parmi eux aucun tranger.
e: de d.-ux GxretaiceS. Partage des Etats en fix
Nati
( S Nation KK DM fille particulier pour travailler fparmenr. On fe
r-' dans un; but gnrale pour entendre la lecture d.s ca-
hit.-s tout le mois de janvier fut employ ces confrences.
Le les. :. prier les flx Nations fe communiqurent leurs travaux ref-
peetl.s
TfMUtha d- du {Ortttmt pour ge%:er les dputs. Les princes, pour capter
la foreur pc pu'aire firent dclarer qu'ils consentaient voir fupprimer leurs
t as, pourvu que cet arrangement tournt au foulagemert du Peuple,
t 1 ta:s e.lient a laire main-balle fur toutes celles accordes fous
r gne.
On kl remercia de leur le; et comme on ne pouvait fe tromper fur le
tii de ces fentimens, on ne leur en tint aucun compte.
Ofpofuion dts iniques quelques rglemens.
Le 2 fe'vrier, il s'leva une trs-vive difpute entre les dputs. Fn cher-
chant les caufes de la mifere publique et de la di ette d'argent le tiers-
tat s'emporta contre les abus du gouvernement, et demanda le rtablijfe-
fsent de la pragmatique fanction.
<
Difpu'e fur la pragmatique-far.ction.
Quelques vques s'oppoferent fon rtabliffemenr. Le fcond ordre du
I rc et le tiers-'at dfendirent leur demande avec vigueur, et peu s'en
ut qu'on n'obliget ces vques difeordans fortir de l'Afemblee.
Les pr'ars prrenternt au roi une requte dans laquelle ils tabliraient
Qti'iram de rii.n changer l'ordre observe jufqu'alors dans la difeipline ec-
clfiafiique le roi devait pralablement convoquer le corps entier des
vqnps ; ce qui ne l'tait point iait dans cette alfemLiLj des Etats, o il
m'y en avait qu'un petit nombre.
La requte communique aux Etats excita l'indignation gnrale. On
rpondit que les Etats Gnraux n'tant ni des fynodes ni des conciles ,
ma:s des Aflembl.-es politiques, il n'y avait aucune raifon d'y appeler les
dputs du clerg en plus grand nombre que ceux de la noblelfe et du
Peuple ; que d'ailleurs l'oppofition de quelques particuliers ne pouvait ni
Valider ni infirmer le vu de la Nation et que ces prlats ne fe mon-
traient fi oppofs la pragmatique que parce que leur nomination avait
t contraire fes dcrets.
Tlaintts fur la gabellt.
Quelques provinces demandrent la fuppreilion des gabelles ,et expoferent
les horrib!-.s vexations des crr.ploy. k
On ne prit fur cet objet aucun parti dfinitif.
Comme toutes les provinces s'accordaient i demander la fupprefTion dos
tailles, et qu'on ne pouvait retrancher la fois tous les imps, on arrta
ment que fi l'on trouvait quelqu'autre moyen moins on eux pour le
Peuple de procurer au roi le mme revenu on le fupplierait d'abolir la
gabelle ; et que fi ce moyen tait impraricable, on la luiferait fubfilter ,
en reprimant toutefois la tyrannie des employs.
Requtes prfentes aux Etats.
T;n^is qu'on travaillait la rduction des impts plusieurs particuliers
Dt porter leurs plaintes aux Etats, et rclamer leur protection.
i rats rpondirent qu'aprs avr.ir trait les affaire., gnrales du royaume,
t gard a celles des perlonnes qui auraient bien vodu leur confier
I et qu'ils feraient valoir auprs du roi la juliicc de leur*,
t..
Cer.ttftations fur la rgence tt fur rtailijfemtnt du conf.il.
On d i- -a enfuite fur la manire de rgler le confeil et la forme de
l'adiuiniuution pendant la rgence.
1 rigea de b crer fe rfvefllerem alon avec plus de chalcm qnau.
pirar*nr. Lh.que lit des rreifigersde la part des trois contenions. Let
uis d; le confeil, n'taient pas moins inquiets que let
Mit g leurs cabales.
La Na ion de Normandie ouvrit un avis qui ter iait mettre les princes
t de tafru eux-mmes la rforme denre. On laiilait
i>.e du roi entre !c> mains de ceux qui avaient dirige fon enfance.
. ait au confeil tou- '' de l'admin'ilration actuelle. Le ci!ei|
l du fa"s, de douze anciens confetliert, et
nouveaux tires du corps des l tJts et par eux nommes.
t : a\is qui tendait mettre l'autorit entre les mains du Peuple et
beaucoup de partifans.
11 n'y a point va!ancer, s'cria-t-on ; pendant la minorir d'un roi, la
.1 l tro re de i'autonte luprme. M faut forcer >'il en
leioJOj les princes fe foumettre ce rgl-mer.t.
Dans un rovaume hrditaire difaient les autres la Nation n'a aucun
droi; l'autorit tant qu il refte des hritiers lgitimes. Apres la mort dt
roi, ce pouvoir pafTe dans les mains de fon fils s'il eft en tat de l'exer-
cer ; et en cas de minorit en ce'les des princes du fai fes ruteurs natu-
rels qui feuls ont le droit de former le confeil et de rgler toutes les
branches ce l'adminiftration fans prendre l'avis du Peuple fi ce n'eft pour
ia rpartition et la leve de l'impt.
.Au fort de la difpute t'lera Philippe Pot dput de la noblefle dt
-, qui combattit c-.s dernires aflertio.is et prouva l'autorit des
traux.
Son difeours fit drs impreflons diffirertes fur l'Affemblee. On dlibra.
Apres un nr examen ia nation de Bourgogne adopta l'avis de cellt
de NomancUC e: rfenra aux princes la libert de conferver douze des
s confeillers d'Etat leur choix auxquels on alfocierait douze nouveaux
dputes pris en non.bre gal dans les lix nations.
! e< Nations de Par's d'Aquitaine de Lmsuedoc et de Laognedofli
: a remettre aai princes du fang le choix du confeil, et rfu-
trent de procder aucune lection.
Paris et le Lang.eioc ne pouvaient que perdre en adoptant le nouveau
plan. Elles formaient prefque tout l'ancien confeil, et elles ne voulaient pas
tre rduites a n'envoy.r que deux dputs.
L'Aquitaine avait dj dans le confeil des protecteurs acetdits et puif-
faiis auxquels elle ne voulait pas en fubltituer d'autres.
Le Languedoc p.iys d'Etat et gouvern pir fes magifirats n'avait pour
objet que la diminution des impts et s'efforait pour l'obtenir de
complaire aux princes et aux minftres.
Aprs bien des dbats on prit unanimement un arrt par lequel le roi
tait fuppli de prelider lui-mme fon confeil.
En l'abfence du roi, on nommait le duc d'Orlans prfident du conf.il;
en l'abfence de celui-ci le duc de Fo.irbon, et enfin le duc ife Beaui.u.
Les autres princes du fang avaient fear.ee et voix deliberative au confeil
fuivai : l'ordre de leur naillance.
Dou/e d ptes, choifis par les Etats devaient tre affocis aux anciens
confeillers, dont la nomi nation tait au choix du roi. >
On avait affect de ne point nommer dans cet arrt madame de Reau'eu;
mais de h manire dont ces articles avaient t drefles, elle confervait toute
fon autorite. Le roi difpofait de tout; et comme tlle difpofait du roi, elle
tait toujours maitreffe de rompre les mefures du duc d'Orlans, s'il s'oppo-
fait f=s vues.
Anal\je des cahiers prjents au roi.
Le cahier des Etats a t partag en cinq chapitres. Le premier de l'tat de
l'glife ; le fcond de la noblefle ; le troifieme, du tiers-tat ; le quatrime,
de la jultice ; et le cinquime du commerce.
Cahier dt Fiflift.
Dans le premier, onfuppliait le roi de ne point diffrer fon facre ;
De rtablir la pragmatique fanction regarde comme le fonde""""' ;
liberts de l'gli* gallicane et ter.dant rprimer les abus
de Rome j
De refpecter les franchifes des Peuples en ne faifant point
des glises fans de jultes caufes, et mme en ce casd'exemptei J. .a .. ... .-
oblations et les dmes.
Cahier de la nobltjft,
La noblefle fuppliait le roi de ne convoquer le ban et l'atrierc-ban que dans
les occafions o l'Etat ferait en ptil ;
De faire celer les obftades qu'elle prouve dans la jouiflance de fon droit
de chaffe ;
De n'accorder les p'aces de gouverneurs, fnduux et baillis qu'aux gentils-
hommes les plus accrdits dans les provinces, et non des trangers qui ne
tiennent la France que par un intrt pcuniaire.
Caitr du tiers-tat.
Ce troifieme chapitre contenait le dtail des caufe. qui ont amen l'pul-
(tnent des finances, celui des impofitions, les conculfions et les violences des
employs.
On demandait la dcharge entire du fardeau onreux des tailles ; mais en
privant le roi de cette partie de fes revenus, on le fuppliait :
De runir au domaine toutes les branches qui en avaient t' fpares i
quelque titre que ce fut ;
De fupprimer les offices inutiles, et de rduire les gages des antres ;
De retrancher-f ou du moins de nodrer les p;nfions qui ne doivent tre
prifesque fur le domaine du roi, et qu'on accordjit j des feigneurs qui devraient
fe contenter du revenu de leurs feigneuries.
On y obErviit aufli que les revenus du domaine devaient tre employs i
payer l'tat de la mai fon du roi, de la reine ; les gages des i S< iers c:\
militaires ; et jufqu'a ce qu'on et prouv clairement le contraire, on tait
c onvaincu que le domaine de la couronne, auquel on a joint les gabelles lirait
i>Ius que fufliCuu pour acquitter les charges nectlTaires de l'Erar.



Dans re quatrime ehapirre un demandait l'abolition de la vnalit de
h.rges et des offices rcemment cres;
L'inamovibilit des officiers moins qu'ils ne foient coupables de for-
faiture.
On examina quelques brandies de l'adminiitra'ion, la forme du grand confei!,
les expditions du lreaii, les fonctions* des fecrtaires du roi, les vocations
it les appels en matire de procdures les enqutes lord e et la fubordina-
tion des tiibunaux l'abus des conunitiions extraordinaires les fonctions des
dater-us offices de juftice, &c.
Chapitre du lomrnerce.
Dans ce cinquime chapitre on fe plaignait des droits exorbitans tablis
fur certaines denres depuis Charles VIII i on demandait l'abolition de ces
droits ;
L'adminifiration des foires dont la multitude prjudicie au bien de l'Etat ,
en faifant fortir, l'argent du royaume pour des ouvrages manufactures chez,
l'tranger j
Le reculement des barrires aux frontires du royaume ;
L't ntretien plus exact des ponts et chauffes.
Les Etats ne s'taient dfifts qu'avec peine du choix des douze nouveaux
confeillers qui devaient former le confeil ; mais ils furent extrmement morti-
fis de voir que le roi mandait fei/.c dputs pour difenter les principaux
articles des cahiers. Ils avaient cru qu'on leur raillerait au moins fur ce dernier
point le choix de leurs rsprfemanf.
On ftatua que les feize dputs appels au confei!, n'ayant point t au-
torits par le> Etats, ne pouvaient tn aucune manire les reprfeiiter.
Alors le roi permit l'afTemble d'y envoyer les dpurs leur choix ,
outre les feue qu'il fe rferva:t d'y appeler : elle rpondit qu'elle n'y confen-
lirait point.
Les feize, craignant de fe rendre odieux la Nation s'ils continuaient
d'aililter au confeil, revinrent l'ailmble.
Embarras, du confeil.
Le chancelier ne s'attendait point cette conduite ferme et rigoureufe qui
dconcerta *Vs projets. Rduit traiter directement avec la totalit d^s Etats,
il s'y rendit et expofa les propofitions du roi.
Le roi demandait plus de troupes que les Etats n'en voulaient accorder.
Ceux-ci rpondirent qu'ils ne fe relcheraient fur l'article de la milice que
Jorfqu'i's auraient connaiflance de ce que courent ia maifon du roi, les gages
des officiers,Itt penfions, et qu'ils auraient les rles exacts du produit des
domaines, aides et gabelles, fans y comprendre les tailles.
Le chancelier fentait combien il tait dangereux de rendre les fmets ar-
bitres de la deptnfe du fouverain j d'un autre cot, il voyait que les Etats
taient obltiiieS n'accorder aucun fubfide fi on rfulait leur demande.
Rlts de recette et dpenfe.
On finit par donner les rles des revenus et dpenfes de l'Etat.
A leur premire infpection les dputs les fufpecterent.
I e domaine de la Normandie et tous les revenus de la couronne y compris
ls aides et gibelles ne leur parurent point valus leur produit vritable.
Ils trouvrent qu'on avait beaucoup diminu la recette et groffi la depenfe.
Dau l'tat des penfions, on n'y lilait que les nom de ceux qui les touchaient.
On n'y av.it fpciri aucune fomme.
Les dpius, enflammes de colre, en firent de finglans reproches aux
gnraux des finances, et rfolurent de dnoncer ces taux tats au roi.
Pour trancher toute difficult, on tait d'avis de demander le retablilTement
de ce qui fe pratiquait fous Charles VII, rduction des penfions et de
toutes les dpenft s tant ordinaires qu'extraordinaires.
On prit l'arrt fuivant:
Nous offrons donc de payer la royale nurjefr en forme d? don et octroi,
Ja mme fomme que payait le royaume au glorieux roi Charles VII: mais
condition que cette contribution n'aura lieu que pour deux ans; au bout
Hi Is les Etats feront de nouveau aflembles ; et nous demandons que
l'on fixe, par une dclaration irrvocable, le tems et le lieu de cette
afTemblee.
Il y eut de vives altercations an confeil fur les offres des Etats. On ne
pouvait les accepter fans faire des diminutions considrables fur les penfions,
Es gages et les offices. Les grands ne voulaient pas que ces retranchemens
tombaflent fur eux. D'un autre ct, il parailfait difficile de faire changer aux
Etats leur dernier arrt.
Le chancelier revint l'Affemble et tmoigna aux dputs qu'ils n'a-
vaient plus dlibrer, mais le foumettre la volont du roi.
Ce difeours fut fuivi d'un morne filence puis d'un murmure confus et
de tous les indices d'un mcontentement gnral. On trouva que le difeours
du chancelier portait atteinte la libert nationale et au droit lacr de
proprit. Si le roi pouvait de fon propre mouvement et fans le contente-
ment dea Etats augmenter les impots de 300,000 liv. il pourrait de mme
les doubler et les triple.
Au lieu de 7fr,ooo liv. auxquelles on avait valu le domaine en y
comprenant les aides et gabelles, les dputs, en fe chargeant eux-mmes
de la rgie, afuraient l'Etat un TV'.m de 1,900,000 li. avec Jequel et
fans rien lever fut le Peuple on ftipcndierait la mi'i dj exifiante on
paierait la dpenfe de la maifon du roi les gages deS officiers, &rc. les
comptes en devaient tre rendus aux Etats aflembles ; moyen fimple de fe
dlivrer d l officiers de finance qui abforbert une partie des evenus de
fupprimer les penfions et les autres libralits indilcreus qui puifent le
t public.
La Nation de Paris drlara qu'elle s'en tiendrait fon premier arrt ,
et que nanmoins elle paierait pour une anne feulement !'a part des
300,000 liv. d'auementat'on pourvu toutefois que les autres Nations y don-
naient aufli leur confe-n ernent.
La Nation de flourgngne dclara qu'elle ne prenait aucune part l'affaire
prfeme et qu'en propofant de rtablir les impts fur le pied o ils taient
II
fous Charles VII, elle n'avait pas entendu tre comprife dans la diftribution
de 1,10c mille livres.
Les quatre autres Nations ne fe dpartirent point de leur dernier
arrt
la cour ne favait quel parti prendre. D'un ct c'tait compromettre
l'autorit du roi en lexpofai.t a un refus abfolu ; d'un autre ct, il pa-
rarflait honteux aux'princes de cder, aprs s'tre li fort avancs. On crut
que le meilleur moyen uit de icorrompre les hommes les plus accrditas de
chaque Nation. On les mande la cour et l'on s'attache fur-tout aux d-
putes de Normandie l'gard defquels on employa tout--toui les voies de
la fduction et des menaces.
I 1 s dputs de la*Normandie rpondirent que perfonne ne devait erre fur-
f'ris qu'ayant jur de dfendre la caule du Peuple ils l'acquittarTent de
tur le-rment : que les tailles tablies dans l'origine pour (ubvtnjf un
preflant befoin, et pour un tems limit auraient ad cefler dopais la paix ;
que le domaine de la couronne pendant bii n des fiech-s avai li.ri toutes
les charges du gouvernement ; q'ie l'impt fur le fel et fur les boiilons,
accord dans des momens critiqus avait t annex au domaine de la
couronne que le produit de ces impositions tait parl entre les nuins des
particuliers, par des concertions indifcre-tes ; que l'inapplication de quelques
rois et leur profufio'i ayant epuile la fource des reve.ius publics on avait
imagin les tailles qui ne font pas bornes une redevance fixe et cer-
taine mais qui dpendent uniquement du caprice de celui qui gouverne.
Les gens du confeil furent irrits de ce difeours. N'efprez pas dirent-
ils aux dputes nous en impoler par toutes vos rufes. Nous pntrons
votre di flili. Vous, -voule^ rogner les ongles au roi et lui compter les
morceaux .
On finit cependant par prometrre d'avoir gard aux remontmees de ces
dputs qui s'en retourner.nt Tours et furent furpris de trouver fort
av ince la ngociation dont ,ils fe croyaient fetils charges. On avait eff cu-
vrent ufe des iiieu.es -rm contre les dputs des autres Nations, qui
s'tait rendus lans beaucoup de r-iiftance.
Les articles concernant l'impt, turent rdigs dans la forme fuivante :
Pour fubvenir aux frais de lai niniilr ition et aflun r la tranquillit du
royafltrtO, les gens d.s trois Etats accorJent au roi, leur louverain fei-
gn tir par manire de don et octrois, et non autrement, et fans qu'on
puifle l'appeler dornavant taille mais don et octroi, telle et femblable
fomme qui, du t.ms de Charles VII tait leve fur le royaume ; et ce,
pour deux ans tant fiulimmt et non plus condition que cette femme
fera repartie galement fur toutes les piovinces qui compofent la mo-
narchie.
> Otttr cette premire fomme les Ftats accordent au roi 300,000 liv.
une fois paye, et fans tirer confquence, par manire de don et octroi,
pour lubvenir aux frais do fon facre .
Les Etats demandaient en outre faire eux-mmes la rpartition de ces
deux: fommes et fuppliaient le roi d'aifembler les Etats dans d;ux ans ;
car'ils n'entendent pas, difaient-ils que dornavant on impofe aucune
fomtnt de deniers fur le Peuple, fans convoquer les Etats, et avoir ob-
tenu leur confentement conformment aux liberts et privilges du
royaume .
La rponfs du roi fut que les Etats euffent faire le choix de leurs dpu-
ts pour affilier aux dlibrations du confeil, touchant les maricres contenues
dans les cahiers.
On forma trois bureaux ; le premier pour la rpartition de l'impt. Chaque
Nation pouvait y envoyer quatre dputs et mme pius.
Le fcond pour les matires ccclcfiaftiques. Tous les evques. pouvaient y
venir. Le roi devait y joindre quelque magillrat.
Le troifieme pour les articles concernant la juftice. Il devoit tre com-
pof de huit confeillers, au choix du chancelier et de deux dputs de
chaq 1e Nation.
Les articles touchant ta nobkfle et le commerce, devaient tre examins
enfuite.
L'affaire de l'glife fut agite avec aigreur, et dgnra prefqu'en que-
relle pe fonnelle. Le procureur-gnral qui avait eu ordre d'.iliill r cette
confrence, y interpola (on autorit et menaa de traduire au parlement
quiconque s'oppof rait au rtablflement de
prcieufe ne fut point cependant rtablie.
quiconque s'oppof rait au retablfle ment de la pragmatique; cette conllitution
fui
Le cardinal de la Pi due arrivait de Rome avec deux ou trois chapeautl
de cardinal, en faveur de ceux qui auraient tmoigne le pius le ze!e pour
le fai. t Sige. La pragmatique trouva de zl.s contradw u\s dan. tous les
jeunes prlats qui ambitionnaient cette dignit trangre. EllO'tCC trouva de
parti fans que dans le tiers-Etat dans la noblefle le lecond ordre du
clerg.
On examina enfuite le chapitre concernant la juftice et la police gnrale
du royaume.
Le chancelier, fur chaque article, prenait l'avis de fes aflelTeurs. Ds
que l'un d'eux formai: quelque objection, leihancelier crivait la marge:
Rejet ou renvoy un plus mr examen. Si Es dputes voulaient y rpondre,
il les interrompait, en leur difant qu'ils avaient rempli leurs charges, que
les Etats n'avaient l'gard du roi que la voie de la reprfentation et
q ie dformais c'tiit au roi et fon confeii juger de la lgitimit de leurs
demandes.
Un des dputs perdit patience et fe leva de fon fiege. Que raifonS"
nous, dit-il avec colre ? Pourquoi nous a-t-on mands ici, fi l'on nous
dfend de parler ? Nous ne nous attendions pas que l'on traiterait avec c ttfl
lgret les reprfentans de la Nation. Nous fommes tmoins que vous
n'avez rejet tel et tel article que parce que vous ne l'avez pas entendu.
Cette- fermet en impofa au chancelier. Les dpurs parlrent librement.
On procda avec plus de rferve l'examen des edits.
Dans le bureau de l'impt, il y eut des dbats plus vifs. la Normandie
obtint fur-tour une diminution confd-rable. Mas -n lui enjoignit deconi r
montrer beaucoup de chagrin et d'emportum nt, pour lrober la connaif-
f.-.nce de cotte faveur particulire aux aotri s Nations, qui f plaignirent moins
fortement, parce que le fardeau de leurs impofitions tait proportionnellement
moins on.eux.
Difputes fur la taxe des dputs.
On ag:ta enfu;te fur qui devaient tomber les frais de l'^fllmble qui durait
depuis deuc mois.


Il
Le Tiers-F.tu piJDOilah me c jqoe ordte d.vait payer les fiens. Te
derc et U Rble fouttijaicnt qu'iJS devaient tous retomber lut le Ticrs-
ftat-
la aieftion fut porte devint le confei!. Un c'-bre avocat de Troycs
plaida u caiitJe du Peuple. U prouva que les ecc!eafiiques tt le noble tant
venus folioter la coi!erva!i privilge il tait naiur.-l qu'ils v vinicnt aux deptn de ceux qui les aai: M
t\oy s; qu_* l'evque de Poitiers lui-mme, avant fon depatt, avait tabli
uni taxe fur les abbs pticurs et curs de fon diocefe pour lub venir aux
ir.is de la Rputation.
L'avocat de la nobleffe dmontra les fervices que cet otdre et celui du
cLtge avaient rendus au Tii.rs-F.tat dans l'Alcmbiee en dtendant fa caufe.
11 uta l'exe r.ple du Languedoc et de la Normandie, qui tous les ans avaient
des JTe-iblees d'Etats. J mais le Tiers-Etat n'y avait retul d'acquitter 'a
axe entire de tous les dputs.
Le chancelier donna gain de caufe au clerg et la nobleffe ; mais il les
exhorta ne point ufer de leur droit la rigueur, et confentir pour cttte
fois feulement, fans tirer confequence, que la taxe lut galement rpartie
fur les trois ordres.
KiWcjux projets des Etats.
Malgr les femences de divifion que la jaloufie avait rpandues lors de la
rpartition de l'impt, les fix Nations fe r pp'och-rent. I.lies le runirent
pour en-pcher que la fomme de $oo,coo !iv. accorde pour une anne feu-
lement, ne s incorport avec celle de i,icc,coo qui dz*i\t durer jufqu'a la
prochains convocation des Etats.
Elles proposrent enfuite de furprimer le* lus et les receveurs particuliers.
F: rii, toutes les provinces vou'a ent fe former en pays d'Etats, a l'exemple
du L:nguedoc et de la Normandie.
le chancelier, inform de ces dlibrations, prelTa la fin de cette affemble,
qui fe termina le f mars.
Les dputs relirent encore q-elques jours alTembls, pour mettre la
dernire main la rparrttun de l'impt, et foilicitet des rglemens relatifs
chaq e province en particulier. Ils fe feparerent tous le 14 mars, cootens de
ce qu'ils avaient obtenu et rer.sc/erent un autre teins la dilcutlion de
quelques objets dont ils s'taient appeucua nop tard.
Ainl l'autorit royale. Les princes qui i'avaitnt demande n'en retirrent aucun
avantage rel. Madame de Beaujeu triomphait ; mais loi.i d'infulttr la dif-
grace de fes rivaux elle n'oublia rien pour les confoler.
Depuis le comnencement de la monatchie jamais la Nation ne s'tait
-occupe de fi grands intrts et n'avait patL> a\ec tant de h'oerr;. Les
i:'cmens d'ailleurs, mans de ces Etats Gnraux forment encore aujourd Kui
la pattes la plus confiJerablc de notre droit public.
Etats Gnraux de i558, tenus Paris fous Henri II.
lLnri II, fon avnement au trne, s'tait trouv malgr lui engag
dans des guerres difficiles tant contre les Anglais qui voulaient s'emparer
c'e Boulogne, que contre Charles Quint qui voulait abattre la monarchie
Il avait tallu entretenir des flottes nombreules tt des armes coniiderabks.
l,es revenus de l'Etat t avec quelqu'conom c qu'il. Aillent adminiltreS, ne
fuffifaient pas l'encrmit de ces depenfs ex^raordin.ircS. On avait vends
ou ali;iie prefque tous les domaines de la couronne. On avait hauffe la taille.
On efprait que la trve de cinq ans, qu'on venait de conclure mettrait le
roi porte de foulager le Peuple Ou fardeau accablant des importions Cette
trve n'tait qu'un nouvel r.rtifice *de l'ennemi. H fallait le combattre ou
acheter la paix des conditions bien humiliantes.
Les Etats -Gnraux furent convoqus Paris, I? c janvier, pour avifer
aux moyens de procurer au roi d.s fecouis extraordinaires.
Cette Affemble ne fut point prcde d'Et'ts provinciaux pour procd r
au choix des dputs, et prparer la mature des cahiers de dolances. Le
tems et les circonitanceS ne comportaient pas ces lenteurs.
Il n'y parut pour l'ordre du clerg, que des archevques et des v.iues ;
pour la nobiefle que des fnchaux et des baillis ; pour le i :.:. Etat, qu.
des mains et des chevins.
On y appela les premiers prfidens de tous les pirlemens et les gens du
Toi dont on forma un quatrime ordre, fous le titre d'rur de la Juftice ,
et qui eut rang avant celui du Perple.
Le roi promit de diminuer cnnfidrablemf nt la taille pour l'anne fuivaote,
et de fupprimer entirement to-s les droits d'entre de fortie et de paflage
fur les denres et les maichandifes, afin d'encourager le commerce.
On accorda au roi trois millions d'cus d'or qu'il demandait.
Le clerg lui feul offrait d en payer un million, en guife de don gratuit,
utie les dcimes ordinaires.
Les tro;s autres ordres fe chargeaient du refte. Le roi s'engageait le leur
ten.bourfer, et leur en faire, en attendait, la rente au denier doui.
Cette fomme devait tre rpartie proportionnellement fur les differens
htels-de-ville, en biffant aux officiers municipaux qu'on en rendait gaians,
le foin d'en faire l'afliette fur les principaux bourgeois.
Les Etats fupplierem le roi fi cette fomme ne fuffait pas l'excution
de fes projets, de les affembicr hardiment, et lui en promirent de nou-
vel.es.
Dans leurs cahiers de dolances ils infiftaient fur les rformes les plus
urgentes. Les ci-confiances, fans doute, ne permirent pas de s'en occuper.
On ne voit pas du moins qu'il en foit rien refult finon un dit qui r-
du fait les poids et mefures de tout le royaume aux poids et mefures de
Paris.
C rglement mme tout favorable qu'il parait au commerce d'une grande
Njiion, fouffr.it apparemment de grandes diircut s dans a prariqu,. Le
parlement ne l'enregilha qu'en fe rfervant de les mettre fous les yeux du
toi et d'entendre tour ceux qui croiraient avoir s'en plaindre.
Etats-Gnraux de i5So tenus Orlans, durant la minorit Je
Charles IX.
Malgr tous les remnehemens que le roi ava't faits dans fa maifon les
veaus de l'Etat ne fufSfaient pas encore pour en acquittet les charge
depenfes du dernier rgne avaient t exceflives. Le crdit tait ananti, le
commerce abattu l'agriculture abandonne. Tout tait dans le plus grand
defoidre. On ne pouvait irrpofer fur le Peuple fans rifquer d'exciter un fou-
levement gnral.
Si, pour viter cet inconvnient difait-on la cour on affemhlait les
Etat'-Gneraut cette dman he tardive ne tournerait-elle pas contre le gou-
vernement ? Quel degr faurait on aux minires d'avoir accd une demande
qu'ils avaient conflamment tejette depuis plus d'un an.
Etair-il certain que dans la fermentation des efprits .cette grande Affemble
procurt aucun bien) I es trois ordres ne demanderient-ils point l'abrogation
du concordat le rtabiiffemeut de la pragmat que et la fuppreffion des an-
nates? Le clerg ne voudrait-il pas s'affranchir des dcimes 5* le Peuple du
taillon et des gabelles ? T' us fe plaindraient de la dprdation des finances
fous le feu roi, s'en prendraient ceux qui avaient eu pat l'adminiittation,
et attenteraient l'autorit royale.
A ces drordres fe joignaient encore les troubles de religion qui croiffaient
de jour en jour. Les protrltans demandaient la libert de confeience l'exer-
cice public de leur religion des temples et des revenus pour leurs mi-
nifins.
On prit le parti de convoquet un conft il extraordinaire compof des princes'
lu fine, des Tiiids olliciers de la couronne et d'un gr.uui notnbre d notables.
Il y fut artre la pluralit des voix que l'on convoquerait les Etat* Gn-
raux Mcaux le 10 dcembre et un concile national le 20 janvier fuivant.
Franois II meur' le y dcembre ; Charles IX lui fucced? : mineur incapable
de rgner par lui-tnl re il fit cr-re tous les parlcmens pour leur dclarer
qu'il avait mis les rnes du gouvernement entre les mains de Cathetine fa
mere.
Catherine n'tait point enti ement nflurc- l'approche des Etats-Gnraux.
Les dputes -ne fe croiraient-il pas fuffilamnieiit autoni s difpofer de la
reperce, on oblig s a confulrer leurs commettans lur un cas qui n'avait t
omis oans leuis i> lliuctiors, que parce qu'il avait t impoflible de le prvoir?
Ce qui s'eait pafl* 'rus le dernier recre ne permettait pas de douter des
principes et de la ditVofition des reformts cet gard.
Dis h fam.uf* confult.it>m qui av.iit fervi de fondement la conjuration
d'Amboife, ils avaient dcide qu? toutes les fois qu'un roi cil notoirement
dans l'impuiffance de gouverner par lui mme, c'ell la Nation Unie con-
1 intem-.n- >vtc les pnnets du fang nugilfrats ns du royaume qu'il appar-
tint d- difpofer des charges principales, et de rgler la forme de l'admi-
nilfr tion. v
Les Truifes pirtifans de la reine mere avaient empfcy tout leur crdit
et c-!ui ue leurs amis dans les affen blees provinciales pour excime les
rforms et ne faire nommer pour dputs que des catholiques. Cependant
i\ n'avaient pas galement reufli partout. Dans quelques fnechauflees, les
brigue s avaient et li fortes qu'on s'tait fepar fans procder l'lection.
Dent d'ajKrci les rformes avaient prvalu.
L'ouverture des Etats tur li-=u le ij dcembre. Cette piemiere fance fut
confacre entendre les differens difcours et notamment celui du chancellera
Sa harangue fut trouve noble t loquente. Il exhortait les partifans des
deux communion la pat* et la concorde. Il y rablifEit les avantages et
'e pouvoir des Etats Gnraux et engageaient les dputs travailler la
reforme du gouvern ment.
Us fe rafTembl.rent le lendemain.
Mrfintelligince entre Us trois ordres. Mais au lieu de fe runir tous aux Cor-
deliers comme on le leur avait enjo nt, la nobUlIe et le tiers'tat fe reti-
rere r l'une aux Jacobins l'autre aux Carmes.
Le clerg fans paratre s'apercevoir de cette marque de mpris procda
au cho'x d'un orateur po.>r I' Mfemble. Le-cardinal de Lorraine fur lu d'une
voix unanime. On envoya quelques dputs le ptopofer la nobUli et au
iers- t.\t.
Innovation dans le choix d'un orateur. Ces deux ordres le refuferent et r-
pondirent qu'ils avaient chez eux des hommes en tat de remplir dignement
ce minilltre.
Le cardinal piqu de ne pas tre l'organe de la Nat'on refufi l'honnetf
qu on lui avait confr. On en choifit un autre ; et le clerg qui fouinait
u prhilge exclefir de fournir un orateur la Nation alfemblee dill.muU
encore le chagrin que lui caufait cette innovation.
Pratique des CkAtdlotU pour fai'e dfrer lu rgence au roi de Navarre. Les
promoteurs de la nouvelle religion affts d. la rendre dominante s'i's par-
v> naient faire dfrer la rgence au roi de Navarre y travaillrent avec
ehaleu'.
Pour vaincre la rfiffarce du clerg ils avaient reufli fparer les deux
autres ordres ; et pour les entr tenir dans cette divifion on leur morunit
que c''ait l'unique moyen de faire retomber fur le clerg feul la contri-
burion que le gouvernement demandait. On leur parlait d s droits de la Nation
dont i's tablit depofitaires et fur lefquels ils ne pouvaient fe relcher fans
fe couvrir d'infamie. Le plus facr de ces privilges confiflair former le
confeil de h rgence et rgler la forme de l'adniin.ftiation dans un tems
de minorit.
Catherine avertie de ces menes fir arrter au confeil un rglement qui
lui attribuait la connaiffince de l'adminidrario:; civile et militaire afforiait
fin pouvoir le roi de Navarre et fub irdonnait toutes le* oprations a
l'avis du confeil dins lequel on comptait beaucoup d'efclfiaftiques et de
perfon- es qui, fous le dernier rgne avaient encouru l'indignation pu-
blique.
Altcr ation et partage que cette prtention excite. Ce rglement fut approuv
par le clr2. Ilji'excita que des murmures parmi la nobleffe o il fe forma
deux partis.
Les uns foutenaient que de tout tems la rgence avait appartenu aux
mres; que, le roi de Navarre n fe plaignant de rien, c tait le es
d'adopter une dcifien qui conciliait tou* I s intrts er que l'on pouvait
relever tous les abus d'autorit commis fous le dernitu rgne fans attaquer
directen-ent ceux uui formaient le confeil.
Schifmt


Sehifmt et proteflaifon d'un: tante de la noblejjt. Les au'res fe plaignaient
du le confeii de la rgence et t tabli fans 1 avis des K.iats, qui fayaieni
il l r e a Philippe de Valois en iu? s au duc d'Anjou pendant la mino it
de Charles VI, et qui fuis telle de Charles VII, cooprrent avec Us
prie*! un iang la formation du confeii d'Etat.
Ils fe plaignaient de voir admettre au confeii des ecc'fiaftiques, lorfqu'on
blmait leur relchement, et qu'on leur enjoignait la rcfidencc.
Ils s'indignaient de voir la tte des affaires des hommes que la voix
publique acculait d'cre la premire caufe de tons les troubles.
Ils fe dterminrent enfin dclrrer le rglement attentatoire aux droits
de la Nation et prefenterent une requte au roi pour le fupplier de fuf-
pcn.lre les dlibrations des Etats actuellement atlmbles ou de h s rong
dier pour en convoquer de nouveaux afin que les dputs puffent fe
procurer de nouvelles inftructions.
Le roi de Navarre n'ignorait point la part qu'il avait dans la dmarche des
dputs. Il tait charg de porter la requte au roi; il la porta mais ns
l'appuya point. H avait eu la faibleffe de ligner une renonciation formelle
toute prtention la rgence.
La requte fut rejette : rmis la nobleffe diffidenre en prfenta une fconde,
et notifia tous les autres dputes gnralement l'on oppolition toute d-
libration ultrieure en les menaant de les dnoncer la Nation comme
violateurs de fes droits.
File fe rendit enfuite en corps ch?7. la reine mre qui lui rpondit qu'en
qualit de dputs ils taient chargs des plaintes de leurs bailliages et
!|u'apr.s qu'ils auraient prfent leurs cahiers de dolances, on ne leur refu-
erait pas, s'il en tait befom, d'affembler de nouveaux Etats.
En dlibrant fur cette rponfe ils convinrent de prfenter leur cahier
informe et tel qu'il avait t arrt dans les Etats provinciaux, pour tre
offert Franois II.
Nouvelles dijfentions dans l.i nohLjft fur le traitement qu'on devait faire aux
reformes. On paffj la difiulfion des troubles de religion. Ces debars ame-
ndent une nouvelle fciflion dans la nobleffe. Il s'y forma quatre partis.
L'un demandait la confervation de l'ancien culte dans fon intgrit et
l'excution des ordonnances contre les fectaires.
L'autre confentait bien a ce qu'on uft rigoureusement envers les novateurs,
nuis qu'on tat la peine de mort.
Celui-ci demandait une tolrance entire et l'abolition de toutes les pro-
cdures commences contr'eux.
Celui-l en accordant l'oubli du paff voulait qu'on y ajoutt un tat
civil, des temples ou au moins le droit tout gentilhomme d'en lever
dans fon fief.
Dans ce conflit d'opinions, le chancelier crut n'avoir d'autre parti prendre ,
que de Lire ordonner la prompte confection de tous les cahiers, et que s'il
y avait partage dans le mme ordre chaque dput lignt le cahier qu'il
avait adopt.
Prfentation des cahiers. Les cahiers furent prfent^s au roi le i" janvier.
Aucun des oiateurs des trois ordres ne fe montra digne de l'honneur qui lui
avait t dfr. Celui du clerg le dchana vivement contre la nobleffe ,
et s'emporta )ufqu' defigner l'amiral de Coligny qui en demanda une rpa-
ration authentique. L'orateur fut oblig de fe rtracter dans fon difeours de
clture.
Cahier du clerg. Le clerg ne diffimulait point le relchement de la difei-
pline fond en partie fui la longue intcrmiflion des conciles, et fur le
mauvais choix des palleu-s. Il infilta fur le rtabli d ;r..nt des lections qui ,
en laillant au roi la libert du choix laiflerait au Peuple la facult de n'lire
que des perfonnages claires et intgres.
Il fe plaignait des entreprifes de la jultice civile fur la jurifdiction eccl
fultiquc.
Il demandait l'abolition de la vnalit des charges la rduction des offices,
la fuppreffion des lettres d'vocation et des commiliions extraordinaires.
Il follicitait un tabliffemeni de petites coles dans les bourgs et villages.
Il porta enfuite fis regirds fur la formation du confeii et la libration
tles dettes de l'Etat.
Sur le premier objet, il engagea la reine mre fuivre les avis du roi
de Navarre et des autres ptinces qu'elle avait appelles prs d'elle.
Sur le fcond article, il reprfenta que le Peuple ne pouvait payer aucun
fecours extraordinaire 5 et que les moyens de fubvenir aux befoins de l'Etat,
coniiftaient dans la rduction des pennons et des gages dans la fuppreffion
d'un nombre incioyable d'offices de tout genre et (urtout de finances, des
receveurs gnraux et particuliers trforiers payeurs, contrleurs qui
abfordaient eux ftuls le tiers des revenus de l'Etat; en un mot, dans le
retranchement abfolu de tous dons, de toute magnificence et de toute d-
penfe inutile.
Cahier de la nobleffe ($).
La nobleffe demandait des F'tats particuliers tous les cinq ans pour chaque
province des Etats-Gnraux tous les dix ans et pendant cet intervalle ,
un? commimon permanente pour mettr; fous les yeux du roi les objets qui
exigeaient une prompte rfolution.
Elle demandait la clbration d'un concile national, la forme primitive
de* lections pour les vques, des afiembles provinciales pour juger les
ectluafliques ignorans ;
De nouveaux rglemens fur le fervice de l'arriere-ban ;
La fuppreffion des offices des eaux et forts, des lections des greniers
fel, qui feraient fupplet par les juitices royales ordinaires;
L'abrviation des procs, ur.e fuppreffion dans le nombre des procureurs,
celle: des receveurs des tailles et autr. ; imputions qui feraient remplaces
par les officiers des htels-de-ville, chargs alors de faire paffer les deniers
leur dellin.tion.
CUe demandait en ou*rc un rrabliffement d'coks fntlitff* p""> I <
d*h| il lui et d'attelicis de thant pour les useudians infirmes l S :
la lupprcjfion des ttes qui raient aux ouvriers le moyen de laite (uoii'tjr
Luis familles.
Cahier du tiers-tat.
Le lifts-tat propofait au roi la clbration d'un concile national et le
rtablilTcinent de la lorme primitive des lections.
Il fe plaignait des vexations que les feigneurs fefaient prouver aux gens
de la campagne.
Il follicitait les mmes rformes que les deux autres ordres pour 1 administra-
tion de la jultice.
Il militait fur la rduction des penfions fur 1* retranchement des dpcnfel
inutiles fur l'examen des comptes et de l'erttplbi des deniers fous tel
trois derniers rgnes ; fur l'abolition de la taille tablie pour les btloins
de la guerre ou du moins fur la rduction au taux o elle tait fous
Louis XII.
11 demandait la libert indfinie du commerce foit par mer foit par
terre, la fuppreffion des traites foraines et autres nouveaux pages (4).,
Il finiffait par demander la convocation des Etats tous les cinq ans, et
d'afligner ds ce moment le jour et le lieu de la prochaine tenue.
Tels furent les demandes des trois ordres. Mais on voit que loin de fe
prter au fecours extraordinai e qu'on leur demandai: les dputs firent
entendre que les domaines du roi bien admir.iitres fuffil'aient pour faire lace
tout.
Catherine parut entrer dans ces vues conomiques ; et pour fe faire un
mrite aux yeux de la Nation elle propola au conlil l'examen des dptlffcl
et des rductions dont les diffrentes branches de l'adminiltution pourraient
tre lufceptibles.
On drefTa des tats de recette et de dpenfe. Les dputas les dpouillrent
avec le plus grand foin. Alors on reconnut Es alinations des domaines,
aides et gabelles, les emprunts exceflifs mal employs les anticipations
normes et les dprdations de toute efpec-?. Loin de fonger fe librer ,
l'Etat ne pouvait mme faire face aux engagemtns plus faers.
Les trois ordres galement embarraffes fe runirent pour rpondre que,
dputs par L-s Etats provinciaux pour domer leur avis fur les tioubies de
religion, ils fe trouvaient fans qualit pour dlibrer fur la ma'iere d.s
fuL'fides, et encore moins pour contracter aucune obligation ; que tout ce
qu'ils pouvaient faire tait de communiquer aux Etats provinciaux li le roi
jugeait propos de les affembler de nouveau, les pices qui conltataient la
fituation dplorable des finances.
La clturedes F.tats fdt fixe au 51 janvier. Le roi demandait que lecbrg,
qui pofidait de grands biens dans le royaume, fe charget, p*MS fon contingent,
de racheter, fi non tout la fois au moins dans le terme Ae lix annes,
let alinations du domaine des aides et des g.belles, ce qui tonnait environ
quinze millions.
11 ne demandait rien la nobleffe, qui dars les dernires guerres, avait
engag une partie de fon bien pour la defenfe de l'Etat : mais il dlirait
l'etal.lilfement d'un nouveau droit fur quelque denre, tel que celui de 15 1.
fur chaque muid de fel dans les pays de gabelles, et ceiui de quart, ou
autre quivalent, dans les provinces exemptes: inrt indirect qui, reparti
fur les trois ordres, ferait prefque infeniible pour la nobleffe.
Quand au tiers-tat, on lui demandait une nouvelle crue fur la taille ou
un nouveau droit fur les boiffons pour fix ans feulement, et la charge
que la perception s'en ferait par les Officiers municipaux.
Le roi s'obligeait, par ferment, les dettes une fais acquittes, d'entre-
tenir fa maifon du produit de fes domaines, et de fe contenter, pour les
dpenfes de l'Etat, des fubfides accordes fous Louis XII.
Mais d'aprs l'affertion des dputs, qu'ils taient incomptens pour rien
conclure fur certe matire, le roi les convoqua de nouveau Melun pour
le premier mai en leur annonant que l'lection des dputs ne fe ferais
point par bailliages, pour v ter frais mais par gonverneniens et que
chacun des gouvernemens y enverrait trois dputs.
Etats gnraux de \$6i Pontoij'e, fous Charles IX.
Quoique le rglement fur l'adminiltration de l'Etat n'et pas eu tout le
fuccs dont Catherine s'tait flatte il avait nanmoins t approuve par
l'ordre entier du clerg par une partie confidrable de la nobleffe et implici-
tement par le tiers-tat. Elle confervait l'exercice de !a fuprme autorit ,
ce qui .lui donnait fur le roi de Navarre fon rivai, un avantage conlidtiable.
Cependant elle ne fe diflimulait pas qu'il lui ferait bien difficile d'empcher
que l'affaire de la rgence ne ft mile en dlibration tant aux Etats pro-
vinciaux qu'aux Etats-Gnraux indiqus au mois de mai.
Elle efprait feulement s'y accorder la fupriorit par le moyen des
grces dont elle tait relie feule diltributrice j et c'eft dans cette vue qu'elle
avait defir qu'ils fulLnt peu nombreux.
Ceux dont elle avait le plus redouter la puifTance, taient le roi de Na-
varre l'amiral de Coligny le marchal deMo:umorency et les Chtillons.
Ils avaient form entr'eux le complot, ou de faire chaffer le duc de
Guife de la cour, ou de priver la reine mre de fon autorit ; mais la reine
ne voulut jamais farrifier fon favori et le roi de Navarre n'pargna rie.n
pour fe venger de fon refus.
Dj les Etats de Paris compofs prefqu'en partie par les menes du
marchal de Montmorency, de rforms et de peifonnes qui avaient fe
plaindre de l'ancien gouvernement, on avait arrte que la reine mre con-
ferverait la tutelle de fes infans ; que la rpence ferait confre au roi de
Navarre, et en fon abfence au prince de Coud ; que le cotueil d'admi-
niffration feiait ferm tout ecclfi.iilique ; que les Guifes en feraient exclus s
qu'il ne ferait compof que des prime*, des grands officiers de la eourome,
et des notables choifis par les Ftats-Genraux ; qu'avant de rayer les de-tres
du roi, on rvoquerait tous les dons fats par Henri H fes courtifans j
qu'on les appliquerait au paiement de la dette, et que le furplus ferait
acquitt fur les biens du cierge.
(]) La feiffion furvenue dans la nobleffe, fi: qu'il y eut phifieurs cahiers ;
mais leurs demandes, peu de chofes prs taient les mmes, et c'eft
pour les prfenter toutes fous un mme point de vue que j'ai cru ^oir
les runir tJutes.
(4) Plufifurs vi les qui avaient obtenu des octrois fur ces nouveaux droits,
formrent oppofmon fur ces nouveaux pages.
d


;
( atherine par ce
ait er- I
-le fon I de
u: : e'(e ooeh i le roi -.
al du roy..ume, tt con-
tit pan e lai I* fupi.
Poui le tenu d lutres ennemis, d!e eut l'adreiie de
fe. : h tenir au l<-< u
' roi r.-.i,' en ce qui : dan* l'alTem Paris, et
r 1,1 .:. Le clerg devait
Poil deux autn s ordres a i
Le s !;s lettres-parentes ddirait que c'tait pour donner aux
d put" I. '.! trustions, parce < ;.ies
!, avaient dift U for-
it l'ils n'avaieiit eieappe.s que pour travailler a la
li.|iii.iati"ii des dettes ou rot/aune.
I e roi r. n .:: I Poifiy, et QUI :r Es tatS pour le clerg.
Le chancelier an rait borner Es efforts retran-
cher les abus q dans la djfciplioe eccleliaitique, et
i l'occuper d'aacaa dogme dont la connailTau:e appartenait au concile
gnera!.
I e mme jour, le roi alla ouvrir les Etats Pontoife.
les *'e.ix ordres n'tastSK compotes que de vingt-fix dputs, mue pour 1a
BoblcH, it^ii pour le tieis-.rat.
Leur premier fois fut r le fruit des rformes propofes aux Etats
d les avaient t difcnraVt dans le conseil, et prefqiie toutes ac-
cord I leur A.par.'tion. Au lieu de les publier furie Champ dans leur
i nepri litive, le chancelier en avait extrait la fubliance et l'orme une loi
gnrale poui le royaume.
Ill'adt.fla au parlement.
Les dputs des deux < rires craignant les longueur! de l'cnregillre-
ment, ddirent que, conformment leurs iiirtructions ils furfeoiraient
toute dlibration jufqu'j ce qu'on leut eiit donne une pleine fattsfactioii
fur cet objet.
L'enregiflrement de cette ordrnnance occafionna des dbats trs-vifs.
L'ordonnance fut vrifie*On fopprima, on eclaircit, on modifia pluiieurs
articles ; elle fut enfin enregiftre et publie.
I 5 deux ordres aflembls Pontoife n'avaient plus d prtexte pour s'op-
pofitr aux demandes du gouvernement.
Mais il y avait un autre point auquel i's tenaient encore davantage. C'tait
! d Me porte dansfTs !.-: i.>-patentes pour la convocation des Ltats, de
fe rnlej ca fait de ta rgence et de la formation du conf.il.
l'Ile n'avait pas t obterve< Les dputs fe difaieot aftreinrs par leurs
instructions a revciu'iquer, avant tout, l'exercice des droits prcieux la
Nation.
T.?. rein? mre ne s'y opnofa plus. File leur envoyi feulement le dernier
accord parte entre elle et le roi de Navarre: et d'ailleurs, qu'avait-eile
craindre r EHe ne fe co dliait dus que par le. s des ChatJlloM et de
CoHgny ces chefs e-ux-mm.-s de la religion feiormee, qui dans les Etats
d'Orlans avaient fi fort irflue fur l'oppofi t la formation du
t f ii mais qai depu;s favorifs par la ietM en fcondaient tous les def-
f.ir.s an.bitioux.
Le t'er<-'?at prop^fi d'acquitter une partie de la dette, en app'iquaa4|
fon rx t's fur les anciens minillres d. s finances
t I s dons extorqus par d'infatiables favoris, a un monarque laeile tj
inappli
tut acquitter le relie, il pr.'entait deux plans. Le premier confiA;it:
i". A fifit au profit du roi les revenus de tous !ts bnfices dont les tiu>
laircs lie kIi Letaientpas fur l( Im II ;
!'. A dclarer le roi hritier de tous les vques, abbs, prieurs et m.
ux >
.". A levej irtous les bnfices au-dtflous de foo liv. trois drin s,fur
ceux ejui excderaient cette fomme, un quart} fur ceux de iooo livres, un
tiers; au-d-.lfusde 3000 livie, la moiti j au-dtllus de 6000 livres, le.
deux lit.s.
A l'gard des archevques vques et cardinaux on leur donnerait, aur.
eers,un revenu di l liv ; aux fconds, de 8i et aux troisimes,
d: 11, en appliquant le lui plus aux befums de l'Etat.
Quant aux autres maifons religieufes on penfait que le roi pouvait s'em-
parer de leurs epargnts et de Kuis biens, en leur Liftant une iomme necef-
iaire pour leur modique entretien.
Le fcond plan confinait ne laifTer, pour toute proprit foncire aux
ecclefia'liijues, qu'une maifon dans le parvis de leur glife. On propufait de
mettre 1 encan tous leuis autres revenus temporel*.
Le clerg comprir bien que les deux autres ordres travaillaient fe dcharger
fur lui du fardeaude !a dette publique, et le devina d'autant plus aifenieut,
3ue deux mois auparavant on avait den and aux evques et aux chapities une
eclaration de tous leurs biens, fous pre texte de remdier aux injurtices qui fe
commeraient dans la diltribution des dcimes.
A la diffrence des deux autres ordres, le derg ne refufair point de fe
charger du tiers de la dette 1 ubhque, ; ourvu qu'on lui accordt le tenu
cellaire pour l'acquitter par fes < conomies et qu'on n'ex-geat pas Ion tonlen-
temciit a l'alination de biens dont il n'tait que le depofiuire.
D'aprs les recherches les plus exactes pour s'affurer de la valeur relle des
biens de chaque diocefe,et de ce qui devait en tre prlev pour affurer une
Ttodique fubfillance aux miniflrei des autels les drputes du dtrgs s'oblig-
rent d'teindre chaque anne un capital de 1,600,000 liv. : ce qui ne retarde-
rait la libration totale des domaines du roi que de quelques annes ; mais
ux conditions qu'il en feraient la perception la repartition et l'em-
ploi et qu'aucun bnficier, mme les chevaliers de Maithe n'en ferait
exempt.
L'offre du clerge fut accepte, et le contrat rdig le ai octobre.
Catherine prouva moin, de docilit de la part des deux autres ordres.
i.s miiTdres leur reprsentaient combien il tuit intreffmr pour les pirtifans
1e la rforme, de ne pis aliner par un refus l'efprit de la reine, qui pen-
hait entirement de leur cot promettait d'abroger Ledit de juilLt, tt d'ac-
eorder le libre exercice de la nouvelle religion.
Ces motifs portrent la nobleff* et le tiers-Etat confentir d l'tabliflement
d'un nruveau droit fur les boulons dont le produit annuel fut valu i
.,.cx>,ooo liv. et qui, par la nature retombait encore fur le clerg.
Etats Gnraux de i5j6, tenus b'lois, Jous Henri III.
Les dlibrations des deux ordres roulrent formation du confeil la paeifieaiion des troubles de religion et la iiquida-
tion des dettes. 1
Sur le premier artiele, ils ratifirent le d-rri"r accord paff entre la reine
mre' et le roi de Navarre faut toutefois le droit d=s princes et des Etats-
< nraux fi le cas Ce reprfentait.
Ils loigm rent du confeil les cardinaux, les vques er princes trangers.
Ils fratiierent que lorsqu'un roi fe ait notoirement incapable de rgner par
lui-mme, le plus proche prince du faug ferai r tenu de convoquer le.-: Etats-
CnrauXjfoui trois mois .1 peine d'tre rput tratre au roi et la Nation -,
ttqu'i l'expiration d'.-s trois mois fans Convocation chaque bailliage ou fne-
chauli e p ocederait au choix d>_s dputs qui s'affembl. raient le ir duqui-
trieme mois Paris, pour composer un confeil de rgence et rgler l'admi-
njflration du royaume.
Ils demandrent auffi que les Etats fulTent convoqus pour rgler l'apanage
d.s fils di France.
Ils inter lirent h reine mre et au confeil d'adminifliation le droit de rompre
l< s } tits-Cnraui n'en avaient approuv les motifs.
Le tien-tat demanda fimplement que dformais les Etats fulTent aiTembls
tous les deux ans et que ce fut une rgle fixe et invariable.
fui le fait de la religion on conclut une entire tolrance.
Quant aux dettes de l'Etat, les dputs exigrent des comptes plus dtaills
et plus authentiques que ceux preftnre-s aux Etats d'Orlans.
T_
Ce font les huguenots qui avaient infiamment demand ces Etats-G
ux. Ils trovaie t q.'ils y feraient les plus forts, cor une ils l'avaient t
ceux d'Orlans. Ils comptaient qu'outre les dpotes de leui religion et de
leur faction, ils y auraient encore ceux que la faveur du duc d'Anjou et les
ennemis du gouvernement prefent y pourraient introduire, ils ignoraient qu'on
avait dtache d'eux le Ane d'A jou et ils ne considraient point qu'ils
n'avaient plus leur amiral de Cvlagny ce puifiaot gnie qui fallait mouvoir,
Ul befoin drs refforts inconnus et merveilleux, ni c: cfpnt d'union, fans
equel les grands projets ne peuvent reullir.
Aufl ne fut-il pas dirficile 'a reine et aux (fuites en femant dans les
.'iovincis l'argrnt que les malttiers Italie's fournirent vo'cntiers, parce
qu'ils craignai-nt la recherche de leurs dprdations dans les Etats, de faire
ire des depu's leur choix et dreflcr les cahiers fuivant les mmoires
fecretS qu ils envoyrent dans les provinces : r lLment qu'on difait tout haut
qu'il ne fallait plus garder la foi aux hugueirots mais rompre i'dit qu'ils
vai Ht extotqu.
A la mi-novembre la plupart des dputs fe trouvrent Blois. Ils lurent
'eurs prfidens. Ils employrent le relie du mois communiquer leurs fances,
er s'entrecommuniquer en fubflance le contenu de leurs cahieis ; aprs quoi
les gouvernemens furent appel.s flon leur rang.
fance fe tint le 6 dcembre dan$v la grand'falle du
Persuads que la plus grande partie des fommes leves fur le Peu,
rrar')is 1" ou nta t pas n m entre- dans 1rs coffres du roi, ou ;
xp\e fous
] : fois 1" ou n'ta t pas n m: entre dans les coffres du roi, ou avait t
diitraire du fervice public ils demandrent l'etablilTement d'une commiflion
pour l'examen des comptes.
Aprs avoir diminu la dife par la rentre des fommes rptes furies an-
ciens adminiltr:teu,-s, et par !a rduction de toutes les depenles inutiles, la
nob if propof de partager le refidu en trois parts.
F1 s deux premires, comprenant les rentes constitues fur l'htel-de-ville
et les pi 11.s fur les banqui s, fei ; r acquittes par le rl-rjj, qui vendrait
une partie pfoportionnolle de tout bnfice excdant 400 |jv.
1 t oifitme portion devait tre acquirte parle Prrple en rparti/fant une
Cu Ii s fi ancien et otfcitrs infrieurs de jufiici-'j la fconde, fur les
I villes eioiet ; la troifieme, fur les gros bourgs er 1rs menas pi 1-
lires en f ur permettant d'impoier les cccJfialliques non nobles raifon
de leurs biens patrimonianx.
A dater du jour de cerre rpartition les tailles et autres impt. devaient
tre rainent au terme ou ils tateijt ious Louis XJJ.
La premire
chteau.
Le roi expofa dans fon difeours les malheurs de l'Etat fes profondes
bleffures et le be-lom qu'il avait d'en tre guri. Il leur prorella que le
rtiblifllment de l'ordre tait l'objet de f s dtfirs, et les exhorta fe lunir
Ici pour confommer cet ouvrage. 1 leur affura, parole de roi qu'il (trait
inviolablement oblrver tous les rgle m ns qui feraient faits en cette Allem-
blee et qu'il ne dtfpenferait perfonne de leur exacte oblervance.
Le difeours du chancelier fut trouv ennuveux et ridicule. Aprs s'tre
exeuf fur fa vieillerte et fur l'ignorance o il tait du gouvem ment Fran-
ais ; comme tranger, il difeourut longuement fur la puiffmee du roi, fatigua
tout tout le monde des louanges de la reine-mere j et conclut par demander de
! argent. Mais on n'y tait gures difpol.
Les fentimens des Etats ne s'accommodrent ni aux intentions du roi, ni
aux efprancf-s H- s huguenots. Dans ces Afienibles il v en .1 toujours
quelques-uns qui rappellent aux autr 5 les droits .v. i- ns t naturels du Peui'le
rentre lelquels ils ne peuvent croire qu'il y n:" prefeription Ceux-li obli-
rerent le prfident du clerg demander au roi la ratification de tous les
points rfo!"s par les trois ordres. Le roi s'imagina que cela fe faifait ; ar
rirppulfion d's auteurs de la ligue q'ii dliraient donner une partie de fon au-
torit aux Etats, afin de la reprendre de leurs mains.
Le roi voyant que les Etats s'chauffaient beaucoup fur le fait de h reli-
eirn qu'ils taient prs de lui demander un chef pour la lieue et mme
de lui en nommer un qui fans doute eut t 'c duc de Guifi il le voulut
tre lui-mme la fiena de fes propres mains, la h" ligner tout It-s erai
l'envoya dans Paris et dans les provinces, avec ordre toutes prrlonnesd'eo
faire autant. Voila comme de roi, il devint cfuf de cabale et de pre com-
mun l'ennemi de fes fujets.


r es plus vh 'mens prenaient fort la rvacation de l'dit et t'<*n an
d.,; nr la guerre. Les esques, d'accord avec Es premiers demandaient i.i
publication du Concile de Trente. On l'oppofa ce dernier poiai : d'autre
protefterent de nullit fi l'on rvoquait l'eoit de pacification.
Peu aprs, les Etats ayant fuppli le roi de ne fouffrir d'autre relipion que
h catholique, il rpondit clairement que c'tait Ton intention ; qu'il voulait
que fes fuietl fulTent avertis de n'ajouter aucune foi ce qu'il pourrait dite
ou l'aire au contraire et que s'il tait rduit ce point-l il ne tiendrait
fon ferment que julq l'a ce qu'il et les forces et l'occafion de le rompre. I
dputl des huguenots tonnes de Ci s paroles et de la reiluti.ni des Etats,
protelterent contre. La plupart m ne l retirent de Blois tt allrent por-
ter l'alarme dans la Rochelle et dans le Languedoc.
Le roi craignait cependant de perdrs fon repos et d'augmenter le pouvoir
di-sGuifes. Il voulut que les Ktats envoyaient vers l.s deux princes tt vers
Damville pour lai inviter fe rendre l'alemble.
Cependant, pour n'avoir point s'imputer lui fetil la guerre qui allait
commencer, il dlira prendre par crit l'avis des plus grands feigneurs, de
fa principaux et nfeillers. Us conclurent tous qu'elle tait jufte et ncefTaire ;
Don pas qu'ils cruffent ainli mais parr*> qu'ils penfaient que c'tait Ion
d Si de la taire ou du moins d'en feindre l'envie, afin de tiret de l'argent
dis Etats.
Il demandait deux millions pnur les frais de cette guerre ; et les favoris
fin nt jouer tous les rtffous imaginables pour taire ruflir cette demande.
Le tiers-Etat qui favait bien devoir payer pour tous ne voulut jamais y
Confentir non plus qu' l'alination du domaine. Bodin fur cette quellion ,
Ktnontra avec nergie que le fonds du domaine appartenait aux provinces,
et que le toi n'eu tait que l'ulufruiticr. H perfua.la tellement l'Aflmble,
que l'on rpondit Belli.vre que le roi y avait dput pour cela que h
droit commun tt les lois fondamentales du royaume tendaient la chou- abfo-
lument impolible.
C'eft dansett tat des chofes que fe tint la fconde fwce le it janvier.
Les orateurs du .cierge tt de la nobhlie commencrent leurs ciifcours a
ftnoux IcUtS dputs tant debout et dcouverts : mais au >onr de quelques
phrafes les orateurs l levrent, et leuts dputes s'aflirent et fe cou-
vrirent. L'orateur du tiers-Etat avait t traie de mme aux Etats d'Orlans;
mail cette fois on le lai.Ta prs d'une demi-heure genoux, et fes dputs
toujours debout; et nu tte.
On avait charg ce dernier de fupplier le roi de runir tous f-s fujets
dans la religion catholique fans adeun moyen violent; de demander ablolu-
mtnt l''ection des bnfices fins en rien remettre U volont du roi: de
toucher fortement la mauvaile admmiflration des finances ; d'infifter fur la pu
uicionde ceux qui les avaient pil's ainli que fur l'expuhSon des trangers hors
du gouvernement, et fur la difpenfation des deniers publics.
Aprs cette fance, aprs que les dputs eurent travaill quelque-tems
leurs cahiers les ligueurs firent conclure que le roi firait fupplie de d-
fendre tout autre exercice que celui de la relir-ion catholique. Cet avis palla
la pluralit des gouvernemens non pas des voix des dputs : encore nt
pallu-t il que de deux fumages ; et bientt aprs, ceux de Paris, craignant
que les premiers denier ne fe levaffent fur leuts rentes de l'htel-de-ville ,
voulute te rtracter.
Les huguenots, ayant eu avis de ce qui fe pafTait, drefferent une contre-
ligue dont le prince de Cond fe dclara le heutenant fous l'autorit du roi
Navarre et publierenf; le plus hardi, le plus fangEnt des manileltes. L'edit dt
pacification fut rvoque.
Etats-Gnraux de iSoo tenus Blois.
La puerre de la ligue commuait avec la mme chaleur. Le duc de Guife,
h follicitation des Seite tait venu Paris. La leine mre ne ceffait de
traiter avec lui. Soit frayeur foit prudence, Henri 111 s'tait enfui
Chartres o le parlement envoya fes dputes poui le fupplier de revenir.
I s roi fi: quelques jours aprs, favoir au parlement qu'il avait rfolu
d'afiembler les Etats-Gnraux pour travailler foigneufement la rforma-
tioi) d^s abus de fon royaume, et lui affurer un fuctelieur catholique.
L'ouverture des Erats fe fit le 10 octobre. Le clerrt avait 154 dputs,
armUefquekquatre archevques, vingt-un vques et deux chefs d'ordre)
1 noMefie en avait 180 ; le tiers-Etat 01 partie gens de robe, partie gens
de commerce.
Le roi tait d^j inftruit, par la teneur des cahiers qu'il y avait un complot
form pour abattre fon autorit et pour relever celle des Etats au point
ou elle tait autrefois : aufli donna-1 il all/, connatre, dans fon dif ours,
le reflentiment qu'il en avait contre le duc de Guife. Mais ce prince s'en
plaignit fi amrement par la bouche de l'archevque de Lyon qu'il fut oblig ,
en faifant imp irrjcr fa harangue d'en retrancher bafucoup de chofes qui n'en
demeurrent que plus avant graves dans fon cur.
Le mardi fuivant, dans la fconde fance, le roi jura l'dit de runion ;
ordonna qu'il fut obferv comme loi fondamentale de l'Etat, et voulut que
les trois ordres le juraffent d'une voix unanime. Cela fait, il protetta d'ou-
blier le paile et chargea le prvt des matchands d'en allurer la ville de
Paris.
Le roi, ulcr de M qu'on l'avait forc de jurer cet dlt, tait bien plus
offenfe drs plaint, s que les Etats faifajeQt contre le gouvernement : ils de
mandaient] en tiet, la fupprellion des nouveaux effiess, le rabais des tailles
et des impts la recherche des financiers et des favoris, leur punition ,
celle des traitant ; ils employaient tous les moyens pour borner ia domina-
tion abfolue, et pour rtablir la puifiance des lois : ce oui ne provenait pas
feulement dos factions de la ligue mais encore du defir unanime des Peu-
ples qui dans le cas o le roi viendrait mourir, Croyaient neceflaire de
mettre foi fucceff ur Un frein fi du (Tant, qu'il ne pu: jamais le Irifer, ni
faire fourTrir la Fiance des opprellions pareilLs celles qu'elle avait reffm-
ties depuis le rgne de Louis Xil. Mais les murs trop corrompues des Fran-
ais ne s'accordaient pas avec leuts defirs > ils feuhaitaient en vain ce qu'ils
ne militaient pas.
Cinftanee qu'on faifait au roi Ai recevoir le Concile de Trente le cho-
quait er l'embarraflait- La demande .les Etats, que leuis cahien fiMfent
lutifs, lui parut encore plus rude. Ma lui firent, pour l'obliger dclarer exprefiment le oi ,ie Nvut incapable
de fucceler la couronne.
Accabl d'inquitude dgot mme du gouvernement qu'il voulait
abandonner entirement la reine-mere tantt plein de confiance tantt
rempli d'indignation contre le duc de Guife, dont il voulait lu dfaite, il
E
parti dp le foire afTamner. Fn effet !e duc prir. Marabne er 1
la nouvelle, er s'enfuit en bout] 1 : 1 allure nt djs po.t
Pris s'atTemblent l'i lilent le duc d'Aumeit pour leur
gouverneur, et dclarent hautement leur rbellion. Quelques maghtratt iont
s dans la Batlilki d'autres, pour en fornr trahissent leur fetnwnt,
et la ligue Lit ligner au parlement un acte wir la conferv.ition de la 1,1 ion
Catholique. Le roi ordonne d'Aniii.ile de lortir de Paris transfre le parle-
ment Tours, et continue les Etats Blois, perfuad qu'il devaient apporter
un prompt remde tant de maux.
Il leur fit jurer une fconde fois l'dit d'union pour montrer qu'il tait
ihoiiqne; aprs quoi il reut leur% Cahiers-, qu'il examina Jurant qu, I-
ques jours. Il entendit enluite leurs hataiMues, pi-mes de luges expdient, de
piaillantes laifons et d'avis foliuires. Mais les curs taient bien loignes ;
tellement que ce ne fut qu'une le, ne od chacun lut fe mafquer et jouer un
perluiinage diffrent de ce qu'il tait intrieurement.
Le roi recevait de, tous cts des avis de nouvelles motions. Il vit que
la plupart des deput.s l retiraient fans rien dtiej il les congdia tous; et
afin qu'ils remportaient des marques de fit boute dans les provinces, il donna
a la noblefi la libert de Brillac et de Bois Dauphin au tiers-tat, celle de
trois ou quatre dputs que Richelieu avait foit arrter. Mais tout oublirent
le bienfait, pour ne le louvenir que de l'injureA
De plus, il leur accorda et fit publier quelques arric'es de leurs cahiers
entr'autres un rabais de la quatrime partie des tailles : aulti-bien y en avait-
il plus d'un tiers en non-valeur. .
Etats-Gnraux de 1614, tenus Paris fous Louis XIII.
la rgence de Mdicis avait fiit beaucoup de mcontens. Le prince de
Coud en tait le chef, et le maichal de Bouilon avait engag plusieurs
autres princes quitter la cour, tt le runir tous en Champagne, pour
demander la rformation des abus qui s taient gliiies d.ns le royaume.
Ces factions alarmrent la rgente ; elle craignit de voir renatre les mal-
heurs dont la France avait t trouble lous les rgnes prcderas.
Elle affembla proinptement le confeil, qui fut d'avis que fa majetli crivit
une lettre circu aire tous les parlemens du royaume aux gouverneurs des
provinces er des places, au prvt des marchands, aux m lires et ech.vins
des villes, pour les exhorter demeurer fidles a^i roi, et ne pas le lailler
furptendre par le prince de Cond et fes partifar.s; dclarant que fa majeft
avait refolu de conuoquar les F.tats du royaume pour y prendre deS refolu-
tions convenables au bien public.
D'un autre ct la rgente "n'oubliait rien pour tcher de regagner le
prince de Cond, qui, aptes avoir rallembl les principaux de fon parti, lui
crivit une lettre en forme de inanifelle.
Il s'y plaignait de la diflipation des finances, du choix des petfonnes in-
dignes qui taient revtues des premiers emplois, de la trop g ande autorit
des miniltres du peu d'gards qu'on avait pour les princes, pour les pairs
du royaume er pour les olHciers de la couronne, des obftacles que Es parle-
mens trouvaient dans l'exercice de leur juril'diction, de U ruine de la nobli-ffe,
du prix exceiiif des charges de judicature, de l'opprtlfion du Peuple, de la
ngligence d'.'iTembler les Etats-gnraux, de la prcipitation avec laquelle
on avait conclu le mariage du roi, mme avant fa minorit, oVc. Il y deman-
dait l'Alfembl >e des littts-gneraux dans ttois mois au plus tard la lufpenfion
du mariage du roi et des princeffes fes furs, jul'qu' la fin des Etais, et de
mettre auprs de fa rnajelte des petfonnes de probit reconnue.
Marie fit une ample rponfe au princ de Cond, auili en forme de mani-
fefie, et lui piomic d'aflcmbler au plutt les litats-generaux, pour travailler
la rformation des abus dont il fe plaignait.
Cependant les factions continuaient encore ; et ce fut pour y mettre fin ,
que d'-aprs le confeil da chancelier, on fit, le 24 mai, un tra'r.- par lequel
on accorda une partie de leurs prtentions aux principaux chefs, qui revinrent
aulli-tt la cour. .
Tout panifiait tranquille. Au mois de juin on avait expdi des lettres-
pitentes pour la convocation des Etats-gnraux, indiqus au lofept-mbre
dans la ville de Sens; elle furent envoyes et publies par tous les gouver-
nemens, bailliages et fnciuuflegsdu rcyaume.
Cela n'accommodait pas la rgente qui craignait que les Etats ne la cha-
grinaient fur fon admmiltration ; qu'ils ne demandauent l'loig'nement des
miniltres, fur-tout du marchal d'Ancre, et qu'ils n'empchaifent le roi, de-
venu majeur pendant que l'Affemblee f-rait encore fur pied de laitier .1 fi
mre la mme autorite qu'elle avait cie pendant fa minorit. Le piin
Cond qui avait intrt que les chofes fe pafTatTent ainli bien loin de les)
amener au point qui lui convenait, donna lieu lui-mme au dlai qui favorifa
les vues de la rgente.
La r fi fiance inutile du duc de Vendme en Bretagne, et les mouvemens
mal concertes du prince de Cond en Poitou fournirent ia rgente un
prtexte piaufible de mener le roi, fon fils, dans ces deux provinces, et do
remettre l'ouverture des Etats jufqu' leur retour Paiis.
Durant ce tems-li le roi devint majeur. Il vint, le 2 octobre, dclarer la
majorit dans un lit-de-juftice renu au parlement. La reine dit qu'elle remet-
tait l'adnniftration des affaires entre les mains du roi, fon fils. Le jeune mo-
narque la remerca de fi_s foins, et dclara qui! ne prtendait gouverner d-
formais que pat les avis de fa mre : ce que Mdicis avait eu loin de m-
nager adroitement pour conferver toujours ion autorit. Alors elle fit trans-
frer lei Etats Paris, et i'Allemblee fut indique au 10 octobre.
Le it, le roi fit publier fon de trompe que les dputs dj arrivs
euff nt l runir} le clerg aux Auguftns la nobletTs aux Cord liers et
le tiers-tat l'htel-de-vil'e. Mais, lur les ^implications de la non! If- er du
tiers-tat, les trois ordres furent afiembls aux Auguftins, pour qu'ils pull-.it
confrer plus aifment enfemble. /
Le cle'g avait 140 d-pures, parmi lefquels r cardinaux, 7 archevques
et 4-7 vques, La .lobleff.- eut r$J dputs. Il y en eut 182, tant
d. julHce qu-> de finances, pour le tiers-sstj que prefwiait M. Mifon, pr-
vue des marchands.
On rgla qu'aprs trois joursde jene pub!i-,in 'iqusDour implorer l'affiliante
de Dieu il y aurait le dimanche 16 octobre une procetfion folemneile
Notre-Dame, et que le lendemain l ferait l'ouverture oc i'Aifimble au
Louve dans la fille de l'htel de Bourbon Le roi, la,reine, toute h tour
atlAerent cette procefllon. t.'vque de Paris otu.ia poutificaiejwnt.
L'archevque de Bordeaux y prcha.


K
les ipmi', s': ", et mm arart pr'-s Jetirs places, 'e roi
du rovaum.-, tait d'couter les plaint et de pourvoir Lars
g iefs. I. c'a .'aria enfaite fur b de* aff
a ctf rrolei air Es o
fa place, et dit 4 dputes, q-.. 6 leur pettnett
nore iave-
rabsrerr.ent. C fia termine par le harangues des trois ord
Le tiers-:a: eft temotua ce!ui contre lequel U cour il le p!us en garde.
form o.-diruireT:nc les d: putes de provinces qui ne briguent ni U faveur,
j es il; a cour, il prent Wus vivement les inrerts du Pc
o.onr il oanmt n.ieu le griefs et 1. s fuf ts de plaintes. Le cierge et U no-
fte, au contaire, ne portant que la mo.ndre partie des ch.igcs publiques,
foui aulG nions !'cnfit>L-s aux abus ou Je 11 cour tiennent les principaux de ces deux ordres d.i*S une
iance. Ai fi ia reine et Ses iwniftres ne longeaient qn'a rompre
les mefures du ders-tai par rapport 1j rsfurm.tion'du gouvernement
CoBimr ii aurait t dangereux de icitrtcr hautement fes demandes, on
jugea qu'il n'y : U d; m* Htm expdient que de mettre la divifion
cm lu trois cfea-nous, et de rendre l'AlIcmbiee la plus tumuUueiale qu'il
| ourr.it. a
Pour cet effet, on engagea le c'erg et la nobEffe propofet des articles
Je lfflWMW auxquels le tiers-etat aurair pei.ie a conenir; et comme on
ne dputait pas que le tiers-etat n en ptopofat aufli de l'on cote qui n'ateom-
modetaieat ni 7e r.i la .on fpra eu.' cesconteltations por-
teraient l'ASSemblee a fc leparei ou qu'il ferait aife 3e la congdier en
anufa.it le Peuple pu des p:omtflcS wgues. La choie a.riva, en effet, MBM
li tour i avait ptejete.
On s'aff.-n.bla le 4 novembre ; et la premire chofe que prop. .1 la nobleffe,
fu: 1 ajj'.ition de la pttdeiR. Cel une finanre que les orficurs payent tous
Jet un pour rendre leurs charges hrditaires.
Rien n'embarriffa pins U tiers-tat, compof de ces fortes d'ofrci rs et
de nuglflraO. il denur.da fon tour la diminution des uilles, et le retran
cheoMDI des perdions que la cour payait une infinit de perfonnes.
Ni l:f uns ni les autres n? s'accommodaient de ce* propofitions : ils en
demandrent la furfes::ce ; et h cour ies payant de belles paroles, dit qu'elle
fournirait que Es chambres drelfa ient au plus t: le cahier gnral de leurs
.plaintes fars que !' propofittom extraordinaires que l'on pourrait faire
ja tr-vrrfe, les drournafient de cet objet principal. Ces diffrens intts
ne manqurent pas de produire les divisions que la cour en attendait, et l'on
oablia nen pour les tairai croitte.
Le clerg eut quelque complaifance pour la nobleffe efprant que les
gentilshommes en aurai:;* leur tour pour le clerg qui voulait obtenir
la pubtkarioa du Concile de Trente en France. Le tieis-ut s'y oppola
lormeliemcnt.
D'amies contefktions fu.vinrent entre les facults de l'UniverSit de
Pa.is.
Ce corps prtendait avoir fJance dans la chambre du Clerg, \jt clerg s'y
oppo.a. Le confeil ordonna que l'Lniveifit dteSlerait fon cahier de demand.s ,
mai* Es Facults ne purent convenir fur ce qu'elles avaient demander : deux
r. -, 1 e ;; i.rent le (ilcr.ee ; et lorfeue le recteur prfenta fon cahier au cierge,
on le rejeta fous prtexte qu'il u ava t pas t dreffe de concert avec les
qu:tre Facults.
Le clerg et la nobleffe p irent mme de l occafion de demander la r-
formation de toutes les univerfis du royume et que les jefuites fuffent
C .!!e de ?aris, en fe contormant toutetois a fes lois et fcs cou-
tur.jcs. Mais cette proportion n'eut aucun etfet.
Le clerg et la nobleffe avait aufli dreff un article pour demander au
Toi l'accompliffement '.e fon maria2e avec l'Infante tt de celui de madame
E'ifa'oeth de France avec le prince d'F.fpagns : on ne pouvait rien faire de
plus agrable Mark de Mdicis; mais la joie qu'elle en eut fut mlee
Les trois ordres demandrent conjointement, que le roi voult tablir une
enanibre compofee de perfonnes prifes dans les Etats, pour la recherche des
n.alverfatior.s comrnifes dans le manicme^ des finances.
Ce furent les partifans du prince de Cond qui mirent cette affaire fur le
t;pis. Leur vue tait de faire rendre compte la rgente de fon adminiftra-
tion. Cette princeffe Clada adroitement et fit fi oien, pir fes intrigues ,
qu'elle emi cha les Fltats-Cenraux d'en connatre. Ses partifans fe conten-
t.; :.t de dreffer un article en termes forts et preffans, pour donner des
avis au roi fur la manire de rgler fa depenfe. M.is la cour n> s'en mit
1>ai en peine, perfuade qu'aprs la fparation des Etats, elle ferait ce que
on lui ferr,b!erait. Il lui fut d'autant plus facile de rompre l'union des trois
ordres fur cette affaire qu'ils et lient l'occifion d'un article reu dans la
la chambre du tiers-tat, alors divifs. Cet anicle regardait la puillance fou-
\ m::. a du roi etla frjt de perfenne.
La cabile jfuitique prvalut, et fit ter cet article du cahier, comme
ptri.icisux a la religion et tendant a caufer an hifr.e dans l'glife.
Le paiement rendit un :r:t pour fontenir que le roi ne devait reconnatre
a;.cur. fuprleBr au temporel dam Ion royaume : maxime qu'il regardait comme
Ul d.s lois fondamentales de la n-onarchie tandis que le clerg 1a com-
battait ouvertement dam l'Afferr.ble folennclle des Etait.
Le clerg fe plaignit de cet arrfct, [et dreffa un article pour la furet et
la vie des princes. Le roi voqua lui le diffrend. Mais le clerg n'eut
n'eut point de repos qu'il n'et fait ot;r du cahier l'article du tiers-tat et
de la paulette.
1 1 divifions raint la conjoncture la plus favorable que la cour pt
avoir pour contjdiei cette Aff^mble. La reine mre et fes miniflres rfo-
lutcr.t d'en profiter.
' 'n fit fa voir aux trois chambres qu'elles euffent meure inceff.imment leurs
&hien en tat d tre prfentes au roi C'tait difait on pour rtablir le
cal ne- dam lei provinces qui commenaient a l'agitei ; mais c'tait en effet
p d licudrel'Xllemble qui finilfait de iroit aprs la prfentation des cahiers.
I i. s'en aperut, et commena fe d.fi.rdece grand emp-effement
des ininilires. Bile enragea le clerg i demander que les cahiers fuffent r-
pondus avant la fparation des Etats.
Une pareille dlibration alarma extrmement la reine et le miniltres. Ils
entreprirent de gagner le clerg pour fe tirer d'un pas fi dlicat. L'arche-
vque de PorUaux fe chargea d; cette intrigue. Le cardinal Duperron le
fconda de tout ion pouvoir. I
I*s firent enrfnd'e :n clerg que iwais- il n'obtiendrait l'effet de Ce% de-
c- Us, tat eue l'ASembee ferait fur pied; qae les du tiers-tat
) forciM sobfiacksini qti ils lui debautheraie;,' peut-
tre la noblefle, avant que e cahier Mt prfenr j au lieu que l'Aifemblee
lierait plus le cierge par les rtnu.n-
s, tt que le toi ferait en p'eine libeit d'avoir gard a fes re[
tatiens. Ces raifennemens n'avaient rien de folide ; mais iespiomiffts firent
>;e n'avait pu faire la perluifion. Les prlat* gagnes par la cour en-
tranrent It$ autres; et la nobhlTe ne fut pas allez forte pour relillet.'
ne fe relcha pas nanmoins entirement de fes demandes. Voyant
que la ccur ne vc-ulait ; as consentir ce qu'il y ni' des dputs des
trois ordres dans le confeii du roi, lotf^u'on y dlibrerait fur les r-
s a tita aux cahiers, elle propofa du moins qu'il y et fix des plus
anciens confeii'.ers d F.tat qui fuffent appels avtc le pri..ces et les oi.ti.is do
ia couronne pour donner des avis la majeft fur les rporues qu'elle devait
taire. L'archevque d'An tut charge de la proposition.
Mais fa harangue dplut la reine qui voulait tre la matrelie abfolue
de rara accorder au roi ce qui lui plairait.
On fe moqua des inftances ritres des trois ordres. On traita leur pr-
tention de nouveaut dnngcreule et prjudiciable 1 autorit du roi ; et voyant
qu'on ne pouvait les dfun'r qu'en prenant un ton dcifit", voici comme on
pondre le roi a la demkte remontrance des depu;es : Je louhaite,
oit le jeune monarque de donner toute forte de Satisfaction aux Etats )
mais je ne pui^ prendre aucune mefure que fur les cahicis que vous me pr-
fenterez. Je veni les recevoir la femaine prochaine au plus tard. S'il eft ne-
ceffaire que les Eu* fe raffemblent l'occaiion des rponfss que \'y ferai,
nous y pourvoirons dans les tems .
Cette rponfe fut pour les miffiires de la cour une nouvelle raifon de
r-m nei Ls autres a l'autonte du roi. Chacun fe tint prt prefcnier fes
cahiers le 2} fvrier fuivant.
C'tait le jour auquel devait fe faire la clture des Etats. Leurs mjjefil
s'y rendirent avec la mme pompe qu'on avait vue 1 ouvtttuie de l'Af-
l emble.
L'vque de Luon s'avana pour prfenter au roi le cahier du clerg et
le harangua Son difeours roula lur la fuppiellion de ih-rdi. et de la vna-
lit des -barges ; fur i:s retranchemens d.s dpenfes exccliives en gratifi-
cations et en pendons accordes fans uceilite ; fur la refiiturjon des b ens
de l'cglife pofldes par les huguenots i fur l'accompliffement du double ma-
riage j fur ies bnfices donnes comme des recompenf.s des g' ntilshommei
biques i fur la part que Lsecclefialli ^ucs devaient avoir aux affaires d'Etat,
et l.ir les Luanges de la reine, qui il exhorta k roi d'en laiffcr toute l'admi-
mltration.
Le prfident de Senecey harangua le roi fon tour. On fut furpris que la
nobleffe lui vit ainfi Ls impreflions du clerg et que ces deux ordres euf-
lent concerte eniemble les principaux points qu'ils dtvaient mettre la tte
de leur cahier. Tels taient il publication du Concile de | Trente le rta-
b.i.'Ic.it-nt de la religion romaine dans le Ba n et ailleurs i une defenfe ab-
folue aux cours louveraines de prendre connaifiance de ce qui concerne la
foi l'autor-t- des papes, les regLs monattiques ies rglemens des appels
comme d'abus, la refotn>ation des univtilites le r.ublilkment des J-
luites, &c.
La harangue du prvt des marchands, qui parla pour le Tiers-Etat, parue
plus ju4icirufe et plus folide. Il prit un temprament beaucoup plus digne
de l'o'.tafion o il fe trouvait. H toucha miei x qu'aucun or.lte les verw
tables caufes des defordrts d'i clerg et prop fa des remdes plus conve-
nables tt .lus efficaces. U ne s'leva pas moins fortement contre les exevs
de a nobL-ffe et des gens de robe. Enfin il recommanda au n une roi le
rerabliffcmenr d- la police et du commerce la bonne administration des
finances, l'abolition es penfions accordes f*ns necellit le foulagement du
Peuple, et la diminution des t.illes.
On avait promis aux trois ordres que le roi rpondrait leurs cahiers,
avant qu'ils fortifient de Paris. Cependant, comme on ne voulait leur accor-
de; aucune des chofes principales qu'ils demandaient, la cour tait en.bar-
ralfe et ne Savait comment renvoyer Us dputs dans leurs provinces.
On leur permit de s'affemb'er encore pourvu que ce re ft dans aucun
lieu public, et qu'ils ne priffent aucune rfolotion fur Es affaires tiaiies
dans l'Ailemble gnrale ; tt comme la reine voulait au moins Sauver les
apparences, elle fit rdiger fous trois chefs les propofitions contenues dans
les cahiers. Le premier concernait les affaires de l'glife i le Second, celles
de la nobleffe; et le troifieme, celles du Tiers-Etat.
Tous ces points devaient tre examins dans des bureaux compofs de
p'uSieiirs commiffai es du roi qui devaient en faire le r-pport S. M.
Chacun jugea favorablement de ces difpolitions apparentes. On entra dans
un examen qui fit bientt natre des difputes entre Es dputs.
C'eft ce que la cour demandait ; elle voulait Es I.iffer par une difculTion
fur laquelle ils ne s'accordaient pas ; et l'on ne trouva point de pret.xte
pus Spcieux pour ies renvoyer chacun dans leui provinces.
En effet, les dputs furent mands au Louvre le 14 mars. On leur d-
c'ara qu'on avait trouv un Si grand nombre d'articles importais dans les
cahiers qu'il n'tait pas poflible que le roi y repondit en auili peu de tems
qu'il l'aurait Souhaite i q'ie cependant S. M. vou ait bien donner des marques
Serfibles de fa bonne volont aux Etats, in rpondant favorablement Uurs
pr ncipaUl demandes; qu'elle avait pris la rlolution d'abolit la vnalit des
charges et de rgler ce qui en dyend ; d'tablir une chambre de ju' ice
pour la recherche de* financiers, de retrancher les penfions, et de pourvoir
le plus tt pollible tous les autres articles.
Puis la reine prenant la parole, dit elle-mme aux dputs qu'un Si long
fmur Pans leur caufant beaucoup de dpenfes, il tait tems qu'ils fon-
geaffent s'en retourner chez eux.
Ai ifi finirent les Etats-Gnraux dont le bien public avait t le pr-
texte mais qui, par les factions oppofees la lgence par les intrigues
de ceux qui avaient intrt qu'on ne fit aucune rforme dans l'Etat, par
les divifions entre les chambres par le d:!ai qu'on apporta rpondra i
tous les articles des cahiers devinrent abfolurr.ent inutiles et ne produi-
sirent aucun des bons effets que l'on e;i attendait.
Chacun tait mcontent de h manire dont on avait congdi les Etars.
Le parlement Surtout fe plaignait des atteintes que la cour elle rrrre avut
donnes l'autorit royale. Le m-.rcriai de Bouillon engagea adroitement
cette compagnie fe dclarer la premire contre ces abus.
11 fit fi bien par fes intrigues que trois jours aprs la diffolmion des
Etats, deax magiltrats de chaque chambre des enqutes furent nomm pont
dler


a!l r prier le prfident d'afTcmbler protnptfm^nr root le* autres. Mais !a dli-
btration et les remontrances du parlement n'eurent aucune fu;te par l'at-
tention qu'eut la reine d'y oppofer l'autorit du roi, et lts dtentes les plus
abfolues d'y palier outre.
Ce fut dans la confrence de Eouduh en icit que le prnee de Cond,
toujours mcontent et toujouis redoutable parvint faire accorder quel-
Ml uns des articles dbattus inutilement dans l'AfL-mble gnrale des
Etats.
En 1017, quelques-uns de ceux qui compofaient le confeil du roi, eurent
affez de hardieffe pour demander une1 nouvelle convocation des Etats ; mais
ce ,kul mot flait trertibler lts minire* et l'on dit qu'une affemble de
notables futfifait pour remdier aux beloins prfens.
Cette APemhle fut indique Rouen le 14 novembre, et congdie le
26 dcembre fnivanr, fous prtexte d'une indilpofuton furvenue au roi qui
forait de remettre Us dlibrations Paris. Ce fut ainfi que la cour luda
meure les demandes faites dans la dernire tenue des Etats-Gnraux.
Forme pour la convocation particulnre des bailliages et fnechaiif-
jees pour VAjJemble gnrale pour le dpartement des clajfes,
et la formation d.i cah'urs.
L'ancien tifage pour la convocation des Etats-Gnraux tait d'adrefler les
nu uniions aux pairs, qui aflembUieot les trois ordres de leurs provinces ,
et amenaient avec eux les dputs aux Etats-Gnraux.
s dep is l'inllitution des bailliages et inehatilfes royales on adrtfTe
ces commutions et mandemens aux b illis et fenethaux.
I ne prrogative leiu eft accorde tt leur appartient dars l'tendue de
leur lefloit, l'exclulion des juridictions et fiches particuliers qui n'ont
pas droit de convocation ni de dpuration, (t)
les baillis et fnch:ux dcernent leurs commilTions particulires er les
font fgmficr par desfcrgtns au clrj, dans tous Us bnfices du relTort ;
la noblelie, dans tous les fiefs, terres et feigieuries qu ils pofledciit dans
le mme rtllort ; au Tiers Etat enfin dans toutes les vides villages et pa-
loifles qui y reflbrtillent.
II leur eft intim de fe trouver ou d'envoyer quelqu'un pour eux au jour
et i:u a%ns dans la ville principale du bailliage ou fenechauffe, d'y ap-
porter Itijrs pLintcs, et d'y lire un deux ou tel autre nombre de dputes
des trois ordres pour fe trouver l'Allemble gnrale des Etats.
Ee jour aiTign tant venu le greffier fait lecture au lieu et fiege prin-
cipal du bai'liage ou fnchauileo des lettres pattntes du roi. Chaque ordre
elt appel.' fou tour. Ee bailli ou f-.m'chal ou leur lieutenant v ptefidr
comme chef de la juflice du pays, afift des membres des trois Etats et
reoit des aftiltans le ferment d'lire leurs dputes pour fe prfenter
l'Aflemblee gnrale.
Alors chaque ordre fe retire fparment dans une chambre procde
l'lection 1 rapporte le frrment de celui qui elt lu tt drefle chacun en
particulier les cahiers de plaintes et dolances.
Quant aux cahi ;rs du Tiers-Etat, caufe de la confufion qui rfultetait,
fi tous attiraient leur formation on coniigne tous les mmoire et inflruc-
tions entre les mains de dix ciouze notables qui font ferment de les
extraire fi tellement d'y joindre les autres renfeignemens qu'on leur procu-
rerait, et de former ainfi le cahier du Tiers-Etat.
Ees ommiflion* pour Paris font adieffes au prvt de Paris pour la
convocation des Etats de la prvt et vicomte. Elles font aufl adreflees
au prvt des marchands tt chev-ns de la ville qui dcernent mandement
aux quartenieri d'avenir les plus notables de chaque quartier, partie officiers,
1 artie bourgeois, de le trouvera l'Afltmb e.
On y mande l'vque de Paris, comme botrg'ois un ou deux ecclfiaf-
tiques de chaque communaut comme de S. \ ictoi, de S. Marcel, des
Chartreux, et autres except les mendiant.
Tous les confci'lers de ville et principaux matres orfvres-, foureurs,
drapiers s'alfemblent d'ajrs le mandement du prvt des marchands et
des chevins, pour confrer de ce qui intretfe leur tat, et drefltr leurs
mmoires qui tout joints au cahier de la ville.
' On choifat parmi eux douze ou quitte perfonnes intgres et claires, pour
cxnniiur tous ces mmoires. 11 le fait des publications au prne, poi r
recommander tout particulier de porter ceux qu'il aurait prelenter, dans
un tronc dpof pour cet effet l'htcl-de-ville.
Les cahiers ainfi drefTs, relus et examins, font duement figns par les
dputs de chaque ordre et contiennent acte de leur dputation et de leur
pouvoir.
Une ordonnance du roi et du prvt de fen htel, indique le jour o
l'Afkmblc gnrale doit fe tenir.
Mais la veille on publie l'on de trompe et on affiche aux lieux publics
frquents de la ville, que les dputes des trois ordres de chaque bailliage
ulieuibleront aux lieux qui leur (ont dpartis.
Lorfque les dputs font runis on drefle le procs-verbal et le rle des
pays gouverncmtns bailliages et fenchauffes du royaume.
On nomme un greffier ou fecretaire pour erregiftrer les noms et qualits
des dputs : la vrification de leUrt pouvoirs, et les confrences prli-
minaires.
Cette lection eft provifoire feu'ement, et fous la rferve expreffe des
droits appauenans aux dputs de la noblelie et du tiers-tar. La vritable
lection le lait la pluralit des voix.
Aprs la prefentation dis dputs et la vrification de leurs pouvoirs, on
nomme a L pluralit des voix un pcefidtrft et chef de l'Affemble. Pour le
(0 Jug par arrt du ronfeil pendant la tenue des Etats de Blois 1588 ,
1^-- dputs du baiila;;e de Sens et cetx de Eangtes fieee particulier
duiit bailliage. H fut arrte que les dputes :de Langres n'auraient aucune
e ni voix dliberative aux Etats, et remettraient leurs cahiers ceux
de Sens.
17
tiers-tat on eft dans l'ufage d'lire le prvt des marchands de Paris et
de l'inftallerj non qu'il ait cette prrogative, jure fw mais ai UM qu'il
eft lu : les regiftres en doivent taire mention expreffe.
Le prfident nomm reoit alors lui-mme les fuffrages de chaque dput
et par bailliage, pour l'lection d'un greffier ou ltrfrai-e, et de deux van-
ge'.iftes qui jurent entre les mains du prfident de s'acquitter fidellement de
leurs charges. Les autres dputs prtent aulfi ferm nt de rapporter toutes
leurs dlibrations au fervice de l'Etat, et de les tenir Ircrettes.
Pour empcher la confufion qui pourrait avoir lieu s'il fallait fur chaque
point mis en dlibration piendre particulirement l'opinion ife chaque
dput on rduit les bailliages tt fenchauffes en clalcs ou gouver-
nemens.
Pour drelTer les cahiers des Etats, voici comme l'on procde. Les dpurs
de chaque gouvernement fe retirent dans un lieu convenu pour confrer
entr'eux et rduire les cahiers de leurs bailliages en un feul qu'on appelle
cahier du gouvernement ; ce qui fait douze cahiers, s'il y a douze gouver-
nemens.
On dpute enfuite vers le roi le prfident avec un dput de chaque
gouvernement pour le fupnlier de n'avoir aucun gard aux proteftations con-
traires aux rfolutions qui fe prendraient dans l'Aflemblee. On rgle aulli
Us ontril.itions qui furviciinent pout les rangs, et qui le vident entr'eux
ou au conlerl.
La veille du jour afign pour ouir la propofition du roi, on fait une
procellion folenntlle, o affilient le roi, la reine les princes du fang, les
Mitres princes et leigneurs, les officiers de la couronne et les dputes.
Ee jour de l'ouverture des Etats tant arrive, un hiault appelle les
dpurs flon l'ordre des gouvernemens et par tour de bail iage. Le matre
dis crmonies les conduit au rang eux ailign dans l'AlEmblee gnrale.
Le roi fait alors d propolition et dit que le chancelier fera entendre le
furpus de la volont.
Le chancelier fe lev. Aprs deux ou trois rvrences au roi, il s'afled,
tt dveloppe lts caufes de la tenue des Etats.
Le chancelier, aprs fon difeours fe rttourne vers le roi, dont il prend
les ordres, et puis dit :1e roi vous permet ae vous ajfuniltr.
Trois dputs des trois ordres font un difeours de remerciement.
Le lendemain les dputs de chaque ordre fe retirent dans les chambres
qui lent font dparties tt l'on rduit les cahiers des gouvernemens en un
caiirer gnrai.
On lit d'abord le cahier de Paris auquel on joint celui du gouvernement
de l'ifle-de-l rance. (6)
Tous les articles lus publiquement, font mis en dlibration.
Chaque tlalfe fe retire en fa chambre. On dlibre ; on recueille les voix ;
on prend une cifion > on nomme un dput pour la communiquer l'Aflem-
blee gnrale.
Les projets font rejets modifis, interprts rfolus la pluralit des
voix. On ne .reoit aucune p.otefiation contre l'avis unanime, fi ce n'clt
contre un dput qui aurait omis ou altre quelque choie en rapportant;
l'opinion de Ion gouvernement. (7)
Aprs le cahier "de Paris et du gouvernement de l'Ifle-de-France, examin
et arrte on rtprend de mme l'un aprs l'autr~-, les cahiers des autres
gouvernemens en forte que par ce moyen, comme les cahiers da tous lts
Dailhaget auraient ete rduits en un certain nombre de cahiers flon le
nombre d.s gouvernemens ainli de ces derniers cahiers, il ne s'en fait qu'un
lul pour chaque ordre : te qui tait en tout trois cahiers gnraux.
Les cahiers ainfi drelTs et arrts figns du greffier ou fecretaire des
deux evangelifLs tt des dputes de chaque ordre pour ce nomms, un
dpute du cleig, aflift de tous les autres en corps, va les prelcnter au
roi, et lui demander le jour o il voudra les entendre.
Cette audience fi tient au mme lieu et avec les mmes crmonies qua
la premire ouverture des Erats.
Quant la crmonie des harangues, voici ce qui s'obferve.
L'orateur du clerg aprs qu'il lui a t command par un hraut de
parler, fe met genoux un pupitre devant le roi.
Ap-.s quelques phrafes, il fe lev par le commandement du roi et con-
tinue fon difeours debout et la tte nue. Les dput, qui font debout et
dcouverts quand l'orateur commence parier s'alfeyent enfuite.
Tout cela s'obferve pour l'orateur de la noblefle.
Quant l'orateur du tiers-tat il parle toujours 1 genou*. Pendant fa
harangue, le tiers-etat demeure debout et tte nue, quoique le cierge et la
noblelie foient aflis. (S)
(6) C'eft pour la facilit du cahier; mais on dclare que c'efl fans prju-
dice au droit de fance et d'opinion qu'ont les autres gouvernemens, qui
doivent opiner avant les bailliages de l'ifle-de-France.
(7) Aux Etats de Blois, un dput de Limoges voulut rvoquer I article
de la religion infr dar,s le cahier. H difait qu'il fallait y ajou.cr que la
runion de la religion catholique et romaine f<- ferait fans guerre -, que toute
l'Affemble avait t de cet avis et que l'orateur ava': -'te charte de
!'a noncer. L'orateur rpondit qu'il l'avait tait. Un dpute du Daophin lui
rpliqua qu'il tait bien hardi de parler de la frtf. Le prsident du tiers-
tat voulut mettre la main fur le dpute de Limoges en dilant qu'il le
mnerait au roi.
Le lieutenant de Limoges l'en empcha, et le traira fort durement Tout
l'Aflemblee en tmoigna fon mcontentement contre le prefi lent, et l'orateur
vou'ut mme crer un autre prfident ; mais il vit l'meute gnrale, et il
fe reti a par prudence.
(8) Cela s'eft obferv aux Etats de Blois; mais jux Etats d'Orlans, le
tiers tat avait eu le mme privilge que les autre"* tt Ion orateur mme
pai lait debout.


lg
EXTRAIT DU PROCS-VERBAL
De ce qui s'ej paff V Affemble des Notables, tenue en iGl.
Voiri ce qui s'eft paff le i dcembre ifo4 l'ouverture de l'AtTem-
ble des notables qui fut tenue dans la fille haute des Tuileries, laquelle
on monte par ce bel efeaiier fufpenau.
Ce lieu avait t gt par le feu du vivirt de M. le conntable de
Luyr.es; .-nais tout y avait t repar, et ladite fille fut richement tapilfee.
P mois de novembre, la m (Te foennelle, pojr l'ouverture de ladite affem-
1 :.., lire en l'cplife Notre-Dame par l'archevque de Paris, o le roi
y tu-, avec M. le duc d'Orlans, et tous les notables, except les car-
anaux.
L'vque de Nantes fit le fermon au milieu de la mfie ; il adrefla fon
discours la plupart au roi, qu'il exhorta la clmence.
L'ouverture devait tre faite le lendemain premier dcembre ; mais caufe
d'une difpiue pour la prfance (9), entre le parlement de Bordeaux ci celui
et Grenoble, elle fut remife au lendemain.
Voici l'ordre qui y fut obirv aux rangs et fances.
Le roi tait aflis en fa chaire, et la reine fa mre prs de lui dans la
tienne, font un dais de velours violet, tout parfem de fleur-de-lys d'or.
] e dais n'tait pas fufpenda comms l'ordinaire mais en forme de lit ,
( urenu par quatre colonnes.
ML le duc d'Orlans tait alTs en une chaire, la droite du roi plus
bas, et hors du d.is : ils taient tous trois vtus de deuil caufe du
dcs du duc de Mar.toue.
M. le parde des fceaux ( de Man'Ilac ) tale la main gauche du roi ,
vis--vis du banc des marchaux de Francs, aflis en une chaire doifier bas ,
1.4 face tourne vers l'AlTemble.
Derrire le roi, M. de Chevreufe grand chambellan, tait fur une ban-
celle et autour du roi les capitaines des gardes du corps, avec quelques
archeis.
A la droite du roi, nit une bancele de travers pour les confeillers
d'Etat.
Plus avant, vers l'iTen.b.e, une bancele de mme dofller po.ir MM.
I.s cardinaux.
De ce mme c: ,
Franc-.-.
une bancele de long pour les marchaux de
Aprs tait encore uue bancele de travers pour les fecrtaires d'Etat.
Puis une bancele de long pour MM. les atchevques et vques, et pour
MM. des comptes.
Une bancele der.iere eux pour MM. les intendans des finances.
gauche du roi, une bancele en long pour
De l'autre ct la main
la noblefle de i'Affemble.
des
Pi'is une longue bancele pour les prfilens et ptocureurs- gnraux
pr.inens, et pour le prvt des marchands de Paris.
El derrire tait la bancele pour MM. des cours des aides.
Entre la bancele de la nobliTe et celle de la juftice, un peu avant d.ins
le parc de l'AHembie, taient les hrauts-d'annes debout, avec leurs cottes
d'armes.
Les convoqus I'Affemble ayant pris chacun leurs places, le roi fit fa
harangue en peu de mots z fon ordinaire, et ieur dit :
" Qu'il les avait affembls pour remdier aux dfordres et drglemens de
fon Etat, et que M. le garde des fceaux leur ferait entendre plus amplement
l'a volont.
M. le garde des fceaux, fur ce commandement du roi, aprs deux grandes
rvrences, dit : .
MelTieuts fi j'avais de paroles correfpondantes la dignit des chofes
que nous devons traiter, je ne ferais pas en peine d'efprer vos attentions}
mais je vous prie de lier vos efpiits la grandeur du fujec, plutt qu' mes
d.fcnurs.
Le roi vous aconvoqus en ce lieu pour avoir vos avis fur les plus grandes et
importantes affaires de fon Et.-.t, l'imitation des rois fes prdceffeurs ,
qui en pareilles occafions ont alTembl quelquefois les trois ordres du
royaume, quelquefois des perfonnes choifies particulirement, quelquefois
J'un tt l'autre tout enfemble.
Le roi Henri II, au mois de janvier ifjS voyant le royaume puif
Je fes finances et preff des nouvelles charges mifes fur le Peuple
j'occafion des guerres, affembla pour les nceflits de l'Etat, en la lalle de
Saint"'-uis, au Paiais, Paris, les trois ordres de Ion royaume, et outre
ce, il appel les dputs de toutes fes cours de parlemens comme le rapporte
M. le preiident de Thou, au quatorzime livre de fon hiftoire diiant que
M. Jean de Saint-Andr, mettant les genoux en terre remercia le roi en
termes fort fenfibles au nom de la cour du parlement de Paris, et de toutes
les autres du royaume, dout les dputes taient prfens. de ce qu'il avait
compof un quatrime ordre des magft.ats, qui rendent en fon nom 1- juf-
tice au Peuple tt l'avait joint aux autres ordres du royaume.
En cette Affemble, M. le cardinal de Lorraine parla pour l'glife, M. de
rs pour la noblefle. M. Andr Guillart du Mortier mettant aiifli les
genoux en terre, parh pour le tiers-ordre ; et M. le cardinal Bertrand garde
des fceaux de France, fit la clture de la lance.
(tr) Sur la difprte pour la prfance, entre les prfidens de Bordeaux et
de Grenoble, il fut dit qu'ils entreraient alternativement, et que celui de
Cordeaux entrerait le premier jour.
En l'anne iyfo demr an* pr* fut l*atT.-*nMe Crleins, compofe feulement de trois ordres, lous le roi Franois II.
Et fix ans aprs, le roi Charles IX convoqua une autre affemble 1
Moulins, compofe de te us les ordres et de tous les dputs de fes court
de Parlemens.
En 1576 et i8 furent aflembl, les trois Erirs Blois; et en 1(96, J
Rouen fut une autre affemble compofe de 1 eglife de la noblefle
des officiers des cours de parlement, et des maires et chevins des bonnet
villes en laquelle les mands fe diviferent en trois chambres, en chacun
defquelles il y eut de tous les ordres. ,
En 1614 fut tenue Paris l'aflemble des trois Etats, et en 1617, Rouen,
une autre affemble, compofe d'ecclfiaffiques de nobles et d'officiers, i
l'imitation de laquelle et des autres prcdentes le roi vous a ce*,
voqus.
Le foin continuel et l'affection finguliere que fi majeft porte au repos Ai
fes fujets et au bien de tout 1 Et.it lui donne ces bonnes penfees ; car la fin-
crit des attentions et la droiture des affections fait toujours cet effet dans
les mes que de leut faire prendre de bons confeils.
L'on a feint autrefois que la fa fie divinit de Memnon reprfeme par
u^.e tte d'airain rendait quelques voix lorsqu'elle tait frappe des rayon
du foleil levant, et l'on tirait des oiacles de ces voix.
C'tait une invention fabule ufe fonde fur un artifice humain qui, par le
moyen des mouvemens difpofes dans le creux de cette tte chauffes par la
chaleur du foleil, refferrant les cordes du mouvenent lui d nnait force,
fefait refonuer ks autres cordes, enclofes en icelui par l'attouchement des
roues.
La feinte toutefois r.Mis reprfente un myftere vritable et utile, et nou
fait entendre que la lumire celeffe frappant les efprits b en difpofes, jr
imprime des penfees faintes, des relolutions genreufes, et des bons confeilsj
ce qui fe temarque davantage aux bons rois, les conkils dcfquels on: effets
univerfels.
Le prtre qui fervait au temple de cette feinte divinit appelait Alexan 're,
enfant de Dieu ; mais j-: prendrai pi. s volontiers Us tmoignages de l'Ecriture
Sainte qui appelle les lois, les premiersjug',s de leur Etat en fans du Trs-
Haut, pour deux laiTona ; l'une, que la pu i fiance feuve raine des rois tft une
manation de la puifiance infinie de Dieu ; l'autre que Us vertus des bon
rris ne font pas tant effets de leur tude et travail, qu'une participation de
l'hritage paternel, tire de la piufondit des ritheffes cleites et un effet
des rayons de l'Orient ternel.
C'eff de ce partage que le roi a reu la pit qui lui fait aimer la gloire
de Dieu et la promouvoir en toutes les occafions qu'il en a ; dtefter l'im-
pit et tout ce qui eft contre Dieu ; aimer les bons ecclfiaftiques, et le
retabliffement des bonnes murs en l'glife ; ce qui pafle fi avant, qu'encore
que la malice infecte grandement toutes les condiiions en ce fiecle l'etlime
de la vertu a pris tant de pied que parmi ceux qui font en l'glife c'eft
infamie que ne pas vivre flon le devoir de fa condition.
De ce partage vient encore la juflice fi chrie du roi qui fait qu'il aime
les gens de bien et les bons juges, et les eflime beaucoup ; qu'il tait punir
les coupables, fans exception ; et fi l'on voit des crimes impunis, c'eft oo
l'artifice des criminels fuir la juftice et dtourner les preuves ou le
dfaut des juges qui ne correspondent pas aux bonnes intentions de fa
majeft.
La mme juftxe lui fait encote bien faire aux bons fans fe laifler impor-
tuner par leurs prires ; mais le s prvenant fon choix dont il y a plufieutt
exemples.
La fageffe en vient aufii qui lui fait d'fcerner trs-clairement le gens
de bien et les bons confeils aimer prendre confeil et s'en rendre
foigneux.
Elle lui donne encore une trs-grande docilit embrafler les bonnes r*
folutie.11>, Vrles excuterpromptement ; qualit fi rare, que le dfaut dicellt
a terni la rputation des plus grands capitaines.
La bont er I amour de fon Peuple qui en procdent, font aufii du mme
lot, et paraiflent en la compatfion qu'il a de leurs miferes.
Au foin qu'il a.de leur foulagement, en embralTant fort volontiers routes
les ouvertures, julqu' retrancher lui-mme fa propre maifon pour en trouver
le moyen.
Quitter fes plaifirs pour veiller leur bien avec la manfutude et bien-
eillince finguliera, qui le fait entendre fi tendrement leurs plaintes, y pour-
voir par lui-mme et fou vent faire office de juge pour terminer les diffrends
des plus petits.
La va'eur et gnrofit viennent encore de ce mme partage, et nous en
voyons les effets en cette inimitable promptitude courir fus tous ceux
qui entreprennent de troubler fon Etat.
En cette condition infatigable aux travaux, que ni le foleil ni la pluie,
ni les glaces ni les orages, ni touies les injures de l'air n'ont pas la force
de le dtourner de l'excution des chofes qu'il a refoiues.
Et le dernier point que je ne puis dire fans frmir eft le mpris des
hafards ; car ;e tremble encore quand j'entends que les balles de canon ont
p.iffe fi prs de fes oreilles qu'il en oyait le firrlement, qu'on l'a vu cou-
vert de la poudre que les balles de canon tombans fes pieds ffaient re-
jaillir fur lui, qu'on a vu fouvent les moufquetades tuer plusieurs perfonnes
fort proches de fa majeft ; qu'on l'a vue dans les tranches et loger en de
logis remplis de pourriture puanteur et corruption qui infectaient toute la
cour fa majeft feule d meur.int faine. Ce (ont effets Imguliers de cette
grande g'ntofiti, mais trilles fouvcii.nccs, qui nous remploient d'horreur
tt de crainte.
Sire toute cette compagnie vous prie, avec moi de vous garder dfor-
mais pour l'amour de votre Peuple.
Souvenez-vous, Sire que nos vies font attaches la v're. Souvenez-
vous que quand vous vous mettez au hafard vous menez tous vos fujets
la mort.
Conferver. vous pour l'accompIiiTement des grands et glorieux deffeinsl|ue
ia Providence divine a fur vous, po'jr la gloire de Dieu et la grandeur de
cet Etat.
Cf font, Meilleurs quelques parts des riches et prcieufes pices que fa
majeft a reues du trlor c- left et de la grce abondante de 'a divine
majeft fur lui. A quoi nous ajoutons l'affiliante particulire que la meuia


bont lui rend tint au gouvernernsnt de ton Etat que de fi propre
petfonne.
En fon tat lui donnant moyen de dcouvrir les conjurations fecrettes qui
fe font faites contre Ion Etat et fa perfonne, et tirer de l'paitfeur des tne-
brtl palpables, en une claiie et trs apparente lumire, les iecrets de ces
factions, nonob'ant tous les Ermenset les trs-troites liailons des conjures
fous lefquelles ils s'e-ftimaitnt trl-aflurs et l'euflnt t, fi cet il tout
pntrant n'et, par une grce extraordinaire fait connatre au roi, et rendu
fort vident, ce qu'ils eitimaient fort cach.
Vous voyons encore l'afilftan-e de Dieu fur le gouvernement du roi, rta-
blilfant fon autorit royale dans Ion royaume et aux lieux defquels elle
ferr.blait en tre bannie.
Fr en renouvellent la jeuneffe de l'Etat, lui donnant une nouvelle vigueur,
et 3 ii ! I t.;.ii.. fi nos pchs et nos dfordres ne l'en empchent, de
vnir refleurit l'Etat en toutes les bndictions qui autrefois l'ont rendu fi
heureux et fi rccommandable. Mais l'afillr.nte divine fut la propre perfonne
4 roi nous elt encore tir. plus grand fujet de confiance et d'efprance d'une
grande profpritd fur fon rgne. Car le grand Dieu par qui les rois rgnent,
ne delaifle jamais ceux qui le fervent et qui ont foin de lui plaire.
Nous voyons au roi une crainte de Dieu fi particulire qu'il en donne
l'exemple tous fes fujets.
Une haine fi grande du menfonge et du pch qu'il ne cde point aux
plus grands religieux des plus aufleics congrgations.
Mais le troiftema point que j'y remarque et qui nous fait voir plus clai-
rement cette affiliai tordina re de Dieu elt la prf rvatioo de ion mm ,
sivre dans la cour au milieu des COUrtifans en mil puilfance fouveraM, en
i ge BotirTant en un fiecle fi licentieux et fi dborde, et y vivre en in-
nocence et y tre prfrv ce n'efl pas vertu c'eft miracle.
Aimcr.s, MeltufS, et honorons de tout notre cur, un prince fi cher
Dieu.
Aimons et honorons ce piir.es donn de D.eu pour la reflaurarion de cet
Etat.
Il elt n auffitt qu'il a pu natre ; et fitt qu'il a pu marcher Dieu lui
a mil le feeptre en main,-les premires annets duquel s'ta;it pilles fous
les heureux aufpices et la finguliere providence de la reine fa mre.
Autiitt quafi qu'il a mont cheval Dieu l'a combl de conqutes.
I.'Hilloire Sainte nous reprsente un grand capitaine qui tournoyant une
ville en fait tomber les murailles : la vue et la prefence du roi renverfe les
remparts, ruine les battions, abat les murailles et les portes des vilies ;
l'ange de Dr. u marche devant lui qui lui ouvre les pafTages. Tout c de
l'.-fiillance divine qui le couduit ; ce que foixante ans de rbellion avaient
(battrait l'obeifTance de nos r >is il y rentre en un inllant ; les vilEs
centimes fe mettent Tes pieds ; et qui plus eft il regagne les curs ; et
c nx qui auparavant ne trouvaient repos m furet qu'en leurs armes en
leurs confdrations, et dans les murailles extorques de nos rois s'en d*
partent aujourd'hui, renoncent toutes liaifons et intelligences, dedans et
il.hors du royaume, et ne cherchent autre repos ni adurar.ee qu'en la pro-
tection et bienveillance de fa majeft.
Cl font les fruits que Dieu nous fait goter et efperer de jour en jour
plus grands fur l'heureufe conduite de notte roi, qui, ayant par la naitfance
ouvert le 17e fiecle nous ouvre un nouveau fi-.de de paix et de prosp-
rit, qu'il poufTera bien avant.
Il teindra toutes les divifions et fera renatre en fon Etat l'ancienne m< -
deftia de nos prdcefTeurs et perdre la mmoire des dfordres qui ont
provoque l'ire de Dieu lur nous qui nous ont plongs dans les grandes
rei nue nous ayons pafTees et ont men cet Ltat julque lur le bord
de fo:i tombeau.
C.s mifres, Meilleurs, r.ous tiement encore dans les dbilits d'un corps
convaleC tut, ayant mis cet Etat fi bas que toutes les parties d'icelui en font
encore aftige*.
Trois annes de guerre de lOXO, 21 et 11 ont copfomm d:s deniers
immenfs; la dpenfe ayant mont telle anne jufcui'.i 40 millions de livres,
tirs des fecours extraordinaires qui ont (Urcharg le royaume de grandes
dpenfcS, en gages en et rentes et caiife MM incroyable diminution du revenu
d'icelui.
tre en paix ; nous com-
precertens quand tout--coup nous
univerfelle contre cet Etat tant dedans
Nous croyions aprs la prjfj de Montpellier
mencions nous remettre des accs pricedens ,
avons vu une confpiration prefquc univerfelle contre tet ciai wii ucuana
que dehors le royaume. Nos voifins tenaient de grandes armes fur les fron-
tires de Champagn et de Picardie prtes fe jeter fur ces proviners,
dont le roi recevait tous les jours de bons avis, qui l'obligrent d'armer de
fin ct, et tenir fur fes frontires deux puiffantes armes. L'a rbellion in-
t (Une le fora de tenir encore des armes en Languedoc, en Guicnne et
en Poitou et une arme navale aux environs de la Rochelle, dont le nuit
a t tel que Es acclamations de joie en durenr encore.
Nos voifins ont voulu opprimer nos allis, et ellay d'ter cette cou-
ronne les paliages de la Valteline, qui lui appartiennent privativement tous
autres princes, par les anciennes all(|na:es.
La juflice, la loi de l'alliance et l'honneur de li France, ont nceffit le
roi d'envoyer au fcourt des allis et la confervation des paRageS une
puiranre arme, et une autre en Italie, pour divertir ies forces ennemies,
tt Es empcher d'entreprenifre fur nous.

L'cntretcn^msTit de toutes ces forces a puif toutes les finances, con-
fomrn une grande partie du fonds et revenus ordinaires de l'Etat, et endette
le roi de plus de jo millions de livres.
Sa m.ijell aimant mieux prendre fu: fon propre fonds les mavens de re
pouffer le ennemis dedans et dehors, que de furcharg 1 l'on Peuple, ni
iKOinmodet fes fuj.is en ou Ique forte que ce foir; car vous remarquerez,
M meurs, ce que vous tarez grande peine croire, et la poftrftd ne
l'entendra* jamais fans admiration que le revenu ordinaire de l'Etat ne fur-
pafle point 16 millions de livres et la dpenfe en a mont en toutes les
dern'eres annes jufqu' "(1 ou .0 millions par an; et nanmoins le roi n'a
jamais accru les tailles qui le lvent fur l'on Peuple ni retranch un quartier
des rentes dues fes fuicts, ni des gages de les oft'eiers, ce qui ne fe rr< 1
vera en aucun des fiecles prcdent. Mais d'aurnt que cette difproport km
de la recette la dpenfe donne lieu par la neceilite \ beaueoup de moytns
extraordinaires, fa majefi d Jirai". l'viter ci-aprs a eftim qu'il n'y avait
aucun meilleur moyen que d'galer la recette la dpenfe, augmentant l'un
19
Pour diminuer la dpenl, il ne peut fe faite que par retranchement. Le
roi a rfolu de retrancher lui-mme la dpenfe de fa propre maifon et de
ce qui en dpend, pour donner exemple fes fuiets : et afi;. qu'ils ayent
plus d'occafion de fe retrancher eux-mmes, il a fait fon dit des lois fomp-
tuaires ; il a aulli dcharg fon Peuple de fix cent mille livres lur les tailles
de l'anne prochaine.
II a teint les charges de la conntablie et amiraut, et fupprim les gages
et les dpenfes que ces deux charges caufaient qui ne montent pas moins
de quatre cent mille livres par an, outre les incommodits que la puilfance
et 1 autorit des mmes charges apportaient aux plus giandes et importantes
affaires dp l'Etat.
Sa majeft penfe encore d'autres grands retranchemens, aux garnifons ,
aux gens de guerre de la campagne par E rafement de plufieurs places qui
re fervent que de dp:nfes inutiles et de moyens d'opprimer le Peuple, et
engager le roi entretenir les armes dans les provinces, litt qu'il y a des
mouvemens dans le royaume.
Il veut aulli que l'on examine l'tat des dettes, pour retrancher celles dont
on fe peut dcharger.
Pour augmenter la recette, il faut chercher lei moyens les notas nui-
fibles, pour y parvenir par autre voie que de furchaig s far la Peupl).
Racheter les domaines engags vil prix et Es droits alicn-s fur le fl
et fur les tiilles, et p .ur cela avilcr les moyens les plus commodes tant
par la jouiffance de peu d'annes, que des deniers qui fe pourront recouvrer
de divers avis qui te propoEnr.
De tout;s lefquelles choies meilleurs des finances vous entretiendront au
progrs de l'auemble, pour en donner aprs vos avis fa maj lie.
Vous aurez auffi travailler Er l't..bliifem. nt du commerce comme au
plus propie moyen d'enrichir le Peuple, M reparer l'honiuur de la France.
Ctfl choie digne de compaflion ou d'indignation, de voir la lthargie en
laquelle nous avons vcu depuis plufieurs ann.s. Nos voifins nous ifujet-
tifEnt toutes les ruu.urs de leurs lois ; iis donnent le prix nos denresj
t nous obligent Je prendre les leurs a telle condition qu'il leur plat. Les
pirates, les Turcsf et cutres dguils en Tnrrs, viennent ravager nos ctes,
enlvent les fuj: ts du roi captifs en Barbarie perdant leur libert leur
fortin e et la piup.rt leur foi, par les tourmens et les miferes qu'ils fouf-
frent parmi les inndellvS. Us vous tent la pche des morues aux Terres-
NeuVvS J et par l'aide de pluiieuis de nos voifins, on a dj retranch d
l eaucoup la pcbe ces h u-engs ; on vous a te celle des baleines au bpitxberg ;
et peu peu ce qui refte a la France fe perdra fi nous demeurons davan-
tage en cet endoimifEment i en quoi nous fommes d'autant plus blmables
qu; nous avons dans le royaume toutes les commodits neceflairea pour nous
rendre forts fur la mer, jufque-l mme que nous en tourniffons a nos voins j
et avons encore par les ciilpoiitions de la nature des avantages tels que
nous pouvons aflujettir tous nos voifins et les taire dpendre de nous.
Nous avons les grands bois et le fer pour la conflruttion des vaiflaux ,
les t^ ilcS et les chanvres pour les voiles et coidages, dont nous fournifTons
toutes Es provinces voilines. Nous avons les fromens pour les bifcuits le
vin, le cidre, la bierre, les matelots et mariniers en abo'.dance, qui, pour
n'tre pas employs par nous, vont fervir nos voifins. Nous avons les m il-
Lurs ports de l'Europe et, ce qui elt grandement remarquable nous tenons
la clef de toutc-s les navigations de l'Eft l'Oueft, et du Sud au Nord.
Je ne parle point de la conjonction de la Sane et Seine qui fe peut faire
facilement, qui te l'Llpagne toutes les commodits du commerce faci-
litait le chern n du Levant par la France en l'Ocan et tant la fubjection
de palier le dtroit de Gibraltar; de forte que toutes les commoviites du
Levant rt de la mer Medirerrane (raiert plutt et pus facilement
l'extrmit de la France qu' l'entre de l'Rfpagne, et rendrions la France
le dpt commun de tout le commerce de la terre.
Je n'y veux pas ajouter la communication de Seine et Loire quoiqua
facile pour ne fonder ce difeours fur d s defTeins de longue excution ;
mais je parlerai feulement des choies qui font de la fituation naturelle de ce
royaume.
L'Efpagne ne peut trafiquer en Italie, ni en quelque autre endroit de la
mer Mditerrane 5 ni l'Italie et les autres lieux en Llpagne, e;u ils ne paflent
la vue et fous la coulevrine des les de Provence ; et pour trafiquer d'Ffp.-gne
et des ctes d'Afrique en Flandres, en Hollande, en une pairie d'Angle-
terre en F.cote, en Danemarck, aux villes Anfatiques et autres endroits
du feptemrion o de ces lieux en Eipagne et autres endroits du fui, il
faut que les vailleaux paflent le Las Saint-Mah la milricorde de nos
canons, et par la Manche de laquelle il ne tient qu' nous que nous ne nous
rendions matres avec peu de difficult.
Toutes ces confdrations que M. le cardinal de Richelieu a reprfentes
au roi, entre les grands, honorables et gnreux confei-S qu'il lui donne,
ont fait refondre fa majeft de mettre, bon eleient, la main au commerce ,
et ne perdre les occafions d'enrichir fon Peuple et agrandir fon Ftat, d'hon-
neur et de puilfance, dont il vous fera reprefenter les articles fur lefquels
il attend aulli vos avis.
Vous verrez aufll les rglemens que fa majefi a fait drefTer pr-ur les gens
de gueire tant des garnilons que de la campagne, l'ordre pour les faire
vivre fans fouler le Peuple, la man.ere afluree pour rgler Eurs paiemens,
le moyen de faire que le nombre port par Es tats du roi foit effectif, et
aut-es points importons que vous fera entendre M. le marchal de Schumberg,
qui fa majell en a donn la charge.
Si outre cela, vous avez reprefenter fa majeft quelque chofe pour
le bien de l'gl fe et de la julfic; et police du oyaume ou autrement ,
elle entendra bien volontiers ; dlirant nanmoins que l'Alfemble ne foit pas
tire en longueur, pour ne dtourner davantage, ni meilleurs les prlats de
leur lfidence, ni mcflieurs Es officiers de l'adrmniftration de la juflice.
J'ajouterai encore deux points, lefquels ( combien qu'ils foient fort fv-
rement punis par l< s ordonnances ) oit be'oin de nouvelles luis, 11 plus rigou-
reufes our leurs hi'iuis, et d'une plus induftritufe recherche pour pn-
tn r Es fraudes et les lecrettes voies que l'on y prit que : car la frquent des
crimes augmente- la rigueur des peines i et la facilit de les commettre oblige
les ju^es er les lois en rendre les preuves plus ailes de peur que la ma ice
ne triomphe de ! ur foin et demeure impunie, fous l'alfurance qu'elle prend*
dans fes artifices.
Le premier poirtefl la licence efTine d'abufer des deniers du roi les
r. t>nii et les approprier avec tant de fubtilit et de finefle que Tes lois intro-
duites contre le peculat font impuidantes, et furmontees par l'avarice qui
dguife et enveloppe fes larcins en tant de manires, qu'il elt quaii impoflible
d'en convaincre les coupables.


10
L'autre c-ft des fre'qurntes rtbelions, foulevemens et conjurations contre
l'Etat, et de Insupportable facilit .'y engager, lefquelles le traitent par
factions, liaifori t-t ferment, fous diverft-s couvertures, en telle lorte que
l'on a peine de ks dcouvrir
Et h pour ce que l'ayant dcouverte et avre h clairement, comme il a fait la
manire de laqu,!1 il en a eu les preuves, lui a fait coi.natre que ces atf..ires
Il ngocient avec un fi grand foin du fecret qu il eft nceflaire d'apporter
pour l'avenir de nouveaux remdes tant pour avoir plus facilement la
connailiance R lei preuves de celles qu'on pourrait faire ci-aprs, que
pour dtourna ceux qui fe voudraient engager tels crimes, de ne s'y
btarde r dformais, voyant qu'il fera plus aif de le convaincre.
Ils font comme ceux dont parle un ancien auteur franais bien fage et bien
loquent, qui veulent dit-il, paratre fi religieux obfervateurs de leurs
iermens, qu'ils aiment mieux commettre un homicide que de manquer au
ferment qu'ils ont fait de l'excuter, f ivar.t les lois de cet infme hon-
u m qui renverfe tous les fondement de l'hcnneur vritable et de la folide
vertu.
Lf$ crimes qui fe commettent en fecret fe prouvent par tmoins et cir
c.nftancesque l'on ne recevrait pas en un autre crime, et le droit canon,
pour arrter le cours et la trop grande facilite des fvmonies et des confidences,
a reu pour preuves plusieurs actes qui, aux autres crimes, ne palleraient que
pour conjectures. Mais Ls 1< is civiles palfent bien plus avant, ayant voulu
qu'en factions l'on excute promptement fans attendu* les procdures.

C'eit Meilleurs, ce que vous aurez conlidrer, pour donner au roi fur
ces points et fur tous les autres qui vous feront propofes de avis dignes d-
tOtre exprience et capacit et de la fidlit et affection que vous avez
fo.i fervice.
Anres que M. le garde des fceaux eut fini, M. le marchal de Schomberg
parla des affaires de la guerre et dit que I intention du roi tait d'entretenir
trente mille hommes de guerre et de les bien payer, et que le roi l'avaitcharg
de mmoires pour trouv r le moyen de fournir cette dpenle, lefqeels il
communiquerait l'A'fleniblie.
Apres lui, M. le cardinal de Richelieu fe lev, et flon fon loquence et
grce de bien dire ordinaires, adrelfant la parole au roi, dit :
Il n'eft pas befoin, h mon avis, Sire, de reprfenter cette clbre
compagnie les grandes actions que votre majefl a faites depuis un an, t.nt
parce que M. le carde des fceaux s'en eft fort dignement acquits que parce
qu'elles parlent d'elles-mmes tt qu'il n'y a perfonne qui ne voye que Dieu
a voulu fe fervir de la pit de la prudence et du ce urage qu'il a mis en votre
majefl pour faire en peu de terris, l'avantage de cet Etat, ce que beaucoup
eftimaient impoflible en des ficels.
Il n'elt pal aulfi befoin de leur faire entendra I s grandes d'penfes qui ont
t caufes par ces signales actions, parce que chacun fait qu'en matire
tat les grands effets ne fe font pas fMvent peu de fiais, et que le grand
nombre de gens de guerre que votre maielte a t contrainte de tenir en m ne
terni en divers lieux tant au dehors qu'au dedans du royaume, foirnit aux
clairvov ns autant de fujets d'admirer votre puiffance et d'tre tonns par des
dpenfes fi exceflves, comme la faiblelfe des plus (impies leur peut donner
lieu de douter de la poifibilk de ce qu'ils ont vu de leurs propres yeux en
ces occafions.
Il n'y a perfonne d'entre vous, Meflieurs, qui ne fachc avec quelle purer
ces dpenf.s ont t menaces, et combien elles tiient nece-ffaires : la pro-
bit de ceux qui ont adminiitr les finances, juftifie la premier point ; et
l'oppreflion des allis de cette couronne, la rbellion que ceux qui font re
bel es Dieu ont faite en ce royaume les monvemcns proictts et forms
au mme terni par perfonnes qui voulaient, contre les intentions du roi et de-
tout ce qui le touche de plus prs, fe prvaloir par la perte de la France, des
occupations que fa majelte avait pour la rtablir en fa premire Ipltndeur, font
alfez connatre la vrit du fcond.
L'utilit que cet Etat er Ls allies reoivent de telles dpenfes, fait qu'elles
ne font pas i rejeter, et que la France a tott fujet de s'en louer, au lieu de
s'en pouvoir plaindre.
les affaires font maintenant, grce Dieu, en affez bon tat ; mais on
n'oferait fe promettre qu'e les y demeurent touj urs ; et il faudrait n'avoir
point de jugement pour ne connatre pas qu'il faut Ls pouffer plus avant.
Il faut, pour nceJfit ou biffer ce royaume expofe aux entreprises et aux
mauvais deflcins de ceux qui en mditent tous les jours l'abaiflement et la
ruine ou trouver des expediens allures pour l'en garantir.
L'intention du roi eft de le rgler en forte que fon rgne gale et
furpafle le meilleur des paifs et ferve d'exemple et du rgle ceux de
l'avenir.
L'amftance particulire qu'il a toujours plu Dieu lui donner jufqu' pr-
fent, dans les affaires mme qui (mblaienf les plus dplores, nous donne
fujet d'efprer l'effet de fei bons deflcins.
Etant fcond comme il l'eft des fages confeils de la reine fa mre, et du
concours de Monlieur fon frre, que e puis dire a\ec vrit tre h et oite-
rjtent attach ai x volonts del majefi et aux intrts de l'Etat, que rien M
l'en p.ut fparer : je ne vois pas lieu d'en douter.
Puifqu'il n'y a que Dieu qui fafle quelque chofe de rien, pour parvenir
de fi bonnes fins, il faut de ncttite ou dim'nuer.les dpenfes ordi-
naires de l'epaigne, ou en augmenter les ecettes, ou faire tous les deux
cnfemble.
Il e(l impoffible de toucher aux dpenfes nceffaires pour la confervarion
de l'Etat i y penfer feulemert, ferait un crime. C'eft pourquoi fa majefi ,
prfrant le public fon particulier, veut de fon mouvement retran h et fa
malien dans les chofes mmes qui touchent fa propre perfonne, vous laitTaot
juger comme il en faudra ufer au relie.
On pourrait penfer que cette (aKon ne ferait pas propre tels retranche-
m ns qui alinent et retranchent quelquefois l'affection des cet :r > mats en
l'ordre qu'on veut tablir, les grands et les petits trouveront leur compte;
4,tous auront prix flon qu'ils feront bien : la mdiocre condition des uns ne
fera point mptifer leurs fervice* et ceux des grands feront d'autant mieux
reconnus que h qualit des perfonnes qui les auront rendus, les rendra plus
reconnu mdables.
Les recles les plus aulteres font et femblent douces aux plus drf.ls efprits,
quand elles n'ont en effet comme en apparence, autre but que le bien public
tt le falut de l'Etat.
Nul ne devra fe plaindre quand on ne fera aucune chofe qui n'ait cette fin,
quand on rglera Lsdepenfts fur le pied auquel elles taient du tems du feu
roi et quand le roi mme qui en tels cas elt au-deflus les rgles, voudra
fervir d'exemple.
La reine votre mre Sire vous fupplie de trouver bon qu'tlle f..fle d'elle-
mme en cette occali >n ce que votre pit envers elle ne vous permettrait
pas feulement de peu er, c'efl-a-dire qu'elle fe r^duife moins de revenu
qu'elle n'avait lu teins du feu roi ; tant vrai qu'elle n'a point arr.lioie f
condition torique pendant la minorit de votre majefl-elle a accru celle de
beaucoup d'autres pour le bien de trotte fervice.
Aprs avoir t contrainte d'augmenter en ce tems les dpenfes de l'Etat,
pour en conferver le corps en Ion entier, elle vous confeiile de les rettanchor
pour la mme caufe,.
Divers tems requirent d'ordinaire divers et conta'res moyens pour une
mme fia : ce qui elt bon en l'un, eft fouvent pr juaiciable en l'autre.
Dans \<$ grandes temptes, il faut partager fon bien avec la m r, pour
foulager le vaiffeau et viter le naufrage : la pru.ienet requiert que l'on en
ufe ainfi, afin de ne perdre pas tout en voulant tout fauver. I.'inrtt des
particuliers n y oblige pas moins qu celui du public. Mita n'tant plus vrai
Que ce qu'a dit un and. n prlat de ce r' yaunre .qu'il tfl impoflible que 1 abon-
dance et les richeffes des petlonnel prives puiliuit fuolilter quand l'Etat eft
pauvre et necetliteux.
Par tels mnages, on pourra diminuer les dpenfes ordinaires de plaida
trois million' fomrne confidrable en elle-nme, mais qui n'a point de
proporti n aux fonds qu'il faut trouver pour galer la recette la d.pciife.
Relie donc augmenter les recettes, non par de nouvelles impofitions que
les Peuples ne (auraient plus porter mais p^r moyens innocens qui donnent
lieu au oi de continuer ce qu'il a commenc pratiquer Citte anne.e, en
dchargeant fes fujets par U diminution eles tailles.
Pour cet effet, il faut "enir aux rachats t'es domaines des greffeI et an;.:s
d'oits engages qui montent a plus de vingt miiiions, comme i chofe non-
feulemeot utile, mais julte et nceflaire.
Il n'eft pas queflion de retirer par autorit ce dont les particuliers font er.
poflefliun de bonne-foi ; le plus prand gain que puifTent faire I s rois et les
F. as tft de garder la foi publque qui contient en foi un fonds inpuisable,
puifqu'elle en fait touj .urs trouver, il faut fi'.ovcrur aux nc dites preLntes
par d'autres moyens.
Le roi a fait des chofes qui ne font pas moindres et Dieu lui fera la
grce d'en faite de plus ditheies. Si l'on vient a bout de ce delfein et que
la France jouiffe tous les ans du revenu qui proviendra de ees ra hats, ce
toi fanble prtent impollible tt qui toutefois elt nceflaire pour le bien
A. l'Etat fera lors trs facile a U majefl. Les Peuples qui contribuent main-
tenant plus par leur fan^ que par leur lueur aux dpenles de l'Etat, leront
foulages, en lorte que ne levant plus rien fur eux que ce qui I u i
fane le peur qu'ils n'oublient pas leur condition, et perdent la coutume de
contribuer ax frais publies au lieu de fentir ce qu'on tiiera deux, ilt
eltimeront qu'on leur donnera beaut up.
Quand il fera qutflion de- rtfiller cuelque entreprife trangre quelque
rbellion imeftine ( fi Dieu en permet encore pour n-s pech s ) quand il
fera qutltion d'excuter quelque dessein utile tt glorieux pour l'Etat, on n'en
perdra point l'oicfion tante d'argent j il ne faudia pins avoir tecours des
moyens extraordinaires il ne faudra plus courtifer des parrifans, pour avoir
de bons avis d'eux, et mettre- la main dans leurs bourfes, bien que- fouvtnteile
ne foit pleine que des denier du roi.
On n? verra plus les cours fouveraines occupes vrifier des dirs nou-
veaux ; les rois n= paraitront plus en leur lit de jultice qu- pour dfaire avec
raifon ce qu'ils auront tait dans un autre tems, non fans rai fon toutefois,
puifque la ncctfflt en elt une bien forte.
Enfin toutes chofes feront en l'tat auquel ds lorig-terrs elles font dfi-
res fies g ns de bien, auquel elles pourront fubifter des ficels entiers et
auquel les bndictions du iel leront perpetuelits compagnes de la puilfanre
et des actions des rois qui n'auront autre but que la gloire de Dieu, la gran-
deur de leur royaume'et le bonheur de leurs fujets.
On dira volontiers, et peut tre le penferai-je moi-mme, qu'il eft aile
de fe propofer ue fi bon delleins que c'ell choie agrable d'en parler, mais
3ue l'excution en elt difficile| etcepend-nt, cpis y avoir bi-n penfe, j'ofe
ire en la prfence du roi qu'il fe peut trouver des exp.iiens par les-
quels, dans fix ans, on verra la fin et la perfection de cet ouvrage.
Le roi, Meflieurs, vous a aflVn bls expreftment pour les chercher, les
trouver, les examiner et les refondre avec vous; fa majelte vous aflurant
qu'elle fera prompt, ment et teligieufement excuter ce qu'elle arrtera fur
les avis que vous lui donnerez pour la rtftauration de cet Etat.
Les malades mourant auffi bien quelquefois p^ur tre furchargs de re-
mdes que pour en tre enrirem nt privs j'eftime tre oblig de dite
en paflanr q e p iirt rtablir cet Etat en fa premire folendeu;, il n'elt
pas befoin cte beauco p d'ordonnances, mais bien de relles excutions.
Cette Afllmble, par ce moyen, pourra finir plus prompt ment, bien
qu'tlle doive tre perptuelle quant a'Ia*dure du fruir qu'elle produira. Peu
de paroles et beauconp d effets tmoigneront, et les bonne intention, et
les jugemciis de ceux dont elle eft compofe. .
Le roi ne doute point, Meflieurs que vcuis ne fallez tout ce qui eft
de votre devoir en cette occurence. Vous connatrez aufli, par l'vnement,
que fa majeft fe furpaflera foi mme pour procurer le bien de fon Etat. La
gloire de le faire rnal re de nouveau eft rfervee la vertiT d'un fi grand
prince : vous devez beaucoup (x bont de ce qu'elle a daigne vous y donner
part ; et je me H-ntinis trs-pirtitulieremenr redevable l)i u en cette occ.i-
lion s'il me prenait incontinent aprs l'accompli/L-ment d'un fi haut fi g!o*
ri.ux ef fi laint delLin .
Aprs q M. le cardinal eut fini, meffir3 Nicolas de Verdun, premier pri-
(dem du parlement de Pa Henri le Grand ei que le roi fon lils l'imitait tn les vertu; i! fuppliaaoS
cette Alfemblee ne ft point ni morte, ni muette comme les auttes ; puis il
finit priant Dieu qu'il donnai lign au roi .
M. le garde des fceaux ajouta puis aprs que fa maielte enverrait fes
propofitions l'Aflemble par fon piocureur gnral au parlement de
Paris.
Les ducs de Guife de Nemours et de Beliegarde taient dnommas et
mands pour C rendre et fe trouver ladite Affemble > m il nul d'iuxns


M
21
j'y mura. Lei deux premiers r? qui que l'on i dcrit, pour n'tre pu
d'accord entre eux de leurs rangs ; ce fut pourquoi, en cuit Allemblee il
n'y eut aucun prince, ni duc-pair de France. Pour tout le rdle l'ardu y
fut trs-bon et fans aucune confuiion. Cette cttaioni* coeaawoa entre midi
et une h jure, et finit aprs trois heures.
Des le 101. mencemenr de cette AfTembte il fe vit plufieurs remon-
trances difeours et mmoire! imprims pour avis au roi et ladite Afienv
ble afin d'apporter de bons rglement aux dlordres qui s'taient introduits
en la jullite ; aux finances et en Ja police.
C ttC fuivante remontrance fur le fait de l'pargne fut eftime partir de
celui ( M. de Nicolai ) de qui les p.'res et lui ont tomme tiiccellivement
up fitek entier, lenri fidlement et utilement nos rois en la qualit de pre-
miers chefs de l'a premire chambre des comptes.
.Sire, deux chofes les plus puiifantes fur les efprits des hommes ont
rrt les gins de vos comptes nous dputer vers votre majelte j l'une cft
toofidration de 1 honneur et obcillance que tous vos officiers doivent
rendre J vos commandemens; l'autre eu le vit rcffenriment que chacun d'eux
doit avoir en fon ame de fou devoir envers fon prince, en la charge dont
il lui a plu l'honorer.
Sire, autrefois cette compagnie ayant l'honneur de fducr votre majefl ,
elle lui fit entendre qu'elle voulait prendre en main le gouvernement des
affaires de fon lt.it, et lui commanda de ne s'adreULr autre qu'a la feule
perfonne pour lui donner compte de fes actions.
IX puis ce rems, Sire, outre plusieurs ahVrl important au bien de votre
fervice auxquelles nous nous fommes employs, nous avons oui le rappoit
du compt de votre pargne ( qui efi la glande mer de vos finances) o
nous arons aperu tant de gouffres profonds, tant de routes i ; H CS et pe-
riltefei votre it.it que nous penferioni manquer not-e devoir et vont
commandement, !i avant ia fvi de ce femeflre, nous ne lui fefioos entendu
un rilclle relation des rencontres que nous avons lait fur cet ocan durant
le tems de navigation.
Sire, les potes ont feint qu'il y a ait en certains endroits de la mer
Mditerrane des gouffres et des bouillons d'eau qu' ls appelaient Caiibdes,
lefquel' engloutifiaient les vaitfcaiix tout--coup, en lo.te qu'il n'en reliait
non plus de marque ni d'apparente que fi jamais ils n'culfent t fur mer.
L'on peut dire le Semblable de la mer de votre pargne en laquel e il y
a certains chapitres de dpenfe intitul contant en vos mains lefquels
abforbent les plus clairs deniers de vos finances; et bien qu'il Umble cm
votre majeft s ait touchs, toutefois la vrit eft qu'ils ont t dvors par
des carbdes, c'efl .. ii pai d i e us infatiablet, et qui publient bien fou-
vent n'avoir reu aucun bienfait de votre majeft, jaoit que le tout (bit ,
tourne a l-.ur profit.
Ainfi, le fouvenir de vos libralits en leur endroit, tant du tout tein:
en leuf rrvmoire, ils prennent de faux prtextes de mcontentement, poui
le porter plus hardiment la d-l'obeilfance et bien fouvent ia r-
bellion.
Cet ufage de coitans Sire, n. fert pis feulement de voile pour couvrit
l'ingratitude des don.it ii s, qui ne veulent pas tre reptes du nombre dt
i u\ qu'il vous a plu d'obliger ; mais il aide aulli dguifsr les ulures cit
plufieurs qui p tent de l'argent votre majelte, fi gros intrt, qu'ils
rougiraient de honte de le conftiier.
Tellement qu? votre nom trs-auguile que les anciens avaient toujours e,;
la bouche quand ils voulaient affirmer quJaue vrit ell employ main
tenant pour valider d-s ftippofitinns et des dguifamens autant contraires
l'innocence de la juilice que le foieil ell l'ennemi des tnbres, et votr
majeft du menfonge du parjure et de l'impiete.
Sire, j'ai dit que votre pargne eft une mer en laquelle il y a des gouffres
et des abmes profonds et bien prilleux ; j'aioute que cette mer n'tft qiu
trop fouvent battue par une forte d; pirates qui vous snlcvent les plus clair?
d rs de vos revenus avant qu'ils foient arrivs AU port auquel ils doivent
tre conduits et voitures.
Ce font ceux que l'on appelle fefeiirsde partis, qui pour un petit fecours
de deniers, tir bien fouvent de vos coffres et non des lenm fe font adjuge-
1 revenu de vos recettes et le prix de vos f.rmes avant que Ici termes en
foient chus.
C la n'eft ce pas moilonner le fruit avant qu'il foh en fa maturit, et
obfervet le tems de votre nceffit, pour fucer le lang de votre pauvre feu-
pie avant qu'il ait eu le loilir de le tirer de fes veines pour en fervir votre
majeft ?
Encore feraient-ils aucunement fupportables s'ils vous fefaiert autant de
part du g.iin exceflif qu'ils font en leurs parti', comme ils en rejettent
lur v.'s coffres la perte imaginaire laquelle nanmoins engendre ces d-
demmagemens dont toute la Fnn parle avec une julle plainte et indi-
gnation.
Car pourquoi donnent-ils des pots de vin pour tre prfrs au bail des
f rmes de votre majeft, s'ils ne veullnt prendre le raque de l'vnement
des bonnes et des nuuvaifes annes?
Mais Sire pour en parler franchement et avec vrit les pots de vin
fe donnent pour enrichir les courtiers et les amis des fermiers qui fe pr-
ft nt- nt au bail de vos fermes ; et les ddommagemens font accords en
fa veut des parafant et de ceux qui les protgent, aux dpens de votre
majeft.
Ainfi 'l'on butine fur vous, autant la fin comme au commencement des
affaires, qui le traitent fous l'apparence de votre utilit s mais le pis eft ,
que les conditions de tels traites lont dguifees aux officiers de votre charrw
bre, auxque'i nanmoins on les adrefle pour les veiiiicr et par confequent
les rendre refponfabies du p>h duquel ils font innocens.
Mais Sir, la confidration des guerres inteftines de h mifere de votre
pauvre Peuple et de votre ncccffit ( qu'on leur a toujours mis devant les
J i po i un pi texte fort fpteieux, ) leur a t fi fenlrble, que, d'ardeur
qu ils ont eu de voir la paix er vorre royaume et l'autorit de votre ma-
jeft rtablie en icelui ils ont plutt embrafl les moyens que l'on appor-
tait pour parvenir un li bon uvre qu'ils n'ont eu de curiofit les
examiner.
A prtent, Sire, qu'il a plu Dieu calmer tous les orages et la tempte
qui menaaient la France d'un naufrage, et vous infpirer de jeter les yeux
fur vos affaires, et prter l'oreille de meilleurs confeils, nousjie vous
parleront point des dons que vous fuites ouvertement vos ferfiteurs,
pour rcompenfes de leurs mrites ; car cela eft digne de votre grandeur ,
joint qu'ils font fujets a la vrification de votre chambre i de forte que ,
comme la grce Mil dut votre majefl, qui en eft la (burce aum l'< xc*
nous en dit tre imput, puifque votre bont noas donne le pouvoir de 1 s
retrancher*
Mais, Sire je dirai un mot, avec votre permiifion des tats, gages et
appointemens qui ont t doubls voire trip.s, depuis le dcs du MU roi,
votre pre, de trs-heureufe mmoire.
Ce grand prince avait rgl les affaires avec une telle prudence et ga-
lit que chacun fe contentait de la condition laquelle il I avait rdu t.
(.'tlui qui recevait peu de fa main librale, fe tenait plus heureux e: plus
oblig du jugement qu'un fi g-and monarque flait de fon mrite, que de
la rcompenfe qu'il touchait de fes fervices.
De forte que le prix de la vertu ne confiftait pas en l'argent, mais en
l'eftime qu'en fefait le plus vertueux prince de fon liecle.
Depuis fon de'cs, Sire, et durant votre minorit, chacun n'a penf qu'i
fe rendre ncelfaire par des ombrages de mcontentement, et mefant en
oubli la charit que tout homme de bien doit avoir envers fa Patrie fans
confidration de fes intrts a commence de poftpofer le publie au parti-
culier, et demander augmentation des pages et d'appointemens, fi que l'un,
lervuit d'exemple plufieurs enfin quali tous, ou par faveur, ou par im-
portunit ont rendu ordinaire ce qui n'avait jamais eu lieu de mmoire
des hommes.
Mais, Sire, comme il y a des faifons en l'anne, efquelles le* eaux qui
avaient t dbordes durant l'hiver, retournent aifment leur ancien canal,
tantt par i'ir.duftrie des hommes, qui t anchcnt et rendaient t uifiamment
contre I inondation tantt par la faveui du cie. qui par un doux prin-
t ms deflche les rerres abreuves : aulli nous voyant par la grce ec
bont divine, tre arriv) a la plus doice faifofl d'e votre rgne; ( car
depuis la mort du feu roi nous avons v.u en u.i continuel hyver et d-
bordement ; ) il eft tems dformais, Sire, de trancher r remparer foui
votre, main puifiante co.'.tre l'avarice et l'ambition qui nous ont penfe fub-
merg'er, et forcer confumment les delrs infatiablei de vos lu;etsde retourner
a leur ancienne frugalit et fe contenter des gages et appointemens que le
fj ro votre pre leur avait prelcrits es Etats de fes finances.
C'eft l Sire ce lit et le fein de vos grces et bienfaits auquel chacun
fe doit renfermer fans vouloir outre-paffer lcS bornes que le feu roi avait fi
faim-ment tablies de Ion vivant.
Cette retrai'e dedans le canal de fes lois et ordonnances qu'il vous plaira
renouveler, rendra les campagnes riches et plantureufes ;,c'eft- -dire votre
Peuple loulag de l'excs des taxes et impolitions qu'il lupportees durant
le torrent des guerres civiles et rglera le defir dmefur que plufieurs
ont eu d'ennc.iir leurs l.n.iil s de la fubftance de vos pauvres lujtts.
Or, il n'y a rien qii portera plus volontiers et les grands et les petits
cette r formation linon l'exemple que Meilleurs de vos finances en donne-
ront mon rant les premiers le chemin que chacun doit tenir pour fe rduire
a une honnte mdiocrit.
Car celui qui veut impofer une rgle autrui, et la lui faire goter, en
doit le premier tenir la mefure ; et puis dire hardiment : Sire que fi
Meilleurs le votre confeil ( qui doivent tre comme les lumires de votre
cour, claires fans celle du folei! de votre autorit voire les premires
roues qui font mouvoir votre Etat ) ne le difpofeiir, de leur part, faire
agir les autres flon les rgles de vos ordonnances, il n'y a ni iuge, ni
rmgiftrat, voire compagnie fouveraine qui puille aiufler la balance que
Meilleurs de votre confeil tiendront avec faveur et ingalit.
Je pourfuivrai Si-e, mon difeours pour ne point oublier parler de
.'excs des taxes et cahiers de Irais de vos trforiers et comptables, Icfquels
ne voudraient pas cheminer, mme prendre la plume ou le jeton fans fe
faire payer de leurs peines par votre majeft tant ces perionnes-la font
attaches au gain. Aulli on les voit devenir riches et opuleiis en peu d'an-
nes : ce font eux qui prennent la crime de vos financ s fe partageant
les premiers, fous prtexte de leurs taxt ons, lefquellcs ils ont achetes
vil | rix ; de forte qu ils fe trouvent bien fouvent tue rembourfes en deux
ou trois annes de l'argent qu'ils ont financ dans vos coffres, fur lequel
enco e ils ont glan quelque don, pall dans un comptant, par la faveur et
intclijence de leurs bons amis.
Que fi par bon mnage, votre chambre s'efforce de rduire leurs d-
clarations et cahiers de frais ils crient, ils fe plaignent, et publient qus
la foi publique eft viole que les dits de leur attribution ( qui ont t
vrifis par force ou par pratique ) font pour eux que ce font les titres de
leurs prtentions, obtiennent des lettres de rtablifement et des julhons
fans nombre.
A ce dfordre des cahiers de frais exceftifs des comptables l'on peut
ajouter celui des clers et commis des intendans de vos finances, lefqueli
gratifient les domeffques les uns d-s autres comme bon leur femble } et,
au lieu d'avoir l'tril l'acclration des affaires de votre majeft flon le
d de leurs charges, ils s'tn repof.nt fur un prtendu lbllicit.ur de- affaires
de votre confeil aux gages de douze cens ecus qui eft un appointemciic
aulli peu confidrable que la qualit.
L'on en peut dire autant de celle du- contrleur des relies des tats ec
des fermes de votre majeft, attribue un feul des intendans i juoique
chacun d'eux dt faire cette charge mefure qu'il vrifie l'tat qui lui eft
baill.
Bref, comme il fe dchargent volontiers de peine aux dpens de votre
m.jeit, ainfi vos comptables ne demandent qu' faire natre de nouveaux
prtextes de travail afin d'avoir fuj-.t de pr tendre de nouveaux profits.
Sire, le feu roi votre pre, de trs glorieufe mmoire, a t de fon
tems un Ce far, poui avoir en moins d'annes que lui reconquis et fubjugu
la France, qui tait fon propre hritai;.. Ses grands exploits ont t fur
terre ; mais ceux de Pompe furnomm le Grand, furent fur la mer, lorf-
qu'il la purgea des corlaires qui l'infeftaient.
Soyez Sire un Cfar en valeur et en clmence tout enfembl? dedans
les belles campagne et pourpris de la juftice. Sovez aufli un Pompe lur
la mer de vos finances lefqueles vous purgerez ( s'il vous plaie ) de fous
ces pirates qui courrent en plein jour et voiles dployes pour butiner vos
revenjs.
Ce fefant, Sire votre maie^ pargnera chfCUfl an de grandes formrifs
de deniers, pour remplacer ceux qui ont t puifs depuis tant d'annes,


12
tantt en vfrtu de 1 trrw-pitrmes de votre majeft, v'rrfi fd en votre cham-
bre tantt de votre puittaoce abfolne et ielon ieiir ferificstioa.
< S.t qui pouirait crohe qu'ute parti rs que votre rr.a-
i h iou bes t ii.ti tj de tant d'diti i thambre ,
<]!.e l'on no s une aux affaires .ie b gueu; te non ailleurs, lt
t enrj P*Xei J-'s ['-niions?
Et toutefois nous en av< ns vu ia dpenfe dedans le compte de votre par-
gne, tt non fans nt.
Car la plupart des penfions qui fe payent prferrt ont r accordes
ou au elle lors de fon avnement la couronne,
m un un1 calme et paifibie j votre rovatim. abondant en toutes
Iqn ks et deo ts i et vos coffres fi remplis d'argent monnay ,
qix le c mmerce cotnmeniit cefler faute d'ci'peees courantes, entre les
mains ue \us fujets.
Aulfi ce fut une grande prudence votre majeft de retenir la nobleffe avec
les ptincesivotrei.it; pour obvier an factions ( compagnes ordinaires de
t iuz iffembl es qui fe font fouvent dans les provinces, comme
les nui s .n 1. :.. .-ici de l'ait, lorfqo'elles font loignes ds layons
d loi il.
Toutefois Sire, vos libralits et bienfaits ne fauraient tre mieux em-
plois u*i \ot:e nobietTe puifqu'elle a l'honneur de porter les armes, et
ofer couragejufement fa vie pour le fervice de votre majeft ec la ma-
nutention de fa grandeur, dans laquelle repofe la paix et la tranquil it de
fon Etat ; ce forte qu'elle achet au prix de Ion fang l'argent que vous lui
donnez pour en dptnfer deux fois autant de fon patrimoine et laiffer
b:.:i fouvea Ces enfaas neceflteux.
Mais il n'en eft pas ainfi de vos prinepaux comptables, lefquels bitiffent ,
pril > leur fortune votre fuite et font leurs .nailons en l'exct-
cic de leurs Charges et toutefois ne laiflnt d'employer en leurs
c "i >t*s outre leurs gages des penli.ns extraordinaires*, ihacun de douze
c.n:< cus.
Ce.'e dpenfe de penfions exceflves et continuelles contraint aujourd'hui
v<-tie majeilete d'avoir recours plufieurs moyens extraordinaires, qui char-
ger t t. '.ement votre Etat, que, fi votre mije-fi n'y pourvoit par un bon
or Ire et rglement, ou votre Peuple fecouera le joug ( ce que Dieu ne veuille
pc tmettre ), ou bien il fondra fous le faix de fa pauvret.
Prenez donc en main fa caufe, s'il vous plat, Sire, car c'eft la vtre, et
tellement la votre que fans fon fecours, vos revenus feraient rduits au petir
. v tre toy unie fans forces entretenues pour le garder des entrepr.fes et
IDvafiofls des princes, vos voifms.
Bk f, comme le cur eft le principe de la vie du corps humain et le
qui entretient la malTe du fang don: le corps eft (bbftant ;
ainfi up'e eft la prrtie de ce corps monachique qui fournit fon
aliment ta dis qu< vous, Sut qi.i en tes le cur noble et trs-prcieux ,
don;:, et le mouvement toutes les pa:ties de ce tout qui ferait
en pices, voire en poudre fans ce premier et dernier mouven.ent qui le
.....intei t.
Puifliez-vont donc Sire par la grce et bont divine vivant longue-
ment et rgnant h.ureufcment en ce monde, rendre votre Peuple joiiilTant
de cette flicit, vous rvrant et obiffant comme celui qui le couvre
( aprs Dieu ) d.s ailes de puiffance l'ombre defquelles nous autres vos
trs humbles et fidles officiers produirons en nos charges, des fruits dignes
de ce grand et royal p urpris de la jnftire laquelle un ancien a dit prendre
fes racines et porter fes fleuis et fes odeurs dedans le ciel non pour un
Mpace d'annes, comme les fruits de la terre, mais durant le grand jour de
l'ternit.
En ce mme-tems on imprima suffi l'avis fuivant : A vujfwn de CAfflmblit
des notai/es.
Meilleurs, la grande allgreffe et rjouilTance que toute la France a reue
an premier bruit de votre aflemble fait efprer que fes effet' lui feront
trs-faluta'res. Le roi enfin a cout les pleurs et gmiibmens de fon Peuple ;
et, touch de l'efprit de Dieu, fe rfout de le foulager. Voici les propres
termes de votre convocation :
Nous proteftons devant Dieu vivant, que nous n'avons autre but et in-
tention oie fon honneur, et le bien et foulagement de nos fnjets ; aulfi ,
> au nom de lui mme nous conjurons et obtenons ceux que nous convo-
- qlions ; et nanmoins, par la lgitime puiffance qu'il nous a donne fur
eux nous leur commandons et trs-expreflement enjoignons que fans
autre rel
ou complaire a pet
> les coniciis qu'ils jugeront en leurs conlciences les plus Utilitaires et conve-
> nables au bien de la chofe publique .
?fpect, ni confdration quel onque crainte ou dfit de dplaire
plaire perfonne ils nous donnent, en toute franchife et fincrite,
Aprs cela quelle exeufe avez-voi:s fi vous ne faites bien ? Vous avez
un trs-grand avantage fur tous ceux qui ont iamais eu l'honneur d'un pa-
reil emploi. Vous avez aff.iire un prince abfolunent port fuivre vos avis:
parmi les grces que le ciel a verlees avec arrluence fur fon tfprit, celle-ci
parat minemment ; il croit fon confeil, et ne le r"l'ont qu'avec lui : je le
dis hors de tout foupon de flatterie ; il ell plein de pi ti jufte courageux,
ferme et confiant en les rifolutions. Voil pourquoi et vous et ceux qui
s'approchent le plus de fa perfonne ferez tous coupables devant Dieu et
de va t les hommes fi l'on rgne-n\ft ras le plus floriffant qui ait r de-
puis la nailfance de cette monarchie. Agiflez-donc couragerement et en cens
de bien ; fur-tout fouvenez-vous que vous n'tes pas affembls pour trou-
vi r de nouveaux e >p dient epreindre et tirer la dmine goutte de la
fubflance du Peuple, mais bien pour le foulager des maux qu'il y a fi long-
tems qu'il endure.
Cinq chofes l'oppriment grandement, les tiilles, les logemens des gens de
guerre le fel, les aides et la mangerie des officiers.
la premire eft relie laquelle le roi peut et doit pourvoir promptement,
en le dchargeant d'une partie et remettant l'autre fur un expdient que je
vous propof-rai plaufible et utile.
On vous dira peut-tre comme on fit aux derniers EtatS-Onraui que le
roi veut avoir fon compte et que le fonds dont il jouit prfnrement ne
pi lit pas fuffire aux s ordinain s, bien loin de diminuer. Mais ne vous
arrtez pa< en Ii ; je fais bien que lpaigne eft puife ; deux
fes en font cauf les dipcuTesexceffim et inutiles, et la volcrie de ceux
qui manient la bourfe.
Remdie v, et puis vous pourfiiivrez nu refte fans contridxtion. Corn
mentez pai le retranchement de la dpenfe j et cette proportion vou.
diminuerez la recette : examinez l'Etat. .e premier chapitre c'eft Iamaifon
du roi ; vous trouverez qu'elle monte dix fois plus que du tems de ces grandi
princes < harles \ ii, Louis \l < harlts \ 111, Louis XII Franois!". Ils
n'en taient pas moins bit n fervi< ; leur mmoire n'en ell pas moins glorieufej
. i ii.;. lis i n raient beaucoup plus foulages, \uffi quand il fallait faim
un effort, il tait aif d'en trouver les f<>< la bourfe des fuietsiH
t anectionns ; tmoin la pril'on du roi Jean ; au lieu qu' cette heure,
s'il faut racheter, quoique ce' foit, de cent mille cus d'extraordinaire fi ceux
i qui les ont qui ks ont engloutis ne les revoiniilent il n'eu pis
poilible le ks trouver j tmoin la chambra de juftice.
Le Turc, de qui I s Ii is politiques font auffi excellentes comme la religio
cil brutale tient cette maxime de ne prendre les deniers levs fur le Peuple
que pour la dfenfe et confrvation d'icelui, appJlant cela U prohib peuple. Lorfqu'il faut prendre les armes et aller a la guerre il s'aide des

importions et fubfides ; mais en tems de paix, il vit du feu! profit ife fes
jardins. Repotfentez-donc au roi que, s'il veut faire quelque rformation
dans fon f rat, il faut qu'il donne l'exemple le premier, et qu'il commence
pai la mailbn.
Le fcond chapitre fur lequel vous devez jeter les yeux eft celui des
penfions. Vous croirez peut-tre que ce que je vous dirai foit un paradoxe ;
et nanmoins c'eft une vrit tre .-certaine : les penfions ont ruine la nobietTe j
tel qui vivait commodment et doue:nient eu la m.lifofl et qui mme anx
occauons pouvait aileirber fes amis, mange le rev.nu de tout fon bien ti
rrois mois pour venir demander fa penfon. Un valet ou deux lui funSlaient j
Ion village ne voyait ni clinquant, ni broderie. A la cour il a un cuyer,
des gentilshommes des p.,ges, quantit de plumes, quantit de paffemens
d'or. \ oi!a o s'emploie fon bien, et ce qui lui revient dune penfon mal
paye, bien leve fur le Peuple tt mieux compte fur le roi ; et pour
preuve de ce que je dis qu'on recherche cutieufement s'il y a un fcul
Kentirfromme qui ne fe foit ruine ou incommode ce metier-l ; fur un cu
de fonds extraordinaire ils defignont dix cens de dpei fe ; et c'elt ce quia
men le luxe fi haut peint o il eft mainten nt ; comte malheureufe qui
prefage infailliblement la ruine des Etats qu'elle menace.
Il y a encore un autre inconvnient que ce mal produit ; c'eft que,
comme il n'eft pas poilible de -1r.hr.erd s penfions tous les gentilshommes,
non pas la centime partie ceux qui n'< n ont point ne croient pas de-
voir fetvir le roi fans tre pays. Ajoutons y enco'e cette raifon : ks Fran-
ais s'obligent aifment, et de peu de choie ; mais auffi ils ne conftrvent
pas long tems la mmoire des bienfaits quels qu'ils l'oient. Cela vient de leur
naturel prompt et lger; auffi, vo't-i.n qu'en leur querelles particulires,
ils s'accordent volontiers fans couver aucune forte de vengeance fur le
cur mais auffi tout prts fe couper la gorge avec le meilleur ami
qu'ils aient.
Confeillez donc au roi que s'il fe veut faire adorer parmi eux, qu'il leur
donne peu et fouvent, rien de certain ou d'tabli parce que ds l'heure
mfine chacun en fait tat comme de fon propre domaine et croit que cela
lui eft d.
Ilenri-le-C.rand a t le premier qui a dreff un tat des pendons; la ne-
cellte l'y obligea; car, aprs les guerres civiles, le trouvant grandement
incommode, et nanmoins charge d'une infinit de nobklll qui avait employ
tout fon bien pour lui aider conquiir ce royaume, ne fchant de qu i les
rcompenser crut qu'il leur devait pour le moins donner moyen de vivre
et de s'acquitter inrenfiblcment. Cette caufe ceffe maintenant; peu de ceux
ui font dans l'Etat ont vu ce temsli : puis donc que les penlio
ions ne pro-
fitent pe;fonne; quel danger de les ter ?
Aptes cela jettez les veux fur la guerre, et confeillez au roi de ne tenir
plus fur pied que fon rgiment des Cardes, fes Suifls et la compagnie des
Gendarmes au mme tat que le tout tait dura t le Lu roi : aulfi bien le
refte n'eft qu'une ombre et un imyri pour voler feS finances : le papier
ibuffre tout; et afin que nous ne puillions jamais tre furpris, et que nos
forces fflient redoutables par tout le monde, propokz de faire une milice g-
nrale dans ce royaume ; et que chaque province en cas de nceffit foit
tenue d'entretenir et armer fes dpens un rgiment tt une compagnie de
cavalerie fous la conduire de ceux qu'il plaira au roi de nommer, et que
les troupes fe mettent en bataille deux ou trois fois l'an chacune en
l'on endroit, tt apptenmn: les exercices. En cette faon, le roi fera tou-
jours affur de $ ou 40CO chevanx, et de if ou ^n,c,oo hommes de pied..
Le peuple ne fera jamais foul, parce qu-i premirement il fera dcharge de
ce qui fe lev pour les gens de guerre qui n'eft pas peu. Cette dpenfe n'ar-
rivera peut-tre quYne fois en oix ans; la leve n'en cotera ri 11. Ils paye*
ront rglement aux logemens qu'ils feront, parce qu'ils feront leurs montre!
en la mme faon. Bref, ils vivront en France comme ils vivent par tout
ailleurs c'eft-a-dire, avec ordre et difertion. il ne faudra plus de commif-
(aires ni contrleurs, ni payeurs, ni trfori.rs do l'ordinaire ou de l'extraor-
di- aire. Chaque province fera fon cas part, et payera fes gens, fans que
perfonne s'en mle. Outre que l'arme fera compofee le foldats choifis, bien
arms, et qui auront appris leur mtier, au lieu que maintenant en nos
troupes on ne voit que gens ramaffs et fans difeipline. Les plus belliqu. ul'.s
Nations du monde en font ainfi, et s'en trouvent bien. Si vous le i.v. s,
vou< gurirez la fconde des plaies du Peuple qui ne peut recevoir remde
quelconque que celui-l parce que tandis que les officiers du roi feront
faire les montres l'argent ne viendra jamais point nomm ; et le foldat
n'tant point paye, aura droit de vivre difertion, et fera mme nceffit
cela. Quant aux places o vous jugerez propos qu'il y ait garniln,
laites en forte qu'on la modre le plus qu'on pourra et qu'enfin ce ne foit
Qu'une compagnie o il n'y ait qu'un chef et point de membres : ces ordres
l'ont bons dans les armes, et inutiles dans les places durant la paix.
Ce n'eft nas fans raifon que je dis que vous apportiez votie jugement,
pour faire diffrence d.s places qui mritent garmfon parce qu'il y a une-
infinit de chteaux dans le cceur du royaume, qu'on devrait avoir rafs et
dmolis il y a long-tems. Tout le revenu du domaine s'emploie les rpa-
rer, ou l'entretnement des capitaines qui font dedans ou des mortes-
payes ; et ce ne font que des nids voleurs aux moinJres meuvemens. Le
roi a commenc par Pi -rre-Eont : faites qu'il continue.
Voil en gros la dpenfe qu'on peut retrancher : ajoutez-y le bon mnage,
et c..11 1 qu'il re loit pv. comme il eft pat tous ceux qui manient
fon argent) et la France ne vous aura pas peu d'obligation. Je fais bien
ce n'ell pas un petit ouvrage; mais d it-il y avoir quelque chofr d'hipollib'e
1 cette Aflemble o tous ks plus grands efprits de cette monarchi 1 i.mt
convoqus2 \ oulez-vous que je vous ouvre un expdient; Ne le condan
pas pour tre un peu rude : tout grand exemple a je ne fais quoi d ir.jurfe
qui fe rcompenfe par l'utilil public en reoit; et les ulcre? inv-
Dei s ne peuvent gurir que par des remdes violens. Donm /. avis au t 1 .
qj'il fujprime tous les officiers de finance, condition notamment de 1 ur
payer la rente de ce qu'ils montreront avoir actuelkment port dans fes


roffres; rcfcrvc* un trfor'r Je France es gnralit*! ot i! y en avait il y a
trente ou quarante ans, et un trforier de l'pargne.
les Peuples d'eux-rr.mts porteront l'pargne fans frais et fans diminu-
tion, ce qu'on l< m d n uler, comme on a vu le Languedoc la (.;'
et 1.1 Bretagne- le R rent; et ces derniers, pour n'tre pas exiges par
des loups impitoyables, i-e marqueront pas moins la puillnce du roi, et
tmoigneront beaucoup de bonne volont et l'amour des fujets.
Toiites ces dpenfes inutiles tant retranches, il fera aif de diminuer une
g des tailles | encore^ trouverez.-vous que le roi en aura beaucoup plus
de quitte qu'il n'a. Le furplus, ii le faut rejette r fur ce qui entre ou lort du
royaume, afin que les trangers fculs fupportent la depenfe ; et voil l'exp-
die n que je vous avais promis, .le vous veux faire voir par demonftration,
que c: que je vous dis eft infaillible.
Premi rem nt, nous demeurons tous d'accord que la France a ce bonheur,
3il'elle le peut aifement pafter de fts voilins; fes voifins ne fe peuv n: pafler
'elle. L'Efpagne n'a point de bl; celui qui peut venir de Dantzick ne vaut
n'en, outre qu il eft pvefque tout pourri, iotlqu'il arrive en fes ports, came
del lonrju.ur du chemin. Tout le fepuntrion n'a point de vin; nos fels ,
i.os pallels, nos toiles, nos cordes, nos cidres vont par tout le me ide, et
ne fe cueillent en abondance que parmi nous. On peut hardiment hiulTer ,
fans ri.n craindre i le page tel point qu'il plaira au roi. La neceflite lis
obligera de pafler par nos mains : en voulez-vous un exemple qui n'a point
d. contredit? Il y a trente ..nies ou environ que le tonneau de vin valait
fixante et quitre v.njts cus Bordeaux; les Anglais, les F.colfais, les
Hollandais l'enlevaient tous ce prix-!] ; maintenant, il ne vaut plus que
quinze ru fei/e cus : quelle raifon y a-t il de leur fouffrir ce pain a no're
( --.i.'g. ? Oui; mais audi, de i.-.w cor:, ils nous renchriront les marc.un-
dil i qu'ils nous dbitent : Ma i.ik z-e-n, s'il vous plut la qualit i et nuis
vous jugerez 1 1 i| tante que ce nous peut t. Il ne nous vient point d'ar-
; ni *nglet rre pont ton; ceux qui le font nouvel bordeaux es teins
es !o:.-ls, peuvent rendre oc tmoignag Il | prteni dei draps, des l'erg s,
1 -.1 ;uc yen de p'.Omb et d'etain; ^-t avec cela, ils enlvent nos denr.s. Les
Hollandm nous fourniftent en partie de fuere de drogues et d'piceries 1
'1 s foie s nous viennent du levant; l'Allemagne nous fournit de chevaux|
(Italie dj manufacturea. Toutes es choies font fi peu nceflkiresjqu'il ftait
propos que l'entre en ft abfjlumcnt d.fendue.
Pourquoi faut il que Milan, I.ucques, Gnes et Florence, nous vendent
fi ch'r leurs draps de G ie et t) i.es d'or et d'argent, qui ne vont qu'au luxe,
tt par consquent la ruine de l'Ftrt; Li feule ville de Paris en coutume
p!us qtt toute 1 Efpagne entire. Le roi Henri II fut le premier qui porta un
bas de ("ie aux noces de fur ; maintenant il n'y a point de petit valet
qui ne fe fenut dshonor d'en porter un de ferge ; et voil o s'en va tout
1 argent monnay de France. Marl'eille ne fait point de plus grand cou:.:
que celui-h ; quel danger y a-t-il donc qu'ils nous encherilEnt leurs mar-
enandifes Nous apprendrons peut-tre par ce moyen nous vttr de nos
lair.es, et nous fervir de nos draps.
Qu'on dftr.de ce nombre infini de carofiVs, qui tonne les murailles de
mutes les villes de 1 rince et notamment d- Paris ; et puis vouc n'aurez
plus que faire de chevajix d'Allemagne, qui ne fervent qu' cela; et afin
qu'abioiument on fe puille p.ilEr d'eux, qu'il plaii au roi ordonner qu'en
tous l'.s prieures et toutes les abbayes de France, il y ait un haras, plus
erand ou plus petit, fuivant la commodit dis lieux et ie dpartement, qui,
ces fins, fia fait par les lieutenant-gnraux d. s provinces. Ju'.qu'ici on
a (11 G peu de loin du public, que le fianais n'a jamais appris de fe fervir
des avantages que Dieu lui a donns pat delius toutes les Nations du
monde.
Quant au ficre, piceries et drogueries, pour le peu qu'il en faut en
1. ce, la chert que ks Hollandais y pourw'ent mettre, ne nous (aurait
irteon moder, joint que cela obligera nis marchands entreprendra le voyage
des lud.s, aulli bien que les lio'.land-is.
art, prenez occafion fur ce fujet de reprfenter nu roi qu'il eu obli
pour la grandeur et la rpotation de for) Rat, de rtablit le commerce. A
ceia, il y a deux choie* faire. Premirement, purger cette vermine d'of-
ficiers qui volent tout le monde; ils ont t cres pour la furet du com
li tt nanmoins ils ne fervent vritablement qui piller l?s marchands,
et dcrier nos ports. Deux ctmmitlaires envoys fui les lieux, avec pou-
voir de l'.iie et parfaire le proies a ces gens-l, fuffiront pour y rem.
Outre il faut inftituer un ordre gnral pour la navigation. N'eft-ce pas
ure bont 1 qu'en trois cents 1 ... ctes, il ne le trouvera pal vingt
; faux franais; et nanmoins, s'il vous plan d'y mettre la main nom
feront en peu de tems matres de la mer et feront la loi ces infulaires,
qui ufurpent ce titre. Nous avons, fans comparaifou, plus de havres qu'eux ,
plus de bris et meilleur qu'eux pour btir des navires, plus de matelots ,
tmoins qu'ils ne fe fervent en leurs voyages que de nos Bifcains, ou de nos
Bretons ou Normands. Les toiles, les cordes, les cidres, les vins, les chairs
iales, quipages nceflaires, fe prennent fur nos terres.
11 ne relie plus que de donner h forme ce delTem ; la matire n'eft que
trop ample. En voici un projet, f. m/.-vous en, fi vous n'en trouvez pont
de meilleur'{ il ne m'importe pas pourvu que la chofe le rafle, et que le
public y prorite. Que le roi, par edit, ordonne qu'en chacune ville capitale
de fs provinces, les marchands feront une compagnie pour la navigation ,
fur le modle d'Amflerdam et quiperont certain nombre de vailTeaux dans
les ports les plus proches et les [lus commodes ; et pour les inciter davan-
taes, qu'on leur accorde de grands privilges, comme, entr'aimes, qu'on
rabatte le dixime des impositions aux navires franais qui entreront et for-
liront fans fraudes de nos ports, et qu'il (bit dfendu, peine de confifea-
taon de corps et de biens, nos mariniers d aller fervir les trangers. Ln
p.u de tems vous ferez une fi >tre innombrable et couvrirai la mer de
voiles ; et vous t mployerez quantit de jeunes novices qui demeurent inutiles,
et qui s'abtardiflcnt.
Le fel et les aides font encore deux rudes charges ; la premire bien plus
grande que la fconde parce qu'il eft bien plus aif de fe palfer d'aller
la taverne que de manger du fel aliment nceflire ; nanmoins je ne cois
p.is oue vo s en d i.z pour ( tte heure demander l'extinction ou la di-
l mon : il fuffira -n. le roi r lche les rai lis, fardeau prefqu'infuppor-
rable jufq .. ce qu'ayant 1 :on domaine Dieu lui ouvrira les
moyens pour rendre la libert la France.
De tous les mnages du rems pafT je n'en ai approuv qu'un f.ul. Cet
or amoncel dans la Baftille ne n'a jamais t d'un bon augure. Le vrai
r d'un bon roi eft dans le c iur et dam la b Wrffl de (es fujtis. J'ai
condamn cette conveifinn d-s octrois extraordinaires et tems en recette
\ ordinaire ; outre que c'tait proftituer la foi du prince qui doit tre in-
>iolable, c'tait ter le moyen de fervir l'Etat l'extrmit. Le feul m-
nage donc que j'ai eftim, tait le rachat du domaine en feize annes de
jouiflances, et cependant c'clt celui feul qu'on auia unverf : Dieu le par-
donne ceux qui en (ont coupables! Remettes donc s'il dt pofttble, lur
pied c:s partis et qu'ils foient excutes fans exception de petfonne du
monde. Le domaine du roi t'appelle fut,ri parce que vritablement on ne
peut y mettre la main fans lacrilege.
En gnral rejetez avec honte ceux qui vous propoferont des expdions
pour augmenter la recette des finances; le Peuple n'clt que trop charge :
tt .111 contraire, recueillez bras ouverts les .avis qui vont diminuer la
dpenfe foit par retranchemens lgitimes l'oit par bon mnage. (J'eft ce
feul moyen qui relie pour foulager le royaume.
Mcfficurs voici le dernier de nos maux et plus agit en cette faifon : la
mangerie aux officiers. Nous avons dtj parl de ceux ds finance ; refte
parler de ceux de jullice.
Ce mal a plufieurs racines ; il les faut toujours fuivre exactement ; il y
a la di.penfe de quarante jours qui rend les officiers comme hrditaires ,
la vnalit qui les met en commerce, et le gain ordinaire qui c il tolr
3ui les enrichit. Il ferait dlirer qu'on put gurit ces trois maladies tout
un coup ; mas il ell bien mal aile; tant de gens et li puiflans dans l'Etat
font intrelTes, que je craindrais que le remde ne hit p.re que le mal. Il
faut donc y aller pied pi.d et inlenfiblement.
La valeur exreffiv? des offices eft le fondement de ce dfordre. Il y en
a pour ce't millions d'or et plus en France : lefeu moyen qu'on a de le faper ,
C eft d'en oter les epices et les em< umens; d'une pierre vous frappt e deux
coups ; vous ferex ramender les offices et foulagte* grandement 1- leupie,
qui n'a pas tant d intrt la vnalit OU la paillette comme l'opprcllion
qu'il fent, caufe des exactions de plufieurs officiers de jullice.
Outre que cet expdient fta utile au public, avantageux et honorable
pour le roi, il fera trs-bien reu de ceux de robe longue. En ce mtier'
l tout le monde fait prol ib>n d'honni ur tellement que ceux qu; liront
avari.ieux. entr'eux loueront les pn inieis cette rformarion ; au lieu que fi.
vous touchez a la paulette < u la venante les plus gens de bien fe
plaindront parce que vritablement ils feront ruins.
Par ce moyen il n'y aura plus de pores en France dans dix ans. Les
juges en font beaucoup plus que les parties. La juridiction des marchands
eft fans contredit la plus courte et la plus quitable parce qu'elle n'a
l oint d'eiiiolumens.
Surtout Meilleurs, prenez girde de ne mcont.nrer pas tous les offi-
cers ; li u.Vie t> ms VOUI ne vous folvez foulager grandement le Peuple,
et leur gagner le cur ; car Henri LI en fut mauvais marchand, ayant
t la vnalit et em, che Ls rtjgnatoni en 82 5 4 r 6 et 7; en
SS tout l I s villes fe rvoltrent contre lui. Je fais bien qu'il y avaic
d'aun i s malignes concurrentes cette (ditions mais croyex-moi.
c n poufi pas peu la roue. Naturellement les Peupl s aiment l
It s'y portent s'ils ne font retenus par la crainte des punitions.
D I rfque l<-s magiftrats ou Ks incitent ou tout semblant de ne
les vi pas, tout fe prcipite la contufion.
S; is doute qe la paulette eft un grand mil ; mais elle a produit pour le
moins ce bien durant nos derniers mouvemens, que pas un officier ne s'eft
d n nti de ion d-voir : la raifon ele cela eft que le prix f-xceilif de leur
office les int elle tous la confervation de la paix et la manutention >u
fei vice du roi. Et qu on en dite ce qu'on voudra les hotnmei n'ont point
de plus fortes chanes que leur intrt, ni de paiiion qui les emporte plus
vjolentement.
Tout, fois Mefleurs, fi* vous voyez l'efprit du roi pori rformer tout
fou royaume et foulager Cm Peuple, donnez hardiment r.onfeil de gurir
toutes c s trois maladies enlemble : avec ces prcautions, il n'y aura n'eu
cra'nd ej D'eu le mlera de la partie, et favorifera indubitablement une
i fainte > foluti m pourvu que l'ordonnance foit fuivia pour Es fuppreffions
et nominations d.s officiers unguliers.
Sur la demande des Etats Gnraux derniers la paulette fut te : qu'en
.irriva t-il ? Lesp emiers offices qui vaqurent furent donnes des valets de
chambre et des chevaux lgtrs : il y t n eut parmi eux qui furent aiFez.
infolcns pour entoncer les portes d'un officier malade, afin de voir s'il tait
encore expn. C. t ouvrage excita de fi grande clamt-urs, que le roi fut
contraint de continuer te droit pour trois ans.
Si vous aimez l'Etat, faites qu'on n'te pas la difpenfe des quarante jour*,
fi on te en mme tems la vnalit : autrement vous verrez tout -coup
les parlenens dnus de ces icux arcs-boutans qui les foutienn ut lefquds
fe dferont de leurs charges trois mois ap es. En outre la plupart de ceux
qui voudront courre la fortune, feront fans doute leur compte, et tacheront
dans le tems de la jeunette et de la force fe rcompenfer du prix de
Euis offices ; et le public en ptira.
Voici l'tat des affaires de finances de France, que la marquis d'Effiat ,
furinieiidant d'icdles prefenta au commencement da l'an 1617 clans l'Alfem-
b.e et lequel y fut lu hautement par le fecretaire d'icelle afin que cha-
cun des notables ft inliruit au vrai quel avait ete l'tat des affaires def-
dires finances, le maniement d'ice'les et leur emploi, depuis le dcs du
roi H 1:11 le Grand.
Meilleurs un ancien difait qu'on ne vivait fi bien en aucun lieu qu'i
Rome tut pour 1 inltirution des murs ou pour l'exercice du courage;
qu'il eftimait plus un Catoa qu'il n'eftimait trois cents Socrates ; je puis
-lire aulli qu'il n y a point de contre au mtc de plus fenile en grands
rois que la France et que je tais plus de cas d'un Henri le Grand de
louabE mmoire que de tous les rois des Nations trangres parmi lef-
quell s il ne s'en elt point trouv ni vu qui n'i t pu apprendra de ce grand
monarque les rgles nec^ flaires pour bien et glorieufenient rgner.
Et fi pour gouverner un grand Etat, il tait befoin cette heure de
choiiir des lois qui euflot e-t pratiques et produit d'heureux effets l'on
i.'en pourrait trouver de meilleures que celles dont il self fervi, er qui lui
ont b utilement ruffi ; car ets-lors qu'il'eut donne le repos fes fujets ,
fon Etat devint Sondant fut rempli de bndictions ; et tout ce que la
confufion des guerres civiles avait dplace, fut rtabli en fon premier
ordre.
Il fit exactement obferver les anciennes ordonnances fur le fait des finances ;
et fa prudence parut tellement en la diftribution de fes lib qu'au-
jourd'hui elle eft tire en exemple et fera admire des (ecles fuivans, ne
fe remarquant qu'il en at ule que par prvoyance d un bien elperer, ou
pour une prenante nceflt.


c
*4
NlanmotM comm: il fi:rvi:rrt an corps humain pour parfait qu'i! puife
tre, des y : fang ( li re principal de lu viaj par divers acctdens
3U! nf ,'e ivi|v.n: ail'm ni rparer, de mr. Etat, avec Ion excellente
fit ion, ne Ijia de (ntif u casant des annes plu&euri manqueroeoa
e ;it le premiet oui -. t l force ) foit en d-
potlt d^'. r..bais e;u II : t'a re aux remuera
eau icl ou mortalita advenues et qui engendraient d s non-
l rs dais les ri aies, ou pour !a rception des amb
, dai t dehors du lowume, dpeufealcrettes,
afliltances d ii II donnes aux allies, et foldts ext aordina ri b;
de forte qu'il ne fe trouvera aucune anne durant ce grand calma que
Ftt au ml de b dperfl n'ait excd de plus de cinq a fis milliotH de
lacs, ks tats faits par eftimatioir au commencement d.s annes.
C'eft chife jui confie enfair, quoi l'on fuirait rien ajouter ni dimi-
nuer et dont la compagnie pourra tre eclaircie par les comptes qui en
ont en pricnts a la chambre, et que- M. le pro ureur-gnerul en icelie
r.u: l.i i voir, n'tant poilit-le d'en acqurir une certaine cona-ilfunce qu en
I s ai uninan par le menu.
Ainfi, vous verrez que le feu roi faisait toujours fa dpenfe plus faible
que fa rec.tte de trois quatre millions de livres pour avoir de quoi
fournir a toutes fes dpenfes inopines; et en outre faifat enfler fa recette
tiu bon mnage qu'il pouvait faire durant l'anne par movens extraodii.aires,
et ce qui fe tiouvait relier de bon, les charges acquittes tait mis en
' e : c'en* de-la qu'eft provenue la (onnne qui s'elt trouve dans
la Bufti le aprs fa mort qui montait cinq millions et tant de livres et
environ deux millions qui demeuraient entre les mains du trforier de
l'pai t en exercice, pour Lire fes svan.es, lcfquels fc-pt millions taient
le fret des dix annes paiblei qui coaanaencereht depuis ion retour de
Savoye.
Apra fon dces, la face des affaires fut change; en forte que ceux qui
t la direction des finances, crurent, par de louables et laintes confi-
drations qui vous feront o.-.prs repr.entes, que c'tait aatex de conir-
ver cet argent a.naiT fni continuer les prcedens bons mnages pour y
en ajouitr, fe c ntentant d'galer la dpenfe la recette ; ce qui fut caufe
qu'tant furchargs par I s dpenfe s extraordinaires ils le trouvrent cot
en fin d'anne, de trois quatre millions de livres; et pour reparer cette
fauta de- fondaj et prvenir les mouvemens qui fe prparaient dans l'Ftat
ndant la minorit du roi, ils fuient forces d'entamer ce facr dpt qui
et lit palier doucement jufques en 1615.
Ainfi et* argent de rferve, utilement confomm et les charges croiffant
de i anne fur la recette fuivuiite ; tellement qu'en 61 c ils eulfent t blenempches,
i le roi n'et t fecouru de deux moyens ; l'un de la rvocation des
contrats pour le rachat de fon domaine et greffes en feue annes, et revente
d'iceuxa l'autre, Je la cration des triennaux faite au commencement de
l'an i.mo ; ce qui foutint les affaires en ce tems-l, auqu -I les non-valeurs
furent exceifives, l'occafion des troubles qui s'murent lois en toutes 'es
contres de la France. Depuis les dpenfes augmentant, il n'y eut plus
jnojren de les fupportSi avec le revenu ordinaire de l'Etat,
Et tout ainfi qu'on fe fert de toutes inventions pour affermir un vieil b-
timent qui mmace de ruine de mme les directeurs voyant que cet ancien
rnyaume couibait (>us le faix des charges, et n'avait aucune reftource pour
1 s acquitter lurent contraints de chercher tous les ans des dits, rgie
mens et crations nouvelles d'officiers, afin dcoul.r le tems et foulager
le mieux qu'i's pourraient leurs neceflits ; et avec toute leur indufirie ils
ne pure-nt rtjoirdre le courant, fi bien que, pour fortir d'une anne!, ils
furent forcs d'engager .e revenu de la prochaine quelquefois d'un an et
demi tt de deux annes.
D.'-s-lors, les comptables leur firent des avances, dont les rembourfemens
nt fi loigns, qu' peine pouvait-on fatisraire leurs intrts et mme
la fur.ri de leur pit, qu'en les rendant comme matres ab.olus du ma-
niement de leurs offices.-
1rs fermiers et ceux ijiii avaient trait avec le roi, firent de mme lef-
quels n'ont plus voulu mettre prix aucun olice ou portion du domaine ,
que furvant .e revenu qui en pouvait provenir ; ce qui a rail que IcS ventes
n'ont jamais excd le denier dix, et.s en font acquis la jouiilance ds le
commencement des annes que les crations ont t faites, non-obftant que
la plupart n'cuficnt trait.- qu'aprs les premiers quartiers chus ; ils ont ajout
Us deux fols pour livre qu'ils difaiei.t tre affect- s fupporter les frais ,
tiifemble la r< mife du fixume pour les tirer hors de tous intrts t
les girantir du hafard qu'ils pouvaient courir faire valoir les chofes par
eux achetes ; equel fxie-me avec les deux fols pour livre et la jouiliance,
font une fomme gale au tiers du total.
Que fi l'urgente nceffit des affaies a voulu que les partifars aient
avanc le terme de leur obligation pour avoir tout en argent comptant, on
leur a donn des intrts jufques 1 c, 10 et 20 pour cent ; lcfquels ajouts
ave-c les autres remifes ont fait que les meilleures affaires ne font pas reve-
nues la moiti des charges de l'Etat, tant rduites ce point, qu'elles
n'avaient autre recours pour les foutenir qu' la bourfe des partifans les-
quels en cette nceflft s'taient tellement autovifes qu'au bout du tems
on n'a fuies faire compter nettement; et pour, s'en garantir, fe fervaient
des changemens qui arrivaient dans le royaume.
II s'eft Suffi rencontr que tous les trforiers de l'pargne qui ont lev
fur les receveurs gnraux des fommes d'argent avant le terme chu n'-
taient point ceux auxquels ils devaient rpondre en l'anne de leur exercice;
et l'pargne formant fes recettes ainfi confufmciir sV-fl trouve elle-mme
tel!-ment embarralle, qu'il n'y a pius eu lieu de voir clair dans fes
comptes.
Les naturalises difent que la feiche a cette induflrie de troubler l'eau
pour tromp-r les yeux du pcheur qui l'pie; de mme ces trsoriers ont
perverti tout l'ordre et obfcurci leur maniement, afin qu'on ne pt appren-
dre par I pargne les recettes qui s'taient faites dans les gnralits ni
pareillement juger des dpenfes, qjoique l'pargne foit la fource d'o doi-
vent fortir les moyens de les faire* De-l vient que quand le compte de
l'paipne eft demeur ceux des gnralits demeurent auffi accrochs,
fmblaMes un peloton de fil ml duq cl vous ne pouvez tirer un bout
c vous ne ferriez davantage les autres; et ce d'autant que les trforiers
l'pargne ont pouvoir de faire iccette et dpenfe de leur autorit,
tufqu's la clture de leur compte qui ne peut tre fini que quand il
ieui plat.
Le moyen d'viter ce dfordre eft que le furintendant compte avec eux
de jour autre ou du moins routes les femames, et pourtant fe trouvera
bien empche avec cette vigilance de pntrer dans le fond de leur manie-
3
ment. Je n'aurai pas peu d'affaire-s tant prTcnt en charge de voir In
comptes de dix treiorurs de l'pargne, ayant tous la mme autorit que
celui qui elt tn exercice, et en mme tems compter avec cent et unt de
-:urs gnraux, plus de fi x cent vingt fermiers e t autant de tra:tans qui
ont lu porter leur iccette l'pargne pendant les ctkt annes dont ils n'ont
tircai nt compt. Combien de comptes de diverfes natures .u
deniers doivent rendre les trforiers des parties c^fuciles ? tous ceux qui ont
agi par commiflion aux reventes du domaine, qui en ont reu les dniera
par les quittances de l'pargne defquels ils n'ont point encore rapport la
iations, ce qui empche l'pargne d'en faire fa recette anreel
Or, s'il y a tant de difficult reconnatre la vrit en la plus facile
fonction des finances, qui .il la recette comment pourra t-on pti
julqu'ju fond de la dpenfe pour voir fi elle eft vraie ou faillie aptes
qu'elle a pallie par tant de mains diffrentes tant de divers fujets et fusa
I autorit de pluficurs ordonnateurs, defquels aucuns n font plus en charge,
et les autres difent qu'ils ne font obliges de leneire compte de leur geltion
qu'au roi ? .
Ainfi par ces difficults l'on ne fiurait apprendre le menu des fommej
qui font entres pendant ces cinq annes dans la chambre aux deniers ; et
ign rapportant la quittance du ttfo ier d icelie chambre a fa dcharge,
il n'y a lieu de coutelier, il en eft de mme de l'curie, de l'argenterie,
les menus, de la chambre du trsorier de la maifon de ceux les :
et de Monlieur, et gnralement de tous Jes comptables des maifons.
Quant aux penfions, gratifications et entretenemens Jonn's pendant ces
cinq annes ,| pour favoir quelles fommes elles fe montent il ne faut que
les quittances des parties prenantes pour en :re tcLirti.
Pour la guerre la plupart des officiels nous tr\ ont cach le menu et
n'en pouvons avoir aucune lumire; tmoin la dperjf ' la maiine faite
en i6ii, qui monte un million d'or : le mme fe trouvera d.s autre!
annes! et, pour mieux couvrir leur jeu ils lif-nr que c'elt du fut de
l'amiral qui en a uf ainfi qu'il lui a f mbl. Autant fe peut dire de l'artil-
lerie qui porte le tiers de la dpenfe de la puerr" ; et quand on demande
aux officiers l'emploi d.s deniers qu'ils ont reus de l'pargne, ils rejettent
tout fur le grand-m3tre.
De mme efl il de l'ordinaire de la guerre la dfpenfe de laquelle n'efl
connue que par le conntable et le iccrtaire d'Etat qui en a le dpar-
tement.
Quant l'ex raordinaire pour en vrifier au vrai la dpenfe il eft befoin
de taire compter dix trforiers qui ont exerc durant les cinq annes, tant
dei que del les monts; et v a tel d entr'eux pa les mains duquel ont
plie plus de douze millions de livres eu fon anne dont les dpenfes fa
fi nt faites en divers endroits de ce royaume en Italie en la Valteliaa ,
et aillcuis.
En cet *at extraordinaire de la guerre je n'r comprends po:nt les Suiffs,
parce qu'ils font pays par les trforiers des ligues qui marnent les denier
qui leur font envoys et fe diftribuent fuivant l'tat qu'en fait l'ambaf-
fadeur.
Ce n'eft pas que je veuille condamner l'autorit de ces ordonnateurs,
quoiqu'ils aient forme, tant qu'ils onr pu des nuages pais pour rejeteraut
yeux de ceux qui dfirent voir jour en leurs affaires ; et pour ces conlid-
rations, le roi niant de prudence accoutume, a iuae bon de fuprrimer
la charge de conntable et celle d'amiral parce qu'il n'et t poffible,
ces deux charges demeurant dans leur entier de lai aucun u'rlem. nt parmi
les gens de guerre de terre ou de mer ; ttnt vritable qu'on fait p'OS
prfent pour un million de liv. qu'on ne pourrait faire pour fix millions,
ces charges (ub'dtant tn leur premire autorit.
De l'abus de ces puillances font arrivs ces dfordres qui ont tellment
mis en arrire les amires de S. Vf., qu'elles en font comme abandon
et ne fait on comment reconnatre ceux auxquels il eft d ni de qui M
II il recevoit l'argent pour les payer ; chaque receveur allgmnt avoir fourni
CJ qu'il devait Ion. : va t le tri chu, par d-.S avances ou des pin,
et pourtant perfonne ne fe trouve fatisfait.
Si l'on s'adreffe ceux qui font en exercice en l'anne 1616, ils difent
avoir fourni a l'pargne ce qu'ils doivent ds l'anne idif d'autres en ifaa,
et s'en trouve qui di ent avoir pay en 162a et 162' ; que fi pour vrifier
le un acquits l'on l veut rgler fur les tats par eltimation vous les trou-
ver, z ne monter qu' vingt ou vingt-deux millions, et par les tats ,11 vr;i
i s fe montent ner.te voir- quarante millions de livres. Que fi on veut
entrer en la connailT.nce du dtail ils renvoient .1 des fuprieurs et chefs
de charges defquels la naiffance et autorit font (i grandes qu'il nous fer-
met la bouche et nous difent qu'ils ne rendent compte perfonne
qu'au roi.
C'eft ce qui a bouleverf l'ordre des finances, pir lequel on pouvait corn
natre la vrit de rec ttes et dpenfes. Aufli .1 ce t la caufe que ceux e]ui
m'ont prcd, ont t tellement emports par les grandes dp;nfes que la
grande quantit d'annes a engendres, et ont trouv leur courant fi d-
plac que qui Ique aff ction qu'ils y aient eu de remettre h s c ho fes en Lut
ordre, ils ne l'ont pu bien qu'ils aient vaque avec tout fort: de foin et
d intgrit au devoir de leur charge ; mais les moyens de foutenir ces excef
fives dpenfes leur manquant tout-i-fait, et tant toujours en peine de cher-
cher de nouveaux londs pour le fupporrer il ne s'eft point fait d'tat du
roi o toutes les dpenfe. doivent ire contenues es dernires annes; d'o
eft provenue L difette >.ue l'Etat fourfre prfertement, qui manque toutes
occafions de moyens pour fupporter la fixieme parties des dpenfes du
royaumes lefqucUes font toutes propofes necelTalres et demandes comme
jultes ; et ficliis font diffres ou refufes le furintendant feul en reoit ls
blme et p fle pour condamn.
Il eft comme le pilote qui regarde les venrs et la mer conjurer enfemble
contre f<-n v.tifTeau et apporte ce qu'il a de prvoyance pour y remdier:
de mme ell il feul (>: drendre conrre tous venans qu' s'accordent pour
I attauuer, fait ce qu'il peut pour les contenter ; tt n'ayant moyen de leur
donner fatisfacu'on, pour ce qu'i ne lui eft poilible d'accommoder une arfiire
qu'il ne (oit forc d'en piefir une autre, il eft contraint de les lai'fer plain-
dre et donner cours 1 ur douleur. Ainfi n'y ayant point de rgies da
l'pargne routes choies qui en dpendent, tombent en confufion.
l'appelle tmoin de mon dire la chambre des comptes s'il n'efl pis
vritable qu'elle s'eft trouve en ce point de ne pouvoir examiner et eiore
les comptes, faute que ceux de l'pargne n'avaient point t arrt
M. le procureur gnral en lad rp chambre cj prfent, vous affiirera qu'il m'elt
venu dire de leur part qu'ils ne pouvai.nt faire leurs fonctions qut le
comptables qui y portent les deniers de leurs charges ou y prennent s
allig.utiiis,
_


ailignations, n'cuffint fait de mire ; fautant que les recettes de rant d'an-
re s accumules formaient de li grandes confiions, et favorifaient fi fort les
divertilemens qn'il netait polfible de difeerner les vraies recettes et dpenfes
d'arec Us vraifemblables. J'aouterai que cela donna fujet la chambre d;
dputer deux matres de chaque bureau pour m'en faire plainte ; et peu de
tems aprs, elle donna un arrt clbre contre tous comptables mme fin
qui contient ce que je dis.
Voil l'tat auquel efl la France prfent, qui a befoin de puiffans re-
mde; pour la remettre en vigueur, les faibles ou palliatifs lui tant inutiles.
(J cil avec douleur que je dcouvre les nceflits qui font en ce royaume ;
non que ji redoute que nos voifins en puiflent tirer de l'avantage parce
q.i'i's font encore en plus mauvais tat ; mais d'autant que cette grande n-
ceffit tait compalfion des bons Franais qui aime it leur Patrie et pour-
tant ces m mit ne l'ont (i extr.nes qu'on ne les puilTe rparer et rendre la
France fa premire fplendeur.
Le moyen d'y parvenir eft que tous les tats des finances foient forms
l'avenir fur le modle de l'an 1608 et que d ns la recette nous biffions une
foiime furliiante po.r remplacer les non-valeurs et les parties inopines que nous
l'upportons ; parce que fi nous nous contentons d'galer 1a dpenfe la recette,
i! ell indubitable qu'au lieu de gurir nos dfordres nous les accrotrons.
Ce n'eft pas que je veuille blmer le tems auquel le bon ordre que nous
dlirons aux affaires a fini ; car une fainte intention en a t la caufe. La
r;ine me:e du roi leur rcente, fut perfuade de prier le roi de tourner
Je mmge qui fe refait aux finances en libralit afin que les affections des
Peuples , dues leur roi, lui fuflent conferves entires, maigre les per-
nicufes pratiques qui fe fefaient au contraire.
Ce falutaire confeil fit telle impreffion aux coeurs de leurs majefts qu'elles
remirent au Peuple trois millions de livres tant de ce que portait auparavant
le brevet de la taille que des impofitions des fermes. Le fel qu'on avait
ftopof d'tablir par dit dans les provinces qui en (ont libres n'eut point
ieu comme il fe voit par la rvocation des offices cts aux greniers Ici
d'Auvergne qui taient dj" vendus un nomm Blancheteau, lefquels furent
au mme initant rembouris et fupprimes.
La douane de Valence fut te et la Provence h Languedoc et le
Dauphin foulages ; on diminua plu' du tiers de l'impofition du convoi de
Cordeaux, et la moiti de celle de Charente, autant fur celles de la rivire
de Loire et des autres.
On remit plus de la moiti des fubver.tious an* grandes villes lesquelles
depuis n'en ont quali rien pay ; le prix du fel fut diminu de c tiquant-
fous par minot en la ferme des gabelles de France et en celui de la ferme
tiu Lyonnais, de cinquante-trois fous ; ce qui revenait lors, fur le pied des
ventes, plus de quinze cents mille livres.
Toutes lefquelles diminutions r.ffa Mirent d'autant la recette et oterent
le fonds qui lervait foutenir les dpenfes extraordinaires qui peu--peu
firent grandement accrues.
Le roi, defirant que les grands fe reffentiffent de fes munificences auffi
bien que les petits tripla les penfions de tous les princes donnant M. le
prince de Copie trois cents mille de penfion ; MM. les princes de Conty
es comte de Soldons, chacun deux cents mille livres ; aux autres princes ,
chicun cent mille livres. Les ducs pairs et officiers de la couronne reu-
rent leur part de tes bienfaits et n'y eut feigneur la cour qui ne s'en
reff mt. Ces g atifications mmes s'-tendant jufqu'aux provinces les plus
loignes, o les gent 1-hommes qualifis en taient participans.
Da forte que cette augmention de dpenfe compofait une fomme d'en-
viron 4,000,coo de livres, laquelle, jointe la diminution faite au Peuple,
fit manquer le fonds annuel de la recette de fix fept mil'ious de livres ; et
fans les retranchem.iis que le roi et la reine firent fur eux mmes il et
fallu rtablir ce que leurs majefts avaient donn aux p'ovinces pour leur
fondement et diminuer les librantes que recevaient les grands les fe:
gneurs gentilshommes du royaume.
Nanmoins la guerre que l'on penfait lors viter par cette mun'ficcnce ,
ne lailfa de troubler grivement l'I.tat (l'ambition des homm.s ou leur ava-
rice l'avait aulli voulu ) ; et elle s'alluma de telle forte on tous les endroits
de la France et avec telle violence que les lois furent foules aux pieds ;
il n'y eut rien de facr qui ne tt mprif et poilu.
En ce dfordre^pJes dpenfes qui n'avaient excd vingt millions de livres ,
montrent jufq:i'H|nquaiite millions ; ce qu'il n'a t polfible de foutenir
que par d-.s voie^extraordinaires qui n'ont pu nanmoins tre juflemenr
blmes t tant parce qu'elles ont t caufecs par la nceffit que pour avoir
t puifes dans le domaine du roi que fa majeft a voulu tre engag et
les deniers en provenans, employs rparer les calamits publiques, plutt
que d'interrompre le cours de fes bonnes intentions.
Que fi d'ailleurs il eft venu l'pargne quelques fomms d'argent, c'a t
par des crations d'offices, dont les gages droits et fonctions fe font fes
dpens ; et les droits des acqu:rcurs de ces offices, font fi bien confeevs ,
que s'il y a peur un tefton de non-valeur, il eit port fur la partie de
l'pargne quelque petite qu'elle puifl tre.
Or fi le revenu du domaine efl tir nant*, les tailles qui fe montent
tous les ans prs de dix-neuf millions de livres ne font pas beaucoup plu*
utiles au roi puifqu'il n'en revient l'pargne que fix millions qui panent
par les mains de vingt-deux mille collecteurs et qui les portent cent foixante
receveurs des tailles qui les remettent vingt un receveurs gn'aux pour
les voit rer l'pargne. Et ces deniers des tailles (ont trs de l'pargne ,
pour tre diftribues aux trforiers de l'extraordinaire de la guerre ou des mai-
fons, fuivant qu'ils font deftins lefquels en baillent la moindre partie
ceux qui les doivent recevoir d'eux ; car avant que les officiers par les mains
defquels paffent ces dtniers aient pris leurs gages taxations droits ,
ports et voitures il fe trouve enfin que ces fommes reviennent peu de
chofe.
Quant aux gabelles la ferme gnrale el de fept millions quatre cents tant
de mille livres les fiais des fermiers rabattus qui reviennent deux mil-
lions de livres ; et des fept millions quatre cents mille livres, il y en a fix
millions trois cents mille livres d'alins ; fi bienque le roi n'en retire qu'onze
cents mille livres qui ont t affectes l'anne dernire et celle-ci, au paie-
ment des 1 entes de la ville dont Feydeau tait demeur en arrire.
Le roi a fouffi.rt une femblable perte aux rentes des aides et par ainfi il
porte feiil la folle enchre des banqueroutes et paie pour tout le monde ,
quelque ncclTu qu'il ait en fes affaires.
La ferme des aides porte prs de deux millions de livres de charges ; les
deux tiers du revenu de toutes les autres fermes peuvent peine fuffire pour
en acquitter les charges.
L'on voit donc comme la bont de leurs majefts a confers- les effets de
leur premire libralit et qu' leur dommage les feux de l<*urs fujets re-
belles ont t amortis la paix rtablie dans le royaume et toutes chofes
rerrfes dans leur ordre.
*5
Sa majefl ne s'eft pas contente de diffiper les factions nouvelle* aux d-
pens du revenu de fa couronnai nais a exp^l la perlonne aux hafards de
la guerre, jufqu'aux coups dr mai-, aux imuriS de l'air et maladies con-
rapieufes dont Dieu feul l'a g.ranti ; et aprs tant de i.iaux Ibiitfcns fel
(ujets vivent fous fou obiilance en douceut, accommodes de toutes chofes}
lui tant plein de nceflits. Ce font les marques de fa bienveillance qui n'a
autre but que d: foulager fou Peuple bien faire- fa nobleffe augmenter les
droits et gages des compagnies fouveraines, et de continuer fa libralits
aux princes de fon fang et ceux qui font pies de fa perlonne.
L'on peut voir par-l que les biens que le roi a f.iits tous font caufes
des incommodits qu'il fouftre \ ce qui ne ferait, s'il ne le voulait, puifqiM
c'eft par fon autorit que nous jouirions du repos que nous gotons la vie,
et que fa majell pouvant fe donner un pareil contentement ne fe plat
qu' vivre en continuel fouci pour notre confervation.
F.n ce chaos d'affaires il defire avoir vos avis pour apprendre par quelles
faons il s'en pourra dmler et fe tirer hors de la neceflit prefenre, ufant
en cela d'un procd qui toiir.ie la gloire de fa perfonne facre et de ceux
qui ont l'honneur d'opiner en les fecrette rf durions. L'avis qu'il vous de-
mande n'eft que votre contentement en des chofes qui dpendent nuement
de fa majeft.
Il demande d'tre fecouru non pour s'en prvaloir mais parce que la
furet publique le requiert ; fa bont ne voulant fe fervir 'tucuM remdes
3u'on lui propofe fi cette alTemble pleine des plus fages et prudens hommes
u royaume n'en convient avec lui > tant fi loign de faire chofe qui puiffe
fouler fon Peuple qu'il l'a dcharg de lix cents mille livres par le brevet
de la t.-.ille de cette anne qu il pouvait augmenter autant qu'il et plu
fa fouveraine autorit.

Il eft vrai qus cette gratification a dplu quelques perfonnes mal inten-
tionnes lefquelles pour ne paratre en public auteurs de calomnies, vont
difant l'oreille les uns aux antres qu'on a charg le Peuple d'ailleurs et
par ce moyen veulent dtruire la grce du bienfait de fa majeft. Si leur vo-
lont tait bonne ils pourraient pailer hautement et dire leur penle en
cetre clbre compagnie afin d'avoir des preuves hors de toute exception,
pour faire chtier feverement les auteurs de eetre mauvaife action comme ils
ie mritent ; cela tant du tout contraire aux volonts du roi qui peut et
ne veut pas que l'on augmente charges quelconques fur fon Peuple, nonobs-
tant que fes finances foient loignes du courant ft que trente millions de
livres ne l'v puiflent remettre ; et afin de vous le taire reconnatre, je vous
1 rai en p> u de mots qu'il plut au roi me mettre; en charge au commencement
le juin ; n'a/ant trouv dans l'pargne aucun fonds pour foutenir la deptnfi*
du mois, je fuis oblig d'ajouter la demi-anne que j'ai exerce.
M'tant enquis quel recette et dpenfe taient faire durant le relie de
1 anne j apprit qu il n'y avait plus rien recevoir, et que mme la recette
de 1 anne 1617 tait bien avant entame et que le qiartier de janvier tait
entirement mang et qu'on avait commenc deLvec fur celui d'avril j que
es fermiers-gnraux des aides avaient prt un million de livres, et les fous-
'ermiers cinq cent mille livres, pour s'en rembourfer aux quatre quartiers de
i'.inie et fur les deux premiers de la luivante ; que les cinq grottes fermes
ulent affectes <.hariot pour fon rembourfement des grandes avances qu'il
avait faites De mme ell-il de la ferme des gabelles de Languedoc i Cou-
iinges, la ferme gnrale des gabelles Briois caufe d'un million qu'il
avait avanc pour le paiement des rentes dont Feydeau tait demeur re-
devable.
A nfi je trouvai toute la recette faite et la dpenfe faire i car toutes les
eamifons preffaient d'tre payes de leurs foldes de annes i6zy et 1626.
Les armes de la cai. pagne demandaient leurs montres de novembre et de
dcembre 162c, et celles de l'anne 1616 > jufqn'alors les paies des deux
annes dues aux garnifons fe montaient cinq millions de livres fuivant
l'tit raifon de deux millions 500 mille livres par an. Que s'il s'en ett
rouv qui aient touch quelque chofe, il y en avaii aulli d autre* qui demain
aient 30 mois de folde.
Pour les armes de la campagne ,. il fe rrouve que le roi payait tant en
'talie et en Valreline qu'en France, 91 mille hommes de pied et 6000 che-
"iux dont la lolde revenait par mois plus de 1 millions ne livies i ci pour
huit mois il fallait plus de 16 millions de livres ; quoi ajoutanr les 5 mil-
i'>ns des garni 011s le tout tevenait prs de 22 millions de livres, comme
i fc peut jullifur par les tats du roi et par les certificats que j'en ai tirs des
rrforkrs de l'extraordinaire des guerres, pour mettre l'pargne en quelque
irdre de comptes.
Les prarfirarions que le roi fait4, rduites fur le pied de quatorze cents
tant de mille 'ivres taient toutes payer durant les deux anr.es qui font
environ trois millions de livres. Tous les appointemens des officiers de la
Couronne c ux de MM. du confeil, des domeftiques del mailon du roi et
des compagnies fouveraines, avec les penfions trangres taient payer,
qui fe montent plus de 2 millions dlivres.
Fncore eft-il dil 1200 mille livres de refte du mariage del reine d'Angle-
terre ; 6co mille livres MM. les Etats des Provinces-Unies que le roi leur
a promis et ;utres dettes.
Sur toutes lefquelles chofes j'ai fait payer 1400 mille livres de gratifications
tn allignations, 1200 tant de mille liv. pour trois mois donnes anx gamilons;
iro mille livres pour trois mois do-nes aux garnifons; ijo mille livres dont
j'ai aflgn le roi de Dannemarckj 500 mille livres pour les Me/ades de M. de
Savoie que j'ai fait affigner. Plus il a t envoy del les mon s, en argent
comptant 2 millions de livres; favoir, 908 mille livre! qu'emporta Mefmin,
200 mille livres qui ont t envoyes M. de Chteauneuf, JC/O mille livres
que j'ai fait toucher M. le marquis de Cuvre au commencement d'octobre,
et 6co mille livres en novembre.
F.t pour foulager le Peuple des aimes qui retournaient d'Italie, qui l'euff'P.t
entirement ruine, a t donn pour les licencier ensemble IVme de
Champagne et celle de Picardie deux mi: ions 5C.0 et tant le mill" livres en
argent comptant, Laos y comprendre jjcoSuilles qui taient en Picardie et
n'avaient fait que deux montres.
Ce qui refte des armes de Champagne et Picardie avec les anciens rsti-
nvns qui font en garrfoo Montpellier ,au Fort-Louis au Poujih en Bre-
tagne en Normandie revenant par mois compris la cavalerie entretenue 1
prs d'un million 1e livres ont dj reu une montre en novembre et une
autre qu'on leur paie prfi nt.
Il a fallu fournir i M. le conntable pour le Pouzin joo,coc livres autant
la earnifon de Montpellier qui n'eft encore contente :io mille livi s 1
(.eux de la religion prtendue reforme p''. I- coo mille liv..- M. Th-
environ 200 millelhr. pour les v.ill aux du Hollande et pareille fonme qui
etaie due ceux qui ont fem a l'le de R^: et Blavetj ie nu.le liv-
g


M. de Retr. pour racquHrtofl de F. ; et avec tont ah il 1 fallu fou-
compaac &us les
tant pour u nourriture du roi, c. ; .nteur.
L'on doi ne en outre tous le* mois, t:n: pour le comptant es mains d
f-' r de la chamb-e aux dni. -.- la manon
eu roi mcflM cirie otf an I -, \ eaBBUM archers de 1.
* y.- W Cent-SuilTes, quatre cent atchrrs des car l ; Ueuu-
( ^vaux-legers,-r Mortquietoi, rgini 0*4000!
fraiia-s et de appointemem de ris, le tout
a plus de liv., qui font pour fep: mois plus de :ons de livres ,
y compris les menus, dons, voyages et parties inopine.
fl y a encore beaucoup d'autres dpenfes qui ont t faites depuis, qui
montent a de grandes femmes comme l'apanage de Moniteur, les recom-
p.: ils doi.nes a M\f. l'Amiral et de Sourdeac et autres; e-nfemble !
comptant tnvoy aux trangers, comme cent mille livres de per
Madame la pcnceCc Je Pimont, et le tout par tres-xpres commandement
lu roi.
'Foute laquelle dpenfe en argent compra'-t a t faire par emprunt, dont
les int r:s montent plus d'un million de livres qui ont confomwve tout ce
qui reftait de la recette de cette ar.nee 162-, avec les moyens extraordi-
naires qui fa font trouvs dans les affaire du roi ; de forte que, pour re-
joindre le courant, il ctt necefiaite de trouver de quoi vivre et couler le
telle dw l'anne.
J'a;outerai, Metfieurs, que la dpenfe que M. de la Yieville avait rgle
en 162.; et qui a fait tant de bruit n'a pas laifle de monter jj mil-
lions coo ^nille livres comme il fe peut voir par l'tat qu'en a p:
le treiorier de l'pargne Beaumarchais ; laquelle fomme ajoute aux de-
penfes qui font encore dues il faudrait des fommes qu'il ferait importable
de foutenir.
Par-l vous pourrez, juger ce qui fera le plus expdient pour nous tirer
des nceliites o nous Commet ; fur quoi j'en dirai librement mes fentimens ,
l"r;ue nous entrerons dans le menu, me contentant de vous avoir donn
autant que j'ai pu laconmiffance de l'tat prlent des affaires.
Sur la propoftion que le comte de Carmain fit enfuite aux notables de
reprfe-nrer au roi les miferes o la pauvre noblelle fe trouvait maintenant,
comme elle tait dchue de fes anciens privilges et quels taient les d-
fordres qui fe gliflaicnt tous les jours dans ce corps qui faifait la meilleure partie.
de l'Eut. et prier trs-humb!emenr fa majeft d'en avoir piti et d'y apporter
quelque bon remde, il fut refo u entre eux qu'il ferait dreff une requte
et des articles pour les prfenter au roi s et, pour ce faire, ils prirent ledit
Jeur comte de Carmain d'y mettre la main.
Ladite requte et articles ligns furent prfent^sau roi, le io fvrier, par
le marchal de la Force, oui fit la harangue affili du marchal de BaiTom-
pierre, et de toute la noblelle de l'aiTemblec en laquelle il prefenta l'tat
dplorable de la noblefle aiuli qu'il fuit :
Requte et articles pr/ents au roi, par la noblejje de TAffemble
des Notables ? le 10 fvrier 162.J.
Sire puifqu'il a plu votre majeft nous commander de nous trouver en
l'AlTcmblce des Notables, et qu'elle nous a permis de donner nos libres avis
fur les propoiitions qui nous ont t faites de votre part mme d'y en ajouter
de nouvelles, pourvu qu'elles fuiTent convenables et utiles au bien de l'on
Etats nous eftimerions grandement man uer notre devoir, fi, aprs
avoir rendu trs-humbles grces votre majeft du choix qu'elle a daign taire
de nos perfonnes, nous ne faifions quelques ouvertures pour le retablillement
de la nobleffe, comme l'appui le plus alfur de la grandeur de votre Etat,
l'outil plus propre l'accroifTement d'icelui et 1 affermiffemcnt de votre
couronne ; et quoique nous n'ayons point de charges du refte de la noblelle
de France lit-ftceque nous croyons en tre bien avoues quand elle faura
q-.e nous aurons fuppli trs-humblement votre majeft d'avoir piti de la
miferabie condition o elle fe voit maintenant rduite, et qui ars doute
augmenterait de jour en jour s'il n'y tait prompt.ment remdie par l< s grces,
ordres et reelemens qu'ils doivent attendre de la feule bont et magnanimit
de votre majeft.
Nous laiderons, Sire, aux hiftoriens, dduire les diverfes fources de la
noblelle de ce royaume l'anciennet de la vraie et qui procde du fang les
dignits et les privilges dont elle jouilait anciennement, les fervices qu'elle
a rendus aux rois vos prediceffurs. F.t (1 le feu roi votre pre, d'immorteile
mmoire fe pouvait faire entendre du lieu bienheureux o il eft, il vous
dirair aire qu'aprs l'alTiftance de Dieu et de fon pe, la confervation de
cette couronne eft due la noblefTe de France ayant fait preuve de fa fid-
lit et de fa valeur fecourable, lorfque la plupart des autres ordres s'taient
laifls emporter la rvolte ; et comme nous taifons profetfion de mieux faire
que de ben dire, auffi n'emprunterons-nous point des orateurs les artifices et
les Usures pour mouvoir la compallion de votre majeft fur la dcadence et
la mifere de votre nobLAe; mais feulement nous la fupplierons trs-humble-
ment de croire qu'elle eft au plus pitoyable tat qu'elle fut jamais, et qu'il
rions ferait mal aif de reprfenter fans larmes la pauvret qui l'accable ,
l'oilivet qui la rend vicieule et l'oppreflion qui l'a prefque rduite au d-
fefpoir. Noua en attribuons la caufe la mauv.ife inftitution plutt qu' leur
inclination naturelle, au mlange des races nobles avec les roturires, aux
infoUntes et trop effrnes ambitions d'aucuns de leur ordre du flecle pafTe,
oui ayant diminue' la bienveillance et accru la dfiance des rois en leur en-
droit, letaurait portes croire qu'il fallait en abaifler la puiffance par l'lva-
tion du tiers-tat, et par 1 exclufion des charges et dignits dont ils avaient
peut-tre abuf.
Depuis ce tems-I, Sire, tant dchus, nous avons t privs de l'admi-
niiltation de la juftice des finances et de vos confeils au dernier defquels
il femble toutefois que votre majeft a deftein de nous rtablir, ainli qu'elle
a voulu nous le faire connatre par l'un des articles qui a t lu en notre
Ailemble, dont nous rendons encore trs-humbles grces votre majeft.
Art. I". Votre majeft eft trs humblement fupplie de fouffrir l'avenir
qre les gouvernemens charges nobles de votre maifon et ies militaires ne
fuient vnales ni rendues hrditaires par furvivance ni tenues par autres
que par les nobles.
FI. F.t comme les nobles tiennent un rang honorable e:i l'Etat, tant dous
des qualits nceffaires,, ils femblsnc mriter la prfrence aux charges les
releves en l'glife et en la juftice. Afin de les convir s'en rendre
..ira a \>tre maiefle les prfrer tous b.'n.hces, et ordonner
que le tiers Je tous les canonicats et prbendes tant aux gifes cathe-
dides que colleg.aie au royaume fan affecte aux perfonnes de noble extrac-
tion \c.
Et pour l'gard an monfleres des religieufes il plaira votre ma-
oe pourvoir aux abbayes, prieurs et places des religieufes, que des
filles de noble extraction pour les n.onafteres de fondation royale, ;t uni
:>t.
1\ Que la quatrime partie de tous le: rg'mens et compagnies de cava-
lerie entretenus en teena de paix fera re:; gentilshon mes ou r-
tablir les compagnies de genaarmes flon les anciennes ordonnances.
\ Et d'autant que votre royaume Sire eft aujourd'hui rempli d'un
nombre infini de col.eges lefquels au dommage de 1 Etat, fouftraient au
public une infinit de gcris qui abandonnent les arts, le commerce le labou-
M la guerre, tournent a charge au public tt qui pour avoir palii
leur jeunefle dans l'oifivet desle.trcs, deviennent pour la plupart incapables
de fervir ; votre majeft eft fupplie de retranther le nombre exceflii defdin
collges, et au lieu d'iceux avoir agrable d ordonner et faire tablit ni
chaque archevch ou province, des collges militaires pour linftitution de
la j.-une nobltfle.
VI. H plaira aufli votre matelt r'-tablir quelque nombre de ger.tilshommct
des plus lavans et mieux nourris Uans les affaires pour avoir ttitre ec voit
rative dans vos parlemer.s, rang et fance le-Ion qu'il plaira voue
ma;elte l'ordonner-
\'II. Que le tiers de vos confeils de finance, de direction et des parti:?,
fera compote de noble (Te.
VIII. Il plaira aufli votre, maiefl inftltuer un ordre nouveau pour la
pauvre noblefle fous le nom et titre de A ai.m- Louis, qui conlilte en che-
valeries et commanderies dont la plus balle foit de joc liv. et la plus haute
de 6000 liv., prendre fur les bnfices vacans, proportion du revenu
far forme de peniions viagres, avtc les brets de faiatet requis et necef-
aires, comme il s'eft pratique ailleurs, cVc.
IX. Que les chevaux et aimes des gentilshommes et capitaines des rgimens
entretenus ne pourront tre faint, li ce n'eft par ks marchands mmes ou
autres qui leur en auraient tait la vente.
X. Et pareillement que l'ordonnance des quatre mois qui fe trouve univer-'
tellement trop ngoureule n'aura point lieu contre les nobles d'extraction et
capitaines entretenus.
XI. Qu'en cas de crime les excutions des condamnations mort, ordon-
nes contre les gentilshommes de nom et armes, feront fuilifes pendant quinze
jours pour '.iter les precipitatiors procdantes des haines et pallions d'aucun
juge l'endroit des criminels, au prjudice de votre majeft bien et hon-
neur de la noblelle hormis les crimes excepts.
XII. Que conformment aux anciennes ordonnances, aucun roturier ne
pourra acqurir tuf ou terre noble fur peine de nullit des contrats fans per-
milfion de fa majeft.
XIII. Que les gentilshommes pourront avoir part et entre au commerce
fans deheoir de leurs privilges.
XIV. Et afin de convier un chacun d'embrafler avec plus de courage la
condition de foldtt, fuivre vos arm.es, et en icelles g< nreufement fervir
l'Etat ; votre majeft clt fupplie de faire bien et paifiblement jouir tous les
gentilshommes capitaines et (odats eftopis des maladreies, hpitaux,
on'ats et auties concernons qui leur ont ete faites, et luisant la fainte inten-
tion du feu roi votre pre.
Dclaration du roi, pour le rtabliffemtnt de tous les ordres de fon
royaume, et foulagement du Peuple, publie appartement, le
premier de mars l6zy.
Utt
Louis par la grce de Dieu, roi de France et de Navarre : tous ceux
qui ces prefentes lettres v rront ; falut. Le loin que nous avons de iotre
Etat et de rparer en icelui les dlordres que- les longues guerres inteftnes
et trangres y ont apportes ; le munir contre les dclTeins et entreprifes d
tous ceux qu pourraient plonger de nouveau notr: Peuple dans les miferef
defq elles peine commence-1-il de (ortie ; foulager nos fujets, et les taire
jouir dune paix folide et afluree nous a fait convoquer, en notre bonne
villa de Pans, une Ailemble de pluiieurs notables perfonnages tarit de
l'glife que de la noblelle et de nos cours fouveraines, pour nous donner
avis fur 'es principaux poin'S que nous leir avons fait proposer pour parvenir
aux effets d'une- fi bonne intention. A qi'oi ladite Atlemllee ayant travaille par
plufieurs et diverfes feances, il a t pris en icelle des rfolntions telles que
nous avons fu)et de reconnatre la bonne et fincere affection qu'ils ont eu tous
de correlpondre au defir et deftein que nous avons de la grandeur de cet
Etat, dignit de notre couronne rtablil'ement de tous les ordres en leur
luftre ancien, et du foulagement et enrichilTemenr de notre Peuple. Ce que
nous fefons tat de tmoigner plus exprelTement par ledit que nous ferors
et enverrons en toutes nos cours fouveraines, fur les avis de ladite AiTem-
ble et autres points de la juftice et police de ce royaume en roui les
ordres dont nous avons voulu donner par ces prfentes l'aflurance toure
ladite Affenible avant la rupture d'ice'.le. Mais d'autant qu'en attendant cette
plus particulire dclaration et exprelfion des chofes que noirs entendons or-
donner et tablir pour les fii s fuldites, il eft befoin de faire connairre tous
nos fujets e bien que nous leur procurors, et auquel nous entendons ache-
miner et conduire le gouv-rnement de cet Etat, afii que chacun fche quel
mal cauferont ceux qui entreprendront d'en troubler le r pos, et que l'on
tienne et traire comme ennemis communs, dignes de la haine et indignation
publique tous ceux qui prtend ni priver nos fujets de \ grands biens.
Savoir, fefons, que l'avis de notre trs-honoree daine et mre notre trs-
cher et trs-am frre, le duc d'OrlSM les \ rinces er officiers de notre cou-
ronne et principaux feigne urs de notre conutil, nous avons dir et dclar,
et par ces prfentes lignes de notre main dit"ns et dclarons, que notre
intention, et le but principal auquel nous entrndons et quoi nous dli-
rons et effaierons par tous moyens de parvenir, eft d'obtenir de la grce et
mif**ricorde divine que fa gloire foit plus que jamais eciat.in'e en toutes les
parries de ce royaume ; runir tous nos fujets n l'unit de l'glife catholique,
apoftolique et romaine par routes les bonnes voies de douceur, d'amour, de
patience et bons exemples j reublir la ipicudeiu et dignit de l'glife p-ir


l'exaeie obfervation des corftitutions ccclcfiaftiqucs, gnule et particulires,
et de nos ordonnances qui les concernent.
Maintenir nos fujets de la religion prcendue rforme en toute la libert
que nout leur avons accorde, les flant jouir tranquillement de leurs biens
et offices, et du l>en;tice des eiits et grces qu'ils ont obtenus de nous i
(tendant qu'il plai Di .li i. n eglife lin que nul d'eux pi t l'oreille jux ptrluafions de ceux qui ,
iherchant leur propre bien dans la ruine publique, les vont fduifant et
I .M-nillant pour l.s prcipiter dans les rebJl.ons et perduellions infmes.
Remettre Us bonnes moeurs en toutes les parties de l'Etat, et le bon
ordre en tout; s Im fonctions publiques.
Avantager notre noblcfle de plufieurs grces et privilges, pour entrer
aux bnfices chartes tt offices tant de notre niaifon que de la guerre
:utrcs fclon qu'ils s'en rendront capables : faire inftituer gratuitement
es exercices propre* leurs conditions, les enfans des pauvres genttls-
liomni'.s, et employer ceux de ar ordre tant fur la mer que lur la terre,
es compagnies de cheval et de pied, avec bons appointemens, fi bien pays
H Kgles, que la condition en fera dlire de tous, et que chacun con-
natra que [xecution de ce deftein eft la terreur des ennemis le fecours
dis pauvres gentilshommes, le bien et le foulagemenr du Peuple et le plus
honorable emploi que nous paillions donner la valeur et courage de,cet ordre.
Faire fleur'f la juftice en tous fes degrs, et nos ordonnances en leur
premire vigueur: dlivrer nos fujets des vexations qu'ils reoivent par les
der.'glemens de cette fonction.
Rtablir le commerce et la m:rchandife : renouveler et amplifier fes pri-
vli -s, et faire enforte que la condition du trafic foit tenue en l'honneur
qu'il appartient et rendue co.ifidnble entre nos fuj is afin que chacun y
demeure volontiers, fans porter envie aux autres conditions.
Bt pour le dernier point diminuer les clvnges qui font fur notre pauvre
Peuple, par tous Ls moyens que nous en pourrons avoir : ce que nous avons
bien voulu dclarer plus particulirement par ces prefentes, par refquelles
nous nous obligeons en foi et parole de roi, oe le foulager et dcharge*
de trois million de livres es cinq annes prochaines, compris les fix etnts
mille livres, dont nous .l'avons foulage en l'anne piefente. De forte qu'en
l'anne mil fix cents trente-deux, nos fujets le trouveront dchargs de ladite
Comme de trois millions de livres, de ce qu'ils ont port en l'anne dernier
mil fix cents vingt-fix. Ce que nous ferions en uns feule fois ds prfent,
Ci nous pouvions en un inftant augmenter d'autre part notre revenu, comm
nous entendons faire dans ce tems par le rachat de nos domaines et droits
alins fur nos tailles et gabelles.
Ce que nous dclarons tout notre royaume pour rendre nos intentions
connues tous, et que nos fujets fchent le foin que nous prenons de leur
repos, enrichiflment er profp.nt. Voulant croire qu'ils effayeront tous ei
gnral et particulier de fe rendre dignes de fi grands biens, et de con-
tribuer de tout leur pouvoir l'entreteneinent de la paix et la libre jouif
lance des grces et faveurs que la divine bont nous inlpire de leur
piocurcr.
Si donnons en mandement 1 nos ams et faux les gens tenant nos cours
de parlemens chambres des comptes et cours des aides que ces prfenre;
ils aient faire lir.", publier et enregiftrcr et icelles publier et regiflrer
par tous les liges de leurs refTorts ce accoutums. Car tel eft nom
plaifir. En tmoin de quoi nous avons fait mettre notre feel cefdites
patentes.
Donn Paris, le fci/.icme jour de fvrier iCij } et de notre rgne le
dix-feptienie.
. Louis; et fur le repli, par le roi, de Lomnie ; et fcelle du
grand fceau da cire jaune.
Des vains efforts fuit s pus les rgnes de Louis XIV et de Louis XV
pour obtenir la convocation des Etats-Gnraux.
REGNE DE LOUIS XI V.
Le miniftere conduit par Richelieu perdit de vue, non feulement la conf-
titution de la monarchie qui conlilfe dans les Etats-Gnraux ; mais encore
Richelieu qui ne voulait en France qu'un fcul pouvoir parvint dpouiller
plulieurs provinces de leurs Etats particuliers, pour fubftituer le gouverne-
ment arbitraire du monarque.
Ma/arin cet adroit tranger qui redoutait aufli tous les corps de l'Etat,
luda avec adrefle par fes confeils l'Affemble nationale. Trois cents feigneurs
de la plus haute noblefL* s'aflemblerent malgr la rgente, foutenus du duc
d'Orlans demandant grands cris la convocation des Etats-Gnraux : cette
piimefle tergiverfa long-tems avant de fc rendre aux vux de tant de m-
contens ; mais elle fut enfin oblige de les convoquer.
Le gouvernement manda pour cet objet des lettres de convocation tous
les baillis et lnchaux du royaume pour qu'on s'afTemblt Tours : il fut
tenu dans l'Anjou dans le pays Chartrain et ailleurs des Affembles pro-
vinciales pour dputer aux Etats-Gnraux ; mais tous ce* mouvemens, toutes
ces lettres de convocation fure?t bien inutiles i car lorfque la noblefTe qui
infifait fur la nceflt de l'Aflemble fe fut fpare l'AfTemble gnrale
bien promife et dj convoque n'eut pas lieu.
La clandejinit des oprations, qui fut la bafe du minijlcre, a
conduit la France dans l'tat dplorable o elle fe trouve.
Louis XIV, dont la clandeftinit dans les affaires Fut une des maximes,
et qui eut foin pendant m\ fi long regn? d'mift" r toutes plaintes fur les
affaires publiques relatives furtout aux droits de la Nation tait bien loign
dtenir les Etats. On n'en profera pas mme le nom pendant to"t Ion
reene, et quand on en parlai-, en fociet c'tait avec la prcaution que de-
mandent h s ffaires ferretts ou dangereufes. On avait oublie julqu'au nom
mme d'Etats-Gnraux.
reity trop vridique pour le tems avait voulu traiter des clroirs de
la Nation dans l'etabliffement des imp*s tmrit que Co'bert fut bien
chtier en lui tant fa penfion. Les ennemis du roi voulurent aufli, comme
*7
on le verra mortifier le monarque en publiant que l'Europe ne parviendrait
jamais reprimer l'ambition du ro de France, li on ne rprimait fbtl pou-
voir, Ct '.ouis XIV luda encore cette aftmblcv ; aufli quand on demanda
pendait la minorit de fouis M H'affembier les ta s-Generaux le duc
d'OrlaiM ne manqua point de publier qui \nd* cttie AJfemble natio-
nale {.'tau dejoler te royaume, fouleVf la t/.nce conta ,'a li.tnce mnager
dts rebelles dans tous let ordres de l'Etat a JoujjUr la guerre civile dans le ///
de nos piovinces.
C'tait pourtant le roi d'Efpagne petit fils d? Louis XIV, qui follicinic
cette Allemble : il voulait rprimer les premiers abus du Islitme odieux
de Law t vrifier I* dette nationale fauver l'Etat et la fortune des parti-
culieis; mais Dubois maitrifa le duc d Orlans et une dclaration de guerre
fut la rponfe au vu du roi d'Efpagne.
Ainfi l'hiftoire des derniers tems de la monarchie Franaife prfente de
longs ptiodes o le feert parait tre la grande reflource des rois dan
leurs operarions ; et la publicit, une faute dangereufe qui peut porter pr-
judice , la tranquillit du gouvernement.
L'une et l'autre conduire peuvent fans doute arriver au but ; mais la pu-
blicit dans les affaires d'Etat a je ne fais quoi de fi grand 11 de fi loyal ,
qu'elle eft digne d'un piand Empire: tiie iiiniinue les crimes d'Etat; elle
attire la confiance des Peuples ; t le force I n< mme public fe conduire avec
droiture dans fes oprations. Les travaux clandtftins du miniftere nous onc
prcipits, au contraire dans les calamits les plus dplorables. (,'eft la
clandefinir de l'tat des finances fous Louis XIV et la volont perlonnelle
du roi qui craignit toute d vie les remontrance, qui foulrent (et Peuples
.i li tin de fon rgne d'un fardeau intolrable. C'elt la clandeftinit du lyft-
nie, qui empcha la Nation de rprimer le rcent condut f\ aveuglement
par Dubois et par Law. C'eft enfin la clandellinit de quelques intniftres,
qui, fous Louis XVI, a ruin la France pendant une adm:niltut:on de quel-
ques annes.
Les ennemis de Louis XIV demandent pour prliminaires de la
paix qui fut conclue a Utrecht, que le Roi ajfemble la Nation
pour la furet du trait. Ils publient un mmoire pour obtenir
les Etiits.
Revenons au fiecle de Louis XIV. Quand fon ambition infatiable de vic-
toires et de conqutes lui eut attir la haine de toute l'k'urope et loi/que
la fiance crafee d'impts dpeuple, et fans confidiation chez l'tranger,
fut rduire demander la paix fes ennemis pendant la (men de la fuc-
ceffion d'Efpagn* il s'ouvrir dans les confrences une opinion pour for-
cer le roi a convoquer les Etats-Gnraux pour traiter de la paix avec
eux.
Les ennemis du monarque, toujours conrens s'ils pouvaient l'humilier
jufques dans le fein de la France et au milieu de fes fujets publiaient dj
des crits fur la nceflit de convoquer en France ces tats-Gnraux pour
y rprimer en prfence de la Nation l'ambition guerrire du roi. Le
pouvoir dcfpotique difaient-ils, eft la fource des guerres interminables de
la Fiance et *ant que le roi fera le matre abfolu de la volont de fes fu-
jets, il fera infatiable de conqutes et de victoires : mille revers ne 1 tonne-
ront pas . De-l ils concluaient qu'une Aftemble nationale tait nctfTaire
-.n France pour contenir le pouvoir arbitraire du roi et le forcer confentir
la paix : ils difaient mme qu'il ne fallait pofer les armes oue toute la Franc*
ne ft alfemblee pour traiier avec elle.
Le roi qui connut les mmoires clanJefiins qui parurent fur cet objet, et
qui n'ignorait pas les murmures des Peuples opprim p>r tant de flaux, fie
rpondre fur le champ tel crits qui pouvaient donn. r l'veil) aux efpiits
fur dts objets d'une atifTi grande conlquence. La gnration prfente a perdu
de vue ces mmoires ; mais je dois les rappeler ici parce qu'ils font le vrai
portrait de la lituation des efprirs de ce tems-l relativement l'autorit
royale. Je dirai aufli deux mots fur les Etats-Gnraux dont on avait alors
perdu galemenr toute ide. Ces lgres notions font neceflaires l'intelligence
du mmoitc que fit publier le gouvernement.
Situation des efprits fous Louis XIV, relativement au droit
public.
Les droits de la Nation et les prrogatives du roi n'taient pas du tout
connus dans les derniers tems du rgne de Louis XIV : pour trouver une
poque remarquable oii ils aient t exercs avec harmonie il faut remonter
jufqu' Charlemagne qui fut joindre le pouvoir miliratre cette forte de
gouvernement mixt", o I-^s rois et les Pt uples agifl'nc de concert dans
l'exercice de la puiflance. Depuis le rgne de ce grand monarque, on a tenu
cependant en France des Affembles nationales ; mai< on ne les connaiffaic
gure fous le rgne de Louis XIV que pa- l'ordre chronologique de hurs
dates, ou par le nom du lieu o elLs ont t convoques, ou enfin par les
noms des fouverains qui les ont accordes.
Embarras de la cour de France fur cette propofition.
Les ennemis de la France ne pouvaient donc plus fenfiblement afflige" le
monarque fi jaloux de fon autorit, qu'en effarant de l'aflocier telle des
Etats, et en rpandant que leur convocation devait tre la premire dmarche
pour obtenir la paix. Le roi et midame de Malntnon et tout le parti en
furent confterns. On craignait avec raifon que la France aufl d'Iole du
long flau de la guerre que le relie ue l'Europe ne gott cette ide ;l
hardie et fi neuve de convoquer les Etats-Generaux qu'on pouvait mme
qualifier d'trange.
D'ailleurs Louis, dans fon jeune ge, avait t tmoin er fe rappelait
encore la joie extraordinaire dfs efprits, lorf.iue la* regerre fi mre fut
force de promettre les Etats-Gnraux ; et comme le cardinal Ma/arin qui
redoutait toir. les pouvoirs des corps, et n'en voulait qu'un fcul en France,
( f-Ion les inflructions de Richelieu qu'il fuivatt ponctuellement ) fut 'ludcr
adroi cment cette crande AfTmbe ; L^uis XIV, fon -lev perfifla toute fa
vie avec la p'us grande fermet rejeter toute ouverture qui demind r.iit
une telle Affembloe et fit donc rpondre par d'autres mmoires clin'ef-
tins aux mmoires des Ang ais et des Hollandais qui avaient ol en faire
la demande.


18
Re'ponf du giUvernmtHt FfCHfah au mmoire des ennemis.
1) i ceux-ci ava:ent publie, pour mortifie: le roi, qu'il fallait l'accnfr
devint fes jropr.s fujtts, et traiter conjointement a\cc la Nation de u pat
future et iks moyens de la rendre durable. Voici le mmoire que leur rit
rpondre le gouvernement, foui le titre de Liurt m rponfe d'un ami de la
il^ye a fo: MM ai Lund'tS f*r la nttt/Ui ai eorwoquir in France Us biais-
Gnnm i ouvrage manufent que tous les curieux voulurent avoir et dont
voici le texte tire des mmoires particujeis de ce tems l.
> Le politique Anglais dit le mmoire Franais affure que tant que le
pouvoir dt fpotique rgnera en France on aura beau oter la France d< s villes
ou des prov'nces on n'otera point fes rois les moyens ni l'envie de trou
bler touiours l'Furope parce qui li pouvoir atf.-otique .y la fource dt l'a-nbi-
lion ei qui l'ambition ejj la four.e dis gurrres. De ce principe qu'il avance
comme indubitable il conclut que ie leul prliminaire qui puilTe conduire
une paix lre eft d'obliger le roi de Fiance rtablir d.:.s Ion royaume
i'ulage et l'autorit des tO-Cotmt.
Fft ce donc que !e gouxernement defpotique eft le feul qui infpire
J'anbition i N'a ton pomt vu des republiques mmes plus ambitieufes et
f)lus conqurantes que les monarchies t Ne cherchons point d'exemples dans
es fiecles ni dans les pays trop loigns. L'ambition n'a-t-elle jamais prfde
aux parlemens d'Angleterre ? L ambiton de ces parlemens n'a-t elle jamais in-
qui.te la France? Qui font les rois d'Angleterre qui ont t les plus redou-
tables aux trangers? Sont-ce ctux qui ont voulu exercer le pouvoir defpo-
tique ou ceux qui ont agi de concert en tout avec kurs parlemens ?
L'autorit, quelqu'abfoluc qu'elle foit, ne portera jamais les Peuples aux
mmes efforts t.a l'art de f.duire leur inclination eft capable de les porter ;
tt cet a t -(i plus commun dans les gouvetnemens mixtes parce qu'n y eft
flus nceflaift que dans les gouvernemens qui font abfolument monarchiques,
.a violence s'puifj et tUe trouve enfin des obltacles qu'elle ne durait
vaincre. H n'y a que l'amour dont les reflburces font infinies, et ne tanHeir.
jamais.
Si le gouvernement d'Angleterre n'eft pas Imoins ambitieux que le def-
}>otique comme l'hiftoire nous l'apprend et s'il trouve ercore de plus
ongues et de plus confiantes rtlfources dans ks grandes entreprifes, comme
nos victoires f.ir la France nons l'enfeifJMnt, pourquoi le vouions-nous don-
ner nos ennemis i N'y a-t-il pas dj allez de difficults dans la ngo-
ciation de la paix fi nc-fiaire tout le monde ? Pourquoi cherchons-nous
a y t.-. jeter une nouvelle aulfi injulte qu'inutile et perilleufe mme pour
nous ?
On a vu des vainqueurs s'accommoder quelquefois du gouvernement des
Peuples vaincus, et quelquefois L-ur en donner un nouveau. Les Franai:
adoptrent h plupart d.s lois et des coutumes qu'ils trouvrent tablies da
les Gaules. Guillaume-le-Conqurant impofa de nouvele Iota l'Angleterre}
comme le titre de fon code en fait foi. Ce font lis lus et Us eufiumes qui
H rus U tUiam grantut ut U Peuple de Engleterre aprs le conquifi ci la
Itrre.
On a vu quelquefois auffi des princes chrtiens porter leurs armes chez
les Peuples id .lacres, pour les obliger recevoir le baptme. Charlemagne
n'impouit point d'autres conditions aux Saxons tant de fois rvolts Le zle
^le la religion rendait jufte et beau ce que l'quit naturelle toute feule et
fait trouver odieux et infenf.
On n'a jamais vu des Peuples faire une longue et cruelle guerre f.
re'Juirc tous un befoin gal d'un accommodement et vouloir impofei
Comme une condition de paix leurs ei.nemis non encore dfarmes de
changet ou de refermer leur gouverment intrieur, d'en prendre un nouveau,
ou d'en rtablir un ancien.
Le gouvernement qu'on leur veut oter fait peur leurs voifins, dira-
t-on : c'eft une pe entre les mains d'un furieux qui en abufe : tous lu
hommes ont un droit naturel et acquis dt la lui arracher. Si on reoit cet admi-
rable principe, o nous conduira-i-il? A faire de l'Europe une horrible arne
de gladiateurs, qui ne ceficront jamais de combattre et de verfer du fang.
Quand les Anglais fe lont baigns dans le fang de leurs rois, quand ils
les ont dtrn* ou dcapites quand ils les ont emprifonnes ou bannis ,
3uand ils ont fait frmir tous les Peuples la vue des finglantes tragJies
e la Rofe rouge et de la Hofc blanche et l'afyect de tant d'autres ca
tallrophes plus nouvelles, et non moins barbares; quand toutes ces rvolu-
tions ont t approuves ou ordonnes par les dcrets des parlemens, leur
a-t-on dit que ['autorit des parlemens tait une pe entre Ici mains d'un
Peuple furieux, et que tous les hommes avaient un droit naturel et acq is
de la lui arracher ? Les Peuples voifins font-ils venus fondre en Angle erre
Iiour dtruira cette libert funefte aux Anglais menus et odieufe toutes
es autres Nations?
Si les Franais plus figes et plus heureux ont reconnu le pernicieux
effet de cette pee entre les mains du Peuple et fi, pour tre plus tran-
quilles chez eux, ils l'ont rendue leurs fouverains, quelle juftice y a-t-il
que nous entreprenions de les obliger malgr eux, la reprendre ? Eft-ce
afin qu'ils fe maffacrent et qu'ils s gorgent entr'eux comme les Angliis ,
et que leurs dfaftres falTcnt notre furet ? Quelles lois divines ou humaines
autonlcnt une fi dtefiable politique ?
Quand il y aurait de la juftice, quel fruit efprons-nous d'en tirer? Jugeons-
nous du caractre des Franais par celui des Anglais ? Les Anglais ai rient
quelquefois leurs rois; mais ils haiflent toujours la royaut et cette hairu
les porte aifment har auffi le roi. Les Franais fe plaignent quelquefois
de ceux qui rgnent ; mais ils aiment touiours le trne et cet amour de
la fouveraineti les rconcilie toujours avec le fouverain. Nous n'avons qu'
lire leur hiftoire pour nous convaincre de cette vrit.
i's repentis d'avoir rduit les rois de
dans l'affection de leuis fujets? Cette
quand les rois font malheueux. Tel
murmi-rer c< ntre leurs prince s dans
eux quand ils craignent de les perdre ,
qumd ils apperoivent que 1 tranger
les Allemands et les Lfpagm ls, que
en Fiance : comment en font ils
? Crrft-il q*J*l n'y a qu'a Bttttt* les Franais enfemble, n qu*|
trer leurs forces pour voir encore les F.tats de Blois ? H s'abufe;
Gnraux ?
leur montrer
;<-. < ai irf.it ans ai trou, lis tt de f ditions avaient prpar ce malhtureux fptctacle;
plus dt furmKtt ans dobjjanct ont mis ^'autres dijpujtions dans Us ejprits,
it AntMM un Jit.lai.lt tout diffrent.
Combien de fois les Anclais fe font
France n'avoir plus de reffources que
affection n'a point de bornes fur tout
elt le gnie des Franais capables de
L profp'ir inviolablement artachs
et touiours prts rentrer dans le devoi
va profiler de leurs fautes. Interrogez
d.s rvoltes ont quelquefois appels
fortis ?
O font les factions que notre ami de Londres a en France? O font les
princes du fang et les hommes illuflres qui, entrans par une ambition
vaille s'oppoferaient aux volonts du roi dans une affenible d'Luts-
\ ut-tre que jamais le roi de France ne nous aurait pa u fi grand ni fi
outable. Quoi qu'en dife notre Anglais que je ne crois pas auiii bien
P.
redoutai
inform des affaires de France qu'il le veut paratre il y a appaunce que,
yrmets, grands clt-i' fmtUmtnt, noMiJft et reujlt, tous concourraient unani-
mement faire clater leur zel- pour leur roi, et ils lui otinraient de
fecours, que peut-tre il n'ofe pas leur dcmandi i. Ne nous fou venons-nous
point avec quel tmpreiT meni l'anne paie chacun courait fe faire crira
fur la lifte de ceux qui do.inaient leur vaifftlte pour les befoins de l'Etat I
C'tait une efp.-ce de bel air que tout le monde pr.-liait avec cette ardeur
que les Irai ais ent pour leurs modes.
Prtfjut touits Us fortunes particulires dpendent ie celle de tautorit royale ;
les gages, Us ptnfions Us prts immenfts les arrra-ts et s rentes, y Jout
attaches ; fi elle chancelle toutts ces fwtts ai biens qui faut plus des trois quarts
ai crux de tous Us autres biens font en danger ae prir. Les Fra'rjis le lavent
mieux que nous et cette autorit leur parait li neceflaire qu'ils s'encou-
rageraient rciproquement la foutenir et qu'eniembie ils feraient plus
obiani encore et p'us dvoues qu'ils ne le font feparement.
Ils ont oubli qu'il y a eu des Etats-Gnraux dans leur monarchie tt il y
au-ai: nous de l'imprudence de les ;n faire fouvtnir.
E
QuelKs relTourcfs en effet la France a-t-elle trouves autrefois dans fes
lus grandes calamits, fi ce n'eft l'afiemblee de fes Ftats-Gneraux? Quand
e roi Je?n tait prifonnier en Angjeteire, quand les Anglais occupaient plus
des trois quarts du royaume, par o Charlts-1*-Sage fomt il de et abma
affreux .- (.omment rrtabiit-il la gioire et la fortune de fa P*tre ? Comment
Charles Vil reconquit il a couronne prefeue perdue? n'afletnblerent ils pas
l'un et l'autre leurs Ktats-Generaux pour le relever? Les Franais s'en fou-
viendront, me dira-t-on ils enibiafleront avec joie la propolition que nous
ferons d'aiTcmblcr leuis Ltats-Gnraux et ils nous aideront y obliger
leur roi.
Si cela eft, le nouveau prliminaire, que je n'ai encore regard que
comme injulte et inutile devient manuellement dangereux pour nous. Il eft
vrai que Chai les V trouva d abord des ic rions qui l'embar raflrent. Chai! .VII
eut long-tcms combattre fes propres fuiets ; irais les dangers communs
runirent tous les curs : l'efpnt franais fe rveilla; l'amour de la Patrie
fe rchauffa ; le courage de la Nation fe ranima et les ennemi* de la Fiana
eurent le tems de connatre que rien n'eft plus dangereux pour des vain-
queurs que de vouloir trop pouffer des victoires i.ieiper. es.
Pouvom-nous nous promettre un vnement plus heureux des Ftars-Gn*
raux qu'on nous conseille de demander? Les Franais atfrinbls connatraient
les forces et les dang rs de leur monarchie. Ils aiment cette monarchie ,
et le nom et le fang de leurs rois, tfperons-nous de dtruire en eux des
feutraient aufli torts que la nature? lis feront i ftruits des conditions aux-
quelles nous voulons leur donner la paix. Ne nous flattons pas. Ils les trou-
veront dures et odieufes et ils nous difputeront peut-tre ce que leur roi
nous a dei accorde. L'exemple n'en ferait pas nouveau. I.es notables de
France atTembls nfiiferentde fouferire au traite de Madrid, et ils rejetrent
les conjitions que Franois I" avait acceptes.
Qui ne fiit d'ailL lira que les prventions des Peuples font invincibles
Leurs erreurs mmes leur font chres. On leur arracherait plutt la vi.- que
de certains ufages qu'ils ont reut ou l'une ancienne conititutir.n ou d'une
longue coiirume Air.fi quoique nos premiers anctres tuffent emmenc i
oubl er 1 ur frocit et qu'ils vciiflent allez tranquillement fous le joug
de Rom- ils fe rvoltrent et ils devinrent plus indomptables lnrfcjue
Varus entr.pnt de ies poiieer. il voulut introdune paimi eux la dilcipuna
lomaiiic abolit ii barbare manire ue vider ies procs par ies armes, ci
tablir la forme judiciaire dis tribunaux de Rome. Les Germiins dtf.ndirent
mieux leur drglement, qu'ils n'avaient tait leur libert, et les Franais d-
fendraient mieux leur (e.vitude pour parler cowmt l'Anglais, qu'ils n'ont fu
dfendre leur Patrie. Le reftaurareur anglais trouverait peu -tre chez eux
la mme deftir.ee funefte que le lgifiateur Romain eut chez nos pres.
Je conviens avec lui que fi on veut le confirmer dans la rfolution de
faire long-t-ms la gu> rre et de refufer une paix quirable qui fe priente,
il n faut pas jetter l*s yeux fur le ma'heur du roi de Sude : il vaut mieux
confidrer la fin heureu'e de cette guerre de foixante ans, qui a procure la
1 berte aux Hollandais. Mais ne conviendia-t-il point avec moi que c'eft
peut-tre auelqu'exemple femblable dune guerre conftamment pourfuivie et
d'une paix quitable heureufiment refufe qui a engag le roi de Sude trop
avant ? Pcut-rre que ce prince que fa vertu rend digne des plus grandes
deftines a trop confidre l'exemple d'Alexandre et de Darius ; et il n'a
peut-tre pas fait aflez d'attention fur l'inconftince de h fortune qui pr-
fide aux fuccs des armes et qui le plat l.mvent trahir le courage et la
prudence.
Les autres rflexions de l'Anglais font encore moins fenfes. Quelques-unes
me (Vmblent mme incomprhenfibles. Telles font les frayeurs qu'encore i
pi nt il Veut que toute l'F.urope prenne des defieins immenfes qu'il allure
que la France couve toujours. File fera un de fes princes roi des Romains ou
empereur : elle envahira l'Angleterre ; elle fubjueiicra la Holbr.,1 ; elle
exterminera'toutes les puiffancs nui ne proleflVnt pat la reli ion lorraine ;
( Ile ne pardonnera pas mne i o-lles qui la protVfTent er qui f (ont allies
avec les hrtiques. Quand on cil allez malheureux pour avoh des lonpe fi
extravagans comment eft-on affez ennemi de fon pro, re bonheur, pour les
raconter ?
Que dites-vous de la fable des brebis que l'Anglais applique avec tant de
jrftefi la Franc ? SrrasSoura., Briilac Luxembourg Namtir Charlerqi ,
Yprcs cde;s tous les Pays-Bas F.fpegnols vacues, et Dunkerque dmol,
feront anpaieir.niein let iou/eteaux quelle donnera en ta et qui dvoreront l'Allemagne l'A gleterre et la Hollande timides et in-
nocent s brebis ? Cette comparailbn ne vous parait-elle pas heureufe et biefl
fonde ? Elle eft digne du cerveau qui a enfant tant de b-les id
qu'heureufement pour les lecteuia il a renfermes en deux lettres fort
courtes.
Mais en vrit permettez-moi de le dire il f ft ind'gne de nous de fouffrir
toutes fortes de gers obfcuR et fans aveu comme ous le fefons cette
licence effrne d'crit -niurieufement contre les Fra ais er contre leur roi,
dans le tems mme que nous travaillons nous rconcilier avec lui. N'eft es
pas au contraire dans cette occafion, que nous devrions nous fojivenir du
cor.fell


59
ccnf-il Je notre illufrre Gfottis : SeUiej ravendo ntn fjifAn pffui, frd n
fJf 1J tx.:j_ er.it unimos (10) >>.
Rfu.'tat de la demande que les ennemis du Roi Louis XI f firent
pendant quelques momens des Etats-Geacraux pour la jurete
de leur trait futur.
Cette rponfe qui fuflt pour primer' au naturel la fituaton des cfprits
dans ce teins-l devait |appiendre aux Hollandais *t toute l'Angleterre ,
que, s ils avaient autrefois pris les armes pour la defenfe de la libert pu-
blie les Franais poulies par des pallions contraires, taient capable* de
h mtM nergie pour f.ut.nr le pouvoir le plus abfolu, auquel l.ouis\i\
I s avait accoutums Les Hollandais it kl Anglais comprirent l'nergie de
ce mmoire et n'infifter n: plus far cette condition pour accorder la paix.
Aufli ne fut-il plus queioo d'Ltats Gnraux dans leurs ngociations poli-
tises ultrieures,
Mais des conditions plus Jures, auxquelles le roi eut la faiblefle de. fouf-
crite appiliaient ce grand monarque d'autres humilia'ions, et lel I lollandah
II conduisirent d'une condition 'autre jufqu' celle d'exiger qu'il tt fon
propre petit-fils le trne d'1 '.{] aime. Leur haine ne fut pas fatisfaite et le
roi mourut victorieux encore de toute l'Europe en affinant dans la mai fon la
couronne d fpagne. Ci exemple prouva quelles font les forces naturelles de
h France contre tonte l'Europe ligue, et dans une circonftance o 1
rt.it dans -i d.fo'.atinn, tout d peupl fani crait et fans finances. Que la
Nation f,-,it donc le confeH et le mi'nirtre de fon roi comme fous. Charle-
l, et die contmaadera tonte lLurope par foi ii.flue-r.ee.
Ainfi la reine rgente mre de Louis XIV ayant lud les F.tats-Cn-
nux et ce monarque ayant prvenu ceux de fes ennemis qui ne voulaient
faire la paix qu'avec la Nation 1 rmeule et non avec le roi le rgne de ce
gra'd monarque- le plus long dont nos annales ai tlt Conferv la mmoire ,
s'coula fans qu'on of.it parier d'Ltats, de droits et de privilges.
REGNE DE LOUIS XV.
Source des affaires politiques, qui oceeiflonnerent pendant la minorit
de Louis Xf^ la demande des Etats-Gnraux.
Quand le duc d'Orlans eut loign de la rgence le duc du Maine il
pamt fe rellou venir de tout ce qu'il avait eu Ibuffrir des princes lgitims
durant la vie de Louis \1V ; il reconnut que l'dit qui aflbciait r.ux princes
du fang les tnfans adultres du monarque tait injuite ; il ne pouvait tolrer
dji-s leur droit de fuccder la couronne la fuppolition odieufe d l'ex-
Uflction Je f.i famille il rfol t donc d'anantir les prorogatives que le mo-
narque avait accoidcs las enians lgitimes.
l's princes lgitims de leur ct forts de l'autorit qu'ils tenaient des
charges et des .places mimntes dont le roi Louis XIV les avait revtus,
ifiitersnt de toutes leurs foi ces cette entreprise du rgent, demandant les
1 .*.ats-Centraux pour tre jugs.
Les princes du fan intervinrent ces affaires et demandaient que les
princes lgitims fuflnt dchus de leurs prrogatives. Le rgent nomma une
comriiillion pour examiner l'affaire.
Le r.in'.flere punit la premire demande des Etats-Gnraux.
Alors sYlcvcrcnt trente-nrnf f i?n~uis des plus distingues du royaume qui
firent lignifier au procureur gnral et au greflier du parlement un acte pro-
tefrant M nullit de- tout jugement de cette affaire q li int relfaii la Nation
enti. re demandant les tatS-G 1 aux pour la juger. L'huiflier verge qui
ligi'.iti.. et acte fut interdit p ndarn fi] moisi et le rgent fit arrte 1 quel-
.....cet qui avaient fi icte de proteftation, favoir, MM. d<
Chtillon de \ i-ux-Pont de Beauframont, qui furent conduits la Baf-
till' tVc. M [. de Rieux de Polittnic et de Ciermoot qui furent mens
Vincennes : tt foit caufe de f t s dillerends perfonnds foit pour avoir of;
demander les Ltats-Gttieraux, le rgent dgrada de fon rang la maifon du
Maint.
Ligue du Roi d'I.Jpagne, d:s princes lgitims et des Jefuites,
contre le Rgent.
ea Cardinaux, des pr'a's daa magtftratl des gnnds feignants adopteent
le plan de reltauration de l'F.tat, dont Cellamare miniflre dTfpagne tait
le mobile et le fauteur ; mais le rgent qui en fut mllruit par une fille et
par un copille, fit arrter Poitiers l'abb Porto- Catrcro, qui poitait en
Elpagne foixante mmoires fur les moyens d'oprer la rvolution.
Voici ceux qui concernaient les I tats-Ge'nraux que voulait convoquer le
roi d'Efpagne. On verra combien le prince et fon conf :1 avaient conferv
d'attachement pour la France qui tait le berceau de Philippe V.
Manifefe du Roi Catholique aux Etats-Gnraux du Royaume de
France qu'il voulait convoquer.
Don Philippe par la grce de Dieu roi de Cafille de Lon, 8fC<
A nos trs-cheis et bien ams, le trois ordres du royaume de France clerg,
noblefle et tiets-tat ; Salut.
Que devons-nous penfer du rgent, qui, n'tant que dpofitairc de l'au-
torit royale en France, oie s'en prvaloir et fe liguer avec les anciens en-
nemis de nos deux couronnes fans avoir corfulte ni la Nation Franc
ni le parlemens du royaume, et fans avoir mme donn le teins au cor.leil da
rgence d'examiner la matire pour en dlibrer mrement ?
Il a vu aprs la mort du roi trs-chrtien notre ayeul avec quelle
tranquillit nous l'avons laifl prendre poffeiTion de la rgence pour gou-
verner le roiaume de nos pres, pendant la minorit du roi notre trs-cher
neveu, fans lui faire le moindre obflacle et que nous avons toujours per-
fvr dans \. mime filence, parce que nous aurions mieux aim mille fois
uioiiir que de troubler le repos de la France et d'inquiter le rtfle de
l'Europe quoique les lois fondnmendales de ce royaume nous en donnent
Padminifiration prfrablement lui (n).
Nous avons depuis entendu les plaintes que faifaient de tous cts
contre fjn gouvernement, fur la difipation des finances, l'opprtlfmn des
Peuples, le mpris des lois et des remontrances juridiques. Quoique nous
fuflions vivement touchs de ces dforures, nous avons cru en devoir cacher le
dplaifir au fond de norre cevur et nous ne fortifions pas aujourd'hui de
la modration que nous nous trions prelcrite fi le duc d'Orlans n'tait
forti lui-mmo de tontes les rgles de la juftice et de la nature, pour nous
opprimer, nous et la roi notre trs-cher neveu.
En effet comment pouvoir fournir plus long-rems des traits o (hon-
neur de la France et les int rets du roi fon pupile font facriries, quoique
faits au nom de ce jeune prince, dans l'unique vue de lui fuccdt-r, ec
Partout aprs avoir rpandu dans le public des crits infmes, qui annoncent fa
mort prochaine et qui tchent d'infinuer dans les clpiits u force des re-
nonciations au-deffous des lois fondamentales?
Un procd fi contraire ce que toutes les lo:s divines et humaines
exigent d'un oncle d'un tuteur et d'un rgent, aurait d feul exciter notre
indignation par l'intrt que nous prenons tant au bien de la Nation 1 ran-
aife q i' la confervation du roi notre trs-chef neveu.
Mais un fujet qui nous touche encore plus perfonnellement, eft l'alliance
qu'il vint de figret avec l'archiduc et l'Angleterre, apis avoir rejet
"offre que nous lui tenons de nous unir enfjmbe.
T..,-.. ... ..,... -;- - ""- .-.. r-.. .~B,.....~ - ------------
d'avoir perdu l'autorit que lui donnait Louis XIV par fon te dament
d'tre dchu du rang de prince du fang que le rgent lui avait t.
La cour d'Efpagne, les refies de la cour de Louis XIV les Jefuites ,
tous les dvots de la ville de la cour et des provinces fe ligurent avec
la maifon du Maine contre le duc d'Orlans, et le p^re Tournemine diri-
aeait la faction do fa compagnie.
Projet des ligu. V Affembls des Etats-Gnraux, odieufe au
Rgent} tait la bafe de leur plan.-
On imagina de faire enlever le rgent dans une partie de p'aifir de le
transfrer en Ffpagne, d'Affembler les Etats-Gnraux, de leur rendre leurs
privilges de tonner un confeil de rgence, de vrifier et payer la dette
nationale co tracte par Louis XIV de rendre la Nation les droits an
tiq s, et Partout de rtablir en France l'ancienne conftitutioo que le duc
de Bourgogne, avait exporte dans GtS mmoires ; le roi d'Ffpagne voulait
excuter tout cela pendant la minorit, pour donner la France la fiabi-
lit qu'elle mrite d'obtenir pOiit tout ce qui concerne l'adtiiiniltution.
*
Les projets font vents.
Albernni tait la tte de ce projet qui n'tait mme qu'une portion
de fon yltme gnral du bouiverfcment de toute l'Europe. Des princes ,
- - *
(10) De Jur. Bel. ac Pac.lib. j cap. zj.
Au moins devait-il obferver une exacte neutralit s'il la croyait n-
ceffaire au bi n del France; mais voulant faire une ligue, n'etait-il pas
plus raifonnable de fe liguer avec fon propre fang que de s'armer contre
lui en faveur des ennemis perptuels de noue maifon ?
> Cette indigne prfrence ne dclare que trop tout l'Univers fon opinitret
dans le projet ambitieux dont il eft uniqu ment occup dont il veut achete
le fuccs aux dpens des droits les plus facrs ?
Ce n'eft pas ici le lieu de dire que par cet acharnement aveugle
fuivre des prtentions qui ne lui avaient point t difput;-s il compte
pour rien de plonger les deux Nations dans les derniers malheurs. Nous
voulons feulement vous faire entendre que la conduite in;urieufe du duc
d'Orlans ne diminuera jamais notre lincere affection pour vous.
Nous ne pouvons oublie' que nous avons reu le jour dans votre fein,
que vous nous ave/, affur la couronne que nous portons, au prix de votre
fang. Rien ne fera capable d'teindre dans notre cur la tc-ndreffe que
nous fentons pour notre trs-cher neveu vott% roi. lt fi le duc d'Orlans
nom rduit la cruelle nceflt de dfendre nos droits par les armes ,
contre fes attentats ce ne fera jamais contre vous que nous les porterons
bien perfuad que vous ne les prendrez jamais contre nous.
Cne fera au contraire qre pour tirer le roi notre trs cher neveu de
l'oppieflon o le rgent le tient avec tous fes fujets, par les plus grands
abus qui fe foient jamais faits de l'autorit confie.
Ce ne fera que pour procurer l'AlI.mble des Etats-Gnraux, qui fuis
peuvent remdier aux mjux prefens et prvenir ceux dont on n'eft que trop
viliblement menac. Nous vous exhortons fconder nos juites intentions ,
et vous unir nous dans une vue fi falutaire au repos public.

Nous efprons tout de votre ze!e pour le roi votre matre, de votre
amitf pour nous et de l'attachement que vous avez xo\ lois et votre
Patrie ; et fur'ce nous prions Dieu qu'il vous ait, rhers ex bien-aimes, en
fa fainte et digne garde.
Donn au monafiere royal.de Saint-Laurent, le 6 de feptembre 1718.
Sign t Philippe.
Rponfe que devaient faire les Etats-Gnraux affembls, au roi
d'Efpagne t et plaintes fuppojes de la^ France contre le
Rgent. .
Outre ce manifefe fuppof du roi d'F.fpagne, qui ne devait avoir de ralit
que par l'Allemblee des Liats-Cneraux on intercepta encore une rponfe
(11) On fait que Philippe V tait petit-fils de Louis XIV et que le rgent
n'tait que fon mveu.


|:
30
fuppo'e crite par ces rr&mes Etats de France Philippe V. Ce qui montre
qoe 1 l projets dd roi d'Efpagne et des enfans lgitims de Louis XIV
taient concerns entr'cux et qui la lue du projet confiltait dans cette
convocation des Etats. Voici la rcponfe qu'il tait convenu de laite au roi
d'Efpagne au nom dts Etats.
Si e tous les ordres du royaume de France implorent le fecours de
votre nraift dam l'tat o e!t rduit le gouvernement ptfent. Elle n'ignore
jus leur! malheurs} mais elle ne Ifl connat pas encore dans toute leur
tendue.
Le refpect qu'ils ont pour l'autorit royale dnns quelque main qu'elle fe
trouve et de quelque manire qu'on en ufe ne leur permet pas d'envifager
Vautra moyen d'en fortir que par les fecours qui'ls ont droit d'attendre
des bonts de votre majeft.
Cette couronne eft le pat imoine de vos pres, celui qui la porte tient
vous Sue par les liens les plus forts et la Nation regatde toujours
votre majeft comme l'hritier prfomptif de la couronne.
Dans cette vue e lie fe flatte de trouver dans votre cur Itt mme
(Vntimens qu'elle aurait trouvs dans le cur de feu Monfeigneur, qu'elle
fleure encore tous les jours, elle vient expofer vos yeux tous fes malheurs
*t implorer votre affiliante. La religion a toujours t le plus ferme appui
d;$ monarchies. Votre majeft n'ignore pas le zle de Louis-le-Grand pour
la conferver dans toute fa puret. H femble que le premier foin du duc
d'Orlans ait t de fe faire honneur de l'irrligion. Cette irrligion l'a
plong dans des excs de licence dont les fiecles les plus corrompus n'ont
>oint eu d'exemple et qui en lui attirant le mpris et l'indignation des
euples, nous fait craindre tout moment pour le royaume les chtiment
les plus terribles de la vengeance divine. Ce premier pas femble avoir jet,
comme une jufte punition l'efprit d'aveuglement fur toute fa conduite: on
forme des traits ; on achet des alliances avec les ennemis de la religion,
avec les ennemis de votre niajeit.
Le s enfans qui commencent ouvrir les yeux en pntrent les motifs 5 il
n'en eft point qui ne voie que l'on facrifie le vritable intrt de la Nation
une riprance que l'on ne peut fuppofer fans crime et qu'on ne peut en-
vif-per l'ans horreur. C'eft c.pendant cette cruelle fuppofirion qui eft l'ame
de tous les confeils, et le premier mobile de ces Emettes traites. C'eft-l
ce qui dicte ces arrts qui renverfent toutes les fortunes ; c'eft-l l'idole o
l'on facrifie le repos de l'Etat.
A la lettre, Sire on ne paie plus que le feul prt des foldats, et les
tentes fur la ville, pour Es raifotis qu'il eft aif de pntrer. Mais pour
les appointemens des officiers de quelqu'ordre qu'ils (oient pour les pen-
fiont acquiEs aux prix du fang il n'en eft plus quettion.
Le public n'a reffenti aucun fruit ni de l'augmentation des monnaies ni de
la taxe des gens d'affaires. On exige cependant les mmes tributs que le
feu roi a exiges pendant le fort dts plus longues guerres. Mas dans le tems
que le roi tirait (fane main il rpandait de l'autre et cette circulation fefait
lubfifter les grands et les Peuples.
Aujourd'hui les trangers, qui favent flatter la paflion dominante, confu-
fneni tout le patrimoine des enfans.
L'unique compagnie du royaume qui ait la libert de parler, a port fes
remontrmes relpectueufcs au pied du trne. Cette compagnie dans laquelle
on a reconnu le pouvoir de dcerner la rgence, qui l'on s'eft adrelTe
pour la recevoir, avec laquelle on a ftipul en la recevant de fes mains ,
laquelle on a promis publiquement et avec ferment que l'on ne voulait
tre matre que des feules grces et que pour la rfolution des affaires,
elle ferait prife la pluralit des voix dans le confeil de rgence non-
feulemenr on ne l'coute pas dans fes plus fages remontrances 5 mais on exclut
des confeils les fujets les plus dignes d'abord parce qu'ils reprfenn nt la
vrit que non feulement on n'coute pas ; mais la pudeur empche dt
rpter votre majeft les termes galement honteux et injurieux dans lef-
ouels on a rpondu, lorfqu'on a parl aux gens du roi en particulier. Les
Kgiftres du parlement en feront foi jufqu' la j/.ofterit la plus recule.
Les Etats de Bretagne lgitimement convoqus, ont demand qu'il leur
ft permis de faire rendre compte un trforier trs-fufpect, afin de mettre
ordre l'adminittration de leurs finances. On leur en a fai: un crime d'Etat ;
on a taie marcher des troupes comme on les fait marcher contre des
rebelles.
Enfin, Sire, on ne connat plus de lois. Ces dits qui confacrent encore
aujourd'hui la mmoire des rois vos ayeux, ces dits rendus avec tant de
fageffe pour conferver la faintet des mariages et l'tat de toutes les fa-
milles on s'en joue ; une lettre de cachet les renverfe. Quelles fuires une
telle conduite ne fait-elle pas envifager ? Que ne fait-elle pas craindre ?
Nous ne nous flatterons pa\ vainement, Sire en nous perfuadant que nous
entendrons de votre bouche ces paroles de confolation : je fins vos maux ,
mais quel remde y puis-je apporter 1
Il eft entre les mains de votre majeft. Quoique revtue d'une couronne,
elle n'en eft pas moins fils de France et ces droits font encore mieux tablis
par le refpect et l'attachement des Peuples, qu'ils ne le font par la loi du
fang. Comme oncle du roi pupille qui peut difputer votre majeft le pou-
voir de convoquer les Etats, pour avifer aux moyens de rtablir l'ordre la
tutelle et la rgence? N'appartenait-elle pas de droit votre majeft? Il n'ell
pas fans exemple qu'un prince tranger ait t tuteur d'un pupille. San fortir
riors de chez nous, Baudouin comte de Flandres n'a-t il pas eu l'admi-
nittration du royaume de Fiance et la tutelle de Philippe 1er fils de
Henri 1"? Votre majeft n'aurait pas manqu de raifons, fi elle avait voulu
attaquer la prtention du duc ^'Orlans. Aufli toute la France a-t-elle fenti
3ne votre majeft loin de confulter fes droits n'a envifag que le repos
e l'Etat, dans la confiance d'une fage adminiftration et toute la France a
reconnu dans cette conduite le cur d'un vritable perc.
Votre majeft peut s'aflurer de fon ct, que tous les curs voleraien:
au-devant d'ele, quanAtl'.e paratrait avec fa feule maifon. Elle peut compter
qu'il n'y a point de cWpyen qui ne lui fervt de garde. Mais quand on iup-
pofera que pour plus grande furet, elle paratrait la tte d'une arme de
d x mille hommes quand on luppofera que le duc d'Orlans paratrait la
1 d une arme de 60 mille hommes j votre maiell peut s'affurer que cette
aime fur laquelle A aurait compt, et qui ne fervira qu' le fduire, fera
la premire prendre vos ordres.
Jl n'v a pas un officier qui ne gmiffe ; il n'y a pas un fo'.dat qui ne fente
l'iniquit et la perverfit du gouvernement, j il n'y en a pas un qui ne vous regardt
comme fon librateur. Tous s'emprefleraierit d'aller reconnatre, d'aller admi-
rer en vous le riis de ce prince ii cher qui rgne toujours dans les cur.
Que pouvez-vous jamais craindre ou du ?euple ou de la noblcfle, quand vous
\i. ul ex mettre leur fortune en furet ? Votre arme eft donc toute porte
en 1 raece et votre majeft peut s'aflurer d'y tre aulli puiftant que fut jamais
Louis XIV. Vous aurez la confolation de vous voir accepter d'une commune
voix pour adminiftratetir et rgent tel que votre fageffe jugera plus conve-
nable ou de voir rtablir avec honneur le teftament du ft u roi votre augufte
ayeul.
Par-l vous verrez, Sire cette union fi nceflaire aux deux couronnes,
fe rtablir d'une manire qui les rendrait l'une et l'autre inbranlables leur
ennemis. Par-l, vous rtablirez le repos d'un Peuple qui vous regarde comme
fon pre, et qui ne peut vous tre indiffrent. Par-la, vous prviendrez les
malheurs qu'on n'ofe feulement envifager, et que l'on vous force de prvoir.
Quels reproches votre majeft ne fe ferait-elle pas elle-mme, fi ce que nom
avons tant de fujet de craindre venait arriver ?
Quelles larmes ne verferait-elle pas, pour n'avoir point rpondu aux vtnix
de la Nation qui fe jette fes pieds, et qui implore fon ft cours ? Nous
fouhaitons nous tromper, mais l'on nous force craindre. Du moins nos
craintes prouvent notre ze!e pour un roi qui nous eft cher.
Si votre majeft, dont nous reconnailons les vues trs-fuprieures, ne
trouve pas propos de rpondre nos vux au moins pourrait elle fe
fervir de notre requte pour rappeler lui-mme et pour faire rentrer dans
les vritables intrts de la France un prince qui fe laide aveugler, quoique
l'on (bit forc de vous reprfenter que l'on ne peut s'en rien promettre.
Le miniftre de votre majeft dans cette cour peut l'aflurer que l'on
n'avance rien ici qu'il n'ait lu dans tous les curs : ainfi votre majeP.i n'a
rien craindre d'une Nation qui lui eft toute dvoue, et doit tout fe pro-
mettre de 1a noblll'e francaife .
Les plans confus pour convoquer les Etats-Gnraux tant dcou-
verts y on ex le et on emprijonne les chefs. On dclare la guerrt
VEfpagne.
Telle tait la requte fuppofe des Etats Gnraux au roi Philippe V. Le rgent
en eut peine dcouvert le complot, qu'il chafla l'ambalfadeur d'F.fpagne;.
il fit emprifonner le duc et la duchefl du Maine le duc de Richelieu, le
comte de Laval de la maifon de Montmorency et prs de f< ixante gentils-
hommes qui avaient offert leurs fervices pour cette rvolution. Le cardinal
de Polignac fut exil ; et il s'tablit quelque tems Paris une forte d'inqui-
fition pour dcouvrir les fauteurs de ce projets de patriotifme. Le r<.gent
dclara- la guerre l'Efpagne : on porta le fer et le feu dans un royaume
en faveur duquel Louis XIV avait ruin la Frauce ; et le duc d'Orlans,
avant de conclure la paix avec l'Efpagne, demanda qu'Alberoni en ft chifle
comme le moteur de tant d'evnemtns.
Au refte le lecteur reconnatra aifment dans les pices que nous publions
fur la conjuration de Ceilamare combien le roi d'F.fpagne fut trompe par
les reftes de l'ancienne cour de Louis XIV qui aceufait le rgent de vouloir
perdre le 'eune roi Louis XV ; ce monarque et le rgent fe jouer; nt beau-
coup dans la fuite de ce bruit populaire, et le roi ronferva toute fi vie une
reconnaifance dont il tmoignait le fentiment dans toutes les occafions pour
le duc d'Orlans, qui avait eu foin de fes plus tendres innes. Une preuve
que je n'ai pas voulu vous perdre, dit un jour le duc d'Orlans au roi devenu
majeur c'eft que voire majeft jouit de L: Junte la plus parfaite.
Le rgent Je rappelle du beau projet de convoquer la Nation tt
quand Lan- eut dejol la France, il veut ajjemhler les Etats,
Cependant, torique le fyftme de Law eut dfol des milliers de familles,
bouleverf les finances; et quand tout fut dans une confufion extrme, le
rgent fe reffouvint du beau projet qui n'avait cette de 1 affecter : ii tmoigna
fe rappeler que la Fiance avait montr quelque defir d'obtenir fes anciennes
AfEmblcs nationales, que la vieille cour du feu roi avait nr,'nies pen-
l'affiire d'F.fpagne. Ce prince toujours port vers les grandes entreprifel,
rait gagne et entran aifment par une ide nouvelle fi elle avait quelque
choie de ftiblime > et lorfqu'il aperut le chaos des finances, il fut tente de
livrer la plaie de l'Etat l'Etat lui-mme.'
Dubois traver/e ce grand deffein.
Dubois qui l'environnait fans cette le furprit un jour lifant les mmoires
du feu dauphin le duc de Bourgogne fur les Etats Gnraux, et lui citant
foudain ces mmoires, il lui en promit d'autres bien mieux raifonns ur
cette matire. Le rgent qui favait au befoin fe moquer du miniftre et de
fes projets lors mme que par une nonchalance extrme, il les lai (fait ex-
cuter laiffa rpandre quelques copies du mmoire de Dubois, et il ell fi
peu connu et fi piquant, que je dois a la vrit de l'hiftoire de ne pas le biffer
perdre pour la pollerit.
Raifons de Dubois pour ne pas convoquer les Etats-Gnraux.
C~ n'eft pas fans raifon que les rois de France, dit dans fon mmoire
l'abb Dubois, font parvenus viter les Aflcmbles connues fous le nom
A'Etats-Gnraux. Un roi n'eft rien fans fujets ; et quoiqu'un monaroge en foit
le chef, l'ide qu'il tient d'eux tout ce qu'il eft et tout ce qu'il pottedj l'ap-
pareil des dputes du Peuple la permifion de parler devant te roi, et de
lui prfenter des cahiers de dolances, ont je ne fais quoi de trijle, qu'un
grand roi doit toujours loigner de fa prfence.
Quelle fource de dfefpqir futur pour votre altefle royale qui peut un jour
rgner en France ( la mort du jeune roi tant dans l'ordre des chofes pof-
fibles ) fi elle < hangeait par une dtermination pareille la forme du plus puif-
fart royaume du Monde, l elle aflociait des fujets la royaut, fi elle eta-
bliffait en France le rgime de l'Angleterre !
L'Efpagne, la France, le Pape, les Etats hrditaires del maifon d'Au-
triche tous Es monarques de 1 Europe, except ceux qui rgnent en Angle-
terre, en H on crie en Pologne, et quelques autres fouverains ont connu
les vices rfultans du pouvoir pnrag. Le pape a li les mains fes cardi-
naux avec lefquels fe terminaient les oprations de fon gouvernement. L'Ef-
pagne a abiifle fes grands et perdu de vue fes Correj : le falut de l'Etat a


r
fuivi ces oprations, puifque, concert, otl M voit que t lUblci et dilletitions, tandis que la paix re^ne
dans Celui on le pouvoir abfoiu peut fou ur les pallions et Ici volonts
trop hardies qui s'eleveut chaque jour dans un gouvernement.
Que votre altcflfe royale rflchilfe un moment fur ce qui fe parte en
France, quand le roi tablit une loi ou eue des impts. La loi dj difcotce
dans fon confeil en mane de la plnitude de fon autorit il l'envoie
fes parlement pour la taire connatre aux Peuples. Quelle force pourrait s'op-
pofer alors a (excution de la volont du roi ? Les parlemens I Ils ne peu-
vent taiie que des remontrances : encore cil-ce une grce qu'ils doivent
votre al telle royale; le feu roi extrmement jaloux de fon pouvoir Itur
ayant levrement dfenilu il ne plat pas au roi de retirer ou de modifier la loi ils doivent 1 enre-
giltre: : li au contuire le parlement la refufe encore, le monarque lui envoie
c-s ordres alternat*.
Alors parailTc.it de nouvelles remontrances qui fentent la faction les
parlemens ne manquent pas de faire entendre qu ils reprfentent les Peuples ,
qu'il font les fou'iens de l'Etat, les gardiens des lois, les dfenfeurs de
la Patrie avec bien d'autres raifons de certe efpece : i quoi l'autorit r-
ond par un ordre d'enrcgillrer, ajoutant que les officiers du parlement ne
ont que des oftieiers du roi et non les repu lent ans de la France !
Petit petit le feu s'allume au parlement les factions s'y forment et
s'ajtitent. Alors il eit d'ufage de tenir un lit de juftice pour conduire au point
qu'il faut MM. du parlement. Ml s'y foumettent, en cft obi ; et c'eft
tout ce que peut vouloir le plus grand roi du monde : s'iis rfiftent encore ,
au retour dans leurs chambres ou bien on exile les plus mutins et les chefs
c.s factions, ou bien on exile Pontoife tout le- corps du parlement. Alors
on fulcite contre lui la noblefl ou le clerg (es ennemis naturels : on fait
chanter des th.uiforis i on (ait courir des poelits plaifantcs et fugitives ; et
l'opration dont nous connaifloiis bien aujourd'hui la marche et les refultats ,
n'octafioiine que des motions lgres qui n'ont aucun grave inconvnient, tt
le parlement n'en eil pas moins exil pour avoir t defobiflunt.
0,i p-end alors les jeunes conseillers qui dominent d.ms ce corps par famine :
le befrin qu'ils ont de vivre dans la capitale, l'habitude des plaifirs, l'ufage
d: I. urs maitreflSj leur commandent imperieufement de revenir leurs
foyers, leurs femmes entretenues, leurs vritables poufes : on enre-
guue donc, on obit et on revient. Voila toute la mchanique de ces circonf-
tances ; il ferait bien dangereux de la changer.
A prfent votre a'.tefle royale connat elle des moyens plus efficaces pour
s'oppofer aux entreprtes d'une Aflembie vritable ment nationale qui reiil
terait fes volonts ? Le monarque pourrait-il dire la Nation comme au
parlement, vous n'eus pas la Nation ? Pourrait-il dire aux reprefentans de fes
fujets, vous nt Us reprfme^ pas .' In roi de France pour>ait-il exiler la
Nation pour fe faire obir, comme il exile fes pa'lemens? Pourrait-il mme
faire la guerre la 1 rince en cas de refus de nouveaux impts} Le roi cil
afiars de fes troupes contre le parlement : le ferait-il contre la Fiance afiem-
ble ? O frapperaient donc le foldat, l'officier le gnral fans frapper
contre leurs compatriotes, leu:s amis leurs parens ou leurs frres ? N'ou-
blions jamais que le dernier malheur aes rois, c'efi de ne pas jouir de fotijftnct
\:ugle du foldat ; que compromettre ce genre d'autorit qui eit la feula ref-
fourec des rois s'eft s'expofer aux plus grands dangers. C'eft-la vritable-
ment la partie honteufe des monarques qu'il ne faut pas montrer, mme dans
les plus grands maux de l'Etat.
Voyez U rage de la Nation Anglaife prefque toujours aflembie en forme
d'F.t.'ts (icMienux contre fes rois : elle les a dvoues la mort banHs et
dtrns. L'Angleterre taic pourftnt jadis la Nation la plus catholique la plus
fuperilitieufe et la plus fournil des Nations fes monarque s. Ah Monfei-
gneur que vo*re bon elpri: loigne de la France le projet dangereux de
faite dei franais un Peupl Anglais .
Le Rgent fe dgote de fon projet.
Tel tait le difeours de Dubois au rgent qui changea de deflTein en fe mo-
quant et du uiinillre et du mmoire.
Le rfultat des efforts de la Nation fous les deux derniers rgnes de nos
rois, fut donc te! que Louis XIV accorda aux ennemis de 1 F.tat les condi-
tions les pi s durts ""-tt que de confentir a leur demande de convoquer
Il Nation. Dans la lune le regent dclara la guerre l'F.fpagnc ; il fit em-
ptilonner le duc du Maine et les plus grands de l'Etat qui en tramaient la
convocation ; e: jeta a la Ii.ltill et au chteau de Vincennes des feigneuis
Rinamuables qui oferent en parler.
Toi's ces embarras du gouvernement chaque demande des Etats rappellent
un irait que l'Iultoire nous a conferv et qui retrace aulli la pufillanimit des
chefs de la Rpublique Romaine quand on dcouvrir dans le tombeau de
Numa,plufieurs ficles aprs fa mort,Us livres les plus anciens de la religion : la
lecture de ces livres devait prouve/ l'empire ufurpe des prtres fur les efprits,
et l. crainte d'un ; comparaiHM li bien fonde des anciens tems aux modernes t
ordonna d'en brler les monumens.
Ces anecdotes expliquent aufli pourquoi les cardinaux de Richelieu de
Mazarin et Dubois, puis encore Lamoignon et Brienne ont trembl ou font
t'itr. s dans des convullions, quand les Franais ont demand de relire leurs
chartes.
compter de cette poque qui fut aufli celle :'o la dcadence de la ma
narchie les ailinbles du champ de Mars ou de Mai ne fuient plus tu
rigueur
Durant cet intervalle il s'en tint beaucoup d'autres que les mibliciftes
ont appel Colloquia parlemens, composes des nobles feuis qui dedaigrferent
de s'y trouver avec le Peuple rduit par eux en fervituJe.
Ce fommeil de la libert publique et principalement de celle du Peuple,
fut interrompu par Ppin et Charlemagne, les deux plus cl.bres rois de
la fconde race.
Ils ne fe virent pas plutt fur le trne, qu'ils crurent devoir rveiller
dans le cur des plus malheureux de leurs fujets cet amour naturel pour
l.i libert en leur rouvrant l'entre des allcmblees publiques d'o leur
tence et l'orgueil des grands les avaient exclus. Leur intrt les porta
laifler l la puiflance des nobles qui leur taient contraires.
ridelles leur principes plufieurs de leurs fuccefleurs maintinrent cette
prrogative la plus eminente de toutes au corps du Peuple.
Dans les treizime et quatorzime fiecles il fe tint, au lieu d'Ftats-
Gnraux des aflemblts folennelles, des placircs, des parlemens. L'on y
agitait, en prefence d prince les grandes queltioiis politiques; l'on y
dcriait les affaires civiles l'on y itatuait fur toutes les matures cri-
mirelle-s.
A l'gard des objets de Ample admhirration ou de police ils taient ren-
voys par provifi )ii au jugement du chef ce de fou cou eil.
Ce confl tait d'abord compofe de membres que le Peuple choififlit ,
que le tems a tait trouver nos monarques le moyen de nommer fculs ,
que les Etats-Gnraux dans quelques circonibnees ont remplac par.
l'autres.
De cette manire s'eft toujours religleufement perptu jufqu' nous ce
principe fondamental que nous onttranfmis les Germains (ni.
Rptons qu'il conlfle hiflYr la dcifion du chef et de ceux qui ap-
prochent de li perfonne tout ce qui ne fort "; rlcrvir la connaiflance du furplui oit aux aflemb.ees gnrales foit aux
parlemens qui les reprfentent. ,
Aufli M. le prfidefit de Harlay difait-il au roi Henri III, lors du Iit-de-
juitice du i r juin |j8 I :
Nous avons, Sire deux fortes de lois (i?) les unes font les ordon-
nances de nos i ia, qui p uvent le thmer flon la diversit des tems et
des alfai- s; |ts ai ik" font dts rdonnancesdu royaume, q> i font inviolables,
par lefqu "> vous : s mont au tt e et cette couronne a t conferv*
pif vos pr r$. lui- ces loi* publiques celle-l eit une des plus
faintts u : s \ -s preuccfl urs ont rc-ligi ufement garde, e ne pu-
blier ; ni ordonnance qu'elle n hit vrifie en cette compagnie. Ile
lue violer cettt loi c'tait aulli violer celle par laquelle ils font
ont (
rois,
Des anciennes Ajfernbles de
IlIltS. ,
Nation
if-
en gnral, et de leur
Pour affurer et dans tous fes points, l'excution du pact fuppof fait par
la Nation avec fon chef, il devenait nceflaire que tous fes membres s'af-
femblallent, ou des poques fixes, ce qui s'eit long-tems pratiqu parmi
nous, ou tous les fois que les circonllances pouvaient l'exiger, ainli que
l'ufage l'a voulu dans la fuite.
Depuis la fondation de l'Empire Franais jufqu' la fin de la premire
Dynaftie nos anctres, conformment cette coutume qui n'avait pas en-
core reu d altr.igon, fe runifiaient au moins une fois par an au mois de
Mars ou de Mai, pour dlibrer des affaires les plus importantes dans ces
nouveaux Comices.
Peu peu, et fur la fin de cette premire race les. malheurs publics
ayant ifol le prince de fes fujets ceux-ci la clalle du Peuple lur-tout
prtlqumireraem affervie, laifftrent tomber en dfuetude un dioif mprel-
ttipuble de l nature.
Oonn< r occafion a leur Peuple de mecroire de leur boute .
Du droit Je convoquer tes Etats-Gnraux.
Dans les env n Km* de la m narrhie, les A(I.mbles nationales fixes
primordiale:-..m foit u inol de Mars, foit an. mois de Mai n'avaient
pas fourni l'occafi n l'approfondir lequel, du chef eboifi par la Nation,
ou de la Nation ell=-ii:m pouvait provoquer la runion de tous les
membres.
Quand Ppin e. Charlemagne ont mand leurs fujets pour les remettre
en polleflion de leur plus beau privilge ils n'ont pas prtendu par cet
acte de juftice, voler la libe te Frannle dans le point le plus eilentiel, au
moment qu'ils s'occupaient de lui rendre tout fon ellor.
Mais toutes les fois que les rois onr eu des proportions ou des demandes
faire la Nation t il a ra'lu qu'ils l'jilemblalfent ; et cette nceiiite n'a jamais
pu fe transformer en un droit exclufif.
Mais fon tour, la Nation qui peut avoir fe plaindre des infractions
au contrat primitif devait jouir de la n me facult pour rtablir l'qui-
libre et veiller au maintien du pact qu'il lui etaitt libre d'adopter ou de
rejeter.
Ainl Childeric I, quatrime roi de la fconde race ayant attent i
l'honneur du fexe fes fujets lui rerent l'Empire (14), dans une aflembie
gnrale que ce prince fans doute n'avait pas convoque.
Ainl lorfqu'il fut queilion de donner un fucceflur Childeric les
franais, de nouveau, fe runirent (if) ; et l'on prvoit adement que le
prince, bien loin de confent r cette aflemblee, s'y ferait oppof formelle-
ment fi cette dmarehe lui eut t poflible.
Ainfi les Franais rvolts de la barbarie de Gillon qu'ils venaient d'le-
ver la place de Chlderic n'attendirent pas fes ordres pour former une
troifieme dite fe fouftraire fa tyrannie et rentrer fous l'obeiffance de
leur ancien roi (16), qu'ils fuppoferent corrige par le tems et les revers.
Ainf Ppin maire du palais c'eft--dire matre abfolu de la Nation ,
par la mort de Carloman fon collgue, ne peut-il refifler au voeu gn-
ral des Franais qui s'aflemblent (17) pour placer fur le trne le jeune Chil-
deric III, aprs un interrgne de pies de cinq ans.
(12) De minoribus principes confultantj de majoribus omnes. Tacit. dt
M. G.
(13) Regiftre du parlement, 1586.
(14) Childeric fe licencie dbaucher les femmes et les filles de fes fujets
qui le dgrade.wit de la royaut. Mt\eray kift. de Childeric.
(it) Cependant les Franais s'aflemblent pour lui donner un fucceflur.
Vcly, ibid.
(:6) Les Franais vont au-devant de lui jufqu' "ir,et le rtabliflent dans
la royaut avec des formes folennelle?. Mttray, ibi .
(i->) Ppin, l'inflancedej feigneursFranais qui avaient encre de l'atta-
I chement pout la famille royale mit fin j l'interrgne. Daniel, ibid.


Ainfi les murs lidi s et > Je e* mme prince d^ttmvnereni-
ifujets aans une les I :i:s, ol il" ut propre
mouvement., lui ottx la couronne, j>our la poir fin la te:e de Ppin*
L Bref.
Ainfi, 1 s rgi mens 3eIsrnpnttrkt Judith, femme de f.ou's-le-Dbon-
naire ayant poulie a la rvolte les enftm d ce prince 'T fur rtabli pai
i qui d Lo:\oiuj ttUt-mm^ Nimegue, comme le dfinit le menai
que qui n'avait pas alors allez, de pouvoir pour l'ordonner.
Ai- fi retomb pour la fecou.le fois, enrre les main de fes enfans rebefl .
avec le plus grand fcanrtaU, Rocfrldi ce mime prince ne trouva
la fin de es perfcutions que da nna Aflirmbl e du Peuple Saine-Denis,
o ce monarque ve.uit d'tre iraisfr par ion lils Lothaire.
\:rfi les foupons do l'inconuite de Richarde, ftm^e de CHarles-le-Gros,
la 16 d i. ic '|j'il fie puraiti dans une dite Tribur, ayant indifpot
les fujets,. ils s'ajournrent en i-'SS a O.npiegne o ils lment Eudes
fa place.
Ainfi, pour forcer En4fl ronne a Charles-le Simple Inique ce prince ferait en .'.e de gouverner la
N iti n s'affembla-t-eua d. fon propre mouvement, Reims, o, le 27 jan-
vier b;j tlle fit alfeoir ce jeune prince fur le nne de [.s perej.
Ainfi l'ufurp-tcur Raoul tant mort, les Frai ais ne fuivitent pour s'afTem-
blerj d'actre npulfion que leur attachement a la maifon vovle, et ils arr-
trent unanimement d'envoyer au plus rt en Angkttrrt offrir, de la part
des 1 :.its, la cooionne Leciti d'outre met uquel elle appartenait.
Ainfi < Louis V fon fi's, tant mort far>s enians, la Nation Je raflenbla
Compiegne pour dlibrer fur L- dioit du duc de Lorraine, lorfque Hugues
ayant a\ec des tioup.s diliipe le pailement foutint, par une perfidie,
la puiuance qu'il s'tait taie donner Noyon.
\ nfi l*dit de Louis XV ci 11 mois do juillet ;-:- confirme le droit qu'
la Nation de s'afTembler d'< > -, au moins dans 'e cas partioulier que le
mouaique exprime, qui eft celui d'une trah'i.bn de fa pat.
Ainfi la province de Danphin en a-1 elle donn dan; Ici derniers NOM un
exemple mmorable (13).
Obfcnations particulires fur le ponwir des anciens Fcats-
Ciai <.iur.
ntans
en fuf
Crurlemifme, oui, le premier, a fi'.bftitu les Affembles par reprfe
., Mi mbtes par individus, recueillit quelquefois dans des araires er
pens, le vecu gnral etiegttie des Peuple.
11 ne fe born-iit pas faire pienire l'avis des gens en place, des noble*
ou des propritaires; il voulait au On s'adrefllt tous c. ux encore qui n'avaient
pour tout bien que la libert ; A n redoutait pas Pii tluer.ee de la dalle la
plus mifirable par cela mme la plus digne de (es foins.
Charlema;ne, en un mot ne penfait pas avoir fuisfait fes obligions,
en conl'ultant tous les individus, mais il exigeait une preuve authentifie de
i'opin.on d'un chacun.
La pluralit des fjffrages dc'ci.ah du lort de la propofuion ; et fi la fi 'na-
ture des riches, comme la marque ou la fimple croix des pauvres places
aa bas du projet l'emportait ur le nombre des oppolans, ce projet alors,
recevait i'f d.-ftructible caiacteie de loi (y).
Telle efl la marche qu'en i?83 plufieurs crivains propoferent de fuivre
pour la dcifion des principales qutions qui s levaient fut la composition
odes nouveaux Etats.

Cet hommage rendu pat un roi aux droits du Peuple, efl un trait hiflo-
rique prcieux conlerv^r. I-luficuis autres exemples prouvent que fous les
diverfe races, les rois turent fiequem nent forces de relpecter galement le
pouvoir que les Etate-GnlJUX exeraient au nom du Peuple.
Brcnehaut, propofait Clonire 11 de prononcer fur une queftion dlicate.
Voici ce que le ici lui rpoD lit : Le premier pas faire cil de convoquer
la Nation comme la coutume l'ordonne : ce n'eft pas une vaine crmonie
que je peux ngliger, nuis un droit inviolable auquel je ne drogerai jamais .
Puis il dclare en termes formels que la Na-ion n'aura pas plutt parl ,
qu'il fera de fon devoir, et qu'il s'empreifera de fe ccnformtr tout ce qu'elk
aura jug convenable de pre faire .
Vainement fe retrancherait-on prtendre que l'AlTemble dont il s'agiffait
devait tre compofe feulement de nobles, et i,u'aii:fi l'on ne pourrait en tirer
une coiifcquence pleineniei t lati>!el'a;ite.
O peut mener cet argument, fi ce n'eft la plus inviolable preuve du
pouvoir des Etats-Gnraux qui n'auraient pas eu moins d'autorit que cette
AilembL-e particulire?
Attribuerait-on au feul comit des nobles un droit de fotiverainet que
l'on rfuterait aux AHeniblees gnrales, o ces mmes nobles, fe trouvent
avec le Peuple?
L'intervention mme du Peuple indifpenfable pour caractrifer une Affem-
blee gnrale, produirait-elle l'etfet contradictoire de borner la toute puif-
fance des Etats par cette reunion, qui feuk la conltitue ?
Syfteme abfur le ; et bien loi de rpandre de l'ombrage fur la puifianec
des Etats pui (lance formeUcotem avoue par C'.otaire 11, ne la conlolidc-
tait-il p-s dune mansere plus authentique?
Imbu des mmes principes, fon fils Clovis II les retraait njrgiquemest
1 l'Ai de Clichy-la-Gareooi.
> I f viin clat Qui m'environne, difait-il loin de m'blonir, ne (rt
ju' m'claJrft fur 1 tendue de mes devoirs.
Parmi les obligations qu'ils m'impofent celle de rgler tentes ms d*
narcjies fut la loi, de ne pi icun parti dans un- affaire importante,
|u'aprs avoir recueilli vos fufTrapei er de in'interdiie toute innovatioa
,11e vous o'auriei pas approuve tient juft titre le premier rang.
Celt--dire, qu' la ncreffit de prcni're-dans les grandes affaires le voeu
ic la Nation, eft joint l'engagement du prince de fe conformer irrvo-
cablement fon rfultat.
C'eft- -dire, que le chef ne peur vouloir que ce que la Nation veut ,
qu'il n'a que la facult de rtprfenter ce qu'il croit utile que la Nation 1
le dioit d'en dcider, et qu'une fois adopte par elle, la loi n'affu-
ltit pas nirius le chef que les individus.
C'eft- -dire que le pouvoir rfile n^ceffairement, et tout entier, dans
l'AlTemble gnrale que les membres runis lont les feuls et vritabki
fouverains et que les rois de la premire race ont perptuellement reconnu
pour leur conduite cette inconte fiable vrit.
Pour la fconde race on vit (iharles-le-chauve ralTtmbler cette doctrine
dans un mme capitulaire o les lois a'oute-t-il qu'il promulgue it
l'agrment de fes Peuples, n'obligeront pas moins fes fu^ccBeurs'que lui-
mme.
Un vnement remarquable qui a prcd le couronnem-nt de Louis m
et de CatViTian accumule les preuves de la puiilance des Erats et coot
ratent furtout l'ide qu'en avaient conue les deux princes, qui leur durent
de rgner cnfemble (ic).
' >n trouve encore fous la troifieme race des veftiges de la puilTance des
Etats-Gnraux et de l'opinion qu'avaient Ls rois de Lur autorit fort
qu'ils fuflent compofes des trois ordres ou qu'ils ne rentermaiL.nt en plus
grande partie que des barons.
Sachet dilarait Louis Ilutin fes Peuples, que je n'ai pas fait feu!
la loi que vous afea excuter, elle ne doit pas moins fa fanction auxpet-
formes charges par vous d'en dlibrer avec votre monarque (11).
Reconnailfnnce formelle de la puiflance d'un parlemenr compof de barons,
et par conlequent de l'inconte(table fup.riorit de l'Allemblee gnrale.
Plut Dieu ( s'criait avec douleur Saint-Louis, en parlant du roi d'An-
(Il terre ) que je pufie triompher de l'enttement de ceux dont je fuis oblige
de prendre les confeils
Aux alTembles gnrales de 1319 et de n27 Louis Hutin et Philippe
de Valois prom ttcitt de ne lever aucune taille que de l'avis de Lur rVuple
et de leur C< nfmtenient exprs.
Ils reconnahTent donc formellement aud la fupriorit des Etats GnntS,
qii fignaletent avec plus d'clat encore leur puiflance lors d-s deux avenemen
ae Philippe -le-Long et de Philippe de Valois la couronne.
Du mariage de louis Hutin avec Marp,uerite fa premire femme.il ne refb
la mort de ce prince qu'une tille qui s'appelait Jeanne et avait pour oncle
le duc de Bourgogne.
Celui-ci tenta d'lever fa nice fur le tftine l'exclulion de Phi!ippe-le-
Long frre du prc-d.nt roi et voulut es'etayer du futirage des Etats-
Gnraux ailembles en la capitale-.
Il rep' ulTerert fa prtention en confervant au profit de Philippe-!e-Long,
la prrogative des miles.
Dcifion qu'attendirent avec refpect le duc de Bourgogne et Philippe-le-
long et ce fut un nouvel hommage rendu de leur part a la puiilance ci
I tara-Gnraux qui avajem termin le diffrend.
Bientt le dcs de Charles-le-Bel fans poltrit mafculine, fit renatre
la conteflatiou entre Phi.ippie-de-Valois defeendant en ligne directe de
n. k lludi, et le roi d'Angleterre Edouard, ximme illu d'une tille de
l'hilippe-lc-ttl.
La c.iufe fut difcnte IbAennellerrv nt aux Etats-Gnraux qui piononcetent
en faveur de Philippe-de-X'ulois (12).
Jugement qui ns laide plus de doute fur la puilTance des Etats-Gnraui.
Doutait il de cette fuprme pulffance Charles V'IH dont le chancelier,
n prefence et de l'agrment du prince parlant en fon nom aux Kuts
jffembls Tours, en 14S4, les traitait refpectuci'fement de mejftignun.
Dnominaticn bien remarquable foit par rapport au tems o le miniftre
lu prince s'en fcft fervi foit relativement au caractre du p-rfoiinage,
|lli n'a pas cru pouvoir la refufer, foit enfin d'aprs le monarque, in u
i rfence duquel fon chancelier en a tait ufage.
Louis XII renona conclure le mariage de fa fille avec Charlrs-Quint,
uillitt que les Etats curent iaff l imprudente p'omelle faite par ce prince,
jui n'eut garde de vouloir luder une dlibration unanime.
(18) Voyer le procs-verbal des Etats de Dauphin alTembls d'eux-mmes
le 21 juillet 1708.
O/l UtPopulusinterrogetur de capitu'is qux in lege noviter addita funt,
et pofiquam omoet conlenferint fuferiptione* vel manu firmationes fuas in
iphs capttulis taciant. Ltx Salua. Mwculphe A. 1, n 40.
i
Bcpe
(10) C'eft encore une alTemble | Brale qui dfera la couronne Louis
t a Carloman enfans de Louis-le-Bcpe et qui dcida la ejueflion fi b
pudiation de leur nierc devait les empcher de fuccdrau trne. Ltu. hif-
ur les pailtmins tome I puge 1 '
(ai) Er (Atrium quoi nos et haronts noflri ftatuimus et ordinavimui. Lett.
hift. fur les uarlemens, tome 1, p. 30{.
(22) Finalement parties ouies, fut par lefdits Etats prononc arrt flon
'uis de tous les princes, nobles, gens de bonne ville, julticirrs et notables,
.'fins et accord par lis contendans, par lequel tut audit Philippe de Viloii
djug le royaume de France et fut dclare leur vrai roi et louverain fei-
meur privative ment contre tous autres et enjoint tous de le recon-
natre tel, et de lui obir : et lors fut ningt Rhtims.par Guillaume,*-
hevque dudit lieu le jour de la Trinit en prefence dudit Edouard,
jUi ne l'empcha pas. Papon liv. 4 tit. I, art. 4, Fmi/ftrj aNang'.s.
MsjW


MihH le goilt de Franois [. et de Otaries IX pour le defporlCme et
la d;llipation ils ne longrent pas plus rentrer aux Etats-Generaux qui
rompirent le trait fait Madrid par le vainqueur de Cerifolles, et bornrent
Charles IX dans la dpenfe.
On a encore dans le di(cours de Henri NI aux Etats de Blois la ha-
rangue de Henri IV aux notables de Rouen les lettres de Louis XIII et de
Louis XIV pour les convocations de 1614 et 161 j des preuves nouvelles
de la fupriorit des Etats, reconnue par ces quatre princes.
Si vous en ufez autrement ( expofe Henri III aux Etats de 1 y76 Blois,
en leur demandant la rforme de plusieurs abus qu'il dligne ) vous ferez
combls ds maldictions, vous imprimerez une tache perptuelle d'infamie
votre mmoire.
Et moi je prendrai a tmo:n le ciel et la terre j'attellerai la foi de
Dieu et des nommes qu'il n'aura pas tenu mon foin ni ma diligence ,
que les dfordres de ce royaume n aient t reforms ; mais que vous ave/
abandonn votte prince en une fi digne u fainte, et u louable en-
treprife.
Et finalement vous ajournerai comparatre au dernier jour devant le
juge des juges l o les intentions et les pallions fe verront d-
couvert.
" Il ne leur dit pas, ce prince, fi vous ne me fcondez point aveuglment
dans mes projets ; j'aurai recours l'autorit toujours infparable de ma
perfonne ; il fc contente de leur oppofer l'opinion publique, et s'efforce
d'exciter en eux les fentiincns de l'honneur.
Ce qui prouve que fes fonctions l'Affemble gnrale ne confiftaient ,
ii fou aveu qu' propoler, et non pas rlbudre qu' remontrer, er
non pas preferire qu' foumettre fon opinion particulire au fent.ment uni-
verfel, et non pas le fubjuguer.
Dira-t-on qu'en accordant aux Etats le pouvoir, foit de rejeter les lois
propofes par le prince foit d'en crer eux-mmes, nonobftant fon oppo-
sition il lui reliait toujours au moins le droit de gner le tours de celles
qui lui paratraient propres perptuer les abus ?
Charg de l'excution des lois ajouterait-on qu'il ferait pofiible de l'altreindre
laite refpecter des difpolttions qu'il croirait contraires l'intrt gnral ?
Indpendamment de ce qu'une frmblablc reftrictinn ramnerait tt ou tard
le pouvoir monarchique au delpotifme les lettres du mme prince portant
convocation des Etats Blois, fouiniffcnt encore la rponfela plus fatisfifante
fur ce point.
Attirant nos fujets ( rencontre-1-on la fin de ces lettres) que, de
notre part, ils trouveront toute bonne volont et arfsetiot. d'excuter enti-
rement tout ce qui aura t avif et riolu auxdits Etats.
II tait difficile de runir en faveur des Ftats-Gnraux autant de titres
en auili peu de paroles, et de cimenter plus folidement leur empire.
Mmes maximes mme refpect pour la conftitution mme promefTe de
donner la volont des notables et, plus forte raifon celle des Etats,
une julle prfrence fur la fienne dans le difeours de Henri IV l'Afiem
ble des notables, tenue Rouen au mois de novembre 1596.
Si je voulais acqurir titre d'orateur, j'aurais appris quelque belle et lon-
gue harangue et la prononcerais avec affez de gravit; mais, M.lliturs ,
mon piaifir tend deux plus glorieux titres qui font de m'appeler lib:ateur
et rellaurateur de cet Etat. Pour quoi parvenir je vous ai afTembles. Vou
tutt vos dpens comme moi aux miens que lorfque Dieu m'a appel
cette couronne, j'ai trouv la France, non feulement quaii ruine mais
prefque toute perdue pour les Franais. Par grce divine, par les prires ,
par les bons conii's de mes ferviteurs qui ne font profelfion des armes ,
par l'pe di ma brave et gnreufe nobleffe (de laquelle je ne diftiugue
po;nt mes minces, pour tre notre plus beau titre, foi de gentilhomme,)
par mes peines et labeurs je l'ai fauvee de perte ; fauvons la cette heure
de ruine. Participez mes fujets cette fconde gloire avec moi, comme
vous avez fait la* premire. Je ne vous ai point appels, comme fefaient
mes prdeceffeurs, pour vous faire approuver mes volonts. Je vous ai fait
alfembler pour recevoir vos confeils, pour les croire pour les fuivre bref
pour nie mettre en tutelle entre vos mains ; envie qui ne prend gueres aux
rois aux Larbes grifes, aux victorieux ; mais le violent amour que je porte
mes fujets, l'extrme detir que j'ai d'ajouter deux beaux titres celai de
roi, me fait trouv. 1 tout aife et honorable. Mon chancelier vous fera en-
tendre plus amplement ma volont.
Un dernier argument en faveur du pouvoir des Etats fe tire de la r-
fiftance qu'apportrent en 17^8 deiix^miniftres, l'archevque de Sens,, ei
M. de Lamoignon fon collgue la convocation effective de cette AfTem-
ble gnrale dont, avec raiibn ils redoutaient pour eux les confquenecs
La crainte qu'ils avaient des Etats confirme qu'ils taient pntrs dt
la crainte de perdre leur pouvoir, et ils ne fe fuffent pas replies fous toutes les
formes pour en luder la tenue l'exemple du cardinal Mazarin fi le
prince n'avait eu qu' s'y montrer pour voir promulguer fes ordres.
On pourrait accumuler les exemples pour prouver que depuis l'tabliffe-
ment de la monarchie Franiife jufqu' fes dernires priodes, l'opinion de
la fupriorit des Etats-Gnraux fur le pouvoir des rois, s'eft maintenue.
Si cette opinion a quelquefois pu tempter les excs du defpctifme il
faut ajouter que ce n'tait qu'une bien faible barrire oppofe ce torrent
deflructeur ; car les rois ne parveniienr-ils pas toujours luder cette ombre
de la puilfance nationale foit en ne convoquant pal les tats foit en les
alfervilfant leurs volonts, fi non par la force du moins par la rufe, la
corruption, Fs dons les places ? Ft d'ailleurs, la compofition mme de
ces Etats, o dominaient d-.-ux premiers ordres appuis nrreffs du def-
potifme, ne les rendait-elle pas toujours les auxiliaires de l'autorit royale,
deltuiei donner une garantie lgale leurs ufurpations ?
Preuvet dt\ ufurpations et dts progrs fuccejjifs du pouvoir royal en
France. Etat du gouvernement dans les derniers tems de la
monarchie.
Nous avons examin le gouvernement Franais tel au'il a t lors de
l'tabliffemen: des francs dans les Gaules nous l'avons fuivi dans fes dat-
tes priodes.
Il eft hors df doute qui ce qu'on appelait fous Louis XVrI la conft ru-
tion du royaume, prlenuitpcu de rapports arec la conltitution des premiers
tems tde la monarchie.
Le Peuple Franais dans l'origine a dd jouir de quelque libert et il ne
s'tft pas d'abord donn un matre abfolu. Cette vi rite eft appuye fur une
preuve infaillible inaltrable et qui l'emporte fur celle des faits hitloriques,
c'tft qu'il eft absolument impollible que le chef d'une troupe d'hommes ,
qui fe runit en focit fort un defpote. Il eft choifi parmi fes gaux et
il ne peut entrer dans l'ide de ceux qui l'lifent. dejui donner fur eux une
autorit illimite. Ce pouvoir ne peut donc s'aectotre qu' la fuite des
fiecles, par la rufe, par la force et par une multitudes de c'irconftances fou-
vent imperceptibles et qui chappent l'obfervation.
Nous n'avons peint le contrat fait entre les premiers francs et leurs chefs,
et fans doute il n'en a jamais exifl. Lorfqu'un Peuple errant, guerrier et
fauvage fe forme tn corps, il ne rdige point par crit les conventions de
fon alTociation > fes murs, fes ufages, fes lois fe confervent long-tems
inaltrables fans qu'aucun titre les attelle. L'art de l'criture eft ignor, et
lors mme qu'on vient le connatre des fiecles s'coulent fa.'S qu'on em-
ploie fes caractres graver des inftitutions qui s'obfervent religieufemenr.
La tradition verbale tranfmet avec fidlit aux gnrations futures le petit
nombre de maximes fur lefquellcs repofent le fort de l'Etat et le bonheur
dts Peuples. C'eft lorfque l'ouvrage de la civilifation s'avance, lorfque les
lois fe compliquent, lorfque les infractions fe multiplient qu'on penfe
prendre des prcautions contre la mauvaife foi.
I es monumens du premier f,e des Nations font toujours effacs par le
tems ou dtruits par la guerre et tous les flaux qui renverfent les ouvrages
fragiles des humains.
Les dbris qui nous relient ne remontent pas une trs-haute antiquit ;
ils fullifent cependant pour conferver des traces feniibles du genre de libert
premire dont jouiflit la Nation.
On regarde communment la loi Salique comme le plus ancien monument de
n.)tre droit public. En fuppofant tous les doutes qu'on a levs fur fon exif-
rence fur l'poque de fa rdaction fur la fincerit des articles qu'elle ren-
ferme, tlaircis cette loi eft plis civile que politique, elle ne s'explique
mme pas fur les droits et les prrogatives de la Nation.
Mais en raffemblant ce qui nous eft parvenu des capitulaires ce que nous
counaiffi ns des anciennes Affembles des Champs de Mars et de Mai ce
que nous connatrons des premiers Etats Gnraux et mille traits pars
dans noire hiftoire il ett certain, il eft vident que nos rois taient li-
gibles ds lors plus fournis aux volonts de ceux qui taient libres de les
nommer ; qu'ils ne pouvaient rien fans le viru de la Nation que toutes
les lois effenticlles taient faites de fon confentement ; qu'ils n'avaient d'autre
revenu que celui de leurs domaines; qu'ils ne pouvaient pas lever par eux-
mmes le n oindre impt ; qu'ils n'avaient point de troupes rgles ; que U
Nation s'atlemblait des poques fixe ; qu'elle dcidait de la paix de U
guerre de toutes les affaires importantes.
La Nation s'eft lailT dpouiller infenfiblement de tous fes droits, et il no
lui eft plus reli qu'une ombre de libert et un fantme de puilfance. Ella
ne fongea pas runir en corps les principes (impies qui lervaient de bafe
fa conltitution les exprimer dans des articles clairs et prcis, et
faire un pacte frlennel ; elle ne prit aucune mefure pour en garantir l'ob-
fervation} elle fit fes chefs des concernons imprudentes, dont elle ne pr-
voyair pas les fuites funeftes ; elle fe divifa en partis en factions en ordres,
en corps, et la pniflance royale, toujours active, profita habillement de ces
fautes et de ces imprudences. Sous prtexte d'viter les divifions et les
guerres que les prtentiors la ronronne faifaient natre la mort de
rois, on rendit le royaume hrditaire ce qui donna une grande facilit aux
monarques de rendre au defpotifme et de fuivre avec confiance la marche qui
devait les y conduire.
Auffi les voit on fans ceff occups envahir tous les pouvoirs parti-
culiers pour accrotre leur domination ; ils ne ngligent aucuns des moyens
qu'une politique odieufe peut leur fuggrer} ils fement la haine, la divifion
dans toutes les claff s de la focit t ils foulevenules petits l'ouverains entre
eux, leur mettent Ict armes la main, les laiifent confuiner leurs foi ces dans
des gueires continuelles, et s'emparent de leurs dpouilles lorfqu'ils n? peuvent
plus les dfendre j ils careflnr le Pi uple pour le porter la rvolre contre
les grands, qui le ti nnent fous l'cfclavage de la g'ebe ; ils lui offrent des
privilges des franchifes pour l'attirer dans leurs domaines ils fe fervent
du clerg pour crafer la nobleffe; d- la noblclk- pour abaiffer le clerg
tour--tour et fuiva it leurs intrts ils fe rangent de l'un ou l'autre parti ;
ils obtiennent de chacun ce qu'ils dfirent; la moiti de la Nation fe trouve
perptuellement oppofe l'autre et elle ne s'apperoit pas qu'elle combat
pour fe donner des fers, et fe mettre fous l'empire abfolu d'un chef.
Les rois ont grand foin de mafquer leurs deffeins afin de ne pas donner
d'ombrage et de n'infpirer aucune crainte. Ils eonfervent la Nation l'ap-
parence de fes pouvoirs ; ils refpectent les anciennes formules, ils affemhieiie
les Etats, non plus il eft vrai, des poques dtermines mais dans tes
grandes oe cations et fuivant leurs befoins ; i s ne demandent plus leurs vo-
lonts, mais leurs confeils; ils follicitentdes ficoursnceffairesqu'ils obtiennent;
ils en follicitent d'inutiles, qu'on n'ofe leur refufer ; peu-a-peu ils ont de
l'argent avec lequel ils co rompent, des troupes rgles avec lefquel'es ils
intimident; ils deviennent redou'ables ceux qui veulent leur lfitler ; chacun
tremble de leur dplaire} leurs defirs deviennent des lois; ils hala'dent des
abus H'r irorit qui font recul avec fourni mon i les ufurpations fe luccedent
et paffent pour des actes lgitim s ; on perd de vue l'origine de leurs pou-
voirs} ils prtendent les tenir de la divinit meuve} et les prtres, dans un
tems de fuperftition, ne rougiffent pas de confacrer cette maxime nlenfe;
ils loignent la Nation des affaires des rgnes entiers fe palfent fans la
convoquer} ils ne la runifient plus que pour lui demander des fubfides ;
is lui permettent de dlibrer fur quelques dtails d'adminillration, fur des
ordonnances civiles, mais fins s'aftreindre fuivre fis arrts} ils la lduifent
ce point d'humiliation qu'ils n< lui laiffent plus la libert que de pr-
finter de trs humble remontrances, des fuppliques } pour dgrader les
Affembles nationales et les rendre inutiles ils imaeinenr des convocations
particulires de membres choifis leur gr dans 1-es diffrentes provinces du
rovaume} enfin ils forment l'odieux projet d'teindre toujours tontes ces
alfemMes qui confervaienr encore un relie d'nergie et oppofaient quel-
quefois une efpece de rfiftance leurs volonts ; ils dcorent d'un fimu-
lacre de pouvoir des cours de juftics, dont ils fe fl.ittent de corrompre les
nr-mbres av?c bien plus d* fa ilu : tel tait le dernier afyle de la libert
franaife depuis plus d'ua ficc.e et demi.


5*
C'eft en parcourant les diffiens mnnu tiens de l'hifioira, et en ftrvnnt avec
U<- lumires de la raifon la ciiaie des toeowis qu'on peut fe taire trie
julL- ide de l'accroiflemeiit ptogreflif du pouvoir des rois, et du dperif-
fement lent et graduel des droits de la Nation.
Tous les rois d l'Europe ont ufurp le pouvoir liflatif fur leurs Peuples;
les poqus de cette ufurpation, dans Phiftoire de la Nation Franaife, ont
donn- lieu des recherches favantes. Voici celles qu'indiquent les monumens
hilloiiqii' s I
11 Nation Franaise eft forrie des forts de la Germanie. Les Peuples qui
les lub taient font les ftllll que 1 s Romains n'aient jamais conquis. C'taient
des Peuples ignorans, barbares, mais braves, et dfendus par leurs marais,
leurs forts et leurs murs : ce n'ell pas chez de tels Peuples qu'on peut
trouver des monumens qui nous apprennent ce qu'ils talent, et fous quelle
forme de gouvernement i>s vivaient} mais l'hillorien romain le plus digne
de foi, nous a trac leurs murs et leur manire d'tre gouvernes ; c'eft de
Tacite que nous devons l'apprendre.
S .Ion lui Us Germains n'avaient d'autre proprit que des efclaves et des
troupeaux ( il ne fallait pas beaucoup de lois un tel Peuple ) : ifs taient
tous jolaats ; ils fe choifijfuient un chef, et c'tait leur roi : fous fa- conduite
ils allaient au pillage et fe faifaient lu guerre entre eux : c'eft ainfi que vivai.n:
daffll la (.cimanie une infinit de Peuples fous difterens noms, fous lt-fquels
ils ont enfuite envahi l'Europe.
Ils fe rajfemblaient en plein champ autour de leur roi et de leur chef pour faire
leurs lois c'efl-a-dire, pour dlibrer fur les chofs importantes tous. Les primes
dlibiiaicnt fur Us petites ch.fs, la Nation fur les chofes importantes ; ce qui
avait t diior par la Nation, tait auffi port devant Us princes (2)).
les Francs un de ces Peuples Germains paflerent le Rhin et firent
d'abord la conqute d'une partie des Gaules, enfuite de toutes les Gaules.
I's ne prirent pas les lois des vaincus que le defpotifme des empereurs
romains avait avilis; ils leur donnrent les leurs.
Auffi voit-on les Francs raflembls autour de leur chef, en plein champ,
faire des loi* en commun ds le commencement de cette monarchie qu'ils
habituaient dans les Gaules.
Tout Franc ou Gaulois vivant fous la loi fulique ou ripuaire, avait le droit
de fe rendre cette allmble .et v occupait une place. Quand une loi
propofe ne leur convenait point, ils la rejetaient par un murmure uni-
verlel ; quand elle leur convenait, ils frappaient fur leur bouclier en figue
de contentement.
C'eft dans ces afftmWes que furent faites les lois fa'iques ; et l'on retrouve
da.is l'efprit de ces lois tout ce que Tacite a dit des murs des Germains.
On voit bien que les Fiiii.cs font un de ces Peuples dont l'hiftorien a fi
bien ic trace les murs.
Quand les Francs fe furent difperfs dans les Gaules, quand ils devinrent
propritaires, ils ceflerent de tenir leurs aiemblees, par la difficult mme
de le raflembler.
Il eft impoffible de dterminer l'poque o ces aflembles ceflerent ; mais,
quoi qu'il en foit, ce fut par U fuit, a non par U droit.
Ne pouvant raflmbler le Peuple Franais les rois raflemblerer.t les vques
et les principaux chefs et il s'tablit une ariftocratie au iieu d'une dmocratie
tempre par le pouvoir du roi et des chefs, telle que Tacite nous reprefente
le gouvernement des Germains.
Les Francs trouvrent la religion catholique tablie dans les Gaules : ils y
trouvrent des vques et des prtres; et Clovis ayant adopt avec xau$ les
Francs la religion chrtienne, il tait naturel qu'un Peuple extrmement
ignorant* donnt beaucoup de pouvoir et d'afeendant aux prtres de la
religion qu'il adoptait.
Mais les vques, accoutums au defpctifme des empereurs, et tant les
feuls qui alors fuflent lire, taient deftins reproduire ce defpotifme, et
faire oublier bientt aux Franais leur conllitution iibre.
S. Paul avait recommand Xobiijfance la plus entire aux puijfances et le
clerg prcha l'obiffance aveugle au roi.
Cependant les vques voulurent retenir pour eux mmes une partie du
pouvoir lgiflatif, auffi n'eft-ce pas une monarchie abfolue qui l'tablit alors,
mais une ariftocratie du roi des vques et des grands du royaume, qu'on
appelait alors leudes antrufiions fideltes.
Ceft par ce corps ariftocratique que furent faites les lois fous la premire
race de nos rois.
L'Afemble qui fe tint Paris en 6\e, tait ainfi compofe, et l'ordon-
nance qu'elle publia en eft la preuve (14).
Tout le monde fait comment les maires du palais s'emparrent de l'auto-
rit royale au prjudice des vritables rois. Ppin monta fur le trne; il fe
fit facrer par Je pape Etienne pour en impofer des Peuples luperftitieux,
par le preftige d'une crmonie religieufe ; et de l les vques renou-
velant les fuperftitions du Peuple Juif, commencrent d'appeler les nis l'oint
du Scig.ieur : la piopre puiflance des vques s'levait par cette nouveaut,
puifque c'taient eux qui taraient les tois par la crmonie du facre, et les
corps ne perdent jamais l'occafion d'acqurir .quelqu'avantage.
Ppin, pour colorer encore fon ufurpation appela autour de lui, non
tous les vques et tous les grands du royaume, mais ceux qui l'avaient
aid dans fes projets ; et il appela certe aflembfe de fes confdrs, l'alfemble
1 ia Nation Franais : il fe fit dfrer par eux une couronne qu'il tenait
dj par le droit du plus fort, et qui n'tait pas en leur pouvoir.
(ij) De minoribus principes confultant de majoribus omnes it.i tamen ut ea
qua-um pnes ; Plebem arburium eft apud principes quoque pertracientur.
(14) Cette ordonnance avait pour but la rforme du gouvernement. Quicumque
ver hane delibefationem quam cum roHTiFiciMVs rr cum mj'inis viris obti-
matibus vtL tIdmlifvS kostris in fynodaly concilia inftituimus temeiare
frtfumpftrit in ipfum capital! fententi judicetur. Art. 24.
P< pin continua de tenir ces aiTenib!:s au mois de mai ; elles furent appele!
Ch.imp de Mai.
Charleiragne eut du gnie et des vertus ; il parut connatre les droits U%
hommes, et il voyait le Peuple av^c ce mme refpect avec lequel les homme
vulgaires voient un prince fugitif dpouill de fes Etats.
Il favait d'ailleurs que le feul moyen d'oprer le bien public c'tait i'j
intrefler chaque citoyen.
II et rgnr la Nation Franaife ; il tait aflez vertueux, aflez jufte,
et (ur-tou aile/ clair pour lui reftituer fon antique forme de gouverneqMB
mais, d'un ct, la Nation n'tait pas claire elle-mme fur fes d-oits;
de l'autre, il lui et t impoflible de, vaincre la refiilance des vques et
des grands.
Ce fut avec peine qu'il fit admettre le Peuple aux aflembles : on prf
bien qu il ne pt:t y paratre qu'avec le plus grand dfavantage.
Les capitulaires qui, fous fon rgne et fous celui de quelques-uns de f
fuccefleurs, ont ete rdigs dans ces aflembles, font, aprs la loi falique.le
feitl monument national qui nous refte. Ces capitu aires annoncent qi
lois doivent tre faites par le concours du roi et de la Nation, par la conji
au roi et U co.ifcntement du Peuple (25).
Il n'eft pas permis de douter que la puiflance lgifl.'tive ne rfidt data
le corps de la Nation, fou s le r. gne de la fconde race puifque !es cjj
tulairei difent eux-mmes que la loi n'eft autre chofe que la volont ae la Nation,
promulgue par U prince.
Charlemagne et pu s'emparer de tous les pouvoirs s'il l'et voulu; Il
divifion qui rgnait alors entre la noblelle et le clerg et la haine gn-
rale des Peuples pour la noblefle et le clerg qui les opprimaient, eufleot
t pour lui des moyens infaillibles.
Mais il tait trop grand homme pour ne pas voir que la libert des Natiom
eft la fource des grandes choies et qu'un roi n'a de vritable p.:
qu'autant qu'il rgne fur une Nation puiflante. U mditait de grandes choie,
et il prparait la Nation les excuter.
Enfin Charlemagne donna toujours l'exemple lui-mme du refpect d aux
lois autant parce qu'elles taient la feule bafe inbranlable de fa grandeur
et de fa puiflance, que pour apprendre aux Peuples les refpecter (26).
Les faibles fuccefleurs de ce grand prince ne furent pas maintenir les lois
et l'ordre politique qu'il avait tabli.
Charles-le-Chave voulut fe rendre matre abfolu; en ne convoquant plus
le Champ de Mai, il crut fe rendre lgiflateur ; les grands du royaume,
devenus indpendans, ne lui contefterer.t pas le droit de commander, parcs
qu'ils s'taient arrog celui de ne pis obir ; et alors commena de s'tablit
l'anarchie la plus aftreufe fous le nom de gouvernement fodal.
La puiflance fouveraine fut de toutes parts envahie pat les feigneurs ; le
plus puiflant d'entre eux, Hugues Capet, s'empaia du trne; et Ion M
connaiflait plus dj en France d'autre lien focial que la foi et hommage.
A cette poque, i plupart des feigneurs 1 ques relevaient encore de I
couronne ; mais biencot ils en devinrent indpendans ; et grand nombre de
feigneurs dirent qu'ils ne tenaient leur fief que de Dieu et de leur pie, et fou-
tinrent fouvent ce droit contre le roi, les armes la main.
Chacun s'empara de quelque fief, et les petits fe mettaient fous la pro-
tection des grands par la foi et hommage.
On appela feigneurie allodiale, ou aleu, le fief qui ne dpendait deperfonne,
et arriere-fief celui qui rendait foi et hommage un autre.
Le Peuple fut rduit en fervitude relle.
Les feigneurs firent battre monnaie ; ils s'attriburent le droit de guerre
et de paix ; le droit de faire rendre la juftice ; le droit de rgale fur les
glifes de leurs feigneuries ; en un mot, tous les droits de la fouveraine
puiflance.
Les rois de France taient bien loin de jouir alors de l'exercice de la puif*
fance lg'flative ; a>icun lien n'unifiait la (ociet tll-' n'exiltait pas. La pu1!-
lance l'giflative n'avait d'aillcuis aucun moyen de s'exercer ; car chaque
feigntur allodial avait fa cour de jultice, et tous les procs taient jugs
fuivant les coutumes des fuis, qui tenaient lieu de lois, et par le du.i ju-
diciaire.
Les parties avaient le droit de demander le duel pour dcider leurs dilf-
rends de le demander contre les tmoins, et mme cotre les juges ; d abord
contre le premier qui ouvrait fon avis, puis contre le fcond et ainfi de
fuite; et fi elles laiflaient rendre un jugement fans dmailler le duel, elles
avaient le droit de le demander contre tous les juges qui avaient rendu te
jugement.
Des hommes auffi barbares que ceux-l ne pouvaient reconnatre aucune loi
ni aucune puiflance lgislative. *
Ce rgime a dfol la France pendant une longue fuite de fiecles.
Chaque feigneur avait fa cour de ji'ftice ; le roi avait aufli la (inn, nos
comme roi, mais comme feigneur ; cependant cette cour tait appele la cour
du roi, et elle tft l'origine des parlemens.
Les vaflaux immdiats de la couronne dpendaient de cette cour ; mais i
mefure que l'autorit des rois s'agrandiflait, les vaflaux des autres f igneur
ludaient les cours de leurs liuerams, et allaient chercher une protection la
ectir tlu roi.
Cependant cette cour du roi fe remplie de barons du duch d^ France 0
(2r) Il ne faut pas entendre par conftitnthn du roi, autorit du roi /nui
fanction au roi.
Lex fit confenfu Populi, et cor.ftitutione rtfis. Capitulaires anne 864.
(26) Tallillon duc des Bavarrois, fut condamn mort pir la Nation;
il tait parent de Charl magne, qui ne lui accorda -, as la vie ai fou autours
prive i il demanda fa geace la Nation, et i/oUiiu.


d.i cm** d'Orlans ; et les grands vaflaux mne, qui ne deva:ent tre jus ,
durant les lois fodales, que pir leurs pairs, par une tnconfquence bien
dipire' del variabilit de toutes C*l lois, ou plutt coutumes, ne le firent
aucune difficult de relortir cette cour qui, compofe de feigneurs bien
mrins puiflans qu'eux M attachs au roi, fe firent un devoir de dgrader la
te des premiers fiefs pour devenir eux-mmes les gaux de ceux qui les
poliedaicnt.
La confiance que ces feigneurs avaient dans leurs propres forces les em-
pckl de s'appercevoir de la forme que prenait le parlement} fans cela ils
i i.iitnt pal louffert que des barons, qui n'taient pas pairs du royaume,
ii les juges de la pairie.
Une vanit mal entendue les empchait encore de fe rendre la cour du
roi ; il trouvaient toujours des excules pour ne pas s'y rendre quand ils taient
s i et le roi, qui redoutait icur prefence, ne manquait pas de trouver
Clincufl lgitimes.
LesMirt eccltlialliqu. s s'y rendaient { procdures rgu ierti dans wut manire de rendra la jullice ils portrent ces
- i |Im ia COUI du roi. C'ell ainfi que commenta s'etabb'r une forte
de rgulante dans l'adminiftiation de la jullice.
J'hjlippc-Aupufle facr en 1180, tablit l'appel de dni de juflice ou de
; lit droit. Il frappa un grand coup contre le gouvernement fodal par cet
tabliflacnt
L: mi convoquait U nerlcment quand il lui plaifait, et il le compofait
Corn le i! le voulait : il n'y appela que des prlats tt dei f. igneurs dvoill .1
fes volonts : il raifit autorijt.r toutes tes mefures par des arrts de fa cour,
ttltl grands vallatix qui relui.ii.nt d'y obir, defunis entre eux, et n'ayant
aucun moyen de fe runir pour ft ibutearir mutuellement, taient traits comme
filons. On Us aeculait de troubler la paix publique, quand le roi paraiffait
protger et refpscter lui me.dc les coutumes lodales.
Au lieu de fe runir, les feic.ncurs ne s'occuprent qu' fe dtruire entre
NX,CI acqurir ei x-n.mes lui leuis valfaux les droitl que le roi acqurait
(OBI les jous u.r eux.
Richud, roi d'Angleterre, et l'un des grands vaffaux du roi de France par
lapofliffnn de pliafieurs l'eigneuries confidrablcs, avait tenu Philippe dans
une contrainte extime, il mourut, et Jean Sans-Terre, fon fuccelleur in-
capable de fourenir l'a fortune contre Philippe ne trouva peifonne qui ofat
OU ^ui roult l'unir i lui pour I. dfendre) au contraire, le duc de Bourgogne
et la conitell* de Champagne s'unirent ("hilippr ,qui rit la guerre av.C l
Jean-Su-Tetre, et le fit condamner mort pat Ion parlement, pour le
nrurtra de fon neveu Artus, duc de Bretagne avec connfeation au profit de
la coarome de tous les domaines que Jean Sans-Terre polTdait en-de de
1a mir.
Par cette nvmruvre Philippe-Aucuftc acquit la Normandie, l'Anjou I'
Maire !e Poiioj la Touraine l'Auvergne, le Ycrnundois et l'Artoftj}
Ds-lors il n'y eut plus d'galit de forces entre le roi et tous les grands
vaflaux du royaume.
Loiiis-le-Cros avait prcdemment affranchi les communes plus par befoin
d'argent que par politique. Les feigneurs avaient imit cet exemple pour 1rs
1 s caufet.et le Peuple avait commenc refpireret fecouer la l'ervitu.'.e
fodale j en achetant une libert qu'il tenait de la nature.
Il s't.it form des villes rgies par dei conf.ds, des chevins. Cependant
cee*vlUci dpendaient desjuftices des feigneurs qui Lur iraient vendu le droit
de coaimunaute.
Les c< mmuncs qui ne dpendaient pas du roi fe faifaient garantir l'affran-
cbitJemi ni par le roi ; et les rois qui trouvaient dans cette forme un agrandirte-
.....torit 11e nunquaient pas d'accorder cette garantie.
Us tablirent des baillis et fnchaux pour adminiftr r la julfice. Ces baillis
empitaient fans 1 ffefurlei droi s des l'eigieurs. Si les parties plaidantes d-
ient tre fous la protection et garantie du roi fans mme examiner le
fut, les baillis s'emparaient du procs. Ils imaginrent Us as royaux, mais
fansM.nais en d( fil ir la nature pour fe referver un prtexte ternel d'envahir
la i feigneurs, et enfin les feigneurs perdirent la fouverainet de
leur;:...
Sous le rgne de Louis \ III, les feigneurs cux-'.i.mes, appauvris et defunis ,
taient lafLs de l'tat de guerre dans lequel ils vivaient entre eux ; les feigneurs
infrieurs, des vexations que leurs lu/.-rains exeraient contre eux.it les
communes qui s'taien: multiplies rcf.entaient les maux de cette anarchie
fodale. Les Franais de tous les tats commena e-nt reffentir le bt foin de
lois qui remplaciffdnt des coutumes bi/.arrss et inc, rt..:nes. Louis \*I1I fit
quelques rglement gnraux ; mais ces rglement gnraux font des tiaites que
Jes pitiet intrefles promettent d'obferver (27).
Saint-Louis qui lui fuccda, et fut facr en 1126, eft le premier de nos
rois qui ait fait des lois gnrales qui fouc appeles Eublijemens de Suint-
Louis.
Os tablilTemcns font plutt des confeils que des lois. Tous les Franais
y dfrrent, parce que Saint-Louis inanit liait des vues de bien public, et
que tous, lifls de l'anarchie fodale et des maux qu'elle avait produits,
l:maimt le betbin d'une puiffance lgiflative 5 bien loignes de favoir en qui
doit rfider cette puiffance, ils voyaient la ncelTit, non-feulement de fixer
ces coutumes qui pendant quatre ficels avaient tenu lieu de lois avec une
mobilit incroyable, mais encore le befoin de lescorrig.r.
Il s'tablit alors h maxime que le roi tait le fouverain de tous parce que
tous voulaient fe dbirraffet l;s autres fouverains. Le clerg aulli ignorant
en politique que le relie des Fianais, voyant fon profit particulier la def-
ttnetion du gouvernement fodal, reprit les anciennes opinions fur la royaut,
et picha le' d-f()otiliaie.
(1-1! /..(lYir/.wr, Dei gra, Franc'u Rc- omnibus ad quos littert prefentes
pervenei tpifcof <>num tt militum rtgi.t Frap(U qui Judtvs habent tt q::i Judtos
nun baient fteimus Jfjbilimeirum fuper Judtos quod juraverunt ien.aj.um Mi i
quorum nominufubfcribentur. Ordonnances du Louvre, 1223.
35
La profrription du duel judiciaire, qui mit M h tM j'trifprtid-pce de
ces tems barbares ayant tair place une manire de procder rgulitr^ les
magifl ats durent entendre des tmoins confulter drs actes, des chl
urs, qc' ne favaient pas mme lire, furent obligs d'admettre parmi
eus des h'.mmes tirs de la bourgeoilie fous le nom de conftULn rafpomurs ,
confervant pour eux la dnomination de cor.feiilers-ju^eurs.
Saint-Louis fit traduire le code de Juftiiiicn et la Bible, que* ces iuge< taient
oblige de lire. Les (igneart fe dboutrent de ces fonctions p?nib'es, et
ils les abandonnrent en entier aux confillcrs-rapporr urs. Bientt s'tablit
ce nouvel ordre de citoyens que nous avons appelle kem-res de robe. La
noblefle les mprifa. 11 s'attachrent fai e leur cour au roi, et dgrader
la dignit et la puitlance des pofT.ffeuis des fiefs.
Ces magiflrats intrels d'un ct abaifTer l'orgueil des f. ignnnrs en
levant la prrogative royale, travaillrent fans relche I remplir ces deux
objets ; d'un autre ct, n'ayant d'autres connaiflances que celles qu ils pui-
fuent dans la lecture de la Bible et celle des Inftitutions de Jtitlinien ils
appliqurent l'autorit des rois de Fiapce tout ce qu'ils lifaient de elle
David et de celle des empereurs roimins.
Il fuhfftait encore des feigneurs indpendant ou altus ; mais leur ind-
pendance difpatut bientt devant les fubeilits du parlement et des jtinl-
confultes.
le parlement n'tait pas ft;denta;re avant Philippe-le-Bel ; le roi le com-
pol.it rous les ans (1 volont. Philippe-le-Bel le rendit fedentairc. Ses fuc-
ei llenrs tn ont enfuite cre d'autres dans touti s l'tendue du royaume ; et
ces coi, s igiflnt toujours par la volont des rois, ont invelli les rois de' 'a
puiffance de la Nation. Ils ont gard une partie de cette puiffance, par 1<*
droit qu'ils fe font rferv d'enreiillr. r les lois ; forme qui du moins a
confeive l'ide que Ls rois de France ne font pas les matres abfolus de
leurs fujetj.
En 1788 la Nation commena fmur la nrcffit de rciT-ifir fes droits :
un cri gent al s'leva contre les relies de l'anarchie teod le :t contre cette
autorit ridicu'e et abfurde d'un corps de magillrature qui, pour combla
d'abfurdite achetait le droit de partager la puiffance legillative.
File s'rft accoutume prendre le fait pour le droit, fans fonger qite la
puiffance lgiflative dont ont joui les rois, concurremment vec les parle-
mens, ct.it une ulurpation rcente des uns et des autres.
Les rois de la premire race n'en ont point joui ; ceux de la fconde ont
dclara eux-mmes, dans leurs capitulaires qu'elle appartena t la Nation j
ceux de la troilieme race nen'ont pas joui pendant toute la dure eu gou-
vernement tcodal et cette dur.e a t longue.
Saint-Louis commena l'exercer et Philippe-le Bel s'en mit en pofTe-f-
fon ; c'eff lui qui le premier raffembla la Nation i! y appela le Peuple ,
mais fsnlement celui des provinces mridionales, connues (oas le nom de
LlHfludoC et LmgucJoil.
Il n'anp. la point ces alTembles champ de Mars ni champ de Mai, mais
Etats gne-aux.
Ces Futs-gnraux ignorant tous leurs droits, no firent que contribuer
augmente! la Plihfance royale : c'eft alors qu'on imagina les cahiers et les
dolances fur I fquelles ils laifierent au roi la libert de (taruer ou de ne ras
flatuer, quand ils avaient le droit d'ordonner en I giflatcurs, et de rei-
treindre le pouvoir excutif dans les limites qu'il leur aurait plu de lui
indiquer.
Cependant, malqr cet abailTement de la Nation et cette ignorance de fis
vritables e'roit*, les rois ont toujours loigne ces Affemblet, et la der-
nire avant celle de 1780 ne date pas moins que de prs de deux fiedes.
Nous allons tracer, d'aprs un crivam c'cbre, le tableau de leur puif-
fanee dans les demien tems de la monarchie.
Depuis plufieorj ficles le-roi en France runiffair dans fa main tcus'es
genres de pouvoir et fon autorit tait illimite i il faifait le s lois et
veillait leur excution ; qu'on rflchiffe aux cottfquences d'une telle
cumu.ation de pouvoirs. Les troupes font les ordres ; il dcide- Lui de
la paix et de la guerre conclut les' traits d'alliance de commerce ?VC
le* Nations voilinc-s ; difpole fon gr du trfor public, et fans cric oblige
d'en rendre aucun compte; nomme aux emplois civils militaires, ecc.e-
fafriqn. s ; dillribue les grces, lev les impts qu'il lui plr.it fans prendre
le confentement de la Nation ; il eft enfin matre abfolu puifqu'il a dans fa
main rous les moyens de force et de corruption.
I a nature feule des chofes peut rfift. r aux projets rnfciifs et tyranniques
qu'il lui plairait de former: ainli que le Peuple epuife foit dans I impolfi-
bilit de fupporrer le fardeau des impts, A faut bien qu'il le foulage, on
au moins qu'il n'augmente pas un poids dj trop inlupportable ; ainfi, que-
le crdit public fort perdu, la relfouice des emprunts lui eft ferme. iVuis
fi vous excepte? une force majeure contre laquelle toute la puiffance- humaine
vient fe briler il n'elt pas une feule action qu'un roi de trance ne puille
faire impunment.
II peut fe jouer de la libert de la proprit de fes fujets. En vertu d'un
ordre man de fa main il fait arracher un pre de famille de fa maifu ,
le fait prcipiter dans un cachot, fans que des enfant paillent rclamer leur
pre dans auc n tribunal. Il le ferait empoifonner il le ferait pi rir fins
3u'il ft pollble d'en tirer vengeance. Les lois ne font rien pour lui. Jl elt
fendu aux citoyens de prter leur argent au-dffus du taux fix par les
ordonnances, peine de punition exemplaire et il ouvre publiquement des
emprunts un denier fuperieur. Lorfque les conditions en font fixes et
que le public, fous la confiance de la promelfe royale, a port fes dniera
au trfor, par des volonts poftericures, et fous la prtexte injuire et fri-
vole des beloins d'Etat, il viole fes engagemens, et baiffe l'intrt au-ek 11 us
mme du taux I cal. C'eff ainfi que par des diminutions fuccellives t*. arbi-
traires des capitaux confiJrables font devenus (ans valeur. Un banqu -
routier eft fLtri dans l'opinion publique et puni par les lois; il tait une
banqueroute, et fes cranciers liant dans I'm puiffance d'invoquer ces lois j
il faut encore qu'ils rvrent la main qui les dpouille ou du moins qu ils
touffent Lurs murmures. 11 s'empare d'une femme qui a eu le malheur de
lui plaire; il exile le mai <;w ne peur plus (ans .1 fob ifftnce approcher
de la compagne qui il a iur et qui lui a jur la face des autels une
fidlit inviolable; il vit publiquement avec elle, il la di lare I fie,
fans refpect pour les lois d fa Nation, en outrageant tout ce qu'il y a de


3*
r mi re ta de la nature et de 'a f cri j i! ena ici cnfaas et rc
mbm i les avoue il en ra.t des princes.
Il v a eu qaelq-jcs rois fans doute qui ont moins abuf de leur puiffance j
mais ce n'est pas ce dont il s'agir, tt il ne tint pas prendre le change. Le
? d'an F.tat 'efpo-ique peut gou\er,er avec a.tant de douceur que de
?ce ; i! peut tre bon gnreui fc montrer le p=re de Tes fujets, la
de confiderer t'f& fc le pourrir des (buverains eft ou Don illimit i un
fou u:> k/enie, un dsffipatcur, un homme atroce la tte du gouverne-
ment, peut commettre fon gre tous les pH es d'excs opprimer. ecrafer
la Nation. Or dans l'hiftoire d<^ s rgnes dans les derniers iurtout,
e-il un fal acte de defpotifme pofijble qui n'ait ete commis ?
Eliminons l'tat de la foc:ete fous Louis XIV et fous louis XV : fci: ces r-
gne; voit-on une feule pu'fiarce qji .itla force finon de ba.ancer l'autorte de.
fouverain au moins de s'op^cr aux imuUicrs qu'il lui planit .d faire?
O ift-il ce corps qui a de m-yens de reMance ? o font les citoyens irm.s
de quelque pouvoir? La Nation e:t un varie corps dont 1rs membres dif-
perles n'ont aucun lien politique qui les unifie et ce dfaut d harmonie la
rend iars mouvement et fans force. Des germe s toujours renaiffans de ha m,
de ;a!oufie fomentent au contraire des divisions perptuelles entre les corps
et les tittemm claffesde citoyens.
11 a t plus facile de runir par des conqutes des alliances et des tr :
les parte* difperiees du patte termine de la France que de ra:i e H
un point d'ememble et d'ur.iti les lois les coutumes l'efyrit des habitans
qui vi-iicnt fous des gouvernement divers.
;u: bea-jcoup encore que ce caractre d'uniformit fait rpandu
dans les diffrentes provinces du royaume i et un tranger qui parcourait la
-.; et le Limon fans Lavoif c,ue ces deux pays font fous la mme
domination tait bien loign de le croire.
ta les provinces no m allies ou conq lifes avaient conferv des
des franchi fes par des capitulations et d-.s traites ; chacune avait
fi l fa caufe de h caufe corn iun. chacune avait moins de force pour
ref.ic: aux'cntrcprifes desfoaverains ; elles focmiffaient 1rs moyens de s'oppri-
mer les u es et !ts autres : eues nuiU:e;;t ainii a leur defenfe particulire et
a la d-.fcnfe gnrale.
Sous ce rgime detVucreur, la Nation fe trouvait partage en trois grandes
divinVs le ck-rg la noblef le tiers-eta: j ce font auar.t de factions
ennemies que des immunits, des r: :og2tivcs mettent continuellement aux
f rifess. Le but confiant des desu premiers ordres tlt d'ecrafsr le uoifieme,
c: d. rej-tt.T fur lui le fardeau de impts.
Avec de f inblables dsfpotltions les trois ordres, loin il'oppofer de la r
fiftar.ee au fouverain, lui picfentai.ntan contraire la plus grande facilit pour
renie d fpote et faire r&ner fes volonts arbitraires. Sans beaucoup d'ha-
biltte il profitait de leurs querelles et (avait fc faire un parti puiflant, avec
lequel il tait affari de la reuface de (es projets.
R marquez que nous fuppofons les Etats affembls, c'tft--dire, la Nation
ci'.ns le plus haut degr de fa puiffance. Eh bien pu notre mauvaife conlt tu-
tion focule et par ie dfaut d'harmonie entre les citoyens, dans ce moment l
mme le roi eft matre et on laide un lib e cours fon pouvoir abfolu : ce fut
le reiultzt de tous les Etus-gnraux jufqu'au dernier iecle.
Qu'eft-ce donc, lorfque ces Etats ne font point affembls? Et le fouvetain les
convoque fon gr } comme alors il peut loir tout faire, attaquer tout
uire comme il peut dsottS des fers fes fujets, Uns craindre aucune
cppoluion aucune defenfe !
Le citoyen Je plus lev en dignit eft fans force, et le premier prince du
farg n'elt pas plus a l'abri d'un coup d'autorit que l'homme de la claffe
la plus obfcute.
Les cours fouveraincs font des corps touiours fubfiftan? par la nature de
1 irs fonctions mais elles n'ont que l'omb/e de la puiffance. Piles ont
donn des preuves de courage et de patriorifina dans plus d'une circonl'ancc ;
plus Couvent encore c Ut s ont trahi la caufe de la Nation, celle du Peuple
fur moi pour la confervation de leurs intrts perfonnels de leurs prro-
gatives, de le'irs droits. Que peuvent leurs remont.anc.s les plus fages, lei.r
sststvnA fermet lorfque le fouverain ne veut pas les entendre, et qu'il
fe montre opinitre dans fes de (Teins? Tout flchit fous un trs-exprs com-
mandement ou bien le- monirque dployant l'appareil du defpotifme, vient
au milieu de fes parle-mens donner fa volont pour loi, et faire enregistrer
par force.
lorfque la rfiftance des cours eft vive, qu'elle eft appuye fur des motifs
folides, les lois qui excitent de femblables rclamations font prefque tou-
jours corriges, mais avec des tempramens des mefures qui les dfigurent
et les corrompent. Les miniftres ne veulent pas que l'autort royale, ou
plutt la leut, paraiffe trop revenir fur fes pas, crainte de la compromettre,
comme fi elle n'tait pas bi-.n plus trangement compromife par une iniuftice,
que par l'aveu d'une erreur ; ils capitulent ils admettent une partie des
reformes propofes ils rejettent le furplus ; ils laiffent des articles douteux,
quivoques, qui peuvent diversement s interprter ; ils en paffent quelques-
uns pour qu'on leur en accorde d'autres : c'eft ce qui fait qu'en France les
lois les plus importantes n'avaient point de caractre prononc, une expref-
lion libre, franche et ptcife un enfemble exact et rgulier dans toutes
leurs parties, un des plus grands inconvniens de toute lgillition.
II faut ajouter que l'quit et le bien public n'tant pas toujours la bfe
des remontrasses, des oppofitions des parlemens, les miniftres facrifiaient
des vues fages des clameurs infenfes.
Des affembles provinciales ont t tablies dans les provinces de la France
qui taient rgies en pays d'lection. Les membres ont t nommes par la
c.jur et reu'ent leur impulfion du miniftere; le choix des reprfentans du
n rs-tar a excit ies plus vives rclamations. Ces reprfentans jouiff.iient
prefque tons des privilges de la nobleffe ; de forte que le Peuple, c'ell -
dire la majeure partie de la Nation, avait de prtendus reprfentans et point
de dfentenrs. Fnfin ces affLmb'es provinciales dont on tenta l'tabliffe-
itu nt, taient entirement dans la dpendance du fouverain ; elles n'avaient
aucun moyen de rfftance lui oppofer contre fes entreprifes fur les droits
de la Nation.
plots h cottr, qui tienr** ipnr fortune et leur? dignits d'un matre (fou
i s lattert les caprices et qui ils tremblent de dplaire.
Sera't-ce le SBilrtiire? C'eft au contraire l'inftrument le plus redoutable dg
defpotifme. Les rois font fervir leur gr contre la Patrie toutes ces ma-
chinas armes pour la dfendre. Il faut avouer nanmoins la louange de et
corps, que dans les dernires annes, c'eft--dire depuis la guerre de lin-
iepeniante Amricaine une rvolution auffi tonnante que falutaire en avait
un peu, mais faiblement encore chang l'efprit.
Seraient-ce les rentiers dont la ftrtune eft entre les mains du fouverain,
dont l'exiflence dpend de fa volont, qui d'un fcnl mot peut rduire cet
effaim nombreux la mendicit ? Ils aimeraient mieux voir jetter la Nation
dans les fers, que de voir l'intrt de leurs fonds diminuer.
Tous les autres citoyens font enchans des tats qui font i la difpoGtion
iu roi. Car alors en France tait-il un feul homme qui put exercer fon
induflrie ni donner l'effor fes Hens fans en avoir achet la peimilTioa
et fans avoir obtenu des lettres du gouvernement. 11 n'eft aucun tablifferaenc
que le miniftere n'infpectat et ne domint ; on le voit, principalement fous
l dernier rgne fe mler de tout, vouloir tout diriger tout conduire;
il altre il charte les ftatuts qui fervent de bafe aux arts, mtiers et pro-
fefiions divers i il affu)-.tt;t les membres des exercices des examens,
les taxes j il fait des corporations nouvelles dlunit les anciennes de forte
enfin qu'il n'eft ras d'individu qui ne fe rrouve ainii tourment par l'autctits
.ouveraine et dans un ailuieitiement perptuel.
Chaque tat eft diflinga avec foin d'un autre { chaque tat a des pr-
minences, drs prorogatives particulires et on ne peut impunment palTet
a ligne de dmarcation. Les degrcS qui conduifln; du mtier regard comme
le plus bas jufqu' l'emploi le plus honorable font infinis. Les hommes
ivres ce nombre prodigieux de profertions qui donnent le mouvement et
la vie la fociete vitent le plus qu'ils peuvent de fe confondre. Celui
3ui fe Croit d'un cran plus lev fait fentir fa fupriirit fui infrieur
ans les circonftances de reprefentation ; la prminence du pas devient une
affaire rrs-ferieufe et mille procs artelbent combien les corps ajoutent d'im-
portance a ces orgueilleus folies. De proche en proche chacun rend les
humiliations qu'il reoit. Ainfi des guerres inteftines et lourdes fe fomentent
oarmi toutes les clafles de citoyens, et cette defunion des membres fait 1a
force du chef. Sans ctjft il diwfait pour rgner.
Joignez cela le caractre national, qui vient encore fortifier cette puif-
fance. Combien le Franais n'tait-il pas idoltre de fes matres : ne beniffait-
il pas avec un; f >rte d fuperftitution les chanes qu il port.it ? Au moindre
lignai de bienfefance et de profprt publique fon roi eft un dieu. Le malheur
accable-t-il les provinces, le Peuple gemit-il fou le poids des impts et des
abus du pouvoir ? Le roi eft bon mais les minires le trompent $ il lui
attribue tout le bien qui fe tait, et il rejette le mal fur les courtifans qui
''environnent.
Qu^rf! dore le frein politique qui eut pu empcher le defpotifme en
Trancer Que 1 on eut mis un Cal guu un Nron fur le trne le langn'au-
ait-il pas coule par torrens ? Sans le dtordre aff eux des finances, et quelque
lueur d*eiprit iuMic que des crits, chappes aux p .urfuius de l'inquutioa
.rent eclorre eut-on jlITljii ei.tendu parler d'une rvolution ?
On parle fans celle de deux puiffance s auxquelles les rois, dit-on font
fournis, dont ils font les efclaves et qui les empchent de faire le malheur de
'eurs Peuples.. Leur intrt et l'opinion publique. On confond toujours ce que
les fouverains devraient taire, avec ce qu'ils font ou ce qu'on fait en leut
nom.
Eft-il d*autrfs claffes de ciroyens qui etffent plus de puiffance?
Seraient-ce lis grands ? Ces tres fi vains et qui fe croyent d'une autre
natuie que les autres hommes ; ce font des efclaves attaches par leurs em
1
L'homme d vrait tre temprant et fobre, il s'en trouverait mieux au phr-
tique et au moral } combien de gens nanmoins font immo ^rs dans MM
defirs et fe laiffent emporter par la fougue de leurs pmons L'homme, pour
fon propre bonheur, devrait tre vertueux et il s'abandonne au vice au
aine.
Les rois coutent-ils toujours la voix de la raifon et de la juftice ou ne
font ils pas d^s tous les tems, les inltrumens aveugles de leurs pallions i ne
(ont- Is pas plus e*pofs encore que les autres hommes l'erreur ? F.nviroiins
! s I'cntance de Auteurs accoutumtS e. tre obis au moindre caprice,
nerves par une vie molle et voluptueufe eloign*s de toute occupation fe-
rieufe. adonns tous les plaifirs, ce font peut- re les plus imparfaits de!
hommes ; aoifi comnte-t-on le petit nombre de ceux qui ont chapp aut
vices de leur ducation premire et tous les genres de corruption dont on
les affige.
Ft l'intrt du Peuple eft la dijrue que l'on prtend oppofer a l'autorit
abfolue des monarques N'eft-il pas vident que cette digue tft inipuitfantt
et qu'elle a t mille et mille fois renverfe ?
Eft-ce pour l'intrt d*s Penples. que les rois s'enivrent de la folie des con-
qutes qu'ils entreprennent des gu;tres injultes ou pour fatisfaire leur am-
bition ?
Eft-ce pour l'intrt des Peuples qu'ils font des dpenfes normes qu'ils
rcompenfent fi magnifiquement l urs flatteurs et les vils artifans de leurs
plaifirs ? Hit-ce pour l'intrt des Peuples qu'ils laifftnt piller le trefot
de l'Etat par des financiers avides, par des miniilres infidtlles? Eft-ce pour
l'intcrr des Peupl s qu'ils ne s'occupent point de la chofe publique et
qu'ils fe dchargent du loin de rgner fur d-s fubilternei qui commandent
tn leur nom? ft-ce pour fintrt des Peuples enfin que paraiffent toutes
ces lois injuftes, opprtflives, dictes par la vengeance ces exils, ces p;of
criptions, ces emprifonnemens ?
L'opinion publique eft dans les pays libres un frein plus puiffant contre
l'ufurpation ; mais qu'il eft faible fous le defpotifme Pour qu- l'opinion pu-
blique fut toujours claire toujours fige qu'elle fe dployt avec dgnit
lt nergie il faudrait que la perle:- re ft poi it contrainte que tout homme
pt rendre fes ides publiques que la pelle fur libre enfin; alors la dif-
cullion rpandrair la lumire et Pinftruttion dans les efprits. Mais, 6 ceux
qui ont intrt de faire zdop-er un projet, font en mme tems tes matre
d'empcher qu'il ne (bit examin et contre-dit s'il n'elt permis d'ouvrir la
bouche que pour le louer, de quille inportance peut tre l'opinion publique?
Quelle confiance mriterait un tribunal qui jugeait les affaires fur le rapport
d'une -feule partie ?
On le f*it l'opinion publique ne dcoule pas touiours d'une fource trs-
pure. Perfonne n'ignore par quels artifices on la prpare. Les gens en place
ne ngligent rien pour difpofer les efprits i iCCOei.lir leurs d (f ii s les plut
funefles ; ils rpandent parro^ des eipions leurs gages, qui en fort de
pompeux loges, ces louanges retentiffent dans les papiers publics} la roafTe
dt


ie la Nation qui fans jugement perfonne!; croit aveuglment fur la foi
li'jurrui rpte l'uniflon ce qu'elle entend, ce qu'elle lit : et voill dans
un moment l'opinion publique forme. Le petit nombre de fages qui rflchit,
qui mdite dans le ftlence de la retraite qui veut finciement le bien du
genre humain s'lve contre cet engoment ; les effets jufiifient fes rcla-
mations ; mais il i.'eft plus tems, les coups font ports le mal eft irrpara-
ble et le monarque n'a cru cependant qu'obir au cri public au voeu
unanime de la Nation.
De plus, il n'eft pas porte d'entendre ce vu. Relgu dans le fond
de fon palais, les flatteurs qui l'entourent lui donnent leur opinion comme
tant l'opinion publique ; i s lui remettent fous les yeux les fuffrages d'cri-
vains mercenaires qu'ils ont achets.
Et fi enfin le monarque eft parvenu ddaigner l'opinion publique
s'irriter contr'elle, la regarder comme un cri fditieux et traiter ceux
qui la forment comme des rebelles, que devient alors ce guide que l'on
veut donner aux fouverains et qui doit rgler leur conduite ? On voit que
l'opinion publique ne peut point fervir de rempart la libert des
citovens.
37
Les lois qui dcident de l'honneur et de la vie des hommes moins ten-
dues dans leurs rapports, taient plus cruelles.encore dans leurs effet!,
elles ne refpirent que le fng, la mort, et fans cefle la mort. Elles conf-
pirent contre l'accuf fans jamais rien dire en fa faveur. Il eft jet dans
des cachots affreux o il reoit des peines anticipes par des privations,
des mauvais traitemens de toute efpece ; un myftere effrayant tflvelopp*
l'inftruction ; les formes font des piges qui lui fout tendus ; c'efl au milieu
du troub'e et des angoifles qu'il eft interrog j on l'enlace dans des queC-
tions fubtiles j il refte fans defenfeur et il efl queftion de fa vie il ne peut
fe juftifier que lorfqu'il n'eft plus tems, fes juges font dj r-rvmis, la
loi leur a enjoint de n'entendre que ce qui pouvait tre la charge jufqu'
la fin du procs, et les tmoins qui pouvaient dpoter de Ion innocence,
font morts dans cet intervalle.
Maintenant, quel eft l'homme de bonne foi qui puifle dire que ce n'eft
pas l un gouvernement defpotique ? Remarquez-le bien, un roi peut n'tre
pu defpOM, quoique fe trouvant la tte d'un gouvernement defpotique ,
mais fon fuccefleur le fera 5 en un mot, il fuHt qu'il trouve toutes les
facilits pour le devenir impunment dans la mauvaile conftitution de fon tat,
pour que cet tat fbit defpotique.
Un monarque Franc ris, olferve-t-on commandait au nom del loi, et
lui obeiffait mme tandis qu'un delpote gouverne par fes volonts arbi-
traires. Cette d ftinction n'ell qu'un jeu de mots puril, qui, bien examin,
ne prfente aucun Cens r .ifonnable.
Il n'eft pas un feu! tat dans le monde o il n'y ait des lois ; il n'en eft
m un feu! ds-lors o le chef le plus abfolu ne commande au nom de ces#
ois: elles font, il efl vrai le fruit de fes volonts arbitraires, et foin'
ce point de vue il gouverne par fes volonts. Mais que font-elles donc
aatre chofe en France ? N'eft-ce pas le roi qui fait les lois, qui les fait
contre les repu Tentations des cours fouveraines, contre les reprefentations
de la Nation elle-mme affmblc ? n'eft-ce pas lui qui les change, qui le*
aieantit foi gr ? Fn un mot il n'y avait efienricliement aucune diff-
rence entre le pouvoir d'un roi de France et ceiui du Grand-Seigneur
et celui d'aucun dcfpote : car quand on peut tout, il n'exifte rien au del.
Aufli quels malheurs affreux n'ont pas rfu't dans tous les tems de cette
mauvaift cor ftitution et combien font cruels ceux qui nous affligent Une
variation perptuelle dans fei principes, des guerres anglantes et tuineufiM,
des courtifaus et des maitreffes tenant les rnes de l'Etat difpofant des
grces e: des faveurs, des imp s exceflfs, des emprunts normes, le
crdit public perdu le frfor royal livr tous les genres de biigandages,
des dhupadofU folles, aucune bonne foi dans les promettes les dbiteurs
de l'Etat mal pays, des banqueroutes, le commerce dtruit par des traits
honteux, l'agriculture fans vigueur, les campagnes dferres, la Nation
avilie du/, les trangers les proprits attaques, l'inftibi'it de tous les
emplois, !es ordrrs de l'Etat perptuellement le jouet de nvniftres ambitieux ,
la libert des citoyens ravie par les coups les plus arbitraires, des lettres de
cachet, des emprifonnemens, un luxe effrn la corruption des murs pu-
bliques et donuftiques : et combien d'autres maux on ne finirait pas en
prfenter l'horrible tableau.
Ce que l'on appelait notrr droit civil cette partie des lo;s qui tablit
les relations des citoyens nitr'eux fixe leur rang dans la lorite attache
des prrogatives ou des difgraces leur naiflance, rgle la manire d'aqurir
les biens, de les recevoir, de les tranfmettre de les perptuer, tait un
amas informe un mlange bifarre des lois gothiques et etranceres mal
conues, mal rd;g(es, fabriqu, s fans aucun plan, fans aucune proportion ,
dans des fiecles d'ignorance et de barbarie.
Nulle part on n'apperoit la main du lm'flatetir cherchant unir les
hommes entr'cnx adoucir leur fort protger leurs perfonnes leurs
biens, fubordonner l'inrrt particulier l'intrt gnral les faire
Concouru l'harmonie fuoale.
Nulle part on n'aprroit cet ordre, cette fymmtrie qui brillent dans les
1 ragei de la nature et qui en font la beaut et la dure. Par tout, les
devoirs, Us droirs de l'homme forr mconnus oublis confondus ; le faible
efl opprim fous la puiflunce du fort.
Si la tyrannie fod.ile ne fait plus d'efclaves elle fait encore des mal
heureux. S'il eft permis l'infortun de devenir propritaire l'impuiflance
de (es facults l'empche d'ufer de cette prrogative, ou s'il le devient,
mille entraves gnent jouiflance et le forcent l'abandonner. S'il rft libre
de U personne, fes befoins l'enchanent des travaux durs, pnibles, et
qui lui procurent peine fa fubfillance.
Mille bifarreri' s mfle contrarits jettent le trouble et la confufion dans
les familles et branlent le proprits les plus fiables. Chaque ville, chaque
village, chaque hameau a fes urages particuliers. Ici le droit romain eft en
vigueur l il tft fans force j le fort des perfonnes, cekji des chofes varient
fuivant les lieux.
La France tait gouverne par plus de trois cents coutumes la plupart
oppofc'es les unes aux autres dans leurs difpofitions. Indpendamment de ces
coutumes combien des lois parfes dans des fragmens plus ou moins incom-
pl.ts, fous le titres d'ordonnances, d'dits, de dclarations mefure que
des rirconftanccs imprvues fe pr Tentent, on en fait de nouvelles, on in-
termte fes anc'ennes qu'on laiffe toujours fubfifter dans les parties non-
rformes de forte que rentes et inconciliables. Combien de formalits puriles et dont la plus lgre
omilfion rompt Es mefures les plus fages, dtruit les contrats les plus
facrs !
A peine dans cette imm^nft de lois en trouve-t-on qu'on puifle dire
gnrales, elles prouvent, en paflant par chaque province, des changemens
qui les rendent mconhaifiables.
Du fein de cette confufion, de cette contrarit de ce chaos pouvan
table, naiflaient des divifons, des diffrends, des procs fans nombre, et
ces procs ruinient des familles entires, en fanant la haine et la difeorde
pa:mi les citoyens.
Que d'incertitudes fur la nature des preuves, que de fyftmes dansrent
fur le degr d'importance qu'on doit ajouter aux premptions et aux pro-
babilits nulle proportion, nulle gradation dans les peines ; le complice
eft puni comme le coupable, le voleur comme l'aflaflinj des fupplices affreux
pour des dlits lgers, mille cas non prvus et lairtes l'arbitrage des juges.
Dans la balance des opinions une voix fait pencher, une voix fuffit pour
prononcer l'arrt de mort.
Eft-ce donc ainf qu'on fe joue de la vie des hommes difons mieux, de
la vie des faibles et des infortuns car le riche et le puilTant favent tou-
jours fe fouflraire la rigueur des lois? Le fupplice d'un homme lev en
dignit devient une poque remarquable dans les annales de la juflice, et
lorfque les lois le puniflent, elles tmoignent encore des gards et une pr
dilection injufte pour la perfonne.
Combien l'obfcurit de ces lois n'a-t-elle pas envoy d'innocens au fup-
plice combien leur atrocit n'a-t-elle pas priv la focit des citoyens qui
auraient pu lui tre utiles, combien leur injuftice n'a-t-elle pas encourag
au crime !
Une obfervation bien digne de remarque, c'eft que ces lois criminelles,
loin de s'tre adoucies et perfectionnes avec l'humanit et les lumires des
fiecles devenaient chaque jour plus cruelles et plus abfurdes. La peine de
mort tait prcfque inconnue chez les premiers Francs, tous les dlits Je
puniraient par des amendes la procdure par jurs tait en vigueur et
l'humanit avait donn des dfenftuis aux aceufs.
Tout preferivait donc de changer un ordre de chofes aufli nuifible au bon-
heur des citoyens et la profprit nationale.
Telles font 1. s vrits que ds l'anne 1787, des philofophes offrirent au
Peuple Franais, malgr les barrires et les inquisiteurs employs entraver
but circulation.
Nous allons nous occuper en faire connatre les principaux faire
remar >uer leur influence fuivne leurs effets, concurremment avec ceux
que durent produire galement fur l'efprit public les fautes du gouver-
nement.
DES PARLEMENS.
Le mot parlement a fignifi autrefois toute afTemble o l'on fe runifiait
pour confrer des affaires publiques. Les Champs-de-Mars et de Mai ont
t ninfi appels et le Etats-oeneraux qui leur ont fuccd, ont t
dfigns d'abord fous le nom de grands-pariemens. Les aftembles connues
depuis plufieurs fiecles fous ce nom, et dont il eft ici qtuftion, ont t
inftitues pour rendre la juftice, et fe tenaient deux fois par an. Elles taient
originairement compofes des hauts barons, parce que le droit de rendre
la juftice a de tout tems paru le plus bel apanage des fouverains et des
feigneurs.
Les barons e'taient peu irflruits, et la majeure partie ne favait pas lire.
On leur donna pour afleJfeurs les jurifconfultes ou legiftes appels titra, qui
compoferent feuls les chambres des enqutes.
Le roi payait des gages ces confeillers, qui furent appels matres. Us
remplacrent les barons, et le patlement tut uniquement compofif de gens
du tiers tat. Le roi ayant convoqu plufieurs fois les pai s an parlement do
Paris, comme il l'avait fait en d'autres lieux et cet ufage ayant lublift,
le parlement a prtendu former la cour des pairs. Une partie de la haute
noblefle a continu de remplir les fonctions de juges dns quelques-unes des
provinces, qui avaient des fouverains particuliers, et qui depuis ont t
runies la couronne.
La Bretagne efl de ce nombre, et il fe trouve encore dans le parlement
de cette province des familles de l'ancienne chevalerie. Une feule eft relie
dans celui de Paris ; c'efl la famille des Aijorrant, qui depuis Saint-Louis
(iege dans cette cour fans avoir jamais t leve aucune des grandes
dignits de la magiftrature.
Les vques furent exclus du parlement, l'exception de ceux dont les
domaines relevaient immdiatement de la couronne, qui en confquence
taient compts parmi les pairs, d'aprs la lignification exacte de ce mot,
qui fignifi pareils ou gaux. II fe donnait tous ceux qui relevaient du mme
fuzerain et fouvent a tous les hommes d'une condition gale; c'eft par
cette raii'on qu'il y avait des pairs bourgeois.
Les remontrance n'ont t originairement que des rponfes faites aux rois,
qui demandaient au parlement fon avis, et le pari.ment a pris enfii'te l'ha-
bitude de le donner et d'infifter pour qu'il ft fuivi, fans avoir t confult.
Les befoins de l'Etat ayant fait imaginer de mettre profit le droit que le
roi avait de nommer aux places de confeillers et de prfi leus du parlement,
on cra plufieurs offices de confeillers, qui furent vendus, et par la fuite
ces offices et tous les emplois du royaume eurent un prix fixe ; enfin on
finit par crer des emp'ois pour les vendre. Ce fut un grand mal dans ces
teiro, mais les inconvniens en ont t rachets dans les tems poftrieurs
par des avantages rels.
Lorfque le parlement fut devenu' fdentaire les rois s'habiturent le
consulter ; et dans lt tems de trouble, les rlv fs des factions dominantes
ayant eu aufli recours au parlement il devint l'arbitre des plus grandes affaires.
Ceux en faveur defquels il dcidait, avaient intrt foiiren'r f.s droits >
et le parlement tait, pour fon propre avantage, port favorifer l'accroif-


Il
femert du pouvoir fiuvetain en oppofition .1 l'ariftoeratie >* nobles. T.e
roi les c inth, U Peuple, ayant cherche en diverfes occafions un appui
dans le parlement fou autorit a pris un rapide accroiflennnt. I n acted'au-
toiit Favorable au fouverain tait fuivi d'un autre acte qui lui tait con-
tr. ire ; et l'on ne pouvait fouvent contefter l'un uns porter atteinte
l'autre. L'inftruction donne aux dputes des premiers ltats de Blois, porte
que Us cours de pari ment ne foient qu'une forme des trois
tats raccourcit au petit pied, ils ont le pouvoir de lu.ps.n.iie, modifier
ou rerufer les dits.
Cette inflruction qui proirve ce qui n'tait point douteux que les par-
lemens ne repreientaient pas la Nation, leur accordait cependant un pouvoir
d'oppoltion en quelques points lemblable celui du parlement d'Angle-
terre ; la tranfeription faite fur les regitlrcs du parlement, des arrts, lois
et rglement manes de la puitTance royale, fut l'origine de l'enreg'f-
petnent.
Les parlcmens prtendirent par la fuite, que cette tranfeription fur leurs
? tiftres tait une fanction nceflaire ; et le Peuple s'habitua croire qu'une
loi qui n'tait pat inferite fur ces regiflres manquait d'un caractre effentiel
et ncceuVre fon excution. Ce fentiment prvalut, furtout pour les edits
qui tabliraient de nouveaux impts, dont le Peuple tait intrefl s'afran
ci.ii. la puitTance des parlcmens augmenta dans les tems de trouble, et le
parlement de Paiis a plus fait qu'aucune Aflemble nationale ; il a donne
trois fois la rgence et caffe le teftament de deux rois. Ce mme parlement
crivait de la m~niere la plus fourni le au conntable de Montmorency en
ara.-; voici fes termes qu'on a peine concilier avec l'ufage o il s'eft
mamtfrau d'crire Monfitur au rgent du royaume petit fiis de Louis XIII.
Notre trs-honor feigneur, nous avons bien voulu vous avertir de ce
que deffus, ce que votre bon plaifir foit l'ayant fait entendre au roi ,
nous commander fon bon vouloir.
Les parlemens, et dans quelques circonftances les chambres des comptes
et les cours des aides ont oppofe une courageule lfiilance aux entreprifes
de l'auterit arbitraire et ont t efficacement fcondes dans cette lutte
contre des miniffres delpotes, par les murs et les ufages fortifis de l'opi-
nion qui a toujours eu un grand pouvoir en France.
Le parlement de Paris tait depuis plufieuts fiecles form des pairs eccl-
fiaftiques et feculiers et de magittrats qui achetaient leurs charges. Ceux
des provinces, inltitues par les rois jouiflai-nt des mmes prrogatives, et
les pairs y avaient galement fance. Les pairs ne fiegeaient au parlement,
que lorfqu'il s'agiflait de leurs intrts, ou qu'ils y taient convoqus par
le roi ouinvites par le parlement y venir prendre fance dans des cir-
conttances o il voulait fe fortifier de leur prfence et de leur avis ; fouvent
ils recevaient des ordres du roi pour ne pas s'y rendre. Il faut obferver que
plufieuts rois ont aflift en perfoniie aux procs criminels des pairs ; et la
chambre ou cour des pairs, tait par tout o il plaifait au roi de 1rs con-
voquer, et non pas dans le parlement de Patis, exclulivement i tout autre
li.u Le parlement ell convenu, dans le quinzime lecle qu'il n'avait que
le droit de juger les procs, et non de connatre des affaires de finances,
du gouvernement et de la guerre; mais dans les tems pollrieurs, il fut par
Je tait fubltitu aux anciens Ltats-Gneraux.
Souvent il fufpendit la marche de l'autorit atbitraire, et taya la puif-
fance lgitime et nceflaire du fouveiain ; et l'on ne peut fc refufer reconnatre,
que la France et l'Etal ont les plus grandes obligations au parlement de Paris
et ceux des provinces.
Le parlement de Paris a t le dfenfeur de la loi falique et des droits
de la eduronne contre les ent.eprifes de la cour de Rome. Attachs aux
vieilles maximes, les parlement ont empch, du tems de la ligue, que la
France ne ft dmembre. Les parlemens comme tous les grands corps ,
taient peu flexibles et ils avaient cet affujettiflement aux formes, qui palfe
pour de la pdanterie, etquidr cependant le plus lr rempart contre le chan-
gement et l'altration des principes. Intermdiaires par le tait entre- le trne et
les Peuples, ils ont fouvent maintenu l'un, fouvent paru dfendre les droits
des aunes.
Au relie il paratra fans doute trange qu'en ach?tant une charge avec
lagrnvnt du roi, on devnt le reprsentant de la Nation, le difpenfateui
de la jullice et le dfenfeur des Peuples.
Les magiflrats taient en gnral peu inftruits des objets trangers la
jurifprudence ; et divers prjugs par la nature mme de ces corps, y
demeuraient profondment enracins. Confervateurs par elTence des lois an
tienne*| ils taient fans celle en garde contre les ides nouvelles, et fui-
vaient tardivement les progrs de 1 efprit ; un corps ne peut pas fe mouvoir
avec l'agilit d'un individu il marche toujours plus lentement.
On leur a quelquefois reproch de combattre pour le maintien de leur
autoiite et de leurs pirogatives avec plus de force que pour les intrts
des Peuples ; et cet attachement fes privilges ell un trait caractrillique
des corps et de toute allocution. On en a vu des exemples frappans dans
les corps religieux. Le tems tait arriv de faire d'impottans changemens
dans l'adminiflration et l'anantiflment d'anciens prjugs les rendait faciles.
On tait vivement frapp de la nicelfit d'tablir des impts, dont la perception
ft moins complique moins difpeudieufe et de faire difparaitre l'injuste
ingalit de la repartition. Les parlemens par dfiance du gouvernement,
et par afTu)ettiffenv'nt aux anciens ufages auraient oppofi quelquefois de la
rlittance des plans fagement combins. Mais un gouvernement ferme ,
conome et clair aurait vaincu ces obllacles fubjugu tous les efprits
par l'vidence et la puret de fes intentions; enfin il et dtermin ces corps,
dont il aurait gagn la confiance, fconder (es efforts. Les lois civiles et
criminelles avaient galement befoin d'tre retondues ; la Amplification tait
nceflaire pour les unes et pour les autres et l'humanit prelcriv.iit i'adou-
cilfement ou la fupprellion de lois barbares, dont plufieurs taient puifees
originairement dans le code religieux.
DE L'ADMINISTRATION.
Sous les derniers rgnes.
La puitTance excutrice ou l'adminiflration du royaume, tait confie aux
sniniitres et aux intendans des provinces ; les affaires qu'elle embraffe taient
fpattic entre quatre fecretaires d'Etat. Les principaux dcparcautiis taient
eu.-, de la guerre, de la manne et des affaires trangres.
La maifon du roi la police de Paris, les affaires du clerg- et cettee
Proteftaos formaient un autre dpartement} mais quelquefois ces objet
taient diviis et ajouts celui d'un miniilre en crdit. Les affaires gn-
os provinces taient dillribues entre les fecretaires d'Etat ; les conflit
qui s'levaient dans chaque province taient ports devant le fecrtaire d'ftat.
oui en avait le dpartement, et c'tait par lui que le roi failait connatre
les intentions aux commandans, aux intendans, aux vques et aux diffrent
corps ou communaut;. Le miniilre de la guerre avait de droit, par fa place,
la direction de Dtes les affaires des provinces frontires. Les quatre 04
cinq fecretaires d'Etatj car le nombre n'en tait pas invatiablement fix,
travaillaient chaque femaine avec le toi fur les affaires de leur dpartement;
et quand il y avait un premier minitire il affiliait ce travail.
Les finances taient adminiltres par le contrleur gnral depuis qu'il
n'y avait plus de furintendant ; ce miniilre n'tait point comptable, parce
que toutes les dpenfes qui excdaient mille livres taient ordonnes par
le roi, et l'tat en tait fign de fa main. Les dtails de la finance taient
confis, fous l'autorit du contrleur gnral, un maeiltrat qui avait le
titre d'intendant des finances, et travaillait avec ce minitire dont il n'tait
que le premier commis avec un titre honorable. Ces places donnaient la
premire conlidration ; et fouvent des intendans des finances ont prfr
cet emploi ltable et utile, au polie orageux de contrleur-gnral.
Le chancelier de France tait chef de tous les tribunaux ; il tait l'organe
des volonts du roi auprs des cours de jullice pouvait mander chez lui
les fecretaires d'Ltat, et prefidait au confeil priv compote des conli:
d'Etat et maures des requtes. La dignit de chancelier tait la premier) ,
pour le rang et les prrogatives honorifiques. Il prcdait dans les conlils
les ducs et pairs, ne terminait jamais fes lettres par le mot ferviteur, ne
rendait aucune vifite et ne portait le deuil deperfonne, tant ctnfrepr-
fente-r l'impallible ju'ice. Enfin le chancelier jouiflait d'une prrogative bien
plus precieule que ces brillantes diftinctions, il tait le feul des minires
qui tilt inamovible } il pouvait tre exil ; mais non deilitu. L ne place fi
importante par ion objet qui tait l'adminilliation de la jullice et qui
procurait autant de diltinrtions honorables ne donnait pas un grand crdit
"a la cour ; le chancelier ne confrant aucun grand emploi, aucune place
lucrative. Les emprelfemens taient naturellement diriges vers les miniflres
des finances, de la guerre et de la marine qui avaient des moyens multi-
plies de procurer de grandes fortunes.
L'emploi de garde-des-fceaux tait quelquefois joint la charge de chan-
celier j mais le plus fouvent il en erait fepar et le garde-des-fceaux jouif-
fait de tous les honneurs et prrogatives du chancelier l'exception de
l'inamovibilit. C'tait un emploi de pure confiance ; et des que le toi
n'avait plus des fe-vices d'un garde-des-fceaux pour agrables il lui en-
voyait demander les fceaux qu'il remettait un autre, et quelquefois il es
exerait lui-mme les fonctions.
Il y avait plufieurs confeils ditlincts par l'objet qui s'y traitait et par
les perfonnes qui les compofaient. Le premier tait le confeil d'Etat, au-
quel allitait neceflairement et de droit, le fml fecrtaire d'F.tat des affaires
trangres i les autres membres de ce confeil, taient ou des fecretaires
d'F.tat ou des marchaux de France, ou d'anciens ambafladeurs. Les affaires
extrieures taient feules difeutes dans ce confeil ; le f affaires trangres en tait le rapporteur, et y fuifait la lecture des dp-
ches des ambafladeurs. I.es membres de ce confeil taient appels minifra
d'tat ; le caractre, que conterait ce titre tait indlbile. Il fallait chaque-
jour de confeil tre averti par le roi pour avoir droit de s'y rendre; et
un miniftre qui aurait t difgraci pendant vingt ans n'avait befoin pour
y reparatre que d'tre averti, parce que ce titte tait toujours cenf fub
lifter. Le chancelier tait rarement de ce con'eil, dont les objets taient
abfolument trangers fon minillete ; et comme le rang fuperieur que lui
donnait fa charge fcmblait lui accorder une prminence, qu'il auraitpu,
dans quelques circonftances, ne pas borner la fance, fa dignit tait un
obitacle fon ambition.
Le fcond confeil tait celui des dpches ; il avnit pour objet les affaires
de l'intrieur : et quelquefois on voquait ce confeil des affaires particu-
lires dont les tribunaux fe trouvaient par-la dpouills. Mais les voca-
tions n'avaient lieu que loifque ces alf tes exigeaient par leur importance
l'af.ention de lgiflateur, et que les quellions inttreliaient la foi, et
l'ordre judiciaire et l'adminiitration) le ch.incelici et tous les fecrtaire
d'Ltat affinaient ce confeil, et deux confeillcrs d'Ltat y avaient fance.
Le troilieme confeil tait celui des finances dont le contrleur-gnral
tait le rapporteur, et le quatrime celui du commerce. Des confcillers 1 tat
avaient fance ces deux confeils avec les mimttres. Lorlqu'une affaire
contentieufe porte au confeil des dpches, exigeait de grands develop-
pemens, un maure des requtes tait nomme pour en faire le rapport de-
vant le roi.
Un corps de magiftrature qui fefait l'apprentifTnEe de la jurifprudence dans
les parlemens, tait en quelque forte en oppofition avec ces compagi.i s,
et particulirement dvou au roi ; c'tait le confeil ; riv compofe de con-
feillers d'Ltat et de matres des requtes. Ce tribunal pouvait tre confiler
comme le gardien de la puitTance excutrice ; il tait le tribunal de revilon
pour tous ies arrts mans det cours, et dans Iefquels les formes preferites
Ear les lois taient violes. Les membres de ce confeil, divifes en plufieurs
ureaux taient juges d'affaires contentieufes, relatives l'adminiitration.
C'tait panni eux qfa'on choififfit les commiiiaires d. partis ou intendant jl
provinces dans Iefquels rendaient en partie la force et la furveillarce du
pouvoir excutif. La dillribution des impts leur tait confie ainfi que le
pouvoir d'en affiner la perception et le jugement de la plupart des diff-
rends qui en rendraient. Ils taient charges de la confection des chemins et
de plufieurs parties importantes de la police qui exigeaient de la clrit
dans l'excution. Ils furveillaient l'adminiflration des vil.es et l'emploi de leurs
denitrs, et tous les de rails conomiques du fervice militaire : le paiement et
le logeaient des troupes taient encore coni s leurs foins. Le gouvernement,
par le moyen de ces magiflrats avait connajflance de tout ce qui fe palUit
dans les provinces. Leui autorit tait regarde tomme un frein oppofe aux
entreprifes du pouvoir judiciaire et aux abus du pouvoir militaire toniie aus
commandans des troupes; les intendans, revtus d'une aufli grande autorite,
nceflaire pour contre-balancer tous les autres pouvoirs et maintenir la puil-
fance royale devaient rceflairement exciter la ialoiile et faire natre d vers
conflits : fouvent ils y donnaient lieu par des abus revoltans d'autorit.
Sous l'adminiflration de Colbert, les intendans ufaient avec rigueur etdef-
potifme de leur pouvoir et ils ne fefaient que fuivre les impulfions et les
ordres de cet homme clbre ; l'clat de fon adminiffration a couvert fon
odieufe fifcalte, mair- fa correfriondaBce o.fre des traits du plus barbare dei-
porifme.


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Les toits graves que l'on reproche pluleuis ntendans, drivent anffi en
partie de la ngligence et de la diflpation; et c'eft aux miniftres dts finances
qu'il faut s'en prendre a cet gard. Entrains par le torrent des affaires du
moment, occups fans celle du crdit public, des emprunts de la hauiTe ou
de la baille des ffets royaux, ces miniilris portaient rarement leur attention
far a"es provinces fources de tout revenu. Us ne furveillaient point allez
l'adininiltraiion des intenlans, n'excitaient point leur zle, et la laveur trop
(bavent l'emportait pour le choix des fujets.
Il y avit dans l'adminiftration une force intrieure qui luttait quelque-
fois contre la dillipation l'ignorance et l'impritie ; c'tait la routine des
agens fubaltemes. On a dit avec raifon que le gouvernement franais tait
iuitJiuratiqut. Mais dans le perptuel changement de mimllns, qui a Signale
ks rgnes de Louis XV et de Louis XV] il tait heureux pour l'Etat qu'il
f et des hommes permanens dans leurs polies et porte de guider ces
miniilres phmres, et de les prmunir contre la rduction des novateurs ,
iVntliiHiii.-iiiie et l'aitifice des gens projets. I.a machine de l'adminiftration
avait commenc tre organifee pendant le miniftere de Richelieu, et s'tait
confolide fous Louvois et Colbert. L'efprit qui avait anime ces deux mi-
niilres, les principes qu'ils s'taient faits d'aprs l'exprience et leurs lumires ,
les formes qu'ils avaient tablies, compofaient un fyftme complet d'adminif-
t.ation,qui eut en quelque forte totee de loi pour leurs fiiccelieuis. Les ciuts
des divers bureaux, connus fous le nom de premiers commis, pntres de
(an efprit, habituaient cegx qui taient fous leurs OfdrtS er devaient leur
fuqcder, l'observance des formes et aux principes qui les avaient dictes.
Del feulement rfultait une marche luivie dans les affaires, qui refait en
partie le fuccs des minlllrcs. I.'hbitude de voir aller les chofes en quelque
flirte, galement fous chaque mi .litre rendit le roi moins attentif dans leur
choix} il ne s'apercevait pas, la marche des affaires, du changement des
perfonaes. Le minillre, nomm le famedi luivait, le dimanche au travail loi, le fil des affaires; inliruit par fes agens, il en difcutait les dtails, comme
s'il et t en place depuis un an.
Cet attachement aux formes tablies fous Louis XIV, et aux maximes de
minires clbres, le fournit jufqu' MM. d'Argeiifon et Mach..ult. Les < bofej
changrent leur difgrace ; on commena s'carter des anciens mages et
des formes. La marche des affaires cette poque fut moins affuree et les
innovations fe multiplirent ; ce changement eut pour principe l'lvation des
militaites et des gens de la cour au miniftere. Louis XIV avait eu pour maxim-
de ne confier l'exercice du pouvoir qu' des magiftrats dont l'ambitioa tait
circonferite ncessairement dans une troite fphere et que l'habitude du tra-
vail tendait plus capables d'attention, l'.nfin les magiiliats fans famille la
cour, fans entours puiflans, avaient peu de moyens d'y former des intrigues
Cfft l'poque du miniftere du marchal de Belle- Me et celui du dui
de Choifeul, qu'on voit les ordonnances fe multiplier, la difeipline s'altrer,
et le militaire fe dgoter d'un lrvice o il fallait fans celle apprendre et
oublier. Les manuvres les uniformes, les principes de la difeipline, Es
punitions, les moyens d'avancement les dnominations des emplois tout
changeait l'avnemcnt de chaque miniflre ; cette variation de perfonnes et
de principes ne diminua pas fous Louis XVI et a pu contribuer alittei
l'crit des troupes.
DE LA VNALIT DES CHARGES.
La vnalit des charges eO RP fl?J plus monhueux abus qui puiffent tre
introduits dans un Ftat. Quoi de plus rvoltant que d'acheter le droit de
rendre la jullice celui d'examiner les tats des comptables d'admimftrer le
royaume et de commander une troupe militaire ? Quoi de plus dcourageanr
pour les hommes ns avec des talens, que de ne pouvoir les exercer, fi l'on
n'a pas t, en naiflant favorif des dons de la fortune ? Le rfultat d'un
tel ordre de chofes devait tre que des hommes, qui ont pay le droit de
juger leurs Semblables s'indemniferont, par des prvarications, des facti-
fices qu'ils ont faits ; que les tribunaux feront compofes des hommes les
plus ignorant, qu'il s'y fera un honteux trafic de la jullice que des chefs,
lches et diffams feront la tte des corps militaires qu'enfin dans toutes
les parties du corps politique rgneront l'avidit et la corruption.
Montefquieu a nanmoins reprfent cette vnalit d'offices comme utile
dans les monarchies, voici comment il s'exprime ;
un
Or dans une monarchie o quand les charges ne fe vendraient pas par
...i rglement pub'ic, l'indigence ou l'avidit des courtifans les vendrait tout
de mme le hafird donnera de mei'^urs fujets que le choix du prince ;
enfin la manire de s'avancer par les richelTcs, infpire et entretient Fin-
dullrie, chofe dont cette efpece de gouvernement a grand befoin.
Les charges de la finance taient celles qui couvraient furtout les plus
ndieufes dprdations. En les vendant, le gouvernement femblait aliner le
droit de prelTurcr les Peuples. Il en exiftait une infinit d'autres de tout
genre. L'abus tait, et dans cette vnalit en elle mme et dans la mul-
tiplicit et l'inutilit des emplois qui en taient l'objet.
Le contrleur-gnral Defmareft ayant propof au roi, pour fubvenir aux
dpenfes de la guerre la cration de piufieurs offices, Louis XIV frappe
du peu d'importance de leurs fonctions, dit fon minillre qui eft-ce qui
achtera ces charges ? Votre majeft rpondit Defmareft ignore une des
plus belles prrogatives des rois de France, qui eft que lorfqu'un roi cre
une charge Dieu cre renflant un jot pour l'acheter.
Enfin l'abus de cette multiplicit d'emplois tait d'autant plus grand ,
tu'on avait attribu la plupart des exemptions qui ajoutaient la charge
is Peuples.
Des min'tjres qui ont eu le plus d'influence fous les derniers
rgnes.
LE COMTE DE MAUREPAS.
Ce n'eft qu'en France o l'on a vu les places de miniftres hrditaires,
et des jeunes gens fuccder leurs pres dans ces emplois impomns. Le
fecretaire d'Etat Villeroy, qui a t cinquante-fix ans minillre n'avait gure
plus de vingt ans lorfqu'il fut revru de cette charge qu'il a exerce fous
quatre cinq rois, lia Lomnie exerait la mme charge, i feiie ans, fous
Henri IV. Louvois avait vingt ans quand il fut adjoint a fon pre. M. Je
Barbfieux lui lucceda fort jeune. Sons Louis XV M. de Matin pas et M. de
la Vrilliere, fon coulin ont re fecrtaires d'Etat feize ou dix-tept un.
Une telle fingularite mrite d'tre explique.
Dans les rems o il v avaia>un conntable qui jouilTait d'un pouvoir abfolu
fur le militaire un colonel-gnral de l'infanterie, qui nommait a tous les
emplois, et un grand-matre de l'artillerie, le fecretaire d'Etat de la guerre
n'tait, pour ainfi dire, qu'un expditionnaire. L'activit et la comiaillancr
des formes furfifaienr pour un pareil emploi qu'on exerait comme un m-
tier ; et la befogne tant prpare par des commis qui avaient de l'exp-
rience le fecretaire d'Etat, avec un peu d'application tait bientt initi
aux affaires, qui n'taient ni aulfi nombieufes ni aufli compliques qu'elles
l'ont t depuis.
Louvois commena par tre adjoint de fon pre qui avait t long-tems
en place et qui le guida dans les commencemens. Louis XIV fe plut tra-
vailler avec un homme qui tait peu pies de Ion ..ge et qu'il l'imagina
enfuite avoir form. Ce monarque dans la fuite crut, avec plus de raifon ,
pouvoir inlirnire ou former fes miniftres, et cette ide le difpofa nommer
Seignelav et Harb lieux la place de Colla-, rt et de Louvois. L'exemple de
ces choix dterminrent le rgent en ta veut de M. de Maurepas et de M, ds
la Vrilliere, qui comptaient neuf fecrftaires d'Etat dans leurs familles.
Le comte de Maurepas avait la plus vive conception une mmoire pro.
digieul i beaucoup d'agrment et de gaiet da's l'efprit. Il fut lecrtairO
d'I rat l'ne de feize a;s environ et il eut fuccellivement differens d-
partent ns. 11 ne fe diltingua dans aucun, par fes vues ou fs oprations |
mais il s'acquit une grandi- clbrit d'efprit, par es mots plaifaus et heu-
reux, et fe fit remarquer au confeil par la facilit de fon tr-vail.
Brouill avec M et elle ne ft pas morte, fa difgrace tait aflure. Elle ne l'appelait que
ie comte jay.net.
Le comte de Maurepas avait du got pour les lettres et s'occupa avec
une focit intime de gens d'efprit tels que M. de Caylus et de Pout.ii- \ elle,
la composition de quelques ouvrages frivoles, mais qui font plein d'efprit
et de gaiet. Il eut grande part i un ouvrage de ce gtnr app< le les
! u ines de ta Saint Jean et des parades. Il ne put contenir fon gnie,
porte la raillerie; et dis plaifanteries rptes entre Madame de Pom-
padour, et un mauvais couplet de chanfon le firent difgracier et exile
avec duret. Chemin kfjnt, un homme, qui ignorait fa difgrace, s'appro-
cha de lui pour lui parler d'affa res Permettez Monfe-gneur, que quoique
vous loyez en route.... ah, Moniteur! dites in 'oute rpondit le mi-
nillre. li abondait eu bon mots, en fai lies. Il obtint dans la fuite avec peine
de revenir dans Paris, et i! s'acquit, pendant fa difgrace, unegra de coniidra-
tion. 11 s'appliqua aux belles lettres, tudia l'Anglais, et fe rendit l'arbitra des
diffrends qui (Devenaient parmi les eenstonidrablcs. 11 aimait fe mler
des affaires de famille recevoir des confilences ngocier des tnariaaes;
ceux qui le conlultaient, trouvaienr en lui un confeil clair et les iclfour-
ces d'un efprit fcond en moyens. Il connaillait toutes les familles de la
cour, les prrogatives de toutes les nuances oui feparent les divers tats
de la focit ainfi que le ton du monde, il prsentait avec faacite les
effets d'une dmarche, et avait l'art de failir les convenances fugitives du
moment.
Le comte de Maurepas s'tait fait ainfi un? efpece de miniftere en devenant
le confeil des perfonnes les plus conliderables. Quand on erait embarraff
fur une dmarche dlicate faire on datait : il faut en parler M. de .Mau-
repas, et il donnait prefque toujours un bon confeil, et trouvait des biais
pour concilier les partis oppofs, ou fourniflait des expdiens, auxquels on
n'avait pas fong.

Le dauphin tait fenfible l'efprit, et oppof Madame de Pompadotir.
Le comte de Maurepas qui tait mal avec elle et homme d'efprit, avait ainfi
un double titre fon eftime. Les loeu-s du dauphin partageaient les fenti-
mens de leur trere pour ce minillre et la mort de Louis XV. elles d-
terminrent fon rappel au confeil. 11 parait que le roi ne comptait point lui
donner l'exiftence d'un premier miniftre ; ouelques perfonnes ont dit, que
s'tant rendu Choify pour faire des remerctmens au roi il ;ui exprima fa
fenfibilit, de la confiance qu'il lui tmoignait en le fefant fon premier mi-
nillre, et que le roi lui ayant dit que ce n'tait point fon intention, M. de
Maurepas lui rpliqua : votre mujeft m'a donc appel pour lui apprenart t,'en
paffer.
Son ge et fon exprience femblaient lui alurer la part principale aux
affaires ; mais tout fut dcid par l'appartement qui avait une communication
avec Celui du roi. Louis XVI prit l'habitude d'aller chez lui, et ds-lors il
fut de fait premier miniftre. On s'adrelTait lui pour tout ; et comme il
aimait, fe mler de toutes Isa affaires et caufer, il recevait bien tout le
monde entrait dans le dtail de la fortune et des projets de tous ceux qui
s'adrelaient lui. Son accs tait facile fes gens humbks et inodeftement
vtus; il n'avait qu'un fecretaire gal-ment rfiodefte et qu'on connaiflait
peine. Infenlblement il amena les miniilres lui porter tous les jours leur
travail, -vant de fe rendre chez le roi, et travailler avec lui en pr-
fence. DefintrelT il eut peine cent mil e fiants le traitement ; et comme
il tait riche par lui-mme cette fomme lui fuffifit pour tenir u i tat ho-
norable et fans farte. Le comte de Maurepas avait dans un ge avanc ,
cette lgret qui eft l'attribut de la jeun fie ; et dans les plus importantes
affaires, il mlait un ton de plaifanterie fouvent nuifible leur difcufloi.
Les int ts de la France taient pour lui circonferits dans la fphere troite
des jours qui lui reliaient et il n'aurait pas entrepris quelque chofe d'utile,
dont le fuccs et t loign. Poit, par amour pour la nouveaut favo-
rifer tous les gens projets, il leur accordait toute l'atten ion qu'ils pou-
vaient exiger. Il y avair en lui deux hommes, celui qui voyait, et celui qui
voulait. Le premier tait pntrant, clair, et l'autre changeant et irrefoli;.
Perfonne mieux que lui n'avait l'art de dconcerter une intrigue et l'ex-
prelfion de ajouer femblait avoir t invente pour dfinir le rai n qu'il
avait de donner le change, et de faire avorter un deffein. Il tait vindicatif.
et fon caractre n'avait de fuite que lorfqu'il haiilait. Lu trait que je vais
rapporter, peindra en peu de mot* fon mpris de l'opinion des hommes e'
des affaires. Le marquis de Poyanne lietinnanwnru! et ancien militaire,
tant un jour fouper ct de lui, ce: officiel lui dit : M. le comw, quel


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eft ce jeune homme qui eft su boir nV li tabla, ! <]"' prar trf di h
jnaiion : il eft militaire, ce que je vois ec je fuis lui pris de ne pas le
Connatre Tant pis pour vous lui dit M. de Maurepas, car c'eft l'homme le
jlui imvurta-.i qu'il y ait en France, il efl l'amant ac nu eoufine *** qu'ilgou-
1. if j ma co~ji:e gouverne ma femme laquelle mi , et je gouverne la
u. Tout nia tait txacti.iiiv.iic vraij et il parlait de lui, comme aurait
pu taire un de les ennemis.
Avec un tel caractre, il tait impoffible que M. le comte de Maurepas
mit beaucoup d'importance aux affaires, et qu'il et un fyftme foivi. Le
gouvcrnemtnt d'un grand royaume eta;t pour lui un amufement Indiffrent
pour ce qui arriverait aprs lui il plaait en quelque forte en viager la
gloire et la fortune de l'tat. ^
Il voyait, avec une grande fagacit, les inconvniens qui rfultaient de la
prfrence donne par la reine une vie prive fur la m.ijeft de la repre-
lntation royale} mais fa lgret ne permetrai: pas qu'il s'occupt d'y rem-
ciier. Il fe contentait de plaifanter, quand il aurait pu contenir, par de fages
confeils et de graves remontrances. C'eft air.fi qu'un homme, oui avait le
5;nie et l'exprience nceffaires pour le gouvernement d'un grand empire, a
aifT germer les principes de la plus furprenante rvolution, qu'il aurait pu
touffer des l'origine.
[
M. T U R G 0 T.
Nomm Contrleur-Gnral des finances, le zq a n'a i jjq., /accda
l'abb Taray, qui les ad/ninijlra'u depuis le x^ dcembre ijSq.
Il tait d'une ancienne noblefle et qui remontait au tems de l'antique
chevalerie; mais fes pres, contre l'ufage, ta-ent entrs dans la magiflrature
et avaitnt t revtus de charges importantes. Ce miniftre avait une figure
belle et majeftueufe et des manires fimples j il rougilTait facilement, ls qu'il
fixait l'attention, et qu'il tait en fcne; et l'embarras qui rgnait alors dans
fou maintien pouvait galement tre le produit de la timidit ou d'un
amour-propre inquiet et fufceptible. Son abord tait froid, et fon vifage pre-
nait une expreflon marque de ddain flottant que les perfonnes exci-
taient en lui ce fentiment par leur caractre ou leurs opinions. Avide de
connai/Tances et laborieux, il ne fut jamais diftrait de l'tude par les plailirs,
ni par le foin de fa fortune. La feience de l'conomie politique occupait les
efprits, lorfqu'il entra dans le. monde ; et fon application aux matires dont
elle traite, le mit, en peu de tems, au nombre des perfonnes les plus inf-
truites. M. Turgot fut regard comme une des plus zls partifans de la
libert. Nomm l'intendance de Limoges, il fe diftingua par fon zle pour
l'intrt du Peuple ; occup de le foulagei., il ne trouva rien de plus prelTant
eue la fiipprcffion de la corve ; fon courage furmonta la refiftance du gou-
vernement ttach l'ancien ufage ; et l'ardeur de fon zle, qui le faifait
entrer dans tous les dtails applanit toutes les difficults.
Les craintes tmlheureufement trop fondes du Peuple inquiet de toute
innovation np furent pas un des moindres obftacles qui s'oppoferent un
projet dict par amour pour ce mme Peuple. Le fuccs couronna cette
gnreufe c-ntreprife ; le fardeau du Peuple fut diminu la clale indigente
fut affranchie d'une tche, qui tenait de la fervi.ude et les chemins furent
conflruits avec moins de frais plus de folidit et de promptitude.
Le f>ins de l'adminifiration n'empchrent pas M. Turgot de fe livrer
aux lettres et l'tude des feiences exactes ; il compo plusieurs articles
pour l'Encyclopdie, et un ouvrage fur l'conomie politique, qui contient
d'excellens principes, et qui eft crit evec une lgante fmp'icit ; il s'oc-
cupa aufli d'un genre de pofie qu'il appela mtrique et qui confilfe faire
en franais des vers, feandes comme des vers latins. M. Tugot traduifit ainfi
qu lqi-es glogues de V irgiie mais la quantit n'efl point allez marque
dans les mots de la langue franaife, pour que ce rithme puifle tre
adopt.
M. Turgot avait un talent fuprieur pour la pofie qui fut pendant fa
vie un fecret, rve l feulement quelques amis intimes j et ce myflere fait
l'loge du caractre de M. Turgot, qui a fu rfiler aux tentations de l'amout-
propre toujours fi avide de jouilTance mme aux dpeins du repos. C'elt
aprs fa mort qu'on a fu qu'il tait l'auteur d'une pice de VWS fur le trait
de Verfailles, donr le danger et les inconvniens font peints des plus fortes
couleurs; ces vers ont t imprims depuis ainfi que d'autres attribus
Voltaire dans le mme tems et parmi lefquels fe trouvent ces vers ner-
giques, contre le rapporteur de l'affaire de M.de Laly :
Ses yeux o la frocit
Prte de l'aine la ftupidit.
Tout le monde fait que c'eft encore M. Turgot qu a fait ce vers fu-
blime qui fort d'infeription au portrait de Franck lin :
Eripuit ccelo fulmen feeptrumque tyranais.
A l'avnement du roi au tpne, la voix publique fut confulte pour le
choix des miniftres. M. Turgot fut nomm fecrtaire d'Etat de la marine,
et fix femaines aprs, miniftre de finances.
L'abolition des droits fur les bls, et de toutes les entraves qui ginent
l'induftrie et la libert indfinie du commerce des grains fignale.ent le
court efpace de fon adminiftration. Enfin la fupprellion des corves dans
tout le royaume, dont il s'tait fi long-tems occup, fut la dernire de fes
oprations.
Le clerg la noblefle et les parlemens s'levrent contre cet acte de
bienff fance claire.. Le premier miniftre commenait tre jaloux de J'af-
ct-ndant que les lumires et la vertu procuraient M. Turgot ; et loin de
foutenir cet homme vertueux il accueillit des rclamations dictes par l'in-
trt et par d'aveugles prjugs.
M. Turgot fut difgraci et l'on peut lui appliquer ce vers :
Non homo pulfus erat fei in uno pulfa poteftas
vinutifqui dteut.
M. Turgat n'avait d'ennemis que ceux du bien public, et ne rtfrett) Je
la place que le bien qu'il aurait pu y faire. Un mois avant fa dil'grace, |
R>i avait dit : // n'y a que M. Turbot et moi qui aimions le Peu; le.
M. Turgot s'occupa dans fa retraite, des feiences et des lettres, et
vcut au milieu d'un petit ccicle d'amis, dont l'attachement e ait un culte;
c'tait tre ami de la vertu que d'tre ami de M. Turgot. Il ne favait point
compofer avec les faibleffes des hommes et encore moins avec -le vue. In-
capable d'ar: et de mnagement, il allait droit a fon but, et n'avait puint
allez d'gards pour l'amour-propre.
M. Turgot agiflait comme un chirurgien qui opre fur les cadavres, et ne
fongeait pas qu'il oprait fur des tres fenfibles. Il ne voyait que le ch.Tes,
et ne s occupait point allez des perfonnes. Cette apparente duret avait pour
principe la puret de fon ame qui lui peignait les hommes comme aniinci
d'un gal defir du bien public ou comme des frippons qui ne mritaient
aucun mnagement.
Lorfque fon dit fur les corves fut fign du roi on l'engagea dner
avec le premier prefident du parlement et quelques-uns des principaux inem-
bres de ce corps dans l'ide de le mettre porte de les difpoler favo-
rablement par des prvenances, qui, de la part d'un homme en place,
svaient alors tant de poicls : M. Turgot dit quelques paroles d'un air Ir-U
et lententieux.
Un de fes amis voulant plufeurs reprifes l'engager faire des avances et
des politeffei plus marques, lui dit, c'eft le moyen de taire palTer moi
dit fi U parlement veut le bien rpondt M. Turgot il tnregiftrera tii'u ;
t il c< mioua garder fes manires froides et rferves.
L'auftrit de caractre, qui ne lui permettait pas d'ufer de foiipl.fle et
de mnagemens pour aflnrer le fuccs de fes oprations, a fait dire de lui,
par oppofition l'abbe Terray, qu'il faifait joit mal le bien, et l'abb fm
oien le mal.
M. Turgot tait connu pour un conomifte zl pour un rnmme probe
et pour un a.fminittrateur lyftme : il remplaait un miniftre fans morale,
mais non fans habilet ambitieux et dur mais palTablement conome et
fcond en refTources ; il faut dire palTablement conome parce que fous le
plus dprdateur des rois, c'eft beaucoup de ne depenfer que la moie de
ce m il ordonne.
Sachant q e M. Turgot ne ddaignait point les ides d'autriii, un M. Richard
les Clanieres voulut publier un plan oppof au (Yftme de M. Turgot. la
cenfure, tout--la-fois baffe, craintive et despotique, s'y oppolair. M. Tiiigut
permit l'auteur de publier fon ouvrage: ce premier pas vers la libert de
la prefTe une poque o elle gmilTait fous toutes efpeces d'entraves,
fit conjecturer que le miniftre voulait s'loigner de la route de fes prcJ.-
celTeurs ; mais une portion d'hommes qui abhoraient la philofophie com-
mena tourner contre lui Es principes de philofophie, et lui fit un crine
de fes liaifons avec Voltaire, d'Alembert le marquis de (ondoicet, iVc
Les financiers fe joignirent ace parti anti coromifte ; ils redoutaient lit
rformes et l'oeil fevere de l'conome. Quoique le bel efprit ne foir pas une
de leurs arnvs, on lie chez l'un d'eux un vaudeville plus fatyrique que gii,
et qui n'eut quelques fuccs, que parce qu'il attaquait un homme dont k
Nation concevait de grandes elpraiices.
Ce fut ce moment que choifit M. Necker pour attaquer M. Turgot, dans
un ouvrage fur la lgislation et le commerce des grains. Le but de cet ouvrage
tait de prouver qu'il fallait dfendre l'exportation des bleds, et perm
celle des farines. Il tait d'ailleurs abf lument contraire aux principes d'.d-
miniftration de M. Turgot. Les amis de celui-ci l'engageaient prvenir 11
publication d un livre auquel la f.rtune et les intrigues de fon auteur d-
neraient quelque clbr t->. M. Tu-got ddaigna ces enintes timides, tt
voulut foumettre la difcuffion une queftion aulli importante.
Il avait aufli combattre M. de Sartine, qui qui ne trouvait pas dans
fes fvrits les refTources dont il avait befoin pour fe foutenir dans Ion
niiiiftere.
Ci miniftre de la marine oui fe croyait du talent parce qu'il avait de
l'aftuce favorifa les patentions loignes de M. Necker qui quelques
annes aprs affura fa chute et le jeu dans l'oubli honteux o il a vcu
jufqu' fa prudente migration.
M. Turgot fut aflz m;l dfendu dans des lettres fur e commerce des
grains, qu'on a attribues Condorcet, et qui prouveront qa'on peut tre
un fort grand gomtre et un fort mauvais econemifte. Le cierge, ]unn
comptait alors pour qulque choie, aceufa auffi M. Turgot de philofophie,
et quelques prlats le dfigaerent comme un athe dans leurs favans min-
demens.
Lorfqu'en voulait en France fe dfaire d'un miniftre, les gtns de cour
lchaient contre lui les brochuriers les prtres, les roquets du P nulle |
et cette mthode rufifair ordmairem nt chez une Nation qui pardonnait
tout, except le ridicule. Voici un de ces farcafmes qui faifait les dlices
de la bonne compagnie.
Un Limoufin trs-grand rformateur,
D'un beau haras fait adminiftrareur,
Imagina, pour enrichir le matre,
Lin beau matin de retrancher le patre
Aux animaux confis fes foins.
Aux trangers il ouvre la prairie ;
Des rteliers il fait ter le foin.
Un jour n'eft rien dans le cours de la vie.
Le lendemain les chevaux affams
Tirent la langue et dreflent les oreilles.
On court l'homme. Il rpond : A merveilles '
Ils y feront bientt accoutums ,
I.aiffez-moi faire. On prend donc patience.
Le lendemain langueur et dfaillance ;
Et l'conome en les voyant prir ,
Dit : ils allaient fe faire l'abftinence ;
Mais on leur a confeill de mourir
Exprs, pour nuire mon exprience.
Cette


Cette malveillance de la cour n'empchait pas M. Turgot de prparer
de phun de rforme dont nous avons vu depuis le uns excuts par
M. Necker, les autres propofs l'Aflemble des notables, et plufieurs
rtalifeS par l'AflembKe nat onale. Mais aullitt qu'ils eurent perc, ils
eflbyereni tant de contradiction et irritrent li cruellement cette portion
ail l nombreufe qui vivait des abus du gouvernement qu'ils jutrent au
minillrc cette haine active qui ne le repofe que lorfqu'il cil dans ladifgrace.
Pour la hter on attaqua aulli ptefque tous ceux qu'il avait rendus les
oprateurs de Ton travail ; et comme il avait t nourri loi. du
frail, et qu'il n'en connailfait nullement les dtours, rarement il s'occupa
du foin nceflaire de prvenir les coups qu'on lui portait. On lui fit un
crime d'avoir lailTi paratre fous fes aulpices, un ouvrage qui avait pour titre ,
Us inc.nvniens des droits fodaux. Enfin ce miniftre ayant contre lui le clerg,
la finance, la cour et les parlemens ne tarda pas fuccomber. Ces quatre
corps peuvent fe dire aujourd'hui qu'ils exigeraient peut-tre encore, s'ils
avaient donn ce miniftre le u-ms de dvelopper et d'affeoir fes projets.
11 voulait par-dellus tout cette libert dont (Airemble nationale a fait la
bafe de les oprations; il mditait l'aboliron del fodalit, des gabelles,
i. la multiplicit des impts, de la vnalit de la juflice, de l'ancienne
forme de perception i mais on vint bout de tromper le roi et de lui
pcrfuadjr que la probit et la thorie taient deux qualits dangereufes dans
un miniftre; que la premire le livrait aux fpculations des fripons, et la
fconde la fureur des fyftmes.
La vert i la plus pure des murs fveres fans pdanterie, des connaif-
finces profondes dans l'adininiftration, des talens qui feraienr honneur un
homme de lettres, un cur fenfible a l'amiti un amour palfionn pour le
bien pub ic et l'humanit formaient I'alTetnbl.if;e des vertus et des qualits
de ce miniftre que le ciel, dans fa bont, avait accords la France et dont
l'a prive Ion mauvais deliin. 11 mourut peu d'annes aprs, (aillant une m-
mo-r chre quelques amis et u e rputation qui n'a fait que s'accrotre
avec le terns et niefure que des fuccefleurs fan talciis ou fans probit et
nos malheurs ont tait connatre l'tendue de la perte qu'on avait faite. S'il
et vcu l'eftime gnrale et non un efprit de cabale l'opinion publique ,
et non cette efF.rvefcence excite et dirige par des intrigans et d'aveugles
enthoiilaftes, auraient fiit p.*ut erre rappeler ce miniftre; et qui peut dire
ce qu'aurait produit l'al'ceiidant de la vertu ?
E
LE COMTE DE S. GERMAIN.
Le comte de Saint-Germain a joui d'nne grande rputation militaire, ce-
enda.it il n'a jamais commande en chef, il n'a point eu de fuccs clatans
quitta le fervice de France par jaloufie par humeur. Appelle en Danne-
mirck pour prefider au direcroiie de la gueire, il changea boueveifi
toute la conftitution. Force de fe retirer la dfiance naturelle de l'on carac-
tre lui fit prfrer des penlions une fomme d'argent comptant. Il la plaa
fur des negocians qui lui firent banqueroute ; c'elt alors qu'il fe trouva rduit
la dernire mifere ; et un homme qui avait command dans de grandes
provinces qui avait t gnral miniftre n'avait pas fa fubiiftance alfiire.
Fes officiers Allemands, qui taient au fervice de France voulurent fe co
tfer pour lui faire un fort. Le miniftere de France crut devoir, par honneur
tu quelque forte venir fon fecours et le roi lui accorda une penlion d.
dix mille livres. Four tmoignage de la reconnaiflance d'un pareil bi.nfair,
il adrefTa au roi un mmoire fur la conll tution militaire. Des lieux communs
lur la religion et la morale dignes d'un capucin ; des ides vagues des
phrafes triviales fur la dilcipline et des moyens tir^s de la conftitution alle-
mande fans aucune intelligence des murs franaifes de l'eiprit national ,
de la cour ; voil ce que contient ce mmoire. Au moment ou il tut envoy,
le marchal Dumuy venait de mourir ; c'tait un homme ferme jufqu' l'en-
(JlMNIM vertueux iultruit qui avait de l'efp it nuis une tte troite et
remplie de prjugs religieux. Sa rputation de vertu fes connaillances ,
l'amiti du Duph n pour lui avaent dtermin la confiance du roi et il avait
de l'afcendant lur fon efprit. On chercha un homme qui ne tt pas porte
d'acqurir un grand crdit qui n'et ni liaifon ni parent la cour ; un
homme qui tr ifol qui ne ft attache aucun parti, et qui, par fes
t ile-ns, juitifnt cependant le choix qu'on ferait de lu. Le comte de Saint-
Gtmuin remplirait en apparence tous ces obiets ; il venait de faiie un m-
moire fur le militaire, qui d'aprs fon nom fur jug excellent ; et un abbe
Dubois fut dpch Lauterbach pour lui annoncer qu'il ta;t miniftre de la
guerre. Jamais rvolution plus complette ne fut prouve. De la mifere il
pillait la richefle de i'aneantiflement au plus grand pouvoir.
Arriv Fontainebleau il y reut l'accueil le plus flatteur ; l'enthoutiafme
public fe joignit aux hommages des courtifans. Sa clbrit fes malheurs ,
la rputation d'efpiit donnaient l'opinion la plus avantageufe de fon miniftere;
on le voyait dji aptes avoir form un militaire le commander la guerre ,
et runir les (aient de Louvois et de Turenne. Mais le min (1re eft une pierre
de touche pour les talens et le caractre. Sa rputation fut bientt comme
l'exiftence de l'impie.
J'ai pajf et il n'tait dj plus.
1! donna des projets fans les avoir mdits il les excuta avec prcipitation ;
il couta tous les gens, qui s'empreflent d'arracher la confiance d'un miniftre
et trafiquent de leur accs.
11 fit des ordonnances et y tailla mettre des reftrietions qui les anantilTaient ;
il prtendit faire- des conomies et augmenta les dpenlVs. 11 affichait dans fes
eifeours, l'heroiline de la vertu, et iisV.ililiait en fecret par des bafTefles (2).
Il montra enfin tous les gentes de faiblcfle, except celles qui tiennent un
cur fenfible.
Aprs avoir fommairenient expof fa conduite je vais tracer fon por-
trait.
Le comte de Saint-Germain avait une phyfionomie fpirituelle et qui avait
plus de fifle(fe que de feu ; des manires polies et atfectueufes, et qui avaient
quelque thofe de l'hyporrifie et du jefuite. Il avait de l'eiprit, mais fes qua-
lits n'taient ni l'tendue ni la force mais de la conception jufqu' une
certaine hauteur. Il avait de l'agrment et une tournure ironique ; fon efprit
tait incapable d'embralier de grandes affaires des affaires mmo en gnral ,
ce s'lever un principe de defeendre aux dtails de diviler de daller
(28) Tandis qu'il parlait de fa modration de fon dfinrrelTement il re-
fufait l'offre qu'on lui avait fate de le meubler aux dpens du roi et demanda
cent mille cus pour fon tabliif-ment la cour. I.e miniftre des finances
trouva cette fomme exorbitante et lui fit des reprf< mations ; mais M. de
Saint-Germain infifla pour qu'elle lui ft compte et il conomifa fur cette'
fomme quarante mille cus, qu'il plaa chea l'tranger.
41
les objets. II rduifait tout des principes gnraux : il croyait avoir ,1 s
vues, et n'tait que le fervile ttaducr-.ur de la Nation allemands ; mais il ne
connailTait oas la langue dans laquelle il traduirait. L'aff.iib'iifenunt de fon
phvli jue ajoutait encore l'on incapacit et fon efprit Etigu de la p'tis
lgre attention ne lui permettait pas le plus court travail. Les calculs les
plus (impies l'effrayaient, l'ordre de la comptabilit lui tait inconnu ; et
cependant il revenait fans celle la partie conomique qu'il croyait entendre
fuprieurement. Son caractre tait lger impatient inconftant ; incompa-
tible avec fes gaux ennemi de fes fuprieurs il tait affable pour ceux qui
lui taient fubordonns. Dtracteur de tout talent haineux et vindicatif mais
trop faible pour exercer des vengeances qui auraient demand de la fuite et
du courage d'efpiit, il fe bornait dprcier fes ennemis. Il avait un d gr
de dfiance qui ne peut s'allier avec un cur gnreux et mme avec une
certaine tendue d'efprit ; il fefait des changemens et par inquitude d'efprit
et parce qu'il trouvait de la volupt dtruire. Il tait rferv, impntrable
pour tout ce qui ne lui tait pas favorable confiant, abandonn pour com-
muniquer tout ce qui flattait fon amour-propre. Il ne parlait iamais de fes
craintes les plus fondes de fes mauvais fuccs, n'avait jamais recours au
confeil de fes amis, dans les circonftances emb.nralTanres o il fe trouvait i
mais il aurait dit le fecret de l'Etat, pour manifeller une marque de confiance
du roi.
M. DE C L U G N Y.
Nomm Contrleur-Gnral } le ZO mai 1776.
Mort dans fa p'ace fix mois aprs il n'a t connu que par les foins ex-
trmes rie fa famille : elle a tire de fon miniftere le mme parti qus s il eue
dur dix ans. On fit fa mort cette pitaphe :
Ci-gt un contrleur digne qu'on le pleurt ,
Aimant beaucoup la France, et point du tout la vit.
Consentant d: bon cur qu'elle lui ft ravie t
Lorfqu'il aurait teint les dettes de l'Etat.
Si le ciel lui et fait cette grce il et autant vcu que Mathufilem. Ce
fut M. de Maurepas qui fit prfent la France de ce contrleur gnral ,
dont il relie peine la trace d'une opration quelconque, et cependant un
fouvenir dfaflreux.
M. TABOUREAU DES RAUX.
Nomm Contrleur-Gnral, en octobre 1776.
On avait pour but d'accoutumer les Franais voir cette place confie
un tranger et un preteftant, puifque dans le mme tems M. Necker fut
nomm confeiller des finances et directeur du trfor royal. M. Tabotireau
aurait eu grand tort d'imaginer des plans des fyftmes ; fept huit mois
aptes il lut oblig de donner fa dmiffion et fon rival s'empara des finance
le a juillet 1777, poque fatale qui a occafionn tous les maux fous lelquele
ce royaume a gmi depuis.
LE COMTE DE VERGENNES.
Le dpartement des affaires trangres chez une grande puiflance eft un
fardeau trop difproportionn aux forces d'un feul homme. Y a-t-il en effet
beaucoup de ttes a fie 7. bien organif s pour s'occuper la fois d'une m-
diation d'un trait de commerce d'une dilV;lfion politique d'un projet
d'union de l'intrt de fes allis, des mouvemens de fes rivaux; ici du foin
cach de fomenter des troubles; l, de les prvenir plus fouvtnt de les
appaifer ? Veiller l'honneur de la Nati on la libert des mers diriger
les organes particuliers de la volont fouveraine, avancer le fyftine d'amlio-
ration 8cc.....Quels dtails !
A cette action continuelle de la penfe joignons le travail journalier, les
dpches les confeils, les audiences, les remplacemens, les inftructions la
furveillance des bureaux l'importunit des follicitations, les devoirs de la
place, et Air-tout les luttes continuelles contre l'intrigue, l'envie, leipric
des cours.
Rapprochons de ce ftrdeM immenfe la capacit de l'efprit humain ; en
gnral timide parce qu'il eli borne imprudent s'il eft hardi incertain s'il
eft prvoyant confiant fi le fuccs le favorife, embarralle au milieu de les
propres connailfances mlant l'habilet de la fineflej la fineffe, de
l'aftuce ; l'altuce de la mauvais foi : abattu par les difficults opinitre
dans l'erreur fenfible au douxencens de la flatterie irritable l'apparence
du blme.
Aprs cette double conlidrat'on il eft aif de conclure f la place de mi-
niftre des affaires trangres eft facile remplir, s'il en eft qui ait plus de droits
l'indulgence.
Il ferait injufte de juger le comte de Vergcnnes d'aprs le filence- rigoureux
qui a couvert fes oprations. Depuis qu'il eftdefcendu dans h t >mbe chacun
s'eftempreff de reprendre fes loges. Ses ennemis mme, peine opr-ils
fait appercevoir leur rriomphe. Son matre feul a refift 1 imnulfion g:n-
rale et prefque lui feul a dfendu fes talens comme la lgitimit de la for-
rune. Rare et grand exemple dont les obfervateurs ont tenu ci mp e ce
monarque dans lequel la nature a mis un c.ir honnte et jutte. J.ttons
un coup-d'oeil fur les op^rarions de fon m'iiiltre. 'Fchons d'en failr les
vues, les principes, le caractre, les dfauts les erreu s. Ce rrivail ne
fera pas inutile, s'il apprend fes furcefEurs et lis rivaux contemporains
qu'une cettaine portion d'hommes les furveille, et qu'il faut enfin paratre de-
vant le tribunal des Nations.
C'eft dans l'ambalTade de Conftantinople qti? le comte de Vergcnnes jetta
les premiers fondemens de fa renomme. Cette million exige plus de lagefle
que de gnie plus de fuite que d'acrivit ; il s'agiftair de conf! rver une in-
fluence que la jaloufe Angleterre a depuis voulu pa>tageroti plutt dtruire,
et de maintenir une prpondrance d'opinions dans un confeil toujours trop
flegmatique ou ttop orageux. Le comte de Vergenoes y tait parvenu. On
lui en rint peu de compte Verfailles parce qu- l'on Jugea la befogne
aile ; cependant les tracafle-ries po'itiques du chevalier Ainflie nnuvent
que c'tait quelque chofe. le duc de Choilul dont les vues arriys em-
braflaient l'Furope d'fait : Le comte de Vergennes trouve ioujours des
raifons contre ce qu'on lui propofe mats, ja^is de difficults pour 1 excu-
ter ; et fi nous lui demandions la tte, du vifir il nous crirait que cela
eft dangereux mais il nous l'enverrait .


Il eft vrai qu'aux foins du minirtere le comte de Vergennes joignit celui
de fa fortune ; il ett des polks qui la donnent. La Suiffe et la Porte doivent
enrichir un ambaffadeur cemme Vienne et la Ruiiie doivent le rui.n.r.
Nous avons cependant des extrnples piopres rallurer c^ux qui doivent pa-
ratre du s ces d-ux cours. Si nous crivions la vie do M. de Vergennes ,
cette ambaflade de Turquie prfenter.vt quelques traits honorables la m-
moire i mais ce n'eft pas le bur que nous nous fommes propofs. Tachons de
luilir des objets d un intrt plus gnral.
La miffion de Sude lui offrit de la gloire moiflonnet ; mais il en profita
mal. 11 s'y trouva cette brillante poque o un roi pupille mit fes tuteurs
delpotes dans I impuiflar.ce de le mutrifei, fans leur ter la poffibi it de le
fervir. Cette opration, o le ha..ml fervit fi bien la prudence aurait pu
avoir pour premier moteur le miniftre Franais. Il n'y parut que comme un
cooprateur indcis > et celui qui tait dtltin a favorifer une rvolution
bien plus importante, femblait indiffrent celle-ci. Il ferait imprudent de
le b'amer. Je fais comme tout le monde les raifons que le cabinet de
Verfailles a cru avoir de prodiguer fon or les confeils, Ion appui un roi
du Nord; mais je ne fuis pas galement perfuad de la foliditde cet raiforts,
moins encore de leur dure. La politique vieillit avec certains prjuges et ne
j'apperoit que tard de U nceflit d'obir aux venemens.
Quoi qu'il en foit, M. de Vergennes tait loin de fouponner que l'am-
baflade de Sude le conduirait au minifterc des affaires trangres c'eft--
dire, au polie qui exige le plus de tilens (zo) le plus de reffources, le
plus de lumicies puifqu' chaque mitant l'on tint dans fa mains le fort
des Nations, et que pat le mlange des intrts politiques, la tianqaillit de
l'Allemagne dpend du miniilre de Verfail es comme celle de la France du
prince de Kaunitz.
Le comte de Vergennes ne dut fon lvation ni des fuccs prcurfeurs
de fa gloire future ni l'intrigue de Gel protecteurs efpiant s'affurer un
crdit folide ni des neceflites momentanes, qui forcent d'appeller le
plus ancien dans la carrire. Sa nomination fut l'ouvrage du comte de Mau-
lepas ($o) qui cherchait un inflruiPflH docile les volonts un homme
moins avide de gloire que de conferv.r la pace, plus emprcie de fervu que
de briller.
Ce vieux courtifan, trop expriment pour oublier que la plus haute
faveur mme a befoin de longer fe mainten.r, ne ngligeait aucun etai.
Mais ce qui elf plus curieux qu'tonnant pour ceux qui le connatraient
fond, c'eft qu'il le trompa lourdement fur deux perfonnages qu'il plaa. Il
crut M. de Vergennes bon homme et un autre extrmement adroit. C'ett
do.ic cette opinion de bonhomie qui mit le Comte de Vergennes au timon
-de l'Etat. Il dut cette brillante fortune un homme qu'il ne connailfait
prefque que par la voix publique, fi infidelle lors mme qu'elle veutire
jufte, et fi injuUe lorfqu'elle elt paflionnee. Un a trouve dans Vh'floirtpo'i-
tiqut d'AlltmagK, un rapprochement heureux entre M. Arnaud de Pomponne
et M. de Vergennes. Le premier fut choiii par Louis XIV comme l'autre
par Louis XVI. La reflemblance n'eft ni dans le caractre ni dans le genre
d'elprit, ni dans les principes. Il faut avouer cependant que le palfcge elt
curieux. Il eut t difficile de deviner qu'un homme relgu, pour ainfi
dire, dans le fond du Nord ( l'ambaffade de Sude ) et fan. appui particu-
lier a la cour, et pu tre prfr beaucoup de dignes fujets qui taient
preleiis et qui ne manquaient ni d'adrefl ni d'empreffement pour ruffir.
Cette nomination fut un pur effet de la rolont de fa majeft qui de fon
propre mouvement, fit ce qu'elle crut devoit faire pour le bien de fon
iervice. On reconnut en lui un homme Amplement appliqu faire fa
charge fans porter fes prtentions plus loin. Il joignait Beaucoup d'habilet
pour les ngociations, une extrme modeftie et une p.obit des plus dt-
fintreflees (31) ".
Pour prendre une ide jufte du miniftere de M. de Vergennes il faut
fe tranfporter au commencement du rgne de Louis XVI. Son aeul avait
Lille le clerg turbulent, la magiftrature difpeife les finances fans crdit
au-dehors et fans reffources au-dedans ; la marine lunguiflante et cruellement
humilie ; une furabondance de dpenfa fuperflues que la Nation fupporttit
en murmurant ; une arme changeant de manuvres comme de miniftres ,
un dbordement dans les moeurs qai gagnait rapidement tous les ordres de
citoyens, une fubverfion gnrale de principes fages et d'ides faines.
Dans cette crife le comte de Vergennes fuccdait un homme d'efprit,
grand travailleur, ami de l'ordre, dvor du befoin de rputation, d'un
homme qui avait plus encore rparer qu' acqurir, mais jette dans des
intrigues dont les circonftances lui avaient fait une neceifit et fa famille
une habitude.
Leduc d'Aiguillon avait donc nglig l'Europe pour la cour: d'ailleurs, n'ayant
pas t mme de connatre par lui-mme les differens cabinets des grandes
puiffancts il tait dans l'humiliante pofition' de s'en rapporter aveuglement
fes premiers agens, et l'on fe dgote bientt d'une befogne qu'on eft
oblige de faire faire. (52)
(o) Non c'eft le dpartement des finances. Parcourons l'introduction d'un
livre lmentaire fur cette partie vous verrez qu'il faut du gnie, un grand
caractre une vertu prouve un courage inoui enfin l'alTemblage de
tous les talens comme de toutes les qualits. La fource o je vous renvoie
n'eft pas fufpecte puifque l'auteur du livre a fourni les prceptes et le
modle.
(30) On a fait ce miniftre des reproches bien mrits mais on lui a
aulfi rendu trop peu de juftice vu la difficult du rle jouer en 1775.
> Il fallait, non pas rgner fous un jeune prince qui cherchait des confei s
avec la candeur ingnue d'une ame ouverte au bien ; mais fubftituer l'exp-
rience cette premire ardeur qui croit tout facile montrer affez de gnie
pour raffurer un jeune roi fur l'abandon de fa confiance, et ne pas lui faire
lenrif le poids de l'ge et les droits de la raifon. Au lieu de rpandre fur
les affaires cette gravit miniftrielle dont s'enveloppent la plupart des ff ni
en place M. d Maurepas traitait les objets les plus importuns avec cette
gaiet pailible qui annonce un efprit net un talent exerce un homme pr-
pare aux venemens, et l'abondance des reffources pour remdier tout. La
malignit dennait tous les ridicules de la frivolit cette mthode. De l les
fircalmes les chanfor.s, les fatyriques gaiets dont lui-mme avait t jadis tout
la fois victime et partifan.
($1) Il y aurait deux rflexions eflentielles faire fur ce paffage. Le lec-
teur nous a peut-tre dj prvenu. Il furfit de les lui indiquer fans entrer dans
un plus grand dtail.
()i) Ce que nous nous promettons de dire de M. le duc d'Aisuillon dans ce
moment, c'eft qu'il a eu pour ennemi acharn le vieux la Chalotais, un des
Ce n'ta-t ptt'll le rival qu'il fallait galer ou faire oublier. Le duc de
Choifeul reprfente Londres dans une eftainpe avec ce lurnom : U cochtr
de l Europe avait rempli tous les cabinets d'inquitude et la France de
fcurit j fon nom excitait toujours des regrets i les prtendues dillipations,
de
fon
la lgret apparente, fa fiveur exclufive les Ctlomnieufa inventions
fes ennemis n avaient pu affaiblir, dans l'opinion gnrale, la force de
talent. On poutrait fouponner que le comte de Vergtnnes, qui n? fuitat
pas fon audace parce qu'il n'avait pas fon gnie chercha une toute oppole,
et efpra de fa prudence myftrieul et de l'art de tergiverfer ce que fon
prdceffeur Choifeul avait obtenu d'une fermet impofante et du grand
fecret de tourner les venemens en fa faveur en les prparant avec habilet.
Le comte de Vergennes commena par rtablir un fyflme fuivi de cor-
refpondance politique. Beaucoup de miniftres n'ont exig des envoys rfidans
auprs des cours trangres, que la relation feche des venemens monotones
qui fe fuccedent dans la plupart des pays ; d'autres ont command un efpio-
nage actif pour deviner et mme venter les projets d'une cour (51). In
homme vraiment digne de fa place ddaigne des foins auffi vils et veut
que les perfonnes charges des affaires des rois confacrent leurs utiles loi-
(1rs tudier, faire connatre le royaume o on les envoie. La qualit
du fol l'tat de la population la richeffe nationale, les productions indi-
gnes les reffources l'activit les principes du commerce le fyftme
financitr, la quantit de numraire, la conftitution de l'Etat, fes forces
militaires, fes dpendances politiques l'cfprit de fon gouvernement, fes
vues d'nggrandiffement, doivent tre le fujet d'autant de mmoires raifon-
nfc C'eft ce que le duc de Choifeul exigea avec autant de fermet qued'in-
telligtnce ; c'eft ce que fon lucceffeur jugea m.ins efftntiel ; c'eft ce que le
con te de Vergennes rtablit, mais fans jamais porter auffi loin que le duc de
Choifeul, cette moiflon de connaiffans conomiques.
Ce dbut fige eut l'approbation du premier miniftre que le timide et
adroit Ve gennes laiffait l'arbitre de toutes fes dmarches politiques, et fur-
tout des grces attaches fon dpartement. M. le comte de Maurepas
rendait compte au roi du travail des affaires trangres comme de fon propre
ouvrage : mais le miniftre fubalterne devait recueillir un jour le finit des im-
preiFons qui demeuraient dans l'efpric du monarque j et telle eft la fource de
cette confiance plniere qui a clat dans les derniers annes du miniftere
de M. de Vergennes et rfift aux plus fortes attaques (53).
Pour conferver les prtmiers mouvemens de cette confiance ne des bon
offices de M. de Maurepas et fur-tout pour l'tendre, il fallut connatre!!
cour pays tranger un homme abfcnt depuis plus de vingt ans, etquefa
naiffance quoique bonne (34) n'y avait pas amen des les premires an-
nes n'ayant d'ailleurs pas teu de la naiure cette phyfonomie heureufe qui
difpofe les curs aux douces perfuafions de l'loquence. Sa convention
n'avait pas non plus cette force qui fubjugue ou ce charme qui entrane.
Mais dans fes audiences, il montra cette adroite circonfpection avare de
paroles qui fait prendre une phrafe pour une efprance et un fuffragepout
un bienfait; il fupplait ce qui lui manqua par une politeffe ftoide qu'on
prit pour l'expreffion d une prudence confomme par une aufterit de
principes propre faire croire que les intrts domeiliques difparaiflaient
devant fon inflexible probit; par une retraite fou tenue qui femblait anrioe-
cer que fur de fon zle et de l'quit de fon matre, il n'avait befoin que di
ces deux appuis.
Cependant il tudia fans paratre trop s'en occuper. le caractre des mi-
niftres chargs comme lui de la chofe publique ; les courtifans, et la
puiffance fecondaire aux yeux de la multitude mais qui devient defpotique,
toutes les fois que la beaut et la feduction veulent employer leurs armes,
et faire ufage de leur empire; certains grands perfonnagts de la cour, qui,
pour n'tre ni dans les charges ni dans les dpartemens n en ont pas
moins de prpondrance et doivent la confi.ltation perlonnelle qu'ils
ont acquife ce que d'autres doivent au pouvoir dont ils font revtus; les
rivaux, uloux de l'autorit qui s'oppofent en fuppliant dont les crits font
fi humbles et fi refpectueux, et les actes fi dangereux er fi hardis, et oui
enfin contre le pouvoir monarchique s'tayent des lois s'paulent des
pairs s'entourent du Peuple et tiennent toujours le fouverain entie
deux partis extrmes une fvrit allarmante ou une indulgence anar-
chique.
Ap's avoir recueilli en filence ces lunveres, et s'tre rpt long-tems i
lui-mme, que les miniftres, comme les malheureux n'ont point d'amis, il
fe dfendit de toute efpece d'panchement plaifir fecret des curs fen-
fibles mais qui tt ou tard, met fous la dpendance des hommes toujours
enclins en abufer (3$)- Sa famille devint une efpece de folitu le ferme aux
folliciteurs oblcurs comme aux courtifans officieux. Hlas ils brifent les
digues les plus fortes. 11 fallut donc commencer par tffuyer l'etalage deleuis
projets, leurs importunes combinaifons leurs prtentions ambitieufes. Le
comte de Vergennes fentit intrieurement que leur langage enchanteur et
perfide pourrait le jeter dans des erreurs involontai>es. 11 prit le fage parti
de fe dmettre-en faveur de M. le comte de Maure,ias du plaifir d'obli-
ger. Adrtflez-moi ^difait celui-ci tous ceux dont vous voudrez vous d-
barraffer et j'en ferai autant des importuns qui voudront me prier de
plus mchans et des plus vindicatifs mortels qui aient paru fur ce globe.
Voil l'origine des dfagrmens qui ont empoifonn fa vie.
(31) Frdric II fi grand homme d'ailleurs, ne favair point tirer parti Je
fes miniftres au-dehors. Tout le monde lui femblait propre ces fortes it
places. Il a quelquefois adreff de grandes puiffances des hommes dont on
n'et pas fait des fecrtaires intelligens ; et lorfqu'il a eu des fujets ca-
pables dans ces portes il n'en a rien exig. A peine fe faifait-il rendre
compte de leurs dpches lui qui rpondait un fonneur de cloches, i
un bedeau.
(33) Il difait, en plaiiantant, qu'on apprenait dans le ferra:l braver les
intrigues de cour.... que fes ennemis avaient beau faire, qu'il avait fait vceui!e
mourir miniftre en place.
(34) Sans tre n d'une famille illuftre, il tait forti d'une fource trs-
pure et trs-ancienne, ninfi que 1'aflurent d'excellens gentilshonns de Bour-
gogne fes compatriotes.
(;r) C'tait un des dfauts du duc de Choifeul. Sa f.anchife naturelle l'entra-
nait au-del de ce qu'il avait projette de dire. Il ne pouvait rfiiler ni au malheur
qui rend fi loquent, ni au repentir qui a tant d'empire fur les mes bien
nes. Il y a maintenant en Europe un grandperfonnage bi;n au-deffus, parle
rang, du duc de Choifeul, qui a la bonne-toi d'avouer qu'il refufe des au-
diences parce qu'il eft fur d; ne refufer 91 fa bourfe, m fon lecret ceuJ
qui voudraient s'ei emparer.


roui fbllirter en leur faveur . Ainf M. de Vergennes prfrait de pafTer
pour un minifl e fans crdit ; dans l'ide de demeurer une certaine dif-
tance des grands orages infparablesde la faveur, qui difpofe des rois et de
la fortune. Le peuple de la cour ( car il y en a un l comme ailleurs ) prit
rate conduite pour l'impttiflance d'un homme fans ufage, fans connaif-
fance de fon fide et des avantages de fa place : mais un petit nombre d'hom-
mes rflchis, apperut dans cette conduite la marche combine d'un poli-
tique ruf bien fur que l'avenir le ddommagerait des facrifices qu'il faifait
au marnent prfent. En revrifiant les dehors d'un homme profondment
occupe il vita le ridicule (j6)| qui la honte de !a Nation devient
entre les mains des coui tifins malins et fpirituels le premier moyen de ren-
verfer le mrite mme ; i plus forte raifort, un talent ordinaire couvert d'un
peu de charlatanifme.
Cependant on avait adroitement prvenu la fconde perfonne de la cour
contre lui contre fon fyltme contre la forme de fon travail : elle le
croyait contraire la grandeur de fa mai Ion qu'elle veut tellement amalga-
mer avec les intrts de la tnaifon de Bourbon que ces deux formidables
puilances, s'entre-prrant de mutuels fecours puiflent un jour donner des
lois l Furope. Quelles que foient les preuves allgues cette princefle ,
quel que foit le degr de foi qu'elle ait au y devoir elle a renferm le
tout dans le fecret de fa penfe, et dans toutes les occaftons apparentes, ho-
nor le choix de fon augufte poux.
Tel fut le dbut du comte de Vergennes la cour. Examinons maintenant ce
qu'il fit dans la place.
Son fyftmr politique tait dirige conre les Anglais, dont il lui femblait
j'ifte d'abailler l'indomptable orgueil, et efientiel d'affaiblir la coloflale puif-
fance. Ils poffdaient d< ux royaumes outre celui qu'ils habitent : l'un
dms l'Amrique, plus vafte qu-r l'Europe; l'autre dans l'Inde, plus tendu
que la plupart des lieux qui les avoifinent. Vergennes commena par les
tromper en attendant qu'il pt leur nuire. Cachant la haine qu'il avait
hrit du duc de Choifctif, il lui fallut dvorer des mcontentemens et des
humiliations que lui prodigua la hauteur britannique ; mais il amaflait la
vengeance. Elle n'clata ni ne le repoia jamais. L'Amrique entire fut fon
aliment. La rvolution la fatisfit mais ne la combla pas. C'tait cependant
un grand coup (j?) port cette Nation fuperbj que l'indpendance de treize
Etats, conferve par le fulfrage et l'aJhfion de prefque tous les rois de l'Fu-
rope. Jamais ngociation ne fut mene avec plus d'art. La force fcondait
l'habilet. Lorfque l'habilet s'puifait la rufe (;8) venait fon fecours ; et ,
que's que fuifent les moyens le fuccs les couronnait. La Mere-Patrie hu-
milie et dfole vit fes filles rebelles fe rfugier dans le fein protecteur de
h Franco o fe confomma l'affranchillement de tout efclavage et de toute
dominat'oii. Les guerres les plus fagement combines les victoires les plus
gloricufcs n'ont pas eu des rfultatsaulfi effentiels. Le principal moteur de ces
grandes opration* a droit la reconnailfance de ton pays comme la haine
ternelle de l'Angleterre.
A cette poque on lifait cependant dans les chroniques del Perfe ( l'une
de ces productions malignes qui viennent de tems en teins troubler l'horfon
in cours) qu'il n'avait rien fait encore pour rtablir la gloire et l'h .11-
neur de l'empire perfan ( franais ) et cependant une Nation toujours rivale
Jui avait parl avec hauteur plusieurs fois, et avait mme manqu au fophi
dans la perfonne de fon vifir. > A la vrit c'eft une anecdote inconnue au
refte de la France', mais dont les fefeurs de chroniques n'embellifl'ent pas
moins leur texte. Une rponfe qui contredit le chroniqueur perfan et qui
n'ell pas apocryphe ft celle-ci. M. de la Motte-Piquet fortant de la baie
de Quiberon fut rencontr par une frgate et une corvette anaricaines qui
le filuerent. Jl y rpondit par neuf coups de canon, honneur qu'on rend aux
pavillons des Rpubliques. L'amballadeur d'Angleterre inltruit de re fa* 111
rendu, court chez. M. de Vergennes fe plaint, demande une explication.
Le rule miniftre rpond avec la bonhomie apparente d'un homme peine
inft uit : > C'eft peut-tre le paroli du falut que vous avez rendu jadis au
favillo. .orfe, lorfque votre cour favait que le roi mon matre traitait ce
tapie comme tebelle.
Le grand trait d'habilet du comte de Vergennes eft d'avoir engag le ca-
binet de Ptersbourg bercer celui de Saint-James d'efprances menlbngeres.
]1 follicitait ardemment des fecours prs de la RuiTie ; elle les promit et
les rtfufa; et nullement trangre a l'art des rois, elle djoua complettt-
nisnt l'Angleterre qui dans l'efpoir d'un fecours incertain fe plongeait
dans des dpcnf.s relles.
En vain dirait-on que le comte de Vergennes ne fit que reprendre en fous-
reuvre les projets du duc de Choifeul. Cela mme d'abord eft un grand m-
rite. Ce que le bon fens a de mieux faire c'ell de profiter des plans du
gnie. En vain ajoutera-t-on que le docteur Franklin avait conu tout le
plan de la rvolution : n'eft-ce rien de l'excuter et de triompher des diffi-
cults que les hommes apportent mme leurs propres avantages 5 Quelle
adrdfe ne faillit-il pas pour dcider M. de Maurepas que fon grand ge et
fon caractre loignaient galement des entreprifes ptilleules et que M.
(56) Des hommes de beaucoup d'efpiit n'ont pu s'y foiiftraire ; des hommes
trs-mdiocres ont fu adroitement l'viter. M. le chancelier de Maupeou, et
M. Bertier peuvent fetvit dvelopper ma penfe.
Ce ridicule inn certains perfonnages certaines familles dont tout
l'efprit pofiible ne fiuve pas le Franais le faiftt avec une juflelTe admirable.
C'eft une arm lgre qui ne tue pas, m..is qui dfigure. On peut tre honn e
homme et ridicule mais rarement grand homme et ridicule fur-tout fi tout ce
qui vous ti nt de plus prs ajoute les fiens ceux dont vous tes dj couvert,
et cela eft arriv fous Louis-le-Jufie ce me femble.
(57) Pour s'en faire une ide il faut couter les Anglais eux-mmes et
relire ce que difait l'oppofition avant que la rvolution ft confomme; elle
dtaillait l'Angleterre l'tendue de la perte dans des tableaux bien lo-
quens : on les a depuis affaiblis, parce qu'il faut finir par fe confoler; mais
ce font de ces vnemens que vingt ficels ne peuvent effacer.
(}8) M. le vicomte de Stoimont voulut s'inflruire des engagemens pris par la
France avec l'Amrique. Le comte de Vergennes battit la campagne. Le mi-
niftre anglais rpliqua qu'il pouvait regarder comme un fjir ce dent on avait
parl dans le carrolfe du roi. Le miniftre lui rpartit : Savez-vous cequis'eft
dit dans le carrofle de la reine ? On a racont que les Anglais avaient tente
l'impolTible peur conclure leur trait avec les colonies mais fans fuccs.
Allez Moniteur l'ambaffadcur foyez tranquille : en politique ceux qui en
favent le plus font ceux qui en difent le moins ; il n'y a que les fots qui
parlent et croient.....Ceci a t attribu au comte de Maurepas et dit
par M. de Vergennes.
45
Necker effrayait fur les dpenfes ? En vain infiflerait-on en difant que fans
les fautes multiplies du tniniflcre anglais amais les projets de M. de V er-
gennes n'euflent t conduits une heureufe fin. NYfl-ce pas le comble de
l'habilet d'levet autour de fes ennemis les nuages du doute et de l'incer-
titude afin de rendre leurs mefures faulfes leur prvoyance nulle leurs
calculs errons i Les fiers Anglais n'ont jamais cru que la France 1 rodigue-
rait les millions, les vaifleaux, les hommes, pour dfendre une poigne de
mutins qu'Albion penfait chtier et r.on vaincre. Lorfqu'on apprit Lon-
dres que la cour de Verfailles avait reconnu les dputes amricains comme
miniftres, une furprife mle de confirmation fut gnrale. Les plaifans di-
faient que cet aae avait produit l'effet de l'tincelle lectrique et frapp
toute la Nation du mme coup. On ajoutait que cela devait tre puif^ue le
docteur Franklin avait fourni la matire renferme dans le conducteur.
Nous ferons fans fciupulc entier dans l'loge du comte de Vergennes les
(bjai adroits, quoiqu'un peu difpendieux, d'entretenir le flambeau de la di -
corde en Hollande ijo) non pour dpofer le ftathouder comme des gei s
mal inftruits ou malvei lans l'ont infinu, mais pour prvenir l'alliance avec
l'Angleterre. Ses r)ouiffances fur la dernire opration militaire font mieix
que neus l'loge du comte de Vergennes. Il eut donc railon d'employer nus
les refforts de ce qu'on appelle la politique pour retenir le penchant eu
prince d'Orange, dont les inclinations anglicanes taient plus que foupon-
nes, et dont les lumires ne vont pas jufqu' favoir que les Anglais n'oit
point d'allis, mais des fujets qu'ils enchanent ou qu'ils dupent. Le comte
de Vergennes eut tort feulement de dire a fon ambafladeur qu'il devait ne
s'occuper qu' gagner la province de Hollande comme celle qui entrain: les
lix auttes. Les foins du miniftre devaient tre plus marqus pour celle-l ,
mais non plus excluufs. Au refte, fi les principes taient bons, l'excutio.t
tait dteftable. Convient-il une grande puiflance d'aller en deflbus ngo-
cier avec des mcontens de groflir leur nombre par des prfens corrupteurs,
de leur fournir des iecours indirects d'exalter leurs efprances ? Sans comp-
ter les min'ftres accrdits, combiens d'agens fubaltemes charg :s de femir
dans l'ombre le trouble et la divifion ? Quand on peut donnet la loi, Us
trames myftcrieufes aviliflent. (40) Auffi a-t-on vu fix annes de ngociations
perdus ainfi que bien des millions, pour n'avoir pas fait articulet des vo-
lonts prcifes par M. Grard de Raineval en 1787, pour av> poque de la roideur au lieu de fermet. Au refte tout ce qui tft arriv
ell enigmatique. S'oppoftr l'ouverture de l'Ffcaut menacet les fores
impriales, et trois ans aprs laiffer paisiblement arriver les houfards pruf-
fiens qui pillent les villes, difperfent les foi-difant patriotes rtablilent le
dictateur, n'tft.pas confquent ; et c'eft ce que n'et point fait M. de Ver
gennes. Il avait plus d harmonie dans fa marche et cet acord de principes
( la premire des qualits du fcond ordre ) tient notre plume en relpect fur
plus d'une erreur importante.
Ne fut-ce peut-tre que ce trait de commerce qui a excit tanr de mur-
mures et furtout ruin l'induftrie factifie. (41) Selon certains obferva-
teurs (41) ce n'-.ft encore qu'un mal d'opinion Nous ne jugerons pas ce
g-and procs; mais il eft impoilble de diflinuler que jufqu'ici l'avantage eft
douteux et l'allarme relle.
Ne ft-ce que pour avoir indirectement prt la rmin cette confdration
germanique, bien mieux organife pour nuire la France qu' l'empeieur.
Car enfin, fi la Hollande et l'Angleterre allies appelaient c s princes tou-
jours prts courir o l'on paie ils formeraient bientt uns arme qui occu-
perait la France fur terre pendant qn'Albion dploierait fes forces ma-
ritimes fur les mers. Les vrais politiques, At'emands mme n'ont pa compris
pourquoi le cabin t de Verfailles avait favorife cette dmarche mal vue mal
calcule et vicieufe jufques dans fon excution. Comme allis de
l'empereur comme ennemis naturels de l'Angleterre comme prtendans
la premire influence fur le gouvernement d.s fept Provinces il
fallait s'y oppofer. Heureufement que d'elle-mme elle fe difloudra. Les
princes qui n'ont point d'argent ne guerroyeronr pas ; ceux qui en ont
le metttont couvert en fe vendant des puiffances trangres. On a cru
devoir refpecter dans cette affbciation l'onvage du grand Frdric. Il y con-
lentit il efl vrai mais alors il comptait dj foixante douze ans ; et foixante-
douze ans taient un fiecle, fi l'on confidere les fatigues le travail les
peines les agitations qui remplirent cette brillante tt orageufe carrire.
Ne ft-ce que pour avoir rallenti les fecours deftins aux grandes Indes,
o les forces anglaifes l'emportaient dj fur les noms avant qu'elles puflent
fe coalitionner avec les fouverains du Cap de Bonne-Efprance et de l'opulente
Batavia.
Ne ft-ce que pour avoir m:on-ent gratuitement la cour d'F.fpagne dans
deux occafions importantes, ce qui fit dire au comte d'Aranda que les Fran-
ais taient plus adroits, mais que les Anglais taient plus habiles.
Le grand moyen de politique du comte de Vergennes, comme fon trait
de caractre marquant ( ce qui eft prefque fynoniine ) fut de ne jamais
donner une rponfe dcifive. On lui propofe de s'allier avec la Prufie, il
rpond : Frdric eft vieux, les principes de Ion fucceffeur font inconnus:
avant traiter il faut s'inftiuire mais c'eft un moyen que la France ne doit pas
ngliger. > La cour impriale fait demander en 1778 en cas que la Prafle
s'oppofe fes projets, fi on peut compter fur vingt-quatre mille hommes ou
fur 24 millions ftipuls dans le trait de 17J6. M. de Vergennes raie une
belle dpche dont le rfultat eft que la France offre fa mdiation. L'empe-
reur infilte et ne fe contente pas de belles phrafes ; alors le miniftre rpond
que le roi fon maitre ne fouffrira pas qu'aucune autre puiffance fis mle de
($9) On prtend que cette opration a cot des fommes confidrables
la France. Un miniftre peut il en difpofer pour appuyer les fyftmes ? Non,
fans l'aveu de la Nation. Mais fous M. de Vergennes cette puilTance natio-
nale nYxiftait point. Ce miniftre tait fouverainement matre du trfor et ds
que fon gnie lui infpirait une optation, les cailles s'ouvraient fa voix
defpotique.
(40) On a vu un miniftre arriver Berlin au mois d'octobre 1787 charg
de menaces de h part de la France, parler de fon camp de Gbet, o il
n'y avait pas deux bataillons de cent mille hommes qui s'affentblaint dans
la Flandre franaife, d'o l'on fefait filer incognito quelques artilleurs d-
guifs. C'eft bien le cas de dire : Parturient montes nufeetur ridiculus mus.
(4?) Les chevins de Lyon ont motiv la demande de fecours au gouver-
nonvnt pour prvenir l'migration de 1 mille ouvriers par le coup que
le trait de commerce avec les Anglais avait port leurs fabriques. Leuis
rclamations font imprimes. ,
. (?l) L'auteut des Ohfervations rapides fur la lettre deM.de Colonne au toi ,
tait honneur de ce traite M. de Galonn qui n'y eut aucune part.


44
la qaei lie fuivenue entre cDea ilu Nord cjtte fi fa majeft veut accepter
h mdiation de Veffatlltt, elle feu contente Jes eparls qu'on aura
droits. D.trs le mme moment, la cour de Potfdain teclanait la garantie
donne ati trait de Weftphalie pour le rcainti-n de la con"itution gcnn.i-
miijue. On lui rpondu : Que jamais la France na\ait impunment vu u
fi ^nature outrage (4 j)
Le vicomte de Stormont miniftre d'Angleterre demande officiellement
6 la France prtend foutenir les rebelles d'Amrique. M. de Veigenncs repond
miniftrielleinent, que le roi de France n'a d'autre but que de rendre le
commerce libre pour toutes les Nations.
On fi-nt bi-'n que cette ind;ifion volontaire et calcule n'eft qu'une forte
MM ce de la fauflet la plus confomme. L'habilet rendit, la findTe mme
quelquefois ; mais prefque toujotts la tuffet choue. Auili lorfque dans cette
mme guerre de 1778 le comte de Vergennes effna de traiter la cour de Berlin
comme il avait trait la Porre et le vieux Frdric comme un fultan fes rufes
taient connues fts careffes fans profit, fes meraces fans effet ; et pendant
que fes dpches aftucieufes allaient efTayer d'endormir le lion du Nord, dj
fis troupes marchaient vers Ml frontires de la Bohme, et allaient tenter de
furprendie la vigilance autrichienne.
Auffi un Pruffien crivait-il : On dit que M. le comte de Vergennes a une
logique politique turque qu'il veut introduire en Europe. Je ne crois pas que
nous autres Allemands l'adoptions ; nous tenons nos anciens ufagts et en
f'ommes tontens. >>
Si on parcourt l'hifroire on voit qu'elle conferve avec une certaine eftime ,
le nom de qui ont fu le mi- ux tromper. Sans citer Richelieu et Mazarin les
plus grands impofteurs politiques que Machiavel ait formes, les fourbes par
excellence 1 peut-on nier que le lord Chatam n'ait tii fes principales r (Tourtes
pour la guerre de 17C6 des rufes qu'il employa contre la lgret franaife.
Loin de nous le coupable projet d'affaiblir le regret d fa mmoire. Je veux
feulement rappeler que la politique n'eft qu'un nom plus honnte donn un
commerce fuivi de fuperchcnes ou de tranions, flon la nature des intrts
dikuts.
On a dit de Pizarre ( qui ne favait pas lire ) qu'il avait ruffi dans tout ce
qu'i avait entrepris, parce qu' la rufe et la diiliinulation il unifiait la faga-
cite de dmler les dcflini des autres.
Le cardinal Ximens Ccil, miniftre d'Elifabeth Elifabeth elle-mme ,
le comte de Murrai, rgent d'Ecofle Maitland dont Robertfon a dit que
fon adreffe dgnrait en Jourberie, et que Ja pntration tait un mlange de fab-
titit et ae rajinement ; Fouis XI qui avait tant de got et d'eftime pour l'ar-
tifice qu'il n'ofait s'en vanter parce qu'il les t.nait pour des vertus et mille
autres anciens et modernes trouvent chez les hiltoriens des loges foutenus,
parce qu'ils le font joues de leurs femblables. Au refta les Franais en gnral
n'abuftnt pas de ce talent ; et s'ils confer\ ent quelque fuperioiite dans l'art de
ngocier far les Nations voifines c'elt qu'ils (ont plus eloquens, plus aima-
bles plus tourmentes du beloin de rulbr.
Ce dfaut de fincrit chez le comte de Vergennes fe cachait fous un air de
bonhommie qui les deux premires annes, djoua les plus fins courtifans.
Il montrait une candeur donv.-llique il affectait avec fes fous-ordrts une {im-
plicite qu'ils prenaient pour le dveloppement d'une ame trangre fon
mtier fallacieux. 1. jouait avec fes enfans, dans le fecret des petits comits,
racontait toutes les particularits de fon fejour en Turquie fe livrait cette
gait pure et franche qu'on croit le paitige exclufif des mes honntes : c'eft
un mrire minent pour ceux qui font en place et un ridicule bourgeo s ds
u'ils n'y font plus. On croyait par une obligeante indiferetion, tablir l'ide
d'un fi beau caractre. La fimplici eft le fard des grands hommes. Archeias
jouant aux noix avec fes enfans, attendrit. Les grands perfonnages ont
l'air de fe dpouiller de leur grandeur et de fe remettre volontairement dans
Ja condition des autres hommes. Ceux-ci s'honorent de cette condefeen-
da ce et fe preflent d'exagrer la hauteur de ceux qui defeendent jufiju'
eux.
A cette bonhommie factice fe joignait une indiffrence pour les critiques,
qui n elt jamais infenfibilit niais qui, chez les bons elprits repofe .fur
l'tude qu'ils ont faite des hommes de la locit des cours. Voltaire a pr-
tendu quelque part, qu'il fallait conferver les Couplets, parce qu'ils con-
tiennent l'opinion du moment o ils ont paru et par-l mme font anecdote.
On chantait pendant pendant les fix premiers mois du miniftere de M. de
Vergennes.
Parlez-moi du tems prfent
Pour la politique :
Vergennes eft affurment
Un homme rubrique ;
Querelleur ne fut jamais ,
Toujours il aima la paix ,
Vive un tel miniftre gu ,
Vive un tel miniftre.
Chacun choifit fes hros,
A fa fantaiie ;
Pour moi, j'aime le repos.
Autant que la vie.
Nous al'ons tre prfent
Battus et jamais battant,
Crace de Vergennes, gu ,
Grce de Vergennes.
Il laifait chanter il laiffiit les papiers Anglais s'eferimer fur fa marche
tortueufe ; il biffait Paris blmer fes lenteurs la cour prononcer fon inca-
pacit ; et pendant ce tems il jettait ies fondemtns de fa fortune. Cette
conduite vaut bien les efforts ritrs d'un de fes rivaux que chaque nouveau
pamphlet jettait dans le dlire, et qui, dans les convulfions de fon amour-
(43) S'il tait permis de comparer la manire de traiter les affaires des rois
une feene de comdie on croirair voir matre Jacquet raccommoder Valtre
avec fon pre, fous prtexte qu'ils fe font querells fans s'entendre.
3
propre irrit invoquait publiquement les places, les rubins, les difiinttions
comme autant d'gides contre la tmrit d'un Peuple ingrat et fuuout
amant rire.
Conferver du fang-froid au milieu des fuccs eft dj on affez grand effort.
On eft foutenu par le fuffrage du petit nombre qui juge fainementj mais ne
pas s'en dpartir lorfqu on a des torts fe repiochcr, c'efl le cembe de
l'habilet, car ordinairement on eft touiours prefte de foutt-nir fes be-ues.
C'en erait une au commencement de 1776 de propofet la cour de Pcters
bourg une alliance otTenfive o devait auffi entrer I empereur, pour afTurer
la Pologne la paix qui n'tait pas trouble et refferrer le roi de Piuffe
dans les limites qu'il ne peniait pas teculer ? Une telle opration deman-
dait tre mdit* hifarde par parcelles et ne devenir publique que le
jour du fuccs. Cependant on fe mit dans le cas d'tre reful ; et fans l'adrefl
du conte Panin qui fe rejetta fur la difficult de l'excution ; ce refusmo-
ti\e entranait un ridicule tache que les cours doivent viter comme les
particuliers. Cette affaire fut fi mal conue fi mal dirige fi mal ngocie,
qu'elle donna lieu un traite de garantie mutuelle entre Vienne et Peters-
bourg. Le comte de Vergennes fentit le vice de la fpculation rapnella fon
ngociateur, et comprit qu il fallait eflayer les talens avant de les employer.
On lui a reproch d'avoir donn des places imposantes i des protgs qui
n'avaient encore lgitim leurs prtentions par aucun luttes. Dans les c-ua-
fions, il faut foufenre fes dtracteurs et fe taire fur ce qu'il eft impof-
fible d'exeufer. La beaut n'avait plus d'empire fur lui i mais l'intrigue, et
furtout ce qu'on appelle vulgairement le commrage, difpolaieiif quelquefois
de fa volont.
Ce fut une femme qui lui fit confier une ngociation importante au jeune
Ariftemi. Non que le got du plailir et furvecu fon grand ge mail
ceux-mme qui ont abjur es fortes de liaifons, trouvent encore quelque
douceur voir les grces compilantes foltrer autour de leurs cheveux
blancs, drider leur front rembruni par les affaires, et leur faire croire que
la fagelfe chez eux eft une veitu de choix, et non les trilies fruits de U
ncellit.
Ce fut encore une femme qui l'ergagea faire adrefler une lettre dit
bureau des affaires trangres M. Pa-ckoutke, enrrepreneur du Mercure.
M. Linguer avait mal m.-ne M. de la Harpe, i'occafion de fa rec.ption
l'acadmie Franaife. Le comte de Vergennes fe mle d'une querelle d'au-
teurs, et demande au bibliopole qu'avant tout, il ait ne plus employer
cet ouvrage la peMomie qui a commi< la faute et qu'il lui donne fallu-
rance la plus pofitive de ne plus lui confier la rdaction de fon journal.
Un miniftre ne demandait point un libraire il lui enjoignait. M. de
Vergennes obiflit un reiTentiiTknt particulier, et ds-lois, il devait tre
avare de l'autorit de fa place. Il s'expl-quait peu dc.mment fur un homme
de lettres connu qu'il mcramorphoLit en flipendiaire. Il s'expolait aune
rporfe dfagrable, qui ne lui manqua pas, et dans laquelle on lui donnait
avec vigueur des leons mrites.
Ce trait droute entirement ceux qui obfervent fon caractre. On ne
retrouve plus la prudence du ferpenr et la timidit de la colombe. Pourrait-
il lui paratre indiffrent, de mcontenter un homme dont la ,plume lo-
quente avait alors des partifans ?
Souvent cet amour de l'artifice lui refait predre les plus petits moyens.
Pour rchauffer les courifans des Amiica-ns, il fit defendiede parler dans
les taffes de Paris, de leurs fuccs ou de leurs defaftres. C'tait le moyen
de rveiller l'enthoufiafine en faveur de la libert et confquemment de
fes martyrs.
Il tait brouill avec le comte d'F.ftaing; il raya de fa main fur l'preuve
de la gazette, un article qui rendait un compte glorieux d'une oprationde
cet amiral : ce qui fit dire au comte de Miurepas que la trompette valait
mieux que la plume___ Que de tentatives auprs de la cour de Napletj
pour affa biir fes liaifons avec la cour de Ruifie, dans la crainte que les
Anglais ne tiraffent quelques avanrages de la marine Ruffe Ces manuvres
obltures contrait-.-nt trangement avec v ngt-quatre millions de fujets, cinq
cents millions de revenus, le plus beau fite, les coteaux de Bourgogne, de
Champagne, et une induftrie toujours renaiffanre.
Tels ne devraient pas tre en effet les refforts d'une vafte adminiftration.
Mais auffi o trouver un homme pour cette place qui s'empare d'une des
plus nobles fonctions du gouvernement, qui ne fe borne pas une contre,
mais s'tend jufqu' l'extrmit du globe ? Ceci n'eft point une faftueufe
exagrt-on. Pour fe dcider fur le parti prendre au mois de dcembre
1787 avec l'Angleterre prefque menaante ne fallait-il pas auffi bien eon-
na-re fa fituation dans l'Inde, que le s forces de la marine Portfmouth et
Plymouth ?
Que d'efpeces de talens font nc*eiT.iires pour paratre avec un certain
clat ou du moins infpirer de la confiante dans les fonctions importantes
d'un miniftre des affaires trangres ?
Le comte de Vergennes, n'tait pas dou d'un efprit extraordinaire,
mais il avait une excellente routine. Averti par les frondeurs ( quelquefois
utiles) des fautes vraies ou idales de fes predeceffturs il s'tait fait une
marche qui fans tre abfolument fre tait cependant affez folide. Il favait
qu'i! fallait har les Anglais conferver l'F.fpagne, ne pas heurter l'empereur,
bien vivre a/ec la Pruffe gagner les Hollandais, p-oteger les Tur<-s, fe
dfier de la Ruffie folder la Sude, tenir Rome en refpect. foutenir l'Am-
rique naiflante payer la Suid furveiller les Colonies. Tout ce qui con-
trariait ce cathchifme politique tmuvait chez lut une rfiftance qui s'arfai-
bliffait ou fe renforait en raifon des circonftances.
L'amour de la Patrie ., ce fentiment nergique qui jadis a enfant des
prodiges, et touche rmiheiircufement au ridicule depuis que les rois prodi-
guent le fang pour des querelles errangeres, et prtent indiffremment ItoU
fujets aux deux partis, ce fentiment, tait froid chez M. de Vergennes.
Il avait t li avec le chancelier Maupeou dont il faifit les principes avec
avidit. Del fon avcrfon pour les parlemens et fon penchant aux p:rti
fveres. Il vitait de fe compromettre avec ces grands corps qui ne hulfent
jamais impurrr.er.t, mais il nourriffait avec sdreffe l'loignement du fouverain
pour fes prtendus co-ad niniftrateurs qui, fous prtexte d'exifter par la loi
et pour la loi, devaient finir par ne plus exifter ou par renveefer leur rival.
M. de Vergennes fe dclara contre la libert de la preffe, comme fera tout
miniftre born dans fes vues et pourvu de conna ffmces mdiocres. II re-
dourait ces grands traits de force et de lumires que rpandent fur tout le
globe des ouvrages conus par le gnie et appuys de l'exprience.


A l'nergie du caractre l'inbranlable fermet le comte de Ver-
ger ns fuppla par une extrme foupleire. Croirait-on que des moyens fi
ditferens conluilent au mme but ? Cencft pas un paaoxc. Peut-tre vaut-
il autant fe plier aux vnemens que de les forcer. Celui qui trompe fon
ennemi til encore plus fur de la victoire que celui qui veut l'acheter par
le combat. C'ett regret que nous retraons de tels principes. Qui fent en
foi les germes d'un grand homme doit les abhorrer. Qui n'eft qu'un minillre
habile et laborieux doit malheureufement les employer avec une adroite
conomie. Pendant que M. do Vergennes envoyait des fufils de l'or, des
artilleurs aux Amricains, il propofait au cabinet de Saint-James d'abandonner
les rebelles, s'il voulait laitier augmenter la marine Franaife et retirer le
commilfa re de Dunkerque. Cette duplicit eft fans doute infiniment blmable :
mais c'tlt par elle que l'on opre les rvolutions les plus inattendues.
Le tableau de fon adnvniiuation nous montre cependant des inftans 01} il
ne lut pas fans nerf. M. le comte de Lafci arrive Paris en 1778- Le pr-
texte tait pour rgler une affaire d'tiquette; la vraie raifon, pour ynter
une rconciliation entre la France et I Angleterre qui l'Amrique allait
chapper fans retour, Georges III, en qualit d'lecteur d'Hanovre, avait
rclame la mdiation de l'empire. M. de Lafti trouva un mur d'airain dans
M. de Vergennes. Ctluj-ci mme le ramena fon propre fentiment : mais
quelques traits particuliers ne laiffent pas moins fubflter la nuance domi-
nant?. Lu gtand connaiiieur ( le MlMt d'Aranda ) dilait: jecaufeavec M. de
Maurepas, je ngocie avec M. de Vergennes.
Les formes de ce minillre n'taient ni aimables ni foignes, mais aflez im-
polantts. Tout homme qui trouvait une retraite au milieu de la cour, qui fe
donnait les dehors graves d'un homme appliqu et fe faifait regarder comme
tranger toutes efpeces de tracafftiies, peil'uadjit que livr la chofe pu-
blu]ue,il ne quittait pas un moment les affaires de l'Etat (44). M. de Vergennes
s'tait fi bien acquis cette reputat on, que dans une de ces facties que la cour
invente pour fe drober l'ennui, on le reprefenta comme accabl fous le
fardeau du travail. Il s'agilTait de mafquer tous les minilires et d'autres per-
fonnages importans. La reine devait deviner et reconnatre les mafques; le
comte de \ trgennes fut reprsent portant le globe fur la tte, une carte
d'Amrique fur la poitrine, et une d'Angleterre furie dos.
Avec des talons fi mdiocres, le comte de Vergennes jouait cependant un
rle dans l'Europe Sa mort a mieux fervi le Stathouder que les huflards
prulliens. Peu importe aux Nations qu'r.n minillre ait plus ou moins de gnie:
ce don cclclle tft fi fingulicrement value on a fi rarement occafion d'en faire
un ufage marqu ; mais chacun rend hommage l'exprience.
Le duc de Choifeul avait de grands talens ; M. Turgot de grandes connaif-
fancesiM.de Vergennes une mdiocrit impofante ; M. de Maupc-ou un>
fermet dcfpotique ; M. de Calonne uue facil t impardonnable. Tout cela eit
reconnu, de mme que la prodigalit du premier, le penchant dcid aux
pro/ets chez M. Turgot, la tergiverlation du comte les balles menes du
chancelier, la dillipation du duc minillre, d'ailleurs bien mal jug. Choifeul et
Maupeou font de brillantes reffources pour l'hilioire ; Turgot et d'autres ,
d'amples fujets de dilculfion. On citera l'poque du miniftere de Vergennes
tt de Calonne mais non leur miniftere. L'indpendance de l'Amrique devait
illuflrer jamais le comte de Vergennes ; mais la manire dont il y a travaille
ienible ne lui en pas tailler tout l honneur.
Pourquoi la rputation de ce minillre ne lui a-t-elle pas furvcu quoiqu'il
ait certainement laifl un grand vinde i II eft difficile d'en alTigner la vraie
caufe. Pc ut tre commenait-il tre connu; peut-tre le public honteux
d'avoir fi imprudemment vant fon dfintrellcment, s'en eft-il veng par un
filciice crutl. Comme fes qualits tenaient p'us de place que (es talens dans
l'op.uion publique, elle uui n'avoir plus rien dire.
Il fe trouva alors un contrafte frappant M. de Calonne aceuf, ou du moins
vhmentement fouponn d'avoir chang avec adrefe d'avoir d rige l'ope
m des monnaies fon avantag? d'avoir diffip avec une indcente pro-
fufinn part et fe retrouve avec une fortune trop peu confidrable pour 1 em
scher d'avoir recours aux rentes viagres. M. de Vergennes le huitime
"ge vant pour fon dfintreflement, part aufii, mais laide des trfors dont
le toi a t oblig de purifier la fource pour effacer la tache qu'ils auraient
imprime celui dont il avait fait fon ami.
M. de Vergennes paffe pour un homme religieux et prefque dvot ; il ferait
aif de le laver de ce dernier reproche (4J).
I
Anecdotes fur le minjlcrc de Vergennes,
Le duc de Choifeul foutenait les confdrs de Pologne. M. de Vergennes
les abandonna eux-mmes, convaincu qu'il tait plus avantageux la France
jue les trois puilfances co-partageantes euffenr ce prtexte de diffenfion, que
1 la Pologne tt demeur tantt fous les lois d'un prince d'Allemagne tantt
fous celles d'un gentilhomme couronn. 11 prtendait que l'agrandilTement de
la Prufle tait une chimre, et qu'une arme et un trfor n'taient pas un
royaume. Jufqu' quel point avait-il raifon ? C'eft ce que nous biffons d'autres
examiner.
I
M. de Vergennes promit MM. Franklin et Deane qu'au commencement
de l'anne 1778 ils feraient traits et reus comme minilires plnipotentaires
du congrs. Lorfque le vicomte de Stormont fut ir.ftruit de ce plan il dit
tout haut : J'efpere que cela ne fe fera pas en ma prfence et qu'on n'aura
pas la hardieffe de me manquer ce point. M. de Y ergeniies auquel il s'en
expliqua avec vivacit lui rpondit avec fang froid : On en parle beaucoup,
mais je ne vois rien s'effectuer. Si cela arrive l'Angleterre et la Fiance feront
galement furpiifes. >
Il tait queftion d'un trait de commerce entre la cour de Berlin et les
(44) Le vulgaire veut que les hommes d'Etat foient graves. MM. de Choifeul,
de Maurepas, de Calonne euflent joui d'une plus grande rputation s'ils
n'avaient pas eu celle d'hommes aimables.
i'4f) Le roi dans fon cur, n'approuvait pas tout ce qu'il faifait dans la
guerre d'Amrique ; et iorfqu'on lui prfentait quelque chofe ligner, on
affure qu'il a dit : Faut-il que des raiforts d'Etat m'obligent jigner ce que je nepenfe
pas t AL.j le comte de Vergennes a tout pris fur fa confcitntt.
Ce minillre allait tous les jours la meffe j c'eft en dire allez.
45
Etats-Unis. Cela mme tait fort dans le potlt du feu roi de Prude. MM. de
Sartine et de Vergenni s s'y oppofe renr. Ces mirilires avaient leurs raif""s.
Ils ne voulaienr pa< laiffer palier dans d'autres mains des bnfices qu'il' pri-
vaient faire eux-mmes, ou du moins par ceux qui aillaient t\\ leur nom.,< m
prerendait, et non fans quelque fondement, que les deux miniftres avaient d> s
fonds confidrables dans les envois qui fe faifaient en Amrique, et que pour
en affurer les retours, ils profitrent des circonftances qui appelleront la
guerre.
Le comte de Vergennes s'oppofa conll.imment ce que le roi fe mlt de
l'affaire de Bavire, malgr les inftances ritres de la tour de Berlin qui
rclamait notre garantie ftipule dans le trait de Weftpha!*? Depuis cent
cinquante ans, difait-il, on a port tant d'atteintes ce traite, qu'il faudrait
faire une guerre gnrale pour obliger routes les puilTances rendre ce qu'elles
ont ufurp les unes fur les autres, fans nul droit quelconque. Peut tre avait-il
raifon fur le trait de Wellphalie mais il avait tort de confentir l'agiandii-
fement de la maifon d'Autriche.
La cour d'Ffpagne, qui craignait que fes colonies n'imuaflent un jour les
colonies anglaises n'approuvait pas le projet de foutenir les rbelles, et de
reconnatre des miniflres plnipotentiaires. M. de Vergennes en vint au point
de dire que s'il fallait choifir entre le pacte de famille et l'indpendance, il
n'y avait pas balancer et appuya fon avis au tonfeil de tanl ele raifort*,
que l'on envoya l'ambafladeur de France des inliructions dcifivts. Depuis
cette poque, la cour d Efpagne ne traita pas M. de Vergennes avtc beaucoup
de diftinction.
On crivait en 1778 : Le comte de Vergennes a l'efpoir d'tre fous peu
le doyen du conftil et des miniftres. Le com*e de Maurepas l'a recommand
au roi comme l'homme de fon royaume qui connat le mieux les intrt! des
puiflatices, comme un grand travailleur et le meilleur gographe de l'Europe.
Effectivement ce minillre a la mmoire heure ufe; il fait fur le bout de fon doigt
le nom des villes des bourgs et des hameaux de tous les pays ; ilamufe le roi
qui l'appelle fon tiomcnclateur.
M. de Vergennes ayant refuf les vingt-quatre mille hommes ou les vingt-
quatre millions (lipules parle trait de iTr6 avec la maifon d'Autriche, un
grand pc-rfonnage de la cour bouda. M. Necker rpondit qu'il n'avait apport
aucun obfi cle. Quoi lui dit le minillre des affaires trangres, vous n'avez
pas de quoi fui/re ce qui eft entrepris, et vous avez de quoi entreprendre
ce qui n'ell pas neceffaire ? Il fe tut.
Quelqu'un ayant demand M. le comte de Maurepas fi c'tait lui ou
M. le comte de Vergennes qui avait form le plan pour la gueire qu'on
allait faire aux Anglais : Ni l'un ni l'autre rpondit-il ; mon ge ,
on ne fait plus de projets. On ne s'occupe que du prefent par la raifon
qu'on ne peut gure compter fur l'avenir. Mais cependant lui rplio.ua-
t on fi par malheur vous veniez mourir avant la fin de la guerre vous
bifferiez fans doute au roi dos inftructins ce fujet. Pas la moindre.
M. de Vergtnnes et moi nous avons t au jour le jour; et lans la menace-
que nous a tait M. Franklin, nous amulerions encore l'Angleterre, et nous
n'auruns point conclu de trait avec les Etats-Unis. Vous auttts politique s
de Paris vous ignores les moyens qu'on emploie pour changer la face des
Etats il n'y a que les petits gnies qui forment des plar s et qui fuivent
dans tout ce qu'ils font une routine mthodique ; fi nous nous tions con-
duits de cette manire, les Anglais auraient lu depuis long-teins ce que nous
voulions faire ils auraient pris des mefures en confquenc*. lnllruits de nos
projets ils n'auraient pas fait tant de fotifes, et fe feraient peut-tre racom-
mods avec leurs colonies : nous leur en avons t la poffibilit. J'efpere
vivre alfez pour voir l'indpendance des Amricains econnue et l'Angleterre
humilie ; e'ell tout ce que j'ai promis au roi.
LE MARQUIS DE PESAI.
Lorfqu'un homme par fes intrigues a dtermin de grands vnemens ,
il eft intrellant d'en pailer pour faire connaine les murs d'une cour et
le caractre des perfonnes fur kfquelles il a, influ.

M. Maflon de Pefai tait fils d'un premier commis des finances qui ne
lailla qu'une trs petite fortune.
11 avait deux enfans, une fille et un garon ; la fille fut marie M. de
Calfini ; elle tait d'une trs-jolie figure, avait de l'efprit et pofttdait au
fouvorain degr l'efprit d'intrigue. Elle trouva dans la galanterie des relTources
pour fuppleer la mdiocrit de fa fortune, et elle eut pour amans des
perfonnes confidrables.
L'amour n'tait pas le feul lien qui attacht elle ; fes amans [mettaient
profit fes talens pour l'intrigue. Une femme jolie et fpirituelle fait pn-
trer ai'ment dans le cabinet des miniftres et des gens en place; elle poffede,
tant que dure la beaut, des moyens d'entraner les hommes et de les faire
concourir fon but. Quand elle avance en ge les anciennes relations qu'elle
a fu entretenir, lui font encore utiles; Ion exprience fort l'clairer fur
les faibleffes des hommes ; elle s'aflocie des femmes plus jeunet s'em-
preffe d'tre leur confidente et conferve encore de l'empire dans le monde,
f\ elle joint de l'adrefte et du rffenege un activit fou-tenue.
Telle tait madame Me Calfini ; elle a eu part aux plus grandes intrieue,
fous le rgne de Louis XV, et s'tant enfuite entirement dvoue au
comte de Maillebois qu'elle a fuivi en Hollande, elle a t la confidente
et l'inllrument de fes projets.
Son frre, M. Malfor. de Pefai, avait de l'efprit, une figure agrable et
du talent pour crir; en vers et en profe.
II dbuta fous les aufpices de fa fur ; et pour ne pas laiffer de rraces
de fon origine bourgeoife qtta le nom de Maflon et fit fe appeler le
marquis de Pefai.
I! entra dans le militaire et fa fur le mit porte d'tre connu de per-
fonnes confidrables par leur rang et leur naiffance, et le faonna de bo;ine
luure l'intrigue.
Le marquis de Pefai fe livra la littrature et pour occuper fes loiflrs, et
pour obtenir quelques fuccs dans le monde. Il devint l'ami intime de
Dort; et ces deux potes l'exemple de Bachaumont et Chao. Ile firent
imprimer leurs vers en commun. leurs pnrli.-s parurent avec tout le lux*
le la typographie et de la gravure; c'taient des pitres Iris, des hercules,
des vers fur des jouilfances, fur des ruptures, 8fc.
111


4*
marquii 3e Pelai a'attatfha au comte de Mai!!,bois, homme distingue
pat m militaire! les agrment, fon efprit < i m heurs. II ouvrt
au marqua de uitl , remplit de mmoires intrvflans fur
dieres oprations mihr;ircs, fur le gnie et l'artillerie la tactique et ia
dii.ipline M. de IM'ii ne avec une . ne priori t ri et le talent de profiter
dis >., -.s des autres, et de les prefenter avec clart, profita de ce
moyen preci ur de t'iultruiie. Il mit en ord e toutes les pices relatives au
chai de Miil-eboii et tn compote m ouvrage qu'il fit imprimer fous
le ti:re de Cmmp^gntt de MaiUeaots. L'intrigIX le bel efprit, le en-dit de
madame de (... M de fes ainis, foatenlient le marquis de Pefai et lui pro-
ent 3ei r.fiources paffageresj mais il tait biin loin d'tre mme dins
l'aifanct, et i! crut, l'aveMmeM du to au trne, avoir trouve le moyen
allure d'une grande fortune.
On annonait fouis XVI comme un homme fver* et occup uniquement
du bien de 1rs Peuples. I.e marquis de Pilai imagina qu'en adreffant au roi
d< m noires propres fconder les vues tt dis moyens de foulager le Peuple,
il fixerait l'attention du roi et obtiendrait ciiluite une part da s fa confiance,
qui le conduirait une place conlideiable. Il crivit au roi une lettre qui
contenait plurnurs avis intereflans pour 1- moment, et dans laquelle il en
annonait d'autres, au cas que le roi agrc$t qu'il multiplit les tmoignages
de fon acte I! ne figna point fon nom mais il eut loi i dans le mme tems
de cauferavec M. de Sartine, des objets renfrrm s dam fa lettre. Il tait
perfuad que la roi s ad eflrait >u lieutenant de police pour dcouvrir l'au
fur, et que celui-ci, d aprs la converftion dont j'ai parle, fixerait fes ides
fur lui, t le dfitjnerait fans qu'il fe, tu connai.re.
La chef. :v: comme il l'avait prvu; le roi montra la lettre M. da
'5.. ur lavoir celui qui l'avait crite; et M. de Sartine, aprs l'avoir
lue, le refiouvini de fil converftion avec M. de Fefa'. Les ides taient les
mmes, et il n helta pas de dire au roi qoe M. de PcSai devait tre l'auteu:
de la ettre. Le roi en parla ave< i a \l. de Sartine qui rendit un tmoi
ige avantageux de Iauteur, et le reprsenta comme un homme defprit,
qui avait du I inftruction et de la probit. I marquis de Peiai retourna ciic/
M. de Sartine, afin de jugei ;.. (en acueil du l'effet de fa lettre fur le
loi. Il cor,;r.:t promptemerrt aux i>< teffes lui fit, l'empretTement qu'on
lui tmoigna, l'attention particulire qu on prta fes dilccurs, que le roi
t:.,i: favorablement difpoie pour lui. Il continua ds-lors ciire au roi et
ce fut d'aprs Us fuggcfiions du marquis et Pelai que le toi fe dtermina
i renvoyer l'-bbe Terrai.
Le roi pendant quelque tems ne rpondit point fes lettres, et le marquis
de Pefai lui crivit un vuur qu'il tait inquiet de fon 1:1 nce, et d.lirait tre
rallure po r continuer ui foumettre les i.ices que lui dictait Ion tele ; il
finirait par Supplier le roi que, d..ns le cas o i. approuverait fa Ctiefpon-
dan e, il daignt, pour lui eu donner la preuve, s'arrter un inliant la
troisime croife d'une piice par laquelle il parlait pour aller vpret. Le
m rquis de Pelai U rendit au joui fi^e l'endroit dingn, et vi: avec fatis-
faction le roi s'arrter devant la Croife.
M. de Maurepas'fur infiruit de cette correfpondance et accueillit avec
diftmetion le marquis de Pefai. M. de Sartine dev.nu minillre, lui accorda
tin accs facile auprs de lui et le confulta dans plufieutl circonitanccs. Le
marquis de Pelai, qui avait du talent pour crite et une teinture de fafo
fur pluficuri ob ets de i'aJininiitrarioij compofa dis mmoires relatifs aux
affairai de ce terns] il l'adreflait des perfoi.nes inftruites pour acqueiir dei
connaidncea de deuil, et (avait faire ufage de leurs ides avec habilet,
les divner, L-s cla.ler, et enfin les prefenter avec un art qui prvenait en
fa faveur e: lui lefait fuppofer une grande capacit. Le roi lifait es lettres
avec intrt; le premier minillre de la marine le confultait, et tant de dif-
pofitions favorables lui offraient la perfpictve d'une fortune brillante. Miis
i! fallait pourvoir aux be-ioins du moment, t ouver dea>rellources pour fe
foutenir dans un tat dcent, et viter de le difciditer en follicitant depe-
titea traces pecunia res.
Le gnie intrigant du marquis de Pefai lui infpira l'ide de s'adnffer
M. Necjttl, hommeriaheet tourmente d'une lecrece ambition; i! penfa qu'en
lai <,!Tra..t Ion crdit pour fi-rvir fes vues, il obtiendrait en change les tonds
qui lui taient ncefloircs. Ceft ici que le marquis de Pefai devient verita-
ment intreffani ; c'eft en ce moir.ent que fes intrigues vont commencer
influer fur les affaires, et qu'elles deviennent le principe de la rvolution
de la France.
I e marquis de Pefai aima't, comme 0011? l'avons dit, la littrature etcom-
pol.it de petit vers; il avait lait aulfi un ouvrage intitul : Us Soiris fulv-
.s ; et, titre de bel efprit, il tait dtpuis quelque tems admis dans
la Socit ce M. Necker, dont la femme avait fait de l'a maifon un bureau
d'efprit o taient invits tous les gens de lettres dont on reconnailfait la
.domination dans la focit tt qui taient propres foutenir un parti. Le
marquis de Pelai fit confidence Kl. Necker de la correfpondance qu'il avait
avec le roi ; et ds ce moment, l'on prtend que la caiffe du banquier lui
-fut ouverte.
Peu de tems aprs, le comte de Saint-Germain, dferteur de l'arme fran-
aife fut appel au miniftere de la guerre. Tous Ici gens fenfs blmrent
un choix qui tait d'un fi mauvais exemple; mais le public frapp du Spectacle
inattendu que lui offrait le rappel d'un gnerai clbre tt malheureux, applaudit
fon retour. les troupes pntres d'tftime pour le conte de Saint-Ger-
main furent charmes d'avoir pour minillre un militaire qui s''ait fii. un
grand nom la utrre ; on croyait voir Cia/innatus quittant fa charrue pour
commander une arme, Ii fut queflion d'tablir un conleil de guerre; et parmi
ceux qui s'taient nis fur les r4ngs pour tre de ce confi.il, tait le prince
de Montbarrejr. Sa femme tait de la maifon de Mailly et le comte de
Maurepas qui tenait cette maifon par ailliance et s'en refait honneur ,
protgeait le prince de Mon barny et'lui avait promis une place dans le
il de guerre. Cer tablificment n'eut pis lieu par les obftacles que fit
.natre le nouveau minillre qui craignait 1 affaiblilfement de fon autorit.
le prince de Montbarrey follicita alors la place de direcreur-enral de
li guerre et le marquis de Pefai le fervit efficacement pour taire Cfei en
fa faveur cet emploi. ^
L'horifon de fes projets devenait de jour en jour plus vafle ; le comte de
Saint Germain fe d fereditait et ne pouvait relier long-tems en place. Le
marqi ;s de Pefai avait imagin de faire le prince de Montbarrev direcreur
de li guerre afin de familiariser le public avec fon lvation la place de
fecrtaire d'Etat de la guerre; par ce moyen, il fe rendait en quelque forte
le matre du dpartement de la gure et s'affura;t un prompt avancement
dans le militaire et des grces pcuniaires. Occup de ce projet, il ne per-
dait point de vue M. Netker qui le regardait comme utile fon lvation,
et lui prodiguait les plus Solides marques de reconnaitTance.
compofa des rr^moirp* pmpre* fduire le roi et fon pr-mier mnflre, par
la perspective des plus grindes reffources, er le marquis d Pcfai le c;
de les faire parvenir au roi : il y joignit une lettre, dans laquelle il
fait qu'il s*>'tair long-rems appliqu plusieurs parties de l'adininiftntion,
mais qu'il n'avait fur les finances que des notions imparfaites i que dlirant
fe rendre utile au roi et jullifier fa confiance, il s'tait adrtffe l'homme le
lus infiruit dans cette partie et qui connailfair fond, par la thorie et
l'exprience, les lemens et le mcanifme du crdit public. La lettre du
marquis de Pefai et les mmoires de M. Necker fur nt communiqus au pre*
mier minillre, difpof par caractre adopter des ides nouvelles.
Il commenait tre inquiet du crdit de M. Turgot, et tait bien aife
de fe mnager des reffources ; il faifit avec empreflement cette occalion de
s'aflurer en fecret d'un homme clair dans les finances, pour oppoler fit
ides celles de Turgot. M. Necker comprit les intentions et s'appliqua ds-
lors ciitiquer fecretemenr les oprations de Turgot et le difcredret
dans le public. Le marquis de Pelai envoyait fes mmoires et prfenrait fans
cefle M. Necker comme un gnie transcendant dans la partie des finances.
Des Services aufl Signals excitaient toute la reconnaitTance de M. Necker,
qui trouvair, dans fon immenfe fortune des moyens de tmoigner au mar-
quis de Pcfai fa fenfibilit. On dit qu'envelopp d'une redingotte, il ell venu
plufieun fois attendre chez M. de Pefai, au fond de la remife d'un ca-
brioler, le moment o il devait revenir de Verfaiiles.
On ajoute que ce fut le marquis de Pefai qui, fuivant avec confiance fes
proietS, trouva le moyen, dans l'efpace d'une anne -p'ii prs, de
nommer vl. Necker minillre des finances, et le prince' de Montbarrey i
"ire d'Etat de la guerre. La boirfe de Necker lui relia ouverte, et le ca-
binet du minillre de la gu re ainfi que celui de la marine, lui furent fou-
rnis. II rgnait dans ci s di u< dpartemens, dont les plus importantes alfains
taient quelquefois envoyes Ion examen ; mais 11 tait bien loin de li
confidration. Sa vie paflee, fes manires lgres, fes petirs vers, un veroa
le fatuit rpandu (ur toute fa perfonne, ne permettaient pas de voir en lui
un homme appel aux grandes place". Le crdit toujours fi envi fi con-
lidr tait en lui un ridicule ; il fut bloui de fes Succs enivr de fa
faveur, et fa conduite peu circonfpccte et Ses indiscrtions laflerent M. de
Maurepas.
On avait cr pour lui un emploi d'infpecteur gnral des ctes, qui
urair pu tre exerc par un ma echal de France et Son trairemen' annuel
tait porte a 6<>,oA) francs. Il epoufa une fille de qua'ite ( midemoifclle de
Kouget) et paraitTait enfin tre dans le chemin de la plus brillante fortune;
nais il avait perdu f'.n crdit par Ses jactances et Ses indilcrtions, et on tut
bien-aile de s'en debarraffer, en le faifant partir pour fon infpection. La ri-
gidit de fes etmnans fuccs avait porte le trouble dans (d tte faible et le-
geie ; il agit il parla, dans les provinces par o il paifi, eu nuniltre tout-
;u liant et imprieux en Louvois et excita des plaintes multiplies contre
lui. Il crivit une lettre infoh nte l'intendant de Bretagne pour lui ordon-
>er de fe rendre auprs de lui; cette h ttre fut envoye au minillre, et il
fut vident que le marquis avait perdu la tte. La perfpi itive d'une difrace
prochaine lui caufi un; violente inquitude, et il mourut pre'que Subite-
ment, le cur ferr de chagrin laiflant une jeune v uve i laquelle on
ccorda 800c liv. de penlion (46). Telle ell l'hiftoire d'un petit-matre potte
et intrigant, qui, par de SourdiS manuvres, poita au minifiere un hom:ne
]iii a fait le dtfiin de la France ; et c'ell dans ce rapport qu'il ell intreilant
i faire connatre.
M. N E C K E R.
Necker, fils d'un r^gont du collge de Genve vint Paris pour y faire
fortune i il entra chez un banquier, er, de commis de fes bureaux, il de-
vint fon afiocie. Sa fortune dans l'efpace de douze ou quinze ans, furp.fi.
- Ile des plus fort-s maifons de banque. On prt nd que des traites fraudu-
leux avec la compagnie d s Indes et des fpculations fur les fonds anglais,
~u moment de la paix de 776* dont il fut infiruit l'avmce, fmt les prin-
cipes de cette i tonnante loi tune, value fx millions par les calculs les
plus modrs. Sa conduire avec h compagnie ds Ind s etl trop connue,
>our en u tracer ici le rabl-au; mais un circorfianoe relative i l'affaire t
.s fpculations tn Angleterre mrite d'tre rappoite.
Un premier commis des affaires trangres, favori de M le duc de Prafiin,
avait connailfance, par fa place et par '. confiance du minillre, du prochain
fuccs des ngociations pour la paix ; i;itlru;t avec certitude que les prlimi-
iaires taient au moment d'tre ligns, il voulut mettre profit cette con-
nailfance et concerta fon projet avec Favier, homme trs-inltruit dis affaires
de l'f.urope. Ils convinrent enfeinble de faire part de la notion aflure qu'ils
avaient de la paix, un liehe capitalise en ^tat de fournir des fonds pour
acheter au plutt des effets en Angleter ;. Cts effets perdaient conliderable-
ment, et il enit vident qu'ils remonteraient i if iil iblement la premiere
nouvelle de la paix. Les profits de la ngociation devaient tre partages
entre celui qui rourniflait 1 s fonds et ceux qui donnaient l'avis important
qui dteiminait l'entreprife et en afluraic le fuccs.
On s'adrelfa Necker, qui Sentit tout l'avantage du projet et fe chireea
des achats ; on lui fit part enfnite d'un ltrer oblla-le qui s'oppofait la prix,
irais l'arrive du courier Suiv nt, les affocis 'emprelTtrent de l'iiidruire
le la leve de cet obftacle et de la certitude d- !a paix. Necker, ds le
lendemain de leur premiere entrevue, av it expdi pour Londres m courier
charg d'inftructions pour fes corrcSpon lans, auxquels il marquait de ne pas
perdre un moment pour fai e des achits conlidrables de f.-nds anglais. Il
s'tait aulfi engig avec Favier et le premier commis, partager les bn-
fices ; mais ils diffrrent mettre par crit leurs conditions. On prtend
qu'ils furent en entier pour lui, et qu ils s'levrent 40 pour cent.
L'ambition commena alors balanr*r dans l'a me de Necker l'avidit. Il
Songea s lever quelque uplace de l'admin-flration ; mais -il ne po-ta pis
fes vues pour le moment ;.ar de l l'emploi de premier commis des finances.
Impatient de fortir de la clafi des banquiers il s'occupa d'acqurir une
(46) Tl n'tait pas encore mort, que des a^ens de M. de Maurepas fa'faient
chc / lui le dpouillement et l'enlevemenr de toure fa correfpondance minis-
trielle et mme royale ; Car il avait eu du roi des rponfes aux letrres qu'il
lui avait crites; il fiut ajouter que le jour d? l'anecdote de la croife, il
avait fuivi le roi dan Son cabinet et eu avec lui une premiere converftion
M. Necker, porte de fe piocurer des lenfdgnemsns fur l'tat des finances, j devant M. de Maurepas.


rputation littraiie, et la circonftancc lui oftut un fujci trajtei favorable
i |i lois et Ion ambition et au defir qu'il avait d'tie compte parmi le*
gens dt- lettres. Il dveloppa daoj l'loge de Colbeit, un grand appareil de
connaillances fuperficielles, fur le crdit public et le commerce, qui en
impola aux acadmicicM dj difpols en la faveur, pat fes prvenances
et par l'afcendant que donnent les richefles.
le difeours de Necker, crit d'un ftyle incorrect et fouvent obfcur, rempli
d'exprefiions impropres et emphatiques, fut couronn, et l'auteur d>;s"lors
commena fixer fur lui l'attention publique. Les intrigues de fa femme
auprs des grandi, us empreffemens envers les gers de lettres, concou-
rurent puilluirmitnt aulfi rpandre l'opinion du mrite de Ion mari.
La queftion de la libert du commerce des bls occupait depuis plufieurs
anoei kl efprits; elle fixa plus particulirement l'attention fous le ininiitere
de lui sot, partiln padionn d'une libert indfinie.
Un vnement extraordinaire et dont on n'a pu dcouvrir le principe ,
ajouta encore l'intrt de cette queftion. Un grand nombie de payfans
attroupt s'taient rpandus dans les environs de la capitale et julqu' Ver-
fjille'' fous le prtexte de la chert du pain tt de la raret des bls i ils
Inl'i.i.nt les nagilins ; et des hommes qui fe plaignaient de la raret des
>lts, jetaient la farine dans la rivire, ils panifiaient plutt fe promener
que le rvolter; ils fe transportaient paisiblement d'un lieu un autre, et
indiquaient d'avance leur marche. Ces mouvemens manifeftaient un principe
d'iliervefeence, qu'il tait important au gouvernement de caimer, et c c U
dan cette circonstance que Ne-.ker crut devoir faire paratre un ouvrage
fur la Itgifimtin d clairer.
Les objets de l'conomie politique n'avaient t jufques-l traits que pat
dis hommes inftruits, qui avaient plus fonge au fond des chofes qu' la
manire de les prfeoter- M- Netket crut qu'en rpandant les fleurs de l'elo-
q nco fur une quellion fi inter.-liante il fe ferait lire des gens de lettres,
dt! ns du monde et des femmes; et que celui qui aurait trouv le moyen de
les initier en quelque force la Icitnce du gouvernement, leur paratrait
l'homme le plus clair,
i
Son ouvrage d'un ftyle pompeux et otatoire, eft rempli de principes
gnraux et d'ides vaguei ; it il eft facile de s'apercevoir que l'auteur s'cll
pntr d'un crit ingnieux et profond intitul : D:alvgues fur la libert
du (otimtrce des bits, par M. l'abb Galliani | enfin, comme il cherchait
principalement Faire lenfation dans le public et Je faire lire des per
fonnes qui primaient dans la fociet, il eut foin de fciner dans l'ouvrage
quelqu propre donner l'opinion de l'on amour pour l'humanit. Il laifl la quellion
ind cil'e, aptes avoir balanc le paur et le contre, et il vita par cette conduite,
les attaques du parti auauel il M ferait trouv en butte, s'il et adopte nette-
ment une opi.iion dcide.
On fut fch en iifant cet crit, de voir un homme ne chercher qu'
montrer de l'efprit et augmenter l'incert tude fur l'objet le plus important
aune Nation agricole, et fe jouer de la queftion pour faite parade de Us
forces, tandis que l'amour du vrai tt de l'humanit prefciit tout honnte
homme le devoir imprieux de remonter aux principes et d'clairer, de
toute la lumire de fon cfprit, une route tnebreufe.
Cependant l'crit de M. Necker produifit l'effet qu'il en avait attendu; il
eut un grand fuccs, fur-tout parmi ceux qui taient oppofs Turgot, dont
on redoutait i'aufttriti.
M. N'k t attaquait indirectement l'opinion de Turgot et des conomiftes.
Son ouvrage fut vante par les gens de lettres et M. Necker commena
tre annonce comme un legill.teur en finance. I urgot fut rvolt contre un
crit dont il fentait le danger dans le s circonftances critiques o fe trou-
vaient la capitale et quelques provinces. Il fut indign de la mauvaii foi de
M. Necker, qui avait cherche auparavant gagner la bienveillance, en fei-
g ant o tre dit mme fentiment que lui; enfin, fon zle pallionn pour
l'intrt public lui -fallait voir, av-c une forte d'horreur, un homme qui ,
semblable un efeamoteur, dont la dextrit fait paratre et difparaitre une
balle, femblait fe ;ouer de l'humanit en montrant la plus importante des
ouellions, tantt fous une face, tantt fous une autre. L'n miniftre propofa
d- faire tnettl N ik.r la Baitiilei mais Tursot, quoique violemment irrit ,
fit cder fon refl.ntime.it fts inbranlables principe* de tolrance. Ce miniftre
fu: difgraci, et remplac par un homme qui ne vit dans cette grande place
qu'un moyen de Satisfaire fon got pour le- plaifir et dont on pouvait dire
avec Tacite : Hcorta tt Jct.-ninus votvtt animo tt ha principats prtmia puut.
M. Necker, qui commenait jou:r de quelque rputation, fonga pro-
fiter de la diflipation o vivait le miniftre des finances pour fe rendre n-
CclTaire. Ses liaifons avec un intrigant qui avait fu fe procurer une corref-
p^ndame direcie avec le roi le m rent porte d'attirer fur lui l'attention
du roi et du premier miniftre. Il remit au comte de Maurepas des mmoire
fur les alfiircs de la finance, dans kl'quels il exagrait les relfourccs et pr-
sentait la plus bril'ante image. Le premier miniftre amateur de nouveauts ,
gota ces moyens fans les appprofondir ; il propofa en confquence de confier
M. Necker la direction du trefor royal,, ainii que les dtails relatifs au crdit
public et aux emprunta.
La fortune rapide de Necker, fa capacit prfume d'aprs fes fuccs
perfoniuls dans la barque, firent croire au comte de Maurepas qu'il faura t
attirer au trlor royal l'argent des capitalises franais et trangers. L'inap-
plication de Clug'y aux affaires tait encore un motif dterminant de lui
aiocier un homme qui et de l'exprience dans la partie des finances la
plus intreffante pour un gouvernement, qui n'ofant fonder la profondeur
du mal, n'avait retours qu des palliatifs. Clugny vint mourir dans c-s
circonftances, et M. Necker fut adjoint fon luccelleur qui ne tarda pas
d'tre la victime de fon impatiente ambition.
Parvenu au miniftere M. Necker ne s'occupa que des moyens d'blouir
le public et dYxntcr l'enthoufafme. Il Semble s'tre p.-int lui mme dans
une phrafe de fon loge de Colbert : // fera jemhlable, dit-il, d ces hros
de thtre, que des battement de mains excitent ou dcouragent.
Prefle par cet unique et imprieux befoin de fuccs et de louanges, il
publia fon Compte rendu : et cet acte de fa vanit ambitieufe, auquel le pre-
iii! r miniftre n'eut pas la force de s'oppofer fera remarquable dans I hif-
toire. Ce f t la premire fois que l'on vit le miniftre d'un roi, rendre compre
d'autres qu'au roi de l'tat d* s finances et de les operations.il voulut prfenter
au public un tableau, fait avec art, bien allure qu'en fe foumettant ce tri-
bmul, il retuc.lleiait une ample moilio.i d'appluudiiTemcns. Bientt aprs il
47
tenta, dans l'ivreiTe du fuccs, Je fe pu'valoii Ju fumage public et afpiia
entrer au confeil.
Le pr-mier miniftre objecta M. Necker fa religion et lui propofa a'aller
la meJJ'e. M. Necker iniifta, menaa de quitter fa place, perfuad que la
crailjfepric le perdre l'emporterait lur le fcrupule que faifait natre la diffe-
icncvK religion, il fut la dupe de fa prefomption et on le laiffa fe retirer.
I ), -, ce moment, il y eut en t'rance un parti anim contre le gouvernement,
et dtermin dcrier toutes fes oprations. Les gens inftruits n'ofaient sel
contre l'opinion de ce parti dominant; ils jugeaient Necker comme la pclfe-
rit le jugera ; ils voyaient qu'il n'avait point de doctrine qu'il n avait
employ d'autre art que celui d'emprunter a tout prix, pour en impofer par
l'tat brillant du trlor royal, et fduire la multitude, enchante de voir
taire la guerre fans augmentation d'impts ; ils gmtfiaient de cette charla-
tanerie qui devait un jour aggraver les charges de l'Etat. Enfin, il tait
vident leurs yeux que Necker n'avait rendu aucuns services rels, et que
la fermentation qu'il extitait, pouvait expofer l'Etat aux plus grands dangers.
Les gens de lettres les femmes accrdites, leurs amans et la troupe
ftrvile des imitateurs, fefaient taiie le petit nombre de gens claires. C'eft
une chofe remarquable que l'enthouliafiie des femmes les plus distingues
par le rang et la beaut pour un homme d'une figure ignoble et loign
de toute galanterie par l'auftrit apparente de fes moeurs. On a vu, qt. '-
quM jours aprs fon renvoi, la duenefle de Laufun de toutes les femmes
la plus douce et lurtout la plus timide, attaquer dans un jardin public un
inconnu, quelle entendait mal parler de Necker, et fortir de fon caractre
iu po nt de lui dire des injures !
Les femmes n'ont point contribu l'lvation de Necker, et dans l'obfcu'
rite o il tait avant Son miniftere il aurait envain brigu leur appui ; la
grandeur et l'clat font neceffairts pour fu.miguer les femmes, et trompent
fouvent tt leur creur et leurs Sens. C'eft lorlque parvenu une grande
place il commena fixer les regards publics qu'il dtermina les femmes
en fa faveur. Il flattait en fecret celles qui avaient le plus d'influence fur
le fociet, et (es flitteries acquraient un nouveau prix de la fvrit de
l'on caractre. Les femmes accn ditees, qu'il lut gagner par fes louanges et
ls dfrences, attirrent les fuffrages de tous ceux qui avaient intrt de
leur plaire ; leur conlidration s'accrut rellement par l'intimit de- leur
liaifon avec un homme puilfant, et elles s'norgueilliflaient de leur afeen-
dint fur un homme fi fier de la vertu, fur cet impalfible Spartiate.
Sa difgrace fut la fois une atteinte porte leur crdit, et une in-
jure pour leur amour-propre, intrefle au foutien de leurs entoufiaftes fen-
timens.
De-' les cabales contre le gouvernement, et la fermentation des efprits
fur les objets d'administration ; le diferedit des effets publics les Etats-
Gnraux et la fbverfion de la plus floriffante monarchie.
Necker avait encore pour lui tous ceux que des mcontentemens particu-
liers rendent ennemis du gouvernement, et fon parti devenait ainfi de jour
en jour plus nombreux.
L'impritie de fleuri, fon fucceffeur, formait encore un tableau de comparaison
avantageux Netker. Le public tromp et anim par fa cabale fe planait la
vanter comme le plus grand des' adminiftrar> urs et fes crits lui attiraient
l'adrriration des trangers. Ils taient frappes de la pom >e de fon ftyle ,
touches de fes homlies en faveur de l'humanit, et ne pouvaient apprcier
les circonftances, ni vrifier les faits.
Jama:s en France les hommes en place, ou appels yparvenir n'avaient
crit fur les affaires ; leur fi'ience fut regarde comme une impuillance et
Necker fans rivaux profitait ainii de l'avantage d'tre le ieul adminiftra-
teur qui et publie des ouvrages fur l'conomie politique.
La poftrit claire et impartiale cherchera avec furprife comment un
Peuple clair a pu tre induit tn erreur, au point de regarder Necker comma
le plus grand des adminiftrateurs ; tile fera tonne que fes 0onteroporaioa
ne le foient pas demand : Quel canal a-t-il creufes? quel e branche de com-
merce a-t-il vivfiee3 quels impts ont ete abolis ou modifis? quels difices
ont t levs par lui? Il a crit de magnifiques plirafes, mais o font les
uvres ? Elle ne trouvera ni dans la capitale ni dans les provinces, ni dans
les ports aucun tablifiement utile qui confacre fa mmoiie. Ses ouvrages
renferment des ides gnrales et des projets vagues mais on n'y dcouvre
ni doctrine ni penfee profonde fur l'adminiftration ; et c'eft une chofe;
digne de remarque qu'il ne fe trou\e pas, dans trois volumes fur les fi-
nances, une feule citation de laits, ou un expol des anciennes opinions.
On voit clairement que ce miniftre fuivait l'lan de fon imagination, et
qu'il s'eft circonicrit dans la partie m irale des affaires, ejui n'exige pour
tre approfondie, que la fagatit de l'efprit, fans aucune des counaiffances
nceflares l'adminiltrateur.
C'eft dans cette feule partie que Necker, homme d'efprit, et fouvent crivain
loquent, a droit aux loges et le public fduit confondu le mrite de
l'adminiltrateur avec celui de l'crivain.
Mais ceux qui diftinguent l'un d'avec l'autre s'apperoivent qu'il n'a
connu ni l'hiftoire ni les princ pes de la finance et du commerce, ni ap-
profondi la thorie de l'impt II leur eft promptement dmontr qu'il n'a
cherch qu' faire effet fur les gens du monde, par des phrafes brillantes,
et fur le Peuple, par l'affectation de la f.nfibilit. Il rerTemble ces auteuis
qui font des pices pour les acteurs et qui runifient, parce que les roies
fe trouvent conformes aux talens de ceux qui reprefentent !a pice ; un fuc-
cs b illant, mais phmre, eft leur lcompctile et leur mrite s'vanouit
avec les acteurs.
M. Necker fut rappel au miniftere lorfque l'autorit du roi branla
n'ava:t plus la force de rfilltr aux clameurs du public, anim par les par-
tifans de ce miniftre. Il eur alors la principale part aux affaires, fous le nom
de premier miniftre des finances ; mais cette place ne fulfifait pas fon am-
b tion cette foif effrne de fuccs populaires qui caracterife Ne< k r ; il
foncea ds ce moment devenir minilire national, et parut uniquement
o cup de tarreller la multitude.
Une lettre crite en 1788 par le comte de Mirabeau prouve qu'il
ait dm' les projets de Necker et qu'il fentait le danger de l'afcendant
l'il avait fu acqurir fur le Peuple.
Nous allons voir, dit- il, ce charlatan d Necker, le roi de la ca-


4*
naille : elle feule in s du ttmrag ; er s'il fait It mftre, file fuirait pnr
tout trangler fous d direction.
M. Neck r avait form le projet de rgner fur la 'multitude et de s'le-
ver par elle il avait en consquence contre l'avis de tous les minilires,
fait prendre la refolution d'alVembler les Etats Verfailles, quatr^ieues
d'une ville immenle, o fermentaient mures les pallions. Dans la rstflBtu V
des caules qui ont concouru la deftruction de la monarchie il n eft
point cjui a, nt eu une plus directe influence que le choix de la ville de
Verfailles, et le refultat du CQBfeiL Necker avait ainfi dtermine l'afeendant
-du tiers, dont il le flattait de piofter.
Aprs avoir vu rejeter par le roi un article qu'il avait infr dans le projet de la
clbre dclaration du 13 juin 1*89 Necker oia s'abfenter de la fance
royale, et afficher ainfi fon oppolition aux fentimens du roi. Il tait vident
qu'il ne cherchait qu' plaire aux communes et qu'il frparut fa caufe
d'avec celle du roi. la cour refolut de nouveau d'loigner un miniitre que
Je parti oppofe avait foie-. le roi de rappeler auprs de lui.
Le Ptuple de Verfailles fut inflruit, par les miffa:res de Necker de ce
projet il fe traHporta tumuitueufement dans Ici cours du chteau, au
moment o ce miniitre fe rendait chez le roi. On voyait aller et venir dans
<* gaie lies les partifans de Necker ; on les voyait s'entretenir avec les
membres des communes, pour les enflammer en la faveur ; ils s'efforaient
d'nfpiret aux bons citoyens In plus vives alarmes en leur peignant le d-
l'ordre qu'entranerait le renvoi du miniitre des finances. Le monarque tut
encore oblig de cder, et de confre r dans fon conf.'il l'homme qu'il
regardait comme l'auteur des troubles et l'cnneiifl de fon autorit.
Le chemin du miniitre en fortant du cabinet du roi tait de paiTer
par les galeries ; mais il voulut profiter de l'effervefcence populaire ,
tvourcf les apphudifleinens, s'a!ur>r de l'on amendant et effrayer le roi
et la reine par le fpectacle et tranfports que d prefence devait exciter. 1'
thoulialm compofe de perfonnes de tous les rangs.
Quelqu'un furpris du chemin qu'il prenait, demanda o il allait : Cke\
iui pur le plus court, di" un homme d'efprit.
On vit en ce moment une des plus giandes dames de la cour connue
par fon ardent fanatifme pour Necker et fes cabales en fa faveur arrte
devant une des grilles du chiceau contemplant avec dlite ces mouvemens
tumultueux jouiflant du trionphe de Necker et de l'abaitTement de l'auto-
rit royale ^ et s'crier avec une orgueilleule fatistaction : on n'oftraii le
renvoyer. Le roi fupporta encore quelques jours la vue de Necker, et prit
enfin le parti de l'loigner. Le Peuple tait depuis long terni en fermenta-
tion ; une longue fuite d'evnemeus et d'exafpe rations avaient forme un
amas de matires combuftibks dont l'explofion dpendait de la plus lgre
tincelle.
Le renvoi de Neck.'r fut cette tincelle | car il eft confiant qu'il tait,
flfance de fes ralens, l'incertitude de fes vues et fon ambition. L'enthou-
iiafme et la chaleur du comte de Lally rveillrent quelques reftes de pr-
vention favorable, ranimrent les cendres d'une admiration prefque ent re
ment teinte. .Son loquence et les intrigues des pa.-tifms de Necker agirent
efficacement fur l'Aflemble et fur le Peuple, en faveur du miniitre dif-
graci.
La multitude tait difpofe et prpare de grands mouvemens. Le duc
d'Oileans et Necker furent les hros du jour. Le roi fut forc d'crire au
dernkr de revenir j l'Affemble entrane par le comte de Lally et preflee
par les mouvemens populaires, lui dpcha des courriers, et la France en
tiere fit des vux ardens pour fon prochain retour. On allait jufqu' crain-
dre qu'il ne fe refuft tant d'emprefTemens : ceux qui jugeaient mieux ,
favaient que la vanit l'emporterait fur tout autre inrrt, et fur la poli-
tique qui devait l'empcher de revenir dans un polie qu'il ne pouvait
conferver.
A peine fut-il arriv que chacun fut tonn d'avoir defir fon retour ,
l'Alfemble le vit revenir avec indiffrence le Peuple celTa dans peu de
prononcer fon nom et les orateurs du parti populaire dclamrent avec im-
punit contre cette idole vermoulue.
Il ftlt attaqu dans les journaux ; fon adminifiration fon caractre fa
fierfor.ne y furent peints fous les plus noires couleurs. Il tacha vainement de
ouvoyer au fort de l'orale ; fans reffource dans l'efprit, fans caractre poli-
tique, il ne fut tre ni l'homme du Peuple ni l'homme du roi.
Le tems tait venu o dts paroles dcevantes ne pouvaient plus tenir
lieu de ralits ; le tems de la foi aveugle tait parte et l'Affemble exi-
geait des uvres $ elle fonda l'abme du dficit, et demanda des relTburces
au miniftre.
L'Affemble reconnut dans peu que le miniftre des finances avait emprunt
tout prix et que le d. fieit tait le produit de fes emprunts onreux, combins
fans lumires aux dpens des races futures.
Preflee par les befoins du moment, l'Aflemble s'adrefla lui pour ob-
tenir des 1.cours ; le miniftre crivit des phrafes magnifiques parla de fes
fentimens et finit par propofer de continuer la fcfpenfion du paiement des
billets de la cailTe d'efeoinpte. Les befoins augmentrent j on s'adrefla en-
core au gnie tuth're de la Nation, et il propofa une nouvelle cration de
billets de la caiffe d'efeompte.
Il tait vident, que le moins inftruit en finances parmi les membres de
l'Aflemble aurait trouv les mmes reflources. En horreur alors au roi
et la reine pour qui fa prefence tait un fupplice accabl de dgots
par l'Affemble et merac par le Peuple, l'ambition le foutint quelque tems
et lui fit fupporter le mpris et la hune. Mais enfin la crainte triompha de
tout autre fentimenr ; il q itta le miniftere fans faire la plus lgre fenfation ,
et emportant le mpris de tous les partis.
Le roi, la noblefle, le clerg avaient galement fe plaindre de fa d-
fection de fon peu de moyens, de fon orgueil et de l'incertitude de
fes ides.
Les amis de b royaut voyaient dans fon adminiltration les principes des
dfordm et dans fa conduite depuis fon premier rappel, la caufe arri -,
immdiate de la dgradat'on du monarque de l'erhuion du fang et de l'anar-
chie. V:< ker avait infift pour que les Ltats tufient tenus Pa-is, malgr les plu
v'ms reprefentations du parti royal ; et dans le mme tems, il avaittamas
ble autour de Pari', quinze miile ouvriers manuvres et artifans de tout
genre dnues de tout moyen de fubfifter, runis lans les fauxbourgs et les
environs. Ces hommes dpravs par l'oifivet irrits par la mifere, taient
prts tout entreprend e pour le miniftre des finances, dont ils recevaient une
put journalire. Il avait dtermin l'Aflemble laitier ouvertes les tribunes,
et n'avait nglig aucun des moyens propres enflammer le Peuple. Il s'tait
abfent de ia feance rovale aprs avoir rdig une iniidieufe dclaraion;
il avait fans y tre appel par f place opin contre le veto abfolu ; enfin
il tait vident que fa conduite avait eu pour objet, d'obtenir un miniftere
indpendant de la volont du roi.
Ce qu'il y eut d'tonnant, c'eft que bientt aprs, le parti populaire qui
fe crut jou fon tour par ce miniftre ne lui fut aucun gr de tout ce qu'il
avait fait pour amener la rvolution.
Necker fe retira dans une terre en Suifle, et l fans efpoir fond de re-
monter fur la feene du monde et croyant toujours qu'on eft occup de lui,
il reflemble ces hommes mutils, qui prouvent encore de s douleurs dans
les membres qu'ils n'ont plus. Ne pouvant fe rfoudre refter ignor il
compofa d^s ouvrages, pour avoir le plailir de parler de lui, d'entretenir le
public de fes fentimens et de fon adminilhaiion.
Lorsqu'il devait entrer pour la premicre fois au miniftere on fut alarm
d'abord de voir un proteftant charg d'une partie aufli eflenticlie de l'admi-
niltration et la fecte des econorniftes employa fort mal fes moyens pour
affaiblir l'illulion que fefait alors cet heureux parvenu. Deux des coryphes
de la la fecte gmiifaient fous la tyrannie d'une lettre de cachet. M. Nteker
fe prefla de la faire lever comme fon retour de Suifle au mois de juillet
1789 il eft accouru l'htel de-ville follititer la libert du baron de Btfen-
val j mais quelque tems aprs il ne traita pas avec la mme indulgence un
M. Pliflry qui avais attaque fes opra ions, dans un ouvrage intitule le
Caf politique d'Amfterjjm. Cette prt, iere fvrit r^frodit l'admiration,
dj un peu calme par la faveur exagre que le directeur des finances ac-
cordait la loterie royale. On s'attendait voir ui plan vafte raifonnt'i et
M. Lineuet, qui crivait alors fes Annales politiques, dfait vec une ironie
maligne : M. Neckjr tranfport fur un thtre orageux, tra aille fans
doute raliler les grandes vues dont la fuppofition a motiv le choix qui l'y
a lev.

Ces grandes vues confifterent fupprimer les charges (4-) d'intendans des
finances et rtablir la compagnie des lnd-s dont il tait un des principaux
actionnaires, cette compagnie dont l'Aflembe nationale vient de prononcer
la deftruction au grand contentement de tous les bons citoyens fi elle avait
renvoy l'excution de fon dcret deux ans.
Le lent fecret de M. Nteker a t de faire croire qu'il en avait un et
que l'on verrait fucceflivement clorre des plans reftaurateurs. II crait de
nouvelles rentes : l'espoir que ces reflources prparatoires conduiraient un
plan fixe fefait que les emprunts taient auffitt rempl s que forms et les
condifous onreufes pour l'Etat n'ayant t-Sreconnues telles mie dix ans aprs,
tavorifaient la cupidit des piteurs et les opritions du miniftre. On a fait
le parallle de celles de M. de Calonne et des fiennes et l'on a trouve que
M. Necker, conome, excellent comptable vertueux &C. avait rellement
plus cot la Nation que M. di Calonne prodigue diftipateur et l'amant
du fexe entier. Pourquoi M. Necker a-t-il eu ce dfavantage ? C'eft qu'en
ouvrant des emprunts, il fefait auffi des rembourfemens. Cette manuvre
furprenante examine jug -e par les gens d'affaires, lut enleva I. co. fiance.
Pour la rappeler, il fallut un appt. Il ne fe trouva que dans de gros int-
rts. Ceux qui s'y la flVrenr prendre favaient bien que l'homme d'Etat ne
fe foutiendrait pas avec leurs fecours ; mais que le banquier force de ?
couvremens pouvait les faire durer quelques annes. C'en tait allez puur
leur aflurcr de gr s bnfices et les engager infpirer une confiance que
leur intrt les obligeait de rpandre.
D'ailleurs ils donnaient un clat extraordinaire de Amples oprations de
banque ou plutt de comptabilit Tel fut l'aat du confeil d'Etat du 18
octobre I7"?8, rortant itablijftment d'un nouvel o'dre pour tou'ts les cuijjes it
dpenfe. Cette difpofition trs-fage obti t un applaudiflement gnra! et valut
au miniftre autant de louanges que fi c'et t le travail d'un homme
d'Etat.
Aux fuppreffions des places Verfailles, il joignit l'amlioration des hpi-
taux et d'utiles changemens dans les prifons fe flattant que les bndictions
de la multitude toufferaient le cri des victimes qui tombaient fous le couteiu
de la rforme. Et comme ces oprations partielles furent revtues de toutes
les formes oftentatieufes le public s'y lailTa prendre et les potes efpece
complaifante qui va toujours chantant, les potes, dis-je, s'crirent :

On vous damne comme hrtique ;
On vous damne bien aurt-m ne
Pour votre plan conomique ,
De zle immort-. I monument.
Mais ne perdez pas l'efperance,
Allez toujours votre but :
En rformant notre finance ,
Pourrait-on manquer fon falut
Quand on fait celui de la France ?
Ce fut dans les mmes vues, que M. Necker engagea le roi fonder un
prix annuel en faveur des nouveaux tabltiremens du commerce et de l'in-
duftrie. Ces petits moyens va'aient beaucoup de louanges leur inventeur, et
Fort peu d'avantage au royaume ? encore ces louanges taient ell's compenses
par des pamph'ets amers et prefque Toujours accueillis parce que ce mi*
n'ftre qui ne montrait aucun vice tait couvert de toute efpece de ridicules.
Il affectait d'carter les grands, et courait aprs les difthctions qui les d-
corent } il affectait l'infenfibilit la gloire, et mettait les favans de fon cot
par des dons l'acadmie. Peut-tre aufli voulait il former un corps d'auxi-
liaire* pour foutenir la petite guerre contre une multitude d'cri. ains finan-
(47) Annales politiques, civiles tomeII, page 75 dition de Londres,
'777-
ciers .


F
49
cias.qui attaqu-rcnt fueccfiivement toutes fef oprations. On ne pouvait n'acceptait ce pofte que jufqu' que les yeux du roi fufllnt tombs fur un
rentier Surtout quelque efljme un ouvrage intitul : Tableau comparatif de ce
pi s'eji pujfe m i-i6, 1717, 1718, 1713 et 1713, et de ce qui s't/l pajfc en
177 1777> '778. '773. 78o.
Nous ne fuivrons point les auteurs de ces difeuffions dans la carrire pol-
mique ; et nous nous bornerons quelques remarques impartiales. M. Ntcker
it point ConCU le hardi defiein de rgnier la Franc* ; il n'avait point
tjTiS la proiperM future fur un plan gnral qu'il (allait faire excuter ou
prir. Il imaginait qu'un ordre plus rigoureux dans la comptabilit qu'une
uiaftheplusconomiqtu Suffirait pour reparer les maux; que- (a vertu et fes
fuc< I dans fil affaires pi rfonm lies en impoferaient la multitude, et ral-
lieraient autour de lui tous les honnt s g. us. Loin de calculer que dans aucun
pays ils ne forment point le plus grand nombre, il ne Souponna pas mme que
ces honntes gens font toujours difpofl croire ou-- les remdes violent
loi.t les plus mauvais, : ne le prte, t que bien tard a la nceiTit des retran-
che 11s Subits. En qm i confinrent donc les reffources du miniftre ? Supprelfion
d charges qu'il ne remboursa pas i emprunt dont l'intrt tait excellir | op-
rations de banque ruiucules pour l'Etat i rforme partit.Ile dont les provinces
M retirrent aucun.: utilit. ; l'agriculture abandonne aux mains dvorantes
du file ; le comttu rce fa ni libert et fans encouragement ; les impts onreux
et accibla s fubfllant dans toute le Ut force, et jamais une ide mre qui
promit la ceffation de tous ces flaux. Ces faits font consignes dans les ou*
d^ M. Bourboulon dans la lettre du prtendu marquis de Caraccioli,
dans leiobl ivatiors de M. de (Jalonne et furtout dans les mmoires d-
monftratifs ds M. l'anchaud.
Mais tous ces faits prouvent feulement que la Nation s'tait enthoufiafme
avec excs des lalens de cet euanger.
On lui reproche des ru Se s continuelles, des demi-confidences, des partis in-
dtermins des mnagement in fi lieux, des difeours apologtiques de fcs taltns.
Quant l'poque du retour ( le JO juillet 17S9 ) c eft une nullit complette
de toute elpflce de moyens, ini que plufieuis membres de rAflemblee na-
tionale l'o t articul. QM reftera-t-il donc de cet admnift.atcur ? un certain
p nclnnt l'conomie. Mais cimme, ma'gr ce pencha, t, il y a eu dans
u:ie anne de fon niiniilere piur Mil cents millions 'ordonnances de comp-
tint (4V) imagines pou' voiler une infinit de dpendes qu'on aurait eu honte
d'avouer, nous ne voyons plus la diffrence qui le trouve entre un miniihe
conome et un ininiftre dprdateur.
Il relie parler de fa perfor.ne, ee aprs avoir peint le miniftre nlTembler
qu.lqucs traits d.- fon caractre propres faire connat.e l'homme.
Son phyfique prfente des f rmes dures; fa phyfinnomie offre l'il ob-
fervateur l'inlenlibiiit. A travers la referve con rainte de fon maintien il eft facile le
deviner une violente agitation intrieure. On lui reprochait de multiplier
l'excs les rvrences
Li domination perptuelle d'un objet, qui ne permet aucune dift action ,
eft un dis principes de la folie ; et l'efprit de Necker en a prouv quelques
atteintes. lia t pendant deux annes entires, incapable d'aucune attention
et accable de vapeurs qui oftufqiaient fa raifon. Il eut enfuite une faim canine
qui l'obligeait de manger toute heure, et c eft de-l qu'il a contract l'habi-
tude de tenir fes mains dans les poches de fa vefte o" il femble chercher
oue'.que chofe. Sa femme, confidente force du d l'ordre de les ides et
fortement intrelfe en drober la connaiffance au public a 1 rodigu les
foins fon poux dans le tems de l'altration de fon efprit et s'tft par la
acquis fur lui le plus grand afeendant. Ncckcr s'exprime avec difficult et elt
enti. rement dnu du talent de la parole j cependant il a beaucoup d'e-fprir,
tt un recueil, qui coiitie d ait des penfess ihoiiies avec difeerrement dans
fes ouv.ages, formerait un excellent livre.
choix plus heure-x.
Cet intrim dura cependant deux annes : ou M. Fleury trouva qu'on pouvait
trs bien fe p..fler de connaifiance-s dans cette place, ou il Sacrifia la lune
au plaifir de reprsenter dans un des polies qui flattait le plus l'ambition des
Franais.
Suivant !a route trace par fes prcdccileurs, il fe mit emprunter; et
pour ne pas y revenir fi fouvent, il invita la Nation lui porter deux cents
millions avec lelouels il pourrait administrer fon aife. Comme la tomme
tait in peu forte il donna la facilit d acqurir fon papier, moiti en argent,
moiti en anciens conuats.
Les frondeurs ne manqurent pas de critiquer l'opration; mais comme il
en refuirait que le prteur plaait fon argent fix tt trois quarts pour cent,
il fe prfenta paflablement d acqureurs. M. de Fleury tait par lui mme alfez
mauvais charlatan ; nourri dans le barreau, il n'oubliait jamais les tonnes,
mais il avait un premier commis qui lupplait tout, et qui avait une de
ces confcicncet financires de l'ancien tems.
Un nom trs-connu dans la robe et auquel on attache toujours des ides
de probit un ge allez avance aller d'conomie, firent qu'on n'exigea rien
de M. de Fleur/ et lui de fon ct ne fongea feulement pas former un
plan ; il vcut, comme on dit vulgairement, au jour le |our, fe rendit utile
a fa famille, n'oublia p s tout ce qui l'ento rait, n'eut point allez de m-
rite pour avoir d s ahoyeurs ni allez d'inc pacit pour que les relforts de
la mac h ne s'arrtaffent.
Cependant, un an aprs fon entre dans le miniftere malgr les prtendus
dix millions qui, le'.on le Compte rendu, ixcdaieut la d.peiile, il fallut cher-
cher un remde aux depenfes exe. Ifives. On imagina un grand comit o fe
traiteraient les gunds projeta de finance. Le cou.te de Vcrgeiin~s, le garde
des Sceaux Mhonulnil et le contilur-genral iktny, devaient les enfant r;
pour ne pas les trou 1 r dans leurs accouchera*.M laborieux on cra un petit
comit pour Us oprations journalires. 11 fut ompofe de Bourgade, entre-
preneur des vivres; de l.eclerc, premier commis des finances, trs-ruf;
d Harvelay, garde palif du trfor royal, et de Dutue agent trs-actif du
mme trelor.
Cette double cration ne produift rien. De tems en tems M. de Fleury,
qui avait commenc par fe donner pour inutile, s'imaginait tre devenu n-
ccllaiie, et demandait fi dniilTion ; d'autres ont cru qu'il tait bout de
t Dta 1Ipece de moyens, et qu'il prfra une retra te loliicite un renvoi
facile prtvoir. il fut remplac par M. d'OrmelTon.
M. D'O R M E S S O N,
I Nomm Convoieur-Qnral des finances h la fin de mars 1785.
II tait jtire, et vraif-mblablement fans l'exprience qu'exige une place
aulli importante. M. Necker avjit r.-form les iniendans des finances, dont
M. d'O miflon 'ait un. S ..-s murs, fon intgrit, l'on application, lui va-
lu ent c.tte place dont il aurait parfaitement rempli la moiti; c'tlt--dre ,
le conten iriix mais les affaitts demandaient un homme de gnie qui connt
les i.efiins d'un grand royaume, et fur tout les rflources qu'il peut
avoir. (W
On s'aperut que M. d'OrmelTon, qui n'avait que du zle de la fermet
et du patriotifme, ne rfifterait pas une cabale qui ni trait ces qualits an
rang des plus grands dfauts qur pt avoir un minillre des finances. On lui
fuftitait un rival auqu 1 perfonne ne pouvait refuft-r d.s talens et infiniment
u'efprit. M. de Calonnc tait ce rival, qui reut le porte-feuille de M. d Or-
me flon, le j novuiibie 1783.
Ses ennemis ont prtendu que Thomas avait COmpofl une partie de fes
ouvrages; et ceux qui ont ha fard un pareil jugement ont plus confult leur
palfion que les lumi-.res d'un efprit exerc. Les beaux morceaux rpandus
dans les ouvrages de N'viter, font au-deffus de ce que Thomas a fait de
mieux. Comme la nature sft ingiledans ft-s dons, elfe a retuf Necker
1; talent des affaires; il le tentait et avait foin de fe circonlcrire dans des
principes gnraux, d'abrger la convention, et ne renvoyer promptement
a f-s lub.dtcrnes pour un.- difcuflSon approfondie. Il tait dijtraii froid et
r f.rv dans la converfation ddaigneux, et quelquefois moqueur dans fes
audiences; et la plupart de ceux qui avaient affiire ni, prouvaient un
froifTm.'nt fenfible dans leur amour-propre qui dgnrait promprement en
haine. Mais il avait d'au rc-s manires avec ceux que leur influence dans le
monde l'engaget mnager ; et l'a t qu'il employait dans ces circonftanccs,
a t un de les plus efficaces moyens pour enflammer les 'tes et fe p-ocurer
claircilTait; le fecict
M. DE CALONNE.
M. Necker, qui Soupirait dans la retraite aprs un rappel q"e fes amis lui
promettaient comme certain s'e tait confole en voyant fa place occupe par
d:s hommes qui ne pouvaient que le faire regretter; mais lorfqu'rl en vit
un qui pouvait le faire oui lier il eut un redoublement de regrets, ir lts
amis un n uvel accs de zle. On relfuicita contre M. de Calonne l'ancienne
commiflion de Bretagne, et l'affaire furtout de M. de la Chalotais, qui en
tait L pr ne pal objet. On ne manqua pas d'exagrer le got du plaifir in-
conci iabln avec les fonctions ministrielles ; mais fa plaant au-d.flus des
propos et fur-tout de fes ennemis ce fut par des oprations bien combines
qu'il rfolut de leur repondre : examinons comment il y rullit.
Lorfqu'il pa-ut la chambre des comptes, il apprh=nlait quelques difa-
grmens comme tant entach par qu lques corps de magiftrature. O 1 l'y
reut au contraire, comme le reftaurateur des finances. Da'* le monde, on
lui fut g- de l'expulfton du fieur Coffer, aceuf d'avoir profit e l'inexp-
rience de M. d'Ormition ; on lui fut plus de gr encore d'avoir banni des
bureaux un fieur Hamelin couvrant fa mauvaife rputation de la protection
de- M. Necker, qui, dans cette occafion, donnait trop de prix aux talens
ient Vu des grandes d?mes 0.1 des hommes Vmir.ens par' Lur 'rang, ou I t. "^.P;" ? Ia vert,u' M' .de Calonne aurit d peut-tre s'armer ce la
ifidrables par leur innVnce et peu inilruites des affaires, alors il en j ^me fevente contre les act.omia.res de la caiffe defeompte qu il accueillie
dldo itte putiians. Le front de cet homme au':ere s'ec
de cet homme fi froid, fi rlorv, Semblait s'chapper de Ses lvres, preiT.
par les lenrimens de fon cur. Les flatteries les plus outres paraillaunt lui
tre arraches par l'irrfillible impulfion de la ver t. Des railleries amer.s et
de fuies plailanteries taient rpandues par cet homme tuitere fur Us enne
mis des perfonnr-s qu'il accueillait avec tant d'art; et comme ces perfores
tai
conlidera i par leur intiu-nce et pe
parlait devant elles avec :flurance e: il ne lui etr.it pas difficile de leur en
impolr. Ci s peifonnes Sortait n: de chez Neck r, merveilles de Son
favoir, enchantes de fon efprit et flattes de fa confia c;. En voyant un jour
le prince de Poix entrer dans fon fa Ion, Necker s'avance vers lui et s'crie
avec tranfport : Quand je vois M. le prince de Poix, il me femble voir le bien ,
ftilic perfoitmifii. j
Tel /tait fon langage avec les hommes qui pouvaient le fervir. On a cit
d'autres traits pour prouver qu'il tait loin d'avoir pour les hommes qu'il
n'avait pas intrt de mnager, pour les victimes de fes rformes financires,
les gr.rds mme de l'humanit.
M. J O L Y DE F L E o R Y,
Nomm Contrleur-Gnral en ij8l.
Lorgne ce crnfeiller d'Etat fut appel au timon des finances il dclara,
avec autant de modtllie que de vrit qu'il n'y entendait rien et qu'il
(48/ Voyez / /ivre rouge, page \.
d'anord avec fchertfle, et combla enfuite d'une bi.nveillance trop marque.
Il montra plus d'adrele encore dans une affaire qui concernait la Bretagne.
Il s'agiflait de fupprimer fes Etats, et de les transformer en Ample gn-
ralit. M. de Calonne para le coup i et dans p ufieurs entretiens avec M. le
comte de la Vi |a:s prfi lent de la noble (Te il vint bout de lui p rfuader
que MM. de la Chalotais mme n'av.'ient pas i le plaindre de lui (49). il
(40) AulTi, dans une chanfon qu'on fit fur lui, diWngua-t-on ce couplet :
O Franais, mes bons amis !
Trop aimables tourdis ,
Jadis dans votre dlire ,
Ce Calonne qu'on admire ,
N'tait, nu foi, propre rien.
Eh bien !
Eh bienl
B'niflz votre deftin !
Tout, jjfqu' la genre bretonne,:
Aime Calonne


employait bien plus d'habilet encore avec les gens de la cour} aufli, trois
n on tf il ii entre au contrle gnral, obtint-il le caractre de minillre,
et prit il place au conieil. Cette faveur lui tait d'autant plus reccilaire,
qu le parlement de I aris ne paru teait pas l'enthoufiafme qu'il av.dt infpire ,
puifiju il tait queflion d'expulftr l'abb Sabbatier ,
raflait pour l'explorateur de M. de (Jalonne.
uniquement parce qu'il
Au premier dit d'emprunt que nceflita l'tat des finances M. de Calonne
obf iv; au premier pre fuient, que cette opration devait fourbir d'autant moins
ffieuh l a l'-nr< giflrement, qu'elle n'tait qu'un revirement de l'emprunt
de deux cent! millions t nte par M. de Fleury, et ferm cent. M. Lef.-bvre
<< A icourt, grand ambitieux et per:t intrigant, ainfi que d'autres membres

  • l'apercui de la malveillance de ce corps defpotique qu'on vient heureufement
    ti'anantir, relativement l'adminiftration.
    Indpendamment de ces ennemis puiflam, il avait aufli fe dlier des fefeurs
    de projets accrdits et foutenus par des cabales fecretes : tel tait le comte
    de l.amerville. Malheureufement M. de Calonne ne fut pas toujours aufli inac-
    cefiible i cette elpece de gens bien plus dangereux pour Us minires que
    leurs ennemis les plus achair.es.
    Il tait au-deflous de fa place d'envoyer le (eur Blton dans les environs
    de P..ris cli- 'cher avec fes yeux ce qui fe paffait dans les entrailles de la
    terre > et quoique ce naturalise d'une nouvelle elnece rut accompagn d'un
    mdecin trs-perfiialf, un minillre aurait d fe rdlouvenir qu'il faut fe dlier
    fur-tout de l'erthoufiafme de* gens d'tfprir. Une pareille crdu it tait com-
    penfe par la protection accorde M. d'Aubenton qui s'efforait de d-
    montrer 'a poflibilit d'amliorer les laines de France, au point de fupplei
    aux laines trangres dans nos manufactures de drap fi:i, et fur-tout par l'inf
    pectiofl des halles aux grains, aux farines ; des fruits des lgumes, des
    boiffo.is, des draps, des toiles, objets importans pour le commerce, qui lui
    a, pour toutes ces parties, de viitables ooligations.
    Mais on ne fait par quelle fatalit ct d'une opration utile, fe trou-
    vait prefque toujours une entreprife hafarde. Dans le mme moment, il
    accorda aux fermiers gnraux cette inutile muraille qui entoure Paris, et
    ces fomptueufes et ridicules barrires delfines en faire un des orneflMm.
    On ne fouponnait le minillre d'aucun intrt perfonnel dans cetre condef-
    cendance pour la ferme-gnrale : les pigrammes, qui ne font rien en elles
    meues, jettent qudqiefois du jour lu l'hiftoire. On rptait alors ces
    quatre vcis :
    Nargue d'hier, vive aujourd'hui ,
    Fi de Neckcr, honneur Calonne ,
    A droite il prend, gain lie il donne }
    L'honnte homme, il n'a rien pour lui !
    M. de Calonne accordait une protection ouverte i M. Panchaud homme
    de gnie, auquel les envieux reprochaient des malheurs particuliers, et que
    les gens impartiaux tenaient pour un vritable homme d'Etat. le mi iuV
    n'eut qu'un tort, c'eft de n'avoir pas eu une confiance plus aveugle dans l'hommi
    le moins propre faire fa fortune perfonuelle, et le plus capable de faire
    la gloire d'un Etat. m
    Il n'y avait pas encore un an et demi qu'il remplirait le miniftere des
    finances, que les pamphlets commencrent. .e premier fut un arrt du conjd,
    d'Etat du roi en faveur du dernier emprunt. Ce n'tait qu'un prtexte de dire
    des injures au minittre. Le roi s'tant fait reprfenter en fon confeil que
    pendant pus de quinze mois le trfor royal a t en proie la cupidit d<
    deux hommes, dont l'un y a dilapid plus de quatre-vingt millions, et l'an
    tre, joueur fallacieux dans les fonds publics, fois fois banqueroutier,
    et ut charg par le premier de fa direction des finances et du jeu des
    fonds, &c. &c.
    Ces fortes de plaifanteries font i peu prs fres d'un accueil favorable d<
    la part des Parifiens qui par-deffus tout aimaient rire avant lu rvolution
    M. de Calonne en fut bien veng par les Etats de Bretagne, qui dnonc-
    rent l'Affemble un autre ouvrage entirement dirig co tre fon adminif
    tration;et un fpectacle non moins (ingulier et non moins incroyab.e, ce fu
    de voir M. de Caradeuc dnoncer au parlement le mme livre.
    Laudantur ubi non [uni, cruciantur ubi funt.
    Car Paris on s'efforait de prouver que dans quinze mois le dcrit s'ta-
    lev cinquante-fept milho s (jo). Cette diatribe violente n'affectait pa-
    pli s le minillre que les c< uplets, les vaudevilles et les reproches qui fe multi-
    pliaient contre la nouvelle (ci) cration d'offices des payeurs de rentes, fur-
    tout contre le retabliffement de la compagnie des Indes, et autres opration*
    juges tout aufli dt-(labis. Prefque tous ces libelles roulaient fur la facilir
    du contrleur-gnral prendre pour cooprmes des gens quivoques, 01
    du moins donc la rputation tait telle. Ce qui flait fouponner que ces crit'
    clandeftins fe fabriquaient chez des gens d'un cerrain ordre c'eft que tout.
    la vigilance de la police confie alors M. Lenoir, n'en pouvait dcouvr-
    es auteurs ; et quoiqu'il ne ft pas vindicatif, il aurait cependant trouv U
    moyen de para'y'.r ces plumes audacieufes, ou du moins d'en adoucir k
    venin ; elles taient moins animes contre lui que contre certains perfonnages
    rputs fes cratures.
    Une opration qui lui cota prefque fa gloire, fut la refonte des louis .
    et il faut avouer qu'elle eft mal exeufe jufque dans fes propres ouvrages.
    On fait quel parti fes ennemis ont tir de cette erreur miniliriclle. Le
    prambules de fes dits taient beaucoup plus fduifans, et s'ils ne i
    pa< fes adverfaires, du moins parvciiaieiit-ils entretenir le crdit un degr
    trs-extraordinaire.
    C n'tft pas dans un ouvrage tel que celui ci qu'on peut fuivre le fil de
    toutes 'es oprations de M. de Calonne. L'examen en a t fait plufieurs fois j
    et prefque toujours fon dsavantage. On ne peut le juflifier, ni fur la
    cration des charges, ni fur la protection fecrette accorde l'agiotage, ni
    (co) Lettre de M. de Leflart i Madame Necker.
    (ji) Bulletin du contrle-gnral, en date du 19mars 17S;.
    fur les fecours prodiguas ceux qui dirigeaient la place, ni fur les anri.
    cipations,ni fur les changes, ni lut la docilit aux volonts fuprieures
    :ii fur le choix de fes agtns, ni fut fon got outr pour le plaifir.ni mt
    le defordre de fon travail, ni fur l'oubli volontaiie du mrite, ni fur l'he.
    reufe illufton dont il berait fon matre, ni fur l'incroyable lgret qui pr-
    lidait ces dcifioDS, ni fur les facrifices qui payaient les mitions du
    moment j mais on doit aufli obfetver qu'il eut en la faveur le fuffrage du
    fage Yergennes ; qu'il a mepr'f pour lui une fortune folide i qu'il a trouv
    le lcret de faire payer les rentes, les gages les traitemens ; qu'il a fourni
    aux dpenfes d'une des plus grandes entreptifes de ce fiecle (j 2) i qu'il j
    convoqu l'Allen blte des notables, fi utile en ce qu'elle a du moins d.
    couvert nos malheurs et les profonds al-ymcs de notre fituation. Si 0%
    l'envifage comme contrleur-gnral, il a plus dpenf que fes predcefTeur
    et que ceux qui l'ont fuivi ; mais aufli a-t-i! fait davantage et fur tout il 1
    paye les dettes de la guerre, article qui doit entrer dans une grande crui-
    penfation.
    Ses ennemis ne difeonviendront pas un jour que l'Affemble nationale a
    confirme indirect"".au plulieursde fes projtts. Ma s aucun homme, de quelque
    autorit qu'il ft revtu, pouvait feulement concevoir tout ce qu'elle
    excut.
    LE CARDINAL DE BRIENNE.
    Il y a deux cents ans qu'un lomnie, hemme de la plus baffe extne-
    tii ti fit foitune et parvint tre lecrtaiie d'Ltat dans un teins o ces
    places n'avaient pas l'clat it l'autorit dont on a vu en polf ifion ceux qui les
    ont exercs depuis M. de Louvois. Un de fes enfans poufa une fille de l'illuilri
    mailon de Brienne, et en prit le nom. Cette famille a produit tioisou cjuatre
    fecrtaires d'Ktat dont l'un qui a vcu fous Henri IV, louis X U et
    Louis XIV a fait imprim r des mmoires qui prouvent q el point Irur
    auteur tait inepte et born. Les Brienne n taient poinr au rang de ceui
    qu'on appelait des gens de qualit mais n'taient cependant pas la s conven-
    tion; ils obtinrent des regimens, des vchs, et tenaient a plueuis grandes
    familles par des alliances.
    L'abb de Brifnne, dont il eft ira qneftion s'affilia dans fa jeuneffe im
    Eocyclopdiftei, qui furent flattes de compter parmi eux un ieune abb qai
    tenait la cour et qui pouvait faire un grand chemin dans l'glil. L.'i*m
    de Boifgelin aujourd'hui archevquj d'Aix et Turgot alors abb et prieur
    de Soibonne raient lis avec l'abbe de Brienne et fui virent le mme chemin.
    Mais le defir d'une rputation guidait l'abb de Brienne, et Turbot tait
    entran par la conviction de la fuperiorite des conomies fur ceux de l'an-
    cien rgime.
    Les trois amis fe livrrent galement aux conomies et firent le ut fuite une
    fortune d'efprit.
    L'abb de Biienne gagna h confiance de l'vque d'Orlans minift e e:-
    cleiiaftiejue qui voulait fe dil'inguer de Boyer, vque de Mirepoix, fon
    pr-'d 'Celfeur. Cet homme, lait pour tre, tout au plus directeur d'un (i-
    minaire n avait long mettre dans U-s grandes places que des c.iffardsetdes
    gens protges par les cabales dvotes. L'vque d'Orlans imagina pour
    s'attirer l'cftime d s focits dominantes, de propoir au roi des leunrsgens
    agrables aux femmes annonces par quelque rputation d'efprit. D'aprs ces
    ides il fit l'abb de Brienne vque, et ennuie archevque de Touloufe.
    Dans c.tte pla^e le jeune prlat chercha fe diitim uer pour fon application
    aux affaires de la province, et il acquit la rputation d'un prlat a lnuniltra-
    teiir. Il voulut par la fuite (imprimer beaucoup de maisons rgulires, et
    fut appel im.timuine ; enfin, on le mit la tte d'une commidion relative!
    cet obje t.
    L'archevque fongea dslors i fe frayer la route au mim'lbre et une
    circoi.(lance lingtiFce et favorable donna fon ambition la p'us grande ac-
    tivit en lui offrant la perfpective du fuccs L'vque d Orlans lut charg
    j-ar le duc de Choifcul, de choifir un ecc'-'fi Hic,ne qui et des mtruis et
    U l'inftruction pour tre initituteur de Marie Antoinette d'Autriche. L're*
    eiue eut recours l'archevuue d< Toulrule qui jeia les yeux ur l'abb
    rie \ermont, employ la bibliothenie du collge Mzarin. Cet abb fut
    envoy V-enne, ^li il enfeigna a lire et a crre, le catchifme et les
    orincipes de la langue fra ai e la jeune archiducheffe. Il eut loin de fe
    -endre agrable dans fes leons cette princefle dont il gagna la confiance.
    Nomm fon 1-cteur lorfqu'clle fut reine de France, i con'etva auprs de
    - tte princefle l'accs le plus intime et il eut fur fon efprit le crdit que
    donne fur-tout auprs des princes, une ancienne habitude. Il crivait toutes
    les lettres de la reine, l'inftruifait de tout ce qu'il pouvait lui tre utile de
    lavoir et ne manquait pas('e louer, le plus adroitement qu'il lui tait poliible,
    fon protecteur, l'a chevque de Touloufe, et de parler fur-tout de les talens
    pour 1 adminiftration.
    Cet abb de Vermont aurait pu jouer un bien plus grand rle, s'il avait eu
    le l'ambition ; les Dubois, les Alberoni n'onr point eu des commence mens
    li favorables et des occalions aulli decifiv.s. Il fe contenta de jouir de fa
    faveur obfcurment, (ans exciter l'envie et fe refufantaux eiiiprelTemtns des
    courtifans, il fe borna des focits fubaltern.s.
    Pendant quinze ans il parla fans c le roi avait des prejujs qui lempch lent d'appeler au minillcre un ceci,
    tique : il s'en expliqua plufi-urs (ois d'une manire pofitive. L'archevque de
    Touloufe ne perdit point couiae ; rong de dartres menace de pht!
    crachant le fang i' s'occupait fans celfe et d'affaires et d'intrigues et fe
    mlait de toutes les petites querelles domefliques er intrieures. H fut plu-
    fieurs fois apj-el pour dlibrer fur une intrigue ainoureufe, et dcider li
    une femme garderait fon amant ou t n prendrait un autre. Il tait d.ns toutes
    les confidences et quatre ou cinq femmes du premier rang n'entreprenaient
    ien fans le confulter : // fout en put 1er a l'archevque de Touloufe tait leur
    perptue] refrein, dans toutes les circonftances intrelfantes.
    Il n'allait que rarement dans fon archevch; mais dans les fjours qii'iljr
    faifait; il s'appliquait faire quelque enofe de marqipnt pour l'utilit publique,
    et cherchait plus l'clat que la folidit. Il rpandait des charits, qu'il avait
    foin de ne pas rendre fecrettes ; il faifait d-s man lemens, des circulaire!
    aux curs de fon diocefe; et quand les chos d; la pr-vi ice ivtient rpt
    fes loges qu'ils avaient perc jufques dans la capitale, ii y revenait jouir de
    fa renomme.
    (j2) Le port de Cherbourg.


    A la tenue des Etats de Languedoc, il fe diittattiiit p" li clart de fs
    rapports; il avait le mme fuccs l'alfemble du clerg. Plufieurs dans ce
    coips avaient plus de ni,iterel, d'ioquence et d'inltruction | mais il avait
    p>iur lui le fuffrage des focits dominantes, qui en impofait ; fes relations
    avec lc$ minires le mettaient mme de faifir les circonltances pour fe faire
    valoir et fe procurer de nouveaux moyens du rputation, par les diffrentes
    millions dont il fe fefait charger.
    L'archevque crut devoir mettre le fceau fa rputation, et il compofa une
    oraifon funbre ; mai cet ouvrage prouve qu'on peut avoir l'efprit ncef-
    fare pour obtenir le fuffrage des femmes, pour en impofer a des gens
    pr .'venus pour traiter des affaires avec quelque facilit et de la clart, fans
    avoir des talens rels. Cette oraifon funbre, mdiocrement crite n'a au-
    cun des mouvemens de l'loquence, et ne renferme aucune ide ingnieufe.
    Cela n'empcha pas I* archevque de Touloufe d'rre admis l'acadmie tran
    .i'!. ; et fon 'ii irs de ccption prouve galement la mdiocrit de fes
    t ilens et de fon tfprit.
    L'archevque, fou< le mir.ifbre de Turgot, jouilTait du plus grand crdit ;
    il tait fon ancien ami de la mme fecte, partilan comme lui d'une libert
    fans bornes, et ennemi des fyflmes de crdit et de banque regards pir
    Us conomiftes comme les plus dangereux palliatifs. I.orl'qiie Necker vint en
    place, ce miniitre prit une route oppofe j celle de Turgot, dont il n'imita
    que I*aufi4rit { il tablit un fyfline de crdit et d'emprunt, et montra une
    grande incertitude fur la qu.llion de la libert indfinie du commerce des
    g"i s.
    Necker tait odieux Turgot, qui n'en par'ait qu'avec le dernier mpris ,
    et ne fe fervai: lorfqu'il .air mietion de lui que de ces mots : et drle l ;
    fes amis, pour mnager fa fenfibi'.it avaient foin d'viter d'en faire men-
    tion : la haine de. cet h un ne vraiment vertueux venait de l'ide que Necker
    tait un impofleurqui ferait le malheur de la France. L'aithevque de Tou-
    loufe malgr la contrarii de fes principes, avec ceux de Necker, ma'gi
    Us gards qu'il devait fon ami Turgot, voyant l'afccr.dant que prenait
    Necker dans le public et dans les focits domnantes, s'empreffa de recher
    ch.-r Ion amiti et eut l'air de partager l'enthouhafme gnral ; c'eft par a tt
    conduite qu'il fut toujours conferver du crdit et un accs intime auprs des
    miniltres. Il s'infnua aufli par la fuite auprs de M. de Galonn qui l'adrefla
    lui pour le choix des membres du clerg qui devaient tre appels l al-
    f'ii lie des notables. Ce min Ure n'exclut que l'archevque de Lyon, homme
    bkm fuperieur pour l'efprit et les talens l'archevque de Tou'oufe re-
    gard comme un intrigant, et l'vque d'Airas qu'il regardait comme fon
    emuui p.rfonncl.
    Tous les miniltres qui fe fuccdaient et Necker comme les autres, avaient
    les gards les plus marques pour l'archevque qu'on favait tre, au moyen
    de l'intermdiaire Vermont en relation avec la reine. f
    L'archevque intrigua fourdement pendant l afTemble des notables contre
    M. de CaloOM oui fut d fgraci avant la fin de cette ailemblee. Le roi ,
    prvenu contre l'archevque tt contre Necker, tait porte les exclun
    du miniltere ; p^u de )ours avant il avait crit M. de Galonn pour le
    rallurer contre les intrigues de l'archevque et il avait fini fa lettre pai
    ces mots : Je ne veux ni NecraUle, ni prtraille. On voit par l que le
    roi tait en garde contre ces deux hommes.
    M de Calonne fut difgraci peu de tems aprs et remplac par un vieux
    cenfriller d'Etat, uf par l'ge et qui n'avait aucun des talens ncessaires,
    feront dans un tems li iriti (ue ; c'tait envoyer un cheval de fiacre difputei
    le prix NYarmarket. L'archevque fentit que ce fantme miniltriel s'va-
    nouirait bientt, et il redoubla d'intrigues pour lui fuccdei : 1" s dmarche;
    M tardrent pas tre couronnes du fuccs. L'avetficn du roi fut vaincue
    par les luggclfions des partifans de l'archevque qui le prfentertnt comme
    l'homme le plus capable de rtablir les affaires ; il fut choifi pour adminil-
    trer les finances et par une fuite de l'aveugle prjug qui fefait imaginer
    qu'un prtre dans le confeil doit avoir un rang fuprteUir on crut la place
    ae contrleur gnral au deffous de l'archevque, tandis que des ducs et
    pairs avaient exerc la place de fecrtaire d'Ltat. Il fut cr prfident du
    conllils d.s finances, et on lui fubotdonna le contrleur -gnral, dont la
    nomination lui fut abandonne.
    Ds-lors l'archevque parut dellin occuper la place des Mazarin des
    Richelieu ; et la reine peu de jours aprs s'expliqua de manire ne la flVr
    aucun doute cet gard : U ne faut pas s'y tromper, dit-elle c'eft un premier
    mi.vflu. Il ne tarda pas d'tre principal minime qui cft le titre donn
    Mazarin et Richelieu dans leurs patentes. La reine avait eu raifon de
    penfer que les circonftances reniaient un premier miniOre ncelTaire et la
    prev.ntion publique dtermina la fienne en faveiu de l'archevque. Il mon-
    tra dans peu fon incapacit et la plus profonde ignorance dans les matires
    de finances, qu'il paffait pour avoir approfondies 11 parait que les principes
    des conomises formaient toute fon inllruction ; c'tait, et voil tout, un
    difciple des Bandeau des Roubeau &c. fans gnie et fans caractre. Une
    va fut- thorie tait un faible fecours pour conduire les affaires dans le mo-
    is ut le plus orageux ; il n'avait aucune ide du crdit et des combinaifons
    depuis long-temps adoptes pour procurer destelfourccs, en attendait qu'on
    pt employer des moyens curatifs.
    On aura peine croire et cela eff pourtant vrai, qu'il ne connaiffair pas
    U diffrence des billets etd^s actions de la caille d'efeompte, dont il ne put
    jamais concevoir l'organifation et le jeu. Peu de miniltres ont montr autant
    d'impritie jointe autant de pr fonction. Il paffait une partie de la ma-
    tine crire des billets des femmes, et le mauvais tat de fa fant ajou-
    tait fon incapacit. Ses projets chourent ; il fut rduit, aprs avoir fait
    un magnifique expof des reffources de l'Etat, annoncer, trois mois aprs ,
    3u'oii payerait au trfor royal un cinquime en papier ; c'tait une efpece
    e banqueroute : l'alarme des capitalises et de tous ceux qui avaient des
    bienfaits du roi fut extrme. Cet vnement eut lieu le 16 aot et cet'e
    fl remarquable : le Peuple de Paris par un ufage immmorial fe
    tend Versailles la veille de la S. Louis qui eit le ac aot pour voir le
    roi, les appartenons, les jardins ; toit lui eff ouvert, et il circule en foule
    dans la galerie, la chapelle et les divers appartemens.
    Cette circonftarce et des avis reus de la police de Paris furent mis
    profit pour loigner un homme qui perdait l'Etat par fon ignorance et des
    coups d'autorit impriHens et mal concerts. On reprsenta au roi que la
    fermentation tait extime Paris et pouvait dgnrer en fureur; que le
    Peuple devait venir le 24 Verfailles et qu'il y avait lieu de tout craindre
    du ufefpoir de gens qui perdaient leur fortune i enfin il fut articul que
    la j^urs d-i roi taient en danger *t qu'il n'y ayair qu'un moyen de rta
    blir le calme qui tait de renvoyer l'archevque.
    Le roi fe rendit avec peine ces reprfentations dictes par le zle ; fa
    reine moiitia la plus ferme rfolution de conferver un miniflre qu'elle croyait
    encore pouvoir tre utile ; mais en rflchilTant qu'elle rpondait en quelque
    forte des jours du roi, fi elle perliltait foutenir l'archevque elle fentit la
    Dceflit d'en faire le facrifi.e. L'archevque 1, qui ne voulait pas que fa re-
    traite et l'ait d'une difgrce demanda le chapeau de cardii al et divers bien-
    faits pour fa famille. La reine afflige de la retraire de fon prore
    laquelle elle s tait prte avec tant de peine, accueillit avec bont fes pro-
    pofiiions, et le roi confirma tout ce qui lui avait t confirm par la reine.
    Il fut dcid que pour fatisfaire le public on rappellerait M. Neckr.
    Un politique devait ds-lors pronofliquer les plus grands malheurs pour
    l'Etat, puifque la volont fouveraine cdait aux clameurs et aux d fus d'une
    c.ibale pour mettre en place fon idole. II tait vident que l'autorit fouve-
    raine tait branle et le gouvernement fans force et 'ans vues. L'archev-
    que de Touloufe dans le trouble o l'avait jet la trille nouvelle que lui
    avait annonce la reine avait cru qu'il n'rait priv que de l'adminiifration
    des finances et que M. Necker travaillerait avec lui ; on eut de la peine i
    le tirer d; fon erreur et lui faire entendre qu'il fal'ait renoncer entire-
    ment fa place.
    M. Necker s'tait expliqu et avait dit que dans un autre tems il n'aurait
    fiit .incline difficult de travailler avec l'archevque ; mais que depuis la fen-
    fatlon que fes oprations avaient faite il ne pouvait avoir de relarion mi-
    nifrriell avec lui. Enfin il reprfenta qu'il importait au crdit public que
    ce minilire ne confervt aucune influence.
    CYft ainfi que l'archevque de Touloufe mont au rang des Mazarin et
    les Richelieu par l'intrigue de qu< lques femmes en defeendit honteufe-
    metit aprs avoir montr fon incapacit, l'indecilion de fon caracttre en
    iffaires et l'iniurrifance de les moyens.
    M. Necker par fon Compte rendu ., et depuis par fon ouvrage fur les
    finances, avait commenc d'enflammer les ttes et l'archevque irrita les
    -fprits. L'exil du parlement fut le premier brandon jet fur des matires com-
    bullibles. le Peuple commena alors fe livrer des mouvemens fditieux ;
    l'archevque Ion dpart de Verfailles, fur mfult par des femmes du
    i'euple.
    La chert du pain vint dans peu augmenter les embarras du gouvernement,
    t excita le mcontentement du Peuple; il fe fouleva dans plufieurs provin-
    ces et fes alarmes le difpoferent adopter tous les change mens qu'on lui
    refenta comme favorables fes intrts. L'archevque par fes intrigues,
    rendfl l'afTemble des notables infructueufe ; et il ne fut pas moins fatal la
    l'rance pendant fon miniltere par la perte d'un tems prcieux et par le
    plus mal habile choix des moyens de remdier au dfordre des finances.
    ETAT DES FINANCES,
    Sous le dernier rgne.
    L'tat des finances du royaume avait t continuellement un objet de myflere.
    '.es particuliers n'avaient cet gard que des notions imparfaites, et il ne
    ouvait tre publi quelque aperu complet fur cette matire, que par le
    linillre qui en avait l'adminiftration. M. Necker remplit le premier cette
    t ii lie; et quels que foient les motifs auxquels on fe foit plu attribuer la pu-
    blicit de fon compte rendu ii n'en eff pas moins vrai de dire que c'elt un
    des ouvrages qui ont le plus contribu prparer les esprits pour la rvo-
    lution en appellant tous les citoyens la difeufiion des objets d'adminif-
    tration la connaidance des abus. Nous ne croyons pouvoir mieux rappeler
    quel tait cette poque le dfordre des finances publiques qu'en plaant
    iei un extrait de cet ouvrage qui fait connatre non-f ulement les vices qui
    caillaient dans cette branche d'admir.iltration mais les obfhicles que le fyftme
    politique d'alors, les prjugs et privilges de toute efpece apportaient
    toute reforme utile.
    Extrait du compte rendu au roi, par M. Necker, directeur gnral
    des finances ; au mois de janvier tj8i, et imprim par ordre du roi.
    Sire,
    Ayant dvou tout mon tems et toutes mes forces au fervice de votre
    maieft, depuis qu'elle m'a appelle la place que j'occupe il elf fans doute
    prcieux pour moi d'avoir un comit public lui .rendre du fuccs de
    mes travaux et de l'tat actuel de les finances.
    En France, on a fait conftamment un myflere de l'tat des finances, ou fi
    quelquefois on en a parl, c'eft dans des prambules d'dits, et toujours au
    moment o l'on voulait emprunter ; mais ces paroles, trop fouvent les mmes
    pour tre toujours vraies, ont d ncetTairemcOt perdre de leur autorit et
    les hommes d'exprience n'y croient plus, que fous la caution pour ainfi
    dire, du caracrere moral du miniflre des finances. Il eft important, de fonder
    la confiance fur des bafes plus folides. Je conviens que dans quelques cir-
    confiauces on a pu profiter du v>ile rpandu fur la fttation des finances,
    pour obt nir au miii u du dfordre un crdit mdion-e qui n'tait pas
    mrit ; mais cer avamage paffiger en entretenant uns illufion trompeufe,
    et en favorifant l'indiffrence de- l'adminiftration r'a pas tard d'tre fuivi
    par des oprations malheureufes, dont l'imortfiion dure encore er fera
    longue gurir. Ce n'eft donc qu'au premier moment o un grand Etat fe
    drange que la lumire -pandue fur 1a fituation de fes finances devient
    embarralfanre ; mais fi cette publicit mme et prvenu le dfordre, quel
    fervice n'et-elle pas rendu !
    PREMIERE PARTIE.
    Etat des finances.
    Lorfque votre majeft m'a confi l'adminiftration de fes finances, j'ai d
    commencer par approfondir avec foin l'tat des revenus et des dpenfes ordi-
    naires et cette connailTance exacte a exig de moi un travail trKonfidrable.
    Mon fucceffeur aura moins de peine parce que ("ai form ce qui n'exiltait
    point c'eft--dire des tableaux combler* et appuys des lmens nceiTaires
    pour connatre facilement tous les dtails de la fituation des finances. Le


    dernier rit, mil (bai 'm yeux de votre rmjeiV p" M. <'<* (~lur>ny annon-
    ait un u/ier de vi gt-qu UN millions de la recette 11 dpenie ordinaire.
    < M tal m parut lufccpible de plusieurs obfervations que je mis dans le
    tems lotM Itl yeux d; votre majeft ; mais je crois inutile d'entrer de nou-
    veau d.ns cette difculiion et je rferverai les dtails pour dvelopper, comme
    )<- le ttrai lieiv.t la lituation prefente de vos finances.
    1! fuffit d'apercevoir qu'une diffrence importante entre les dpenfes et les
    revenus annuels, entrane bientt aprf elle les plus grands inconveniens,
    i1 lu'on ne peut y fuppleer que par des emprunts, ou par des oprations
    Extraordinaires, et que l'intrt de ces oprations accioit le mal chaque
    jour.
    Je vis cependant au premier coup-d'il, qu'il ne ferait pas difficile de
    balancer ce diji.it entre la dpenfe et la lecette ordinaire ; et mme dj je d-
    couvrais avec fatisfaction, des moyens fticceffifs pour aiTurer un lupeiflu ,
    towcfl de tous les biens que votre majeft defirait de rpandre fur (fi
    Peuples.
    Mais je ne pus me livrer long-terris a ces heureufes efprances puifque
    j'appris bientt que la situation politique obligeait votre majelt de faire les
    lus grands efforts pour (e former une marine refpectable ; en forte que ds
    e commencement de 1777 et la fin de i-jj'y il fallut s'appliquer chercher
    des ressources extraordinaires JtaDC pour remplir ce grand delfein, que pour pr-
    parer des armniens conlidrables dins vos ports. Aufl l'anne 1777 fut elle
    dj pour le trefor royal une anne de gue re. Je vis ainf fe dvelopper
    fuccefiivement la nceflit urgente non-feulement de mettre parfaitement au
    niveau vos revenus et vos dpenfes ordinaires mais encore de procurer a
    votre majeft un excdent de revenu afin d'aifeoir air.li lur un fonds libre
    l'intrt des emprunts que le befoin de la guerre rendait indifpenfables.
    de m^mc n-rure j mais comme le paiement en eft rparti entre les direrfej
    trsoreries:, tant Parii que dans les provinces, performe ne pourrait juger
    de l'exactitude des calculs ou du moins on ne pourrait y parvenir qu'
    "aide d'un trs-grand travail.
    I
    Inde /endamment de cette tche pnible remplir, il fallait encore trouver
    des capitaux par la confiance des p teurs et y rullir malgr le dlabre-
    ment du crdit attaqu et pr.fque dctru't par tous les retranchemens de
    capitaux et d'intrts et par tous les retards de paieme;;s qu'on avait
    prouves pendant la paix.
    Aprs avoir aperu le double but que je devais me propofer, je vis bientt
    que la mme marche et es mmes principes) m'ai feraient l'atteindrai en
    confquence je me fuis mis pour ainii dire la pourfuite de tous les
    abus et de tous les gain inutiles ; j'ai port l'conomie fur les g;andes affaires
    et fur tous Es dtails ; j'ai fcond les heureufes dilpolitiors de votre maj li
    apporter de la modration dans la dfpenfatioti des grces j et enfin je me
    fuis attach fonder cet ordre exact et poltif, qui en rpandant la lu
    miere dcouvre chaque inftan. la fituation des affaires tt ce qu'elles
    exigent.
    I! n'eft perfnnne qui puiffe mettre en doute que ces r'formes et ces atrn
    liovations ne tulTent Us premires reflources qu'il fallait >her her et je crois
    fermement que ce n'elt qu'aprs les avoir puif.es qu'il peut tre permis
    un ferviteur fidelle de propofer votre majeft de recourir de nouvelles
    impositions.
    Quoi qu'il en fait, cette marche que je viens de tracer pre'fcnnit diffrens
    obitacles ; la conception en tait fimple mais l'excution difficile car il
    fallait procder de grand* changemens fans affeter l'opinion, et ntre
    point effray par cette multitude de rclamations dictes tant par l'intrt
    perfonnelj et tantt de meilleure foi pat: l'attachement des vieux ufages.
    Je vis d'abord que l'ancien tat ordinaire des finances rait compofj d'une
    trs-grande Comme de dpenfes, qui n'taient point fixes, mais qu'une faci-
    lite journalire des faveurs et des large lies, ou des ftes difpen lieufet r p -
    taient annuellemenr. L'ordre mis cet gard cil en gumie partie l'ouvrage
    de votre majelt Ces gots et fa raifon lolide ont extrmement limit ce
    genre de dpenfes et plufieurs font entirement retranches. Elle ma pa-
    reillement foutenu dins la rliftance que j'ai apporte toutes cet demandes
    multiplies de gratification;, d'indemnits d et hanses de conc< liions, et
    tant d'autres manires d'tre charg au trefor royal qu'une longue facilit
    avait introduites, et qui dans l'efpace d; trois c^ns foi tant' cinq jours dont
    dl compof e Ianne, forment par leur renouvellemenr habituel, une charge
    annuelle fubiiftante qu'on mettait avec raifon dans la claile des dpenfes
    ordinaires.
    J'ai enfu'te examin toutes les parties de perceptions divines entre un
    grand nombre de receveurs ou de compagnies et que le befoin de fonds
    d'avance avait fucceflivement introduits, non-feulement au dtriment des
    r-.ve us du roi, mais encore au grand facrifice des meilleures rgles d'ad-
    miniftration. De cet examen et de ce plan de conduite font nes toutes
    les reformes fucceffives et toutes les rductions que j'ai propofes votr-
    inajelle et dans le nombre des agens, et dans la diminution des profits, (les
    oprations diverfes et^ multiplies ont t ordonnes, les unes par des dcla-
    rations ou par des atrts du confeil de votre majefl ; les autres par de fim-
    ples dcisions, Je ne m'arrterai point fur celles qui n'ont e 1 pour but que
    d.s conomies, mais je rappellerai dans le cours de ce mmoire les inlli-
    tutions principales, et dont l'utilit elt lie aux piincipes d'une Isujj admi-
    nistration.
    Je me hte dans ce moimnr d'annoncer votre majeft, que, tant par
    l'effet de mes foins et des diverfes rformes qu'elle a permiles que par
    l'amlioration de fes revenus ou par leur augmentation naturelle; et enfin,
    par l'extinction de quelques rentes et de quelques rembourfemens, l'tat actuel
    de fes finances eft tel que, malgr le iifat en 1776, malgr Us dpenfts
    immenfes de la guene et malgr les intrts des emprunts faits pour y fub
    venir les revenus ordinaires de votre majelt excdent dans ce moment fes
    dpenfes ordinaires, de dix millions deux cents mille livres.
    Plus un tel rfultat peut furprendre, plus il eft importt de le inArfier,
    et d'en rendre les lmeus fenibles ; et c'eft ce que j'ai tche de faire par
    le tableau que je prfente votre maitft ec par lai pices julrificatives qui
    y font jointes.
    11 y a deux manires de rendra compte des finances :
    L'une, qui fembleraic prfrab'e au premier coup d'il confinerait
    expofir i'univerfalir des revenus ordinaires et l'uni,erfalir des dpenfes
    pareillement ordinaires, c'eft--dire telles qu'elles ferai ut fans 'a pu ire ;
    mais un pareil tat ferait aifment fufeeptible d'erreurs, et la vrification de-
    tous les articles dont il ferait compol prfenterait le grands embarras. I n
    effet, un tel compte devrait runir tous une feule dnomination les objets
    J'ai donc penf qu'il fallait adopter une forme plus fimple et plus vidente,
    en ne compofant le chapitre des revenus que des verfemens qui font faits
    au trefor royal par les diffrentes caifles, dduction faite des charges qu
    lont tenues d'acquitter, et en ne portant pareillement dans la colonne des
    dpenfes que les parties qui font payes par ce mme trefor royal.
    Par exemple, les vingtimes, la taille et ci|>itation impositions que les
    receveurs gnraux peroivent ,fe montent environ cent quarante neuf millions
    nuis par des tats approuvs annuellement an conf.il de votre majelt, les
    charges aflgnes fur cette recette s'eleve-nt environ vingt-neuf millions; il
    eft donc fimple de ne porter en revenu net, difponible, que l'excdent
    verfer votre trefor royal par les receveurs gnraux.
    Ce que je dis du revenu des recettes gnirales, s'applique galement n
    bail de la ferme gnrale, aux domaines, aux polies au.'; pays d'Etats, &&
    chacune de ces parties impoitvntes confille aulli dans un produit cornu fat
    lequel des charges annuelles font allignes, et le fur pi us cil verfe au ti
    royal.
    Qumt SKI dpenfes payes par le trefor royal, comme elles font princi-
    palement compofees des tommes fixes ;ellincs aux divers depaitemew ou
    d'autres objets faciles vrifier ; cette fconde partie sera parei.'Ieni d'objection eu d'obfcurit.
    Le compte de vos finances. Sire rendu dans cetre forme, ne prfeotfai
    trefor royal qu'une recette de dtux cents fiixante-quatrt millions, et vos reve-
    nus pallent quatre cents trente millions; ma'S le lurplus ell cor.lomm, foit
    par des charges affignes fur les recettes gnrales, foit par le s rentes lur
    l'htel-de-ville et les autres objets hypothques fur les fermes, foit p r des
    dp nfes dont le paiement eft indique fur le domaine, fur le prodait des r-
    gies fur les impositions d.s pays d'Etats, &c.
    J'ajouterai qu'une telle manire de rendra compte des finances, fe rappro-
    che beaucoup de la forme adopte en Angl terre : on y lailTe l'cart ton!
    la partie des revenus qui ttt applique de certaines dpenfes fixe et in
    ne prfente que la partie de ces mmes revenus dethnec oes dpense!
    fufceptibles de variation.
    Il me refte demander votre majefl qu'elle veuille bien m'atito:i'er i
    communiquer quelques perfonn, s de les conieiis, runies chez. M. le garde
    des fceaux ou chu M. le comte de Maurepas tous les dtails qui appuient
    l'exactitude du compte que je mets fous les yeux, non que je doute un
    infiant de la#onfiance de votre majefl et que je ne fois galement certain
    de la mriter, mais parce qu'il importe efte tiellem nr au but que votre n.
    j fi le propofe dans la publicit de ce compte qu'il foit examin attenti-
    vement.
    Indpendamment de plufieurs remarques pir iculieres qui font jointes au
    compte des finances de votre majefl il en eft une elfenrielle lui prt-
    fenter ; c'eft qu'on a compris dans les dpenfes ordinaires dix-fept millions
    trois cents mille livres de rembourfemens j cependmt ce qu'on applique a des
    rembouricmens doit, avec raifon, tre env iag comme un lupeiflu, ptiifque
    c'eft un excdent du revenu oditiaire fur la dpenfe odinaire, lequel tll
    tmplov au profit du fouverain pour teindre des capitaux la charge; aiii,
    enjoignant tes dix-fept millions trois cents mille li.res de ren bout lmens aux
    d-x millions deux cents mille livres d'excdent qui rfulient du compte les
    finances de votre majefl on peut avancer avec ton Ici- ent que f s revenus
    ordinaires furpaflent dans ce moment-n l'tat de fes dpenfes ordinaires de
    vir.gt-fept millions cinq cents mille livres.
    Il eft encore obferver que chaque anne les charg-s de votre majell
    imin :ent par l'e*tlfron des rent-s viagres, lelquelles fe montent cin-
    quante millions et font portes en entier en dduction des revenus de vos
    fermes gnral, s.
    Il y a de plus vingt-huit millions de penfions palTs parmi les dfpenfes
    perptuelles.
    Enfin votre majrft n'eft pas encore au bout des conomies et des am-
    liorations de divers genres qu'elle peut fe piopofer ; et il en eft iij plufieurs
    de prpar.-s dans mon dpartement, que je mettiai fucc.-lTiment fous les yeux
    de voue majell.
    Je ne 'ifque ri n d'alTurer vorre majeft qu'il n'eft certainement aucun for*
    vtrain de l'Europe qui pt prefenter une pareille proport on entre fes reui.s
    et fes dpenfes ordinaires ci il s'en faut bien furtout que fous ce tap^orr,
    l'tat des finances de l'Annleterrre pt foutenir la comparaifon. Ell: a bien
    foin d'tablir de nouveaux droits pour balancer les intrts des nouveaux em-
    prunts ; mais on aperoit depuis quelque tems que \ aeji.u .k ees impts,
    c'eft--dire, de ce qu'ils prodnifent de moins qu'on n'avait arbitr,'ft
    compris dans les befoins extriordinaires de I anne fuivante ; et ce dif.cit
    cach ou confondu dans ce qu'on appelle improprcm.-nt au'ourd hui \e jo.ids
    a'amonijfement, eft balanc par de! emprunts, en forte que le gage des
    cranciers eft vritablement imparfait.
    Sur le crdit public.

    Il femblerait, au premier coup-d'il que le tabl*au conf >hnt quf je
    viens de mettre fous les veux d votre majeft fufriraic pour carter toute
    ide d'embarras, er p ur fe livrer la p'us parfaite tranquillit ; mais te'le
    eft l'importance et la neceffit d>i crdit dans les tems extraordinair s, qte
    (1 ce crdit n'exiftait pas, que s'il et'it circonferit dans d-trop jufles bornes,
    les difficults s'lveraient de toutes parts, et la confusion pourrai: natre
    c, du meilleur tat des finances.
    Fn effet on voit bi-n qu'une exacte balance entre les revenus et Us d-
    nenfe eft tout ce qu'il faut un royaum qui jouit du bonheur de la paix;
    il n\ft point oblig de recourir des emprunts puifque fes r"ver.us fuffi-
    fent f s beloins, et la confiance publique: pourrait, en quelque manire,
    lui tre indiffrente : mais la guerre contraignant chercher des fecoursex-
    traordinaires i! tant trouver des capitaux pour y fufSre ; e t comme les cir-
    corfiancet font imp^tteu(e>( fi le crdit manqu-, les embarras nailfent.une
    ; contre la juftice du fouverain, l'ad.iiioiftration fe trouble et lss -ff-ts da
    dif. redit,


    difcrdit, peuvent quelquefois reffembler momentanment, au deYordre et
    la fubvcrfion entire des finances.
    Ma;s fi le maintien du crdit eft intreflant pour les cranciers de l'Etat
    s'il importe Ij puiflance du fouverain, il eft galement prcieux aux con-
    tribuables, puifque c eft pat le crdit qu'ils (ont prfervs de ces tri-
    buts ai-defliis de- leurs forces, que la ncceflit comma derait, pi ut tre,
    et malbenreufement au milieu des circonftances o les Peuples ont K plus
    befoin de mnagement, puifque dj la guerre t Ile-mme eu une forte d'im-
    pt, par la ftagnation du commerce et le ralentiflement du dbit des pro-
    ductions nationales.
    Sans doute, le royaume de votre majeft eft de tous ceux de l'Europe ,
    celui qui runit le plus de facults pour fubvenir ces impts extraordinaires
    et panaeers ; mais malgr cette fitcriorit ce n'eftl qu'une faible reflource
    cte de celles que peuvent prefenter le crdit et la confiance, quand ces
    moyens fubfiftent dans leur vigueur
    J'obferverai mme que lorfque l'tat des finances eft un objet d'obfcurit
    profonde, et qu il faut pourvoir cent cinquante millions de depenfes ex-
    traordinaires, ce n'eft pas, je crois, une chofe bien vue, que d'tablir
    vingt ou trente millions d'impts i U nature de ceux qui, finiflant avec
    la guerre ne font pas applicables ai.x gages des emprunts ; car ces leves
    paflageres ne balancent pas le tort cm'iIles font au crdit ; ie public, la te
    de conniiflance fur la fituation des affaires, envifage aiors ces impts comme
    un lignai de d trfle } et au contraire tint qu'on n'a pas recours cette
    redource et qu'elle fait, pour ainfi dire, un corps de rferve la mtfure
    en eft inconnue on l'exag re en ide, et les efprits font moins agites s Et
    c'tlt uni que le myftere tt l'obfcurite fur l'tat des finances obligent le gou-
    vernement mnager fans celle l'imagination et mettre une partie de fa
    force dans les apparences ; au lieu que la clart; tt la franchife n'ont befoin
    qre de parler la raifon, et donnent la confiance un foutien plus fidJe
    et plus alfur.
    C'eft pour avoir fuivi conftammer-t de pareilles maximes que l'Angleterre
    trouve encore prtent jufqu' trois cents millions dans une anne et qu'elle
    de pi ie une fonvne d'efforts et de puiflance; qui n'eft dans aucune propor-
    tion avec fts ne nfles numraires et (i population.
    Jamais donc on n'a pu connatre d'une manire plus frappante qu'aujour-
    d'hui de quelle i nportance eft le crdit public j l'introduction de ce moyen
    de fo ce n'eft pas trs ancienne ; et il et t dlirer peut-tre pour
    le bien de l'humanit qu'on ne l'et jamais connu. C'cft ainfi qu'on a pu
    raflembkr dans un ir.ft.int les elf.rts de plulieuis gnrations, et c'eft ainfi
    qu'en accumulant les dpcnlts on a port les armes aux extrmits du
    monde et qu'on a lu joindre la dvaftaiion rapide des climats bilans
    tous Ls maux anciens et multiplis de la guerre.
    Quoi qu'il en foit, ce nouveau genre de rivalit, ce nouveau moyen de
    domination une fois introduits il importe a la puiflance d'un fouveraiu de
    l'obten r M de le mnager, ainfi qu'il eft oblig d'entretenir de gra.ides armes
    dilci. Iin-s quind les voifins qui l'entourent dploient pareillement leurs
    forces militaires.
    Aya^tdonc femi toute l'importance du crdit en France il tait du devoir
    de ma plaeo d'y donner la plus grand: attention. Je n'ai pu mconnatre qu'on
    avait fair, depuis la dernire paix tout ce qu'il fallait pour dtruire la
    confiance j tandi que dans ce long < fpace de tranquillit, il et t fi facile
    de faire oublier les oprations flcbeufil de la dernire guerre, et d'tablir
    un ordre et une rgularit dans les finances, qui eulf.nt mnag \otre
    ma elle des moyens de puiflance exrrao dinaire ; nais ce tems favorable a
    t perdu, et les dpenfei ayant conftamiMlIt excde ] montant des revenus,
    il a fallu y fuppler par des emprunts et des circulations immodres, dont
    le poids a fini par entraner toutes les fufp niions de paemefU, et toutes
    les rductions d'intrts arriv s en 17J1 > aufli le crdit s'en tait tellement
    reflenti, que, lorfquc je fuis entr n place, les capitalises pouvaient placer
    leur arg-.nt un intit de fix et deux tiers pour cent en rentes perptuelles,
    vu que les contrats fur l'hte I-de-ville, portant qnnrre* pour cent d'intrt,
    ne valaient que f. ixante; et c'eft cette mme poque que la guene ou
    fes prparatifs ont commenc.
    Quelle diffrence entre cet tat du crdit, et le prix des fonds publics au
    commencement de la prcdente guerre! L'on avait peine alois a trouver
    des placcmens quatre et ilemi pour cent; et les contrats fur les poft.s ,
    qui M portaient que trois pour cent d'intrt, taient montes jufqu' quatre-
    vingts : cependant en 1759, trois ans feulement aprs la guerre, le paiement
    des referiptions fut fu(pendu celui des gages fut airt et l'on excita les
    particuliers porter leur vaiflelie la monnaie pour la convertir en ef-
    peces.
    Je crois donc pouvoir prfenter votre majeft comme un mrite ou
    comme un bonheur, qu'aprs tre parti d'une pofition bien diffrente de
    celle de I7j6, et aprs quatre ans de guerre ou de prparatifs, le crdit
    n'ait fouffert aucune att inte, quoique votre majeft en ait fait un ufa^e tr--
    tendu; on pourrait mme dire avec vrit, qu'au contraire ce crdit a pris
    des forces, et l'on en peut juger d'une manire fenfible par le prix des fonds
    publics : l'on voit qu'au mois de feprembre 1776 et fur de Amples bruits
    politiques, les aneiennes referiptions baiflerent momentanment jufqu' vingt-
    trois pour cent de pe.te et les actions des Indes jufqu' feize cents ; et
    dans ce moment-ci les unes ne perdent que fept et demi pour cent, et
    les autres (ont dix-neuf cent quarante.
    On peut encore obferver que tous les emprunts faits au milieu de cette
    guerre l'ont t un prix beaucoup plus favorable qu'on ne l'avait jamais
    entrepris pendant la paix.
    La loterie ouverte il y a deux ans tait calcule fur le pied de c'nq
    pour cent d'intrt; er tandis qu'en 1771, au fein de la paix, on a ngoci
    des rentes viagres qui ont cot onze, douze et jufqu' treize pour cent
    d'intrt fur une tte', votre maieft n'a encore emprunt qu'i neuf, et
    un intrt proportionn fur plulieurs ttes. Mais je cros Sire que les
    circon"an'es exigent de votre lageiT* que les conditions du prochain em-
    prunt foient plus favorables aux prteurs.
    D'un autre ct, j'ai rduit beaucoup le prix des an'icipations ainfi que
    je l'expliquerai dans un article particulier. F.nfin votre majeft vient de
    faire un emprunt rerr.botirfable en neuf annes qui revient fix po"r cent
    et qui a t rempli facilement tandis qu'en IfJJ, un an aprs la euerre,
    on en fit un du n me tenre, beaucoup plus avantageux aux c-pita):."tes, et
    qui ne fut jamais complet.
    49 bit*
    Ce tableau fatisfaifant n'eft drl qu' l'ordre que votre majeft a mis dans
    (ts affaires} car fi le choix heureux des momei.s, la injure des emprunts,
    leur forme plus ou moins piquante font des Ctrtonfiancea eflentielles au
    fuccs qu'on fe pp>pofe i on n? peut cependant fe diflimuler que, dans tout
    ce qui tient au Crdit et la confiance le gnie de l'adminiftration ne
    conlle principalement dans la fagfle l'ordre et la bonne foi. Mais peut-
    elt-ce encore un mrite que de fentir fortement l'effet des v its fimples,
    et de ne jamais les facririer l'attrait des ides ingnieufes et la vanitj
    des nouveaux fyftmes s ainfi donc conomif.r, rformer les abus, perfec-
    tionner les revenus, et alfurer de cette manire le gage des emprunts, fins
    violences er fans nouvelles charges pour Is Peuples ; voil ce qui tait la
    fois la furet des prteurs et leur confiance : et votre majeft ayant adopt
    ce plan d'adminiitration au milieu de la guerre tandis qu'on avait fait tout
    le contraire pendant la paix elle a d jofn'r dans les circonftances ies plus
    difficiles, des avantages d'opinion ds cette mme conduite.
    Anticipations.
    Les anticipations font une difpofition des revenus de votre majeft, faire
    l'avance par la ngociation de referiptions ou d'allign.itions un terme plus
    ou moins long. Les penonnes qui ne veulent placer leur arg.nt que pour
    un tems recherchent ces fortes d'effets ; ainfi mne en t ms de paix il
    y Mirait de l'in onvenienr fupprimtr entirement ce genre d'emploi, parce*
    u'on cartera t peut-tre de la circulation beaucoup de fonds qu il eft utile
    'y entretenir; mais en mme tems on n peut fe dHimuler, que c eft une
    manire d'emprunter dont il eft facile et dangereux d'abufer. On eft port
    l'tendre, parce qu'elle n'exige aucune formalit, et qu'on peut l'em 1 yer
    obfcuremciit. Le foulaeemer.t d'un embarras prfent dec-de; on efpere qu'
    l'chance des afiiguations qu'on dlivre on en ngoci ra d'autres en n m-
    placenu-nt; une circulation trop condd able. s'engage et k foutien de c tte
    circulation dpendant .ibiolumei t df l'opinion, le miniftre des finances qui
    en conoit le pril, elt oblig de vivre dans une inquitude continuelle.
    C'eft du milieu de parilles circonftances qu'eft n l'ancien pouvoir d'un
    banquier de la cour; choifi pour intermdiaire de ces ngociations, une pre-
    mire condition qu'il pitlc.ivait c'tait d'tre feul les diriger, et cette
    premire loi fubi il pouvait dicter toutes celles qu'il lui plaifait, car il
    tenait ds-lors ta vie morale d un contrleur gnral entra fes mains. En effet f
    fi chaque mois, c' ft de la continut on de fa confiance ou de fi bonne
    volont qu dp 111 I renouvellement des anticipations la crainte d'un
    clat donr il menace fans cefle le m niftre des finances, permet au banquier
    de h cour de lui commander en matre.
    Il eft deux manires de narer aux inconvnient que je viens de dvelopper j
    l'un, elt d li m r le- a t c parions une fo nme aflez mod ree poir qu'un
    Contrleut g val puifl" vor avec h nffnence les ral-nti(Lmen paffagers,
    qui fur n nt u Iquefoi* dais la confi nce ; et alors ce fervice peut tre
    fat li:,i 1 r par le trelor royal; nuis quand h s circonftanc s obligent
    d'tendre davant g ce gc-nre d'emprunt alors il faut employer trois ou
    Quatre intermdiaires, afiad viter la domin'tion d'un 6 ul; mai* d fautchoifif
    -s Drifoiines de \> finance, lea plus ciftineuees par leur rputation et leurs
    capitaux, C'eft le fvflme que j'ai luivi, et jnfqu'a prfent l'exprience femble
    avo r jultifi ma thorie car quoique les b foins .le la guerre m'aient en-
    gag d'entretenir un ion.m d' ticipations fupneure a celle que je m'tais
    d'abord propofe, cependant '"ayant jamais voulu pa.Ter de certaines bornes,
    et ayant toujours tenu le tref> royal dans l'aifince je luis venu bout de
    faire rechercher ces (ervicet, t j ai pu en fixer les condition de manire ,
    jue ces emprunts ne reviennent a votre maj ft qu' fix pour cent par an ,
    en v QOmpri nain tous 1 s frais ; c'eft un prix bien diffrent de celui des tems
    paires et je fuis perfuad que- je l'aurais maintenu cinq et d. mi comme
    j'y avais rufli pendant long-teins, fi I abus qu'on avait fait des billets des
    trforiers n'avait pas donn une atteinte au taux de l'intrt, laquelle ja
    n'ai pu Nrmiicr -ntiertment.
    Coiff d'ef ompte.
    On a beaucoup parl de la caifle d'efeompte ; tantt on l'a regarde comme
    une d s p incipales eflources de l'adminiftration des finances tantt on a
    iherch a in'pirer des crainte s fur fes opration ; mais la plus lgre con-
    naiflance de cet tablifement et fulfi pou faire fentir quel point on f
    mprenait dans ces diverfes conjectures.
    La caile d'efeompte fft form=e d'un fonds effect'f de douze millions,
    fourni par les actionnaires, et ce fonds eft employ par leurs reprelciitans,
    efeompter fur le pied de quatre pour cent par an des lettres de change
    deux ou trois mois de terme.
    Un pareil intrt dont il faut ddu;re beaucoup de frais et quelquefois
    dei pertes, n'aurait pu fiiffire des capitaliftei; mais ils ontefpr, d'aprs
    l'exeanplfl d'une ancienne caifle d'efeompte etabl e la compagnie des Indes,
    que par fimp'e commo (t l'on prendrait fouvent des bi lets de leur caifle
    au lieu d'argent pourvu qu'on ft certain d'en recevoir le paiement au
    moment o on l'exigerait; et comme les prineipaux banquiers de Paris et
    quelques financiers font la tte de cet t ces mmes billets un peu plus d'tendue en convenant entr'eux de les
    admettre fans difficult dans les pai mens refpectiis qu'ils auraient fe faire;
    rt leur imitation il s'eft introduit volontaire m nt dans la circulation jufqu'
    la concurrence pe-u-pis de douze millions de billets de caifle. Cette Comme ,
    joinre aux douze millions de fonds effectif fournis par les actionnaires, a
    doubl le capital applicable des efeomptes et ls croduits rpartis entre
    les actionnaires leur ont procur un intrt d'environ iix pour Cent par an
    fur le premier fonds capital qu'ils ont fourni.
    Voil donc en quoi confifte le bnfice des actionnaires, et ce bnfice
    doit varier flon que les efeomptes fe fui vent rapidement, qu'on vite des
    pertes, ou qu'il y a plus ou moins de billets de caifle en circulation. Quant
    au gouvernement, il doit voir avec plaifir que l'intrt des lettres de change
    ait pu fe maintenir quatre pour cent en pi-me g erre, puifque c'eft un
    avantage pour le commerce et une facilit de plus pour contenir l'intrt
    des papiers de finance fur un p ed modr.
    F.nfin, fi l'on ne p-ut difeonvenir que l'arcnt que l'on promen tons les
    jours dans les rues de Paris, de caille en caifle, ne foit un fonds abfolu-
    ment mort et ftrilr- c'eft le tirer d'inaction que de funpl er en pirtie
    cf s viremens journaliers par des billets de caifle ; et fous ce po'nt de vue ,
    c'tft encore un lervice rendu la circulation.
    I Cependant perfonne n'a lieu de fe plaindre puifque ces billets ne fonj
    n *. .. 1


    doonl qa'l cm ^rtfeicnt et qu' chaque mirant on y\ir en re-
    i argent) car le capital qui*. reprsentent eft loup
    en lettres de change a Court terni.-, q on peu)
    | tt il y a toujours au-dJ de ce ra. in! ce u:
    millions fourni par les a.tionr.ures et la partie ce bena&Cta qu'ils I
    en n.
    I a caiiTe d'cicotnptf n'a jamais fait l'avances au gouvernement ; au con-
    tre: _, tomme le irtfot rojral a co
    : qu'on emplo |ues rr.i. ions en billets ou recon-
    d'efeompte payables volont afin je meure en
    circulation une partie du fonds mor: du ttefor loyal. On voit ain qu.
    cil- D' t* d'aucune utilit directe au trefor royal, et que l'intrt do
    gouvernement au fucces de et utilement n'a aautrt w.:: ou le bien
    00 Ci nmeroC la modration l'intcit dz l'argent, et la plus fnodJ
    activit de la citculation.
    M lis fi c'efl une eaagrarion que de voir dans la ciile d'efeompte d'autres
    avantages, on fe trompe plus fortement encore dans les craintes qu'c
    irait fous prtexte qu'on pourrait abufer des billca de cette caifle,
    et contraindre wn jour ks recevoir en paiement. 11 eft aile d'aptreevoir
    ne li votre majcfte adoptait |umais un fyftrr.e auili dangereux et atuli fa*
    i pour la France et pour fou crdit, que Celui d'u-e cration de papicr-
    nwmnaie, ce n' ft pas l'exiftence actuelle d.s bliets do caifle qui favorilerait
    i parole ide i au contraire l'utilit qu M peut tire d'une caille d'ef-
    eompte cor.tet.ue dans de jufts bornes, M ferait qu'un avantage de plus
    facnfier entre tint d autres a la fauflfe conception des billets-monnaie ; et ce
    n'efl pa-> certainement la fimple reltiiiblance de deux morceaux Je papier
    qui peu; f ir di rarairre, aux veux des bonunea (enfs, la dilrteeace norme
    qui ex Ue entre un papier de caifle qu'on reoit librement, et qui r^pre ente
    Un ii I et un billet purtme.t fictic que l'on eft force de recevoir
    n place d argent.
    Mais l'opinion de votre ma:eft fur cette matire, fa parfaite juftice,
    bi n plus encore cjue les raifonnemens, doivent raflurer fur la crainte de voir
    jamais fe reproduire un nouveau fyftme de papier monnaie dont une fa-
    tale exprience a fuififamment dfabufe.
    SECONDE PARTIE.
    Ce que j'ai dit jufqu' prfra n'intreffa que l'tat dei finances, le trfor
    Toya! et le crdit public. Je n'entrerai point dai.s le dtail des reformes et
    tUs conomies qui ne font importantes que par leur relultat ; mais je dois
    votre majeft un compte particulier des oprations qui, en meme-tems qu'elles
    ont augment Us revenus de votre maj.it f< nt encore l;ces aux principes
    ^i'une fage dminiftration : dj fous ce point de vue l'ordre et l'i-contmie
    en gnral prfentent des avantg s indpe.idans de l'accroitfement des rev-
    tus de votre majeft ; car dans une g'in.le dminiftration on ne fiurait
    croire qu;l point l'etablifTement de parc ils principes lutte contre le vice,
    tt tavonle la morale parce que c'eft la facilit des abus qui les excite, et
    c'eft le dfaut de proportion entre les travaux et les rcompenfes qui d-
    courage le mrite et multiplie les prtentions dft hommes mdiocres. On
    ne peut le diflimuler que, lorfque par-tout l'amour de l'argent prdomine,
    c'eft un peu la faute des chefs d'adminiftration ; car les hommes font fulcep-
    tjbles de bien d' litres encouiagemens qui ne cotent rien et qui valent
    mieux ; et c'eft la plus belle des conomies que de favoir les mettre en
    tilage.
    Dons croupes c: pznfions.
    En continuant maintenant le compte que i'ai rendre votre maUft, ie
    ne puis Im'enmcher de rappeler ici la fag (fe du rglement qu'elle a rendu
    pour lea pciroiis, et il ferait defirer qu il fut toiu.amn.tnt e: gnrale-
    ment fuivi.
    L'exprience m'a fait connatre de plus en plus corn! ien il tait utile de
    fixer une feule poque pour leur diitutution. Cette mthode qui runit lous
    les yeux du monarque tous les objets en malle doit n.eilairemtnt lui en rendre
    l'tendue plus feniible et le mettre porte de comparer la fomme des de-
    mandes avec la mel'ure de fes moyens. D ailUurs j'ai remarque qu'il tait une
    multitude de ces demandes, auxquelles le moment prtait une grande force ,
    mais dont l'impreiliou s arfaiblifiait, Lrfqu'un peu de temps avait permis de
    juger plus froidement de la julhte de ces follicitations.
    Votre majeft a encore adopt une loi infiniment utile fur cette matire ,
    en ordonr.mt que toutes les JKnfioni, et toutes les grces annuelles par fes
    da s un gr.nd nombre de caisses feraient runies au trefor royal : et en taifant
    comprendre dans un ft.ul brevet toutes celles accordes la mme per-
    fonne fous quelque dnomination que ce fut, afin d'clairer encore d'
    vantage la juftice diftributive de votre majeft ; en mme temps l'enregis-
    trement de toutes ces penfions la chambre des emptes et les autres pr-
    tentions que votre majeft a preferitts, prviendront une multitude d'abus.
    Toutes les oprations n.-ceflaires pour excuter ces diverfes difpoftions,
    font dans ce moment bien prs d'tre compltes ; elles ont en meme-tems
    fcrvi faire connatre l'tendue des grces viagres connues fous le nom de
    penfion gratifications annuelles appointemens confervs, fubliftances et
    plulieur autres dnominations encore; votre maelt elle-mme a t fur-
    pnle d'apprendre, que ces diffrentes grces formaient actuellement une
    charge annuelle pour les finances d'environ 18 millions. Je doute li tous les
    fouverams de l'h'urope enftmble paient en penfions plus de moiti d'une pa-
    reille fomme. C'elt mme un genre de depenfe prefque inconnu dans plulieurs
    Etats ; au (li cet objet, qui s'elt accru d'une manire exceflive, ell il digne de
    la plus ferieufe attention -, et ds que le travail necellaire pour conftarer exac-
    nttoutes ces penfions fera fini, et qu'on les aura divifes en diffrentes
    clafles, je propoferai votre majeft une loi et des rgles, qui puiff nt oprer
    une diminution fucceflive dans cette charge vraiment inouie pour l'Etat : je
    n'ai poi t me reprocher de mtre prt l'augmenter, ayant au centraire
    rfiit de mon mieux toutes let demandes qui n'taient pas fondes fur des
    emenf OU fur des fervices anciens et dilti gus. Si cette dernire con-
    dition fervait toujours de rgle dans la concellion des traces la dpenle
    n'en ferait amais grande ou fi de pareils titres elle l'tait encore, ce fe-
    rait un bonheur pour l'Etat; mais loifque les penfions font un objet de fa-
    veur, les limites en font inconnues.
    II tait une autre forte de largefTe dont on avait extrmement abuf, je
    veux parler des intrts dans les affaires de finance ufage introduit fuecel-
    Jivement tt par l'effet de circonftance particulires.
    les mlanges d'tat par des alliances l'accroiflemenc du luxe, le prix qu'il
    oblige de mettre la fortune enfin l'ubitud, ce grand matre en toutes
    ! chofes tracei qui peuvent dmanr du trne la rtoure
    . rions de onarg s, | r. jets de mari ges et d'ducations, pener
    imprvues, eiperances avortes tous ces venemens taient devenus une
    la munificence du fouvetain : on tilt dit que le trefor
    royal devait tout cor. ut aoplanir tout rparer ; et comme la voie
    des l'extrme, ne pouvait ni fatisfaire les pr-
    r\ir aflei bien la cupidit honteufe l'i n ...ait imagin d';utres
    >, a l'on r. tt invente chaque ;our : les intrts dan les Ermes,
    Us rgies dans Us tapes, dans beaucoup de places de finan les pmirvonies dans lesxarches de toute efi-ece, tt jufque dans les four-
    s hpitaux tout tait bon tout tait devenu digne de l'attention
    des pi unes louvent les plus loignes par leur tat de femblables affaires.
    pendamment de ces dinerens objets, on lol.icitait encore les engagement
    de domaines Ai votre maitlle, les changes onreux fes intrts', l'accenfe-
    ment favorable de terres <.n non-valeuis ou la conceflion de forts qu'on
    prtendait abandonnes : enfin venaient auii les paemens de faveur fur let
    penfiom arrrages, l'acquittement de vieilles crances quelquefois achetes
    vil prix, leur ad dans les emprunts, et tant d'autres manires en-
    core, toutes d'autanr plus dangereufes que pour de pareilles gr:ccs le con-
    rentemeni mme du monarque n'tait pas nceflaire; \ uif iue fous la couleur
    de la juftice, ou d'un arrangement d'adminillration, le miniftre feul pouvait
    rmnet ces difpoitions. Cependant ctsformis une fois introduites, on
    : aifement combien elles devaient plaire. L'obfcurit prvenait la rclama-
    tion publique, et l'apparence d'une convenance rciproque, dlivrait encore
    du loug de la reconr.ailTance. C'clf donc ce genre d'abus, dont on ne peut
    mefurer l'tendue que j'ai cru devoir oppofer les plus grands obflacles.
    \otre majeft par Ion caractre, donne a cet gard tant de facilit! un
    miniitre honnte, que mon (tul mtr:te tll d'avoir fconde fes vues.
    Rduction des profits Se la finance.
    Depuis longtems on n'avait ce (T de dire que Es financiers taient trop
    multiplies, que leurs bnti ts taient trop gtands. Je ne fais comment ils
    avaient toujours triomphe de Ces ciiti-juts. Tantt on avait dtourn fon
    attention de cette vrit tantt on axait relptct l'abus par des confiJra-
    tions particulires; et quelquefois auili des miniftrts, aprs s'tre occupes
    ivrieulciiient de cet important objet, avaient t rebuts par les d fricults.
    Quoi qu'il en foit, ce plan infiniment in?ertEnt. je l'ai conu, j l'excution fins relche, et je crois lavoir porte -peu-pr.'s fa pe feenon.
    En nme-tems cela s'elt fait au nilieu de la guerre tems torture ufqu'i
    prfent pour les gens de finance. On avait toujours dit que c' tait un inter-
    valle qu'il fallait franchir fans aucun meuv ment; et comme in tcn.s de pair,
    on dilait aulli qu'il fallait mnager les financiers pour retrouver leur crdit
    pendant la guerre, les rformes ne s'ctaiei t jamais fai.es et ces ides
    n'avaient gute lervi qu'a exercer l'loquence des auteurs et des crivains.
    J'ai envifag cette affaire f us un point de vue d'fficnt ; j'ai fenti que
    le crdit ne tenait point aux fi. anciers mais la iec-. l!t< r fort les p:-
    teurs de plactr leur argent d'une certaine manire; et qu' l'gatd des
    fonds appaitenans ces finarcirs eux-mmes c'tait une crainte chine*
    rique que de croire leur dcouragement. et mne leur humeur; parce
    que dans la diipoluion de Itur argent ils font 'emb'abks tous les hon.rr.es,
    qui ne prtent ni par affection ni pa: reconnaillance, mais feulement d'aptes
    leur (ret et leur consemnee. J'ai donc penf que l'tflciitiel tait d'ap-
    pliquer tous Es foins tonifier la confiance d- l'Etat, et qu'en corroborant
    ainii le tronc de l'arbre dont toutes les branches tirent leur fubflance.on
    po ivait fans aucun inconvnient, s'occuper de toutes les reformes et de toutes les
    fi-ppreflions dont l'avantage ferait vident ; puifque cet avantage tait rnal
    feniible rempreiTeinent des prnuis ne pouvait qu'augmenter, et lev-
    netnefll a prouv que cette manire de voir tait raifonnable.
    Quelques trforiers avant la diminution de leur nombre et avant qu'ils
    euflent t mis dans ladepen.dancedelafinan.ee, avaient pus des cig.igenvns
    indfinis. C'eft au milieu de ces oprt ons que j'ai propof tvotre najell
    une rforme infiniment utile i fes sjierts ; et bien loin qu'il en foit rfutai
    le moindre embarras, la circulation n'en a t que plus active.
    Ta runion de tous les receveurs-gnraux une feule adminiltmion, la
    divfion de routes les perceptions de droits en tiois compagnies, opration
    fi importantes et qu'on croyait hiriflee de difficults caul du renouvel-
    lement des fonds i 'otites Ces difpofition enfin, et plufi uis antres fe font
    excutes ponctuellement et tranquillement : cependant d'aprs de vieilles
    maxinus remu.r la fe-me gnrale changer feuUm.iu la forme ils billefl
    et des referiptiens c'tait toucher l'arche et ebranl.r la confime. aler-
    tions et proph"ti-s que l'exprience a bien dmenties ; mais comme il n'd
    point de prvention, lorfqu'elle e(t ancienne, qui n ti nm qii'lques morts
    plus ou moins fonds, j'ai cherch m'en rendre railon, et voici ce que j'ai
    cru voir.
    Quand la confiance ne peut pas tre taye par le raifonnemenr ; quand ,par
    le mauvais tat'les affaires on ne peut la devoir qu'a des illufnms et qu'elle
    tft ainsi l'effet d'une (impie habitude le moindre changement dans les forms
    eft dangereux, parce qu'il ramen a la rflexion, et que cette rflexion con-
    duit alors la dfiance : nui lorfque les attuires font en bon oHre, lors-
    qu'une dminiftration fe con luit fagement loi ("qu'elle croit gagner ce
    qu'on la fuive, et qu'on tudie fes oprations ; alors elle ne craint aucun
    mauvais effet de tout ce qui peut nvcilUr l'attention et porter des exa-
    mens; aufti, tandis qu'une forte de refp et et une vaine fray ur ont maintenu
    tant d'abus dans le fein de la paix c'tft au milieu de la guerre et en ani-
    mant le crdit, que votre majeft a excut les plus grands changemens dans
    toutes les parties de fes finances.
    Trforiers.
    Indpendamment des conomies que la diminution du nombre des trfo-
    riers et la rduction d leurs taxations ont procures votre majeft, il
    eft des avantages d'adminillration attaches cette opration. D'abord c'eft
    un grand bien en gnral que de diminuer le nombre des caTes, parce qu'il
    n'en tft aucune qui n'entrane avec elle un fonds mort, et que tout fonds
    mort diminue l'action de la circulation ; d'aill urs multiplier les trforiers,
    c'eft multiplier les rifques et les fnrveiliances ; or il n'eil ni infpection ni
    contrle qui puill tre une caution cettaine lorfque le comptable veut
    abufer et mettre fon art fe procurer des jouiflances de fonds. In effet, un
    -compte reu fur des alligrations dont on eft encore porteur, une quittance
    obtenue fur un fimple billet ou fut un bon de caifle et tant d'autres ma-
    nires encore fuffifent pour drouter le contrleur le pins exact. 1! eft donc
    de la plus grande importance que h cond litc ' riant fl la confiance;
    et comme il eft hors du pouvoir de l'adminiltration de porter fa regard*
    .


    fur !a vie privs l'un trop grand nombre de perfbnncs, il eft ciTentiel pour
    In intrts du roi, qu'un minHtre de) finances n'iit BlCt Ion attention
    que fur un petit nombre de comptables diftingus encore par leur tat et
    j lent fortune, teb que bs gardes du tre or royal, un feul trforiet pour
    guerre, un feJ pour la marin: un feul pour la niaifon du roi.
    t
    Enfin votre majell en mettant les trforiers fous la dpendance du miniflre
    dis fioatx s .1 cherch prvenir l'abus qu'ils pouvaient taire de leur
    ri et pour remplit ce but encore plus efficacement, je viens de pro-
    pnf.r ?Otfe majefte de fane- vifer par le premier coinm s des finances les
    billets iLs tribficri dont votre majelie permettrait la ngociation ; de cette
    re la mefure en leia dtermine, et le miniltre des finances pourra
    veillct fur le maint-en de ce genre de crdit ; il fuflit fouvent pour le d-
    truire de dlivrer des billets des trlo iers des fournilleurs, car ct
    du ben.tue qu'ils font fur leurs marchs, une diffrence d'un demi pour
    cent fur I intrt, til fi peu de choie qu'en ne peut jamais compter fur
    l.urs Bonagemens { et Cependant un mouvement d'un demi pour cent dans
    le prix de l'intrt, tfl en fait de crdit public un vnement de la plus
    g.ande importance, &c.
    Receveurs gnraux.
    Ce que j'ai dit propos des trforiers, fur les inconveniens de la multi-
    tuin des cardes s'appliquait de mme ma receveurs gnraux qui taient au
    nombre de quarante-huit, et dont Y. M. a runi toute la geltion une feule
    compagnie compofe de d( Oit perlonnes i c'elt une opration infiniment
    utile au fervicc de V. M., non-leulement par l'conomie elfentielle qui en
    ell rfulte, nuis encore parce que cette dlfpofition a fait celler toutes les
    jouillances d'argent qui ne tournaient point au profit de V. M. : je n'en ai
    point encore UIM ide julle ; nais dans ce moment-ci, il y a dj fix finances
    de receveurs gnraux teintes par les fond) relies entre les mains des titu-
    laires et dont ils avaient difpole depuis plufieuis annes foil pour payer
    1 s engagemens qu'ils avaient pris pour a heter leur charges, (oit pour lairc
    au roi des avances intrt avec les propres deniers, foie enfin pour eiitref
    dans d.s affaires particulires.
    Enfin un autre avantage important qui rsultera du nouvel ordre tabli,
    ce fera de mettre porte de connatra parfaitement et livre ouvert ,
    l'tat exact des recouvrerions t ce qui permettra de les dir ger avec plus
    d'uniformit ou du moins dans des proportions plus rapproches de ta. ultes
    dtS provinces | de manire gut (ans diminuer Us revenus de V. M., mais
    m htant un peu le*reCoovrCBMna de la province qui ferait favorifee par
    fes recohes, on putffo donner p.us d'aiLncc a celle qui le trouverait avoir
    befoiu de mnagement.
    Receveurs gnraux des domaines et boit.
    C'ell par les mmes principes que j'ai cru devoir propofer V. M. de
    runir a une feule adniiniliiation les fonctions divifes des quarante-huit
    receveurs gnraux des domaines et bois. Cette conltitution entranait une
    parie des inconvnient qu on vient de dvelopper ; mme obfcurit, mme
    Sparation de deniers, mmes jou,fiances de tonds, mme nceflite d'une
    Ci i.ri.nce individuelle et multiplie ; mais la nature des perceptions confies
    aux receveurs gniaux des domaines et bois, rendait encore cette conlti-
    tution plus vicieufe : en effet, chargs de la difcuflion des droits du do-
    maine en mme tems que du recouvrement, et agiffant fparment dans
    luis dpartement, il ne devait y avoir aucune uniformit de princi-
    pe, Stc.
    Divifion de la perception de tous les droits entre trois compagnies.
    l'uiit de cette divifion a t je crois, fuffifamment dveloppe dans le
    rglement que V. M. a rendu ce fujet et il m'a paru qu'il n'y avait eu
    qu'une opinion fur cette opration. En effet, en examinant cette multitude
    ce rgies qui exiliaient lotlque Y. M. m'a confi l'adminillration des finan-
    ces |'ai vu clairement que tant d'tabliffemens divers pour des objets fem-
    blabies, n'avaient d leur origine qu' des befoms momentans. On avait
    tiouve de nouveaux fonds d'avance en formant de nouvelles rgi s er l'on
    avait ferm les yeux fur les inconveniens. Cependant la muli plieation des
    frais et des bnfices cil une perte pour le trfor royal comme la multi-
    plicit des commis et des bureaux cil une incommodit et fouvent une
    vexation pour les Peuples \ en gnral la plus grande fimplicii, et la
    runion des manutentions qui font (ernblables, voil l'un des plus vrais prin-
    cipes d'une bonne ad m niitruion ; il n'eft aucune roue inutile qui n'entrane
    des inconveniens de diffrens genres, et l'adminillrateur vers leosj I toutes
    les difficults le ramnent,et toutes les contrarits reictuiffent, elt plus frapp
    que perfonne de la vrit de ce principe.
    Aprs avoir engagi V. M. fupprimr plufieurs rgies ds la premire
    ' anne de mon administration, j'ai cru qu'il fallait profiter de l'poque du
    reiiouvelement du bail de la fei me gnrale pour divifer entre trois com-
    pagnies feulement la perception entire de tous les droits; j'ai propof
    V. M. de reunir chacune de ces compagnies toutes les perceptions ana-
    logues, et qui exigeaient de la part des chefs, ou dts commis employs
    diiis ies provinces le mme genre de connaiiTances.
    J'ai eu foin encore dans l'arrangement des fermiers gnraux, de ne leur
    demander qu'un prix de bail qui ne les expofait videmment aucun rifque ;
    mais afin que V. M. ne perdit lien cette convention ils n'ont t admis
    un partage dans les bnfices qu' partir d'une fomme fuprieure de quel-
    ques millions, au prix du bail et par cette nouvelle forme, j'ai pargn
    V. M. dans les conditions tout c; que des particuliers ont droit de de-
    mander au fouverain quand il exip.e ddix qu'ils rpondent fur leur for-
    tune d'veiiemens hors de leur atteinte et de leur influence.
    C'elt p.". des mot ira pareils et pour eparrn r le prix difpendieux d'une
    garantie eue j'ai propof votre inajett de ne pas donner ferme les
    droits d'aides dont les produits font fonmis de grands carts, mais de
    runir Uur perception d'autres de mme genre confies la rgie
    gnrale.
    Je n; parcourai point tontes les ai'tres parties de rformes faites en
    finance} je ctois devoir laitier l'cart t utes celles qui n'ont eu pour mo-
    tif que l'ordre et l'conomie et qui ne prefentent point de vues partit u-
    tj.-us d'aminillutie.n. C*tft aiufi qu'on peut conliderci le changement tait
    51
    dans le bail des poflss, dan? l'adminillration des loteries, dans la compagnie
    des tapes et des convois militais s n dans plusieurs auties parties. Il y
    avait cependant encore un vice eflentiel d'adminiflration dans les condition!
    de la compagnie des tapes ; c'efl que les bnfices des rgifleurs avaient
    t proportionnes la fournie de la dpenfai mthode absolument contraire
    au but qu'il fallait fe propofer. Cette forme clt aujourd'hui change les
    Croupiers font loigns, et l'aide de la furveillance appoitee ce dpar-
    tement, il y a eu ds la premire anne, une conomie del plus grande
    importance.
    On avait fait auffi du bail des falines de Lorraine une affaire particulire,
    et fur les trente-cinq (bus rlervs aux fermiers gnraux dix-neuf font
    partags de croupiers inutiles. Cet abus ceffera au moyen d'un plan de
    runion et d'conomie que j* ne tarderai pas mcttie lous les yeux de
    votre majett.
    Il n'y avait pas jufqu'aux octrois de Lyon dont on avait fait un contrat
    de faveur ; tt votre majelt a fatisfait aux fecours que demandait l'hpital
    gnral de cette ville eu lui allouant des bnfices partags entre des crou-
    piers inutiles.
    Beaucoup d'autres parties taient devenues galement un objet de lib-
    ralit et de munificence. Votre inajett en a eu connaida-ce et y a
    remdie} la feule affaire de finance o je n'aii point vu d'abus de ce genre
    c'eft la rgie des poudres dont les conditions avaient t rgles fous
    M.Turgot.
    F.n considrant toutes les conomies dont je me fuis occup depuis la
    ferme gnrale julques aux plus petites depenfes je dois convenir, qu'il
    cil une infinit d'objets auxquels mon regard feul n'eut jamais pu atteindre >
    et dans ce cercle immrit de dtails, mes forces euflent t infuffi:antcs :
    mais j'ai tch de remplir du mme efprit les perfonms que j'avais choifies
    pour RM fconder i et leurs foins, leur zle et leur activit ayant rpondu
    mon iinpullion je n'ai eu que ce premier mouvement donner pour
    que toutes les parues de mon dpartement fuilent approfondies et dif-
    cutes.
    Depenfes de la mai/on du Roi.
    Auffi-tt que votre majell m'en a donn la permiflion je me fuia
    livre l'examen de toutes les conomies raif.nnables qu'on pouvait pro-
    pofer votre majell, dans les depenfes de fa maifon ; et j'ai bientt vu,
    que pour en connatre et pour en approfondir les dtails il fallait necef-
    faircment modifier l'autorit attribeee chaque ordonnateur y et qu'en con-
    f.rvant l'clat et l'honorifique de leurs charges il tait ellentiel de rap-
    porter toute la partie de finance un bureau commun au miniflre de la
    maifon de votre majell et celui de fes finances. Cette premire ide ,
    quoique fimple et raifonnable parut d'abord hardie et j'ignore fi elle m'a
    fait des ennemis i car je n'ai jamais arrt ma vue fur ces combinaifon par-
    ticulires ; j'ai cru que la feule manire dont votre majell devait tre fer-
    vie et la feule auffi dont il me convenait de la fervir, c'tait d'tudier mes
    devoirs et de les (uivre : qu'il n'y avait point d'autre marche digne d'une
    grande place et d'une ame leve ; et comme de pareils motifs ont toujout
    dirig ma conduite, j'ai efpre qu'un jour ou l'autre on y rendrait jultice,
    et qu'on faurait dillinguer, cette fermet fimple qui conduit les pas d'un
    adminillrateur par tout o il y a du bien faire de ce fol efprit
    de prtention qui recherche l'autorit pour le vain pfailr de la d-
    ployer.
    Quoi qu'il en foit, aprs avoir ainfi procur l'adminillration des finances,
    les lumires dont elle tait prive, faute d'avoir tu feulement le pouvoir
    d'obtenir des renfeignemens ; on a commence par examiner la partie la plus
    effentielle vulgai entent connue fous le nom de chambre aux deniers et l'on
    a vu bientt que le nombre des tables, leur conltitution celle des offices
    et des cuifines, tout tait un modle de depenfes inutiles et compliques.
    Une multitude d'officiets, taient tcut--la-iois, fournifiurs, apprteurs et
    Convives) une dpense exagre en tait la fuite, et des privilges charge
    vos provinces, taient encore l'effet de cotte conl'hution; mais toutes
    ces connaiffancea tous ces projets de rformes fi fouvent entrepris er aban-
    donns quoi eulfent-ils encore abouti, fans le got particulier de votre
    majeft pour l'ordre et pour la vraie grandeur Elle a tout examin tout
    vu par elle ni.ne ; elle a donn fon approbation un p an fimpe qui, fans
    nuire la ponctuai te de fon fe. vice et fon clat au dehors, diminuera
    la dpenfe de pies de moiti et procurera tncore un grand bien d'adminif-
    tration en fupp imrnt b-aucoup de privilges et d'occupations inutiles{ en
    mme tems le p.an de rforme a e; combine avec affez d'attention pour
    que les intrelTs mme, fubjugus par l'esprit de julbce.de votre niajeii ,
    i t t forces d'y applaudir.
    Il relie encore plufieurs parties de depenfes relatives la maifon de votre
    majell, qu'on mettra fucceffivermnt fous fes yeux, afin qu'elle puiff
    ordonner cet gard ce qu'elle jugera convenable.
    Domaims du Roi.
    Les feipneuries et les divers domaines fonciers, qui compofaient autrefois
    le principal revenu de la couronne, fe font fucccllivcment diffips, ou du
    moins ont ete mis hors des mains du roi, et par des libra ires ou des
    concdions vil prix et p3r la formation des apanages et par des changes
    ruineux, et par des ufurpations : en forte qu'il ne relie maintenant votre
    nia-elt, que quinze cents mille livres de rente dans cette nature de biens,
    indpendamment du produit de fes toits.
    Monnaies.
    Un ufage trs-prjudiciable aux intrts du fouverain s'tait introduit de-
    puis un t s-grand nombre d'annnes ; c'tait d'abandonner des parricul ers
    le bn fice que le roi fait en France fur la fabrication des monnaies ; b-
    nfice modr mais qui devient confidrable quand il s'applique la fomme
    totale des fabrications laqu lie s'eleve de 40 50, millions en tems de paix ;
    mais je ne fais comment plufieurs perfonnes, en difFr&ns tems, avaient fu
    rerfuader l'adminillration qu'au moyen de la faveur qu'ils follicitaicnr, iis
    ni arriver en France de grandes forriin. s d or et d'argent; et le minitire;
    nances qui attachai avec raifon un haut prx multiplie r le numraire
    dans le toyaume croyait qu'on n d a 't pas avoi regret a un facrifice pour
    remplir un but auffi int reffanr. Ce n'tait l Qu'une grande ignorance ; mais
    comme elle tient cependant une condition aides, je crois ir .orront de
    i'claircir afin qu'on ne retombe jamais dans une erreur auffi .c;udiciablo
    aux ntirs de votre majelt.


    5*
    *ft dn ftitfcofiMI rarorHei qui fur ton foi muux qu'il portent aux
    Minaies, y reoivent un ou deux pour cent au d lius .lu pril
    tib piA'iic ils peuvent, en (crifiaut un demi pour cent fur leur
    mue les a gens et les courtiers, par les mains dfquels
    'ont ne-' nt tout l'or et 1 arg nt qu'on tt por> directement fans
    eux aux I | momies| mais parce qu il ell ainli des ioj rm diaircs
    inutiles tt cofiteux entr.- I. int le France et le fouverain, il n'en faut
    pat au'ib aient MCJOCOieni f rvi faire entrer es mmes mtaux
    dai s le roj .mue. L'oi et l'argent n'y arrivent que par la puill-mce du com
    n rei- national avec l'tranger, ec par le refultat des changes ; quand la
    France a vendu aux autres vitions pi s de nurchandifis qu'elle n'en a achet
    d'elles : ce compte fe balance neceiTairem nt avec de l'argent; ainfi les plm
    riches financiers, les banquiers les plus habiles ou tout autre intermdiaire ,
    ; euvent pas plus augmenter l'importation de l'or et de l'argent en France
    qu'ils ne peuvent la diminue ; et ils influent moins cet gard que le
    plus petit fabricant de I.odve ou de I.ouviers, qui parvient par (on in-
    duftrie augmenter d'une balle de drap le commerce du royaume avec
    l'en ange r, evc.
    I iuid par une ide aufli (impie je n'ai admis qui que ce foit a partager
    les bnfices de votre majefl fur la fabrication des monnaies ; et l'on ne
    l'aurait trop poftr en prneipe que tout retour aux anciens erremens ferait
    1111 facrifice ablolumciit inutile de la part du trefor royal.
    J'ai propof votre majefl de'rendre une loi fur la comptabilit des di-
    recteurs des monnaies : elle tait bien nceflairs puifque cette comptabilit
    tait en arrire depuis 17(9 par l'effet d'une ancienne difculfion fur la ma-
    nire dont ils compteraient de leurs ope-rations.
    TROISIEME PARTIE.
    Je vais maintenant retracer les principales difpofitions d'adminiftration que
    j'ai propofees votre majeii, et qui, n'ayant point de rapports immdiats
    avec l'augmentation de fes revenus, n'intreflaient que le bonheur de fa
    fujets &c.
    Comit contentieux.
    Une des premires difpofitions que j'ai propofes i votre majeft, eft de-
    venue un vritable bienfait envers vos f'jets j c eft l'inllitution d'un comit
    de inagili:ats, pour examiner cette multitude d'affaires contentieufes qui
    taitnr ci-devant Ibumifes la feule dcilion d'un contrleur gnral. On ne
    peut erre inftruir de l'tendue des occu ations qui accablent un mmiftre des
    finances fans reconnairre de la m niere 1 plus fenlible, que fon tems et fi
    vie peuvent p-in? fuffire au coup-d'il qu'exig-.nt les feuks aff.ins d'admi-
    riill-.ition. Cette | lac efl devenue infiniment pus ronfi lrable qu'el'e n'tait
    autrefois j pa*ee que les impts fe font extrmement multiplis et diverfifies.
    On leva aujourd'hui fur ks Peuples, tant au profit de vo rc maj.ft, qu-
    pour le compte d.s villes, des ho-,'tiux rt d s commin auts prrs de 5^0
    millions et prefaue toutej les mod Hca ions diffrentes ont t cherches et
    nu'cs en ufage : comment veiller fur une r lie p-rception ? comment s'occuper
    encore de tant d'autres objets, tels que les fubliftanccs, ks chemins le com-
    merce 1 s manufacture*:, fltc. ?
    Aujourd'hui, trois confeillers d'Ftat, diftingus par leur caractre et par
    leurs lumires, comiofent un comit auquel diffrens matres des requtes
    rappoitent toutes le s affaires conter tieufes de la finance) elles font ainfi
    conftamment juges d'aprs des principes uniformes ; et comme la plupart de
    ces liifcullions ont des rapports aux droits du roi et l'adminiftration en g
    Itrai, les jeunes magiftrats chargs d'en rendre compte, prennent ainfi
    (T'avance une teinture des objets qui les occuperont un joui, comme ii.tendahs
    de province.
    Intendant des Finances.
    *
    Je ne veux point mertre au rang des difpofitions auxquelles j'attache un
    mrite, la fupop (lion des charges des intendans des finances parce qu'on
    peut voir d'fr emment cet gard ; mais voici, d'aprs mes reflexions et mon
    exprience quoi je rduirais cette queftion.
    A mes yeux les hommes capables d'une grande adminiftration font fi
    rares, et tellement rares, qu'on prpare au moins de grandes entraves un
    miniftre des finances, en retrciffant le cercle dans lequel il doit choifir les
    peifonnes d.ftines le fconder.
    Certes c'eft avec peine qu'en cherchant partout qu'en regardant par-
    tout on eft a(kr heureux pour dmler et laifir des hommes qui joignent
    un trs grand amour du travail, de la jufteiTe d'efprit, de la fagaeit ,
    de l'activit, de la mffure. Comment donc fe flatter que quatre propritaires
    de charges fouvent acquifes par faveur ou par hritages, runifient, de
    droit, toutes ces qualits ?
    Vingtimes.
    Un des premiers objets d' Iminiftration dont j'ai t forc de m'occuper
    ce font les vingtimes, parce que vos cours rclamaient contre les vrifica-
    tions faites dans les paroilTes et demandaient que les cotes des contri-
    buables aux vingtimes ne fufTent jamais changes. Dj mme i! y avait eu
    des arrts de dfenfe ou d'autres dmarches qui avaient mrit la rproba-
    tion de votre majeft; enfin, depuis long-tems cme queftion tait un objet de
    difficult et d'embarras fur lequel on avait tour--tour cd et rfift.
    Cette aff'ire, en effet prlentait des difficults raifcnnables. On pouvait
    envifager avec peine des examens continuels remis des hommes trop mul-
    s, et trop peu recompenles, pour n'tre pas pris dans l'tat commun
    de la foci t et pour n'tre pas expofes aux partions qui contrarient l'ef-
    prit d'impartialit; mais pour remdier ces inconveniens, fixer d'une ma-
    niera perptuelle les cotes de chaque contribuable aux vingtimes et
    1er que nulle augmentation ne pourrait plus avoir lieu tandis que fucceifi-
    1 nt tant dVcidens de diverfe nature diminuent parti-l'ement le pro-
    duit de cet impt, c'tait expofer les revenus de votre majeft une dgra-
    dation continuelle.
    Enfin au milieu d?s vrifications et des examens commencs depuis plu-
    sieurs annes ordonner tout-a-coup que toutes les cotes demeureraient I
    immuables, c'tait confacrer des difparits et des injuilices videntes. J
    Cclt donc pour trouver un terme moyen entre cet dirers inconvnient,
    qu'on a propoi votre mijeil-i d'achever les vrifications i mais on l'a in.
    vite dterminer par une loi pofuive, que tous les rles des vingtime!
    qui auraient t arrts dans les paroifl'es, depuis une poque fixe,fubfif.
    teraient pendant vingt ans fans variation.
    C'eft aufli d'aprs mon rapport que votre majeft a exempt du vingtime
    d'induftrie les bourgs et les campagnes de fon royaume j il n'en eft pu
    rfult une grande privation pour les revenus de votre majeft, et cepen-
    dant vos provinces ont fenti le prix de ce bienfait.
    Taille et capitation taillable.
    On croit avoir propof votre majeft une loi majeure pour le bien de
    fes Peuples, en l'engageant fixer la taille la capitation taillable et tous
    les autres acceftoires de la taille. J'ai vu que cet impt le plus charge
    le tous aux hibirans des campagnes s'tait lev dans une proportion
    l'up: rieure tous les autres et que chaque anne il s'accroiffait encore :
    l'en ai trouv facilement la raifon, en ren.arquant que c'tait le feul impt qu'o
    pouvait augmenter obfcurcment, ou du moins fans aucune formalit gnante,
    et par un (impie arrt du confeil rendu fouvent l'infu du fouverain. Ds-
    lors on conoit affament comment, dans toutes les pnuries d'argent oui
    n'ont celle de rgner dans la finance depuis tant d'annes il tait plus
    commode de recourir cette refTource ; tandis qu' formes gales on eut
    le plus fouvent p.efer des moyens diffrens.
    Je crois donc que c'eft un rempart perptuel tabli pour la protectiea
    les campagnes et un bienfait minent de votre majeft envers elles, que
    d'avoir allujeti I augmentation des accelfoires de la taille aux mmes formel
    que tous les autres im; ots. Votre majeft n'a point t arrte par l'ide
    de foumettre Penrgiftrement de fes cours ce qu'elle ordonnair auparavant
    par un arrt de fon coule il; et dans cet acte d'une vritable grandeur, voi
    fujets ont reconnu galement et votre juftice, et votre puiflance.

    Aprs avoir ainfi fix la taille et la capitation taillable dans chaque gnralit,
    il reftera un jour un grand bi.n (aire; il (auIra s'efforcer d'tablir des
    proportions plus gales entre les provinces ; et dj l'on apperoit com-
    ment les difpofitions de votre maiefte relativement la taille et la capita-
    tion faciliteront cette entreprife et l'tay.-ront de la confiance fi ncef-
    faire au fuccs.
    En effet, comment rendre fenfble la juftice' d'une^liftribution d'impt,
    tant que la fomme Je cet impt eft arbitraire ou changeante ?
    Je crois qu'on ne faurait trop le dire ; ou il faut renoncer aux grandes
    chofes ou il faut les prparer par des moyens (impies ou ouverts ; le
    hommes et furtout les contribuables on les a tant tromps, qu'une longue
    fuite de franc hile et de loyaut pourra feule triompher de leurs foupons et
    de leur confiance.
    Un autre objet bien digne de l'intrt de votre majeft et de lVrention
    de fes minilires, c'eft de perfectionner la rpartition individuelle de la taille, Sec.
    Indpendamment de la taille relle et de la taille d'exploitation qu'on
    peut ainfi repartir d'aprs des principes fixes il exifte encore une taille
    appele perionnelle, et qui dpend, non de la proprit territoriale mait
    des autres facults des contribuables.
    Il ferait dlirer que l'on pt renoncer cette efpece d'impofition od
    parvenir la dnaturer ; car il faut regarder comme contraires l'ordre et
    au bonheur public toutes celles dont la mefure et les proportions font ar-
    bitrai.es, &c. ,
    Capitation.
    I.a capitation taillable qui forme les trois quarts de la capitation. eft im
    polee au marc ia livre de la taille, et ne fait qu'une ftulj et nmechofe
    avec la taille ; ainfi les mmes obfervations font applicables ces deux im-
    pofitiona.
    Mais dans les provinces o la taille relle eft tablie la capitation eft
    rgle d'aprs les facults ; il eft d'ailleurs dans tout le royaume une
    cipitation paye par les privilgies c'eft -dire, par les perfonnes qui font
    ..ffranchies par la ta lie loit par leur noblelTe (oit par des prrogatives
    attaches aux charges qu'elles polfedeiit, foit par leur habitation dans le
    villes franches ; cette efpece de capitation d pend encore en grande
    partie d'une rpartition arbitraire ; car on ne peut y procder que d'aprs
    la connaiftance qu'on acquiert, ou par le prjug qu'on fe forme de la
    fortune des particuliers.
    Corves.
    qu
    0
    On a trop fouvent dvelopp V. M. les principes fur cette matire, pour
    ,e je doive m'tendre cet gard : je'dirai fciil.ment que plus ) ai examin
    cette importante difculfion, et plus je me fuis convaincu qu'il eft a dlirer
    que les moyens de fupprimer la corve fo:ent fvorifs. Cette queltion en
    dernire analyfe n'eft qu'un dbat entre les pauvres et 'es riches ; car il eft
    aif d'apercevoir d'un co p d'oeil l'avantage du pauvre la fuppr filon de la
    corve. Un homme fans facult, un journalier, (ont on exige par a:i fept ou
    huit jou s de corve n'aurait pay^r que 12 1 f fous pour L part l'inipo-
    (ition des chemins, fi elle tait tablie au marc la livre de la taille.
    D'ailleurs la rpartition et la perception d'un impt en argent font fou*
    mifes des rgles certaines, au lieu que a diftribution de la corve et la
    furveillance fur fon excution multiplient les dcifions et les punitions arbi*
    traires, et obligent remettre un grand pouvoir entre des mains fubalternes.
    Cependant, car il f: ut toujours conlilrer les objets d adminiftration fous leurs
    diffrens rapports, la diverfite des droits etdes iinpcfitions facilitant leurt. r dur,
    un impt en travail, ou autrement d t la corve eft peut-tre une heureufe
    ide fifcale c'eft--dire un moyen nouveau de multip.ier entre les mains du
    fouverain Ls efforts et les facrfices de fes Peuples; nais de pareilles conbi-
    n.iifons ne pouvant plaire V. M. qui eft furtout jaloufe de faire feivir
    :"on autorit au bonheur de fes fi'jets, j'ai cru fconder fes intentions, en
    favorifant avec mnagement la fuppreflion des corves ; et partout o elles
    lubfiftent, |'ai excit MM. les intendans veiller fur leur jufte rpartition,
    et ne ri-n ngliger pour foumettre ces travaux des regl fixes. Enfin ,
    dans plufieurs geneialiis on laTe aux paiouTcs la libert d'opter entr*" les
    deux


    eix manires de pourvoir la confection <\c% routes ; mais cette libert,
    cette option qui femble au premier co p d'oril fi r-iifonnable- n'elt p:s
    l'jpri d'inconveuicns, lorfque ceux qui doive dlibrer, ont un intrt fi
    dfftmct.
    Mais pinr tant d'objets o le concours des volonts r f! fi nceflai-e o
    les difficult d'excution fe multiplient j'ai cru qu'il fallait un tabli (Terne nt
    o'adn-iirr.i.tion capable de fconder les vis bii-nfefantes de V. M. et de les
    perfectionner et cette rflexion me conduit retrac-r les motifs qui m'ont
    -.gag de piopoler V. M. J'eiTai d'adminiflrationsprovinciales.
    AJmitJlrations provinciales.
    \
    Je n'ai pu firermon attention fur l'tat imparfait des impoft;ons tabli l
    d es roi I| et lur tous les biens qu'on y peut faire fans tre frappe
    du ftngulie- rcraid o l'on tait cet rtard. J'ai vu que dans chacu'e de
    CCI provinces, un homme feul, tantt prefent tantt abfent tait" appel
    if.ir les parti rs \i pins importantes de l'ordre public j qu'il devait s'y
    trouver habile, aprs s tre oocupl toute fa vie d'tudes abfo'ument diff
    MM s j que palfaut hequemnicnt d'une gnralit dans une autre, il perdait
    par cf 5 1,1 ngemens le fruit des conn.iilances locales qu'il avait acquifes ; ei
    e,;i'enfin le rang dans le conseil auquel il afpirait pour rcompenfe l'cnga-
    .1 q 'itc.r l< carrire de i'adminiltration au moment o l'es lumires,
    augmente! par l'exprience le mettaient en tat d'tre plus utile.
    RflichifTant enfuite fur la multiplicit des objets qui font fournis la
    f,ir..:!'a ce d'un miniflrc des finances je n'a; pti comparer leendue de ls
    d >ns avec la DM fore de les forces fans reconnatre fe< fblement qil i!
    (xiliait une difproportion relle entre retende* de PadminJflratiofl et les
    tioyens de l'adminiAracur! Je ne fais mme ( un homme timor dcidant
    de f>n cabinet, et fur d.s aperus rapidtl tanr de dtails irrereflans poui
    |ei habitant d<.s provincel ira pas quelques reproches fe faire je fuit
    r du moins qu'il a fouvent d s craintes dlicaeei qui influent fur (on bon-
    h ur. Sans doute on commence par confulter l'int. n lant > mais fi 'es
    roulent fur fi p opre ad inii.r.tti >n j li c'eft la conduite de f s fub n i
    qu'on attaque; f' ce font lei ides mme qu'il a rejet, s qu'on veut (aire
    adopter j et d cependant tous lei dtaila qui doivent clairer ne peu\ m
    tre d mands qu' lui n'y a-t-il pas dans cette conlli ution un vice attqttl !
    toute l'attention d'un miniftie des fi unies ne (aurait fnpler? et peut-il.
    i de telles onnditiont, fe croire en sur gar-nt d. s imits divers qui lui
    font cor (i. s ? Non fans dou*. l '. plus important I rvice qull peut r.1!!''.. .
    le plus grand devoir qu'il ait rem iir, c'en de faire connatre l'infuib
    dis facults d'un nomme pour une femblable adanifharion ce d'en rvler,
    pour ail li dire, le fteret ion matre.
    f (I fois ce point de vue que j'ai propof V. M. de faire l'effai d'aJ-
    snidrarioni provi ciaUs compof s do propritaires d.' diff r^ns or 1res,
    qui l'aff Siraient ceoj les deux ans, I > de I-ur c'ioix. (.es fonctions de es administra-
    tions doivent f; borner : partir I s impofitions propofer V. M. les
    fermes les plus favorables i ft jtiflic; a prter une oreille artentive au
    phi te- des contribuables diriger la confection des rout-s, choifr pour
    parvenir la manire la moins on.ucufe aux Peup'es, chercher enfi i tous
    s moyens nouveaux il rite qu'une province peut dvelopper, et
    Ici prefenter enfuite V. M.
    Dans un rovaume tel que la France compof de 24 millions d'hommes
    rpandus fur des fols diffrons et fournis diverfes habitudes il eflprcfau
    impoilible d'affuiettir toutes les impofitions aux mmes procds et de I -
    : par une loi (impie et gnrale et ds qu'il faut par tout des excep-
    tions et des modifications comment vouloir gouverner diriger et prferire
    ta t de dtails d'un mme centre et d'un lieu o l'on n'efl iniliuit que par
    des rapports loigns, o l'on ne croit q i'.i cens d'un (eu! homme et "
    ion a li peu le terns d'approfondir2 Quelle diffrence entre Is fatigue im
    puiflutc d'une pareille aJmmiltration et le repos tt la confiance que peut
    infpirer une administration provinciale ?
    L'on ne peut fe diffunuler que le bien n'ait t fouvent retard'5 par la d-
    fiance et la timidit du miniltre qui lavt conu, et il ne faut point j'en
    et"niu t. Les meilleures inflitut ons d'.Iminillration ne ptfentent le plus fou-
    vent que des difficults dans le prin ipe et l'avantage lointain qui doit en
    rfuta r ell cbfcurci p;r les critiques et par l.s panions d_s hommes. Il eft
    donc trs i npo tant que les changement Us plus utiles foient encore ar>-
    puvs par l'opinion publique et c'eft prcifni nt l'effet des dlibrations
    d'une affemblec provinciale i (et propofitiona ! rivent au miniftredrs finances,
    dj renforces d'un fumage qui le rafTure fur l'vnement et il n'a plus,
    pour aiiifi aire, qu'a les ConfiJrer abflraiteinent.
    l'rfin, il eft encore une confidrat'on que je crois ponvoir prefenter
    V. M. ; I honneur fuffit (ans donte pour animer la Nation Franafe et pour
    l'entrain r partout o il y a du pril et de l'clat : c'elt un relort prcieux
    qu'on ne faurait trop mnager; n peu lant il en rfl un autre encore qui agi
    plus oblcurment, mais fans et lie, nui meut galement toutes les clafTes
    des citoyens, et oui dans les gi indes ci confiances peut potter l'enthou-
    (afme et aux facrifl 1 de tout g nre. Ce rtflort c'ift le patriotifme ; et quoi
    dep!u$*procre l'exciter 011 le faire- natre que d.s adminifi ations'provin-
    1 les, o chicon peut fou tour efprer d tre quelque chofe o l'on
    ar.prenJ ain'cr tt connatre Je Lien public et o l'on (orme ainfi de nou-
    \CJUX liens avec fa Patri. f
    On a pu voir dans le pt 's ^U-ul de l'alfemble du Rouerrtue de com-
    bien dr dtails d'utilit publique ene s'tait dj occupe; celle du perri i
    rani plus de deux cent mille francs de contributions votontahes pour des
    ublifl mens et dis trav u utiles. et r le vient d'adopter un plan qui tend*
    (opprimet Im corves ; celle di Moulins, ds !.; premi e f is s'eil oc-
    des mmes ides, Engr rai, les dtfflcolta accompagnent tous les cummencemens, parce qu
    c'ttL encore le teins de l'ignorance, pan 1 la cri
    tiqueeuaie fis forces. Mais, qu I oit le n rtiniftrati
    V. M. en in fefant l'exprience aura toujoure manifeft i fe Peuples te foin
    qu'elle pi ni de-leur bonhtur; elle aura fatisfak an vu de la Nation fins
    s'carter des rgles de l< faeeflfe ; et fi contre mon attente, res premi is
    tabliflVmens ne rpnndai ht point i l'efp rance pub'iaue ; enfin fi 1 ut
    conception mme ctait une erreur, ce fiait fur rrv nr aux veux de l'Univ rs
    une dcles qui honorent un rgne, ci qui confa.rent la gloire d'un mo-
    narque bienieiint.
    Dr lits Je cont
    Les b.foios de l'Etat on; fait imaginer un tribut fur plufieurs fortes d'actes
    49 "r.
    et de rranfctiom entre particuliers ; et dans la ncerlr de multiplier les ref-
    fources du fife en les div.rfifiant, ces droits n'tatent pas mal conus : les
    mariages, leiteftament, les contiats de juifitiona d'immeu-
    ; tant d'autres a. te s font des oprations c-parfes dans la vie et qui
    tenant preiqtie toujours des vnemens rares et inticflans rendent moins
    leiifible le droit qui les accompagne. Mais poitr rendre ce tribut productif,
    il a fallu le proportionner non feulement la nature des actet, mais encore
    aux conditions qu'ils renferment et a l'tat des perionnes qui tranfiitent |
    alors les tarifs fe f .nt fuccds ainfi que les explications les diflincttons ,
    les exceptions ; et' comme le contribuable adtoit ne manque pas fon tout
    de chercher efquivcr le rglent nt de nouvelles interprtations devenaient
    encore ne-ffaires, et c'ert ainfi que le code du contrle et de l'infnuat'on
    des a tes s. If tellement accru et multipli, que les contribuables ne peu-
    vent le plus fouvent |M r i\\:c con.iaifTan.e de ce qu ils doivent payer et
    les employs des domaines ne le lavent eux mmes qu'aprs de""longuet
    tude*
    J'ai donc cru qu'il tait trs-eflenu'el de s'occuper d'un nouveau tarif, &c.
    Gabelles.
    Je n'ai pu m'orcuper des moyens de fconder les vues de votre nu je li pour
    le bonheur de fel Peuples fans fixer mon attention fur les droits de gabelle.
    Un en universel s'lve, pour ainfi di e contre Cet impt, en mme tt-ms
    qu'il elt un des pus tonfi lerables revenus de votre ro\aume. J'ai dlir
    d'tudier cette matire t'avance afin que lei heureux jours de la pan ne
    tulfiu pas empoys comme autrefois de vaines fpculations, et qu'aucun
    moment ne lt perda pour ralifer les intentions b-ntefantes de voue
    majei
    Il fudit de jeter les y.'ux far la carre d?s gabelle pour concevoir rapide-
    ment pour juoi cet impt dais fon tat actuel pn-f.-nte des incnnvnitns t
    it pourquoi dans quelques parties du royaume un doit l'avoir en horr. ur.
    Indpendamment des grandes divisons qui font con.ucs fous le nom de pays
    de grandi* gdbelUs de pjyt, de petites g.ibeltes d pays de fune de p y S
    ratmt et de ; ft ..-.-..- on v ut encore au milieu le chicune des diflmc-
    dbn's de piix foules lur des ufages des franchilet et des privilges. Une
    pareille bigarrure, effet du tenu et de |>lufieurs circonftances a d npcef-
    1 ii -ment faire natre le defr vie fe proc rcr un grand bnfice, en portant
    du 1 d un lieu franc dans un pays I b Ile tandis que pour arrr r r s
    fpeu'at 011s deftructi\ s des r. venus publics il a fallu et blir d.s employs,
    armer d s brigales t opi>ofcr des peines graves l'exercice de ce com-
    il icite ; ainfi .s'ed leve de tout.'s parts dans le royaume une p.uerra
    ii'tellm et f une (te. Des milliers d'hommes (m* ceffc attires par l'appt d'un
    Sain facile fe livrent continuellement un commerce contraire aux lois.
    L'agriculture tft abandonne pour fui 'te une carrire qui promet de plus
    grands et de plus prompts avantage!, l.s enfans f ferment de- bonne heure
    ;t fous les yeux de leurs pa-ens, l'oubli de leurs devoirs, et i fe prpare
    ainfi par le feul tff.t d'une tombjnaifon h'fcale une gnration d hommoi
    dpravs : on ne (aurait valuer le mal qui drive de cette cole d'imino-
    ralue, fcfr
    Il n'y aurait, Sire, que deux moyens de remdier aux inconvniens dont
    je viens de rendre compte vorre majift ; l'abolition de tout i npr lur la
    eabelle en le remplaant par quelqu'autre ou une modification falutaire
    de ce mme impt.
    Le rem. lacement parait difficile, quanl on obferve que cet impt procure
    actuel! me-t votre oiaj (li un reyenu net de cinquante-quatre millions :
    lnfi les droits de h gabelle rapportent autant votre majeft que l'imnt
    ftir toutes les proprits foncires du royaume reprefente par les deux
    vingtimes .t les qu.nr.- fous pout livre du premier.
    On ne piurra't'donc penfet convertir l'impur fur le fel dans une atig
    menrr.tion de tail'e ou de vingtime fans d.-s inconvniens fenfibles. Perce-
    voir tous les i npts la production ell u:i projet chi nrique quand ces
    impou (ont aufli im -i-f.i s qu ils le font eu Iran :e j et c'ell un ;eu des ides
    l nue d appuyer ce lyllme fur le fondement que toutes les tien (Tes
    viennent de la terre j fans doute elles en viennent, mai elles ne fe modifient
    et ne fe conv.aillent e-n argent, que par des d-gies tt d.s canaux divers 5
    et partout o la maue du Peuple n'a ni pargne ni prvoyance ce ferait,
    En ur tre expofet l'ad-iinidrattn multiplier inutilement, les contraintes et
    is faifies, que de remplacer tout--coup le produit de la g^be'le par des
    impots fur le produit des terres....
    Mais en confervant l'iript fur le fel, il ferait important de remdier aux
    grands inconvniens qu'il entrane i et l'on y parviendrait fi le prix de cette
    denre tait gal part ut le royaume car ds ce moment-l toute la contre-
    bande intrieure n'aurait plus d'aliment.
    J'ai fait prparer des travaux confie! rables fur cette matire et j'ai re-
    connu par des calculs exacts qu'en c tabliiTant le prix du fel entre cinq
    lix fous la livre ou vingt-cinq tieiite- livres le minot dan-, tout le royaume fans
    dittinction votre majefle retrouv rait -peu-prs la mme fomme que lui
    produit aujourd'hui la gabelle; et cependant les Peuples paveraient beau oup
    moins, car un des grands ddommagemens de votre majell le trouverait et
    dans l'conomie des frais et dans li fuppreffion de prefque toute la contre-
    bande et dans la plus grande confommtion des provinces o le prix du Ici
    ferait diminu.
    Droits de traites et pages.
    Tant que les gabelles relieront dans leur rat actuel c'eft- dire tant
    eu.- de nrovince province et dans une multitude de lieux de paflge l'on
    f n forc de veiller fur la contrebande dn fel le vu fi fouveni forme pour
    porter tous les bureaux de vifre aux frontires ne pourrait jamais tre
    rempli qu'imp. rfaitement; ainfi la lgiflation fur les gab lit s eft intimement
    :, \ celle d s droits d- traites. Votre mjeff a dj fait connatre par fon
    ar-t fur les pa ;es I d r qu'elle aurait de f.icilit r le commerce intrieur :
    SU 1 onfqti. nce on r,- -, afin de mettre
    votre ma] H en tat de remplir f s vues auilitt que la fituation iiS fi-
    nances le permettra et je vois d'avance qu'il ne faudri pas un grand ficri-
    fice pou- y parv nir. II eft un grand nombre dedroitsd p -ag-s q ,j a(l ije till nt
    des frais pr fqtie qnivilen*. au revenu; it foit p-r r; motif fut par amour
    du bien pub'ic, plufieurs propritair s ont o rt a votre niait(1 l'abandon
    gratuit de I art droits. Mais la fupnreilon entire de tous c s pages ne fera
    non p'us qu'un bien imparfait, tant que le royaume indpendamment de
    fes diviftons en diffrent pavs de gabelle, en contiendra d'autres encore
    absolument dillinctes, et connues fyu le nom de provint* des Cinq grojfa
    n
    * *
    3



    es,
    rrai
    dau
    i hr*npmt, tt p-viixn itnngtuti divifons qui en-
    i do v.!k .tti i d'es :ai)lis lur tous s 1 s
    ..ii s qui fartent de quelques-unes de es provinces pour tatou dans
    ..factura.
    l'nt gtandr qaeftion relative aux manufactures agitait depuis nombre
    i air. et ladminifiratoii tt le commerce i et eu effet c'tait la plu* impor-
    tante de iouus.
    M. Colbett qui donna le plus p,r.->nd mouvement l'tabliflement des
    manufactures en France, et qui lut leurs progrs avait ;uL;e a propos de
    i er Us fabricants par ots reglemem > et comme on attribue pretque
    toujours tous Us grands effets aux di.polirions dei homn.es plutt qu'a la
    liatutt dei thofei dont l'elnpire eft plus grand, mais n.oins viiible, les
    tuccefl un de M. de Corners ayant envfag ces rgi mens comme la prin-
    cipale caufa de l'tat floriflant des manufacture! en France, ils avaient au
    bi n faire ej k's inuii.iplia.it tt en appoitant une ^- sur leur
    obier >ation>
    Mail ces entraves qui avaient protg l'enfance de nos manufactures ,
    ns incommodes mefure que Lur lgislation sciait compli-
    3ii'.f et a melure fttrtoui que la varit dani '. s gots et les changemetM
    ans lei modes avaient appel le gnie de 1 nduftrie plus de libert et
    d"in indsnee ; alors les barrires des rglement furent ; uvent Franchies,
    .: r '.iiir une fois prouve on fe ic:a bientt dani l'autre extrme ,
    et ta libert indfinie fut envifge comme la feule ide raifonnable.
    I rgi ment, quelqu tems aptes, reprirent leur avantage et dans ces
    combat plus ou moins longs entre les rgles > : la libert, on vit le con.-
    uitrtc tt les manufactures continuellement inquits.
    I ie ci rconfta:;ce entr'autre-s contrariait la circulation ; c'eft que le mne
    plomb, les mmes marques fervar.t gal RitOt jultifier de la fabrication
    nationale et de fa rgularit, le* manufacturiers qni ne voulaient point 11
    Joumettre aux combinai Tons preferires tai ni I fs de renoncer a Ces
    Canes ddlinctifs, et ds-bis leurs toffes, confondues extrieurement avi
    toutes les toffes otranger^s taient mme fujectei des laifi. s : l'admi-
    ciflcation cherchait bien temprer dans fes dcriions, la rigueur des lois,
    mais le comme;ce n'tait pas moins expote a des difcttfnoos et des
    lenteurs*
    D'un antre ct, pour app'am'r tous ces obftachs anantir absolument ,
    par une loi pofitive, toute efpece de rgi mens de maraud ou d'exa-
    mens, c'tait rifqner la rputation des fabriques firanaites, c'tait ottrau*
    confommateurs trangers et nationaux I; bafe de lent confiance enfin
    c'tait rii.r contre les id es des vieux fabrkans q1 i avaient vu leurs mi-
    Buiactures et ce.les de leurs pres profpret a l'ombre des lois d'ordre.
    Ceft nu milieu d'une pnreile confufion et de ce comoat de principes, que
    je me fuis occup avec MM. 1 s intendans du commerce, du moyen d'ap-
    p'.anir ces difficults et de concilier les diffrentes vues d'adminiftration.
    L'on croit y tre parvenu par les ettres patentes que vorre mijelt a ren-
    du s au m is de mai 1779 et dont toutes les dhpolkions tend n: mnager
    iVfprit inventif des manufacturiers fon t-ll r et la libert fans privei le!
    toff. s qui feraient fabriques d'aprs d'anciennes rgles, du fceauqui l'atefte.
    On a peaf aulli qu'il tait effentiel de Jimplfier ces rgles, afin de rendre
    l^ur observation pi-s facile et moins contentieiife, et c'eft ce qui a t ex-
    cut par div^rfes lois qui ont fuivi l.s lettres patentes dont je viens de
    parler.
    En mme tems que j'ai donn une attention ?. n -rl aux lois fon lamen-
    tai, s des man factures, j'ai cherch encourarr. r ceites qui manquaient en
    core en France, et je pus affiner votre majeft que le e ni 1 fes fujets
    elt tellement propre aux arts et aux manufactures que l'admini 'ration n'a
    pas bfoin de fe dterminer beaucoup de factifices pour faire jouir le
    rovaume de toute l'tendue et de to.ite la perfection d'in luilrie qu'on peut
    defiret encore. L'effentiel eft de y. tg 1 cette induftrie par des traites qui
    (oient fa vorab es au commerce.
    Ce n'et pas cependant que les diffrentes fortes de manufactures foient
    galement rpandues dans vos provinces unis cette uniformit n'eft pas ne-
    cefiaire ; peut-tre mme y a-t-il des inconvniens vouloir, par de trop
    grands enco. ragemens, tablir dans certains lieux les mmes fabriques qui
    profrent ailleurs d'elles-mmes c'eft exciter ces jalouiLs et expoler l'ad-
    rninillraticn agir fans celle. '
    J'ai vu natre auffi beaucoup d'mulation de l'inftitu'ion que votre majeft-
    a faite d'un prix annuel en faveur de l'invention la plus mile au commerce
    tt aux manufactures. La gloi e de- toute efpece elt lluureux mobile des
    Fianvs et '.0:1 peut dans toutes les ainiindirations tirer un grand parti dt
    te noble et brillant caractre.
    Il eft des arts diftingus qui re font point du dpartement des finances ;
    mais ils l'intreftent infiniment par leur influence fur e commerce et lur l.
    manufactures. D'ailleurs c'tll en partie par la clbrit des erts tt par leur
    perfection qu'on attire dans un royaume les voyageurs et les trangeri et
    7e re crains point de dire qie la dpenfe de c^s et angers dans vos Etats elt
    un des meilleurs commerces de votre roya.ime. On prfume d'aprs diftvrens
    renTeigdemens, qu'en tems de paix, ces dpenfes occalonnent un verfement
    en Fiance de plus de trente millions par an.
    Je crois donc Sire qu'il importe la profprit de l'Etat que les talens
    diftingus y foient ei favorifs d'autant plus qu'aujourd'hui, (bit que
    1 s hommes fuperieurs foi*nt rares, foit que I s arts foient ..Il t- avancs potir
    qu'il devienne difficile d'levet la tte au~ ordi ires von
    majeft ne ftta oblige qu' une trs-petite H p ; lager fon
    royaume tout l'clat qu'il peut tirer de la runion des hommes clbres.
    Poids et mefures.
    Je me fuis occup de l'examen des moyens qu'il faudrait employer pour
    rendre tel poids et les mefures uniformes dans tout le rovaume j mail je
    doute encore l l'utilit qui en rfultcrait ferait proportionne aux difficul-
    ts ,'. toute efpece que cette opration enrrainerair vu les chang
    non qu'il faudrait faire dans une multitude de contrats de rente, de
    devons fodaux et d'autres actes de toute efpece.
    le n'ai poestaw point encore renonc a ce projet, et j'ai vu avec fatis-
    facrion que I la Hatue- Guy une lavait pris en confideraiion.
    Cell en effet u;i genre 1 qu'on peut entreprendre parriellen
    e: foxemple d un heureux luccs dans une province, pounait ii.fluer ellen-
    riellcment fur l'opinion.
    Crains.
    Toutes les queflions relat'ves l'expoitation des bleds Ont t fi fouvent
    traites que je ne m'tendrai pas fur cette matire : t'obferverai feulement,
    que l'txp m'a confirm dans la ptnle qu'il ne fallait donner dans
    aucun extrme ni foumettre ce commerce une loi fixe et gnrale. 11 laut
    autorifer et protger la plus grande libert dans l'intrieur ; mais 1 exportation
    m peut jamais rmit en tout tems et fans limites, il ne faut pas perdre
    de vue que c'tll le fcul commerce dont l.s carts influent fur la fubfmancs-
    du Peuple, et fur la tranqu llit publique. Ainli en mme tems que le gouver-
    nement doit permettre et favorifer la libre exportation dans les tems d'abon-
    da ne; ; il ne aoir r Ire de l'arrter ou de la fufpetidi lorfqu'il y voit
    du danger. Je dirai plus, ce n'eft que dans des livres de doctrine que la
    controverfc 1 cet ut fubfiler encore ; csr l.s inquitudes qui raillent
    A alarmes d'une province fur fa fubfiitance font d'une telle nature, qu
    le minifire des finances qui ferait le plus dtermin par a fyflme fe repofet
    fut 'es effets de la libert ne rarderait pas courir aux prcautions, loil-
    qu'il aurait rpondre d:S vnement. El tells tu et fera toujours, la fai-
    blefle deS ides abftraitet, des qu'elles auront lutter contre .a force du
    moment et l'minence du danger.
    Il y a eu esmomens trs-difficiles, et d'aflez grandes inquitudes dans h
    midi du royaume pendant l'arme 17~8 ; tt lans la follicitu-le et les fecoutj
    de votre mejeil je ne fais fi de grmds maux enflent t prv nus. Depuis
    lors, les rcolte ont e. bonnes et l'expoitation a t ptrmife furcertive-
    ment dans prefque toutes vus provinces ; mais l'interruption de la naviganoe,
    et le p.u de befoins des pays voifins ont occafi une une grande itagiution
    dans le commerce des grains avec l'tranger, &c.
    Je fin^s ici le compte que je me fuis p'opof d rendre votr majeft ; j'ai
    t oblige de paicomir la plupart des objets rapidement .mais t'ell un corripte
    rendu un grand monarque it non lin tiaite d'adminiftration des finances.
    Je ne fiis li l'on trouvera que j'ai fuivi la bonne route, mais certainement
    je l'ai cherche, et ma vie entire fans aucun mlange de dillractiora, 1
    t confacra l'exercice des importantes fonctions que votre majeft m'a
    confies) je n'ai lacrifie ni au crdit ni la puilT.nce tt j'a ddaign les
    louiiances de la vanit. J'ai renonc m ne la plus douce des fat sfactiow
    prives celle de fervir mes amis ou d'obtenir la teconnaiflance de ceux qui
    m't.itourent. Si quelqu'un doit ma lim^le faveur une penlion une place,
    un emploi qu'o le nomme. Je n'ai vu que mon devoir et l'elpoir de m-
    rit-r I approbation d'un maure nouveau pour moi mais qu'aucun de fes
    fujets ne 1 rvira jamais avec plus de d vomtnr et de zle. E Vi, tl )
    l'avoue auiii j'ai compte fitrement fur cette opinion publique, que les m-
    dian cherchent en vain d arrter ou de lacrer, niais que malgr leurs tttoru,
    la juftice et la vrit entrai, eut aprs elles.
    tat des objets du r:cctte ports au lrf>r royal pour Vannit
    ordinaire.
    N* 1". ? es impofitio is perdues par les receveurs gnraux
    fernoi.tent dan ce moment-ci . \^>,y)^,^u^\.
    Mais les charges a (lignes fur ces mne ImtofitloM,
    s'lvent a.........29,050,000
    Ainfi le produit net compter au trfor royal eft
    de..... ........no,J40,oool.
    oVora. Que dans les charges fufdit" fur h rec.tte g rale
    font compiis environ cbtq millioi s pour tre .liiiri-
    bus tant er. dcharges de vingtimes et Ue rapita-
    tion qti au louLgmer.t des taiiUbles et diff.tenl
    aunes objets de bivufaifnce dans ies provinces.
    2. Le bail de la ferme gnrale fe n onte cent vingt-deux
    millions neuf cents mille livrts ; nuis les fermiers g-
    nraux n'tant admis un partage dans les bnfices
    qu'au del de cent vingt ifix n il ions c'efl une
    pieuve qu'ils ont tftim eux mmts que le s produits
    uirpafler|ent cette dernire fommei ainfi l'on peut la
    regarder comme un revenu fur lequel votre maj^e, peut
    compter..........126,000,000
    Il refie dduire de cette rrme fomme les divetf s char-
    * ges allignees maintenant fu: la ferme gnrale et qui fe
    montent ..........7^,575,000
    Ainfi il ne re (le compter an trfor royal fur cette partie
    des revenus de votre maj.Ile, que......48j4i700
    j. Les fermiers gnraux rgifT.-nt defros pour le compte
    de votre majelte es droits du domaine d'Occident, qui,
    en tems de paix, forment un revenu d'environ quatre
    millions cent mille livres ci........ 4,iGOj00o
    4. On peut eftimer Icsprodu-ts de la rgie gnrale qua-
    rante-deux mil ions, pu Ique ce n elt uu'au-dela de cette
    fomme que les rcgilfeurs ont des remiles.
    11 fuit en dduire les charges aflignes fur cette r^gie et
    qui le montent trente- trois mil ions quatre-viogt-diX-
    ftpt mille livres, y compris trente millions que cttte
    mme rgie, charge maintenant del perception des
    droits d'aides, doit fournir aux payeurs des rentes fur
    l'htel de-vile, atttndu que ces rentes font hypoth-
    ques fur les aides et fur ies gabelles.
    Ainfi il rtfte verfer au trfor royal. ....... 8,935,0*


    t. On nat cflimor pareillement M produite de \x rgie des
    domaine* q tarante-deux millions,puifqu< ci u'tlr auffi
    qu'au -del de cette fomme que les rertffes des aclini-
    nirtr.irours commenefnt, et que ks calculs lts plus prcis
    ont prcd ces fixations.
    Mais il faut dduire de cette fomme trois millions neuf
    cents mille livit s dcharges de toutes efpecei atfignet
    dans ce moment fur cette rgie.
    Ainfi le produit compter au trfor royal n'eft port qu' 38,100,000
    i. Le produit des poOts et de !s petite polie en y compre-
    nant la pat du roi dans les augmentations furvenues
    dil'im l'poque de la rgie actuelle, tll dans-ce mo-
    ment ci d'environ ........ 5,610,000
    Le produit des mefitttriet elt plus incertain; le derniw
    h.iiltait de dix-huit cents mille livres; mail les fer-
    miers n'y ont pas latisttit ; et votre m.iielk .1 rU..k
    d'accepter IttofFr s ds compagnies qui voulaient pren-
    dre leur place a x mmes con.'kions, arin de D9 pas
    les exp I r a f compromettre avant que V. M. eut
    pris une connaifTance plus certaine des produits. l'Ile a
    tabli en confquenco une rgie, intereike qui conduit
    cette aflFai e a\ cl i.0 m peut pas juger encore avec
    p cfton de ce iju cl s 1 odra ; on ctoit cependant q l'on
    ne s'carte pas des probabilits en valuant ce nvenu
    en teins de paix .......i,j^c,oco
    Il faut dduire de ces deux produits les charges alignes
    fur ks polies, et qui fe moi.r ut 2,100,000
    Ainfi le revnu annuel ordinaire des poftes et melfigeries
    ne peut tre value qu'a.........9,012,000
    7. Les importions de Pau's fe montent d'aprs ks feumif-
    fions des receveurs de:, impotionsj et dduction laite
    de kiais remifes .,..........5,745,000
    8. Le produit de: la rgie des poudres peut tre valu
    maintenant ............ 800,000
    f. Le produit du dixime d'amortiflement et de {'ancien
    dix.eme retenus par ks trelorkrs fa monte 1,182,000
    10. Avant le rachat fait rn dernier Ik"u le produit des re-
    venus caiueis fe montait 4,285,000
    Les droits perus fur ks communauts ne fe montent en-
    core qu'......... 1,185,000
    Mais ce dernier article augmentera lor'que la Ici concer-
    nant ks communauts lira enregillr'e dans tous'lcs par-
    le;..
    Il faut dduire (Y ces revenus les frais de rgie et les
    charges affi -,n s m lev revenus cafue'a qui le montent
    un million cinq cents quarante-deux nulle livres,
    relie compter au trfor royal net...... 3,928,0-0
    N ta. On a port au chapitre des charges gnrales de la
    finance a l'article 20, l'intrt des lx millions neuf
    ce' ts foixante-dix nulle livres que le roi a reues pour la
    rachat pendant huit annes, d'une paitk du centime
    denier.
    11. lesverfemens au trfor royal de la part du trforier des
    I ts de Bretagne et s receveur gnral de la province ,
    d duction faite des divers paiement qu'ils font la d-
    charge du trfor royal et des fonds delHns aux int-
    rts et aux Tembourfcmctis des capitaux emprunts
    par la province pour le compte du roi, fe montent
    . ( ...... 4,659,000!.~
    12. Ceux du Languedoc, pour les mmes raifons ne fe
    montent qu'a........ i,?3?.,ooo
    15. Ceux de ta Bourgogne 48,000
    14. Ceux des proviu.es d iii ik ,i:ujey et Gex. 458,000 ^ 8,115,000
    15. C-uxdu pays de Provence. . 574,000
    lu. Ceux d s tf'rreiadjacentes"deProvence, 74:,ooo
    17. CVux des Etats de- Navarre et de Barn. 325 ,oe o
    1?. Ceux du pays de i-'oix. ico.oco
    19. Recettes des finances du Roufi.llon....... 333,000
    20. En eftimant le don gratuit du clerg, do leize dix-
    huit millions tomi les cinq a:is cela ferait par an
    a",ioo,oco ............. 3,400,000

    21. Le bnfice^ des mom-a-.s, dduction faite des charges
    . fur la inral des monnaies,
    p-i'tctrc efiinke anne commuai 500,000
    at, La ferme de Suuiai ti ue Poifly....... 350,000
    15. la part du rit? data ks produits qui exc kront les fom-
    m s fi ,^.s p \iv i.i t. : la 1 et
    la rgis -les , rx ut A\ec jiifte et raifon tre
    eflimee paf*J ............ 1,200,000
    Nota. Il y a toute apparence qitc cet objet fera plus confi-
    e.
    24. Ration annuelle o'nenue rcemment fur l'aborme-
    roeni des vil de- ceux de
    diff provinces abonnes et de quelques corps
    particu'.kis., fo mentent ....... 990,000
    J1
    if. La loterie rovnlc de France et les petites loteries, d'aprs
    les probabilits et lexperience forment un revenu
    annuel de.............
    7,000,00
    16. Les extinctions des rentes viagres et les intrts des capi-
    taux teints par les rembourlem.ns procureront un
    bnfice annuel ; mais on ne palle ici en ligne de compte
    que le montant de ces deux fortes d'extinctions dans le
    ' cours de 1781 parce qu'elles deviennent un gage libre
    pour ks prteurs, ds janvier 1782, ci ... 1,850,000
    27. Contributions de la ville de Paris dans les dpenfts des
    carrires de la garde et de la police..... 10^000
    18. Capitation de l'ordre de Malte........ 40,000
    29. Petites recettes particulires des affinages de Trvoux ,
    des fiacres de Lyon &c......... 40/500
    30. Intrts d'environ fix millions d'effets publics rentrs au
    1. Pot royal en diffrent tems et non encore
    brls.............. 290,000
    31. Rentre*, d s dbets, ou de vieilles crances, et autres
    petites recettes imprvutl : Mmoire.
    Total des rentres ordinaires au trfor royal
    264,154,000
    Etat ii.s iipenfts paye* au trfor ryal pour Vanne ordinaire.
    N 1". Le fonds annuel verfer a l'extraordina:re des
    gotrres d'aprs les dpenfes ordinaires actuelles ,
    lerait d'envirop............65,200,000
    N.,t,i. Que la partie des penfions qui tait la charge
    de >e dpartement au 1" janvier 1779, ainfi que les taxa-
    tions des ttforiers gnraux font payes depuis cette
    poque pa1- le trfof royal. Cette partie des penfions
    militaires et ces taxations font un objet d'environ .
    2. Le fonds de la maifon militaire du roi, connu fous le
    nom 'ordinai't dti uerrts........" ,
    Nota. Mme obfervation fur les penfions et taxations.
    ;. Le fonds ordinaire de l'artillerie et du gnie .
    Nota. Mme obfervation fur les penfions et taxations.
    4. Le fonds des marrhaufles
    8,000,000
    7,681,000
    9,200,000
    F
    f. Le fonds annuel des dpenfes ordinaires du dpartement
    de la mari.ie tait avant la guerre de trente-un
    millio.s
    Dont dduilant un million huit cents mille livres pour
    les penfions et les taxations la charge de ce dparte-
    ment au 1"" janvier 1779 et qui font payes depuis
    cette poque par le trfor royal ; relierait payer
    pour le tonds odinaire de la marine.....
    Nota. Que ce fonds rff m dpendant de tous les revenus
    du roi dans ks colonies. Il elt poflble cependant que
    ks nouvelles dilpolirions que votre ma eft juge ait
    ropos d'ordonner la pa x, donnalfent lieu d'augmenter
    ancien fonds ordinaire- de la marine \ trois d'un autre
    ct il efl polfible auiTi qu'il y ait quelque rduction
    vdans la forum porte maintenant pout l'extraordinaire
    des guerres puilqu'elle excde de beaucoup les fonds
    qui y taient deltins autrefois.
    6. Le fonds annuel verfer aux affaires trangres, compris
    les ligues Suiles elt de .......
    7. Les dpenfes totales de toutes les parties de la maifon
    domeltique du roi et de celle de la reine, de Madame ,
    fille du roi, de Madame Ehfabeth et de Mefdames
    tantes du roi compris les batimer.s les gages des
    charges les appDintemsas et les divers traitemens
    des perfonnes attaches la cour font de ... .
    8. Fonds pays annuellement du trfor royal pour J,maifon
    de Monfieur et de Madame et pour la maifon de M. le
    comte ei de Madame la comtefle d'Artois ....
    29,200,00
    8,525,000
    25,700,000
    8,040,000
    9. Rentes fur la caille des arrrages ... ..... 10,8^0,000
    10. Le montant des penfions n'efl pas encore dans ce mo-
    ment connu avec prcifiofl ; cependant la confection
    g ;, 1.1 ns brevets elt tellement avance, que c'cfl
    avec une forte de certitude qu'on value cette d-
    penl'e annuelle la fomme excellive de.....28,000,000
    n. le fonds verf du trfor royal la caifle des ponts et
    cha ifli is. md pendamment des parties affigoes annuel-
    lement lur d'autres caifls........ 5,000,000
    12. L;s fonds fournis du trfor royal pour la deflruction de
    la mendicit fe montent ........ 900,000
    13. Les paiemens d'intrts et rembourfemens d'actions de la
    compagnie des Indes faits par le fleur de Mory et
    autres dpenfes dduction faite des revenus d'induit
    et de faines qui lui font verfs montent 4,tco,cco
    s
    J


    5*
    Le th'.- I annuel des anciennes ref-riptions fe
    motuutt ............. j,oco,00C
    H Les intrt! de h partie de ces mmes Tcfcriptions qui
    OPM renhourOh fe montent .... 2,084,000
    intrts et frais des anticipations, environ 5,500,000
    l-. Les inteyts d'un emprunt de Cx millions frt Gnes 300,000
    iS. Ceux d'un autre emprunt fait galement Gnes pour
    CucisfWM rgie des nuAag<.iie>....... 70,000
    \t>. Csix du dernier emprunt fait par la ville de Paris &X),ooo
    io. !-< intrts et rembourfemens des emprun:s de l'ordre
    m Saint Klprit et les autres charges de l'ordre
    alignes fur la cai/Te du marc d'or fe mentent
    3............... 1,770,000
    D'o rduifant pour le produit du marc d'or deftin
    ces paiemens et reu par les mmes treforiers 1,300,000
    Relie porter en depenie......... 470,000
    il. -Intrts payer divers propr'taires d'office-s fupprimes,
    deux mili.ons trois cents foixante-fept mille livres 1,567,000
    12. Intrts des foixante millions emprunts par voie de lote-
    rie tant en 17-7 qu en irSo values malgr les
    rembourfemens dj faits, ........ 5,000,000
    "Nota. On a paff rous les autres rembourfemens parmi
    les charges annuel es; mais ceux-ci n'tant pas lit mmes
    chaque anne il a paru plus taifonnable de fe borner
    paffer au rang des dpenfes perptuelles l'intrt du
    capiral avec lequel on pourrait teindre aujourd'hui
    ces d.ux emprunts.
    23. Fonds annuel jufqu'en 1784 pour le rembourfement des
    lettres de change des les de France et de Bourbon t,000,000
    24. Fonds limai 1 jufqu'en 1784 pour un remboursement
    faire M. le prince de Conti....... 555,000
    25. Fonds annuels pour le rembourfemer.t des offices de pa-
    . l'iers et cartons, qui finira en 1787...... 68,000
    26. Gages des offices du point-d'honneur...... 275,^0
    17.-Appo'ntcmens compris dans l'tat des fanges du confeil,
    dtltraction faite de ce qui en tit allign fur d'autres
    cailles particulires............ 1,370,000
    28. Autres traitemens par ordonnances particulires. 664,000
    29. Intrts annuels pour fouhe d'engagemens de domines,
    pour dettes diffrent fournifleurs et pour d'autres ar-
    rangemens. ...........1,172,000
    fonds fa:re pour ies gages des offices de Breta-^
    gne en lus de ceux veifes directement par cette'
    province entre les mains du receveur gnral
    ..... .....177,000 l.|
    30. ^Idem, pour ceux de TonJoufe. 121,000 > 903,000
    ihtm pour ceux de Montpcli-. r. 240,000
    Udcn peur ceux de Bourgogne. 91,000
    Idem, pour ceux des offices de Provence. 316,000
    "idtm, pour ceux de Navarre et Beatn. 56,000
    ji. Supplment pour les dpenfes civiles de Corfe. 250,000
    32. Acadmies, acadmiciens, t autres gens de lettres. 269,000
    33. Bibliothque du roi........... 89,000
    34. Imprimerie royale, anne commune environ. ico.oco
    3;. Jardin royal des plantes et cabinet d'hifloire naturelle. 71,000
    56. Dpenfes de la police illumination de Paris pom-
    piers, enlvement des boues........ 1,400,000
    37. Guet et garde de Paris.......... 660,000
    38. Marchauie de l'Ille de France....... 195,000
    39. Gages, intrts des finances taxations et pies de la
    chambres des comptes et frais gnraux quelconques ,
    tant Paris qu'en province des gardes du trfor royal ,
    de tous les trfurie.s de la nouvelle adminillration
    des recettes gnrales des financ s et des commilaires
    au bureau gnral des dpenfes de la maifon dj roi. 2,9$
    40. Prifonniers dans des chteaux dont le paiement eft fait
    au trefor royal............. 82,000
    41. Secours aux Jfuites des hpitaux des maifons
    rel gieuis, fcVc. .......... 8oo,OCO
    42. Secours aux familles Acadiennes........ 113,000
    43. Indemnits et dpenfes diverfes ordinaires..... 1,411,000
    44. Dpenfes d.s coles vtiinaires.
    4;. Dpenfes des mines et agriculture.
    fty
    26,
    00
    000
    46. Dpenfes ci-devant payes fur les revenus del princi-
    paut de Dombes............ y. q^
    47. Appointemens et gages des gouverneurs et licutenans de
    roi et autres compris dans les tats des garnirons ordi-
    naires...............
    48. Remifes accordes aux pays d'Etats diffrent titres,
    values anne commune........
    49. Fonds pour les dpenfes imprvues au-del des rentres
    extraordinaires pafles pour mmoire dans le chapitre dis
    revenus...............
    Toiwl des dpenfes payes au trfor royal. .
    Rfsultat.
    Les revtnus montent
    Et les dpenfes .
    Les revenus excdent les dpenfes de .
    M*7*oo
    800,000
    3,000,00*
    1*3,954.000
    l6454coo
    253.9Mo
    0,100,009
    Nota. Cet excdent fit indpendant de 17,316,666liv.
    employ** m rembourfemens et dont le dtail
    fuit ci-aprs.
    Dtail des rembourfemens pajjs dans le chapitre des dpenfes
    annuelles.
    Les fonds deflins au rembourfement des referiptions. 3,000,000 L
    Celui deftin au rembourfement des billets des fermes qui
    font partie des charg-. s de la ferme gnrale, et qui
    fera fini en 1785............ 3,600,000
    Celui deftin au paiement des lettres de change de l'Ifle de
    France et de Bourbon et qui fera fini en 1784. 1,000,00
    Celui deftin au rembourfement d. s actions des Indes. On
    le porte ici fur le mme pied o il a t en 1780. 730,000
    Celui deftin au rembourfenu nt du duch de Mcrcaeur et
    de la loit de Scnouthes et qui finira en 1784. 155,000
    Celui deftin au paiement des offices des papiers et cartons,
    qui finira en 1 i;........... 68,GO
    1 onds retenus par ie trforier des Etats de Languedoc, lur
    les deniers du roi, pour re appliqus des rembour-
    femens.............. 4,092,000
    On a compris dans cette fomme de quatre millions qua-
    tre-vingt-douze mille livres, la portion de rembour-
    fement qu'exigera le dernier emprunt de dix mil-
    lions actuellement ouvert.
    Fonds retenus par le trforier des Etats de Bretagne. 202,000
    Fonds deftins dans ce moment, fous le bon plaifir du roi,
    au rembo irfement d'un emprunt particulier ladite pro-
    vince de Bretagne. ......... 300,0c
    Fonds retenus par le trforier des Etats de Bourgogne,
    pour tre appliqus des rembourfem.ns..... 1,680,000
    Idim pour celui de Provence.......... 785,00
    Idem pour l'agent de la province d'Artois...... 150,00
    Rembourfement annuel aux fermiers de Sceaux et PoilTy. 166,666
    Rembourfement faire au clerg pendant 14 ans com-
    mencer du 15 juillet delprelente anne 1781. 1,000,000 1.
    Rente payer au clerg jufqp'en 1796...... 500,000
    1,500,000
    Mail comme les intrts et les capitaux font confon-
    dus dans cette efpcce de rente ou de remboutfe-
    :, on ne les mettra eo ligne de compte ici que
    pour..........1,000,000
    Total des rembourfemens......17,326/66


    L'tat comparatif qu'on vient de lire ne fait connatre que l'effectif des
    rentes verfes dans le trfor royal. Il ne comprend ni 1rs frais de percep-
    tion ni les dpenfes acquittes dans les provinces et ne donne conlquem-
    ment qu'une ide imparfaite de la malle cLs revenus et des dpenfes de
    il ut. Nous liions les faiie connatre plus en dtail par un extrait de l'ou-
    vrage que publia M. Neckcren 1-84, fous le titre d'a;>percu fur l'adminif-
    tration des finances.
    Adminijlration des finances de la France en 178.J., par M. Necker.
    Contribution des Peuples.
    I. Les deux vingtimes et les quatre fous pour livre en fus du premier,
    importions qui portent prefque en entier fur le revenu net des propritaires fon-
    ciers, fe montent 56 millions 400 n.ille livres, d'o deduifant environ
    I430 nulle livres pour les dcharges et modrations accordes anne con
    mune aux contribuables, relie porter dans le tableau des contributions ,
    t( n.iiiions.
    Les vingtimes du clerg tranger feront compris dans les impofitions
    gnrales du clerg du royaume dont l'article fe tro.:ve ci-aprs.
    II. Le troifieme vingtime a t tabli au mois de juillet 1782 pour
    durer jufqu'au dernier dcembre de la troii'.me anne aprs la gnatUN
    h paix. (Jet impt tant caufe des exemptions portes dans ledit, qu'au
    moyen tel modeiations accordes aux prov nect abonnes et des dcharges
    qu'obtienut.it les paitieuliers, ne doit le monter qu'... 21 millioni jgo mille
    livres.
    III. la taille, dans quelques pro\i:ces, porte uniquement fur les biens-
    fonds al!u]ettis cet impt et la mefireen eft dtermine par un cadaftre;
    mais dans la plus grande partie du royaume la taille eft relative l'tat
    des perfonnes i et alors la rpartition en eft faire d'aprs une proportion
    prjuge, foit de la fortune des roturiers, loit du produit des bens dont ils
    ont l'exploitation comme fermiers i et Ici nobie-s qui rgi.Tent eux mmes
    leurs domai.ies, n'ont droit qu' des ex.triplions limites.
    L'enfemble de la taille impt qui, dans quelques provinces a une dno-
    mination diffrente 1 s''.eve environ oc millions, en y comprenant les
    mr.">! s des collecteurs, par-tout 0.1 es taxations font ajoutes au capital
    impof.
    La taille que paient certaines villei abonnes avec le produit d'un droit
    d'entre n'eft point comprife dans cette tomme : ce ferait un doul le em-
    ploi, puifque i**n verra dans la fuite un article cempof de tous les droits
    levs par lus villes.
    Il eft jufte de dduire de cette fomme de 9 millions les diverfes re-
    mifes accordes fur ct impt dans tout le royaume et qui s'lvent, aiune
    commune prs de quatre millions.
    Relie porter dans le tableau des contributions gnrales.. 91 millions.
    On n'a pas compris dans cet article la partie de la taille qui eft impofe
    dans queques provinces pour fatisfairs la dpenfe des chemins; parce
    qu'on a fait un article fpi d l.i contribution des Peuples, foit en ar-
    gent, foit en corves, |>oar VenrreJen et la confection des routes d.n
    tout le royaume.
    fur les ft- des modrations
    * . %M ApitiiOf| ii '"v vj.. j-
    roturiers, fe mont; dduction tic des dcharges, ou
    accordes aux contribuables, environ 41 millions joo mille livres.
    La opintion dei roturiers, dans toutes les provinces o la taille n'eft
    pas relle, eft repartie au marc la livre tie cet impt.
    V. Les',impofitions locales des pays d'lection et qui font deftines ,
    tantt l'entretien des presbyter s, et fautes a d'autres dpenfes d'un* uti-
    lit particulire aux communauts de campagne, ou certains arrondifie-
    msns, environ.... deux millions.
    VI. Les recouyremens donns ou bail ou en rgie la ferme gn-
    ral; et qui proviennent d s produits de la vente excluiive du fel et du
    tabac, des droits de traite l'entre ou la f nie du royaume et d-s
    provinces appelles des cinqgrolcs fermes des droits du domaine d'Occident
    perdus l'introJjciion des denres des Colonies erfin des droits exig.-.s
    l'entre de Paris ou dans la circonfrence : tous ces n couvre m: .is runis ,
    y compris les derniers fous pour livre, et quelqn.s droits tablis par l'vdit
    d'aot i"8i, peuvent tre eftims a ei.viron 186 mil ions.
    Ce n'eft pas cependant cette fomme qu'il faut porter dans le tableau des
    contributions des Peuples; il eft laifonnahle d'abord d'en dduire les avan-
    ces faites annuellement par les fermiers gnraux et peur l'acquifition des
    fe s de l'Ocan ou de la Mditerrane et pour la formation de ceux prove-
    nant des falines c-t pour l'achat ou la fabrication des ulv.es, et poui les
    frais de tranfport de ces marchandifes dans tous les lieux de confommation
    du roya me.
    49 (jihvcr.
    J'. (limerai ks deux objets de bn'rce que je viens de dftgner, environ
    deux millions; et comme ce bnefue fait avec les trangers, ell pay pat
    eux il eft julte de le dduire des produits de la ferme gnrale avant de
    faire entier Ces mmes produits dans le taoleau des contributions de la
    I rance.
    Une autre obfervr.tion fe prfente encore. Suppofons le commerce du f 1
    et du tab.c parfaitement libre il y aurai: d-s ngocions qui fuient v r
    ces marchandifes, fait des marais falans, foit de l'tranger ; il yen aurait
    d'autres qui dirigeraient les fabriques de tabac; et o dans les
    ventes qu lis f. raier.t aux marchands en dtail, lveraient n.-ccila rcm:iit le
    ( rix de la denre au point nce (Taire pour retrouver l'intrt de lus
    avances et pour s'afTurtr du bnfice qu'exige toute efpece d'entreprife.
    Enfin, a ce commerce fimple, il fe joindrait quelquefois des IbculattQM ,
    des accapareme-s des monopoles oprations dont le fuccs ferait un ac-
    croiflt m. lit de charge pour les confommateurs. On ferit mme tente, au
    premier coup-d'itil d'valuer tort haut ces I ; tcet reunis ; la ferme g-
    nrale vend po. r 120 millions de fel et de tabac, pourra't-on dire, quels
    profits ne feraient pas fer un commerce de cette tendue KM ngocians qui
    s'en mleraient.
    Mais on doit obferver que la fomme corfuHnM' de ce* ventes, provi" nt
    des hauts prix -\u\ font l'effet du privilge exciulit; ou (i l'on veut de
    l'impt modifi fous cette forme; et fi et commerce tait libre et affranchi t
    de tout impt, le capital nce flaire pour l'exploiter ferait modique, puifque
    ce capital ferait proportionn aux depenles annuelles d'achat, de lbrictOron
    'et de voitures ; et l'on vient de voir que cs dpenlet ne formai.nt qu'un
    objet de feize millions pour la ferme gnrale.
    Quoi qu'il en foit puifqui le commetee libre du fel et du tabac donne-
    rait lieu des bnfices de fp-Htiiuion et des intrts d'argent qui retom-
    beraient la charge des CORfom nateurs il eft jufte d'y avoir gard dans
    un ca cul o Ion cherche connatre l'tendue des contributions des Peu-
    ples ; car ce qu'on peu: confidrer comme un impt fut le tel et fur le tabac ,
    eft uniquement la partie du prix actuel de c auquel chaque cobfornmeteur pourrait l'approvifionner, fi le commerce
    n'rait plus tournis ni au privilge exclulf de la ferme gnrale 1 ni aucun
    droii quelconque. J'estimerai donc le profit des iiegotiiiis dans l'hypothe.e
    que je viens d'tablir environ deux millions.
    Rcapitulant maintenant ces trois articles de dduction le premier de
    (ette millions le fcond et le troifieme de deux millions chacun c'tft en
    tout vingt millions, fomme fouftraire des 180 mi.lions recouvres par la
    ferme gnrale ; ritrait donc porter dans l tableau des contributions des
    Peuples.... 166 millions.
    Je dois obferver, qu'in lpendammert des bnfices faits par la ferme g-
    n- raie fur le fel et fur le tabac, les d-gitans petite mesure ont un profit
    que je ne range point parmi les contributions (les Peupler.. La raifon en eft
    lunole ; ce profit ex,fierait fous un autre forme lors mme qu; le com-
    merce du fel et du tabac ferait rendu libre ; car i! faudrait partout pour li
    commodit du Peuple de petits di'hibi.teurs qui feraient un bnfice peu
    prs gal aux avantages qu'on accorde aujourd'hui aux perfonnes connu.s
    Ibtlf le nom de deiians ou de regrj^iers.
    VII. les recouvremens de la rgie gnrale confident principalement en
    droits d'aides fur les baillons et ce mme gne d'impt, fous le nom de
    droits re'crves ou d il fpeetcurs aux boucheries, s'tend quelques autres
    contaminations. La rgie eft encore charge de la perception des droits ta-
    blis fur les ouvrages d'or et d'argent, et fur la fabrication des fers, des
    cuirs, des cartes du papier et de l'amidon, Vc.
    Le produit d? l'enfiemble de ces droits, dpendant en partie de l'tendue
    de la reeolte en vins et* lufceptible d'une grande variation. La rigidit plus
    pu moins grmde avec iiquell- les agent du fife font"autorifs fe conduire,
    ir.Hue atirTi d'une manire fenfibl* fur la mefure des recouvremens. J'eitime
    Ici produits briltl de la reiie gnrale, avec les derniers fous pour livre,
    it dans I tat actuel des choies, de ji 52 millions, ci.... 51 millions mille livres.
    it que ces diverfes avances reprsentent un? valeur i;I!e 5
    produits qui fert rembourfet une pareille dpenfe ne
    On Cent aiiement
    ainfi la paire des produits qu. .
    peut pas tre considre comme une impofition. J'ellimerai la totalit des
    avances dont je viens de parler, anne commune en comptant fur quel-
    ques-unes de guerre, environ fei^e millions.
    Fnfiii, en fe propofant feulement d'tablir ici la fomme d. s contributions
    des habitans de la France il eft jufte de retrancher des recouvrement de
    la ferme gnrale fon bnfice fur les ventes de Cris qu'elle fait aux Suifles ,
    aux Yalaifans la Rpublique de Genve, au comtat d'Avignon, et
    quelques principaut] voifins du Rhm. H s'expdie suffi pour i''.ranfer,
    pir la voie ordinaire du commerce une certaine quantit de tabacs de la
    ferme achete dis conditions modres, niais qui procure cependant un
    petit avantage la ferme gnra'e.
    La rgie peroit de plus environ huit millions pot des droits de la
    nature de ceux q'>i viennent d'tre dfigns mais oui ont t convertis dans
    une l'orome fixe; et comn.e ces abonne ment font acquitts par des villes
    ou par le-s F.tats des deniers provenant de la taille ou d'autre! impofi-
    tions comprtes dans le tableau gnral dont on pieirt- ici les elmens ce
    fcrail un double emploi que d'en porter une fconde ieis le montant au titra
    det recouvremens de la rgie gnrale.
    La ferme gnrale et Padmir.ifration des domaines font anfl charges du
    recouvrement de quelques abonnement, nuis de peu d'importance et la
    mmo obfervation s'y trouve applicable. Ce font cesivrtl n.clau.ges, et tant
    d'autr.s en ore qui rendent infiniment difficiles, et le travail que j'ai en-
    trepris et les foins que je me fuis donnes pour en prfenter l'expofition
    avec ordre.

    VIII. Les recouvremens confis l'adminil'.ration des domjines, provien-
    nent piincipalement des droits furie contrle et l'ii.tinuation des actes, des
    droits de greffe et d'hypothqu du droit de centime denier fur la vente
    d.s immeubles S de la tixe particulire lut I'jcgii lition des biens nobles par
    les roturiers ( impt connu (bus le nom de franc-fief ) des droits ds fur
    les immeubles vendus aux corps et communauts qui n'ont pas la facul de
    s'en dfaire, des droits de p. ge appartenant au roi gfc. Enfin la 1
    repie peroit encore le produit dr h vente d.s bois appartenans au fouve-
    rain, le revenu de fes autres domaioes fonciers, et les Iroits cafuels ds
    la mutation d;s biens oui relev t de ces feigneuries. Ces diver* recou-
    rt mens, y compris les derniers foi s pour livre et indpendamment de
    quelques petits droits abonn. s, doivent s'lever aujourd'hui entre 5a et 5$
    ns.
    Mais il ne faut compter parmi les contributions des P Dplas, ni les pro-
    duits det boit, ni le revenu det domaines rels, ni mme les cens et
    les droirs feignedriaux cafoela, puifque ce ne fon pas des imptt, mais des
    droits pareils tous eux qu< peroivent dan l*unrvertalit du royaume les
    ns feigrteurt de fiefs; tous ces objets fe montent de onze a douze
    millions.
    Pwfte donc porter dans le tableau des contributions.....41 millions.
    n...
    **


    5<>
    IX. La petite ferme particulire qui recouvre clans les inaicliei.de Sceaux
    et de Poiily les droits tablis lur Us baliaux deftins la ci.-..initiation
    de P ris ; les produits bruts, y compris les Tous pour livres, fe montent
    environ..... 1100 mille livras.
    X. Le revenu mie le roi tire des poftvs fe monte aujourd'hui 10 millions
    300 mille livres, et c'eft la fourni i|ue )e porterai dans le tableau gnra!
    des contributions, ci.... 10 millions jco mille livres.
    XL La ferme des meffageries rapporte, flon le bail pale en 178:....
    i ico mille livres.
    Les raifons dveloppes dans l'article prcdent, m'engagent de mme
    ne porttr une le prix du b.iil d mis le tableau des contributions des Peuples ;
    fuiifqu'en luppofant ce bail fa jufte valeur, les frais de manuten;ion et
    es bnfices des fermiers deviendraient la reprleutation des dpenfes qu'en-
    trane un ferrie* d'une Utilit gnrale.
    XII. Le bnfice fur la fabrication des monnaies produit environ.... 500
    mille livres.
    On n'y ajoute point non plus les frais de manutention, quoique l'indem-
    nit de ces frais le retrouve dans la valeur donne aux elpeces et retombe
    ainfi la charge des Peuples ; mais la fabrication des monnaies tant un
    acte public inuifpenfable, la dep nfe ferait la mme, quand le roi renon-
    cerait en retirer aucun bnfice.
    XIII. Le rjvena provenant de la rgie des poudres fe monte environ-
    Secs mille livres.
    XIV. Le produit brut de la loterie royale et des petites loteries, y com-
    pris les quatre pour cent retenus par les burahltes, s'lve de n 12 mil-
    lions, ci.... 11 millions 51.0 mille livres.
    L'on voit que ce n'eft pas feulement le bnfice du roi que je compte
    parmi kl contributions des Peuples, mais la fomme entire des recouvre
    mens fans dduction de frais ; car certainement cette dpenfe n'eft pas le prix
    d'un fervice public indifrtniab e.
    XV. Les reccjvrernens fairs par le receveur gnral des revenus cafuels,
    co.,:i.tenr dans les droits tablis la mutation des charges, et la rcep-
    tion dans les communauts de marchands ou dans les mait ifts d'arts et
    mtiers : ces recouvrrmens doivent tre valus annuellement environ....
    5 millions 700 mille livres.
    Le rachat du centime denier dont le terme expire la fin de 1788, fera
    poite' comme une anticipation dans le chapitre des dpenfes.
    XVI. Le marc d'or eft encore un droit peru la mutation des charges,
    tt on l'exige de plus l'occalon des brevet des concilions, des privilc-
    cs, et des a'tres actes de faveur qui ont befoin d tre revtus du freau
    e la chancellerie. Ce recouvrement doit tre aujourd'hui d'envton.....
    17CO mille livres.
    XVII. Les droits fur les confommations donnas ferme ou en rgie par
    les pays d'Etatst tels que la ferme des devoirs en Breragne celle des
    quivalens en Languedoc, les crues fur le fel dans le Maonnais, la Bour-
    gogne et d.ins une petite partie du Languedoc } les droits tablis fur les
    confommations par les Etats de Flandre, d'Artois, du Cambreiis et du
    Maonnais les droits de page fur la Sane en Bourgogne produifent
    enlemble de ici 11 millions, ci.... 10 millions 500 mille livres.
    XVIII. Les contributions particulires du clerg du royaume conform
    ment l'explication qui en fera donne dans un chapitre fuivant font
    d'envi.on.... 11 millions.
    XIX. Les octrois confifhnr principalement dans des droits l'entre de
    diverfes villes du royaume ou au dbit de quelques denres, et dont le
    recouvrement eft fait pour le compte de ces mmes villes des hpitaux
    et des chambres de commerce, loit pour fubvenir leurs divenes dpenfes,
    foit pour l'acquit de leurs dettes foit pour payer quelques abonnemens
    contracts avec le fife, montent environ.... 27 millions.
    XX. Les droits d'aides Verfailles recouvrs par une rgie particulire ,
    fous l'infpection du gouverneur de cette ville qui en a fait fe-rvir le pro-
    duit l'acquit de diverfes dpenfes relatives au fervice du roi : cette par
    tie de recouvrement s'lve, je crois, environ.... 900 mille livres.
    _ XXI. Les impofition diverfes en Corfe, rapportent prs de 600 mille
    livres.
    XXII. L'impt tabli fur lesmaifonsde Paris pour le logement des Cardes-
    Franaifes et Suifles, et dont on rend compte aux chefs de ces corps, fe
    monte environ.... jo mille livres.
    XXIII. Divers petits objets, tels que l'induit appartenant la compagnie
    des Indes l'abonnement de 150 mille livres convenu avec la compagnie d.'s
    glaces pour l'impt tabli en 1771 les droits fur la marque des toffes ,
    ceux provenant des affinages de Paris, Lyon et Trvoux les droits de
    chancellerie appartenar.s au ga.de des fceaux de France ceux du contr'e
    des quittances nouvellement rtablis en faveur du contrleur gnral des
    finances, la taxe connue Paris fous le nom de boues et lanternes, et dont
    l'abonnement fe paie par les maifons nouvellement conftruites les droits
    au profit du corps des marchands de Paris, ceux fur les fiacres, les pafleurs
    d'eau, &c. enfemble environ.... 2 millions jco mille livres.
    XXIV. Droits cafuels la mutation des offices, droits d'aide du contrle
    et de l'age, levs de la part des princes du fmg titre d'anpanage de
    concellion ou d'abonnement, et ceux engags dirfrens feigneurs, entre
    deux et trois millions, ci.....2 millions jeo mille livres.
    XXV. Corves ou impofitions exiges pour l'entretien et la confection
    des routes environ..... 20 millions.
    Les grands chemins de la gnralit de Paris n'entrent point dans ce
    coiiipte parce que c'eft des fonds du trfor royal qu'on y pourvoit.
    XXVI.{Qn doit encore confidrii comme une addition aux tributs des
    Peuples les frais de procdure de contrainte et de faille qui retombai
    la charge des contribuables.
    J'valuerai cet article de 7 8 millions, ci.... 7 millions 500 mille livres.
    Les nouveaux fous pour livre et l'tabliffement d'un troifieme vinjtiems
    doivent occafionner quelques augmentations i car l'un des funeftes effets dt
    l'accroiflement des impt! entre tant d'autres c'eft de rendre les rteot-
    vremciis plus difficiles, et les rigueurs plus nceflaires.
    XXVII. On peut encore compter parmi les facrifices des Peuples, lest
    ailuji tnikment au tirage de la milice} mais ce n'eft une charge pcuniaire
    que pour ceux qui, deligns parle fort, paient d'autres hommes pourhi
    remplacer.
    XXVIII. On doit encore indiquer comme une charge difficile apprcier,
    le logement des gens de guerre lors de leur paffage ainfi que dans Us villa
    de garnifon o faute de cafernts ils font repartis dans les maifons des ha-
    bitans ; on eft renu de leur fournir, outre le logement, le feu, la lumire,
    le linge et le fel..... Mimo'ut.
    XXIX. Il fe vend dans le royaume beaucoup de fel de tabac et d'an-
    tres marchandifes introduites par contrebande : un pareil dbit n'a lieu uns
    doute, qu' la faveur du profit modr dont les fraudeurs fe contentent)
    mais les marchs qu'on peut faire avec eux fe reflentent nanmoins des
    rifques attachs ce genre de commerce. Ainfi, fi les contrebandiers cdent
    a trente fous ce que la ferme vend foixante il n'eft pas moins vrai qu'ils
    rirent en mme tems trente fols de ce qui n'en vaut que dix ; et cet ex-
    cdent eft une furcharge qui doit tre attribue aux impts tablis fur le
    fel, fur le tabac et fur d'autres marchandifes.
    RCAPITULA T I O S.
    Vingtimes. 55,000,000 liv.
    Troifieme vingtime. 21,500,000
    Taille. 91,000,000
    Capitation. 41,500,000
    Impofitions locales. 2,000,000
    Fermes gnrales. i66,coo,cco
    Rgie gnrale. 51,500,000
    Adminiftration des domaines. 41,000,000
    Fermes de Sceaux et Poifly. 1,100,000
    Adminiftration-des poftes. 10, $000,000
    Fermes des meftageries. 1,100,000
    Monnaies. 500,000
    Rgie des poudres. 800,000
    Loterie royale. 11,500,000
    Revenus cafuels. 5,700,000
    Droits de marc d'or. 1,700,000
    Droits perus par les pays d'Etats. 10,500,000
    Clerg. 11,000,000
    Octrois des villes hpitaux et chambre de commerce. 27,000,00
    Aides de Verfailles. 900,000
    Impofitions de la Corfe. 600,000
    Taxe attribue aux Cardes-Franaifes et Suifles jcX3,oco
    Objets divers. 2,500,000
    Droits recouvrs par les princes ou les engagiftes. 2,500,00
    Corves ou impolitions qui en tiennent lieu. 20,000,000
    Contraintes faifies. 7,500,000
    Milice. Mmoire.
    Logement de gens de guerre. Idem.
    Impt indirect par la contrebande. Idem.
    Total. 585,000,000 1.
    Rcapitulation des frais de rteouvrement de toutes Us impofit'u
    du royaume.
    Vingtimes, troifieme vingtime taille et capitation. u,6oo.,o
    Impofitions locales. 50,000
    Ferme gnrale. 21,300,000
    Rgie gnrale. 8,600,000
    Adminiftration des domaines. 5,300,000
    Fermes de Sceaux et Poifly. 300,000.
    Adminiftration des poftes.
    Ferme des meffageries.
    Monnaies.
    Rgie des poudres.
    Loterie royale. 2,400,000
    Revenus cafuels. 140,000
    Droits de marc-d'or. 40,000
    Droits perus par les pays d'Etats. 1,700,000
    Clerg. 500,000
    Octrois des villes, hpitaux et chambre de commerce. J.ooOjOo
    Aides de Verfailles. 150,000
    Impofitions de la Corfe. 70,000
    Taxe attribue aux Cardes-Franaifes et Suifles. 15,000
    Objets divers. 250,000
    Dioits perus par les princes ou les engagiftes. 250,00*
    \tiou


    Corves ou impofitions qui en tiennent Heu.
    Contraintes et failles.
    Milice et logement de gens de guerre.
    Impt indirect par l'effet de la contrebande.
    57,665,000
    Augmentation applicable l'emfemble des articles ti-delTus. jjf.ooo
    Total. 58,000,000
    On a montr que l'univerfalit des impofitions la charge des Peuples
    s'levait r8f millions ; d'o deduifant 27 millions 500 mille livres pour les
    corves et les frais de contrainte ou de faines, fortes do contributions qui
    ne forment pas un objet de recette, rtfte... 557 million* 500 mi le livres.
    C'eft avec ce capital qu'il faut comparer les frais de recouvrement ci-
    deflus.
    Le rfultt eft 10 quatre cinquimes pour cent.
    Rfum des parties de l'impt qui font territoriales.
    Vingtimes. 74,000,000 liv.
    Taille. 8;,000,000
    Impofitions locales. i,Soo,oco
    Capitation. 22,000,000
    Clerg. io,6oo,coo.
    Divers objets. 600,000
    Total de l'impt territorial. 190,000,000
    Sur le nombre des agtns et des employs du fife.
    L'univerfalit des agens du file depuis les premiers chefs jufqu'aux plus
    petits burilifles ou collecteurs peut tre value environ 250 mille per-
    fonnes et on peut les clalfer peu prs de la manire durante.
    Deux cent mille pour la recette et la collecte des vingtimes de la taille et de
    la capitation.
    Vingt fept mille pour la recene des droits des fermes des ailes, des
    domaines, des octrois des villes et des pays d'Etats, et pour toutes les
    autres patties.
    Vingt-trois mille pour s'oppofer la contrebande.
    Mais il eft effentiel d'obferver que dans ce nombre de perfonnes la
    plus grande partie runit d'autres occupations aux (onctions filiales.
    Je n'value donc qu' trente-cinq ou quarante mille, le nombre des per-
    foimis qui dvouant tout leur teins au recouvrement des impts, ou
    furveiller la contrebande.
    R pports entre la population, retendue et les contributions du
    royaume.
    L'tendue du royaume, fans la Corfe, eft de 16,951 limes quarres ,
    dont la longueur eft de 25 au degr et par confquent de 2282 toifes et
    deux cinquimes.
    Sa population fans la Corfe eft de 24 millions 676 mille mes.
    C'eft donc 916 individus par lieue quarre.
    Ses contributions s'lvent 584 millions 400 mille livres.
    C'eft 21,684 livres par lieue quarre.
    Et 2: livres 1 3 fous S denier par tie, de tout fexe et de tout ge.
    BALANCE DU COMMERCE.
    Exportations.
    Cent cinquante millions en diffrens objets de manufactures, tels que les
    draps, les toiles les diverfes toffes de foie et les toffes mles a'or et
    d'argent, &c.
    Soixante et dix foixante et quinze millions, en denres d.s ifles d'Am-
    rique telles que les fuercs, les cafs et l'indigo &c.
    Trente-cinq quarante millions en vins eanx-de-vie et autres liqueurs.
    Dix-huit millions pour les ths les toffts et les foies de la Chine les
    cafs de Fille de Bourbon et de Moka, les poivres de la cte Je Malabar ,
    les toiles de celle de Coromandel, les moulTelines fines du Bengale, les
    productions des chelles du Levant, &c.
    Seize millions, pour les bleds, anne commune, les beurres et les fro-
    mages de certaines i>rovmces, les citrons les lels, le fifraa, le miel, les
    lgumes fets, les huiles de Provence et quelques productions des pcheries.
    Six millions environ en divers objets, tels que les cuirs car la France
    en reoit de l'tranger et y en envoie ; les bois propres " la menuiferie ,
    urs principalement des montagnes des Vofges et envoys en Hollande &:c.
    Importations.
    Soixante et dix millions environ anne moyenne en matires premires,
    nceflaires aux manufactures, telles que les cotons les laines, les foies, les
    chanvres, la graine et les fils de lin, &t.
    Vingt millions environ en d'autres matires premires telles que les dia-
    mans ou les autres pierres prcieufes et les mtaux d'or et d'ar;;ent, qui
    fervent la fabrication des bijoux, des parures, des galons des brode
    ies, &c.
    5*
    Quarante millions environ en march inJiies manufactures ; telles qt;
    toiles de diverfes efpeces venant de Flandre, de Hollande et de Suile ;
    les moullelines fines, provenant des ventes de U compagnie des Ifldei
    d Angleterre &c.
    Quarante millions environ, en comeftibles, tels que les bleds ou autres
    grains, les riz, les huiles d'Italie, &c.
    Vingt-cinq millions environ, en mats merrain bois de conftruction &c.
    Quatorze millions en marchandifes des Indes, de la Chine et de l'ifle de
    Bourbon.
    Dix millions environ en tabacs.
    Dix douze millions environ, en objets divers, tels que les chevaux ,
    les fuifs lc< fourrures, &c
    Rcapitulation des dettes de l'Etat, tt des rembourfemens.
    I claffe.- Rentes ou intrts perptuels.
    Rentes payes l'htel-de-vil'e. 29,600,060 liv.
    Intrts de l'emprunt de 200 millions. 5,000,000
    Inttts pays la caille des arrrages. 20,500,000
    Intrts pays la compagnie des Indes. 3,995,000
    Intits des emprunts faits par les pays d'Etats, pour le compte du roi\
    4,500,000 /
    Intrts des anciennes referiptions. 1,625,000
    Intrts fnr les loteries de 1780 et 178}. 4,000,000
    Intrts des emprunts faits pour le compte du roi par la ville de Paris et
    l'ordre du Samt-Efprit. i,f00,000
    Intrts des emprunts faits Gnes et en Hollande. 800,000
    Intrts des charges de finances. 5,450,000
    Gages &c. de toutes les autres charges. 10,500,000
    Intrts des fonds d'avance des compagnies de finance. 6,590,000
    Intrts des cautionnemens des employs. 2,100,000
    Intrts des charges fupprimes. 2,ooo,oco
    Intrts des anticipations. 8,000,000
    Indemnits et intrts divers. ),400,000
    Rentes pays par le clerg. 7,000,000
    Intrts dus par les pays d'Etats, les villes et les hpitaux, pour leurs
    emprunts particuliers. 9,000,000
    Article additionnel pour former une fomme ronde. 40,000
    1x5,600,000!.
    a* claffe. Rentes viagres.
    Intrts perptuels. 125,600,000 liv.
    Intrts viagers. 81,400,000
    Totalit des intrts, tant perptuels que viagers. 207 millions.
    Rcapitulation des dpenfes de l'Etat.
    Intrts de la dette publique. 207,000,000 liv.
    Rembourfemens. i-r,fOO,coo
    Penfions. 28,000,000
    Partie des dpenfes de la guerre. 105,600.000
    Dpenfes de la marine. 45,200,000
    Affaires trangres. 8,500,000
    Maifon du roi. 13,000,000
    Prvt de l'htel. 200,000
    Btimens. 3,200,000
    Maifons royales. 1,500,000
    Maifon de la reine. 4,000,000
    Famille royale. 1,500,000
    Les princes frres du roi. 8.500,000
    Frais de recouvrement. 58,000,000
    Ponts et chauffes, &c. 8,000,000
    Secrtaires d'Etat, et employs dans l'adminiftration. 4,000,00
    Inrendans des provinces. 1,400,000
    Police. 2,ico,oo
    Pav de Paris. 900,000
    Frais de juftice. 2,400,000
    Marchauffe. 4,000,000
    Dpts de mendicit. 1,200,000
    Priions et maifons de force. 400,000
    Dons et aumnes, :,800,000
    Dpenfes ecclefiaftiques. 1,600,000
    Frais du trfor royal et de diverfes cailles. 2,000,000
    Traitemens divers. 400,000
    Encouragemens au commerce. 800,000
    Haras. 8oo,cco
    Univerfits, collges, &c. 600,000
    Acadmies 3.00,000
    Bibliothque du roi. ico,oco
    Jardin du roi. 72,000
    Imprimerie. 200,000
    Conftructions et entretien des palais de juftice tVc. 800,000
    Intendant des portes et dpenfes fecretes. 450,000
    Autres dpenfes relatives aux polies. 600,000
    Fun^hifes et paffeports. 800,000


    p
    Ordre du Saint-F.fprit. 6bc,ooo
    Depenfes dans les provinces. 6,foo,oc
    ]fle de Corfe. 8oc,ooo
    Depenfes dimfes. i,roc,oco
    Depenfes particulires du clerg de France. - ,1
    lae-n du clerg tranger.
    Depenfes particulires aux pays d'Etats, i.jro.coo
    Entretien et confection des routes. i^,ccc,coo
    Depenfes des villes hpitaux et chambres de commerce, i.ooo.cco
    Depenfes imprvues, j.ccc.coc
    Supplment additionnd pour former une fonme rond.'. _S,:oo
    Total. 6io,ooo,ccol.
    Je dois indiquer comment ce rfultat de 6 z millions de dpends peut fe
    lier celui des cmtnbuti' m des Peuples. qui n'eft que de j8f millions ,
    et dont il faut mme dduire, dans cette comparlifon :
    i. Deux millions foo mille livres pour les droits levs au profit des
    princes et des ftigneurs engagifus.
    2. Sept millions roc mille livres pour les fuis de contrainte et de faille.
    Relie donc uniquement fur les contributions des PeupEs, J-f milliors,
    pour faire face aux d.p.'nfcs de 1 Etat.
    Mais il faut joindre cette fomme :
    iV I.e revenu amnel que le roi ti-e de As domain;? et de fes for' le
    produit dos cens, rentes u droitJ ca'ueis upp.u;.ii..nsuiiSlcigneuries. o,oo,o^
    i* I es revenus patrimointix d l rilles et des hpitaux, et les reflources
    cafuelka que la charit procure a ces derniers etablilLmens. il ,000*003
    5. I! fjut rtablir 'ans le calcul des p.Oibittdfl U fermt gnrale, et le
    .ce qu- le roi (ait r les fournturts >ie Tel a quelques Ftats trangers,
    et celui qui aurait appartenant inirchands, fi le commerce du El et du
    tab. c et ete paritcm.nt libres. EovirOB j,,zzz,zzo
    Ces trois articles forment if millions ; et runis aux 'jr provenant d s
    COntfibntM s A-.i Peuples, le totil eli de 6oo millions.
    I c'eft la fomme de revenu qu'on doit rapprocher des depenfes de l'Etat.
    Cellcs-ci^ne font en conE-quence luprieure-s que d'environ io millions.
    Riijum dts moyens de puijjance de la France.
    Population de pies de 16 millions d'ames.
    Etendue d'environ 27 mille lieues quarres.
    Contributions d-s Peud.s, runies aux revenus du domain de la cou
    ronne et aux biens p.t.nncniaux des villes Sec. s'lvent 600 millions.
    Le de g jouit d'environ 130 millions de revenus.
    La balance annuelle du commerce en fcvtur de la France, avant b d.r-
    nier.- guerre, ,. millions.
    I .<, -ti n .!-' i'or t d'argent qui circulent dans le royaume, s'lvent
    plus de deux milliards.
    .'accroiiTement annuel de cet:e richefle, peut tre value quarante
    millions.
    I I.
    EXTRAIT DU P R O CES- VE R B \ L
    D E
    L'ASSEMBLE D E NOTABLES,
    Tenue Verfalles en ij8~].
    L'an de grce mil fept cent quatre-vingt-fit, du repne de Louis XVI,
    roi dr. F anie et de Navarre le treizime, le vendredi vingt neuf dcembre ,
    l'ilTue du onterl des dpches, d majtft a dclar que fon intention
    tat de convoquer une a'umble compofe de perfonrvs de diverfes condi-
    tions des plus qualifies de Ion Etat, pour leur communiquer les vues qu'elle
    M * mi -<. 1 j^ 1 >^ a m* I J-..-Il<_. a.* ^ Bt 4 r\ !.. *-a 1J j> aiBil A 1 *- u 4 ..* .Jjk I . m mm _k A a-. A A
    eu on. ii y a eu tiueiiiu;* cnangcmciis p;u conuaeraoei aans cens mie :
    p< ur ne ps la rapporter deux fois on la donne ici telle qu'elle s'eit trouve
    ni moment de l'ouvertme de l'Aifeinble avec les notes que ces
    thiiigmens ont rendues nicdEires.
    Liste des Notables convoqus.
    Prit
    mes.
    MlHlIlNIVftl,
    Louis -Staniflas-Xiivier de France comte de Provence, Monfitur, priident.
    CharUt-Pkilippt de France, comte d'Artois.
    Louis-Jofeph-Philippe a'Orlans, duc d Orlans.
    Louis-Franois de Bourbon prilio; de Goiul.
    Louis-Henri-Joftpk de Bourbon-Coni, duc de Bourbon.
    Henri Joseph de Bourbon prince de Conti.
    Louis-Jean-Marie de Bourbon duc di Peiithievre.
    NobkJJ'e.
    M e s s r e u a s ,
    Alexandre A r. clique de TUtynud'Pingori t archevque duc de Reims,
    crmier pair de France, lgat-n du Saint-Sige et piirr.at de U Caul
    ;je.
    Arme Char.'es-S:,rifmcrd-Mor.tmofency-Li.xembourg pair, premier baron
    premi.r baron chrtien.
    iifar-G.ii/aume m U Lutcrr.e, vque duc de Langres, pair de France.
    Arma.ia-Ji,feph de btti.e duc ae Bthune-Charoft pair de France Sec.
    A nun-U i le Clerc de Joigne, archevque de Paris, duc di
    Saint-Cloai, pu de 1 rante.
    1 Hciri, du. ^ lliircourt, pair et garde de l'Oriflamme di
    - &.C.
    Louis- Ju!es-Barbon-.\Jar;ni-Mdncini duc de Nivernais et Don^iois pair de
    France \c.
    Louis-Alexandre duc de la Rochefoucauld e: de la Rocfieguion pair de France.
    Ju/es-iharles-H./iri duc de ilcrmont- Tonnerre pair de France, &C.
    Louis Geor^e-Fra/me de Cor.taaes, marchal de France, 8fc.
    yiei0r-Fr*f*istioti ae ii/ogt, prince du Saint-Emyire Romain, marchal
    de France c\c.
    PhiLppe, duc de Soailles, marchal de France IVc.
    Augujlin-Jojtph de Mail'y, marchal de France, t\C.
    Jofeph-Henri Bouchard a'Lj'parbes de Lnjfan marquis d'Aubertene marchal
    de 1 raiice tVc.
    Ckarles-Juji de Beauvau marchal de France &c.
    ISo.' de Vaux marchal de France, &:c.
    J^.ques Philippe de Choifeul comte de Scair.ville, marchal de France tic.
    Anne-Emmanuel Ferdinand-Franfois duc de Croy &C.
    Cajimir d'Egmont-Pignaie/Ji, 'ieuti nat-gnral des armes eVc
    G.ibriel-Marie de Talleyrand-Pcrigord comte de l'rigord.
    Charles-Henri, comte d'tftaing vice-amiral de France Jtc.
    Anne-Louis-Alexandre ae Montmorency pu'nce de Robecq.
    Louis-Antoine-Augujle de Rohan-Chabjt, licutenant-general tVc.
    A.rien-Louis duc ae Gaines SfC.
    Loui-Mane Florent, duc du Lhatelet-d'llaraucourt, Sic.
    Anne-Alexanare-MarieSulpice-Jcfeph de Montmorency-Laval, &.C
    Hnri-Charles de Thiaia-Bijfy, comte d Thiard oVc.
    Pierre-Louis de Ch.:ftentt, conve de Puyfgur, &:c,
    Phili-.pi-Claude comte de Mor.tbolffier, Sec.
    Henri. baron de Flachjlanden &c.
    Claude-Art i-.e-C.riadus marquis de Choifeul la-Baume, Arc
    Aimery-Lo* i comre ae Rochechouan Sec.
    Charles-tt-t-Anarault ae Lanperon marquis de Mauvrier tic.
    Louis-Mirit-Aihanafe de Lomnie comte de Brienne, Sic.
    Francois-Chuae-Amour, marquis ^r Bouilli, Sic.
    Loais-Franfois-Maric-Goflon ae Levis feigneur marquis de Mirepoix Sic.
    ALxandre-Louis Franf ois marquis de iroix-a'Euchin.
    Marie Paul Jofeph-Roch Yves Gilbert du Moiur marquis de la Fayette, tic.
    Phil'-ppe-Antoine-Gabriel-y i.tor de la Toar-du-Pir.-dt-la-Charce-de -Couver-
    net, Sic.
    Confeil du roi.
    M E S $ I R E S,
    Louis-Jean Berthier de Sauvigny.
    Char/isRibert Boulin.
    Michel Bouvard de Foirrqueux.
    Je^n-Charles-Pierrt-Lc m
    Jean-Jacques de Via -ad.
    Claude-Guillaume L.imben.
    Guillaume Jofeph D;r[ci< Je Ba.qurneourt.
    Antoine de Ckaumont ae la Galaifwe intendant d'Alface.
    Charles- Franc ois Hyacinthe Efmangart, intendant de jullice police et finances,
    en Flandre et Artois.
    Louis-Bnigne-Franfc-s Renier, intendant de juftice, police et finances de
    la gnralit de Paris et (ur-ir,tendant de la maifon de la rtine.
    Francois-Claude-Michel-Benoit le Camus, de Kville, intendant de juftice,
    police et finances de la gnralit de Guyenne.
    Pierre-Charles