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Title: Memoire pour un Negre et une Negresse Qui Reclament Leur Liberte
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Title: Memoire pour un Negre et une Negresse Qui Reclament Leur Liberte
Physical Description: Archival
Language: French
Publisher: P. G. Simon, Imprimeur du Parlement & de l'Amiraute de France
Place of Publication: Paris
Publication Date: 1776
 Record Information
Bibliographic ID: UF00099033
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.

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MEMOIR

POUR

UN NEGRE ET UNE NEGRESSE
QUI RCLAMENT LEUR LIBERTY;
CONTRE UN JUIF.


-I
0 mlferas hominum mentes 0 peSora coeca f
Lucrece.


A PAR IS,


Chez P. G. S I M O N, Imprimeur du Parlement & de
l'Amiraut de France.


M. DCC. LXXVI.












MEMOIRE

P O U R GA&BIEL PAMPY, Negre originaire du Petit
Gain, lle & cte de Saint-Domingue ; & AMYNTE
JULIENNE, Ngreffe originaire de Congo, crte de Guine,
procdans en l'Amiraut de France, fous l'aurork de Mr
Dejunquieres, Procureur en la Cour, leur curateur.

CONTRElfeuarMENriS, Juif.

O mifera homiaummees 0 peaora cSca !
Lucrtce.

snx Efclaves ont eu le bonheur d'aborder en
rance. Ils ont appris que Pair qu'on y refpire,
eft celui de lalibert. Leurs ames ananties fous
le plus dur efclavage, fe font ouvertes la plus
douce efprance. Ils ont apport devant les
Magiffrats, protedteurs des droits des Negres de nos Colo-
nies, les fers don't ils ont t meurtris, & ces Magif.rars les
ont mis fous la fauve-garde du Roi & des Loix. Ces infortuns
commencent fentir que la liberty, le premier des droits de
l'homme, efl auffli le plus pricieux de fes biens.
Cependant le plus infenlible des 'Macres veut leur arracher
le bienfait involontaire de les avoir conduits fur une terre qui
ne connot point l'efclavage. Il les pourfuit il les menace, &


Cette caure
edl conrinue
avec MM. lesi
Gens du Roi
en Amiraut
de France. au
Fcvrier
17"6.





il les dif&ute aux Loix qui les protegent. Ils ne fe dillimulent
point quel feroit leur fort, s'ils retomboient jamais fous le
joug de la fervitude & de la vengeance runies. L'ide de la
mort eft moins affreufe pour eux que celle de porter les chanes
qu'ils demandent aux Magiffrats de brifer.-Leur position
eft terrible, C'eft l'humanit mme qui les prfence la justice.

FAIT.

Pampy, Negre, g de 24 ans, eft n dans I'ifle de Sainrt
Domingue lur l'habitation de la dame Poudonce.
Julienne, Ngreffe, ge de 18 ans, efine Congo. Elle
a t enleve ds fa plus tendre enfance de fon pays natal, &
& elle a t vendue au fieur Grangis.
L'un & l'autre ont eu le bonheur d'tre levs & infiruics
dans la Religion Catholique.
Le fieur Mendes, Juif, ayant quitt la France pour s'ta.
bi.d es o lBto w e uWne hhirarton au Perit Goave
flur la cte de Pifle de Saint-Domingue. La dame-Poudonce
lui a vendu Pampy & le fleur Grangis Juliennri'
Le fieur Mends a cir les services les plus important de
ces deux Negres; car Pampy eft excellent Charpentier &
Julienne trs-bonne Couuriere.
L'anne derniere le fieur Mends rfolut de quitter PlAm-
rique & de repaffer en France pour rtablir fa fant. Comme
il en toit forti dans des circonflances qu'il vouloir faire ou-
blier (x), il cruel qu'il ne devoir parotre dans le Royaume

(i) Le fieur Mends a quitt Bordoaux aprs avoir dpolf fon bilan Il vante
aujourd'hui fa richeffe & les poffefioans qu'il a acquifes dans le nouveau monde
-Son commerce a fans doute t plus heureux on Amrique qu'il ne l'avoit t enn
Europe.- Mais il eft certain qu'avant d'aller dans les Colonies, il a dpof (o'a
bilan Bordiaux la copies tn att communicue oa Dfecrfur..




3
qu'avec les dehors de l'opulence. LaCapitale lui parut le fjour
le plus favorable fon project. Tous les rangs y font prefque
confondus ; & fi un Juif opulent n'y jouir pas de cette confi-
dration flatteufe, le premier des befoins pour un homme bien
n, il peut au moins y jouir de tous les agrmens qu'on le pro-
ture avec de for.
Le fleur Mends fe dtermina donc amener avec lui
Pampy & Julienne. Il ei arriv en France, & depuis huit
mois il habite la Cpital.
Si l fjotur dc cette Ville promettoit des plailirs au S' Mends,
il a t bien funefle fon Negre & fa Ngreffe. Car ce Juif,
loin de leur faire prouver les effects de l'humanit & de cette
douceur qui caradrifent le Franois leur a au contraire faith
regretter les travaux pnibles auxquels ils toientermploys dans
les Colonies.
Quoiqu'ils euffent prouv les plus rudes tritmens de leur
Matre avant de paffer en FrAnce1 ils n'onc connu route la
&rett d-MT8rai f -W -puntle-moment o i li- 7t ar-
rivs dans la capital.
Deux traits de cruaut que ce Juif a exercs envers fon
Negre & fa Ngreffe dans les Colonies, & qu'on aura peine
&a croire, fuffifent pour fire connotre que l'humanit n'a au-
cuns droits fur fan coeur.- Jaloux de conferver Julienne il a
eu la barbarie de prendre une precaution qui fait frmtr d'hor-
reur .... Il a fait imprimer fon north avec un fer rouge fur
le fein de cette infortune, & il 'a condamne par ce fupplice
-porter tant qU'elle vivra l'emprcinre de fon efclavage.
Panmy roit'reft jufqu' l'ge d 2z1 ans fur habitation de
la dame Pbudonce. Auffi-tt que le S' Mends en eft devenu
propritaire il a voulu qu'il portt fur f poitrine l'empreinte de
fon nom, & ce malheureux Negre a fubi la mme pretiv
Aij'





que la Ngreffe. Un fer rouge en lui brulant les chairs lui a
laiff un ligne ineffaable de fervirude.
On peut juger par ces traits fi le fleur Mends a t capable
de maltraiter Pampy & Julienne depuis .qu'ils font en France.
Le fleur Mends leur donnoit chacun fix livres de pain par
femaine & un fol par jour dpenfer pour leur nourriture,
Leurs vCcemens loin d'tre brillans (comme le fleur Mends
l'affure ) coient les mmes qu'ils portoient en Amrique, & ils
ontc ort ces habits faits pour le climate brlant des Colonies
dans le temps que le tcrmometre toit au 17' degr au-deffous
de la glace.
Le fieur Mends a voulu en impofer lorfqu'il a dit qu'il
faifoit porter fon Negre fa livre, don't il a grand foin de
marquer la couleur ; car il eft certain que ce malheureux, nc
& lev prefque fous la zone torride, s'eft vu expof fouffrir
la rigueur exceflive du froid qu'on a prouv le mois dernier,

qui auroit peine pu fervir un Franois pendant la faifon
la plus chaude de ce climar.
On fait que les Negres, ns fous un Ciel brldant, fouf-;
frent beaucoup plus du froid que les Europens, & fur-tout
lorfqu'ils f trouvent tranfplantcs dans nos rgions feprention-
nales. Ils ne peuvent fe mettre couvert de l'intemprie de
notre climate qu'avec des v&remens beaucoup plus chauds que
ceux que nous portions. Cependant le fleur Mends, qui
n'ignore pas les precautions qu'on doik prendre dans les diff-
rentes parties du globe qu'on habite, a eu la duret de laiffer
fon Negre & fa Ngreffe prefque nuds pendcntlemois dernier.
Les vemens de Pampy toient mme fi dcchirs, qu'ils pou-
voient peine cacher fa nudit.-Voil cependant l'habillement
que le flieur Mends transforme en une fuperbe liUvre verte,
galonne en argent,





Peu de temps aprs qu'il fut arrive Paris, il fut arrt &
conflitu prifonnier en vernu d'un decret de prife de corps,
qui avoir t prononc contre lui & la demoilelle Brunfwick
qu'il announce pour tre la loeur de fa bru (i). Il eft refl en
prison pendant prs de deux mois. Pampy & Julienne l'y ont
accompagn, & ont continue leurs services l'un auprs du
flieur Mends & l'autre auprs de la demoifelle Brunswick.
Cec vnement dfagrable pour le fieur Mends a augment
la duret de fon cara&ere. Il a fait prouver fon malheureux
Negre, qui lui donnoit les marques de l'attachement le plus
sincere tous les mauvais traitemens qu'un homme naturelle-
ment Hur, & aigri par le malheur peut faire effuyer des Ef-
claves. La fam de l'infortun Pampy n'a pas pu rfifer un
genre de vie aufli affreux. La douleur & l'air contagieux qu'il
refpiroit dans la prifon ont enflamm fon lang au point qu'il
efl tomb dangreufemenr malade.
On croira peut-tre que la crainte de perdre la proprit
d'un .ElI -c I C.. '.I "
tant d'opinitret l'aura dtermin donner des fecours
Pampy. Non... il a eu l'inhumanit de lui refufer jufqu' ceux
qui toient abfolument nceffaires pour le rappeller la vie ;
il l'a mme pour ainfi dire abandonn. Un Guichetier, moins
infenfible qu'un Juif, a t attendri fur le fort de ce malheu-
reux, & fans les fecours qu'il en a reus la mort & la mifere
auroient priv le fieur Mends de la viftime de fon avarkce.

(r) Le fieur Mendis a ex'pofc, pour obtenir fa libert, que l'air mal fain de la
prifon mettoit&a fant en danger. Cependant, rindis qu'il invoquolt les loix de l'huma-
rid pour rompre fes fers ,il abandaonnoit fon malheureux Negre. On verra dans la
fuirte qu'il toit indifpenfable de rendre compete de cet vnement; & le fieur Mends
doit (lavoir gr de ce qu'on ne rappelle pas la caufe du dcrgt de prife-de-corps qui a.
6 prnoanc ontre lui1





Cep.ii1. %Mendcs vante fon opulence, Ls :r. 'crs &,
f:s propridces, & il n'a pas rougi de voir un Guichetier donner
fon Negre du bouillon que la charity decline aux'prifonniers
malades !....
Mais fi Pampy & Julienne toient privs du nceffaire dans
leurs vtemens & leur nourriture, leur Matte n'en exigeoit
pas moins d'eux le service le plus dur. Souvent aprs avoir tra-
vaill avec une confiance infatigable, ils fe voyoienc r-
compenfs par une grle de coups & par tous les mauvais
rraitemens qu'un homme dur peur infliger fon Efclave.
Pampy & Julienne languiffoient dans cet tat affreux, & ils
toen' livrs au dfefpoir, lrfqu'ils ont appris que nos Rois,
par une Loi digne de leur fageffe & de leur humanity, avboien
banni refclavage de leurs tats, & qu'ils avoient voulu que
tour homme, qui auroir le bonheur de vivre fous leur Empire,
ft libre, foir qu'il ft Francois Regnicole ou Erranger.
Alors la douce 'eflrace de rompre Ics.chans funeates
.- r-r^ ,? & ..sW^.9U ^ - ,
qi ttt9 re'parara joe an~~Ic-urs coeurs, & ils vo-
lerent vers les Magiftrats qui pouvoient les faire jouir du
bienfait qu'ils defiroient avec tant d'ardeur.
Ils furent adreffs Me Dejunquieres-, Procureur au Parle-
ment. qui, touch de leur fort, s'emprffa'de leur donner des
pretuefed fdn 'homlahit (r), & de- prifenter pour eux une Re-
qute l'Amiraut de France' qu'il leur ft permis de faire afllgier le fieur Mends pour
voir ordonner qu'ils demeureroient libres de leurs perfonnes
& biens que dfenfes lui feroient faites ainfi qu'

(i) AM Deianquieres ne s'en eft point'rappoft la declaration feule de Parnpy &
de Julienne ; les mauvais traitemens exercs par le fGeur Mands envers fes Negres ,
lui ont t attars par tous les voifins de ce Juif. Il s'cft alors dtermin fecourir ce<
,eux viftimes de la cruaut de leua Mai rre





tous autres, d'attenter leurs perfonnes & qu'il feroir
condamn leur payer chacun la fomme de ioo livres
pour leurs gages depuis huit mois qu'ils ctoienr en France;
-que par provision ils fuffent mis fous la fauve-garde du Roi
, & de la Cour. Ils demanderent en outre une proviflion de
60o livres chacun.
Sur cerce Requcte il efA intervenu Sentence le 19 Janvier
dernier, quia nomm Mr Dejunquieres curateur de Pampy &
de Julienne, les a mis fous la fauve-garde du Roi & de la,
Juflice, & a fait dfenfes au fieur Mends d'attenter leurs
perfonnes & biens ; fur le furplus de leurs demands il leur
a d: permis d'afligner le lieur Mends l'audience du lundi
fuivant.
Le fleur Mendes dit que Pampy &: Julienne ont pris la
fuite. La fauffec de cette afferdion eft prouve par le procs-
verbal qui a t rdig par l'Huifler, qui a t charge de lui
fignifier la Sentence. Il r Qfuke e. flc r -.\ erbal .
que l*uitefls ae trouvs le fleur Mnds, & quits-ont
eu- la precaution de lui montrer qu'ils n'emporroient rien qui
lui appartint.
Au jour indiqu par la Sentence le fieur Mends n'a point
paru PAudience, & il eft intervenu une fIconde Sentence
qui leur a adjug leurs conclusions.
Mais le z5 du mois dernier il a prfenr une Requte,
dans laquelle il prtend c. qu'il a rempli toures les forma-
lits prtfcfires par les Loix du Royaume, pour conferver en
France la proprit des Efclayes ;11. qu'au moyen des offresi
qu'il faith de renvoyer Pampy & Julienne dans les Colonies, ils
fonr non-recevables dans leur demand en libert; 3. enfin,
qu'ils r'ont point de quality pour efler en Jugement; qu'ainl
fous q. I ue point de vue qu'on envifage leur action delle.
doit red profcrite,




8
Pampy & J uli,nne ont rspondu cette Requte, & 1 ot:
dEruit les allegations & les prtextes que le fleur Mendds
employee pour s'oppofer leur demand en liberty (i). Mais
quelque lgitime que foit leur dfenfe, ils ne fe diffimulent
point qu'ils n'ont d'autre alternative que celle de prir vi&imes
de la barbarie du Juif qui les rclame & qui les a menacs
de les faire repentir un jour de ce qu'ils avoient of le tra-
duire devant les Magiltrats (2) ou d'obtenir leur libert.
Leurs ames feroient donc en proie au plus affreux dfepoir
s'ils n'toienc pas raffurs par l'ide confolante que leur fort
touchera les Magiftrats, & que la voix loquente du Minifere
public prparera le triomphe de la libert.

MO YENS,

Tous les hommes en forrant des mains de la nature,
nailenta libres. Ceux quint, c.r apperevoir une empreinte
natureile de feryitude fur le vifage de certain peuples, au
lieu de conf4lter la raifon n'ont pris pour guide- que des pr-
jugs, enfants par la vanit & par l'orgueil. S'ils cuffent
cout en silence la voix puiffante qui cric au fond du cur
de pus les homes, lur propre cour auroit dmenti l'er-
reur de leur efprit. Ils auroient alors reconnu que c'eft ca-
lomnier la nature que d'ofcr prtendre que tous les hommes
ne naiffent pas libres,
C'eft donc un vrit incontellable que les chanes de l'ef-

(z) Tous 1~ faits don'tt on vient derendre compete, ont t plaids, & ils ont
,: infrs dans les Requtei qui ont t prfentes pour Pampy & Julienne.
(i) Lefleur Mends a faith dire M' Dejunquieres, que fi Pampy & Julienne na.
bandonnoient pas leur demanded en libert, ils prouveroient un jour des effects terri-
bles da fa vpga,a va
cla vasc




9k
clavage ont t forges par les hommes contre le veu de la
nature.
Prefque touteses s nations ont il efr vrai, admis la fer-
vitude.
Nous en trouvons des examples dans celle du fieur Men-
ds. Les Juifs runiffoient en mme-tems el'eclavage perfon-
nel & rel. Les trangers parmi ce people froce coient con-
damns fupporter le joug de la fervitude & quoique Moife
leur eu cri: Vous n'aure point fur vos E/claves d'empire ri.
goureux ; vous ne les opprimere, point : ils exeroient centre
leurs Efclaves les trairemens les plus durs,
Mofe n'ayant pu parvenir adoucir par les exhortations
les mours des Juifs fut oblige de leur impofer des.Lix-
Il commena par fixer la dure de ltefclavage. Il ordonna
qu'il n'exiftroit, pour les trangers que jufqu' l'anne du
Jubil, & l'efpace de fix ans pour les Hebreux (i).
Il tablit encore que perfonne ne pourroir vendre fa liberty
moins qu'il ne fut expof fouffrir les horreurs de l'indi-
genc .4 "
Suivant la Jgiflation des Juifs, fi un Matre avoir creva
un oeil ou caff une dent fon Efclave, l'Efclave devoir avoir
fa libert en ddommagement de la perte qu'il avoir faite.
Une autre Loi enfin de ce people porte, que fi un Matre
frappe fon Efclave, & que l'Efclave meure tous le baron, le
Matre doit tre puni comme coupable d'homicide.
Quel people que celui qu'il falloir contraindre refpeCter
les droits de l'humanit par des peines tfvres !... C'efi un des
rejetons de cette nation qui demand aujourd'hui aux Ma-
giftrats de lui rendre deux Efclaves qu'il a maltraits ;,.. mais
(i) Lcvit. chap. a verret 19.
2) Deuterom. chap. 15. Lcit. cbap. :iy





fuipendons les rflexions qui fe prfentent en foule a notre
efprit & continuous d'examiner la fuite & les progrs de la
fetvitude chez les autres peuples.
* Les Lacdmoniens furent les premiers de la Grce qui in,
troduifirenr l'ufage des Efclaves ; mais la fervitude n fut pas
comme chez les Juifs une violation du droit des gens ; elle
fut la peine du vaincu & la rcompenfe du conqurant.
L'efclavage exftoic chez les autres peuples de la Grce;
mais il y roir fi doux que leurs Matres ne pouvoienc
exercer contr'eux aucuns mauvais crairemens (i).
Les Athniens fuivant Xenophon traitoient leurs Ef-
W~i *b'ioaeacoiqp de douceur. Ils pUiniffoient fvrement,
qilquefois mme de mort ceTui quri avoit batt T'Efclave
d'un autre,
Les Romains avoient pour leurs EfcIaves plus de foins &
de bont qu'aucun autre people ; c'eft aurff dans le fein de
cette fervirude domeftique que font ns Trence & Phedre. Si

les germ-es du gnie qui rfidoit en eux, auroient d: touffis
par la cruaut de leur Matre, & les Lettres auroient perdu
deux Ecrivains qui fervent encore de modles chacun dans
leur genre.
-Ghl iz.s iaflens coi trs-doux. Lorfqu'ils eiffiht nquis les Gaules fous le
nom de Francs ils envoyerent leurs Efclaves pour cultiver
les terres qui leur toient chues par le fort.
Dans les premiers fi:c1es de la Monarchie Franoife, dans
ces temps malheureux o l'autorit du Gouvernement fodal
mrntoit des entraves la bont de nos Rois il exifloit en

(i Plutarque, dc fuperfiionc, tomrn i, page 66.





France des Serfs ; mais cette efpce de ferv irude quoique
bien diffrente de l'efclavage reu chez les autres nations,
parut toujours odieufe nos Rois.
Louis-le-Gros, en 1135 donna le premier l'exemple de
affranchiffemeni, en brifant les chanes de cous les Efclaves
de fes domaines.
Outre les Serfs, il y avoit encore dans le Royaume une
autre claife d'Efclaves ; car Philippe-le-BEI donna dans le
treizime licle Charles de France fon frre Comte de
Valois un Juif de Pentoife & il paya crois cens livres
Pierre de Chambly pour un Juif qu'il avoir achet de lui.
Louis VIII avoir fignal fon avnement au trne en fui-
Svant l'exemple de Louis le-Gios ; mais Louis X furnomm
Hutin, donna un Edit formel le 3 Juillet 131i par lequel
il abolir entierement l'efdlavage dans les Etats. Comme, dit
ce Prince dans cet Edit, felon le droit de la nature cha-
cun doit natre franc. Nous confidrant que.notre Royau-
me eft dit & nomm le Royaume des Francs & voulant

dlibration de notre Confeil, avons* ordonn &- ordon-
nons que gnralement par tout notre Royaume franchise
, foit donne &c. .
Depuis cette Loi on ne connot plus d'Efclaves en France.
Le Juif de Pontoife parot terre le dernier qui ait t vendu
dans ce Royaume.
Ceft maintenant une maxime du droit public de la France
que tour homme qui a le bonheur de vivre fous l'empire de
nos Rois efl libre. Ce privilege du Royaume el une des
plus belles prrogatives d'une nation police; il eft fond
fur la Loi naturelle & lur l'humanit ; & lEdit folemnel qui
a confacr ce principle eft un monument de la juffice & de
Bij





bienfailance de nos Rois. Ils ont en effect dan tous les tens
adopl cette maxime Omnibus rebus inaJflimabilior efl li-
berus & favorabilior. Le Franois n'eft pas le feul homme
don't la fageffe de notre lgiflation protege la linrr ; elle
l'affure au Regnicole & elle l'offre l'Etranger, dans qwelque
contre qu'il ait reu la vie, & quoiqu'en ouvrantles yeuxla
lumiere fes premiers regards ayent t frapps par les fers de
1'efdavage.
Il eft vrai que depuis la dcouverte de l'Amrique, nog
Rois ont fait une exception au principle national en faveur des
Colons tablis dans les poffcffions qu'ils ont acquires dans
lteoayeau, monc. L'af4ge s'rant introduit dans les Colonies
d'envoyer acheter *des hommsnithles1~SA rqiqte-uo ureur
fair supporter le fardeau de la culture il a paru nceffaire
d'adopter l'elclavage pour affurer des Cultivateurs aux Colons
Europens : del, les loix qui ont paru dans le fiecle dernier,
pour rgler les droits du IMairre & del'Efdave dans nos Colo-

Negres en nSiique.
Le lieur Mends, Juif, a cru quiilpouvoir rendre fa ddfenfe
plus favorable, en fuppofant .isles fricains, tranfplants
dans nos Colonies, les vices particuliers de queques.ind*iidus.
1 J gggFe5 d'ctre fourbes & menteurs. Les
malheureux qu'il pourfuit poroiiWpfaire _e micme reproche
la Nation Juive, & le paralelle ne lui elroit peut-tre pas
favorable.
C'eft, en effect, une obfervation fonde fur experience, que
ce font les premieres impreflions que reoivent les Affricains
dans le nouveau monde qui les drerminent vers de bonnes
ou de mauvaifes qualits. Ceux qui tombent en partage -un
mature human contratent l'habirude de la douceur & de




73
lattachement leur devoir : ceux au contraire qui ont Un
Matre dur & violent partagent fes vices. La fidlit l'affec-
tion & l'aivit au travail lonc la rcompenfe des vertus du
premier. Si le dernier regarded la piti comme une foibleffe S&
s'il fe plait tenir fes Efclaves courbs fous la crainte des
chtimens; fa barbarie eft fouvent punie par Pinfidlir la
dfertion & mme le fuicide des dplorables viCtimes de fa
cruaut.
Le reproche que le fieur MNl ;fairatx Negres en gnral
i'eft donc pas foapd u. #"
On pourroit avec plus de raifn reptochb i afa- iri-
des vices contre lefquels les loix ont dans tous les temps oppof
la plus grande fvrit. Nous nous bornerons citcr un mor-
ceau d'un plaidoyer qui a t faith pour dfendre les Juifs de
Mcrz. Le fleur Mends ne nous a tnfeils :d Snhoeheahl
preuves dans les ouvrages compokfs contre fa Nation; c'eft
dans le plaiddyer mmirdu dfenfeur de fes Confreres, que
nous puiferons la rponfe au reproche qu'il faith fes anciens

On obferve effe6tivement, difoit ce Dfenfeur, que le
Julif familiarif avec b mpris Fait de la baffeffe la voie de fa
fortune.
Incapable de tout ce qui demand de l'nergie, on le
trouve rarement dans le crime ; on le .furprend fans ceffe dans
la friponnerie.
Spar de routes les proprits l'or qui les reprfcente fait
fa paflion unique.
Barbare par dfiance il facr.ficroit une reputation, une
fortune entire, pour s'affurer la plus chetive fomrre.
Sans autre reffource que la rule, il fe faitcu tude de l'arc





' de tromper. L'urure ce monflre qui ouvre les marnns de
,, l'avarice mme pour l'affouvir davantage.... qui va par-our
s piant la foibleffe, le malheur pour leur porter fes perfide>
fecours ; ce monftre parot l'avoir choifi pour fon agent.
Voil, je crois,(continuoit le Dfenfeur des Juifs de Merz)
M tout ce que l'inquifition la plus rigoureufe pourra recueillir
contre le people Juif ; & j'avoue qu'il y a de quoi tre
n effray du portrait, s'il elf fidele. Il ne re-R que trop c'eft
n une vri t don't il faut gmir (i).
Ne pouvons-nous pas dire maintenant que le parallel n'elt
pas favorable la Nation du fieur Mends & que Ci fes
anciens Efdlaws onr les vices qu'il leur fuppofe il doit fe
faire un reproche de nier avoir pas donn 'des examples de
douceur & d'humanit ; mais quand mme ces prtendus vices
exifteroient ils ne peuvent influer fur la libert de Pampy &
Julienne; c'eft ce que nous allons dmontrer en apprciant les
moyens fur lefquels le fieur Mends a uie a reclamation.

public en Francc que court home qui y habite cfl libre.
D'aprs ce principle, il n'eft pas douteux que Pampy & Ju-
lienne, ayant le bonheur d'tre en Eance doivent jouir du
bienfait involontaire que le fieur Mends leur a procure.
ai&-.pouc-skur enlever le privilege qu'ils reclament, il
leur en oppofe un contraire. Voyons donc fi les moyens qu'il
invoque peuvenr l'emporter fur les anciennes Ordonnances
de nos Rois, & fur-tour, fur les droits de la nature & de l'hu-
manit.
Le flieur Mendes fonde fa dfenfe fur les difpofirions de la

(t) Si le iLeur Mends toit curieux de vrifier cette citation, il la crouvera la
page 18 du rezueiLe5 plaidoyers de M. de la Cretelle fils, Avocat au Parlement de
Nancy inprim en 1775,





; Declaration du Roi du 15 Dcembre 1738. Cette loi (dit-il)
, a permis aux Amricains d'amener en France des Efclaves,
z en obfervant certaines formalits que le Lgiflateur a pref-
crimes. En prenant ces precautions le propritaire des
, Efclaves peur les conferver & les Efclaves ne peuvent
Srclamer leur libert. Or, j'ai rempli routes les formalits.
n DoncPampy & Julienne ne peuvent fecouer le joug de mon
autorit kgime. *
D'abord, la Dclaration du Roide -1738, n'a point t enre.
giftre par le Parlemept de Paris. Ainfi Pampy & Julienne
pourroient fe borner oppofer ce moyen au lieur Mends.
En effect le Parlement de Paris n'admet point les difpoflrions
de cette Dclaration: cette Cour auguie a, dans cous les temps,
prQt la libert des hommes; & dans routes les eccalions,
elle a o ldeo4n d, eamu dio es an*mans :,loi du Royauna.
Nous pourions rapporter pluf lurs examples qui atreflent cette
Jurifprudence. Il nous fuffiri de citer un Arrt recent qui a
t rendu dans des circonftanccs nmins favorables que celles

Francifque Negre fut achet l'ge de huit ans par le
fleur Brignon. Ce dernier le fit pafler en France. Francifque,
fous prtexte de mauvais traitemens, quitta fon Matre, & fe
mit au service d'un autre; mais ce Negre, aprs fon vafion ,
fut bientt arrt par ordre du F.oi & ren rm Bicrre.
Del il fut transfr la Conciergerie. I fit alors affigner le
fleur Brignon en l'Amiraut & il demand conformment
aux loix du Royaume, d'tre dclar libre.
La dfenfe du fleur Brignon, ( dit l'Arretifle) fut qu'il
T avoit rempli les formalits preferites par le code noir, &
qu'il offroit de renvoyer Francifque dans les Colonies.
Le Negie rpondit que le codL noir n'avoit pas t enre-
n giftr au Parlement de Paris, & qu'on ne pouvoit pas en




id
rgrjmen:er dans fon effort; que d'ailleurs, le fieur Brignon
n'avoir pas rempli les formalits prcfcrites par la Ddcla;a:ir n
de 1738... Les raifons de Francifque (continuzed'Arrctifle)
n pr\valurcnt, & par Sentence du 16Juin 1758, confirme par
Arrt rendu en la Grand'Chambre le 22 Aot I759, falibenr
& fes conclusions lui furent accordes ,
Cet Arrt attefe que la Jurifprudence du Parlement de
Paris cfl favorable la litert puifque ce Triburial augufle
l'a accorde un Negre, auquel fon Matre oppofoir la Dcla-
ration de 1738 & quoiqu'il fourinc en avoir rempli les
formalirs.
:Slnsti WieWiAtfl urilfrudence, Pagy & Julienne
font donc fno if eInandr leor iht*t&iis fls trintacoup
plus favorables-que Francifque, qui a rufli r'obtenir.
Mais fuppofons que le fieur Mends puiffe invoquer la D-
claration de 1738 eft-il vrai qu'il en ait rempli les difpo-
litions ?

d.ns 1: prJambule. \ous ayant c rcprfentd ( y elt-il dit )
n que plulieurs Habirans de nos Ifles de l'Amrique dfiroient
envoyer en France quelques-uns de leurs Ecldaves pour les
confirmer dans les inftruilions & dans les exercises de la
n Religioiz&,pur leur faireapprendre quelque arc ou mtier;
mais qu'ils craignoient qe les Efctavesem.prtendiffent tre
libres en arrivant en France &c. .
Voil les motifs qui ont dtermin la Dclaration de 1738
& PEdir de 1716. Le fieur Mendds ne prtendra pas fans
doute, qu'il ait voulu remplir le but de ces loix. Sa quality de
Juif exclud route ide qu'il ait eu intention de faire infiruire
Pampy & Julienne dans la Religion qu'ils ont le bonheur de
profeffer. Il ne peur galcment irtendre qu'il a eu le project




17
Charpentier, & l'autre trs-bonne Couturiere.
C'eft donc contre le vu prcis de la Dclaration du Roi
de 1738, que le fleur Mends a faith paflier en France les deux
Efclaves qu'il rclame.
Mais Ci le fieur Mends n'a pu avoir les vues qu'exigent les
loix pour amener des Negres dans le Royaume, il n'a pas mme
rempli les formalits qu'elles ont prefcrites.
Tout Amricain qui veut faire paffer en France des Negres,
efl oblig, avantde les fire forEir de la Colonie,d'en demander
la permillion au Gouverneur. Il doit enfuite faire enregiftrez
cette permiflion, tant au Greffe de l'Amiraut de la Colonie,
qu' celui de l'Amiraut du lieu de fon dbarquement. Il faut
encore, file Negre eit amen dans la Capitale, que la permiflion
foit enregiftre au Greffe du Sige de la Table de Marbre du
Palais Paris. Il faut enfin que le propriStaire du Negre
faffe une foumillion de la fomme de 00ooo liv. pour chaque
Negre entire les mains des Commis des Trforiers gnraux de
laMarine. -- r.- -.r-. _
Telles font les formalits prefcrires par les articles premier,
3 & 8 de la Dclaration de 1738.
Le fieur Mends a t fomm de juftifier s'il les avoir rem-
plies. Il n'en a rapport aucunes preuves ; il s'eff born a
dire qu'il s'y roit conform. Ds-lors qu'il ne reprfente
aucune preuve lgale de l'obfervatrion de ces formalits ,
fon affertion doit tre regarde comme une allegation &
Pampy & Julienne font fonds foutenir qu'il n'a rempli au-
cune des formalits que la Dclaration de 1738 exige. Ils ont
mme vrifi au Greffe de la Table de Marbre, & ils n'y ont
trouv aucun enregiffrement de lapermiflion qu'il a d obtenir
du Gouverneur de la Colonie,





Ainfi le fleur Mends n'ayant point fatisfai la loi qu'il in-
voque > ne peur exercer aucuns droits fur les deux Efclaves
qu'il a amens en France : il les a perdus par fa negligence,
& fur-rout par le dfaut des motifs que la loi exige pour con-
ferver les Efclaves en France (i).
Car l'Edit de 1716 & la Dclaration de 1738, loin de per-
mettre aux Amricains de fe faire fervir par leurs Negres en
France, le leur a dfendu expreffment. Uniquement defti-
a ns ( difoit en 1762 le Magitrar qui doit porter la parole
dans cette Caufe ) la culture" de nos Colonies, la nceffict
les y. a introduits : cette mme nceflit les y conferve, &
on- n'axoit jamais.pe qu'ils vinflent trainer leurs chanes
jufques dans le fein du Royaume w.
Cependant le fieur Mends, qui n'a eu d'autre motif pour
amener en France les deux Negres qu'il rclame, que celui
de parorre dans la Capitale avec les dehors du fafe &-de
l'opulence, pretend y conferver ces deux anciens Efclaves:
quil.' l -I esa & appc Son freolns n *i.,il fra con-
vaincu qu'elles ont dfndu expreffLment aux Amricains de
fe fire fervir par leurs Negres en France..
Mais, dit le fleur Mends la Dclaration de 1738 pro-
anonce la confiscation au profit du Roi des Efclaves, donc
.rl'entre dans. le Roy4ume n'aura pas t accompagne des
, formalits requires .

(i) Le ficar Mend&s, en ne rempliffant point la formalit de l'er.regifhremcn.
au Greffe de la Table de Marbre, a non-feulement enfreint la Dclaration de 1738 s.
il a encore vioie l'Ordonnance de l'Am-raur de France du Avril t762. Les mo-
td! de cenre OrdJonnance ont i puifls darm la Religion, l'humaniti & les Lcix da
Rayaime, & ils font dvelopps dans le Rquiiroite du Minifere pubic qui la.
priced avec ceite eloquence don't le Magiitrat qui doit polter la parole dans cette-
caul'e, a dann des exemp1ei toute> kis fois quIl a dfendu les droits de la Religion-
de l'hunaajnic & de l liberi.





i. Le fleur MendI: n'- aucun droit d'invoquer cette
difpolition pnale. z La Dclaration de 1738 n'ayant point
t enregiftric par le Parlement de Paris, ne peutr tre regar-
de come ayant ananti les anciennes Ordonnances du
Royaume. 3'. La Jurifprudcnce du Parlement de Paris, pof-
trieure cete Dclaration, a toujours re favorable la
liberty, & plufieurs Negres ont fair confirmer les demands
qu'ils avoient formes contre leurs Matres, pour brifer les
chanes qu'ils vouloient leur impofer en France.
Tour fe runit donc fous ce premier point de vue, pour
faire obtenir Pampy & Julienne la libert qu'i's reclamenr.
Le flieur Mends a enfreint la loi qu'il invoque; il n'a remyli
aucunes des formalits qu'elle exige : il a mprif l'efprit de
.cette loi en introduifanr des Negres dans le Royaume pour le
fervir-, candis qu'elle le dfend expreffment. Il a, par con-
fquent, perdu tous les droits qu'il avoir en Amrique fur
Pampy & Julienne, & ces deux Efclaves font dans le cas de
rclamer le uvoir ds loix de la Francc our obtenir leur
affranchiffement.
Mais, dit le flieur Mends, Pampy & Julienne, par leur qua-
lit d'Efclaves n'ont aucun droit d'efter en Jugement; leur
demand en libert ne peut donc tre coute.
Si les deux Negres que nous dfendons toient les premiers
Efclaves qui euffent demand leur libert, le fleur Mends poui-
roir peut-tre avoir un prtexre pour lever cette queflion;
mais il eft trange qu'il faffe une pareille objection aprs
qu'une foule de Negres ont t affranchis en France. Fran-
cifque, don't nous avons cir l'Arrt, roit dans la mme
poficion o fe irouvent Pampy & Julicnne. Le Parlement de
Paris a admis fa rLlamation.
C'eft donc un principe fond fur la Jurifprudence, qu'un
Cij






Efclave peut efter en Jugement pour demander fa liber.
D'ailleurs, Pampy & Jullienne ont t mis fous raurorit du
Roi & de la Juflice : il leur a t nomm un curateur ; la
procedure eft faite au nom de Me Dejunquieres (i); ainfi
l'obje&tion du fleur Mends cft ridicule (2).
Il nous refle apprcier les offres du fieur Mends, de
faire repaffer Les anciens Efclaves dans les Colonies fur foat
habitation.
Pour que les Magiftrats puffent accueillir ces offres, il fau-
droit que le fleur Mendms et conferv des droits fur fes
aniens Efclaves., Or, nous avons dmontr, en adoptant
m ae la loi qu'il invoque, qu'il avoir perdu tout droit fur eux
par fa negligence. Ses offres doivent donc erre rejertes.
Le fleur Brignon offroit galement, en 1759, de renvoyer
Francifque dans les Colonies. Le Parlement de Paris n'ea
accord pas mains la libere ce Negre.
si g ifs e ,, p .ds, les

(;) Le fieur Mendis a .Lit un reproche M' Dejuncqtiees d'avoir pr:t te
fetours de fou minifere det malheurt.L Le dimnrsettcment & la gencofir'
avec lefquels il les dfend, peuvent furprendru le fieur Mends; mals il n'en iont
pas moins honneur au Curateur de Pampy & de Julienne, & lee>proche du Genu
Mends eft un loge pour MN Dejunquieres.
(z) Le fieurMends qui contefle Pampy & Julienne l faculit deer en eage-
mnent,n'a pas fait attention que fa quality de Juifleprivoit dudroit de rclamerles lo-x
qui ont t faites pour les Colonies, puifque par une loi prcife, Louis XIV a voulu
qu'on en chaffl les JuiFs, & que, fi malgr cette dfenfe ils y refloient, leurs corps
& leurs biens fifTent confifqus, C'eil la difpofiion formelle de rarticle premicr Jt
l'EdiJ du moist de Mars 1685.
a Voulons & entendons (porte cet artic'elquel'Edit du feu Roi, du :3 Avril
s 16 , foi excutr dans nos ides; ce faifdnt, enjoignons tous nos Oiifters d
chcffer hors de nos ifles, tous les Juifs qui y ont tabli leurrifidence, auxquels',
come ennemis du nom Chrtien, nous commandons d'en fcr.ir dans trois moist,
n computer du jour de la publication des prifences, A peine de crnfifcasion de corpt.
& de bir s u.




21
confidrations les plus puiffances fe rcunifTent encore pour les
carter.
Suivant une loi de l'Empereur Claude, les Efclaves qui,
tant rombes mabades, auroient t abandonnes par leur Ma-
tre, roient libres sils revenoient en lant.
Cette loi fire par un people qui admertoit la fervicude,
peur fans doute tcre oppofe au fieur Mends.
Non-feulement il a exerc les plus mauvais rraitemens con-
tre Pampy & Julienne depuis qu'ils font en France, il a mme
eu l'inhumanit, dans le temps qu'il toit dtenu dans une des
prifons de cette ville, d'abandonner Pampy, lorfque ce mal-
heureux cil tomb malade; & fi un Guichetier plus human,
n'et prouv un fenriment de piti pour ce Negre, il feroit
mort faute de fecours.
Si Pampy ft n Efclav d'un Romain, il auroit pu dire
fon Patron: Vous m'avez abandonn dans ma maladie;
- Vous avez rompu vous-mme les liens de la fervicude qui

Au milieu d'une nation qui ne connot point lcfclavag,
& qui, par la douceur de les murs & par fes vertus fociales
l'emporte fur les autres peuples, -fera-t-il interdit l'ancien
Efclae d'un Juif de lui oppofer une loi qui a t fair dans le lfin
de la fervirude ? Non.... Pampy a t maltrait en France, il a
t abandonn par fon Matre dans le temps qu'il roit malade;
il peur donc dire au lieur Mends avec plus de confiance qu'un
Efclave Romain: Vous avez brif vous-mme les chanes
de la fervirude qui m'attachoient vous; Je luis libre .
A ce moyen dcifif en faveur de la libert, fe joignent une
foule de confidrations, les unes plus puiffantes que les autres.
On le rappelle avec quelle barbarie Pampy & Julienne ont





ri traits dans nos Colonies; ils porteront toute leur vie
des marques d'une cruaut don't on n'a point d'ide en Eu-
rope. Le fer rouge qui, en brlant leurs chairs, a imprim
en groffes lettres fur leur corps, le nom du fieur Mends,
leur rappellera fans ceffe qu'ils ont t fous la domination
d'un Matre dur & impitoyable; qu'ils ont t fouvent, mme
depuis qu'ils ont le bonheur d'habiter la France, expofs
fouffrir les horreurs de la faim & de la mifere ; qu'ils toient
peine couverts par de mauvais vtemens qui ne les garan-
tiffTient poin: de lh rigueur exceflive du froid ; qu'aprs avoir
travaill avec la plus grande activit, une grle de coups toit
leur rcompenfe; qu'enfin (& c'eft le tournament le plus affreux
qu'ils aient prouv) leur Matre les empchoic de remplir les
devoirs de la religion Catholique dans laquelle ils ont eu le
bonheur d'tre levs.
En faudroit-il davantage que le tableau des malheurs de
Pampy & de J ulen. opur. ,oucher les Mb.iraits? Non fans
doute: l fltt f'eut pour que t dr oits e1'hniit rempor-
tent fur ceux de l'ancienne proprit que leur Matre a perdue
par fa negligence, & par l'abus qu'il en a faith.
Pampy & Julienne doivent donc efprer que la liberty leur
fera accorde, & que les Magiftrats mettront le fieur Mends
dans limpuiffanc d'ex&cter les menaces qu'il a faites au* deux
dplorables victims de fa cruaut &-de fon avarice (i).
L'humanit la Religion & les Loix du R oyaume follicirent

(t) Le fieur Mends a menac de faire arrnter Pampy & Julienne. L'exemple
recent d'un malheureux Negre qui demandoit fa libert & qui a t arrte en for-
tant de l'audience, les a fait trembler maisla Juflice claire du Miniftre' don't les
lunieres & les vertus font connues de la nation entire, a rtabli le came &
l'efpoir dans leur ames abattues. ils attendent ave confiance le Jugement 5u4
doit prononcer fur leur fort.





pour eux la JuAfice qu'ils ont droit d'attendre des Magif-
rrats (i).

(i) La caufe devoi: le juger dans deux ours lorfqu'on nous a demand un
Mmoire; nous avons eu peine le temps d'indiquer les premieres ides; nous
prions les.Le&er. d'Ccufer les ngligences qui font infparables d'un travail auli
important faI affi npidement.

Monfieur PONCE T DE LA G RA VE, Avocat
& Procureur du Roi.

Me DES ESSARTS, Avocat.

DEJUNQUI RES, Procureur.


A PARIS, chez P. G. SIMON, Imprimeur du Parlement
& de l'Amiraut de France, rne Mignon, 1776.




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