Title: BULLETIN DE L'ISPAN
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Title: BULLETIN DE L'ISPAN
Physical Description: Serial
Language: French
Publisher: Bibliotheque Nationale d'Haiti
Place of Publication: Port-au-Prince, Haiti
Publication Date: 2010
 Record Information
Bibliographic ID: UF00097351
Volume ID: VID00014
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.

Full Text




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au


Patrimoine historique,

volutions smantiques


Le patrimoine historique est devenu, en Haiti,
une preoccupation majeure.
Rattacher ce phnomne uniquement une
mode ou un quelconque snobisme conduit
se mprendre sur les mobiles profonds qui
justifient une telle preoccupation. Dans le
context des mutations radicales que vit ac-
tuellement le people hatien, pris au carrefour
d'un pass mdival et d'une entre dans la
modernit, prsente comme la seule alterna-
tive de survive identifie possible, le patrimoine
historique a pris naturellement valeur de rep-
re et est devenu force de cohsion et facteur
de reconciliation.
Lexprience n'est pas indite. D'autres pays,
qui ont subi leurs premires mutations vers
la modernit au XIXme sicle, au dbut de
l're industrielle en Europe, et d'autres, plus
rcemment ont, de manire ininterrompue,
tent de grer les dsquilibres engendrs par
ces dites mutations arrives de manires plus
ou moins profondes. Partout, la dcouverte du
patrimoine historique et de ses pratiques de


.w-


S baint-llarc,


BULLETIN DE LISPAN, No 19, 9 pages

sauvegarde ont accompagn la gestion de ces
mutations.
Lengouement pour patrimoine cultural est en
fait due une autre ncessit.
Dans la socit post-coloniale hatienne, com-
me dans toutes les socits issues de l'escla-
vage, l'hritage du pass n'est, au dpart, que
trs imparfaitement assume et, dans certain
aspects, refuse avec traumatisme. Cette diffi-
cult remmorer globalement le pass et
identifier ces traces patrimoniales concrtes,
se retrouve en Haiti aggrave par une histoire
particulirement mouvemente (guerres, mas-

Sommaire
Patrimoine historique, volutions
smantiques
La charte deVenise (texte intgral)
Le patrimoine du Nord, atout cl
Page retrouve :"Insens Dominguois"
March Hyppolite, la dernire ligne droite
Chroniques des monuments et sites
historiques d'Hati


BULLETIN DE LISPAN est une publication mensuelle de l'Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destine
vulgariser la connaissance des biens immobiliers valeur culturelle et historique de la Rpublique d'Haiti, promouvoir
leur protection et leur mise en valeur Communiquez votre adresse lectronique ispan.bulletin@gmail.com pour
recevoir rgulirement le BULLETIN DE LISPAN.Vos critiques et suggestions seront grandement apprcies. Merci.
BULLETIN DE L'ISPAN No 19 er dcembre 2010 *







Ssacres, incendies, pillages, cataclysmes naturels,
etc.) responsible, entire autres, en grande par-
tie de la perte d'lments patrimoniaux. De
surcrot, cette difficult a t et est encore
alimente par les interpretations formelles de
l'Histoire haTtienne mises successivement par
les classes dominantes (conomiques et intel-
lectuelles) au service d'idologies conservatri-
ces et souvent rtrogrades.
Les movements sociaux revendicateurs qui
ont dbut dans les annes 1980 en Haiti ont
i dnonc cette situation. Leur logique tentait
de puiser dsesprment, dans cette Histoire
occulte et dpossde, les arguments la fois
squilibrants et dynamisants de leur lutte.
Dans ce context, la question du patrimoine
s'est rvle d'une importance particulire.
Comme ailleurs, sa connaissance, sa reconnais-
sance et son integration dans le present de-
venaient une ncessit et devaient participer
de l'quilibrage tant au niveau de la conscience
collective qu' celui des psychologies indivi-
duelles (: Giraud / Marie).
En fait, la protection et la mise en valeur du
patrimoine cultural est une Epiphanie par la-
quelle se rvle notre propre image. Une
sorte de reconnaissance, donc une accepta-
tion de soi-mme. En rejetant la culture prise
comme une cumulation d'expriences mais
Splutot en la subissant comme une succession
atomise de refus et d'acceptation aveugles,
vcue de manire souvent convulsive, notre
communaut produit ses propres tensions, ses
propres entraves et ses propres blocages et
s'handicape elle-mme dans la construction
d'un avenir meilleur.
En plus de cette mission d'quilibrage et de
cohesion social que doit jouer le patrimoine
cultural, la connaissance des valeurs du pass
est ncessaire, voire indispensable pour que
s'opre l'integration assumee de toutes les ex-
priences, des savoirs et des savoir-faire sans
lesquelles notre communaut est condam-
ne reproduire ses erreurs ou imiter des
modles extrieurs, comme moyen unique et
alatoire de promotion. Attitude simiesque
........... qui sera toujours boiteuse et imparfaite et
qui ne sera jamais qu'un artifice puisque de-
vant computer avec des survivances culturelles
compltement incontrlees, non matrisees ou
souvent inconnues.
L'importance fondamentale de l'intgration du
patrimoine cultural dans le dveloppement
des socits modernes est connue. Rappelons
brivement certaines de ses dimensions les
plus importantes. Les finalits cognitives, du-
cationnelles et sociales de la preservation du
patrimoine sont fondamentales. Elles fournis-
.. sent la population le support indispensable
la formation civique sans lequel toute mobilisa-

SILe fort Jacques Fermathe, avant le sisme de janvier 2010
S2 La mason Cadet Jacmel
S3 Lhabitation cafres de Lamothe, aux Dlices des Matheux
S4 Une mason du centre historique du Cap-Haltlen
5 L'aqueduc de 1'habitation coloniale de Caradeux, Plaine du
Cul-de-Sac
6 La douane de Jacmel


tion pour une tche national est vaine. Monu-
ments significantt tymologiquement "qui nous
avertit" !) et tous les lments du patrimoine
cultural fournissent des repres indispensables
dans le temps et dans l'espace. Cette mmoire
spatio-temporelle s'est rvle, pour l'tre hu-
main, indispensable l'adaptation, la creation
et l'volution.
De mme, les monuments historiques, les sites
et les ensembles historiques sont porteurs des
valeurs de savoir et de savoir-faire spcifiques
et gnrales. Ils donnent l'accs une multipli-
cit d'histoires, toutes les facettes de l'Histoire
: politique, socit, meurs, art, technique, etc.
Enfin, l'accumulation des experiences, don't il
est fait mention plus haut, y trouve un champ
experimental d'une inestimable valeur.
Ainsi pos le sauvegarde du patrimoine cultural
impose une rflexion profonde et ncessaire,
tant les enjeux sont normes et l'quilibre
atteindre apparement utopique et fragile...
Evolutions smantiques
et pratiques associes
Comprendre le patrimoine cultural, ses com-
posantes et ses pratiques exige un retour aux
sources. Ces notions et disciplines ont subi
avec le temps, et continent de subir des trans-
formations, des adaptations et des volutions
smantiques.
La protection et la mise en valeur du patri-
moine en tant que discipline organise d'inter-
vention sur le bti sont un concept moderne,
quoique se situant en prolongation de mouve-
ments culturels de la Renaissance europenne.
En effet le terme de "monument historique"
apparat pour la premiere fois dans le vocabu-
laire des artistes et des humanistes au XVme
sicle en Italie et, l'origine, cette notion s'appli-
quait exclusivement aux constructions datant
de l'Antiquit europenne. Si la transmission
de diverse formes de patrimoines culturels,
tangibles ou intangibles, appartient des so-
cits aussi diverse qu'loignes les unes des
autres, applique au bti ancien, elle devient un
concept nouveau et est l'origine essentielle-
ment occidental. Selon Franoise Choay, dans
la prface du Culte moderne du Monument
d'Alois Riegl, le terme monument, pour qui
est l'artefact qui nous interpelle pour nous
fair ressouvenir, fait parties d'un art de m-
moire universal que l'on trouve dans toutes
les cultures et civilisations. Tandis que l'inven-
tion du terme monument historique est
solidaire aux concepts d'Arts et d'Histoire. En
fait, cause de l'Histoire et cause des Arts,
un lment bti peut acqurir la quality de
monument historique, en tant que docu-
ment concrete du pass Cette invention ap-
partient l'Europe post-gothique qui a labor
ce concept au fil d'un long travail, d'une lente
volution don't les premires states peuvent
tre repres au Quattrocento italien.
Certes, la pratique de rcupration des espa-
ces construits a exist bien avant cette po-
que. Dj les Romains manifestrent une fasci-


BULLETIN DE LISPAN No 19 er dcembre 2010 *







nation pour l'art de la Grce classique, don't ils
collectionnaient et conservaient les objets. Ils
s'approprirent galement de leur architecture
et, plus particulirement, leurs ordres architec-
turaux (ionique, dorique et corinthien) pour
la monumentalit qu'ils leur suggraient. Cette
attitude face l'art grec tait surtout lie a
l'idologie politique et conomique, joint des
preoccupations d'ordre esthtiques et non
une valorisation de ces objets considrs com-
me des tmoins unique de l'histoire d'une ci-
vilisation, un patrimoine historico-artistique,
transmettre aux gnrations futures. Si les Ro-
mains inventrent le terme restaurore, il tait
pris dans le sens de renovation, de reconstruc-
tion voire de rparation. Par restaurore, ils en-
tendaient re-actualisation d'une oeuvre d'art
et, en tant que tel, il s'agissait de doter l'euvre
d'art abme ou incomplete d'une intgrit qui
va au-del de son authenticity ou, mme, au-
del de son tat d'origine. Aux yeux des Ro-
mains, les antiquits grecques ne prenaient de
valeur que si elles taient completess".
La Renaissance, qui prend naissance en Italie
au XVme sicle produit le premier change-
ment important dans l'volution du concept
de patrimoine historique. Cette priode in-
vente le monument historique, assimil un
tmoin de l'Antiquit grecque et romaine. La
structure circulaire duThtre de Marcellus de
la Rome antique, transforme en forteresse au
Moyen-Age puis en un palais au XVIme si-
cle, constitute un example classique de ce type
d'intervention. La transformation des imposan-
tes ruines des terms de Diocltien en l'glise
de Santa Maria dei Angeli de Rome par Miche-
langelo Buonarrotti (1457-1564) est aussi un
des examples les plus connus d'appropriation
et de transformation de structures ancien-
nes". Cette attitude face au bti ancien est dj
fortement assujettie une integration fonc-
tionnelle dans la vie social et conomique.
C'est galement durant le XVme sicle que
s'labore le concept de monument histori-
que, concept qui est, par ailleurs, li un ef-
fort de thorisation de l'Architecture qu'op-
raient les humanistes, les artistes, les hommes
de lettres de l'poque et pour qui il n'y a d'Ar-
chitecture que celle de l'Antiquit. Le term
"monument historique" n'est de ce fait rserv
qu'aux constructions d'architecture grco-ro-
maine. Implicitement, se conoit leur protec-
tion et leur mise en valeur.
L'lluminisme du XVIllme sicle remet en
question toutes les institutions traditionnelles
en les passant au crible de la Raison, seule fa-
cult qui permette, selon leur thoriciens, de
fixer des critres de vrit et d'erreur, de dis-
cerner le bien du mal et de mettre en uvre
des moyens en vue d'une fin donne. Ainsi la
connaissance de la porte exacte des rgles de
l'Art de btir ou de restaurer se fera plus syst-
matique. Paralllement, les dveloppements de
l'archologie avec les dcouvertes des ruines
d'Herculanum en 171 1 et de celle de Pompi


en 1748 vont donner une impulsion decisive
l'Architecture et particulirement au mouve-
ment de protection des monuments histori-
ques en Europe. On exige des constructeurs
la connaissance approfondie des monuments
anciens par l'analyse dtaille et mthodique.
Ds le dbut du sicle, le sujet est largement
dfini et la protection des monuments devient
un domaine public.
C'est la Rvolution franaise de 1789 qui
consacre ce fait, avec la premiere loi sur les
monuments historiques (1790) et qui lui d-
couvre des bases matrielles plus fondamenta-
les, autrement importantes pour le dveloppe-
ment de la socite.
En effet, travers les ides sociales qu'elle
vhicule, la Rvolution franaise fait du mo-
nument historique la "proprit par heritage
du people tout enterr. La situation nouvelle,
qui se prsente en Europe aprs 1789 et avec
l'limination du systme fodal et des fiefs
rgionaux, est celle d'une France affaiblie qui,
face la menace des royaumes europens,
doit aboutir rapidement une unit national.
Les Rvolutionnaires franais trouvent dans le
patrimoine une puissante source de cohesion
social et culturelle qu'il convient justement
d'exploiter. Dans l'imprieuse ncessit d'alors
de crer cette cohesion, en rassemblant toute
les couches de la socit autour d'une Histoire
commune et d'un project consensuel minimum,
le patrimoine se voit dot d'une valeur natio-
nale dominant inexistante auparavant et
lui sont assignes des destinations ducatives,
scientifiques et pratiques. Le patrimoine de-
vient bien collectif que le Peuple s'approprie
par la connaissance directed.
La valeur cognitive et ducative du patrimoine
qui en dcoule se rvle plusieurs niveaux.
D'une part, le patrimoine est compost d'l-
ments concrets vhiculant toute l'Histoire
c'est--dire l'histoire dans sa globalit humaine,
dpassant une simple chronologie de faits d'ar-
mes ou des biographies d'hommes politiques
clbres. Il se prsente comme base concrete
l'ducation civique de la population. De plus,
il prend galement valeur fondamentale pour
a la fois la recherche intellectuelle et la for-
mation de professions et d'artisanats divers. Il
est, enfin, porteur de savoir et de savoir-faire
ncessaires au dveloppement harmonieux de
la socit.
Considr dsormais comme bien de la col-
lectivit, le contrle de I'Etat sur le patrimoine .
s'accrut. Les excavations archologiques furent
inspectes et supervises; les monuments et
les euvres d'art mis sous tutelle, la spoliation
du patrimoine mise hors-la-loi. A Rome, I'Etat
pontifical renfora sa main mise sur les anti-
quits romaines, ruines et sculptures. Les aca- z
SIMaison du centre historque du Cap-Haitlen ...... -
S2 la villa Bismarckshoe Pacot, Port-au-Prince
3 Fort Dcid Marchand-Dessa i nes
4 Lg se Saint-Louis, Ro de France de Jrmie
5 La rsidence de Claire-HLeureuse Marhand
6 Le pavilion central du March Hyppolite de Port-au-Prince


BULLETIN DE L'ISPAN No 19 ler dcembre 2010 l







demies d'art s'rigrent comme instruments
fondamentaux de l'action institutionnelle des
Etats dans la prise en charge et la conservation
du patrimoine historico-artistique.
Les collections et les galleries s'ouvrent au pu-
blic avec une vocation pdagogique. Naquirent
ainsi les premiers muses et bibliothques de
S'Etat. En France, un rseau de muses est cr,
en particulier Paris, avec la creation du Mu-
se des Monuments franais, charge de sauver
les fragments d'difices livrs la vindicte po-
pulaire. Et c'est la Convention que revient le
mrite de la creation du Musum central des
arts (1792) install au Palais du Louvre, rha-
bilit cet effet.
Paralllement, i'histoire de l'Art en tant que
discipline scientifique merge avec les travaux
de Mengs et, surtout, ceux de Johann joachin
Winckelmann. Celui-ci propose une histoire de
l'Art prsente de manire organique, conue
comme une succession d'tapes de naissance,
croissance, d'closion (florecimiento, florescen-
ce), et de disparition : l'art est compare a la
nature organique, la vie. Selon Winckelmann,
i'histoire de l'art doit enseigner son origine,
son dveloppement, sa transformation et sa
decadence ainsi que, paralllement, les styles
distinctifs des peuples, des poques et des artis-
tes. Pour Winckelmann, le critre fondamen-
tal du Beau qui n'est pas une reproduction du
rel mais d'un idal dfini par de proportions
certes inspires de la nature, mais partir d'un
modle prcis. Ces theories de i'histoire de
l'Art et du Beau, transposes l'Architecture
vont fortement dterminer une nouvelle ap-
proche de l'tude des monuments historiques
lgus par I'Antiquit. Durant tout le XIXme
sicle, diverse theories de la restauration de
monument historique s'opposeront, de celles
interprtatives du franais Eugne Viollet-
Leduc aux celles de la passivit de l'anglais
John Ruskin. Si pourViolet-Leduc restaurer un
difice, ce n'est pas l'entretenir, le rparer ou
le refaire, c'est le rtablir dans un tat complete
qui peut n'avoir jamais exist un moment
donn. , pour Ruskin, tirant parties des tho-
ries de Winckelmann, le monument historique
.. est compare un ensemble organique qu'il
I faut soutenir, en le restaurant le moins possible,
mais qu'il faut aussi laisser mourir.
En marge de ces dbat thoriques, I'approche
scientifique de la conservation des biens cultu-
rels (meubles et immeuble) dbuta par l'iden-
tification et l'tablissement d'un registre,tches
qui se ralisrent au moyen d'un inventaire et
d'un catalogage des ceuvres d'art. Ce catalo-
gage est bas sur un travail d'investigation et
donne des informations spcialises sur l'objet
d'art immobilier ou mobilier. L'inventaire, lui,
est constitu d'une collection de fiches des-
criptive et signaltiques completes de ces ob-
LefortAlexandre de Fermathe
2 LaViellle Prison de Jacmel
3 La poudrre du fort de la Cre--Pierrot
4 ghse Saint-Louis, de Deschapelles
5 Lglise dAquin, (la mason g a t rcemment dmolie)
S6 La forteresse des Platons, prs de Dussis


jets. Les fiches sont enregistres et archives
pour permettre un reprage ais de l'objet
d'art inventori.
Ds ces premires systmatisations dues
cette nouvelle perception du bti ancien et de
l'application des disciplines qui lui sont asso-
cies dans des pratiques de conservation, le
patrimoine se double d'une valeur attractive,
implication subsquente de la valeur cogni-
tive et ducative du monument historique. Il
se transform progressivement, mais assez
rapidement, en objet voir et montrer. Le
patrimoine prend de ce fait une valeur cono-
mique par son rle incitateur d'une circulation
d'individus disposs acheter sous forme de
services toute une srie de facilits :transport,
logement, restauration alimentaire, informa-
tions diverse et spcialises, etc. Le tourism
- l'origine le Grand Tour of Europe des jeunes
et riches gentilshommes anglais au XVIIIme
sicle nat donc comme une consequence
directed de cette sauvegarde organise du pa-
trimoine cultural.
Paralllement, tout un ensemble de pratiques
conservatoires naissent, en faisant appel la
science, l'histoire, la sociologie, l'adminis-
tration, etc. Il est en effet impratif de savoir re-
cense, analyser, protger, conserve, promou-
voir et mettre en valeur le patrimoine. Des
disciplines spcialises prennent donc forme
dans ces diffrents domaines.
Cette notion du bti ancien en tant que pro-
prit par heritage du people tout entier et
revtue de valeur cognitive, ducative et co-
nomique, ainsi que les pratiques conservatoi-
res qui lui sont associes, va se rpandre hours
des frontires de France, d'Italie, de Grande-
Bretagne, ... et se propager dans le reste du
monde. Au fur et measure des confronta-
tions avec les ralits autres et de l'importance
qu'acquirent progressivement les valeurs du
Patrimoine dans le dveloppement des soci-
ts, la notion de patrimoine va subir au dbut
du XXme sicle de fortes transformations.
Les architects et technicians des monuments
historiques, venus de divers pays d'Europe
en 1931 se runissent Athnes (Grce) et
tentent, pour la premiere fois, d'uniformiser
les pratiques lies la conservation des mo-
numents historiques et produisent la fameuse
Carta del Restauro qui allait donner une forte
impulsion au movement. Sans toutefois ta-
blir une definition consensuelle du monument
historique, la Charte d'Athnes va normaliser
les pratiques des interventions sur ces biens
culturels.
Bien vite, de la notion initial de patrimoine
synonyme de btiments anciens exceptionnels,
considrs hours de leur environnement imm-
diat, l'on passe celle de constructions ancien-
nes, importantes aussi bien que modestes in-
dissociablement lies leur context physique
et symbolique.
La Charte international sur la conservation
et la restauration des monuments et des sites


BULLETIN DE LISPAN No 19 er dcembre 2010 M



r-







(Charte de Venise, 1964), rdige lors de la
second runion international des architec-
tes et technicians des monuments historiques
consacre cette volution. Cette charte stipule
que la notion de monument historique s'tend
toutes crations architecturales isoles ou
groupes qui portent tmoignage d'une ci-
vilisation particulire, d'une volution signifi-
cative ou d'un vnement historique. Cette
Charte la premiere tre sign par des pays
non europens (Mexique, Prou etTunisie) -
consacre, et du mme coup tend la notion de
monument historique des ensembles urbains
ou ruraux. Ces ensembles historiques se dfinis-
sent en tant que groupement de constructions
formant une agglomration qui, par son homo-
gnit, comme par son unit architectural et
esthtique, prsente un intrt historique, archo-
logique et artistique. La notion, au dpart occi-
dentale, du concept de monument historique
s'est universalise. Chaque pays, chaque region,
chaque culture y retrouve les moyens de s'y
affirmer, d'approfondir et d'enrichir les valeurs
don't il est porteur.
Paralllement ces volutions de la notion
de patrimoine, les pratiques conservatoires y
relatives s'adaptent galement. Si, au dpart, il
s'agissait de considrer le btiment ancien dans
son aspect physique tel un document d'archives
ou de muse, intouchable, dsormais la Charte
deVenise prconise galement son affectation
une function utile la socit. Il s'agit d'une
tche paradoxale, difficile et complex se rsu-
mant rintroduire un monument dsaffect
dans le circuit des usages vivants, l'arracher
un destin musal... (: Choay). Ceci n'implique
pas forcment une homologie avec la desti-
nation d'origine de l'difice mais une prise en
compete de l'tat matriel actuel de l'difice
face au flux de ces utilisateurs potentiels. Un
passage aux normes actuelles de construction
et d'amnagement (technique, services, s-
curit, fonctionnement, etc.) et les ncessits
actuelles du dveloppement conomique et
social, local, regional et national deviennent des
paramtres incontournables. Difficile et com-
plexe, cette conservation intgre s'est rvle
bien vite la seule garante de la nouvelle vie du
bien cultural sauvegard.
De pair cette internationalisation du concept
de patrimoine, les valeurs des biens immobi-
liers culturels ont subi galement des avatars.
Les avantages conomiques sans cesse crois-
sants que procure la visit des biens culturels
restaurs et mis en valeur tentent d'occulter
leurs dimensions fondamentales. La reduction
progressive des biens culturels en simple pro-
duit de consommation touristique constitute
trs vite une menace grave sur l'authenticit,
l'intgrit et la vocation du patrimoine. Cette
situation est le fait de l'importance sans cesse
croissante de l'apport fundamental du secteur
touristique au budget des nations; apport sur
lequel elles basent souvent leur survive et leur
avenir conomique. De cette situation dcoule


souvent un ensemble d'effets perverse : l'exclu-
sion des populations locales, l'usure acclre
d'un patrimoine fragile, non conu originelle-
ment pour un usage aussi intensif, l'altration
de ce patrimoine en vue d'assurer sa rentabi-
lit souvent aux depends de son authenticity
et de son originality ou, pire, la dnaturation
de la notion mme de patrimoine, porteur de
valeurs intellectuelles, esthtiques, artistiques,
scientifiques et civiques et sa transformation
en bien de consommation, sujet aux alas de la
mode et des lois du march touristique.
Trop souvent, particulirement dans les pays
o le savoir intellectual demeure le privilege
d'une minority, (les pays les plus faibles et les
plus dpendants), il arrive que seule la valeur
conomique du bien patrimonial est prise en
compete. Il s'agit de restaurer pour exploiter
grande chelle un type de tourism bien dfini
qui est la recherche d'images pittoresques,
simplifies, strotypes, pures, aseptises et
hours de la ralit locale. La valeur cognitive du
patrimoine historique se rduit, dans ces cas,
des slogans publicitaires et quelques infor-
mations folklorises, divulgues sous forme
de clichs de promotion. Dans ces situations,
la population autochtone est maintenue qua-
siment l'cart et dans l'ignorance de la signi-
fication relle de son patrimoine. Pire, l'objet
ancien restaur se vide pour elle de toute sa
substance et perd de ce fait toute notion de
proprit collective et de facteur de cohesion
social donc de patrimoine cultural et histori-
que. Le bti ancien restaur s'est convert en
machine sous qui, en cas de dysfonction-
nement, devient inutile et s'expose toutes
sortes d'altrations pouvant aller jusqu' son
abandon ou sa destruction pure et simple.
Le concept continue voluer et aujourd'hui
des experts se runissent afin de dfinir et
d'laborer les notions de paysage en tant que
patrimoine historique, pouvant ventuellement
ignore les frontires des tats. La notion d'es-
prit du lieu (le genius loci), pouvant intgrer les
categories de patrimoine, a t dbattue la
XVIme Assemble gnrale du Conseil inter-
national des monuments et sites (ICOMOS)
tenue a Qubec, Canada, en 2008.
Les notions de patrimoine, monuments, en-
sembles et sites historiques, de conservation,
de conservation intgre, de revitalisation et
de rehabilitation ne cessent donc d'voluer.Au
dpart, troites, elles se sont largement ten- -
dues et diversifies. Le patrimoine historique
parait inpuisable: il semble qu'actuellement,
au-del des critres strictement esthtiques,
tout ce qui, venant du pass, matriel ou im-
matriel, permet de comprendre le present et ...
de projeter l'aveni, mrite attention et enri-
chit la liste des patrimoines culturels. z

SICour central du fort Innocent Marchand-Dessa i nes
S2 La mason natale deTertulen Guilbaud au Cap-Haiten
3 La fontaine colonial de la place d Armes de Fort-L bert
4 Le fort Picolet au Cap-Ha ten
5 Lglse Notre-Dame du Cap-Ha ten
6 La poudnre du fort Saint-Joseph de Fort -Libert

BULLETIN DE L'ISPAN No 19 ler dcembre 2010 l




























* La poudrire du Mle Saint-Nicol


M arte Internationale sur la Conservation et la Restauration des Monuments et des Sites
Ile Congrs international des architects et des technicians des monuments historiques, Venise, 1964.
Adopte par le conseil International des Monuments et des Sites (ICOMOS) en 1965.


Charges d'un message spiritueldu pass, les oeuvres monumen-
tales des peuples demeurent dans la vie prsente le tmoignage
vivant de leurs traditions sculaires. L'humanit, qui prend
chaque jour conscience de l'unit des valeurs humaines, les
considre comme un patrimoine common, et, vis--vis des g-
nrationsfutures, se reconnat solidairement responsible de leur
sauvegarde. Elle se doit de les leur transmettre dans toute la
richesse de leur authenticity.
Il est ds lors essential que les principles qui doivent prsider la
conservation et la restauration des monuments soient dgags
en common etformuls sur un plan international, tout en lais-
sant chaque nation le soin d'en assurer l'application dans le
cadre de sa propre culture et de ses traditions.
En donnant une premiere forme ces principles fondamen-
taux, la Charte d'Athnes de 1931 a contribu au dveloppe-
ment d'un vaste movement international, qui s'est notam-
ment traduit dans des documents nationaux, dans activity de
'ICOM et de l'UNESCO, et dans la creation par cette drenire
du Centre international d'tudes pour la conservation et la res-
tauration des biens culturels. La sensibility et l'esprit critique
se sontports sur des problmes toujours plus complexes etplus
nuances; aussi l'heure semble venue de rexaminer les principles
de la Charte afin de les approfondir et d'en largir la porte
dans un nouveau document.
En consequence, le IIe Congrs International des Architectes et
des Techniciens des Monuments Historiques, runi, Venise du
25 au 31 mai 1964, a approuv le texte suivant :

Definitions
Article 1.
La notion de monument historique comprend la creation archi-
tecturale isole aussi bien que le site urbain ou rural qui porte
tmoignage d'une civilisation particulire, d'une volution sig-
nifcative ou d'un vnement historique. Elle s'tend non seule-
ment aux grandes creations mais aussi aux oeuvres modestes qui
ont acquis avec le temps une
Article 2.
La conservation et la restauration des monuments constituent
une discipline qui fait appel toutes les sciences et toutes les
techniques qui peuvent contribuer l'tude et la sauvegarde
du patrimoine monumental.
Article 3.
La conservation et la restauration des monuments visent sau-
vegarder tout autant l'oeuvre d'art que le tmoin d'histoire.
Conservation
Article 4.
La conservation des monuments impose d'abord la permanence
de leur entretien.
Article 5.
La conservation des monuments est toujours favorise par
de ceux-ci une function utile la socit; une
telle est donc souhaitable mais elle ne peut altrer
l'ordonnance ou le dcor des difces. C'est dans ces limits quil
faut concevoir et que l'on peut autoriser les amnagements exigs
par l'volution des usages et des coutumes.


Texte integral

Article 6.
La conservation d'un monument implique celle d'un cadre
son chelle. Lorsque le cadre traditionnel subsiste, celui-ci sera
conserve, et toute construction nouvelle, toute destruction et tout
amnagement qui pourrait altrer les rapports de volumes et de
couleurs serontproscrits.
Article 7.
Le monument est insparable de l'histoire don't il est le tmoin
et du milieu o il se situe. En consequence le dplacement de
tout ou parties d'un monument nepeut tre tolr que lorsque la
sauvegarde du monument l'exige ou que des raisons d'un grand
intrt national ou international lejustifient.
Article 8.
Les lments de sculpture, de peinture ou de decoration quifont
parties intgrante du monument ne peuvent en tre spars que
lorsque cette measure est la seule susceptible d'assurer leur con-
servation.
Restauration
Article 9.
La restauration est une operation qui doit garder un caractre
exceptionnel. Elle a pour but de conserver et de rvler les val-
eurs esthtiques et historiques du monument et sefonde sur le
respect de la substance ancienne et de documents authentiques.
Elle s'arrte l o r le plan des reconsti-
tutions conjecturales, tout travailde complement reconnu indis-
pensable pour raisons esthtiques ou techniques relve de la com-
position architectural etportera la marque de notre temps.
La restauration sera toujours prcde et accompagne d'une
tude archologique et historique du monument.
Article 10.
Lorsque les techniques traditionnelles se rvlent inadquates, la
consolidation d'un monumentpeut tre assure enfaisant appel
toutes les techniques modernes de conservation et de construc-
tion don't par des donnes scienti-
fiques et garantiepar l'exprience.
Article 11.
Les apports valables de toutes les poques l'dification d'un
monument doivent tre respects, l'unit de style n'tantpas un
but atteindre au course d'une restauration. Lorsqu'un difce
comporte plusieurs tats superposs, le dgagement d'un tat
sous-jacent ne se justifie qu'exceptionnellement et condition
que les lments enlevs ne prsentent que peu d'intrt, que
la composition mise au jour constitute un tmoignage de haute
valeur historique, archologique ou esthtique, et que son tat
de conservation
Le jugement sur la valeur des lments en question et la dci-
sion sur les liminations oprer ne peuvent dpendre du seul
auteur du project.
Article 12.
Les lments destins remplacer les parties manquantes doi-
vent sintgrer harmonieusement l'ensemble, tout en se distin-
guant des parties originals, afin que la restauration ne falsifie
pas le document d'art et d'histoire.
Article 13.
Les adjonctions nepeuvent tre tolres quepour autant qu'elles


BULLETIN DE L'ISPAN r


respectent toutes les parties intressantes de l'difce, son cadre
traditionnel, l'quilibre de sa composition et ses relations avec
le milieu environnant.
Sites monumentaux
Article 14.
Les sites monumentaux doivent faire l'objet de soins spciaux
afin de sauvegarder leur intgrit et d'assurer leur assainisse-
ment, leur amnagement et leur mise en valeur. Les travaux
de conservation et de restauration qui y sont excuts doivent
sinspirer des principles noncs aux articles prcdents.
Fouilles
Article 15.
Les travaux de fouilles doivent s'excuter conformment des
normes scientifiques et la "Recommandation dfinissant les
principles internationaux appliquer en matire defouilles ar-
chologiques"adoptepar l'UNESCO en 1956. L'amnagement
des ruines et les measures ncessaires la conservation et la
protection permanent des lments architecturaux et des ob-
jets dcouverts seront assurs. En outre, toutes initiatives seront
prices en vue de faciliter la comprehension du monument mis
au jour sans jamais en dnaturer la signification. Tout travail
de reconstruction devra cependant tre exclu prior, seule
l'anastylose peut tre envisage, c'est--dire la recomposition des
parties existantes mais dmembres. Les lments dintgration
seront toujours reconnaissables et reprsenteront le minimum
ncessaire pour assurer les conditions de conservation du monu-
ment et rtablir la continuity de ses former.
Documentation etpublication
Article 16.
Les travaux de conservation, de restauration et defouilles seront
toujours accompagns de la constitution d'une documentation
precise sousforme de rapports analytiques et critiques illustrs de
dessins et de photographies. Toutes les phases de travaux de d-
gagement, de consolidation, de recomposition et d'intgration,
ainsi que les lments techniques etformels identifies au course
des travaux y seront consigns. Cette documentation sera dpose
dans les archives d'un organisme public et mise la disposition
des chercheurs; sa publication est recommande.

Ont particip la commission pour la rdaction de la charte
international pour la conservation et la restauration des mon-
uments : M. Piero Gazzola (Italie), president, M. Raymond
Lemaire M. Jos Bassegoda-Nonell (Es-
pagne), M. Luis Benavente M. Djurdje Boskovic
(Yougoslavie), M. Hiroshi Daifuku (UN.E.S.CO.), M. PL.
de Vrieze M. Harald Langberg (Danemark), M.
Mario Matteucci (Italie), M. Jean Merlet (France), M Carlos
Flores Marini (Mexique), M. Roberto Pane (Italie), M. S.C.J.
Pavel (Tchkoslovaquie), M. Paul Philippot (Centre interna-
tional d'tudes pour la conservation et la restauration des biens
culturels), M. Victor Pimentel (Prou), M. Deoclecio Redig de
Campos (Vatican), M. Jean Sonnier Sor-
lin (France), M. Eustathios Stikas (Grce), Mrs. Gertrud Tripp
(Austriche), M. an Zachwatovicz M. Mustafa S.
Zbiss (Tunisie)


\o 19 ler dcembre 2010 *








Patrimoine cultural du Nord d'Haiti,

atout cl


Intervention de M. Lionel Pressoir, reprsentant de 1'S-
PAN la reunion du Programme pour le Dveloppement
de la Rgion Nord d'Haiti, organisepar la Banque Inte-
ramricaine de Dveloppement (BID). Cette reunion s'est
tenue au Cap-Haitien, le 28 Octobre 2010, l'Hostellerie
du Roi Christophe.

Chers amis,
Oprateurs dans le domaine du tourism, j'ai
accept aujourd'hui de m'adresser vous en
tant que reprsentant de I'ISPAN, l'Institut de
Sauvegarde du Patrimoine National, car j'ai
compris la relation dynamique qui doit exis-
ter entire le patrimoine et le tourism. Cette
relation est tellement important qu'elle doit
dpasser tous les conflicts de valeurs.
Dans la Charte Internationale du Tourisme
Cultural, l'accent est port sur l'importance
du Patrimoine aussi bien pour les populations
locales que pour les visiteurs. Ceci implique sa
protection et son exploitation viable et ration-
nelle.
Partout dans le monde, les peuples s'accro-
chent leurs patrimoines. Chez nous, les pa-
trimoines naturels, historiques et culturels aussi
bien que la diversity des cultures vivantes tel
que nos croyances, le rara, les saveurs de nos
plats cuisins, notre carnaval sont des attrac-
tions touristiques que nous devons sauvegar-
der et exploiter valablement.
Le dveloppement du tourism dans le Nord
du pays est directement li au patrimoine bti
qui existe dans la region. La relation tourism
et patrimoine doit donc tre gre de manire
durable par tous les concerns, ceci au profit
des gnrations d'aujourd'hui et ceux de de-
main.
LISPAN est responsible de ce Patrimoine qui,
dans le Nord du pays est trs riche. Le Parc
National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ra-
niers (PNH-CSSR), class Patrimoine Mondial
par l'UNESCO s'y trouve. De plus, nous avons
dans cette mme region, les forts franais
construits en vue de la defense de la superb
baie de Fort-Libert, de celle du Cap Franais
d'alors et d'autres forts de la cte Nord qui
sont aussi important pour Haiti que pour la
France en ce qui trait la presentation du
gnie militaire franais de l'poque colonial.
LISPAN est conscient de l'importance de ce
patrimoine comme tant l'atout majeur pour
le dveloppement du tourism dans le Nord
et le chemin vers le dveloppement du tou-
risme sur tout le territoire.
Cette Institution a donc la lourde tche de
protger et de sauvegarder, tout en aidant
une mise en exploitation rationnelle de ce pa-
trimoine en vue du dveloppement de notre
tourism.
Dans la Charte Internationale du tourism
Cultural, il est dit qu'un tourism excessif peut


nuire, de la mme faon qu'un tourism inexis-
tant ou mal gr, l'intgrit physique ainsi
qu' la signification mme du patrimoine.
Tout en prnant le tourism cultural comme
tant l'lment cl vers le dveloppement de
la region Nord, I'ISPAN a pour devoir de fair
comprendre que les projects de dveloppe-
ments touristiques et d'infrastructures doivent
prendre en compete les dimensions esthtiques,
sociales et culturelles, ainsi que la protection
des paysages naturels, des caractristiques de
la biodiversity, qui sont primordiaux en ce qui
trait l'environnement visuel des ensembles
patrimoniaux ; particulirement dans le Parc
National Historique, qui risque d'tre dclass
si nous ne faisons pas ce qui est command
par les principles et les accords qui ont amens
au classement du Parc et de ses monuments
historiques en tant que Patrimoine Mondial.
Les objectifs de I'ISPAN sont donc lis ceux
mentionns dans la Charte Internationale du
Tourisme Culturel de l'UNESCO et de ICO-
MOS, savoir, encourage et faciliter :
* le travail de ceux qui participent la conser-
vation et la gestion du patrimoine afin de le
rendre accessible aux visiteurs et bnfique
aux communauts d'accueils.
* le travail des membres de l'industrie touris-
tique dans le but de promouvoir et grer le
tourism, dans le respect et la mise en valeur
du patrimoine et des cultures vivantes des
communauts locales.
* le dialogue entire les responsables du patri-
moine et ceux des industries du tourism, afin
que nous soyons tous au courant de l'impor-
tance ainsi que de la fragilit des ensembles pa-
trimoniaux, des collections, tels que les canons
et boulets de la Citadelle Henry, sans oublier
l'importance des cultures vivantes.
C'est dans le cadre de ce dialogue que je suis
avec vous aujourd'hui.
LISPAN encourage tous ceux qui ont des pro-
positions, des ides, des programmes et des
politiques, se manifester, dans le but de dve-
lopper des projects prcis qui aideront tablir
des strategies qui vont permettre l'exploitation
rationnelle ainsi que la protection et la conser-
vation du patrimoine.
En ce qui a trait au Parc National Historique
class Patrimoine Mondial par l'UNESCO, il est
important de comprendre que si les projects
proposes sont inacceptables, ils devront tre
modifis ou seront rejets par le Centre du
Patrimoine Mondial.
LISPAN est le seul interlocuteur tenu rendre
des comptes priodiquement au Centre du
Patrimoine Mondial. Vu l'importance du tou-
risme cultural dans le dveloppement ration-
nel et viable du Parc, I'ISPAN a tout gagner
faire avancer les projects valables, respectant les
normes tablies pour les sites classification


exceptionnelle comme le PNH-CSSR. Avec
l'aide et la collaboration de I'ISPAN, les projects
peuvent tre ajusts pour rpondre aux nor-
mes exiges par le Centre.
Comme vous le savez, l'industrie du tourism
joue un rle fundamental dans les domaines
sociaux, culturels, ducatifs, scientifiques, colo-
giques, conomique et favorite le dveloppe-
ment continue. Mais, dans le cadre du tourism
cultural qui nous intresse particulirement
dans la region du Nord, le temps semble
vouloir s'arrter une priode particulire.
Dans ce context, le visuel se trouve tre un
lment capital afin d'atteindre les attentes
des visiteurs. Dans ce cas prcis, la Charte
International du Tourisme Culturel nous fait
comprendre que les projects touristiques et
d'infrastructures doivent donner la prfrence
aux matriaux locaux et surtout prendre en
compete les caractristiques de l'architecture
locale et les particularits des constructions
vernaculaires. Ce, dans le but de crer un en-
semble agrable et harmonieux.Tel est le cas
dans le PNH-CSSR.
En vue du dveloppement touristique de ce
parc national historique, I'ISPAN reconnat l'im-
portance et travaille tablir dans les meilleurs
dlais, un schma d'amnagement du parc ainsi
qu'un plan de gestion qui prendra en compete,
les valeurs naturelles ainsi que les resources
patrimoniales, tout en tenant compete de l'im-
pact de la frquentation touristique sur les
monuments, sur l'cologie, ainsi que sur la bio-
diversit des spaces du Parc. Linstitut se pen-
che aussi sur une integration harmonieuse des
infrastructures (routes et chemins d'accs), des
systmes de transports l'intrieur du PNH-
CSSR, ainsi que sur l'importance d'intgrer les
communauts locales dans le processus de
dveloppement conomique et social de la
region du parc.
Mesdames, Messieurs, I'ISPAN encourage donc
et attend la contribution de tout un chacun, de
toutes les organizations et institutions agissant
dans le domaine du tourism et du dvelop-
pement rel en vue d'atteindre les objectifs
fixs.
M..

Jean Lionel Pressoir, industrial
et entrepreneur de nationa-
lit haitienne, est diploma
de l'Ecole des Hautes Etudes
Sociales et de l'cole Suprieur
du Journalism (Paris, France).
Ilparticipe, ds son retour en
Haiti, la creation des Guides
Panorama. I est membre de la
Foundation Destination Haiti,
de Fond'Art et du Conseil de
Rflexionpour le Dvelop-
pement deMilot, Hai i. Il
anime tous les lundis, mission
Vision-Destination-Saveurs sur
Radio Vision-2000, dedie la
promotion du tourism.


BULLETIN DE LISPAN No 19 ler dcembre 2010 *








Page retrouve :

"insenss Domingois"


L1 THu.I>as Rat.ynl (


*LDD bGi iueTo aR i ( 3 /S


Insenss Domingois, dors donc, puisque tu en as l'intrpidit, dors sur la couche^ et mince qui
te spar de l'abime defeu, qui bouillonne sous ton chevet. Ignore le pril qui te menace, puisque tes
alarmes empoisonneraient tous les instants de ta vie et ne te garantiraient de rien. Ignore combien ton
existence est prcaire. Ignore qu'elle tient la chute fortuite d'un ruisseau, l'infiltration peut-tre
avance d'une petite quantity des eaux qui t'environnent dans la chaudire souterraine laquelle on a
voulu que ton domicile servit de couvercle. Si tu sortais un moment de ta stupidity, que deviendrais-tu ?
Tu verrais la mort circuler sous tes pieds. Le bruit sourd des torrents de n,,i', ",., en expansion, obsde-
rait ton oreille. Tu sentirais osciller la crote qui te soutient. Tu l'entendrais s'entrouvrir avecfracas. Tu
t'lancerais de ta mason. Tu courrais perdu dans tes rues. Tu croirais que les murs de ton habitation,
que tes difices s'branlent et que tu vas descendre au milieu de leurs ruines, dans le intf'/; creus, sinon
pour toi, du moins pour tes infortuns descendants. La consommation du dsastre qui les attend sera
plus court que mon rcit. Mais s'il existe une justice vengeresse des grands fofaits, s'il est des enfers : c'est
l, je l'espre, qu'iront gmir dans les flames qui ne s'teindrontpoint, les sclrats qui aveuglspar des
vues d'intrts, en ont impose au trne, et don't les funestes conseils ont lev le monument
et de stupidit que tu habites, et qui n'a peut-tre qu'un moment durer .
Histoire philosophique etpolitique des tablissements
et du commerce des Europens dans les deux Indes, 1780, Livre XII, chap. 40
Etablissements forms dans l'Ouest de Saint-Domingue


Ce terrible texte a t public par l'abb GuillaumeTho-
mas Raynal en 1780 et rfre au sisme de 1770 qui
dtruisit la ville de Port-au-Prince,trente ans aprs celui
de 1751. Raynal participe ardemment la polmique
qui fit rage autour du choix de reconstruire la capital
de la Colonie de Saint-Domingue cet emplacement
96) souvent frapp par des sismes. Ce texte a t retrou-


v lors de recherches documentaires sur l'histoire de la
ville de Port-au-Prince. Nous le soumettons l'appr-
ciation de nos abonn(e)s. Il illustre combien les tudes
sur le patrimoine historique peuvent nous renseigner
sur le mode d'emploi du territoire. Dja, le sisme
prcdent, qui renversa les trois quarts des maisons
inspira l'ide de ne rebtir qu'en bois (: Moreau).


March Hyppolite,

la dernire ligne droite


Le chantier de restauration du March Hyp-
polite est entr en charrette :il fonctionne
dsormais : 24 heures par jour et 7 jours par
semaine.Toutes les quipes sont au travail sous
la direction vigilante et inlassable de l'ingnieur
Georges Howard, chef du chantier. Le mon-
tage du pavilion central, revtu de sa couche
de protection a commenc. Deux des quatre
minarets sont dj installs, frachement sor-
tis des ateliers de restauration Arts et Ambian-
ces de Drouillard, o une floppe d'ouvriers
les ont soigneusement restaures. Sur la halle
Nord, les premires persiennes ont t poses
ainsi que les premires tles de la couverture.
Toutes les conditions ont t runies pour que
M. Denis O'Brien, propritaire de la compa-
gnie Digicel, qui a consent un investissement
de l'ordre de US $ 8.000.000,00 tienne son
pari de liver la population port-au-prin-
cienne ce btiment emblmatique l'occasion
du premier anniversaire du sisme, soit le 12
janvier 201 I. Maarten Boute, DG de la Digicel-
Hati, inspect rgulirement le chantier, s'assu-
rant de sa bonne march. Les technicians de
I'ISPAN, l'ingnieur Elsoit Colas et l'architecte
Dorphy Lonard, adjoint la firme de supervi-
sion technique IDCO, contrlent les mises en
oeuvre et supervisent tous les corps de mtier,


: m ; -.
k . "', .. .
SJour-44 : Erection du pavilion central du March Hyppolite au er dcembre 2010
signalant les moindres imperfections, portant, nes 1970, la principal attraction touristique
quand il le faut, des corrections la mise en de la capital hatienne. Dtruite, en parties, par
oeuvre de la pose des briques au scellement un incendie en 2008, elle fut nouveau en-
des pylones. Le march Hyppolite fut rig en dommage par le sisme du 12 janvier Au l er
1891 sous le gouvernement de Florville Hyp- dcembe 2010, le compete rebours pour la
polite, president d'Hati. Il devint, dans les an- livraison de l'ouvrage affiche le jourj-44...

BULLETIN DE LISPAN No 19 ler dcembre 2010 *








Chronique


des monuments et sites historiques d'Haiti


Demolition des ruines
de l'glise du Sacr-Coeur de Turgeau
Le cur de la paroisse deTurgeau, Pre HansAlexan-
dre, a fait procder la fin du mois d'octobre la d-
molition des ruines de I'glise du Sacr-Coeur Dans
une lettre adresse la DG de 'ISPAN en date du
25 octobre 2010, le cur a fait savoir que le Conseil
s'estime heureux de voir son glise avoir une si haute
consideration aux yeux de 'ISPAN. Mais, il croit prfra-
ble,vu l'tat des choses, d'opter pour une reproduction
externe du btiment en lieu et place d'une conserva-
tion.
On se rappelle que le Bureau du Reprsentant rsi-
dant de I'UNESCO avait finance, au mois de mars der-
nier, un clture de protection du monument historique
(voir BULLETIN DE LISPAN No 1 I, ler avril 2010),
sauvant provisoirement l'difice des actes de vanda-
lisme don't il tait menac. Cette demolition a t rali-
se alors que les technicians de 'ISPAN effectuaient les
relevs architecturaux du monument historique ainsi
que les premires expertise en vue de sa restaura-
tion intgrale. Oeuvre de l'architecte ha'tien Georges
Baussan, cet difice centenaire entirement construit
en briques avec une ossature de bois portait le tmoi-
gnage de l'implantation de l'glise catholique en Haiti
suite la signature du Concordat sign entire Haiti et le
Saint-Sige Rome, en 1860, sous la prsidence de Ni-
colas Geffrard. Le savant appareillage des briques de ce
monument historique tait exemplaire et constituait un
tmoignage loquent sur la quality de la main d'euvre
des ouvriers maons haitiens, au dbut de XXme si-
cle. De malheureux ajouts en bton raliss par la suite
ont sensiblement modifi l'architecture intrieure ainsi
que la silouhette du btiment : lamnagement d'une


glise du Sacr-Coeur deTurgeau au dbut du XXme sicle
2 Les parties ajoutes :le second cloher le dme
et la mezzanine) structure en bton arm


mezzanine surmonte d'un lourd dme base carre
au niveau du choeur et d'un second clocher intgrant
sa faade est, ont trs probablement t l'origine des
dommages causes par le sisme du 12 janvier 2010.
Ces structures en bton arm beaucoup plus rigides
ont d transmettre de violentes ondes de chocs aux
murs de la structure ancienne et provoquer ainsi l'ef-
fondrement de la faade principal de l'difice.
Aprs la chapelle Saint-Louis, Roi de France, l'glise
Saint-Joseph de la Croix-des-Bossales, l'glise du Perp-
tuel-Secours du Bel-Air et la petite chapelle de l'cole
du Sacr-Coeur, 'glise du Sacr-Coeur deTurgeau est
le cinquime lieu de culte catholique, construit aprs le
Concordat, tre ras, suite aux dommages causes par
le sisme du 12 janvier 2010.
Ouverture de I'AIPPC-ISPAN
Au dbut du mois d'octobre denier, 'ISPAN a ouvert
le bureau d'Appui aux Initiatives de Prservation du
Patrimoine Culturel ayant pour cigle AIPPC/ISPAN Ce
project est finance par les Fonds de l'Ambassadeurs des
Etats Unis d'Amrique pour un montant total de U.S. $
254.930,00. Le chque avait t remis 'ISPAN le 17
septembre 2010, au course d'une crmonie qui s'est
droule la Citadelle Henry (Voir Bulletin de 'ISPAN
No 17, 1er octobre 2010).
La creation de cette unit est conforme l'objectif
du financement reu qui est de dvelopper les capa-
cits de 'ISPAN afin de commencer le processus de
l'inventaire et l'valuation des risques sismiques pour
les monuments historiques et des btiments Port-au-
Prince. Cette unit a galement pour mission d'appuyer
les efforts de l'institut dans l'laboration de projects de
preservation et de mise en valeur des monuments his-
toriques ainsi que dans la recherche de financement
et de suivi.
Adresse lectronique : aippc.ispan@gmail.com




---"I I I'''-'"










Le logotype de IAIPPC-ISPAN : dessin styls de la faade
principal du March Hyppolite de Por-au-Prince
La DG de I'ISPAN crit l'Administra-
teur apostolique sede plena d'Haiti
Monseigneur Joseph Lafontant
Administrateur Apostolique sede pleno
Archidiocse de Port-au-Prince
Port-au-Prince, le 24 novembre 2010
Monseigneur
La Direction gnrale de l'Institut de Sauvegarde du
Patrimoine National vous prsente ses compliments et
l'avantage de vous informer qu'elle appuie et encou-
rage toutes les initiatives visant rechercher les voies
et moyens pour raliser les measures conservatoires des
ruines de la Basilique Notre-Dame de Port-au-Prince,
svrement endommage par le sisme du 12 janvier
2010.
Ces measures conservatoires consisteront au net-
toyage et 'limination des dbris, la dpose des l-
ments dangereux ou irrcuprables et l'taiement et
la consolidation de la structure dans l'objectif de scu-


riser ces ruines et d'arrter leur degradation. Elles pr-
cderont les travaux de restauration de ce monument
historique ayant acquis la plus haute signification pour
la population haitienne.
En effet, cet difice, consacr le 20 dcembre 1914,
correspond en tous points la definition du Monument
Historique adopt en 1964 par le Conseil International
des Monuments et des Sites de I'UNESCO :
La notion de monument histonque comprend la cro
tion orchitecturole isole oussi bien que le site urbain ou
rural qui porte tmoignoge d'une civilisation particulire,
d'une volution significative ou d'un vnement historique.
Elle s'tend non seulement oux grandes crotions mois
oussi oux oeuvres modestes qui ont acquis ovec le temps
une signification culturelle.
De plus notre pays est signataire de la Convention
du Patrimoine Mondial de l'UNESCO qui stipule que :
Chocun des Etots parties la prsente Convention re
connot que l'obligation d'ossurer l'identification, la protect
tion, la conservation, la mise en valeur et la transmission
oux gnrations futures du potnmoine culture et nature
... situ sur son territoire, lui income en premier chef
La Direction gnrale de 'ISPAN vous raffirme sa
pleine et entire disponibilit vous accompagner dans
toutes dmarches visant la sauvegarde de ce bien
cultural et historique exceptionnel qu'est la Basilique
Notre-Dame de Port-au-Prince.
Recevez, Monseigneur les salutations distingues de
la Direction gnrale de 'ISPAN.

Daniel Elie
Directeur Gnral
cc. Marie Laurence Jocelyn Lassgue,
Ministre de la Culture et de la Communication


S1 "La Cathdrale", Lythographe de lartiste hatienne
Marie-Hlne Cauvin
* 2 Les ruines de la Cathdrale mtropolitaine de Por-au-Pnnce
Le BULLETIN DE L'ISPA No 19 a t ralis par:
* Philipe Chtelain, Daniel Elie, Lionel Pressoirpourla
documentation et la rdaction des textes;
* Daniel Eliepour l'dition et l'infographie;
* Pascale Ren, Monique Rocourt-Martinez et Guerda Romain
pour la relecture et les corrections;
* Daniel Eliepour les photographies;
La direction et la distribution du BULLETINsont assures
par le Service de la Promotion de 'ISPAN


BULLETIN DE LISPAN No 19 ler dcembre 2010 *




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