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HIDE
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 Table of Contents
 Introduction
 Formation et Pronunciation des...
 Le Peuplement de Saint-Domingue...
 La Religion Afro-Haitienne et le...
 Litterature de L'Africain et du...
 L'Enseignement par le Creole
 Bibliography






Title: Débats sur le créole et le folklore
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 Material Information
Title: Débats sur le créole et le folklore Afriques grises ou Frances brunes? Langue, races, religion et culture populaires
Physical Description: 80 p. : ; 23 cm.
Language: French
Creator: Pressoir, Charles Fernand
Donor: unknown ( endowment ) ( endowment )
Publisher: Impr. de l'E´tat
Impr. de l'État
Place of Publication: Port-au-Prince
Port-au-Prince
Publication Date: 1947
Copyright Date: 1947
 Subjects
Subject: Creole dialects   ( lcsh )
Genre: bibliography   ( marcgt )
federal government publication   ( marcgt )
non-fiction   ( marcgt )
Spatial Coverage: Haiti
 Notes
Bibliography: "Bibliographie": p. 77-80.
 Record Information
Bibliographic ID: UF00095934
Volume ID: VID00001
Source Institution: Bibliotheque Haitienne des Peres du Saint Esprit
Holding Location: Bibliotheque Haitienne des Peres du Saint Esprit
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: oclc - 01862197
lccn - 48021272

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    Introduction
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    Formation et Pronunciation des Divers Parlers Creoles
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    Le Peuplement de Saint-Domingue et le Creole
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    La Religion Afro-Haitienne et le Creole Folklore et Linguistique
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    Litterature de L'Africain et du Parlant-Creole
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    L'Enseignement par le Creole
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Full Text


CHARLES FERNAND PRESSOIR
de l'Acadmie Crole .




DEBATES SUR IE CREOLE


ET LE FOLKLORE


Afriques Grises ou Frances Brunes?
Langue, Races, Religion et Culture Populaires


AVEC DES TEXTES


IMPRIMERIE DE LETAT
RUE HAMMERTON KILLCK
PORT.AU-PRINCE, HAIti f
1947


I

































S' DU MEME AUTEUR: '


S A.U RYTHME DES COUMBITES, posies Caractre folklorique
(1933)


- .


*













TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION ........ ......... ..................... 5

CHAPITRE I
FORMATION ET PRONONCIATION DES DIVERS PARLERS CREOLES
OU LA PHILOLOGIE SANS PLEURS ........................ 9
Le Monde Crole. Le crole langue mixte. Prononciation du crole (in-
fluences): Moyen-Age, 16me. sicle franais, patois et franais populaire
langues africaines. Remarques sur les parlers canadien et acadien louisianais.
Opinions diverse. Textes croles de la Louisiane et de la Guyane.

CHAPITRE II
LE PEUPLEMENT DE ST.-DOMINGUE ET LE CREOLE.......... 31
Apport des provinces franaises. Les esclaves de l'ouest-africain et le crole.
Citations et commentaires. Textes croles des Petites Antilles.

CHAPITRE III.
LA RELIGION AFRO-HAITIENNE ET LE CREOLE................ 38
Folklore. Thorie de nouvelle cole russe. Folklore et linguistique. Religion
familiale. Peut-on parler de vodou hatien? Magie. Le ptro est-il un rite
n en Hati? Loi, loa ou lwa? Origine africaine des vv. Mthode des-
criptive. Textes croles de la Runion et de l'Ile Maurice.

CHAPITRE IV
LITERATURE DE L'AFRICAIN ET DU PARLANT CREOLE. .... 51
Littrature crite des africains. Leurs alphabets. Pas de littrature crite du
parlant-crole. Littrature orale des africains et du parlant-crole. La paire
Ti Maliss et Bouki en Afrique et dans le Monde Crole. Opinions. Conte
de la Cte d'Ivoire.

CHAPITRE V
L'ENSEIGNEMENT PAR LE CREOLE .......................... 64
Historique de la question. Experiences. Alphabet propos. Un plan.d'en-
seignement par le crole. Textes en crole hatien, suivant le systme
recommand.
BIBLIOGRAPH IE ........ ............ ... ................ ...
BIBLIOGRAPHIE. . . . . . ... 77





















f








































ei
e9
a *














Lk










INTRODUCTION


cNpus savons, avoue Henri Poincar aux premires. lignes de
son outrage sur la Valeur de la Science, que la vrit est quelque-
fois dcevante, que c'est un fantme qui ne se montre nous un ins-
tant que pour fuir sans cesse, qu'il faut la poursuivre plus loin et tou-
jours plus loin.
C'est la principal raison pour laquelle cette tude s'intitule Dbats
sur le crole et le folklore. Nous faisons le point, mais i est souhai-
table que ce livre, n de discussions, en engendre d'autres.
Dans cet ouvrage de vulgarisation, et, tranchons le mot: de combat,
-* par lequel nous avons voulu exposer sans romantisme ce que nous
croyons tre les donnes immdiates du plus grave problme hatien,
- celui de la rapide dsanalphabtisation des masses, nous
avons,s adoptant la mthode des lettrs africains, sacrifi l'abstrait au
concrete.
Ce livre n'est donc pas destin former un catalogue de mots tech-
niques pour les surralistes.
Il ne constitute pas, non plus, un recueil de compliments.
La premiere tude du soussign sur la question a paru, il y a just
dix ans, dans le numro de janvier 1937 de la revue Les ides, de
Montral.
Il s'est propos de condenser, ici, le fruit de ces.dix annes de recher-
ches, de discussions avec soi-mme, de polmiques avec bien d'autres.
Sur plus d'un point, la pense de l'auteur s'est modifie, a volu,
et il ne s'est dcid publier le present ouvrage que parce que ses
opinions sur le crole, la formation du people hatien, les civilisations
africaines, la civilisation en gestation en Hati mme, forment un tout
don't chaque parties aide comprendre l'ensemble.
Ce livre effleure toutes ces questions connexes, qui constituent le
fait hatien. Il sera suivi de plusieurs autres, plus dtaills, don't il
exprime ds maintenant la pense central.
Dbats sur le crole et le folklore!
Les questions agites ici ne datent pas d'hier. Il peut tre intressant
de connatre l'opinion professe par les haitiens aussi bien que les


-5-







trangers sur chacun des problmes envisags. C'est la raison de l'a-
bondante bibliographie et des notes critiques qui accompagnent chaque
chapitre.
La multiplicit des opinions mises sur ces questions par les divers
publicists provient, ce nous semble, d'un dfaut de mthode ou d'in-
formatf'on, ou parfois d'un trop grand empresserhent conclure.
Jusqu'l present, la question du crole n'a-pas t envisage dans sotn
ensemble, 'est--dire au sein, d'un cadre logique. L'un s'est occup par
example de vocabulaire et non de grammaire; I'autre a abord la
qpieStion grammaticale sans rfuter les opinions nes d'un examen du
vlcablaire.. Un troisime s'est uniquement attach la phontique.
L'un n'a envisag, par example, qu'un patois franais ou franco-colo-
nia, I l'exclusion des autres parlers similaires, ou bien il ne s'est pas
intress au franais populaire ou la langue du 16eme sicle. L'autre,
partant du petit nombre de mots africains trouvs en crole, conclut
l'insignifiance de l'apport africain dans la formation de l'idiome.
Tous semblent exprimer la vrit.
La question du crole n'a pas encore t place dans son vrai cadre
feano-africain, en tenant ..ompte de toutes les donnes sociologiques.
Il est vrai qu'avant les rcents et remarquables travaux de Melville
Herskovits (notamment The Myth of Negro Past et Dahomey) (1)
on ignorait ou connaissait trs incompltement ici certains aspects
Ies civilisations noires.. (, ) Les tudes duchartiste G. Debien sur le
peuplement de St Domingue n'ont, paru qu'entre 1941 et 1946.
Cette documentation fournit des donnes entirement nouvelles.
C'est en function de tous ces facteurs que ce livre a t crit, et
il voudrait, en faisant ressortir les advantages de la mthode compa-
rative, vulgariser des principles de travail que l'exprience et la libre
discussion ont rvls fconds.
Ce livre voudrait tre utile tout le Monde Crole.
Le Sous-titre du Chapitre I l'explique: La Philologie sans pleurs

lI) Herskocits, Melville J.-Life in a Haitian Valley, NY 1937,: Dahomey, Neto
York, 1938. The Myth of the Negro Past, New-York 1941.
(2) Par contre la question du vodou hatjen et de ses rapports avec les religions
africaines a donn lieu de constantes recherches et des ouvrages de grand int-
rt. Cito~ns particulirement les tudes de D. Trouillot (1885), du Dr. J C
Dorsainvit, du Dr. Price-Mars, de Lorimer Denis et F. Duvalier, de Jacques Rou-
main, du Dr Louis Maximilien, de Klber Georges-Jacob, d'Emmanuel C. Paul.
de Louis Mars.


-6-






Le chapitre II envisage le crole en function du peuplement de St-
Domingue.
Nous.avons tch, aux chapitres III et IV, de montrer combien est
prpondrante, dans tous les folklores croles, l'influence de l'Afrique.
Elle se manifeste partout: propos des croyances populaires comme
dans le fond et la. forme des proverbes, nigmes et contest. Ainsi, ld
lapin, symbol de la ruse et de l'adresse, et son lourdaud de compre,
le loup, dominant l'Afrique et le Monde Crole, que ce soit sous les
traits du lapin et de l'hyne, du livre et de l'lphant, de Malice et
de Bouki.
Rappelons, pour terminer, qu' notre avis, les masses hatiennes
n'ont qu'une voie, trs court d'ailleurs, vers la lumire crite: l'en-
seignement par le crole grce un alphabet acceptable par tous les
Haitiens. C'est l'objet de notre chapitre V.

CHARLES FERNAND PRESSOIR














% '


-- 7 ---







































'.e










CHAPITRE PREMIER


FORMATION ET PRONONCIATION
DES DIVERS PARLERS CREOLES
(OU LA PHILOLOGIE SANS PLEURS)


(A) LE MONDE CREOLE

Le crole est la langue que l'on parle dans les colonies ou anciennes
colonies que la France a fondes hors d'Afrique aux 17me. et 18me
sicles, et qu'elle a mises en valeur au moyen d'esclaves tirs du
Continent Noir.
On s'exprime actuellement en crole dans la Rpublique d'Hati,
l'Etat Amricain de la Louisiane, les Petites Antilles et la Guyane,
dans le Nouveau Monde, ainsi qu' la Runion, l'Ile Maurice et
aux Seychelles, dans l'Ocan Indien.
Le crole est tellement vivace et simple qu'il a survcu, malgr la
concurrence de l'anglais, aux Petites Antilles qui appartiennent actuel-
lement l'Angleterre, comme Sainte-Lucie et Trinidad, de mme qu'
Maurice et en Louisiane.
Langue de Noirs, pouvant nettement tre rattache au group Sou-
danais, le crole est parl tant par les Noirs et leurs descendants que
par les blancs. Dans des pays caractre cosmopolite, comme l'Ile
Maurice dans son tat actuel, ainsi que dans les villes et certaines
rgions d'Hati qui attirent des trangers de toutes nationalits, le
crole, qui s'enrichit parfois de mots nouveaux mais garde sa structure
grammaticale, est devenu une vritable langue commune, internatio-
nale. L'Amricain qui dirige une plantation en Hati, le syrien nou-
vellement dbarqu et qui dbite ses tissus, le blanchisseur chinois, tous
apprennent trs vite le crole et le parent l'exclusion du franais. 0
Le grand principle qui domine cette langue est celui de l'invariabi-
lit, de la simplicity. Les trangers s'tonnent d'entendre dire qu'il
existe des rgles de grammaire crole, car c'est un idiome que l'on
parle sans effort, naturellement.


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B) LE CREOLE LANGUE MIXTE


Le crole n'est pas du franais malhabilement employ, ni d-
form par suite de l'incapacit des esclaves parler comme les colons.
C'est une lailgue mixte, ayant a. sa base le vocabulaire franais.
agency selon les principles des grammaires africaines, grammaires don't
la simplicity et la clart dpassent 'tout ce qu'ont pu concevoir les
cerveaux europens. Par suite de son absence de dsinences, la gram-
maire anglaise se rapproche le plus de celles du Continent Noir, de
sorte que, trs souvent, une phrase crole semble tre la traduction
.littrale du parler de Londres. Cependant, cause, notamment de sa
longue liste de verbes irrguliers; l'anglais est de beaucoup infrieur
au crole et aux langues africaines, qui ne prsentent aucune iirrgula-
rit, quelle qu'elle soit.
*

Le crole est une langue au mme titre que le franais et l'anglais:
il est sorti du franais comme les langues, no-romanes sont issues du
latin. La question des langues mixtes a t traite notamment par J.
Vendrys (Le language p. 331 et suiv.) et M. J. Herskovits(The Myth
of the Nigro Past). Abordant le franais, un anglais agency les
mots suivant l'ordre de sa langue maternelle. Il en a t de mme,
s'agissant des esclaves mis en presence du franais. 'Le crole doit son
unit dans le monde, notamment au fait que presque toutes les gram-
maires africaines se ressemblent, et que les colonies franaises fondes
au 17me et au 18me sicles hors d'Afrique, comme ce fut le cas
de St.-Domingue (l'ancienne Hati) ont d'abord t peuples d'escla-
ves venus de l'Ouest-Africain, o l'on parle les langues soudanaises,
lesquelles se.signalent par une tonnante communaut de principles
grammaticaux et de certain mots-outils comme le verbe y (qui tra-
duit tre suivant des rgles trs prcises.) D'ailleurs, les langues con-
golaises ne different qu'en, apparence de celles de l'ouest-africain. Plus
de la moiti de la population de l'Afrique habite la region quatoriale
de l'ouest (Herskovits op. cit. p. 41).
Le grand principle des parlers africains, c'est l'invariabilit, qui se
retrouve dans tous les languages croles. Ainsi, en crole comme dans
les langues africaines, un adjectif n'a ni masculin, ni fminin, ni


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pluriel, mais une seule forme. Il en est de mme du nom, etle,suffixe
du pluriel africain pass en crole est yo ou y (yo en Haiti, y en
Guyane).
Ex:il est grand li gran
elle est grande li gran
ils sont grands yo gran
La table: tab la, les tables, tab yo

Les pronoms personnel n'ont ni masculin, ni fminin, mais une
forme unique pour les deux gnres. Ex. Li traduit il et elle.
Comme dans la majority des langues de l'ouest-africain, le pronom
personnel de la 2me personnel du pluriel est en gnrall deficient en
crole. En Hati, on le.remplace par celui de la lre. personnel du
pluriel qui a ainsi un double rle, comme on le verra dans les exem-
ples de conjugaison qui suivent. Les verbes, comme les autres parties
du discourse, sont invariables, et se rduisent l'infinitif, qui sert pour
toutes les personnel. Certains temps sont indiqus par des auxiliaires.
En crole comme dans les langues africaines, la notion de temps
s'efface devant celle d'aspect. Seul demeure le thme verbal, comme
on l'a vu, et l'ide du present, du pass ou du future, rsulte, soit
d'auxiliaires, soit de mots traduisant des terms comme hier, au-
jourd'hui, demain, soit de l'ide gnrale de la phrase.. Ainsi
m'manj signifie je mange, mais y m'manj signifie hier j'ai. mang
(le verbe n'a pas change). Selon le sens, la second phrase pourra
devenir y m't manj; cette dernire forme tend vers le plus-que-
parfait franais. Comme dans les langues africaines, la conjugaison
ordinai.re se double de la conjugaison progressive; on emploie la
particule ap, ap, p qui vient de l'ancien franais tre aprs, significant
tre en train de. Comparer d'anglais: I eat et I am eating. Voici,
titre d'exemple, la double conjugaison de l'inidicatif present du verbe
manger:
Forme ordinaire Forme progressive
1) m' manj m'ap manj
2) ou manj Wap manj
3) li manj lap manj
1) nou manj nap manj
2) nou manj nap manj
3) yo manj yap manj

Le verbe franais exprime le moment, le verbe crole ou africain
exprime la dure, appele aspect.


- 11-






On voit,. en philologie, qu'en definitive, une langue se ramne son
systme verbal et au nom (Vendrys, op. cit. p. 138). Or le nom en
crole est trait comme dans les langues africaines. De plus les auxi-
liaires a et aoa du future crole hatien sont africains. Le ka de la ma-
jorit des croles d'Amrique hors d'Hati est galement africain. La
conception crole du verbe avoir, lequel se traduit par gagner (guin-
gnin) ou tenir (tini la Martinique), est africaine. Le doublet ni du
Martiniquais tini est un, verbe africain. Ce rsum suffit prouver
que les croles sont des langues no-africaines.
Que si maintenant l'on desire poursuivre la comparison, il con-
viendra de souligner qu'chappant la notion franaise de temps, le
crole s'vade aussi de celle de mode. Queltle douleur pour des oreilles
et des yeux franais qu'une phrase comme: Je veux que tu viennes,
perdant son subjonctif pour se muer en: Je veux toi venir (m'ul
ou vini)!
Cette construction crole, qui semble malhabile ou enfantine aux
nombreux, trouve sa raison dans l'ensemble des grammaires de l'Ouest-
Africain, symbols de la simplicity du gnie Noir.
Admis ainsi le principle de la pense africaine en crole, on comprend
que l'hatien dise comme le dahomen ou le sonrha, par example,
tab la et non la table, tab yo et non les tables, etc.
Le caractre de la prsente tude nous dispenserait de prciser que
des lments grammaticaux come la rgle d'invariabilit, la chute
de la conjunction. que, la position de la etc. sont des morphmes.
Vivant d'humour, de mtaphores et'd'expressions idiomatiques ins-
pires par l'esprit africain, le crole, ce titre encore, n'est plus'du
franais.
En Haiti, quatre millions d'hommes, environ, parent crole. Gette
langue est. ne du fait que les principles grammaticaux du franais et
des langues africaines s'opposent. C'est la raison pour laquelle le
proltaire qui a pniblement appris lire le franais, en Hati, n'arrive
pas souvent comprendre ce qu'il dchiffire. Pour parler le franais
et le comprendre, il faut un long contact de l'oreille et une pratique
constant.

C) PRONONICIATION DU CREOLE

Les principes grammaticaux croles, peine esquisss ici, front l'ob-
jet d'une autre tude. La prsente a trait spcialement au vocabulaire


- 12 -






et un essai d'alphabet applicable tout le monde crole, qui touche
deux Ocans. Nous nous proposons en outre d'tablir ici qu'on ne
peut partir du vocabulaire pour rechercher l'origine du crole. A ce
point de vue, cet ouvrage, destin prouver ce que la langue 1N 'EST
PAS, constitute la premiere parties de notre thse.
Le fait que le vocabulaire des endroits o l'on parle crole est enti-
rement compos de mots venus de France, part quelques termed afri-
cains, indiens, anglais ou espagnols, ne prouve qu'une chose: les
franais, un certain moment de l'histoire de ces pays, s'y sont
installs.
Que prouvent certaines prononciations normandes, picardes ou ange-
vines par example? A un certain, moment, il y a eu, parmi les colons,
des normands, des picards ou des angevins. Ces colons, toutefois,
n'ont eu aucune influence sur la creation de la langue, car, :e qui
constitute une langue, c'est sa grammaire. (Voir Vendrys, op. cit.
pp. 85, 344).
La seule parties de la grammaire qui nous intresse pour la prsente
tude c'est la phontique, ou science des sons. Sans nous attarder
trop de dtails, nous tcherons de donner une ide d'ensemble de la
question.
Le systme phontique du crole hatien est domin par quatre fac-
teurs:
lo. L'ancien franais;
2o. Le XVIme sicle franais:
30. Le franais populaire (qui est le mme pour toute la F 'ance)
ainsi que les patois, notamment ceux des provinces maritimes
comme la Picardie, la Normandie, .'Anjou, la Saintonge et
l'Aunis:
4o. Les parlers africains, notamment les langues soudanaises, qui se
caractrisent particulirement par la nasalisation, la tend nce
l'amuissement ou raccourcissement des mots, et toute une srie
d'alternances vocaliques ou consonantiques (une voyell' pour
une autre, une consonne pour une autre).
Ajoutons ces facteurs les (dformations invitables que su issent
tous (les parlers lorsqu'ils passent par des oreilles et des bouches tran-!
gres. En devenant celui du crole, le vocabulaire franais n'a pas
chapp cette rgle.
Nous nous proposons d'examiner maintenant les quatre points qui
viennent d'tre exposs.

-13-






INFLUENCE DU MOYEN-AGE


Tous ceux qui ont tudi d'une manire un peu approfondie les
divers parlers croles des colonies ou anciennes colonies franaises ont
insist sur ds survivances trs nettes d'ancien franais. La raison
en est que le parler populaire et les patois voluent moins vite que la
langue classique. A l'poque -du Cid, beaucoup de paysans et de pro-
ltaires franais parlaient encore un language tout empreint des vestiges
du Moyen-Age.
L'hritage de'il'ancien franais est trs vivace en crole hatien:
Franais moderne Chanson de Roland Crole hatien
me an-me nan-m
cur quer k
empereur emperere lanpr
noterr, dans les mots croles traduisant me et empereur la soudure
de la consonne de frquente liaison (UNE me a donn Nan-m;
L'empereur a donn lanpr).
A, travers tout le Moyen-Age, remarquons la persistence 'du son e
pour eu' non seulement dans ker pour ceur, mais dans bf pour beuf,
sr pour seur, etc.
Nous trouvons, d'ans le roman du Chevalier au Lion (XIIme.
sicle) meillior pour meilleur (crole: .miyo).
Le beau pome de Tristan et Yseult (XIIme. sicle) nous parole de
la belt> d'Yseult. N'est-ce pas du pur crole?
Notons dans Aucassin et Nicolette (XIIme. sicle) SOUR l'herbe
pour sur l'herbe (crole sou zb la).
Dans Aliscans (XIIme. sicle), on relve quisine (kizine) exac-
tement comme le crole kizi-n.
Voulez-vous des expressions croles?
Le Roman de Renart (XIIme. sicle) nous fournit:
la bise vente (crole: van ap vant)., Dans le mme ouvrage on lit
gole pour gueule (crole guiol, dil).
Abordons maintenant le XIIIme. sicle. Nous trouvons dans le
Roman de la Rose fueilles (filles) pour feuilles. C'est du pur crole.
Cette pronunciation se prolongera jusqu'au 16me. sicle, o couleu-
vres sonnait coulvres (crole coulo), comme on le verra plus loin.
Dans une Chanson d'e Croisade, nous, notons moutrer pour montrer.
C'est Je crole moutr.....


-14-






Dans le glossaire que Voile a plac la fin de ses morceaux choisis
du Moyen-Age, on' retrouve la pronunciation et la definition d'un mot
de pur crole:
Rler: pousser un hurlement plaintiff (crole: rl).
Villon (XVe. sicle) dit congnaitre (kon-nin crole par asalisa-
tion finale).
On relve dans Froissart: le roi se grigna (crole: wa a g ignin).
Commines (XVme. sicle et commencement du XVIme) dit en-
core
Congnaitre (con-naitre, crole kon-nin)
tant comme (crole tankou).
S'il fallait pousser ces recherches plus avant, on n'en finirai pas de
scruter les textes du Moyen-Age. Au moins en ce qui a trai cette
question, un rsultat reste acquis: la prononciation du crol diffre
de celle du franais moderne. L'un ne peut donc pas s'crir come
l'autre.

INFLUENCE DU XVIme SIECLE FRANAIS

En matire de linguistique, les poques se pntrent, chevau hent les
unes sur les autres.
C'est ce que, dans leur Seizime sicle en France, Darm steter et
Hatzfeld ont exprim comme suit:
Le seizime sicle a reu en hritage-des sicles antrieurs es mots
qu'il n'a pas transmis aux sicles suivants, ou qui, cessant p u peu
d'tre en usage au dix-septime sicle et au dix-huitime si le, sont
de nos jours tout fait oublis. Quelques-uns existent encore dans
divers dialectes de nos provinces.> (page 184)
La part du seizime sicle franais, .dans la formation du rile est
peut-tre beaucoup plusimportante que celle de tel ou tel pa ois. En
effet, bien des gards, le seizime sicle a donn au crole sa phon-
tique et on va voir que, pour les voyelles de base: , an, in on, des-
quelles dpend toute la prononciation d'une langue, le cro e hatien
s'carte radicalement du Normand, par example. Quand le role dit
, le Normand dit . Quand le crole dit an, le normand dit a; quand
le crole dit i, le normand dit in; quand le crole dit in, le ormand
dit au contraire i.' Pour le systme phontique du patois ormand,
voir les lments du dictionnaire de patois normand de H. Ioisy in
Jules Faine,
-15-






Les 'dates que l'histoire nous a fournies au sujet de l'tablissement
de.chacune des colonies franaises o est n le crole nous ont conduct
pousser nos recherches vers le seizime sicle franais, puisque les
hommes qui ont atteint leur maturity et ont agi au dix-septime taient
ns au seizime, certain, du moins.
Toutes les donnes permettant de saisir la phontique du crole et
la position des divers patois l'gard du franais cette poque dj
lointaine, se trouvent dans l'ouvrage de Darmesteter et Hatzfeld in-
titul Le seizime sicle en France, tableau ide la littrature et de la
langue et particulirement aux pages 200 223, qui traitent de la
prononciation.
Les matriaux recueillis et discuts par ces auteurs montrent d'abord
qu'au seizime sidle; les patois ne diffraient vraiment du parler de
Paris que par la prononciation. Tour tour la prononciation de
Paris est compare celle du Dauphin, de la Provnce et du Lyon-
nais (mme ouvrage page 203); la difference entire les rimes nor-
mandes et les rimes gasconnes est explique (page 209); enfin, le
seizime sicle se voit compar au Moyen-Age (page 200).
La phontique des langues croles des Antilles franaises, fondes,
comme on l'a vu au 'dix-septime sicle, porte la marque trs nette
du seizime sicle franais. Examinons ce sujet les diffrentes
voyelles du franais du seizime sicle et comparons-les celles du
crole d'Hati, par example: (iLes rfrences sont faites l'ouvrage
de Darmesteter et Hatzfeld).
A) A ordinaire est forcment le mme en crole et dans la langue
du seizime sicle. Pour AGNE et AN voir plus bas.
E) Le vieux franais nous disent Darmesteter et Hatzfeld (page
201) crivait correctement il meine, promeine... D'aprs Bze, le f-
minin de plein est plene.. Henri Estienne critique ceux qui crivent
indiffremment plaine et pleine. Dans le vieux franais la voyelle
suivie.de n se nasalisait. C'est l'ancienne prononciation qui s'est con-
serve en crole hatien. Amerner, mener se dit: min-nin, promener
se dit pron-min-nin, la plaine se dit la plin-n, aimer se dit rin-min, en
crole.
O) Au seizime sicle, o se pronounce souvent ou un peu partout
S en France. Au 17me. sidle, La Fontaine fait rimer pouse et arrouse.
De mme, on trouve froument ct de froment.. C'est devant ou
aprs le z et spcialement devant l'a que se produisait ce changement de
o en. ou, notent Darmesteter et Hatzfeld, (p. 203). En crole ha-


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tien, arroser est devenu rouz, l'oiseau dnomm grand-gosier est
devenu grangouzi, monter est devenu mout, comment s'est change
en kouman etc., etc. En ralit nous devrions dire qu'en crole arroser
"est rest (ar) rouz, monter est rest mout etc. D'ailleurs, arouz
existe en Hati dans dle language des maons.
U) Au seizime sicle, le son u peut mme dgnrer en i. O,n
trouve premier sorti de prumier. Cela se produit surtout sous l'in-
fluence de la labiale m qui suit (p. 205). Quand donc le crole
dit plim pour le franais plume, il ne fait que se conformer la pro-
nonciation de l'poque de sa formation. D'ailleurs, contrairement
l'opinion courante, des langues de l'ouest-africain comportent le son
u exactement comme dans le franais courant. (Voir, notamment, le
Manuel Dahomen de Delafosse, page 33).
Y) On s'est notamment servi de la lettre y dans l'orthographe pour
combattre des prononciations comme envo-ier pour envoi-ier (p. 205)
Le crole a gard vo-y conformment la prononciation populaire
du seizime sicle, pour envoyer. La mme rgle s'applique aux mots
croles analogues: plo-y pour plier, ancien ployer etc.
EU) Le crole prononce houlv pour couleuvre. C'tait la pronon-
ciation de l'poque, o couleuvres rimait avec lvres; ainsi qu'il resort
de ces vers de Lecoq:
Lieu o les serpents et couleuvres
Rongeront ta langue et tes lvres (page 205)
OI) Cette -diphtongue s'est prononce w, depuis la fin du quin-
zime sicle. A partir du seizime sicle, w tendit devenir . C'est
pourquoi le crole dit twl pour toile, frtt pour froid. Le glissement
vers est d l'influence des italiens de la cour de Marie de Mdicis.
Pourquoi quelque (dame, voulant bien contrefaire la courtisane
l'entre de cet hyver, dira elle qu'il fait fred? (pages 211, 212).
AN, EN) Au seizime sicle, femme se prononait fan-m, amant
se prononait an-man. C'est la pure prononciation crole, (page 213)
ON) Dans l'ancienne langue, connatre se prononait con-gnoistre,
donner tait don-ner, l'homme sonnait hon-me. C'est l'explication e
du son on en crole, o Flon dit kon-nin, don-nin, noni-m. (p. 214)
UN) se prononait ON (p. 214) mais nous avons vu: On tendre
vers OU. C'est la raison pour laquelle le chiffre 1 (un) se dit youn en


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Hati, on la Guadeloupe et yon la Martinique. L'adjonction du
son Y> devant un est patoise (Voir Littr Tome 4 et Faine. Phil.
Cr. p. 257).
CH) se prononait parfois comme s, (p 218) L'ouvrier hatien
ne dit pas chantier mais santi.
M) Au seizime sicle, M donne la voyelle qui prcde un son
nasal. L'n mouille exerce la mme influence. Gagne s'crit alors
gan-gne (page 220). En crole, gagner est devenu gan-gnin, Panier
est devenu pan-,gnin.
Parlant de la nasalisation cette poque de l'volution d'e la langue
franaise, Brunot et Bruneau (Prcis de grammaire historique, pages
39 et 139) rsument ainsi la question une consonne nasale (m, n,
gn.) infected une voyelle qui la prcde.
En crole Hatien, le principle est pouss l'extrme: la nasalisation
se fait non seulement avant mais encore aprs la consonne, Ainsi bai-
gner idevint en crole bin-gnin. Cette rgle est tellement absolue qu'un
terme moderne comme tlphoner est devenu en Hati tlfon-nin.
Cette double nasalisation hatienne est due l'Afrique, comme on
le verra plus loin.
La filiation de la prononciation crole .d'Hati et des Antilles en
gnral, par rapport au seizime sicle franais est nettement tablie,
les mmes causes produisant les mmes effects. Comme c'est seulement
une grammaire qui constitute une langue, nous n'insisterions pas tant
sur.des origins de la prononciation crole, s'il n'existait une tendance
partir d& certain faits de prononciation pour dclarer que le crole
vient' de tel ou tel patois franais. Au sujet de la' phontique des
languages croles, le lecteur pourra se rfrer aux divers ouvrages men-
tionns dans la bibliographie. Personnellement nous considrons la
question comme secondaire, car les grammaires de tous les patois
franais ressemblent celle'du franais proprement dit, alors que la
grammaire. crole est essentiellement africaine. Les differences de
prononciation entire les divers croles rsultent de la'plus ou moins
grande influence de tel ou tel lment; elles sont ce point secondaires
que celui qui parle le crole 'd'un pays quelconque comprend aisment
les autres. On s'en rendra compete, d'ailleurs, par les textes publis
avec cette tude. Les differences -de prononciation qui rsultent de la
comparison -de divers croles empchent de rattacher l'origine du
crole tel ou tel patois.


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Comme conclusion de ces considerations relatives la langue du
XVIme sicle, un rsultat reste acquis: La prononciation du crole
diffre de celle du franais moderne. L'un ne peut donc pas s'crire
comme l'autre.


PATOIS ET FRANAIS POPULAIRE
REMARQUES SUR LE CANADIEN
ET L'ACADIEN LOUISIANAIS

Ainsi que nous l'avons dj expos, on a accord une trop grande
importance l'influence des patois, dans la forfnation de la pronon-
ciation crole. En effet, partir du XVIme sicle, les patois sont en
pleine regression en France. De plus, le franais populaire, bas sur le
parler des masses parisiennes, s'tend rapidement sur tout le territoire
de l'ancienne Mtropole.
On sait que le parler de Paris conquit vers la fin du Moye'h-Age
l'un aprs l'autre les divers domaines de la langue d'ol et que par
l'ordonnance de Villers-Cotterets, date de 1539 le franais tait de-
venu langue 'd'Etat dans tout le royaume de France ('Darmesteter et
Sudre, Cours de Grammaire Historique de la Langue Franaise, Tome
I, page 41).
En 1685, la rvocation de l'Edit de Nantes fit partir pour l'tran-
ger, et notamment pour les colonies d'Amrique, plus d'un million
de franais qui contriburent divulguer la langue (Bruno F. et
Bruneau C. op cit p. 22). Il est indniable que les patois des regions
maritimes, d'o sont forcment parties les premiers colons, apparte-
naient en gnral la langue d'ol, c'est--dire qu'ils possdaient la
mme structure grammaticale que l'ancien dialecte de la Province de
l'Ile de France, donc de Paris, savoir le Franais. De plus, ds la
fin du XIIme sicle, le franais avait, avec l'administration des rois,
pntr dans le domaine'des langues d'oc Darmesteter et Sudre. (m-
me rfrence.) En tout tat de cause, au dix-septime et au dix-huiti-
me sicles, les parlers procinciaux se distinguaient surtout de celui
de Paris par la prononciation, l'accent (mmc rfrence). On trouve
notamment des traces de cette langue populaire dans la bouche des
valets de Molire.
Il y a lieu, enfin, de retenir que, dans beaucoup de patois s'est
conserve la prononciation de la 'langue franaise du 16me et du


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17me sicles, de sorte que la similitude d'un mot crole et d'un mot
du patois normand, par example, ne veut pas dire que seuls les nor-'
mands aient implant le vocable dans la colonies.
Il n'existe pas de vocabulaire picard, normand, angevin, etc. On
peut dire, par example, que le crole ne possde aucun terme angevin,
puisqu'il n'y a pas de langue angevine, mais un patois angevin de
la langue franaise; cependant, plusieurs mots croles se prononcent
notamment comme en Anjou.
Au surplus, la majority des mots croles qu'on voudrait attribuer,
titre exclusif, un patois franais quelconque, appartient tout bon-
nement la langue'franaise la plus pure, donc non dforme, ou
encore plusieurs autres patois franais en mme temps, par example,
le picard, le normand et l'angevin. Il suffit de consulter une carte
de France pour voir que si un mot fait parties la fois du language
de l'Ile de France, de celui de la Picardie, de celui de la Normandie
et du parler de l'Anjou, il appartient toute la France.
Il existe toute une srie de mots croles que, par leur raret dans
les textes franais courants, on serait tent de rattacher tel ou tel
patois dtermin. En ralit, ils sont authentiquement franais et
considrs comme tels par le dictionnaire de Littr, quoiqu'on puisse
les retrouver dans certain patois. En voici les principaux: Abominer,
ballant, bellement, dcaper, dcorner, diguer, encharger, falle (jabot
des oisaux) frache (le frais du soir ou Idu matin) fruitage, giguer,
rattiser, regardant. Voici quelques examples de prononciation crole.
qu'on retrouve dans plusieurs patois et qui ne peuvent, par cons-
quent, tre rattachs l'un plutt qu' l'autre:
Arrousoir pour arrosoir (normand, angevin) prononciation patoise
vidente, mais qu'on trouvait dans le franais du 16me sicle, bebette
pour insecte (angevin, normand). Ajoutons: Franais; charcher, pour
chercher (angevin et bas-normand); chouchou, nom affectueux un
enfant (angevin et bas-normand). Ajoutons: franais.
(Voir Bauche. Le language populaire P. 180)
errire pour arrire (angevin, normand).
machine, pour fascine (normand, picard)
Licher, pour lcher (angevin, normand, picard, poitevin).
C'est manifestement l'origine du crole nicher.


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manman pour maman (angevin, normand, picard)
mauvaiset pour mchancet (normand et picard). Littr donne l'ad-
verbe mauvaisement comme remontant la Chanson de Roland.
mirer pour regarder (angevin, normand. Ajoutons FRANCAIS)
mitant pour milieu (angevin, normand, picard et poitevin)
nuisance (angevin, normand. Ajoutons Franais.
Littr fait des citations remontant au douzime sicle)
renduire pour enduire (angevin et normand).
rester dans le sens de demeurer (angevin, picard, normand). Ajou-
tons: Franais classique
rouse pour rose (angevin, normand, picard)
safre (angevin, normand) Ajoutons Franais. La citation faite par
Littr remote au 16me sicle.
sauter, saillir, couvrir une femelle (angevin et normand).
Ajoutons: Franais. Cet talon a saut tant de juments. Littr.
sche pour sec aux deux genres (angevin et normand). Le caractre
patois de cet empldi est vident, mais l encore, l'usage n'est pas
plus normand qu'angevin. Crole: chche.
segret, segrtaire, pour secret, secrtaire (angevin et normand).
Ajoutons: Franais classique. Pour segret, Littr fait trois citations
une du douzime sicle et deux du 16me.

Quant segrtaire, Littr souligne que c'tait l'ancienne pronon-
ciation de secrtaire. Ajoutons qu'en crole on dit skrt encore plus
souvent que sgrt
souyier, pour soulier (angevin, picard, poitevin) C'est donc une
pronunciation patoise de toute la France et non pas seulement de la
Normandie.
tabilier, pour tablier (angevin, berrichon et normand). Mme re-
marque que ci-dessus.

T'a-l'heure (angevin, picard', normand). Mme remarque.
Tasie, pour Anasthasie (angevin normand, picard) Mme remarque.

Tellement (Si). (angev, norm, pic) Mme remarque

Toujou pour toujours (angev. norm. picard). Ajoutons avec Littr
berrichon. Travaillant (angevin et normand). Ajoutons Franais.
Voir Littr.
Vacabond pour vagabond (angevin et normand). Ajoutons Franais


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Au 17me sicle, Ghifflet, Gram. p. 227, dit qu'on prononce va-
cabond (Littr). Vaillant (angevin, normand). Ajoutons: Franais
Littr cite. La Chanson de Roland.

Cette liste de prononciations du crole hatien que l'on retrouve
la fois dans plusieurs patois franais a t tire du livre de M. Jules
Faine intitul Philologie Crole. Les citations que nous venons
de faire viennent avec d'autres lments, contredire l'hypothse de
l'origine normande de ce parler.

On pourrait, enfin, tre tent de considrer comme provenant de
tel ou tel patois franais des mots croles comme canyon (kanson),
casterole (kastrol) cuive (kuiv), etc. De tels terms appartiennent au
franais populaire aussi bien qu'au patois. Pour s'en convaincre, il
suffit de consulter l'ouvrage de Bauche sur le langage populaire ou
des romans comme le livre de Marc Stphane intitul Ceux du
Trimard

Cette parties serait incomplete si nous ne, traditions brivement
titre de comparison, du parler canadien et de celui des Acadiens de
la Louisiane.

Depuis quelques- annes, les canadiens visitent Hati et de nombreux
hatiens vont faire leurs tudes suprieures aiu Canada. Le contact avec
la prononciation canadienne et le parler populaire du Canalda .a
t une vritable rvlation. Dans cette ancienne possession franaise,
il existe une Socit idu Bon Parler franais et l'on public des tudes
critiques sur la langue populaire, des glossaires du parler franais du
Canada etc.. Notre abondante documentation nous dispense .d'eri
fire tat.

Beaucoup de prononciations, beaucoup d'expressions de ce pays-l
ressemblent ce que fournit le crole hatien (je te verrai assour.
je suis aprs manger etc.)

Un cas extrmement intressant est celui des Acadiens Louisianais.
Ce sont des canadiens qui, la fin du XVIIIme. sicle, se sont rfu-
gis en Louisiane. Leur language a fait l'objet d'une tude anonyme
publie par Jay K. Ditchy (Les Acadiens Louisianais et leur parler).


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Le vocabulaire contenu dans un pais glossaire, a un certain rapport
avec celui d'Hati, quant la prononciation de quelques mots:
Notons:


Crole
at
bgu
bouk



kalmason
chwal, chval
kot
dfin
from, fron-mi
grafignin
p-y (prononcer p-ye)


Acadien
asteure ( cette heure)
bguer (fr: bgayer)
bouquer (fr: bouquer)
significant se refuser , reculer devant. C'ti
l est un vieux qui ne bouque pas devant
l'ouvrage.
(fr. colimaon) calimaon
choual (fr.'populaire choual)
cot (fr. ct de)
dfint (fr. dfunt)
from (fr. fourmi)
grafigner (anc. fr. grafigner)
lampogne
(Lait qui reste dans le pis de la laitire
aprs avoir t traite)


Presque tous les mots du glossaire de Ditchy se retrouvent dans
le dictionnaire Littr, sous une fornme plus ou moins semblable. L'aca-
dien louisianais, comme le crole hatien, sert donc tudier la pro-
nonciation franaise des XVIIme. et XVIIIme. sicles. Le parler des,
acadiens n'est pas du crole mais du franais de paysans.
Il est regrettable qu'aprs avoir entrevu l'origine africaine du crole,
le Dr. Dorsainvil se soit laiss sduire comme d'autres auteurs, ha-
tiens, par le mythe acadien.
Les -canadiens en gnral, et les acadiens, en particulier, venaient
nous dit Ditchy (introduction, page 11) de diverse rgions de France.
Leur parler drive principalement de ceux du Nord, du Centre, et de
l'Ouest de la France, et notamment de la Normandie, de 'l'Ile de
France, de la Picardie, de la Champagne, du Poitou, du Perche, de la
Bretagne, de l'Anjou, etc.
C'est en vain qu'on essaierait de rattacher le parler des colons aca-
diens (parler BLANC) ou les langues croles (parlers NOIRS) une
region dtermine de la France l'exclusion de toutes autres. Il suffit,
pour s'en convaincre, de lire le glossaire du livre de Monsieur Jules


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Faine (Philologie crole) et de le compare celui qu'a public Ditchy
ainsi qu'aux lments fournis par Littr.
Comme conclusion de ces prcisions relatives aux patois et au. Fran-
ais Populaire un rsultat reste acquis: la pronunciation du crole dif-
fre de celle du franais moderne. L'un ne peut donc pas s'crire
comme l'autre.

PARLERS AFRICAINS

Tous 'les vieux que l'auteur de la prsente tude a questionns disent
que les anciens esclaves africains qu'ils ont connus en Hati parlaient
du nez.
Il est curieux de roter qu'une trs forte tendance la nasalisation se
rencontre, non seulement dans les langues soudanaises les plus impor-
tantes, comme le manding, l'w, le fongb, mais encore dans les lan-
gues congolaises. Voir, notamment, ce sujet: Labouiret, H. Les Man,
ding et leur langue, page 10; Westermann, D.: A Stuidy of the ewe
language, page 13; de ,Gaye et Beecroft, Yoru'ba grammar, page 6;
Delafosse, M. Manuel Dahomen, pages 28 et 29; Giraud, Gaston,
Vocabulaire des dialectes Sango, Bakongo et A' Zand (Congo fran-
ais) page 29.
Naturellement, toutes les langues africaines ne prsentent pas au
mme degr la tendance la nasalisation, et, dans telle colonie, les
esclaves des rgions d'Afrique o l'on parle du nez ont pu tre plus
ou moins nombreux.
En tout cas, le parler d'Hati est extrmement nasal, beaucoup plus
que ne l'est le franais.
Enfin, il convient de noter que l'lision et la contraction doininent
les langues de l'ouest africain, notamment l'w. Voir Westermann,
op. cit. p. 3 et 8, entire autres.
A cause, donc, de la tendance hatienne la nasalisation, l'lision
et l'amuissement, beaucoup de mots franais se trouvent transforms
ou raccourcis en crole ha tien. Notons, titre d'illustration, que le
verbe gagner, qui signifie en crole hatien avoir aussi bien que gagner,
a ici.4 prononciations: gangnin, guingnin, gan, guin.....
Pour cette nouvelle raison, le crole ne saurait s'crire comme le
franais: ce n'est plus du franais.
Quoique les terms africains soient relativement rares en crole, sauf
dans la langue du vodou, on doit pouvoir les rendre avec exactitude.


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La semi-consonne w (comme dans le franais oui et l'anglais water)
est, de plus, trs courante dans la phontique africaine et crole. C'est
la raison pour laquelle, rservant la graphie coi pour le passage du
crole au franais, nous pensions que la lettre w est indispensable dans
l'alphabet crole. Nous crivons donc lwa et non loa ou loi, le terme
qui dsigne les esprits en vodou hatien. Le verbe voir n'est pas ou-
mais w (son bref). Cette question sera reprise plus loin en dtail.
L encore, les graphics croles s'cartent invitablement de celles du
franais.
Le ton significatif des parlers africains domine la prononciation
du crole hatien, particulirement la champagne. Cette question sera
reprise dans notre prochain volume.

PHONETIQUE DES DIVERS CREOLES

Les mots ne se prononcent pas de la mme manire dans tout le
monde crole.
Dans une mme colonie ou un mme pays, on peut noter des dif-
frences.
C'est la consequence inevitable de faits locaux.
Tel hatien dira par example, twal pour toile, alors que son voisin
prononcera twi. L'un dira: li-min-m (lui-mme) et l'autre
l'min-m,
Les differences sont encore plus marques d'une Antille l'autre,
Ainsi, la Martinique on prononce comme en Hati le mot Kabritt
(chvre, cabri). Voir Turiault, tude sur le language crole de la
Martinique, page 60. A Trinidad, par suite peut-tre de l'influence
de l'anglais, on dit kabwitt (voir Pearsons, Folklore of the Antilles,
part I, page 6). En Hati, on commence les contest par krik, krak;
dans la petite le de la Dominique, c'est kwik, kwak (Voir Pearsons,
op. cit. p. 380). L'hatien dira Savan-n pour Savane, et le louisia-
nais savon-n (voir Broussard, Louisiana crole dialect p. 37).
Le cadre de cet ouvrage ne permet pas une tude complete de la
question.
En tout tat de cause, un alphabet destin servir dans tout le
monde crole doit pouvoir rendre toutes les nuances locales, et tendre
vers la simplicity. Les principles de l'criture phontique s'imposent
donc.
Toutefois, phontisme ne veut pas dire emploi forc des signes de


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l'alphabet phontique international, mais replacement de l'ortho-
graphe base sur l'tymologie par des signes' rendant les sons.
En ce qui concern Hati, pays de culture franaise et celui o il
existe le plus de gens parlant le crole, on doit, autant que possible,
crire cette langue avec les sons lmentaires rendus la franaise,
comme an, in, on.
Il faut donc, pour viter les bizarreries de l'orthographe franaise
en crole, appliquer en quelque sorte les principles de la stnographie.
C'est ce qu'on faisait au Moyen-Age pour l'ancien franais.

UN DEBATE PAR CORRESPONDENCE SUR
L'ORIGINE DU CREOLE
La premiere parties du Crole dans l'Univers, de Monsieur Jules
Faine, est consacre un intressant dbat par.correspondance au sujet,
de l'origine de ce parler. On y trouve particulirement la critique faite
il y a une dizaine d'annes par un linguiste hollandais, le Dr. C.
Hesseling, de l'opinion mise au sicle dernier par un chercheur autri-
chien, professeur l'Universit de Graz, le Dr. Hugo Schuchardt, qui
tait en correspondence avec le Mauricien Baissac (Voir Folklore de
'Ile Maurice, p. 356-357).
La discussion, nous dirions post-mortem, Schuchardt-Hesseling, se
rsume une srie de suppositions acadmiques (...le matre a d
parler de telle manire .l'esclave... ce dernier a d ou n'a pas d agir
come un enfant qui apprend parler), Aucun de ces distingus eu-
ropens n'a rqcherch, dans le dbat, quelles taient les rgions d'o
venaient les eSclaves, et n'a pens tablir une comparison entire les
grammaires africaines et celles des parlers croles.
Certes, Hesseling, pair ses seules suppositions ( en croire les citations
faites par M. Fine) arrive aux mmes conclusions que nous: le
crole est l'euvre de l'esclave. Il reconnat, toutefois, qu' est plac daims
les meilleures conditions pour tudier:le crole celui qui vit sur les
lieux et est en mme temps thoricien et praticien. Ajoutons: con-
dition d'examiner la question dlans son ensemble, de ne ngliger aucun
facteur, notamment l'influence des principles grammaticaux des lan-
gues africaines. La langue est un fait social.
SMonsieur Faine, de son ct, abandonne, dans Le Crole dans
l'Univers, l'ide d'un patois franais dtermin aya'nt donn le
crole. L'auteur pense qu'a d exister, avant mme la colonisation (il
regrette l'absence de documents crits) un patois nautique, pre du


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crole et form, en'Europe, d'un amalgame des divers dialectes fran-
ais (pp. 16 et 17).i A l'appui de cette seconde,hypothse, il fait tait
d'une forte prdpotion de terms nautiques qu'il aurait remarque
dans le' vocabulaire des franais-croles. Nous ne croyons pas- qu'on
puisse partir de l'emploi, par example, d'amarrer (pour: attached) et
d'un petit nombre d'autres mots de mme nature, pour laborer une.
pareille thorie.
'M'Pine-'n' (p. :'19) ajoute ce qui suit: Hormis le complex patois,
Pa~Z tt~~i'et: facteu "sans doute le plus influent de l'volution du
crole hatien, y a laiss une forte empreinte. Or, on cherche vaine-
mInrt'qielles ont'pjutre ces influences et cette empreinte, et quand
elles:ont'pu se manife;ster. N'oublions pas'la resemblance fondamen-
tale"de tous les croles. D'ailleurs, les mots-':nglais sont peu nombreux
en'-crole: ce sont des termss d'emprunt: *.
Quant la. grammaire; la rponse se trouve en Afrique, come
nous l'avons fait pressentir.
Autres publications et principles opinions
Baissac, C. Epude sur le Patois crole Mauricien, Nancy 1880.
Le crole dut natre. ;du jour au lefdemain, de la ncessit imprieu-
se qui. s'imposait aux matres et. aux esclaves .de se. crer, au plus tt
et cote que cote, un instrument d'change quel qu'il ft. L'esclave
dut apprendre la langue du. matre et la parler l'instant. Ainsi d-
sagrgs. par des mains. malhaibiles...
Broussard, J..F..--.Lo.uisiana Crole Dialect-Bton Rouge 1942.
Le crole est l'aeuvre .des esclaves.
SDorsainvil, Dr. J. C. Vodou et Nvrose, Port-au-4Prince 1931.-
Au. Chapitre VI est reproduite une court tude .publie prcde:mment
et intitule Une explication philologique du vodou. L'auteur dit
du crole que quoique constitu de mots franais dforms, il est cou-
l dans le moulle racial. Quelques comparisons sont faites avec. la
langue du Dahomey (le fongb) notamment quanit la grammaire.
Dorsainvil, Dr. J. C. Essai sur la formation ethnique et mo-
rale du people hatien. -- (Revue La Semeuse, Port-au-Prince, No.
du ler dc. 1940 et Nos. 37, 38, 42 et 43 de Mars Septembre
1941).- L'auteur renonce sa thorie prcdente. Il part du vocabu- *
laire de l'acadien louisianais.
Faine, J. (Philologie Crole).-Monsieur J. Faine part du vo-
cabulaire pour penser que le crole hatien vient du patois normand.


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Faine, J.-Le crole dans l'Univers, Port-au-Prince 1939. L'auteur
soutient maintenant que le crole vient d'un patois nautique.
St.-Quentin, A.-Etude sur la grammaire crole (de la Guyane).
Antibes 1872 Ce language (le crole) est issu du besoin d'un change
quotidien d'ides simples entire les colons europens franais, les In-
diens plus ou moins assujettis et les Africains esclaves.
Sylvain, Suzanne. Le crole' hatien, morphologie et syntaxe.
Wetteren, Belgique, 1936. Si l'influence du franais se reconnait
beaucoup de dtails, celle de l'africain. est en gnral prpondrante
Grammaire trs dtaille du crole hatien.
Tinker, E. L.- Gombo, the creole dilect of Louisiana, Worces-
ter 1936. N'envisageant mme pas l'influence des langues africaines,
l'auteur considre que l'esclave a form le crole, parce qu'il tait
much too stupid pour comprendre les subtilits de la langue fran-
aise. Avons la disposition de Tinker quelques grammaires afri-
cainies.
'Turiault, J. Etude surl le angage crole de la Martinique, Breet
1874. Le crole est n de l'embarras des noirs-en. face d- franais.
De plus, les premiers colons parlaient probablement mal le franais.
C'tait l'poque des suppositions en cette matire.
N. B. La majority des auteurs n'a qu'incidemment parl de l'origine
di crole, dans des introductions des grammaires de cette langue.
Ces suppositions ont un caractre purement affectif. Seuls mritent
de retenir l'attention, notre sens, les rsultats que fournit la m-
thode comparative. Un examen de tous les lments constitutifs de
la langue est indispensable (vocabulaire, grammaire) etc.

CREOLE DE LA LOUISIANE

:1) PRESCRIPTION MEDICAL
Pou' pcher la five, bois tisonne to fait 'vec mas tonne et cafd
vert (Pour gurir la fivre, il faut boire une tisane faite avec du
mas tendre et du caf vert)
2) PROVERBES
Tout macaque trouv so pitits jolis
(Mme le macaque trouve son enfant joli).
Bouki fait gombo, lapin mang li
(Bouki fait cuire le gombo et le lapin le mangej.


-28-






3) VERS
Mo nomme couri part Texas
Li quitt moin. Ast Mo lasse!
(Mon homme est parti pour le Texas.
Il m'a quitte, je suis bien lasse).
(Source: 'Broussard, James F. Louisiana Creole Dialect, pp. 33,
38, 44).
CREOLE DE LA GUYANE
Nous donnons, cette place, un texte d'Alfred de St.-Quentin, en
crole de la Guyane. Le livre date de 1872. C'est du crole Lau-
bach, que l'on comprend pourtant aisment comme par l'effet de la
magie. Le secret? les accents circonflexes que Laubach emploie tort
pour nasaliser ont disparu, et les voyelles nasales, an, in, on se rendent
tout bonnement par an, en, on. Il y a quelques concessions au sys-
tme franais, pour faciliter la lecture.
Nous pensions qu'il y a lieu d'adopter avec de lgers correctifs l'al-
phabet de St.-Quentin, que Laubach a. involontairement, mutil par
les accents circonflexes employs pour nasaliser. Laubach ou Mc
Connell?
Les deux chats et le singe (FABLE)
Deux chats possdaient un morceau de fromage
Lorsqu'il s'agit de le partager
(Vous savez combien les chats sont voleurs)
Ils se querellrent, ne purent tomber d'accord
Et furent, dans leur colre, plaider au tribunal du singe
Le singe, des lunettes suT le nez;
Un. bonnet sur la tte, une robe noire sur le dos
Coupa l fromage, en fit deux parts
D chat k makak (DOLO)
D chat t guen moso fromaj;
Lb pou pataj y bagaj
Zt sav kouman chat vlo
Y guen dibri, y pa dak
La tribinal y mach pou pld
Makak, k lint la so n,
K bon la so tt, k rb nw la so do
Koup fromaj, f di moso...
(Auguste et Alfred de St.-Quentin: Introduction l'histoire de Cayenne).

-29 -






N. B.-Dans une note, la page 100 de l'ouvrage, Alfred de Sl.-
Quentin expose que l'alphabet qui se troupe la parties grammatical
du livre est d Auguste de St.-Quentin. Les contest. fables, etc.
ont t rdigs par Alfred de St.-Quentin. Il ajoute s'tre systn?ati-
quement cart sur quelques points, des rgles poses par Auguste de
St.-Quentin. (J'ai voulu faciliter la lecture et la pron.nciatioT des
premiers essais de littrature locale aux personnel qui pourront y ,trou-
ver un instant de distraction).


-30 -









CHAPITRE II


LE PEUPLEMENT DE SAINT-DOMINGUE,
ET LE CREOLE

I) APPORT DES PROVINCES FRANAISES
Dans son ouvrage sur les Engags de la Rochelle, G. Debien note
ce qui suit: Margry, qui tait normand, faisait des les et du Canada
des terres de colonisation essentiellement normande. Cette vue man-
que de nuances. Elle est vraie probablement pour les premiers dbuts.
Mais bientt Poitevins et Saintongeais, par la Rochelle et les ports de
la Seine, vinrent en affluence assez grande dans ces colonies pour y
'laisser dans les noms de lieu dans les coutumes et le parler des traces
auss; visible encore que celles de leurs ans (p. 31).


*

Ds le XVIe. sicle rapporte de la Villestreux, -on expdia dans
la mer des Antilles des btiments du Croisic, de Quimper, de Brest,
de Morlaix et de Dieppe. Toutes ces. villes se trouvent en Bretagne,
l'exception de Dieppe, situe aux confins de la Normandie et de la
Picardie, de laquelle elle constitute d'ailleurs le port natural.'
(Les flibustiers aux Antilles p. 7)

En 1630, quelques normands (le mot quelque est trs important)
s'installrent sur la cte Nord d'Hati et devinrent boucaniers. En
effet, Charlevoix s'exprime ainsi, au Tome II de son ouvrage:
QUELQUES-UNS de ceux qui en taient sortis (de St.-Christophe),
s'tant joints d'autres aventuriers anglais et franais, s'approchrent
de l'Ile espagnole et en ayant trouv la cte septentrionale presque
entirement abandonne par les Castillans, ils s'y arrtrent et s'y
tablirent, .. les hollandais leur ayant promise de ne les y laisser man-
quer de rien... La.plupart de ces nouveaux colons taient Normands
et on les appela boucaniers. (Hist de St. Dom. Tome II, page 6)


-31 -






Trs vite, d'autres provinces franaises contriburent au peuple-
ment, car Bertrand d'Ogeron, premier chef de ces aventuriers, ancien
corsaire ralli au roi de France, fit venir La Tortue quantit de fa-
milles de Bretagne et d'Anjou (Hist des Av. etc Tome I p. 68)
Ces premiers tablissements ne se dvelopprent gure, car, en 1665,
le chef-lieu de la Tortue comptait peine 250 habitants et, sur la
cte, du Nord de St.-Domingue, en face de la Tortue,, les franais ne
possdaient que quelques habitations don't la population, en cette
mme anne, n e s'levait pas aiu-del de 26.0 hommes (Hist des FI.
p. 19et 21)
A la page 19 de son ou'vrage sur les engags de la Rochelle, De-
bien remarque que la Cte Nord de St.-Domingue la fin du XVIIme. sicle mise en valeur presque exclusivement par
des colons et des engags venus du Hvre, de Honfleur et de Dieppe,
mais il ajoute que, par la suite, les engags de La.Rochelle s'install-
rent la Bande du Nord, au Cap, Port-de-Paix, dans l'Artibonite
et dans l'Ouest.
Ainsi, l'influence 'normande, si elle a pu exister au dbut dans le
Nord, fut vite contre-balance. Debien constate -d'ailleurs la page
30 du mme livre, qu'au dbut du 18me sicle, c'est--dire au mo-
ment o St.-Domingue devint vraiment une colonie cause. d'un
peuplement organis, des Bretons et mme. des Normands partaient
de la Rochelle pour les Iles. Les plus forts contingents, note l'au-
teur, viennent bien entendu de l'Aunis, des Provinces les plus proches
de la Rochelle, de l'arrire pays saintongeais et poitevin. Debien
explique ainsi ce dpart, de La Rochelle, de Bretons et de Normands:
II est possible que le movement des.ports bretons et normands vers
l'Amrique ait diminu trs srieusement la fin du.XVIIme. sicle.
wick pour les franais de St.-Domingue, soit en 1697. (iPl. S. D.
p. 31).
Dans la second moiti du Ime. sicle, nous trouvons mme des
Barnais dans tout .le Nord d'Hati. (Rev. S. H. G. No. 58 p. 64 et s).
On a vu quoi se rduisait l'apport ethnique normand dans le
Nord. Les travaux de G. Debien rvlent, non seulement que la
vritable mise en valeur du Nord fut due en grande parties ces
engags,de la Rochelle, mais encore qu'il ont colonis l'Artibonite et
l'Ouest, tandis que les Nantais monopolisaient la plaine du Sud. Les


- 32 -






grades installations Logne,. par example, des gens parties de la
Rochelle, datent d'avant le trait de Ryswick (PI. St.D. p. 21 et S;
- Eng. Roch p. 19 Rev. S. H. G. No. 52 p. 3).
Dans son tude sur le plan et les dbuts d'une cafire St.-Domin-
gue. Debien note que c'est partir de 1776-1778 que les fonds
des archives coloniales situs en France sont assez riches et assez
complete pour permettre une vritable histoire du peuplement et de
la mise en valeur des les au XVIIIe.;sicle, car les minutes des notaires
coloniaux ne remontent pas plus haut. Pour suivre, ajoute-t-il, leur
dveloppement social et conomique au XVIIe. et au dbut du
XVIIIe. sicle, il convient de recourir une autre catgorie de docu-
ments: aux papers des, anciennes families coloniales. C'est le meilleur
moyen pour observer ce monde crole sans.cesse modifi par le renou-
vellement des capitaux et l'arrive des colons nouveaux... Ces ar-
chives de plantation, prcise Debien, sont spcialement riches dans
les provinces franaises de l'Ouest: en Poitou, en Saintonge et Aunis,
en Anjou, en pays nantais et manceau. (Rev. S. H. G. No. 51 p 12).
Nous croyons que ces donnes suffiraient ruiner la thse selon
laquelle on pourrait rattacher l'origin des parl'ers croles un patois
franais dtermin, notamment le normand.

H) LES ESCLAVES DE L'OUEST AFRICAIN
ET LE CREOLE

Les parlers croles sont lis l'esclavage. Ils proviennent de la
fusion complete du vocabulaire franais et des principles des gram-
maires africaines.
La Cte d'Ivoire et les rgions avoisinantes ont t pendant long-
temps les grades pourvoyeuses, en esclaves, des colonies franaises,
Saint-Domingue en tte. (Voir les tomes I et III des Lois et Cons-
titutions des Colonies franaises de l'Amrique sous le Vent par
Moieau de St.-Mry. Voir aussi Herskovits M. The Myth. of the
Negro Paist, pages 41 et 50). Dans une tude intitule Comptes,
profits, esclaves et travaux de deux sucreries de St..Domingue, publie
dans le No. de Janvier 1945, No. 56, de la Revue de 'la Socit d'His-
toire et de ,Gographie d'Hati, G. Debien note que les Nagos, Haous- *
sas, Cocotolys et les Aradas venaient de La. Cte d'Ivoire, le grand
pays de traite pour St.-Domingue (p. 20). Il y a eu des esclaves
venus de l'Ouest-Africain, jusque dans l'Ile Maurice, situe dans l'O-


-.33 -






can Indien. En effet, la Guine et le pays woloff, par example, font
parties du folklore et de la designation des lieux Maurice (Voir
Baissac, Etude sur le patois crole Mauricien, page 209, ainsi que le
chapitre intitul Procds qu'emploie le crole pour crer des mots).
Les esclaves parlaient en gnral des langues mme structure gram-
maticale, mais les vocabulaires diffraient profondment (voir les
ouvrages cits dans la bibliographie). De plus, pour viter les rvoltes,
les colons franais mlaient sur leurs habitations: les esclaves de
plusieurs nationalits. Le seul moyen de s'entendre tait donc l'emploi
du vocabulaire franais. Comme tous les esclaves, mme les Congolais,
ces tarid-venus, pensaient d'une manire identique, notamment en ce
qui a trait au principle d'invariabilit, le crole est fondamentalement
Je mme dans.toutes les parties d'Hati et dans toutes les colonies
franaises o fut pratiqu l'esclavage.
On verra dans notre prochain volume que les parlers croles, no-
tamment l'hatien, sont des langues soudanaises vocabulaire fran-
ais, formes hors d'Afrique et appartenant au group de l'ouest-
africain. Mme Maurice, c'est le systme de suffixes des langues
soudanaises-et non le systme bantou des prfixes-qui est pass
en crole.

II) CITATIONS ET COMMENTAIRES
a) Le Pre LABAT (Nouveau voyage aux isles de l'Amrique)

TOME QUATRIEME
1698 Langue du Royaume d'Arda et des environs.
Les rois de la Cte de Guine et de toute cette parties d'Afrique qui
est depuis le Cap Vert jusqu' celui de Bonne Esprance, n'ont pas des
Royaumes fort tendus. Cette multiplicit d'Etats diffrents product
une grande diversity de languages, de manire que dans quarante ou
cinquante lieues de Cte, ou de pais, on trouve souvent quatre ou
cinq langues diffrentes.
La plus tendue de toutes ces langues, du moins autant que j'ai pu
l'apprendre par beaucoup de gens qui ont frquent ces pas-l, et par
ma propre experience, est celle qui s parole au Royaume d'Arda et de
Juda. Nous appelons Aradas les Ngres qui viennent -de cette cte et
j'ai vu que tous ceux des environs de ce pays soixante ou quatre-


- 34 -







vingts lieues l'Est ou l'Ouest, entendaient ou parlaient la langue
qu'on parole Arda. Elle est fort facile. Les verbes n'ont que trois
teams: le present, le pass et le future. Les noms ne se dclinent point,
il n'y a que l'article qui change. Elle a beaucoup d'adverbes et quoi-
qu'elle paraisse strile, elle ne laisse pas de s'exprimer assez bien.
Comme une parties de nos Ngres du Fonds Saint Jacques taient
Aradas, et qu'il m'tait important de savoir ce qui se passait entire
eux, j'en obligeai un de me donner quelques principles de cette langue,
et en trs peu de temps j'en sus assez pour comprendre tout ce qu'ils
disaient, et pour leur expliquer mes penses (pages 135 et 1 36),
Les esclaves avaient leur leon quotidienne de franais par le tru-
chement de la religion, car le pre Labat ajoute qu'en principle
le catchisme se.fait en commun soir et matin (p. 145).
N'est-ce pas le rsum de la formation du crole?
b) HERKOVITS
(Myth of the Negro Past)
Cet auteur note qu'entre 1713 et 1792, l'a traite s'effectua princi-
palement dans les territoires qui s'tendent de la Cte d'Or l'An-
gola (p. 48).
Il ajoute que les Dahomens taient les esclaves favors des fran-
ais, tandis que les espagnols et les portugais prfraient les Niagos
(p. 50).
Il fait cette remarque capital que plus de la moiti de La popula-
tion de l'Afrique se trouve dans la region quatoriale de l'Ouest
(p. 41).
Ces donnes, jointes celles que fournit le vieux Pre Labat,
expliquent que le crole porte la marque des langues de l'Ouest-
Africain singulirement de celles du group w, don't l'une le fongb,
se parle au Dahomey, terre de Danbald, d'Ogou, de Loko Ati-nou
(crole: Loko Atisou) et des autres lwa du group vodou (vod).
c) Lorimer DENIS et Franois DUVALIER '(Evolution. stadiale
du vodou)
Recherchant les composantes raciales de l'ethnie hatienne, Lorimer
Denis, directeur actuel du Bureau d'Ethnologie d'Hati, et le Dr. Fran-
ois iDuvalier, ont d'abord soulign la diversity des apports europens


-35-







(Flamands, Irlandais, Anglais, Grecs, Polonais, Suisses, Allemands,
Acadiens, Franais). Ce sont ces races multiples, ont-ils ajout, qui,
ayant mlang leur sang avec celui des Nagos, des Ibos etc. ont en-
gendr l'hatien, produit mtiss du Blanc et du Noir
(Evolution stadiale du vodou in Bulletin du Bureau d'Ethnologie
Fvrier 1944, No. 3 page 11).

CREOLE DES PETITES ANTILLES
1) MARTINIQUE
PROVERBES
Sac vide pas ka tienne douboutt
(Qui n'a pas mang ne peut travailler)
Cabritt bou mouton sou
(Les innocents patient pour les coupables)
Chatt pas l, ratt ha baille bal
(C'est le vieux proverbe franais: Absent, le chat les souris dansent)
P bef p caca bef
(Litt: Si vous craignez le buf, craignez ses excrments).

ENIGMES
Tim-Tim! R. Bois Sche
Piti bari sans ccle? a a y, ch, duvin (Z-euf)
Yche batt manman li? (Pilon). Dleau mout morn (coco)
Dleau douboutt? (cannes sucre). Lolo dans cachott i? (Larmes)
Vett conm paureau, di conm pi? (Coco)
SOURCE: Turiault J.-Etudes sur le language crole de la Mar-
tinique, pages 209 et 215.)
2) GUADELOUPE
PROVERBES
Rai chien di den a i blanc
Toute j c j m cass tiboi en dy a macaque pa j
Ngue en defo, pouen boi
Ravte pa jan-m ni rson divan poule
Primi so pa so
SOURCE: Nainsouta, Rmy.-Le language crole, pages 33 36;


-36-,







3) LA DOMINIQUE (ancienne colonie franaise, devenue an-
glaise en 1763).
Cwic!
Cwac !
Lapin t'ouv i w't (fr: rest) un jour i vou toute moune all point
d'leau (prendre de l'eau) en p'its l'woi (dans le puits du roi). Un jour
i wt, apws i point, dleau, i sali i. L'woi vouy servant li all point
d'leau. I t'ouv d'leau sali.
L'woi mett veill qui moune sali d'leau a...
(Source.: Parsons, Folklore of the Antilles, Tome I, page 380)

4) TRINIDAD (appartient aux Anglais depuis 1797, mais a d'a-
bord t colonise par des franais venus des autres Antilles.
Papa jab'e pas t connate shousse bois c'tait corne cabwite.
Chien, Chuval pi Cawbite all tou pa'tout ca gamble (anglais: pour.
jouer). Yo 'wiv l'a-caye Papa Jiab'e. Papa Jiab'e di Moin qu jou
pi s'otte. (Je jouerai avec vous). Si s'otte pe'de, (perdez), moin qud
chu (tuerai) s'otte. Si moin pe'de, moin ca baille s'otte (vous don-
nerai) toute moin s possd...
(Source: Parsons, Folklore of the Antilles, Tome I, page 6).












*


- 37 -










CHAPITRE II

LA..RELIGION .AFRO-HAITIENNE ET LE CREOLE

I FOLKLORE ET LINGUISTIQUE
La religion afro-hatienne, improprement appele vodou, fait l'ob-
jet de ce chapitre. Les croyances populaires expliquent' la langue
populaire, De...plus, c'est ,le devoir de la linguistique de fournir
l'ethnologie des lments qui, quoique se rapportant au language, sont
de nature .. aider celle-ci dans ses recherches; 'i est de son devoir,
galement, d'essayer de dfiinir des terms important et d'insister
sur la ncessit de graphics corrected.

*

Dans ses russes (18161), Bouslaev, cit par louri Sokolov qui est actuellement
professeur l'Universit de Moscou (voir le Folklore Russe, par
Sokolov 1945, p. 32) notait dj que la langue est le principal et le
plus natural vhicule de la tradition. C'est en elle, comme en un foyer,
que se concentrent les fils tnus du pass national, tout ce qui est grand
et saint, tout ce qui alimente la vie morale du peuple.
Contrairement ce que professe par example l'cole franaise la
suite des travaux de Paiiu Sbillot et de Van Gennep, le commu-
niste russe Sokolov restraint le domain du folklore, cartant les rites
etc. (op. cit. pp. 10 et 11). Le folklore devient une parties de la
littrature, et la science folklorique une section'spciale de l'histoire
littraire.
L'troitesse 4e cette definition n'chappe pas l'auteur, car il for-
mule immdiatement cette reserve qu'une des partic ilarits du fol-
klore est le syncrtisme, c'est--dire la presence d'lments emprunts
d'autres arts que l'art littraire. D'ailleurs, note le traducteur,
le professeur Sokolov, parlant des posies rituelles, se voit oblig de
donner des dtails sur les usages qu'elles accompagnent et d'largir
ainsi le cadre qu'il s'est lui-mme assign.


-38-






Nous pensions que l'tude des croyances populaires est lie au fol-
klore, notamment dans le cas d'Hati o des lments du kfolk-belief>
font parties tout autant d'une religion organise que de la littrature
orale, de la danse, etc.
SuT les diverse conceptions du folklore depuis que le savant anglais
W. G. Thoms a employ ce mot pour la premiere fois en 1846, lire
les 2 premiers chapitres de l'ouvrage de Sokolov (pages 9 70). On y
Sverra, notamment, comment les chercheurs russes sont particulire-
ment anttirs par les thmes folkloriques contemporains, tels que la
guerre civil, les exploits des partisans, la socialisation de l'conomie,
la.coltetivisation de l'agriculture et la vie de l'arme (p. 68).

*

II RELIGION AFRO-HAITIENNE

Nier en Hati ce que les livres appellent vodou serait manque de
franchise. Nier les progrs du catholicisme et du protestantisme dians
les masses, c'est mchancet. A Ptionville, ma maison donne sur 2
rues: 100 mtres de chez moi, au Nord come l'Est, se trouve
une chapelle protestante active. Le sentiment religieux, quelle qu'en
soit la nature ou l'expression, est une des caractristiques les plus
frappantes du people hatien.

*

A) .RELIGION FAMI.LIALE.--Reproduisons intgralement, ici,
une section de l'ouvrage de Maurice Delafosse ayant pour titre Les
civilisations ngro-africaines:
Caractre familial de la religion ngro-africaine. D'autre part, il
convient de ne point perdre de vue le caractre collectiviste et patriarchal
des socits ngro-africaines, dans lesquelles cheque group issu d'une
mme ligne constitute une cellule la fois indivisible et impermable,
au moins en principle. Ce n'est pas n'importe quel homme don't l'me
sera divinise, aprs sa mort, mais seulement l'homme qui, de son
vivant, a appartenu la cellule: le culte des dfunts doit donc s'enten-
dre dans le sens de culte des anctres. C'est pour la mme raisond qLk
le culte de la terre ne s'adresse pas au globe terrestre, mais la parcelle
du sol acquise par le fondateur de la cellule et trartsmise par lui ses


-39 -





descendants. Aussi l'animisme des Noirs apparat-il comme strictement
familial, au moins dans ses manifestations gnrales; lla religion est
localise 'dans la famille, au sens tendu de ce mot; les dieux qu'ils
soient ou non d'essence humaine, sont membres de la famille, et les
divinits d'une famille n'ont point de part au culte des membres d'une
autre famille,
Tout naturellement, le prtre de cette religion familiale est le
patriarch de la famille, c'est--dire le plus ancien des descendants
vivants de l'anctre initial, lequel est aussi le premier des dieux iu
panthon familial, conjointement avec l'me du sol sur lequel il a
autrefois pos le germe de la famille. Ce patriarche-prtre ta pas
recevoir. d'ducation sacerdotale ni tre invest spcialement de la
function religieuse qu'il exerce: il tient celle-ci; par droit de succession,
du fait mme qu'il est le remplaant natural et le descendant de l'an-
ctre divinis, qu'il. a hrit de ses prrogatives en mme temps qu
des formulas et des rites invents par cet anctre lors de la prise de
possession de la terre, des eaux et de l'atmosphre familiales; il est
le seul pouvoir enter en communication avec les mes des dfunts
qui l'ont prcd en cette vie et avec les mes des forces naturelles au
sein desquelles s'est dveloppe la cellule don't il est le chef. Lui-mme
n'est-il point, d'ailleurs, la veille de, passer son tour au rang de
divinit, le jour prochain o il viendra mourir, transmettant son
sacerdoce et sa charge l'an de ses survivants?
C'est donc le patriarche qui, dans chaque famille, constitute l'in-
termdiaire oblig entire la collectivit des fidles et les divinits fa-
miliales, mes des anctres et mes de la nature. C'est lui qui procde,
au nom de tous et dans l'intrt commun, aux crmonies du culte
(p. 19, 20, 21).
Pour dcrire ce qui se constate en Hati, il ne faudrait pas changer
un mot ces lignes de Delafosse.
Herkovits, de son ct, note que le culte des anctres peut tre con-
sidr come le point central de l'organisation social au. Dahomey
(Dahomey, Tome I, page 194). Il en est de mme ici. L'auteur
ajoute qu'au Dahomey, aucune demeure n'est complete sans la maison
o les anctres morts sont adors. N'est-ce pas la kay-mist -hatien-
ne beaucoup plus important pour le paysan que l'es visits chez le
ougan (phontiquement ga) ou que les danses publiques caractre
religieux.


-.40-







Sur le caractre familial de la religion afro-hatienne voir notam-
ment E. C. Paul (article in Haiti-Journal du 28 Novembre 1945),
Voir aussi Mimola, d'Antoine Innocent (cit par Price-Mars in
Ainsi parla l'Oncle, p. 119).




L'inculture du Seabrook ne lui a pas permis de savoir que Pustel
de Coulan'ges, franais, a public au sicle dernier un ouvrage ayant
pour titre La Cit Antique.


*

Abordons maintenant quelques points en discussion, au sujet de la
religion afro-hatienne.


*

B) PEUT-ON PARLER DE VODOU HATIEN

En 1945, le Dr. Louis Maximilien a public un duvrage abondam-
ment illustr, ayant pour titre Le Vodou Haitien, rite radas-caozo.
A la page 150, il note ce qui suit: En definitive, l'on doit dire
que trois rites sont rencontrs dans le vodou: le radas, le ptro et le
congo.
La classification en trois parties est correcte. mais nous ne croyons
pas que le term gnrique de vodou employ par la majority de nos
ethnologues depuis Trouillot (1885) soit celui qui convienne pour
qualifier l'ensemble de la religion afro-hatienne.
Pour l'homme du people 'Hatien comme pour l'africain, la danse
est troitement lie aux pratiques religieuses. L'homme du people
parlera donc d'une danse vodou, d'une danse ptro, d'une danse
kongo d'un service vodou, d'un. service ptro, d'un service kongo,
en insistant sur leurs differences fondamentales.
Le people ne dit pas: il nan vodou comme il dit li non lvangil
par example; il dit: li svi. II est donc impropre, d'aprs nous d'em-
ployer l'expression vodou hatien comme terme gnrique.

-41~--







-Voici,, selon plusieurs informateurs, les principles subdivisions de
ces 3 -danses; dans.l'ordre alphabtique:
') Vodou
Banda
Daomin (Dahomey)
Ibo
Nago
Rada.
Yar olo i
2) Kongo (Congo)
3) Ptro
Petro
Zondo
Mouidong

A ce point de notre expos, l'ethnographie second la linguistique,
car il suffit de noter la prdominance et la varit en Hati des danses
du group vodou, don't les noms mmes situent l'origine dans le
giron du Dahomey, pour comprendre l'importance des langues w,
notamment 'du fongb, dans la formation du crole

IIl serait heureux, partant de ces donnes, de conclure la prdo-
minance, de la religion d'ahomenne quant l'essence mme des cro-
yances afro-hatien:nes.
Les remarques de Delafosse sur la religion familiale s'appliquent
toute l'Afrique. D'ailleurs, la fin du 18me. sicle, les esclaves
congolais: airrivaient ici en plus grand nombre (Voir Herskovits,
The Myth of the Negro past et les tudes de.Debien).
N'oublions pas que le terme marasa qui dsigne les jumeaux en
crole et' dans la religion populaire est congolais. On note, quant au
nom du matriel employ ici dans le culte des jumeaux, une trange
combinaison du mot congolais et des terms dahomens. En effect,
les plats doubles s'appellent marasa twa (marasa, dosou dosa),
Le Dr. Mars a donc raison d'insister sur la ncessit de dmler
l'apport de chaque parties de l'Afrique.
La religion populaire d'Hati mrite la qualification d'hatienne,


--.42 -





en ce sens que, jusqu' un certain point, elle prsente un mlange de
pratiques africaines, de christianisme, d'habitudes et de traditions
locales. Malgr ces apports de surface, elle demeure d'essence pure-
ment africaine, comme le crole.
Le mot vodou (vodi) correspond, au Dahomey, aux lwa hatiens.
(Voir Delafosse, Manuel Dahomen p. 425).
Consulter sur toutes ces questions:
1) Trouillot, D. Le Vaudoun, Port-au-Prince, 1885.
2) Dorsainvil, J. C. Une explication philologique du Vodou, re-
produite la suite de Vodou et Nvrose, Port-au-Prince 1931.
3) Dorsainvil J. C. Vodou et Magie P. 8.
4) Le Roy, Mgr. A. La Religion des primitifs, Paris, pages 171,
172 et suiv.
5) Le Roy Mgr. A. op. cit. pp. 85, 86
6) Le Roy Mgr. A. op. cit. p. 341 (Voir aussi Courboin, Albert
Bangala langue commercial du Haut Congo, Paris et Anvers,
1908 p. 135
7) Paul, E. C. Hati-Journal du 28 Novembre 1945.
8) Le Roy, Mgr. A. op cit p 271
9) Courboin, Alibert, op cit. p 116
10) Prioe-Mars, Dr. Artice.sur Le Vodou Hatien (Haiti-Jour-
nal du 8 Novembre 1945.)
11) Le Hriss. -- L'ancien royaume du Dahomey, passim.

c) MAGIE
HAITI
Ici, les terms gangan, ganga, ngan, ougan (prononcer ou du nez
et bk sont synonymes). La raison en est que le mme personnage
remplit les quatre rles de prtre, de devin, de magicien et de mdecin.

DAHOMEY
Au Dahomey, pays par excellence de l'organisation et de la classi-
fication, les quatre rles envisags sont remplis par des personnages
diffrents. Seul le bokonon a deux functions: d'abord celle de devin
et occasionnellement, celle de mdecin (1).
Le terme amasi ou arna significant remde, on dsigne le mdecin, au
Dahomey, par 'les mots suivants: amasiwato, amasowato, amawa-
to (2). Bokonon, n'est donn que comme dernier sens par Maurice
Delafosse. Le Hriss, dans son tudie, fournit indirectement l'expli-


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cation: il considre le bokonon comme ,une sorte d'oracle pouvant
-ordonner des sacrifices en cas de maladie, mais n'indique pas qu'il
prescrive ou administre des remdes. Le personage hatien, par
contre, soigne les maladies dites surnaturelles mais fait aussi de vri-
tables traitements au moyen d'amasi (mot pass en crole). Le bk
hatien remplit donc en. mme temps les functions de l'amasiwato et du
bokonon dahomens.
Quant au magicien, le dahomen l'appelle azinto, terme que l'on
retrouve en Haiti. Delafosse traduit galement azinto par devin (3).
Enfin, le prtire du vodou au Dahomey, est le vodounon (4) pro-
noncer ou du nez).. Comme il se consacre au sacerdoce, il n'est ni
devin, ni mdecin, contrairement ce qui se produit dans les cam-
pagnes hatiennes. IL N'EST JAMAIS MAGICIEN.
C'est ici l'occasion de noter qu'au Dahomey le terme hougan (pro-
noncer ou'du nez) ne dsigne pas un homme, mais, au contraire, un
esprit ou ;odou (prononcer ou du nez), chef d'un choeur d'esprits
(5). Ce sont ces hougan et vodou dahomens qu'on appelle Iua
en Hati.

CONGO
En Afrique bantoue, le mme personnage remplit la fois, comme
en Hati, les 4 functions de prtre, de devin, de magicien et de m-
decin. On le dsigne notamment par les terms ganga et ngan si con-
nus ici (6).

MAGIE
Par manque de documentation, le Dr. J. C. Dorsainivil a cr une
regrettable confusion et jet un discrdit absolument injuste sur les
congolais, en crivant ce qui suit:
En Hati, la magie est dinomme ouanga et ce sont surtout les
congos qui avaient vulgaris les pratiques magiques St.-Domingue.
La terminologie dans le crole leur est due (7).
Ajoutons que la -magie en Hati a trouv une codification toute
.prte et un stimulant dans les ouvrages techniques franais (voir
la bibliographie ci-dessous).
Consulter sur la question de Magie:
l)Le Hriss A: l'ancien Royaume du Dahomey, Paris 1941,
pages 141 et suiv.


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2) DELAFOSSE, M.: Manuel Dahomen, page 278.
3) DELAFOSSE, M. op. cit. pp 274 et 366.
4) DELAFOSSE, M. op cit p. 303
5) LE HERISSE A. op. cit. p 129
6) LE ROY, Monseigneur A.: La Religion des Primitifs, Paris
pages 299 et 341.
7) DORSAINVIL, J. C.: Vodou et Magie, Port-au-Prince 1937,
pages 21, 22, 25.
8) LE HERISSE, A. op. cit. p. 103, 130,
9) LE ROY, Monseigneur A. op. cit. 314, 332, 333, 334, 341,
342.
10) NASSAU R. H. Fetichism in West Africa p. 123, cite par
Mgr. Le Roy op. cit p. 342.
11) MAXWELL, J. La Magie, Pari 1931, passim.
12) GREMOIRE du Pape Honorius avec un recueil des plus rares
secrets. Rome, 1670.
13) LE GRAND ALBERT et ses secrets merveilleux.
Paris,. le Bailly, diteur.
14) LE VERITABLE DRAGON ROUGE, plus LA POULE
NOIRE (sur l'dition de 1521).
15) LE GRAND GRIMOIRE, avec la grande clavicule de Salomon
et la MAGIE NOIRE les forces infernales du Graind Aggrippa. A
Nimes, chez Claude, imprimeur, lib. 1823.
16) MAXIMILIEN, Louis. Le Vodou Hatien, Port-au-Prince
1945. Texte de la page 42 et les deux pages de photographies places
immdiatement avant Ira page 443.

D) LE PETRO EST-IL UN RITE NE EN HAITI
Le Dr. J. C. Dorsainvil est, croyonsnous, le premier avoir sou-
tenu cette thse.
On lit, en effet, la page 46 de Vodou et Nvrose (1931) : Une
nouvelle consideration puise dans notre propre milieu vient l'appui
de cette thse de l'incarnation. Le gros people d'Hati est toujours
en gestation de loa, de saints vodouiques nouveaux. La tradition po-
pulaire, bien postrieure l'indpendance parla entire aiutres d'un
certain Don Pedro, un tre en chair et en os, qui, de la Rpublique
Dominicaine, serait venu un moment donn s'tablir dais les. mon-
tagnes de la commune de Petit-Gove. Ce Don Pediro serait l'intro-

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ducteur en Hati de cette danse violent que par corruption le people
appelle: le petro. Mort, don Pedro ne tarda pas occuper une place
honorable dans le panthon vodouique, trainant sa suite toute une
progniture, don't Jean 'Philippe Ptro, Criminel Ptro, etc.
Cette thse semble sduisante.
Cependant, d'aprs nos informateurs, Ptro ou Danptro .serait
un lwa africain. On ajoute: Chf li y, li mchan an pil, li rinmin
jw katt (C'est un chef, trs: mchant, et qui aime jouer aux cartes).
Or, la page 327 de l'ouvrage de Melville et Frances Herskovits,
intitul Suriname folklore, nous lisons l'histoire suivante raconte
par les gens de Paramaribo:
King Dompetro was a great king. He was very devil. He played
cards (Le roi Dompetro tait un grand roi. II tait trs mchant. 11
jouait aux cartes...
C'est exactement la declaration de nos informateurs.
Le ptro, don't le lwa principal se retrouve Suriname (Guyane
Hollandaise) ne semble donc pas tre de creation hatienne, d'autant
que la danse moudong (mondongue), qui porte le nom d'une nation
africaine; appartient au group ptro en Hati.
Le Dr. Price Mars pense avec. raison que le moment est venu
d'organiser des expeditions scientifiques hatiennes en Afrique. Ajou-
tons que des pays amricains comme Surianne et le Brsil mritent
notre examen. L'Hatien, plus que l'Europen ou l'Amricain, sait
ce dont.il faut chercher la clef en ces matires, dans les pays lointains
lis l'histoire de l'esclavage.

E) LOI, LOA ou LWA?

Phontiquement, la graphie exacte est Iwa.
Elle a l'avantage de traduire correctement le son qui frappe l'oreille
sans pour cela comporter une explication du terme. Loi rend le mme
son mais seulement d'aprs les rgles ordinaires de la langue franaise.
Loa (lo-a) qui -rime avec boa (serpent) ne reproduit pais le son du mot
et n'a pas de raison d'tre..
On sait que les terms lwa, mist, et sin sont synonymes en Hati.
Voici une explication ingnieuse propose par le Dr. Price Mars
(Ainsi parla l'Oncle, p. 122);
Obir aux lois de l'Eglise, se courber 'devant les mystres de la
religion, fair sa dvotion aux ainges et aux saints du Paradis.


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Le docteur J. C. Dorsainvil a affirm avec trop d'assurance, nous
semble-t-il, et en tout cas sans administer de preuves et sans rfrences,
que le mot LOA tait CONGOLAIS>. (Une explication philo-
logique du Vodou,, in Vodou et Nvrose, p. 158).
Aucun des ouvrages que nous avons consults, aussi bien sur les
langues de l'ouest-africain que sur les idiomes congolais ne comporte
le nom LOA dans un sens quelconque. Monseigneur Le Roy, est l'un
des rares auteurs mentionns, d'ailleurs sans aucune precision, dans
le livre du Dr. Dorsainvil. L'auteur mentionne ce prlat, non
propos du term critiqu, mais au sujet des tribus congolaises (page
150). On ne saurait souhaiter, relativement aux noms des esprits
dans les langues congolaises, un plus riche rpertoire que l'ouvrage
de Monseigneur Leroy intitul La religion des primitifs. Jamais
il n'y est pourtant question de LOA. Il est vrai qu' la page 341,
cet auteur signal un verbe primitif, loa significant: prendre
l'hameon!
Ce verbe ne saurait tre l'origine d'un. NOM gnrique d'esprits!!!
Le nom loa significant esprit n'est donc pas congolais, selon les
ouvrages don't disposait le Dr. Dorsainvil et d'aprs ceux -plus
nombreux que nous avons pu consulter.
En ces matires, il convient d'avoir beaucoup de prudence et de
donner ses rfrences.
Lwa vient probablement de la dformation du mot roi, car, dans
l'ouest-africain, notamment au Dahomey, la consonne 1 remplce r
qui n'existe partiquement pas (Voir entire autres sur cette question
de prononciation, Delafosse, Manuel Dahomen, page 31). On sait
que les Dahomens, comme d'ailleurs d'autres peuples, divinisaient
leurs ROIS morts. On croyait que ces monarques dfunts pouvaient
possder les gens come le faisaient les autres esprits. (Voir Le
Hriss: L'ancien Royaume du Dahomey, pages 87, 106, 192 (plan-
che XIV) p. 120. A la page 240 se trouve la planche XVII repr-
sentant le dfil des vieilles femmes en. qui sont incarns passagre-
ment les esprits des rois dfunts.
On se rappellera que le lwa Ptro ou Donptro est un ROI (Hersko-
vits, Suriname, Folklore, page 327). Enfin, dans les contest croles
des Petites Antilles, le roi devient souvent L'woi donc lwa. Voir
Parsons, Folklore of the Antiles, page 380 du Tome I.
Pour toutes ces raisons, nous pensions qu'il faut crire lwa et non
loa ou loi, pour designer les esprits de la religion populaire hatienne


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En dehors de toute explication d'origine, la graphie rend rigoureuse-
ment le son du mot conformment aux principles admis en la matire.

F) ORIGINE AFRICAINE DES VEVE
Les ovv, comme chacun sait, sont des dessins tracks sur le sol 'a
course des rimonies, le plus souvent avec de la farine de mas. On,
peut aussi employer de la famine de froment, du marc de caf, de la
cendre, de la poudre de gingembre.
Dans son livre, le- Dr. Maximilien les appelle vvers et leur
attribue une origine indienne.
On verra que la graphie est, tort, francise.
Le Dr. Maximilien qui s'efforce de retrouver l'apport indien
en vodou hatien, a fourni une explication ingnieuse des ov: les
dessins que les anciens marchands mexicains.faisaient sur du PAPIER
avant de partir en voyage.
Or, aux pages 55, 56 et 69 de l'ouvrage de l'ethnologue Daho-
men Paul Hazoum (Le. Pacte de Sang au Dahomey) nous lisons
ce qui suit:
Ils creusent un petit trou.,. Ils entourent le -trou de traits circu-
laires blanks entremls de rouges puis dessinent des somagbla don't
la tte est dirige vers chacun d'eux. Le nombre des traits, come
celui des :dessins correspond toujours au nombre des conjurs. Ils
dposent aussi les emblmes d'Ogou entire chaque somagbla (pp. 55
et 56). Voil pour la chose.
d'huile de palme; C'est le vv des Alladanou de Porto Nov-y (p. 69)
Voil pour le nom.
Les vv sont donc id'origine africaine, et le mot qui les dsigne
en Haiti est dahomen, comme un trs grand nombre de terms de
la religion dite populaire. Le people dit: vv.
Ce n'est pas un vocable d'origine franaise, don't le people laisse-
rait tomberi la lettre, r finale. Vver n'existe pas. I1 convient donc
d'crire Vv.
De mme, nous; ne voyons pas pourquoi le Dr. Maximilien a
ajout une s au mot africain RADA et a francis plusieurs terms
d'origine africaine, La science moderne exige le phontisme dans les
ouvrage de ce g-ne. D'ailleurs, c'est plus sr.







N'est-ce pas une raison de plus d'adopter l'criture base phontique
pour les mots croles?

G) METHOD DESCRIPTIVE

Inutile d'ajouter qu'abstraction faite 1) d'hypothses toujours dan-
gereuses en l'absence d'une documentation complete 2) des graphics
non orthodoxes, le livre de Maximilien, o les illustrations et les
descriptions abondent, constitute la meilleure des introductions l'tu-
de du culte public de la religion afro-hatiennie par la mthode des-
criptive. C'est d'ailleurs cette. mthode que recommande, pour le
moment en cette matire, aux ethnologues hatiens, le Dr. Alfred
Mtraux. (Voir E. C. Paul, Notes sur le Folklore d'Hati, p. 79.)


CHANSON D LA REUNION
(Ocan Indien)
(Rapporte par Volsy Focard)
Si moin l'a t capab bien crire,
Comm moin l'a t'crire Bourbon
Moin l'aurai env-ye vous lire
In zoli petit, petit anson,
Mai moin n'a pis rien dans mon tte,
Mon cevs mme y vient vi, vis,
Mon esprit la veni betbte,
De pis que moin la vi voutt zis
(depuis que j'ai vu vos yeux)
(Source: A. Corre Nos Croles, page 280)

CREOLE DE L'ILE MAURICE (Ocan Indien)
Le livre et le couroupas
(Zistoire yve av couroupa)
Texte franais
page 352.-Un jour le livre va rendre visit la fille du roi, et dans
la conversation elle lui demand: Est-ce que vous connaissez le cou-
roupas, vous? Vous me demandez si je connais le couroupas? Com-


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ment ne le con'nat.rais-je pas? c'est lui mon cheval. Tantt, quatre
heures, si vous tes votre fentre, vous ne verrez passer dessus..,

Texte Crole

page 353.-Ene zour yve alle rende visit lafille lroi. Cma zaute
aprs cause caus, lafille lroi dire li: Vous con couroupa, vous?
Vous demand sipas mo con couroupa? Cornent vous napas
con li, II mme mo ouval! Tantt, quatre hres, si vous dans vous
lafente, vous a trouv moi pass la-haut li....
(Source: Baissac, C.-Le Folklore de l'Ile Maurice pages 352-353).




ENIGMES DE MAURICE
Dlo Douboutt? Kan-n.
Dlo an l? Kokoy.
Quel est l'hatien qui ne connat ces contes?
Dileau diboute? Canne.
Dileau en pendant? Coco.
Quel est le Mauricien qui ne connat ces sirandanes?
Les esprits prompts conclure pourraient chercher ces deux petites
nigmes une origin europenne. Le sphinx continuerait sourire,
car, en France, on ne voit ni champs de canne sucre, ni plantations
de noix de coco.
Voici deux autres sirandanes qui tablissent l'origine guinenne,
donc ouest-africaine, d'une parties de la population noire de l'lle Mau-
rice:
Blanc dans Guine?
Douriz dans marmite.
(Blanc en Guine?)
(Du riz dans la marmite).
Maman guine zou vilon, tout petits blancs dans?
Marmite douriz l-haut dif.
Maman guine joue du violon, tous les petits blancs dansent?)
(La marmite de riz sur le feu).
(Source: Baissac, C. Etude sur le patois crole Mauricien, pages
205 et 209).


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CHAPITRE IV


LITERATURE DE L'AFRICAIN
ET DU PARLANT-CREOLE

I) LITERATURE ECRITE
A) AFRIQUE

Il ne serait pas rigoureusement exact, remarque Delafosse, de
dire que les ngres ne possdent qu'une littrature orale et que cette
littrature soit ncessairement du genre dit populaire. Sans doute, la
littrature orale populaire domine dans I'Afrique noire, mais on y
observe aussi une littrature orale savante et une littrature crite.
(Les Ngres, page 65).
a) Arabe.
L'auteur ajoute que la littrature crite se manifesto surtout sous
le couvert de l'arabe, que trs peu de ngres connaissent en tant que
langue parle, mais qui sert de langue crite la plupart des Noirs
musulmans instruits.>
L'africologue dclare encore: J'ai parl plus haut de la floraison
intellectuelle qui avait distingu Tombouctou au XVIme sicle,
mais cette poque et cette ville n'ont pas eu le monopole de cette
littrature.
Pour comprendre l'effort admirable des Noirs vers la culture et
leurs possibilits, il faut lire les passages o Delafosse montre les
crivains noirs apprenant l'arabe force de le pratiquer, par un
pnible chemin que n'agrmentent ni dictionnaires .ni gtlammaires
(p. 66)
b) langue indigne et alphabet arabe.
Il existed des textes en langue indigne mme, car l'auteur pursuit
ainsi la mme page:
Enfin,, il y a une autre catgorie de littrature crite, plus intres-
sante peut-tre au point de vue des enseignements qu'elle peut pro-
curer sur les aptitudes congnitales des ngres, parce qu'elle est indi-
gne dans son expression. En certaines regions de l'Afrique, les signes


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de l'alphabet arabe, adapts parfois, au moyen de points diacritiques
additionnels et de conventions nouvelles, la representation de sons
vocaliques et consonantiques qui n'existent pas en arabe, sontemplo-
ys pour crire telle ou telle langue ngro-africaine.
Citons, l'appui de cette assertion, les textes qui figurent aux pages
145 et suivantes de la Hausa Grammar de Charles H. Robinson, don't
nous possdons l'dition de 1942. La quatrime edition date de 1914
et, dans l'introlduction Robinson note que hausa has been reduced
to writing for at least a century and POSSIBLY VERY MUCH
LONGER.
Les publications de Debien, notamment, rvlent que l'on rencon-
trait frquemment des esclaves haoussas en Hati.
Sur la terre d'Afrique, ces gens lisaient et crivaient. Quelle tris-
tesse de constater que leurs descendants, dans nos campagnes sont
actuellement illettrs!
c) langue et alphabet indignes.
Revenons Delafosse:
D'autres fois, ce n'est plus un alphabet emprunt une langue
trangre, mais un systme graphique d'invention locale, qui sert
reprsenter les sons.
A vrai dire, le procd est peu rpandu. On ne l'a signal jusqu'ici
que chez les Val de la frontire du Libria et du Sierra-Lone, qui
usent, vraisemblablement DEPUIS PLUS D'UN SIECLE, d'une
criture syllabique de leur invention; chez les Bamon ou.Bamoun
du Cameroun, qui se servent d'un systme imagine vers 1900 par
Njoya, roi de Foumban, systme d'abord idographique, rapidement,
devenu phontique et tendant actuellement passer de l'tat syllabi-
que l'tat alphabtique; enfin chez les Nubiens des districts de
Korosko et. du Mahas, qui, d'aprs l'auteur ainglais H. A.. Mac
Michael; feraient usage d'un alphabet special;, plus ou moins directe-
ment driv d'une criture oriental> (p. 66-67).
Si nous accompagnons maintenant Delafosse au Dahomey, voici
ce qu'il nous apprend au sujet des prtres d'Afa: curieux, ils ont invent une criture hiroglyphique don't Skertchly
a constat et observ des specimens au temple de l'arc-enciel Dahou
et don't on peut examiner'des fragments sur les bas-reliefs de divers
palais.


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Et mme en .dehors de cela, tous les symbols employs pour repr-
senter les gnies et leurs attributes, ainsi que les rois, ne constituent-
fls pas une VERITABLE ECRITURE SYMBOLIQUE qui dcore
les portes des palais et des temples et en orne les murs sous forme
de bas-reliefs? M. le Capitaine Fonssagrives a commenc, aid des
princes et des prtres indignes, le relev et la TRADUCTION de oes
inscriptions hiroglyphiques, qui contiennent le rcit de l'histoire
entire du Dahom (Manuel Dahomen p. 182).
d) Alphabet europen et Imprimerie.- Depuis le sicle dernier,
grce l'imprimerie et l'alphabet europen, les liangues indignes
accomplissent leur mission civilisatrice (Instruction, littrature etc.)

B) CAS DU PARLANT-CREOLE EN HAITI

Il n'existe pas de littrature crite du parlant-crole en Hati.
La raison: en est simple: on ne lui a jamais appris crire sa langue,
et rares sont ceux qui, rests au stade des tudes primaires ert franais,
peuvent, aprs quelque temps, dchiffrer un texte franais lmentaire,
voire le comprendre.
Le remde: l'enseignement par le crole, grce un systme rapid,
qui ne heurte aucune des donnes essentielles de la langue. Cette m-
thode doit permettre un passage ais au franais ceux qui le peuvent
ou le veulent (nous soutenons qu'il faudra, pour ce deuxime stade,
non seulement enseigner l'orthographe franaise, une des plus diffi-
ciles qui soient au monde, mais encore avoir des course pratiques de
conversations franaises: on apprend parler en parlant).
La mthode doit tre rapid, car, ainsi que mie le faisait rcemment
remarquer Ren Victor, les gens de maison forment une population
essentiellement nomade. En 15 jours, un mois, 2 mois au maximum
pendant qu'une bonne est en place, qu'elle apprenne lire! Aprs
c'est peut-tre la brisure. Tel est le cas de presque tous nos prol-
taires.
Il ne s'agit pas d'tre POUR le franais, POUR l'anglais, POUR ou
CONTRE le crole, mais POUR LE PEOPLE HAITIEN. Le
meilleur moyen sera celui qui permettra prs de 4 millions de gens
qui descendent des haoussas, des vai, des dahomens etc. de lire cha-
que semaine un petit journal leur indiquant les precautions pren-
dre pour le btail en cas d'pidmie de carbon, leur montrant com-
ment faire du beurre (ils ont des vaches mais achtent du beurre


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qui vient de l'tranger), leur faisant voir comment on peut transfor-
mer en fourrage les souches de pite etc. Le crole peut raliser ce
miracle en quelques mois!
C'est alors paradoxe -,qu'on verra natre et du jour au
lendemain la vritable littrature hatienne: celle des parlant-crole.

II) LITERATURE ORALE

a) AFRIQUE

L'ANTHOLOGIE NBGRE de Blaise Cendrars est, il le dit lui-
mme dans sa Notice, un ouvrage de compilation. Le livre comporte
304 pages de, folklore classes comme suit:
1) Lgendes cosmogoniques, 2) Ftichisme, 3) Ftichisme les
Guinns, (tres surnatiurels), 4) Ftichisme, animaux guinns, 5) F-
tichisme, hommes guinns, 6) Ftichisme, vgtaux et minraux guin-
ns, 7) Ftichisme, gris-gris, 8) Ftichisme, Abstractions, 9) Le tot-
misme.' 10) Lgendes historiques. 11) Evolution et civilisation. 12)
science fantaisiste, 13) Contes du Merveilleux, 14) Contes anecdoti-
ques, romanesques et d'aventures 15) Contes moraux. 16) Contes
d'amour. 17) Contes humoristiques. 18) Contes combles. Chara-
des proverbes. 19) Fables. 20) Posies, Chansons, Danses 21) Contes
modernes.
Cette numration renseigne surtout sur la diversity des contest re-
cueillis, mais ne saurait donner une ide complete et prcise des pro-
ductions de l'esprit noir et de leur importance respective.
A la page 70 de son ouvrage sur Les Ngres, Maurice Delafosse
procde un classement plus complete:
Cette littrature populaire, dit-il, comporte divers genres: Le conte
merveilleux, le conte moral, le rcit comique, le proverbe, l'nigme,
le pome pique, la satire, le chant d'amour, l'homlie funbre, le
drame ou la farce et d'autres encore que j'oublie ou que je serais
incapable de classer.
Dans le questionnaire pour une enqute sur la littrature orale,
prpar pour le Gouvernement Gnral de l'Afrique Occidentale
Franaise, par Mlle. Lifszyc, membre de la Mission Dakar-Djibouti,
nous trouvons l'numration ci-dessous des genres littraires: pro-
verbes, devinettes, dictons, formulettes, jeux de mots, jeux oraux,
prires, recettes magiques, devises (qui servent souvent de nom ou de


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surnom), chansons et rcits. Selon Mlle. Lifszyc, une enqute sur
l'art dramatique comdie, tragdie etc. demanderait des connaissan-
ces spciales dpassant le cadre d'une enqute sur la littrature orale.
(Bulletin du Comit d'Etudes de l'A. O. F. anne 1938, Tome XXI,
No. 1, pages 143 et suiv.)
Enfin, les grammaires africaines, rdiges par des europens, men-
tionnes dans la bibliographie de la prsente tude, se terminent en
gnral par 3 sections relatives la littrature populaire. Ce sont
presque invariablement les suivantes: proverbes, devinettes et contest,
Ces essais de classification, qui rduisent tout ce qui semble
essential, risquent de donner une ide bien incomplete de la littra-
ture orale de l'Afrique.
La culture du continent noir ne se conoit pas sans les griots. Voici
leur sujet, quelques passages de l'ouvrage de Maurice Delafosse,
Les Ngres.
Beaucoup plus rpapdue et plus representative de la civilisation
indigne est la littrature savante non. crite. Peut-tre l'pithte de
vante. Elle est en effet l'apanage de gens appartenant l'une des
castes ou corporations de travailleurs intellectuals que nous englo-
bons gnralement sous le terme de griots. Il y a des griots de toutes
categories: les uns sont musicians, chanteurs, potes, conteurs, mimes,
danseurs, baladins: d'autres ont la charge de recueillir dans leur m-
moire les gnalogies des families nobles, les hauts faits dies grands
personnages, les annales des Etats ou des tribus, les coutumes poli-
tiques, juridiques ou sociales, les croyances religieuses, et de les trans-
mettre leurs descendants. Ce sont ces derniers qui reprsentent la
littrature orale sous sa forme savante.
Chacun d'eux est un vritable dictionnaire vivant que consult,
lorsqu'il est embarrass sur un point d'histoire, de droit ou de li-
turgie, le prince, le magistrat ou le prtre, et que l'on met contri-
bution pour l'enseignement sommaire distribu la jeunesse lors de
l'initiation la vie adulte (pp. 67 et 68)

b) HAITI
Il a exist des griots en Hati. On les appelait mtt kontt. Ils chan-
taient ou racontaient des histoires moyennant gratification. Un in-
formateur de Jrmie maintenant dans la soixantaine, en a connu
dans sa jeunesse. La coutume semble perdue.


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La littrature du parlant-crole se prsente sous 4 formies principa-
les, que nous classons ci-dessous, par ordre de frquence: a) chants,
b) audiences, c) proverbes, d) devinettes et contest;
a) Chants
Le noir parle et chante beaucoup, remarque le Gouverneur Gnral
de, l'Afrique Occidentale franaise, dans la circulaire qui accompagne
le questionnaire prpar par Mlle. Lifszyc (op. cit. p. 140)
Aprs le Dr. Price-Mars, Emmanuel C. Paul observe que le people
hatien,' chante matin, midi, soir (Notes sur le folklore d'Hati,
proverbes et chansons, p. 79)
Les chants hatiens les plus connus l'extrieur sont ceux de la
religion populaire. On en trouve un grand nombre, notamment dans
Life in a Haitian Valley, d'Herskovits, et dans HHaiti Singing de
Courlarider. 11 convient encore de citer les Romances, les chansons
de carnaval, les chansons humoristiques ou politiques.
En Haiti, les gens du people travaillent en chantant. Il suffit pour
s'en rendre compete, d'couter l'es trieuses de caf dans les entrepts
des exportateurs, de regarder une quipe, de joyeux journaliers sur une
grand'route, de s'approcher des lav'andires accroupies au bord d'un
ruisseau, d'assister une combite (travail en common des paysans)
ou d'couter simplement la cuisinire qui fourbit ses casseroles. Tous
chantent.
Quand il travaille, le parlant-crole change n'importe quoi: hymnes
du vodou, cantiques catholiques ou protestants traduits ou non en
crole, chansons de carnaval. Au moment o je rdige ces lignes,
la vieille cuisinire s'active en chantant d'une voix chevrotante:
Sin Jak-, m'bls,
O Sin Jak mrin bls,
Mbls m'pa'w san... an..
SOgou Badagri, papa ou w m'bls:
SPapa Ogou m'bls
M'bls m'pa w san. an...
Saint Jacques, Q, Je suis blesse
O Saint Jacques, Je suis blesse
Je suis blesse, et je ne vois pas mon sang...
Ogou Badagri, mon pre, je suis blesse,
Papa Ogou, je suis blesse
Je suis blesse et je ne vois pas le sang


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Hier, c'tait la nouvelle chanson de carnaval...
Ce matin, c'tait un cantique!
Le. Gouverneur Gnral de l'A. O. F. insisted beaucoup sur l'im-
portance des chants:
Les chants. C'est. toute la vie quotidienne d'un village, d'une
region, qui s'exprime ainsi. La malice populaire y glisse de dures
remarques et les proverbes, les dictons, les locutions agraibles ou in-
jurieuses recueillis sur les marchs ne le cdent en rien aux refrains
grivois des noces, ou funbres des' veilles (op. cit. p. 141 ).
Ces lignes semblent dcrire un aspect de la vie rurale hatienne.
b). Audiences
Si le parlant-crole chante pour travailler, par contre, ds qu'il a
un moment de libert, il se joint quelques amis et les audiences
commencent. Portefaix d'un camion, maons qui se reposent midi,
bonnes qui se rencontrent le soir, tous donnent des audiences. Ces
histoires, quand elles vont vraiment amusaintes ou corses, se colpor-
tent bien vite, et font parties peu peu du patrimoine folklorique
regional ou national.
Les Noirs, observe encore le Gouverneur Gnral de l'A. O. F.
(op. cit. p. 141) ont des facults d'observation trs dveloppes 'et,
s'ils parent beaucoup, ils n'coutent pas moins; ce sont de russ com-
pres, peu indulgents aux faiblesses d'atutrui.
Le got de oes rcits satiriques se note dans routes lies couches so-
ciales d'Hati: les audiences sont une institution national. Mme les
gens cultivs pratiquent ce genre de littrature orale.., et toujours en
crole.
c) proverbes
Si beaucoup de proverbes africains ou hatiens ressemblent ceux
de l'Europe, par example, c'est une nouvelle preuve de existence mil-
lnaire de la sagesse et de la civilisation noires. Quand La Fontaine
profess que patience et longueur de temps font plus que force ni
que. rage, les Hao.ussas de l'ouest-africain lui rpondent: bachi hah-kuri abbabu: tout va mal quand la.patience manque. Qui
ne dit mot consent a un quivalent haoussa qui en est comme la
traduction littrale: kurum ma magana che (Robinson, Hausa gram-
mat, pages 104 et 108).
Le.colon professait qu'il fallait maintenir l'esclave dans l'ignorance
et le traiter durement. II se souciait donc peu de lui inculquer la sa-


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gesse. Les donnes de la sociologie nous portent croire que l'esclave,
venu St.-Domingue avec sa propre culture, l'a enrichie au contact
du matre et a, d'autre part, continue crer des maximes pour con-
denser sa pense. Les proverbes constituent, notre avis, la forme la
plus parfaite de la littrature orale, tant africaine qu'hatienne. Que
de sagesse en peu de mots!
Les proverbes africains sont moins abstraits donc plus accessible
que les proverbes europens, grce toute une srie de mtaphores qui
donnent un charme tout nouveau des vrits de tous les temps et de
tous les pays. Voici un proverbe Haoussa don't j'ai retrouv la tra-
(duction! littralie dans le crole de 4 linformateutrs de la region de
Ption-Ville:
Le pied de l'un ne peut servir pour l'autre
(pi gnou moun pa sa mach pou pi gnou 16tt)
(Voir Robinson, op.c it. p. 101).
Voici, parmi bien d'autres, un proverbe w retrouv aussi dans la
mme region presque sans changement:
Le rat ne regarded pas dans le sac du chat pour ne pas y voir la tte
de sa mre.
(Ratt pa al gad nan sak chatt pou chatt la pa pran-l.
(Voir Westermann. A study of the ewe language p. 209).
Informateurs:
Flix Simplice, (60 ans), maon, Ptionville.
Mristil Marcellus (36 ans) jardinier, n La Boule.
Augustine Paul (18 ans) blanchisseuse (Digue).
Elise Dominique (51 ans) cultivatrice (Habitation Frres).

d) devinettes et contest

Dans son questionnaire relatif la littrature orale en Afrique Oc-
cidentale franaise, Mlle. Lifszyc fait une recommendation qui expli-
que nos formules d'entre et nos formules finales ( krik? krak, etc.):
Chaque fois que cela est possible, noter les commencements et les
fins des rcits, car dans certaines rgions on emploie des FORMULES,
SPECIALES INVARIABLES, pour commencer et finir un rcit.
(op. cit. p. 145).
En Haiti, le mot devinette> ou nigme n'existe pas en crole,
Ce sont des kontt, au mme titr que les vrais contest. Les formules
d'entre sont les mmes pour les devinettes ou les vrais contest. Comme


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cela se conoit, il n'y a pas de formules finales pour les devinettes, puis-
que la rponse correct met fin l'nigme. Ajoutons cependant que
celui qui ne peut rpondre dit m'bwl (litt. je le bois).
Formules d'entre: Le narrateur emploie en Haiti, l'une des deux
formules suivantes:
1) conteur; krik?
L'assistance: krak.
2) 'Conteur: Ti-m, ti-m?
L'assistance: hba chch. (fr. bois sec).
Ces deux formules, se retrouvent Suriname (Guyane Hollandaise)
presque textuellement (Voir Herskovits, Surinaime Folklore, pp. 142
et 143). En Guyane Franaise, la formule est: Masak Masak!-Kam
(St. Quentin p. 29).
Sous les formes krik-krak, kwik, kwak, ti-n, tin etc., les formules
d'entae se rencontrent duns toutes les Antilles comme Suriname
(Voir Parsons, Folklore of the Antilles, passim).
Au Dahomey, on a remis Herskovits. (Suriname Folklore p. 145)
une liste de devinettes prcde de ces mots Les formules qu'on se
prononce d'abord avant le raconter les contest (sic).
Fomules finales. On ne s'en sert que pour les vrais contest, pas pour
les devinettes, ainsi que nous l'avons expos.
Dans la region de Ption-vill et de Kenscoff, o nous avons men
notre enqukte, les contest se terminent en gnral' de 3 manires:
1) Un coup donn habituellement par ou un animal ou un
vieillard, et une formule de conclusion comme Bon, sa fini, Sfni,
M' al!. C'est la manire la plus courante. En voici un example:
M'jwin-n ou ti bourik, li ban-m ou ti koutt pi, li voy-m lott b
lan m. Sa fini (J'ai rencontr un petit ne, il m'a donn un petit
coup de pied, et m'a lanc au-del de la mer. C'est fini).
2) Morality et coup. On finit par M' al, ou M' fini, wi!
3) Explication de ce.que nous voyons autour de nous:
Li kraz krab, li fl vi-n platt. S pou sa ou w krab platt konsa
wi! (Il pitina le crabe jusqu' l'aplatir. C'est pour cela que vous
voyez que les crabes sont si plats).
Les contest qui se terminent de cette 3me. manire .appartiennent
manifestement la catgorie Science Fantaisiste qui fait l'objet du
chapitre XII du recueil de Cendrars relatif l'Afrique. Pour les for-


- 59 -







mules finales en Louisiane et dans les Antilles, voir Herskovits, Su-
riname folklore p. 145.




La paire Ti-Maliss et Bouki en Afrique et dans le Monde Crole
Eoutons encore Delafosse (Les Ngres, pages 72 et'73).
J'ai parl des contest moraux. J'ai voulu entendre par l les rcits
qui comportent une morality, c'est--dire un enseignement. Celai-ci
peut nous sembler immoral, mais c'est l une autre histoire. Il est
certain, par example, que le nombre de fables exaltant la ruse, comme
le moyen mis. la disposition des faibles pour tromper des puissants
est considerable. Les hros de ces fables varient selon les contres:
AU SOUDAN C'EST EN GENERAL LE LIEVRE, .sur les ctes
de Guine, c'est souvent une petite antilope; sur le bas Niger, ce sera
la tortue, ailleurs, l'araigne.
Les uns et les autres roulent qui mieux mieux l'hyne stupid et
l'lphant bonasse...
De son ct, Jacottet note, dans ses Contes Populaires de l'Afri-
que du Sud, page 3, que la lgende du petit livre semble tre le pa-
trimoine commun des peuples Bantou de l'Afrique australe.
On connat donc ce personnage d'un bout l'autre de l'Afrique,
comme le renard en Europe Que de perspectives ouvertes sur l'an-
cienne unit spirituelle du Continent Noir!
La vraie richesse, la vraie consolation que les esclaves ont emporte
avec eux vers des -terres lointaines, c'est le petit livre de leur folklore!
Naturellemenit, au hasard des traductions faites dans des langues,
et des milieux nouveaux, le livre a pu se changer en lapin, ou mme
recevoir un nom caractristique comme Ti-Malice (Ti Maliss) en
Hati. Le personnage n'a pas chang...
D'autre part, le loup se dit Bouki en woloff (Voir Dard, J. Dic-
tionnaire franais woloff et. franais bambara, Paris 1825, page 84).
A l'Ile Maurice (ancienne colonie franaise de l'ocan Indien), nous
trouvons:
.Zistoire yve av courpupa.
Certes, le couroupa est un collmaon, mais, quand il faut dcrire
la sottise du loup, le Mauricien dit Loilou l, ne couroupas mme,


-60-







mo dire vous. (C'est un vrai colimaon, vous dis-je). Voir Baissac,
Le Folklore de l'Ile Maurice, pages XVI et 353.
Baissac pensait que le folklore de Maurice tait surtout d'origine
europenne. Il dut dchanter aprs avoir reu une communication de
Schuchardt (op. cit. pp. 356-357).
En Louisiane, nous retrouvons Bouki (qui est un renard) et son
fidle comp Lapin... dans une histoire de Jean Sot, (Jan Stt).
Jean Sot et son contraire Jean L'Esprit viennent probablement
d'Europe et il est curieux de voir ce duo faire mnage avec la paire
Bouki-Lapin dans le mme conte. En Hati, ma vieille bonne m'ex-
plique que .Bouki et Ti Maliss, Jan Stt et Jan Lsprit sont comme
6 et demi-douzaine. Cependant, leurs histoires ne se mlent pas,
quoique le fond demeure le mme. Elle aijoute que les histoires de
Bouki-Ti Malisse sont beaucoup plus frquentes que celle de Jan S6tt.
Bouki fait parties du folklore des Antilles tant franaises qu'an-
glaises. Voir Parsons (Folklore of the A vits, Surinaime Folklore p. 146.
On voit bien que les deux ples de la sagesse de tous les peuples et
de tous les temps, la finesse et la sottise, dominent l'Afrique et le
Monde crole, sous la forme du Ti-Maliss et Bouki.

*
On trouvera ci-aprs un conte de la parties Occidentale de la Cte
d'Ivoire (La jeune fille, la Mort et le Vanneau). Il est tir. de l'ou-
vrage de Georges Thomann, Essai de Manuel de la langue Noul,
pages 143 et 144.
Les lecteurs hatiens y dcouvriront sans peine l'original du conte
eLoran Dianman pt sky nan do, bien' connu Kenscoff, et du
conte Bwadodi dodafavora de la region de Ption-ville. Le premier
m'a t cont par Hliodore et Alfred Narcisse (25 et 23 ans), le
second par Augustine Paul (18 ans). Le premier se termine par une
morality, le second par de la science fantaisiste.
Les 3 versions sont des contests chants.
L'Africain et l'Hatien, avons-nous rappel plus haut, chantent sans
cesse. Il tait donc natural que le chant se rencontrt dans beaucoup
de contest. C'est le cas, notamment, pour ce conte de la Cte d'Ivoire
et ses deux versions hatiennes. Le chant 'est une forme de posie
populaire, laseule forme de posie des masses.hatiennes. Parlant des


-61 -






contest de l'Afrique du Sud, Jacottet note (op. cit. p. IX) On re-
marquera que la plupart d'entre eux sont entremls de vers. Ces par-
ties-l sont toujours chantes.>




Nous croyons avoir tabli qu'au point de vue de la littrature, le
parl.ant-crole, ,tout. en s'assimilant des bribes d'u folklore europen.
a gard et dvelopp hors d'Afrique, une civilisation minemment
africaine. .

OPINIONS DIVERSE

Aux pages 178, 193 et suivantes, de son Crole dans 1.'Univers,
Monsieur Jules Faine opine que le folklore colonial doit tre rattach
celui de la mtropole.
C. Moynac dit que rien ne relve l'origine africaine des quelques
contest recueillis par Mme. Schont (Basse Terre 1935), L'diteur
pense qu'une tude comparative des contest guadeloupens et du fol-
klore africain dgagerait des survivances, africaines. (p. IX).

CONTE NBOULE

(Cte d'Ivoire)

LA JEUNE FILLE, LA MORT ET LE VANNEAU
On dit que des jeunes filles taient alles chercher du bois mort dans
la brousse et que l'une d'elles invita les autres ne pas attendre pour
rentrer au village celle qui resterait trop longtemps pour lier ensemble
les branches qu'elle aurait casses.
Mais les branches que cette jeune fille cassait (lui chappaient) et
sautaient loin devant elle, elle tait sur le point de les atteindre quand
elle sortit de la brousse et arrival au village de la Mort. Nul ne pos-
sde plus de provisions que la Mort; la fillette entire dans le village,
une vieille femme la voit et la cache dans un grenier.
La Mort arrive, venant de la brousse, et dit: a sent la chair hu-
maine ici! la vieille dit que non, la Mort rpond: Je ne me trompe
pas il cherche, trouve la petite dans le grenier et lui dit: Tu seras

-62-






ma femme, l'enfant y consent; il l'pouse et tue tant de gibier qu'il
n'est pas possible de voir autant de gibier.
Mais quand la jeune fille veut manger, la Mort lui demand: Com-
ment est-ce que je m'appelle? Alors, tu ne mangeras pas et, tou-
jours, quand la fillette avait prpar le dner il lui disait: Tu ne
mangeras que lorsque tu sauras mon nom.
La jeune fille tait sur le point de mourir d'inanition quand un
jour, allant chercher de l'eau, elle demand tous les oiseaux qu'elle
rencontra: Quel est le nom de mon mari? Ils ne purent lui rpondre.
En arrivant la rivire elle trouva le vanneau et lui posa la mme
question et fut renseigne. Aprs avoir remerci le vanneau, elle
revint sur ses'pas, chantant le nom pour ne pas l'oublier. Elle prepare
le dner, la Mort arrive et, selon sa coutume, interroge la fillette:
Quel est mon nom? Elle le lui dit, alors la Mort entire dans une
grande fureur, et s'crie: Tu peux manger tout (toute seule), je
prirai aujourd'hui! Prenant quatre sagaies, il se jette dans le chemin
en criant: Qui a prononc mon nom?... Tous les oiseaux rpondent:
Nous n'en savons rien, mais demande-le au vanneau qui est venu
sur le bord de la rivire.
....Alors il interroge le vanneau: Est-ce toi qui as dit mon nom?
O.ui, rpond l'oiseau.
La Mort lui jette une sagaie,'le vanneau saute et vite le coup; il
vite de mme toutes les autres sagaies, puis quand la Mort a lanc
la dernire, il les ramasse. Le vanneau, son tour, lance une sagaie
et blesse la Mort; il allait jeter une nouvelle sagaie quand la Mort
lui dit: Arrte, je t'en prie, j'ai quelque chose te dire:... Viens,
coupe mon petit doigt de pied. Le vanneau coupe l'orteil et de la.
blessure sortent des hommes en grand nombre...
Voil pourquoi il y a maintenant de nombreux hommes partout,
mais autrefois il n'y en avait pas beaucoup.

(Source: T'homann, op. cit. p. 143 et 144).
*


-63-










CHAPITRE V


L'ENSEIGNEMENT PAR LE CREOLE

PROLOGUE

Population de la Rpublique d'Hati: 4.000.000 d'habitants.
Pourcentage d'illettrs: 85% (chiffre trs conservateur)
Budget annuel de laRpublique: $ 7.000.000
Nombre d'heures qu'un petit paysan peut passer journellement
l'cole: 1 here en moyenne, et pas toute l'anne.
Augmentation annuelle du nombre d'illettrs par suite de l'accrois-
sement de la population: n'en parlons pas.
Dure des tudes pour lire en crole: 1 ou 2 mois.
Dure des tudes pour lire en franais: 4 ou 5 ans. (actuellement)
Contact oral des paysans avec le franais: zro.
Origine du crole: reaction de l'esclave en face du franais.
Vocabulaire crole: vocabulaire franais plus ou moins modifi.
Prononciations locales. Doublets.


*

1)* Georges Sylvain (1898-1901). Cric-crac, de Georges Sylvain
(fables de La Fontaine en vers croles) a paru en 1901, L'ouvrage
est prcd d'une notice de l'auteur, date de dcembre 1898, o
l'enseignement par le crole est nettement recommand comme suit:
Le franais, pour la plupart d'entre nous, n'est'qu'une langue d'-
cole... Le jour o, par l''acquis d'un certain pombre d'oeuvres footes,
le crole aura droit de cit dans nos coles primaires rurales et.urbaines.
le problme de l'instruction primaire sera prt d'tre rsolu (pages 7
et 8.).
Georges Sylvain crivait le crole 1) phontiquement mais 2) sans
signes diacritiques, c'est--dire analogues aux accents circonflexes du
systme Mc Connell-Laubach.


-64-






Ainsi, il ne droutait personnel et il est regrettable que les diri-
geants d'alors n'aient pas compris la porte de son travail.
Voici, par example, sa fable Reinns ac raising, telle qu'elle a t
reproduite dans l'dition du 9 mai 1946 de Limi Fos Progr, et tell
qu'elle figure dans l'ouvrage.
Rna ak Rz Reinna ac raisin
Si fm pa rl ya touf: Si famm pas rhl, y'a touf:
S pa fot yo: k sa yo y. C pa fbtt yo, con a yo y.
M g d z6m hi pa hapab Main, g'ain d zhom, qui pas
Scapab
Pdi d kob, rat you bab, Pdi d cob, rat gnou bab,
S tout la vil la pa kn, Sans toutt la vil-l pas connin
Tk yo rm f tr. Tant qu'yo rainmain fait train.

2) Frdric Doret (1925).- Sa devise tait vers le franais par
le crole. A public en 1925 Les premiers pas dans la grammaire.
C'est un ouvrage bilingue, expliquant la grammaire franaise en
franais et en crole et s'aidant :des analogies croles. Conserve
autant que possible l'orthographe franaise.
3) Rvrend Victor-Emmaruel Holly (1931) Auteur de la pre-
mire grammaire dii crole hatien. Ecrit phontiquement c'est--dire
aussi simplement qu'il le croit possible, les mots don't la prononciation
s'carte formell'ement de celle du franais.
4)Suzanne Comhaire-Sylvain (1936-37). Son Crole hatien,
morphologie et syntaxe (1936) est une thse prsente en Sorbonne.
Emploie en consequence la vritabl'e' orthograpihe phontique des
milieux scientifiques, avec tout l'attirail de conventions et de signs
diacritiques ncessaires. Par contre, dans ses Contes Hatiens, desti-
ns faire connatre le folklore, (1937) elle crit le crole peu prs
comme son. pre, et la lecture s'en trouve facilite. N'a pas tudi
l'alphabet crole en vue de l'enseignement.
5) Jules Faine (1937). Expose, dans Philologie crole que pour
la masse, il est contre I'instruction 'dans le franais exclusivement,
Propose un systme mi-tymologique, mi-phontique, en tenant
compete des antcdents espagnols qu'il croit trouver en crole (pages *
54 80).
6) Christian Beaulieu (1939). A le mrite d'avoir le premier pu-
bli une mthode de l'enseignement de la lecture en crole (L'Ecole


-65-






relle No. 1) Suit la prononciation crole, mais crit les mots comme
en franais chaque fois qu'ils se prononcent de la mme manire dans .
les 2 langues. Rsultat pratique: tous les inconvnients de la mthode
tymologique pure (Ex: cas, pas, mt, l-bas, facile, rapide, pitt
etc). Le systme suscita de vives discussions dans la press, mais ne
fut pas adopt par l'Etat.
7) Mthode Mc Connell-Laubach. Le Pasteur Ormonde Mc Con-
nell, de I'Eglise Mthodiste Wesleyenne, de ntionalit anglaise, a le
mrite d'avoir introduit le phontisme dans l'enseignement par le
crole, l'exclusion de toute concession l'tymologie. Contrairement
ce qui s'est pass dans les autres pays, il a prcd l'arrive du phi-
lanthrope et ducateur amricain Laubach en Hati, et a procd lui-
mme with the help of some Haytian frierds l'adaptation, an
crole, de la mthode dite Laubach. (Voir You can learn creole, p. 7).
Ayant une notion imparfaite du franais et des antcdents du crole,
le pasteur Mc Connel. n'envisageant 'que le salt de ses ouailles des
campagnes, se mit au travail. Rsultat: cette adaptation de la Mthode
Laubach au crole hatien fut faite conformment aux principles de
l'anglais (sh pour notre ch, u pour notre ou, you pour gnou etc). De
plus, l'adaptateur, ne connaissant pas assez notre idiome pour en saisir
les nuances, ne s'appliqua rendre que les voyelles du gros crole,,
sans tenir compete des doublets en usage non .seulement dans le parler
des hatiens cultivs mais encore dans la langue d'un nombre consi-
drable de proltaires mls la masse de ceux qui parent le gros
crole. Ainsi, i limina u (diri, jamais duri), limina eu' (kwaf
et jamais kwafeu') - limina e (k et jamais ke).
Comment indiquer la nasalisation? Le clergyman employa l'accent
circonflexe, sans s'embarrasser du fait que ce signe servait, en franais,
remplacer la lettre s latine disparue (pte en franais pour paste en
anglais), Ce n'tait qu'une nouvelle convention! Le pasteur Mc Con-
nell dcida donc que la graphie rendrait tous, les sons an; se pronon-
cerait in et se prononcerait on. Il ne pensa pas adopter an, in, on,
qui se prononcent en anglais a:n-.n, i-n, on-n.
Les anglais et les amricains d'Hati parent facilement lire les textes
du pasteur, qui les mettaient l'aise et.liminaient toutes les difficul-
ts de l'orthographe base franaise en crole. How simple! La
reaction hatienne fut, par contre, violent, tant du ct de l'lite que
dansune forte portion du people. On cria a l'amricanisation!


-66--






Ces craintes trouvrent leur confirmation dans une interview accor-
de par M. Laubach M. C. Mc Evoy et don't la traduction a t pu-
blie dans le No. du 12 oct. 1944 du Soir de Port-au-Prince. Le Dr.
Laubach pense, declare Mc Evoy, que le plus grand succs de son
recent sjour en Amrique Latine est en Hati o 70.000 hatiens
SONT EN TRAIN D'APPRENDRE A LIRE -ET A ECRIRE
EN SIMPLE ANGLAIS.
Entre parenthses, M. Mc Connell affirme, dans la prface de You
can learn creole (1945) que moins de 2.000 personnel ont t dsa-
nalphabtises par le systme!
L'anglais? L'a mthode Mc-Connell-Laubach permet, certes, aux
anglo-saxons de lire facilement le crole, et l'accent circonflexe, qu'ils
n'ont pas dans leur propre langue, les aide. (Disons, cependant, que
le Dr. Laubach n'a pas pu, dans son propre pays, employer l'accent
circonflexe ou le tilde pour rendre les sons an, in, on en anglais. On
s'y est oppos. Voir l'interview donne par le Dr. Embree au Nou-
velliste, dition du 19 dcembre 1944. On verra de mme qu'en Am-
rique du Sud, la mthode Laubach, s'adaptant aux pays espagnols,
emploie tout bonnement les graphics an, en, on pour nasaliser. (La
langue est un fait social!). Cependant, le crole Mc Connell-Laubach
ne peut tre du simple anglais. En se servant du k (qui est ncessaire)
du w qui est ncessaire, du g l o le franais met gu, 'et mme de ce
signe entach d'erreur qu'est l'accent circonflexe employ pour nasa-
liser, on ne saurait changer le crole (qui a un vocabulaire franais)
en anglais (qui a un vocabulaire anglo-saxon).
Dans sa forme actuelle, l'alphabet Mc Connell-Latibach est presque
parfait. Remplacez les graphics , , par an, en, on, vous avez
exactement l'alphabet guyanais imagine par Auguste de St.-Quentin
en 1872 (Etude sur la grammaire crole, pages 109 et suivantes).
Cet' alphabet Mc Coinnell-Laubach serait parfait, mme avec l'accent
circonflexe, si on l'employait chez les sauvages de l'Australie ou de
quelque coin perdu. Il est mis en chec par le fait que l crole est une
langue mixte, dans un pays traditions franaises. Il est curieux de
noter que les modifications .apportes au travail du pasteur Mc Connell
en 1944 par le Dr. Laubach (limination de sh. introduction de la
combinaison ou etc.) ont about reconstituer la mthode imagine em
1872 par le prcurseur guyanais St.-Quentin, abstraction faite de l'ac-
cent circonflexe. Compltez l'alphabet Mc Connell-Laubach en y ajou-
tant les voyelles qui y manquent eu', u voyelle, e) et vous obtenez le


-67-






meilleur systme souhaitabl.e pour Hati. Malgr ses erreurs, bien ex-
cusables.d'aille.rs, le Pasteur Mc Connell demeure un pionnier qui a
droit la reconnaissance des Hatiens.
S,8),. Experience Pressoir (19'4-45). Ayant not les imperfections
, du systme, j'ai voulu l'essayer car il avait de bons cts..J'ai prouv
-agx-,.membres du. Bureau Crole que les bonnes, les garons de cour
et les paysans de Ptionville lisaient chez moi au moins aussi rapi-
dement an, in, on que d'autres d, , dans les coles'.dpendant. de
.cette.organisation. J'ai: encore soutenu que, le but ultime tant le
franais, il n'y avait pas d'hsitation possible entire les graphics pan-
,talonr et ptal&.
. Cette experience m'a permis d'analyser.les diverse prononciations
d.u.crole dans le people et d'ctudi r la psychologie de l'illettr hatien
en face de la question du crole: dans: l'esprit du people, la lecture
est lie l'tude du franais ou l'espoir plus ou moins vague d'arriver
.un" jour . parler et crire le franais; C'est la raison pour laquelle
l'adaptation que j'ai faite du tableau du Dr, Laubach au franais en
mme temps qu'au crole cre un climate de CONFIANCE qui enlve
l'lve toute prevention.
., 9) Vritable mthode Lcubach. Rayonnement en Amrique Latine,
:.La mthode consiste essentiellement en un tableau et en un livret
de -lecture. La'question .de systme d'criture ne fait pas, en quelque
..sorte, parties de la.mthode. Pour la langue espagnole, par example,
rien n'est change l'orthographe traditionnelle. Pas d'accent circon-
flexe, pas de tilde pour nasaliser. On respect, pour les parlers jndi-
gnes, les grands principles de la langue officielle.
Par example, pour le quechua, de l'Equateur, on applique les prin-
cipes- genraux de la langue espagnole, quoique le quechua ne soit
pas une langue mixte mais un parler essentiellement indien: pas
d'accent circonflexe ou de tilde pour nasaliser. L'espagnol se sert de
la lettre double il dans des mots comme pollo etc.; trs bien, on fait de
mme dans la mthode Lauhach du quechua.
La paire espagnol et quechua de l'Equateur, a son pendant fran-
ais et crole en Haiti, avec cette difference que le vocabulaire crole
est d'origine franaise, alors que le quechua n'a rien d'espagnol.
Ajoutons que le principle du tableau Laubach est l'alliance de
l'image et du son. Par example, en voyant le .portrait d'une patate,
l'lve (qui n'a pas lire l mot) pronounce: patatt et pa, p, pi, po,
,pou, Ces SYLLABES sont crites en face du, portrait. De mme, par


-68-






mato, l'lve apprend. ma, m, mi, mo, mou. Le tableau isole aussi les
voyelles (a, , i, o, ou). Le rle du livret est de grouper ces sons
lmentaires en combinaisons formant des MOTS. Les statistiques
du monde entier sont si loquentes que l'excellence du systme est hours
de discussion.
Insistons sur le fait que, dbarrass de scores comme l'accent cir-
conflexe, et enrichi des voyelles qui lui manquent actuellement, l'al-
phabet Lau.bach d'Hati correspondra enfin aux ides mmes du phi-
lanthrope amricain et aux donnes essentielles de la culture national.
Devant suivre la prononciation, la. mthode suppose des ditions
rgionales (Cas du Nord, par example).
10) Dfauts de la champagne hatienne de dsanalphabtisation:
a) professeurs bnvoles qui la veille encore taient analphabets.
hL'amateurisme est daingeteux, particulirement avec une mthode
qui n'est pas encore point.
b) enseignement individuel.- Perte de temps. On s'est trop atta-
ch aux ides du Dr. Laubach sur la susceptibility de l'adulte. En
Amrique latine, on enseigne des groups. J'ai fait de mme.
c) on a nglig les enfants, Ils sont devenus adults depuis que le
movement a commenc. En Amrique Latine, on applique le syst-
me aux enfants.
d) les ducateurs hatiens, notamment le Dr. Price-Mars, souhai-
tent une criture pouvant permettre de passer du crole au fran-
ais s'il en tait besoin. (Voir Price-Mars, le problme de l'analphab-
tisme et sa solution). Or, quand profitant de l'exprience du
prcurseur guyanais St-Quentin, nous crivons EN CREOLE panta-
lon, alors que les tenants de l'adaptation Macconnlienne du Systme
Laubach insistent pour ptal, nous croyons que nous rpondons
mieux aux aspirations de tous et aux rgles sociologiques.
I1) Alphabet crole propose par nous:
Puisque nous sommes partisan du phontisme, le but est de per-
mettre chacun d'crire simplement mais suivant sa prononciation
(duri. ou diri, chwal, chval ou cheval etc). L'puration de la langue
le cas chant, sera une autre affaire. Pour le moment, il s'agit d'aller
vite, car, selon une heureuse expression d'Ulrich Rey les analphabets
adults sont presss, ce sont des gens qui semblaient dj perdcis
pour l'instruction (Le Rveil du 25 Avril 1946). Ajoutons que les
mineurs parlant-crole sont dans le mme cas: ce sont d'ailleurs les
adults de .demain.


-69-






Depuis quelques annes, le crole gagne rapidement ses titres de
bourgeois, GeoIges' Sylvain traduisait les fables de La Fontaine en
vers croles. La langue anime la press, sous forme de proverbes
se glissant .dans un article. Le. Chef du Parquet de Port-au-Prince
n'hsite pas, dans une declaration aux journaux, reproduire en crole
les paroles d'une jeune fille du people. Nos plus grands hommes po-
litiques font des discours dans cet idiome . la radio.
Il faut donc un terrain d'entente, des concessions, car le crole est
l'a langue de tous les hatiens et que tous les hatiens parent et veulent
crire. C'est la langue du Monde Crole!
Pour faciliter la lecture de ce livre, nous avons, dans les pages
antrieures, employ des graphics comme ratt, nss, guri, ban-nan-n.
Pour ne pas compliquer la tche de l'illettr-que toute difficult peut
rebuter les intellectuals devront s'habituer trs vite aux graphics
rat,, ms, gri, ban'an' etc. plus simples que les-prcdentes, DU
POINT DE VUE DE L'ANALPHAiBET. Les illettrs d'aujour-
d'hui sonit le grand public des livres et journaux en crole du proche
avenir, qui plairont d'ailleurs, tous les hatiens...
Voyel1es: a, , , e, (ke) eu' (kwafeu'), i, o o (manto) u voyelle
(dur) ou, an, in, on.
Consonnes: b, ch, d, f, g, gn, j, k, 1, m n p r s (toujours le
son ss jamais le son z; s se prononce lia fin des mots), t (toujours le
sont t, jamais ss; t se pronounce la fin des mots) v, w, y, (quivaut
l), z.
Remarques sur les consonnes.
n) Quand il faut sonner n, aprs un soin nasal (an, in, on), ne pas
doubler n mais se servir d'une apostrophe (ban'an' pon' fan' etc).
k) Indispensable, car il tient lieu des 6 graphics sivantes: k, c, ch,
cq, q, qu.
. w). Indispensable: Le crole hatien, par suite de .l'influence de la
phontique ouest-africaine; emploie cette semi-consonne beaucoup plus
que ne le. fait le. franais.. C'est surtout l'effet des amuissements
.(contractions) Ainsi le pronom ou (tu) n'a pas le mme son
dans ou la (tu es la) et dans paw (le tien). Dans certaines Petites
Antilles.krik-krak s'est mu en kwik-kwak! D'autre part, la graphie
oi est courante en franais, mais si maintenant elle correspond la
prononciation, wa, elle a par le pass reprsent les sons w et w en
France, Ces 3 prononciations se ctoient en Hati. Sans le w, comment


-70-






traiter d'une manire simple les sons de mme famille, reprsents
par les graphics oi, ou, oin etc? La graphie oi aura sa place
dans les leons de passage au franais.
12. Plan d'enseignement par le crole
Etant donn le cas special d'Hati et les avantages du phontisme
nous avons, suivant l'esprit de la VRAIE METHODE LAUBACH,
modifi le tableau de base pour en permettre l'usage dans toutes les
coles, qu'il s'agisse d'apprendre lire le franais ou le creole.
Tous les rapports que nous avons consults tablissent que, dans
le monde entier, notamment en Amrique Latine, la mthode Lau-
bach principlee du tableau suivi du livret) permet de lire LA LAN-
GUE QUE L'ON PARLE en un mois ou deux. En Equateur o
l'on enseigne lire l'espagnol ou le quecha (kichuar) on obtient en
gnral de bons rsulta.ts dans une priode de 15 30 jours. Dans
certain cas, DES GENS ONT APPRIS A LIRE EN 8 JOURS.
On voit tout de suite l'conomie de temps et d'argent qui rsultera
de notre project D'ADAPTATION DE LA METHOD LAU-
BACH AU FRANAIS. Avec les valeurs ainsi mises de ct, l'Etat
pourra mieux payer les professeurs, augmenter leur nombre, crer
des cantines, scolaires etc. (beaucoup d'enfants vont l'cole le venture
vide, ou presque). On aura ainsi des fonds pour un vaste movement
d'enseignement par le crole.
L'emploi DU MEME TABLEAU DE BASE pour le crole et
le franais donnera confiance aux masses et fera tomber leurs dernires
prventions contre l'enseignement par la langue vernaculaire.
Fisant suite au tableau, nous avons prvu un livret pour le crole
(No. 1) et un livret pour le franais (No. 2) tablis tous deux
d'aprs la mthode Lau'bach. On introduira dans chaque livret les
lments qui ne peuvent trouver place dans le TABLEAU UNIQUE.
Le livret de franais suivra le plan du livret de crole mais comportera
des leons additionnelles de vocabu'faire et d'orthographe, dans le
genre de la CARTILLA du Gouvernement Mexicain et des SPEL-
LIERS si populaires aux Etaps-Unis. En some, l'lve de crole
s'arrtera mi-chemin, mais avec un bagage suffisant pour lire et
crire SA LANGUE:
L'criture sera enseigne ds le dbut, comme au Mexique; j'ai fait
de mme Ptionville.


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Mme sans le TABLEAU UNIQUE, le temps consacr en Hati
apprendre lire le franais peut tre grandement abrg par le
truchement de la lecture en crole phontique. D'une part, on lit
mieux sa langue maternelle qu'un parler d'emprunt. D'autre part, le
plus court moyen de manier un alphabet est l'emploi d'un systme
phontiqife. Enfin, quand on lit une langue quelconque, c'est un jeu
d'enfant que de lire une autre langue
Comme le crole, crit phontiquement, permit de jongler rapide-
ment avec les lettres et les syllabes, et puisque cet idiome est en mme
temps la langue de TOUS les habitants de ce pays, il est desirable
et PRATIQUE que TOUS LES PETITS HAITIENS COMMEN-
CENT A LIRE EN CREOLE. C'est la langue qu'ils parent le
matin, le midi et le soir, chez eux comme dans la cour de rcration
de l'cole. Aprs cet apprentissage en CREOLE (1 mois, 2 au maxi-
mum) ceux qui pourront poursuivre en franais aborderont le livret
No. 2. Ceux auxquels les circonstances de la vie ne permettent pas
de poursuivre leurs tudes sauront dj LIRE EN CREOLE et ils
n'oublieront jamais ces lments, tandis qu'au contraire LE PRO-
LETAIRE HAITIEN, FAUTE DE CONTACT ORAL, oublie
trs vite, particulirement la campaign, les lments de lecture en
franais acquis l'cole primaire. Ajoutons qu'un journal en crole
distribu par l'Etat, affich aux portes des mairies, renseignera sur
le course des denres, fournira les moyens de prserver le btail en cas
d'pidmie de carbon, cbntiendra un rsum de TOUTES LES
NOUVELLES LOIS, etc.
La leon de calcul commencera ds les premiers jours de frquenta-
tion de l'cole
Les difices publics devraient servir d'coles du soir, particulirement
dans les bourgs.
A la champagne, pas besoin de locaux immdiatement. Haiti est
un pays pauvre et il faut aller vite. Les fonds disponibles devraient
servir payer un grand' nombre de professeurs SPECIALEMENT
ENTRAINES. Les leons se feraient, soit sous une 'tonnelle que
les paysans construiraient de bonne grce, soit mme sous un arbre
comme en Birmanie (Time, 3 Septembre 1945). Il est indispensable,
pour un movement d'ampleur de ce genre, que le professeur devienne
un VERITABLE VOYAGEUR et atteigne les COINS LES PLUS
RECULES.


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Parvenu ce point de notre plan, lecteur se pose la question sui-
vante: comment finance ce movement?
Rpondrons d'abord qu'avec un enseignement official ayant toutes
les classes prparatoires en crole, un instituteur pourrait, durant
les mmes heures que maintenant, apprendre lire 4 ou 5 fois
plus d'lves.
Ajoutons que, l'esprit public bien prpar, l'Etat pourrait, durant
un certain nombre de mois, concentrer une, grande parties de ses re-
cettes cette oeuvre national.
Disons, pour terminer, que l'on obtiendrait l'aide de ceux des
particuliers et entreprises prives qui ont un intrt direct la d-
sanalphabtisation quelle que soit la langue, car un homme qui lit
achte des lives et des journaux. En Equateur, par example, suivant
un rapport official, la champagne a commenc grce au tirage de 15.000
feuillets et feuilles de lecture en couleur, tant en espagnol qu'en
quechua, constituent la contribution d'une imprimerie; d'autres sui-
virent (Informe de la labores etc. p. 1)

*

Il y a 49 ans, Georges Sylvain a pos le problme. Depuis notre
nombre d'analphabets a cru dans des proportions effrayantes, puisque
la population se multiple la cadence de 5 enfants au minimum pour
1 homme et 1 femme.
Quelle que soit l'opinion que l'on puisse voir du crole (nous
soutenons que c'est une des plus parfaites langues du monde), le
dilemme est le suivant: ou laisser DANS LEUR IGNORANCE nos
millions de paysans, dj perdus pour l'instruction traditionnelle,
ou leur donner le moyen RAPIDE d'accder l'instruction. DANS
LEUR LANGUE. N'IMPORTE QUOI vaut mieux que RIEN.
Au Venezuela, en Equateur, au Mexique, on enseigne lire l'espa-
gnol par un tableau Laubach et les langues indiennes par un tableau
Laubach DIFFERENT.
Nous pensions que notre conception permet d'un coup, par un seul
tableau de LIRE LE CREOLE et les combinaisons de base du
FRANAIS ELEMENTAIRE. Ces deux langues, spares par la


-73-






grammaire et un peu par la prononciaion, sont fraternellement et
indissolublement unies par le vocabulaire.

Comme nous l'avons dmontr plus, haut, mme sans le TA-
BLEAU UNIQUE, la lecture en,crole phontique, demure, pour
l'hatien, le moyen le plus. rapide et le plus liogique de parvenir
lire le franais ou' toute autre langue.


*

Les ides mises dans ce chapitre heurteront les convictions et. les
habitudes des lments. conservateurs natiens.
Nous leur demandons; de crainte qu'ils ne condamnent la lgre
ces opinions rvoiutionniaires, de rflchir sur notre chapitre premier
et de vivre quelque temps parmi le people comme nous le faisons
depuis des annes.
Pour saisir l'importance du crole dans leur propre vie, qu'ils s'-
coutent parl'er, eux, leur famille et leurs amis.


*

Et c'est ainsi qu' propos du language crole, nous avons t, amen
traiter des races, de la religion et de la culture populaires d'Hati
et. de l'Afrique.
Bagay sa go, ala makonin yo mak6nin!
Zaf ng pa jan-m piti.
Bon, sa fini! M'al...


Charles Fernand PRESSOIR
Kenscoff et Ptionville, Sept..Dc. 1946.


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Comparaison de l'Alphabet Me Connell-Laubach
et de Celui que nous proposons
Afin d permettre la comparison des deux alphabets, nous don-
nons ci-dessous deux textes en crole Mc Connell-Laubach puis
selon notre systme:
I) CREOLE Mc CONNELL-LAUBACH
Anri Kristof 1806-1820
1.-Apr Dsalin mouri, Pi a pa t rt ini. Li t pataj 2:
Pti n Lws, Kristof n N. Yo t nm Kristof Przid v
Pti, m li dklar k kstitisi pa t ba li pouvwa as. Lal
n N, f yo nm-1 Rwa dAiti sou n Ari Prmi.
(Extrait de l'ouvrage: Abrj ISTWA DAITI par Louis Desroches
Port-au-Prince 1945, page 36)
La St Pou tout moun
S mj pa g la vi, pask s mj ki mt n d ko nou sa ki
itil pou kb la vi a. S pa ti mj ftzi, m s b mj, mj solid
ki nss vrm pou ko nou. Nou dw vy sa pou nou-mm, pou
tout moun la kay nou, spsialm pou ti moun kap grdi.
(Extrait de l'ouvrage Ls Ijin, public par le Bureau d'Ensei-
gnement par le Crole, Port-au-Prince, 1945, page 19)

*
H) NOTRE TRANSCRIPTION
Anri Kristof (1806-1820)
Apr Dsali-n mouri, P a pa t rt uni. Li t pataj an 2;
Ption nan Lws, Kristof nan No. Yo t non-min Kristof Przidan
anvan Ption, min li dklar Konstitusion an pa t ba li pouvwa as.
Lal nan N, f yo non-min-1 wa dAiti sou non Anri Prmi.
La Sant Pou tout moun
San manj pa gin la vi, pask s manj ki mt an'dan k nou
sa ki util pou kinb la vi a. S pa ti manj fantzi, min s bon
manj, manj solid ki nss vrman pou ko nou. Nou dw vy sa
pou nou min-m, pou tout moun la kay nou, spsialman pou ti
moun kap grand.
-75 -




























































































I
I -
\







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spelling means spelling by sound (not memory). Here are some of the ad-
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be saved either in tax money, or in extra education for the child, or both (p 7).
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