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Courrier (French)
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 Material Information
Title: Courrier (French)
Physical Description: Serial
Language: English
French
Portuguese
Spanish
Publisher: Hegel Goutier
Place of Publication: Brussels, Belgium
Publication Date: 05-2011
 Subjects
Genre: serial   ( sobekcm )
 Record Information
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
System ID: UF00095067:00114

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REPOR TAGE Papouasie-Nouvelle-Guine Le gaz encourage-t-il le dveloppement? DCOUVRIR L EUROPE Grce Athnes, Rhodes et tellement plus dcouvrir DOSSIER Les forces militaires des pays ACP N.23 N. E M AI JU IN 2011www.acp-eucourier.infoC urrierLeLe magazine des relations et cooprations Afrique Carabes Pacifique & Union Europenne

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C urrierLe SommaireLE COURRIER, N.23 NOUVELLE SERIE (N.S)EDITORIAL 3 PROFIL Mercedes Bresso, Prsidente du Comit des rgions 4 Pedro Celso, Vice-prsident de lAssociation du Pacifique de lindustrie thonire 5SANS DTOUR 6 Le renforcement du partenariat ACP-UE dans le visage de nouvelles vulnrabilits Entretien avec David MatongoTOUR DHORIZON 8 Acteurs de dveloppement du Nord et du Sud debout aux Assises de la Coopration dcentralise Bill Gates prsente Living Proof, la preuve vivante que laide fonctionne 10 Nouveau prsident de Cte dIvoire, Alassane Ouattara 11 Prsident Michel Martelly, Hati 11 Forum BAD-EMRC sur les PME : Renforcer le chanon manquant en Afrique 12 Maigres avances pour les pays pauvres 13 Des services dextension innovants pour rpondre aux besoins des agriculteurs 14 Spectre de surpche europenne dans les eaux africaines 15DOSSIER 16 Le rle des militaires dans les pays ACP De la coopration conomique la prvention des conflits Le test africain 17 Soutenir la paix en Afrique 17 Les nouveaux mercenaires 19 Europens et Africains forment la nouvelle arme somalienne, une premire 20 La lutte contre le narcotrafic, une des priorits du partenariat UE-Carabes 22 Fidji, lexception ocanienne 23 DOSSIER 16 TOUR DHORIZON 8 Comit de rdaction Co-prsidents Mohamed Ibn Chambas, Secrtaire gnral Secrtariat du Groupe des Etats ACP www.acp.int Fokion Fotiadis, Directeur-Gnral DG EuropeAid Commission europenne ec.europa.eu/europeaid/index_fr.htm Rdaction Directeur et Rdacteur en chef Hegel Goutier Journalistes Marie-Martine Buckens (Assistante Rdacteur en chef) Debra Percival Assistant ditorial et de production Anna Bates Assistant de production T elm Borrs Ont particip ce numro : Anna Patton, Anne Marie Mouridian, Sandra Frederici, Andrea Marchesini, Eugenio Orsi, Sylvia Arthur, Alfred Sayila, Nicholas Gros, Okey Umelo, Malum Nalu Gestionnaire de projet Gerda V an Biervliet Coordination artistique Gregorie Desmons Conception graphique Loc Gaume Relations publiques Andrea Marchesini Reggiani Distribution Viva Xpress Logistics www.vxlnet.be Agence photo Reporters www.reporters.be Couverture Jardin Secret par Jeffry Feeger Jeffry Feeger Contact Le Courrier 45, Rue de T rves 1040 Brussels Belgique (UE) info@acp-eucourier.info www.acp-eucourier.info T l.: +32 2 2345061 Fax: +32 2 280 1912 Publi tous les deux mois en anglais, en franais, en espagnol et en portugais Pour toute information concernant labonnement, V euillez consulter notre site web ladresse www.acp-eucourier.info ou envoyez un courriel ladresse info@acp-eucourier.info Editeur responsable Hegel Goutier Consortium Gopa-Cartermill Grand Angle Lai-momo Les opinions exprimes sont celles de leurs auteurs et ne reprsentent pas la position ofcielle de la Commission europenne ou des pays ACP La Commission europenne et les pays ACP ou toute personne agissant en leur nom, dclinent toute responsabilit quant aux informations contenues dans la prsente publication et aux ventuelles erreurs qui pourraient sy tre glisses en dpit dune prparation et dune vrication attentives.

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N. 23 N.E. MAI JUI N 2011REPORTAGE 46 Un continent insulaire chelle rduite 46 La bataille des grandes puissances en terra incognita 47 Entretien avec Martin Dihm, Ambassadeur de L'UE en PNG 53 Collaboration des donateurs Dvelopper la gouvernance Bougainville aprs le conflict 56 Jeffry Feeger, artiste qui tte le pouls de la Papouasie Nouvelle Guinee 57 CRATIVIT 58 Le chaos merveilleux 58 Essence suave de jazz dEthiopie distill en France 59 Des bidonvilles la scne : quand la crativit fait la diffrence 60 Le Muse national ougandais en pril 61 Badilisha : changer, changer et transformer la crativit africaine sur le Web 62AUX PLUS JEUNES 63 Le sport, cest la sant !LA PAROLE AUX LECTEURS/CALENDRIER 64COMMERCE 24 Taxer lindustrie minire : le cas de la Zambie DE LA TERRE 26 La lutte contre le changement climatique DCOUVRIR LEUROPE 28 La Grce Tant dcouvrir, outre lhistoire ancienne et le charme des les 28 Politique de dveloppement 30 ONG ActionAid Hellas sur la politique de dveloppement de la Grce 31 Glamour et activisme dune surdoue pour la cause des immigrs : Yvette Jarvis 32 Energies renouvelables. Aussi au profit des PVD 33 Ltre grec. Byzance pour repre 34 Tant de Beauts 35ZOOM 36 Limportance des histoires : aperu de lunivers de Chimamanda Ngozi Adichie INTERACTIONS 38 Benin, Bhutan et la Costa Ricala coopration a travers les continents LUE reste le premier donateur mondial 40 Lutter contre lintrt personnel 41 Lancement du deuxime Programme cadre UE/ACP pour la microfinance 42 ACP noue des liens avec lONUDI 43LA SOCIETE CIVILE EN ACTION 44 Evacuer et rinstaller les populations des les de Carteret, victimes du changement climatique Le cot social de la politique de lUE en matire dnergie renouvelable 45 REPORTAGE 46DCOUVRIR LEUROPE 28DE LA TERRE 26CRATIVIT 58

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Le C urrier 2C urierThe Killy, installation Croix des Bossales, 2011 (partie de linstallation). Imprim sur du papier, des paillettes, des sculptures en bois et caoutchouc recycl. Exposition Hati, royaume de ce monde" galerie Agns B, Paris @ Hegel Goutier. La mme exposition est prsente sous le pavillon d'Hati la Biennale de Venise 2011, 54e Exposition Internationale d'Art.

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N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 3La bonne nouvelle du G8 largi au G20 de Deauville, (France, 26-27 mai 2011) par rapport l'Afrique tait que cette runion prt acte que la dmocratie est dsormais la norme sur le continent et la dictature, l'exception. L'amertume des ONG de dvel -oppement rsidait dans l'absence totale de toute dcision du sommet en termes d'aide l'Afrique sub-saharienne. Les 40 milliards de dollars promis rcom -penseront les pays d'Afrique du Nord ayant rpudi par la force des rgimes dictato -riaux. Le G8 a promis d'tre aussi gnreux avec les populations d'Afrique ayant choisi dans la paix des rgimes dmocratiques sans se laisser berner par les chants de sirnes de dmagogues et d'extrmistes qui font leur lit sur la misre. A voir.La misre est aujourd'hui la pire menace contre les dmocraties, s'alarme David Matongo, le co-prsident le l'Assemble parlementaire paritaire Afrique Carabes Pacifique Union europenne dans son interview "Sans dtour" avec Le Courrier. Il incite ainsi sur les stratgies de dveloppe -ment que doivent endosser les Accords de partenariat conomique ACP-UE. Sinon considre-t-il, avec dautres mots, c'est la libert du loup dans la bergerie qui prva udrait dans une situation o agriculteurs amricains, europens et dautres pays occidentaux reoivent annuellement 400 millions de dollars de subvention. Dans la foule de Deauville, les prsidents du Conseil et de la Commission europe -nne, Herman Van Rompuy et Jos Manuel Barosso se sont engags prsenter en octobre des projets de lgislation imposant plus de transparence aux socits minires europennes oprant notamment en Afrique. Dans notre "Tour d'horizon", se font aussi jour les proccupations des pcheurs d'Afrique de l'Ouest, par exemple, exprimes au Parlement europen, quant la surpche des chalutiers europens dans les eaux africaines.Le grand dossier de ce numro du Courrier est consacr la dfense et la scurit, englobant des questions comme celle des mercenaires. Donc la force militaire, comme la langue dans la fable d'Esope, le pire et le meilleur. Scurit et dfense en dehors de leurs frontires, des pays dvel -opps qui sont amens intervenir comme rcemment en Cte d'Ivoire ou encore en Libye pour soutenir l'lan dmocratique ou dans de vraies guerres Afghanistan -. Nous dcouvrons que l'Afrique serait ainsi le laboratoire de la Politique de dfense et de scurit europenne dont les interventions s'appuient sur une myriade d'instruments juridiques parmi lesquels l'Accord de Cotonou. Le Courrier survole aussi les initiatives de dfense et scurit de l'Afrique elle-mme. Dont le projet le plus prometteur est la cra -tion d'une "Force africaine en attente" par l'Union Africaine. Il y a aussi l'exemple de la formation d'une vraie arme en Somalie. Ou, sur un autre continent, des pressions rgionales et internationales sur Fidji qui a cumul des coups d'Etat militaires au cours des trois dernires dcennies.Le grand reportage de ce numro couvre la Papouasie Nouvelle-Guine, un pays qui soufre d'une mortalit infantile de 733 sur 100.000 naissances et qui est paradoxale ment un vrai jardin d'Eden avec ses pay sages fabuleux et ses richesses minrales, des montagnes d'or dans une mer de ptrole. Mais il subit les contraintes de l'histoire et la tyrannie de la distance avec 600 les adjacentes et autant de tribus parlant au total 800 langues. Ses partenaires euro -pens font le pari de bien accompagner son dveloppement. L'objet de la Dcouverte de rgion d'Europe est la Grce, surtout Athnes et Rhodes. Rhodes est simplement merveilleuse. Athnes une ville devenue si coquette et si belle. Au moment o l'on faisait le constat des progrs enregistrs par la Grce dans des domaines varis comme llvation du niveau de vie presquau rang des pays riches de lUE ou la recherche scientifique, le sort s'est abattu sur elle, notamment sous le vis -age des agences de notation financire. Ce qui a exig et continue d'exiger une interven -tion massive de l'Europe et des institutions de Bretton Woods sa rescousse. Et met en lumire la ncessit d'un renforcement de la gouvernance politique rgionale et mondiale pour contrebalancer la suprmatie de la haute finance dj mondialise elle. Hegel Goutier Rdacteur en chef Aube d'une gouvernance politique mondiale ?

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Mercedes Bresso, Prsidente du Comit des rgions Une institution UE reposant sur les citoyens de base Hegel GoutierMercedes Bresso est, depuis le dbut de lanne 2010, Prsidente du Comit des rgions, une institution europenne jeune de quinze ans, qui tout en tant dote dun peu plus de prrogatives que par le pass, est encore essentiellement consultative. Mais son ancrage dans chaque communaut locale de lEurope lui confre un pouvoir certain. Cette lue de base de son Pimont natal, ancienne professeur dEconomie de lenvironnement lUniversit de Turin, attentionne vis--vis de tout interlocuteur, aimant faire dcouvrir avec pdagogie limprieuse ncessit de la dcentralisation, veut que le COR jour un rle la mesure de sa grande lgitimit dmocratique. Nous nallons plus nous contenter de demander que les collectivits locales et rgionales soient prises en considration. Nous ne jouerons pas seulement les bni-oui-oui. Interview au Courrier MB Notre avantage est que pour tre Prsident du Comit des rgions, il faut quon soit lu local en fonction. Jai t au Comit des rgions en tant que prsidente de la Province de Turin et aprs de la Rgion de Pimont, mais surtout en tant qulue locale. Le Comit des rgions est obligatoirement consult sur un certain nombre de questions. Mais avec le trait de Lisbonne, nous avons commenc acqurir un pouvoir plus rel, avec le droit de lancer un avertissement et surtout daller la Cour de justice europenne si nous jugeons quil y a violation du principe de subsidiarit dans une lgislation ou une politique europenne. Cest que les pouvoirs locaux sont utilisateurs de 70% de la lgislation europenne, soit ils lappliquent directement travers leur transposition par les Etats, soit ils la transforment en lois locales quand ils peuvent lgifrer. Cest grce au COR quil y a peu peu en Europe un processus de dcentralisation. HG Cette dcentralisation nest-elle pas trs limite dans certains Etats cause dune tradition de jacobinisme ? MB Non, lvolution est forte partout. Les situations varient. En Italie, lEtat transpose les directives europennes et les rgions lappliquent concrtement. En Espagne les rgions ont conquis un vrai pouvoir. La Grce vient de se restructurer avec des rgions suffisamment grandes et disposant dun vrai pouvoir. Le Danemark a fait une grande rforme. La Belgique la faite depuis longtemps, avec des rgions dotes de pouvoir lgislatif dans les matires de leur comptence. LAllemagne depuis toujours. Le jacobinisme, cest en France, dont lhypertrophie apparente des pouvoirs locaux avec 36.000 communes entrane une superftation, gnante, de structures de coordination. La Hollande a un systme douteux. Cest la reine qui nomme les maires, mme si en ralit cest la majorit qui choisit, mais ce sont des fonctionnaires qui sont nomms. Ceci est pingl par le Conseil de lEurope qui, avec la Charte des pouvoirs locaux, a toujours considr que cest un cas limite. HG Puisse-t-il exister une vraie dmocratie sans rgionalisation large quel que soit le pays ? Je dis toujours, et cest valable aussi par exemple pour les pays africains ou ceux de lEurope de lEst, quon peut vrifier ltat de sant rel dune dmocratie sur la base de lexistence dun fort systme de dmocratie locale. Si celle-ci nexiste pas, si le maire par exemple est nomm, il ny a aucun pouvoir pour le citoyen de contrler et de sanctionner celui qui a mal gr. 4Profile Pedro Celso Association de l'industrie du thon du Pacifique Mercedes Bresso Hegel Goutier

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Un pionnier au Pays du thon Pedro Celso, vice-prsident de lAssociation de lindustrie thonire du Pacifique Debra PercivalSur les bus destination de RD Canneries, la conserverie de thon de Pedro Celso, Madang, on peut lire Tuna Country pays du thon. Cest bien un signe de limportance de ce secteur sur la cte nord de lle du Pacifique de la Papouasie Nouvelle Guine (PNG). Pedro Celso, le directeur gnral de RD Canneries, est n aux Philipinnes. Parti de rien, il a cr en 1995 cette entreprise qui emploie aujourdhui 3.500 personnes dont principalement des femmes. Il est galement le prsident de lAssociation de lindustrie thonire de PNG, viceprsident de lAssociation de lindustrie thonire du Pacifique et membre du Groupe de ngociation PNG/ Union europenne sur le nouvel Accord de partenariat conomique (APE). Avec dautres usines situes Lae et Wewak, le secteur de la conserverie thonire emploie prs de 10.000 personnes dans le pays. Un secteur qui pourrait encore se dvelopper grce lAPE intrimaire, laccord de libre-change conclu avec lUE. A ce jour, la PNG est le seul pays, avec les Fidji, avoir sign un APE intrimaire avec lUE. La PNG exporte essentiellement vers le Royaume-Uni, lAllemagne et les Pays-Bas. Je ne pense pas que ce secteur pourrait survivre sans le march de lUE, explique Pedro Celso. Les nouvelles rgles commerciales de lAPE autorisent en effet la PNG exporter son thon en bote en exemption de droits vers lUE, malgr son statut de pays revenu intermdiaire. Pedro Celso souligne quavec le changement du systme des rgles dorigine au titre de lAPE, le thon pch par des bateaux tawanais, corens, japonais, chinois, amricains ou par tout autre bateau dbarquant leurs prises en PNG, pourrait en fait tre trait et mis en conserve dans des usines de PNG et tre ensuite export, libre de droits, sur le march europen. Cette disposition encouragera, du moins en thorie, de nouveaux investissements dans le secteur du traitement et de la conserverie en Papouasie Nouvelle Guine. Mais selon des diplomates en poste en PNG, alors que ces nouvelles rgles sont mises en uvre depuis plus de deux ans, la part de la PNG dans les importations europennes de thon en bote demeure marginale, ne dpassant pas 14.000 tonnes environ sur les 400.000 tonnes importes au total par lUE. Et bien que le Parlement europen ait ratifi lAPE de la PNG, un petit nombre deurodputs continuent protester nergiquement contre laccs de la PNG au march europen. Une opposition particulirement vive du ct des dputs espagnols, dont le pays est galement spcialis dans la conserverie de poissons. Martin Dihm, lAmbassadeur de lUE en PNG explique : nous ralisons une tude approfondie afin didentifier limpact de cette disposition et esprons quelle garantira une transparence totale tout en contribuant convaincre les eurodputs encore sceptiques. Enfin, nous esprons que cela nous aidera voquer avec les gouvernements les problmes prvisibles. Ce que nous essayons, cest de prparer les filets de thon pour ensuite les exporter en Espagne et en Italie, o se fera la mise en conserve. Cette situation nous sera mutuellement bnfique, explique Pedro Celso, voquant les projets futurs du secteur dans son pays. Toutefois, il ne sattend pas une expansion considrable de lindustrie locale : A mon sens, il faudra bien dix ans pour que le secteur en PNG soit parfaitement consolid. Nous avons beaucoup de mal le dvelopper. Des difficults quil attribue en grande partie aux cots de production levs en PNG, notamment le cot de l'lectricit. M. Celso ajoute quil craint que lUE tende ses dispositions de librechange d'autres pays dots dun secteur de la conserverie du thon lors de prochaines ngociations dans le cadre de lOrganisation mondiale du commerce (OMC). N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 5Je ne pense pas que ce secteur pourrait survivre sans le march de lUEPedro Celso Association de l'industrie du thon du Pacifique

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6Le C urrier Sans Dtour Interview fait par H. Goutier et D. PercivalLe Courrier Comment voyez-vous le rle actuel de lAssemble parlementaire paritaire ? David Matongo Ce que jespre, cest que lentre en vigueur du trait sur lUnion europenne et llargissement de lUnion permettront lAPP de jouer dsormais un rle plus important. Le trait de Lisbonne a largi consid -rablement les pouvoirs de codcision du Parlement europen. Dornavant, le PE est appel jouer un rle plus important dans les changes et les poli -tiques commerciales et agricoles. Ses comptences plus tendues lui permet tront dinfluencer le texte final de tout accord de libre-change (ALE). Les ngociateurs europens seront tenus de remettre des rapports rguliers la Commission Commerce international du parlement. Le parlement pourrait ainsi savrer tre un alli potentiel en tenant compte des proccupations des ACP. Renforcer le partenariat ACP-UE pour faire face aux nouvelles vulnrabilits Entretien avec David Matongo co-prsident de lAssemble parlementaire paritaire ACP-UEAprs avoir occup pendant 24 ans les fonctions de prsident ou de directeur gnral, David Matongo est rest dans les affaires tout en se lanant dans la politique dans son pays natal, la Zambie. Il est aussi directeur ou membre du conseil dadministration de nombreux organismes locaux et internationaux. Enfin, il est diplm en gestion dentreprises duniversits de Zambie, dInde, des Pays-Bas et du Royaume-Uni. Dans un discours prononc le 16 mai lors de la runion de lAPP, Budapest, en Hongrie, il a voqu sans dtour les actuels points de friction entre les ACP et leurs partenaires europens.

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7 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 TC Les parlementaires de lUE et des ACP ont-ils eu grer des questions litigieuses lors de la der nire runion de lAPP ? DM Le principal point de friction concerne la ncessit ou non de renforcer les Accords de partenariat conomique (APE) entre les pays ACP et de lUE dans le cadre du Cycle de dveloppement de Doha (Organisation mondiale du commerce). A la base, les APE sont inacceptables pour une raison majeure. Ils ne sont assortis daucune aide au dveloppe -ment. Ainsi, lorsque des pays pauvres deviennent membres de lOMC ou dorganisations comme la COMESA, le march commun des Etats de lAfrique orientale et australe, nous voyons nous chapper les revenus provenant des droits de douane puisque nous ouvrons nos frontires, moins que nous puissions bnficier dun sou -tien pour amliorer la qualit de nos pro -duits et soutenir ainsi la concurrence avec les Etats membres, les pays occidentaux, ou encore lInde et la Chine. Chaque anne, les Etats-Unis et les pays occi -dentaux octroient la somme de 400 millions de dollars de subventions leurs agriculteurs. Mais lorsque nous subventionnons nos agri -culteurs pour leur permettre dexporter vers les Etats-Unis ou lEurope, lOMC nous dit quelle nest pas daccord. Comme vous le voyez, un APE non assorti dun programme de Doha pour le dveloppement, cest un peu comme une maison sans fondation. Nos parte naires doivent en prendre conscience. TC Quels sont selon vous les principaux dfis en matire de dveloppement pour les ACP ?DM Les APE. Les APE visent encourager et faciliter lintgration pro -gressive des pays ACP dans lconomie mondiale Les APE sont avant tout cen -ss tre des instruments au service du dveloppement, conus pour radiquer la pauvret dans les pays ACP. Jusqu prsent, peu dattention a t accorde au rle exact que les futurs accords com -merciaux UE-ACP, comme les APE, peuvent jouer dans la transformation structurelle des conomies ACP. De la mme faon, il convient dsormais de clarifier le lien entre lapproche de lUE dans le domaine des changes rgionaux et bilatraux avec les pays ACP et son approche dans le domaine des ngocia tions multilatrales. TC Quelle est finalement la raison dtre du Groupe des Etats ACP, en tant quentit? DM Je suis fermement convaincu que lunion fait la force des ACP tandis que leur dsunion les affaiblit. Le groupe des Etats ACP joue un rle extrmement prcieux dans le cadre de coopration Sud-Sud. La coopration au dveloppe -ment Sud-Sud reprsente une vritable rvolution par rapport la coopration Nord-Sud traditionnelle. Les nouveaux donateurs des conomies mergentes partagent les connaissances quils ont acquises travers leur propre exp -rience de coopration avec dautre pays en dveloppement. Et ensuite et cest l que sopre un changement fonda -mental par rapport la coopration traditionnelle ils sont non seulement lcoute mais ils apprennent aussi des partenaires des pays en dveloppe -ment. En tant leur coute, ils tentent de dcouvrir leurs besoins spcifiques en termes de dveloppement et consi -drent que les enseignements tirs de leurs partenaires reprsentent quelque chose de fondamentalement important pour leur propre dveloppement. Le rsultat ? Non seulement une solution efficace de rels problmes de dve -loppement mais galement un rel coup de pouce ltablissement de relations Sud-Sud durables. Le Secrtariat du Groupe ACP, qui reprsente 79 pays en dveloppement, pourrait tre bien plac pour devenir le centre de connaissances des initia -tives actuelles de coopration Sud-Sud. Lexprience des ACP en matire de coopration avec lUE une coopration unique et de longue date pourrait ga -lement offrir une plateforme dappren tissage et dchanges en vue dtendre la porte de la coopration au dvelop -pement Sud-Sud-UE et la dmultiplier. TC Le Groupe ACP songe dj son avenir aprs 2013. A Bruxelles, daucuns ont limpression que le groupe ACP a perdu de son importance. Quelles sont donc les perspectives futures du groupe ? LEurope et les pays des ACP vivent une histoire commune depuis la priode des empires coloniaux. Lorsque lAccord de Cotonou prendra fin (2000-2020), nous devrons tenter de dfinir une nouvelle forme de relations entre nos deux entits. Le trait de Lisbonne devrait dfinir une faon de prserver cette relation. Une relation dautant plus importante pour les ACP et lUE dans le contexte de lmergence des BRICS (Brsil, Russie, Inde le Chine et lAfrique du Sud). Nous sommes confronts de nouveaux dfis sans prcdent : un monde au sein duquel les dsquilibres conomiques lis la pauvret, laggravation des ingalits et des conditions climatique crent peu peu un redoutable tourbillon de chaos et de vulnrabilits pour les riches comme pour les pauvres. Le principal point de friction concerne la ncessit ou non de renforcer les Accords de partenariat conomique (APE) entre les pays ACP et de lUE dans le cadre du Cycle de dveloppement de Doha (Organisation mondiale du commerce) Un march en Zambie. Laide au commerce est essentielle ReportersDavid Matongo EP

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8Le C urrier Tour d'horizon Hegel GoutierLes Assises de la Coopration dcentralise organises au Comit des Rgions Bruxelles les 29 et 30 mars 2011 par cette institution et la Commission europenne ont dbouch sur des conclusions pra tiques susceptibles d'influencer la poli -tique de dveloppement de l'UE en pleine refonte, et ce dans le sens d'une plus grande dcentralisation de sa gestion. La runion avait t l'occasion de diverses manifestations parallles, notamment d'un dbat sous l'gide de PLATFORMA, association des auto -rits locales et rgionales UE pour le dveloppement dont le questionnement sur la politique de coopration dcen -tralise de la Commission europenne avait aliment les dbats et y avait trouv nombreux lments de rponse. Deux autres sminaires s'taient tenus en marge des Assises, un sur le thme "Stratgie UE-Afrique et son partenariat Acteurs de dveloppement du Nord et du Sud debout Aux Assises de la Coopration dcentralise Les dlgus africains aux Assises du Comit des Rgions CdR

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9 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 sur le changement climatique : dimen -sion local d'un dfi global"; et l'autre organis par Ter-Res Territoires respon -sables, "Le Territoire, pour partager du sens et r-articuler politiques, chelles et dynamiques de dveloppement". Le directeur gnral de la Direction gnrale du Dveloppement et de la Coopration EuropeAid (DEVCO), Fokion Fotiadis et le Secrtaire gnral du Comit des Rgions, Gerhard Stahl ont prsid la session d'ouverture des Assises le 29 mars 2011. M. Fotiadis s'est rjoui de ce que celles-ci aient lieu au moment de la prparation d'un cadre financier pluriannuel et de la restruc -turation de la politique de dveloppe -ment de l'UE. Alors que M. Stahl y avait vu l'occasion de faire passer sur ce dernier point, un message clair des autorits locales et rgionales 'ARL) la Commission et aux autres institutions europennes. A la session plnire du 30 mars, la pr -sidente du Comit des rgions, Mercedes Bresso a plaid auprs de la Commission pour un "renforcement de l'intgration des ARL dans les politiques de dvelop -pement" et a lanc un appel tous les acteurs du dveloppement qui devraient "cesser de travailler en solitaire ou de manire bilatrale, pour plutt s'inscrire dans des rseaux multi-secteurs et multi-niveaux dans le cadre d'une approche territoriale intgre". La vice-Prsidente du Parlement europen, Isabelle Durant a rappel que son institution soutient par des moyens financiers les villes et rgions engages dans la coopration dcentra lise, accroissant ainsi les capacits des ARL comme "acteurs incontournables pour raliser les Objectifs du millnaire pour le Dveloppement". L'intervention du commissaire de DEVCO, Andris Pielbags tait parti -culirement attendue car la Commission, apportait aux diffrentes sessions des Assises des informations sur l'tat d'avan -cement du "Dialogue structur" lanc en mars 2010 et plus particulirement sur les mcanismes qu'elle est en train de mettre en place pour que les ARL d'Europe et de ses partenaires soient le plus impliques dans sa politique de dveloppement. Il a fait sien le moto "penser global, agir local" pour rsu -mer son approche de la coopration dcentralise et a raffirm la volont de la Commission d'atteindre et mme dpasser les OMD car "lorsque les inves -tissements sont raliss aux niveaux local et rgional, les progrs vers les OMD sont plus rapides et plus durables elles peuvent soutenir les activits de produc -tion qui favorisent la cration d'emploi, encourager l'innovation, favoriser le dveloppement et les infrastructures." Tout en estimant qu'un effort doit tre apport sur l'amlioration de leurs capa -cits et que certaines solutions doivent encore tre trouves des questions rglementaires et financires. Parmi les questions de rglements et de finances voques par le commissaire UE, figure celle des appels projets sur laquelle le sminaire de PLATFORMA s'tait interrog, considrant que les ARL ne peuvent tre traites comme des ONG et que cette pratique pour leur financement tait inappropri. A l'atelier des Assises intitul "La pro -grammation et la mise en uvre de l'aide : le Dialogue structur, prsent et avenir", la Commission y a, sinon apport une rponse prmature ce stade de travail, du moins analys les diffrentes modalits possibles avec leurs avantages et leurs inconvnients, cadrant le dbat et ouvrant la voie une solution de consensus. Au nom de la Commission taient intervenus le Directeur des op -rations thmatiques DEVCO, Aristotelis Bouratsis et Georgios Pantoulis.Les quatre autres ateliers des Assises portaient sur les thmes "L'approche territoriale du dveloppement et la gou -vernance multi-niveaux", "Autorits rgionales et locales et dveloppement durable", "Le dfi des ARL pour la crois -sance inclusive" et "L'apport des auto -rits rgionales et locales la scurit alimentaire". Lassociation PLATFORMA www.platforma-dev.eu qui se veut la voix des autorits locales et rgionales de lUE pour le dveloppement, rayonne bien au-del des frontires de lUnion, car elle a tabli des passerelles avec toutes les rgions du monde conomiquement pauvres afin que les ARL de pays dona -teurs et bnficiaires de laide publique participent sa conception et sa mise en uvre et disposent l-dessus dun droit de contrle. A lintrieur de lUnion europenne, lassociation est de plus en plus consul -te par les organes de dcision et elle alimente leurs dbats. Ainsi avait-elle dfendu une approche par acteurs et une division du travail dans la politique de dveloppement de lUE telle quelle devait tre dfinie dans le Livre vert de la Commission inspir du Trait de Lisbonne. Et cest cette approche qui avait t retenue. Un autre exemple est le rapport de Pierre Schapira, alors maire-adjoint de Paris, en faveur dun rle actif des ARL dans la politique de dveloppe -ment europenne, qui avait t adopt tel quel par le Parlement europen.Platforma plaide actuellement, entre autres, pour une politique de dvelop -pement fort impact dont les lignes conductrices doivent tre lexigence de bonne gouvernance lchelle inter -nationale, la coordination de la gou -vernance locale avec laide publique en gnral et avec lappui budgtaire. Cette politique pour PLATFORMA, devrait aussi intgrer lagriculture et la scurit alimentaire, et tre au service dun dve -loppement et dune croissance durables. PLATFORMAPour le Dveloppement. La voix de lEurope profondePierre Shapira Reporters

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10Le C urrier Anna PattonLes fondations prives sont en train de devenir des acteurs cls du dveloppement inter -national : pour la premire fois cette anne, le Comit daide au dve loppement (CAD) de lOCDE reprend les fonds de la Fondation Bill & Melinda Gates dans ses donnes mondiales sur laide. En 2009, les dons de la Fondation Gates la plus grande fondation pri ve du monde en faveur de la sant mondiale navait t dpasss que par ceux du gouvernement amricain et du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, un partenariat public-priv. Bill Gates, le deuxime homme le plus riche du monde, a expliqu aux dputs europens que les contributions prives ne remplaceraient pas laide publique, mais quelles pouvaient tre maximi -ses. Une tendance qui serait particu -lirement la bienvenue en ces temps o beaucoup de gouvernements nationaux diminuent leurs dpenses consacres laide les Pays-Bas, lAutriche, lEs pagne, lItalie et lIrlande ont dores et dj annonc des rductions. Toutefois, les donateurs privs ne se limitent pas verser de largent. Lanne passe, les participants un forum sur la poli -tique de dveloppement Bruxelles ont convenu quils pouvaient apporter des ides nouvelles et une approche plus flexible que celles des structures gouvernementales. Lefficacit de laide et la coordination des projets sont galement cruciales pour la Commission europenne. Cest la raison pour laquelle, a dclar M. Barroso, nous collaborons plus troite -Bill Gates prsente Living Proof1, la preuve vivante que laide fonctionnement avec le secteur priv et les grandes fondations telles que la Fondation Gates. La runion de Strasbourg a donn lieu une srie daccords de coopration dans les domaines de lagri -culture et de la scurit alimentaire (y compris le dveloppement de couloirs agricoles pour des chanes dapprovi -sionnement plus efficaces) ainsi que de la sant publique (y compris la recherche de vaccins). Dans ces deux secteurs, a expliqu un porte-parole de la Commission, la vision thmatique, lexpertise du secteur priv et lorienta -tion vers les rsultats de la Fondation sont considrs comme particulire ment utiles.Les eurodputs ont interrog Bill Gates son investissement en faveur des organismes gntiquement modifis, pratique quil a dfendue en expliquant investir dans toutes les technologies qui permettent dviter la faim. Par le pass, la Fondation Gates a galement t accuse de manquer de transparence et de saccaparer les ressources dautres importants services de sant.1 Linitiative Living Proof de la Fondation Bill and Melinda Gates et de ONE, est une vitrine des incroyables progrs raliss dans le domaine du dveloppement et une clbration des personnes remarquables qui les accomplissent. A loccasion de sa visite au Parlement europen Strasbourg, en France, au dbut davril, le directeur de Microsoft et philanthrope Bill Gates a appel une augmentation de laide au dveloppement et une meilleure reconnaissance de son impact. Bill Gates a galement rencontr le Prsident de la Commission euro-penne, Jos Manuel Barroso, pour discuter de la coopration entre la Commission et la Fondation Gates.La Fondation Bill and Melinda GatesDepuis sa cration en 1994, la Fonda -tion Bill and Melinda Gates a fait don de plus de 24 milliards de dollars au total. Rien quen 2010, elle a fait don de 2,6 milliards de dollars. Active dans plus de 100 pays, la majorit de ses fonds va la sant mondiale, en particulier aux vac -cins et la sant des enfants. Ses autres principaux programmes concernent le dveloppement mondial (y compris les services financiers, lagriculture et leau et lassainissement) et lducation aux Etats-Unis. La Fondation mne en outre des activits de tmoignage et de sensi -bilisation dans chacun des ces domaines. www.gatesfoundation.org http://one.org/livingproof/fr/ Bill Gates REPORTERS/ Jacques Brinon Alassane Ouattara Reporters/Rebecca Blackwell

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11 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 A son investiture comme prsident de la Cte divoire le samedi 21 mai 2011 Yamoussoukro, capi -tale politique de la Cte dIvoire, Alassane Ouattara a martel le terme du rassemblement des Ivoiriens, en attendant la rconciliation entre ennemis politiques qui ne surviendra quaprs que justice soit faite. La proclamation officielle des rsul -tats ntait intervenue que le 5 mai, six mois aprs les lections, priode marque par une rpression conduite par larme et les partisans de lancien prsident Laurent Gbagbo et une quasi-guerre civile. Le lieu choisi pour linvestiture est sym bolique, la Fondation Flix Houphout-Le nouveau prsident hatien, Michel Martelly, lu le 20 mars, a t investi le samedi 14 mai. La passation trs courtoise du pou -voir entre lancien prsident, Ren Prval, et le nouveau est un signe peru plutt comme positif, de mme que la partici -pation dun grand nombre de membres de lAssemble nationale dans laquelle Martelly ne compte que trois dputs et avec laquelle il devra ngocier. Les pre -mires intentions et mesures annonces, comme la dsignation dun homme daf faire, Daniel-Grard Rouzier, non-politi -cien, comme premier ministre qui reste tre confirme par le Parlement au moment de mettre sous presse semblent plutt bien reues notamment par les bailleurs de fonds. Malgr les stigmates du tremblement de terre de janvier 2010 qui dfigurent encore Port-au-Prince, la ville stait faite un tant soit peu une beaut pour recevoir les htes de marque, parmi lesquels une dizaine de chefs dEtat venus assister linvesti -Boigny pour la recherche de la paix Yamoussoukro, fief dHenri Konan Bdi, qui avait donn, aprs son limination au premier tour des lections, une consigne de vote respecte par ses partisans, en faveur de Ouattara.A aussi particip la crmonie une dlga -tion de proches de Gbagbo. La crmonie tait aussi loccasion du rassemblement de prs dune vingtaine de chefs dEtat, surtout de lAfrique de lOuest. Runis, et ceux qui taient derrire Ouattara, comme Blaise Compaor du Burkina ou Abdoulaye Wade du Sngal, et ceux qui dfendaient Gbagbo, comme John Atta-Mills du Ghana. H.G. ture dun chef dEtat lu une majorit crasante (67,57%), dont la lgitimit nest un peu fragilise que par le faible taux de participation aux lections (25%). Le discours dinvestiture de Martelly sest voulu un pari sur le volontarisme et la fiert de ses compatriotes, proclamant quil en tait assez de la priode dhumiliation pour Hati, quil est venu le temps du travail et de la scurit pour tous. Et de la justice pour les promoteurs de dsordre : le prsident a dclar la guerre aux gangs arms, auteurs de kidnappings contre ranons. Le peuple stait rassembl en nombre dans un car -naval improvis pour suivre sur des crans la crmonie dinvestiture, dont il a rat lessentiel, cause dune panne gnrale dlectricit qui ne pouvait que rappeler au nouveau prsident la lourdeur de la charge sur ses paules.Six jours aprs son investiture, Martelly a lanc la phase dexcution dune de ses promesses, partir du 15 juin prochain, un Fonds de lEducation destin la scola -risation de 500.000 enfants, financ par un prlvement de 5 cents sur chaque appel tlphonique entre Hati et ltranger. H.G. Nouveau prsident de Cte divoire, Alassane Ouattara Prsident Michel Martelly, HatiLe rassemblement en attendant la rconciliation Un dmarrage habile Alassane Ouattara Reporters/Rebecca Blackwell Michel Martelly accompagn de son pouse Sophia et de leurs enfants lors de sa crmonie dinvestiture Reporters/ Brennan Linsley

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12Le C urrier Tel est le thme dun impor -tant forum sur les petites et moyennes entreprises (PME) qui sest tenu Lisbonne, au Portugal, les 6 et 7 juin 2011. Cette confrence tait organise conjoin tement par la Banque africaine de dveloppement (BAD) et lEMRC1, une association internationale base Bruxelles qui a pour mission de promou -voir les partenariats publics et privs avec le secteur priv africain.Le forum de Lisbonne entendait mettre en avant les difficults spci -fiques rencontres par les PME afri -caines, confrontes en permanence un manque dinvestissement et dont les besoins en financement se situent entre 40.000 et 1 million de dollars. Ces PME ne bnficient daucun soutien en termes de micro-financement ou de financement dentreprise. Une nouvelle tendance se fait jour heu -reusement du ct des institutions finan -cires, savoir la volont de dvelopper des partenariats avec des PME africaines par le biais de mthodes de crdit inno -vantes. Une tendance que soutient la BAD, coorganisatrice du forum de Lisbonne. La BAD et les gouvernements espagnol et danois ont ainsi rcemment mis en place un fonds de garantie pour lAfrique en vue dun partage du risque avec les banques dsireuses de travailler avec des PME africaines. Le forum a offert des possibilits de rflexion des acteurs conomiques (banquiers, investisseurs, PDG, experts et politiciens) dAfrique et dautres par -ties du monde, actifs sur le march des PME. Il a galement permis dpin gler des bonnes pratiques africaines concernant les modles de finance -ment et les mcanismes de soutien non financiers. Le forum de Lisbonne a eu lieu un moment cl pour lAfrique, alors que lconomie du continent est reste relativement dynamique et attrayante pour les investisseurs mal -gr la crise conomique mondiale. H.G. 1 Cr en 1992 Bruxelles, EMRC est une association internationale but non lucratif constitue dun rseau dentrepreneurs, dorganismes financiers, de consultants et de fonctionnaires bass dans le monde entier. Il a pour mission de promouvoir et de prenni ser le dveloppement conomique du secteur priv en Afrique et de stimuler le change ment rgional par le biais de partenariats. Lisbonne, les 6 et 7 juin 2011Forum BAD-EMRC sur les PME : Renforcer le chanon manquant en AfriqueLes Samoa, nation insulaire du Sud du Pacifique, vont sauter un jour afin de rduire leur dcalage horaire avec lAus -tralie et la Nouvelle-Zlande. Ce saut dans le temps devrait donner un coup de pouce lconomie. Aujourdhui, il est 21 heures de moins aux Samoa qu Sydney, mais partir du 29 dcembre, le pays sera en avance de trois heures sur son partenaire commercial.Ce nest pas la premire fois que ce pays change de fuseau horaire il lavait dj fait il y a 120 ans, pour faciliter les changes commerciaux avec lEurope et les Etats-Unis. Mais depuis, les choses ont chang et lAustralie et la Nouvelle-Zlande sont devenus les principaux partenaires commerciaux des Samoa. Le Premier ministre samoan, Tuilaepa Sailele Malielegaoi, a expliqu, propos de ce changement : Avec les fuseaux horaire actuels, nous perdons deux jours ouvrs par semaine, ce qui nuit aux changes avec la Nouvelle-Zlande et lAustralie.Les Samoa se situent mi-distance envi -ron entre la Nouvelle-Zlande et Hawa. Elles comptent 180.000 habitants. M.M.B. Les Samoa changent de fuseau horaire Gregorie Desmons

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13 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 Ils sont actuellement 48 pays 33 en Afrique, 14 en Asie, plus Hati remplir les conditions pour faire partie du groupe des pays les moins avancs: un revenu annuel par habitant infrieur 745 dollars, une grande vuln -rabilit conomique et un retard marqu dans le dveloppement humain (sant, nutrition, scolarisation). Un statut qui leur permet, notamment, d'avoir accs au trai -tement prfrentiel instaur en 2011 par l'Union europenne, l'Initiative 'Tout sauf les Armes', qui prvoit le libre accs au march europen des produits des PMA l'exception des armes et des munitions. Paradoxe: alors qu'une majorit des 9.000 participants la confrence dressait un constat accablant des maigres actions entreprises au cours de la dcennie coule depuis la dernire confrence sur les PMA organise en 2001 Bruxelles, Cheick Sidi Diarra, le HautReprsentant des Nations Unies pour les PMA, de mme que pour les pays en dve -loppement sans littoral et les petits Etats insulaires en dveloppement (PEID), annonait la sortie prochaine de trois les du Pacifique du groupe des PMA. Capital humainSamoa, Tuvalu et Vanuata devraient rem -plir les conditions pour sortir du groupe d'ici trois cinq ans, a dclar le Haut reprsentant Istanbul. Trois autres pays la Guine Equatoriale, l'Angola et Timor-Leste devraient suivre. Ces pays, a dclar Cheick Sidi Diarra, sont encore faibles en terme de dveloppe -ment de capital humain, bien que leur revenu annuel dpasse la limite fixe par les Nations Unies pour faire partie du groupe des PMA mais, selon lui, ces pays devraient tre en mesure de dpasser l'indice de dveloppement humain d'ici 2020 si le plan d'action adopt Istanbul est relle -ment mis en oeuvre. Deux autres pays, le Bangladesh et le Npal, devraient gale ment tre en mesure de quitter le groupe d'ici 10 ans.Cheick Sidi Diarra a tenu particulirement saluer la prsence, dans le Programme daction, dun certain nombre dlments nouveaux que ne mentionnait pas le Programme daction de Bruxelles .Il a notamment cit le consensus qui a merg sur la ncessit de mettre en place une banque technologique et des mcanis -mes dinnovation pour permettre aux PMA de sapproprier les opportunits de dveloppement qui dcoulent de laccs aux nouvelles technologies. M. Cheick Sidi Diarra a galement salu la dcision dappuyer la cration dentreprises inter venant dans le domaine des innovations, et de rapprovisionner le Fonds pour ladaptation des PMA aux changements climatiques.En matire daide publique au dveloppe -ment peine 0,1% du produit national brut des bailleurs de fonds pour linstant lobjectif est datteindre entre 0,15 et 0,20 % en 2020. Si ce plan est appliqu, il changera la vie des populations des pays les moins avancs a comment Jarmo Viinanen, ambassadeur de Finlande aux Nations Unies et prsident du comit de prparation de la confrence. M.M.B. Maigres avances pour les pays pauvresLa 4 confrence des Nations-Unies sur les Pays les moins avancs (PMA) s'est clture le 13 mai Istanbul par un nou-veau Programme d'action dcennal qui fixe pour objectif de diviser par deux le nombre de PMA d'ici 2010. Si ce plan est appliqu, il changera la vie des populations des pays les moins avancsCheick Sidi Diarra lors de a 4e Confrence des Nations unies sur les pays les moins avancs (PMA) Istanbul le 9 mai 2011 AP/Reporters/Burhan Ozbilici

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14Le C urrier Marie-Martine BuckensRenouveler les services dextension et de conseil et renforcer les liens avec dautres acteurs savre essentiel pour lavenir des moyens de subsistance ali -mentaires et agricoles. Tel est lavis du CTA Centre de coo -pration agricole et rurale une institution ACP-UE active dans le domaine de linformation au service du dvelop pement. Mais com -ment innover au mieux pour rtablir la confiance et faci -liter lapprentissage dune manire rentable ? La croissance explosive de la tlphonie mobile offre de nouvelles pistes passionnantes pour lchange de connaissances, constate Ibrahim Tiemongo, expert auprs du CTA. En 2004, lONG camerounaise Services dAppui aux Initiatives Locales de Dveloppement (SAILD) a mis au point le service Allo Ingnieur. Ce service permet aux agriculteurs davoir accs aux ser -vices techniques dexperts agricoles, en appelant simplement un numro de tlphone. Dautres initiatives ont vu le jour dans divers pays ACP, par exemple en Jamaque o la RADA ( Rural Agricultural Development Autority Autorit de dveloppement agricole rural) a ouvert un guichet unique qui propose des services de conseil aux entreprises et des services dinforma -tions techniques et de marketing. Ce guichet a galement pour mission de faciliter les investissements. Le systme dinformation pour le secteur agricole (ABIS) fournit des informations sur la production, les marchs et les acteurs. Dans ltat de Kano, au Nigeria, des programmes radio diffusent des informations sur lextension, poursuit Ibrahim Tiemgogo. Quant au WOFAN ( Women Farmers Advancement Network Rseau de promotion des agricultrices), il forme ou sensibilise dans un premier temps des groupes de femmes, de jeunes et dagriculteurs. Lorsque des probl -matiques importantes surgissent, le WOFAN contacte des personnes-res -sources de luniversit de Bayero, ainsi que des agences dextension agricole. Lide est dassurer le soutien technique et dorganiser des sances de questions-rponses afin denrichir le contenu des programmes. La situation a beaucoup volu, explique Judith Francis, experte auprs du CTA. Les gouvernements et la com -munaut internationale se sont engags mettre en place un environnement propice au dveloppement agricole et rural. Cest dans ce contexte que le CTA et ses partenaires nationaux, rgionaux et internationaux organisent une conf -rence intitule Innovations dans les ser -vices dextension et de conseil : intgrer les connaissances dans les politiques et les actions pour garantir les moyens de subsistance. Cette confrence est organise Nairobi, au Kenya, du 15 au 18 novembre. Lobjectif est d'exploiter pleinement cet espace politique. M.M.B. Pour en savoir plus, consultez www.cta.int Des services innovants pour rpondre aux besoins des agriculteursLes petits exploitants, surtout dans les communauts rurales recules et pauvres en ressources des pays ACP, ne bnficient pas de services adapts en matire de conseil et dextension (application de la recherche scientifique et des nouvelles connaissances aux pratiques agricoles). Les technologies de linformation et de la communication (TIC) peuvent toutefois contribuer pallier cette lacune. Loc Gaume

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15 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 Treize bateaux europens sup -plmentaires auront accs aux eaux comoriennes en change du soutien financier de lUnion europenne au dveloppe -ment dinfrastructures portuaires. Tel est en substance le nouveau protocole de lAccord de partenariat dans le sec -teur de la pche (APP) sign par lUE avec les Comores, adopt le 6 avril par le Parlement europen. Nous ne nous contentons pas dchanger du poisson contre de largent. Nous ten -dons les principes dune pche durable et responsable, a dclar le dput euro -pen Luis Manuel Capoulas Santos. Conclu en 2006, cet accord, qui court dsormais jusque fin 2013, autorise 45 thoniers senneurs et 25 palangriers de surface soit 70 navires, contre 57 auparavant , pour lessentiel originaires de France et dEspagne, mais aussi du Portugal et dItalie, pcher le thon alba -core et listao dans les eaux comoriennes. Lutte contre la piraterieEn change, lUE prvoit dallouer annuellement 300.000 euros suppl -mentaires afin daider la construction dinfrastructures aux Comores. Des infra -structures qui serviront aussi les intrts des bateaux europens qui, faute de ports adapts, sont aujourdhui contraints de dbarquer leurs captures aux Seychelles, sexposant la piraterie dans lOcan indien. Les eurodputs se sont par ailleurs plaints lors des dbats dtre mal informs lors de la ngociation des accords de par -tenariat. Franois Alfonsi (Verts/ALE, France), au nom de la commission des budgets, a interpell la Commissaire la Pche Maria Damanaki : Le vote du Parlement europen perd de son sens sil est postrieur la signature de laccord. Les eurodputs devraient lavenir pou -voir se prononcer en amont. M.M.B. Peu de temps aprs le feu vert du Parlement europen au nouvel accord de pche entre lUE et les Comores le 6 avril, une dlgation de pcheurs dAfrique de lOuest, emmene par lONG Greenpeace, a tmoign le 14 avril devant les eurodputs et la Commissaire europenne en charge de la Pche, Maria Damanaki, de la menace que reprsente lafflux massif de bateaux europens dans leurs eaux. Spectre de surpche europenne dans les eaux africainesSurpche ou comment lAfrique nourrit lEurope ?Les flottes europennes pillent les eaux de lAfrique de lOuest, accuse Green -peace qui, le 14 avril dernier a remis aux eurodputs les rsultats de trois missions de son bateau Artic Sunrise le long des ctes du Sngal et de la Mau ritanie, o 126 grands bateaux de pche ont t relevs, 61 originaires de lUE, dont 12 de plus de 100 mtres de long. Trois pcheurs, originaires de Mauritanie, du Sngal et du Cap Vert, accompa -gnaient la dlgation et ont expliqu quils devaient saventurer de plus en plus loin en mer, au pril de leur propre vie, pour pcher en suffisance. Les bateaux europens les plus imposants et les plus nocifs pchent dans les pays les plus pauvres du monde, qui ne reoivent que trs peu de compensation. Les petits pcheurs africains, qui voient leurs prises et leur scurit alimentaire diminuer, ne bnficient pas du tout de largent vers par lEurope aux autorits africaines, a dclar Jonas Hulsens, responsable Pche Greenpeace Belgique. Au moment o lUE revoit sa Politique commune des pches, Greenpeace plaide pour une rduction dras -tique de la flotte et pour des mthodes de pche plus durables, dans les eaux euro pennes et en-dehors de celles-ci. Campagne de Greenpeace contre la pche illicite prs des ctes ouest de lAfrique Reporters

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16Le C urrier Dossier Marie-Martine Buckens Devant la multiplication des guerres dans certaines rgions du groupe ACP, rduisant souvent nant leurs efforts de dveloppement, la prvention des conflits a t reconnue comme une pri-orit dans les accords de coopration signs Cotonou en 2000 entre les pays dAfrique, Carabes et Pacifique et leur principal partenaire, lUnion euro-penne. Des dispositions qui ont pris une ampleur singulire avec lentre en vigueur, le 1er dcembre 2010, du Service europen pour laction extrieure. La monte en puissance du partenariat stratgique entre lUE et lUnion afric-aine (UA) a t galement dcisive dans la dcision de cette dernire de mettre en place une Architecture de paix et de scurit, dont la retombe oprationnelle majeure est la mise en place, dici trois ans, de la Force africaine en attente (FAA). Dautres acteurs denvergure participent ces interventions de mission de paix. A commencer par les Nations Unies, dont les missions en Afrique sont, et de loin, les plus nombreuses par rap-port au reste du monde. Les Etats-Unis aussi qui, dans les Carabes notamment, collaborent avec certains Etats membres de lUE, soutenus par des fonds du Fonds europen de dveloppement, pour lutter contre les narcotrafiquants. En rgle gnrale, les actions multilat-rales sont lordre du jour aujourdhui, que ce soit pour rhabiliter des forces armes sous payes ou mal payes, comme le rappelle la mutinerie des forces armes du Burkina Faso fin mars, ou pour tenter de pacifier des rgions, comme lEst de la Rpublique Dmocratique du Congo. Sagissant de lUE, leuropanisation des interventions de scurit et de dfense dans les pays ACP, en Afrique tout particu-lirement, et ce par le biais de sa Politique trangre et de scurit commune (PESC) et de sa Politique europenne de scurit et de dfense (PESD) ne se fait pas sans grincements de dents dans les capitales europennes. Mais aujourdhui, celles-ci, surtout les anciennes puissances coloni-ales, semblent peu ou prou se rassembler sous la bannire toile.De la coopration conomique la prvention des conflits Gregorie Desmons

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17 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 LAfrique reprsente par excellence le terrain de vali -dation des procdures de la Politique europenne de scurit et de dfense. Cest ce quaffirme Niagal Bagayoko-Penone, spcialise en Scurit et Dveloppement lIns -titute for development studies (IDS) de lUniversit de Sussex au Royaume-Uni.Tout a commenc avec lopration Artmis, la premire intervention de lUE au-del de son voisinage imm -diat. Mene du 12 juin au 1er septembre 2003 Bunia, dans la rgion de lIturi en Rpublique Dmocratique du Congo et proche de lOuganda, thtre de vio -lents affrontements, cette opration a vu la participation de 17 pays euro -pens assists du Brsil, du Canada et de lAfrique du sud et lengagement de 2000 hommes. Elle fut ensuite relaye par la Monuc, la Mission des Nations Unies en RDC. Cette opration, estime Niagal Bagayoko-Penone, apparat comme une validation des procdures et des moyens de la Politique europenne de scurit et de dfense (PESD) qui a pu tre mene de faon autonome sans recourir aux moyens de lOTAN. Autre point relever : le fait quArtmis ait t au dpart une opration largement franaise, par la suite europanise, la France jouant alors le rle de nation-cadre, concept qui sera repris par la suite dans dautres projets ou programmes de la PESD. Faisant longtemps cavalier seul dans des oprations souvent juges dinspirations no-coloniales, la France, explique la chercheuse de lIDS, en qute de lgitimation par lONU, a accept de sorienter vers un cadre davantage mul tilatral. Par la suite, ce sera le Darfour, au Soudan, qui reprsentera le terrain majeur dintervention de la PESD, ter rain o lUE soutient cette fois lopra -tion de maintien de la paix mene par lUnion africaine. Ces missions militaires sont par ailleurs soutenues par des programmes civils multiples allant de lappui aux autorits nationales pour la rforme de son secteur de scurit comprenant la police et son interaction avec la justice comme cest le cas en RD Congo dans le cadre de la mission Eupol, ou de lassistance la rforme du secteur de la dfense, comme la mission Eusec, toujours en RDC.Toutes sappuient sur une myriade dins -truments juridiques et de plans daction Le test africainSoutenir la paix en AfriqueEn 2004, lUE et lUA lancent la Faci -lit de soutien la paix (APF). Loin de linterventionnisme occidental, de rigu -eur depuis la fin des colonies, la Facilit repose sur le principe de lappropriation africaine. Elle appuie les oprations de maintien de la paix conduites par les pays africains en Afrique ainsi que le renforcement des capacits de la struc -ture de scurit naissante de lUA. Ces oprations sont lances et mises en uvre par les organisations de lUA et/ ou les organisations sous-rgionales. LUE a allou 740 millions deuros de -puis la cration de la Facilit, dont le champ dactivit sest largi en 2007 pour couvrir la prvention des crises et la stabilisation post-conflit, et accl -rer les processus de coordination et de dcision. Lessentiel des fonds soit 600 millions a t affect aux opra -tions de soutien la paix. La mission de lUA au Darfour/Soudan (Amis) est la premire avoir reu un financement, suivie par la mission de scurisation des lections aux Comores (Amisec). Outre ces deux missions, accomplies, deux missions sont en cours : la mission de lUA en Somalie (Amisom) (sur cette dernire mission, lire larticle spar), et la mission de consolidation de la paix en Rpublique Centrafricaine (Micopax). Cette dernire mission est depuis juillet 2008 sous la responsabilit de la Com -munaut conomique des Etats dAfrique centrale (CEEAC). Elle succde lop -ration Fomuc lance en octobre 2002 par une dcision de la Communaut conomique et montaire de lAfrique centrale (CEMAC). Hlicoptre des Nations Unies Juba, Sud Soudan, Mars 2011 Marie-Martine Buckens

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18Le C urrier europens. Parmi eux, lAccord de par -tenariat de Cotonou qui lie lUE aux pays ACP. Sign en 2000 pour 20 ans, cet accord dispose en son article 11 que lUE mettra des moyens disposition de ses partenaires pour prvenir, grer et rsoudre les conflits arms et leurs cons -quences. Sagissant de lAfrique, et en vertu de la Stratgie UE-Afrique signe en 2007, outre la diplomatie prventive, lUE peut aider lAfrique organiser la gestion militaire de ses conflits et leur rsolution pacifique, y compris en offrant un soutien institutionnel aux organisa tions rgionales. Ainsi la Communaut conomique des Etats dAfrique de lOuest, la Cedeao, bnficie depuis le 9e Fonds europen de dveloppement dun soutien financier son mcanisme de pr -vention et de rglement des crises. M.M.B. Des armes africaines pour les AfricainsFini linterventionnisme, lheure est pr sent au soutien logistique. Ce qui nexclut pas des interventions multilatrales, trs souvent sous lgide des Nations Unies. La formation de militaires dans les domaines de la scurit, du dminage ou du maintien de la paix, est lordre du jour. Programme phare, le Renforcement des capacits africaines de maintien de la paix, Recamp, initiative fran -aise lance en 1998 pour renforcer lefficacit des militaires sur le terrain, a t reprise dans le giron europen. Euro Recamp regroupe aujourdhui une quarantaine de partenaires africains, europens et non europens. Une FAA en attenteAutre initiative, le cycle Amani Africa (Paix en Afrique en swahili) de forma -tion et dvaluation des responsables tant militaires que civils africains. Lanc en 2008, le programme prvoit des activits militaires et civiles conjointes dans le but dentraner les responsables africains planifier la gestion des crises. Lobjectif dAmani Africa est daider lUnion africaine mettre en place la Force africaine en attente (FAA) par la formation et lvaluation des dcideurs africains. En 2005, le Conseil de paix et de scurit de lUA mettait en place lArchitecture afri -caine de paix et de scurit (APSA). Cette architecture inclut une composante embl -matique, la Force africaine en attente (FAA) appele se dployer rapidement en cas de crise majeure sur le continent africain. Amani Africa est prcisment appel doter la FAA des capacits ncessaires. En raison de nombreux retards, la FAA, qui devait voir le jour en 2010, ne devrait pas tre effective avant 2015. Au moment o le Courrier allait sous presse, une nouvelle feuille de route devait tre avalise par les ministres de la Dfense fin mai 2011. Casques verts et Casques bleus Cest sur le continent africain que prs des deux tiers des quelque 110.000 Casques bleus des Nations Unies sont dploys, dont prs dun tiers sont africains. Sans compter la participation des soldats afri -cains aux organisations rgionales ou continentales. Cest ainsi quon retrouve les casques verts de lUA au Soudan dans la rgion du Darfour la Minuad ou en Somalie au sein de lAmisom (lire Box spar). Gregorie Desmons

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19 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 Il convient tout d'abord, explique Georges-Henri Bricet des Vallons, chercheur l'Institut franais Choiseul, et auteur d' Irak, terre mercenaire de distinguer entre les entre -prises prives qui assurent la scurit des expatris, et celles qui un Etat dcid d'externaliser une partie de ses activits militaires, en majorit menes l'tranger. Ces 'vraies' SMP (socits mili -taires prives) se comptent en ralit sur les doigts d'une main car, estime l'expert franais, trs rares sont celles capables d'agir sur tout le spectre oprationnel: c'est le cas de Blackwater/Xe, de Dyncorp et et d'Aegis, qui forment le top 3 de l'industrie anglosaxonne Ce sont ces entreprises, et d'autres, qui ont remplac en nombre et dans la plupart de leur fonction de soutien, les formes armes des Etats-Unis lors de la guerre en Irak, une transformation sans prcdent dans la conduite de la guerre, estime encore le Franais. Une mme tendance qui se dessine, plus timidement, du ct europen. Si la France hsite encore externaliser certaines de ses oprations militaires, l'Espagne, pour -suit Georges-Henri Bricet des Vallons, pourtant loin du statut de puissance mili -taire europenne, a trs pragmatiquement fait le choix de recourir au service du priv pour contrer la menace pirate. De mme, poursuit-il, l'Allemange recoure actuel lement en tout discrtion aux services de la firme Assgaard Security pour former la colonne vertbrale d'une future arme somalienne pour le compte du gouvern -ment de transition .Faut-il s'inquiter de l'mergence de ce nouveau type de mercenariat? Aujourd'hui, souligne-t-il, aucune socit prive ne revendique de rle combattant, mme si certaines franchissent parfois la ligne rouge, dans la mesure o la fruste ralit de la guerre fait souvent clater les frontires entre le dfensif et l'offensif Inquitudes onusiennesL'actualit en Libye ou en Cte d'Ivoire a ramne la question du mercenariat la une de l'actualit. Runi le 8 avril dernier Genve, le Groupe de travail de l'ONU sur l'utilisation des mercenaires, s'est dit particulirement proccup des derniers dveloppement scuriataires, notamment en Cte d'Ivoire. Le prsident du Groupe, Jos Luis Gomez del Prado, a affirm que la question des mercenaires est toujo -urs l. Ils sont utiliss comme un moyen d'empcher l'exercice du droit des peuples l'autodtermination Ce dernier a exhort les Etats membres ratifier la Convention internationa de 1989 contre le recrutement, l'utilisation, le financement et l'instruction de merce naires. Le Groupe de travail a galement discut de projet de Convention interna -tionale sur les socits prives de scu -rit. Une nouvelle rencontre a eu lieu fin mai Genve afin de tenter de crer un cadre rglementaire sur cette question. De leurs cts, une soixantaine d'entreprises de scurit ont sign le 9 novembre 2010 Genve un code de conduite. M.M.B. Aucune socit prive ne revendique de rle combattant, mme si certaines franchissent parfois la ligne rougeLes nouveaux mercenairesLe recours au service du priv pour assurer la scurit s'tend comme un tache d'huile dans le monde. En particu-lier dans les pays dits risque', et ils sont relativements nombreux en Afrique, aux Carabes ou, comme en Papouasie Nouvelle Guine, dans le Pacifique. Et la frontire entre leur rle 'dfensif' ou 'offensif' devient, dans certains cas, de plus en plus tnue. Une Convention inter -nationale pour rglementer le secteur est en gestation. AP Photo/Khalid Mohammed

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20Le C urrier Nicolas Gros-Verheyde*Pour lUE, cest effectivement une premire : former directe -ment des lments dune arme africaine. Jamais auparavant elle ne stait engage aussi loin dans la coo pration militaire. Il ne sagit pas l, en effet, comme au Congo ou en Guine Bissau, daider un gouvernement pla -nifier et mettre en vigueur une rforme des services de scurit (SSR) ou daider au dsarmement des milices. La mission EUTM (*) Somalia a pour objectif de former environ 2.000 hommes prts combattre pour assurer la stabilit de la Somalie. Objectif presque atteint. Un pre -mier bataillon denviron 800 hommes et quelques dizaines dofficiers juniors a t constitu et est retourn sur le terrain la fin de lanne dernire. Le second termine sa formation cet t. Les deux bataillons permettront lAMISOM la force de paix de lUnion africaine dploye en Somalie, essentiellement constitue dOugandais et de Burundais de bnficier ainsi dun apport non ngligeable sur le terrain. Plusieurs pays impliqusAutre originalit, cette mission est mene en troite coopration avec les Amricains, lUnion africaine et lOu ganda. Les stagiaires sont slectionns en Somalie par les forces du gouver -nement transitoire de Somalie et de lAMISOM, aids des Amricains, puis transports vers lOuganda, o ils sont convoys jusquau camp de Bihanga louest du pays par les Ougandais. La formation est ensuite dispense par les Ougandais et les Europens, durant 5-6 mois. Europens et Africains forment la nouvelle arme somalienne, une premire Dploys depuis un an en Ouganda, les Europens terminent, en toute discrtion, la formation de prs de 2.000 soldats somaliens. Mission nouvelle pour lUnion europenne, qui est davantage connue pour simpliquer dans des projets conom -iques ou sociaux de dveloppement. Un exemple pour lavenir ?Lentranement de soldats somaliens Conseil de lUE/EUTM

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21 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 Un an de rflexion avant le feu vert lors dune confrence inter -nationale Bruxelles, les Europens et la communaut internationale sengagent aider la Somalie : 213 millions de $, dont la moiti provient de lUE et de ses Etats membres. la France, qui vient de ter -miner une formation de soldats somaliens Djibouti, prsente cette initiative-pilote Bruxelles. le Conseil de scurit des Nations Unies adopte la rsolution 1872 qui appelle les Etats offrir une assistance technique pour la formation et lquipement des forces de scurit somaliennes. les ministres des Affaires trangres des 27 approuvent le principe dune action de lUE pour contribuer aux efforts de la communaut internationale, notamment dans le domaine de la scu rit. La planification de la mission com mence. lUE approuve la mise sur pied dune mission militaire pour contri -buer la formation des forces de scurit somaliennes en Ouganda. Paralllement arrivent en Ouganda les premires quipes prparatoires la mission. lUE donne son feu vert au lancement de la mission, qui dmarre le 5 mai. Un exemple pour le reste de lAfriqueArnaud Danjean sest rendu sur place, dbut mai, avec une petite dlgation deurodputs. Le Prsident de la sous-commission Dfense du Parlement euro -pen a accept pour le Courrier de tirer un premier bilan de cette mission EUTM. Javais des interrogations avant de partir. Et ce que jai vu sur le terrain a limin ces doutes. Nous avons l une mission qui offre un ratio cot / bnfices intressant. Elle est assez lgre la fois en hommes, en quipement et en finances. Et son impact va bien au-del de la simple forma -tion de militaires. Nous nous impliquons dans toute une chane scuritaire. Pour Arnaud Danjean, il faut sans doute prolon -ger cette mission, mais plus largement il faut intgrer davantage la proccupation scuritaire aux questions de dveloppe ment. Le service diplomatique europen (SEAE) doit y rflchir. La mission EUTM est un exemple sans ncessairement avoir tous la lourdeur dune mission PSDC de ce quon peut faire, pour le Sahel, la Cte divoire ou la Libye demain. (*) EUTM / European Union Training Mission* Journaliste, spcialiste de la politique eu -ropenne de dfense, Editeur de Bruxelles2 http://www.bruxelles2.eu Au retour en Somalie, les nouvelles recrues seront rintgres et suivies sur place par les forces de lAMISOM. Ils serviront le gouvernement transitoire de Somalie (GFT) qui espre ainsi pouvoir largir son autorit, qui demeure, pour linstant, confine Mogadiscio, la capi -tale. Afin que les soldats ne soient pas tents de prendre le large, une chane de paiement a t mise au point pour permettre que tous les soldats reoivent leur solde. Une dizaine de pays europens participent directement la formation. On peut voir sur place, Bihanga, des Espagnols (le chef de la mission, le Colonel Ellul, est un Espagnol), Franais, Grecs, Portugais, Belges, Luxembourgeois, Allemands mais aussi des Sudois, Finlandais Hongrois ou Maltais. Une formation conue sur mesure Le programme de la formation a t soi -gneusement mis au point entre Africains et Europens, comme le confirme un officier suprieur europen. Nous nous spcialisons sur la formation des jeunes cadres, officiers et sous-officiers ainsi que des modules spcialiss (vacuation mdi -cale, IED ou bombes artisanales, combat en zone urbaine, communications). En parallle, les Ougandais donnent aux jeunes recrues une formation de base. Et, au fur et mesure de la formation de six mois, nous mixons nos efforts de faon pouvoir, la fin du stage, constituer des units compltes.Pour le gnral Edward Katumba Wamala, commandant des forces ter -restres ougandaises, cette formation mixte est vraiment une bonne ide. Sur le terrain, Mogadiscio, nous avons pu constater combien larme somalienne souffrait de srieux manques : au niveau mdical, des communications, dans la lutte contre les IED, par exemple. Ce que lquipe europenne nous apporte, cest toute cette expertise. Nous allons ainsi pouvoir faire lentranement dune unit complte. Mais ajoute-t-il cette mission a une signification plus large, plus politique. Le message est clair : le problme somalien est un problme qui concerne chacun dentre nous et doit tre rsolu par tous. Ce nest pas seulement lOuganda ou au Burundi (qui fournissent lessentiel des forces de lAMISOM) de le rsoudre, ou lUnion africaine seule. Cest plus large. Chacun peut et doit contribuer la stabilit de la Somalie. Journaliste, spcialiste de la politique euro -penne de dfense, Editeur de Bruxelles2 http://www.bruxelles2.eu

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22Le C urrier La lutte contre le narcotrafic dans les Carabes sest leve dun cran avec larrestation, voici un an, du prsum baron de la drogue jamacain. Christopher Dudus Coke, considr comme un Robin des Bois par les plus humbles et comme un marchand de mort ultra-violent par les Etats-Unis, a t extrad New York, o les autorits amricaines laccusent de complot pour trafic de marijuana et de cocane et de trafic illgal darmes. Si les Etats-Unis sont trs actifs dans la lutte contre le trafic de drogue, la question fait galement lobjet depuis une dizaine dannes de politiques cibles de lUnion europenne.Ds 1996, la Commission europenne, suivie par plusieurs Etats membres, a t le principal contributeur au plan rgional quinquennal daction de con -trle des drogues, le Plan dAction de la Barbade. Le trafic de drogues, associ au crime et la violence arme, sont des questions quil faut prendre en compte dans la mesure o ils reprsentent des menaces pour la vie politique et sociale de la socit caribenne et empchent la cration dun environnement adquat pour linvestissement et une croissance souten -able, indique la Commission europenne dans sa communication sur le nouveau partenariat UE-Carabe initi en 2006. Elle poursuit : Les Carabes ne sont pas, pour le moment, une rgion productrice de drogue, mais sont considres comme un lieu de transit important pour les drogues destines lEurope, comme lAmrique centrale lest pour les Etats-Unis.Quatre ans plus tard, en avril 2010, lUnion europenne et les pays dAmrique latine et des Carabes, adoptent la Dclaration de Madrid, qui numre 34 actions et pro grammes mettre en oeuvre, allant de la lutte contre le blanchiment de largent de la drogue la rinsertion sociale des person -nes qui ont cess dutiliser ces substances. Programme Copolad La Dclaration de Madrid salue en par ticulier le programme approuv fin 2009 par lUnion europenne pour lutter con -tre la drogue dans la rgion : Copolad, ou Programme de coopration entre lAmrique latine et lUnion europenne dans le domaine des politiques de lutte contre les drogues. Dot de 6 millions deuros sur quatre ans, il vise consolider le dialogue politique entre lUE et les pays dAmrique latine et des Carabes en mat -ire de drogue, renforcer les observatoires nationaux des drogues et les doter des capacits ncessaires en vue dune rduc tion de loffre et de la demande. M.M.B. La lutte contre le narcotrafic, une des priorits du partenariat UE-CarabesLe chapelet dles des Carabes constitue lune des grandes plaques tournantes de la drogue produite en Amrique latine et achemine principalement en Europe. Une situation source de tensions tant pour les pays de lUnion europenne que pour certains pays des Carabes, o les narcotrafiquants rgnent en matres dans certains quartiers des villes. Les Carabes sont en outre une plateforme pour le blanchiment de largent. Les Carabes ne sont pas, pour le moment, une rgion productrice de drogue, mais sont considres comme un lieu de transit important pour les drogues destines lEurope2.250kgs de cocane saisis Puerto Caucedo, Rpublique dominicaine, 2006 AP/Reporters

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23 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 Pour la quatrime fois, le Conseil de lUE dcidait en avril dernier de proroger les mesures restrictives mises en place en 2007 suite au coup dEtat militaire de dcembre 2006. Cette prorogation couvre une nouvelle priode de six mois et en septembre 2011, les Vingt-Sept devront dcider sils acceptent daccorder nouveau des subventions lindustrie sucrire fidji -enne et des financements dans le cadre de lactuel, et 10e, Fonds europen de dveloppement. Au-del de lactualit, certains observa teurs soulignent la situation particulire des les Fidji. Cest le cas, notamment, de la chercheure franaise spcialise en histoire militaire, Hlne Goiran. Cette dernire souligne la culture profondment militaire de la socit fidjienne, que la population a su savamment adapter pour tenir compte de la ralit coloniale, pr -parer lindpendance ensuite et mettre en place une arme forte. Reconnus pour leur participation brillante dans les missions multinationales de paix quelque 3.500 fidjiens y participent les soldats fidjiens ont galement surpris la communaut internationale en menant des putschs sur leur propre territoire. Cest oublier, explique-t-elle, que le rle politique des militaires existe depuis longtemps et que lengagement militaire est un instrument de pouvoir politique, tant pour les indivi -dus qui font carrire sous les drapeaux, que pour lEtat qui dploie des milliers de soldats dans des oprations outremer.MonopoleLarme, poursuit la chercheure, tait dans les annes 1990, presque entire -ment mlansienne (Fidjiens de souche), la police ltait en majorit. Beaucoup de chefs coutumiers avaient une instruction militaire. Rares taient les Indo-fidjiens descendants des Indiens imports par les colons britanniques entre 1879 et 1916 comme ouvriers agricoles avoir une telle formation. Les Mlansiens, souligne Hlne Goiran, avaient donc le monopole de la force lgale. Ce sont ces mmes mili -taires qui organisrent un coup dEtat en 1987. Malgr les pressions internationales, ils restrent au pouvoir pendant 19 ans. En 1999, le parti travailliste remporte les lec -tions et son leader, un Indo-fidjien prend la tte dun gouvernement multiracial de coalition. Un gouvernement qui fera long feu : un an, jusqu ce quen mai 2000, des militaires tentent un nouveau coup dEtat. Coup dEtat qui sera contr par un des leurs, le Commodore Bainimarama. A lpoque, en 2000, le Commodore est considr comme un dfenseur de la dmocratie et des institutions fidjiennes face aux agissements des nationalistes mlansiens, et installe un gouvernement civil dirig par Laisenia Qarase. Ce dern -ier ne tient pas ses promesses douverture et le Commodore dcide dun nouveau, et quatrime, coup dEtat. Son objectif : faire en sorte que tous les Fidjiens, sans distinction dorigine, aient les mmes droits et devoirs. Aujourdhui, malgr lengagement de relles rformes, le Commodore peine assurer des struc -tures rellement dmocratiques. M.M.B. Fidji, lexception ocanienneLes Fidji sont le seul pays insulaire du Pacifique si lon excepte la tentative, vite avorte, dans les les Salomon avoir connu des coups dEtat militaires et, malgr une condamnation unanime de la communaut internationale, le Commodore Frank Bainimarama, com-mandant de larme, est la tte du pays depuis dcembre 2006. Ce dernier, qui a repouss 2014 la tenue dlections, serait pourtant, paradoxalement, le pre-mier rellement vouloir assurer lgalit de tous les citoyens fidjiens. Soldats de l'arme de Fidji lors d'un discours du capitaine Esala Teleni pendant la semaine d'entranements militaires Suva, Fidji, 2006. AP/Reporters

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24Le C urrier CommerceDepuis 2008 dj, la suppression de la taxe exceptionnelle sur les bnfices oppose le gou -vernement et les entreprises minires trangres aux partis de loppo -sition et au grand public. En effet, cette anne-l, plusieurs partis de lopposition, des organisations non gouvernementales (ONG) et dautres acteurs concerns ont accus le gouvernement de vouloir apaiser les investisseurs miniers trangers au dtriment du dveloppement national. Ils accusaient le gouvernement de ne pas faire profiter le pays des recettes du cuivre, alors qu lpoque, ce minerai affichait des prix record sur le march international.Taxer lindustrie minire : le cas de la ZambieLa question brlante de la taxe exceptionnelle Alfred Sayila Dans le contexte de la Runion ministrielle ACP sur les ressources naturelles et de la rcente communication de la Commission europenne sur la mise en place dune stratgie dans ce domaine, nous nous sommes penchs sur la dlicate question de la taxation de lindustrie minire, en Zambie et en Afrique du Sud. Un reportage dAlfred Sayila*Mais lpoque, le gouvernement tait insensible ces arguments, prtendant quimposer ce secteur sur base de lvo -lution du prix du cuivre ne constituait pas la forme de taxation la plus judi -cieuse, dautant quune telle mesure ne saccompagnerait pas davantages long terme pour le pays. Et il craignait quune telle dcision ne dcourage les entreprises minires trangres tout en faisant fuir les futurs investisseurs La fonderie de Nkana, la deuxime plus grande fonderie de cuivre en Zambie Reporters

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25 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 potentiellement intresss par le secteur minier.Rcemment, Situmbeko Musokotwane, le ministre zambien des finances, a qualifi cette taxe que beaucoup souhaitaient de mirage, inefficace dans nimporte quel pays. Et il a ajout que le dbat sur cette question se poursuivait uniquement en Zambie. Il y a de nombreuses entreprises minires dans le monde, mais aucun pays na recours cette taxe, a-t-il affirm.Pour le ministre zambien des finances, lintroduction de cette taxe sur les bnfices exceptionnels du secteur minier a t une erreur. Depuis, son gouvernement a rectifi le tir en supprimant cette taxe et il ne revien -dra pas sur cette question. Il a galement affirm avoir men de vastes consultations autour de cette question entre autres avec le Fonds montaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM). Celles-ci ont toutes rvl que ce type de rgime fiscal ne se justifiait ni dun point de vue co nomique ni dun point de vue montaire. Une rpartition quitableDans une brve interview accorde au Courrier M. Musokotwane a expliqu que ceux qui demandaient une rintroduc -tion de cette taxe semblaient navoir pas pleinement pris conscience de lvolution mondiale du secteur minier. Nous ne pouvons tre le seul pays taxer de cette faon le secteur minier, a-t-il dclar. Le ministre des finances, qui tait Secrtaire au trsor avant sa nomination ce poste, a insist sur le fait que son gouvernement avait mis en place des mesures pour que son pays bnficie de manire quitable des ressources minires. Selon M. Likolo Ndalamei, actuel Secrtaire au trsor, les redevances minires perues au taux de 3% sont redis -tribues de la manire suivante : 20% sont directement utiliss pour le dveloppement communautaire, 20% vont aux conseils locaux et 60% financent les caisses de lEtat. A ce jour, une seule mine, Kansashi Copper Mines, dans la province rurale Nord-Occidentale, sest acquitte de cette redevance 80 millions de dollars alors que les autres entreprises minires tran -gres ont promis de rgler les sommes dues vers le milieu de lanne.M. Chishimba Kambwili, dput vhment de lopposition, dont le parti avait fait acti -vement campagne pour la rintroduction de la taxe sur les bnfices exceptionnels, a demand au gouvernement de revoir sa position. Quimporte le nom dune telle taxe, elle seule pourrait permettre au pays de profiter de ses ressources minires, a-t-il expliqu. Kambwili, ancien mineur de la rgion du Copperbelt, reproche au gouvernement de ne pas soumettre la lgislation fiscale nationale certaines entreprises minires qui ont dlibrment fui limpt ou qui prsen -tent de graves irrgularits fiscales, sus -ceptibles de faire lobjet de poursuites. Et dpingler Mopani Copper Mines (MCM), exemple criant dvasion fiscale. Mais le dput nest pas le seul slever contre la faon dont le gouvernement gre la ques -tion de ces taxes minires. Nombreux sont ceux qui, dans ce pays dAfrique centrale et du Sud, slvent contre cette taxe.La plupart dentre eux avancent que les entreprises minires trangres externa -lisent leurs bnfices, laissant tout juste de quoi payer les ouvriers et les fournisseurs. En outre, la plupart de leurs fournisseurs appartiennent des entreprises tran -gres qui transfrent leurs revenus vers leurs comptes ltranger. Cette question a divis les entreprises minires trangres, certaines ayant compris limportance de rinvestir dans le pays les bnfices trs levs de la vente de minerais et stant dclares prtes, dans le pass, respec ter tout rgime fiscal mis en place par le gouvernement. Dautres entreprises ont en revanche menac de mettre fin leurs activits, prtendant avoir dj contribu considrablement au dveloppement du pays en termes demplois, de programmes sociaux et de dveloppement des infras -tructures dans les zones minires. Le cas de lAfrique du SudDifficile de calmer la majorit des Zambiens, furieux de la rcente flambe du prix du cuivre sur le march international, prs de 10.000 dollars/tonne. La Zambie nest dailleurs pas le seul pays vouloir profiter de ses ressources minrales. Ainsi, lAfrique du Sud semploie aujourdhui revoir ( la hausse) ses redevances minires afin de tirer profit des prix levs sur le march international des mtaux. LAfrique du Sud entend sinspirer de la trs controverse high ressources taxe (taxe sur les ressources exceptionnelles) aus -tralienne pour contrler ses ressources minires. Elle tient ainsi compte des sen -timents exprims dans les rangs de lANC (Congrs national africain) actuellement au pouvoir, qui estime que le pays se fait actuellement duper par les entreprises minires. Lanne dernire, lAfrique du Sud a ainsi impos une taxe de 40% sur les plantureux bnfices des entreprises minires. Suite au mcontentement de ces entreprises, cette taxe a t ramene 30%.LANC reste bien rsolue revoir cette taxe la hausse, en dpit dun intense lobbying de gants du secteur, comme Billiton et Rio Tinto, opposs cette hausse de la taxation. Ces deux entreprises minires ont ouvertement fait pression auprs de responsables politiques de premier plan en vue dune modification du systme fiscal avant de trouver un prlvement acceptable.Pour les spcialistes sud-africains du droit, la proposition de modification devra tre examine par le Parlement pour, peut-tre, entrer en vigueur avant 2012. Les Sud-Africains souhaitent profiter de la richesse de leur pays, ce que daucuns considrent comme une demande masque de natio nalisation totale du secteur minier.Il se peut que la Zambie et lAfrique du Sud ne cherchent qu se donner de limportance en exigeant une augmentation des taxes sur les entreprises minires trangres alors quen fait elles souhaitent imiter leur voi sin zimbabwen qui contrle entirement son industrie minire, mme si cela se fait aux dpens de son conomie. Un pays o les investissements dans le secteur minier ont faibli depuis 2002, une volution qui sexplique par les tensions politiques dans le pays. Quant savoir si cette taxe sera rintroduite en Zambie, la question est complexe et seul lavenir nous le dira Journaliste zambien freelanceLa fonderie de Nkana, la deuxime plus grande fonderie de cuivre en Zambie Reporters

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26Le C urrierLa lutte contre le changement cli -matique a bnfici dun coup de pouce financier grce la Commission europenne. Car selon ses estimations, mobiliser 100 mil -liards de dollars par an lobjectif lhorizon 2020 pour des actions en faveur du climat dans les pays en dveloppement est ralisable.Un vrai challenge, mais faisable, conclut le rapport Augmenter le financement inter -national de la lutte contre le changement climatique aprs 2012, qui estime que la Commission devra runir environ un tiers de cette somme. En dcembre dernier, lors du Sommet des Nations Unies sur le climat Cancun, les pays dvelopps se sont engags mobi -liser, ensemble, 100 milliards deuros par an pour aider les pays en dveloppement prendre des mesures transparentes pour attnuer limpact du changement clima -tique. Le document de la Commission est bas sur le rapport du Secrtaire gnral des Nations Unies Groupe consultatif de haut niveau sur le financement de la lutte contre le changement climatique. Il intgre une perspective stratgique europenne et sintresse aussi au cadre de bonne gouver -nance ncessaire un financement efficace de la lutte contre le changement climatique. Coordination internationale Lide est de parvenir un bon quilibre financier qui combine diffrentes sources de financement : fonds publics, fonds perus sur les marchs internationaux du carbone et fonds privs, mobiliss en partie par des La Commission europenne a raf-firm son engagement contribuer au financement des 100 milliards de dollars annuels ncessaires la lutte contre le changement climatique dans les pays en dveloppement. Mais est-ce suffisant ?Sylvia Arthur De la TerreLa lutte contre le changement climatiqueLa scheresse au Soudan Laif/reporters

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27 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 matique. A cela peuvent sajouter les recettes de la taxe carbone, dj introduite par un certain nombre dEtats membres.Toutefois, un accord international simpose si lon souhaite mobiliser dautres sources de financement substantielles, comme les taxes sur le transport international maritime et arien ou sur les transactions financires. Un tel accord doit encore tre conclu.Damian Ryan est Senior Policy Manager chez The Climate Group, une ONG qui travaille en coopra -tion avec le gouvernement et les entreprises afin de promouvoir des politiques et des technologies intelligentes pour rduire les missions et acclrer une rvolution industrielle propre. Selon lui, lUE va dans la bonne direction ds lors quil sagit de joindre le geste la parole. Sil y a bien un pays dvelopp, ou un groupe de pays dvelopps, qui mettra tout en uvre pour parvenir des rsultats, ce sera lUE, affirme Ryan. Mme si lUE est bien dcide aider les pays en dveloppement lutter contre le changement climatique, force est de consta -ter que lactuel climat conomique et ses ralits suscitent quelques inquitudes. Alors que plusieurs sources publiques de financement lies la fixation du prix du carbone sont dores et dj en place, laccs ces ressources fiscales dj sous pression alors que les Etats membres se serrent la ceinture fait lobjet dune vive concurrence.Avec laide du secteur priv Olli Rehn, Commissaire europen en charge des Affaires conomiques et mon -taires, a soulign limportance de runir plusieurs flux de financement, issus de sources multiples, affirmant que dans les prochaines annes, de nombreuses co -nomies avances connatront de graves contraintes budgtaires. Les deniers publics ne suffiront donc pas pour rgler la facture. Nous devons aussi faire appel des sources de financement innovantes, notamment dans le secteur priv et sur les marchs du carbone. Nous devons faire bon usage des mcanismes de financement innovants en troite collaboration avec les banques de dveloppement.Il apparat clairement que le secteur priv sera amen jouer un rle majeur, recon -nat Damian Ryan. Mais il importe surtout de sassurer que les financements publics puissent mobiliser des quantits suffisantes de fonds privs. Lorsquun contexte stra -tgique et politique appropri a t mis en place et que les risques empchant le secteur priv dinvestir dans les pays en dveloppement sont limins, le moindre dollar de fonds publics vous rapporte sou dain bien plus. Mais est-ce assez ? Il suffit de se rappe ler les chiffres avancs par lAgence inter -nationale de lnergie quant lampleur du financement annuel ncessaire dici 20352 environ 700 milliards de dollars1 dinvestissements dans lnergie propre. Et ces chiffres ne concernent que lnergie, explique Damian Ryan. Soit 46.000 mil liards de dollars supplmentaires au total pour dvelopper des technologies afin de rduire de moiti les missions de CO2 dici 2050 Pour cela, il faudrait renforcer les investissements mondiaux dans les nergies propres pour les porter 1000 milliards de dollars par an jusqu 2050. De sorte quen comparaison, la somme de 100 milliards semblerait bien modeste. Mais ce serait dj un dbut.1 http://www.un.org/News/Press/docs/2011/ sgsm13352.doc.htm 2 http://www.iea.org/techno/etp/etp10/English. pdf banques de dveloppement. Le document souligne galement la ncessit de mettre en place un cadre de bonne gouvernance pour lutilisation de ces fonds. Il insiste sur le fait que le financement de la lutte contre le changement climatique doit aller de pair avec laide au dveloppement ce qui exige une solide coordination internationale afin de garantir lefficacit des dpenses et de maximaliser limpact des actions futures dans ce domaine. Parmi les sources de financement les plus innovantes que lUE pourrait utiliser, men tionnons les recettes des enchres sur les marchs du carbone au titre du systme communautaire dchange de quotas dmission (EU-ETC) qui pourraient rap -porter lUE plus de 20 milliards deuros par an dici 2020. Les Etats membres sont tenus daffecter au moins la moiti de cette somme la lutte contre le changement cli LUE va dans la bonne direction ds lors quil sagit de joindre le geste la paroleLUE et les pays insulaires du Pacifique unissent leurs forcesComme nous vous lexpliquions dans ldition de janvier du Courrier, lUE et les pays in -sulaires du Pacifique ont lanc une initiative conjointe afin dencourager les bailleurs de fonds aider la rgion grer limpact du changement climatique. Au mois de mars, le Commissaire au Dveloppement Andris Pie -balgs a particip la confrence rgionale de haut niveau sur le changement climatique dans le Pacifique, au Vanuatu. Lobjectif tait dadopter une stratgie et un plan daction conjoints.Parmi les grandes priorits de la mise en uvre de linitiative conjointe, retenons : Le renforcement du dialogue politique sur le changement climatique Lamlioration de lefficacit de la coo -pration dans le domaine de la lutte contre le changement climatique : Les participants la Confrence ont convenu dintgrer les deux principaux cadres daction rgionaux : le Cadre daction sur le change ment climatique des les du Pacifique et le Cadre daction pour la rduction du risque de catastrophe et la gestion des catastrophes dans le Pacifique.La mobilisation des efforts internationaux de lutte contre le changement climatique dans la rgion du Pacifique : Loctroi dune aide financire mise en uvre rapide (fast start) aux pays en dveloppement est es -sentiel pour dvelopper de toute urgence la capacit des pays bnficiaires lutter contre le changement climatique. Dans ce contexte, la Commission et les Etats mem -bres semploient identifier des pistes appro -pries pour contribuer lInitiative conjointe.Suivi et contrle : En 2014, le Plan d'action fera lobjet dune profonde refonte afin dy intgrer les perspectives financires de lUE 2014-2020 et le cycle de programmation pour la coopration entre lUE et les pays et terri -toires du Pacifique, qui dmarre cette anne. Les rcifs coralliens des les Fidji restent menacs par les changements climatiques et la surpche AP/Reporters

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28Le C urrier Tant dcouvrir, outre lhistoire ancienne et le charme des les D couvrir l'EuropeHegl Goutier Lintrt sest port rcem -ment sur la Grce, victime de la crise financire inter -nationale et, il est vrai, de quelques turpitudes dans sa gouvernance conomique. Sans souligner la prosprit quavait connue ce pays depuis sa candidature laccession lUnion euro -penne. Aussi mconnu, son dynamisme dans des domaines scientifiques pointus ou dans les arts de la scne. Et puis, il y a son histoire moderne aux points de friction entre les mondes chrtien et musulman, qui lui fait revtir une importance gopo litique particulire.Tout aussi relativement mconnue, la faon de vivre dans la Grce daujourdhui, au-del de lespace touristique. Il y a par exemple la place de la religion. Ou la vision de lautre. Le xenoi est ltranger, et surtout linvit. Quant il est abord, cest gnra -lement pour faire connaissance avec lui sinon linviter prendre un verre, sans arrire-pense. Clef pour le prsent. Trois sicles sous occupation ottomaneAprs la premire grande civilisation grecque, celle dite minoenne avec son apo -ge vers 1500 av. J-C et son centre en Crte, sest close la civilisation mycnienne. Mycnes contrla jusqu Troie en Asie mineure (Turquie) et son roi, Agamemnon, est parti faire une longue guerre pour reve -nir avec la princesse troyenne Cassandre, histoire raconte par Homre dans LIliade. On est au dpart dune friction qui fait encore grincer lhistoire aujourdhui.Lannexion de nombreuses cits-Etats, qui staient affaiblies dans des guerres intestines, par Rome en 146 av. J-C, mettra fin la priode hellnistique. La culture grecque garda toutefois son autonomie dans un jeu de compromis avec loccupant. Athnes retrouva mme sa splendeur, avec des csars cultivs comme Hadrien. La subdivision de lempire romain en empire dOccident centr sur Rome et empire dOrient sur lancienne ville grecque de Byzance devenue Constantinople entraina pour Athnes une perte de ses fastes. Un rvisionnisme culturel sest attaqu aux symboles des croyances grecques. Lempire romain dOccident disparut sous les coups de boutoir des Goths en 476. Constantinople tint bon jusqu sa conqute par les croiss en 1204 et sur -tout par les Turcs en 1453. Byzance est toujours vivante aujourdhui dans le cur

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29 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011des Grecs. Trois ans plus tard, Athnes est annex par les Turcs. Une mosque est rige au cur du Parthnon. Les Anglais en profitrent pour mettre leur grappin sur les frises du Parthnon. La culture turque se rpandit, particulirement dans des rgions voisines de la Turquie, comme Thrace, mais aussi jusqu Ioannina dans lEpire et Thessalonique. Trs peu du territoire grec chappa loccupation qui allait perdurer trois sicles. Les symboles de cette interminable occupation sont encore vivants, comme les innombrables mosques de la vielle ville de Rhodes.Longue guerre dindpendance avec le soutien de lEurope Le dbut de la fin de la colonisation com -mena en 1770 par un coup de force de lglise orthodoxe russe en faveur du clerg grec, suivi du soutien des rvolutionnaires franais. Sans rsultat. La mort, par mala -die, dun intellectuel philhellne qui tait venu se battre au ct des indpendan -tistes, Lord Byron, a entran la mobili sation de lAngleterre, de la France et de la Russie. LEgypte vint au secours des Turcs. La guerre prit fin sur le terrain le 20 octobre 1827 avec lcrasement de la flotte turco-gyptienne et officiellement en 1830 aprs quune dclaration de guerre de lempire russe eut contraint la Turquie signer le Trait de Londres. Mais la Grce navait pas recouvr tout son territoire. Manquait notamment une partie de la Macdoine. Ce qui occa -sionna les Guerres balkaniques en 1912 1913 car la Turquie, la Roumanie, la Bulgarie et la Serbie rclamrent aussi ce territoire. En fin de compte, les Turcs acceptrent quune partie de la Macdoine et la Crte revinssent la Grce. A la fin de la Premire Guerre mondiale, la Grce a pu rcuprer la Thrace de la Bulgarie et de la Turquie et les les de la Mer Ege de celle-ci. Mais Mustapha Kemal Atatrk, le leader turc, a exig un change de leurs populations migres res -pectives. Le retour des migrs en Grce provoqua une augmentation de la popu -lation de 25%, qui causa des dsquilibres sociaux importants. La monarchie grecque fut abolie, la famille royale, linverse du gouvernement, ayant collabor avec lAllemagne. Durant la Seconde Guerre mondiale, le pays fut occup par les forces de Mussolini. Le Front national de lib -ration (EAM) combattit courageusement. Aprs la guerre, la monarchie fut restaure. Les revendications dindpendance de Chypre, que les Grecs considrent leur, envenimrent de nouveau les rapports grco-turcs. En 1967 un coup dEtat mili -taire amena les colonels au pouvoir, o ils instaurrent lun des rgimes les plus brutaux de lpoque. A la suite dune pro -vocation du rgime des colonels contre la Turquie, celle-ci a occup le nord de Chypre. Ce qui a entran une mutinerie de larme et le retour de la dmocratie. Un referendum populaire abolit la monarchie. Le 1er janvier 1981, le Trait dadhsion de la Grce aux Communauts europennes est entr en vigueur. En cette anne 1981, le parti de gauche PASOK arriva au pou -voir avec des personnalits symboliques comme Melina Mercouri, actrice activiste durant la dictature, comme ministre de la culture. De nombreuses rformes sociales furent entreprises. Actuellement le pre -mier ministre est George A. Papandreou du PASOK, qui a remport les dernires lections gnrales du 4 octobre 2010. Une conomie juge en plein essor, il y a peuA la fin de 20091, la Grce a enregistr le plus haut dficit budgtaire de toute lUE. Les agences de notation financire ont commenc dgrader la note de sa dette souveraine, poussant lUE et le FMI soutenir le programme gouvernemental de rtablissement de ses finances publiques respectivement hauteur de 80 milliards et 30 milliards. Il est question actuellement dune deuxime opration de sauvetage. Toujours la fin de 2009, le revenu per capita tait de 97,9% de celui de la France2, en hausse continue depuis 1938 quand il en tait 62%. Plus lev quen Core du Sud ou en Isral. Depuis le dbut de la dcennie 1990 jusqu 2008, la croissance du PIB dpassait la moyenne europenne, tire par les services essentiellement, lin dustrie et, loin derrire, lagriculture. La Grce tait classe 22e dans lindex 2010 du dveloppement humain du PNUD et la mme place dans lindex 2005 de la qua -lit de la vie du magazine The Economist 1 Donnes publies fin 2010 Eurostat 2 Eurostat Rhodes, une ville mdivale. Mosque Suleyman Hegel GoutierAthnes, au pied de la colline de l'Acropole Hegel Goutier Evzones devant le palais Vouli qui abrite le Parlement. Clbration de la fin de l'occupation ottomane Hegel Goutier

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30Le C urrier Politique de dveloppementAttention accrue dornavant pour les ACPLa politique de dvel oppement de la Grce est entre les mains dun connaisseur. Atanassios Theodorakis, ancien direc -teur gnral au Dveloppement de la Commission europenne, est la tte de limportante Direction gnrale pour le Dveloppement international, Cooperation-Hellenic Aid. Il pilote ainsi une grande rforme visant ori -enter beaucoup plus laide au dveloppe -ment vers les pays ACP. Au lieu de se cantonner principalement dans les pays des Balkans ou du Caucase Moldavie, Gorgie, Armnie, Ukraine, Montngro ou Azerbadjan ou du Moyen-Orient, Egypte ou territoire palestinien. Le but de la rforme est aussi, prcise Atanassios Theodorakis, dtre mieux en phase avec les Objectifs du Millnaire pour le dveloppement et davoir pour cap une amlioration de lefficacit de laide et de sa cohrence politique. La part du PIB de la Grce alloue laide au dveloppement est denviron 0,17% du PIB. Avec la crise financire, il nest pas envisag de laugmenter. Il y aura moins de projets, moins de pays bnficiaires mais un impact plus grand pour les popu -lations. Ce qui implique un nouveau cadre juridique et de nouveaux instruments. Les secteurs prioritaires de laide grecque sont la sant, lducation, la prvention et ladaptation au changement climatique, auxquels il faut ajouter la dmocratisa -tion et lappui certaines tranches de la population comme les femmes. La force de la compassionLa politique de dveloppement de la Grce fait actuellement lobjet de lvaluation (peer review) priodique de lOCDE. Le gouvernement en prof ite pour prsenter les grands axes de sa rforme, dont la nouvelle orientation vers les pays ACP. Une attention spciale sera porte aux PMA en faveur desquels un programme stratgique est en prparation qui devrait tre prt la fin de lanne en cours et qui devrait se mettre en uvre dici 2015, date-repre pour les OMD. En termes daide au dveloppement, la Grce tait dj prsente dans des pays comme lEthiopie, la RD Congo ou la Cte dIvoire. Son service humanitaire est dj aussi intervenu dans des pays ACP, comme en Hati aprs le sisme du dbut de lan 2010. Et rcemment dans la crise mditerranenne pour vacuer des trangers entre autres des Africains sub-sahariens de la Lybie en interve -nant avec sa flotte militaire et mme commerciale. Un slogan de Hellenic Aid est la force de la compassion. Transposer aux ACP sa propre exprienceUn des atouts du pays est quil a eu, avec son adhsion lUnion europenne bnficier de fonds communautaires pour se dvelopper et acqurir ainsi un prcieux savoir-faire. Quil compte mettre au ser vice des ACP. Par exemple, nous avons une expertise dans larticulation entre industrie touristique et dveloppement local de lagriculture, des infrastructures et dautres secteurs, que nous avons rus -sie dans nos les. Aussi pour le mariage entre tourisme et culture. Rhodes, plus globalement la rgion du Dodcanse, de mme que la Crte en sont des exem -ples difiants, qui ont dvelopp sur cette dynamique tourisme et dveloppe -ment multisectoriel des centres dtude de haut niveau. Pareille expertise serait bnfique aux les des Carabes ou de lOcan indien. De faon gnrale, notre exprience du dveloppement local peut tre mise profit des pays ACP. H.G. Athanassios Theodorakis Hegel Goutier Temple de Zeus Athnes, une des villes les plus touristiques du monde Hegel Goutier K. Papadimitrio Hegel Goutier

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31 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 Dsol. Pas de bonnes nouvellesKonstantina Papadimitriou, est le chef du dpartement Politique et Campagne dActionAid Hellas www.actionaid.gr dont le lobbying sexerce notamment auprs du parlement europen. Un certain nombre de ses propositions a t endoss par les euro -parlementaires grecs. Cest lONG qui finalise les informations relatives la Grce dans les documents de rf -rence* de la coordination des ONG UE de dveloppement, CONCORD. Elle plaide inlassablement pour un engage -ment plus affirm de la Grce en faveur des pays les moins avancs et pour plus de transparence dans sa politique de dveloppement. ActionAid est une organisation de masse construite sur un modle proche de celui dAmnesty International. Sa section grecque bnficie du soutien de 44.000 contributeurs et de la mobilisation dun grand nombre dactivistes parmi lesquels une grande proportion de jeunes de 18 30 ans. Elle travaille en troite col -laboration avec les autres sections de lorganisation notamment celles bases en Afrique comme dans la communaut Bama au Kenya. Parmi les rcentes cam -pagnes de grande envergure dActionAid Hellas, figurent HangerFree et la part locale de laction mondiale dvelop -pe par des ONG et des fdrations de football, 1Goal Education ForAll, qui a recueilli en Grce 88.000 signatures dont celles de 22.000 tudiants.Konstantina Papadimitriou regrette dabord le faible pourcentage de 0,17% de part du PIB que reprsente laide pub -lique grecque au dveloppement (chiffre de 2009), en diminution par rapport au 0,19% de lanne prcdente et trs loin du 0.7% auquel sest engage lUnion Europenne. Par ailleurs, ajoute-t-elle, Jusque l les fonds taient essentiel -lement destins aux voisins, Albanie, Moldavie, Serbie et autres. Un change -ment en termes de pays prioritaires est annonc mais rien nest survenu en pra -tique. Aucun PMA ne figure parmi les dix premiers bnficiaires de notre aide au dveloppement. Les fonds destins lAfrique ont diminu. Et la stratgie annonce en faveur dautres rgions ACP comme la Carabe ou lOcan indien est floue. Aucun chiffre rel na t avanc et vrifi.Quant la transparence, les proc -dures publiques dappels propositions sont vagues. On ne publie pas les mont -ants allous ni les noms des candidats et des gagnants. Ceux-ci sont choisis sans quon ne sache sur quels critres. Pour lanne en cours, personne ne sait le montant rserv laide au dveloppe -ment. Les gens ne savent donc pas ce qui est fait avec leur argent au moment o ils doivent payer une crise financire. Sorry, no good news. La petite note positive de la reprsent -ante dActionAid est que lquipe actuelle dHellenicAid se concerte plus avec les ONG et semble plus soucieuse de lefficacit de lorganisme. Mais son volontarisme ne serait pas encore cor -robor par des engagements prcis. H.G. Penalty against poverty http://www.con cordeurope.org/ ONG ActionAid Hellas sur la politique de dveloppement de la GrcePromouvoir le dialogue parlementaires-citoyens en Afrique Africa4all, un projet de lONG inter nationale base Athnes, Gov4U vise connecter les citoyens aux parlementaires, explique au Courrier son directeur excutif Vasilis Kou -lolias. Il consiste en une plateforme de communication dveloppe en Afrique du Sud, Kenya, Tanzanie, Ouganda, Lesotho et Namibie, qui relie les citoyens dans chacun des pays deux de leurs parlementai -res. Leur permettant par exemple de dbattre avec eux de projets de loi. K. Papadimitrio Hegel Goutier V. Koulolias Hegel Goutier

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32Le C urrier des organisations pour lesquelles elle fait du lobbying, notamment auprs des institutions europennes. Interview HG Quelle est votre histoire avec la Grce ?YJ Mon histoire avec la Grce remonte aux annes 80. Je jouais dans une quipe de basket-ball dans un collge grec Boston, Massachusetts. Etant marie un joueur de basket grec, je suis venue vivre ici. Jai pratiqu le basket profes -sionnel, tout en mouvrant progressive -ment maintes autres activits. Au dbut des annes 90, la situation des immigrants a commenc changer, avec lmergence dun certain racisme, notamment contre les Albanais et les Africains. Jusque l je vivais dans un autre monde, celui de la mode et du glamour. Comme amricaine, je ntais pas considre comme une immigrante. Jtais la plus importante personnalit noire du pays. Jai commenc alors participer des talk shows sur le rac -isme et l je rencontrais les Africains et dcouvrais leurs problmes. Jallais avoir un enfant, je ne voulais pas quil connaisse les problmes auxquels sont confronts les Noirs aux Etats-Unis. HG Comment en tes vous arrive briguer des lections ?YJ Touche par ces premiers signes de sgrgation, jai commenc un lobbying auprs du Parlement et des ministres sur la situation des immigrs. Suite cela, jai dcid de me prsenter aux lec -tions sous ltiquette du PASOK, dev -enant la premire femme noire, pareil poste. Je suis encore la seule personne noire avoir t lue une quelconque lection dans ce pays. HG Cela tmoigne dune ouver ture desprit de la classe politique en Grce ?On pourrait le croire mais en ralit ce nest pas tout fait le cas. Jai pu mettre les questions dimmigration en avant-plan dans lesprit des gens. Aprs mon mandat, je suis devenue en 2006 conseillre en matire dimmigration du nouveau maire, Nikitas Kaklamanis. Je lai aid mette en uvre des pro -grammes divers en faveur des immi -grs. Sur lducation, laccs aux postes administratifs. Mais le gouvernement de Georges Papandreou qui stait engag faire avancer la situation par exem -ple sur laccession la nationalit pour les enfants dimmigrs, sest dfauss devant les difficults. Le problme des politiques ici est leur habilet la pro crastination. Ils traitent les problmes quand ils sont dos au mur. Du travail a t accompli, bien sr, mais il y a tant encore qui doit tre fait. H.G. Yvette Jarvis : La voix des immigrsA Athnes, une politicienne et artiste surdoue, Yvette Jarvis, a un statut part. Elle est vite devenue la voix des immi -grs de toutes origines, en particulier des Africains. Championne sportive, mannequin, chanteuse et maestro de SouLuv, son propre groupe, anima -trice TV, activiste fministe devenue conseiller municipal dAthnes, cette Amricaine de Brooklyn, diplme magna cum laude de lUniversit de Boston, est sans conteste la personnal -it noire la plus connue de la capitale grecque sinon de tout le pays.Aux lections locales de 2002, Yvette Jarvis a brigu et gagn haut la main un poste de conseiller municipal Athnes. Alors que son parti, le PASOK, les avait alors perdues. Aprs son man -dat, elle est devenue conseillre en matire dimmigration du nouveau maire, qui ntait mme pas de son bord politique. Paralllement sa vie sportive, culturelle, politique, elle est Vice-prsidente du conseil intrimaire de FARE (Football Against Racism in Europe) www.farenet.org, Prsidente de BEWE (Black European Womens Council) www.bewnet.eu et Vice-prsidente de W.I.N. Hellas (Women In Need Hellas) www.winhellas.gr, toutes Glamour et activisme dune surdoue pour la cause des immigrs Yvette Jarvis a t confortablement lue conseillre municipale la mairie d'Athnes Courtoisie dYvette Jarvis Costas Varotsos Le coureur / Athnes, Avenue Vassilissis Sofias Hegel Goutier

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33 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 Yvette Jarvis : La voix des immigrs La Grce est probablement peu connue pour ses recherches sur les nergies renouvelables. Et pourtant, elles sont importantes et prometteuses. Et des pays en dvelop -pement en bnficient. Le CRES, (Centre for renewable energy sources) qui opre comme institution nationale de coordina -tion dans ce domaine, conduit des travaux de pointe pour la Grce, la Commission europenne et des pays tiers.Le projet de la CE, PEPESEC (Partnership Energy Planning for European Sustainable Energy Communities) qui concernait 11 pays, a t dvelopp par le CRES de 2008 2010 Maroussi (Amaroussion) commune de lagglomration dAthnes. Dans ce cadre, la localit a dvelopp, de concert avec la ville de Manchester, RU des systmes intelligents pour planifier et grer les nergies durables dans les com munauts. Maroussi est un des exemples nationaux pour son dynamisme dans la qute de solutions durables pour lnergie. Depuis plus de dix ans, les gouvernements grecs successifs ont pris des mesures pour encourager lutilisation dnergies renouvelables. De nombreuses disposi -tions lgales ont t adoptes en ce sens pour subventionner les investissements. Mais avant mme ces dispositions lga -les, il y a un secteur o la Grce peut senorgueillir dune success story et ce, grce au dynamisme dentreprises prives, cest lutilisation de lnergie solaire pour la fourniture deau chaude. La quasi-tota -lit des logements du pays disposent de pareils systmes, ce qui place la Grce en deuxime positon dans lUE aprs Chypre et qui permet de hisser 15% en 2010 le taux de sa consommation nergtique provenant de source durable alors que lUE avait prescrit 10%. Pour les multiples autres utilisations dnergies renouvelables, le CRES joue le rle de leader. Parmi ses importants projets, figure la cration dun centre de technologie et de dveloppement durable Alexandrie, finance par la coopra -tion au dveloppement grecque, qui vise la promotion de nouveaux matriaux et technologies en Egypte et dans le Moyen-Orient, avec limplication des entrepri -ses et des populations locales. Dautres initiatives semblables de la Grce ont t prises au profit de lArmnie ou du Liban. En Serbie, cest dune installation centrale deau chaude par nergie solaire pour toute la municipalit de Cacak quil est question. Pour le compte de la CE, le CRES sest galement charg du sou tien une institution de recherche de la Jordanie, en matire dnergie olienne et de systmes photovoltaques.Un autre secteur dans lequel le centre grec conduit des tudes en collaboration avec lUniversit dAthnes et dautres institutions de recherche europennes est lexploitation de lnergie des vagues. Auquel il faut ajouter celui des pompes chaleur gothermique pour le chauffage ou la climatisation, qui fait lobjet dune recherche mene de concert avec la National Technical University of Athens NTUA, et qui est prometteur. Dautres applications partir de leau gothermale dveloppes par le CRES concernent la dsalinisation de leau de mer. Lle de Rhodes qui a de grands besoins en eau, surtout dans les priodes dafflux touris -tique devrait tre lun des bnficiaires de ces recherches. Potentiellement aussi, des pays en dveloppement. H.G. Energies renouvelables. Aussi au profit des PVDLe port du Pire Hegel Goutier Le Centre grec pour les sources d'nergie renouvelables mne des tudes de haut niveau dans le domaine de lexploitation de l'nergie des vagues. Htel de ville de Maroussi Hegel Goutier Maroussi est un exemple de dynamisme national dans la recherche de solutions nergtiques durables

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34Le C urrierLart byzantin est au cur du monde grec et de sa religion, et la religion est au cur de la socit grecque, affirme Anastasia Lazaridou, vice-directrice du Muse byzantin et chrtien, lun des plus beaux et des plus frquents dAthnes, haut lieu de lart et de la pense byzan tins, install dans la splendide villa tos -cane de la Renaissance, Illissia. Pour elle, on ne peut comprendre la Grce daujourdhui sans saisir ses liens avec le monde byzantin. Le Muse byzantin et chrtien dAthnes est unique, non seulement par la richesse de ses collections mais par son approche, senorgueillit Mme Lazaridou. Il offre la possibilit de suivre lvolution de lre chrtienne jusqu la ntre, travers des collections prsentes de manire avant-gardiste, utilisant une technologie moderne sophistique pour les rendre plus accessibles un large public. Et sous une approche historique permettant dapprhender une re complexe, mal interprte et peu connue. La priode dite byzantine couvre un espace temporel allant du 3e au 15e sicle. Byzance nest rien moins que le Moyen-Age dOrient. Mais le fond du Muse concerne le monde chrtien de ses premiers vagissements la priode byzantine et post-byzantine, jusqu'au 20e sicle. Il est prsent tra -vers une exposition permanente et des expositions thmatiques temporaires. Au lieu dinsister sur la grande valeur et la beaut incomparable des pices des diffrentes collections du Muse, Anastasia Lazaridou prfre souligner leur importance pour la comprhension de lhistoire. Ainsi de la fonction des incunables dans lvolution des ides, qui met en lumire, entre autres, le rle de maisons ddition du 16e sicle, en Italie, o des Byzantins se furent installs, dont certaines sadressaient la diaspora de la Grce alors sous occupation otto -mane. Ou en France o ils ont apport un bagage culturel apprciable comme en tmoigne lImprimerie des Estienne. L'impact de la culture byzantine est tendu, dans les Balkans, et loin ailleurs, o elle a favoris les liaisons entre les peuples dEurope. Son humanisme a permis la survenue de la Renaissance.La culture byzantine reprsente une clef indispensable pour saisir la Grce dau jourd'hui, poursuit-elle. Un exemple est limportance que revt cette semaine pas -cale (ndlr lors de la visite du Courrier). Ici, cest le temps o les familles sont plonges dans la spiritualit, la com -munion et leffervescence. Pques est la plus importante fte dans la religion grecque orthodoxe mais les autres ftes religieuses sont aussi clbres avec fer veur, Nol, la fte de Saint Georges ou de Saint Dmtre (Dimitrios). Oui, il y a une grande religiosit. On a essay par exemple de mettre le mariage civil sur le mme pied que le religieux mais ce fut un chec. Personne ne veut dun mariage civil. Il ny a quasiment pas dathes en Grce. Mais cette religiosit na rien dun fanatisme. Elle est int -rieure, intime, profonde. Cela a voir avec cette ancienne forme didentifica tion de lempereur byzantin au Christ. Les souverainets civiles et religieuses sont connexes. H.G. Ltre grec. Byzance pour repre Jardin du Muse byzantin et chrtien d'Athnes Hegel Goutier Cest l'humanisme de la culture byzantine qui a permis la naissance de la Renaissance Anastasia Lazaridou Hegel Goutier

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35 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011Athnes est vraiment devenue trs belle. Depuis son lifting davant les Jeux olympiques de 2004. Au hasard, lave -nue Vasilissis Sofias. Belles maisons de matres, immeuble modernes, thtres et muses, dont celui de lart byzantin dont la cour est un enchantement. Ou la place Syntagma domine par lextraor -dinaire Vouli (parlement), devant lequel les Evzones montent la garde dans leur tenue chamarre et un ballet les faisant ressembler des libellules. Ou encore Plaka. Un dlice dy musarder, surtout dans Anafiotika, une sorte de petit village en son cur. De l, on peut grimper la pente de lAcropole par des ruelles sinueuses ou par une large rue pitonnire, surtout au coucher du soleil, le long de laquelle vient de sinaugurer, lors de la visite du Courrier, le Nouveau muse de lAcropole, uvre de feue Melina Mercouri, artiste et rsistante la priode des colonels, et aprs, Ministre de la Culture. A lAcropole, le thtre de lOdon dHrode Atticus, restaur, est dune telle beaut Tant citer encore. Le National Garden avec le temple de Zeus et la colonne dHadrien ; les innombrables muses. Et aux alentours, les venelles et ruelles parfumes de fragrances de fleurs et de mandariniers. Jusques aux communes priphriques comme Maroussi, avec son grand stade olympique, son charme vil lageois et ses fines et varies ptisseries traditionnelles. Des les de rves une enjambeDAthnes vers les les adjacentes, on dcouvre forcment le beau port du Pire. Les plus proches des 2000 les du pays sont celles du Saronique. Parmi les plus visites, il y en a trois une journe suffit pour les visiter. Dabord Idra, la plus loign, environ 90 minutes du Pire, le sans vhicule moteur, rien que des nes pour la circulation, o la jet set avait lu domicile dans les annes 60, Lonard Cohen en tte. Puis Egine avec son superbe temple dAthna Aphaa dont les sculptures du fronton sont Munich. Et Poros, trs belle avec, sur sa colline descendant vers la mer, une cascade de belles maisons blanches agrmentes de teintes pastel. Rhodes, lle et la villeToujours dans la mer Ege : larchipel du Dodcanse, autour de lle de Rhodes. La ville de Rhodes est magnifique mais lle senorgueillit aussi dautres perles dont la merveilleuse Lindos. La ville de Rhodes, rige en 408 av. J-C, marie le moderne bord de mer avec des ancrages, des caps, des anses amnags avec bon got et la Vielle ville mdivale, patrimoine de lhuma -nit depuis 1988. Celle-ci est ceinte dun triple rempart, construit par les Chevaliers de lOrdre de Saint-Jean partir de 1306. Chaque pouce carr de la vieille ville est envotant. Ne pas rater parmi toutes ses merveilles : les mosques dIbrahim-Pasha et Soliman ; la toute petite glise byzantine du 13e sicle, non indique sur la plupart des guides, de St Phanourios ; les bains hammam et la synagogue. Lindos, au sud-est de Rhodes, est dli cieuse. Entre son acropole haut perche avec son temple dAthna Linda, ses entrelacs de ruelles en escalier longeant des maisons comme dans un dcor de cinma sur la pente ; et en contrebas, ses plages tentantes deaux cristallines et mordores. Cest en face de lune delles, envahie aujourdhui par les nudistes, que laptre Saint-Paul en lan 43 a commenc lvanglisation. H.G. Tant de Beauts Lindos Hegel Goutier Charmante Lindos avec son acropole, et au loin sur les plages tentanes

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36Le C urrier ZoomLimportance des histoires : aperu de lunivers de Chimamanda Ngozi Adichie Une conteuseration auprs de lecteurs du monde entier et elle est consciente comme personne de la puissance de lhistoire. Doue des talents des conteurs dantan : cest en ces termes que le grand crivain nigrian Chinua Achebe dcrit cette jeune crivaine qui le considre dailleurs elle-mme comme un hros. Dans ses livres, Adichie donne vie des personnages, vnements et situations complexes, dans une volont dhumani -sation et de renforcement de pouvoir. De Lhibiscus pourpre ( Purple Hibiscus 2003) et L'autre moiti du soleil (Half of a Yellow Sun 2006) son recueil de nouvelles The Thing Around Your Neck (2009), certains lecteurs dcouvrent de nouvelles perspec -tives et expriences culturelles, tandis que dautres comme moi-mme sappuient sur ses livres pour approfondir ces perspec -tives et expriences et les exploiter. Les rcits dAdichie sarticulent le plus souvent autour de personnages igbo-nigrians, rendus dautant plus vivants que lauteur utilise de temps autre des expressions igbos, parfois sciemment non traduites. Okechukwu UmeloLes histoires sont fondamen -tales Les histoires ont t utilises pour dpossder et calomnier, mais les histoi res peuvent galement tre utilises des fins dhumanisation et de renforcement de pouvoir. (Chimamanda Ngozi Adichie) Chimamanda Ngozi Adichie est une cri -vaine nigriane de renom. Cette jeune et talentueuse conteuse suscite une vive admi -

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37 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 La perceAdichie a grandi dans le campus nigrian de Nsuka o son pre tait professeur et sa mre fonctionnaire. Dans un tel contexte, et en raison galement de son appartenance la classe moyenne, elle donc toujours vcu entoure de livres. Je lisais des livres pour enfants dauteurs amricains et bri -tanniques, expliquait-elle en 2009 lors de son fameux expos sur Le danger du rcit unique. Quand je me suis mise crire, jai crit le mme genre de livres que je lisais qui parlaient de choses auxquelles je ne pouvais pas midentifier personnellement. Tout a chang lorsquAdichie a dcouvert la littrature africaine. Des auteurs comme Achebe et le pote guinen Camara Laye ont en effet modifi sa vision de la litt -rature. Et grce eux, elle a commenc aborder dans ses livres des sujets et des thmes proches de son univers personnel elle avait enfin pris conscience que des personnes comme elle pouvaient tre des personnages de romans : [La dcouverte dauteurs africains] ma vit davoir une vision unique de la litt rature et de ce que sont les livres.Et de fait, les livres dAdichie racontent des rcits multiples, plusieurs couches. Des livres qui lui ont valu de nombreuses rcom -penses et distinctions, y compris le convoit Orange Broadband Prize for Fiction pour L'autre moiti du soleil en 2007. Lhistoire Les rcits dAdichie explorent de manire approfondie et sous divers angles le vcu et la personnalit des personnages, trs souvent dans le cadre social et politique plus gnral du Nigeria postcolonial. Prenons par exemple L'autre moiti du soleil sans doute le livre qui lui tient le plus cur. Lhistoire se droule dans le contexte de la Guerre civile du Nigeria (1967-1970), qui a oppos le gou -vernement nigrian et la Rpublique du Biafra, la rgion scessionniste du sud-est du pays, principalement peuple par les Igbos. Adichie, ge aujourdhui de 33 ans, est elle-mme Igbo. Elle est ne lombre du Biafra, sept ans aprs la fin de la guerre, cet atroce chapitre de lhistoire du Nigeria. Aujourdhui encore, la guerre est un thme encore largement tabou au Nigeria, mais Adichie donne ces vne ments dvastateurs un visage rsolument humain lorsquelle dpeint, avec beaucoup dmotion, les horreurs de la guerre. L'autre moiti du soleil raconte lhistoire dOlanna et Kainene, deux surs jumelles, issues dune famille igbo privilgie, trs diffrentes lune de lautre par leur per -sonnalit, leur apparence physique et le choix de leurs amants. Olanna sprend dOdenigbo, universitaire fougueux et rvolutionnaire, tandis que Kainene tombe amoureuse de Richard, un Anglais timide, maladroit et bien intentionn. Passionn dart igbo-ukwu, il est entirement dvou la cause du Biafra. Il y a aussi Ugwu, le jeune domestique dOdenigbo de loin un des personnages les plus attachants du livre que lon voit grandir tout au long du rcit. Les vne -ments qui prcdent la guerre et le conflit lui-mme mettront lpreuve les personnages et leurs relations, les confrontant des choix cornliens. Dans ce livre, lauteur explore lamour, les classes sociales, la vie communautaire, les modes de vie traditionnels et modernes et les personnages , mais aussi les v nements et les problmatiques en rapport avec la guerre. Sinspirant de personnages rels, le livre rend hommage aux millions de personnes qui ont perdu la vie durant la guerre du Biafra, parmi lesquelles les grands-parents dAdichie. Elle a dailleurs signal que ce Etant moi-mme Igbo et Nigrien, et un de ses nombreux fans, Adichie maide naviguer travers ma culture et mon histoire de multiples faons La fume s'chappe d'une raffinerie de ptrole illgale dans le pays des ogoni, en dehors du Port Harcourt, dans la rgion du Delta du Nigeria ReportersChimamanda Ngozi Adichie le site web de Chimamada Ngozi Adichie livre leur rendait hommage, une faon de renouer avec sa propre histoire et de se confronter avec la guerre. Malgr la bibliographie dtaille en fin douvrage, sa principale source dinformation a t son pre, qui a perdu, pendant la guerre civile, tout ce que sa femme et lui possdaient. Une source dinspirationAdichie est une source dinspiration non seulement pour les Nigrians qui nhsitent pas laborder dans la rue pour discuter avec elle avec passion des intrigues de ces romans ou la remercier pour son uvre littraire ; mais aussi pour les femmes poli -tiques quelle soutient ou les autres femmes crivains quelle coache durant ses ateliers ; ainsi que pour ltudiant universitaire la recherche dun diteur, qui se rappelle trs bien la dcision dAdichie dabandon -ner ses tudes de mdecine au Nigria pour poursuivre ses rves dcrivain et davenir universitaire aux Etats-Unis. Pour toutes ces personnes, mais aussi pour moi, Adichie est une source dinspiration. Etant moi-mme Igbo et Nigrien, et un de ses nombreux fans, Adichie maide navi -guer travers ma culture et mon histoire de multiples faons. Ses livres mentranent dans diffrents voyages, un voyage travers les histoires multiples de mon pays et de ma culture. Jattends avec impatience le prochain voyage.

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38Le C urrier InteractionsBnin, Bhoutan et Costa Rica une coopration travers les continents Le potentiel de la coopration Sud-Sud a t au centre d'une runion pub lique qui a eu lieu le 31 mai 2011 au Parlement europen. Le thme de cette runion tait Organiser l'appropriation inclusive Le dialogue structur de l'UE pour renforcer la coopration avec les acteurs non tatiques dans le Sud. Debra PercivalLa coopration entre le Bnin, le Bhoutan et le Costa Rica a t mise en marche pour la premire fois en 2006 par le gouvernement nerlandais, avec le soutien de Cordaid, une importante organisation nerlandaise de dveloppement. Dsormais gr de faon autonome, ce projet a t dcrit comme un excellent exemple de coopration Sud-Sud, un exemple reproduire ailleurs. Les participants cette runion taient notamment Ren Castro-Salazar, Ministre des Affaires trangres du Costa Rica, des dputs du Parlement europen ainsi que des reprsentants de la Commission europenne et d'organisations non gou -vernementales (ONG).Grce une collaboration troite, nous parvenons puiser dans les connaissances varies de chaque partenaire. Nous avons appris aux Costariciens limportance que reprsentent les insectes comestibles pour le fourrage destin au btail. De leur ct, les Costariciens nous ont aid introduire la culture biologique de l'ananas, ce qui Le dialogue structur avec la socit civile favorise la coopration Sud-Sud

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39 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 a permis douvrir de nouveaux marchs d'exportation pour nos petits agriculteurs et de gnrer des revenus supplmen taires dont nous avons bien besoin, a expliqu Mathias K. Pofagi, directeur de Partenaires au Bnin. La coopration s'articule autour de quatre piliers de dveloppement durable inter -dpendants : dveloppement conom ique, dveloppement social, protection de l'environnement et galit des genres. Par exemple, des experts bhoutanais ont galement partag leur connaissance de la culture du shiitake, un champignon trs convoit, avec des agriculteurs du Costa Rica et du Bnin. La recette du succs de Partenaires est l'indpendance par rapport aux dona -teurs, l'accent mis sur une rciprocit et une galit vritables entre les membres, et la participation non seulement des gouvernements mais aussi d'entreprises et de la socit civile, de communauts indignes, de femmes, d'agriculteurs et d'universits, a confi Marianella Feoli, membre du secrtariat de Partenaires et directrice gnrale de l'ONG costaric -ienne Fundecooperacion for Sustainable Development. Les 36 projets mens dans le cadre du programme Partenaires sont devenus autonomes aprs seulement trois ans de fonctionnement. Cette coopration a permis aux petits agriculteurs et aux chefs de micro-entre -prises de partager leur exprience et leur savoir-faire travers les continents. De nouveaux services et emplois sont apparus qui, leur tour, ont gnr des revenus supplmentaires pour les habit -ants pauvres des trois pays participants. Atteindre l'autonomieTout cela a t ralis sans modification du cadre juridique. L'UE devrait profiter des expriences de ce type, a dclar Ren Castro-Salazar aux participants de la runion. Le potentiel offert par la coopration Sud-Sud dans une multitude de domaines allant de la culture au changement climatique a t soulign par les participants, notam -ment par Thijs Berman, un eurodput nerlandais. Par ailleurs, des participants ont mis en vidence la valeur ajoute dune telle coopration. En effet, celle-ci permet d'augmenter la rentabilit, de promouvoir les transferts de technologies appropris et d'assurer l'appropriation locale, le leader ship et le renforcement des capacits. tant donn la nature mondiale des dfis actuels, il est temps que l'UE, qui est la premire promouvoir l'efficacit de l'aide, encourage la coopration Sud-Sud au lieu de se contenter de l'aide bilatrale. Avec la coopration Sud-Sud, les pays en dveloppement deviennent des partenaires Javier Campo a a captur les diffren -ces et les similitudes entre le Bnin, le Bhoutan et le Costa Rica. Il a livr ce travail aux yeux du public dans une exposition photographique rcemment organise La Haye, aux Pays-Bas, afin d'attirer l'attention sur les Par -tenaires du Bnin, du Bhoutan et du Costa Rica dans le programme de coopration Sud-Sud. Bien que cha cun de ces pays ait ses propres con -victions religieuses, rythmes, histoire linguistique et traditions, ils ont des dfis en commun. Cette exposition de 60 photographies illustre la diversit des paysages de ces trois pays ainsi que la gentillesse et louverture de leurs habitants. Gros plan sur la coopration Sud-Sudgaux de leur propre dveloppement et une responsabilit mondiale s'instaure l'gard des problmes mondiaux, a expliqu Mirjam van Reisen, professeur de responsa -bilit sociale internationale l'Universit de Tilburg (Pays-Bas) et directrice de l'EEPA (Europe External Policy Advisors). Le Dr Obadiah Mailafia, chef du person -nel au secrtariat du Groupe des tats d'Afrique, des Carabes et du Pacifique (ACP), sest fait lcho de ces opinions en mettant en vidence le dialogue de haut niveau sur la coopration avec le Brsil, l'Inde et la Chine qui a t lanc rcemment par le Groupe ACP. Les participants ont salu le nouveau dia -logue structur de l'UE avec la socit civile, qui vise dfinir des rles spcifiques pour tous les acteurs du dveloppement et harmoniser les stratgies et les pro -grammes. Par ce processus, la Commission europenne espre renforcer son partenar -iat avec les organisations de la socit civile et les autorits locales dans le monde entier. La coopration Sud-Sud est utile et effi cace pour ce qui est de l'intgration et de l'unit rgionales dans les ngociations mondiales. Par rapport aux socits civiles, la traditionnelle scission Nord-Sud a de moins en moins de sens depuis le print -emps arabe, a dclar Mirjam van Reisen. L'UE devrait utiliser le dialogue structur et mettre laccent sur l'appropriation afin dinstaurer des politiques qui incluent toutes les parties prenantes dans l'identification des stratgies de dveloppement les plus prometteuses, a suggr Ren Grotenhuis, directeur de Cordaid. Et d'ajouter : Des Etats comme les Pays-Bas, qui ont soutenu, trs tt, les nouvelles approches telles que la coopration Sud-Sud, peuvent montrer l'exemple dans cette volont de donner un avenir plus prometteur la coopration au dveloppement.Andris Piebalgs, commissaire europen en charge du dveloppement, devrait lancer en 2012 une communication europenne sur le rle de la socit civile dans le dvel oppement.Pour en savoir plus : www.southsouthcooperation.netUne femme bhoutanaise. Photos dune exposition appele Trois continents, trois pays Une vision prsentant le travail de Javier Del Campo Javier Del CampoUne femme bninoise Javier Del Campo

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40Le C urrierLUE reste le premier donateur mondial sans atteindre ses objectifs Anne-Marie MouradianLUnion garde sans conteste sa place de premier donateur au monde a constat Andris Piebalgs, le commissaire euro -pen en charge du dveloppement, tout en reconnaissant que lUE na pas rempli son engagement de consacrer collective ment 0,56% de son revenu national brut lAPD en 2010 en vue datteindre 0,7% en 2015. En termes absolus, les montants ont t infrieurs de 14,5 milliards deuros aux promesses1. Le Luxembourg bat tous les records Dans lensemble, seuls neuf tats mem -bres ont atteint les objectifs intermdi -aires quils staient fixs pour 2010: la Belgique, la Finlande, le Royaume-Uni, l'Irlande, Chypre ainsi que la Sude, le Danemark, le Luxembourg et les Pays-Bas qui sont dj au-del de la barre de 0,7 %. En 2010, le Luxembourg a mme atteint, avec 301 millions deuros daide au dveloppement, 1,09 % de son RNB. En revanche, des pays comme lItalie (0,15%), lAutriche (0,32%) ou lAllemagne (0,38%), sont encore trs loin de remplir leurs promesses. Avec 10 milliards deuros, soit 0,50% de sa rich -esse nationale, la France est proche de lobjectif. La Commission continue donc lan dernier dj, elle avait dclar que la crise conomique ne devait pas servir de pr texte aux gouvernements dappeler les Etats membres respecter leurs engage ments. Les budgets consacrs lAPD doivent tre augments si nous voulons atteindre nos objectifs ambitieux pour 2015 et rester crdibles. Cela demande un effort collectif, et tous les acteurs doivent y contribuer quitablement insiste Andris Piebalgs. Il rappelle aussi la ncessit de maximiser limpact des fonds existants en amliorant la qualit et l'acheminement de l'aide. Dans le courant de cette anne, le commissaire prsentera des proposi -tions pour mieux cibler la politique de dveloppement, assurer une meilleure coopration et une plus grande incidence sur le terrain .Un des enjeux sera damliorer lefficacit de lappui budgtaire direct aux pays en dveloppement dont les montants pas -seront de 25% des enveloppes program mables du 9me FED prs de 50 % du 10me FED. Renforcer les contrles Tout en reconnaissant les efforts dploys par la Commission pour met -tre en uvre et amliorer son approche en matire daide budgtaire, le dernier rapport spcial de la Cour des comptes europenne (11/2010) notait des insuf -fisances dans la mthodologie, la gestion et lvaluation des programmes et des risques. La Commission sest engage remdier aux problmes. De son ct, le Parlement europen suit la question de prs. Le rapport sur Lappui budg taire en tant que moyen de distribution de laide publique au dveloppement dans les pays ACP prsent lAssemble parlementaire paritaire ACP-UE de mai Budapest par Enrique Guerrero Salom et Mohamed Abdallahi Ould Guelaye souligne, entre autres, la ncessit de renforcer tant les mcanismes de con -trle de la Commission que le contrle parlementaire dans les pays bnficiaires. 1 Chiffres OCDE & UE avril 2011Un des enjeux sera damliorer lefficacit de lappui budgtaire direct aux pays en dveloppement dont les montants passeront de 25% des enveloppes programmables du 9me FED prs de 50 % du 10me FEDAvec 53,8 milliards deuros (0,43% du RNB de lUE), laide publique au dveloppement (APD) de lUnion europenne a enregistr un niveau record en 2010, affichant une augmentation de 4,5 milliards par rapport 2009. Commissaire Piebalgs blog Piebalgs

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41 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 dj grave que la majorit des Etats membres rduisent leur aide, mais quils la mettent au service de leurs priorits de politique intrieure ou trangre est totalement inacceptable.Pire, ajoute Chris Coxon dActionAid, cette approche fonde sur lintrt per -sonnel est reproduite tous les stades du processus de laide, y compris dans la faon dont les Etats membres jugent eux-mmes de son efficacit. Rien quen 2010, les Etats membres ont augment leurs dpenses daide publique de plus de 5 milliards deuros, soit prs de 10% de laide totale consentie par lUE aux pays partenaires au cours de la mme anne. Sur cette somme, 2,5 milliards deuros ont t affects lannulation de la dette, environ 1,6 milliard deuros aux frais dtudes et 1,1 milliard deuros aux rfugis dans les pays donateurs.Une runion haut niveau sur lefficacit de laide aura lieu Busan, en Core du Sud en novembre prochain. Dici l, les 1.600 organisations reprsentes par CONCORD appellent les gouvernements de lUE cesser de faire mauvaise usage de laide en la mettant au service de la scurit nationale, de limmigration et des intrts commerciaux et ne plus gonfler leurs budgets de laide. M .M.B. Lutter contre lintrt personnelMme si lUE est le premier bailleur daide au monde, neuf Etats membres seule -ment ont atteint en 2010 leurs objectifs en termes daide euro -penne, le bloc europen affichant dans son ensemble un dficit norme de 14,5 milliards deuros. A elle seule, lItalie est responsable de plus de 50% du dficit de laide europenne, suivie de prs par lAllemagne, avec 35%. Quant de nombreux autres pays, ils procdent des coupes sombres dans leurs budgets de laide, coupes disproportionnes par rapport aux autres postes de dpenses publiques. Non contents de revoir la baisse leurs ambitions en termes de niveaux de laide, defficacit de laide et de soutien budg taire, les Etats membres lient de plus en plus troitement leur aide aux intrts commerciaux, de scurit et de migra -tion de lUE. Cette observation a de quoi inquiter, puisquelle a pour consquence une diminution des liquidits disponibles pour combattre la pauvret dans le monde, souligne le rapport.Mme si lOCDE qualifie de fragiles pas moins de 48 pays, trois dentre eux seulement ont absorb, depuis 2002, plus de 30% de toute laide internationale au dveloppement achemine vers ces Etats : lIrak, lAfghanistan et le Pakistan. LAfghanistan est un pays prioritaire pour 11 Etats membres, parmi lesquels la Finlande, lAllemagne, lItalie, la Pologne et le Royaume-Uni. Cependant, les niveaux levs de pauvret et les dfis rels en termes de dveloppe -ment ne suffisent pas expliquer pourquoi lUE sintresse et simplique ce point dans ce pays. Comme le montre le rap port, les aides octroyes lAfghanistan ont t essentiellement justifies par des proccupations domestiques en rapport avec la scurit et la migration. La notion daide est bafoue et les intrts personnels de lUE semblent aujourdhui tre la principale motivation, explique Jean Kamau dActionAidKenya. Il est en soi Les Etats membres lient de plus en plus troitement leur aide aux intrts commerciaux, de scurit et de migration de lUELes Etats membres de lUE se replient de plus en plus sur eux-mmes et tiennent surtout mettre leurs politiques daide et dassistance au service des intrts de leur propre politique trangre ou intrieure. Telles sont les principales conclusions du rapport annuel dAidWatch publi par CONCORD le 19 mai, Bruxelles. Jean Kamau, Directeur dActionAid au Kenya Des Willie/ ActionAid Dchargement d'aide alimentaire d'ActionAid son arrive au Kenya Des Willie/ActionAid

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42Le C urrierpermis entre autres de porter le nombre de bnficiaires plus de 775000 clients faibles revenus dans la zone ACP. Il a contribu y renforcer les capaci -ts de 50 IMF, den crer deux nou -velles, de former plus de 500 personnes, dallouer une aide la notation de 90 IMF, de fournir des conseils juridiques et rglementaires 11 pays africains et banques centrales de l'Afrique de lOuest et dAfrique Centrale. Il y a eu aussi des checs. Nous avons tir normment de leons du premier programme indique Stefania Zaninello, responsable de la gestion de programmes, secteur Lancement du deuxime Programme cadre UE/ACP pour la microfinance Anne-Marie MouradianNous pensons que la microfinance en tant quoutil de support la gnration de revenus pour les micro-entreprises informelles ou petits paysans marginaliss par exemple peut contribuer au dvelop -pement et la rduction de la pauvret explique Alessandra Lustrati, Point Focal Microfinance EuropeAid. La microfinance peut tre trs utile pour les mnages pauvres qui nont pas accs aux banques et autres services finan -ciers si elle contribue dvelopper leurs activits conomiques. Elle peut poser problmes lorsquelle nest utilise qu des fins de consommation sans amlio -rer les revenus et que lemprunteur se retrouve ds lors dans lincapacit de rembourser son prt. Il y a actuellement quelque 200 projets de microfinance qui sont cofinancs par la Commission pour un montant de presque 200 millions dEuros en total, dans plus de 80 pays ACP, dAsie, dAm -rique Latine, et du Voisinage Sud et Est1. Notre but principal nest pas de fournir des liquidits aux IMF. Nous nous effor -ons essentiellement de renforcer leurs capacits en leur accordant une assis -tance technique, des formations et des conseils souligne Alessandra Lustrati. En utilisant divers indicateurs, la CE veille ce que les institutions partenaires soient performantes deux niveaux, financier et social. Pour rejoindre des rsultats en termes de rduction de la pauvret, les IMF doivent tre non seulement conomiquement viables mais servir des objectifs de dveloppe ment. Nous essayons de travailler avec celles qui rpondent ce double critre, souligne Alessandra Lustrati. Il existe, en particu lier, une longue his -toire dappui de la CE la microfinance dans les pays ACP. Le programme cadre UE/ACP est le plus important et com -plexe des programmes actuellement mis en uvre diffrents sites dans la rgion ACP. Sa premire dition (2005-2010) a Le nouveau programme dappui aux institutions de microfinance (IMF) vient dtre lanc. Objectif principal : renforcer les capacits de plus dune centaine dIMF dans les pays dAfrique, Carabes et Pacifique.Il faut faire comprendre aux IMF quelles doivent tre l'coute de leurs clients et non vouloir fournir des crdits tout prix mais plutt contribuer retenir la solution la plus adapteMarch africain Reporters

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43 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011au dbut de 2012 pour laborer une nou velle stratgie de coopration commune. Le commissaire europen et le Directeur gnral de l'ONUDI ont convenu que les nouvelles richesses provenant de res -sources naturelles, telles que le ptrole, devaient tre utilises intelligemment afin dencourager le dveloppement industriel durable en Afrique. Ils se sont galement entendus sur la ncessit de diversifier le secteur conomique y compris les activ -its traditionnelles telles que lindustrie agroalimentaire pour accrotre le com merce des biens valeur ajoute des pays ACP. Pour finir, ils ont aussi soulign la coopration accrue entre lUE et lAfrique dans les domaines de lducation, du dveloppement des comptences et des transferts de savoir-faire industriel. D.P. ACP noue des liens avec lONUDIEconomie et Commerce/Oprations ACP, EuropeAid. Certaines IMF ne savaient pas comment offrir le service mieux adapt leurs clients les plus pauvres. Les clients ne comprennent pas toujours bien leurs propres besoins. Ils demandent par exemple un crdit parce quils ont un champ qui risque dtre inond alors quils auraient plutt besoin de se prmunir contre un tel risque via une assurance. Il faut faire comprendre aux IMF quelles doivent tre l'coute de leurs clients et non vouloir fournir des crdits tout prix mais plutt contribuer retenir la solution la plus adapte. Finance responsable Avec un budget de 15 millions deuros au titre du 10me FED, le deuxime Programme cadre UE/ACP (2010-2014) vise renforcer les capacits des IMF tous les niveaux: analyse et comprhen -sion des besoins, change et application des bonnes pratiques, renforcement et diversification de loffre de produits et services financiers, dveloppement de rseaux dinformations pour amliorer la transparence. Il sagit de promouvoir une finance responsable avec un accent trs fort sur la performance sociale. Quinze cadres des banques nationales ou rgionales, des ministres de tutelle et organes de supervision de la micro finance de pays ACP recevront par ail -leurs des bourses pour participer la Formation en Microfinance Boulder Turin (Italie) du 18 juillet au 5 aot 2011. Le deuxime programme cadre est dans la phase de lancement dappel proposi -tions. Gr depuis Bruxelles avec laide des dlgations de lUE dans les pays ACP, il est financ par la CE tandis que le secrtariat ACP en est le bnficiaire final et le maitre d'uvre. Nous travail -lerons aussi prcise Stefania Zaninello, avec dautres bailleurs de fonds Banque mondiale, Bureau international du travail, Nations unies, Banque inte -ramricaine de dveloppement, lagence allemande KFW pour viter les doubles emplois et rentabiliser la valeur ajoute de chaque donateur dans ce secteur. 1 Source: CGAP Funder Survey 2010Le groupe ACP et lOrganisation des Nations Unies pour le dvel -oppement industriel (ONUDI) ont sign un protocole daccord Bruxelles, le 24 mars. Celui-ci montre la volont du groupe ACP de nouer des liens avec des organisations autres que l'Union europenne (EU). Le secrtaire gnral du groupe ACP, Dr Mohamed Ibn Chambas, et le Directeur gnral de lOrganisation des Nations Unies pour le dveloppement industriel (ONUDI), Dr Kandeh Yumkella, ont dclar que la future collaboration entre les deux instances allait acclrer le dveloppe -ment industriel durable dans les pays et rgions ACP. Nos deux organisations tireront parti de leurs avantages comparatifs respectifs pour contribuer de faon spcifique la promotion du dveloppement industriel durable dans les pays ACP, conform -ment aux stratgies de dveloppement nationales et rgionales, a affirm Dr Chambas. Dans le cadre de cet accord, les deux organisations vont cooprer en vue de renforcer les agro-industries et autres industries comptitives des Etats ACP et de promouvoir les industries respec -tueuses de l'environnement. Dr Yumkella a galement rencontr, Bruxelles, le Vice-prsident de la Commission euro -penne, en charge de lindustrie et de lentrepreneuriat, Antonio Tajani. Le Commissaire Antonio Tajani a propos dorganiser une Confrence trilatrale de haut niveau entre lUA, lUE et lONUDI March africain Reporters

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44Le C urrier Debra PercivalUne grande mare de type King tide emporterait les habitants de lautre ct, explique Aloysius Laukai, prsident de lONG et directeur de la chane de radio New Dawn, qui met partir de lle de Buka, au nord de Bougainville, 86 kilomtres de latoll [Ed : voir article dans le reportage sur la PNG]. Peu de donnes scientifiques prcises sont disponibles sur llvation du niveau de la mer sur ces les loignes dont laltitude culmine 1,5 mtre au-dessus du niveau de la mer mais certains scientifiques pensent quelles pourraient tre rayes de la carte dici 2015. Les six les de larchipel, dont Han est la plus grande, sont parpilles sur une zone de 30 kilomtres (du nord au sud). La superficie des terres merges ne dpasse pas 0,6 kilomtre carr. La politique actuelle consiste rinstaller ailleurs ces populations, mais elles ne veu -lent pas partir, explique Aloysius Laukai. Il faut savoir en effet que les habitants de Papouasie-Nouvelle-Guine sont trs attachs aux relations claniques et famil iales, et que les terres coutumires y sont sacres [Ed : voir le reportage sur la PNG dans ce numro]. Mme si la population continue de cultiver des champs de taro, des stocks de riz arrivent de temps temps au dpart de Bougainville. Le changement de rgime alimentaire de la noix de coco au riz a provoqu de petits problmes de sant chez les habitants, en particulier de la diarrhe. Leau de mer a par ail -leurs pollu les rserves en eau potable. Des rfugis climatiquesCinq familles ont dj t rinstalles Bougainville. La paix tant revenue dans cette rgion autonome, Tulele Peisa espre que dautres familles des Carteret les rejoindront. Le bois abattu entrepos larrire des btiments de la radio New Dawn, Buka, sera utilis pour con -struire des maisons pour ces rfugis climatiques, plus prcisment dans la plantation de Tiuputz, sur l'le principale de Bougainville, une plantation cde par lEglise catholique. Ce que nous voulons, cest soutenir la formation et les aider sadapter et sintgrer dans la communaut, et pourquoi pas, encour -ager les mariages avec des habitants de Bougainville, indique Aloysius Laukai. La socit civile en actionEvacuer et rinstaller les populations des les de Carteret, victimes du changement climatique Lorganisation non gouvernementale Tulele Peisa sefforce dvacuer et de rinstaller le millier dinsulaires qui vivent encore dans les les Carteret, un chapelet dles en forme de fer cheval situ au nord-est de la rgion no-guinenne autonome de Bougainville. Llvation du niveau de la mer due au changement climatique risque en effet dengloutir les terres encore merges dici 2015. Des vidos pour immortaliser une cultureDans le cadre dun programme de financement bilatral petite che -lle pour le Pacifique (2009-2010), le gouvernement britannique a donn les moyens la Universi -ty of New England dAustralie de documenter les traditions culture lles des habitants des Carteret chants, danses, traditions, mythes et lgendes en collaboration avec Tulele Peisa et le Conseil des chefs des les de Carteret. Aloysius Laukai, rdacteur en chef la radio "New Dawn" D Percival

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45 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011Son rapport, Fuelling Evictions: Community Cost of EU Biofuels dvoile que 20.000 habitants de la rgion boise de Dakatcha, au Kenya, sont menacs dexpulsion. Une entreprise europenne a en effet des vues sur ces terres et projette dy planter du jatropha pour produire des biocarburants.Cette zone boise situe 50 kilomtres de la ville de Malindi a t place sous la tutelle du Conseil du comt de Malindi, cens reprsenter les communauts qui y vivent. En 2008, lentreprise Kenya Jatropha Energy Ltd (KJE), une filiale de la socit italienne Nuove Inziative Industriali a introduit une demande auprs du Conseil pour louer 50.000 hectares de terres pour une dure de 33 ans, explique le reprsentant dActionAid au Kenya, David Barisa, qui sest rendu Bruxelles dbut mai pour faire pression sur les institutions europennes. Or, les promesses de KJE qui stait engage construire des infrastruc -tures, des coles et des hpitaux et crer des emplois pour les habitants de Dakatcha sont restes lettres mortes. La rue des entreprises europennes ou autres vers les terres permettant de cultiver des biocarburants est motive par la directive europenne sur les ner -gies renouvelables de 2009, qui stipule que, dici 2020, 20% de la consomma -tion nergtique europenne et 10% des carburants destins au transport devront provenir de sources renouvelables1. Lautre problma -tique tant labsence de scurit foncire dans certains pays en dveloppement qui permet de tels projets de voir le jour sans que les cons -quences sociales ne soient pleinement prises en compte. Environ 75% des terres de la rgion costale du Kenya sont dtenues par des conseils locaux et peuvent tre loues, bien qu'une nouvelle loi promulgue par le Parlement kenyan en aot 2010 ait mis sur pied un Comit foncier qui stipule que les communauts rsidant sur ces terres doivent galement devenir actionnaires et bnficier des projets conomiques. La socit civile proteste Encore faut-il que cette nouvelle lgisla -tion soit applique Dakatcha. la suite des manifestations de la socit civile en juillet 2010, lAutorit nationale de gestion de l'environnement a demand KJE dentreprendre un projet pilote pour prouver la durabilit environnementale de la culture du jatropha Dakatcha. Depuis, lentreprise a soumis de nou -veaux plans pour dmarrer un projet pilote sur 10.000 hectares de terres. Si les plantations se poursuivent, la communaut sera bel et bien expulse des terres quelle occupe depuis des gnrations, formant de petits villages ou groupements de huttes. Les habitants y cultivent du manioc et des ananas dans des parcelles de terre situes en dehors des bois afin de nourrir leur famille et de les vendre ensuite au march local peut-on lire dans le rapport d'ActionAid. Les communauts de Dakatcha dpendent galement de la fort pour l'apiculture ou la mdecine par les plantes, pour lap -provisionnement en eau potable, en bois de construction et de chauffage et pour les revenus gnrs par lcotourisme.Chris Coxon dActionAid souhaite attirer lattention sur ce quil considre comme un manque de cohrence entre la politique europenne sur lnergie renouvelable et lobjectif de dvelop -pement qui prne la rduction de la pauvret. Dans le rapport dActionAid, il dclare : Nous appelons lUnion europenne respecter son obligation lgale d'assurer la cohrence politique au service du dveloppement tablie par le trait de Lisbonne. Elle doit mettre un terme aux politiques actuelles [en matire dnergie renouvelable], y compris aux objectifs et aux incita -tions financires, qui promeuvent des biocarburants nuisibles aux dpens des droits fonciers et alimentaires des com -munauts comme celle de la fort de Dakatcha. D.P. 1 Directive 2009/28/CE du Parlement europen et du Conseil du 23 avril 2009 relative la promotion de lutilisation de lnergie produite partir de sources renouvelables. www.actionaid.org.uk Si les plantations se poursuivent, la communaut sera bel et bien expulse des terres quelle occupe depuis des gnrationsLONG ActionAid a rvl les effets ngatifs que pourrait avoir la politique europenne en matire dnergie renouvelable sur les pays en dveloppement. Le cot social de la politique de lUE en matire dnergie renouvelable Travailleurs dans un champ de plantes de Jatropha curcus, une source de biodiesel Reporters /Mahesh Kumar A

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46Le C urrier Debra PercivalOn pourrait dcrire la Papouasie Nouvelle Guine (PNG) comme un mini-continent. Ce pays prsente une extraordi -naire diversit, sur terre comme dans les mers en tmoignent sa faune et sa flore ainsi que son potentiel conomique, lui aussi trs diversifi : ptrole, gaz, min -erais, forts et pisciculture. Situ juste au sud de lquateur, 160 km de lAustralie, la PNG est traverse par un gigantesque arc montagneux qui stend de lAsie au Sud du Pacifique en passant par lIndonsie. Ses 5,9 mil -lions dhabitants sont pour la plupart des Mlansiens. Ce pays fascinant se com -pose de plus de 600 les proches du littoral et de plus de 600 tribus. On y parle plus de 800 langues indignes ( tok ples ). Malgr une augmentation de 9% de son produit intrieur brut (PIB) lanne dernire, grce aux premires exporta -tions de gaz naturel liqufi (GNL) qui ont commenc il y a tout juste deux ou trois ans, la Papouasie Nouvelle Guine a de grandes difficults atteindre les Objectifs du Millnaire pour le dveloppe -ment (OMD).Avec un taux de mortalit maternelle de 733 dcs pour 100.000 naissances vivantes, la Papouasie Nouvelle Guine est loin des taux enregistrs aux Fidji 34 dcs maternels pour 100.000 naissances vivantes et dans les pays industriali -ss taux de mortalit maternelle de 8/100.000. Cest ce quindique le Plan de sant national 2011-2020 de la PNG. Le mme document pingle un taux dalphabtisation de tout juste 56,2% chez les enfants de 10 ans. A la fin 2009, le pays comptait en outre 34.100 personnes vivant avec le virus de l'immunodficience humaine (VIH), des chiffres qui manent du Conseil national sur le sida de PNG. La plupart des personnes sropositives et malades du sida vivent dans les rgions des Hautes Terres et du sud, mais le virus gagne du terrain dans les zones ctires, dans les Iles de Nouvelle Guine et dans la rgion de Momase. Le 10e Fonds europen de dveloppement (FED), dot de 116,3 millions deuros pour la priode 2008-2013, se concentre sur la rduction de la pauvret par le biais dune assistance au dveloppement rural y compris les projets lis au changement climatique ainsi que sur lducation et le renforcement de la capacit administra tive, encore insuffisamment dveloppe. LUE stimule galement les changes et les investissements au titre de lAccord de partenariat conomique (APE) un accord de libre-change conclu entre la PNG et lUE. ReportageUn continent insulaire a chelle rduite De relles perspectives mais des OMD toujours la trane

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47 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 La Nouvelle Guine est lune des premires terres avoir t peu ples dtre humains modernes, qui seraient arrivs de lAsie du Sud-Est il y a 50.000-70.000 ans, via larchipel indonsien. Les fouilles archo -logiques tmoignent de lexistence de peu -plements ctiers, vieux de 30.000 ans Morobe et de 20.000 ans dans les Hautes Terres. Le double nom qua aujourdhui le pays Papouasie Nouvelle Guine est la consquence dune volution admi -nistrative complexe, datant davant son indpendance. Papua (Papouasie) vient dun mot malais pepuah qui signifie cheveux friss tandis quon retrouve dj le nom Nouvelle Guine ( Nueva Guinea ) dans les crits de lexplorateur espagnol Yigo Ortiz de Retez, qui, en 1545, avait remarqu que les habitants de cette le ressemblaient ceux quil avait rencontrs le long de la cte de Guine, en Afrique occidentale. Mme si les Portugais avaient dj aperu ce territoire en 1512, cest la Compagnie nerlandaise des Indes orientales qui, la premire, revendique la souverainet sur la Nouvelle Guine occidentale, en 1793, et tente ensuite de revendiquer lle toute entire. Les capitaines des navires britan -niques hissent plusieurs drapeaux mais acceptent finalement la revendication des Pays-Bas sur la partie occidentale de lle. En 1884, les Allemands entrent en scne et revendiquent le nord de la Nouvelle Guine, connue sous le nom de Nouvelle Guine allemande. Dans les Hautes Terres, une ligne est/ouest spare donc dsormais de manire arbitraire la Nouvelle Guine allemande et la Nouvelle Guine britan -nique. La Nouvelle Guine est ainsi divise en trois parties : une zone hollandaise qui protge lest des Indes orientales nerlan -daises, une zone britannique qui vise tenir les Allemands loigns de lAustralie et une section allemande intresse par la perspective davantages conomiques. En 1906, la Nouvelle Guine britannique devient le Territoire de Papouasie, admi -nistr par lAustralie, jeune nation ind -pendante. Premiers contacts Lorsquclate la Premire Guerre mondiale (1914-1918), les Britanniques demandent aux Australiens doccuper la Nouvelle Guine allemande. En 1920, lors de la confrence de la Ligue des Nations, qui redistribue les territoires coloniaux entre les vainqueurs de la guerre, lAustralie obtient un mandat dadministration sur lancienne Nouvelle Guine allemande. Dans les annes 30, des hommes blancs la recherche de richesses exploiter, comme lor, entrent pour la premire fois en contact avec les indignes de lintrieur des terres. La Nouvelle Guine sera le thtre dune des plus violentes campagnes de la Deuxime Guerre mondiale (1939-1945). Deux cent mille soldats japonais, austra -La bataille des grandes puissances en terra incognita Alors que les premiers colons de Papouasie Nouvelle Guine vivent encore sur les terres recules des Hautes Terres (Highlands), le pays fut le thtre dune des campagnes les plus violentes de la Deuxime Guerre mondiale. Portrait dun pays dont le pass et le prsent abondent en paradoxes. La rgion des Highlands est pleine de profonds ravins D Percival La population de la Papouasie-Nouvelle-Guine est essentiellement rurale Reporters.be

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48Le C urrier liens et amricains y perdront la vie. On peut encore apercevoir un peu partout dans le pays des vestiges de cette guerre, notam -ment sur les les les plus loignes de la PNG : des tunnels creuss par les Japonais Rabaul1, en Nouvelle-Bretagne de lEst la carcasse dun avion japonais perch au sommet dune falaise Bougainville. Aprs la Deuxime Guerre mondiale, la Papouasie et la Nouvelle Guine suniront pour former un seul territoire. La PNG devient une nation indpendante le 16 septembre 1975. Michael Somare sera le tout premier Premier ministre de ce jeune pays. Il sera rlu cette fonction en 2002 et en 2007 sous la bannire du Parti de lAlliance nationale. Le Parlement se compose de 109 dputs. Le pays est divis en 19 provinces, dont la province autonome de Bougainville, cre en 2001, et le District de la Capitale Nationale (Port Moresby). Chaque province reoit du Gouvernement national des subven -tions destines financer des projets et des initiatives dans des domaines comme les infrastructures et leur entretien, la sant, lducation, lagriculture, lurbanisme, la sylviculture et le dveloppement dentre -prise. La PNG est toujours membre du Commonwealth britannique au sein duquel elle est reprsente par un Gouverneur gnral, actuellement Michael Ogio.Le pays se caractrise par une identit pro -vinciale et clanique marque (plus de 800 langues sont parles dans le pays, mme si le pidgin est largement rpandu). Par le pass, la difficult gouverner un pays compos dune population ce point diver -sifie sest traduite par de frquents votes de dfiance contre des gouvernements lus sur la base dun systme lectoral uninomi -nal majoritaire. Des rformes du systme lectoral ont introduit le systme de vote prfrentiel limit, qui a t utilis pour la premire fois lors des lections parle -mentaires de 2007, offrant une meilleure reprsentation proportionnelle et une plus grande stabilit politique. Les prochaines lections parlementaires doivent avoir lieu en juin 2012 et le nou -veau gouvernement sera alors confront un dfi de taille : grer les revenus den -treprises du monde entier qui rivalisent pour lexploitation des minerais et autres richesses naturelles du pays de faon prserver au mieux les intrts des habi -tants de Papouasie Nouvelle Guine. Malum Nalu & D.P. 1 Les Japonais ont construit plus de 500 kilomtres de tunnels dans les collines autour de Rabaul afin de protger leurs sous-marins des bombardements des forces ariennes amricaines, australiennes et nozlandaises. Ces tunnels abritaient mme des hpitaux. Un pays aux nombreuses facettes De vastes tendues du pays sont toujours sauvages et sous-dvelop -pes. LOwen Stanley Range, une vaste chane de massifs montagneux situe sur lle principale, culmine en plusieurs points plus de 4.000 mtres. Des rivires prennent leur source en haut de ces montagnes, dont limpo -sante rivire Sepik et la Fly River, et poursuivent leur cours jusqu la mer. Les plaines ctires fertiles, les deltas inonds, les mangroves, les plages de sable, les baies abrites colores et les denses forts tropicales tmoignent de la diversit du paysage. Ces forts vierges tropicales abritent quelque 700 espces doiseaux, parmi lesquels des perroquets, des pigeons, des calaos ( kokomos ) et des casoars (le plus grand oiseau de Papouasie Nouvelle Guine). Le plus clbre dentre eux est incontestable ment loiseau de paradis au plumage incroyablement color. La PNG abrite 38 des 43 espces recenses, y com -pris les trs rares paradisiers bleus et de Raggi. Le plus grand papillon au monde le Queen Alexandra Birdwing est originaire de la Province dOro ; son envergure peut atteindre 30 cm. Les mammifres indignes incluent les chauves-souris et les marsupiaux comme les kangourous arboricoles, les wallabies des forts, le couscous et les chidns (fourmiliers pineux). La Papouasie Nouvelle Guine est ga -lement connue pour ses remarquables orchides. Elle abrite plus de deux tiers des espces mondiales et de nouvelles varits continuent dtre recenses. La mer de Bismark qui borde les les loignes de la Nouvelle-Bretagne occidentale et de la Nouvelle-Bretagne orientale compte quelques-uns des meilleurs spots de plonge au monde selon Alan Raabe, le directeur dun centre de plonge. Des formes de vie marine jusquici inconnues y sont mises au jour en permanence dans les rcifs et lon y trouve aussi quelques-uns des coquillages les plus rares au monde. Le Tavurvur, Rabaul, slve depuis la mer de la Nouvelle-Bretagne orien tale. Lors de sa dernire ruption, en 1994, il a recouvert les btiments de cendres noires et paisses, faisant de Rabaul une ville-fantme. La nouvelle capitale provinciale est aujourdhui la ville de Kokopo. Avec ses cocotiers balays par les vents et ses atolls de sable blanc, la Province autonome de Bougainville semble stre endormie. Les paysages terrestres et marins de PNG sont aussi diversifis que ses habitants. Le volcan Tuvurvur, Rabaul D Percival

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49 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 Malum Nalu* Le projet PNG LNG 15 mil -liards de dollars (42 milliards de kinas) a reu le feu vert du promoteur Esso Highlands Ltd filiale d' ExxonMobil Corp et de ses partenaires Oil Search Ltd, Santos Ltd, Nippon Oil, Mineral Resources Development Company (MRDC), et Eda Oil en dcem -bre 2009. Esso Highlands dtient 33,2% des parts, Oil Search 29%, la National Petroleum Company publique 16,6%, Santos 13,5%, Nippon Oil 4,7%, MRDC 2,8% et Eda Oil 0,2%. Le GNL sera achemin par un gazoduc dune longueur de prs de 725 kilomtres vers les installations de liqufaction et de stockage situes 20 kilomtres au nord-ouest de Port Moresby, dans golfe de Papouasie. Selon les experts, cest en 2014 que le projet commencera exporter son GNL quatre grands clients asia -tiques : la Chinese Petroleum Corporation Taiwan ; Osaka Gas Company Ltd ; The Tokyo Electric Company Inc. et Unipec Asia Company Ltd, filiale de China Petroleum and Chemical Corporation (Sinopec) Pendant la dure de vie du projet, plus de 255 milliards de mtres cubes de gaz devraient ainsi tre produits et vendus, ce qui devrait rapporter 30 milliards de kinas au pays en 30 ans et multiplier par deux son produit intrieur brut. Laccomplissement dun mythe Dans ce pays riche en lgendes, certains habitants des Hautes-Terres mridionales sont convaincus que le projet de dvel -oppement de GNL accomplit le mythe de Gigira Laitebo Selon cette lgende, des habitants entretiennent un brasier La course au gaz no-guinen Une montagne dor dans une mer de ptroleLe secteur ptrolier et des minerais, qui proviennent essentiellement de deux mines vieillissantes la mine de cuivre dOk Tedi et la mine dor de Porgera et de celle, plus rcente, de Lihir, est lpine dorsale de lconomie de la PNG. Le pays est ainsi le 11e producteur dor et le 13e producteur de cuivre lchelle mondiale. Paul Bar ker, directeur de lInstitut des affaires nationales de la PNG, prcise toutefois quil s'agit d'activits relativement en claves, peu cratrices d'emplois. La fermeture de la mine de cuivre dOk Tedi, situe dans la Province ouest, est prvue pour 2013. En 2010, sa production a rapport au pays 4,741 milliards de kinas (1,39 milliard deuros), soit 18% du PIB. Toutefois, cest sur tout le cot environnemental et social des activits minires notamment la pollution du fleuve Fly, en aval de la mine qui a mobilis toute lattention des mdias. Il est par contre ques -tion de rouvrir la mine de cuivre de Panguna, Bougainville. Cette mine avait ferm en 1989 au lendemain de la guerre civile dclenche par le m contentement de la population locale qui estimait ne tirer aucun avantage des activits minires [ Ed : voir larticle sur Bougainville dans ce reportage]. Trois nouveaux projets dextraction dor et un tout premier projet dextraction de nickel ont dmarr dans la valle de Ramu, dans la Province de Mandang. Le pays est galement un exporta -teur dargent. Lextraction de ptrole a commenc en 1992, Kutubu. Depuis, dautres champs ptroliers se sont ou -verts Agogo, Gobe et Moran, dans les Hautes-Terres mridionales, o du gaz naturel liqufi sera bientt extrait en vue dtre vendu en Asie. Deux projet de gaz naturel liqufi (GNL) de grande envergure, visant commer -cialiser les ressources en gaz de la prov-ince des Hautes-Terres mridionales et de la province Ouest, ont ouvert grand la porte un boom conomique sans prcdent dont tmoigne la multiplication des nouveaux htels, supermarchs et centres de loisirs dans la capitale, Port Moresby. Interoil Antelope 2 fare, province du Golfe Interoil

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50Le C urrier Si environ 85% des habitants vivent de lagriculture de subsistance, le pays exporte galement du caf, produit dans les Hautes-Terres, du cacao, de la noix de coco et de lhuile de palme, ainsi que de la vanille, de la cardamome, des piments, des fruits et des lgumes. Selon Michael Segal, responsable de linformation lOrganisation internationale du cacao, base Londres, le cacao de la PNG se distingue par un ar -me particulirement marqu, la fois un peu amer et un peu aigre. Il est utilis en chocolaterie fine sur le continent europen. Un grand nom -bre des personnes que nous avons rencontres dans le cadre de notre reportage a mis en avant le potentiel agricole du pays, qui cultive aussi du riz, dans la rgion de Sepik. Le pays importe actuellement du riz et de la farine. La transformation du poisson, Lae et Madang, sti -mule par lAccord de partenariat conomique (APE) sign avec lUE est devenue un nouveau secteur davenir. Le potentiel dexportation des produits forestiers est lui aussi lev, mme si lexploitation foresti -re illgale proccupe beaucoup lUE qui cherche encourager les expor -tations de bois et de produits du bois provenant exclusivement de forts exploites selon les principes de la gestion durable [ Ed : Voir lentretien avec lambassadeur de lUE Martin Dihm dans ce reportage]. souterrain en enfonant des btons dans la terre, illuminant ainsi le monde. A la fin 2009, un autre projet GNL de grande envergure a reu son feu vert. Il sagit du projet GNL Elk/Antelope (6 mil -liards de dollars, soit 17 milliards de kinas), sign entre le gouvernement et le promo -teur, la South Pacific InterOil Ltd (SPI 208) Le projet devrait aussi tre en mesure dapprovisionner le march asiatique en nergies propres. Les premires livraisons de gaz, assures dans le cadre de ce projet, sont pour linstant prvues pour la fin 2013, soit un an avant le dbut des livraisons du projet PNG LNG d' ExxonMobil a expliqu Henry Aldorf, directeur gnral de Liquid Niugini Gas Ltd (LNGL) partenaire du projet, lors de la rcente signature de la convention dactionnariat du projet entre LNGL, South Pacific InterOil (SPI 208), Energy World Corporation (EWC) et Havila Kavo, gouverneur de la province du Golfe. Une usine terrestre de production de GNL (4 milliards de dollars) sera construite en deux phases dans cette province. Dans le cadre de ce partenariat, SPI 208 dveloppera les gisements dElk Antelope, tandis que LNGL construira les gazoducs et, avec l EWC lusine de GNL au large de la cte du Golfe. Cette usine devrait traiter, selon les estimations, prs de 64 milliards de mtres cubes de gaz naturel en 15 ans. Lentreprise canadienne Talisman Energy devrait quant elle dvelopper un troisime projet GNL de grande enver gure, dans la province Ouest. Reste voir cependant dans quelle mesure ces projets bnficieront la majorit de la population, essentiellement rurale, de Papouasie Nouvelle Guine et con -tribueront la ralisation des Objectifs du Millnaire pour le dveloppement (OMD). La PNG est encore une socit relative -ment pauvre, essentiellement agricole et rurale, avec un PIB par habitant de lordre de 3.500 kinas (ou 1.300 dollars) ce qui en fait un pays revenu moyen infrieur mais o la distribution des richesses est de plus en plus inquitable, explique Paul Barker, directeur de l'Institut des affaires nationales de PNG. Et de poursuivre : Cest le pays de la rgion du Pacifique qui a le moins pro -gress sur la voie de la ralisation des OMD au point quaucun dentre eux ne sera sans doute atteint en 2015. La contribution du secteur agricole au PIB reste importante 30-40% et ce secteur joue un rle essentiel, en garantissant des revenus et des moyens dexistence la majorit de la population, directement, mais aussi indirectement car beaucoup dhabitants travaillent dans le secteur du transport et du traitement. Les derniers indicateurs macroconom -iques sont toutefois positifs. Les rserves de devises approchent des niveaux historiques. Le dficit a t rduit et lanne dernire, les reprsentants gouvernementaux ont indi qu que le PIB avait augment de 9-10%, ce qui a permis de rembourser une partie de la dette et laisse esprer un retour des investisseurs trangers et une amlioration sur le front de l'emploi. Journaliste bas en Papouasie Nouvelle GuinePapouasie-Nouvelle-Guine. Femme et enfant Konmai Reporters Dame Carol Kidu D Percival

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51 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011Ancienne enseignante, Dame Carol Kidu, ne en Australie, est ministre en charge des affaires communautaires de PNG. Elle est par ailleurs la seule femme siger au Parlement. Elle a t naturali se papouasienne suite son mariage un citoyen de PNG, feu Sir Buri Kidu. Dans son pays comme lchelon international, elle est respecte pour son action auprs des groupes marginaliss de PNG et sa contribution la rduction de la pauvret. En 2005, elle a t faite Dame de lEmpire britannique avant de devenir Chevalier franais de la Lgion dHonneur, en 2009. Membre du Parlement depuis 1997 et titu -laire de son portefeuille des affaires com munautaires depuis 2002, elle a annonc quelle ne se prsenterait pas aux lections parlementaires de 2012. Pourquoi le dveloppement communautaire revt-il autant dimportance en PNG ?Le fait de mtre marie dans la socit papouasienne et davoir vcu pendant 40 ans dans un environnement villageois mont convaincue que le renforcement au niveau communautaire constitue la base de la PNG de demain. Transformer radicale ment lapproche de dveloppement social en abandonnant la mentalit de bien-tre [ Ed : Il ny a pas de systme de scurit sociale en PNG] au profit dun modle de dveloppement bas sur le renforcement de pouvoir au niveau des communauts est laborieux. Nous commenons prsent mettre en place un tout nouveau cadre poli -tique, conu en 2002, bas sur une politique de dveloppement com -munautaire intgr. En raison de lextrme diversit de notre pays et de notre population, nous ne pouvons pas nous contenter dune politique unique, passe-partout et impose au niveau du sommet pour des questions lies au dve -loppement politique sur le terrain. Cette politique de dveloppement est donc assez flexible, de faon pouvoir tre adapte aux diffrentes cultures qui caractrisent la nation. Cette poli -tique reconnat tout fait la place centrale de la famille et de la communaut dans la socit papoua sienne, une place quelles conserveront longtemps. Si nous ne renforons pas la rsilience inhrente de nos populations, nous allons rapidement assister une aggra -vation du phnomne de rupture sociale Dame Carol Kidu : son combat ? La dfense des groupes marginaliss ... et le renforcement de pouvoir des femmes Si nous ne renforons pas la rsilience inhrente de nos populations, nous allons rapidement assister une aggravation du phnomne de rupture sociale dans les zones urbainesDame Carol Kidu D Percival Le Parlement de la PNG est construit selon la conception Sepik, la province actuelle de la PM, Michael Somare. Il ny a actuellement qu'une seule femme dpute D. Percival

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52Le C urrier ment ont plutt pour mission de renforcer les systmes gouvernementaux en gardant toujours lesprit que les initiatives qui se sont dveloppes naturellement au niveau du terrain, pour rpondre des situa -tions sociales, seront toujours plus durables quun modle import dun autre pays. Il arrive trop souvent que des agences nous prsentent des modles imports, qui se sont rvls efficaces dans dautres contextes, mais qui ne rpondent pas la situation qui sest dveloppe spon -tanment au niveau du terrain. Esprez-vous voir davantage de femmes au Parlement aprs les prochaines lections ? Nous esprons la semaine prochaine [der -nire semaine de mai 2011] un vote au Parlement sur un projet de loi sur lgalit de participation, qui exige que 22 siges du Parlement soient rservs aux femmes. Je ne sais pas si nous russirons convaincre les autres parlementaires. Il sagit l dun long et difficile combat. Je ne reprsente que 0,9% du Parlement et je suis une citoyenne naturalise. Mais dautres femmes ont sig au Parlement avant moi. Juste aprs lind -pendance, il y avait quatre parlementaires et une ministre. Mais ensuite, il ny a plus eu de reprsentante de sexe fminin pen dant une priode de dix ans. Lorsque jai t lue la premire fois au Parlement, en 1997, il y avait deux femmes. Entre 2002 et 2007, jai t la seule dpute. D.P. dans les zones urbaines. Au cours de ces dix dernires annes, certaines rgions du pays n ont pas connu le moindre changement, tandis que dautres ont subi limpact den -treprises comme le projet de gaz naturel liqufi (GNL) en PNG (PNG Liquified Natural Gas LNG) (voir article dans ce reportage sur les richesses minrales du pays). Quelle est la nature de ces tensions sociales ?Ce phnomne est dune grande com plexit. Tout dabord, de nombreux Papouasiens sont parvenus composer avec le changement, avec le passage dune conomie de subsistance une conomie marchande. Dans certaines communauts urbaines, le cocktail alcool-marijuana fait clater le tissu social. On observe galement une augmentation des violences fondes sur le sexe. Certains pensent quil sagit l dun hritage du pass. Pourtant, il ne sagit nullement dun phnomne culturel, mais dun phnomne symptomatique des ten sions au sein de la socit et de lvolution des rapports hommes-femmes. Aux quatre coins du pays, nombreux sont les Papouasiens qui souhaitent participer au dveloppement du potentiel de leur pays. Car le pays possde un incroyable potentiel. Les habitants disposent de ressources naturelles, mais ils nont jamais pu acqurir les connaissances ou les comptences ncessaires pour les utiliser de manire diffrente, plus innovante, comme le veut la socit mondialise. Au sein de ma propre communaut une communaut urbaine indigne (Moresby South), les pauvres vendent habituellement leurs ressources des terres par exemple aux riches habitants des Hautes Terres qui touchent des redevances grce la vente du ptrole. Traditionnellement, les terres navaient pas de propritaires mais taient confies la garde du clan ; les femmes avaient alors des droits sur ces terres. Selon la coutume traditionnelle, jamais une femme naurait pu tre aline et se retrouver sans terres cultiver. Selon vous, les agences daide humanitaire pourraient-elles amliorer leur approche en ce qui concerne le dveloppement communautaire en PNG ?Pour les agences de dveloppement, tra -vailler au dveloppement communautaire implique souvent de ne pas travailler, en parallle, avec le gouvernement. Certes, les systmes gouvernementaux peuvent tre insuffisamment dvelopps, mais je pense que les partenaires du dveloppe Scne rurale Reporters Selon la coutume traditionnelle, jamais une femme naurait pu tre aline et se retrouver sans terres cultiver

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53 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 Quels sont les changements intervenus au niveau des domaines prioritaires de la coopration de lUE avec la PNG entre le 9e et le 10e FED ?Lducation et le dveloppement rural ont t et restent des thmes majeurs, mme si certaines orientations spcifiques ont t quelque peu modifies dun FED lautre. Dans ce 10e FED, le soutien au secteur de lducation prend progressivement la forme dune approche sectorielle. En ce qui concerne les zones rurales, laccent mis jusquici sur lapprovisionnement en eau et lassainissement se dplace au profit des opportunits de cration de revenus. En outre, le soutien au dveloppement des capacits bnficiait dune attention particulire au titre du 9e FED, ce qui a jet les bases dune mise en uvre plus efficace des interventions menes dans le cadre du nouveau FED.Deux autres changements importants ont par ailleurs t introduits la suite de la Revue mi-parcours du 10e FED. Ils con -cernent le change ment climatique, identifi comme un dfi majeur au titre du programme de dveloppement conomique rural et la bonne gouvern -ance qui doit soutenir la responsabilisa -tion et la transparence. Nous avons ainsi propos la PNG de sengager dans des ngociations en vue de la conclusion dun Accord de partenariat volontaire (APV) au titre du FLEGTLe commerce au service du dveloppementEntretien avec Martin Dihm, Ambassadeur de L'UE en PNG Avant dtre nomm rcemment Ambassadeur de lUE en PNG, lAllemand Martin Dihm a occup de hautes fonctions au sein des dlgations de lUE Barbade et Abuja, au Nigeria. En 2001, il tait devenu membre du groupe de travail sur le commerce et ngociateur APE pour le Pacifique. Depuis 2005, il tait chef dunit adjoint au sein de la Direction du Commerce de lUE, en charge des relations et des ngociations de lAPE avec lAfrique orientale et australe et le Pacifique. LAmbassadeur de l'UE Martin Dihm ( gauche) et lAmbassadeur de France Alain Waquet ( droite) D Percival

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54Le C urrier Quels sont les avantages que les habitants de Papouasie Nouvelle Guine retirent de lAPE ? Jusqu prsent, ces avantages dcoulent surtout dune disposition particulire de laccord sur les rgles dorigine, qui autor -ise laugmentation des exportations de thon en bote vers lUE. Plusieurs milliers demplois, en particulier pour les femmes, ont t prservs ou crs et de nouveaux investissements majeurs, crateurs dun grand nombre de nouveaux emplois, sont annoncs. Un exemple qui illustre par -faitement comment le commerce peut tre mis au service du dveloppement. Lapproche sera bientt analyse de manire plus dtaille dans le cadre dune tude. Laccord de partenariat conom -ique ouvre lensemble du march de lUE, qui est lun plus grands au monde, toutes les exportations de PNG, y compris, par exem -ple, les exportations dhuile de palme et autres produits agri -coles, au bnfice des habitants des zones rurales o vivent la majorit des habitants du pays. LAPE offre la PNG une chance de diversifier ses exportations et pourrait mme encourager les investissements dans les nouveaux produits et procds. Au titre des 9e et 10e FED, lUE a octroy une aide visant soutenir le dveloppe -ment des capacits et des infrastructures, de faon permettre au pays dexploiter pleinement les opportunits offertes par le nouvel accord commercial. Une extension de lAPE est-elle envisage ce stade ? Absolument Le Commissaire europen en charge du Commerce, M. Karel De Gucht, a dailleurs soulev cette question avec le Ministre des Affaires trangres, de lImmigration et du Commerce, Don Poyle, lors dune visite en PNG en mars 2011. Ces discussions ont surtout port sur les volets connexes que sont les investissements et les services, tous deux essentiels pour le dveloppement. Dautres secteurs, comme la pche ou la coopration au dveloppement pour -raient galement venir tendre le champ dapplication de laccord. Un programme dassistance li au commerce, au titre du 10e FED, est en cours de prparation. Existe-il des initiatives europennes visant lutter contre lexploitation illicite des forts en PNG ?LUE se tient prte aider la PNG dans ses efforts de protection et de gestion durable de ses vastes ressources forestires tropi -cales. Nous avons ainsi propos la PNG de sengager dans des ngociations en vue de la conclusion dun Accord de partenar -iat volontaire (APV) au titre du FLEGT, le plan daction de lUE pour lapplication des rglementations forestires, la gouver -nance et le commerce. Lide est de faci liter la mise en place dun systme global dassurance de lorigine lgale du bois, bas sur un large consensus entre tous les acteurs du pays. Les marchs europens resteraient en outre alors ouverts aux produits du bois de PNG qui, la suite de ladoption de la nouvelle lgislation europenne dans ce domaine, devront tre accompagns, partir de mars 2013, dune preuve attestant que ces produits sont issus doprations dexploitation lgales. LUE a galement soutenu un large ventail dactivits pertinentes cet gard, par exemple la surveillance par satellite, lchelle de tout le territoire, de ltat des forts du pays, et le dialogue entre les par -ties prenantes. Un autre projet permettra de mesurer la quantit de carbone stocke dans les forts de Papouasie Nouvelle Guine et de quantifier ainsi les missions de gaz effet de serre (GES) provoques par les actuels taux de dboisement. Le sous-sol de la PNG est incroyablement riche en minerais et lassistance de lAustralie est nettement plus importante que celle de lUE. Pourquoi lUE doit-elle ds lors rester un partenaire de laide ? Cest un fait quau cours des dernires annes, le pays a tir dimportants revenus de lexploitation de minerais et dautres ressources naturelles ; il a aussi bn -fici dune aide trangre importante. La croissance est reste dans une large mesure confine aux zones urbaines et un petit nombre de secteurs conom -iques. Malgr lvolution assez favorable de certains indicateurs sociaux cls, la PNG occupe toujours la 137e place sur 169 en termes de dveloppement humain (indicateur de dveloppement humain des Nations Unies en 2010). Cette situation exige la poursuite de notre engagement, un engagement dont nous avions toujours tmoign, en tant que partenaire fiable du dveloppement, au titre de lAccord de Cotonou. Sil est vrai que dautres donateurs octroient des montants dassistance nettement plus levs, un certain nombre de domaines importants ne bnficient pratiquement daucune aide. Par ailleurs, dans certains domaines, lUE peut jouer un rle utile, en raison de son exprience particulire. Je songe par exemple lapprovisionnement en eau et lassainissement, au com -merce, au dveloppement des capacits des acteurs tatiques et non tatiques ou encore lducation. D.P. LAPE offre la PNG une chance de diversifier ses exportations et pourrait mme encourager les investissements dans les nouveaux produits et procds deuros au titre du programme e FED 41,5 millions deuros Dvelop pement conomique rural (crois sance conomique inclusive dans les zones rurales et activi ts de lutte contre le changement climatique) 39 millions deuros Dveloppe ment des ressources humaines 17, 5 millions deuros Bonne gouvernance 6 millions deuros Commerce (non-focal) 12,3 millions deuros Enveloppe B

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55 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 Collaboration des donateurs en PNGLUE travaille en troite coo -pration avec la France et le Royaume-Uni, les deux seuls Etats membres qui ont des programmes d'assistance distincts en PNG; avec l'Australie premier bailleur d'aide pour le pays ; avec la Nouvelle-Zlande et avec des agences multilat -rales. Lloignement des communauts, lexplosion dmographique et une capacit administrative totalement insuffisante, tels sont les dfis de lacheminement de laide dans ce pays. Alain Waquet, ambassadeur franais en Papouasie-Nouvelle-Guine (PNG) explique que laide franaise est essen -tiellement octroye par le biais du Fonds europen de dveloppement et les agences internationales. Lassistance bilatrale petite chelle finance les projets des organisations non-gouvernementales (ONG) au titre dun Fonds Pacifique. Elle inclut galement un Fonds franais pour la coopration conomique, sociale et culturelle dans le Pacifique, ax sur lintgration des collectivits franaises doutre-mer Nouvelle-Caldonie, Polynsie franaise et Wallis-et-Futuna dans lensemble de la rgion du Pacifique. Cette aide financire a permis de finan -cer la rcente construction de la piste datterrissage dIKundi dans les Eastern Highlands Lanne dernire, laide bila -trale franaise sest leve 171.000 deuros. Le Royaume-Uni octroie gale ment une aide financire la PNG par le biais du FED et d'autres agences multi -latrales. Les petits projets relevant des thmes du changement climatique, de la gouvernance, de la scurit, des droits humaines et de la mise en rseau sont financs au titre du Fonds bilatral du Pacifique (460.342 euros). A un jet de pierre de la PNG, lAustralie est le premier bailleur daide en faveur de la PNG, qui est elle-mme le premier bnficiaire mondial de l'aide australienne avec l'Indonsie. L'Australie a aug -ment d'un demi-mil -liard de dollars son budget de l'aide au dveloppement pour la priode 2010-2011, la portant 4,8 milliards de dollars aus -traliens (3,59 milliards d'euros), le budget octroy la PNG passant lui seul de 457 millions de dollars australiens (341 millions deuros) 482 millions de dollars australiens ( 360 millions deuros) En PNG, les conditions de vie sont extrme -ment difficiles. Plus dun million dhabi -tants vivent dans des rgions extrmement recules o les revenus sont trs faibles et les indicateur sociaux particulirement mdiocres. De surcrot, la PNG ne pro gresse pas suffisamment sur la voie de la ralisation des Objectifs du Millnaire pour le dveloppement (OMD), explique Stphanie Copus-Campbell, directrice du programme daide australienne en PNG. Les dfis Laide apporte au pays se heurte un contexte particulirement difficiles, notamment lloignement des commu -nauts, labsence de route dans de nom -breuses rgions et une vritable explosion dmographique, avec un taux de croissance dmographique de 2,7%. Nous avons rcemment procd une rvision majeure de notre programme daide en PNG et nous recentrons nos priorits afin de parvenir des rsultats dans quatre domaines ; la sant, y compris le VIH et l'ducation un secteur phare tout dabord. Ensuite, nous poursui -vons notre soutien aux infrastructures de transport et nous nous concentrons sur certains aspects du secteur de la justice et du droit, tous deux important pour l'acheminement des services, explique la directrice de l'Ausaid. Les runions avec les donateurs lUE et dautres ont lieu au moins une fois par mois. Nous examinons des questions comme la distribution de livres scolaire, par exemple, pour savoir qui publie tels livres, de faon viter tout chevauche -ment. Et je suis rellement ravie que lUE soccupe de lapprovisionnement en eau. Cest un besoin norme dans ce pays, explique Stephanie Copus-Campbell.1 D.P. 1 To read the full interview with Stephanie Copus Campbell see: www.acp-eucourier. info Je suis rellement ravie que lUE soccupe de lapprovisionnement en eau. Cest un besoin norme dans ce pays Une aide qui se heurte de nombreux dfis Distribution de manuels scolaires financs par l'UE. Les donateurs cooprent pour viter les doubles emplois dans le secteur Josselin Amalfi

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56Le C urrierDvelopper la gouvernance a Bougainville aprs le conflit Nous devons nous assurer de pouvoir circuler librement Aloysius Laukai Nous devons dabord russir notre autonomie Dr Joel BanunOn a peine croire que 20.000 personnes ont perdu la vie pendant ce conflit qui a secou cette province recule de Papouasie Nouvelle Guine, situe juste au nord des Iles Salomon et peu ple de 220.000 habitants. Des mouve ments pro-scessionnistes avaient dj clat Bougainville dans les annes 1960 et 1970, lorsque lle sappelait encore province des Salomon du Nord. Confronts la perte de leurs droits fonciers en raison de la future exploi tation de la mine de cuivre de Panguna par les Australiens, les habitants de lle cherchrent smanciper du contrle colonial de la PNG par lAustralie. Dans les annes 1970 et 1980, les taxes et les dividendes de la Bougainville Copper Ltd, filiale de Rio Tinto, lentreprise minire qui exploitait la mine de Panguna la plus grande mine ciel ouvert au monde lpoque repr -sentaient plus de 20% du budget natio nal de la PNG. En 1987, Francis Ona et Pepetua Sereo crent lAssociation des propritaires fonciers de Panguna afin dexiger auprs de lentreprise minire des paiements et des ddom -magements. Un an plus tard, la suite des expropriations, lArme rvolution -naire de Bougainville (BRA) est cre. LAffaire Sandline Face lintensification des attaques de la BRA, la mine de Panguna est contrainte de fermer en 1989. Ltat durgence est alors dcrt sur lle. Larme de PNG est envoye dans la province et le conflit stend lle toute entire. En 1990, le gouvernement de PNG retire ses trou pes mais impose un blocus sur lle de Bougainville, plongeant les habitants dans de graves difficults. Les appels lindpendance se multiplient alors dans la province. Persuade que la BRA sapprovisionne en armes via les Iles Salomon, larme de PNG lance des raids contre des prtendues bases de la BRA dans les Iles Salomon, ce qui provoque un bain de sang et dclen -che un toll international. En 1997, accus davoir fait appel aux services de Sandline, une entreprise de mer cenaires, afin de rprimer les troubles Bougainville, le Premier ministre de lpoque, Julius Chan, est forc de dmissionner. LAffaire Sandline eut cependant le mrite dacclrer les ngo -ciations de paix, par lentremise de la Nouvelle-Zlande, qui allaient dbou cher, en 2002, sur loctroi dun statut autonome la rgion. Laccord de paix prvoit galement un rfrendum sur lindpendance de Bougainville, qui doit avoir lieu entre 2015 et 2020. John Momis est lactuel Prsident de la Rgion autonome. Le sige du gouverne -ment se situe toujours sur lle de Buka, spare de Bougainville par un passage maritime de 300 mtres. La dlicate question du dsarmementAloysius Laukai est le directeur de New Dawn, une chane de radio prive base Buka. Il souligne la ncessit dun dsarmement total et dune politique foncire. Le dsarmement, autrefois sous le contrle des Nations unies, relve aujourdhui de la responsabilit du gou -vernement autonome. Nous devons nous assurer de pouvoir circuler libre ment, explique-t-il.Dautres habitants de Bougainville mettent toutefois en garde contre une indpendance trop rapide. Nous devons dabord russir notre autonomie, expli -que le Dr Joel Banun, ancien membre du Conseil des sages de Bougainville, qui a particip aux ngociations de paix. D.P. Aprs avoir t dchire par une violente guerre civile durant les annes 1990, lle de Bougainville sest vue accorder lautonomie. Elle se prpare prsent un rfrendum sur lindpendance.Bougainville D. Percival

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57 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011Jeffry Feeger, artiste qui tte le pouls de la Papouasie Nouvelle Guine toile de fond, le Kokoda, un sentier de randonne ardu dont le dbut se situe prs de Port Moresby. Elle porte autour du cou un foulard rouge, symbole de la sensibilisation au VIH.Orchids Fusion se compose de splendides orchides aux couleurs pastel. Dans un coin du tableau, on aperoit un il (recr partir d'une photo prise par son fils de son propre il). L'orchide, commente l'artiste, peut tre vue comme le symbole de l'embellissement de la modernisation en cours Port Moresby. L'uvre est cependant macule de rouge, un trait frquent que lon retrouve dans ses tableaux. Les trangers interprtent souvent ce rouge comme du sang ou le souvenir du crime et de la souffrance en PNG, explique-t-il. Lartiste suggre que ce rouge peut galement symboliser la couleur du btel (Buai), une plante lgrement narcotique que chiquent de nombreux habitants de PNG. Mlang de la racine de moutarde et de la chaux, le btel chiqu colore les dents et les lvres en rouge.En vente surtout dans des galeries en Australie et en Nouvelle-Zlande ainsi que dans une galerie ouverte rcemment Port Moresby, les uvres de Jeffry Feeger atteignent maintenant des prix se chiffrant en milliers d'euros. Il regrette toutefois qu'il n'y ait pas encore de galerie nationale Port Moresby o les artistes pourraient exposer leurs oeuvres. Cela mme si certaines personnes, comme le Franais Nicolas Garnier, tentent pas -sionnment de promouvoir les talents du pays. M. Garnier a lanc un cours d'anthropologie visuelle l'Universit de Papouasie Nouvelle Guine. Jeffry Feeger aimerait tendre ses talents cratifs dans des films, une faon pour lui de dvelopper les histoires qui se cachent derrire chaque visage qu'il peint. Le 9 mai, dans une exposition organise par la dlgation de l'UE en PNG l'occasion de la Journe de l'Europe et place sous le thme Voir les femmes diffremment, on pouvait admirer un tableau de Jeffry Feeger reprsentant deux petites filles, ses nices en l'occurrence. Cette uvre, d'une qualit photographique tridimen -sionnelle, capture l'clat de la peau mla -nsienne. Elle exprime le bonheur dans toute sa splendeur. L est l'avenir. Nous devons aimer et respecter nos enfants mais galement les soutenir et les du -quer, explique Jeffry Feeger, nous invitant voir au-del de l'image. D.P. 1 Des habitants des Hautes Terres vtus de divers costumes tribaux traditionnels et arborant des peintures chantent et dansent ensemble.Les tableaux de Jeffry Feeger sont bien loin des images traditionnelles de la Papouasie Nouvelle Guine, de la tribu des Mud Men d'Asaro aux chants et danses multicolores des Hautes Terres1. Selon ses propres mots, ses uvres illus-trent les problmatiques d'une socit en transition.Ag de 27 ans peine, fils d'un pre allemand et d'une mre native de la rgion du Golfe en Papouasie Nouvelle Guine, Jeffry Feeger peint avec passion : avec les mains ou avec des pinceaux. Lors de l'exposition uni -verselle de Shanghai en 2010, il a plac la Papouasie Nouvelle Guine (PNG) sur la carte gographique des arts en remportant la bataille des artistes, une comptition qui runissait des peintres venus des quatre coins du monde et dont lenjeu tait de crer des uvres en direct pour les visiteurs de l'exposition.Ses tableaux sont non seulement d'une rare beaut et visuellement frappants, mais il se font galement le miroir de la socit de la PNG. Les sujets qui inter -pellent l'artiste sont notamment la mar -ginalisation des populations rurales par rapport au dveloppement conomique qui suit un rythme rapide dans le pays. Figurant dsormais parmi les artistes de renom en PNG, Jeffry Feeger a abandonn ses tudes acadmiques l'Ecole dArt nationale, qui fait partie de l'Universit de Papouasie Nouvelle Guine, pour se consacrer la peinture mais galement lart qu'il enseigne, aujourd'hui, aux co liers et collgiens.Le thme de Secret Garden fait rfrence au taux lev de mortalit infantile de la PNG : une fillette jette un regard innocent cache derrire une fleur d'hibiscus qui lui couvre la moiti du visage, tel un masque. L'artiste a rcemment vendu ce tableau et a fait don de la moiti de ses gains Susu mamas, une ONG de PNG qui cherche rduire ce taux lev de mortalit infantile. Ce problme national tient fort cur Jeffry Feeger, qui a lui-mme perdu un fils en bas ge. Mona LisaLa Mona Lisa de Jeffry Feeger dpeint une femme au regard fixe avec, comme Jeffry Feeger, artiste plasticien, en face d'un de ses tableaux, un artisan Sepik Feeger J

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58Le C urrier CrativitLe chaos merveilleux Hegel GoutierCest sous ce titre du roman dAlejo Carpentier que la galerie Agns B a prsent Paris du 8 avril au 22 mai 2011 une exposition majeure darts plastiques dHati, de facture moderne. Des uvres de 18 1 peintres, sculpteurs, installationistes et vidastes parmi les -quels des prodiges comme Jean-Michel Basquiat, aujourdhui dcd, ou Mario Benjamin, familier de temples de lart comme la biennale de Venise, ou Edouard Duval-Carri. Lexposition a t ralise avec le sou -tien des Beaux-arts de Paris, de lInstitut franais et du fonds de dotation Agns B. Elle sera prsente pendant trois ans dans diffrents pays dEurope, dAfrique, dAsie et dAmrique, et sera de juin aot 2011 la Biennale de Venise o Hati aura son pavillon. Le Courrier sest entretenu avec le commissaire de lexposition et plusieurs des artistes. Paroles dun chaos merveilleux Giscard Bouchotte, cinaste, commissaire de lexposition2Javais lide de montrer la cration ha -tienne aujourdhui et le terme qui mint -ressait est le chaos merveilleux. Je suis parti du ralisme merveilleux dont des crivains hatiens comme Jacques Stephen Alexis, Ren Depestre ont parl Le ct magique des mythes, au lieu de dstruc turer la socit, la structure. Ce sont ces mythes qui portent la socit hatienne, on vit dedans.Ce nest pas pour rien que Frank Etienne prend une grande place dans lexposition. Depuis 40 ans, il explore le thme de lesthtique du chaos. Cest la fois un crivain majeur et un grand plasticien. Pascale Monnin, plasticienne et galeriste. Installation Lange sacrifi2Dans Le Royaume de ce monde il y a Nol, lesclave qui se rvolte contre les colons et qui finit esclave de Christophe (ndlr roi du Nord dHati au pouvoir de 1808 1820). Cest ce qui explique cet ange sacrifi devant un fond de posters de politiciens. Pourtant ce pays trouve toujours la force de se lever, de se rvolter, mais finit tou jours par retomber encore plus bas. Je me rappelle lespoir en 2004 aprs le retour dAristide. Ceux qui prennent le pouvoir malheureusement, et jusqu pr -sent du moins, ne russissent pas porter le rve qui les y a ports. Sbastien Jean, peintre et sculp teur. Son tableau, Ignorance et tourmente, laisse dceler une vague parentle avec Munch. La vie est toujours tourmente en Hati. Et puis, il y a dautres tourments dans mon esprit. On trouve des gens trs ignorants qui ne comprennent pas ce que nous fai -sons. Cest pour cela que jai fait clater les formats de mes uvres. Il y a des artistes qui font des choses classiques mais nous, on a choisi dexplorer. Cest une nouvelle Hati Les gens ont peur de mes tableaux quils trouvent trop diaboliques.Michelange Quay, artiste vidaste, cinaste. (Ses films relvent du cinma et des arts graphiques. Son court mtrage LEvangile du cochon crole est pass en comptition officielle Cannes en 2004 et a remport le prix du meilleur court-mtrage aux festivals de Locarno, Turin, Stockholm, Tokyo Con Can film, Rio de Janeiro, Sao Polo.) Extraits de Mange, ceci est mon corps2Ce qui me proccupe beaucoup, cest lidentit et la non-identit, dun ct une Exposition Hati, Royaume de ce monde, Paris

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59 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011Un rve dans lequel taient immergs ceux qui ont cout Arat Kilo, pour la sortie de leur disque, au New Morning Paris ce 6 avril. Sur une base de musique thiopienne avec ses richesses harmoni -ques, sa nostalgie plaintive, son trangit et sa sensualit, le groupe ajoute un swing palpitant, des relents de free, de rock, de dub et de reggae, comme le dtaille avec engouement Michal Havard (saxophones, flte traversire et percussions). Pour les habitus de musique thiopienne, A night in Abyssinia ne flaire nullement lersatz. Ds louverture du concert avec le morceau Temeles, on est dans les excita -tions abyssiniennes, confiait au Courrier un amateur thiopien venu au dpart par simple curiosit. Les cinq compres du groupe lont conquis lui et tout le public, les promenant avec frisson dans les nuits dAddis Abeba et ses chiens jappant la mort avec un morceau comme Lelit, et son romantisme thr avec Barbue.Tout a commenc avec cinq copains qui staient retrouvs autour du festival Musiques et Races au fond des Alpes, raconte Fabien Girard, (guitare lectri -que, balafon, percussions). Tous sont frus de musique dailleurs et avaient eu le flair que la musique inspire de lEthiopie, qui par hasard attirait chacun deux, serait le reggae de demain. Ajouter des guests qui leur font confiance, comme lextraordinaire Malienne Rokia Tror (dans le tune Get a Chewe) ou le talentueux rappeur Socalled (dans Aykdashem leb), et la magie a opr. H.G. Arat Kilo A night in Abyssinia (Only Music / Milan Music / Universal Music, France) Voir interview de Michal Havard et Fabien Girardpart de fiction dans laquelle on simmerge et de lautre une sorte darbitraire qui merge, qui nous renvoie la question qui suis-je par rapport au visage devant moi ?'Mange, ceci est mon corps mdite certaine -ment aussi sur le corps du pays dHati, le corps physique, physiologique. Avec des questions comme celles de linsularit ou de linexorabilit dune certaine identit hatienne, dun destin hatien qui se pose notamment chaque chance lecto -rale, carrefour dun destin ou tout est rinventer. Sergine Andr (Djinn), peintre, installationiste. Installation Gd Gateway no 3Je prsente une installation sur les gds, lesprit de la mort. Esprit de mort mais avec un ct festif, de la joie, et leur ct grivois avec du charme. Il y a toujours une sorte de continuit entre la mort et la vie. Celui ou celle, croyant, qui fait la toilette dun mort en Hati entretient une conversation avec le mort. La mort appa -rat ainsi comme une chane de la vie.Pour rendre cela, je voulais que ce soit beau, potique, avec des matires essen -tielles caractrisant les gds, rputs pour leur bons gots, du velours violet fonc pour la couleur et le toucher, lor, la lumire noire pour la profondeur, la musique. Et lquilibre. Et la potique du rituel des gds. Frantz Jacques (Guyodo), sculpteur La sculpture que vous avez vue est un hommage aux handicaps daprs le sisme. Souvent les visiteurs de ltran -ger voyant mes uvres me demandent si cest du vaudou. Non, mon travail parle de politique, de la pauvret dans le monde. Je suis artiste de la Grand rue. (ndlr cole artistique dautodidactes enga -gs politiquement du Bas de la ville, quartier pauvre de Port-au-Prince.) 1 Les artistes non cits dans larticle sont Elodie Barthlmy, Jean-Hrard Celeur, Maksaens Denis, Andr Eugne, Killy, Tessa Mars, Pasko, Barbara Przeau, Roberto Stephenson, Herv Tlmaque 2 voir interview sur le site du Courrier www. acp-eucourier.info Essence suave de jazz dEthiopie distill en FranceArat Kilo. A night in AbyssiniaPascale Monnin LAnge sacrifi, techniques mixtes, 2011 Hegel GoutierSergine Andr devant son installation (dtails) Gede Gataway n3 2011Hegel Goutier Arat Kilo au New Morning, Paris Fabien Girard (3me depuis la gauche), Michal Havard (5me gauche) Hegel Goutier

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60Le C urrier Des bidonvilles la scne : quand la crativit fait la diffrence Eugenio OrsiBertolt Brecht, un des drama -turges et metteurs en scne les plus influents du sicle dernier, tait fermement convaincu que le thtre avait pour fonction de changer le monde. Tout au long de son uvre, il est rest fidle son idal de thtre socialement engag, un hritage qui se transmet aujourdhui aux quatre coins du monde, notamment dans le bidon -ville de Dagoretti, Nairobi, au Kenya, o un groupe de jeunes joue actuelle ment Le Cercle de craie caucasien1 (Der Kaukasische Kreidekreis). Dagoretti accumule de tristes records : cest un bidonville de 40 km, un des plus grands dAfrique, o 240.000 person nes vivent dans une extrme pauvret. Parmi celles-ci, 130.000 enfants des rues, le plus souvent des orphelins ou des enfants abandonns qui ont pour seules perspectives la violence, la toxi -comanie, la prostitution, et le risque dtre contamins par le VIH/sida ou dautres maladies. On les appelle les chokara un terme swahili qui signifie ceux qui survivent grce aux ordures.Cest dans ce contexte quun groupe dune vingtaine de jeunes filles ges de 14 20 ans, qui vivaient jusquici dans les rues, travaillent depuis cinq ans une adaptation de la pice de Brecht Le Cercle de craie caucasien rebaptise Malkia2. Malkia illustre remarquable -ment le pouvoir de lducation et dune coopration internationale efficace. Ce projet associe lutilisation de mthodolo -gies psychosociales aux comptences dune quipe dartistes de thtre pro fessionnels. Au cur de ce projet, le thtre, un outil formidable qui peut donner la parole ceux qui ne peuvent faire entendre leur voix, favoriser la conscience de soi et doper lestime personnelle. Le thtre peut aussi tre utilis comme instrument thrapeutique capable de faciliter le pro -cessus de rhabilitation et de rinsertion sociale des jeunes. Lhistoire de Malkia se concentre sur un des thmes majeurs de Brecht la possibilit dagir de faon morale dans un contexte dinjustices et dingalits. La maternit y est dpeinte comme une valeur comportementale et non comme un simple phnomne biologique. Le processus cratif entend intgrer, dans une production collec -tive, des lments du vcu tragique des jeunes la profondeur de leur imagina -tion symbolique. Le choix de la pice a t motiv par le souhait des jeunes femmes de pren dre pleinement conscience du fait quil est possible dtre bon mme dans un contexte marqu par une profonde injustice, et dy sensibiliser ainsi leur propre communaut, explique Letizia Quintavalla, metteuse en scne. Il est possible dtre des mres aimantes et attentives, qui prennent soin de petits tres vulnrables tout en tant soi-mme dans une situation dinconfort moral et matriel extrme. Malkia sinscrit dans le cadre du pro -gramme Dagoretti Children in Need, lanc par lONG africaine AMREF3 en 1999. Fort du succs de ses premiers ateliers de thtre, le projet est officielle -ment devenu une acadmie des arts de la rue et a produit des pices de thtre, des documentaires et des projets artistiques. Aprs une premire Nairobi, la pice est aujourdhui en tourne ltranger. Pour en savoir plus sur le projet Dagoretti Children in Need, suivez le lien : http:// www.amref.org/what-we-do/dagorettichild-in-need-project/?keywords=dagoretti1 Il sagit dune parabole racontant lhistoire dune paysanne qui vole un bb mais qui devient finalement une meilleure mre que les parents naturels de lenfant. 2 Malika est un terme swahili qui signifie Reines. 3 AMREF est lacronyme de African Medical and Research Foundation (Fondation mdicale et de recherche africaine). Elle a t fonde en 1957, sous la forme dune organisation internation ale pour le dveloppement de la sant en Afrique, par trois chirurgiens recon structeurs travaillant au Kenya et qui dploraient le fait que les Africains des rgions rurales navaient pas accs aux soins chirurgicaux. Les chirurgiens ont conclu que si les patients ne pouvaient venir eux, ils viendraient eux-mmes vers eux les Mdecins volants taient ns LAMREF poursuit aujourdhui cette tradition de solutions innovantes en ralisant des interventions nova trices afin dinduire des amliorations en termes de soins de sant absolument indispensables pour le Kenya et dautres pays. Lunettes par Cyrus KabiruImageSylvia Photos & ShiramWangi Photos

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61 N. 23 N.E. MAI JUI N 2011 Le Muse national ougandais en pril Sandra FedericiCulture et politique ne font pas toujours bon mnage. Et les passionns de culture doivent souvent rester vigilants et jouer le rle de gardiens. Lappel man -ifestation dintrt du gouvernement ougandais pour la construction dun immeuble ultramoderne sur ses terres, publi en fvrier, a donc suscit contro -verses et protestations. Lassemble lgislative est-africaine, ainsi que des organisations comme la Fondation culturelle Bayimba, les Initiatives de conservation des res -sources historiques (HRCI) et lArterial Network sont vigoureusement opposs ce projet imagin par le ministre du tourisme, du commerce et de lindustrie. Pour lOuganda, perdre le btiment de ce muse reviendrait perdre un peu de son pass, explique Ellady Muyambi, directeur excutif de lHRCI. Dans un document, il explique que cette dmolition viole la Loi ougandaise de 1967 sur les monuments historiques, la politique culturelle ougandaise de 2006, la Convention de 1972 de lUnesco ainsi que la Constitution de la Rpublique ougandaise de 1995. En outre aucune valuation de son impact sur lenvironnement na t ralise, pas plus que de son impact sur le pat rimoine. Limmeuble a t conu par Ernst May, architecte et urbaniste allemand assez connu, aprs avoir conu un projet urbanistique pour Kampala, en 1947. Le muse avait ouvert ses portes en 1908, dans un autre btiment. Lobjectif tait surtout dy rassembler le mat -riel ethnographique de lpoque colo -niale, notamment des objets religieux abandonns par les Ougandais lors de leur conversion au christianisme. Le muse a ensuite commenc sintresser au domaine archologique. Il abrite dailleurs une pice clbre, la Luzira Head une tte en terre cuite mise au jour durant les travaux de construction de la prison de Luzira.Selon Rose Nkaale, directrice des muses et des antiquits, un huitime seulement des artefacts de la collection du muse sont exposs. Des milliers dobjets sont donc aujourdhui entasss dans le sous-sol du muse. Des pices qui risquent dtre fort endommages ou dtruites si elles doivent tre stockes pendant la construction du nouveau btiment et ensuite dmnages. Aprs la dclaration de Dakar des min -istres ACP de la culture, en 2003 et dans le contexte de lattention croissante accorde par le partenariat UE-ACP la culture facteur cl du dveloppe -ment on ne peut que stonner quun pays prenne le risque de perdre une si prcieuse source didentit, de fiert et dintrt touristique, et mme de dvel -oppement. Comme nous la expliqu Ellady Muyambi, laffaire est actuellement examine en justice. Le 21 avril, les deux partis ont expos leurs motifs. Lavocat du gouvernement a soutenu que le gouvernement envisage de construire un immeuble de 60 tages sur le site du muse sans dmolir lactuel muse tandis que notre avocat a insist sur le fait quune telle chose tait pratiquement impossible. () Le juge a commenc auditionner les principaux tmoins. Affaire suivreLe Muse national ougandais est lun des plus importants sites du patrimoine dAfrique orientale, mais si les plans du gouvernement ougandais se droulent comme prvu, il pourrait fort bien tre dmoli. Le gouvernement a en effet prvu de construire Kampala un immeuble ultramoderne de 60 tages, au 5 Kiira Road, prcisment lendroit o se trouve lactuel muse. Muse de lOuganda Lai Momo

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62Le C urrier La rvolution numrique a rapi -dement rattrap son retard dans le monde de la crati vit africaine Au cours de ces dix dernires annes, le nombre dinternautes africains a augment 16 fois plus que celui des utilisateurs Web dAmrique du Nord. Paralllement cette volution, un nombre croissant dorganisations africaines et dopra -teurs culturels crent des sites inter -net et participent aux rseaux sociaux, offrant ainsi un ventail toujours plus large de ressources permettant au public de se tenir au courant de la crativit africaine, dadmirer lart africain et de contacter des crateurs africains. Les exemples, dans divers domaines, ne manquent pas, mais la philosophie est toujours la mme : changer du contenu, impliquer les utilisateurs et faciliter laccs et la participation. Prenons par exemple le domaine de la musique. Le site www.africanhiphop.com a t cr par lAfrican Hip Hop Foundation, une association but non lucratif immatricule aux Pays-Bas et dont le conseil dadministration se compose de pionniers du hip-hop africain originaires dAfrique du Sud, dOuganda et des Pays-Bas. Depuis le dbut des annes 1990, les membres de lassociation recueillent des infor -mations sur le hip hop en Afrique et, avec laide de bnvoles, changent aujourdhui des actualits, des chan -sons et des clips vido, ainsi que des analyses approfondies de diffrentes scnes musicales nationales. Les visi -teurs peuvent galement y participer des forums sur la musique africaine, en anglais, franais et kiswahili. Maker Faire Africa est un salon de prototypes techniques et de produits de design organis depuis 2009 Nairobi, qui propose un catalogue en ligne des participants. Sur http://matchamaker.info, un site trs convivial, les utilisa -teurs peuvent dcouvrir les artistes par -ticipant ce salon, regarder des vidos de prsentation de leurs produits et en savoir plus sur les prochaines tapes des crateurs cest--dire ce quils doivent faire pour dvelopper leurs ides. Cyrus Kabiru, de Nairobi, fabrique des verres partir dobjets recycls, qui sont exposs en ligne. Pour lui, la prochaine tape consiste rechercher un tuteur ou un coach qui laidera dvelopper un business plan.Badilisha Poetry X-Change est une plateforme en ligne ddie la posie africaine et de sa diaspora. Le projet a t lanc en 2009 par Africa Centre, une association sans but lucratif base au Cap. Lide est dappeler les potes panafricains contribuer des archives dtailles de la posie, accessibles lchelon international. Le nom du pro -jet vient de lexpression kiswahili badi -lisha qui signifie changer, changer ou transformer. Cette plateforme permet aux utilisateurs de lire le profil succinct des potes, quil sagisse de potes recon -nus dans le monde entier comme la Sud-africaine Antjie Krog ou de nouveaux talents, comme Muhammad Muwakil de Trinit et Tobago. Les internautes Badilisha : changer, changer et transformer la crativit africaine sur le Web peuvent galement lire leurs pomes et couter des podcasts de leurs rcitals. Mais malgr une prsence culturelle plus marque de lAfrique sur le Web, ce continent reste sous-reprsent sur la toile. Ce constat a abouti la cration du projet WikiAfrica qui entend africani -ser Wikipedia, premire source en ligne au monde dinformations accessibles gratuitement. Ce projet une initia -tive de la Fondation Lettera 27 vise accrotre le volume dinformation sur lAfrique disponible sur Wikipedia, en particulier dans le domaine des bio -graphies, de la littrature, des arts, des magazines et des routes de la migration africaine. En coopration avec diverses archives, des magazines et des insti -tutions culturelles, WikiAfrica a pour objectif de produire 30.000 articles Wikipedia au cours des deux prochaines annes. Il appelle ainsi les utilisateurs modifier et traduire des articles exis -tants mais aussi crer de nouveaux articles africains. S.F. A/TEDGlobal Salle Internet Erik (HASH) Hersman

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64Le C urrierAgenda La parole aux lecteursADRESSE: LE COURRIER 45, RUE DE TRVES 1040 BRUXELLES (BELGIQUE) COURRIEL: INFO@ACP-EUCOURIER.INFO SITE INTERNET: WWW.ACP-EUCOURIER.INFO Lisbonne 6-7/06 : Forum PME Bridging the missing middle gap in Africa Organis en collaboration avec la Banque africaine de dve loppement, dont la runion annuelle aura lieu Lisbonne, ce forum runira plusieurs per sonnalits de premier plan et parties prenantes pour discuter d'une vision commune et labo rer des politiques tangibles afin de garantir le financement du secteur des PME. Lvnement vise promouvoir la croissance et accrotre le flux de soutien financier et non financier aux petites et moyennes entreprises (PME). La question au cur des discussions du forum sera comment remdier au nombre insuffisant de petites et moyennes entreprises en Afrique ? http://www.emrc.be/en/events/ afdb-emrc-forum.aspx12-13/07 African Education Summit, Rabat (Maroc) Organis par African brains sous la houlette du ministre marocain de lducation, cet vnement de deux jours vise lamlioration directe de la qua lit de lenseignement. L'accent sera mis, en particulier, sur l'augmentation des investisse ments et l'accs la technologie. Les sances ministrielles inclu ront de courtes prsentations des engagements nationaux en matire dducation en particulier les investissements dans les TIC et les infrastruc tures. Les ministres seront encourags parler des rgions qui connaissent un manque de financements et do lopportu nits de financement multilat ral et priv par le biais de parte nariats avec le gouvernement. www.africanbrains.net17-18/09 Africa Web Summit Brazzaville (Congo) Confrence panafricaine sur les technologies web www.africawebsummit.com21-22/09 Intermodal Africa, Casablanca (Maroc) La plus grande exposition et confrence annuelle du conti nent africain ddie aux ports et aux activits portuaires www.transportevents.com19-20/10 Aidex, Bruxelles (Belgique) AidEx fournira aux ONG et aux prestataires une plate-forme visant faciliter le processus de collaboration entre les par tenaires locaux, nationaux et internationaux et garantir que laide humanitaire dlivre soit plus efficace. www.aid-expo.co.uk8-10/11 Forum Eurafric Eau et nergie en Afrique, Lyon (France) vnement et exposition visant amliorer lapprovisionne ment en nergie renouvelable en Afrique. Il est organis par lAgence de Dveloppement des Entreprises en Afrique, avec le soutien de la Rgion Rhne-Alpes (premire rgion productrice dnergie en France et en Europe) et le Grand Lyon (www.grandlyon.com). Cette 10e dition rassemblera Lyon des experts et reprsen tants des organes de finance ment internationaux, des dci deurs politiques et conomiques et des entreprises autour des thmes de l eau et de lnergie deux secteurs jugs prioritaires en Afrique et rpondant aux Objectifs du Millnaire pour le dveloppement (OMD) des Nations Unies. www.eurafric.org Commentaires propos de Top model en mission, article crit par Sylvia Arthur ( Le Courrier 22)Le magazine a toujours t une bonne source dinformations sur les relations Sud-Sud et Nord-Sud. Jai galement remarqu que le dernier numro comportait plusieurs articles sur l'galit entre les femmes et les hommes. Je suis originaire du Katanga, et pourtant je ne savais pas que nous avions un top model qui avait cr sa propre fondation (Ed : La Fondation Georges Malaika) pour soutenir lducation des jeunes filles. Votre article ma beaucoup plu. Prody Mwemena Mumba, Bruxelles Media and Communication officer EMRC(EMRC est une association internationale sans but lucratif qui a pour ambition de promouvoir le dveloppement conomique durable en Afrique www.emrc.be et co-organise un vnement Lisbonne en juin voir Agenda ci-dessous.)La dernire dition du Courrier paratra en octobre 2011 Comme prvu, le projet du magazine le Courrier touche sa fin. Celui-ci a dur 5 ans, en s'appuyant sur une riche exprience qui remonte aux annes 1970. La dernire dition du magazine juillet-aot vous parviendra cet automne. En rponse la transformation fondamentale de la nature et des moyens de communication, la Commission europenne est en train de rviser sa stratgie de communication et de sensibilisation qui donnera vie de nouveaux projets et une nouvelle approche dans un proche avenir. La Commission europenne et le Secrtariat du Groupe ACP tiendront le public inform de ses nouvelles initiatives de communication.La fin du projet le Courrier

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UNION EUROPENNE Allemagne Autriche Belgique Bulgarie Chypre Danemark Espagne Estonie Finlande France Grce Hongrie Irlande Italie Lettonie Lituanie Luxembourg Malte Pays-Bas Pologne Portugal Rpublique Tchque Royaume-Uni Roumanie Slovaquie Slovnie Sude P ACIFIQUE Iles Cook Fidji Kiribati Iles Marshall Etats Fdraux de Micronsie Nauru Niue Palau Papouasie Nouvelle Guine Iles Salomon Samoa T imor Leste T onga T uvalu V anuatu CARABES Antigua et Barbuda Bahamas Barbade Belize Cuba Dominique Grenade Guyane Hati Jamaque Rpublique Dominicaine Saint Christophe et Nevis Sainte Lucie Saint Vincent et les Grenadines Suriname T rinit et T obago AFRIQUE Afrique du Sud Angola Bnin Botswana Burkina Faso Burundi Cameroun Cap V ert Comores Congo Cte dIvoire Djibouti Erythre Ethiopie Gabon Gambie Ghan Guine Guine Bissau Guine Equatoriale Kenya Lesotho Libria Madagascar Malawi Mali Maurice Mauritanie Mozambique Namibie Niger Nigeria Ouganda Rpublique Centrafricaine Rpublique Dmocratique du Congo Rwanda Sao T om et Principe Sngal Seychelles Sierra Leone Somalie Soudan Swaziland T anzanie Tchad T ogo Zambie Zimbabwe Afrique Carabes Pacifique et pays de lUnion EuropenneLes listes de pays publies par Le Courrier ne prjugent pas le statut de ces pays, territoires et dpartements, ni lvolution de ce statut. Le Courrier utilise des cartes de diverses origines. Cette reproduction nimplique la reconnaissance daucune frontire particulire ni ne prjuge le statut daucun Etat ou territoire.

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Interdit la vente ISSN 1784-682X Egine. Temple dAthna Aphaia Hegel Goutier