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Courrier (French)
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 Material Information
Title: Courrier (French)
Physical Description: Serial
Language: English
French
Portuguese
Spanish
Publisher: Hegel Goutier
Place of Publication: Brussels, Belgium
Publication Date: 09-2010
 Subjects
Genre: serial   ( sobekcm )
 Record Information
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
System ID: UF00095067:00094

Table of Contents
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Full Text


Le


Le magazine des relations et cooperation Alrique -


.i'


4


*i


N 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010



rier /
Caraibes Pacilique & Union Europeenne 1
.1 I- H i IIll lI Ill









*/ /

e v s ..u.,......













o- e SOMMET
SI 61 AFRIUE-UE
S eud days.eu j_"_MM"o""g nMP'."BVE












Courrier



Comite de redaction
Co-presidents
Mohamed Ibn Chambas, Secretaire general
Secretariat du Groupe des Etats ACP
www.acp.int

Fokion Fotiadis, Directeur-General DG Developpement
Commission europeenne
ec.europa.eu/development/

Redaction
Directeur et Redacteur en chef
Hegel Goutier

Journalistes
Marie-Martine Buckens (Assistante Redacteur en chef)
Debra Percival

Assistant editorial
Okechukwu Umelo


Assistant de production
Telm Borras

Ont particip6 a ce num6ro :
Philip Adekunle, Eric Andriantsalonina, Sandra Federici, Erica Gonzalez,Yemisi Kuku,
Anne-Marie Mouradian, Andrea Marchesini Reggiani, Francesca Theosmy.

Gestionnaire de project
Gerda Van Biervliet

Coordination artistique
Gregorie Desmons

Conception graphique
Lodc Gaume

Relations publiques
Andrea Marchesini Reggiani


Sommaire


LE COURIER, N.19 NOUVELLE SERIES (N.S)


T' D'HORN
TOUR D'HORIZON 10


EDITORIAL


PROFILE
Jean-Pierre Ezin: Nous devons etre aux commander
des huit partenariats UA-UE


POINT DE VUE
Andris Pielbags : Les relations entire l'UE et l'Afrique
entrent dans une nouvelle Are


SANS DETOUR
Mgr Louis Portella-Mbuyu, Eveque du Congo-Brazzaville:
II faut mettre un terme i la maledictionn des resources' en
Afrique


Distribution
Viva Xpress Logistics ww.vxlnet.be

Agence photo
Reporters ww.reporters.be

Couverture
Une rue en Tanzanie.
@ Mane-Martine Buckens






Contact
Le Courrier
45, Rue de Treves
1040 Brussels
Belgique (UE)
info@acp-eucourier.info
www.acp eucourier.info
Tel.: +32 2 2345061
Fax: +32 2 280 1912


TOUR D'HORIZON


DOSSIER
Migration et urbanisation
Migration et urbanisation: Reves et cauchemars
Les migrations professionnelles intra-ACP repr6sentent
une priority&
Argent, information, comp&tences et culture
Le Rapport 2011 sur la mobilit& humaine des ACP met
en avant des d&fis politiques
Solution pour bidonvilles. Plus que l'argent, la prise de
conscience
Lagos : une urbanisation effren&e
Zanzibar: carrefour des migrations
L'effet mutant de la diaspora haitienne
Les hauts lieux de l'immigration dans le Pacifique


Public tous les deux mois en anglais, en frangais, en espagnol et en portugais

Pour toute information concernant I'abonnement,
Veuillez consulter notre site web a I'adresse www.acp-eucourier.info ou envoyez un
courriel a I'adresse info@acp-eucourier.info

Editeur responsible
Hegel Goutier

Consortium
Gopa-Cartermill -Grand Angle Lai-momo

Les opinions exprimees sont celles de leurs auteurs et ne representent pas la position
officielle de la CE ou des pays ACP / Le Secretariat ACP et I'Union europeenne declinent
toute responsabilite quant aux positions prises dans les articles du magazine Le Courrier

Le consortium et la redaction declinent toute responsabilite quant aux articles ecrits par
des auteurs exterieurs a la redaction.


DECOUVRIR L'EUROPE
Flandre (Belgique)
Flandre, Belgique. Longue histoire de marriage de raison 26
Economic flamande. Le succes des petites tailles 29


DOSSIER 22




























LA SOCIETY CIVIL EN ACTION 35


Belgique. Ombres et espoir sur l'avenir
Flandre. ONG de developpement
Villes de Flandre: Plat pays avec sommets de beauty
Culture: La Flandre qui bouge
Filmer le cour de la Flandre


LA SOCIETY CIVIL EN ACTION
Les oublies de la Kagera


ZOOM
Raoul Peck, realisateur, scenariste et producteur haitien


DE LA TERRE
Pleins feux sur le financement de la lutte contre le
changement climatique


INTERACTIONS
Le Service exterieur europeen : quel impact sur
la politique de developpement ?
Le 3e Sommet Afrique-UE se reunit en Libye
Cooperation spatiale Afrique-UE : toujours plus haut,
toujours plus loin
Remettre l'Agora au centre du village global
Adieu aux Antilles neerlandaises
Journee international de l'alphabetisation :
Prix de 1'UNESCO


COMMERCE
Quality de la peche : les Seychelles relevent le defi


REPORTAGE
La Tanzanie
Tanzanie, entire immobilisme et audace
"Mwalimu", icone national et international
Un nouveau march commun, unique en Afrique,
de 130 millions de personnel
Avec un tel potential, la Tanzanie pourrait faire
tellement mieux


30 Un soutien budgetaire important au service de
32 la lutte contre la pauvrete
32 Casser le cercle vicieux handicap/pauvrete
33 Le pouvoir de decider
34 Eau, le defi de la gestion durable a Zanzibar
Le Cauchemar des Tanzaniens
Ebullition culturelle

35
CREATIVITY
Urban Camouflage : A la decouverte des origins
d'un project artistique
36 La photographic africaine a Ulm : une exposition
incontournable


AUX PLUS JEUNES
38 Entree fructueuse en Europe?


LA PAROLE AUX LECTEURS/CALENDRIER


L Espace Senghor est un centre qui assure la promo-
tion d'artistes venus des pays d'Afrique, Caraibes et
Pacifique et I'echange cultural entire communautes, au
travers de programmes varies allant des arts sceniques,
de la musique, du cinema, a la tenue de conferences. S'y
rencontrent belges, immigres d'origine diverse, fonction-
naires europeens.


Espace Senghor
Centre cultural d'Etterbeek
Bruxelles, Belgique
espace.senghor@chello.be
www.senghorbe


S ENORW
iJENGHOR


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010


DECOUVRIR L'EUROPE 26


REPORTAGE 48


CREATIVITY 60












































































Bukoba, Tanzanie. Mane-Martine Buckens


C u rrier


~s~















Le chagrin des puissants


'D evenir puissant est
le meilleur moyen
pour combattre la
D pauvrete." Le pro-
pos est d'un commissaire de l'Union
Africaine dans la rubrique Profil de
ce numero. Et ceci est en echo au veu
d'un defenseur des droits de l'homme,
Mgr Portella-Mbuyu, invite de Sans
detour, qui estime que les raisons de
la pauvrete et de guerres en Afrique
se trouvent "dans les couloirs econo-
miques et autour des puits miniers...
loin d'etre toujours liees a des ques-
tions ethniques." Des couloirs qui
permettraient d'evader des recettes
fiscales d'une valeur de mille milliards
de dollars chaque annee. Chiffre supe-
rieur a l'ensemble de l'aide mondiale
au developpement.

Les resources ne manquent pas
dans les pays pauvres. Mais il faut
en attendant mettre un terme a ce
que le synode des eveques d'Afrique
appelle "la malediction des resources"
sur ce continent. Parole entendue au
Parlement europeen et a celui des
Etats-Unis qui reclament de la trans-
parence dans les industries extractives
du Nord operant dans le Sud, don't les
chiffres estimes d'evasions fiscales,
des centaines de milliards d'euros par
annee, pourraient permettre d'ache-
ver un grand pan des Objectifs du
Millenaire du developpement.

La Commission europeenne vient de
degager 1 milliard d'euros supplemen-
taire pour aider les pays ACP les plus
demunis a atteindre ces OMD. Comme
le Parlement de l'UE, elle est en faveur
d'une taxe sur les transactions finan-
cieres qui pourraient contribuer a hau-
teur de 100 milliards d'euros par annee,
au developpement des pays pauvres.
Les citoyens de l'Union europeenne,
nous le decouvrons dans le resultat d'un
sondage, s'affirment de plus en plus
solidaires des populations moins bien
loties. Ces sont presque deux d'entre
eux sur trois qui souhaitent un renfor-
cement de l'aide au developpement. Ces
chiffres proclament en quelque sorte la
fin de l'"Aid Fatigue". La sollicitude et
la compassion pour les pays en develop-
pement se sont sans contest renforcees
ces derniers temps. De meme que le
chagrin cause par le pillage de leurs
resources.


Le grand dossier consacre a la migra-
tion et l'urbanisme revele aussi
ombres et lumieres. Mais l'opinion
qui s'y degage largement est qu'on
regarded generalement plus celles-la
que celles-ci. Le bilan des migrations
a long term aurait generalement ete
le progress et non la barbaric souvent
crainte. Plus que des resources, c'est
la prise de conscience de la situation
des migrants, qui serait utile pour que
la migration soit une grande opportu-
nite. Le reportage sur les pays ACP
fait d&couvrir la Tanzanie y compris
Zanzibar, la terre par excellence, de la
migration avec son aspect lumineux.

Le reportage Region d'Europe quant
a lui, est consacre a la Flandre en
Belgique, pays assumant la presidence
tournante de 1'UE et don't un citoyen
est le premier President de l'Union,
choisi par le parlement et les chefs
d'Etat et de gouvernement. Etat a la
residence de 1'UE, il revient ega-
lement a la Belgique d'organiser les
Journees europeennes du developpe-
ment qui cette annee se tiendront du
6 au 7 decembre a Bruxelles.

La Flandre, tries connue, tries mecon-
nue a la fois. En ces temps otu la
Belgique traverse un moment difficile,
qui rend melancoliques ceux qui l'ai-
ment, il etait bon d'ouvrir plus grands
les yeux sur cette patrie de l'art et
du progress, d'une inventivite debor-
dante chez routes ses composantes. Les
pays pauvres beneficient d'une grande
sollicitude quand ils traversent une
mauvaise passe politique. Beaucoup
sont prets alors a leur venir en aide
et a leur donner des conseils. On ne
doit certainement pas interferer dans
les affaires politiques d'un pays avec
une democratic solid. Un ami belge
s'est dit toutefois tristee que personnel
ne soit intervenu -pas pour indiquer
que faire -mais par sympathie, pour
aider a trouver une solution." Titres
de deux beaux romans belges. En face
de Le chagrin des Belges d'Hugo Claus,
Une paix royale de Pierre Mertens.





Hegel Goutier
Redacteur en chef


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010



























A qLelqL~es semaiines du 3e Sommet UA-UE*


Jearn-Pierre Ezin, :iIIIi rssaire de I'UA aux Ressources humaines, aux
5,-i i -, :1\ I. -i ii' I, i ie,



"Nous dcevons etre aux commander


des huLt partenariats UA-UE"


Jean Pierre Ezin. Michael Tsegaye


Debra Percival


Jean Pierre Onvehoun
Ezin, commissaire
de l'Union africaine
(UA) aux Ressources
humaines, aux Sciences
et a la Technologie, est l'un
des dix commissaires qui
repr6sentent les 53 Etats
membres de l'UA. Ce
professeur de mathematiques
nous a faith part de ses souhaits
dans les domaines don't il a
la charge dans le cadre du
2e plan d'action (2011-2013)
de la Strategie de l'UE pour
l'Afrique, qui comporte huit
partenariats thematiques. Ce
plan d'action sera debattu par
les partenaires UA-UE lors
du prochain sommet qui se
tiendra a Tripoli, en Libye, les
29 et 30 novembre prochains.

Le Courier a rencontre
le commissaire Ezin a la
mi-septembre lors d'un
s6minaire sur "l'Espace et le
citoyen africain" organism a
Bruxelles par la pr6sidence
belge de l'UE (cf. ailleurs dans
ce num&ro). Dans l'optique de


l'Objectif du Millenaire pour
le d6veloppement (OMD)
qui est de r6duire de moiti& la
pauvrete d'ici 2015, comment
le soutien a la science et a la
technologies peut-il contribuer
a ameliorer le sort des plus
pauvres ? Ezin: "Devenir
riche est le meilleur moyen de
lutter contre la pauvrete; et
le meilleur moyen de devenir
riche, c'est d'acceder a la
science, aux technologies et
a la connaissance." Alors que
d'autres partenaires tels que
la Chine, le Bresil et l'Inde
courtisent l'Afrique, l'Europe
est, selon Ezin, "le partenaire
que nous connaissons le
mieux et qui nous connait le
mieux, mais avec lequel nous
voulons une cooperation plus
efficace. Au-dela des mots,
nous voulons arriver a des
r6sultats a Tripoli."

Le premier plan d'action
(2008-2010) pour le
partenariat don't il s'occupe
(Science, technologies
et information), a eu de
nombreux r6sultats, parmi
lesquels : des bourses
visant a inciter des institute
de recherche scientifique


europ&ens a se pencher, avec
des partenaires africains,
sur des questions lies
notamment a la sante (un
nouveau programme reserve
aux organismes scientifiques
africains sera annonc&
lors du prochain sommet);
des prix r&compensant
des scientifiques africains
brillants ; et le lancement
d'Africa-Connect, extension
africaine du r6seau GEANT
de l'UE, un site Web
entierement dedi& aux
chercheurs africains et destine
a leur permettre d'&tablir des
contacts et de partager des
donn&es avec des confreres
partout dans le monde.
Le premier plan d'action a
&galement permis de renforcer
les capacities du d6partement
Science et Technologie de
l'UA.

Toutefois, selon Ezin, la
cooperation dans le domaine
de l'espace, qui comporte
notamment la surveillance
satellite de l'Afrique pour
l'&tude des changements
climatiques, de la degradation
environnementale ou de
la s&curit&, n'a pas encore


C u rrier




































r6ellement d&coll&, mime
si la possibility& d'&tendre
le Programme europ&en
d'observation de la terre
(GMES) au continent
africain a &t& &tudi&e. Ezin :
"Nous devons renforcer la
cooperation international
et acqu&rir ou exploiter
des capacit&s spatiales qui
permettent a l'Afrique
de faire jeu &gal avec ses
partenaires. Le GMES a
&t& congu pour l'Europe.
Dans la nouvelle strategic
qui doit etre adopt&e a
Tripoli, nous voulons
parvenir a un accord avec
les Europ&ens sur le contenu

Le Commissaire Ezin
est particulidrement
attache au project
de creation d'une
University panafricaine
des Sciences et de la
Technologies

d'un nouveau plan GMES".
La question de l'extension
du system europ&en de
navigation par recouvrement
g6ostationnaire (EGNOS)
a l'Afrique subsaharienne
sera sans doute 6galement
&voqu&e a Tripoli (cf. Le
Courrier, n 17). L'EGNOS
ameliore la navigation des
transports, notamment
a&riens. Ezin a toutefois
soulign& que l'UA tenait a
ce que l'Afrique soit maitre
des nouveaux projects, et ce,
pour l'ensemble des huit
partenariats. II voudrait aussi
voir la creation d'une agence
spatiale africaine.


Eumetsat partage ses donnees avec I'Afrique. Une des premieres lignes d'orages saisonniers se deplagant
vers I'est le long de la c6te du Nigeria au Liberia, 15 fevrier 2010.


Le Commissaire Ezin est
particuli&rement attach&
au project de creation d'une
University& panafricaine des
Sciences et de la Technologie.
I1 entend susciter l'int&ret de
donateurs afin d'installer dans
chaque region de l'Afrique
un campus central autour
duquel graviteraient des
institute satellites. Il esp&re


qu'a Tripoli, I'UE apportera
un appui politique ferme au
project. "Une fois que nous
aurons cet appui", conclut
Ezin, "nous trouverons les
moyens de finance ensemble
ce project "

Pour en savoir plus sur le
partenariat de l'UE sur la science,
la technologies et la society de


l'information, cf. http://www.acp-
eucourier.info/Science-becomes-
part.928.0.html?&L=2.

* Sur le Sommet UA-UE, lire
aussi pages 6 et 41


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010














































Les relations entire I'UE et I'Afrique

entrent dans une nouvelle ere

Sommet Afrique-UE* (Tripoli, Libye, 29-30 novembre 2010)

A la veille du troisieme Sommet Afrique-UE qui aura lieu a Tripoli, Andris Pielbags, commissaire europeen en charge du
developpement, s'est entretenu avec Le Courrier a propos de la nouvelle strategic UA-UE mise en place par les deux entities
au course de ces trois dernieres annees, de mime que sur I'imminence des Journees europeennes du Developpement et des
conclusions a tirer du Sommet sur les OMD. M. Pielbags a insisted sur I'importance du sommet de Tripoli qui doit permettre
d'adapter la strategic afin de reliever des defis essentiels, comme la promotion de la paix dans les zones de conflict et la
lutte contre le changement climatique.


Interview d'Hegel Goutier


C comment la stratdgie UA-UE
a-t-elle evolue ces derniers
temps ?Peut-on s'attendre
a ce qu'elle soit remanide de
fond en comble lors du sommet ?

Depuis trois ans maintenant, c'est-a-
dire depuis le sommet Afrique-UE de
Lisbonne, nos deux continents parti-
cipent vraiment sur un pied d'egalite a
une relation qui depasse desormais le
module bailleur de fonds-beneficiaire.
Les huit partenariats thematiques qui ont
ete lances sont a present sur les rails. La


cooperation entire les deux Commissions,
celle de l'UE et celle de l'Union africaine
(UA), est etroite et repose sur un dialogue
ouvert. Les deux colleges de commissaires
se reunissent deji regulierement. Nous
nous sommes notamment rencontres
avant le sommet des Nations Unies sur
les OMD afin d'examiner nos priorities
communes. En novembre, lors du Sommet
Afrique-UE, les chefs d'Etat et de gouver-
nement des deux continents consolideront
ce partenariat. Ces reunions politiques
"au sommet" montrent que nos relations
avec l'Afrique sont aujourd'hui entrees
dans une nouvelle ere.

Ce sommet sera l'occasion d'examiner
comment nous pouvons adapter notre


strategic conjointe pour faire face aux
defis auxquels nous sommes confronts :
garantir la paix et la stability, lutter centre
le changement climatique et promouvoir
la croissance. Les dirigeants europeens
et africains ont choisi de se concentrer
sur un theme general : la croissance,
l'investissement et la creation d'emplois.
Nous sommes conscients du fait qu'd elle
seule, l'aide ne suffit pas pour garantir
le developpement. Une augmentation
de 1% seulement du PIB aura toujours
plus d'impact qu'une augmentation de
10% de l'aide au developpement. Je suis
convaincu que cette reunion fera merger
des idees concretes sur la fagon don't nous
pouvons promouvoir une croissance plus
soutenue et plus inclusive au benefice


C u rrier



















des deux continents. Nous devrions, par
example, examiner comment develop-
per les changes et les investissements,
comment garantir la mobilisation des res-
sources domestiques mais aussi comment
aider au mieux l'Afrique a exploiter ses
resources naturelles et ainsi enter dans
la revolution des energies renouvelables.
Un nouveau plan d'action -couvrant la
periode 2011-2013 sera adopted. Il fixera
vraisemblablement des objectifs concrets
pour chacun des huit partenariats the-
matiques.

D'aucuns estiment que les pays euro-
peens ou l'UE sont en train de decou-
vrir, unpeu tard, lepotentielet I'attrait
du continent africain, et qu'ils se sont
ainsifait devancer par despays emer-
gents come la Chine et le Bresil.
Qu'en pensez-vous ?

N'exagerons rien Nos liens politiques et
economiques avec l'Afrique remontent a
plus de 50 ans. L'UE est toujours le pre-
mier partenaire commercial de l'Afrique,
et de loin le plus important bailleur d'aide
aux pays et aux organizations regionales
de ce continent. Rappelez-vous : la poli-
tique de cooperation au developpement
de la Communaute europeenne a demarre
avec la creation des institutions euro-
peennes. Depuis, nous avons mis en place
des relations &troites et diversifies avec
les pays africains et cette cooperation ne
cesse de se renforcer; en outre, elle ne se
limited pas a l'aide au developpement: elle
concern aussi le commerce, l'environne-
ment et bien d'autres domaines.

Cela etant, je suis ravi de constater l'inten-
sification de la cooperation Sud-Sud. Une
telle evolution est en effet propice a la
croissance mondiale. Les investissements
realises en Afrique par les pays de l'hemis-
phere Sud sont complementaires a notre
aide, nous n'y voyons aucun problem.
Des obstacles subsistent bien sur et l'UE
peut aider a les surmonter. Ainsi, selon
les estimations, plus de 60% des taxes
douanieres payees dans le monde sont
oversees par les pays en developpement a
d'autres pays en developpement. Nous
voulons aider nos partenaires elliminer
de tels obstacles.

Journees du d6veloppement: un
debat sans precedent

Quelle est selon vous l'importance des
Journees europeennes du developpe-
ment ?

Les Journees europeennes du develop-
pement sont le porte-drapeau de nos
efforts de communication pour sensibi-
liser un maximum de citoyens a notre


Andris Piebalgs s'est rendu pour la premiere fois au Rwanda en septembre.. c EC


politique et nos actions dans ce secteur.
Cet evenement est la plus vaste plate-
forme europeenne d'echanges proactifs
et sinceres dans le domain des affaires
internationales et de la cooperation au
developpement. C'est aussiune occasion
unique pour les Europeens de rencontrer
des acteurs venant des pays en develop-
pement, d'elaborer avec eux la politique
de demain et de construire un nouveau
consensus qui depasse le parti-pris ins-
titutionnel.

ces Journees europeennes sont aussi une
occasion de celebrer la culture des pays
en developpement par le biais de concerts
et d'expositions. Les DevDays reunissent
chaque annee de plus en plus de per-
sonnes. L'edition 2010 offrira ainsi une
occasion inegalee de recevoir un precieux
feedback sur les consultations autour des
politiques europeennes de developpement
qui doivent etre lancees cet automne.

Les R6alit6s du Millknaire pour
le d6veloppement

Quel message cld faut-il retenir du
recent sommet de New York sur les
OMD?

Le message est on ne peut plus clair
les chefs d'Etat et de gouvernement du


monde entier se sont engages a realiser les
Objectifs du Millenaire pour le develop-
pement (OMD) et a reduire la pauvrete
dans le monde. Nous n'abandonnerons
donc pas a leur sort les habitants les plus
pauvres de notre planet. Les dirigeants
ont egalement reconnu qu'il appartenait
aux pays developpes comme aux pays
en developpement de faire des OMD un
success. Les bailleurs de fonds ont ainsi
promise de respecter leurs engagements
tandis que les pays en developpement se
sont engages a s'approprier leurs strategies
nationals de developpement.

A cet regard, sachez que la Commission
europeenne a offert une envelope sup-
plementaire de 1 milliard d'euros pour
accelerer la realisation des objectifs dans
les pays les plus a la traine mais aussi
les plus engages, afin de soutenir leurs
efforts. Une volonte politique est present
et des declarations ont ete faites. Mais
aujourd'hui, le temps est venu de faire des
"Objectifs" du Millenaire pour le deve-
loppement des "Realites" du Millenaire
pour le developpement et de traduire nos
engagements en actes.




* lire aussi pages 4 et 41


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010


Viewpoin

















































"II faut mettre un terme a la


maledictionn des resources' en Afrique"


EvMque du Congo-Brazzaville et defenseur des droits de I'homme, Mgr Louis
Portella-Mbuyu se bat depuis plus de dix ans pour une just distribution des recettes
engranges par les multinationales minieres et petrolieres en Afrique. Rencontre le
15 septembre a Bruxelles en marge d'un debat organism au Parlement europeen.


Marie-Martine Buckens


l'invite vedette du debat
organism par les depu-
tes europeens Charles
Goerens (ADLE), Eva Joly (Verts) et
Sirpa Pietikiinen (PPE) sur La trans-
parence des industries extractives.
L'Eveque de Congo-Brazzaville etait a
la tete d'une delegation du Symposium des
Conferences Episcopales d'Afrique et de


Madagascar (SCEAM) qui, avec l'appui
de la CIDSE, une alliance international
d'agences de developpement catholiques,
a termine son periple dans plusieurs capi-
tales europeennes au Parlement europeen.

Quel est votre message ?

A moins d'une semaine de la reunion des
donateurs internationaux qui, a New York,
vont evaluer les progress sur les Objectifs
du Millenaire pour le developpement,
nous avons voulu saisir la balle au bond,
rappeler aux instances europeennes que
la malediction des resources en Afrique


n'est pas ineluctable. L'Afrique, disions-
nous deja en 1994 estun "continent sature
de problemss. Aujourd'hui, la reality n'a
guere change. I y a toujours la guerre,
la pauvrete, la misere parfois. Apres le
Synode, les Eveques d'Afrique ont pris
des positions nettes sur des sujets aussi
important que les resources naturelles,
l'acces a la terre, l'eau et l'eradication de la
pauvrete. Suite a notre assemble pleniere,
nous avons decide fin juillet d'entamer
des demarches concretes. A la veille du
sommet sur les OMD, nous avons decide
de faire savoir quelles sont les urgences
pour l'Afrique

"Loin d'etre toujours liees a des ques-
tions ethniques, c'est dans les cou-
loirs economiques et autour des puits
miniers qu'ilfaut trouver les raisons
des guerres et de lapauvrete", a-t-on
entendu lors du Synode de 2009. Les
eveques ont alors lance un vibrant
appelpour l'adoption de 1Igislations


Cu r r i e r


















internationales qui obligent les mul- des 2002. A l'&poque, nous avons lance
tinationales, exploitant les resources un message a nos gouvernants : "il y a
naturelles du continent & respecter un probl&me de transparence, pensez a
la terre africaine et a promouvoir le nos generations futures." Nous avons
ddveloppement des rencontre beaucoup
populations. Connu "Le manque a gagner fiscal de reticence, meme
pour votre franc-par- des Etats africains en raison de l'agressivit&. Par
ler, et malgrd trois des flux illicites de capitaux la suite, j'ai conduit
tentatives d'assas- des industries extractives une delegation en
sinat, vous ne cessez France, avec les res-
de reclamer la trans- repr6sente chaque annees ponsables de l'Eglise
parence des indus- deux fois le volume de I'aide protestante, aupres
tries extractives. Ou au d6veloppement" (Bernard des responsables
en sommes-nous Pinaud, Secrtaire gnral de politiques et de la
auourd'hu Pinaud Secrtaire gnr de direction de Total,
I'ONG frangaise CCFD) la compagnie de


Les chefs d'Etat qui
seront presents a New York vont tenter
de trouver les fonds manquants pour la
realisation des OMD. Or il existe un r6ser-
voir financier important, 6norme, pour
l'Afrique. Les responsables, tant du Nord
que du Sud, doivent comprendre que tant
que les fuites ne seront pas colmatees,
l'Afrique continuera a perdre plus d'un
trillion d'euros chaque annee a cause de
l'&vasion fiscal ou de recettes non per-
ques. La legislation europeenne pour-
rait contribuer a r&cup&rer ces recettes
fiscales non percues, qui d6passent de
loin les montants de l'aide publique au
d6veloppement.

Dans mon pays, Congo-Brazzaville, nous
avons ete sensibles a la question du petrole


p6trole qui opere
dans notre pays. En 2003, nous avons
rencontre des responsables de la direc-
tion du Developpement a la Commission
europeenne. Notre champagne "Publiez
ce que vous payez", qui s'inscrit dans la
cadre de l'Initiative pour la transparence
dans les industries extractives (voir Box) a
report& un certain succes mime si nous
sommes encore en apprentissage.

Dans son intervention ce soir, Eva
Joly a souligne que le vrai problem
n'estpas d'ordre technique, mais poli-
tique, tout en rappelant que dans des
pays miners come la Tanzanie, la
Zambie ou le Malawi, les companies
minieres "operent et ne laissent rien
dans le pays." Charles Goerens de


La delegation du SECAM en Europe, septembre 2010. CCIDSE


son c6te a souligne la "responsabilite
ecrasante de l'Europe, partagee par
les presidents africains" qui ne fait
rienpour, notamment, promouvoir le
secteur prive sur le continent africain.
Qu'en pensez-vous ?

La lutte contre la fuite des capitaux, et
la corruption est une lutte important,
car l'Afrique regorge de richesses. Or
actuellement, c'est le chaos qui regne.
La pauvret& et la violence ont atteint un
tel degr& qu'elles menacent la s&curit& du
monde entier. Et je pense que la soci&te
civil peut faire beaucoup. Elle commence
a &merger partout dans le monde ; elle
peut faire bouger les Etats. Je pense que
le d6veloppement de l'Afrique viendra
de la soci&te civil. II viendra de la base,
non du sommet.

L'lnitiative pour la Transparence dans
les Industries Extractives (ITIE), lance
en 2002, a pris la forme d'un cadre volon-
taire don't ont convenu les gouvernements
pour divulguer les recettes tirees des e1e-
ments d'actifs petroliers, gaziers et miniers
proprietesde I'Etat, assorti d'une divulga-
tion parallele, parles societies exploitantes,
des paiements verses aux gouvernements
sous forme de primes, de redevances, de
taxes et de paiements en nature.
Trente Etats, surtout des pays en d6ve-
loppement, sont en train de mettre en
oeuvre I'ITIE. En 2007, la Norvege est
devenue le premier pays developpe
a mettre en oeuvre I'ITIE. La Chambre
des representants des Etats-Unis etudie
aussi I'Extractive Industry Transparency
Disclosure Act, qui prescrirait la mise en
oeuvre de I'ITIE dans ce pays ; cette loi
appuierait aussi les exigences en matiere
de divulgation dans le cas des societies
cotees aux bourses am6ricaines. De plus,
le Congress americain a recemment adopted
la Dodd-Frank Wall Street Reform and
Consumer Protection Act, qui content
une disposition historique obligeant les
companies miniere, gazifiere et petro-
liere enregistrees aupres des Securities
and Exchange Commission des Etats-
Unis a publier combien elles patient aux
pays strangers et au gouvernement des
Etats-Unis. Dans le meme ordre d'idees, le
Parlement europ6en a modified la Directive
europeenne transparencee" (TOD) pour
inviter "les Etats membres a promouvoir la
divulgation des paiements de I'entreprise
extractive aux gouvernements lists sur
les marches boursiers europeens."


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010


Sans IM e








































Combler le deficit du financement


pour le developpement


Le president


de la Commission offre des fonds supplementaires pour

aider les pays ACP les plus d6munis a r6aliser les OMD


mentaires -preleves sur des
fonds du FED n'ayant pas
encore ete octroyes -seront
affects a la realisation des Objectifs
du Millenaire pour le developpement
(OMD). C'est ce qu'a annonce le presi-
dent de la Commission europeenne Jose
Manuel Barroso dans son "Discours
sur l'Etat de l'Union" du 7 septem-
bre devant le Parlement europeen
reuni a Strasbourg. "L'ouverture au
monde implique egalement de se tenir
aux c6tes des pays en developpement,
et de l'Afrique en particulier", a-t-il
declare. En attendant, la Commission
Europeenne prepare actuellement un
non paper sur les financements inno-
vants qui sera presented le 22 octobre aux
ministres europeens en charge du deve-
loppement et le 15 novembre aux minis-
tres europeens des affaires etrangeres.
Parmi les pistes a l'etude pour com-
bler le deficit du financement pour le
developpement, estime a 100 milliards
d'euros par an, retenons celle d'une taxes
sur les transactions financieres. Elise
Ford, porte-parole d'Oxfam aupres de
1'UE, explique : "Une taxe sur les tran-
sactions financieres (TTF) rapporterait


des centaines de milliards d'euros, ce
qui permettrait de proteger les citoyens
les plus pauvres d'Europe et des pays
en developpement mais aussi de lut-
ter contre le changement climatique."
Selon les estimations de CONCORD,
la Confederation europeenne des ONG
d'urgence et de developpement basee a
Bruxelles, une TTF de 0,05% pourrait
generer chaque annee 400 milliards
d'euros supplementaires en faveur du
financement pour le developpement.
Quant au president frangais Nicolas
Sarkozy, il a declare que cette TTF sera
l'une des grandes priorities des sommets
du G8 et du G20 don't la France assu-
rera la presidence en 2011.

Cette initiative europeenne intervient
suite au Conseil europeen "Affaires
etrangeres" du 14 juin 2010, au course
duquel il a ete decide que 1'UE "exa-
mine avec beaucoup d'interet certai-
nes propositions de mecanismes de
financement innovants possedant un
important potential de generation de
recettes, en vue de garantir un finan-
cement previsible du developpement
durable, en particulier au profit des
pays les plus pauvres et les plus vulne-
rables." Neuf Etats membres de 1'UE
sont egalement membres du Groupe
pilot sur les financements innovants
pour le developpement cree en 2006. Ce


group reunit 61 pays de l'hemisphere
Nord et Sud ainsi que des institutions
internationales et des ONG.

www.leadinggroup.org/
www.concordeurope.org/



Atlas 2010 des donateurs de
I'UE
Les cartes et les graphiques tres lisibles
de I'Atlas 2010 des donateurs de I'Union
europeenne (UE) permettent de visuali-
ser rapidement le montant de I'aide au
developpement accordee par I'UE et ses
27Etats membres, ainsi que I'affectation
de ces fonds. On y trouve egalement des
comparisons avec d'autres donateurs
ainsi que des details sur les flux de fonds
prives en faveur des nations en deve-
loppement, comme les envois de fonds.
Le tout sous forme de cartes. Riche en
informations factuelles, cet Atlas entend
ameliorer I'harmonisation et la coordina-
tion des politiques de developpement de
I'UE avec celles de ses Etats membres.
Rendez-vous sur : http://development.
donoratlas.eu/index.htm


C u rrier





Tu d 0n


Sommet de la Francophonie



Recherche de solutions


a des problems epineux

Rencontre avec Abdou Diouf, Secretaire general de la Francophonie


H. G.


Francophonie (Montreux,
Suisse 22-24 octobre 2010),
le Secretaire general de la
Francophonie, Abdou Dioufs'est entre-
tenu avec Le Courrier sur des enjeux
comme la place du frangais dans le
monde ou les derives politiques dans
certain Etat.

Quelpeut-6tre l'impact du Sommet
de Montreux en terme geopolitique ?

L'Organisation international de la
Francophonie (OIF) compete 70 Etats
et gouvernements, soit plus d'un tiers
des Nations Unies, parmi lesquels 15
pays de l'Union europeenne et deux du
G8. D&s lors, quand les chefs d'Etats de


ces pays se reunissent, l'impact est emi-
nemment politique I y a deux ans, lors
du dernier Sommet organism a Quebec,
la Francophonie avait ete le premier
forum Nord-Sud a se positionner sur
la question de la crise financiere.

Quelle strategic pour endiguer le
delitement du frangais par example
dans les institutions europeennes ?

Il est vrai que le multilinguisme, inscrit
dans les reglements des Institutions
europeennes, s'etiole. C'est pour cette
raison que la Francophonie a mis en
place des strategies pour repondre a la
tendance au monolinguisme dans les
organizations internationales. A titre
d'exemple, les ministres des Affaires
etrangeres des pays membres de l'OIF
se sont engages a faire utiliser le fran-
gais par leurs diplomats lorsque leur


langue national n'est pas prevue. De
meme, quelque 12.000 experts de nos
Etats membres beneficient annuelle-
ment, a Bruxelles ou dans leur capital,
d'enseignement du frangais.

Quelle reflexion sur la mauvaise
governance politique dans cer-
tains pays de I'OIF notamment en
Afrique ?

Dans de nombreux Etats africains, la
consolidation de l'Etat de droit est en
progres. Nous y avons assisted a des alter-
nances politiques assez remarquables au
course de cette derniere decennie. Les
parties unique ont disparu. Les medias
sont libres. Les societes civiles sont
de plus en plus presentes et vigilantes.
On constate neanmoins une tendance
au retour des militaires sur la scene
politique. Les causes en sont souvent la
mauvaise governance et le manque de
respect de l'Etat de droit. II faut abso-
lument se preoccuper des situations
de crise avant que ce ne soit trop tard.

L'OIF semblefaire de la reconstruc-
tion d'Haiti un cas d'dcole pour la
promotion de ses valeurs. Exact ?

Absolument L'OIF consider qu'il
faut sans faillir accompagner le people
haitien dans la reconstruction phy-
sique, materielle et morale du pays.
La Francophonie lui sera toujours rede-
vable, c'est grace a la volonte affirmee
d'Haiti que le frangais, a une voix pres,
a ete retenu comme langue officielle et
de travail des Nations Unies lors des
accords de Bretton Woods. Ce pays
contribute, egalement, au renouveau
de la Francophonie nord-americaine,
et s'inscrit dans le metissage non seu-
lement de la langue mais aussi de la
culture et des peuples. La Francophonie
s'est engagee aux c6tes des autorites
haitiennes. Notre plan d'action est por-
teur d'une valeur ajoutee, agir au plus
pres de la population.


Abdou Diouf, Secretaire general de La Francophonie. Avec I'aimable autorisation de I'OIF.


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010












La communaute

international a

un devoir vis-A-

vis de Haiti

En visit en Haiti du 28 aoOt au 6 septem-
bre, Mohamed Ibn Chambas, secretaire
general du group Afrique, Caraibes et
Pacifique (ACP) a insisted pour que la
communaute international vienne rapi-
dement en aide au pays. M. Chambas
etait accompagne des co-presidents
de I'Assemblee parlementaire paritaire
ACP-UE (APP).


"-"
'a I

Mohamed Ibn Chambas, Secr4taire general du group ACP (le premier en partantde la droite), David Boyd, conseiller
politique pour le Groupe des conservateurs et des reformateurs europeens (au centre) et James Nicholson, vice-
president de I'APP, en route pour la visit d'un project educatif a Mirebalais, en Haiti.


M Chambas a explique au
Courrier qu"'il avait ete
profondement boule-
verse par l'ampleur des
degats provoques par le seisme. En meme
temps, on ne peut qu'etre impressionne
par la capacity de resilience de ces gens
ordinaires, qui ont faith preuve d'enorme-
ment d'humanite et d'une reelle determi-
nation a reprendre le course de leur vie. Je
m'apprete a quitter Haiti en esperant que la
communaute international, qui amontre
enormement de bonne volonte, respectera
rapidement ses engagements afin que nous
puissions nous lancer dans une veritable
reconstruction d'Haiti, sans nous contenter
de remettre sur pied un ancien system qui
ne donnait pas satisfaction aux Haitiens,
comme ils sont nombreux a le dire. Ces
derniers veulent repartir sur de nouvelles
bases et repondre ainsi aux besoins urgents
en terms d'education, de soins de sante,
d'infrastructures economiques et sociales,


d'institutions et de capacities. Et faire de
Haiti un pays don't ils pourront tous etre
fiers. De tels objectifs sont aussi essentials
pour de nombreux Africains, ne l'oublions
pas. Les habitants d'Haiti sont d'origine
africaine. Ce pays est celui de Toussaint
Louverture et c'est aussi le premier a s'etre
affranchi du monde occidental."

Avez-vous des inquietudes en ce qui
concern les engagements et les pro-
messes d'aide de la communaute inter-
nationale, y compris celles des pays
africains ?

Oui. Beaucoup de promesses ont ete faites,
mais les choses tardent souvent a se mettre
en place. Parfois aussi, des promesses ne
sont pas tenues. Dans le cas particulier
d'Haiti, nous pouvons etre satisfaits de
l'amelioration des conditions de vie dans
les camps, qui a ete tries rapid, mais il y a
encore beaucoup de pain sur la planche.
Reste a esperer que la communaute inter-
nationale continuera a se soucier du sort
des Haitiens et qu'elle ne passera pas a la
prochaine crise qui se presentera, comme


cela a souvent ete le cas par le passe.

Quant aux pays africains, ils ont promise de
l'argent, notamment le Nigeria, le Ghana,
la Guinee equatoriale, la Guinee, l'Afrique
du Sud, etc. Lors de la mission de 1'APP,
l'emissaire special du President Wade du
Senegal, le ministry Amadou Tidiane Ba,
a evoque la possibility d'offrir des bourses
aux etudiants. J'ai ete tries heureux de voir
l'Afrique proposer une reponse concrete.

Mohamed Ibn Chambas, Secretaire gene-
ral des ACP, a recemment requ le prix 2010
de la Fondation allemande pour I'Afrique.
Cette distinction recompense "les reels
efforts qu'il a consentis pour promouvoir
la paix, la stability et I'integration regio-
nale" durant son mandate de Secretaire
executif et de president d'ECOWAS. La
Fondation allemande pour I'Afrique se
compose d'elus, de tous les parties, du
Parlement federal allemand.


Accord de Cotonou r6vis6

Accent sur le commerce et les politiques d'aide


JL Accord de Cotonou regissant
les relations entire le Groupe
des Etats d'Afrique Caraibe
Pacifique et l'Union euro-
peenne pour une duree de 20 ans (1990-
2010) a connu en juin dernier sa deuxieme


revision quinquennale. L'amendement
concern particulierement les change-
ments intervenus dans les relations entire
les deux parties en matiere de commerce
et de politiques d'aide au developpement.

Le texte revise de l'Accord de Cotonou a
ete signed respectivement par Mme Soraya
Rodriguez, Secretaire d'Etat a la coope-
ration d'Espagne et le Commissaire au
Developpement, Andris Pielbags pour
l'Union europeenne, et par le President du
Conseil, Paul Bunduku-Latha, Ministre


adjoint de la planification economique, du
commerce, de l'industrie et du tourism
du Gabon pour les ACP. L'accord revise
prevoit un enforcement de la lutte centre
la proliferation des armes legeres et centre
les menaces a la security comme le crime
organism et les trafics d'etres humans, de
drogues et d'armes. II a en outre prevu
plus d'assistance aux pays ACP confronts
au problem de rechauffement climatique.
De meme que des soutiens additionnels
aux secteurs de l'aquaculture et de la
peche, et a la lutte contre le VIH-Sida.


Cu r r i e r


TI I oinB





I m in


L'amour raisonne de Lula


pour I'Afrique


L'Afrique a ete au coeur de la strategic Sud-Sud promue par le president Lula au
course de ses huit annees a la tate du Bresil. Pour des raisons de solidarity mais
aussi, et surtout, geopolitiques et economiques.


M.M.B.


r L e Bresil ne pourra jamais
rembourser sa dette his-
torique vis-a-vis du con-
L inent", a repete a l'envi
Luiz Ignacio Lula da Silva, dit "Lula", au
course de ses tournees africaines. Et elles
furent nombreuses : une dizaine, dans
20 pays, un record, au sein du BRIC, le
group qui rassemble les quatre gran-
des puissances emergentes de la planet,
devangant de peu les visits de son homo-

Les limits de la solidarity

LAfrique voit aussi dans le Bresil un
interlocuteur susceptible de defendre
ses interdts sur la scene international
face aux Occidentaux. "Le Bresil devrait
avoir un siege permanent au Conseil de
security des Nations Unies", a decla-
re Petro Pires, president du Cap-Vert,
relayant un souhait manifesto par de
nombreux dirigeants africains. Le Bresil
qui, en mai dernier, a finalement gagne
sa bataille contre les Etats-Unis, ces
derniers s'engageant a verser annue-
Ilement plus de 145 millions de dollars,
some qui equivaudrait, selon I'OMC, au
manque a gagner cause aux producteurs
bresiliens de coton par les subventions
americaines a leurs propres producteurs.
Les pays producteurs de coton africains,
qui s'etaient portes tierce parties dans
I'affaire, risquent pour leur part d'etre les
dindons de la farce : "apres les Ameri-
cains et les Europeens, ce sont a pre-
sent les Bresiliens qui vont profiter des
subventions", deplorait un producteur
malien. Brasilia a certes promise d'utiliser
une parties du financement pour soutenir
les producteurs africains et de Haiti, mais
les modalites restent floues...


logue chinois, Hu Jintao, et loin devant les
responsables russes et indiens. Le Bresil,
il est vrai, est encore un acteur mineur en
Afrique, face surtout a la Chine.

Le president bresilien, qui tirera sa reve-
rence cette annee,
la constitution bresi- Les
lienne lui interdisant
un troisieme mandate commerciaux
consecutif, a tenu en de 6 milliarc
juillet dernier a faire a 24 milliard
un dernier voyage
dans six pays afri-
cains. Et de rappeler que le Bresil -un
des derniers pays a avoir aboli l'esclavage
en 1988 -est le deuxieme pays noir
du monde, derriere le Nigeria, avec 76
millions d'Afro-bresiliens, soit la moitie
de la population bresilienne.

Ce lien cultural affirmed, le president Lula,
venu comme a l'accoutumee avec une
impressionnante delegation d'hommes
d'affaires, a pose ses pions. Au Cap Vert,
il a participe au sommet entire le Bresil et
les 15 pays de la communaute economique
de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). En


s

s/
s


Afrique du Sud, il a souligne l'importance
des nouveaux accords de libre-echange
entire le Mercosur (Bresil, Argentine,
Paraguay et Uruguay) et le SACU (Afrique
du Sud, Botswana, Lesotho, Namibie et
Swaziland). Un an plus tot, l'Apex-Bresil,
l'agence de promotion
changes des exportations du
Bresil, avait ouvert
nt passes deux grands centres
s de dollars d'affaires en Afrique.
en huit ans Les changes com-
merciaux suivent: de 6
milliards de dollars, ils
seraient passes a 24 milliards en huit ans.

La liste des interets bresiliens pour
l'Afrique est longue : de Petrobras, la
society petroliere bresilienne, interessee
par l'or noir de l'Angola et du Nigeria (un
tiers des changes se faith actuellement avec
ce geant petrolier), en passant par Vale,
le geant bresilien de l'industrie miniere,
interesse notamment par les mines de
carbon du Mozambique, ou les agro-
industriels, prets a installer des usines
d'ethanol, comme c'est le cas au Ghana
ou en Angola.


A
President bresilien Luiz Inacio Lula da Silva lors de I'ouverture du Dialogue Bresil-Afrique sur la security alimentaire.
DPA/Reporters


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010


*L3~"-~,~:





Tu d Dnhr D


Un "oui" massif des citoyens europeens

a I'aide au developpement


peenne (UE) sur dix qualifient
l'aide aux pays en developpe-
ment de triess important" ou
d'"assez importante. C'est ce qui resort
d'une enquete Eurobarometre sur "Les
Europeens, l'aide au developpement et
les Objectifs du Millenaire pour le deve-
loppement". Pour les besoins de ce son-
dage, 26.500 citoyens de l'UE des 27 Etats
membres ont ete interroges en juin 2010.

Selon les analysts de l'UE, ce sondage
met en avant le soutien croissant des
citoyens europeens a l'aide au develop-
pement, lesquels sont aujourd'hui 45%
a estimer cette aide triess important"
contre seulement 30% en juin 2009.


Le sondage revele egalement un ecart
moins important entire les 15 anciens Etats
membres don't les citoyens se sont toujours
montres plus favorables a cette aide et les
12 "nouveaux venus", meme si les dif-
ferences restent marquees. Les citoyens
de Suede (96%), d'Irlande (95%), du
Danemark (94%), de Finlande (94%), du
Luxembourg (93%) et du Royaume-Uni
continent de soutenir massivement l'aide
au developpement, alors que les citoyens
des nouveaux Etats membres, notamment
de Slovenie, d'Estonie et de Bulgarie se
montrent plus reticents. Au total, 64%
des citoyens europeens souhaitent un ren-
forcement de l'aide au developpement.


Pour lire l'integralite du rapport : http:/
ec.europa.eu/world/enp/publications fr.htm
http://ec.europa.eu/publicopinion/archives/
ebs/ebs 352 fr.pdf


Les energies renouvelables ont le vent

en poupe dans les Caraibes orientales

Les petits Etats insulaires des Caraibes orientales s'emploient a promouvoir
I'utilisation des energies renouvelables, comme I'energie geothermique et les
6oliennes. L'objectif ? Stimuler le developpement economique et lutter contre le
changement climatique.

D.P. La Facilite ACP-UE pour
1'Energie


A la mi-septembre, les ministres
et les representants des Caraibes
orientales (Antigua, Sainte-Lucie,
aint-Vincent-et-les-Grenadines,
la Dominique, Saint-Kitts-et-Nevis et la
Grenade) ont rencontre a Bruxelles des
representants des institutions europeen-
nes afin d'examiner l'avenir de la coope-
ration dans ce secteur avec les bailleurs de
fonds. Etaient notamment presents Richard
Frederick, ministry de l'energie de Sainte-
Lucie et Earl Asim Mardin, son homologue
de Saint-Kitts-et-Nevis.

L'energie geothermique et l'energie eolienne
offrent d'enormes possibilities pour l'avenir
etant donned que la plupart des iles de la region
sont d'origine volcanique et qu'elles sont
exposes au vent. "L'Organisation des Etats
des Caraibes orientales (OECS) s'efforce de
diversifier ses sources d'approvisionnement
energetique afin de relancer l'economie.
L'utilisation des energies renouvelables est
l'une des pistes permettant de stimuler la
croissance economique tout en s'attaquant a
la tries grave problematique du changement
climatique", a declare un haut responsible
de l'Ambassade de 1'OECS* a Bruxelles.


L'UE finance actuellement un project visant
a renforcer les capacities de divers acteurs
du secteur des energies renouvelables
dans l'ensemble des Caraibes. Ce project
est finance au titre de la Facilite ACP-UE
pour l'energie.

Lors d'une reunion avec la delegation des
Caraibes orientales, M. Guus Heim, direc-
teur regional pour l'Afrique de l'Ouest, le
Sahel et les Caraibes a la Banque euro-
peenne d'investissement (BEI) basee au


SBSIP/Reporters


Luxembourg, a declare que la Banque envi-
sageait de finance des services de conseil
afin d'etudier la faisabilite et l'impact envi-
ronnemental d'une interconnexion sous-
marine entire la Dominique, la Martinique
et la Guadeloupe afin de permettre a l'ile
de la Dominique d'exploiter son potential
geothermique. M. Heim a ajoute que les
contacts etaient deji bien avances entire la
BEI et les promoters de projects eoliens
de Sainte-Lucie, de Jamaique et de la
Republique Dominicaine et les promoters
de projects de valorisation energetique en
Jamaique, a la Barbade et aux Bahamas.

Pour en savoir plus sur la plateforme d'information
caribeenne sur les energies renouvelables, consulted
: www.cipore.org

*Sont membres de l'Organisation des Etats des
Caraibes orientales : Antigua-et-Barbuda, la
Dominique, la Grenade, Montserrat, Saint-Kitts-
et-Nevis, Sainte-Lucie et Saint-Vincent-et-les-
Grenadines


De nombreuses miles des Caraibes orientales sont d'origine volcanique et recelent un potential geothermique. Les
Gros et Petit Piton, Sainte-Lucie a MPercival


Courrier










Conference international sur le VIH/sida "AIDS 2010",
18-23 juillet, Vienne, Autriche


"Rights here, right now"

Okechukwu Umelo declare l'Archeveque Desmond Tutu dans
un discours retransmis par videoconference
lors de la ceremonie de cloture.


E n 2008, on comptait environ 33,4
millions de personnel seroposi-
tives dans le monde. Avec 67%
des personnel vivant avec le VIH/
sida et 91% des nouvelles contaminations,
l'Afrique subsaharienne est touch6e de plein
fouet par ce fleau (Le point sur l'epidemie
de sida 2009 [ONUSIDA/OMS]). Malgre
les progres sur le front du VIH/sida, les
statistiques montrent qu'il faut renforcer
la lutte contre cette epidemie.


L'acces universal a la prevention du VIH/
sida, aux soins, au traitement et au soutien,
un recours accru aux interventions fond6es
sur des 6elments probants, le financement
durable et les avanc6es th6rapeutiques figu-
raient 6galement parmi les grands themes
de la conference.

A la fin de la conference, la Declaration de
Vienne, qui appelle a l'adoption de strate-
gies anti-drogues plus rationnelles et scien-


tifiquement prouvees afin de renforcer la
prevention du VIH parmi les toxicomanes
a &te signee par plus de 12.725 personnel.
En outre, les chefs d'Etat et de gouver-
nement ont &et appeles a contribuer au
moins a concurrence de 20 milliards de
dollars (14,5 milliards d'euros) au Fonds
mondial de lutte contre le sida, la tuber-
culose et le paludisme, pour la periode
2011-2013. L'engagement de 11,7 milliards
de dollars (8,5 milliards d'euros) rendu
public le 5 octobre, lors de la conference de
reconstitution, est au final bien inferieur a
ces 20 milliards de dollars n6cessaires. La
Commission europeenne s'est toutefois
engage a renforcer sa contribution, qui
passera de 100 millions d'euros pour la
periode 2008-2010 a 330 millions au course
des trois prochaines annees.


Pour en savoir plus : www.aids2010.org


En 2010, la Conf6rence international sur
le VIH/sida un 6v6nement organism tous
les deux ans s'est pench6 sur le theme
de la protection et de la promotion des
droits de l'homme dans le cadre de la lutte
contre le VIH/sida ("rights here, right
now"). Organism par l'International AIDS
Society, du 18 au 23 juillet Vienne, en
Autriche, l'6v6nement a r6uni 19.300 cher-
cheurs, praticiens, d6fenseurs des droits de
l'homme et dirigeants de 193 pays.

"Je ne peux que faire l'6loge de ces repre-
sentants qui ont reconnu que le non-acces
au traitement bafouait le droit la vie", a Une femme seropositive prend ses comprimes dans un camp de r4fugies pres de Gulu, en Ouganda. 0 Reporters/ DPA


Sommet UE-Afrique du Sud


L' education au centre d'une


cooperation renforcie


p6enne-Afrique du Sud
reuni a Bruxelles le 28
Septembre 2010, les deux
parties respectivement representees
par le President du Conseil europ~en,
Herman van Rompuy et le President
de la Commission europeenne, Manuel
Barroso ; et par le President d'Afrique
du Sud, Jacob Zuma, ont sign& un
important accord de cooperation
denomme Primary Education Sector
P.... Support Programme.

L'accent mis sur l'6ducation a tous les
niveaux au course de la reunion, est en
phase avec les priorities du gouverne-
ment sud-africain. L'Afrique du Sud et
l'UE ont 6galement convenu de renfor-
cer leur cooperation dans de nombreux
autres domaines allant de l'&conomie
aux recherches spatiales ou a un accord


mutuel sur des exemptions de visa. Elles
se sont aussi accordees sur leurs prio-
rites au future sommet UE-Afrique de
novembre 2010 en Lybie.

Dans son intervention devant la press,


le president Zuma a soulign& que les
deux parties "partagent l'objectif de
conclure avant la fin de l'annee un
accord final qui renforcera les relations
&conomiques entire l'UE et les pays
SADC-APE."


Jacob Zuma, Herman van Rompuy et Jose Manuel BarrosoO Consell de I Unlon europenne


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010
















































Migration



et urbanization

Rves et cauchemars


D.P pour suivre en permanence les tendances
migratoires dans ces pays.


En 2030, les zones urbaines
abriteront une population
plus important que les com-
munautes rurales. Telles sont
les provisions de ONU-HABITAT,
l'organisme charge d'analyser les etablis-
sements humans. Si l'acceleration du
processus d'urbanisation est a l'origine
de situations difficiles, comme la dete-
rioration des conditions de vie, elle cree
egalement de formidable possibilities
de croissance, comme l'indique Ann
Pawliczko, conseillere en charge des
nouvelles questions demographiques
pour le Fonds des Nations Unies pour la
population. Dans les pages qui suivent,
Le Courrier montre les pressions que
l'urbanisation faith peser sur les villes
des regions d'Afrique, des Caraibes et
du Pacifique, mais aussi les opportu-
nites de croissance economique lies a
ce phenomene. Le nouvel Observatoire
ACP des migrations a ete mis en place


Les destinations les plus populaires des
migrants d'Afrique subsaharienne sont
d'autres villes d'Afrique oui ils s'installent
pour trouver de meilleures conditions de
vie et d'emploi. Parmi ces villes, citons
Abidjan, Libreville, Douala, Lagos,
Nairobi et Johannesburg. D'autres ten-
tent leur chance aux Etats-Unis et au
Royaume-Uni, explique Philippe Bocquier,
professeur de demographie a l'Universite
catholique de Louvain, en Belgique (UCL)
D'autres migrants fuient des zones de con-
flit: les Somaliens et les Soudanais se refu-
gient ainsi au Kenya, les Zimbabweens en
Afrique du Sud, les Congolais (RDC), les
Rwandais et les Burundais en Tanzanie,
les Liberiens et les Sierra-Leonais en Cote
d'Ivoire et les Guineens au Senegal. Des
Congolais et des Somaliens plus instruits
se sont aussi installs plus loin encore, en
Afrique du Sud.

Ce n'est pourtant pas la migration qui
cree des bidonvilles, ce phenomene est


davantage lie a l'organisation du mar-
che du travail, estime M. Bocquier. Les
jeunes travailleurs des zones rurales par-
tent souvent avec leur famille. Une fois
arrives a destination, ils construisent des
abris en bois et en metal. Ils vivent dans
des conditions sanitaires deplorables et
ne possedent pas de terres. "Certaines
villes connaissent une croissance a ce
point rapide que la furniture de services
urbains n'est pratiquement plus garan-
tie, meme a court terme", avertit Bruno
Schoumaker, professeur a 1'UCL

Mme Pawliczko constate : "Aucun pays
de l'ere industrielle n'a jamais atteint un
degree de croissance economique impor-
tant sans urbanisation." Et de souligner
les aspects positifs de la migration. "Une
plus forte concentration de citoyens peut
finalement avoir pour effet de rendre les
soins de sante, les transports, l'education
et d'autres biens sociaux plus accessible,
efficaces et abordables".

Elle souligne toutefois la necessity d'une
bonne governance dans les villes en
vue d'assurer l'offre de services. "Des
actions proactives devront etre prises par
les gouvernements nationaux et interna-
tionaux, les organizations internationa-
les et la soci&et civil, afin de liberer les
potentialites des villes", explique-t-elle
en guise de conclusion.

Pour lire les entretiens complete avec Ann
Pawlickzo, Philippe Bocquier et Bruno
Schoumaker, visitez le site du Courrier:
www.acp-eucourier.info


C u rrier





I Mirnsn -.--o-ei-enl aoi-n D


Rencontre avec Laurent de Bceck, directeur de I'Observatoire ACP sur les Migrations



"Les migrations professionnelles


intra-ACP representent une priority"


M.M.B.


Voila 14 ans que ce Belge tra-
vaille pour l'Organisation inter-
nationale pour les Migrations
(OIM). Ses debuts, il les a
consacres a la reconstruction de pays
en situation de post-conflit, comme le
Rwanda ou le Kosovo, ou se relevant de
catastrophes naturelles, comme l'Indo-
nesie et Haiti. "Ma tache consistait a
remplir le vide entire les actions prises en
situation d'urgence et le developpement
a long terme", nous explique Laurent
de Beck. "Plus recemment, avant de
prendre le post de directeur de l'Ob-
servatoire, j'etais representant adjoint
de 1'OIM pour l'Afrique de l'Ouest et
central, ce qui represente 23 pays. Le
champ de travail y est vaste : cela va de
la migration international a la migration
interne, en passant par la lutte contre la
migration irreguliere, la promotion des
travailleurs migrants, les modifications
climatiques ou le lien entire migration
et sante."

Parmi tous ces flux migratoires, Laurent
de Beck en epingle un, "celui qui
necessite en priority la mise en place de
politiques adequates" tant sur le plan
national que regional et continental, celui
des migrations professionnelles. "C'est
le cas surtout en Afrique", pursuit le
directeur de l'Observatoire, "ou les pres-
sions qu'elles engendrent sont malheu-
reusement liees a l'incapacite des Etats
a savoir quelles politiques appliquer."

Frictions

Ces migrations, don't les flux les plus
important s'enregistrent entire pays
voisins mais aussi a l'interieur d'un
meme pays, sont le faith de populations
quittant le monde rural pour les grands
centres urbains. "Plus de 60% de ces
migrants ont moins de 35 ans. Ils sont


dynamiques. Il s'agit d'une migration
purement economique." Ces derniers
prennent les emplois des sedentaires. Les
frictions sont inevitables. "Les examples
d'eviction de force de ces migrants ne
manquent pas ; rappelez-vous, il y a un
an, le Gabon a expulse de force des
Maliens, souligne Laurent de Beck qui
pursuit : "meme en Mauritanie, pays
connu pour sa grande tolerance a l'accueil
des migrants, la population commence
a s'opposer a cette politique d'ouverture
devant l'afflux de migrants en route pour
l'Europe."


Mais Laurent de Beck, comme l'en-
semble des experts, tient a preciser : les
migrations les plus importantes sont un
phenomene essentiellement Sud-Sud.
"Ainsi le nombre de Tanzaniens migrant
en Ouganda est nettement plus important
que ceux briguant l'Europe; ils ram&nent
enormement d'argent dans leur pays."
Un phenomene qui pourrait etre tout
aussi, si pas plus, important que celui des
envois de fonds de la diaspora africaine
vivant dans le Nord. D'oi l'importance
de continue les etudes sur ce pheno-
mene, ajoute le directeur.


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010





IDosl o -n. e .o- a


Fuite des cerveaux intra-ACP

Alors que l'ensemble des pays ACP s'est
insurge contre la volont& de l'Union
europeenne de favoriser l'immigration
de personnel hautement qualifies en
provenance du Sud (la fameuse "carte
bleue"), bien des pays a l'int&rieur du
group ACP sont confronts a cette
meme fuite de cerveaux. "La migra-
tion est surtout intellectuelle" confirm
Laurent de Beck. "Meme lors de migra-
tions rurales vers les villes, ce sont les
plus qualifies qui parentt" En outre des
universities reputees comme celles de
Dar-es-Salaam en Tanzanie, Kinshasa
en RDC, au Kenya ou au S6engal attirent
enormement d'&tudiants du continent.
"Ainsi la population &tudiante etrangere
venant &tudier a Dakar au Senegal est
tres important. Et, bien souvent, une
fois forms, les &tudiants restent 1l, ce


qui represente une perte pour le pays villes dans les zones rurales ? Laurent de
d'origine." Beck n'y croit pas trop : "l'attractivit6 est
trop faible". Ce dernier mise plutot sur
Levier une n&cessaire refonte des politiques de
sante, de security et de transport dans les
Cet afflux de migrants, jeunes pour grandes villes. Reprenant le cas de Dakar
la plupart, vers les : "l'ins&curit: est de
villes ne risque-t- "La migration pourrait plus en plus frappante
il pas de career des 6tre utilisde comme un levier ; la population la lie a
megalopoles ing6- 'pam orerserv s afflux de Nigerians,
tables ? "Meme si pour amdliorer les services de Burkinab6s par
l'urbanisation aug- sociaux" example. Or les inves-
mente en Afrique, tissements ne suivent
elle rest une des plus faibles au niveau pas. L'acces a l'eau et l'electricit6 se rare-
mondial. Dans les dix annees a venir, il fie. Pourtant la migration pourrait etre
ne semble pas qu'on assisted a une urba- utilis&e comme un levier pour ameliorer
nisation extreme comme c'est le cas dans les services sociaux." Ce qui manque ?
les Caraibes estime Laurent de Beck qui Essentiellement une n&cessit& de pla-
poursuit: il est vrai que pendant ce temps nifier et une meilleure orientation des
l'Afrique comptera pres de 80 millions politiques, estime le directeur.
d'habitants en plus, ce que je ne trouve
pas excessif." Le enforcement des petites


Argent, information, comp6tences et culture


M.M.B.


Caraibes et Pacifique) s'apprete
a lancer, en 2011, son premier
rapport sur la mobility humaine
(HMR2011). Une publication qui pr&-
sente, pour la premiere fois, des donnees
consolidees sur les migrations intra-ACP
issues des dernieres conclusions du
Sussex University Development Research
Centre.

La mobility international des pays ACP
est une mobility "de proximity" qui reste
un ph6nom&ne regional, souligne Andrea
Gallina, expert en charge des migrations
et du d6veloppement au Secretariat ACP.
Environ 70% des immigres d'Afrique
subsaharienne migrent sur de courts
distances, tandis que 16% d'entre eux
seulement (environ 2,8 millions) met-
tent le cap sur l'UE-27, ainsi que sur la
Norv&ge et la Suisse. Enfin, ils sont 5%
a tenter leur chance en Am&rique du
Nord. Dans l'UE, les immigr6s originai-
res d'Afrique subsaharienne sont moins
nombreux que les immigr&s d'Afrique
du Nord, meme s'ils sont issues d'une
region d'Afrique deux fois plus peupl&e.
Trois quarts des immigr&s des iles du
Pacifique parent pour l'Australie, la
Nouvelle-Z&lande et les Etats-Unis, et
85% des immigres carib&ens s'installent
en Am&rique du Nord. Globalement, les
immigres originaires des pays ACP ne
representent que 9% de la population


etrang&re total des pays de 1'OCDE
(Organisation de cooperation et de d6ve-
loppement &conomiques). On observe
&galement d'importants flux migratoi-
res en provenance des ACP en direction
de pays non-ACP de l'hemisphere sud,
notamment vers l'Asie, un phenomene
qui devrait faire l'objet de recherches
plus approfondies. Outre ces statisti-
ques, le rapport HMR2001 pr6sente une
approche -fondee sur les capacity -


pour l'&tude du lien entire migration et
d6veloppement human. II analyse en
effet quatre resources fondamentales
issues de la migration, a savoir les res-
sources economiques, sociales, humaines
et culturelles. L'analyse des tendances,
goulets d'&tranglement et potentiels de
leur mobilisation et utilisation met en
avant des domaines d'action politique
susceptibles de renforcer l'impact positif
de ces resources sur le d6veloppement.


SReporters / Photononstop


C u rrier





Mi. rt -s w o-- b- D--o ssi


Le Rapport 2011 sur la mobility humaine


des ACP met en avant des defis politiques


Le Rapport 2011 sur la mobility humaine
des ACP epingle cinq defis politiques
majeurs que les gouvernements et les
organizations regionales des pays ACP
vont devoir tenter de reliever.


M.M.B.



L e premier, explique Andrea
Gallina, expert en charge des
migrations et du d6veloppement
au Secretariat ACP, est l'absence
d'informations statistiques suffisantes et
fiables sur les flux et les stocks migra-
toires : "Les difficulties que posent le
recensement des immigres sans paper,
l'absence d'enquetes permettant une ana-
lyse comparative entire deux p6riodes de
recensement, une mauvaise coordina-
tion des m6thodes de collect de donnees
dans les pays d'origine et d'accueil, et la
collect selective de donnees nationals
sont autant de facteurs auxquels se heurte
l'l6aboration des politiques migratoires."

Un deuxieme d6fi sera d'&liminer les obs-
tacles a la mobility libre, sure et r6gle-
mentee. Et Gallina de poursuivre : "La
migration circulaire peut favoriser la cohe-
sion social et contribuer a la protection
des migrants, mais, pour que ce type de
migration ait un impact positif, il convient
dans le meme temps de promouvoir des
measures permettant d'obtenir un statut
de resident, comme par example la double
citoyennet6 et l'octroi de permis de s6jour
permanents ou pluriannuels, notamment
pour inverser le phenomene de la fuite
des cerveaux.

Immigration climatique

Le troisieme grand defi est la mobility
induite par l'environnement. Il est extre-
mement difficile de comprendre et de
pr6dire les changements climatiques et les
flux migratoires qui peuvent en r6sulter
: selon la methode de calcul utilisee,
il y aurait en 2010 environ 50 millions
d'immigres environnementaux et ce
chiffre pourrait grimper jusqu'I 1 mil-
liard d'individus en 2050. En effet, alors
qu'ils contribuent le moins aux emissions
de gaz a effet de serre, les pays ACP seront
les premieres victims du changement
climatique. La plupart des petites iles
du Pacifique, situees a tres basse alti-
tude, souffrent d6ji d'inondations et de
cyclones a r6p6tition. Selon le rapport,
les d6placements forces s'acc&lerent au
Vanuatu, aux Kiribati, en Papouasie-


Villageois refugies sous un arbre a Longana, un village de Iile d'Ambae, archipel de Vanuatu. Reporters/AP


Nouvelle Guinee et aux Tuvalu. Dans
les pays d'Afrique subsaharienne, explique
le rapport, la degradation des terres serait
responsible d'une diminution annuelle
3% de la contribution de l'agriculture au
PIB, tandis qu'en 2010, la p6nurie d'eau
pourrait toucher entire 75 et 250 millions
de personnel. Dans les Caraibes, la moiti6
de la population vit a moins de 1,5 km du
littoral, et les principles infrastructures,
ainsi que les activities &conomiques cl6s,
sont situees dans les zones c6tieres.

"Les gouvernements insistent
souvent sur la n6cessit6 d'une
meilleure protection de leurs
travailleurs immigr6s venus
s'installer dans les pays riches,
par centre, ils ne protegent
aucunement les travailleurs
immigres qui vivent dans leur
pays."

Le quatrieme d6fi cl& concern l'integra-
tion des questions de mobility humaine
dans les politiques nationals de deve-
loppement et dans les plans nationaux de
reduction de la pauvrete. Les documents
strategiques de reduction de la pauvrete
des ACP laborsrs par 39 des 79 pays du
group) considerent la mobility interne et


international comme un facteur de d6ve-
loppement. Pourtant, tenus de respecter
des budgets qui sont tout sauf 6lastiques,
les gouvernements ont du mal a traduire
ces analyses et propositions en engage-
ments politiques et concrets.

Enfin, souligne l'expert, "le cinquieme
defi politique cl& est d'assurer l'inclu-
sion social, le respect et la protection
des migrants dans les pays ACP. Et c'est
probablement le defi le plus complex
car il exige de modifier radicalement la
facon don't l'immigration et la mobility
sont pergues au sein de l'opinion publique
et par les responsables politiques des
pays ACP. Les gouvernements insistent
souvent sur la n&cessite d'une meilleure
protection de leurs travailleurs immigres
venus s'installer dans les pays riches, par
centre, ils ne protegent aucunement les
travailleurs immigr6s qui vivent dans leur
pays. Les comportements xenophobes
sont en effet monnaie courante dans les
pays ACP. D'oi la n&cessite d'insister sur
l'importance de la diversity culturelle pour
l'innovation et la croissance ainsi que sur
la contribution r6elle de la main-d'euvre
immigr&e aux economies locales avant de
lancer une reforme de grande envergure
de la legislation sur la migration et des
systems de protection sociale"


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010





IDosl o -n. e .o- a


Project UE


Solution pour bidonvilles. Plus que I'argent,


la prise de conscience


Un project portant sur la dynamique
migration et urbanisme, finance par la
Commission europeenne et mis en oeuvre
par UN Habitat est en course d'ex6cu-
tion dans une trentaine de pays ACP. II
consiste a tracer le profile urbanistique
de villes dans lesquelles se sont deve-
lopp6s des bidonvilles et a 6tablir des
plans d'action pour une amelioration
des conditions de vie de leurs habitants.
L'une de ses premieres conclusions, est
que la solution au problem reside plus
dans la prise de conscience que dans
les moyens.


Eduardo Sorribes-Manzana est
responsible de l'unite en charge
de l'urbanisme a la direction
generale Developpement de la
Commission europeenne. La structure
don't faith parties cette unite s'occupe d'un
large secteur allant de l'urbanisme a la
technologies spatiale et a la soci&et de l'in-
formation, de la meteorologie a la preven-
tion de la secheresse et a la security. "Dans
l'urbanisme en tant que tel, il n'y a qu'un
grand project de la Commission relatif au
Groupe Afrique Caraibe Pacifique. Mais
il est important, la plupart de ces pays
devant gerer des bidonvilles. Par ailleurs
la Commission s'occupe en profondeur de
secteurs comme l'eau, l'assainissement,
l'energie ou le transport. Et la problema-
tique urbanistique y est tries lice."

Le project execute par UN habitat sur
financement de la CE "Participatory Slum
Upgrading and prevention programme"
congu sur demand du Secretariat general
ACP est dote d'un budget de 5 millions


d'euros. Lance en avril 2008 pour prendre
fin en mars 2011, il comprend deux phases
: l'elaboration du profile urbanistique de
certaines villes d'une part et la formulation
d'un plan d'action et d'un programme pour
le future d'autre part. Il implique 63 villes
de 30 pays don't 18 dans la phase 1* et 12
don't le profile avait deji ete etabli par un
project anterieur dans la phase 2**.

L'un des buts du project est de renforcer
le savoir-faire des autorites politiques et
des divers intervenants locaux, nationaux
et regionaux sur le plan urbanistique. Et
plus specifiquement en ce qui concern
la governance, la gestion et l'execution
de projects pilots relatifs aux conditions
d'installation dans les bidonvilles ou autres
structures.

"Ce n'est pas une question d'argent mais
de prise de conscience. On sait qu'il y a
un problem de migration vers les grandes
villes. Si on peut le prevoir, le diriger, ne
fut-ce que planifier les lieux d'implantation
des ecoles ou hopitaux ou la position d'une
fontaine distribuant de l'eau assainie ou
les possibilities de circulation des trans-
ports en commun, on ameliore beaucoup
la situation. Cette prise de conscience ne
concern pas seulement les autorites des
pays ACP mais tous les intervenants et
donc les donateurs y compris les colle-
gues de la Commission qui, tout en tenant
compete des secteurs prioritaires de l'aide
europeenne, puissent trouver dans les
projects qu'ils gerent de la place pour la
problematique des bidonvilles." Une plus
grande coordination entire la Commission
et les Etats membres sur cette question est
aussi souhaitable, conclut le fonctionnaire
europeen.

Suite a des concertations entire le
Secretariat ACP et la Commission euro-
peenne, on peut s'attendre au lancement
d'un nouveau project sur l'urbanisme, de
plus grande envergure que celui en course
apres son achievement.



* Burundi, Cap Vert, Republique Democratique
du Congo, Cote d'Ivoire, Gambie, Madagascar,
Malawi, Mali, Maurice, Nigeria, Ouganda;
Haiti, Jamaique, Antigua et Barbuda, Trinite
et Tobago ; Fiji, Papouasie Nouvelle Guinee,
Iles Salomon

** Burkina Faso, Cameroun, D.R. Congo,
Erythree, Ethiopie, Ghana, Kenya,
Mozambique, Niger, Senegal, Tanzanie, Zambie


Une ligne de train vers I'Ouganda traverse un bidonville. oREA/Reporters


C u rrier





Mi.ation-s o-- b- D--o ssi


Lagos:


une urbanization effrenee

Une ville d'Afrique au d6veloppement tentaculaire


Deuxieme ville la plus peuplee d'Afrique (apres Le Caire)* et troisieme au niveau
mondial, Lagos attire tel un aimant des immigres de toute I'Afrique occidentale.
C'est ce que nous expliquent les auteurs de cette contribution au forum nigerian
Village Voice.


Yemisi Kuku et Philip Adekunle


Des immigres venus des quatre
coins du Nigeria et d'Afrique
viennent a Lagos dans l'espoir
d'y trouver un emploi et des
opportunities nouvelles. La plupart sont
originaires de regions rurales ou de zones
urbaines du Nigeria. Dans cette ville de 15
millions d'habitants qui devrait en computer
24 millions d'ici 2015, le logement et les
infrastructures repr6sentent un 6norme
d6fi pour le gouvernement.

Lagos attire aussi des immigr6s du monde
entier, meme si peu de donnees sur les
flux migratoires l6gaux et clandestins sont
disponibles. La plupart sont originaires
d'Afrique occidentale -notamment du
Tchad, du Niger, du Togo et du Benin.
Rares sont ceux pour qui le reve d'une vie
meilleure devient r6alit6 dans cette ville oiu
les habitants vivent pour la plupart un vrai
cauchemar. Alors qu'ils revent du luxe de
Lekki et de Victoria Island, la plupart des
immigr6s se retrouvent dans les bidon-
villes de Mushin, Ajegunle et Makoko. Ils
sont aussi tres nombreux a vivre dans la
pr&carit& et la clandestinit&, et craignent
d'etre expuls6s. Le cauchemar du logement
n'est pas le seul probl&me. S'y ajoutent
en effet les nombreux autres probl&mes
d'infrastructure que connaissent Lagos et
sa p6ripherie qui ne comptait que 300.000
habitants en 1950 et qui doit aujourd'hui
absorber chaque annee 600.000 nouveaux
immigr6s. Les habitants de Lagos sont
ainsi confronts a de terrible probl&mes
de circulation, a une pollution pr&occu-
pante, a des p6nuries d'eau, a des coupures
d'electricit6, a un system d'assainissement
pr&caire, a des routes surcharges ainsi
qu'au manque de materiel et d'6quipements
dans les ecoles et les h6pitaux, notamment
dans les regions les plus pauvres.

Efforts du gouvernement

I1 semble que l'actuel gouvernement civil
coordonne aujourd'hui ses efforts pour
remedier a cette situation. Il y a quelques


annees, il a mis en place un system pilot
de Bus a haut niveau de service (BHNS)
qui a &et un grand succes et qui devrait
donc 6tre 6tendu a d'autres regions du
pays.**. Un system de semi-m6tro***
et de services de ferry**** int6gr6 dans
un "reseau de transport intermodal" -est
6galement a l'6tude. L'objectif est ici de
lutter contre les embouteillages.

Le project Eko Atlantic qui devrait ame-
liorer l'acces au logement et a l'emploi
s'inscrit 6galement dans le cadre des
efforts gouvernementaux. Inspire d'un
project similaire men&e Dubai, il pr&voit
de gagner environ 8 km2 sur l'oc6an pour
cr6er une ville moderne 6quipee de centres
r6sidentiels, commerciaux et financiers et
d'attractions touristiques*****. Plusieurs


projects de construction routiere et de cen-
trales electriques independantes sont egale-
ment a l'6tude, ces derniers ayant pour
objectif d'am&liorer l'approvisionnement
en electricit&.

La ville ne peut toutefois pas continue a
absorber chaque annee plus d'un demi-mil-
lion de nouveaux habitants, sans risquer de
voir la crise s'aggraver. Des efforts doivent
6tre consentis pour d6velopper d'autres
parties du pays, et en particulier les
regions rurales. La priority doit etre don-
nee au d6veloppement d'infrastructures
de soutien a l'agriculture. Une fois que les
Africains seront convaincus qu'ils peuvent
beneficier chez eux d'un niveau de vie cor-
rect, ils seront moins enclins a partir tenter
leur chance a Lagos

www.nigeriavillagesquare.com

* ONU-Habitat, 2008
** http://allafrica.com/stories/201001040624.
html
*** http://thenationonlineng.net/web2/
articles/49677/1/Light-rail-services-ready-in-
2011-says-Fashola/Pagel.html
**** http://www.punchng.com/Articl.
aspx?theartic=Art20090303049662
***** http://www.dredgingtoday.
com/2010/01/25/eko-atlantic-city-rises-off-
shore-lagos-nigeria-dredging-international-
contracted/


Pietons et motocyclistes traversant la rue Nnamdi Azikiwe, a Lagos, Nigeria. C Reporters


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010





SIriD o et a a- g nrs.o- uba


Dans les rues de la Ville de Pierre (Stone Town). a Mare Martne Buckens


: carrefour


des migrations


cultures africaines, arabes, indiennes et
europeennes sur plus d'un millionaire.

Si ce sont les Shiraziens de Perse qui
s'etablirent les premiers sur l'ile -le
chanteur du group britannique Queen,
Freddie Mercury, en serait un descendant
illustre -c'est le sultan d'Oman, attire


M.M.B



n venant de la mer, le voyageur
debarquant dans le port de la
Ville de pierre (Stone Town) a
Zanzibar, ne verra d'abord que
les vestiges des lourds remparts et tours
laisses par les Occidentaux, les Portugais
en l'occurrence. Et il lui faudra penetrer
dans la vieille ville pour y d&couvrir les
touches souvent raffinees laissees par ses
premiers occupants.

La Ville de pierre de Zanzibar est un bel
example des villes marchandes cotieres
swahilies d'Afrique de l'Est. On se croirait
dans une medina d'Afrique du Nord. Pas
etonnant, puisque c'est l'Islam qui, des
le VIIe siecle, joua un role majeur dans
la diffusion des grandes trames urbaines
precoloniales. Mais la ville -associ&e a
Zanzibar, l'archipel -est plus que cela. A
chaque coin de rue, un detail -des portes
sculptees, veritable fierte des Zanzibaris,
des balcons -est une manifestation mate-
rielle de fusion d'elements disparates des


par la prosperity de ses comptoirs, qui
decide d'y installer sa capital et sa cour
en 1831 et y reste jusqu'en 1856. A sa
mort, les Allemands, Anglais et Frangais
rivaliserent pour imposer leur protecto-
rat. Aujourd'hui encore, les Omanais de
Zanzibar rentres au pays conservent leurs
traits africains, et parent le swahili.

Heritage

Les lourdes portes sculptees sont un autre
temoin de ce passe commun. Importees a
grands frais d'Oman, les anciens Arabes
consideraient la porte comme l'element
primordial de la maison. Une entree
typique se compose d'un double battant
fait en bois de teck imported d'Inde et est
decoree avec soin. Les portes arabes,
rectangulaires, se distinguent des portes
indiennes, pourvues d'une arche et de
lourds clous en cuivre, protection utili-
see dans leur pays d'origine contre les
elephants.

Un patrimoine d'une richesse rare qui a
pourtant failli disparaitre avec la revolu-
tion marxiste de 1964. Il y a une dizaine
d'annees, elle n'etait plus qu'une ville fan-
tome. Sous l'influence de 1'UNESCO, qui
a classes la ville au patrimoine mondial, et
de la foundation Aga Khan pour la culture,
Stone Town renait doucement et retrouve
peu a peu son rang de "perle de l'ocean
Indien".

Mais Zanzibar est aussi d'une grande
importance symbolique. Principal port
d'Afrique de l'Est pour la traite des Noirs,
il fut egalement la base de ses opposants,
tel David Livingstone, qui y ont mene
leur champagne.

En dehors des parcours touristiques, la
Ville de pierre n'en rest pas moins encore
aujourd'hui une ville de pauvres don't
l'essentiel des activities est centre sur le
tourism. Avec quelques belles exceptions,
comme en temoignent la vitality de son
march mais aussi, et surtout, le Festival
international du film de Zanzibar (ZIFF)
qui, chaque annee, offre la creme de les
musiques et des films africains.


Lire aussi le reportage sur la Tanzanie, p. 48


Pres du march de la Ville de Pierre (Stone Town). a Mane Martne Buckens


C u rrier


Zanzibar





I -mios o--nn--nA-e i i r


Leffet mutant de la


diaspora ha'tienne


Apres le seisme du 12 janvier, un nombre jusqu'ici inconnu d'Haitiens a quitter le pays. Ils sont allies grossir une diaspora forte
d'environ 2,5 millions de personnel, pourvoyeuse de 25% du produit interieur brut (PIB). L'apport de la diaspora haitienne
a I'economie repose sur des liens entire migrants et milieu d'origine. Ces liens avec la mere patrie influencent a leur tour
les deplacements internes et la transformation des villes.


Une femme, portant sur la tete un panier rempli de mangues, se rend au march de Telele, a Port-au-Prince. CAP/Reporters


Francesca ThBosmy


L a diaspora hai'tienne compete 2,5
millions de personnel, selon le
geographe Jean Marie Theodat.
Les statistiques sur le nombre
d'emigrants haitiens varient cependant en
raison de la quantity de sans papers qui
ne sont pas comptabilises.
Cette communaute haitienne se repartit
majoritairement en Amerique du Nord
mais aussi en France metropolitaine et
Outre-mer, dans les Antilles neerlandaises


(le Surinam sert parfois de transit vers la
Guyane frangaise) et les Bahamas.
C'est au course de la dictature des Duvalier
(1957-1986) que l'emigration haitienne
connait son essor. Dans les annees 50-60,
les premiers a partir sont des intellectuals
et des elements de la bourgeoisie opposes
au regime. Ceux-ci ont reussi a s'integrer
dans les pays d'accueil ou ils sont presents
parfois au sein de la bourgeoisie.
Autour des deux decennies suivantes, une
second vague issue des milieux ruraux
leur succede. Cette emigration a des
racines plus economiques et se pursuit


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010






SI.i-Ro Migato - n n.o- -ub


March de Port-au-Prince, une femme coupe de la viande avec une machette. aDPA/Reporters


encore aujourd'hui. Ces migrants sont
plus nombreux mais moins integr&s, car
la plupart sont illegaux et illettres. Entre
1972 et 1981, 55.000 migrants clandestins
ont atteint la Floride, estiment les services
d'immigration americains.

Envois de fonds

A la fois rejetee par les pays d'accueil
comme en Republique Dominicaine ou
aux iles Turks and Caicos, et l'Etat haitien
qui lui nie tout droit civil et politique, cette
communaute apporte
un soutien conside-
rable aux families en Les soutien
Haiti. Selon un offi- envoys aux ft
ciel du gouvernement des mutations
haitien, au lendemain d'tre
de la catastrophe du
12 janvier, les trans-
ferts d'argent des migrants ont atteint
un peu plus d'un milliard de dollars, soit
l'equivalent de ce qui est transfer en une
annee.

La famille en Haiti regoit une aide sou-
vent mensuelle employee a 90% dans les
defenses des menages, selon le Fonds
international de developpement agri-
cole (FIDA). Les transferts de fonds des
migrants haitiens servent ainsi a payer des
services comme l'education, le logement,
ou les soins medicaux qui sont concentres
dans les villes, principalement Port-au-
Prince.


e


Pour Jean Marie Theodat l'emigration hai-
tienne, en raison de l'attache des migrants
avec leur region d'origine, a des effects sur
l'urbanite. Les soutiens financiers envoys
aux families causent des mutations "a la
maniere d'etre en ville". L'emigration hai-
tienne provoque une mobilitye spatiale" et
transform physiquement les villes oiu les
beneficiaires vont chercher de meilleures
conditions de vie.

Ces transferts de fonds "provoquent
des regroupements familiaux qui se
font essentiellement
au niveau des bourgs,
financiers au niveau des villes,
miles causent la ou il y a des ser-
"a la mani6re vices pouvant etre
n ville payes avec l'argent
des transferts", sou-
ligne Theodat. C'est
une reality qui se manifesto notamment
dans le Nord-Ouest du pays, une region
baptisee Far West en raison du niveau de
vie tries bas par rapport au rest du pays
et de l'insecurite alimentaire permanent
qui y sevit. Mais, 60% des migrants hai-
tiens vivant au sud de la Floride et aux
Bahamas sont issues de cette zone. "Les
gens de Port de Paix (chef lieu du Nord-
Ouest) ou meme de Chansolme (10km
de Port de Paix) qui ont des parents a
l'etranger envoient leurs enfants a l'ecole
a Port-au-Prince et plus tard patient l'uni-
versite en Republique Dominicaine, a
Cuba ou meme parfois aux Etats-Unis",


rapport Renaud Cardichon, originaire
de Chansolme.

L'effet nouveau riche

En dehors des effects sur la mobility spa-
tiale, les transferts ont des consequences
sur les infrastructures et les equipements,
indique Theodat. "Il y a souvent un effect
de nouveaux riches" avec les migrants qui
se patient les maisons les plus opulentes.
De plus la diaspora finance des projects
communautaires tels la construction de
dispensaires et des rues de leurs villes
natales. Du coup, on a "une presence qui
geographiquement se lit dans le paysage",
souligne-t-il.

Par ailleurs, les transferts contribuent au
financement du secteur informal, princi-
pal secteur de l'economie du pays, et font
notamment croitre les marches spontanes
en milieu urbain.

"La plupart des vendeuses ambulantes de
pistaches dans la ville de Jacmel viennent
de Bainet localitye situ&e a une vingtaine
de kilometres)", rapporte Andrenor
Jacques, natifde Bainet. Dans cette com-
mune, la plupart des habitants emigrent
de fagon saisonniere en Republique
Dominicaine pour trouver du travail, ou
plus ou moins longtemps a Curagao. "A
Curagao, certain peuvent passer une
dizaine d'annees en attendant de regula-
riser leur situation. Les vendeuses y vont
ecouler des vivres produites localement
et rapportent a Bainet des objets comme
des montres qu'elles revendent."

Les villes grossissent sans cesse parce
qu'elles abritent certain services decon-
centres de la capital comme des bureaux
de transferts, des succursales de banques
privees, des dispensaires. Cependant ces
services onttoujours des limits, compen-
sees par les structures a Port-au-Prince
oiu tout demeure centralise.

D'apres le geographe Georges Anglade*,
trois structures spatiales ont domine dans
le pays au course de l'histoire. Il s'agit du
morcellement (1664 a 1803) en rapport
avec le system de plantation colonial,
la regionalisation (1804 a 1915) et la cen-
tralisation (autour de la capital) de 1915
a nos jours.

Les crises comme l'embargo impose au
pays par les Etats-Unis en 1993, apres
le coup d'Etat militaire de 1991, et les
catastrophes comme le seisme du 12 jan-
vier inversent parfois temporairement la
tendance de centralisation en provoquant
le reflux des habitants des zones urbaines
vers les campagnes.

* Georges Anglade, geographe renomme
et sa femme ont peri lors du seisme du 12
janvier 2010


C u rrier





Mi.ation-s o-- b- D--o ssi


Les hauts lieux de I'immigration



dans le Pacifique

L'exode vers les villes : risques et avantages en proportions egales pour les lies du Pacifique


e sont surtout les jeunes a
la recherche d'un emploi qui
quittent les regions rurales
pour les villes ou les iles
peripheriques pour les grandes iles du
Pacifique. "Avec pour consequences,
des flux migratoires a l'origine d'une
surpopulation, car les terres sont rares
dans de nombreuses iles du Pacifique.
Mais aussi des bidonvilles qui poussent
comme des champignons en peripherie
des zones urbaines", explique Eduard
Jongstra, conseiller technique base aux
Fidji pour le Fonds des Nations Unies
pour la population (FNUAP). Et d'ajou-
ter : "Ces zones sont par ailleurs parti-
culierement vulnerables en cas de catas-
trophe naturelle. L'expansion rapide de
certain centres urbains constitute aussi
un defi considerable en terms de four-
niture de services, notamment les ser-
vices de sante et d'education."

L'absence de donnees fiables ne faith que
compliquer les projections de croissance
urbaine, ajoute-t-il, tout en mettant
en evidence des aspects positifs. "Il
est generalement admis qu'en l'absence
de ce developpement urbain, de nom-


breux pays insulaires du Pacifique n'au-
raient jamais affiche les resultats eco-
nomiques don't ils peuvent se prevaloir
aujourd'hui."

Suva, aux Fidji

La formation de bidonvilles dans les
peripheries urbaines de Suva, aux Fidji,
est une question politiquement sensible.
"Ce phenomene s'explique en partir
par l'eviction de fermiers indo-fidjiens,
don't les baux ruraux


n'ont
duits
taires
gnant
leurs
terres
de ce
terres
ont to

De n
forma
pres
tale d
l'abse:
"A Tu
gres
impro
les ri
cageu


ment vulnerables en cas d'inondation et
meme dans des conditions climatiques
normales, il s'agit de milieux de vie
insalubres, d'autant que les systems
d'egout et les services d'enlevement des
dechets y sont pratiquement absents",
explique-t-il.

A l'echelon regional, des initiatives de
planification urbaine commencent a
voir le jour. En 2005, les chefs d'Etat et
de gouvernement du Forum des Iles du
Pacifique ont adopted


pas ete recon- un Agenda de ges-
(les propri&- Les bidonville de Tuvalu tion urbaine pour le
fidjiens crai- sont particulierement Pacifique. Lors d'un
de perdre vulndrables en cas d'inondation nouvel atelier regio-
droits sur ces nal des responsables
). Beaucoup de l'am&nagement du
es fermiers travaillaient sur ces Pacifique, organis& en octobre 2007 a
depuis plusieurs generations ; ils l'initiative de l'Institut australien d'am&-
ut perdu", explique M. Jongstra. nagement du territoire, d'AusAid et de
NU-HABITAT, l'Agenda de gestion
neme, on assisted egalement a la urbaine pour le Pacifique a ete d&ve-
ition et a l'extension de bidonvilles lopp& et am&lior& et est ainsi devenu un
de Funafuti, la minuscule capi- cadre d'action regional. Celui-ci a iden-
le Tuvalu -une evolution li&e a tifi& dix zones pour la mise en muvre
nce de toute planification urbaine. de l'Agenda urbain pour le Pacifique
ivalu comme aux Fidji, les immi- et trois regions hautement prioritaires
ont invest des terres marginales, ou l'&ch&ance de mise en muvre est de
)pres au logement, par example cinq ans (pour en savoir plus, consul-
ves d'un fleuve ou les zone mare- tez : http://www.unescap.org/epoc/R3
ses. Or, ces zones sont extreme- PacificUrbanAgenda.asp).


-unatuti, aux I uvalu. Hegel Goutler


Les migrations outre-mer
menacent I'existence des fles

Les lies Cook, Tuvalu, Tokelau et Niue
sont toutes confrontees a un declin de-
mographique alors que leurs habitants
parent s'installer dans de grands pays
developpes comme les Etats-Unis,
I'Australie et la Nouvelle-Zelande.

Pratiquement tous les pays du Pacifique
dependent de plus en plus des envois
de fonds de citoyens ayant emigre a
I'etranger, notamment Samoa, Tonga et
les Etats federes de Micronesie. "Les
migrations concernent generalement les
citoyens les plus productifs et freinent les
efforts de developpement a long terme
d'un pays; en outre, les envois de fonds
aggravent encore la vulnerability des pays
du Pacifique, comme on s'en apergoit
aujourd'hui avec la chute de ces envois
suite a la crise economique mondiale,"
conclut Jongstra.


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010















































Flandre Belgique.


Longue histoire de marriage de raison


Combien savent que celui qui a le pre- H.G.


mier regne sur "l'empire ou le soleil
ne se couche jamais" est beige et fla-
mand, Charles Quint. Comme avant lui,
Ambiorix, le resistant gaulois et Godefroy
de Bouillon, I'homme de la croisade
jusqu'a J6rusalem. A des p6riodes ou
la Belgique n'existait pas comme Etat,
ses peuples avaient constitute a travers
I'histoire de I'Europe un enjeu d'impor-
tance. Considers et parfois craints.
Temoin, I'hommage de Cesar, "de tous
les peuples de la Gaule, les Belges sont
les plus braves".


Cesar a soumis les "Beiges", peu-
plades d'origine celtique, en l'an
57. Les Eburons, people de la
"Gaule belgique" conduits par le
vaillant Ambiorix sont repartis a l'attaque
en 60 avec la force du desespoir. Encore
vaincus, mais glorieusement. Durant la
periode romaine du ler au IIIe siecle,
deux villes de la region sont de grande
importance, Tongres (Tongeren en neer-
landais) et Tournai (Doornik). Les deux
sont encore aujourd'hui des villes d'art de
grande beauty et d'une richesse archeolo-
gique singuliere.
La ville de Tournai sera envahie par les
Barbares francs au Ve siecle. Apres la
conversion de leur roi au christianisme,


Tournai deviendra le siege d'un eveche.
Au milieu du IXe siecle, la Flandre devient
un comte avec a sa tete Baudouin Bras-de-
Fer alors que la parties sud de la Belgique
fait parties d'un royaume qui va passer un
siecle plus tard sous control du Saint-
Empire remain germanique. La Flandre
va conquerir de plus en plus de territoires
notamment de cet empire alors que son
come est a la fois vassal de celui-ci et du
roi de France.
Une revolution economique,
technologique et politique a par-
tir du tissage
Les XIIe et XIIIe siecles sont ceux de
l'essor commercial des villes flamandes
et de leur emancipation. Le tissage de la
line est le moteur principal d'un deve-


C u rrier













loppement economique, technologique
et politique. Et source de liberty, car les
nouvelles richesses aux mains d'une classes
d'artisans et de commergants va debou-
cher sur une sorte de partage d'influence
sinon de pouvoir entire les guildes des
metiers et les families nobles. Les com-
munes deviennent autonomes et les corps
de metier participant a leur gestion. Les
"Grand-Places" des villes flamandes sym-
bolisent cet equilibre. Le mot flamand qui
les designe Grote market veut aussi dire le
grand march. Leur urbanisme portrai-
ture l'equilibre des pouvoirs. Autour de la
"Maison du prince" ou du roi, s'ordonnent,
a cote du beffroi de la "maison commu-
nale", les maisons des corps de metier.
Les clients des commergants riches sont
essentiellement l'Angleterre et l'Empire
germanique.

Une victoire en or sur la France
f6tee chaque annee sept siccles
apres

Le people de Flandre regarded vers ces
pays, sources de prosperity alors que les
nobles sont lies a la France.

Le clash allait se produire. Malgre le sou-
tien du roi anglais Jean sans Terre et de
l'empereur germanique Othon IV, une
offensive du roi frangais Philippe Auguste
en 1214 est victorieuse. La Flandre est offi-
ciellement annexee par la France en 1300.
Le people flamand retrouve son autonomie
le 11 juillet 1302 avec sa victoire sur les
troupes de Philippe le Bel a la Bataille
des Eperons d'Or (De Slag der Gulden
Sporen). Cette date est commemoree en
Flandre avec ferveur. Le 11 juillet est la
"fete national flamande". Aujourd'hui,
tous les enfants de la region connaissent
chaque detail de cette bataille. C'est un
moment fondateur. A retenir pour appre-
hender les fissures entire les communau-
tes flamande et wallonne de la Belgique
d'aujourd'hui.


rarlemenr oelae., ruxelles. Reorters


Bruxelles a partir de laquelle, il va agrandir
les Pays-Bas.


La Flandre entire dans la tourmente de En 1555, Charles Quint renonce aux Pays-
la guerre de Cent Bas done a sa Flandre
Ans entire la France L'Etat beige va etre si prospere natale au profit de son
et l'Angleterre lancee fils Philippe II qui ne
en 1337. Par le jeu que d6s la second moitid du manifestera pas a ces
d'un marriage prin- XIXe si6cle, il est le premier territoires la meme
cier, elle passera suc- pays du continent europden compassion et qui
cessivement dans le sa matera les rebellions
duch de Bourgogne, apre Angleterre fire des protestants sur-
puis dans l'empire revolution industrielle avec pour tout installs dans la
des Habsbourg don't epicentre la Wallonie qui draine Flandre septentrio-
l'un des heritiers de la massivement la main d'euvre nale (la parties sud de
branch des Pays-Bas la Hollande). Cela a
sera Charles Quint nte mah a lan debouche sur la scis-
a Gand, qui parle fla- sion des Pays-Bas en
mand et frangais et n'apprendra l'espagnol deux territoires, au nord, les calvinistes et
qu'd l'adolescence. II devient souverain des au sud, les "Pays-Bas espagnols" (quasi-
Pays-Bas en 1515. Il est encore Charles ment le territoire belge plus l'Artois fran-
ler d'Espagne. En 1519, il est Charles gais et le Luxembourg), les catholiques.
Quint a la tete du Saint-Empire remain
germanique. La plupart de ses conseillers La raison d'Etats
d'alors viennent du territoire de la Flandre
d'aujourd'hui. En 1548, sa capital est a En 1790 eclate la revolution du Brabant


(region autour de Bruxelles) dans les
Pays-Bas encore dit "espagnols" mais sous
control du Saint-Empire. Le mot "belge"
reapparait. Les insurges edictent une
constitution des Etats-Unis de Belgique.
En 1795, les Frangais envahirent ce ter-
ritoire, Apres la defaite de Napoleon a
Waterloo, le congress de Vienne regroup
les Pays-Bas du Nord (Hollande), les Pays-
Bas espagnols et le Luxembourg. En 1830,
la Belgique faith sa revolution anti-hollan-
daise et antiprotestante et proclame son
independence. Les emeutes n'ont dure
que quelques jours en face du palais prin-
cier de Bruxelles. Elles ont ete conduites
essentiellement par la noblesse et la haute
bourgeoisie francophile, surtout du sud du
pays. Sur le plan geopolitique, l'indepen-
dance soutenue sinon commanditee par les
trois grands, l'Angleterre, l'Allemagne et la
France est un compromise pour qu'aucun
des trois ne s'empare du gateau.

La constitution du nouvel Etat est pro-
mulgu&e en 1831, le temps pour le pays de
trouver un roi. C'etait encore un compro-


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010















mis, cette fois entire liberaux et catholiques,
acteurs de la revolution. Le roi choisi vient
d'Allemagne, le prince de Saxe Cobourg,
Leopold. L'Etat beige va etre si prospere
que des la second moitie du XIXe siecle, il
est le premier pays du continent europ&en
apres l'Angleterre a faire sa revolution
industrielle avec pour epicentre la Wallonie
qui drain massivement la main d'ouvre
bon march de la Flandre. Une grande
parties de la population flamande pauvre
va migrer vers le sud. Les prejuges sociaux
contre ces migrants, et culturels contre
la langue flamande deviennent peu a peu
un abces de fixation
politique. Une certain in.


I -^ t /J


A partir de 1884, le L g LeciidYii U
Congo est une colo- emprunter le
nie privee du roi belge d'ceuvre d'l
Leopold II jusqu'd sa
cession a la Belgique en 1908 apres une
protestation international sur les mau-
vais traitements infliges a la population
locale, conduit surtout par le parlement
britannique. Les colons etaient autant des
Flamands que des Wallons meme si les
grandes entreprises appartenaient surtout
a des francophones. La colonisation s'est
faite en frangais.

Apres la Premiere Guerre, en compensa-
tion des dommages subis, la Belgique heri-
tera en 1918 de trois regions allemandes
et de la colonie allemande du Ruanda-


Urundi. Au course de la Deuxieme Guerre
mondiale, la Belgique a ete occupee par
les forces allemandes. Des nationalists
flamands ont repondu au chant de sirene
du Reich promettant le respect de leur
culture. Plus tard, les condamnations de
ceux considers par certain comme des
collaborateurs et par d'autres comme des
nationalists, vont empoisonner la vie
politique.

Parallelement, la Belgique joue un role
international d'importance et devient
un example de democratic politique et
social. En 1948 le
certitude plane, suffrage universal est
reconnu aux femmes,
S Belges pour la s&curite social est
Stitre du chef genereuse.
Huqo Claus


Elle est membre fon-
dateur des Nations Unies, de l'Espace
economique europeen EEE, ancetre
de l'Union europeenne et de l'Union
Economique Benelux (avec les Pays-Bas
et le Luxembourg).

La Flandre de loin plus peuplee rattrape
vite son retard economique. En 1960 son
produit interieur brut gale celui de la
Wallonie. A partir de 1970, a demarre
une serie de reformes institutionnelles
qui ont conduit au debut des annees 90
a la mutation de la Belgique en un Etat
federal, avec trois regions, la Flandre,


la Wallonie et la region de Bruxelles-
Capitale. Celle-ci, tout en etant geogra-
phiquement enclavee dans la Flandre, est a
tres grande majority francophone. Et trois
communautes, la flamande, la franco-
phone et la germanophone (les cantons de
l'Est). Avec gouvernements et parlements
pour les communautes et les regions. Les
Flamands ont regrouped leurs institutions
politiques de communaute et de region.

Le chagrin des Belges

Le nationalism est favorise par un system
electoral qui ne prevoit aucune election au
niveau de l'ensemble du pays. Un Flamand
par example n'a aucune possibility de voter
pour un Wallon. Seuls les Bruxellois ont le
choix. Cela ne favorite pas la moderation.
Le seisme politique depuis les dernieres
elections du 13 juin 2010 qui ont vu la
victoire d'un parti independantiste fla-
mand, a atteint une grande magnitude.
Une certain incertitude plane. Le chagrin
des Belges pour emprunter le titre du chef
d'euvre d'Hugo Claus. Cela ne sonne pas
pour autant le glas d'un petit pays qui a
marque l'histoire contemporaine au-deld
de sa dimension. C'est une terre de com-
promis. Et les Belges de routes les parties
du pays en sont encore convaincus. Le
divorce n'arrivera pas. Et si par malheur
il arrivait, ce serait a l'amiable.


"La Bataille des Eperons d'Or". Le jour de cette bataille a ete choisi comme date de la fete national de la communaute flamande Reporters


C u rrier













Economic


flamande.


Le success des


petites tailles















H.G.



P aul De Grauw est professeur d'eco-
nomie international a l'Univer-
site de Leuven et directeur du
department \1-..n macro
and international finance research" du
CESifo (Institute for Economic Research)
de l'Universite de Munich. II a enseigne a
plusieurs universities d'Europe et des Etats-
Unis. On le cite parmi les rares economists
a avoir prevu la crise financiere mondiale.
C'est aussi un ex-depute et ex-senateur du
parlement beige. II analyse pour le Courrier
la situation economique de la Flandre.


Paul De Grauw. Hegel Gouier


Ann Demeulemeester, Defile printemps-ete 2010. Le textile est rested un secteur cle en Flandre. 0 abaca/Reporters


PDG L'economie flamande est perfor-
mante depuis l'apres-Deuxieme Guerre
mondiale. Elle a connu recemment un
recul mais l'ecart avec la Wallonie rest. II
suffit de prendre les chiffres du chomage
: 6 a 7% d'un cote et 15% de l'autre. La
Flandre a subi recemment une desindus-
trialisation a cause de l'arrivee de nou-
veaux producteurs sur le march mondial.
L'augmentation de sa productivity avait par
ailleurs entraine de nombreux licencie-
ments. On est dans une period de conver-
gence entire les deux regions. Bruxelles
est un cas a part, avec une economic de
service due notamment a l'administration
federale et aux institutions europeennes
don't elle profit.

HG Quelles ont ete les bases du
developpement economique eleve de
la Flandre ?

Son industrialisation tardive avait favorise
l'installation d'industries nouvelles, faci-
litee par le port d'Anvers qui lui conferait
une position strategique. D'autre part,
le peu de grandes entreprises signifiait
l'absence de syndicats puissants et anta-
gonistes comme c'etait le cas en Wallonie.
Une raison connexe est donc la taille
des entreprises -en majority petites et
moyennes -qui facilitait ce dialogue
social.

II faut ajouter a tout cela le niveau de
l'education en Flandre, l'un des plus hauts
au monde. Et la connaissance des langues.
Tout jeune flamand parle trois, quatre
langues. On ne se content pas d'enseigner


les langues, on enseigne les matieres du
cursus dans les differentes langues.

Les pointsforts actuels de la Flandre ?

Les problems ont commence dans les
annees 70, justement dans les grandes
entreprises. Le secteur de l'automobile a
quasiment disparu. Une reconversion s'est
faite vers la haute technologies. La filiere
traditionnelle du textile, par example, qui
s'est oriented vers la production de tapis,
est tries competitive. Deji specialisee dans
la production de machines outils, elle l'a
renforc&e.

Certaines entreprises ont delocalise une
parties de leur production mais leurs
departements a tries haute valeur ajoutee
sont rests. C'est le cas, par example, de
Bekaert specialist dans la transformation
du metal. On peut reliever la performance
des industries chimique et pharmaceutique
flamandes, don't Janssen Pharmaceuticals
partout connu est un des fleurons. Le point
commun entire tous, leurs relativement
petites tailles. La Flandre prefere ce qui
est petit.

Une Flandre independante serait-elle
prospere ?

Le module qui a eu du success en Flandre
etait au contraire celui de l'ouverture.
Toutefois si la Belgique se divise, les couts
seront eleves au moment de la separation
mais la Flandre serait viable. Elle est de la
dimension du Danemark. Cela ne veut pas
dire que je sois pour.


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010















Belgique. Ombres


et espoir sur I'avenir

Interview avec Wouter Van Besien, President du parti ecologiste Groen,
un des negociateurs sur I'avenir du pays



Depuis les elections du 13 juin 2010 en Belgique, les leaders de sept parties negocient,
sans succes, pour former un gouvernement qui devra op6rer une refonte profonde des
institutions du pays. Avec a la cle, un federalisme encore plus pousse. Et a long terme
peut-6tre, I'independance de la Flandre voulue par le parti nationalist flamand vainqueur
des dernieres elections. A laquelle le leader de Groen, Wouter Van Besien, s'oppose, mais
pas forcement par nationalism


H.G. anti-immigres, qui a 12,3% des voix.
Les deux totalisent done presque 45%
en Flandre. C'est aussi parce la N-VA a
Bart De Wever, un leader charismatique.
L es priorit6s de Van Besien sont Je ne crois pas qu'autant de Flamands
plut6t la lutte centre la pauvret6 veulent l'ind6pendance de la Flandre."
dans une Belgique riche mais
oit 15% de Le problem est qu'on
la population vit en- vit de facon sepa-
dessous du seuil euro- II est plus difficile de diviser la r6e, on n'a plus une
peen de pauvret&, la Belgique que de la garder unie connaissance l'un de
lutte contre la pollu- l'autre. Pas la mime
tion et en faveur des education, plus les
energies renouvelables, etun r6equilibrage memes medias. Dans une communaute,
de la collect fiscal qui doit reposer moins vous n'avez pas la moindre id&e de ce qui
sur les revenues du travail et plus sur ceux se passe de l'autre cot&.
des capitaux. "Nous avions pu, meme
dans ces n6gociations institutionnelles Etes-vous optimiste pour la Belgique ?
mettre sur la table certaines 'reflexions
vertes'. Sur le financement des regions, Oui. Ne fut-ce que parce qu'il est plus
nous avions insisted sur la necessity de fixer difficile de diviser la Belgique que de la
les resources allou&es aux regions en
function de la reduction de leurs emissions
carboniques."


Le Parti Socialiste francophonee), le deu-
xieme vainqueur des elections du 13 juin
de meme que son alter ego flamand le
SP.A (Socialistische Partij. Anders) et les
deux parties ecologistes sont centre la mise
en cause de la solidarit& entire regions qui
"doit etre de l'apanage du plus haut niveau
de l'Etat", professe Van Besien.

Et les positions des autres parties en
ndgociations ?

"Il y a done Groen, Ecolo, PS, SP.A, a
gauche. Et puis la N-VA, tres a droite. Et
les deux parties chretiens CD&V (Christen
Democratisch & Vlaams), CDH (Centre
democrate humaniste) qui sont sur une
position entre-deux. Le nationalism
progress en Flandre. I1 y a environ
30% de vote pour la N-VA. L'autre parti
s6paratiste, le Vlaams Belang (Int&ret
flamand) est a l'extreme-droite, un parti


garder unie. Meme la N-VA dit qu'elle
ne veut pas la separation du pays mais
qu'avec le temps de plus en plus de pou-
voir allant aux regions et a l'Europe, la
nation belge sera &vanescente et dispa-
raitra d'elle-meme.

Je ne suis pas romantique d'une Belgique
6ternelle. C'est que par rapport a la poli-
tique social, il vaut mieux etre plus
nombreux. Si elle pouvait etre mise en
place pour l'ensemble de l'Europe, ce
serait encore mieux pour nous. I1 n'y a
pas beaucoup qui puissent dire "Je suis
r6ellement Belge". Avec l'histoire et les
immigrations successives, il y a une multi-
culturalite. Cette vielle lune d'une nation,
d'un Etat, d'une culture partag6s par tous
est a jamais r&volue.


Wouter Van Besien (ler a gauche) et Bart De Wever, president de la N-VA, avec d'autres politicians flamands lors d'un
show televise une semaine avant les elections du 13 juin. R Reporters


C u rrier

















Flandre. ONG de developpement


Modele de sensibilisation


par un maillage du territoire





H.G.


T rois chiffres connus en
Belgique et surtout en Flandre
come une chanson d'enfant.
11.11.11. C'est la d6nomina-
tion de l'organisation couple des ONG
flamandes de cooperation Nord-Sud. A
sa creation en 1966, 11.11.11 concernait
l'ensemble de la Belgique. La federali-
sation est passee aussi par li avec une
scission en deux ailes, la francophone
sous le nom de CNCD 11.11.11 duquel
le public retient CNCD et la flamande
avec le nom d'origine.

11.11.11, c'est simple. L'organisation origi-
nelle avait &te enregistr&e le 11 novembre
1966 a llh00 en souvenir de l'armistice
de la Premiere Guerre mondiale le 11
novembre 1918. Apres la Deuxieme
Guerre mondiale, raconte Bogdan Vanden
Berghe, le secr&taire general de 11.11.11,
des humanistes de routes tendances poli-
tiques et croyances religieuses s'etaient dit
qu'autant que la guerre, la faim dans les


Bogdan Vendenberghe, Secretaire general de 11.11.11.
Hegel Goutler


pays du Sud recelait les germes de dangers
qu'il fallait circonvenir par la cooperation.

Aujourd'hui, en Flandre, 100 associations
don't une quarantine d'ONG de develop-
pement et tous les syndicats sont membres
de 11.11.11 mais ce sont 20.000 comit6s
spontanes de b6envoles qui s'activent dans
300 communes, quasi routes. En 2009,
ils ont r6colt6 5,8 millions d'euros don't
plus de la moiti6 va aux projects des ONG
membres comme OXFAM ou Pax Christi,
Broederlijk Delen, Vredeseilanden ("Iles
de paix" cr6ee par le pere Dominique Pire,
Prix Nobel de la Paix, 1958).

"Mais la r&colte de fonds pour des pro-
jets de d6veloppement, insisted Bogdan
Vanden Berghe, n'est qu'une parties de
notre function qui consist a d6noncer,


sensibiliser et finance. La sensibilisation
se faith beaucoup dans les &coles. Chaque
annee nous l'axons sur un theme, cette
annee c'&tait les Objectifs du Millenaire
du d6veloppement."

11.11.11 est actif dans neuf pays du Sud
don't trois d'Afrique, Rwanda Burundi
et Congo RDC. Dans ce dernier pays,
il avait soutenu "La voix des sans-voix"
de Floribert Chebuya recemment assas-
sine, ou OCEAN (Organisation concerted
des &cologistes et amis de la nature). Au
Rwanda, l'un de ses partenaires est "La
Dynamique des femmes juristes".

A cote de celle de la Belgique, les regions
fed&eres ont aussi leur politique de deve-
loppement mais avec des moyens beau-
coup plus r6duits. 1,5 milliard d'euros


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010


bruges. a Reporters










par annee pour l'Etat federal belge et 50
millions pour la politique propre de la
Flandre. "Ce qui est important, souligne
le Secretaire general de 11.11.11, c'est que
la Belgique a fait des efforts remarquables
ces dernieres annees. En 2009 elle en
etait a 0,55 de son RNB pour l'aide au
developpement. Pour 2010, elle atteindra
a une broutille pres les 0,7% a quoi chaque
pays d'Europe s'est engage."

Vanden Berghe est donc content ? "A un
bemol pres. Le gouvernement veut comp-
tabiliser dans le montant de son aide,
l'effacement de la dette -pour le seul
Congo, cela se chiffrera a plus de 400
millions d'euros et l'aide a des etudiants
du Sud en Belgique, ce qui fera d6grin-
goler les 0,70% a environ 0,65. Nous lui
demandons de corriger le tir."


Module de pragmatisme flamand :
un magazine

MO*, pour "mondial magazine", est un
mensuel specialist dans le d6veloppe-
ment, public a 120.000 exemplaires. Son
site internet regoit 70.000 visiteurs par
mois. En plus, MO* organise de nom-
breuses conferences frequentees par
une moyenne de 400 participants. II est
souvent cite par la grande press.

Son originality reside dans le montage
entire ONG, press privee, entreprise
privee et gouvernements flamand et fe-
deral, qui a debouche sur sa creation en
2003. Jusque la, les plus grandes ONG
flamandes produisaient une publication
unique. Gie Goris, le redacteur en chef
de MO*raconte la suite : "Roularta Media


Group a accepted de distribuer le MO*
sous la forme d'un supplement mensuel
du Knack, I'hebdomadaire le plus lu en
Flandre, sans pour autant que le MO*
doive faire la moindre concession au
niveau de sa ligne 6ditoriale ou de son
organisation. Une operation gagnant-
gagnant pour les deux magazines puis-
que le Knack peut des lors offrir a ses
abonnes un magazine plus riche pour
le m6me prix tandis que le MO* peut
ainsi 6tendre sa distribution et ecouler
110.000 exemplaires gratuitement a cha-
que numero. Les subsides du gouverne-
ment qui avaient permis la publication du
premier magazine des ONG soutiendront
desormais un magazine contemporain
touchant un public dix fois plus large."

www.MO.be


Villes de Flandre



Plat pays avec sommets de beauty


"Le plat pays qui est le mien


Avec des cathedrales pour unique


C es vers de Le plat pays de
Jacques Brel, Flamand de
langue frangaise, sonnent
just. Les villes de Flandres
donnent du relief a cette terre par leurs
beauties et leur originality. Bien sur, il
y a la mer du Nord, "Avec infiniment
de brumes a venir", autre vers de Brel.
Mais ce sont les villes qui, en confe-
rant de l'altitude, avec leurs cathedrales,
leurs beffrois et autres chefs d'ouvres,
impregnent le paysage. En les traver-
sant, la beauty des fleuves et des canaux
touche au sublime. L'Escaut qui flirte
avec Anvers. Les canaux de Bruges.

Et puis, se cultive une passion pour ses
belles villes. Se musarder a la promenade
et peut-etre le hale du teint des belles
Flamandes doivent etre l'heritage de
la vie commune de la Flandre et du
royaume d'Espagne.

Sans exaggeration

La beauty de Bruges dite "la Venise
du Nord" avec les jeux de lumiere sur


les canaux le soir. Gand, aussi belle
et surtout plus reelle, ce n'est pas la
carte postal qu'est Bruges avec les
tourists. Ici ce sont les gens de la
ville eux-memes qui semblent lui faire
la cour avec passion. Ne pas rater la
semaine des Fetes de Gand (Gentse
Feesten). Anvers, la cossue avec ses
diamants, sa gare, chef d'ouvre sym-
bolisant les myriades de merveilles
architecturales de la ville. Et Fumes
; vous aurez le privilege d'epater vos
amis. Peu la connaissent. Tant mieux
pour sa beauty intime. C'est comme
une Bruges a dimension mignonne,
comme pour soi tout seul.

Et puis Tongres, ville romaine au riche
passe, est un musee vivant de toute
beauty. Ne pas oublier Leuven, ville
universitaire eternellement jeune et
branchee depuis des siecles. Malines,
Courtrai, Hasselt, toutes resplendis-
santes et attrayantes. Jusqu'd la petite
Grammont, lieu de predilection pour
les entiches de belles fringues... Et puis
encore sur les rives de la mer du Nord,
la frimeuse Ostende, la sophistiquee
Knokke et la reservee Blankenberge.


Gand, la Graslei. Reporters/ Photononstop


C u rrier


montagnes"









































Jan Goossens, directeur du KVS. Hegel Goutler


Culture alerte, KVS. C'est souvent, a Bruxelles,
l'endroit qui s'ouvre aux jeunes cr&ateurs
d'origine africaine, comme il y a quelques
annees pour le spectacle multimedia collec-
tif, Green Light, sur le theme "Etre artiste
SL a Ian d re africain", qui rest dans les memoires.
La metamorphose


gurant en theatre, choregra-
phie moderne, musique s'y
retrouvent. Outre les exposi-
tions et les experiences de creation col-
lectives les plus avant-gardistes. Le maitre
du logis, Jan Goossens, nous parle de cet
space mythique et de ce qui bouge dans
la culture en Flandre.

Par rapport a l'audace et a l'inventivite
de sa programmation, le nom de ce lieu,
paraitrait empese et solennel, Koninklijke
Vlaamse Schouwburg (Theatre Royal fla-
mand), s'il n'etait r6duit a son acronyme


Tout a commence a la fin des annees 90.
Pour cause de restauration de son superbe
batiment neo-classique, le theatre a du
demenager dans un quarter populaire avec
50% de population d'origine immigr&e.
Sa clientele habituelle l'a alors desert. Sa
programmation n'etait en phase ni avec le
quarter ni avec le renouveau cultural de la
Flandre. "Il fallait repenser le repertoire,
raconte Goossens nomme directeur artis-
tique a cette periode tenir compete du
cosmopolitisme de Bruxelles, inviter des
artistes non flamands. On a commence
avec des jeunes d'origine etrangere. Un
symbol de cette collaboration sera la crea-
tion de la piece Gembloux de Sam Touzani
et Ben Hamidou."

Le KVS a alors rompu avec le schema d'un
metteur en scene et d'une compagnie a
demeure pour adopter les tendances en
vogue en Flandre comme les creations
collectives. Entre-temps, il y avait eu le
petillement de toute une gerbe de jeunes
choregraphes flamands qui allaient deve-
nir des grosses pointures de la danse
contemporaine mondiale, Anne Teresa De
Keersmaeker, Wim Vandekeybus, Alain
Platel, Ian Lauwens. Et le choregraphe et


danseur flamand-marocain, Sidi Larbi
Cherkawi avec sa compagnie Ice man. Ou
encore des metteurs en scene comme Luk
Perceval. Cela a incite le gouvernement de
la Communaute flamande a investor dans
la politique culturelle.

Conqukte du monde anglo-saxon

"Un troisieme facteur, ajoute le directeur
du KVS, qui a contribute a ce dynamisme
est que nous n'avions pas de Moliere,
Goethe, Shakespeare auxquels nos artistes
doivent se confronter. Cela a donne de la
liberty a quelqu'un comme Luk Perceval de
travailler les pieces classiques sans respect
ou deference."

Ce qui bouge encore ? Dans le monde
rock et pop : Deus, Daan ou les freres
Dewaele sous leur configuration de duo
Too many DJ's. Ou le jazz avec une pleiade
de grands noms comme Chris Defoort.
Tous conquierent le monde anglo-saxon
alors qu'ils sont peu connus, a part des
exceptions comme Axelle Red ou Arno,
dans le monde francophone.

Et, bien sir, la mode, depuis une vingtaine
d'annee avec "Les six d'Anvers", "The
Antwerp six", selon l'expression de la
press anglaise : Dirk Bikkembergs, Ann
Demeulemeester, Dries Van Noten, Dirk
Van Saene, Walter Van Beirendonck et
Marina Yee, frais emoulus de l'Academie
d'Anvers. Suivis d'autres. Et qui continent
a enchanter les clienteles sophistiqu&es
des defiles de France, d'Italie et d'ailleurs.


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010


qui bouge


Le KVS, le bitiment classique. Hegel Goutler


















Filmer le coeur de la Flandre


Une kermesse hero'ique


Plusieurs grands films des belles annees
du cinema decrivent bien la Flandre anci-
enne et contemporaine. Ceux presents
ici ont une caract6ristique commune :
une image s'inspirant des grands pei-
ntres flamands. Chacun est un joyau.
Heureusement disponible en dvd.




H.G.



L oeuvre au noir du Belge Andre
/Delvaux (1987) raconte le
retour dans sa ville natale,
Bruges, au XVIe siecle de
Zenon, alchimiste, philosophy persecute
qui va finir par etre condamne et exe-
cute. Avec Gian Maria Volonte, Samy
Frey, Anna Karina. Ce film inspire du
roman de Marguerite Yourcenar est sur
l'Europe ou Zenon a trained sa bosse et,
surtout sur la Flandre don't les euvres des
grands peintres servent de trame au decor.
Clairs-obscurs a la Rembrandt, paysages
enneiges a la Jan Bruegel (l'Ancien), et
aussi atmospheres d'artistes contempo-
rains comme Leon Spilliaert avec ses mers
du Nord.

Un chef-d'euvre parmi les chefs-d'euvre
du cinema, La kermesse heroique, Die klu-
gen Frauen, de Jacques Feyder (cineaste
belge, naturalist francais), assisted de
Marcel Carne (1935). Avec Francoise
Rosay, Louis Jouvet, Andre Alerme, Jean
Murat. Parmi ses distinctions, Grand prix
du cinema francais et Prix de la mise en
scene en 1936 a la Biennale de Venise
pour la version frangaise ; 2 Oscars et
Grand Prix du cinema international par
les critiques frangais la meme annee pour
la version allemande. Ce film est aussi
l'un de ceux censures ou mis a l'index le
plus longtemps, d'abord en France avant
la guerre, accuse de mettre en valeur un
monde qui ressemblerait a celui que veut
Hitler; ensuite par les nazis pour apologize
de resistance populaire; et apres la guerre
et pendant longtemps par des nationalists
flamands pour injure a leur patrie.

C'est une satire sur la Flandre de 1616
avec des bourgmestres (maires) trop repus
pour s'opposer a une invasion espagnole,


don't les femmes vont prendre les choses
en main. En allant au devant de l'ennemi.
Et en triomphant avec... les armes don't
elles disposent, leurs charmes. Evitant
ainsi a la Flandre une nouvelle destruc-
tion. L'histoire se passe du vivant de Jan
Bruegel, le pretexte, de l'aveu meme de
son realisateur, pour rendre, sur fond de
paysages ayant inspire les peintres fla-
mands, un hommage unique a la creativity
de la Flandre. Incompris.

Une autre merveille moins connue que les
precedentes mais aussi exceptionnelle, Les
lIvres rouges du cineaste flamand Harry
Kiimel (1971). En anglais, Daughters of
Darkness. Avec Delphine Seyrig, Danielle


Quimet et John Karlen. L'histoire se passe
a Ostende. Le film est tourney princi-
palement dans cette ville mais aussi a
Bruxelles, Bruges et Meise. Ici aussi, la
brume de la mer du Nord, les atmos-
pheres du plat pays comme depeintes
par les peintres flamands contemporains,
Spilliaert de nouveau ou James Ensor et
Permeke. Un film d'une beauty de l'image
dotee d'une poesie aussi subtile qu'une
dentelle de Bruges pour raconter une
histoire d'une femme d'aujourd'hui. Elle
est vampire mais credible, elle aurait pu
etre top-modele ou chanteuse. Sensuelle,
emouvante, en qui le spectateur croit.
Belgique, Flandre, surrealisme !


Des figurants sur le tournage du film de Jacques Feyder, La Kermesse heroique. France, 1935. Reporters


Cu r r i e r





















































Les oubli de Ia gera

Loin des grands circuits economiques et touristiques, la region de la Kagera, qui
longe le Lac Victoria dans le nord-ouest de la Tanzanie, autrefois sinistree, panse
lentement mais sOrement ses blessures. Grace en parties a I'action de locaux et


d'ONG comme Partage-Tanzanie.


M.M.B.



En 1989, Philippe Krynen, pilote
frangais en visit dans la Kagera,
d&couvre une region sinistrie
: rsultat, notamment, de la
situation &conomique catastrophique
de la Tanzanie depuis la fin des ann&es
70, r6sultat aussi de la guerre de 1977
centre l'Ouganda d'Idi Amin Dada, qui
avait ravage la region. II decide de res-
ter et met sur pied un programme d'aide
global au d6veloppement, le Victoria
Programme, centre sur les orphelins et
leur famille. L'ONG Partage-Tanzanie est
nee. A l'epoque, la region etait considered
comme l'&picentre du sida en Tanzanie
et les enfants don't les parents sont morts
communement appel&s "orphelins du
sida". Ils ne le sont sans doute pas tous.
C'est en effet l'&tat sanitaire general de la
region qui est aussi en cause ici. Paludisme


et tuberculose sont encore parmi les toutes
premieres causes de mortality. La malnu-
trition, engendree par l'extreme pauvrete
de la region, s&vit tres gravement.

C'est a cet &tat de sinistrose que s'attaque
l'ONG frangaise. "A l'heure actuelle, nous
explique Alfred Minani, bras droit de
Philippe Krynen, le programme occupe
quelque 300 salaries. Notre but : offrir
aux orphelins ce que leurs parents leur
auraient donned : soins, nourriture et
education." Si les bureaux centraux se
trouvent a Bukoba, port et chef-lieu de la
region, I'ONG oeuvre en priority dans les
zones rurales de la Kagera. "Nous avons
non seulement ouvert des &coles tech-
niques, ce qui manque cruellement, mais
aussi des jardins d'enfants et des &coles
primaires", pursuit Alfred Minani. Vingt
et un centres ont &et ouverts, comprenant
6galement des dispensaires s'occupant
de nutrition et de soins de sante, des
centres de jour pour orphelins. Cerise sur


le gateau : l'enseignement offert dans les
ecoles est base sur la methode Montessori
favorisant le d6veloppement de l'initiative
de l'enfant.

La mortality infantile dans
la region est le tiers de la
moyenne national

"Les enfants souffrant de malnutrition
demandent beaucoup d'attention. II faut
souvent quatre ans pour qu'un enfant
puisse marcher et six ans pour qu'il com-
mence a parler." Sur le plan sanitaire,
les centres disposent d'un laboratoire
permettant de detecter les parasitoses
notamment. "Notre budget de lutte centre
le paludisme ne cesse de diminuer, ajoute
Alfred Minani. Preuve que la malaria
est presque 6radiqu6e, en tout cas sous
control. Notre moyenne est largement
inf6rieure a la moyenne nationale" Plus
globalement, les r6sultats engranges par
Partage-Tanzanie sont probants : parmi
les 4.000 orphelins de Partage-Tanzanie,
la mortality (chiffres d'il y a quatre ans)
est environ le tiers de la mortality infan-
tile national et le quart de la mortality
infantile r6gionale.


Les grands coeurs de Kiroyera
Tours

William Rutta gere avec profession-
nalisme et bonhomie son agence de
voyages au centre de Bukoba. Une
agence pas comme les autres. Outre
de proposer les tours de safaris "clas-
siques" dans les reserves voisines du
Ngorongoro et du : ou plus
loin, contribute aussi a fire
connaitre la culture hayas de la region
et co-finance des projects solidaires, tel
le centre Budap (www.budap.org) pour
handicaps. lui ont valu
en 2006 le prix Zeze du Fonds cultural
tanzanien.
www.kiroyeratours.com


SMarie-Martlen Buckens


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010





































Une journee dans la vie de Raoul Peck, realisateur, scenariste et producteur haitien


Avant-premiere de "Moloch


Tropical" au festival Afrique

visionnaire, BOZAR, Bruxelles


Ce 11 septembre etait un grand jour pour
Raoul Peck. L'avant-premiere du dernier
long-metrage Moloch Tropical qu'il a rea-
lise et produit se faisait a Bruxelles dans
le cadre prestigieux du festival "Afrique
visionnaire". Apres sa programmation
la veille par la chaine culturelle franco-
belgo-allemande Arte, coproductrice du
film tourney completement en Ha'ti dans
et autour de la fameuse citadelle Henri
Christophe* classee au Patrimoine mon-
dial de I'Unesco.


Moloch Tropical en coulisses. Mare Baronne/Velvet Film


&tal& le tapis rouge. I'ambassade
Pour le cineaste haitien, le Bozar a
&tale le tapis rouge. L'ambassade
d'Haiti a Bruxelles avait aussi
mis les petits plats dans les
grands pour recevoir le cineaste cari-
been. Hommage au cineaste mais aussi
Sl'ex-ministre de la Culture d'Haiti que
Peck avait &te durant 18 mois de 1996 a
1997 apres le retour d'Aristide au pouvoir
et sous la premiere pr6sidence de Rene
Pr&val, le temps de se rendre compete des
derives anti-democratiques du system
en place et de d6missionner. Pour cette
court carriere politique, Peck avait aban-
donne son poste de professeur de mise en
scene et d'ecriture de scenario a l'Univer-
site de New York. De cette experience, il


C u rrier


























&crira un ouvrage "Monsieur le Ministre
... jusqu'au bout de la patience"


mort du prophete" en principle, un docu-
mentaire, plut6t une docu-fiction sous
forme d'un thriller politique oit derriere


Raoul Peck avait quitt& sa terre natale en un recit nostalgique de son enfance au
1961, a la prime adolescence, ses parents Congo, l'hommage a sa mere d ecedee peu
ayant fui la dictature de Duvalier vers avant, il conduit une enquete fine pour
l'Afrique. Du Congo il ira en France d&couvrir les responsables de l'assassinat
pour des etudes secondaires et de lh a du heros congolais Patrice Lumumba. Un
Berlin. En Europe, il grand hebdomadaire
milite a gauche contre intellectual frangais
le regime de Duvalier. Ma tentative modest est dira rien moins que
d'essayer de d6construire cet Peck avait alors
Apres des 6tudes d'in- ensemble d6nomm pouvoir rvolutionn l'art du
genieur economiste en documentaire.
Allemagne, une pra- et d'essayer de le r6duire a sa
tique du journalism plus simple expression et a sa Neuf ans plus tard
pour des publications dimension strictement humaine en 2000, son long
aussi prestigieuses que metrage de fiction
Die Welt, il se decide a Lumumba compl&-
etre cineaste et retourne a l'&cole. Etudes tera le documentaire comme une deu-
de photographic et de cinema, entire autres xieme partition d'un meme canon musical.
a l'Academie du Film et de la television La aussi les commentaires sont dithy-
de Berlin-Ouest. Il y r6alise des films rambiques. L'annee du cinema consid&ra
comme travaux d'&tudiants don't l'un qu'"il y a une dimension shakespearienne"
retient l'attention, Leugt. dans le r6cit. "Lumumba" est devenu un
classique au repertoire de nombre de cine-
Les ailes du desir matheques dans le monde.


A Berlin, il est comme un poisson
dans l'eau. Il y est amended frequenter
Kieslowski qui sera son professeur ainsi
qu'Agnieska Holland et Wim Wenders.
Quand ce dernier filme en 1987 son grand
chef d'muvre "Les ailes du d6sir" (Der
Himmel Qiber Berlin), Raoul Peck est celui
qui traduit chaque soir de l'allemand vers
le frangais un fouillis de notes ecrites a-la-
va-vite par Wenders et son co-sc6nariste
Peter Hancke, qui travaillaient sans sc6na-
rio formel, pour les transmettre a l'6quipe
frangaise de la production. Cela donnait
des envol6es po6tiques et philosophiques
qui devaient derouter celle-ci. De Berlin,
sa ville d'adoption, Peck parlera en meme
temps que de son experience de ministry
dans un film qui est un vrai bijou "Chere
Catherine".

Quelques semaines apres son job pour Wim
Wenders, Peck tournera Haitian Corner a
New York. Le film est dem and& par vingt-
cinq festivals et a obtenu des distinctions
comme une Mention sp&ciale au Festival
de Locarno. Il est diffu& par des chaines
TV nationals en France et en Allemagne.
Un coup d'essai, un coup de maitre.

Plus aucune de la quinzaine d'ouvres qu'il
a realis&es ne passera inapercue. Apres
Haitian Corner, ce sera "Lumumba, la


Le film en six episodes de Raoul Peck sur
l'Affaire Villemin', un meurtre d'enfant qui
avait traumatis6 la soci6et frangaise, diffu-
ses en prime time sur une grande chaine
de television frangaise -, est aussi 6difiant
sur le savoir-faire du r6alisateur. Sur un
sujet aussi difficile, il a faith quasiment le
consensus... en France. Une gageure !

Moloch Tropical, destructura-
tion du pouvoir et poesie

Sur Moloch Tropical, son dernier film et
sur son cinema, Raoul Peck a confie au
Courrier qui l'a accompagne une journey
a Bruxelles.

"Ce serait plut6t une chronique satirique,
un constat, un regard quasi-shakespearien
autour du pouvoir en appr6hendant d'une
maniere forte et concentree les p&rip&ties
des quarante dernieres annees en pregnant
Haiti pour example. Mais Haiti n'est pas
pour autant le centre exclusifde ce regard
sarcastique.

"Nous assistons dans ce film aux derniers
jours d'un pouvoir legal, loin justement
des cliches des dictatures pour nous
confronter a des dirigeants d6mocrati-
quement &lus et qui n6anmoins arrivent
a se transformer a travers des derives


diverse et complexes en des personnages
exergant un pouvoir arbitraire. Pour n'en
citer qu'un qui est a la limited de la cari-
cature, Berlusconi en Italie ; on peut
aussi citer les frasques de Bush a la veille
de la guerre contre l'Iraq. Ma tentative
modest est d'essayer de d6construire cet
ensemble d6nomme pouvoir et d'essayer
de le r6duire a sa plus simple expression
et a sa dimension strictement humaine. "

L'ancien president Aristide en a ete l'inspi-
ration de depart. Quelqu'un qui a eu une
parole d'evangile qui a eu comme boussole
l'amour du prochain, la defense des plus
pauvres et des plus d6favoris6s, et a qui on
pensait pouvoir faire confiance. Or c'est
lui qui nous a ass6en cette deception. Mais
j'ai pris vite des distances analytiques pour
sortir le personnage de ce seul example."

Sur le tres beau personnage de l'enfant
du Moloch, Peck dira : "Dans chacun des
mes films, ce que j'essaie de chapter, c'est
la realit& et elle n'est pas simplement que
brutale, que violent et abusive. Elle est
pleine de po&sie, elle est pleine d'inno-
cence. Dont il faut s'impregner. Sinon,
il n'y aura aucune raison de se battre."

http://www.velvet-film.com/
* aussi denommee Citadelle Laferriere


Affichede Moloch Tropical. c Mane BaronneVelvet Film


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010


I Zoo

















































L'Alliance UE-ACP


sur le climate


Trois ans apres son lancement, I'initiative
pour I'Alliance Globale contre le change-
ment climatique (GCCA) conclue entire
I'Union et les pays pauvres en d6vel-
oppement les plus vulnerables face a ce
phenomene, est en bonne voie.


L a GCCA entend accelerer la coo-
peration et le dialogue entire l'UE
et les pays en developpement qui
se trouvent en premiere ligne face
au changement climatique alors que leur
capacity de reaction est des plus limitees. Il
s'agit pour la plupart des pays les moins avan-
ces (PMA) et des petits Etats insulaires en
developpement (PEID), soit au total plus de
70 pays. L'Alliance repose sur deux piliers :

Tout d'abord, un dialogue ameliore sur
le changement climatique. Les resultats
de ce dialogue viendront alimenter les


discussions sur l'accord climatique post-
2012 au titre de la Convention-cadre des
Nations Unies sur le changement clima-
tique (CCNUCC). L'idee est de soutenir
le rapprochement des points de vue entire
l'Europe et les pays en developpement les
plus vulnerables sur la forme que devra
revetir ce nouvel accord sur le climate. Les
dialogues menes dans le cadre de la GCCA
ont about a des Declarations conjointes
sur le changement climatique associant,
respectivement l'UE et les Caraibes (mars
2008), I'UE et le Pacifique (octobre 2008)
et l'UE et l'Afrique (novembre 2008). Une
declaration conjointe ACP-UE a quant a
elle ete adoptee en mai 2009 tandis qu'une
autre declaration conjointe etait signee
en mai 2010 entire l'UE et les PMA du
continent asiatique.

Deuxiemement, un soutien financier qui
doit, d'une part, permettre de s'adapter au


changement et, d'autre part, d'en attenuer
l'impact a conditions que ces measures favo-
risent egalement la realisation des objectifs
de reduction de la pauvrete. Cinq domaines
prioritaires ont ici ete identifies :

-Aide a l'adaptation a l'impact du
changement climatique : adaptation,
notamment dans le secteur de l'eau et
de l'agriculture. Cette measure s'appuiera
sur les programmes d'action nationaux
d'adaptation (PANA).

- Reduction des emissions dues au
deboisement et a la degradation fores-
tiere (REDD Reducing Emissions from
Deforestation and Degradation) en faveur
des PMA, don't plus de 60% des emissions
sont lies aux changements d'affectation
des sols, a commencer par le deboise-
ment. La GCCA soutiendra des solutions
innovantes pour eviter le deboisement et


Cu r r i e r





DIlaTrr


s'appuiera sur des initiatives en course de
lutte centre l'exploitation illegal du bois,
comme l'initiative FLEGT (Applications
des reglementations forestieres, gouver-
nance et changes commerciaux).

- Amelioration de la participation au mar-
che international du carbon; a ce jour,
seul un tries petit nombre d'investisseurs
se sont interesses au Mecanisme de deve-
loppement propre (MDP) dans les pays
pauvres. En soutenant le developpement
des capacities, la GCCA promeut une
distribution geographiquement plus equi-
table des projects de MDP.

- Promotion de la reduction du risque de
catastrophe: ces dernieres decennies ont
vu une multiplication des catastrophes
naturelles provoquees par des evenements
climatiques extremes en rapport avec
le changement climatique. La GCCA
aidera les pays les plus vulnerables a
renforcer eux-memes leur capacity a se
preparer aux catastrophes naturelles, a
les attenuer et a en prevenir ce risque.

- Integration du changement climatique
dans les efforts de reduction de la pau-
vrete. Les changements climatiques
affectent de nombreux secteurs. II
convient donc d'en tenir compete dans
les strategies de reduction de la pauvrete.

En juillet 2008, la Commission europeenne
a identified quatre pays pilots ou des acti-
vites ont ete lancees dans le cadre de l'Al-
liance global : le Vanuatu, les Maldives,


le Cambodge et la Tanzanie. Onze autres Pour les Caraibes, un soutien regional
pays ont ensuite ete selectionnes, au titre pourra etre degage grace au Centre cari-
des budgets 2009-2010, pour cooperer avec been pour le changement climatique du
l'UE dans le cadre de la GCCA. Il s'agit du Belize (8 millions d'euros). Dans la region
Bengladesh, du Belize, de la Guyana, de du Pacifique, la priority de l'adaptation
la Jamaique, du Mali, de Madagascar, de au changement climatique sera egale-
Maurice, du Mozambique, du Rwanda, du ment prise en compete, avec le soutien de
Senegal et des Seychelles. Des resources l'Universite du Pacifique Sud (8 millions
supplementaires degagees au titre du budget d'euros). A l'echelon panafricain, le sou-
2010 ont pu etre liberees, permettant de tien de la GCCA s'inscrit dans le cadre
selectionner d'autres pays : l'Ethiopie, le du Partenariat strategique Afrique-UE
Nepal, les iles Salomon sur le changement
ainsi que neuf petits climatique (parte-
Etats insulaires du En soutenantl e dvelop- nariat n6). Cette
Pacifique -en tant que pement des capacit6s, la aide contribuera a
region. GCCA promeut une distribution l'initiative-phare
"ClimDev-Africa"
D'autres pays appar- g6ographiquement plus qui associe le nou-
tenant au group cible equitable des projects de MDP veau Centre afri-
general de la GCCA cain de politique
viendront s'ajouter a climatique base a
cette listed, en function Addis Abeba don't
des resources qui pourront etre degagees la principal mission sera de renforcer
au course de la prochaine periode. Pour les liens entire donn&es climatiques et
cette selection, une attention particuliere reponse politique. En outre, l'initiative
sera accordee aux approaches innovantes soutiendra aussi les travaux sur le cli-
de gestion du changement climatique, mat men&s a l'echelon sous-r&gional en
par example par les measures relevant du Afrique occidental (en cooperation avec
soutien budgetaire. Ces initiatives font CILSS/ECOWAS) ainsi qu'en Afrique
l'objet d'une coordination reguliere avec oriental et australe (avec le COMESA).
des initiatives comparable comme celles Ces actions regionales mettront l'accent
du Programme pilot de la Banque mon- sur des interests specifiquement africains,
diale pour la resilience climatique (PPRC). comme l'adaptation de l'agriculture et


En plus de ces actions nationals, un sou-
tien regional dans le cadre de la GCCA est
egalement octroye au titre des fonds intra-
ACP du 10e FED (40 millions d'euros).


la participation au march du carbon.


Pour en savoir plus, consultez le site :
www.gcca.eu.


La Commission europeenne a degage, (budget 2010), correspondent a la moitie Commission a appele les Etats membres
pour la period budgetaire 2008-2010, de la contribution faststart prevue au titre de I'UE a affected des resources a cette
une envelope supplementaire de 95 de I'accord de Copenhague. Des measures Initiative global. La Suede, la Republique
millions d'euros en faveur de la GCCA, fast start, en course de preparation, as- tcheque et Chypre y contribuent chacun a
au titre du programme thematique EN- socient I'Ethiopie, le Nepal et les petits concurrence respectivement de 4,4 mil-
RTP (Environnement et gestion durable Etats insulaires du Pacifique. Au titre du lions d'euros, de 0,2 million d'euros et de
des resources naturelles, y compris programme intra-ACP du 10e FED, 40 1,8 million d'euros. D'autres Etats mem-
I'energie). Cette some inclut egalement millions d'euros ont ete degages en 2009 bres se sont dit prets a soutenir la GCCA.
un complement de 25 millions d'euros pour I'action regional de la GCCA. La



Activit6s sp6cifiques de cooperation dans le cadre de la GCCA

-Vanuatu (3,2 millions d'euros): la premiere global est de soutenir le programme Maurice (3 millions d'euros): soutien bud-
composante soutiendra le developpement d'action national d'adaptation (NAPA) getaire a I'initiative Maurice lie durable
des capacities de I'unite pour le change- axe sur la gestion durable des terres. Guyana (4,2 millions d'euros): renforce-
ment climatique du department de me- Tanzanie (2,2 millions d'euros) : soutien ment des defenses maritimes et planta-
teorologie. La second mettra I'accent a la creation d'eco-villages assorti de tion de mangroves.
sur I'amelioration des pratiques agricoles measures communautaires dans le do- Jamaique (4,1 millions d'euros): reduction
et de gestion de I'eau et sur les actions maine de la gestion des resources na- du risque de catastrophe et restauration
visant a emp&cher les etablissements turelles et des energies renouvelables des eco-systemes c6tiers.
humans dans les zones inondables. Senegal (4 millions d'euros): lutte contre
- Rwanda (4,5 millions d'euros) : I'objectif I'erosion c6tiere


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010








































Le Service exterieur europeen:

quel impact sur la politique de d6veloppement ?


Anne-Marie Mouradian


I aura fallu d'apres negociations entire
la Haute representante de l'UE,
Catherine Ashton, la Commission,
le Conseil et le Parlement europeen,
pour aboutir a un accord sur la mise en
place du future Service europeen pour
l'action exterieure SEAE.

La nouvelle entity regroupera, a Bruxelles
et dans les 136 delegations a travers le
monde, des agents issues de la Commission,
des departments de politique etrangere
du secretariat du Conseil, des structures
politico-militaires de l'UE et des Etats
membres. Une premiere salve de nouveaux
ambassadeurs a ete designee en septembre
dans 29 pays tiers don't 12 pays africains
et Haiti*. Jusqu'd l'entree en vigueur du
Traite de Lisbonne, il appartenait a la
Commission de designer le personnel
de ses delegations aujourd'hui revenues
"delegations de l'UE" sous l'autorite de
la Haute Representante.

La creation d'une synergie instaurant un
"guichet unique" pour traiter des rela-
tions avec tous les pays partenaires devra
renforcer la coherence et l'efficacite de
l'UE sur la scene international. Dans le
meme temps, des craintes etaient appa-
rues. Elles portaient sur le risque d'instru-
mentalisation de l'aide au developpement
par la politique etrangere, de son infeoda-
tion au SEAE et d'une emprise croissante
de l'approche intergouvernementale aux


depens de la methode communautaire.
Ces inquietudes semblent aujourd'hui,
en parties du moins, apaisees.

Un compromise a ete trouve pour la pro-
grammation de l'aide exterieure euro-
peenne que la Commission et le Parlement
ne voulaient pas laisser au SEAE. La
Commission en aurait ete affaiblie et
l'independance de la politique europeenne
de developpement effectivement compro-
mise. L'autorite de la Commission et des
services d'Andris Piebalgs a done ete reaf-
firmee sur les cycles de programmation
des politiques de developpement.

Les questions politiques et de strategic,
quant a elles, releveront du SEAE avec des
bureaux geographiques repartis en cinq
directions generales. L'Afrique, detachee
du Group ACP, fera l'objet d'une direc-
tion a part entire qui repond a la Strategie
Afrique-UE. Les services ayant vocation a
former le SEAE preparent deji un paper
sur la Corne de l'Afrique.

Dans cette logique, les questions de strate-
gie concernant le Fonds europeen de deve-
loppement seront traitees par le Service
exterieur tandis que la preparation de la
programmation et la mise en preuve seront
gerees par les services du commissaire
Piebalgs qui s'occupera des relations avec
les ACP au quotidien.

Selon l'eurodepute Charles Goerens,
coordinateur liberal au sein de la com-
mission developpement du Parlement
europeen, "il existe un risque reel de perte


de l'unite du processus decisionnel. Mais
je ne peux pas croire que le pouvoir de
proposition de la Commission soit entame
par le Service exterieur."

Du cote des services de Mme Ashton,
on se veut rassurant : "les questions de
strategic front l'objet d'un dialogue entire
la Haute Representante et le Commissaire
Piebalgs."

Pour les ONG comme la CIDSE, la
Cooperation Internationale pour le
Developpement et la Solidarite, "il faut
attendre de voir comment les choses vont
se mettre en place."

Le processus n'en est qu'd ses debuts
et de nombreuses interrogations sub-
sistent, y compris sur l'avenir de la
Direction generale du Developpement.
I1 est acquis que ses responsables geo-
graphiques (desk i' ... quitteront la
DEV pour rejoindre le Service exte-
rieur. D'autres fonctionnaires seront-ils
appeles a les rejoindre ? L'eurodepute
Charles Goerens met en garde contre
"tout risque de demantelement de
cette DG brillante qui a marque l'his-
toire des relations exterieures de l'UE."



* Des ambassadeurs de l'UE ont ete nom-
mes dans les pays ACP suivants : Afrique du
Sud, Angola, Botswana, Burundi, Gabon,
Guinee Bissau, Haiti, Mozambique, Namibie,
Ouganda, Papouasie Nouvelle Guinee, Senegal,
Tchad, Zambie.


C u rrier


















Le 3e Sommet Afrique-UE


se reunit en Libye


Un deuxieme plan d'action sur la table


A.M.M.



L etroisieme SommetAfrique-UE*,
qui se tiendra les 29 et 30 novem-
bre, a Tripoli, en Libye. Ce sera
pour les deux parties de dresser
un etat des lieux des avancees de la mise
en euvre de la Strategie conjointe UA-UE
mise en place en decembre 2007 et de son
premier Plan d'action. Le second Plan
d'action (2011-2013), qui devrait etre
adopted lors de ce sommet, entend quant a
lui reliever une serie de nouveaux defis et
mettre en place un cadre pour la coopera-
tion future.

"Le partenariat Afrique-UE differe des
autres partenariats conclus par l'UE et
l'UA avec d'autres regions," explique
Klaus Rudischhauser, directeur des rela-
tions avec les pays ACP a la Commission
europeenne. "Les chef d'Etat et de gou-
vernement africains ont mis en place un
partenariat innovant qui traduit en actions
tres concretes nos priorities communes." I1
precise que ce partenariat unique et inno-
vant se caracterise avant tout par sa nature
inclusive. En effet, il ne se limited pas a ces
deux organizations continentales mais
inclut aussi leurs pays membres, la society
civil, le secteur prive, les parlements etc.
L'Afrique et l'UE sont des partenaires
egaux au sein de cette nouvelle relation. Ils
discutent ouvertement non seulement du
developpement et des questions africaines
mais examinent aussi les problematiques
mondiales et les priorities europeennes.

Des avancees

"Nous avons realise de reelles avancees au
niveau des huit partenariats de la Strategie
conjointe. Toutefois, certain partenariats
progressent plus rapidement que d'autres,


Tripoli, en Libye. OAP/Reporters


en raison de leurs themes memes. Prenons
l'exemple du partenariat Paix et security,
au titre duquel l'UE soutient l'architecture
africaine de paix et de security tout en
renforgant la capacity de l'UA a planifier
et a diriger des missions de maintien de
la paix. Voild un partenariat pour lequel
nous enregistrons d'assez bonnes avan-
cees", explique Klaus Rudischhauser.

I1 en va de meme pour les partenariats
ayant pour theme l'energie, le change-
ment climatique, la science, la soci&et de
l'information et l'espace. Une premiere
reunion a haut niveau a ete organis&e a
Vienne, les 14 et 15 septembre, dans le
cadre du partenariat sur l'energie. Les
hauts representants europeens et africains
y ont promise de developper l'acces aux


energies modernes et renouvelables en
faveur d'au moins 100 millions d'Africains
supplementaires d'ici a 2020. La reunion
a egalement lance un vaste programme de
cooperation dans le domaine des energies
renouvelables, afin d'aider le continent
africain a realiser ses objectifs en matiere
d'energies renouvelables d'ici a 2020.

Des projets-phares

Lors du Sommet de Tripoli, I'UA devrait
annoncer le lancement de projets-phares
dans le domaine des infrastructures, un
pour chacune des cinq regions d'Afrique.
Ces projects viendront s'ajouter a la longue
liste d'actions deji en course. Dans le cadre
du partenariat sur la governance, les res-
ponsables de l'UE et de l'UA se reunissent


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010


UA-UE lnteradii^nS





'Vtera*ti^nS UA-UE


a
i -as
-


d'ores et deji deux fois par an pour exami-
ner les questions en rapport avec les droits
de l'homme. Et d'ici le prochain som-
met, ils esperent lancer une plateforme
Afrique-UE pour examiner les questions
de governance. En ce qui concern le
theme du changement climatique, Klaus
Rudischhauser dit s'attendre a des pro-
gres lors du sommet. Des engagements
en faveur du financement du changement
climatique en Afrique devraient etre pris,
et viendront alimenter la conference sur
le changement climatique prevue d'ici la
fin de l'annee au Mexique. S'agissant du
partenariat sur les migrations, la mobility
et l'emploi, un Institut africain des trans-
ferts de fonds sera lance. Cet organism
sera charge de renforcer la capacity des
gouvernements, des banques, des expe-
diteurs et des beneficiaires de transferts
internationaux, du secteur prive et autres
acteurs du continent africain, l'id&e etant
de faire de ces transferts un reel outil de
developpement au service de la reduction
de la pauvrete.

Mais la mise en muvre efficace de ce par-
tenariat exige bien entendu des resources
humaines et financiere suffisantes,
explique le directeur. Dans le context de
la crise economique mondiale, le Sommet
de Tripoli examiner comment renfor-
cer encore ces resources. Pour l'instant,
les pays africains se heurtent toujours
a des revenues et des budgets nationaux
tries limits. Pour Klaus Rudischhauser,
le sommet devra absolument se pen-
cher sur les methods permettant aux
economies africaines d'attirer plus effi-
cacement les investissements directs
strangers, sur la necessity d'ameliorer


La Commission europeenne prepare
une serie de documents, don't certain
sont en rapport direct avec le Sommet
Afrique-Union europeenne. Epinglons
notamment sa communication sur les
relations entire I'Europe et I'Afrique, qui
alimentera les discussions a Tripoli.


Deux autres livres verts sont en pre-
paration, I'un sur la politique de de-
veloppement et I'autre sur le soutien
budg6taire. Mdme s'ils n'ont pas de lien
direct avec le sommet, ces documents
devraient promouvoir le debat public sur
ces questions.


Tripoli, en Libye. CAP/Reporters


les liens entire l'aide et les investissements
et sur les conditions a mettre en place
pour renforcer les changes et promou-
voir l'emploi des deux c6tes du conti-
nent. Et d'ajouter que ce sommet est
tries opportunement dedie au theme de
l'"investissement, de la croissance eco-
nomique et de la creation d'emplois".


Le Partenariat strategique Afrique-
Union europeenne represent une tape
cl du dialogue et de la cooperation qui
lie les deux continents depuis le premier
sommet des chefs d'Etat et de gouver-
nement, organism au Caire en 2000. II
fait de I'Union africaine un partenaire
privilegie de I'UE et consider I'Afrique
"dans sa globalite" en allant au-dela de
la panoplie d'instruments et d'accords
entire les regions (Accord de Cotonou et
Accord UE-Afrique du Sud pour I'Afrique
subsaharienne, Partenariat euro-m6di-
terraneen et politique de voisinage pour
I'Afrique du Nord).


Le second Sommet UA-UE, reuni a Lis-
bonne en decembre 2007, a ensuite
adopted une strategic conjointe assortie
d'un premier plan d'action (2008-2010)
en vue de promouvoir des relations plus
6troite et de reliever, conjointement, une
serie de nouveaux defis mondiaux par


Pour en savoir plus : www.africa-eu-par-
tnership.org/3rd-africa-eu-summit

* Lire aussi pages 4 et 6


le biais de huit partenariatsthematiques
distincts :


1) Paix et security
2) Gouvernance democratique et droits
de I'homme
3) Commerce, integration regional et
infrastructures
4) Objectifs du Millenaire pour le deve-
loppement (OMD)
5) Energie
6) Changement climatique
7) Migrations, mobility et emploi
8) Sciences, society de I'information
et space.


Le troisieme Sommet Afrique-UE, qui
aura lieu a Tripoli (Libye) les 29 et 30
novembre 2010 permettra d'evaluer les
premiers resultats et le lancement du
deuxieme plan d'action (2011-2013).


www.africa-eu-partnership.org


C u rrier





Afrique-UE Intera^^ tir


Cooperation spatiale Afrique-UE :


toujours plus haut, toujours plus loin


La conference "L'Espace et le citoyen africain" aura permis d'examiner I'avenir
de la cooperation spatiale entire I'Union europeenne et le continent africain. Cet
evenement a eu lieu en septembre, a Bruxelles, dans le cadre de la Presidence
beige de I'UE.


Sabine Laruelle, ministry belge en
charge des petites et moyennes
entreprises, des independants,
de l'agriculture et de la politique
scientifique, a expliqu& que la coopera-
tion spatiale, ax&e sur la transmission
de donn&es satellitaires, avait pour but
d'ameliorer la gestion des resources dans
une optique de developpement durable.
L'acces a de telles donnees pourrait aider
les nations d'Afrique a d6velopper leurs
capacities dans le domain de la s&curit&
alimentaire et de l'approvisionnement en
eau, mais aussi des soins de sante. Dans le
mime temps, ces donn&es permettraient
d'organiser un system d'alerte pr&coce
en cas de catastrophe en vue d'une reac-
tion rapid aux urgences.

"Nous devons aller plus loin et renforcer
notre cooperation international pour
que l'Afrique puisse devenir un acteur
a part entire grace a l'acquisition de
comp&tences ou l'exploitation de ses
propres comp&tences dans le domain
de l'espace", a d&clare Jean-Pierre Ezin,
commissaire de l'UA en charge des scien-
ces et de la politique spatiale. M. Ezin
aimerait beneficier d'un soutien interna-
tional en vue de la creation d'une agence
spatiale africaine.

L'espace est r6gi par le 8e partenariat stra-
tegique Afrique-UE, au mime titre que
la science et la soci&t& de l'information.
Certains pays d'Afrique ont d6ji ren-
force leurs capacities et programmes
nationaux dans ce domain. C'est le cas
de l'Afrique du Sud, de l'Egypte et du
Nigeria. D'autres pays se sont associes
a des projects bilat&raux, cofinanc&s par
des entit6s privees ou des gouvernements
internationaux. Et les donn&es m&teoro-
logiques d'EUMETSAT, l'organisation
europ&enne pour l'exploitation de sate-
llites m6etorologiques, sont d'ores et d6ej
partag&es avec des pays d'Afrique.

Plan d'action de I'UE

L'espace devrait etre au cour du prochain
plan d'action 2011-2013 pour la mise


en muvre de la strat6gie Afrique-UE.
"A la demand du Groupe des pays
ACP, un project a hauteur de 20 millions
d'euros sera identify& dans le courant
du mois d'octobre 2010 au titre des
fonds intra-ACP du 10e FED pour
la mise en muvre des services GMES
(Initiative de Surveillance mondiale pour
l'environnement et la security). Une autre
envelope de 4,5 millions d'euros doit
etre d6gag6e au titre de la proposition de
'Soutien au secteur du transport a&rien
en Afrique' (9 millions d'euros) afin de
finance la preparation d'un 6ventuel
d6ploiement d'EGNOS (Service euro-
peen de navigation par recouvrement
geostationnaire) en Afrique", explique
Francesco Affinito, du point focal de
la Commission europ6enne pour le 8e
partenariat Afrique-UE (Sciences et
technologies) a la DG D6veloppement.


Le service europ&en GMES, qui est en
course de d6veloppement, a pour objectif
la transmission de donn&es pour la sur-
veillance environnementale et le soutien
a la s&curit& civil. Au titre du Fonds
europ&en de d6veloppement (FED),
AMESD, un project de surveillance afri-
caine de l'environnement pour le dave-
loppement durable a &t& lance en 2007
pour une dur&e de 48 mois. II permet
d6jai des pays africains d'acceder a des
technologies d'observation de la terre
et a des donn&es de surveillance envi-
ronnementale et climatique. Quant au
d6veloppement d'EGNOS en Afrique,
il ameliorera les services de navigation
satellitaire pour le continent, notam-
ment dans le domaine de l'aviation.


Pour en savoir plus : GMES.info


Images satellitaires mettant en evidence le deboisement a Madagascar. L'image de gauche a ete prise en 1972, celle de
droite en 2001. Joint Research Centre de la CE, Ispra, Italle


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010


















Remettre I'Agora au centre


du village global


Les elections, qui s'enchainent actuellement en Afrique, se deroulent avec le soutien
financier des donateurs internationaux, I'UE au premier rang, et la presence mas-
sive d'observateurs internationaux. Mais que reste-t-il au lendemain des scrutins,
si les parlements ne sont pas en measure d'exercer leurs pouvoirs de contr6le et
d'information ? Le portail Agora tente de pallier a ces manques.


M.M.B.


passe au nord du Niger, au
nord du Mali, au Tchad,
les evenements mettent en
prise le gouvernement et des hommes qui
se sont rebelles ;

ainsi, le gouvernement est presque dis-
qualifie des le premier jour pour inter-
venir, alors que le parlement, lorsqu'il
est credible et responsible, peut agir",
declarait recemment Ibrahim Yacouba,
membre du Conseil consultatif national
mis en place par la junte militaire du Niger
pour le retour du pays a un Etat de droit.
"Credible et responsible" : ce qui n'a pas
ete le faith du Parlement nigerien lors de la
crise alimentaire qui a frappe le pays en
2005. "La soci&et civil, ajoute Ibrahim
Yacouba, avait alors attaque les parle-
mentaires, notamment sur les avantages
qu'ils se sont octroyes (...). Le parlement
avait, poursuit-il, peu de marge morale
pour agir en tant qu'acteur de prevention
des conflicts "


Ces commentaires illustrent la complexity
des measures a prendre pour assurer des
democraties solides. L'aide sous forme
d'appui au budget national des pays reci-
piendaires s'est generalisee et represent
souvent plus des deux tiers du finance-
ment de l'UE pour la cooperation au
developpement. Pour en beneficier, les
pays du Sud doivent
remplir certain cri-


teres lies a la bonnee
governance" et s'en-
gager pour la plupart
a reformer le secteur


"l/ faut que
retrouve sa
le d6


public, mettre en
place un agenda "pro-pauvres" et afficher
une stability macroeconomique. Des cri-
teres souvent mis a mal et qui plongent les
donateurs dans des abimes de perplexity.

"il faut que le politique retrouve
sa place dans le debat"

"La participation du parlement a cet exer-
cice est un prealable. Si on ne les inclut
pas dans le processus, comment s'attendre
a ce qu'ils assurent le suivi" s'interroge
Olivier-Pierre Louveaux, gestionnaire de
la plateforme Agora (voir Encadre) mise


en place par le Programme des Nations
Unies pour le Developpement (PNUD)
avec la participation d'une vingtaine de
partenaires, don't l'UE. "Actuellement,
poursuit-il, on forme des technocrates ;
rest a assurer la transparence. C'est un
tout systemique". En bref, "il faut que le
politique retrouve sa place dans le debate "

Thomas Huyghebaert, expert en "soutien
a la democratic" au sein de l'office de
cooperation EuropeAid de la Commission
europeenne, rencherit: "il est important
que les strategies de
reduction de la pau-
le politique vrete soient avalis&es
place dans par les parlements
nationaux. Sinon on
bat risque de continue a
affaiblir le processus
democratique." Apres avoir ete le parent
pauvre de l'aide europeenne (100 mil-
lions d'euros sur dix ans, don't pres de
la moitie pour soutenir l'Afrique du Sud
post-apartheid), l'appui aux parlements
commence a prendre forme. Des "lignes
de conduite" permettant d'integrer le role
du parlement dans le dialogue politique
avec les pays recipiendaires viennent
d'etre finalisees. Sans computer le travail
sur le terrain, notamment via des jume-
lages, mene par le Parlement europeen,
au sein de son Bureau pour la Promotion
de la Democratie Parlementaire (OPPD).


www.agora-parl.org

Initiative multilaterale, Agora se veut
un carrefour d'6change d'informations
en matiere de developpement parle-
mentaire. II pursuit trois objectifs : le
partage du savoir et du savoir-faire, la
mise en r6seau des different acteurs
et la promotion des parlements en tant
qu'importants vecteurs de changements
en matieres de politiques de d6veloppe-
ment. Le portail est disponible en plu-
sieurs langues: anglais, frangais et, a un
stade ult6rieur, espagnol, arabe et russe.


Cu r r i e r


" ,, ntw7?7 ? ooRk8Bo- ph lBefment





OM "' a in


Adieu


aux Antilles


neerlandaises






Erica GonzAlez



L es Antilles n~erlandaises, un
ensemble de cinq iles situees
dans la mer des Caraibes, ont
cess& d'exister le 10 octobre
dernier. Curacao et Saint-Martin sont
devenus des Etats autonomes au sein du
Royaume des Pays-Bas. Quant aux iles
de Bonaire, Saba et Saint-Eustache, elles
ont acquis le statut de communes n6er-
landaises.

La restructuration des Antilles s'est base
sur une serie de referendums menes entire
2000 et 2005 qui ont permis de consulter
les peuples des iles. Les r6sultats de ces
referendums ont montr6 d'6normes diver-
gences d'avis entire les Antilles. Alors que
Saint-Eustache se contentait du main-
tien des Antilles nberlandaises, les iles
de Saba et Bonaire ont opt& pour un type
d'integration semblable au regime de la
collectivit& frangaise, en vertu duquel
elles deviendraient des communes des
Pays-Bas. En revanche, Curagao et Saint-
Martin pr6f6raient rester dans le giron du
Royaume des Pays-Bas mais avec un statut
d'Etats autonomes. La dissolution des
Antilles neerlandaises est l'aboutissement
d'une longue p&riode de difficulties et
de differences dans le fonctionnement
int&rieur des iles.

En fin de compete, Bonaire, Saba et Saint-
Eustache deviendront des communes nee-
rlandaises, avec des adaptations justifiees
par leur situation dans les Antilles. Quant
aux iles de Curagao et Saint-Martin, elles
vont acqu&rir le statut d'Etats autonomes
au sein du Royaume des Pays-Bas.

La naissance de deux pays

Curacao et Saint-Martin, les deux plus
grandes iles, ont obtenu le meme statut


Willemstad, la capital de Curagao, est reputee pour son architecture colonial hollandaise, unique aux Caraibes.
SErica Gonzalez


autonome qu'Aruba en 1986. Pour Zita
Jes6s-Leito, conseillere aux affaires gene-
rales et a la structure 6tatique du gou-
vernement de Curacao, ce changement
est un progress 6norme pour l'ile. "Nous
allons dorenavant accomplir des teaches
qui relevaient auparavant des Antilles n6e-
rlandaises. Des domaines tels que le corps
de police, le department de l'aviation
ou la douane seront d6sormais de notre
resortt"

La creation des deux nouveaux pays ira de
pair avec celle d'une monnaie commune
et d'une Banque central pour Curayao
et Saint-Martin. "Si la proposition d6ji
presented est adoptee par le Conseil
insulaire, cette devise portera le nom
de florin antillais", precise la conseillere
Jests-Leito.

De nouvelles relations avec la
CARICOM et I'OEA

Jusqu'au 10 octobre dernier, les Antilles
n6erlandaises avaient eu un statut
d'observateur dans l'un des conseils de
la CARICOM, le Conseil pour le d6vel-
oppement human et social (en anglais,


COHSOD). Gideon Isena, membre du
department des affaires ext&rieures de
Curagao, assure que les deux nouveaux
pays auront ce mime statut. I1 incomb-
era toutefois au Conseil minist&riel de la
CARICOM de decider si ce statut sera
accord imm6diatement a ces pays ou s'ils
devront introduire une nouvelle demand.
Etant donned qu'ils ne sont pas entiere-
ment independants et qu'ils continent
a appartenir au Royaume des Pays-Bas,
les deux nouveaux pays ne peuvent etre
membres a part entire de la CARICOM.

La mime situation se pr6sente par rap-
port a l'Organisation des Etats americains
(OEA). Dans ce cas, toutefois, M. Albert
Ramdin, secr&taire general adjoint de
cette organisation, se montre plus opti-
miste et espere voir dans les prochains
mois le lancement de discussions generales
avec les nouveaux pays sur des themes
comme l'&change d'informations, l'aide
au d6veloppement et la cooperation.


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010





Intera~ti(DS ..opkati a. u -....


Journee international de


I'alphabetisation : Prix de I'UNESCO au


minister cap verdien de I'education


Une femme analphabete a peu de chance d'ameliorer sa situation et risque en outre davantage de voir ses droits bafoues.
Le 8 septembre 2010, a I'occasion de la Journee international de I'alphabetisation, I'UNESCO (Organisation des Nations
Unies pour la science, I'education et la culture) a cielbre le pouvoir de I'alphabetisation, veritable outil de enforcement
de pouvoir des femmes. L'occasion aussi, pour I'organisation, de recompenser des gouvernements et des acteurs non-
gouvernementaux ayant obtenu des resultats dans la lutte pour I'alphabetisation.


Andrea Marchesini Reggiani


C ette annie, le prix
d'alphabetisation UNESCO
du Roi Sejong, cree en 1989
et d'un montant de 20.000
dollars, a ete decerne a quatre projects
d'alphabetisation novateurs, menes au
Cap Vert, en Egypte, en Allemagne et au
Nepal. Cette recompense entend rendre
hommage aux femmes et aux hommes qui,
en coulisses, s'emploient a aider leurs pairs
a apprendre a lire et a ecrire, conscients
que l'alphabetisation est un outil cle du
enforcement de pouvoir.

Un des prix a ete decerne a la Direction
general de l'alphabetisation et de
l'education des adults (DGEFA) du
Cap Vert. Son programme d'education
et de formation des adults (EdFoA) a ete
recompense pour sa pertinence et sa sou-
plesse, pour l'accent mis sur les femmes
et son reel impact : entire 1974 et 2005,
le taux d'analphabetisme au Cap Vert a
en effet chute, passant de 60 a 20%. Une
baisse qui se pursuit aujourd'hui encore.

Depuis son independence, le Cap
Vert est en effet confronted a un taux
d'analphabetisme tries preoccupant, dans
les zones rurales surtout ou les femmes
n'ont eu d'autre choix que de travai-
ller dans l'agriculture de subsistence,
l'education etant reservee a quelques
rares privilegiees. Depuis 1979, ce sont
100.000 Cap Verdiens -sur une popula-
tion de 500.000 habitants -qui ont eu la
chance de beneficier du programme de la
DGEFA. Outre les activities de renforce-
ment de la confiance et de l'estime de soi
developpees au travers de l'acquisition
de la lecture, de l'ecriture et du calcul, le
programme entend aussi aider les bene-
ficiaires a apprendre a exercer un metier,


et combat ainsi la lutte centre la pauvrete.
Il s'agit d'un programme d'apprentissage
tout au long de la vie, organism au niveau
communautaire et articule autour de
quatre principles : apprendre a savoir,
apprendre a faire, apprendre a etre et
apprendre a vivre ensemble. La methode
d'apprentissage utilisee se fonde sur les
travaux du pedagogue bresilien Paulo
Freire. Les lemons de portugais s'inspirent
de situations de la vie quotidienne au Cap
Vert mais des course de crioulo, la lan-
gue national du pays, sont egalement
dispenses. Ce programme est egalement
l'occasion d'aborder les questions d'egalite
entire les hommes et les femmes et de
prevention du VIH/sida.

Les autres prix internationaux
d'alphabetisation de 1'UNESCO ont
recompense le Centre d'education
informelle du Nepal, le Gouvernorat
d'Ismailia en Egypte, et l'Institut d'Etat
pour la formation des enseignants et le
developpement scolaire, a Hambourg
en Allemagne. Ces trois entities ont en


effet mis en ouvre des programmes
innovants destines a ameliorer le taux
d'alphabetisation dans les communautes
marginalisees. Le project allemand, par
example, est base a Hambourg, une ville
comptant 14% d'immigres. Il met l'accent
sur les parents d'enfants de moins de six
ans issues de communautes immigrees,
notamment les meres, qui vont a l'ecole
une fois par semaine avec leurs enfants,
pendant deux ans.

La Journee international de
l'alphabetisation est l'un des nom-
breux projects paralleles supervises par
1'UNESCO dans le but d'ameliorer le
taux d'alphabetisation de 50% d'ici a 2015.
Une volonte qui s'inscrit dans le cadre
d'un des Objectifs du Millenaire pour le
developpement (OMD) : permettre a tous
les enfants, d'ici a 2015, d'achever un cycle
complete d'etudes primaires. Un autre pro-
jet est la Decennie de l'alphabetisation des
Nations Unies (2003-2012) don't le slogan
est "L'alphabetisation, source de liberty ".


Cap Vert, lie de Fogo, course deformation pour adults. 0 UNESCO/Dominique Roger


C u rrier






o' 0


V~~


I


*1


Quality de la peche :


les Seychelles relevent le defi


Christopher Hoareau, Inspecteur principal a I'Unite d'inspection de la peche et de control de la quality, explique comment son
pays a reussi a satisfaire aux normes severes pour I'importation de poissons et de products de la peche imposees par I'UE.


A u fil des ans, les Seychelles ont
pris des measures importantes
afin de respecter les normes de
quality. Le pays a pu s'appuyer
ici sur le soutien des donateurs, beneficiant
notamment des fonds du programme euro-
peen Amelioration de l'etat sanitaire des
products de la peche dans les pays ACP
(Afrique, Caraibes et Pacifique) et les
PTOM (Pays et territoires d'outre-mer).

Au debut des annees 70, ce pays de l'ocean
Indien export principalement ses pois-
sons et products de la peche, vers l'ile
de la Reunion. Dans les annees 80, au
titre d'accords de peche bilateraux, les
Seychelles diversifient leurs exportations
vers le Royaume-Uni et la France. A la
meme epoque, de grands thoniers indus-
triels espagnols et frangais sont autorises
a operer dans leurs eaux et, en 1987, une
usine de conserve de thon demarre ses
activities dans le pays.

En 1998, suite a l'evaluation de l'Office
alimentaire et veterinaire de l'UE, 1'Union
europeenne formula une longue listed de
recommendations a l'attention du sec-
teur seychellois de la peche pour qu'il res-
pecte les exigences sanitaires minimales
europeennes, notamment en matiere de


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010


laboratoire et de control de l'hygiene.
"Le gouvernement avait pour strategic
d'augmenter les exportations et de faire
du secteur de la peche le second pilier de
l'economie apres le tourisme, rappelle
Christopher Hoareau.

En 2002-2003, le sec-
teur faith face a un des
defis les plus difficiles "ll est tres diffi
de son histoire ; 'in- d'une aide po
terdiction des exporta- long terme dat
tions d'espadons vers la S6curitd a
le march europeen en
raison de leur teneur sciences de I
levee en metaux des tecl
lourds, comme le cad-
mium, les especes depassant allegrement
le niveau maximum autorise extremement
faible -0,05 millionieme (ppm) -fixe par
les reglements europeens. L'interdiction
a ete levee lorsque la legislation fut amen-
dee, avec pour effet de porter le niveau
maximum a 0,3 ppm.

Des procedures qui ne cessent
de s'ameliorer

Plus tard, en 2007, l'industrie des
Seychelles a du faire face a deux alertes
relatives aux niveaux eleves d'histamine


ii
'8
h1


enregistres dans le thon en boite et mena-
gant par 1l ses exportations a destination
du march europeen. Cette menace a
debouche sur une amelioration des pro-
cedures de traitement. Les Seychelles, un
beneficiaire cle du Module 2 du SFP, ont
Sce titre pu profiter d'un soutien dans le
domain de la micro-
biologie, de la chimie
ile de beneficier alimentaire et de l'en-
rla formation a vironnement. Leurs
S le domaine de laboratoires de metro-
mentaire, des logie ont eux aussi
beneficie d'une aide
alimentation et financiere. (http://
nologies" www.sfp-acp.eu/).

"La legislation sanitaire des Seychelles
dans le domain des poissons et des pro-
duits de la peche destines aux exportations
satisfait a present au principle d'&quiva-
lence avec les products de l'UE", affirmed
Christopher Hoareau. Actuellement, l'une
des difficulties est de fid&liser le personnel
qualified, attire par le secteur prive. "Il
est tries difficile de beneficier d'une aide
pour la formation a long terme dans le
domain de la security alimentaire, des
sciences de l'alimentation et des techno-
logies", ajoute-t-il.






















































Tanzanie, entire immobilisme


et audace


M.M.B.



A u moment oi le Courrier sor-
tait de press, les Tanzaniens
se rendaient aux urnes pour
elire leur nouveau president.
Nouveau est un terme quelque peu
excessif, puisque tous les observateurs
s'accordent a dire, avec un certain fata-
lisme, que le president sortant, Jakawa
Kikwete, devrait etre reelu sans grandes
difficulties. Malgre les measures prises
ces dernieres annees par ce dernier
pour assainir son parti, le Parti de la
Revolution (CCM), l'usure du pouvoir
49 annees sans discontinuer, un record
en Afrique -allant de pair avec une
corruption rampant, ont considerable-
ment obere les strategies mise en place
pour permettre au pays de sortir d'une
pauvrete endemique malgre la richesse
de ses resources naturelles.


En reality, le president Kikwete apparait
sans rival. Le principal parti d'oppo-
sition, le CUF, est actif principale-
ment a Zanzibar. L'autre grand part
d'opposition, le Chadema, qui repre-
sente principalement les jeunes elites
urbaines, peine a definir une ligne claire.
En outre, Jakawa Kikwete incarne aux
yeux de certain la stability, a defaut de
l'audace. C'est sous sa presidence qu'un
accord historique a ete trouve le 31 juil-
let dernier entire les ailes zanzibarites
du CCM et du CUF pour la formation
d'un gouvernement national d'union
a Zanzibar, archipel semi-autonome,
periodiquement secoue par des regle-
ments de compete politiques sanglants.
Sa presence active sur la scene inter-
nationale et regionale est egalement a
inscrire a son actif. Enfin, le president
a reussi a perpetuer certaines valeurs
de Nyerere, le "pere" de l'indepen-
dance tranquille du pays. Notamment,
une capacity d'empathie, comme en


temoigne sa politique d'ouverture envers
les victims des conflicts des pays voisins,
et une liberty de la press exemplaire. Et
c'est sans doute pour routes ces raisons
que le pays reste aujourd'hui encore,
malgre des signes de fatigue, "l'enfant
cheri des donateurs".

Reste un pays connu a l'etranger pour
son or et ses pierres precieuses -la tan-
zanite est une exclusivity tanzanienne,
bien que largement commercialisee par
les Indiens ou Sud-africains ses hordes
de gnous qui longent au pas de charge
le fabuleux cratere du Ngorongoro,
ses "cinq grands fauves" du parc du
Serengeti et ses plages paradisiaques
sur la cote est de Zanzibar.

Mais en quittant le pays on emportera
son bien le plus precieux : la gentillesse
tranquille de ses 43 millions d'habitants.


C u rrier





-a ai Repo rta


Dans certaines ecoles, le portrait de Julius Nyerere, "Le Pere de la Nation", est toujours accroche au mur. a Mare-Martine Buckens


"Mwalimu", icone national


et international


Certains disent que la Tanzanie fut le premier pays peuple d'Afrique, comme en
temoigne la decouverte des restes d'un australopitheque robuste dans les gorges
d'Olduvai qui entaillent le versant ouest de la vallie du Rift, dans la plaine du
Serengeti, au nord de la Tanzanie.


M.M.B.



A ujourd'hui, le pays compete
plus de 120 ethnies, a majority
bantoue, don't aucune ne pre-
domine les autres, a l'excep-
tion des Sukuma (15% de la population
totale. Les conflicts entire ethnies sont
quasi inexistants, alors que ces dernieres
annees des tensions sont apparues entire
chretiens (45% de la population envi-
ron) et musulmans (35%, mais 95% dans
l'archipel), un problem qui peut mena-
cer l'unit toujours fragile -entre le
continent et Zanzibar. Cette absence de
conflicts s'explique en parties par la decision
prise par Nyerere de faire du swahili la
langue officielle pour depasser les cli-
vages ethniques. Le swahili, originaire de
Zanzibar, langue bantoue par son lexique
mais enrichie par des apports arabes, mais
aussi portugais.

1961. Julius Nyerere, surnomme le
Mwalimu (professeur), prend la tete du


premier gouvernement independent du
Tanganyika partiese continental de la
Tanzanie actuelle), avant d'acceder a la
presidence du pays un an plus tard. A
l'epoque le "professeur" etait a la tete de
la TANU (l'Union national africaine du
Tanganyika), creee des 1954 alors que le
pays etait sous tutelle des Nations Unies,
apres avoir ete protectorat britannique.
Un heritage des Allemands, contraints,
apres la Premiere Guerre mondiale, de
laisser aux Britanniques leurs colonies
d'Afrique orientale allemande, a l'ex-
ception du Rwanda et du Burundi qui
revinrent aux Belges.

De son c6te Zanzibar devint independante
en 1963 de la Grande-Bretagne et resta
sous l'autorite du sultan qui fut renverse
un an plus tard par une revolution qui
consacra Abeid Amani Karoume a la pre-
sidence de l'archipel. La meme annee,
Nyerere entame des negociations avec
le president zanzibarite qui aboutissent
quelques mois plus tard a la creation de la
Tanzanie unie. Pourquoi une tell union
entire deux pays don't les ambitions et


objectifs differaient tant ? Les puissances
occidentales -craignant que Zanzibar ne
devienne le "Cuba" de l'Afrique -auraient
joue un role non negligeable dans cette
union.

Fevrier 1967. Julius Nyerere, lors de la
celebre "declaration d'Arusha", pose les
principles fondateurs d'une nouvelle poli-
tique economique, visant notamment a
atteindre l'autosuffisance alimentaire et
jetant les bases d'un socialism a la tan-
zanienne, l'Ujamaa: "Un gouvernement
honnete, l'egalite entire les riches et les
pauvres, l'independance economique."

1977. La TANU devint la Chama Cha
Mapinduzi (CCM). Entre 1970 et 1980,
la Tanzanie apporte son soutien a divers
movements africains de liberation, que ce
soit au Mozambique, au future Zimbabwe
ou a l'Afrique du Sud. Nyerere parvient a
conserver de bonnes relations avec l'Ouest
tout en recevant une aide substantielle de
la Chine. Mais en 1983, la crise econo-
mique rend necessaire la liberalisation de
l'economie tanzanienne.

1980. Le "professeur" entame son dernier
mandate presidential, mais restera i la tete
du CCM parti unique -jusqu'en 1990.

1985. Ali Hassan Mwinyi, succede a
Nyerere. Reelu en 1990, il accelere le
programme de reformes pour le passage
a une economic de march et au multi-
partisme. Julius Nyerere conserve son r6le
d'eminence grise en Tanzanie et celui de
"sage" appele a regler des conflicts regio-
naux en Afrique.

1995. Candidat du CCM, Benjamin
Mkapa est elu I la presidence. Le 14
octobre 1999, le d&ces de Julius Nyerere,
le "pere de la nation", fait craindre un
eclatement de la Tanzanie, mais la reelec-
tion du president Mkapa en 2000, apparait
comme une volonte de sauvegarder l'heri-
tage de la Republique unie de Tanzanie,
tandis que Aman Abeid Karume, fils de
Karume, premier president de Zanzibar,
est elu a la presidence de l'ile, dans une
election boycottee par l'opposition. Le
president tanzanien doit faire face a une
situation difficile marquee par une forte
crise economique, et la presence de pres
de 300.000 refugies en provenance du
Burundi.

2005. Candidat CCM egalement, Jakaya
Kikwete prend la tete du pays.


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010





R*eportag e" e. -


Un nouveau march commun, unique en


Afrique, de 130 millions de personnel


M.M.B.


L e ler juillet 2010 est a marquer
d'une pierre blanche pour les
cinq pays de la Communaute
d'Afrique de l'Est, connue sous
son acronyme anglais EAC. Ce jour 1a, les
chefs d'Etat de la Tanzanie, du Burundi,
Rwanda, Ouganda et Kenya paraphaient
le protocole prevoyant la libre circulation
des personnel, biens et services et, d'ici
2012, une monnaie unique.

Rencontre a Arusha, ou se trouvent les
bureaux de l'EAC non loin du Tribunal
Penal International pour le Rwanda -avec
son secretaire general, le Tanzanien Juma
V. Mwapachu. Entretien a batons rompus
avec cet ancien ambassadeur qui, a 68 ans,
entend apporter son experience au secteur


prive tanzanien lorsqu'il cedera sa place
a la tete de l'EAC en 2011.

Une premiere Communaute, mais d
trois Tanzanie, Ouganda et Kenya a
vu lejour en 1967pourprendrefin 10
ans plus tard. Comment expliquez-
vous cet echec?

Les raisons sont multiples et il m'est
impossible de dire laquelle a predomine.
Selon moi, tout d'abord, la premiere EAC,
au lendemain de l'independance, s'est
construite sur des foundations erronees, a
savoir sur un heritage colonial, construit
par les Britanniques. Vous retrouviez
ainsi des institutions assurant un ser-
vice commun -chemins de fer, poste,
aviation, energie, university meme
mais qui n'etaient pas soutenues par
une reelle volonte politique ; comme si
elles avaient ete empruntees. Ensuite, la
prise de decision etait trop centralisee,
dependant des chefs d'Etat; vous n'aviez
pas un Conseil des ministres, comme en
Europe. Il suffisait qu'un representant
soit absent pour que les decisions soient
bloquees. Ajoutez-y le fait que le President
tanzanien Nyerere a refuse de singer a
cote de l'Ougandais Idi Amin Dada lor-
sque ce dernier a envahi le nord de la
Tanzanie en 1972, declarant: "je ne veux
pas m'asseoir a la meme table que cet ani-
mal". Enfin, certain mettent en avant les
choix economiques, la Tanzanie pregnant
la route socialist, le Kenya pronant une
economic de march, et l'Ouganda un
melange des deux, avant qu'il ne devienne
un Etat de non-droit.

En 1999, I'EAC renait de ses cendres,
tout en invitant a sa table le Rwanda
et le Burundi. Pourquoiun tel choix ?

Retournez a l'histoire. Avant le
Tanganyika, le Rwanda et Burundi etaient
colonies allemandes. Ensuite, partant
du Nord de Dar-Es-Salaam, la route des


Ceurrier





-a ai Repo rta


esclaves allait jusqu'au Kivu, repandant
aussi le Swahili, langue devenue commune
a la Tanzanie, au Rwanda et au Burundi.
Vous retrouvez aussi des affinites eth-
niques, notamment entire le Burundi et
la Tanzanie. Par ailleurs, en raison de
leur grand voisin la RDC (Republique
democratique du Congo), certain on cru
que le Burundi et le Rwanda regardaient
vers l'Ouest. C'est une
erreur : leur regard Les trois pay
se tourne vers 1'Est.
L'entierete de leur I'EAC voient
commerce exterieur historique du
se faith via les ports de Burundi leur
Mombasa au Kenya
et de Dar-Es-Salaam.
Enfin, les trois pays fondateurs de l'EAC
voient dans la fragility historique du
Rwanda et du Burundi leur propre fra-
gilite. Regardez l'empathie manifested par
les Tanzaniens lorsqu'ils ont accepted un
million de refugies burundais sur leur ter-
ritoire. N'oubliez pas aussi qu'un conflict
entire Hutus et Tutsis est potentiellement
toujours possible. Dans ce cas, ce sont les
pays frontieres qui en souffrent. En les
acceptant au sein de la Communaute,
nous pouvons forger une alliance pronant
une paix stable.

Quels sont les ddfis qui attendant I'EAC,
en particulierpour la Tanzanie ?

Les Tanzaniens disent qu'ils ont peur.
Depuis les annees 80, une nouvelle gene-
ration de jeunes Tanzaniens a vu une
diminution dans le niveau de l'education,
ce qui a erode leur confiance vis-a-vis des
autres, les Kenyans notamment. Il est
vrai que le nombre de Tanzaniens ayant
access a l'education a considerablement
augmented, mais la quality n'a pas suivi.
La langue devient egalement un facteur
important. Ils voient les Ougandais et
Kenyans parler parfaitement l'anglais -ce
qui est le cas de ma generation, mais plus
de la leur. Ils voudraient se retrancher
dans une forteresse, ayant le sentiment
de ne pas pouvoir les concurrencer. Sur
le plan de l'education, il faudra au moins
dix ans pour que nous arrivions au meme
niveau que nos deux grands voisins. Mais
ma response aux jeunes Tanzaniens est :
ouvrez-vous et vous apprendrez de nou-
velles competences, exposez-vous. De
son c6te, le Conseil inter-universitaire,
une institution de l'EAC, doit travailler
a l'harmonisation du system educatif.


P


Nous sommes la seule region economique
en Afrique a vouloir embrasser le proces-
sus de Bologne mis en place en Europe.
Deji, nous avons standardise le montant
des inscriptions a l'universite.

La RDCA a mni ifitsrt son souhait
d'entrer dans l'EAC. Certains craig-
nent qu'en acceptant ce "grand pays
avec de grands
fondateurs de problmes" cela
revienne au "baiser
ans la fragility de a mort". Cela
Rwanda et du poserait egalement
ropre fragility la question de la
langue, le Burundi
ayant ddja ete mar-
ginalise dans des reunions en raison
de sa langue, lefrangais.

Concernant tout d'abord l'emploi de la
langue, le President Kikwete, don't le
pays assure actuellement la presidence
de l'EAC, a declare au dernier Sommet a
Kampala que le temps etait venu de reviser
les textes limitant la communication a une
seule langue, l'anglais. S'agissant de la
RDC, nous sommes "passionnes" par ce
pays. Ce dernier est surtout interesse par


BURUNDI>' c- )4i aiF'f"0
(C Go '0N 0 r es





J-L

,i ..n. I j I- ,
r3., IT" ,r I j 'V ..... .


nos infrastructures. Mais il est plus prob-
able que le prochain pays enter dans
la Communaute soit le Sud-Soudan. S'ils
votent l'independance en 2011, il est clair
qu'ils seront les candidates prioritaires. Les
raisons sont simples : ils sont culturelle-
ment lies a l'Ouganda et au Kenya, ils sont
chretiens et leur economic est entierement
tournee vers le Sud.

La Tanzanie est 6galement membre
de la Communaute de developpement
de I'Afrique australe, la SADC. Des
deux institutions, SADC, EAC, laquelle
est la plus important aux yeux des
dirigeants du pays ?

Nous avons a un certain moment divorce
de l'Est et dans notre recherche a seduire
une nouvelle femme, nous sommes tombs
profondement amoureux du Sud, de la
SADC Durant l'apartheid, nous avions
des liens forts avec l'ANC en Afrique du
Sud et les elites sont encore emotionnel-
lement liees a la SADC. Mais la Tanzanie
sait aussi de quel c6te se trouve le beurre
sur la tranche de pain, a savoir 1'EAC.
C'est une question de realisme.


entrepnsereslllenceblog


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010





R*eDDae -an


"Avec un tel potential, la Tanzanie


pourrait faire tellement mieux"

Entretien avec I'ambassadeur Tim Clarke, chef de la d6l6gation de I'Union europ6enne en Tanzanie


"II y a vingt ans, j'ai travaille pendant
cinq ans en Tanzanie pour la Commission
europeenne; j'etais conseiller en devel-
oppement rural", nous explique Tim
Clarke. "Nous etions alors en charge du
plus vaste programme europeen pour
I'agriculture en Afrique, avec celui du
Senegal. Aujourd'hui, on n'aime pas
m'entendre dire que depuis, le niveau de
pauvrete dans les zones rurales est rested
pratiquement inchange. Ce qui, finale-
ment, n'a sans doute rien d'6tonnant
lorsqu'on sait que la population tanzani-
enne a double au course de cette periode.


M.M.B.


J agriculture est l'axe majeur
de la strategic de lutte contre
la pauvret& du gouvernement
tanzanien. L'ann&e derniere,
la Tanzanie a lance un programme de
grande envergure, "Kilimo Kwanza"
("L'agriculture d'abord"). "Mais je crains
que pour bon nombre de personnel, cela
n'apportera rien de neuf. Pour en juger,
il faudra cependant attendre les r6sultats,
sachant en outre que des resources sup-
plementaires ont &t& affect6es i l'agricul-
ture au titre du budget 2011. Je continue
done d'afficher un optimism prudent."

Nyerere, un leader

"Tout cela, Nyerere l'avait d6ji compris
il y a vingt ans", pursuit Tim Clarke.
Nyerere est "le" nom qui revient tou-
jours lorsqu'on 6voque la Tanzanie. Et
l'ambassadeur de l'UE ne d6roge pas a
cette r&gle. "Cet homme a vraiment mar-
qu6 les esprits. C'6tait une veritable star
international. C'6tait aussi un homme
modest. II avait compris l'importance
capital de l'agriculture, et la n&cessit&
de reformer ce secteur. Meme s'il n'a pas
toujours trouv6 les bonnes r6ponses, sa
reputation est rest6e intacte."


Tim Clarke. 0CE La Tanzanie aspire toujours a jouer un


role de leadership et, ajoute Tim Clarke,
son "attitude vis-a-vis des r&fugies est
r6ellement exemplaire. Le Ministre de
l'Int&rieur a ainsi pris une decision sans
precedent en naturalisant 160.000 res-
sortissants strangers. Une decision dans
le plus pur style de Nyerere, qui s'inscrit
dans sa 'politique Ujamaa' ax&e sur la
promotion du bien commun. La Tanzanie
se caract&rise par cet extraordinaire sens
de la compassion humaine, et, dans le
meme temps, une strange mentalit&-for-
teresse, le d6sir d'une Tanzanie pour les
Tanzaniens."

Lutter contre la corruption

Mais le parti fonde par Nyerere, le CCM,
montre des signes de vieillesse. "Le CCM
est au pouvoir depuis 49 ans maintenant
", faith remarquer Tim Clarke. "Ce qui
ne va pas sans poser des probl&mes." A
commencer par la corruption, qui domine
aujourd'hui la vie politique. "Le gouver-
nement a adopt& une s&rie de measures
positives, par example la creation d'un
Bureau de prevention et de lutte contre
la corruption (PCCB), auquel il a accord
certain pouvoirs. Pourtant, beaucoup
estiment qu'il ne s'agit 1a que d'un rideau
de fumee. Un programme de r6forme du
secteur public, que nous soutenons, a &t&
mis en place. Mais il doit etre relanc&. De
reels efforts doivent etre entrepris pour
r6duire ces obstacles non-tarifaires au
commerce, aussi bien en Tanzanie que


SMarie-Martine Buckens


Ciare-m arine IucKens


C u rrier





-a ai R'ep rae


dans la region. Mais ni nous, ni d'autres
partenaires, n'avons reussi a avoir une
discussion approfondie sur les questions
de governance et de corruption. Je rest
cependant persuade que cela pourra se
faire un jour."

Se defaire de ses vieilles
habitudes

"Notre aide prend essentiellement la
forme d'un soutien general et sectoriel
au budget public. Mais, faute d'un lien
manifest entire les resources inject&es
et les resultats realises, certain Etats
membres de l'UE hesitent de plus en plus
a recourir a ce type d'instrument finan-
cier. Nous souhaitons un enforcement du
dialogue sur les questions de governance
et de responsabilite
financiere". Et Tim "La Tanzanie
Clarke de poursuivre:
"Mon travail consist par cet extra
a contribuer a la crea- de la compact
tion d'un environ- et, dans le
nement commercial une mentality
sain et a soutenir la
capacity des institu- desir d'une Ta
tions actives dans le Tanza
domaine de la coo-
peration afin que la Tanzanie puisse un
jour se debrouiller toute seule. Je reste
convaincu que la Tanzanie possede le
potential et les resources pour y arriver".

"Ce pays jouit en effet d'une bonne stabi-
lite macroeconomique. II peut computer sur
un soutien budgetaire approprie et evolue
dans la bonne direction. Pourtant, de
nombreux bailleurs de fonds en Tanzanie
ont l'impression que ce pays n'arrive
pas a developper routes ses potentiali-
tes". Pourquoi ? "Je n'en sais rien. Si
une solution miracle existait, elle aurait
deji ete trouvee. Developper l'agricul-
ture est une tache difficile et de longue
haleine. D'aucuns craignent de voir les
Kenyans, les Ougandais et d'autres etran-
gers prendre le control de l'economie.


Co

m
7-

I/
I/


Mais ces craintes ne sont pas fondees
-les derniers chiffres montrent en effet
que la Tanzanie affiche de bons resultats
et qu'elle faith meme mieux que d'autres
membres de la Communaute de l'Afrique
orientale pour ce qui est des changes
intra-regionaux. Le pays est rested tries
profondement socialist, et meme si le
secteur prive progress, le processus de
changement est tries difficile."

Alors que l'agriculture devrait etre le pre-
mier secteur de creation de richesses, on
constate que les resources naturelles ne
sont toujours pas convenablement gerees.
Le deboisement s'intensifie et l'erosion des
sols et la perte de la biodiversity s'accen-
tuent. Pour Tim Clarke, les questions de
structure agraire sont au cour du pro-
bleme, car ce system
se caracterise actuel empeche les
petits agriculteurs
rdinairesens d'exploiter de nou-
sion humaine, velles opportunities.
i6me temps, Ceux-ci ne sont tou-
-forteresse, le jours equipes que
d'une simple binette
izanie pour les (jembe) pour travailler
niens." la terre. Ce problem
est bien connu et se
pose dans de nombreux pays d'Afrique. Et
pour le resoudre, il n'existe pas de solutions
simples et pretes a l'emploi. Tim Clarke
pursuit: "Il en va de meme dans le secteur
de la sante. Dans certain hopitaux, la
situation est epouvantable. Mais heureu-
sement, il y a aussi des exceptions qui font
chaud au cour. Et de citer le programme
hospitalier de rehabilitation global a base
communautaire (CCBRT) qui prend en
charge les personnel en situation de han-
dicap a Dar es Salaam : "la creme de la
creme" selon lui.

Une question de cr6dibilit6
international

La Tanzanie rest neanmoins un interlo-
cuteur international privilegie en matiere


de politique africaine. Le President
Kikwete est ainsi l'un des trois chefs
d'Etat du continent (avec les presidents
du Liberia et du Rwanda) a avoir ete invite
a s'exprimer lors d'une conference orga-
nisee par le President americain Barack
Obama. "Il ne faut pas non plus oublier
les liens important avec la Chine, comme
en temoigne la visit en Tanzanie du diri-
geant chinois, un veritable evenement
d'ailleurs. C'est avec la Chine que la
plupart des contracts sont signs. A noter
egalement la visit du vice-president ira-
nien, en raison de l'importance des liens
avec l'islam ". Le President Kikwete, qui
etait a la tete de l'Union africaine, preside
aujourd'hui la CAO, ou Communaute
d'Afrique oriental (lire a ce sujet l'inter-
view de son Secretaire general). Autant
d'aspects a ne pas negliger et l'ambassa-
deur admet d'ailleurs que "l'Union euro-
peenne n'a pas invest suffisamment et n'a
pas abattu la bonne carte dans ce jeu."
Tim Clarke est egalement convaincu que
le President Kikwete aurait pu utiliser la
position qu'il occupe aujourd'hui au sein
de la CAO pour faire avancer l'agenda
economique. Entre-temps, le dialogue
entire l'UE et la CAO rest limited, meme si
l'UE lui octroie indirectement des fonds,
essentiellement pour soutenir les actions
du gouvernement en faveur des droits de
l'homme et, plus tard, pour promouvoir
les infrastructures. "Mes collogues et moi
essayons de mettre en place un dialogue
politique", explique-t-il. Un dialogue
d'autant plus important que la Tanzanie
a finalement choisi de negocier son future
Accord de partenariat economique (APE)
avec l'UE dans le cadre de la CAO, aban-
donnant ainsi sa place au sein du bloc de
l'Afrique australe. Mais la finalisation des
APE s'avere difficile. D'oi l'importance
d'instaurer un dialogue entire la CAO
et l'UE.


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010


Varie- Martlne bucKens





*Reporta T -n -z


Un soutien budgetaire important au


service de la lutte contre la pauvrete

Malgre un taux de croissance annuel du PIB eleven, autour de 7%, la Tanzanie reste I'un des quinze pays les plus pauvres
du monde, suivant I'indice de developpement human du PNUD, le Programme des Nations Unies pour le Developpement.
Le pays reste ainsi le principal beneficiaire de I'aide publique au developpement (APD) en Afrique subsaharienne.


Dans un centre nutritionnel de Partage Tanzanie, a Bukoba. Marie-MartineBuckens


M.M.B.


depasse les 2 milliards de dol-
lars en 2006, doublant par
rapport aux annees 1990. La
contrepartie est une important depen-
dance de l'economie tanzanienne vis-
a-vis des bailleurs internationaux (16
% du revenue national brut et 41 % du
budget de l'Etat).

Des progress ont cependant ete accom-
plis, notamment suite a la strategic pour
la croissance et la reduction de la pau-


"En outre, precise Sadick Magwaya,
responsible des programmes de 1'UE
au sein de la cellule de l'Ordonnateur
principal du minister tanzanien des
Finances, le taux de mortality est passe
de 112 a 91 pour mille entire 2005 et
2009". Mais, reconnait-il, "le rythme
de diminution de la pauvrete est trop
lent et reste un veritable defi pour le
gouvernement." L'education secondaire
reste aussi problematique : trop peu
d'enseignants et souvent mal forms,
sans computer que l'anglais sesame pour
poursuivre des etudes superieures n'est
enseigne en primaire que dans les ecoles
privies, qui, pullulent de plus en plus.


vrete (Mkukuta) mise en place par les Les zones rurales, essentiellement agri-
autorites. Ils se competent principale- coles et ou vivent 80% de la population,
ment dans les domaines de l'education ont ete "durement touchees a la fois
primaire, de l'egalite par les maigres per-
des genres, de l'ac- "Le rythme de diminution de formances agricoles
ces de la population la pauvrete rest trop lent et et le sous-emploi."
urbaine a l'eau (alors Le manque d'oppor-
que la moitie de la reste un veritable d6fi pour le tunitr est tel que, en
population rurale n'a gouvernement" 2006, sur les 760.000
pas d'acces direct) : demandeurs d'em-
mais beaucoup rest a faire dans la mise ploi, seuls 70.000 ont trouve un emploi...
a niveau des infrastructures, la lutte Sur le plan agricole, pursuit Sadick
contre la pauvrete extreme, la malnu- Magwaya, "les defis restent important
trition et la sante. ; l'agriculture rest dependante des pre-


Un peu plus d'un demi milliard
d'euros d'aide europ6enne

Dans le cadre de son 10e Fonds euro-
peens de developpement (FED), I'UE a
decide d'octroyer 555 millions d'euros a
la Tanzanie pour la period 2008-2013.
Cette aide est octroyee essentiellement
sous forme d'appui au budget du gou-
vernement (55% au budget general et
25% au budget sectoriel communica-
tion, infrastructure), le reste soit 55,5
millions d'euros etant affected au com-
merce et a I'integration regional (dans
sa composante acteurs non etatiques).
Une autre tranche de 55,5 millions
d'euros est affected a des programmes
prevoyant le soutien :
- aux acteurs non etatiques (23 millions
d'euros)
- I'Ordonnateur national (5 millions
d'euros)
-aux elections de 2010 (3 millions
d'euros)
- a la cooperation technique (5 millions
d'euros)
- aux programmes de reform (8 mil-
lions d'euros)
- a la recherche sur le climate et I'energie
(8 millions d'euros)
- autres (plaintes, contingencies) (3,5
millions d'euros)


cipitations, les supports -en recherche
et expertise -manquent cruellement,
de meme que les infrastructures. Notre
industries agroalimentaire reste tries
faible, alors que l'UE voudrait y donner
la priority, et pousser dans ce cadre le
role du prive." Dans la nouvelle stra-
tegie Mkukuta, lancee en juillet 2010,
le gouvernement a decide d'accorder
plus d'importance au secteur prive mais,
reconnait Sadick Magwaya, "cela rest
encore faible. Or, le secteur public ne
peut augmenter indefiniment... "


C u rrier





-a i R'ei rtge


Casser le cercle vicieux


handicap/pauvrete


A Dar es Salaam, le centre hospitalier de M.M.B.
Msasani bourdonne comme une ruche.
Des enfants attendent leur physiothe-
rapeute, d'autres d'etre operes de la e prt r
cataracte. Plus de 200 personnel font nous explique Erwin
la queue tous les jours pour une con- Telemans, responsible
sultation. Mais la prise en charge des du CCBRT, un acro-
nyme pour Comprehensive Community
handicaps ne s'arrete pas la porte Based Rehabilitation in Tanzania. Il est
de I'hOpital... le fait de gens tries motives emmenes par
le Dr Willibrod Slaa" candidatet a la pre-
sidentielle pour le parti de l'opposition
Chadema, NDLR), president du conseil
d'administration du programme. "Au
depart, il s'adressait aux aveugles -la
cataracte est un veritable fleau mais s'est
etendu par la suite. Aujourd'hui, il compete
320 employes et dispose de 200 lits. Mais
ce qui est probablement plus important
que l'hopital lui-meme, c'est le fait que
nous travaillons dans les communautes,
ensemble avec les gens sur place". Car,
poursuit-il, "il faut savoir qu'etre handi-
cape est consider ici en Afrique comme
une faute, une punition de Dieu."

Marginalisation

Les handicaps sont ainsi confines dans
les communautes. Et c'est la qu'il faut aller


les chercher. Grace a une vaste strategic
de communication qui fait intervenir les
medias, mais aussi des "ambassadeurs",
souvent d'anciens patients, le centre par-
vient a convaincre les families d'y amener
leurs sourds, les enfants aveugles, ceux
nes avec un pied-bot ou un bec de lievre.
Msanani les prend en charge. Des mede-
cins, tanzaniens et strangers, sont mis a
contribution. "Chaque annee, pursuit
Erwin Telemans, 10.000 operations sont
effectuees ici, 8.000 pour les yeux et 2.000
concernant l'orthopedie, la reconstruction
plastique". Et de poursuivre : "il y a des
gens qui depuis 20 ans ne voient plus a
cause de la cataracte et qui, grace a une
operation de 20 minutes voient a nouveau;
de meme, si vous operez avant 6/7 ans des
enfants nes avec la cataracte, ils pourront
voir, et ainsi devenir juriste, medecin, qui
sait, president". Le CEO du programme
se souvient avec bonheur de cette famille,
venue avec ses cinq enfants, tous aveugles.
Au bout de quelques jours, tous pouvaient
voir. "La mere etait folle de joie; partout
dans l'hopital, les chants fusaient. Les
Africains sont tries expressifs "

Mais tous ne sont pas gueris. Des "unites
de soutien" ont donc ete mises en place
pour aider les parents, avec le soutien
d'une equipe de physiotherapeutes, a
assurer l'insertion de leurs enfants han-
dicapes. Des programmes d'education ont
ete lances, touchant aujourd'hui 58 ecoles.

Petit a petit, le centre a pris en charge
d'autres handicaps. Celui des meres,
souffrant de fistule obstetricale, apres un
accouchement difficile. Une invalidation
qui les marginalise. A nouveau, le travail
dans les communautes, en particulier les
regions rurales, s'est avere determinant.
Aujourd'hui, le gouvernement a demanded
au CCBRT d'agrandir ses services a la
sante maternelle. Un h6pital, base sur
partenariat public-prive, a vu le jour. Le
gouvernement a mis le terrain a disposi-
tion et prend en charge certain salaires.
Pour le reste, le centre fonctionne avec
le financement de dons prives, d'autres
ONG et, surtout, de l'Union europeenne.

Une personnel sur dix dans le monde
souffre d'un handicap. Huit handicaps
sur dix vivent dans le Sud. En Tanzanie,
moins de 2% des handicaps vont a
I'ecole.


) CCBRT/Dieter Telemans


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010





*RDD e' - -


Le pouvoir de d cider


Sortir les jeunes femmes du cercle vicieux de la pauvrete et de la dependance, tel
est I'un des projects developpes dans le nord de la Tanzanie par I'ONG allemande
DSW. En travaillant sur deux axes : I'apprentissage d'un metier et la prise en charge
de sa sexuality.


M.M.B.


comme cuisiniere stagiaire a
l'hotel Golden Rose a Arusha,
grand centre urbain et touris-
tique a un jet de pierre du Kilimandjaro.
Gertrude devrait etre employee sous peu.
Banal, sans doute. Si ce n'est qu'il y a a
peine un an ; elle n'avait d'autre choix de
vie que de se marier, ou de se retrouver
dans la rue, ses parents n'ayant pas de
resources pour l'aider a sa sortie de l'ecole.
Aujourd'hui, Gertrude n'entend pas se
marier avant cinq ans.

Sa formation, Gertrude l'a eue au centre de
formation (Vocational Training Centre) de
Faraja, a quelques kilometres de Arusha.
Un centre fonde en 2007 par Martina
Siara, une assistant social a la retraite.
Un centre exemplaire, construit sur les
terrains de Mme Siara et qui actuellement
abrite 40 jeunes filles. Beaucoup d'entre
elles ont un passe douloureux victims
de viols, du commerce sexuel, et delaissees
par leur famille. Seize d'entre elles sont
meres. Une creche vient de s'ouvrir pour
leur permettre de suivre les formations
: essentiellement la gestion hoteliere, la
confection, l'informatique.

"Ce centre est unique, explique Jesse
Orgenes, responsible de programme, car
on y accepted les femmes avec leurs enfants.
Autrefois elles etaient rejetees. Si on leur
donne les outils necessaires, elles pourront
aller sur le march en etant moins vulne-
rables, plus confiantes en elles. Elles auront
enfin le pouvoir de decider de leur vie."

Ministres du changement

DSW apporte son appui au centre, grace
notamment au financement de l'Union
europeenne. Comment ces femmes sont-
elles arrives 1l ? "Grace a nos clubs de
jeunes, etablis dans les trois regions
chacune en compete une trentaine o
nous travaillons ici dans le nord : Arusha,
Kilimandjaro et Tanga", ajoute Jesse
Orgenes qui pursuit : ces clubs sont uti-
lises dans tous nos projects Car les pro-
jets soutenus par l'ONG sont nombreux.
Mais tous ont un denominateur commun :
apprendre aux jeunes, aux femmes surtout,
a prendre leur vie en main. Si l'information


i'

LI %,kr vU)6~r


'-
* x --


Au Centre de formation professionnelle de Faraja a Marie-Martne Buckens


sur la sante sexuelle est au centre de la
plupart de ses demarches -outre la dis-
tribution de preservatifs ou de pilules, des
theatres ambulants sillonnent les marches
pour mettre en garde contre les pratiques
a risque et des tests de depistages du VIH
sont proposes -les animateurs des clubs
apprennent egalement aux jeunes a mon-
ter des projects et a les gerer financiere-
ment. Ces animateurs, forms par l'ONG,
forment a leur tour d'autres jeunes, qui
deviennent, ajoute-t-il "des ministres du
changement".

Toujours appuye par l'UE, le programme
de sante reproductive de DSW s'tend aux
hopitaux, a certaines grandes entreprises
-DSW collabore avec l'Association des
Horticulteurs de Tanzanie, TAHA, qui
compete quelques grandes fermes de pro-


duction intensive de fleurs dans la region
-jusqu'aux petits exploitants miniers,
travaillant souvent dans des conditions
sordides.

"L'appui de l'UE ne s'arrete pas 1l, souligne
de son cote le directeur national de DSW,
Peter Munene, elle soutient egalement nos
actions en faveur de la sante au Kenya
et en Ouganda, au travers de son fonds
regional. De meme nous aide-t-elle, via la
Communaute de l'Afrique de l'Est, a mener
des actions aupres des jeunes des cinq pays
membres afin de les responsabiliser a la
vie politique."


C u rrier





-ani R'ep oage


Eau, le defi de la gestion


durable a Zanzibar


Les precipitations ne manquent pas sur I'ile des spices qui doit pourtant faire face a de multiples defis pour assurer un
approvisionnement en eau suffisant et de quality, en particulier pour les populations rurales delaissees du nord-ouest de
I'ile, loin des zones touristiques.


M.M.B.


Seau des pluies de moussons est
stockee regulierement dans
les caves naturelles de cette ile
essentiellement corallienne.
Mais plusieurs facteurs menacent cette
disponibilite. La surexploitation des eaux
souterraines provoque une salinisation des
puits cotiers, entrainant une surcharge des
puits a l'interieur de lile, et une deterio-
ration de la quality des eaux , expliquent
les services techniques de ZAWA, 1'Auto-
rite responsible de l'eau a Zanzibar. Par
ailleurs, contrairement a la parties conti-
nentale de la Tanzanie, un decret de cet
archipel semi-autonome a autorise l'inves-
tissement stranger qui, en toute logique,
a equipe la seule zone touristique, a l'est
de lile. Enfin, le reseau d'eau public est
obsolete et sous-dimensionne par rapport
a la population actuelle. "La majority
du reseau date de l'independance, et la
politique de l'eau au course de la periode
1980-2004 ne disposait pas de reglemen-
tations efficaces et se basait sur la gratuity
du service" ajoute Luca Todeschini de
l'ONG italienne ACRA. II faudra attendre
2004 pour que les autorites adoptent un
decret sur l'eau, et 2006 pour la mise en
place de ZAWA.

Priority aux communautes

ZAWA est le partenaire principal de
ACRA dans le project de gestion durable
de l'eau a Zanzibar, aux c6tes de deux
ONG zanzibarites. Dote d'un budget de
1,05 millions d'euros sur trois ans, il est
finance a hauteur de 75% par l'Union
europeenne.

"Il est particulierement innovant dans la
measure otu il cree des 'Comites pour l'eau
' responsables aux c6tes de ZAWA de la
gestion de l'eau dans les villages". Ces
communautes, composees pour la plupart
des femmes -facteur d'integration, les
femmes etant les laissees-pour-compte de
l'economie -ont pour tache d'assurer la
collect des redevances dans les villages.

La participation active des populations
couple a la rehabilitation des reseaux
d'adduction s'est r evelee payante: "les
gens ont compris que la vente de l'eau a
des prix raisonnables est indispensable
pour perenniser le service et la sante des
populations", explique Luca Todeschini,


viiuiro-suuveniluii en iaveur Ue I apulcuiure oans les mangiirves AcKHAItaly


qui pursuit : "bien que les tarifs natio-
naux de l'eau, tout recemment publics,
devraient garantir le recouvrement des
couts, ont n'est qu'au debut d'un pro-
cessus de changement de comportement
qui aura besoin de temps avant d'aboutir
pleinement".

Action holistique

"Mais notre action ne s'arrete pas 1W"
precise Luca Todeschini. LONG -qui
travaille egalement en partenariat avec
l'universite de Milan en Italie promeut
l'hygiene et l'assainissement le cholera
sevit depuis 1979, avec un pic en 2007
par la construction de latrines familiales et


l'organisation de campagnes d'education
dans les ecoles et dans les villages ainsi
que la diffusion de programmes radio et
spots tele.

Elle participe aussi a la diversification
des activities economiques des villa-
geois. Priority est a nouveau donnee aux
femmes, afin de permettre aux plus demu-
nies de payer leurs redevances. Certaines
se sont regroupees en cooperatives agri-
coles. D'autres installment des ruches dans
les mangroves qui proliferent sur la cote
ouest. Sans oublier les communautes de
pecheurs lancees dans des projects, encore
difficiles, d'aquaculture.


De I'eau, par percolation

Dans le district de Njombe, en Tanzanie continental, ACRA, en partenariat avec
NDO, une ONG locale, finalise la construction d'un system d'approvisionnement en
eau par gravity, alimente par les eaux pures des regions montagneuses du sud. Un
aqueduc de 80 km alimente ainsi en eau potable les habitants de 40 villages isoles.
Avec le soutien de ACRA, les 40.000 utilisateurs se sont regroups en une associa-
tion, responsible de la gestion du system.


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010





*RDe'p t -" -


Le Cauchemar des Tanzaniens


M.M.B.


Tanzanie, sur les rives du
lac Victoria. Si vous accostez
les gens pour savoir ce qu'ils
pensent du documentaire Le Cauchemar
de Darwin du realisateur Hubert Sauper,
les visages se ferment. Quatre ans apres
sa sortie sur les ecrans, le film, prime par
les critiques internationaux, vilipende par
des experts qui le qualifient de "voyeur"
et "malhonnete" n'a pas ete oublie. Et les
Tanzaniens attendant toujours l'enquete
promise par leur president qui, a l'epoque,
s'etait dit outre par le film.

Petit rappel : le film nous montre les
mefaits engendres par la mise en place,
finance par l'UE, d'une usine de con-
ditionnement de filets de perche du Nil,
destines a l'exportation en Europe et au
Japon dans un port jusque 1l confine a une
peche traditionnelle de faible rendement.
L'usine cree un miller d'emplois directs,
mais entraine aussi un exode rural et voit
fleurir nombre d'activites annexes, don't
la recuperation des sous-produits, mais
aussi la prostitution, des enfants de rue
se droguant et, comme le laisse supposed
le realisateur, le traffic d'armes, armes qui
rempliraient les soutes des avions a leur
retour en Afrique apres avoir decharge
les filets au Nord. Sans oublier le desastre
ecologique : introduite il y a plus de 50 ans,
la perche du Nil, vorace et carnassiere,
aurait faith le vide autour d'elle, menagant
de laisser un lac mort.

A Bukoba, port situe au nord de Mwanza,
les langues se delient, autour d'un plat de
tilapia. "Vous voyez, me dit un econo-
miste travaillant pour une ONG, les autres
especes sont encore bien presentes." Le
tilapia servi est lui aussi une espece intro-


Village de pecheurs au bord du lac Victoria.


duite, le tilapia du Nil, l'espece endemique
ayant, si l'on en croit certain experts, pra-
tiquement disparu. "Dans nos centres de
re-nutrition pour enfants orphelins, nous
utilisons en grande quantity le fulu, petit
poisson pelagique, source precieuse de
proteines et de sels min&raux." Le fulu
rest le poisson de choix des populations
rurales meme si, statistiquement, il ne
represent plus que 1% des prises con-
tre 80% avant l'essor de la perche. "Mais
presenter les choses ainsi est fallacieux,
pursuit l'economiste, car cela ne nous
indique pas le volume reel pech&."

Professeur de geographie, et ancienne
responsible d'une ONG humanitaire,
la Frangaise Sylvie Brunel, tout en ne


niant pas la reality montree dans le film,
condamne ce qu'elle consider comme le
regard eternellement condescendant et
passeiste des Occidentaux sur une Afrique
eternellement victim. Elle critique par
ailleurs l'analyse "profondement malhon-
nete" de Sauper qui etablit un lien direct
entire les appeals du pays a l'aide alimentaire
et la situation des declasses de Mwanza,
fustigeant au passage la facon malhon-
nete don't les representants europeens sont
tournes en derision. Un pays ne peut se
developper sans march interieur mais,
souligne-t-elle, l'experience montre que
c'est souvent l'existence d'une industries
moderne tournee vers l'exportation qui le
permet et non le maintien d'une commu-
naute autarcique aux faibles rendements.


Protection de la nature versus d6veloppement 6conomique

A un mois des elections, le gouvernement economique entire I'Ouganda, le Rwanda,
tanzanien tente de calmer la grogne des le Burundi et la RD Congo d'un c6te, la c6te
environnementalistes en annongant la est de la Tanzanie, au bord de I'Ocean
creation d'un group de travail charge de Indien, de I'autre.
le conseiller sur son project controversy Mais la route couperait le chemin de migra-
de construction d'une route traversant le tion emprunte chaque annee par 1,3 million
parc national du Serengeti, classes au pat- de gnous, don't la population risquerait de
rimoine mondial de I'Humanite de I'Unesco tomber a moins de 300.000, provoquant
et principal centre touristique du pays. Ce- une degradation des prairies et menagant
tte route de 50 km permettrait de realiser le la survive des predateurs selon les defen-
vieux project d'une voie de communication seurs de I'environnement.


Troupeau de gnous dans les vastes planes du Nord
de la Tanzanie. Marie-Martne Buckens


Courrier





-ani Repo rtag


David Mzuguno.Avec I'anmable autorisabon de Lumeres d'Afrique


Ebullition culturelle


De I'ngoma traditionnel au design en passant par les peintures Tinga, sans oublier
le renouveau du cinema, la culture tanzanienne se vit et se cherche entire tradition
et modernity.


M.M.B.


Pres du port de Mwanza, au nord
du pays, le centre cultural Bujora
est l'une des deux grandes insti-
tutions qui faith la promotion du
ngoma, danse traditionnelle tanzanienne,
faite de rythmes subtils -aides du tambour
et des marimbas, ou lamellophones -qui
exprime la vie de la communaut6 et permet
de communiquer avec les ancetres.

Dar es Salaam, par contre voit fleu-
rir des initiatives plus modernes. C'est
dans la capital &conomique que Mustafa
Hassanali, "fait de la mode une religion"
comme l'indique le site de la Semaine de
la mode Swahilie, une initiative annuelle
lance par ce jeune designer de mode.

Avec ses amis, Rachel Kessi a ouvert en
2003 la Mawazo Gallery, au centre de Dar
es Salaam, La galerie de cette jeune art
business woman tanzanienne, longtemps
expatri&e en Suisse, permet aux artistes
locaux d'exposer leurs oeuvres.

Le Zanzibar International Film Festival
(ZIFF), lance en 1998, a permis au cinema
tanzanien de sortir de sa torpeur. Mais le
ZIFF, comme en temoigne sa derniere
fourn&e, qui a prime un film sud-africain,
est devenu un evenement cultural majeur,
offrant une vitrine aux artistes de tout
l'ocean Indien et au-delb.



N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010


L'hritage de Tingatinga

II a peint quatre annees de sa vie... assez pour
que 38 ans plus tard quelque 400 artistes en
Tanzanie revendiquent leur appartenance
a une ecole qui desormais porte son nom.

Edward Saidi Tingatinga est ne, croit-on, en
1932. Mais ce n'est qu'en 1968, remarquant
I'interet des tourists de passage a Dar es
Salaam pour des peintures realisees au
Mozambique voisin et I'absence de pein-
tures tanzaniennes, qu'il decide de se mettre
au pinceau.

Son support : des panneaux d'agglomeres.
Ses couleurs: des peintures emaillees em-
prunteesaux carrossiersdu coin. Ses motifs
: des animaux, points dans des couleurs
vibrantes et fortes. Un nouveau style est
ne. Edward, fonctionnaire, charge sa femme
de vendre ses tableaux dans les quarters
animes de la capital economique tanza-
nienne. Ses peintures plaisent, se vendent-
bas prix- et bient6t Edward enr6le d'autres
membres de la famille pour I'aider. Certains
deviendront meme ses disciples.


C'est le debut d'une ecole qui se perpetue
aujourd'hui, basee sur la transmission. Ed-
ward, forme cinq apprentis qui a leurtour en
forment vingt, et ainsi de suite. < Dans ces
cooperatives, I'imitation etait quasi de rigu-
eur >, nous explique Yves Goscinny, ancien
galeriste a Dares Salaam et aujourd'hui co-
gerant de la Galerie Lumieres d'Afrique, a
Bruxelles. < Les artistes ne signaient pas
et ce n'est que plus tard, sur les conseils
d'Occidentaux, qu'Edward signera ses pein-
tures E.S.Tingatinga, alors que le nom qui le
design est Edward, Saidi est celui de son
pere et Tingatinga celui de son grand-pere >.
Edward mourra en 1972 d'une balle perdue
lors d'une course-poursuite.

Aujourd'hui le style Tingatinga s'est conside-
rablement diversified, de nouveaux themes
sont constamment introduits, mais les cou-
leurs fortes et brillantes restent. Parmi les
nouveaux peintres, David Mzuguno, don't
une retrospective exceptionnelle sera orga-
nisee du 4 au 29 avril dans les locaux de la
Commission europeenne a Bruxelles. Info:
www.lumieresdafrique.eu
















































Urban Camouflage:


A la decouverte des origins d'un project artistique


En Afrique, la function des vetements ne se limited pas a recouvrir le corps. Ils
vehiculent egalement une appartenance culturelle et participent a la definition du
statut social. Des lors, pourAnn Gollifer, artiste britannique installee au Botswana,
une balade dans les villes et villages equivaut a une "legon d'histoire plastique".
Tel est le concept qu'elle explore dans ses oeuvres, notamment dans son project
Urban Camouflage.


Sandra Federici


Camouflage, l'artiste a faith appel
a des adolescents du Botswana.
En 2007, Gaborone, la capital
du Botswana, a ainsi servi de decor a
Street Safari, un project qui a vu des
jeunes defiler dans des creations arbo-
rant les portraits des pares fondateurs du
pays -les "Trois chefs" Khama, Sebele
et Bathoen. Le port de ces vetements,
v&ritablement mis en scene, a aide les


jeunes a s'approprier publiquement l'his-
toire et l'identit6 africaines et a r6fl6chir
a ces questions.

Le Courrier s'est entretenu avec Ann
Gollifer qui prepare une nouvelle per-
formance artistique a Gaborone et qui
s'articulera autour du kanga, Le kanga
est un tissu en coton imprim6, souvent
agr6mente d'un liser6, d'un motif central
et d'un texte. Il sert notamment a la
fabrication de robes traditionnelles pour
les femmes d'Afrique central et orien-
tale. Les slogans politiques qui ornaient
autrefois ces tissus dans les annees 1960


et 1970 ont Iet remplac6s par des adages
et jeux de mots plus actuels.

Pouvez-vous nous en dire plus sur
votre nouveau project Fashion and
Art ?

J'ai voulu personnaliser une serie de kan-
gas en y imprimant mes propres motifs
et proverbes. Mon id6e 6tait simple
confier l'impression de mes creations a
un imprimeur industrial sur tissu et les
faire porter par un group de femmes
pour une s&rie de photos. Ces creations
se situent dans le prolongement de mon


C u rrier













travail artistique et de Haarlem Hand.
Les kangas arboreront des slogans en
anglais et/ou en setswana.

Oif l'evenement aura-t-il lieu et a
quels slogans songez-vous ?

Gaborone servira a nouveau de toile de
fond pour mon prochain Street Safari.
J'envisage cette fois-ci d'utiliser des
spaces urbains, par example des super-
marchs : des chaines sud-africaines au
Botswana ainsi que de chaines locales
de plus petites surfaces, comme les
Choppies. Les pressings et magasins
de nettoyage a sec m'int&ressent &gale-
ment. Les slogans/proverbes imprimes
sur les kangas seront ceux entendus de
la bouche de mes grands-meres, de ma
mere et de mes amis, mais aussi des
slogans publicitaires marques au sceau
du bon sens ou tout simplement amu-
sants, et qui m'ont done interpell&e. Je
songe par example au merveilleux slogan
publicitaire utilise actuellement pour
vendre de la farine de sorgho : Unleash
the indigenous you !

Quiportera vos creations en kanga ?

Ce sont mes amies de diff6rentes
nationalities et de cultures vivant a
Gaborone qui porteront mes creations
en kanga : elles viennent du Botswana,
de Suede, de Jamaique, d'Afrique du


Urban Camoutlage, en I air avec les Irois Chets", 2UUB. AnnGollfer


Sud, du Zimbabwe etc. Elles d6fileront
en presentant les "vetements africains
traditionnels en kanga" que j'aurai per-
sonnalises avec mes propres motifs
dans des decors contemporains mettant
en scene les teaches les plus banales de
la vie quotidienne d'une femme comme
preparer le repas et faire la lessive, ou
comment vivre en soci&t& de nos jours !


L'euvre d'Ann Gollifer regorge d'ironie
et raconte des histoires sur la capacity de
l'Afrique a alterner tradition et moder-
nit6, renouvelant ainsi chaque jour la
tradition pour produire des creations
nouvelles et autonomes. Ses euvres ne
manquant jamais de soulever de nou-
velles questions sur la culture et l'iden-
tit6 africaine.


La photographic africaine Ulm :


une exposition incontournable
Lorsque d'importantes sommes d'argent sont utilisees pour aider des artistes, engager des curateurs competents et offrir
au public une experience culturelle unique et intelligence, on est toujours agreablement surprise par le resultat. Et c'est
certainement vrai pour la premiere exposition organisee par la Collection Walther a Burlafingen pres d'Ulm, dans le Sud de
I'Allemagne. Une exposition proposee de juin 2010 a juin 2011.



S.F.


P lace sous la direction du critique
d'art nigerian Okwui Enwezor,
1'exposition confront trois g6ne-
rations d'artistes et de photo-
graphes africains avec des photographs
allemands modernes et contemporains.
Au total, les visiteurs peuvent ainsi admi-
rer 243 euvres de 32 artistes autour du
theme "Evenements du Soi: Portraits et
identity& sociale.

Les photographies exposes appar-
tiennent a la Collection Walther, une
belle collection, tres riche et tres diversi-
fiee, d'muvres de photographs africains
modernes et contemporains. Cette collec-


Theo Eshetu, Trance 100 cm x 100 cm. Avec Ialmableautorisation de TheoEshetu


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010


Craiv

















tion est l'muvre d'Artur Walther, homme
d'affaires et entrepreneur du monde de la
finance aujourd'hui a la retraite. Monsieur
Walther collectionne depuis longtemps
les photos d'artistes africains, chinois,
americains et allemands. II a aussi parti-
cipe activement l'organisation d'une series
d'institutions dedi&es aux arts visuels
et aux arts du spectacle. Depuis 2005,
Okwi Enwezor aide Walther a agencer et
a etendre le volet africain de sa collection
et a assure, en sa quality de curateur, la
creation du catalogue. C'est la premiere
fois que la Collection Walther s'ouvre au
grand public.

Chika Okeke-Agulu, eminent curateur
mais aussi doyen des affaires academiques
S1l'Institut des Arts de San Francisco
et fondateur et editeur de Nka : Journal
of Contemporary African Art, ecrit sur


son blog : "Je suis convaincu que cette
Collection deviendra dans les annees a
venir LA reference de la recherche pour
les specialistes de la photographic."

La premiere section de l'exposition ins-
tallee dans le batiment "White Box" se
decline en deux sequences. La premiere
est une exposition monographique dediee
aux portraits en studio de Rotimi Fani-
Kayode (1955-1989), artiste anglo-nige-
rian. La deuxieme sequence present les
muvres de 25 artistes africains contem-
porains, articulees autour des themes
du portrait, du genre, du spectacle, de
la theatralite et de l'identite. On y peut
admirer les photos de Sammy Baloji,
Oladele Ajiboye Bamgboye, Yto Barrada,
Candice Breitz, Allan deSouza, Theo
Eshetu, Samuel Fosso, David Goldblatt,
Kay Hassan, Romuald Hazoume, Pieter


Hugo, Maha Maamoun, Boubacar Toure
Mandemory, Salem Mekuria, Zwelethu
Mthethwa, Zanele Muholi, James
Muriuki, IngridMwangiRobertHutter,
Grace Ndiritu, Jo Ractliffe, Berni Searle,
Mikhael Subotzky, Guy Tillim, Hentie
van der Merwe et de Nontsikelelo Veleko.

L'exposition mise en scene a la "Green
House" present et compare les por-
traits de deux grands maitres modernes
: Seydou Keita (Mali) et August Sander
(Allemagne). Quant a la "Black House"
elle met en avant le concept de la seria-
lite de l'muvre de Bernd et Hilla Becher
(Allemagne), Malick Sidibe (Mali) et J.D.
Okhai Ojeikere (Nigeria)


~ijt

Theo EshetuPassage 35 cmx cm extra de p o Mon Z qa a 5 ndhWath Coton
Thee Eshetu, Passage 35 cm x 200 cm, extrait de Trip to Mount Ziqualla (2005). Avec I'mlmable autonlsatlon de The Walther Collection


C u rrier


Cr ativW






Aux plus jeunes


Entr6e fructueuse en Europe?


K]Ii


UWA

Comic by Eric Andrlantsalonlna
63


N. 19 N.E. SEPTEMBRE OCTOBRE 2010










Les JournBes europ6ennes du d6veloppement, Bruxelles, les 6 et 7 D6cembre 2010


La 5e edition des Journ6es europeennes du
developpement (JED) aura lieu cette annee


en sa quality de premier bailleur d'aide au
developpement mais aussi de moteur de la Efficacit6 de I'aide Objectif Cor6e 2010


a Bruxelles, les 6 et 7 decembre. Organi- reflexion international sur la cooperation au L'Union europeenne est-elle prete a induire
sees conjointement par la Commission euro- d6veloppement. Ces Journ6es ont contribute le changement ?


peenne et la presidence beige du Conseil de
I'Union europ6enne, les JED offrent un forum


a une plus grande prise de conscience des
questions liees au developpement au sein du


* Le developpement pour la prochaine genera-
tion Les droits des enfants dans la politique


europeen majeur permettant de debattre des grand public et ont aide a ameliorer la cohe- du developpement
questions relevant de la cooperation interna- sion europeenne en vue d'une amelioration S6curit6 alimentaire


tionale au d6veloppement.


de la quality de I'aide.


SPromouvoir un travail decent pour les femmes


Les quatre editions precedentes ont chacune Plusieursthemes sont au programme de cette www.eudevdays.eu
confirm le role de I'Europe, non seulement edition 2010:


ADRESSE : LE COURIER 45, RUE DE TREVES 1040 BRUXELLES (BELGIQUE)
COURRIEL: INFO@ACP-EUCOURIER.INFO SITE INTERNET: WWW.ACP-EUCOURIER.INFO


CALENDRIER NOVEMBRE-DECEMBRE 2010


Novembre


18 -19/11 Forum des leaders des medias
d'Afrique
Yaounde, Cameroun

19/11 Nigerian BELUX Diaspora
Forum (Forum de la diaspora
nigeriane au BELUX)
Organism par la Nigerians in
Diaspora Organisation Europe
(NIDOE) en partenariat avec
l'Ambassade du Nigeria.
Theme: Activer les commu-
nautes d'investissement pour
le developpement mutuel
Centre de conference,
Secretariat ACP, Bruxelles,
Belgique
Pour en savoir plus: www.nidoebe-
lux.org / Te.: +32 497 05 35 30 /
e-m a il: :, -. -,, . . ., .....,,.

25-26/11 Africomm 2010: 2e
Conference international de
l'ICST sur les e-infrastruc-


tures et services pour les pays
en developpement
Le Cap, Afrique du Sud

26- 28/11 4e Forum des affaires
UE-Afrique
Tripoli, Libye
www. euafrica-businessforum.org

29- 30/11 Sommet UE-Afrique
Tripoli, Libya
www.africa-eu-partnership.
org/3rd-africa-eu-summit

29 10/12 Conference des Nations Unies
sur les changements clima-
tiques
Cancun, Mexique
http://cc2010.mx/en


DOcembre

2-4/12 20e session de l'Assemblee par-
lementaire paritaire ACP-UE


Kinshasa, Republique
democratique du Congo
www. europarl.europa.eu/intcoop/
acp/60 20/default en.htm


06-07/12 Journees europeennes du
developpement
Bruxelles, Belgique
www.eudevdays.eu

7-8/12 3eme Forum sur la coopera-
tion euro-africaine en matiere
de recherche sur les TIC
Helsinki, Finlande
www. euroafrica-ict.org/events/
cooperation-forums/at-a-glance/

09 -10/12 Conference euro-africaine
2010 sur les e-infrastructures
Helsinki, Finlande
http://ei-africa.eu/at-a-glance/


Ceurrier











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