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Courrier (French)
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 Material Information
Title: Courrier (French)
Physical Description: Serial
Language: English
French
Portuguese
Spanish
Publisher: Hegel Goutier
Place of Publication: Brussels, Belgium
Publication Date: 07-2010
 Subjects
Genre: serial   ( sobekcm )
 Record Information
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
System ID: UF00095067:00086

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Full Text


N 18 N.E. JUILLET AOT 2010


'eU l r r
Le magazine bimensuel des relations el coopralions AIrique b
Pacilique & Union Europenne


"xi


J N, .-


,s % " '. ." ..
.k- ,~- . I.'.."'" -FU-.
I 'I .. L _.... .
-H, .,; :. ,.... .
Trinit et Tobago "
Ptrole et Cr..atiiyS


g/j


'Petite Pologne', la Royale

L'Afrique dans l'conomie mondiale
I44 WENATH2~LSi,~


Le


1/i


7 I


I












Courrier


Sommaire


LE COURIER, N.18 NOUVELLE SERIES (N.S)


Comit de rdaction
Co-prsidents
Mohamed Ibn Chambas, Secrtaire gnral
Secretariat du Groupe des Etats ACP
wvww.acp.int

Fokion Fotiadis, Directeur-Gnral DG Dveloppement
Commission europenne
ec.europa.eu/development/

Rdaction
Directeur et Rdacteur en chef
Hegel Goutier

Journalistes
Marie-Martine Buckens (Assistante Rdacteur en chef)
Debra Percival

Assistant ditorial
Okechukwu Umelo


DOSSIER 12 DECOUVRIR L'EUROPE 26


EDITORIAL


Assistant de production
Telm Borrs

Ont particip ce numro :
Eric Andriantsalonina, Victoria Burbidge, Sandra Federici, Okeoma Ibe, Joshua Massarenti, Nawa
Mutumweno, Dev Nadkarni,Andrea Marchesini Reggiani, Okechukwu Umelo, Charles Visser.

Gestionnaire de project
Gerda Van Biervliet

Coordination artistique
Gregorie Desmons

Conception graphique
Loic Gaume


Relations publiques
Andrea Marchesini Reggiani


Distribution
Viva Xpress Logistics ww.vxlnet.be

Agence photo
Reporters ww.reporters.be

Couverture
Abigail Hadeed, photograph trinbagonienne, met en scne Song of the
Earth (1996), le "Mas" moyen ou Carnaval de la "Grande Trilogie" de Peter
Minschall, le "matre du mas" trinbagonien don't l'oeuvre (Hallelujah, 1995
andTapestry Threads of Life 1997) exprime sa gratitude d'tre en
vie. Song of the Earth met l'homme au centre ; il le considre comme
Sl'origine de toute chose (voir "Minshall, matre du mas" dans l'introduction
(encadr) du reportage.
Song of the Earth (1996). Abigal Hadeed


Contact
Le Courrier
45, Rue de Treves
1040 Brussels
Belgique (UE)
info@acp-eucourier.info
www.acp eucourier.info
Tl.:+32 2 2345061
Fax: +32 2 280 1912


PROFILE
Fokion Fotiadis : L'UE reste dcide consacrer 0,7%
du RNB l'aide au dveloppement d'ici 2015


SANS DTOUR
Kristalina Georgieva : Les besoins humanitaires
et les contraintes de resources en point de mire


TOUR D'HORIZON


DOSSIER
L'Afrique dans l'conomie mondiale


Afrique. Des fondamentaux conomiques solides
face la crise 12
La Banque europenne d'investissement joue la carte de
l'Afrique 14
Contrats Chine -Congo (RDC) : Un cas d'cole.
Pour le meilleur et pour le piree 15
Les dirigeants africains voient dans la Chine un partenaire
commercial flexible 17
L'aide pour les changes UE-Afrique de l'Ouest prend
forme 19
L'Afrique du Sud, locomotive conomique du continent
africain ? 20


LA SOCIT CIVIL EN ACTION
Des ONG somaliennes rvlent les besoins de leur pays 22


COMMERCE
La Zambie : le retour du sucre 24


Public tous les deux mois en anglais, en franais, en espagnol et en portugais

Pour toute information concernant l'abonnement,
Veuillez consulter notre site web l'adresse www.acp-eucourier.info ou envoyez un
courriel l'adresse info@acp-eucourier.info

Editeur responsible
Hegel Goutier

Consortium
Gopa-Cartermill -Grand Angle -Lai-momo

Les opinions exprimes sont celles de leurs auteurs et ne reprsentent pas la position
officielle de la CE ou des pays ACP / Le SecrtariatACP et l'Union europenne dclinent
toute responsabilit quant aux positions prises dans les articles du magazine Le Courrier

Le consortium et la rdaction dclinent toute responsabilit quant aux articles crits par
des auteurs extrieurs la rdaction.




























ZOOM 34 INTERACTIONS 37 REPORTAGE 46


REPORTAGE
Trinit-et-Tobago


Krakow la royale 26
L'Etat le plus grand d'Europe 27
La spcificit polonaise 29
Solidarity avec les pays les plus pauvres 30
La souverainet alimentaire se conjugue Nord/Sud 32
Les surdous de Zakopane 33


ZOOM
3Canal, de Trinit-et-Tobago : Le "rapso" la conqute
du monde 34


DE LA TERRE
Le changement climatique et les mdias 36


INTERACTIONS
Michael Hailu, Nouveau directeur du CTA : L'agriculture
revient en force dans les dbats sur le dveloppement
international 37
L'ECOSOCC : Interface entire socit civil et Union
Africaine 38
Ne pas rater le train de la reliance conomique mondiale 40
Un coup de pouce pour le secteur priv carabe 41
Reconstruire l'conomie de la connaissance en Hati 42
Les foundations europennes et la stratgie "Europe 2020" 43
T4D: Cercles vertueux d'changes 44
OMDs -Femmes : On est loin des objectifs de Pkin 45


Une nouvelle re politique
Incertitudes sur le march ptrolier et gazier
Des femmes dfient les normes culturelles
Vers la diversification
Industrialisation contre biodiversit
La mode reflte l'clatante mosaque de T&T
LUE soutient les efforts de diversification conomique de T&T
Tobago, une "grande petite sur"


CRATIVIT
Arts de la scne d'Afrique. L'imagination au pouvoir
CONGO 50
Engagement renforc des ACP au cinma
Jos da Silva : le rcit d'une russite
Le festival biennal des arts plastiques "Regard Bnin 1.0"


AUX PLUS JEUNES
Village intgr dans l'conomie mondiale


LA PAROLE AUX LECTEURS/CALENDRIER


Supplement : Enqute auprs de nos lecteurs


L Espace Senghor est un centre qui assure la promo-
tion d'artistes venus des pays d'Afrique, Carabes et
Pacifique et l'change cultural entire communauts, au
travers de programmes varis allant des arts scniques,
de la musique, du cinma, la tenue de conferences. S'y
rencontrent belges, immigrs d'origine diverse, fonction-
naires europens.


Espace Senghor
Centre cultural d'Etterbeek
Bruxelles, Belgique
espace.senghor@chello.be


ENGHOR


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


DCOUVRIR L'EUROPE
'Petite Pologne'


CRATIVIT 59




































































Photo prise a Cedros, sur la cte sud-ouest de Trinit. "Hosay" est l'un des festivals d'origine indienne du pays. Des mausoles multicolores dfilent dans la ville et sont offers a la mer ou a une tendue d'eau.
"Hosay" vient du nom d'Hussein, le petit-fils de Mahomet assassin Karbala par l'arme de Yazid. Un seul autre endroit de l'le accueille cette clbration: St James, dans la banlieue de Port-d'Espagne.

Fte "Hosay "celebration. Abigaii Hadeed


Courrier



















Quand l'Afrique s'veillera


La prsentatrice du journal
tlvis principal de la lre
chane francophone belge du 2
aot, avait averti que les images
taient choquantes. En effet, c'taient
celles d'enfants arrachs des mains de
leurs mres, elles-mmes pitines, d'une
femme enceinte trane sur le bitume. Et
surtout d'une mre avec son enfant nou
sur son dos, tire par les pieds, tout son
poids reposant sur le corps du bb. Ce
sont des sans-logis africains, en majority
des femmes et des enfants, expulss par
la police d'un squat de la banlieue par-
isienne. Ces images tournes le 21 juillet
par un amateur ont fait un buzz sur le
net et ont t reprises par de nombreuses
chanes mondiales don't CNN et la BBC.

Un immigr africain doit respecter la loi
et la police doit en tre garante. Mais
un journalist le questionnant sur le
cas touchant d'une jeune professeure
qui s'tait suicide, victim d'un acha-
rnement judiciaire pour un dlit mineur,
le President franais Georges Pompidou
avait alors (en 1969) nglig la force de
la loi et simplement rpondu par des vers
d'Eluard: "Comprenne qui voudra. Moi,
mon remords, ce fut la victim raisonna-
ble, au regard d'enfant perdue, celle qui
resemble aux morts, qui sont morts pour
tre aims." Un commentaire valuable en
d'autres circonstances.

Quelques jours avant cette brutale
expulsion, c'taient les images d'enfants
exsangues du Niger, meurtri par la fam-
ine, qui avaient boulevers la plante.
Depuis deux ans, la press internation-
ale tire aussi la sonnette d'alarme sur la
dtrioration de la situation alimentaire
en Ethiopie et sur le spectre d'une famine
aussi horrible que celle de 1984.

Et pourtant, en ce mme moment,
Mathias Lridon* public L'Afrique va bien.
Le Courrier prparait dj le grand dossier
de ce numro sur la place de l'Afrique
dans l'conomie mondiale. Cela fait
penser l'audace de la parution en 1973


de "Quand la Chine s'veillera...le monde
tremblera" de l'essayiste, diplomat et
politique franais Alain Peyrefitte, quand
ce pays semblait plong dans le marasme.
Une perspicacit apprcie seulement
maintenant sa just valeur.

Le Courrier a relev moult organizations
internationales et experts qui abondent
dans le sens de Lridon. Que ce soit le
Fonds montaire international qui salue
les performances de l'Afrique quant sa
capacity de rsister la crise financire
grce des fondamentaux conomiques
sains et solides. Que ce soit la Banque
europenne d'investissement qui joue
fond la carte des petites et moyennes
entreprises du continent et surtout affirme
auprs des entrepreneurs europens que
c'est l'endroit o investor. Que ce soient
l'Overseas Development Institue (ODI) et
la Campagne du Millnaire des Nations
Unies qui classent 11 nations africaines
parmi les vingt premiers pays en dvel-
oppement pour leur russite dans la rali-
sation des Objectifs du Millnaire pour
le dveloppement, l'objet du supplement
special encart dans ce numro du maga-
zine. L'image de l'Afrique du Sud avec
un sans-faute dans l'organisation de la
Coupe du monde de football que nombre
de Cassandre annonaient problmatique,
est des plus positives pour l'Afrique.

Toute une image qui change. Et qui per-
mettra peut-tre, dans une vingtaine ou
une trentaine d'annes, de recouvrir celles
que la tlvision a annonces comme
dures. Ce n'est qu'un pari. Que de plus
en plus d'experts estiment gagnant.

* Matthias Leridon, "L'Afrique va bien", Ed.
Nouveaux Dbats publics www.nouveaux-
debats-publics.com


Hegel Goutier
Rdacteur en chef


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010




























L'UE rest dcide consacrer 0,7% du

RNB 'aide au dveloppement d'ici 2015


Entretien avec Fokiio Fotiadis, Directeur gnral de la DG
-, I --t Pt i- jtii -,n avec les pays ?.P


Le 1er juillet 2010, Fokion Fotiadis est devenu Directeur
gnral de la "DG DEV", la direction gnrale charge de la
politique de dveloppement et des relations avec les Etats
ACP. Aprs avoir dirig la DG Affaires maritimes et pche
pendant trois ans, il se retrouve la tte d'un service don't
I'.- i i i : .li- ne manque pas de dfis. Le Courrier a
rencontr M. Fotiadis quelques semaines aprs son entre
en function.


Hegel Goutier


longue experience
des relations ext-
rieures, et, dans
vos prcdentes functions,
vous avez dj trait avec
lespaysACP. Comment
cette experience vous
sera-t-elle utile dans vos
nouvelles functions, et
quelles sont vos priorits
dans l'immdiat ?

J'ai pass la plus grande
parties de ma carrire la
Commission europenne
au sein de la DG Relations
extrieures. J'ai travaill avec
de nombreux pays, depuis
nos proches voisins d'Europe
orientale jusqu' l'Asie cen-
trale et le Moyen-Orient.
Mme la politique maritime


et de la pche de l'UE a une
dimension international
significative. Par example,
l'aide financire que la
Mauritanie reoit de l'UE
pour son secteur de la pche
est suprieure ce qu'elle
reoit de la Commission
europenne, titre de l'aide
au dveloppement.
L'automne s'annonce
charge, et les annes
venir seront intressantes
pour l'volution
de la politique de
dveloppement


Depuis le dbut de l'anne,
un nouveau Commissaire
est en charge de la politique
de dveloppement. Quant
moi, je prends mes nouvelles
functions quelques mois seu-
lement avant la creation du
Service europen pour l'ac-


tion extrieure. L'volution
institutionnelle est omnipr-
sente mais cela ne veut pas
dire que le dmarrage sera
lent. Certains vnements
important sont en effet
prvus pour cet automne :
la runion de haut niveau de
l'ONU sur les Objectifs du
Millnaire pour le dvelop-
pement (OMD), le sommet
UE-Afrique et la publication
de plusieurs documents
de politique actuellement
en course d'laboration.
N'oublions pas que nous
n'avons plus que cinq ans
pour atteindre les OMD.
Il est temps de se prparer
aussi l'aprs-2015 et de
se demander quels seront
nos objectifs stratgiques
pour le reste de la dcennie.
L'automne s'annonce charge,
et les annes venir seront
intressantes pour l'volution
de la politique de dvelop-
pement.

L'une des priorits de l'UE
est d'atteindre les OMD.
Or de nombreux pays
europens, invoquant des
difficults conomiques et
financires, sont encore
loin de l'oiit, i r de 0,7%
du RNB revenueu national
brut) consacrer l'aide
au dveloppement d'ici
2015. Pensez-vous qu'ils
seront capable de rat-
traper le temps perdu ?
D'autres engagements de
l'UE sont-ils ncessaires ?


LUE s'est rsolument
engage aider les pays en
dveloppement atteindre
les OMD. Je crois sincre-
ment que l'objectif de 0,7%
du RNB pourra tre atteint
en 2015. Les dirigeants
europens ont confirm
cet objectif lors du Conseil
europen du 17 juin. Ce
sera certes un rel dfi, sur-
tout dans le context actuel
d'austrit budgtaire, mais
l'augmentation de l'Aide
publique au dveloppement
(APD) est une question de
choix politique : malgr la
crise conomique, certain
Etats membres ont t
capable d'accrotre leur aide
en 2009 et 2010.

Afin de suivre la ralisa-
tion des objectifs APD, le
Conseil a convenu d'tablir
un rapport intermdiaire
annuel. On voit ainsi que
plusieurs Etats membres ont
rendu leurs objectifs APD
contraignants et qu'ils arri-
vent les raliser. Aucune
legislation contraignante
europenne n'indique aux
Etats membres comment
ils doivent atteindre leurs
objectifs APD, mais je
garantis que nous continue-
rons collaborer troitement
avec eux afin que ce chiffre
de 0,7% devienne une ralit
en 2015.

Qu'attendez-vous de la
Runion de haut niveau



























de l'ONU sur les OMD en
septembre?

Le 21 avril 2010, la
Commission europenne a
prsent son "plan d'action
en 12 points", qui balisait la
route afin que l'UE arrive
New York avec un message
politique substantial, comme
convenu lors du Conseil des
affaires trangres de juin.
Plus tard, le Conseil euro-
pen a raffirm la dtermi-
nation de l'UE soutenir la
ralisation des OMD. Nous
sommes fermement dcids
faire du sommet des OMD
de septembre une russite.
Plus spcifiquement, l'UE
veut renforcer significative-
ment l'efficacit de l'aide,
en coordonnant mieux ses
dpenses, en se concentrant
sur les aides ayant le plus
d'impact et en amliorant la
cohrence entire les objec-
tifs de dveloppement et
d'autres politiques de l'UE.
Nous devons veiller ce que
la Runion de haut niveau
devienne un jalon dcisif
incarnant un engagement
politique fort de toutes les
parties.

Selon de nombreux ana-
lystes, les pays en dve-
loppement sont parvenus
garder la tte hors de
l'eau lors de la rcente
crise financire, surtout
en Afrique. Ce continent
serait-il en passe de deve-
nir le nouveau bloc mer-
gent ?

Les conomies africaines ont
t durement frappes par la
crise. Ceci dit, il est vrai que
l'Afrique a mieux rsist que
d'autres rgions du monde,
certain pays africains ayant
mme vu une augmenta-
tion de leur prosprit (PIB
par habitant) en 2009. Les
"Perspectives conomiques
en Afrique 2010" annoncent
une croissance continental


Route en Ouganda. Reporters


moyenne de 4 5% en 2010
et 2011. La Commission
europenne est fire d'avoir
contribu cette situation
au course des deux dernires
annes par le biais du mca-
nisme "vulnrabilit FLEX"
destin soutenir les pays les
plus touchs par les crises.

Je relve des signes positifs
pour l'avenir de l'Afrique,
qui pourrait effective-
ment devenir le prochain
continent mergent. Mais
l'Afrique doit encore reliever
quelques dfis de taille. Les
obstacles la croissance du
continent sont notamment
sa pitre infrastructure et
le faible niveau de son capi-
tal human. Les moteurs
de la croissance africaine
restent lis au commerce,
un commerce qui souffre
d'un manque de diversi-
fication, tant en terme de
secteurs (forte dpendance
aux matires premires)
qu'en terms de dbouchs.
L'Afrique peine toujours
attirer des investissements


dans des secteurs diversifis
et forte valeur ajoute. Du
point de vue de l'UE, il est
donc crucial de mettre en
uvre une politique de dve-
loppement qui agisse comme
un catalyseur afin de stimu-
ler la croissance et de soute-
nir l'Afrique dans ses efforts
de dveloppement.

Vous avez galement dj
travaill sur les relations
entire l'UE et la Chine et
d'autres pays asiatiques.
Le moment est-il venu
d'tablir des relations
triangulaires Afrique- UE-
Chine, ou vaut-il mieux
privilgier des politiques
bilatrales ?

Il est important que les pays
donateurs cooprent sous la
coordination des autorits
des pays bnficiaires. C'est,
en grande parties, ce que
nous entendons par "effi-
cacit de l'aide". Mais cela
ne vaut pas seulement pour
les donateurs traditionnels.
Les pays donateurs mer-


gents prennent de plus en
plus d'importance, et nous
devons cooprer de manire
constructive avec eux.
La Chine est devenue un
partenaire important pour
l'Afrique. Il ne fait aucun
doute qu'une cooperation
triangulaire sera utile un
moment donn, mais ce
moment est-il venu ? Une
telle cooperation doit en tout
cas tre voulue par toutes les
parties. La Commission l'a
dit clairement en 2008 en
adoptant sa Communication
"L'UE, l'Afrique et la Chine
: Vers un dialogue et une
cooperation trilatraux". Les
autorits chinoises se sont
montres ouvertes une telle
approche, condition qu'elle
soit galement souhaite par
les partenaires africains.
Au niveau mondial, le G20
offre une plateforme unique
pour stimuler la cooperation
international. L'Afrique
s'intresse dj ce type de
cooperation dans certain
cas concrets, et je pense que
cet intrt ira grandissant.


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010









































Kristalina Georgieva s'entretient avec un responsible de la logistique a Hati, aprs le violent
sisme qui a secou l'le le 12 janvier 2010. cCE


Les besoins humanitaires

et les contraintes de

resources en point de mire



Kristalina Georgieva, citoyenne bulgare, a t rcemment dsigne Commissaire
europenne en charge de la Coopration international, de l'Aide humanitaire et
de la Raction aux crises. La rapidit avec laquelle elle a mis en cuvre son premier
train de measures d'urgence la suite du tremblement de terre Hati n'est pas
passe inaperue. Sa communication, directed et chaleureuse, lui a dj permits
de se forger une reputation.


Une interview ralise par Hegel Goutier


HG Pour lapremirefois, un mem-
bre de la Commission est charge
la fois du volet "aide humanitaire et
gestion des crises" et du volet "coop-
ration internationale. Y a-t-il une
correlation entire les deux ?
KG -La Commission a dcid de crer
ce nouveau portefeuille en raison de
l'augmentation de la frquence, de
l'intensit et de l'impact des catastro-
phes, qu'elles soient d'origine naturelle ou
humaine, comme les conflicts et les guerres.
Ce nouveau portefeuille allie deux objectifs
: l'un est d'attirer l'attention sur les besoins
humanitaires et de veiller ce que l'UE
dploie le plus efficacement possible les
resources ncessaires en tenant compete des
priorits ; l'autre est de faire en sorte que
l'UE adopted une approche plus efficace, plus
cohrente et plus visible des catastrophes.
C'est important, car les besoins augmentent,
tandis que les budgets des Etats membres


Courrier











































Kristalina Georgieva o Hegel Gouter


de l'UE sont sous pression en raison de la
crise conomique et financire.

Si l'intitul de ma function comprend
galement les terms cooperationn inter-
nationale", c'est parce que l'aide humani-
taire et la reaction aux crises sont le
meilleur moyen de traduire et de valoriser
la solidarity de l'UE. La solidarity consiste
venir en aide aux pays en dtresse et,
de manire plus proactive, les aider
affronter les catastrophes naturelles. Le
budget annuel europen affect l'aide
humanitaire est d'environ un milliard
d'euros. C'est la fois beaucoup et pas
grand' chose, vu l'ampleur des besoins
dans le monde. Nous savons par example
que le Sahel est nouveau menac par la
famine. Nous avons dbloqu 30 millions
d'euros en faveur du Sahel et esprons
pouvoir presque doubler cette some
trs rapidement.

Dans le cas d'Hati, immdiatement aprs
le sisme, nous avons, en concertation
avec des partenaires locaux, dbloqu 8
millions d'euros au titre de l'aide humani-
taire, suivis de 30 millions supplmen-
taires. Moins de deux mois plus tard, je
me suis rendue en Hati et nous avons
encore augment notre aide humanitaire
de 120 millions d'euros.

N'est-ilpas parfois difficile defaire la
distinction entire l'aide au dveloppe-
ment et l'aide humanitaire ?


la rehabilitation et le dveloppement. Si
un dsaccord apparat sur les politiques
mener entire un pays que nous aidons
et la Commission, nous pouvons fournir
l'aide humanitaire ncessaire, mais il peut
y avoir alors moins de marge pour d'autres
formes d'engagement. Dans de tels cas,
la distinction entire l'aide humanitaire et
l'aide au dveloppement est peut-tre plus
profonde, mais c'est plutt l'exception
que la rgle.

Par example, en Hati, nous essayons bien
sr que l'aide humanitaire contribute au
dveloppement et que ce dveloppement
rponde aux besoins humanitaires. Avec
nos partenaires, comme le Programme
alimentaire mondial, nous essayons que
la plus grande parties de l'alimentation
soit d'origine locale et provienne d'Hati,
de la Rpublique dominicaine ou
d'autres pays de la region. Cela permet
d'aider l'agriculture rgionale, et nous
essayons ensuite que cette aide suive
les gens et ne soit pas artificiellement
concentre en un seul lieu, par example
Port-au-Prince.

Nous avons affect de l'argent destin
l'aide humanitaire des programmes
de travail car nous voulons encourager
les jeunes travailler et se mobiliser
pour le dblayage, la construction de
maisons ou le montage de tentes. L'aide
la creation d'emplois et un objectif
long terme.


Nous arrivons la plupart du temps L'histoire a pourtant montr que
assurer une continuity entire le secours, la culture du riz en Hati avait suc-


comb aux importations trangres.

Pas avec mon argent. C'est la raison pour
laquelle le 31 mars, le jour de la conf-
rence pour Hati New York, nous avons
demand tous nos partenaires d'essayer
d'acheter d'abord des denres locales et de
ne recourir aux importations que lorsque
les products locaux seraient puiss.

Vous avez fait allusion aux pro-
grammes "travail contre nourrit-
ure"; avez-vous demand des ONG
europennes d'engager des experts
locaux Hati ou ailleurs plutt que
du personnel tranger ?

Nous voulons tout prix viter l'mergence
d'une conomie parallle de partenaires
d'aide au dveloppement scinds en deux
camps, avec les expatris d'un ct et les
Hatiens de l'autre. Ce que nous voulons,
c'est assister le plus rapidement possible
au enforcement maximal des capacits
existantes. Ce qui m'a surtout impression-
ne quand j'ai voyag en Hati, c'est la dig-
nit des Hatiens et le fait qu'ils arrivaient
se tirer de cette terrible preuve sans
meutes, et, d'une certain faon, avec
une volont accrue de travailler ensemble.

Pour l'aide humanitaire, nous travaillons
avec environ 200 organizations parte-
naires dans le monde, et nous essayons
toujours de veiller ce que ces organisa-
tions aient un ancrage local profound.

L'aide humanitaire de l'UE souffre-t-elle
d'un manque de visibility par rapport
l'aide amricaine ?

Oui, et pour deux raisons. La premiere est
que les Europens sont modestes. Quand
les Etats-Unis disent: "Super, fantastique,
fabuleux", ici, en Europe, nous disons
: "C'est pas mal". C'est une difference
culturelle. La deuxime raison est que les
Etats-Unis sont un pays fdral, tandis
que l'UE n'est pas (encore) une fdration.
Nous avons 27 Etats indpendants et 27
drapeaux, et ces pays n'ont pas encore le
rflexe de promouvoir le drapeau euro-
pen. Lors de la conference sur Hati,
l'UE est venue, pour la premiere fois,
avec un gros chiffre: prs de 1,3 milliard
d'euros. Ensuite, plusieurs Etats membres
ont voulu attirer l'attention sur leur con-
tribution ce montant. Je pense que c'est
un scenario auquel nous allons assister de
plus en plus. Nous devons informer nos
citoyens sur ce que nous faisons et les
rendre fiers du fait que l'UE est le numro
un mondial de la gnrosit.


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


Sn dtoJ u






































succds n'ayant pas poursuivi les mmes
priorits conomiques. En tmoigne
Nigeria notamment la crise bancaire de 2008-
2009. Alors que la Banque central, et
son gouverneur Chukwuma Soludo, avait
soutenu la fixation d'un capital-actions de
B entot aux ues minimum 167 millions de dollars pour
les banques, l'actuelle direction est d'avis
qu'une distinction doit tre faite entire les
petits, les moyens et les grands tablisse-
Difficults politiques et institutionnelles, instability conomique: pour Okeoma Ibe, ments bancaires. De mme, l'administra-
chroniqueur nigrian, ces terms rsument la situation politique et conomique tion prcdente ne se proccupaitpas des
que connat le Nigeria la veille des lections gnrales de 2011. questions de bonne governance bancaire,
q tandis que les dirigeants de cinq banques
ont t limogs par le pouvoir en place.

Suite l'effondrement du course des
Okeoma Ibe des candidates est une affaire de parti. Le actions, l'Assemble national a rcem-
parti dmocratique populaire (PDP) au ment adopt un project de loi tablissant
pouvoir a pour tradition de choisir en l'Asset Management Company of Nigeria
alternance ses candidates la prsidence (Amcon). Celle-ci aurait pour mission
L e moins que l'on puisse dire, au Nord et au Sud du pays. Ce devrait d"'absorber" les prts toxiques octroys
c'est que le Nigeria a eu son donc tre au tour d'un candidate du Nord aux particuliers et aux institutions, l'ide
lot de malchance -domination d'tre dsign. Les choses semblent tou- tant de stabiliser les marchs boursiers
colonial, dictature militaire et tefois avoir change mais l'actuel president et par extension, l'conomie.
difficile transition vers la dmocratie. Jonathan, originaire du Sud, doit encore
se prononcer sur sa participation au scru- "La creation de l'Amcon traduit l'enga-
Les lections gnrales de 2011 dominant tin prsidentiel. Suite aux propositions gement du gouvernement prserver les
actuellement le dbat politique. Les d'amendements la Constitution, les lec- intrts des pargnants, des cranciers
rcents vnements tions pourraient etre et autres intervenants du systme finan-
laissent entendre Le gouvernement ne peut avances au mois de cier nigrian et de stimuler ainsi l'cono-
que le president en plus se permettre de ngliger janvier 2011. Les asso- mie domestique", a dclar le Prsident
exercise, Goodluck le delta du Niger ciations de la socit Jonathan.
Jonathan, pourrait civil ont d'ores et dj
tre tent par un second mandate. Entre- commenc inciter les Nigrians prot- Par ailleurs, les perspectives en matire de
temps, les assembles lgislatives du pays ger leur droit de vote contre toute fraude revenues ptroliers, se sont assombries suite
(au niveau fdral et des Etats) ont abrog lectorale. la chute des prix du brut, provoque en
une disposition de la Constitution de 1999 parties par les attaques contre les installa-
qui interdit aux candidates sous le coup Et sur le front conomique ? tions ptrolires et les enlvements dans le
d'une inculpation administrative de bri- delta du Niger. Le gouvernement ne peut
guer un mandate politique. L'inculpation Sur le front conomique, la croissance plus se permettre de ngliger cette region,
par une commission d'enqute adminis- nigriane a souffert des incohrences au les militants menaant de dstabiliser la
trative tait jusqu'ici l'une des mthodes niveau de la politique conomique et de production ptrolire pour contraindre le
utilises pour empcher des politicians de dveloppement. Le pays n'a pas eu de gouvernement investor pour amliorer
participer des lections. La designation chance, les gouvernements qui s'y sont la vie des habitants du delta.


Courrier





Tou d'horizon


Afrique du Sud



Commerce


de fleurs


"socialement ..-


responsable" .


En Afrique du Sud, Nelspruit prcis-
ment, des floriculteurs ont russi se
positionner sur le march africain trs
pris du commerce des fleurs, toujours
domin par le Kenya. Mais l'inverse de
la plupart de ses concurrents du conti-
nent, l'entreprise Timbali mise sur ses
travailleurs, tous issues des communauts
rurales pauvres.

Marie-Martine Buckens


S1" 'ide de dpart est d'offrir
des personnel issues de
milieux dfavoriss l'op-
portunit de s'inscrire
dans le courant dominant de l'cono-
mie" nous explique Mauritz Lombaard,
un des neuf responsables de l'incubateur
technologique Timbali, situ quelques
centaines de mtres des btiments admi-
nistratifs de la capital de la province du
Mpumalanga. L'entreprise est construite
sur le modle de cluster, regroupant plu-
sieurs micro-entreprises. "Le but, pour-
suit M. Lombaard, est de partager une
infrastructure commune, comme le sys-
tme de purification d'eau, les cots de
transport, l'approvisionnement, le mar-
keting. Autant d'conomies d'chelle qui
nous facilitent l'accs au march"

Timbali est propritaire des infrastruc-
tures et les fermiers qui y travaillent louent
les services. "Il s'agit d'un processus d'in-
cubation, explique Mauritz Lombaard.
Pendant six mois nous analysons si les
candidates sont rellement prts s'inves-
tir. Ensuite, nous les formons pendant
deux ou trois ans et par aprs nous leur
offrons des stages de management. Par la
suite, libre eux de retourner sur leurs
terres et de continue produire sous
franchise. Dans ce cas, ils peuvent avoir
accs des prts de production." Pour ce
faire, l'entreprise bnficie du soutien de
l'agence gouvernementale SEDA en faveur


Des gerberas dans les series de Timbali.
Xavier Rouchaud


des petites entreprises, et d'autres insti-
tutions, y compris l'Union europenne.

L'incubateur de Nelspruit offre ainsi les
qualifications ncessaires des Noirs
de communauts
pauvres -"la plupart Les fermiers
savent peine lire et face des
crire" s'inscrire fortement su
dans une conomie
agricole sud-afri- des sols sou
caine o les fermiers et des ressoO
doivent faire face plus que
des concurrents for-
tement subventionns, des sols souvent
pauvres et des resources en eau plus que
limites.

Sagesse

Pour l'heure, Timbali commercialise
essentiellement des Gerbera. "Avec 2
millions de fleurs produites annuel-
lement, nous sommes sans doute le


ct

v
u
. 1


plus grand producteur de cette fleur
en Afrique" ajoute M. Lombaard.
Les fleurs sont vendues dans toute la
province, jusqu' la province riche de
Gauteng, en attendant une ouverture
sur le march pris
loivent faire de l'exportation. A
oncurrents moins que les respon-
ventionns, sables aient la sagesse
de fructifier en prio-
ent pauvres rit le march conti-
rces en eau nental gardant en tte
limites les revers essuys par
les grandes floricul-
tures kenyanes aprs la paralysie des
transports ariens suite l'ruption
du volcan islandais Mais l'entreprise
voit plus grand. Autour des series, des
milliers de citronniers et autres arbres
fruitiers ont t plants; et, ct de ces
plantations intensive, deux hectares ont
t dvolus des cultures marachres
biologiques. Sans pesticides. Un autre
march potential ?


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010

























Christopher "Dudus" Coke


et le phnomne des "garnisons"


Un analyst politique jamaquain examine la manire don't Christropher "Dudus"
Coke est peru dans son pays suite la demand d'extraction pour traffic de drogue
et d'armes rclame par les Etats-Unis.


Christopher "Dudus" Coke, chef de gang jamacain escort par des agents de la DEA.
Reporters / Associated Press


Victoria Burbidge


LS 'ascension de ce clbre chef
de gang du quarter de Tivoli
Gardens -une commu-
naut urbaine de l'ouest de
Kingston -a dbut ds son enfance,
alors que son pre, Lester Lloyd Coke
(Jim Brown) rgnait sur le quarter. Selon
Claude Robinson, analyst politique
jamaquain, le soutien don't Coke jouit
au sein de la population provient de la
"politique des garnisons", qui fut lance
la fin des annes 60 et 70 par les deux
parties politiques dominants, le Jamaica
Labour Party, actuellement au pouvoir, et
le People's National Party, dans l'opposi-


tion. Claude Robinson: "Il faut remonter
aux structures de base des garnisons, et
le quarter de Tivoli Gardens est prcis-
ment considr comme la 'mre de toutes
les garnisons'". Selon lui, ces garnisons
ont leur propre loi et leur propre systme
de justice, une justice de "jungle".

"Depuis la faillite des structures publiques
Tivoli Gardens, la press a fait tat de
l'existence de sales de torture et d'autres
lments tayant la thse d'un systme
de justice de jungle", pursuit Robinson
en parlant de cette communaut, qui
est reprsente par le premier ministry
jamaquain Bruce Golding. "Les barons
et autres chefs actifs au sein des garnisons
ont la capacity de recourir la force et
la contrainte pour arriver leur fins, et


de nombreux lments indiquent qu'il
existed une forme de justice de jungle et
d'autorit lgitime par la force, don't les
habitants sont les victimss"

Coke, le bienfaiteur

Ceci dit, certain habitants du quar-
tier de Tivoli Gardens ont ouvertement
adhr au systme, dclarant tre rassu-
rs par la presence de Coke au sein de
la communaut. De nombreux residents
sont d'ailleurs descendus dans la rue
et ont rig des barricades lorsque le
premier ministry a donn le feu vert la
demand d'extradition des Etats-Unis
aprs des mois de tergiversations. Mme
aprs l'extradition de Coke, en juin der-
nier, et la mort de plus de 70 personnel
lors d'meutes au course desquelles des
hommes arms ont attaqu les forces de
scurit et incendi au moins un poste
de police, les residents du quarter ont
soutenu qu'avant ces troubles, l'ordre
rgnait au sein de la communaut, qu'il
n'y avait ni incidents ni viols, et que Coke
avait institu un couvre-feu aprs 20 h
pour tous ceux qui allaient l'cole.

La presence de Coke dans le
quarter procurait un sentiment
de scurit ses habitants

Selon Robinson, Coke tait peru
comme un bienfaiteur par de nombreux
residents pauvres du quarter. "Nous
avons vu beaucoup de gens manifester
en disant qu'ils recevaient de la nour-
riture, des vtements, de l'argent pour
couvrir, entire autres les frais de scolarit
et d'autres choses du genre", pursuit
Robinson. Et d'ajouter : "On voit ainsi
deux lments l'ouvre : un lment
de contrainte et un lment de bien-
faisance. On peut dire d'une certain
faon que le contrle des garnisons
par des chefs criminals s'est substitu
au contrle public au sein de ces com-
munauts, un contrle qui s'est rod
durant de trs nombreuses annes, ce
qui constitute un trs grave problme."

Une autre Colombie ?

Ceci dit, Robinson estime que la politique
et les lments criminals ont jou tous les
deux un rle et se sont nourris mutuelle-
ment. "Notre politique a t ronge par ce


Courrier


Tour d'hori


Jamaque

















phnomne, les deux lments sont lis et
s'alimentent l'un l'autre." S'il admet qu'il
existe des similitudes entire la Jamaque
actuelle et la Colombie d'avant 2002, il
ne pense pas que son pays s'achemine vers
un Etat la colombienne o des gangs
auraient une telle emprise sur certaines
municipalits qu'elles deviendraient des
Etats dans l'Etat.

En 2002, le taux de chmage colombien
tait de 18%, pour une population de 49
millions d'habitants, don't 60% environ
vivait dans la pauvret. Les fonctionnaires
taient corrompus, les services sociaux
limits, la representation des citoyens


faible, et les barons de la drogue ont com-
bl le vide cr par ces absences.

"Tant la Colombie que la Jamaque
sont des Etats aux prises avec le traffic
de drogue et avec les seigneurs de la
drogue. Ces derniers temps, la Colombie
a toutefois remport quelques victoires",
dclare Robinson, faisant allusion la
chute de Pablo Escobar. Et d'ajouter : "Je
ne sais pas o nous allons, et je ne veux
pas faire de comparisons avec d'autres
pays, mais je dirais certainement que
ces deux pays combattent ces seigneurs
de la drogue."


Il indique nanmoins que le dmantle-
ment du rseau criminal en Jamaque ne
se fera pas du jour au lendemain et qu'il
ncessitera un effort concert des pouvoirs
publics. "Ne leur donnons pas de contracts,
ne les soutenons pas, et alors, nous aurons
peut-tre une chance de dmanteler les
rseaux criminals de Tivoli Gardens. On
pourrait alors peut-tre mme commencer
dmanteler d'autres rseaux." Robinson
ajoute toutefois qu'une seule operation ne
suffira pas pour atteindre un tel objectif,
qui requiert un effort soutenu des Etats,
des communauts, du secteur priv et de
tous les Jamaquains.


Au Revoir Stefano Manservisi,


co-prsident du Conseil ditorial du Courrier





H.G.


gnral Dveloppement la
Commission europenne et ce
titre co-prsident du conseil dito-
rial du Courrier passe la tte des Affaires
internes la nouvelle direction gnrale
Justice et Affaires Internes.

Avant de devenir directeur gnral en
2005, S. Manservisi avait dj travaill
15 ans au service du dveloppement
la Commission europenne entire autres
comme administrateur du dpartement
puis comme membre de cabinets de plu-
sieurs commissaires don't le dernier a t le
president de la Commission europenne,
Romano Prodi.

Aprs plus de vingt ans de cooperation
avec les groups ACP, Manservisi tait
devenu un habitu, presque quelqu'un de
la famille qui pouvait tre l'aise et franc
avec ses interlocuteurs de ces rgions.
Le succs de nombreux dossiers, initia-
tives ou vnements a beaucoup dpendu
de son assiduit. Tout en excutant la
politique mise en place par les commis-
saires, il a ds son entre en function
comme directeur gnral entrevu les
grands changements et les adaptations
qui devaient s'oprer pour rendre la poli-


Stefano Manservisi lors du Forum des affaires UE-Afrique. o Reporters/JockFistick


tique de dveloppement europenne plus
efficace. On peut penser l'importance
des documents de stratgie des pays
et rgions ACP qui ont donn plus de
place dans la programmation de l'aide, au
choix des pays bnficiaires. Le consen-
sus europen sur le dveloppement afin
d'amliorer la coordination et l'harmoni-
sation des politiques de dveloppement
de l'Union europenne et de ses Etats-
membres est un autre example de dossier


pour la russite duquel, Manservisi a
beaucoup donn du sien.

Stefano Manservisi a aussi port une
grande attention la visibility de la poli-
tique de dveloppement de l'Union euro-
penne. L'nergie qu'il a dploy pour
soutenir Les Journes europennes lan-
ces en 2006 par le commissaire Louis
Michel, a contribu faire de cet vne-
ment un must.


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


p d 'n r














































Ouv s ansan des bques sur un chantier de Johannesburg, Afrique du Sud. RotAP
Ouvriers transfrant des briques sur un chantier de Johannesburg, Afrique du Sud. Reporters/AP


LAfrique dans l'conomie mondiale


Des fondamentaux conomiques solides face la crise


L'Afrique sub-saharienne est la region
du monde qui a le mieux rsist la
crise financire mondiale, cause de
sa relativement faible integration dans
l'conomie mondiale mais essentielle-
ment grce ses bonnes conditions sur
le plan macro-conomique. Grce aussi
une prompted adaptation de ses politiques
conomiques ds le dbut de la crise afin
d'en limiter les chocs extrieurs. Et ceci
sans trop toucher aux acquis sociaux et
aux secteurs de croissance. Tel sont les
grandes lignes d'un recent rapport du
Fonds Montaire international*.


Hegel Goutier


dans le titre du rapport du
FMI public en avril 2010
(et rvis en juillet 2010**),
"Afrique subsaharienne. Retour une
croissance forte ?", il affiche un relatif
optimism sur la situation conomique
de la region et sur ses atouts pour mieux
s'intgrer l'conomie mondiale. Comme
partout dans le monde, il y a eu une chute
de la croissance en 2009 o la croissance
de la production n'avait enregistr que 2%,
un recul prononc mais considr comme


limit. Avec de grandes disparits : trs
forte baisse dans les pays revenue inter-
mdiaire, une perte de 6,5 points de crois-
sance pour l'Afrique du Sud par example
par rapport la priode 2003-07; et des
carts positifs pour la plupart des pays
dits fragiles comme le Congo RDC avec
plus de 10% de croissance. En moyenne,
les estimations (rvises en juillet 2010)
pour l'ensemble de la region pour 2010
chiffrent la croissance 5, 00% et celles
pour 2011 sont encore plus prometteuses,
la prvoyant 6,00%. De surcrot, cette
croissance serrait maintenue condition
que la reprise continue sur le plan mon-
dial. A condition aussi qu'il n'y ait pas de
grande dstabilisation politique.


Courrier





1IDose


Audace : Augmentation des alimentaire travers la subvention des
dpenses publiques au lieu de intrants agricoles.
la frilosit
Le social la defense de l'conomie
La resistance de l'Afrique subsaharienne
est considre par l'tude du FMI comme Alors que dans le pass, note le rapport
l'un des phnomnes les plus remar- du FMI, les pays africains sub-sahariens
qus au course de la avaient la mauvaise
recession mondiale. La resistance de I'Afrique habitude de trancher
La faible integration subsaharienne est l'un dans les dpenses
du continent dans des phnomnes les plus sociales pour rsoudre
l'conomie global y leurs problmes bud-
a jou. Cette raison remarques au course de la gtaires, leur reaction
ne suffit pas car il recession mondiale a t compltement


avait beaucoup plus svrement subi
les anciennes crises. Le facteur dter-
minant de sa tenue rside dans ses bons
fondamentaux macro-conomiques
depuis le milieu de la dcennie 2000
et dans l'intelligence des reactions des
gouvernements africains qui ont, ds les
premiers signes de ralentissement, pris
des measures pour relativiser les facteurs
extrieurs en augmentant les dpenses
publiques malgr une stagnation ou
une diminution des recettes. Ce qui a
permis d'attendre l'actuelle reprise de
la demand au niveau mondial et ses
corollaires, l'augmentation des prix des
denres de bases et donc la croissance
des recettes d'exportation de beaucoup
de pays subsahariens.

Durant la crise, la hausse de ces dpenses
publiques a t particulirement leve
dans certain Etats fragiles comme le
Togo. Un petit nombre de pays n'a toute-
fois pas pu assouplir la politique budg-
taire. C'est le cas d'un autre Etat fragile
comme les Comores parce qu'il est loin
de quitter le rang des pays pauvres les
plus endetts. Ou encore Seychelles qui
tout en tant un pays intermdiaire,
faisait face un dsquilibre macro-
conomique suite ses colossaux inves-
tissements immobiliers.

Sur le plan montaire, beaucoup de pays
du continent avaient alors abaiss les
taux directeurs jusqu'aux limits rai-
sonnables. Ceci a


diffrente ds les prmisses de la dernire
crise financire. Ils ont russi prserver


bien gard la confiance des investisseurs
trangers. Les dernires tendances enre-
gistres montrent que ceux-ci y reviennent
tel point dans les pays les plus avancs
que la peur d'une surchauffe de l'conomie
se fait dj jour. Sans computer la rmit-
tence des expatris africains qui n'a subi
qu'une chute lgre. A l'instar de l'aide au
dveloppement.

Le tableau n'est toutefois pas uniform-
ment rose. Un tiers des pays de la region
sont trs peu intgrs dans le circuit des
capitaux internationaux. Et l'tude du
FMI s'achve par des recommendations
qui semblent salutaires. Aprs les reactions


"Rethinking Africa's Growth Strategy", thme de la reunion annuelle 2010 du Forum conomique mondial Davos,
en Suisse, 2010. Reporters


en 2009, dernire anne pour laquelle les
chiffres sont disponibles, leurs dpenses
en faveur des categories les plus dfavori-
ses. Quant aux secteurs sociaux de l'du-
cation et de la sant,


favoris les investis- Les Etats ont maintenu leurs ils ont mme vu les
segments intrieurs, propres investissements parce montants allous
Les Etats ont main- augmenter dans
tenu leurs propres que les soldes budgtaires vingt des vingt-neufs
investissements S'taient amliores dans les Etats faible revenue.
publics au mme annes prcdant la crise Il n'en demeure pas


niveau qu'avant avec
mme pour la moiti d'entre eux un
accroissement. Ceci a t possible parce
que les soldes budgtaires de s'taient
amliores dans les annes prcdant
la crise. En l'absence de resources nou-
velles, beaucoup de pays ont procd
des transferts de resources judicieux qui
peuvent tre considrs comme une "pro-
tection social sous forme de dveloppe-
ment" comme le dnomme le rapport du


moins que la quasi
absence de scurit social a engendr
des situations pnibles pour les couches
les plus dfavorises, particulirement
pour les personnel qui ont perdu leurs
emplois, 700.000 rien qu'en Afrique du
Sud. D'aprs la Banque Mondiale, la crise
a empch 7 millions de personnel au
moins de s'affranchir du seuil de pauvret
($1,25 /jour).


FMI et qui consiste en investissements, Par rapport d'autres rgions du monde,
outre les travaux publics, dans la scurit l'Afrique sub-saharienne a relativement


de protection qui obligeaient agir sur le
court terme, conseil est donn de recom-
mencer privilgier les objectifs tradi-
tionnels comme les infrastructures. Et de
corriger les deficits budgtaires qui ont t
salutaires pendant la crise, mme si a et l
il faudrait avec prudence continue solli-
citer le budget pour favoriser la demand.



* in FMI. Etudes conomiques et financires
Perspectives conomiques rgionales FMI
avril 2010.

**Perspectives de l'conomie mondiale -Mise
jour: http://www.imf.org/external/french/pubs/
ft/weo/2010/update/02/pdf/0710f.pdf.

En novembre la Commission europenne
publiera une nouvelle enqute Eurobaromtre
sur "les Europens et l'Afrique", disponible pour
le sommet UE-Afrique. Lien Internet: http://
ec.europa.eu/publicopinion/indexen.htm


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010





DsI e


La Banque europenne d'investissement


joue la carte de l'Afrique



Depuis le dbut de l'anne, la Banque europenne d'investissement s'est engage
ct d'autres institutions financires dans plusieurs initiatives en Afrique destines
stimuler la reprise conomique et la creation d'emplois travers le enforcement
des marchs des capitaux et du secteur priv et l'attraction d'investisseurs. Ceci
conforte la nouvelle image de l'Afrique, de continent en essor.


En mai 2010, la BEI s'est asso-
cie avec la Banque africaine
de dveloppement (BAfD), le
fonds de l'OPEP pour le dvel-
oppement international (FODI) pour
soutenir le nouveau Fonds de capital-
isation pour l'Afrique conue par la
Socit financire international (IFC),
membre du group de la Banque mondi-
ale. Ce fonds disposera d'un montant de
200 millions de dollars destin con-
solider la capacity de prt des banques
commercials prives africaines, dans
le but d'acclrer la reprise conomique
et la creation d'emplois. Il compete coor-
donner ses actions avec celles d'autres
institutions financires pour pallier les
effects de la crise financire mondiale
en Afrique. Et surtout attirer des fonds
souverains, et dmontrer ainsi que des


investissements privs contribuant au
dveloppement de l'Afrique sont com-
mercialement viables.

Pour Plutarchos Sakellaris, vice-prsi-
dent de la BEI, "Le partenariat mis
en place... envoie un signal clair de
confiance eu gard aux possibilits
d'engagement sur les marchs finan-
ciers africains".

Des grandes aux micro-entre-
prises

Toujours en mai 2010, la BEI et sept
autres institutions africaines ou bien
implantes sur le sol africain, comme la
Banque de dveloppement de l'Afrique
australe ou l'Agence nerlandaise de
financement du dveloppement (FMO)
ont lanc officiellement le "Partenariat
pour le financement en Afrique" destin
principalement des projects de grande
dimension dans les secteurs des infra-


structures et de l'industrie. Au total ces
huit entits avaient invest en 2009 $8,8
milliards de dollars sur le continent.
L'objectif de cette initiative est aussi
d'attirer des investissements privs avec
grand potential de dveloppement. En
2009 les trois quarts des investisse-
ments de la BEI en Afrique ont t
raliss en partenariat avec d'autres
institutions.

Dans le cadre du Partenariat pour le
financement de l'Afrique, une des insti-
tutions associes peut oprer au nom
des autres et ce, dans le but de rduire
les gaspillages de temps et de resources
que constituent entire autres les audits
rptition et les nombreuses instruc-
tions de dossiers.

Autre pari sur l'Afrique. La BEI est
devenue le premier investisseur dans
l'unique fonds de microfinance des-
tin l'Afrique sub-saharienne, le
REGMIFA* lanc en mai 2010 par
decision du G8 et dot de $150 mil-
lions. La participation prise par la BEI
s'lve $15 millions. Ce fonds investira
dans 50 entreprises de microfinance
qui rtrocderont des prts en monnaie
locale des petites entreprises don't
300.000 en bnficieront au course des
cinq prochaines annes.

*Fonds regional d'investissement pour les
micros, petites et moyennes entreprises
d'Afrique subsaharienne.


L'immeuble qui abrite la Banque europenne d'investissement. 0CE


Courrier





DosI e


Contrats Chine Congo (RDC)



Un cas d'cole.


Pour le meilleur et pour le pire


En septembre 2007, le gouvernement congolais et un consortium d'Etat chinois
ont sign le plus important accord bilatral d'investissement jamais conclu
cette date par la Chine avec un pays africain. Pour Stefaan Marysse, professeur
l'Universit d'Anvers et spcialiste du Congo, cet accord est symbolique des
relations sino-africaines et des enjeux du nouveau positionnement de l'Afrique
dans l'conomie mondiale


Stefaan Marysse Hegel Gouter


Interview par H.G.


Accord entire le gouverne-
ment congolais et un group
d'entreprises d'Etat chinoises
concern la construction d'in-
frastructures estimes 6,5 milliards de
dollars et un prt de 2 milliards de dollars
pour la modernisation d'infrastructures
minires, le tout avanc par la Chinese
EXIM Bank. C'tait alors la plus grosse
affaire conclue entire la Chine et un pays
africain. Afin d'en garantir le rembourse-
ment, une joint-venture sino-congolaise
a t cre pour exploiter du cuivre, du
cobalt et de l'or du Congo.


SM La perce chinoise en Afrique
marque une priode charnire. Il montre
qu'on en est la fin de l'poque post-
coloniale sous l'gide des anciens pouvoirs
coloniaux. Les liens commerciaux ont
commenc basculer vers l'Est depuis
un temps, d'abord vers des products japo-
nais. En 2030, toutes les projections le
montrent, la Chine reprsentera 35 40%
de la production mondiale. De l'autre
ct, il y a l'Afrique qui pntre dans le
systme mondial. Pour elle, ces change-
ments sont traumatisants. Elle est en plein
repositionnement, se dfaisant non seu-
lement de la priode colonial mais aussi
de la priode postcoloniale au course de
laquelle ses gouvernants pensaient qu'en
occupant le politique on pouvait appri-
voiser l'conomie. Dans cette conjoncture
mondiale, l'Afrique est engage dans un
movement d'enracinement dans ses
valeurs culturelles et dans un autre de
dracinement vers le mondialisme.

Les deux movements de la Chine et de
l'Afrique font que celle-ci est confronte
un rapport de force dterminer. D'o
la grande question : est-ce que l'Afrique
dans ce glissement gostratgique a assez
de pouvoir. Les relations sino-congolaises
sont symboliques de ce qui se passe sur
le continent africain.

HG Quelle est d'aprs vous la grande
particularit des relations sino-afri-
caines et plus particulirement sino-
congolaises ?

Economiquement, la Chine cherche
des matires premires pour l'expan-
sion de son conomie. Elle n'en a pas et
doit en trouver mais toutes les grandes


reserves ailleurs dans le monde sont
dj sous contrle des multinationales
des anciennes puissances. Il n'y a que
l'Afrique qui en dispose. C'est une Chine
impriale qui reproduit ce que chaque
pouvoir hgmonique avait fait. Il y a
donc resemblance avec le project colonial.

Ce que donnent les Chinois aux pays
africains en change des matires pre-
mires, ce sont les infrastructures
publiques pour lesquelles ils sont com-
ptitifs, comptents, capable de respecter
des dlais rapides. C'est just ce don't a
besoin l'Afrique et plus particulirement
l'Afrique central.

Pourquoi est-ce un project colonial ?
N'est-ce pas ce don't les pays africains
ont besoin et que la colonisation clas-
sique n'avait pas apport ?

Pour l'Afrique, le grand danger est ici un
project de dveloppement extraverti. Par
ailleurs, les Chinois refont des infrastruc-
tures qui existaient avant. C'est la priode
du nationalism qui ne s'en tait pas occu-
pe. A l'poque colonial, le Congo (RDC)
tait aussi quip que l'Afrique du Sud.

La difference dans l'approche chinoise
est qu'elle reconnat la souverainet des
peuples africains. Elle ne s'ingre pas
dans la politique locale et fait des affaires
aussi bien avec les bandits qu'avec les
meilleurs dmocrates. Et elle ne critique
pas. Elle enforce le statut de ceux au pou-
voir, autant dans une dmocratie comme
l'Afrique du Sud qu'avec un gouverne-
ment rpressif comme celui du Zimbabwe
ou du Soudan. Elle peut le faire car ses
centres de decision sont concentrs, sans


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010






















press critique par example. En ce sens,
elle est cohrente depuis Bandung* o
elle se prsentait comme le chef de file
des non-aligns.

En rponse aux critiques sur son sou-
tien des pouvoirs non-dmocratiques,
la Chine rpond qu'elle n'accorde pas
d'aide budgtaire aux gouvernements
mais excute des projects utiles pour les
pays. Ce qui permet l'appropriation de
l'aide par les Africains.

L'Afrique profite-elle alors pour
son dveloppement conomique de
ces changes avec la Chine, qui lui
permettent de disposer de grandes
infrastructures ?

L'Europe galement a invest des
milliards dans les infrastructures en
Afrique, mais aussi dans la bonne gou-
vernance et dans les elections. Mais
les Etats europens l'ont fait en ordre
dispers et leurs actions souffrent d'un
manque de visibility. La Chine s'est


SAU MARRIAGE CHINE-AFRIQUE


concentre sur les infrastructures. Dans
un pays comme le Congo, qui doit tout
importer -les eufs d'Afrique du Sud,
le riz de la Thalande etc. -il fallait des
infrastructures. Les Chinois l'ont com-
pris et se concentrent sur cet aspect.
C'est visible. Mais quand on regarded
par example la carte des constructions
chinoises au Congo, en Angola et en
Zambie, toutes sont relies entire elles
et visent la sortie de matires premires
et l'entre de products imports.

C'est le moment qui fait la difference. J'ai
l'impression que l'Afrique est en train
de se redresser. Il y a eu de grandes per-
sonnalits politiques comme Mandela,
Amadou Toumani Tour au Mali. Et il
y a une prise de conscience que la classes
politique ne peut se perptuer que par la
bonne governance. L'Afrique se reposi-
tionne. Elle rsiste aux crises, beaucoup
mieux qu'ailleurs.

Mais les contracts signs avec la Chine
dans le cas du Congo ont d tre revus


sur injunction du Fonds montaire inter-
national qui a considr que le Congo,
sur le point de sortir de la catgorie des
pays les plus endetts, ne pouvait s'aven-
turer dans des dettes colossales pour
les gnrations futures. Les garanties
exiges par les Chinois dans le contract
de septembre 2007 taient juges exor-
bitantes. Le FMI a donc fait changer
les conditions des prts. Il y a eu en
octobre 2009 des avenants l'accord
qui rduisent de moiti les frais d'infras-
tructures. C'est une bonne chose en un
sens mais d'un autre, le Congo a vraiment
besoin de ces infrastructures. La Grce
vient d'emprunter environ 110 milliards
de dollars. Il ne s'agissait ici que de 6,5
milliards.



* Conference constitutive du group des non-
aligns du tiers-monde par 29 pays d'Asie et
d'Afrique.


Illustration d'Eric Andriantsalonina


Courrier


DI e



















Les dirigeants africains voient


dans la Chine un partenaire


commercial flexible



Les relations commercials entire la Chine et l'Afrique, et spcialement les pays de la
cte est, ne datent pas d'hier. Ces relations, souligne l'conomiste thiopien Kelbesa
Megersa, remontent au Moyen ge, voire l'Antiquit. Sous l're Mao Zedong (1950-
1976), des liens conomiques etsociopolitiques important se sont tisss entire le gant
asiatique et l'Afrique subsaharienne. Mais depuis le dbut du XXIe sicle, on assisted
une intensification spectaculaire des relations commercials : de 2000 2008, la
valeur des changes entire la Chine et l'Afrique a plus que dcupl, passant de
10,5 milliards de dollars plus de 106 milliards de dollars.


) Avec I'aimable autorisation de Kelbesa Megersa


Un entretien ralis par H.G.


Afrique a-t-elle t la plus
forte ?

La Chine a surtout intensifi
ses liens commerciaux avec les pays afri-
cains producteurs de ptrole. Le fait que
l'Angola, le Soudan et le Nigria comp-
tent parmi ses principaux partenaires le
dmontre clairement. La Chine prend
de nombreuses initiatives pour protger
ses sources de matires premires long
terme. Cette mission est assure par
plusieurs entreprises d'Etat comme la
China National Petroleum Corporation
(CNPC), la China Petroleum & Chemical
Corporation (Sinopec Corp.) et la China
National Offshore Oil Corporation
(CNOOC). Comme la Chine est en
concurrence avec d'autres grandes puis-
sances, elle mne l'gard des pays afri-
cains au sous-sol riche une politique trs
habile, leur octroyant des dons gnreux
et des crdits taux rduit, voire nul. La
Chine est galement trs active dans la
construction des infrastructures, et se
garde surtout d'intervenir dans la poli-
tique locale. Elle s'est ainsi montre peu
encline mettre la pression sur Khartoum
l'ONU, malgr les atrocits commises
au Darfour.

La capacity chinoise dvelopper le
commerce avec l'Afrique est-elle lie
au fait que ses concurrents, notam-
ment l'Europe, sous-estiment le dyna-
misme de la Chine ?

Il se peut que ce dynamisme ait t sous-
estim un stade prcoce de l'essor chi-
nois, mais sans doute pas au XXIe sicle.
Cette situation s'explique plutt par une
certain tendance europenne exclure
l'Afrique de sa zone de prospection com-
merciale. L'UE a longtemps limit ou
conditionn ses liens commerciaux avec
l'Afrique, invoquant l'instabilit politi-
que du continent. De son ct, la Chine
ne pouvait passer ct des avantages
potentiels de liens commerciaux solides
avec ce continent marginalis et riche en
resources.

La Chine dit mener une politique de "non-
ingrence" l'gard de ses partenaires
commerciaux. Contrairement l'Occident,


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


1IDose





IDo


Un complex de cinq plateformes pompe du ptrole au large des ctes de Cabinda, le champ ptrolier le plus
prolifique de l'Angola. Reporters


elle s'abstient de critiquer ses partenaires
africains sur la governance et les droits de
l'homme. Ds lors, de nombreux dirigeants
africains voient en la Chine un partenaire
commercial conciliant.

De nombreux conomistes disent que
les conomies de l'Afrique subsaha-
rienne vont dans la bonne direction.
Qu'en pensez-vous ?

Je suis assez d'accord avec cette vision. La
dernire dcennie, surtout avant la crise
financire, a t une priode faste pour la
region. De nombreux pays ont affich des
taux de croissance du PIB impressionnants,
et les changes et les investissements ont
nettement progress. De plus, la situation
politique s'est calme dans bon nombre
de pays. Il subsiste toutefois de nombreux
problmes qui pourraient compromettre la
durability du processus en course.

Pensez-vous que le partenariat avec
la Chine et d'autres pays mergents
a entran un repositionnement de
l'Afrique sur l'chiquier conomique
mondial ?

Je suis tent de le penser. L'Afrique a t
longtemps exclue de nombreuses scnes
mondiales. La plupart des pays occiden-
taux ne voulaient pas la considrer comme
un partenaire fiable, moins qu'elle ne


rsolve ses problmes de governance et
se conforme ses "attentes". Certains
pays africains "stratgiques" ont constat
un regain d'intrt de l'Occident aprs
l'arrive de la Chine.

De nombreux analysts sous-estiment
le rle de l'Afrique. Mais il se peut aussi
que d'autres le surestiment. En tant que
continent mergent et riche en resources,
l'Afrique joue un rle important dans la
dynamique mondiale. Elle pourrait jouer

La Chine est galement trs
active dans la construction des
infrastructures, et se garde
surtout d'intervenir dans la
politique locale

un rle significatif dans le dveloppement
des changes de resources minrales, de
denres agricoles et de divers biens forte
intensity de main-d'uvre. Elle consti-
tue aussi un potential d'investissement
inexploit.

Ses relations commercials avec les co-
nomies mergentes reclent la fois des
promesses et des dangers. Si certaines
industries (comme le secteur textile) sem-
blent souffrir des importations bas prix
des pays asiatiques mergents, les pays
africains exportent davantage vers ces


mmes pays. Quoi qu'il en soit, avoir de
multiples partenaires commerciaux est
une bonne chose. La Chine ne devrait pas
tre le seul "dbouch alternatif".

L'essor conomique que connaissent cer-
tains pays mergents ouvre des marchs
normes aux exportations africaines. De
plus, les pays africains pourraient impor-
ter certain products essentiels des prix
nettement moins levs.

Les nouveaux partenariats, notam-
ment ceux avec la Chine, font-ils recu-
ler la pauvret en Afrique ?

La multiplication des partenariats sino-
africains entrane une nette augmentation
du volume des changes, et le PIB de la
plupart des pays africains augmente. Il se
peut toutefois que l'impact sur la pauvret
reste limit, cette croissance n'tant sou-
vent pas "inclusive". De plus, contraire-
ment au modle de cooperation occidental
bas sur des projects visant directement
les pauvres, la Chine est engage dans
de grands projects d'infrastructure et
d'investissement. Il faut toutefois soulig-
ner qu' long terme, de tels projects aide-
ront l'Afrique lutter contre la pauvret.
Ces contributions, combines aux dons
et aux crdits accords, pourraient mme
faire de la Chine un bon partenaire de
dveloppement pour les nations africaines.


Courrier





1IDose


Laide pour les changes


UE-Afrique de l'Ouest prend forme


Le PAPED est le programme europen de
dveloppement pour l'Afrique de l'Ouest
li I'APE, un accord de libre-change
conclu entire 'UE et la region*. Mais les
fonds disponibles suffiront-ils accom-
pagner les changements suscits par
I'APE, et comment seront-ils utiliss ?


Debra Percival



Le module "aide pour le com-
merce" du programme PAPED
a t mis au point paralllement
aux discussions entire l'UE et
l'Afrique de l'Ouest sur la libralisation
du march dans le cadre d'un APE. L'UE
espre boucler ces discussions d'ici la
fin 2010. "Il n'y a d'accord sur rien tant
qu'il n'y pas d'accord sur tout", a dclar
Soumala Ciss, Prsident de l'Union
conomique et montaire ouest-africaine
(UEMOA), lors d'un sminaire organis
en mai Bruxelles par la prsidence espa-
gnole sur le rle de l'UE dans le renfor-
cement de l'intgration ouest-africaine.

L'ouverture des marchs
ne mne pas elle seule au
dveloppement", Mohammed
Daramy, CEDEAO

A l'heure o les ngociations sur les
dtails de l'APE se poursuivent, l'UE a
confirm sa proposition de fournir 6,5
milliards d'euros sur les 9,54 milliards
estims ncessaires pour mettre en uvre
le PAPED dans les cinq annes venir
(2010-2014). L'UE souhaite que d'autres
bailleurs de fonds, y compris des institu-
tions multilatrales et le secteur priv,
apportent le complement ncessaire.

Le PAPED a t labor en collaboration
avec les deux organizations rgionales de
l'Afrique de l'Ouest, savoir l'UEMOA et
la CEDEAO (Communaut conomique
des Etats de l'Afrique de l'Ouest). Ces
organizations dirigent l'intgration de la


region, ce qui comprend l'instauration
d'un tarif extrieur commun et d'une
union montaire. Des gouvernements, des
institutions rgionales, le secteur priv et
la socit civil de l'ouest de l'Afrique ont
galement pris part aux discussions ayant
about au PAPED.

Prenant la parole lors du sminaire de
Bruxelles, le Commissaire europen au
dveloppement Andris Piebalgs a dclar
que le PAPED irait "au-del des ajus-
tements ncessaires lis la signature
de l'APE." Selon Mohammed Daramy,
Commissaire de la CEDEAO charge du
commerce, des douanes et de la migra-
tion, "l'ouverture des marchs ne mne
pas elle seule au dveloppement."
Mohammed Ibn Chambas, Secrtaire
gnral du Groupe ACP, a rappel aux
participants que l'objectif de la librali-
sation du commerce et de l'intgration
rgionale tait de crer de l'emploi et de
lutter contre la pauvret, don't le niveau
reste unacceptable.

Priority l'infrastructure

L'essentiel du budget du PAPED (6,029
milliards d'euros, soit 63%) devrait tre


affect l'amlioration et au enforcement
de l'infrastructure commercial. Un mon-
tant de 1,855 milliard d'euros (19%) ira
des projects destins diversifier les cono-
mies de l'Afrique de l'Ouest et renforcer
les capacits de production, tandis que
631 millions d'euros (7%) seront mis de
ct pour dvelopper le commerce intra-
rgional et faciliter l'accs aux marchs
internationaux. Les 145 millions restants
(2%) seront destins la mise en uvre,
au suivi et l'valuation de l'APE.

Lors du sminaire, Angel Losada, ambas-
sadeur d'Espagne au Nigria, a dclar :
"Il faut que nous parlions des chiffres,
mais aussi du enforcement des strategies
dans le cadre du PAPED."


*Un des quatre APE ngoci avec les quatre
rgions d'Afrique
Les pays d'Afrique de l'Ouest engags dans
les ngociations sur l'APE sont : le Bnin, le
Burkina Faso, le Cap-Vert, la Cte d'Ivoire,
la Gambie, le Ghana, la Guine, la Guine-
Bissau, le Libria, le Mali, le Niger, le Nigria,
le Sngal, la Sierra Leone, le Togo et la
Mauritanie.


Route traversant la capital librienne. Reporters


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010





Do


LAfrique du Sud, locomotive


conomique du continent africain


L'Afrique du Sud est-elle vraiment la
locomotive conomique du continent
africain ? Les pays d'Afrique en pro-
fitent-ils ? Il est clair que la poursuite de
l'intrt personnel- premiere motivation
de l'espce humaine peut parfois gn-
rer des avantages plus grande chelle
et c'est de fait une pierre angulaire de la
socit moderne. Si mon voisin et moi
dcidons de ne pas nous triper, c'est
dans notre intrt... mutuel et distinct.


"L'Afrique du Sud export son lectricit
vers ses pays voisins."
Chris Kirchoff, MediaClubSouthAfrica com


Charles Visser *


Sintrt personnel apparat donc
comme la principal motiva-
tion de l'Afrique du Sud alors
qu'elle s'emploie promouvoir
nergiquement le dveloppement cono-
mique de ses voisins immdiats et mme
de toute l'Afrique subsaharienne. Une
politique qui maintient ses citoyens au
pays tout en crant un march pour sa
propre production.

Ce qu'on sait moins, c'est que l'Afrique
du Sud s'efforce depuis toujours -et les
annes de l'apartheid n'y ont pas fait
exception d'amliorer la destine cono-
mique de ses voisins.


du Sud. En plein apartheid, elle entendait
crer une communaut d'Etats "spars
mais gaux", enclavs et voisins.

Stimuler les conomies d'Etats noirs dj
indpendants -enclavs (Swaziland et
Lesotho) ou limitrophes -le Botswana
est ainsi devenu un impratif politique pour
l'Afrique du Sud. Il fallait en effet que les
Etats noirs indpendants participent visi-
blement au "Grand Apartheid" (la creation
de bantoustans ou foyers nationaux pour
les populations noires d'Afrique du Sud).

Un acteur majeur

Ironie typiquement africaine, les recettes
tires de la SACU devinrent la princi-
pale source de devises trangres pour
le Swaziland et le


Et cela mme depuis L'Afrique du Sud s'efforce Lesotho, mme si,
la creation de l'Union depuis toujours et les annes l'poque, ces deux
de l'Afrique du Sud, ont ps pays rclamaient haut
en 1910, un dominion de I'apartheid n'y ont as fait t fort des sanctions
qui a d'ailleurs vu la exception d'amliorer la encore plus svres
mise en place de la destine conomique de ses contre l'Afrique du
plus ancienne union voisins Sud en plein apar-
douanire au monde, theid l'poque. Aprs
l'Union douanire sud-africaine (SACU). l'apartheid, l'Afrique du Sud rejoignit
Cet accord douanier conclu entire l'Afrique la Communaut de dveloppement de
du Sud, le Botswana, le Swaziland et la l'Afrique australe (SADC). Cette com-
Namibie avait pour objectif premier de munaut avait t mise en place en 1980
promouvoir le dveloppement cono- afin de rduire la dpendance de ses neuf
mique regional travers la coordination membres fondateurs vis--vis de l'Afrique
des changes commerciaux. L'accord de du Sud. L'organisation compete aujourd'hui
1910 fixait ainsi des tarifs extrieurs com- pas moins de 15 membres, certain situs
muns applicables toutes les marchandises dj fort au Nord et jusqu' la cte occiden-
importes dans cette union. tale du continent -la Rpublique dmo-
cratique du Congo. Avec la Tanzanie, la
La SACU consacrait donc la mise en com- SADC s'tend par ailleurs jusqu' la cte
mun des droits de douane en function du orientale et avec Maurice et Madagascar,
volume total du commerce extrieur et des elle a mme un pied dans l'ocan Indien.
droits d'accise bass sur la production et Ironie du sort qui ne surprit personnel,
la consommation totales des biens frapps l'Afrique du Sud est devenue le principal
de cette taxe. Les biens products au sein acteur de cette communaut, mme si elle
de la SACU pouvaient par ailleurs circuler se garde de le crier haut et fort.
librement, sans contingent, tandis qu'une
formule de partage des recettes avait t La SADC nourrit de nombreux et nobles
mise au point, idaux, exprims dans les discours et le
jargon qui plaisent aux bureaucrats du
L'accord a t amend en 1969 et une monde entier mais qui feraient s'endor-
nouvelle fois en 2002. L'accord de 1969 mir sur-le-champ le plus rcalcitrant des
a vu l'inclusion d'un multiplicateur dans insomniaques. En voici quelques-uns :
la formule de distribution des recettes
douanires, qui a eu pour effet d'accrotre Assurer une complmentarit entire les
de 42% les recettes du Botswana, du strategies et les programmes nationaux
Swaziland et du Lesotho. Une fois encore, et rgionaux ;
il y allait de l'intrt personnel de l'Afrique


Courrier























* Promouvoir et maximaliser l'emploi pro-
ductif et l'utilisation des resources de
la region;

* Parvenir une utilisation durable des
resources naturelles et protger effica-
cement l'environnement;

* Renforcer et consolider les affinits his-
toriques, sociales et culturelles de longue
date entire les populations de la region.


Pas encore endormi ? Lisez donc la suite.
De biens beaux idaux, certes, mais nom-
breux sont ceux qui accusent l'organisation
de n'tre qu'une plateforme politique de
plus. Beaucoup de belles paroles mais rien
de trs concrete !

Entre-temps, le secteur priv sud-afri-
cain n'a pas eu besoin de se faire prier
pour pntrer en Afrique. Au moment o
vous lisez ces lignes, des Sud-Africains


construisent des tours de tlphonie cellu-
laire en RDC, ouvrent des grandes surfaces
au Mozambique, lvent des poulets de
chair en Zambie, octroient des prts des
PME africaines, facilitent les transferts
d'argent... quand ils n'exploitent pas des
mines de tanzanite en Tanzanie. Quant
savoir si ces activits commercials bn-
ficient aux habitants de ces pays, c'est un
autre dbat. Mais si l'on part du principle
que le commerce et l'industrie sont une
bonne chose...


Vignoble sud-afric
Laif/ Repo


Ce tableau ne serait pas complete si nous
ne mentionnions pas l'cotourisme. Un
secteur que beaucoup considrent comme
le seul secteur vritablement durable pour
les nombreuses rgions pauvres d'Afrique.
Dans ce secteur, l'Afrique du Sud se
montre particulirement active, avec la
creation de plusieurs parcs transfrontaliers
destins attirer les tourists dans des
rgions du Mozambique et du Zimbabwe
actuellement sous-utilises. Le Greater
Limpopo Transfrontier Park est une ini-
tiative conjointe de l'Afrique du Sud, du
Mozambique et du Zimbabwe qui devrait,
au terme d'une premiere phase de dve-
loppement, couvrir un territoire de 35.000
km2 et, une fois acheve, un gigantesque
territoire de 100.000 km2. L'Afrique du
Sud a par ailleurs aussi facility le retour
de cinq rhinocros noirs dans la reserve
naturelle du Serengeti. Vingt-sept autres
devraient venir les rejoindre dans les deux
ain. annes venir.
rters

Pour en revenir la question initial. Oui,
l'Afrique bnficie de nombreuses solu-
tions africaines des problmes africains,
des solutions mises au point au fil des ans
par l'Afrique du Sud. Oui, elle profit du
vent d'espoir que ce pays souffle sur le
continent. Et elle bnficie galement du
dveloppement des infrastructures favo-
ris par les intrts commerciaux sud-afri-
cains, qu'il s'agisse de la construction d'un
supermarch ou d'une reserve naturelle
cologique haut de game. Des avantages
long terme peuvent tre mis en evidence.
Oui, le continent profit des techniques
efficaces de conservation mises en place
par l'Afrique du Sud.

Mais au fait, l'Afrique du Sud profite-elle
des changes de technologies et de tech-
niques avec le continent ? Bien sr que oui,
question stupid !


Johannesburg. 0 Chris Kirchoff, MediaClubSouthAfrica com Journaliste freelance.


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


1IDose


1 untm


















































Des ONG somaliennes rvlent


les besoins de leur pays

Cet automne, I'UE laborera un project de Communication sur la Corne de l'Afrique, don't fait parties la Somalie. Par ailleurs,
Catherine Ashton, Haute Reprsentante de l'Union europenne pour les affaires trangres, doit se rendre dans la region en
septembre. Avant ces deux vnements, des ONG somaliennes collaborant avec des partenaires de I'UE dans diffrentes
rgions du pays valuent les besoins en terms d'aide humanitaire et de dveloppement.


Debra Percival



velles menaces d'inscurit
poses par des groups rebelles
d'inspiration islamique, comme
le group al-Shabab, qui a fait allgeance
la mouvance terrorist international


Al-Qada. Selon les ONG somaliennes,
les rgions autonomes du Puntland
(nord-est) et du Somaliland (nord-ouest)
connaissent une paix relative, surtout le
Somaliland. En revanche, le gouverne-
ment fdral de transition (TFG) est
install Mogadiscio, dans le sud de la
Somalie, o le conflict se pursuit entire
les troupes du gouvernement et les mili-
tants extrmistes. Lors de son sommet de


juillet, l'Union africaine (UA) a promise
d'envoyer de nouvelles forces de maintien
de la paix dans la region.
Selon Noah Gottschalk, conseiller huma-
nitaire Oxfam auprs de l'UE, "dans un
pays comme la Somalie, qui est prati-
quement inaccessible pour les dlgus
officials, l'UE doit couter les ONG soma-
liennes, qui sont les experts locaux et qui


Courrier






























peuvent aider les dcideurs laborer de
meilleures politiques." Selon Oxfam, si
la piraterie reflte peut-tre l'instabilit
du pays, il est un fait que 3,2 millions
de Somaliens, soit prs de la moiti de la
population, ont urgemment besoin d'aide
humanitaire.

Paix au Somaliland

"Dans le nord-ouest, dans les zones de
dveloppement du Somaliland, o la
paix et la stability dominant depuis plus
d'une dcennie, l'aide
international devrait L'UE doit c
tre renforce afin somalienne
de soutenir la paix et expert
d'encourager les struc-
tures dmocratiques et qui peu
exemplaires de cette dcideurs
region, qui a connu meilleure
des lections libres et
rgulires et une tran-
sition pacifique du pouvoir", dclare un
reprsentant d'une ONG base Hargeisa
(Somaliland), qui ne peut tre nomm
pour des raisons de scurit.

Selon lui, "la paix doit tre soutenue, mais
il ne faut pas ngliger l'aide humanitaire
aux populations se trouvant dans les zones
de conflict, car cela pourrait entraner un
exode vers les zones plus stables, ce qui
risquerait d'y compromettre la paix et
la scurit. Les efforts de enforcement
des capacits devaient se concentrer sur
le tmoignage, la consolidation de la paix
et la resolution des conflicts "

Un reprsentant d'une ONG active dans
le sud et le centre du pays, o la rebellion
fait rage, et qui souhaite galement garder
l'anonymat, voudrait que les programmes
pour les jeunes bnficient d'un plus large
appui financier. "Nous engageons des
jeunes de 18 30 ans pour rhabiliter les
canaux et dgager les routes. Ils reoivent
environ 54 dollars par mois, ce qui consti-
tue ici un bon salaire", poursuit-il, en
ajoutant que dans cette region, la situation
actuelle est presque pire qu' l'poque des
seigneurs de guerre.

Une socit civil forte

Selon Jama Mohamed, directeur de la
SOCDA (ONG de dveloppement local),
"il est crucial de renforcer les capacits


de la socit civil somalienne, ds lors
que les ONG sont les seules organisa-
tions non lucratives qui stabilisent le pays.
C'est particulirement le cas en Somalie,
o le secteur public est faible et o il est
indispensable de disposer d'une socit
civil forte pour poser les bases d'une
nation solide et instaurer de bonnes pra-
tiques en matire de governance et de
dmocratie."

"Cet objectif ne pourra tre atteint que
moyennant l'installation de bonnes
structures de gou-
outer les ONG vernance, le dploie-
, qui sont les ment de forces de
s locaux scurit fiables et
comptentes et le
ent aider les rtablissement de la
laborer de justice dans le pays",
spolitiques explique-t-il. Et
d'ajouter : "Durant
la priode de stabi-
lisation, la proliferation de groups poli-
tiques et les interfrences rgionales et
internationales devront tre fermement
continues. Un processus de reconciliation
entirement administr par les Somaliens
devra tre lanc. Il devra englober les
questions de scurit du people somalien,
de participation politique et de gouver-
nance future du pays."

Selon lui, "il est important que les
Somaliens soient la manuvre et que
toutes les parties concernes participent,
de faon tablir des structures authen-
tiques susceptibles de s'intgrer aux codes
traditionnels somaliens".

L'ONG base Hargeisa, voque plus
haut, est inquite de l'impact environ-
nemental des exportations de carbon
de bois du sud de la Somalie vers le
Moyen-Orient et lance un appel aux pays
importateurs afin qu'ils interdisent ces
importations de toute urgence. Selon le
reprsentant de cette ONG, "il est extr-
mement important de soutenir financi-
rement et techniquement le secteur des
nergies alternatives, car la destruction de
l'environnement met en pril les moyens
d'existence des collectivits locales."

Noah Gottschalk, d'Oxfam, rsume son
point de vue : "L'UE devrait investor
davantage dans le enforcement des capa-
cits des ONG locales, don't les collabo-


rateurs risquent leur vie pour donner une
vie meilleure aux Somaliens. Ce sont des
hros qui, non contents de fournir de l'eau
et de la nourriture, offrent galement une
alternative d'innombrables personnel
qui, sans eux, gagneraient leur vie en com-
mettant des actes criminals, notamment
des actes de piraterie maritime."



L'UE, principal bailleur de
fonds de la Somalie

Avec sa contribution financiere de 180
millions d'euros, affecte la gouver-
nance et a la security, a
au dveloppement conomique et la
security alimentaire, I'UE est le principal
bailleur de fonds de la Somalie.'
2007, I'UE a egalement octroye 99,5
millions d'euros la mission de maintien
de la paix de l'Union africaine (UA) en
Somalie L'UE la
mission navale EUNAVFOR Atalanta, qui
vise dissuader et a rprimer les actes
de piraterie au
nes. LUE a galement mis sur pied une
mission de formation militaire
en collaboration avec l'Ouganda, les
tats-Unis et I'UA, don't le but est de
crer d'une future arme so-
malienne. Le 27 I'UE a octroye
un montant de 35 millions d'euros d'aide
humanitaire a la Somalie afin d'aider le
pays dans divers secteurs (sant, nutri-
tion, eau et assainissement), et, enfin,
le 2 aot, I'UE s'est engage octroyer
un montant de 15 millions d'euros aux
populations somaliennes des camps
de refugies de Dabaab, au nord-est du
o se trouvent les plus grands
camps de rfugies du monde.

Pour en savoir plus:
www.eunavfor.com
www.ec.europa.eu/development/


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


v
,
*I
c




























































Un march europen plus ouvert aux
exportations zambiennes de sucre
suscite de nouveaux investissements
et contribute la creation d'emplois
tout en augmentant les recettes
d'exportation du pays.




Nawa Mutumweno



verture du march de l'UE
aux exportations en fran-
chise de droits et de quo-
tas offre de nouvelles perspectives aux
investissements dans le secteur zambien
du sucre. Des investissements dans ces
immense tendues de terres arables qui
permettent au pays d'approvisionner
de nouveaux marchs et de nouveaux
secteurs. Le secteur zambien du sucre
devrait ainsi connatre une croissance


substantielle dans les annes a venir,
non seulement grce une hausse pr-
visible des exportations de sucre desti-
nation de l'UE et de marchs rgionaux
(la Rpublique dmocratique du Congo
par example), mais galement grce
une diversification du secteur vers la
production de biocarburants et autres
sous-produits du sucre.

L'accs des exportations zambiennes
au march de l'UE a dans un premier
temps t facility par la suppression
progressive des quotas, au titre de l'ini-
tiative de l'UE "Tout sauf les armes"
(EBA), un dispositif mis en place en
2001 en faveur des pays les moins avan-
cs (PMA). Cette initiative avait pour
objectif d'encourager les changes en
autorisant les exportations en franchise
de droits et de quotas de tous les pro-
duits en provenance des 49 PMA et
destination de l'UE, l'exception du riz,
du sucre et des bananes -des products
dits "sensibles". Les restrictions qui
frappaient encore les exportations de


sucre ont t leves le ler juillet 2009,
permettant la Zambie et aux autres
PMA d'exporter leur sucre libre de
droits et de quotas vers l'UE.

La Zambie est galement un des six
pays de la region d'Afrique orientale et
australe (les autres tant les Comores,
Madagascar, Maurice, les Seychelles et
le Zimbabwe) avoir sign avec l'UE
un Accord de partenariat conomique
(APE) portant exclusivement sur les
marchandises. Un accord qui garantit
d'ores et dj la majeure parties de la
production zambienne, don't le sucre,
l'accs libre au march de l'UE partir
de 2015.

Place l'optimisme

L'optimisme fait ainsi place au pessi-
misme qui s'tait install il y a quatre
ans suite la restructuration du rgime
sucree" de l'UE. Les rformes com-
merciales introduites par l'UE en 2006
incluaient en effet une baisse de 36%


Courrier
















du prix de rfrence pour le sucre, une
measure qui avait fait chuter les recettes
d'exportation des 18 pays d'Afrique,
des Carabes et du Pacifique (ACP)
exportateurs de sucre, et signataires du
prcdent protocole sucre de l'Accord de
Cotonou conclu entire les ACP et l'UE.
Un protocole qui avait dcid de l'aligne-
ment du prix du sucre des ACP sur celui
de l'UE. A l'poque, la Zambie avait
donc vu le prix l'exportation passer de
523,7 euros/tonne de sucre 335 euros/
tonne en 2009-2010.

Afin de compenser ces pertes de revenues,
l'UE avait offert aux 18 signataires ACP
du protocole sucre une envelope d'assis-
tance de 1,28 milliard d'euros, destine
finance des Stratgies d'adaptation
pluriannuelles (SAP) sur une priode
de quatre ans. Etaient donc couverts au
titre de ces strategies la modernisation
de la production en vue de rduire les
cots ou encore les efforts de diversifica-
tion vers la production d'thanol.

En 2007, les ACP ont mme craint
devoir affronter une concurrence mon-
diale encore plus rude lorsque l'UE prit
la decision, aprs avoir impos la dimi-
nution du prix du sucre, de supprimer
progressivement le protocole sucre, qui
tablissait des contingents annuels fixes
pour les exportateurs de sucre des ACP.

Alors qu'elle craignait
le pire, la Zambie a
russi s'adapter, et Avec la leve
aujourd'hui, avec la restrictions
leve des dernires l'initiativ
restrictions au titre
de l'initiative EBA, exportations
ses exportations de I'UE sont pas
sucre vers l'UE sont 135.0C
passes de 30.000
135.000 tonnes, selon
les observateurs et experts du secteur.
La Zambie retrouve ainsi durablement
confiance dans son secteur du sucre.
Subtitle: Expansion

Le project d'extension de la plantation
de cannes sucre de Nakambala, d'un
montant d'un 1 trillion de kwachas (1
kwacha = 0,00016 euro), mis en uvre
par Zambia Sugar, premiere entreprise
agricole du pays, a permis la Plantation
de doubler sa production. Le project d'ex-
tension, dmarr en avril 2007, prvoyait
la modernisation de l'usine existante,
la construction de routes et de canaux,
ainsi que la plantation de cannes sucre
sur 10.000 hectares supplmentaires.

Depuis le ler avril 2009, les usines de
Zambia Sugar tournent plein ren-
dement, la production passant ainsi
de 246.000 tonnes 440.000 tonnes.
Environ 130.000 tonnes seront rserves
au march zambien tandis que 120.000


Paysage de Zambie, entire Chingola et les marcages de Bangweulu. Sunset/ Reporters


tonnes approvisionneront les marchs
rgionaux en expansion. "Nos expor-
tations vers l'UE devraient augmen-
ter pour avoisiner les 200.000 tonnes
d'ici trois ans environ, tandis que la
capacity de production de l'usine sera
porte 465.000
tonnes" explique
des dernires Lovemore Sievu,
au titre de charge d'affaires
EBA, ses de Zambia Sugar.
L'augmentation de
de sucre vers 100o de la produc-
es de 30.000 tion permettra la
O tonnes creation de 10.000
emplois, y compris
via le programme
d'aide la production en faveur des
petits planteurs.

Zambia Sugar a dclar avoir rachet
85,73% des parts de Nanga PLC, qui
possdait jusqu'ici 9.800 hectares de
terres agricoles Mazabuka, dans la
province mridionale, don't 2.200 hec-
tares de plantations, essentiellement de
cannes sucre. Zambeef, action-
naire majoritaire de Nanga Farms, avait
choisi de revendre ses parts pour se
concentrer sur son activity principal: la
production et la distribution de viande
de buf, de poulet, de porc, d'ufs, de
lait et de products laitiers. Un rachat qui
permet Zambia Sugar de garantir sur
le long terme les livraisons de cannes
sucre pour sa raffinerie de Mazabuka.
D'autres parts de la ferme devraient
tre vendues un consortium d'inves-
tisseurs indignes, conformment aux
politiques de enforcement de pouvoir
en faveur des citoyens. Zambia Sugar


a pour actionnaire majoritaire Illovo
Sugar, une socit sud-africaine qui met
en uvre un vaste programme d'aide
aux petits planteurs d'Afrique subsa-
harienne.
La vente de Nanga Farms constitute un
accord commercial sans prcdent pour
la Zambie, puisqu'elle runit quelques-
uns des principaux acteurs du secteur
de l'agriculture, le financement tant
assur par l'une des principles banques
de Zambie, Zanaco, qui bnficie elle-
mme de crdits de la Rabobank, acteur
mondial dans le domaine de l'agro-ali-
mentaire. Kalungwishi Sugar Estates,
Kasama, dans la province septentrio-
nale et Consolidated Farming Limited
(Kafue Sugar), dans la banlieue de
Lusaka, sont deux plantations qui pro-
duisent et transforment galement la
canne sucre.

Zambia Sugar a galement rduit ses
cots en produisant sa propre lectricit
au point de ne plus devoir utiliser l'lec-
tricit de la Zambia Electricity Supply
Corporation (ZESCO), le fournisseur
national. Zambia Sugar envisage gale-
ment d'augmenter sa production de bio-
carburant, en produisant de l'thanol en
utilisant la mlasse comme matire pre-
mire. La mlasse a un ratio rsidu/pro-
duction de l'ordre de 0,2%. En d'autres
terms, chaque tonne de sucre produit
donne environ 200 kg de mlasse, soit
au total environ 88.000 tonnes. Le ratio
moyen de conversion de l'thanol avoi-
sine les 35%, le potential de production
total de biocarburant partir de ce
sous-produit avoisinera ainsi les 31.000
tonnes en 2011.


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


Commerce


s
.=

(
>1













































z 1M1TI r-K


C'est la "Rome des Slaves" disait Adam
Mickiewicz, le grand pote romantique
polonais mort Istanbul en 1855 en
pleine guerre de Crime, o il pensait y
former une lgion polonaise qui lutterait
contre les Russes.


.
-^Si^M
,.cr,


Igor Mitoraj's massive sculpture Eros Bendato ('Eros bound') in the main square (Rynek Glowny) of Krakow.
Marie-Martine Buckens


9 aiii


Marie-Martine Buckens


Si Varsovie a vol au XVIe sicle le
statut de capital Cracovie, cette
dernire n'en reste pas moins, pour
beaucoup de Polonais, le cour de
leur pays. De la "Petite Pologne" en tout
cas, une des 16 Vovodies (rgions) de l'ac-
tuelle Pologne. A Cracovie -Krakow vous
diront ses habitants -tout vous rappelle
en outre que la Pologne est avant tout une
ardente nation catholique, une religion qui
marque de son empreinte toute l'histoire
de la Pologne, et ce ds 966 lorsque le roi
paen Mieszko 1er dcide de se convertir
afin d'viter une guerre de religion avec
ses voisins tchques. Cathdrale o offi-
cia l'archevque Karol Wojtyla, le future
pape Jean-Paul II glises et chapelles
gothiques ou baroques, en tmoignent
presque chaque coin de rue. De mme
que les passants qui, pendant quelques
minutes, dlaissent leur itinraire pour
aller, sans fausse vergogne, se recueillir
devant un Christ ou une representation de
la Vierge noire don't l'original est prserv
Czestochowa moins de 100 km au nord
de Cracovie l'un des plus important
lieux de plerinage catholique d'Europe,
drainant quelque 5 millions de plerins
chaque anne.


Courrier










































-lI


Rd
p-


Vitrine Cracovie. a Marie-Martine Buckens


L'Etat le plus



grand d'Europe


M.M.B.


ds le Xe sicle, cit de com-
merce, comme en tmoigne
encore aujourd'hui Rynek
Glowny, la place du March, qui avec ses
quatre hectares reprsente l'une des plus
grandes places mdivales d'Europe. Cit
des arts et de la culture puisqu'elle s'enor-
gueillit de plusieurs centres universitaires
don't la fameuse Universit Jagellonne,
la deuxime plus ancienne university en


Europe central aprs celle de Prague, et
qui accueillera des noms aussi illustres
que l'astronome Copernic ou mme l'as-
trologue et alchimiste Faust, celui qui
inspirera Goethe dans son fameux roman
Faust, considr comme l'euvre la plus
important de la littrature allemande.

Nous sommes en 1386. Cracovie va vivre
deux sicles florissants sous la dynas-
tie d'abord de la reine Hedwige, fille
de Casimir le Grand -le dernier de la
dynastie dite des Piast -et de son mari, le
grand-duc de Lituanie, Ladislas Jagellon.
Cracovie est alors capital d'un Etat puis-


sant, et immense. En 1410, la Pologne et
ses allis lituaniens gagnent la bataille de
Grunwald sur les chevaliers teutoniques,
marquant la fin de l'expansion de ces der-
niers le long de la cte Baltique. Cinquante
ans plus tard la Pologne rcupre la ville
de Gdansk, berceau en 1980 du mou-
vement anti-communiste Solidarnosc.
Le pays s'tend alors de la Baltique la
mer Noire, comprenant des pans de la
Bilorussie et de l'Ukraine. Il est l'Etat
le plus grand d'Europe.

Peau de chagrin

Grandeur de court dure. En 1596, le
roi Sigismond III Vasa transfre la rsi-
dence royale Varsovie. Cracovie perd de
son importance d'autant plus qu'elle est
affaiblie par les pillages lors des invasions
sudoises et par la peste qui fait 20.000
victims. En 1795, les trois puissances
-Russie, Prusse et Autriche -jalouses
de la puissance de leur voisine, se par-
tagent le pays, malgr les movements
d'insurrection. Cracovie, incorpore


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010













la province de Galicie de l'Empire autri-
chien, jouit d'une certain libert et se
verra mme dclare "ville libre" entire
1815 et 1846. En 1846, aprs une nouvelle
tentative de rebellion, Cracovie repasse
sous le contrle de l'empire autrichien.
Aprs la guerre austro-prussienne de
1866, l'Autriche accord l'autonomie
la province galicienne en change de la
loyaut polonaise. Cracovie est de nouveau
un symbol national. Les Autrichiens
tant moins durs que les Russes ou les
Prussiens, Cracovie peut s'panouir et
redevenir le centre cultural et artistique de
la Pologne. De clbres peintres, crivains
et potes viennent y travailler.

En 1795, aprs avoir t partage et divi-
se par trois fois, la Pologne disparat de
la carte pendant 123 ans. S'ensuit une
longue priode de soumission, d'insurrec-
tions, suivies par des vagues de repression
et d'migration. Tout comme notre pote
Adam Mickiewicz. Il ne sera pas le seul.

Sinistre mmoire

A l'issue de la Premire Guerre mondiale,
le Trait de Versailles rhabilite la Pologne


qui rapparat sur les cartes d'Europe.
S'ensuit une priode clmente, stoppe
nette, 19 ans plus tard, par l'invasion
allemande. Elle ne fut pas la seule. Les
Sovitiques, lis par une clause secrte du
pacte germano-sovitique, envahissent la
Pologne presque simultanment avec le
Reich. La Blitzkrieg, fut la plus terrible
des guerres, Hitler tant dcid en finir
une fois pour toute avec ce "btard de
l'Europe". Les Sovitiques ne sont pas en
reste, et commencent avec l'assassinat de
4.500 officers et intellectuals Katyn, et
par la deportation de centaines de milliers
de Polonais en Sibrie. Six millions de
Polonais -20% de la population, don't
trois millions de Juifs -ont pri entire
1939 et 1945.

Durant cette poque, Cracovie devient la
capitall" des territoires occups par les
Allemands. Le gouverneur Hans Frank
amnage des camps de concentration non
loin de Cracovie, Plazow et Auschwitz,
camps de la mort de sinistre mmoire
o prirent plus d'un million de Juifs,
mais aussi des rsistants polonais et des
tziganes.


Aprs la Seconde Guerre mondiale, les
grandss" Sovitiques et Allis semblent
oublier une fois de plus la Pologne. Cette
dernire tombera sous la frule sovitique.
Une experience que Cracovie, l'intellec-
tuelle, la bourgeoise, vivra comme une
opprobre lorsque Moscou dcide dans
les annes 50 de construire quelques
encablures de la vieille et orgueilleuse
cit historique, Nowa Huta (la "nou-
velle acirie") et son complex sidrur-
gique. Au-del des aspects purement
conomiques, Nowa Huta pursuit un
objectif idologique. Il s'agit de faire de
la region de la Petite Pologne un symbol
du socialisme et peut-tre plus encore
de transformer Cracovie la bourgeoise,
capital culturelle de la Pologne en une
ville proltaire. Aujourd'hui Nowa Huta
peut tre fire malgr tout de ses habi-
tants. Ceux-l mme qui, soutenus par
l'archevque Karol Wojtyla, ont t l'une
des principles lames de fond anti-com-
munistes. Et les quarters, abordables,
de cette ville "nouvelle" o la tradition
participative est encore vivace attirent
un nombre croissant de jeunes cracoviens
souvent oublis du nouveau capitalism
occidental.


La Basilique Sainte-Marie, sur la Rynek Glowny (la Place du march de Cracovie) abrite le remarquable Oltarz Mariacki,
l'imposant retable gothique de Veit Stoss, le plus grand sculpteur europen de la priode de 1477 1489.
Marie-Martne Buckens


Vistule

Krakus aurait t le premier roi de Cra-
covie. Il s'installa sur le Wawel, colline
surplombant un mandre de la Vistule,
le grand fleuve qui prend sa source au
sud de Cracovie et traverse tout le pays
pour se jeter dans la Baltique. Un fleuve
capricieux qui, en raison de l'aspect trs
plat des rgions traverses, donne lieu
des inondations catastrophiques rp-
tition, notamment en 1813, 1888, 1934,
1960 et, dans une moindre measure, au
printemps 2010.



Histoire et lgende

Du haut du beffroi de l'glise Sainte Ma-
rie, sur la place du march, un trompet-
tiste joue chaque heure de la journe
un air qui s'interrompt brutalement, en
souvenir de son prdcesseur qui don-
na l'alarme lors de l'arrive de troupes
tatares en 1241 et qui se fit transpercer
la gorge par une flche ennemie. Cette
tradition reste ininterrompue depuis sept
sicles. C'est le Hejnal.


Courrier

















La spcificit polonaise


Quelle place la Pologne doit-elle occuper sur la scne des donateurs ? Quel type
d'aide et en faveur de quels pays ?Autant de questions ouvertes qui donnent lieu
autant de dbats, souvent passionns. Mais aussi des formations universitaires
d'un type nouveau.



M.M.B. (CROP), le Lichtenstein avec l'Acadmie
International de Philosophie et enfin
l'Universit d'Islande.


L' e programme d'tudes
'Paix et Dveloppement'
que nous avons lanc en
l2008, est une spciali-
sation tout fait nouvelle en Pologne",
nous dit Konrad Pedziwiatr, professeur-
assistant et coordinateur de project de ce
nouveau cycle d'tudes, donn en anglais
et initi au sein de l'Universit europenne
Tischner Cracovie. Et de poursuivre
: "Le manque de traditions dans cette
discipline en Pologne nous pousse nouer
des liens avec d'autres universits et orga-
nisations tierces."

Le project a reu le soutien de partenaires
solides comme l'Action Humanitaire
Polonaise (PAH), une organisation qui
depuis longtemps vient en aide aux
victims de guerres et de catastrophes
naturelles. Les Norvgiens sont gale-
ment presents avec le Programme de
Recherche Comparative sur la Pauvret


"La Pologne, depuis notamment son
entre dans l'Union europenne, a un
rle de plus en plus important jouer
sur la scne international en matire de
politique d'aide et de maintien de la paix.
Elle doit donc se doter d'experts dans ces
domaines", insisted Konrad Pedziwiatr.

Si pour l'heure les organisateurs ont russi
la gageure de faire venir des experts du
monde entier pour alimenter leur pro-
gramme de course, l'avenir des Etudes
"Paix et dveloppement" est loin d'tre
tout trac. En question, le nerf de la guerre
: "Nous bnficions de subsides, notam-
ment de la Norvge, mais leur renouvelle-
ment est loin d'tre garanti." A Tischner,
comme au sein des ONG, on espre que la
creation de la nouvelle Agence national
de cooperation au dveloppement rglera
ce problme, rcurrent pour tous.

Info: www.wse.krakow.pl


Konrad Pedzwiatr et des tudiants la fin d'une formation l'Universit europenne Tischner. 0 university europenneTischner


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


Islam, judasme
et christianisme

L'tude des minorits chrtiennes au
Moyen-Orient tait l'objet de la thse
de Konrad Pedziwiatr. Une thse qui I'a
emmen en Syrie, en Turquie, au Liban, en
Egypte et dans les Territoires palestiniens
occups. "Au Royaume-Uni, o j'ai fait
mon master, j'ai t frapp par certaines
similitudes entire la minority musulmane
britannique et ces minorits chrtiennes.
Elles souffrent parfois, mme si leur si-
tuation est stable, de certaines formes
de discrimination." Un sujet qui conduit,
comme souvent Cracovie, situe un
jet de pierre des anciens camps d'exter-
mination de Dachau, la question des
Juifs. "La Pologne, au XVle sicle, a t un
refuge pourtous les perscuts d'Europe,
y compris les Juifs. Ainsi, les Juifs polonais
taient plus de 3 millions avant la Seconde
Guerre mondiale", tient prciser Konrad
Pedziwiatr. Et d'ajouter: "Les Polonais ont
t, et de loin, ceux qui ont sauv le plus
de Juifs pendant la guerre. Et aujourd'hui,
notre gouvernement est de loin le plus pro-
isralien, et en arrive mme ne jamais
critiquer la politique d'lsral." Mais les
temps changent. Pour preuve, la runion
organise le lendemain de notre rencontre,
Cracovie, sur le thme "Campagne de
solidarity pour la Palestine".

















Solidarity avec les pays


les plus pauvres


Entretien avec M. Marek Zitokowski, Directeur du Dpartement de la Coopration au
dveloppement au Ministre des Affaires trangres


M.M.B.


le 17 mai Varsovie, le
Commissaire europen
au dveloppement Andris
Piebalgs a dclar : "En Pologne, le
mot solidarity' reste li ce mou-
vement social courageux que fut
SolidarnoSd. Mais il a aussi un sens
plus large : s'unir pour une cause
commune, notammentpour aider les
gens dans le besoin." La Pologne, qui a
bnfici en son temps de l'aide inter-
nationale, doit dsormais raisonner
en tant que pays "riche", membre de
l'UE, et donc li la politique euro-
penne de dveloppement. Comment
cette nouvelle situation est-elle perue
par la population ?

Par rapport aux nouveaux membres de
l'UE, la Pologne est perue comme un
pays conomiquement prospre. Les pays
en dveloppement, surtout les moins nan-
tis, la considrent comme un pays riche.


La communaut international attend
donc que nous augmentions le volume de
notre aide extrieure. Bien que la socit
polonaise ait conscience des difficults
conomiques rencontres par certaines
categories dfavorises de Polonais, nous
restons disposs aider d'autres pays. Le
moteur de cette ouverture, c'est notre sens
du devoir moral, ainsi que la croyance
selon laquelle aider les autres est une
manire de rembourser la "dette" contrac-
te par la Pologne lorsqu'elle recevait de
l'aide de l'Occident durant les premires
tapes de sa transformation. Cette aide
a t un lment dterminant de la mise
en uvre de changements sociaux et co-
nomiques dans notre pays. Les Polonais
sont bien conscients du fait que cette aide
a largement contribu aux acquis don't ils
profitent aujourd'hui: la libert, la dmo-
cratie et notre participation aux structures
euro-atlantiques.

Notre socit n'a pas encore atteint le
niveau de dveloppement qui permettrait
de garantir le bien-tre de tous les citoyens
polonais. La plupart d'entre eux comprend
toutefois que notre quality de membre de
"clubs de l'lite", tels que l'UE et l'OCDE,
signifie que nous appartenons aux nations
les plus riches du monde. Nous savons
aussi que cette position nous oblige tre
solidaires avec les pays les plus pauvres
de la plante. Une majority crasante de
Polonais (83%, selon la dernire tude
du Dpartement de la Coopration au
dveloppement du Ministre des Affaires
trangres) estime que la Pologne doit
aider les pays moins dvelopps (dans les
mmes proportions que les Etats membres
: voir l'enqute Eurobaromtre d'octobre
2009). On s'aperoit galement que le sou-
tien grandissant de la population l'gard
de l'aide au dveloppement est li au fait
que les Polonais se sentent de plus en plus
" l'aise" au sein de l'UE. Ce soutien a
d'ailleurs constamment augment depuis
2004 et n'a pas t affect par les opinions
de rares dtracteurs, selon lesquels nous
ferions mieux de rsoudre nos propres
problmes avant d'aider les autres.


Marek Zi6tkowski. Du ct du gouvernement, le Ministre
SMinisre des Affaires trangres Pologne polonais des Affaires trangres a


Courrier















organis un certain nombre d'vne-
ments internationaux lis la coo-
pration au dveloppement, et est
galement en passe de consolider et
de remodeler la structure de cette coo-
pration. Quels seront les contours de
cette structure ?

La majority des pays dvelopps s'est
dote d'un cadre lgislatif en matire
d'aide au dveloppement. Un tel cadre
sera galement mis en place en Pologne
dans le prolongement de la Loi sur l'aide
au dveloppement, actuellement en course
d'laboration. Cette loi assurera la coor-
dination des activits de cooperation
mises en uvre par diffrentes entits
administrative polonaises. Elle garantira
galement une collaboration structure
avec le secteur des ONG par le biais du
ministry competent, celui des Affaires
trangres. La mission de coordination
sera confie au coordinateur national de
l'aide international au dveloppement,
qui aura le grade de secrtaire d'Etat.

Notre politique de dveloppement sera
dfinie par le ministry des Affaires
trangres, assist par la Commission de
programmation de la cooperation au dve-
loppement, un organe consultatif dsign
par le ministry et compos d'experts issues
des autres ministres concerns par l'aide
au dveloppement et de reprsentants
d'ONG.


Andris Plebalgs, Commissaire europen au Dveloppement, prononant un discours lors des
Conferences Kapuscinski, Varsovie,le 17 mai EU


l'Autorit palestinienne, le Belarus, la
Gorgie, la Moldavie et l'Ukraine. Nous
accordons une importance particulire
l'aide destine l'Afghanistan.

L'initiative polono-sudoise de Partenariat
Oriental* adopte par tous les Etats
membres, a cr une occasion suppl-
mentaire d'approfondir les liens de l'UE
avec les pays d'Europe orientale. Il faut
savoir que la Pologne est un partenaire de


La loi sur l'aide ne maorit crasante de choix pour ces pays,
au dveloppement Une maori crasante de tant donn qu'au
devrait se traduire Polonais 83% estime que la dpart d'un niveau de
par une utilisation Pologne doit venir en aide aux dveloppement simi-
plus rationnelle, plus pays moins dvelopps" laire, nous sommes
coordonne et plus parvenus rejoindre
standardise au niveau international des les rangs de l'UE. Nous sommes donc
fonds publics affects la cooperation. perus comme un pays qui comprend
Elle aura le prcieux advantage de per- mieux les problmes de cette region et
mettre la ralisation de projects de plus qui peut partager son experience unique
longue haleine (p. ex. deux ou trois ans) et en matire de transformation systmique.
la prise d'engagements pluriannuels, alors
que dans le systme actuel, les projects ont
une dure maximale de quelques mois.

Il faut souligner que le project de loi tient
compete de nombreux commentaires et
opinions d'ONG polonaises engages
dans la cooperation au dveloppement
international et l'aide humanitaire.

Quelles sont plus concrtement les
priorits de la Pologne en matire de
cooperation, notamment en terms de
programmes et de pays ? Comment
comptez-vous par example quilibrer
vos engagements envers, d'une part,
les pays d'Europe orientale, et, d'autre
part, les bnficiaires traditionnels de
l'aide de I'UE (pays ACP) ?

Comme les annes prcdentes, nous
allons soutenir nos partenaires priori-
taires, c.--d. l'Afghanistan, l'Angola,
Ryszard Kapuscinski.
Reporters


En ce qui concern les autres axes de
l'aide polonaise, nous continuerons sou-
tenir une selection de pays d'Afrique, du
Proche-Orient et d'Asie central. Notre
presence dans ces rgions sera un reflect
de notre capacity financire, et, surtout,
de notre savoir-faire : ces deux facteurs
dterminent la rpartition thmatique et
gographique du travail de cooperation
entire pays donateurs.

* L'initiative de "Partenariat Oriental", inaugu-
re le 7 mai 2009, vise contrebalancer le project
d'Union pour la Mditerrane initi par le pr-
sident franais Nicolas Sarkozy.



Le grand reporter polonais, celui qui a
arpent l'Afrique et d'autres continents,
celui qui a laiss des livres forts comme
Le Ngus, Le Shah, Imperium, Ebne,
n'a jamais cach son admiration pour le
grand ethnologue Bronistaw Malinowski.
Ryszard Kapuscinski est dcd en
Pologne en 2007, aprs avoir exerc
sa "mission" comme il I'a crit. Une mis-
sion qui lui a t insuffle par sa culture
religieuse polonaise, celle-l mme qui
lui a permis de comprendre facilement
des rvolutions, notamment la revolution
khomeyniste. Aujourd'hui, le Ministre
polonais des Affaires trangres a ins-
taur les conferencess Kapuscinski" o
experts des questions de dveloppe-
ment se rencontrent, avec le soutien
de la Commission europenne et du
Programme des Nations Unies pour le
Dveloppement (PNUD).


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010













La souverainet alimentaire


se conjugue Nord/Sud


La Pologne dispose d'un savoir-faire agricole qu'elle redcouvre avec l'engouement
des Europens occidentaux pour le "bio". Un savoir-faire qu'elle peut aussi mettre
disposition des pays du Sud.


........ a -----


La champagne cracovienne.
Marie-Martine Buckens


M.M.B.


S" otre leitmotiv est le
dveloppement durable,
et un de nos grands
S"programmes est de
conscientiser la population 'l'achat res-
ponsable'", nous explique d'emble Emilia
Slimko, une des responsables du Polish
Green Network (PGN) -le rseau polo-
nais des Verts, don't les quarters gnraux
se trouvent dans une des artres de la
vieille ville de Cracovie.

PGN existe depuis bientt 15 ans et
regroupe dix organizations de protection
de l'environnement. Outre Cracovie, le
rseau dispose de deux autres bureaux
nationaux. "Celui de Varsovie, pursuit
Emilia Slimko, fait parties du rseau inter-
national Bankwatch qui contrle si les
dpenses publiques rpondent aux critres
environnementaux et de dveloppement
durable. Celui de Szczecin (ville portuaire
la frontire de l'Allemagne, NDLR),
travaille plus spcifiquement sur des pro-
grammes en faveur de pays du Sud".

Mais revenons au programme "achat res-
ponsable". Outre des programmes cibls
sur les coles, sur la mode thique, il s'at-
tache aussi l'achat "local". Parler "achat


local", c'est s'attaquer invitablement la
problmatique de la souverainet alimen-
taire. Problmatique complex mais qui
peut runir de fait les fermiers locaux de
Pologne et ceux du Sud. Du Ghana par
example, o PGN travaille. L'antenne de
Szczecin est particulirement implique
et travaille en lien troit avec le Comit
franais pour la solidarity international
(CFSI). "Ils ont le leadership, pursuit
Emilia Slimko, et voudraient que nous nous
impliquions plus au plan international.
Mais pour nous, ces questions sont encore
trs nouvelles. Et pour l'heure, nous avons
dcid d'tre moins ambitieux."

"L'agriculture bio, c'est ce
que nous faisions avant, sans
le savoir. Et nous disposons
encore des connaissances et
d'un sol sain."

"Nous pensions, explique-t-elle, qu'
ct de ces actions internationales nous
pouvons uvrer ici, en Pologne. Et dj,
en collaboration avec le Club cologique
polonais -la plus ancienne organisation
non gouvernementale polonaise -nous
travaillons sur le terrain". "Ici, les gens
sont encore connects avec la terre. Bien
que beaucoup de fermiers, depuis que
nous faisons parties de la PAC (politique
agricole commune) ont tendance ne


Maison typique en bois a Lakopane
Marie-Martine Buckens

Faire de l'Afrique une priority

Pour le gouvernement (lire l'interview
en page 30), la cooperation en faveur
des pays d'Europe orientale reste une
priority. Pour Zaragoza, qui regroupe
toutes les- nombreuses- organizations
polonaises qui de prs ou de loin tra-
vaillent dans la cooperation, cette vision
doit changer. Et elle I'a fait savoir aux
autorits nationals au moment mme
o elles s'apprtent refonder leur poli-
tique de cooperation. Ola Antonowicz,
prsidente de GPN est une des leaders
faire pression auprs du gouvernement
pour que les projects mens en Afrique se
voient attribuer plus de fonds. Des fonds
qui devraient tre allous sur une base
pluriannuelle et non anne par anne,
comme c'est le cas actuellement. D'o
l'importance de la mise en place d'une
Agence national de cooperation.


cultiver que les products subsidies, nous
essayons de les intresser l'agriculture
bio. Aprs tout, c'est ce que nous faisions
avant, sans le savoir. Et nous disposons
encore des connaissances et d'un sol sain."


Courrier



































Les surdous


de Zakopane



Zakopane, petite ville situe au pied
des Tatras dans les Carpates, un jet
de pierre de la Slovaquie, 100 km de
Cracovie, fut du temps de la partition de
la Pologne un refuge pour bon nombre
de savants, crivains et peintres.


M.M.B.


C est d'abord la beaut du site,
le charme des Tatras -o les
gorales, les montagnards, per-
ptuent encore aujourd'hui
leur folklore -qui ds le dbut du XIXe
sicle, fait venir artistes et savants.

L'ensemble de la Petite Pologne est alors
occupe par les Autrichiens et souffre rela-
tivement moins que les autres provinces
des brimades des autres occupants, Russes
et Prussiens, l'encontre de toute forme
de libert de pense. Moins expose que
la "grande" Cracovie, Zakopane devient
rapidement un foyer "protg" de la vie
culturelle et politique, mais aussi univer-
sitaire. C'est Zakopane que venaient se
rfugier les professeurs destitus de leur
chaire pour diffuser des course de vacances
sous le nom d'Universit d'Et. Plus tard,
c'est ici que natront des organizations
militants nationals et se formeront des
centres de passage l'tranger des per-
sonnes perscutes.

Tumultes

Au tournant du XIXe et du XXe sicle, les
hommes de plume affluent Zakopane.
Parmi eux Stanislaw Witkiewicz. Comme
beaucoup d'artistes polonais, il cultive les
genres et fut la fois dramaturge, phi-
losophe, pamphltaire, peintre, photo-
graphe et romancier. A 29 ans, en 1914,
boulevers par le suicide de sa fiance,
il part avec Bronislaw Malinowski en
Nouvelle-Guine. Violemment contest
par ses contemporains, il crira plus de
trente pices qu'il ne put jamais faire diter
ni jouer et peindra de nombreuses toiles.
Le 18 septembre 1939, il se suicide alors
que les Sovitiques viennent d'envahir la
Pologne. Ce n'est qu' la fin des annes
cinquante et grce aux mises en scne de


Tadeusz Kantor qu'il commena tre
internationalement reconnu.

Son ami Bronislaw Malinowski a, quant
lui, rvolutionn le monde de l'anthropo-
logie. N en 1884 Cracovie, l'auteur des
Argonautes du Pacifique occidental voyagera
de par le monde -autre trait caractristique
de nombreux Polonais. Des voyages sou-
vent forcs par les envahissements succes-
sifs de leur pays. C'est au retour d'un de ses
voyages en Nouvelle-Guine avec son ami
Witkiewicz qu'il dcrira la kula, un systme
d'changes de biens considrs comme
prestigieux (parures de coquillages) mais
sans aucune valeur directed, pratique entire
une vingtaine d'iles de Nouvelle-Guine.
Cette analyse le rendra clbre, de mme
que sa mthode dite d'"observation par-
ticipante".


Marie Martine Buckens


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010




















































3Canal, de Trinit-et-Tobago


Le "rapso" la conqute du monde


3Canalest un group trinbagonien de "rapso", qui, selon Roger Roberts, l'un des
membres du group, propose une musique alliant "la puissance des textes la
puissance du rythme". La musique de 3Canal incarne le ct vibrant, spiritual et
multicultural de Trinit-et-Tobago (T&T).


Debra Percival


bureau du group, avenue
Ariapita, l'un des quarters
les plus anims de Port-
d'Espagne. Mme si le style rapso a t
cr par Lancelot Layne dans le sillage
de l'mergence du movement "Black
Power" T&T au dbut des annes 70,
Roberts explique que la forme musical
a t surtout popularise la fin de la
mme dcennie par le musicien Brother
Resistance. Si la musique actuellement la


plus populaire T&T est la "soca", sorte
de varit lgre associe des paroles
humoristiques, 3Canal aborde plutt des
thmes sociopolitiques, explique Wendell
Manwarren, autre membre du group.
Selon lui, la musique du group se distin-
gue aussi par un ct latin, ds lors que
le troisime musicien, Stanton Kewley,
vient du Venezuela et que la musique de
T&T ne peut chapper l'influence de
celle de ses voisins.

Selon Manwarren, le rapso est revenue
en force au dbut des annes 90, quand
Kindred et Ataklan ont renouvel le genre
en lui insufflant des rythmes hip-hop.


Manwarren : "Notre premiere chanson
s'appelait Blue, en hommage un person-
nage emblmatique du carnaval, le blue
devil." 3Canal forme toujours un band
(une procession) lors du J'ouvert (qui sig-
nifie "aube"), parties du carnaval o les
gens paradent dans les rues, recouverts de
boue ou de peinture et vtus de costumes
simples composs de dbris, de tissus colo-
rs et parfois d'une plume. Le J'ouvert,
connu galement sous le nom de dirty mas,
serait un symbol de la libert retrouve
des esclaves mancips. Lors des trois pre-
mires participation de 3Canal J'ouvert,
le group a couvert le spectre des couleurs
du drapeau national. Manwarren : "Le


Courrier
























































Wendell Manwarren 3Canal


blanc la premiere anne, puis le noir, et,
enfin, le rouge. Mais c'est grce aux blue
devils que nous nous sommes fait conna-
tre." En 2010, le thme du J'ouvert tait
"Jam-It", une expression crole utilise
pour designer une classes de gens trs inf-
rieure. Manwarren : "Il s'agissait en ralit
de retourner aux sources du carnaval, et
c'tait justement le moment o Hati, pays
o l'on parle le crole, venait d'tre frapp
par ce terrible sisme."

l'poque de la formation du group,
dans les annes 90, 3Canal n'tait, selon
Manwarren, "qu'une association de
personnalits htroclites", dj toutes
ges de la trentaine. Tous les membres
avaient dj particip au band de Peter
Minshall, l'ancien matre du mas (mot
driv de mascarade, dguisement par
lequel on s'carte du quotidien), "ce qui
a enracin 3Canal dans la culture mas",
explique Manwarren. Un autre mem-
bre d'origine du group, John Isaacs,
dcd en 2000, tait aussi dans le band
de Minshall. Manwarren : "Roger tait
directeur de production avec Minshall, et
moi, j'tais l'assistant artistique." Roberts
a introduit des harmonies vocales dans
le rapso de 3Canal, ce qu'il avait appris
l'poque o il chantait dans une chorale.


Stanton Kewley a Canal


"Stanton a plus le style du danseur ou du
chanteur de rue; et moi, avec ma grosse
voix rauque, je joue le rle du meneur.
J'assume la direction artistique dans la
measure o j'oriente le travail du group
au plan artistique."

Paroles universelles

Manwarren explique comment le rapso
met l'accent sur la posie des paroles.
"Nous essayons de parler de choses con-
crtes, et puis nous prenons un peu de
hauteur et rendons le message le plus
universal possible." Manwarren trouve
qu'aujourd'hui, les paroles de certaines
chansons sont revenues presque trop
directed. ce point de vue, 3Canal
s'inspire de la tradition du Calypso,
don't le reprsentant le plus connu est
l'artiste trinbagonien Mighty Sparrow.
Manwarren : "Le Calypso utilise nor-
mment le double sens : on dit quelque
chose, mais on veut dire autre chose. On
ne peut jamais tre sr. Cette sorte de
masquage confre au message une porte
universelle."

Talkyuhtalk, enregistr en 1999, marque
l'mergence du group en tant que com-
mentateur social. Le thme de la chanson


est le Midnight Robber, un personnage qui
revendique la totalit du mal pour mieux
le dnoncer. Manwarren : "Le pire repro-
che que l'on puisse vous faire en tant que
Midnight Robber, c'est de n'tre qu'un
Mocking Pretender, un imposteur : vous
n'tes pas aussi mauvais que vous essayez
de le faire croire. La chanson parle en ra-
lit du dfi l'oppression, mais de manire
indirecte." (Roberts et Manwarren enton-
nent la chanson pour en faire entendre le
rythme martel). Roberts : "C'est sur ce mme
rythme que les gens dansent vers quatre-
cinq heures du matin lors du J'ouvert. Nous
essayons de garder le rythme trs simple pour
que la musique reste dansante."

Nous essayons de parler de
choses concrtes, et puis nous
prenons un peu de hauteur et
rendons le message le plus
universal possible

Selon Manwarren, 3Canal est all de
"l'inconscience la conscience" et est
devenu plus dtermin dans ses choix de
carrire. Au moment de notre rencon-
tre, ils viennent de revenir d'une srie
de concerts New York et au Canada.
Selon lui, paradoxalement, la diaspora
trinbagonienne est plus ouverte au rapso
que les gens qui vivent dans les Etats voi-
sins des Carabes, une situation que le
group veut changer. Manwarren : "A
nos dbuts, nous avons eu du succs dans
toutes les Carabes : Jamaque, Barbade,
Saint-Vincent, etc." Il a aujourd'hui
l'impression que les Carabes sont deve-
nues plus insulaires au plan musical. "Ce
qui est trange, c'est que pour les festivals
de jazz des Carabes, ils font toujours
venir des artistes d'Amrique du Nord;
des musicians R&B qui pourraient plaire
un public plus ais."

3Canal a jou dernirement dans sept
villes indiennes avec l'appui de Trinidad
& Tobago Entertainment Company, un
organisme public de promotion des entre-
prises de divertissement viables du pays,
qui veut maintenant faire jouer le group
au Japon.

3Canal voudrait aussi participer plus
de festivals de musique du monde. Ils
seraient particulirement heureux de jouer
en Afrique. Les rptitions en vue du
carnaval, qui se droulera les 7 et 8 mars
2011 (deux jours avant la fte chrtienne
du mercredi des Cendres), se profilent
dj l'horizon. D'habitude, 3Canal fait
10 concerts lors des 10 jours prcdant
le carnaval, avant de diriger son propre
band lors du J'ouvert. Ils ne participent
pas au Pretty Mas, qui est plus associ
la tradition franaise et europenne du
mardi gras, et o les gens revtent des
costumes sophistiqus. La vibration cra-
tive de 'ouvert, o tout le monde est sur
le mme pied dans la rue, est plus proche
de leur dmarche.


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


Zoo














































Des chroniqueurs


et des interprtes


au service des ACP


Le changement climatique et les mdias



Alors que les pays d'Afrique, des Caraibes
et du Pacifique doivent faire face l'lva-
tion du niveau des mers, des inondations
et des vagues de scheresse, il peut
sembler surprenant que le pourcentage
de personnel non proccupes par le
changement climatique ait augment ces
deux dernires annes, passant, l'che-
lon mondial, de 4 9%*. Les mdias ont
donc plus que jamais un rle capital
jouer dans la sensibilisation ce phno-
mne mondial, notamment dans les pays
en dveloppement. C'est ce qu'on a pu
entendre lors du Deutsche Welle Global
Media Forum, le Forum global des mdias,
qui s'est tenu cette anne du 21 au 23
juin, Bonn (Allemagne) autour du thme
"Changements climatiques et mdias"
("The Heat is On Climate Change and
the Media").


e forum, soutenu en parties par
le Fonds europen de dvelop-
pement regional, a runi 1.500
participants de 95 pays reprsen-
tant les mdias, la socit civil, le secteur
priv, le secteur de la recherche et des ins-
titutions gouvernementales. Les rsultats
d'une tude international ralise par le
bureau d'tudes de march Synovate et le
service international de diffusion de l'Alle-
magne Deutsche Welle y ont t prsents.
Ils rvlent que les mdias ne doivent pas
se contenter d'informer le grand public
sur le changement climatique de manire
comprhensible, mais qu'ils doivent ga-
lement le sensibiliser aux consequences de
ce phnomne.

Toujours selon cette tude, la tlvision,
la press et les sites Internet sont autant
de sources d'informations fiables sur le
changement climatique dans les ACP. A
cet gard, le "Web 2.0"** joue un rle
capital dans l'ducation des jeunes des pays
en dveloppement par le biais de rseaux
sociaux et de blogs, comme le site kenyan
"Ushahidi.com", un site interactif qui
regroupe les informations envoyes en ligne
ou par sms par des "citoyens journalistss.

Mobilisation dans les pays en
dveloppement

"Les journalists doivent couvrir des
questions difficiles au moyen de repor-
tages bien documents et montrer que la
lutte contre le changement climatique est
l'affaire de tout un chacun", a expliqu
Erik Bettermann, directeur gnral de la
Deutsche Welle. "Les mdias doivent crer
une plateforme pour l'change d'ides et
de points de vue -et viter de miser sur


ceux qui proposent des reportages a sen-
sation sur des catastrophes discutables ou
qui affirment prmaturment que tout est
rgl", a-t-il ajout.

Soulignant le rle des mdias -des
"chroniqueurs et interprtes" capable
de mobiliser l'action, de donner espoir
et de prsenter diffrentes perspectives
aux pays en dveloppement, Bettermann
a indiqu que les mdias pourraient mettre
en avant les avantages des technologies
vertes et des modes de consommation et
de production respectueux de l'environne-
ment tout en prsentant "des initiatives
axes sur la crativit et l'innovation, de
nouveaux modles d'emploi et de nouveaux
dbouchs -ainsi que la possibility d'une
nouvelle quality de vie."

M. Betterman a aussi soulign la nces-
sit de sensibiliser encore plus les pays en
dveloppement, qui souffrent davantage
du changement climatique que l'Europe.
Il s'est galement montr critique vis--vis
des pays industrialists qui estiment tort
que les pays en dveloppement, cono-
miquement dfavoriss, ne mettent pas
en place des measures de lutte contre le
changement climatique, ajoutant que les
mdias ne s'intressent pas vraiment aux
rels efforts consentis dans le Sud dans ce
domaine. "J'ai au contraire l'impression
que ces pays s'apprtent nous rattraper.
Ils ne percent pas leur temps se lamenter
et voquer les risques d'une production
et de modes de vie respectueux du climate
mais exploitent les opportunits."

* Global Study on Climate Change 2010 (18
pays) ralise par Synovate et Deutsche Welle.

** Applications Web qui facilitent l'change
interactif d'informations, l'interoprabilit, la
conception d'interface centre sur l'utilisateur et
la collaboration en ligne.

Courrier






Ineacton


M.M.B.


Susqu' prsent, vous avez
travaill dans deux domaines
cls: la communication et la
politique forestire; d'abord
au WorldAgroforestry Centre
et ensuite au CIFOR (Centre
de recherche forestire internationale.
Vous avez galement t l'un des
promoters de la "Journe de la
Fort". Quelles leons tirez-vous de
ces experiences ?

L'organisation d'vnements phares tels
que la Journe de la Fort et le Congrs
mondial d'Agroforesterie a surtout montr
que la communication stratgique tait
crucial si l'on voulait que les questions
agro-environnementales figurent parmi les
priorits des pouvoirs publics l'chelon
national ou mondial. La Journe de la
Fort, organise depuis 2007 lors des
conferences sur la Convention-cadre
des Nations Unies sur les changements
climatiques, a permis au CIFOR et ses
partenaires de braquer les projecteurs
sur les forts tropicales et de dfendre les
intrts des populations qui en dependent
lors des ngociations sur le climate pralables
au sommet de Copenhague. De mme, le
Congrs mondial d'Agroforesterie, qui a
runi 1.200 dlgus de 96 pays en 2009
Nairobi, a permis d'ouvrir un dbat sur le
rle important des forts dans l'agriculture
durable, la scurit alimentaire et la gestion
des changements climatiques.

Dans les deux cas, une champagne de
communication soigneusement prpare
a contribu transformer des conferences
a priori scientifiques en autant de forums


ouverts o des acteurs cls ont pu
s'changer des informations et mettre
en lumire des problmes d'importance
plantaire.

Malheureusement, la plupart des
scientifiques ne voient gure l'intrt
de communiquer au-del de leur propre
cercle. C'est l'une des raisons pour
lesquelles, dans les pays en dveloppement,
la recherche agronomique n'a pas
l'attention qu'elle mrite. Les chercheurs
n'arrivent pas diffuser largement leur
message, tirer les leons du pass et
partager le fruit de leur experience.
La communication et le partage de
connaissances devraient tre au cour
de chaque project, et ne pas tre relgus
en fin de parcours, un moment o les
resources s'puisent.

Comment envisagez-vous votre
mission la tte du CTA ?


problmes : faible productivity, mto
imprvisible, accs limit au march,
prix dfavorables, dgradation des terres
et des resources en eau, etc. Dans ce
context, le CTA peut jouer un rle
important en facilitant les changes de
connaissances et d'informations afin
d'assister les dcideurs et les ingnieurs
agronomes des pays ACP. Dans les six
prochains mois, nous allons laborer une
nouvelle stratgie qui nous permettra de
nous appuyer sur notre experience et nos
rseaux tendus pour repositionner le CTA
et reliever les dfis qui s'annoncent. C'est
une priode trs intressante pour travailler
dans l'agriculture et le dveloppement,
et je pense que le CTA peut rellement
accomplir un travail significatif.

La scurit alimentaire est l'une
des grandes priorits des pays en
dveloppement. Comment comptez-
vous influer sur les politiques en la
matire ?


Depuis les crises rcentes de l'alimentation
et de l'nergie, l'agriculture revient en La scurit alimentaire concern la fois
force dans les dbats sur le dveloppement la disponibilit de nourriture et l'accs
international. Son rle crucial dans la la nourriture. Dans les deux cas, le travail
lutte contre la pauvret, la croissance du CTA visant renforcer les systmes
conomique et d'information et de
la ralisation Dans les six prochains mois, connaissances dans les
des Objectifs du pays ACP permettra
Millnaire pour le nous allons laborer une nouvelle d'accrotre la scurit
dveloppement est stratgie qui nous permettra de alimentaire. Le CTA
largement reconnu. nous appuyer sur notre experience continuera aussi
Dans la plupart et nos rseaux tendus pour soutenir des initiatives
des pays ACP, rgionales cls comme
l'agriculture fournit repositionner le CTA et reliever les le Programme dtaill
environ 30% du PIB dfis qui s'annoncent de dveloppement de
et emploie 65% de l'agriculture africaine
la main-d'uvre. Pourtant, les petits (PDDAA), don't le but est de promouvoir
agriculteurs, auxquels la region ACP des politiques et des strategies visant
doit la majeure parties de sa production une croissance agricole et une scurit
agricole, sont confronts une foule de alimentaire durables.


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


"L'agriculture


revient en


force dans les


dbats sur le


dveloppement


international"


Michael Hailu
Nouveau directeur du Centre technique de cooperation agricole et rurale (CTA)


CTA

















Interface entire socit civil et Union Africaine



LECOSOCC la qute


du Graal








ECOSOCC. Voil un acronyme peu connu
du grand public africain. Organe con-
sultatif de l'Union Africaine, le Conseil
conomique, social et cultural fait office
d'interface institutionnel entire la socit
civil africaine et I'UA. Mais depuis sa
date de creation en 2002, I'ECOSOCC
ne tourne pas encore plein rgime. Un
retard l'allumage que son president,
I'hyperactif avocat camerounais Akere
Muna, assure avoir presque combl.
Entretien et tat des lieux.



Joshua Massarenti*


C est Addis Ababa, en
Ethiopie, que nous avons
rencontr Akere Muna, lors
du sminaire regional des
acteurs conomiques et sociaux ACP-UE
organis par la Comit Economique et
Social de l'UE. "Avec le CESE nous avons
en ligne de mire le Sommet entire l'Afrique
et l'Union Europenne**. "J'espre que
nous aurons l'opportunit d'y prsenter
une declaration commune afin de rappe-
ler que les intrets des peuples d'Afrique
doivent rester au cour de la Stratgie
conjointe UE-Afrique".
Quand la mfiance s'estompe
Avocat au barreau depuis 32 ans, Muna
est devenu au fil des annes le champion
Akere Muna. 0 ECOSOCC


Courrier


Interactions





In teimtin


de la lutte pour la bonne governance
en Afrique. Prsident-fondateur de l'an-
tenne camerounaise de Transparency
International en 2000, avant de devenir,
en 2005, vice-prsident mondial de cette
ONG reconnue pour son combat contre
la corruption, Muna prside la puissante
Union panafricaine des avocats (UPA),
au nom de laquelle il a rejoint en janvier
2010 le panel du Mcanisme d'valua-
tion africain entire pairs (MAEP). "Il
ne faut pas oublier qu'en Afrique nos
socits civiles et nos dmocraties sont
jeunes. Rappelez-vous, l'Organisation
de l'Unit Africaine (1963-2002) n'tait
qu'un club de gouvernements. Avec la
naissance de l'Union Africaine en 2002,
nos chefs d'Etats acceptent d'instituer
un organe charge de reprsenter auprs
de l'UA des ONG, des associations, des
communauts de base, des organizations
de volontariat, des groups profession-
nels, tous issues du continent et de la
Diaspora. Certains parent d'un geste
de faade, mais si vous prenez un peu
de recul, vous vous apercevrez qu'aprs
des dcennies de parti unique c'est une
avance trs significative. Certes, une
certain mfiance demeure entire la classes
politique africaine et sa socit civil,
mais je constate que grce l'existence
de structures comme l'ECOSOCC, cette
mfiance s'amenuise. De plus, le passage
au pouvoir de certaines personnalits
issues de la socit civil comme Alpha
Oumar Konar l'ex-prsident du Mali, a
permis aux acteurs non tatiques d'tre


de plus en plus accepts par les repr-
sentants du pouvoir".

Une course obstacles

Aprs huit ans d'existence, l'ECOSOCC
ne tourne pas encore plein rgime. Pour
Muna, la faute income surtout " des
obstacles d'ordre organisationnel et lec-
toral". L'organe compete 150 membres,
lus au niveau national (deux par Etat
membre), regional (deux pour chacune
des cinq rgions africaines) et continen-
tal (huit membres), plus ceux issues de la
Diaspora (vingt). "La nomination des
reprsentants t longue et complique.
Par ailleurs, il a fallu trouver un quilibre
entire les divers acteurs de la socit civil,
ne pas favoriser les hommes au depend
des femmes, etc".

Ceci expliquerait la raison pour laquelle
la premiere Assemble Gnrale de
l'ECOSOCC n'eut lieu qu'en 2005, avec
la nomination du Prix Nobel de la Paix,
Wangari Maathai la tte d'un organe
aux moyens financiers trs limits. Grace
un lobbying discret mais efficace dans
les capitals africaines, des comptences
certaines et un bon carnet d'adresses,
Akere Muna conquiert la prsidence de
l'ECOSOCC en 2008.

Les choses bougent, mais tout comme
Maathai, le clbre avocat bute sur un
autre obstacle: la Direction des Citoyens
Africains (CIDO). Rattache au bureau


de la prsidence de la Commission afri-
caine, celle-ci est charge de mettre en
uvre les directives de la Commission
concernant le partenariat avec... la socit
civil et la Diaspora. De plus, elle fait
office de secrtariat de l'ECOSOCC.
Sur le paper, l'organe prsid par Muna
est indpendant et peut computer sur le
support oprationnel de la CIDO pour
dvelopper ses activits. Mais des sources
font tat de tlescopages rguliers entire
les deux structures.

Les dfis ne s'arrtent pas l : l'lection des
membres de la Diaspora n'a toujours pas
t effectue. Un retard imputable selon
Muna "la definition trop large qui a t
donne cette diaspora en y incluant les
descendants africains du Brsil, d'Hati,
des Antilles. Les vingt places mises dis-
position sont trs convoites!".

Deux ans de prsidence n'ont pas suffi
Akere Muna pour surmonter toutes ces
difficults. Aussi espre-t-il prolonger son
mandate lors de la prochaine Assemble
Gnrale de l'ECOSOCC qui se tien-
dra en septembre prochain, chez lui, au
Cameroun. A premiere vue, le pari semble
tre sa porte.



* Journaliste bas Bruxelles. Correspondent
de www.afronline.org

** Lybie, novembre 2010.


Les dolances de la socit civil africaine
Le Comit conomique et social euro- cas, les acteurs non tatiques africains
pen a organis du 7 au 9 juillet 2010 son ont fait part de leur mcontentement quant
11me sminaire regional des milieux leur faible implication dans les proces-
conomiques et sociaux ACP-UE Ad- sus dcisionnels. "Ce sminaire leur a of-
dis Ababa, en conviant une cinquantaine fert l'occasion de se confronter avec les
de reprsentants de la socit civil et reprsentantsdesinstitutionseuropennes
des organizations patronales et syndicales et africaines prsentes Addis Ababa, et
des 16 pays de la Communaut d'Afrique de se mettre jour sur les enjeux en course"
de l'Est (CAE) et de l'Afrique orientale et soutient le president du Comit de suivi
australe (AfOA). Au menu: la deuxime ACP-UEauprsduCESE, LucaJahier. "De
revision de l'Accord de Cotonou sign le plus, le document final du sminaire sert
22 juin dernier Ouagadougou, la mise d'instrument lgal pour les batailles qu'ils
en oeuvre de la stratgie UE-Afrique et ont mener dans leurs pays". Des avis
les ngociations sur les accords de parte- partags par Adrien Akouete, Secrtaire
nariat conomiques (APE). Dans les trois Gnral adjoint de la Confdration syndi-


cale international pour la region Afrique,
selon lequel "la socit civil africaine
devrait tre plus organise et proactive,
en suivant l'exemple du succs enregistr
sur les APE par nos frres caribens suite
au sminaire regional qui s'est tenu la
Barbade en 2007". Ces derniers avaient
russi imposer des clauses social et
environnementale dans l'accord complete
CARIFORUM-UE, ainsi que la mise en
place d'un Comit consultatif de la socit
civil. "Ce fut une victoire significative"
se souvient Jahier, "qui contrast avec la
situation de blocage sur les APE dans les
rgions africaines".


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010

















Ne pas rater le train de


la reliance conomique


mondiale


A l'heure o l'conomie mondiale reprend des couleurs, la region du Pacifique
est l'afft de nouvelles opportunits conomiques, surtout dans le secteur priv.


Dev Nadkarni


Bien que les les du Pacifique
aient t moins touches que
d'autres rgions du globe par la
crise financire mondiale, leurs
fragiles conomies ont t nanmoins
ralenties par la diminution du nombre de
tourists et de transferts de fonds depuis
l'tranger, qui constituent les deux prin-
cipales sources de revenues de ces les.

En Australie et en Nouvelle-Zlande, pays
d'origine de la plupart des tourists et des
fonds transfrs, la recession a t moins
vive qu'aux Etats-Unis ou en Europe, mais
la baisse des dpenses discrtionnaires
dans ces deux pays a tout de mme affect
le tourism et le volume des transferts,


conformment la baisse gnrale de la
consommation discrtionnaire dans le
monde.

Le recul des transferts de fonds a peut-
tre t quelque peu compens par la forte
baisse du cot de ces transferts, baisse qui
rsulte d'initiatives conjointes des banques
centrales de ces les, des socits de trans-
fert de fonds et des banques commercials.
Ces initiatives ont t favorises par un
programme de la Banque mondiale qui
vise prcisment rsoudre le problme
du cot lev de ces transferts.

Si, au course des 18 derniers mois, les
banques centrales des les ont resserr la
discipline fiscal et durci les conditions
d'octroi de crdits -tant pour les parti-
culiers que pour les entreprises -afin de
reliever le dfi pos par la diminution des


apports extrieurs de fonds, il n'a pas t
question, comme en Occident, d'interven-
tions publiques visant redresser le sys-
tme financier en y injectant de l'argent.
Les banques ont t plutt proactives que
ractives, cherchant davantage planifier
et identifier de nouvelles opportunits
stratgiques dans le context du redres-
sement conomique mondial.

Atelier europen

En juin, l'Organisation du secteur priv
des les du Pacifique (PIPSO) a organis,
sous les auspices de l'Union europenne,
un atelier Nadi (Fidji) consacr aux
moyens d'aider le secteur priv de la region
exploiter les opportunits de la reliance
conomique mondiale.

Les participants ont soulign quel point
il tait important de mettre en uvre les
dispositions du Cairns Compact, auquel
ont souscrit les dirigeants du Forum des
miles du Pacifique (FIP) lors du dernier
sommet annuel, et qui vise tablir une
plus troite collaboration avec le secteur
priv dans le processus gnral du dve-
loppement des les.

La region dveloppe des
strategies pour affronter les
crises financires futures

Tuiloma Neroni Slade, Secrtaire gn-
ral du FIP a dclar dans ce context :
"Compte tenu de l'influence des pou-
voirs publics sur le fonctionnement du
secteur priv, ce sont eux qui doivent
mener ou faciliter la plupart des actions
ncessaires."

L'atelier s'est galement pench sur les
moyens de rduire l'impact de la crise
sur certain groups vulnrables, comme
les femmes et les enfants, et une stratgie
en six points a t labore cette fin :


Jeune Est-Timorais avec en arrire-fond un arc-en-ciel Dili, Timor-Leste.
Reporters / Associated Press


Courrier


Interactions





Intraim twio


renforcer l'efficacit et l'quit des finan-
cements publics ; raviver l'intrt pour
les investissements dans le secteur social
; gnrer des revenues pour les jeunes et
promouvoir le secteur priv ; renforcer
l'appareil statistique afin de pouvoir dve-
lopper des politiques, planifier et assurer
un suivi sur la base de donnes fiables ;
rorienter l'conomie vers le dveloppe-
ment durable; et intgrer les technologies
de la communication.

Les participants ont aussi labor un pro-
jet de programme d'action national de
deux ans, qui servira de cadre aux discus-
sions sur les politiques mener dans les


pays du Pacifique dans les mois venir. Il
s'agit pour l'essentiel de proposer des solu-
tions afin de donner l'lan ncessaire aux
conomies des les, de faon ce qu'elles
puissent mieux intgrer le movement de
reliance de l'conomie mondiale.

A la suite du sommet de fvrier, une
synthse reprenant les projects d'actions
nationaux a t labore. Bon nombre
de ces projects peuvent dboucher sur des
collaborations entire les les susceptibles
d'engendrer une croissance conomique
tant au plan regional que national. Les
projects doivent tre prsents aux diri-
geants rgionaux lors de la 41e runion du


FIP, qui doit se tenir en aot Port-Vila
(Vanuatu).

Maintenant que les gouvernement d'Aus-
tralie et de Nouvelle-Zlande ont dclar
que ces deux pays taient officiellement
sortis de la recession, le nombre de tou-
ristes crot nouveau, et les banques
centrales ont indiqu que les transferts
de fonds retrouvaient progressivement
leur niveau d'avant la crise. Pendant ce
temps, la region des les se mobilise afin
d'intgrer le movement de reliance mon-
diale et dveloppe des strategies pour se
protger des effects potentiels de crises
financires futures.


Un coup de pouce pour le secteur priv


caraibe


D.P.


P lusieurs institutions financires
internationales se sont unies
pour laborer un programme
d'action dot de 850 millions
de dollars (696 millions d'euros) des-
tin soutenir les investissements dans
le secteur priv dans toute la region
des Carabes. La Banque europenne
d'investissement (BEI), la Banque de
dveloppement des Carabes (CDB),
la Socit nerlandaise pour le finan-
cement du dveloppement (FMO), la
Socit financire international (IFC),
filiale prive de la Banque mondiale, et
PROPARCO, le bras priv du Groupe
Agence Franaise de Dveloppement,
ont tous collect des fonds pour cette
initiative destine stimuler la croissance
conomique.

Les projects concernent la fois des
investissements propres chaque insti-
tution et des investissements conjoints
dans les secteurs les plus touchs par la
crise conomique : finance, tourism et
infrastructure. Une assistance technique
et d'autres initiatives visant relancer le
dveloppement du secteur priv en Hati
sont galement prvues.

"La BEI se rjouit de cette initiative cru-
ciale, qui nous permettra, via une colla-
boration plus troite avec nos partenaires,
de soutenir une croissance conomique
durable dans toute la region des Carabes,


)ublique dominicaine.
SAP/Reporters


de tirer le meilleur parti de l'exprience ments la FMO a ajout : "Par les temps
des uns et des autres et de soutenir la qui courent, il est impratif d'offrir un
reconstruction en Hati", a dclar accs au financement pour les gnrations
Plutarchos Sakellaris, vice-prsident de actuelles et futures d'Hati et d'autres pays
la BEI responsible des Carabes. Jurgen des Carabes."
Rigterink, responsible des investisse-


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010
















Reconstruire l'conomie de


la connaissance en Ha'ti


Rien ou presque ne subsiste des 200
universits qui, avant le sisme du 12
janvier dernier, parsemaient Port-au-
Prince. Reconstruire, mais surtout doter
le systme universitaire hatien, jusqu'ici
la trane, d'un solide cursus, tel est
le project port par la France et qu'elle
propose ses partenaires europens.


M.M.B.


'' Nous ne prtendons abso-
lument pas rpondre
une situation d'urgence,
." N qui prvaut toujours", a
expliqu Patrice Cayr, reprsentant de
l'Institut franais de recherche pour le
dveloppement (IRD auprs de l'Union


Des tudiants dans ce qu'il reste d'une university. IRD/G De Non,


Double dfi

Le dfi auquel s'attaque l'initiative franaise
est double. Pour commencer, reconstruire.
"La quasi-totalit des 200 universits (pour
la plupart prives, NDLR) ont t dtruites
et de nombreux enseignants et tudiants
sont dcds" explique Georges De Noni,
responsible Hati au sein de l'Agence fran-
aise inter-tablissements de recherche
pour le dveloppement (l'AIRD). Des ren-
contres entire les autorits hatiennes et
des responsables franais ont dj permis


d'valuer les premiers besoins. "La Rpu-
blique dominicaine a dj indiqu qu'elle
tait prte aider reconstruire les bti-
ments. De notre ct, nous avons valu
200 millions d'euros les cots de recons-
truction de btiments de base, comme les
laboratoires" indique M. De Noni. Le project
prvoit la creation d'une university national
des sciences et technologies d'Hati (l'agro-
nomie, les risques naturels, la pche, les
sciences sociales ou les mathmatiques


europenne (UE), lors de la prsenta-
tion du project, le 15 juin Bruxelles.
"Mais, a-t-il poursuivi, cette initiative
qui s'inscrit dans le plus long terme est
indispensable car il s'agit de reconstruire
une conomie devenue incontournable,
celle de la connaissance."

"Il existe trs peu de liens
en Hati entire les formations
universitaires et la recherche et
le dveloppement."

Mais pourquoi cette initiative, aprs tout
franco-franaise -elle fait partir du paquet
d'aide supplmentaire promise par le pr-
sident Nicolas Sarkozy lors de sa visit
Port-au-Prince en fvrier dernier -est-elle
annonce dans la capitall" europenne ?
"La France, ajoute M. Cayr, souhaite
vraiment l'intgrer dans le cadre europen
et, si possible, dans le cadre de l'approche
commune dveloppe par l'UE en faveur
de Hati". Les universits belges ont d'ores
et dj marqu leur intrt, commencer
par les universits francophones. En toute
logique puisque l'enseignement en Hati
est en franais.

Patrice Cayr le reconnat : "On sait que
mme dans une dmarche d'aide on pense
toujours l'aspect 'gagnant-gagnant'. Or,
est-ce raliste, tant donn la proximity
des Etats-Unis que l'Europe les concur-
rence ? Je pense que oui ; encore plus
pour la France qui, proximity de Hati,
seul Etat souverain francophone dans les
Carabes, a ses dpartements d'outre-
mer (DOM) comme la Martinique, la
Guadeloupe ou la Guyane."


priorits" ajoute Georges De Noni). Mais
ceci n'est qu'une part du budget de 500
millions d'euros propos par les Franais
pour la priode 2010-2020. Le reste servira
refonder les structures et accrditer les
cursus de licence, master et doctorate "le
systme est en difficult, mal organis et
les tudiants dpassent rarement le stade
de licencis". Enfin, l'initiative prvoit "un
plan ambitieux d'enseignement numrique
distance", en connexion avec des ateliers


appliques doivent tre au centre de ses de recherche.


Courrier


Interactions
















Les foundations europennes


et la stratgie "Europe 2020"


La Semaine europenne des Fondations, qui s'est tenue Bruxelles du 31 mai au
4 juin 2010, a confirm l'intrt des foundations pour le bien commun, notamment
par le prcieux soutien qu'elles apportent aux "lments les plus brillants" dans
le domaine des sciences et des techniques. Cette Semaine a t suivie de la 21 e
Assemble gnrale du Centre europen des Fondations (EFC) et de sa conference
annuelle, qui avait pour thme : "Une conversation avec les institutions".


Andrea Marchesini Reggiani


C es vnements ont runi quelque
500 participants, qui se sont
penchs sur le rle des fonda-
tions dans la Stratgie Europe
2020, leurs liens avec les institutions
europennes, et les moyens de renforcer
leur action au profit des citoyens ainsi
que la collaboration entire les bailleurs de
fonds publics et privs. La recherche, la
migration, l'emploi, les affaires sociales
et l'galit des chances, le dveloppement,
l'environnement, la culture, l'enseignement
et la jeunesse : presque tous les thmes cou-
verts par la Commission ont t examins
lors de diffrents briefings auxquels ont
particip des reprsentants des diffrentes
Directions gnrales.

Une diversity de points de vue

Herman Van Rompuy, Prsident du
Conseil europen, a dclar que les fon-
dations avaient un rle important jouer,



f


surtout en cette "priode mouvemente
o l'Europe a besoin d'institutions plus
fortes et d'une socit civil plus forte".
Et d'ajouter : "Une dmocratie ne peut
vivre ni prosprer si les citoyens ne par-
tagent pas le sentiment de vivre ensemble
et d'appartenir quelque chose."

Le 2 juin, Stefano Manservisi, ancien
Directeur gnral la Commission
europenne*, a particip au brie-
fing "Politique de dveloppement"
avec Marzia Sica, Directrice de
Fondazioni4Africa, un project finance
par quatre foundations italiennes et mis
en uvre en Ouganda et au Sngal par
diffrentes ONG. Ce project a d'ailleurs
t prsent comme un example de par-
tenariat par des dlgus d'associations
sngalaises, qui ont abord le thme
controversy des liens entire migration
et dveloppement, montrant notam-
ment comment des migrants runis en
associations sont impliqus de manire
proactive dans le dveloppement de leur
pays d'origine.


Mark Walport, directeur du Wellcome
Trust, a soulign le rle que les fon-
dations, qui ont l'avantage d'avoir
des moyens et d'tre indpendantes,
devraient jouer dans le soutien la
science : "Nous pouvons agir au niveau
mondial. Par example, en matire de
recherche mdicale, nous soutenons
un partenariat public-priv pour lutter
contre la malaria."

Pour Gerry Salole, directeur de l'EFC,
"l'Europe n'est pas encore sortie de la
crise, et les foundations peuvent jouer
un rle crucial dans la stratgie Europe
2020. Ce sont des partenaires impor-
tants pour la CE. L'Europe compete au
moins 110.000 foundations, qui dpensent
au total 150 milliards d'euros pour le
bien commun, que ce soit en Europe ou
ailleurs. Les foundations ont un impact
significatif sur les sciences, la jeunesse,
les personnel ges, l'enseignement, les
zones vertes en milieu urbain et les hpi-
taux. Les gens bnficient des foundations
mais ignorent tout d'elles."

*Voir autre article dans 'Tour d'Horizon'.


Herman Van Rompuy, Prsident du Conseil europen.
SEFC

N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


Gerry Salole, directeur du Centre europen des foundations (EFC).
SEFC


Interaction





Inewatin


Cercles


vertueux


d'changes


"Train 4 Dev", rseau informel de
donateurs en est sa huitime anne
d'activit. Le moment de faire un bilan.
Globalement positif.


M.M.B.


priorits et modles culturels
propres, souvent en ordre dis-
pers, les agencies de coopra-
tion du Nord tentent tout doucement
parler d'une seule voix. Premire tape :
harmoniser leurs mthodes et concepts,
voire mme leurs pratiques sur le terrain.

Tel est le but de l'initiative "Train for
Development" (formation pour le dve-
loppement), plus connue sous son acro-
nyme T4D, lance en 2003 l'initiative du
Danemark, de l'Ecosse et de l'Allemagne.
Deux ans plus tard, EuropeAid, le bras
technique et financier de la cooperation
au dveloppement de la Commission euro-
penne rejoignait le group. "Aujourd'hui,
une vingtaine d'organisations sont actives,
certaines mme trs actives dans le
rseau", explique Dominika Nowak,
cheville ouvrire de la cellule T4D au
sein de la Commission, chapeaute par
Grard Van Bilzen. C'est ce Nerlandais
qui, approch par un de ses anciens pairs
au sein du Ministre de la Coopration
des Pays-Bas, a t convaincu de l'intrt
de cette initiative et a dcid de mettre


contribution le vaste service de forma-
tion d'EuropeAid (plus de 560 course en
2009 et un total de 18.713 journes de
formation).

"La particularit et la force du
rseau, c'est d'tre informel"


Cercle vertueux

"Le contacts se font souvent par le bouche
oreille, confirm Dominika Nowak et
c'est ce qui rend le rseau particulirement
vivant". Grard Van Bilzen ajoute: "c'est
la particularit et la force du rseau, que
d'tre informel, les donateurs qui nous
rejoignent le font sur une base volontaire."
Du ler au 30 juin 2010, les membres de
ce rseau "hors normes" se sont runis
Marseille (France), l'initiative de
l'Agence franaise de dveloppement
(AFD) et d'EuropeAid, co-organisateurs
de ce huitime rassemblement annuel.
De nombreux reprsentants des pays de
l'UE, mais aussi du Canada, de la Banque
mondiale, des Etats-Unis, d'Australie.

L'occasion de faire le point sur les activits
lances par les diffrents sous-groupes
sur des thmes bien prcis tels que :
dcentralisation et governance locale,
dveloppement des capacits, gestion des
connaissances, rforme du secteur public,
assistance lectorale ou encore l'initiative
"pro-pauvres". "Cela permet, pursuit
Dominika Nowak, de rflchir sur des
visions parfois trs diffrentes. Exemple
: tout le monde est d'accord pour dire que
la question de la governance locale est
trs important. Mais quand on discute,
personnel n'entend la mme chose. Ce
rseau permet d'tablir un cercle vertueux
d'change."

L'Ougandais Thimothy Lubanga, qui a
particip l'une des sessions de formation
de T4D Kampala renchrit: "la forma-
tion tait bien prpare et trs pratique.
Les facilitateurs utilisaient le plus pos-
sible des examples auxquels nous sommes
confronts dans notre travail quotidien.
Les sessions taient d'autant plus intres-
santes que le group comprenait des repr-
sentants du gouvernement, de la socit
civil, des partenaires au dveloppement
et du secteur priv". Des suggestions ?
"Il serait important de s'assurer que tous
les participants aient un minimum de
connaissances de base. Il serait par ailleurs
souhaitable que la formation soit tendue
dix jours et qu'elle soit sanctionne par
un certificate "


Runion Train4dev', Marseille. 0 Marie-Martine Buckens


Courrier


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Objectifs du Millnaire pour le dveloppement



Femmes : "On est


loin des objectifs de


Pkin"




S'il y a une critique faire propos des OMD, c'est le manque de prise
en compete global du statut de la femme.


M.M.B.


Sa question du genre devrait
faire l'objet d'une lecture
transversale de tous les
S Objectifs du Millnaire",
estime Hlne Ryckmans, charge de mis-
sion au sein de long belge "Le Monde
selon les femmes". Et de poursuivre : "Il
faut bien avoir conscience que pour tous
les OMD, il existe une disparit entire
les hommes et les femmes. Et malheu-
reusement, ce facteur n'est pas pris en
compete. Ainsi, pour le premier objectif,
relatif la diminution de la pauvret et
la scurit alimentaire, les chiffres donns
par les Nations Unies cachent d'normes
disparits, d'une part entire les villes et
les milieux ruraux, d'autre part entire
les hommes et les femmes." De mme
la mortality maternelle -qui reste trs
important -est lie la pauvret et n'est
qu'un rvlateur du manque d'autonomie
des femmes. Une autonomie qu'Hlne
Ryckmans appelle de tous ses vux. "En
ralit, on est bien en de des objectifs
fixs lors de la conference mondiale des
femmes Pkin en 1995."

Sylvie Brunel, Professeure des universits
Paris-Sorbonne, et auteur notamment
de "Nourrir le monde, vaincre la faim":
"Les OMD sont pertinents car en matire
de dveloppement durable, ils clairent les
carences de ce qui constitute mon sens
le pan essential de la trilogie bien connue
conomie-quit-environnement en met-
tant l'accent sur les questions sociales.
Fixer des objectifs chiffrs et se donner
un calendrier devait tre le seul moyen de
progresser. Certains pays ont atteint leurs
objectifs, d'autres non, mais les chances
restent d'actualit et la ncessit de mobi-
liser la cooperation international toujours
entire, en dpit des rats.

Les objectifs de sant maternelle, un chec ?
Comment s'en tonner, alors que, dans
tant de pays, la femme reste un citoyen
de second zone ?"


En septembre, la Commission europenne
publiera une nouvelle enqute Eurobaromtre
sur "les Europens et les OMD", disponible
pour la conference de haut niveau organise
New York. Lien Internet : http://ec.europa.eu/
publicopinion/indexen.htm


Johannesburg l'heure de pointe. Chris Kirchoff/MediaClubSouthArica com


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


Interaction
















































Trinit-et-Tobago


une nouvelle re politique

Situ 11 km des ctes sud-amricaines, l'Etat bicphale de Trinit-et-Tobago (T&T) a une population multi-ethnique de
1,4 million d'habitants pour un revenue par tte de 23 000 USD (2009), l'un des plus levs des Carabes. L'industrialisation
rapide du pays a t soutenue par l'exploitation de ses reserves de ptrole et de gaz, surtout la fin des annes 70 et au
dbut des annes 80. Alors que le pays s'interroge sur le potential long terme de ses hydrocarbures, diverse pistes de
diversification de l'conomie sont explores, comme celle de ses talents cratifs engags dans l'animation et la conception
de costumes.


Debra Percival


Des indiens Carabes et Arawaks
vivaient la Trinit (cf. article
sur l'histoire de Tobago)
lorsque Christophe Colomb
baptisa l'le Isla de la Trinidad en 1498.
Les Espagnols, qui y tablirent leur pre-
mire colonie en 1592, rquisitionnrent
de nombreux indignes pour les faire tra-
vailler comme esclaves dans leurs colo-


nies, et, au course des deux sicles qui
suivirent, les Espagnols et les Franais
don'tt de nombreux propritaires terriens
de l'ile franaise de la Martinique) y fon-
drent une conomie base sur l'agricul-
ture, important de nombreux esclaves
d'Afrique occidentale pour travailler dans
les plantations de tabac, de cacao et de
canne sucre.
En 1802, l'le passa formellement sous
domination britannique. Avec l'abolition
de l'esclavage en 1834, les esclaves quit-


trent les plantations, et les Britanniques
importrent des milliers de travailleurs,
principalement indiens, qu'ils firent tra-
vailler sous contract dans les champs de
canne sucre. En 1889, Tobago fut jointe
la Trinit, et les deux les devinrent une
colonie britannique, qui devint membre
indpendant du Commonwealth en 1962.
La fracture ethnique entire les "Afro-
Trinbagoniens*" (environ 37,5% de la
population) et les habitants d'ascendance
indienne (40% de la population) a tou-


Courrier





ini.S .andR T Ioa Pi


jours marqu la politique du pays. C'est
ainsi qu'en 1956, le Mouvement national
du people (PNM) d'Eric Williams, lar-
gement soutenu par les Afro-Carabes,
remporta les lections.

Un premier Premier ministry
d'origine indienne

T&T devint une rpublique au sein du
Commonwealth en 1976. Eric Williams
mourut en 1981 alors qu'il tait toujours
premier ministry, mais le PNM resta
au pouvoir jusqu'en 1986, moment o
l'Alliance national pour la reconstruc-
tion (NAR), une coalition multi-ethnique
de Trinbagoniens d'origine africaine et
indienne, remporta les lections. En
1991, Patrick Manning, du PNM, devint
Premier ministry. En novembre 1995, il
convoqua des lections anticipes, et le
Congrs national uni (UNC) de Basdeo
Panday forma une alliance avec le NAR,
Panday devenant ainsi le premier Premier
ministry d'origine indienne de T&T.

Les lections de 2000 virent le retour de
Basdeo Panday au pouvoir, mais comme
son gouvernement n'avait pas la majo-
rit au parlement, Manning fut rlu en
2002 et entama un nouveau mandate en
2007. Aprs seulement deux ans et demi,
Manning convoqua toutefois des lections
anticipes, qui eurent lieu le 24 mai 2010.
A l'issue de ces lections, le Partenariat
du Peuple (PP), une coalition regroupant
l'UNC, le Congrs du people et des petits
parties (National Joint Action Committee,
Tobago Organisation of the People et
Movement for SocialJustice), remporta 29
des 41 siges au parlement, contre 11 pour
l'opposition. Kamla
Persad-Bissessar, qui
est d'origine indienne, Le pays jou
devient ainsi la pre- reputation
mire femme Premier matire d
ministry. Enfin, les
lections rgionales
du 26 juillet (les premires depuis 7
ans), ont confirm la popularity du PP,
la nouvelle coalition s'adjugeant 11 des 14
siges rgionaux. Le chef de l'opposition,
incarne par le PNM, est actuellement le
Dr Keith Rowley.

Chute des prix de l'nergie

Malgr la chute rcente des revenues du
ptrole et du gaz et les provisions de crois-
sance nulle pour cette anne, "le pays n'est
pas en mauvaise posture", assure Shelton
Nicholls, Vice-gouverneur de la Banque
central. "L'activit conomique est ralen-
tie, mais au-del de la recession mondiale
actuelle, le pays recle un norme poten-
tiel de croissance."

Outre la prospection ptrolire et gazire
(cf. article suivant), le pays croit en son
agriculture, son industries cinmatogra-
phique, son tourism (surtout Tobago)
et en sa musique, depuis la douce calypso,


i

e


National Carnival Building, Savannah Park, Port-d'Espagne. P DPercival


joue sur des steel drums fabriqus l'aide
de vieux bidons d'huile, au style "pan-
tar", mlange de sitar indien et de steel
drum, don't l'artiste trinbagonien Mungal
Patasar est l'un des pionniers. Le pays
jouit dj d'une reputation ingale en
matire de crativit (cf. encadr sur Peter
Minshall).

La hausse des prix de l'alimentation pr-
occupe les conomistes. En mai 2010,
aprs une scheresse de trois mois, le
prix des denres alimentaires a augment
de 5,3%. Cette volu-
tion a replace l'agri-
t dj d'une culture au centre
ngale en des proccupations.
>crativit Bien que la dernire
Scrati raffinerie sucrire ait
suspend ses activits
en fvrier dernier, Deosaran Jagroo, PDG
de l'entreprise sucrire Caroni, envisage
de diversifier ses activits en les tendant
d'autres denres cultives sur des par-
celles de moins d'un hectare attributes
6.000 ex-employs de Caroni en guise
de compensation.

Le gouvernement prcdent (PNM) a t
critiqu pour avoir favoris la construction
l'excs et avoir invest dans de nouvelles
structures onreuses et sous-exploites,
comme le Waterfront Development,
construit pour accueillir des soci-
ts de services. L'ONG Transparency
International a galement pingl le
manque de transparence des procedures
d'attribution de gros contracts de construc-
tion par ce mme gouvernement. Elle a
donc accueilli favorablement les initia-
tives du nouveau gouvernement visant
dpoussirer un project de loi prvoyant la
designation d'un rgulateur des marchs
publics.


Les bailleurs de fonds estiment que l'un
des plus gros dfis de T&T est de veiller
ce que ses services soient accessible aux
plus pauvres. Selon Marcia De Castro,
reprsentante rgionale du Programme
des Nations unies pour le dveloppement
(PNUD), 15% des Trinbagoniens vivent
sous le seuil de pauvret. De son ct, le
reprsentant de la Banque interamri-
caine de dveloppement (BID) demand
que le pays se dote d'une stratgie de lutte
contre la pauvret et qu'il s'attaque aux
racines complexes de la criminalit lie
la drogue et au traffic d'armes.

* Un Trinbagonien est un ressortissant de
Trinit-et-Tobago.


Peter Minshall, matre du "mas"

Peter Minshall, artiste trinbagonien ayant
particip la conception des crmo-
nies d'ouverture des Jeux olympiques
de Barcelone (1992) et d'Atlanta (1996),
a montr, mieux que quiconque, que le
carnaval allait bien au-del des costu-
mes et qu'il tait l'expression de valeurs
sociales et spirituelles, dvoilant au pas-
sage l'extraordinaire crativit de son
pays. Minshall : "Je ne dessine pas des
costumes: je donne au corps human les
moyens d'exprimer son nergie." Peter
Minshall a inspir des artistes talentueux
de son pays, don't Dane Lewis, qui a cr
sa propre socit d'vnements, islandd
People". Pour Lewis, "le carnaval est la
forme d'expression de l'esprit la plus
libre du monde".


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010





Reportage


Incertitudes sur le march


ptrolier et gazier


Les reserves de ptrole et de gaz de Trinit-et-Tobago ne sont pas inpuisables. Selon certain observateurs que nous avons
interrogs, si la production se maintient au rythme actuel, ces reserves ne seraient garanties que pour les 15 annes venir.
L'instabilit des marchs mondiaux rend par ailleurs la demand future incertaine et fait fluctuer l'intrt pour de nouvelles
explorations. Autant de difficults auxquelles le nouveau gouvernement doit d'ores et dj faire face.


l semble que Trinit-et-Tobago
(T&T) soit le premier pays o le
ptrole a t exploit des fins
commercials. Durant ces 100
dernires annes, ce secteur a t la
base de l'activit conomique du pays.
Il a aussi favoris la creation d'une srie
d'industries en amount
: forage, ptrochimie, "Notre object
sidrurgie, plastique notre profile
et gaz natural liqufi
(GNL). Au course de de ptrole et
ces dernires annes, efforant d'
la socit Atlantic volume:
Liquefied Natural
Gas a connu une forte expansion. La
Trinit est le premier exportateur de
GNL vers les Etats-Unis, assurant 70%
de ses importations en gaz liqufi selon
les statistiques gouvernementales.

"Notre objectif est d'quilibrer notre pro-
fil de production de ptrole et de gaz en
nous efforant d'augmenter les volumes


f


a
s


de brut", a expliqu Carolyn Seepersad
Bachan, nouveau Ministre de l'Energie,
lors d'une conference de press organise
en juillet Port-d'Espagne. Et de prciser
que depuis cinq sept ans, T&T doit faire
face une diminution du nombre de puits
explors, un manque d'intrt pour les
derniers appeals d'offres et un allonge-
ment du calendrier de planification et
de mise en uvre des marchs. Lors de
cette conference de press, la Ministre en
charge de l'Energie a
est d'quilibrer galement soulign
te production la ncessit de rendre
le climate plus propice
le gaz en nous aux investissements,
ugmenter les de faon encoura-
de brut" ger les explorations
et augmenter l'ex-
traction des resources avres appar-
tenant aux entreprises d'Etat tout en
amliorant l'efficacit nergtique des
usines de traitement.

Dvelopper l'exploration

Suite la rcente catastrophe dans le
Golfe du Mexique, le gouvernement


Reporters/ Associated Press


envisage galement d'laborer un plan
d'urgence en cas de fuite de ptrole,
ainsi qu'une politique de fixation du
prix du gaz. Est galement l'tude
l'instauration d'un rgime fiscal et de
taxation visant amliorer les conditions
d'exploration.

Les recettes ptrolires
en heritage

Le Fonds de stabilisation des revenues
ptroliers ("Heritage and Stabilisation
Fund") de Trinit-et-Tobago a vu le jour
en 2007. Connu jusqu' cette date sous
le nom de "Interim Revenue Stabilisation
Fund" (2000), il a pour but d'conomiser
et de placer les revenues ptroliers et
gaziers excdentaires en provision d'une
chute ultrieure de ces recettes mettant
mal les dpenses publiques. Ces re-
venus excdentaires sont galement un
heritage pour les gnrations futures.
Le seuil pour les dpts et les retraits
est atteint en cas de fluctuation de 10%
des revenues du ptrole et du gaz. Selon
les chiffres communiqus par la Banque
central du pays, le fonds, libell en
dollars amricains, s'lve actuellement
3,1 milliards de dollars.
En 2005, l'ancien gouvernement avait
mis en place un Fonds de stabilisation
du ptrole pour les pays de la CARI-
COM (communaut caribenne). Finan-
c par T&T, il a pour but de participer
la lutte contre la pauvret et d'aider
d'autres pays de la communaut en
cas d'urgence. Hati a t le dernier
bnficier du fonds. Lors du sommet
de juillet de la CARICOM, organis en
Jamaque, le nouveau Premier ministry
trinbagonien, Kamla Persad-Bissessar,
a propos de consacrer une parties de
cette caisse la creation d'un Fonds de
secours pour les enfants caribens ("Ca-
ribbean Children's Life Fund") destin
offrir des soins mdicaux urgents des
enfants de la region.


Courrier





Reportage


Des femmes dfient


les normes culturelles


Bien que Kamla Persad-Bissessar soit devenue, en mai dernier, la premiere femme
accder au poste de Premier ministry Trinit-et-Tobago, beaucoup reste faire
pour la cause des femmes dans ce pays. C'est ce qu'explique Fulade Mutota,
coordinatrice du Women's Institute for Alternative Development (Winad), une ONG
base Port-d'Espagne.


project dans le cadre duquel
des jeunes filles de 14
18 ans accompagnent des
femmes -leurs "grandes surs" leur
travail. Lors d'ateliers, auxquels parti-
cipent galement leurs parents, elles sont
sensibilises au commerce et l'conomie,
aux droits en matire de sexuality et de
reproduction et aux droits de l'Homme en
gnral. Fulade Mutota: "Le movement
fministe est trs actif la Trinit et dans
les Carabes, mais il n'a pas modifi les
comportements. Les femmes continent
se sous-estimer." Selon elle, la "vision
patriarcale"prdomine toujours, "ce qui
n'est pas une volution naturelle dans
notre socit", mais plutt un heritage
de la colonisation.

Les femmes contre la violence
arme

L'ONG se proccupe particulirement
du recours croissant aux armes feu, une
volution qui, selon Mutota, s'est acc-
lre depuis 2000. L'an pass, Winad a
organis un atelier pour femmes, sponso-
ris par l'UNICEF, sur le niveau actuel
de violence arme dans la socit cari-
benne. Il est intressant de noter que
long s'appuie sur la resolution 1325 du
Conseil de scurit des Nations Unies -le
premier texte juridique international qui
oblige les parties en conflict respecter les
droits des femmes et leur participation


aux ngociations de paix -pour soutenir
l'engagement des femmes dans la lutte
contre la violence arme dans leur propre
socit. Selon Mutota, le taux lev de vio-
lence arme T&T s'explique notamment
par le traffic de drogues, l'accs ais aux
armes, le manque d'efficacit de la police
et la presence insuffisante de services de
scurit.

Pour en savoir plus: www.winad.org


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Doing She Own Thing
lender, Perftmance and SubNmon
in Tann.dd CaNf


Couverture de "She Doing Her Own Thing".
Lambert Academic Publishing


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


"Doing she own thing"

Calypso Rose (alias McArtha Linda
Sandy Lewis), une chanteuse de calyp-
so trinbagonienne populaire dans les
annes 70, est l'une des personnel qu'a
interviewes le Dr Maude Dikobe dans le
cadre de son tude intitule Doing she
own thing*. Dans ce livre recent, cette
assistant l'Universit du Botswana,
qui a public de nombreux ouvrages sur
le genre et la culture populaire, s'est
intresse Trinit-et-Tobago. Dikobe
: "L'origine de ce livre, c'est l'aspect de
commentaire politique et social de la
chanson africaine, que ce soit en Afrique
ou parmi sa diaspora." La chanson
Matrimony de Calypso Rose "remet
compltement en question l'ide selon
laquelle le genre serait une construction
social qui nous dicterait ce qu'un 'vrai
homme' et une 'vraie femme' peuvent et
ne peuvent pas faire." C'est galement
ce qu'illustre un autre calypso, I am
Doing My Thing (1977), don't Dikobe
s'est inspire pour le titre de son livre.
Dikobe : "Quand Calypso Rose a com-
menc chanter le calypso, on lui a
fait comprendre que ce n'tait pas pour
les femmes. Mais elle a continue et a
fait 'son truc' elle." Le rle important
que les femmes ont jou et qu'elles
jouent encore comme auteurs, compo-
sitrices, interprtes et consommatrices
de calypso T&T n'est pas reconnu."

* LAP, Lambert Academic Publishing, ISBN
978-3-8383-0978-1, Broch, 156 pages.





R*'D po 't


Anansi Full Circle Producton


Vers la diversification


De l'agriculture l'animation, la diver-
sification de l'conomie trinbagonienne
est sur toutes les lvres.


de la Chambre de commerce de
T&T, qui reprsente 570 entre-
prises prives, "la question de la
diversification de l'conomie est voque
par la Chambre depuis deux ou trois ans.
Mais avec l'arrive de la crise conomique,


il va absolument falloir s'y attaquer plus
srieusement."

Au dbut de la dcennie, T&T a connu
pendant sept ou huit ans une croissance
annuelle exceptionnelle de 8 10 %, ali-
mente principalement par l'industrie
ptrolire et gazire. Mais en 2009, le pays
n'a pas chapp la crise mondiale. Persad
: "Notre secteur manufacturer s'est effon-
dr, car la plupart des products manufac-


1- 1

Angella Persad, Prsidente de la Chambre de
commerce, T&T. CD Percival


L'industrie cinmatographique de T&T


La TTFC (Trinidad and Tobago Film
Company) a t fonde en 2006 pour
crer de l'emploi, offrir des perspectives
de carrire et dvelopper de nouvelles
capacits. Carla Foderingham, PDG de
la TTFC, explique que la socit finance
des courts et des longs mtrages. Elle
est aussi un interlocuteur incontournable
pour les ralisateurs trangers qui sou-
haitent filmer en dcor natural T&T: elle
les aide obtenir les visas, se loger et
importer du matriel technique. Elle
leur offre galement une ristourne de 30
% sur un montant maximal de 2 millions
de dollars de dpenses effectues dans


le pays pendant le tournage. La TTFC
va dans les coles pour expliquer les
techniques du cinma, et elle soutient,
avec l'appui du programme ACPfilms, la
participation de ralisateurs locaux des
festivals. La TTFC a galement effectu
des reconnaissances de paysages pour
les missions de tlvision Lost et Survi-
vor. A l'avenir, la TTFC veut renforcer sa
presence dans les festivals, accrotre le
nombre de coproductions et intensifier les
changes avec l'Amrique latine, l'Inde
et l'Afrique.

www.trinidadandtobagofilm.com


Courrier
































I&I est connu dans le monde enter pour son cacao de quality. o DPercival


turs exports sont destins au march
CARICOM (Communaut des Carabes),
qui comprend les 15 pays autour de T&T.
Or ces conomies dependent fortement du
tourism et sont donc en recession. Une
grande parties de nos services a souffert
galement, car ils taient lis aux secteurs
du ptrole et du gaz." Selon elle, l'cono-
mie a retrouv sa stability, mme si 2010
devrait se solder, pour la deuxime anne
consecutive, par une croissance negative.

L'anne dernire, la Chambre de com-
merce de T&T a command une tude
sur les secteurs recelant un potential
de diversification. Dans le secteur agri-
cole, l'tude mettait en avant le cacao
(T&T produit l'un des meilleurs cacaos
au monde mais l'exporte tel quel, sans
valeur ajoute), l'ananas vert et le tilapia.
Deosaran Jagroo, PDG de Caroni, l'an-
cienne socit sucrire de T&T, a confi



Une passion pour l'animation

Camille Selvon-Abrahams est passion-
ne d'animation. Titulaire d'un diplme
en animation de l'Universit des Indes
occidentales (UWI), elle a fond sa
propre socit d'animation, Full Circle
Productions. Sa dernire creation, Krik
KrakAnansi est destine aux enfants de
3 6 ans et met en scne une araigne
qui arrive obtenir tout ce qu'elle veut.
Le but de Camille est de faire des films
pour les enfants des Carabes qui ne
se reconnaissent pas dans les films
d'animation amricains. Sa dmarche
intresse aussi l'Afrique. Son project
ANANSI devrait d'ailleurs figure au
programme du festival d'animation Ani-
mafrik au Ghana en aot 2010.

www.fullcircleanimation.com


au Courrier que ses projects de diversifica-
tion agricole (p. ex. dans les citrouilles, les
tomatoes et les patates douces) avanaient,
notamment grce l'appui financier de
l'UE (cf. interview du Charg d'Affaires
de l'UE). Selon Persad, d'autres secteurs
d'avenir potentiels sont l'enseignement
suprieur -certaines universits britan-
niques et amricaines ont dj des liens
avec des institute d'enseignement sup-
rieur de T&T -et le tourism.

Un potential norme

Aujourd'hui, le tourism reprsente
peine 13 % du PIB de T&T, mais,
selon Rupert Griffith,
Ministre du Tourisme Les politique!
du nouveau gouver- de 'UE in
nement, ce secteur "a une concu
un rle significatif "Nollywood
jouer dans la diversi-
fication de l'conomie cinmatc
du pays", surtout dans naissant<
le domaine de l'accueil
d'vnements commerciaux et sportifs.
Selon Angella Persad, le mlange cultu-
rel unique de T&T constitute "un atout
commercial majeur". Ce riche mlange
comprend : un volet alimentaire (avec
notamment la vente emporter, avec les
doubles (cf. photo) et le bake and shark
(un burger au requin) de Maracas Bay
Trinit) ; un volet architectural (notam-
ment les magnificent seven, btiments
historiques prs du parc Savannah
Port-d'Espagne) ; et un volet "ftes et
patrimoine historique", avec les influences
des Amrindiens, des colons africains et
indiens, et des colonisateurs britanniques,
nerlandais, franais, espagnols et cour-
landais (lettons).

Souhaitant que T&T accde au statut de
pays dvelopp ds 2020, l'ancien gouver-
nement du Mouvement national du people
avait identifi d'autres secteurs de crois-
sance potentiels : products alimentaires
et boissons, expedition, navigation de


Poivrons sur un tal du march de San Juan. D Percival



plaisance, cinma et divertissement, pche
et transformation du poisson, imprimerie
et emballage. Le gouvernement sortant a
galement invest dans les services finan-
ciers, construisant notamment un spec-
taculaire Centre financier international
le long de l'eau Port-d'Espagne, mme
si le btiment reste largement inoccup.
Il a galement soutenu le dveloppement
du parc Tamana In-TECH, destin
accueillir des entreprises high-tech.


r

ei
e


En plus de ses efforts de diversifica-
tion, le gouvernement doit aussi, selon
Persad, pntrer de nouveaux marchs,
comme l'Amrique central. Mahindra
Satram Maharaj,
commercials president de la
uisent-elles National Carnival
rence entire Foundation, et l'un
'et l'industrie des directeurs de
la Coalition des
graphique industries de ser-
de T&T ? vices de Trinit-et-
Tobago (TTCSI)*,
croit aussi en la possibility d'exporter
des products et des services issues de sa
longue tradition carnavalesque, notam-
ment pour les 700 carnavals qui ont lieu
chaque anne en Europe. Il projette ga-
lement de mettre sur pied une mission
commercial en Europe visant "valuer
les avantages"de l'Accord de partenariat
conomique (APE), un accord de libre-
change conclu en 2008 entire l'UE et des
membres de la fdration commercial
caribenne CARIFORUM. Le PDG de
TTC SI, Nirad Tewarie, craint que l'APE
ne nuise la cooperation traditionnelle
sud-sud promue par le group ACP, ds
lors que les divers APE rgionaux mettent
les rgions en concurrence les unes avec
les autres. C'est ainsi que "Nollywood",
l'industrie cinmatographique nig-
riane, pourrait, selon lui, concurrencer
l'industrie homologue naissante de T&T.


Pour en savoir plus: www.ttcsi.org


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


R*'eD ort





e*'pD rta


Industrialisation contre biodiversit


Selon le professeur John Agard, biolo-
giste trinbagonien rput de l'Universit
des Indes occidentales de StAugustine,
Trinit et Tobago (T&T) doit trouver de
nouveaux moyens de rsoudre le "con-
flit classique" entire industrialisation et D.P
preservation de la biodiversit.


T&T est un pays assez neuf,
puisqu'il n'est dtach du
continent sud-amricain que
depuis dix ou onze mille ans. Il se distingue
donc par une faune et une flore sud-am-
ricaine particulire (proche de celle du
Brsil et de la Guyane) comportant de
nombreuses espces
indignes, notam- Contraire
ment des oiseaux, des changement
reptiles, des papillons,
des grenouilles, des la biodiversity
tortues marines et des les lvres
mammifres, comme presidents
de nombreuses les min
des Antilles. "T&T
compete parmi les pays ayant le plus grand
nombre d'espces au mtre carr, ce qui
est assez extraordinaire", explique le pro-
fesseur Agard, qui dirige le dpartement
de biologie du campus de St Augustine.

Pourtant, T&T est l'un des deux seuls
Etats insulaires au monde qui soit expor-


s


S
d

s


tateur net de ptrole et de products drivs,
l'autre tant le Bahren. T&T est aussi le
premier exportateur mondial d'ammoniac,
le cinquime exportateur mondial de gaz
natural liqufi, et l'un des principaux
exportateurs d'thanol et d'ure. En marge
de son industrialisation soutenue par le
ptrole et le gaz, T&T rflchit, selon le
professeur Agard, la manire d'valuer
certain "services d'cosystme reposant
sur la biodiversit".

L'un de ces services
ment aux est ce que le professeur
climatiques, appelle les "transferts
pas vaporation", un
n'est pas sur phnomne li au fait
le tous les que plus de la moiti
et premiers de la surface des les
tres jumelles est couverte
de forts. Les zones
forestires mettent de la vapeur d'eau qui
se condense dans l'atmosphre et retombe
sur les zones non boises. La Main Ridge
Reserve, Tobago, est l'une des plus
anciennes zones protges de l'hmisphre
occidental. Agard : "Il existe un document
charmant, datant des annes 1600, qui
dsigne la region comme une zone prot-
ge destine prserver les pluies." D'autres
"services d'cosystme" sont le dveloppe-
ment de products pharmaceutiques base
de plants ou la protection contre l'rosion
grce aux rcifs coralliens. Une tude ralise
Tobago par le World Resources Institute en
collaboration avec des associations de T&T
a permis de montrer qu' Tabago, la cte
s'rode plus rapidement l o il n'y a pas de
rcifs coralliens. L'tude estime ainsi la valeur
de l'action anti-rosion des coraux quelque
30 millions de dollars par an, un montant
non ngligeable quand on sait que le PIB de
Tobago est de 250 millions de dollars par an.

Ouvrir des lignes de
communication

Le professeur Agard participe en ce
moment, avec des conomistes et d'autres
scientifiques, une tude finance par
l'UE don't l'objectif est d'utiliser les trucs
et astuces des conomistes pour effectuer
une vritable analyse cot/bnfice des


Le toucan est originaire de Trinit-et-Tobago. shutterstock


Courrier























"services d'cosystme" a T&T. Bien que
rticent l'ide d'attribuer une valeur
chaque chose, John Agard estime qu'une
telle approche a le mrite d'ouvrir des lignes
de communication avec les dcideurs en
matire de biodiversit, qui auraient plu-
tt tendance considrer les biologists
comme des "cologistes hystriques". Cette
approche permet selon lui de planifier les
choix et d'valuer par example l'intrt co-
nomique de la construction d'un htel par
rapport la destruction de coraux qu'elle
ncessiterait.

Un autre service li la biodiversit est
l'cotourisme. Agard : "Tobago est un lieu
unique : peu d'urbanisation, une vgta-
tion essentiellement sauvage, d'anciennes
forts et une ambiance raffine. Les gens
apprcient son caractre insulaire : les
mangroves, les coraux, les spcificits
de sa vgtation, de sa mentality et de sa
langue. Tout cela a une valeur, et sans la
biodiversit, cet advantage disparatrait."
Agard ajoute par ailleurs que certaines bac-
tries "mangeuses de ptrole", qui existent
l'tat nature Trinidad, sont au cur de
recherches menes en ce moment.

"Dans la Convention sur la diversity bio-
logique, l'objectif qui consistait mettre
fin, pour 2010, toute perte significative
de biodiversit n'a t atteint nulle part",
dplore le professeur Agard. Il voudrait ds
lors que la biodiversit ait le mme statut
que les changements climatiques, et qu'on
la dote galement d'un Groupe intergou-


vernemental d'experts. "Contrairement
aux changements climatiques, la biodi-
versit n'est pas sur les lvres de tous les
presidents et premiers ministres", fait-il
remarquer, et d'ajouter: "Plus on attendra,
plus a cotera cher."

T&T, le professeur Agard trouve que
le gouvernement devrait engager une
rflexion long terme sur l'avenir du


pays, au-del des resources puisables que
sont le ptrole et le gaz. Cette dmarche
devrait aussi, selon lui, mettre l'accent sur
la protection de la biodiversit, le soutien
aux nergies renouvelables et la promo-
tion d'une conomie davantage axe sur
l'information et les services, sans oublier
la ncessit d'tendre et de mieux grer
les zones protges afin de prserver la
biodiversit du pays.


Akilah Jaramogi monte sur un arbre, Fondes Amandes. D Percval


Pionniers : le project Fondes Amandes

"a, c'est de la citronnelle. On l'utilise en une barrire contre la propagation du feu Leotaud, directrice du CANARI (Carib-
infusion contre la fivre", explique Aki- vers les quarters trs peupls de Port- bean Natural Resources Institute), don't


lah Jaramogi, qui dirige le project Fondes d'Espagne.
Amandes dans les collins derrire Port-
d'Espagne. Jaramogi a lanc le project il y La communaut s'est dveloppe grce


le sige est situ T&T, le project aide des
collectivits locales prendre en main les
operations de gestion forestire dans le


a 27 ans avec Tacuma, son mari dfunt, l'appui de donateurs trangers et avec cadre de projects similaires dans huit Etats


et avec un "tas d'habitants des collinss, l'aide d'une petite bourse accorde dans
Aujourd'hui, Fondes Amandes est une le cadre d'un project de trois ans intitul
communaut de 27 personnel qui vend "Pratiques et politiques pour l'amlioration
des plants biologiques et o les coles de la gestion forestire et du niveau de
ainsi que d'autres groups et individus vie des populations rurales dfavorises
peuvent dcouvrir les vertus mdicinales des les des Carabes", finance dans le
de la flore le long de chemins forestiers cadre du programme de la CE "Fortstro-
bien entretenus. Jaramogi explique aussi picales et autres forts dans les pays en


des Carabes. Akilah Jaramogi aimerait
pour sa part que le project FondesAmandes
tende ses activits, et se dote notamment
d'une auberge cotouristique. Elle voudrait
aussi rgler la question de la location des
terres occupes par Fondes Amandes,
afin d'assurer l'avenir de la communaut.


comment le couvert forestier constitute dveloppement". Comme l'explique Nicole


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


Reportage






































Dianne Hunt dfile sur le podium lors de la Semaine de la mode 2010.


La mode reflte l'clatante


mosaque de T&T


Dianne Hunt est une styliste "trinbagoni-
enne"* succs. Sa griffe Radical Designs,
reprsente lors de la dernire Semaine de
la mode Trinit-et-Tobago (T&T), reflte
le mlange cultural clectique et les pay-
sages contrasts de ce pays.


D.P.



Pour notre rendez-vous Port-
d'Espagne avec Dianne Hunt
et Don Grant, responsible de
la Semaine de la mode, Dianne
porte une robe en coton lger de sa propre
collection, dans un tissu dlicat bleu et
blanc fleurs, qui ferait coup sr un
malheur dans n'importe quelle collec-
tion d't. Aprs 20 ans de carrire, cette
styliste forme au Canada trouve que sa
marque a besoin d'un nouveau dpart.
Suite aux pitres rsultats enregistrs
depuis quatre ans, surtout en raison de la
concurrence chinoise, Dianne n'a plus que
deux magasins Trinit et deux autres
Tobago, sur les 13 qu'elle possdait aupa-
ravant dans les Carabes.

Porte par le succs de la 3e dition de
la Semaine de la mode de T&T, qui se
droulait Tobago du 20 au 31 mai et


Trinit du 2 au 6 juin, elle est convain-
cue que le moment est venu de relancer
son entreprise. Elle espre que son frre,
Gary Hunt, qui a quitt la politique aux
dernires lections
en mai, laborera un Si on rassemb
nouveau plan d'entre- du monde en
prise pour sa marque,
qui reste 90% "made lieu, ce serai
in T&T". Les nou- Car
veaux investissements
dans les industries porteuses font parties,
dit-elle, de la vision politique 2020 long
terme du gouvernement sortant.

Dianne Hunt n'tait qu'une des 50 sty-
listes trinbagoniens -dont certain rsi-
dent et travaillent l'tranger -prsents
la Semaine de la mode. Pour les besoins
de cet vnement public, des mannequins
ont prsent les crations des stylistes en
dambulant sur tout le primtre (3,5
km) du parc Savannah Port-d'Espagne
: "la piste officieusement la plus longue
du monde", selon Don Grant. Celeste
Vincent, don't la griffe Johnny Vincent est
porte par la chanteuse/superstar barba-
dienne Rihanna, est une autre styliste de
premier plan de T&T.

Une esthtique carabe

Quelles sont les influences de Dianne
Hunt ? "L'esthtique carabe: les maga-
sins de rhum, le style de vie insouciant des


"Radical Designs", 2010


t
it
ai


les, leurs populations bigarres et le bras-
sage ethnique. Les Carabes, c'est l'avenir.
Si on rassemblait les peuples du monde
entier en un seul lieu, ce serait le reflect
des Carabes." Dj l'cole, Trinit,
elle dessinait des vtements et fabriquait
des broches trs prises par ses copines
de classes, et elle signait ses crations en
leur incorporant une plume provenant du
poulailler de sa grand-mre. Pour elle,
aujourd'hui, le plus grand dfi pour les
crateurs de mode du pays est de trouver
les capitaux ncessaires. Dianne ambi-
tionne par ailleurs
ait les peuples de concevoir et de
ier en un seul fabriquer ses propres
tissus, indiquant que
le reflect des le "coton des les"
bes cultiv La Barbade
est trs recherch par
les maisons de mode du monde entier.
Dianne pense aussi que la production de
tissu base de bambou, qui est actuelle-
ment l'essai dans le pays, est promise
un bel avenir.

Les prparatifs pour la Semaine de la
mode de l'an prochain, qui sera axe sur le
thme de l'eau, ont dj commenc. Don
Grant, ancien mannequin international
devenu acteur, est clairement proccup
par la mare noire qui affected actuellement
le golfe du Mexique. La ncessit de pro-
tger le patrimoine natural des Carabes
et ses cosystmes fragiles est un mes-
sage que la Semaine de la mode essaie de
relayer. Comme le dit Dianne Hunt, "si
nous pouvons toucher le public, pourquoi
ne pas en profiter pour le sensibiliser ?"

*Un "Trinbagonien" est un ressortissant de
l'Etat de Trinit-et-Tobago.

Pour en savoir plus : fwtt.org/


Courrier


Reportage





Reportage


L'UE soutient les efforts


de diversification


conomique de T&T


Stelios Christopoulos est le Charg
d'Affaires de la Dlgation de l'Union
europenne Port-d'Espagne. Dans un
entretien accord au Courrier, il explique
que I'UE, optant pour une approche sec
torielle, a dbours 25 millions d'euros
dans le cadre de l'aide au dveloppement
prvue pour le pays au titre du 10e Fonds
europen de dveloppement (FED) ax
sur la diversification de l'conomie et la
governance.


Stelios Christopoulos, Chef de la dlgation de 'UE, T&T.
D Percival


uelles sont les priorits de
I'UE Trinit-et-Tobago
(T&T) au titre du 10e FED
(2008-2013) ?

La priority est de soutenir les efforts de
diversification du pays vers d'autres sec-
teurs que ceux du gaz et du ptrole et de
contribuer l'amlioration de certain
aspects de la governance. Le pays bnfi-
cie galement de la Facilit de cooperation
technique (FCT) qui soutient les activits
mises en uvre en vue de la ralisation
du Programme indicatif national (PIN).
Ce soutien budgtaire sectoriel finance
pratiquement toutes nos activits T&T.

Le premier programme de soutien bud-
gtaire sectoriel don't bnficie T&T est
l'actuel 9e programme du FED dans le
domaine de l'enseignement suprieur non
universitaire ( hauteur de 27,3 millions
d'euros). Le soutien de l'UE la diversi-
fication de l'industrie du sucre et l'att-
nuation de l'impact socioconomique et
environnemental d'une telle diversifica-
tion relve galement d'un programme
de soutien budgtaire sectoriel.

Certains projects rgionaux sont ga-
lement grs au dpart de T&T -(les
projects mis en uvre par des organisa-
tions rgionales ayant leur sige Port-
d'Espagne) ; IMPACTS, l'agence de la
CARICOM pour la scurit et la lutte
contre le crime qui combat la crimina-
lit et le traffic de drogues, la CFATF,
la Task force caribenne d'action finan-
cire, qui lutte contre le blanchiment
de capitaux galement li au traffic de
drogues la Cour de justice caribenne
(CCJ) et l'Organisation mtorologique
caribenne. Il semblerait que 40% de la


cocaine consomme en Europe transit
par cette sous-rgion, surtout par T&T
sans doute. D'o notre intrt mutuel
soutenir les efforts du gouvernement et
des autorits de lutte contre le traffic de
drogues illicite. Parmi les autres priorits,
retenons la cooperation commercial et la
mise en uvre de l'Accord de partenariat
conomique UE-CARIFORUM (NDR:
depuis octobre 2008).

Pour T&T, quels sont les avantages du
soutien budgtaire sectoriel ?

T&T est un pays en dveloppement
moyens revenues, qui dispose d'une capa-
cit suffisante pour mener bien des pro-
jets. Il a toutefois besoin que des bailleurs
de fonds internationaux s'associent ses
efforts d'amlioration des politiques sec-
torielles. L'approche fonde sur le soutien
budgtaire sectoriel -plutt que sur des
projects -permet de se concentrer sur un
secteur particulier. Des indicateurs de
rsultats sont adopts de commun accord
entire l'UE et le gouvernement, les progrs
font l'objet d'un suivi et des actions sont
slectionnes pour tre mises en uvre.
Nous continuous nous concentrer
sur l'enseignement suprieur non uni-
versitaire. Grce ce soutien sectoriel,
le nombre d'tudiants suivant ce type
d'enseignement est pass de 20.000 en
2005-2006 plus de 75.000 en 2009.
Alors que nous n'en sommes qu' la phase
prliminaire du dialogue politique et que
nous ne savons pas encore quelles seront
nos interventions dans le domaine de la
governance au titre du 10e FED, nous
sommes dj plus loin en ce qui concern
la diversification. Nous essayons de
contribuer mettre en place les condi-
tions ncessaires pour que Trinit-et-
Tobago devienne plus competitive. La
mise en place d'un cadre rglementaire
et d'indicateurs macroconomiques et
fiscaux (lis aux avantages fiscaux) font


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010





*'ReDotag


Port-d'Espagne, Trinit-et-Tobago. oD Percival


aussi l'objet d'un dialogue. Mais il ne
nous appartient pas de dterminer si le
gouvernement doit se diversifier vers le
tourism ou l'aronautique par example,
car nous ne connaissons pas le niveau
possible de comptitivit du pays.

Pour que nos efforts de
repression du traffic de
drogues en Europe portent
leurs fruits, nous devons
galement agir T&T en
aidant les autorits mieux
lutter prventivement contre
le traffic de drogues


En ce qui concern notre soutien la
stratgie d'adaptation du secteur du sucre,
des objectifs mesurables ont certes t
fixs, mais, selon nous, ils auraient pu
tre plus ambitieux. En 2007, lors du lan-
cement de notre programme de soutien
ce secteur, l'inflation alimentaire tait
de l'ordre de 25%. Nous avions donc pro-
pos qu'une parties de l'enveloppe de 43
millions d'euros affectss T&T pour la
priode 2007-2010 au titre des measuress
d'accompagnement pour les pays du
protocole sucre", don't une tranche de
2,5 millions d'euros a t dbourse ce
jour) pourrait tre utilise pour restruc-
turer le secteur agricole, l'objectif tant
de conserver une population agricole.
Mais l'ancien gouvernement ne s'est pas
montr trs intress par cette sugges-
tion. L'agriculture ne reprsente que 0,7%
du PIB de ce pays, alors que T&T est
connue pour la quality de ses products et
que 15 20% de sa population travaille
dans ce secteur. Je pense pourtant que les


habitants prfreraient que le [nouveau]
gouvernement envisage une diversifica-
tion vers d'autres cultures alimentaires.

Vous insisted sur le fait que le PIB
par habitant de T&T est comparable
celui du Portugal. Que diriez-vous
alors aux citoyens europens pour les
convaincre que ce pays a encore besoin
d'une aide au dveloppement ?

L'UE doit aussi veiller la stabilisation
conomique des pays en dveloppement.
Il faut aider le pays affected correctement
ses resources financires son objectif de
dveloppement [NDR: le gouvernement
prcdent estimait que T&T pouvait deve-
nir un pays dvelopp d'ici 2020]. Ce
pays est bien conscient de l'existence d'un
foss entire la richesse et le dveloppement
: 10% de sa population n'a pas accs l'eau
courante. Il faut donc mettre en place
des politiques sectorielles appropries.
L'aide que nous accordons l'enseigne-
ment suprieur n'est pas norme, T&T
y consacre bien plus de fonds. Et il en
va de mme pour la transformation du
secteur du sucre. Toujours est-il que T&T
apprcie que nous soyons ici leurs cts.

Notre aide doit aussi s'tendre la lutte
contre la criminalit : selon la press,
plus de 300 meurtres auraient dj t
commis depuis le dbut 2010 dans ce pays
qui ne compete que 1.300.000 habitants,
et 60% de ceux-ci seraient lis au traffic
de la cocaine. Un traffic l'origine de 500
meurtres en 2010 sur une base annuelle,
soit 42 meurtres sur 100.000. Des chiffres
qui placent T&T dans le triste Top 5 des
pays du monde en matire de criminalit.
De fait, d'normes quantits de cocaine
[NDR: en provenance de l'Amrique du


Sud] transitent par T&T avant d'arriver
en Afrique occidentale ou en Europe.
C'est donc dans notre intrt de mettre
en place un partenariat efficace. Pour que
nos efforts de repression du traffic de dro-
gues en Europe portent leurs fruits, nous
devons galement agir T&T en aidant
les autorits mieux lutter prventivement
contre le traffic de drogues.

Quels sont les avantages de l'APEpour
T&T?

L'APE prsente des avantages pour le
secteur secondaire comme pour le sec-
teur tertiaire. La diminution des droits
de douane sur les products imports
d'Europe fait baisser le prix de certain
composants de base de products fabri-
qus T&T qui peuvent ds lors devenir
plus comptitifs. Pour l'instant, il semble
que les grands gagnants pourraient tre
les secteurs du tourism et de services
de soins de sant, condition toutefois
que la scurit se rtablisse durablement.
Il y a aussi la cooperation cultuelle : le
Carnaval a ainsi donn naissance toute
une culture, des costumes, des groups de
musique, des groups de danse. Des obs-
tacles existent toutefois, notamment l'exis-
tence de normes plus strictes en Europe,
qui devront tre respectes. Il en va de
mme pour le secteur des services ; per-
sonne ne souhaite se lancer dans un par-
tenariat commercial sans avoir la garantie
que son partenaire respectera les normes
professionnelles. Sur une base rgionale,
un montant de 36 millions d'euros est
disponible au titre de l'enveloppe de 165
millions d'euros du 10e FED visant
aider les nations caribennes satisfaire
ces normes.


Courrier





Reportage


Tobago,


une "grande petite sur"


Seuls 37 kilomtres sparent Tobago de Trinit, et pourtant, premiere vue, Tobago
n'offre que peu de ressemblances avec sa grande sceur du sud-ouest. L'le a
d'ailleurs son propre parlement, aux pouvoirs certes limits.


sablonneuses, ses paisibles
villages de pcheurs comme
Charlotteville et ses rcifs
coralliens translucides, Tobago a tou-
jours attir les tourists. Selon l'office de
tourism de T&T, le taux d'occupation
des hotels a nanmoins chut lors de la
dernire crise conomique mondiale.
Quoi qu'il en soit, on comprend ais-
ment pourquoi l'le a remport, quatre
annes de suite, le prix de la meilleure
destination co-touristique du monde (de
2003 2006). La Main Ridge Reserve est la
plus vieille fort protge de l'hmisphre
ouest, et les tortues luth, espce gravement
menace, pondent leurs Sufs sur les plages
peu accessible de l'le entire mars et juin,
les Sufs closant 55 70 jours plus tard.
Comme disent les Tobagoniens, leur le
est un endroit idal pour "souffler"un
peu.

Les historians pensent que des tribus
amrindiennes se sont tablies sur l'le
don'tt le nom provient de tabago, mot tano
significant tabac ou pipe) il y a 10.000 ans,
et qu'elles l'ont domine jusqu'en 1652.
Les premiers colons europens furent les
Courlandais (Lettons), mais l'le aurait


) Buccoo Reef Trust, Tobago


change jusqu' 33 fois de mains entire
la Courlande, l'Espagne, l'Angleterre,
la France, la Sude et les Pays-Bas. Les
Europens crrent des plantations de
sucre, de cacao et de noix de coco et y
firent travailler des esclaves africains. Des
Indiens vinrent ensuite la Trinit pour
travailler sous contract dans les planta-
tions de canne sucre, et une petite parties
d'entre eux s'tablit Tobago. En 1783,
des Portugais, des Chinois, des Syriens
et des Libanais arrivrent dans l'le, de
mme que des habitants de la Barbade,
de Grenade et de la Trinit. En 1814,
Tobago fut incorpore l'Empire britan-
nique, o elle constitua une entit admi-
nistrative avec Grenade, les Grenadines,
la Dominique et Saint-Vincent. En 1889,
Tobago fut unie la Trinit et consti-
tua avec elle une colonie britannique qui
accda l'indpendance en 1962.


Selon les chiffres du gouvernement (House
ofAssembly), le tourism reprsente 60 %
du PIB de l'le, et les services touristiques,
de l'htellerie la location de vlos, occu-
pent 15.000 personnel.

Plus de pouvoirs pour le gou-
vernement ?

Malgr sa population de seulement
15.000 habitants, Tobago dispose de sa
propre "Chambre d'Assemble", cre
en 1980 l'aide d'un budget du gou-
vernement central. En 2010, le finan-
cement du gouvernement central de
T&T (financement structure et aide au
dveloppement) devrait, selon les chiffres
de l'Assemble, atteindre 1,77 milliard
de TTD. L'Assemble peut dcider de
l'affectation de l'argent provenant du gou-
vernement central, par example dans la


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010




















sant et l'enseignement, mais ne peut lever
aucun impt ni se doter de lois rgionales.
Elle comporte 12 membres lus et quatre
conseillers, don't trois sont dsigns sur le
conseil du Secrtaire en chef, et l'autre,
sur le conseil du chef de l'opposition.
Aux dernires lections, le Mouvement
national du people (PNM) a obtenu la
majority au sein de l'Assemble, avec huit
siges, les quatre siges restants allant la
Tobago's Organisation of the People (TOP).
Le prochain scrutiny aura lieu en 2013.

Les deux parlementaires qui reprsentent
Tobago au sein du gouvernement central
sont toutefois issues de la formation TOP,
qui fait parties de la coalition actuelle
du gouvernement de T&T. Nous avons
demand Orville London, Secrtaire
en chef de l'Assemble de Tobago, si le
manque de representation de la majo-
rit parlementaire de Tobago au sein du
Parlement de T&T pourrait rendre la
position de l'Assemble intenable. Pour
lui, "cette situation politique n'a rien
d'exceptionnel", mais il ajoute qu'elle
constitute un test pour la Loi instituant
l'Assemble.

Bien qu'il n'y ait pas de relle volont
d'indpendance par rapport la Trinit,
certaines rformes sont, selon lui, sou-
haitables : "Dans la situation actuelle,
il n'y a pas d'autonomie. La Chambre
d'Assemble ne dispose pas des comp-


tences ni de l'autorit ncessaires pour agir
Tobago." Il voudrait que l'Assemble
jouisse de davantage d'autonomie, qu'elle
puisse dicter des lois dans des mati-
res rgionales et conclure des accords
financiers avec des partenaires locaux et
internationaux sans devoir consulter le
gouvernement de la Trinit.

Pour en savoir plus : www.tha.gov.tt


Orville London, Secrtaire en chef, House of Assembly,
Tobago. D Percival


Charlotteville, lobago 0D Percival


Buccoo Reef: un miracle de la nature


Les rcifs coralliens de Buccoo, qui con-
stituent le site natural le plus spectacu-
laire de l'le, souffrent des changements
climatiques et de la pollution. Une ONG,
le "Buccoo Reef Trust", se bat pour leur
sauvegarde et collect cet effet des don-
nes scientifiques utiles dans toutes les
Carabes. Vieux de plus de 10.000 ans
et couvrant 7 km2, ces rcifs de coraux
de competent parmi les plus vastes (les
troisimes par ordre de grandeur de
l'hmisphre occidental). La faune et la
flore y sont particulirement diversifies.
En plus de protger la cte, ils constituent
un atout touristique don't la valeur annuelle
est estime 119.164 millions de dollars
et qui assure le revenue de nombreuses
families. En 1973, le site a t dclar
zone protge, mais selon Kaye Trotman,


directrice du Trust, cette protection est
plutt thorique. Selon elle, des efforts sont
ncessaires pour l'appliquer rellement et
pour sensibiliser le public.
Lun des projects grs par I'ONG concern
l'utilisation des sols et leur restauration
dans la zone de partage des eaux de la
Courlande et des rcifs. Sandra Timothy,
qui dirige ce project, explique que le dboi-
sement croissant et certaines techniques
agricoles inadaptes dans la zone de part-
age des eaux ont entran une pollution
accrue du lagon. Elle mne diverse ac-
tions sur le terrain, notamment des travaux
de reboisement. Les rcifs ont galement
souffert du blanchissement corallien qui
a affect toute la region des Carabes en
2005. Bien que 75 % des coraux de Buccoo
se soient rtablis, Kaye Trotman insisted


sur la ncessit de rcolter constamment
des donnes et sur l'importance crucial
de l'ducation la conservation.
Le Buccoo Reef Trust s'est aussi forte-
ment impliqu, avec le Rseau international
d'action pour les rcifs coralliens (ICRAN),
dans le project triennal CaMMESEC
(Coastal and Marine Management and
Education in the South Eastern Carib-
bean). Selon Hyacinth Armstrong, coor-
dinatrice du project pour le Buccoo Reef
Trust, le project vise promouvoir les
changes de bonnes pratiques en mat-
ire de conservation des coraux dans
la region et la creation de parcs marines.




Pour en savoir plus : www.buccooreeftrust.org


Courrier


Reportage




































"Afrique visionnaire" Bru:x:elles, Bozar


Arts de la scne d'Afrique.


L'imagination au pouvoir


Le grand festival "L'Afrique visionnaire"
au BOZAR (Palais des Beaux-Arts) de
Bruxelles, don't l'exposition phare, "Geo-
Graphics", et de nombreuses autres
manifestations d'arts graphiques et de
photographic connaissent un grand suc-
cs, est aussi une vitrine resplendissante
pour les arts de la scne du continent
africain. Le pays d'Afrique ayant le plus
de liens historiques avec la Belgique et
aussi l'un des plus cratifs la Rpublique
dmocratique du Congo est particu-
lirement bien reprsent. Le festival se
droule du 30 mai au 26 septembre 2010.


H.G.



Le spectacle le plus poustou-
flant du festival "L'Afrique
visionnaire" restera sans doute
le grand concert "50 ans de
musique congolaise" prsent en premiere
Kinshasa le 30 juin et en exclusivit inter-
nationale au Bozar le 16 juillet. Ce concert
constitute le cour de CONGO@BOZAR,
un festival dans le festival. La plupart des
grands noms de la scne congolaise y sont
reprsents, Papa Wemba, Mbilia Bel,
Werrason, Ferre Gola, Simaro et de nom-
breux autres. C'est Hilaire Maka Munan,
arrangeur de renom qui en a assur la
direction artistique. Ce spectacle se veut un
hommage de grands disparus don't Kall
Jeff, le crateur de l'ternel "Indpendance


Cha Cha" l'poque un hymne d'une
Afrique en qute de libert avant de se
muer en spleen du dsenchantement lors
des garements de l'aprs-indpendance.
CONGO@BOZAR, c'est aussi de nom-
breux concerts de gospel dans diffrents
quarters de Bruxelles. Et des shows de
rumba acoustique qui rendent chacun
hommage une priode ou une person-
nalit historique de la musique congolaise,
et auxquels ont particip les stars de "50
ans de musique congolaise".

Les artistes de scne des autres pays
d'Afrique et mme de la diaspora sont loin
d'tre en reste. Rokia Traor, la Malienne,
BBC3 World Music Award et Victoire de
la Musique en France, protge d'Ali Farka
Tour et de Papa Wemba, a envot le public
avec sa musique mandingue aux accents
rocailleux et nostalgiques de rock and blues.
De mme qu'Anglique Kidjo, la Bninoise,
ex-accompagnatrice de Santana, de Herbie
Hancock ou de Peter Gabriel, auteure, com-
positrice, interprte, guitarist, aurole
d'un Grammy Award en 2007.

La prestation de Didier Awadi donne au
rap ses lettres de noblesse. Il a orches-
tr une prestation baptise "Prsidents
d'Afrique" partir des discours des pres
fondateurs des Etats d'Afrique et d'crits
de grands penseurs de sa diaspora. Une
prestation qui s'inscrit dans le cadre d'une
journe littraire.

C'est du cinma. Mais c'est d'abord un
hommage aussi l'ingniosit du continent.
Le Festival "L'Afrique visionnaire" a pr-
sent en avant-premire mondiale le film
Kinshasa Symphony de Claus Wishman et


Martin Baer sur l'orchestre symphonique
de Kinshasa, un group mont avec les
moyens du bord par des non-professionnels
dans les pires moments d'instabilit et de
guerre civil. Et qui interprte la musique
classique europenne entire autres avec
une rare sensibility. Un hymne la joie
et la vie symbolis par leur interpretation
de Carmina Burana. On peut croire que
la plupart de ceux qui l'ont entendue ont
pleur d'motion.

* Voir numro 17 du Courrier, p 62.
Voir l'agenda pour en savoir plus sur "L'Afrique
visionnaire".

Le festival "L'Afrique visionnaire" est un
vnement cultural majeur organis en
l'honneur de la Prsidence belge de
l'Union europenne (du 1er juillet au
31 dcembre 2010). Il commmore
galement le 50e anniversaire de
l'indpendance de 17 pays d'Afrique.
Ce festival est organis du 30 mai au
26 septembre 2010 avec le soutien du
gouvernement belge, de la Commis-
sion europenne et du Secrtariat du
Groupe ACP.

Selon Mohamed Ibn Chambas, Secr-
taire gnral du Groupe ACP, ce festi-
val reprsente pour le group "le point
de dpart de l'laboration d'une vision
long terme de notre relation au pat-
rimoine cultural et l'art africains, en
Afrique comme en Europe."


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010











Coup de coeur


CONGO 50

Une bande dessine sur l'histoire de la
RD Congo de ces 50 dernires annes

H.G.




que cette bande dessine sur
le Congo, ou plutt ces bandes
dessines, car ce sont huit
talentueux bdistes congolais qui ont
couch sur le paper une histoire exal-
tante et trpidante, la manire de huit
couplets d'un morceau de musique. Cette
fresque devait prsenter une continuity.
Ainsi, les crateurs Asimba Bathy, Cara
Bulaya, Jules Basol, Didier Kawend,
Fati Kabuika, Djemba Djeis, Tshamala
Tetshim et Jason Kibiswa se sont choisi un
collaborateur talentueux, Alain Brzault,
qui a assur la coordination scnique et
le suivi de la ralisation.


Cela donne une bande dessine haletante intitule 'Indpendance cha-cha'.
qui se dvore avec motion et gourman-
dise. Une histoire raconte sans fanatisme Congo 50 de Asimba Bathy & Co / Ed.
et sans vision dichotomique. Forte d'un Roularta Books www.roulartabooks.be
rythme trpidant. La premiere histoire est et Africalia www.africalia.be


Engagement renforc des ACP au cinma

Michle-Dominique RAYMOND
Sous-secrtaire gnrale ACP aux Questions politiques et du dveloppement human


Aprs le Prix du Jury dcroch au Festival de Cannes par Un homme qui crie n'est pas un ours qui danse du ralisateur
tchadien Mahamat Saleh Haroun, finance via ACPFilms.


Interview par H.G.



est un vnement
historique qu'un film
africain ait t retenu
pour la Slection offi-
cielle et prim Cannes. Sans ambages,
le Groupe ACP et son Secrtariat res-
sentent l'attribution de ce prix comme
un hommage, ce don't il se flicite car sa
politique en matire de culture se veut
complmentaire et non alternative aux
nombreux programmes mis en uvre pour
le dveloppement durable et l'intgration
progressive de ces pays dans l'conomie
mondiale. Les programmes d'appui
ACP-UE au secteur cinmatographique
et audiovisuel et aux industries cul-
turelles ACP concrtisent cette politique
volontariste. L'ambition est qu' la fin
de ces programmes, les pays ACP puis-
sent s'enorgueillir de professionnels bien
forms et de films de quality. D'ores et
dj, de nombreux festivals commencent
s'intresser aux ralisations ACP.


Une fois encore, le trs talentueux
Mahamat Saleh Haroun confirm les
potentialits de l'industrie cinma-
tographique ACP. Les excellentes presta-
tions des acteurs sont rvlatrices du vivier
qui existe en Afrique et par extension dans
les Carabes et le Pacifique.

Le Groupe ACP, en continuant apporter
un soutien indfectible au cinma et au
secteur audiovisuel, compete renouveler
cette experience formidable."

HG Le film lui-mme recle-t-il
un message que les ACP pourraient
s'approprier ?

On peut admettre que le film recle un
message pour les populations des Etats
ACP et au-del, en ce que le drame vcu
par Adam, dans le respect de sa partic-
ularit, n'en finit pas de ramener des
proccupations existentielles universelles.
Un homme, sans avenir, sans horizon et
qui on veut retire le peu qu'il avait, se
donne les moyens de retrouver sa dignit
et de conserver sa libert et son pouvoir


de consommer. L'histoire filme par
Mahamat Saleh Haroun est simple et
humaine. Elle touche la pauvret, aux
effects de la mondialisation de l'conomie,
la guerre et ainsi, suscite une rflexion,
chez tout un chacun, sur ces sujets.



... --- --I-
,_T?--1.. [,,9







Photo SecrtariatACP


Courrier


Craivit














Jos da Silva:


le rcit d'une russite


Jose da Silva est le manager de la chanteuse capverdienne Cesaria Evora, et sa
socit, LUSAFRICA Productions, est un bel example de russite pour le secteur
cultural africain. Le Courrier I'a rencontr lors du "Sminaire de Grone sur la culture
et le dveloppement", organis les 4 et 5 mai derniers par l'agence espagnole de
cooperation au dveloppement et la DG Dveloppement de la CE.


A.M.R.


Q uel est votre parcours profes-
sionnel dans le secteur de la
musique?

A 12 ans, j'ai quitt le Sngal
pour Paris. Ds le dbut des annes 80, j'ai
t impliqu dans la culture capverdienne
via l'association locale des Capverdiens,
qui organise la Semaine du Cap-Vert
Paris. J'ai form ensuite un group de
musicians capverdiens, dans lequel je
jouais des percussions. Nous avons com-
menc jouer pour la diaspora, d'abord
Paris, puis Rotterdam, en Suisse et
Rome. Cette experience m'a initi aux
contracts, la logistique, aux contacts
avec les sales, etc. Pendant toute cette
priode, j'avais un contract la SNCF et
je travaillais avec des chanteurs pendant
mes loisirs. A la demand de plusieurs
groups capverdiens, j'ai alors fond une
petite socit informelle qui organisait des
concerts d'artistes du Cap-Vert Paris.


J'ai rencontr Cesaria Evora Lisbonne
en 1987, au restaurant Monte Cara, du
musicien et promoter Bana. Et, en 1988,
j'ai fond LUSAFRICA Paris.

Quelles difficults avez-vous rencon-
trespourpromouvoir la musique du
Cap-Vert en Europe ?

Au dbut, a n'a pas t facile. Quand
j'ai commenc promouvoir Cesaria
Evora, lors de ftes et de concerts, j'tais
surtout parmi la diaspora de Paris et de
Rotterdam. Or l'ide tait de toucher un
public non capverdien. En 1989, la lam-
bada brsilienne est devenue populaire,
et un intrt est n galement pour les
rythmes lents de la musique de danse du
Cap-Vert. Nous avons alors produit les
albums La Diva Aux Pieds Nus (1988)
et Mar Azul (1991), inspirs du style
typique des Noite Caboverdiana (nuits
capverdiennes). Mar Azul s'est vendu
50.000 exemplaires.

En 1992, nous avons organis, au festival
d'Angoulme, le premier concert destin


un public non issu de la diaspora. Miss
Perfumado, l'album phare de Cesaria,
est sorti immdiatement aprs et s'est
vendu 400.000 exemplaires en France
et 800.000 exemplaires dans le monde.
Ce fut un tournant, car j'ai pu quitter la
SNCF et ouvrir un bureau LUSAFRICA
Paris.

Aujourd'hui, LUSAFRICA a des
bureaux Paris, Lisbonne et Prague.
Quel est le secret de votre russite ?

Je travaille actuellement dans 60 pays,
et mes artistes ont obtenu des prix pres-
tigieux. J'assure la promotion d'artistes
venus d'Afrique, d'Amrique latine et des
Carabes, et LUSAFRICA est un nom
dsormais connu dans le monde entier.
Outre nos socits de production et de
distribution Lisbonne et Prague, nous
avons galement fond la socit Armonia
au Cap-Vert. Nous n'avons toutefois jamais
reu la moindre subvention : notre russite
repose entirement sur l'intrt du public
pour Cesaria et les autres artistes de notre
catalogue.


Jos da Silva et Cesaria Evora 0 LUSAFRICA


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


Craivit














Le festival biennal des arts


plastiques "Regard Bnin 1.0"


La premiere dition de "Regard Bnin" a dbut le 8 juin et se poursuivra jusqu'au
31 aot 2010 dans les villes bninoises de Cotonou, Porto-Novo, Abomey et
Ouidah. Cette premiere biennale bninoise consacre aux arts plastiques propose
des expositions et des spectacles dans diverse disciplines comme la peinture, la
photographic, la musique et la danse.


Sandra Federici


ministre bninois de la
culture en collaboration avec
Culturesfrance et l'ambassade
de France, veut "attirer l'attention sur le
Bnin en tant que lieu de promotion des
artistes au plan national et international."
Le dsir de marquer 50 annes d'ind-
pendance africaine a galement t un
facteur important derrire cette volont
de promouvoir la scne artistique floris-
sante du Bnin. La Fondation Zinsou (cf.
numro special du Courrier "Culture et
dveloppement ACP", juin 2009), l'Es-
pace Tchif et l'association Laboratorio
sont quelques-unes des organizations
qui participent l'vnement. Durant
ce festival gratuit, les artistes ouvrent
les portes de leur studio.


La Fondation Zinsou organise plusieurs
expositions, don't "Raconte-moi l'ind-
pendance", qui vise sensibiliser les
jeunes Bninois l'importance du ler aot
1960, jour historique de l'indpendance,
par le biais de rcits de citoyens bni-
nois connus ou inconnus. La Fondation
consacre galement une exposition deux
photographs, Malick Sidib (74 ans),
du Burkina Faso, et Baudouin Mouanda
(29 ans), du Congo-Brazzaville. Bien
qu'issus de deux gnrations diffrentes,
ils abordent le mme sujet, mais partir
de points de vue historiques diffrents.
Ce sujet, souvent prsent de manire iro-
nique et provocante, est le besoin irrsis-
tible des jeunes Africains de se distinguer
et de se faire une place dans une socit
rigide et rpressive.

De son ct, l'Association Laboratorio
organise "Focus Zinkp" une rtrospec-
tive de dessins, peintures et installations
du clbre artiste bninois Dominique


Zinkp. L'exposition, prsente au muse
Abomey jusqu'au 30 aot, inclut les
fameux Taxis-Zinkp, un moyen de trans-
port typiquement occidental mais qui a
t adapt aux systmes conomiques et
sociaux du continent africain. Laboratorio
a galement prsent des uvres de l'ar-
tiste bninois Grard Qunum, reconnu
internationalement pour ses sculptures
base d'objets recycls (surtout des vieilles
poupes) don't les origins diverse sont
porteuses de sens.

Une autre initiative intressante inscrite
au programme vari de cette biennale
s'intitule "Footculture". Propose par
l'Espace Tchif, cette initiative est consa-
cre au football et la Coupe du Monde
2010 en Afrique du Sud, et comprend
plusieurs vnements, don't des concerts,
une exposition sur le football vu par des
artistes, des dbats entire experts du sport
et, bien sr, la retransmission de matches
de la Coupe du Monde sur grand cran.


LINKPE, laxi Go Slow, 2UU2, Marseille. CZinkpe


Grard QUENUM, Formule 1, acrylique sur toile,
103 X 80 cm, photo d'Andr Jolly


Courrier


Crativit






Aux plus jeunes
Village intgr dans l'conomie mondiale


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PwaMoehoINin7 cU.6 TUk.


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Bande dessine par Eric Andriantsalonina
63


N. 18 N.E. JUILLET AOT 2010


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A l'attention d'ldriss Daoud
(Sngal):

Le Courrier a le plaisir de fliciter Idriss
Daoud et lui dcerne le diplme suivant :

Diplme dcern
Idriss DAOUD
Pour sa diffusion innovante
du magazine Le Courrier

Ce diplme est dcern Idriss DAOUD
en reconnaissance des mthodes inno-
vantes mises en place pour la distribution
du Courrier, notamment I'"Ecole Na-
tionale d'Economie Applique" (ENEA),
au Sngal.

Durant ces deux dernires annes, Idriss
DAOUD a distribu et fait connatre le
magazine aux tudiants, au personnel uni-
versitaire et la bibliothque de I'ENEA. Il
a ainsi tmoign de sa volont et de son
engagement diffuser des publications
et des ides qu'il juge utiles pour le dvel-
oppement de sa communaut.

Bruxelles, le 1er aot 2010
Hegel Goutier,


La parole aux lecteurs

Messieurs,

Une fois encore, je tiens remercier le maga-
zine Le Courrier, qui est, comme je l'ai sou-
vent rpt, une veritable bibliothque mobile
et une excellent source d'informationsfiables
et pertinentes dans tous les domaines.

[Le numro 16] rend hommage lajeunesse.
Une initiative que nous, les jeunes du monde
entier, et d'Afrique en particulier, apprcions
normment. Mon message s'adresse tout
particulirement aux jeunes Africains des
nombreux pays de ce continent qui doivent
faire face d'normes difficults. Cette jeu-
nesse, laquelle moi-mme j'appartiens, je
l'engage tre plus dtermine que jamais et
croire la nouvelle Afrique mergente. Je
demand aux jeunes Africains de croire en
eux et de cesser de penser que nous ne serious
rien sans l'aide humanitaire. Je leur demand
defaire ,. u-., pour faire taire les divisions,
quelles qu'elles soient (ethniques, raciales, ...),
defaire cause commune pour une Afrique unie
et mergente. Yes we can Oui, nous le pou-


vons, mais la seule et unique condition de s'y
engager, d'y croire et d'y travailler. Bref, nous
devons nous rsoudre changer notre faon de
penser, d'agir et de nous comporter. Long live
Africa. Long live African Youth !

Babacar Ndione (Rufisque, Sngal)


Cette photo de Sainte-Thrse de Lisieux
-Patronne des Missions -nous a t
envoye par
l'un de nos
fidles lecteurs
qui a parti-
culirement
apprci l'ar-
ticle consacr
cette sainte
dans le numro
17.
Ste Thrse est
dcde l'ge
de 24 ans de
tuberculose.


ADRESSE : LE COURIER 45, RUE DE TRVES 1040 BRUXELLES (BELGIQUE)
COURRIEL : INFO@ACP-EUCOURIER.INFO SITE INTERNET : WWW.ACP-EUCOURIER.INFO


CALENDRIER SEPTEMBRE-DCEMBRE 2010


Septembre

Mi-septembre
Publication de l'Eurobaromtre sur
"Les Europens et les OMD"

20 22/09
Sommet de haut niveau des NU
sur les OMD
New York City, Etats-Unis
.,i ,.. .. .. I .. r l. i 2l :.:::. i )10

27 30/09
3me runion des ministres ACP
en charge de l'asile, de la migration
et de la mobilit
Bruxelles, Belgique

27 30/09
2me Atelier technique sur la Facilit
intra-ACP pour les Migrations


Bruxelles, Belgique

27 -30/09
21me session de l'Assemble
parlementaire ACP et 21me session
de l'APP
Bruxelles, Belgique

28/09- 02/10
Semaine de la SADC (Communaut
de dveloppement d'Afrique australe)
Manneken Pis revtira un costume
de l'Afrique australe (Grand-Place,
Bruxelles)
Exposition culture et spectacles
university de la VUB / Bruxelles) /
Sminaire sur les investissements et
le tourism (VUB)
Sport and fun (Esjeeweelokaal /
Winge)
Bruxelles, Belgique


Novembre
Mi-novembre
Publication de l'Eurobaromtre sur
"Les Europens et l'Afrique"

29- 30/11
Sommet UE-Afrique
Tripoli, Libye

Dcembre
06-07/12
Journes europennes du
dveloppement
Bruxelles, Belgique
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Courrier


Festival 'Visionary Africa' / Brussels 26.06 > 30.09.2010
Cinema Roger Ballen (photo); Pze Ill/African Town (photo)
BOZAR: 'Moloch Tropical' (Preview film), Royal Museum for Central Africa : Bonjour
Raoul Peck. In this sixth feature film by Hai- Congo in Belgium ; Kinshasa-Brussels, from
tianfilm-maker, Raoul Peck, entirelyfilmed on Matonge to Matonge
location in Haiti, Peck is inspired by his past as
his country's former Culture Minister, putting on Dance
screen final days in power of Aristide as though BOZAR: Germaine Acogny, 'SongookYaakaar'
it were a Shakespearean drama.
Litterature & Music
Exhibitions BOZAR: Closing event: 'African authors' & Did-
BOZAR: Geo-graphics (see The Couriernl18); A ierAwadi (latest record -'Presidents d'Afrique')
useful dream (African photography 1960-2010); http://www.bozar.be/activity.php?id=9988












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