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Courrier (French)
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 Material Information
Title: Courrier (French)
Physical Description: Serial
Language: English
French
Portuguese
Spanish
Publisher: Hegel Goutier
Place of Publication: Brussels, Belgium
Publication Date: 03-2010
 Subjects
Genre: serial   ( sobekcm )
 Record Information
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
System ID: UF00095067:00078

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Le


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010


LoUu r r i e r
Le magazine bimensuel des relations et cooperation Afrique Caraibes Pacifique & Union Europ6enne

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Les jeunes, moieur au aeveioppement


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Courrier



Conseil editorial
Co-presidents
Mohamed Ibn Chambas, Secretaire general
Secretariat du Groupe des Etats ACP
www.acp.int
Stefano Manservisi, Directeur-General DG Developpement
Commission europeenne
ec.europa.eu/development/

Redaction
Directeur et Redacteur en chef
Hegel Goutier
Journalistes
Marie-Martine Buckens, Assistante R6dacteur en chef
Debra Percival
Assistant editorial
Okechukwu Romano Umelo
Assistant de production
Telm Borras

Ont particip6 a ce numero
Elisabetta Degli Esposti Merli, Sandra Federici, Catherine Haenlein, Francis Kokutse,
Laufaleaina Lesa, Souleymane Maadou, Joshua Massarenti, Anne-Marie Mouradian,
Andrea Marchesini Reggiani, Alfred Sayila, Francesca Theosmy et Charles Visser
Gestionnaire de projet
Gerda Van Biervliet
Coordination artistique et conception graphique
Gregorie Desmons
Conception graphique
Lodc Gaume
Distribution
Viva Xpress Logistics ww.vxlnet.be
Agence photo
Reporters ww.reporters.be
Couverture
Projet "Play Soccer", Township d'Alexandra,
a Johannesburg (Afrique du Sud).
Xavier Rouchaud





Contact
Le Courrier
45, rue de Treves
1040 Bruxelles
Belgique (UE)
info@acp-eucourier.info
www.acp eucourier.info
Tel.: +32 2 2345061
Fax: +32 2 2801406
Public tous les deux mois en frangais, anglais, espagnol et portugais
Pour toute information concernant I'abonnement,
veuillez consulter notre site web www.acp-eucourier.info ou envoyer un courriel www.acp-eucourier.info
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diter reonsable Vous y trouverez tous les articles

consortium e ce numero, les dernieres
Consortium
Gopa-Cartermill Grand Angle Lai-mo nouvelles du partenariat ACP-
UE ainsi que des informations
Le Secretariat ACP et I'Union europeenne declinent toute responsabilite quant aux positions prises UE ainsi ue des informations
dans les articles du magazine Le Courrier. pratiques pour notre concours


Le consortium et la redaction declinent toute responsabilite quant aux articles ecrits par des auteurs
exterieurs a la redaction.


photos.



















Politiques de developpement.

Entre passerelles et paradoxes


De l'exterieur, l'Union euro-
peenne apparait souvent
comme l'exemple d'un grou-
pe de pays qui a reussi a
transcender les atavismes de l'histoire
et a realiser une revolution unique,
celle de la creation d'une union puis-
sante sans coercition. Cette Europe
confrontee a de menagantes inquietu-
des politiques dont le conflit entre son
renforcement et les interets particuliers
de chaque Etat, est en train de mettre
en ouvre l'une de ses realisations les
plus importantes, une vraie politique
etrangere commune.

Nous tragons dans ce numero le profil
de l'un des artisans principaux de cette
construction, Catherine Ashton, le haut
representant de 1'UE pour les Affaires
etrangeres et la Politique de security.
Et aussi les ecueils qui pavent sa route.
Parmi lesquels, la nomination d'ambas-
sadeurs dans pres de 130 delegations
qui ne seront plus uniquement issues de
la Commission europeenne mais aussi
des administrations des Etats membres
et du Conseil. II faudra du doigte pour
harmoniser les interets de l'ensemble a
ceux de ses differentes composantes.

Le dossier special de ce numero est
consacre a la jeunesse. Et c'est l'un
des benjamins du Parlement europeen,
la Frangaise Karima Delli, qui parle
dans le "Sans detour", elle est une
jeune femme, de surcroit d'origine du
Sud. Elle insiste sur ce qu'elle se sent
principalement capable de construire,
des passerelles ; en ayant un pied dans
le mouvement social dont elle issue
et un autre dans les institutions. Elle
souligne le paradoxe entre le taux eleven
d'abstention des jeunes aux elections
europeennes car ils se sentent parfois
hors du system a cause de leur situation
economique precaire, et le fait qu'ils ont
un rapport naturel avec l'Europe parce
qu'ils sont nes "dedans".

Nous decouvrons aussi comment la
desesperance des jeunes est grande


dans beaucoup de pays en developpe-
ment et comment en meme temps ils
sont relativement des plus ingenieux
pour creer leurs propres emplois surtout
dans les secteurs novateurs des tech-
nologies nouvelles. Quant aux jeunes
d'Haiti, le seisme a detruit leurs reves.
La conference "Vers un nouveau futur
pour Haiti" devait se tenir le 31 mars
et Mme Ashton qui devait y representer
1'UE n'allait pas y les mains vides. L'UE
a mis en place une vraie politique hai-
tienne due probablement aux nouveaux
instruments de sa politique etrangere.
Un autre pays a aussi une vraie politique
haitienne, la Republique Dominicaine
qui, dans une geopolitique des plaques
tectoniques, celebre par sa generosity
des retrouvailles avec sa voisine.

Le parachevement de la construction
des deux plus grandes revolutions paci-
fiques du XXe siecle, 1'UE et l'Afrique
du Sud, semble passer a un grand bra-
quet a un moment inattendu. L'entree
en vigueur du Traite de Lisbonne est
survenue apres une periode de grande
morosite pour l'Europe. Et l'arrivee
au pouvoir de Jacob Zuma en Afrique
du Sud, etait pressenti par d'aucuns
comme celle d'un certain jusqu'aubou-
tisme. Or c'est l'inverse qui semble
s'observer a travers le grand reportage
du Courrier. Le nouveau gouvernement
fait une grande place a la contesta-
tion et le president joue un jeu collec-
tif en laissant une grande marge de
maneuvre a ses collaborateurs. Ce qui
corrobore l'existence d'un "laboratoire
(social) sud-africain" malgre les blessu-
res encore ouvertes. Et de maints autres
laboratoires dont celui de creativity.
Malgre le desenchantement qui se fait
parfois jour dans la presse par rapport
Sce pays.





Hegel Goutier
Redacteur en chef


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010












Sommaire

LE COURRIER, N.16 NOUVELLE SERIE (N.S)





EDITORIAL

PROFIL


Mabousso Thiam, Directeur du Centre pour le Developpement
de l'Entreprise
Catherine Ashton, Haute representante de l'UE pour les affaires
etrangeres et la politique de security


SANS DETOUR


Karima Delli, jeune militante de terrain et deputee europeenne

TOUR D'HORIZON


DOSSIER
Jeunesse


La jeunesse plus pr6sente dans la politique de d6veloppement ?
L'avenir au bout d'une camera L'cole de cinema de Kibera
Haiti : le tremblement de terre destructeur de reves des jeunes
La force de survivre
Quand beauty rime avec intelligence
Le monde en un clic
Des jeunes creent leur emploi


LA SOCIITI CIVILE EN ACTION


Amnesty International : "La sante est un droit fondamental"
Society civile d'Haiti : Au cour des solutions, en marge des ressources

COMMERCE
Le lac Tanganyika, une plate-forme commerciale

DECOUVRIR L'EUROPE
Tyrol (Autriche)
Au centre et completement a part
L'une des economies les plus stables d'Europe :
Entretien avec Eugen Sprenger, maire ad interim d'Innsbruck
Vent du Sud et Lumiere du monde face a une reduction de l'aide
Innsbruck : Des ombres plus brillantes que la lumiere
L'ame du Tyrol
Africains-Tyroliens connus comme des loups blancs


P. 16-17



kiiM

^M~X~li

Cu r r i e r


P.6-7





















ZOOM

"SAN" ou l'homme universel de Vincent Mantsoe 34


DE LA TERRE

De nouvelles mesures pour enrayer le trafic d'ivoire 36 P. 34-35
Interdiction de la peche au thon, partie remise 37 ....


INTERACTIONS

Consensus sur la revision de l'Accord de Cotonou 38
L'UE en faveur de l'egalite hommes-femmes 39 PrA
Quel avenir pour le commerce ACP ? 40
L'heure des retrouvailles Haiti Republique Dominicaine 41
La Belgique parie sur les petites entreprises d'Afrique 42
L'UE insuffle un nouvel elan aux OMD 42
Lancement de la nouvelle Facilite ACP pour l'Eau 43
Capacity4dev.eu, une 'success story' 43


REPORTAGE

Afrique du Sud

Un laboratoire extraordinaire 44 P 44-45
Des Khoisan a la Nation Arc-en-ciel 45
Rencontre avec Lodewijk Briet, Ambassadeur de l'UE aupres
de l'Afrique du Sud 47
Une democratic qui s'ouvre a la contestation 49
Les partis de l'opposition tentent de faire bouger les choses 50
Terre d'espoir 51
Les futurs champions de "soccer" s'entrainent a Alexandra 52
Les "Black Diamonds" 53
Une pepiniere d'orfevres 54
VIH/Sida: une cooperation responsable 55
Rehabiliter les zones rurales 57
Les negociations climatiques se deplacent au Sud 58


CREATIVITE

Marie Ndiaye : Quant a une femme puissante 59
Projet Khatirsis au Cap Vert 60
L'Afrique a l'heure du pret-a-porter 61
HIFA 2010: le Festival international des Arts d'Harare 62
La bande dessinee africaine a l'honneur au musee du quai Branly 62


AUX PLUS JEUNES

Concours photo du Courrier 63


LA PAROLE AUX LECTEURS/CALENDRIER 64


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010



























Mabousso Thiam
directeur du Centre pour le Developpement de I'Entreprise





Le chainon solide entre



entreprises UE et ACP


Hegel Goutier


Mabousso Thiam
est arrive a
la tete du
Centre pour
le Developpement de
l'Entreprise CDE* en
mars 2009. En moins d'un
an, il a marque de son
empreinte cet organisme
de la cooperation entre
l'Union europeenne et le
groupe des pays d'Afrique
Caraibe Pacifique, destine
au renforcement du secteur
prive.

La signature le 2 fevrier
dernier de la convention
ATHENA, un instrument
financier pour le
financement de tres
petites entreprises dans
les pays ACP qui fait la
base d'un accord entre le
CDE et la soci&et belge
d'Investissement pour les
pays en developpement
BIO est symbolique du
dynamisme de Thiam.
Le ministre belge de la
Cooperation, Charles
Michel qui consider


BIO comme "le bras armed
du gouvernement beige"
dans la cooperation au
developpement pour
l'entreprise, avait tenu a
parrainer cette c&ermonie
de signature. Bio est un
joint venture entre l'Etat
beige et des societes
privies, qui investit dans
des entreprises de pays en
developpement surtout en
Afrique ou l'organisme a
des partenaires dans 16
pays considers comme
prioritaires. Au total Bio
est present dans plus d'une
centaine de pays parmi
lesquels 23 prioritaires.
Mabousso Thiam avait
deployed beaucoup d'energie
a la finalisation d'ATHENA
qui profitera a une portion
particuliere des entreprises
ACP, celles trop petites
pour attirer les grands
investisseurs strangers et
trop grosses pour beneficier
de la microfinance.

Parcours

Juriste et economiste,
former respectivement dans
son pays, le Senegal a la
faculty de droit de Dakar


et Chypre l'Institut
International de Banque
et d'Economie, Thiam a
commencera sa carrier
a Paris dans une soci&et
de negoce international
en produits de la mer,
qu'il quittera apres un
an, en 1980 pour entrer
a la Banque Centrale des
Etats d'Afrique de l'Ouest
(BCEAO) oi durant
huit ans il s'occupera de
secteurs different, des
relations publiques a la
reglementation bancaire
ou a l'inspection des
banques commerciales
avant de prendre en
main la restructuration
de l'ensemble du system
bancaire de la region.

Apres le secteur public,
Thiam deviendra le long
d'une decennie patron
d'entreprises a success au
Senegal dans le secteur
de l'alimentation, tout en
s'occupant, a travers son
bureau de consultance,
d'etudes de projets
commerciaux ou publics, de
la conduite de negociations
avec des bailleurs de fonds,
du recrutement de personnel


ou d'outils de gestion. A
partir de 1997, ce sera sa
decennie de la consultance
internationale : a la tete de
sa soci&et "Assistance et
conseils aux Entreprises", il
effectuera des missions pour
un nombre incalculable de
commanditaires de poids
parmi lesquels, la Banque
Mondiale, USAID et des
gouvernements comme
ceux de la France ou du
Canada, et ce dans des
domaines des plus variees,
mais generalement lies au
secteur prive. Le dernier
projet dont il s'est occupy
avant de devenir le 3 mars
2009 le directeur du CDE
avait ete une initiative du
gouvernement senegalais
avec l'appui de la Banque
mondiale en faveur du
secteur prive. Un parcours
comme trace vers le CDE.








* www.cde.int
www.proinvest-eu.org


Cu r r i e r



























Catherine Ashton
Haute repr sentante de I'UE pour les affaires 6trangbres
et la politique de s6curiti



Exploiter les reserves



de la diplomatie


Debra Percival


Strasbourg le 10 mars.


inaugure le
poste de Haut
repr6sentant de
l'Union europ&enne pour
les affaires &trangeres et
la politique de s&curit&.
A ce jour, la diplomate a
d6ji done fait couler bien
plus d'encre que n'importe
quel autre commissaire de
la seconde Commission
Barosso (2010-2015).

En ce printemps, Mme
Ashton a pour tache de
finaliser le projet de nouveau
Service europ&en pour
l'action ext&rieure (SEAE)
de l'UE qui doit permettre
une meilleure coordination
et une plus grande coherence
de la politique &trangere de
l'Union.

"Jamais nos liens n'ont &t&
si importants et 6troits. Les
technologies, les id&es, les
maladies, l'argent... le monde
bouge, a tous les niveaux.
Mais au ceur de tout cela, il
y a toujours cette verit& toute
simple : pour proteger nos
int&rets et promouvoir nos
valeurs, nous devons nous
engager en dehors de nos
frontieres", a expliqu& Mme
Ashton aux membres du
Parlement europ&en rtunis a


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010


Une diplomate fort
respected

Pour mettre en place ce
nouveau service, Mme
Ashton utilisera les voies
de la diplomatie tranquille
qui lui a valu d'etre une
commissaire europeenne au
commerce tres respected,
un poste qu'elle occupait
depuis 2008 suite au depart
de Peter Mandelson.
Interview& l'ann&e derniere
par Le Courrier a Samoa,
Joachim Keil, n6gociateur
des &changes commerciaux
pour le Pacifique, a expliqu&
comment Mme Ashton
avait r6ussi a relancer les
n6gociations entre l'UE et
la region sur un Accord de
partenariat &conomique.
"A la fin 2007, le courant
de passait plus -et
pendant environ un an, les
n6gociations sont rest&es
dans l'impasse". Selon lui,
Catherine Ashton "... a
compris d'oiu nous venions."
Citoyenne britannique,
Catherine Ashton est
nee a Upholland dans le
Lancashire, ou elle a regu
le titre de Baronne Ashton
of Upholland. Elle a occup&
divers postes dans le
secteur public, priv& et non
lucratif du Royaume-Uni,
president entre autres la
Haute Autorit& de la Sante


du Hertfordshire de 1998
a 2001. Elle a 6galement
&t& vice-pr6sidente du
Conseil national des
families monoparentales.
Elle a aussi &t& membre du
gouvernement britannique,
en charge de la justice et de
l'education, et leader de la
Chambre des Lords.
Mais au cours des premiers
mois qui ont suivi sa
nomination a la plus haute
fonction de la politique
&trangere de l'UE, Mme
Ashton a &t& soumise
a des vents contraires
avec l'annonce de la
creation d'un SEAE, dont
l'organigramme doit etre
approuv& par les ministres
de l'UE en avril 2010.

Des dissensions

Des signes de d6saccord
pointent d6ji entre Etats
membres de l'UE d'une
part et entre des Etats
membres et la Commission
europ&enne d'autre part
alors que s'alignent des
noms pour les postes
d'ambassadeur dans les 130
delegations du monde entier.
A l'heure actuelle, ces
postes sont essentiellement
occupies par des membres
du personnel de carrier
de diverses nationalit6s -de
la Commission europ&enne
mais des changements sont
a pr&voir 6tant donned que


les capitales europ&ennes
entendent bien placer leurs
propres ressortissants dans
les delegations de l'UE.
Ces ambassadeurs auront
pour mission d'administrer
les programmes de l'UE
tout en mettant en euvre
les politiques de la chef de
la diplomatie europ&enne.
Selon l'actuel projet, un
tiers des postes sera occup&
par le personnel de la
Commission, un autre tiers
par le secretariat du Conseil
et un dernier tiers par des
ressortissants des Etats
membres de l'UE.

On attend 6galement de voir
comment la Baronne Ashton
partagera ses attributions
avec le Commissaire au
Developpement, Andris
Piebalgs, en charge des pays
d'Afrique, des Caraibes et
du Pacifique, et Kristina
Georgieva responsable de la
Cooperation internationale
et de l'aide humanitaire. Le
22 mars, la Baronne Ashton
avait &t& mandatee par les
ministres de l'UE pour
repr6senter l'UE lors de la
Conference internationale
des donateurs "Pour un
nouvel avenir en Haiti" qui
se tiendra a New York le 31
mars et ou elle annoncera
un engagement de l'UE de
plus d'un milliard d'euros
sur trois ans en faveur
d'Haiti.







































, Parlement europeen -Unit audiovisuelle


Karima Delli,


jeune militante de terrain


et d6put6e europ6enne


Nee en 1979 a Roubaix de parents
alg6riens issus de I'immigration,
Karima Delli a cree la surprise en
2009 en etant elue deputee euro-
peenne sur la liste Europe-Ecologie
de Daniel Cohn-Bendit
et Eva Joly.


Anne-Marie Mouradian



ces politiques, ex secretaire
generale des Jeunes Verts,
cofondatrice de collectifs
associatifs, cette militante s'etait fait
remarquer par sa determination et son
activisme en matiere de la lutte contre
l'exclusion sociale. Devenue une des
benjamines du Parlement europeen,


elle dit vouloir garder "un pied dans le
mouvement social, un pied dans les ins-
titutions." Pari tenu. Karima Delli cree
des passerelles pour faire progresser la
democratic solidaire et s'active depuis
dix mois au sein des commissions de
l'Emploi et du Developpement regio-
nal. "Je ne suis pas entree au Parlement
europeen pour faire carriere mais pour
remplir une mission" explique-t-elle.
"J'ai cinq ans pour y arriver. Je m'inves-
tis a fond avec le sourire, car le sourire
cree l'espoir."


Courrier
















Le Courrier Parvenez-vous a
concilier votre vie de militante de
terrain et de deputee europeenne ?

Oui car c'est indispensable. Tout ce que
je porte au niveau europeen, je le reyois
sur le terrain et je veux que le mouvement
social arrive au Parlement europeen.
L'Europe compte 80 millions de pauvres.
2010 est l'Annee europeenne contre la
pauvrete et l'exclusion sociale, il faut en
profiter pour faire bouger les choses.

J'ai ete nommee coordinatrice sur
cette question par le groupe des Verts/
Alliance libre europeenne. Nous nous
battons pour qu'au sein des entrepri-
ses, les salaries puissent faire entendre
leur voix a propos des politiques de
remuneration. Nous reclamons l'egalite
salariale hommes-femmes, la fin des
paradis fiscaux, la taxation des bonus...
La commission Emploi vient d'adopter
deux rapports avec des avancees impor-
tantes sur ces points.

Je suis aussi vice-presidente de l'in-
tergroupe URBAN qui s'occupe de
politique urbaine Je me bats pour que
la problematique du logement devienne
une priority avec un accent particulier
sur les questions de precarite energe-
tique. De plus en plus de manages en
Europe ne parviennent plus a payer,
non seulement leur loyer, mais leurs
frais de chauffage car les batiments
sont tries mal isol&s.

Nous voulons associer les citoyens,
notamment ceux des quartiers popu-
laires, a nos debats. J'ai obtenu qu'une
delegation d'eurodeputes de la com-
mission du Developpement regional
vienne avec moi sur le terrain, en Ile-
de-France, pour les sortir un peu de
leur bulle bruxelloise et les confronter
a la reality.

La jeunesse est tries concernee par
ces questions. Et c'est elle qui bdtira
l'Europe de demain...

Aux dernieres elections europeennes,
le taux d'abstention en France etait de
57% et a atteint 80% parmi la tranche
des 18-34 ans Pourtant, les jeunes ont
un rapport naturel avec l'Europe, ils
sont nes "dedans". Mais ils ne voient
pas la necessity de voter car l'Europe
n'apporte pas de reponse a leurs proble-
mes, a savoir le chomage, la precarite,
la penurie de logements, l'explosion des
loyers... Les jeunes n'ont pas de protec-
tion sociale mais un sur cinq en Europe
vit en dessous du seuil de pauvrete !
Meme les super-diplomes cumulent les
temps partiels.

II faudrait instaurer un revenu mini-
mum europeen etendu aux etudiants et


aux apprentis, creer un statut europeen
de l'etudiant et promouvoir davantage
la mobility. Erasmus est un programme
genial mais il faudrait l'elargir a tous les
jeunes quel que soit leur statut social.
Aucun jeune ne peut vivre avec les 400
euros par mois d'Erasmus s'il n'est pas
aide par ses parents.

Comment concretement "reconci-
lier les jeunes avec l'Europe" ?

I1 y a tout un travail pedagogique a
accomplir. Je suis membre de l'Inter-
groupe Jeunesse du Parlement. Je regois
des jeunes des quartiers defavorises et
leur explique ce qu'est l'Europe.

Il est temps de renover la politique.
Les syndicats attirent moins qu'aupa-
ravant. C'est aux jeunes d'inventer de
nouvelles formes d'engagement. Ils
etaient presents a Copenhague pour
le Sommet sur le changement clima-
tique. Ils creent des collectifs comme,
en France, "Generation precaire",
"Sauvons les riches"...Des associations
existent dans les different Etats mem-
bres et constituent un reseau europeen
de la jeunesse.

Au lieu d'elaborer des resolutions pour
les jeunes, les decideurs devraient le
faire avec les jeunes, a partir des situa-
tions concretes vecues par ceux-ci.

En mars, le groupe des Verts a participe
a Barcelone a une reunion europeenne
avec des representants d'organisations
de jeunes pour discuter de l'acces a
l'emploi, des risques d'exclusion et
de precarite. Les conclusions seront
inclues dans un prochain rapport par-
lementaire. Nous devons avancer pas a
pas, en utilisant tous les instruments
dont nous disposons dans l'UE.


A Nantes, en France, des jeunes manifestent
contre le CPE (contrat premiere embauche). Reporters

Vous avez aussi ete nommee rap-
porteur pour l'Annee du Volontariat
2011.

Oui, le rapport est adopted. Le volonta-
riat permet aux jeunes de consacrer six
mois de leur vie a un travail d'interet
general. C'est un outil pour les inciter
a red&couvrir l'Europe et promouvoir
une economic sociale solidaire. A ne
pas confondre avec le benevolat. Le
volontariat doit etre remunere et recon-
nu comme un acquis professionnel.

Vous militez aussipour la solidarity
avec le Sud, vous 6tes membre de la
ddlegation du Parlement pour les
relations avec l'Inde.

J'ai travaille avec le mouvement des
paysans sans terre, un mouvement
populaire et non violent, d'inspiration
gandhienne, cree par Rajagopal. Des
milliers de paysans indiens se suicident
tous les ans car ils ne parviennent plus
a faire vivre leurs families, victimes de
multinationales comme Monsanto. En
2006, 25.000 paysans sans terre ont
marche sur Delhi pour revendiquer
leurs droits. Une plateforme internatio-
nale a ete creee et prepare une marche
pour 2012. J'y participerai.

On ne voit souvent de l'Inde que l'as-
pect economice emergente". Mais il y
a beaucoup de pauvrete. En fevrier, j'ai
amene la delegation du Parlement euro-
peen a Bophal. Vingt-cinq ans apres la
catastrophe, le site de l'usine d'Union
Carbide n'est toujours pas decontami-
ne, des paysans vivent a 100 metres de
1l, les chevres broutent l'amiante. C'est
insoutenable. Nous avons depose une
resolution au Parlement europeen pour
encourager la decontamination du site.
Il y a urgence.


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010


Sans^^I' I^















































La cooperation au developpement
est en crise. Efficacite, appropriation
par les Etats recipiendaires, nouvelles
synergies, autant de defis auxquels
les acteurs du developpement doivent
repondre. Quels seront les leaders de
cette nouvelle politique ? Un seminaire
organism par la cooperation technique
beige (CTB) le 25 janvier 2010 et
rassemblant des hauts responsables
de la Commission europeenne, des
agences de cooperation danoise,
britannique et allemande, a tented de
faire le point.








Marie-Martine Buckens


Le livre-choc Aide fatale de la
Zambienne Dambisa Moyo est
passe par 1l, la crise mondiale
aussi. Enfin, certaines &chean-
ces se rapprochent : le sommet des
Nations Unies qui en septembre evaluera
les progress realises en matiere d'Objec-
tifs du Millenaire pour le developpement
(OMD) et, en 2011 a Seoul, le Forum
mondial sur l'efficacite de l'aide.


Politiques paradoxales

"Nous devons repondre d'actions et
d'attentes souvent contradictoires", a
explique en guise d'introduction Marcus
Leroy, ministre conseiller belge, coordi-
nateur special pour les OMD. "Ainsi",
ajoute-t-il, "il en est de la notion meme
de developpement, li&e a celle de pro-
gres. Mais qu'est-ce le progress ? Si le but
final est d'offrir une meilleure quality de
vie, comment la quantifier, chose indis-
pensable puisqu'il nous faut l'evaluer
suivant des indicateurs". Jouant l'avocat
du diable, Marcus Leroy poursuit : "il y
a aussi un enorme paradoxe : on sait que
l'aide est la plus efficace 1l oiu elle est la
moins necessaire et inversement, ce qui
nous met dans une situation inconforta-
ble. Enfin, il est communement admis
que l'action est meilleure que l'inaction.
Nous agissons, nous donnant l'impres-
sion de controler. Or il est illusoire de
croire que les resultats sont necessaire-
ment le fruit de nos actions."

Flexibility

"Jusqu'il y a peu, l'input etait la refe-
rence" a souligne de son cote Koos
Richelle, Directeur general d'Euro-
peAid a la Commission europeenne,
ajoutant : "la reference ultime etant
le fameux 0,7% du PIB, objectif que
chaque pays devrait atteindre en matie-
re d'aide publique au d6veloppement.
Aujourd'hui, il nous faut convaincre que
la cooperation est toujours utile. II faut


Reporters

venir avec des resultats, reclames par le
Parlement et les contribuables. L'ennui,
c'est qu'il n'existe pas de system unifor-
mise permettant de les quantifier. Sur
ce point nous sommes vulnerables."

"Avant", poursuit M. Richelle, "l'aide
etait conditionnelle. Aujourd'hui on
parle d'appropriation ; nous devons
convaincre les populations de prendre
a leur compte nos idees : 'nous faisons
ceci, et vous faites cela'. Cette appro-
che plus professionnelle est une bonne
chose. Elle amene les ONG a revoir
leurs politiques sous un angle plus eco-
nomique, plus technique. Elle responsa-
bilise egalement le recipiendaire".

Dans ce cadre, prepare-t-on assez les
gens ? "L'assistance technique -de
plus en plus decrie doit faire l'objet
d'une remise en question perpetuelle.
La question du 'management' devient
centrale dans la mesure otu l'aide prend
de plus en plus la forme de soutien
budgetaire. Et cela, nous ne pouvons
plus le faire seul. La coordination entre
organisations d'aide devient centrale.
De meme que la formation, comme en
temoigne le programme Train4dev*."


* Train4dev est un reseau de plus de 25 agences
de cooperation et organisations multilaterales.
Son objectif : promouvoir l'efficacite de l'aide
par le biais de formation -y compris pour le
personnel local et d'echanges de competence.
Info : www.train4dev.net


Cu r r i e r





Tu #d D Dn


L'Europe doit sortir de ses habitudes confortables


La politique de developpement de I'UE
doit sortir du cadre etroit dans lequel elle
etait assignee et s'inscrire pleinement
dans la politique de cooperation interna-
tionale, fraichement instauree par le trait
de Lisbonne, estiment quatre importants
think tanks europeens. Dans un memo-
randum remis en fevrier dernier a la nou-
velle Commission europeenne, I'ECDPM,
I'ODI, le DIE et le FRIDE *, pressent cette
derniere de faire preuve d'un nouveau
leadership dans la reflexion sur la manie-
re dont la cooperation au developpement
peut aider a affronter les problems mon-
diaux communs.

"II y a a peine deux ans, la cooperation
au developpement pouvait encore 6tre
envisagee comme un domaine politique


specifique, aux limites bien definies, re-
pondant a des objectifs clairs, formulas
dans les Objectifs du Millenaire pour le
developpement", indique Paul Engel, di-
recteurde I'ECDPM. "Le monde en crise a
bouleverse la donne et cree brusquement
un nouvel ordre du jour. Si I'Europe veut
accroTtre sa dimension mondiale, elle doit
sortir de ses habitudes confortables et fai-
re preuve d'un leadership en faveur d'une
cooperation internationale soutenant le
developpement durable."

Dans leur memorandum, les quatre think
tanks demandent a I'UE de "mettre plus
pleinement a profit ses ressources consi-
derables et les valeurs communes inscri-
tes dans le trait de Lisbonne pour em-
mener un nouvel elan". Tout en appelant


a combler le solde de 20 milliards d'euros
dans le financement du developpement,
ce rapport souligne que I'aide en soi ne
suffit pas : les politiques en matiere de
commerce, de changement climatique, de
security et de migrations doivent toutes
prendre en compte I'imperatif de la lutte
contre la pauvrete dans le monde.

* Le rapport, Nouveaux challenges, nouveaux
departs (www.ecdpm.org/eumemo), est le fruit
d'une collaboration ponctuelle entre quatre
think tanks europeens sur le developpement
international, a savoir : le britannique Overseas
Development Institute (ODI), I'lnstitut allemand
de developpement (Deutsches Institut fur En-
twicklungspolitik (DIE), la Fundacion para las
Relaciones Internacionales y el Dialogo Exte-
rior (FRIDE) a Madrid, et le Centre europeen
de gestion des politiques de developpement
(ECDPM) aux Pays-Bas.


Promesses


non tenues pour


les depenses au


developpement


Debra Percival


C ertains Etats membres de
l'Union europeenne (UE)
n'arriveront pas a atteindre
l'objectif fixed pour l'aide
publique au developpement (APD) d'ici
2010, a savoir une aide correspondant a
0,51% du Revenu national brut (RNB).
C'est ce qu'indique un nouveau rapport
de l'Organisation de cooperation et de
developpement economiques (OCDE),
base a Paris. Cet objectif a mi-par-
cours avait ete fixed en 2005 par 15 Etats
membres, l'objectif final etant de porter
l'APD a 0,7% du RNB d'ici a 2015.*

Le rapport de l'OCDE cite nomme-
ment les Etats membres de l'UE dont
les depenses d'APD sont en-deci de
l'objectif fixed pour 2010. Il s'agit de
la France (0,46%) ; de l'Allemagne
(0,40%) ; de l'Autriche (0,37%) ; du
Portugal (0,34%) ; de la Grece (0,21%)
et de l'Italie (0,20%).

En revanche, d'autres Etats membres
semblent bien partis pour respecter les
engagements pris en 2005 concernant
leurs depenses d'APD : la Suede, le
pays du monde qui consacre le pour-
centage le plus eleven de son RNB a
l'APD (1,2%) ; le Luxembourg (1%); le
Danemark (0,83%); les Pays-Bas (0,8%);
la Belgique (0,7%); le Royaume-Uni
(0,56%) ; la Finlande (0,55%) ; l'Irlande
(0,52%) et l'Espagne (0,51%).


loppement, craint que le manquement
de certains Etats membres compromette
gravement la realisation des Objectifs
du Millenaire pour le developpement
(OMD) d'ici a 2015, et plus particulie-
rement en ce qui concerne la reduction
de l'extreme pauvrete et de la faim. La
confederation recommande des lors a
l'UE de definir de nouveaux pourcenta-
ges de reference intermediaires pour ce
financement.

"L'aide de l'UE fait defaut. De nom-
breux gouvernements ont utilise la crise
financiere comme pretexte pour reduire
radicalement leur budget de l'aide, pri-
vant ainsi d'une assistance les pays en
developpement les plus touches par la
pauvrete", explique Rilli Lappalainen,
membre du conseil de CONCORD.

Par contre, et l'on peut ici s'en rejouir,
l'aide internationale globale en faveur
des pays en developpement atteindra
des niveaux record en 2010 (en dollars),
avec une augmentation de 35% depuis
2004, soit 27 milliards de dollars de plus
pour la period 2004-2010. Toutefois, il
manque encore 21 milliards de dollars
par rapport a l'engagement total pris en
2005 lors des sommets de Gleneagles et
du Millenaire +5.


*Des objectifs different ont ete fixes pour
les nouveaux Etats membres, A savoir affecter
0,17% de leur RNB A 1'APD d'ici 2010 et 0,33%
d'ici A 2015.


iReporters CONCORD, la Confederation euro- www.concordeurope.org
peenne des ONG d'urgence et de deve- www.oecd.org/dac/stats


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010





Tu d o Dn


)Pov/Lai Momo


Le casse-tete


du baby-boom africain



De toutes les regions en developpement, c'est I'Afrique qui devrait connaltre
la croissance demographique la plus spectaculaire dans les 40 ans a venir.
Comment encadrer cette poussee pour qu'elle ne se traduise pas par une
pauvrete encore plus grande ? Des pistes ont ete avancees lors d'une reu-
nion organisee le 27 janvier a Bruxelles par la Commission europeenne, le
Secretariat ACP, le Centre technique agricole (CTA) et des ONG de develop-
pement.


Marie-Martine Buckens


C omptant 1 milliard d'ha-
bitants en 2009, le conti-
nent africain devrait passer la
barre des 2 milliards en 2050
et des 4 milliards en 2100. Des chiffres
impressionnants mais a mettre en per-
spective quand on sait qu'aujourd'hui,
l'Afrique est quatre fois moins peuplee
que l'Europe (qui compte 30 habitants
au km2). Avec toutefois des dispar-
ites notoires, comme le Nigeria (plus
de 155 habitants au km2). Dans les
prochaines decennies, l'Afrique serait
le seul continent a enregistrer des taux
de fecondite depassant en moyenne les
2,1% d'enfants par femme assurant le
renouvellement de la population. Autre
caracteristique : une population essen-
tiellement jeune mais confronted a de
redoutables defis, les guerres et epide-
mies oberant d'autant des economies
agricoles fragilisees.


Le r6le central de la femme

Pour les participants a la conference de
Bruxelles, l'encadrement de la croissance
demographique passe notamment par
une meilleure maitrise des taux de fer-
tilite des femmes (qui connaissent des
taux record au Niger et en Ethiopie).
"La meilleure solution semble passer
par l'education des femmes", a explique
Wolfgang Lutz de 1'IIASA (International
Institute for Applied Systems Analysis),
s'appuyant notamment sur une etude
realisee en Ethiopie montrant que les
femmes denu&es d'education formelle
ont en moyenne plus de six enfants,
alors que celles ayant acheve au moins
leurs etudes secondaires inferieures n'en
ont que deux. "Le capital humain
population x education x sante -
l'origine de presque tous les develop-
pements doit etre au centre de tous les
efforts de developpement internation-
aux", a conclu Mr Lutz.


L'Europe "creuse"
"La poussee demographique a ete
la cld de I'essor de I'Europe oc-
cidentale entre le 10e et le 13e
siecle. A I'inverse, les periods de
repli ou d'effacement correspond-
ent a des phases de regression
demographique. Quel theme de
meditation Quel sujet d'inqui6tude!
L'Europe est aujourd'hui un monde
creux entoure de mondes pleins,
comme elle fut elle-mdme jadis un
monde surabondant dominant des
mondes vides. Linterrogation sur
I'avenir de notre continent n'est pas
separable d'une interrogation sur
sa demographic", note de son c6te
I'historien Rend Remond.


En 2009, la population mondiale at-
teignait 6,8 milliards d'individus. En
depit du ralentissement du rythme
de la croissance de la population
mondiale, I'ONU prevoit une aug-
mentation totale de la population de
6,8 a approximativement 9,1 milli-
ards en 2050. Cette croissance sera
presque exclusivement observee
dans les pays en d6veloppement. Le
vieillissement de la population des
pays developpes est dO au recul de
la fertility et a I'allongement impor-
tant de la duree de vie. Ces societies
vieillissantes representent environ
70% du PIB mondial.


Cu r r i e r











































La Chine accueillera Shanghai Expo 2010 du 1 er mai au 31 octobre, une verita-
ble vitrine pour toutes les nations du monde, et notamment celles du continent
africain (voir encadre).A cette occasion, nous avons demanded au Professeur
lan Taylor, specialiste des relations entre la Chine et I'Afrique a I'Universite St.
Andrews, en Ecosse*, si I'Europe avait une legon a tirer du renforcement des
liens entre la Chine et I'Afrique.


Debra Percival


Q uelle est la nature d'un accord
type entre la Chine et une
nation africaine?

Les accords commerciaux
(dont les plus importants portent sur les
minerais) sont habituellement negocies
par les entreprises chinoises et l'autorite
nationale africaine concernee. Dans cer-
tains cas, il semblerait que des entrepri-
ses chinoises beneficient d'un coup de
pouce de leur gouvernement qui apporte
un appui politique dans le pays. Des
projets d'infrastructure, par exemple,
peuvent etre offerts en plus d'un accord
particulier lorsque l'entreprise chinoise a
des chances de decrocher un contrat (de
minerais). Mais les medias (occidentaux)
ont ici tendance a en rajouter.

Dans quels pays du continent africain la
Chine est-elle la plus present ?

Lorsqu'on examine les dix principaux
partenaires commerciaux de la Chine
sur le continent africain -et a l'ex-
ception de l'Afrique du Sud (dont les
relations commerciales sont de nature
plus generale) -on constate qu'il s'agit


toujours de producteurs de minerais
ou de petrole. C'est le cas par exemple
de la Guin&e equatoriale, du Congo-
Brazzaville, de l'Angola et du Soudan.

Avez-vous des chiffres approximatifs a
nous donner sur ces changes entre la Chine
et l'Afrique ?

L'aide bilaterale chinoise en Afrique est
passee de 5 milliards de dollars en 1997
a 106,8 milliards l'annee derniere. Soit
une augmentation de 45% par rapport a
l'annee precedente.

Les relations economiques entre l'Afrique et
la Chine ne semblent done pas avoir souffert
de la crise economique ?

Lorsque la recession a frappe de plein
fouet, tout le monde pensait que les
Chinois allaient quitter l'Afrique. Ils ne
l'ont pourtant pas fait et ont, au contrai-
re, renforce d'un cran leur presence sur
le continent. L'Afrique est devenue une
region extremement importante pour
la Chine, car la legitimite du gouver-
nement chinois repose aujourd'hui uni-
quement sur sa croissance economique
et non plus sur une ideologie. Or, cette
croissance a absolument besoin d'in-
trants ptrole et autres minerais. Un
des problems lies a cette relation tient


Le continent africain a I'honneur, a I'occasion du
Sommet Chine-Afrique, les 3, 4 et 5 novembre 2006
Reporters/AP

au fait qu'il s'agit precisement d'une
relation du type de celle que l'Afrique a
deji connue avec l'Europe ou les Etats-
Unis ; il s'agit de neo-colonialisme dans
le sens ou la Chine importe des matieres
premieres comme des minerais et l'Afri-
que des produits manufactures.

Une autre critique d l'adresse de la Chine
est que contrairement a la cooperation euro-
peenne, la politique chinoise ne se fonde pas
sur des principes et qu'il lui manque une
dimension des droits de l'homme et de lutte
contre la pauvrete.

La position chinoise est simple : le deve-
loppement prime sur les droits de l'hom-
me. Les autorites chinoises vous diront
qu'en construisant des infrastructures,
vous jetez les bases du developpement.
La question des droits de l'homme est
pourtant l'un des grands points faibles
de la politique chinoise en Afrique. Les
Chinois soutiennent que les droits de
l'homme sont une question de developpe-
ment mais dans de nombreux pays d'Afri-
que, comme le Soudan et le Zimbabwe,
les gouvernements ont eux-memes sape le
developpement de leurs populations. La
position des responsables chinois manque
donc de coherence : ils affirment parti-
ciper au developpement mais entretien-
nent des liens avec des autorites dont les
politiques nuisent au developpement.
II faut cependant bien comprendre que
la Chine a une approche different de
l'Occident dans le domaine des droits
de l'homme.


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010






























La presence de la Chine en Afrique est-elle
selon vous une bonne chose ?

Cette presence est globalement positive.
Les Chinois jettent les bases de projets
d'infrastructure. Ils ont pousse a la
hausse le prix des minerais ce qui, bien
sur, risque de renforcer la dependance
de l'Afrique vis-a-vis des matieres pre-
mieres, mais cela, ce n'est pas le pro-
bleme de la Chine ; c'est le problem
de l'Afrique. Par certains aspects, cette
presence est donc aussi negative, mais
je pense que c'est le cas pour n'importe
quelle politique, qu'il s'agisse de l'UE
ou des Etats-Unis.

Les responsables politiques
europeens vont devoir se faire
a I'id6e que I'Afrique n'est plus
la sphere d'influence de la seule
Union europdenne et que de
nouveaux acteurs sont entrds en
scene.

Et pour les aspects negatifs ?

La situation varie d'un pays a l'autre,
mais il peut arriver, grace a cette poli-
tique, que des autocrates parviennent a
trouver une nouvelle source de soutien
politique qui les dispensera de respecter
les conditions posees par le gouverne-
ment. Le fait est que la presence chinoise
a amene les responsables politiques occi-
dentaux a s'interesser a nouveau a l'Afri-
que. Le continent est en passe de devenir
un volet cle des relations internationales.
En Europe, nous avons pris l'habitude de
considered l'Afrique comme notre arrie-
re-cour et comme un continent apparte-
nant a notre sphere d'influence. La mon-
tee en puissance sur le continent de la
Chine et d'autres pays comme l'Inde, le
Bresil, la Turquie, et Israel est peut-etre
une bonne chose pour l'Afrique, dans le
sens ce continent revient sur le devant de
la scene, ce qui nous oblige (a l'Ouest) a
revoir nos politiques.

L'UE peut-elle apprendre quelque chose de
la politique chinoise en Afrique ?

Les Chinois vous diront qu'ils ont tenu
compte des besoins des gouvernements


africains en infrastructures, alors que
les Europeens se sont davantage inte-
resses a des aspects qui viennent apres
le developpement, comme les droits
humains. Mais l'UE doit faire face ici
a un grave handicap : elle manque
d'unite politique. Bien sur, il existe des
documents de politique sur l'Afrique
mais sur le terrain les choses se passent
autrement : la France fait telle chose et
le Royaume-Uni en fait une autre. Cette
dispersion nuit a la coherence de la poli-
tique europeenne.

Y a-t-il de la place pour des relations trian-
gulaires entre I'UE, la Chine et l'Afrique ?

Le concept de negotiations tripartites
a fait couler beaucoup d'encre, mais je
ne pense pas que la Chine et l'Afrique


Les ACP A Shanghai

Cinquante-trois nations africaines,
dont 42 partageront le pavilion de
I'Union africaine (UE), sont atten-
dues a Shanghai Expo2010. La
salle haitienne du pavilion de la
communaute caribeenne proposera
une exposition sur sa capitale Port-
au-Prince avant et apres le seisme,
I'id6e etant d'attirer I'attention sur la
reconstruction du pays. Le pavilion
commun aux 14 nations de I'ocean
Pacifique s'attachera a promouvoir
les hauts lieux touristiques de la re-
gion sous le slogan "Pacific Ocean
Spring of Inspiration".


soient interessees. C'est une idee tries
europeenne. Les responsables politiques
europeens vont devoir se faire a l'idee
que l'Afrique n'est plus la sphere d'in-
fluence de la seule Union europeenne et
que de nouveaux acteurs sont entries en
scene. La Chine, d'abord mais d'autres
ont suivi: l'Inde, le Bresil, la Malaisie,
et ces deux dernieres annees surtout,
l'Iran.

Comment ces relations vont-elles evoluer ?

Les relations commerciales continue-
ront a s'intensifier mais le danger c'est
qu'il ne s'agit pas d'une croissance dura-
ble. Ces relations reposent en effet sur
l'exploitation des minerais mais elles ne
semblent nullement contribuer a l'indus-
trialisation du continent. C'est d'ailleurs
le cas de la majority des pays d'Afrique
depuis leur independence. La Chine
risque donc de renforcer une situation
que l'Occident a mise en place au cours
de ces quarante dernieres annees. Mais
selon moi, ces relations se poursuivront
tant que l'economie chinoise, en plein
boom, aura besoin de matieres premie-
res pour son industrie et que l'Afrique
pourra les lui fournir.

*Le dernier ouvrage du Professeur Taylor s'inti-
tule China's New Role in Africa. II est public chez
Boulder, CO: Lynne Rienner, 2010.

Le Professeur Taylor est egalement Joint Professor
a l'Universite chinoise de Renmin, Professeur
honoraire de I'Ecole normale de Zhejiang, en
Chine et Professeur extraordinaire a l'Universite de
Stellenbosch, en Afrique du Sud.


Cu r r i e r


































SReporters


Pour une plus grande place


a la jeunesse dans la politique


de developpement ?


Debra Percival


Millenaire pour le develop-
pement (OMD) ne s'adresse
specifiquement a la jeunesse,
mais tous les OMD, de l'eradication
de la pauvrete (OMD 1) au partenariat
mondial pour le developpement (OMD
8), sont pertinents pour les 15-30 ans.

Au cours des deux dernieres decennies,
de nombreuses initiatives internationa-
les et regionales en faveur de la jeunesse,
dont le Sommet Afrique-Europe de la
jeunesse, en 2007, ont contribute a hisser
la jeunesse parmi les priorities de l'agen-
da du developpement. Cette annee, le
Mexique viendra s'ajouter a la liste des
pays qui auront accueilli un sommet
mondial en faveur de la jeunesse. Ce
sommet se deroulera a Mexico, entre le
24 et le 27 aoft.

Ce sommet servira a definir des prio-
rites en faveur de la jeunesse, au-delh
des OMD, qui seront soumises a l'As-
semblee generale des Nations Unies.
Les gouvernements, la soci&et civile, les
institutions academiques, les fondations
publiques et privees et les organisa-
tions internationales auront tous voix
au chapitre. Les jeunes d'aujourd'hui
sont plus nombreux, mieux instruits et
en meilleure sante que ceux des gene-
rations anterieures. Ils ont aussi moins
d'enfants que leurs parents. L'adoption
de politiques efficaces pourrait doper la


croissance economique et accroitre les
economies, selon une note conceptuelle
relative a ce sommet.

L'Union europeenne ne dispose pas de
politique pour les jeunes, en tant qu'ac-
teurs du developpement, mais des repre-
sentants de l'UE expliquent que "la res-
ponsabilisation des jeunes" est un theme
transversal de toutes ses politiques en
faveur des pays d'Afrique, des Caraibes
et du Pacifique (ACP). Le financement
octroye au titre du Fonds europeen de
developpement (FED) aux pays ACP
concerne un large eventail d'initiatives :
de l'aide budgetaire en faveur de l'educa-
tion et de la construction d'ecoles secon-
daires a de petits projets tels que "Silence
is Violence" mis en euvre au Botswana
par une organisation non gouvernemen-
tale, ou encore "Women against Rape",
qui a pour vocation d'expliquer aux jeu-
nes les causes a l'origine des cas de harce-
lement, d'abus sexuels et de viol.

"Jeunesse en action"

Le programme "Jeunesse en action"
(2007-2013), dote de 885 millions d'euros
et mis en euvre par la Direction general
en charge de l'Education, finance des
changes interculturels, des projets de
benevolat et d'autres activities 6ducatives
hors cadre institutionnel en Europe, mais
il permet 6galement de mettre en relation
des organisations de jeunesse d'Europe
avec leurs homologues des ACP.

Parmi les projets en faveur de la jeunesse
dans les pays ACP, citons le Parlement des


jeunes qui se reunira du 5 au 11 juillet
2010 a Montevideo, en Uruguay, sur une
initiative du Goethe Institut d'Uruguay
et un projet visant a ameliorer l'inclusion
des jeunes atteints d'un handicap intel-
lectuel dans la soci&et grace au sport. Y
participent des jeunes d'Afrique du Sud,
du Botswana, du Kenya, du Malawi, du
Nigeria, d'Ouganda, du Rwanda et de
Tanzanie (*).

A l'heure otu les budgets que certains
Etats membres consacrent a l'aide exte-
rieure se reduisent comme peau de cha-
grin, un document recent des services
de la Commission europeenne "Une
meilleure formation dans les pays en
developpement" martele que l'education
a un role crucial a jouer pour favoriser la
croissance a long terme, accroitre la pro-
ductivite, eradiquer la pauvrete, amelio-
rer l'etat de sante, emanciper les fem-
mes, reduire les inegalites et construire
l'appareil d'Etat.

Loin des querelles sur l'affectation des
budgets d'aide l'education ou a
d'autres domaines notre dossier fait
la part belle a la tenacity et a l'ambition
de la jeunesse dans les pays ACP, des
jeunes Haitiens aux reves un temps
engloutis qui se reprennent a se pro-
jeter dans l'avenir aux realisateurs en
herbe dans un bidonville du Kenya en
passant par Miss Samoa, ingenieur de
profession qui, par son exemple, incite
les jeunes a embrasser cette profession
dans le Pacifique.

(*) Pour plus d'informations, voir l'URL http:/
ec.europa.eu/youth/youth-in-action-program-
me/doc74 fr.htm

(**)URL: http://ec.europa.eu/development/
icenter/repository/SEC2010_0121_EN.pdf [en
anglais]


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010





IDOSi - -Ju


Kibera- le plus grand bidonville d'Afrique orientale, avec pres d'un demi-million
d'habitants est situe aux alentours de Nairobi, la capitale du Kenya. La Hot
Sun Foundation est une branche a vocation non lucrative de Hot Sun Films qui
realise des films a Kibera depuis 2005. Parmi ses productions, il y a Kibera Kid
qui a decroche un prix international de cinema. L'Ecole de cinema de Kibera
est au coeur des projets de la fondation. Elle se propose d'aider des jeunes du
bidonville a realiser leur rave et a devenir realisateurs ou producteurs. Ainsi,
elle s'emploie a former un noyau de realisateurs qui, a leur tour, seront charges
d'assurer la formation d'autres jeunes. Cette initiative a considerablement ame-
liore I'opinion que les jeunes se font d'eux-mimes tout en alimentant la fierte de
leur communaute.


Debra Percival


S "ous voulons faire de
Kibera un centre de
l'industrie cinemato-
S"graphique kenyane
ou nous pourrons realiser des produc-
tions videos dont la vente permettra
de financer la Hot Sun Foundation",
explique Pamela Collett, qui est char-
gee des communications internationa-
les au sein de la fondation. Cette Ecole
de cinema n'est cependant qu'un des
nombreux projets de la Hot Sun qui
organise aussi des ateliers communau-
taires, des projections locales, des spec-
tacles de rue et des formations dans le


domaine du spectacle et des techniques
de narration.

Avec l'octroi d'une subvention de trois
ans a la fondation, l'association culturelle
beige Africalia est aujourd'hui le principal
bailleur de fonds de cette initiative, qui a
egalement beneficie du soutien financier
de la Haute-Commission australienne et
de l'Ambassade des Pays-Bas a Nairobi.
Le projet genere egalement des reve-
nus propres grace a la vente de DVD,
notamment de Kibera Kid et la realisation
d'autres petits projets commerciaux. Mme
Collett precise que la fondation beneficie
egalement de dons en ligne effectues sur le
site www.globalgiving.org/3632 et qu'elle
a regu des appareils photo numeriques et


de cameras d'Europe et des Etats-Unis.
Plusieurs stagiaires et benevoles ont de
leur cote fourni une assistance technique.
Cependant, il faudra encore trois a cinq
ans pour developper les competences et
les experiences qui feront de cette ini-
tiative une entreprise commercialement
viable.

"Togetherness Supreme"

Togetherness Supreme est le titre du long-
metrage realise par l'Ecole de cinema de
Kibera et son organisation-seur, Hot
Sun Films. Sa sortie est prevue tries pro-
chainement. Tous les acteurs viennent
de Kibera et les stagiaires de l'Ecole de
cinema de Kibera ont pu travailler aux


C*urrier





Jeus- - Doser


cotes des professionnels de l'equipe. Tous
les etudiants que nous avons pu inter-
viewer, et dont le stage a l'ecole de cinema
est remunere, ont l'ambition de trouver
un emploi permanent dans l'industrie
cinematographique internationale

Faith Wavinya, 23 ans

Etait representante et vendeuse d'anten-
nes paraboliques avant de rejoindre le
projet. "Avoir eu la chance de travailler
comme stagiaire dans le telechargement
numerique avec une camera video Red
One (a Kibera lors du tournage de
Togetherness Supreme) a eveille en moi un
interest pour la realisation et le montage.
Ce stage a vraiment ete un tournant dans
ma vie", nous explique-t-elle. "A present,
je profite a fond de chaque journee. Je me
reveille de tries bonne humeur. J'ai appris
a filmer et a monter des videos, choses que
je ne savais pas faire avant. Et je compte


bien utiliser mes connaissances pour aider
financierement ma mere et rendre ainsi sa
vie plus facile et agreable. Raconter des
histoires sur ma communaute m'a aidee
a voir la vie d'une maniere plus posi-
tive", ajoute-elle. Faith Wavinya souhaite
devenir une grande realisatrice et faire
des films pour sa communaute tout en
poursuivant son ambition de travailler
comme productrice ou monteuse pour

"Avant, je ne vivais pas, je survi-
vais; aujourd'hui, je fais vrai-
ment quelque chose de cr6atif"
Victor Oluoch

Hot Sun Films.

Gabriela Operre, 22 ans

Termine ses etudes et est une artiste enga-
gee. "Je veux continuer a jouer et mais
aussi a me battre pour ameliorer la vie a
Kibera, et surtout pour en faire un endroit
out les filles puissent s'epanouir", nous
confie-t-elle. "Je travaille aupres de plu-
sieurs groupes communautaires : comme
actrice militante pour la paix chez Amani
Communities Africa, comme secretaire
chez KCODA, le groupe de communica-
tion communautaire et aussi chez Power
of Hope, une troupe theatrale qui aborde
differentes thematiques communautaires.
Je veux continuer a etre une artiste enga-
gee tout en faisant des films et formant
des jeunes", explique-t-elle. Aller a l'ecole
m'a permis d'elargir mes horizons et de ne
plus me limiter a mon travail d'actrice. J'ai
en effet acquis des competences dans le
domaine du montage, des techniques de
production et de l'ecriture de scenarios.

Oluoch a 22 ans

II a lui aussi acquis de tries precieuses nou-
velles competences a l'Ecole de cinema.
"Avant d'arriver a la Hot Sun Foundation,
je n'avais jamais tenu en main une came-
ra." Victor survivait grace a l'economie
informelle, en vendant des chaussures et
des vetements. "J'ai appris les techniques
generales de la realisation notamment
l'ecriture de scenario, la direction d'ac-
teurs, le maniement de la camera, le son,
la production, la direction et le montage."
Et ce qu'il fait de mieux aujourd'hui, c'est
filmer et monter. "J'essaie de filmer sous
des angles inedits -des choses un peu
folles auxquelles on n'avait pas vraiment
encore pense. Chaque fois que je filme,
j'ai l'impression d'etre un realisateur. Je
fais ce travail avec passion et je me donne
a fond -c'est ce qui me motive le plus.
J'espere simplement me faire un nom dans
l'industrie cinematographique et je veux
changer la fayon de faire des films dans


notre pays; je veux raconter des histoires
qui interessent mon pays et ma commu-
naute", explique-t-il. II a appris l'ecri-
ture de scenario, la direction d'acteurs, le
maniement de la camera et diverses autres
techniques comme le son, la production,
la realisation et le montage. Ce cours a
completement change sa vision des choses
et lui a permis d'emprunter de nouveaux
chemins. "Avant, je ne vivais pas, je survi-
vais; aujourd'hui, je fais vraiment quelque
chose de creatif ", poursuit-il. "J'ai sim-
plement envie que les jeunes comme moi
se sentent mieux ici. A cause de mes ori-
gines, je n'avais pas d'avenir. La Hot Sun
Foundation m'a ouvert l'avenir. Ce stage
a ete un peu comme une renaissance. Je
nourris un reve et je veux me construire
un avenir. J'ai envie de devenir un grand
realisateur et d'aider d'autres personnes a
realiser leurs reves."

Josphat Keya, 23 ans

Travaillait vaguement comme electricien
avec son pere avant son stage dans cette
cole. Il ne connaissait rien a la rea-
lisation. "J'aimais beaucoup ecrire des
histoires, et je me suis dis qu'd l'Ecole de
cinema, je pourrais peut-etre ameliorer
ma plume ", nous explique-t-il. "Mais
faire un film, ce n'est pas seulement ecrire
un scenario; il faut aussi pouvoir manier
une camera et faire le montage. J'ai envie
de proposer des histoires inedites, des
recits qui pourront eduquer les jeunes et
les laisses-pour-compte. Son ambition ?
Devenir realisateur : "Selon moi, un rea-
lisateur doit avoir plus d'une corde a son
arc, il doit pouvoir ecrire un scenario, doit
connaitre la photo et doit savoir diriger
ses acteurs. J'ai envie d'etre un realisateur
qui connait tous les aspects de l'industrie
cinematographique.

L'Ecole de cinema espere avoir acheve
pour le mois de mars, un bref documen-
taire autobiographique sur DVD, Jewel
in the Dust, ainsi qu'une serie de courts
documentaires sur d'autres organisations
communautaires actives dans le bidon-
ville. Six courts-metrages de Kibera sont
d'ores et deji disponibles a la vente a
l'adresse: www.buykiberakid.com.

Pour en savoir plus :

info@hotsunfoundation.org
www.hotsunfoundation.org/
www.togethernesssupreme.com/
kiberakid.blogspot.com/
kiberafilmschool.blogspot.com/
twitter.com/hotsunfilms/

Pour voir la bande-annonce de Togetherness
Supreme :
http://vimeo.com/9824685


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010





IDOS^ ier Jeuness


Haiti


le tremblement de terre


destructeur de reves des jeunes



Measuring 7.02 on the Richter scale, the earthquake of 12 January 2010
claimed more than 200,000 lives and destroyed more than 250,000 buildings,
including schools. In the process, it shattered the dreams of Haitian youth, leav-
ing them with the feeling that they have to start again from nothing.


Francesca Theosmy


sur l'&chelle de Richter,
le tremblement de terre
du 12 janvier 2010
n'a pas uniquement emporte plus de
200.000 vies et 250.000 habitations
dont des &coles, il a 6galement r6ussi a
malmener l'espoir et les reves de la jeu-
nesse haitienne qui vit d6sormais avec le
sentiment que tout est a refaire.

Fendy Morency, 27 ans, est rest& seul a
Port-au-Prince alors que toute sa famille
a quitt& la ville. Terminant ses 6tudes de
sciences sociales a la facult& des sciences
humaines de l'Universit& d'Etat, Fendy
donnait des cours a l'&cole primaire
avant la catastrophe.

"Avant le 12 janvier, en d6pit des condi-
tions difficiles, beaucoup de gens avai-
ent une certaine stabilit& sur le plan
socio economique. Mais apres le 12 jan-
vier c'est une toute autre realit& socio-
economique qui se present a nous.
Dans tous les secteurs de la vie nationale
il faudra d6sormais recommencer a zero.
Certains universitaires ont le sentiment
qu'il n'y a plus d'espoir."

Fren&se Larose, 23 ans, est une jeune
mere c6libataire. Dans la matinee du
12 janvier elle a pay& 7.500 gourdes (1
euro = 54,6 gourdes haitiennes) pour les
frais de scolarit& de son fils, ses toutes
dernieres economies. Dans l'apres midi
sa vie a bascul&. Son fils de 4 ans a ete
bless&, ce qui l'a contrainte a le confier a
sa mere qui habite J&remie.

"Comme tout le monde le sait, les temps
que nous vivons sont durs, surtout
quand on doit s'occuper d'un enfant.
J'ai entendu dire que l'on a distribu&
des kits, de la nourriture et des beaches,
mais moi je n'ai rien regu. Mon fils suit


un traitement, ma mere n'arrite pas
de m'appeler pour me demander de
l'argent. Si je n'avais pas &t& d6brouil-
larde je n'aurais pas pu avoir a manger.
J'avais un boulot avant le tremblement
de terre, mais mon patron est mort dans
le s6isme", explique Frne&se Larose.


Depuis le tremblement de terre elle
a abandonn& sa maison, s&verement
endommagee, et vit dans un centre
d'hebergement dans la capitale.

Plus de la moiti& de la population hai-
tienne est agie de moins de 21 ans, et
36,5% des habitants ont moins de 15
ans. Avant le s6isme, cette population


Ues jeunes touillent les ruines dun batiment ettondre a la recherche de tout ce quils pourraient reutiliser
ou revendre, apres le seisme qui a secoue Port-au-Prince (Haiti) le mardi 9 fevrier 2010. AP Photo/Rodrigo Abd


Cu r r i e r





Jeus- - Doser


Hegara que porte une june llle sur les remmes qul Tont la ile cans I espolr ae recevoir aes provisions, a
I'occasion d'une distribution organisee par le Programme alimentaire mondial des Nations unies, a Port-
au-Prince, le samedi 6 mars 2010. AP Photo/Esteban Felix


jeune faisait face au ch6mage et aux
difficulties de scolarisation. A present
elle doit affronter des conditions de vie
plus austeres encore, celle des camps
d'hebergement.

Le Programme alimentaire mondial
(PAM) responsable de la coordination


du soutien alimentaire international a
precise qu'il ne s'agissait pas de toucher
tout le monde avec la distribution de
l'aide. Mais dans un contexte otu il
est difficile de definir les priorities, les
coupons alimentaires sont vendus ou
changes, la frustration et le desespoir
s'installent rapidement.

Certains ont pu survivre les premiers
jours grace au support de la diaspora
haitienne. Pour le mois de janvier, les
estimations font etat d'une augmenta-
tion de l'ordre de 10% des transferts
par rapport a janvier 2009. Pourtant la
majority ne peut compter que sur elle-
mmeme, d'autant que l'aide ne peut durer
indefiniment. Entre-temps le processus
parait long. Une vue de Port-au-Prince
le confirme avec l'impression que les
travaux de deblaiement, premier pas
dans la reconstruction, ont a peine
debuted alors qu'ils ont commence depu-
is pres de deux mois.

"Pour le moment je ne vois aucun
changement. Si l'on attend de recon-
struire le pays, c'est seulement apres 5
ans que les ecoles pourront fonction-
ner", doute Frenese Larose.

Ecole effondree, espoir brise

Associant sans cesse l'ecole a leur ave-
nir, les jeunes interroges ne cachent pas
que pour eux la pire chose c'est le risque
de perdre des annees innombrables qui
devraient etre consacrees a la prepara-
tion de leur avenir maintenant gache.

"Je ne crois pas que l'ecole pourra
recommencer a fonctionner. Les choses
vont de mal en pis et les prochains
jours seront encore plus difficiles", croit
Remy Delgado, 15 ans.

Pres de deux tiers des ecoles de la capi-
tale ont ete touchees par le tremblement
de terre.


Les tracteurs se sont attaques depuis
quelques semaines aux ecoles esquis-
sant un ballet qui augure la reouverture
des classes. Cette reouverture, veu
exprime par le gouvernement, semble
pourtant problematique. Plusieurs etab-
lissements scolaires sont transforms en
sites d'hebergement et la relocalisation
des sinistres reste sans doute l'un des
plus grands defis. Parmi les deplaces, se
trouvent egalement eleves, professeurs
et personnels administratifs des ecoles.

Le tremblement de terre a egalement
detruit les possibilities de loisir, dont
l'acces deja avant le 12 janvier etait
reserve aux plus nantis. Desormais les
terrains de football, parmi eux l'unique
stade du pays, le Sylvio Cator, sont
transforms en camps de refugi&s. Les
salles de cinema qui, avant le 12 janvier,
ont ferme leur porte en raison de dif-
ficultes economiques et qui envisageai-
ent une reouverture, a l'image du Rex
theatre et du Triomphe, sont severement
endommagees ou effondrees. Le parking
du Cine Imperial, dernier a mettre la cle
sous la porte, accueille des sinistr&s.

"Nous vivons dans la peur de nouvelles
repliques. Nous n'avons jamais vecu cela
auparavant et nous ne savons pas si nous
pourrons revivre un tel evenement",
confie le jeune Remy pour qui il faudra
attendre au moins deux ans avant de
retrouver le calme et l'espoir.

Le processus de reconstruction mis en
marche en fevrier dernier par le premier
ministre Jean Max Bellerive via le PDNA
(Post Disaster Need Assessment), docu-
ment qui doit definir les orientations de
la reconstruction, est pergu comme un
vaste branle-bas de politiciens par les
jeunes interroges.

"Notre jeunesse doit faire preuve d'esprit
positif et croire qu'elle a une responsa-
bilite dans la reconstruction, et que
celle-ci repose essentiellement sur elle.
Quelques-uns ont deji cet esprit positif,
mais pour beaucoup, tout est fini depuis
le 12 janvier", indique toutefois Fendy
Morency.

Selon lui la sante, l'education et
l'agriculture, sont trois secteurs qui
meritent d'avoir la priority dans la
reconstruction.

"Certains jeunes sont persuades que
pour qu'il y ait un changement il faut
que l'effort vienne de l'international.
Mais ce qu'ils ignorent c'est que le
changement depend d'abord des forces,
des capacities locales, ensuite vient l'aide
internationale."


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010





DSI er -Ju


La force de survivre


Des enfants soldats du Front de liberation du Congo (FLC) Reporters/Wim Van Cappellen Ishmael Beah, ancien enfant soldat en Sierra Leone,
I'auteur de Un long chemin parcouru, Memoires d'un
enfant soldat. Reporters/Redux


Marie-Martine Buckens



Sous voulons dire au
monde que nous ne
sommes pas la 'gene-
"ration perdue', que la
cause des enfants soldats n'est pas deses-
peree, qu'on peut s'en sortir". Forts de
cette conviction, six ex-enfants soldats
ou enfants victimes de la guerre, fon-
dent en 2008 le Network of young people
affected by war (Nypaw).

Signe des temps troubles en Afrique,
cinq de ces six fondateurs du Nypaw
(www.nypaw.org) viennent du conti-
nent africain : deux du Soudan, deux
des femmes -d'Ouganda, et un de
Sierra Leone. Autant de regions otu les
guerres civiles ont, ou font encore rage.
Zlata Filipovic, celle qu'on surnommee
la 'Anne Franck de Sarajevo', est la
sixieme du groupe.

Grace Akallo, agee aujourd'hui de 29
ans, a explique en avril dernier devant le
Conseil de security des Nations Unies,
comment en 1996, alors qu'elle allait
au lycee dans le nord de l'Ouganda, elle
avait ete enlevee avec de nombreuses


autres eleves, sous la menace d'armes
par l'Armee de resistance du Seigneur,
agressees sexuellement puis obligees de
devenir soldats. Elle a ensuite combattu
au cote de l'Armee populaire de libera-
tion du Soudan. Elle a du tuer les autres
filles de son groupe qui tentaient de
s'echapper ou qui refusaient leur mari.
Apres plusieurs mois en captivity, elle
est finalement parvenue a s'echapper.
Elle est recueillie par des villageois du
Sud-Soudan avant d'etre rendue a ses
parents. Elle est retournee au college,
puis a eu la chance d'integrer l'Uni-
versite et d'y recevoir un dipl6me, une
opportunity que les autres jeunes filles
enlevees en meme temps qu'elle, n'ont
pas eue. < Je vous ai raconte mon histoire
mais il y a des milliers d'autres experien-
ces que vous n'avez pas entendues >, a-t-
elle lance au Conseil de security.

Resilience

Grace Akallo n'est pas la seule a avoir fait
preuve d'une telle capacity de guerison.
Ishmael Beah a douze ans lorsque la
guerre eclate en Sierra Leone. Force de
s'enroler, il temoigne dans un livre de
l'enfer qu'il a vecu et se bat aujourd'hui
pour que cesse l'utilisation des enfants
dans la guerre. Ishmael Beah: < L'armee,


c'etait aussi la survie. C'etait la rejoindre
ou etre tue. Mais la situation s'est inver-
see. Alors que j'avais d'abord tented de
survivre pour echapper a la guerre, j'ai
survecu dans le seul but de faire la guer-
re, de faire du mal >. En 1998, a l'age
de 18 ans, il arrive miraculeusement
a rejoindre les Etats-Unis grace a une
conteuse americaine, qui le prend sous
son aile. Il termine ses etudes secondai-
res avant d'entamer de brillantes etudes
universitaires. Le Soudanais Emmanuel
Jal a choisi la chanson pour exorciser ses
maux et diffuser un message de paix.
Chanteur hip-hop de renom il a fonde
l'ONG Gua Africa pour eduquer les
ex-enfants soldats.

John Kon Kelei vient lui aussi du Sud-
Soudan. John termine a present ses etu-
des de Droit europeen et international
a l'Universite de Nijmegen et, surtout,
a cr&e une ONG (www.cmsf.nl) afin de
recolter des fonds pour la creation d'eco-
les secondaires dans le Sud-Soudan.
John Kon Kelei est convaincu : "l'edu-
cation -pas uniquement les etudes
primaires qui ne sont pas suffisantes
- permet aux enfants des pays pauvres
d'aller de l'avant, de construire un ave-
nir de progress et non de stagnation ou
de regression".


Cu r r i e r





Jeumess- Dossier


Miss Samoa. Laufa LealnaEl-Lesa


Quand beauty rime


avec intelligence


Le titre de Miss Samoa a offert de nouvelles perspectives a bon nombre de ses
laureates, a I'image de Tavalea.


Laufaleaina Lesa




beauty. Cette jeune femme
de 24 ans est l'actuelle Miss
Samoa. C'est un tries grand
honneur pour les jeunes femmes dans
cet archipel du Pacifique, qui donne a
la laureate enormement d'influence et
de pouvoir.

"J'ai tented ma chance au concours de
Miss Samoa parce que c'est un d&fi
unique, j'espere que cette aventure me
permettra de devenir une bonne ambas-
sadrice de notre pays", explique-t-elle.

Avant d'etre sacree Miss Samoa, Tavalea
etait deji source d'inspiration pour de
nombreux jeunes desireux d'embrasser


une carrier d'ingenieur, en particul-
ier les femmes. Elle est dipl6mee de
l'Universite nationale d'Australie, en
ingenierie mecanique et en sciences.

Elle a ete elue Miss Samoa alors qu'elle
poursuivait ses etudes de master en
ingenierie mecanique en Australie.
Elle a interrompu ses etudes pour
pouvoir tenir ses engagements de Miss
Samoa.

Profession: ingenieur

Elle travaille a plein temps pour
l'Agence nationale du tourisme, elle est
l'incarnation des Samoa dans les evene-
ments regionaux et internationaux et
promeut l'archipel en tant que destina-
tion touristique. En depit de son jeune
age, Tavalea est respectee au sein de la
tries influente Institution des ingenieurs


professionnels des Samoa (IPES), dont
elle est membre.

"Le metier d'ingenieur est formida-
ble, car il ouvre de nombreuses pos-
sibilites. C'est la profession qui fait
avancer le monde. On pense souvent
que l'ingenierie, ce n'est que de la meca-
nique, mais c'est bien plus que cela.
C'est une profession vers laquelle les
Samoans devraient se tourner, car beau-
coup de choses se passent dans notre
pays actuellement", explique-t-elle.

Ses confreres et consmurs de l'IPES
ont salue sa consecration. "Tavalea est
un excellent module pour l'IPES, qui
se rend dans les ecoles pour encour-
ager les jeunes a s'orienter vers une car-
riere d'ingenieur, et donc a travailler en
maths et en sciences", se rejouit Fonoti
Perelini, president de l'IPES, qui ajoute
"qu'elle est un bel exemple a suivre pour
les jeunes femmes."

Pour les energies renouvelables

Cercle tries masculin, l'IPES ne compte
parmi ses membres que 12 femmes, dont
Tavalea. Son titre de Miss Samoa renforce
l'attrait pour la profession d'ingenieur.
"Grace a son titre de Miss, Tavalea
espere sensibiliser l'opinion aux catastro-
phes naturelles, telles que les tsunamis,
les cyclones ou les tremblements de
terre, ou encore a des problems tels que
le rechauffement climatique, qui affecte
les iles qui affleurent dans le Pacifique",
explique Fonoti Perelini.

"Les ingenieurs contribueront gran-
dement a trouver des solutions pour
attenuer les impacts de ces catastro-
phes naturelles. Grace a son titre de
Miss Samoa, Tavalea pourra sensibi-
liser l'opinion et ameliorera le prestige
de la profession d'ingenieur dans le
pays et la region." Tavalea s'implique
aussi dans les muvres de bienfaisance.
Elle est membre de Rotaract, un pro-
gramme pour la jeunesse du Rotary
International, qui vise a venir en aide
aux communautes.

L'autre passion de Tavalea, ce sont les
energies renouvelables : elle aimerait
voir se multiplier les projets utilisant
les nombreuses ressources naturelles de
l'archipel. Elle a un impact positif sur les
jeunes, hommes et femmes, car elle leur
montre qu'ils peuvent avoir de grandes
aspirations.


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010





IDOS^ ier Jeuness


SReporters


Le monde


en un clic







A I'epoque ou I'usage du telephone
n'etait pas encore repandu, il fallait se
rendre dans un bureau de poste pour
communiquer avec ses amis et ses
proches. Avoir une boite postale etait
done un serieux atout. Les plus Ages
se rappellent encore des files d'attente
interminables devant le bureau du
Telephone Exchange, a Accra, la
capitale du Ghana, lorsqu'on sou-
haitait passer un appel a I'etranger.
Mais pour les jeunes generations
d'aujourd'hui, avec I'arrivee des ordi-
nateurs et des telephones portables,
les telecopieurs et les telex ont eux
aussi ete relegues au rang d'objets
prehistoriques.


Francis Kokutse



SJ nutile de sortir de chez moi
et d'aller jusque chez mes
amis si je dois leur deman-
der quelque chose ; je n'ai
qu'd les appeler ou leur envoyer un texto
pour avoir la response. Cela m'evite des
frais de transport ou l'effort d'y aller a
pied", explique Issaka Awudu, 25 ans.
Ch6meur, comment fait-il pour rechar-
ger sa carte ? "Je garde habituellement
un peu de credit ou je fais des appels
en absence a mes amis. Ceux qui ont
encore du credit me repondent." ("Faire
un appel en absence" consiste a appeler
son correspondant et a raccrocher rapi-
dement apres quelques sonneries pour
demander a cette personne de rappeler
ou d'envoyer un texto. Une astuce qui
permet de ne pas payer l'appel).

I1 y a moins de dix ans, les locaux de
qu'on appelait autrefois des "Centres de
communication" -et qu'on trouvait par-
tout dans le pays -etaient pleins a craquer
de jeunes qui essayaient d'appeler leurs
amis ou leurs proches. Aujourd'hui, les
choses ont bien change et tous les jeunes
possedent desormais un telephone por-
table. Anabertha Owusu-Bempah, 24
ans, diplomee de l'universite scientifi-
que et technologique Kwame Nkrumah
de Kumasi, deuxieme ville du pays
explique : "Grace a mon pc, tous les


jours, je suis en contact avec mes amis
dans le monde entier. Le monde s'est
retreci au point de tenir dans un petit
appareil pose sur le bureau."

Elle utilise la messagerie electronique et
Facebook pour communiquer avec ses
amis et chatte sur Yahoo Messenger.
"Ce sont de nouveaux modes de com-
munication qui nous permettent de res-
ter tout le temps en contact avec nos
amis mais aussi de nous rapprocher.
Cela a d'ailleurs aussi contribute a ame-
liorer notre comprehension du monde,
grace a la rapidity d'acces a l'informa-
tion", explique Mile Owusu-Bempah.
Mais il y a quand meme un inconvenient
majeur : "On finit par devenir accro et
on passe des heures sur nos ordis. Et
quand un ami vous appelle sur votre
portable, comment voulez-vous l'empe-
cher de parler."

Resultats du championnat
de la League de football

Desmond Masoperh, 26 ans, dipl6me
de hautes etudes comptables (HND)
explique : "Mon portable ne me quitte
jamais, il me permet d'etre toujours en
contact avec mes amis. Je suis toujours
connected ; je chatte avec mes amis ou
je discute avec mon cousin qui est a
Londres grace a Skype." Et il surfe sur
le web pour etre au courant des derniers
resultats de la League britannique de
football. Les textos font par contre l'ob-
jet de vives critiques de la part des plus
ages, qui sont selon eux responsables de
l'orthographe de plus en plus deplorable
des jeunes.

"J'ai vraiment essay d'empecher mes
enfants d'echanger des textos avec leurs
amis, car cela nuit veritablement a
leur capacity d'orthographier correcte-
ment les mots. Certains de mes eleves
vont jusqu'd ecrire 9nt au lieu de night
dans une redaction", deplore Anthony
Quarshie, enseignant de 52 ans d'Ac-
cra.

Pour Anita Pinto, 23 ans, etudiante en
informatique a 1'IPMC -un institut de
technologies de l'information et de la
communication d'Accra l'ordinateur
"n'est qu'un gadget que j'apprecie beau-
coup car c'est mon principal lien avec
mes amis. Je lis et envoie des e-mails
tous les jours, ce qui m'evite la corvee
de me rendre au bureau de poste pour
envoyer mon courrier."

Anita l'utilise pour chatter ou pour
surfer ; elle s'informe ainsi sur ce que
font d'autres jeunes aux quatre coins
du monde. Comme beaucoup d'autres
jeunes qui n'ont pas leur propre ordina-
teur, elle se rend dans les cybercafes qui
ont pousse comme des champignons un
peu partout au Ghana. Mais surfer a la
minute coute cher.


Cou r r ie r





Jeus- - Doser


Au cybercafe. Reporters/Jean-Michel Clajot


Des jeunes



creent leur



emploi


un jeune pecneur, a iNiamey, au Niger, ie 5 I jullile ZUU. APPhoto/Rebecca Backwell


Souleymane Mahzou


B eaucoup de jeune nig&riens
diplo8ms, confronts au ch8-
mage creent leurs entreprises.
Les cas de Fatimata Hassane
et Issaka Oumarou sont des exemples
de r6ussite.

"Avec l'aide de mon oncle qui vit en
France, j'ai ouvert ce tele centre", racon-
te Fatima Hassane, 26 ans. Cette fille
a l'allure calme, issue d'une famille
modeste, nantie d'une licence en socio-
logie est aujourd'hui a la tete d'une
petite entreprise qui marche tres bien.

Au depart, en 2006, elle n'avait qu'une
seule ligne tel1phonique dans sa petite
boutique non loin du grand march de
Niamey. "Je travaille 10 heures par jour.
Ma recette journaliere tourne autour de
20.000 FCFA (30 euros)", explique t-
elle. "Ce travail n'a aucun rapport avec
ma formation de sociologue. Il est diffi-
cile a la sortie de l'universit& d'avoir un
travail et on ne sait combien de temps on
va rester chomeur. II faut penser a cr&er
son propre emploi", avoue t-elle.

Aujourd'hui avec ses petites economies,
Fatima Hassane a agrandi son entreprise.


Elle a ouvert un cybercaf& avec une dizai-
ne d'ordinateurs. Suite a un pret contract&
dans une banque de la place, elle a &tendu
ses activities. "Vente de cartes pr&pay&es,
de telephones portables, d'habits pour
femmes, hommes et enfants sont venus
s'ajouter a mes activities initiales", confie
t- elle tres all6grement.

La jeune fille a fait appel a certains de
ses camarades -filles et gargons -de
la fac pour travailler ensemble. Ils sont
treize a travailler a temps plein dans ce
t&el centre qui s'est transform& en l'es-
pace de 4 ans en un "business center".
Mieux encore, les gains de l'entreprise
leurs permettent de vivre convenable-
ment.

"Nous allons encore travailler d'avan-
tage pour mieux prosperer", a promis la
jeune Fatima Hassane.

Le garcon aux doigts magiques

Contrairement a Fatima Hassane, le
jeune Issaka Oumarou, 25 ans, a cr&e
son entreprise dans son domaine de for-
mation initiale. Titulaire d'un Brevet de
Technicien Sup&rieur (BTS) en mainte-
nance informatique, il ouvre en 2007,
une petite entreprise de maintenance
et de service apres-vente du materiel
informatique.


Fatigue de rester a ne rien faire a lon-
gueur de journ&e, Issaka Oumarou
quitte le Niger. Son voyage l'amene au
Benin. La-bas, un ami de son grand
frere lui conseille de se lancer dans le
secteur priv& et lui a pret& de l'argent.
"C'est comme ga que j'ai ouvert cette
boite", raconte Issaka Oumarou, le gar-
gon aux doigts magiques comme aiment
le nommer ses amis et sa clientele tres
satisfaite de ses prestations de services.

"Ma clientele se compose d'entreprises
et de societes d'Etat qui ne discutent
g&n&ralement pas les frais de main-
d'muvre. Et tres vite, les gains se sont
fructifi&s. Ce qui m'a permis d'acheter
et de vendre des consommables infor-
matiques", resume t-il.

Ce jeune homme est aujourd'hui sorti du
lot des dipl8m&s qui se rendent d'entre-
prises en entreprises pour d6poser leurs
CV et lettres de motivation. "J'ai cr&e
mon sesame qui m'a ouvert toutes les
portes. Je suis moi-meme employeur",
plaisante t-il d'une voix rassurante.

Il emploie six jeunes dont trois dipl8mes
du sup&rieur. Cependant il reste tres
discret sur le montant des revenus qu'il
tire de son entreprise.


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010













































"La santo est un droit fondamental"


Connue pour ses actions en faveur des prisonniers politiques, Amnesty International elargit de plus en plus ses domaines
d'intervention. Avec comme priority la sante qui, souligne I'ONG dans un document a I'intention de la Commission
europeenne, doit 6tre consideree comme "relevant des droits humains".


Marie-Martine Buckens


E n septembre prochain a New
York, les dirigeants du monde
entier se r6uniront pour faire
le point sur l'etat d'avancement
des Objectifs du Millenaire pour le deve-
loppement (OMD), definis voici dix ans
par les Nations Unies. L'occasion pour
toutes les parties prenantes de faire le
point et de se positionner. Les OMD
sont en effet devenus la reference en
matiere de politique d'aide au develop-
pement, les grands donateurs ajustant
leurs financements aux huit objectifs
fixes. L'enjeu est donc de taille pour les
ONG dont les activities d6pendant en
partie de ces institutions multilaterales,
et de l'Union europeenne. L'UE qui
vient d'ailleurs d'adopter sa position
sur certains de ces objectifs en vue du
Sommet de New York.

La sante figure parmi les grandes priori-
tes puisqu'elle couvre trois de ces objec-
tifs, a savoir : r6duire la mortality infan-
tile ; ameliorer la sante maternelle ; et
combattre les maladies transmissibles.
Or, souligne Amnesty International en
reponse a la consultation menee par la


Commission europeenne avant d'adop-
ter sa communication sur le role de
l'UE dans la sante globale en prevision
du Sommet (lire article sparee, "la
sante est un droit humain fondamental
protege par un nombre de traits regio-
naux et internationaux".

R61e pivot

Amnesty International va plus loin.
C'est l'ensemble des OMD qui, souli-
gne l'ONG, relieve du respect des droits
humains, et l'UE devrait saisir l'occa-
sion de cette consultation pour l'affir-
mer haut et fort. Et elle se positionne
: "les defenseurs des droits humains,
forts de leur comprehension de l'uni-
versalite et de l'indivisibilite des droits,
sont en mesure de faire le lien entre le
droit a la sante et d'autres droits civils,
politiques, sociaux et economiques".
Ces memes defenseurs, ajoute l'ONG
"peuvent apporter une valeur ajoutee
en verifiant la mise en ouvre des poli-
tiques, introduire des nouvelles id&es
et remettre en question des concepts
susceptibles de freiner la r6alisation du
droit a la sante". En conclusion, indique
I'ONG, la Commission doit explicite-
ment "reconnaitre le role joue par les
organisations de la soci&et civile et des


defenseurs des droits humains pour la
promotion du droit a la sante (...) et
prendre des mesures pour permettre
aux defenseurs des droits humains de
mener leurs activities sans obstacles ou
peur de repr6sailles".
www.amnesty.org

Une caravane au Burkina Faso

Fin janvier, une caravane d'Amnesty
international a quitt6 Ouagadou-
gou, capitale du Burkina Faso, afin
de diffuser des informations dans
les principaux centres du pays sur
la sant6 maternelle. Cette "cara-
vane de sensibilisation" fait suite a
une campagne similaire men6e en
Sierra Leone. Parallelement, I'ONG
a remis un rapport aux autorit6s du
pays, "Donner la vie, risquer la mort",
dans lequel elle estime a 2.000 le
nombre de femmes qui chaque an-
nee au Burkina Faso meurent de
complications lies a la grossesse
et I'accouchement.


Cu r r i e r





ID-1 ,"n "


Society civile d'Hafti




Au coeur des solutions,


en marge des ressources


Hegel Goutier


L a soci&et civile haitienne a
joue dans les deux, trois pre-
miers jours fatidiques apres
le tremblement de terre du
12 janvier, un role crucial pour sauver
des victimes et aider a reorganiser
la vie. La structure la plus repandue
de cette soci&et civile dans les villes,
c'est le comite de quartier. A partir
du moment oiu arrivaient les ONG
etrangeres, avec les moyens appro-
pries, les interventions de la society
civile d'Haiti devenaient subsidiaires,
sans ressources et sans equipements.
Ce qui pouvait etre fait les mains nues
avait deji ete fait.

Les comites de quartier ont alors
joue des roles supplementaires, ceux
d'organe de revendication et d'interlo-
cuteurs en face des organisations etati-
ques et des ONG etrangeres. De sorte
que plusieurs d'entre eux ont ete solli-
cites par ces dernieres pour leur servir
de relais. Mais rappelant les groupes
pro-Aristide, ils avaient d'abord sus-


cite une reaction de mefiance, d'autant
plus qu'il y a eu des derapages de cer-
tains de leurs membres.

La presse, bras actif de la
society civile

Le 12 janvier, la coordination entre les
secours avait ete essentiellement assuree
par les stations de radio qui indiquaient
les endroits otu intervenir. Au-delh de
la radio, l'ensemble de la presse d'Hai-
ti a eu une action citoyenne remar-
quee. Deux grands medias franyais, Le
Courrier international et Le Monde lui ont
d'ailleurs rendu hommage en lui consa-
crant chacun un numero entier.

Le point focal

L'organisation de la soci&et civile d'Haiti
la plus en vue est la Fondation FOKAL,
acronyme creole de "Fondation
Connaissance et Liberte" qui est d'une
part une organisation independante
relevant de l'Open Society Institute de
George Soros, et qui intervient dans
de nombreux domaines, de l'autre une
ombrelle chapeautant beaucoup d'asso-
ciations haitiennes et une sorte d'ecole


de formation de la soci&et civile. FOKAL
est autant un centre de recherche qu'un
groupe d'action et de realisations sur le
terrain, allant de la construction d'eco-
les, de bibliotheques dans tout le pays a
la lutte pour les droits des femmes.
FOKAL conseille nombre d'ONG et
d'institutions etrangeres.

A decouvert

Des la fin du mois de janvier, et les asso-
ciations haitiennes et le gouvernement
haitien avaient alarmed les bailleurs de
fonds sur l'arrivee des pluies torren-
tielles de mars et la necessity absolue
de tentes. A la fin de fevrier, 40.000
tentes etaient installees alors qu'il en
fallait au moins 200.000. Beaucoup se
demandaient ce qui avait ete fait avec
les millions d'euros recoltes entre autres
par les artistes comme Angelina Jolie et
Georges Clooney de par le monde. Le
Ministre de la Communication d'Haiti,
Marie-Laurence Josselyn Lassegue, de
passage alors a Bruxelles recemment
expliquait que l'argent recolte par les
levees de fond et disponible rapidement
allait a des ONG parrainees par les
artistes et que ces organisations avaient
investi en priority dans leurs secteurs de
specialisation. Les tentes n'etaient pas
une priority pour toutes.
Un appel de la soci&et civile euro-
peenne* tire des lemons de la situation
et lance un appel a l'Union europeenne
pour que la soci&et civile haitienne soit
au cour de toute solution et ne reste pas
a decouvert. Car elle seule peut aider
les ONG europeennes a donner le maxi-
mum d'elles-memes.


* signed par CoEH (Co-ordination Europe
Haiti), Prisma Association, Pays-Bas et ZOA
Refugee Care, Pays-Bas


Reporters


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010



















































Le lac langanyilKa

Le lac Tanganyika,


une plate-forme commerciale


Alfred Sayila*


Apres avoir assure la subsistance de
ses riverains pendant plus de 700
ans, le lac Tanganyika est aujourd'hui
devenu une plate-forme commerciale
pour plusieurs pays de la Region des
Grands Lacs, en Afrique australe.


Selon la Conference internationa-
le sur la region des Grands Lacs
(CIRGL), le lac Tanganyika, qui
se situe a l'est du continent afri-
cain, est important non seulement pour
le maintien de la paix et de la security
dans la region, mais egalement pour la
(sur)vie economique des pays voisins. Le
volume a l'importation et a l'exportation
qui y transite chaque annee represente
5,8 milliards de dollars. Le lac pro-
fite non seulement aux pays qui le bor-
dent comme le Burundi, la Republique
democratique du Congo, le Rwanda, la


Tanzanie et la Zambie, mais egalement
a toute l'Afrique australe. Pourtant, ce
n'est que recemment que le President
zambien Rupiah Banda, qui preside la
CIRGL, a appele a l'organisation d'un
sommet de l'Union africaine (UA) pour
favoriser ensemble le developpement du
lac Tanganyika. Ce sommet se tiendra
en fevrier 2010 a Addis Abeba.

Ce soutien politique a la region des
Grands Lacs devrait stimuler encore
l'importance du transit commercial
dans le lac Tanganyika, en augmenta-
tion depuis les dix dernieres annees,
d'un modeste 900 millions de dollars
en 1990 a son record actuel. Selon les
statistiques, les changes entre la region


Cou rr ie r














Dans un entretien accord au Courrier,
le secretaire general du COMESA,
Sindiso Ngwenya, a declare s'attendre
a la poursuite de l'accroissement des
changes dans la region du lac en raison
de l'augmentation des changes intrare-
gionaux qui profitent enormement aux
pays membres de la region des Grands
Lacs, de la Communaute de developpe-
ment de l'Afrique australe (SADC) et
du COMESA lui-meme. "Je n'insisterai
jamais assez sur l'importance du lac
pour les changes dans la region. C'est
une artere majeure pour l'economie et
le commerce", explique-t-il. Et d'ajou-
ter que la mise en place de la zone de
libre-echange a contribute a accroitre
le commerce intraregional, avec pour
consequence l'amelioration des condi-
tions de vie de nombreuses personnes et
l'augmentation des benefices des entre-
prises qui exploitent les ressources du
lac. "Nous nous concentrons sur la stra-
tegie, les changes et l'investissement",
souligne-t-il.


"Le lac est une art6re
majeure pour 1'6conomie
et le commerce"

Sindiso Ngwenya



Selon les statistiques du COMESA, les
changes intraregionaux dans la region des
Grands Lacs et l'Afrique australe repre-
sentaient quelque 3 milliards de dollars
en 2000. Ils ont grimpe a pres de 8,6 mil-
liards de dollars en 2007, avant de retom-
ber a 6,2 milliards de dollars environ en
2008-2009 a cause de la crise financiere
mondiale. L'evolution des changes tran-
sitant par le lac Tanganyika affiche plus ou
moins la meme tendance. L'Exploitation
du Port de Bujumbura (EPB) et l'Agence
Maritime Internationale (AMI) qui tra-
vaillent sur le lac confirment que le trans-
port de marchandises y a augmented dans
une mesure comprise entre 25 et 30% au
cours des cinq dernieres annees.

Le corridor de Mpulungu


Rupiah Banda Chaque annee, 250.000 a 300.000 conte-
Reporters neurs, partis de grands ports, transitent
par le lac et desservent ensuite des struc-
des Grands Lacs et le reste de l'Afri- tures plus petites. "La circulation mari-
que australe qui ont transit par le lac time est dense entre les ports d'entree et
en 2005-2006 representent quelque 3,1 les terminus le long du rivage", reconnait
milliards de dollars. Un accroissement un representant de 1'AMI. Selon lui,
annuel de 4,8% des changes est prevu une partie importante du trafic se fait
apres la modernisation d'une serie de entre Kigoma, en Tanzanie (Afrique
ports, l'amenagement de nouvelles ins- orientale), et Bujumbura, au Burundi
tallations, la construction de nouveaux (Afrique centrale). Et il rappelle que non
ports et, surtout, la mise en place d'une seulement les bateaux sont plus nom-
zone de libre-echange et d'une union breux sur le lac, mais que les changes
douaniere dans le cadre du Marche ont eux aussi.
commun de l'Afrique australe et orien-
tale (COMESA). Ainsi, les ports du lac sont relies a un
reseau routier et ferroviaire. Le port


de Mpulungu, en Zambie, est relief a
une grande autoroute en direction de
la fameuse ligne ferroviaire Tanzanie-
Zambie (TAZARA). Cela a fait du
corridor de Mpulungu, du nom du port
situe a l'extremite sud du lac, une route
tries frequented, otu passent 50 a 60.000
tonnes de marchandises importees ou
exportees (ciment, carburants et autres
produits petroliers, produits chimiques
et pharmaceutiques, acier, sucre, cafe,
etc.).

Le port congolais de Kalemie est le
point de depart de routes vers le centre
et le nord, qui le relie a Bujumbura et a
Kigoma. Ce reseau forme un triangle
commercial pour les pays qui se situe
dans le nord et l'est de la Region des
Grands Lacs. Plus de 100.000 tonnes de
marchandises y transitent chaque mois.

Sur le lac, le trafic maritime s'effectue
a destination de toute l'Afrique aus-
trale, meme si la plupart du temps, les
importations tendent a etre superieures
aux exportations, a raison d'un ratio
de 1:3. Les importations qui ont tran-
site par le lac en 2008-2009 represen-
tent quelque 4,8 milliards de dollars,
pour des exportations d'une valeur de
1 milliard de dollars. Cette tendance ne
devrait pas changer a court terme, en
depit de l'accroissement des changes
intraregionaux. Selon ces statistiques, le
trafic commercial sur le lac a connu une
hausse exponentielle, malgre plusieurs
problems economiques. En temoi-
gne notamment le developpement des
infrastructures dans certains pays de la
region des Grands Lacs, par exemple en
Zambie, pays qui s'est lance avec plu-
sieurs partenaires dans la construction
d'un terminal petrolier dans le port de
Mpulungu et qui entend faire du port
de Nsumbu une structure portuaire
parfaitement equip&e. Des projets simi-
laires sont en cours dans d'autres pays
de la region.

La sauvegarde de
la biodiversity

Outre le fret, le lac Tanganyika est
une attraction touristique majeure qui
genre plus de 3 milliards de dollars
ainsi qu'un pole de peche commerciale
d'une valeur de 2,5 milliards de dol-
lars. La peche est le secteur d'activite
d'un grand nombre d'entreprises et de
riverains du lac Tanganyika. Ce lac
africain abrite certaines des especes de
poisson d'eau douce les plus rares, que
l'on ne trouve nulle part ailleurs dans le
monde. C'est donc un endroit ideal pour
developper une filiere piscicole dans la
region. Grace au projet en faveur de la
biodiversity et au Fonds mondial pour
l'environnement, la pollution industriel-
le est maintenue a un niveau minimum
et l'&cosysteme et la biodiversity sont
preserves.


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010


Commerce







































Le Tyrol autrichien.


Au centre et


completement a part


Hegel Goutier


L e Tyrol, un des neuf Linder
(Etat) de l'Autriche, en fait
partie des le milieu du XIVe
siecle. Et pourtant, il a tou-
jours sauvegarde jalousement ses par-
ticularites. Sa geographic des vall&es
prisonnieres de hautes montagnes y
est certes pour beaucoup, qui en a fait
plus un lieu de passage que d'etablis-
sement. Mais qui lui a permis de tirer
profit des voyageurs, des armees et des
souverains en vadrouille en se prote-
geant de tout cosmopolitisme. Et d'etre
une region florissante malgre son peu de
ressources naturelles.

Au moins durant six siecles, de la fin
du XIIIe siecle a l'achevement de la
Premiere Guerre mondiale, sous la
dynastie des Habsbourg, l'Autriche a
ete au centre du pouvoir en Europe. Du
temps ou Charles Quint declarait que
le soleil ne se couchait jamais sur son
empire, l'Autriche au centre de ce pour-
voir gigantesque.


Le Tyrol au coeur de 1'empire

Au le siecle, Rome etendait son empri-
se le long du Danube dans sa "marche
de l'Est" Ostarrzchi. Et au IIe siecle, ce
pays commengait a gagner en impor-
tance, etant devenu la frontiere septen-
trionale de l'Empire romain. Au IIIe
siecle la "marche de l'Est" Ostarrzchi
est devenue officiellement le nom de
l'Autriche d'aujourd'hui. A partir du
Xe siecle, l'unite du pays sera realisee
par la famille des Babenberg jusqu'd la
defaite de ceux-ci par les Magyars et
l'accaparement du pouvoir par les rois
de Boheme qui seront eux supplants
par Rudolph de Habsbourg devenu
empereur en 1273. Entre-temps, en
1027, les empereurs allemands avaient
decide d'instaurer un gouvernement
special pour le "territoire au milieu
de la montagne", nom determinant le
Tyrol. En 1180 fut construit le premier
pont sur le fleuve de l'Inn (Innsbruck).
En 1420 le duc Frederic II transfer la
residence des Habsbourg a Innsbruck.
Jusqu'au milieu du XVIIe siecle les
Habsbourg y garderont cette residen-
ce.


L'Autriche est alors moteur de l'his-
toire. Elle s'agrandit, son administration
interieure se renforce. Frederic II dit
alors sans ambages "La terre entire
appartient a l'Autriche" (Alles Erdreich
ist Osterreich untertan) resume par les let-
tres AEIOU. Et ceci, grace a des guer-
res mais surtout a un reseau d'allian-
ces par mariages, dont naitra Charles
Quint. Qui regnera sur le Saint-Empire
romain germanique, l'Espagne, Naples,
la Sicile, la Sardaigne et les territoires
d'Amerique. L'empire rayonnera jusqu'a
la fin du XVIIIe siecle.

L'epopee du paysan tyrolien

Dans la guerre contre la France de 1792
a 1815 l'empereur d'Autriche enregis-
trera des defaites et devra renoncer a
ses titres d'empereur des Romains et
de chef du Saint-Empire romain ger-
manique.

C'est alors que le Tyrol entre en scene
et ecrit une page d'histoire consoli-
dant sa situation de territoire particulier
sinon a part. En 1809, un simple pay-
san, Andreas Hofer avec ses partisans


Cu r r i e r
















Von Sauw & Schwar
uaim KAthauus Tyrol


La Premiere Guerre mondiale com-
mencera par l'assassinat du neveu de
Frangois-Joseph, l'archiduc Frangois-
Ferdinand a Sarajevo en 1914. La
monarchie austro-hongroise prise dans


La cathedrale d'Innsbruck
o Hegel Goutier




tyroliens, ebranle la force de frappe
de Napoleon durant pres de deux ans.
Celui-ci finit par gagner et Andreas
Hofer quoique capture suite a une trahi-
son et execute rentre dans la legende du
Tyrol. Il y est evoque encore aujourd'hui
a tout bout de champ. Napoleon spouse
la fille de l'empereur qu'il a vaincu. Et
l'Autriche, apres avoir faith le dos rond,
reprend le dessus grace entre autres
a son fameux diplomate, le prince de
Metternich qui permit aux troupes de
son pays de rentrer s Paris en 1814 et
de retrouver au Congres de Vienne de
1814, une position de force et de regner
de nouveau sur l'Europe. Mais aussi
de se confronter a des revoltes comme
celle en Italie qui chassa Metternich en
1848.

Frangois-Joseph lui succede. Durant
68 ans. Jusqu'd la Premiere Guerre
mondiale. Il est devenu roi de
Hongrie, creant ainsi l'Empire aus-
tro-hongrois. Croissance economique
et dynamisme artistique renforcent
l'Etat sur le plan interieur. Mais
n'empechent pas son recul sur le plan
international.


la tourmente perdra pres d'un million
et demi de personnes. Elle disparaitra.
Entre les deux grandes guerres, Hitler
procedera a l'Anschluss, l'annexion de
l'Autriche, Apres la guerre, elle rede-
viendra vite prospere. En 1995, le pays
accede a l'Union europeenne

Aujourd'hui l'Autriche est l'une des
regions les plus prosperes de l'Union
europeenne et le Tyrol une des plus
prosperes de l'Autriche, avec une eco-
nomie centree sur le tourisme bien loin
devant l'industrie.


Ombres et lumieres de I'histoire du Tyrol


lylUI L IU I I D I I I I I I II I
democratic, mais a I'epoque des nazis, il s'est
comported comme l reste tde 'Autriche, explique
Horst Schreiber. C Hegel Goutier

Horst Schreiber est enseignant d'his-
toire contemporaine a I'Universite
d'lnnsbruck. Lors du reportage du
Courrier, il presentait "Von Bauer &
Schwarz zum Kaufhaus Tyrol", une
analyse de la politique du Tyrol du mi-
lieu du XIXe siecle a nos jours avec
ses ombres et lumieres, et ce a travers
I'evolution d'un grand magasin appar-
tenant a une famille juive et qui allait
changer plusieurs fois de noms et de
main a I'ombre d'un antisemitisme
rampant.*


Interview


"Je trace I'histoire d'une minority de
Juifs au Tyrol et de la reaction de la
majority par rapport a ce groupe. Le


Tyrol est caracterise au XIXe siecle par
une opposition marquee a I'industria-
lisation. Au moment oi il avait besoin
de la main d'oeuvre de migrants venus
d'autres territoires de I'Empire austro-
hongrois. Parmi lesquels, des Juifs
venus avec les idees du modernisme.
Des nobles et des paysans d'ici tres
catholiques ne voulaient pas de ces
changements et avaient peur de cette
migration et subsequemment d'autres
religions que le catholicisme. D'oi la
manifestation d'un anti-semitisme.


Le Tyrol s'est toujours juge democra-
tique parce qu'il a combattu pour sa
liberty contre les Bavarois et les Fran-
gais sous la houlette de son heros,
Andreas Hofer.


A I'epoque des nazis, le Tyrol s'etait
pourtant comported comme le reste de
I'Autriche. Apres la guerre, il a 'exter-
nalise' vers Vienne le national. Depuis
les annees 80, il y un discret aggiorna-
mento. Mais ce n'est pas pour autant
qu'au Tyrol, les pouvoirs vont soutenir
les historiens vers des recherches de
grande portee sur la collaboration. La
Mairie a donned par exemple un sou-
tien ponctuel pour I'impression de mon
livre."

* Andrea Sommer et Habbes Schlosse-
rauer ont collabore a deux chapitres


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010












Le Tyrol, I'une des economies


les plus stables d'Europe


Entretien avec Eugen Sprenger, maire ad interim d'Innsbruck


Eugen Sprenger est le premier adjoint
au maire d'lnnsbruck en charge, entre
autres, des affaires sociales. Lors
de la visite du Courrierau Tyrol, il
etait maire ad interim de la ville. Les
affaires sociales sont de la plus haute
importance en Autriche, en particulier
dans la region du Tyrol. Eugen
Sprenger a la reputation d'etre proche
de ses administres.




Hegel Goutier N


Eugen Sprenger Je suis tres
proche des citoyens. Nous
assurons la prise en charge
totale de 400 enfants dont les
parents ne peuvent s'occuper. Quelque
5.000 personnes environ percoivent des
allocations sociales et 1.300 personnes
ages vivent en maison de retraite ou
en residence medicalis&e. Nous pre-
nons soin egalement de 1.200 personnes
ages qui sont encore capables de vivre
chez elles. Nous leur versons une alloca-
tion de subsistance et nous payons aussi
leur loyer. A cet regard, nous sortons
vraiment du lot par comparaison avec
d'autres pays.

Le Courrier Quelle est la situation
economique au Tyrol?

Grace a notre structure economique,
notre situation est assez stable par com-
paraison avec l'ensemble de l'Autriche,
et meme avec l'Allemagne. Un tiers
environ de la population vit du touris-
me, un autre tiers travaille dans l'indus-
trie et le dernier tiers, dans de petites et
moyennes entreprises. C'est a cela que
nous devons notre stability. Bien sur,
nous avons eu notre lot de licenciements
et le ch6mage a augmented, mais la crise
economique n'a pas touched le secteur du
tourisme. Le nombre de nuitees a meme
augmented.

Nous rencontrons neanmoins quelques
problems dans le secteur industriel,
car nous n'avons que quatre ou cinq
grandes entreprises. Les problems les
plus preoccupants concernent la cris-
tallerie (Swarovski) et la metallurgie


iiin u I l uu- negei uounter


(Metalwerkt). Nous avons egalement
assisted a un certain ralentissement dans
les activities des petites et moyennes
entreprises, mais rien de significatif.

Qu'en est-il par rapport a l'Autriche
dans son ensemble?


Eugen Springer. aHegel Goutier


Je pense que la situation dans l'est de
l'Autriche est pire qu'ici, en particulier
dans les regions tries industrielles, a
Vienne ou a Linz. Leur tissu econo-
mique est different et le tourisme y
est moins d&velopp&, a l'exception des
regions alpines. Ces regions ont assist&
a une montee plus forte du ch6mage et


Cu r r i e r




















































elles ressentiront encore les retombees
de la crise pendant deux ou trois ans.

D'oz vient l'attrait d'Innsbruck aux
yeux des strangers?

Innsbruck est au cour des Alpes. Nos
paysages sont magnifiques et notre touris-
me est tries developpe, tant en hiver qu'en
ete. Chaque annee, le Tyrol enregistre 43
millions de nuitees, soit plus du chiffre de
toute la Grece ou de toute la Suisse.

Innsbruck est la plaque tournante du
tourisme dans le Tyrol. Le cour histori-
que de la cite remonte a la Renaissance
et n'est qu'd une demi-heure de l'Italie
ou de l'Allemagne. Son architecture est
d'une grande beauty et present beau-
coup d'interet. Toute la cite est classee
au Patrimoine mondial de l'Organisa-
tion des Nations Unies pour l'education,
la science et la culture (UNESCO).
Nous accueillons un festival culturel de
haut vol et nous comptons huit salles de
spectacle, pour le theatre, la danse et
l'opera et l'operette.

Innsbruck est egalement estampillee
ville sportive. Nous avons un grand
centre de congress, le deuxieme d'Autri-
che. En 2002, nous avons regu le prix du
meilleur centre de congress du monde, a
Melbourne, en Australie. Notre h6pi-


L'Inn, au cceur de la vile d'Innsbruck. a Hegel Goutier


tal universitaire et notre universite,
vieille de 350 ans, ont excellente reputa-
tion. Nous avons aussi d'innombrables
musees.

Comment expliquez-vous le fait que
l'Autriche n'atteindra pas son objec-
tif qui consiste d consacrer 0,59% de
son RNB au developpement en 2010.

Ce n'est pas une question qui se pose a
nous, elle est plut6t du ressort du gou-
vernement federal d'Autriche. Bien sir,
ce serait utile de maintenir, voire d'ac-
croitre le niveau d'aide au developpe-
ment pour des pays d'Afrique et d'autres
pays en developpement, mais c'est une
question d'arbitrage budgetaire en ces
temps difficiles sur le plan economique.

Comment decririez-vous l'dme tyro-
lienne?

Decrire l'ame tyrolienne n'est pas chose
facile en raison de la diversity de sa
population, une heterogeneite qui expli-
que les differences de mentality. Dans
l'ensemble, les Tyroliens sont tries sensi-
bles aux questions financieres, mais ils
sont aussi ouverts a d'autres influences.
Ils sont tries attaches a leur region, a
leur paysage, a leur terroir. Ils sont tra-
vailleurs, intelligents et efficaces.


Cooperation


Bien structure mais un
peu loin de la coupe aux
levres

La politique de cooperation de
I'Autriche est definie par le minister
federal des Affaires europeennes et
internationales MFA qui etablit des
programmes triennaux de sa mise
en oeuvre confine a I'Agence autri-
chienne de Developpement ADA.
Qui opere en concertation avec les
autres ministers federaux, les Etats
(Lander), les municipalities et les
Banques autrichiennes de develop-
pement, les ONG et les entreprises.

II est important de preciser que c'est
I'ensemble du gouvernement qui est
en charge de la cooperation, vu son
caractere collegial particulier. II n'a
pas de vrai chef, le Premier ministre
n'etant qu'un 'parum intra pares', tout
au plus un animateur qui ne decide
meme pas personnellement du port-
folio de chaque ministre defini par
le parlement. Le cas echeant le PM
doit solliciter celui-ci et le ministre
en question restera sans portefeuille
en attendant une loi ad hoc. La poli-
tique de cooperation de I'Autriche a
pour partenaire des pays prioritaires
qui sont parmi les ACP: Ethiopie,
Ouganda, Mozambique, Burkina
Faso, Cap Vert.

Actuellement, une tension se fait jour
entre les ONG et le gouvernement.
Parce que celles-la n'ont pas ete
consultees sur le prochain program-
me triennal de la cooperation. Et aus-
si a cause de la diminution de I'aide
autrichienne, passant de 0,50% su
PIB en 2007 a 0,43% en 2008, hors
de portee du 0,59% auquel le pays
s'etait engage comme condition sine
qua non pour repondre aux objectifs
des millenaires du developpement.


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010





















ONG d'Autriche et du Tyrol



Vent du Sud et Lumiere du


monde face a une reduction


de I'aide


reduction eu Duaget autricnien ae lalde
au developpement>, admet Ines Zanella,
directrice regionale de Siidwind. Hegel GouTer
Hegel Goutier





implantee au Tyrol. Intervient
constamment dans les rues, sur
les marches publics autant que
dans des universities, les ecoles de tous
niveaux ou devant des instances politi-
ques pour alarmer et conscientiser sur
les problems des pays pauvres dans la
problematique globale. Elle se soucie
de la diminution de l'aide au develop-
pement en Autriche. A l'instar d'autres
organisations de la soci&et civile.

Ines Zanella, sa directrice regionale au
Tyrol explique au Courrier : "Comme
les autres ONG de developpement, nous
recevons un soutien financier de l'ad-
ministration publique. Dans le cas de
notre section du Tyrol, il represent


89% de notre budget, le reste provenant
de l'Union europeenne.

Nous organisons des ateliers pour les
professeurs de tous niveaux, du jardin
d'enfants a l'universite sur le commerce
mondial. Notre collaboration avec des
universities nous permet de disposer de
cadres suffisants pour les organiser.
Notre bibliotheque sur certains themes
est souvent plus riche que meme celles
de certaines universities, d'ou son niveau
de frequentation tries eleven. Sildwind
lance regulierement de grandes cam-
pagnes comme sur le Fair Trade dont
le theatre d'action peut etre la rue, les
supermarches ou d'autres lieux."

Un engagement insuffisant

L'organisation a des soucis suite a
la diminution de l'aide publique au
developpement de l'Autriche epinglee
d'ailleurs par l'OCDE. "Les pouvoirs
publics ne sont pas suffisamment enga-
ges sur le theme du developpement,
critique Ines Zanella, sous le pretexte,
d'apres les autorites tyroliennes que ce
n'est pas une priority pour la population.
Et sous celui de la situation economi-
que mondiale d'apres le gouvernement
national."
Les ONG doivent participer
davantage a I'6laboration des
strategies de d6veloppement
Johannes Trimmel

Johannes Trimmel de Light for the
World, une ONG intervenant dans plu-
sieurs pays en developpement en faveur
des handicaps et plus specialement
des handicaps de la vue, fait un autre
reproche au gouvernement autrichien. Il
confie au Courrier : "Nous dialoguons


avec le minister des Affaires etrange-
res et avec 1'ADA en ce qui concerne
les programmes destines aux handi-
capes. Nous sommes comme d'autres
des contractants de leurs programmes.
Mais quand on en arrive aux strategies
et aux principales decisions comme la
preparation du prochain programme
de trois ans de la politique de coope-
ration au developpement du pays qui
doit etre soumis au parlement, jusqu'd
present, les ONG n'ont ete nullement
impliquees. Quoique le document de
revue du dernier programme ait stipule
qu'elles doivent l'etre. Nous appelons
donc le gouvernement a respecter ses
engagements."

Light of the World intervient plus spe-
cialement dans les pays ACP suivants :
Ethiopie, Mozambique, Burkina Faso et
Soudan et dans une moindre mesure au
Rwanda et en RD Congo. Au Soudan
Light of the World travaille pour l'inte-
gration des handicaps de la vue dans
la soci&et dans laquelle ils vivent. Elle
s'occupe entre autre de la prevention de
la cecite, de son traitement, de la rehabi-
litation des personnes handicapees et de
leur participation a la vie active.


Cu r r i e r
















































) Hegel Goutier


Hegel Goutier


L oin de l'image d'aust&rit&
rurale dont le Tyrol est parfois
affubl6 a l'6tranger, sa capitale
Innsbruck est un haut lieu de
culture, une invite a la musarderie, a la
reverie, au vagabondage et au roman-
tisme. Il y a de ces hivers plus chauds et
plus fantasques qu'un ete.

En hiver au moment ou la ceinture de
montagnes autour de chaque vall6e est
plus serrante, ou les habitants de ce qui
est malgre ses allures de petite m6tro-
pole culturelle, se donnent des ailes pas
seulement en fin de semaine mais cha-
que jour au debut du cr6puscule pour
escalader les hauteurs des quartiers et
villages ceinturant la ville comme pour
voir le lointain. Fourmiliere vivante.
Avant de remplir les restaurants et les
tavernes campagnardes de tous les quar-
tiers grimpants du centre-ville et accro-
ches a ses pans.

Et de ces alpages enneig6s, cer-
tains peuvent skier directement pour
regagner leurs p6nates. Si ce n'est
pour d6ambuler le long de la Maria
Theresien Stra3e la folle artere, a elle
seule une encyclopedia du dynamis-
me architectonique des Autrichiens
mariant architecture de verre des
plus modernes au classicisme le plus


&pure passant par les fantaisies du
Juegendstyle dont les vitraux et les
graphites sont pure merveille.

Echappee belle

En fin de semaine, la haute montagne
devient une obsession. Le point le plus
prise et un des plus envoutants est
Hafelekar, accessible facilement par un
nouveau tl66ph6rique ultrarapide, une
muvre futuriste en soi de l'architecte
Zaha Hadid, relay& a Hungerburg par
des tl&6cabines vers une premiere sta-
tion d'ou la vue sur la ville est d6ja
superbe puis un autre vers la destina-
tion finale a plus de 2.300 metres avec
une vue sur les massifs alpins les plus
6loign&s. Possible de faire une descente
par des pistes des plus sures aux plus
risqu6es.

D'autres pr6f6reront aller vers les le vil-
lage pittoresque de St Sigmund pour se
laisser glisser au soleil d'hiver, paresseu-
sement sur une luge tyrolienne et parta-
ger le plaisir pre6f6r des enfants. Cette
embard6e ne leur coute rien de plus que
le prix que leur abonnement de trans-
port en commun de la ville et aux touris-
tes une partie du cout de leur Innsbruck
City card leur donnant acces a tous les
muses, monuments historiques et sites
touristiques de la ville et des environs.
Le site des Jeux Olympiques de Bergisel
offre aussi une evasion facile, outre le
plus exuberant tremplin pour saut a


ski, il propose aussi un beau panorama
d'Innsbruck et des environs.

Pour les plus fain6ants il suffit de res-
ter J Innsbruck et trainer le long des
berges de l'Inn. La ville basse est une
offerte a la visite. Du "Petit toit d'or"
au palais des Habsbourg, et les innom-
brables muses. Ne pas rater le Mus6e
tyrolien des arts et traditions populaires
Tiroler Volkskunst museum, meme si vous


) Hegel Goutier


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010











abhorrez ce genre de lieux. Ici pas de
place a la mievrerie decorative ou a la
condescendance d'esthete. C'est du bel
art a travers les siecles, le savoir-faire
raffine des artisans des vallees. Ou le
Hofkirche avec l'extravagant mausolee
de Maximilien Ie.

Delire d'emotion

Le visiteur a des chances d'etre a
Innsbruck au moment d'un beau festival.
Comme le tries eclectique Osterfestival
Tirol www.osterfestival.at de par sa
programmation ou la tries specialisee
Tanzsommer www.tanzsommer.at qui
affichent des programmes des plus alle-
chants.
Les galeries d'arts sont de quality et sont
legion pour une population d'a peine
plus de 100.000 habitants. Et des plus
osees. Une galerie comme le Taxispalais


L' me du Tyrol

Hegel Goutier




fallu attendre les annees
D epuis le Moyen Age, il a
fallu attendre les annees
soixante pour voir des gens
venir s'installer au Tyrol avec
le developpement du tourisme et de
l'industrie, explique l'historien Horst
Schreiber au Courrier. La soci&et tyro-
lienne par la force des choses n'a eu pour
repere que elle-meme.

Paradoxalement de nombreuses per-
sonnes issues du monde de la culture
considerent que l'art contemporain de la
region n'a aucune filiation avec son art
traditionnel. Ainsi de la galeriste Beate
Ermacora de la Galerie im Taxispalais
et de Maria Rauch, galeriste, et Lucas
Drexel, artiste plasticien. Pour Astrid
Gostner, toutefois, ancienne galeriste,
ce deni insistant est preuve d'une ambi-
guite des Tyroliens -fierte et complexe
a la fois des Tyroliens. Isabella Mangold
artiste ceramiste est du meme avis, il est
vrai qu'elle est Tyrolienne seulement de
deuxieme generation.

Zugereister ? Pour Emmanuel Rukundo,
Tyrolien-Africain, cette question est la
reponse a une autre question. Peut-on
devenir Tyrolien ? A laquelle, le vrai
Tyrolien repond "Zugereister ?", Peut-
on prendre un train en marche ? Mot
passe dans le vocabulaire. "C'est un
mot discriminatoire utilise de fagon ele-
gante. Il se dit meme de quelqu'un du
village voisin". Mais il ajoute : "Pour


www.galerieimtaxispalais.at dirigee par
Beate Ermacora ferait honneur aux plus
grandes metropoles.

Reconnaissance totale des
talents raffin6s des artisans de
la vall6e
Lors du passage du Courrier, elle presen-
tait probablement l'une des plus origi-
nales expositions de la saison en Europe
"Illuminating shadows" de Kirstine
Roepstorff, a la fois presentation de
pieces individuelles mais dans laquelle
chaque groupe -peintures, sculptures,
jeux de lumiere -est une installation.
L'artiste a apprivoise dans son ensem-
ble certaines muvres d'art traditionnel
africain dans un mariage ou face-a-
face dans lequel, l'amateur ne se rend
meme plus compte de la provenance
de ces dernieres tant le dialogue est


le Tyrolien c'est d'abord la famille, le
village, le parti puis les gens proches.
Je me sens aussi une part de ce pays et
je l'aime. Ma femme est Tyrolienne et
mes enfants aussi. Ce que je retiens est
que le Tyrolien est franc meme jusqu'a
la rudesse."


intense. La transparence entre des fil-
tres gazeux reels ou virtuels recouvrant
ses tableaux, les ombres portees d'une
piece sur une autre, les mecanismes de
lumiere dans lesquels l'artifice se fait
oublier participent d'un emerveillement
et suscitent une sensuality du regard et
un delire d'emotions. Un muvre peut-
etre temoin d'un romantisme du futur.


La tradition tyrollenne revisitee. 0 Hegel Goutier
Que ferait un patron tyrolien si vous
postulez un poste en competition avec
un Viennois ou un autre Europeen ?
"A quality gale, le Tyrolien me pren-
drait moi. Je suis plus proche de lui."
C'est net.


C*u r r ie r
























Africains-Tyroliens connus



comme des loups blancs


Hegel Goutier


Emmanuel Rukundo, Rwandais
d'origine, Tyrolien d'adoption
a tendu plus d'un fils entre
l'Autriche et l'Afrique ces deux
poles de ses affaires et de son cour. Son
entreprise de consultance se developpe
au Rwanda, au Kenya et en Europe.

Emmanuel Rukundo est arrive au Tyrol,
il y a 18 ans dans les tourmentes du geno-
cide. De sa base principale, Innsbruck,
il s'eloigne desormais regulierement vers
les different lieux de developpement de
ses affaires. II avait commence par creer,
profitant des ses expertises acquises en
Europe, un bureau de consultance pour
entreprises europeennes et africaines
desireuses de se diversifier sur d'autres
continents. En choisissant pour parte-
naire son commanditaire tyrolien E2M
GMBH Autriche qui est venu avec son
pendant italien E2M SUCH Italie. Et il
s'est associe a une entreprise de consul-
tance rwandaise deji cote sur le march
local. Au total quatre actionnaires, deux
Europeens et deux Africains pour cette
entreprise, E2M East Africa. Ce n'est
pas le seul trait d'union que Rukundo a
tissue entre les deux continents. Il racon-
te au Courrier son interessant parcours.

Son triangle de developpement entrepri-
ses-universites-agences internationales.

Une carrier diversified

"J'exergais depuis longtemps deux activi-
tes principales. D'une part, je suis salaries
aupres de la a Chambre du Commerce
et la Chambres des Travailleurs comme
conseiller pour leurs projets de forma-
tion entreprises-ecoles destines aux jeu-
nes. Depuis 2003, j'ai en plus un bureau
de consultance d'affaires en matiere
d'investissement et de financement ici
a Innsbruck.


Et peu apres, je me suis installed en
Afrique de l'Est pour etablir des liens
d'affaires entre entreprises d'Afrique
de l'Est, Rwanda et Kenya pour com-
mencer avec l'Autriche, l'Allemagne et
l'Alto Adige (Haut Adige ou Sud-Tyrol
italien). Je rentre 1a d'Afrique pour un
autre projet que je developpe, une syner-
gie entreprises-universites-agences de
developpement pour lequel j'ai l'appui
de l'Universite de Lichtenstein et de
l'Association du secteur prive du Sud-
Tyrol et contacterai bient6t les entrepri-
ses autrichiennes operant en Chine.

De plus en plus
d'investissements africains
en Europe
Jusqu'ici les entreprises europeennes en
Afrique pensent rarement a des echan-
ges de technologies et de capitaux.
Maintenant je negocie pour des entre-
prises africaines qui veulent investir en
Europe. Il y en aura de plus en plus.

Mon parcours ? Des humanities (bacca-
laureat) en latin-sciences. Puis un diplo-
me en Philosophie & Lettres et une
agregation d'enseignement secondaire
au Congo (RDC). J'ai obtenu apres une
Licence en Theologie a l'Universite des
Jesuites a Rome un Master en Theologie
a l'Universite Leopold Franz Jozef a
Innsbruck. J'ai renonce a la pretrise. Et
j'ai suivi une formation en consultance
pour le financement et l'investissement,
couronnee par un examens d'Etat don-
nant acces aux professions liberales."

Parmi les autres Tyroliens-Africains
connus comme des loups blancs a
Innsbruck, figure en premier lieu Bella
Bello Bitugu, d'origine ghaneenne, 'lec-
turer' en Education et Sociologie a
l'Universite d'Innsbruck et qui n'est rien
moins, parmi ses nombreuses hautes
occupations, que la voix de l'Autri-
che pour ses initiatives Football et
Developpement.


Emmanuel Rukundo, Afro-tyrolien. 0 Hegel Gouber


Affiche de I'Afro DJ Festival d'lnnsbruck. Hegel Gouber


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010
























































Vincent Mantsoe, lors du spectacle < SAN >>. Xavier Rouchaud


"SAN" ou

I'homme

universel

de Vincent

Mantsoe









Marie-Martine Buckens

S outenu par une musique tan-
tot envoutante, tant6t rythm&e,
ponctuee par des vers du po&te
soufi Rumi, le choregraphe sud-
africain Vincent Mantsoe, entour& de
quatre autres danseurs, vous entraine
pendant une heure avec les San, les
Bochimans, temoins encore vivants de
cette longue journ&e humaine qui com-
menga voici plus de 2.500 ans.
I1 est pres de 22 heures. Vincent Matsoe
prend un dernier verre avec ses dan-
seurs A la terrasse du Market Theatre,
qui abrite diff6rentes salles de spectacle
et un superbe restaurant, non loin de
la Dance Factory ou il s'est produit
deux heures auparavant. Avant de reve-
nir a Newtown, le quartier culturel


Cu r r i e r






















de Johannesburg, Vincent Mantsoe a
reconduit a Soweto ses parents venus
le voir. "A la fin du spectacle, ma mere
pleurait", nous dit-il emu et heureux.
"Mes parents m'ont beaucoup soutenu",
poursuit-il ; "pourtant, quand j'etais
jeune, mon pere voulait que je devienne
footballeur, la seule maniere pour un
Noir de s'en sortir pendant l'apartheid.
Ma mere etait, et est toujours, sangoma,
une guerisseuse traditionnelle. C'est par
elle, au travers de ses rituels, que j'ai
appris le rythme, la danse, par ma
grand-mere aussi qui toujours me disait:
'essaye de toujours rester culturellement
ouvert', me disant que c'etait une fagon
de mieux me connaitre. Ce fut difficile
pour moi, j'avais tant de choses dans
ma tete".

Mais Vincent Mantsoe poursuit le che-
min qu'il s'est fixed, esquisse des pre-
mieres choregraphies avec cinq autres
jeunes danseurs, au sein du groupe les
Joy Dancers : "Ma grande chance fut
de pouvoir suivre en 1990 les cours de
Sylvia Glasser. Elle fut mon mentor. A
l'epoque, il etait difficile pour un Noir de
danser dans un studio avec des Blancs.
Pourtant, pour moi, nous sommes tous
issus de melanges et ce qui m'importait


c'etait la spirituality que je voyais dans
chaque personne car c'est ainsi que j'ai
ete eduque." Cette spirituality univer-
selle, Vincent Mantsoe l'a rencontree au
cours de ses nombreux voyages. Certains
endroits lui ont plus parle que d'autres
: "l'Afrique d'abord, mais aussi les pays
d'Asie. En Coree du Sud, et au Japon
surtout, j'ai ete frappe par la similarity
de leurs danses avec les notres ; par leur
spirituality tellement proche".

En 1996, premiere consecration, le
jeune choregraphe de 25 ans est prime
en France. La France ou il rencontrera
plus tard sa femme, danseuse elle aussi,
et ou il s'est etabli depuis deux ans avec
leurs deux enfants, une fille de sept ans
et demi et un fils de 17 mois, tient-il
a preciser. Ce qui ne l'empeche pas
de se produire regulierement dans son
pays natal, de meme que dans d'autres
pays d'Afrique, En Angola bient6t et en
novembre au Benin. Mais il n'empeche,
pour le jeune choregraphe, la danse
n'est pas assez valorisee en Afrique.
"Ici en Afrique du Sud, il y a peu de
festivals consacres a la danse. Les gens
en Afrique du Sud ne sont pas eduques
pour aller au theatre ou a un spectacle
de danse". Le choregraphe est aussi cri-
tique : "en outre, je ne vois rien de tries
neuf, je ne sens plus la meme passion ;
je ne sens pas d'inspiration, souvent je
trouve les expressions tries 'peripheri-
ques'." Et il faut avoir vu un spectacle
comme "SAN" pour comprendre ce
que Vincent Mantsoe entend par inspi-
ration, mais aussi par force et beauty de
mouvement, soutenu par une musique
qui vous habite tant elle est, elle aussi,
choregraphie. Ceci dit, le choregraphe
sud-africain reconnait que se produire
reste une gageure partout, meme s'il
a la chance d'etre en contact avec des
compagnies, avec le prive aussi, et d'en-
seigner.

Retour au spectacle donne ce soir,
seconde et derniere representation sur
le sol sud-africain avant le retour de la
troupe en France, et une representation


en soliste le lendemain. "Avec SAN, j'ai
ete mu par une motivation tant politique
que culturelle tries importante en creant
cette choregraphie. Je suis Noir, mais
les autres danseurs ne le sont pas. Je ne
le voulais pas. Je parle de la survie des
San (les Bochimans, NDLR -lire aussi
le dossier consacre a l'Afrique du Sud).
Ils sont tous noirs, mais nous le sommes
tous. Tous, comme les San, nous avons
subi des agressions, nous avons ete a un
degree ou un autre decim&s. Nous venons
de la meme source et faisons face aux
memes combats."

Ils sont cinq sur scene, au depart la
tete pendue a des cordes, ces cordes
pour seul decor. Elles partent du pla-
fond, traversent de part en part la salle,
comme autant de chemins -comme
les song lines, ces routes de chants des
Aborigenes d'Australie -et une corde
separant la scene de la salle. Petit a petit,
ces corps vont se mouvoir, tremblant
parfois, avec fougue, en quete, las par-
fois. Et commence une heure de voyage,
de notre voyage, celui de l'humanite.

La musique de Shahram Nazeri, maire
iranien de la musique soufi, l'accompa-
gne, elle-meme porteuse, par longues
eclipses, de vers du grand poete Rumi.
L'Afrique rejoint ainsi l'Asie. "Cette
musique est tries importante ; elle est
porteuse de sens et cree une connexion
culturelle", ajoute, avec fougue, Vincent
Mantsoe. "Les instruments aussi ; le
type de violon utilise est tries similaire
a celui que l'on retrouve aujourd'hui
en Afrique de l'Ouest, un violon qui
est d'ailleurs parti d'Afrique et que
l'on retrouve, modified chaque fois, au
Kazakhstan, au Japon."

I1 se fait tard. Vincent Mantsoe nous
quitte apres un dernier et eclatant sou-
rire, tout heureux d'avoir pu partager
sa passion. Sa silhouette, etrangement
frele et menue, s'eloigne dans la rue. Sur
scene, c'est un geant tout en force, le
regard parfois pergant qui nous parle.


SAN >>. Xavier Rouchaud


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010


Zoom


































Ues detenses deleplant contlsquees et sous bonne garde, sur le site de I agence
nationale de protection de la faune, a Nairobi, au Kenya (2009). Reporters/AP


Une Coalition pour I'Elephant
d'Afrique appelle I'Union europeenne
a s'opposer a toute modification
du moratoire de la Convention sur
les especes menacees d'extinction
(CITES) qui donnerait le feu vert
aux exportations d'ivoire africain,
lesquelles, estime la Coalition,
mettraient encore davantage en peril
la survie de I'elephant d'Afrique. La
Conference des Parties a la CITES,
qui se tiendra du 13 au 25 mars,
au Qatar, devait en effet examiner
les demandes introduites par la
Tanzanie et la Zambie, deux pays
souhaitant proceder a des exportations
"ponctuelles" d'ivoire. Cette demande
a rouvert le "debat tres controversy"
sur la protection des populations
d'elephants sur le continent, indique
Shelley Waterland, responsable
des programmes de la Born Free
Fondation, une organisation caritative
de protection de la vie sauvage basee
au Royaume-Uni.




Debra Percival




cres effrenes d'616phants, qui
ont fait chuter la population
des elephants africains de 1,3
million a 600.000, une interdiction inter-
nationale du commerce de cette espece
avait &et impose pour la premiere fois en
1989, l'61ephant d'Afrique ayant &et alors


class& a l'Annexe I de la CITES. "Ce
moratoire a &et un succes. Le braconnage
d'le1phants a sensiblement diminu& et les
prix de l'ivoire sur le march noir se sont
effondres", explique Mme Waterland.

Depuis, la portee du moratoire s'est
r6duite petit a petit. Les populations
d'le1phants de quatre pays d'Afrique
australe (le Zimbabwe, le Botswana,
l'Afrique du Sud et la Namibie) ont &et
d&class&es en Annexe II de la CITES,
qui autorise le commerce d'ivoire moyen-
nant accord des parties a la CITES.
En 1999, pres de 50 tonnes d'ivoire ont
&et exportees a partir de ces pays vers
le Japon. En 2009, 105 tonnes quit-
taient encore l'Afrique australe pour le
Japon et la Chine. Le Zimbabwe est
autorise a exporter de l'ivoire sculpt&
a des fins "non-commerciales" et la
Namibie exporte a present l1galement
des ekipas (sculptures traditionnelles) en
ivoire, 6galement a des fins "non-com-
merciales". En 2007, un moratoire de
neuf ans sur les demandes de nouveaux
d6classements aupres de la CITES a
ete introduit, donnant a la communaute
internationale du temps pour observer
les effets du moratoire et l'encourager a
financer des mesures de lutte contre le
braconnage, comme l'&quipement et la
formation de garde-chasse.

Extinction des elephants en
Sierra Leone

En plus de s'opposer aux demandes de la
Tanzanie et de la Zambie qui souhaitent
pouvoir exporter respectivement 90 et
22 tonnes d'ivoire, a titre exceptionnel,
la coalition des Etats d'Afrique orientale,
occidentale et centrale (Ghana, Liberia,
Mali, Sierra Leone, Togo, Republique
du Congo et Rwanda) souhaite a present
l'adoption, au Qatar, d'un moratoire de
20 ans. La Born Free Foundation
explique que l'introduction d'ivoire sur le


march relance le braconnage au Kenya,
oi ce phenomene prend une ampleur
inedite depuis l'introduction de ce mora-
toire international en 1989. "Pour la
Sierra Leone, il est peut-etre d6ji trop
tard", deplore Waterland. La Fondation
craint en effet que les derniers elephants
aient disparu de cet Etat d'Afrique en
septembre-octobre 2009, suite a la mul-
tiplication des actes de braconnage.
Catherine Bearder, membre britannique
liberale du Parlement europeen et mem-
bre de l'Assemblee parlementaire pari-
taire UE-ACP, demande aux Europeens
de soutenir ce moratoire.

Dans sa demande introduite aupres de la
CITES, la Tanzanie souligne la bonne
gestion de sa population d'elphants, qui
a consid6rablement augment&, passant
de quelque 55.000 elephants en 1989 a
136.753 en 2006. La Zambie indique
quant a elle l'introduction de "pratiques
de protections substantielles".

"Le commerce licite d'ivoire fournit aux
organisations criminelles des filieres de
blanchiment pour l'ivoire illicite", expli-
que Mme Waterland. Elle souhaite done
voir les responsables politiques euro-
peens soutenir un moratoire au sein de
la CITES et financer la protection des
populations d'le1phants, notamment en
Afrique occidentale et centrale.

Derniere minute: a Doha, la CITES a
rejet6 la demande de la Tanzanie et
de la Zambie de vendre leurs stocks
et la demande de la "Coalition de
I'61ephant" d'6tendre I'interdiction du
commerce de I'ivoire.


Pour en savoir plus:
www.bornfree.org.uk
www.cites.org
www.bearder.eu


C*urrier





Dela Terre


Interdiction de la peche


au thon, partie remise


de 40 % au seuil de renouvellement des ressources.>. o Reporters/AP


Hegel Goutier



L a Convention sur le commer-
ce international des especes
de faune et de flore sauva-
ges menaces d'extinction
(CITES) reunie a Doha, Qatar du 13 au
25 mars 2010 n'a pas decide de l'inter-
diction de la peche du thon rouge dans
l'Atlantique a partir de 2011 comme
l'avait reclam&e l'Union europeenne qui
consider que la surpeche du thon de
l'Atlantique a deji depasse largement
les limites de survie de l'espece. Des
preoccupations se font aussi jour quant
a la peche au thon dans l'ocean Indien,
dont plusieurs Etats de l'UE sont partie
prenante et qui constitue un secteur
important de l'economie des pays ACP
de la region.


Avant la reunion, Janez Potocnik, com-
missaire UE en charge de l'environne-
ment avait attire l'attention sur le fait
que l'interdiction de peche s'averait la
seule mesure susceptible, d'apres les
donnees scientifiques, d'eviter une dis-
parition totale des thonides de l'Atlan-
tique, menaces par la surexploitation.
Et ce, malgre les mesures de protection
prises ces deux dernieres annees par
1'ICCAT (Commission internationale
pour la Conservation des Thons de 1'At-
lantique) comme des quotas imposes
aux navires de peche ou le control
de leurs mouvements par satellite. En
depit aussi d'un system de surveillance
encore plus strict mis en place par la
Commission europeenne.

Ces avis scientifiques emis sont sans
equivoque. En 60 ans, la population de
thons concernee est reduite a 15% de


ce qu'elle aurait ete sans la peche. Et sa
chance de survie est plus qu'improbable.
Le thon rouge doit etre inscrit a l'An-
nexel de la CITES, celle des especes
menaces d'extinction dont il faut abso-
lument interdire la capture. Une inter-
diction temporaire suffirait mais elle
devrait etre totale selon la Commission
europeenne.

Et les organisations non gouvernemen-
tales de protection de l'environnement
comme le WWF, a une nuance notoire
pres. Ces dernieres critiquaient le delai
d'un an d'entree en vigueur de l'inter-
diction, prone et par la CITES et par
la Commission et certains Etats mem-
bres de l'UE comme la France. Ces
ONG reclamaient plus de conviction.
D'autant que peu de membres de l'UE
avaient vire leur cuti, apres avoir long-
temps manifest& une allergie a toute
interdiction.

Meme si le thon (jaune) de l'ocean
Indien est un peu moins menace que son
congenere de l'Atlantique, des mesu-
res drastiques sont reclam&es par les
scientifiques en faveur de sa survie. A
la Conference "Bilan pour une peche
au thon durable de demain" a Victoria,
Seychelles qui s'est achevee le 10 fevrier
2010, les experts dont le repute scien-
tifique frangais, Alain Fonteneau, ont
consider que le niveau de peche annuel
de 500.000 tonnes depasse de 40% le
niveau d'equilibre pour la reproduction
de ce poisson.

Le gouvernement seychellois par la voix
de son ministre en charge de l'Environ-
nement, des Ressources naturelles et
du Transport, Joel Morgan, en a appele
aux pays dont les bateaux de peche
operent dans l'ocean Indien pour qu'ils
adoptent a l'instar de Seychelles, des
pratiques saines et qu'ils soient actifs
dans la Commission du Thon de l'ocean
Indien (IOTC). Pour sa part, Orlando
Fachada de la direction generale de
la Commission europeenne en charge
de la peche a regretted que l'action de
1'IOTC ne soit pas a la hauteur du man-
dat qui lui est confie.


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010






































Consensus sur la revision


de I'Accord de Cotonou


Anne-Marie Mouradian


Les pays ACP et l'Union euro-
p6enne ont conclu, le 19
mars, la deuxieme revision
de l'Accord de Cotonou, en
mettant de cote leurs divergences. Le
texte sera formellement sign& en juin a
Ouagadougou, lors du prochain conseil
minist&riel conjoint.

L'accord revise met l'accent sur l'int&-
gration r6gionale des pays ACP et la
strategic UE-Afrique. Il renforce la coo-
p&ration face aux d6fis des Objectifs du
Mill6naire, du changement climatique,
de la s&curit& alimentaire, d'une peche
durable. Tirant les lemons des recentes
crises &conomique et financiere, l'ac-
cord souligne le besoin d'ameliorer les
capacit&s de resistance des pays ACP
aux chocs exogenes et de les aider par
tous les moyens, y compris le m&ca-
nisme Vulnerabilite FLEX.

Les nouvelles dispositions permettront
a 1'UE et aux pays ACP de lutter plus
efficacement contre la pauvrete et de
renforcer leurs relations politiques, s'est
f6licit& le Commissaire europ&en au
Developpement, Andris Piebalgs.

En presence du nouveau secr&taire
general du groupe ACP, Mohamed Ibn
Chambas, le ministre delgu& de l'Eco-
nomie, du Commerce, de l'Industrie et
du Tourisme du Gabon, Paul Bunduku-
Latha, et la secr&taire d'Etat espagnole


a la Cooperation, Soraya Rodriguez,
copr6sidents du conseil conjoint, ont
salu& les progres accomplis et les com-
promis obtenus.

Les sujets de friction

L'UE aurait souhait&, conform6ment a
une demande du Parlement europ6en,
que les principes de non discrimination
inscrits dans l'Accord de Cotonou soient
6tendus a l'orientation sexuelle. Dans
une resolution de d6cembre 2009, les
eurod6put6s avaient rappel6 que l'homo-
sexualit6 n'est l6gale que dans 13 pays
africains et reste consid6r6e comme un
d6lit dans 38 autres et s'6taient inqui6t6s
de l'&ventuel effet domino d'un projet de
loi ougandais contre l'homosexualit&.

Le groupe ACP de son cot6, refusait
toute r6f6rence explicite aux droits des
homosexuels. Le compromis finalement
adopt& reste vague, se contentant de
mentionner la D6claration universelle
des droits de l'Homme qui, dans son
article 2, prone la liberty "sans distinc-
tion aucune, notamment de race, de
couleur, de sexe, de langue, de religion,
d'opinion, d'origine nationale ou socia-
le, de fortune, de naissance ou de toute
autre situation."

La question des readmissions des
migrants clandestins dans leur pays
d'origine constituait un autre sujet de
friction. L'article 13 de l'Accord de
Cotonou &voque d6ji le principe du
retour des illegaux mais ne permet pas,
estiment les Europ&ens, d'agir de fagon


op6rationnelle. Les vingt-sept souhai-
tent pr&ciser leurs modalites tandis que
les pays ACP pr&f&rent en discuter dans
le cadre d'accords bilat&raux entre l'UE
et chacun d'entre eux. Les travaux sur
ce sujet se poursuivront d'ici la signa-
ture officielle de l'accord, en juin.

Par ailleurs, une declaration commune
&tait attendue concernant le finance-
ment futur de la cooperation UE-ACP,
apres l'expiration en 2013 du 10e FED.
L'UE proposait de r6affirmer ses enga-
gements financiers pour lutter contre
la pauvret& et relever les d6fis iden-
tifies dans l'accord. Les Etats ACP
souhaitaient des assurances plus poin-
tues et la prise en compte de toute une
s&rie de facteurs comme l'augmentation
du nombre d'Etats membres de l'UE,
l'adaptation au changement climatique,
les couts d'ajustement lies aux Accords
de partenariat &conomique. L'UE ne
pouvait y souscrire -"ces criteres n'ont
pas encore &et discutes a notre niveau
interne" a expliqu& un diplomate euro-
peen -et aucune declaration n'a finale-
ment &t& retenue.

A noter que la troisieme revision de
l'Accord de Cotonou coincidera en 2015
avec la date fix&e pour la r6alisation des
Objectifs du Millenaire pour le develop-
pement.


Cu r r i e r





OMD e teram Dm n


L'UE oeuvre en faveur de

I'egalite hommes-femmes


Un "Plan d'action de I'UE sur I'egalite entre les hommes et les femmes et
I'emancipation des femmes dans la cooperation au developpement pour la
periode 2010-2015" entend accielrer la realisation des Objectifs du Millinaire
pour le developpement (OMD) dans le domaine de I'egalite et de la sante
maternelle, deux OMD qui accusent un reel retard.


Debra Percival


C e plan d'action s'appuie sur
la communication de 2007 de
la Commission europ&enne
"L'6galit& entre les hommes et
les femmes et l'&mancipation des femmes
dans la cooperation au d6veloppement",
qui recommande notamment l'organisa-
tion reguliere de reunions politiques pour
&valuer les progres ainsi que la creation de
banques de donn&es sur le genre, une ana-
lyse de ces questions a l'&chelon europ&en
et une plus grande participation de la
soci&t& civile aux projets axes sp&cifique-
ment sur la dimension de genre.

"Ameliorer le quotidien des femmes dans le
monde entier sera l'une de mes priorities ,
a affirm& Andris Piebalgs, commissaire
europ&en en charge du Developpement,
le 8 mars, lors du lancement du plan d'ac-
tion a l'occasion de la Journ&e internatio-
nale de la femme.


La sante maternelle a la traine

Et d'ajouter: "L'UE est le premier bailleur
de fonds sur la scene internationale. Nous
devons renforcer notre capacit& a aider les
pays a mettre en ouvre leurs engagements
dans ce domaine et a soutenir les efforts
des groupes et des r6seaux de femmes qui
se battent pour plus d'&galit&."

C'est en effet l'OMD 5 axe sur l'ameliora-
tion de la sante maternelle qui a le moins
progress&. Le plan d'action de l'UE attire
6galement l'attention sur les violences
lies au sexe, toujours plus fr6quentes
dans le monde, et dont les femmes et les
jeunes filles sont les premieres victimes
(voir encadr&).
Pour en savoir plus :
Voir Edition special du Courrier consacree aux
genres (decembre 2009)
http://ec.europa.eu/development/policies/crosscu-
tting/genderequ
http://www.acp-eucourier.info/fileadmin/
issues/2009/X04/TheCourier-2009-X04.pdf


8 mars 2009. JournBe internationale de la femme. Parade a Goma, une ville dechiree par
la guerre dans I'est de la Republique democratique du Congo. Reporters/TeunVoeten


Egalit6 des genres : concours
de dessins pour enfants
Les enfants ages de huit a dix ans
- d'Afrique, d'Asie, des Caraibes,
du Pacifique, d'Amerique latine, de
Mediterranee, du Proche-Orient,
et d'autres pays europeens, y com-
pris les voisins de I'Est de I'UE, sont
invites a participer a un concours
international de dessins autour du
theme de I'egalite hommes-femmes.
II leur faudra done exprimer comment
est-ce que les filles et les gargons,
les femmes et les hommes, peuvent
construire ensemble un monde meil-
leur. Dans chaque region, les laureats
recevront un prix de 1.000 euros cha-
cun, avec lesquels ils pourront achet-
er des livres, des ordinateurs ou tout
autre materiel educatif.

Pour en savoir plus: http://ec.europa.eu/
europeaid/what/gender/drawing-competi-
tion en.htm


Quand le viol se fait arme de guerre

Les violences sexuelles n'ont toujours
pas disparu en Republique d6mocra-
tique du Congo. A I'occasion du 10e
anniversaire de la resolution 1325
du Conseil de security des Nations
Unies sur la violence a I'encontre des
femmes dans les conflits arms, les
instantanes de la photojournaliste
Cornelia Suhan ont fait I'objet d'une
exposition intitulee "Le viol, une arme
de guerre : les femmes en Republi-
que democratique du Congo". Or-
ganisee conjointement par Barbara
Lochbilhler, membre allemande du
Parlement europeen du Groupe de
Verts, et I'ONG allemande Medica
Mondiale, cette exposition, s'est te-
nue le 3 mars au Parlement europeen
a Bruxelles. Elle a mis en avant les
projets realises par I'ONG pour aider
les victimes a se reconstruire. "II ne
s'agit pas d'un conflit interethnique
mais d'un conflit dans lequel des mul-
tinationales exploitent le Congo. Les
victimes ne se trouvent pas a Kins-
hasa mais dans les zones rurales,
et ce sont les femmes qui en font les
frais", explique Jeannine Tshimpam-
bu Mukanirwa, coordinatrice du projet
Peacebuilding. Ce projet est mene en
cooperation avec I'ONG "Promotion
et Appui aux Initiatives Feminines au
Congo", une des rares organisations
d'aide aux victimes de viols en RDC
et qui travaille sur le terrain aux c6tes
de Medica Mondiale.


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010


































le commerce ACP


une planiiauUin e uaie, au uongyo ex- alre), en irtique Ucenrale
Reporters/ Eureka Slide


Faut-il s'attendre a une repetition du
scenario de demondialisation comme
dans les annees 30 ou a une rapide
croissance comme celle des annees 90
et du debut des annees 2000 ? Quel
scenario dominera I'apres-crise?


Debra Percival


Le scenario le plus probable est
celui d'un retour a la situation
des annees 70 et du debut des
annees 80 : une croissance
tries lente dans les pays occidentaux,
une croissance tries rapide -mais plus
lente qu'avant la crise -pour les mar-
ches emergents, et une croissance nega-
tive pour les pays en developpement
et a faibles revenus. Telle est la mise
en garde formulee par le Dr Razeen
Sally, co-directeur du Centre europ&en
d'economie politique internationale lors
d'une conference, intitulee "Politique
commerciale de l'UE vis-a-vis des pays
en developpement", organisee par la
Commission europeenne le 16 mars a
Bruxelles.

Les decideurs politiques doivent veiller
a ne pas reproduire les erreurs du passe
en erigeant de nouvelles barriers non
tarifaires responsables d'une distor-
sion de la concurrence. Des pratiques
commerciales discriminatoires et une
baisse des prets transfrontaliers ont ete
observees durant le dernier trimestre
de l'annee 2009, signale l'Organisation
mondiale du commerce (OMC).

La meilleure fagon de stimuler le com-
merce mondial, c'est d'avancer sur
la voie du Marche unique de l'UE,
notamment en liberalisant davantage
les marches de l'energie et des services,
a explique le Dr Sally. "Dans les ann&es


80, lorsque le march interieur de l'UE
fonctionnait sans heurt, le commerce
exterieur enregistrait lui aussi de bons
resultats". Et d'ajouter que le Cycle de
Doha sur le commerce devrait se limiter
a des mesures telles que l'abolition des
subventions a l'exportation de produits
agricoles. De cette maniere, le monde
pourrait repartir sur de nouvelles bases
en adoptant une strategic post-Doha
portant sur les negociations multilatera-
les des services, l'energie, les accords sur
les marches publics et la suppression des
barriers non tarifaires.

"Les APE dans l'impasse"

Ce qu'il pense des Accords de par-
tenariat economique (APE) avec les
six regions ACP (Afrique-Caraibe-
Pacifique) ? Etant donned l'impasse dans
laquelle se trouvent les negociations, le
Dr Sally doute que de tels accords puis-
sent etre un jour finalists.
La CARICOM, qui represente la region
caribeenne, est a ce jour la seule a avoir
signed un accord regional qui aille au-
delh des seuls aspects du commerce des
marchandises.

D'autres regions des ACP -ou certai-
nes parties du moins -ont conclu des
accords interimaires portant exclusive-
ment sur le commerce des marchandi-
ses. Parmi les 79 Etats membres du
groupe ACP, nombreux sont les pays
les moins avances (PMA) qui, au lieu
de signer un APE, ont choisi de bene-
ficier de l'acces en franchise et sans
contingent au march de l'UE au titre
de l'initiative europeenne "Tous sauf les
armes" de 2001. Lors de la conference,
le Commissaire au Commerce Karel
De Gucht a declare que l'initiative elle-
meme devrait normalement etre reexa-
minee avant la fin de l'annee 2011, au
meme titre que le system des prefe-
rences generalisees (SPG) de l'UE pour
tous les pays en developpement.


"Les APE contribueront a ameliorer la
competitivite des pays ACP en dimi-
nuant les couts des importations et en
leur assurant l'acces a des services de
quality a un prix abordable. Ils partici-
peront a la creation d'un environnement
commercial transparent et previsible, et
aideront les pays ACP a attirer les inves-
tissements dont ils ont desesp&erment
besoin", a-t-il ajoute. De nombreux
groupes de la soci&et civile ne partagent
pas cette opinion et continuent de
denoncer le detournement des politi-
ques de l'Union par des multinationales
qualifiede de "corporate trade agenda").

Le Professeur Festus Fajana de l'Union
africaine explique qu'il est essentiel
d'integrer dans 1'APE un volet "deve-
loppement" prevoyant par exemple le
financement d'infrastructures et un
assouplissement des regles d'origine.
L'UE a fait savoir que son objectif
partage par les 27 Etats membres tait
d'affecter 2 milliards d'euros par an a
l'aide au commerce.


La Chine : deuxieme partenaire
commercial de I'UE
"Les changes commerciaux entre
I'UE et la Chine le deuxieme prin-
cipal partenaire commercial de I'UE
se chiffrent chaque annee a 300
milliards d'euros, tandis que les en-
treprises europeennes detiennent 50
milliards de leurs avoirs en actions
dans ce pays. La valeur des echang-
es entre I'UE et les pays ACP s'6elve
seulement a 100 milliards d'euros, et
seuls 3,5% des investissements ex-
terieurs de I'UE concernent les pays
ACP." Dr Razee Sally.


C*urrier





-dt Intramtin


Geopolitique des plaques tectoniques



L'heure des retrouvailles


Ha'ti Republique Dominicaine


Hegel Goutier



Le seisme du 12 janvier 2010
aura soulev& un &lan de gn&e-
rosite du monde entier. En pre-
mier lieu, de la proche voisine
d'Haiti, la Republique Dominicaine.
C'est peut-etre l'effet collateral positif
le plus important de la catastrophe. Du
moins pour Haiti, pour la Republique
Dominicaine et pour leur region.

En quelques jours, c'est plus de 70
annees de relative froideur entre les
deux nations voisines de l'ile caribeenne
qui semblent s'estomper. Des deux c6tes
de la frontiere, l'emotion est forte de ce
que certains commentateurs denom-
ment miracle ou fraternity retrouvee ou
metamorphose des relations annihilant
une suspicion larvae des classes politi-
ques de ces pays voisins l'une vis-a-vis
de l'autre.

Avions, bateaux et camions

Des les premieres heures qui ont suivi
le tremblement de terre, la Republique
Dominicaine a mobilise des moyens
incommensurables eu regard a la peti-
tesse de son economic. Ses sauveteurs
ont ete les premiers sur place. Puis ses
techniciens venus en nombre conside-
rable, et issus de tous les secteurs, des
soins medicaux et chirurgicaux a l'aide
alimentaire et a la fourniture d'eau. Elle
a mis a disposition ses hopitaux, ses
aeroports, mobilise ses avions, ses heli-
copt&res, ses bateaux, ses transports ter-
restres. Elle a amenage et convoy des
camions-dispensaires, des bus-ecoles,
des camions-restaurants dans les coins
les plus recules d'Haiti. Elle a partage
ses ressources hydriques, electriques ou
de communication avec ce pays.

Un chiffre resume la situation. Chaque
jour depuis le 12 janvier, la Republique
Dominicaine depense pres de 85.000
dollars americains pour aider Haiti. En
un peu plus d'un mois, la seule aide ali-


mentaire fournie par elle s'evalue a 2,5
millions de dollars americains.

Au-deld de l'aide et meme de la
reconstruction d'Haiti, la Republique
Dominicaine a pris le leadership d'une
serie d'initiatives diplomatiques comme
celle visant un vote rapide par les Etats-
Unis de la "Loi d'opportunites econo-
miques" en faveur d'Haiti. Sur le plan
economique, les milieux d'affaires des
deux pays n'envisagent rien de moins
que la mise sur pied de "clusters" pour
renforcer leur competitivite conjointe
sur le march international pour un
certain nombre de produits. Ceci a fait
l'objet, le 5 fevrier dernier, d'une impor-
tante reunion d'hommes d'affaires,
organisee sur l'initiative notamment des
directeurs generaux de deux institutions
cruciales des deux pays, leurs "centres
pour la facilitation des investissements",
respectivement Guy Lamothe pour
Haiti et son alter ego dominicain, Eddy
Martinez Manzueta. Initiative suivie de
pres par les deux gouvernements.

Un commentaire sous-jacent emaille
l'analyse de maints commentateurs
avises. Le gouvernement dominicain a
rendu comme provisoirement caduque


une pleiade de lois, de decrets et de
dispositions limitant ou controlant stric-
tement l'entree des Haitiens sur son ter-
ritoire en y laissant entrer librement les
blesses -pour lesquels en moins de trois
semaines, plus de 300 vols medicaux ont
ete autorises sans formalities de visa et
en permettant le passage des sans-abri
en grand nombre sans control severe.
Tous jugent cela capital.
"Et meme si c'6tait vrai,
faire du bien pour se prot6ger,
c'est encore de I'altruisme...
diplomatique"

Il y a eu certes une hesitation du gouver-
nement haitien a accepter un contingent
militaire dominicain dans les troupes
des Nations Unies mais pas de refus
affirmed. Et d'aucuns disent que les
Dominicains n'ont pas seulement agi
par altruisme et qu'ils ont interest a
un developpement d'Haiti, fut-ce pour
eviter une vague migratoire. Mais ce
son de cloche semble ne pas provenir
de l'ile. "Et meme si c'etait vrai, faire
du bien pour se proteger, c'est encore
de l'altruisme... diplomatique", nous a
comment un officiel haitien.


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010





'Vteradi(nS BelgiquIu -eOMD


La Belgique parie sur les petites entreprises d'Afrique


Hegel Goutier


Society belge d'Investissements
pour les Pays en d6veloppement,
BIO, cooperation entre le gou-
vernement belge et des soci&tes privies,
a cr&e avec la collaboration du Centre
pour le Developpement des Entreprises
(CDE) un nouvel instrument financier
destine a soutenir les tres petites entre-
prises du Sud, notamment d'Afrique.
ATHENA a &et officiellement lance le 4
ftvrier dernier par le ministre en charge
du d6veloppement du gouvernement
federal belge, Charles Michel entoure
des principaux responsables de BIO et du
directeur general du CDE, Mabousso
Thiam. Plus de 3 millions d'euros sont
reserves a cette initiative.

ATHENA se veut pour ses initiateurs le
chainon manquant pour le soutien aux
entreprises du Sud trop importantes


pour bn&eficier de la microfinance et
trop petites pour le financement bancai-
re type a moyen terme. II occupe done
le creneau relativement nouveau dans la
cooperation financiere internationale,
de la "mesofinance".

Nouveau partenaire

En s'adjoignant la CDE comme un nou-
veau partenaire, la soci&t& belge d'In-
vestissement -joint venture entre l'Etat
belge et l'entreprise prive s'est enrichie
de l'exp&rience d'une organisation de
la cooperation entre les pays ACP et
l'Union europeenne sp&cialis&e dans les
particularit&s des diff6rents types d'en-
treprises des pays en d6veloppement,
avec une connaissance particuliere des
acteurs sur le terrain. Ses experts peu-
vent garantir de la credibilit& et de la
solvabilit& de ces dernieres et permettre a
BIO de prendre des risques calculus.

BIO, cr&ee depuis 2001 est presen-
te dans plus d'une centaine de pays


en d6veloppement. Parmi ses 18 par-
tenaires privilegies, 14 sont issus des
pays d'Afrique dont 11 du Groupe
ACP (Mali, Senegal, Niger, Benin, RD
Congo, Rwanda, Burundi, Ouganda,
Tanzanie, Mozambique et Afrique du
Sud). La facilit& ATHENA dispose d'un
budget de 3.300.000 e pour l'ann&e
2010 desquels 300.000 e seront consa-
cres au renforcement technique des
entreprises beneficiaires. Le budget de
BIO pour ses financements des entre-
prises de pays en d6veloppement, &tait
en nette augmentation en 2009 (un total
de138 millions d'euros en 2009) grace a
une augmentation de la participation du
gouvernement belge de 97 millions.

Le plan strategique de BIO pour les
trois annees a venir pr&voit un posi-
tionnement encore plus important en
Afrique sub-saharienne et une attention
sp&ciale a la transformation des produits
agro-alimentaires.


L'UE insuffle un nouvel Mlan aux OMD


Debra Percival


ration de la conference de
revision des Objectifs du
Millenaire pour le develop-
pement (OMD) qui aura lieu en sep-
tembre, a New York, les services de la
Commission europeenne ont prepare
un document de travail intitule "More
and Better Education in Developing
Countries" (Une meilleure forma-
tion dans les pays en d6veloppement).
(http://ec.europa.eu/development/icen-
ter/repository/SEC2010 0121 EN.pdf).
La Commission prepare 6galement
d'autres documents thematiques sur la
sante, la s&curit& alimentaire, l'&galit&
entre les hommes et les femmes et la
gouvernance fiscale. Ces initiatives sont
motives par la conviction que l'aide
publique au d6veloppement (APD) ne
suffit pas a elle seule a r6aliser les OMD
(voir article sur les derniers chiffres de
l'APD dans ce numero). Associ&es au
"Paquet pour le d6veloppement" attendu
ce printemps, qui inclut d'autres docu-
ments de travail de la Commission sur
les OMD, les progres accomplis dans le
cadre du Consensus de Monterrey et de
la Declaration de Doha sur le finance-
ment du d6veloppement, l'efficacit& de
l'aide et l'aide pour le commerce, ces ini-
tiatives devraient relancer la dynamique
et promouvoir de nouvelles avanc&es
dans la r6alisation des OMD.

"L'UE doit s'efforcer de promouvoir une
vision solide, parler d'une meme voix et
agir de concert dans le domaine de la


sante mondiale. Elle doit encourager la
mise en euvre d'un cadre inclusif sous
l'&gide des Nations Unies", a declare
Andris Piebalgs, commissaire en charge
du d6veloppement, lors d'une reunion
sur la promotion du droit a la sante
grace aux OMD dans le domaine de la
sante ("Delivering the Right to Health
with the Health MDGs"), organis&e le
2 mars 2010 au Parlement europeen.
M. Piebalgs a appel& la communaute
internationale a donner la priority a
trois OMD : la reduction de la morta-
lite des enfants de moins de cinq ans
(Objectif 4) : la reduction de la mor-
talit& maternelle (Objectif 5) et la lutte
contre les grandes pandemies comme
le VIH/sida et la malaria (Objectif 6).
II a 6galement demand& d'approfondir


la r6flexion sur la "coherence des poli-
tiques". Le contexte commercial, a-t-il
declare, influence l'acces aux medi-
caments, tandis que les politiques de
l'immigration ont un impact direct sur
la capacit& des pays partenaires a retenir
leurs professionnels de la sante. La poli-
tique etrangere et de s&curit& commune,
a-t-il ajoute, doit prendre en compte
les menaces sanitaires mondiales. La
s&curit& alimentaire est 6troitement
liee a l'alimentation et le changement
climatique influence la sante partout
dans le monde, a-t-il encore expliqu&.
M. Pielbags a par ailleurs appel& a un
meilleur financement de la recherche
et du d6veloppement et a encourage
l'examen de "sources de financement
originales et innovantes."


C*u r r ie r





ACPUInercton sm


Lancement de la nouvelle


Facility ACP pour I'Eau


Debra Percival


d'euros a ete affected a la
nouvelle Facilite pour l'Eau
en faveur des pays ACP
(Afrique, Caraibes et Pacifique) lancee
le 9 fevrier au titre du 10e Fonds euro-
peen de developpement. Cette facility
entend contribuer a la realisation des
Objectifs du Millenaire pour le deve-
loppement (OMD) dans ce domaine, a
savoir reduire de moitie la proportion de
personnes privees d'acces durable a l'eau
potable et a l'assainissement de base
d'ici a 2015 et de ce fait reduire la mor-
talite infantile et maternelle (objectifs 4
et 5) et enfin, lutter contre les maladies
(objectif 6). Cette facility a ete intro-
duite dans la foulee du success d'une
premiere initiative finance a hauteur de
500 millions d'euros (2004-2006) dans
le cadre du 9e FED. Elle met a present
l'accent sur la participation de parte-
naires locaux et d'ONG a des projets
cofinances par l'UE.
Sur ce montant total, 110 millions
d'euros sont affects au volet "Eau,
Assainissement et Promotion de l'hy-
giene pour les OMD". Les appels a pro-
positions seront clotures le 2 juin 2010.


L'accent est mis ici sur l'acces des zones
rurales et periurbaines aux infrastructu-
res de base. Une somme de 40 millions
d'euros a egalement ete allouee aux
propositions visant a mettre en place des
"Partenariats pour le developpement de
capacity dans le secteur ACP de l'eau et
de l'assainissement" (Nord-Sud et Sud-
Sud) en vue du transfert de l'expertise et
des connaissances des services d'appro-
visionnement en eau et assainissement,
des autorites locales et autres acteurs
du secteur de l'eau aux homologues de
pays ACP. Un "mecanisme de mise en
commun" de 40 millions cofinancera
les infrastructures de taille moyenne
dans le domaine de l'eau et de l'assai-
nissement.
Luis Riera Figueras, directeur a la
Direction generale du Developpement
de la Commission europeenne, a declare
que cette premiere facility avait permis
d'approvisionner 14 millions d'habitants
en eau potable et que 2 a 3 millions
d'habitants avaient beneficie d'une ame-
lioration des services d'assainissement
et 11 autres millions d'une meilleure
sensibilisation a l'hygiene. Cette pre-
miere facility a en outre permis la mise
en muvre de neufprojets d'infrastructu-
res de bassins hydrographiques.
"L'eau est un droit humain fonda-
mental", a declare lors du lancement


Riccardo Petrella, analyste politique et
auteur du Manifeste de l'eau.

Pour en savoir plus sur ces appels A propositions,
consultez: http://ec.europa.eu/europeaid/where/
acp/regional-cooperation/water/index.fr.htm


Capacity4dev.eu, une success story


Capacity4dev (capacity4dev.eu) est une plateforme interactive creee en octobre
2009 par I'office de cooperation EuropeAid dans le but de permettre "I'echange
d'idees et de connaissances." Le succes de cette initiative a surpris. A ce jour,
la plateforme a en effet enregistre pres de 25.000 visites et son 1000" utilisateur
vient de s'inscrire.


Andrea Marchesini Reggiani




coordinatrice de la Strategie
cadre pour la reforme de la
cooperation technique, nous
explique l'id&e a l'origine de ce site
Internet. "'Que pensez-vous de notre
assistance technique ?' Tout est parti
de cette question que j'avais posee il y
a quelque temps au responsable d'une
association d'agriculteurs africains. Et
c'est sa reponse, particulierement pro-
fonde et interessante, qui m'a donne
l'idee de concevoir Capacity4dev : un
espace permettant de relayer et parta-
ger ces idees."

"J'ai travaille a la reform europeenne
de l'assistance technique afin qu'elle
reponde mieux a la demande locale et


aux veritables besoins. Cette reform
est un exercice qui associe de nombreux
acteurs. Nous avons besoin d'une par-
ticipation active de la part du Sud pour
que cette reform soit pleinement reus-
sie. En resume, nous avons besoin de
l'avis et des contributions du Sud pour
ameliorer le mode de fonctionnement
de l'assistance technique. Aujourd'hui,
le matin, lorsque j'ouvre la plateforme,
j'ai un peu l'impression d'ouvrir une
fenetre. Et lorsque j'y poste du mate-
riel, je suis heureuse de savoir qu'un
large eventail d'acteurs y aura acces."

Rejoignez-nous

Ce site Internet semble toutefois avoir
elargi ses horizons et ne se limite plus au
groupe cible initial des operateurs dans
le domaine de la cooperation technique.
Il heberge a present une trentaine de
groupes de travail (certains ouverts,
d'autres d'acces restreint) qui se concen-


trent sur des questions en rapport avec
le developpement rural et l'agriculture
(le groupe qui connait le plus grand
success, avec 46 participants) ou avec la
culture et le developpement par exemple
(36 participants).

Pour Christoforos Korakas, directeur
de Capacity4dev, ce site est "le premier
espace mis a la disposition des parte-
naires par un bailleur de fonds qui leur
permet de creer leurs propres groupes
de travail et forums. Chaque visiteur,
quel qu'il soit, vient l'alimenter avec
du contenu, des idees et du materiel, et
rejoint une communaute de praticiens
toujours plus nombreuse."

"C'est tries gratifiant de voir que les
utilisateurs externes sont toujours plus
nombreux et diversifies", ajoute Mme
Manzitti en guise de conclusion. "La
soci&et civile et le secteur prive sont
bien represents. C'est encourageant de
constater qu'un grand nombre de per-
sonnes ont repondu a notre invitation de
visiter ce site. A present, notre objectif
est de renforcer les changes ainsi que le
dialogue en ligne. Il s'agit d'un veritable
processus d'apprentissage."


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010

















































Un laboratoire extraordinaire




Marie-Martine Buckens


11 fevrier 2010. L'ensemble de
la nation Arc-en-ciel fete les 20 ans
de la liberation de Nelson Mandela,
icone mondiale de la lutte anti-
apartheid. Son election, comme premier
president noir d'Afrique du Sud en
1994, instaure une nouvelle ere pour
tous les marginalis6s, majoritairement
noirs, de la society Aujourd'hui, dans
le concert des nations, l'Afrique du
Sud occupe une place de choix, comme
en temoigne le Partenariat strategique
sign& en 2007 avec l'Union europ&enne.

Pourtant les Sud-africains sont
les premiers a mettre en exergue
leurs blessures encore ouvertes. La
criminalit& d'abord, meme si elle
frappe essentiellement les couches
d6favoris&es. Et ce n'est pas un hasard
si une nouvelle classe moyenne de
Noirs, ayant bn&efici& de la politique
de "discrimination positive" (Black
Economic Empowerment), a adopt&
la mime politique que les Blancs en
protegeant leurs maisons de fils
electriques. "Cette peur de la violence


est sous-jacente, meme si tout le
monde est en apparence d'une grande
affabilit&" nous assure un Sud-africain
blanc. Comme si la population craignait
a tout moment que le tour de force
realise par Mandela et ses successeurs
d'avoir pu 6viter un bain de sang et
l'exil en masse des Blancs, ne prenne
fin subitement. Et c'est sans doute
cette meme peur qui les anime devant
l'afflux de r&fugies de pays voisins,
alors que l'Eveque Paul Verryn exhorte
son pays a leur ouvrir les frontieres,
comme, dit-il, l'Afrique du Sud a un
jour ouvert ses frontieres int&rieures.

Mais ce dfi, l'Afrique reussira sans doute
a le surmonter, prouvant une fois de plus
qu'elleresteun laboratoire extraordinaire
ou se forgent les nouveaux m6tissages.

D'autres d6fis restent importants. L'acces
aux services de base pour quasi la moiti&
de la population. La question raciale
aussi: les barrieres, invisibles, subsistent
et chacun s'accordera a vous dire que "les
couleurs de l'Arc-en-ciel ne se touchent


pas." Pourtant le m6tissage se fait, petit
a petit. Et tous, qu'ils soient Noirs,
M&tis, Blancs ou Indiens -categories
toujours de mise dans un regime de
discrimination positive -vous diront
avec fiert& qu'ils sont "Sud-africains".

Reste un pays, beau de ses gens et de
ses paysages diversifies. Une economic
6mergente qui, a cote de ses pierres
pr&cieuses, vend avec succes ses c6pages
et autres nectars. "Ce pays vous permet de
trouver et d'exprimer votre but car il y atant
a faire" ajoute notre Sud-africain blanc.

11 juin 2010. L'quipe sud-africaine
Bafana-Bafana affronte les Mexicains
lors du match d'ouverture de la Coupe
du Monde de football au stade de
Soccer City pros de Soweto. Tout un
symbole...


C*u r r ie r





































Des Khoisan a

la Nation Arc-en-ciel


Ils etaient fort probablement les
premiers a arpenter le sol d'Afrique
australe, voici plus de 30.000
ans. Les San que les colons
hollandais appelerent bien plus tard
les Bosjesmans (les 'hommes de la
brousse' ou Bochimans) vivaient
de cueillette et de chasse. II y a
quelque 2.500 ans, une partie de
ces chasseurs devinrent eleveurs.
Ces Khoikhois se deplacerent vers
le Sud, jusqu'au Cap de Bonne-
Esperance. Ils partagent une
langue de base commune avec les
Bochimans, le khoisan. C'est aux
'clics' (claquements) caracteristiques
de leur langue que les Khoikhois
seront designs sous le sobriquet
de 'Hottentots' (begayeurs) par les
colons.A la mime epoque, des
peuples Bantous, venus du delta du
Niger, commencerent a s'installer
a I'est, dans I'actuelle province du
KwaZulu-Natal et dans la province
du Cap oriental. C'est sur cette toile
de fond humaine que les premiers
Europeens debarquent sur la pointe
sud de ce qui devait devenir I'Afrique
du Sud.


Marie-Martine Buckens


I y eut d'abord de courtes incursions
des Portugaisquifinirentparpreferer
les ports surs du Mozambique.
Et c'est le Neerlandais Jan van
Riebeeck, commandite par la toute
puissante Compagnie neerlandaise des
Indes orientales, qui le premier s'installe
en 1652 avec une centaine d'hommes
au pied de la Montagne de la Table,
au Cap. Sa mission, creer une station
de ravitaillement en produits frais
pour les marins affaiblis par le scorbut
apres plusieurs mois de navigation. La
petite colonie finit par s'installer; a
l'affut de terres de patures, les paysans
hollandais, les Boers, rentrent en
concurrence avec les Khoikhois. Des
esclaves sont imports, d'Afrique mais
aussi de Malaisie et d'Indonesie, dont les
descendants constitueront le groupe des
< Malais du Cap >. La soci&et des Boers
impose ainsi une premiere et double
segregation. Seul point en commun
l'Afrikaans, hollandais simplifi&. En
1685, des huguenots, chasses de France
par la revocation de l'edit de Nantes,
rejoignent les Boers et developperont les
vignobles qui aujourd'hui rivalisent avec
leurs ancetres franyais.


La 'Terre promise'

Fin du 180 siecle, les evenements
s'accelerent. Les Britanniques decident
de s'emparer de la Colonie du Cap.
Objectif: empecher la France, qui vient
d'envahir les Pays-Bas, de controller
ce point de passage oblige de la route
des Indes. Les Boers -qui se baptisent
Afrikaners, convaincus d'avoir trouve la
Terre promise inscrite dans la Bible, une
conviction inebranlable qui les guidera
tout au long de leur histoire entrent en
conflit avec les Britanniques, lesquels


Gravure khoikhoi (Musee de I'apartheid, Johannesburg)
SMarie Marbne Buckens


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010





Repra Ae' lu -u .


finissent par dominer la politique et
l'&conomie. En 1835, l'abolition de
l'esclavage, les faibles compensations
des fermiers et l'arrogance des autorites
britanniques poussent les Boers a
s'&manciper du pouvoir colonial.
Commence pour ces derniers le grand
voyage vers le Nord le Grand Trek.

Guerre des Boers

Les Boers s'installent dans le nord et
cr6ent les R6publiques du Transvaal
et d'Orange. Les Britanniques de
leurs cote s'etendent du Cap jusqu'au
Natal, vers l'est, tuant au passage des
milliers de Xhosas. La treve entre
les deux peuples colons est de courte
duree. La decouverte de diamants a
Kimberley en 1867 attise la convoitise
des Britanniques qui, emmenes par
l'insatiable Cecil Rodes, Premier
ministre du Cap et bient6t a la tite de
la toute puissante compagnie miniere
De Beers, s'emparent de territoires
jusqu'au nord, de ce qui deviendra par
la suite la Rhodesie. Mais c'est surtout
le filon aurif&re, situ& dans les 'terres'
Afrikaners, Johannesburg, quien 1886,
pousse Londres a annexer le Transvaal,
d6clenchant la premiere guerre anglo-
boer. Elle sera remportee de justesse par
les Boers, avec a leur tete le l6gendaire
Paul Kruger. Les Britanniques lancent
un nouvel ultimatum r&clamant l'&galit&
des droits pour les anglais r6sidant dans
le Transvaal (otu de nombreux strangers
(des Indiens surtout), mais aussi des
Noirs travaillent dans les mines d'or).
Les Afrikaners r6sistent, Londres
riposte. Les civils boers sont envoys
dans des camps de concentration, leurs
serviteurs noirs dans d'autres camps. Les
Afrikaans capitulent mais les dizaines de
milliers de civils morts dans les camps
alimenteront pour longtemps la haine
des Afrikaners contre le Royaume-Uni.

De 1'Union nationale a
1'apartheid

Par le trait& de Vereeniging, sign& le
31 mai 1902, le Transvaal et l'Etat
libre d'Orange deviennent colonies
britanniques. En compensation, le
gouvernement britannique accorde aux
Boers un gouvernement autonome. En
1910, 1'Union sud-africaine est instauree.
L'ancien commandant de l'arm&e boer,
Louis Botha, devint premier ministre et
chefdu Parti sud-africain. Les premieres
'r&serves pour les Noirs (bantoustans),
sont cr&ees. Peu de temps apres, les
elites noires fondent avec des M&tis
le parti qui allait devenir en 1923 le
Congres national africain (l'African
National Congress: ANC) auquel
adh&rera plus tard Nelson Mandela. En


1913, le Parlement blanc adopte la Loi
sur la propriety foncitre indigene (Native
Lands Act), qui reserve a la minority
blanche 93 % des territoires de l'Union.

En 1950 une classification raciale est
instaur&e. Elle spare les Sud-Africains
en categories: Blancs, M&tis, Noirs et
Indiens. En 1953, la Separate Amenities
Act consacre la separation des lieux
publics. Les Noirs sont dans l'obligation
de porter sur eux le laissez-passer (le
fameux pass).. En 1961, l'Union sud-
africaine devient la Republique sud-
africaine. En juin 1964, le Conseil de
s6curit6 de l'ONU condamne l'apartheid
et ordonne l'6tude de sanctions contre la
Republique.

De 1'apartheid a la Nation
arc-en-ciel

En 1961, Nelson Mandela cree
l'Umkhonto We Siswe (dla lance de
la Nation,), national africain. Mandela est arrete
en aout 1963 et condamne6 la prison a
vie en 1964. Contestations et 6meutes
deviennent meurtrieres dans les ghettos
noirs. En 1984, une vaste campagne
de manifestations couvre tout le pays
pendant que l'archeveque anglican
Desmond Tutu, un Noir, reyoit le prix
Nobel de la paix. En f6vrier 1990,
les organisations anti-apartheid sont
finalement autoris&es. L'ANC renonce
a la lutte armee et Nelson Mandela est
lib&r&, apres 27 ans d'incarc&ration. En
mai 1994, apres la victoire de 1'ANC aux
premieres elections multiraciales, Nelson
Mandela devient le premier president
noir d'Afrique du Sud. La nouvelle
Constitution instaure une federation
de neuf provinces. Elle reconnait onze
langues officielles.


La Commission verite et
conciliation

Presidee par Desmond Tutu, la Com-
mission de la verite et de la r6concilia-
tion est charge de solder les annees
d'apartheid en recensant tous les
crimes et delits politiques, commis
non seulement pour le compte du
gouvernementsud-africain maisaussi
pour le compte des different mouve-
ments anti-apartheid, sur une period
s'etalant du ler mars 1960 (massacre
de Sharpeville) au 10 mai 1994. Ses
travaux vont durer deux ans.



L'ascension de Jacob Zuma

En 1999, Nelson Mandela cede la
place a Thabo Mbeki. Durant les
deux mandats (jusqu'en 2008) qu'il
effectue, le pays connait une cr-
oissance economique annuelle de
5% et I'amelioration des conditions
de vie dans les townships. Mais a
son passif : le maintien de 10% de
la population dans une misere ex-
treme, un ch6mage en hausse, es-
time a pres de 40 %, la forte progres-
sion de la criminality, I'expansion de
la pandemie du sida, et la d6grada-
tion des lieux publics. En 2008, une
grave penurie d'electricite achieve le
bilan economique du president qui,
en mai, se voit en outre confronted 6
une vague de violence contre des
immigres, en provenance notam-
ment du Zimbabwe. Thabo Mbeki est
contraint de demissionner. En mai
2009, Jacob Zuma est elu president
de la republique apres la victoire de
I'ANC.

Cette annee, 15 ans apres avoir
organise avec success la coupe du
monde de rugby, marquee par la vic-
toire en finale de I'equipe nationale,
les Springboks, I'Afrique du Sud sera
le pays h6te de la coupe du monde
de football, la 'Soccer World Cup'...


La justice sous un arbre", le logo de la Cour constitution-
nelle d'Afrique du Sud, a Johannesburg. @Xavier Rouchaud


Cu r r i e r





A- du. .d Repotag


o L'Afrique du


Sud revet une


importance


strategique


pour I'Europe >


Rencontre avec Lodewijk Briet,
Ambassadeur de I'Union europeenne
aupres de I'Afrique du Sud


Marie-Martine Buckens


E n raison de son niveau eleven
de developpement, I'Afrique
du Sud occupe une place dis-
tincte dans lapolitique euro-
peenne de cooperation. Comment la
ddfiniriez-vous ?

Notre interet pour ce pays est avant tout
d'ordre geopolitique. L'Afrique du Sud
represent l'economie la plus importan-
te du continent. En outre, la stability du
pays est d'une importance enorme pour
l'ensemble de la sous-region. L'Afrique
du Sud est pergue comme le 'grand
frere' au sein de la Communaute pour
le developpement de l'Afrique australe
(SADC). Ceci etant dit, nos interets
economiques globaux sont limits si on
se refere aux seules statistiques: l'Afri-
que du Sud ne represent que 1 a 2%
de notre commerce global avec les pays
tiers. Et je tiens a le souligner car sur ce
point persiste un malentendu : trop sou-
vent on nous reproche de venir ici avec
un 'agenda cache'. Enfin, bien entendu,
il y a d'autres raisons pour lesquelles
nous attachons un tel interest a ce pays.
Et l'une d'elles est le fait que nous par-
tageons un passe commun.

Le politique prendrait done le pas
sur la cooperation ?

Effectivement, nous sommes d'abord 1a
pour des raisons politiques, bien avant


Lodewijk Briet, chef de la delegation de I'Union europeenne en
Afrique du Sud. XavierRouchaud


l'aspect aide au developpement. Ceci
etant dit, nous realisons des choses
importantes en matiere d'aide. Cette
vision politique de nos relations s'est
d'ailleurs concretisee en 2007 par un
Partenariat Strategique. Trois ans plus
tard, oiu en sommes-nous ? Nous avons
etabli une douzaine de forums de dia-
logue et, surtout, nous sommes passes
d'une relation de donneur recipiendaire
qui prevalait depuis le debut des annees
1990 a un partenariat oi l'on discute
d'egal & legal. On oublie trop souvent
que nous avons beaucoup a apprendre
de notre partenaire. S'agissant de l'Afri-
que du Sud, nous avons a apprendre
sur le processus de reconciliation, sur
la parity des sexes -je pense notam-
ment a mon institution, la Commission
europeenne, oi l'on trouve encore trop
peu de femmes surtout dans les hautes
spheres. L'attrait de ce pays reside dans
sa population.

Une population qui reste profondd-
ment divisee et inegale...

N'oubliez pas que le seuil de pauvrete
s'etablit a 70 Euros par mois, et que 70%
de la population se trouve en dessous de
ce seuil. Les 48 millions d'habitants se
repartissent entre les Noirs (80% dont
au moins la moitie vit dans la pauvrete),
les Metis (10%), les Blancs (un peu
moins de 10%, pour une bonne part
Afrikaans) et les Indiens (un peu moins
de 2%). De ce total, seuls 7% payent des
imp6ts. En outre, ces differentes cate-
gories ne se socialisent pas, les couleurs


de l'arc-en-ciel se touchent rarement.
A une exception : les lieux d'education,
l'ecole et l'universite. Comment reduire
la pauvrete, tel est le defi auquel est
confronted le gouvernement.

Comment analysez-vous les mesu-
res prises par le gouvernement pour
combattre la pauvrete ?

Les mesures presentees le 17 fevrier
dernier par le ministre des Finances
Pravin Gordhan dans son discours sur
le budget 2010, representent un exercice
magistral pour s'attaquer aux inegalites
et a la pauvrete. Cet exercice est extre-
mement complexe et difficile. Mais il
est indispensable sur le plan moral, mais
aussi politique. Pour le meilleur ou le
pire, l'Afrique du Sud est un Etat a parti
unique et depuis 16 ans qu'il est au pou-
voir, I'ANC ne peut plus se permettre
de temporiser. La promesse faite par
Thabo Mbeki d'offrir une meilleure vie
pour tous reste encore lettre morte pour
nombre de gens. Dans ce contexte, la
question du passif de l'education ban-
toue (politique educative discriminatoire
instauree sous l'apartheid, NDLR) reste
brulante. Mais 16 ans plus tard, il serait
temps tout doucement de cesser de bla-
mer le passe. Personnellement, j'ai ete
tries impressionne par beaucoup de ceux
avec qui j'ai eu le privilege de travailler
et qui etaient en majority des Noirs.
Malheureusement, la population sud-
africaine est relativement moins bien
dispose a l'egard de ses Blancs que ne le
sont les populations des pays voisins.


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010





Reportge Ai -d *


Luniversite de Fretorla. ( Marie-Martine Ruckens


Quelle est la contribution de I'UE &
cette 'meilleure vie pour tous' ?

Bien que nous soyons le principal dona-
teur d'aide (70% des fonds externes
d'assistance) notre contribution repr&-
sente moins de 2% du PIB du pays et
0,1% du budget national. Ceci dit, la
somme allou&e est importante, soit 980
millions d'euros sur sept ans. La priority
va a l'emploi et aux services de base. Les
exemples de programmes r6ussis sont
nombreux. Tous sont focalises sur les
couches les plus d&favoris&es de la popu-
lation, en particulier celle des townships
qui sont souvent tres &loign&es des cen-
tres industriels et &conomiques, mais
aussi dans les zones rurales ou pres de
45% des sud-africains vivent. Quelque
122 millions d'euros ont aussi &et alloues


Sl'&ducation de base, ce qui represent
un montant important. Cela prendra
encore une generation pour garantir que
chaque enfant en quittant l'&cole sache
lire, compter et &crire. Nous travaillons
6galement dans le domaine de la justice,
de la gouvernance, y compris la s&curit&.
Et s'agissant d'un Etat a parti unique,
il est important que la soci&t& civile
puisse jouer son role. Et notre contribu-
tion s'etend bien au-dela de l'assistance
au d6veloppement dans des domaines
comme le changement climatique et
l'&nergie.

La cooperation regionale figure 6ga-
lement parmi vos priorities, en par-
ticulier son volet commercial. Oit en
sont les nWgociations sur un Accord
de partenariat economique (APE) de


la SADC avec I'UE ?


Je vous l'ai dit : l'Afrique du Sud est
perue comme le 'grand frere' par ses
partenaires r6gionaux et c'est un peu
'par d6faut' que ces pays cooperent.
Concernant les n6gociations sur un
APE, nous avons probablement commis
des erreurs mais en meme temps nous
avons fait beaucoup de concessions qui,
jusqu'ici, n'ont pas regu de r6ponses
constructives du cote sud-africain (a
l'heure actuelle, seuls quatre pays de la
SADC ont sign& un accord int&rimaire
sur les APE, et portant uniquement
sur les biens, NDLR). Nous respectons
l'importance pour la region de develop-
per son agenda propre, et nous pensons
que cet Accord va les aider a r6aliser
leur agenda.


Devant les batiments de I'Union, siege de la presidence etdu gouvernement d'Afrique du Sud. @Xavier Rouchaud


Cu r r i e r





- .u S Id 0 R epora


Une democratic qui


s'ouvre a la contestation


Marie-Martine Buckens


Depuis la fin de I'apartheid, le Congres
national africain (ANC) regne en maitre
sur la scene politique sud-africaine.
Apres les "annees Mandela",
marquees par la reconciliation,
suivies des dix annees de presidence
de Thabo Mbeki, panafricaniste
convaincu, I'Afrique du Sud vit depuis
mai 2009 sous I'ere de Jacob Zuma.
Une presidence qui pourrait bien 6tre
marquee, selon les observateurs, par
un renforcement de la democratic, en
permettant a I'opposition de jouer un
plus grand role sur la scene nationale.


souleve des interrogations sur

S ile nouveau chefd'Etat a d'abord
la scene internationale ses
diff6rends avec Thabo Mbeki,
forgant ce dernier et ses partisans a
fonder un nouveau parti (COPE), sans
compter ses d6mil&s avec la justice -la
population sud-africaine quant a elle
attendait tout de son nouveau leader :
creer des emplois, offrir des services de
base a l'ensemble des couches sociales
et enfin r6duire une criminality quasi
endemique. "Il fait ce qu'il peut, nous
confiait un fonctionnaire europeen, et
en realit& dix mois apres son investi-
ture, il surprend par son pragmatisme
et son habilet&." A l'inverse de ses deux
predecesseurs, Jacob Zuma n'est pas
un Xhosa, mais un Zoulou, distinction
qui reste de mise dans un pays dont les


Le president d'Afrique du Sud, Jacob Zuma, a I'ceuvre au point de penalty du stade de Wembley (Londres), le 4 mars
2010, a quatre mois de la Coupe du Monde. CAPPhoto/SangTan


differences ne se r6sument pas entre
"blancs et noirs". Si Jacob Zuma n'est
pas un intellectuel, mais un autodidacte,
polygame et pere d'une ribambelle d'en-
fants, son activisme politique au sein
de 1'ANC sera lui aussi precoce, lui
valant d'ailleurs de rejoindre pendant
dix ans Nelson Mandela dans la prison
de Robben Island et le soutien de l'&lec-
torat de gauche de 1'ANC.

Franchise

Le nouveau president surprend &gale-
ment par sa franchise. Dans une des
rares interviews accordees a la presse
internationale, Jacob Zuma d6clarait
en decembre dernier au magazine am&-
ricain Time que les d6fis -criminalit&,
Sida, fracture sociale au sein meme de
la population noire avec l'&mergence de
millionnaires noirs, corruption -aux-
quels l'Afrique du Sud &taient confron-
tes, "sont reels. Et ce n'est que quand
vous reconnaissez qu'il y a eu des fai-
blesses et des d6ficiences que vous faites
sens aupres de la population (...) Apres
15 annees, la population demande :
quels sont les r6sultats ?" Et le Time de
titrer : "Zuma pourrait-il representer ce
dont l'Afrique du Sud a besoin ?"

A l'inverse de son predecesseur, souli-
gne un observateur sud-africain, Jacob
Zuma, une fois ses ministres choisis,
leur laisse une grande marge de maneu-
vre. De meme, son gouvernement s'est
ouvert davantage aux partis politiques
minoritaires dont le parti communiste
mais aussi, pour la premiere fois depuis
1994, le Front de la libert& (Freedom
Front (FF+), la droite afrikaner). Ce
parti, qui a abandonne l'id&e de cr&er
une dixieme province "ind6pendante"
(id&e soutenue a l'&poque par l'ANC) a
reussi un coup d'&clat en mai 2008, en
r6ussissant a faire integrer les Afrikaners
au sein de l'Organisation des nations et
des peuples non represents (UNPO).

Sur le plan &conomique, le president doit
actuellement faire face aux demandes de
plus en plus pressantes de Julius Malema,
bouillant et souvent provocateur president
de la Ligue de la jeunesse de 1'ANC, de
nationaliser la politique du gouvernement.
Une demande soutenue par le puissant
congress des syndicats -la Cosatu.


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010





R'epotae e' u- .


En Afrique du Sud, les partis


de I'opposition tentent de faire


bouger les choses


Charles Visser


L avenement de la democra-
tie en Afrique du Sud, en
1994, a &et suivi d'une vague
d'euphorie. La "Nation arc-
en-ciel" de Desmond Tutu, laureat du
Prix Nobel de la paix, semblait etre tout
a fait sur les rails. Il n'a malheureusement
pas fallu longtemps pour que l'arc-en-ciel
perde de ses couleurs et devienne mono-
chrome pour le plus grand malheur des
partis de l'opposition, qui en souffrent
encore aujourd'hui

Car les obstacles auxquels se heurtent
les partis sud-africains de l'opposition
sont divers et complexes. Tout d'abord,
le concept d'"opposition loyale" est rela-
tivement nouveau pour ce pays, et est
done souvent mal compris. Surtout dans
les zones rurales dominoes depuis des
centaines d'annees par les chefs tradition-
nels. Parmi les autres probl&mes, citons
6galement ce que l'on pourrait nommer le
"mouvement de la liberation", lequel va
de pair avec une croyance quasi-absolue
dans les ancetres. Dans les faits, pour
leurs partisans, cela revient a dire : "Je
dois voter pour le mouvement de lib&ra-


tion car mes ancetres se sont battus et sont
morts pour ce mouvement, et ils seraient
m&contents si je donnais ma voix a un
autre parti."

Et l1-dessus vient se greffer un prob-
leme de perception, tout a fait pro-
pre a l'Afrique du Sud. A savoir que
l'opposition officielle, repr&sent&e par
l'Alliance d6mocratique (DA), est pergue
comme un parti defendant les int&rets des
"Blancs". Qu'importe le bien-fond& ou
non de cette these, d'ailleurs tres contro-
versee, le fait est que cette perception est
une realit&. Le Congres national africain
(ANC) aujourd'hui au pouvoir le recon-
nait que trop bien et n'hesite d'ailleurs pas
a l'exploiter a son propre avantage.

Ces remarques valent particuliere-
ment pour le gouvernement de l'ancien
President Thabo Mbeki, qui a terni
l'h&ritage de Nelson Mandela en met-
tant la question raciale au cour de ses
politiques. Ce fut d&s lors facile pour lui
de qualifier de "raciste" toute critique a
l'&gard de son gouvernement, raison pour
laquelle le d6bat politique a &et largement
absent. Et lorsque les critiques &manai-
ent des quartiers noirs, les detracteurs de
Thabo Mbeki etaient affubles du sobri-


quet de "noix de coco" -autrement dit
des personnes qui sont noires a l'exterieur
et blanches a l'int&rieur.

L'emergence du COPE

Reste a r6pondre a cette question : ces
obstacles bien reels sont-ils insurmonta-
bles ? Ce n'est pas ce que pensent les partis
sud-africains de l'opposition. L'Alliance
democratique se montre particulierement
optimiste et estime que la politique sud-
africaine commence a se d6barrasser du
"costume etroit de la race et de l'origine
ethnique" pour reprendre les termes de
James Lorimer, depute et membre de
l'alliance. Assez etonnamment, Lorimer
attribue a l'emergence du COPE (Congress
of the People), parti dissident de 1'ANC,
le debut d'un changement radical de la
politique d'opposition en Afrique du Sud.
Selon lui, le COPE, malgre son organi-
sation qui laisse a d6sirer, a ouvert le
premier d6bat non racial sur l'opposition
dans le pays et son parti en a enormement
profit&.

Tout a coup, plus rien ne faisait obstacle a
ce qu'on vote pour un autre parti que celui
de 1'ANC. Lors des elections de 2009,
l'Alliance a enregistr& un gain net de 20
sieges, alors que 1'ANC en perdait 33.
L'ANC conserve cependant clairement
la majorit& au Parlement, avec 264 sieges
contre 67 pour l'Alliance, 30 sieges pour
le COPE et 18 pour l'Inkatha Freedom
Party (IFP).

Des petits partis se partagent les 27 sieg-
es restants, notamment les d6mocrates
independants (ID), avec quatre sieges,
et le Freedom Front + (FF+), qui a lui
aussi remporte quatre sieges. Le principal
probl&me de ces partis est qu'ils servirai-
ent les interets de groupes minoritaires ou
ethniques, ce qui ne semble pas tout a fait
faux dans leur cas. L'ID est ainsi consid-
ere comme un parti "color&" (metis) du
Cap occidental, I'IFP comme un parti
de l'ethnie zoulou et le FF+ comme un
parti defendant les interets des Afrikaners
conservateurs. Mais de l'avis general, ces
partis sont appeles a disparaitre progres-
sivement, a mesure que la democratic
sud-africaine gagnera en maturit&.


SReporters /Jock Fistick AP Photo/Denis Farrell


C*urrier





A -duudn R e '


Terre



d'espoir



Ils sont des centaines de milliers
chaque ann6e a demander I'asile
dans la patrie de Mandela. Fuyant
les pays voisins pauvres, en guerre
ou en deliquescence, ils se heurtent
parfois a leurs pairs sud-africains des
townships. Situation parfois explosive.


Le iownsnip a Alexanara, a JonannesDurg
Marie-Martne Buckens


Marie-Martine Buckens


R emise en perspective.
"L'histoire de l'Afrique du
Sud a toujours ete definie
par les migrations, regionales
ou globales", souligne d'emblee Tara
Polzer, coordonnatrice du programme
d'etude des migrations de l'Universite
du Witwatersrand a Johannesburg. Et
de poursuivre : "Beaucoup de gens, en
particulier les Blancs, ont la perception
que cette migration est nouvelle et date
de 1994. Or, c'est faux. Elle est sim-
plement different. Cela ne represente
pas necessairement un afflux massif
de population en volume, mais bien en
qualitye'." Et les nouveaux emigrants
ne representeraient qu'un pourcentage
faible de la population : 1,2 a 1,6 mil-
lions sur une population proche de 47
millions. "Et ce y compris les retraites
allemands."

A la fin de l'apartheid, l'Afrique du Sud
a attire un grand nombre de gens, pour
des raisons politiques, et pas unique-
ment economiques. "Ces mouvements
de population poursuit Tara Polzer,
n'etaient pas aussi controls qu'aupa-
ravant lorsque le gens etaient recrutes
pour travailler dans les mines et ren-
voyes dans leur pays au terme de leur
contrat, du moins theoriquement". En
outre, "l'Afrique du Sud a une politique
reellement lib&rale en matiere de droit


d'asile, que l'on rencontre dans tries peu
d'autres pays du monde." Ainsi, un refu-
gie, en attendant que l'on statue sur son
sort, a acces pendant deux ans a tous les
services publics et au droit au travail.
Meme si dans la reality les choses sont
moins aisees. Apres les emeutes de 2008
dans les townships, le gouvernement a
pris des mesures, "il est tries embarrassed
par les violences qui ont eclate ; le grand


problem c'est qu'il manque de capaci-
tes techniques et de plans a long terme
pour y faire face." Tara Polzer met
egalement en garde contre les violences
"spontanees" a l'encontre des nouveaux
immigres : triess souvent elles sont ins-
tiguees par des groupes specifiques qui
mobilisent la population pour defendre
leurs propres interets, commerciaux ou
politiques."


L'eveque qui derange


"Je pourrais vous dire ce qui se passe au
Zimbabwe sans lire une ligne de journal"
nous explique en guise d'introduction
I'Evdque Paul Verryn, responsable de
I'Eglise Methodiste de Johannesburg,
ajoutant : "que peut-il se passer dans
ce pays, si un enfant de huit ans, seul,
arrive ici ?" Une eglise qui a pris I'allure
d'un veritable camp de refugies oi, de-
puis cinq ans affluent des centaines de
clandestins. Pour I'essentiel des Zim-
babweens, mais aussi des refugies du
Malawi ou de RDC. Aujourd'hui, ils sont
plus de 2.000 a occuper dans des condi-


tions precaires le lieu de culte. En jan-
vier dernier, la police a investi les lieux.
Peu de temps apres, I'evdque a ete sus-
pendu par ses autorites religieuses. "Ce
fut un cadeau magnifique; cela a permis
de mobiliser les gens, le gouvernement,
qui a decide de prendre des mesures."
Si I'eglise compte une ecole et un centre
d'informatique, Paul Verryn estime que
"ce lieu de culte n'est pas fait pour rece-
voir 2.000 personnes". Et d'ajouter : "il y
a actuellement plus de 700 immeubles
abandonnes dans Johannesburg...


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010









Les futurs champions

de "soccer" s'entrainent

a Alexandra



Alexandra, le township la plus peuple
et turbulent et parfois violent,
rappelez-vous les emeutes de 2008
- de Johannesburg. Deux apres-midi
par semaine quelque 250 enfants
viennent s'entrainer sur le terrain
de football de la 13" Avenue. Leurs
coachs ? Des jeunes volontaires
recrutes dans les ecoles avoisinantes.
Grace au ballon rond ils leur
apprennent I'endurance, la discipline,
les regles d'hygiene...et la joie de
jouer ensemble.


Marie-Martine Buckens


Le football ? Pour bien des jeu-
nes des townships c'est le reve
d'un avenir meilleur. Et a quel-
ques semaines de la Coupe du
Monde leur motivation est decupl&e.
"Nous utilisons la Coupe du monde
pour mettre en evidence notre projet
'sport pour le developpement'" explique
Sibu Sibaca, directrice de la branche
sud-africaine de l'ONG "Play Soccer".
A Alexandra ("Alex" comme la surnom-
me la population de Johannesburg), le
programme a ete lance en aout dernier.
"L'idee maitresse est de parfaire l'edu-
cation, au sens holistique, des jeunes de
quartiers desavantages, souvent livres
a eux-memes, au travers de leur amour
pour le ballon rond", explique pour sa
part Gerald Guskowski, de la coopera-
tion technique allemande (GTZ) qui
co-gere le programme, avec le soutien
de l'Union europeenne.


Le programme , dans le township
d'Alexandra. XavierRouchaud


Jeudi, fin d'apres-midi. Les enfants ils
sont entre 4 et 15 ans, filles et gar-
gons s'exercent par groupes d'une
dizaine sous le regard bienveillant de
leurs entraineurs. Les exercices sont
entrecoupes de seances d'information.
"Il y est question de Sida, de malaria
et d'autres maladies, d'immunisation,
d'eau propre et d'hygiene, et on leur
explique qu'un corps fort permet d'etre
un meilleur athlete" explique Sibu
Sibaca. Apres la Coupe du Monde, en
octobre, les equipes prendront part a
des tournois. Et certains d'entre eux
auront peut-etre la chance d'etre repe-
res par un selectionneur d'une equipe
professionnelle...

Apprendre sur 1'autre

"Quand il s'agit de travail communau-
taire et de projets de football, tout le
monde va a Soweto. Alex a ete mise
de cote. C'est pour cette raison que
nous sommes venus ici. C'est une com-
munaute tries peuplee, dynamique et
qui vous met au defi", ajoute la jeune
directrice de Play Soccer. De son cote,
la GTZ, toujours au travers de son pro-
gramme "Youth Development through
Football" (YDF) soutient un program-
me de deux autres communautes dans
le camp de refugies de Klerksoord pres
de Pretoria, otu se retrouvent en majo-
rite des Zimbabweens, victimes en 2008


d'attaques xenophobes. Au menu des
activities : football, rugby et volley-ball,
mais aussi des cours ouvrant les enfants
aux autres cultures et pays d'Afrique.

Vuvuzela et security
Alors que le president Jacob Zuma a
appele toute la population a soutenir
I'equipe sud-africaine Bafana-Bafa-
na, les preparatifs pour la Coupe du
Monde vont bon train dans le pays.
A c6te de la production a grande
echelle de vuvuzelas ("faire du bruit"
en zoulou), sorte de trompette qui
accompagnera les supporters, le
gouvernement met les bouchees
doubles pour terminer stades, routes
et autres infrastructures destinees a
accueillir la coupe. Autre imperatif
: la security dans un pays oi la cri-
minalite reste record, de m6me que
la lutte contre le trafic humain. LUE
soutient activement (108,8 millions
d'euros pour la period 2007-2013)
les mesures prises par le gouverne-
ment notamment la modernisation
de sa police et I'amelioration de sa
justice criminelle.


Anglais et argot sud-africains


L'Afrique du Sud compte 11 langues
officielles, l'anglais 6tant la plus
couramment parl6e.

Au fil des si&cles, ces langues se sont
mutuellement influences et certains
mots ont fini par faire partie du
vocabulaire sud-africain commun.
Nous vous proposons ci-dessous un
mini-glossaire reprenant certains
termes qu'une personne voyageant
en Afrique du Sud ne manquera pas
de rencontrer. Nous avons fait la
part belle aux termes culinaires.


Pour un dictionnaire sud-africain/
anglais complet, compile par Mary
Alexander:
http://www.mediaclubsouthafrica.
co.za/index.php?option=com
content&view=article&id=423

babbelas (bub-buh-luss) -nom,
familier Gueule de bois.
biltong (bill-tong) -nom -Viande
sechee et fumee.
boerewors (boor-uh-vors) -nom -
Delicieuse saucisse elaboree selon une
recette des Boers, les ancetres des


actuels Afrikaners. Egalement appelee
wors.
braai (br-eye) -nom -Barbecue en
plein air, une veritable institution en
Afrique du Sud.
bunny chow nom Curry servi dans
un demi-pain evide de sa mie.

chiskop, chizkop -nom, familier
Personne chauve, plus precisement une
personne qui s'est rase le crane.

dagga (dach-ah) -nom, familier
Marijuana.
droewors (droo-uh-vors) nom-
Boerewors seche, semblable a une biltong.


C*ur r ier


- -- -.. - - - - -





-c du. .d Repotag


Les "Black Diamonds"

Pour la plupart des gens,"Soweto" evoque souvent ces etendues infinies de
maisons en tole construites a I'epoque de I'apartheid. Les personnes qui sont
allies dans cette township se souviennent peut-6tre des veritables petits palais
eriges Ca et la, de facon incongrue, entre deux maisons en tole. D'autres songent
aux rues toujours animees, aux celebres frtes, parfois tristement celebres et
aux debits de boissons clandestins appeles shebeens -, oO la biere coule a
flots. Par contre, rares sont ceux qui, a I'evocation de Soweto, pensent vin et
viticulture.


Charles Visser




ture, historiquement domine

P ourtant, le secteur de la viticul-
par les blancs et jusqu'ici
leur chasse gardee cede
aujourd'hui, lentement mais surement,
aux pressions du changement et le vin
a le vent en poupe a Soweto. Pour
preuve, le developpement phenomenal
du Festival du vin de Soweto, dont
la 6e edition aura lieu en septembre.
(L'Afrique du Sud sera donc toujours
a la fete, meme une fois la Coupe du
monde de football termin&e !)

Mais au fait, pourquoi le vin s'impose-
t-il peu a peu sur ce marche domine par
la consommation de biere. L'explication
tient en deux mots, l'emergence des
"Black Diamonds", ... souvent amateurs
de vins. Les Black Diamonds forment
cette nouvelle classe d'entrepreneurs et
chefs d'entreprise noirs, qui exploitent
au maximum les opportunities offertes
par l'apres-apartheid. La plupart d'entre
eux sont des jeunes "qui en veulent". Ils
ont confiance en eux et sont mus par la
meme volonte de grimper les echelons !

Joe Chakela (55 ans) et cinq autres
proprietaires de bottle stores c'est le
nom donne ici aux debits de boissons
spiritueuses et alcoolisees sous licence
se sont lances dans le secteur de la viti-
culture directement apres les elections
democratiques en Afrique du Sud, qui
ont eu lieu en 1994. Strictement par-
lant, Joe et ses amis sont trop ages pour


etre appeles des "Black Diamonds" ; ils
meritent toutefois une mention car ils
se considerent eux-memes comme des
pionniers qui ont introduit la culture
du vin dans les townships sud-africains,
a commencer par Soweto. L'idee ini-
tiale etait de commercialiser un nou-
veau brandy dans les townships. Joe,
apres avoir longtemps bu de la biere,
est passe au vin... et aujourd'hui, lui
et ses colleagues sont les heureux pro-
prietaires de 55% du domaine tukulu,
des vins originaires de la celebre region
viticole de Stellenbosch. Distell, geant
sud-africaine de la liqueur, est action-
naire minoritaire du domaine tukulu. Et
cette coentreprise illustre parfaitement
la reussite de la transformation du sec-
teur de la viticulture.

Un exemple parfait

Ntsiki Bayela, fait vraiment partie
de cette classe privilegiee des "Black
Diamonds". Et a en juger au nombre de
prix rafles par ses vins produits dans le
domaine Stellekaya pres de Stellenbosch,
ou elle travaille depuis six ans, c'est deji
une grande viticultrice !

Pourtant, il en a fallu du courage a
Ntsiki pour se faire un nom dans le
secteur de la viticulture. Orpheline,
elle a grandi dans une zone rurale du
KwaZulu-Natal et a ete levee par sa
grand-mere. Comment cette jeune fille,
noire et issue d'une zone rurale, a-t-elle
reussi a se lancer dans la viticulture, un
secteur domine par les hommes... ?
La reponse est simple... Jeune fille tries
travailleuse, elle a eu la chance de decro-


NtSIKI bayela, dans sa propriete ae btellaKaya, a
Stellenbosch. Stellakaya

cher une bourse de la South African
Airways. Cette bourse avait pour objec-
tif d'encourager les jeunes noirs a tra-
vailler dans le secteur de la viticulture,
dans le cadre du processus de selection
des vins de la compagnie aerienne.
Ntiski nous a confie que des son entree
a l'Universite de Stellenbosch, elle a
trouve sa vocation. Pourtant, elle etait
la seule noire dans l'amphitheatre, et les
jeunes filles etaient peu nombreuses.

Actuellement, Ntsiki apprecie tout par-
ticulierement l'Orion de Stellekaya,
un assemblage, dans la tradition des
Bordeaux, de Cabernet Sauvignon,
Merlot et Cabernet Franc. II faut dire
que John Platter, cenologue et critique
tries en vue en Afrique du Sud, lui a
decerne quatre etoiles et demi.... sur un
maximum de cinq.


Eish (aysh) -exclamation et adjectif,
familier Aie !

frikkadel (frik-kuh-dell) -nom -
Boulette de viande.

jol (jawl ou jorl) -nom, verbe et adjectif,
familier Fete, soiree (nom) ; celebrer,
faire la fete, danser et boire (verbe).

kwaito (kw-eye-toe) -nom -Musique
de la jeunesse noire sud-africaine, dont
l'origine remonte aux annees 90.
kwela (kw-eh-la) -nom -Variante
populaire de la musique des townships
des annees 50, basee sur le pipeau -un
instrument de musique simple et bon


marche emprunte aux musiciens de rue. robot -nom -Feux de circulation


laduma! (la-doo-mah) -exclamation
Cri, exclamation populaire saluant les
goals lors des matches de foot.
lekker (lek-irr) -adjective et adverbe,
familier Chouette, bon, genial ou
delicieux.

makarapa (mak-ah-rah-pah) nom
Un casque de chantier decor et sculpted
porte en Afrique du Sud par les fans
de football en l'honneur de leur club
prefere.


samoosa (suh-moo-suh) -nom -
Petite bouchee de pate feuilletee epicee
et triangulaire frite dans de l'huile.
D'origine indienne et malaysienne
slap chips (slup chips) -nom -Frites
generalement molles, passees a l'huile
et au vinaigre.

tokoloshe -nom -Mauvais genie ou
mauvais esprit, generalement tries actif
la nuit.
tsotsi -nom -Gangster ou voyou.


pap (pup) -nom -Bouillie de farine de zol -nom, familier -Cigarette roulee a
mais avec de l'eau et du sel. la main ou joint de marijuana.


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010


I ~ > > >B~a





Repra Afe' u d .


Une p6pini re d'orfevres


Marie-Martine Buckens


voient le jour en Afrique du
Sud pour sortir des commu-
nautes rurales trop nom-
breuses -enfermees dans la spirale de la
pauvrete. Le mot d'ordre : leur donner
les outils n&cessaires pour mettre en
valeur leurs competences. Et le mar-
che local, regional, meme international,
repond.

A bien des 6gards, l'Afrique du Sud reste
un pays producteur de matieres premie-
res. Commercialiser des produits a plus
grande valeur ajout&e reste souvent une
gageure en raison de nombreux obsta-
cles : politiques fiscales et industrielles
inadequates et manque de main d'oeuvre
qualified. C'est le cas en particulier dans
le secteur de l'orfevrerie.

"Tout le system mis en place ne favo-
rise pas le march& local" nous explique
Demos Takoulas, a la tete du SEDA
Limpopo Jewellery Incubator (SLJI),
une pepiniere de joailliers, installed
depuis juillet 2009 a Polokwane, la


capitale du Limpopo, province septen-
trionale de l'Afrique du Sud.

"C'est le cas, poursuit-il, du diamant
dont l'essentiel s'en va a l'etranger; dans
ce cas, De Beers (producteur de dia-
mants, NDLR) et le gouvernement tra-
vaillent main dans la main". Et d'ajouter:
"L'Afrique du Sud est l'un des premiers
producteurs mondial de metaux pr&cieux
et le plus important en platine surtout
dans cette province. Elle est aussi le
cinquieme producteur de diamants, et
pourtant l'industrie joailliere ne repr&-
sente que 2% du march mondial de
l'orfevrerie. Ce qui nous manque c'est
essentiellement le savoir-faire et un
environnement adequat." Il n'empeche.
Le SEDA d6partement du minister
du Commerce en charge des petites
et moyennes entreprises a decide de
financer des pepinieres dans ce qu'en
Afrique du Sud on appelle les industries
historiquement desavantagees. Dans le
cas de la joaillerie, le SEDA s'est base sur
une etude du Conseil sud-africain de la
joaillerie estimant que l'industrie avait
besoin de 3.804 orfevres dans les cinq
annees venir. A cote de SEDA, l'Union
europeenne est le premier bailleur de
fond (7 millions d'euros).


Le principe de SLJI: offrir aux apprentis
orfevres -ils sont actuellement 30, dont
cinq sourds -les connaissances tant
techniques que commerciales, admi-
nistratives et informatiques, pour leur
permettre de se constituer en petites
entreprises. "Beaucoup n'ont aucune
formation informatique, il faut &gale-
ment leur apprendre a g&rer les risques
commerciaux, meme &tablir une facture,
contacter les clients", explique Demos
Takoulas. Par contre, beaucoup -en
particulier les sourds -ont des talents
certains en matiere d'orf&vrerie. Resultat
: en moins de quelques mois, la compa-
gnie de ce sud-africain d'origine grecque
-qui affirme que depuis qu'il est a la tete
de cette entreprise ce qui le rend "de plus
en plus heureux c'est le souvenir de ma
mere qui souriait au monde et qui m'a
appris aller vers l'essentiel" -affiche des
r6sultats financiers plus qu'honorables.
Depuis son lancement, la compagnie a
permis a quelques joailliers de se lancer.
"Partis d'un salaire de 2.000 rands (envi-
ron 200 euros) par mois, notre activit&
au sein de la pepiniere SLJI nous a per-
mis d'enregistrer un chiffre d'affaires de
100.000 rands en d6cembre 2009, dont
70.000 rands de profits" nous expliquent
Vukani Sibanda et Tau Tebogo Lee.

* L'Agence pour le Developpement de la Petite
Enterprise (SEDA) est un Departement de
l'Agence pour le Commerce et 1'Industrie en
Afrique du Sud. www.seda.org.za


Cu r r i e r





A d R epor ta


VIH/Sida:


une


cooperation


responsable

La sante singulierement la lutte
contre le VIH/Sida represente
I'une des grandes priorities du
gouvernement sud-africain, a cote
de I'education, I'emploi et la lutte
contre la pauvrete. Lutter contre
I'epidemie du Sida passe notamment
par une meilleure connaissance
des groupes les plus atteints et
par sa prise en compte dans les
projets de developpement. Deux
aspects auxquels I'UE a apporte sa
contribution.

Marie-Martine Buckens


L Afrique australe, et particu-
lierement l'Afrique du Sud
enregistre l'un des taux de
prevalence du virus d'immu-
nodeficience humaine (VIH) les plus
eleves du monde, affectant particulie-
rement les femmes des couches defa-
vorisees, essentiellement africaines.
"On estime notamment que pres de
50% des femmes enceintes sont por-
teuses du VIH" nous explique Jean-
Frangois Aguilera, responsable de
la Task Force HIV mise en place en
2008 par la Commission europeenne a
Johannesburg. Son objectif: offrir aux
delegations europeennes des dix pays
d'Afrique australe des conseils pour pre-
venir l'extension de l'epidemie dans les
projets de developpement finances par
l'Union europeenne. Les connaissances
medicales de la Task Force Jean-
Frangois Aguilera est medecin et titu-
laire d'une maitrise en Sante publique
suppl&ent aux manques d'expertise
rencontrees dans certaines delegations
en matiere de sante. "Celles-ci a leur
tour, peuvent conseiller les gouverne-
ments des pays ou elles se trouvent"
poursuit le responsable.
Un guide de 'bonnes pratiques'
Des etudes sont egalement menees afin
d'evaluer les ressources humaines en
matiere de sante de meme que les poli-
tiques de sante mises en oeuvre sur
les lieux de travail. Dans la majority
Je dessine le virus, ce sont les petits points bleus. Les cercles rouges repr6sentent les antir6trovirus qui mangent le des cas, les ressources humaines sent
virus, et les blancs, mon sang. Regardez ce que j'ai 6crit sous ma main gauche: Accept yourHI Virus, be atpeace with it,
have a clear mind to fight it", Nondumiso Hlwele Collection de la Cour constitutionnelle, Johannesburg.
Marie Martine Buckens


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010










nettement insuffisantes >, explique le
responsable de la Task Force.

Mais une des priorities est la mise au
point d'un guide de 'bonnes pratiques'
sur le terrain. "Prenez le cas du Malawi,
explique M. Aguilera, ou 1'UE finance
des projets de construction de routes.
La mobilit& des travailleurs impliques
dans ces constructions repr6sente un
facteur de risque de dissemination du
VIH. Ainsi un conducteur d'engins aura
des relations sexuelles, souvent avec
des prostitutes, sur son lieu de travail,
loign& de sa famille. Si par contre vous
formez des femmes pour remplacer ces
hommes, vous allez diminuer ce risque.
D'autres mesures sont prises telles que
mener des campagnes de prevention


aupres de la population locale; s'il y a
des prostitutes, suivre leur &tat de sante,
6ventuellement les traiter, distribuer des
preservatifs".

I1 en est de meme pour les projets de
d6veloppement rural. "Les femmes, en
particulier les ouvrieres agricoles, sou-
vent victimes de viol, sont les grandes
victimes du VIH. Cette vuln&rabilit&
particuliere des femmes doit absolu-
ment etre prise en compte; dans le cas
des projets agricoles cela peut se faire
en pr&voyant notamment des locaux
separes, et des latrines qui ne soient pas
a 500 metres dans la fort.

Ce guide a 6galement &t& adapt& pour
les projets mends directement par les


gouvernements dont l'aide prend essen-
tiellement la forme d'un appui budge-
taire, ce qui est le cas de l'Afrique du
Sud. "Nous avons des indicateurs qui
conditionnent cette aide budg&taire, on
pourrait en ajouter qui soient direc-
tement lies a la prise en compte de la
problematique VIH".

Jean-Frangois Aguilera reconnait que
des mesures sont prises dans les pays
concerns, mais sont loin d'atteindre le
niveau requis. "Nous avons notamment
&tabli un document qui devrait per-
mettre a la Commission europeenne de
d6montrer que les finances allou&es aux
Fonds mondial pour le Sida en matiere
de prevention sont insuffisantes".


Des universitaires relativement preserves


Les jeunes, apres les femmes, sont les
plus touches par le VIH en Afrique du
Sud. Un programme, lance par le De-
partement de I'enseignement superieur
du minister de I'Education sud-africain
avec le soutien financier de I'Union euro-
peenne, s'est attache a definir les actions
a mettre en place sur les campus des 23
universities du pays. Premiere surprise: la
prevalence du VIH y est nettement infe-
rieure que dans le reste du pays.

"Meme si la distribution du VIH suit le
schema national en terme de race (les
Noirs les plus atteints), sexe (les femmes
surtout), Age (les jeunes) et le groupe
d'education (les plus demunis), il s'en dis-
tancie en terme de pourcentage", nous
explique le Dr Gail Andrews, de I'Univer-
site de Pretoria (UNIDA) et a la t6te du
groupe qui a coordonne le programme.
En clair, le pourcentage d'etudiants uni-
versitaires qui se sont prdtes aux tests -
porteurs du VIH est de 3,4% contre 6,5%,
ou 10,2%selon des etudes menees dans
la population globale du m6me Age (de
18 a 24 ans). Un pourcentage global qui
cache des disparities enormes entre les
differences categories raciales de mise
en Afrique du Sud: 5,6% pour les Afri-
cains (les Noirs), 0,3% pour les etudiants
blancs, 0,8% pour les Metis et 0,3 % pour
les Indiens.

Les resultats montrent en outre que plus
le niveau d'education au sein des univer-
sites est bas, plus la prevalence augmen-
te. Ainsi, les enseignants affichent une


prevalence plus basse que les etudiants
(1,5%), alors que le staff administratif af-
fiche une prevalence de 4, 4% (superieur
aux etudiants) et le taux pour le person-
nel affected aux services de base monte
a 12,2%.

Outre ce recensement, le programme a
egalement elabore des recommandations
a I'attention des enseignants pour inclure
dans leurs cours des elements de preven-
tion. "Nous avons cible en particulier les
faculties d'Education, mais aussi celles de
Sciences de la sante et les faculties d'eco-
nomie et de commerce ", ajoute Gal An-
drews. Le rapport, qui a ete officiellement
remis au gouvernement en avril, recom-


mande a ce dernier de renforcer les cen-
tres de sante existant sur les campus et
de mettre a leur disposition un plus grand
nombre de medicaments antiretroviraux.

"Le financement europeen nous a permis
notamment d'assurer toute la partie edu-
cative du programme. Elle va pouvoir se
perpetuer, m6me apres le programme qui
prend fin cette annee puisque le person-
nel a ete former et pourra a son tour former
des etudiants", precise la coordinatrice.
"En outre, poursuit-elle, nous ferons de
nouvelles enquetes d'ici deux ans afin de
voir 'revolution du taux de prevalence sur
les campus, ce qui nous permettra d'etu-
dier I'impact de ces nouvelles mesures".


University du Witwatersrand (Johannesburg). Xavier Rouchaud


Cu r r i e r





A -. -o d R eportage


Rehabiliter les



zones rurales


Muyexe, village recule et pauvre a la
lisiere du Parc Kruger, est devenu le
premier "village-pilote" du Programme
de Developpement Rural lance en aoat
2009 par le president Jacob Zuma.


IvIuy-A. -AavIer rioucnauU


Marie-Martine Buckens


se des probl&mes auxquels font
face les agriculteurs ruraux
d'Afrique du Sud. Adosse
au vaste Parc Kruger (grand comme
la Belgique), il subit regulierement
l'assaut d'&lphants ou de buffles qui
d6foncent la cloture qui spare le parc
du reste du pays. Le b6tail se tient a
distance du parc et surpature les terres
plus proches du village. L'eau est rare
-on est loin des versants fertiles du
sud de cette province du Limpopo otu
bananiers, manguiers ou pins destines
aux industries papetieres sont cultiv&s a
grande 6chelle. Les maisons manquent
souvent des installations sanitaires &l&-
mentaires. Enfin, l'acces a la terre reste
un probl&me &pineux dans un pays qui
fait face aujourd'hui a l'&chec de sa
r6forme agraire.

A peine lance, le programme de dave-
loppement s'est attaqu& aux questions
les plus urgentes : construction d'une
seconde cloture en bordure du parc, et
d'une troisieme afin de crier une zone
tampon entre le b6tail atteint de fi&vre
aphteuse, a vacciner, et le b6tail sain,
et de proteger les nouveaux jardins
potagers. Plus de 150 maisons ont &t&
construites en l'espace de quatre mois,
de mime que 100 toilettes. Des tanks
ont &t& places le long des maisons pour
r&colter l'eau de pluie, des systems
pour recycler l'eau et des accords ont &t&
passes avec des grandes surfaces pour
distribuer les graines et ult&rieurement
distribuer le cafe, pasteques et autres
produits issus des potagers communaux.
Enfin, des terres ont &t& distributes en
accord avec les chefs coutumiers. Le
programme est ger& essentiellement par


le d6partement agricole de la province,
le budget 6tant aliment& tant par le gou-
vernement national que par la province
et la commune. "Concernant nos rela-
tions avec le parc Kruger, nous envisa-
geons de crier un groupe de discussions
pour tenter de trouver un arrangement
institutionnel. La question reste ouver-
te" explique David (...) responsable du
d6partement rural.

Le casse-t6te de la
redistribution des terres
En 1994, au lendemain de I'apartheid,
le gouvernement s'etait donned comme
objectifde redistribuer 30% (soit 82 mil-
lions d'hectares) des terres agricoles
dont 90% avaient ete attributes aux
fermiers blancs en 1913 a I'horizon
2014. Objectif irrealisable, a reconnu
le 2 mars dernier Gugile Nkwinti, Mi-
nistre du Developpement rural et de
la Reforme agraire. A I'heure actuelle,
seulement 5% des fermes ont ete re-
distribuees. Les raisons sont multiples
: coOt du rachat des terres mais aussi,
et surtout, manque d'experience des
fermiers noirs habitues a des agricul-
tures de survivance. Ainsi, la majo-
rite des fermes des vallees fertiles du
Limpopo a tourney au desastre, faute
d'encadrement technique et financier.
Echaude par I'experience du Zimba-
bwe, le gouvernement sud-africain a
done decide de reorienter sa politique.
Priority sera donnee aux infrastructu-
res existantes (modernisation, meca-
nisation et formation).


Cl6ture entre le Kruger Park et le village de Muyexe
SXavier Rouchaud


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010


c





Reportge A' .d


Les negotiations climatiques



se d6placent au Sud


En proposant Marthinus Van
Schalkwyk, Ministre du Tourisme
comme Haut responsable des Nations
Unies pour le climat, I'Afrique du Sud
entend jouer le role de leader des
pays emergents dans les negociations
en cours sur "I'apres-Kyoto".



Marie-Martine Buckens



Al'heure otu Le Courrier allait
sous presse, Jacob Zuma
annonyait officiellement la
candidature de son ministre
du tourisme au poste de secretaire exe-
cutif de la Convention sur le climat,
vacant depuis la d6mission en f6vrier
du N&erlandais Yvo De Boer. Repute
pour ses talents de n6gociateurs au
sein de la convention a l'&poque ou
il &tait 6galement Ministre de l'Envi-
ronnement, Marthinus Van Schalkwyk
aurait les faveurs de certaines gran-
des ONG 6cologistes, et de certains
pays developpes et en d6veloppement.
Pretoria a, tout comme ses partenaires
du groupe des pays 6mergents reunis
dans le "Basic" (Bresil, Afrique du Sud,
Inde, Chine), sign& l'accord controvers&
de Copenhague pr&voyant une limita-
tion des gaz a effet de serre a l'horizon
2020. Cet accord, non contraignant,
permet aux pays 6mergents d'influer
sur les n6gociations visant a remplacer
le protocole de Kyoto (reserve aux seuls
pays industrialists) qui vient 6cheance
en 2012. Or, c'est en Afrique du Sud
que doit se tenir en 2011 le sommet
de la convention qui devra decider de
l'apres-Kyoto.

L'Afrique du Sud effraye moins ses
partenaires du Nord que ses partenai-
res &nerg&tivores indiens ou chinois.
Surtout aujourd'hui out elle doit faire
appel a l'ext&rieur pour combler le sous-
investissement chronique dans son parc
&nerg&tique. L'opposition marquee par
les Etats-Unis et le Royaume-Uni a un
pret de 3,75 milliards de dollars (2,75
milliards d'euros), soit un dixieme des
investissements pr&vus, est revelateur
des enjeux en presence. Les ONG envi-
ronnementales anglo-saxonnes d6non-
cent un pret qui irait a de nouvelles cen-
trales polluantes au charbon, ressource
principale du pays pour sa production


d'&lectricit&. D'autres y voient un bras de
fer entre les constructeurs am&ricains et
franyais pour agrandir le parc nucleaire
le seul sur le continent africain. Par


Quelques chiffres
Afrique du Sud

Superficie : 1,2 million de km2
Population : 48,7 millions
Capitales : Pretoria (administrative),
Bloemfontein (judiciaire), Le Cap (legislative)
Croissancedemographique: +1,15%
PIB (MUSD) : 277,1 (2008)
Taux de croissance reel : 3,1% (2008)
Inflation: 11,5% (2008)
Exportations biens (MdsUSD): 80,20
(metaux precieux 23%, fer et acier 13%)
Importations biens (Mds USD): 91,05
(combustibles, appareils et machines)

UE-Afrique du Sud
Accord sur le Commerce, le Deve-
loppement et la Cooperation (ACDC)
signede en 1999), qui prevoit notamment
une zone de libre-echange entre I'Afri-
que du Sud et I'UE sur une period de
douze ans couvrant 90% du commerce
bilateral. La cooperation en matiere de


ailleurs, les entreprises sud-africaines
planchent avec leurs partenaires de l'UE
sur de nouvelles techniques de stockage
de carbone et de technologies propres.


C*u rrier


jet d'un accord distinct pour la science et
la technologie (cfr Le Courtier nl14)
Document de strategic pays (DSP)
pour la cooperation au developpement
sur la period 2007-2013. Son principal
objectifest de reduire la pauvrete et
I'inegalite tout en stimulant la stability
sociale et la durability environnementale
et en se concentrant sur la creation
d'emplois et sur le developpement des
capacities en termes de fourniture de
services et de cohesion sociale. Le
budget indicatif de 980 millions d'euros
est essentiellement verse sous forme
d'appui budgetaire.
Banque europeenne de developpe-
ment. Au total, les activities de pret de la
BEI s'elevent a 1,5 milliard d'euros. Les
financements prevus pour la period
2008-2013 devraient s'elever a 900
millions d'euros.


recherche et de developpement fait I'ob-


nIUII IUIII Ut OUWBLU. s xavierh oucnaua



































SHegel Gouter


Quant a une femme puissante


Hegel Goutier


Elle aurait simplement dit sur un
ton monocorde "Ah bon, j'ai le
Goncourt". Qui reflete, outre
une distanciation et une force
de caractere, l'economie de langage.
Marie Ndiaye, fille d'un pere senegalais
et d'une mere frangaise, c'est d'abord
la langue, la precision d'un style dans
lequel aucun mot, aucune ponctuation
n'est inutile et ne peut etre remplace par
un autre ou un synonyme.

Rien qui ne soit indispensable. Le point
ne l'etait pas pour son premier roman
Quant au riche avenir, elle n'en met pas.
Un livre, une phrase, un long souffle.
Comme un vol d'albatros entrainant sur
ses ailes le lecteur le long de tous ses
autres livres. Ce roman ecrit quand elle
avait 17ans avait stupefait le monde litte-
raire, provoquant a l'epoque la sentence
de la docte revue La Quinzaine litte-
raire qu'elle etait deji un grand ecrivain.
Ndiaye ecrivait, il est vrai des l'age de
12 ans.

La premiere strophe des trois chants
les trois histoires -qui composent Trois
femmes puissantes met certes le lecteur en
haleine. Qui a tue la belle et jeune mai-


tresse du pere de Norah : son free qu'elle
aimait tant, petite, mais qui est devenu
lisse, insipide, presque artificiel et qui
est accuse du crime apres une relation
incestueuse avec cette belle-mere ? Ou le
pere calculateur qui avait enleve le frre
du giron familial en France pour l'em-
mener en Afrique puis formater, apres
avoir abandonne la mere et Norah dont
il semble mal s'en souvenir, et sa smur a
la privation ?

Ce pere. "Il &tait 1l, nimbe de brillance
froide, tombe sans doute sur le seuil de
sa maison arrogante depuis la branche de
quelque flamboyant dont le jardin etait
plante car, se dit Norah...... cet homme
irradiant et dechu dont un monstrueux
coup de masse sur le crane semblait avoir
ravale les proportions harmonieuses ...
... Et cet homme qui pouvait transformer
toute adjuration de sa propre part en sol-
licitation a son egard..."

Description des sensations

Un peu de tension et certainement pas
celle d'un thriller. C'est, comme nulle
autre, la fine description des sensations
peur, degoft, revolte, frustration, honte,
humiliation dont elle fait effleurer les
brumes chez le lecteur qui est l'arme
fatale de la puissante ecrivaine. Troisfem-
mes puissantes, avant d'etre le Goncourt


de l'annee, a ete un success de librairie en
quelques semaines.

Dans le deuxieme chant, Fanta, venue
du Senegal son pays oiu professeur de
litterature elle avait succombe au charme
de Rudy Descas, un Frangais, devien-
dra femme de menage en Gironde, en
France. Venue du bas, elle y retournera.
"Elle ne pouvait cependant empecher
qu'il se souvienne, et lui rappelle sur un
ton suppliant, de ces bonnes annees pas
si lointaines oiu l'un de leurs plus chers
plaisirs consistait, dans la penombre de
leur chambre, assis au lit coude a coude
comme deux camarades..."

Le dernier chant du roman penetre dans
la vie d'humiliation de Khady Demba
dans son pays, le Senegal. La dignity est
la connaissance de cette humiliation et
d'elle-meme, qui la rendent maitresse de
cette vie depossedee. Lever de rideau.
"Lorsque les parents de son mari et les
smurs de son mari lui dirent ce qu'ils
attendaient d'elle, lui dire ce qu'elle allait
etre obligee de faire, Khady le savait
deji..." Fin. "C'est moi, Khady Demba,
songeait-elle encore a l'instant ott son
crane heurta le sol et ott, les yeux grands
ouverts..."


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010


*AINE N111ATE


TROIS FEMIMES

Pt ISSATES








Uf
















Projet Khatarsis



au Cap Vert


De jeunes artistes sont bien determines a faire bouger la culture capverdienne
contemporaine!




Sandra Federici


E n temoigne d'ailleurs le tris
beau projet Khatirsis, un
montage artistique multidis-
ciplinaire organism a la Casa
da Imprensa, a Praia en d6cembre 2009.
Ce projet est ni de la volonte de susciter
un questionnement sur l'ancien camp de
concentration de Tarrafal et la vie des
prisonniers politiques incarc&res durant
le regime colonial portugais. Ce camp
avait &t& construit par le gouverne-
ment Salazar a proximit& de la superbe
plage de Tarrafal, sur l'ile de Santiago.
L'ann&e derniere, un symposium y avait
&t& organism par la Fondation Amilcar
Cabral. Cette institution a pour voca-
tion de perp&tuer la memoire d'Amilcar
Cabral, cle6bre heros guineo-capver-
dien. Plus r6cemment, a l'initiative de
Samira Pereira, la fondation s'est &gale-
ment associee a l'organisation d'activi-
tes culturelles pour les jeunes. Et c'est
cette fondation qui a permis au projet
Khatirsis de voir le jour, en finangant
deux artistes, Cesar Schofield Cardoso
et Joao Paredela.

Des femmes victimes

Le projet repose sur une video realis&e
par Cardoso, qui illustre de maniere
universelle et symbolique les violations
des droits de l'homme perp&tr&es a
Tarrafal en representant une femme vic-
time de violences, le corps frele et sans
defense vetu d'une robe blanche. Alors
que des hommes &taient enfermes et
tortures dans le camp, ceux qui avaient
&chapp& a cet emprisonnement -leurs
femmes et enfants taient &galement
victimes du regime totalitaire.

La victime est interpr&tee par Soizic
Larcher, artiste qui, a la fin de la video,
se met a peindre 'action physique de
peindre &tant ici une catharsis -seule
solution pour contrer la violence &ter-
nelle et inevitable de l'homme.


SCesar Schofield Cardoso. Katharsis


Cu r r i e r


Cr5aivi















L'Afrique


a I'heure du pret-a-porter


Au cours de ces dernieres annees, un grand nombre de festivals, d'evenements
et de concours de mode ont assure aux createurs africains une meilleure visibility.
Et mis en avant la necessity de promouvoir a une plus grande echelle I'industrie
africaine de la mode.


Elisabetta Degli Esposti Merli


nalites les plus influentes de
l'industrie de la mode a recem-
ment ecrit dans The New York
Times un article intitule "Next Stop,
Africa",* dans lequel elle predit que les
prochaines tendances seront inspirees
par la mode africaine.

Et le gourou des cat walks d'affirmer
"Le diktat du politiquement correct a
sans doute fait hesiter jusqu'd present
les createurs, a moins qu'ils aient voulu
eviter de recycler les images d'une partie
du monde ravagee et exploitee par le
colonialisme."

A moins aussi que le concept de "mode
africaine" n'ait pu s'exprimer en rai-
son de cliches herites de la litterature
ethno-anthropologique et du colonia-
lisme, selon lesquels les soci&ets africai-
nes adoptent des codes vestimentaires
qui respectent la rigidity fonctionnelle
des vetements rituels et qui, de ce fait,
demeurent impermeables a l'idee meme
de la mode.

L'heure de 1'Afrique a sonne

Mme Menkes fait remarquer : "Ne
serait-ce pas merveilleux qu'apres toutes
ces annees steriles, l'heure de l'Afri-
que ait enfin sonne ?" Car les choses
bougent. Le monde s'interesse de plus
en plus a la mode africaine, grace a des
evenements comme les Semaines de
la mode organisees au Cap, a Durban
et a Johannesburg et, depuis 2005, en
Tunisie. Quant au Festival international
de la mode africaine (FIMA), organism
chaque annee au Niger, sa reputation
n'est plus a faire grace a l'energie de son
fondateur, Seidnaly Sidhamed Alphadi.

"L'Afrique est a la mode !" est un
concours organism par Culturesfrance
dans le cadre du FIMA qui a pour
objectif d'ameliorer l'acces des jeunes
au marche international de la mode. Le


concours s'adresse aux createurs inde-
pendants ages de 18 a 35 ans qui vivent
et travaillent dans des pays d'Afrique
subsaharienne, de l'ocean Indien (a l'ex-
ception de la Reunion), et du Maghreb
(Algerie, Egypte, Libye, Maroc et
Tunisie). En 2009, c'est le Sud-Africain
Thokozani Freedom Mbatha qui a rem-
porte cette distinction.

Transition

Le laureat 2009 a explique que son
interpretation de la transition (le theme
du concours) est li&e a sa philosophie
personnelle, "otu le passe, le present et
le futur circulent et se fondent dans une
seule et meme direction et oiu chaque
ville a ses propres specificites, anciennes
et modernes a la fois. Cette association
introduit une nouvelle dimension, elar-
git les horizons et ouvre les perspectives
de chaque culture, et des interpretations
personnelles de cette culture."

Salah Barka, de Tunisie, et Charlotte
Mbatsogo, du Cameroun, etaient les
deux autres laureats de cette edition
2009.

Pour Salah Barka, "l'Afrique est vrai-
ment a la mode et elle habillera bientot
le monde (...) Mes creations sont a
l'image du continent qui leur a donne
naissance -un continent qui trans-
forme, travaille et danse."

Charlotte Mbatsogo a 25 ans et deji des
idees claires et precises sur son travail :
elle veut revisiter les coupes classiques
pour les adapter aux nouvelles tendan-
ces et aux temps qui changent.

Les collections presentees dans le cadre
de ce concours montrent clairement que
la mode africaine est l'expression de
transformations, d'echanges, de nego-
ciations et de renegociations identitaires.

Et qu'elle est prete a inspirer de nouvel-
les tendances.

* http://travel.nytimes.com/2005/03/20/travel/
tmagazine/20TMENKES.html


Barkah Salah, photos du defile de mode de Bill Akwa Betote


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010


Crnativ











HIFA 2010:


le Festival


international


des Arts


d'Harare


La 11 edition du Festival international
des Arts d'Harare se deroulera cette
annie du 27 avril au 2 mai. Ce festival
annuel de six jours, complete par
divers ateliers, met en avant les plus
grands artistes zimbabweens ainsi que
les ceuvres d'artistes internationaux.


Sandra Federici


C e festival met a l'honneur
diverses disciplines comme le
theatre, la danse, la musique,
le cirque, le spectacle de rue,
les arts parl&s et les arts visuels. Depuis
sa premiere edition en 1999, l'6venement
a attire un public nombreux. Il est par
ailleurs peu a peu devenu un symbole
positif majeur au Zimbabwe en ce sens
qu'il tente d'unifier, socialement et cul-
turellement, des groupes tres disparates
a une epoque stigmatis&e par le conflit
id&ologique et l'incertitude politique. Et
de fait, 1'HIFA est aujourd'hui consid-
ere comme l'Evenement culturel le plus
important du pays. En 2006, le bureau
de 1'UNESCO a Harare avait soutenu la
participation de groupes de danses tra-
ditionnelles au festival dont, notamment
les danseurs marginaux de Chigombela
Venda. L'UNESCO a 6galement finance
des ateliers autour de diff6rents themes
: la promotion artistique et l'Internet, le
d6veloppement et le marketing produits
(pour les artisans) et l'art et le develop-
pement (encourageant des discussions
ouvertes sur le theme du VIH).

"About Face"

Cette annee, Manuel Bagorro, fonda-
teur et directeur artistique de 1'HIFA,
et le Conseil d'administration (preside
par Angeline Kamba) ont choisi de


decline l'6venement autour du theme
"About Face" (demi-tour, volte-face),
une expression qui se prete a diverses
interpretations. Comme l'indiquent les
organisateurs sur le site Internet de
l'6venement, "le dictionnaire d6finit
l'expression About Face en ces termes
: 'l'acte de se retourner dans la direction
opposee'. L'expression a d'abord &et
utilis&e aux Etats-Unis dans le domaine
militaire. Elle peut aussi designer un
revirement d'opinion ou d'attitude."
L'id&e est d'encourager les Zimbabw&ens
a s'ouvrir et a changer leur fagon de voir
les choses, a tourner le dos au pessi-
misme pour privilegier l'optimisme et
encourager ainsi le changement positif
et le d6veloppement, a adopter de nouv-
elles attitudes et a changer leur vie. Les
organisateurs esperent bien sur que ce
theme inspirera les artistes pour une
edition 2010 de 1'HIFA des plus pas-
sionnantes.


La bande dessinee africaine a I'honneur au musee du quai Branly


Catherine Haenlein


E n f6vrier 2010, plusieurs
auteurs africains de bandes
dessin6es et des sp6cialistes de
la BD africaine se sont r6unis
a Paris a l'occasion d'une conference de
trois jours afin de dresser un 6tat des
lieux de ce secteur artistique.


1960 marque la naissance de la bande
dessin&e africaine avec la publication de
la BD Le cure de Pyssaro de la Togolaise
Pyablo Chaold. Mais tout ce qui brille
n'est pas or et a l'heure oit la BD afri-
caine fete son 50e anniversaire, cette
expression artistique se heurte encore
a de nombreux obstacles sur le conti-
nent. La conference, organis&e par
Christophe Cassiau-Haurie, sp&cialiste
de la BD d'Afrique, de l'ocean Indien et
des Caraibes, avait pour but de faire le
point sur la progression du "9e art" en
Afrique et sur ses perspectives futures.
In 1960, the Togolese Pyablo Chaold's
Le cure de Pyssaro became the first
comic strip to be published in Africa.
But that which is golden does not always
glitter.

Du 4 au 6 f6vrier, des auteurs de BD,
des 6diteurs, des journalistes, des ensei-
gnants et des conservateurs de musee
venus des quatre coins d'Europe et
d'Afrique se sont rtunis au musee du
quai Branly, dans le Salon de lecture
Jacques Kerchache. Ils ont ecout& les
presentations des sp&cialistes, regard& le


film Resistants du 9" art et profit& d'une
demonstration en direct du dessinateur
congolais Pat Masioni. Des d6bats ani-
mes ont eu lieu autour de diff6rents th&-
mes tels que les ressources du secteur,
les probl&mes de financement rencon-
tres par les scenaristes, l'absence de fes-
tivals europeens dedi&s a la bande dessi-
nee africaine ou encore la saturation du
march europeen par les mangas.

Si elle s'est attachee a identifier l'origine
des difficulties actuelles du secteur, la
conference a aussi offert a un large
6ventail d'auteurs, d'6diteurs et d'ex-
perts l'occasion de se r6unir, d'echanger
des id&es et d'examiner les perspectives
futures dans leurs domaines respec-
tifs. L'occasion done de prendre des
contacts et de formuler des propositions
pratiques, par exemple en vue de col-
laborations futures et d'autres activities
en r6seau susceptibles de relancer cette
forme unique d'expression artistique
qui vient de feter ses 50 ans d'existence
en Afrique.


Didier Kassai, avec I'autorisation du Musee du quai Branly
et de I'artiste.


Cu r r i e r


Cr5aivi







Un jourConcours Photo organism par Le Courrier


Rendez-vous sur le site web
du Courrier a la fin avril pour
s'inscrire i




W~~ MUWi 24M


N. 16 N.S. MARS AVRIL 2010











Concours

Photo

Le Courrier organise un concours pour
les photographes en herbe des pays
ACP!

Les themes retenus sont les sciences et
les technologies culture (art et tradi-
tion), les changes et le changement
climatique.

Prix : 1.000 euros

Visitez notre site Des la fin avril, vous
y trouverez le reglement du concours et
vous pourrez voter en ligne.


La parole aux lecteurs

Le Courrier souhaite ouvrir un dialogue
sur le dossier "jeunesse" de ce numero.
Nous invitons donc nos lecteurs a nous
envoyer leurs contributions sur les sujets
abordes ici. N'hesitez pas a nous envoy-
er un courriel a info@acp-eucourier.
info ou un fax au +32 2 2801406.


ADRESSE: LE COURRIER 45, RUE DE TREVES 1040 BRUXELLES (BELGIQUE)
COURRIEL : INFO@ACP-EUCOURIER.INFO SITE INTERNET : WWW.ACP-EUCOURIER.INFO


Calendrier MAI-JUILLET 2010


Mai 2010

18 20/5
Lighting Africa 2010
Nairobi, Kenya
Pour en savoir plus :
http://www.lightingafrica.org/node/414

18- 19/5
6e Sommet UE-Amerique latine
et Caraibes
Madrid, Espagne
Pour en savoir plus :
http://www. eu2010.es/en/agenda/
cumbrestercerospaises/evento 01.html

18-21/5
Science, soci&et de l'information et
espace reunion du groupe d'experts
conjoint Afrique-UE
Durban, Afrique du Sud

19-21/5
Conference & Exposition IST-Africa
2010
Durban, Afrique du Sud
Pour en savoir plus :
http://www.ist-africa.org/
Conference2010/default.asp

24-28/5
Atelier regional Better Training
for Food Safety
Bamako, Mali


26-28/5
eLearning Africa 2010
Lusaka, Zambie
Pour en savoir plus
http://www.elearning-africa.com/

31/5-3/6
91e session du Conseil des ministres
ACP
Ouagadougou, Burkina Faso


Juin 2010

2-3/6
2' Africa France Business Meeting
Bordeaux, France
Pour en savoir plus :
http://www.africa-france-business.
corn 2010/index.php

4/6
35' session du Conseil des ministres
ACP-CE
Ouagadougou, Burkina Faso

4/6
3e Reunion du Groupe de travail
regional sur la culture
Bruxelles, Belgique


9/6
AU-EU College-to-College meeting
Addis-Abeba, Ethiopie

21-23/06
Deutsche Welle Global Media Forum
'The Heat is On: Changement climatique
et Media'
World Conference Center Bonn
(WCCB), Allemagne
Pour en savoir plus: www.dw-gmf.de


Juillet 2010

7-9/7
Seminaire regional CESE des
groupes d'interet economique et
social ACP-UE
Addis-Abeba, Ethiopie

15-16/7
Atelier : Societe civile et Strategie
Afrique-UE
Addis-Abeba, Ethiopie

18-23/7
Conference AIDS 2010
Vienna, Autriche
Pour en savoir plus :
http://www.aids2010.org/


Courrier


Le livre de I'exposition Petits d'hommes

est en vente


Avec des photos de Pierre-Jean Rey, aux
editions Albin Michel, France, novem-
bre 2009.

Cet ouvrage de 220 pages est illustre
de portraits d'enfants du monde entier,
pour la plupart des victimes de la crise
&conomique, de la guerre, de la loi de
la mafia et autres folies humaines. Le
photographe a demanded d chacun de ses
jeunes modules d'adopter une expres-
sion rendant compte de leur message,
en particulier ce qu'ils veulent dire aux
enfants d'autres pays. Cette compilation
de photos depeint des enfants qui ont
souffert et dont les souffrances se pour-
suivent. Les photographies positives de
Pierre Jean-Rey communiquent un mes-
sage de fiert&, de dignity et de courage.
Elles ont recemment ete exposees au
Parlement europeen l'occasion du 40e
anniversaire de l'Organisation interna-
tionale de la Francophonie.








Afrique Carai'bes Pacifique

et pays de I'Union Europeenne


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Les listes de pays publiees par Le Courrier ne prdjugent pas le statut de ces pays, territoires et d6partements, ni I'dvolution de ce statut. Le Courrier utilise des cartes de diverses origines. Cette
reproduction n'implique la reconnaissance d'aucune frontiere particuliere ni ne prejuge le statut d'aucun Etat ou territoire.


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CARAIBES
Antigua et Barbuda Bahamas Barbade Belize Cuba Dominique Grenade Guyane Haiti
Jamaique Republique Dominicaine Saint Christophe et Nevis Sainte Lucie Saint
Vincent et les Grenadines Suriname Trinit6 et Tobago


AFRIQUE
Afrique du Sud Angola Bdnin Botswana Burkina Faso Burundi Cameroun Cap Vert
Comores Congo Cote d'lvoire Djibouti Erythrde Ethiopie Gabon Gambie Ghan Guinde
Guinde Bissau Guinde Equatoriale Kenya Lesotho Libdria Madagascar Malawi Mali
Maurice Mauritanie Mozambique Namibie Niger Nigeria Ouganda R3publique
Centrafricaine R3publique D6mocratique du Congo Rwanda Sao Tomd et Principe
Sdnigal Seychelles Sierra Leone Somalie Soudan Swaziland Tanzanie Tchad Togo
Zambie Zimbabwe
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Zambie Zimbabwe


UNION EUROPEENNE
Allemagne Autriche Belgique Bulgarie Chypre Danemark Espagne Estonie Finlande
France Grece Hongrie Irlande Italie Lettonie Lituanie Luxembourg Malte Pays-Bas
Pologne Portugal Royaume-Uni Roumanie Slovaquie Slovenie Suede


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