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 Front Cover
 Title Page
 Dedication
 Preface
 Foreword
 Introduction
 Le milieu geographique
 L'histoire generale
 L'histoire de la propriete...
 Les droits immobiliers de...
 La paysannerie Haitienne
 La question agraire
 La legislation fonciere actuel...
 Las regles de la publicite fonciere...
 Leur adaptation en Haiti
 Le cadastre a l'etranger
 Son adaptation en Haiti
 L'impot foncier
 Conclusion
 Bibliography
 Table of Contents


DLOC UFLAC




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RAYMONDRENAUD-ChevalierdansI'Ordrenational deI'HonneuretduMerited'HaitiDocteurendroitLicencie es lettres Diplol11e de l'Ecole deNotariatde Paris LEREGIME FONCIER'...ENHAITI Preface deSonExcellence,MonsieurStenioVINCENTPresident de la Republique d'Hai'tiPAR I.e LESEDITIONSDOMAT-MONTCHRESTIEN.. F. LOVITON &C" 160.RueSaint-Jacques,160 f934-

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ChevalierdansI'OrdrenatIOnaldeI'Honneuret du Mente a'liai:tI Docteurendroit Licenciees lettres Diplome de I'EcoledeN otariat de ParisLE REGIMEFON CIERENHAITI Preface deSonExcellence,MonsieurStenioVINCENTPresident delaHepubliquedOHaltiPARISLESEDITIONSDOMAT-MONTCHRESTIENF.lOVITON 6. C"160,RueSaint-Jacques, 1601934

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R LATINAMElllCA

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ALAMEMOIRE DEMONPEREquiJutmanpremier maitre IIaimapassionnementla terreetlui demeura fidele,toujours.Puisse ma plume, -camme sacharrue, faireunebesagne utile, fe conde,et Iesillanhonnete ou ilm'adevance.Manambitionneva pas au dela..H..H.

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PREFACE Port-au-Prince,le3Septembre1934.CherMonsieurRenaud,1ln'estpeut-etre pas trop tard pour.quejem'acquitteenversvousd'undoubledevoir:desremerciements dvous presenter;unepromesse a tenir. Lesremerciementsvoussontdusenretourdusentimentquimevau,t d'aivoir ete prejere a toutautre bienmieux qtwlifie ponr laPREFACEavotrethese. Cette partie de matache m'est plutOt aisee :jen'ai,pourlaremplir, qu'a laisser parlermon creur. Quejeregrette denepouvoirendireautantdeI'autre devoir -quelquechosecommeunlautredanger ; ecrireunePREFACE!...Et d votre ouvrage,encore!... .4 monavis,cetravail de preparation du lecteur nepeutavoir toute sa raison d' etre ques'ilparticipe, d' une fal;on oud'uneautre, au tra:vail qu'il precede, l'eclaira1ntoulejnstifiant.Dansl'unet l'autre cas, ilimporte,parconsequent,que l'ouvrage a prefaceI' aUete considere, examine,approjondi.Toute chosequi demande dutemps,jorcement.01',depuis notre conversationtouchantl'objetdevotreactuelledemarche,c'est a peine,en 'verite, sij'aipudisposerd'unmomentpourm'occuperd'autrechosequPdes questions urgentes, delica:tes,complexes-dontma

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IIfonctiondeChefdeGouvernements' est trouvee particulierementsurchargee, cesmoisderniers, etmaintenantencore.nya la, cependant,quim'attend...cette fame usepromessen ....Et, aussi, votreintention-manifestede. ne palj m'en liberer !...Et, eequiest de beaucoupplusgrave. ilyasurtoutladatequiapproche, ou ilvous faudra remettre 'votre ma nuscl'it a votrepresidentde these ettenirvosengagementsenvers votre editeur. Que faire, dans ces conditions?...Tout considere, leplussimpleest encore de s' executeI'. C'est cequejefais, rcsignc, maisconfiantdans votre bien'veillance aussi bien que dans cene de vos lecteurs. '*''" '" Lalecture delal these n'estpas indispensable, a1firmez-vous,pouren rediger l'exorde..., surlafoid'un resume ...)) Voila quiest encourageantpourmoi.nne jaudraittoutde meme pas arreteI', parunedecla rationimprudente,lechercheurquis' appreterait a nousa,border, dans l' espoir dequelquesrenseignementssubs tantiels et profitables. Cal', unePREFACE, apres tout, Qa doit avoir sonutilite. Mais,j'ypense, n'est-cepoint,aussi, eire utile que, dans telleoutelle circonstance, delivrer uncertijicatde sincerite, pa,rexemple?N' est-cepoint etre encore utilequed' apporter, dans telle controverse eventuelle,sonattestationsurla probite scientijique del'une,aumoins,des parties en cause?..Done, ne serait-ee qu'a ceseul titre,l'exorde,quevous

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III sollicitezdemoipour'votre travail,n'aiurapas ete tout a fait inutile, plLisqu'il etablitunfait que,personnellement,j'aieu a constater :lesouci d' exactitudequivous a constamment anime dans /'0. prepa,ration de votre ouvrage. Etj'ajoute quecen'est passeulementavec votre intelligence que,pendantvotre sejbur dedocumentationparminous, 'vous avezapprofondinotre His.tQil:e, notre Geographie, notre Legisla,tion, noscoutumes,nos problemes, nos alnxie tes et meme nos angoisses : ilmesemblequevousyavezmisaussiunpeude votre cceur. Toutes vos demarches,toutesvos activites, en temoignent. Celameritaitbien d'etre signale, et,pourmapart,c'est avecun reel plaisir quejeleproclame ici . '"", Aenjugerpa,rl' aperQu analytiquequevous m' avezcommunique,c'estunouvrage considerable que celuiquevousvous etes propose.IIapporte d'abOI'd,aupointde vuegeneral, unecontributionfort interessantea l' etude com paree des di'vers regimes fonciers, desmecanismesdecesinstitutionsjuridiques,de leurevolutionhistQrique,de leurs repercussionseconomiqueset sociales. Mais10. tache difficile -jene dis paspourunetralnger, carun Franyais n'estjamaisun etranger parminous maispourunjeunejuristequin'avaitjusqu'alorssur HaUi que desinformations assez vagues -la, tache difficile etait d' etudier, sous ses divers aspects,lalegislaitionimmobiliere' ha'itienne, d'yapporterunemethodesi sure, et de pal:venira degager, des realites d' ordreeconomiqueet politique propres a notremilieuet leur complexile est evidente tous les incon 'venients de notre actuelle organisation fonciere et la neces site d'unereformequis'adapte aua: nouvelles conditions

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IV de l'adivitegenerale dupayset assure,notamment,le de veloppementnormalde saproductionagricole. V6us y etes parvenuavecuneaisancequi merite tous les eloges.Etc'estbienla premiere fois, il faut le dire,queles !'natieres immobilieresethypothecairesspecifiquement hartiennes ont ete traitees avec la belle unite scientifiquedont Umoi gnelacompositionde 'votreouvrageetquipermetd' avoi, desormais unevued'ensemblede notre Droitimmobilieret des rapports necessaires de ses diverses parties avec',{!os particularites nationalesquevousavezsibienmisesenreliefQu'ils'agisse,eneffet,del'historiquedenotrepro priete fonciere, de lasituationspeciale de lapaysannerie haUienne, de notreproblemeagra:ire, de lOJ questionsicompliqueeducadastre,onnepeutqu'applaudir it la penetration,a la ponderation et al'irn.partialite a,veclesquellesvousavezsu apprecier et critiqueI' lesopinionset les 1heses, sans jamaisvonsecarter de l'objectivite necessair.e a la cla,rte et al'e:mctitude de 'vos explications. Vos recherchessurlecadastrem'ontparticulierement interesse, parceque la questiondel' etablissement duca dastre hartien estunede cellesquiontleplusvivemenl preoccupe nosGouvernements.Elle estintimement lieea deuxautresquestionspalpitantes 7I'actua.zite : cellesdu cre ditagricole et de l'im.pOt foncier..Maiscommentparler. de credit agricole dans L' eta,t dequasi-anarchie fonciere quise'vil encoreen HaHi ? gt L'impot foncierlui-memene doit-il pas etre conditio nne parunnouvelamenagementde I'agriculture nationale, arrachant notreproduction aoU,x conditionsde precarile invetereeou ellecontinuede vegetel' ?Etlecadre viciewrs'(Ha.rgit ainsi sans cesse,puisqueLamiseenvaleurdes terres p,a,,.l'in'igationet par La techni-

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quen'estpossiblequ'aumoyende nouvelles ressources de l' Etatquine peu-vent provenir precisement qued'imp6ts nouveaux et,enl' espece,d'unimp6tfonciersolidementetequitablementassis, et destine a remplacertes taiXessce lerates et insensees quenousmaintenonsencoremalgrenous, helas a l'exporta,tion de nos principales denrees...De telle sortequetoutl'ensembledu probleme serameneendefinitive a cettereformeimmobilierequevous preco nisez etquia jaitl'objetde si judicieuses observations de :votre par.t.J'avoueque l'reu'vre juridiqueaccomplieences der nieres annees et dans divers paysausujetde l'existence,dutransfert, des sllretis etde lapreuvedes droitsimmobiliers,nem'estpas tres familiere. Maisilmesembleque les nouvelles legislations immobilieresethypothecaires revelent unetendancemarquee a modifierassezprojondementleregimede lQjp1'Opriete fonciere. Deja leCode Civilallemandde1900et te Code Civil Suisse de 1912, abandonnantlanotiondutransfertdela propriete parleseulconsentementdes parties,sontrevenus Ii la ,vente romra1ine, laventesimplement generatrice d'obli gations personnelles,puisque,dans ces pays, la propriete nepeut eire pratiquement transferee aujourd' hui que par lmejormalitematirielle et substantielle analogue a latra ditioetquiconsiste dansl'inscriptionau Registre foncier. Ilya ld une tres curieuseevolutionduDroit,remontant Ii ses sources et retablissant d'anciennesnotionsju,ridiqlles, de 'vieuxsystemesqu'onpouvaitcroirepourtoujoursabo lis. Cequiprouvequel' experience, les necessites de la pratique: la vieduDroit,enunmot,estplusforte que lespuresspeculations des juristes etnes'accommodeque de bases realistes satisfaisant aux besoins des peuples, besoins

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VIpermanentsouchangeants.Sidevieuxpa,yscommeI'AllemagneetlaSuisseont decide detransformerleurorganisation fonciere de'vant les exigencesdu credit fancier,falisant del'inscriptionau Registre,nonseulement un modedepreuve tres simplequi reagit surl'existence meme dudroit, facilite les contratsimmobiliersetdonnelesplus sures garalntiesaux transactionsmaisencore y attachantune sol'te de foipubliqueet positive dans l'attributiondudroit de propriete, comment un petitpayscommelen6trequiatantbesoin de credit pour. sondeveloppement econo mique, ne chercherait-ilpas a etablir, danssonorganisationjuridique,desconditionsd'acquisitionet de transfert dela propriete immobiliereinspirantlaplus entiere con fiance au,x preteurs? ..Cependant,je doute quepourassurer,en HaIti, la secu rite des titres, les facilites detransmissiondes immeu,bles etl'utilisationdu credit immobilier,la seule alpplicationdu systeme duTorrensActpuissedonnerles resultatspratiquesquevousen aUendez, Surcepointextremement dClicat, les considerationsmisesenavantparM,M arcei Olivier,ancienGouverneurde Madagascar,da,ns mn beauli'VT'eSixans de politiquesociale a Madagascarme pa raissents' adapter singulierement ala situation ha'itienne :Le systeme duTorrens Act )),dit-il, a donne d' excelLents resultatsauCanada,enA ustralie eten general dans to utes les colonies depeuplement ou l' on travaillaitSUI'unetablerase',1l Cll1Jita so,place, laou de vastes terres inhabitees s'offraient a l'energiecreatrice des colons eu, ropeens.Onpouvaitalors secontenterd'arpenterrapi dementle territoire vacant, delepartager.enlots et d'inscriwe les lots a,insidelimites all.Livrefancier.

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Vii MaisIeTorrens Act, siseduisantparsa simplicit1i etpal'la rapidite desonexecution,a jait jaillitechaquejoisqu'onavoulul'appliquer a despays OU descoutumesancestrales, variant parjois d'unetrib u a. l'autre, re gissentI'usage etlapossessiondusol. IInesuffitplusicide se livrer a untravailde geOmetl:e et de receveur d' enregistrement.L'immatriculation jOnCiel:e devientunactepolitique.IIs'agitnonde mesurer unterrain a la chaine d'arpenteur,mais d'interpreter lesdonneesd'undroitcoutumiersouventcomplexe,etdenerienjairequirisqued'indisposeroud'irriterdes cOInmunOJ.utis projondementattachees a leurscoutumes.Apeude chose pres, c'est lasituation haUienl1ememe queIeGouverneurOlivier a dec rite ainsi. Les Ha'itiensconstituentunpetitpeuple dejacharge d' Histoire,unpeupie ou la propriete elle-memealuneHistoiredontl'importanceprimordialenevous OJ pas puisque !l.JOUS avez constate I' etroiteconnexiti quiexiste Ieconceptpolitiquede la, souverainetinationale et Iecon cept agraire de la conservationet deI'extensionde lapetite propdete. IIy a d'autrescomplicationsque 'uous avezheureusementma,rqueesen etudiant nos mmursrurales etl'attachementdupaysan a la terre. IIs'agit,entre autres, delapratiquedela,nuptialitenarturelle, quenousappelonscheznousIe -etdesinconvenientsjuridiquesquienpr.oviennent, des phenomenesendilni quesdel'indivisiondes heritagesetdelatransmission irreguliere dunompatronymique.D'autre pa,rt, l' evolu tionpresqueininterrompue,depuis 1804, vel'SIe regime delapetite propriete, lesnombreuxoccupantsactuels des terres dudomaine,soil a titre dejermiersde l' Etat, soit a :titre de simples. possesseurs -unepossessionsouventsi

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VIII paisibleetsilonguequ'elleenest arrivee a creer presque une sorte de dr.oit de propriete, les nouvelles facilites quevientd'offrirla loisurIebien rural de famillepouraccroUre, d'unemanierecontinue,Ienombr.e de petits proprietaires ruraux, la;recenteinitiativeduGouvernementde conjerer Ie dl:oit de propriete, jusqu' aconC!1cr rence decinqhectares, a toutfermierdontlebail date de10ansetqui GJregulierementpaye ses redevances a I'Etat ;toutcela ma,intientevidemmententre la et celuiquil'occupe, a n'importequeltitre, des relaltions .tellem.entintimesquel'interventioneventuellede l' Administration danslacreation, la constatationouladelimitationdes dl:oits de propriete doit s'entourer de. precautionsinfinies.Je serais doncheureuxque,tenantcomptede cette spe cialeambiancejuridiqueaussibienque des tT:.ava!1cx et des etudes techniquesque 'vous avez reunis envuede laconfectionducadastre haUien etdel' etablissement du systememoderne des Registres fonciers,l'on pLUarriver a fixerune pl:ocedure,a la foissimpleet rapide, pas trop couteusepourl' Etat,inspirantconfianceauxpaysans, de manierea abo utiI'enfin,parune serie d'opera1tions regio nalessagementconduites, a l' organisation fonciere lamieux adaptee auxbesoinsdupeuple haUien. Je suis absolument convaincuque'votre livre sera[I], avecIeplus grandintCret et beaucoup deprofit,aussi bien en France qu'en I-IaUi, plus encore peut-Ctre en Haitiouvous avez laisse unsi aimable souvenil: parminotre elite intellectuellequialpprecie, a sajustevaleur,uotremagnifiqueeffortetapplaudit deja a votre legitime succes. Recevez,jevousprie,cherMonsieurRenaud,avecmesplussinceres jelicitations'les nouvelles demonaffectueuseestime.SteniaVINCENT!President del,aRepublique d'Halti.

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AVANT=PROPOSUn devoir elementaire degratitudemecommande,enpresentant eet ouvrageau public, de signaler les ,appuis divers quim'ont pel'mis de surmonter lesnombreusesdif fkultes quej'airencontrees sur monchemin.Le camctere essentiellement .local des questionsque j'()v&isit traitermemittoutd'abordenla necessite d'aller SlU' pla,cemedocumenter.C'est grace a l'Academie Paris, quipourvutparunebourse ames frais de voyage, que jepus satisfaire cette premiere obligation.LeIerpctobre 1933jemesuisembarquepourHaiti, ou j'ai sejourne plus de deux mois Les quelquessemaines que j'ai vecuesa Port-au-Prince,aumilieudes intellectuels aecueillants quecomptecetteaimablecapitale,ont ete decisives. Danscetteambiancepourtantnouvellepourmoi,macuriosited'observateur,de cher,cheur n':ajamais ete devue. Sans lamoindreenvie de flatter les hotes ,charmants quim'ont revu, jepuis declarerqu'on estalle plusd'unefoisaudevantde mes desirsenorientantmes recherchesauxsour,ces memesde monsujet.Onput m'empecher ainsi dem'egarerdans .IedecLaledes questions ,complexesquiretinrentmonattention.Je doispourcette raisonune tres profondeet deferente reconnaissance it Son Ex,cellence Monsieur Stenio Vincent,Presidentde la Republiqued'Haili,qui abienvoulumepermettre d'etre introduit aupres des Servicesadministratifs ressol'tissant aux principauxDepartements ministeriels.LeChefd'Etata daigne s'interesser it montravaild'une

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xautremaniere,pluspersonnelle,enaoceptant de prefaceI' monceuvre. Cetemoignaged'estime,venude sihaut,re presente pourmoilaplusbelle recompensedemavieuniversitaire.Jevoudraisqueles Hai'tiens, quilirontles pagesquej'aiecritespourleurpatrie,nelescroientpasindignesdecethonneur et partagentlessentimentsdeleurPresident aime,. Mesremerciementsvontensuite il Son Excellence MonsieurConstantinMayard, Ministre d'Hai'tia Paris,quis'est ap.{>liqueufa.ciliter mesrechercheset 11rE'ccommander mes effortsaupresde sonGouvernement, if Monsieur LeonThe baud,Conseiller iflaLegationd'Hai'ti, dontles avis nem'ontjamaismanque eta 'Monsieur Ie Professeur Clovis Kernisan,ancienMinistre des Finances, delegue parl'Universite de Port...,au-Prince[\ lasoutenancede rna theseUn meriteegal revient 'il Son MonsieurErnestChauvet,nom me recemmentMinistre d'HaLtia Londres, ainsiqu' a MonsieurG. E. Biessy, ConsulhonorairedelaHepublique d'Hai:ti. Tous lesdeuxm'ont suggere lespremieres idees demontravailetse 80nt employes a m'informer, des Ie debut demonenquete,surdespointsimportantsdedroit,compare.Jenepuisoublierlesmarquesd'estimeetd'encouragementdonts'estplu a m'entourerMonsieur S. Charlety,Hecteur de l' Academie de Paris. Jel'enremercie tres respectueusement.Jesuis tres reconnaissant egalementa mon President de these, Monsieur Ie ProfesseurHenriCapitant,membre de l'lnstitut,desconseilsqu'ilm'aprodigues.J'avoued'autrepartquela ,confiancequ'ilm'atoujours temoignee m'avivement touche. Dans les developpcIllents lesplusarides de rna these, j'aitrouvel';aide pre,cieuse de specialistes avertisetobli-

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Xl geants.Parmilesnombreuxcollaborateursquim'ontse conde parleur activite ou aide de leurs connaissances, ilen est. cert.ainsquiontdes titres a unegratitudeparticuliere.EnHaIti, Monsieur Percev,alThoby,Directeurdel'EcoleNationale de Droit dePort-au-Prince,a ete monguideIeplus sur. IIm'ainstruitnotammentdescoutumesetdes meeurspaysannesde son pays,ets'esteffor,cedem'initierauxquestions esoteriques quiserattachent a la legisLatIon fonciere haitienneMonsieur Louis Hoy, Directeurde 'l'Ecole des Sciences Appliquees,m'a familiarise avec lesproblemestechniquesqueposel'etablissementduCadastreenHaIti. Beaucoup d',autres savantsoujuristes,dontIenombreest tropgrandpourles .citeI' ici, in'ontapporteleurcontribution. Leurnomfiguredansmonlivre,enmaintsendroits. A tous j ',adressemonsouvenirIeplusreconnaissant.EnFrance,jen'aipastrouvemoinsde generosite. Jedoisungrostribut,enparticulier, a Monsieur Franyois Moreau,ingenieur topognaphe, quim'amisaucourantdesderniersprogresdelasciencephotogrammetrique.Ce spe cialiste,fortconnu a Paris, est a la tete d'uneentrepriseprospere de leves deplansparphototopographieaerienne.LeGouvernement franyais lui a confie, a plusieurs reprises, I' etablissement de oartesinteressantles regions lesplusva riees Les resultatsqu'il,aobtenusl'ontsignale a I'attentiondesAdministrationsColoniales.Aujourd'nui,la curiosite destechnicicnsducadastresuitses effortsenAfriqueduNord.Enm'inspirantdes conseils de ce connaisseur,jemesuis trouve;\ bonne ecole. J'ai tire grandprofit,aussiduconcours de Monsieur Andre Lesca, geometre duCadastre de1aSeine,expert diplOme parIeGouvernement,quim'alivre, sijepuis dire, les secrets de lapratiquecadastrale.Lesplansirreprochablesdontil estl'auteurontlonguement

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xuoc.cupe mes ,lectures. Simonlivre a quelque valeur s,cien tifique,c'est a.cette documentation,enpartie}qu'ilIedoit.Madernierepensee serapourmongrandamiMaurice Assemat, qui abienvoulum'accompagneren Hai:ti. En ,cefidele ,compagnon de voyagesj'ai trouveIe,conseillerIemieux avise, Ie plus circonspect. IIme plait de lui adresser, ici,tantpourson reconfortmoral quepoursa .collaboration intellectuelle,mespluscordiauxremel'ciements. R.H.

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INTRODUCTIONNousnousproposonsd'etudierdans eet ouvrageIeregime foncier enHaiti. Notre travailnesebornera pa5a I'expose des reg.lesjuridiques envigueurdans ce pays,au,compterendudes decisions jurisprudentielles et ;1 l',examen des diversprojetsvisant arMormeI: la legisla tionactuelle. Nous avonsuneconceptiondifferente dp Hoire ta,che.Sidonenousavons er.Q devoir nous rdererSOG ventaux textes,onnenous fera pasIerep roched'avoir presente uneanthologie. On reconnaitra, au con traire,audeveloppement que nous allonsconduireIetourdemonstratif, qui doit s'appliquera une these. L'espritcritique,quenous,avons apporte a l' etude des faitsetdes idees,temoigneraaussi de notre effort a defendre uneopinion. Nous faisons ceUe remarqueliminairepourmontrerl'intentionque no us avons eue de rester fidelea la tra dition de l'Ecole de Droit, qui imposel'obligalionde de haUreunequestionjuridiqueauxeandidats au Doctoral.Unautresoudnousguideradansla voie que nous voulons suine. Lesysteme foncierhailienporteles signesd'unegrandeindigence. CalquesurIedroit {ranvais, il a les defautsd'unelegislationd'emprunt.IIignoreles exi g,encesdumilieu, ou ilestenusage,etrepondmalaux besoinsdupays. Outre ees oonsiderations, ilnepeutse preteI' 'a uneapplication facile parce qu'ilest prive d'une piece essentielle a sonfonctionnemenl.CeUe raison nouseommandederechercher avec soin ses faiblessespouren decouvrir les remedes. Envisage sOJjSeet angle pratique,

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8 notr-e travaildoitdonecomporterune critique, qui sera suivied'unplande ou noussuggererons,les reformes quelasituationnoussembleappeler. Aucoursdu debat quenousallonsinstruire,nous au ronsl'occasion soussesdifferentsaspects Iemilieu haItien. La legislation fonciere estuneinstitutionquinepeut etreetudiee quedans Iecadredes realites auxquel les Iedroitd'unpaysempruntesa personnalite. Nous seronsdonctenu,pourcirconscrirenotresujet,d'.elargir Iechampdenosinvestigations. Lesincursions,quenousferonsdanscertainsdomainesetrangers a l'etudedudroitproprementdit, n'-aurontd'autrebutqued'enrichirIe dossierquenous La science des lois -foncieresimpliqueunecertainefamiliariteavec Ie solpourlequel ces loisont ete etablies.L'elaborationducadastre, par exemple, estdomineeparcetteconsideration. Les loisnaturellesquigouvernent ;Ja culturedelaterre,ilesusages et les regles qu'i fixent sarepartitionentreleshabitants,nepeuvent etre absentsd'une etude surlalegislation immobiliere. Lesens dans lequel les doctrines economiques, lestendancespolitiquesoriententIeregimede la proprlete ruraleenvahitencore notre sujet.L'aptitudedupeuplehaltien a jouirdesinstitutionsdontilest dote, l,amentaliteprofondeetles reflexesde laclassepaysanne,enparticulier: voila donnees,quireI event del'HistoireetdelaSociologie.Pourtantonnepeutnierl' interet qu'elles pres ententpourIaquestionquenousdevons deve lappeI'.EnfinIefonctionnementdes reglesimmobilieres a l'etranger,surtoutdansles paysqui ont adopteun me-ca nismeneuf,perfectionne,dolt etre examinepourjuger, it l'epreuve,lesprincipesmodernes qui inspirent aujourd'Qui les reformateurs du fancier.

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-9Nous allons doncnouslivrel: a unevaste enquete dans des regions .fort differentes les unes des autres.C'estainsique nous etudierons Ie milieu geographique, les origines et laformationde lanationhaitienne,l'evolutionhistoriquede la propriete fonciere, les .coutumes et lesmamrs p'e la classe rurale? la question agraire, la legislation fonciereenvigueuractuellementen HaIti et les reglesappliqueesa I' etmnger. Commenous voulons offriruneceuvretourneevel'S 1'a.ction, notreta,che .consistera ensuite a utiliseI' la documentationrecueillie.La .critique que nous ferons des insti tutions foncieres haltiennes, insuffisantesaux besoins dupays,malajusteesaux necessites preexistantes d.umilieu,port em enelle, virtuellement, les elementsp.e la reforme dontnous feronsl'csquisseendernierlieu. Dansnotreplandereorganisation fonciere nousnous effor,cerons de fail'e .correspondre les regles nouvelles,
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-10-esprit que noussuggereronsd'introduireen HaIti Ie sys teme des livres fonciers, c'est-a.-dire ellIecoulantdans lescoutumes et lesmamrs.Nousn'agironspas rautrementpourIe ,cadastre. Nous feronsensorte que 9.ans n.otre projet ilnes'inspirepas seulement de la techniquemoderne,maisse refere aussi, dans ce pays,auxabsolus deLageographieetauxfa,cteurs sociaux et economiques.Ce n'est,itnotre avis,qu'ensuivantcette metho9.e que nouspourr.onsjeterles basesd'uneorganisation dMend,a ble. Nos efforts serontlargement recompenses si les idees, quenousallons publieI',peuventretenirla ,curiosite bien 'Veillantedulegislatellr haitienet inspir,er la reforme, dontles Pouvoirs Publics envisagentlarealisation.Pourla darte dudeveloppementnousdiviseronsnotreira'vailen12chapitres, repartiscomme suit: Chapitre I. -Lemilieugeographique. Chapitre II. L' Histoire generale d'Haiii. ChapitreIII.-L'Historique 9.e la propriete fonciere.ChapitreIY. Lcs'dr.oits immobiliers del' etranger. ChapitreV.-LaPaysannerie haitienne. Chapitre VI. La question agraire. Chapitre VII. -Lalegislation fonciere actuelle.ChapitreVIII. -Lesregles de la pllblicite fonciere a I'etranger..Chapitre IX. Leur adaptationen HaIti. ChapitreX.-Lecadastre a. l'etranger. Chapitre XI. Son adaptation en Haiti. Chrapitre XII. -L'impotfoncier. Ces chapitres seront divisesensections et subdivises enparagraphes.Pouraider a lacomprehension de n.otre expose, nous }'enfi,chirons de cartes, de gravuresetdecroquis accompa g-nes decommentaires.

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CHAPITRE1Le milieu geographique Lemilieugeographiquerepresentel' element Ieplus stable,et,pour eette mison, Iepremierqui Illeritf> d' etre connupourcomprendreles questions foncieresdansunpays.Onnepeuttenterl'etudede la lc:'igislation? quireglementela propriete immobilierc,sansavoir defini les carac teres essentielsdusolquiaprovoquecettelegislation.Commelesattributsphysiquesdel,aterresontgouvernespard'autresfacteurs, quiont influe sursaformationouregissentsanatureactuelle,l'examendesprincipauxtraitsde la geognaphiephysiqued'Hailitrouvelcisaplaee. Cette etude nouspermettrad'exposer,dansIe meme oadre,Lavie economique generale dupays. Les nouvelles precisions que nousapporteronsnousdonnerontl'oocasion,plustard, de faire un commentaireplus judicieuxdes re gles foncieres,dontl'objetestd'organiserles r:apports juridiquesentrel'hommeet la terre.SECTIONI LAG]J;OGRAPJ-IIE PHYSIQUE I.-La situation et lesdimensions d'Ha'iti LaHepubliqued' HaIti, dontlacartefigure au debut denotreouvrage, est silileeil l'Oues! dei'lle du meme nom.

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I:!---Elle partagecettelIe ,avecla HepubliCJjueDomini-caine,a rEst,mais n'oen oocupequ'unpeuplusdutiers. Sa super ficie est,eneffet,de28.676 kilometres pourunesu face totale desdeuxEtats s',elevant a 77.250kilometres ,carres. Elleestdonc a peu pres vingtfoismoinsgrandequelaFrance ct unpeupluspetiteque la Belgique.Danssonterritoiresontcomprisesquelques petites llt;ls adjacentes,dontlesdeuxprincipalessont delaGonave a l'Ouest,et 1'11e dela1'ortueauNord.L'Ile d'Halti est situee allmilieudel'Archipel des Antilles. Apres Cuba,c'estlaplusetendued)lgroupedes Gnandes Antilles. Placee '3. l',entreeduGolfe1uMexique,elleest a chevalsurIeI8e degre delatitudeNord,auSudduTropiqueduCancer.Deuxmel'S bba}gnent :laMer des Antillesoudes Caralbes etl'OceanAtlantique. Elle estenvironneepardes lIesimportantes,,comme auNord,la JamaiCJjue3. l'Ouest,Porto-Hico a I'Est. 2. -La formation etla,nature geologique du solA. -Plusieurs hypotneses ont ete emises pourexpliquerla,composition etIe modele dusol o.e laHepublique.D'apresMM.Woodring,BrownetBurbank,trois geo logues americains, laregiondes Indes OocidentalesJ a la quelleappartientHaiti, est montagneux re cent,etsesprincipaux caracteres tectoniCJjuessontdusaux(;plissementsde l'ecorce terrestredurantla periorealpine ((duplissement))(I).C' est 3. peu pres la memeexplioation quefournitLapparent.Lesavant frani;a'i's avancequeles divers territoires,quiformaientla zone medianedes An-(1) ""1endell P.Woodring,JohnS.BrownetWilburs S.Burbank:Geologiedela Republique d'Hatti, Port-au Prince1925, 1volume, p. 370.

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-13-tillescomprenantnotammentCuba, Haiti, Porto-Rico,ont dli c()nstituer autrefois, avec la FlorideetIe Mexiqueuntoutcontinu,dontfaisaitpartieIe socle des Bahama! soderompuparles ecroulements qui ontengendretoutcontresonbordles fosses si profondes de l'Atlantique,pendantqu',aucentrede laregiond'autresecroulementsfaisaient naitre les fosses de lamerdes Antilles...(I).MM. Henri Chau'Vet et Robert Gentilparlentde cetteopiniondansunegeographiescolairedel'Iled'Haiti.Ces deux geographes haltiens pourt1ant preferent uneseconde hypothese, quileur parait s'appuyersurdes donnees plus scientifiqucs,etselon laquelle Halti doit saformation a unesuccession de soulevements volcaniquesquisesont I( produitspendantl' epoque eOCene(2). Sansprendrepartipourunedoctrineoupourune (lutre, ce qui depasseraitIecadredecetouvrage et notrecompetence,nouspouvons a.ffirmer que laformation geolo giquedusol haltien aconnu,encertaines periodes, de vio lents bouleversementsquise reconnaissentaurelief actue!.Pendantla periode notammentde gnandes fractu res sesontproduites,quiontpro-voque la surrection de hautes ,chaines demontagnes,voisines de fossesmarinesprofondes.Ges phenomenes, sansnuldoute,ont ete accom pagnes d'unvolcanisme lactif..Ils'ensuivitl'apparitiond'unreliefextremementI.ourmente,dontnousexamineronsplusloinles details de physionomie.(I) Albert deLapparent Leyonsde Geographie physique,3" edi tion, Paris1907, 1volume, page 653.(2)Henri Chauvet et RobertGentil:Geographiedel'lle d'Halti, 326edition,1volume, Port-au-Prince1931,page26.

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14B.La variete des phenomenesgeologiquesJdonI. Haiti a ete Ie theatre, telsqueles .fractures,le5 contractions, les ,accidentsplutoniensJ invasionsmarines,l'acti 'Vite erosive des rivieres et !leseaux de ruissellement, 'est la cause deI'extremediversite des roches..C'est cequiapparaitdairementdansl'etude,dontnous avons parle, de MM. Woodring,BrownetBurbank.L'esquisse geologique dela Hepublique d'Ha"iti, quienglobetoutIe territoiresurlapre miere Planche, ala suite -!Ie leurouvrage,montre,dans Ie Nordprincipalement,un tres echantillonnage d!'l ro ches et reveIe parconsequentl'existencedesols cnntigiis fort differents lesunsdesautres. Dansunouvrage recentJprepare sous la hautedirection de Vidal La BLache,void commentM..Max Sorresetrouveappuyercesconclusionsentraitantdela geologie d'Ha"iti :Les efforts orogeniques, ecrit-il, qui semblentcommencer avec I'Eocenepourrevetir to ute ,leur intensite auMiocenesuperieuret auPliocene correspondent a uneordonnanceassezsimple:quatrebandes montag'neusesd'inegalelongueur,quatreairesantidinales separees par,des zonesdeprimeesau lastructureplissee est encoreapparente.Leurbordurefailleepermet,aussi ],ien de pal leI' dehorstset de Josses tectoniques. Cettearchitecture laisse pla,ce a unegrandediversitedansIe detail des formes,enrelation avec lanaturedesroches;les calcairessurtoutd'origineetde textures tres variees,donnentlieu '8. des aspects contrastes. Lescompartimentsant joue lesunsparrapport,aux autres.Danstoute I'Ile, maissurtout(aux'voisinages,delagrandefraetionmediane iles Antilles,Ienombreetl'altitude des terrasses littor,alesattestentl'importancedes soulevements.Onen reconnaH vingthuit etagees 'surquatrecentcinquante metres dehauteur,

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-15 engravissantlapenteduplateaude Bombardopolis a l'extremite de lapeninsuleNord-Ouest(I).C.-11est iJ remarqueraussiquelaformation geolo giquedel'IleI' atoujours predisposeea des secousses sismi ques.Lapparentnotequelestremblementsdeterre,si souvent ressentis a Cuba, a IaJama'ique, aHai:ti, enfin a Porto-Rico doivent etre enrelation avec les fossesmaritimesetonnammentprofondes,etetroites,quis'alignent de puis la baieduHondurasjusqu'ala fosseatlantiquedes11esVierges ... (2).WendellP.Woodringa essayeegalementde relier les phenomenes sismiques aux caracteristiques tectoniquesconnnes.II signale quelestremblementsdeterresont frequents dansla Rcpublique commedanslesautrespartiesdugeosynclinal equatorial tertiaire. Autemps tIe 1acolonie et sous la Republique de desastreuxtremblementsI(deterreont, de tempsa autre, ,causeladestrnctioncom plete on presque complete de Port-au-Prince, Gap Haiitienet.d'autres'villes (3).IIdresse ensuiteuneliste desgrandesS0coussesdont HaIti a ete Ie theatre. II decrit quel ques desastres, des destructions de villes entieres, Iesoudain aff,aissement deterrains,l'interruptionde routes
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-16-Nous avonstenu a signalereette ,adivite sismique, par ce qu'eHe a son contre-coupsurla stabilite des agglomera t.ions, des proprietes baties et meme surla eonfiguratiorldusol. 3. L'orographie Haiti, commesonnomde provenance indienneIemontre, estunpaysdemontagnes.Enlangage creole, quiestIe seul dialecteeonnudes populations rurales, les sommet.s s'appeHent des mornes. llssontnombreux,sou vent tre,>eleves, et il est exact dedirequedesmontagnesgigantesquespeuvent etre vues aussitot que,venantde lamer,onapprocheden'importe quel portouvert de la Hepubli que,et a plusieurs ports, les pentes escarpees de8 montagnes s'etendentjusqu'u la cote ... L'asperite desmontagnes est meme plusimpressionnantequandonvoyageIelongdescheminsquis'etendentdansIe ereur detou tes lesmontagnes(I).Letraitessentieldumodele de I'Ile est doneson aspect montagneux.Mais ilya aussi des plaines, certaines de grande eten due,Ielong de quelques cotes oudansIevoisinage des arteres fluviales..Pourdonnerune idee plus precise del'orographiede la Hepublique,voidquelques indications avec des chiffres assez eloquents : Lesmontagnesoccupent plus de20.000 kilometres car res, les plaines7000 a peine, soitmoinsduquartduterri toire.(I) Wndell P.Woodring,JohnS.Brown elWilburS.Burbank:Op.cit.,page 3:2.

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-17-Leshautesmontagnesatteignentdes altitudes tres ele vees. Lepointculminantderileest la Lama Tina,d'unehauteurde 3.rflOmetres,enRepublique Dominicaine.En HaIti, les massifsprincipauxsont:auNord, lachaineduNord-Ouest et Ie MassifduNord, au les points de1000 me tres ne sont pas rares.Aucentre,les Montagnes Noires con naissentunsammetde1500 metres au MarneauDiable.Plus pres delacote,auSud-Ouest de ce systeme,s'etendla chaine des MatlJeux. Puis, au SUd,c'estIeMassifdelaSelle qui cuImine pres de la frontiere dominicaine a 2680metres, etseprolonge a I'Ouest, dans lapresqu'ileoccidentale derIle,parIeMassifdela Hotte, au IemontMacaya s'elevea 2.(100 metres. Toutes,ceshauteurssontdes ramifi.cationseneventailduMassifinterieurderile,la SierraduCibao,dontlaformeetIe relief sont determinespm' Iecroisementdes principales lignesstructuralesdes Grandes Antilles. Cettegrandechainemontagneusecentr,ale deborde Iecadre d.e l'Ile et ((seprolonge 'u rOuestendirectionparla SierraMaestradeCuba, a l'Estparleshauteursde Porto-Rico; ((sa chaine du Sudtrouvesacontinuationnaturelledansles Montagnes de la Leresserrementdes axesde plissement terti,airesenfais,ceaux,leurrecoupementparlalignemajeure defmcture de la Mediterranee ame ricaine (la Mer des AntiHes)antcomme exaspere Iere((lief...))(I).Les regions plates, demainsgrandesurface, flont si tuees soit,auNord, en bor,dure de I'Ocean Atlantique,commelaplaineduNord, soit dansIebassin del'ArtibonitecommelaplainedU meme nom.Laplainecentrale,Ielong(I)MaxSorre:Op.cit.,page 174.

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-18-du'versant oriental des Montagnes Noires, medte d' etredtee aussi, ,avec quelques petites autres depressions cotieres commeles plainesdeI'Arcahaie,duCui de Sac etde Leo gane,environnantPort-au-Prince,etlaplainedes Cayes au Sud d'HaHi.Ce petitaper(,'u dureliefdusol serarendu plmclairpar l'ex,amen de lacarte d'Hai:ti, reproduiteau debut de ,cette etude. 4.-Le climatLeclimatd'Haltiestentierementdomineparla I>ituation decepays, ausudduTropiqueduCancer.A.-Toutes les parties de la Republiqueontunetemperaturechaudeet les ecarts saisonnierssont tres faibles. A Port-au-Prince,onenregistrela memeannee une tempe raturede 26 a.ucceurde I'hi'veretde27enjuin,l'undes mois les pluschauds.Onneconstate ,tie variation visi ble detemperaturequ'enchangeantd',altitude. AFurey, village deT540metres dehauteur,Iethermometremarque8 degres demoinsqu'auni'veau de lamer.B. On estloinde reconna'itre, parcontre,la meme uniformitedans les precipitations atmospheriques. L'abondance des pluies varie avec les suisonset,avec les regions.II y u unesaison pluvieuse printaniere au mois demai.L'autre periodc pluvieuse estI'automne,quisedistinguepa,runeplusgrandevariabilite dans les mois de fortehumi dite. L'abondaneedes p,rBeipitations ou la seeheresse de certaines regionss'expliquentparIe relief. Les ventshumides, enrencontrantdehauts Berans montagneux, eon densentetprovoquent .des pluies excessives.SurI'autre

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-19-versant de ees chaines, ,au contraire, OU ventnesouffle pas, la se'cheresse sevit. Les pluies,en Haiti, arriventsouventenfortes tempetes.Pendantl'annee1919, a to utes les stations d'observation, 38%de la pluie totale mensuelletombaensimpIes tempetes, quoique ordinairementplusieursjoursdepluiefussent releves chaque mois.L'intensite des pluiesest brievementdecrite commesuitparM.Scherer (Bulletinannuelde1919de I'Observatoire Meteorologiquedu Co'llcge Saint-Martial dePort-au-Prince:Nospluiessontl'elativement ,courtes.Laplupartdurentmainsd'une hem'e. Vne pluie de deuxheures parait deja longue. Harement, elle depasse quatreheures. Vneplui'e de12heures ou de 24 heuresestregardeecommeextraordinail'e. Elle supposeuneperturbationatmospherique.D'ailleurs ee nesont pas les longues pluies,quifournissent beaucoupd'eau.au pluviometre. Generale mentles courtes pluiessontaussi lesplusintenses(I).Les roches -calcaires eLant nombreuses en Haiti, ainsi que nous l'avonsdeja remarque,iln'estpasetonnantquenous trouvians dans ee pays deschangementsde modele fre quents, dusal'impetuosite qui caraocterise les precipitations. L'erosionpouvant etre consideree commel'agentprincipaldu modele, c'est a dIequ'ilf,autattribuerl'instabilite de la topographie calcaireremarquablesousce dimat tropical. La, plusqu'ailleurs,l'observationpermet de saisirsurIe(I) Cite parWendellP.Woodring,JohnS.Brown t'l WilburS.Burbank:Op.cit.,page 59.

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-20-vifIetravail desculpturedescoursd'eau))(I).La presenced'e,coulements souterrains, de dolinesau ca,vernes creuseesdansIesol, rappelle la surfacede nos Causses, ,dont la phy sionomie, tres bien etudiee parM.de Martonne, 'llJCCUSe destraits deconcertants. La force dissolvante del'eau,dansees regions, opere enprofondeuretmineenquelque sorteIesol. Agissantdansles couches voisines de la surface,eUeproduitI'affaissement des dolines ...))(2).Cetravaild'erosionetdedissolution,surunsol ou Ieruissellcment estintense,produitunmaximumd'effet.En Ha,iti de veritables desastresensontparfois la consequence.LesenatcurCharles Eliseeeutl'occasion, Ie16Avril1g3],d'attirerl'attentionde ses ,colleguessurles mer,aits des pIuies excessives. Void quelques-unes de ses declara tions :Jepriemes honorables collegues de considerer quedanstoutIeNordI'inondationacommisdes ravages. Unpeu part outles pluies repetees ont cause des eboulements.Les vililes del'Anse-a-Foleur etduBorgnesontsi tuees'a proximitedes rivieres et, lorsque celles-.ei debordent, les eaux !les ,envahissent etnecausentpasseulementdesprejudicesmateriels, maismettentencoreen peril lesviesdenos concitoyens. C' est ainsi que dansIebourg meme del'Anse-a-Foleur, il a etecreuse untrouenorme.Or, ilya des proprietes quisetrouvent a proximitede,cetrouetquid'unmoment a I'autrepeuvent dispa,ral tre...)) (3).. (I)EmmanueldeMartonne: ilbregc de Geogro.phieFafis 1922,p.ItIS. (2)Idem,p. 176. (3) ExtraitduMoniteur d'Hatti, paraissunt a Port-au-Prince, nurnc 1'0du15 Jui:g 1931.

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On apervoit,a travers C(lS quelques phr,ases,l'instabi lite du modele dans certaines regions d'Halti,ou la constitutiondes roches et les precipitationssecoalisent PQur bou leverserLasculpturedusol. 5. -L'hydl'ogr.aphie Hai1i estpourvued'unassezgrandnombredecoursd'eau.La forte inclinaison (les versant.smontagneuxdote quelques-unsd'entreeuxd'uneallure torrentielle..Dans la zone tropicale,ou laneigeestinconnue,Ie de bordementdes rivieresnepeutprovenirquedes pluies, clont nous venonsd'examinerIeregime.Surles pentes denudees desmornes,dont beaucoup ont ete deboises inconsidci'ement,l'erosion fiuviale est .:LC tive.Par-contre,Iecoursordinairedes rivier(ls et des fieu'Yes,enplaine,quandiln'est pasmodi fie pardes precipit.a tions intempcrees, estrarementsubversif.Lenceud hydrogr,aphique del'IleestIemassifinterieurduCibao,dontIe role rappelle celuiduPlateauCentralenFrance.Lefieuye Iemieuxalimentede la Republique estl'Ar tibonite, qui nait enDominicanieetsejette a l'OuestdansIeGolfe delaGona-ve.Savallees'6panouit (ln unebelle plaine, douee d'excellentes aptitudes agricoles. Parmiles fieuvesduversantduNord celui des Trois Rivieres estIeplusimportant.La rivihe Massacre sel:t de frontiereentrelesdeuxEtlats qui separtagent il'Ile. Dans lapresqu'ileduSud-Ouest les fieuves cotierssontnombreux.Ils descendent des Massifsdela Selleoude la Hotte et sont vite a lamer.Leurcoursn'estdonc paslong.

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6. -La vegetation Le ca,radere principalde la vegetation, en Haiti, est son arbores,oence. Les nesontpas raressurles hauteurs. Beau-coupdesommetspourtantsont denudes. C',estquependantla periode ,colonialeon defricha (jes montagnesentieres, dans Iebutdemultiplierles plantations.Ondut SEl repentirde ces abus plustard.La vegetation associee, composee de fougeres arbores centes et de buissOllS,tientunegrandeplace. Dans les plaines arides la vegetation arbustivedomineencore, avec les ,ca.cti,hautsquelquefois de sixa dix metres. De vastes nigions qui,autrefois,ont He defrichees, puil' ,abandonnees, sontaujourd'huid'immenses sa'vanr,s herbeuses.Lesherbesy attcignent sou vent la IHmteur d'mJ arbuste. Dans laplaine de l'Artibonite les buissons sal inssontnombreux,dans la partiemaritimedela pla,ine du CuI deSa,caussi.La vegetationdltiere est representee par desmanglien ou paletuviers, quicroissent lesuns pres ,desautres et forment d'epa,is ,fourres.11est donerare,en HaIti, surtoutdans les regionsirriguees, derencontrerde vastes prairies,commeonenvoitenFrance, couvertes de g,azon oud'herbecourte.Au climattropicalrepondtoujoursune vegetation luxuri.ante, d les prairies maigres, les herbages pauvres, les sols denudes n'apparaissent C]iu'auxmres endroits exposes a la secheresse ou prives deterre vegetale.

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SECTIONIILA GEOGRAPHIE ECONOMIQUE I.-Les CulturesEnHaItilaculture de laterrejoueun role preponde rant.Onpourr,a,it meme direqu'elleestl'unique importantedu payspuisqueles raresindustriesquis'ytrouvent etablies viventdel'agriculture.Les .cultures, sous -ce climat,presentent a peu pres les memes,caraderes paysagers que la Vegetation naturelle. Ellessont generalemen1. representees pardes arbres, des arbustes, des plantes auxlonguestigesouauxfeuilles abon dantes. Voici les -cultures prin-cipales auxquelless'adonnentles paysans haltiens :Les -champs pi antes de ca;feiers sont tres nombreux,les arbrespoussent memea l' etat sauvageenmaintsendroits.Lecacaoyerest tres repanduaussi. Ilpeutatteindre? -comme Iecafeier, desept ,a dix metres dehauteur.Lesbananiers,parordrededimension,viennenten suite. lIs etalent de longues feuillesmesurantquelquefois deux metres delongueur.Les hananeries pt'esentent Ie spectade d'unenature vegetale d'une richesse, d'un epa nouissementetOIlnantS. Hai1i estl,a terrede predilection dela,canneasucre. Cette -culture, des la decouverte, fut transportee de Madere parles Espagnolsdanslacolonie 'de Saint-Domingue. Elle y trouv;a unclimatetunsol de choix. Aussi iescannes y croissent vigoureusesetdenses.Lalisiere deschamps, ou les roseauxmurissent,formeunemurailleinfranchissable.Lecotonestuneressource agricoled'avenir,donton s'efforce d'a,ocroltre Ierendementetdepropager la culture.

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Lecotonnier,dansnotre ancienne colonie,atteintfacilementune trois a cinq metres. Le taba,c,originairedes Antilles,estcultiveaussienHaiti;maisily estendecroissance. Cetarbustepentmesurerdeux metres dehaul.Parmiles pLantes de faibles dimensions, quisonL1'0bjetdeculturesimportantes,ilfautciteI'Ie sisal ou la pite, sorte de textilen'exigeantpasuneirrigationsoutenue.OnIe recoltedans les plaines arides. Tous les paysans ,d'Ha'iti gardentautourdeleurmaisonunchamp reserve auxculturesvivrieres.Usassurentainsil'alimentationdeleurf,amille etseprotcgent, a l'a'vance,contreles hasards rna,lheureux.Onrencontredonedes ,champs delegumesdugenrede lapommede terre, de la patate,dupois,dumanioc,duriz, etc...L'arboricultureest tres florissante.L'oranger,l'avocatier,Iemanguier,l'arbre-a-pin,l'abricotier s'aoOcommo dent tres bienduclimat ha'itien. Degrandes etendues montagneusessontrecouvertesde campeche, quifournitunbois tres exporte.D'autresarbres poussentd'eux-memes,unpeupartout,avecunfeuillage epais e.tvert. Dans cette zone tropicale,l'abondancedes pluies ,assureIedeveloppementd'enormesa,rbres avegetation continue, dont deslianes epiphytes de toutes sortesencombrentIetroncetlesrameaux(I).Lebois de ,constructionjoueun role economiquepar hculierement important.Les maisons despay8lallS,leursajoupassont hatis enbois.nenest de meme de laplupartdesdemeuresdes citadins,mcme dans les 'villes les plus(1)BulletindelaCommunedePort-au-Prince, Port-an-Prince page13.

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importantes,pourdes raisons qui tenaient ,autrefoisit ia frequence des tl'emblements de terre. Toutes ces habitations dispal'aissentrapidementdansles incendies. Aussi doit-on les reconstl'uire sou vent.Quant a Larepartitiondesculturesentrelesmontagneset les plaines, eUes'etablitainsi : Il yaenviron400.000 hectares de terres c.ultivees enmontagneet500.000enplaine.Lesmornesincultessontnombreux,les plaines arides be.aucoup moins.Le cafeier estl'arbredeshauteurs,il croitmemea des altitudes se rappl'Ochantde1500 metres au-dessusduni veau de lamer.Le cacaoyer pousseunpeuplusbas. Quant aux fruits et legumes, ilssontpresquetous cul ( bves enpetitsjardinsdans de petitscoinsdeterreindi( vi,duels. Ussont caraeteristiques desmontagnesplutotque des plaines,quisontplussouvent a.ucoton, ( a lacanne a sucre,aux cereales (riz, mal's) etit l'he;rbe(1).Les methodes deculture sont plutotprimitives,pres quetoutIetr,avail etant fait 'it lamain.IlfautattribuerceLa it l'existenced'ungrandnombrede terres raboteusesetpierreuses diviseesenpetits lots. Iln'yaquedans les plai nes ou Ielabourageet laculturemecanique,aient ete introduitspar en9roits. Pourtantl',agriculture estenprogreso Actuellement des efforts serieuxsontentrepris pour fertiliser,parl'irrigation,les terres Mides.Voidceque l'IngenieurenChef des TravauxPubli,cs ecrivait auSecretaired'Etatde son Departementily ,aquelques annees :(I)Wendell P.Woodring,JohnS.Brown elWilburS.Burbank:Op.cit.,p. SLt. 3

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LaRepublique possedeunsol fertilequipeut etre maintenuparlaculturerotative,unclimatqui assureunesaisoncontinuelledeculture et unequantited'eaudisponible sui'vanl les besoins !Ie l'arrosage.En .fait, lesconditionsserapprochentdel'idealpournnereproduction intarissable de produits de valeur(I)..2. Les moyensdecommunicationAutrefois Ie ,commer,ce se faisait principillement parmer,aumoyenduoabotag.e, ce qui explique la presencede presque toutes les villessurla cOte. Al'interieurondevaitemprunter, a pied oua cheval, !Ietres mauvaises routes deplaineou des sentiers etroitsdemontagne,sou 'Ventmalfrayes. Des Ie debut!Iu xx siecle, des routes furentconstrui tes. Mais l'amelior.ation dureseaunedate quedu debut de l'oocupalion amerkaine, en1915.Apartirde eette epoque,l' A!Iministration des TmvauxPublics profita de gros bud gets, quiluipermirenld'organiserles moyens detransport.11yaaduellementen Halti plus de1..000kilometres de routes entretenues et prahcablespourles vehicules, ycompris les automobiles,a presquetoutes les saisons. Lesprojets !Ie locomotionparvoieferreen'ontpas .,;(e couronnes !Iesucces. Le concOlUS des eoursd'eauest tres faible. Saufl'Ar tibonite, les rivieres nesont pas navigables. Cette situation,quinerepondpasentierementaux be soindupays, a provoque lIesremarquessuivantes de(r)Rapport del'Ingenieul'enchefauSecrctaircd'Etatdes Travaux Publics. Lettre del'Ingcnieul'enchef,Port-an-Prince,p.26.

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M.Mauri1ceDartigue,specialistehaItien cles questionsagricoles:Pouretablirun systeme decheminsde fer, il Jaut des ,capit.aux importantset l'assur.ancecertaine que lesdepensesserontcouvertesavec profit. Nous sommes doncobliges dedependresurtoutdes routes voiturablesetdessentierspournos transports...si nous avons besoindebonnesroutes voiturablesentreles v illes, ilnousfautaussi de bonnes routes de penetration et de bons sentiersdans lesmontagnes.Nous devons,eneffet,nousrappelerqu'HaIti estunpaysmontagneuxet quenotre principale denreed'exportation,Ie cafe, secultivedans lesmornes.Dans ,certaines regions Ie nepeut etre tr,ansportc qu';'t dosd'animaux,mais parfois les che'minsn'existent pas oubienilssontdangereuxet Ie cafe restesurplace etc'estauLantd'al'gentperdu))(I).Lesmoyensdetransportenmontagnesoulevent,eneffet, de graves problemes. Voici la descriptiond'unsen tier qu 'uLilisent les paysans desmornes:Pour,conduireles montag-nardsenville, il y,aIepetitsen tier malaise.Avcz-vousjamais eLe enmontagnepourvoir eet1e lon gue filed'habitantsqui descendentenville SouventIepetitsentiernepermetpas que deuxd'entreeux ma,rchentde front,etl'onest obligecle marcherl'under l'autre,comme des paulesqui'vant auchamp.Etonenapourplusieurs hcures pal'fois de ce voyage))(2).(r)MauriceDartigue:Lcs Pl'oblemcsdela Communaute, Portau-Prince,192r,1volume, page63.(2)Maurice Dartigue et Andre Liautaud:Geographic locale,LivreI,Port-au-Prince,1931,page8.

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nya meme certains endroits,surles mornes, ou seulunpiedhabituepeutaLteindre. Denombreux terrains, pour ceUe raison, restent inaocessibles a1.a plupartdes Ha'itiens, qui viventenville oune frequentent que laplaine;seuls, les paysans de,cesregions inaborda,bles en,connaissent les details geograpl.iques et la pro!fuctiviteIag-ricole. 3 .. -LaPopulationFautede recensement serieux et complet on :ne peutcertifier quel est le total exad dela, population, de la Repu bl.ique. Lesdeuxchiffres de quaLre millions et un millionetdemi d'habitanLsont ete avances. Personneentoutcasneconteste 1'ecrasante superioritcnumerique.de la population rur.a.le surIapopulationurbaine.IIsera consacreunchapitre a l' etude.!fesmoours de1a societe rurale. Nousnementionnerons id la reparti tion des agglomerations ha'itiennes.La Republique est diviseeen cinq departements : Ie Nord, le Nor4-0uest, l'Artibonite,l'Ouestet Ie Sud. Eux-memes se subdivisent en arrondissements,dontIe toLa! est de 27.Voici les chefs-lieudepartementaux: Dans Ie Nord : Cap Hai:tien,portde20 .. 000habitants,anciennecapitale de Saint-Domingue. Dans IeNord-Ouest:Portde P,aix,dontIe chiffre de la population, fixemoderement, atteint7500 ames. Dansl'Artibonite : Gonalves,portde 12..000 habitants, au moins. Dans 1'Ouest : P()rt-au-Prince, la capitaJe d'Halti.. C'est la que siegent Ie Gouvernement, IeTribunal de Cassation, l'Ecole Nationale de Droit, et les grancles Admin.istra.tions.

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Sa popuLation est evaluee entre125.000et200.000habitants.Dans Ie Sud:Les Cayes,quicompte apeupres 25.000 ames. Beaucoup decentresurbains,en Ha,Hi, ont ete Ie theatre de discordes politiques violentes,quiontsouvent degenere en choos sanglants.L'insurrection,l,aguerrecivile,danscertainesvilles,ont,causel'aneantissementdequartiersentiers. Ces epreuvessontdonc venuess'ajouteraux desas tres destremblementsdeterre,auxravages del'incendie. queces fleaux n'ontjamais menagee, dut etre restaureeplusieursfois.Endehors des villes quenousavons dtces,it yad'autresagglomerationsimporLantes pIa.cees surlac6teegalement.Cependant, a l'interieurduterritoire,ilyapeudebourgspopuleuxet actifs. IIenresultequ'unegr,andepartiede lapopulationruraleest eloignee des centres economi ques, des foyers intellectuels, (les organisations judiciaires.Onnepents'etonneralors de lasituation defavor.a.bleOU se trouvent places ungr,undnombre d'Haltiens, reculesdanslesmornes, al'6earL desmoyensde ,communi,cation, igno ranLset incerLains des lois. Maisnoustou-chons lil l'undespoints,qui erontl'objetdel' expose sociologiquequenouspresenteronsplusloin.SECTIONIIICONCLUSIONDe cette etude geogr,aphique que nousavons placeeen tete denotretravail avecl'intentionde faire apparaltre les

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30 ,premiers elements dontla reformefoncieredena tenircompte,nous degagerons quelques idees, quiserontrepriseset developpees plusamplementd,aus Ie CQurS deeetouvrage.1.La diversite des roches,quicomposentIesold'une memeregion, en Ha:iti, entralnesouventIerapprochementde terroirs differentssurunepetiteetendue.Le,caractere tres localduclimat haltien provoquepareil resultat. II s' en suitque Lamonoculture etla generalisation de lagrande propriete 'vont plutOta l',encontre des possibilitc<; dumilieugeogr,aphique de ce pays.2.Lerelief accidente d'HaIti, quiestl'undes traitsdominantsdecettepartiedes Antilles,nepeut apparaitreque surunecartecadastrale ou figurentles ,courbes de ni veau. Toute ,autre cartedonneraitunefausse idee de la realite etn'atteindraitpas Iebutqu'onen,attend. 3. Les troubles sismiques,dontondoitredouterencorel'eventualite,etsurtoutl'extremeperturbationdans Ie mo dele, provoquee par l'erosionactive des eauxeourantes,eonseillent d' etablir desplans,cadastraux,dontla correc tion,Lamise a jourpuissent etre r,apides. Le earadere arboresoent de la vegetation tropicale,l'aspectluxuriantde certaines ,cultures, l'aoces difHcile demaintespartiesmontagneusessontautantde raisons qui doiventdeciderIe legislateura utiliseI' laphotographicparavion de toutes les regionsau territoirede la Republique. Latache desarpenteurscl des ingenieurs s' en trouvera fa ciliteE'. 5. Les desordres politiques, lestremblementsdeterreet les incendiesfurentcausede la disparition denombreuxtitres de propriete ouplansd'arpentage.Ceci explique quel quefoisl'ineertitudequi planesurbeaucoup de droitsim-

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-31-mobiliers. L'atLitude queprendrontlesjuges,dont lElrole serad'aider a lareorganisationfonciere, devroa s'inspirerde cette consideration. 6. Le legoislateur,enreglementantla proprieie rurale,etl'autoritejudi,ciaire,enappliquantla loi,nepourrontpasmanquernonplus d'etre influencespar la situationdecertainspaysans, queleursterres, reculeessurlesmornes,eloignentde toutcontactavec l.a vie generale dupays. Les figuresreunies ci-apres permettrontdese repre senterles traits les plus saisissants de lageographied'Haiti.

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(Editiond'Arl BenoH COllba,Porl-all-Prince).FIGUl1EI.L'al'bol'escenceest;lafOl'mehabituellede lavef/{Halion. huiliel1 neFJGUl1E2.Maison payswwebtilie au pied .[un morne, ULL Inilieudela vegetalion tropicale

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(Dil'eclioll gcnerale desTravauxPublics,POl'lau-Prince).FlGUHE Aspectmontagneuxdel'lLe, au.x environsdeJacmel.(Laraideurdes pentes occasionne p.arfois des eboulemenh) (Dil'cclion gcncl'ale ues TravauxPublics, Porl-au-Princel. FIGURE4.-U ne rou.te au Iniliw dela foret tl'opicale

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FIGUHE5. La vegetation etles cultures reCOUVl'entlesvel'sants ha'itiens. rlGlIBE 6.-.\joupu en-loun;tiebcuwniers

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CHAPlTRE IIL'Histoire generate II pourrait paraitre, deprimeaboI'd,inutilede retr,acer les evenements chronologiques quiantjalonneI'Histoire generale d'Hai:ti. L'evolutiondudroit hai:tien, et plus spe cialementl'historiquede lapropriete foncieresembleraient etre les seules etudesdu passe, qui puissent eclairer Iesujet que nous tmitons. A la reflexionpourtanton doit s'apercevoir !Ie l'utilite i'Ci d'elargil' ce champd'exploration. Notre travail, qui seraluenFrance, doitfournirtausles elements quiant aidea formernotrepropreconviction. Haiti, depuiscenttrente lans, vitd'uneexistenceindependante.Des faitsimportants de sa vie nationale, les Franvais,capte que quelques echos isolesetaffaiblis.Et meme, autemps auce pays etait unecolonie franQaise, sa situation ex,centriquenepermettaitpas de liaison rap ide avec la metl'opole. NallSneferons done pasinjure 'a nos lecteursenprevoyantleurignorancede bcaueoup d'episodes quiantinflue ,considerablementsurla dcstinee deLanation hailienne. Au surplus, iln'ya pas de g:rand evenement,meme politi queaumilitaire,dansI'His toired'unpays, quin'aiteuson retentissementprocheaulointaindans la legislation. Vne etude approfondiedu re gimefancieren HaIti resterait confuseparconsequentsans l'expose historique quenousallons faire.

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34 C'est lorsque nousaurons presente ce cadre quenouspourronsrendre vi vantel' etude necessaire lies institutions ha"itiennes, etablies pour gar,antir les droits consa.cres parla Constitution, elnotammentIedroit de pl'opriete. L'effort que nous feronspour renlire intelligible processus des lois foncieres, quiontabouti a la legislation actuelle, sera donc aidepar Ie tableau prealable desgrands evenements de l'Histoire haltienne. Enfin, il estuneautreremarquequi militeenfaveur de,ceplan.LaprotectiondusolenHaiti atoujours eteconsideree commenecessaire au ma,intien de l'Independ,ance nationale. Ellen'ajamais cesse, pour cette raison,d'inspireI' les decisions desgouvernements.De telle sorte que les qjuestions foncieressetrouvent meleesa des accidents de la vie politique, it des revoltesoudes faits d"armes.Comment ,alors serait-il possible d'en faire l'etude sans degager leur role dans Iedrame generalo.e l'Histoire ? SECTIONILA PER lODECOLONlALE I.-La decouverte etles debuts de lacolonisation Ha'Lti fut decouverte it la fin liu quinzieme siecle parChristophe Colomb. C'est Ie 6 decembre 1492exactement que ce navigateur,aborda la baie de Saint-Nicolas,auNord Ouest de 1 'Ile. Les naturelsdupays etaient des Peaux Rouges, denom mes Chemis.Ils appartenaient, croit-on, augroupedes Carai:bes, peuplade des Antilles. Bien que de mceurs primitives, ces indigenes ne vi vaient pas dansl' ooarchie.

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--.35 -L'organi&ation poli'tique, socialeetreligieuse des Chemis etait simple. HaItiwmprena.itcinqr.,aciquats ou(royaumes...chaque Cacique etail assiste, dansl'adminis((tr,a,ti()n de sonroyaume,d'unconseil de vieillards, depo (sitaires de tr,aditionsdupays. ( Lescinqgrandschefs vivaient en parfaiteharmo(nie)(I). Apres la decouverte, 1'Iletombapeu it peusous 1.-1. dominationdes Espagnols. Elleprit meme Ienomd'His panioLa,c' est-a.-dire (petiteEspagne n. Les colonisateursinaugurerentsanstarderl' etmirentenvaleurles ressources qu pays. Ma,is lamain-d'amvreservile, decimeepar lesmauvaisI.raitemenls, les durstravauxet les epidemies, se revehbicntol insuffisante. C'est alorsqu'apparut !'institution odieuse de la tnaite des noirs.L'importationdes negres d'.Mrique commen9a vel'S1508. Celte tr,ansfusiondusang,dontI'importancehistoriquenesauraitechapper,introduisit des lorssurla terredes Jndi-ens, deja. envahieparles BI.ancs, unerace nouvelle quideviendrapreponderante.Entretemps Ie payssetransforma.OnY commen9a laconstructionde quel'ques villes,dont1aplus belle fut SantoDomingo.Cependantles colons, accourus avec I'espoir de faircfortune,s' elaient illusionnessurla richesse miniere l'Ile.LeCibao, qu'on vantaitpoursonor, etait avare. Beaucoupd'Espagnols de9us revinrentdansleurpays..(I)J.C.Dorsainvil:Manueld'Histoire d'HaW, Port-au-Prince1925,1volume,p.10.

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36 -Les autres, que des espoirs plus modestesretenaientdanslacolonie,furentrefoules dansl'EstderIleau debut duXVIIcsiecle.Ce sont les aventuriers franyais, flibustiersouboucaniers siconnusdansnotre Histoire, qui leschas serent de lapartieoccidentale.Cescorsaires intrepides, emerveilles parla beau,te dupays,planterent Ie drapeau franyais surlaterrequiporteaujourd'huiIenom !f'Ha'iti. C' est de .cette epoque que date I'originede notre colonie de Saint-Domingue,reconnue par Ie traitedeRyswicken1697.2 ..L'.4dministration frant;aise Le territoirefutdiviseentrois provinces : Le Nord,l'Ouestet Ie Sud.L'autoritefutpartageeparunGouverneur genenal, auxprerogatives militaires, etparunIntendantdes Finances, prepose ,au ,controle des services civils. Cette dualite de fonctions etait dureste familiere a la poli tique des rois deFrance.Nos colons accrurentla prosperite dupays. Degrandesvillesfurent fondees : CllJPFr.anl;ais aujoul'd'huiCap Hartien, Portde Paix, Les Cayes,Port-au-Princela capitale actuelle, etc. L'agricultureconnutunessor rema.rquable. Laculturedes pro!fuits tropicauxfutetendue et lacanne rl sucre, Ie cotonnier,l'indigotier,Ie cafeierrepresenterent viteunegrandesource de richesses.({Certainsproduitsnaturelsfirent naitre desindus /( tries ,agricoles.Chaquegrandehabitation possedanne sucrerieetuneguildiverieextrayantde la cannea sucre,Ie tllifia etIerhum(1).(I)J.C.Dorsainvil:op,cit.,p.51.

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Saint-Domingueacquitrapidement, la sorte,une granderenommee quiluivalut d',attirer la noblesse deFrance.Les colons s'etablissaient dans de riches fermes, lappclees((HabitationsII.Les nomS de ces exploitations,aujourd'huiencore,sontceuxdes plus belles familles de l',aristocratie frarwaise. L'esclavagefutmaintenu.Etc'est a latraitedes noirs qju'on euttoujoursrecourspourrecruterlamain-d'ceuvreservile. Alafin de la periode coloniale,plusd'unr:lemi-million de negres importesvivaient a Saint-Domingue.Les noirs,quinaissaient dans Ie pays, avaien,t Ienomdenegres creoles .P,a,rsuite desrapportsintimes,qui se repetaient,fre quemmententre ma'itres et esclaves, nnemce melisse, desmulatresapparut.Ces sangs meles )1,commeonles appelle encore, alimentet-ent la d.asse sociale des affnLll chis.Iln' etait pasrare,eneffet,qu'unblanc eutpitie de sesenfants noil's etdeleur mere, etles liberatdel'etat d'esdavlage. Quelquesnegresaussiobtinrentcette fa,venr de l'affection de leurmaitre.Vel'slamoitieduXVIIIc siecle ((onchercha meme; contraintparla necessite, aaugmenterIenombre des (( a'ffranchis, qu'onatoujoursregardes laprinci((pale force de lacolonie(1).Cenombreatteignit40.000en 1789. Les affranchisjouissaientde droits economiquesimportants.Ilspouvaient a,cqjuerir desimmeubles faireducommer,ce.(1)Docteur Dalencour:HistoiredelaNation Haitienne. Port-auPrince1930,page280.

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-38-Leuroriginepourtantlesmaintenaitdansune certainehumiliation. Ilsn'avaientpas Iedroitd'embrassertoulesles professions : ainsi illeur etaitdefendu d' etre instituteurs(I).Ces vexationsetaient {;ertainementinjustes car,(('m(pointde vue social, les affranchisformaientla dasse IJ((plus meri'toire deSaint-Domingue(2). Cette opinionestpartageepartous les historiens. 3. -L'influencede la RevolutionLapertede n.otre colonie estune consequence de l iI Revolution de 1789. Alafin del'Ancien Regime, les evenements politique,; deFranceeurentleur,contre ,coupdans1'Ile,. LesPlanteul".bravant1'autoriteduGouverneuretde1'Intendant, preteu direntserendremaitresdel'Administration.Puis, a !'instal' des citoyens actifs .de Fran{;e, ilsdlOisirentdes delegues pourplaiderleur -cause,aux. Etats Generaux. A l'Assemblee NationaleConstituanteilseurentsix o.eputes pourles re presenter. L'audace des colonsnes'arretapas lao Dansla ville dp SaintMar,c,Ie avril 1790, uneAssemblee generalerCII nieparleurssoins, redigeauneConstitution revolutionnairede dix a,ctides,. Cetteattitudesuscitauneviveemotiondanstoute La Col.onie. Leshommesde ,couleur et les blancs depctiteconditio!lserangerent,aux -cotes desrepresentantsdurQi etresolurem decombatlre1'ambitiondesplanteurs.(I)Docleur Franvois Dalcncour:op. cil.,page 285. (:1) Idem,page 286.

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Les affranehismilitaientenfaveur del' egalited0S droits,ilseonstituerentunpartiindependant.Quant,aux esclaves,unvaste espoir les souleva tOut-ilcoup.Les mots deLiberte, Egalite n, contenusdansla Declaration des Droits de 1'Homme etduCitoyen, etaienl arrivesa leurs or'eilles.Usse Cl'ment delivres parces sylla besrevolutionnairesetse souleverentenmassedansIeNord,l'OuestetIeSud. De sanglantes repressions les ramc nerental'obeiss,ance. LeGouvernement [ranyais futvitein[ormede to us desordres. II envoy a des ,eommissairesetudier mr place la situation. Deuxdeeesagents delaFran,eerevolutionnaire,Sonthonaxet PolvcreL se distinguerent parleur humanitaire. Malgre 1'hostilite des colons etl'ordrecontrairedesgouverneursquise suoeedcrenta Saint-Domingue,ils appliquerentles prineipes de 178get proe1amerentl'abolitionde 1'esclavage.Sonthonaxrev,ait depuislongtempsd'aeeomplir -:..c grand role. II avait eerit en 1791 :Les terres de SaintDominguedoi-ventappartenir aux noirs ; ils lesanta,equises ,lila sueurdeleurfront n. Aussi lamemoirede eethomme politigjue est chOrea tous les Haltiens. Uv,asans direquelesplanteursintriguerentcontrelescommissaires ,franyais. La Convention, quinepouvait de sapprouverleurs aetes maismanquait
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40-n'hesilent pas a trahirleurpatrieet,appellent a leuraide I' Anglelerreetl'Espagne..Unancien -esclave, Toussaint-Louverture, se dresse alors au-dcssusduchaos.lnstruitetendur,ci 'ft la fatigue, it reunit les quaJiles d'ungrandsoldal. Savaleurse revele danslesrudes combats qu'il livreauxEspagnols auxAnglais. Tres populaire a Saint-Domingue, nommegeneral parla Convention,ceguerrierhardijouild'un ,ascendant con siderable surses freres de .couleur. IIpeutmerrie ecrirc sans fatuite auDirectoirequ'ilseportefortd,emainlenirlesnoirsdansI' obeissance et la fidelitea laFrance.Denouveauxexploits accroissent &a renommee.U nego cicIe depart des Angl.ais,soumetlapartieorientale d.e l'nereconnue a laFranceparIe traite de Bale, abolit partout l'esclav,a,ge, puis se fait de-cerner par.une Assemblee Cen trale,reunieauCapen1801,IetitredeGouverneur gene ral a vie avec Ie d.roit de son suocesseur. BienentenduIegouvernement franvais desapprouve enlierement de telles initiatives,dontla derniere frise meme la rebellion ..L'heureestvenue d."agir. Letemperamentde Bonap,arte, alorsaupouvoir,nepeuts'accommoderde demi-mesures. Le prQpre beau-fl'ere du consul, Ie general Leclerc, est envoye .\ Saint-Domingue,accompagned'uneexpeditionmililaire.4.-Lalguel'l'e del'lndependanceLaguerredel'lndependancea pr.ouve moraleetles ressourcesphysiquesde laraCehaitienne.Dans les batailles quimirentauxprises les soldals fr,anyais etles indigenes, lestroupesnoires pe manquerentd'aucunedesgrandesvertus militaires.

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Au debutles insurges,commandesparToussaint-Lou verture,subirentdegraves revers.Leurchef, resigne a seretirerdans ses terres, fit meme sa soumissionau general franyais,quiluipromitla liberte,. ,Leclerc Pe devait pastenirparole. IlattiraToussaint dansunguet-apens,Iefit arreter etembarquerpour l.a France,. BoIlap1rte, coptretoutsentimentchevaleresque,enfermaIe herosdans une geole gla'ciale au fort de Joux, pres dePontarlier.. C'r,stla queIePremierdes Noirs,commes',appelait lui-meme Tous sai'nt-Louverture,mourutIe 7 avrn 1803 .. Leder,c, deb.arrasse del'anciengouverneur,instituaunregimedeterreur. Celte politique,loind'atteindreIebut espere, portaIederniercoup a la cause frJ.nyai<;e. Petion,Christophe, Dessalines, et ,avec euxpresquetous leschefsindigenesquijusque la soutenaientnotrearmee, sejoignirentauxinsurges.Lavidoirechangeadecamp.Leclercmourutde la fievre jauneetcefutRochambeauquilui succeda. La repu tationde ,cruautedunouveau general dl'essa tous les noirscontrelui,.Lemouvementinsurrectionnel,cependants'etendaitpartoutet gagn-ait IeSud,jusque !a al'ecart dela grande sedition. Dessalines, portea la tete del'armeeindigene.profita desrenfortsvenusde touscotes pourchasseI' les troupes franyaises des villesqu'ellesoccupaient. Le19novembrc1803,Rochambeau, refugie-auCnp, dutlivrer l:l. pla'ce.LaFranceavaitperdulapartie.Ledynanismede la Revolution Frany.aise s' r.tait retour ne ,contre nous.4

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SECTIONIILA PER lODEDEPLEINE INDEPENDANCEI.-De L'Independance a LachutedeBoyerA.C'estIe1'Janvier1804, apres la defaite nos soidats, que la ville des Gonalves ,aecueillit les vainqueurs pour ,celebreI' l'lndependance. Dess.alinesp.e 8eslieutenantsIetitre degouverneur generala vie,et Ie nomd'(( HaIti, d'origineindienne, deSaintDominguell.LeregimemilitaireCutmaintenupour dMendre Ienouvel Etat.Quantaux restesdansI'Ile, ilsfurentvictimes p.e represailles sanglantes.Le6 octobre 1804, quelquetemps apres Ie saere de Napoleon, Dessalinesfut,couronneEmpereursous Ienomde Jacques lr. Une Constitution,en1805.,organisaIenouveau regime.Parmiles diffkultes aumilieudesquelles clut se debat treDessalines,Ie80rt inoertain de la propriete fonciere,presquetoutentiereconfisqueeparl'Etat,posa les plus graves problemes. Nous verronsdansunautreChapitreeommentl'Empereur tentap.e Iesresoudre. Les decisions ftmportantesqu'il priten eette matiereprovoquerentde gravesmecontentements.Un,complot ,fut ourdicontrelui.Lefondateurdel'lndependanee,oubliedeses amis moins de trois ,ans apres son ,apotheose,mourutassassine tout pres dePort-au-PrinceIe17octobre 1806.B.-ALasuitedecet evenement, uneAssemblee constituante elut Ie general ChristophePresident Q.'HaIti pourquatreans.LePouvoir Executif devait etre etroitement controle parpn Senat de 24membres.

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Cettelimitation lie 1'autorite presidentielledeplut a Christophe,qui prefera se replier avec ses troupes dani?k Nordpourtenter d'acdder par la force a ladictature .. Il reussit a gouverneren maitre ,absolu, maisdutseresigner a dirigerseulementlapartieseptentrionaled'HaUi. Presidenten1807,quatre,ans plus tard ilsefitcouronnerroi au Cap etappelerHenriIer .Son regne,quis'achevaen1820,fut tres autoritaire.Christopheeutuneadministration01'donnee. A s.a Cour fastueuse fleurissaient lesmanieresan glaises. Debeauxpalais,qu'ilfitconstruire!g,ardentIesouvenirde,ce I'oi de legende.C.-Pendant,cetempsIe reste d'Hai'1i futgouverneparPetion,qui a,cceptaen1807Ie manliatpre3identiel quen'av,aitpointvouluChristophe.Lacollaborationdu Senat s'averavitegenante.Cette Assemblee Iecompritetsetint u l'ecart,gratifiantainsi iePresidentd'une autoritepresque,absolue.Petionn'en me susapoint,sironencroitl'avisdepresquetous les histo riens. Sa politiquefutdemocratique,surIeterrainagrairesurtout.Sonpatriotisme eclaire luia valu les eloges lieposterite. Des wmplots mirent parfois sonceuvreenperil. Mais sa populul'ite eutraison de toutes les manceuvres.En1815ilprovoquades ele'ctions envue de la reunion d'unnouveau Senat. L'anneesuivante,cetteassembleedonnaIejour 'u uneConstitutionqueles HaHiens g,arde rentlongtemps.LePouvoir ExecutifHaitconfiea un Pre sident nommea vie, dote de larges prerogatives etpouvantdesignerson successeur. Les fonctions legislativesetaientdevalues a deux ,chambres elues : :Ie SenatetlaChambredes Representants desCommunes,

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-44'Surces entrefaites Bolivar, exile!Ie Colombie du Venezuela, debarqua enHaiti,.IiyrencontraPetion, ces ,' deuxhommes,sur le sol !Ie lajeune Hepublique, mirent debput Iepland'emancipationdes noirs, queBoliv,a,r rea lisa si glorieusement plustard. Petion mourutIe29mars1818,pleuredetoutson peuple. Iln'avaitpoint use dudroit de son suc cesseur. D. 'Cefut Ie general Boyer, elu President a vieparIeSenat, qui Ie ,Le nouveau Chef !I'Etat profita de lamortde Christopheen1820 ppur rattacher '3. la Hepu blique Ie Nord d'HaIti. Enr82Iil realisal'unite,complete de I'Ileenannex,ant sa partie orientaleJqui avait fait retoura l'Espagne a lachute !Ie Napoleon.LaPresidence de Boyerfutmarqueeparunautregain.L'Independance d'Hai:ti n'avaitpas encore ete reconn:ue pal' notregouvernementet les Bpurbons, restauressur Ietrone,tenterentdereprendrel'ancienneCoiollie. Des envQYes dnroiarriverenten HaYti pour negocier Ieretour a la France. Mais ces demar.ches unsi mauvais accueil que Ie projet fut.abandonne. C'est alors que despourparlerss'en gagerent pourarriver a uneententeentreles deux Etats.Uncompromisaboutit,nonsans diffi,cultes.En1825,uneordonnancede Charles Xpromitde re connaltre la Republique d 'HaIti mais la declara. envers les colons expropriesd'uneindemnite de 150millions de francs 'a verser encinqannuites. Legouvernementhaltien, apres av()ir paye 30millions,neputacquitter 1: reste desonoblig,ation au-dessus !Ies ressources financierf's de I'Etat. Boyer plaida forthabilementla cause de son pays etl'ordonnanceroyaleJqui devintcaduque,fut remplacee pal' deux tr.aites signes en1838.Dans IepremierlaFrance

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-45-reconnaissait sans reservel'Independancede sonancicnne colonie,dansIe second HaIti s' obligeait aremboU!'ser entrenteansunsolde de60millions seulement. Le 8uccesseur dePetionrencontrasursaroutebeaucoupd'ingr.atitude.Ilfut accuse d'avoir paye trop cherIareconciliation avec b Franceetles compressions, i'ntro duitesparses soins dans les depensespubliques, deplurf.IlIoaux employes quiemargeaientauxcaisses del'Etat..Sapolitiquefut meme mise en eausea l'occasiond'infortunes:tremblementsde terre, incendies,dontIe pays souffrit. Vingtcinq annees depouvoiravaient lasse tout ie monde.Vne grosseinsurrectionl'obligea a partirpourI' exil.Ondoit a cePresidentl'initiativede loisparlementaires fortimportantes.En1825futpublieIe Code Civil quireproduitles groands principesduCode Napoleon. Le CodedeProcedureCivile p,arutl'anneesuivante, puis Ie Code deCommerceetIe Code Rural.Ce !fernier recueil de loisfut tres malaccueillidupublic. NousauronsI'occasiondel'apprecierdans Ieprochainchapitre. 2.-De Riviere IUraI'dal'election deSIJ.lomonA.-A Boyer succeda Riviere Herard, porte au pou voirparI'insurrectionmilitairedontil etaitIe chef.Peu aprcs fuL votce laChartedemocratiquede1843.Le Presi dent, les mairesetIesjugesrelevaient dans cette Constitu tiondusuffragepopulaire.II .faut direqueIenouveauPresidentavait. dli sa fortuneausoutien descampagnes,hostiles a Boyer. Les pay sans, les prolet,airesrurauxsurtout,attendirentd'Her,ardqu'ilpartageatles terres des riches et les biem; fonds del'EtaLCette promesseleur ayaH ete faite ep,echange deleur

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-46-aide. Mais ilss'apen;urentvitequ'onles avait trompes. Les p.aysans duSud, parcette (iuplicite,souleverent enmasse. Armes de piques ils sedirigerent, menac;ants, vel'SIeNord. Les troupes gouvernementales, prevenues assez t6t, chargerent cette Armee souffrante etl'aneantirent. Cette revolte desPiquetsduSudn'estpas episodi que dans l'Histoire d'I-Ia'iti. Dans la plupartdes guerres intestines quiont dechire ,cepetitpays, la col ere paysanne a domineIebruitdes bataill.es. Riviere Herard pensaretrouverson prestigf' en prevenant la scissiondela Republique en deux Etatsindependants.Lapartie orientale deI'Ile,qui avait garde l'empreinte de la civilisation espagnole,nepouvait monaJementaSSO dier son destin a celui de notre \ancienne colonie. Nous ver rons plustardcommentIe legislateur avait :ete conduit,aulendemainde 1 'Independance,a interdireauxblancsl'ac quisition de la propriete fonciere. Or a l'Estles blancs et.aient tres nombreux.Ils fie purentsupporter regimed'exdusion.L'insurrectionsortitde lao C'estenvainque IePresidenttenta de la combattre.Lasecessi'onfutconsommeeen1844.Etdepuis, SaintDomingue,organiseeenRepublique!vitenbon voisin.ageHaiti. HeraI'd, demoinsenmoins prise, dutfinalF:me:nt s'exi ler a la suited'uncomplot.B.-Le general Guerriereutensuite la Presidence 1844 a 1845.Samortabregea son mandai. Pierrotpassa quelques mois au pouvoir.Puis Riche y acceda pournne dureepresque aussi ephemere. Il moul'llten1847 apres avoir pacifie lesPiquetsdu Su(i, revoltesa nouveau.

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C.C' est a cette datequeSoulouque, ancien esclave affranchien 1793, fut appelepourpresideI'auxdestinees de son pays.Cenouveau maitre, poureloigner les fadieux, fitregnerlaterreur.Lacrainterespectueusequ'ilinspira servit sonambition.En1852 ilfut sa-cre Empereur hereditaire so:us 'Ie nomdeFaustinler.VneConstitution autoritaire, vot,ee trois ,ans avant, avait affirme ses pouvoirs. Mais les fetes-du couronnement,entoureesd'unepompe exageree,couterenttres cher.Vnecampagneinutiledansl'Estavait deja provo que-de fortes depenses.Tantde prodi galites nepurentqu'oberer :les finances deI'Etat.II fallut recourir a des expedients fiscauxetcessermomentanementderembourserles ,annuites dues a la Fnan,ce, creanciere de l'indemnitedel'lndependanceetd'unesomme recemment empruntee.Toutes ces difficultes minerent l'autoritedel'empereur.Mena,ceparuneconspiration,ilduts'exileren1859. D. On retablit alors la Republique.Le general Ger hard, qui,avaitcontribue a renverser Soulouque,devintPresident. Les guerresd'embuseadescontre Ie -chefdel'Etatne l'epargnerent point.Ellesdurerent jusqu'a sa demission,pendantleshuit annees de sonmandat.Geffrard organisal'EglisecatholiqueenHaIti. II defen ditS.aint-Dominguecontreles visees espagnoles.L'agricultureetIecommerceprospererellt sous sa Pre sidence. Maiscetadministrateuraux idees assezLargesnefutpastoujoursenaccord avecl'opinion.IIfut finspirateur dela reforme votee parlesChambres :Ie 18octobre 1860. La loi nouvellepermettaitIemariageentre Haltiens et etnangers sansdonnercependantauconjointetrangerIedroitd'ac-

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48querirdesimmeubles .. Le p.esir de eta itde rappor tel' la regIe, qui reservaitauxHaitiens Ie monopoledeLa propriete fonciere. De tels sentiments devaient IeruinerdansI' estime publique. .E. -Vnerevoltedu Norp.,en, 1867,ouvritune n,ou velIe vacance du Pouvoir. Selon la regIece{ut SalnavB, Ie conspirateur, quiprit la placedu maitre. Les acclama tions populaires ponctuerentson, aecession a la Presidence, ou ilpritIe titre deProtecteur p.e la Republique. LaChambre des deputes, nouvellement elue, s'insurgeavitecontresa politique. Alors la populace, qui soutenaitIe Il:ouveau President, chassa lesdeputesp'u Palais Legislatif.Vneviolente sedition eclata dans lIes campagnesduNord.Lespaysans revoltes, quiportaientlIe n,om deCacos)), semerent une panique soudaine danstoutIepays. Salnave accourutpour retablir I' ordre ; mais I'insurrection, pendant ce tempsgagnaIeSud, quis'erigeaenRepublique indepen dante.LePresidenteutbeau faire appelauxPiquets,ilfut enveloppe.,Les evenements suivirentla courbe habituelle.Lechef, porte entriomphedeuxansauparavant,connutI'amertumed'une defection generale en1869.Comme il voulait resister ilfutfusille. F. -Vne AssembIee fut elue pourdesigner son suc cesseur. Saget,unvieux general,fut choisipourquatreans. C'est sous sa Presidencequ'une reforme monetaire, imposeeparla dev,alorisationdela monnaie nationale,autorisa la circulationdudollar en Haiti. Saget epuisa la dureede sonmandatII se mtir.apn 1874.Domingue,son successeur, futmoinsheureux. operationsd'emprunt,dontquelques courtiersfurentseuIs profiteurs, dresserentl'opinioncontrelui.IIduts'enfuiren1876.Boisrond-Canal Ie rempla;a pendallttrois ans seuIe-

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49-ment.Les multiples conspirrationsqu'ileut a dejouerI'amenerent a resigner prematurement ses fonctions.S3.-DeSalomonaumeurtredeVilbl'unGuillaumeSamA.-Vne Assemblee Nationaleporta a cemomentSalomonaupouvoir. Ancien Ministre des Finances de Faustinler,cenouveauchef etait unhommed'Etatd'uneintelligenceremarquable,insLruit, probe,connaissant a fond leshommes et les choses de son pays ...))(I)Il se devouatoutdesuite a la chose publique etremiten etat les Finances.VneBanquefut creee au debut de sa Presidence, etLadeLLedel'Independance futentierementpayee. Vnemonnaienationale, lagourde,qui s'elevera aupair avecI,:, dollar en 1887,futfrappeeauxarmes de 113. Republique.L'amvrede Salomon laplus interessante pournotre etude est sa loisurlesconcessionsconditionnelles,abrogeesculementcette annee. Elle etaitdestineea recompenser les efforts des fermiers de I'Etatlesplus meritJants. NousauronsI' occasionplusloindelacommenter.SalomoneutIerarebonheur d'etrereelua la Pre sidence apres avoirrempliunseptennatentier. Son second mandatfutinterrompuparuncomploten1888.B. VneAssemblee dut sereunir.Elle votauneCons tiLution et appeIa Legitimeaupouvoir.CePresidents' exi13 d'ailleursI'anneesuivante.Sachargepassa au general Hyp polite, elu poursept ans. Haiti trouvaen ce dernierchefun PresidentLres digne,quisuts'entourerd'excellents colla borateurs.Parmisesministres, ilconvientde citeI' Antenor Firminqui s'occupa des Financesetdes Relations Exte rieures.(1)J.C.Dorsainvil:op.cit.,page 3)6.

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-50-Hyppolite,surIepointdeconjurerunesedition,en) 8g6,mourutsubitement.Le geperal Sam herita dupou voir. On retrouva a ses cotes Antenor Firmin} Ministre des Finances. Solon Menos futegalementappele pans les con seilsdugouvernement.Nous reverrons ces deux Ila:Ltiens, dansunautreChapitre,instituerun debat doctrinal a 1'0c casion des droitsimmobiliersdontjouissaient les etrangers. Sam,enIg02, la suited'unincident avecl'Allemagne tres offensantpourHaIti,remitsa demis sion. Apres six moisd'interregneet pe troubles, Ie general Nord Alexisfutproc1ameparses troupesPresidentd'Halti.Jlgardasix ans ce paste que lesintrigues pe ses anciensadversa iresl'obligerentfinalement a quitter.Le general Antoine Simon 1'0ccupa ensuite.C.C'est a cedernierPresidentquel'opinionreprocha0.'avoir signe,auprofit des financiers americains,uncontratpourlaconstructiond'uncheminde fer du Nord. Soussongouvernementfut conclu aussi, avecla Banquefranc;aise del'UnionParisienne,Ie f,ameuxempruntdeIglO..L' operation,quiroulaitsurplus de60millions de francs,fut tres eritiquee.Etdansl'avenironputmieuxencore meSUl'erlafautecommiseparles auteurs de ce eon tnat financier, qui avaient desang froipa endettel'unpays sans defense,etdont les fa'cultes sont foreementrestreintesvusa superficie, Ienombrede sa population, lepeud'etenduede son developpement fconomi que, les conditions dans lesquelles il a pris naissance commeEtatlibre))(I).(I)MarcE.Malva!:LapoliZique financiere exterieure deTa Hepu blique d'Halti depuis1910,Paris

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-51Cette politiquefutcertainement def.a:vorable'a l'autori ted' AntoineSimon.UnmouvementhostiledansIeNordIecontraigniten191I a fuir a l'etranger.D. Leconte alorss'imposa.Sapresidence occasionna de nouv,eaux desordres. II etait aupouvoir depuis unan a peinelorsqu'il perit tragiquementdansI' explosiondu P.1 lais National. Tancrede futchoisipourlui suoceder, mais1amortIesurprit des Ie debut de sonmandat,enmai1913.Jusqu'au27juiHet 1915quatrePresidentsse succede rent: Michel Oreste, Oreste Zamor,TheodoreetVilbrunGuillaume Sam. Ces chefsephemeres durentpasserleurtemps acombatire les revoltes, les Cacosnotamment.L'anarchie,il faut bien Ie dire, sevissaiten Haiti. Le desordre et laguerre .ciyj'le,auxC]iueIs onnesavait quel remede appor tel',avaientfinipar demoraliser les esprits et enerver leii forces vivesdupays. Les drconstancesvIiaiment penibles, dans lesquellesIedernierPresidentVilbrunGuiHaumeSamdutpayer de sa vie les fautesquiluifurentattribuees,provoquerentl'interventionduGouvernementdes Etats-Unis.Onapu affirmer qu'acetteepoque,les exces degou tantsdesguerres .civiles demoralisantesavaient tue lavieille fierte haItienne (I).SECTIONIIIL'OCCUPATlON AMERICAINE I. Les debuts del'interventiondes Etats-UnisLes Americains qui,depuis C]iuelque temps,suivaientavecgrand interet les convulsions politiquesdontsouffrait(1)Docteur Fran{:ois Dalencour:La Croisee deschemins,2" edition, Port-au-Prince

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HaIti, se deciderenta intervenir.LelendemaindumeurtreduPresidentVilbrun,Ie28juiUet1915,leurstroupes debarquerenta Bizoton,tout pres de la Capitale. L'o0Cupations'installaIe 293 Port-au-Prince.L'Europe,alorsenpleineguerre,se desinteressadecet evenement quiprocuraitauxEtats-Unis des av,antages incontestablesde strategie navale.Le8 aout 1915,uneAssemblee Nationale eluta la Pre sidence de la Hepublique IesenateurSudre Dartiguenaveet, Ie 17 septembresuivant,uneConventionfut,conclueentre HaLti etles Etats-Unis. Cet Acte definissait lesbutsde!'interventionamericaineetles obligations respectives des deux partiescontractantes..Lesbonsofficesdes Etats-UnisdevaientcesserenJ925.Leur duree futprolongee,d'uncommunaccord, av,ant meme l'expirationduterme prevu: Malgrelecaracterebilateral de cetraite,l'interventionamericai\ne a place la petiteRepubliquesousunesortede quiavivementblesse les patriotes ha'itiens. LeshornmespolitiquescornprirentquelaConstitutionetles lois haHiennes allaient desormais resterlettremorteet pou 'v,aient etre considerees commesuspenduesparIeseul fait de l'o0Cupationmilitaired'HaHiparles Etats-Unis de l'Amerique duNord)) (I). Aussi, a partirde1915,la poli-o .tiquea ete dornineeparIeproblemede la liheration duterritoire.Unfrontunique,pourrait-ondire,s'est forme .con tre ]e peril del'annexion,sousIesignedudrapeaunational.LaConventionde1915 eta it a la fois politi queetfinan ciere. Les Etats-Unis eussent sans doute desire yobte-nir des avantagesplus,appreciables. Les delegues Nord-Arneri-(I) TimotheeParel: Dans la MElIeC... Pensees, Confprences, DisCOUTS(1916-1931), tomeI,Paris, 1932, page 53.

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cains,sil'onencroitl'opinion P-U Docteur Dalencour,avaientinsiste a plusieursreprisessurla cessiondu Mole Saint-Nicolas, comme base navale Nord-Americaine(I).Enfait, les Americains,pendantplusieurs annees, il peu pres les seulsmaitresdes destinees p-u pays. 2.-LaConstitutionde 1918 Le12juin1918,uneConstitutionnouvellefutapprou vee parIepeuple.Levotenefutcertainement pasentoure detoutes lesgarantiesquieneussent assure la sincerite. CetteConstitution,qui avaitetepreparee parlesOccupants americains, ratifie to us leurs actes,a:upointqu'unjuristehaHienn'ayouluvoirdanscette charte qu'unreglementdecirconstanee elabore sanslaparticipationdupeuple hai1ien etdestine aregir un etat de faitanormal(2).L'unedes gravesinnovationsdela Constitution de1918residedansI.efait de lasuppressiondusysteme parlementaire,dontles Ha'itiens respecterent to).ljours Ie depuisleurindependance.LeP,arlement,eneffet,dispamletI.epouvoirlegislatiffut -eonfieaun Conseil d'Etat,dontlesmembresdevaient etrenommes et revogjues parIe Pre sident.C'est a ce meme Conseilqu'incombaitla responsa bilite de voter les loiset d'elire Iechefde l'Etal. Cetie atteinte, portee la separationp-es Pouvoirs,alarmavivementles patriotesettrouva tres peude defen seursen Halti. Cependant,d'eminentespersonnalitesgardentl,aconvi,etionquecechangementconstitutionnels'im-(I)Exlrait d'unarticleduDocleur DalencourparudansParisSudet CentreAmeriqueIe29Mars1927. (2)ClovisKernisan:Les Etrangers et IeDroitde propriete immo biliere, Paris page 149.

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p.osaitpresqueenraison evenements.'M ..Louis Borrio, President de la Republique d'Hai:ti de1922 a 1930,pensequ'une procMure parlementaire,toujours [ente, aurait ete ineffica,ceencette perio!iede crise, ou les problemesappelaient des solutions urgentes. A cette r,aisoIl, ilconvient d',ajouterl'inhabiletedupeuple haltiena tirertoutIepartipossible des institutions parlementairesJ qui n'ont((jamaisfonctionne serieusementen HaHj ))(I).LaConstitution de 1918presenteungrand interet pourIesujetque nous traitons parce qu'elle est l.apremiere, dansl'Histoire d'Halti, quipermette a rir,sous certaines conditions, il est vraiJla propriete fon ciere. Nouseommenteronsplus loin cette reforme impor Le15mai1922Sudre Dartiguenave, qui avait ete nom me poursept ans, descenditdu Pouvoir. Le Conseild'Etat I.eremplavaa la Presidencepar M. Louis Barno,dontlemandatfut fixea quatreans.S 3. -L'immixtionamericaine dans les ajjail'espubliquesC'esten -cooperation etroite avec l'oocupation ameri caine que Iegouvernementde M. BornoJ tres autoritaire, dirigea Ie pays.UnHaut-Commissaire amerioain, auxpou "oil's tres etendus, partageaiten ,fait l'autoriteavec Ie Chef de l'Executif ..Enavril1926 'M. Barno, dont la poli'tique avaitheurteviolemment Iesentimentnational, futtoutde memereelu parIe Conseild'Etatpourquatre autres annees. Cette Presidenoe fut l'oocasion d'offenses frequentes qui indigneren,t IepeuplehaHien.allnesaurait expliqjuer (1)Entretiens avecM.Louis Bornoenoctobre et novembre 1933.

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l3.utrement lagrandeimpopulariteduchef l'Etatala fin de son secondmandat.Le15mai1930M.Borno quittaIlaPresidence et se resigna as' eloignerprovisoirement sapatrie.Il serenditenFrance, OU il vecut trois annees, puisrevintenHaitienoctobre1933.La politique de ceshuit annees dictatureetde ,collaboration etrangere apportadegrandschangementsdans la Republique. N?us aurons a ypuiserde tres enseignementspournotresujet.L'enquetequenousavons faite surp1a:ce poureclairer cepasse tout recent nous aconduit a des conclusions souvent imprevues, qui optfixe nQsconvictions.Voicidesmaintenant ce qu'il f.aut retenirdes evene mentspolitiques, qui ontjalonnecette : Nous avons eu l'oocasion deparlerdel'empruntcon trade en1910parlaRepublique d'Halti. L'Etatavait alors reservea la Banque del'UnionParisiennel'exclusivite des a,chatsenBourseetautres negociations. Il :avait accepte enoutreque les droitsd'exportationetd'importationfussent affectes parprivilege a lagarantieducapitaletdes intereLs de 1.a.creance. La Banque del'UnionParisienne,en execu tionde,cetteconvention,,fut autorisee a donner a108 Banque Nationale delaRepubliqued'HaitiIemandatd'encaisser les gages. C'estcecontratmalheureuxquifut Iepointdedepartd'une serie de tmites etconventions, 'a lasuitedesquelsla National CityCompany, Banque Americaine,fut deleguee dansles droitsetprivileges de laBanque Les Americainsinvoquerentcettesituationpourimposeren1919,fauxtermesd'unProtocole,unnouveaucontratd'emprunt a Haiti.LeGouvernementDartiguenave avait refuse designerunpareHengagementquidevaitendetter

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i'Etatde40millions de dollars. Les Americaim insisterent enpretexfant deleurintentioll la Republique ODCUpee a se liberer de ses obligations financieres. Dartiguenave descendudupouvoir, son successeuren1922consentit a signer.C'est aoet acte que les Haltiens imputerent,nonsans raison, la perte partielledeleurindependance.Lerespect .cLauses contenllesdansl'empruntde1922 coUta augouvernement haltien son autonomie financiere. Un tarifdouanierfavorable aux Etats-Unisfutimpose et,pourgar,antir Ie service regulier des interets aux porteui's americains, ilfut aocorde unprivilegesurles douanes delaRepublique. ,L'occupation americaine aentraine,outre la presence de troupes ,armeessurIe territoire haltien, Ull con trole surles finances publiques et la decapitation de tous lesgrandsservicesdela Republique/ lesquels .furentdirigesjus
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((tionale issuedusuffrage populaire))(I).M..Roys' acqult tadesonmandatavecunegrande ..II relllit les renes duPouvoir aM.Stenio Vincent, President actuel de la Republique d'Halti, librelllentparl'Assemblee Natio nale ;Ie 18novembre1930.M.Stenio Vincent venaitd'etre elJISenateur parIe De partementde l'Ouest lors des ele'ctions generales, les pre mieres liepuis l'Oocupation,quandses collegues desdeuxAssemblees I' eleveren tpoursix annees a laMagistr,ature SUprellle ..(AnteriemementiIavait ete dedivision aJIDe partementdel'InstructionPublique,Magistrat commu ((nalde Port-au-Prince, ,lfu Gouvernement pres IeTribunal lie CassatiQn, charge d'affaires d'Haltia ((Bruxelles, Secretaire d'Etatdu DeparteIllent liel'Inte ((rieuretPresidentdu Sen at))(2).Cepresident ;fut Ie porte p.arole des patriotes. Aujourd'huises efforts setournent avec succes vers l'affranchissementde la tutelle etrangere. ((Commejel'aisolennellementpromis,au soirdemonarrivee a laPremierema((gistrature del'Etat,declarait-ilrecemment,etcommeje((n'aijamais cesse d'endonnerla formelle assurance)jene(( considererai rna missioncompletementremplie que IeC'esLunavo cat et ancien Batonnier lie 1'Ordre dePortau-Prince, quis'estfait un nomgra,ce a ses talents de journaliste et d'ecrivain,. (I)Bulletinde la CommunedePort-au-Prince,Port-au-Prince1932, pageg.(2)Idem,page10,5

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58 jour OU Iepeuple ,aura reintegre la totalite de ses droits(1)..Le5 aout 1931,un aocordetant intervenuentreles gouvernements haltien et americain, la Direction generale des Travaux PubHcs, Ie Service Nationald'Hygiene,IeSer vice technique del'Agri,cultureetde 1'Enseignement pro fessionnel firentretour,au,controleexclusifd'Hai:ti.C' estune etape importantevel'Sl'haltianisation com plete des services pubHcs. Pourregler1adesoocupation militaireunautre accord a ete signe,Ie 7 aput 1933.Cet accord fixaIeretraitdes fusiHers marinsvel'Soctobre1934,aulieu de1936, !fate (( pr6cedemmenL prevue.etIeremplacementdelOllS Ips elements etrangers de lagardehaltienneparles natioIlIaux(2)..Cetraite vientd'etre execute. IIresteIeControle financierdontles HaHiensontde mande la suppression amaintes reprises,notamment 'a la Conference de Montevideo l'andernier.LeGouvernement des Etats-Unis,toutenreconnaissant qu'HaHi faisait hon neur a sesengagements financiers et executa itscrupuleusementles obligations contenues dansIecontI' atd'emprunt,s'est refusea faire suite a cettedemande.II,aestimequ'itavaitIedevoir.deprotegeI' les porteurs americains et queI.apresenceduConseillerFinancierdansl'Administration hailienne etait encore souhaitable.Auprintempsdernier,M.Stenio Vincents'estrendu II WashingtonaupresduPresident Roosevelt. L'entrevue fut cordiale et prpvoqua lapreparationd'un:dernierarrange-(1)Extrait deIaProclamationparM.Stenio Vincent pubIiee dans Haiti-Journal, numerodu14decembre 1933. (2) ExtraitduTemps Paris,numerodu21 aoftt 1933.

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59 mentqui,nousl'esperons,estsurIepointderendre a I'Etat haltiensa totaleindependance. 5. LaConstitution actuelleII fautnoterparmilesacteslesplusimportants lie cetLe epoque Ievote de la Constitutiondu15juillet1932.Cettechartelibreest ,composee de132articles et de 6 dis positions transitoires sansporteeaujourli'hui. Laseparationdes troisPouvoirsexecutif, legislatif etjudiciaireest respeclce.Enf,ait,l'autoritedel'Executifempielebeaucoupsurles deux aulres,commeonvas'enapercevoir. LePouvoir Legislatif est confiea deux Assemblees : la Chambre des Deputes, ,composee de36membreschoisisPOUl' !J ans et Ie Senat, quiencomprend20.Les deuxChambres se recruten1. a peu prescom meles notres de meme nom.Le Senat n'est pas renouvelablepartierscommeen Frrance ;onIe recUt entierementtous les six ans. LaCham bre des Deputes nepeu1 etre dissoute.L'initiativcdes .lois, les lois financieres misesa part,appartient ,\ tous lesmembresduCorps legislatif et auChef del'Etat .. LePouvoirjudiciaireest un peuorganise camme Ienolre. A la de toules lesjuridictionsest place un lri bunal Lie oassation, qui jugesouverainementdudroitet statue aussisurlaconslitutionnalitedes 10:5. Lestribunauxinferiel1l'ssontlestribunauxcivilsetlesjugesde paix. Lea juridictionsd'appelviennent d'etresupprimees. Le Senat s'erigeaussi, en HaIti,en HauteCourdejusticequicon nalt des delitset,crimes politiques.LePOl1voir executifappartientau dela Hepll bliqueque les deux Chambres,rcunies en :\TaLiG-

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60nale, eli-sent pour ans. LePresident,en a delarges pouvoirs.Ils'entoure,pourgouverner, Secr.etairesd'Etatquiressemblent.aux Ministres franl;ais ..Ces Secre taires 9,'Etat formentuncabinetdontlesreunionssont pre sideespar1eChef del'Etat,nonparun Presidentdq ConseHcommedans noLre pays. La responsabilite 9,es Secretairesd'EtatdevantlesChambresestplutot jUusoire ..C'estIe Pre sidentquichoisitses collaborateursetles revoque.Iltientcompte,dansunecert,ainemesure, 9,u sentimentdesAs semblees, maisilnesecroitpas lie parunvote de defiance contresongouvernement..Le Chefdel'Etata,enplus,Iedroit 9,'objection, sortededroitde veto suspensifluipermettant 9,e paralyseI'momentanementl'exerciceduPouvoirlegislatif.C'est a luiseul aussiqu'appartientl'initiativedes lois interessaAt les 9,epenses publiques.Quantauxjugesjlsnesontpasinamovibles, dansnotreConstitutionde 1875,maisnommespour10ansseulementparlePresident.Le justiciable est prive ainsid'unedesgarantiesles pluscheres .aux peuples libres.Ilresultedecetteanalysesuccinctede laConstitutionde1932 que Ieregimehaitiens'eloigneassezdu parlementaire franl;ais. C' estuntype deregimeautoritaire presidentieI...Maintenantquenousavons exposeenraocourci l'HistoiredupeuplehaItien, il nous semblemoins temeraire d'aborderIe vif denotresujet.Commeon,Ieverra,les Ruestions foncieres,en Haiti, prenIlentleurvraivisage dans l'Histoire. Larepartitiondela ri,chesseimmobiliereentrelesbabitantsdupays?l'etenduedes proprietes, la lli:l-

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-61-ture !les droits-a,cquissurIesol,ladevolution des heritages fonciers,parexemple,nesauraients'expliquer unretoursurles faitsdu passe. Le -cadre quenousavons trace permettraderestituer les evenements quiontagisurl'evolution de la propriete Lesconjonctures,quiparaissent se situertout a faitendehors denotresujetetquenousavons pris Ie soin de relevertoutde meme, onteuleurinfluencesurla lente org,anisationdudroitfoncier. Lesinstitutionshumaines nesurgissentjamaisinopinement !lam l'Histoire. Ellesont-cheminelongtempsavantde voir Iejour.II seraitdonepresomptueuxde vouloir etudier,sansaller aux sour ces, la'legiSlation et les traditionsd'unpeuple. Les rCformateurs duDroitdoiventbien sepenetrer que les evenements lesplusfluides qui traversent l'HistQire desnationslaissenttoujoursquelque !lepot,qui se retrouve ensuite dans lacontexturedes loisoudes usages. Aussinedoit-on pasambitionnerdechangerles habitudesjuridiquesd'unpeuple, meme avecl'intentionlouabled'amelioreI' sa -cQndition, sansrechercherscrupuleusementd'aborrlcomment,cesregles sesont,cristallisees dans Ie temp'>. De l'aper\.u historiquequenousavons presente, quel ques traitsimportantsse {Iegagent, qui aideront afixerla psychologicdupeuple haiti endansles affaires publiques. Halli, quin'apasunsiecleetdemid'independance,a montre fortlongtemps son impreparationa la vie nationale. Les Constitutions, chez elIe, sesontpresque aussi souvent so-ccede que lcs Chefsd'Etat.Pourt,antcettenationtientessentiellement a son auto nomie. C'estunedes premieres ,cQlonies qui ait lutte victorieusementpoursonindependance.EtIedrame !le l'inter-

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'Ventionamencaineprouveraitah.liseull'attachement d'HaIti a la conquete de sa souverainete internationale.Laliberte estunechose treschere auxHaitiens qui sont impregnes, ilne {aut pasl'oublier, de civilisation fran II y .a dansleurConstitution et leurs loisunsouci deliberalismeet d'organilsation democratique qui representecertainementuneforme d'ideal P oliti que.IIn'estpas sur pourt.antqu'unregimevraiment demo cratiquepuisse s'acclimater facilementen HaIti. L'attitudedecepeuple Ieconduittrop souvent a subir ce qu'ilcraint,l'oppression. Nousnepouvons dire sic'estl'atavisme,ou l'echo de longstourments,ou Ieheurtdes couleurs,commeonl'a avance tour a tour, quifurentla cause detant dede sordres dans l'Histoire. Mais il est indeniable que latendan ce a l'insurrectionn'ajamaiscessed'etreprejudiciable am: interets denotreancienneColonie. Haiti est encore al'age del'apprentissagepolitique.tnouspensons quecet etat d'adolescence auraquelquedurec par-ce que lagrandemajoritedupeuple est ignorante.Cefait explique lapartpeuactive queprendla masse rurale, encore arrieree, dans la viepublique.Lapaysannerie,eneff.et,nes'emeutque iorsqu'ellesesent attaquee chezeUe,surIe solqu'eUecultive.Ontouche la a lacauseconstante des revoltes fomenteesparles tr.a vailleurs de la terre,tropsouvent abusesmalheureusement,quicraignent soit, Ieretourdes colonsetl'esda'Viage, soitleur eviction au profit de privilegies. Les deboires de beaucoup de gouvernementsontenpourcause aussi la mauvaise 'situation financiere du pays. Le systeme fisoal haItien est criticable etnetrouve son excuse que dans1apersistance de vieilles habitudes inYete rees chez les paysans. HaLti, appauvrie de ce fait, euttrop

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-63-souventrecours aux expedients et pritla mauvaisehabituded'emprunter a l'etranger.IIdevient meme urgentpourl'Etat, a l'aubedesa seconde Jndependance, de s'assurerpourl'avenirdes res sources financieres durables. C'est a quoipeut indireclementune reforme de1alegislation fonciere qui rele vera la valeur des terresdupays.

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CHAPITREIIIL'Historiquedela propriete fonciereDansl'expose qui precede nousnous sommessurtout attachea mettreenrelief lesgrandsfaits historiques, quiontconcouru a former la de l'Ebthailien. Cetrav.ail de reconstitutionsommaired'uD passe plein d'enseignementva nouspermettre lie .conduire, a travers la lon gue ev.olution de la propriete fonciere en Hatti, uneinves plus sure et plus vivante. / Le sort de la propriete immobiliere dans Ce pays, commenousIeverrons,futtoujoursincertain.Les regIe)) d' at tributionde b terre, a l'epoque colonilale, etaient fondeessurles vieux dogmes anti-egalitaireset.absolutistesenvigueurenFranceavant 1789. L'Independance,en1804,fit table rasedu passe etprovo quauneveritable revolution agraire. Puis, aufuret a mesureques'organiserentles classes sociales etqu'apparurentles nouveallx proprietaire'5 deI'Etatsouverain, les Gouvernements se representerent les diffkultes del'ceuvre de reconstruction. n fallait a la fois satisf,aire au devoir de recompenser les serviteurs del'Inde pend-ance,repondreaux exigences de la morale nouvelle favorable a la cause des desherit6s etpourvoiraubesoinimperieuxde lier la securite de lapatrie it I' etablissement de la petite propriete. Ceprogrammelaborieux f:qt souventmalapplique.Etles fautes politi que agrll.ir:: susciterent

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-66 des revoltes qui parfois firent tached'huileet bouleverserentpourlongtemps 1'0rdre interieur. Tantot cefutla cupidite des nouveaux seigneurs de la terre qui aUisa les haines. Tantot la colere gl'onda chez les fils d'esclaves, parce que lesgouvernantsn'.av,aient plusleurconfiance et en peril leurcondition de paysans libres. EnFrance, les assises <:Ie la propriete fonciere remontent a une epoque lointaine.Independammentde )a supe riorite de son org.anisation immobiliere, notre pays doneaujourd'huidu tassemeI1t qui s'est opere lentementpendantde longs siecles et auquel nous devonsIeplusclairdenotre stabilite agraire.En HaIti, au contraire, l'ceuvredutemps reste insuffisante.Larevolution agraire de 180lj a ete sui vie de longues hesitati()ns. On pe peutdone etre surpris de la fragilite qui caracterise encoreaujourd'hui h situation denombreuxproprietairesdusol.Cen'estqueplustardque nous ferons Ie prods deIalegislation fonciere hailienne,inaaapteeaux besoinsdupaysetign()rante des ressources de la science moderne. Mais des maintenant,noustenons a faireremarquerqueparmiles tribulations,dontI'Histoiredela propriete fon ciere est chargee, beaucoupsontimputables a l'insuffisance de cette legislation.Tout recemment encore, depuisI'interventiondes Americains, l'()pportunite d'.actes politiques interessant la situation denombreuxpaysans provoqua de violentsconflits.Lefondementjuridiquede la propriete fonciere fut meme misencause.Lebutrecher,cheparles regles foncieres est d'asseoirsurdes bases solides les titres divers :contrats.oufaits, qui conferentla propriete. Nous aurons maintes foisl'occasion de constater que cebut,enHaIti, estloind'etreatteint. Les

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titresimmobiliersdans cet Etatn'ont pas toujoursune pro venance tres claire. Etfaute deleurtrouverune force juridiqueinvincible, ilarrivesouventqutonendoive degagerl'originedansl'Histoire.OndonneainsiauxHtres,dont to v.alidite est discutable,unappuimoralincontestable.Cemodedepreuveresterapeut-etreIe seul,quipuisse etre utilise, dansl'avenir,pourverifierla lie cer tains droitsde propriete. Aussinepouvons-nous contester, pournotreetude, l'interet qui s'attachea l'Historiquedela propriete immobiliere. Nous y puiserons les idees essentielles,quidevront g\lider la rMorme del'organisation fonciere. Nousauronsainsi l'occasiond'apprecier,des ce chapitre,les differentes situationsqu'occupent, a l'egardde la terre,ceuxquis'en pretendent encertaines drconstances les vrais etseuls proprietaires :l'Etat,les !ietenteurs de titres, les fel'miers, les possesseurs et les simples occupants. SECTIONILAPERJODE COLON/ALEI.-Lalegislation coloniale a Saint-DomingueA.-Pendantla perio!ie coloniale franyaise notrepos session deSaint-Domingue etait regie parlesprincipesde la Monar,chie absolue. Le roi de Franceetait Ie suzerainIeplus eleve et.,de cechef,Ietitulaire !i'un droit absolusurJoutes les terres comprises a 1'interieurdes frontieres de la mctropole.Jlen eta itde memedans les paysd'outre-merappartenant a laFrance.La proprietepl'iveea Saint-Dominguesetrouvaitdone placec so usIepatronage,la suzeraineteduroi. Elle faisait

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-68-partieduDomaineeminentde lacouronne.Les droits des proprietaires 6laient, en realite, des droits concedes.. Enraisondel' etat d'esc1avage, oli les indigenesfurentreduitsjusqu'en1804,les noirs etaient privesdudroitde propriete. Seuls les blancs, les colons et leurs descendants poU'vaient serendremaitresdusol. Au debut de la ,colonisation, a l'epoquedes Aventu riel's,Ieroi deIegua son autorite '8. la Compagnie des Indes Occidentales., etablieparI'Editde166!1.IIfut arrete, enoutre,quela Coutume de Parisformeraitdesormais Ie d-roit commundansrIle, a l'exdusionde touteautrecoutumcde France.Leprivilege de Ia Compagniefutde wurteduree. En1674unEdit Iesupprimaet fit relever la Colonie directementduroi. Ungouverneurfut alors envoyea Saint-Domingue.Plus tard, cehautpersonnagepritIenomde Gouverneur-Lieutenant general des lIes sous Ie Vent.Enimitationdusysteme franyais, applique dans la 'Metropole, unCommissaire-Ordonnateur, faisant fonctiond'Intendant,fut nomme pourpourvoir a I' Administration Civile. C'est if ces deux representantsdupouv.oir royal que lachargeincombad'octroyerles ,concessions de terre. lIs heri taient des attributions que les agentsduroid'Espagnc,avantlaconquete franyaise, tenaientdeleursouverain.Chaqueconcessionmotivaitlareda,ctiond'unacte authentique,aontIecontenufaisait foi. Nous avons pris con naissance del'unde ces documents, quirepresententIepointdedepartdeI'organisation de la propriete privee en HaIti. NousenreproduisonsIeLexte: Cesar HenriComte de b Luzerne

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Lieutenant General des ArmeesduRoi, GouverneurLieutenant General des Iles Frangaises del'Ameriquesous Ie vent, etInspecteur General destroupesd'Artilleries, Milices et Fortifications des dites Iles)).((Et(( Frangois Barbe DemarboisConseillerduRoienses Conseils et enson Parle((mentde Metz,Intendant de Justice, Police, Finances, dela Guerreetde la Marine des dites Iles.Nous,envertudupouvoir a nous donne parSaMajeste, avons concede et concedonsa au ({nomme PierreGaraud Tier,ceronlibre,unterrainpour(( culture de mille pasen quan'evatero situe auquartierde Saltrou,juridictiondeJacmel,paroisse des Cayes,(( borne auSudduterrain.Enregistreeau meme mois que cette concession, ser((viraau nomme PierreGaraud a charge par luideseconformerentout a l'articlepremierdutitretrois del'ordonnancedupremierAvril 1773., Faitdefenses a to utespersonnesdeIetroublerdans sa propriete sous les((peines de droit.Auquelterrainnepourra etre venduni cede sansnotrepermissionexpressepar ecrit etleditPierreGaraudCeraapposer lesborneset autresmarquespourIefairereconnaHre, a l'effet de quoi les voisins seront, appelesetassisteront, sibonleursemble,au qui enserafait;lequel ils signerontouserarapportfait deleur refus poury etre ensuitepourvuet etre faitdroitquiilappartiendra.Ledit ainsi fait sansopposition serviradeprise de possessionduditterrainauditPierreGaraud, aux siens ou ayants-cause quienjouirontetdisposeront a I'avenirentoute propriete,

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70 l(apres toutefoisetsous laconditionexpressequ'ilsformerontun etablissement surIeo.itterrainetcommenceront a Iemettreenvaleurdansune annee deladate des pn': sentes,commeaussiqu'ils defricheront lesdeuxtiersduditterraindans les six: annees suivantes, savoir : Ie tiersdansles troispremieres annees etl'autretiers dans trois dernieres, Ietout it. peine0.' etre dechus de la pre sente concession,etdereunionduditterrainaudomaine(duRoi ;et a lachargeaussipar le$ proprietairesd'entre(tenirles ,chemins et passages, etd'etresujetsauxservi(tudesetcontributionqu'il,conviendra fairepourIeservice de Sa Majeste etl'utilitepublique.Ne'pourrontIe dit PierreGaraud les siensou ayants-cause, vendrenidisposerduditterrain,ni meme des'boisqu.isontdessus; 'it. moinsqu'ilsnesoient de teinture, qu'il aitaumoinsIe tiers d'i,celui defriche etmisenvaleur, etce peinedereunioncomme susdit, derestitution o.u prixde lavente, et demillelivresd'amende,applicablesauxfortifications de I'Isle ; reservons lescinquantepasduRoi Ielongdelamer,ainsiquetous les bois qui se trpuveront surIeditterrain,dontSa Majesteaurabesoinpourlaconstructiondeses Vaisseaux, les fortifications et autresouvrages publics,. Cette concession ainsi accprdee,sauf lesdroitsd'autrui, a lachargeparIeditPierreGar.aud de la(faireenregistrerauGreffe del'Intendance,dans Ie coursde trois mois de la date des presentes, a peine de nuIIite. Donneit. Port-au-Prince,sous les clefs de nos Armes(Iet .contre-seings de nos Secretaires, IequatreFevrier 1787. Signe : La Luzerne-Demarb,ois.((A ete enregistreela presente ConcessionauGrcffedel'Intendancedes lIes franyaises de I'AmeriquesousIevent,parmoisoussigne, Greffier de ladite Intendance,

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Port-au-Prince,Ie 6 Fevrier1787. Signe: Lapommeraye. L'expression :cinquantepasduRoi,contenue dansIetexte, serattache a une tres vieilleinstitutioncoloniale. Uneordonnanceduroi deFranceavaitprescritdeplanterde cactus etd'autrespI antes epineusesIelittoral de lamersurunelongueurde flo pas.Lebutde cette disposition etait de protegeI'Ielittoralcontrctoutdebarquementpos sibled'ennemis.Ces 50 pasetaient reputes, en consequen ce, la propriMe duRoi.Ausurplus,toutce qui n' Mait pas susceptibled'appropriation privee oun'etait pas encore concede formaitl'ensemblede la propriete duroi deFrance.Vneanalysedufondementetde 1'etenduc des droitsimmobiliersdel' epoque serait fa,cile a faire en se rbferanta laCoutumede Paris. Les conflits qui surgissaient a l'occasion des conces sions deterreetaient portesdevantunejuridictionspeciale:IeTribunalTerrier. Voidce qui a ete dit a propos de ce Tribunal:,Lesgouverneursetintendants etaient les seulsjugesde toutes contestatrons de terre.PourrendreSonjugementIegouverneurdevaits'adjoindretrois officiers des((conseils sOli'verains.Itn'yavaitqu'untribunalterrierqui se depla<;ait avec Iegouverneurselon la position des .II terrainsen litige, ilconnaissaitaussi des prisesd'eau. Ce II tribunalfutsupprimeen 1787 et sesattributions echu rentaugouverneur(r). Grace aux concessions deterre lapropriete acquit,peu a peu,ungranddeveloppementdansla colonie de Saint-(1)Docteur Franvois Dalencour: HistoiredelaNation Ita"itienne, Tome quaLrieme, Volume premier, Port-au-Prince,1930,page265.

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-72 -Domingue.Cesignede prpsperite la fit appeler la Reine des Aptilles. Les .colons proprietairesformaientladassedesplanteurs.Cettedassese subdivisaitengrandsplanteursetensimples planteurs.. Lespremierspossedaient lesgrandes proprietes ruraleset oCOmptaient dansleur rang beau-coup de nobles ; ilsformaientlahautearistocratiecoloniale,bienquela feodalite deIlametropolen'y fltt pas etablie. Les autres posseclaient les proprietes ruralesdemoindreimportanceoueelles des villes)(r)B.-L'autredassedeproprietaires etait eelle des affranchis qui avaient a,cquis des biens fonciers. On sait les conditions dans lesquelles les affranchis apparaissaient. Mulatres, issus del'uniond'uncolonblancavecuneindigenenoire,l'affranchissementleur etait .oc troye parles soins deleur pere naturel.La merebeneficiail souventde la meme faveur. Cet acte, qui les elevait a uneconditionmeilleure,s'appelaitunaete de liberte.D'heureusesconsequencesenresultaient. Voici,.sur,cepoint,cequeprescrivaitl'article 59 duCode Nair de Colbert.; Octroypns auxaffranchis les memes droits, privilegesetimmunitesdontjouissent les personnes nees libres;youlonsqu'ilsmeritentuneliberte acquise, etqu'elleproduiseeneux,tantpourleurs personnes que leursbiens, les memes effets queIebonheur de la naturelle ,causee a nos sujets.(J)Idem,page270.

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Envertude cette dispositiondu C.ode les affranchis ac queraientdoncfacilementla proprietefoncierea SaintDomingue.NOllSallons exposer, a titred'exemple,commentdevint proprietaire unean-cienne esda;ve affranchieparson maitre, ainsi qjue sesquatreenfants,mulatres liIirer,. La negresse Marie Claire, Ie 8mai 177 I,futaffranchieparIesieur Pasqjuier, son maitre, avec lapermissiondes General etIntendantdelacoloniedeSaint-Domingue,qui avai1entrendu, Q cet dIet, uneordonnancepOItantladatedu14mars precedent. L'actede liberle, ,consentiparIe sieurPasquier,fut enregistre parses soinsIe14mai1771auGreffe del'Intendance.Neuf anspluslard,'Marie Claire, beneficiant d'uneli beralite testamentaire, devinlproprietairede la manihesui-vante :Enl'allllee 1780 ,Ie20novembreeutlieula dtWvrance d'un legs faitparIesieurJeanEtiennePasquiel', cianl u Port-,au-Prince,d'unlieuappelePetitParadis,sissurlaroutede Petionville :A larequetedusieurAugustinDoire, commis deneg'ociant,instituepal' lestestamentetcodicille reyus parIeNotail'e soussignc enpi'esence destemoinsles30 aOllt et6 decembrc 1776,commel'undes executeurs testamenl:aires charges derequerirla delivrancedu legs, faittant la nommee Marie Claire,surnommeeLarampe, negresse libra, qu'u sesenfants: Lour, Franyois Noel Gissel,mulatreslibres, Marie Olive Emilie,JustineFran yoise dite Roxane, mulatresses lib res : seulsenfantsnaturels.Comparutionde Marie ClaireLarampesuivantIenomqu'eUeena prisauGreffe duTribunal,conforme6

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mentaureglementde Messieurs les Generalet Intendantdu16juillet1773,demeurant a\1 PetitParadis, negresselibre, ainsi qu'eUel'ajustifieparlarepresentation qu'eUe ena faited'uneexpedition delivree parPont,gre'ffier-commis de ,cette jurididion, del'a,ctede passe au greffe Ie8 mai 1771parledit sieurPasquierlson maitre, en,consequence delapermission a luidonneed'affranchirladite negresseparordonnancede MessieursNativosetBongard, Gener.al etIntendantde cette colonie,endatedur4mars precedent, ledita,ctede liberteenre gistreaugreffe del'IntendanceparDufresne, greffier,Ie14dumois demaide ladite annee. Laditedameademande de luifaire lE'.comparution tantensonnom,
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30D'un extra,it des /?l,emes registl'es constataTlt lanaissancede Fl'anyois Noel Cissel, baptisele.40Del'expeditiondel'actede liberte deJustine( Franr;oise dite Roxane, muldtresse, consenti par sa mel'e naturelle pal' acte passe devant notaire le .(enconsequencedelapermission 11 elle donnee par .. .' (I)(sur quoi NOILS,Notaire soussigne, avons donne acte auxpa,rtiesdeleurs cOlnpanltion, dires el cleclarr-lions .((Etremise provisoireordonneeparla susdite sen(tence desobjets -compris aulegs,dontIerecollementa etc faitparnollS, Notaire,suruneexpedition a nous 1'e presentee parledit sieur Doire, en qualite, del'inventairedes biens et effctsdudit feuJeanEtiennePasquier.Nous avonsexlrait ce texted'unacte de deliv1'ance detIegs,dontlaminuteest ,conse1'veedanslesardlivesde Mai trePasquier, Notaire a Port-au-Prince.Tous les actesjuridiques,emportantmutation o.e droitsimmobiliers,pouvaientrendreproprietai1'es fonciers lesmulatreslibres. Dequelquemaniereque -cefut, il est incontestablequeles affranchis deSaint-Dominguereunirentassez viteentreleursmainsunepartimportantede la propriete dusol.L'hislorienArdouin evalue la propriete des affranchis,en 1806, au tiers de la totalite des droits immobiliers,dontles dellx ticrs apparl.enaientaux -colons. Les esela ves,nous Ie savons,furenttoujours prives dudroitd'acqucrir.Ilsformaient, -comme il 1'esultedairementdutexteauthentique que nous'venons dereproduire,des(1)Le'pointillcremplace des phrases illisibles ou desmentionsque nous avons juge inutilede rapporler.

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immeublespardestination,susceptiblesd' etre vendlJs avec les biens-fonds auxquels ils etaientatnachesa perpetuelledemeure. 2.-L'influencede laRevolution FranQaise. Aux derniercs anneesde la periode coloniale les idees revolutionnaires,enhonneurenFrance,faillirentrenverBel'les vieuxprincipes Clppliques danslaColonie. Polverel, apres la'ictoiresurlestroupesespag'noles,Ie21 aout1793, rendituneproclamation qui distribuaitles proprietes mobilieresetimmobilieresdes condamnes ((aux negres quicombattaientlesennemisde la Revolution(I).Sonthonax,Iecompagnonde Polverel, caressaitl'es poird'atteindreau meme but,avec des moyens differents. Nous savonscommentlesplanteursreagirentcontrecette politique,si funeste leurs interets. Ensnrte que les idees nouvelles proclameesparlesdeuxcommissairesfran 9ais eveillerent degrandes esper,ances et preparerent l'ave nil', maiedemeurerentsans resultatpratiqueimmediat.Ilnesemblepas que Ie passage de Toussaint-Louvertureaupouvoirait etemarque parune serieusl' refonteduregimeagraire.Lesgrandsproprietaires conserverent toujoursuneautoritehumiliante'surl'ensembledes noirs,malgre l'oq:lre de Toussaint-Louverturesupprimantl'esdavage.Enfait, les memes mauvaistraitementsetaientinfli ges aux negres devenus l'i'bres. Les noirs, atta'ches auxhabitations deleursanciensmaitres, devaient ,continuerd'ytravailler a la ,culture de1aterre. Ilsnepouvaientchanger(x)Docteur Dalencour:Le Sauve/age national parIeretour it laterre,chapitre II, Largenliere (Ardeche), x923, page4.

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-77d'habitationquesil'autoritemilitaireIepermettait.Cette poliLique a suggere cetle reflexionamere au Docteur Dalencour,partisanintransigeantde la petite propriete :1'an( den esclave (Toussaint-Louverture) fut aussidurque les ( anciens maitres, a l'egardde sesmalheureux freres (I)n.Lesysteme de la pelitepropriete n'entrait done pasdutoutdans les yuesduGouverneur General, tropimbudesprejugescoloniaux.Onpeut meffie direqu'il s'effor9a demaintenirl'ancienregime, menace pardes principes plus liberaux,en empechant ('laformationde la petite propriete parsa defense auxnotaires de p,asser des actes de venteau-dessous de50 earreaux(2) deterren(3).SECTIONII LA REVOLUTION AGRAIREI.-L'expropriationdes ColonsL' Acte d'IndependancefutIepointdedepartd'une granderevolutionagraire. Tous les eolonsfurentexpropriesetles terres vacantes passerent aussitotaudomainedel'Etat.C'est laConstitutionimperiale d'Halti, en l'almee 1805,quisanctionnaIenouvel etat de fait.L'artide 12 de laDeclara,tionprcliminairede celieConstitutionprecisequ'(aucunblanc,queUe que soit sa((nation,nemettraIepiedsurceterritoire, a titrede mai(I)Docteur Fran90is Dalcncour:LeSauvetage national parleretour d laterre,chapitreII, Largenlierc (Ardeche),1923,page6.(2)Mesure agraireunpel] supcrieure a I'hectare.(3)ArmandThoby:Laquestion agmire en Haiti, Port-au-Prince,1888,page25.

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tre ou deproprietaireetnepourra tlravenir ya,cqueliraucune proprieten. L' article12desDispositions generalesdeclare que toute propriete ,qui aura ci-devantappartenuaunblanc franyais estincontestablementet dedroitconfisquee auprofit de 1'Etat n. L'article13ecarteraittoutdoute,s'ilen rtait besoin. IlesLainsi -conyu :Tout Hailienayanta,cqllisune pra II priete d'unblanc franyais, etn',aura payequ'une partieduprixstipuleparl'adede vente, sera responsable, en vel'Sles domaines del'Etat,dureliquatde lasommedue Uaurait ete surprenantqu'un,changement aussibrutal s'openlt sans injustices et meme sans s'canclales. Les colons,dontlaplupartavaient quitte Saint-Dominguebienavantsonindependance,a'vaient pris quelques precautionsavantleuremigration.Usavaient loue auvenduleurs terres a des indigenes. Apres leur depart, des nail'saudesmulatress'instaUerentsurles terres devenues vacantes, lesunsenpossession de titres, les autres depourvus detausdroits.Quantauxaffranchis, -comme nousIe savons, beaucoup etaient devenus proprietaires. Maisnefurentpas raresceux qui se pretendirent, sanstitreancun,heritiersnaturelsd',anciens colonsdont,parhasard, ilsportaientIenom.Ces situations, heurtaient il'equite, ne laisserent pasd'apporterunegrande -confusion dans les problemes soul eves par Ja nouvelle ,chartedela proprrete. Dessaliness'indignaau des escroqueries pratiquees a l'oc-casion del'applicationde la Constitution.Avant la prised'armescontreLeclerc, disaitl'Empereur,leshommesde couleur, filsde blancs,nerecueillaientpointles suocessions deleursperes;commentse fait-il, depuis que nous l!.vonschasse

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-79les ,colons,queleursenfantsreclamentleursbiens ; les(noirs dqnt les peres sontenAfriquen'aurontdoncrien...Prenezgarde it vous!negres etmulatres,nousavonstouscombattu'contre les blancs, les biensquenousa'vons((conquisenversantnotresangappartiennent 3. noustous,((j'entends qju'ils soientpartages avec equite .Acesparolesrepondirentdes actes,. Les contrats,quelescolonspasserentavantleurdepartavec Ie,; indigenes,furentannules.Enoutre,certainsaffranchis proprietaires, suspectsd'usurpation,furentobliges depresenterleurstitressurrequisitiond'envoyesduGouvernement.Vnetelle energie .coutacher3. Dessalines.En,1806,((IepremierEmpereur d'Hai:ti vqulutporterquelques-unsde ces concitoyens it produireles titres envertudesquelsils prCiendaient exercer des droits de propriete sur cer taines portions deterrainquiauraient du revenirauDomainenational,rna isdontilss'etaient empares parfraudeouparforce;en meme tempsil exigeaitd'unpetitnombred'individusqui ,avaient occupe, sansenavoir Iedroit,desplantationsayantappartenu it d'an ciens colons dontilsportaientlesnoms,deprouverpar actes outemoignagesauthentiques,qu'ilsetaientles filsaulesparentsde'cesanciens colonset qju'ils enpouvaient heriter. Ces titres,,cesactesou peude personneseiaient en mesurede lesproduire.Les faux pro prietaires fomenterentunerevolte ,3. laquelleonpritla(precautiondedonnernnecouleurpolitique pqur enmasquerlaveritable cause (1).(I)Louis-JosephJanvier:Les Affaires d'Ha'iti,Paris 1883'1884, page 155.

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-80-Ainsi se verifie deja ce quenousfaisiQ;nsremarquerdansnotreconclusionSUil'Histoire d'HaHi.Laplupartdes desordres, des troubles civilsfurentprovoques par l'organisation defecLueuse de la propriete fonciere.Le soulevement duSud doit eLre imputeaumecontenLemenLdes proprietaires que Dessalines et ses secretaires depouillerent de leurs terres, apres verification generale des titres. Vne fraude grossiere consistait 'u enfumerde faux documentspourleurdonnerIe ,caractere apparemmentauthentique.L"empereurfut sans pitie pourles detenteurs d'actes apocryphes ou falsifies. Vne vaste enquete fut confieea ses 'collaborateurs et des evictions nombreuses s'ens:uivi rent.Onnepouvaitrientrouver a redire,auprincipede la verification des titres. L'arrete sui-vantprouve au contraireunecertaine sagacite :Voulantmettreordreauxabus qui onteulieu danstoutes les parties o.e l'empire,enprenantdes mesurespourassurer aux veri tables proprietaires la paisible jouissance de leurs biens etreprimerles misesenpossessionillegales quionteulieu,Vu il'articleIerdutitre II de la loidu28maiqui01'donnequeles enfants nes hoI's mari,age, reconnus ante rieurement u la presente loi, quiauront eLe misen possession des biens deleurs pere et mere, entoutouenpartie,n'importeparquelle autoritelegalementconsti tuee, sonttenusde justifier o.e nouveau, et ce,pardevantIeministredes finances, des titresenvertudesquels ils ont ete misenpossession ;Vu les dispositions de la susdite lail IeministredesFinancesetde}'Interieurarrete qui suit .

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-81( Art.Ier-AdaterduIer aout prochain,tous,lespr()prietairesindistinctement,sonttenusde se presenter((ausecretariat des finances et del'interieur,nantisdeleurstiires de proprieteverifies, :viseset enregistrespour( recoursaubesoin,etleur etre delivre de nouvelles misesenpossession.....Art.4.Lesadministrateursdes divisionsmili-((tairessonttenus deformerIecadastre general des pro ( prietaires deleursdivisionsd'apresles nouvelles misesenpossession quileurseront delivrees envertudel'artidelordudit arrete .....":Lepresentsera soumis 1:1 la sanction de Sa Majeste pourenordonnercequ'Ellejugera a propos.((Approuvecommeci-dessus,aupalais impel'i'al du((Cap, Ie24Juillet 1805, l'an26del'Independance d'Halti. (((Signe) Dessalines.ContresigneparYernet,IeMinistre desFinanceset de l'Interieur n. Nousverronsplustard que les passages deeet arrete,ou la c()nfectiondu cadastre est envisagee, resterent lettremorte.Quantaux rnesuresdeeontroleet de repression atteindreles faux proprietaires, ellesnefurentpeut-etre pas appliquees avec toute laprobite dPsirable. Voici,ceque I 'Historien Madiou nousapprend: Aussitct apres lapublicationde cetarrete, tant au Cap quedansles autres Tilles del'empire,lesproprie( taires et les fermiersse haterent des'ys()umettre,enenvoyantleurstitresouenlesapportanteux-memesau

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-82-visa l1u ministredes Financesetdel'Interieur.Ce fut uneoccasiond'enormes benefkes pourles employesdeceministere; ils se firent plusieurs piastrespourchaquesignatureapposeeaubas des pieces ; plusieursd'entreeux firent meme viser,entransigeantavec leurs devoirs,((des ti ires quin'etaient pasen regIe (I).Ce travail decontroleneputdone etremenea bienpendantlongtemps.I':insurrectioneutraison' del'autoriteet lamorttragiquede Dessalines represente, si 1'onpeut l1ire, episode sang-Iant de la reconstruction agrair,e depuisl'Inde penl1ance. L'Empereur, parIesouci de decouvrir lesprofitemsde la Revolution de 1801, afin l1e faireentrerdans Iedomainedel'Etattoutes les terresquidevaient y figurer, n'eutpasunepolitiqueagricole et sociale bien differente de celIe l1e Toussaint-Louvertme.nse reserva Ie droit. d'aUribuerdes proprietes importantes, degrandes((habitationsauxchefs militaires, ge nerauxet colonels,etauxfonctionnaires civils lesplus ele ves. Mais les biens de fEtat, d'unemaniere generale, fmentaffermespourune duree normaledeciuq annees. D'apresunReglementdes Cultures, qui fut juge avecunegrande severite, les cultivateurs places sousl'ordred'unproprie taireoud'unfermier del'Etatavaientdroitauquartdes produitsdusol.Enfait((eeshommes produis:;ient, recol ((taientles fruits delaterreetnereeevaient pas bien souventIeprixdeleurtravail, ilsnejouissaien pas de eequ'illeurrevenait, at ils etaient encore eontraintsa un tra-vail for,ee,commesous les colons,parde mauvais(1)Thomas Madiou fils:Histoire d'Halti, tomeIII,page 7.06.

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'83-((traitements: de la leurtendance a se refugier pans lesvillespours'ysoustraire(I). Laphysionomie generale dupays,malgrelesgrandsboulevcrsements apportesparIenouveauregimepolitique,n'avaitdone pas subi .changement biensensible. A lapla-cedesplanteursd'autrefois,unproprietaire geant :l'Etat, represente pardes fermiersd'une severite, d'une durete extremes envers p'anciens escla'ves, demeures as treintsautravailfor-ceoBienqu'iIsoit difficile de discerner dans la politiquede Dessalinestout,cequi estimputable a la volonte decemonarque, place a la tete d'unEtatfrakhementforme,enbutteaux convoitisessoudainement eveillees de ses compagnons,il semble queIebonsens deconseillait de pratiqueI'cel.Lemanierede sysleme feodal, sicontraireaux aspirations de1'1populationrurale. Des esprits meme se sont demandes sil'entreprise de veri'fication des titres, a.cette epoque,n'etaitpasunefaute politi que etsiles signataires delaResistance a l'oppression, la 'veille de lamortdel'Empereur,n'avaientpas rai son d'etre m6contentsdu cong'e injuste donnea pes milliers de famille, surprisessurleur-s terres sans titres de pro priete. LeGouvernemenln'a peut-eire pasconsidere,eneffet que Ie fait d'et.re reste plus de dix,vingt,outrente anneessur unbien wnfemit,tlderaut de titre, Iedroit a se pre lendreproprietaire. Sans aller jusqu'a reprocher a Dessalines et a quelques chefs militairesd'avoir songe a rester les seuls proprietai-(I)BeaubrunArdouin:EludessurI'Hisloired'H ..m, pageIl6.

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-84-res detoutSaint-Domingue(I),nouspensonsqu'ilyavaituneautrealtitudeaadopterpourasse.oirun regime de pro prietc solide, favorable a la sante moraleetla prosperite materielledupays.CetLealtitudesera celle dePetion,Ie successcurde Dessalines.2.-L'appa,.itiondela,petite pl'opl'iete A. -Petion a inaugure unepolitiqueagrairequijusqu'alorsn'avait etc qu'ebanchCe en HaUi. IIpartagea,au profit de ses ,compatriotes lesplusmeritants,unepartieimportantedes terres del'Etat. Cettetache futpoursuivied'une maniere 8ihumainequ'elleprovoqua I'eloge delaplupartdeshistoriensetl'admirationde tous les ,chefsd'Etathaitiens.ArmandThoby,tresclairvoyantdansles questionsd'economiepolitique, a faitremarquerqu',aulendemaindel'IndependanceI'opinion(que Inprosperite del'Etat etait (e atta.chee ,aumaintiende la gr,ande propriete etde la({grandeculture(2)prevalaitdans les esprits eelaires. Les dirigeants,pourceUe raison, se ser,aient YUS dansla necessite d'organiseI' des ateliers agri.coles etdemaintenil',en quelque sorte,Ietravailcollectif servile.Petion, .converti ausystemede la petite propri6te dontilavaitadmireles bienfaits enFrance, convut sa tache d'01'ganisateurdansunesprittoutautre.IIregardaitl'affermagedes terres deI'Etatcommeun procede prejudiciableaux interets de l',agriculture. II avait la cOl1Yictionqu'un i (1)Docteur Dalencoul':LeSalLvetage Nal.ionalparIere tOlLra ta terre, chapilreII, Largenlierc (Ardcche), paWl g.(2)ArmandThoby:Laquestiona.graire en Haiti, Porl-au-Prince1888,page6.

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85--"petitproprietaireapporteraitplus de zeIe, plus de devoue ment a cultiverlaterrequ'unmercenaireauxordresd'un:fermierpuissant.L'etablissementde la petite propriete,! dans sa pensee, devait etre Iemeilleurmoyende fixerauIsolIepaysan haHien quel'instinctdeconservationparlaI I suitelieraitauregime,attacherait a l'Independance.EtIpuis,y avait-ilmeilleurerecompense a offriraux Mfen I\seurs de lapatriequ'unepartde laterrequ'ilsavaie:ntarrarchee a l'ennemi P\Sousl'influencedecesnouvelles idees, la politique de Dessalines fut completement abandonnee.Certaines mesu res,quiavaient entrainE la depossession de proprietairesruraux,furent meme rapportees. Le Senat, Ie 9 fevrier1807,prit ace sujetun arretereparant certaines injustices. Voici Ie debut de r.;e texte,reproduitdansIeCodeDomanialde MM. N.auetTelhomme:LeSenat,considerantques'il est justederemettreenpossession deleursbiens ceux CJjui enont ete depos sedes arbitrairement,ilestegalementjustederendre a l'Etatles biensdontcertainespersonnessesontemparees,((sans
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-86-Les abus de laperiodeimperi,ale effaces, il restait it appliquerunnouveauprogrammeayantl',adhesiondupeuple.Petionsemit iJ. l'amvreenrealisantsesplus chers projets.Dansunmessage adresseau Senat Ie27 aout 19II,il exposaences termes comment il entend'ait utiliseI' Ie DomainedeI'Etat:DepuislongtempsIeGouvernementa pense qu'il! etait justederecompenserd'unemaniereeclatante etIutile aeux-memes, les servicesrendus tl lapatrieparles generaux dela Republique, lesquelsn'onteujusqu'icid'autres a'vantages queceuxpurement attaches
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Nepourront,sousaucunpretextepretendre a unepareille faveur les officiers qui,parleuranciennete de service, par,viendr,aientauxgradesci-dessus (generaux, adjudants generaux), attendu que.ce donnationaln'est aocordequ'auxservices deja rendusetnonau grade militaireauquelonparvient, a moinsque,cenesoitpardes actionsedatantesquitendent 'a sauveI'la,Republique, et apres des temoignages rendusdeleurbonneconduite,ilsnepussentpretendre a larecompense decernee parla presente lqi ,.On de.couvre dans ce texterunedes principales ori ginesdudroitde pl'opriete enHaIti. A cette epoquc, ou l'Etatavait besoin des for,ces militairespour,conserver son etmaintenirson unite,.c' est I' epee quidevait fon derIedroitausol.1,etitre de proprietaire, deseigneurdeIlaterrefut,pourrait-ondire,Ieprixdusang verse pourl'Independance.Pareil faitn'etonnerapas celui qui5er,ap pellelaperiode feodale denotrepl'opre I-listoire.1,efondementdudroitvarieavec Ie progres des idees. Mais il est incontestable quemaints heritages franyais seretrouveraientaujourd'hui,entrelesmainsde leurs proprietaires, tels que leurs ancetres les avaient acquis, a quelques siecles dedistance, delagr,atitude del'Etat.Lanoblesseterriennea eteconferee auxguerrierssous nos rois etempereurs.Dans I'Histoire de to us les peuplesonparvienul'ait a fixer ce stadeoriginairedela propriete privee.Cequi estremarquable,dans 1'entreprise de Petion,c'estIe caractere democratiquequ'ilsutluidonner.IIn'estjamais entre dans8esvues, pensons-nous, de creer unearistocratie de proprietaires puissants, ,comme la Feodalite nousendonna I'exemple en France. Cetadministrateur, pelletre des idees egalitaires de la Revolution Franyaise,

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-88voulutpratiqueI'unpartagedes terres qui fut en meme tempshumainet politique. La loi senatorialedu 2 Ioctobre18IIgratifiaitsurtoutles chefs militaires de tres hautgrade.Petion1'humanisa.Voicil'undes messages lesplusimportantsqu'il adressaau Senat. 11est date du12avril1814.Les apolo gistesdu PresidentPetion citentce texte commeun mode le de -clairvoyance et d' habilete politi que.Citoyens Sen-ateurs,Lc-corps legislatif,parIaIoidu21octobreISIIa decerne aux OffiCiersgeneraux etaux-colonels de 1'ar; mee de Ia Republique,achacununehabitation a titrede I -concession nationale. II est aise d'appreciertoutIebien1quia resulte decetacte de justice, soitpourl'ordre pu-: bHc,soitpourIe retablissement deshabitations ,conce-( dees ;maisIesortdes autres offiCiers en acti.vite de seric: vice, depuis les lieutenants-colonelsjusqu'aux sous-lieu-/ tenants,est reste indecis ; ils meritent egalementvotre''fsollicitudeparIedevouementqu'ilsmettentau service: de lapatrie n. Jeviens done, Citoyens Senateurs, solliciter de vousenfaveu!' des offiCiers ci-dessus,unereparlitiondesl.erres a titrededonnational; cetterepartitionpourra lieudansIedemembrementdesdomainesdel'Eta.t.Les terresquiresteront .apres cepartageseront con (( servees pour etre coneedees auxofficiers quipourron t etre crees parIlasuite, ou tl d'autresmilitaires qui seferontremarquerparleursvertusetleurhonne duite.Si vous considerez la deterioration des biens del'Etatdanslesmainsdes fermiers, et 'l'etat prospere de

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89ceuxdontlesproprietairessonl presents, 'ous verrezcombienil estimportantpour conservera1a. Republique ses ressour,ces, de se defaire des p-omaines nationauxquichaquejourapprocbentde la nullite ; d' ailleur,s les biens que jevous propose dedistribueront ete conquissurles ennemisde la haitienne, ils doi \Ten.l naturelle ment etre larecompensedeceuxdontIe metier est de defendre l'Etat; et puis,jepense que vous vous pene lrerez de,ceHegrande verite pourles Etats na:issants,qu'enaugmentant,Ienombredes proprietaires fonciers,c'est[(donneruneexistence reelle et solide a lap'atrie. Signe (Petion)D.Le Senat, repondantquelquesjours apres aux vreux: duPresident,votaune loi qui dota les chefs debataillonoud'escadronde35carreauxde terre, les capitaines de .30 carreaux, leslieutenantsde25carreauxetles sous-lieutenantsde20,carreaux. Ces lerresfurentprises danslIeshabitations cafeieres sequestreesauprofit del'Etat.Pour eviter les abus quiauraientpuseglisser p-anseetie repartition,1aloi precisait que ,chaque ,concessionnai re seraittennde fairearpenteretmesurersapartdeterre, a ses frais et depens, parun geometre autoriseparIe gouvernement.Copieduproces-verbald'arpentage p-evait etre soumiseensuiteauPresident d'Ha'iti. CommeonIe,voit, Ie Senat partageait1adoctrine eco de Pelion. Mais ceHe Assemblee,enapprouvant,Ieparlagedes terros,militaitsurtoutenfaveur de lagrande propriete. Elleblamait !'idee d'une p-istribution plus ilarge s'etendantauxsoldats.Petion,au,contraire,euttoujoursen tete d'acelimaterla petite proprieted:ms SQll pays. Jl sQccrifiaa cette idee 7

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-gojusqu'a son respect de la C.onstitution. Le Senat,au debut dumandaL presidenLie1, s'etaiL de Ilui-memeretirepournepas avoir a sanetionnerlapolitiqueduchefdel'Etat.Petionn'hesita pas 'a se passer desoneoneourset,e'est a lafaveurde,eedivor,ce,enpleinedictatureJqu'ilpritl' arrete du30Decembre180g, OU furentjetees les bases deLapetite propriete. des concessions de dnq carreaux de; terreauxsous-offieiers et soldatseongedies; il aHa au-, dela de cestermesetdistribua.aussi des terres auxgerantsd'habitation,aux,conducteursd'atelier, a descampa-gnardsbonnetesetlaborieux, a des soldatsen achvite ide servi,ce qui sedistinguaientparleurbonne,conI( duite(I).. .Ensomme,quand 1('Senat voulutbiencoUaborer a Lapolitiqueagrairede Petion,unpartagedemocratiquedes terres etaitdeja fait. Les lois senatoriales de1811et de1814recompenserentles ,chefsquandles soldatsvenaientd' etre servis. Ces dons cc terreparI'Etat,dontIe merite revientpresqueuniquement a Petion,consoliderentcertainemen t I'Independance.L'opinions'est meme repandueque c'est it lacreationde la petite propriete fonciere etrnrcl1eI( lanationhaHiennedutdedurerjusqu'en1915 elldepit de tous lesgermesde desagregation qu'elJeportait dans jsonsein(2).(I)ArmandThoby:Laquestion agraire en Hatti, Port-au-Prince1888,pageg. Le President Pet ionetIepaTtage des terres.Article de David MarcpublicparIeNouvellisledePorl-au-Prince, numcro du G Dc cembreIg28.

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91 -B. A la memecpoque Christophe, dans Ie Nord I'Ue" realisaitune reuvre tout-a-fait differente. Ses idees etaient lpin d'etreaussi avancees que ,celles d-e Petion. IIimitavaguement Ie systemeanglais ei feodalisa, a samaniere, les provincesqu'itgouvernait.IIremitd'immenses proprietesaux chefs militaires quidevinrentainsi des feu dataires. Cette politi qued'un,autre age ne survecut pas a sonauteur;ses effetspourtantn'auraientpasentierementdisparusi '1' onencroit,certains Haltiens qjui pretendentpouvoirrattacherIemaintiende lagrande propriete dans Ie Nord-al'reuvre deChristophe. Void l'opinionduDocteur Dalencour a cesujet:Le Sudn'afaitquedeuxmouvementsrevolutionnaires regrettables, 1834 etIg08.Maisc'estdansIeNordqu'estsortieen1867lapremiereguerredes Cacosquia dure trois ,ans et amisIe desordre :le plusepouvantabledansIepays,accumulantruinesmaterielles colo'Ssall>s ((surruinesmorales incalculables. C'estduNordqucstpartiela desastreuse de1888-8g...C'est OU Nordquesontpartis lesfunestes evenements deIg02.C' est ( dansIeNordqu'estpartiela deuxiemeguerre d-es Cacos,qui a dure ensommetoutcomptefait, deIglI IgI5.....C'estdans Ie Nordqu'il y a les plusgrandsproprie( taires. C'estdansIe Nord qju'on trouvecomparativementIemoinsde paysans proprietaires.C'estdansIeNord ou a etc installe,Iesysteme feodalmeurtrierde Christophe,qu'onpeutvoirsurtoutlesgrands proprietClires sonnersurleurshabitationsla.cloche de l',atelierpourrassemeebIerleursmetayers,leursde moitii etautreportionnaires,fairede vraies leveesd'hpmmes, ,comme auMoyen-

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Age,pour executer des prisesd'armes,renverser deschefsd'Etat(I),Ceslignes sont ecrites dansuneformeunpeuvive, quimanque peut-etre d'objectivite. Telles quellesJellesprouventtoutde memelprole importantquejoueenHaiti11'organisation agraire.Nousverronsplus loin,dureste, que la repartition de la propriete fonciere dans Ie Nord. n'est pas etrangereem dramedeIlaterre,dontcette region a ete Ie theatre il ya quelques annees. -Lorsque bsecession pritfin, a lamortde Christophe, la dualitesurIeterraineconomiquen'eutplus de raison de semaintenir.En1820,l'unitede nouveau se realisa. II fut decide que toutes les parties de la Republique uemeureraientsoumises a la meme legislation. Le Nordpourtantneperditjamais tout-a.-fait l'empreinte d.u regime ephemere auqueli1futsoumis apres l'Independance.C. Boyer, qui rcmplagale President Petion, futIecontinuateurhabile de sa politi que.Le del'EtataccrutencoreIenombredes petits proprietaires. II distribua des terresduDomaineauxsoldatsdontIlabra voure.auservice de lapatrien'avaitpas encore ete recom pensee. Les ,concessionsdelots de ,cinq carreaux d.eyinrent habituelles. Des liberalites furentaccordees egalement a des civils, qui avaient quelque titrea la reconnaissance publique. Dansune dr,culaire publiee Ie12mai1821 :Ie President d'Halti' reglementala miseenpossession des terrains con cedes parI'Etat.Il declaranotammentqueIegouverne-(I)Docteur Fran<;ois Dalencour:LeSauvetage National parIeretour a laterre,chapitre II, page23.

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-9 3 -ment,enfaisant des liber,alites auxmilitaires illa d'autrescitoyens,n'avaitenvueque la prosperite des familles de cesnouveauxproprietaires quipourraient vivre desormaisenbonneunion,enparfaite ,avec les autres Hai: tiens.Pouratteindrecebut,les autorites locales l'ordrede veiller ace qu'ilnesetrouvatpas ments 'crees pardes tierssurlesterrainsdonnes.Le gouvernement,etait-il ecrit, n'entend deposseder personnedestravauxquel'on,am'ait faits bonnefoi dansuntempsanterieur a la miseenpossessionduconcessionnairepartiel.Cesouci de protegeI' les droits des tiersmarquebienl'intentiondulegislateurd'organiseI'definitivementla pro priete immobiliere.IIfallait,pour,accompliI'cette tache,que 1a nouvellepolitiqueagraire fut compatibleavec Ie respect des situations acquises. Dans lesdepartementsduNord et de I' Artibonite, OU regnaitlagrandeculture,des terresduDomainefurentmorcelees et remises a des ancienscombattantsou a des dtoyens dignesd'etrerecompenses. Ce systemefutappli que aussidanslapartieorientale l'lIe,reuniemomentanement a lajeuneRepublique.Le23novembre1825,Boyerpritun arretequi allait reser,ver dedroitla qualite deconcessionnaireaux.meilleursfcrmiers deI'Etat.L'articlepremierest ainsi redige :Les personnes quiontplanteen denreesoubienenlrelenudesterres del'Etat(d'apres il'appreciation dugouvernement)obtiendrontIetitrede concessiop necessairepourleurenassurerla propriete. Celte concessionsera decinqcarreaux n. Plusloinl'article3 precisequelesconcessionsdonts'agitseront apres lapromulgation present

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'94arrete, jusqu'au31Janvier1826.Cette epoque expiree,onnesera plus admis a. enreclamer n. Malgre eette derniere restriction dansIla duree de ses effets, l'arrete de1925l'epresentel'aboutissementlogiqueduplaneconomique conyu par Petion. ArmandThoby nous a laisse dansuntableau tres com prehensifl' enumeration des concessions faitesparPetionet Boyer. On voit tres c1airement, a. traversleschiffres,Ie gros effort accompli par ,cesdeux Presidents en fa,veur de ila petite propriete. 25 generaux et109 offkiers superieursouhautsfonc tionnairesfurent doteschaeun d'unehabitation-sucrerie oud'unehabitation cafeiere mesurant a. pcu pres 150car reaux, e'est-a.-dire pres de200hectares. II yeut 176 ,con eessionnaires de35carreauxde terre,639de30 earreaux, 7IIde25,carreaux et2322de20 oa.rreaux. Quantaux con cessionnaires de5earreauxleur,chiffre s'eleva de1820 a 1843 a 6000environ,suivantles ,calculs du meme auteur.LeDocteur Dalencour,tout en, regrettant de n'avoirputrouver de statistiquesrigoureusesauxArchives, a'vance quePetionetBoyer, de1807 a. 1843,ont cree aumoins8000proprietaires de 5 ,carreaux de terre(I).lIsontinaugure,ecrit-ilailleurs,la petite propriete rurale n. Ets'ilsn'ontpasemdevoir generaliser integralementcesys teme, c'estpar,ce que eertains adversaires haut-pla,ces,mais egolstes et jouisseurs, voulaient conserver 'a leurprofit personnel et a.celui de leurs ,affilies, les grandes proprietes duregime colonial afind'enfaire Iepartageabominable dansleurpetitgroupe(2).(1)Docteur Dalencour:LeSauvetageNationalparleretour a laterre,chapitreII,page16.(2)Idem,chapitre IX, page 29.

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--9 5 D. Pouretablirlapetite proprietedans leurpays, les deuxPresidents Petionet Boyernes'entimentpas seulementauxconcessionsgratuites.IlsmirentenventelesbiensduDomaine.Cesalienations,Petion les pratiquad'aboI'denVued'ameliorerles finances publi,ques. Maisilfitbienremarquer,clansunmessageadresseau Senat Ie18fevrier1812, qu'eHesnelaisseraientpasd'entrainerd'heureusesconsequencespourl'avenir d'I-Ia'iti. Ens'enrichissantdenouveauxproprietaireslanationg.arantissait satranquillitepolitique.Unmois apres lareceptionde ce messageIe Senat vota,enpleinaccord aveclaConstitution,la premiere loipermettantl'alienationd'uneportiondesterresduDomaine.Cettelai d6clarait notammentquetous lesemplacements 'Vides appartenant.auxdomainesnationauxseraientvendusauprofitdel'Etat.Le16 aout 1814uneloi'plus 'large, provoqueepardenombreusesdemand'esd'acquisition,informaIe public quetous lesbiensdomaniaux(maisons et habit.ations), autresqueceuxquiseraient designes parIePresident d'Halti en'Vuedesbesoinsdugouvernement,seraientmisenvente des la,publicationdeIaditeloi. I.ePresidentBoyer,voulant generaliser l' experience. designapar arrete les diverses proprietes duNordetdel'Ouest,recemment reunisa Ia Republique,quiseraientmisesen 'Vente. ArmandThoby,attentif a suivrelesrepercussionshistoriquesdes loisagrairesdesonpays, aftache une tres grandeimportance aces misesenventedesterresdel'Etat. Apres avoir monfre lesbienfaitsdesconcessionsgratuites, 'Void cequ'ilditdesalienations:

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-9 6({Ledomainede la petite propriete devait encore se({tendred'une,autre fa<;on. Tous les biens deI'Etatfurent((mis ert vente, et dansl' etatp,e nullite OU ils etaienttom({ bes beaucoupfurent,vendus a viI prix. Mais la famille ( est nombreuseen HaIti, et laplupartdesgrandeshabi((tations, vendues ou concedees, furent morceIees en((moyennes et petites proprietes parla division des herilta (gesautantqueparles v,entes )(I). E. -Boyer favorisa la petite propriete d'uneautre manier.e encore. Il fit consacrer dans Ie Code Civil haltien, quipamten1825,Ie(!roitpourIe possesseurd'immeubledese prevaloir de la prescription dans Ie but de devenir proprietaire,.L'artide2033est ainsj concu :((Celui qui acquiert de b,onne foi etparjustetitreun((immeuble,enprescrit la propriete pardix ans) si Ipveri ((table pf{)prietaire habite dans Ie territoire p,e la Repu ((blique ; etparquinze ans siIeveritable proprietaire est((domiciliehoI'Sduditterritoire, ous'ilaeuson domici'le ((endifferentstemps drns Ie territoire) ethoI'Sduterri(toire deLaRepublique n. Cetexteentra en, vigueur avec ,l'ensembleduCode IeIermai1826,.Le,commentateurduCode CiV'i'l, M.Louis Borno,s'est pose,a propos p,e l'app'li,cation de Ia regIe dontnous par lIons, la question suirvante :((Letemps ecoule depuis la proclamation del'Inde((pendance, IeIerjanvier1804,jusqu'auIermai1826, epo(I)ArmandThoby:op.cit.,page10.

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-97-quederIamiseenvigueurduCode Ci'Vil, peut-il etre comptepourIaprescription jl ))(I)LeTribunalde Cass8Jtion n'eut a seprononcerque Ie 7 aout 1845.Un arretdedara que ce n'est qu'a partirdel'annee1826queilesprescriptionsontpu commencer.Un second arret du meme tribunal,Ie31 juHIet 1849,adopta ila solution inverse,que 'M. Bornotientpourlaplusjustedans soncommentaire. Quoiqu''itresultede cette difference de vues, il estincontestable que de1804 a 1864,date alaquelle futsuppri mee Ia pres,criptioncontrel'Etat,denombreuxpaysansdevinrentproprietaires des terres domanialessur lesquelles ils s' etaient etablis. L'usucapionfut meme l'undes modesd'acquisition qui contribuerentIe plus a implanterIeregimede la propriete indi1viduelle.SECTIONIIILA CONSOLIDATIONDUREGIME AGRAIREJ-JAITIENI.-Lel'eglementde lasuccessiondes ColonsC'estauPresidentBoyer qu'echut de regler Ie graveproblemede la reconnaissance del'Independancepar ,Ja Fr,ance. Cette reconnaissance devaitnonseulemcntentrainerI' abdicationparles Fran<;ais!Ie toutdroitde souverai nete sur Haiti, mais la renonciationparles colons de SaintDomingue a leurs droits de proprietesur ,leurs ,anciensimmeubles. Delonguesnegociationsaboutirentau traite de(I)LouisBarno:Code Civil annole de laRepublique d'HaHi, p.498.

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-9 8 1838,dontnousa'vons parle.L'Etatha'itien} apres avoir deja paye 30millions de francs, s'eng,ageaparcette,convention a verseren30ansunsolde de60millionsaux colons depossedes. C' est a ceprixqueBoyer a,cheta Iequitusdes anciens proprietaires, evinces en1804.Quoiqu'aientpudire les adversairesdutraitede1838dela legitimite douteuse des titres des ancien,.; planteurs,qui seseraientemparesparlaforce des de SaintDomingue,nousapprouvonssans ,Iegp-ste du Pre sidentBoyer. Les ,colonsavaient reyu des concessionsduroi. Leurs titres,endroitstri,ct,etaientinattaquables.L'Etatha'itienvenant a remplacerl'autorite franyaise pro cedea l'evictionde ces proprietaires, ets'approprie,leurs terres qu'il vendouqu'ildistribuegratuitement.Quoi de plusjustequ'ilindemnise,les,colons, expropriesparlaforce. Les terres,donts'etaient empares lespremiersblancs,n'avaientjamaiseu,pour .Ia plupart,demaitresauxdroits tres SUI's.Nous avonsapprisdans queUesconditionslesaventuriers franyais s'installerent a Saint-Domingue.Leur conquete futloin d'etre pacifique.Cependantl'Espagne,autraitede Ryswick en 1607, abandonna a la Fr,ance tous ses droitssurcettepartiedel'lle.Les Franyais resterentdonc,sansconteste, meme aupointde vueduDroitinternational,lesmaitresdupays. La propri6te des ,colons se consolidaetIleurs titress'enrichirentdelaprescriptiona,cquisitive,quen'interrompirentjamaisd'anciensproprietaires.L'Etatd'Ha'itinepouvaitignorercettesituationjuridique. Les colons expropriesparl'Independancene cesse rentjamais,ausurplus,derevendiquerleurs proprietes. Refuser deconclureaveceuxunetransa,ction definitive,

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-99-c'etaitfonderleurdroit a parla force leurs biens per!ius. Boyercompritqu'ilfallaitpurgerdeceovice grave1.a propriete del'Etatet de ses ay,ants-droit.Lamaximequi fonde Ie droitsurla violence atoujours ete blamee.. Nous avouons que des Etats fortsl'ont sOl1'ventappliquee dans I'Histoire. Maisunepetite nation, quin'a guere d'autreprotection que celIedudroit,nesaurait songer a suivre pareilleconduitesans risquer les plus graves aventures. Toutes,ces raisons nouspersuadentquel'accordde1838marqueunedate tres heureuse dans il' evolution de la pro priete fonciereen HaIti. IIfallutmalheureusementIe recul dutempspourrallierl'opinion genera Ie a 'cette apprecia tion. Lescontemporainsde Boyer, qui se mefhient de lui, jugerentseverement sa diplomatie. llsnepurent evaluer l'autoritemoraledonts'accrutl'Etat haltienaumoyen, !ie la Convention signee avec la France. 2. LeCodeRuralde 1826 Boyernefutpasmieux paye deretour en, dotantson paysduCode Rural de1826.Lebutde ce Code eta itd'organiser les rapports entre les proprietaires et les fermiers, lies paruncontratde louage. IInefaUait pas que r exten sion de la petite propriete fit oublierIesoin de reglemen tel' laconditiondes cultivateursnonproprietaires.Leshabitations-sucreries,d'autrepart,dev,aient etre maintenuesintactes malgre leurv,aste superficie..Lemorcellementaurait ete defavorableail'exploitation delaeanne a sucre. Des regless'imposerentdonepourasseoir la disciplineetprevenir1.a desobeissanee et les desordres au sein des ateliers agricoles, equip&!pOQr la gr,an!ieculture.

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-100 --LetexteduCodeRuralde Boyer futvite Dublie des paysans.Plushumainquelesreglementsde Toussaint Louverture et de Dessalines,quiIe precederen,t deplusd'unquartde siecle,ilapparaitaujourd'huiplutot naIf. Des dispositions tres :louables, sil'onconsiderel'epoque, impo s,aient desmenagementsauxcultivateurs malades,auxfemmesenceintes,aux sujets tropfaibles.Parcontre,tropd'entravesresultaient clauses quigenaientla liber te des travaiUeurs. L',absence dechatimentscorporelscondamna vile tous ces regIementsminutieux a demeurerinappliques. Cette legislation nouvelleentrainatoutefois, indirectement,uneconsequencesur :laC]iUelle ilnousaparuutile de nous arreter. Nousauronssouvent l'ocoasion de faire remarquerqueIepays-an haltien attacheun gran(i prix a la libertedutravail etnousmontreronsl'attraitqu'exercesur [ui, decefait, laconditionde proprietaire. Le Co(ie Rural,chargede mesures coercitives, devait doncaboutir ade tournerdel'etatdefermieroud'employeagricole (ie nombreux culhvateurs avidesd'independance.Beau-coupd'entreeuxquitterentlIesalariatpourtravailler a leurcompte.L'historienArdouinamisparfaitementenreliefcecorol laire :CeCode Ruraldevint1aruine (ies biens de Cl'rtainsgrandsproprietaires ;car apres l'expiration despremierscontrats synallagmatiques,laplupartdescultivateursne((voulurentpluslIesrenouveleretabandonnerentces biens((pourse refugier, ousurles proprietes de leurs parents ou((amis ou ils etaient assures del'inexecutiondescontrain((tescontenuesdans Ie Code, ousurleurs propres pro(( prietes. La loiquimitenvente tous les biens (iomaniaux ((provoqua de [eur partune ;a,cC]iuisition extraordinairepen-

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-iOI -dantla duree desconbats,de sorte qu'ale!!r expiration,lesnouveauxacquereurs etaientenmesurede pas.sersurleurs petites proprietesou ils se trouvaient les egaux desgrandsproprietaires et pas plus contraignablesqu'eux(I)) 3. L'reuvre des successeursdeBoyerLes successeurs de Petion etde leurpolitique agraire, mais avecmoinsde perseverance. LePresidentGuerrierrenditun arrete, Ie23septembre 18M, quimitenvente a desprix moderes les biens nationauxduNord,non reseDves pourl'utilitepublique.Le7 decf'mbre suivant,unautre arrete futprispourremettreenvigueurla10idu16juin1840surilavente des domaines natjonaux. Cette loi avait etc abrogee Ie22mai1843. Fabre Geffrardeutunprogramme 'a peu pres analogue. Vne loi,promulgueeIe14 aout 1862,fut votee pourregierd'unemaniereuniformel'affermageetlavente des biensnationaux.L',artide 2 de cetle loistipulaitque ces biens seraient affermesouvendusparportionsdecinqcarreauxauplus.Vnelautre loiintervintIe29octobre 1864pour regle menterla vente, les 6changes, la ferme et les conoessions temporaires des biens del'Etat.LeDocteur Dalencour declare que cette loi, votee pourfavoriser les paysans,avait divise Iedomaine alie JJabledel'Etattoujoursenlots decinqcarreaux, et quenulne pOUivait serendreacquereurdeplusd'unlot.Nous sommessurprisqueIeDocteur Dalencourn'aitpas parle desonarticle4!quis'enonce ainsi :(1)lleaubrunArdouin:Histoire d'Ha!ti, tomeX, pa'fl.'25.

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-102-Lesimmeublesdel'Etat, meme alienablesetdontlaprescriptionn'aurapointencore ete acquise a des tiers 1U jourde lapromulgation p.e lapresenteloi, cesseront d'etre soumis aila prescription tan,tquel'existencedecesimmeublesn'aurapas ete reconnue par lIeGouvernement,, et qu'un etat general etcompletdetauslIesbiensappar "manta l'Etatn'aurapas ete confectionneetrendupu hlic par l'administrateurgener,f)1 desdomaines.Enconsequence,nulnepeutoccuperunbien f.aisant parti'edudomainedeI'Etat,nien devenirproprietaire gu'en vertud'untitreauthentique(I).Cetextesupprimelaprescriptioncontre fEtaL II fait echeca la regIe posee parIe Code Civilhaitien de 1826. II est,enoutre, defavor,ablea lapetite propriete individuellepuisquelaprescription etait unmoyencourantdedevenir prpprietaire. Cen'estquetoutrecemmentqueilesChambresant decide deremettreenvigueurlaprescription contre I'Eta1. Mais la loi quieontientcettedisposition nepent etre appli quee.car elleattendencore sapromulgatipn pal' I'Executif. Nous verronsquela loi de 1864 a He invoqueepar fEtat dans denombreux,cas,lorsdu,conilit agrairequiasurgidansIeNord d'Halti sous la Presidence deM.Borno.LeGouvernement, texteenmains,permit,alors de chasseI' des terresduDomaineles paysans, qui n'etaient que pos sesseurs. Alleguantl'interdictionde prescrire wntre l'Etal,ilnevoulutpastenircomptede la date, meme lointaine, a[aquelle pouvaitremonter!'installationdes occupants.(I)DocteurDalencour: Le SauvetageNationalpar lr. Hetollr a laterre,chapitreII,page18.

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103-La loi de1864marquel'arretd'un procede dont use rentbeaucoup depaysanspour acquerir Iedroitde proprie teo Ledemembrementdupatrimoineimmobilier de l'Etatne s,? realisaplus, a partirde cette date,qu'aumoyendes concession's gratuiteset des Iventes. Geffrard,pendantsaPresidence, s'effol'/;ade tempererlarigueurde la regIe quiexduaitlesetrangers de ladassedes proprietaires. Le DocteurJanvierluienfaitunreprocheencestermes:Geffrard ,commit la f.aute,qu'avaient commise ses predecesseurs, denepas
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104Meme prisdanscetteacception,lIecadastrefutloin d'etrerealise dans les ou la loi l1'entendait. Encemomentencorel'Etatignore l'importance de sespro prietes. Tantotil laisse denouveauxoccupantsenvahirson domaine, tan tot ilempietesurdes terrainsquineluiapp.artiennentpas.f,.-Les concessionsconditionnellesParmiles dirigeantsquisesignalerentparleur desir d'accroitrela petite ,culture,i,lfautmaintenantciteI' Ie Pre sidentSalomon,quifutl'auteurd'uneloi celebre promul guee Ie28fevrier 1883. Cette loi,qu'un texte legislatif vientd'abrogercetteannee,se refereif uneconceptionunpeudifferente de celle dePetionet de ses imitateurs. Salomons'interditde faire des liberalites entierement gl1atuites. 11jugea preferable d'exigerdupaysan, if quil'Etatdonner,ait des terres,certainsengagements.Cette restriction, se troU've memeecrite dans Ietitre de laloi. Voici Ie texte en tier decet acte Ilegisl,atif,quinemanquapas de susciter denombreuxcommentaires:Loiportant,concessionconditionnelledeterrainsdudomainenationaln. s.alomon, presidentd'Haiti.Considerant qu'il estdudevoirduGouvernement,vu ila situation actuelledupays,d'encouragerIedeveloppementdel'Agriculturepartous lesmoyensen son pouvoir,pourassurerIebien etre des populationsn..Considerantqu'ilesturgentdedonnerunplusgrandessor a laproductionde nos principales denrees d'exportation,d'augmenternos moyens d'echange ;

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105SurIer,apport des Secretairesd'Etatdel'Agricultureetde flnterieur, etdel'avisduConseil des Secretairesd'Etat,AproposeEtIe Corps Legislatif a rel1du la loi sui vanteArticleIe1'.-Tout .citoyen quis'engagera a cultiverles denreessuivantes: ,cafe, 00annea sucre,coton,cacao,tabac,indigo,ramieet tous autresproduits !l' exportation,auradroit a unemise en possession de 3 a 5carreauxdeterredudomainepublic, apres demande 6crite adressee au Secretaired'Etatdel'Interieurquiydonnerasuite,Ieterrainayant 6te prealablementarpenteauxfraisdusoumissionnaire.Artide2.Des qu'ilser,aconstateparunecom-mission nommeellcet effetet apres les delais suivants:P.our Ie ,cafe4 ansPourla 'canne a sucre2ansPourIe ,caton2ansPourIe,cacao 5 ,lllS PourIetabac2 ,!Us Pourl'indigoIan (e PourIlaramieIanqueles troisquartsduterrainexploitesontplantes,enuneouplusieursde ces denrees, et a lasuited'unepre miererecolte l'occupantausesayants-droitrecevrontduGouvernementuntitre de concession aperpetuite. Article 3. Si, ces delais passes, Ie soumissionnairenel'emplissait pas lesconditions ,ci-dessus edietees,fEtat rentrel'aitpurement ('t simplementenpossessionduterrainquetoutautrepourrasoumissionner.Article4. -' Lefermieroul'occupant a:etuel auratoujoursla preference surtout .autre soumissionnaire.8

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-106Article 5. Les usines pO).lr Ill! preparation des dites dcnrees, les societes anonymesetparactions,monteespourl'exploitationengranddudomaine public,jouiront,entant moralesJ duprivilege dela Article 6. -Lapresente loi ,abroge lois oudispositions de lois quiIluisontcontraires. Elle sera exe cuteeaila diligence des secretairesd'EtatdeI' Agriculture et del'lnterieur,cba,cunence qui lIeconcerne n. Cette loi qui, dans son esprit, semble irreprochablen'apasreponduaux 'Vooux dulegisl,ateur.L'Etatexigeaittropdupaysan.MM.Nau et Telhomme,dansleurCode Domanial, fontremarquerquel'instabilite de lapaixdans l{\passe a toujours empeche les benefieiaires des Concessions ConditionIlelles deremplirtoutes :lesformalites exigeesparcette loi leurpermettant d'obtenjr!Iu Gouvernementuntitrede
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-1 -de ce censeur, n.ous avons decouvert plus 10i1;), la rai son del' echec delaloi de Salomon :CommentIejournalierdelacampagne, ecrit ArmandThoby, qui!VitaujourIejour)comment paysan qui paieuneferme modi que,quandilla paie, et qui tr.availleuneterre deja dOturee, ameublie, comment ces deux classes d-e paysans noll, proprietaires peuvent-Us avoir d-u tempsou,del',argent de restepour en etat deculture3 a 5carreaux terre P 11faut abattredes arbres, arra,cher des plantes sauvages, cloturer, de ((fricher,sarderpuisplanter.H faut,en outre, payerd'avaneel'arpentagede3 a 5 oarreaux de terre.Et apres ((touteela, il faut attendre2ans, 4 ans, 5 anspour etre proprietaire.Et fon n'estpas proprietaire dansIesensabsoludumot, puisque 1'0nn'estpas maitre dechangerdeculture: d-e cultiver la banane, b patate,l'igname,les pois, Ilaou 1'0n produisait des denrees d'exportaHon))(I).Cette refutation tres Iviveet tres claired'unedes lois agraires les plus importantes de Il'Histoire d'Ha'iti eomporteunenseignementprecieux. Les Gouvernements hai:tiens, dansleurpolitique economique) feraientbiend'enmediterIesens.nn'estpas de regles quidoiventeonsiderer davan tage Ie milieu au elless'appliquentque celles qui sentlIesortdela propriete rur,ale. C'estpouravoirignoreles sentiments et les aptitudes deJadassepaysanne que bIoi de1883est tombeeen de suetude. Elle a ,connu, somme toute,Ie meme sort que Ie Code Rural de 1826.. Tous deux, bien que d'inspirationtotalementdifferente,ontfait fausse routeenimposantune Armand Thoby:op.cit.,page45.

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108 l'lgleIIlentation trop tatillonne, a laquelle s' est toujoursmontrerebellel'esprit descampagnesen Haiti. 5. L'e'volution natul'elle delapetite propriete ALasuite de lailoique nous venons decommenteronnetrouve plus,jusqu'a 1'occupation etrangere, de faitimportantayantinfluesur!'evolutiondela propriete fonciere. Quelques textesontorganise la location o.est(3rres duDomaine et prevu ,certaines formalites exigees depuis lorspourvendreetechangerlesimmeublesde 1'Etat. En exposantplusloinles details de la legislation fonciere nomse rons amenea etudier .ces nouvelles pres,criptions.Lapetite propriete pourtanta fait son .chemin en Haili. L'impulsionqu'ontsu luidonnerses deuxpremierstu teurs,Petionet Boyer,qu'onne louera jamais ass(3z? luiontfaitsurmontertoutes difficultes.Jusqu'al'arrivee nes Americains, 1'instinct des pay sans les a tous guidesvel'S ilapropriete. Parunaocord ta,cite 1'Etat les laissaits'installersurses terres, y fonderunefa mille etpartager 'a leursenfants 1'heritage immobilier.Detelle sorte que les possesseurs? a quiIeGouvernementou bliaitd'opposer la loi de r864, reglaient leurs interets etceux deleurprogeniture comme de vrais proprietaires. La petite propriete, apparenteou sedeveloppa ain"i dans son sensnaturel.D'abordelles'etendit,audetrimentdes grano.s domai nes.Endehors des terres affermees les biens del'Etatfurentenvahisparde petits occupants. De vastes habitations,appartenant a des particuliers sans vigilance,subirentIe rn,eme sort. Puis eille se morcela a cause des partages et des ventes partielles.

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-109-Enfinelle se consolidaendonnantIe spectacled'un etat permanent.Letemps!peu a peu,fortifiaSOnautorite. Elle reyut I,aconsecration de l'usage. Cependantil y a unvice cache, osons-nous dire,dontla petite propriete en Ihili nes' ept pas encore purgee, C' est Ie defaut d'investitureofficielle. Unproprietairefoncier, qui ne doits,a qualitequ'a IatolerancedeI'Etat,nejouitpasd'un vrai droit de proprie te, privatifet perpetuel. Orc'estIe casd'untropgrandnombre de proprietai resapparentsdecepays. Installes d',abord sans droitouenvertud'unhail, ils sont restes sur1aterred'autruiousurIesol del'Etat.Laprescription, sans doute, est venue confererIa proprietea quelques-uns. Mais Ie titre,Ieseul mode depreuveopposableauxtiers et indiscutable, leurajamais ete fourni. C'estpourquoi,commenousnecesserons de Ie cons tater dansIecours decetr,avail, I'edifice de la propriete foncieremanquede stabiliteen Halti. Dans Iretude quenousferons desmamrsruralesnousdevelopperons plus .amplementcetteobservation.Etnousmontrerons,dansun chapitre,les consequences dramatiquesdontcette iiflstabilite fonciere futresponsablependantl'Occupation americaine.

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CHAPITREIVLesdroits immobiliersdel'etrangerLa questionquenous allons b'aiter dans cechapitreestprohablementcellequia provoque Ieplusgrandnombrede controversesetde polemiquesenHaIti.L'aptitudede1'etranger a acquerirla propriete fonciere representeunpointdedroitquin'a joamais pu etredebattu sans passion dans ce pays. IIf.autchercher 'la raison decefait,quisurprendunpeu, dans les circonstances historiques qui ontenLoure la creation,puis1'evolution de :l'Etat haltien. Les dures epreuves que les indigenes deSaint-Dominguesouffrirentpourconquerirl'Independance,les angoisses qui les assaillirent,aulendemaindeleurvictoireeurent d'ine'Vi tables reper,cussions dans 1'elaboration des regles consti tutionnelles. L'avilissement, OU les Fran9ais avaienttenuces gens decouleurpendantla peri ode coloni,ale, laissa de la rancune aufond des ctEurs. Ledangerd'uneannexionnouvelle, qui mena9a lanationhaltiennelongtempsencore opres l'Independance,renditcepeuplem efi,a nt,presque farouche. De telssentimentsnepouvaientpasguiderla polilique exterieure dujeuneEtatdansunsens liberal. Aussil'etrangerfut-il severement traiteparlespremiersGouvernements. Comme la propri6te dusol,tantconvoiteejadisparles colons, representait aux. yeux des H.li"tiens, qu'elle futa l'Etatou e,ntre habitants,

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'"-112I'element ,Ieplus visibledeIa souverainete nationale, son a,cquisitionpar r etrangerfutinterdite. Cette regIe, aussitot apres Ia liberation duterritoire, reguHeverdict del'opinionpublique. A travers Ies ,vicissitudes de Ia politique interieu re, onIasentit plus neeessaireque Jamais pourproteger fEtat affaibli contre Ie peril exterieur. Ellefut pourainsi dire, a ,Iahauteurd'undogme politi que,qu'onne !liseute pas.Plustardeependant, ceUeprohibition dontI'utilite appar.aiss,ait moinsgrande,fit decouvrir de graves inconvenients. Vint ,viteuneperiode, OU respect reli gieux fit placeaulibreexamen. Les querellesdecabinet commencerent et !I.' opinionfutdivisee.Laquestion passionna If.8 esprits et provoqU3.meme!les desordres politiques.PourtantIe legislateurne cMa pas. IIfautarriver a 1918pourassister a I'abandonduvieux principe !le !'inter diction absolue.Vnedispositionnouvelleaujourd'huiIe remp]a.ce. La ,conditionjuridiquedel'etrangerest encore tres inferieureacelledes Ha'itiens. Onnepeutnierpourt,antqu'ellesesoitgrandement amelioree. NousauronsI'oceasion dedonnernotreopinionsurIa question'a Ia fin de ce chapitre.Nousal1Ions des maintenantcommencerI'historiquede la regIe eonstitutionnelle interdisant a l'etranger1 ',acccessiona1>3.propricte fonciere. Cet expose meUraenplein eclairage Iedramede Ia protectiondusol,en Ha'Lti. SECTIONILE SYSTEMEDEL'EXCLUSIVITEDELA PROPRIETE FONCIEREAUXHAlTIENS I.-SonorigineNous avons vu, dans Ie precedent chapitre, Ie sort quifutfait aI,apropriete !les cdlons des proclamati9nde

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-113-l'Independance.L'appropriationparI'Etatdes terres desplanteursn'apas ilieu d'etonner.Lahaine !les blanc8 suscita helas !des actes beaucoup plus graves. Des represailles sanglantes se deroulerent sous l'reil des autorites.Comme1'0ncomprendalorsqu'untel etat d'espl'itaitconduitDes salines,Iechefdunouvel Etat, a proferer ces mots dans sa declarationdu28avril 180A : Jef,aisIesermentquetantqu'i'lme restE'ra unsouf,(Hede vie,aucunColonniEuropeennemettraIepiedsurIeterritoire d'Hailia titre de maitreou !le proprie taire.,Cettephrasequi sera presquereproduitedanslaConstitutionde 1805 se justifiait a cetteepoqu'e. Qui-conque, nousditM.HermannCorvington,ne conhalt les atrocites commisesparles Frangais en Haiti avantetsurtoutdurant les guerresdel'Independance, atrocites qu'admettentles historiens frangais eux-memes, nepeutcomprendrepourquoices mesuresadministratives, politiquesetlegislativesont prises par'les autori teshaitiennes contreles Fr,angais et a caused'eux,dans lespremierstemps, ,contre tous les etrangers en general. Etquiconqueneconna!tla persistanceduGouvernement Frangaisa vouloir recuperer l',ancienne Colonie per!lue, 11'3 peutaussi ,comprendreIla duree des represailIes, puiscelIede la pel'iode des suspicions gener,ales contretout Etranger b'lanc (I)..Deuxsentimentsseeoalisaient done,pourfermer a l'etranger l'acces deIla propriete : la haineducolonetIlacrainte !le sQnretour.(J)Hermann Corvington:Etude surlacondition judidiquedel'etra,ngel' en Ratti envisageesousl'aspectdesdroits reelsimmobiliers de d 1825, Port-au Prince 1934, page14,

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S2. -LaI'egle de Dessalines A. LapremiereConstitutionhai'tienne,sanctionneeparl'EmpereurDessalinesen1805,materialise d,ans son article12la regIe defensive, quiresteraen vigueur pendant pilus d'un siecle. Letexteenest dair : Aucun blanc,queUequesoit sanation,nemettra('Iepiedsur ce territoire, a titredemaitreaudeproprietaire etnepourra a l'weniryacqueriraucune proprieten. C' est a desseinqueI'etranger ici est designe sous cette appellationde bl,ancn. Le sol hai'tien,dans lapensee de ses protecteurs, devait etre IeBoule,v,ard des NoirsetdesIndiens n. Cetraitde fierted'une race sisouventopprimeedansfHistoiremontrebien qjue dansla lutte!:I'interets, quimettaitauxprises lesindigenesetleurs anciens maitres,se mel,aitunconflitde races, !:Ie couleurs.L'artide27de la Constitutionrepublicainede1806 repete l'article12 de IaCharteimperiale.Christophe,quipritillegalementIepouvoirpour eri gel'dansIe Nordun Etat autoritaire,s'ingenia a imiterIeregime oanglais et rechercha !'amitiedesetrangers.AussidanssaConstitution roya[e delSIIonchercheraitenvainunerestrictionauxdroitsimmobiliersde'l'etranger.MaiscommeIe passage deChristopheaupouvoir,d,ansunepartie d'Hai'ti seulement,marqueuna,ccident dansl'Histoiredupays,onne peut vraiments'attacher acette particularited'uneConstitutiondontles idees originalesne sUl'vecurent point akur auteur.LePresident Petion, dontIe sens politiquefutl'emar quable, fit respecter;la((formuledessalinienne J. selonl'expression employeepar M. Cor,vingtonpourdesigner;la regIe constitutionneUeinterdisantauxetrangers d,e devenir

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II5proprietairesd'immeubles..L'artide38de la Constitution de1816maintint done sans changement les termes des ar ticles 12et27des de:ux premieres Constitutions.. Cette continuite dansl,apo'litique haltienne, quin'appellera des critiques que plus tard,nesauraitsurprendrequandon5erepresente,les Iegitimes apprehensioIls de lajeuneRepubliquependant cette periodeingratede son Histoire.M.Stenio Vincent a fort bienmontrela rancreur qui s' etait cristalilisee, pourainsi dire,aufond de l'ame populaire.L'odieux regime del'esdavageavait amasse ( dans fame nation-aleunfonds q.e haine tres vivace contreIeblanc,et celan'avait,certainement pas disparu apres quinze ouvingtannees de liberte ou d'independance.I:l((esttoutnaturellement reste chez les ,administrateurs dela nouvelle patrie certains sentiments de defiance, des((reserves Iegitimes vis-a-vis del'etranger, des idees d'a version meme, pourles anciens oppresseurs de notre racen(I). IIIfaut bien avoueraussiquela politi que n'epargnaitrienpourentretenircecouranthostile. Louis XVIII, qui voulaitignorerl'existence del'Etat hai:tien, ten ta a maintes reprisesdereprendre notre ancienne colonie. II envoy,a plusieurs diplomates negocierIe J;:.etourab France. Petion,puis Boyer firentcomprendrea.uxrepre sentantsduroi que la nation hai:tienne etait fermement resolue 'a garder sa souverainete.Pourtantce nefut qu'en 1838,commeonIesait, que nndependanced'Ha'iti fut reconnue definitivement parla France. Apres lIestraites de 1838, qui liquiderentunefoispourtoutes la succession des 'anciens colons ep Hai'ti,l'avenirde la vailliante nation devint plus clair.IIsemblealOI'Scu-(I)StenioVincent:Chosesetautres,Paris 1895, page 175.

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'116 -rieuxqu'on aitmaintenudanssarigidite la regIe dessalinienne .. La Constitution de 1863, dont,Ievote suivit Ja chutede Boyer,contientencore,eneffet, la fameuse interdiction.Letexteenest meme plus severe dans sa precision.L'ar tide 8s'enonce ainsi :Au-cunblancnepourra acquerir l.a qualite d'Hai:tien niIedroit de possederaucunimmeubleen Halti ).IIest doneinterdit aI'etrangcrd'acquerir directement ou indirectement,parIe detour de !Ianaturalisation, la propriete immobiliere haltienne.Les c;euls etrangel'Squi puissent devenlr Haltiens, aux termes tIel' article6,doivent etre issusd'Africainoud'Indien.En 1863, la hai,ne des Franyais s' etait certainement emoussee.. La generation des anciens esclaves avait disparu. CommeI'a ecrit Frederic Marcelin,toutsentimentdehaine meme contreles anciens possesseurs du pays, conIre les maitres impitoyables, etait efface : If'Fr,anyais, qu'onn'a,vait plus a craindrecommecolon, beneficiait au meme titreque les autres peuples de la plus large etde la plus complete bienveiUance(I).L'aversion, larancune, 1a crainte instinctive de I'Hran'gel'blancn'existaientplus. Ces causes, qui satisfaisaientl'espritquandil s'agissaitd'uneepoque encoreprochede ]aguerre deil'Independance, nepeuventdoneplus etre in voquees pourjustifierl'artide8de la Constitution de 18M. B. -A cette epoque des esprits liberauxcommence rent a douter de l'utHite de la formule dessalinienne. L'apai sement, apporteparles traites avec la Fr,ance,nedevait-il pas etre suivid'une trevePN'etait-ce pasIemomentpro(J)Frederic Marcelin:Finances d'Hatti. EmpruntNouveau. Meme banque,Paris191I,pages37el38.

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pice 'a unadoucissementde regie severequiamoindris sait depuis 1804 Ia condition juridiquede tous les etr,an gersen Ha'iti? IIs'entendque! meme auIendemain de nndependance, onnepouvait infEger a la Franceuntraitementplus defavorable qu'aux autre$ puissances. Mais alorsnedBvenait-il pasopportun, apres ,iareconciliation avec fancienne ennemie,derendreplus accueillante a tous Iesetr,angers la loi haltienne? Toutes ces questionsseposerentnaturellement a i,apensee deshommes politiques enclins a favoriser de meil leu res relationsentre Haiti et les autres Etats. Ces faQons de voir, quin'avaientpas pris corps!nemodifierentenrienI'opinion (iu legislateur. Les Constitutions de1846et 1849 reproduisirentI,aphrase d'inter(iidiop. Dne loipromulgueeIe18octobre 1860, envisageant la situationd'un epoux etrangerdontIeconjointest hai: tien, fait encore triompherla regie dessalinienne. VoiciIetexte desprincipaux 'articles en ;}.a matiere{(Article2.-Que! que soit !I.e regime sous lequel ie{(mariageest contracte, l' epoux haitien seul pourra acque {(rirdes immeubles. Neanmoins, sl c'est Iemariqui est({etranger,ilauraI',administr,ation des biens personnels de({sa femme, ainsi que deceuxqui seronta.cquis durantlie{(mariage, soit que Iemariageaileulieu sous Ie regime de{(Iacommunaute, soit" qu'ilaileulieu sanscommunaute.({Article 3. Arri,vant a
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-lIS -vrontuneindemniteenarg'ent a l'epouxetranger, egalea la valeur de son p.roit dans lacommuaute, a dired'expertsnommesparjustice! si n'.aiment rnieux lesditsheritiers opterpour 1(1. licitation desdits auquel cas, la moitiedu net produitde lavented'iceuxserareversible a l' epoux etrangersurvivant.Article4.-DansIecas de predeces del' epoux haltiensans enfants, siIeconjointetrangerse trouvesonheritier, la succession si elle eonsisteenbiens (fonds, sera devolue a la vacance, laquelle fer a venp.re lesimmeubles dans les formes vouluesparlaIloisurleg suc cessions vacantes,I,a iliquidera et fera remisedunetproduit a I'epouxetrangerheritier,Ietouta,vecl'assistanceduministere public du res sort.Article 5. -SiI'etrangerse trouveheritierde sonenf'ant hai1ien la succession se trouve composee,entoutouenpartie,d'immeubles,lapartrevenantau pere etrangeroU a la mereetrangere devratoujoursIlui etre remiseenargent,soitparles coheritiers,s'ilyena, et a dire d'experts, soitparla vacance, si toute1asuccession est devolue a I'etrangerseul n. Cette loicependant,de l'aNis de M. Corvington,marqueunprogresheureuxdansI'interpretation de la formule traditionnelleprivantdudroit de propriete les etr,angers. IInefaut'pas oublier que quinze ansauparavantIe President Pierrot avait prisundecret,auxtermesduquel I'Hai:tienne qui epousaitun etranger devenaitdu meme coup etran gere. Elleperdaitla proprietede tous ses biens et sa sue-ces sion, ,comme dans notre vieux cas demort civHell, s'ou iVrait auprqfit ses lieritiers.

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IIgOn devine les cpnsequences socialesqu'eutce decret. Dans ce pays! OU l'unionlibre fleurissait, oConcubinage tintlieudemariage entreet Hailiennes. 'M. Corvington n'Msitedop,c pas itdedarer que loi de 1860encouragea laconstitutionrapide de la famiHelegitime etporta !Ies breches audesordre moralqjue les(( aut.orites politiques et administratives ,avaient ip.troduit ausein de la societe hai:tienne, eninterpretantde ((drastique laformale !Iessalinienp,e (1)..Mais alprs nous sommes fondea croire devant cette exphcation,quiassocie"effort liher,al des auteurs de la 10i de 1860 a des preoccupatipns socialesaudes scrupules moraux,quel'esprit hai:tienaregard des etrangers n'l8.vaitguere changedepuis 1804..On n'a'vait plusdutoutlahainedublanc,qu'onac cueiUait sans prevention ;auxquatrecoins !Ie la Republique. Les etrangers oCommen9aientmemea cette epoque it s'installercomme usantd'unelarge toler.ance enIlamatiere..Dans soncommentaireduCode de Cpmmerce hai:tien,M.Borno, qjui se reporte a l'epoquede la publicationduCode, apporte la precision suivante :Ence qui-estdel'etranger,iln'y a que Iecommerce sLridement entenduCachatdedenrees etmarchandisespourles reven!Ire telles queUes) qui lui spit interdithoI'Sdes ports ouverts. Au-delitdu quartde Heue! ilexer( ce touteindustriesans payer !Ie patente, et sousLaseule(1)Conference deM.HermannCorvington prononceeIe7 decem bre 1933 it I 'Ecole Nationale de droit dePort-au-Prince:Laconditionjuridiquede I'Elrangeren Halli.

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oblig,ation de la ilicence (I).IIenresulte quel'acquisitionde.la propriete mobilierelui etait permisesans ilimita tio!l. Nous assistonsdone a uneevolutioncurieusede la vieille regIe prohibiti,vc, Midee parDessalinesau lende maindescombatsferoees delaguerredel'Independanee.L'apaisementestdeseendudansles ,eamrs, les vieilles affairesentrecolons etHaitiem sont reglees, etpourtantl'ostra cisme, qui se c.antonne ilest vraisurunterrainetroit, re siste 'acet espritnouveau.II faut, de toute evidence, cesserd'expliquerparde vag-ues sentimentsxenopIiobes laformuleexclnant l'etran gel' de la classe des proprietairesfonciers.La regIe dessalinienne, des laseconde moitiedudix-neuvieme siecleJ ne revet plusdutoutdeforme'Vindicative. La Republique con siderememe de son devoir d'6changer desrapports ami cauxavec lesnations etrangeres. Mais au-des sus de cette politique de courtoisieinternationale,dontIepeuple hai tiennes'estjamaisdeparti, ilya quelque chosecommeuneraisond'Etat,quicommandedesauvegarder laterrecontreles convoitises del' etranger. Commesi laboureur,venudeloin, representait deja Ie,conquerant etmenac;ait :!'integrite duterritoire .. C'estbiendanscetesprit quefut 'Vote Ie texte del'article 5 de la Constitution de 1867.IIs'exprimedansunlangageplusjuridiqueque lesprecedents mais est aussi cate gorique.Nul,s'iln'estH ai:t.i en,nepeut etre proprietail'e debiens fonciersen Haiti,a quelquetitrequecesoit,niyacqueriraucunimmeuble n. (1)LouisBorno:CodedeCommerce hallien annote,Porl-au-Prince1910.

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-121-Septanslap res denouveauxConstituantsreprirentla vieille formule,maisenluiapportantuntemperamentquidenotesoudainementunespritconciliant.Voicicomments'exprimel'article7de laConstitutionde1874 :Nul,s'iln'est Hai1ien nepeut etreproprietaire d'immeublesen Haili. Neanmoins,sur Ii' propositionduPresident d'Haiili, IeCorps legislatif pourradelivrer destitres denaturalite [{ Loutetrangerdehonnesmeeurs,qui, apres sept annees de residencedansIepays, y auraintro duit un art ouunmetierutile, forme des eleves ourendu'(I des servi,ces reelsetefficaces3 la Hepublique. La loi regie les formalites de cette naturalisation n. Nousnenousattarderonspaslongtempssur,cette attitudeinattenduedulegislateur, laConstitutionde n'ayanteuqu'unlustre d'existence. Noustenonstoutefois p\ signalerque les adversairesdu systeme d'exclusion,quialors ,f,aisaientgrandbruit,n' etaient pasetrangers aces variationsduConstituantaudll Legislateur.LaConstitutionde1879marqueunreculdes idees liberales,son article 6retrollvel'intransigeancede la formuletradilionnelle.L'article precedent, quienvisageIecas del'Haitiennequ'un etranger a epousee, montre,parcontre,une,certaine generosite. Voicicommentil s'exprime:Lafemme hallienne,marieea un etranger, suit ],a conditiondesonmari.Dans,cecas,tous lesimmeubles cL droitsimmobiliersqu'elle possedait avantqu'elle eut cesse d' etre haltienne,continueront '3 luiapparteniret aetre regispar la loi hailiennen. Mais ellenepourraplus 3 l'aveniracquerir aucun immeuble epHaili .,9

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L'Etat hai:tienconnut malheureusementdesennuis tres graves a ,cause de -ce texte.Cinqansplustarduneloi Il':abrogea, sibienque les amendemen.ts a laCQnstitution de 1879, votes enoctobre1884J ramenerentason origine Ie problemede l'a,ccession del'etranger alapropriete fonciere. Nousnous plavons, enfaisant ,cette rem,arque,sur Ie ter rain .constitutionnel. Nousnetenonspas compte des faits. Voici,eneffet, lasituationpeu,enviable qUE' Ienouvel :a,rtide 5 de laConstitutionde 1879 previt pourI 'Hai:tiennecoupable d',avoirehoisiunmarietranger:Lafemmehaltienne qui sera uniea unetranger per dr.a saqualite d'Ha1tienne ...L' Hai:tiennequi auraperdusa qua:lite parIe fait desonmariageavecl'etranger riepounaposse!Ier ni acque rird'immeublesen Hai1i, a quelquetitrequecesoit.SieUepossedait desimmeublesav,antsonmariage,eUeseratenuede lesvendretrois moisauplustard, apres sQnmariage.II estbienentendu qu'a partirdujourde son ma riage,eUen'est plus admise a produireaucune recl.ama lionpourpertede biens, en casdetroubles politiques.Cette derniere phrase etait destinee a prevenirIeretourd'incidentsfa,cheux,dontil seraprochainementquestion. Laconditionjuridiquedes etr,angers, sous:lerapportdes droitsimmobiliers,nesubitplusdechangementjus qu'it I'Occupation,americaine. LaConstitutionde 1889, dans son article 6,maintintenvigueurpendantplusd'un quart de siecle la regIe intransigeante !Ie Dessalines.Quantausortde lafemme mariee de-venue etrangere, i,lest telquel'avait fixe l'artide5 de la Constitutionpre,cedente,amen dee en1884.Onneprecise plus que b ventedesimmeubles possedes parl'epouseavantsQnmariagedoit ,avoirlieudans

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les trois mois. Maison remeta une:loiposterieureIesoin dereglerIemoded'expropriationdesditsimmeubles. Voila lasituation des etrangersen HaIti, que la loi Il'imposerajusqu'en1918.Nous ,auronsl'occasionplusloinderendre ce.l hommageauxHaHiens,qu'ilsn',auraient sans !loute pas encore renie ;la regIe formuleeparIefondateurdeleurEtat, si,lafor,cen'etaitvenueunjourpesersurleurdestin. 3.. -Lasituationde jait des etrangers IIv,asans dire que lespremieresannees quisuivirentl'lndependance,les blancs, poursuivispar 1avindide popu laire,ne songerentguerea enfreindreou a tournerla regIe formu1ee ,contre eux. Les Franyais, plus que tous autres, ,avaient aoMir. D'ailleursiln'enrestait plus gtierea cetteepoquedansII'ancienneColonie. Quelquesetrangers,denationaliteallemandeoupolo naise,quiav,aientcombattuaux ,cotes des HaHiens,furentl'objetd'untraitement de faveur.Onleurl,aissa 1::1propriete de leurs biensimmobiliers.Mais ilnes'agit Ia quede cas tout a fait eJl'ceptionnels. Lasituations',amelioraquandlahainedesarma. Haiti reyut alors la visited' etrangers de divers pays. Certainss'installerentsous sondel,aocueillant, ycher-cherent un etat ets'y marierent. II est -certain quedansun pays aussi essentiellement agricole,l'interdictiond'acquerirla propriete foncieredut paraitre am erea plusd'un etr.anger. Diversmoyensdese soustraire a ,la regIe furentenvisages. La reciprocite internationalepouvait etre invoquee. Les HaItiens, si severes chez eux, IOllaient, an'eA pasdouter,

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les lois etr,angeres qUI leurpermettaientd' etre proprietairesfonciersau dela deleursfrontieres .. Des representations diplomatiquesauraientdonepuseconcevoir.IIne paralt pasque beprocede ait ete employe, sauf dans des cas d' espece. Les etr,angers a demeureen Haiti! qui rencontrerent toujoursdegrandescomplaisances,s'ingenierent plulOt a tournerla loi constituLionnelIe. A defaut de lapropriete immobiJiere, ils firenL l"acquisitiondesesdemembrements.C'est ainsiqu'ilsdevinrentusufruitiersde biens fon ciers, en violation de l'ancien article 479 d.l1Colie Civil ha'itien abroge par Ilaloidu13fevrier 1925, article18(I)quiIeleurintenlisait.IlsacquirentIedroitd'usageetd'habitation.lIs firentinserer a ,leur profit, dans lies contratsd'obligation,lagarantie hypothec,aire etIedroitd'antichrese. A il'aide d'expedients, ima.gines parIe genie inventif desgensd'affairesetdespraticiens,l'etrangerarriva a eseamoter elegamment laprohibitionconstitutionnelleet a 5emunirjuridiquementdepresquetous les avantages economiquesdudroitde propriete (2).IInemanquait aces av,antages que Ie ,caractere lieperpetuite dela propriete. Orl'etrangerreussitpresque a Ilevercedernierobstadep,ar lapratiquedubailemphyteotique.L'emphyteose,quiatantdepoints,communs avecila propriete, etait unesorte de defia l,aConstitution. Les gOll'verne mentshaHiens,quifurent temoins lie cette audace des Ie debut dudix-neuvieme siede, fermerentles yeux.Ensorte(I)Abel-NicolasLeger:CodeCivil d'Ha!tiannale, Port-au-Prince1931,page241.(2)ClovisKernisan:Les etrangersetIedroitde pl'opriete immobiliere,page110.

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-125quememe Ia Iettre deIa regIe dessaliniennenefutplus respectee. L'article 5 de laConstitutionde 1879, quenousavons cite, permit a l'epouxetrangerd'unefemmed'origine hai: tienne marie sousIeregimede 13: communautelegale, dejouir,ensa qualited'administrateurde Ia ,communaute,deIa propriete superficiaire des biens ,appartenant 11 safemme))(I).Cette f.aveur, attacheeaumariage?disparuten 1884. Au cours de troubles politiques,qui eclaterent en1883, denombreuses proprietes appartenant a des Jlaliien nes devenues etrangeres parIe faitdumariagesubirentde graves depredations. II yeneutquifurentcompletementdetruites. I.eGouvernementhaltien,surl'injonctiondes puissances etrangeres, sevitalors dans Ia necessite depayerd'egrossesindemnitesaux sinistrees. C'estIaraisonpourIaquelle l'artiC!le 5,commenousI'avonsVU,futmodifie.Dneautrefraude consistait a s'associer a unprete-nom.Cemoyen futcertainementIeplus employe. Lajurisprudenceadmettait,par Hemple, queIe pere etranger put acheter des biens fonciers sousIenomde sesenfants hai: tiens.EttoutIemondel'approuvait. M. Augu"te Douyon, ancien professeur de Droit Administratif a I'Ecoie Natio nale dePort-au-Prince,rappela ace propos d,ans ses Ieyons cettephrasedugrandjurisconsulteSolon Menos :AIa verite, Iepeuple a aussi sa casuistique, il sait parf.aitement que l' eLranger possede en Hai:ti denombreuses proprietes maisilnes'en,alarme pas, parce quec'estsousde.snomsd'emprunt ), (I)Conference deM.Corvinglon, cilee plushaul.

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-126-SECTIONIILAPROHIBITION CONSTITUTION NELLE JUGEE PAR L'OPINIONComme nom; l'avons laisse prevoil',Iemaintiendluregimed'exclusion,institueparDessalines, mecontenta maintsesprits 6claires. Laquestionprovoquades poIemi ques, parfois assez apres. L'opinionconnutdesremousviolents. Aussi, est-ceprohablement a ,cause de l,eursituationentre partisans et adversaires passionnesdela loid' exclu sion,quelesdirigeantshaitienss'entinrentaucompromisdontnousavons parle.La regIe traditionnelle,inscrite;au frontispiee des lois fondamentales,demeurait veneree. Mais les infra,ctions,pourvuqu'el,les 'fussent ,adroites,jouissaientd'unelarge I.-Les querellesdecabinetD'interminab'les controverses,qui femient lamatiered'un Hvre entier,eurentleurpointdedepartdansl'applicationde laregIe constitutionnelle.La question, qui fitcoulerIe pJus d'encre,consistait a savoirsiIebailemphyteotique, quiequivautpresque a la propriete,echappaititilaregIe prohibitive.Des leUres ouvertes, quiparurenten 1904 et1905danslaRevue de la Societe de Legislation ,editeea Port-auPrince,exposerenttour a tourlesopinionsdesjurisconsultesles plus autorises d'Halti. Despointsde vue differents separerent not-amment Solon Menos, AntenorFirminet Leger Cauvin.

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Tandis que Menos pensequ'ilfaut voir dansl'emphy teose undroit reel immobilier,en Haiti commeenFrance, Firmil). soutientquece
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Certains adversaires de la regIe pretendaientqu'elleentraviait I'immigration des cultivateursetrangers et paralysait,enfin de compte, 1'essor de1'agriculture.Cette opinion,nous1'avonsrencontreedans l'ouvrage d'unancienMinistre desFinances d'Haili.Voidcomrnent 1'auteurs'exprime:Personneneconsent u s'expatriers'iln'estassured'acquerir,de posseder,entoute securite, sans embages,sans detoursensonnompropre,Iesolqu'ilfructifie deparsa volonte et son travail.Plusdonede barrieres qui,sieUesnenousdefendentnuUement .contre lesplusinjustifiables exactions,ravalentparcontrela propriete, empechent que1'etranger s'y attache,1'annihilentauprofit del'agiosurles valcurs mobilieres. Plusd'artide7, 5 ou 6,onnesait plus aujuste. Quecha.cun, quelleque soit sa nationalite, puisse,en HaIti, acquerirouvendrelaterre.Sinousetions 5 ou6.000.000d' Haltiens, sinosbrassuffisiaient a notreexploitation agricole, nouspourrionspersister, a nos risques et perilsdanscetteexdusion. IIn'enestrienmalheureusement(I).Firmin,dix ans plustard,confirmaitcepointde vueentenantcelangage: PaJ.' unedecescurieusesantinomiesdontl'evolutiondes peuples est .coutumiere, .cette exdusiondesetrangersde la proprietefonciere semble etre aujourd'huihautement defavorable notredeveloppementnational... te sentimentque la faiblesseeconomiquedontnoussouffronsd'une fa<;on patenteestIeresultat denotreisolementintransigeantdansl,apossessiondudroitde proprie-(I) Frederic Marcelin: Ha'iti et l'indemnitr. frangaise, 5"Partie, Paris 18g8, page 43.

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-129te fonciere,gagnechaquejourles esprits eclaires etpon deres,penetre de plusenplus'lesintelligencesattentives.Gesentimentvajusqu'ainspirer l'idee d'unrenoncementabsolu etimmediatauxrigueursdenotre xenelaxie immobiliere(I).Onfit valoir aussiqueles proprietairesetrangers,loindenourrirde sombres desseins,auraient interet aucontraire a s'associerauredressementnational.C'estl'idecqueprofessa JosephJustin.Sommetoute, ecrivait-il,un etran gel'devenuhai:tien, proprieiaire de biens fonciers, n'a-tf( ilpastoutcommel' Hai:ticn d'origine,autant d'intereta l'avancementmaterieletmoraldupays P (2).Nous avons eu sous nosyeuxIe,compterendudes de liberations quiantell lieu a Port-au-Prince,'enfevrier1902,aucoursdesreunionstenuesparla Societe de Legis lation.L'abrogationde la regIe d'exclusion etaitit l'ordre dU jour.Nous ayons ,constate, lalecturedes dehats, que,1a plupartdesjuristespresentsetaientpartisansde lasup pression de 'I'articlc 6 de la Constitution de1889.Lesargumentsquenousvenons de passerenrevuefurentinvoques.Onin8ista beaucoupsurcette idee que lacollaboration etrangere, indispensable a la prosperite agricole, setrouvait eloignee parla regIe prohibitive. Unpetitexpose de legislationcompareemontr,aensuite qu'Haltieta it 'Ie seul pays, ouI'Ciranger sevoy,ait refuserIaqualitede propri:':taire. Il estcertainque les partisans deIa these liberalene manquerent nide preuves ni detemoignagespourjustifierleuropinion.(I)AnlenorFirmin:LettresdeSaint-Thomas,Paris 1910, p.3.(2)JosephJustin:Etudesur/,esInstitutions Ha"itiennes, lome lor Paris 1894, page 58.

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,.-130-3.L'argumentde M. Jeremie M. Jeremie eutlalourde tiide de defendre la legisla tionhaitienne.Sonargumentation a unegrandevaleur. Nous lareproduisonsdans lestermes memeou ilia deve loppa.Onyverramisen C3!use unfaitquiserapporte a l'org'anisation fonciere :C'est l:a position de l'Etathaitien des parti culiers qui est 1'obstacleinfranchissable it l'abrogation de l'article6.L'Etathaltienestungrandproprietaire,mais ilneconnalt pa'5 les limites desondomaine.Aucentre etaux extremltes, laterreest occupeepar des hommeslibres etquisont jaloux deleurdroitde pro pride. Onnepeutpas lesexpulsercommedesIndiens.Nous avons neglige de faireIecadastre ,et presquetoutesles possessions defEtatsontdes biens litigieux. Atoutmomenton empiete surIlui,et it toutes les hrures ilsedemandesi danscertainsendroitsdesoccupantssanstitren'auraientpasprescritcontrelui. Sondomainen'etantpaslimite,cadastre, il luisera difficile de faire des avan,ces,des largesses a ,J'etr,anger. Admettonsqu'ilfasseune,concession, meme tempora ire a unAnglais et que dansIe caurs del'exploitationunvoisinhaitienprotestecontreunempietement presume de lapartdel' Ang"lais. Unedifficulte grosse de consequences surgira de 1'instance.L'etrangerappeller,al'Etatengarantie, et sansattendrel'issueduproces,ils'adressera it son ,consul.II dlraa songouvernement: l' a-ieuconfiance dans l'administration haftienne. A telle epoque, ellem'a faU telle concessionda,nstellecommune. LiJ j'ai depense mon activite etmon .( argent;mesfruits commer:yaientd.murir, lorsquej'aiappris quej' etais surla prgprif,.te d' a,utrgi.CeLQimJ'a

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-131cause des torts reels, r;ar j'avais trouve des avantages (tans (laColombie ...De 113. une'actiondiplomatique))(I).IInous sembile queM. Jeremie a fortbien Ie pro b:Ieme. L'aoces de la propriete immobiliereauxetrangersentraineraittoutes sortes de profits economiques. Maisen{'absence debonnesinstitutionsfoncieres, des risques d'incidents facheuxpourraientenresulter.La d6clar,ation si judicieuse de M.Jeremie nOllSpermetmaintenantd'expliquerpourquoi!IesAssemblees Constituantes s'obstinerent'3. maintenirla regie rigide,dontuneforte oppositionreclamaitenvainla suppression. Les arti sans des 'lois fondamentales haltiennes sentaientI'organisationde la propriete tropfragilepourfairepartagerla terre auxetrangers.AyantI'intuitiondemalheurspossibles, que leurpetitpaysauraitmalsupportes, ilsajournerentcette reforme, dontM. Jeremie nousdit fortjustementqu'elleest liee3. l'etablissementducadastre des terres de la Repu biique.SECTIONIIILA SITUATION DES ETRANGERS SOUS LE REGIME ACTUEL I. 'Laconstitutionde 1918 Nous savons dans queUesconditionsfut votee la Cons titutionde19J8.Les Americains, qui connaissaientla fer tillitedusol haliien etfondaient de grands,espoirssurleurinstallation dans I'Ile,voulurentabrogerl'artide6 de la(I)Extraildu compterendudes debats du20fevrier1902 a la SocWe de Legislation, reproduitsdansIeMoniteur,Numerodu26mars Il/23.

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Constitutionde1889. L1 petiteRepubliquetint tetea ileurspretentions,etIe bastion, erige parDessalinespourprote geI'l'Independance,ne 'cedaqu'u demi. Voicicequedevintla vieille regIe, dontnousa'vons faitI'historique,dans laConstitutionde1918 :Article 5. Ledroitde propriete immobiliereesta'ccorde a l' residanten Haitietaux so'Cietes for mees pardes etl1angers pourles besoins deleursdemeures, de 'leurs entreprisesagricoles,commerci3.les,induslrielles oud'enseignement.Ledroitprendrafindansuneperiode de 'Cinq an nees, apres quel'etrangerauracessede residerdansIepays,ouqu'auronicesse les oper,ations de ces compagnies.Nedoit-on pas diredecetextequ'il reponp partiellementaux vreux desjuristesetdes economistes, que nousavonsvu engages dansla croisadecontreIe systeme del'exclusion P Assurement, oui. DesConstituants,en1918,l'ontfaitremarqueravecjusteraisonpour defendre l'article5.D'autresetaient meme partisansdel'abolitionpureetsimplede la regIe pefensi,ve. Leursarguments,nousles connaissons et lestrouvonsfortconvaincants.Mais il resteaconsiderel'deux f.ait!?tres graves : Lepremier,,c'estquelaConstitutionde1918n'estpasuneChal'te libre. Quanades legistes dehauteecole,commeFirmin,Menos, Sylvain,parexemple,quisontl'honneurdeleurpatrie,avaientprisIesoind'etudierscrupuleusementla regie constitutionnelle edictee parDess,alines,iln'appartenaitpas a deshommcspolitiquesetrangersdetrancher'laquestion.Pour,cette raisonl'article5nepou vait recevoirbonaccueil des p,atriotes haltiens. Sanaissan ce batarde, comparee a l'originesipurede laformuledessa-

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133linienne,devait fatalement lui etre reprochee etIevouerau mepris. Le second fait,qu'ilnefautpasperdrede vue,c'estl'inopportuniteduvote de eet ,article. bienIe mo ment,enpleineOccupation americaine, detenterune re formeconstitutionnellequ'onavait sifa.cilement ajourneejusque laP L'avenirappritvite a quel peril pouvaitexposer Ie paysune experience ag-raire en,collaboration avec l' etr,ang-er. Nous consaereronstoutunchapitre a montrerles ang-oisses ressentiesparfepeuple hai:tien lors del'installa tion des Americainssurles terres del'Etat.IIfallait altendre-s'il etait possible queIeten'itoire flit libere pourremettre a l' etude la question des droitsimmobiliersdel' gtrang'er.2.-La Constitutionde 1932 Les raisons quenousvenonsd'exposer expli quentIe chang-ement quelaConstitution de 1932 a apporLedans Laredadion del'article5. Lenouveautextelimite a 2 Ie delai accorde a l' etr,ang-er proprietaire,quiquitteHai:ti,pourreglersa successionimmobiliere.Cette restriction estIe sig-ne d'unereactioncontrelaConstitution o.e 1918, dans des .circonstances bumiliantes.Les idees quenousvenons de o.efendre nepeuventnousattirerIereproched' etre p,artisandumaintiende laprohibitionde Dessalines, Autre chose estde juger(Ie l'opporLunited'uneloi,autrechose d'apprecier sonprincipe.Nous pensonsquepour [e momentl'espritde1aConstitutionde1932doitdonnersatisfaction a 1'0pinion.Ilest possiblequ'ildevienneoperant daI:lsf,avenir d'allonger

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Ie delai de deuxans jU8qu'acinq oudixans. Mai('i qu'ilfaille eleverle8 etrangersaurangdes Hai:tiens,c'est-a.-dire les protegeI' -etnonpasseulement,lestolerer-commepl'oprietaires ;rienn'estmoinsurgent, ,a. notreavis.Leproblemese poseratoutdifferemmentquand HaIti ,aurauneorganisationfoncierenormale.A,cemoment,IedangerquesignalaitM.J eremie etquis'est realise pendantl'Occupation americaine, auradisparu. Les ,avantages de,lacollaboration etrangere l'emporterontsur 'les inconvenients.Le benefice, pourla prosperited'Haiti,enappa.raitra alorssidairementquel'abrogationpureetsimplede ;l'erticle 5 de laConstitutionde1932ne soulevera au-cune protestation. Nousreviendronssur cette question, avec des elements d'appreciationquinousmanquentmaintenant,dansnotreConclusion generale.

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GHAPITREVLapaysannerie haltienne La legislation f.onciere, dansunpays qui se preoccupe d'avoirdebonneslois,nedoit pas avoir ell vue seulementla prosperite de 1'Etat. Elledoittendre egalement:'I&ocrol treIe bien-etre des proprietaires fonciers et,d'unemaniereplus generale, celui de lous les travailleurs de b terre. Getobjetnepeut etre atteintque siIe legisLateur estinformedes besoins deIlapopulationrurale, a qui les lois immobilieres sont surtoutdestinees. Lapaysannerieestunmilieusocial quefrequententtroppeules artisansdudroit.Lesauteursdes loisqui regis sentila propriete dusols'informentbiendes pl,aintes, des exigences de la masse paysanne.MaisIleur reste superficielle. Les couches rurales,quirepresententIemilieuethnologiqueIe plus richedu,corps social,meritentune etude serieuse et pous see enprofondeur.Sans ,cette tache prealable, Ie legislateur,ignorantlIes reflexes dugroupe qu'il veutdiscipliner,prenddes mesures qui nesontpas respectees, cree desinstitutionsqui ,vont a 1'encontredubutpoursuivi. Loin detirerpartide tellcs lois, faites,aumeprisde leurs desirs lespluschers,les paysans frondenLl'autorite,violentoutournent le$ dis positionsdutexte quileurestinfligeetsereplientsurleurs instincts. L'Etatn'ygagnerien. Son autorite est affaiblie.Unpeuplusde mefiancect p,erancceura l'egaI'd desPouvoirsPublics la paysangerie ..

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136'Cedanger,audevanlduquelvonttoujours l(;slojs importantesquimeeonnaissentIe reel, apparaitmieuxencore,ence quiconcernelesinstitutionsfoncieres, dansla Repu bliqued 'HaIti.EnFrance, par exemp1e, iln'ya pas de oloisoll tres etancheentreles eouches paysannesetIereste de la socie te. La facilite et1arapiditedestransports,1adiffusion del'instructionontpermisauxpays,ans de serapprocherdes autres classesdela nation. Lesinstitutionsega1itaires, tres pre,cieusesaux Fralll;ais, .Yont aide aussi. Notre pays repre sente meme l'unedes democraties les plusavanceesdansIeMonde. De te11e sorte que si lapaysannerie franc;aise conserveencore uncertain indi'Yidualisme,enraisondes carac teres permanentsquis'attachent a ses origines, aSOil,edu cationet a songenrede vie,eUese me1e ,chaquejourdavantage a l'existence nationale. Sesrepresentants, qui plaidentsa causeauParlement,oriententdonc sanstropdepeineLa legislation ruralp. dansIe sens de ses interets. Les lois paysannes, ehez nousetdansd'autrespays ,commeIenotre, rec;oivent genera1ement, decefait,unbonaccueil dans lescampagnes.Leur applicationne souleve pas de tres grandes difficultes.Etles ja,cqueriesaujourd'huiont a peu pres disparu.nenesttoutautrementen HaIti. Les traits,quise de gagentde1apsychologiepaysanneen geneml, sontd'abordextremement aocentues dans ce pays.Enoutre,lacontexturesocialedupeuplehaItien et l'immobilite presque hie ratiquede1amasse rura1e, figee d?ns ses mreurs et ses pra tiques,ontlaisse ace milieu tres peuconnuunepuissanteoriginalite.

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SECTIONILA SITUATION ECONOMIQUEDELA CLASSE RURALE I.-Lepaysansursa terreEnHaIti,l'echantillonnagesocial est tout simple. Lanation-estdiviseeendeux groupes, quiformentuncurieuxcontraste.D'un dlie, il Y a,la societe eclairee quiest aussiladassedirigeante, en6chie, ,concentree dans les villes, fortpeunombreuseparrapport a 1'ensemble de la popula tion, et 9.e l'autre,lamasse populeuse,presqueillettree, privee de force politique, quivit generalement danslescampagnes.Void,commentondepeint,1'existencedeladasserurale,. meme de nosjoms.Leshabitantsdes camp agnessous de vagues apparcnccs de ,civilisation,sontencoredans lapenombrede labarbarie,menant uI)e 'viepurementanimaleetneressentantaucundes besoinspar les quels1'hommecivilisesedistinguedusauvageetde la brute.Levillageois 'vit tres bien, tres henreuxetcontent,sans livres,nijournaux,nirevues,sansplume,nipapier,nienveloppc, sans theatre, sans eclairage, sanspare,sanspromenadepublique,sans salon de -coiffure, sansbeaute, sans elegance ;ilsepasse, sansensentiI' 9.e privation,duphonographe,de1aradio,dupianQ,du cine rna,d'unebibliotheque,publiqueou privee ; il se passede tout, meme denourrituresaineetdevetement,n'accomplissantquelIesfonctions ,animales, meme guand a force d'a,varice et demalproprete,il estarrive a uncertain degre defortune))(I).(I)Extrait p.e I 'editorial duTempsde Port-au-Prince,Ndu8 avril 1933.10

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Pointde classes interinediaires dans ce pays.Presqueaucuneinfiltrationentreles groupes extremes. Dneignorance a peu prescomplete des meeurs paysannesprofesseeparles dtadins, dontlaplupart detiennent les postes decommande: Voila ,cequi,de prime aboI'd, sauteauxyeux observateurunpeucurieux.VNousneca-cherons pas ici quenous avail!>eprouve :lebesoin, pend-antnotre sejour en HaUi, d'etudiersurplaceettresattentivement,les traits ,essentiels et lescoutumesdeIiapopulationpaysanne.Letemps helas !nousa manqjue. Nousnousensommesconfesseetnousavonsmontredansuneconference, f.aitea Port-au-Prince,eommentnoustavionscruy avoir remedie. Nousnousex,cusons de dter ici quelques-unes des phrases denotreexpose :((Cette etude devos meeurs rurales,mon desir eut etc de I'entreprendreavecunsoinparticulier.Or, il SE' trou(,vequejevis a Port-au-Prince,dansunevilleignorante((de il'acti-vite ct des besoins de lapopulationagricole. II((nem'estpas possible,pendantmoncourtsejouren Hal ((ti, de penetrer profondementdans vos ,campagnes.Dne(simple visite,ausurplus,unregardpassageI' jetp. surlesvisages et Ie decor des ,chaumieres rustiques,m'eut lais se unsimineeprofitquejenepuismerepentird'a-voir(( neglige de faire cettepromenadeinutile.oremesuis effor(( .ce, par,contre, d'6couter attentivementles recits vecus de(gensay-antpartagela viequotidiennedes paysanset(( sonde liefond deleurbelle arne (I).(1)Extrait de la Conference de Raymond Renaud prononcceIe24decembre 1933auCercle Bellevueet publiee dansIeTempsdePortauPrince, Numerodu3 fevrier 1934.

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sansduNord de la Republique, menacesil,-;,y:aquelques anneesd'etre chasses de leurs proprietbs. CeLattachemenLausol est si grandet si visiblequ'unefemmede lettres americaine, Blair Nges, a puecrire que I'HaLtien aime sa terre presque -commeunhommeaime safemme...The Haitian loves his iland, almost as amanloves hiswoman(r).L'amourde b terre en s'iln'estpas rare,n'existe que chezIeproprietaire, guide par I'instinctimpe rieux de la conservation patrimoniale.En HaIti,il n'ya pas dans tous les,casnnedemar-cation tres netteentrela situation de proprietaire et celle de possesseur,IIarrive qju'une possession de treg longue duree ,cree des droits tres forts, quin'ontpeut-etre Jamais eteconfrontesavec Ie droitduproprietaire initial mais qui represententuneautorite incontestable.Decechef, beau-coup de cultivateurssecon siderent fondes iJ. resister iJ.' toute tentative d'evictioI) surIe sol ou ils travaillent. Ils savent qu'au-dessus deleurtitrede possesseur ilyaledroiLsuperieurduproprietaire qui,dansleuresprit, represente quelque-chosecommeIedomaineeminentde nos anciens seigneurs feodaux. Mais cette sorte desubordination, ou ils setrouvent places, est toute theorique.Pratiquementils seconduisentcommes'ils etaient proprietaires.Ensorte que maltres eLmaltres apparents entretiennentunculte egal,8. l' egard de la terre nourriciere.2. -La propriete apparenteCette derniere remarqjue nousmontrequ'en Haiti lIeconceptjuridiquede la proprieten'apparalt pastoujours(I)Blair Niles:Free,p.224.

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:t!J.x paysans,instruitsparla coutume etignorants d';i'-IJ'(:;'6d.e Civil.EnFrance,siquelque doute surIefonddudroitvenait a empecherdereconnaitreIevrai pro prietaired'unimmeuble,l'equi'Voquenesauraitsemaintenil'longtemps a ,causedufonctionnementdedeuxinstitutionsimportantes:Iecadastre, revelant Ienomde tous les proprietaires, etl'impotfoncierdontsontgreves lesim meublesbatiset non batis. En HaIti,OU n'existeriendetel,l'equivoqueseprolongesouyentimpunement.Cesdeuxpays,quiontunecufturejuridiquesembla bleetseservent presque du meme Code Civil,sontdone placessurdesplansdifferentspour,cequi interesseleurorganisation Nous avons deja montrel' etat d'instabilitefonciere,dontsouffre lajeuneRepublique.Et dims laconclusiondenoirechapitresurI'Historique de la propriete, nousavons constateplusspecialement lasituation irreguliere denombreux pays-ans, installes a la maniere de vrais propri6taires surIe sold'autrui.Parmices possesseurs,ilenest quinepeuventprof Her des avantag'es de la parIelongusage. Nous voulonsparlerdes paysansqui posseo.enta titreprecaire les terres qui leur ant ete louees. Ces biensappartiennent a leurs bailleurspouryu0.'actesauthentiquesde propriete. La loiinterdisantd'usucaperauxsimples detenteurs, ces fermiersnepenventseprevaloirde laprescriptionprevueparIe Code. Mais guano.ils' agi t de ,contrats de ferme quiremontent ,1 unedateancienne,la question deleurvalidite actuellepeutfortbiense poser. La presencedu meme fermier,puis de ses descendantssurIesol occupeenvert.ud'un contrat de baillointain,d'une part, I"absentelsmeet

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parfoi:,; iledesinteressemC'ntdubailleuret cr'eri'tiersa. l' egard deleurterre,J'autrepart: voila. deu mrconstan ces, a peu pres inconnuesenFrance,quiontprovo que en HaIti uneextremeconfusion,s'aggravantde generation en generation. Lefermierhaltienest enquelque Gorte devenupossesseur,Iejour OU il a cesse depayerIe loyer de la terre.Cej our-la Ielien dedependances' est brise. Cettesituationexpliq,ue,eUeaussi,quelessimplesoccupantsse ,comportentcommeles proprietaires, vis-a.-vis dufondsqu'ilscultivent.Le sol, qui represente 1'indepen dance, estl'objetd'uneveritablereligion a laqueUe s'associenttous lescullivateurs, queUe quesoitleurconditionjuridique. 0_" SECTIONIILES COUTUMES F AMILIALESI.-La nuptialitenaturel1e Cen'estpasseulementdans lesrapports paysanavec laterreque Ia lettredudroitsetrouvemeconnue.Lesinstitutionsfamiliales, reglees parIeCode CivilhailieninspireduCode Napoleon,sontdemeurees, dans la paysannerie haltienne, fideles a. de yieilles et veneree<; coutumes.11est a remarquer,toutd'abord,que Iemariagecivildanslescampagnesdemeure tres souventignore,ouestconsiderecommesuperflu. Desunionslibres, treshonne tementformees, tres respectees,tiennentlieu de celte institution.Lesconjointsevidemmentrestentetrangersdevantla loietlesenfantsquinaissentsontnaturels.Mais, en fait,touscesrapports familiaux sontfortifiesparuneveritable possession d'etat d'epouxaud'enfants legitimE'S, quepersonne:n.'oserait contester,

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La', .ns'aggravedans;lecas au rundes auteurs est deja e erme leg,alementdansles liensd'unmariage.La naissance de sesenfantsillegitimes est alaI's enta,cheed'un -Vice d'adulterinitequi,selonIedroit strict, devraitentraIner les memes consequences successoralesqu'enFrance.La pratique de 1.a nuptialitenaturelleernul.IeGouvernementdeM.LouisBarno,ancienPresidentdela Repu blique.Vneloi votee soussonmandaI. confere auxcuresIepouvoird'unircivilement,parIemariagereligieux, Ies epoux comparaissantdevanteux. Cette Ioi,dontIemobile paralt louable, a ete critiquceparcertains juristps.Onnousa fait observerqu'ellecreaitdes entreIes differentsfoyers fondes par un meme ,chef,bienquece pereprodigUilta taussesenfants,malgreIa yariete deleurorigine,une ega Ieaffection.TouteffortpourpoliceI'lamasse doit etre salue. Mais ilesl. a ,craindrcqueIatraditionl'emporte,pourlongtempsencore,surIevceu de!aloi. :>..Lapolygamie economique M.PercevalThoby,Directeurde 1'Ecole Nationale de Droit dePort-au-Prince,ancienMinistre des Finances,quicanna It bienles mceurs du payg.annal. nairpouravail' veeu 10ngtempsdansson voisinage, nous a exposeune "ieille ,coutume a laquelle resl.ent fide!cs lespopulations arrierees desoampagnes.Al' age desemarier,qu'il soit propriet.aire auposses seur,lecultivateurprend generalement unefemmeauxabords de sa residence et l'aceueillesursonhabitationD.De,ceUeunionlibrenaissentdesenfantsnaturels, vi ventdes fruits de laterreets'adonnent it la ,culture des

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-144qu'ilspeuventtravaiUer. Mais si Ie chef de J,amille ad'autres proprietes situees ailleurs, ils'unitplusieurs femmes dansIebutd'insta11er concubine .dans chacun de ses domaines. Sui' chaquehabitation,il fondeunfoyer,quia son economieindependante.Chaqueepouseillegitimea Ie role d'unegerantequiadministreIebienenl'absencedu maitre.Les enfants vi ventautourdela mere nature11e etprennentpart, avec e11e,auxtravauxde laterre.Cettepolygamieest assezcurieusesil' onc.onsidere sa fonction economique. M.PercevalThobya ete frappeparlapuretedes mamrs qui se ,cachederrierecettepluralited'unions.Laconduiteduchefde famille,aux 'epouses multiples,nechoqueenrienlamoraletraditionne11e. L'opinionrespectechaquefoyeretn'endiscutejamaisIe caractere illegal. Les maitresses sonttoutes fidelesaumaitrecommun.EtIe pere temoigne a tous sesenfantsIe meme devouementetunamour egal. L'observateurdistingue, qui nousa presente ce tableaufaisant rever'Et d'autres siedes, nous'a meme ,confieque 11<3 grandeautoritedontjouitl'ascendantsurses epousesetsesenfantsrapprochecette coutumehaltienne del'institutiondupaternalisme,en'vigueur autempsd'Abraham.L'attitudedu pereaE fami11eaudecIindesa vie,alOl'squesesenfantssontdevenusgrands,est vmimentedi fiante. Le vieillard rassemble ses heritiers dans leursproprietes respectives etpartageentreeuxsouverainement,sansappel, laterrequiles anourris.11fait des lots egaux qu'ildessineentenant compte des exigences de la culture. Jlf,ait parfois dresserunplande ces divisions,puisilborneles lots et les

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145attribue it heriLiers. Les fiUesnesontpas lotiesdanstousles cas.Quantaux gar<)ons, quiIesonttoujours,ilsnepourrontsemarierqu' apres avoir bati leurmaisonsurIeterrainquileurest echu. Cepartaged'ascendant,quil'epresentel'undesplusbeauxtraitsde laprevoyancepaternelle,est quelque chose de saae. Pcrsonnen'oser,ait Ie violeI'ou meme encorrigerIemoindredetail. Le VCBU du pere est enLierement l'especte.Tantpis silaloi successorale,dontles dispositions ressemblentbeaucoupauxprescriptionsdenotreCode Civil,esLmiseen echec. La regIe du pere prevaut.11peutarriver qu'un enfanttentedes'insurgercontrel'autoritepaternelle.Unfils, envoyeit lavillepour s'ins truire,peutsepermettrcde ,critiqueI' Iepartagedesimmeublesqueson pere a prepare. Le cascependantest fortrare,carunepareilleimmixtion,dansl'acLe Ieplusindiscutequisoit, estsure derencontrerladesapprobationdetoute:lafamille. Si Ie filsinsoumisveutpersister a invoquerlaloi oCOntre latradition,ilencourt meme lesplusdurs cha timents.3. L'opposition du droitetdela coutumeCettepratique,com parLe des ,consequencesimportantes:Endroit,lesenfants nes danslesconditionsdontnousvenonsdeparlernejouissentqued'unesimplepossessiond'etat.II estrare que lesparentsleurprocurentuntitreen les reconnaiss,ant,commeIeveutla loi. De telsenfants,resLes etrangersu leursauteurs,sontdone prives de vocationhcreditaire.PourLant ilsviennentaupartageetnulheritierdusangn'oseraitleuropposerIe texjp legal.OnvoitIe d6saocord quiregne,surl'undespointslesplusimportantsde1alegislationcivile,entrel'usageetla loi.

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Unjuriste haltien, dureste,n'apas hesite-it. direqueles reglesduCode,d'une manieregenerale, restaientinappliqueesdansson pays. Le Code civil, a-t-il dit,n'a guere agisurnos meeurs, qui sesonttranquillementdevelope( pees, suivantune,courbe differente delaligne tracee le gislativement. Notre societe,impregnee d'unsentimentalisme excessif, a, laplupartdutemps,,col'rige sponta (nementtoutes les regles legales encontradictiontrop(flagrante avec son paso-e, son etat d'evolutionou g.a struc((ture.Elle les laisse de cote, lesignore,et oMit audictat(equi se degage de lanaturedes 'choses et des rea,ctions((psychologiques indivicluelles. Mais quelquefois ce meme exces de sensibilite la pousse it. decruelles injustices,it. deserreurs prejudidablesit. ses vrais interets ))(I).4,.-L'indivisionEndehors de ce vice d'illegalite,IepartageennatureimposeparIe chef de famille estuneeoutume qui tend it. morcelerlaterre;sa generalisation a ,certainement favorisel'extensionde la petite propriete. Maisonpeutdirequecette consequence,en fin de compte,futdevenue dange reuse, si la division des heritages avait ete eonsommeeentierementet repeteeit ehaque deces. II y aunelimite natu relle aumorcellementde la propriete, au-dela delaquelleIesysteme secondamnedelui-mcme.Aussi,biensouvent, Iepartagede la propriete n'entrainepas de separation radi ealeentreles differents lotsprovenantd'une(habitationexploiteeencommunparles heritiers.Le pere de familles'estsurtout preoccupe de fixerl'emplaeement OU eha,cun(I)ClovisKernisan:La, Verite alllaMort,Por(au-Prince1933, page 35.

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de ses filsauraitdansl'avenir abatir sa maison.Enfait, il estrarequ'aussitotIepartage acheve chaqueenfantse retiresursonheritagepourIecultivertoutseul.L'indivisionper sisteetla propriete familialesurvit meme frequemment a ladisparition del'auteur 'Commun. Mais la sagcssedu pere a su pre voir lamesententeentreles descendants, qui peuventtoujoursquitterla copropriete etcultiverleurpart.Les lots faitsparl'llscendantsont a leur tour partagesparses heritiersentreleursenfants.Ainsi secontinuelatraditionpaysanne,plusforte que la loi, plus l'espectee aussi.n'v,ade soi que cettecoutumeporteenelleunobstaclequ'ilsera difficiledevaincreIejour OU devra etre appli quee lanouvelle legislation fonciere.L'indivision,quis'estincrusteedans leshabitudespaysannes, poseunproblemevraimentgrave u I'attentiondu Iegislateur. Le Code Civil haltien,commeIe notre, se montreplutot defavorablea lapersistance delacopropriete.IIpermeten consequence des'enretirerfacilement. 'Mais son esprit seheurte a 1amentalite rurale, ses reglessontignorees de la paysannerie.IIs'ensuitquelacommunautef,amiliale sevita l'etatendemique.Onnousa affirmequ'iln'estpasrarequ'unecentainede feuxrestentgroupesautourdu meme domaine. Lesinconvenientsjuridiques,imputahles a'Cette situation,s'aggraventdufait del'originedouteuse desproprietairesoudes possesseurs presumes tels. Les indivisaires doiventbienpresquetousleursituation leurtitre hereditaire ; mais, ,comme nousl'avonsvu, laplupartd'entre cux sont desenfantsnaturelsou,adulterins. Auregard dE' la loi;lessecondssontprives deloutdroitsuccessoraletl,espremiers n'heritent qued'unequotitereduite,que:Ialoid'ailleurscesse deprevoirsi la naissancen'apas ete reconnue. IIya

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-148-donc,parmitaus,cessuccesseursapparents, des h'eritiers naturelsnonreconnusau adulLerins quijouissentde droitsentierementusurpes et des beritiersnaturelsreconnusqui exercent des droits trop Iarges.Inversementilexiste desparents,que Ia Ioi auraitappeles a Ia succession,quisetrouvent prives detoutdroit. Achaqucnouvelle generation I'indivisions'enrichitetIasituationse ,compliC!lue denouveaux cas, quisontautantd'injures a IaregIe.5. -La transmission dLl nom IIest llneautrecoutumefortregrettablequiajoute ala confusionquenousvenonsde decrire. C' estIamanieredontIenomsetransmetdansIescampagnes.De curieuses regles,en1a matiere, sontappli quces. Tandis que Ienom,dans toutes Ies societes policees, estIesupportdeIafamille etrepresenteun element de permanence,de perennite, ilne connait danslapaysannerie hailienne qu'uneexistence touta fait ephemere. Lenompatronymiquenesetransmetpasauxdescen dants. Lesenfantsneportentpas Ie mcme nomde famille queleur pere, ilsadoptentpourentenirlieuIe prenom paternel.Dureste, ilsIedeclarentcommeleurproprenom,auxbureauxdel'etatcivil. e111pere de ,familles'appellePelit de sonnometJoseph de sonprenom,sesenfantsnesenommentpasPetitmaisJoseph)).Dans I'etat-civil des petits-enfants,toutetrace desnometprenomdu pere a donedisparu. Maitre Pasquier,notaire a Port-auPrince,nausa declare queIenompaternelest oubliecompletement a la cinCJjuiem('generation. On nollS a confie que dans certaines regions, au d'autres usages sontenvigueur,c'est,Ienomde If)mere qui

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passe aux enfants. Certaiues coutumes feraient meme del'autoritematernellela verilable dans la famille,instituantainsi une sorle dematriarcat.11n'yarien lil de tres surprenant,sil'onse rappelleIe role degerante joue pal'laconcubineinstallcesurunehabitation))avec Sil progenilure.Lenommaterneln'est-il pasIeseul, :lUXtCl' mes de la loi,quedoivent porter lesenfantsnaturelsnonreconnuspal'Ic pere? Et,en,celie .circonstance,n'est-cepas aussi la mere qui detient la puissance paternelle ? A travers cettemonographie, on voitIe pl'l'ilou s'engageraitIe legislateur fancier quimeconnaitrait les tradi tions paysannes. Tous ces usages, qui sesontcristallises en regles dedroitcoutumier, meriteraientmeme une etude fortlongue,donttireraientgrandprofit les reformateurs dudroit hallien. L'ignorancede lacoulumeexplique la vanite detantde textes legislatifs, qui sont venusheurterdefrontdes prcjuges seculaircsayantpresquel'importancede dogmc3 religieux. Une loi qui ncse coulerait pas dans les mceurs,en HaHi, serait voueea unecheccertain.Lepaysan,ignorantlalangueofficielle,nepeutsaisir Iebien fonde d'unc regIe ecritequilecontraint de ,changer sesplus eheres habitudes. Aussiprend-ilinstinctivementen aversion les mesures edidees parlelcgislateur.ArmandThobylui preteee propos familier :,Laloi ,ce zatrape))(I)(Ialoi estuneaUr,ape)qu'ilprononceencreole, seullangagequ'ilsacheparler.(J)Armand Thoby:op.cit.,page 39.

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-J50Commeles paysansnesaventnilirenie,crire,,les con tratsorauxqui eng-!agentleurfoisontceux qui seconeluentIepluseouramment.Nous avons vu precedemment queI'usagcdespartagesd'ascendant eta it tres repandu.Pourlaplupartces acles de famille reslentverbaux.Quandunpaysan traite avecuncitadin,quiestunpeuunetranger,sa mefiance l'incline a recourir al'oUke dunotaire. IIenest de meme pourleseontratsd'uneimportanceparliculiere,ouquandI' accordentre les partieI' sem ble diffidle. IIy,aaussicertainsengagementsqueseulelaformeauthcntiquerendvalables. CeUe restriction,presquetoujours,profite a la paysannerie.Ceux quipassentun ade de,cegenreavecunvillageoisluirappelIent la regIe et Iedecidentfacirlementa s'yconformer.Les tr,availIcursruraux,eneffet,nesontpas hostiles a l'interventiondunotairedansIleurs propres afflaires. S'ils se mefient de la10iimpersonnelIe et froide, ecrite dansunelangue etrangere, ils confianceenrevancheaunotairequ'ils,connaissent,quileurp,arleen,creole, 'considere leurs interets et vientausecours deleurignorance.ArmandThobynousrapportecette reflexion d'unpaysan,qu'onobligea a s'engagerpara,ctenotarie:Yo mette nommoin dans papier-Ia.Yopas marre piedsmoins(on a port.e monnomdanscepapier,maisonnem'apas lie lespieds),c'est-a-dire :Jepuis alIer ou jeveux(1)'Ces paroles ,caraderistiques de lamentaliteruraleen Haili, eombiend'autrespaysansen repCtent Ie sensdevant l'officier ministeriel.Cequi com ptepources filsd'esdaves, qui tremblent. encore ausouvenirdes ;annees terribles, e' est (1) ArmandThoby:0p.cil.,page 32.

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Ia conservation deleurliberte.Le,col1tratnotarieJdontiisdebattentIibrementles clauses et quileurestlulentementen creole, leurdonneto utes garanties ace sujet.Il va de soiqueIe role dunotaire haiti enest souvent ingro8.t. Le paysan se presente a l'Etude, meiant etgauche.L'acte qui doit etre dresse exige desdocumentsoriginauxquimanquent,desrenseignementssur l'etatcivil et la situationfamiliale des parties qu'il est impossible de recueil IiI'.Onserappclle les curieuses auxquelles obeit latransmissiondunom.Cette ,coutume suffiraitdcompliquerla tache del'omeierpublic,qui est oblige deremontel'une genealogie aussi labol'ieuse. Maitre Pasquier nom a parle des difficultes que sou HlVe l'applicationde la loi dans denombreuxcas.Poureclairersareligion,Ienotairea recours aux actes de noto riete, c' eskl-dire auxtemoignages. Son role ,aquelque res semblance avec ,celuidujuged'instruction.Cen'estqu'a pres plusieurs enquetes et denombreuxinterrogatoiresqu'ilparvient it savoir la verite. Car les paysanscroientsou ventde leurinteret de 108. dissimuler.Onvoitpar Ii la gl1ande utilite quepeutoffrirl'institutiondunotariaten HaIti. C'estIenotaire,ensomme, qui est Iemeilleuragentd'executiondelaloi en meme tempsque I'educateurde lapaysannerie.Siunprojetde reforme fonciere venait aetre vote danscepays,Ie legislateur trouvera itenluiunauxiliaire indispensable.

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CHAPITREViLaquestion agraire L'Oocupationamencainea fait rebondir,enHaiiti, l'interetqui s'esttoujoursattache aux questions agraires.L'attitudedes gouvernements haltiens qui i;iesontsuoeede sous la tutelle etrangere, jusqu'en1930,amontreles dan gers d'unepoliti que ruraleignorantedes conditions impo sees parIemilieuphysiqueet social. Aussi eSt-ce a lalu miere des evenements qui sesontderoulespendantcette periode, que nous allons decouvrir Ieregimeagraire pa raissant Iemieuxada pte
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moyende fixer dans quel sens devaits' orieJ;.lter la politique agraireen HaitL S'ilya des actes de gouvernement, prepares pardesdirigeants haltiens, quiont alarme 1'opinion, c'est qu'ilsfaisaienttropbon mar'ched'interetsqui sontvitaux pour lanation.Ges actes sontintervenus a une epoqup0U Iepeu pIe souffraitd' etre humilieparl'Oecupation etrangere. Au lieu deremedier a la situation, ilsontfait naitre, au con traire, denouvelles inquietudes. Alorsque1'independance eta it deja mena,cee, cette politiquevenait exposerlaterre haltiennea lacupiditede capitalistes etrangers. La >consequencefutquela petite propriete apparutplusquejamaiscomme;Ia sauvegarde delasouverainete natio nale,.OnalIa meme,dansl'emotion que pi'ovoquerent des mesuresinbumaines, jusqu'adefendre la cause des posses seurs installes sanstitres,ensimples oocupants,surIesol del'Etat.L'opinionpublique, inquiete, accreditacette the se,que Ia possession prolongeed'uneterrede 1'Etatparun Haltien nepouvait etre troubleeparla puissancepublique.Dne enquete, quenousavons ,eonduite ay;ec laplusgrandeimpartialite,nOllsa eclaire surdes points capitaux. Les evenements decesdernieresanneesont prepare desdogmesnouveaux, quel'opinion tOt ,outardimposer aaulegislateur. De 1'impreeision des criteres, quijustifienten Hai:ti lesdroitsimmobiliers, il resulte cette gr,ave conse quence que Ia doctrine suppleetropsouvent aila loi hesi tante.Ons'expliquealaI'SquelIesGouvernements soient tentes de s'immiscerdans les choses quiregardentIapro priete privee ; ce risque est inevitable. Siuntexte de loi precis, unacte publk imposent'Ie respect lauPouvqir, n

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-155-n'enest pas de meme deLadoctrine, priveed'unite, d'autorite, etdontla complaisance estgrande.Gecimontrebienl'importancedupresentchapitre.L' etude de la question agraireva nousfixersurl'evolutionnaturelle,surl'avenirde la propriete fonciere en Haiti. Le deb atplusproprementjuridiquequenousinstitueronsen suite,pourasseoir les Lases deLa reformefonciere, pourraalorss'inspirerdes besoinsdupays,encequiconeernelarepartitionde lafortuneimmobiliere.SECTIONILE CONFLIT AGRAIRE PENDANT L'OCCUPflTION A.M'ERICAINE I.-La these progressisteA.Nous avons clos Iechapitre, OU a ete expose l'historiCJJuedeLa proprietefonciere, ensoulignantlaconfusion decertainsdroitsimmobiliers,quitirentleursource de la loi,decontrats prives varies oudufait de la posses sion.Lapolitiquede lamajoritedesgouvernementsaupou voir depuis 1'Independances'estmontreenettementf.avorable a l'epallouissement de la petite propriete. Lagrande perdait. piedpeu a peu,etl'Etat haltien ne 5'; portaitpasmalde ce regime,quand,brusquement,aumomentdel'Oocupation amerioaine, Ie vent tourna.Une expe rience nouvellefut tentee, aumeprisdesprincipeschers a Petionet a ses suecesseurs,pouretablirun systeme degrandes cuHures, dansIegenredeceluique pronerent Toussaint-LouvertureetDessalines. Nous avons etudie, sans idee preconyue, les raisonsquiavaient determine Iegouvernemenl. ha'itien del'epoque a

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156 -improviser cette politique nouvelle. Nous n ';avons vouluretenirque les expli'Cations fourniespardes faits contro lables. Eloigne de toutpartipris, nousn'avonsj.amais prete l'oreille aux accusations dictees parla passion. Nousnefaisons ioCique ,Ie des doctrines.B.-EnHaiti, pendant l'Occupation americaineJ deux tendances sesontbeurteesenfacedu gr.aveprobleme de l'avenir. de la propriete fonciere. Alorsqu'auparavantprevalaitune these qui protegeaitIlapetite propriete entrelesmainsdes regni,colE's, quelqueshommespolitiques, iniluences pardes idees plus neuves,voulurentexperimenter it leurpassage au pouvoir,pendantl'absencedu 'controle parlementaire,unsysteme inedit. Voici les idees essentielles ,contenues dam ceUe doctrine,appelee progressistc, parcequ'ellepretendsans doute faire evoluer plus vite les conditions economiques : Lespaysans haltiens, ignorantsetsans initiative,cultiventencore a lamanierede leurs .ancetres les terl'esqu'ilsp.ossedent. Ils nepeuventadopter lespro cedes deculturequ'enseignelatechniquemoderne.IlleurfaudraitJpourcela, outre la science quileurfait dCfaut, des moyens financiersdontilssont totalementdemunis. Etpuis, leurs exi gencessonttropreduites,leurstandardde vie trop faiblepourqu'ils,cherchent a ameliorerleursort. Les fruitsqu'ilsrecoltent, si maigres soient-ils, suffisentpoursatisfaire leurs besoins etceuxde ,leur famille.Deleur cote,il serait donc vain de 'Cher,cher unepromesse d':avenir. L'economie fermeeou ilsviventest f,atale au progreso L'Etat,pourprosperer, doit 'Chercher ailleursIemoyend'evoluer. QuandeetEtat,par surcrolt, doit presquetout a son agricu'ltur.e, Ie systeme generalis'ant la petite propriete lui estpartieulierement funeste. Lespays,a;nsdeviennent,

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eneffet, les maltres incontestesdusol, les seulspourvoyeurs de :Ia richessepublique.Unmeilleursysteme residedansla collaboration d'agriculteursinstruitsetmunisde .capitaux,meme si ces ,agriculteursnesontpas Haltiens. Cette wl:laboration peutetreacquise facilement? ladoubleconditiondetenterl'experiencesurdegrandsespaces, ou lacultureextensive aidee dumachinismesoit possible,etpourunelongue duree, afinquelescapitaux engages puissentfructifier etprocurerunejuste remuner.ation. 'Ceprogramme,enoutre,conduit a l'embauchaged'ouvriersagri.colesetoffreun debouchea 1acIassepauvre.Nous venons dereproduireIeraisonnementquedurenttenirles dCfenseurs de Inthese progressiste.M.LQuis Bor no, lapersonnalitc la plus marCJJuante deleurparti,a deve loppe devantnoussonopinion.Nousn'avonsfait id que ila resumer.De telles idees, pOUl' etre appliquees, allaientrencon Irer,en HaIti,uneorglanisaLion fonciere des plus favorables. II fanait trouverunpoprietaireassezpuissant,qui vou Itlt bienselaisser deposseder d'unepartiede ses biens.Or,il y avaitl'Etat.II dait de meme necessairequeles terres,quiseraient ,confiees auxagriculteurscapitalistes,fussent disponibles.II ,f
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-158-Les innovateurspurentdone profiter, nous Ie repetons, pourrealiser leurs projets,d'unesituation inesperee. 2.-L'ExperienceduPresidentBomoC'estIe22decembre1922quefut votee parIe Conseild'Etat,tenantlieu deParlement,etpromulgueeparM.Louis Borno, il:a loisurlesbaux a longtermepermettantl'introductionde lagrandeculturesurles terres duDo maine. V oid Ietexte de cette loi :LOISURLESBAUXALONGTERMELouis BornoPresidentdeIla RepubHque Vul'artide55de la Constitution.Vu la loidu21 Aout 1908surles domaines.Considerant quel'Etatpossede dans les parties de la Republiqued'immensesquantites de terreenfriche quineproduisentaucunfruitourevenuetqu'ilya lieudeleslivrer a !laculture;Considerantqu'ilimportequel'Etatpuisse les affermer a longtermeetdanslesconditionsquipermettentde lesmettreenvaleur etd'augmenter [es re.ssource:; budgetaires et les recettes generales dupays.SurIerapport des Secreta iresd'Etatde l"Agricul ture, del'Interieuret des Finances.EtdeI' AvisduConseil des Secretaires d'Etat.A propose,Et Ie Conseiil d'Etata vote la loi suivante :ArticleIer.-LeGouvernement est autorise a consentiI' desbaux variant de 9 a 30ans, ave<: la faculte deles renouvelerpour unE' periode additionneUen'excedantpastrenteans..

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-159-Article2.-L'affermagedes biensdudomainedel'Etatpardesbaux a longtermenepourraavoirlieu que s'ildoit avoirpourresultatd'etablir des entreprises denature a developper les ressources agricolesdupays etd'apresles methodes effica,ces.Ilnepourra etre ,c.onsenti qu' a des pCTsonnes oucompagniesqui auront justifie de leurs capacites finan deres etdeconditionsnecessaires envue de realiser Iedeveloppement agricoledupays, ,conformementaubutde lapresenteloi.Article 3. Toutedemandedebauxdepassant 9ans devr.a etredirectement adresseeau Se.cretaired'Etat del'Interieurqui, apres ententeavec Ie Secretaired'Etatdes Finances et Ie ConseillerFinancier,la soumettraau Conseil des Secret,airesd'Etat.Lebail sera autorisepar Arrete Presidentiel.Article 4. LesindividusoucompagniesenfaveurI(desquelsauront eLe consentis des bauxa longtermenepourrontvendreou .ceder leurs droits a des tiers .oua d'autres,compagnies quemoyennantune
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-160 d) Le prixde I'affermagepar annee etparhectare nedevra aaucun momentdepasser 5%de la v.aleur(Ibruteduproduitde 1a parhectareni etre moindrede6 gourdes(1doillar2),s'ilya lieu,par hectJareet pour (lchacune des 5 premieres anneesdubail. e)Lanonexecution de toutedauseducontrat dan3 liestrois mois quisuivrontla dated'un avis formeldu Gouvernementsignalantcette faute,donneralieuenfaIIveur deI'Etat a undedommagementdont'Iemontant sera fixe parIecontrat.Le defaut depaiementde la somme prev,ue a titrede dedommagement o..ulanon exbcution duhail apres 30jours,entraineradepleindroit la resiliationduditbail.((Les valeurs duespourla ferme, aumomentde sa resi II iliation, seront acquisesa I'Et:atetporteront interet jus qu"acequ'elles soient payees sans prejudice de plus amples dommages-interetss'ilya lieu. Artic'le 6. Dans Ie casOU IeGouvernementet Ie fermierneseraient pas d'.accord surI'interpretationduparapraphe(c) de I'article 5, Ie differend sera regie d'unemanieredefinitivepardeuxspecialistes, 'l"un designe par Ie Gouvernement etl'autreparIe fermier. Si Ies deux ( arbitres n"arrivent pas a semettred'a,ocord, Ies interes ses, dansun delai dehuitjours,en choisiI'0nt untroi(sieme, etIadecision de majoritel'emportera.Siopnes'entendpassurIeehoixdutiers arbitre,IeDoyendu'(TribunaldePremiereInstance deIiasituationde l'im'( meuble designer,a,surIarequisition de Ia partieIaplus diEgente,ce tiers arbitre, Iequel doit etre unexpert no (toirementreconnuetdont la decision sera definitive.

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\ Artide 7. ,Lesbaux n'excedant pas 9 annees restentsoumisauxprescriptionsde la loi de1908surlesdomaines.Artide8. Lapresenteloi abroge toutes lois oudispositions de loi quiluisont,contrairesetser,a executee a la diligence des Secretaires d'Etat del'Agriculture,deI'Interieuret des Finances, ,cha,cunence qui Ie con ,cerne>l.Lalecturede ce textene revele rien, deprimeaboI'd, qui soittrescritiquable.LeGouvernementa bien Ie droit,sinon Ie devoir,demettreen location les terres priv'eesdel'Etat,surtouts'ils'inspiredeconsiderantsdugenredeceux que nousvenonsde lire.Cequiimporte, ("est que les droitsdubailleur,en I'espece, soient entouresd'unepro tection particuliere.EnFrance,poursatisfaire [\ ce souci, les actes de geshondudomaine priveobeissenta des regles etroites, qui ressortissentauDroitAdministratif.L'affermagedes terres del'Etat,desdepartementsetdes ,communess'operepardescontrats speciaux, dont:laformeetles effetsne peu vent etre d6battuslibrementparles parties. LaIloi hailienne du22 decembre 1922,contient aussi quelques pourl'Etat.Ses dispositionscependant,decepointde vue, ne!':ont pas a l'abride tous reproches.La duree inaccoutumeedesbauxqu'elleenvisage conduit l'Etat;'! unelonguedepossession.Ilauraitdonc ete heureux,encontre-partie,d'imposeraufermierde severes conditions,sanctionncesaubesoinparune menace de resi liation.L'artide32de la loidu 29flout 1908,envigueur a cette 'epoque,s'exprimaitainsi :(Ladureedeshauxdesfermiersdel'Etatest deneufannees.Pourtout bail exce dant ce terme,(l"autorisationducorps Ilegislatif devra

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-162-( etre demandee.Le legislateurde1908 avait agi sagement.Unbailtroplongequivaut a undemembrementdela propriete. Pourquoi1egouvernementdeM.Bornojugeat-ilinutiled'imitercetteprudence P IIestbien diffkile de savoiregalementpourqueUe raisonIeprixannuelde l'affel'mage est 'limite autauxde5%de lavaleurbruteduproduitde laterre.Comment .I.a loi,de1922 peut-eUe ameliorer les recettes deI'EtatsieUeluiinterditen meme tempsde recueillir de bons loyers P II yaenfinuneautredisposition quinom asurpris.L'article6contientla clause compromissoireinterditeenFrancedans lescontratscivils. Cette clause est tres dangereusepour iles parties, puisqu'eUe lesprivedesprincipalesg,arantiesquepresententlesjuridictionsde -droitcommun.Nouscroyonsqu'ilfut temeraire de wnfiera desarbitresIesoin detranchercertains di'fferends pouvantopposerI'Etat a ses fermi-ers. Del'enquetequenousavons faitesurlaquestionagr,aireen Halti, il resultepourtantquec'estmoinsIe textelui-memede la loidu22 decembre 1922 quel'espritdans lequel ilfut vote puisapplique,qui ffi,cha l'opinion.La loisurlesbaux a longtermevitIejour a unemau'Vaiseepoque. Le pays etait enpleine eclipse deregimeparlementaireet sous Ie coup del'occupationamericaine. On la soup90nna doncaussitotd'avoir ete inspireeparlesconseilsdel'etranger,dont:1'intrusionconstantedansl'exer cice dupou'Voirirritaitfortles patriotes. Cette loi,d'ailleurs.venait,apres'laConst.itution de 1918,dontl'article5 aecordaitIedroitde propricte auxagriculteursde toute nationa1it6.L'opinionsavaitbienles espoirs qui se -cachaient derriereces lois agroires. Cen' e taitunsecretpourpersonneque laterrehaitiennefaisait

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163envie a certaines societes :ameneaines, designees tropclairement,dansl'article2de la loisurlesbaux a longterme.Nulle personne, nulle compagnie haltiennes n'auraientpujustifier des capacites financieres exigees. Cette clause les excluait done,. L'anneequi suivit.Ia promulg,ation de laloi, les esprits luifurenttellementhostiles queIeDocteur Dalencour osa declarerqu'elleluisemblait avoir ete faitepourles gran des Compagnies americaines capitalistes n. IIajoutaqu'elle etait un lache coup porte auxmesures agrairessublimes dePetionetde Boyer,uncoupdetraltre donne -au dosdupauvrepaysanhaltien(I).nsied, ici, av.ant deporterunjugement definitif!d'e tudierles consequences de la politique duGouvernementBarno.Laloisurlesbaux a longue duree, dansIlapenseedulegislateur, devaitrepondre a unbesoinquise trouvetraduitdans Iepremierconsiderant.C'est pareeque fEtat pos sed,aitd'immensesterrainsenfriehequ'ilconvenaitdefaire appel a la collaborationderiches fermiers. Or,nous 'l'avons deja faitremarquer,la question se posait de savoir si 1'Etat pouvaitbiendisposer de tous lesimmeubles,dontil etait proprietaireapparent.Un debat s'ouvrit,dramatique,autourdecepointdedroit, quimettaiten cause la destinee deplusieurs milIiers de familIes paysannes. FallaH-iI,Iejourvenud'executerunhail prevu parla loi de1922,expulser les occupants des tel' resduDomaine,(I)LeDocleur Franvois Dalencollr:LeSauvetage Nationalpal'IeRetour a laTerre,chapilren,Largentiere (Ardeche), page 28.

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chasseI' les fermiers, evincer ilespossesseurs se pr"etendantproprietairessans se saucier deleursdroits PC' est la solution a laquelleserallia Iegouvernement,aumoyendesargumentssuivants: Lesoccupants de passage, qui sesontinstalles recem mentsurles terres del'Etat,n'ontancun o.roit d'yrester pluslongtemps.Bien raressontles possesseurs quipeuvent se prevaloirdel'usucapionpoursedeclarerproprietaires,puisquedepuisla loidu29octobre186/1,iln'estpluspossible deprescrire,contrel'Etat.Quantauxfermiers, ilsnesontpas tousmunisdebauxreguliers. Beancoupd'entreeux,enoutre,,cultiventmallaterre; ce quifonde IeGouvernement a resilierleurcontratd'affermage.CommeIecas des fermiersdomaniauxcependant pa l'aissaitembarrassant,unerloidecir,constancefut votee par 'Ie Conseild'EtatetpromulgueeIeleI"fevrier 1926. Cette loi devait soustraireauxlenteurs de 11aprocedureordinaire l'adionde l'Etataude lacommunepourreprendre,encas de besoin, les biensdonnes abail. Les articles2,3,4,5et6 de la loidonnaientauxfermierspourvusdecontratsen regIe 8joursauminimumet40joursaumaxi J;Ilum pourdeguerpir.Etcetteprocedure,expeditive pouvaitintervenirau gre dubailleur,puisque'utilitepublique)}figuraitparmi les ,causes susceptibles de ]a declen cher.L'article8merite d'etre ,cite, ,carilenglobedans la meme mesurefermiers et proprietaires. Jls'enonceainsi : Danstaus les cas OU soitIefermier,soitl'occupant, pre tendraientavail'droit a uneindemniteau memea la

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\..-165du bien, ils seront admis ulterieurementit fairevaloir leurs pretentions parla voieordinaire..Cetexte,autrementdit,permettait li'agir entoute cir constance. II faisait litiere des droits,lesplus,chersaucceur des Haltiens. L'Etatdeven-ait ainsi Ie violateur lie ses pro presengagements..LeTribunalde Cassation, defenseur de la Constitution, decItara, parun arret duIImars1927,unepartiede la loi enta,chee d'inconstitutionnalite,. II frappanotammentl'ar ticle 8danssesdispositionsconcernantcelui quipretendavoirdroit a la dispositions etant contraires((auxarticles 14, 26,28et 89 de la Constitution,en,ce((qu'eUesderogentau principe, quigarantitla propriete(q descitoyensainsiqu' it ,celui quiprodame1'Indepen danceetIlaseparation des pouvoirs danstoutcequifor((mepour-chacund'euxsesattributionsessentiellesetdis((tinctes(I)..Les passages de la loicontrelesquels s' eleva IeTribunalsupremefmentmodifiesparunnouveau texte legislatiflIe8 aout 1927.Quoiqu'ilsoitadvenudesmesmeslegislatives prises sousIeGouvernementBorno,eUesdenotenttout dememe unespritquipouvait Dlarmer,ajuste titre, 1'opinionpublique. Les faits, du reste, netarderentpas it prouverque l'anxietegenerale etait fondee.Descontratsfurentconclus,en:application dE' la loidu 22dbcembre 1922,entreIeGouvernementetdes socie tes americaines.Onputse ,convaincre alorsdu perilOU la politique,quenous venonsd'etudier,conduisaitIe pays.(1) Maurice NaueLNemoursTelhomme:ou.cit.,page208.

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Lesdeux societes fermieres,qui dansIe Nord d'HaIti, en1926et1927, etaient la H,aytian-AmericanDevelopmentCorporation, H.A.D.C.n,et la Haytian-AgriculturalCorporation,H.A.C. n. Letravail agricole :auquel elles se livrhent futlaculturede Ja pite. A celle fin, degrandesetenduesleura vaient ete endes lieuxpourlaplupartoccupespardes pay sans haitiens. 3. Les depossessionsA. Pendant,cette periode douloureuse del'Histoire d'Halti, la cause paysannefut defendue parungroupede patriotes appele l'UnionNationaliste n. LePresidentde ce groupe etaitM. PercevalThoby,quenousconnaissons dejiL Dneenquetefut,conduitepar ces militantsautourdes episodesnavrantsquisuivirentl'installationdes societes americaines. UneplaquetteparuL a-la suitedecette enquHe sousIetitre:((Depossessions.L'UnionNationaliste,encourageeparI'opinion,s'ef foq;a demettreenlumierelalutte meneepar ((Ielatifundia l3illericain ,contrelapetite propriete d' HaIti n.Cesdernierstermesforment !]e sous-titre del'opusculepubliepouraler tel' lesPouvoirsPublics.Tous lesargumentsinvoquesenfaveurdeslois agrai res de1922et de1927sont refutes danscetteplaquette.M.Percev,alThobyetsescollaborateursyaffirment(quel'Etatnepossedenullepartdans la Hepublique degrandeshabitationsd'unseul Lenantpermettantd'affer ( mel' des milliersd'hectaresdansune Rleme region(I).(1)Union Nationaliste. Depossessions, tome premier, Port-au-Prin ce1930,page8.

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Depuis1809,les biensdomaniauxn'ont cesse de se morceler auprofit de la petite propriete. Faisantallusion laux viees de 1a loiduIeI'fevrier1926,ilsdedarentquel'Etat,quirevendique, est oblige d'eta blirIebien de sa reclamation,qu'ila, com metout partioculier, Iefardeau de lapreuve,qu'encasdelitige,cesontlestribunauxseuls quiSOlltappeles ,?! seprononeel' et qu'un simple c:vis administratiflle suffit pas .autoriserI'expulsiond'unproprietaireoud'unoccupantsanstitreet la prisedepossession de son terrain(I).Voicileurreponse tres pertinente aI' observation que la loi de1864militecontreles possesseurspretendant:avoirpreserit:De1804oude1826(date la miseenvigueurduCode Civil) a 1864,beaucoup de terres inoccupeesont ete defri-chees etcultivees pal' des paysans qui, danseetintervalle de 60ou38 ans,anttransmiscesbiens a leurdescendance, sans quel'Etataitjamaisfait quoiqueeesoitpourinterrompre la prescription.Et meme si1'Etat revendi-cateur quiaIefardeau la preuve,peutetablirsaqualitedeproprietaireoriginaire,Iepossesseur :a,ctuel aabsolumentIedroitdeluiopposer laprescription,si.Iapossession paisible etininterrompued'unbienparluiouparses ancetres remonte a uneperiodevingtenairequia precede la loidu29octobre1864,.Tel est Ie cas depresqueto us lesproprietairesquel'Occupantest en traind'evincer(2)..Etiln'ya pas(iedoute,ajoutentces auteurs, qu'a cOte d'unnombrerespectable de paysans qui ontperduleurstitres depropriete? soit dans les evenements politi-(r) Union Nationalisle:op. cit.,pageg.(2)Idem,pageg.

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168-quesetles incendies, soitparIefait des insootesQU desinondations,ilexisteunecategorieassez nombre:use dela masserura1leproprietaireen qualited,e premier 00CU panl depuisla periode coloniale Abordant ensuiteIe recit des evictions, quisuivirentl'engagementde fEtat envers les ,compagnies ameri,c,aines, ils quillent Ie debat juridiqueetinvoquentdes raisonsdepatriotismeetd'humanite,. IlsfontobserverqueIe conflitagraireestintimement lie a la questiond'Independancenalionale.Etvoi,cipeut-etre IesommetIepluspatheti,que deleur,demonstration Deja dans!le Depilrtement duNord, des Compagnies americaines,notammenttheHaytianAmericanDevelopmentC, se montrentagressives et, aidees pardesagentsoffkiels, exercentuneveritable dic lature surla masse des travailleurs rur,aux. Lesimmenses etendues de terredonteUesont deja prispossession,ant ete, laplupart,arrachees a des paysans, qui" proprietairesaufermiers,ontundroitspecial a la protectionduGouvernement,d'abordparcequ'ilssontcitoyens hal tiens et qu'ace titreleurs interets immobiliersdoiventpasseravantceuxdes etrangers,etparce qu'ensuite,'c' esttoujoursacettemasse laborieusequel'onfait appel,toutes!lesfoisqu'ils'agitde sa,crifices desang j)U d'argent(I).A la suitede ce requisitoire wntre la politi queduGouvernementdeM.Barno,Ierapportd'un enqueteur, M.Georges Sejourne, instruitIelecteur des ,expulsionsdontfurentvictimesungrandnombredecultivateursduNord de la Republique.M. Sejoume affinne qu'ilaut de son devoir de protester, entete despaysans,contre 'ladepos(T)L'UnionNalionalisle:op. cit.,pageII.

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-169-sessionbrutale,l'expulsionenmasse de milliers depaysansexploitanttoutes,lesterresdontIefermage a ete regulierement consentiparl'Etat.Onles 'chassait, ajoute-l-ii,p_ourdonnerla terre a nnedes Compagnies americailleS )) (I).L'Etats'etait a ,louer 8000 hectares situes auxenvironsdeTerrierRougeetduTrou a chacunedes deuxcompagnies equipees pourl'exploitationdelapite. Dans Iecontratd'affermageil etait slipulecetteconditionimportante:((Les 8000 hectares deterreserontchoisispar:laCompagnieparmiles lerres appartenantafEtat,quinefontactuellementl'objetd'aucunbail.Or, ;Ja clausenefutpas respectee de l',aveu mell1e deshommespolitiques quiavaient preconise Ie systbne desbaux 'alon gue duree. Enfin decompte,nonseulementlesoccupants !iu domainefurent. chasses, mais les fermiers aussi. Sil'onencroit l'cnqueteurenvoye surles Heuxpar1'Union Nationaliste, les 00cupanls des terres de 1'Etat, a l'annoncedeleurexpulsion,auraientimmediatement accepte depayerIedroitde fermage.Ce desir nefutpaseX/auce.Quantauxconges, quifurentdonnesauxpaysans,jamaisilsn'intervinrentdans les formes prevuesparla loidu I"" juillet 1926, donl1'extremerigueurpourtant s'attir"l les foudr,esduTribunaldeCassation.((Nul[ennier, ecrit M. Sejourne, n',ajamais ete assiI( gne. IIn'ajamais ete appefedevantlIetribunaldepre(( micre instance. Iln'aj,amaiseude delai pourprepar,ersa sortie, recueillir Ie pro!iuit de sa recolte encours. Il(I)Idem,page 15.12

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l< n'ajamaiseude delai pour demolir ses maisons (La eneffet, avait prevu un delai pluslongpourIefermierdesireuxd'emporter avec luiles restes desconstructionsqu'ilaurait edifiees) (1).Lorsd'unquestionnaireauquelfurentsoumisles depossedes, Ie meme informateurappritque les e:\.pulsions, dans la generalitedef>cas, furenifaites sans que1'une des quatreC,auses prevuBs par 1.a loide1926 :utilitepublique,inexecutiondescharges,nullite ouexpiration du contmt,flit alleguee. Des plaintesfurentadresseesauBureaudes Reclama tions ; ilne panaH pasqu'ellesaientabouti. Vne opposition notariee,reproduiteaux pages28et29 de,1.a plaquettepublieeparl'Union Nationaliste,demeurasanseffel. Nous avons expose lesbutsrecherchesparles 'auteurs de la legislation org,anisant l'affermagedes terres de 1'Etat a des oapitalistes. Des faitsquenousvenons de relater; ilneresulte pas que oes finspuissent etre atteintesparunetelle politique. B. M. Bornp,a quino us avons personnellementdebienvouloirnousdonnersonopinionsurles depossessionsdontfurenlvictimes les paysam duNord,nousconfi.aqu'il etait assurementregrettableque desinjustices eussent frappe certainsfermiersduDomaine. Iln'en dMendit pasmoinssonprogramme:agraire avec beaucoupde sincerite, eninvoquant l'interet majeurdel'Etatquinedoitpas etre sacrifieaurespect de quelques droits particu liers.Lorsqu'ileutformuleceprincipepolitique, il abordalaquerellejuridique.11nous fitremarquerque'Iesoccupants,les possesseurs installessanscontratsurles terresduDomainenejouissaientqued'unesimpletolerance que(I)L'UnionNationalisLe:0p.cit.,page 18.

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171 I'EtatpOllv,aittoujoursleurrefuserauprofit <:les fermiersmunis de titres reguliers.ExaminantIe cas des fermiers depossedes il declara quel'opiniona vait ex-agere leurnombre.Puisilsoutintque beaucoup !i'entre euxavaient me diocrement,cultivelaLerreets' etaientexposes par la a la resiliation deleurbailpour,cause d'inexecution descharges.Nous avons parfaiLement cornpris la justification delVLBorno,juristeetancienChefd'Etat.Nous npus sommes faitundevoir de laresumers,crupuleusement iei. POUl'tantnousnesommespas sllr que l'interet public,qu'il'arappele,ait re911 satisfaction dansl'applicationdela loisurlesbaux a longue duree. N'avons-nous pas faitremarquer deJa quecettc loi,dansl'undesparagraphesdel'article5,sesouciait. 'Issez peu des profitsbudgetairesdel'Etat lVL Sejourne acrude"oirsignaler a l'opinionl' echec financier del'entreprisedans les termessuivants:Que tireI'Etatde laculturedelapite Des av,antagesmateriels La terre estdon nee auxcompagnies a meilleur march6 qu'auxpaysans. L'EtaL exonere de droits laCompagniependantqu'ilen supportelui-meme. L'Etatfait ,cadeau a laCompagniedecerl:ains drpits affectes a desparticuliersquel'Etatpaiepourcomptedes compa gnies americaines(I). FrauL-iloCJ'oire, parcontre,que l'agriculture dansIeNord aitvraiment prospere depuisl'installationdes socie tes amcricaines M.Borno assurequeles paysCllls etaient iJ.u-dessous deleur tache etquel'insuffisanccdeleurs moycns, lamcdiocritede Ileur scienceportaient prejudice la ,collectivite enretardantIe progreso M. Paul Sales, avo catauBureau !iu Cons'eillerFinancier a Port-au-Prince,(1)L'UnionNationaliste:op. cit.,page19.

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nousarapporte quedam; ,certaines ,contrees duNord, affer mees parl'Etataux Compagniesetrangeres, Iepaysan,inapteautravail de laterre,avait dli reculerdevallt r en 'VlahissementdelanatureJquiIechassaitde sondomaineenfriche. Desphotographiesaeriennesauraient fixe ce spectade.M. Sejourne, sans doute, tia.it allusion a d'autres,coins de laregion,quandil brosse,cetableautout afa.itQppose: Lesoccupants reguliers etirreguliers,tousHaitiens,avaienttransformeles terrespauvresde laregionende joliespetites fermes ou l'ontrouvait, a ,cote des ,cultures vivrieres,unpetitchamp de ,cafeiers,beaucoupd'arbresfruitiers,unmodeste elevagede ,chevres et de poules. DansIiapetitemaisonautoit de ,chaume sereunissaittouteunegrandefamillequivi vait,desrapportsdes champ:; et qui trouvaitunsurpluspourlavente(1).Vnephotographiemontre1'abondancedescultures,quienvironnent ita maisond'unfermier.Nous 'voulonsbienadmettreque ,cettedescription "oil unpeucomplaisanteounes'appliquepas a lamajoritedes cas. Nous voulonsbiencroirequeI"agriculture,en Haiti, puissetrouverdans I'a{:tivite desgrandesentreprises ame ricaines I' occasiond'unecertaine prosperite. Malgre cela, nousnous,croyons fonde a professerque ,Ie Gouvernement, qui avouluconfier les terres de 1'Etatauxmains de richescompagnies, a fait la unepolitiquemalheureuse. 4. L'e,xode des paysans.D'abordduseulpointde vue rie 1'humanite,les loisettoutes lesmesuresquiontabouti a I'expulsion des pay-(I)L'Union Nationaliste:Op.cit., page18.

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173 sans,quelquefragilesquefussent [leurs droits!sontreprou:vables. Dansunpays ,comme Ha'iti, OUiLa masse paysanneest inculte,voireencoreprimitive,uncultivateur,chasse de la terre OU il travaiIlait, estunhommeincapabledereprendrepiedetdegagnersa vie. Arr.ache brntalement a son reve, ildevientuneepave,un deracine auvrai sensdumot.C'estpourquoitantdepauvresHaltiens,condamnes a eITer sansabri sur un sol donts' etaitempare quelque mai treetranger, refuserentde mendieroudeselouersurleurterrenatale. voyantd'autreissue que dans l'exil, ils emigrerenta Saint-Domingue,10. Hcpublique voisine, ou a Cuba. L'ame haHienne, ires RlLl'uiste, en ressentit unegrande affli,ction.Unauteurdramatique,inspireparIemalheurde ses eompaLriol,es, fit representeren1929, a Port-auPrince,une piece satirique retra9ant les episodes douloureuxde l'instaHation riu capitalisme agraire. Lepublicpopulaireentendit celie phrase,quisonnaitIe glas de1'lndependancenationale:Les proletairesemigreronten(terre etrangere, cherchantIepainqu'onleurrefuse au ((pays(I). Voila certesuneconsequence,quene previt peut-etrepointIe Iegislateur,maisqui, a eIle seule,permet de jugerson ceuvre.LeDocteurDalencoura ecritque deuxcentmillehommesrepresentant, d'apres ses ,calculs, Iedixiemede Iapopulation de in. Republique,avaient emigre dansuneperiode de ,cinq ou six annees ((pouraIler ,cher,cher ailleursdutra-(1)DominiqueHippolyte:Le FOl'yat (Comediedramatique),Paris1933.

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174vail, afin denepasmourirde faim, de misel'e, de privations, de persecutions ind irectesousournoises(I).Comme cette informationdate de 1923,onpeutse representer,l'extension que dut prendrel'emigratiop.paysanneau plusfortdela crise agraire.QuandonserappellelalutteopiniatrequetouslIesdirigeanls haltiens ont mcnee pendantun siecle, pourinterdire de :l' etranger dans lescampagnes,afin de protegeI' lesnoirssurleursolsi cherement acquis,onreste etonne de la hardiesse (les acles aocomplispendantIladictature. 5. Le sa-lariat agricole.Montronsmaintenantvel'Squel peril, plus dangereuxencorepourIe pays,conduirait,certainementl'applicationd'unetelle legislation. Les petits proprietaires,quePetionavait r,aison deconsiderer,commeIerempartdel'independance,sontd'instinctdes conserv:ateurs,partisansdel'ordreetabli, def,enseurs duregime. Les fermiers del'Etat OUles possesseUl'Sdes terresduDomaine,caressantl'espoirdedevenireux-memesproprietaires,nourrissentles memes sentiments.Nous ,avons vu, dansIe,chapitre ,eonsacreit l'I-lis toire d'I-Ialti, quec'est 18aainte, fondee ounon,d'unretour a l'ancienneservitude ,eolonia:le,quiprovoqualaphlpartdes revoltes paysannes.L'etatde securite dupay san sursaterreest doneunegarantiede paix sociale.Or cette ganantie, les lois dedepossession ,Ii" saori fierent.Lapopulationpaysanne,quelescompagnies ame(I)Docleur Dalcncour:LeSauvetage IVal,ionalparIeRe tourit laTerre,chapilreIX,Porl-au-Prince1923.

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175 ricaines n'hesiterent pas adusser des terres deI'EtatJperditenpeudetempstoutela confiance qu'e11e avait plaeee dans Ieregimeinstituepour la deendre. Endebors del'emigration,uneseuleporterestaitouverLeaux cultivateurs frappes pa: la loi. lIsnepouvaientqueselouerauxcompagnies eL ,conLinuer ainsi.en echange d'uns,alaire, a cultiverla Lerre. lIs changerentde condi tion. De paysans libres, ilsdevinrentdes empioyes ,aux ordl:esd'unpatrondel'a,ceblanche,insta11esurlaterre haltienne parla forceetpeuenclin,dereputation, a la pitie envers lesgensdecouleur.Leurgainjournaliervarieentre1gourde25(I)et1gourde50pourdouze heures de travail; laCompagniefr,appantmonnaie,ilssont payeSs avec desjetonsquin'antcoursquedans lesmagasinsdeleuremployeur.lIs doivent donc seresigner <1 laisserleursalaire dansuneboutiquequifixe, a safantaisie,Ieprixdes denrees. Les Hailiens appe11entceshommes,retournes ala ser vitude,comme,leurs ancetres, des peons ,,c'est-a-dire desindividus vouesa une U\..che sansdignitequinepermetplus de lesdistinguerleaunsdes autres.Cesontdes nume ros de Hche de paie, privesdepersonnalite, sans initiative. Les lois, quiontprovoqueles depossessions massives, onL ainsiintroduiten HaIti ,Iesalariat agricole, qui doitlogiquementaboutir a llaformationd'unproletariatruraLDeshommes,qu'untravail servih rapprocbetous les jours,quiviventdans la misere etIlahainedupatron,arriventvi Ie;\ se coaliser. De,celien, qui lesunit, nalt une cons cienceco11ective,unveritableespritdedasse,hostile a l'ordreetabliet preta provoquerlalutte a l'interieurdupays.(x)La gourde estIecinquieme du dollar.

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SECTIONIILE DRAME AGRAlRE DANS LES ANTILLES I .. L'exempledeCubaLa mena,ce de dramesocialdevraittenir enevei,l la vigilancedulegislateur h:aHien. Les Indes Occidentales,eneffet,souffrentdepuisquelquetempsdeconvulsionsvio lentes, auxquellesn'estpas etrangere la maladresse de cer taines mesures agraires. L' exem pIedeCubas'impose aI' espri t. Les secousses politiques,dontcetteRepubliqueest Ie theatre,s' expliquentengrandepartieparIemecontentementdelapopulationrurale.Les petitsproprietairescubainsrepresentaientchezeuxIe fa,cteurIeplus sur delapaix sociale.Vnepolitiquemalfaisanteaboutit ata depossessionbrutaledelaplupartd'entreeuxauprofitd'etrangersnullement interesses a la sante moraledupays. Dans lamesure ou ladassedes paysanss'appauvrissait,unsal'31'iat agricole seforma.Cechangementdeconditionnelaisse pasaujourd'huid'avoirlesplusgravesreper,cussionsdans il'ordre public.Ces dernieres annees, la jeunesse des ecoleset des ate lierss'est Eguee pourcombattreles complaisancesduPouvoir.Cemouvementfutvivementencour.ageparIe peuple. Void latraductiondequelques phrasesquepublial'anneederniere,'acetteoccasion,TheNew-York Times Magasinedans sonnumerodu 17 septembre1933,p.1:Lesjeunesdirigeantsdelamasse intel1lectuelle de lanouveUenation,cubainemaintiennentquela liberte politiqueet 1a servitudeeconomiquesontdeuxconceptions incompatibles ...

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-177-lIspreparentunYasteplande reconstructionecono mique et de reformes politiques,insistantsurles repercussionssocialesqu'entraineraientles aetes lesplusimportantsdeleurprogramme,commelaredistributiondesterres,LaprotectioncontreI'exploitation des petits pro prietaires, descultivateursetdes ouvriers, lesmesurespolitiquesenvue,depreserverIepeupledesfutursMa ( ,chados (c'est-a-dire desfutursdictateurs) n. VoulantpreciseI' les remedesqueIasituationappelle, :Iememe journalfitparaitreunarticleintitule:Leretour a laterreesturgent:lacentralisationdeI'Agricultureserait respons'able de lafaminedans,certains 'village3 )).Dans Ie texte de cet articleonremarquedesphrasescommecelles-ci :Notreplanagraire,comported'abordunmouvement((deretour a laterredanstoutela Republique, qui,malgre(l'insuffisancedesoncJeveloppementindustriel,avudes(milliersdepetits proprietaires quitter fermespourallerhabiterlescentres, ce quia provoque ladisettepen((dantces15 ou 20dernieresannees.CeresuJtatprovint,siI'onen,croit lesrenseignementsduDepartementd'Etat,de lacentralisationde laproduction agricole )).IIn'yiapas ,Iongtemps, Ie sucre etIe taba,c,quisont a la basedesri,chessescubaines,etaientproduitsparde ( petitsproprietaires,quidistribuaient <:les lopinsdeterre( ,'t leursouvriers, lesquelsdevenaient a:leur tourdespetits(proprietairesvirtuels. A lasuite.dudeve'loppementdesgrandesplantations, ces travailleursfurent ,congedies deleursfoyersruraux et con-centresdansdesagglomera(tions ou, Ie tDavaiil sefaisantrare,ilssontdansI'impossi((bilite degagnerIleur vie,etsetroU'vent faceaface aveclafamine n.

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-178;-Onconsiderecommede premiere importanceIe faitque ces ouvriers, installesdans 9.es centres, soient places denouveaudans desconditionstelles,qu'ilspuissentsubveniraleursbesoins materielset former unepopulation satisfaite et paisible(r).-Ces i9.ees nefurentpassansinfluencer Iegouvernementcubain.LesPouvoirsPublics, quelquesmois.apreslapublicationde cet article, sepersuaderentqu'il etait neces saire de saisircertainstitres de proprietedeLenus, sansdroitcertain,pardesetrangers.Onapprit, a la memeepoque, quela revision desdroitsdesproprietairesterriens a Cuba eta it a I' etude parIe Gouvernement.La nouvelle fut publieeparIe Ministre del'Interieur, qui :aurait envisagepersonnellementunnouveauprojetderedistributiondes terres. Ce meme ministre alIa jusqu'aestimerqueIe Gou.ver nementpouvaits'approprierplusde60.000acres deterre possedes illegalementpardesetrangers.II affirmaqu'ilavaitl'intentionderepartird:ansl'avenirlaterrecubaineentre 'les pet.itscultivateurs.Ceprogrammeferaitl'objetd'un decret dereconstruction ugraire, quiserait redige prochainement.Nousnesavons pas cequ'ilest.advenu'actuellementde cette polit.iqueetiln'est pas dansnotreintentionici denous arreter pluslonguementsurles evenements cubains. IIfautpourtantretenirqueles graves desordres, quiontensanglante cetieHe, sontenpartieimputables au vif me contentementdes petits proprietairesruraux, depouilles deleursbiens, au profit degrandsplanteurs.(I)Extraitdu New-York TimesIHagazine,Numerodu 12:lout 1933pageI.

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179-2.. -L'exempledePorto-RicoA Porto-Rico Iespectadedescampagnesest na'Vrant,bien <])u'i,l n'yaitpas de troubles politiques ,dans cette pos session amerieaine.En1925, deja, IeNou,vellisteattiraitl'attentionde seslecteurssurunartidepublieparuneRevueamericaineTheNation's Businers n, organedelaChambredeCommercedes Etats-Unis. Cet article faisait ressortirquedans cette He de vastes portions des lerres lesplusrichesetaientcultiveesparde grosproprietaires,qui,enles acquerant, avaientchangelesnatifsdupaysenjour n;a[iers. Voici quelques phrases de cedocumentinteressant:ChaquePortoRicail1, qui possedaitun petit coindeterre,l'avendu apres notrearri'Veeparceque des notre oceupation Ieprixde la terre avait beaueoup augmente, rt celal'a tente. Depuis1893,les eapit:l!listes americains interesses dansIesucre,Ietabac, les fruitsant rachete beaucoup deterre..... Sur Ierivagede Saint-Jean,onvoitun grandHote'! Vanderbilt,unbelemplacementpourles touristes. Lesplats lesmeilleurmarchecoutent2dollars50.Aunmillededistance vcrsl'interieur,lestravailleurs aehetent ,Iepainparmorceauxetnonparpainentier.Onvoit des autos lllxueuses passer ,1cote descabrouets to.bmufs. Auhautde lamontagnesetrouvelamaisond'unriche pl,au, teurel. .i1eoteIn,cabnne d'unpauvrequi n'H pas delitpourse cOllchern. LeeommentateurduNou,velliste))terminasonartidepar,cetavertissement:Quandonsonge qju'avec lesbaux a longterme,c'estIe meme resultat qui attend HaIti, onfremitd'horreur,

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-180-parcequelIepaysan haiti en etantparsurcroitnegre, iI((suuffrira encoredavantagequandiln'auraplussaterre(I).Nous croyons utile aussi de citeI'cepassage,emprunte (I unarticlepublieIe13mars1925 par IeDiariode San tiago de los CaballerosetpublieparIeCourrier Ha''itien dePort-au-Prince:Porto-Rico estune region :agricole et lesPortoricainsnedisposent pas de ,leurs terres. Quelques-unsd' entreeuxobtiennentla permission de disposer de simples parcellesdans les plantations.Parcontre, ilssontobliges de tra'vailler dans,cesplantationspourdes saI.aires.C'estcequis'appelleIepeonnagen.D'autressontsimplementappeles travailleursparheures,etquandiln'yiapas de travaildans!lesplantations, a peineont-ilsunendroit OU resider. Ils seconsiderentplushommesque les peons, maisleurtravail est temporaire,etil yenaquiconnaissentd'enormesembarras quand iIsn'ontpas quelquechosea faire.Ontrouveraitla meme reLation dansunartidepublieparLaPoste de Port-au-Prince,Ie23avril1925.Onpeutylirecetteconclusion: ( Porto-Rico estsuperfkieIlement pr{)Spere, maislesmassesdupeuplecroupissentdansUIIlemisere epouvan tablen.3. -L'exempledela,RepubliqueDominicaineLa Republique Domini,caine, dIe aussi, est un Etat tres agricole. ElIen'apas eteepargnee parla politique(x)ExtraitduNouvellistede Port-au-Prince, Nllmel'o du27novembre Ig:l4.

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agraired'inspiration.amencaine. De il'article duDiario cite plushaut,nousextrayons cette remarqae:Dans laRepubliqueDominicaineles Americainspeu a peaetablissent leursplantationsetc.onvertissent IepaysanentravailleuTparheures, politiquequia -continue depuisquelesMlarines(soldats americainsenvoyes enoocupation)antabandonneIe pays,maisici, etant donne quelapopulationsetrouve disseminee, il y aurasuffisammentdeterrependant qjuelques annees pOllr quelesindigenesendisposentlibrement. N.oLre intention,en cit-ani ces articles, a etc d'illustrerl'unedes plus gravesquestionsquiseposentactuellementdans les Grandes Antilles.Quant a l'opinion que Ie systeme deIlagrande propriete agraireest funesteauhonheurdespopulationsruraleset porte enluiIegerme d 'unconflitentreles classessocilaJles,eUese verifie sous nosyeuxtauslesjours,sansqu'ilsoit besoin dechangerde{'ontinent. Nous ,croyonspourtantque Ie legislateur haHien, quin'ignoreriendugranddramequisejoueactuellement a Cubaetdessourdes revol1.es quiagilent,lespopulationsdePorto-RicoetdeSaint-Domingue,estparticulierementbien place pourvoirlesdangersquenomsignalons. La politiqjue desgrandesconcessionsagricolesa donne ses fruits. L'a 'venLure,ten Lee surunepetite echelle,s'est revelee dangereuse. Des le00ns viennentde tous cotes confirmerqueladisparitiondes petitscultivateursnetardepas [lCOmpro mettrelapaixdescampagnes. VEtatha'itien doitrevenir ,ll;UX sainestraditionsde sesfondateurs..

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SECTION111LA THESE DES CONSERVATEURS I. L'extensiondelapetite pl'opriete Est-ce .1 direqu'ilfaille :appliquerIeprogrammedes conservateurs, qui militenLenfayeurdel'extcnsion la petite propri6te etdemandentIepartagedes te,rres de l'Etat? Le defenseur inlassable deceLte politique agrairc estIeDoc Leur Dalencour, qui apublicsadoctrinedansdi versesbrochures,to utes intitulees :LeSauvetage NationalparIeretour a la Terre.Nous avons eusouventl'oocasion denousy referer. Lesopinions du DocteurDalencour,surcepoint d'e conomiepolitique,sonLpartageesparla gmndemajoJ:itc des Haltiens. Voici les raisons, quisont invoquees parlespartisansde ,cette doctrin!" :D'abord .ce systeme apourlui,en HaHi, la Depuis la Presidenced'AlexandrePetion,lapetiteproprie te, consideree commel'institutionlapluspropre a fortifierl'autoritedel'Etat,s'est developpee d'une maniere presquecontinue.Laplupartdeshommes public'> ontprofessequeIe con.cept politiquedel'Independancenationale etait lie au,conceptagrairede1apetite propriete. La densitede lapopulationde,cepaysconseilleaussid'adopter,cetteformule.Dansuntableaudes popuLations .comparees d'Amerique,empruntepar M,. Georges SejourneaM. Louis Guillaume,onpeut,cons taterquesi Cuba a habitantspar kilometre-c,arre, la RepubliqueDomini.caine 20,Ie 'Mexique 8, la Colombie 6,Ie Bresil 5,I'Argentine["Ia Bolivie et Ie Venezuela 3, IaRepubliqued' HaIti est dotee d'unepopulationbien plus dense. Elle a107habitantspar

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r83kilometre-c.a.rre. M. Sejourne,quielevememe ce chiffre 1 147,en deduit qu'iln'y ..8 pasdeplace, dans son pays,pourleslatifundia, a moinsquel'onexpulse Ie pays1an de sa terre. Certains fadeurs geographiquessontde def,avo rabIes a l'extension de lagrande propriete. Il ya des en droitsd'unabord difficile,surlesmornes, OU laculturese plait; seuls quelques paySianss'yetablissentetpeuventy vivre.End',autreslieuxplusaocessibles laphysionomiedureliefrendimpossible Ie travail agri,colesurdevastes eten dues. L'exposition de certains versantsconvient lacultureducafeier, m3is surces pentesabruptes, irregulieres, ,Ietravail d\! cultivateurvigilant,qui .connait parfai tementbienles a1lentoul's de sa maison,lescomplaisancesdusol, les ,capricesduclimat,estIeseul qui soit frudueux. M.PercevalThobyno us avraiment eclaire sur l'incompatibilite entrecertains caraderes de 'la geographied'Haitiet les exigences de lagrande,culture. Ceci justifieIe soud quenous avons eu, dans notrepremier,chapitre, d"at tirerl'attentionsurlagrande variete des roches,qui compo sentIesol haitien. M.Thoby,endestermes qui rejoignentcette observation,nous,& declare qu'il -croyait impossible !l' etablissement de la grandepropriete ,en Haiti, parcequ'ill(Yatropde terroil's differents,tropde petites auxquellesconviennentdes procedes particuliers decull(ture,quiappellentdes exploitations distinctes, des ense l(mencemenlsspeciaux))(1).Ausurplus,la g11ande culture exige l'utilisationdemachinesqu'ilserait diffi.cile d'introduireen certC'ines re(1)Enlrevue avec M; Perceval Thoby, Direcleur de l'Ecole Natio nale de Droit, a Port-au-Prince,Ie27octobre 1933.

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gions de la Republique. Lesinstrumentsaratoires sont res tes tout a faitrudimentaires; danslaplupartdes cas ils suffisent, car laterre vegetale, dontIe dimat tropical stimule Ia fecondite, cxigemoinsde soinsquesous nos ;lati tudes.Lemachinisme,quiestl'unedes ,causes de]'etablissementdelagrande propriete dans certains Etats,nerisque done guere dejouer ce roleeconomique enHaiJi. L' obstacleresultantdes necessitesgeogmphiques nepeutcependant etreobjecte danstoutes les circonstancesparles adversaires deLagrande propriete. Bien qu'I-Iaili soitunpaysextremementmontagneux,on y ,comptequelques gnandes plaines, lesunesfertiles, les autres "menda bles.Enoutre,siIe oa;feier, parexemple,exigeplutotlessoinsd'unpetit,cultivateur, il est,par,contre,certainescultmesdeplainequis'accommodentfortb.ienclu regime de 'la grandeexploitation. C'estIecas de lacanne asucre, quifutl'objetde v,astes exploitations sous la Colonie. C'estaussiceluidelapite,dont,lesAmericainsontsu generaliser la ,culture.Il y adonepJa,cepourlamoyenne propriete, et meme, surunepetite echelle, pourlamonoculture.Nousverronsparla suite ce qu'il y a lieu detirerde cetteremarque. Nousnecroyonspas,entous cas,qu'onpuisses'enprevaloirpourjustifier Ie systeme desgrandsdomaines. Il y atropd'autres raison,; qui Iecondamnent.Le DocteurDalencoura au devoir se referer auxou vr.ages desplus celebres economistespour defendre sa the se.C'est,ainsiqu'ilciteCharles Gide,quia ecrit enparlant dt' la petite propriete : L'interet individuelet socialtrouvetout a fait soncomptedans la petite propriCLe rurale, car Ia culture in tensrve acetavantaged'augmenter a lafois,parl'accroissementde lamain-d'reuvre,:lamasse des salaires

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-185a distribueretparl'accroissementdesproduitsbruts, l;i masse des subsistances.L'emploidesmachines,aucontraire,tend plutota ,diminuer les salaires etaugmenteral'ementla recolte.Surunegrandeechelle,ilaurait memeppur resultatd'aggraver l'emigmtion de la popu hLion (I)..II cite aussiArthur Ypung, economisteagronomeanglais,IeprofesseurTruchy,Jules Meline, ancienMinistre del'Agriculture, IephilosopheStuartMill, M. Henry Cl1e ron,tOllSpartisansdusysteme de1apetite propri6te. 2.-Lepal'tagedestel'l'esdel'EtatVoyonsmaintenantquel est Ie p-rogramme agraire,quepreconisentlesconservateurshailiens, hostiles 'a lagrande proprieic et a l'amodiationdestenesdel'Etat.LeDoctcur Dalencour,pour protegeI' lesdirigeantsde sonpayscontrelatentationd'affermerles biensduDomaine,commela chosefutfaite dernierement, conseille de paltager touies les terres de 1'Etatentreles paysans,quideviendront ffinsi petits proprietaires,IIa memepresente ,celte idee sous laformeduprojetde loisuivant:Pl'ojetdeloi StU' lesconcessions gl'atuites des tel'resdel'Etat Considcrant. quel'affermagedes biensdomaniauxn'ajamaispl'oduit de resultats satisfaisants ;(1)Charles Gide:COUl'Sd'EconomiePolitique,tome I, Paris1920, -page 315.13

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186 Considerantqu'ilimportede creer dasse de petitsproprietairesrurauxafin de reveillerIe developpe mentagTicoleparIesentimentde la propriHe. Considerantquetoutepensee fiscale doit disparaHre devantunbienmoraletpatriotique realiserdansIepeuple.Artidelor. L'Etaldistribue gratuitement touslesbiensdomaniauxl'urauxauxpaysans fermiersd'abord,etensuite atous ,lesautres paysans. Article 2. Les ,concessionsgratuitessont decinq carreauxde terre, mesmes auxfraisdel'Etat.Article 3. Unappel sera adresseauxpaysans emi grantsquisont a Cuba etenDominiCianiepourqu'ilspuissent beneficier des memes concessions gratuites.Artide4. Chaque eoncession gratuiteferal'objetd'untitrequiseraremisgratuitementaupaysan,etquimentionnera &a constitution,auprofitdela famille desconcessionnaires,enunbieninsaisissable, qui porteraIenomdebien de famille)).Artide5. Dans Iebutde realiserl'enseignementagricoleadultedansdlacundesDepartementsduNord,duNord-Ouest, del'Artibonite, de l'Quest etduSud,danscha,cune des nes adjacentes, il sera reserve unepor tton de quinze carreaux deterre,qui sera distribuee gna tuitemententoute proprietea unefamilledecultivateursexperimenteseuropeens, soit frant;ais, allemands,((belgesouitaliens quiaurontp.our mission depropagerlesmethodesmodernesde ,culture parmi les paysans hai:tiens. Ces differentesportionsdeterreseront '1ussi ,consti tuees enbiens de famille insaisissablesaup!'ofit des familles des concessionnairesetrangers.

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({Article 6..Unreglementd'administration fixem les({mesures d',application de .la. presente loi (I).Le Docteur Dalencour, dansIebutdeprotegerles bCnMkiaires eventuels .de sonprojetcontre les manceuvres des speculateurs, faitsuivre,cetexted'unautreprojetsurlaconstitutiond'unbiende famiUe insaisissable. 3..Le HomesteadCe secon.d projets'inspirede La loi franyaise du12juillet1909, relativeau meme objet.Iln'ya guere de .dif ference entreles deux. textes, saufsurlafixation de la valeurdubien a ,constituer ;Ialoi franyaise, voulanteviterl'areapparitiondesgrandes proprietes noLiliaires, inalie nables, qui entravaient la cir,culation des richesses, declare danssonartide2que la valeur du biende famille,({y compriscelledes cllep,teIs etimmeublespardestinationne({denapas, 10rs .de sa fondation, depasser 40.000francs.Lelegislateurmontrapar 1ft qu'lln'avaiteuenvueque La protection des heritages modestes. CeUelimitationduprixest absenteduprojetduDocteur Dalencour,quia redigel' article2de ,cettc fayon :({Article 2. -Lebiende f.amillepeut com prendre ({ soitunemaisonou une propriete rurale,occupee et ex ploiteepar'lafamille.CeUephrasetraduitbienla pcnsee del'auteur,qui,amainl.es reprises,nous 0faitconlllaltre sonsentimentsur In. question n.gr,aire. Le DocteurDalencournenousa pas,ca,chequ'il,craignaitqu'on depossedat, unjouroul'autre,Iepetitpaysan llaitien. C'est .done enprevision d'evene(r)LeDocleur Fran90i5 Dalencour:LeSauvetage National parieRetour ii. laTerre,chapitl'en Largenliere (Ardeche)1923,page25.

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188ments,,commeceuxquiont provoque la loisurlesbaux a longtermeou comme d'autresqui! dansil'Histoire, ont guide certainsgouvernementsvel'Sl'applioationde mesures agraires nefastes, qu'il conseiUe de sursaterre,Iepluslongtempspossible, Ie proprietaire foncierdeson pays.Cegrand ptrioteest undisciple de Petion.Sa volontetendvel'Sdeuxbuts:l'affr:ancbissement dutravailleurdelaterrect I'emancipationpolitiqnedelanation.Commeiln'ajamais doute de,la solidJarite quirapprochecesdeuxfins,lecombatqu'il mene satisfait a lafois sonaltruismeetsonpatriotisme.C'estpourquoisesprojets,d'inspirationphilanthropiqueet IlJationaliste,trouventrarementleurappuidans des ,considerations juridiques. Ilstrahissentsurtoutsapreoccupationd'homme genereux et edaire, quis'apitoiesurladestinee de sa patrie etveutla tiberer ,delaservitude. Le ai deralliementqu'ilpropose est : L;l terreauxpaysans.Et,dans sapassion,cette ideel'entmine jusqu'au desirde voir etabliechaquefamillerurale haltienne surunfonds,deterr,e,quinepourraitplusjamais etre aliene, volontairementouinvalontairement.Nous ,croyons ceplandehomesteaddifficilement de f.endableparcequela prosperite de tous les pays est lieea la circulation des richesses mobilihes etimmobiW.'res.En Fl1ance, c'esttoujoursavecunegrandeprudenceque Ielegislateur 6dicle l'interdictiond'aUener. Leregimedotal,laloisurlIesbiens grevesde substitution,Iebiende famille de Igogquifrappent,certainsimmeublesd'inalienabilite,sontdesinstitutionsquivont a II'encontredu vceugeneral denotreCode Civil. Ellessontapparues cLans notreDroitpourprotegerIepatrimoinefamilial dans Ie cas OU saconserv,ation est bienfaisante. MaisLaloi alimite nombrede

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189-ces .cas, enraisonduprincipejuridiquequi declare quetoutepersonnea Iedroitde disposer des biellsdontelle estproprietaire.LeDocteurDalencour,quinous fait penseI' 3. LePlay,partageuneopinionmoins libel' ale.SonprojetdeHomestead,quienglobetous les biensruraux,depasse Iebut cher.che. Est-ilbienutilede laisser ,convertirenunbien de familleinalienableunevasteexploitationagricole, mcme si elle est dirigeeparsonproprietlaireetabritesa famille ? L'auteurnevoit-il pasque,cequifait Ia for,ceetl'altraitdela propriete, c'eslIemoyenpourceluiquienjouitdepouvoirdisposereventuellementde ses biens,dansIebutd' ameliorer saconditionou celle deSlafamille ? II est possible de proteger IepaysancontreIa menace d'uneexpulsion injust-e enIelaissanten meme tempslibrede quitter saterre,s'illui plait. IIfautbienenvisager la situalionducultivateur,quiveutalienersafermepours'etablirailleursoupratiqueI'd'autrescultures.IIfautconsidererde meme Ie oas del'agriculteurquiveutchangerdemetieroudesirepermettre sesenfantsd'embrassel' une autrecarriere que Iasienne.Lebiende famille insaisissable,dansceshypotheses,deviendraituneentraveet peserait sonlour,com,meuneservitude.Lc pl'ojet du meme 'au\.eursurles ,concessionsgratuitesdes lerresdomaniaies appelle egalementdes ,critiques.Onignore, apres l'avoirlu,quelstitresdevrontinvoquerceux qui voudront beriefkier des faveurs,del'Etat.L'article6 l'envoiepour,cela '3. unregiementd'administration.C'est pourtlant cequ'ildevrait y avoir d'essentieldansllaloi.Quantaudepouillementcomplet deI'Etat,iln'estnipos siblenitropsouhaitable.Nous savonsqu'ilya desbauxencoursqu'il faut protegeI'. II existe aussi desprojetsde

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-19-Lravaux d'irriglation, dontcertainesterresduDomainedoiventtirergrandprofit. II serait utilequecesbiens Ia restent,pendantcetteperiode dereamenagement,Iaprop riMe deI'Etat.Enfin,puisqu'ilestunfaitpatentqueI'agriculture,en HaIti, insuffisamment deve]oppee, a besoind'adopterlesmethodesmodernesquiaocroissent IerendementdeIaterre,I' experiencepourrait etre conduitesurIes terres ,cuI tivablesduDomaine,soitparlespropresagentsdeI'Etat,soitpardes fermiers equipesa ceteffet.SECTIONIV LA THESE ECLECTIQUE I.-L'encoul'agement a lapetite pl'opl'iete Cecinous,am (mea nousrangerlaux cotes deeeuxquiproposent a laquestionagraireune so'lution eclectique. La petite propriete, enHaiti,pourtoutes les raisonsquenousavons exposeesdans,ceehapitre,doit etre protegee. Ilfautaider a la creer surlespoints oudIe n'est l'etatdeformation.La loi, a ceteffet,doitencouragerIepaysanquin'est encorequepossesseur a devenirproprietaire.Cetteremarque,on'Ieverra,apparenteetroitement. Iepresent dapitrca l'etudequenousferons plus loin, des reglesd'or ganisation fonciere lesplus repondre auxbesoins et auxvceuxdupays.Pourresterdansl'espritdecettepolitique ag-raire, IeGouvernementdoit ,donnerachaquefermierou possesseur, installesurIes terres del'Etat,l'espoirdedevenirproprietairedulotqu'i,l eultive. II estsuperflud'ajouterqu'unetelle liberalite,a son echeance, demande aetre entoureede certaines garanties.Onpeutexigerdunouveauproprietairequ'ils'adonne a uneculturesoignee quisera controlee.

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Onpeutaussi luiimposer l' obligationdemaintenirIebienrural,dontl'Etatl'a dote dansunbuthumanitaireetd'encouragementprofessionnel, dans sonpatrimoinefamiliaL La theOl'iedu homestead, appliquee acecas, netombeplussousJa,critique. Maisl,aloi,d'unemaniere generale, doitlaisser la li berte d'alienel'leursbiensauxautres proprietaires, quitteit entourerles ,contrats de vente immobiliere decertaines pre cautions.Lageneralisationdubiende famille inalienable et insaisissable paralyseraitl'activite economique dupays et uncoup mol' tel au,credit. 2.-Le roledel'Etult en maliere agricoleIInenoussemble pasnonplusqu'ilyaitungranddanger <'I laisser ;\ l'Etat quelques terres cultivables, surtout dansles plaines, OU Iemorcellement indefini de1a proprieteprivee serait (rapnuisible ;'1 la production. Surcestenespourraienttravaillerles eleves des ccoles d'agriculture,souslaconduited'ingenieurs,agronomes et decultivateursaverIis. Les procecles scientifiques y ser,aient appliques, lesma chines modernescssayees, de nouvelles semences eprouvees. Unbudgetspecial serait affecteit ce serviced'experimentation.L'Etatpourraitencoreaffermerunepartiedeson sol clisponiblc il desagriculteursfamiliarises ,avec latechnique OUjorm el.munisde capitaux.Lebutrechercheserait Ie memc :l'essordel'agricultureenHaIti.eesexploitations, quiserviraient de 1aboratoires et deviendraient par la suitedescen1.reseducatifs,pourraient etre encertains,casdegrandsdomaines,d'unseultenant, leIs qu'onenrencontredans les plaines. Laculturede lacanne itsucre ou de la pite, qui s"accommode plutot de la

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gr.ande propriete, y trouverait1[l unesituationde choix. Mais it l'Etatseraitimposeecettecondition de nedestiner it cetteformuleque les terres libres, ou possedees pardes paysans .consentantlibr0mentit partirmoyennalltunejusteetprealableindemnite.Les ouvriers agricoles, travaillantdansces exploitations,seraient p1aces souslaprotectionde lois ouvrieres,qui leurassureraient des sa
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LOI Stenio VincentPresidentdel,aRepublique,Vu I'Jal'tide 55,delaConstitution,Vu la loidu 27fevriel' 1883surlesconcessions con ditionnelles.Vu larloidu5septembre 1932 ,concernantIebien ruml defamille insaisissable.Considerantqu'ilyalieude modifier les dispositions'de la loidu5septembre1932, vu que les ,concessions debiendefamille faites par cetteloicomportentdes restri,ctions tel1es, qu'elleest res tee inoperante,SurIerapportdes Secretairesd'EtatdesFinances et de I' Agriculture,Etdel'avisduConseii des Secretairesd'EtatA propose,EtIecorpslegislatif a votei1a loisuivante:ArticleIeI',-Constitutiondubienruraldefamille. -Touteportiondudomaine prive de il'Etat n'excedant pas .cinq hectarespropres a l'exploitationagricolepourra etre constitueeenfaveur,detoutHa'itien,qUialified'apl'eslIesdispositions de lapresenteloi etquiaura rempli les forma litesqu'elle prescrit,enunepro priete fonciere insaisissable appeleeBienruraldefamille,IInepourrapas etre ,constitueparl'Etatplusd'unbienrUI'Ia11de famillepourune meme personne.Article 2. -Conditionpourl'obtentiondubienruraldefamine.Tout Haltien del'unoul'autre sex,e,aged'au moins 21 ans,peutacquerircommebienruraldefamilleune pOl'tion deterredisponible,

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J94 (pourvu:1Qu'ilsoit fermier del'Etatdepuisaumains( deux ans; 2Qu'ilait donne avis sousnneforme preparee ( tl cette fin par I'Administration Generale desContribu( tions, de sonintentionde devenirconcessionnaired'un(bienruraldefamille ;3Qu'ilait, des lademandede ( mise en possessionduterritoiresoumissionne., reside ((,deux anssurIeterrainavantla remisedutitreconstitutif((dubienruralde famille ; qO Qu'ilsesoitregulierement(( ;a,cquittede to utes les redevances annuelles ; j)0Qu'i[ I'ait(entretenueenbonrapportde,culture, appert certificatsigne, apres inspectiond'unAgentduService National delaProductionAgricole et deI'EnseignementRural. ( Le certificat prevu dansla presente loi sera delivre (sansfrais,apeinede concussion.Article 3. -Soumission.route soumlSSlonde(bienruralde famille sera faite sousuneforme preparee par :I' Administr,ation Generale desContributionsetremplie en presence duDirecteuraudetoutAgentqu'ilaura( designea cet effet,etenpresence dedeuxtemoinssa chantsigner,choisisparIe soumissionnaire.Le fonctionnaireaul' emp:loye del'Administration Generale desContributionsdevantquilaformuleaura ete remplieattesteraqu'ellea ete lueouexpliqueeausoumissionnaire.(Touteterresoumissionnee devna etre reconnuepropre a lacultureparIe DirecteurduService National delaProductionAgricole,ArticleI,.Decisionsausujetdessoumis-eesions.Toute decision ausujetdes soumissions pre ( sentee au Directeur General desContributionssera re serveeau Secretaired'Etat des Finances ...

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-Ig5-QUJandla sou missionaura ete aoceptee, Ie Directeur General desContributionsexigera que Iefermier pre senteunproces-verbal etunpland'arpentage exact dela parcellequ'il desireacquerir ,commebienruralde famille. Le Dire-cteur General desContributionspourra,suivantles cir,constances,prescrire que Iebiensoit ar pente ou que ses lisieres soient rafrakhies. Le cout de (' l'arpentage ou durafrakhissementdes lisieres sera paye suivantIetarif prevu pa,r Ia loi. Artideg.-Obligation generale. Le ServiceNational de laProductionAgricolepourraexiger quedansun delai dedeuxansuneterrede II'Etat ouunBien(eBuraldeFamillesoumissionnesoitplantedansLaproportionde50%endenreesd'exportationqu'ilaura de signees.Encas de ,contestation, a['egard de ,cette obligation,entre Ie fermierou Ie soumissionnaireet Ie Service NationaldeIlaProductionAgricole, Ie Chefdeceservice oul'interesse,porteralaquestiondevantIe Secretaired'Etatde [' Agriculture qui decidera s'il y a lieu d'aocorder nneexemption...Article10. Privilege attache aubienruraldefamine. Apartirde latranscriptionde la de darationdel'Etat,,constituantIebienruralde ,cebiensera insaisissable. L'insaisissabilite s'etendra aux aocroissementspar aocession,auxconstructionset ouvragesqui y seront edifies,a to utes installationsettousustensiles aratoires,outils professionnels, a tousanimauxattaches a :I'exploitation, ,el autresobjets enumeres auxarticles 427 et 428 duCode Civil.

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-196 Apartirdela tnllnscription dutitreconstitutif, fruitsnaturelsdubienrur.al defamineserontegalementinsaisissables,saufpo.ur avoirpaiement:1Des imp6ts et taxes,auprofitde fEtat ouauprofit desCommunes; 2' 'des condamnationsgeneralement quekonques pro (noncees'enfaveur del'EtataudesCommunessoiten( matiere ,civile, soitenmatieredecontravention,de delit oude crime; 3duprixdes engliais et desinstruments,( outilsauma,chines aratoires affectes a l'exploitation du bien;4des valeurs duesauxetablissements de credit agricoleoufoncierou a touies autrespersonnesquiauraientf,aitdes avancespourl'exploitationdu hien ;5quelesfruitsneser.aient quejusqu'a concurrence dutiers de la recolteannuelle.Leproprietairedubiende famillenepourraendisposerquepardonationauprofitdetoutepersonne,conjoint, parents, alliesouautresresidant Iebienet( I' exploitant avecluisans egaI'dpourlaquotitedisponible.Encasde deces abintestatduproprietaire,Ietitresera confirme parl'Etatlavecattributionintegraledubiende familleauconjointsurviv.antou a celuidesenfantslegitimesounaturelsquiresidentsurIebienet ::Ji.denta l'exploitationetqui Hura offert :aux autresayants-droit(Iededommagement Ieplus avantageuxsurla based'uneestimation .qui sera faite par. l'Administration Generale des" Contribution's, eten cas de contestation,par Ie DoyenduTribunaiCivil de lajuridiction......Article1I.-Portiondudomainenetombantpassousl'applicationdelapresente10i.Le President delaRepubliquesurdemande wnjointe duSecretail'ed'Etatdes TnavauxPublicset desFinanceset

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197((duDirecteurdel'Administration Generale desContribu((tions,pourra decider quepourlaperiode necessaire a I'executiondestravauxd'irrigation,to utes les terrescomprisesdans .Ie projetd'irrigationneserontpas assu ((jetties a lapresenteloi. De meme, ((1Les terresdudomainepublic deinies parl'arti de2 de la loidu26juillet1927. (2Les terresdudomaine prive del'Etat reservees comme forets nationalesau declarees d'utilitepublique.3Les terres deja laffermees a des tiers,oupourl'affermagedesquellesundroitde preference a dejaete aocorde a d'autres,nepoufrontpas etr:l l'objetd'uneconcessiondebienruralde famille.Article 13. -Abrogation.-La presimte loi ( abrog-e 1aloidu26fevrier 1883surles conditionnelles, la loidu5septembrer932 concerIlJantIebienruralde famille insaisissable,ettoutes autres loisoudispositions de loicontraires a ,cesdispositions,etelle ( sera executeea ladiligence des Secretairesd'Etatdes Finances,de,I'Agri-culture et de la Justice, chacun en ce quiIe concerne )) Cette loi a ete publieedans!le( Moniteur))Ie12 fe'Vl'ier1934 .. D6jtl moinsde deuX' ansauparavant, -en septembre1932, avait ete proIl1ulgueeune Joia pep pres semblable, que celle-civientd'abroger. I--la Ioi de 1932 soumettait.
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-Ig8portion deterredisponiblen' pas;)hectarl3s de superficie,pourvu:IaQue,fermierde l' Etat,depuisallmoins3 ans apres lapromulgationde la presente loi, ilait donneavis de son intentionsurunefouille prepareeacotte fin it I'Administration Generale desContributions.20Qu'ilsoitfermierde l'Ebat depuisau .moins 3 ans apres lapromulgationde lapresente 10l. 30Qu'iljustifie s'etre egalement li16re toutes lesredevances duesdepuislapromulgationde la presente iloi.40Qu'ilait reside surlaterresoumissionnee ou suruneterrevoisine depuisaumoins3 ans, l'iait, appertcertifi.cat,entretenueenbon etat deculture 80US Ie 'con trole duServi,ce NationaldelaProduction Agricole. 50Qu'ilyaitconstruit,s'iln'est dejabMi, une mai sond'habitationbien aeree, saine.II pouma toujours etre passe outre a cette5" condi tions'ils'engage a laremplirdansIe delai maximumdetrois ans apres la ,constitutiondesontitredefinitif.Les certificats prevus dansla presente loiseront deli vres sansCrais a peinede ,concussionl).Ces restrictions, auxquelles Ie ,candidat un bien ruralde famille setrouvaitsoumis,priverontla loid'application.C' est la raisonpour,laquelle '1e Gouvernementse deter mina a faire Yoter Ie texte de 1934.Onremarqueraque,cetexteappliqueles principes de fendus par Ie Docteur Dalencour,toutenayantsu leserreurs .contenuesdans lesprojetsde10iqu'ila rediges. Les concessionsdeterrenesont ac'cordeesqu'aux pay sans quisontfermiers deI'Etataumoinsdepuis,2 am. L'etenduedechaque .concession ne depasser 5 hectares. Cette

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derniereclause vise agenellaliser Ie systeme delapetitecultureen Haiti, introduitparPetionetses SUOCBsseurs. Elle limite,enoutre,,1'importancedubien de famille insaisis sable, afin denepasrendreindisponibles descapitauxfon ciersd'unetropgrandevlaleur.Onnepeut done: reprocher a 1aloidu12janvier1934 d'entr,aver trop lo:urdement les echangesimmobiliers.Enfincette '1oi dans sonartide I untemperamentauprincipe des concessionsgratuitesdesterrainsde l'Etiat. Elle ex,empte ,del'immolation generale lespro prietes pourlesquellessontprevusdestra va:uxd' irrigation,ainsiqueles terres reserveescommeforets nationales ou declarees d'utilitepublique.Nous sommes sur quela ,collaborationduGouvernementetdesChambres 3.preparela untravailutile,quinetarderapas a porterses fruits.Lebutprincipal, recherche parlesauteursde 1a loidu19 }anvier 1934, denote les meilleures dispositions quel'opinion rurale puisseattendre 13cctuellement (Jeshommes places aupouvoir.Cehuttransparaitdairement a traverscertainspassagesd'unecirculairequeM.Titus, Ministre de la Justice, a adressee Ie24fevrierdernierauxCommis sairesduGouvernement pres lesTribunaux,civils de la He publique.Voiciquelquesphrases,quimeritentd' etre rete :AuCOUl'Sde vos tournees, vousentretiendrezvasadministresde la10i,creant Iebien de famiHe0t publiee auMoniteur Ie12feYrierdecette ,mnee. VallSleurexpliquerez Iemecanismede cette101.Vous insisterezsurlesconditionsauxquelleslasoumissio;1d'unbienruralde famiNe sera agreee et va usnevous ferez pas faute de fixer dans le:ur attention, faisant vote1

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200cette loi, IeGouvernementauquelonveutsi legerement preteI'l'intentionde deposseder les paysansauprofit deselTangers, asuplutottrouverunmoyenpratiquede les (rendre maltresincpntestes dusolqu'ilsnecessent d'ar roser deleursueur(I)..Ces phrasesrappellentlamaniereavec s'exprimaInCommission Senatprialepresenta son rapport Ie19 decembre 1933, apres avoir legerementmodifi6I.e projeldeloiquelaChambre,avait vote. Leslignessui vantes de ce rapportenpeuvent,conv,aincre : ( La Commissionamanifesteunvif interetaI' examen(duProjetde loisurLeBienruraldefamille. 11 contient une portee socialeulilitaireel dehautejustice,quin' e ( ,chappe pasaux esprits saga,ces.(Cette loivientregulariser entIn Iedroitde propriele '( a ceuxqui appliquespendantuncertaintemps aCUltiVt;I uneportiondudomainenational,quien connaissent I(l' eft1,cience, sont indiqu.es pourendevenir leslV1a1" iresauthentiques,par preferenceit tous autres preten :dants.Par vpie de cette Loiaurapoureffel (d'encourager meme lescitadins it laculturede laterre,(puisqu'ilsaurontlaperspectived'endevenirproprietaires(d'unecertaineportion,selon des faciles it observer.(Divers avantages resulterpnt de l'applicatton de cette loi. (Le Pays;an s'attacherade plusenplusaucoin deterrearrosepatiemment souventlonguementdesa(1)Circulaire publice dans Ie Moniiwr,Numero du5 mars 1936.

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:.lOIs.ueur, devenusonpatrimoine deinitif ;doneil rmigrera beaucoupmoinsdansles 'Villes.. LeCitadin,incapablede vivre dans les villes,tournerason activite vel'Sles plaineset meme nosmontagnes,poury trav,ailler. .. Ceretour a laterre,qu'eneourage ectte d'excellentaugure.Ceprojet,deplus, red:le l"hommaged'admiration it l'ad1'esse ties premiers gou'Vernements dela Nation,quiont, des l'Independance,,compris qu'il .aut nousattacher ace sol sa-ere, fertilise pal,Iesangde nos peres, engraisse deleurchair,pournousy incorpo(lreI' et Ie defendre aubesoin, comme nous--memes, pal'tous les moyensennotrepOll-voir....Cetexte estsigne par M'M.Martineau, LoubeauJLator tue et Telemaque, qualresenaleurs tres representatifs dans la Republique. Void doncbien definie la politi que deshommesqui d6tiennent IepouvoirouIe eontrolent aujourd'huien HaIti. Commeelle nous semblerepondreauxbesoins essenlielsdupays,nousneeesserons denouseninspirerdansl'essaiquenousentreprend1'onsplusloind'une 1'efor me 1'organisation fonciere. SECTIONVLE COLLECTlVlSME AGRAIRE I.-Lasolution sociJaliste en HaW Nousnevouions pasterminer ce chapitre sans parlerd'unedoctrine, qui a ete recemment .opposeea notrepointde vue,interessantIeproblemesoulevepar I.I!-proprietefonciere en Haiti. Nous ,avons deja rappelequedansune conference prononcee a Port-au-PrinceIe decembre1933 publiee14

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-202 -,-depuis parla revue LeTemps} nous nous etions effotce depresenteren raccourciideesquenous developponsi'cidansnotreetude. Notreopinionsurla question, agr.airefutapplaudieparunpublic compose engrandepartiede personnalites politiques,d'hommesde loi et de juristes. Un HaHien, M. EtienneCharlier} docteur en, droitde la gaculte de Paris, fitpublierquelque temps apres uneletLre ouverte a notreadresse,enreponse a 1a conference dontnousvenons deparler.Nousnevoulons pas r,apporter ici les pass'ages de cette lettre OUM. Charliernous dte,precise les idees que nous emettonspournO)1sobjecteren suite ses arguments.Nous ten.ons seulemen,ta reproduireles reprochesqu'ilfait au planagrairequenQus defendons. Nouspresenteronsensuite les remedesqu'ilpropose. Voici d'abord sous queUe forme il desapprouvenotre : Monsieur Renaud, votre solution n'en est pasune:eUealIeto.rt d'etre eclectique,c'est-a-dired'essayerde concilier ;lescontraires.Etendefinitive, dans les faits, votresolutiontournera,malgre1apieusete desintentions,auprofit du Gi'and Capitalisme Agraire, c'est-a dire, dansnotrecas, auprofitdequelque nouveUeHasco (I).. Car, Monsieur Renaud, Iepetit sans(I educationtechnique, sansargent,sans machines agri coles netiendrapas dev,ant lesgrandesentreprises : saproletarisation suivraunrythmepeut-etre saocad.e mais fatal.Comme 'a Cuba,,commechezVOllS,puisquenousenavons presqueunav,ant-gout : l'autre jour,unde nos(I)Exploitation sucriere americaine, pres de Portau-Prince.

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-203-joul'nauX lesmieuxpensantsajustement preditanos ( petits guildiviersleurdisparitioncertaine n. Viennentensuite les remedes denotrecontradicteurJ';aipropose etjeproposepour problbne, ,commepournotreprobleme industTiel, la solutiondusocialismescientifique.Plus precisement, surIepLm agr.aireJj'ai reclame et reclame UIl,e intelligenteinterventiond'Etat, a fin de regroupement. des pareelles etd'emploidelatechnique Ia plusmoderne.Dureste,chacundeces cen tres deproduction constituem egalementuncentredeculture avec theatre, cinema,gymnase;etc...Vousmedirez peuH::tre que Ie rer,ours auxcapitauxetrangersseratoujoursindispensableetque no usn'ell Gontinuerons pas moins a payerlalivredechair.Certainement.oui,I(maisseulementpourl'accumulationprimitive aoOcele ree (I).M.EtienneCharliers'attacheensuite arefuter cette opinion que lamentalite {golste dupaysan, soninstinctde conserv,ationpatrimonialemilitentenfaveur de la pro prieLe individuelle.Etilterminesalettreenempruntant ,\ Karl Marx qu'ilappelle,commec'est son dIoit,Ie pere del,asociologie objective,unextraitde 1aPreface au(iCapita.1.DansIepassagequ'ilcite, les pl'ejugeswciaux, parmilesquc1sonpeut ranger Inmenta1itepaysanne,sont represenl.es, noncomme des absolus,maiscomme des pro uuits variables dumilieueconomique.2.-Reponse it la these socialisteA.Noustrouvonsinutilede no us disculper des re proches quenousadresse'M.Charlier. La politi que(1)A proposcluprobleme agraire haHien n.Leltre ouverte cl'Etien ne Charlier,paruedansLa Releve ,revue de Porl-au-Prince, Numero dulormars 1934, page 6 ('l suiv.

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agraire,surlaquelle n,otrechoix s'est portt\ est dansIedroitilldes interets delapaysannerie.Cenesontpas les fermes-ecoles,ou meme les exploitatipns-modeIes dirigeespardesagriculteursinstruitset equipes surles terres del'Etat,quiruinerontles petits proprietaires. Que Iecapitalpuisse aiderau progres del'agriculture,cela ne prouvepasdu meme coup que les capitalistesdoivents'emparerdela terre.M.Charlierredoutesansdoutelaconcurrence,quiferaitun gmv,e tort a la petite cultul'e. Or, nollS!c'estl'emulationseulementquenouscherchons adevelopper. \B. Pour ee qui est de laphilosophiemarxiste, i!l estcertainquelIesconditionsd'existencemateriellequichangentave,cles ages arrivent d modifierLaconscience collec tive.Jlseraitpuerilpourtantde se referer aumaterialismehistoriquepourresoudre les questions foncieres sousleuraspecteconomiqueen Haiti.L'instinctde est tres developpe chezles paysans de ce pays. a l'estplusencorequeparmiLapaysannerie franc;aise. Nousn'affirmonspas que dansunavcnir lointain,cet instinctn'aurapas evolue. Maisnous n'.a.vons pasi,ci a nousegarerdans des speculationsphilosophiques.Ledroitdoitbaignerdansla realite. Nous nepouvonsdoncapprouverunepolitiqueagrairequis'appuieraitsurdesnotionstoutestheoriques,encoreque;lasociologienouspersuaderaitque,cesont 13. les concepts dedemain.NoustenonsIlapetite propriete commeunstade tres avance dans I'Hisloire desInstitutions.La grap.depropriete, en Ha'hti, quise rapprocherait davantage d.u collectrvismeagraire,fut du regime odieuxde l'esc:!avage. Que devrait-onattendrealorsduregroupementdesparcelles,queconseillenotre contradideurP La,collectivisation des terres,commecelapeutse soutenir,est-elleuneformeprimitivede il' econ,omieP

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-205AlaI'S,nenousappliquonspas a faire reeu'ler Ie progreso Est-elle,aucontraire,uneforme tres evoluee P Ehbien!cen'estpas en qu'i1 fautententerl'epreuve.Cepays,dontlapopulationruraleest encoreinculte,doitbornerses efforts 'a atteindreau degre de perfection, ,. uquelsontparvenusles peuplesdontilpartagel'idealjuridique. 3. -L'experience russeA.Nousnenions pas ,Ie genie createurdes maitres deLanouvelle Russie. Maisnous,croyonsbien viline leurtentatived'implanterIe,communismerural. Mkhel Cholo khoY, anime d'intentionsfavorables a l'egarddel'experience sovietique,,adecritdanssonouvrageTerres defri chees Ie gToseffort quifutfaitpour decider les paysans a entrerau kolkhoz, laferme,collective. Dansunaveu, qui faithonneurasa sincerite, ,cetecrivainmontrela force de II'instinct de propriete, indestructibledans l'ame rurale.II ecrit quecertainpaysan, memeentre aukolkhoz,nepeutpasrenoncer a la propriete. Aucontraire,ils'yaccroche ; 'la preuvec'estqu'il'cherchetoujours a mieuxnourrirses betesa lui(I).D'autresrefusentde s'associerautravail collectif de1aterre.Ets'ilsnevontpas semel', ,c'est parce queII'inslinctde la propriete se cabreen eux (2).Nousn'avonsvunullepart,peinte avec plus de force, celIe puissance' del'instinctde possession rersonneHe,presqueaussi enra-eineque Iesentimentde la conservation.B.L'experience russe,pournous,n'estpascon-(I)MichelCholokhov: TerT'esdejT'ichees (les paysans russesLeIsqu'ilssonL), Editions socialcs inLernaLionales, Paris 1933. page 299.(2)Idem,page394.

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206-cluante.Le professeur Gr.andclaude,dansuncourssurl'HistoireduDroit prive qu'ila fait cette annee aux eleves de Doctorat de la Faculte de Paris, a tire cette conclusion d'une etude duregime sO'vietique. Les modes d'u-sufruit actuel, dans Ie detail de Ileur (' reglementation,sont ta reproductiondel'ancienregimerusse. La commune .agraire estlasuitedumil', Iepartagedudvorunecodificationd'unepratiquequidated'AlexandreIII, et la possibilitepourIedvordesortirdelacommunauteagraire estunereproductiondes lois Sto'lipine,quidatentde '910, maisave,cuneaugmentationde liberte. Sibienque Bazil Eliachevitch ,conclut de la fa<;on suivantedansson Traitedudroitciviletcommer ci.aI des Soviets (tome I,page I7) : Lecode agraire de1922n'est pasunecreation des idees revolutior,"naires, nonplusqu'unerupturede continuite avec l'anciendroit,maisil est l'expressionnormaled'uneevolutionlegislative.Etjecrois meme quedanslapensee de Bazil EEa chevitch fevolution cstplutot dans Iesensd'unraffermissementdesdroitsdupaysann.Par oonsequent leregimequejeviensdedecrire,toutaumoinsIeregime agraire, estevidemmentd'uneinspiration bolchevik, mais n',estguere,ensomme,quelacontinuited'uneinstitutionquiexistait depuls Iong('temps; ce n'est guere autrechose quedudroit feodal. G'est meme undroit feod3.1 .ancien,cen'estpas Iedroit feoda'! quenousavionsaumomentdela Revolution (iFranyaise, epoque ou la terreetait devenuela proprie1.e du tenancier et ou l'ancienseigneureminentn'av.ait plusque de vagues droits reels, dureste contestes. G'estau((,contraireuneepoque beau'coup plusancienne ou lesdroitsdutenancieret les droitsduseigneuret.aient a peu

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(presaegalite,OU les droitsdutenaneier n' etaientpas ( eneoredevenusunveritabledroitde propriete. C' estensommeee regime-Ia qui a ete repris par les revolutionnaires, clone pardeshommes qui rep res ententune con .eeption nouvelleet differentede cellesquiontexiste(jusqu'iei.II yadonedans ce regimerusse, si vous voulez, la jonetiondedeux genies,un genie.eollediviste, quiabandonneauresteunpeuIe colleetivisme, et Uilgenie feodal;il ya done la deuxconceptions del'esprithumainqui 6e rejoignent...(I).M.GrandclaudeajoutequeIetemoignagerussepeut etre considere ,comme .eritiquable, comme inferieur aee quenousavons. Nouspouvonsdeduirede ces observationsqueIecol leeti'visme agraireressemble beaucoup a uneutopie.EnHussie, seul pays quil'ait tente encore, les faitsapportentundementiauxespoirs revolutionnaires. Nousneeroyons donc pas que soit serieuse la solutionquiconsiste a introduireen Ratti lIecommunismerural. L'egolsme familialdupaysan estune realite, surlaquelleonpeut.asseoir des lois eeonomiques solides. Le legislateur nedoit pas negligeruntelstimulant,qu'ilimporte memedG conserver.Et c'est en favorisantlapetite propriete qu'onamplifieraIepluscetteforce, si necessaireauxfondations d'un Etat .. (1)COUl'Sde M. GrandclaudesurI 'Hisloire de la propriele fon ciere. Edilea Paris (1933-1934), pages35el 36.

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CHAPITRE VIILalegislationfonciereactuelleNous savonsquelapartieoccidentaledeSaint-Domin gue,pendantIlaperiode coloniale, vecut sousl'empiredel'AncienDroit franyais. En1804, 1es lois franyaises cesse rentd'etreexecutoiressurIeterritoiredunouvel Etat. Haiti. futdoneobligee,commetoutpeuplequivientdeconquerirsonindependance, de sedoterd'une legislation nationale.Commelesiloisciviles ha'itiennes nefurentpromul gueesqu'en 1826, il Yaquelque intereta savoir quelfutIeDroitquesanctionnerentlIestribunauxde1804 a 1826. La legislationenvigueur pendant cette periode, adMaut d'institutionset de regles ,codifhles, devait etre Ie reflet natureldes aspirations profondes, des convictionsintimesdupeuple hai1ien. Vneloi choisielibrementtraduitmieuxl'idealeollectifqu'untexte ecrit, impose.M.Louis Borno, Ie commentateurduCode de 1826, ecrit enparlantde lla periodeintermediaire,quisuivit la proclamationdel'Independance:Personnen'ignoreque,avant1826, lestribunauxavaientcoutumed'appliquercouramment:leslois fran c;;aises surtoutles points dedroit prive non regis parlaIoihailienne(I).(1)LouisBorno:Code Civil annote de IIIRepublique d'Halti, Paris1892,page498.

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-210-Cefaitnepeutetonnerquandonpense a la forteempreintequedutlaisser la civilisation franyaise dansJamen talite denotre:ancienne Possession,. L' educationjuridiquedupeuplehailienfutIeproduitdenotrelangueetdenotreenseignement. Haili putsans doute divor,cerd'aveclaFrance, et memehall' ses anciens maltres. Les lois heredi taircsla rattacherent encore [l notreDroit etl' obligerenta suivrel'evolutionnaturelledenosinstitutions.Lelegislateuren edictacontreles etrangers uneprohibition severe,que nousavonslonguementcommen tee.Mtaisa part cette restrictionassez grave,interessantIedroitd'a,cquerir l,apropriete immobiliere,l'ensemblede nosloisconsacrees it laprotectionet a la circulation des richesses foncieresfutrespecte. L' elaborationduCode civil se ressentit de ,cetteambiancejuridique.QuandIe texteparut, en 1826,on s'aperyut qu'il repetaita peu pres IeCode Napoleon. Avant lapublicationdel'ouvragede M. Borno,en1892,lesetudiants haiti ens continuerent done a seservirtoutunimentdurecueil de nos lois. C'estcequel'auteur erudit dupremierCode haitien annotefitremarquerd1ansla preface deson reuvre : N'etu diantIedroitquedansles livres desauteurs franyais, noscompatriotessetrouventachaqueinstant 13rretes par 1a recherche dans nos Codes, des articles ,correspondantauxarticles franyais auxquelsrenvoient ces auteurs(1).C'estd'ailleursILaraisonpourlaquelleM.BornopritlIesoin d'ins,crire,en bce Ie texte de chaque article haitien, Ienumerodutexte fran<;aiscorrespondant. La fidelite quegarde Haitia notreculture, a nosjurisconsultesque fre(1)LouisBorno:CodeCivil annale dela Republique d'HaW, p.V.

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211-quenteronttoujourslesetudiantset les hommec; de loi. dece paysdelangue fran<;:aise, af,aitundevoir aM. Abel Nicolas TAger, l'auteurd'unnou:veau Codeannotedes Jois civiles haltiennes, desuivrelamethodede M. Barno.QueUemeilleurepreuvefournirdelaparente etroi:te quiunitles deux Droits haltien et fran<;:ais Aujour.d'hui,notreancienneColonie vii toujourssousl'autoriteduCode civil de1826.C'est di.re quelesattributsdela propriete immobiliereetles droits quiendecoulent secalquent a peu pres surlalegislationfonciere fran<;:aise. D''autres codescontemporainsduCode Civil,commeIeCode Rural,dontnousavons parle, Ie Code deCommerce,IeCode deProcedureCivile, edictenta peu pres les memesreg].es que les recueiJs de meme nomenFrance.NousauronsI' occasionplusloinde verifier eesremarques,notamment quand nousexposerons lesgrandsprin dpes auxquels sesont referees les lois fonciereshailiennes.Nous ,constaterons ensuitequel'organisationfonciere,malgrel'effort du legislateur, est Iloin de repondre aux besoinsdupays. Les regles quigouvernentla pubHcite desmutationsimmobilier,esretiendrontspecialementnotreattention.Nousverronsqueles dispositions essentielles de La loi fran <;:aise du23marsJ855sontenvigueur,en HaIti. Cesystemedepublieitepersonnelle,queeritiquenttausnosjuristes,a desinconvenientsplusgravesdans ce paysqu'enFrance.Celatient a laconfusionentreIe droi,t reel surl'immeubleet Ie fait de la possession, que nousavonsmiseplusieursfoisenrelief.Unbesoinurgentde reformes, qu'expliquentles desordresnombreuxsuseites ail'ocoa.sion dustatutfra gile de la propriete, se faitdonesentiI'..

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212-Maisnousmontreronsqu'ilseraitvain de souhaiterdans ee domaineune amelioration serieuse, sans asseoird'abordlia:base meme de t'organisation foncierequifait defaut en Hai:ti. Nous voulonsparler du plancadastral des terres de la Republique. Les remedesquenousproposerons a eette insuffisancedela legislationferontl'objetdeschapitressuiVla:nts. PREMIERE PARTIELa propriete fonciereen HaIti NOllssavons que la propriete fonciereappartientpourunepartaux particuliers etpourl'autre a l'Etat.Nous allonsetudiersuccessivement ces deuxsortes de propride. SECTIONILA PROPRI'ET'E DES PART/CULlERSI.-Le Droit regissantla propriete L' article premierduCoderural haltien s' enonce ainsiLeterritoirede laRepubliquedanstoutesonetendueestlibrecommeles personnesquil'habitent,aussitoute propriete territorialenepeut etre sujettesoit envers lesparticuliers,soitenversl'Etat, qu'aux redevanceset ;3:UX chargesetabliesparuneconventionou par la loi.L'article2,ajoute :La propriete, l'usufruit,la jouis sanee et'I'usage des biensrurauxcontinueront aetre regisplaT les dispositionsduCode civil(I).(I)CodeRuraletConseilscommunaux,Port-au-Prince1929,p.I.

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'213-II resulte de la premiere disposition que la propriete privee, en Hatti, trouvesaplusfortegarantiedansl' Acte del'Independance.LeproprietaireestIemaitrede saterreparcequel'Etat,quiIe proteg-e,jouit d':une souverainete parfaite.Quant a la propriete des biensruraux,l'artide2nousapprendqu'elleest soumise, ,comme to us les droitsqui inte ressellt la propriete immobiliere,aux reg-les duCode ,civil.Or [1 l'epoque ou Ietexte precite parut,ce Code vena it a peine d'edore. C'est donc sous l'eg-ide des reglesfranQai:ses,somme toute, quela propriete foncieres'organisaen HaLti,. ,MalgreIereamenagementdenotre'legislationetles re formes des lois ha:itiennes, Ie regime de la propriete dans les deux pays est a peu pres Ie meme. L'a,cquisition des biensimmobiliers,parexemple,nese realise pasen Ha:ili autrementqu'enFrance. 2.Pal'ticulol'itesdu droit successoral Nos regles successoralessont appliquees presquetelles queUes dansnotreancienneColonie. Il ya cependantquel ques differencesqu'ilestbonde -noteI', parce qu'elles inte ressent,Iesortdesenfantsnaturels,quiformentunepartieimportantede lapopulationruralehaitienne.Lcpremier alinea deil'article606duCodecivil haitien reproduitbienla meme reserve que celle qui: estcontenuedansnotreCode. Les ,enfantsnaturelsn'heritentdeleur pere ou mere, oude leurs ias,cendants naturels, qu'autantqu'ilsont etc legalementreconnus n. Maisl'article608 ,amoindritfortlapart hr,reditaire del'enfantnaturelreconnu,quisetrouvereduite dans cer tains casautiers de celle del'enfantlegitime. Voici de butdecette disposition :

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((S'ilya concoursde descendantslegitimes.et de des(( cendants naturels,118:part de l'enfantnatureldevra tou((jours etre Ietiers delapartdel'enfantlegitime...Onsaitque la memeseverite, a I'egard derenfant naturel,existaitdansIeCode Napoleon a l'rartide 757. Mais depuislaloidu25mars 1896.,cette situations' est modi flee. L'artide758 estplushumain.M.Clovis Kernisan a commente larigueurduCode haHien en ces termes:Enfin, merite d' etre signaleewmmeprp.sentant un interet particulierunedouble contradiction entreles mCEurs et la legis}.ation respectives des deux pays (la((Franceet HaIti) relativement a lasituationdesenfantsnaturelset ladulterins. Tandis queIe Code civil ((modifle par des lois suocessives, a fait aces enfants,quinesontpas responsables deleurnaissance,untraitement((deplusenplusavantageuxethumainJaupointdevue(( de larecherchedelapaternite,des droitsa I'entretienetauxaliments,des droits suocessoraux,je 'Crois avoir ob(( serve que I'opinionde la bourgeoisie nes' estFas encorebiena,c,commodee des vueshumanitairesdulegislateur. Chez nollS, e' estjustelasituationinverse :la loi est restee tres dure a l' egaI'd desenfantsnaturelsetadulterins,alorsqueles mCEurs leursontbeaucoup((plusfavorables.Leurconditionde n'est pasunestigmate.. Ils souventuneeducation aussisoignee que lesenfantslegitimes. S'ilsontunevaleur((personnelle, ils reussissent sans difficulte.Onles laisse({quelquefoisporterirregulierementIe de famillc,sansenavoirIedr.oit,cequi,evidemment,ne conferc qu'unprestige SOCiiM sanseffetcivil(I).(I)Clovis Kernisan:La Veriteou la JHorf, Portau-Prince1933, page 35.

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Ceci eonfirme bi,eneequenousa:vons signale a propos des meeurs haHiennes. Ellesjouissentd'unplusgrandrespectqueIedroit ecrit. Cetteanomaliene '1aisse pasde comporterdegravesinconvenientsdansl'attributiondudroit de propriete. Laloi r'efuse la qualite de proprietaire al'heriher apparentdontla naissancenaturellen'est pas reconnue; ellelimitede meme lapartdel'enfantnaturelreconnu.Or les meeursecartent toutes ees restrictionset .ereent des situations inconciliables ay,ec les regles enoncees dansIeCode. La reside fune desplusgrosses diffi.cultes quiattendentIe reformateur de la legislation fonciere enHaiti. Dans Iedroitsuocessoral iln'ya pas d':autreorigina Hte, en,ce qui concernelatransmissiondes richessesimmobilieres, quimeritederetenir1'attention.Les liberalites entre 'Vifs obeissent 'a des regles serapprochantde eelles quisont edictees par lEl legislateurfran -;ais. 3. -La,prescriptionacquisitiveLes Hai:tiens peuventaussiaequerirla propriete fon ciere parlaprescriptionacquisitiy,e. Les delaispourpreseriresontpluscourtsquecheznollS. VoicilateneurdedeuxarticlesduCode hai:tien quitraitentde la matiere : Article2030:Toutes les a,ctions,tantreellesqueper sonne1<1es, sontpres,critesparvingtans,sans'queceluiquiallegue eetteprescriptionsoit oblige d'enl'apporteruntitre,ouqu'onpuisseluiopposerl'exceptiondeduite de:lamauvlaise foi Article 2033 :Celui quiacquiertdebonnefoietparjustetitreunimmeubleenpreseritla propriete pardixans,8iIeveritableproprietairebabitedans lEl territoirede laRepublique;etparquinze lans, si Ie 'Veritable pro-

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210 prietaireest domieilie hoI'Sduditterritoire,aus'ila euson domicileendifferents temps !ians Ie territQireethoI'sIeterritoirede la Hepubliquen.La possession, paUl'aboutir a Iaprescription,doit l'C:lunir les memes qualitesquela possession, franl;aise. Ilestinteressantpourtantdenoterl'opinion !iu tribunalde Cas sationsurcepoint precis. Dansun arret importantdu31juillet 1869, reproduit par LinstantPradine,grand iaJ.Tetiste haltien,etciteparM.LouisBarnodans son Code Civil, Ietribunalsupremea fixeen ce sens sonopinion:La possession suffisantepourpreserireestunfaitsurlequelIetribunaleivilpeutformer saconvictionsui vantles piecessoumisesa sonexamen,etdont 1'appre dation,ialors meme qu'el'le serait erronee,nepeut etre taxee d'exees depouvoirqu'autantqu'elleserait formellementcontreditepardes ,actes reguliers et ,concluants(I).Nous pensons,nOliSaussi,qu'ilestsouhaitablequeIetribunalciviltranchelaquestion !ie la possessionen equite. Lorsquenousaborderons plustardIeprobleme dehcat del'lattribution des titres, dans Ie cadred'unenouvelle legislation fonciere,nousaUl'ons a revenirsurcette idee. IIn'yarien a diresurles autresmoyens d'accedera la proprietefonciere. Ilsressemblentaux proce!ies misenvigueurdansnotrepl'opre legislation. 4.-L'expropriationpourca,use d'utilitepubliqueL'illrtide duCode civil haHien est ainsi redige :Nulnepeut etre ,contraint de ceder sa propriete, sicen'estpour ,cause d'utilite publiCJjue etmoyennantunejusteet prealableindemniten.(I)LouisBarno:CodeCivil annale,page /Igo.

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-'21]-Cette atteinte porteeaudroitdu proprietlirefpncier estformuleedans les memes termespar 5 denotreCode ,civil.Lelegislateur hai:tien, apres avoir pose Ieprincipequel'utilite generale doitl'emportersm l'interet particulier,s'estvudansl'obligation,tout cpmmeen. France,d'organiseI'paruneloi specilale la procedure d'expropriationpourcaused'utilitepublique.Enlamatiere,laloienvigueurestcelledu10 aout1904. Ellen'imitequed'unemaniere incomplHe notre'1oidu3mai 1841, amendeeen1918 et 192I.Laloi hai:tienne reproduilunprojet,quifnt presentea l'appreciationdesChambres ala suiled'ullcopieux expose des molifs. Cet preciseque101'sque(Il'utilitepubliquebienconstateecommandede livrera l'usage de touscequiestactucllementla propriete d'unseul, il y a sa crifkeimpose deInlibel'le de celui-ci,maisdisentlaConstitutionctIeCode civil,moyennantunejusteet(Ipl'eal,ableindenmitcetdans Jeca:?et de,la maniereetabli<; IIparlaloi(I).nn'yariendans cetlephrasequinesoitenparfaiteharmonieavec les considerations qjuiinspirerent notre10idu3mai 1841..M.Maurice Htaul'iou, en parl.ant dutexte f,aitremul'quer de lamemefavon qu.unpareilmode d'acqucril' pour cause d'utilitepublique)conslilueevidcmmentuneattcintegrave a la pl'opriete privee, maisilnesauraildependl'edu.capricede particuliersquirefuser,aientde ceder leur propriete a l'amiable, d'empecher la realisationd'entreprisesutilesaubiende tous(2).(I)Maurice !'inn ct TelhOlllmc:{}[l. cil.,page128.(2)MauriceHauriou: Precis de droitadilliliistru,ifet de droitPlL-bUc,onzieme edition, Paris1927,page726.15

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:U0 -Laloi hailienne, dans ses clauses essentielIes, s'ingel1le a ,concilier les droitsduproprietaireet les de I'Etat.Elle y reussitsur beaucoup depointsensuivantnotre sys Vnedivergence de vues arparait pourtant;c'est a propos de lacompositiondujurychargede fixerl'indem nile d'expropriution apres Ierejetdes offres amiables.EnFrance,lIegrandjuryest composed'un magistnat directeur,quiestunjugeordinaire designe dans If' jugementd'expropriation,etdeImit jures formantunelisle dejugement.Celte liste,parlejeudes recusations, est extraited'uneliste de sessionpriseelle-memedansunelisted'arrondissementdresseeparIe Conseil En Hai1i,eeprocede n'apasprevalu.Vnediscussion, quis'estinstitueeau'COUl'Sde :la redactionduprojetde loi,mitparfaitementenlumiereles raisonspourlesquellesnotre maniere deyoirfut ecarlee. L'expose des motifs ,contient,eneffet! l'expli,cation sJ.!jvante ,:Le secondehapitreduprojeta faitIesuje.td'unelonguediscussion.C'esteeluirelatif a laconstitutiondujury charge de regler lesindemnites.D'un cote 1'0nretrouvaitqu'iln'estpas possibled'adopterles memes dispositions qu'en France.IIfautsimplifier ces formalites. Dansl'etatde nos mreurs, Ie systemefranyaisest tropcompliquepourlaformationdujuryauqueld'ailleursiln'estpasprudent,disait-on, delaisserunpouvoirde deciderendernierressort.Etl'onestimaitqu'iln'ya qu'a s'entenirauxformes ordinaires de l' expertise ecri te dans IeCode de pro ce!iure civile,.Del'autre .celte onsoutenaitque l'interet reciproquedes parti,culi0rs et del'Etatexigc desprecautionsdu

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--g'enre dece11es quel'ontr,ouve dans la loi franyaise, Aquoil'onrepliqua quec' est precisement la baliance des generaux etparliculiers, aussibienqueilapromptitudedes formesqu'on a envue enproposantdenepasintroduire,cheznousun systeme quin'est pas dansnotretourd'esprit et nous emban1asserait plutot.11fut enfin propose etconvenude ,combinerunsys teme mixte,lequelenchargeantlestribunauxdenommerles jures, selon Iedroitcommunen matiere d'exper Lise, etablirait-cependantunecategorie depersonnesdanslaque11e devra eLre faitIechoixdeces experts qui.alorsdecideront definitivement avec l' assistanced'nnjuge.Etlechapitrefutadoptecommeil est dansIeprojet.L'article29de la 'loidu10 aollt 190L1est redige, en eiIet, -commesuit: Article29. En pronon<;ant l'expropriia\ion etdansIejugement meme leTribunaldesigneraunjuryde trois a six ,citoyens, dlOisis autantque possible dans la cate gorie desproprietairesfonciers domicilies dans 'la com munede,lasituationdubien a exproprier, lesquels seront,appeles,Ie-cas ech6ant,aregler lesindemnitesduesparsuited'expropriationpourcaused'utilitepublique.IIdesigneraegalementtrois i.t sixautrescitoyenspourlesrempla,ceraubesoin H. Nous pensonsquecctLeloipourvoittrop legerementa la protection de la proprieteprivee. En Ha'iti,OU les droitsimmobilierssontloinde connaltre une parf;aitp securite, l'Etatse doitd'offrirde serieusesgaranties aux propriHairesincommutablesqu'ilveutexproprier.Lesjuges hal tiens,nousIesavons,nesontpas inamovibles.Us depen dentduGouvernement.Jl est nonc dangcreuxde lesavoir

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--220 choisispour designer des experts dont Ie rolef}st d'evaluerunedepense II yauraitlieu,selonnous,de modifier la loi du IO aout 1904enempruntant davantagea la legislationfran Qaise, parvenue a concilierd'une maniere heureuse :lesinterets financiers del'EtatetIe respect du droitde propriete. 5.. Le1'egimehypothecai1'eLesdemembrementsdudroitde propriete sontles memes en HaIti qu'enFrance.Onyretrouveles memes servitudesouservi'ces fon ciers. Les droitsd'usufruit,d'usageetd'habitation obeis sent a des regles semblables dans les deux pays. Le regime hypothecaire,calquesur Ie notre;comportepourbant quelques parli.cularilesquenousdevonssignaler.II f,aut faire remarquer toutdesuite l'hypotheque en HaIti, toutenrepondantaux memes besoins enFrance, estloind'etreenusagecomme -chez nous.NousnepGuvons pasnousenetonnerpuisquenoussavons 1a fragilite de la proprieteimmobiliere. Legagequerepresente Ie solnepeutinspirerqu'une meribcrecon fianceauxpreteurs.Letaux stipule danslescontratsde prethypothe-caire, pour lameme raison, est generalementeleve. L'emprunteurdoit payerJa partdurisqueouseresigner a nepointtrouver de credit,. Lestauxlesplus -courants variententreJ % et2%parmois.Lecreancier dans Ie cas ouIe debiteurfait defaut pourservir ses interets ounepeutpasrembourserautermeconvenu,pratiquel,arealisationdu aumoyende la saisie

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.221II ya quelquetempslIesjugesaccordaierrtpresquetoujoursun delai au debiteur, .cequi playait parfois les pre teursdansunesituation facheuse ..Le legislateur s'aperyut duprejudiceinjustequesupportaientainsi les creanciers, etuneloi,Ie18j umet 1927,fut votee pourreglementerla proce!Iure de 11!saisieimmobiliere. Cette loi dedare quesi Iemontantdu prethypothe cairela ete verSetl lavueaunotaireetmoyennaritIe paiementd'un interet mensuelinferieur ouegala 1 % les tribunauxdoivent refusertouL delai de grace audebiteur de faillant. SiIe tam: estplus eleve un delai peut etre accorde.Enfait, lestribunauxfontencorepreuved'une grande mansuetudeet sebornentsouvent ilobeira l'article131duCode deprocedurecivile .Ce texte s' enonce ainsi :Le clebiteur nepourraobtenirundelai,nijouirdu delai quiluiaura ete accorde, si ses bienssontvendus ;'l larequeted':autres creanciers ;s'ilesten etat!Ie faillite,decontumace,ous'ilest constitue prisonni('r pourdet((tes,ousi, etant sursonprochaindepartdelaRepubli que, iln'apas donne bonneet solvablecaution,ou enfin,lorsquepar son flaitilauradiminueles suretes qu'il,(avait donneesparIe contI'at a soncreancier(1).Cet articlereproduitIe textecorrespondantduCode fr,anvais. De I'ensemblede ceUesituationdecouleuneconsequence tres logique.Les preteurs surhypotheque, exi ge:ant adetaut d'ungage sur untaux tres redoutentl'attitudedestribunaux.AussiIe credithypothecaire, en(I)AugusleA.Heraux:CodedeProcedc!l'e Civile,3edilion, Porl all-Prince 1933, page 33.

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-222Haiti, a-t-ilpeudechancededevenirprospere,surtoutdanslescampagnes,en 1'etat ,actue1 de la legislation. 6. -Lavente aremere. Comme dans les paysquiseressentent dumeme malaise,Iecreditfait encore appel'u desinstitutionsd'unstade peu avance.L'avente aremere, endetropnombreuxcas, est prefereeal'hypotheque. Cette sorte de vente,enFrance,esten defaveur au pres des jurisconsuHes.Dureste, elle sepratiqueassezpeu.nyadansIeCode Civilune serie d'articlesqui 13 priventdetout'attraitauxyeuxdescapitalistes.Cesontles artidescomprissous les numeros 1674a 1685, relatifs a la rescision del,aventeimmobi'lierepour,cause de lesion. Levendeur franyais, lese de plus deseptdouziemes dans Ie prixd'unimmeuble,,alIedroitdedemanderlarescision de la vente. Cette disposition tres sage denotrelegislationprotegedoncIevendeur aremere qu'unpressantbesoind'argent aUIiait pousse aceder sonimmeuble a viIprix,surtoutsiparla suite ilnepeutuserde Jafa.culte de rachat.EnHaiti, ou Ie Code Napoleon a ete recopie, il estsignifioatifdeconstater'1'absence de l'aGtionen rescisionpourcause de lesion.M. Leger Iefaitremarquerdansson Code Civilannote.Nousnenousetonnonsplusmaintcnant que la vente avec f'f\:culte de mchat soitrepandue d
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223-Lavente aremere peutdonc a la foisjouerIe role d'unnantissementimmobilieretsatisfaire d'autre!'l espoirs, cequiI:arendparticulierementdangereuse.IIfautsouhaiterqueles proprietaires haiti ensaientdemoinsenmoinsrecours allll pratiqued'un tel contrat,qui cache tropfa-cilement des tentativesrle profits frauduleux.Etcenesera pas I'undesmoindresavantages de la refor me fonciere quelasubstitution, cLans les mreurs juridiCJiuesp:aysannes, ducontrathypotbecaire a lavente avec facuIte de ra-chat.Maintenantquenousa vons souligneles traits lesplussaiIlantsqui caraderisent Ie regime deIta propriete fonciere individuelIe,nousallonsmeltreenrelief les originalites del'organisationdudomaine prive de I'Ebat. SECTION11 LEDOMAINEPRIVI!: DEL'ETAT I.-Sacontenance.La privee del'Etats'oppose,enHaiticommeenFrance,audomainepublic. Les deux domainessont separes pardes signes distinctifs, quisont cnonces rlans notre Corle administratif.11 f'crait. ul ile de savoi rl' etencl ue exade ou aumoinsapproximative de l'ellsembledes proprietes privees del'Etat hni'lien. Cel. element malhcureusement nous eehappe. NailS a vons deji\montreou se trom'c I'Etatdes limites de sonpropreclomaine. C'est meme eefait.,avonsnOliSfaiLrcmal'quer, qui aggmva la quest.ion ngeaire pendantl'Oeeupal.ion et.rangcre. Ausurplus, l'arpentJagc des te[,l'es domanialesesLloind'etreaeheve. Les de basefontdonc defaut. pourdeterminer la superficie totale

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des terres quin'lappartiennentpas encore a d.esparticuliers.M.ArmandThoby evaluait en1893 aI.fioo.ooo ou2.000.000decarreauxla superficie des proprip,tes rurales privees,sur2.500.000carreauxformantlla superfi.cie totale. Nous reproduisons ces 'Chiffres enformulantlesplusextre mes reserves. 2. Sonagrandissementpar l' acqJ1,isition denouveauximmeubles.Nous avons exposecommentrl'Etat etait devenu pro prieVaire foncier, puiscommentil s' etait depouillepeua peud'unepartie de ses biensauprofitd.e particuliers. La loi recentesurlaconstitutiond'unbienruralde famille mena,ce de retr6eir considerablementIepatrimoinequ'ila garde. Nous lavonsmontreIe caractere essentiellement poli tique de ces mesures, visant a restreindre Iedomaine prive de1aRepublique au profit de la petite propriet,e. Nous allonsconsiderermaintenant1'Etatdans son role de pro prietaireimmobilier.Commetel,bienentendu,il :assurel'exploitation de ses terres dans'Iesens Ieplusfavorable a ses interels. C' est ainsiqu'ilpeut'agrandir safortuneimmohiliere,toutcommeunparticulier,enprocedant a des actes d'a'cquisi tionoud' ech:ange. VneloipromulgueeIe23 decembre 1925 par IePresidentBorno a fixe lesconditionset les formalites concernantl'a,equisitionpar1'Etatde proprietes immobilieres. Voieinotammentlateneurdes articlesI et2 de cette loi :ArticleIer. Aueune acquisition de propriete immobiliere ne seI1a faitesiellen'est autorisee parIeCorps Legislatif.

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-225N6anmoins lesa,cquisitionsde proprietes immobilieresdontlavaleurn' exeeclera pas10..000gourdespourront etre faites en Yel'tud'un Arrete duPresidentde laRepubliqueprisenConseil Q.es Secretairesd'EtatsurIe((rapportdes Secretairesd'Etatdel'InterieuretdesFinan ees. Article 2.'-Le Secreta ire Q.'Etat de :I'Interieur SOllmeUra:10Les titres de la propriete, un,certifi.catduconservateurdeshypothequescompetentconstatantl'etathypothecairedubienetun ellatgeneral destranscriptionsetmentionsdontleditbien a faitl'objet, delivre parIe meme Conservateur.. 20Toutes pieces outousrenseignementspropres it etabEr lasituationdabien,sa.contenanceets,avaleurreelleaumomentdel'aequisition.,Lestaresduregimefoncier, en HaIti,commandentaux 'acquereurs de biens-fondsd'userd'unegrandeprudence.Ungrandnombredevendeursn'ontenleurpos session que des titres de propriete douteux. lIsignorent ceUe circonstance et c' est debonnefoiqu'ilsalienentleursimmeubles.IIappartient donea l'aeheteur,qui s'exposetoujours aacquerir anondomino, d'eXlaminer attentiYe mentl'originede propriet.e del'immeuble aliene. Nous sayonsqu'enHalt.i, sans dout.eenraisondubesoin quis'estfait sentiI' dedoimerunerapideinvestitureaux pro prietaires, Ielegislateura reduit Ie de1ai delaprescription franvaiseit vingtannees. Ce delai est abrege de 5 ansetparfois de10ans dans les hypotheses quenousavons r,ap portees. IIn'enreste pasmoinsquedurantIe dell3.i d'usucapionIe yraiproprietairepe:ut se decouyrir.

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-226-C'estpourparerauxdangersprovoques Far cette si tuation que la Direction generale des TravlauxPublics,aPort-au,-Prince, a faitpublierIe19octobre 197.8 un.ordre debureauportantIenumero9, quiindiquelaprocedure a suivre dans les,casd'acquisition deterreauprofitduDomaine.Cetteprocedure, a partcert,aines formalites seraltachant alia personnalitcmoraledel'Etat,represente lr.detail des soins auxquelsdevraits'assujettirtoutacquereurdebienfoncierdans'cepays.IIyaneuf conp.itions quisontimposeesauxrepresen tants de l'EtJatcharges deconclureuncontratd'acquisitionimmobiliere:10L'autorisationd'acquerir,enpremierlieu, est ne ,cessaire. Elleintervientsousformede loi ou d'arrete. 20Unarpentage recent doit avoir etc f,aitpouridenti fier la propriete, la iocaliser ets'assurer que ses limites ac tuellesetses differentes parcelles ,concordent avec sa descriptiondans les titres. Uneautrefin de ;l'arpentage est deprouver que Ievendeurestenpossession legale actuelle de la proprieteaIUccquerir. L'Etatdoit serenseigneregalementaupresduBureau desContributionspoursavoirsil'immeubleenYoiedeventeneluiappurtientpas. .3 0Leproprietairedoit etre identifie aumoyen des li tres de propriete. A defaut de titres la necessite i;'impose decontroler les 'Ucctesprouvant laprescriptionenfaveurdu pretendu proprietaire.Touttitreremontan!. a moinsdevingtans doit etre a,ccompagne d'autresactes susceptibles decompletercette periode de yingt ans.Cetempsest re duit a dix ansquandIetitreestun aete notarieetla501 duvendeurbienetablie.

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QuandIe titreneportepasIe nom duproprietaire :ac tuel,commedans Ie cas de 1'alienationd'unbien heredi taire, la vocationduvendeuraoit etre etablie paruntestJamentoudes actes de 1'etat civil prouvantla qUialite delegataireou celle deparent'au degre successible(jusqu'au6degre) avec Ie titullaire. La preuve dupaiementdes droits de mutation, s'il y a lieu, doit etre produite.lloLeschargesgrevantla propriete doivent etre ensuiteparfaitementdeterminees.Les ,charges ins crites :hypotheque, ,anti,chrese, etc ...sont reveJ.ees dansun etat d'inscriptionsfourniparIeConservateur des Hypotheques. Leschargesoccultes, leshypothequesIlegaiesnotamment, de vrontf,airel'ob jet d'investigations soigneuses.LevendeurouIe doruateur doitgarantirl'EtatcontreLoutech1argepubliqueouocculte.5"LeBureaudesContributionsdoit I3.!pprouver les ti tres de propriete et prepareI'l'actedetransmission,qui serasoumisensuiteauSecretaired'Etatdes Finances. 60 L'acte-de mutationdoitcontenirlesnomset qualites des parties,lesconditionsdeI'alienation,la deseription de 1apropriete, la dause degarantie du vendeur,laquit tance pourIe paiement duprixdeventequin'est verse qu'apres la signaturede I'acte,.Iadateetlessignaturesdontcelledunotaire. (Un wntrat d'a,cquisitionpar l'Et!at nepeutj,amais etre sous seings prives).7Le proces-verbald'arpentagedoiteomprendre1'enumerationdesnomsde tous les voisins de la propriete arpen tee, avec lamentiondessommationsqui .ont dli ileur etre faites de sepresenter a l'arpentage.Les wnditions indiqueesso us lesnumeros suivant'5 serapportent'auxbonoraires -des notaireschargesd'instru-

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228menter,aceux desarpenteursappeles a dresser lesplanset a tous autresCrais.L'Etatprofite de taxes de faveur.Estlaussi enoncee la maniere pour l'Etat d'acquitterIeprixconvenuentrelesmainsduvendeur,soitentotalite dans laplupartdes cas, soitenpartiesil'immeublea duetrepurge d'uneoudeplusieurshypotheques.II'vade soiquecesprecautions,quel'Etatdoitprendrepourfaireuneacquisitionimmobiliere,sontloind'entoureI' les operations lanalogues des partioculiers. L' echange des biensdudomainea etereglemente paruntextedu 21aout 1928 C]ju'une loi estvenueremanierIe26 juHlet 1927.CettederniereloiresteIlagrandechartedomaniale.Lelegislateuratenu a preciseI' les formalitesquedoiventremplirlesproprietairesdesireuxd'echangerunimmeuble,contreune propriete del'Etat.Leurdemandedoit four nil' toutesindiaationsutilessurlanature, ila situation,l'etendueet lesabornementsdel'immeuble.Les ,conditions dans lesquellesl'arpentageetl'estimationdoivent avoir lieu sont enumerees. II eststipuleque t.out Ie dossier,auquelsontjointsles titres de pl'opriete detenusparIe parti,culier ainsiqu'uncertificatnegatifduConservlateul' des Hypothe ques, doit etretransmis au Secretaired'Etatde l'Interieur, lequel estchargede Iesoumettre a l'appreciationduConseil des Secretairesd'Etatpour Ia suite a donner.Depuis la loi de1927l'echangedes terres del'Etat,commeleurvente,nepeutavoirlieu sans uneloi.L'Etatadoneles memes possibilites d'aocroltresondom'8ineprive quelesparticuliers. Le legislateurl'asimplementsoumis a des reglesunpeuspeciales, dans IebutexdusifdeIe protegeI'.

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3. -Laprescription decennaleMaisI'Etat enrichH sonpatrimoine,aux de.pens de la propriete individuelle,pard'autresmoyensjuridiquesassez critiquables.11peutdevenirproprietaire foncierpial' prescription. Alors que depuis la loidu29octobre 1864, confirmee par celle du141aout 1877,l'usucapionn'est pllJSpossib1e surles biensdudomaine,l'Aaministrationpubliquejouitd'unemesuredefaveur :Laprescriptiondecennale. La loidu28mai1928,complementaire aceMe du26juillet1927, prevoyant Ie casoul'iautorite publique aurait affermeparerreur J'immeubep-'un particulier declare, eneffet, A lafin de11'article 2:Si apres dix annees a partirde la datedubail) lau ((cunerevendicationn',a, ete presentee, Iebiensera acquis a l'Etatparprescription n. Cedroitne1aisse pas p-e provoquerdes 'abus regretta bles. Ausurplus,il est peu logiquequela regIe dela prescription quinenuitpas a l'Etatpuissecependantlui profiter. 4. Les denonciations alavacQlnce L'Etat,commedansnotreDroit, est proprietaire des bienssansmaitreet des suocessions vacantes QU endeshe renee.11n'yauraitrien a redire a cette regIe si l' Administrationdomani,alenel'invoquaitpourjustifierunepl'atiquepeuscrupuleuse. Nous voulonsparlerde la p-enoiIciationa la vacance..Lorsqu'uneterreparaitn'avoir aucun proprietJaire, toutepersonnepeuten denoncer laVlacance a l'Etat.Cettedenonciation s'opere aumoyendeplusieurs publications

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-dansIeMoniteur,journal officiel pe la Repub1ique.Trois mois apres la date de la premier,e publication,I'Etats'emparede1aterre, 'a moinsd'une revenpicationd.u proprieI.aireoud'uneautrereclamation.L'avisquiinformeIepublicest redige dans 'la formesuivante:.4'vis domamialIIest denonce.1 la va,canceuneportiondeterredevingtpiedsde flavade sur,centvingtde profonpeur,de pendantdefempla,cementconnusousIenumero27etsise a larueRigaud, a petionville. Elle estborneeauNord [( parl'emplacementN20,auSudpar,les emp13!cements NoB15et19, a II'OuestparIereste de l'empla,cementN27 .. II est 13!Cicorde un delai de trois mois apartir de ladate de lapublicationde lapresente a tous ,ceuxquipourrontpretendreyavoir desdroits,pourpresenterIes titresetdocumentspouvantetablirleursdroits de propriete, siancunsilya, auBureau pes Contributions(Pa1ais des [( Finances). Plasse cedelai cetteportiondeterresera portee au cadastre des biensdudomaine prive deI'Etat.Port-au-Prince,Ie29janvier1931.(Sign e) :J.C. Craddock,directeur genera'I des Contributions )), Nous avonsextrait .eet avis,quin'etaitp!asIeseul a yfigurer, de la derniere pageduMoniteul' publietl Port-auPrinceIe12mars193I.Tous,Iesjours ,pe tellesannoncesavertissentIepublic haltien de 1a vacance dequelqueterre, men3!cee dans les trois moisd'agrandirIe pomaine del'Etat.

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Siii'on ,considere quelapopulationruralehaHienneestignoranteet queIeMoniteur estunjournal tres peu rep1an du,onmesureviteIepeude porteede cette pubhcite. Ladenonciation a1a 'va,cance,!le pl:us souvent, risqued'aboutir it l'evictiond'unproprietaire absentlJe ses terres etignorantdudangerqu'ilcourt dece fait,. Ell03 favorisel;adelation, la vengeance,aupeutservir l'appetit d'unindividudernauvaise foi,qui desire serendrefermierd'unfondsappartenant a unparticulierau par :un pos Tauscesmoyens,dontI'Etatdisposepouraugmentersa richesseimmobiliere,nuisent a[a securite de la propriete individuelle.Leprejudicede ces estd'autantplusgravequeIevraiproprietaire,s'ilse n'estrece Viablea invoquersondroitques'ilestmunid'untitreauthentique.Or,noussavonsque,cettepreuvedudroitde propriete faitsouvent deraut en HaIti. 5,. Les empietements del'EtatSUI'la propriete priveeLe23avril1931,IeSenateur Leon Naudonnalecture a ses coUeguesd'unepropositionde aprotegeI'1apropriete privee. Le textefutapprouveet vote parlesChambresIe 9juinsuiv,ant. Dans l'expose des motifs,M.Naujugeautile designalerles excescammis parl'Administrationdomania'lepour recuperer les terres deI'Etal. Apres avoir retrace brievementl'historiquede'la propriete fon eiere, ils'exprimaen,cestermes:L'usagelabusif, detourne dela regIe quel'onne presait pascontreI'Etat,Iedresseena,ccapareur. Celuiquin'estpointdetenteur une piece occupecontrel'Etat.OnIl'expulse sans sedirequ'ila eu 13 terreauxdroits desheritiersd'un affranchi, p',un donatJaire,d'un

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acheteurderEIat, qjui, n'ayantniarchives!ni,cadastrenepeutpointprouverquela propriete n'apas reposesurla tete !le telindividu,avant la formationdel'entitenationale ha'itienneou n'est pas sortie de sondomaineparventeouautrement.Les cas sontcertainementnombreuxdans lesquels( b prescriptionn'apas. joue contrel'Etatdepuis 1'3 loi de1865 .. maiscontreses ayants-droit etceuxdes filsetpetits-filsd'affranchis .. (L'Etatnes' estpoint soucie de cet horizon special duprobleme, ilII'ameconnuetses procedes pourexproprierIepaysanrevetent,enllaforme,Ie canuctere etsontauvrai de simples spoliations.Entrel'Etatqui revendique lesmains'Videsd'uncadastre, d'ades isoles !l'achats, de !lonation, d'appropriationparsuite de desherence quisont lei, seuls modesd'acquisitionjuridique, et l'evince quiaeula possessionets'enest autorisepour defendre sa propl'iete, s'ily avaitundoute,c'est encore'ace dernierqu'ildevrait profiter.L'arbitraireadministratifen la pourtant !lecide au trement.II a opere avec scandale,ayant evolue etIe faisantencore cLans l'Artibonite, Nord, Ie Nord-Ouest, Ie SudetI'Ouest, .suivant dJans ses demar.ches, lesinspirationsd'agents officiels interesses, qjuand ne i' incitaitpasla basse jalousie d'informateurs sanshtres.Ainsis'est constituedans Iepays, plutot quedes actes isoles,unsysteme !le spoliation d'ans lequel a som bre la regIe desdroitsacquis. IIenest l'esulte quedessituationsjuridiquesindi'Viduelles, intangiblesau legis lateur, ont. ete modifiees pal' voie administrative. Appliquee avecLarigueurd'unedoctrine, sinon d'unpartipris,Iramethodequitend a enrichirI'Etatdes

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233'9.epouirUes dupeuple,s'est etend.ue et appesantiesurungrand nombre de paysans,constituant sociale a laquelleuneplusgrandemisere illfermefaoces destribunaux.Lesinfortunes!aocumulees dans les re gions diversesdupays, leslenteursordinairesqu'imposent. les procedures devantlesTribunaux,les ilimites dela ,chosejugee, qui faciliteraientcontred'autreslIejeudes entreprises de,1'administration,sus,citent JIUinteret d'ordre social etjustifientl'intervention 118.regIe ge nerale et impersonnelleque iLa loi represente en l'espe ,ce(I)..La loi,dontil est question '9.anscettederniere phrase,a ete votee parlIeParlement,ainsi qU(;lnoml'avons dit, Ie 9juin1931.Nous en reproduisons les pass:ages essentiels :Articlepremier: L'Eta,t.?enmatierede revendicationde biensimmobiliersounon,reste ;assujetti a tousles modesdepreuve exig'es des parUculiers. Artidedeux :Encasde,contestationentrel'Etatetlesparticuliers,Ie benefice de la possessionannaleresteraacquis a lapartiejusqu'aujugementouarretquienlauraautrement decide. Article trois : Unecommissionformee de trois se nateurset de deux deputes des ignes parl'uneet fautre chambreest chargee de decidersurla vali9.ite des incor pOl'lations parvoieadministrative,de tous les biens ou'le trouvaient etablis9.esparticuliersa titrede proprietJaire. Articlehuit: Dans tous les casderestitutionordon nee, lacommissionrestejugede decider siel,leest pos-(1)Extraitdu Mon;,teur dePort-au-Prince,numerodujeudi23juillet1931.16

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sibleparunemiseenpossession imme!iiate ou differee a un delai qu'elle fixera.Ellepourra,de meme, si ellejugelamise Eln pos sessipn denature a oauser untrapgl1andprejudiceauxdroits acquis de tiersdebonnefoi, decider qu'une in demnitesera uccordeeparl'Etat aJI proprietaire e'Vince.. Lemontantensera fixe partribunauxordinairesn.Une telle loi,dontnous npus garderonsbiendecritiqueI' I'oppprtunite et les dispositions,ne qu'un pialliatif.0.ila situationcreeeparl'absenced'organisation fonciere serieuse .. Lemala etedenonce parIeSenateurNau .. II apparalt, avec son acuiteJa plusforte, dansl'empiHementdel'Etatsurla propriete personnelledesparticuliers.Nous avons deja misenlumiere, dans ,Iechapitre precedent, les ,conse quencesdramatiques qui ppuvaientresulterd'unpareilsysteme,quandil etait pousse sansmoderation.La crise ugraire, sous l
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Article 3. -Ledomaine privede l'Etat p.stalienabie et pres,criptibIeselonlesconditions determineespa'r la presente loi,..'Artide10.-Lesdemandes de fermeconcernantlesbiensdudomaine prive del'Etat pu les denonciationsa la va,canced'unbiensoit urbain, soitrural,sontassu jettiesauxconditions ci-apres : 10Ellessontadresseeslau Pretet directementou a celui-cipar'l'intermediair'e des Preposes desContribu tions, etc"". ArtideII.-Lesdemandes de {erme, les denoncia tions a Ia vacanceserpnt expedieesau Departementdes Finances, avec les observations motiveesdu Preret etdu Prepose desContributions.ArtideIfl.-SiIebienn'estpas aadaflLre, ilsera, dansIemois de,lareception de toutedenonciation a la va,cance, insere au Moniteur par les soinsdu departe mentdesFinancesdans la liste des biens denoncesa la v!&cance etsoumissionnes a titrede fernie, de per mettreauxpersonnesdont,les droits poulTont etre leses deproduireleursrevendications. Les denonciatiom;a la va,cance serpnte,galement affichees,a la diligencedu Prefet,am: partes principales desTribunauxdePaixet de I'HotelCommunalde la Commune au Iebienest situe,. Article16. -Si, apres un delai de six mois, }1 partir del,adate del'insertion,aucunerevendicationn'a ete (produite,ausi celle presentee n'apas ete agreee, Ie De partementdesFinances pourra delivrer all PrMet l"auto-

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risation de fairearpenter fIeterl1ain soumissionne et l'affermer comme dudomaine prive deI'Etat .. Article45 .. -Apartirde lapromulgation pe la pre sente Joi, l'Etatest soumis a la meme prescription que les particuliers,:iOUS les modifications apporteesa la loiN35duCode CivilsurIlamatiere.Toutefois,I'Etatpeut invoquer la prescription con trelIesrevendiquants, lorsque Iebien l'objetdela revendication-est employe depuis 5 ans a une reuvre d'uJilite publique. Article 46. -Pour etre receViables les actions enprescription introduites contre l'Eta,t doivent preciseI' nettement a l',aide dedocumentsauthentiques l3.'Ctes d'arpentagepersonnels,ouceux pes voisins limitrophes,quittancesd'impotsIlocatifs, ballX aferrne consentisa des tiersregulierement enregistres dansl' annee leurpassation et toutes autres preuves determinees parla 'loi fepoquealaquelle r,emonte 1a possessiondurevendiquant,et etJablir, pardes titres authentiques, sa possession constanteetininterrompuependant20 anf? ." Article 48. Les actes de vente sous seing prive,p.our justifierou completer les dell3.is de daprescription etpour etre valables, doivent etre enregistresdansles [) ansdeleurpassation ou deposes, dansIe memedel,ai, danslIesarchives p'un notaire aJl rangde sesminutes,Ietout 'a peinede d6cheance. Article 74. Sont mraintenues, flnce nesontpas contraires a la presente loi,lIesdispositions de La loi pu 21 decembre1922J surles Eaux a lQng terme.

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-237{(Cependant ces bauxneserontaccordes qu'a des Haltiens ou a des societes industrielles haltiennes, pour{(des fins essentiellement agricoles. Etc.? etc ... " II estcertainementregrettablequecette Iloi resteimparfaite etdemeureprivee de forceexecutoireen :Hia'iti. MaiscommeIetravail de legislation esta.ctif,ence mo ment,Ietexteenpourra etre reprisquelquejour.Les quiont presidea'1a des passagesquenousvenonsd'extrairesontpartageesparlesdirigeants a.ctuels. Ellesguideront vraisembbblement Ie legislateurvel'S f elaborationd'unautreprojet,semblableenl'espritsinonenla forme, qui recevra lasanctionpresidentielle. Cependant, toutes ces mesures quiprouventl'intention,en baut lieu, de faire cesserIegrave desordre qui regne dans larepartition 9,es terresen Haiti, nepeuventapporter qu'une amelioration legereit cet 6tatde fait.Ceserait temoi gnerd'unegrande!aberrationquedecroire que Iliapolicepeuttenirlieud'organisation.Untextecoercitifvientbienquandils'agitde sauV'egarder l'ordreetabli. Maisquandl'ordref,ait defaut, ,c'estenv,ainqueIe controle est renforceetl'appareil penal renduplus severe. Tel est Ie,cas pour Ilalegisl'ation foncierehaltienne. Nous la voyonsactuellementembarrassee dansunchaos de!lois,dansunfatras de text.esqui genemient l'ceildu spe cialisteIeplus averti. Auterme 9,e ce,ch:apitre? nousauronsl'oocasion demontrer,parquelques exemp'les, la necessite oil setrouvel'Etathaltiende reformer entierementl'organisation del,a propriete fonciere, souspeined'assister, im puissant, aI}' effondrementdelarichesse immobiliere. Malgre'l'adivite legislative qui, depuis quelques annees,s'emp'loie 'a protegeI' la propriete individuellecontrel'en-

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238-vahissementdel'Etat,l'Administrationresistcauxrevendi cations formuleespardesparticuliers,qui secroient evincesa tortparIeDomaine.Aussinous a-t-ilsembleprofitablepourcette etude, denousdocumentersurla m:aniere dont1'Etat se defend actuellement,contre'lespretentions de ses adversaires.Lorsqu'unplaignant Hdresse unereclamation af Administration,Ieservi,ceducontentieux est saisi.Unjuriste, appele avoc:at-conseil,quiestemployeau Ministhe des Finances, procede a l'examenattentifdudossieretfaitunnapport. II'condutsous sa responsabilitepersonnelleetdeclare si lareclamationestpertinenteounonfondee. Nous avonspuprendre,connaissance del'un de eesrapports,quiporteladatedu 20 novembre1933. L'es'pece est recente etnousnesommes,autorise a publierIe texte adresseau Secretaired'Etat des Finances, qu'a la ,condition de taireIenomdes partiesen,cause.Cellanenuitenrien it,l'interet documentairedecette,consultation quenouscroyons utile dereproduire ici. Onyverrala favon dontsontjustifies les droitsimmobiliersde 1'Etat.Au Secretaired'Etat desFinances(Pa1laisdes Finan ces).MonsieurIe Secretaire d'Etat,Nous voussoumettons,envued'unedecision, lesconsiderations ci-apres relatives a unerevendi,cation produiteparles consortsDurand(seulslesnomssont apocl'yphes)sedisantheritiers dePierreDunand,touchantunemplacement situe'a la Grande Rue de Bainet et occu pe parlafermieredel'EtatJeanneParerit.II a 'ete soumis a l'appuide cette les pieces suivl8.ntes dontvous trouv,erezci-jointcopie :1Unactedu23mars1874, passe aurapportduNotaireN,constatant lavente,consentieparLouis Martin

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-239a PierreDurand emplacement arpente Ie28 aout 1866de40pieds de favade sur60pieds profondeur[(et borne au Nord pial' la Hue de Bainet, au Sudparlamer, afEst, etc...IIest rapportea ,cetRcteque les[(titres relatifs aeet immeubleont ete remisauvendeur(,etquecebienserait dans Ie patrimoineduvendeuraumoyend'uneadjudi,cationduTribunalcivil aJ;a,cmel du7juillet1866'etd'unedeclaration de -command faite pal' Mare Bardou,maisniles tiLres,niaucunedes autres pieces men1.ionnees d:anscet acLede vente,n'ontpu etre retrouvesmalgrenos recherches ...2L'a,cte de deces dePierreDurand (17 mars1883). 'Malgre l' etatchaotique archives domaniales, lesnomsdesHeritiers GeorgesParentetJeanneParentfigurentdans Ie ,c:adastre depuis 1917, {ommevousIenolerez dansIerapportdesrecherchesconcernantlesdroits de 1'Etatsurcet empla-cement dontvous trouverezla copie .ci-incluse. Uneenquete menee surleslieuxparl'inspccteurMar,cBrutus,dontIerapport est egaiement -ci-annexe, revele unepossession del'Etat,vieilleseiontouteprobabilitede28lans.D'apresnos ,contentieux; Iestatutjuridiquedes re c1amants a ,l'egard du domaine,ensupposant,sansI'admettre,leurfiliation avecPierreDurand,dontIapreuven"apas ete fournic, etenecartant momentanement l' ex ception deprescriptionqueI'Etat souieverait probablementavecsuc,ces"seraitensaformesynthetique,,celui[(d'undemandeur,eKcipant -contre un defendeur enpossession duterrainrevendique,d'untitreanterieur a cettepossession. Dans ce cas, lajurisprudencelaisse,aujugela discretion de decider, selon les faits de1a,cause,dudemandeurou du defendeur, lequei sera deboute.

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Enl'espece,lIes .circonstances quimilitentenfaveurdeI'Etatsont :IQue la possession de I'Etatsemble etre assez anciennepourqu'ilpuisse se prevaloir de Iaprescriptionetqu'entoutcas, meme sicetteprescriptionnepouvaitpas etre etablie avec certitude, il existeaumoinsdes ves tigesattestantl'existenced'unepossessionancienne,faisantpresumeI' queb prescriptionacouruenfaveur del'Etat.Autantqu'i,l est possibledeIeconjecturer,Iejuge,en,casde litige,,entiendraitcompte.2L'Etat etant proprietaireor,iginaire depresquetoute ht superfkieterritoriale d'HaltiJ parsubstitutionauroyaumedeFrance,unepresomptionnaturellede proprietaire s'atta,che a lui, s'H neluiest opposequ'untitredouteuxouunepossession equivoque)).3Qued'aprescertaines decisions jurisprudentielles,il a etejuge, enmatierede servitude, quela,partiequien qualite de dema,nderesse reclame en d'untitreancienetd'unepossessionanciennelaservitude,sansenavoir la possession actuelle a l' epoque del'introductionde sademande,est seule dansl'obligationde prou1jerque,dans les30ans (en France) anterieursa cette epo que,ellea eXe1'ce laservitude n. Nous sommes avisesquela theorie des titres pres.crits nesemble avoir ete envisa gee qu' ail'egard des servitudesparIajurisprudencedeFrance,maisqu'ilneserait pas impossible de la rattacher,pourles memes"raisonsquiontprovoque l'elabora tionde Iatheoriesus-rappelee,autitrede propriete. En resume il decoule des faits sus-mentionnes que depretendusfils et petits-fils dePierreDurand,envertud'un adeancien quin'indiqueau-cune ,chaine de titresde propriete, revendiquentunbien situea la Grande Rue

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((de Bainetdontla possession vicennale deI'Etatpourra((probablement,sinoncertainement, etre etablie Ie cas ( echeant. Dansl'opinionde cette Administration, :I'Etat ((semble avoir aumoinsunfaisceau de preuves suffisantes ( de son droitpourrepousser toute ootion en revendication de lapartdes pretendus heritiers de((PierreDurand,bienque l'issue heureuse d'une telle(( action eventuellenepuisse pas assuree. Nous sau((rions donc grea votredepartementde nous faire savoir,((sid'apres lui, et ,commenouslIepensons, la revendicationdes pretendus heritiers dePierreDurandnedevrait((pas etre rejetee, ous'ilyauraitlieud'yfaire droit. Dans(( cette derniere hypothese il va de soi que la vocation here ((ditaire des redamants avec PierreDuranddevrait etre ((etablie .. ((Nous croyons,enoutre, que labonnefoi del'Etat(nepeutpas serieusement etrecritiquee etquepartant,((l'Etatarendusiens les fruits peryus. ((Veuilleztrouversous ce pli les pieces enonceesd ((dessusetagreer, MonsieurIeSecretaired'Etat,l'assuran((ce denotre consider-ation distinguee.((Le Directeur generaln. On voit les arguties auxquelles sont obliges d'avoirrecours'lesavocatschargesde defendre les droits del'Etat.IIest logique de penseI' que dansun pays comme Halti ou l'etatcivil despersonnesestdouteux, ainsiqu'ilappert de ce rarpport, et lesattributsjuridiquesde la propriete fon ciere impossiblesenbiendes,cas '8. determiner, Ie fait de lapossession presentedoit etre Ietemoignage 1e plus convain cant.Comme il est diffi.cile deprouverdevant Ie tribunraJl que telle possession satisfaitbienaux quaHtes qui la ren dentpropresaconduire a la propriete, I'Etat,quandilest

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en cause,setrouvepresquetoujours place dans:une situation privilegiee. II se prevraut, eneHet, desontitrehisto rique deproprictaire,commes'ctantsubstitueparl'actedel'lndependanceauxcolons franyais. Lapossession del'Etatest donetoujours presumee quandcellede son adversaireJ'csLe a prouver.Da.nsl' etat actueld'insecurite fonciere, l'AdministrationduDomaineetles particuliers quiplaidentcontreelle se baUent a vee desarmesinegales. Sil'onsongeauxefforts tentesaujourd'huienfaveur de I' extension de la petite propriete, ,cettesituationnelais se pas d'apparaitre paradox:ale. Ceci nousami>.nea tirerceLieconclusion que Iegouvernement haiitien, encemoment,peutdifficilementappliquerunedoctrineagraire.L'autoritcqui edicte la regIe doitpouvoirmesureraveccertitudelareper,cussion de sesa:etes. Or,surIeplandontno us parlons, Ie Iegislateur manquedes donnces .Ies plus clcmentaires.pourajusterlatrajectoirede la loi. VEtat ignore 'I'etendue de sondomaine.IIs'installedoneunpeupartoutet .c'est.cetravail invisiblede sape qui, en fin de compt.e,privede touteefficacite les lois favorahles au pos sesseur ouaupetitproprietaire. 6. -L'affel'mage destaresdel'EtaiIInousresLe a exposer .comment I'EtatLirepartide son c.apital immobilier.Les terrescomposantIeDomaine prive sontaffermeesenexecution de clausesprcvuespal' la loidu 21ao1'lt Ig08,la.quelle a ete modifiee,commenousI'avons vu,parla loidu26juiUet1927.'VoieiI'etat'actuel de la legislation : Tout Haltienpeutsoumissionner a unedemandede fermage. II redige, aceteffel, uneformulc-typequi doit

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etre adressee a I'Administration generale desContributionsouauxcollecteurs et agents de Ia province. Le soumissionnaireen,onceson etat .civil, decrit succinctementI'immeublefaisantI'objetde sa demande et fixe Ieprixauquelilpretendestimercebien.Cette derniere indication,que Ie Dire-cteur desContributionspeutdesapprouver,est essen tielle,carIe loyer est fixea sixpourcentdelavaleurmarchande de la propriete affermee. La duree desbauxvarie deun a neuf'ans.L'evaluationdeI'immeuble loue pendantcette periodepeutfairel'objetd'unerevision.QuandIe cassepresente,lIeIoyer est revise dansIe meme sens,maisonnetientpascompte de' la plus valueresultantdes ameliorations apporteesparIe fermier.L'oceupationsanstitrejouantungrand role en HaIti, la Ioi a parle deses effets. Ainsi il est prevu quesi Iefermiern'apas acquitte son loyer etqu'unoccupantutilise leslieu",ce demieresthabile it devenirfermierdeI'Etat.LamethodeemployeepourdresserIerepertoire desfermiers'vautlapeined'etre sig-naMe. L'Etat ha'itien, representea-eet effetparIeBureaudesContributions,dasseles terresdontil estouse pretend proprietairedansun,catalogue appeleCadastren.Cemot,commenOllSIe savons, a llne signifiaationtOllt.edifferenteenFrance et dans Ies alltres pays. Les Ha'itiens eux-memessontd'aocordsurl'improprieteduterme,quandilsI'emploientpourdesignerIaIiste desfermiersdel'Etat.Pourtantc'estdanseesensqu'estprisIemotCadastrequand j] figure dans les actesadministratifs.Nous n':avons -eonsulte queIe-cadastre des fermiers deIa,commune de Maisnousavonseusous Ies yeux differentsimprimesquis'appliquaient a des repertoires ut.ilises ailleurs. Ces feui1lesont:unarrangement

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particulier et des formules speciales quimontrentque Ie cadre, ou doiventfigurer les immeubles del'Etat,peutchanger'avec lacommune OUces biens sQnt situes, et l' e poque ou Ileur liste est dressee.Lerecueil quenousavons feuillete 8. Port-au-Princecomprendunnombreimportantde pages divisees ,chacuneen12colonnes.LapremierecolonneporteIialiste desnomsetprenoms des fermiers, inscritsdansI' ordre alphabetique. Les autres colonnes sont occupees pardes renseignements interessantlienomdel'emplacementdeI'immeubleaffer me, sacontenanceetsanature,la date de la ,conclusiondubail, [e prixdufermage, la date ou Ie loyer est du, etc ... Dans lescadastresruraux,deux colonnes renseignentsurla datedel'arpentageduterrainetIenomdel'arpenteur.Ceci s'explique parce que les biensdel'Etatdonnes ,8. ferme sont soumis? au prealable, 8. l'operationde l"arpentage. L'an passe [e service des Contributions fl adopteunnouveau type deformulequi realise mieuxIe vceu del'Administrationdomaniale .. Achaqueterrain oua chaqueuni te deculture,selon l'expression usiteeenFrance, estcon sacre unfolioduregistre.En tete de la page figurentl,adate desabornementsauxquels Ie terr'ain a donne Heu et l'enu merationdes proprietes contigues. Les indications precises de la superficieenhectares, de la valeurmarchandeen gourdes et de Iladate de l'evaluationsontobligatoires.Cetype de,cadastremarqueun progres surl'an cien, Les feuillesduregistre,dontcha,cune serapporte a uneparcelle de terre differente, sont enliass6es somme Ie sontenFranceles bordereauxd'inscriptionou de trans cription conserves au Bureau des Hypotheques.

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II y a laun essaidepublicite reelle,par d'immeubles. Les demandes de ferme,quand concernentdes proprietes quinesontpas portees encoreauCadastre de il'Etat, obeissent aux memes regles qjue les denonciations a lava,cance..Unextraitde lademandedoit fairel'objetd'unein sertionhebdomadairependanttrois moisdansIe Moni teur n. Trois mois apres l'expiratipnde cette periode, a defaut dereclamation, Ie bienrentreauDomaine.L'extraitdellademandepublieauMonitcur indi quelasituationdel'immeuble,sacontenanceJsestenantset aboutissants,lIenomdusoumissionnaireetla date de la presentation de la demande. Avantd'etreinscritauCadastrel'immeuble est soumis a l'arpentage.De telles conditions de publidte apparaissent evidem mentinsuffisantesdansunpays OU les illettres sontnombreuxetIeM.oniteur peudiffuse,.L'Etatdonne Ila encoreuntriste exemple de sans-gene etl'ideelucrativequil'il1spire ne saurait l'excuser.

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DEUXIEME PARTIELaPubliciteImmobiliereen Ha'iti SECTIONILA PURL/CITE DES iVlUTATIONS FONCIfj;RES I ..-Les reglesenvigueurLa publicitedes mutations foncieres en Haiti se referea unsystemequi se rapprochebeaucoup dusY'3teme fran .;:ais. Notreloidu23mars1855ainspirelaloi haitienne du20 aout 1913, completeerecemment parcelIedu juillet1933. Le texteIeplusimportantenlamatiereest l'article164 de la derniere loiquenousvenonsdeciteI'. Voici sa teneur:Latranscriptionest oblig'atoirepourtOllSles a.ctes entrevifs a titregratuitouonereux, translatifsau deda ratifs de droits reels immobiliers.IIenest d'lmeme desbaux excedant neufans, deceuxcontenantquittance de trois annees de ,loyers, quelIe qu'ensoit la duree.Jusqu'u latranscription cesa.ctes sontopposablesauxtiersquiontdes droitssurl'immeubleet qui lesont conserves conformementaux,lois H. Cetexteappliquelesprincipescontenusdans la loi du23mars1855 ..HaIti se I"ange doncdansla categorie des pays qui soumettent,lapublicitedes transactions immobilieresa la sim-

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pIe formalite de latranscription.Le systeme d l'immatriculationsurlIeslivres fonciers y esttotalementinconnu.Nousvenonsplusloincommentlapublicite orga njsee. L'artiole144f,ait apparaitredesdebut une differen ce,quipourrait paraitre importante,avecla regIe frant;aise. Notre loi de 1855n'apas impose al'a<.:quereur l'obligationdetranscrire. La doctrine,commeonIe sait, a souventcritiquecettelacune. Void llaremarquefaite ace sujetparMM.Colin etCapitant:11fautse glarder dedireque la loidu23mars1855arendu hi, transcriptionobligatoire. Ellel'est sipeuqu'enfait il yaunnombreenormede ventesimmobi lieres quinesontjamaistranscrites, <.:e quineles empe che pas d' etre parfaitement valables. PourIecomprendre,il suffitdesavoirqu'ilseeondut chaqut>annee enFrianceenviron80.000ventes immobiEeres portantsurdes par'celles de200francs et au-dessous. La loidu '27 juillet1901a eu beaureduire;lesfrais de transr;ription ensupprimantIedroitfixepourIeremplaeerparunetaxeproportionnelle a lavaleurdes droitsimmobilierstransmis, les paysans serefusent a supporter ces frais meme reduits(I)..Les memes auteursensuiteprecisentIe veritable sens de latranscription.Elle a ete institueepourrendreoppo sableauxtiersl'operationjuridiquequiena faitl'objet.Entre,lesparties,Ieeonsentementsuffitpourdonner a (1)Ambroise ColinetHenri Capitant: Coul's elementail'e deDroitcivil frllnr-uis, TomeI,7" edilion, ParisIg31,page992.

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l'actetoute sa perfection.Pointdoncn'estbesoin, dans leurs lIapports, de transcription. Voila pourquoiIe legisla teurn'apascrudevoirrendreobligato ire cette formalite,independantedes conditions d'existencedel'actelui-meme.En HaIti latranscriptionest obligatoire. Est-ce a direqu'elle soit indispensable a la perfectiondel'operationentrelescontractants ? Non,repondM. Felix Magloiredansson eours de Droit civil a l'Ecole Nationale 'de Droitde P.ort-au-Prince..La question est evoquee dansIe passage suivant :((Quoiqu'il en soit, la fOl'mule plus precIse delaloi((haHienne :latranscription est obligatoire,;n'a chan(( ge la regIe del'article929ducode civil, celle de la trans ((mission des droits reels parIe seul a{}corddes parties((contractantes.En1913commeen1933) en imposant((l'obligationdetranscrire, loihaltiennen'apas enten({dudetruire,entre les parties,
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delivriance del'immeubleouIe l'acheteu,r11 ete misenpossessionCI).Lasanctiondu dMautde transcription,dans la loi hai:tienne, est done lameme quedansnotrelegislation. Elle reside dansl'ineffkaeitea. l' egaI'd des tiers l'actenontranserit, c'est-a.-dire dans l'incipposabilite a:!Jx tiers du eontrat translatif.. Onvoudrait connaltrealors les aVimtagespratiquesqui decoulent del'obligationdetranscrireenHaIti. Laproportiondes ventes transcrites,parexemple, 'y est-eUeplus elevee que cheznous P C' estune curiosite,MIas !quinepeut guereetre satisfaite. II faut;eneffet, enl'egistrer,eetaveu de M.Felix Magloire :Nousnesommes pasen inesurede s'avoir Ienombredeventesimmobilieresconciuesehaque annee enHaIti,I donnee indispensablepourI'appreciationdenotreregime fon-eier et des laeunesque ievelerait la statistique n. Nouscroyons done quelIe caractere obligatoire del'atrans,eriptionen HaLti nerepresentepasunegrande supe rioritesurnotresysteme.Lemotobligationdansl'article144manque de precisionjuridiqueet semble prive detouteporteepratique.Les ades declaratifssont'aussi soumis a. Ila La loi hai1ienne prescrit,eneffet, lapublicited'actes com meIepartage,parexemple, qui impliqueunehangementdesituationdes ,eoheritiersinteressantlestiers..Mais la regIef11anyaise est sui vieenee quieoncerne lesmutationspar(I)Cours de Droit Civil deM. Felix Magloire, deDroit privea I 'Ecole Nationale de Droit de Port-au-Prince, Seance liu 9 no vembre 1933.

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deces, quires lent, malgre de vives critiques, exemptes de loute pubhcite. Latranscriptiondesdonations oMit aux memes regles que les nOtres. Les tiers,quipeuventse prevaloirdu defaut de celte formalile, sont plusnombreuxqueles tierspouvantprofileI' de l'ab:;ence depubli.cile des adesa titreonereux.En depit destermes generaux del'artide144de la loidu Ii juillet1933,quienglobe a la foi les actes a titregratuitet a titre onereux,c'estfartide760duCode -civil ha1tien quifait auto rite enmatierede donations. II repete l'artide941denotre-code .civi,l ens'exprimantcommesuit. :Ledefautdetranscriptionpouna etreoppose partoutes persOnnesayant interet,ex,cepte toutefois celles quisont chargees de fairefaire latranscription, OU leursayants-causeetIedonateur.Lesbaux alongueduree sontsoumis a l,atranscription.Mais il suffit,en HaIti,que -cettedureedepasseneufanneespourquela formalites'impose.L'hypothequeetles autresdroits reels sont soumisaux memesregles depublicitequ'enFrance.Leurinscriptionlesrendopposablesauxtiers quiontdes droitsconcurrentssurIe meme immeuble,mais lesontflaitpublier a unedateposterieure.2. Lejonctionnementdela publicite. Les regles delatranscription etantenoncees! ilcon vient deparlermaintenantdes services chargesd'enassurerIe Latranscriptiondesmutations immobilieres etl'inscriptiondes droits soumis a la publicite s'operentaux Bu reaux de 1a Conservation des Hypotheques. Chaque ressort

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detribunalcivil estpourvu !i'un de cesbureaux,qui a la meme competencero.tione lociqueIetribunal.EnHaIti, lesDirecteurs principa:tIx de l'Enregistrementsonten meme tempsConserv,ateurs des Hypotheques. IIenresulte que Iedroitdetranscription est perc;u, pourtoutacte,en meme tempsque Ie droitd'enregistrement.Latenuedes registresduConservateul' serapprochede tres pres de la disposition adoptee enFrance.L'article1967duCode ,civil haHien declare, parexem pIe,queles Conservateursseronttenusd'avoirun regis tresurlequel ilsinscriront,jour par jour 'et parordrenumerique,les remisesquileurserontfaites d'actes de mutationpour etre transcritsoudebordereauxpour etre inscrits ; ilsdonnerontauxrequerantsunereconnais sance, qui rappellera Ienumeroduregistresurlequella remiseaura ete insCi'ite, et ilsnepoufronttranscrireles actes demutationniinscrirelesbordereauxsurles regis tres a ce destines, qu'a la date et -dans 1'0rdre des remises qui leurauront ete faites..Cetteprecaution,puisee dansnotre legislation, est fort utilepuisquel'ordrede preference des creanciershypothe ouires estl'ordrechronologique.Nosprivileges seretrouventdansla loi haHienne. Leurclassements' opere en raison deleurnature.Leshypothequeslegales, envigueurcheznous, fonc tionnentaussien Halfi. Leur caraclere occulte, S:tIr lequelnousreviendrons plus tard,yestegalementrespecte. La France et sonancienneColonie, ainsiqu'ilresultedecet expose,utilisent a peu pres Ila meme methodepourgarantirla securite desmutationsimmobilieres. Nous au-

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ronsprochainementl' oocasionde critiquei' ce systeme, auCOUl'Sd'une etude de !lroit compare. Cependantnous,croyons dejaopportun, d'attirerl"attentionsurlIes points suivants : L'application des regles edictees parla loidu23mars1855 et retenuesen Haiti offre plusd'inconvenientsdansce paysqu'enFrance. Beaucoup d"ar,ehives de :l'Enregistrement,qui semient utilespourreeonstituer 1'origiile de la propriete desimmeubles,ont ete perdueso:u brulees,. De plus,l'indivision ou setrouventungrandnombredepro prietaires fanciersrend tres diffi.eile la tache dunotairechargede prepareI'unRctede vente ou uncontmt de pret hypothecaire.L' equivoque qui pese surcertains titres de propriete etsur il'etat civil !les compliqueencore ce,Ces derniers faits, que J?ous venons de noter,sontconnus.Nous les avons deja commentes.Maisilestunelacune,dontnous :allonsparlermaintenant,quifrapperait a elle seule d'inefficacite la meilleure organisation de publicite. ns'agitde il'absence d'uncadastre general des de la SECTIONIILE CADASTRE EN HAITI I. 'Les diverses tentativesd'execution.Nous avons signale l'improprieteque ,eommettaient les Hlaitiens enappelantcadastreIe repertoire des fermiersd:udomaine .. Enfait,Iecadastre general des terres de la Republique, avec1',aoeeptionquenousdonnons a cemotenFrance,n'apas encoreete entrepris.

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-253 ,-M.Felix Mtagloire l'avouedans soncoursde Droit civil. Apres avoir defini Ie ,cadastre comme l'etatdescriptif et evaluatif des differentes parcellesd'unterritoire, dresseparunedouble serie d'operationstopographiquesetadminis tratives,ildeclaretoutnet que Iecadastre '8. flairedansson pays. Le legislateur decida d'enLreprendre ce travail an lendemaindel'Independance.Vernet, Ministre des Financesetde I'Interieur de Dessalines,avai t donner ordredeformerIe'cadastre general auxadministrateursdes divisions mili taires. Celie pres,criptionplutot naIve restalettremorte.Plustard,Ie26janvier1835, IePresident Boyerdoci da,par :arrete, de faireentreprendreIe cadastre des biensimmobiliersdel'Etat siLuesdallS laHepublique.Parsuite de certaines difficultes, IeGouvernementdutsurseoir 8. cette ceuvre. L'idee, apres avoir ete repriseet etudiee, fitI'objetde la Ioi du27 aout 1870surIe,cadastre general des biens del'Etat.II etait dit, danscetteIoi, quel'ingenieur geo graphedevaittransmettreauxarpenteurstontesinstrucLionstechniquespropres a assurer .}a bonneexecutionetl'uniformitede leurs operationset 8. faciliter Ierapportdesdites operationssurIes cartesouplans generaux duCadastre ..Nousignoronscequ'ilestadvenude ces mesures, maisnousn'avonstrouve traced'aucunresultatpratique.. La loidu27 iaout 1870,maintenue e:x:pressement parl',aJ'tiole75de la loidu16,aout 1877, a ete abrogeeentierementpar celledu21 aout 1908sur1eDomaine.M.Perceval Thobyen1930, alorsqu'il etait Ministre des Finances, rappela dansunexpose officiel que Ie Secre taired'Etatdel'Intericur, sous la Presidence Gener-a!

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-254-SimonSam, avait charge uneCommission d'etu dier Ieproblemeducadastre. II dedaraa(;e propos:Lestravaux tres appreci\ables aocomplis parcettecommissionetparles differentes autres instituees dans laRepubliqueontpermis 11 l'Etat,de reintegrer danssonpatrimoinecertaines proprietes reputees indument occu pees pardestiers;mais'cescommissionsn'ontpas latteintentierementaubut vise parIe legislateur :eeluiduCal(dastre general de toutes les terres dela Republique, de far;ona etablirunedistinctiondes droits de fermage,selon les regles de l'organis'8tiondomaniale.Parlantde ,l'echec des dispositions de la loidu27 a0l1t 1870, M. Thobyfit ensuiteremarquer,commenousvenonsde Iesignaler,qu'iln'existaitnuillepart dans les Archives del'Administrationpublique, ancupphn d'arpentageeadastralouparcellaire, dresse al'aide des pieces recueilliesenverLu de ladite loi,ou meme desplansdelocalisationd'aueunehabitation, effectues parl'Etatavecl'assistanceouIeconsentementdeleursproprietaires.SelonIe meme auteur,(lIesdifferentes oa1'tes ,cadastrales existantesnerepresententquedes figures geome triquesfantaisistes OU leslimitesdeshabitationssontmodifiees entoutouenpartie,auprejudicede paysans cultivateurs, sansaucuneloi, decision de justice ou admi nistrative(1).En192I,la Direction generale des Trav:mxPublicsentrepritdesoperations cadastrales avec I' assistance del'arpenteurdes domaines.Cetravail ,cessa 'lorsquefutinstitueelaCommissioncadastrale centr:aleepexecutiol'l des lois(I)Expose general de laSituation,Exercice 1929-1930, Port-auPrince1931, pages34et 35.

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-255-du21 aout 1908surIedomaine et duIIdecembre1922surles commissions specialesd'investigation.Cettecommissioncadastralecentrale,qui ayaitplutotdesattributions,contentieuses,nese livraa destravaux techniques quesurrecommandationspecialeduDeparLementdel'Interieuretpourdes cas determines. 2.L' ul'gencedelarealisation du Cadflstl'e.II resulte des faits que nousvenonsd'exposerque ndee d'etabliruncadastreen HaIti aprovoquedenombreusestentatives. Toutesont echoue, encequieoncerneIeplan general des terresdela Republique. Dans les loisoureglementsquiontvuIejour,c'estdu,cadastre des terres de l'Eta,t,dansIesens haIti endu[erme,qu'ilestsurtoutques tion.Onn'ajamaisserieusementenvisagedemettreenchantierIeeadastre general et descriptif, telqu'il fonetion neenFrance.II estpourtantdevenuurgentdedoter HaIti decetteinstitution.Le Ministre des Financesdeclaraiten1930:La necessite se flaitsentiI'en,cemomentd'instituerunebonneorganisationeadastrale. Cetteorganisation s' oocuperaitexdllsivementdel'etablissementduC'adastre,suivaptdes l'egles traditionnelleset seientifiques(I).NOllSpartageonsd'uutantmieuxcepointde vuequ'ilDOllS parait presomptueuxdeyouloirdresser la liste complete des biensdel'Etat, quand lacarte cad'Rstralequi,seuIe ,peut reveler touLes les terresdupays,n'estpas encore etablie.(I) Exposege,H!ra! deLaSilua/inn, Exerc,ice I!J29-193o, Porl-au Prince1931, page 35.

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256-LeService desContributionss'evertue,commenousl'avonsvu, a agrandir,Iedomainedel'Etat,,cequiluiattire parfois de justes reproches.Sila ,carte parcellaire etait dressee,l' etat -civil de toutes lesunitesfoncierescesseraitd'etreunsecret.L'Etatpourraitalors prepareI'lalistedeses terres ,comme ilI'entendrait.Cette besogne se feraitaugrandjouret dans des conditions d'equite parfaites.3. ----' Les matel'iaux pouvant etre utilises.Bienqu'onnepuissetrouverplaceen Haiti de lamoindre ebauche deplan,cadastral, il existe des elements suscep tibles de fa'ciliter sa confection. IIya des ,cartes ,coloniales, conserveesauxArchives offi.ciellesa Port-au-Prince,quirepresententavecunegrande exactitude plusieurs regionsduterritoirede :la Republi que. Les parties littoralesnotammentontfaitl'objetde dessins soignes.D'ancienneshabitations,'dontla forme est restee intactemalgreIetemps,antleurslimites fidelement reproduitessurces cartes locales. Les tribuna.uxnenegligentpas ,cette preuve, adefaut d'autres,pourtranchercer tains litigesde propriete. IIyauraitpeut-etre 11a unpremier element quipourraitguiaerlaconceptionduplancadas trail. Lesplansdes propri6tes actuelles, dressesparles soinsd'arpenteurset conserves dansleursar,chives,rendrontdes servi'ces indeniables. Ces plans sarlt d'abord etablispourtous lesimmeublesquifigurentaucadastredes proprietes de 1'Etat. Dneloi,eneffet,rendobligatoire t'arpentage des terres domaniales.Cesbiensnepeuvent etre affermessi1'operationn'apas ete faite.Quantauxproprietaires privesou,aux possesseurs quisecomportentcommetels, leurs terresontgeneralementfaitl'objet d'tm mesuragesoit

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sommaire,soit detaille. Beaucoup de paysans, a I' occasiond'unpartage,divisentleur proprieteen divers lotsqu'ilssituent a leur maniere. llsmesurenteux-memes les limites des nouvelles par,celles etprocedent a leurbornage.Nul dessin quelquefoisnereproduitIe mor.cellement opere. Dansd'autrescas,aucontraire,pourla realisationd'une a.cqui sition immobilier,e,d'unpartagesuccessoral, par exemple,on'confie :l:I' arpenteur public Iesoinde mesllrer et de bornerIeterrainfaisant l'oDret de lamutation.Unplanauthentiqueest etabli.L'originaldemeuredans les archives de sonauteuretunecopieest delivree auproprietaire.Sil'immeublea ete mesuredepuispeudetemps,l'arpenteurrafrakhitseulementles lisieres. Al'occasiond'uneventepartielle,ilnedresse que Ieplande lapartie detachee du'fonds initial. IIpro cede ainsi it une extractionn. Lesplansconservesparlesarpenteurs presententpas tous les memes garanties d'ex,actitude. Tels quels, ce pendant,ilssontappeles a jouerungrand role aupresdes geometres quiaurontla mission d' etablirlIecadastre par ,cellaire des terres h a'itiennes. II est it noter que deux faitslimiterontlaporteedecette aide precieuse. II rested'abordungrandnombrede fonds rmaux quin'ontjamais ete delimites. Enoutre, les originauxdenombreuxplansquiont ete dressespardesarpenteurs,neseretrouverontplus dansleursarchives.En HaIti la conservation desdocuments, a lacampagnesurtout,est tresdiffidle, Lespauvresbureauxen bois, au les dessinssontconserves, re<;oivent lavisited'unemultituded'insecLesqui detruisent les paplers. lIssont menaces aussiparde frequents incimdies qui,enuneminute,consumenttout. IIconvientmaintenantdeparlerd'une reuvre recenteentrepriseparIeDepartementaes Trava:ux Publics,. Depuis

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258I!)3I, cetteAdministration,l'unedes plus laborieuses de la Republique, applique,envue de la confection del,anouvellecarted'Halti,unprogrammede leves topographiquesdont1 'ulilite pourlesfuturesoperations cadastr3.les nesaurail6chapper. Lesbrigadestopographiquesde Ce Departemenlsonlaujourd'hui pIacees sous.unedirection unique,nppelee laDi'visiondesetudes et leves. Voici enquels ter mes parlerlF la ta,che qu'assum! cette Divisionl'IngenieurenChefduDepartement, M. LepelletierJeannot:Le travail Ie plusimportant, execute au COUl'S de(( I'exercice 1931-1932,a ele la reprise et la ,continuationdu systeme detrianguIationcommenceen1920 et suspenduen1921.Nousl'avonsfaitprogresserdansl'Artibonite et ((dansIeNord enpartantdesenvironsde Malssadeetde((Thomondeet en allantvel'Sla baiedeCaraeoL Le systemecouvreaujourd'huiune supedkie de pres de15.000kilometres can'es, soitapproxiinativementtrois einquiemes de Ia superficictotaIede Ia Republique. UcomprendpIusde130stations placees toutesentreLes Cayes dans Ie Sudet Ie Cap dansIeNord. IInenousreste doncpour I'a'chc vel' qu'a etablir des stationsdansIes parties extremes despresqu'llesduSudeLduNord-Ouestet
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Planche I\IIiI / I __LI i -_._--.1.(a.>'d.nt,-iduction.) ECHELLE: D'R2\ITIDIIZECTIONGENER,ALE.DES.TR-AVAUX PUBLICSSYSTEMEDE TRjANGULATION AU 3019.;)2,-----------.-"-----

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259-On pourm seconvaincrede la sincerite decetexpose enconsultantlacarte(PlancheI) preparee parI'Ingenieurencheflui-meme.APort-au-Prince,en octobre 1933,M.Jeannotnousainformeque lestravauxayantavance depuis 1:\ publicationde cette carte, lapartielaissee en blancdans Ie Nord et,IeSud-Ouest d'Hailietaitamoitie couverte. II est vraisembl,a. blequ'aujourd'huilatriangulationenglobetout :Ie terri toire de la Hepublique. Cette operation, qui correspond it latriangulationdepremierordred,ans I' elaboration destravauxtopographi ques, facilitera la ta,che desfutursartisansducadastre hai: tien. lIstrouverontdans cette carteunedOlmee des plus stires et pOUlTontI'utilisercommebase deleurstray,aux ulterieurs.NOllsreviendronssurcepointlarsque nous, etudieronslIesmethodes a appliquerpourdresserIeplancadastral de la Hepublique. '" .Avant declorecechapitre,nousvoulonsmontrerparquelques exempies suggestifs Ieprejudiceque cause l,avie economique l'anarchie fonciere qui sevit en HaLti. Poureclaircirunesituationquinecessait dE' s'aggraverdufait deI,afnagilite des droitsimmobiliersdansles'campagnes,IeGouvernementen ] 922crea des commissions nyant pourmissiond'investiguersurles riepredations, vols ou fraudes))dontlesproprietairesou pqi;SeSSeurs ruraux et l'Etat semient victimes a propos de lems droitsimmobiliers. Lesenqueteurssemirentaussitotau tranil et etudie rentdenombreusesplaintes de paysans,qui se pretendaient

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troubles dans la jouissHnce deleursdroitsde propriete oude possession. Les ,conc1usions del'examenetaientensuitesoumises a laCommission'centrale quiredigeadunrapportsur,ehaque dossier. Nous avonspriseonnaissance de certains dpees documen:spubliesenleurtempsauMoniteur.Parmiles pieces, dontles Commissaires juge'ent utile dereproduirelateneurdansIe,compterendudeleurmission,figurentungrandnombrede petitions. Voici lestermes impreeis mais edifiantsd'unede ces requHes :Nous, soussignes, fermiersauproprietairesdeFoua,che,noustrouv,antdansun e1,latd'insecurite dufaitquel'habitationFouache situee dans lil CommU,nedeJeanRabel, esttantotrevendiqueeparl'Etat(' hai:tien, tantotparlesheritiersPascal Elie, parlessieursSchuttet Oeetrangers, nousqui etnossueurs etnotreargentsurceterrain que nous,cultivons, redamons del'Etathaltien,garantde toute propriete etdetoutepossession,Laquietudenecessair,e a to:ut f'ermierouproprietaire.IIimporteque, dans Ie plusbrefdelai, la Commission Cadastrale ,centrale de la Republiqueapporteunesolution definitive, a ,cettesituation precaire quinousestfaiteetquiparalY8e la p,arfaite exploitation de ce terrainenetablissantd'une fa90n definitive Ie veri1"ableproprietaire delasusditehabitation.Les commiss,ajresavaientgrandpeine ;1 eclairerleurreligion et souventilsnepouvaientconclureA defaut dedocumentsauthentiquesils devaients'enrapporteradestemoignages,des actes de notoriete et verifier les faits avec desrecoupements.A propos del'babitation ,

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dontilvientd' etre question, voicienI ',absence de titresIetemoignage {-crit queproduisirent, a l'appuide,leur reven dication, les heritiers Pas,cal Elie :Un ,certifkat signe deshabitantsde laCommunedeJean Habel attestantque1'habitationFouache,sise a JeanHabel,appartientauxheritiersPascal Elieetapourlabornementsau Nord Ie Morne 'M,assacre, etc.,et que les endroits appeles GrandRacetHatte Moutonsne 60nt quedes dependances deladitehabitationFoua,che etont ete toujoursoccupescomme tels 'par les proprietaires, si vroai que'cesdenoluinationsparticulieresu'ont ete don nees queparceque a l'epoque ou Fouacheappartenaitau Hoi Christophe, c'est sur cette portionde la propriete qu'etaientlesmoutonsdu Hoi, de la Hatte Mouton.Grand'Haclui-memedoit sonnom u l' etendue dela foret quiforme Ieterrain ducote duSud,. Nous certifions ausurplusquecesportionsdeFouacheonttoujours ete oocupeesparIesfermiers desheritiersPas,cal E'lie, etc.,)Nous avons extrait,cette piece del'ensembledes documentsconcernant1'habitationFouache)l.Ennovembre1923IlaCommission delibera etdonnason avis dans un roapport qui,faute de darte, estloind'etreprobant.Les .commissaires ydenoncentIemoyenillegaldontprofitaIegrand-peredes heritiers Pascal Eliepour acquerir la propriete encause :Cettehabitationest sortieduDomainede 1'EtatparuneventefrauduleusefaiteparMadame Azema Boyer, epouse separee dusieurCharlesBazelais, e,crivent-ils.'.Madame Boyerpretendaitjustifiersesdroitsparundonnationalfait 'a son pere, Ie General JeanPierreBoyer, Pre sidentde l'lliRepubHque d'Ha'iti.

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Lenotaire charge de passer contratde vente hesit3; puiscedaeninserantdans l'acte, pourse eouvrir, lamentionsuivante:Pourcons tater les droits de Madame BazelaisetdesonauteursurIebien ci-dessusvenduparelle, il est ici explique :que10Madame Bazelais est seulehabile a se dire heritiere de feu son pere JeanPierreBoyer,Presidentd 'HaIti etque20leditbienapparteI1ait a ,cedemier,pourluiavoir ete accorde it titrededonationpardecretdu Senat en datedu /1 mars1821.Lebrevetoriginalde ce decret a ete represenlepar la venderesseauxnota iressoussignes(1'autrenotaire:L.Orio1) ,et a l'instantcebienparelle a ete vendu,declarantquoiqueIenomdel'Habitationpresentementvenduenesoit porte dansledit dec ret elle faitpartiedes biens quiont ete accordesparIe Senatit sondit pere . La conclusion durapportest en faveur del'Etat.En void Ietexte :Enabsence de titres etd'unplanet d'arpentage,nousavans ev,alue approximativement cette habitation a deux .cents ,carreaux deterrearroses et arrosables estimes a centdollars Ie ,carreau.SousIe benefice deces considerations,b eommission ,cadastraleeentralede laRepubliqueconclutqueI'habitationFouachedoit fairepartieduDomaineNationaltant que les interesses n'aurantpas prouye et paracteauthentiquequ'un vote de la Legislature avaiL attribuela susditehabitationaueitoyen.TeanPierreBoyer,Presidentd'Hai:ti.LaCommission estime, en outre,qu'aucas mi\me ou les interesses parviendraientafaire ,cettepreuve, il resterait it l'Etatla faculte d'appelerles heritiers de

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Ferdinand Paleal Elieendeterminationde ,contenance del'habitationFouRche,appertplanetproces-verbald'arpentageauthentiquesdeceltehabitationlesquelsn'ontpas Hecommuniquesa la Commissionnonobstant 5a dem,ande.Enremeltant a votreDepartement, aocompagne dupresentrapporl,Iedossier, etc ...Suivent .les signaturesduPresidentde 1a Commission, M. J.Lanoue et de ses coHaborateurs.Unseul M.DominiqueHippolyte,partisand'uneconduiteplushumaineenvers les paysans, ref usa designer documentqUidevaitentrainerla depossessiond'beritiersmunisd'nntitreauthentique.Onvoit,d'aprescet aperc;u, queles enquetes de la Commission oadaslrale? poursihonneteset laborieuses qu'eHes fussent,nepouvaientapportergrandremede aux desordres provoquesparles tares del'organisationfonciere. Cette Commission atermineses travaux.Lemal,aisepourtantnecesse de croltre. Lestribunauxsontencombresparles proces que pro voquel'incertitudedes droits immobiliers. Le service desContributions,audepartementdes Finances, rec;oitcinque jourdes plaintes,des protestations redigees pardes proprie tairesquisepretendent evinces injustementparl'Elat.Laconfusionest telle, quecertainsimmeublesnepour raient fairel'objetd'unacte deventevalable.Onne connaa, eneffet,nileur,contenance, .nileurslimites, ni lesdroitsde,ceuxCJjuis'enpretendentproprietaires.Etlescontratsquise wncluent surdesdonneesfragHesrisquentd'etre Lecass'estproduitdernierement a l'occasiond'unea,cquisition immobiliere faiteauprofit del'InstitutionSaint-Louis de a Port-au-Prince.L'ade

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donnalieu a uneactionenrevendicationinten tee parIe vrai propri6taire. L'immeubIeavait ete vendupardes heri tiersapparentsquipells,aient Ietenir,,conformement a la .Joi, deleurascendant. Or,lafiliationadulterine,quisedecouvritplustard,permitd'etablirquel'Institutionavait acquis anondomino(I).On devine les repercussions fikheuses d'unetelle situa tion dans la vie nationale.Lapaixdanslescampagnesest menacee et Ie gouvernement,responsable del'ordre, salle tionne parfois des illegalites. Pour eviter que ce desordre, qui viendraitaparalyseI' l'activite rurale,prenneuneformechronique,lesPouvoirsPublicssedoiventd'ensupprimerla ,cause. Divers paysontdevancel'Etat hai1ien dans cette reuvre curative. Les solu tionsqu'ilsontadoptees ,ontmontre, a l'epreuve,les resul tatsqu'onenpouvaitattendre.Ilconvientdonc,avantd'entreprendre l'6tude d'une reforme fonciere, en Hai:ti, de rechercherce quevalentles systemes appliquesdansles lautres pays. C' est aenquete quenousallonsnouslivrermaintenant.(r)LeTribunalde Cassation allailexaminer1 quandno us avons quille Port-au-Prince.

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CHAPITRE vIIi Les l'egles delapublicite fonciereit l'etrangerBien que nousayonsmaintenantun aperQu des reali tes auxquellesIelegislateurhailiendoitse J.'Merer, nollSnepouvonsnousaventurer asuggerer une reforme des regles foncieres sansconnaitre lesprogres realises dans ee domaine a l'etranger.Une et.ude de 'legislation comparee s'imposedone. Dans ce ehapitre noustiendronscomptedela division qui opposeIe systeme de latranscriptionpersonnelle des actes translatifs au regime de la publieite reelle des droiisimmobiliers.Cesdeuxtechniquesse ralla-chenta desprin.cipestropdifferentspourlesengloberdansun memeeom mentaire.Leur 'contrastenous conseille d'en separer l'examen .critique. NousIeferons dansunordrechronologique,enexposantd'abord les traits essentiels de la publicite pei'sonnelleenvigueurenFrance,puisles regles plus neuves del'immatriculationsurleslinesfonciers.18

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PREMIERE P AH TIELesysteme fran9ais LaFrancen'est pas Ie seul pays OU la propriete immobilierenefait r objetd'aucune publicite proprementdite,maisdonnelieusculement u une fOl'malit6 ,conservatoire a l'occasiond'untransl'ert de droit. Laplupartdes Etais quiontemprunteles reg-les denotreCode Civilsontd,anscecas.Etl'exempled'Hailinecontreditpasnotreremarque.11nousserait done possible d'etudier maintsaspects sous lesquels se presente ceregime de la publi.cite person neUe descontratsimmobiliers.Un meme principe,eneffet, laisse place a des mocialites variees.Maiscommel'objeL de,ce,chapitre estsurtoutdemontrerla superiorite dusysteme deslinesfonciers,nousnecroyonspas utile de nousetendresurIeregimede latranscriptiondes ,contrats translatifs. N ousvenonsd'etudier,dureste, sonfonctionnementenHaiti. L'examen des regles frant;aises suffina amplement ;1 montrerla defectuosite denotresysteme,bienquecheznousl'adresse des praticiens Ierendetolerable. Dans1aseeondepartiede ce ,chapitre,nousverrons ,commentonavoulu,ameliorernotrelegislation enl'aiguillantvel'Sl'organisation des.lines fonciers.SECTIONILECARACTERECONSENSUELDELAVENTEDans;leCode Civil frant;ais Ieformalismeestreduita sa plussimpleexpression. Les actes ecritsnesontsouvent

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que des mpyens depreuveque les parties semenagentapress'etreliees pal'leur,consentement reciproque.La venteimmobiliere n' echappe pas ilce trait essen tielqui caracterise presquetous nos contrats. Elle est parfaite des l'accordentreIevendeur etl' acq uereul'. La chose est si peu douteusequelasimplepollicitatipnse II ansfol'me d'elle meme envente,aumoment OU l'l1,ccipiens decide des'enprevaloir. CeUe regIe s'oppose a la loiromainequifaisait depcndrelatransmissionde 1apropl'iete del'accomplissementde lanwncipatioou del'in JUTe cessio.Le meme formalismeseretrouveaujourd'huidansIeCodeallemand.Leprincipe fran9ais l'especte1avololJ des cpntrac tants el ne I',astn:intit ancunc ::;olennite.11 est eminem menL juridiLlue et raiiollllel ;Ia pl'opriete eLant undroit absolu, il est tres nalmel que Ieproprietairepuisseendisposer de sa seule aul oril e,suns que l' effet de sa volonte a ,cet cgard doive subonlonnea uneformaliteextrin se
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268-oudujugemententenant heu auBureaude la Conservationdes Hypotheques. Elle apoureffet derendreles droits, resulLantdu .contrat, opposablesauxtiersquiferaientinscrireposterieurementles memes droitssurl'immeuble.Leprincipe, en vertuduquelIe,consentement fait la loi des parties, amalheureusement pese surla decisiondulegislateur. Aulieud'etablirunsystemedepubliciteobli gatoire,iliailaisse aux contmctants la fa,culte del'ignorer.Lemoyen exist3.it pourtantde concilierIe .cara.ctere consensueldeIlavente et la necessite d'informerles tiers.Onauraitpu,parexemple, faire de la publicite unecondition suspensive del,avente. II suffisait encorededonner al'acquereur un interet plusgrand a faireinscriresondroitet desubordonnerl'inscriptiondetoutemutationnouvelle a celle de lamutation precedente (I).L'inseriptiond'undroit,enoutre,aurait ete impossibledu chef d'unproprietaireayanta,cquis son immeubleslansairetranscrirel'acte.Ce procede n'apas ete suivi,detelle sortequ'aujourd'huides droits de propriete precairesentrenten .circula tion.Commeles ayants-cause del'alienateurpeuventse pre val oil'du deraut detranscription,l'imperfediondelaloiapporteparfois Ietroubledansdes situationsquiparais. saient l8Jcquises.' SECTIONIIL'ABSENCEDELAFORCE PROBANTEDflNSNOTRE PUBL/CITE; Latranscriptiondes, actes translatifspresente Jill autreinconvenient.Ellenepurgepasla propriete des droits qui(r)Paolo Manuel-Gismondi:Le regime dela publiciti jonciere danslesprojets Ugislalijsde rejorlne en France et en Ita/ie,Paris r933,p.r8I.

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-269-pourraientla greveI'. Lit Conservateur des Hypotheques de fere ,au desir des partiessans'controler I'a,cte a publier.IIpeutarriveI',enconsequence,qu'un acquereur tiennesonimmeubled'unnondominusetsevoit evince,memeapres latranscriptionducontratde vente,parIevrai pl'oprietaire.Cecas estrendu frequent parlesnombreusescausesd'incertitudequirendentfr,agile Iedroitde propriete. Lapubliciteimmobiliere franyaise, regie par 1(' Code Civil en matiere dedonationsetpourles autres ,contratspar ila loidu23mars1855,ne confere donequ'unedemiepro tection. Ellenepl,ace Iedroit qu'il I'abrides tiers qui con tracterontposterieurement.Etencoren'est-ce pas vrai de tous les tierspuisqueIemineur,l'interditou lafemme mariee jouissentde suretes retroa,ctives. IIsemblequ'unelacuneaussigravedela legislation devrait.multiplierles evictions injustes.Dans lapratiqueheureusementIe systeme fonctionneassez bien. Lemeriteenrevientauxnotairesquiapportenttoujoursungrandsoin dans la redaction des origines de propriete. Leur travail est aidepar laconservationdes actesd'acquisitionaurangdeleursminutesou dans les papiers de famille.Onpeutreconstituerainsi la chaIne destransmissions successives del,a propriete et etabliruneoriginetrentenairc. Lapreuvedudroitest fournie,en eifet,quand l'immeuble,afaitl'objetdeLa p7'Cescl'iptio longi temporis. Lalecturedes adesrevele les clauses susceptibles de modifier la ,conditionjuridiquede I'immeuble.Siles incer titudes quirendentIedroit precaire subsistent, I'officier minisLcriel en avise les parties afin qu'ellestraitentencon naissance de cause. La grosse difficultedunotaireconsiste a recher,cher sil'immeublefaisantI'objetducontratest greve de droits

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2jO-reels.CommenotreregIme de publi-citehypothecaireestpersonnel,leshypothequesd'un meme immeublenesontgroupeesnullepart.nfautdonc, lors de l.a transcriptionde la vente, etavantlaremiseduprixd'a,cquisition, reque rirduConservateur la delivranced'un etat desinscriptionsducherduproprietaire ,actuel et des precedents vendeurs.Commelesinscriptionssontsuseeptibles derenouvellement,onvoit laprudencequeIe notaire doitmontrer.Cesontles parties,bienentendu,quisupportentles frais necessaires des etats surtranscription.Etplus nous nouseloignonsde la date de la loidu 23 mars1855surlatranseriptionenmatierehypothecail'e,pluslesfraisde,ces etats grossissent, faitremarquerM.Denier,ancien avoue, et,cel,a, it raisondunombre deplus en plusgrand-j'allaisdiredeplusenplusinealculable de precedents proprietaires, reelsoUapp.arents, que lesconservateurspeuventtrouversurleurs registres etqu'ilsportentsurles etats ((qu'ilsdelivrent(I). 'Mais laprudencenotarialeneSiaLlrait selimiter,dansnotrelegislation, a larecherchedeshypotheques ou des privileges inscrits.II y a des suretes oocultes,dontlesprincipalesmilitentau profit des personnes en tutelle et de lafemmemariee. Ces hypothequeslegales sontrarementpubfiees auBureaudela Conservation des Hypotheques,saufl'anneequisuitla fin deIlatutelleouladissolution dumariage.Le redadeur ducontratn'aqueIerecoursdeserenseigner aupres duvendemouduproprietaire cedant un(I)A.Denier,jugcaux orcll'cs dnTribunalcivildeRiom.Desabus (LlLxq[wlsdonnenllieu les elals hypothecairessurtranscription,ClermontFerrand1913.

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27Tdroitsursonimmeuble.11luidemande,selonlaformule s'ila etecharge defonctionsemportant thequeleg-nle. Lareponsefiguredansl'acte.Quant lasituation .a.na'logue desprecedents vendeurs,Ienotairela deduil. des dedarations menlionneesdanslcs actes an terieurs. S'ilapparaH quedes hYPolheques legales menacentIe droiltransmis, j} sera proced021 la purge de ces suretes, operalionlongueet coi'lieuse. Enl'absencede cettemeSLlJ'edeprecaution,l'acquereurauIe creancicr Jlypothecairccourentunrisque inde niable.Quipeutprouverquelesdeclarationsapaisantes,quifigurentdansIe contr.at,sontsinceres ? SECTIONIIILES INCONlfENIENTS DE LA PUBLICITE PERSONNELLEUn autre danger resi"de dansIe mecanismememe denotre systeme depublicite.Les bordereau-'\.OU sontmentionnesIesdroitstransmissontclassesdansl'ordredes personnesetnond'apresla malri,cecadaslraledel'immeuble.Aussi leshomonymies,laconfusiondesnomsetleserreurs dans leurorthographe peuyent entraillerlespires inconv6"M.M,asounabe-Puyannc Ii:!cOl1Jl1lentel'andernicrlin nrJ'cl de In COlli: d'Appel de Nancy nnCon sen-alclIl" des liypothi'C]ues de toutc rcsponsnbilite dansIefait d'i1Yuir inscJ'itSUI'sonrepertoireIenommentionne dans lasignalure.Voiciunpassage de cecommenlaire:Quelque justifi6es quesoient lescritiquesqu'onpentluiadresser,onnedoitpasoublier que eel I.e publi cite estpersonnelle.Or l'element primordialpermettant

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-272 -d'individualiserunepersonne, e'est Ienomdestine a distinguerchaquefamilIe. C'estluiseulquiest porte surIeregistreindicateurqui estenprincipeIepremierregistl'equeIeconservateurdevra -consulterpourOpereI' ses re,cherches. C.onformementd'ailIeurs a).lX instructionsadministratives, il y est porte danssonordrerigoureusement alphabetique, et il suffit d'unealterationorthographique {( de cenom,soitdansla requisition, soit dansuneforma lite pourqueIeconservateurnepuisseretrouverIevolumeellapagede la tablealphabetique OU l'individusetrouveramentionne,.Decefait, il,a juge qu'iln'yavait pas i identifier : M.ayer Marie et MailIere Marie (Segre,23 aout 1876 ;J.C.3025) :Brouiler et Breuiller (Seine,23novembre1876 :J.C. 3093):.Vergnes et Vernhes (Toulouse,7mars1883 :J.C.3505) :LeTallec et Le Toullec (Cass.6 am'll 1890 :D.P.91.1.125.J.C. 4140) :Dellepiane et Delapiane(C.Montpellier,21fevrier1932 ;J.C.10979), etc ...))(I),.Ces observationspermettentd'imaginerIedangerbienplusgr,ave quepourraitentrainerl,apublicitepersonnelle sil'etat -civa, dansnotrepays, n'etait pasrigoureusementtenuet respecte.SECTIONIVLES APPUISQUETROUVE NOTRE REGIME FONCIERLerapide resume quenousvenons depresentermontreles defauts denotresysteme de pubJi.cite fonciere,. Nous(I)La Semaine Juridique, Annee 1933, page 306. Observation a la suile d'un arret de laIrechambrede la Caul'd'Appel de Nancy,renduleIIjanvier1933.

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nousenaocommodonsparcequela gr,andemajoritedes transactions immobilieres,enFrance, seconcluentchezIenotaire. Cet offider ministeriel,responsable de la validiteducontrat,l'estaussi dansbiendes cas deLapublicitequi suit la passation de l'acte. Le notaire, meme enl'absencedemandat special des parties,peut,avoir 'a repondred'une dans I'accomplissementdes formalites ditesextrinseques.Des arrets ontadmisIemandat tacite parcela seul que Iedient etait illettreetincapabledeveiller a ses interets (Lyon,29mars1900JD.1901-2-201. ,( Compo Rennes,21fevrier1893,D. 94,2,ldt,2, S..95,2,103),ouont memedecide, d'une fayon generale,que Ienotaire Mait tenuderemplirces formalites ,enl'absenccde toutmandat(Rennes, precite, Nancy,9fevrier1894,D.95,2,393)(I)..La securite des transactions,enFrance,estegalementassureeparlesdocumentscadastraux. Nous verrons dansunautrechapitrequenotrecadastren'estpasjuridiquemaisfiscal.Tel quel,pourtant,ilfournitde precieuses indica tionssurlaformeet la superficie des terres. II facilite beaucoupla tache des nota ires quireclamentIeplandes im meublesfaisantl'objetducontratet identifient les parcelles,dansl'acte, au moyendeleurdesignation cadastrale. Le cadastre,sommetoute,corrigeles defauts denotreregimefoncier. Si lapubliciteduconservateurest person nelle,la publidte des actesjuridiquesimmobiliersparlesdocumentscadastrauxestsurtoutreelle n. Cette l'emarque est faitepar M. Martinondansune these surlarevision partielle du cadastre.L'auteur precise ensuitesa penseedanscestermes:(I)Marcel Planiol et Georges Riperl: Traitt!elementaire deDroit Civil,Tome deuxieme,lOe Paris page 954.

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La publicite parIecadastre...reposesurdes docu mentsauthentiqueset tress11rs, s'effectue auvude pllanset de rcgistres ,eompulsesdanslesmairiesaudeeopies,eertifieesdudirecl:eur desContributionsdirectes, ,copiesnonmainscertainesquelesdocumentsdesmairiesetqu'onpeu L etuclier ;\ loisirdanssoncabinet))(I). Malgl'e ces appllis divers, qlli previennentungrand110mbred'accidentsdansIefonetionncmentdenotrepubli cite immobiliel'e, ]anecessite d'une l'eorme se f,ait sentiI' rlepuis longtemps.Des pJ'ojcls sont l'etude. II 1'aut sou huiter queIelegislateurunjourse decideales sanctionneI'. DEUXIEMEPARTlELe systeme deslivresfanciersAu regime de la publicHe personnelles'opposeIe syste medel'immatriculationsurleslivres fanciers. AvecIereculdutemps it estpermisd'apprecierles re sultatspratiquesdecettenouvelleformede publicite. L'expcrience quia etctenter dansdivers paysprouvel,a superiorite de cette organisation sur Iavieille regIe franyaise de In transcriptiondes ll1ul"tions foncieres.NallSallonsexaminer,ittravers les legisl,alionsinau gurees dans divers pays ausiecle dernier,les difl'erentes va rieles sous lesquellesse pl'csenIe Ie de la publicitc dontSir RichardTorrensassura lafortune.Lefonctionnementde cette ins tit ution,don t Louslesjuristesl'eCOI1-(I) An loine Mn1'1 ilion: EI/l,dcSLLI'/al'I'visi,on pariidle ill/,cO,c!fLsl,rc ct Sl/,I' son LLliliso[io/i.pOLLrInpnblir;;(edesodesilLl'irli'jlLCSilnmobilel's,Paris 1915,page166.

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naissentlesnombreux aYantages, comporteaussi dans cer tains cas quelquesinconvenienls.C'estcequiexplique pourquoi les legislateurs,quiont adopte dansleurpays Ie systeme des livres fonciers,ont cm utiled'enmodifier Ie reg.Lage.Leprincipe,endiet,presenteassez de souplessepour s',assol'lir de modalites diverses. C'estlorsquenousaurons controle Iemaniementde celte institut.ion et etudi6 ses el'fets que nousenvisagerons lesmoyensdel'introcluiredans les meeurseLIedroit ha"i tiens. Nousaurons flinsi. cet avanta.ge de pOU\ioir nousappuyer,nonpassurunefonnuletouteneuvequin'.a.pasencoreconnul'epreuve des fa.its, maissuruneorganisationfonctionnantdepuisplusd'un demi-siecle sous diverses latitudes,queI' experienceparconsequenta assouplie Jt dontIetempsa les meriles.SECTIONILE SYSTEME DESIR RiCHARD TORRENS I.-SunorigineetsonprincipeC'esten 1857, al'rpoqueou il posa 'a. candidature
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Nous allonsresumer :les prescriptions essentielles ,con tenuesdansl'Act Torrens, telles que son ,auteur les fit appliquerenAustralie. Lesimmeublessoumis a ,cette 'legislation doivent faire I'objet d'uneins-cription appeleeimmatriculation n., Toutproprietairequi Ie desire peutde cette fayon entourerd'unegarantieabsolue ses droitsimmobiliers.Cemoyenlui procurel'avantagedetirerde ses biens-fondsIemei1leurpartipossible.Pouratteindre,ce resultat, I' operation se decompose en deuxtemps principaux :1Ladelimitationdel'immeuble,opposableauxtiers.2Laconstatationdudroitde propriete, sonsnneformeirrevoc,able, definitive, dansunacte public. Cetteprocedurenefutpasimposeeauxproprietaires. lIsresterentlibres de laisserleursimmeublessous l'aneien nelegislationoude les placer sous la loi nouvelle, appelee Real property Act.Sir RobertTorrens,avait prevu l'immatriculationoblig-atoire.Cenouveau regime qu'iIsoutenaitavaitsou leve de vives oppositions, deviolentescritiquesqui de meurerent tenaces, h. telpointque Ieprojetfaillit sombreI'. DansIebutderallier a luilamajorite,Sir Torrensconsentit, pour enfaciliterl'adoption, [l donner a sonsystemeun ,cam-ctere fa-cultatif. IIfautrendrehommage,auParlementaustralien,carmaintenantquelesavantages irrecusables dece regime ont ete misenevidenceparl'application meme dusysteme,l'immatriculationa etc rendueobligatoire dans certaines provincesettend a Ieclevenir dansd'autres(I).(I) A. Guiraud:L'immalriculation foncierealL Maroc,Paris If/30, page19.

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2.Laproceduredel'immatriculationResumons idce que doit faire Ieproprietairequia resolud'immatriculersonimmeuble: II adresseunedemandeauRegistrarGeneralauDirecteurdeI'Enregistrement. n yjointses de proprie teet toutes Ies autres pieces quipeuventservirajustifier sa qualite deproprietaire.IIajoute aces documentsI'indicationdes droits et deschargesqui, aa connaissance, gre ventIefonds. Autoutil doitannexerunplandeI'immeuble,quiaura ete dresseprealablementparunarpenteurbrevete. Des que Ie Registrar seraenpossession decedossier, ilIe'confiera a unoudeuxjurisconsultesquiseront charges deverifier Ia regularite des titres de propriete etl' exa-ctitude duplanannexe. A Ia suite de ce travailunrapport sera pre Deux hypothesespeuventalors sepresenter: Le dossier estcritiquable,aIm's l:a demandeest rejetee IIn'yaqu'une decision de la Cour qui puisse vaincre, dans ce,cas,Iafin denonrecevoirduRegistrar. Au ,contraire, Ies titTes et Ieplan sontoCorrects. Les for maEtes depubliciteimposeesparIa IoisontaIQrsordonnees. Elles consistent eninsertionsdeI,arequetedans Iesjournauxeten,avertissements personnels adressesauxvoisins ,connusdurequerantet a ses creanciers hypothecaires pre sumes. Des mesures particulieres sontprisespoursauvegar del',Iesdroitseventuels des incapablesetdes absents. Le Registrar fixeen meme temps,Ie delai pendantIequel les oppositionssontrecevables. S'i! nesurvientaucun aete d'opposition contestant I' 0.\1 Iefonddudroitde

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propriete enquestion, ce fonctionnairc procedea 1'immatriculati.on. La meme solution est adoptee quand,Ierequerantrapportemainlevee des oppositions quiontpuparalyseI' ia procedureencours. Cette mainlevee,s'ilyu lieu,peut etre prononceepardecision de j usti'ce. Il estu remarquerque t.ous les differends quinaissent al'oc-casion des operationsdontnousvenons deparlersontportesdevantlestribunauxjudiciaires.Iln'ya pas dejuri dktion d'allributionqui connaisseexdusivementdes liti ges de propriete. L'immatriculationa forced'investiture publique. Elle consiste dans la redadion d'uncertifieat detitrequi est dresse endoublesur paretlemin ousurpapier tres fort. Lafeuilledontil est fait usageporte sur IerectoIeplan calorie del'immeuble.Le y(:rsocontient sa description, lesnomet qualite de son proprictaireetl'bmmeralion deschargesquiIe grevent. L'undes doublesformeunfeuilletdulivre foncier ou registre-matrice.L'autre,qui'porteIe sceuu et lasignatureduHegistrar, estremisauproprietaire.C' est ce titre la desormais qui confhe auporteurlapreuveindiscutablede sondroitde propriete. Eneffet,1'actionenrevendicationcontreIetitulaireclucertificatde propriete n'est,par eX!ception, recevable, que dans lescasd'immatriculationfrauduleuse operee, d'erreurdehornage,oulorsquel'action emane d'un'proprietaire porteurd'uncertificat detitreanterieur.Dans les autrescasilnereste a lapersonne lesee qu'une RcHon enindem nite contrecelui qui a profitedel'erreuret subsidiuire-

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---:270 ---mentcontreIefondsd'assuranceinstitue acetetIet, oucontrel'Etat(I).Onsait que latranscription,dansIesysteme frane;,ais,ne peut etre opposeepar:l'acquereurqu'auxtiers quionl procede apres lui a la publicite de leurs droits.L'immatriculationdonne a l'a,cquereurunearmebeaucoup plus puils sante. Ilpeutopposer sontitre a tous,lestiers, quelsqu'ilssoient, memeaceux quisonttitulairesd'undroit reel allte rieurausien, meme auvrai'proprietaire levendeura aliene la chosed'autrui.On pc.ut diredel'inscriptionaulivre foncierqu'elle confereal'acquereur debonnefoi la securite totale,. L' Act Torrens avoulutoutsa,crifier a eetteconclusion.Iln'admetpas queIedroilde propriete, apres sonimmatriculation,puisse etre remisenquestion. Si done a est avere que I'Etats' est trompe ensanctionnantundroitimmobilier,la vicljme, invoquerait-elleIetitrede vraiproprietaire,nepeutactionnerenrevendication.L'Etatl'indemniseraduprejudice,cause.C'estcette idee dureste qui expliquel'ins tiltution d'unfondsd'assurance;constilueenprelevant :2 %de la valeurdel'immeuble U l'occasion dechaquedemandcd'immatri,culation. Cette ,caisse est deslinee a couvrirI'Etatde sa responsabilite pe,cuniai're. 3. -Lasimplificationdesoperations immobilie.res L' ori'ginalite dusysteme Torrens,parrapport :j notreregimede publicite, se l'cconnalt surtout uses effets.Aucun droitreel nepeut naltre ergo.omneset meme inter partesavantsoninscriptionauregistre-matrice.La regIe frane;,aise enone;,ant que Ieconsentenlentdes (I)PaoloManuel-Gismondi:op,cit.,Paris1933,page177.

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-280-rendlaventeparfaiteestcontreditepar ce Larencontredes volontesnesuffit pas acreer undroitimmobilieI'. C' estl'immatriculationseulequipeuty pourvoi'r. A la vente consensuelleonasubstitue .un systemeanalogueau procede quelesRomains appliquerent pendantla formulaire .. Mais,ce formalilsme, commeonva Ie voir,estreduitauminimumpoursimplifier les transa,ctionsimmobilieres.Unproprietairesoumis a l' Acct Torrens veut vendresonbien, pal' exemple.Il redige un ade detransfertou,Ieplussouvent,remplituneformuleimprimeeappeleememorandumofsale.IIfaitfigurertoutes les clauses delavente dans cet ade,puis illesignesous lafoild'un temoin etl'expedieauHegistrar.Cemagistratsebornealors a verifier la eapa cite etl'identitedes parties, ainsiquelaredactiondu memomndum. IlouvreIeregistre-matriceaufolio del'immeuble,yinscritlaventeaunomde ra,cheteur et les autres clausesducontrat.IIreproduitles memes mentionsaudosdu,certificat detitre.La dateetI'heuredel'inscriptionsont relevees surunregistre speciaL DansIecas OU l'immeubleestvenduenentier,l'acquereur revoit duRegistrarl'ancien eertiHcat detitreportantlamentiondutransfert.Mais'illpeutse faire remettl'euntitrenouveau.L'ancienest alors annule.La necessite d'unnouveautitres'imposetoujoursdans l'hypothese d'unevente partielle. L' Ad Torrenspermetuneplusgrandesouplesse en core. Levendeurpeutendosserson'certific.at, comme unelettredechange,aunomde l'a,cquereul'. Le Registrar,devantIefait accompli', n'aplus qu'a mentionner l'opera tion.

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EnvisageonsmaintenantIe,casd'unemutationimmobiliere a la suited'un deces. La sa'ilsine hereditaire nejouepas ici. M. Estivantresumeainsil'operation:Dans lesmutations acause demort l'heriher ouIelegatairedemandeparvoie de requete auHegistrar ge neral sonimmatriculation.Le legataire envoieaubureaudel'enregistrementIe certificat detitredu defunt etIetestamentappuyeparun ade deprobate))(acteparlequellestribunauxdonnentl' a untestamentetenassurent1'execution).L'heritierab intestatetablit(sa qualite pardes pieces justHkatives. Des publicationssontalors faitesdanslesjournauxet siauboutd'unmoisau-cune oppositionn'arrive,auxmains clu Registrar ge neral, l'heritier ouIelegataire estimmatriculeauxlieuetpla,cedu defunt et on lui delivreunnouveau,certificatdetitre))(I).l' Act Torrens organise de meme la publicite dupartageetoblige ,chaque coproprietaire qui! quittel'indivision a faireimmatriculerson lot. A l'oocasion de tous lesjugements ,eon::ititutifs de droits reelsou simplement dedarati'fs, la meme formalite est exigee.En -cas de declaration de faillite,1'immatriculationest faiteaunomdu syndic quipeuta'i'nsi procedera 1avente.Quandunefemmeproprietairesemarie,Ie Registrar,desqu'ila ,connaissance del'actede mari;;ge,enregistreIechangemcntd'etatcivil.Sicettefemmeparla suite veutvendresonimmeuble,elle redige, endehors de sonmari,unededaration ou ellemanifestesa ferme volonted'aliener.(1) Leon EslivanL:Eludes sur IamobilisaliondeIa propriele fon ciere,Paris 18gg, page 36.

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Le Registrarluiendonnea,cteaussitotsuivant .une formuleconsacree.Toutccla estmenlionne auregistrematrice.Ensomme,tous les eas quipeuvententrainerunchang'ementdansla ,condition juridique desimmeubles s.ont preyus.Le registre-matri,ce revele toutes les modifica tions quipeuventsurvenir.Etcommelecertifi.catdetitrereproduitaussi fidelementIefolio dli registre quel'expeditiond'unactenotarielaminute,conser veea l' etude, Iedocumentremisaupro pri'etaire f.ait foi de sateneur entiere. C' est cequel'article33del' Ad Torrens precise danslIestermessuivants :Tout eertifi.cat detitre,dument scelleetsigne duRegistrar general, fera foienjustieede son ,contenuetdesonimmatriculation,etfer apreuvequelapersonnequi estdenommee estreellementinvestie des droits qui ysontinscrits.'OndevinetoutdesuitelIeseffetsqu'unetelle eonfiancenesauraitmanquerde provoCJiuer. Le .creancier hypothecaire,quipourraitrequerircommeI'acquereurla deli vran ee d'unti1tre,usesouventd'unautre procede. Aulieu de rediger etd'adresser au Registrarunmemorandum,Ie debi teurse dessaisittoutsimplementde sontitreentrelesmainsdeson preteur. Le creancier a ainsi la ,certitudequesongageimmobilierrester aintact.Leproprietaire demuni de son ,certifi,catnepeuttenterlamoindreoperation. S4 .. L'essorducreditCe systeme cree unclimatfavorable au credit. Lestransactionsimmobilieres,simples et rapides, sesontmul ti.pliees des sonapparitionen Austmlie. Lamobilisationde la ri'chesse fonciere a fait naitre unevraie ,crise de prosperite.

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-283Lesimmeubles,devenusdes gages d'une securil:e parfaite grike auxIiI' res fandel's, ont attire les .capitaux. Legrandnombredes preteursaentralne unediminutiondutauxde l'interet. Etbiendes proprietaires,a lafaveurdetelles cir,constances,ontpuechapper, gracea l'emprunt, it la necessite devendre.Les hails, queprovoquuientauparav,a.llt les contrats devente sesont trouves ,considerablement alleges. La brievete et la clarte s'el:ant substituees au verbiage et it:l'obs-curite parlasuppressionde toutesolennitedansla re da,ction des actes,toutepersonnes'est trouveeen mesured'avi1ser elle-meme sespropresaffaires,sansavoir re,coursauministeredes officiers publics. Enfin,la legislationnouvelleramena a rieurjuslevaleurbeaucoupde proprietes qui,s' etaientdepreciees cause detitres defectueux. Elleputredui'retoutde wiLedansunelargeproporLionIenombredes prods, enfaisant clisparaitre lesprincipales .causesqui lesengendraient. 5. -Inconvenientsde['Act TorrensNousnevoulons paspretendre,malgre eeS resultats,queIe systemeingenieux de Hichard Torrens est sans defaut. SiIeprincipedelapublicitereellenons paralt diffi.cilementattaquable,sonapplicationn'enser,ait pas aiseedans tausles pays.Unsolextremementmor'ceie5C prete bienplus difficiierncnt la publi.cite parlesIivres fanciersqu'unsol compose seulementde vastes parcelles. Les registres-matri ces sontd'unmaniementfadle,saufsileursfoliossonttrapnombreuxpourunesuperfi.ciereduite.l' Act Torrens? aper vu so us ,cet angle,nepouvaitmanquerde reussirenAus tralie, pays ned etc011verl:de QTands rlomaines. Maisdans

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line regIOn, ou la petite propriete domi'ne, iln'enserail peut-etre pasde meme. Noustenons a notersans insister, par.ce que 1'idee ser,a repriseplusloin,quel' Act Torrensobvie a l'absencedeplanscadastrauxpar,cellairesenrendant obligatofre la .con fectiondeplansisoles. La methodeprete Ie lanc a la .cri tique.Enoutre, il n'est peul-etre passouhaitable que la logi que de ee systemesoit pousseejusqu'aubout.Elle a ,conduitsonauteur, com menousl'avonsYU, a donnerauti,tre foncier la meme mobilite qu'a uneffet decommerce.N'y a-t-il pasquelque dangera laisserunproprietairebattremonnaie avec sesterres )l Dans des payscomme'la Fran.ce etRatti, ou la sagessedulegislateurest allee jusqu"a leI' de declarer inalienablescertainsimmeublesd'uncarac tere trapfamilial, la hardiessed'unepareilleinnovati'onnepeutmanquerde sUI'prendre. Nous pensonsqu'ici eneore les meeurs ontaetre consultees. Cedontpouvaits'accommoderlapopulation d(s emigrantsaustr,aliens,sans fixilte. travail lee parl'appatde gros gains,aurait,certainement des effetsmalheureuxchezunpeupleeonservateur que Ie meme solnourritdepuis des siecles.SECTIONII LE SYSTEME ALLEMAND RichardTorrensn'apas improvtse detoutes pieces la legislation quivient d'etreetudiee. Il aadapteauxbesoinsdeson pays des principes appliquesenAllemagne depuiisplusieurs siecles. Le systemeallemandde lapublicitefon ciere, telqu'ilfonctionneactuellement,n'a ete ,codiHe pourtant qu'a lafindu dernier.ns'eloignemoinsde1'01'-

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ganisation fran<;aise quela loi australienne. II presente certainstraitsimportantsquiluidemeurentpropres. Nous allons enparlermaintenant,parceque les avantages quienresultentsesontsign alesa l'attentionde tous les specia listes des questions foncieres. 1.-Lecadastre etlelivre fancier parcellairesC'estIe5mai 1872 que fut i1ntroduite dans les Etats prussiensl'organisationdes hvres fonciers. Le Code Civil de1896,dans ses articles873 a 902inclus,etenditIesys temea tout 1'EmpilJ:e.L'application fut generalisee parla loidu24mars modifieepar-celIedu1 juillet1 g05.L'idee maitresse quidominetoutIesysteme est de realiser 1'individualisati'onphysiquede to utes les proprietes immobilieres aumoyendu-cadastre ei leur individuali'sa 1ionjuridiqueaumoyendu 'livre foncier. Le -cadastre,enarretant definHivement lacontenance,les limitesetla situationdubienluidonneun etatcivil,. L'inscriptionsurIe livre foncierdunomduproprietai'resanctionneirrevocablementIedroitdu maitre de1'immeuble.Voiciparquaisedistinguelamethodeallemandede laformule fran<;aise :Tandj,squ'enFrance,c'esLparnomsdes parties quesonLtenusles registres, en Allemagneau-contra ire Ia pu blicite est reelle,c' est-a.-dire que les registres foncierssonttenusparparcelles, ,chaque parcelle oadastraIe ayant" son feuilletsurlequelsont enonces tous lesa-cteset faitsl( modifl.catifs dudroitde prapriete. L'immatriculationdes proprieLes ,aulivre fonciern'al(pas lieu aufuret it mesuredestransfertsou descharges inscrire, mais elle est operee pourtoutIeterri-

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toireparvoie demesure genera'Ie, dansl'ordre etabIi parIe,cadastre(I).Les registres fonciers ,comportentenprincipeunfeuiIlet special (Grundbuchblatt)etabli'pourchaqueimmeuble.Chaquefeuillet separtageenuntitreet trois sections,.SurIetitrefigure Ia des,criptionexadedel'immeubletellequ'elle est revelee parIe,cadastre.LapremieresectionporteIenomet Iesqualitesduproprietaireavec I'originede sonIdroitsurIefonds,Iaseconde enumereles charges quj pesentsurI'immeubleet Ies restrictions quiamoindrissentIedroitde propriete. La troisi'erne est reserveea l'enonciation deshypothequeset des dettes foncieres. Lelegislateurallemanda prevu I'objection dumor,cellement de ila terre. Lorsque l'emiettementde Ia pro priete est excessifdanscertainescirconscriptions,IapubIi citey est remplaceeparunsysteme de feuillets per sonnels.Unseulfeuillet estouvertaun,omdechaqueproprietairedont,Iesimmeublessetrouvent ainsilgroupes surIa meme page.Cesystemenes'ecartepas toutef,oisautantqu'onpourraitIecroirede Iapublicitereelle,puisquechaqueimmeubleappartenantau meme propri'etairedonnelieu a;}'ouverture d'unarticle special ou sontinscrites toutes lesmutationset ,chargesdontil estI'objet: principe deIa speci,alite (specialitatsprincip)(2).Commedansl' Act Torrens, seuleI'inscriptionpeutopereI'Ietransfert,Iaconstitutionoul'extinctiond'undroit reel rmmobiIier; Ia volonte des partiesn'ypentsuffire. La pres,cription acquisitivenonplus,puisqueIapubliciteau livre foncierequivaut fJ l'exercicedudroit.(x) Paolo Manuel-Gismonrli: op. cit., pagex62.(2)Idem,pagex63.

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2.-La jorce probantedel'inscriptionLe livre foncierallemandn'estdonc passeulementunorganede publicite, il estundes eIements constif(,utifs dudroit. Aussi1'agentqui opere l'inscription,IeGrundbuchrichtern'arienerecommunavec noLre Conservateur des Hypotheques dontIe role estpurementpassif. Cet agent, en Allemagne, estunMagistrat. Il estchargedecontralerla sincerite des enonciationsqu'ildoit figurer au livre foncier. II aIedevoir devedfierla regularite ducontrat reel dontpeutseprevaloir l'a,cquereuroutou'tautretitu laire d'undroitsurl'immeuble.Cecontraledujugefon cier esttellementimporLant quel'inscriptibnquiIesuitemportepresompLion de l'existencedudroitenlapersonnedutitulaire.Encasd'erreurc'est1'Etat quisupportela res ponsabilite, saufson recourscontreIejugecoupablede fa ute lourde. Lorsquel'inscriptiona ete prise au profitd'unpossesseurquin'estqueproprietaireapparent,lapresomptiondontnousvenons deparlerpeut eire attaquee enjustice. Mais sl,entretemps,l'immeublea fait1'objetd'unenouvelle vente,Ietiers acquereur debonnefoi profited'unesi t.uationinexpugnable.Leveritableproprietairesetrouve depossede etn'ad"autrearmequ;uneactionendommages interets -contre Ie benefic'iJaire del'inseriptionfrauduleuse.Encasd'erreurdujuge,noussayonsquec'esLI'Etatquisetrouvemisen,cause. Noustouchons la dureste a untraiteommunaux deux legisl1ations ausLralienneetallemande.Pournotrepart,nousavons lameilleureopinionde cette regIe,quiattacheune presompHon d'exactitude et de foipubliqueaux enon-

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288 eiationsporteessurIelivrefoncier.Unacquereurdebonnefoi,quipaie Ieprixde l:ion imtneubleet de'fere au desir delaloienfaisant,ilnscriresondroitde propriete, doitpouvoirjouird'une securite parfaite.Si ce resultatn'estpasatteintparla,loi franyaise, ill'estparl' ActTorrens etIe Code alle mand.Tous lesstatuts,qu'anainauguresou ameliores auxcoloniesdans'Iebutd'organiseI'lapublicitedes mut'ations immobilieres, ontfaitl'empruntdecette regIe demoralite.Unbonreg'i'mefonciernesauraitmanquerdel'adopter.3. -Lecontl'editetLaprenotationPeut-onmaintenant,enpl'otegeantdecette fayon les tiers acquereursd'unimmeuble,sauvegarderles interets duveritableproprietaireoud'unautreayantdroit a quil' nationparIe possesseurindumentinscritrisquedecauserun prejudiceconsiderableP LaquestionestresolueparIesystemeallemand grace aufonctionnementdedeuxmoyensoriginaux.Lorsqu'undroitde propriete setrouve menace parunementioninexactedulivrefoncier,Ieproprietaire lese, enattendantdepouvoirevincerIe possesseur,peutdemanderl'octroid'uneinscriptionprovlfsoire.Une decision judieiaireluidonnerasatisfactionsilsondroit apparait vraisemblable.Cetteoperations'appelleuncontl'edit.S'ils'agitnonplusd'un proprietaire, maisdutitulaired'uneactionquianeantiraprobablementundroitJegalementinscrit,la meme operationporteIenomdeprenotation.Cettedernierefaveur,quiconsisteegalementenune ins criptionprovisoire aocordee parIetribunal,est reservee aucreanciermunild'une surete noninserite.Mais elle sertaussi a protegeI' Iedroiteventueld'undemandem quiac tionneenrestitutiond'unimmeublepourcaused'enrichissementinjuste.Ellepeut memeetresoUilcitee parun ven-

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deurqui aliene sousconditionresolutoire. Laprenotation,enbref, gararttittoutdroitpersonnelde resolution, de rachatou depreemption.Le role ducontredi'tetde laprenotation est derendrepublicsdes droits menaces. Si ces droits meconnus ou even tuelsviennent a prevaloirou a se realiser, ilsprennentrangsurIe livre foncier a la date de l'inscri\ption provisoire. Les actes de disposition, qui sesontintercales,nepeuventdone etre opposes. CesprecautionsduCodeallemandsontingenieuses. Mais il faut,pourqu'ellesnedepassent pasleurbut,queIetribunalrepousse lesdemandesinsuffisamment fondees etlimitela duree des inscriptions provisoires.4.-Les cedules hypotheca1ires.Leregime hypothecaj're allemandpresente des traits assez personnels. Nous savons que'l'hypothequeallemandeneprendnaissance queparl'inscriptionaulivre foncier. C'est a cause de ce principeque nos privilegesimmobilierssontinconnuschez nos voisins.L'hypothequede surete destinee a lagarantied'une creance ressemblebeaucoup a notre hypothequeconven tionnel.le. Mais il estuneinstitution,ignoreedenotreCode civil,quinemanquepas d'interet. IIs'agitde la dette fon ciere surlaquelle ilfauts'arreter.La dette fonciere(Grundschuld)estune vel'itable hypothequeabstraite.L'articleIIg1duCode civilallemanddeclarequ'elle estune.chargeenraison de laquelleunimmeubleesttenuauprofit del'ayantdroitdupaiementd'une eel'Laine somme.Ellepeut etre constituee avec ce dule oubonfonoier. Le proprietaire peut meme sefaire

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delivrerla'cedule fonciere a sonnomet la neg'oeiercommeun effet decommerce.Cet usage des cedules hypothecairesfutpratiqueen Fraul;e sousl'empirede la loidu9messidoran III. Toutproprietaire eta it autori'sea prendreinscriptionsurson pro prebienjusqu' a concurrencedes troisquartsdesa valeur.LeConservateur des Hypotheques, apres avail' 'Verifie les titresduproprietaireetl'exactitudede l'evaluaVlon dubien, deIivrait au requel'antuneauplusieurs cedules, transmissiblesparendos et valablespourune duree fixee nepouvant cxcedel' dix annees. Cette legislationneputs'acdimater chez nous.Pourexpliquerson echec onrappellelaphrasebienconnuedutribunGrenier,contenuedans Ierapportqu'illutauTribunat,larsdu deb-at surIetitreXVIIIduCode civil.Onvit avec effroi, declara-t-il, unes.orte de mobilis a tionduterritoirede laRepubliquequi,pourquelquesavantages particuliers qu'elle alIaitproduire,offraitilesplusfunestesmoyens a la dissipation, et mena9ait les for tunesd'ebranlement general. ))Aujourd'hui les idees ant,change. Lesjurisconsultesdenotretempstronvent exagerees lescraintesdontparlait Gre nier.MM.Colin et Capitant, apres avail' fait observerqu'an debut du laOsieclel'idee traditionnellede la conservation des biens dans les familles Hait encore ancree dans les es prits,ajoutent que Iesysteme de la loi de messidor ne meri tait pastoutde meme desi severes -critiques,car i'l a fait ses preuves a l'etranger))(l).L'experienceallemande,en effet, :n'a pas donne demauvaisresultats.IIest meme unpetitEtat,laSuisse, qui(1)A.Colin el H, Capitanl: op. cit.,Tome2,2edition, p. 87!l.

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apresque recopie danssalegislatibn fonciere laformuledenotreDroitintermediaire.Chaque proprietairEl aIedroitde se faire delivrer des cedules parIe Conservateurdu regristre foncier,soit a sonnom,soitauporteur(article85g).A cet effet,,lalegislation deehaque,cantonpeutprevoiruneestimationofficielle desimmeubles,rendrecetteestimationfacultativeouobligato'i're, etprescrireque les cedules neseront creees quepourunesommeinferieure itcetle estimation.Leproprietairepourra((emettreles cedules quandilvoudraetilpourraexiger,ql1and il remboursernl'enaossateurouIeporteur,que celui--ci restitueIetitrenonannulepourl'employerplus((tarddenouveau(article 873).Dans'cesysteme, Ie proprietaire, apres avoir greve unefoispourtoutes sonimmeubled'unegarantieatta(( chee auxcedulesmises a sa dispos,iltion, pourrareeourirau credit suivantses besoins sans avoir de frais a payernid'ins,cr,i'ptions nouvelles a prendreclnquefoisqu'ilremettraen circulationdescedules apres les avoir reti rees de la -circulation.De plus, Ie Code civil suisse a donne auxemprunteurs ila facilite de s'adresser a des creanciersmultiplesenautorisantl'emissiondepartsfoncieres nomJinativesouauporteur, garilllties globalementparunehypotheque ouune cedule hypothecaireunique,etenautorisantegalementl' emissiondecedules hypothbcaires en series,portantchacuneunnumerod'ordre,etd'unmontant a centfrancs ou unmultipledecent(article 876))(1). Nous avouonsquecetteformede credit, dontla Suisseseportebien, aquelquechose de seduisant. Maisqu'il(I) Paolo Manuel-Gismondi:op. cit., page 173.

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s'agissed'emprunterau lieudevendre,notre opmr'1n nepeutvarier.II est cLangereuxpour ,certaines 'collectivites depouvoirmonnayertrap fa.cilement la terre. l.a populationsuisse esl eclairee et avertie. Son edu.cation s' enrichit au contact desgrandspeuplesquisont,autourd'el1eetne ces sentdeLafrequenter.IIn'enest pasde meme descampag'nes fran9aises, encoremoinsdescampagnes hailiennes. Le peril seraitgrandde l'aisser des paysansignorantsaliener leurs terres,parLaremised'unsimplebillet.L'emprunt, a I'aidedubonfancier, seraitplusdangereuxencore,carIatentalionest plus forted'hypothequersonbienquedeIevendre.M. Thea Prat,danssa these sur,Ie dulivrefanciertunisien,eut i]'oe-casion designalerunautreinconvenientdel' hypothequesur soi-meme.Encas d'dnsuffi sancedugageaudemains-value,les cedules affectees desderniersnumerospeuventn'avoirqu'unevaleurillusoire.OrIe Conservateurdulivrefancierqui dristribue les cedules ignore,commentleurplacements'effectueraparIe propric taire.Onvoit ainsiqueles fraudessontpossibles et suscep tibles dejeterIe discreditsurIe gageimmobilier,en gene ral.L'usagedesbansfanciers,pour .cette raison peut-etre,n'est pas tres repanduenAllemagne.SECTIONIIILE REGIME FONCIER D'ALSACE-LORRAlNE I.-Sonol'igine Apres Ieretourdel'Alsace-Lorraine ;'1 la France, la question se posad'introduirela legislation fran9a,j'se dans les departementsrecouvres.Durant In perioded'annexionles reglesallemandesde publicite foncieren'avaient ete imposees a:]' Alsace-Lorraine quedansunefaibleetendue

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desonterritoire.LeCode civilallemanddevaits'yimplanterpartoutd'une manihe definitive apres la refection gene raledu,cadastre.Lacommission chargee d' eiudier Ieprojetd'introduction des lois fral1(;aises dansces deuxprovincesconstatala superioritetheorique dusystemefoncierallemandd'Alsace Lorraine surIenotre.Aussi jugea-t-elle utile de conserver ceregimeetrangerenl'adaptantauxgrandesregles denotreCode ,civil. LacommissionpensaitprepareI' de cette m:mihe lesfuturs elements quipourraientservir de base a'lalefor medustatut C'est la loi fonciereduIerjuin192[1qui regit actuellementl'Alsace-Lorraine. Nous allonsenreproduireici lespointsessentiels susceptibles deservirnotre etude. 2.. -Soneconomie.Chaquecommuneaaumoinsunlivre foncier. L' AdministrationduCadastre etablit parfois des etats de sections distinctscorrespondant a ,certaines partiesd'une,communeimportante.Chacune de ,cesparties forme alorsunecirconscriptionfonciere. Tous les ilivres fonciersappartenantauressortd'un meme tribunalcantonalsontreunis '3. l'officedulivre fon cier pres de,cetribunal.Unouplusieursjugessont preposesal'office du Evre foncier. Lesinscriptionsincombcnt a des greffiers. Chaqueproprietaireoccupeunfeuillet du livre destine 3. l'inscriptionde taus lesimmeublesluiappartenantdansla meme circonscriptionfonciere. Les AllemandsnevoulurentpasintroduireenAlsace-Lorrainel'usagedufeuillet reel, parcequ'ils'agissaitd'unpays de petite

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Chaquefeuillet ,comporteuntitreettrois commeles feuilletsallemands.Leregimealsacien, sousbiendes presenteunmel'ang'e des deux legislationsallemandeet f;ran9aise. La regIe dutransfertdela propriete parsimple consen tementy est respectee,. Lesmentionsporteesaulivre foncierneeonstituent donequ'une mesurede publicite, La for,ceprobanten'est pas attaehee auxenonciations d11.registre foneier. MaisIeprinciperelatif del'inscriptionest applique ..End'autrestermes, de quelque manierequ'unacquereuraitpris possesS'i\:m d'unimmeuble,ilnepeutendisposerniIegreyerdedroits reels sans etre inseritcommeproprietaire.Letitulaired'undroit reel nepeutIe faire inscr,i're,pourla meme raison, si'Iedroitdesonauteur immCdiat n'apas He soumis a cette formaliLe. Cette regIe, particulierement effi cace a l'egarddesmutations a causedemort,est et.ablie pourassurerlacontinuitedansl,a filihe desinscriptions.Commedans Ie systemeallemand,Iejugedes livres fonciers exerceuncontroleserieuxsurIedroitdontl'inscriptionest requise.Laprenotationjoueaussi danscertainscas,notamrnentquandIetitulaired'undroitenrequiertl'inscr,i1ptionmaisrenconLreunobstaclequiajournecette operation. Tous les droitsimmobiliers fran9ai!> sontsoumis .1 !'inscription.Lesbauxdeplusde douze ansIesontaussi, de meme queIepaiementanticipe ou la -cession de twi's annees de loyersd'avance.Les restrictions ,conventionnellesdudroitde disposer, les -causes de resolutiond'un-contrat synallagmatique,Ie oaractere revocatoireoureductibled'lJncdonationdoivent etre inscritsegalement.

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SECTIONIVLES PROJETS DE REFORME FRAN(:AIS Nous av.ons fait observerqueIe changement, de legIslation realise enAlsace-Lorraineparla loiduIer juin1926 avait ete opere pourservird'amorce 'u 1a reformedJIregime foncier franyais. 11fautdirequeladoctrine, depuis long temps,reclame enFrancel'organisationde la publicite reelle.Etiln'est pasunseul des adversaires de cevreupresquegeneral qui puisseserieusementsoutenirquenotrevieux systeme de publicite fonciere est satisfalisant. L'esprit franyaisMIas JaIe defautd'eireroutinier. Commel'habiletedes notairessa,i'lprevenirlesdangers aux quelsnotrelegislation exposemaints contra.ctants, les pro Jets de reforme sommeillentdansdescartons.L'opiniondureste se desinteresse de la questionetles tochnioiens se resi gnent U ladebattresans espoir de lavoiraboutir.De meme qu'unpaysne legifere pas sans profitpourles autres peuples, les etudes de ses specialistesne tentpasseulementun interet pourlui. AdeuxreprisesenFranceonamisenchantierlaconfectiond'unnouveaustatutreglementantlapubliciteimmobiliere.Deuxgrandsprojets,soigneusement etud,iBs, ontvuIejour. Bien qu'ilssoient tombes dans:1'oubli, il estdansla logique denotretravaild'enexposer ici lesprincipauxpoints,d'autantquenotrebutest Ieremaniementd'uneorganisation fonciere calqueesurlanotre.I.-LeprojetdelaCommissionextl'aparlementaireduCadastreA.Le30mai1891,Iegouvernement franyais de creta qu'uneCommissionextraparlementairedu Cadas-

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tre sel'ait chargee d'etudierl'adoptionenFrancedusys teme des Evres Une sous-commissionjuridiquepreparaalors,surIe rapport deM. Massigli, unavant-projetde L'innovatibnprincipaleconsistait acreer unlivre fon cier et a ouvrirsurses feuilletsuncompteparticulier achaqueunitefonciere. Cecomptedevaitporter, groupesaD moyend'inscriptionssommaires, tous lesrenseignementsrelatifs a l'etat de1'immeuble.Quant la de'limitation des biens-fonds,eUeaurait ete assureeparIe ,cadastre renouveleetmiils a jour.Aucoursdes debats que la so us-commissioninstitua,des modifications tres imporlantes 'il notre legislation furent envisagees.M. Wormsconseillade E'erIetransfertde1a proprietea l'inscriptionaulivre foncier. IIestimaitqu' a l'operationtouteintellectuelle etmentaledevait s'ajouter,pourlasolenniserenquelqucsorte,uneoperation a ,cielouverts'a,ocomplissant avec l'interventiondu,conservateur. Sonopinionpreva1ut, ma1gre l'a vis contmi1re deM. Massigli. Onproposa,pourfa,ciliterla tache duconservateur,d'imposerlaformenotariee tous les actes translatifs de propriete. La suggestion fut rejetee. IIfutentenduque la publioi'te s'etendrait iJ tous les actesetfaitsjuridiques depla<;ant la proprietefonciere oumodifiant sa ,conditionjuridique. Onpropos a laprescriptionsous fune oul'autrede ses formes a l'instarde la legislationallemande,commemoded'acquisitionetcommemoded'extinction,maisIeprojet la conserva(I).(r) Paolo Manuel-Gismondi:op.cit.,page r87.

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29'1Leproblemcdes incapa,cites titnaitredenombreusescontroverses. M.Massiglisuggera de deciderque Ie requisi, toired'inscriptionseraittoujoursdressedanslaformeauthentique.L'offi.cierpublicaurait ete responsable des pre judices causes auxtiersparle fa,it d' incapacites nonpubliees. L'ideenefutpasretenueetc'estauConservateur, protege pecuniairementparu;nfonds de ga.rantie, que cette responsabiliteincomba.L'hypothequejudiei'aire souleva de vive$ discussions.On decidade l'abrogeretd'organiserunesorte de faillite civilepour protegeI' les .ereanciers chirographaires.Leshypothequeslegales delafemmemarieeJdespersonnesentutelle etduTresorfurent soumiscs audroit,commundela specialite etde la publicite. L'hypothequesurles biens a venirdisparut. L'hypotheque sursoi-mernenefutpas adoptee et la possibilite d'emeltre des bons hypothecaires fut lieea l'exis tenced'uneobligation prealable.OnsupprirnaIerenouvellement decennal del'inscriptionhypothecaireainsi quc laprescriptionde l'hypotheque. B. Nousnevoulons pas discuterpointparpointces reformes. Cebref aper<;u suffit a nOllSfaire apercevoir que lasubstitutiondenotreorganisationfonciereparlapubli cite reelle etprobantedes livres fonciers est grosse de con sequences. II est impossiblequ'untel,changements'opere sans sa,crifier certains principes denotreCode civil. Mais,cen'estpas cette raison qui expliquel'echecdevantlesChambresdel'amvrede la Commission.Leprojel,tout enimposantl'immatriculationdechaqueimmcuble,aurait dli permettrede la differerjusqu'aupremierlransfert, plusexactementjusqu'aumoment ou uneformalite depublicitesera it devenue necessaire, soit20

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blic etporiait clesenonciations 1l0mbreuses.Lapubli cite restait personneUe. La commission conservaegalementla regIe dutrans fert consensuel. Elle l'cpoussal'ideed'imposerauxcontralsde vente laformenotariee.CammeenAlsace-Lorraine,Ieprinciperelatif del'inscriptionfut adopte.L'acquereuroulctitulaired'undroit reel nepouvaientdonc beneficier del'inscription si Iedroitdel'auteurnefiguraitpa.saulivre foncier. C'etait,d'unemanierehabile, assurerl'accomplissementregulier:les for maliles detranscription,sans lesrendreobligatoires. Lesmutationspar deces et les a,ctes d6claratifs, apres biendes discussions, ,continuerent d'echappera latranscription.Quant am: hypotheques legales, eUesfmentassujetties a la publiciteeta la specialite, commeeUesl'avaient ete dans Ie projetde la Commissionextraparlementaireducadastre.B. Ancune loin'estvenuesanctionner encorlO lesprojetsde la Societe d'EtudesLegislatives n. LaFrancecontinuedonc a vivre sousunregimede dna.lite jmidique.Commepersonnene,conteste la superiorite dusystemed'Alsace-Lorrainesurl'organsisation franyaise, iln'estpeut pas defendu d'espererl'extensiondecedroitlocaldansIereste denotrepays. Detoute fayon, quelqueavenirquepuissentavoir les reformes souhaiteesparlesjuristesfranyais dans Iedomainedenotreorganisation fonciere, lesconclusionsdes deux commissionsdontnousvenonsd'examiner lestravauxnepeuventfournir que d'utilesrecommandationsau Iegisla teuretranger.Vneformulequin'apas encore diriged'experiencenepeuts'imposer.

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,-.. 300 ,-.. SECTIONVLALEGISLATION FONCIERE TUNISIENNEI.-SonrealismeLa legislation foncieretunisiennes' est refereeit la foisauxformulesmoderneseprouveesdansdivers pays ansiecle dernieretaux realites locales,dontlesplussaillantestiennent a lastructuresocialedupeupletunisien.Le compromisrealise dansnotreprotectoratnoussembleriched'enseignementpourIe legislateurhaltien.Aucoursde ce travail,nousnoussommessans cesse efforce decomprendreles exigencesdumilieuqui ainspirenotre etude. Aucuneexperience,pourcette raison,nepeut etre plustentante a suivrequel'elaborationdustatuttunisienqui, lors de sapresentationauParlement,provoqua cette declaration:Cen'est a proprementparler,nila legislationaustraliennedanstoutes sesprescriptions,nila:loi frangaise dansson integralite quenousvous proposons,maisunelegislation essentiellementtunisienne, rep ondant a lasituationsocialedupays ou elledevrarecevoirsonapplication,etdanslaquellenous avons ,cher-che'it faireentrertout ce qui,dans les legislations etrangeres, pouvaits'adapteraux conditions socia,les de laTunisie (I)., Enoutre, la Tunisie a ete dotee decestatutilyaundemi-siecle. Letempsadonepermisde verifier les avanta gesdusysteme etd'endecouvriregalementles faiblesses.Commecertainescorrectionsont ete apportees depuis it la(1) Rene Puech:Etudesurlaconstitutiondela proprifHefonciere enTunisie,Paris1905,page 51.

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-301-formuleorigina'le,l' etat actuel des regles de publicite fon dere en ce pays offre 1'aspectd'uneorganisationserieuse,propre a servir de base dans sesgrandeslignesauxlegisla tions nouvelles.Enfin,ilest a remarquer que la Tunisie presente avec HaIti certainspoints'communs. Lapopulationruraletunisienne,surtout a 1'epoque del'introductionduregimefon cier, etait ignoranteet avait besoind' etre protegee. C' estIecas de lapaysannerie haItienne. Deux droits ,coexistentenTunisie,IedroitmusulmanetIedroit franyais. NuIleinnovationdans ce paysnepeut eire viable si elle fait litiere des loistraditionnellesdesindi genes. II ya 13 une,certalne ressemblance avec laconcurrence qui existe en HaIti entreIaloi ecrite codifleeetlacoutume.Cettedernieresitl1'ation,commenousl'avonsmon fre, oblige aussiIe tenir compte des tradi tions sous-ja,centes.,Lesdeux pays sont essentiellement agricoles. Voici ce quePierreHerbaultdisait de la Tunisie en 1904 :Dansla Regence en dIet plus quepartout ailburs (,I'agricultureest lapremiere industrie;sinous ,conside r,ronsl'inrtustriedetransformation,nousvoyonsqu'elier,rcslcconfineedans latoutepetiteindustrie.Lesgrandes((entreprises indllstriellesnepeuvents'ydevelopper fautede houille au dechutesd'eaupouvant elre utilisees,comme( forcemotrice(I).Getautl'ecaractere,communnousincite a penseI'qu'un regime fancierquifonctionnebienenTunisie doitfournirde precieuxenseignements a la Hepublique.(I) PicHe Herbault: DuCredit /1gricole reel mobilieren Tunisie, Paris) 904,' page 6.

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Aussisommes-nous amenedes maintenant aexppser Ies traits quidistinguentIa legislationimmobilierede notre protectorat. 2,. -Le droitfancierancienLagrande'charte fonciere qui regit actuellementIaTunisieestuneIoiquiremonteauIerjuillet1885,.Voici Iemilieujuridique,quin'apas ,change depuis,devantIequel se trouvaitIelegislateurde cette epoque : Deux sortes de propriete divisentIe pays : Iedomainede I'Etatet Ia pl'opriete privee. Les terres desparticuliersrestentsouvent it1'etat de biens indiviso La Tunisie 'connalt des droits reelsa 1'usage desindigenes,ignoresdans d',autres pays. Tel Ie (habou,quiestunesorted'usufruitperpetucl donnea uneceuvre pieparunfondateurquineconserveque 'la nue propriete. Tel aussi I'((enzel,quiprovientde laremise'dubienhabou a untierscontreunerenteperpetuelle. L'enzeliste, en ,consequen., ce,jouitd'unelocationininterrompuedel'immeubles'il paie Ia redevance ,convenue. Les bienssurIesqueisonexer,ceundroitde propriete pleineetentieresontappelesbiens melk. EnFrancenousIes appellerions des biensdansIecommerce.Avantla Ioi de1885Ie seultitrede propriete connu'consistaitenunrouleau qui passaitduvendeur a1'a,cque reur.Surcetitreetaientmentionneestoutes Ies alienations, de telle soriequeIe rouleau s' allongeait en ,changeanL df1 mains.CommeIes droits reels yetaient egaleme.'lt inscrits,ondevine I'encombremenL de cedocument.En,casdepertedel'originalil etait delivre un((outikapourIe rempJa.cer. MalgreI'introductiondeIaIoi nouvelle,IeregimefonciermusulmanfutmaintenupourIes proprietaires desireux

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-303-d'yresterassujettis.Letitrequenousvenons de decriren'adoncpas disparu. Aujourd'huiencore IedroitdecertainsdetenLeursdusol est constateaumoyendetitresrudi(!mentairesfournissantdesindicationspeu precises surles orig-ines de la propriele, ainsi quesurles consistances juridiques et materielles del'immeuble.PoursuppleeI'au(titreabsentouperdu,l'usagepennetlaredactiond'unacte de noloriete.Ail1Si deuxti Lres peuventexisterpour((un meme immeuble,et l'a'cheLeur apres avail' traite surlilfoidupremier,n'estjamais sur de n'eLre pas evince paruntierspouvantinvoquerunea,cquisition anterieure,conserveeenvertudusecond ...Enfin,la descripLion deslimites,quinefigure pastoujourssurIetitrearabe, estIeplusSOlIventincompleteouambigijeet laisse place a toutes lescontestations(I).C'estla frag-ilite deeetinstrumentdepreuvequirenditnecessaireune reforme du regime immobilier.IIn 'Hait pluspossible, aumoment au lacolonisationprenaitsonessor, desedesinteresser de la securit.e des proprietaires fonciers.Jlfallaitmettre ,} la disposition des .colons d'autrestit resquecesrouleaux demodes, quis'alteraient fa,cil'.:'mentct pouvaient meme se preteI' a desinterpolations.C'est a faire cesser cette incerLitudequelesauteursde la loiduIerjuillet1885sesontemployes.3. -Laloidu 1"r juillet 1885 Onsetrollvait, :'t cette epoque,aulendemaindel' expe ricncehardiedeRichardTorrens. Le legislateurputdonc s'ipspirer de ce systeme toutneufpourIecombineraveclaloi r"an\,uise. D'aulresinstilulions,commeles regimes beIge(I)Ex!rail. de l'.llllluaircTunisien(organe offieieJ), edition 1933.

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304-et -allemand,furentpl'isesegalementen consideration. De ces differents typesd'organisationfonciere les artisansdustatuttunisien degagerent uncompromisoriginal,adapte nux besoinsjuridiqueset sociauxdupays.LaloiduIerjuillet1885 aemprllntesonsysteme de pubhcitea l'Act Torrens. Ce choix, ellel'afaitpouruneraison qui nepouvaitmanquerd'attirernotreattention.EnTunisie, ausiecle derniersurtout,l'etatcivildes indige nes etait tres difficile a etablir. M. PaulCambon, ancien Resident Gener,al, Ie fitremarquerdansunrapport.Lesindigenesn'onlnl etat civil,ninompatronymique,dans lapratique,ils se reconnaissentparun pre nom,auquelvients'la,jouterIe du pere :Mustapha,filsdeMohammed, par exemple ;commeIenombrede cesprenomsest ?ssez limite, ilenresulte que beaucoupd'indigenesportentdes appellations identiques(I).Lapubliciteimmobilieredansl'ordredes personnesauraltdonc heurte desobstades sans nombl'e. C'estpour eviter detropfrequenteserreursdans les registresd'inscriptionque ilamethode australiennea ete preferee au pro cede franc;ais. La loitunisienne a institueuneprocedured'immatriculationfonctionnant a peu pres -comme d'ansl'Act Torrens.L'inscriptionaulivre foncierpurgela propriet6 detoutescharges secretes et confereal'acCJJuereur une securite de pre mierordre.Commecelte legislation est facultative, l'immatricula tionn'intervientque sur requisitionduproprietaireoudes(I)Rapporl dcM.PaulCambon, exlrail de la Loi Fonciere. (Regencede Tunis), Paris 1893, pageIV

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305.....,. titulaires dedroit reel, telsl' enzelisfe, l'emphyteoteou Ie -ereancier hypothecairenonrembourse 'a l' e-eheance. Lerequerantdoitadresserunedemandeavec ses titresauConservateur de la propriete fonciere.Cefonctionnaire, dans'lesdixjours,publiecettedemandeauJournal 0fficiel.Copie de!'insertionestensuite adresseeauchefduservicetopographique,aujugede paix ducanton,quil'affiche dansl'auditoirede sontribunal,etau CaId, qui la faitpublier dans les marchesde sonterritoire.[15jours apres l'insertionde'lademanded'immatriculationauJournalOfficiel,un geometre assermente assisted'uninterpreteest delegue pour proceder a 1'arpentage pro visoire del'immeuble,en presence ducheikde'lalocalite. Les tiers interesses a lamarchede ce travail sont avertis etpeuventy assister. Des bornessont plantees; s'ilya lieu,etl'arpentageest effectue entenantcomptedes titres.PuislIeplande !'im meubleest dresse, remisauchefduservicetopographiqueet verifie. Vnereproductionoureductionduplanest deli vree auConservateurpourservir a l'instructionde l'uffaire.Entretemps,unegrande puhli-eite est organisee dansIebutdeprevenirles tiersayantdesdroits a sauvegarder ou des raisons de s'opposer a l'immatriculationdubien. Des enquetesetdes verifi.cations minutieusessont faites.Laloi a prevu des moyenspourprotegeI' les incapables. C'est ainsi que les tuteurs et autres representants legaux,IeMinis tere public, les juges de paix et les cadispeuventformer oppositionaunomdes incapables.4 .. -Letribunal fancier. Celtephase prepurotoire, quinepeutsepoursuivreau dela des delais fixes parla!loi,permetdeconstituerundossier de l'affaire. ':::'est ailorsqu'intervientl'autoritedu

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306 tribunalfoncier,inconnudansIesystemeTorrens, a qui la loitunisiennea donnecompetence enmatiered'immatliculation.Cetribunal,quireside a Tunis,comprendun Pre sident, troisrapporteurs et onzejugesparmilesquels sixsontdenationalite franc;aise et lescinqautresindigenes.Sacompositionl'afait appelertribunalmixte.Lapresence desjugesindigeness'expliqueparIefait que laloi fonciere s'a.pplique aussibienauxMusulmansqu'aux Franc;aisJ etmetencause des situations dedroitregiesparla loi tradi tionnelle.Letribuna,lmixteexaminetoutes les pieces de la pro cedure, tous lesdocumentsdudossier,croquis,titres, oppo sitions, etc ...Puisilstatueenadmettantourejetantla re quete.C'estbienuntribunald'exception,dansIe vrai sensduterme, car iln'aqualite,n'a,competence, etn'apouyoirquepourstatueI'surles requisitionsd'immatriculation))(I)..Cettejuridictionjugesans appel et sacompetences' e tend a toutes lesdemandes,qu'ellessoient litigieuses ounon.Cedemier role est critique. Voicicequ'enpenseM.Gouyon,l'auteurd'une these sur te regimefonciertunisien:IIn' etait nullementnecessaire dechargercetribunald'examinerlesdemandesquine soulevent aucuneoppasition ; cerole administratifrentrebienplutotdans lesattributionsduConservateur de la proprietefonciere, quidevrait avoircomme Ie RegistrarenAustralie Ie rOlepre ponderantenmatiered'immatriculation(2).Nous par-(J) Viollell-c:L'/lcl Torrcns.Son applica.fion Cll .1usfralic ct en Tunisie,Paris1900,page 224. (2) .T.Gouyon:Le systcme desliVl'esfonciersen1'unisieetI.eJJI'OjetdeI-a cOI1"!mission duCadastre,Paris1909,.page53.

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tageons cetteopinion.Le role dujugenedevrait apparaitre quepourtrancherundifferend, soitentredes particuliersquirevendiquentdes droits contradictQli'res surunimmeuble, soit entreIerequerantetl'Administrationsi elle refuse dedonnersuite it lademande d'immatl1ilculatipn. LorsqueIetribunalmixtearendusa decision et concluenfaveurdel'immatriculation,Iebornageprovisoire del'immeubledevientd6finitif apres avoir subi,s'ilya lieu,lIesmodifications ordonneesparlesjuges.Leplanetles con tenancesconnaissentIe meme sort.Ledossier esttransmisensuiteauConservateur de la propriete fonciere avec deux exemplairesduplandefinitif. Le prem4er estannexeautitrefoncier,Iesecond it lacopiedutitre delivree au prpprietaire.11est a noter quesur lIe titrel'incapaciteeventuelleduproprietaire est toujours mentionnee. Quantaux actes qui 'VIlennentit modifier,parla suite, lacondition juridique dufondsimmatricule,leurinscriptionest obligatoire. 5. -Lesemprantsde la loide 1885 La loitunisiennesesepare del'ActTorrenssurunpointimportant.Commela loi franc;aise, elle declare queIeconsentementsuffit la validite,entrelIesparties,du {'ontrat translatif .. Ungrosemprunta ete faita la legislation allemande. L'u&age de laprenotationestpratiqueenTunisie,notamment it l'oocasiond'unedemanded'annulation ou de modi ficationd'undroit reel. Leprenotantfait puMier provisoirementsonbienenIefaisantinscrireauTribunal.La regIe allemandede lapuhliciteetde la speciali'te de toutes les suretes seretrouvedans regime hypothecaire tu-

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-308-mSlen.AueunehypothequeoeeuIten'yfigure. Cette refor meimportantemeritequelques exphcations.Pourqu'unmodedepublicitefonciereinspireconfiance il faut, de toute evidence, qu'il s'etende'a toutes les ca uses susceptiblesd'entrainerune inodifi,cation dansla si tua l;itm juridiquedesimmeubles.Lapossibili te pourunseuldroi L reel de semettre a I' abri de lapublicitecondamneIe systeme. Aussinotre reg,i'me hypothecaire,quis'aecommodede sllretes accuItespouvantsurgir a touteoccasionJest-il des plus defectueux. IIenest de meme enHaIti.C'estpour quoi les redacteurs des deuxgrandsprojetsfran9ais dere forme fonciere quenousavons etudies proposerentd' eli minerduCode oitvil leshypothequesexemptes del'inscrip Leurentreprisenereussit pas I!,lais l'ideeaujourd'hlliprendde la force.EUedoiltriompherunjour.Cequin'apu etre realise encore cheznousa ete;jlntl'O duitavec suoces dans la legislation tunisienne.La loi de 1885etablitdeuxprivileges generaux seulementqui' prote gentles frais dejusticeet les droitsduTresor. Lesarreragesducredit-rentierenzelistesontbiengarantisparune sureLe de faveur, mali!; qui setrouvesoumise a I'inscription.Au eunehypotheque n'echappe bpublicite.L'hypotheque .iudiciaire estinconnue.Lesprivilegesque la lai a supprimeset les sureLes des incapablessontremplacesparunnouveautyped'hypothcque:['hypotheque forcee. TlfautentendreainsiceUeinstitution:Le regime de I'hypothequeforcee apourbutde garantil' les droits des incapables sanspresenterlesinconvenientsqu'onajustementreproches a notrehypothequelegale ;eUeremplaceegalement l'inscriptJibn d'office'
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-309-n'apas touche Ie prix. del'immeuble ..L'hypotheque forcee se distJi1ngue de fhypotheque legale telle quenouslapratiquonsen ceque : ellen'est pasclandestineein'apas d'existence, ipso facto,parl'acte gener,ate.\Jr dudroitqu'eUeapourbutdegarantir; ellen'existequ' a ladoubleconditionde s'appuyersurunedecision dejustice etd' eire i1nscrite pour etre -connue publiquementdetous les interesses. Ellepeut etre deman.dee en faveur desmineursouinterdits,de lafemmemariee,duvendeur))(I).Le conseil de famiUedumineuroudel'interdit,lafemmemarieeetIevendeurd'immeuble doivent saisirIetribunalmixted'unedemanded'inscription.Cette requeteaboutitsi elle parait fondee.Cesysteme estbien preferable au systeme franr;ais qui laisse parfois desimmeublesimportantssous lamenaced'unehypothequeooculte.Encoren'est-cepasrarede voir une tdlesur,ete, 'qui greve biens ,presents eta venir, prote geI'unincapable prived'interetsadefendre !Laloi de1885organisedeux hypotbeques volontaires : I'hypothequeconventionneUefonctionnant,comme enFranceetl'hypothequetestamentaireempruntee a la loi beIge. 6.. -Les I'esultats obtenusLesauteursde la reforme tunisienneavaient decide que les immatri'culationsne eouteraient rienauTreso.I'. Les pro prietaires, desireux de profiter de la nouvelle loi,eurentnonseulement a supporterlesretributionsdes agents preposesa l'immatriculation,maisencore a rembourser ail'Etat les(I) Rene Puech:op. cit.,page 137.

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frais generaux engages. IInefautpass'etonnerquela loi,audebut,ait,connupeud'adeptes.En1892,Ie texte futamendedansIesensd'une,collaboration financiere de fEtaL Aujourd'hui,lesproprietairesnepaientqu'unepartiedes frais.L'autrepartieest assumeeparlesFinancespubliques.Labonneassiette de la propriete, Iebonordreen( matiereimmobiliere, ,lacertitudedans laperceptiondesimpots,enfinIedeveloppementde la ,colonisationjustifientamplementd'ailleursles sa'crificesqueIebudget((peut eLre appele a faire de,ce :chef (I). L'amelioration apportee a la loi fonciereen1892n'apas tardea donnerses fruits.M.Barraultapublieque7nou veam: titres de propl'iete avaient ete etablisen1887, 3Ll en1892, 200en1893(aulendemainde la reforme), 353en1896, 635en1900,947en190T.6215demandes,comprenantdes.immeublesd'unecontenancetotale de882.685hectaresetd'unevaleur(totale de110.878.097francs,ant ete deposees (de1885 ;l 1902) Uncertainnombrede ees demandesfurentrejetees(parIetribunalmixteouretireesparles interesses Lesdemandesadmisesont donne lieu aI' etablisse(mentde4626titresportantsurdesimmeublesd'unecon( tenance totalede572.176hectaresetd'unevaleur totale de9T.843.538 franes. Enoutre,ila ete cree 2203titres nouveaux,parsuitedemutationspartielles. En presenee de ces resultats, il fautreconnaitreque la loi foncieretunisienne,malgreses imperfections, est une amvre remarquable.Elle asusubstituer a uneorga-(1)Annuaire tunisien,0p.cit.

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311-sation fonciere des plus defectueusesJuneorganisationbiencomprise.Le croissantde cette loi,malgre son caractere facultatif, affirme ses qualites,etil est sou,(haiter,sionnelarendobligatoire,qu'ellese sub:;:ilue d'elle-meme completementa la legislationmusulmane(I)..Les imperfectionsdontparleM.Barrault tiennenta uneerreurde methode qui s'applique ala delimitationdes proprietes. NOllSauronsl'oocasiond'enparlerlonguementdans lesprochainschapitres.Nousterminonslcinotre etude de legislation comparee. Lesysteme del'immatri,culationfonciere a ete adopte pardenombreuxEtats et organise dans nos Colonies. Mais leB reglesintroduitesdans ces paysnesontque des suocedanes des legislationsaudesprojetsquenousvenons de passerenrevue. Leur .commentaire,dansIecadrede oet ouvrage,pourraitparaitresuperflu.(I)AnatoleBarrault: Dp.L'organisll.lion deLa propriclc fonciereenT ltllis ie,Paris 1903, page 139.

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CH APITHE IXLeuradaptationen HattiLeE> specialistes des questions foncieres en Haiti sontunanimes a souhaiterun changellfent dansl'organisationde la publiciteimmobiliere. Presquetous ,ceux quiont confronte les divers systemes appliques a l'etrangerrecommandentl'adoptiondes livresfonciers,oulesimmeublessetrouventimmatriculesdansl'ordre reel. .Cetteattitudenotammentest cellequeprofesseM. Felix Magloire dans son COUl'S dedroit,civil auxetudiantsdePort-au-Prince.Cejuristefort ecoute citaitdernierementcette reflexion de1\'1.Massigli,rapporteur :\ la Commission extJ'a-parlementaireduCadastre :Parlout ou la propriete sesent genee dansson essor, (parunreglement enlache de clandestinite,c'estvel'SIesysteme des livres fonciers ouvel'Suneadaptationdu( systeme del'Act 'Torrens que setournentses aspira((tionsJ)(I).Mais ilexprimaitensuiteIeregretqueson paysne fut pas preparea recevoir les bienfaits de cette reforme. Nous verronstout a I'heurepourquoi.M.Per,cevalThoby,dansl'((Expose general de lasituationqu'ilfit paraltre en1930lorsqu'il etait Minis-(I) Exlrail du ('olmrlcM.FelL-<:Mngloirc Ie9novembre1933. :II

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-314tredesFinances,attiral'auention du Presidentde la Hepu bliquesurla ne,cessited'etablir les titres de propriete surune baserationnelle. Sous cette expression ilentendaitparleraussid'unsystemed'immatriculationfonciere..M.Louis Roy,DirecteurduCadastre)) et del'Ecole des Sciences avpliquees)) dePort-au-Prince, defend la memeidee dans lesnombreuxrapportsOUprojetsqu'iladresseauGouvernement.Nouspourrions,citeI'biend'autresopinions..Lesnombreuses personnalites haiLiennesquenous avons ,consultees a ,cesujetpartagentLoutes cepointde vue. A lasuitedes investigationsquenousavons faites, -eetetat d'esprit general nesauraitnousetonner.Notremethodedepublicitepel'sonnelle,dontIe fonctionnementestsouventdefectueuxenFrance,s'udapte tres mal,eneHet,auxbesoinsd'Haiti. Voila uneformule qui imposeundassementdes terres sous Ienomde leurs proprietaires.Pouvait-onplusmaltombel'qu'enl'appliquanLdansunpays OU les paysans,quiformentlamajoritede lapopulation,ontun etatci vil pres quetoujoursdouteux ? Nous savonsquelatranscriptiondes ,contratsd'acquisitionetl'inscriptiondes droits reels ne conferent pasunesituationinexpugnableaux beneficiaires de cesforma lites .EnFrance, l'habilete des notaires,laconservationdes a,ctes de famille, la clarte dansl' etat juridiquedesimmeublesempechentlafraudeou la negligence, quelaloi seulenepourraitprevenir,dedevenirhabituelles.En Haili, nousavonsvuquelasituation etait toutautre.Lesnotaires decampagnen'ontcertainementpaslesconnaissancesde nos officiers ministeriels. Laplupartdes ades aidant a etablir les origines de propriete ontdisparuaucoursd'incendies

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315 ou de pillages. Les litres qui restentformentraremenlune suocessionchronologique complete, sanssolutionde eon linuite. Quanta la ,conditionjmidiquedesimmeubles,nousavons m.onlretl maintesreprisessonincertitudeet les con sequences facheusesquiendecoulent. Lcs raisonsnemanquentdoncpas aux juristesavertisquireclamcnll'abrogationde la luisurlatranscriptiondesmutations immobilieres. LesPouvoirspublics,convaincuseuxaussi des tares delalegislation aCluelle,deciderentcesdernieresanneesde faire prepareI'unprojetdereforme.Lepays etant alarsenpleineperioded'occupation,la redaetion de ceprojetincomba a un specialisteamericain, IeJuge H. C.Rounds,quisiegeait a laDirection Generale des Tr,avauxPublics.Nous avonseucommunicationde cedocument,quifutremisaugouvernemenlen 1929. L'expose des motifstraduitlesembarrasde la situation immobiliere. Envoici lespremieresphrases: Considerantque oe lout temps, depuis lapromulgalion de la 'loi du 17:to(r[ 1870,Ie GouVel'ilement I-Ialtien aellenvuelaconfectiond'uncadaslre general des pro prietes foncieres de la RepubHque ; Considerant qucbeaucoupde titres de propriete fon ciere sontdansun etat deconfusionetd'incertitudetelqu'ilsretardentIedeveloppementnormaldupays, lequel n'estpossiblequesiIedroitde proprieteprivee repose surunebase assuree ; Considerantque,pour remcdieracetetat de choses('il Ya Heu d'etabliret dedeterminerles titresde propriete foncierepardesmoyenspratiqueset depourvoir a leurimmatriculationd'unemanierescientifique ;))

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-316-(LePresidentde laRepubliquea propose, etc ...Ceprojet,dontnousaurons l' occasion decommenterlesprincipalesdispositions,fut ecarte. Independammentdeson,contenu,nousvoyons deja. qu'ils'inspiraitdes consi derations que nousvenonsde r,appeler. tout recemmcntunnouveauprojetde loi vit Iejour.Sonauteurestunjuristeamericain,M.ThomasMurray,quifut aide parlesconseils eclaires d'unavocat hai:tiendug'()uvernement,M.AlexandreDominique.Cetravail,qui differe beaucoupdu precedent, puise sa justificationdansles memes faits. LesConsiderantssontidentiques.La,causesembledoneentendue. L'etat de -confusion etd'incertitudedes titresimmobiliersmiliteenfaveurd'unereorganisationde la publicite fonciere. Deplus,laloinouvelledoitintroduire .Ia pratiquedel'immatriculationdestitres,c' est-a.-dire l'usage de la publicite ree11ete11eque noilSl'avons appreciee dansnotredernierchapitre.SECTIONILECHOIXD'UNE MeTHODE Si Ieprinciped'une reforme est admispartous,ilsem blequ'ilyaitquelquedesaccordsurlesprincipauxmoyens 'a envisagerpouraboutir a. la refonteduregimeactuel de la publicitefonciere. I.-La necessite de delimiter les proprietes Pourpouvoirdiscuter la question dansuneparfaite clarte,ilimporte d'etre renseignesurles exigencesdusys teme dontl'applicationest souhaiteeen HaIti. AlorsqueIeregimedelatranscriptionpel'sonnellenepeutfonctionner

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correctementsil' etatcivil des proprietaires est douteux, lapublicite parnomsd'imnleublesappelleun etat civil precis des proprietes. 11estdonenecessaire,pourdoter Haiti de ce rouagemoderne,queles terres de la RepubLiquedevant etreimmatl'icuLCes soientconnues et bien determi nees. Ladeterminationphysiquedes terresimpliqued'abordune definition precise del' unite fonciere.Onnepeut,eneffet, reconnaltre etdassel'desimmeublesquinesontpas individualises. L' unitefonciere, qu'onpourraitencore appeler la cel lule agr,aire, estunterrain situedans Ie meme Iieuditetappartenantau meme proprietaire.Ceterrainpeutcomprendreplusieursnaturesde cultures, quiIedivisent alorsenparcelles.C 'est la designation precisedecettepar celle quidoitfigureren tete dufeuilletdulivreJoncier.Nous connaissons cette regIe qui est ,appliquee dans lr. sys feme allemand.Jln'yest deroge apparemmentque dans les regions ou la propriete est tres morcelee. Or la division parcellaire des terres hailiennes estloin d'etre faite. Lesterrainsayantdesnaturesde cultures dif ferenl.esnesont pas individuaLises.Quant'au proprietaire, il est parfois impossible deJereconnaitre.Tlestcertainqu'onreussittoutde memea identifier les terresen HaIti. Maisonemploiedes modes de reconnais sance grossiere quiprovoqucntsouventdes confusions. Onsesertd'anciennesappellations quis'appliquaientauxhabitationsncoloniales. Lesnomsdes proprietcs ontainsiquelqueparenteavec nos ( lieux-ditsn.enFrance.En general, ces sobl'iqlletsenglobenttouteune propriete ouunensemblede terresformantunegrande etendlie. Lc seulmoyend'individualiseruneterreestd'enfixer les limites afin de ladistinguerdesterrains qui laconfron-

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318 -tent.Pours'assurel' depouvoir ridentifier onendessine Ieplan a uneechelle donnee.Ledessinobtenurenseignesurlaformedel'immeuble et sursasituationexacteenindiquantlestenantsetahoutissants. De telsplansexistenten Haiti,ou ilsontetablispardes al'penteu.fs. Maisnoussavons que toutes lestenesn'ontpas faitl'objetd'unarpentage et d'un releve. Etparmi,lescroquisquiont ete exe cutes,combiense retrouveraient enbonusageaujourd'hui P Cesplans,enoutre,n'offrent ,certainement pas to us de serieusesgarantiesd'execution.Letravail desarpenteursest fait sanscontroleetsousleurresponsabilite. LesIimites des terr,ainsn'etantpastoujoursvisibles,ouconnues,leurrepresentationsurIepapier, ma'lgre laprobiteetles talentsdudessinateur, doittraduireavecplusoumoinsde fidelite la realite.. Cesplansenfinontunecertaineanciennete. Deschangementsontpusurvenirdepuisdanslaconfiguration phy siquedusol etdansl'etendueoulaformedesterrains.Des acquisitions, despartages,desechangesontpuentrainerdes mor,cellements ou desremembrements.Des limitcs tropfuyantescommedeslimitesdeculturesesontsans doute deplacees etontprovoqueIe retrecissement ,ouI'agrandissementde pieces de terre.Ilnefaut pasexdurenonplus les casnombreuxdedisparitiondebornesaude modifi.catian dansIebarnage.Tous ces faits,surtoutles derniers,n'ontpas faitl'objetd'unreleve nouveauoud'unemise a joursurlesplansanciens.L'immatriculationdes teITes appelledonedes plansplussoignesetd'une sincerite parfaite.

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2. Critiquedu systeme des plans isoles Bien quel'ideesoitpeuen faveuraujourd'hui! on peutconcevoirl'organisationde lapublicite en exigeant des proprietaireslaremiseauService ,competent duplancontradictoirede toutimmeuble a immatriculer.LaIQitlxeraitles ,conditionsdanslesquelles lesnouveaux phns seraient ex0cules. Ceso inincomberait it des geometrescom misparl'Administnation, ct les croquis,presentantainsi toutes les garanties desirahles, seraient annexes a lademanded'immatriculation.Nous connaissons ce procede pouravail' suivi son applicationenA ustralie etenTunisie. C' estIe systeme desplans isolCs. CeUemethode,ensomme,pourrait'conduireparunevoie detournee au cadastre parcellaire.Faudrait-il f'ncore avoirl'espoir que to utes les terresserontimmatriculeesunjour,eLtoutes representees parunplandresse a la memeechelle. Lajuxtapositiondescroquisisolesaboutiraitalors a l' etablissement d'unplan cadastral.Laformule,dontno us venons deparler,est preconisee p.ar M. Murray dans sonprojet.L'auteurprevoitqueIe proprietaire quirequerral'immatriculationdevra relaterdanssademandela description del'immeubleavecindicationde mesures, abornements,superflcie, valeur, etc ...))Lepetitionnaire,en outre, devrademanderqueIeterrainsoitarpente)).L'artidefaduprojetobligeIeDirecteurPrincipalde1'Enregistrement,quiestchargedes immatri.culations, d'avertirIepublicde ,chaque requetequi lui est adressee.L'averlissementest public dans la presse etindiquelesnometprenomde toutes les parties quisemblentavail'un dans laterreet lesnomet prenom des proprie-

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-320-taires desterrainslimitrophes a laterre a immatriculerautantquecela estconnu.L'article15,parlantdel'arpentage,prescrit ceci :Art. 15. -Danslestrentejoursmaispasmoinsquedanslesvingtjoursde,Iapublicationdudernieravertissement prevua l'article10,siaucuneoppositionn'a ete (( rei;ue, ousurl'ordrede la Cour Cadastrale,IeDirecteur(( General desContributionsavisera toutes les parties con((nuescommeayantun dansIlaterreou mention, (( nees dans laconsultationducontentieux'comme despartiesdevant etre not.ifiees,qu'unarpenteurchoisiparIeDirecteur General desContributionsserarequis, a une( date donnee, deproceder a l'arpentageet a :la delimita tiond'une propriete fonciere.Enoutre,unenotification speciale del'arpentageenquestion sera signifieeparvoied'huissier a chaqueproprietairelimitropheconnuetauxoocupantss'ilyena ...A ladate fixee pourl'arpentage,unarpenteur,choisi(parIeDirecteur General desContributionsprocedera a (I'arpentagede laterreetpersonnenepourras' opposer a l'arpentage.Toutes objections, protestations ou reclama tions quipeuvent etre faitesaucours del'arpentageserontnoteesparl'arpenteuret consigneesdansson procesverbald'arpentage..( Desbornesdurablesserontposeesaucoursd'un ar pentageetIe'C0l1tindique dans Ie d'arpen(tage. ( Siunarpentage geodesique a eteprecedemment faitet siundistrictdanslequel estcompriseunet.erre a 'ete

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3:Hdeclare district renferme dansdes stations geodesiques, lalocalisation de laterre par rapportauxdeux stations geo desiques lesplusprochessera determinee etmentionnee( dansIe d'arpentage..(( Apres quel'arpentageaura ete termine,laCour peut((ordonnerquelades-cription de la terre dans la demande (d'immatriculationoriginairesoitcorrigee,siIe cas ':J echet n .. ,Cettemethode,qui elude
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-322-fragilesen Hai1i, segarderaientbiend'engagerdes depen sesrisquantd'etreinutiles. CarIerejetde lademanderendrait caduque toute l,a procedurepreparatoire.IIfaudraitdoneenvisagerde fairesupporterles fraisd'arpenlageet de confectionduplanpar I'Etat. L'Etat, a notreavis,assumerait la une .chaige finan .ciere beaucoupplus elevee quel'ensembledes depenses ne cessiteesparlaconfectionde lacartecadastrale. Sansdoutechaqueoperationfragmentaireseraitrelativementpeu one reuse,maisnousdevonsnousplacer,poureomparerlescharges,envueduresultat -commun qu'ilfautatteindre:ladeterminationphysiquede tous lesimmeublesdupays etl'executiond'un plangeneral pa.rcellaire.Laconfectiondesplans isoles oblige fEtat aentretenirunpersonneld'executionetde controle nombreux,quipeutrester oisif ou etre deborde. L'imporlancede sa tache,eneffet, serait liee aurythmealeatoire desimmatrieulations.IIserait impossible avec cettemethodede faire appel a latechniquemoderne,rapideeteconomique. Nous faisons allusion a laphotographieaerienne?dontnousetudierons les avantagesdansnosprochains,chapitres.Jlyauraitbeaucoup de diffi.cultesa assurerIa 00nser vat ion et lamise a jourdesplansdesterrainsilumatricules.Ces soinssont tres simples, au contral're, quandil s'ag-it desplanscadastraux.Enfinil yauneraison plus decisive notresens, quimiliteeontreIe procede deI'arpentageindividuel.Les ope rations suocessives demesurage,dedelimitationetde descriptiondesimmeubles50nt liees,dans ee systeme, 'ausort

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d'uneautre procedure,qui interesseIefonddudroitde propriete. Enraisondelaconditionjuridiquedesimmeublesetdelamentalitepaysanneen HaIti, cesdeuxtempsdelaprocedured'immatriculation:ladeterminationphysiquedel'immeubleetlaconstatationauthentiquedudroit,devraient etre independantsl'undel'autre.Bien que,cesoperationsmettentencause toutes les deuxIe concept de la propriete, iln'yauraitpas degraveillogisme ales separer.EnFrance, malgre IerationalismedenotreDroit,cetteentorsc estbienfaitepuisque c' estIejugede paix,Iejugeaupossessoire, qui connait des actionsenbornage.Nous reviendronstout a l'heuresurcette idee; quenousnef,aisonsqu'effleurer ici. Avantd'aborderl'etudedusystemeauquelnousnous sommes rallie,nousvoudrionsrappelerl'exemplede la Tunisie,quiillustre sibiennotreopinionsurlaformuledes arpentages et des plans isolis.La loi de1885ad'abordintroduitcettemethodeenfaisantsupportertous les frais des operationstechniquesetadministrativesauxproprietaires.En1892l'eche,c de la loi suggerad'etablirunpartagedes fraisentre ol'Etat etles particuliers.Ilya quelques an nees, Ie succes de la loi 'ayantmalreponduaux'esperancesdulegislateur,on decida derecourir a unsysteme nouveau laconfectionduplancadastr,al. 3. -Avantagesdelaconfection duca,dastre.Cederniersysteme estIeseul, a notreavis, qui puissepermettre a l'Etat hailien d'introduireavec profit dans sa legislationl'usagedes livres fonciers.IIest tresclair et seresume a faire dresserIecadastre par.cellaire des terres, prea-

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lablement a !'institutiondela publicite reellesurles livres fonciers. Notre preference pourccttesolutionrationnelleestpartageepardenombreuxHaHiens.M. Felix Magloire,danssoncoursauxetudiantsdePort-au-Prince, declarait queson paysn'etaitpasen etat d'adopterIe systeme del'immatriculation fonciere. Preci santsa pensee, ilajoutaHcesmot.s, quirejoignent J'idee quenous defendons :L'introductionde lareformeprop osee exige prealablementuntravailimportant,untravailcouteux,mais I( indispensable: elle exige la confection d'unreleve gene C(ral de to utes les terresdupays:enunmotd'un((cadastre.))(1).M.Louis Roy, qui ainspirela redaction de plusif.urs projetsde loivisant a etablir Ie cadastre, professe egale mentl'opinionqueIeplanparcellaire des terres haHiennes doit precedeI' !'introductiondes livres fonciers..Dans I'Expose general de 1a situation))quenous avons cite, M.PercevalThobyeutl'oocasion de souscrire a cette maniere devoir.EtIeprojetduJugeRoundss'appuieegalementsur1'idee que IeplancadastraldoH servir de baseaufonctionnementde lapublicitereelle.Ceprojetdivise Ieterritoireendistrictscadastrauxet lielaprocedurede 1'immatricula tiondans chacun de ces districts a l'achevementprealable de lacartecadastrale.Voiddureste quelques phrasesd'mlcommentaireduprojetRoundsqueM.Duncan,Commanderet Tngenieur en Chef desTravauxPuhlicspendantl'Occupation ameri(T)ExtrailduCOllfSdeM. Felix Magloire 11 Port-au-PrinceIe 9 novembre1933.

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caine, adressa,Ie 17 juillet1931,au Secretaire d'Etatde cedepartement:La loi pl'Ojetee apourbutdepermettredans la mesuredes fonds disponiblespourson applicationJl'enregistrementrapide des terresdanstoute
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11 peut serv!r a fourniruntitrede proprietesi l'on(inscritchaquepar,celledansunregistre-un livre ter(riel', 'Comme onl'appelleenAllemagneconstatant lesmutations qjui sontfaites suruhaquefonds. L'Etat,parIe ,cadastre general serendracomptedel'opportunitedemultiplier,selonles regions, Ienombredepetitsproprietaires haitiens etla,conservationdela propri6te enconsolidantchez lesunsleurstitresdepro priete, en faoCilitant, pourlesautres l'acces de laproprie(( te.,M. Magloireassigne meme-au cadastreun role plusimportantencore.IlpermettraitaI'Etatde 'connaltre l' eten duedesondomaineetl'empecheraitdesedepartirau(( benefi.ce d'entitesnonsuffisammentidentifieesetpour(desfinsnonnettementdeterminees,detropgrandes par cellesd'unterritoire dejareduit, enproportiondunombredeshabitants,territoiresanslequel l.a nations' pmiette etses oCitoyens sontunepoussiered'hommessansassisereelle,parconsequent,sanspatrie(I).Onvoitici Iedangerauquelfaitallusionceprofesseur.Nousenavons parle longuemententr,aitantdelaquestionagraire. 4 .. -Raisons d' etablir prealablernentlecadastre possessoireEndehorsdesavantagesquisontatta,ches a l'utilisationdesplanscadastraux,lamethode,consistant a etablird'abordIe releve general desterresduterritoire nom semble setTle capabled'assurerIe suoces deIa reforme fonciere.(1) Cours deM. Felix Magloire a Port-au-PrinceIe 9 novembre1933.

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Notre OpInIOn se fondesurdes considerationsd'ordre ps)'cbologique quenousavons deja esquissees. Lapaysanneriehaitienneest hostileauxreglementatations quimettentencauselaconditionjuridiquedes ter res. La loi etant l'amvredugouvernement,les paysansn'enattendentquedesmauxnouveaux.Get etat d'esprits'ex plique,onl'avu,parIesouvenirque les ont garde de laconduitemaladroite,impolitiquede nombreu:( gouvernantsdansl'Histoire. Les Pouvoirs publicR doi ventagiravecprudence,pournepas reveilleI'. ,cette cr,ainte collectivequiobsede les pay sans. La menace deladepossessiona cree parmiles tra vailleurs de laterreunesorte de psychose a laquelle seheurtentles meilleures reformes. 11appartient done au leg'isla teur,pourquelaformulequenoussuggeronsporteses fruits,deconduireparetapesl'organisationdustatutnOUveau. La loi ainsiauraIetempsdes'insinuer dans les mceurs et de vaincrelapreventionpopulaire.Or, etablirIecadastre,c'est creer une atmosphere favo rable a l',applicationdela reforme de la legi!,lation fonciere. Lepublic appreciera vileIevrai role de cette entreprise qui viseraseulementau debuta individualiserlesimmeubles, a lesdelimiter, a enreI ever la forme, lacontenance les details. Les operationstechniquesn'effraierontpersonne. Les paysanspresenterontleursplansetleurstitressurtoute requisitionquandils sauront queriennemenaceleurs droits encore. Lesoperationscadastrafesaurorit donc cetavantagede familiariserLapopulationruraleavecles procedes d'inquisitionetde controle que necessiteront plus tard lesdemandesd'immatriculation.

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Les age'nts de la reforme fonciere,dansl'ordre judi, ciaireouadministratif,quiauronta s'ccIairerpar lasuitesurla vraienaturedes droits revendiques, afind'etablirlesnouveauxtitresde propriete, trouverpntl'opinion preparee et confiante.L'etablissementducad,astre, a notresens, ne doitap'porteraucunchangementdans1'etatjuridiquedesimmeubles. Le role des Services preposes a ,cetravail'consisterad'abord a rendre publique lavisite desagentstechniquesdans les heux devant etre ;arpentes. Les voisinsserontl'objetd'avertissementspersonnelset lesproprietaires presumes seront pries d'a,ppprterleursplarisetleurst.itres. Les titres de propriete ou,en leur absence, les decla rations appuyees detemoignagesserviront areconnaltre Ie prop:rietaire apparent,lequelaura qualite pouras sislerauxdiverses operations dedelimitation,d'arpentage e1. debornage ,pourles apprpuvel' oulescontester.Les con testations souleveesentrevoisins a l'occasionde,lafixation desIimitesseraientporteesdevantIejugedepaixqui lestrancheraitrapidementen equite. Nous nevoyons pas,en effet, 1'utilite defaire Jonctionneruntribunal' speeial pourregier,cesquestions relativementpeuimportantes.Vnefois ces operationssurIeterraineffectueesauvuetausude tous, la parcellepourrait etre inseree all croquis d'ensemble.En resume, ladeterminationphysiquedel'immeubleaurapermis a l'AdministrationderechercherIeproprietairepartous lesmoyensmisensa possession : insertionsdansla presse, placards,consultationdes registresauxBureaux des Hypotheques, examendes titres, verifi.cation des dccla-

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rations,etc...Mais .apres un delaiprevu parla loi, ces re cherchesayant ete faites,l'immeubleseracadastre de finitivement,sansqu'ilsoit statue surIedroitdepro priete. Cen'est qju'en maintenantIestatu quojuridique, a notreavis,quela confectionduplancadastral a deschancesd'abou til'en Ha'iti. Cettepublicite,faiteautourdes operations techniques, aura enoutre l' avantaged'eclaircir1asituationfonciere. Les proprietairesimprevoyants,quis'accommodaientd'un regime d'equivoque,s'interesseront a leurs terreset prep arerontleursdossiers.Une,curiosite attentive suivral'entreprisedu,cadastre. Le cas arl'ivera sans doute ,ou I'Administrationcadas traleauradevantelleplusieursproprietairesapparents,chacunse dedarant seul qualifiepourapprouverlestravauxdedelimitation.Elle devr,a alors 'controler lespreuvesproduites et fixerson dlOix ,conformementauxloisenvigueur.Les liliges nes de ce faitserontportes a la connaissance destribunauxardinaires.'Maisla decisionintervenuenepourra,lierd'aucunemaniereles ,agentsoulesjugesque,Ialoi fonciere preposeraplustardauservice del'immatriculationdes titres. Lesplans etanta-cheves, la matrice cadastrale revelera lesnoms des proprietairesapparenlsde toutes les parcelles. Le cadastre,a-ce stade de la reforme, nesera donc pasjuridiquemaispossessoire.11lieraIejugequant a la deter minationphysiquedes parcelles,maisneservira pas depreuvede la propriele. Cen'estqu'aufuret a mesuredes immatricuI.ations surIeregistrefoncier, apresl'achevement desplans,que 'les nomsdes possesseurs inscritssurlesmatricessetransformerontennomsde proprietaires.22

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330 iInous restemaintenant a repondre a l'objectiondedroitquenepeutmanquerde soulever lamethodeque nous conseiUons. Si Ieplanpar,ceUaire est definitif, si les indi,cations deformeetde ,contenancequiy figUl'enlontla forceprobante,eUespourront etre opposeesauvraiproprietaire
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-331 -Enfinles LravauxducadastresontLropexigeantspournepasgarantirauxplans etablis une certaineduree. Si les limites fixees devaient eLre corrigeespardenouveauxpro prietaires,Iecadastrequ' on auraitdressen'offriraitplusles avantagesqu'on ,a,ttend decetinstrumentde publicite.Enconsequence, seules leserreursimputablesauxagentstech ni,quesdevraientpouvoil'tombersous h critique.Puisquelareforme fonciere setrouveainsi subordon neea la -confection d'unplan general des terres, ilfaut que ce pl,an puisse etre faitrapidement,sans trop oberer les fi nances del'Etat.Pourrepondre i:tee but,1'etablissementducadastre haHien devras'inspirerdesprogresde latechniquemoderne. nI'lOUS semble donc utiled'etudierles efforts rea lises danscedomaineal'etranger.Nousmontreronsensuitecommentlesmethodesayant revele leur superiorite peuvents',adapter aux exigencesdumilieuhai:tien. Bienqu'en realite la confection de laeartecadastrale precede dansnotreprojetl'immatriculationdes proprietes, les etudes que nous devons yconsacrerviendront a la fin denotreouvrage. Cettepartiedenotre tr,a,vail, toutense rat ta,chantau regime foncier, estd'unenature particuliere qui larendrelativementindependante.Voieipourquoinousnel'incorporeronspas a la de monstrationjuridiquequidoitnouspermettrede degager les gr,andes lignes denotreprojetde reforme immobiliere. SECTIONIIDU CARACTEREOBLlGATOIREOU FflCULTATIF DES IMMA.TRICULATIONS Apres que lesdocumentscadastrauxauront ete prepa res et remisauxcommunes,les livres foncierspourront etre

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332introduitsen HaHi. La loi fixeraIejour OUb nouvellepu blicite fonciereentreraenvigueur.SiIeterritoirese trouve diviseenplusieurs districts cadastraux,onpeutfortbientenircomptedeLamarchedes operations dans chaquedistrictet prevail' des datesdifferen tespourl'applicationde la reforme. Dne qjuestion importantese posemaintenant.L'immatricul,ation fonciere doit-elle etre obligatoire 0).1 facultative P I.-Les avantages du cOJl'actere obligatoil'e.LejugeRoundsrend il'immatriculation obligatoire danssonprojet.Voicid'abordcomment s'enonce l'articleIquifaitprevoircettesolution:Lapresenteloi, dite Loi oadastrale, apourbutl'immatriculationrapidede touteslIes proprietes foncieres si tuees dansIeterritoiredela Hepublique d'Halti! et cebutest declare d'ordrepublic.Ledernieralinea de i'artiCle 20precise comment l',auteurentendfairesuivrelaconfectiondu pLlln cadastral del'immatriculationdes titres : Lorsquelesterresauront ete arpentees et ileurplancadastraldresse,IeDirecteurpresenteraauTribun.alCadastralcompetent,unerequetecontrelespersonnesquiles possedent, detiennent,revendiquent 0).1 occupententotalite011enpartie,exposantensubstancequ'ainsi qju'a ete parIePresidentdel,aRepublique, futilite publiqueexigequeles titres de propriete yafferents soient Hablis et determines. Larequetecontiendraunedescriptiondes terresenquestion, elle ser,a aocompagnee deleurplaneadastraletindiquena, danslamesure OU ils'serontreconnus,lesnomsdes proprietaires lies parl'arpentagecadastral. Ellepourr.acontenirto utes autres donnees pro-

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-333-pres a renseignerpleinementtousceuxquipeuvent a'Voir i:t revendiquerundroitouun interet quelconquesurlesterres arpentees. Lesabornements pu lisieres des differentes parcelles possedees, deLenues a titredeproprietaireourevendiqueespardespersonnesdifferentesserontmontressurles plans aussiexactementque possible,et parcelle sera designee pal'unnumero distinct surlesplans.Pourchaquedistrict cadastral,Ienumerotage,commenceraparlechiffl'eIet sepoursuivraparnumerosconsecutifsautantque possible.Lorsqu'undecretaura ete emis pourl'immatl'iculationd'unepal'celle de proII priete fonciere,sonnumerocadastralnesera pluschange,si ce n'estpar decision duTribunal.Les subdivisionsd'une prppriete fonciereimmatriculeeseront designees "moyennant l'approbationduTribunalpardes lettres del'alphabeL ajoutees aunumerocadastral de la propriete. IIest cert.ain quel'auteurd'une rCforme doittoutmett.reen mu vrepourqu'ellese realiseIeplusrapidementpos sible.Cependantla methodeproposeeparM.Rpunds, commeno us Ie montrel'onstout a l'heul'e,noussemble funeste a la reussite de sonprojet.OnserappellequeRichardTorrenslaissaauxproprie t.aires privesLa faculte el'adoptersaformule. IIsoumitseulement :1 l'immatriculationcibligatoire les biens de la Couronne.Or,M. Leon Estivant,dans l'ouvl'age ou iltraitede l'economie de I' Act Torrens,trouvede graves defauts au f,acullat.if, quin'aurait elll son succes en Australiequeparce quc lapopulationyest eclairee et s'aelapteau progreso L'evenement aprouve, declate-t-il, qu'ilsuffisaitde pla,cel' sous les yeux des proprietail'cs(australiens) f( l' exposeelesa'Vantagesa recueillir ppur qu'ilsadoptassentdeleurpropremouvementIenouveausysteme.

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-334-A des peuplesmoins evolues M..EstivantconseiUerait laformule imposee. Voicid'aillcurssonopinionsurles dan gersd'une formule liberale :Un desinconvenientsdu systeme facultatifc'estlacoexistence dedeuxlegislations, dedeuxregimes fonciersqui secontrecarrent. Cette situation necessiteunserviced'enregistrementpourchacunedesdeux methodes etpar consequent deuxadministrations distinctes,deuxseriesde registres et detables, uneenormeaocumulationd'ar-chives. Le seul remede a cet etat de choses est larenon dation auprincipede faculte etl'adoptionde mesuresobligatoires, quin'auraientd'ailleursriende vexatoire,puisqu'uneexperience devingtannees a demontre la superiorite dunouveausysteme.L'onpourraitfixeruneperiodedurant,laquellel'unitede methode devrait etre realisee dans telle -colonie ou prevautaujourd'huiIe dua lisme..L'auteur,plus loin, faitremarquer que la coexistencededeuxlegislations foncieres porteleshommesde loi a choisirentrelesdeuxlegislations celIequifavoriseIemieuxleurs interets professionnels eta entraverl'applicationde .I'autre, queles partiescontractantesadmises a opterentreIedroitnouveauetl'ancienchoisissent celuiquimodifieleur capacite dansIesensquileur agree :Iemieux(I)..Les inconvenients exposesparM.Estivantdevraient conseiller au Iegislateur hai'tien d'adopter laregIe imperative, ainsiquel'apropose IeJugeRounds.(I) Leon Eslivanl.:op.cit.,page38.

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-3352. -Sesinconvenientsen Ha"iti.Cette solution, a notreavis,nepeut etre appliquee} sans Lemperament,enHaIti. Meme apres I' etape des operations cadastrales,uneloiquicontraindraitles paysans a produireincontinentleurs titres de propriete pourles faireimmatriculereveiIleraitla mefiance et serait viteimpopulaire.Ordansce paysI'impopularited'uneloipeutmenerloin. Les pay sansn'accepteraientpasnonplusdepayerles fraisd'uneprocedurequi, a leursens,neleurprocureraitaucunavantageen,contre-partie.L'Etatdevraitdoneassumerladepense.L'optionlaisseeauxproprietaires,aucontraire,permet it la10ide Caire ses preuvesetde ,convertirprogressivementles L'extreme-confusion quicaracterise les droits depro priete a cree unesituation delicate quinepeut etre eclaircie, pourl'ensembleduterritoire,dujouraulendemain.Laformuleobligatoire placeraitI'Administrationet laJusticedevantunebesogneextraordinaire.Les resuItatsnepounaientqu'ensouffrir. 3. -L'immatl'iculationoccasionnelle.Void,entrelesdeuxmethodes,Iecompromisquenous ,conseiIlonsd'adopter:L'immatriculationsera obligatoirepourlesimmeublesdontI'Etateslproprielaire.LesproprielairesprivespounontlarequerirquandilsIedesireront a partirdeLapromulgationde la loi.Quant a l'ancienmodedepubliciteaumoyendestranscriptionselinscriptionsauBureaudes Hypotheques, ilne

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336sera plus possibled'yrecourir.Toutaetejuridique,qui .' aurait ete soumis a la.formalitede l,a transcription OU de finscription,donneralieuobligatoirementaunedemanded'immatriculation.DansIecasd'unetransmissiondudroitde propriete ,c'estIenomdunouveau proprietaire qui figu reraaulivrefoncier. Danstoutautrecas Ie requerant feraimmatriculerIe droit de propriete deson,auteur ,et, surIememe folio, ferafigurersonpropredroit,qui greve l'immeuble.Lebutdela reforme fonciere, 'qui ,consiste a remplacer,l"ancienmodedepublicitepersonnelleparunsysteme ins pire del' Act Torrens,seraainsi atteint. Les regles aIidennes cesseronttoutfonctionnement adif et ,cederont Ie pas a laformulenouve'lle.Onpourra repondre qu'ils'agit la d'unsysteme obli gatoire partie'l. Sans doute,mais'cen'est pas la Ioiquicontraint.L' obeissance a la regIe sera seulementoceasionnellIe. . La depensen'incomberapas auvendeur,ancienpro priet,aire. Elle sera payee parl' acquereur, enechangede la formailite. Rienneseradonc ehange, ,car latranscriptionaujourd'huin'estpasgratuite.CependantilfautenvisagerIe .cas durejctde 1.a demanded'immatriculationadressee a la Conservation fonciere ;'1t'oocasion d'un ade detransfert.Quelle solution ,adopterpuisquel'ancienregistreestdos ? II,coule de sourcequeIerejetpar l' Administration011Ierejetjudiciairen'interviendfont,sauf ineapacite du re querant,que si les droits qui fontl'objetdutransfertsont,contcstables.L'immatri.culation appal'aissant .comme 11neconditionsuspensive de la vente,dans'la reforme quenous

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conseillons,Ierejetpourra entrainer l'annulation dJ]. contrat.Onobjectera que cettemethodeva creer ainsi desimmeubles frappesd'indisponibilite.La circulation des richesses foncieres ensouffriradone.. Non, car il seratoujourspossible aurequerant,sil'AdministrationouIeTribunalluirefusent 'I 'irrimatriculation demaintenirsoneontrat.L'acteevidemmentseradangereux, envertudel'adage:Nemoadaliumplusjuristrans ferrepotestquamipse habet.'Mais ilvaudrainterpartes.Onrepondra,alorsque'celuiquiaura contra.cte dans ces conditions sera privede toute pubHcite, c' detoutmoyend'opposerlaux tiers les droitsqu'ilaura de sonauteur.Cedernierpeutdevenirproprietaire,parIeje1.lde 'Ia prescription;parexemple,e,tcontracteruneseconde fois avec des tiers debonnefoi. Si ees tiersfontimmatriculerleurs droits,Iepremierayant-cause sera sacrifie.L'objectionseraitgraves'iln'yavaitaucun procede pourproteger,contrela fraude de sonauteur,Iepremiercontractant. Apres avoir ,pris connaissaneedurejetmotived'unedemanded'immatricullation, Ierequerantoccasionnel, c"est-:j direl'auteurd'unedemandeprovoqueeparunactedetransfert,pourraitdeposer,s'ilpersistait acontra-cter,un extraitde soncontrat a ]a Conservation fonciere. Cetextraitse trans formeniit automatiquementenuneopposition a touteimmatri,culation requiseparuntiers ausujetdu meme immeuble.Unesei11edemanded'immatriculationpourraitaboutir malgre cette opposition,ceneduvraiproprietaire. Nous pensonsqueIe systemequenous defendons : obligatoirepourI'Etat,occasionneletfacultatifpourles proprietaires prives, pourraitassurerla reussite de la refor-

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-338-me.IIseraitpossible,enoutre, de fixerun delai d' essaiau dela duquell'immatriculations'imposerait a tausles pr.Qprietaires. SECTIONIII LA PROCEDURE D'IMMATRICULATION I.-LademandeVoyonsmaintenantsous quel:leformepourraitfonctionnerl,a procedure d'immatriculationdulivre fancier.Lademande d'immatriculation, souslanouvelle legis lation, seraunacte tres importantetdontla redaction devra etre soignee.Enraison del'ignorancedel,apopulationrurale,laformenotarieede cettedemandedevrait etre imposee. II ser,aitpeut-etreoperantaussid'exigerque les ventes et les' partages soient passesenformelauthentique. Nous avonsmontre,enparlantdeshabitudesjuridiques de lapaysannerie,Iegrand role qu'ondoitattendredunotariaten Haiti. Lenotaire estl'interpretede la loi. C'est a luiqu'ilappartiendrade convaincre les proprietairesrurauxdes bienfaits delareforme.D'ailleurssoncontraleprealable de fidentite et de la oapa,citedurequerant,dontilfaudrait meme Ierendreresponsable, facilitera la tach,j de l'administrateur chargedel'immatriculation.Lademanded'immatriculationdevracontenirunedes Niption sommairedel'immeubleet sa designation.cadastrale,puisl'indicationdesnom,prenom,profession et domicileduproprietaire. Toutes les causespouvant affec tel'Iedroitde proprieLe commeuneconditionresolutoire,une faculte de remere, undroitderetour,parexemple,devronty figurer.

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-339-Lademande,contiendraegalementles enonciations re auxdroits quigreventl'immeubleet sont soumis i:l la publicite.Toutescesindicationsseront verifiees parl'examendes anciens registrestenusparles Conservateurs des Hypothe ques.Le contrale sera facile si, comme IeproposedanssonprojetIeJugeRounds,on cree uneConservlation fonciere dans ,chaque ressort detribunalcivil. Le Conservateur des Hypotheques assumerait dans ce cas les fonctions de Con servateurf oncier. Nousreproduisonsici lesprincipauxrenseignementsque doitfournirlademanded'immatriculationd,ans Ie projetMurray:a)Lesnometprenomdupetitionnaire,sa professionouoccupation,sa residence ; si Iepetitionnaireestune societe, l' espece,la loi quiregitcettesociete, Ie lieu desonprincipaletablissemenl. b)Lanaturedudroitde proprietereclame parIepetitionnaire. c) Tous droits nes ou a naitreque des tierspeuventavoirsurl'immeuble.d)Tous privileges, hypotheques, conditions resolutoires ou suspensives etchargesgeneralementquelconquesgrevantl'immeuble.e)Sil'immeubleenquestion est occupe, lesnoms prenomsde 1'0ccupantOlldes occupants et lanature le gale del'occupation.f)Lesnomset adresses des proprietaires des terrainsI(limitrophesde laportiondeterre a immatriculer.g)Ladescription del'immeuble avec indication de mesures,abornements,superficie, valeur, etc.

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340h)SiIepetitionnaireestmarie, les' nomet prenom duconjointetladatedu marlage, ous'iln'estpas marie maisl'a ete, la cause et la date de la dissolutionduma riage. i)Lesnomsdes autrespersonnesqueoelle auceHes precedemment indiquees comme' ,ayant oucomme pre tendantavoirun interet surla propriete en ousurunepartied'icellecontraire ase" interets. j)Lesdemeure,domicile et adressedupetitionnaireainsi que les demeures, domicile et adresse de son avo cat,s'ilen,a,ainsi que ses elections de domicile pourles significations et avis udonne): aupetitionnaire.k)Dnedemandeque la dite propriete soit dument immatriculeecommeappartenantaupetitionnaireouque les droits y ,afferents luisoientdevolus avec les autres faitspertinentsaumomentdel'immatriculation.I)Dne requete queIeterrainsoitarpente Al,asuitede oette enumer.ation IeprojetajouteEn meme tempsquelademande,Iepetitionnaire re mettratoutcontratdemariageettoutcontrat generale mentquelconquepouvantaffecterl'immeubleainsi quetous autresdocumentsayanttrait it l'immeuble eLl question en sa possessionousous son oontrole. IImentionneraet decrira: tous autresdocumentsdontI' existence luicstconnueetquipeuventaffecter la propriete enquestionavecindicationde lapersonne de tenantces pieces)).Pareilmodelede dossierpourraitinspirerl,a loi nou yelle. Bienentendu,la designationcadastraleremplaceraitlesindications'entenantlieudansIepl'ojet Murray.Quantaurequerantaupetitionnairenonproprietaire,il seraittenud'adresserunedemandesemblableaunomde son ,auteur afin que Iedroitde propriete decedemiersoitimmatricule.

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2.-Le role du Conservaleur A la reception de la requetenoVariee,:IeConser-vateur foncierauraIedevoir decontrolerles jusLifioations presen tees parIerequerant.La loi fixera Ie:; modes de publiciLe quidevront etre employes : insertions danslIesjournaux,affiches dans les etudesd'officiers ministeriels, placards, etc...Des avel'Lissementspersonnelsseront envoyes auxre presentants des incapables, de l' Etat, des absents. Toutepersonne,signaleeounon dan$ la d'immatriculation,qui par:aitra jouird'undroitsurl'imme\.lbleJseraprevenue..Un delai seraimpartiaux. opposants. Sinulleoppositionneluiparvientpendant cedelai Ie Conservateur ouvriraunfolionouveaudulivre foncier, ou. ilimmatriculeral'immeubleaunomduproprietaire designe danslademande.Puisilremettraau proprietaire pourluiservir de Litre,unecopieauthentiquedufeuillet. Siune.ouplusieurs oppositions val,ables sontadressees auConservateur, Ie requerant devraenrapportermain levee pourquel'immaLriculation puisse avoirlieu. Si la mainleveenepeutinterveniramiJablement,une decision dutribunalpourraseuleordonnerl'immatriculation.CommeonIe voit, cette methode comportedeux sortesd'immatriculationouderejet.MaisIetribunalnepeut etre saisi qu'a la suited'unrejetmotiveduConserv,ateur. 3. -Laforme des livres fanciersPourlaformedes livres fonciers et les enonciations porteessurles feuillets,onpourraits'inspirerutilementdusystemeallemand.Achaqueparcelle cadastrale correspon-

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dmit unfeuillet reel. Parexception, les regIOns ou la pro pride est tres mor'celeeconnaitraient l'usagedufeuilletpersonnel.La dispositiondufeuilletallemand,composed'untitreetde trois sections,pourrait etre imitee.Enconsequencedes prescriptionscontenuesdansl'artide5 de laConstitutionhailienne,quirestreintles droitsimmobiliersdesetrangers,Iefeuillel devra revelerIra natio nalite du proprieiaire. SECTIONIVLES CARACTERESDELANOUVELLE PUBLICITE lMMOBlLIERE S I.-La, jorce probantePourasseoir la propriete surles bases les plus suresil conviendrait, it notreavis, dedonner a l'immatriculationLaforceprobante.L'investiturenouvelle ferait foi it I'encontredetOUS.Le vrai proprietaire neseraitadmis .a revendiquerl'immeublequ'enprouv,ant lafraudeduproprietaire protege pal'l'immatriculation.Cette action,meme dansce cas, ne poumait jamaisprejudicierautiersayant acquis des droitssur,l'immeuble.Onpeutdonc preSUmeI'qu'ilyaurades victimes de la reformefonciere. La frau dedontnousvenons de parle;r oul',erreurduConservateurpeuvent lesel' gravementles interets duvraiproprietaire.Neconviendrait-ilpas,en conse f]juence, de declarerl'Et:at responsable,,en assimil.ant sa fauteaudommage publicP L'Etatauraittoujoursla res sourcedesecouvrirpecuniairementparlacreationd'unfondsd'as SUffillC e..

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343 _.Nousnecroyons pasqu'ilsoit utile de supprimel'Ie caractere ,consensuel deIlavente. Des la conclusionducontrat,les partiesdoivent etre liees. U fautquecetaccord,pourIemoins,obligeIeven-deur a garantirl'immatricullationdudroitde propriete aunomdel'acquereur.Leprinciperelatif del'inscriptionmerited'etreretenu.Letitulaired'undroit reel nedoitpouvoirIefa ire inscrire que siIedroitdesonauteurimmediata Heimmatricule. Leproprietaire d'un, immeuble deja immatricule,de quelquemanierequ'ill'aitacquis,nedoitpouvoirlIevendreouIegreverde droits reels quesiIedroitde propriete figure sous sonnomaulivre foncier.On empechenait ainsil'interruptiondesimmatriculations qui pourraitseproduire a l'occasiond'unemutationsanspartagede droits heredi taires.Geserait encoreunmoyende fixerl' etat civil des des,cendants par rapport a leurs auteurs. 2.-La rapidite des transactionsL'immatriculationdesimmeublesfacilitera tout de suitelIestransactionsimmobilieres. Les ventesdonnerontlieu a des actes tres simples. U suffira de f,aire redigerpar Ie notaireunedemanded'immatriculationaunom l'acquereur,enfournissanttousrenseignementssurles modalites de la vente.LeConservateur modifieraIefeuillet-matrice,annuleraIetitreduvendeuretenremettra un nouveau a['acquereur. Lepartagedonneralieu a la meme formalite.Le .contmt de pret hypothecaireprovoqueraIa reda'ctiond'unedemandenot.ariee,quisera adresseeauConservateur.Lenouveaudroitgrevant.l'immeublesera enonce deIa meme manieresurIefeuillet-mat.riceetsur,Ietitredupro

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344 Nouscroyonsqu'ilserait tres imprudentdemobiliser,commeenAustralie, la richesse immobiliere. Nous avons dit ce quenouspensionsde laventeparsimpleendossementdutitre.L'usage desceduleshypothecaires, quenousavonsrencontredansIeregimeallemandJnousparait pffrir eglalement tropdedangerspour etre conseilleen HaUi. Lapopulationrm'ale,peuouverteencore au progres, doit etre protegee. C' est ppur ,cette raisonquenouspensonsqu'il seraitbond'imposerIeconcoursdunotaire -a l'occasion de touies lestransactionsimmobilieres.Lesimmeublessoumis a la nouvelle publicite echap peront a touteprescription,l'immatriculationemportant exer.cice dudroitde propriete. PourprotegeI' des droits a'ctuels menaces oudes droits eventuels, Ie legisiateurpourraintroduiI'e,commeenAllemagne,l'usageducontreditet de laprenotation. 3. -:.. Lasuppressiondeschargeso.ccultesUnbonsysteme depubliciteestincompatibleavec la presence de -charges occultes grevant la propriete. La refor medevradoneentrainerla suppression des hypotheCJjues exemptes del'inscription.Onpourrait,surcepoint,imiterles dispositions de la lpi tunisiennede 1885quiaremplaceles hypotheques 'legales par l'hypothequeforcee.D'aprescestatut,(aucommencementdumariageet de la tutelleJondeterminelesimmeublesgrevesd'hypotheque et lessommesjus(qu' a concurrencedesquelleselleseraprise. Cettehypothequepeutd'ail'leurs etreaugmentee oudiminueeau-coursdumariage,selon les circonstances. Gra,cea cette dis position, Ie ,creditdumarioudututeurn'estpas ,alourdipardes suretes reelles excessives ;quantauxincapable:>,

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-345-ilstruuventdans ces garanties, l'eduitesa leurjusteme((sure, toutes les protections legitimes))(r).La memeregIe peuts'appliquer al'hypotheque del'Etatsurles biens des receveurs et ,administrateurs comptables.Laloipeutdonc prevoil' qu'u l'ouvertured'unetutelleaud'uneinterdictionIeconseil de famille designera <:ontradicLoirenwnl avecIeLuleur ceux de sesimmeublesquiserontgrevesd' hypothequc. Lasomme protegee parl'inscriptionserait fixee dans lesmemes conditions. A deraut d'ententeIetribunalserait saisi. L'hypothequcleg,ale de10.femmeserait specialisee et la creance garantie evaluee dansIecontratdemariage.Enl'absencedecontrat, ces dispositions serai:,nt prisespar 10. femme auCOUlSdumariage.Lemaridonneraitson consen leIIient ouIetribunaly suppleerait.SECTIONV LilPHEUFE DU DROIT DE PROPRlE:T 1.-CommentseposeIe pl'obleme Parmiles questions que soul(we la r6orme del,alegislation fonciere, en HaIti, laplus delicate ,consiste degagerIevraicriteredela propriete immobiliere. AuCOUl'S del'historiquequia 1'etenunotreattentiondanslechapitreliT,nous,avonsmontre 1E's originesmultiplesdudroitde propriete. Onavunotamment que l'Elat,devenu p1'opri61airegeantapres 180[1,s'etait depouilled'uncpartie de sonpalrimoineimmobilierau profit d'officiers,(I)Loi fonciere el. reglemcuts annexes: op.ciL, ExtraiL dllrapportde M. Camhon, page 15.

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346-de soldatsoude citoyensmeritants.. fa vorablesaumorcellementdemocratiquedes terresparta gerent gratuitementoumirentenventeunepartieduDomainepri ve. Or,chaqueconcessionouventeprovoqua ila remised'untitrelauthentiqueaunouveauproprietaire.Maisnoussayonsqueparla suitel'Etat,cessa de sedemembreret installasurses terres des fermiers. L'aristocratieterrienne, nee del'Independance,l'imita.De gr,andes prpprietes furentainsi divisees et remisesenIlocation a des paysa,ns. Commeungrandnombredeterrainsappartenant a l'Etatn'etaientpas affermesJ des ,cultivateurs lesenvahirentpourles exploiter. La loi [eur donnait meme l'espoird'endeyenirproprietairesunjourparpres-cription. C' estpOUl'quoil'Etat,sesentantmenace, abolit en1864l'usueapionsur'lesterres domaniales. PareHf,aitse rep eta surles proprietesindividudles. D'anciensfermiersouleursheritierscontinuerent aks cultiversanspayerdefermage,brisantainsil'attache legale qui les liaita l'ancien maitre ou a ses Desimplesoccupants s'installerent de meme, sansdroit,surles tel' res libres des particuliers. Des possesseursengrand nom bre menacerent, de cette maniere, la propriete priyee qui, eUe,n'estpas a l'abride laprescriptionvicennale.Aucune rMorme .n' estvenueencore eclaircir cettesituation.Pourtant la loiquiintroduira l'usage des Hvres fon-ciersen HaIti devra ypourvoir.L'immatriculationdes titres de propriete n'offriraitaucunav,antagepratiquesiIedroit npuveau dupossesseur etl'ancienneinvestitureduproprie-

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Lairedevaient rester superposessurIe meme immeuble.I1fautquelaloideclare,dufaitpossessoireoudutitre,lequelfonderala proprieie. 2.-La dUl'ee delapossession paul' pl'escl'il'e3iIeproprietaircproduitson titre, doit-on exiger del'occupantla'preuvequ'il,a possede l'immeublependantvingtans,commelcveutIe Code Civil ? Repondreparl'affirmativesel'aiLprovoquerles pires injustices.11ya des families,en Haiti, qui cultivent de pere enfils, depuis plusd'un demi-siecle, laterred'autrui.Or il n'est passur que lapossessionvicennalepuisse etre prouveeparles occupants actuels dans taus les cas.IlfautpenseI' auxcontradictionsdel' etat ,civil, aux vices de la filiation, a l',absence de preuves ecrites. Enoutre,Iepossesseur haiLien estsouventuntrav,ailleurmodeste qUi. faitfructinerlui-memeIe coin deterre au ses peres sesontinstalles. C'est lui 1'artisan de la petite propriete en Haiti, ou lesgrandes hab; (.ations ont etc mor,celees peua peuparIe fait del'occupation.Nous savons son role sociald,ans1'Etat et les desordres quepeutentrainerunepolitique nefastea ses Commentlanouvelle legislation pourrait-ellei'ignorer ? D'ailleurs, de nosjours,1'idee quel'acte legal n'estplus Ie seulfondementde la proprietefonciere fait son chemin.Letravail ,conferelui,aussiuntitre tl la propriete. EnHaiti ce dog'menouveaudoits'imposer a la penseedulegis lateur. C' est laraison qui nousconseilledereduire ladurcc de la possession qui doit etre prouveepourresister a la revendicationdu proprieLaire.

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-348-LeprojetHounds,du resLe, dansson article 27nOllSa devance.Voicicequ'ilpropose :Art.27. -a)Pourl'immatriculationd'uneproprie(( te fonciere, conformement a la presente loi, les termesdes prescript ionsresterontteisqu'ilssontactuellementprevusparla loi.Toutefois,celuiquilajouid'une pos sessioncontinue,noninterrompue,paisible,publiquc,nonequivoque, a titredeproprietaireetnon precaire pendantun,laps deseptans serasuffisamment qualifie pourobtenirl'immatriculationde laterreainsi possedee, ((lorsque ce tempscomprendrales six moissuivant imme ((diatementl'applicationde lapresenteloi it la af'fectee parlaprescription alleguee. L"auteurajouteunpeuplusloin,dans,Ie memearticle,qjue Ieproprietairepounaprofiter de ce delai de six moispourfaireuneDppositioncontreIe 'COUl'S delaprescriptionenfaveurdelapersonneenpossession ll.. Celuiserait l'occasion, Ie systeme quenousavons propose, de requerirl'immatriculationde sontitre.II va sansdirequeIe possesseur,'pourprouverce delai de sept ans,peutinvoquerlapossession de sonauteur.Cette duree desept annees nous parait unpeulon gue,surtoutpourlesoccupantsquicultiventles terresdel'Etat.Bien loia quedemaintenirles dispositions de1a10idu29octobre 18M, la nouvelle legislation se devra,aucontraire,depermettreauxpossesseurs de fr.akhe date, ins tallessurIeDomaine, derequerirl'immatriculationenleurfaveur. Cette regIe s'harmoniseraavec ila loisurIebienruralde famille votee cetteannee.

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349-3. La,protectiondespossesseursParsuited'evenementsmultiples,en H:aiti, denombl'euxproprietairesfonciersontperduleurstitres. IIleurscraitdonc diffkile aujourd'huid'intenteravec une action enrevendi,cation contre unpossesseurannaLL' ex ceptiondepossession,eneffet, faitretomberIe fardeau deLapreuvesurIe proprietaire. II en resultequel'occupant,quin'auraitpas possede pendantles sept annees prcvuesparIeJugeRounds,necourra,aucun risque sisonadversairenepeutproduire titres. Maisl'immatriculationnepourralui etre accordec qu"al'echeance decessept ans, afin depermettreauproprictairederetrouverles actesjustifiantsondroit.Enattendant,Ie possesseurdevra etre assurede l:a protectionde'laloi. Lestribunauxdevrontlui conferer, outreles actions possessoires,unesorteel'interelit general Ie mettant<'t l'abridetouttrouble.II faut englober dans ,cetteprotectionleshcritiers appa rentsdontlanaissanceest entachee d'unvi,cequilespri vait, en droit,de tou tc vocation successorale. Cesontensommedes possesseursquisontsousla menace d'uneac tionenrevendioationdu chef desheritiers leg-aux. Le delai delaprescriptionRoundsleursera applicable. Avantsonexpirationlesheritiers evinces, pourvaincrel'exceptiondepossessir,n,devrontfournirdeuxpreuves: lapreuvedeleur qualitehercdilaireet Ietitrede propriete deleurauteur.L'indivision, Lres pratiqueeen Haiti, commenousIesa vons, souleveracertainementdes clifficultes au COUl'Sde laprocedure de verification des droits.CommeIe cas desimmeublesindivisdevra etreelucide pourlesoperationsdedelimitation,nousnousarreteronssurcepoint dansl'etude quisera consacree aucadastre,

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350-SECTIONVILE TRIBUNAL FONCIER I. Son utilite Enparlantdes litiges que pouvait fairenaitreLa deli mitationdes proprietes, nous avons souleveunequestion de ,competence. Nousn'avonspasernindispensable la crea tion de tribulliaux speciauxpourtrancherdes contestations selimitant generalementa uneetroite surface de terre.Lejugede paix,qui,connait des adions enbornage,pourratrancherces differendssurplace et en eqjuite .SilIesoperations visant a delimiteret a bornerles pro priHes suseitJaient des querellestropnombreuses,ilserait utile, alors,d'adjoindredesjugessuppleantsauxtribunauxde paix actuels. Les proceduresd'immatriculationquisuivrontl' eta blissement desplans,cadlastraux appellent, a notreavis, autresolution. Laconfusionqui regneaduellement dans la situation foncierepermetdeprevoirde frequentes chi canes. Il estcertainquelestribunauxdont Haiti est dotee ne pournaient suf,firea juger,enleurtemps,les litiges re'la tifs a l'immatriculationdes droits de propriete. Nous'devonsdoncenvisagerl'institutiondetribunauxnouveaux. Cette preoocupationn'apas echappe auJugeRounds. Sonprojet prevoit !lacreationd'untribunalcadastral, que justifie.Iemotifsuivant:Considerant que Ietempsdestribunauxexistant est(pleinementabsorbeparlesproceduresetles affaires ci viles, commereiales, maritimeset -criminellesJ de tellesortequ'ilest rabsolument necessaire d'etabliruntribunal speciallcharge de connaltre exclusivement del' eta-

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351blissement des titres de proprietefonciere etdes matieres,connexes ;.''.' .!_._, .','',',.((Article G. II est cree parces presentesuntribunal(( speci.aI.. ','))M.'Murray, dans sonprojet,propose de creer des cours cadastrales quiseraientcomposees dejugesdutribunalde cassation. IIdechargedoncaussi lestribunauxordinairesdusoin dejugerles litiges que provoqueraI'application de:la rMorme fonciere.L'encombrementdestribunauxn'estpas, a notresens,Ieseuldangerquidoiveconduire a suggererlanominationdenouveauxjuges.Lacomplexitedecertainessituations, dans lescampagnes haltiennes,creera des differendsd'unenaturevraiment particulierc. Les proces quiensurgirontdevront etre portes a:la ,connaissance dejugesavertis, aptes Uresoudre les oasd' espece les plus deli'cats. C' estpourquoinousnenousrallions pas a['idee deM.Murray,quiconseille de fairejugerles questions fon cieres pardes j uridictionsemanantdutribunaldecassation. 2. -Son 1:6le etsacompositionII faut, a notre 'avis, institueruntribunalfoncier qui connaitra de toutes les contestalions enmatiered'immatrieulation.Nous en avonsunexempleenTunisie, QU fonctionneIetribunalmixte.Etplus pres d'HaHi,dansla Republique deSaint-Domingue,la meme institutionexiste.Letribunalfancierdominicaina ete cree p'aruneloi recentesurl'enregislremenL des terres. C'est,ceUeloi,dureste,quia ins CllgrandepartieIeprojetHounds. Les raisons quiont determine Ielegisla.teur a organiseI'untribunalterriertiennentsurtout a l'encombrementdestribunaux.DansIe

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352-preambule precedant les prescriptions legales ilyaunephrasedontlatraductionrejointIetextecorrespondantdujugeamericain.Envoicilateneur:AttenduquelestribunauxexistanLsontsurchargesIIde tnavail avec des affaires criminellesouciviles, il se faitIIsentiI' la necessite d'untribunalspecialquis'occuperaitexclusivementduprohlemedes titres de propriete afin que celasoitresolud'une fac;;on satisfaisante(I). L'exces de trav.ail,quiest invoque pourjustifier lacreationd'unejuridictiond'attribution,s'expliqueparle role exorbitantqueIejugefoncier,dansla loidominicaineet danslIeprojetRounds, est appele a remplir.Ce role est celui quiincombeautribunalmixtede Tunisie. IIne limitepas 'il. juger, a videI'unlitige. II englobel'examende tous les cas,y,compris les casnonlitigieux.LeprojetRounds, qui repete les dispositions de la loidominicaine,declareqU'11untitrede propriete fonciere sera considere c.ommeimmatricule,pourles fins de la pre IIsenteloi, lorsque Ie decret definitifduTribunaloadastral,enfaveur de Iapersonneoudes personnesdontIedroit1
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353 a unedemanded'immatriculation, U 1'admeltreou a larejeter P Les conditions de la loi etant remplies, les mesures depubliciteobservees, ilpeutfortbien constatet ounierIedroitde propriete. Onrepondraquel'investiturequ'ildonneest companablea 1'autorite de la chosejugee.Sans doute,maisilen est de meme d'ungrandnombred'adesautbentiquesquinesontpourlantpas desjugements.Nous .croyons queIe role dutribunalfoncier doitselimiter a statueI'surles differends nesu l'occasion d'uneprocedured'immatricul,ationcontentieuse. Cetribunalnedevrait etre saisi quelorsqu'unlitige separe Ie requerant el lIe Conservateur foncier ou Ie requerantetunopposant. Lesjugesauraientalors plusd'autorite etnesemienL pas debordes de travail.llieurfaudrait, a notreavis,unedouble :\ l'egaI'ddupouvoir executif et dela hiemrchie judiciaire.Ilspourraient etre choisisparIePresidentde la Repu bliqueouIePresidentduTribunalde Cassationsurune iliste elue. II serait peul-etre utile que les paysans fussent representes dans ce tribunal.Le tribunal foncier devrait jugersouverainement et nedependredutribunalde cassation que dans Ie casd'incom petence. LajurisprudencehaHienne ad'ailleurs prepare eetesprit.Un arret rendupar Ietribunal supreme Ie 23marsJ914 declarequela possessiOli estunfaitdontl'appreciationest exclusivementdansIedomainedesjugesdu ,( fond.,.-.Nousvenonsd'esquisser lesgrandeslignesd'unprojetde reformefonciere. Nous avons utilisepourcela les nom-

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-354-breuxmateriauxquenous pumes reunirdans les precedents chapitres. Nous avons 1enucompteaussi des ideesque lespionniersde la nouvelle legislationont eoncretisees enprojetsdivers. Nousnes,avons quel accueilrecevrontnos suggestions. Commeil noilS a semble que les textes legislatifsetles pro positions de loisurIesujetquenoustraitonsignoraientsouvent la realite, nousnous sommes efforee de fonder notreopinionsurles faits preexistants. Nous nous felicite l'ions d'avoirsuivi,cechemin,sinoussavionsqu'ilaitpunousconduire a proposer des regles quirepondentaux ,am bitions legitimes del'Etatsans cesser d'etre humaines.

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CHAPITREXLeCadastre it l'etrangerL' exposequenousvenons de consacrer laux diverses reformes susceptiblesd'ameliorerl'organisation fonciere en Hai:li a fait .apparaitre la necessite d' etablir,avanttoute chose,Ieplancadastral des terres de la Republique.On ne s,aurait,dureste, concevoirunsystemed'immatriculation honnete quinereposerait passurIereleve geometrique de la propriete. Lecadastredontn.ous allonsnouspreoccuperdans cette etude,onlIevoittoutde suite,n'ariendecommunavec1'institutionhomonyme qui existeen Haiti. Voicicomment M._ Dreux,chefduServicetechniqueduCadastreenFrance,definitcette piece essentielle denotreorganisation fonciere: Le Cadastre est 1'ensemble desdocumentsetablis a lasuite des operationsayantpourbut1a deter minationdes proprietes foncieres d'unterritoire, la constatation de lanaturede leurs produitsetl'evaluation de,leurrevenuen vue de1arepartitiondel'impotfoncier(1).On voitpercerdanscettedefinitionunepreoccupationd'ordrefiscalquiaccompagnepresquetoujoursl'etablissementduCadastre. II va de soiqu'ellen'influeen rien sur lcs operationstechniquespropl'ementdites.(I)Th.Dreux:LeCadastreet l'impol jonciel',Paris 1933, 1 volume, pageIJ.

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-356-PourfixerInLerminologiequenollSemploieronsdesor mais, voicicomment peutse schematiser l'el,aborationd'uncadastre:Unpl,an estd'aborddresse, qui est lareproduction ii une echelledetermineede toutoupartied'un territoir(', avecl'indicationde toutes les limites de proprietes publi ques ou privees,Chaque propri6te porteunnumeroservant i) la designer. Parallelementauplan,des repertoires appelesmatricescadastralespermettentde decouvrir diversrenseignementsinteressantchaque propriete :situation geo graphique,nomduproprietaire,-contenance,revenu, etc, .. Suiv'anL la favon dontIeplanest etabli, nousverrons que lesindicationspOl'teessurlesdocuments-cadastrauxontunevaleurtantatjuridique, tanti'lt seulementdescriptiveoufis-cale. DansIecours de -ce chapitre,nousnousproposons deprendre -connaissance des principaux. types de pllans cadastrauxetablis jusqu'a ,cejour,soitenFrance,soit aretran gel', afin detirerprofit des experiences lesplus'concluantes. Nousmettronsenamvre,parla suite, lespro cedes quinollSsembleront parhculierement appropries ,au milieu ha1tien etaux regles de publicitefonciere dontnous avons l'application.SECTIONI LE CA.DASTREFRAiVGA18 I. -Considb'Q,tions histol'iql.les Auncertainstade deleurevolution, les Etatsprevoient generalement, parmileurs receHes hudgetaires, un imp{)L frappantlesproduitsde In.I CITe.C' esl.ce fait qui a donn;: naissance auxpremierseadastres, qui 6taient plutat,ressem-

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blantencela aucadastre haiti enactuel, de1?inventaires des lerresculti vees. Ainsi sous ladominationromaine y a-vait-il des iivres terriers, ou il etail ait exceptionnellementmentiondeplan. Au Moyen-Age, laperceptionde l'impot foncier.. appeIe taille reelIe)),conduisilles provinces fran<;aisesaelablir de plus complete des etais relatifs a l'evaluation des biens situes dansleurslimites.Pourcette mison apparurentlespremiersplansparcellaires, tres differents decon treeii contree.IIfautarriver 1791 pourentl'evoir .J.lnereglemenb lionpI us generale. LAssemblee COllstituante decida rempla,cer pal'unetaxeuniquesurtous les biens-fonds, cLasses enraisondeleursrevenus,l'ensembledes imposi tions pert;ues jusqu'alors a des titres divers. Ellefut amen6eudecreter, Ie lordecembre 1790,1'etablissementd'etatsde sectionsreproduisantles declar.alions des proprietairessurlacontenanceetl'empioidechaqueparcelle de terre.Cen'estqueplusturd,parles decrets d'aoutetseptembre 1791, qu'elleenvisagea la confection d'unplanpar,cellaireuniforme.UnbureauducadastrefutalOl'sconstitue .. maisilneputaboutir a 1'exccutiond'unpLancadastr,al.L'muvrefutreprise,dansunespritplusmodeste, par IeCorps Legis!atif. Cette Assemblee decidad'etablirdansun,certainnombredecommunes,quatrepar.arrondissement,des cadastres par masses decultures H. Des opera tionsd'arpenlagepel'miren t dedeterminer la superficie totaleenglobeeparune me meculturedansunecommunedonnee. Puis, a l'aidede tarifsappropries,oncalcula les revenus de chtaque ,culture. Desortequ'ilfutpossible de ramener it des resultatsconcordants'les declarations de3 proprietaires,auxquellesuncoefficient etait applique.

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L'experience devait faire appamitre les lacunes de,cesoperations, et Ies Assemblees departementales furentbien tOt unanimes a demanderunarpentagepareeIlaire. La loidu15septembre1807, ,cedant a ceYam,montradansI'ex pose des motifsl'ampleurdutravail auquel ilaudrait f,airc face :Mesul'ersuruneetenduede plw; de sept milleneuf(,centetun myriametrescan'es plusdecentminionsdeparcelles...Confectionner,pourchaquecommune,UILI(plan OU sontrapportees'ces cent millions de par,ceUes, lesdassel'toutes d'iapresIe degre de fertilite dusol, evaluer((Ieproduitimposable de eha,cune d'eUes,reunirensuitesousIenomdechaqueproprietaireles par,celles eparses IIqui luiappartiennent;determinerparlareunion de I(leursproduitssonrevenutotal et faire de ce revenuunallivrementquiseradesormais la base de sonimposition,IItel estI'objetde ,cetteoperation(I).Unecommissiondetechniciens,sous Ia presidence d'3 Delambre,membredel'Institut, elabor.a IeRecueil me ihodiquedes lois, decrets,reglements,instructionset deci sionssurIe Cad'astreenFrance.L'ensemb'le de ces reglements,quiparuten181J,trouvauneapplication imme diateetdevintunesorte de charte constitutionnelleduCa dastre franc;ais. Lestravaux commences en1808 sepoursuivirentjusqu'auxenvironsde 1850, 1a,quelle lafrancecontinentaledanssapresquetotalite possedauncadastre. II ,convient denoterdeux periodes,l'unede 1808 i.i 1827,l'autrede 1827 a 1850, soumises a desreglementations differentesen,cequiconcerne la mar,cheet:lapreci-(1)Th.Dreux:op.Git.,page20.

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359slon des operations.Audebut,1'inexperience des agents d'execution empecha la reussitedeplansnets et exacts.Parallelement it l'av,ancement des travalU, il Hait pro cede chaque anneeit unemise a jourdes registres ,cadastraux.Les .changementssurvenusd,ansl'attributiondes pal' cellesnedevaient pas y rester ignores. Les plans seulsn'etaientpas modifies,. Vel's1820}on s'aperQut que lesplans,cadastraux provoqueraientdeserreursetmanqueraientleurbuts'ilsn' e taient corriges aufur eta mesuredes drconstances diversesmodifiantlaconfigurationou la ,contenance desterrains.Unprojetdeloi fut etudie pourcombler cette lacune.Maisdu memec,ouplanecessite lappal'lltd'operersurdes pllansd'une tres grandepre,cision. IIfut decide, en,consequence, que les leves de plans seraient :appuyes surunetriangulation determinee par Jes services geodesiques. Pourlapremierefois ladelimitation, sans etre juridique,faisaitl'objetderecommandations spe ciales. Les Egnes de demar.cation entreles proprietes de vaientfigurer sur les clartes sous des signes particuliers. Leprojetimposait, en outre,l'obligationdedesignerles proprietes parIleur numero aucadastredanstous les ades translatifs de propriete enformeauthentiqueoupri Malgre quelquesesslaisderenouvellementquifurent executes ,conformementauxnouvelles methodesIeprojetn'aboutitpas.2. Les loisactuellementenvigueurLes reclamations des Conseils generaux :allant crescen doausujetde la defectuosite despremiersplans etablis et desinjusticesreleveesdanslaperceptionde1'impotfon-

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360cier,l'Assemblee Nationale,surl'avis d'uneCommission, vota la loi du 7 aout 1850,relative aurenouvellement des pLanseadastraux.Cette loi decidaitquedansLouLecommunepossedantuncadastre dejaancien, ilpourrait etreprocedea sa revi sion et a sonrenouvellement, II surlademandeduConseilmuni,cipal de laCommunectsurl'avisconformeduConseil gener,al dudeparLement, alacharge parlaCom(Imunedepourvoirauxfrais des nouvelles operations.L'obligationpourlacommunedesupporter ila depense entiere paralysaIedeveloppementdel'entreprise.En1890, communes a peine avaien1. renouvele leursplanscadlas traux. La solution adoptee laissait done a desireI'.LeMinistre des Finances Rouvier jug-ea des lorsopportun,en1891,de confier a 1aCommissionextra-parlementaireduCadastre,dontnousavons deja parle, Ie soind'etudier 1a questionsous ses divers aspects. Lestravauxde la sous-commissiontechniquefirent ressorlirl'avantagepratiquede cerilains procedes, dont per sonnenecontesteaujourd'huilavaleur.Le specialiste i.e plus e,coutc, parmilesmembresde cette societe eclairee, futM.Charles Lallemand, alarsingenieuren chef des Mines,aujourd'huiinspecteur general bonorairedes Mines,membredel'Institut.Diverses en
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361 Des essais surles modes' de leve montrerentqu'il ':f avait intereta assortir lesmethodes aux: particularites geo gmphiquesdes differentes regions. Lamethodedirecte desalignemcntsfut.comparee au procedetacheometrique, toutnouveau arepoque. Lesdeux:moyens donnerent des l'esultatsequivalenLquanta la predsion des plans.L'usagedu tacheometre permit "!-meplus gr,ande celerite dans les regions accidentees. Afind'etudierIeproblemede la refection ducadastredanstous ses details,M.Lallemandfut charge deconduire lui-meme uneexperience it Neuilly-Plaisance,communede Seine-et-Oise.Ladirectiondecetravailpermit ,au savantdemettreaupointunemethode la fois precise etaccessible.Ilestunprincipequi enonce quechaqueoperationdoitsecontrolerelle-meme,enfoi de quoi lasuivantenepeut abordeequesi celie qui la precede s'est reveleeexade.M. Lallcmandvoulutque cette regIepresidat auxtravaux leg plusdeli-cats, comme h triangulation,lapolygonation, leleve des details, etc... L' ensemble des rcsultats obtenusapportalapreuveque (;'eiaitEl la vrraie formulequel'art deli-cat ducadastre exigeait. Lesavant-projets e1aborespar la Commission extrapadementaireduCadastrene reyurent pas de sanctions le gislativesimmediates.Maisuneloid'attentedu17mars1898mit.cependant tl profit les resultats acquisparIa Commission, enpermettantauxcommunescadastrees depuis30ansaumoinsderenouveler,leur cadastre. Il futentenduque les depensesseraientpartageesentrel'Etat,IeDepartementetl,aCommune.Cette loirendobligatoire ladelimitationdes proprietes, maisIebornagereste facultatif. Elle prevoit aussi Ia conser vation des plan"dr;;tdIe fait :'lIpp0l'lcr les fnaisa Iacom24

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-362-mune.Enapplication de cette loi,.un decret du9juin18g8 crea au Ministere des Financesunservice dit duHenou vellementoudela Revision et de la ConservationduCada3tre n. Vneinstructiondu30 decembre IglO,sur fexecution des tl1avaux, codifia sensiblement la methodepreconisee parM..Lallemand..En deux lois fondamentales,Ilapremieredu 7aout 1850,la secondedu17mars18g8,regissentenFrance lamarchedes trava.ux oadastraux..Lesoperations de renou veHement mailheureusement sepoursuiventde fal;O:Il frag mentaire. Lescommunes,en general, reculent
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363-17 mars18g8; dans tout Iedepartementde la Seine.LeConseil general s' estsubstitueauxcommuneset regIe les depenses., Lamethodetechnique empl.oyee estcelledesalignementsetdes ,coordonnees rectangulaires. Sauf deDarese:x:ceptions, les trav:aux deterrainet de calculssont confiesit des geometres ducadastrequisontrecrutesparconcours. Lestravauxde veriHcationincom bent it des inspecteurs. Lestravauxde dessin, dereportJllplanfontl'objetd'un procedespecial: la gnavure surzinc. A il'aide des elements calcules et communiques parIe ser vice technique(coordonnees dessommetsdecheminementet des tetes d'alig'nement),desgraveurs specialises dessinentetgraventIeplan a l'enverssurdes feuilles de zincprealablementenduitesd'une cOliche uniformed'un meibnge dejaunedechromeet degomme,arabique.Lezinc subitensuiteunepreparationspecialeetest encre. Les epreuves definitivessontd'une purete etd'unefinesse aux queUesnesauraientatteindreles proeedes ordinaires. La matri,ee en zincpeutsupporter,en outre, toutes les correc tions necessitees parla mise a jourposterieure des plans. Les tmits sont brulesa I'acide et ponees. Lagravuresurzincpermetde l'eproduire, sanslimitedetirageet sans ,erainte de deformation oud'usure,deparfaits exemplairesduplan.LeServiceTechniqueduCadastrelapufairetirerdernierement les epreuves d'une ,commune gravee il ya plus de 25 ans(I).DansIe de partementde la Seine, les divers servi,cestechniquesou(I)Bulletindusyndicaldes Geometres duCadastre,Paris 1933, page 55. (Extrait d'unarlieleintitule:La Gravure !les PlansCad astraux).

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364administratifs, les societes privees, les particuliersontsuapprecier les avantages de ce pl'Pcede ingenie:uxquipeutservir a la confection des plans les plus varies d' des, plans d'alignemenL, etc ... ) Cesoinqu'onapporte a Il,aconservation de la oarte ca dastralen'est pas supel'flu,quandonsaitIe degrepre ,cision auquelpeuventaboutir les resultats des geometres. Cesfonctionnaires emeriLes prennent La.pejne de re1evergraphiquementtoutes les surfaces des unites foncierE;\s, soil,.enles decomposantenfigures simple!1, soitenseservantduplanimetre. Fideles a Ila methode LaUemand,ilsvainquenttoutes les difficultes..EI.les neleursont pas epargnees dans cette region, qui serrede pres P,aris, OU les terrainssemorceUent, s',enchevetrent, et les construc tions s' edifientchaquejourdavantage. Seule, la defectuosite des lois actuelles empeche leurs tl'avauxd'unevaleurtechnique de $ervir de preuve irrefmgahle en justice. Le cadastre franQais, pl'ace sousIe controle du Ministere des Finances, satisfaitd'abord des fins fiscales.11estdepourvud'autorite legale etnepeutlierIetribunal appeleiJ. sepr.ononcer SJ.lr la ,contenanceoula formed'une propriete. Ilya la uneinconsequence re grettable .. C'est pourquoi, dansl'etudequi nous preoocupe, nousnepouvonsretenirde cette longue cxperiencequeIe cOtetechnique, quipourra etreimite ailleurs avec succes.4.. -Les operations successivesenvuedelarefectionducadastreNous allonsmontrer, a l'aidede croquis 'aocompagnes de commentaires, les phases suocessives des operatiQns ca dastrales, telles que la loi de18g8lIesprevoit.

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.365 -Nous 'Verrons comments'operela refection totaled'unplanancien,enprenantcommeexemple celuid'unecommunedontIe.cadastreremonteaux environs de 1850. AuCaUl's de la demonstmtion, nous exposerons [e pro cessus des operations dansleurordrechronologique.

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-366-COMMENT A IREDELAPLANCHEIITriangulationsLatriangulation generale d'un paysrele:ve de lascience geodesique. Cette operation apourbutdedeterminersurle terri to ireuncertainnombredepoints eloignes lesunsdes autres d'unedistancemaximumd'environ 40kilome tres et etablis seulementenconsiderationde lalongitudeet de lalatitude.Lapositionrelative de cespointsresultedoncde leurscoordonneesgeographiques: abscisseet01' donnee. Suivantl'importancedes reseaux obtenus,ondistinguetrois ordres detriangulation: leIer,le2eetle3"ordre(Figure 1). Ce travailpermetd'aboutir a latriangulationcadas trale oude 4eordre (Figure 2), quis'appuiesur la; triangu la:tioh de3eordre.Les cotes de latriangulation cada
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!lUr:I!/_---+--=::::>._-27/ o Ylgtn-e3Chen l.l\1.ell1.cnt!;po1'1gcnctUl\ 1125

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-368-COMMENTAIREDELAPLANCHEIIIPlan cOJdastral (Loidu15septembre18)Cettefigure represente unplancadastraleffectued'apres les regles duRecueil methodique deI8II..Lacommune,suivantsonetendue,est partageeensections}),afinderendreplusfacile la cgnsu,ltatiQ.n desdocuments.Chaquesectionest a1ffectee d'unelettreetporteunnom.A l'interieur delasectionfigurentles lieux dits}),dontl'appellafionpopulairea generalement une provenan cehistorique.C'est d.ans ceslieuxditsques'inserentles parcelles ou unites cadastra:les. L' ensemblede ces elementscOl.1stitue. la MsignatiQ.n cadastrale, veritable etat civil delaterre.Exemple:CommuneX,section l1 diteDes Moulins}),lieu clitLe GrosBuisson parcelleN55..Au debut duXIX"siecle,la,triangulations'operaitcommuneparcommune,sans are confiee a des pecialistes. Ellemanquaitdoncde basesrationnellesetnepouvaitoffrir, a cause des areursimputablesal'inexpiTience desagentsd'execution,de garantie serieuseauxoperationsd'arpentage. Lessommetsdetriangulation11.'etaientpas bornes.Onn'enretrou've aucune trace dansIeplan que nouscommentons.Unreglement,qui pamt en1827,ameliorala situfl,tion enconfiant a des geometresspeciali.te la triangIlffitilln departementale. .... L'a,rpentage, d' apres laloi de18,se referait gi,ni.ra lement a la methode desalignements.Leplan etait d,essint par les geometres charges des operations de terra/inet sa precisionvariaitsuivant l'habilete des auteurs. Lenumerotage des parcelles serenouvelait a chaquesection. Leslimitesdes pa,rcelles,commeonIevoit,nesontpas materialisees pal' des bornes.La,limite portee auplancorrespondsouvent a lalimitepossessoire,c' est-a.-direa la li rnite deculture. Cette imperfectionexpliquela mefiance quelestribunaux con..s.erventa I' elld.roit des fournies pOJr lesplansde la loi de1807,encoreen JJigueurdans laplupartdescommunes.

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Planche IIIPlan.C a.dast," a](10 .1... 15 s."I.olT\1.ytla07). :: S?5{.!i./JJo n: iegWcior,",'c--.IS2 : .rs,3J.'fiG : St, :I: -7!Clt:!!l?'{il1.1--16',1So 111-----Ill; I _ir-----C5 r I 4-yt---;.o-'It<---(;'7---------"1 58 I 59!iOJ I J I r_o"" --.--------. I /j I-I iIII61 5 ectl.onA.f',"11 diteDes 1\1ouhm(Execute parM. Andre Lesca, geometre duCadastre, expert D.P.L.G.'

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COMMENTAIREDELAPLANCHEIVRefectionduCadastre (Loidu17mars1898)Laloidu 17 ma,rs1898,SUI'10,refectionducadastre, a prevu 10,delimitationobligatoire des proprietes. Lecroquis figure ci-contre a ele obtenuenajoutant dune reproductionduplanancien(Planche III) tous les details interessant laformedes proprietes en general, ycompriscelle desimmeubles batis. Onremarqueraqueto utes les routesetvoiespubliquessont delimitees, et leurs traces fixes par des bornes. La deli mitationdudomainepublicestduressort des autorites administratives.Leplancadastral ancien, (Pla1ncheIll),constitueparlui-memeunfonddeplanquipermetunereconnaissancesurplace desnouvellesdivisions et, par voie deconsequence,dumorcellementactuel de10, propriete. Lesnumerosdes parcelles sont de grandeutilite pourl'identijica'tiJon des terrains a l' aide des titres de propr.iete, surtoutdans les parties ruralesou les lignes dedemarcationentreles divers biens-fondsnesont pa-s toujoursapparentes.C'estd' apres lecroquis dedelimitationquele geometre etudiele ca.nevas depolygonation.Lessommetsde ce cane vas, appeles encoresommetsdecheminement,figurentsurce croquis.llssont materialises par des bornesd'untype specia,l,denommees bornes depolygonationn.Exemple:sommetNoI.Les geometres duCadastre retrou'vent, a l'aide de cotes de repere,10,positiondes bornesqui auraient disparua:ucours des operations, lesquelles sepoursuiventdurantplusieurs annees.SUI' chaque parcellesontindiquesles signes de delimi tation (bornes, clOtures, etc.), lesnomet adresse des pro prietaires,10,nature de culture et l' affectation des bilti ments.Ces diversrenseignementssontutilisespourl' eta blissementdes matrices cadastrales.Exemple:Surla parcelleportantanciennementles numeros 56et57figUl'ent, outrelesbornes et clOtures, les indications suivantes : Godet Edouard, Jardin, Maison etRemise.

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PlancheIVS/ :;2 D elimitatiol1Cadc-zstre(-.hoidull.!1d/,sJ898) Croquis de du"-s., J 'CjY!: I .....i't: I ...,9'S.(9 I ,III\I +Oat\V)" I. l II N...--..\ \ L------------1.---"-------(\--._/!;--tk ._-.--ct---.-NOI -------I ,0 '"T I .JC1oa'ec1E.
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COMMENTAIRE DELAPLANCHEV Cl'oquisd'Al'pentage.-RefectionduCadastre(Loidu 17 mars18g8)Lecroquisdedelimitation(Planche IV) sert de baseaucroquisd'arpentage.Cedemierreproduitseulementles donnees lineail'es. II estenrichide toutes lesdimensionsoucotes necessQ;iresa laconfectionduplandefinitif.Lamethodede lever laplusemployeeest celle des alignements.Lesinstructions ministerielles du decembreIgloenreglemententl'application.Cette methode s'appuiesurleprincipedumesuragedirect,lequelesteffectueensuivantde tres pres les detailsduterrain.C'est la seule fa 90n durested'obtenirpouruncroquisle ma:rimum de sincerite. Le geometre, par des calculs appropries,peutcontroler l'exactitudedesmesurages.IInoteSUT'lecroquisles dis tances partiellescomprisesentreles Utes d'alignement.Exemple:Entrelesdeux Utes d'alignement 415 et 416 la distancefournieparlemesurage(total des cotes partielles :Im.IO+ 14 m.70+10m.+.'.... ) atteintIIIm.go.Ladimensionainsiobtenuedoit, a la tolerance pres, correspondre a lalongueurresultantd'uncalcultheorique base surlescoordonneesrectangulaires. Cetteverificationsefondesurlefaitqueles Utes d'ali unement sont greftees surles cotes polygona:ux.Lalfigure3(PlancheII)signale lespoints415et416surles cotes decheminement27-MN1etNOI-N02.L'applicationde cette methode est facilitee parl' utili sation debaremesimprimesautableauxde calcul. Dans les parties a.ccidentees l'emploi dutacheometre, instrumentpermettantle mesul'Q,ge indirectdes distances,offredeplusgrandsavantages.Ce procede peutfortbiens'adapter att canevas depolygonationdontnousavons parle.

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PlancheV /3<> .,.,.--..-_.-.,._.-..--" I.. C1$. ... ,...130el ...,.;h I .""'.'. 'I-fX '. "'10 _.../fir7;/ .. <>"'Q:;.,-2:;,0 .. --r--<>...... rIIIIIIII ,. "'I-tl.... II (Execute parM, Andre Lesca, geometre du Cadastre, expertD,P.L.G.J

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COMMENT A IRE DELA PL4.NCHE VIPlanCadastral (Loidu 17 mars18g8) un est d' abord frappe pal' les qualites de clarte et de finesseque presente plan.Les operations successives,quiont presidea so,confectionetquenousavonssuivies dans les precedents commentaires,luigarantissent lemaximumde precision. L'elaborfl,tion de ce travail 11,'0, Cte possibleque pal' l'utilisation des cotes revelees parlecroquis d' arpentage (Plan cheV).A lorsquece croquis11,'indiquaitquelapositiondespointset leur distancechiffreeexacte sans se soucier desproportions,leplanci-contre, rappol'tea uneechellerigoureuse, respectetoutes lesmesures.II est purementgraphiqueetneretientqu.eles elements quientrent dans la desi gnationcadastrale.Delatriangulationet delapolygonationnefigurentplusquelessommets.Lesmatricules,commelesnumeros27(triangulation) elMNI(polygonation),sontabsents. Pal' contre,sontindiqueesles altitudes respectives dessommets.Exemple: 28m. 52, 29m.45,etc.Commeonlevoil, lesrenseignements reels ontrem place lessignesconventionnels.Les axes descoordonneessont representes sous laformereduited'unquadrilla,ge partiel.Lapresencedeces croi sillonspermet,parlasuite,unemise a joureventuelleduplancadastral.Ceplan,aux qualitis d' exactitude et de nettete incontestables,peut etre agrandipourservir a ma'ints usages.Encequiconcerneladesignationcadastrale, elletienttoujourscomptedes divisions territoriales (sections) et des appellations locales (lieuxdits).IInefautpas s' etonner si leschiffresquidistinguentles pa,rcellesse referenta unenouvelleserie. Leschangementssurvenusdanslarepartition des proprietis ontrendu obligatoireunnumerotagedifferent.

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Plan Cadastral1-Cia; du/7 Mars1898) PlancheVI I I III ",. 1 -14 .... J 1 I,IIIIIIIS IS 1713I EJ III jl IS=l--'--u29;]0.$@Edell" I 'm I.OIlOJ (Execute parM. Andre Lesca, geometre duCadastre, expert D.P.L.G.J

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5..-EtudesenvuesdeLa ,.e,visiQ.ndy, cad.ast/:eNous allonsmaintenantexaminerde pres unemethodedegrandavenir quiretintlonguementl',attentiondu ser viced' etudes pourla refection oulamise 3. jo:urdu ca dastre, cree auMinistere des Financesen1923. Cette me thpde fut miseaupointparIechefdeceservice, M. Rous silhe,ingenieurhydrographeenchef de la Marine. Il s'l3.git del'applicationde laphotographieaerienne 3. l'artdu leve deplan.Si,jusqu'au debut de,ce siecle, laphotographieest l'estee d,ansIedomaineagrementaire et experimental,eUedpu,ces derniers temps, grace auxprogres'de1ascience optique,agrandirsonchampd'activite. C'est ainsi quepurent naitre, avecleursapplications desormais consacrees dansl'ordre.utilitaire, lesdeuxbranchesde laphotogrammetrieetde la stereophotogrammetrie. La simplephotographied'unterrainnepeut! sans redressementtechniqueapproprie,conduire ,3. une repre sentationgraphiquedusol aussi precise que la figuration obtenueparles procedes ordilliaires. Mais nous avonspunousconvaincrequelIe leve deplan, 3. l'aidede vues zeni thales,pouvaitdonnertoute satisfactions'il etaitcombineavec uncanevas execute surIeterrainpardes topogr,aphe'3 experimentes. Aussinepeut-on s'etonner quelacontribution de laphotographieaerienneaux elements relevessurIeterrainetexploitespardes specialistes 'aitpulapportel'unenouvelle solution au probleme des leves de plans topo gmphiques3. grandeenvergure. Cettetechniquemoderneagranditchaquejoursonchampd'applioation,enr.aison desnombreuxavantages qu'eUe presente.EUepermetnotammentuneplusgranderapiditedansles travauxetlesrendmoinsdispendieux.

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Lapreparation dela photographie decomposeendeux opeDations :lOLaprise de vues, cffectuee pardes operateurssurdes avions specialementamenages. 2Larestitutiondes C'est a l'etudede seconde opemtion que M.Hous silhea sesmeilleurssoins. Apres ,cinq annees de patientesetd'essais, il estarrive a unappareilquipermetl'utilisationcommercialede la restitutionphotographique.Leprobleme it lrouverIe mecanismecapa ble de ,convertirune epreuve simple, negative, prise selonunaxed'uneinclinaisoninconnueparrapportau sol,enuneepreuvepositive,quirepresente l'imJ.geenplanduterrain ai'echeI.le desiree. L'imageobtenueavec l',appareil Houssilhe,quenousavonsvufonctionner,atteintparfaitement but,. Elle re 'produit enoutre, tres fidelemenl, tous les detailsduterraincomprisdans Leredressementphotographiqucdontnousvenons deparler,,qui est la base de la techniquede laphotog mmme trie,nes'appliquequesurdes vues aeriennesrepresentantunterrainplatoupeu La science delarestitutiondes estparvenueafaire mielLx encore. I1est possible de 'cOITiger al.a fois la deformation imputable :1 l'inclinaisondel'objectifetl'alterationprovoqueeparles a.ccidents dumodele. La de lastercophotogrammetrie, a laquelleondoitl'inventiond'instruments blescommeles appareils PoivilliersouWild(I),permetderestituerIe relief. Elles'appuiesurIe meme principequeIe stereoscope, qui apparaitreen saillie deuximages pla-(I)Les lIfaisonsPoivilliel'setWild.qui antexpose audernierSalondel'Aviation,nousant montre les I'ecen{s pel'fec!ionnements apportesa leurs appareils.25

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nesd'un meme terrainphotograpbieessel()11 axe& 'con vergents.Dansun 11apport date dUI9juillet1926, lVI, Houssilheapubliequelques resulLats obtenus gra,ce a l'applicationde cesmethodes a la sciencedu leve deplan.na dedare no :Onpeutadmettrequel'erl'eur reelle depositionen planimetrie,debarrassee deserreurspropl'esaucanev,as geodesique etauxmesures de 'controle, estd'environ0m.29 (a uneechelle de 1/1.000)))(I).En,cequiconcernel'altimetrie,onpeutladmettredansl' etat actuel de la question,quelameth()de photographique,avec redactiona l'echellede1/1.000,permetdedeterminerles ,altitudes a +0m.30 pres enmoyenne))(2),nconvientde faireremarquerquedepuis 1926,cesresultats, deja s,atisfaisants, ()nt ete ameliores. Nousreproduisons,ceschiffres paree qu'ilsnous fon deront a conseiller l'utilisationde lapbotographieaeriennedans [a ,confectionduplancadastralenHaIti. Les eCiarts signalesparM.H()ussilhe laissentuneprecisiongraphlquesuffisantepourla redaction deplans a des echelles del'01'drede1/200o.Ilyadonc intereta recommanderaux Etats,quin'ontpointencore de -cadastre, a faire executerd'abordunreleved'ensembledes proprietes aumoyendes procedes aer()-photo-topographiques.))Ces procedes peuvent,conduire,lavecbeaucoupplusde fidelite quelesmethodesanciennes, a larepresentation(I)H. Roussilhe:Refection du Cadastre avecIeconcoursdeLapho tographie aerienne,.Paris1926,page32.(2)Idem,page29'

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-dureliefpardes courbes de niveau.L'avantagede la pho tographieaeriennes'affirmedonc encore plus dans les re gions montJagneuses. M.Berget,qui'confinnenotrepointdevue.,fait remar querque(( c' estsurtoutaux colonies que latopographie,((aerienne a songranda venir .,.. Grikea,Ja pbotogra((phie, affirme-t-il ailleurs, iln'y,auraplusnideserts!ni(( tropicales,nimarecages reputes ina,ccessibles,ni((montagnesinfranchissables,etles delimitations des fron(( tieres, si delicates et si penibles dans'cesregions inhos ((pitalieres, seferont,avecrapiditeet avec exaditude (I).Dnemetbodepareille seraitLoutindiquee,selon n()us,en HaitiOU Ierelief ,esttourmenteetun grand nombredehauteurscouvertes de tres richescultures.Dansunpays deja pourvudeplanspareellaires, l'interet o'ffert parcettemethodemoderne apparait beaucoupmoindre. Voila pourquoi dIe estpeueonseilleeauxEtats qui possedentun,cadastreancienetlimitentleurambition <1 I ',ameliorer. Eil Franceonnel'a guere appliquee quepourdes es sais deremembrementde I.aproprietefonciere. Dans les Ardennesnotammentelle a donne de tres bons resultats.Les premieres operationseurentlieuenmai1928.Lelever execute portaitsurIe territoire de 8communesdela region del'Argonnes'etendantsur6000hectares pre ((senLant de fortes denivellations et denombreusesfo(( rets (2).(r)A.Berget,Pwfesseur il l'InstitutOceanographique. Topogra phie,Paris,page292.(2)M. E'.Damuz:eaux: Leremembrementde la propriete fonciere dans lesArdennesenapplicationde/(/loidlLIImars1919,Sedan1933,page2g.

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-380Npus etudieronspluslonguementdansIeprochaincbapitreIe role importantque sprait susceptiblederemplirlaphotographieaeriennedans .r etablissementdu oadastre en Hai:ti,OU les terresn'ontj amais fait l'objetd'.un relevegeneralprecis. Pourrendrealors plus notredeveloppement,nousl'illustreronsd'unesuocession de cli ches appelee a demontrercommentonpeutdresserunplancadastralen partant d'un leve. photographiqueaerien.6,.-Le cadastreenAlsace-LorraineEn 'Alsa.ce-Lorraine les operatiom derenouvellementduCadastresontregiesparl,aloiallemandedu31mars1884,maintenueenvigueur apres Ie reto:ura la Franee. Bien quecetteloi .concerne egalement '1a revisiondu Cadas tre,nousnousentiendrons icia son l:eno!vellernent, paranalogie avecl'operationdu meme nomeffectueeenFranceSOUS .Ja loidu 17 mars18g8.Nous avonsmontre,dansIeCOUl'Sde cet ouvrage, ,com, mentl'Allemagne avait organise sa publicite. fonciere. Nousrappelonsque .J'inscription aulivre foncier Sianction ne,enquelque ;;orte, l' etat civil des terre8. Chaque par,celleyest designee de ;1afayon laplus precise, danslescas,dnmoins, ou cettedesignationse rejere au plan cQ,dastral re, nouvele.La loidu31mars1884s'exprimeainsi dans son article15I,:{(Avantd'entreprendrel'arpentage,les Umites detoule{(naturedoivent, dansl,amesuredes besoins, etre mate {(rialiseesd'unemanieredurable, soitaumoyendebornesenpierre, soitpard'autresmarques,'conformement aux{(instructionsduDirecteur. Lescommunessonttenues de {(hornerles limites des Heux dits et les limites decommu({ne8. Lebornagedes voies de ,communication in.combea

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-381-leurs proprietJaires ; les fmis debornagede to utes au' tres limites sont a lachargedes proprietaires desimmeubles. II est procede d'officeaubornagedes proprietes quin'auraientpas ete borneesdansIe delai fixe.. Lesproprietaires sont tenus desupportersansindemnite,lesbornespl'antees dans leur propriete. ))Dans les articles suivants, la loi a prevu lesmoyensnecessaires pourassurerauxdesignationetcontenanceca dastr,alesune eXla!Ctitude mathematique.L'article19,parexemple.prescritl'inscriptiondes cotesd'arpentagesurlesnouveauxplans,cadastraux. Les methodes employeespouraboutira'uneprecisionmaximumsontcelles des alignemcntset des coordonnees rectangulaires.Lestravauxd'artsontconfies a des geometres fonctionnaires et a des dessinateurs.Les surfacessont calculees trois fois avec Ie plusgrandsoin.Chaque calcul decontenanceest effectue l'aide des mesures prisessurIeterrain,les elements complementaires ellant recueillisgraphiquementsurIeplan.L'article 26 donneuneconsecrationjuridiqueaux re sultats obtenus. II dote,eneffet, de la for,ceprobanteles limites de propriete figurecs aux planscadastrauxrenou veLCs, c'est-a-dire bases surunnouvel,arpentageparcellaire.'Lesplans,cadastrauxsimplementrevisesn'ont,commeI'anciencadastre franyais, aucunevaleurjuridique.Lesarticles 69a 56 niglementent les modalites relati ves a laconservationducadastre. DansIecas OU de nouvel les Ilimitesviendraient aetre cre.ees dansles communef; dontlesplansont ete revises, l'arLicle52precrit d'etablir desesquisses.))Ces esquissesindiquentIemodededivision deIla surftace cadastraleetla position desnouveUes limitesd'une maniere assez exactepourpouvoirmettreau courant lesplanscadastraux.))

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.382 -IIconvientdenoterIeparallelismequiexisteentreles methodes techniquesemployeesenAIsa,ce-Lomaineetdans Ie reste de laFrance.Seules, nous raYOnS indique,les lacunes des !lois franyaisesen Ie ventauxplans,cadastraux denotre pays l'lautorite conferee auxplansdes departementsrecouvres .. SECTIONIILECADASTRE EN TUNISIE I. La loi fonciere de1885.Leservicetopographiquetunisien estcharge del'ap plication de la loi fonciere de1885.Nous savonsquecertai nesmodalites decettelegislationpriverent "un grandnombrede proprietes desav,anl1agesde l'immatri,culation. Avant 1892,Ierequerantnedevait-il passupporterla tota lite des frais oocasionnesparles operations preal1ablesa
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-383-plus 1e budgetquel'immatriculationdureraplus long temps.Maissurtout1'indecisionqui subsistesurlagrandemajoritedes droits de propriete danslaRegence pese lourdementsurla miseenv'al-eure-conomiquedupays.Avantd'amenerla propriete indigenedevantIe TribuWl.l Mixte, ilfautprojeterlalumieresurles tenebres quiobscurcissentsa ,consistancejuridique,degager ce qui,dans'la,confusion des droits existants,peutdevenirIepointde(C depart d'unesituation claireetneUe(I).M.Baronnat,commeonIe voit, faitIeproces de la me thodequela,loide1885a essaye devulgariserenTunisie. NousaVOllJSmontre deja les defauts d'unpareH systeme qui, enretardantla genenali,sationdunouveauregimede publicitefonciere, repoussedu memecoup laconfectionducadastre. -Le decretdn 25mars1924Les Pouvoirs publics ont aper9u les consequences fa -cheuses quipouvaient re-suIter d'unepareillelenteurdansl'etablissement des plans des proprietes tunisiennes.Aussi ont-ils decide de tent.eruneautreexperience.Un rlecret du25mars1924 a ordonnel'executiond'uncadastred'essaiportantsur20.000hectaresenvirondans la region deTebourba.On a procedea la delim italionet aubomagede tou les les proprietes. Unecommissioninterrogeait'lesoecu(l pants, procedait.<'t l'estampillageet a la reconnaissance(I)Extraitd'unarticle de J3al'Onnat surlesLivre foncieretCa dastre en TunisiepublieparIeJournaldes Geomel.res Experts fran t;ais )),octobre 1933,page579.

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-384-des titres produits.Unplana ete dresse. Unmagistratdu(Tribunal Mixte rempJissait les fonctions decommissaireenqueteur,determinaitles parcelles contestees etlanature des revendication-s, s'efforc;antde provoquerdestran Siactions. Le Commissaireenqueteurrccueil'lait 'en meme tenipsles requisitions d'immatl'i,culation desproprietaires de.si reuxd'obteniruntitrefoncieret instruisait surplaceleursdemandes. L'immatriculationetait prononceedirec( j,ement si l'affairene,soule'vait pa,s de difficu:ltesousoumiseauTribunalMixtedanstous lesautres cas. (Lesresultatsont ete tree satisfaisants. Lagrande ma joritedesproprietairesestvenuespontanement a l'immatri,culation. Dans,certainssecteurslaproportiondesparcellesnonimmatriculeesest infime.))(La ,reconnai,ssance des limites des parcelles a entralne (ladelimitationdetoutcequiestDomainePublic,OuedMedjerdah,Oued Chaftou, Routes, pistes, etc...etl'onaprofitedecette opeDation pourporter a 20metreslalargeurd'emprisedes routes degrandparcoursetdemoyennecommunication.Enbornantles pistes,ons"est attachea ameliorerleur trace.Leleve d'unterrainaus,si moreele etdebornesaussinombreusesrepanduessurnnesurfacerelativementpetite'amultiplie les observationsd'anglesetleschalnagesdansuneproportion teJlle qu'il y a affluence ducontroleetqueI' existenced'uneerreurde leve est a peu pres impossible.Despointsde rep ere nombreux,soigneusementma c;onnes, permettentde retabHr rapidementetavecune( tres grande precision toutebornedispa,rue.Toutes les bornesd'ailleursontdescoordonneesnumeriques;cequipermetuncal
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-385nanc-es etnn rapportprecisa n'importequeUe echelle. (Leplan cadastral d'ensembleest effectue au1/2000.L'essai deTebourbaaparusuffisammentprobantpourqueles operations cadastrales soient poursuiviesetun decrret du18juin1930ordonne 1'execution duoadastreduCaIdat de Medjez-el-Bab toutentier(240.000 hec tares)(I).D',autrepart,IeGrandConseil a vote enmai1934un credit pourl'emploide laphotographieaerienne a lacontinuationducadastre. Notons quI" lesmethodesde leve employees enTunisie sonlcomparables a celles utilisees enFranceeten .Msooe Lorraine :triangulation,cheminementspo'lygonaux, etc ...Les plans sant rediges pourlaplupart a l' echelle de1/2000etles surfacessont cakulees parcoordonnees.11 resulte de oet exposequel'Administrationtunisienne, edairee surl'insuffi,sance de'laloi fonciere de1885,semble setourner, avec vel'Sla realisationd'unpllan cadastraljuridique.Cette reuvresemaccomplie Iejour ou tous les pmprietai.res aurantfait procedera l'immatriculationdeleursimmeubles.Or,on peut.avancer quelesinscriptionsaulivre foncier se genera'liseront beaucoupplusrapidement lorsque Iecadastresera etabli. Carc'estla necessiteou setrouveIerequerantde faire dresser sous sa responsabilite,enquelquesorte,Ieplancontradictoiredesa propriete, qui represente l'obstadeIe plusgrave a l'ap plication de1a loi. (I)Exlrail de I 'arlicle de Baronnal, precite. Page 579.

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-386-C' estl'exemple des efforts tentesenTunisiepour as seoirIeplusrapidementpossible Ie regime del'immatricululion fonciere quinousaguide,nousl'avonsvu, dans l' etude d'une reforme deLalegisl'ationimmobiliereen Halti. Nous saisi'ssons ,cette occasionpourrecommander,une fois deplus,lau Iegislateurhailien, de suivre attentivementl'evolutiondes methodes eprouvees dansnotre pro tectorat. L'organi'sation de Ia propriete,lA-has, surcette terrefertiledel'AfriqueduNord, devratout a 'I.'observationdes faits, a la rea,ctiondumilieu.Quoide,meilleurqu'uneleIle formule, qui semouledansIa realite, pourservirde modele ala.S'agesse des autres peup'les P SECTIONIIILE CA. DASTREENSYRIENous voulons iei presenterquelques observationssurIe cadastre en Syrie,parceque ee pays se prete depuisunedizained'annees a une reforme foncierepresentantundou ble interet juridiqueettechnique.Cette reforme, eneffet,s'inspiredel' Act Torrensetse refere, encequi concerne l'etablissementduCadastre, auxprocedes seientifiques les plusnouveaux.. Lestravauxde -confectionducadastre, commences vel's J!:p5, sepoursuiventregulierementdansdes regions alIIn diversite des usages reflete'1a 'confusion des .civilisations et des races. Sous la diredioneclaireedp.M.; Dumffourd, Rc gisseur destravauxduCadastre des EtatsduLevant.on procede aux operations suocessives del'aborncment general,duremembrement,de la redaction desplanscadastrauxetdulivre foncier.

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Aufuret a mesuredes besoins, des planssontrapidementetablispourservirauxameliorations agricoJesou a I' extension des Les operations cadastraiessontappuyeessurunetriangulation generale. Descroquisetablis a l'aidedephotographies aeriennesserventa Ia fixation des limites des pro prietes et a laredaction des proces-verbaux dedelimitation. Idfaut noterque,cescroquissontobtenus,sanstoutefoisdonnernne precision absolue,parsimplelagDandissement des diches photographiques.CemoyenneIaisse pas d'etl'erapide ,eteconomiquepourles besoins demandes.Par suite, les limites desterrainssont bornees, puisreleveesau tadleometre.Les pLans etablispardes procedes ordinaires dereportparcOOl'donneesnecomportent,audebut,que Ies indica tions deslimitesde propriete. Les details devanty figurersont reveles rapidement,sansIe ,concoursdu geometre, parlarestitutiondes cliches photographiques (procede Rous sillle). Ces diches,agrandisa l' echel1eappropriee, se pre tent tres bienautravail decompletage))de Iaminuteduplan cadastral. Lorsque cedernierplanest !acheve, les surfaces des unitesfoncieres sont caJ,cu'l.ees, afin queI,acontenanceexacte puisse figurerdansladesignationsur!lesnouveauxtitres de propriete. Ces titressontetablisendoublepourconstituerIe livre fonciera feuillet reel. M.Duraffourd dirige demaindemaitrela preparation elu cadastre syrien. Dansunrapportqu'ilfaitparaitre chaque ,annee, ilexpose les progres de l'reuvre dontiIportela responsabilite. C'est ,ainsi quetoutIemoude estameme d' apprecier,ses efforts.

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-388Quand ilfut il ya quelquesannees,auJournaldesgeometres,expertsettopographes ,Ie gene ralPerrier, geodesienrepute, tint a signalerpubliquementsesmerites:Si vous etudiez deplus pres les I1apports annuelsdeM.DuraffoliJrd, dit-il, vous verrezqu'auLevant,malgrel'etendue, la portee ctla ,complexiU: destravaux techni ques ducadastreetdes reformes foncier.es, I'heureestproche OU les efforts faitsproduirontles efiets escomptes. DansIe domaine quiest Ie sien, gra,ceasa tena,cite,a sonenergie, a sacompetence,M.Duraffourda rempla,ce Iedesordre,ou plutot Iechaostur,c,parl'ordre la Cen'est pas un minceeloge qued'avoir realise ceprogresdans ce pays, malgrelesdiffkultes inherentes a Ia situation d'Etatssous mand,at.Etj'ajouterai,commeopinionpersonnelled'un geodesien, qu'undestitreslesplusserieux deM.Duraffourdestd'tavoircomprisintelligemment des lesdebutsquelatriangulation cadastmle (edoit former unensemble homogfme, appuyesurIe reseau dupremier,deuxieme et troisiemeordredetriangulation genel'ale dupays, Ietout oalcufe dansun systeme deprojectionunique.Cet exempleduLevantpourrait etreme ditepard'autr,es pays,nonsans y soulever peut-etre beau,coup de regl'ets (I).Le general Perrierfait a'llusion dans ,cepassage de son expose a l'unedes phases lesplusde'licates des opem.tions cadastrales.La surete avec laqueUefut executee cette pa.tic (I)Discoursdu geooral Perrier,parudansIe.Tournal des Geome lres experts el t.opographes fran(fuis )),enoclobl'e 1931, page 523.

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-,-389 -duprogramme, it eUeseuIe, pouvait faire aug-urerdusuc ces.Mai.s ilest certJain quela r>apidite, qui caracterise 'I.'ensemble des trl1v,aux,tienta l'appuiapporteparles vues ae riennes.SECTIONIV LE CADASTRE AU CAMBODGENousnevoulonspaste,rminernotreenquete sur blis,sement desplansoadastraux it l'etrangersansparlerd'une these surl'immatriculationfonciere l'a propriete individuelleauCambodge,soutenuecette anneeit la Faculte deDroitdeParis parM.Hene Morizon. L'auteur,consacre la troisiemepartiede son Iaconservation carna.stra,Ie, cequi le ,conduit it parlerlonguementde 1'applicationauGambodge de laphotographie aerienne.Apres lavoir expose lamarchedestravaux SOllSl'anciensysteme, il defend les methodes nouvelles dans lestermessuivants :Le system.e des levers it terre,Ie'seul connu avantlaguerre,avait l'a'vantaged'utiliserunmlateriel relativement peu couteux.navaitpar,contrel'inconvenientd'etrelentetimprecis,d'exigerdemultiplesoperationssurIe terr,ain et denombreusesetf,astidieuses veri fica tions.Aussin'est-il pasetonnantqueIeservicegeographiquedel'armeeet Ie servicedu,cadastreetdeilatopographieaientsonge,entirantpartides le90ns deLaguerre, a utiliseI'pourlacartographieet Iecadastragelaphotogra-

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39-phie ael'lenne qui,avaitrendudesigrands services 10rs del'etablissement desplansdirecteurs.En1920,profitant deil'installation enIndochinedel'aviationmilitaire,IeGouvernement general tenta une experience dephototopographiedansles deltastonkinoiset ,cochinchinois. Les essais furentparticulierementheuC(reuxetl'onputadmirer,avec quelle aisance les paysansannamitesdesdeuxdeltas reconnaissaient leurs rizie (res(I)..LasuitedUJtextemontreque ces procedes ont ete gene ralises. Appliquee auCambodge,l,aphototopographiecom-porte septordresd'operationsI0La pri,se de vue. 20 Ladelimitationintf'fcommuna1le. (3 0 Ladeterminationdes elements de restitution. !lO Leredress'ement.(5La de1imit,ation par,cellaire (revision des epreuves ( redre;;;sees, identiteet,completage).((6 L'etablissementdesmappescadastra'leset.des lcvel'Scomplementaires.70 I.ecaku1 descantenancespar,ceUaires,l'etabli,s((sementdes documents administr,atifs,l'enqueteet lapublicationdes resultats (2).Dans les regions couvertesparla brousseoula foret, lesterrainsontunevaleurtropminimeetmeritentmoinsde soins. Aussidansces part.ies desheritees denotreprotectorat.lamethodequivientd' etre exposeen'est que partieUe(I) Rene Morizon: L'im1nalriculalion fonciere dela propriete indi viduelleauCambodge,Paris 1934, pages 139el140.(2)Idem,page143.

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ment,appliyuee. On etablitalmsdesplansparcellaires expe dies. Lesmehodes de realisationsontdans Ce cas fortsimplifiees Onreduiteneffet 'la determinationdes reperes derestitution a ladeterminationde quelquespointspourunensemble des cliches (1).De toUitefa;:on Ila synthese des opeIlations appelle la col laboration etroite de deux elements, l'aviationmilitaireou civileetles geometres, qu'ilsappartiennent a une priveeou au s'ervice of fide!' UfautsignalerqueIeplandedelimitation re.alise en completantet en precisant Ieplanphotographiquedonne, 'it lui seul, tous les elements devantservir a la designation desimmeubleslors deleurimmatriculahon.Au Cambodge,cen'est qu"au coursde cette formalitejuridiqueqUi'ilest procede aubomagedes unites foncieres.M.Morizon,devant'lesresultatsobtenus grikea l'applicationde la photoLopographie, fonde degrandsespoirssur'l'avenir de ,cette science toutejeuneencore. Bien qu'eHe soitbasee,commelatopographieclassi que,sur une triangulation prealable quipeutparfoisCOffiporterdeserreursd'anglesoude o}ongueurs, eUesetrouvepraLiquement a l'abrides fautes ,comniisesparles brig'iades operant a terre. Les inexa,ctitudes apparaissentautomatiquement,eneHet, dans'ladeterminationaud,ans Iereportdes pointsdu,canevastriangule.D'autrepart,commeIe procede severifie en quelque SOl'le parlui-meme,il evite au geometre des controles et des recoupements fastidieux,et a ,l'administration des ve(1) Rene Morizon:op. cit.,page 149.

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rifkationsIongues et dispendieusesquinepermettent pas (,d'affirmerqueIetravail delivreest exemptde fautes)) (I!. Lecommentairede M. Morizon noll'S convainequel'ex perience tentee auCambodgeest,en ronne voie de reussite. Danscepays,commeenSyrie,s'affirme tous lesjoursl'in teret quis'atta-ehe a l' exploitation de laphotographieparaviondansl'entrepriseducadastre. II est impossible;austade actuel de la science, de trou 'veruneformuleplusheureuseque combinaisonde ces deuxarts: la photognaphie etlatopographie,quisesontrencontres,malgredes originesbiendifferentes,dansl'une des brancheslesplusimportantesdel'amenagementdes richesses foncieres. (1) Rene Morizon:op.cit.,page151.

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CHAPITRExiSonadaptation Nous ,allons degager, a present,des diverses methodes utiliseesa l'etrangerpourl'execution des plans cadastrl3:u.iC, les reg,lestechniquesselon lesquel1es pourrait etre etabliIe;cadastre haltien. Parmiles specialistesquiont donneleuravis sur la question,M. Louis Roy,ingenieur diplome del'Ecole Na tionaleSupcrieuredes Mines de Paris et Directeurde 1'8cole des Sciences Appliquees dePort-au-Prince,estl'undeceuxdontla parole fait autorite. Dans les diversrapportsouprojetssur 1e oadastredonLil est l'auteul', il s'esttoujourseffor ce debienfixerIeprobleme.Voicirunedes conclusionsd'untexteimportantqu'ila soumis depuispeua:uGouvernement:Leprincipeduprojetde oadastre fixer lesparcellestantparleurposition queparleursdimensions.C'est ace resultat que devrontabouLir les operations geo metriquesoutechniquesavecune precision tellequ' a n'importeque'!momentilsoitpossible deretabliravec,certitude ,surIeterrain d',apres les titres, les limites qui('viendraient aou quidonneraientlieu a descontestationsH.End'autrestermes,M.Roy estpartisande la confec tion d'unplandontlesrenseignementsauraientfor,ce probante.C'est ,ainsi ega']ementl1lle nollS avions defini les oa26

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.394 -tacteres du,cadastrepossessoil'e,dontila eteparledam l'avant-dernier ehapitre. Ce principe directeurnous g-uidera dans 'les sugges tions que nousvoulonspresentermaintenant.SECTIONIL'ETABLISSEtvIElVl'DUPLANCADASTRAL H n'entre pas dansnos vues, ici, d'enumerer Ie detail de to utes les operationsqu'exigeuneparemeentreprise.Cesoin,dureste,n'appartientqu'auxtechni'ciensdu pays. Pourresterdansl'espritde eet oThvrage,notreeffort se resumenaaenoneer lesprincipes essentieJ.s quidevront, a notresens, presideI' a l'elaborationdu cadastrebaltien. I .. -La division tel'l'itol'ialeSur'Iemodeledel'organisationcorrespondante en FranceetenAlsaceLorraine,ileonviendraitd'env l&agel en Hatti unedivisionterritorialepermettant, sur les deuxplanstechniqueetjuridique:lOdesectionnerIetravailparetapes ;20dedesignerplusbcilementet avec Ie maximumde precision tous lesimmeublesduterritoire. Sans ,cesser de respecter,d'une manieregenerale, jadivision de:la Hepubliqueen departements,arrondissementset communes, ilseraopportunde creer, en derog-eant parfois ,auxlimitesadministrativesJ,Iedistrictcadastral, qUli :correspondra 'a unarrondissementtechnique.La .com munehaltienne,quiestbienplus vast'e que lacommune fran<;aise, ,cir,conscrira plusieurs sections.Chaquesection sera subdiviseeenlieuxdits(I),pourpermettreensuite dedeterminerl'unite fonciere etIta par.cel'le. (I)Laplupartdeslieuiditssc superposerontauxancienneshabi tationsll.

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39 5 2.Les principes it observerI.-L' etablissementduplancadastral devra etre pre cede del'applicationd'unprogrammedetriangulation generale surtoutIeterritoire dela Hepublique. Lapremierepartiede,cesoperationstrigonometriquesa ete entreprise,ainsiquenousnousensommes assure d,ansIechapitreVII gl'ikea lacartereproduitesurlaPlanchel.Latriangulationde premier ol'dre estcertainement achevee aujourd'hui.11reste a completerIe reseau. 2.-La methode des coordonnees rectangulaireg serapportant u des axesbiendefinis (meridiensetparaUeles),te11equenousl'avons exposee dans Iedernierchapitre,devra etre gener,alisee. E'lle assure d"excel1ents resultats pouruneoperationd'ensemhle.3. Danslechoixdes procedes de lever,ilnefaudrajamaisperdrede vue les facteurs locaux : a,ccidentatipn,morcellement,natureet riches8e descultures.L'etude geo logiquedusol de,La Republique,OU no us avons glane de precicuxrenseignemenlsdans,Iepremierchapitre,fournira u cesujetde tres utiles indications.IIpourra etre 6tabli, ens'inspirantdes besoingdecha que ,contree,untableaud'avancementdes troavaux quiper mettria de satisfaire,enpremierlieu, les regions quisouffrentIeplusdel'absenced'un re'leve des terres. Les echeUes desplansserontvariablesetse refereront:t la valeur rela tive des terr,ains.(I. -Dans les parties aocidenlees, quidominenten HalLi, les ,courbes du niv,eaudevront panaitre surles plans sans ,cette figurationdurelief, Ia ,cartedonneraitunefausse representation de la realite.

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396 5. POW' faciliter Ie controleaucoursdel'entrepriseetmaintenir intacteJ'armature duplan,les canev,as poly,gonauxrattaches'a latriangulation genera1e seront mate ri,alisespardes bornes. S 3. Lepersonnel d' execution L'execution de la reforme fonciere, meme dans sa phase prepM'atoire, devra etre une amvrehaitienne,. Certaines operations de releve rapide,quinecessitentunoutillage perfectionne,pourront,sans inconvenients, etre confiees a des specialistesetrangers. Les prises de vuesparaviontombentdans cecas, Mais des qu'il s'agina detravauxplusdeli'cats,qui in,teressentJa forme, 1a ,contenance, laconditionjuridiqueapparentedesimmeubles,,c'estaupersonnelindigenequ'ilfaudra faire appeI. La delimitlation et Iebomagedes pro,prietes incomberaiental011sauxingenieurset geometres dupays. Les arpenteurspublics, installes dans des regionsquin'ontpoint 'de secretspour serontconsultes avec pro, fit. Leur concours adifdevflamemeetre envisage. II va sans direquetous 'les tl'avauxadministratifsquisuivront l' effort technique, 'comme la conserv,ation cadas tra1e,parexemple, devl'ont,au meme titrequel,a proce dm:ed'immatriculationetlaconservation fonciere, rentrerdans les prerogatives de fonctionnaires haltiens. Cette ,conditionsera f,adlement rempliedans l'enat d'independancebureaucratique ou setrouve actuel1ement la Republique. L'E,cole des Sciences appliquees, attachee depuis trois ans a la Direction Generale des Travlfl.uxpubHcs, forme desingenieursde v,aleurquioffrentleurconcourS,ala suited'unescolarite dequatreannees, dans les diverses branches del'activitenationale. F,armi les professeesdans

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cette Maisonfigurentles (Complementsde geometrie, }Ia((Trigonometriespherique,la Geometrie descriptiveetco(( tee,la Topographieetl'a Geodesie (I).Untel enseignementpreparedeshommesquiseront 'a leur place dans laconduitedestravauxcadastraux. SECpON IILACONTRIBUTION DR LA PHOTOGRAPHIE AERlENNEI.-Sa justificationAu COUl'S denotreexposesurlesmethodessouvellesintroduites a l'etrangerpourdresser Iacarte ducadastre,nousavons fait ressortir RW1Jlltages de laphototopographie. Cetletechnique, qui pe11met uneeconomie detempsetd'argent,serecommande U tausles pays neufsauauxEtats quinepossedent pas encore de ,cadastre par,cellaire.Enou tre, elle estd'unegrandesouplesseetse prete, selon les situations, destravaux comp1ementaires rapides,peudispendieuxou,aucontraire, f1 untraitementsoigne,minutieux.En HaYti, certaines considerations localess'ajoutent a ces raisonsd'ordre general. Leterritoire est relativementpetit etpourrait etre photographierapidement.Laprisede vues etreindraittous Ies detaHs dela vegetation et de la cul ture, meme lauxendroits diffidlement penetr.ables OU Ie tra vail desarpenteurs'seraitpresqueimpossible. Les regions ;Iccidentees, quiimposentde rudes efforts ,auxagentsqui mesu,rentsurpIa,ce,seraientphotographieesaussirapide men! que les plaines.D'autrepart,sous les tropiques, les(I) EXI",lil d'un rapport SUI' 1,' ((Ecole des Sciences appliquees ')11(' nOlls a l'emisM.l'Ingenieul'Louis Roy, direct.eur decet.t.eEcole.

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-398 -limite'S deculture,quisantsouventles limitesposses soiresn,sont tres lapparentes. Les cliches aeriensen revele raientdoneIeplusgrandnombre.Ges,argumentsn'ontpas echappeauxspeciailistes haitiens. Le projetRounds,surlequelnousnous sommes attarde dans Ie Chapitre IX, prevoit l'utilisationdes releves photo-aeriens. L',article19,quiprescritlaconfectionduplanpar,cellaire, dec'lare quelorsquiils'agir,a de proprietes foncieres exclusivement rurales, les arpentages ,cadastrauxserontbases, lautant que possible,surIes photogr.aphies ( aeriennesn,.Cetexte 'estapprouvepar M. Duncandans sa lettredu 17 juillet1931, adressee auSecretaired'Etatdes TraViaux Publics(I).Lecommentateur,lapres avoir deplore1es pertes de temps et Ies fortes depensesqu'entrainel'executiondes leves terrestres,conseiHad'employerIe ,concours de I'avia tion. Voici ee qu'ilatiendaitduprojetde loi presente parIeJugeRounds:Les 1eves aeriens ,constituentundes facteursdece(projet,,et,surunebase eg,ale deprixet demaind'ceuvre, ils permettrontimmanquablementde soumeitre auTribunalCadastral des leves eadastrauxeomplets avecune(rapidite te-llequ'il deviendr,a possible de presser la proII,cedurejudiciaire genemiement 'lentedeViant les tribunauxde tous les paysn.Lamethodedes [eves aeriens fut encore indiqueeauxPouvoirs pubHcs parIe Conseiller legal de ila Leg,ation ame'l'icaine dans un memoirequ'ilremit,auHaut-Commissaire Ie16novembre1926.Cedocument definit les pointsimportantsdel'Act Torrens, inventorie ses aViantages et ses incon-(1)VoirIe3deIaSection1duChapitreIX.

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399 venients,commenteson application danslaRepubliquedeSaint-Domingue et clemontrel'avantagequ'il y aurait il combiner,en HaIti, Ie systeme .australien avec Ie releve general des proprietes. Cette expHcation conduitIe conseHler legal a soulever1.aquestiondes depenses.nconcl:ut alors en preconisantl'utiliSiation des prises de vuesparavion. Memesi dansl'Jled'Haiti,declare-t-il,011ajoutaitles depensesqu'occasionnent,cesplansphotographies aux fraisdutravail supplemenLa,ire quenousvenonsde citeI' (opel1Rtions d'arpent.age pour reveler toutes Ie'S limites "t confection des deSisins), Ie ,cout total desplansnerevien dr.aitqu'a unefr,a,ctionminimedu cout desplans leves pourIe,cadastre (suiv,antlamethode ordinaire) ;enoutre(Ion y trouveraitunefortgrandeeconomiedutemps(I).Entin,dansunrapport etabli Ie 24 mai1930, a la suite des tr,avauxeffectuesparla Commission de delimita,tion des frontier-es entre HaIti etSaint-Domingue,lesingenieurs haItiens Roy etTippenhauer auGouvernementd'avoirrecours 'il. l'aviationpourfa ire dresser 1aJ carted'ensembleduterri-toire. lIs ajouterent :L' etablissement de cettecartegenerale et le fonctionnementde '1' organisationtechniquede lacommissiondesfrontierespermeUrontde proceder s'ans perte detempsauxtl1a,vauxdu'cadastre general etauxtravauxducadas tre partiel n. Enrecommandant l'emp10i de la pholognaphie paravionnousnenousautorisons passeulementdel'exemple donne parles Etatsetrangers. Nous nousreclamonsd'opinians tres neUes manifesteespardes specialistes de valeur.(I)Traduction p:lrM. Pierre Giscarl du College de Bedford (Angle terre).

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-400-NallS aoyons que 1'Etat haltien, l'heurevenue de dre<; serIeoadastre de son territoire,auratout intereta se servir,pouraboutirvite etsurement,decroquis geometriques fournisautomatiquementparlestravauxissus de 13 techniqueaero-photo-topographique.Cepremiersoin simplifiera ;\ l'extremela taohe des geometres chargesde procedera 'ladelimitationetaubornagedesterrains.Laphotographieaeriennedevras',appuyer,commeen Syrie etauCambodge,surunetriangulationetunepolygonation tres denses,;afindefournirunplan precis se suffisant a lui-meme.Dansles endroits aLI Iedenivellementest sensible,le3 procedes derestitutionconduiront a l'etablissement deplansenrid1is decombesde niveau. Les apparei1sWildetPoivilliers,quiant resolu pratiquementIeproblemede la restitutiondes cliches photographiques,pourront etre utilises. Al'instardes artiStans du,cadastreenSyrieetauCambadge,ilfaudraprevail'en HaIti uneapplioationtressouplede la phototopogl13Iphi,e. Dans,lesparties les plus riehesdupays, telle laplainefertile del'ArtibonitedontIe sol s'e tendsur grandeprofondeuret est tres arable(I),unecarte pre,ciseet ai' echelle del'ordredu1/1000trouverasonutilite.Dansles regionsmontagneuseset inex ploitees, aueontraire,de simplesplans expedies suffiront.2.-Les diffCrentes etapes delaconfection du plan cadastra1 Le role importantqui semblepromis a1a phototopographieen HaIti nouscommande id d'exposer Ie developpe-(I)Rapportsur]e re]eve duso]de la plaine dc]'Artibonite. Service techniqueduDepartement del'Agriculture,Port-au-Prince p.6.

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-401-ment desopemlionsen p,aysplatetenmontagne.Nous vou Ions no us 'livreface soin avectoutela darte desirable. Aussi,pourrendrenotreeffortdemonstratif,nousavons reuni sur pl.anches desphotographieset.des croquis,dont la succes sion embrassera les etapes de laconfectionduplan.Chaqueplanchesera .accompagnee d'uncommentaire,qui permettr.a de saisir l'interet du cliche. NOllSdevons cetteillustration a des experiences tentees enFranceetauMaroc quiontparfaitementreussi. Noll's auronsl'occasion,pourlesmieux ;apprecier, derapprocher les resultats de l,a; photographieaeriennede ceux que la methodedes levers terrestrespermetd'obtenir.C'estainsi quenouscomparerons les vues et lescroquisquenousanonspresenteraux documents correspondants,reproduitssurles Planches JI,Ill,lV, V etVIduChapitreX.

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-402-COMMENTAIREDELAPLANCHEVll.Epreuvepositivedirecte Cette epreuvea ete obtenueparcontact avec lenegatif,telqu'ilresulte de la prisede'vues.Ellerepresenteune unite dansl'ensembledes clichesdevantrecouvrirleterritoire it relever. Ces cliches se recoupentcommeonle ve1'1'a dans l'assemblagede lafigure1(PlancheXI).Les details y figurentQlvectoutela netteiedesirable : routes,chemins,limitesde terrains, na,tures decultures,plantations,arbres isoles,habitations,etc...Bienentendu,leslimitesde propriete nonvisiblesont echappeQ, la prise devues.Ellesseront revelees, ainsiqu'onIe ve1'l'a SUI'la Pla1ncheIX, graceauxprocedes ordinairesdes a.rpenteurs.L'echelleapproximativeducliche,qui VQ
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PLANCHE VII Communede Cerseuil (Aisne). Epl'euve positivedirect ..: (Document:Serviced'EtudesduCadastre-France)

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VlI] Communede Cerseuil (Aisne). Epreuveagrandieet redressec. (Document:Serviced'EtudesduCadastre-France)

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COMivlENT.4IREDELA PLANCHEVIIIFragment de l'epreuvepositive agrandieet redressee L' eprelJ;Ve ci-contrereproduitunfragmentdu clicheprecedent (1/30Qo)redresse et agrandia l'echellede1/1000.Ondistinguequelquespointspolygonaux ayant servia,uredressement(point5,pointII).On remarquera que les detailsrestentaussi nets. Cetteepreuveconstitueuncroquis photogra,phique a l'echelle rigoureuse.1lest des lors facile deLacompleterpal'l'indicationdeslimitesde propriete nonvisiblesoudes details utilesnonapparents. Ainsi lelimite par lesdeuxroutes etcontenantlepoint11 sera diviseenplusieursparcelles (VoirPlancherX)appartenant a des pro prietairesdiffirents (Judas Desire, HourlierDufour,etc.).Ces diffirents terrains,portantla mente culture,n'avaientpu etre individualisesSUI'laphotographie.Lesarpenteurss'emploierontegalement it delimiterd'unema,niere precise les 'voiespubliquesdontlaphotogrophie ne revele qu'impal'faitementIe trace exact. La routequifigureaubasduclicheci-contre sera rectifiee et appa raUra dans seslimitesexactesSUI' La PlancheIX.

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-408 ,-COMMENTAIREDE LA PLANCHEIXLe meme fragment interpreteapres avoir servi a Ladelimitationcadastrale etauxmesurages complementaires Par analogie .aveclecroquis dedelimitationquifiguresurLaPlancheIVduChapitreX,et avait ete obtenuen completant leplan cadastral ancien(Planche III),nousrelrouvonssurl'epreuveci-conlre les memesdetails, appli ques cette fois-ci au croquisphotographique.Sontindiqueslesnomsdes routes,chemins(Ex. :Cheminruralditdu l'vlilieu) et li>euxdits, (Ex. :ledessus deLa Rouillee) lesnomsdes proprietaires (Ex. : Carnol Prosper) etLadesignationdescultures(Ex. : T, abrevia:tion de Terre). Tousr.es details serviront a l'elablissementdes matrices cadastrales. Dans certaines regions desheritees,oula:propriite est tres peudivisee, leplancadastraldefinitif pourraetre rea lise parl'interpretationdirecte de l'epreuveredressee.IIsuffiraalors de reproduiresurcalque lescontoursaccusessurLaphotographie(limites, biltiments, 'voies decommunica,tion et tous autres details). Leslimitesjoncieres seront a.joutees. Le calcul des sUl'faces sera obtenuentenantcompte desdimensionsdeduitesduplan.Cettemethode reduit auminimumles depensesd'etablissementdesplans et permet,enoutre,une tres grande rapidite d'execution.Dansd'autresregions, pal' contre, ou lemorcellementest tres dense,unecopie de l'epreuveci-contre serviraapreparer lecroquisd'arpentage. Lesdimensionsdes par celles, releveesSUI'leterrain,yfigurerontetaideront a calculerles surfaces.Lecroquis etabli de cette fa<;on sera:unerepliquerIucroquisd'arpentage quenousavolls deja Com mente (Planche V, Chapitre X).Ce croquis revelera toutes les cotes et pourrait offrir, meme aupublic,ungrand interet docU1nentaire. Peut-eire nesera,it-il passuperflud' elever cedocumentinstructifau rang de piece ojjicielle etel'enpermettreLaconsultation auxproprietaires. Cet usagese pmtique enAllemagne.

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PLANCIIErx ::ommune de Cerseuil (Aisnel. Le meme fragment interpret6 (Document:Serviced'EtudesduCadastre-France)

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PLANCHE X4.?/

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COMMENTAIREDE L.4 PLANCHEXFragmentduplandejinitifCetteplanchereproduitunfragmentduplancadastraldefinitij.8irousrapprochonscetravail de l' epreuvequifigureSUI'laPlancheVI(ChapitreX)Jiltombesouslesensqueleur realisation s' est inspiree des memes principes.La presence, surchacunede ces epures, des croisillonsoutraces des axes decordonneesnousmontrequeles cane 'vaspolygonaux, d l'origine,ont ete rapportespal: la me thodecommunedes coordonnees rectangulaires.Lafinessedutrait denotelesouci delaprecisiondansle trace des lin/'ites. Lessommetsdepolygonationsont ega lement porU.., et figurentavec leur altitude. Les details de terrain,commples talusenbordure des routes,n'ontpas echappea laperfectiondesobjectifsni it l'attentiondes operateurs. Les appellationsde3lieuxditsetlenumerotagedes unitesfoncieres serviront,commenouslesavons, ddesi gnerd'une maniere precise lesimmeubles.Les calculs de surface par lesmethodes planimetr.iqI,LeS ou d l'aide desmesuresgraphiques relevees surlesdeuxplans(Planche ci-contre etPlanche "VI) permettentd' abou til:d des rcsu/lats comparablesquant dl'e:va.ctitude. La pre cision graphique desdeuxplans est d' ailleurssensiblementla meme. La demonstration estfaitequedans l'executiondes tra ,vaux c
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COMMENTAIREDELAPLANCHEXlLes differentesoperations de la ahienne enregionmontagneuseSurcetteplanchesontreproduitesquatre figure$ correspondant au,xdifjerentes etapes de laphototopographie a,eT'ienne appliquee a uneregionmontagneuse (Va:llee de l Oued ZegzelauMaroc). NousavonsreproduitlafigureIsur calque transparentpourbienmettreenvaleurleCanevas de tr.iangula1tionetdepolygonation,dontl'importance croft enfonctionde laprecisiondesplansquidoivent eire obtenus.Lasuperpositionducalque avec lepositifdirect (Fi gure2),constituepall'unassemblagede clichesquise recoupent,rend tres comprehensif a,u;r yeuxdulecteurlemoins eXel'ce le role du reseau topographique.Lespoints25,26et27,pal'exemple,sontles wmmels de latriangulationprincipale.llssontindependantsde laphysionomieduterrain. LespointsR2, R19, RIS, H2I, etc...ontd'abord ete choisisSUI'lepositijdirect (Figure2)suivantle procede quia ete expose au caUl'sducommentairede laPlancheVll.Puisilsantfait l'objetd'unepolygonationad hoc, repre sentee entraitspointilles WI' le calque.Cereseau de re$ti tutiona ete rattache a latriangulation generale reproduiteentra,itspleins.Cespointsderestitution,dontl'altitudea etedeterminee, sontaunombrede quatreenvironparcliche.Lefonctionnementdes appareils Poi'villiers ouWildpennetuneprojectionvirtuelledurelief.Ceresulta,t est obtenu a l'aide dedeuxnegatifs,quinesontautresquedeuximagesd'un memeterminphotographiesuivant des axesconvergents.Unindexquipenneldesuivrelemodele transmeta un crayontmceur to utes les sinuosites de laCOUl'be.Chaquecourbe representeunealtitude difjerente. La densite des lignes dedenivellation,commeonlevoitsurlafigure4, enra,ison de l'equidistanceadop tee etde la declivite duterrain. Lafigure3 representc l' epreiwe positiveredressee, c'est-a-direl'imageenplanduterrain a l'echelle desiree. Les details quiyappara:isserit sCl'vent a laconfectionduplan(Figure4),enrichipa,railleurs des courbes deniveau.Lesdeuxfigures3et !I n'embmssentquela partiedu terrainphotographie inscrite danslerectangle dela,figure2.A ussineretrouve-t-ondans le releve aUimetrique que lcs deuxpoints24etR3ducanevastopographique. Lew'$aUi tudessontindiquees.Leplan,dontunextraitest ,:eproduit dans la fig ure4,aservi aetablir unplanparcellaire cadastral.L'Administrationquiataitproceder a ce travail, satisfaite des resulta,ts, acontinue des lors a employe1' cette me thodequiluidonneunedocumentation trescomplete,a desconditionsremarquablesde rapidite et d'economic.

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Figure1.Extmit ducanevas topngraphiqueetabli surIe terra1npour l'executionduplan ci4Pres(Fig. 4).

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1/5000. Cc releve planimetrique et precision, de faireunexcelle:lt VAI.LEEDEVOUEDZEGZEI. (i1lal'oc)Figure3.-Redressementphotographiqueau1/5000. Cedocumenta servi a l'interpretation des details planimetriquesfigurantsur J.r, documentci-contre (Fig. 4). Figure2. Extrait d'unreleve photographiqueaenen executeau. Marocenvue d'etablir unpland'ensemblepour difierentes (plan parcella.ire, pland'irrigation). (Documents communiquesparM. FranQois Moreau,ingenieurtopographe).

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417SECTIONIIILES OPERATIUNS ADi\![JNIS'l'RATIVES Les vuesoucroquisquiviennentde l'etenir notre attentionontpermisde voir ,comment se degageait 1aJrepre sentationgl'aphique des terrainsdevant f,aire l'objetdu phm parcellaire. Laformedesimmeubles,leurdesignation cadastrale, et, s'ilya lieu? la figurationdu rehef, sont reve lees sur,ceplan.Toutes,cesoperationsprennent,dansIeprojetquenous defendons, uneimportance'capitale. Ellr,s doivent ,conduire a unedelimit,ation irrevocable des terres? sui vied'unbomagedefinitif. Laconfectiondesdocumentscadas tnaux, sieUenepeutaboutirparelle-meme a l'investiture de la propriete,conferera donetoutde meme aux parcelles unstatutphysiqueintangible.Aceteffet, la publicite quisera faile a l'oocasion des trav,auxcadastraux pourmetre opposee plustardauxproprietairesqui se plaindraientd' etre lies parunbomage arrete enleur absence. Nousnoussommesetendusur,cette question, dureste,au debutduchapitre IX. DansIebutdepreparerIecadastrepossessoire aI' aide desdocumentsphotogr,aphiques,unedouble serie d'operations doit etre prevue: lespremieresaubureau,les secon dessurIeterrain.I.-Operations debureauEn suppoSiant queles operations cadastrales se develop pentpardistricts, i'lapparliendm-a l'autoritesuperieure dedeterminer,auvudespremiersdocumentsetablis (mappesphotographiques),Ie perimeire de ees districts. Les limites des ,communesserontegalement reconnues et borneesl

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418-l'effet degrouperles operations de detail dansdes unites ladministrati ves. A l.atete du district pouna eire placeup. agent supe rieur,charged'unemission de controle sur .un ensembledecommunes.Letravail debureauconsistera a reunir unedocumen tation permeUant d' etahlir la determiruation physiqueetIaconditionjuridiquede .chaqueimmeuble. Ep.raison de l'e tenduedes it semblequ'ily ,aurait heu d'installeI'unbureau.tenupardes employes locaux,dans chacuned'elles. Pour cette phased'instruction, tresdelicate, nous nOlls sommes inspire desprojets prepares parIeJugeRoundsetparM.Hoy. Void les differentstempsquepourrait compor LeI'laproceduredestinee a projeter .fa lumieresurchaquebien-fonds : 10 L'ouverturedes opemtions par district cadastral accompagnee d'une publiciteefficace.2 Lacommunicationpar leg. services interesses de tous les documentspouvantaid'era fixer ladelimitationdespro prietes (transcriptions a la Conservation des Hypotheques,acLes notaries.plansd'arpenteurs,etc...).3Lacommunicationdeleurs titres parles proprietaJ res,etla remise d'unrapportetablissantleursdroitspar Ies possesseurs.4L'interrogatoiresur,convocation,s'ilya lieu, des particuliers.5L3. copie litterale ou Ie analytiquede toutes les piecr,s et Ie renvoi, apres estampillage, des01iginauxaux interesses.

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6 L'ordre donne de l1a,frnichil' les lisieres deleursterres et de de,couvril'largementles bornes 1 tOllSles proprietaires reels 0Uapparents.7 Le reportsurles ,croquis photographiquesdes don nees fourniesparla ledure desdocumentsdont il a ete question aux nOS 2et 3. Ces elements nouveauxsontles li mites divisoires nonrevelees sur'ie -croquis, les cotes et lesnomsdes propribtaires. Dans les cas douteux, ce trav,a:il doit etre ajournepour etre effe-ctue lors des operationssurIeterrain. 2. Operations administl'atives surIeterrainCette seconde etape des trav,aux: cada,straux doittendre a deuxbuts:I Fixer irrevocablementlesattributsphysiques dechaque unitefonciere.2Const-aterInqualite du propridairepresume. Indiquons,dansleurordre,les sains quiattendentles agentschargesde,cedouble role :ILadelimitation et IebomageduDomainepublicet de tous les biens inscritssurla liste des fermiers del'Etat,Iedomaine prive devant etreborne'contradictoirement ,avec les proprietJain:s aupossesseurs ri verains.2La,convocationsurles terresappartenant,auxparti,cu'liers, proprietaires ou,apparent-so nes fermiersetde tous les voisins.3 L'application surpla,ce desplansquiresultentd'unarpentagepublic,etont ete communiquesaubureaud'instruction.Lebutde ,cetteoperationest de verifier b position desbarnesoudes 'autres signes dedelimitation(haies, fosses, clotures,etc... ).

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0La reda,ction du proces-verbal dedelimitation de bornage,. CeUe ,conclusionimportante,qui doitauthentifierl'individualite phy,sique de l'immeuhle, sera sO).limiseit des proceduresdifferentessuivantles situations : Si lesd()cumentscommuniques au bureau etlessignes de demarcation retrouvessurpla,ce revelent des donneesquise ,confirment,Ieproces-verbalponrra etresigne surles lieux memes parIeproprietaire presume:et ses voisins. L'uniLe fonciere sera ainsi tres rapidement delimitee etbor nee. Sil'immeublen'afaill'objetd',ancunpland'arpentageousi ,ceUepiece est eg,aree, les parties semettrontd',accordsurses !imites. II seratenucomptedes indications decontenance poltees surles titres de propriete.A,ucasOU:l'a.c.cord interviendraittoutde suite,unproces-verbalser,a redige et signe parles parties.Dansl'hyp,othese 'contraire,unbornageaura Heu mais sera declare provisoire. Les par tiesjouirontalorsd'uncertain delaipour s'entendre.Ce del.ai expire,Iebornagedeviendradefinitif.Toutterrain,cultive par unoccupantdepourvudetitrede propriete,de contralde Iooationoudepland'arpentagesera delimite et borne ,contradictoirement a'vec les voisins.Onprendraenconsiderationles limites decultureetles indi,cations enoncees surles actes des proprietaires riverains. Sinulcontestantnese fait connaitre, un proces-verbal redige surl,afai de ees renseignements,sera signe parl'occupant repute proprietaire.Lesimmeubleslibres de touteoccupationetquepersonne ne revendiqueraseront egalementdeli mitesetbornes. Pourcetteoperation,un,curateurauxbiens vacantspourra

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-421eirenomme. Larechercheconlradictoire des limites aUr.a lieu alorsentrecemanualaireet 'les voisins. Al'cxpirationd'un delai llxe parIa Ioi, Iesimmeubles abandonnesrentreront dansIeDonlJainedel'Et-at.3. -La pmdence dansl'utilisationdes anciensL'imporlancede tfiiles dbcisions estindeniable.Aussi ies travaux,auCaUl'Sdesquelsellesserontprises,devrontiis etre conlles des agents pre venus,contretoutesles diffi culles.L'apphoation des pl'ans d'arpentagetropanciensne provoqUel'iljnmais assez deprudence.11nefautpasoublierqu'ungrandDombredepointsde repere,ue bornes,de ii miles ant disparu.Larestitutionde Iaconfigurationdes par-cellcs a pose, enHaiti,unproblemeassezinattendu sur lequel IH.Sejourne, dont nom avons deyl parle,3 noire attention. AI'occasiondenouveauxarpentageseffectues j,l y n quelquctemps,deserreursfurentcommises dans Ieretablisscrnentdes Jig-nes divisoires. gaute d'autresindications, Ie!':geometrcs avaientcruretrouver, U l'aidedeIa boussoleseulement,l'orientationdecertainesIimites Mais la declinaisonll1iagnetique, quia vait varie depuisIa date despremiersarpentages,futla callJSe degravesinexac ti tudes.IIyalieudecroirequecesmeprisesnese repeteront plus,caril,aDirection Gener.ale des Travaux Publicss'est inleresseea Iaquestionet.aprisdesdispositionspour pre venirdenouvelleserreurs. L'interpretation dedocumentsdont,I'origine esttroplointainenemanquerapas de causerquelquesincertitudes.TOUSyoulonsparler,parexemple,des .actes deconcessiondontIes 'anciensInt!'nnants roynux lesauteurs.Nous

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a'vons reproduilunde ces titI'es,quidatede 1787, dansle chapitreIII.. En regie generale, Ieconcessionnaire etait oblige de i'airebornerla propri6te qu'ilrecevaitendonation.nestvraisembl,ablequ'un siede etdemi apres leurpose,laplupartde -cesbOlues seronLendesaccordave-cles limites de culture actuelles. La lecture des cartes coJoniales del'epoque aidera a'lors adecou vrir les vraies' frontieres des lancienneshabitationsdes planteur-s. 4.-Le probteme del'indivisionL'indivisionendemiquedes proprietes ruraies repre sente ,certainementl'unedesplusgraves diffkultes quiattendentles artislansducadastre des -camp agnes.Plusieurshypotheses, ici,sontaenvisager:OnpeutsupposeI'Ie-casd'unet.erre occupee,entota lite, parplusieurs'coproprietairesapparents.Si -les indi'vi sairespeuvent etre identifies, -cha-cund'euxsera lappelea signerIe dedelimitationet debornage.1'immeuble, a la mat.rkecadastrale, serainscritsous lesnomsdes coproprietaires.Onpourrauser destermesHeritiers/)ouConsorts,pour eviter deslongueursde suscription.Lasituationsera differente si laterre,cu'ltiveeencommun,est diYisee enlotsappartenant desattributairesuniques.Ondevra considerer alors queI'indivisionesttran chee. Cbaquelutformeraune unitefonciere quisera deli mitee,borneeet designee selon lamethodehabituel,le. Desconjoncturespluscomp'liqueessont a.craindre. Onpeutd'abord Sf' trouveren face d'uneindivisionextremement-chargeeayant quelq"ue ressemblance avec nne-collec tivite agraire.Jlsena peut-etre impossible de rassembler tous les ayants-droi1.Tlfandra proceder,enl' espece,a une tres

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largepubli.citc, etneretenirque Ies nomsdesoccupantsquisesont presenUis. Maisuneautresolutionconsistel'i:l,commenousIeverronstout a I'heul'e, a proposerunpar I'ageaux indivisaires.L'etudedes mamrs ruraIes, a Iaquellenousnoussom mesappliquedansIe-chapitrc IV,'<1montrequeUe etait, a lacampagne, la preoccupation supri.\me du pere de famille. IJe partagedes Lerres,quidoit ganantir auxenfantsleuraveniI', estpresquetoujours l'ceuvre deI'ascendant.Res pecLee detous,cette-coutume a des .consequencesjuridiquesquinepourronimanquerde reflechir surles operations dedelimitationfonciere.Quandl'ascend,ant aura prisIesoin de faire diviser sapropriete parunarpentcur,puisd'attribuerles lots ainsi delimites parun aete de partag-e, ancunedifficulteparticu lierenesurgina. Lepartageauraprobablement ete transcrit,selon'le vceu de la 'Ioiha'itienne. S'iln'apas ete soumis a celLe formalile lescopartageantsserontinvites a ypourvoir.Chaquelot representer.aune unitefonciere, quifigurera a la InaLl'ice sous Ienomde son proprietaire presume. Si Iepartagea etcprepare sans etre suivi de division des terrains,cetRcteprovisionnel,dontlapreuveauthenliquemanque,nepourralierIes .agents ducadastre. (;'cst alorsquedcviendraopportuneI'intervention dis crete du personnelsuperieurdans certaines situations de fami:\le. Itsera it utile, II notreavis, de profiter des opera Iions cadastrales pourLenter deresoudreIeplusgrandnombre possible de -casd'indivision.Onpourraitsans doute, avec quclquehabilete,amenerdenombreuxheritiers a par tager. Les lignes divisoires &eraient lraeees parIes'arpenleursde service et les operations dedelimitationetde bor nages'effectueraient dansles formes ordinaires.

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Quandladetermination physique desimmeublessera Hablie etapprollveeparIes interesses, Ieplusgros effort sera aocompli.11nerestera p'lus qu'it dresser Ie plan parcellaire. Leplandesregionspauvres, sil'onsuitl'exempleduCambodge, seDa la copieintegraleducroquis de delimita tion. Dans les regions riches ouenvoied'amelioration,de meme que dans les centrcs urbains,ilconviendrad'etablir des plans it plusgrande echelle. OnaUeindraceresultat gracea des operationscomplementairesau t'3>cheometre. Ceslravauxs'executeront tres rapidementenutilisantlecroquisprealableduterrain" quenousavons denomme plushaut( 'croquis geometrique ou doivent figurer tous lespoints itreJever. 5. Lapublicite des l'esultats A la suite de ces operations, Ieplancadastraldevra etrecomplete parIenumerotagedes par,celles.ny sera pro cede pal' section, dans :l'ordre ,croissant desnombres.Puis,ilyauralieud'etablirles contenances de toutes lesunitesfoncieres, Ia redaction des etats de sectionetla liste a'lphabetique. Les etats de sectionoumatricesoadastrales sont def> repertoires quiindiquent,dansl'ordredunumerotage def> terrains,Ienomduproprietaire,la designation 'cadastrale, lacontenance et l,anaturedeculture.La listealpbabetiqueestuncataloguequigroupeles unites foncieres sous Ienomdeleurproprietaire. Dansunecolonnefigure la contenancetotale des terresappartenantau mememaitre. Cedocumentsert itrediger lIesbulletins

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decontenancequisontenvoyesauxproprietairespourlesrenseigner !SUI'l' etendue exade deleursimmeubles.1,edestinataired'unbulletindecontenancepeuttoujoursen aitiquer ,Ilateneur,si deserreursont ete commisesdansI'attributiondes unitesfoncieres ouIecalculde Ileur superfi.cie. Apres laconfectiondc cesdocuments,Ieplandevra etre deposei.t'la mairi,e.Pendantun delaiprevu parIa loi, vlariant entretrois et six mois,parexemple, les interesses pourrontenprendreconnaissanceetpresenterleursdernieres observations.UnfonctionnaireinstruiraIes reclama tionsquiparaissentfondees etIeplansera rectifieIecas echeant. Ce delai Iccadastre possessoire seratermineetpourrapermeitreaussitot 'l'applicalion de Ia reforme fon ciere. SECTIONIV LA CONSERVATION CADf1STRALE LeConserv,a,teurducadastredevraassurerIamise a jourdesplansetdocumentscadastraux.Comme nous I'avons suggere dansIechapitreIX,il fa udra proceder, laufuret mesuredes immat6culations,il l'inscriptlon sur Iamatrice cadastmle dunomduvraipro prietaire. L'anciennomse eOl1solideraousera rempI!aceparceluidunouvelattributaire.nsera necessaire d'assureruneliaisonrapideentreIesdeuxservices dc la conserv,alioneadastraleet de'laconser vation foncicre. Dcsque Ieregistrefancier revelera un de placementdeIn propriete, Ienomde'l'acquereurfigurerasurlamatrieccadastrale. Sillamutationentraineunemodi-

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fication dans les limiles de ia parcelle, Ieplansera rectifie lautomatiquement. Lamise :1jourde la GarLel:adasLrale s'imposeraeg,alemenl a la suite dechangementsdanslaconfigunationphysiquedu sol.M.De 'la Dure, dansune these assezancienne,a monlre que la revision desplanss'imposait,nonseulement parce la se morcelleou se remembre,mais aussi par,ce que,c'estunfait que saconstitutionphysiquesemodifie(1).Etl'auleurputciterplusieurs exem pIes, en Fr.aI1Ce, quijustifiaient ceUe observation. DansIepremierchapitrede cet ouvrag-e,nousavons monlre qu'enHaiti certaines circonstances, 011le climatjoueungrand role, pouvaienlpIllSparticulicrement alterer les formesdu modele etchanger laconfigurationdesparcelles.La necessiteapparaltra done deteniraucourantrapidementl'atIascadastral. Onpouna, ;'1 cet effet, procederchaqueanneeu la rectification d'une ,copieduplan. Le document officiel sera soumisulterieurement alamemc correction. Nous avons parle, au cours du precedentclJapitre, d'un procede de wnservationusite depuis peudansIe departe mentde la Seine. n s'agitdeLagravuresurzincquioffrel'avantagede permetlre untiragcillimited'exemplairesduplan ,cadastral. CeUemethode revienttropcherpourquenousenrecommJandions l',application generale en Mais dans lesagglomerationsimportantesoules regions agricoles lesplusriches, il serai t peut-etre utiled'en pre!3crirel'emploi.'(I)Louis De laDure: De la necessile d'une rejorme du cadastre jranyais, Paris19II,page101.

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La conservation des matrices appelle des soins particu'liersdansles villes.EnFrance,d'heureusesexperiences ontetc tentees,notammentauHavre.Ondoit a l'initiative de M. F,abre, IeConservlateu['du Cadastre de cette ville,un procede de mise [1 jour tres ingenieux: Toutes les faisqu'unemutationapourconsequence (I de modifier.)a surface d'unepar,celie ou saconfiguration,(le nUlnero decette derniere est annuli ;la nouvel'le parcelIe l'eyoit un numero prisimmedilatement a Ia suitedu del;niernumerode la section ; il en est de meme pourles parceHcs nouve'llementcreees.Toute modificationde par eelle entrafne doneso.debaptisation. Cette regIe appliquee auxetats de section, ou les par cellessontins-crites pal' numerod'ordre,rendces regis tresd'unegrande darte. ((Pourque :Ie travail desmutationspuisse etl'e pour suivid'une manieremethodique tous 'les actes transJa bfssontinscl'its, au prealable,surunregistred'ordre spedal etpal'ordretopographique.Unrepertoire alphabCtique parfi,chescompleteenfin lesdocuments-administratifs delaconservationdu ca dastre(I).Ce procede dedassementimiteunpeulapublicitereeLledes 'livre" fonciers. II fautsouhaiterqu'ilse repande dansnotre paysou laconservation immobiliere laissetant a desireI'.En Haiti, les etats desectionurbains,qui serontsujets a defrequentesrectifications,pourraient, des Ie debut, etre tenussurIe modele quenousoffre1avilleduHayre.(I)Extraitd'unarticle deM. Theo Fabre,parudansIejournaldes Geomelres, ExpertsetTopographes de novembre1928,page 531.

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Leplanquenousvenons depresenter ,condlie!les exi gences de latechniqueet les possibilites del'Etat.Imposerau Tresor de gros vouerl'entrepriseducadastrentrop d'laJeas poures,compter sa reus site abreveGedera l',appattrompeurdubonmar,che et pratiqueI' des moyens quimanquentderecommandationhonnete,c'estallerau-devantde-spires deconvenues. Actueillement,J'a< s-cience estparvenue a trancher ce dilemme, ou denombreuxEtats setrouvaientenfermes. Les pays,quijusqu',alorsredoutaientIe double ecueil que noll'S venons de signaler,profitentdes nouvellesmethodespours'equiperd'uncadastresoigne. Ces exemples,nousIe savans,sesontsignalles a Il'attentian desjuristes,des inge nieursot deshammespolitiques hai"tiens. LeGouvernement, npondant aux vmux de i'opinionbclairee, manif.estel'intentionde prepareI'incessammentIe releve general des pro prietes. Jlnousestdonepermis d'esperer que les faits et les idees que nousvenonsdedegagerdansIecorpsde cechapitrepourrontapporterquelques eclaircissements, Iejourprochain OU Ieproblemeducadastrese posella-SOllSuneformepratique.

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CHAPITRE XIIL'impotfoncierLa necessitr de pourvoil' HaIti d'uncadastreest inhe renteaux exigences del;a reformefonciere dontnousavons d6fini les gnmdes !ignes. lVIais les servicesquepeutrendreIe releve des proprietes debordentIe ,c?dre dela publiciLe immobiliere.Les Finan ces publiques,notamment,peuventtrouver aupres des plans parcellairesunebase nouvelled'imposition.C'est memece butd'ordrefiscal,nousl'avonsindique,qui fut Ieseulentrevuparles artisans despremiers cad/;xstres. II semble,aujourd'hui,que l'interetpresente parIeplan general desimmeublesse soit deplace.L'aspectjuri: diquel'emportesurIe ,cote fiscal.En France, parexemple,notre,cadastre, prepare pour aocroltre les recettes publiques,s'adaptetous lesjours a d'autresfins ettend a devenirla pie'ce maltresse de ;l' organis1ation fonciere. C 'est ce role, nous Ie sa,vons,qu'ilremplit,enAllemagne. Cetteremarquejustifi.e Ie pointdevue OU nousnoussommes pla,ce dansl' etude destraitsessentiels que poulTait presenterIecadastre haHien. Cependant, meme s'ilreste secondaire, Ie roJe d'instrumentfiscal, que ce cadastre serait aptea remplir, medte d' etre considere.

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-430-S'ECTIONJL'/MPOI' FONC/Eli DEVANI' L'OP/NJONJ. Sasubstitution a lataxc sur lcsexportations Avanl d'envisagerlesmoyensd'utiliserlesdocumentscadastrauxpourpercevoir l'impot foncier, ilimportedesavoir si ceHecontributionpeut etre etablie en Ha'iti. L'irnpotfoncier a denombreux adversaires dans ce pays. Lesunsprevoientque,Iacreation de ,cette taxeaurai!des effets facheux dans les ,campagnes.11sfontremarquerqueles pays,ans accepteraienl diffkiLement depayeraupercepteuruntributannuel,quineleurprocureraitaucunprofit visible. Les alltres soulignentque 1a terre haHienne, en maint:> endroits, semontreavare etenrichittroppeuIepaysanpourqu'onsonge a Lafrapperd'unimpot.Quelques economistes,pourtant,conseillentl' etablisse mentde lacontribution fonciere des I'achevementdu rclevegeneral des proprietes. J1sfondentleuropinionsurla necessite,oll se trouvcl'Etat,de reformer l'organisationfiseale.Laplupartdesimpotsenvigueuren Haiti ,concourent ;\ Ia prosperite del'Etatsans hem'ter I' egalite niparalyseI' I'effortindividuel.IIenest ainsi de 1'impot surIe revenu, des droitsd'enregistrement,de la taxesurIetransfertdeLa propriete, des droitsd'importation,d'octroi,de patente, etc...Toutescescontributionsontuneassiette equitable elsontrarementl'objetde tres graves nitiques. IIestunirnpot,parcontre,quinetrouve grace devantpersonne, bienqu'ilrepresentepourIe fise I'unedes res-

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sour,ces les plus impor1Jantes. C'est la taxe prelevee surles exportations.Cedroitfrappe lesproduitsdusol u leur sortie duterritoire. II al'avantage d'etre commode a percevoir.Lepaysan l'a.cquitte presque a soninsu,puisquel'intermediairel'imputesurlcprixd'achat.C'estpourquoi Ie gouvernementl'aoffert a p'lusieurs reprisespourgagersesempruntsexterieurs.Mais il pese dangereusement,onIe devine,surLapro du.ction nationale. Les Hai:tiens eclaires en reclament depuislongtempsla suppression. Le DocteuT'Dalencourfaitremarquerqu'ilesten rea lite un imp<'>t sur 1e travail,et representeunemonstruositedirigeecontreIepeuple, les paysanssurtoutetles ouvriers(I).Dausundocumentofficiel,publieen1928, Ie Con seiHer Financier-Receveur general en parlait ainsi :Onpensequetaxer 'les exportationshailiennesestunemesure fiscale indefendable et que les revenusqui en sont tires clevraient etre remplaces aussitot que possiblepardes recettes equivailentes tirees d'iautres sources...Onestimequ'enraison de laconcurrence a laquelle estSOI1mise laproductionmondiale ducafe et 1e ,commercedu( cafe enHaiti,onpeuts'attendre ace queIeproducteul' gracea une reduction des droitsd'exportation, re90i ve(poursia recolte uneaugmentationdeprixproportionnelle a ,ce degrevement (2).(I)Docteur Fran9Qis Dalencour:LeSClllvetagenoli,onalparIeretour cl laterre,chapitreX,page1.(2)DouziemerapportannuelduConseillerFinancierReceveur general pourl'exercice1927-1928.

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Cependantl'abolitiondecettetaxeauraitbeau dre a des vceuxunanimes,dIeseheurte ade,!?necessites d'ordrebudgetair,e.IIfautpenseI'que,lesrecettesdu,chef des exportations s'elevent, en .certaines annees, 'a1a moitiedutotal des re cettes douanieres.Ontentabien,recemment,de les rempla,cer progressi veruentpardes droits indirects, appeles droitsd'accise,frappant l'akool etIe tabllc. Mais .cettereforme neportapa,sles fruitsqu'onen escomptait. Et lIedroitd'exportationfut a peine allege. D'aucunsalors setournentvel'sl'impot quipourraitpermettred'amputer,slansdanger,Ie systbne fiscaldecetletaxeimpopulaire.L'ideen'estpa,sneuve.Le 9 juin1893,Justin Devot, dansune ilIaSociete de Legislation, pro posait d'etahlir l'impatfoncierau oas oil l'Etatserait ameneil reduireles droitsexorbitantsqui fr,appent, a l'exporta1ion, les denreeset autres produi1.s agricolesdupays n. ArmandThoby,vel's la meme epoque, -conseillaiteg,;t lementd'instituerunnouvel impot pourla meme fin.OndoH eonsiMrer, ecrivait-il, que les droitsd'exportationrisquent, A unmoment donne, d'arreter -court laproductionnationaledanstoulce qu'eJlle exporte,siles produi1.s ( exportables greves d'unimp at trop eleve, nepeuventsoutenirl,a,concurrence des prOduils similairessurles mar,chesetrangersn.M.PercevalThoby,quirappelle ees reflexions, regardel'impotfonciercommeIe seuiquipuisse rempl,a,cer les re cettes tirees des exportations. Dansunplande reforme fis calequ'ileutl'oocasiond'etablir camme Ministre des Fi nances, ee juristes'exprimaitainsi : Halli estenpleine

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433-((crise fiscale ; ilfautqu'onse decidea Ie reconnaHre ..Les (( previsionsd'ArmandThobyse realisent. n est,par con ((sequent, urgent quel'on ,change demethodeetqu'un((systeme fiscalnouveausoit etabli.Cenepeut etre quepar (( l'impot sur la proprietefancier.e, autl'ementditl'impot (( fonciern.. 2.-La necessite de ['etablir avec prudence II estcertainque la taxesurles exportations gene laproduction ,agricole et dessert l'interetpublic. Mais si sasuppressionexigeun reamenagement fis'cal, iln'est pac; prouvedu meme ,coupquel'impotfoncier doive etre introduiten HaHi. Ila question restedoncentiere..Get imp6t neserait pastout a faituneinnovation.Les HaHiens ,connaissent,eneffet,un impot ,communal,dit[ocatij,qui gre'V.e la proprietebatie,c'est-a.-dire toutes les maisonsetleurs dependances.11est fixea 3 % dulayerannuelaudurevenulocatif.Comme,cesontles proprietai res qui 1 ',a,cquittent, ,c'estun impot fancier. Dans .],a PepubliqueDomini,caine, la propriete immobi'liere est grevee d'une contrinutionterritoriale.L'artide9 delaloidu27juin1927prescritque((IeTribunaldes Ter ( res n'adjugerani terrain ni proprietegreves del'impot( fancier, snuf Iecas au il a etedemontre queIedit impotaete recouvre..La Hepublique voisinepourraitbiensuivreeet exemple et etendre, apres l'achevementdu'cadastre,l'impotfancier aux.proprietes non Mties.:\. ,cetteopinionon repond queIepaysanse decourage raitvitesiIemaigreprofitqu'iltirede SI3. terreingratedevait etrepartage avecl'Etat.

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434 IIya,enerfet,en Balli, ungrandnombr,e de terresd'un tres faiblerapport.Lesoln'enest pastoujoursres ponsable. J.\his 'lespaysansmanquentd'aptitudes,et la yo'lonte, Ie g1'05 effortIe ceden ttropsouventchez eux aI' espritderoutine.L'initiativedes Pouvoirs publics supplee it cette negli gence. Degrands trav,aux: d'irrigation,l'adaptationde nou velles ,cultures,,Iaconstructionde routestendent a mettreenvaleurles terresdupays. Lespartisansde cette ,a,ctivit6 economiquefont done rema:rquerqu'il sel'aitbon denepas gener l'essor agricolequidoiten resulter, parla creationprematuree del'impotfoncier.Ensomme,Ieprincipede,Iacontributionn'estpasencause,Oncontesteseulementsonopportunite.Nousnous mllions enpartie eepointde vue et nouscroyonsqu'ilfaudraagiravecune extreme prudence Ie jour 011l'adoption de l'impot surles terres sera decidee, Cette l'eforme fisealepourraitsans doute suivrel'etablissementdu maisense limit,ant, audebut, a frapperavecmoderation.Des espritshardisontpropose desoumettreles terresenfricheoutroppeu cultivees',1 un impot plus clew" ,afin destimulerlaproduction.Cette penalisation .attirerait., notreavis,tropd'injusticespourqu'eHe soit ,appliquee avec profit.Distinguerait-ontoujoursunsolinculted'une terre steri,le ? '

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435-SECTIONIILES MODAL/TitS DESON A.PPLlCATION1. Les evalnatians jancieres.Que la loisurl'impotfoncier suive de pres .I'a'cheve mcntdu cadastre ousoit diffel'ee, ilser,aiLutile de -comple ter lesmatricescadastralesd'indic'ations s'appliquant a ld classe des ter1'esef. a leurevaluation.Unservice prepose ,aux evalu,ations foncieres devra alors etreprevu. Danslla classification des terres haitieniles, ondevrasurtouttenir,comptedu degre d'humidite.C'estIegrandfacteur de fe1'tilite dans les zones t1'opicales.Ladivision des ter1'cs,enraison de leur v.aleur imposable, c'est-a-di1'e de leur productivite,n'offriraitpasseulemontun d'ordrefiscal. Les Pouvoirs publicsypui seraient lesrcnseignementsles plus precieux,notammentpour,controler et accroltre Ierendementagricole, eprouver descultures nouveUes, assainil' les lieux inhospitalie1's de sertes parles cultiv,ateurs. 2.Les prajets d'impOt fanCier. Commela question del'impotfoncier n',ajamaispuseposerserieusementenHaiti, OU Ie oadastre n'est pas fait, les references nous ont manqueenla matiere.,Lacommunication adressee parJustinDevol. a l,a de legisla tioncontientquelques re.f1exions surIl'utilited'un impOt quifrapperait'les proprietes rurales,surtoutles terres de 1aisseesparleurs proprietaircs. Mais lcs idees emises sonttoutes theoriques.L'auteur reconllialt lui-meme qu'en l'absence de oadastre parcellaireonnepeutdonnersuite a sonprojet.

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436A l'occasion deson passage au Departement desFinances, 1\1. Percev,al Thoby, a.ctueJlement Dire-cteurdel'Ecole Nationa1e deDroitdePort-au-Prince,tentad'equiperson paysd'un ,c.adastre quipermettr,aitparla suite d'asseoir l'impat foncier. 8esprojetsIeconduisirent a etudierles modalites de eetimp at et ,3. prepareI'unpLanquiservirait de base, dansl'avenir, 'a untexte de loi. Voici1a. tene}lr de cedocument,:Pland'un impot foncierhaItien.(La Republique d'Haiili sera diviseeenDepartementsfonciers,c.orrespondant ailia division cadastrale.Chaquedepartemenlfoncier sera subdivise.Dneadministrationspeciale sera organisee dansehaquedepartementfoncier,laquelle relevera directementdel'Administnation Cen((traleayantson siegea Port-au-Prince.(L'impotfoncier sera divise enimp at ruraleten im pot urbain.L'impotfoncier rur,al sera oalcule surla vlaleur estimative de ,chaque par,cel'le de terre, selonIetableaudu,cadastredepartementaletsurIetotal des estimations par parcelle. IIser,a preleve parl'Etatunp.our,centage qui suivra uneprogression as,cendante, selonl'importance( etl,a quantited'hec.tares pos,sedespar ,Ieproprietaire.Cepour,centage progressif sera limitea unnombre determi ne d'hectal'cs ;etau dela de ,cette limite?Iepoureentage a percevoir ira endecroissantjusqu' a unpour,centa,gefixe.((Lavaleurde ,chaque parcelle sera fixee dlansehaque( subdivisiondepartementale,tous leseinq .ans, selon la moyennedesprixcourantsd'un hectaJ'e, aucoursdescinq precedentes annees. Afind'eviterdes fnaudes,l'Etat

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pounafixer pal' parcelleunprixmmmlUmau-dessous ( duque'lonnepourrap,asdescendre.PouretablirIe ro-lc quinquennaldel'impotfoncier,(il sera nomme danschaquesubdivisiondepartementale(unecommission ,composee de deux delegues choisisparl'assemblee des proprietairesfonciersrnraux,duDirecteurduCadastre de IaSubdivisiondepartementaleetdu(Reeeveur desContributionsfoncieres.Lesbatimentsrunauxserontexempts de taxes, a partil' de deux kilometres des bourgsetdes villes.Laterre.( seule, seraimp oseemaisa partird'unhectarevingt cinq. Les terres ruraJes serontdiviseesenquatrecategories :10terres arrosees ;20terres frtllches ;30terres((secheset 40 paturages.Les terre::; reconnuesincultes se(rontexemptesd'impot.Leproprietaire,Iecolon parti
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438Taxeannuelle fixe.Toutproprietaireruralou urbain paieraunetaxeannuelle fixl? de trois gourdes. L'impOtloncierprevud,a.nsce les petits proprietaires,puisqueles biensd'uneetendue infe rieure a Ihectare25., c'est-'a-dire uncal'l'eau,neseraient pas imposables..Les ba.timents runaux eloignes desbourgs seraientpas grevesnonplus. Cette dispositionnepeutqu'etreap prouvee. Les maisons des paysanssontdes logis sihumbles,si instables qu'ellesdoivent echappera toute espece d'obligalionfiseale. II ya des viHageois quinepossedent encorepourtoutedemeurequ'unajoupa,II petite huttebasseenforme de toit, f,aite de quelques petitspieuxet couvertc de feui1lage (I).Commentles soumettre ab contribution fonciereP A ,ceux-la, il serait meme inhumaindedemanderlataxeannuellede troisgourdes proposee par M. PercevalThoby a lafin de sonprojet.Quelqueavenirque connaisse Ie pl,an que nousvenons de reproduire,nouspensonsquelIes idees qui y sont pre senteespourraientrallierl'opinionhaitienne.A la condi tion del'etablirpar etapeset denepointluidonnerl' appa reneed'une dimeprelevee surIe travail delaterre, 1'Etat tireraitun grund profit de nmpot foncier. Cette source de revenus serait lacontre-partiedes sacri ficesquela reformefonciere imposeraau public. Les proprietairespourronttrouverinjuste,cette fis-(I) Moreau de Sainl-Mery:Descriptionde10,partie jl'anyaise de l'fte deSaintDomingue,lomepremier,Paris 1875, page XXVIII.

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-439-oalejusqu'aujour OU l'Etatn'aurapas encore assureleur securite. M.aisquandIe Ciadastre parcellaireseratermineet la nouvellepublicite fonciere envigueuI', les Pouvoirspublicsauront dote Iepaysd'unepolice des terres.L'autoritedont'seront investis les nouveaux: htres de proprieteassurerH uneplus-valuecertaineaubienfoncier. L'impot surla terre trouvena dans,cesfaits sa justification.Enoutre,cettecontributionnemanquepasd'avantages. EIlefrappeunerichesse si visiblequ'eIlenepermetpratiquementaucunedesertion. EIle estjuste,puisque 1a terresetrouve imposecsuivant savaleur etsonetendue.EtsurtouteIlerepresenteuneressource certl3.ine, ,constante pour l'Etat.II est vraisemblable queIelegislateurmediterasur Ierole bienfaisantquel'imputfoncierpourraitrempErdamson pays.Etcenesera it pas 113. moindreutilitede la reformefonciere que depermettre a ['Etat haltien, dontles financesontconnutropsouventl'avenLure,d'asseoirsonbudgetsurunebaseplus sure.

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CONCLUSIONParvenuautermedenotreetude, ilnoussemble utile maintel1lantd'embrasserd'underniercoup d'mil Ie,champelenduquenousvenons d'eXJplorer. Les idees quenousavons dehattues dans,cette these nenousontpaspermisdebornernotreeffort 'ul' examen isole d'unpoint precis, bien d6limite. Leregimefoncier, dansunpays agricoJesurtout,seclasseparmilesinstitutions lesmoinsinertes de l'Elai. Nonseulementil deve loppeune,ambiancejuridique,maisl,avienationale,sous ses aspects lesplusfrappanls:economique,social et poli tiq ue, se ressent de sa ,constitution. Cetteremarquejustifierait, s' ilen etait encore besoin, l'.attentionquenous .avons preteea Judiscussion decertainsproblemesquiserelientetroitement alill. legislationimmobiliere.11n'estancunedes recherches,sur lesqnel1es nousnoussommcsattarde,quisoit etrangere auxramifications denotresujet.Cepcndant,parmilesconsidemtionsquiont sol1icite :lotre ,curiosite, ilenest quelquesunesd'un interet si vital, si aducl,qu'cllescuJtminenl l'objet precis denotre etude. C'esl'11 elksquenousvoudrionsconsacrernos dernieres I'eflexions.11estremarquablequelesgrandesrcformesdudroitfoncier,dontlespluslypiquesont etecommentees dans

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442 cette these,sonttoujoursaSSOClees a unespoir de relevement 6conomique. ,LeSysteme Torrens,quifutune idee de genie, a memeetc instittie pourstimulerIe marche aus tra'lien, gra.ce a l'introductionde valeurs nouvelles. Nousnoussommesapplique, dans nos developpements, a montrerun ,autre visag'e des questions foncieres. Le peu pIe haHienn'oubliera j amaisl'Histoire douloureusequia fixe pourtoujourssondestin.Laterre, a ses yeux, est ri'che detrapde souvenirs, detrapde reves pourservir demonnaied'6changeentrelesmainsde marchands cupides.Nousne cnaignons pas d',a.ffirmer que cette tresorerie spirituelle,sichereaux Haltiens, neserajamais sacrifiee;'\ desespoirsd'argent,quelquevastesqu'ilssoient. Les conclusions quenous :avons degagees dansIecorps de noschapitrestemoignentquenoilSnoussommestoujours inquiete de cetetat psychologique.C'est meme sousl'influencedes forcesd'idealquiregnenten Haiti,et n'ontpasdisparuencoredes ,campagnes franc;aises, quenousnoussommes fiUit undevoir de proposerune reforme bumaine,inspiree par Ie soucid'etresecourableauxpaysansavant d'etre guideepardes preoocupations financieres. IIn'est pas impossiblepourtantdeconcilierles deuxbutsde la reforme. C' est acette reussitequedevra s' em ployer Ie genie dulegisI'ateur.L'immatriculation fonciere, en plac;ant Ieproprietaire I'abrides incertitudes, l"attacheraausol et setrouvera re pondreainsiau vmu seculaire dellapolitique hai:tienne. Mais,d'autrepart, dIeclevera lavaleurvenale de laterreet lattirerasurelle les ,convoitises. La legisLation nouvelle devra doncequilibrer ces deux consequences : assurerl'avenirduproprietairesursonbienetluiouvrirde plusgrandesperspectives de profit.

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-443-Des 6conomisLes ont pense resoudre Iepremier proble meenfixantIepaysansurundomaineinalienable. Des esprits audladeuxproposent pourIe second d'adopterLasolution de Ri,chardTorrenset de mobiliser la proprietefonciere. Nous avons vu qu'entre ees deux po'les il y avait placepourunjustemilieu.Etabliren HaIti Iereoensement general de tous lesimmeubles etdonnerl'investiLure officielleauxproprietaires, c' est lassainir I'organisationfoncieresanstroublerl'ordre soci.al.i.1 n',est besoin que de suivre ee programme,sanschangerles regles ,contractuellesquiprotegent 'la paysan nerie,pour accroitre toutde suite lavaleurde la terre. Nousn'envoulonspourpreuvequeI'ex:emple del,aTunisie, ou la pnatique del'immatricu'lationaprovoqueunehausse 'soudaineduprixdesimmeubles.LestatutnouveaunepermetLra passeulementd'aliener a meilleurcomptela propri6te fonciere. La foi dans les ti tres attirera les capitaux en quete de pla,cement. Les con tratshypothecaires, ,conclusautourd'ungagesain, cesserontd'avoirce eamctere de prets aleatoires,aventureux,qui 'les rendimpopullaires.Onreconnait la I'avantageIeplus appreciable dela reformeque nous,commentons.Commeles paysansnepeuventemprunter qu'a destauxusuraires, I ',agriculture 'Vcgete souventfaute de capinaux. nsuffiraitdone queIe credit foncier se fortifiepourque les preteurs setournent vel'S la pl'opriete rura'le. EnTunisie, la loi de1885a releve Iecredit d'unema niere si sensible, que lesimmeublesimmatriculespermet-tent it leurs pl'opri6taires d'emprunter a untaux d'interet

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444 quine representesou-vent quel,a,moitiedu ta).lX moyen exige pourles autresimmeubles.En HaIti, 'l'immatricuJationauraitles memes bienfaits.La propriete nouvelle, placee ,comme la proprietequiritJaire'a Rome, sous lasanctiond'undroitplus riche, eloignerait1acrainteducapitalisteetl'engagerait apreteI' laux meil leu resconditions.Cette idee orientemaintenant nos reflexionsvel'Sunequesti()n plus grave.L'organisationdu ,credit fonciern'impliquepasseulementl'existenced'ungagerobuste et fad lementrealisable, elle suppose aussi laliberte contnaduelle entre lp. proprietairebesogneuxetIepreteur.En HaIti, l'argentn'estpasabondant.II est done sou haitable que les marches puissentsetraiterhoI's des fr()n tier-es. Or, sous Ie regime,aduel, la terre,enfait,ne peut servirde gagehypothecaireauxetrangers.Lecontratd'emprunt,sans doute, est licite ; mais quelbailleurde fonds aoceptenait deplacerdes capitaux surunimmeubledontla propriete luiest leglalement interdite P L'article5 de laConstitutionde1932permet a l'etrangel' d'accedera ]a propriete fonciere,souslaconditionfor mellequ'ilexploitelui-memeIefondsdontil a faitl'acquisition.S'ilquitteIepays, la regIe iluiimpose deliquiderses biens dansun d61lai dedeuxans. Une dause semblable peut-elleencouragerlescapitaEstes P Nousn'ignoronspas que les dispositions de I'article 5 nesont pastoujours respectees, etqu'ilya des tolerances dontprofitentqueIques privilegies. Mais cenesont pas de telles faveurs,dont lla fragilite est manifeste, qui tenirlieud'untexte positif,non equivoque.

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445-Lalegislation fonciere que nous avons conseille d'ins tl8!urer doitdoneouvrir,si eUe est Iedernier de batsurles droitsimmobiliersdel'etranger.Lapublicile du registre foncier,quilivreaugrandjourIe nom des pro prietaires etdes ereanciel's hypothecaires, represente,
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-446-Lesujetquenousayons ,aborde etait ,ambitieuxetl'as perite des questions quenous avonsrencontrees cheminfaisantnousa faitdouter, a maintesreprises,del'utilitedecetravail.C 'estauxmarquesde eonfiancequenous ,lINOnSreguesa Port-au-Princeque,celivre doits,anaisSiance. Nous devons a la verite de declarer, iei, quesanscereconfort,nous aurionscede plusd'unefois au decouragement. Aussinous plait-il d'enretourner l'hommaoge auxHaltiensquino usontapporteleurlappui.:Les idees que nous avons defendues danscette these portentIamarque,UsIe sayent,d'unattachement heredi taire a lapopulationl:aborieuse des eampagnes. AussinousexprimonsIe yceu quelapolitiqueactuelle, fa vorable aux petitsproprietairesruraux,conduiseIe legis laleur it prepareI' Ill!.reforme souhaitee par I'opinion.Sonapplicationmettraunterme 'a l'insecurite,auxinquietudes mortellesdontBouffresursaterrelIepaysan.Nous ,avonsIaconvictionqu'en Halti,OU laculture fnan.Qaise etl'eSiprit .cartesiensont enhonneur,cette ceuvre sera ,congue avecmethode,etrepondraauxbesoinsquiproviennent des differentes situationsque nous avons analy,sees. II semble que les evenements aient prepare uneatmos phere propice a cette entreprise. Les HaHiensviennentd'ajouterau palffilares glorieuxdeleurHistoireunedesplusbelles victoires. Quineverrait 1a l'augurefavorable a de nouvellesetlegitimesambitions P Nousconsiderons comme unebonnefortunede pouvoiroffrircetouvrage it la Republique d'Haiitial'aurore desasecondeIndependance.

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TABLE DES MATIERES INTRODUCTION.......'.''.' ...'.''.''.''.'.-.'. '.'.....7CHAPITREILE MILIEU GEOGRAPHIQUEIISection I. La Geographiephysique.'.' ".,.....,.II I.-La situation et dimensions d'Halti II 2.. -La formation et la nature geologiquedusol '.''.' '.' '.''.' '.''.''.' .12 3. L'orographie '.'..'.' ',' ._. ','.. '.' .16 4 :Le,climat.''.' '.''.' '.' '.' '.' .1,8 5...,'.''.'....'.' .21 6. -La vegetation :...............22SectionIJ. La Geographie economique ,....'.' .23 I.-Les .cultures ,"......23 2.-Les moyens de,communi.cation.......26 3. -Lapopulation .;, '.'.,..28Section III. ;-, Conclusion..'.'.. t .,'.''.'.,'.','.',29CHAPITRE IIL'HISTOIRE G&N&RALE 33Section1 La periode colonia:le..: ".,.,." '.' .34 I.-La decouv,erte et les debutsdela cdlonisation '.'.' ':'.' '.''.''.''.' ...34 2.. -L'Administration franl;aise 36

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3.. L'Influence de la Revohltion ....'.'.....38 4.-Laguerredel'Independance.........40Section11.-La periode depleineindependance....42 1. -Del'Independance a lachutede Boyer 422. -De Riviere Henlirda1'.6lection de Sa-lomon.''.' '.' '.''.'._'.' '.''..45 3De Salomon au de Vilbrun GuHlaume Sam "..'_',,'.. ''.".. L... 49 SecJion Ill.-L'Occupation Americaine '.' .51 I. Les debJ1ts del'Interyentiondes EtatsVnis.''.',_'.' .51 2.La Constitution de1918..'.'......53 3.. -L'immixtion americaine dans l(}saff,aires publiques '.'..... 544.-L' reuvre la libenation.............. 565.La Constitution adueHe .. ....'..'.'..'.'.,.59CHAPITREIIIl-liSTORIQUEDELA PROPRlETE FONCIERE65Section1.La periode coloniale ,., '.' .,. .67 I.-Lalegislation ,coloniale a St-Domingue67 2.-L'influence la Revolution Frant;:aise 76Section11.-LaRevolution agraiJre ".'.. '...77 I.-L' expropriation des Colons..'.''.'.....77 2.-L'apparitionde la petite propriete....84 Section111.La; consolidationduregime agravreha/itien. '.''.''.''.''.' '.' '.' .97 I.-Lereg,lement de la suocession des Colons."'..'.'',''.''.''.''. 97

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455-2,LeCoderuralde1826,'.'..'.',. '.' ... 99 3. L'muvre des successeurs de Boyer, ..'.101 I"Les concessionsconditionneHes......104 5.L'evolutionnaturellede la petite propriete ...'.''.''.'....'.'..' .. '.' .. '.'...........108CHAPITREIVLES DROll'S IMMOBIUERSDEL'ETR.4NGERIII Sectbon 1. Le systemede l'exclusivitedela pl'0pl'ie-tefonciheauxHa'itiens ,"I12 I. Sonorigine 1122,La regIe de Dessalines '.' '.'.,..II43.Lasituationde fait des Etmngers ..'."123Sectionfl,I. :L 3.La prohibition constiltutionnelle jugeepal' t'opinion '.''.' ._. '.' -'-. 126Les qucrelles decabinet.............126Latendance liberale des 'eeonomistes.127L'argumentde'M. Jeremie ,..130SectionIll, Lasituation rJ.esetT'ongeT's sousle I'egiactuel '.''.' '.'....'..' '.' .. '.''.'.........131 I, -La constitutionde1918.,',''.'......1312, La constitution de1932,........133CHAPITRE V Lil PAYSANNERlE HAITIENNE135Section1. La situation economiquede1aclasse T'U-7:ale ....'.''.' .,' ',''.' '.'.'.' '.' ',',' .. ','.,.., 1.37 I. Lepaysansursa terre,. ',''.' '.'....'.'',".1372. Laproprieteappa.rente'.' '.'..'"140

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-456Section II. Les couturnes familiales. '.'"...142I. -Lfi, l1'llptialite naturelk" '.''.'....1422. La polygamieeconomique..........1433. L'oppositiondudroitetde la ,coutume145 L'indivision" '.'..'.' ._. .1465.. Latransmission d.u nom..,..'.'...,.148CHAPITREVILAQUESTIONAGRAIREI53SectionI. Leconflit agraire pendant l'occupa,tion americaine.. .. ."'-" ".r55I. La these progressiste.."..'.'..".,".1552. -Vexperience duPresidentBorno. ....1583. Les depossessions.'',''.''.''.' 166 4. L'exode des paysans "... 172 5. Lestalariatagricole"._...................174Sectionll. Le drame agraire dans lesAntilles. ... 176 I L'exemple de Cuba '.'., 176 2. L'exemple de Porto-Rico '.'1793. L'exemple deIlaRepublique Domini-caine.''.''.' _. '.:'....180SectionIII. La thesedes conservateurs..........182 I. '-L'extension de la petite propriete.... 182 2. Le partag-e des terre del'Etat.....,1853. LeHomestead '.'.' '.''.'.''.''.''.'187SectionIV. La: these eclectique ,, '.'.'190I L'encouragement 'a la petite propriete 1902. Le role de l' Etatenmatiere agri-cole.. 1913. Leprogrammedu Gouvernement actuel192

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Section 11.Le collecli'visme agrail'e., ,.,,"...,..,201 I. La solution socialiste enHaIti, ,,,,,"201 2. Reponsea l,a these socialiste ,..,,"203 3, L'experience russe..',.'.' ,,,,.205CHAPITHE VII LA LEGISLATIONFONC][i;RE ACTUELLE209 PREMIERE PARTIE. -Lapropriete .fonciere en HaIti. ,212Section1. La pl'opl'iete despal'ticuliel's, ','..,...',212 I, Ledroitregissantla propriete, '.' "..,212 2.Particularitesdudroitsuccessoral. ,..213 3. La prescriptionacquisitive,.",.,.,'..215 4.L'expropriationpour,caused'utilitepublique,....'.",....'.' "....'.'".216 5. Leregimehypothecaire",., ',' ..,.,220 6. La,vente aremere ..'.' ",.", '.' ,,'"222Section1J. Ledomaine pl'ivedel'Etat..",,".",223I.Sa contenance ',""""..,223 2, Sonagrandissementparl'acquisitiondenouveauximmeubles."""",." 224 3. ,Laprescriptiondecennale..,,. '.' ".,.229 f,. 'Lesdenonciations a lavacance..,,,.'. 229 5. Lesempietementsdel'Etatsurla propriete privee ...,.,',.'..,.,........231 6, L'affermage des terres de l'Etat., ,,.., 242DEUXIEME PAHTIE. La Publicife Immobiliereen Haiti246 Section1. Lapub desmutations fonciel'es. ,,. 21(6 I, Les regles envigueur .. ',' ',' ,..,,,,, 2M 2, Le fonctionnement de la publidte, ,,.250

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-45811. 'Lecada,stre enHaLli.'.'" ............252 I.-Les diverses tentativesd'exe,cution..252 2.-L'urgencedela reali&a,tion du,cadastre255 3. Lesmateriauxpouvant etre utilises..256CHAPITRE VIIILES REGLES DE L1 PUBLICITE FONCIERE AL'ETRANGER265 PREMIEREPARTIE. Le systeme franvais '.'.,.266SectionI. Le caractere consensuel de lavente....266Section11.-L'absence de la jorceprobantedans notre publicite _".c..268 SectionUI 'Les inconvenientsde La;publicite personnelle."'.' ,'.''.'271SectionIV. -Lesappuisquetrouvenotre regvrne foncier.''.' '.''.' "..."" ..'.'_' .. '.''.'272DEUXIEMEPARTIE.-Le systeme des livres fonciers,.. 274SectionI. Le systeme deSir Richard Torrens.....275 I.-Sonorigineetsonprincipe..."..275 2.-Laproceduredel'immatriculation.277 3La simplification des oper,ations immobilieres .".' '.''.' '.' '.'..279 f,. -L'essor ducrediL 2825. -Inconvenientsdel'Act Torrem. ...283Sectionll. 'Le systeme allemand" .'"28fl I-Lecadastreet Ie livrefoncier parcellaires ,. '.' '.' '.' 285 2.-La forceprobantede l'ins-cription.. ...287

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-459-3. -Le'contredit et laprenotation.......288 4. Les ,cedules hypothecaires ....'.' '" ...289Section111.-Leregimefoncierd' Alsace-Lorraine..292 I.Son origine....'.'.'.' '.' '.' '.' '.'" .".".2922.-Son economie! '.'293SectionIV. '-Les projetsde reformefrangavs... 295I.-Leprojetde la Commission extra-par lementaireduCadastre....'.'..........2952.-Leprojetde la Societe d'Etudes Legislatives.' '.''.''.' '.' '.'..,"298SectionV. -La Legislation foncieretunisienne.300I.-Son realisme '.' '.''.' 3002-Ledroit foncierlancien..............302 3.LaloiduIerjuillet1885..'.'.,..'.' ...303 4. -LeTribunal foncier-'..,., ..... '.' "...3055. Lesempruntsdeil,aloi de1885......3076.-ILesresultats obtenus'"309 CHAPITRE IXLEUR ADAPTATIONENHAITI313SectionI. Lechoixd'une methode., '.' ".."..,..316I.La n'ecessite de delimiter [es proprietes 3162.-Critiquedusysteme des plans isoles.. 3193. Avantages de la ,confectiondu,cadastre323 4.Haisons d'etablirprealablementIe cadastrepOssessoire.,.,..., '.' ""....326Sectionll.Du caractel'e obligatoireoufacultqtif desimmatriculations,,33I I. 'Les avantag,es ducara,ctere obligatoire 332

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-4602. -Ses inconvenientsen Haiti ..,.,. J '"335 3. -L'immatriculationoccasionnelle,.., .. "335Section III. -Laprocedured'imma,triculation"",.338 I. -La demande.,"",.338 2. Le role duconservateur. ,..,"341 3. -La forme des livres fonciers.",.341Section IV. Les caracteres delanou:velle publicite immobiliere ',',.". 362 I. 'Laforceprobante..",,342 2. -Larapidite des tmnsactions ,,...343 3. -Lasuppression deschargesoccultes" '. 344SectionV.-Lapreuve du droitde propriete., .,..,345 I.-CommentseposeI'eprobleme."..',345 2,-La duree de la possessionpourprescrire347 3. -Laprotection despossesseurs"."."3/19Section VI. -Letribunal foncier, ,.,,,"'.',.,.."350 I.Sonutilite.".."..,.','',' ,,,.... 350 2,-Son role et sa. ,composition"..'.'..."351CHAPITRE XLE CADASTRE AL'ETRANGER355SectionI.-Lecadastre jranyais ",356 I.-Considerations historiques"".,.'..".356 2.-Les lois actuellementenvigueur..., 359 &. -Lecadastredudepartementde la Seine362 6. -Lesoperations successivesenvue de la refectiondu cadastre"....".".., 3M 5,-Etudesenvue de la revisionducadas-tre.."..',' ,. '.'..','',' ,'-.'.' '__'',",376

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4616.-Le Gadastre en Alsace-Lorraine.... ....380Section II. Le Cadastre en Tunisie. '.' '.'..".,,..382 I.-La loi fonciere de 1885...,...........382 2. Le d6cret du25mars1924.. ..'.' 383 Section III. -Lecadastre en Syrie., '.' '.'386Section IV. oLe cadastreauCambodge..'.''.' "..'" 389 CHAPlTREXlSON ADAPTATION EN HAITISectionI.-L' etab lissement du pfan' cadastral. .' I.-La division territoriale., :..' '.., ','... 2.-Les principes a observer ,. 3. -Lepersonneld'execution,Section II. -Lacontributiondela photographic aerie nne '.''.' ,. '.' ..," I.-Sa justifkation .....,...'"..,...'. 2.-Les differentes eta pes la confection du pllaIl cadastraL....,.......Section III. Les operations administroJives '.'. I.-Operations debureau',,''.' 2. Operations administrativessurIeterrain 3. Laprudencedansl' utiliSiation des doeuments anciens .."..', -Leproblemedel'indivision.,. 5. La publicite des resultJats .., '.' ".Section IV, -Laconservation cadastrale.,..",, 3gl1395 396400

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CHAPITREXIIL'IMPOT FONCIER Section1.-L'imp6t f(mcier devantl'opinion,,.," 1'130 I,-Sa substitution a la taxe spr les exportations.. -' .... _'-._ .... "L..-'-.' :-'.. '-,--,-,' . ,-'...... 430 2.-La necessite de l'etablirI3Jvec prudence433SectionIJ. Les modalites desonapplication. ".I.-Les evaluationsfoncieres............. 1'135 2,-Les projetsd'impotfoncier...,,.''" CONCLUSION "'.''.',,..,,,,,,., 461 BIBLIOGRAPHIE'"'.''.''.'._,'.''.''.'',''.''.'','..,...'. 467



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RAYMONDRENAUD-ChevalierdansI'Ordrenational deI'HonneuretduMerited'HaitiDocteurendroitLicencie es lettres Diplol11e de l'Ecole deNotariatde Paris LEREGIME FONCIER'...ENHAITI Preface deSonExcellence,MonsieurStenioVINCENTPresident de la Republique d'Hai'tiPAR I.e LESEDITIONSDOMAT-MONTCHRESTIEN.. F. LOVITON &C" 160.RueSaint-Jacques,160 f934-

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ChevalierdansI'OrdrenatIOnaldeI'Honneuret du Mente a'liai:tI Docteurendroit Licenciees lettres Diplome de I'EcoledeN otariat de ParisLE REGIMEFON CIERENHAITI Preface deSonExcellence,MonsieurStenioVINCENTPresident delaHepubliquedOHaltiPARISLESEDITIONSDOMAT-MONTCHRESTIENF.lOVITON 6. C"160,RueSaint-Jacques, 1601934

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R LATINAMElllCA

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ALAMEMOIRE DEMONPEREquiJutmanpremier maitre IIaimapassionnementla terreetlui demeura fidele,toujours.Puisse ma plume, -camme sacharrue, faireunebesagne utile, fe conde,et Iesillanhonnete ou ilm'adevance.Manambitionneva pas au dela..H..H.

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PREFACE Port-au-Prince,le3Septembre1934.CherMonsieurRenaud,1ln'estpeut-etre pas trop tard pour.quejem'acquitteenversvousd'undoubledevoir:desremerciements dvous presenter;unepromesse a tenir. Lesremerciementsvoussontdusenretourdusentimentquimevau,t d'aivoir ete prejere a toutautre bienmieux qtwlifie ponr laPREFACEavotrethese. Cette partie de matache m'est plutOt aisee :jen'ai,pourlaremplir, qu'a laisser parlermon creur. Quejeregrette denepouvoirendireautantdeI'autre devoir -quelquechosecommeunlautredanger ; ecrireunePREFACE!...Et d votre ouvrage,encore!... .4 monavis,cetravail de preparation du lecteur nepeutavoir toute sa raison d' etre ques'ilparticipe, d' une fal;on oud'uneautre, au tra:vail qu'il precede, l'eclaira1ntoulejnstifiant.Dansl'unet l'autre cas, ilimporte,parconsequent,que l'ouvrage a prefaceI' aUete considere, examine,approjondi.Toute chosequi demande dutemps,jorcement.01',depuis notre conversationtouchantl'objetdevotreactuelledemarche,c'est a peine,en 'verite, sij'aipudisposerd'unmomentpourm'occuperd'autrechosequPdes questions urgentes, delica:tes,complexes-dontma

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IIfonctiondeChefdeGouvernements' est trouvee particulierementsurchargee, cesmoisderniers, etmaintenantencore.nya la, cependant,quim'attend...cette fame usepromessen ....Et, aussi, votreintention-manifestede. ne palj m'en liberer !...Et, eequiest de beaucoupplusgrave. ilyasurtoutladatequiapproche, ou ilvous faudra remettre 'votre ma nuscl'it a votrepresidentde these ettenirvosengagementsenvers votre editeur. Que faire, dans ces conditions?...Tout considere, leplussimpleest encore de s' executeI'. C'est cequejefais, rcsignc, maisconfiantdans votre bien'veillance aussi bien que dans cene de vos lecteurs. '*''" '" Lalecture delal these n'estpas indispensable, a1firmez-vous,pouren rediger l'exorde..., surlafoid'un resume ...)) Voila quiest encourageantpourmoi.nne jaudraittoutde meme pas arreteI', parunedecla rationimprudente,lechercheurquis' appreterait a nousa,border, dans l' espoir dequelquesrenseignementssubs tantiels et profitables. Cal', unePREFACE, apres tout, Qa doit avoir sonutilite. Mais,j'ypense, n'est-cepoint,aussi, eire utile que, dans telleoutelle circonstance, delivrer uncertijicatde sincerite, pa,rexemple?N' est-cepoint etre encore utilequed' apporter, dans telle controverse eventuelle,sonattestationsurla probite scientijique del'une,aumoins,des parties en cause?..Done, ne serait-ee qu'a ceseul titre,l'exorde,quevous

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III sollicitezdemoipour'votre travail,n'aiurapas ete tout a fait inutile, plLisqu'il etablitunfait que,personnellement,j'aieu a constater :lesouci d' exactitudequivous a constamment anime dans /'0. prepa,ration de votre ouvrage. Etj'ajoute quecen'est passeulementavec votre intelligence que,pendantvotre sejbur dedocumentationparminous, 'vous avezapprofondinotre His.tQil:e, notre Geographie, notre Legisla,tion, noscoutumes,nos problemes, nos alnxie tes et meme nos angoisses : ilmesemblequevousyavezmisaussiunpeude votre cceur. Toutes vos demarches,toutesvos activites, en temoignent. Celameritaitbien d'etre signale, et,pourmapart,c'est avecun reel plaisir quejeleproclame ici . '"", Aenjugerpa,rl' aperQu analytiquequevous m' avezcommunique,c'estunouvrage considerable que celuiquevousvous etes propose.IIapporte d'abOI'd,aupointde vuegeneral, unecontributionfort interessantea l' etude com paree des di'vers regimes fonciers, desmecanismesdecesinstitutionsjuridiques,de leurevolutionhistQrique,de leurs repercussionseconomiqueset sociales. Mais10. tache difficile -jene dis paspourunetralnger, carun Franyais n'estjamaisun etranger parminous maispourunjeunejuristequin'avaitjusqu'alorssur HaUi que desinformations assez vagues -la, tache difficile etait d' etudier, sous ses divers aspects,lalegislaitionimmobiliere' ha'itienne, d'yapporterunemethodesi sure, et de pal:venira degager, des realites d' ordreeconomiqueet politique propres a notremilieuet leur complexile est evidente tous les incon 'venients de notre actuelle organisation fonciere et la neces site d'unereformequis'adapte aua: nouvelles conditions

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IV de l'adivitegenerale dupayset assure,notamment,le de veloppementnormalde saproductionagricole. V6us y etes parvenuavecuneaisancequi merite tous les eloges.Etc'estbienla premiere fois, il faut le dire,queles !'natieres immobilieresethypothecairesspecifiquement hartiennes ont ete traitees avec la belle unite scientifiquedont Umoi gnelacompositionde 'votreouvrageetquipermetd' avoi, desormais unevued'ensemblede notre Droitimmobilieret des rapports necessaires de ses diverses parties avec',{!os particularites nationalesquevousavezsibienmisesenreliefQu'ils'agisse,eneffet,del'historiquedenotrepro priete fonciere, de lasituationspeciale de lapaysannerie haUienne, de notreproblemeagra:ire, de lOJ questionsicompliqueeducadastre,onnepeutqu'applaudir it la penetration,a la ponderation et al'irn.partialite a,veclesquellesvousavezsu apprecier et critiqueI' lesopinionset les 1heses, sans jamaisvonsecarter de l'objectivite necessair.e a la cla,rte et al'e:mctitude de 'vos explications. Vos recherchessurlecadastrem'ontparticulierement interesse, parceque la questiondel' etablissement duca dastre hartien estunede cellesquiontleplusvivemenl preoccupe nosGouvernements.Elle estintimement lieea deuxautresquestionspalpitantes 7I'actua.zite : cellesdu cre ditagricole et de l'im.pOt foncier..Maiscommentparler. de credit agricole dans L' eta,t dequasi-anarchie fonciere quise'vil encoreen HaHi ? gt L'impot foncierlui-memene doit-il pas etre conditio nne parunnouvelamenagementde I'agriculture nationale, arrachant notreproduction aoU,x conditionsde precarile invetereeou ellecontinuede vegetel' ?Etlecadre viciewrs'(Ha.rgit ainsi sans cesse,puisqueLamiseenvaleurdes terres p,a,,.l'in'igationet par La techni-

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quen'estpossiblequ'aumoyende nouvelles ressources de l' Etatquine peu-vent provenir precisement qued'imp6ts nouveaux et,enl' espece,d'unimp6tfonciersolidementetequitablementassis, et destine a remplacertes taiXessce lerates et insensees quenousmaintenonsencoremalgrenous, helas a l'exporta,tion de nos principales denrees...De telle sortequetoutl'ensembledu probleme serameneendefinitive a cettereformeimmobilierequevous preco nisez etquia jaitl'objetde si judicieuses observations de :votre par.t.J'avoueque l'reu'vre juridiqueaccomplieences der nieres annees et dans divers paysausujetde l'existence,dutransfert, des sllretis etde lapreuvedes droitsimmobiliers,nem'estpas tres familiere. Maisilmesembleque les nouvelles legislations immobilieresethypothecaires revelent unetendancemarquee a modifierassezprojondementleregimede lQjp1'Opriete fonciere. Deja leCode Civilallemandde1900et te Code Civil Suisse de 1912, abandonnantlanotiondutransfertdela propriete parleseulconsentementdes parties,sontrevenus Ii la ,vente romra1ine, laventesimplement generatrice d'obli gations personnelles,puisque,dans ces pays, la propriete nepeut eire pratiquement transferee aujourd' hui que par lmejormalitematirielle et substantielle analogue a latra ditioetquiconsiste dansl'inscriptionau Registre foncier. Ilya ld une tres curieuseevolutionduDroit,remontant Ii ses sources et retablissant d'anciennesnotionsju,ridiqlles, de 'vieuxsystemesqu'onpouvaitcroirepourtoujoursabo lis. Cequiprouvequel' experience, les necessites de la pratique: la vieduDroit,enunmot,estplusforte que lespuresspeculations des juristes etnes'accommodeque de bases realistes satisfaisant aux besoins des peuples, besoins

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VIpermanentsouchangeants.Sidevieuxpa,yscommeI'AllemagneetlaSuisseont decide detransformerleurorganisation fonciere de'vant les exigencesdu credit fancier,falisant del'inscriptionau Registre,nonseulement un modedepreuve tres simplequi reagit surl'existence meme dudroit, facilite les contratsimmobiliersetdonnelesplus sures garalntiesaux transactionsmaisencore y attachantune sol'te de foipubliqueet positive dans l'attributiondudroit de propriete, comment un petitpayscommelen6trequiatantbesoin de credit pour. sondeveloppement econo mique, ne chercherait-ilpas a etablir, danssonorganisationjuridique,desconditionsd'acquisitionet de transfert dela propriete immobiliereinspirantlaplus entiere con fiance au,x preteurs? ..Cependant,je doute quepourassurer,en HaIti, la secu rite des titres, les facilites detransmissiondes immeu,bles etl'utilisationdu credit immobilier,la seule alpplicationdu systeme duTorrensActpuissedonnerles resultatspratiquesquevousen aUendez, Surcepointextremement dClicat, les considerationsmisesenavantparM,M arcei Olivier,ancienGouverneurde Madagascar,da,ns mn beauli'VT'eSixans de politiquesociale a Madagascarme pa raissents' adapter singulierement ala situation ha'itienne :Le systeme duTorrens Act )),dit-il, a donne d' excelLents resultatsauCanada,enA ustralie eten general dans to utes les colonies depeuplement ou l' on travaillaitSUI'unetablerase',1l Cll1Jita so,place, laou de vastes terres inhabitees s'offraient a l'energiecreatrice des colons eu, ropeens.Onpouvaitalors secontenterd'arpenterrapi dementle territoire vacant, delepartager.enlots et d'inscriwe les lots a,insidelimites all.Livrefancier.

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Vii MaisIeTorrens Act, siseduisantparsa simplicit1i etpal'la rapidite desonexecution,a jait jaillitechaquejoisqu'onavoulul'appliquer a despays OU descoutumesancestrales, variant parjois d'unetrib u a. l'autre, re gissentI'usage etlapossessiondusol. IInesuffitplusicide se livrer a untravailde geOmetl:e et de receveur d' enregistrement.L'immatriculation jOnCiel:e devientunactepolitique.IIs'agitnonde mesurer unterrain a la chaine d'arpenteur,mais d'interpreter lesdonneesd'undroitcoutumiersouventcomplexe,etdenerienjairequirisqued'indisposeroud'irriterdes cOInmunOJ.utis projondementattachees a leurscoutumes.Apeude chose pres, c'est lasituation haUienl1ememe queIeGouverneurOlivier a dec rite ainsi. Les Ha'itiensconstituentunpetitpeuple dejacharge d' Histoire,unpeupie ou la propriete elle-memealuneHistoiredontl'importanceprimordialenevous OJ pas puisque !l.JOUS avez constate I' etroiteconnexiti quiexiste Ieconceptpolitiquede la, souverainetinationale et Iecon cept agraire de la conservationet deI'extensionde lapetite propdete. IIy a d'autrescomplicationsque 'uous avezheureusementma,rqueesen etudiant nos mmursrurales etl'attachementdupaysan a la terre. IIs'agit,entre autres, delapratiquedela,nuptialitenarturelle, quenousappelonscheznousIe -etdesinconvenientsjuridiquesquienpr.oviennent, des phenomenesendilni quesdel'indivisiondes heritagesetdelatransmission irreguliere dunompatronymique.D'autre pa,rt, l' evolu tionpresqueininterrompue,depuis 1804, vel'SIe regime delapetite propriete, lesnombreuxoccupantsactuels des terres dudomaine,soil a titre dejermiersde l' Etat, soit a :titre de simples. possesseurs -unepossessionsouventsi

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VIII paisibleetsilonguequ'elleenest arrivee a creer presque une sorte de dr.oit de propriete, les nouvelles facilites quevientd'offrirla loisurIebien rural de famillepouraccroUre, d'unemanierecontinue,Ienombr.e de petits proprietaires ruraux, la;recenteinitiativeduGouvernementde conjerer Ie dl:oit de propriete, jusqu' aconC!1cr rence decinqhectares, a toutfermierdontlebail date de10ansetqui GJregulierementpaye ses redevances a I'Etat ;toutcela ma,intientevidemmententre la et celuiquil'occupe, a n'importequeltitre, des relaltions .tellem.entintimesquel'interventioneventuellede l' Administration danslacreation, la constatationouladelimitationdes dl:oits de propriete doit s'entourer de. precautionsinfinies.Je serais doncheureuxque,tenantcomptede cette spe cialeambiancejuridiqueaussibienque des tT:.ava!1cx et des etudes techniquesque 'vous avez reunis envuede laconfectionducadastre haUien etdel' etablissement du systememoderne des Registres fonciers,l'on pLUarriver a fixerune pl:ocedure,a la foissimpleet rapide, pas trop couteusepourl' Etat,inspirantconfianceauxpaysans, de manierea abo utiI'enfin,parune serie d'opera1tions regio nalessagementconduites, a l' organisation fonciere lamieux adaptee auxbesoinsdupeuple haUien. Je suis absolument convaincuque'votre livre sera[I], avecIeplus grandintCret et beaucoup deprofit,aussi bien en France qu'en I-IaUi, plus encore peut-Ctre en Haitiouvous avez laisse unsi aimable souvenil: parminotre elite intellectuellequialpprecie, a sajustevaleur,uotremagnifiqueeffortetapplaudit deja a votre legitime succes. Recevez,jevousprie,cherMonsieurRenaud,avecmesplussinceres jelicitations'les nouvelles demonaffectueuseestime.SteniaVINCENT!President del,aRepublique d'Halti.

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AVANT=PROPOSUn devoir elementaire degratitudemecommande,enpresentant eet ouvrageau public, de signaler les ,appuis divers quim'ont pel'mis de surmonter lesnombreusesdif fkultes quej'airencontrees sur monchemin.Le camctere essentiellement .local des questionsque j'()v&isit traitermemittoutd'abordenla necessite d'aller SlU' pla,cemedocumenter.C'est grace a l'Academie Paris, quipourvutparunebourse ames frais de voyage, que jepus satisfaire cette premiere obligation.LeIerpctobre 1933jemesuisembarquepourHaiti, ou j'ai sejourne plus de deux mois Les quelquessemaines que j'ai vecuesa Port-au-Prince,aumilieudes intellectuels aecueillants quecomptecetteaimablecapitale,ont ete decisives. Danscetteambiancepourtantnouvellepourmoi,macuriosited'observateur,de cher,cheur n':ajamais ete devue. Sans lamoindreenvie de flatter les hotes ,charmants quim'ont revu, jepuis declarerqu'on estalle plusd'unefoisaudevantde mes desirsenorientantmes recherchesauxsour,ces memesde monsujet.Onput m'empecher ainsi dem'egarerdans .IedecLaledes questions ,complexesquiretinrentmonattention.Je doispourcette raisonune tres profondeet deferente reconnaissance it Son Ex,cellence Monsieur Stenio Vincent,Presidentde la Republiqued'Haili,qui abienvoulumepermettre d'etre introduit aupres des Servicesadministratifs ressol'tissant aux principauxDepartements ministeriels.LeChefd'Etata daigne s'interesser it montravaild'une

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xautremaniere,pluspersonnelle,enaoceptant de prefaceI' monceuvre. Cetemoignaged'estime,venude sihaut,re presente pourmoilaplusbelle recompensedemavieuniversitaire.Jevoudraisqueles Hai'tiens, quilirontles pagesquej'aiecritespourleurpatrie,nelescroientpasindignesdecethonneur et partagentlessentimentsdeleurPresident aime,. Mesremerciementsvontensuite il Son Excellence MonsieurConstantinMayard, Ministre d'Hai'tia Paris,quis'est ap.{>liqueufa.ciliter mesrechercheset 11rE'ccommander mes effortsaupresde sonGouvernement, if Monsieur LeonThe baud,Conseiller iflaLegationd'Hai'ti, dontles avis nem'ontjamaismanque eta 'Monsieur Ie Professeur Clovis Kernisan,ancienMinistre des Finances, delegue parl'Universite de Port...,au-Prince[\ lasoutenancede rna theseUn meriteegal revient 'il Son MonsieurErnestChauvet,nom me recemmentMinistre d'HaLtia Londres, ainsiqu' a MonsieurG. E. Biessy, ConsulhonorairedelaHepublique d'Hai:ti. Tous lesdeuxm'ont suggere lespremieres idees demontravailetse 80nt employes a m'informer, des Ie debut demonenquete,surdespointsimportantsdedroit,compare.Jenepuisoublierlesmarquesd'estimeetd'encouragementdonts'estplu a m'entourerMonsieur S. Charlety,Hecteur de l' Academie de Paris. Jel'enremercie tres respectueusement.Jesuis tres reconnaissant egalementa mon President de these, Monsieur Ie ProfesseurHenriCapitant,membre de l'lnstitut,desconseilsqu'ilm'aprodigues.J'avoued'autrepartquela ,confiancequ'ilm'atoujours temoignee m'avivement touche. Dans les developpcIllents lesplusarides de rna these, j'aitrouvel';aide pre,cieuse de specialistes avertisetobli-

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Xl geants.Parmilesnombreuxcollaborateursquim'ontse conde parleur activite ou aide de leurs connaissances, ilen est. cert.ainsquiontdes titres a unegratitudeparticuliere.EnHaIti, Monsieur Percev,alThoby,Directeurdel'EcoleNationale de Droit dePort-au-Prince,a ete monguideIeplus sur. IIm'ainstruitnotammentdescoutumesetdes meeurspaysannesde son pays,ets'esteffor,cedem'initierauxquestions esoteriques quiserattachent a la legisLatIon fonciere haitienneMonsieur Louis Hoy, Directeurde 'l'Ecole des Sciences Appliquees,m'a familiarise avec lesproblemestechniquesqueposel'etablissementduCadastreenHaIti. Beaucoup d',autres savantsoujuristes,dontIenombreest tropgrandpourles .citeI' ici, in'ontapporteleurcontribution. Leurnomfiguredansmonlivre,enmaintsendroits. A tous j ',adressemonsouvenirIeplusreconnaissant.EnFrance,jen'aipastrouvemoinsde generosite. Jedoisungrostribut,enparticulier, a Monsieur Franyois Moreau,ingenieur topognaphe, quim'amisaucourantdesderniersprogresdelasciencephotogrammetrique.Ce spe cialiste,fortconnu a Paris, est a la tete d'uneentrepriseprospere de leves deplansparphototopographieaerienne.LeGouvernement franyais lui a confie, a plusieurs reprises, I' etablissement de oartesinteressantles regions lesplusva riees Les resultatsqu'il,aobtenusl'ontsignale a I'attentiondesAdministrationsColoniales.Aujourd'nui,la curiosite destechnicicnsducadastresuitses effortsenAfriqueduNord.Enm'inspirantdes conseils de ce connaisseur,jemesuis trouve;\ bonne ecole. J'ai tire grandprofit,aussiduconcours de Monsieur Andre Lesca, geometre duCadastre de1aSeine,expert diplOme parIeGouvernement,quim'alivre, sijepuis dire, les secrets de lapratiquecadastrale.Lesplansirreprochablesdontil estl'auteurontlonguement

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xuoc.cupe mes ,lectures. Simonlivre a quelque valeur s,cien tifique,c'est a.cette documentation,enpartie}qu'ilIedoit.Madernierepensee serapourmongrandamiMaurice Assemat, qui abienvoulum'accompagneren Hai:ti. En ,cefidele ,compagnon de voyagesj'ai trouveIe,conseillerIemieux avise, Ie plus circonspect. IIme plait de lui adresser, ici,tantpourson reconfortmoral quepoursa .collaboration intellectuelle,mespluscordiauxremel'ciements. R.H.

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INTRODUCTIONNousnousproposonsd'etudierdans eet ouvrageIeregime foncier enHaiti. Notre travailnesebornera pa5a I'expose des reg.lesjuridiques envigueurdans ce pays,au,compterendudes decisions jurisprudentielles et ;1 l',examen des diversprojetsvisant arMormeI: la legisla tionactuelle. Nous avonsuneconceptiondifferente dp Hoire ta,che.Sidonenousavons er.Q devoir nous rdererSOG ventaux textes,onnenous fera pasIerep roched'avoir presente uneanthologie. On reconnaitra, au con traire,audeveloppement que nous allonsconduireIetourdemonstratif, qui doit s'appliquera une these. L'espritcritique,quenous,avons apporte a l' etude des faitsetdes idees,temoigneraaussi de notre effort a defendre uneopinion. Nous faisons ceUe remarqueliminairepourmontrerl'intentionque no us avons eue de rester fidelea la tra dition de l'Ecole de Droit, qui imposel'obligalionde de haUreunequestionjuridiqueauxeandidats au Doctoral.Unautresoudnousguideradansla voie que nous voulons suine. Lesysteme foncierhailienporteles signesd'unegrandeindigence. CalquesurIedroit {ranvais, il a les defautsd'unelegislationd'emprunt.IIignoreles exi g,encesdumilieu, ou ilestenusage,etrepondmalaux besoinsdupays. Outre ees oonsiderations, ilnepeutse preteI' 'a uneapplication facile parce qu'ilest prive d'une piece essentielle a sonfonctionnemenl.CeUe raison nouseommandederechercher avec soin ses faiblessespouren decouvrir les remedes. Envisage sOJjSeet angle pratique,

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8 notr-e travaildoitdonecomporterune critique, qui sera suivied'unplande ou noussuggererons,les reformes quelasituationnoussembleappeler. Aucoursdu debat quenousallonsinstruire,nous au ronsl'occasion soussesdifferentsaspects Iemilieu haItien. La legislation fonciere estuneinstitutionquinepeut etreetudiee quedans Iecadredes realites auxquel les Iedroitd'unpaysempruntesa personnalite. Nous seronsdonctenu,pourcirconscrirenotresujet,d'.elargir Iechampdenosinvestigations. Lesincursions,quenousferonsdanscertainsdomainesetrangers a l'etudedudroitproprementdit, n'-aurontd'autrebutqued'enrichirIe dossierquenous La science des lois -foncieresimpliqueunecertainefamiliariteavec Ie solpourlequel ces loisont ete etablies.L'elaborationducadastre, par exemple, estdomineeparcetteconsideration. Les loisnaturellesquigouvernent ;Ja culturedelaterre,ilesusages et les regles qu'i fixent sarepartitionentreleshabitants,nepeuvent etre absentsd'une etude surlalegislation immobiliere. Lesens dans lequel les doctrines economiques, lestendancespolitiquesoriententIeregimede la proprlete ruraleenvahitencore notre sujet.L'aptitudedupeuplehaltien a jouirdesinstitutionsdontilest dote, l,amentaliteprofondeetles reflexesde laclassepaysanne,enparticulier: voila donnees,quireI event del'HistoireetdelaSociologie.Pourtantonnepeutnierl' interet qu'elles pres ententpourIaquestionquenousdevons deve lappeI'.EnfinIefonctionnementdes reglesimmobilieres a l'etranger,surtoutdansles paysqui ont adopteun me-ca nismeneuf,perfectionne,dolt etre examinepourjuger, it l'epreuve,lesprincipesmodernes qui inspirent aujourd'Qui les reformateurs du fancier.

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-9Nous allons doncnouslivrel: a unevaste enquete dans des regions .fort differentes les unes des autres.C'estainsique nous etudierons Ie milieu geographique, les origines et laformationde lanationhaitienne,l'evolutionhistoriquede la propriete fonciere, les .coutumes et lesmamrs p'e la classe rurale? la question agraire, la legislation fonciereenvigueuractuellementen HaIti et les reglesappliqueesa I' etmnger. Commenous voulons offriruneceuvretourneevel'S 1'a.ction, notreta,che .consistera ensuite a utiliseI' la documentationrecueillie.La .critique que nous ferons des insti tutions foncieres haltiennes, insuffisantesaux besoins dupays,malajusteesaux necessites preexistantes d.umilieu,port em enelle, virtuellement, les elementsp.e la reforme dontnous feronsl'csquisseendernierlieu. Dansnotreplandereorganisation fonciere nousnous effor,cerons de fail'e .correspondre les regles nouvelles,
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-10-esprit que noussuggereronsd'introduireen HaIti Ie sys teme des livres fonciers, c'est-a.-dire ellIecoulantdans lescoutumes et lesmamrs.Nousn'agironspas rautrementpourIe ,cadastre. Nous feronsensorte que 9.ans n.otre projet ilnes'inspirepas seulement de la techniquemoderne,maisse refere aussi, dans ce pays,auxabsolus deLageographieetauxfa,cteurs sociaux et economiques.Ce n'est,itnotre avis,qu'ensuivantcette metho9.e que nouspourr.onsjeterles basesd'uneorganisation dMend,a ble. Nos efforts serontlargement recompenses si les idees, quenousallons publieI',peuventretenirla ,curiosite bien 'Veillantedulegislatellr haitienet inspir,er la reforme, dontles Pouvoirs Publics envisagentlarealisation.Pourla darte dudeveloppementnousdiviseronsnotreira'vailen12chapitres, repartiscomme suit: Chapitre I. -Lemilieugeographique. Chapitre II. L' Histoire generale d'Haiii. ChapitreIII.-L'Historique 9.e la propriete fonciere.ChapitreIY. Lcs'dr.oits immobiliers del' etranger. ChapitreV.-LaPaysannerie haitienne. Chapitre VI. La question agraire. Chapitre VII. -Lalegislation fonciere actuelle.ChapitreVIII. -Lesregles de la pllblicite fonciere a I'etranger..Chapitre IX. Leur adaptationen HaIti. ChapitreX.-Lecadastre a. l'etranger. Chapitre XI. Son adaptation en Haiti. Chrapitre XII. -L'impotfoncier. Ces chapitres seront divisesensections et subdivises enparagraphes.Pouraider a lacomprehension de n.otre expose, nous }'enfi,chirons de cartes, de gravuresetdecroquis accompa g-nes decommentaires.

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CHAPITRE1Le milieu geographique Lemilieugeographiquerepresentel' element Ieplus stable,et,pour eette mison, Iepremierqui Illeritf> d' etre connupourcomprendreles questions foncieresdansunpays.Onnepeuttenterl'etudede la lc:'igislation? quireglementela propriete immobilierc,sansavoir defini les carac teres essentielsdusolquiaprovoquecettelegislation.Commelesattributsphysiquesdel,aterresontgouvernespard'autresfacteurs, quiont influe sursaformationouregissentsanatureactuelle,l'examendesprincipauxtraitsde la geognaphiephysiqued'Hailitrouvelcisaplaee. Cette etude nouspermettrad'exposer,dansIe meme oadre,Lavie economique generale dupays. Les nouvelles precisions que nousapporteronsnousdonnerontl'oocasion,plustard, de faire un commentaireplus judicieuxdes re gles foncieres,dontl'objetestd'organiserles r:apports juridiquesentrel'hommeet la terre.SECTIONI LAG]J;OGRAPJ-IIE PHYSIQUE I.-La situation et lesdimensions d'Ha'iti LaHepubliqued' HaIti, dontlacartefigure au debut denotreouvrage, est silileeil l'Oues! dei'lle du meme nom.

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I:!---Elle partagecettelIe ,avecla HepubliCJjueDomini-caine,a rEst,mais n'oen oocupequ'unpeuplusdutiers. Sa super ficie est,eneffet,de28.676 kilometres pourunesu face totale desdeuxEtats s',elevant a 77.250kilometres ,carres. Elleestdonc a peu pres vingtfoismoinsgrandequelaFrance ct unpeupluspetiteque la Belgique.Danssonterritoiresontcomprisesquelques petites llt;ls adjacentes,dontlesdeuxprincipalessont delaGonave a l'Ouest,et 1'11e dela1'ortueauNord.L'Ile d'Halti est situee allmilieudel'Archipel des Antilles. Apres Cuba,c'estlaplusetendued)lgroupedes Gnandes Antilles. Placee '3. l',entreeduGolfe1uMexique,elleest a chevalsurIeI8e degre delatitudeNord,auSudduTropiqueduCancer.Deuxmel'S bba}gnent :laMer des Antillesoudes Caralbes etl'OceanAtlantique. Elle estenvironneepardes lIesimportantes,,comme auNord,la JamaiCJjue3. l'Ouest,Porto-Hico a I'Est. 2. -La formation etla,nature geologique du solA. -Plusieurs hypotneses ont ete emises pourexpliquerla,composition etIe modele dusol o.e laHepublique.D'apresMM.Woodring,BrownetBurbank,trois geo logues americains, laregiondes Indes OocidentalesJ a la quelleappartientHaiti, est montagneux re cent,etsesprincipaux caracteres tectoniCJjuessontdusaux(;plissementsde l'ecorce terrestredurantla periorealpine ((duplissement))(I).C' est 3. peu pres la memeexplioation quefournitLapparent.Lesavant frani;a'i's avancequeles divers territoires,quiformaientla zone medianedes An-(1) ""1endell P.Woodring,JohnS.BrownetWilburs S.Burbank:Geologiedela Republique d'Hatti, Port-au Prince1925, 1volume, p. 370.

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-13-tillescomprenantnotammentCuba, Haiti, Porto-Rico,ont dli c()nstituer autrefois, avec la FlorideetIe Mexiqueuntoutcontinu,dontfaisaitpartieIe socle des Bahama! soderompuparles ecroulements qui ontengendretoutcontresonbordles fosses si profondes de l'Atlantique,pendantqu',aucentrede laregiond'autresecroulementsfaisaient naitre les fosses de lamerdes Antilles...(I).MM. Henri Chau'Vet et Robert Gentilparlentde cetteopiniondansunegeographiescolairedel'Iled'Haiti.Ces deux geographes haltiens pourt1ant preferent uneseconde hypothese, quileur parait s'appuyersurdes donnees plus scientifiqucs,etselon laquelle Halti doit saformation a unesuccession de soulevements volcaniquesquisesont I( produitspendantl' epoque eOCene(2). Sansprendrepartipourunedoctrineoupourune (lutre, ce qui depasseraitIecadredecetouvrage et notrecompetence,nouspouvons a.ffirmer que laformation geolo giquedusol haltien aconnu,encertaines periodes, de vio lents bouleversementsquise reconnaissentaurelief actue!.Pendantla periode notammentde gnandes fractu res sesontproduites,quiontpro-voque la surrection de hautes ,chaines demontagnes,voisines de fossesmarinesprofondes.Ges phenomenes, sansnuldoute,ont ete accom pagnes d'unvolcanisme lactif..Ils'ensuivitl'apparitiond'unreliefextremementI.ourmente,dontnousexamineronsplusloinles details de physionomie.(I) Albert deLapparent Leyonsde Geographie physique,3" edi tion, Paris1907, 1volume, page 653.(2)Henri Chauvet et RobertGentil:Geographiedel'lle d'Halti, 326edition,1volume, Port-au-Prince1931,page26.

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14B.La variete des phenomenesgeologiquesJdonI. Haiti a ete Ie theatre, telsqueles .fractures,le5 contractions, les ,accidentsplutoniensJ invasionsmarines,l'acti 'Vite erosive des rivieres et !leseaux de ruissellement, 'est la cause deI'extremediversite des roches..C'est cequiapparaitdairementdansl'etude,dontnous avons parle, de MM. Woodring,BrownetBurbank.L'esquisse geologique dela Hepublique d'Ha"iti, quienglobetoutIe territoiresurlapre miere Planche, ala suite -!Ie leurouvrage,montre,dans Ie Nordprincipalement,un tres echantillonnage d!'l ro ches et reveIe parconsequentl'existencedesols cnntigiis fort differents lesunsdesautres. Dansunouvrage recentJprepare sous la hautedirection de Vidal La BLache,void commentM..Max Sorresetrouveappuyercesconclusionsentraitantdela geologie d'Ha"iti :Les efforts orogeniques, ecrit-il, qui semblentcommencer avec I'Eocenepourrevetir to ute ,leur intensite auMiocenesuperieuret auPliocene correspondent a uneordonnanceassezsimple:quatrebandes montag'neusesd'inegalelongueur,quatreairesantidinales separees par,des zonesdeprimeesau lastructureplissee est encoreapparente.Leurbordurefailleepermet,aussi ],ien de pal leI' dehorstset de Josses tectoniques. Cettearchitecture laisse pla,ce a unegrandediversitedansIe detail des formes,enrelation avec lanaturedesroches;les calcairessurtoutd'origineetde textures tres variees,donnentlieu '8. des aspects contrastes. Lescompartimentsant joue lesunsparrapport,aux autres.Danstoute I'Ile, maissurtout(aux'voisinages,delagrandefraetionmediane iles Antilles,Ienombreetl'altitude des terrasses littor,alesattestentl'importancedes soulevements.Onen reconnaH vingthuit etagees 'surquatrecentcinquante metres dehauteur,

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-15 engravissantlapenteduplateaude Bombardopolis a l'extremite de lapeninsuleNord-Ouest(I).C.-11est iJ remarqueraussiquelaformation geolo giquedel'IleI' atoujours predisposeea des secousses sismi ques.Lapparentnotequelestremblementsdeterre,si souvent ressentis a Cuba, a IaJama'ique, aHai:ti, enfin a Porto-Rico doivent etre enrelation avec les fossesmaritimesetonnammentprofondes,etetroites,quis'alignent de puis la baieduHondurasjusqu'ala fosseatlantiquedes11esVierges ... (2).WendellP.Woodringa essayeegalementde relier les phenomenes sismiques aux caracteristiques tectoniquesconnnes.II signale quelestremblementsdeterresont frequents dansla Rcpublique commedanslesautrespartiesdugeosynclinal equatorial tertiaire. Autemps tIe 1acolonie et sous la Republique de desastreuxtremblementsI(deterreont, de tempsa autre, ,causeladestrnctioncom plete on presque complete de Port-au-Prince, Gap Haiitienet.d'autres'villes (3).IIdresse ensuiteuneliste desgrandesS0coussesdont HaIti a ete Ie theatre. II decrit quel ques desastres, des destructions de villes entieres, Iesoudain aff,aissement deterrains,l'interruptionde routes
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-16-Nous avonstenu a signalereette ,adivite sismique, par ce qu'eHe a son contre-coupsurla stabilite des agglomera t.ions, des proprietes baties et meme surla eonfiguratiorldusol. 3. L'orographie Haiti, commesonnomde provenance indienneIemontre, estunpaysdemontagnes.Enlangage creole, quiestIe seul dialecteeonnudes populations rurales, les sommet.s s'appeHent des mornes. llssontnombreux,sou vent tre,>eleves, et il est exact dedirequedesmontagnesgigantesquespeuvent etre vues aussitot que,venantde lamer,onapprocheden'importe quel portouvert de la Hepubli que,et a plusieurs ports, les pentes escarpees de8 montagnes s'etendentjusqu'u la cote ... L'asperite desmontagnes est meme plusimpressionnantequandonvoyageIelongdescheminsquis'etendentdansIe ereur detou tes lesmontagnes(I).Letraitessentieldumodele de I'Ile est doneson aspect montagneux.Mais ilya aussi des plaines, certaines de grande eten due,Ielong de quelques cotes oudansIevoisinage des arteres fluviales..Pourdonnerune idee plus precise del'orographiede la Hepublique,voidquelques indications avec des chiffres assez eloquents : Lesmontagnesoccupent plus de20.000 kilometres car res, les plaines7000 a peine, soitmoinsduquartduterri toire.(I) Wndell P.Woodring,JohnS.Brown elWilburS.Burbank:Op.cit.,page 3:2.

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-17-Leshautesmontagnesatteignentdes altitudes tres ele vees. Lepointculminantderileest la Lama Tina,d'unehauteurde 3.rflOmetres,enRepublique Dominicaine.En HaIti, les massifsprincipauxsont:auNord, lachaineduNord-Ouest et Ie MassifduNord, au les points de1000 me tres ne sont pas rares.Aucentre,les Montagnes Noires con naissentunsammetde1500 metres au MarneauDiable.Plus pres delacote,auSud-Ouest de ce systeme,s'etendla chaine des MatlJeux. Puis, au SUd,c'estIeMassifdelaSelle qui cuImine pres de la frontiere dominicaine a 2680metres, etseprolonge a I'Ouest, dans lapresqu'ileoccidentale derIle,parIeMassifdela Hotte, au IemontMacaya s'elevea 2.(100 metres. Toutes,ceshauteurssontdes ramifi.cationseneventailduMassifinterieurderile,la SierraduCibao,dontlaformeetIe relief sont determinespm' Iecroisementdes principales lignesstructuralesdes Grandes Antilles. Cettegrandechainemontagneusecentr,ale deborde Iecadre d.e l'Ile et ((seprolonge 'u rOuestendirectionparla SierraMaestradeCuba, a l'Estparleshauteursde Porto-Rico; ((sa chaine du Sudtrouvesacontinuationnaturelledansles Montagnes de la Leresserrementdes axesde plissement terti,airesenfais,ceaux,leurrecoupementparlalignemajeure defmcture de la Mediterranee ame ricaine (la Mer des AntiHes)antcomme exaspere Iere((lief...))(I).Les regions plates, demainsgrandesurface, flont si tuees soit,auNord, en bor,dure de I'Ocean Atlantique,commelaplaineduNord, soit dansIebassin del'ArtibonitecommelaplainedU meme nom.Laplainecentrale,Ielong(I)MaxSorre:Op.cit.,page 174.

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-18-du'versant oriental des Montagnes Noires, medte d' etredtee aussi, ,avec quelques petites autres depressions cotieres commeles plainesdeI'Arcahaie,duCui de Sac etde Leo gane,environnantPort-au-Prince,etlaplainedes Cayes au Sud d'HaHi.Ce petitaper(,'u dureliefdusol serarendu plmclairpar l'ex,amen de lacarte d'Hai:ti, reproduiteau debut de ,cette etude. 4.-Le climatLeclimatd'Haltiestentierementdomineparla I>ituation decepays, ausudduTropiqueduCancer.A.-Toutes les parties de la Republiqueontunetemperaturechaudeet les ecarts saisonnierssont tres faibles. A Port-au-Prince,onenregistrela memeannee une tempe raturede 26 a.ucceurde I'hi'veretde27enjuin,l'undes mois les pluschauds.Onneconstate ,tie variation visi ble detemperaturequ'enchangeantd',altitude. AFurey, village deT540metres dehauteur,Iethermometremarque8 degres demoinsqu'auni'veau de lamer.B. On estloinde reconna'itre, parcontre,la meme uniformitedans les precipitations atmospheriques. L'abondance des pluies varie avec les suisonset,avec les regions.II y u unesaison pluvieuse printaniere au mois demai.L'autre periodc pluvieuse estI'automne,quisedistinguepa,runeplusgrandevariabilite dans les mois de fortehumi dite. L'abondaneedes p,rBeipitations ou la seeheresse de certaines regionss'expliquentparIe relief. Les ventshumides, enrencontrantdehauts Berans montagneux, eon densentetprovoquent .des pluies excessives.SurI'autre

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-19-versant de ees chaines, ,au contraire, OU ventnesouffle pas, la se'cheresse sevit. Les pluies,en Haiti, arriventsouventenfortes tempetes.Pendantl'annee1919, a to utes les stations d'observation, 38%de la pluie totale mensuelletombaensimpIes tempetes, quoique ordinairementplusieursjoursdepluiefussent releves chaque mois.L'intensite des pluiesest brievementdecrite commesuitparM.Scherer (Bulletinannuelde1919de I'Observatoire Meteorologiquedu Co'llcge Saint-Martial dePort-au-Prince:Nospluiessontl'elativement ,courtes.Laplupartdurentmainsd'une hem'e. Vne pluie de deuxheures parait deja longue. Harement, elle depasse quatreheures. Vneplui'e de12heures ou de 24 heuresestregardeecommeextraordinail'e. Elle supposeuneperturbationatmospherique.D'ailleurs ee nesont pas les longues pluies,quifournissent beaucoupd'eau.au pluviometre. Generale mentles courtes pluiessontaussi lesplusintenses(I).Les roches -calcaires eLant nombreuses en Haiti, ainsi que nous l'avonsdeja remarque,iln'estpasetonnantquenous trouvians dans ee pays deschangementsde modele fre quents, dusal'impetuosite qui caraocterise les precipitations. L'erosionpouvant etre consideree commel'agentprincipaldu modele, c'est a dIequ'ilf,autattribuerl'instabilite de la topographie calcaireremarquablesousce dimat tropical. La, plusqu'ailleurs,l'observationpermet de saisirsurIe(I) Cite parWendellP.Woodring,JohnS.Brown t'l WilburS.Burbank:Op.cit.,page 59.

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-20-vifIetravail desculpturedescoursd'eau))(I).La presenced'e,coulements souterrains, de dolinesau ca,vernes creuseesdansIesol, rappelle la surfacede nos Causses, ,dont la phy sionomie, tres bien etudiee parM.de Martonne, 'llJCCUSe destraits deconcertants. La force dissolvante del'eau,dansees regions, opere enprofondeuretmineenquelque sorteIesol. Agissantdansles couches voisines de la surface,eUeproduitI'affaissement des dolines ...))(2).Cetravaild'erosionetdedissolution,surunsol ou Ieruissellcment estintense,produitunmaximumd'effet.En Ha,iti de veritables desastresensontparfois la consequence.LesenatcurCharles Eliseeeutl'occasion, Ie16Avril1g3],d'attirerl'attentionde ses ,colleguessurles mer,aits des pIuies excessives. Void quelques-unes de ses declara tions :Jepriemes honorables collegues de considerer quedanstoutIeNordI'inondationacommisdes ravages. Unpeu part outles pluies repetees ont cause des eboulements.Les vililes del'Anse-a-Foleur etduBorgnesontsi tuees'a proximitedes rivieres et, lorsque celles-.ei debordent, les eaux !les ,envahissent etnecausentpasseulementdesprejudicesmateriels, maismettentencoreen peril lesviesdenos concitoyens. C' est ainsi que dansIebourg meme del'Anse-a-Foleur, il a etecreuse untrouenorme.Or, ilya des proprietes quisetrouvent a proximitede,cetrouetquid'unmoment a I'autrepeuvent dispa,ral tre...)) (3).. (I)EmmanueldeMartonne: ilbregc de Geogro.phieFafis 1922,p.ItIS. (2)Idem,p. 176. (3) ExtraitduMoniteur d'Hatti, paraissunt a Port-au-Prince, nurnc 1'0du15 Jui:g 1931.

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On apervoit,a travers C(lS quelques phr,ases,l'instabi lite du modele dans certaines regions d'Halti,ou la constitutiondes roches et les precipitationssecoalisent PQur bou leverserLasculpturedusol. 5. -L'hydl'ogr.aphie Hai1i estpourvued'unassezgrandnombredecoursd'eau.La forte inclinaison (les versant.smontagneuxdote quelques-unsd'entreeuxd'uneallure torrentielle..Dans la zone tropicale,ou laneigeestinconnue,Ie de bordementdes rivieresnepeutprovenirquedes pluies, clont nous venonsd'examinerIeregime.Surles pentes denudees desmornes,dont beaucoup ont ete deboises inconsidci'ement,l'erosion fiuviale est .:LC tive.Par-contre,Iecoursordinairedes rivier(ls et des fieu'Yes,enplaine,quandiln'est pasmodi fie pardes precipit.a tions intempcrees, estrarementsubversif.Lenceud hydrogr,aphique del'IleestIemassifinterieurduCibao,dontIe role rappelle celuiduPlateauCentralenFrance.Lefieuye Iemieuxalimentede la Republique estl'Ar tibonite, qui nait enDominicanieetsejette a l'OuestdansIeGolfe delaGona-ve.Savallees'6panouit (ln unebelle plaine, douee d'excellentes aptitudes agricoles. Parmiles fieuvesduversantduNord celui des Trois Rivieres estIeplusimportant.La rivihe Massacre sel:t de frontiereentrelesdeuxEtlats qui separtagent il'Ile. Dans lapresqu'ileduSud-Ouest les fieuves cotierssontnombreux.Ils descendent des Massifsdela Selleoude la Hotte et sont vite a lamer.Leurcoursn'estdonc paslong.

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6. -La vegetation Le ca,radere principalde la vegetation, en Haiti, est son arbores,oence. Les nesontpas raressurles hauteurs. Beau-coupdesommetspourtantsont denudes. C',estquependantla periode ,colonialeon defricha (jes montagnesentieres, dans Iebutdemultiplierles plantations.Ondut SEl repentirde ces abus plustard.La vegetation associee, composee de fougeres arbores centes et de buissOllS,tientunegrandeplace. Dans les plaines arides la vegetation arbustivedomineencore, avec les ,ca.cti,hautsquelquefois de sixa dix metres. De vastes nigions qui,autrefois,ont He defrichees, puil' ,abandonnees, sontaujourd'huid'immenses sa'vanr,s herbeuses.Lesherbesy attcignent sou vent la IHmteur d'mJ arbuste. Dans laplaine de l'Artibonite les buissons sal inssontnombreux,dans la partiemaritimedela pla,ine du CuI deSa,caussi.La vegetationdltiere est representee par desmanglien ou paletuviers, quicroissent lesuns pres ,desautres et forment d'epa,is ,fourres.11est donerare,en HaIti, surtoutdans les regionsirriguees, derencontrerde vastes prairies,commeonenvoitenFrance, couvertes de g,azon oud'herbecourte.Au climattropicalrepondtoujoursune vegetation luxuri.ante, d les prairies maigres, les herbages pauvres, les sols denudes n'apparaissent C]iu'auxmres endroits exposes a la secheresse ou prives deterre vegetale.

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SECTIONIILA GEOGRAPHIE ECONOMIQUE I.-Les CulturesEnHaItilaculture de laterrejoueun role preponde rant.Onpourr,a,it meme direqu'elleestl'unique importantedu payspuisqueles raresindustriesquis'ytrouvent etablies viventdel'agriculture.Les .cultures, sous -ce climat,presentent a peu pres les memes,caraderes paysagers que la Vegetation naturelle. Ellessont generalemen1. representees pardes arbres, des arbustes, des plantes auxlonguestigesouauxfeuilles abon dantes. Voici les -cultures prin-cipales auxquelless'adonnentles paysans haltiens :Les -champs pi antes de ca;feiers sont tres nombreux,les arbrespoussent memea l' etat sauvageenmaintsendroits.Lecacaoyerest tres repanduaussi. Ilpeutatteindre? -comme Iecafeier, desept ,a dix metres dehauteur.Lesbananiers,parordrededimension,viennenten suite. lIs etalent de longues feuillesmesurantquelquefois deux metres delongueur.Les hananeries pt'esentent Ie spectade d'unenature vegetale d'une richesse, d'un epa nouissementetOIlnantS. Hai1i estl,a terrede predilection dela,canneasucre. Cette -culture, des la decouverte, fut transportee de Madere parles Espagnolsdanslacolonie 'de Saint-Domingue. Elle y trouv;a unclimatetunsol de choix. Aussi iescannes y croissent vigoureusesetdenses.Lalisiere deschamps, ou les roseauxmurissent,formeunemurailleinfranchissable.Lecotonestuneressource agricoled'avenir,donton s'efforce d'a,ocroltre Ierendementetdepropager la culture.

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Lecotonnier,dansnotre ancienne colonie,atteintfacilementune trois a cinq metres. Le taba,c,originairedes Antilles,estcultiveaussienHaiti;maisily estendecroissance. Cetarbustepentmesurerdeux metres dehaul.Parmiles pLantes de faibles dimensions, quisonL1'0bjetdeculturesimportantes,ilfautciteI'Ie sisal ou la pite, sorte de textilen'exigeantpasuneirrigationsoutenue.OnIe recoltedans les plaines arides. Tous les paysans ,d'Ha'iti gardentautourdeleurmaisonunchamp reserve auxculturesvivrieres.Usassurentainsil'alimentationdeleurf,amille etseprotcgent, a l'a'vance,contreles hasards rna,lheureux.Onrencontredonedes ,champs delegumesdugenrede lapommede terre, de la patate,dupois,dumanioc,duriz, etc...L'arboricultureest tres florissante.L'oranger,l'avocatier,Iemanguier,l'arbre-a-pin,l'abricotier s'aoOcommo dent tres bienduclimat ha'itien. Degrandes etendues montagneusessontrecouvertesde campeche, quifournitunbois tres exporte.D'autresarbres poussentd'eux-memes,unpeupartout,avecunfeuillage epais e.tvert. Dans cette zone tropicale,l'abondancedes pluies ,assureIedeveloppementd'enormesa,rbres avegetation continue, dont deslianes epiphytes de toutes sortesencombrentIetroncetlesrameaux(I).Lebois de ,constructionjoueun role economiquepar hculierement important.Les maisons despay8lallS,leursajoupassont hatis enbois.nenest de meme de laplupartdesdemeuresdes citadins,mcme dans les 'villes les plus(1)BulletindelaCommunedePort-au-Prince, Port-an-Prince page13.

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importantes,pourdes raisons qui tenaient ,autrefoisit ia frequence des tl'emblements de terre. Toutes ces habitations dispal'aissentrapidementdansles incendies. Aussi doit-on les reconstl'uire sou vent.Quant a Larepartitiondesculturesentrelesmontagneset les plaines, eUes'etablitainsi : Il yaenviron400.000 hectares de terres c.ultivees enmontagneet500.000enplaine.Lesmornesincultessontnombreux,les plaines arides be.aucoup moins.Le cafeier estl'arbredeshauteurs,il croitmemea des altitudes se rappl'Ochantde1500 metres au-dessusduni veau de lamer.Le cacaoyer pousseunpeuplusbas. Quant aux fruits et legumes, ilssontpresquetous cul ( bves enpetitsjardinsdans de petitscoinsdeterreindi( vi,duels. Ussont caraeteristiques desmontagnesplutotque des plaines,quisontplussouvent a.ucoton, ( a lacanne a sucre,aux cereales (riz, mal's) etit l'he;rbe(1).Les methodes deculture sont plutotprimitives,pres quetoutIetr,avail etant fait 'it lamain.IlfautattribuerceLa it l'existenced'ungrandnombrede terres raboteusesetpierreuses diviseesenpetits lots. Iln'yaquedans les plai nes ou Ielabourageet laculturemecanique,aient ete introduitspar en9roits. Pourtantl',agriculture estenprogreso Actuellement des efforts serieuxsontentrepris pour fertiliser,parl'irrigation,les terres Mides.Voidceque l'IngenieurenChef des TravauxPubli,cs ecrivait auSecretaired'Etatde son Departementily ,aquelques annees :(I)Wendell P.Woodring,JohnS.Brown elWilburS.Burbank:Op.cit.,p. SLt. 3

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LaRepublique possedeunsol fertilequipeut etre maintenuparlaculturerotative,unclimatqui assureunesaisoncontinuelledeculture et unequantited'eaudisponible sui'vanl les besoins !Ie l'arrosage.En .fait, lesconditionsserapprochentdel'idealpournnereproduction intarissable de produits de valeur(I)..2. Les moyensdecommunicationAutrefois Ie ,commer,ce se faisait principillement parmer,aumoyenduoabotag.e, ce qui explique la presencede presque toutes les villessurla cOte. Al'interieurondevaitemprunter, a pied oua cheval, !Ietres mauvaises routes deplaineou des sentiers etroitsdemontagne,sou 'Ventmalfrayes. Des Ie debut!Iu xx siecle, des routes furentconstrui tes. Mais l'amelior.ation dureseaunedate quedu debut de l'oocupalion amerkaine, en1915.Apartirde eette epoque,l' A!Iministration des TmvauxPublics profita de gros bud gets, quiluipermirenld'organiserles moyens detransport.11yaaduellementen Halti plus de1..000kilometres de routes entretenues et prahcablespourles vehicules, ycompris les automobiles,a presquetoutes les saisons. Lesprojets !Ie locomotionparvoieferreen'ontpas .,;(e couronnes !Iesucces. Le concOlUS des eoursd'eauest tres faible. Saufl'Ar tibonite, les rivieres nesont pas navigables. Cette situation,quinerepondpasentierementaux be soindupays, a provoque lIesremarquessuivantes de(r)Rapport del'Ingenieul'enchefauSecrctaircd'Etatdes Travaux Publics. Lettre del'Ingcnieul'enchef,Port-an-Prince,p.26.

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M.Mauri1ceDartigue,specialistehaItien cles questionsagricoles:Pouretablirun systeme decheminsde fer, il Jaut des ,capit.aux importantset l'assur.ancecertaine que lesdepensesserontcouvertesavec profit. Nous sommes doncobliges dedependresurtoutdes routes voiturablesetdessentierspournos transports...si nous avons besoindebonnesroutes voiturablesentreles v illes, ilnousfautaussi de bonnes routes de penetration et de bons sentiersdans lesmontagnes.Nous devons,eneffet,nousrappelerqu'HaIti estunpaysmontagneuxet quenotre principale denreed'exportation,Ie cafe, secultivedans lesmornes.Dans ,certaines regions Ie nepeut etre tr,ansportc qu';'t dosd'animaux,mais parfois les che'minsn'existent pas oubienilssontdangereuxet Ie cafe restesurplace etc'estauLantd'al'gentperdu))(I).Lesmoyensdetransportenmontagnesoulevent,eneffet, de graves problemes. Voici la descriptiond'unsen tier qu 'uLilisent les paysans desmornes:Pour,conduireles montag-nardsenville, il y,aIepetitsen tier malaise.Avcz-vousjamais eLe enmontagnepourvoir eet1e lon gue filed'habitantsqui descendentenville SouventIepetitsentiernepermetpas que deuxd'entreeux ma,rchentde front,etl'onest obligecle marcherl'under l'autre,comme des paulesqui'vant auchamp.Etonenapourplusieurs hcures pal'fois de ce voyage))(2).(r)MauriceDartigue:Lcs Pl'oblemcsdela Communaute, Portau-Prince,192r,1volume, page63.(2)Maurice Dartigue et Andre Liautaud:Geographic locale,LivreI,Port-au-Prince,1931,page8.

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nya meme certains endroits,surles mornes, ou seulunpiedhabituepeutaLteindre. Denombreux terrains, pour ceUe raison, restent inaocessibles a1.a plupartdes Ha'itiens, qui viventenville oune frequentent que laplaine;seuls, les paysans de,cesregions inaborda,bles en,connaissent les details geograpl.iques et la pro!fuctiviteIag-ricole. 3 .. -LaPopulationFautede recensement serieux et complet on :ne peutcertifier quel est le total exad dela, population, de la Repu bl.ique. Lesdeuxchiffres de quaLre millions et un millionetdemi d'habitanLsont ete avances. Personneentoutcasneconteste 1'ecrasante superioritcnumerique.de la population rur.a.le surIapopulationurbaine.IIsera consacreunchapitre a l' etude.!fesmoours de1a societe rurale. Nousnementionnerons id la reparti tion des agglomerations ha'itiennes.La Republique est diviseeen cinq departements : Ie Nord, le Nor4-0uest, l'Artibonite,l'Ouestet Ie Sud. Eux-memes se subdivisent en arrondissements,dontIe toLa! est de 27.Voici les chefs-lieudepartementaux: Dans Ie Nord : Cap Hai:tien,portde20 .. 000habitants,anciennecapitale de Saint-Domingue. Dans IeNord-Ouest:Portde P,aix,dontIe chiffre de la population, fixemoderement, atteint7500 ames. Dansl'Artibonite : Gonalves,portde 12..000 habitants, au moins. Dans 1'Ouest : P()rt-au-Prince, la capitaJe d'Halti.. C'est la que siegent Ie Gouvernement, IeTribunal de Cassation, l'Ecole Nationale de Droit, et les grancles Admin.istra.tions.

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Sa popuLation est evaluee entre125.000et200.000habitants.Dans Ie Sud:Les Cayes,quicompte apeupres 25.000 ames. Beaucoup decentresurbains,en Ha,Hi, ont ete Ie theatre de discordes politiques violentes,quiontsouvent degenere en choos sanglants.L'insurrection,l,aguerrecivile,danscertainesvilles,ont,causel'aneantissementdequartiersentiers. Ces epreuvessontdonc venuess'ajouteraux desas tres destremblementsdeterre,auxravages del'incendie. queces fleaux n'ontjamais menagee, dut etre restaureeplusieursfois.Endehors des villes quenousavons dtces,it yad'autresagglomerationsimporLantes pIa.cees surlac6teegalement.Cependant, a l'interieurduterritoire,ilyapeudebourgspopuleuxet actifs. IIenresultequ'unegr,andepartiede lapopulationruraleest eloignee des centres economi ques, des foyers intellectuels, (les organisations judiciaires.Onnepents'etonneralors de lasituation defavor.a.bleOU se trouvent places ungr,undnombre d'Haltiens, reculesdanslesmornes, al'6earL desmoyensde ,communi,cation, igno ranLset incerLains des lois. Maisnoustou-chons lil l'undespoints,qui erontl'objetdel' expose sociologiquequenouspresenteronsplusloin.SECTIONIIICONCLUSIONDe cette etude geogr,aphique que nousavons placeeen tete denotretravail avecl'intentionde faire apparaltre les

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30 ,premiers elements dontla reformefoncieredena tenircompte,nous degagerons quelques idees, quiserontrepriseset developpees plusamplementd,aus Ie CQurS deeetouvrage.1.La diversite des roches,quicomposentIesold'une memeregion, en Ha:iti, entralnesouventIerapprochementde terroirs differentssurunepetiteetendue.Le,caractere tres localduclimat haltien provoquepareil resultat. II s' en suitque Lamonoculture etla generalisation de lagrande propriete 'vont plutOta l',encontre des possibilitc<; dumilieugeogr,aphique de ce pays.2.Lerelief accidente d'HaIti, quiestl'undes traitsdominantsdecettepartiedes Antilles,nepeut apparaitreque surunecartecadastrale ou figurentles ,courbes de ni veau. Toute ,autre cartedonneraitunefausse idee de la realite etn'atteindraitpas Iebutqu'onen,attend. 3. Les troubles sismiques,dontondoitredouterencorel'eventualite,etsurtoutl'extremeperturbationdans Ie mo dele, provoquee par l'erosionactive des eauxeourantes,eonseillent d' etablir desplans,cadastraux,dontla correc tion,Lamise a jourpuissent etre r,apides. Le earadere arboresoent de la vegetation tropicale,l'aspectluxuriantde certaines ,cultures, l'aoces difHcile demaintespartiesmontagneusessontautantde raisons qui doiventdeciderIe legislateura utiliseI' laphotographicparavion de toutes les regionsau territoirede la Republique. Latache desarpenteurscl des ingenieurs s' en trouvera fa ciliteE'. 5. Les desordres politiques, lestremblementsdeterreet les incendiesfurentcausede la disparition denombreuxtitres de propriete ouplansd'arpentage.Ceci explique quel quefoisl'ineertitudequi planesurbeaucoup de droitsim-

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-31-mobiliers. L'atLitude queprendrontlesjuges,dont lElrole serad'aider a lareorganisationfonciere, devroa s'inspirerde cette consideration. 6. Le legoislateur,enreglementantla proprieie rurale,etl'autoritejudi,ciaire,enappliquantla loi,nepourrontpasmanquernonplus d'etre influencespar la situationdecertainspaysans, queleursterres, reculeessurlesmornes,eloignentde toutcontactavec l.a vie generale dupays. Les figuresreunies ci-apres permettrontdese repre senterles traits les plus saisissants de lageographied'Haiti.

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(Editiond'Arl BenoH COllba,Porl-all-Prince).FIGUl1EI.L'al'bol'escenceest;lafOl'mehabituellede lavef/{Halion. huiliel1 neFJGUl1E2.Maison payswwebtilie au pied .[un morne, ULL Inilieudela vegetalion tropicale

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(Dil'eclioll gcnerale desTravauxPublics,POl'lau-Prince).FlGUHE Aspectmontagneuxdel'lLe, au.x environsdeJacmel.(Laraideurdes pentes occasionne p.arfois des eboulemenh) (Dil'cclion gcncl'ale ues TravauxPublics, Porl-au-Princel. FIGURE4.-U ne rou.te au Iniliw dela foret tl'opicale

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FIGUHE5. La vegetation etles cultures reCOUVl'entlesvel'sants ha'itiens. rlGlIBE 6.-.\joupu en-loun;tiebcuwniers

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CHAPlTRE IIL'Histoire generate II pourrait paraitre, deprimeaboI'd,inutilede retr,acer les evenements chronologiques quiantjalonneI'Histoire generale d'Hai:ti. L'evolutiondudroit hai:tien, et plus spe cialementl'historiquede lapropriete foncieresembleraient etre les seules etudesdu passe, qui puissent eclairer Iesujet que nous tmitons. A la reflexionpourtanton doit s'apercevoir !Ie l'utilite i'Ci d'elargil' ce champd'exploration. Notre travail, qui seraluenFrance, doitfournirtausles elements quiant aidea formernotrepropreconviction. Haiti, depuiscenttrente lans, vitd'uneexistenceindependante.Des faitsimportants de sa vie nationale, les Franvais,capte que quelques echos isolesetaffaiblis.Et meme, autemps auce pays etait unecolonie franQaise, sa situation ex,centriquenepermettaitpas de liaison rap ide avec la metl'opole. NallSneferons done pasinjure 'a nos lecteursenprevoyantleurignorancede bcaueoup d'episodes quiantinflue ,considerablementsurla dcstinee deLanation hailienne. Au surplus, iln'ya pas de g:rand evenement,meme politi queaumilitaire,dansI'His toired'unpays, quin'aiteuson retentissementprocheaulointaindans la legislation. Vne etude approfondiedu re gimefancieren HaIti resterait confuseparconsequentsans l'expose historique quenousallons faire.

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34 C'est lorsque nousaurons presente ce cadre quenouspourronsrendre vi vantel' etude necessaire lies institutions ha"itiennes, etablies pour gar,antir les droits consa.cres parla Constitution, elnotammentIedroit de pl'opriete. L'effort que nous feronspour renlire intelligible processus des lois foncieres, quiontabouti a la legislation actuelle, sera donc aidepar Ie tableau prealable desgrands evenements de l'Histoire haltienne. Enfin, il estuneautreremarquequi militeenfaveur de,ceplan.LaprotectiondusolenHaiti atoujours eteconsideree commenecessaire au ma,intien de l'Independ,ance nationale. Ellen'ajamais cesse, pour cette raison,d'inspireI' les decisions desgouvernements.De telle sorte que les qjuestions foncieressetrouvent meleesa des accidents de la vie politique, it des revoltesoudes faits d"armes.Comment ,alors serait-il possible d'en faire l'etude sans degager leur role dans Iedrame generalo.e l'Histoire ? SECTIONILA PER lODECOLONlALE I.-La decouverte etles debuts de lacolonisation Ha'Lti fut decouverte it la fin liu quinzieme siecle parChristophe Colomb. C'est Ie 6 decembre 1492exactement que ce navigateur,aborda la baie de Saint-Nicolas,auNord Ouest de 1 'Ile. Les naturelsdupays etaient des Peaux Rouges, denom mes Chemis.Ils appartenaient, croit-on, augroupedes Carai:bes, peuplade des Antilles. Bien que de mceurs primitives, ces indigenes ne vi vaient pas dansl' ooarchie.

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--.35 -L'organi&ation poli'tique, socialeetreligieuse des Chemis etait simple. HaItiwmprena.itcinqr.,aciquats ou(royaumes...chaque Cacique etail assiste, dansl'adminis((tr,a,ti()n de sonroyaume,d'unconseil de vieillards, depo (sitaires de tr,aditionsdupays. ( Lescinqgrandschefs vivaient en parfaiteharmo(nie)(I). Apres la decouverte, 1'Iletombapeu it peusous 1.-1. dominationdes Espagnols. Elleprit meme Ienomd'His panioLa,c' est-a.-dire (petiteEspagne n. Les colonisateursinaugurerentsanstarderl' etmirentenvaleurles ressources qu pays. Ma,is lamain-d'amvreservile, decimeepar lesmauvaisI.raitemenls, les durstravauxet les epidemies, se revehbicntol insuffisante. C'est alorsqu'apparut !'institution odieuse de la tnaite des noirs.L'importationdes negres d'.Mrique commen9a vel'S1508. Celte tr,ansfusiondusang,dontI'importancehistoriquenesauraitechapper,introduisit des lorssurla terredes Jndi-ens, deja. envahieparles BI.ancs, unerace nouvelle quideviendrapreponderante.Entretemps Ie payssetransforma.OnY commen9a laconstructionde quel'ques villes,dont1aplus belle fut SantoDomingo.Cependantles colons, accourus avec I'espoir de faircfortune,s' elaient illusionnessurla richesse miniere l'Ile.LeCibao, qu'on vantaitpoursonor, etait avare. Beaucoupd'Espagnols de9us revinrentdansleurpays..(I)J.C.Dorsainvil:Manueld'Histoire d'HaW, Port-au-Prince1925,1volume,p.10.

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36 -Les autres, que des espoirs plus modestesretenaientdanslacolonie,furentrefoules dansl'EstderIleau debut duXVIIcsiecle.Ce sont les aventuriers franyais, flibustiersouboucaniers siconnusdansnotre Histoire, qui leschas serent de lapartieoccidentale.Cescorsaires intrepides, emerveilles parla beau,te dupays,planterent Ie drapeau franyais surlaterrequiporteaujourd'huiIenom !f'Ha'iti. C' est de .cette epoque que date I'originede notre colonie de Saint-Domingue,reconnue par Ie traitedeRyswicken1697.2 ..L'.4dministration frant;aise Le territoirefutdiviseentrois provinces : Le Nord,l'Ouestet Ie Sud.L'autoritefutpartageeparunGouverneur genenal, auxprerogatives militaires, etparunIntendantdes Finances, prepose ,au ,controle des services civils. Cette dualite de fonctions etait dureste familiere a la poli tique des rois deFrance.Nos colons accrurentla prosperite dupays. Degrandesvillesfurent fondees : CllJPFr.anl;ais aujoul'd'huiCap Hartien, Portde Paix, Les Cayes,Port-au-Princela capitale actuelle, etc. L'agricultureconnutunessor rema.rquable. Laculturedes pro!fuits tropicauxfutetendue et lacanne rl sucre, Ie cotonnier,l'indigotier,Ie cafeierrepresenterent viteunegrandesource de richesses.({Certainsproduitsnaturelsfirent naitre desindus /( tries ,agricoles.Chaquegrandehabitation possedanne sucrerieetuneguildiverieextrayantde la cannea sucre,Ie tllifia etIerhum(1).(I)J.C.Dorsainvil:op,cit.,p.51.

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Saint-Domingueacquitrapidement, la sorte,une granderenommee quiluivalut d',attirer la noblesse deFrance.Les colons s'etablissaient dans de riches fermes, lappclees((HabitationsII.Les nomS de ces exploitations,aujourd'huiencore,sontceuxdes plus belles familles de l',aristocratie frarwaise. L'esclavagefutmaintenu.Etc'est a latraitedes noirs qju'on euttoujoursrecourspourrecruterlamain-d'ceuvreservile. Alafin de la periode coloniale,plusd'unr:lemi-million de negres importesvivaient a Saint-Domingue.Les noirs,quinaissaient dans Ie pays, avaien,t Ienomdenegres creoles .P,a,rsuite desrapportsintimes,qui se repetaient,fre quemmententre ma'itres et esclaves, nnemce melisse, desmulatresapparut.Ces sangs meles )1,commeonles appelle encore, alimentet-ent la d.asse sociale des affnLll chis.Iln' etait pasrare,eneffet,qu'unblanc eutpitie de sesenfants noil's etdeleur mere, etles liberatdel'etat d'esdavlage. Quelquesnegresaussiobtinrentcette fa,venr de l'affection de leurmaitre.Vel'slamoitieduXVIIIc siecle ((onchercha meme; contraintparla necessite, aaugmenterIenombre des (( a'ffranchis, qu'onatoujoursregardes laprinci((pale force de lacolonie(1).Cenombreatteignit40.000en 1789. Les affranchisjouissaientde droits economiquesimportants.Ilspouvaient a,cqjuerir desimmeubles faireducommer,ce.(1)Docteur Dalencour:HistoiredelaNation Haitienne. Port-auPrince1930,page280.

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-38-Leuroriginepourtantlesmaintenaitdansune certainehumiliation. Ilsn'avaientpas Iedroitd'embrassertoulesles professions : ainsi illeur etaitdefendu d' etre instituteurs(I).Ces vexationsetaient {;ertainementinjustes car,(('m(pointde vue social, les affranchisformaientla dasse IJ((plus meri'toire deSaint-Domingue(2). Cette opinionestpartageepartous les historiens. 3. -L'influencede la RevolutionLapertede n.otre colonie estune consequence de l iI Revolution de 1789. Alafin del'Ancien Regime, les evenements politique,; deFranceeurentleur,contre ,coupdans1'Ile,. LesPlanteul".bravant1'autoriteduGouverneuretde1'Intendant, preteu direntserendremaitresdel'Administration.Puis, a !'instal' des citoyens actifs .de Fran{;e, ilsdlOisirentdes delegues pourplaiderleur -cause,aux. Etats Generaux. A l'Assemblee NationaleConstituanteilseurentsix o.eputes pourles re presenter. L'audace des colonsnes'arretapas lao Dansla ville dp SaintMar,c,Ie avril 1790, uneAssemblee generalerCII nieparleurssoins, redigeauneConstitution revolutionnairede dix a,ctides,. Cetteattitudesuscitauneviveemotiondanstoute La Col.onie. Leshommesde ,couleur et les blancs depctiteconditio!lserangerent,aux -cotes desrepresentantsdurQi etresolurem decombatlre1'ambitiondesplanteurs.(I)Docleur Franvois Dalcncour:op. cil.,page 285. (:1) Idem,page 286.

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Les affranehismilitaientenfaveur del' egalited0S droits,ilseonstituerentunpartiindependant.Quant,aux esclaves,unvaste espoir les souleva tOut-ilcoup.Les mots deLiberte, Egalite n, contenusdansla Declaration des Droits de 1'Homme etduCitoyen, etaienl arrivesa leurs or'eilles.Usse Cl'ment delivres parces sylla besrevolutionnairesetse souleverentenmassedansIeNord,l'OuestetIeSud. De sanglantes repressions les ramc nerental'obeiss,ance. LeGouvernement [ranyais futvitein[ormede to us desordres. II envoy a des ,eommissairesetudier mr place la situation. Deuxdeeesagents delaFran,eerevolutionnaire,Sonthonaxet PolvcreL se distinguerent parleur humanitaire. Malgre 1'hostilite des colons etl'ordrecontrairedesgouverneursquise suoeedcrenta Saint-Domingue,ils appliquerentles prineipes de 178get proe1amerentl'abolitionde 1'esclavage.Sonthonaxrev,ait depuislongtempsd'aeeomplir -:..c grand role. II avait eerit en 1791 :Les terres de SaintDominguedoi-ventappartenir aux noirs ; ils lesanta,equises ,lila sueurdeleurfront n. Aussi lamemoirede eethomme politigjue est chOrea tous les Haltiens. Uv,asans direquelesplanteursintriguerentcontrelescommissaires ,franyais. La Convention, quinepouvait de sapprouverleurs aetes maismanquait
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40-n'hesilent pas a trahirleurpatrieet,appellent a leuraide I' Anglelerreetl'Espagne..Unancien -esclave, Toussaint-Louverture, se dresse alors au-dcssusduchaos.lnstruitetendur,ci 'ft la fatigue, it reunit les quaJiles d'ungrandsoldal. Savaleurse revele danslesrudes combats qu'il livreauxEspagnols auxAnglais. Tres populaire a Saint-Domingue, nommegeneral parla Convention,ceguerrierhardijouild'un ,ascendant con siderable surses freres de .couleur. IIpeutmerrie ecrirc sans fatuite auDirectoirequ'ilseportefortd,emainlenirlesnoirsdansI' obeissance et la fidelitea laFrance.Denouveauxexploits accroissent &a renommee.U nego cicIe depart des Angl.ais,soumetlapartieorientale d.e l'nereconnue a laFranceparIe traite de Bale, abolit partout l'esclav,a,ge, puis se fait de-cerner par.une Assemblee Cen trale,reunieauCapen1801,IetitredeGouverneur gene ral a vie avec Ie d.roit de son suocesseur. BienentenduIegouvernement franvais desapprouve enlierement de telles initiatives,dontla derniere frise meme la rebellion ..L'heureestvenue d."agir. Letemperamentde Bonap,arte, alorsaupouvoir,nepeuts'accommoderde demi-mesures. Le prQpre beau-fl'ere du consul, Ie general Leclerc, est envoye .\ Saint-Domingue,accompagned'uneexpeditionmililaire.4.-Lalguel'l'e del'lndependanceLaguerredel'lndependancea pr.ouve moraleetles ressourcesphysiquesde laraCehaitienne.Dans les batailles quimirentauxprises les soldals fr,anyais etles indigenes, lestroupesnoires pe manquerentd'aucunedesgrandesvertus militaires.

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Au debutles insurges,commandesparToussaint-Lou verture,subirentdegraves revers.Leurchef, resigne a seretirerdans ses terres, fit meme sa soumissionau general franyais,quiluipromitla liberte,. ,Leclerc Pe devait pastenirparole. IlattiraToussaint dansunguet-apens,Iefit arreter etembarquerpour l.a France,. BoIlap1rte, coptretoutsentimentchevaleresque,enfermaIe herosdans une geole gla'ciale au fort de Joux, pres dePontarlier.. C'r,stla queIePremierdes Noirs,commes',appelait lui-meme Tous sai'nt-Louverture,mourutIe 7 avrn 1803 .. Leder,c, deb.arrasse del'anciengouverneur,instituaunregimedeterreur. Celte politique,loind'atteindreIebut espere, portaIederniercoup a la cause frJ.nyai<;e. Petion,Christophe, Dessalines, et ,avec euxpresquetous leschefsindigenesquijusque la soutenaientnotrearmee, sejoignirentauxinsurges.Lavidoirechangeadecamp.Leclercmourutde la fievre jauneetcefutRochambeauquilui succeda. La repu tationde ,cruautedunouveau general dl'essa tous les noirscontrelui,.Lemouvementinsurrectionnel,cependants'etendaitpartoutet gagn-ait IeSud,jusque !a al'ecart dela grande sedition. Dessalines, portea la tete del'armeeindigene.profita desrenfortsvenusde touscotes pourchasseI' les troupes franyaises des villesqu'ellesoccupaient. Le19novembrc1803,Rochambeau, refugie-auCnp, dutlivrer l:l. pla'ce.LaFranceavaitperdulapartie.Ledynanismede la Revolution Frany.aise s' r.tait retour ne ,contre nous.4

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SECTIONIILA PER lODEDEPLEINE INDEPENDANCEI.-De L'Independance a LachutedeBoyerA.C'estIe1'Janvier1804, apres la defaite nos soidats, que la ville des Gonalves ,aecueillit les vainqueurs pour ,celebreI' l'lndependance. Dess.alinesp.e 8eslieutenantsIetitre degouverneur generala vie,et Ie nomd'(( HaIti, d'origineindienne, deSaintDominguell.LeregimemilitaireCutmaintenupour dMendre Ienouvel Etat.Quantaux restesdansI'Ile, ilsfurentvictimes p.e represailles sanglantes.Le6 octobre 1804, quelquetemps apres Ie saere de Napoleon, Dessalinesfut,couronneEmpereursous Ienomde Jacques lr. Une Constitution,en1805.,organisaIenouveau regime.Parmiles diffkultes aumilieudesquelles clut se debat treDessalines,Ie80rt inoertain de la propriete fonciere,presquetoutentiereconfisqueeparl'Etat,posa les plus graves problemes. Nous verronsdansunautreChapitreeommentl'Empereur tentap.e Iesresoudre. Les decisions ftmportantesqu'il priten eette matiereprovoquerentde gravesmecontentements.Un,complot ,fut ourdicontrelui.Lefondateurdel'lndependanee,oubliedeses amis moins de trois ,ans apres son ,apotheose,mourutassassine tout pres dePort-au-PrinceIe17octobre 1806.B.-ALasuitedecet evenement, uneAssemblee constituante elut Ie general ChristophePresident Q.'HaIti pourquatreans.LePouvoir Executif devait etre etroitement controle parpn Senat de 24membres.

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Cettelimitation lie 1'autorite presidentielledeplut a Christophe,qui prefera se replier avec ses troupes dani?k Nordpourtenter d'acdder par la force a ladictature .. Il reussit a gouverneren maitre ,absolu, maisdutseresigner a dirigerseulementlapartieseptentrionaled'HaUi. Presidenten1807,quatre,ans plus tard ilsefitcouronnerroi au Cap etappelerHenriIer .Son regne,quis'achevaen1820,fut tres autoritaire.Christopheeutuneadministration01'donnee. A s.a Cour fastueuse fleurissaient lesmanieresan glaises. Debeauxpalais,qu'ilfitconstruire!g,ardentIesouvenirde,ce I'oi de legende.C.-Pendant,cetempsIe reste d'Hai'1i futgouverneparPetion,qui a,cceptaen1807Ie manliatpre3identiel quen'av,aitpointvouluChristophe.Lacollaborationdu Senat s'averavitegenante.Cette Assemblee Iecompritetsetint u l'ecart,gratifiantainsi iePresidentd'une autoritepresque,absolue.Petionn'en me susapoint,sironencroitl'avisdepresquetous les histo riens. Sa politiquefutdemocratique,surIeterrainagrairesurtout.Sonpatriotisme eclaire luia valu les eloges lieposterite. Des wmplots mirent parfois sonceuvreenperil. Mais sa populul'ite eutraison de toutes les manceuvres.En1815ilprovoquades ele'ctions envue de la reunion d'unnouveau Senat. L'anneesuivante,cetteassembleedonnaIejour 'u uneConstitutionqueles HaHiens g,arde rentlongtemps.LePouvoir ExecutifHaitconfiea un Pre sident nommea vie, dote de larges prerogatives etpouvantdesignerson successeur. Les fonctions legislativesetaientdevalues a deux ,chambres elues : :Ie SenatetlaChambredes Representants desCommunes,

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-44'Surces entrefaites Bolivar, exile!Ie Colombie du Venezuela, debarqua enHaiti,.IiyrencontraPetion, ces ,' deuxhommes,sur le sol !Ie lajeune Hepublique, mirent debput Iepland'emancipationdes noirs, queBoliv,a,r rea lisa si glorieusement plustard. Petion mourutIe29mars1818,pleuredetoutson peuple. Iln'avaitpoint use dudroit de son suc cesseur. D. 'Cefut Ie general Boyer, elu President a vieparIeSenat, qui Ie ,Le nouveau Chef !I'Etat profita de lamortde Christopheen1820 ppur rattacher '3. la Hepu blique Ie Nord d'HaIti. Enr82Iil realisal'unite,complete de I'Ileenannex,ant sa partie orientaleJqui avait fait retoura l'Espagne a lachute !Ie Napoleon.LaPresidence de Boyerfutmarqueeparunautregain.L'Independance d'Hai:ti n'avaitpas encore ete reconn:ue pal' notregouvernementet les Bpurbons, restauressur Ietrone,tenterentdereprendrel'ancienneCoiollie. Des envQYes dnroiarriverenten HaYti pour negocier Ieretour a la France. Mais ces demar.ches unsi mauvais accueil que Ie projet fut.abandonne. C'est alors que despourparlerss'en gagerent pourarriver a uneententeentreles deux Etats.Uncompromisaboutit,nonsans diffi,cultes.En1825,uneordonnancede Charles Xpromitde re connaltre la Republique d 'HaIti mais la declara. envers les colons expropriesd'uneindemnite de 150millions de francs 'a verser encinqannuites. Legouvernementhaltien, apres av()ir paye 30millions,neputacquitter 1: reste desonoblig,ation au-dessus !Ies ressources financierf's de I'Etat. Boyer plaida forthabilementla cause de son pays etl'ordonnanceroyaleJqui devintcaduque,fut remplacee pal' deux tr.aites signes en1838.Dans IepremierlaFrance

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-45-reconnaissait sans reservel'Independancede sonancicnne colonie,dansIe second HaIti s' obligeait aremboU!'ser entrenteansunsolde de60millions seulement. Le 8uccesseur dePetionrencontrasursaroutebeaucoupd'ingr.atitude.Ilfut accuse d'avoir paye trop cherIareconciliation avec b Franceetles compressions, i'ntro duitesparses soins dans les depensespubliques, deplurf.IlIoaux employes quiemargeaientauxcaisses del'Etat..Sapolitiquefut meme mise en eausea l'occasiond'infortunes:tremblementsde terre, incendies,dontIe pays souffrit. Vingtcinq annees depouvoiravaient lasse tout ie monde.Vne grosseinsurrectionl'obligea a partirpourI' exil.Ondoit a cePresidentl'initiativede loisparlementaires fortimportantes.En1825futpublieIe Code Civil quireproduitles groands principesduCode Napoleon. Le CodedeProcedureCivile p,arutl'anneesuivante, puis Ie Code deCommerceetIe Code Rural.Ce !fernier recueil de loisfut tres malaccueillidupublic. NousauronsI'occasiondel'apprecierdans Ieprochainchapitre. 2.-De Riviere IUraI'dal'election deSIJ.lomonA.-A Boyer succeda Riviere Herard, porte au pou voirparI'insurrectionmilitairedontil etaitIe chef.Peu aprcs fuL votce laChartedemocratiquede1843.Le Presi dent, les mairesetIesjugesrelevaient dans cette Constitu tiondusuffragepopulaire.II .faut direqueIenouveauPresidentavait. dli sa fortuneausoutien descampagnes,hostiles a Boyer. Les pay sans, les prolet,airesrurauxsurtout,attendirentd'Her,ardqu'ilpartageatles terres des riches et les biem; fonds del'EtaLCette promesseleur ayaH ete faite ep,echange deleur

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-46-aide. Mais ilss'apen;urentvitequ'onles avait trompes. Les p.aysans duSud, parcette (iuplicite,souleverent enmasse. Armes de piques ils sedirigerent, menac;ants, vel'SIeNord. Les troupes gouvernementales, prevenues assez t6t, chargerent cette Armee souffrante etl'aneantirent. Cette revolte desPiquetsduSudn'estpas episodi que dans l'Histoire d'I-Ia'iti. Dans la plupartdes guerres intestines quiont dechire ,cepetitpays, la col ere paysanne a domineIebruitdes bataill.es. Riviere Herard pensaretrouverson prestigf' en prevenant la scissiondela Republique en deux Etatsindependants.Lapartie orientale deI'Ile,qui avait garde l'empreinte de la civilisation espagnole,nepouvait monaJementaSSO dier son destin a celui de notre \ancienne colonie. Nous ver rons plustardcommentIe legislateur avait :ete conduit,aulendemainde 1 'Independance,a interdireauxblancsl'ac quisition de la propriete fonciere. Or a l'Estles blancs et.aient tres nombreux.Ils fie purentsupporter regimed'exdusion.L'insurrectionsortitde lao C'estenvainque IePresidenttenta de la combattre.Lasecessi'onfutconsommeeen1844.Etdepuis, SaintDomingue,organiseeenRepublique!vitenbon voisin.ageHaiti. HeraI'd, demoinsenmoins prise, dutfinalF:me:nt s'exi ler a la suited'uncomplot.B.-Le general Guerriereutensuite la Presidence 1844 a 1845.Samortabregea son mandai. Pierrotpassa quelques mois au pouvoir.Puis Riche y acceda pournne dureepresque aussi ephemere. Il moul'llten1847 apres avoir pacifie lesPiquetsdu Su(i, revoltesa nouveau.

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C.C' est a cette datequeSoulouque, ancien esclave affranchien 1793, fut appelepourpresideI'auxdestinees de son pays.Cenouveau maitre, poureloigner les fadieux, fitregnerlaterreur.Lacrainterespectueusequ'ilinspira servit sonambition.En1852 ilfut sa-cre Empereur hereditaire so:us 'Ie nomdeFaustinler.VneConstitution autoritaire, vot,ee trois ,ans avant, avait affirme ses pouvoirs. Mais les fetes-du couronnement,entoureesd'unepompe exageree,couterenttres cher.Vnecampagneinutiledansl'Estavait deja provo que-de fortes depenses.Tantde prodi galites nepurentqu'oberer :les finances deI'Etat.II fallut recourir a des expedients fiscauxetcessermomentanementderembourserles ,annuites dues a la Fnan,ce, creanciere de l'indemnitedel'lndependanceetd'unesomme recemment empruntee.Toutes ces difficultes minerent l'autoritedel'empereur.Mena,ceparuneconspiration,ilduts'exileren1859. D. On retablit alors la Republique.Le general Ger hard, qui,avaitcontribue a renverser Soulouque,devintPresident. Les guerresd'embuseadescontre Ie -chefdel'Etatne l'epargnerent point.Ellesdurerent jusqu'a sa demission,pendantleshuit annees de sonmandat.Geffrard organisal'EglisecatholiqueenHaIti. II defen ditS.aint-Dominguecontreles visees espagnoles.L'agricultureetIecommerceprospererellt sous sa Pre sidence. Maiscetadministrateuraux idees assezLargesnefutpastoujoursenaccord avecl'opinion.IIfut finspirateur dela reforme votee parlesChambres :Ie 18octobre 1860. La loi nouvellepermettaitIemariageentre Haltiens et etnangers sansdonnercependantauconjointetrangerIedroitd'ac-

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48querirdesimmeubles .. Le p.esir de eta itde rappor tel' la regIe, qui reservaitauxHaitiens Ie monopoledeLa propriete fonciere. De tels sentiments devaient IeruinerdansI' estime publique. .E. -Vnerevoltedu Norp.,en, 1867,ouvritune n,ou velIe vacance du Pouvoir. Selon la regIece{ut SalnavB, Ie conspirateur, quiprit la placedu maitre. Les acclama tions populaires ponctuerentson, aecession a la Presidence, ou ilpritIe titre deProtecteur p.e la Republique. LaChambre des deputes, nouvellement elue, s'insurgeavitecontresa politique. Alors la populace, qui soutenaitIe Il:ouveau President, chassa lesdeputesp'u Palais Legislatif.Vneviolente sedition eclata dans lIes campagnesduNord.Lespaysans revoltes, quiportaientlIe n,om deCacos)), semerent une panique soudaine danstoutIepays. Salnave accourutpour retablir I' ordre ; mais I'insurrection, pendant ce tempsgagnaIeSud, quis'erigeaenRepublique indepen dante.LePresidenteutbeau faire appelauxPiquets,ilfut enveloppe.,Les evenements suivirentla courbe habituelle.Lechef, porte entriomphedeuxansauparavant,connutI'amertumed'une defection generale en1869.Comme il voulait resister ilfutfusille. F. -Vne AssembIee fut elue pourdesigner son suc cesseur. Saget,unvieux general,fut choisipourquatreans. C'est sous sa Presidencequ'une reforme monetaire, imposeeparla dev,alorisationdela monnaie nationale,autorisa la circulationdudollar en Haiti. Saget epuisa la dureede sonmandatII se mtir.apn 1874.Domingue,son successeur, futmoinsheureux. operationsd'emprunt,dontquelques courtiersfurentseuIs profiteurs, dresserentl'opinioncontrelui.IIduts'enfuiren1876.Boisrond-Canal Ie rempla;a pendallttrois ans seuIe-

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49-ment.Les multiples conspirrationsqu'ileut a dejouerI'amenerent a resigner prematurement ses fonctions.S3.-DeSalomonaumeurtredeVilbl'unGuillaumeSamA.-Vne Assemblee Nationaleporta a cemomentSalomonaupouvoir. Ancien Ministre des Finances de Faustinler,cenouveauchef etait unhommed'Etatd'uneintelligenceremarquable,insLruit, probe,connaissant a fond leshommes et les choses de son pays ...))(I)Il se devouatoutdesuite a la chose publique etremiten etat les Finances.VneBanquefut creee au debut de sa Presidence, etLadeLLedel'Independance futentierementpayee. Vnemonnaienationale, lagourde,qui s'elevera aupair avecI,:, dollar en 1887,futfrappeeauxarmes de 113. Republique.L'amvrede Salomon laplus interessante pournotre etude est sa loisurlesconcessionsconditionnelles,abrogeesculementcette annee. Elle etaitdestineea recompenser les efforts des fermiers de I'Etatlesplus meritJants. NousauronsI' occasionplusloindelacommenter.SalomoneutIerarebonheur d'etrereelua la Pre sidence apres avoirrempliunseptennatentier. Son second mandatfutinterrompuparuncomploten1888.B. VneAssemblee dut sereunir.Elle votauneCons tiLution et appeIa Legitimeaupouvoir.CePresidents' exi13 d'ailleursI'anneesuivante.Sachargepassa au general Hyp polite, elu poursept ans. Haiti trouvaen ce dernierchefun PresidentLres digne,quisuts'entourerd'excellents colla borateurs.Parmisesministres, ilconvientde citeI' Antenor Firminqui s'occupa des Financesetdes Relations Exte rieures.(1)J.C.Dorsainvil:op.cit.,page 3)6.

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-50-Hyppolite,surIepointdeconjurerunesedition,en) 8g6,mourutsubitement.Le geperal Sam herita dupou voir. On retrouva a ses cotes Antenor Firmin} Ministre des Finances. Solon Menos futegalementappele pans les con seilsdugouvernement.Nous reverrons ces deux Ila:Ltiens, dansunautreChapitre,instituerun debat doctrinal a 1'0c casion des droitsimmobiliersdontjouissaient les etrangers. Sam,enIg02, la suited'unincident avecl'Allemagne tres offensantpourHaIti,remitsa demis sion. Apres six moisd'interregneet pe troubles, Ie general Nord Alexisfutproc1ameparses troupesPresidentd'Halti.Jlgardasix ans ce paste que lesintrigues pe ses anciensadversa iresl'obligerentfinalement a quitter.Le general Antoine Simon 1'0ccupa ensuite.C.C'est a cedernierPresidentquel'opinionreprocha0.'avoir signe,auprofit des financiers americains,uncontratpourlaconstructiond'uncheminde fer du Nord. Soussongouvernementfut conclu aussi, avecla Banquefranc;aise del'UnionParisienne,Ie f,ameuxempruntdeIglO..L' operation,quiroulaitsurplus de60millions de francs,fut tres eritiquee.Etdansl'avenironputmieuxencore meSUl'erlafautecommiseparles auteurs de ce eon tnat financier, qui avaient desang froipa endettel'unpays sans defense,etdont les fa'cultes sont foreementrestreintesvusa superficie, Ienombrede sa population, lepeud'etenduede son developpement fconomi que, les conditions dans lesquelles il a pris naissance commeEtatlibre))(I).(I)MarcE.Malva!:LapoliZique financiere exterieure deTa Hepu blique d'Halti depuis1910,Paris

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-51Cette politiquefutcertainement def.a:vorable'a l'autori ted' AntoineSimon.UnmouvementhostiledansIeNordIecontraigniten191I a fuir a l'etranger.D. Leconte alorss'imposa.Sapresidence occasionna de nouv,eaux desordres. II etait aupouvoir depuis unan a peinelorsqu'il perit tragiquementdansI' explosiondu P.1 lais National. Tancrede futchoisipourlui suoceder, mais1amortIesurprit des Ie debut de sonmandat,enmai1913.Jusqu'au27juiHet 1915quatrePresidentsse succede rent: Michel Oreste, Oreste Zamor,TheodoreetVilbrunGuillaume Sam. Ces chefsephemeres durentpasserleurtemps acombatire les revoltes, les Cacosnotamment.L'anarchie,il faut bien Ie dire, sevissaiten Haiti. Le desordre et laguerre .ciyj'le,auxC]iueIs onnesavait quel remede appor tel',avaientfinipar demoraliser les esprits et enerver leii forces vivesdupays. Les drconstancesvIiaiment penibles, dans lesquellesIedernierPresidentVilbrunGuiHaumeSamdutpayer de sa vie les fautesquiluifurentattribuees,provoquerentl'interventionduGouvernementdes Etats-Unis.Onapu affirmer qu'acetteepoque,les exces degou tantsdesguerres .civiles demoralisantesavaient tue lavieille fierte haItienne (I).SECTIONIIIL'OCCUPATlON AMERICAINE I. Les debuts del'interventiondes Etats-UnisLes Americains qui,depuis C]iuelque temps,suivaientavecgrand interet les convulsions politiquesdontsouffrait(1)Docteur Fran{:ois Dalencour:La Croisee deschemins,2" edition, Port-au-Prince

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HaIti, se deciderenta intervenir.LelendemaindumeurtreduPresidentVilbrun,Ie28juiUet1915,leurstroupes debarquerenta Bizoton,tout pres de la Capitale. L'o0Cupations'installaIe 293 Port-au-Prince.L'Europe,alorsenpleineguerre,se desinteressadecet evenement quiprocuraitauxEtats-Unis des av,antages incontestablesde strategie navale.Le8 aout 1915,uneAssemblee Nationale eluta la Pre sidence de la Hepublique IesenateurSudre Dartiguenaveet, Ie 17 septembresuivant,uneConventionfut,conclueentre HaLti etles Etats-Unis. Cet Acte definissait lesbutsde!'interventionamericaineetles obligations respectives des deux partiescontractantes..Lesbonsofficesdes Etats-UnisdevaientcesserenJ925.Leur duree futprolongee,d'uncommunaccord, av,ant meme l'expirationduterme prevu: Malgrelecaracterebilateral de cetraite,l'interventionamericai\ne a place la petiteRepubliquesousunesortede quiavivementblesse les patriotes ha'itiens. LeshornmespolitiquescornprirentquelaConstitutionetles lois haHiennes allaient desormais resterlettremorteet pou 'v,aient etre considerees commesuspenduesparIeseul fait de l'o0Cupationmilitaired'HaHiparles Etats-Unis de l'Amerique duNord)) (I). Aussi, a partirde1915,la poli-o .tiquea ete dornineeparIeproblemede la liheration duterritoire.Unfrontunique,pourrait-ondire,s'est forme .con tre ]e peril del'annexion,sousIesignedudrapeaunational.LaConventionde1915 eta it a la fois politi queetfinan ciere. Les Etats-Unis eussent sans doute desire yobte-nir des avantagesplus,appreciables. Les delegues Nord-Arneri-(I) TimotheeParel: Dans la MElIeC... Pensees, Confprences, DisCOUTS(1916-1931), tomeI,Paris, 1932, page 53.

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cains,sil'onencroitl'opinion P-U Docteur Dalencour,avaientinsiste a plusieursreprisessurla cessiondu Mole Saint-Nicolas, comme base navale Nord-Americaine(I).Enfait, les Americains,pendantplusieurs annees, il peu pres les seulsmaitresdes destinees p-u pays. 2.-LaConstitutionde 1918 Le12juin1918,uneConstitutionnouvellefutapprou vee parIepeuple.Levotenefutcertainement pasentoure detoutes lesgarantiesquieneussent assure la sincerite. CetteConstitution,qui avaitetepreparee parlesOccupants americains, ratifie to us leurs actes,a:upointqu'unjuristehaHienn'ayouluvoirdanscette charte qu'unreglementdecirconstanee elabore sanslaparticipationdupeuple hai1ien etdestine aregir un etat de faitanormal(2).L'unedes gravesinnovationsdela Constitution de1918residedansI.efait de lasuppressiondusysteme parlementaire,dontles Ha'itiens respecterent to).ljours Ie depuisleurindependance.LeP,arlement,eneffet,dispamletI.epouvoirlegislatiffut -eonfieaun Conseil d'Etat,dontlesmembresdevaient etrenommes et revogjues parIe Pre sident.C'est a ce meme Conseilqu'incombaitla responsa bilite de voter les loiset d'elire Iechefde l'Etal. Cetie atteinte, portee la separationp-es Pouvoirs,alarmavivementles patriotesettrouva tres peude defen seursen Halti. Cependant,d'eminentespersonnalitesgardentl,aconvi,etionquecechangementconstitutionnels'im-(I)Exlrait d'unarticleduDocleur DalencourparudansParisSudet CentreAmeriqueIe29Mars1927. (2)ClovisKernisan:Les Etrangers et IeDroitde propriete immo biliere, Paris page 149.

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p.osaitpresqueenraison evenements.'M ..Louis Borrio, President de la Republique d'Hai:ti de1922 a 1930,pensequ'une procMure parlementaire,toujours [ente, aurait ete ineffica,ceencette perio!iede crise, ou les problemesappelaient des solutions urgentes. A cette r,aisoIl, ilconvient d',ajouterl'inhabiletedupeuple haltiena tirertoutIepartipossible des institutions parlementairesJ qui n'ont((jamaisfonctionne serieusementen HaHj ))(I).LaConstitution de 1918presenteungrand interet pourIesujetque nous traitons parce qu'elle est l.apremiere, dansl'Histoire d'Halti, quipermette a rir,sous certaines conditions, il est vraiJla propriete fon ciere. Nouseommenteronsplus loin cette reforme impor Le15mai1922Sudre Dartiguenave, qui avait ete nom me poursept ans, descenditdu Pouvoir. Le Conseild'Etat I.eremplavaa la Presidencepar M. Louis Barno,dontlemandatfut fixea quatreans.S 3. -L'immixtionamericaine dans les ajjail'espubliquesC'esten -cooperation etroite avec l'oocupation ameri caine que Iegouvernementde M. BornoJ tres autoritaire, dirigea Ie pays.UnHaut-Commissaire amerioain, auxpou "oil's tres etendus, partageaiten ,fait l'autoriteavec Ie Chef de l'Executif ..Enavril1926 'M. Barno, dont la poli'tique avaitheurteviolemment Iesentimentnational, futtoutde memereelu parIe Conseild'Etatpourquatre autres annees. Cette Presidenoe fut l'oocasion d'offenses frequentes qui indigneren,t IepeuplehaHien.allnesaurait expliqjuer (1)Entretiens avecM.Louis Bornoenoctobre et novembre 1933.

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l3.utrement lagrandeimpopulariteduchef l'Etatala fin de son secondmandat.Le15mai1930M.Borno quittaIlaPresidence et se resigna as' eloignerprovisoirement sapatrie.Il serenditenFrance, OU il vecut trois annees, puisrevintenHaitienoctobre1933.La politique de ceshuit annees dictatureetde ,collaboration etrangere apportadegrandschangementsdans la Republique. N?us aurons a ypuiserde tres enseignementspournotresujet.L'enquetequenousavons faite surp1a:ce poureclairer cepasse tout recent nous aconduit a des conclusions souvent imprevues, qui optfixe nQsconvictions.Voicidesmaintenant ce qu'il f.aut retenirdes evene mentspolitiques, qui ontjalonnecette : Nous avons eu l'oocasion deparlerdel'empruntcon trade en1910parlaRepublique d'Halti. L'Etatavait alors reservea la Banque del'UnionParisiennel'exclusivite des a,chatsenBourseetautres negociations. Il :avait accepte enoutreque les droitsd'exportationetd'importationfussent affectes parprivilege a lagarantieducapitaletdes intereLs de 1.a.creance. La Banque del'UnionParisienne,en execu tionde,cetteconvention,,fut autorisee a donner a108 Banque Nationale delaRepubliqued'HaitiIemandatd'encaisser les gages. C'estcecontratmalheureuxquifut Iepointdedepartd'une serie de tmites etconventions, 'a lasuitedesquelsla National CityCompany, Banque Americaine,fut deleguee dansles droitsetprivileges de laBanque Les Americainsinvoquerentcettesituationpourimposeren1919,fauxtermesd'unProtocole,unnouveaucontratd'emprunt a Haiti.LeGouvernementDartiguenave avait refuse designerunpareHengagementquidevaitendetter

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i'Etatde40millions de dollars. Les Americaim insisterent enpretexfant deleurintentioll la Republique ODCUpee a se liberer de ses obligations financieres. Dartiguenave descendudupouvoir, son successeuren1922consentit a signer.C'est aoet acte que les Haltiens imputerent,nonsans raison, la perte partielledeleurindependance.Lerespect .cLauses contenllesdansl'empruntde1922 coUta augouvernement haltien son autonomie financiere. Un tarifdouanierfavorable aux Etats-Unisfutimpose et,pourgar,antir Ie service regulier des interets aux porteui's americains, ilfut aocorde unprivilegesurles douanes delaRepublique. ,L'occupation americaine aentraine,outre la presence de troupes ,armeessurIe territoire haltien, Ull con trole surles finances publiques et la decapitation de tous lesgrandsservicesdela Republique/ lesquels .furentdirigesjus
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((tionale issuedusuffrage populaire))(I).M..Roys' acqult tadesonmandatavecunegrande ..II relllit les renes duPouvoir aM.Stenio Vincent, President actuel de la Republique d'Halti, librelllentparl'Assemblee Natio nale ;Ie 18novembre1930.M.Stenio Vincent venaitd'etre elJISenateur parIe De partementde l'Ouest lors des ele'ctions generales, les pre mieres liepuis l'Oocupation,quandses collegues desdeuxAssemblees I' eleveren tpoursix annees a laMagistr,ature SUprellle ..(AnteriemementiIavait ete dedivision aJIDe partementdel'InstructionPublique,Magistrat commu ((nalde Port-au-Prince, ,lfu Gouvernement pres IeTribunal lie CassatiQn, charge d'affaires d'Haltia ((Bruxelles, Secretaire d'Etatdu DeparteIllent liel'Inte ((rieuretPresidentdu Sen at))(2).Cepresident ;fut Ie porte p.arole des patriotes. Aujourd'huises efforts setournent avec succes vers l'affranchissementde la tutelle etrangere. ((Commejel'aisolennellementpromis,au soirdemonarrivee a laPremierema((gistrature del'Etat,declarait-ilrecemment,etcommeje((n'aijamais cesse d'endonnerla formelle assurance)jene(( considererai rna missioncompletementremplie que IeC'esLunavo cat et ancien Batonnier lie 1'Ordre dePortau-Prince, quis'estfait un nomgra,ce a ses talents de journaliste et d'ecrivain,. (I)Bulletinde la CommunedePort-au-Prince,Port-au-Prince1932, pageg.(2)Idem,page10,5

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58 jour OU Iepeuple ,aura reintegre la totalite de ses droits(1)..Le5 aout 1931,un aocordetant intervenuentreles gouvernements haltien et americain, la Direction generale des Travaux PubHcs, Ie Service Nationald'Hygiene,IeSer vice technique del'Agri,cultureetde 1'Enseignement pro fessionnel firentretour,au,controleexclusifd'Hai:ti.C' estune etape importantevel'Sl'haltianisation com plete des services pubHcs. Pourregler1adesoocupation militaireunautre accord a ete signe,Ie 7 aput 1933.Cet accord fixaIeretraitdes fusiHers marinsvel'Soctobre1934,aulieu de1936, !fate (( pr6cedemmenL prevue.etIeremplacementdelOllS Ips elements etrangers de lagardehaltienneparles natioIlIaux(2)..Cetraite vientd'etre execute. IIresteIeControle financierdontles HaHiensontde mande la suppression amaintes reprises,notamment 'a la Conference de Montevideo l'andernier.LeGouvernement des Etats-Unis,toutenreconnaissant qu'HaHi faisait hon neur a sesengagements financiers et executa itscrupuleusementles obligations contenues dansIecontI' atd'emprunt,s'est refusea faire suite a cettedemande.II,aestimequ'itavaitIedevoir.deprotegeI' les porteurs americains et queI.apresenceduConseillerFinancierdansl'Administration hailienne etait encore souhaitable.Auprintempsdernier,M.Stenio Vincents'estrendu II WashingtonaupresduPresident Roosevelt. L'entrevue fut cordiale et prpvoqua lapreparationd'un:dernierarrange-(1)Extrait deIaProclamationparM.Stenio Vincent pubIiee dans Haiti-Journal, numerodu14decembre 1933. (2) ExtraitduTemps Paris,numerodu21 aoftt 1933.

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59 mentqui,nousl'esperons,estsurIepointderendre a I'Etat haltiensa totaleindependance. 5. LaConstitution actuelleII fautnoterparmilesacteslesplusimportants lie cetLe epoque Ievote de la Constitutiondu15juillet1932.Cettechartelibreest ,composee de132articles et de 6 dis positions transitoires sansporteeaujourli'hui. Laseparationdes troisPouvoirsexecutif, legislatif etjudiciaireest respeclce.Enf,ait,l'autoritedel'Executifempielebeaucoupsurles deux aulres,commeonvas'enapercevoir. LePouvoir Legislatif est confiea deux Assemblees : la Chambre des Deputes, ,composee de36membreschoisisPOUl' !J ans et Ie Senat, quiencomprend20.Les deuxChambres se recruten1. a peu prescom meles notres de meme nom.Le Senat n'est pas renouvelablepartierscommeen Frrance ;onIe recUt entierementtous les six ans. LaCham bre des Deputes nepeu1 etre dissoute.L'initiativcdes .lois, les lois financieres misesa part,appartient ,\ tous lesmembresduCorps legislatif et auChef del'Etat .. LePouvoirjudiciaireest un peuorganise camme Ienolre. A la de toules lesjuridictionsest place un lri bunal Lie oassation, qui jugesouverainementdudroitet statue aussisurlaconslitutionnalitedes 10:5. Lestribunauxinferiel1l'ssontlestribunauxcivilsetlesjugesde paix. Lea juridictionsd'appelviennent d'etresupprimees. Le Senat s'erigeaussi, en HaIti,en HauteCourdejusticequicon nalt des delitset,crimes politiques.LePOl1voir executifappartientau dela Hepll bliqueque les deux Chambres,rcunies en :\TaLiG-

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60nale, eli-sent pour ans. LePresident,en a delarges pouvoirs.Ils'entoure,pourgouverner, Secr.etairesd'Etatquiressemblent.aux Ministres franl;ais ..Ces Secre taires 9,'Etat formentuncabinetdontlesreunionssont pre sideespar1eChef del'Etat,nonparun Presidentdq ConseHcommedans noLre pays. La responsabilite 9,es Secretairesd'EtatdevantlesChambresestplutot jUusoire ..C'estIe Pre sidentquichoisitses collaborateursetles revoque.Iltientcompte,dansunecert,ainemesure, 9,u sentimentdesAs semblees, maisilnesecroitpas lie parunvote de defiance contresongouvernement..Le Chefdel'Etata,enplus,Iedroit 9,'objection, sortededroitde veto suspensifluipermettant 9,e paralyseI'momentanementl'exerciceduPouvoirlegislatif.C'est a luiseul aussiqu'appartientl'initiativedes lois interessaAt les 9,epenses publiques.Quantauxjugesjlsnesontpasinamovibles, dansnotreConstitutionde 1875,maisnommespour10ansseulementparlePresident.Le justiciable est prive ainsid'unedesgarantiesles pluscheres .aux peuples libres.Ilresultedecetteanalysesuccinctede laConstitutionde1932 que Ieregimehaitiens'eloigneassezdu parlementaire franl;ais. C' estuntype deregimeautoritaire presidentieI...Maintenantquenousavons exposeenraocourci l'HistoiredupeuplehaItien, il nous semblemoins temeraire d'aborderIe vif denotresujet.Commeon,Ieverra,les Ruestions foncieres,en Haiti, prenIlentleurvraivisage dans l'Histoire. Larepartitiondela ri,chesseimmobiliereentrelesbabitantsdupays?l'etenduedes proprietes, la lli:l-

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-61-ture !les droits-a,cquissurIesol,ladevolution des heritages fonciers,parexemple,nesauraients'expliquer unretoursurles faitsdu passe. Le -cadre quenousavons trace permettraderestituer les evenements quiontagisurl'evolution de la propriete Lesconjonctures,quiparaissent se situertout a faitendehors denotresujetetquenousavons pris Ie soin de relevertoutde meme, onteuleurinfluencesurla lente org,anisationdudroitfoncier. Lesinstitutionshumaines nesurgissentjamaisinopinement !lam l'Histoire. Ellesont-cheminelongtempsavantde voir Iejour.II seraitdonepresomptueuxde vouloir etudier,sansaller aux sour ces, la'legiSlation et les traditionsd'unpeuple. Les rCformateurs duDroitdoiventbien sepenetrer que les evenements lesplusfluides qui traversent l'HistQire desnationslaissenttoujoursquelque !lepot,qui se retrouve ensuite dans lacontexturedes loisoudes usages. Aussinedoit-on pasambitionnerdechangerles habitudesjuridiquesd'unpeuple, meme avecl'intentionlouabled'amelioreI' sa -cQndition, sansrechercherscrupuleusementd'aborrlcomment,cesregles sesont,cristallisees dans Ie temp'>. De l'aper\.u historiquequenousavons presente, quel ques traitsimportantsse {Iegagent, qui aideront afixerla psychologicdupeuple haiti endansles affaires publiques. Halli, quin'apasunsiecleetdemid'independance,a montre fortlongtemps son impreparationa la vie nationale. Les Constitutions, chez elIe, sesontpresque aussi souvent so-ccede que lcs Chefsd'Etat.Pourt,antcettenationtientessentiellement a son auto nomie. C'estunedes premieres ,cQlonies qui ait lutte victorieusementpoursonindependance.EtIedrame !le l'inter-

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'Ventionamencaineprouveraitah.liseull'attachement d'HaIti a la conquete de sa souverainete internationale.Laliberte estunechose treschere auxHaitiens qui sont impregnes, ilne {aut pasl'oublier, de civilisation fran II y .a dansleurConstitution et leurs loisunsouci deliberalismeet d'organilsation democratique qui representecertainementuneforme d'ideal P oliti que.IIn'estpas sur pourt.antqu'unregimevraiment demo cratiquepuisse s'acclimater facilementen HaIti. L'attitudedecepeuple Ieconduittrop souvent a subir ce qu'ilcraint,l'oppression. Nousnepouvons dire sic'estl'atavisme,ou l'echo de longstourments,ou Ieheurtdes couleurs,commeonl'a avance tour a tour, quifurentla cause detant dede sordres dans l'Histoire. Mais il est indeniable que latendan ce a l'insurrectionn'ajamaiscessed'etreprejudiciable am: interets denotreancienneColonie. Haiti est encore al'age del'apprentissagepolitique.tnouspensons quecet etat d'adolescence auraquelquedurec par-ce que lagrandemajoritedupeuple est ignorante.Cefait explique lapartpeuactive queprendla masse rurale, encore arrieree, dans la viepublique.Lapaysannerie,eneff.et,nes'emeutque iorsqu'ellesesent attaquee chezeUe,surIe solqu'eUecultive.Ontouche la a lacauseconstante des revoltes fomenteesparles tr.a vailleurs de la terre,tropsouvent abusesmalheureusement,quicraignent soit, Ieretourdes colonsetl'esda'Viage, soitleur eviction au profit de privilegies. Les deboires de beaucoup de gouvernementsontenpourcause aussi la mauvaise 'situation financiere du pays. Le systeme fisoal haItien est criticable etnetrouve son excuse que dans1apersistance de vieilles habitudes inYete rees chez les paysans. HaLti, appauvrie de ce fait, euttrop

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-63-souventrecours aux expedients et pritla mauvaisehabituded'emprunter a l'etranger.IIdevient meme urgentpourl'Etat, a l'aubedesa seconde Jndependance, de s'assurerpourl'avenirdes res sources financieres durables. C'est a quoipeut indireclementune reforme de1alegislation fonciere qui rele vera la valeur des terresdupays.

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CHAPITREIIIL'Historiquedela propriete fonciereDansl'expose qui precede nousnous sommessurtout attachea mettreenrelief lesgrandsfaits historiques, quiontconcouru a former la de l'Ebthailien. Cetrav.ail de reconstitutionsommaired'uD passe plein d'enseignementva nouspermettre lie .conduire, a travers la lon gue ev.olution de la propriete fonciere en Hatti, uneinves plus sure et plus vivante. / Le sort de la propriete immobiliere dans Ce pays, commenousIeverrons,futtoujoursincertain.Les regIe)) d' at tributionde b terre, a l'epoque colonilale, etaient fondeessurles vieux dogmes anti-egalitaireset.absolutistesenvigueurenFranceavant 1789. L'Independance,en1804,fit table rasedu passe etprovo quauneveritable revolution agraire. Puis, aufuret a mesureques'organiserentles classes sociales etqu'apparurentles nouveallx proprietaire'5 deI'Etatsouverain, les Gouvernements se representerent les diffkultes del'ceuvre de reconstruction. n fallait a la fois satisf,aire au devoir de recompenser les serviteurs del'Inde pend-ance,repondreaux exigences de la morale nouvelle favorable a la cause des desherit6s etpourvoiraubesoinimperieuxde lier la securite de lapatrie it I' etablissement de la petite propriete. Ceprogrammelaborieux f:qt souventmalapplique.Etles fautes politi que agrll.ir:: susciterent

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-66 des revoltes qui parfois firent tached'huileet bouleverserentpourlongtemps 1'0rdre interieur. Tantot cefutla cupidite des nouveaux seigneurs de la terre qui aUisa les haines. Tantot la colere gl'onda chez les fils d'esclaves, parce que lesgouvernantsn'.av,aient plusleurconfiance et en peril leurcondition de paysans libres. EnFrance, les assises <:Ie la propriete fonciere remontent a une epoque lointaine.Independammentde )a supe riorite de son org.anisation immobiliere, notre pays doneaujourd'huidu tassemeI1t qui s'est opere lentementpendantde longs siecles et auquel nous devonsIeplusclairdenotre stabilite agraire.En HaIti, au contraire, l'ceuvredutemps reste insuffisante.Larevolution agraire de 180lj a ete sui vie de longues hesitati()ns. On pe peutdone etre surpris de la fragilite qui caracterise encoreaujourd'hui h situation denombreuxproprietairesdusol.Cen'estqueplustardque nous ferons Ie prods deIalegislation fonciere hailienne,inaaapteeaux besoinsdupaysetign()rante des ressources de la science moderne. Mais des maintenant,noustenons a faireremarquerqueparmiles tribulations,dontI'Histoiredela propriete fon ciere est chargee, beaucoupsontimputables a l'insuffisance de cette legislation.Tout recemment encore, depuisI'interventiondes Americains, l'()pportunite d'.actes politiques interessant la situation denombreuxpaysans provoqua de violentsconflits.Lefondementjuridiquede la propriete fonciere fut meme misencause.Lebutrecher,cheparles regles foncieres est d'asseoirsurdes bases solides les titres divers :contrats.oufaits, qui conferentla propriete. Nous aurons maintes foisl'occasion de constater que cebut,enHaIti, estloind'etreatteint. Les

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titresimmobiliersdans cet Etatn'ont pas toujoursune pro venance tres claire. Etfaute deleurtrouverune force juridiqueinvincible, ilarrivesouventqutonendoive degagerl'originedansl'Histoire.OndonneainsiauxHtres,dont to v.alidite est discutable,unappuimoralincontestable.Cemodedepreuveresterapeut-etreIe seul,quipuisse etre utilise, dansl'avenir,pourverifierla lie cer tains droitsde propriete. Aussinepouvons-nous contester, pournotreetude, l'interet qui s'attachea l'Historiquedela propriete immobiliere. Nous y puiserons les idees essentielles,quidevront g\lider la rMorme del'organisation fonciere. Nousauronsainsi l'occasiond'apprecier,des ce chapitre,les differentes situationsqu'occupent, a l'egardde la terre,ceuxquis'en pretendent encertaines drconstances les vrais etseuls proprietaires :l'Etat,les !ietenteurs de titres, les fel'miers, les possesseurs et les simples occupants. SECTIONILAPERJODE COLON/ALEI.-Lalegislation coloniale a Saint-DomingueA.-Pendantla perio!ie coloniale franyaise notrepos session deSaint-Domingue etait regie parlesprincipesde la Monar,chie absolue. Le roi de Franceetait Ie suzerainIeplus eleve et.,de cechef,Ietitulaire !i'un droit absolusurJoutes les terres comprises a 1'interieurdes frontieres de la mctropole.Jlen eta itde memedans les paysd'outre-merappartenant a laFrance.La proprietepl'iveea Saint-Dominguesetrouvaitdone placec so usIepatronage,la suzeraineteduroi. Elle faisait

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-68-partieduDomaineeminentde lacouronne.Les droits des proprietaires 6laient, en realite, des droits concedes.. Enraisondel' etat d'esc1avage, oli les indigenesfurentreduitsjusqu'en1804,les noirs etaient privesdudroitde propriete. Seuls les blancs, les colons et leurs descendants poU'vaient serendremaitresdusol. Au debut de la ,colonisation, a l'epoquedes Aventu riel's,Ieroi deIegua son autorite '8. la Compagnie des Indes Occidentales., etablieparI'Editde166!1.IIfut arrete, enoutre,quela Coutume de Parisformeraitdesormais Ie d-roit commundansrIle, a l'exdusionde touteautrecoutumcde France.Leprivilege de Ia Compagniefutde wurteduree. En1674unEdit Iesupprimaet fit relever la Colonie directementduroi. Ungouverneurfut alors envoyea Saint-Domingue.Plus tard, cehautpersonnagepritIenomde Gouverneur-Lieutenant general des lIes sous Ie Vent.Enimitationdusysteme franyais, applique dans la 'Metropole, unCommissaire-Ordonnateur, faisant fonctiond'Intendant,fut nomme pourpourvoir a I' Administration Civile. C'est if ces deux representantsdupouv.oir royal que lachargeincombad'octroyerles ,concessions de terre. lIs heri taient des attributions que les agentsduroid'Espagnc,avantlaconquete franyaise, tenaientdeleursouverain.Chaqueconcessionmotivaitlareda,ctiond'unacte authentique,aontIecontenufaisait foi. Nous avons pris con naissance del'unde ces documents, quirepresententIepointdedepartdeI'organisation de la propriete privee en HaIti. NousenreproduisonsIeLexte: Cesar HenriComte de b Luzerne

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Lieutenant General des ArmeesduRoi, GouverneurLieutenant General des Iles Frangaises del'Ameriquesous Ie vent, etInspecteur General destroupesd'Artilleries, Milices et Fortifications des dites Iles)).((Et(( Frangois Barbe DemarboisConseillerduRoienses Conseils et enson Parle((mentde Metz,Intendant de Justice, Police, Finances, dela Guerreetde la Marine des dites Iles.Nous,envertudupouvoir a nous donne parSaMajeste, avons concede et concedonsa au ({nomme PierreGaraud Tier,ceronlibre,unterrainpour(( culture de mille pasen quan'evatero situe auquartierde Saltrou,juridictiondeJacmel,paroisse des Cayes,(( borne auSudduterrain.Enregistreeau meme mois que cette concession, ser((viraau nomme PierreGaraud a charge par luideseconformerentout a l'articlepremierdutitretrois del'ordonnancedupremierAvril 1773., Faitdefenses a to utespersonnesdeIetroublerdans sa propriete sous les((peines de droit.Auquelterrainnepourra etre venduni cede sansnotrepermissionexpressepar ecrit etleditPierreGaraudCeraapposer lesborneset autresmarquespourIefairereconnaHre, a l'effet de quoi les voisins seront, appelesetassisteront, sibonleursemble,au qui enserafait;lequel ils signerontouserarapportfait deleur refus poury etre ensuitepourvuet etre faitdroitquiilappartiendra.Ledit ainsi fait sansopposition serviradeprise de possessionduditterrainauditPierreGaraud, aux siens ou ayants-cause quienjouirontetdisposeront a I'avenirentoute propriete,

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70 l(apres toutefoisetsous laconditionexpressequ'ilsformerontun etablissement surIeo.itterrainetcommenceront a Iemettreenvaleurdansune annee deladate des pn': sentes,commeaussiqu'ils defricheront lesdeuxtiersduditterraindans les six: annees suivantes, savoir : Ie tiersdansles troispremieres annees etl'autretiers dans trois dernieres, Ietout it. peine0.' etre dechus de la pre sente concession,etdereunionduditterrainaudomaine(duRoi ;et a lachargeaussipar le$ proprietairesd'entre(tenirles ,chemins et passages, etd'etresujetsauxservi(tudesetcontributionqu'il,conviendra fairepourIeservice de Sa Majeste etl'utilitepublique.Ne'pourrontIe dit PierreGaraud les siensou ayants-cause, vendrenidisposerduditterrain,ni meme des'boisqu.isontdessus; 'it. moinsqu'ilsnesoient de teinture, qu'il aitaumoinsIe tiers d'i,celui defriche etmisenvaleur, etce peinedereunioncomme susdit, derestitution o.u prixde lavente, et demillelivresd'amende,applicablesauxfortifications de I'Isle ; reservons lescinquantepasduRoi Ielongdelamer,ainsiquetous les bois qui se trpuveront surIeditterrain,dontSa Majesteaurabesoinpourlaconstructiondeses Vaisseaux, les fortifications et autresouvrages publics,. Cette concession ainsi accprdee,sauf lesdroitsd'autrui, a lachargeparIeditPierreGar.aud de la(faireenregistrerauGreffe del'Intendance,dans Ie coursde trois mois de la date des presentes, a peine de nuIIite. Donneit. Port-au-Prince,sous les clefs de nos Armes(Iet .contre-seings de nos Secretaires, IequatreFevrier 1787. Signe : La Luzerne-Demarb,ois.((A ete enregistreela presente ConcessionauGrcffedel'Intendancedes lIes franyaises de I'AmeriquesousIevent,parmoisoussigne, Greffier de ladite Intendance,

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Port-au-Prince,Ie 6 Fevrier1787. Signe: Lapommeraye. L'expression :cinquantepasduRoi,contenue dansIetexte, serattache a une tres vieilleinstitutioncoloniale. Uneordonnanceduroi deFranceavaitprescritdeplanterde cactus etd'autrespI antes epineusesIelittoral de lamersurunelongueurde flo pas.Lebutde cette disposition etait de protegeI'Ielittoralcontrctoutdebarquementpos sibled'ennemis.Ces 50 pasetaient reputes, en consequen ce, la propriMe duRoi.Ausurplus,toutce qui n' Mait pas susceptibled'appropriation privee oun'etait pas encore concede formaitl'ensemblede la propriete duroi deFrance.Vneanalysedufondementetde 1'etenduc des droitsimmobiliersdel' epoque serait fa,cile a faire en se rbferanta laCoutumede Paris. Les conflits qui surgissaient a l'occasion des conces sions deterreetaient portesdevantunejuridictionspeciale:IeTribunalTerrier. Voidce qui a ete dit a propos de ce Tribunal:,Lesgouverneursetintendants etaient les seulsjugesde toutes contestatrons de terre.PourrendreSonjugementIegouverneurdevaits'adjoindretrois officiers des((conseils sOli'verains.Itn'yavaitqu'untribunalterrierqui se depla<;ait avec Iegouverneurselon la position des .II terrainsen litige, ilconnaissaitaussi des prisesd'eau. Ce II tribunalfutsupprimeen 1787 et sesattributions echu rentaugouverneur(r). Grace aux concessions deterre lapropriete acquit,peu a peu,ungranddeveloppementdansla colonie de Saint-(1)Docteur Franvois Dalencour: HistoiredelaNation Ita"itienne, Tome quaLrieme, Volume premier, Port-au-Prince,1930,page265.

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-72 -Domingue.Cesignede prpsperite la fit appeler la Reine des Aptilles. Les .colons proprietairesformaientladassedesplanteurs.Cettedassese subdivisaitengrandsplanteursetensimples planteurs.. Lespremierspossedaient lesgrandes proprietes ruraleset oCOmptaient dansleur rang beau-coup de nobles ; ilsformaientlahautearistocratiecoloniale,bienquela feodalite deIlametropolen'y fltt pas etablie. Les autres posseclaient les proprietes ruralesdemoindreimportanceoueelles des villes)(r)B.-L'autredassedeproprietaires etait eelle des affranchis qui avaient a,cquis des biens fonciers. On sait les conditions dans lesquelles les affranchis apparaissaient. Mulatres, issus del'uniond'uncolonblancavecuneindigenenoire,l'affranchissementleur etait .oc troye parles soins deleur pere naturel.La merebeneficiail souventde la meme faveur. Cet acte, qui les elevait a uneconditionmeilleure,s'appelaitunaete de liberte.D'heureusesconsequencesenresultaient. Voici,.sur,cepoint,cequeprescrivaitl'article 59 duCode Nair de Colbert.; Octroypns auxaffranchis les memes droits, privilegesetimmunitesdontjouissent les personnes nees libres;youlonsqu'ilsmeritentuneliberte acquise, etqu'elleproduiseeneux,tantpourleurs personnes que leursbiens, les memes effets queIebonheur de la naturelle ,causee a nos sujets.(J)Idem,page270.

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Envertude cette dispositiondu C.ode les affranchis ac queraientdoncfacilementla proprietefoncierea SaintDomingue.NOllSallons exposer, a titred'exemple,commentdevint proprietaire unean-cienne esda;ve affranchieparson maitre, ainsi qjue sesquatreenfants,mulatres liIirer,. La negresse Marie Claire, Ie 8mai 177 I,futaffranchieparIesieur Pasqjuier, son maitre, avec lapermissiondes General etIntendantdelacoloniedeSaint-Domingue,qui avai1entrendu, Q cet dIet, uneordonnancepOItantladatedu14mars precedent. L'actede liberle, ,consentiparIe sieurPasquier,fut enregistre parses soinsIe14mai1771auGreffe del'Intendance.Neuf anspluslard,'Marie Claire, beneficiant d'uneli beralite testamentaire, devinlproprietairede la manihesui-vante :Enl'allllee 1780 ,Ie20novembreeutlieula dtWvrance d'un legs faitparIesieurJeanEtiennePasquiel', cianl u Port-,au-Prince,d'unlieuappelePetitParadis,sissurlaroutede Petionville :A larequetedusieurAugustinDoire, commis deneg'ociant,instituepal' lestestamentetcodicille reyus parIeNotail'e soussignc enpi'esence destemoinsles30 aOllt et6 decembrc 1776,commel'undes executeurs testamenl:aires charges derequerirla delivrancedu legs, faittant la nommee Marie Claire,surnommeeLarampe, negresse libra, qu'u sesenfants: Lour, Franyois Noel Gissel,mulatreslibres, Marie Olive Emilie,JustineFran yoise dite Roxane, mulatresses lib res : seulsenfantsnaturels.Comparutionde Marie ClaireLarampesuivantIenomqu'eUeena prisauGreffe duTribunal,conforme6

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mentaureglementde Messieurs les Generalet Intendantdu16juillet1773,demeurant a\1 PetitParadis, negresselibre, ainsi qu'eUel'ajustifieparlarepresentation qu'eUe ena faited'uneexpedition delivree parPont,gre'ffier-commis de ,cette jurididion, del'a,ctede passe au greffe Ie8 mai 1771parledit sieurPasquierlson maitre, en,consequence delapermission a luidonneed'affranchirladite negresseparordonnancede MessieursNativosetBongard, Gener.al etIntendantde cette colonie,endatedur4mars precedent, ledita,ctede liberteenre gistreaugreffe del'IntendanceparDufresne, greffier,Ie14dumois demaide ladite annee. Laditedameademande de luifaire lE'.comparution tantensonnom,
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30D'un extra,it des /?l,emes registl'es constataTlt lanaissancede Fl'anyois Noel Cissel, baptisele.40Del'expeditiondel'actede liberte deJustine( Franr;oise dite Roxane, muldtresse, consenti par sa mel'e naturelle pal' acte passe devant notaire le .(enconsequencedelapermission 11 elle donnee par .. .' (I)(sur quoi NOILS,Notaire soussigne, avons donne acte auxpa,rtiesdeleurs cOlnpanltion, dires el cleclarr-lions .((Etremise provisoireordonneeparla susdite sen(tence desobjets -compris aulegs,dontIerecollementa etc faitparnollS, Notaire,suruneexpedition a nous 1'e presentee parledit sieur Doire, en qualite, del'inventairedes biens et effctsdudit feuJeanEtiennePasquier.Nous avonsexlrait ce texted'unacte de deliv1'ance detIegs,dontlaminuteest ,conse1'veedanslesardlivesde Mai trePasquier, Notaire a Port-au-Prince.Tous les actesjuridiques,emportantmutation o.e droitsimmobiliers,pouvaientrendreproprietai1'es fonciers lesmulatreslibres. Dequelquemaniereque -cefut, il est incontestablequeles affranchis deSaint-Dominguereunirentassez viteentreleursmainsunepartimportantede la propriete dusol.L'hislorienArdouin evalue la propriete des affranchis,en 1806, au tiers de la totalite des droits immobiliers,dontles dellx ticrs apparl.enaientaux -colons. Les esela ves,nous Ie savons,furenttoujours prives dudroitd'acqucrir.Ilsformaient, -comme il 1'esultedairementdutexteauthentique que nous'venons dereproduire,des(1)Le'pointillcremplace des phrases illisibles ou desmentionsque nous avons juge inutilede rapporler.

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immeublespardestination,susceptiblesd' etre vendlJs avec les biens-fonds auxquels ils etaientatnachesa perpetuelledemeure. 2.-L'influencede laRevolution FranQaise. Aux derniercs anneesde la periode coloniale les idees revolutionnaires,enhonneurenFrance,faillirentrenverBel'les vieuxprincipes Clppliques danslaColonie. Polverel, apres la'ictoiresurlestroupesespag'noles,Ie21 aout1793, rendituneproclamation qui distribuaitles proprietes mobilieresetimmobilieresdes condamnes ((aux negres quicombattaientlesennemisde la Revolution(I).Sonthonax,Iecompagnonde Polverel, caressaitl'es poird'atteindreau meme but,avec des moyens differents. Nous savonscommentlesplanteursreagirentcontrecette politique,si funeste leurs interets. Ensnrte que les idees nouvelles proclameesparlesdeuxcommissairesfran 9ais eveillerent degrandes esper,ances et preparerent l'ave nil', maiedemeurerentsans resultatpratiqueimmediat.Ilnesemblepas que Ie passage de Toussaint-Louvertureaupouvoirait etemarque parune serieusl' refonteduregimeagraire.Lesgrandsproprietaires conserverent toujoursuneautoritehumiliante'surl'ensembledes noirs,malgre l'oq:lre de Toussaint-Louverturesupprimantl'esdavage.Enfait, les memes mauvaistraitementsetaientinfli ges aux negres devenus l'i'bres. Les noirs, atta'ches auxhabitations deleursanciensmaitres, devaient ,continuerd'ytravailler a la ,culture de1aterre. Ilsnepouvaientchanger(x)Docteur Dalencour:Le Sauve/age national parIeretour it laterre,chapitre II, Largenliere (Ardeche), x923, page4.

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-77d'habitationquesil'autoritemilitaireIepermettait.Cette poliLique a suggere cetle reflexionamere au Docteur Dalencour,partisanintransigeantde la petite propriete :1'an( den esclave (Toussaint-Louverture) fut aussidurque les ( anciens maitres, a l'egardde sesmalheureux freres (I)n.Lesysteme de la pelitepropriete n'entrait done pasdutoutdans les yuesduGouverneur General, tropimbudesprejugescoloniaux.Onpeut meffie direqu'il s'effor9a demaintenirl'ancienregime, menace pardes principes plus liberaux,en empechant ('laformationde la petite propriete parsa defense auxnotaires de p,asser des actes de venteau-dessous de50 earreaux(2) deterren(3).SECTIONII LA REVOLUTION AGRAIREI.-L'expropriationdes ColonsL' Acte d'IndependancefutIepointdedepartd'une granderevolutionagraire. Tous les eolonsfurentexpropriesetles terres vacantes passerent aussitotaudomainedel'Etat.C'est laConstitutionimperiale d'Halti, en l'almee 1805,quisanctionnaIenouvel etat de fait.L'artide 12 de laDeclara,tionprcliminairede celieConstitutionprecisequ'(aucunblanc,queUe que soit sa((nation,nemettraIepiedsurceterritoire, a titrede mai(I)Docteur Fran90is Dalcncour:LeSauvetage national parleretour d laterre,chapitreII, Largenlierc (Ardeche),1923,page6.(2)Mesure agraireunpel] supcrieure a I'hectare.(3)ArmandThoby:Laquestion agmire en Haiti, Port-au-Prince,1888,page25.

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tre ou deproprietaireetnepourra tlravenir ya,cqueliraucune proprieten. L' article12desDispositions generalesdeclare que toute propriete ,qui aura ci-devantappartenuaunblanc franyais estincontestablementet dedroitconfisquee auprofit de 1'Etat n. L'article13ecarteraittoutdoute,s'ilen rtait besoin. IlesLainsi -conyu :Tout Hailienayanta,cqllisune pra II priete d'unblanc franyais, etn',aura payequ'une partieduprixstipuleparl'adede vente, sera responsable, en vel'Sles domaines del'Etat,dureliquatde lasommedue Uaurait ete surprenantqu'un,changement aussibrutal s'openlt sans injustices et meme sans s'canclales. Les colons,dontlaplupartavaient quitte Saint-Dominguebienavantsonindependance,a'vaient pris quelques precautionsavantleuremigration.Usavaient loue auvenduleurs terres a des indigenes. Apres leur depart, des nail'saudesmulatress'instaUerentsurles terres devenues vacantes, lesunsenpossession de titres, les autres depourvus detausdroits.Quantauxaffranchis, -comme nousIe savons, beaucoup etaient devenus proprietaires. Maisnefurentpas raresceux qui se pretendirent, sanstitreancun,heritiersnaturelsd',anciens colonsdont,parhasard, ilsportaientIenom.Ces situations, heurtaient il'equite, ne laisserent pasd'apporterunegrande -confusion dans les problemes soul eves par Ja nouvelle ,chartedela proprrete. Dessaliness'indignaau des escroqueries pratiquees a l'oc-casion del'applicationde la Constitution.Avant la prised'armescontreLeclerc, disaitl'Empereur,leshommesde couleur, filsde blancs,nerecueillaientpointles suocessions deleursperes;commentse fait-il, depuis que nous l!.vonschasse

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-79les ,colons,queleursenfantsreclamentleursbiens ; les(noirs dqnt les peres sontenAfriquen'aurontdoncrien...Prenezgarde it vous!negres etmulatres,nousavonstouscombattu'contre les blancs, les biensquenousa'vons((conquisenversantnotresangappartiennent 3. noustous,((j'entends qju'ils soientpartages avec equite .Acesparolesrepondirentdes actes,. Les contrats,quelescolonspasserentavantleurdepartavec Ie,; indigenes,furentannules.Enoutre,certainsaffranchis proprietaires, suspectsd'usurpation,furentobliges depresenterleurstitressurrequisitiond'envoyesduGouvernement.Vnetelle energie .coutacher3. Dessalines.En,1806,((IepremierEmpereur d'Hai:ti vqulutporterquelques-unsde ces concitoyens it produireles titres envertudesquelsils prCiendaient exercer des droits de propriete sur cer taines portions deterrainquiauraient du revenirauDomainenational,rna isdontilss'etaient empares parfraudeouparforce;en meme tempsil exigeaitd'unpetitnombred'individusqui ,avaient occupe, sansenavoir Iedroit,desplantationsayantappartenu it d'an ciens colons dontilsportaientlesnoms,deprouverpar actes outemoignagesauthentiques,qu'ilsetaientles filsaulesparentsde'cesanciens colonset qju'ils enpouvaient heriter. Ces titres,,cesactesou peude personneseiaient en mesurede lesproduire.Les faux pro prietaires fomenterentunerevolte ,3. laquelleonpritla(precautiondedonnernnecouleurpolitique pqur enmasquerlaveritable cause (1).(I)Louis-JosephJanvier:Les Affaires d'Ha'iti,Paris 1883'1884, page 155.

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-80-Ainsi se verifie deja ce quenousfaisiQ;nsremarquerdansnotreconclusionSUil'Histoire d'HaHi.Laplupartdes desordres, des troubles civilsfurentprovoques par l'organisation defecLueuse de la propriete fonciere.Le soulevement duSud doit eLre imputeaumecontenLemenLdes proprietaires que Dessalines et ses secretaires depouillerent de leurs terres, apres verification generale des titres. Vne fraude grossiere consistait 'u enfumerde faux documentspourleurdonnerIe ,caractere apparemmentauthentique.L"empereurfut sans pitie pourles detenteurs d'actes apocryphes ou falsifies. Vne vaste enquete fut confieea ses 'collaborateurs et des evictions nombreuses s'ens:uivi rent.Onnepouvaitrientrouver a redire,auprincipede la verification des titres. L'arrete sui-vantprouve au contraireunecertaine sagacite :Voulantmettreordreauxabus qui onteulieu danstoutes les parties o.e l'empire,enprenantdes mesurespourassurer aux veri tables proprietaires la paisible jouissance de leurs biens etreprimerles misesenpossessionillegales quionteulieu,Vu il'articleIerdutitre II de la loidu28maiqui01'donnequeles enfants nes hoI's mari,age, reconnus ante rieurement u la presente loi, quiauront eLe misen possession des biens deleurs pere et mere, entoutouenpartie,n'importeparquelle autoritelegalementconsti tuee, sonttenusde justifier o.e nouveau, et ce,pardevantIeministredes finances, des titresenvertudesquels ils ont ete misenpossession ;Vu les dispositions de la susdite lail IeministredesFinancesetde}'Interieurarrete qui suit .

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-81( Art.Ier-AdaterduIer aout prochain,tous,lespr()prietairesindistinctement,sonttenusde se presenter((ausecretariat des finances et del'interieur,nantisdeleurstiires de proprieteverifies, :viseset enregistrespour( recoursaubesoin,etleur etre delivre de nouvelles misesenpossession.....Art.4.Lesadministrateursdes divisionsmili-((tairessonttenus deformerIecadastre general des pro ( prietaires deleursdivisionsd'apresles nouvelles misesenpossession quileurseront delivrees envertudel'artidelordudit arrete .....":Lepresentsera soumis 1:1 la sanction de Sa Majeste pourenordonnercequ'Ellejugera a propos.((Approuvecommeci-dessus,aupalais impel'i'al du((Cap, Ie24Juillet 1805, l'an26del'Independance d'Halti. (((Signe) Dessalines.ContresigneparYernet,IeMinistre desFinanceset de l'Interieur n. Nousverronsplustard que les passages deeet arrete,ou la c()nfectiondu cadastre est envisagee, resterent lettremorte.Quantaux rnesuresdeeontroleet de repression atteindreles faux proprietaires, ellesnefurentpeut-etre pas appliquees avec toute laprobite dPsirable. Voici,ceque I 'Historien Madiou nousapprend: Aussitct apres lapublicationde cetarrete, tant au Cap quedansles autres Tilles del'empire,lesproprie( taires et les fermiersse haterent des'ys()umettre,enenvoyantleurstitresouenlesapportanteux-memesau

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-82-visa l1u ministredes Financesetdel'Interieur.Ce fut uneoccasiond'enormes benefkes pourles employesdeceministere; ils se firent plusieurs piastrespourchaquesignatureapposeeaubas des pieces ; plusieursd'entreeux firent meme viser,entransigeantavec leurs devoirs,((des ti ires quin'etaient pasen regIe (I).Ce travail decontroleneputdone etremenea bienpendantlongtemps.I':insurrectioneutraison' del'autoriteet lamorttragiquede Dessalines represente, si 1'onpeut l1ire, episode sang-Iant de la reconstruction agrair,e depuisl'Inde penl1ance. L'Empereur, parIesouci de decouvrir lesprofitemsde la Revolution de 1801, afin l1e faireentrerdans Iedomainedel'Etattoutes les terresquidevaient y figurer, n'eutpasunepolitiqueagricole et sociale bien differente de celIe l1e Toussaint-Louvertme.nse reserva Ie droit. d'aUribuerdes proprietes importantes, degrandes((habitationsauxchefs militaires, ge nerauxet colonels,etauxfonctionnaires civils lesplus ele ves. Mais les biens de fEtat, d'unemaniere generale, fmentaffermespourune duree normaledeciuq annees. D'apresunReglementdes Cultures, qui fut juge avecunegrande severite, les cultivateurs places sousl'ordred'unproprie taireoud'unfermier del'Etatavaientdroitauquartdes produitsdusol.Enfait((eeshommes produis:;ient, recol ((taientles fruits delaterreetnereeevaient pas bien souventIeprixdeleurtravail, ilsnejouissaien pas de eequ'illeurrevenait, at ils etaient encore eontraintsa un tra-vail for,ee,commesous les colons,parde mauvais(1)Thomas Madiou fils:Histoire d'Halti, tomeIII,page 7.06.

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'83-((traitements: de la leurtendance a se refugier pans lesvillespours'ysoustraire(I). Laphysionomie generale dupays,malgrelesgrandsboulevcrsements apportesparIenouveauregimepolitique,n'avaitdone pas subi .changement biensensible. A lapla-cedesplanteursd'autrefois,unproprietaire geant :l'Etat, represente pardes fermiersd'une severite, d'une durete extremes envers p'anciens escla'ves, demeures as treintsautravailfor-ceoBienqu'iIsoit difficile de discerner dans la politiquede Dessalinestout,cequi estimputable a la volonte decemonarque, place a la tete d'unEtatfrakhementforme,enbutteaux convoitisessoudainement eveillees de ses compagnons,il semble queIebonsens deconseillait de pratiqueI'cel.Lemanierede sysleme feodal, sicontraireaux aspirations de1'1populationrurale. Des esprits meme se sont demandes sil'entreprise de veri'fication des titres, a.cette epoque,n'etaitpasunefaute politi que etsiles signataires delaResistance a l'oppression, la 'veille de lamortdel'Empereur,n'avaientpas rai son d'etre m6contentsdu cong'e injuste donnea pes milliers de famille, surprisessurleur-s terres sans titres de pro priete. LeGouvernemenln'a peut-eire pasconsidere,eneffet que Ie fait d'et.re reste plus de dix,vingt,outrente anneessur unbien wnfemit,tlderaut de titre, Iedroit a se pre lendreproprietaire. Sans aller jusqu'a reprocher a Dessalines et a quelques chefs militairesd'avoir songe a rester les seuls proprietai-(I)BeaubrunArdouin:EludessurI'Hisloired'H ..m, pageIl6.

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-84-res detoutSaint-Domingue(I),nouspensonsqu'ilyavaituneautrealtitudeaadopterpourasse.oirun regime de pro prietc solide, favorable a la sante moraleetla prosperite materielledupays.CetLealtitudesera celle dePetion,Ie successcurde Dessalines.2.-L'appa,.itiondela,petite pl'opl'iete A. -Petion a inaugure unepolitiqueagrairequijusqu'alorsn'avait etc qu'ebanchCe en HaUi. IIpartagea,au profit de ses ,compatriotes lesplusmeritants,unepartieimportantedes terres del'Etat. Cettetache futpoursuivied'une maniere 8ihumainequ'elleprovoqua I'eloge delaplupartdeshistoriensetl'admirationde tous les ,chefsd'Etathaitiens.ArmandThoby,tresclairvoyantdansles questionsd'economiepolitique, a faitremarquerqu',aulendemaindel'IndependanceI'opinion(que Inprosperite del'Etat etait (e atta.chee ,aumaintiende la gr,ande propriete etde la({grandeculture(2)prevalaitdans les esprits eelaires. Les dirigeants,pourceUe raison, se ser,aient YUS dansla necessite d'organiseI' des ateliers agri.coles etdemaintenil',en quelque sorte,Ietravailcollectif servile.Petion, .converti ausystemede la petite propri6te dontilavaitadmireles bienfaits enFrance, convut sa tache d'01'ganisateurdansunesprittoutautre.IIregardaitl'affermagedes terres deI'Etatcommeun procede prejudiciableaux interets de l',agriculture. II avait la cOl1Yictionqu'un i (1)Docteur Dalencoul':LeSalLvetage Nal.ionalparIere tOlLra ta terre, chapilreII, Largenlierc (Ardcche), paWl g.(2)ArmandThoby:Laquestiona.graire en Haiti, Porl-au-Prince1888,page6.

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85--"petitproprietaireapporteraitplus de zeIe, plus de devoue ment a cultiverlaterrequ'unmercenaireauxordresd'un:fermierpuissant.L'etablissementde la petite propriete,! dans sa pensee, devait etre Iemeilleurmoyende fixerauIsolIepaysan haHien quel'instinctdeconservationparlaI I suitelieraitauregime,attacherait a l'Independance.EtIpuis,y avait-ilmeilleurerecompense a offriraux Mfen I\seurs de lapatriequ'unepartde laterrequ'ilsavaie:ntarrarchee a l'ennemi P\Sousl'influencedecesnouvelles idees, la politique de Dessalines fut completement abandonnee.Certaines mesu res,quiavaient entrainE la depossession de proprietairesruraux,furent meme rapportees. Le Senat, Ie 9 fevrier1807,prit ace sujetun arretereparant certaines injustices. Voici Ie debut de r.;e texte,reproduitdansIeCodeDomanialde MM. N.auetTelhomme:LeSenat,considerantques'il est justederemettreenpossession deleursbiens ceux CJjui enont ete depos sedes arbitrairement,ilestegalementjustederendre a l'Etatles biensdontcertainespersonnessesontemparees,((sans
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-86-Les abus de laperiodeimperi,ale effaces, il restait it appliquerunnouveauprogrammeayantl',adhesiondupeuple.Petionsemit iJ. l'amvreenrealisantsesplus chers projets.Dansunmessage adresseau Senat Ie27 aout 19II,il exposaences termes comment il entend'ait utiliseI' Ie DomainedeI'Etat:DepuislongtempsIeGouvernementa pense qu'il! etait justederecompenserd'unemaniereeclatante etIutile aeux-memes, les servicesrendus tl lapatrieparles generaux dela Republique, lesquelsn'onteujusqu'icid'autres a'vantages queceuxpurement attaches
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Nepourront,sousaucunpretextepretendre a unepareille faveur les officiers qui,parleuranciennete de service, par,viendr,aientauxgradesci-dessus (generaux, adjudants generaux), attendu que.ce donnationaln'est aocordequ'auxservices deja rendusetnonau grade militaireauquelonparvient, a moinsque,cenesoitpardes actionsedatantesquitendent 'a sauveI'la,Republique, et apres des temoignages rendusdeleurbonneconduite,ilsnepussentpretendre a larecompense decernee parla presente lqi ,.On de.couvre dans ce texterunedes principales ori ginesdudroitde pl'opriete enHaIti. A cette epoquc, ou l'Etatavait besoin des for,ces militairespour,conserver son etmaintenirson unite,.c' est I' epee quidevait fon derIedroitausol.1,etitre de proprietaire, deseigneurdeIlaterrefut,pourrait-ondire,Ieprixdusang verse pourl'Independance.Pareil faitn'etonnerapas celui qui5er,ap pellelaperiode feodale denotrepl'opre I-listoire.1,efondementdudroitvarieavec Ie progres des idees. Mais il est incontestable quemaints heritages franyais seretrouveraientaujourd'hui,entrelesmainsde leurs proprietaires, tels que leurs ancetres les avaient acquis, a quelques siecles dedistance, delagr,atitude del'Etat.Lanoblesseterriennea eteconferee auxguerrierssous nos rois etempereurs.Dans I'Histoire de to us les peuplesonparvienul'ait a fixer ce stadeoriginairedela propriete privee.Cequi estremarquable,dans 1'entreprise de Petion,c'estIe caractere democratiquequ'ilsutluidonner.IIn'estjamais entre dans8esvues, pensons-nous, de creer unearistocratie de proprietaires puissants, ,comme la Feodalite nousendonna I'exemple en France. Cetadministrateur, pelletre des idees egalitaires de la Revolution Franyaise,

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-88voulutpratiqueI'unpartagedes terres qui fut en meme tempshumainet politique. La loi senatorialedu 2 Ioctobre18IIgratifiaitsurtoutles chefs militaires de tres hautgrade.Petion1'humanisa.Voicil'undes messages lesplusimportantsqu'il adressaau Senat. 11est date du12avril1814.Les apolo gistesdu PresidentPetion citentce texte commeun mode le de -clairvoyance et d' habilete politi que.Citoyens Sen-ateurs,Lc-corps legislatif,parIaIoidu21octobreISIIa decerne aux OffiCiersgeneraux etaux-colonels de 1'ar; mee de Ia Republique,achacununehabitation a titrede I -concession nationale. II est aise d'appreciertoutIebien1quia resulte decetacte de justice, soitpourl'ordre pu-: bHc,soitpourIe retablissement deshabitations ,conce-( dees ;maisIesortdes autres offiCiers en acti.vite de seric: vice, depuis les lieutenants-colonelsjusqu'aux sous-lieu-/ tenants,est reste indecis ; ils meritent egalementvotre''fsollicitudeparIedevouementqu'ilsmettentau service: de lapatrie n. Jeviens done, Citoyens Senateurs, solliciter de vousenfaveu!' des offiCiers ci-dessus,unereparlitiondesl.erres a titrededonnational; cetterepartitionpourra lieudansIedemembrementdesdomainesdel'Eta.t.Les terresquiresteront .apres cepartageseront con (( servees pour etre coneedees auxofficiers quipourron t etre crees parIlasuite, ou tl d'autresmilitaires qui seferontremarquerparleursvertusetleurhonne duite.Si vous considerez la deterioration des biens del'Etatdanslesmainsdes fermiers, et 'l'etat prospere de

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89ceuxdontlesproprietairessonl presents, 'ous verrezcombienil estimportantpour conservera1a. Republique ses ressour,ces, de se defaire des p-omaines nationauxquichaquejourapprocbentde la nullite ; d' ailleur,s les biens que jevous propose dedistribueront ete conquissurles ennemisde la haitienne, ils doi \Ten.l naturelle ment etre larecompensedeceuxdontIe metier est de defendre l'Etat; et puis,jepense que vous vous pene lrerez de,ceHegrande verite pourles Etats na:issants,qu'enaugmentant,Ienombredes proprietaires fonciers,c'est[(donneruneexistence reelle et solide a lap'atrie. Signe (Petion)D.Le Senat, repondantquelquesjours apres aux vreux: duPresident,votaune loi qui dota les chefs debataillonoud'escadronde35carreauxde terre, les capitaines de .30 carreaux, leslieutenantsde25carreauxetles sous-lieutenantsde20,carreaux. Ces lerresfurentprises danslIeshabitations cafeieres sequestreesauprofit del'Etat.Pour eviter les abus quiauraientpuseglisser p-anseetie repartition,1aloi precisait que ,chaque ,concessionnai re seraittennde fairearpenteretmesurersapartdeterre, a ses frais et depens, parun geometre autoriseparIe gouvernement.Copieduproces-verbald'arpentage p-evait etre soumiseensuiteauPresident d'Ha'iti. CommeonIe,voit, Ie Senat partageait1adoctrine eco de Pelion. Mais ceHe Assemblee,enapprouvant,Ieparlagedes terros,militaitsurtoutenfaveur de lagrande propriete. Elleblamait !'idee d'une p-istribution plus ilarge s'etendantauxsoldats.Petion,au,contraire,euttoujoursen tete d'acelimaterla petite proprieted:ms SQll pays. Jl sQccrifiaa cette idee 7

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-gojusqu'a son respect de la C.onstitution. Le Senat,au debut dumandaL presidenLie1, s'etaiL de Ilui-memeretirepournepas avoir a sanetionnerlapolitiqueduchefdel'Etat.Petionn'hesita pas 'a se passer desoneoneourset,e'est a lafaveurde,eedivor,ce,enpleinedictatureJqu'ilpritl' arrete du30Decembre180g, OU furentjetees les bases deLapetite propriete. des concessions de dnq carreaux de; terreauxsous-offieiers et soldatseongedies; il aHa au-, dela de cestermesetdistribua.aussi des terres auxgerantsd'habitation,aux,conducteursd'atelier, a descampa-gnardsbonnetesetlaborieux, a des soldatsen achvite ide servi,ce qui sedistinguaientparleurbonne,conI( duite(I).. .Ensomme,quand 1('Senat voulutbiencoUaborer a Lapolitiqueagrairede Petion,unpartagedemocratiquedes terres etaitdeja fait. Les lois senatoriales de1811et de1814recompenserentles ,chefsquandles soldatsvenaientd' etre servis. Ces dons cc terreparI'Etat,dontIe merite revientpresqueuniquement a Petion,consoliderentcertainemen t I'Independance.L'opinions'est meme repandueque c'est it lacreationde la petite propriete fonciere etrnrcl1eI( lanationhaHiennedutdedurerjusqu'en1915 elldepit de tous lesgermesde desagregation qu'elJeportait dans jsonsein(2).(I)ArmandThoby:Laquestion agraire en Hatti, Port-au-Prince1888,pageg. Le President Pet ionetIepaTtage des terres.Article de David MarcpublicparIeNouvellisledePorl-au-Prince, numcro du G Dc cembreIg28.

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91 -B. A la memecpoque Christophe, dans Ie Nord I'Ue" realisaitune reuvre tout-a-fait differente. Ses idees etaient lpin d'etreaussi avancees que ,celles d-e Petion. IIimitavaguement Ie systemeanglais ei feodalisa, a samaniere, les provincesqu'itgouvernait.IIremitd'immenses proprietesaux chefs militaires quidevinrentainsi des feu dataires. Cette politi qued'un,autre age ne survecut pas a sonauteur;ses effetspourtantn'auraientpasentierementdisparusi '1' onencroit,certains Haltiens qjui pretendentpouvoirrattacherIemaintiende lagrande propriete dans Ie Nord-al'reuvre deChristophe. Void l'opinionduDocteur Dalencour a cesujet:Le Sudn'afaitquedeuxmouvementsrevolutionnaires regrettables, 1834 etIg08.Maisc'estdansIeNordqu'estsortieen1867lapremiereguerredes Cacosquia dure trois ,ans et amisIe desordre :le plusepouvantabledansIepays,accumulantruinesmaterielles colo'Ssall>s ((surruinesmorales incalculables. C'estduNordqucstpartiela desastreuse de1888-8g...C'est OU Nordquesontpartis lesfunestes evenements deIg02.C' est ( dansIeNordqu'estpartiela deuxiemeguerre d-es Cacos,qui a dure ensommetoutcomptefait, deIglI IgI5.....C'estdans Ie Nordqu'il y a les plusgrandsproprie( taires. C'estdansIe Nord qju'on trouvecomparativementIemoinsde paysans proprietaires.C'estdansIeNord ou a etc installe,Iesysteme feodalmeurtrierde Christophe,qu'onpeutvoirsurtoutlesgrands proprietClires sonnersurleurshabitationsla.cloche de l',atelierpourrassemeebIerleursmetayers,leursde moitii etautreportionnaires,fairede vraies leveesd'hpmmes, ,comme auMoyen-

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Age,pour executer des prisesd'armes,renverser deschefsd'Etat(I),Ceslignes sont ecrites dansuneformeunpeuvive, quimanque peut-etre d'objectivite. Telles quellesJellesprouventtoutde memelprole importantquejoueenHaiti11'organisation agraire.Nousverronsplus loin,dureste, que la repartition de la propriete fonciere dans Ie Nord. n'est pas etrangereem dramedeIlaterre,dontcette region a ete Ie theatre il ya quelques annees. -Lorsque bsecession pritfin, a lamortde Christophe, la dualitesurIeterraineconomiquen'eutplus de raison de semaintenir.En1820,l'unitede nouveau se realisa. II fut decide que toutes les parties de la Republique uemeureraientsoumises a la meme legislation. Le Nordpourtantneperditjamais tout-a.-fait l'empreinte d.u regime ephemere auqueli1futsoumis apres l'Independance.C. Boyer, qui rcmplagale President Petion, futIecontinuateurhabile de sa politi que.Le del'EtataccrutencoreIenombredes petits proprietaires. II distribua des terresduDomaineauxsoldatsdontIlabra voure.auservice de lapatrien'avaitpas encore ete recom pensee. Les ,concessionsdelots de ,cinq carreaux d.eyinrent habituelles. Des liberalites furentaccordees egalement a des civils, qui avaient quelque titrea la reconnaissance publique. Dansune dr,culaire publiee Ie12mai1821 :Ie President d'Halti' reglementala miseenpossession des terrains con cedes parI'Etat.Il declaranotammentqueIegouverne-(I)Docteur Fran<;ois Dalencour:LeSauvetage National parIeretour a laterre,chapitre II, page23.

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-9 3 -ment,enfaisant des liber,alites auxmilitaires illa d'autrescitoyens,n'avaitenvueque la prosperite des familles de cesnouveauxproprietaires quipourraient vivre desormaisenbonneunion,enparfaite ,avec les autres Hai: tiens.Pouratteindrecebut,les autorites locales l'ordrede veiller ace qu'ilnesetrouvatpas ments 'crees pardes tierssurlesterrainsdonnes.Le gouvernement,etait-il ecrit, n'entend deposseder personnedestravauxquel'on,am'ait faits bonnefoi dansuntempsanterieur a la miseenpossessionduconcessionnairepartiel.Cesouci de protegeI' les droits des tiersmarquebienl'intentiondulegislateurd'organiseI'definitivementla pro priete immobiliere.IIfallait,pour,accompliI'cette tache,que 1a nouvellepolitiqueagraire fut compatibleavec Ie respect des situations acquises. Dans lesdepartementsduNord et de I' Artibonite, OU regnaitlagrandeculture,des terresduDomainefurentmorcelees et remises a des ancienscombattantsou a des dtoyens dignesd'etrerecompenses. Ce systemefutappli que aussidanslapartieorientale l'lIe,reuniemomentanement a lajeuneRepublique.Le23novembre1825,Boyerpritun arretequi allait reser,ver dedroitla qualite deconcessionnaireaux.meilleursfcrmiers deI'Etat.L'articlepremierest ainsi redige :Les personnes quiontplanteen denreesoubienenlrelenudesterres del'Etat(d'apres il'appreciation dugouvernement)obtiendrontIetitrede concessiop necessairepourleurenassurerla propriete. Celte concessionsera decinqcarreaux n. Plusloinl'article3 precisequelesconcessionsdonts'agitseront apres lapromulgation present

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'94arrete, jusqu'au31Janvier1826.Cette epoque expiree,onnesera plus admis a. enreclamer n. Malgre eette derniere restriction dansIla duree de ses effets, l'arrete de1925l'epresentel'aboutissementlogiqueduplaneconomique conyu par Petion. ArmandThoby nous a laisse dansuntableau tres com prehensifl' enumeration des concessions faitesparPetionet Boyer. On voit tres c1airement, a. traversleschiffres,Ie gros effort accompli par ,cesdeux Presidents en fa,veur de ila petite propriete. 25 generaux et109 offkiers superieursouhautsfonc tionnairesfurent doteschaeun d'unehabitation-sucrerie oud'unehabitation cafeiere mesurant a. pcu pres 150car reaux, e'est-a.-dire pres de200hectares. II yeut 176 ,con eessionnaires de35carreauxde terre,639de30 earreaux, 7IIde25,carreaux et2322de20 oa.rreaux. Quantaux con cessionnaires de5earreauxleur,chiffre s'eleva de1820 a 1843 a 6000environ,suivantles ,calculs du meme auteur.LeDocteur Dalencour,tout en, regrettant de n'avoirputrouver de statistiquesrigoureusesauxArchives, a'vance quePetionetBoyer, de1807 a. 1843,ont cree aumoins8000proprietaires de 5 ,carreaux de terre(I).lIsontinaugure,ecrit-ilailleurs,la petite propriete rurale n. Ets'ilsn'ontpasemdevoir generaliser integralementcesys teme, c'estpar,ce que eertains adversaires haut-pla,ces,mais egolstes et jouisseurs, voulaient conserver 'a leurprofit personnel et a.celui de leurs ,affilies, les grandes proprietes duregime colonial afind'enfaire Iepartageabominable dansleurpetitgroupe(2).(1)Docteur Dalencour:LeSauvetageNationalparleretour a laterre,chapitreII,page16.(2)Idem,chapitre IX, page 29.

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--9 5 D. Pouretablirlapetite proprietedans leurpays, les deuxPresidents Petionet Boyernes'entimentpas seulementauxconcessionsgratuites.IlsmirentenventelesbiensduDomaine.Cesalienations,Petion les pratiquad'aboI'denVued'ameliorerles finances publi,ques. Maisilfitbienremarquer,clansunmessageadresseau Senat Ie18fevrier1812, qu'eHesnelaisseraientpasd'entrainerd'heureusesconsequencespourl'avenir d'I-Ia'iti. Ens'enrichissantdenouveauxproprietaireslanationg.arantissait satranquillitepolitique.Unmois apres lareceptionde ce messageIe Senat vota,enpleinaccord aveclaConstitution,la premiere loipermettantl'alienationd'uneportiondesterresduDomaine.Cettelai d6clarait notammentquetous lesemplacements 'Vides appartenant.auxdomainesnationauxseraientvendusauprofitdel'Etat.Le16 aout 1814uneloi'plus 'large, provoqueepardenombreusesdemand'esd'acquisition,informaIe public quetous lesbiensdomaniaux(maisons et habit.ations), autresqueceuxquiseraient designes parIePresident d'Halti en'Vuedesbesoinsdugouvernement,seraientmisenvente des la,publicationdeIaditeloi. I.ePresidentBoyer,voulant generaliser l' experience. designapar arrete les diverses proprietes duNordetdel'Ouest,recemment reunisa Ia Republique,quiseraientmisesen 'Vente. ArmandThoby,attentif a suivrelesrepercussionshistoriquesdes loisagrairesdesonpays, aftache une tres grandeimportance aces misesenventedesterresdel'Etat. Apres avoir monfre lesbienfaitsdesconcessionsgratuites, 'Void cequ'ilditdesalienations:

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-9 6({Ledomainede la petite propriete devait encore se({tendred'une,autre fa<;on. Tous les biens deI'Etatfurent((mis ert vente, et dansl' etatp,e nullite OU ils etaienttom({ bes beaucoupfurent,vendus a viI prix. Mais la famille ( est nombreuseen HaIti, et laplupartdesgrandeshabi((tations, vendues ou concedees, furent morceIees en((moyennes et petites proprietes parla division des herilta (gesautantqueparles v,entes )(I). E. -Boyer favorisa la petite propriete d'uneautre manier.e encore. Il fit consacrer dans Ie Code Civil haltien, quipamten1825,Ie(!roitpourIe possesseurd'immeubledese prevaloir de la prescription dans Ie but de devenir proprietaire,.L'artide2033est ainsj concu :((Celui qui acquiert de b,onne foi etparjustetitreun((immeuble,enprescrit la propriete pardix ans) si Ipveri ((table pf{)prietaire habite dans Ie territoire p,e la Repu ((blique ; etparquinze ans siIeveritable proprietaire est((domiciliehoI'Sduditterritoire, ous'ilaeuson domici'le ((endifferentstemps drns Ie territoire) ethoI'Sduterri(toire deLaRepublique n. Cetexteentra en, vigueur avec ,l'ensembleduCode IeIermai1826,.Le,commentateurduCode CiV'i'l, M.Louis Borno,s'est pose,a propos p,e l'app'li,cation de Ia regIe dontnous par lIons, la question suirvante :((Letemps ecoule depuis la proclamation del'Inde((pendance, IeIerjanvier1804,jusqu'auIermai1826, epo(I)ArmandThoby:op.cit.,page10.

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-97-quederIamiseenvigueurduCode Ci'Vil, peut-il etre comptepourIaprescription jl ))(I)LeTribunalde Cass8Jtion n'eut a seprononcerque Ie 7 aout 1845.Un arretdedara que ce n'est qu'a partirdel'annee1826queilesprescriptionsontpu commencer.Un second arret du meme tribunal,Ie31 juHIet 1849,adopta ila solution inverse,que 'M. Bornotientpourlaplusjustedans soncommentaire. Quoiqu''itresultede cette difference de vues, il estincontestable que de1804 a 1864,date alaquelle futsuppri mee Ia pres,criptioncontrel'Etat,denombreuxpaysansdevinrentproprietaires des terres domanialessur lesquelles ils s' etaient etablis. L'usucapionfut meme l'undes modesd'acquisition qui contribuerentIe plus a implanterIeregimede la propriete indi1viduelle.SECTIONIIILA CONSOLIDATIONDUREGIME AGRAIREJ-JAITIENI.-Lel'eglementde lasuccessiondes ColonsC'estauPresidentBoyer qu'echut de regler Ie graveproblemede la reconnaissance del'Independancepar ,Ja Fr,ance. Cette reconnaissance devaitnonseulemcntentrainerI' abdicationparles Fran<;ais!Ie toutdroitde souverai nete sur Haiti, mais la renonciationparles colons de SaintDomingue a leurs droits de proprietesur ,leurs ,anciensimmeubles. Delonguesnegociationsaboutirentau traite de(I)LouisBarno:Code Civil annole de laRepublique d'HaHi, p.498.

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-9 8 1838,dontnousa'vons parle.L'Etatha'itien} apres avoir deja paye 30millions de francs, s'eng,ageaparcette,convention a verseren30ansunsolde de60millionsaux colons depossedes. C' est a ceprixqueBoyer a,cheta Iequitusdes anciens proprietaires, evinces en1804.Quoiqu'aientpudire les adversairesdutraitede1838dela legitimite douteuse des titres des ancien,.; planteurs,qui seseraientemparesparlaforce des de SaintDomingue,nousapprouvonssans ,Iegp-ste du Pre sidentBoyer. Les ,colonsavaient reyu des concessionsduroi. Leurs titres,endroitstri,ct,etaientinattaquables.L'Etatha'itienvenant a remplacerl'autorite franyaise pro cedea l'evictionde ces proprietaires, ets'approprie,leurs terres qu'il vendouqu'ildistribuegratuitement.Quoi de plusjustequ'ilindemnise,les,colons, expropriesparlaforce. Les terres,donts'etaient empares lespremiersblancs,n'avaientjamaiseu,pour .Ia plupart,demaitresauxdroits tres SUI's.Nous avonsapprisdans queUesconditionslesaventuriers franyais s'installerent a Saint-Domingue.Leur conquete futloin d'etre pacifique.Cependantl'Espagne,autraitede Ryswick en 1607, abandonna a la Fr,ance tous ses droitssurcettepartiedel'lle.Les Franyais resterentdonc,sansconteste, meme aupointde vueduDroitinternational,lesmaitresdupays. La propri6te des ,colons se consolidaetIleurs titress'enrichirentdelaprescriptiona,cquisitive,quen'interrompirentjamaisd'anciensproprietaires.L'Etatd'Ha'itinepouvaitignorercettesituationjuridique. Les colons expropriesparl'Independancene cesse rentjamais,ausurplus,derevendiquerleurs proprietes. Refuser deconclureaveceuxunetransa,ction definitive,

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-99-c'etaitfonderleurdroit a parla force leurs biens per!ius. Boyercompritqu'ilfallaitpurgerdeceovice grave1.a propriete del'Etatet de ses ay,ants-droit.Lamaximequi fonde Ie droitsurla violence atoujours ete blamee.. Nous avouons que des Etats fortsl'ont sOl1'ventappliquee dans I'Histoire. Maisunepetite nation, quin'a guere d'autreprotection que celIedudroit,nesaurait songer a suivre pareilleconduitesans risquer les plus graves aventures. Toutes,ces raisons nouspersuadentquel'accordde1838marqueunedate tres heureuse dans il' evolution de la pro priete fonciereen HaIti. IIfallutmalheureusementIe recul dutempspourrallierl'opinion genera Ie a 'cette apprecia tion. Lescontemporainsde Boyer, qui se mefhient de lui, jugerentseverement sa diplomatie. llsnepurent evaluer l'autoritemoraledonts'accrutl'Etat haltienaumoyen, !ie la Convention signee avec la France. 2. LeCodeRuralde 1826 Boyernefutpasmieux paye deretour en, dotantson paysduCode Rural de1826.Lebutde ce Code eta itd'organiser les rapports entre les proprietaires et les fermiers, lies paruncontratde louage. IInefaUait pas que r exten sion de la petite propriete fit oublierIesoin de reglemen tel' laconditiondes cultivateursnonproprietaires.Leshabitations-sucreries,d'autrepart,dev,aient etre maintenuesintactes malgre leurv,aste superficie..Lemorcellementaurait ete defavorableail'exploitation delaeanne a sucre. Des regless'imposerentdonepourasseoir la disciplineetprevenir1.a desobeissanee et les desordres au sein des ateliers agricoles, equip&!pOQr la gr,an!ieculture.

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-100 --LetexteduCodeRuralde Boyer futvite Dublie des paysans.Plushumainquelesreglementsde Toussaint Louverture et de Dessalines,quiIe precederen,t deplusd'unquartde siecle,ilapparaitaujourd'huiplutot naIf. Des dispositions tres :louables, sil'onconsiderel'epoque, impo s,aient desmenagementsauxcultivateurs malades,auxfemmesenceintes,aux sujets tropfaibles.Parcontre,tropd'entravesresultaient clauses quigenaientla liber te des travaiUeurs. L',absence dechatimentscorporelscondamna vile tous ces regIementsminutieux a demeurerinappliques. Cette legislation nouvelleentrainatoutefois, indirectement,uneconsequencesur :laC]iUelle ilnousaparuutile de nous arreter. Nousauronssouvent l'ocoasion de faire remarquerqueIepays-an haltien attacheun gran(i prix a la libertedutravail etnousmontreronsl'attraitqu'exercesur [ui, decefait, laconditionde proprietaire. Le Co(ie Rural,chargede mesures coercitives, devait doncaboutir ade tournerdel'etatdefermieroud'employeagricole (ie nombreux culhvateurs avidesd'independance.Beau-coupd'entreeuxquitterentlIesalariatpourtravailler a leurcompte.L'historienArdouinamisparfaitementenreliefcecorol laire :CeCode Ruraldevint1aruine (ies biens de Cl'rtainsgrandsproprietaires ;car apres l'expiration despremierscontrats synallagmatiques,laplupartdescultivateursne((voulurentpluslIesrenouveleretabandonnerentces biens((pourse refugier, ousurles proprietes de leurs parents ou((amis ou ils etaient assures del'inexecutiondescontrain((tescontenuesdans Ie Code, ousurleurs propres pro(( prietes. La loiquimitenvente tous les biens (iomaniaux ((provoqua de [eur partune ;a,cC]iuisition extraordinairepen-

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-iOI -dantla duree desconbats,de sorte qu'ale!!r expiration,lesnouveauxacquereurs etaientenmesurede pas.sersurleurs petites proprietesou ils se trouvaient les egaux desgrandsproprietaires et pas plus contraignablesqu'eux(I)) 3. L'reuvre des successeursdeBoyerLes successeurs de Petion etde leurpolitique agraire, mais avecmoinsde perseverance. LePresidentGuerrierrenditun arrete, Ie23septembre 18M, quimitenvente a desprix moderes les biens nationauxduNord,non reseDves pourl'utilitepublique.Le7 decf'mbre suivant,unautre arrete futprispourremettreenvigueurla10idu16juin1840surilavente des domaines natjonaux. Cette loi avait etc abrogee Ie22mai1843. Fabre Geffrardeutunprogramme 'a peu pres analogue. Vne loi,promulgueeIe14 aout 1862,fut votee pourregierd'unemaniereuniformel'affermageetlavente des biensnationaux.L',artide 2 de cetle loistipulaitque ces biens seraient affermesouvendusparportionsdecinqcarreauxauplus.Vnelautre loiintervintIe29octobre 1864pour regle menterla vente, les 6changes, la ferme et les conoessions temporaires des biens del'Etat.LeDocteur Dalencour declare que cette loi, votee pourfavoriser les paysans,avait divise Iedomaine alie JJabledel'Etattoujoursenlots decinqcarreaux, et quenulne pOUivait serendreacquereurdeplusd'unlot.Nous sommessurprisqueIeDocteur Dalencourn'aitpas parle desonarticle4!quis'enonce ainsi :(1)lleaubrunArdouin:Histoire d'Ha!ti, tomeX, pa'fl.'25.

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-102-Lesimmeublesdel'Etat, meme alienablesetdontlaprescriptionn'aurapointencore ete acquise a des tiers 1U jourde lapromulgation p.e lapresenteloi, cesseront d'etre soumis aila prescription tan,tquel'existencedecesimmeublesn'aurapas ete reconnue par lIeGouvernement,, et qu'un etat general etcompletdetauslIesbiensappar "manta l'Etatn'aurapas ete confectionneetrendupu hlic par l'administrateurgener,f)1 desdomaines.Enconsequence,nulnepeutoccuperunbien f.aisant parti'edudomainedeI'Etat,nien devenirproprietaire gu'en vertud'untitreauthentique(I).Cetextesupprimelaprescriptioncontre fEtaL II fait echeca la regIe posee parIe Code Civilhaitien de 1826. II est,enoutre, defavor,ablea lapetite propriete individuellepuisquelaprescription etait unmoyencourantdedevenir prpprietaire. Cen'estquetoutrecemmentqueilesChambresant decide deremettreenvigueurlaprescription contre I'Eta1. Mais la loi quieontientcettedisposition nepent etre appli quee.car elleattendencore sapromulgatipn pal' I'Executif. Nous verronsquela loi de 1864 a He invoqueepar fEtat dans denombreux,cas,lorsdu,conilit agrairequiasurgidansIeNord d'Halti sous la Presidence deM.Borno.LeGouvernement, texteenmains,permit,alors de chasseI' des terresduDomaineles paysans, qui n'etaient que pos sesseurs. Alleguantl'interdictionde prescrire wntre l'Etal,ilnevoulutpastenircomptede la date, meme lointaine, a[aquelle pouvaitremonter!'installationdes occupants.(I)DocteurDalencour: Le SauvetageNationalpar lr. Hetollr a laterre,chapitreII,page18.

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103-La loi de1864marquel'arretd'un procede dont use rentbeaucoup depaysanspour acquerir Iedroitde proprie teo Ledemembrementdupatrimoineimmobilier de l'Etatne s,? realisaplus, a partirde cette date,qu'aumoyendes concession's gratuiteset des Iventes. Geffrard,pendantsaPresidence, s'effol'/;ade tempererlarigueurde la regIe quiexduaitlesetrangers de ladassedes proprietaires. Le DocteurJanvierluienfaitunreprocheencestermes:Geffrard ,commit la f.aute,qu'avaient commise ses predecesseurs, denepas
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104Meme prisdanscetteacception,lIecadastrefutloin d'etrerealise dans les ou la loi l1'entendait. Encemomentencorel'Etatignore l'importance de sespro prietes. Tantotil laisse denouveauxoccupantsenvahirson domaine, tan tot ilempietesurdes terrainsquineluiapp.artiennentpas.f,.-Les concessionsconditionnellesParmiles dirigeantsquisesignalerentparleur desir d'accroitrela petite ,culture,i,lfautmaintenantciteI' Ie Pre sidentSalomon,quifutl'auteurd'uneloi celebre promul guee Ie28fevrier 1883. Cette loi,qu'un texte legislatif vientd'abrogercetteannee,se refereif uneconceptionunpeudifferente de celle dePetionet de ses imitateurs. Salomons'interditde faire des liberalites entierement gl1atuites. 11jugea preferable d'exigerdupaysan, if quil'Etatdonner,ait des terres,certainsengagements.Cette restriction, se troU've memeecrite dans Ietitre de laloi. Voici Ie texte en tier decet acte Ilegisl,atif,quinemanquapas de susciter denombreuxcommentaires:Loiportant,concessionconditionnelledeterrainsdudomainenationaln. s.alomon, presidentd'Haiti.Considerant qu'il estdudevoirduGouvernement,vu ila situation actuelledupays,d'encouragerIedeveloppementdel'Agriculturepartous lesmoyensen son pouvoir,pourassurerIebien etre des populationsn..Considerantqu'ilesturgentdedonnerunplusgrandessor a laproductionde nos principales denrees d'exportation,d'augmenternos moyens d'echange ;

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105SurIer,apport des Secretairesd'Etatdel'Agricultureetde flnterieur, etdel'avisduConseil des Secretairesd'Etat,AproposeEtIe Corps Legislatif a rel1du la loi sui vanteArticleIe1'.-Tout .citoyen quis'engagera a cultiverles denreessuivantes: ,cafe, 00annea sucre,coton,cacao,tabac,indigo,ramieet tous autresproduits !l' exportation,auradroit a unemise en possession de 3 a 5carreauxdeterredudomainepublic, apres demande 6crite adressee au Secretaired'Etatdel'Interieurquiydonnerasuite,Ieterrainayant 6te prealablementarpenteauxfraisdusoumissionnaire.Artide2.Des qu'ilser,aconstateparunecom-mission nommeellcet effetet apres les delais suivants:P.our Ie ,cafe4 ansPourla 'canne a sucre2ansPourIe ,caton2ansPourIe,cacao 5 ,lllS PourIetabac2 ,!Us Pourl'indigoIan (e PourIlaramieIanqueles troisquartsduterrainexploitesontplantes,enuneouplusieursde ces denrees, et a lasuited'unepre miererecolte l'occupantausesayants-droitrecevrontduGouvernementuntitre de concession aperpetuite. Article 3. Si, ces delais passes, Ie soumissionnairenel'emplissait pas lesconditions ,ci-dessus edietees,fEtat rentrel'aitpurement ('t simplementenpossessionduterrainquetoutautrepourrasoumissionner.Article4. -' Lefermieroul'occupant a:etuel auratoujoursla preference surtout .autre soumissionnaire.8

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-106Article 5. Les usines pO).lr Ill! preparation des dites dcnrees, les societes anonymesetparactions,monteespourl'exploitationengranddudomaine public,jouiront,entant moralesJ duprivilege dela Article 6. -Lapresente loi ,abroge lois oudispositions de lois quiIluisontcontraires. Elle sera exe cuteeaila diligence des secretairesd'EtatdeI' Agriculture et del'lnterieur,cba,cunence qui lIeconcerne n. Cette loi qui, dans son esprit, semble irreprochablen'apasreponduaux 'Vooux dulegisl,ateur.L'Etatexigeaittropdupaysan.MM.Nau et Telhomme,dansleurCode Domanial, fontremarquerquel'instabilite de lapaixdans l{\passe a toujours empeche les benefieiaires des Concessions ConditionIlelles deremplirtoutes :lesformalites exigeesparcette loi leurpermettant d'obtenjr!Iu Gouvernementuntitrede
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-1 -de ce censeur, n.ous avons decouvert plus 10i1;), la rai son del' echec delaloi de Salomon :CommentIejournalierdelacampagne, ecrit ArmandThoby, qui!VitaujourIejour)comment paysan qui paieuneferme modi que,quandilla paie, et qui tr.availleuneterre deja dOturee, ameublie, comment ces deux classes d-e paysans noll, proprietaires peuvent-Us avoir d-u tempsou,del',argent de restepour en etat deculture3 a 5carreaux terre P 11faut abattredes arbres, arra,cher des plantes sauvages, cloturer, de ((fricher,sarderpuisplanter.H faut,en outre, payerd'avaneel'arpentagede3 a 5 oarreaux de terre.Et apres ((touteela, il faut attendre2ans, 4 ans, 5 anspour etre proprietaire.Et fon n'estpas proprietaire dansIesensabsoludumot, puisque 1'0nn'estpas maitre dechangerdeculture: d-e cultiver la banane, b patate,l'igname,les pois, Ilaou 1'0n produisait des denrees d'exportaHon))(I).Cette refutation tres Iviveet tres claired'unedes lois agraires les plus importantes de Il'Histoire d'Ha'iti eomporteunenseignementprecieux. Les Gouvernements hai:tiens, dansleurpolitique economique) feraientbiend'enmediterIesens.nn'estpas de regles quidoiventeonsiderer davan tage Ie milieu au elless'appliquentque celles qui sentlIesortdela propriete rur,ale. C'estpouravoirignoreles sentiments et les aptitudes deJadassepaysanne que bIoi de1883est tombeeen de suetude. Elle a ,connu, somme toute,Ie meme sort que Ie Code Rural de 1826.. Tous deux, bien que d'inspirationtotalementdifferente,ontfait fausse routeenimposantune Armand Thoby:op.cit.,page45.

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108 l'lgleIIlentation trop tatillonne, a laquelle s' est toujoursmontrerebellel'esprit descampagnesen Haiti. 5. L'e'volution natul'elle delapetite propriete ALasuite de lailoique nous venons decommenteronnetrouve plus,jusqu'a 1'occupation etrangere, de faitimportantayantinfluesur!'evolutiondela propriete fonciere. Quelques textesontorganise la location o.est(3rres duDomaine et prevu ,certaines formalites exigees depuis lorspourvendreetechangerlesimmeublesde 1'Etat. En exposantplusloinles details de la legislation fonciere nomse rons amenea etudier .ces nouvelles pres,criptions.Lapetite propriete pourtanta fait son .chemin en Haili. L'impulsionqu'ontsu luidonnerses deuxpremierstu teurs,Petionet Boyer,qu'onne louera jamais ass(3z? luiontfaitsurmontertoutes difficultes.Jusqu'al'arrivee nes Americains, 1'instinct des pay sans les a tous guidesvel'S ilapropriete. Parunaocord ta,cite 1'Etat les laissaits'installersurses terres, y fonderunefa mille etpartager 'a leursenfants 1'heritage immobilier.Detelle sorte que les possesseurs? a quiIeGouvernementou bliaitd'opposer la loi de r864, reglaient leurs interets etceux deleurprogeniture comme de vrais proprietaires. La petite propriete, apparenteou sedeveloppa ain"i dans son sensnaturel.D'abordelles'etendit,audetrimentdes grano.s domai nes.Endehors des terres affermees les biens del'Etatfurentenvahisparde petits occupants. De vastes habitations,appartenant a des particuliers sans vigilance,subirentIe rn,eme sort. Puis eille se morcela a cause des partages et des ventes partielles.

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-109-Enfinelle se consolidaendonnantIe spectacled'un etat permanent.Letemps!peu a peu,fortifiaSOnautorite. Elle reyut I,aconsecration de l'usage. Cependantil y a unvice cache, osons-nous dire,dontla petite propriete en Ihili nes' ept pas encore purgee, C' est Ie defaut d'investitureofficielle. Unproprietairefoncier, qui ne doits,a qualitequ'a IatolerancedeI'Etat,nejouitpasd'un vrai droit de proprie te, privatifet perpetuel. Orc'estIe casd'untropgrandnombre de proprietai resapparentsdecepays. Installes d',abord sans droitouenvertud'unhail, ils sont restes sur1aterred'autruiousurIesol del'Etat.Laprescription, sans doute, est venue confererIa proprietea quelques-uns. Mais Ie titre,Ieseul mode depreuveopposableauxtiers et indiscutable, leurajamais ete fourni. C'estpourquoi,commenousnecesserons de Ie cons tater dansIecours decetr,avail, I'edifice de la propriete foncieremanquede stabiliteen Halti. Dans Iretude quenousferons desmamrsruralesnousdevelopperons plus .amplementcetteobservation.Etnousmontrerons,dansun chapitre,les consequences dramatiquesdontcette iiflstabilite fonciere futresponsablependantl'Occupation americaine.

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CHAPITREIVLesdroits immobiliersdel'etrangerLa questionquenous allons b'aiter dans cechapitreestprohablementcellequia provoque Ieplusgrandnombrede controversesetde polemiquesenHaIti.L'aptitudede1'etranger a acquerirla propriete fonciere representeunpointdedroitquin'a joamais pu etredebattu sans passion dans ce pays. IIf.autchercher 'la raison decefait,quisurprendunpeu, dans les circonstances historiques qui ontenLoure la creation,puis1'evolution de :l'Etat haltien. Les dures epreuves que les indigenes deSaint-Dominguesouffrirentpourconquerirl'Independance,les angoisses qui les assaillirent,aulendemaindeleurvictoireeurent d'ine'Vi tables reper,cussions dans 1'elaboration des regles consti tutionnelles. L'avilissement, OU les Fran9ais avaienttenuces gens decouleurpendantla peri ode coloni,ale, laissa de la rancune aufond des ctEurs. Ledangerd'uneannexionnouvelle, qui mena9a lanationhaltiennelongtempsencore opres l'Independance,renditcepeuplem efi,a nt,presque farouche. De telssentimentsnepouvaientpasguiderla polilique exterieure dujeuneEtatdansunsens liberal. Aussil'etrangerfut-il severement traiteparlespremiersGouvernements. Comme la propri6te dusol,tantconvoiteejadisparles colons, representait aux. yeux des H.li"tiens, qu'elle futa l'Etatou e,ntre habitants,

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'"-112I'element ,Ieplus visibledeIa souverainete nationale, son a,cquisitionpar r etrangerfutinterdite. Cette regIe, aussitot apres Ia liberation duterritoire, reguHeverdict del'opinionpublique. A travers Ies ,vicissitudes de Ia politique interieu re, onIasentit plus neeessaireque Jamais pourproteger fEtat affaibli contre Ie peril exterieur. Ellefut pourainsi dire, a ,Iahauteurd'undogme politi que,qu'onne !liseute pas.Plustardeependant, ceUeprohibition dontI'utilite appar.aiss,ait moinsgrande,fit decouvrir de graves inconvenients. Vint ,viteuneperiode, OU respect reli gieux fit placeaulibreexamen. Les querellesdecabinet commencerent et !I.' opinionfutdivisee.Laquestion passionna If.8 esprits et provoqU3.meme!les desordres politiques.PourtantIe legislateurne cMa pas. IIfautarriver a 1918pourassister a I'abandonduvieux principe !le !'inter diction absolue.Vnedispositionnouvelleaujourd'huiIe remp]a.ce. La ,conditionjuridiquedel'etrangerest encore tres inferieureacelledes Ha'itiens. Onnepeutnierpourt,antqu'ellesesoitgrandement amelioree. NousauronsI'oceasion dedonnernotreopinionsurIa question'a Ia fin de ce chapitre.Nousal1Ions des maintenantcommencerI'historiquede la regIe eonstitutionnelle interdisant a l'etranger1 ',acccessiona1>3.propricte fonciere. Cet expose meUraenplein eclairage Iedramede Ia protectiondusol,en Ha'Lti. SECTIONILE SYSTEMEDEL'EXCLUSIVITEDELA PROPRIETE FONCIEREAUXHAlTIENS I.-SonorigineNous avons vu, dans Ie precedent chapitre, Ie sort quifutfait aI,apropriete !les cdlons des proclamati9nde

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-113-l'Independance.L'appropriationparI'Etatdes terres desplanteursn'apas ilieu d'etonner.Lahaine !les blanc8 suscita helas !des actes beaucoup plus graves. Des represailles sanglantes se deroulerent sous l'reil des autorites.Comme1'0ncomprendalorsqu'untel etat d'espl'itaitconduitDes salines,Iechefdunouvel Etat, a proferer ces mots dans sa declarationdu28avril 180A : Jef,aisIesermentquetantqu'i'lme restE'ra unsouf,(Hede vie,aucunColonniEuropeennemettraIepiedsurIeterritoire d'Hailia titre de maitreou !le proprie taire.,Cettephrasequi sera presquereproduitedanslaConstitutionde 1805 se justifiait a cetteepoqu'e. Qui-conque, nousditM.HermannCorvington,ne conhalt les atrocites commisesparles Frangais en Haiti avantetsurtoutdurant les guerresdel'Independance, atrocites qu'admettentles historiens frangais eux-memes, nepeutcomprendrepourquoices mesuresadministratives, politiquesetlegislativesont prises par'les autori teshaitiennes contreles Fr,angais et a caused'eux,dans lespremierstemps, ,contre tous les etrangers en general. Etquiconqueneconna!tla persistanceduGouvernement Frangaisa vouloir recuperer l',ancienne Colonie per!lue, 11'3 peutaussi ,comprendreIla duree des represailIes, puiscelIede la pel'iode des suspicions gener,ales contretout Etranger b'lanc (I)..Deuxsentimentsseeoalisaient done,pourfermer a l'etranger l'acces deIla propriete : la haineducolonetIlacrainte !le sQnretour.(J)Hermann Corvington:Etude surlacondition judidiquedel'etra,ngel' en Ratti envisageesousl'aspectdesdroits reelsimmobiliers de d 1825, Port-au Prince 1934, page14,

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S2. -LaI'egle de Dessalines A. LapremiereConstitutionhai'tienne,sanctionneeparl'EmpereurDessalinesen1805,materialise d,ans son article12la regIe defensive, quiresteraen vigueur pendant pilus d'un siecle. Letexteenest dair : Aucun blanc,queUequesoit sanation,nemettra('Iepiedsur ce territoire, a titredemaitreaudeproprietaire etnepourra a l'weniryacqueriraucune proprieten. C' est a desseinqueI'etranger ici est designe sous cette appellationde bl,ancn. Le sol hai'tien,dans lapensee de ses protecteurs, devait etre IeBoule,v,ard des NoirsetdesIndiens n. Cetraitde fierted'une race sisouventopprimeedansfHistoiremontrebien qjue dansla lutte!:I'interets, quimettaitauxprises lesindigenesetleurs anciens maitres,se mel,aitunconflitde races, !:Ie couleurs.L'artide27de la Constitutionrepublicainede1806 repete l'article12 de IaCharteimperiale.Christophe,quipritillegalementIepouvoirpour eri gel'dansIe Nordun Etat autoritaire,s'ingenia a imiterIeregime oanglais et rechercha !'amitiedesetrangers.AussidanssaConstitution roya[e delSIIonchercheraitenvainunerestrictionauxdroitsimmobiliersde'l'etranger.MaiscommeIe passage deChristopheaupouvoir,d,ansunepartie d'Hai'ti seulement,marqueuna,ccident dansl'Histoiredupays,onne peut vraiments'attacher acette particularited'uneConstitutiondontles idees originalesne sUl'vecurent point akur auteur.LePresident Petion, dontIe sens politiquefutl'emar quable, fit respecter;la((formuledessalinienne J. selonl'expression employeepar M. Cor,vingtonpourdesigner;la regIe constitutionneUeinterdisantauxetrangers d,e devenir

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II5proprietairesd'immeubles..L'artide38de la Constitution de1816maintint done sans changement les termes des ar ticles 12et27des de:ux premieres Constitutions.. Cette continuite dansl,apo'litique haltienne, quin'appellera des critiques que plus tard,nesauraitsurprendrequandon5erepresente,les Iegitimes apprehensioIls de lajeuneRepubliquependant cette periodeingratede son Histoire.M.Stenio Vincent a fort bienmontrela rancreur qui s' etait cristalilisee, pourainsi dire,aufond de l'ame populaire.L'odieux regime del'esdavageavait amasse ( dans fame nation-aleunfonds q.e haine tres vivace contreIeblanc,et celan'avait,certainement pas disparu apres quinze ouvingtannees de liberte ou d'independance.I:l((esttoutnaturellement reste chez les ,administrateurs dela nouvelle patrie certains sentiments de defiance, des((reserves Iegitimes vis-a-vis del'etranger, des idees d'a version meme, pourles anciens oppresseurs de notre racen(I). IIIfaut bien avoueraussiquela politi que n'epargnaitrienpourentretenircecouranthostile. Louis XVIII, qui voulaitignorerl'existence del'Etat hai:tien, ten ta a maintes reprisesdereprendre notre ancienne colonie. II envoy,a plusieurs diplomates negocierIe J;:.etourab France. Petion,puis Boyer firentcomprendrea.uxrepre sentantsduroi que la nation hai:tienne etait fermement resolue 'a garder sa souverainete.Pourtantce nefut qu'en 1838,commeonIesait, que nndependanced'Ha'iti fut reconnue definitivement parla France. Apres lIestraites de 1838, qui liquiderentunefoispourtoutes la succession des 'anciens colons ep Hai'ti,l'avenirde la vailliante nation devint plus clair.IIsemblealOI'Scu-(I)StenioVincent:Chosesetautres,Paris 1895, page 175.

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'116 -rieuxqu'on aitmaintenudanssarigidite la regIe dessalinienne .. La Constitution de 1863, dont,Ievote suivit Ja chutede Boyer,contientencore,eneffet, la fameuse interdiction.Letexteenest meme plus severe dans sa precision.L'ar tide 8s'enonce ainsi :Au-cunblancnepourra acquerir l.a qualite d'Hai:tien niIedroit de possederaucunimmeubleen Halti ).IIest doneinterdit aI'etrangcrd'acquerir directement ou indirectement,parIe detour de !Ianaturalisation, la propriete immobiliere haltienne.Les c;euls etrangel'Squi puissent devenlr Haltiens, aux termes tIel' article6,doivent etre issusd'Africainoud'Indien.En 1863, la hai,ne des Franyais s' etait certainement emoussee.. La generation des anciens esclaves avait disparu. CommeI'a ecrit Frederic Marcelin,toutsentimentdehaine meme contreles anciens possesseurs du pays, conIre les maitres impitoyables, etait efface : If'Fr,anyais, qu'onn'a,vait plus a craindrecommecolon, beneficiait au meme titreque les autres peuples de la plus large etde la plus complete bienveiUance(I).L'aversion, larancune, 1a crainte instinctive de I'Hran'gel'blancn'existaientplus. Ces causes, qui satisfaisaientl'espritquandil s'agissaitd'uneepoque encoreprochede ]aguerre deil'Independance, nepeuventdoneplus etre in voquees pourjustifierl'artide8de la Constitution de 18M. B. -A cette epoque des esprits liberauxcommence rent a douter de l'utHite de la formule dessalinienne. L'apai sement, apporteparles traites avec la Fr,ance,nedevait-il pas etre suivid'une trevePN'etait-ce pasIemomentpro(J)Frederic Marcelin:Finances d'Hatti. EmpruntNouveau. Meme banque,Paris191I,pages37el38.

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pice 'a unadoucissementde regie severequiamoindris sait depuis 1804 Ia condition juridiquede tous les etr,an gersen Ha'iti? IIs'entendque! meme auIendemain de nndependance, onnepouvait infEger a la Franceuntraitementplus defavorable qu'aux autre$ puissances. Mais alorsnedBvenait-il pasopportun, apres ,iareconciliation avec fancienne ennemie,derendreplus accueillante a tous Iesetr,angers la loi haltienne? Toutes ces questionsseposerentnaturellement a i,apensee deshommes politiques enclins a favoriser de meil leu res relationsentre Haiti et les autres Etats. Ces faQons de voir, quin'avaientpas pris corps!nemodifierentenrienI'opinion (iu legislateur. Les Constitutions de1846et 1849 reproduisirentI,aphrase d'inter(iidiop. Dne loipromulgueeIe18octobre 1860, envisageant la situationd'un epoux etrangerdontIeconjointest hai: tien, fait encore triompherla regie dessalinienne. VoiciIetexte desprincipaux 'articles en ;}.a matiere{(Article2.-Que! que soit !I.e regime sous lequel ie{(mariageest contracte, l' epoux haitien seul pourra acque {(rirdes immeubles. Neanmoins, sl c'est Iemariqui est({etranger,ilauraI',administr,ation des biens personnels de({sa femme, ainsi que deceuxqui seronta.cquis durantlie{(mariage, soit que Iemariageaileulieu sous Ie regime de{(Iacommunaute, soit" qu'ilaileulieu sanscommunaute.({Article 3. Arri,vant a
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-lIS -vrontuneindemniteenarg'ent a l'epouxetranger, egalea la valeur de son p.roit dans lacommuaute, a dired'expertsnommesparjustice! si n'.aiment rnieux lesditsheritiers opterpour 1(1. licitation desdits auquel cas, la moitiedu net produitde lavented'iceuxserareversible a l' epoux etrangersurvivant.Article4.-DansIecas de predeces del' epoux haltiensans enfants, siIeconjointetrangerse trouvesonheritier, la succession si elle eonsisteenbiens (fonds, sera devolue a la vacance, laquelle fer a venp.re lesimmeubles dans les formes vouluesparlaIloisurleg suc cessions vacantes,I,a iliquidera et fera remisedunetproduit a I'epouxetrangerheritier,Ietouta,vecl'assistanceduministere public du res sort.Article 5. -SiI'etrangerse trouveheritierde sonenf'ant hai1ien la succession se trouve composee,entoutouenpartie,d'immeubles,lapartrevenantau pere etrangeroU a la mereetrangere devratoujoursIlui etre remiseenargent,soitparles coheritiers,s'ilyena, et a dire d'experts, soitparla vacance, si toute1asuccession est devolue a I'etrangerseul n. Cette loicependant,de l'aNis de M. Corvington,marqueunprogresheureuxdansI'interpretation de la formule traditionnelleprivantdudroit de propriete les etr,angers. IInefaut'pas oublier que quinze ansauparavantIe President Pierrot avait prisundecret,auxtermesduquel I'Hai:tienne qui epousaitun etranger devenaitdu meme coup etran gere. Elleperdaitla proprietede tous ses biens et sa sue-ces sion, ,comme dans notre vieux cas demort civHell, s'ou iVrait auprqfit ses lieritiers.

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IIgOn devine les cpnsequences socialesqu'eutce decret. Dans ce pays! OU l'unionlibre fleurissait, oConcubinage tintlieudemariage entreet Hailiennes. 'M. Corvington n'Msitedop,c pas itdedarer que loi de 1860encouragea laconstitutionrapide de la famiHelegitime etporta !Ies breches audesordre moralqjue les(( aut.orites politiques et administratives ,avaient ip.troduit ausein de la societe hai:tienne, eninterpretantde ((drastique laformale !Iessalinienp,e (1)..Mais alprs nous sommes fondea croire devant cette exphcation,quiassocie"effort liher,al des auteurs de la 10i de 1860 a des preoccupatipns socialesaudes scrupules moraux,quel'esprit hai:tienaregard des etrangers n'l8.vaitguere changedepuis 1804..On n'a'vait plusdutoutlahainedublanc,qu'onac cueiUait sans prevention ;auxquatrecoins !Ie la Republique. Les etrangers oCommen9aientmemea cette epoque it s'installercomme usantd'unelarge toler.ance enIlamatiere..Dans soncommentaireduCode de Cpmmerce hai:tien,M.Borno, qjui se reporte a l'epoquede la publicationduCode, apporte la precision suivante :Ence qui-estdel'etranger,iln'y a que Iecommerce sLridement entenduCachatdedenrees etmarchandisespourles reven!Ire telles queUes) qui lui spit interdithoI'Sdes ports ouverts. Au-delitdu quartde Heue! ilexer( ce touteindustriesans payer !Ie patente, et sousLaseule(1)Conference deM.HermannCorvington prononceeIe7 decem bre 1933 it I 'Ecole Nationale de droit dePort-au-Prince:Laconditionjuridiquede I'Elrangeren Halli.

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oblig,ation de la ilicence (I).IIenresulte quel'acquisitionde.la propriete mobilierelui etait permisesans ilimita tio!l. Nous assistonsdone a uneevolutioncurieusede la vieille regIe prohibiti,vc, Midee parDessalinesau lende maindescombatsferoees delaguerredel'Independanee.L'apaisementestdeseendudansles ,eamrs, les vieilles affairesentrecolons etHaitiem sont reglees, etpourtantl'ostra cisme, qui se c.antonne ilest vraisurunterrainetroit, re siste 'acet espritnouveau.II faut, de toute evidence, cesserd'expliquerparde vag-ues sentimentsxenopIiobes laformuleexclnant l'etran gel' de la classe des proprietairesfonciers.La regIe dessalinienne, des laseconde moitiedudix-neuvieme siecleJ ne revet plusdutoutdeforme'Vindicative. La Republique con siderememe de son devoir d'6changer desrapports ami cauxavec lesnations etrangeres. Mais au-des sus de cette politique de courtoisieinternationale,dontIepeuple hai tiennes'estjamaisdeparti, ilya quelque chosecommeuneraisond'Etat,quicommandedesauvegarder laterrecontreles convoitises del' etranger. Commesi laboureur,venudeloin, representait deja Ie,conquerant etmenac;ait :!'integrite duterritoire .. C'estbiendanscetesprit quefut 'Vote Ie texte del'article 5 de la Constitution de 1867.IIs'exprimedansunlangageplusjuridiqueque lesprecedents mais est aussi cate gorique.Nul,s'iln'estH ai:t.i en,nepeut etre proprietail'e debiens fonciersen Haiti,a quelquetitrequecesoit,niyacqueriraucunimmeuble n. (1)LouisBorno:CodedeCommerce hallien annote,Porl-au-Prince1910.

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-121-Septanslap res denouveauxConstituantsreprirentla vieille formule,maisenluiapportantuntemperamentquidenotesoudainementunespritconciliant.Voicicomments'exprimel'article7de laConstitutionde1874 :Nul,s'iln'est Hai1ien nepeut etreproprietaire d'immeublesen Haili. Neanmoins,sur Ii' propositionduPresident d'Haiili, IeCorps legislatif pourradelivrer destitres denaturalite [{ Loutetrangerdehonnesmeeurs,qui, apres sept annees de residencedansIepays, y auraintro duit un art ouunmetierutile, forme des eleves ourendu'(I des servi,ces reelsetefficaces3 la Hepublique. La loi regie les formalites de cette naturalisation n. Nousnenousattarderonspaslongtempssur,cette attitudeinattenduedulegislateur, laConstitutionde n'ayanteuqu'unlustre d'existence. Noustenonstoutefois p\ signalerque les adversairesdu systeme d'exclusion,quialors ,f,aisaientgrandbruit,n' etaient pasetrangers aces variationsduConstituantaudll Legislateur.LaConstitutionde1879marqueunreculdes idees liberales,son article 6retrollvel'intransigeancede la formuletradilionnelle.L'article precedent, quienvisageIecas del'Haitiennequ'un etranger a epousee, montre,parcontre,une,certaine generosite. Voicicommentil s'exprime:Lafemme hallienne,marieea un etranger, suit ],a conditiondesonmari.Dans,cecas,tous lesimmeubles cL droitsimmobiliersqu'elle possedait avantqu'elle eut cesse d' etre haltienne,continueront '3 luiapparteniret aetre regispar la loi hailiennen. Mais ellenepourraplus 3 l'aveniracquerir aucun immeuble epHaili .,9

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L'Etat hai:tienconnut malheureusementdesennuis tres graves a ,cause de -ce texte.Cinqansplustarduneloi Il':abrogea, sibienque les amendemen.ts a laCQnstitution de 1879, votes enoctobre1884J ramenerentason origine Ie problemede l'a,ccession del'etranger alapropriete fonciere. Nousnous plavons, enfaisant ,cette rem,arque,sur Ie ter rain .constitutionnel. Nousnetenonspas compte des faits. Voici,eneffet, lasituationpeu,enviable qUE' Ienouvel :a,rtide 5 de laConstitutionde 1879 previt pourI 'Hai:tiennecoupable d',avoirehoisiunmarietranger:Lafemmehaltienne qui sera uniea unetranger per dr.a saqualite d'Ha1tienne ...L' Hai:tiennequi auraperdusa qua:lite parIe fait desonmariageavecl'etranger riepounaposse!Ier ni acque rird'immeublesen Hai1i, a quelquetitrequecesoit.SieUepossedait desimmeublesav,antsonmariage,eUeseratenuede lesvendretrois moisauplustard, apres sQnmariage.II estbienentendu qu'a partirdujourde son ma riage,eUen'est plus admise a produireaucune recl.ama lionpourpertede biens, en casdetroubles politiques.Cette derniere phrase etait destinee a prevenirIeretourd'incidentsfa,cheux,dontil seraprochainementquestion. Laconditionjuridiquedes etr,angers, sous:lerapportdes droitsimmobiliers,nesubitplusdechangementjus qu'it I'Occupation,americaine. LaConstitutionde 1889, dans son article 6,maintintenvigueurpendantplusd'un quart de siecle la regIe intransigeante !Ie Dessalines.Quantausortde lafemme mariee de-venue etrangere, i,lest telquel'avait fixe l'artide5 de la Constitutionpre,cedente,amen dee en1884.Onneprecise plus que b ventedesimmeubles possedes parl'epouseavantsQnmariagedoit ,avoirlieudans

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les trois mois. Maison remeta une:loiposterieureIesoin dereglerIemoded'expropriationdesditsimmeubles. Voila lasituation des etrangersen HaIti, que la loi Il'imposerajusqu'en1918.Nous ,auronsl'occasionplusloinderendre ce.l hommageauxHaHiens,qu'ilsn',auraient sans !loute pas encore renie ;la regIe formuleeparIefondateurdeleurEtat, si,lafor,cen'etaitvenueunjourpesersurleurdestin. 3.. -Lasituationde jait des etrangers IIv,asans dire que lespremieresannees quisuivirentl'lndependance,les blancs, poursuivispar 1avindide popu laire,ne songerentguerea enfreindreou a tournerla regIe formu1ee ,contre eux. Les Franyais, plus que tous autres, ,avaient aoMir. D'ailleursiln'enrestait plus gtierea cetteepoquedansII'ancienneColonie. Quelquesetrangers,denationaliteallemandeoupolo naise,quiav,aientcombattuaux ,cotes des HaHiens,furentl'objetd'untraitement de faveur.Onleurl,aissa 1::1propriete de leurs biensimmobiliers.Mais ilnes'agit Ia quede cas tout a fait eJl'ceptionnels. Lasituations',amelioraquandlahainedesarma. Haiti reyut alors la visited' etrangers de divers pays. Certainss'installerentsous sondel,aocueillant, ycher-cherent un etat ets'y marierent. II est -certain quedansun pays aussi essentiellement agricole,l'interdictiond'acquerirla propriete foncieredut paraitre am erea plusd'un etr.anger. Diversmoyensdese soustraire a ,la regIe furentenvisages. La reciprocite internationalepouvait etre invoquee. Les HaItiens, si severes chez eux, IOllaient, an'eA pasdouter,

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les lois etr,angeres qUI leurpermettaientd' etre proprietairesfonciersau dela deleursfrontieres .. Des representations diplomatiquesauraientdonepuseconcevoir.IIne paralt pasque beprocede ait ete employe, sauf dans des cas d' espece. Les etr,angers a demeureen Haiti! qui rencontrerent toujoursdegrandescomplaisances,s'ingenierent plulOt a tournerla loi constituLionnelIe. A defaut de lapropriete immobiJiere, ils firenL l"acquisitiondesesdemembrements.C'est ainsiqu'ilsdevinrentusufruitiersde biens fon ciers, en violation de l'ancien article 479 d.l1Colie Civil ha'itien abroge par Ilaloidu13fevrier 1925, article18(I)quiIeleurintenlisait.IlsacquirentIedroitd'usageetd'habitation.lIs firentinserer a ,leur profit, dans lies contratsd'obligation,lagarantie hypothec,aire etIedroitd'antichrese. A il'aide d'expedients, ima.gines parIe genie inventif desgensd'affairesetdespraticiens,l'etrangerarriva a eseamoter elegamment laprohibitionconstitutionnelleet a 5emunirjuridiquementdepresquetous les avantages economiquesdudroitde propriete (2).IInemanquait aces av,antages que Ie ,caractere lieperpetuite dela propriete. Orl'etrangerreussitpresque a Ilevercedernierobstadep,ar lapratiquedubailemphyteotique.L'emphyteose,quiatantdepoints,communs avecila propriete, etait unesorte de defia l,aConstitution. Les gOll'verne mentshaHiens,quifurent temoins lie cette audace des Ie debut dudix-neuvieme siede, fermerentles yeux.Ensorte(I)Abel-NicolasLeger:CodeCivil d'Ha!tiannale, Port-au-Prince1931,page241.(2)ClovisKernisan:Les etrangersetIedroitde pl'opriete immobiliere,page110.

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-125quememe Ia Iettre deIa regIe dessaliniennenefutplus respectee. L'article 5 de laConstitutionde 1879, quenousavons cite, permit a l'epouxetrangerd'unefemmed'origine hai: tienne marie sousIeregimede 13: communautelegale, dejouir,ensa qualited'administrateurde Ia ,communaute,deIa propriete superficiaire des biens ,appartenant 11 safemme))(I).Cette f.aveur, attacheeaumariage?disparuten 1884. Au cours de troubles politiques,qui eclaterent en1883, denombreuses proprietes appartenant a des Jlaliien nes devenues etrangeres parIe faitdumariagesubirentde graves depredations. II yeneutquifurentcompletementdetruites. I.eGouvernementhaltien,surl'injonctiondes puissances etrangeres, sevitalors dans Ia necessite depayerd'egrossesindemnitesaux sinistrees. C'estIaraisonpourIaquelle l'artiC!le 5,commenousI'avonsVU,futmodifie.Dneautrefraude consistait a s'associer a unprete-nom.Cemoyen futcertainementIeplus employe. Lajurisprudenceadmettait,par Hemple, queIe pere etranger put acheter des biens fonciers sousIenomde sesenfants hai: tiens.EttoutIemondel'approuvait. M. Augu"te Douyon, ancien professeur de Droit Administratif a I'Ecoie Natio nale dePort-au-Prince,rappela ace propos d,ans ses Ieyons cettephrasedugrandjurisconsulteSolon Menos :AIa verite, Iepeuple a aussi sa casuistique, il sait parf.aitement que l' eLranger possede en Hai:ti denombreuses proprietes maisilnes'en,alarme pas, parce quec'estsousde.snomsd'emprunt ), (I)Conference deM.Corvinglon, cilee plushaul.

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-126-SECTIONIILAPROHIBITION CONSTITUTION NELLE JUGEE PAR L'OPINIONComme nom; l'avons laisse prevoil',Iemaintiendluregimed'exclusion,institueparDessalines, mecontenta maintsesprits 6claires. Laquestionprovoquades poIemi ques, parfois assez apres. L'opinionconnutdesremousviolents. Aussi, est-ceprohablement a ,cause de l,eursituationentre partisans et adversaires passionnesdela loid' exclu sion,quelesdirigeantshaitienss'entinrentaucompromisdontnousavons parle.La regIe traditionnelle,inscrite;au frontispiee des lois fondamentales,demeurait veneree. Mais les infra,ctions,pourvuqu'el,les 'fussent ,adroites,jouissaientd'unelarge I.-Les querellesdecabinetD'interminab'les controverses,qui femient lamatiered'un Hvre entier,eurentleurpointdedepartdansl'applicationde laregIe constitutionnelle.La question, qui fitcoulerIe pJus d'encre,consistait a savoirsiIebailemphyteotique, quiequivautpresque a la propriete,echappaititilaregIe prohibitive.Des leUres ouvertes, quiparurenten 1904 et1905danslaRevue de la Societe de Legislation ,editeea Port-auPrince,exposerenttour a tourlesopinionsdesjurisconsultesles plus autorises d'Halti. Despointsde vue differents separerent not-amment Solon Menos, AntenorFirminet Leger Cauvin.

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Tandis que Menos pensequ'ilfaut voir dansl'emphy teose undroit reel immobilier,en Haiti commeenFrance, Firmil). soutientquece
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Certains adversaires de la regIe pretendaientqu'elleentraviait I'immigration des cultivateursetrangers et paralysait,enfin de compte, 1'essor de1'agriculture.Cette opinion,nous1'avonsrencontreedans l'ouvrage d'unancienMinistre desFinances d'Haili.Voidcomrnent 1'auteurs'exprime:Personneneconsent u s'expatriers'iln'estassured'acquerir,de posseder,entoute securite, sans embages,sans detoursensonnompropre,Iesolqu'ilfructifie deparsa volonte et son travail.Plusdonede barrieres qui,sieUesnenousdefendentnuUement .contre lesplusinjustifiables exactions,ravalentparcontrela propriete, empechent que1'etranger s'y attache,1'annihilentauprofit del'agiosurles valcurs mobilieres. Plusd'artide7, 5 ou 6,onnesait plus aujuste. Quecha.cun, quelleque soit sa nationalite, puisse,en HaIti, acquerirouvendrelaterre.Sinousetions 5 ou6.000.000d' Haltiens, sinosbrassuffisiaient a notreexploitation agricole, nouspourrionspersister, a nos risques et perilsdanscetteexdusion. IIn'enestrienmalheureusement(I).Firmin,dix ans plustard,confirmaitcepointde vueentenantcelangage: PaJ.' unedecescurieusesantinomiesdontl'evolutiondes peuples est .coutumiere, .cette exdusiondesetrangersde la proprietefonciere semble etre aujourd'huihautement defavorable notredeveloppementnational... te sentimentque la faiblesseeconomiquedontnoussouffronsd'une fa<;on patenteestIeresultat denotreisolementintransigeantdansl,apossessiondudroitde proprie-(I) Frederic Marcelin: Ha'iti et l'indemnitr. frangaise, 5"Partie, Paris 18g8, page 43.

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-129te fonciere,gagnechaq
Le regime foncier en Haïti
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 Material Information
Title: Le regime foncier en Haïti
Physical Description: 2 p. ℓ., xii, 7-462 p. incl. plans (1 fold.) diagr. : plates, 2 fold. maps ; 25 cm.
Language: French
Creator: Renaud, Raymond
Publisher: Les Éditions Domat-Montchrestien, F. Loviton & cie
Place of Publication: Paris
Publication Date: 1934
Copyright Date: 1934
 Subjects
Subjects / Keywords: Land tenure -- Haiti   ( lcsh )
Genre: bibliography   ( marcgt )
non-fiction   ( marcgt )
Spatial Coverage: Haiti
 Notes
Bibliography: "Bibliographie": p. 447-452.
General Note: The first section of the folded plan is accompanied by guard sheet with diagram.
Statement of Responsibility: Préface de Son Excellence, monsieur Sténio Vincent ...
 Record Information
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: oclc - 01703333
lccn - ac 35002768
Classification:
System ID: UF00094308:00001

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    Front Cover
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    Title Page
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    Dedication
        Dedication 1
        Dedication 2
    Preface
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        Page iii
        Page iv
        Page v
        Page vi
        Page vii
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    Foreword
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    Introduction
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    Le milieu geographique
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    L'histoire generale
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    L'histoire de la propriete fonciere
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    Les droits immobiliers de l'etranger
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    La paysannerie Haitienne
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    La question agraire
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    La legislation fonciere actuelle
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    Las regles de la publicite fonciere a l'etranger
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    Leur adaptation en Haiti
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Full Text
Raymond RENAUD
Chevalier dans l'Ordre national de l'Honneur et du Mrite d'Hati Docteur en droit Licenci s lettres Diplm de l'cole de Notariat de Paris
LE RGIME FONCIER EN HATI
Prface de Son Excellence, Monsieur Stnio VINCENT
Prsident de la Rpublique d'Hati
PARU
LES DITIONS DOMAT-MONTCHRESTIEN
V. LOVITON 4.C10
160, Rue Saint-Jacques, 160
1934




Raymond RENAUD ,g>>
Chevalier dans l'Ordre national de l'Honneur'et du Mrite d'Hati Docteur en droit Licenci s lettres Diplm de l'Ecole de Notariat de Paris
LE RGIME FONCIER EN HATI
Prface de Son Excellence, Monsieur Stuio VINCENT
Prsident de la Rpublique d'Hati
0X%
PARIS
LES DITIONS DOMAT-MONTCHRESTIEN
F. LOVITON &C">
160, Rue Saint-Jacques, 100
1934


333.09*7 2.9^
LATIN
AMERICA


A LA MMOIRE DE MON PERE
qui fut mon premier matre
11 aima passionnment la terre et lui demeura fidle, toujours. Puisse ma plume, comme sa charrue, faire une besogne utile, fconde, et suivre le sillon honnte o il m'a devanc. Mon ambition ne va pas au del.
R. R.




PRFACE
P or l-au-P rince, le 3 Septembre 193b. Cher Monsieur Renaud,
Il n'est peut-tre pas trop tard pour que je m'acquitte envers vous d'un double devoir : des remerciements vous prsenter ; une promesse tenir.
Les remerciements vous sont dus en retour du sentiment qui me vaut d'aaioir t prfr tout autre - bien mieux qualifi pour la PREFACE votre thse.
Cette partie de ma tche m'est plutt aise : je n'ai, pour la remplir, qu' laisser parler mon cur.
Que je regrette de ne pouvoir en dire autant de l'autre devoir quelque chose comme un autre danger .: ; crire une PREFACE !...
Et votre ouvrage, encore !...
A mon avis, ce travail de prparation du lecteur ne peut avoir toute sa raison d'tre que s'il participe, d'une faon ou d'une autre, au travail qu'il prcde, l'clairant ou le justifiant.
Dans l'un et l'autre cas, il importe, par consquent, que l'ouvrage prfacer ait t considr, examin, approfondi. Toute chose qui demande du temps, forcment.
Or, depuis notre conversation touchant l'objet de votre actuelle dmarche, c'est peine, en vrit, si j'ai pu disposer d'un moment pour m'occuper d'autre chose que des questions urgentes, dlicates, complexes dont ma


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fonction de Chef de Gouvernement s'est trouve particulirement surcharge, ces mois derniers, et maintenant encore.
Il y a l, cependant, qui m'attend... cette fameuse promesse ...
Et, aussi, votre intention manifeste de ne pas m'en librer !...
Et, ce qui est de beaucoup plus grave, il y a surtout la date qui approche, o il vous faudra remettre votre manuscrit votre prsident de thse et tenir vos engagements envers votre diteur.
Que faire, dans ces conditions ?...
Tout considr, le plus simple est encore de s'excuter.
C'est ce que je fais, rsign, mais confiant dans votre bienveillance aussi bien que dans celle de vos lecteurs.
# *
La lecture de la thse n'est pas indispensable, affirmez-vous, pour en rdiger l'exorde..., sur la foi d'un rsum...
Voil qui est encourageant pour moi.
Il ne faudrait tout de mme pas arrter, par une dclaration imprudente, le chercheur qui s'apprterait nous aborder, dans l'espoir de quelques renseignements substantiels et profitables. Car, une PREFACE, aprs tout, a doit avoir son utilit.
Mais, j'y pense, n'est-ce point, aussit tre utile que, dans telle ou telle circonstance, dlivrer un certificat de sincrit, par exemple ?
N'est-ce point tre encore utile que d'apporter, dans telle controverse ventuelle, son attestation sur la probit scientifique de l'une, au moins, des parties en cause ?... Donc, ne serait-ce qu' ce seul titre, l'exorde , que vous


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sollicitez de moi pour votre travail, n'aura pas t tout fait inutile, puisqu'il tablit un fait que, personnellement, j'ai eu constater : le souci d'exactitude qui vous a constamment anim dans la prparation de votre ouvrage. Et j'ajoute que ce n'est pas seulement avec votre intelligence que, pendant votre sjour de documentation parmi nous, 'vous avez approfondi notre Histoire, notre Gographie, notre Lgislation, nos coutumes, nos problmes, nos anxits et mme nos angoisses : il me semble que vous y avez mis aussi un peu de votre cur. Toutes vos dmarches, toutes vos activits, en tmoignent.
Cela mritait bien d'tre signal, et, pour ma part, c'est avec un rel plaisir que je le proclame ici.
*
* #
A en juger par l'aperu analytique que vous m'avez communiqu, c'est un ouvrage considrable que celui que vous vous tes propos. Il apporte d'abord, au point de vue gnral, une contribution fort intressante l'tude compare des divers rgimes fonciers, des mcanismes de ces institutions juridiques, de leur volution historique, de leurs rpercussions conomiques et sociales. Mais la tche difficile je ne dis pas pour un tranger, car un Franais n'est jamais un tranger parmi nous mais pour un jeune juriste qui n'avait jusqu'alors sur Hati que des informations assez vagues la tche difficile tait d'tudier, sous ses divers aspects, la lgislation immobilire- hatienne, d'y apporter une mthode si sre, et de parvenir dgager, des ralits d'ordre conomique et politique propres notre milieu et leur complexit est vidente tous les inconvnients de notre actuelle organisation foncire et la ncessit d'une rforme qui s'adapte aux nouvelles conditions


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de l'activit gnrale du pays et assure, notamment, le dveloppement normal de sa production agricole. Vous y tes parvenu avec une aisance qui mrite tous les loges. Et c'est bien la premire fois, il faut le dire, que les matires immobilires et hypothcaires spcifiquement hatiennes ont t traites avec la belle unit scientifique dont tmoigne la composition de votre ouvrage et qui permet d'avoir dsormais une vue d'ensemble de notre Droit immobilier et des rapports ncessaires de ses diverses parties avec^nos particularits nationales que vous avez si bien mises en relief.
Qu'il s'agisse, en effet, de l'historique de notre proprit foncire, de la situation spciale de la paysannerie hatienne, de notre problme agraire, de la question si complique du cadastre, on ne peut qu'applaudir la pntration, la pondration et Vimpartialit avec lesquelles vous avez su apprcier et critiquer les opinions et les thses, sans jamais vous carter de l'objectivit ncessaire la clart et l'exactitude de vos explications.
Vos recherches sur le cadastre m'ont particulirement intress, parce que la question de Vtablissement du cadastre hatien est une de celles qui ont le plus vivement proccup nos Gouvernements. Elle est intimement lie deux autres questions palpitantes d^actualit : celles du crdit agricole et de l'impt foncier. Mais comment parler de crdit agricole dans l'tat de quasi-anarchie foncire qui svit encore en Hati ? Et l'impt foncier lui-mme ne doit-il pas tre conditionn par un nouvel amnagement de l'agriculture nationale, arrachant notre production aux conditions de prcarit invtre o elle continue de vgter ? Et le cadre vicieux s'largit ainsi sans cesse, puisque la mise en valeur des terres par l'irrigation et par la techni-


que n'est possible qu'au moyen de nouvelles ressources de l'Etat qui ne peuvent provenir prcisment que d'impts nouveaux et, en l'espce, d'un impt foncier solidement et quitablement assis, et destin remplacer les taxes sclrates et insenses que nous maintenons encore malgr nous, hlas l'exportation de nos principales denres... De telle sorte que tout l'ensemble du problme se ramne en dfinitive cette rforme immobilire que vous prconisez et qui a fait l'objet de si judicieuses observations de votre part.
J'avoue que l'uvre juridique accomplie en ces dernires annes et dans divers pays au sujet de l'existence, du transfert, des srets et de la preuve des droits immobiliers, ne m'est pas trs familire. Mais il me semble que les nouvelles lgislations immobilires et hypothcaires rvlent une tendance marque modifier assez profondment le rgime de la proprit foncire.
Dj le Code Civil allemand de 1900 et le Code Civil Suisse de 1912, abandonnant la notion du transfert de la proprit par le seul consentement des parties, sont revenus la vente romaine, la vente simplement gnratrice d'obligations personnelles, puisque, dans ces pays, la proprit ne peut tre pratiquement transfre aujourd'hui que par une formalit matrielle et substantielle analogue la tra-ditio et qui consiste dans l'inscription au Registre foncier. Il y a l une trs curieuse volution du Droit, remontant ses sources et rtablissant d'anciennes notions juridiques, de vieux systmes qu'on pouvait croire pour toujours abolis. Ce qui prouve que l'exprience, les ncessits de la pratique : la, vie du Droit, en un mot, est plus forte que les pures spculations des juristes et ne s'accommode que de bases ralistes satisfaisant aux besoins des peuples, besoins


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permanents ou changeants. Si de vieux pays comme l'Allemagne et la Suisse ont dcid de transformer leur organisation foncire devant les exigences du crdit foncier, faisant de l'inscription au Registre, non seulement un mode de preuve trs simple qui ragit sur l'existence mme du droit, facilite les contrats immobiliers et donne les plus sres garanties aux transactions mais encore y attachant une sorte de foi publique et positive dans Vattribution du droit de proprit, comment un petit pays comme le ntre qui a tant besoin de crdit pour son dveloppement conomique, ne chercherait-il pas tablir, dans son organisation juridique, des conditions d'acquisition et de transfert de la proprit immobilire inspirant la plus entire confiance aux prteurs ?...
Cependant, je doute que pour assurer, en Hati, la scurit des titres, les facilits de transmission des immeubles et l'utilisation du crdit immobilier, la seule application du systme du Torrens Act puisse donner les rsultats pratiques que vous en attendez. Sur ce point extrmement dlicat, les considrations mises en avant par M. Marcel Olivier, ancien Gouverneur de Madagascar, dans son beau livre Six ans de politique sociale Madagascar me paraissent s'adapter singulirement la situation hatienne :
Le systme du Torrens Act , dit-il, a donn d'excel- lents rsultats au Canada, en Australie et en gnral dans toutes les colonies de peuplement o l'on travaillait sur une table rase. Il tait sa place, l o de vastes terres inhabites s'offraient l'nergie cratrice des colons eu- ropens. On pouvait alors se contenter d'arpenter rapi- dment le territoire vacant, de le partager en lots et d'inscrire les lots ainsi dlimits au Livre foncier.


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Mats le Torrens Act , si sduisant par sa simplicit' et par la rapidit de son excution, a fait faillite chaque fois qu'on a voulu l'appliquer des pays o des coutu-<( mes anceslrales, variant parfois d'une tribu l'autre, r- gissent l'usage et la possession du sol. Il ne suffit plus ici de se livrer un travail de gomtre et de receveur d'en- registrement. L'immatriculation foncire devient un (( acte politique. Il s'agit non de mesurer un terrain la chane d'arpenteur, mais d'interprter les donnes d'un droit coutumier souvent complexe, et de ne rien faire gui risque d'indisposer ou d'irriter des communauts profondment attaches leurs coutumes.
A peu de chose prs, c'est la situation hatienne mme que le Gouverneur Olivier a dcrite ainsi. Les Hatiens constituent un petit peuple dj charg d'Histoire, un peuple o la proprit elle-mme a une Histoire dont l'importance primordiale ne vous a pas ^ijhapp, puisque vous avez constat l'troite connexit qui existe entre le concept politique de la souverainet nationale et le concept agraire de la conservation et de l'extension de la petite proprit. Il y a encore d'autres complications que vous avez heureusement marques en tudiant nos murs rurales et l'attachement du paysan la terre. Il s'agit, entre autres, de la pratique de la nuptialit naturelle, que nous appelons chez nous le placage et des inconvnients juridiques qui en proviennent, des phnomnes endmiques de l'indivision des hritages et de la transmission irrgulire du nom patronymique. D'autre part, l'volution presque ininterrompue, depuis i8o4, vers le rgime de la petite proprit, les nombreux occupants actuels des terres du domaine, soit titre de fermiers de l'Etat, soit titre de simples possesseurs une possession souvent si


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paisible et si longue qu'elle en est arrive crer presque une sorte de droit de proprit, les nouvelles facilits que vient d'offrir la loi sur le bien rural de famille pour accrotre, d'une manii'e continue, le nombre de petits propritaires ruraux, la rcente initiative du Gouvernement de confrer le droit de proprit, jusqu' concurrence de cinq hectares, tout fermier dont le bail date de 10 ans et qui a rgulirement pay ses redevances l'Etat ; tout cela maintient videmment entre la terre et celui qui l'occupe, n'importe quel titre, des relations tellement intimes que l'intervention ventuelle de l'Administration dans la cration, la constatation ou la dlimitation des droits de proprit doit s'entourer de prcautions infinies. Je serais donc heureux que, tenant compte de cette spciale ambiance juridique aussi bien que des travaux et des tudes techniques que vous avez runis en vue de la confection du cadastre hatien et de l'tablissement du systme moderne des Registres fonciers, l'on pt arriver fixer une procdure, la fois simple et rapide, pas trop coteuse pour l'Etat, inspirant confiance aux paysans, de manire aboutir enfin, par une srie d'oprations rgionales sagement conduites, l'organisation foncire la mieux adapte aux besoins du peuple hatien.
Je suis absolument convaincu que voire livre sera lu avec le plus grand intrt et beaucoup de profit, aussi bien en France qu'en Hati, plus encore peut-tre en Hati o vous avez laiss un si aimable souvenir parmi notre lite intellectuelle qui apprcie, sa juste valeur, votre magnifique effort et applaudit dj votre lgitime succs.
Recevez, je vous prie, cher Monsieur Renaud, avec mes plus sincres flicitations les nouvelles assurances de mon affectueuse estime.
Stnio Vincent, Prsident de la Rpublique d'Hati.


AVANTPROPOS
Un devoir lmentaire de gratitude me commande, en prsentant cet ouvrage au public, de signaler les appuis divers qui m'ont permis de surmonter les nombreuses difficults que j'ai rencontres sur mon chemin.
Le caractre essentiellement local des questions que j'avais traiter me mit tout d'abord en la ncessit d'aller sur place me documenter. C'est grce l'Acadmie de Paris, qui pourvut par une bourse mes frais de voyage, que je pus satisfaire cette premire obligation. Le ier octobre 1933 je me suis embarqu pour Hati, o j'ai sjourn plus de deux mois-
Les quelques semaines que j'ai vcues Port-au-Prince, au milieu des intellectuels accueillants que compte cette aimable capitale, ont t dcisives. Dans cette ambiance pourtant nouvelle pour moi, ma curiosit d'observateur, de chercheur n'a jamais t due. Sans la moindre envie de flatter les htes charmants qui m'ont reu, je puis dclarer qu'on est all plus d'une fois au devant de mes dsirs en orientant mes recherches aux sources mmes de mon sujet. On put m'empcher ainsi de m'garer dans le ddale des questions complexes qui retinrent mon attention.
Je dois pour cette raison une trs profonde et dfrente reconnaissance Son Excellence Monsieur Stnio Vincent, Prsident de la Rpublique d'Hati, qui a bien voulu me permettre d'tre introduit auprs des Services administratifs ressortissant aux principaux Dpartements ministriels. Le Chef d'Etat a daign s'intresser mon travail d'une


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autre manire, plus personnelle, en acceptant de prfacer mon uvre. Ce tmoignage d'estime, venu de si haut, reprsente pour moi la plus belle rcompense de ma vie universitaire. Je voudrais que les Hatiens, qui liront les pages que j'ai crites pour leur patrie, ne les croient pas indignes de cet honneur et pari agent les sentiments de leur Prsident aim.
Mes remerciements vont ensuite Son Excellence Monsieur Constantin Mayard, Ministre d'Hati Paris, qui s'est appliqu faciliter mes recherches et recommander mes efforts auprs de son Gouvernement, Monsieur Lon Th-baud, Conseiller la Lgation d'Hati, dont les avis clairs ne m'ont jamais manqu et Monsieur le Professeur Clovis Kernisan, ancien Ministre des Finances, dlgu par l'Universit de Port-au-Prince la soutenance de ma thse-Un mrite gal revient Son Excellence Monsieur Ernest Cliauvet, nomm rcemment Ministre d'Hati Londres, ainsi qu' Monsieur G. E, Biessy, Consul honoraire de la Rpublique d'Hati. Tous les deux m'ont suggr les premires ides de mon travail et se sont employs m'informer, ds le dbut de mon enqute, sur des points importants de droit compar.
Je ne puis oublier les marques d'estime et d'encouragement dont s'est plu m'entourer Monsieur S, Charlty, Recteur de l'Acadmie de Paris. Je l'en remercie trs respectueusement. Je suis trs reconnaissant galement mon Prsident de thse, Monsieur le Professeur Henri Capitant, membre de l'Institut, des conseils qu'il m'a prodigus. J'avoue d'autre part que la confiance qu'il m'a toujours tmoigne m'a vivement touch.
Dans les dveloppements les plus arides de ma thse, j'ai trouv l'aide prcieuse de spcialistes avertis et obli-


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gants. Parmi les nombreux collaborateurs qui m'ont second par leur activit ou aid de leurs connaissances, il en est certains qui ont des titres une gratitude particulire. En Hati, Monsieur Perceval Thoby, Directeur de l'Ecole Nationale de Droit de Port-au-Prince, a t mon guide le plus sr. Il m'a instruit notamment des coutumes et des murs paysannes de son pays, et s'est efforc de m'initier aux questions sotriques qui se rattachent la lgislation foncire hatienne- Monsieur Louis Roy, Directeur de l'Ecole des Sciences Appliques, m'a familiaris avec les problmes techniques que pose l'tablissement du Cadastre en Hati. Beaucoup d'autres savants ou juristes, dont le nombre est trop grand pour les citer ici, m'ont apport leur contribution. Leur nom figure dans mon livre, en maints endroits. A tous j'adresse mon souvenir le plus reconnaissant.
En France, je n'ai pas trouv moins de gnrosit. Je dois un gros tribut, en particulier, Monsieur Franois Moreau, ingnieur topographe, qui m'a mis au courant des derniers progrs de la science photogrammtrique. Ce spcialiste, fort connu Paris, est la tte d'une entreprise prospre de levs de plans par phototopographie arienne. Le Gouvernement franais lui a confi, plusieurs reprises, l'tablissement de cartes intressant les rgions les plus varies- Les rsultats qu'il a obtenus l'ont signal l'attention des Administrations Coloniales. Aujourd'hui, la curiosit des techniciens du cadastre suit ses efforts en Afrique du Nord. En m'inspirant des conseils de ce connaisseur, je me suis trouv bonne cole. J'ai tir grand profit aussi du concours de Monsieur Andr Lesca, gomtre du Cadastre de la Seine, expert diplm par le Gouvernement, qui m'a livr, si je puis dire, les secrets de la pratique cadastrale. Les plans irrprochables dont il est l'auteur ont longuement


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occup mes lectures. Si mon livre a quelque valeur scientifique, c'est cette documentation, en partie, qu'il le doit.
Ma dernire pense sera pour mon grand ami Maurice Assmat, qui a bien voulu m'accompagner en Hati. En ce fidle compagnon de voyages j'ai trouv le conseiller le mieux avis, le plus circonspect. Il me plat de lui adresser, ici, tant pour son rconfort moral que pour sa collaboration intellectuelle, mes plus cordiaux remerciements.
R. R,


INTRODUCTION
Nous nous proposons d'tudier dans cet ouvrage le rgime foncier en Hati. Notre travail ne se bornera pa l'expos des rgles juridiques en vigueur dans ce pays, au compte rendu des dcisions jurisprudentielles et l'examen des divers projets visant rformer la lgislation actuelle. Nous avons une conception diffrente de notre tche. Si donc nous avons cru devoir nous rfrer souvent aux textes, on ne nous fera pas le reproche d'avoir prsent une anthologie. On reconnatra, au contraire, au dveloppement que nous allons conduire le tour dmonstratif, qui doit s'appliquer une thse. L'esprit critique, que nous avons apport l'tude des faits et des ides, tmoignera aussi de notre effort dfendre une opinion. Nous faisons cette remarque liminaire pour montrer l'intention que nous avons eue de rester fidle la tradition de l'Ecole de Droit, qui impose l'obligation de dbattre une question juridique aux candidats au Doctorat.
Un autre souci nous guidera dans la voie que nous voulons suivre. Le systme foncier hatien porte les signes d'une grande indigence. Calqu sur le droit franais, il a les dfauts d'une lgislation d'emprunt. Il ignore les exigences du milieu, o il est en usage, et rpond mal aux besoins du pays. Outre ces considrations, il ne peut se prter une application facile parce qu'il est priv d'une pice essentielle son fonctionnement. Cette raison nous commande de rechercher avec soin ses faiblesses pour en dcouvrir les remdes. Envisag sous cet angle pratique,


notre travail doit donc comporter une tude critique, qui sera suivie d'un plan de rorganisation, o nous suggrerons les rformes que la situation nous semble appeler.
Au cours du dbat que nous allons instruire, nous aurons l'occasion d'explorer sous ses diffrents aspects le milieu hatien. La lgislation foncire est une institution qui ne peut tre tudie que dans le cadre des ralits auxquelles le droit d'un pays emprunte sa personnalit. Nous serons donc tenu, pour circonscrire notre sujet, d'largir le champ de nos investigations.
Les incursions, que nous ferons dans certains domaines trangers l'lude du droit proprement dit, n'auront d'autre but que d'enrichir le dossier que nous prparons, La science des lois foncires implique une certaine familiarit avec le sol pour lequel ces lois ont t tablies. L'laboration du cadastre, par exemple, est domine par cette considration. Les lois naturelles qui gouvernent la culture de la terre, les usages et les rgles qui1 fixent sa rpartition entre les habitants, ne peuvent tre absents d'une tude sur la lgislation immobilire. Le sens dans lequel les doctrines conomiques, les tendances politiques orientent le rgime de la proprit rurale envahit encore notre sujet. L'aptitude du peuple hatien jouir des institutions dont il est dot, la mentalit profonde et les rflexes de la classe paysanne, en particulier : voil des donnes, qui relvent de l'Histoire et de la Sociologie. Pourtant on ne peut nier l'intrt qu'elles prsentent pour la question que nous devons dvelopper. Enfin le fonctionnement des rgles immobilires l'tranger, surtout dans les pays qui ont adopt un mcanisme neuf, perfectionn, doit tre examin pour juger, l'preuve, les principes modernes qui inspirent aujourd'hui les rformateurs du droit foncier.


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Nous allons donc nous livrer une vaste enqute dans des rgions fort diffrentes les unes des autres. C'est ainsi que nous tudierons le milieu gographique, les origines et la formation de la nation hatienne, l'volution historique de la proprit foncire, les coutumes et les murs de la classe rurale, la question agraire, la lgislation foncire en vigueur actuellement en Hati et les rgles appliques l'tranger.
Comme nous voulons offrir une uvre tourne vers l'action, notre tche consistera ensuite utiliser la documentation recueillie. La critique que nous ferons des institutions foncires hatiennes, insuffisantes aux besoins du pays, mal ajustes aux ncessits prexistantes du milieu, portera en elle, virtuellement, les lments de la rforme dont nous ferons l'esquisse en dernier lieu.
Dans notre plan de rorganisation foncire nous nous efforcerons de faire correspondre les rgles nouvelles, que nous prsenterons, aux intrts lgitimes du peuple hatien. Ces rgles, en corrigeant la lgislation immobilire actuelle, devront la rendre plus apte jouer le rle qu'on attend d'elle.
Cette institution doit pourvoir la scurit de tous les titres confrant un droit rel de proprit ou de gage sur les immeubles des particuliers et du domaine priv de l'Etat. Elle doit assurer galement la circulation des richesses immobilires le maximum de rapidit et de moralit. Si ces buts ne sont pas atteints le crdit foncier ne peut prosprer. On voit donc tout de suite l'intrt qui s'attache la question dans un Etat vivant surtout de l'agriculture.
Ce rle, la lgislation foncire ne peut le remplir qu'avec un outillage et des rgles de publicit compatibles avec les exigences de la ralit ambiante. C'est dans cet
a


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esprit que nous suggrerons d'introduire en Hati le systme des livres fonciers, c'est--dire en le coulant dans les coutumes et les murs. Nous n'agirons pas autrement pour le cadastre. Nous ferons en soi te que dans notre projet il ne s'inspire pas seulement de la technique moderne, mais se rfre aussi, dans ce pays, aux. absolus de la gographie et aux facteurs sociaux et conomiques.
Ce n'est, notre avis, qu'en suivant cette mthode que nous pourrons jeter les bases d'une organisation dfendable. Nos efforts seront largement rcompenss si les ides, que nous allons publier, peuvent retenir la curiosit bienveillante du lgislateur hatien et inspirer la rforme, dont les Pouvoirs Publics envisagent la ralisation.
Pour la clart du dveloppement nous diviserons notre travail en 12 chapitres, rpartis comme suit :
Chapitre I. Le milieu gographique.
Chapitre II, L'Histoire gnrale d'Hati.
Chapitre III. L'Historique de la proprit foncire.
Chapitre IV. Les droits immobiliers de l'tranger.
Chapitre V, La Paysannerie hatienne.
Chapitre VI. La question agraire.
Chapitre VIL La lgislation foncire actuelle.
Chapitre VIII, Les rgles de la publicit foncire l'tranger.
Chapitre IX. Leur adaptation en Hati. Chapitre X, Le cadastre l'tranger. Chapitre XI, Son adaptation en Hati. Chapitre XII, L'impt foncier.
Ces chapitres seront diviss en sections et subdiviss en paragraphes.
Pour aider la comprhension de notre expos, nous l'enrichirons de cartes, de gravures et de croquis accompagns de commentaires.


CHAPITRE I
Le milieu gographique
Le milieu gographique reprsente l'lment le plus stable et, pour cette raison, le premier qui mrite d'tre connu pour comprendre les questions foncires dans un pays. On ne peut tenter l'tude de la lgislation, qui rglemente la proprit immobilire, sans avoir dfini les caractres essentiels du sol qui a provoqu cette lgislation. Comme les attributs physiques de la terre sont gouverns par d'autres facteurs, qui ont influ sur sa formation ou rgissent sa nature actuelle, l'examen des principaux traits de la gographie physique d'Hati trouve ici sa place.
Cette tude nous permettra d'exposer, dans le mme cadre, la vie conomique gnrale du pays. Les nouvelles prcisions que nous apporterons nous donneront l'occasion, plus lard, de faire un commentaire plus judicieux des rgles foncires, dont l'objet est d'organiser les rapports juridiques entre l'homme et la terre.
Section I
LA GOGRAPHIE PHYSIQUE
i. La situation et les dimensions d'Hati
La Rpublique d'Hati, dont la carte figure au dbut de notre ouvrage, est situe l'Ouest de l'Ile du mme nom.


Elle partage cette Ile avec la Rpublique Dominicaine, l'Est, mais n'en occupe qu'un peu plus du tiers. Sa superficie est, en effet, de 28.676 kilomtres carrs pour une su-face totale des deux Etats s'levant 77,260 kilomtres carrs. Elle est donc peu prs vingt fois moins grande que la France ci un peu plus petite que la Belgique. Dans son territoire sont comprises quelques petites les adjacentes, dont les deux principales sont l'le de la Gonave l'Ouest, et l'le de la Tortue au Nord,
L'Ile d'Hati est situe au milieu de l'Archipel des Antilles. Aprs Cuba, c'est la plus tendue du groupe des Grandes Antilles. Place l'entre du Golfe du Mexique, elle est cheval sur le 18e degr de latitude Nord, au Sud du Tropique du Cancer. Deux mers la baignent : la Mer des Antilles ou des Carabes et l'Ocan Atlantique. Elle est environne par des Iles importantes, comme Cuba au Nord, la Jamaque l'Ouest, Portp-Rico l'Est.
2, La formation et la nature gologique du sol
A. Plusieurs hypothses ont t mises pour expliquer la composition et le model du sol de la Rpublique.
D'aprs MM. Woodring, Brown et Burbank, trois gologues amricains, la rgion des Indes Occidentales, laquelle appartient Hati, est un complexe montagneux r- cent et ses principaux caractres tectoniques sont dus aux plissements de l'corce terrestre durant la priode alpine (( du plissement (1), C'est peu prs la mme explication que fournit Lapparent. Le savant franais avance que les divers territoires, qui formaient la zone mdiane des An-Ci) W/endell P. Woodring, John S. Brown et Wilburs S. Burbank : Gologie de la Rpublique d'Hati, Port-au-Prince 1925, 1 volume, p. 370.


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tilles comprenant notamment, Cuba, Hati, Porto-Rico, ont d constituer autrefois, avec la Floride et le Mexique un <( tout continu, dont faisait partie le socle des Bahama., soif cle rompu par les croulements qui ont engendr tout contre son bord les fosses si profondes de l'Atlantique, <( pendant qu'au centre de la rgion d'autres croulements faisaient natre les fosses de la mer des Antilles... (i).
MM. Henri Chauvet et Robert Gentil parlent de cette opinion dans une gographie scolaire de l'Ile d'Hati. Ces deux gographes hatiens pourtant prfrent une seconde hypothse, qui leur parat s'appuyer sur des donnes plus scientifiques, et selon laquelle Hati doit sa formation une succession de soulvements volcaniques qui se sont produits pendant l'poque ocne (2),
Sans prendre parti pour une doctrine ou pour une autre, ce qui dpasserait le cadre de cet ouvrage et notre comptence, nous pouvons affirmer que la formation gologique du sol hatien a connu, en certaines priodes, de violents bouleversements qui se reconnaissent au relief actuel. Pendant la priode tertiaire notamment de grandes fractures se sont produites, qui ont provoqu la surrection de hautes chanes de montagnes, voisines de fosses marines profondes. Ces phnomnes, sans nul doute, ont t accompagns d'un volcanisme actif.
Il s'ensuivit l'apparition d'un relief extrmement tourment, dont nous examinerons plus loin les dtails de physionomie.
(1) Albert de Lapparenl- Leons de Gographie physique, 3e dition, Paris 1907, 1 volume, page 653.
(2) Henri Chauvet et Robert Gentil : Gographie de Vile d'Hati, 32e dition, 1 volume, Port-au-Prince ig3i, page 26.


B. La varit des phnomnes gologiques, dont Hati a t le thtre, tels que les fractures, les contractions, les accidents plutoniens, les invasions marines, l'activit rosive des rivires et des eaux de ruissellement, est la cause de l'extrme diversit des roches. C'est ce qui apparat clairement dans l'tude, dont nous avons parl, de MM. Woodring, Brown et Burbank. L'esquisse gologique de la Rpublique d'Hati, qui englobe tout le territoire sur la premire Planche, la suite de leur ouvrage, montre, dans le Nord principalement, un trs riche chantillonnage de roches et rvle par consquent l'existence de sols contigus fort diffrents les uns des autres.
Dans un ouvrage rcent, prpar sous la haute direction de Vidal La Rlache, voici comment M, Max Sorre se trouve appuyer ces conclusions en traitant de la gologie d'Hati :
Les efforts orogniques, crit-il, qui semblent com-(( mencer avec l'Eocne pour revtir toute leur intensit au Miocne suprieur et au Pliocne correspondent une ordonnance assez simple : quatre bandes montagneuses d'ingale longueur, quatre aires anticlinales spares par des zones dprimes o la structure plisse est encore apparente. Leur bordure f.aille permet aussi bien de pai- 1er de horsts et de fosses tectoniques. Cette architectu- re laisse place une grande diversit dans le dtail des fpr- mes, en relation avec la nature des roches ; les calcaires <( surtout d'origine et de textures trs varies, donnent lieu des aspects contrasts. Les compartiments ont jou les uns par rapport aux autres. Dans toute l'le, mais surtout aux voisinages de la grande fraction mdiane des Antilles, <( le nombre et l'altitude des terrasses littorales attestent <( l'importance des soulvements. On en reconnat vingt-ci huit tages sur quatre cent cinquante mtres de hauteur,


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en gravissant la pente du plateau de Bombardopolis l'extrmit de la pninsule Nord-Ouest (i).
C. Il est remarquer aussi que la formation gologique de l'Ile l'a toujours prdispose des secousses sismi-ques. Lapparent note que les tremblements de terre, si souvent ressentis Cuba, la Jamaque, Hati, enfin Porto-Rico doivent tre en relation avec les fosses maritimes tonnamment profondes et troites, qui s'alignent depuis la baie du Honduras jusqu' la fosse atlantique des Iles Vierges... (a),
Wendell P, Woodring a essay galement de relier les phnomnes sismiques aux caractristiques tectoniques connues. Il signale que les tremblements de terre sont frquents dans la Rpublique comme dans les autres par- lies du gosynclinal quatorial tertiaire. Au temps de la colonie et sous la Rpublique de dsastreux tremblements de terre ont, de temps autre, caus la destruction com- plte ou presque complte de Port-au-Prince, Cap Hatien et d'autres villes (3), Il dresse ensuite une liste des grandes secousses dont Hati a t le thtre. Il dcrit quelques dsastres, des destructions de villes entires, le soudain affaissement de terrains, l'interruption de routes ctires plonges dans la mer en maints endroits, etc..
De nos jours, en Hati, les tremblements de terre semblent tre moins menaants. L'accident le plus rcent remonte au i5 janvier 1922.
(1) Max Sorre: Gographie Universelle (Mexique-Amrique Centrale), tome Paris 1928, page 174.
(2) Albert de Lapparent: Op. cit., page C53.
(3) Wendell P. Woodring, John S. Brown el Wilbur S. Burbank : Op. cit., page 078 (Tectonique par Wendell P. Wbodring).


Nous avons tenu signaler cette activit sismique, parce qu'elle a son contre-coup sur la stabilit des agglomrations, des proprits bties et mme sur la configuration du sol.
3, L'orographie
Hati, comme son nom de provenance indienne le montre, est un pays de montagnes. En langage crole, qui est le seul dialecte connu des populations rurales, les sommets s'appellent des mornes. Ils sont nombreux, souvent trs levs, et il est exact de dire que des montagnes gigan- tesques peuvent tre vues aussitt que, venant de la mer, (( on approche de n'importe quel port ouvert de la Rpubli- que, et plusieurs ports, les pentes escarpes des mon- tagnes s'tendent jusqu' la cte... L'asprit des mon- tagnes est mme plus impressionnante quand on voyage le long des chemins qui s'tendent dans le cur de tou- tes les montagnes (i).
Le trait essentiel du model de l'Ile est donc son aspect montagneux.
Mais il y a aussi des plaines, certaines de grande tendue, le long de quelques ctes ou dans le voisinage des artres fluviales.
Pour donner une ide plus prcise de l'orographie de la Rpublique, voici quelques indications avec des chiffres assez loquents :
Les montagnes occupent plus de 20.000 kilomtres carrs, les plaines 7000 peine, soit moins du quart du territoire,
(1) Wpndell P. Woodring, John S. Brown el Wilbur S. Burbank : Op. cit., page 32.


Les hautes montagnes atteignent des altitudes trs leves. Le point culminant de l'Ile est la Loma Tina, d'une hauteur de 3.i4o mtres, en Rpublique Dominicaine, En Hati, les massifs principaux sont : au Nord, la chane du Nord-Ouest et le Massif du Nord, o les points de iooo mtres ne sont pas rares. Au centre, les Montagnes Noires connaissent un sommet de i5oo mtres au Morne au Diable. Plus prs de la cte, au Sud-Ouest de ce systme, s'tend la chane des Matheux. Puis, au Sud, c'est le Massif de la Selle qui culmine prs de la frontire dominicaine 2680 mtres, et se prolonge l'Ouest, dans la presqu'le occidentale de l'Ile, par le Massif de la Hotte, o le mont Macaya s'lve 2./100 mtres.
Toutes ces hauteurs sont des ramifications en ventail du Massif intrieur de l'Ile, la Sierra du Cibao, dont la forme et le relief sont dtermins par le croisement des principales lignes structurales des Grandes Antilles. Cette grande chane montagneuse centrale dborde le cadre de l'Ile et se prolonge l'Ouest en direction par la Sierra Maestra de Cuba, l'Est par les hauteurs de Porto-Rico ; sa chane du Sud trouve sa continuation naturelle dans les Montagnes de la Jamaque. Le resserrement des axes de plissement tertiaires en faisceaux, leur recoupement par la ligne majeure de fracture de la Mditerrane am- ricaine (la Mer des Antilles) ont comme exaspr le re- lief... (1).
Les rgions plates, de moins grande surface, sont situes soit au Nord, en bordure de l'Ocan Atlantique, comme la plaine du Nord, soit dans le bassin de l'Artibonite comme la plaine du mme nom. La plaine centrale, le long
(1) Max Sorre : Op. cit., page 174.


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du versant oriental des Montagnes Noires, mrite d'tre cite aussi, avec quelques petites autres dpressions ctires comme les plaines de l'Arcahaie, du Cul de Sac et de Lo-gane, environnant Port-au-Prince, et la plaine des Cayes au Sud d'Hati.
Ce petit aperu du relief du sol sera rendu plus clair par l'examen de la carte d'Hati, reproduite au dbut de cette tude.
4. Le climat
Le climat d'Hati est entirement domin par la situation de ce pays, au sud du Tropique du Cancer.
A. Toutes les parties de la Rpublique ont une temprature chaude et les carts saisonniers sont trs faibles. A Port-au-Prince, on enregistre la mme anne une temprature de :>63 au coeur de l'hiver et de 27q en juin, l'un des mois les plus chauds. On ne constate de variation visible de temprature qu'en changeant d'altitude. A Furcy, village de i54o mtres de hauteur, le thermomtre marque 8 degrs de moins qu'au niveau de la mer.
B. On est loin de reconnatre, par contre, la mme uniformit dans les prcipitations atmosphriques. L'abondance des pluies varie avec les saisons et avec les rgions.
11 y a une saison pluvieuse printanire au mois de mai. L'autre priode pluvieuse est l'automne, qui se distingue par une plus grande variabilit dans les mois de forte humidit.
L'abondance des prcipitations ou la scheresse de certaines rgions s'expliquent par le relief. Les vents humides, en rencontrant de hauts crans montagneux, se condensent et provoquent des pluies excessives. Sur l'autre


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versant de ces chanes, au contraire, o le vent ne souffle pas, la scheresse svit.
Les pluies, en Hati, arrivent souvent en fortes temptes.
Pendant l'anne 1919, toutes les stations d'obser- vation, 38 % de la pluie totale mensuelle tomba en sim-<( pies temptes, quoique ordinairement plusieurs jours de pluie fussent relevs chaque mois. L'intensit des pluies est brivement dcrite comme suit par M. Scherer (Bulle- tin annuel de 1919 de l'Observatoire Mtorologique du Collge Saint-Martial de Port-au-Prince :
Nos pluies sont relativement courtes. La plupart du- rent moins d'une heure. Une pluie de deux heures parat dj longue. Rarement, elle dpasse quatre heures. Une plui'e de 12 heures ou de 2/i heures est regarde comme ce extraordinaire. Elle suppose une perturbation atmosph- rique. D'ailleurs ce ne sont pas les longues pluies, qui <( fournissent beaucoup d'eau au pluviomtre. Gnrale-(( ment les courtes pluies sont aussi les plus intenses (1).
Les roches calcaires tant nombreuses en Hati, ainsi que nous l'avons dj remarqu, il n'est pas tonnant que nous trouvions dans ce pays des changements de model frquents, dus l'imptuosit qui caractrise les prcipitations. L'rosion pouvant tre considre comme l'agent principal du model, c'est elle qu'il faut attribuer l'instabilit de la topographie calcaire remarquable sous ce climat tropical. L, plus qu'ailleurs, l'observation permet de saisir sur le
(1) Cit par Wendell P. Woodring, John S. Brown et Wilbur S. Burbank : Op. cit., page 5g.


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vif le travail de sculpture des cours d'eau (i), La prsence d'coulements souterrains, de dolines ou cavernes creuses dans le sol, rappelle la surface de nos Causses, dont la physionomie, trs bien tudie par M. de Martonne, accuse des traits dconcertants. La force dissolvante de l'eau, dans ces rgions, opre en profondeur et mine en quelque sorte le sol. Agissant dans les couches voisines de la surface, elle produit l'affaissement des dolines... (2),
Ce travail d'rosion et de dissolution, sur un sol o le ruissellement est intense, produit un maximum d'effet. En Hati de vritables dsastres en sont parfois la consquence.
Le snateur Charles Elise eut l'occasion, le 16 Avril 1931, d'attirer l'attention de ses collgues sur les mfaits des pluies excessives. Voici quelques-unes de ses dclarations :
Je prie mes honorables collgues de considrer que dans tout le Nord l'inondation a commis des ravages. Un peu partout les pluies rptes ont caus des boulements.
Les villes de l'Anse--Foleur et du Borgne sont si-ci tues proximit des rivires et, lorsque celles-ci dbor- dent, les eaux les envahissent et ne causent pas seulement des prjudices matriels, mais mettent encore en pril les vies de nos concitoyens. C'est ainsi que dans le bourg mme de l'Anse--Foleur, il a t creus un trou norme. Or, il y a des proprits qui se trouvent proximit de ce trou et qui d'un moment l'autre peuvent dispara- tre, (3),
(1) Emmanuel de Martonne: Abrg de Gographie physique, Pans 1922, p. i48.
(2) Idem, p. 176.
(3) Extrait du Moniteur d'Hali, paraissant Port-au-Prince, numro du i5 Juin ig3i.


On aperoit, travers ces quelques phrases, l'instabilit du model dans certaines rgions d'Hati, o la constitution des roches et les prcipitations se coalisent pour bouleverser la sculpture du soi.
5, L'hydrographie
Hati est pourvue d'un assez grand nombre de cours d'eau. La forte inclinaison des versants montagneux dote quelques-uns d'entre eux d'une allure torrentielle..
Dans la zone tropicale, o la neige est inconnue, le dbordement des rivires ne peut provenir que des pluies, dont nous venons d'examiner le rgime.
Sur les pentes dnudes des mornes, dont beaucoup ont t dboiss inconsidrment, l'rosion fluviale est active. Par contre, le cours ordinaire des rivires et des fleuves, en plaine, quand il n'est pas modifi par des prcipitations intempres, est rarement subversif.
Le nud hydrographique de l'Ile est le massif intrieur du Cibao, dont le rle rappelle celui du Plateau Central en France,
Le fleuve le mieux aliment de la Rpublique est l'Ar-tibonite, qui nat en Dominicaine et se jette l'Ouest dans le Golfe de la Gonave. Sa valle s'panouit en une belle plaine, doue d'excellentes aptitudes agricoles.
Parmi les fleuves du versant du Nord celui des Trois Rivires est le plus important. La rivire Massacre sert de frontire entre les deux Etats qui se partagent l'Ile,
Dans la presqu'le du Sud-Ouest les fleuves ctiers sont nombreux. Ils descendent des Massifs de la Selle ou de la Hotte et sont vite la mer. Leur cours n'est donc pas long.


--l'X -
6, La vgtation
Le caractre principal de la vgtation, en Hati, est son arborescence.
Les forts ne sont pas rares sur les hauteurs. Beaucoup de sommets pourtant sont dnuds. C'est que pendant la priode coloniale on dfricha des montagnes entires, dans le but de multiplier les plantations. On dut se repentir de ces abus plus tard.
La vgtation associe, compose de fougres arborescentes et de buissons, tient une grande place.
Dans les plaines arides la vgtation arbustive domine encore, avec les cacti, hauts quelquefois de six dix mtres.
De vastes rgions qui, autrefois, ont t dfriches, puis abandonnes, sont aujourd'hui d'immenses savanes herbeuses. Les herbes y atteignent souvent la hauteur d'un arbuste.
Dans la plaine de l'Artibonite les buissons salins sont nombreux, dans la partie maritime de la plaine du Cul de Sac aussi.
La vgtation ctire est reprsente par des mangliers ou paltuviers, qui croissent les uns prs des autres et forment d'pais fourrs.
Il est donc rare, en Hati, surtout dans les rgions irrigues, de rencontrer de vastes prairies, comme on en voit en France, couvertes de gazon ou d'herbe courte. Au climat tropical rpond toujours une vgtation luxuriante, et les prairies maigres, les herbages pauvres, les sols dnuds n'apparaissent qu'aux rares endroits exposs la scheresse ou privs de terre vgtale.


Section II
LA GEOGRAPHIE ECONOMIQUE
i, Les Cultures
En Hati la culture de la terre joue un rle prpondrant. On pourrait mme dire qu'elle est l'unique richesse importante du pays puisque les rares industries qui s'y trouvent tablies vivent de l'agriculture.
Les cultures, sous ce climat, prsentent peu prs les mmes caractres paysagers que la Vgtation naturelle. Elles sont gnralement reprsentes par des arbres, des arbustes, des plantes aux longues tiges ou aux feuilles abondantes.
Voici les cultures principales auxquelles s'adonnent les paysans hatiens :
Les champs plants de cafiers sont trs nombreux, les arbres poussent mme l'tat sauvage en maints endroits. Le cacaoyer est trs rpandu aussi, Il peut atteindre, comme le cafier, de sept dix mtres de hauteur.
Les bananiers, par ordre de dimension, viennent ensuite. Ils talent de longues feuilles mesurant quelquefois deux mtres de longueur. Les bananeries prsentent le spectacle d'une nature vgtale d'une richesse, d'un panouissement tonnants.
Hati est la terre de prdilection de la canne sucre. Cette culture, ds la dcouverte, fut transporte de Madre par les Espagnols dans la colonie de Saint-Domingue. Elle y trouva un climat et un sol de choix. Aussi tes cannes y croissent vigoureuses et denses. La lisire des champs, o les roseaux mrissent, forme une muraille infranchissable.
Le coton est une ressource agricole d'avenir, dont on s'efforce d'accrotre le rendement et de propager la culture.


Le cotonnier, dans notre ancienne colonie, atteint facilement une hauteur de trois cinq mtres.
Le tabac, originaire des Antilles, est cultiv aussi en Hati ; mais il y est en dcroissance. Cet arbuste peut mesurer deux mtres de haut,
Parmi les plantes de faibles dimensions, qui sont l'objet de cultures importantes, il faut citer le sisal ou la pite, sorte de textile n'exigeant pas une irrigation soutenue. On le rcolte dans les plaines arides.
Tous les paysans d'Hati gardent autour de leur maison un champ rserv aux cultures vivrires. Ils assurent ainsi l'alimentation de leur famille et se protgent, l'avance, contre les hasards malheureux. On rencontre donc des champs de lgumes du genre de la pomme de terre, de la patate, du pois, du manioc, du riz, etc..
L'arboriculture est trs florissante. L'oranger, l'avocatier, le manguier, l'arbre--pin, l'abricotier s'accommodent trs bien du climat hatien. De grandes tendues montagneuses sont recouvertes de campche, qui fournit un bois trs export. D'autres arbres poussent d'eux-mmes, un peu partout, avec un feuillage pais et vert. Dans cette zone tropicale, l'abondance des pluies assure le dvelop- pement d'normes arbres vgtation continue, dont des lianes pipbytes de toutes sortes encombrent le tronc et (( les rameaux (i).
Le bois de construction joue un rle conomique particulirement important. Les maisons des paysans, leurs ajoupas sont btis en bois. Il en est de mme de la plupart des demeures des citadins, mme dans les villes les plus
(i) Bulletin de la Commune de Port-au-Prince, Port-au-Prince 1902, page i3.


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importantes, pour des raisons qui tenaient autrefois la frquence des tremblements de terre. Toutes ces habitations disparaissent rapidement dans les incendies. Aussi doit-on les reconstruire souvent.
Quant la rpartition des cultures entre les montagnes et les plaines, elle s'tablit ainsi :
Il y a environ Aoo.ooo hectares de terres cultives en montagne et 5oo,ooo en plaine.
Les mornes incultes sont nombreux, les plaines arides beaucoup moins.
Le cafier est l'arbre des hauteurs, il crot mme des altitudes se rapprochant de i5oo mtres au-dessus du niveau de la mer. Le cacaoyer pousse un peu plus bas.
Quant aux fruits et lgumes, ils sont presque tous cul-<( tivs en petits jardins dans de petits coins de terre indi- viduels. Ils sont caractristiques des montagnes plutt que des plaines, qui sont plus souvent rserves au coton, la canne sucre, aux crales (riz, mas) et l'herbe (i).
Les mthodes de culture sont plutt primitives, presque tout le travail tant fait la main. Il faut attribuer cela l'existence d'un grand nombre de terres raboteuses et pierreuses divises en petits lots. Il n'y a que dans les plaines o le labourage et la culture mcanique aient t introduits par endroits.
Pourtant l'agriculture est en progrs. Actuellement des efforts srieux sont entrepris pour fertiliser, par l'irrigation, les terres arides. Voici ce que l'Ingnieur en Chef des Travaux Publics crivait au Secrtaire d'Etat de son Dpartement il y a quelques annes :
(i) Wendell P. Woodring, John S. Brown et Wilbur S. Burbank : Op. cit., p. 84.
3


?.
La Rpublique possde un sol fertile qui peut tre maintenu par la culture rotative, un climat qui assure une saison continuelle de culture et une quantit d'eau disponible suivant les besoins de l'arrosage. En fait, les conditions se rapprochent de l'idal pour une reproduc-(( tion intarissable de produits de valeur (i),
2. Les moyens de communication
Autrefois le commerce se faisait principalement par mer, au moyen du cabotage, ce qui explique la prsence de presque toutes les villes sur la cte. A l'intrieur on devait emprunter, pied ou cheval, de trs mauvaises routes de plaine ou des sentiers troits de montagne, souvent mal frays.
Ds le dbut du XXe sicle, des routes furent construites. Mais l'amlioration du rseau ne date que du dbut de l'occupation amricaine, en 1916. A partir de cette poque, l'Administration des Travaux Publics profita de gros budgets, qui lui permirent d'organiser les moyens de transport. Il y a actuellement en Hati plus de 1,000 kilomtres de routes entretenues et praticables pour les vhicules, y compris les automobiles, presque toutes les saisons.
Les projets de locomotion par voie ferre n'ont pas 't couronns de succs.
Le concours des cours d'eau est trs faible. Sauf l'Ar-tibonite, les rivires ne sont pas navigables.
Cette situation, qui ne rpond pas entirement aux besoin du pays, a provoqu les remarques suivantes de
(1) Rapport de l'Ingnieur on chef au Secrtaire d'Etat des Travaux Publics. Lettre de l'Ingnieur en chef, Port-au-Prince, p. 26.


2?
M. Maurice Dartigue, spcialiste hatien des questions agricoles :
Pour tablir un systme de chemins de fer, il faut des capitaux importants et l'assurance certaine que les dpenses seront couvertes avec profit. Nous sommes donc obligs de dpendre surtout des routes voiturables et des a sentiers pour nos transports... si nous avons besoin de bonnes routes voiturables entre les villes, il nous faut aussi de bonnes routes de pntration et de bons sentiers dans les montagnes. Nous devons, en effet, nous rappeler qu'Hati est un pays montagneux et que notre principale denre d'exportation, le caf, se cultive dans les mornes. Dans certaines rgions cafetires, le, caf ne peut tre <( transport qu' dos d'animaux, mais parfois les chemins n'existent pas ou bien ils sont dangereux et le caf reste sur place et c'est autant, d'argent perdu (i).
Les moyens de transport en montagne soulvent, en effet, de graves problmes. Voici la description d'un sentier qu'utilisent les paysans des mornes : Pour conduire les montagnards en ville, il y a le petit sentier malais. Avez-vous jamais t en montagne pour voir cette lon- gue file d'habitants qui descendent en ville ? Souvent le petit sentier ne permet pas que deux d'entre eux marte client de front, et l'on est oblig de marcher l'un der- rire l'autre comme des poules qui vont au champ. Et on en a pour plusieurs heures parfois de ce voyage (2).
(1) Maurice Dartigue : Les Pivblmes de la Communaut, Port-au-Prince, 1921, 1 volume, page 63.
(2) Maurice Dartigue et Andr Liautaud : Gographie locale, Livre I, Port-au-Prince, ig3i, page 8.


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il y a mme certains endroits, sur les mornes, o seul un pied habitu peut atteindre. De nombreux terrains, pour cette raison, restent inaccessibles la plupart des Hatiens, qui vivent en ville ou ne frquentent que la plaine ; seuls, les paysans de ces rgions inabordables en connaissent les dtails gographiques et la productivit agricole.
3, La Population
Faute de recensement srieux et complet on ne peut certifier quel est le total exact de la population de la Rpublique,
Les deux chiffres de quatre millions et un million et demi d'habitants ont t avancs.
Personne en tout cas ne conteste l'crasante supriorit numrique de la population rurale sur la population urbaine.
Il sera consacr un chapitre l'tude des murs de la socit rurale. Nous ne mentionnerons ici que la rpartition des agglomrations hatiennes,
La Rpublique est divise en cinq dparlements : le Nord, le Nord-Ouest, l'Artibonite, l'Ouest et le Sud,
Eux-mmes se subdivisent en arrondissements, dont le total est de 27,
Voici les chefs-lieu dpartementaux :
Dans le Nord : Cap Hatien, port de 20,000 habitants, ancienne capitale de Saint-Domingue,
Dans le Nord-Ouest : Port de Paix, dont le chiffre de la population, fix modrment, atteint 7600 mes.
Dans l'Artibonite : Gonaves, port de 12,000 habitants, au moins.
Dans l'Ouest : Port-au-Prince, la capitale d'Hati. C'est l que sigent le Gouvernement, le Tribunal de Cassation, l'Ecole Nationale de Droit, et les grandes Administrations.


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Sa population est value entre 125.000 et 200,000 habitants.
Dans le Sud : Les Cayes, qui compte peu prs 26.000 mes.
Beaucoup de centres urbains, en Hati, ont t le thtre de discordes politiques violentes, qui ont souvent dgnr en chocs sanglants. L'insurrection, la guerre civile, dans certaines villes, ont caus l'anantissement de quartiers entiers. Ces preuves sont donc venues s'ajouter aux dsastres des tremblements de terre, aux ravages de l'incendie. Port-au-Prince, que ces flaux n'ont jamais mnage, dut tre restaure plusieurs fois.
En dehors des villes que nous avons cites, il y a d'autres agglomrations importantes places sur la cte galement.
Cependant, l'intrieur du territoire, il y a peu de bourgs populeux et actifs. Il en rsulte qu'une grande partie de la population rurale est loigne des centres conomiques, des foyers intellectuels, des organisations judiciaires. On ne peut s'tonner alors de la situation dfavorable o se trouvent placs un grand nombre d'Hatiens, reculs dans les mornes, l'cart, des moyens de communication, ignorants et incertains des lois.
Mais nous touchons l l'un des points, qui feront l'objet de l'expos sociologique que nous prsenterons plus loin.
Section III
CONCLUSION
De cette tude gographique que nous avons place en tte de notre travail avec l'intention de faire apparatre les


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premiers lments dont la rforme foncire devra tenir compte, nous dgagerons quelques ides, qui seront reprises et dveloppes plus amplement dans le cours de cet ouvrage,
1. La diversit des roches, qui composent le sol d'une mme rgion, en Hati, entrane souvent le rapprochement de terroirs diffrents sur une petite tendue. Le caractre trs local du climat hatien provoque pareil rsultat. Il s'ensuit que la monoculture et la gnralisation de la grande proprit vont plutt rencontre des possibilits du milieu gographique de ce pays.
2. Le relief accident d'Hati, qui est l'un des traits dominants de cette partie des Antilles, ne peut apparatre que sur une carte cadastrale o figurent les courbes de niveau. Toute autre carte donnerait une fausse ide de la ralit et n'atteindrait pas le but qu'on en attend.
3. Les troubles sismiques, dont on doit redouter encore l'ventualit, et surtout l'extrme perturbation dans le model, provoque par l'rosion active des eaux courantes, conseillent d'tablir des plans cadastraux, dont la correction, la mise jour puissent tre rapides,
/i. Le caractre arborescent de la vgtation tropicale, l'aspect luxuriant de certaines cultures, l'accs difficile de maintes parties montagneuses sont autant de raisons qui doivent dcider le lgislateur utiliser la photographie par avion de toutes les rgions "du territoire de la Rpublique. La tche des arpenteurs et des ingnieurs s'en trouvera facilite.
5. Les dsordres politiques, les tremblements de terre et les incendies furent cause de la disparition de nombreux titres de proprit ou plans d'arpentage. Ceci explique quelquefois l'incertitude qui plane sur beaucoup de droits im-


mobiliers. L'attitude que prendront les juges, dont le rle sera d'aider la rorganisation foncire, devra s'inspirer de cette considration,
6. Le lgislateur, en rglementant la proprit rurale, et l'autorit judiciaire, en appliquant la loi, ne pourront pas manquer non plus d'tre influencs par la situation de certains paysans, que leurs terres, recules sur les mornes, loignent de tout contact avec la vie gnrale du pays.
Les ligures runies ci-aprs permettront de se reprsenter les traits les plus saisissants de la gographie d'Hati.


I


(Edition d'Ail Benot Couba, Port-au-Prince).
Figube i. L'arborescence est la forme habituelle de la vgtation hatienne


(Direction gnrale des Travaux Publics, Port-au-Prince)
Figure 3. Aspect montagneux de l'Ile, aux environs de Jacmel. (La raideur des pentes occasionne parfois des boulements)


Figure 5. La vgtation et les cultures recouvrent les versants hatiens.
(Clich Renaud) Figure 6. Ajoupa entour de bananiers


CHAPITRE II
L'Histoire gnrale
Il pourrait paratre, de prime abord, inutile de retracer les vnements chronologiques qui ont jalonn l'Histoire gnrale d'Hati. L'volution du droit hatien, et plus spcialement l'historique de la proprit foncire sembleraient tre les seules tudes du pass, qui puissent clairer le sujet que nous traitons.
A la rflexion pourtant on doit s'apercevoir de l'utilit ici d'largir ce champ d'exploration. Notre travail, qui sera lu en France, doit fournir tous les lments qui ont aid former notre propre conviction, Hati, depuis cent trente tans, vit d'une existence indpendante. Des faits importants de sa vie nationale, les Franais n'ont capt que quelques chos isols et affaiblis. Et mme, au temps o ce pays tait une colonie franaise, sa situation excentrique ne permettait pas de liaison rapide avec la mtropole. Nous ne ferons donc pas injure nos lecteurs en prvoyant leur ignorance de beaucoup d'pisodes qui ont influ considrablement sur la destine de la nation hatienne. Au surplus, il n'y a pas de grand vnement, mme politique ou militaire, dans l'Histoire d'un pays, qui n'ait eu son retentissement proche ou lointain dans la lgislation. Une tude approfondie du rgime foncier en Hati resterait confuse par consquent sans l'expos historique que nous allons faire.


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C'est lorsque nous aurons prsent ce cadre que nous pourrons rendre vivante l'tude ncessaire des institutions hatiennes, lablies pour garantir les droits consacrs par la Constitution, et notamment le droit de proprit. L'effort que nous ferons pour rendre intelligible le processus des lois foncires, qui ont abouti la lgislation actuelle, sera donc aid par le tableau pralable des grands vnements de l'Histoire hatienne.
Enfin, il est une autre remarque qui milite en faveur de ce plan. La protection du sol en Hati a toujours t considre comme ncessaire au maintien de l'Indpendance nationale. Elle n'a jamais cess, pour cette raison, d'inspirer les dcisions des gouvernements. De telle sorte que les questions foncires se trouvent mles des accidents de la vie politique, des rvoltes ou des faits d'armes. Comment alors serait-il possible d'en faire l'tude sans dgager leur rle dans le drame gnral de l'Histoire ?
Section I
LA PERIODE COLONIALE
i. La dcouverte et les dbuts de la colonisation
Hati fut dcouverte la fin du quinzime sicle par Christophe Colomb. C'est le 6 dcembre i/iga exactement que ce navigateur aborda la baie de Saint-Nicolas, au Nord-Ouest de l'Ile,
Les naturels du pays taient des Peaux Rouges, dnomms Chemis . Ils appartenaient, croit-on, au groupe des Carabes, peuplade des Antilles.
Bien que de murs primitives, ces indignes ne vivaient pas dans l'anarchie.


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L'organisation politique, sociale et religieuse des Chemis tait simple, Hati comprenait cinq caciquats ou royaumes... chaque Cacique tait assist, dans l'adminis- tration de son royaume, d'un conseil de vieillards, dpo- sitaires de traditions du pays,
Les cinq grands chefs vivaient en parfaite harmo- nie (i).
Aprs la dcouverte, l'Ile tomba peu peu sous domination des Espagnols. Elle prit mme le nom d' His-paniola , c'est--dire petite Espagne ,
Les colonisateurs inaugurrent sans tarder l'esclavage et mirent en valeur les ressources du pays.
Mais la main-d'uvre servile, dcime par les mauvais traitements, les durs travaux et les pidmies, se rvla bientt insuffisante. C'est alors qu'apparut l'institution odieuse de la traite des noirs.
L'importation des ngres d'Afrique commena vers i5o8. Cette transfusion du sang, dont l'importance historique ne saurait chapper, introduisit ds lors sur la terre des Indiens, dj envahie par les Blancs, une race nouvelle qui deviendra prpondrante.
Entre temps le pays se transforma. On y commena la construction de quelques villes, dont la plus belle fut Santo-Domingo,
Cependant les colons, accourus avec l'espoir de faire fortune, s'taient illusionns sur la richesse minire de l'Ile. Le Cibao, qu'on vantait pour son or, tait avare. Beaucoup d'Espagnols dus revinrent dans leur pays,
(i) J. C. Dorsainvil : Manuel d'Histoire d'Hati, Port-au-Prince 1926, 1 volume, p. 10.


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Les autres, que des espoirs plus modestes retenaient dans la colonie, furent refouls dans l'Est de l'Ile au dbut du XVII0 sicle. Ce sont les aventuriers franais, flibustiers ou boucaniers si connus dans notre Histoire, qui les chassrent de la partie occidentale. Ces corsaires intrpides, merveills par la beaut du pays, plantrent le drapeau franais sur la terre qui porte aujourd'hui le nom d'Hati. C'est de cette poque que date l'origine de notre colonie de Saint-Domingue, reconnue par le trait de Ryswick en 1697.
2, L'Administration franaise
Le territoire fut divis en trois provinces : Le Nord, l'Ouest et le Sud. L'autorit fut partage par un Gouverneur gnral, aux prrogatives militaires, et par un Intendant des Finances, prpos au contrle des services civils. Cette dualit de fonctions tait du reste familire la politique des rois de France,
Nos colons accrurent la prosprit du pays.
De grandes villes furent fondes : Gap Franais aujourd'hui Cap Hatien, Port de Paix, Les Cayes, Port-au-Prince la capitale actuelle, etc.
L'agriculture connut un essor remarquable. La culture des produits tropicaux fut tendue et la canne sucre, le cotonnier, l'indigotier, le cafier reprsentrent vite une grande source de richesses.
(( Certains produits naturels firent natre des indus- tries agricoles. Chaque grande habitation possda une <( sucrerie et une guildiverie extrayant de la canne sucre, <( le tafia et le rhum (1),
(1) J. C. Dorsainvil : op. cit., p. 5i.


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Saint-Domingue acquit rapidement, de la sorte, une grande renomme qui lui valut d'attirer la noblesse de France, Les colons s'tablissaient dans de riches fermes, appeles Habitations , Les noms de ces exploitations, aujourd'hui encore, sont ceux des plus belles familles de l'aristocratie franaise.
L'esclavage fut maintenu. Et c'est la traite des noirs qu'on eut toujours recours pour recruter la moin-d'ceuvre servile,
A la fin de la priode coloniale, plus d'un demi-million de ngres imports vivaient Saint-Domingue.
Les noirs, qui naissaient dans le pays, avaient le nom de ngres croles ,
Par suite des rapports intimes, qui se rptaient frquemment entre matres et esclaves, une race mtisse, celle des multres apparut. Ces sangs mls , comme on les appelle encore, alimentrent la classe sociale des affranchis . Il n'tait pas rare, en effet, qu'un blanc et piti de ses enfants noirs et de leur mre, et les librt de l'tat d'esclavage. Quelques ngres aussi obtinrent cette faveur de l'affection de leur matre.
Vers la moiti du XVIII0 sicle on chercha mme, contraint par la ncessit, augmenter le nombre des affranchis, qu'on a toujours regards comme la princi-<( pale force de la colonie (i).
Ce nombre atteignit 4o,ooo en 1789,
Les affranchis jouissaient de droits conomiques importants. Ils pouvaient acqurir des immeubles et faire du commerce.
(1) Docteur Franois Dalencour : Histoire de la Nation Hatienne. Port-au-Prince ig3o, page 280.


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Leur origine pourtant les maintenait dans une certaine humiliation. Ils n'avaient pas le droit d'embrasser toutes les professions : ainsi il leur tait dfendu d'tre insti-<( tuteurs (i).
Ces vexations taient certainement injustes car, ni point de vue social, les affranchis formaient la classe la plus mritoire de Saint-Domingue (2), Cette opinion est partage par tous les historiens.
3, V influence de la Rvolution
La perte de notre colonie est une consquence de lu Rvolution de 1789.
A la fin de l'Ancien Rgime, les vnements politiques de France eurent leur contre coup dans l'Ile, Les Planteurs, bravant l'autorit du Gouverneur et de l'Intendant, prtendirent se rendre matres de l'Administration. Puis, l'instar des citoyens actifs de France, ils choisirent des dlgus pour plaider leur cause .aux Etats Gnraux, A l'Assemble Nationale Constituante ils eurent six dputs pour les reprsenter.
L'audace des colons ne s'arrta pas l. Dans la ville de Saint Marc, le 1/1 avril 1790, une Assemble gnrale runie par leurs soins, rdigea une Constitution rvolutionnaire de dix acticles.
Cette attitude suscita une vive motion dans toute la Colonie.
Les hommes de couleur et les blancs de petite condition se rangrent aux cts des reprsentants du roi et rsolurent de combattre l'ambition des planteurs.
(1) Docteur Franois Dalencour : op. cit., page 285.
(2) Idem, page 286.


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Les affranchis militaient en faveur de l'galit des droits, ils constiturent un parti indpendant.
Quant aux esclaves, un vaste espoir les souleva tout-a-coup. Les mots de Libert, Egalit , contenus dans la Dclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, taient arrivs leurs oreilles. Ils se crurent dlivrs par ces syllabes rvolutionnaires et se soulevrent en masse dans le Nord, l'Ouest et le Sud, De sanglantes rpressions les ramenrent l'obissance,
Le Gouvernement franais fut vite inform de tous ce dsordres. Il envoya des commissaires tudier sur place la situation.
Deux de ces agents de la France rvolutionnaire, Son-thonax et Polvrel, se distingurent par leur philosophie humanitaire.
Malgr l'hostilit des colons et l'ordre contraire des gouverneurs qui se succdrent Saint-Domingue, ils appliqurent les principes de 1789 et proclamrent l'abolition de l'esclavage,
Sonthonax rvait depuis longtemps d'accomplir ce grand rle. Il avait crit en 1791 : Les terres de Saint- Domingue doivent appartenir aux noirs ; ils les ont ac- quises la sueur de leur front , Aussi la mmoire de cet homme politique est chre tous les Hatiens.
Il va sans dire que les planteurs intrigurent contre les commissaires franais. La Convention, qui ne pouvait dsapprouver leurs actes mais manquait d'informations, finit par les rappeler,
La France, partir de cette poque, va perdre peu peu son autorit Saint-Domingue. Les colons, qui dsiraient de grandes rformes centralisant le pouvoir entre leurs mains, se mfient prsent de la Convention, Ils


n'hsitent pas trahir leur patrie et appellent leur aide l'Angleterre et l'Espagne,
Un ancien esclave, Toussaint-Louverture, se dresse alors au-dessus du chaos. Instruit et endurci la fatigue, il runit les qualits d'un grand soldat. Sa valeur se rvle dans les rudes combats qu'il livre aux Espagnols et aux Anglais,
Trs populaire Saint-Domingue, nomm gnral par la Convention, ce guerrier hardi jouit d'un ascendant considrable sur ses frres de couleur. Il peut mme crire sans fatuit au Directoire qu'il se porte fort de maintenir les noirs dans l'obissance et la fidlit la France.
De nouveaux exploits accroissent sa renomme, 11 ngocie le dpart des Anglais, soumet la partie orientale de l'Ile reconnue la France par le trait de Ble, abolit partout, l'esclavage, puis se fait dcerner par une Assemble Centrale, runie au Cap en 1801, le titre de Gouverneur gnral vie avec le droit de dsigner son successeur.
Bien entendu le gouvernement franais dsapprouve entirement de telles initiatives, dont la dernire frise mme la rbellion.
L'heure est venue d'agir.
Le temprament de Bonaparte, alors au pouvoir, ne peut s'accommoder de demi-mesures. Le propre beau-frre du consul, le gnral Leclerc, est envoy Saint-Domingue, accompagn d'une expdition militaire.
k. La guerre de l'Indpendance
La guerre de l'Indpendance a prouv l'nergie morale et les ressources physiques de la race hatienne.
Dans les batailles qui mirent aux prises les soldats franais et les indignes, les troupes noires ne manqurent d'aucune des grandes vertus militaires.


Au dbut les insurgs, commands par Toussaint-Lou-verture, subirent de graves revers. Leur chef, rsign se retirer dans ses terres, fit mme sa soumission au gnral franais, qui lui promit la libert. Leclerc ne devait pas tenir parole. 11 attira Toussaint dans un guet-apens, le fit arrter et embarquer pour la France, Bonaparte, contre tout sentiment chevaleresque, enferma le hros dans une gele glaciale au fort de Joux, prs de Pontarlier. C'est l que le ce Premier des Noirs , comme s'appelait lui-mme Tous-saint-Louverture, mourut le 7 avril 8o3,
Leclerc, dbarrass de l'ancien gouverneur, institua un rgime de terreur. Cette politique, loin d'atteindre le but espr, porta le dernier coup la cause franaise. Ption, Christophe, Dessalines, et avec eux presque tous les chefs indignes qui jusque l soutenaient notre arme, se joignirent aux insurgs.
La victoire changea de camp. Leclerc mourut de la fivre jaune et ce fut Rochambeau qui lui succda. La rputation de cruaut du nouveau gnral dressa tous les noirs contre lui.
Le mouvement insurrectionnel cependant s'tendait partout et gagnait le Sud, jusque l l'cart de la grande sdition. Dessalines, port la tte de l'arme indigne, profita des renforts venus de tous cts pour chasser les troupes franaises des villes qu'elles occupaient. Le 19 novembre i8o3, Rochambeau, rfugi au Cap, dut livrer la place. La France avait perdu la partie.
Le dynanisme de la Rvolution Franaise s'tait retourn contre nous.


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Section II
LA PRIODE DE PLEINE INDPENDANCE i. De l'Indpendance la chute de Boyer
A. C'est le i01' Janvier i8o4, aprs la dfaite de nos soldats, que la ville des Gonaves accueillit les vainqueurs pour clbrer l'Indpendance, Dessalines reut de ses lieutenants le titre de gouverneur gnral vie, et le nom d' <( Hati , d'origine indienne, remplaa celui de Saint-Domingue ,
Le rgime militaire fut maintenu pour dfendre le nouvel Etat. Quant aux Franais, rests dans l'Ile, ils furent victimes de reprsailles sanglantes.
Le 6 octobre i8o4, quelque temps aprs le sacre de Napolon, Dessalines fut couronn Empereur sous le nom de Jacques Ier. Une Constitution, en i8o5, organisa le nouveau rgime.
Parmi les difficults au milieu desquelles dut se dbattre Dessalines, le sort incertain de la proprit foncire, presque tout entire confisque par l'Etat, posa les plus graves problmes. Nous verrons dans un autre Chapitre comment l'Empereur tenta de les rsoudre. Les dcisions importantes qu'il prit en cette matire provoqurent de graves mcontentements. Un complot fut ourdi contre lui. Le fondateur de l'Indpendance, oubli de ses amis moins de trois ans aprs son .apothose, mourut assassin tout prs de Port-au-Prince le 17 octobre 1806,
B. A la suite de cet vnement, une Assemble constituante lut le gnral Christophe Prsident d'Hati pour quatre ans. Le Pouvoir Excutif devait tre troitement contrl par un Snat de 24 membres.


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Cette limitation de l'autorit prsidentielle dplut Christophe, qui prfra se replier avec ses troupes dans le Nord pour tenter d'accder par la force la dictature. Il russit gouverner en matre absolu, mais dut se rsigner diriger seulement la partie septentrionale d'Hati. Prsident en 1807, quatre ans plus tard il se fit couronner roi au Cap et appeler Henri Ier. Son rgne, qui s'acheva en 1820, fut trs autoritaire. Christophe eut une administration ordonne. sa Cour fastueuse fleurissaient les manires anglaises. De beaux palais, qu'il fit construire, gardent le souvenir de ce roi de lgende.
C. Pendant ce temps le reste d'Hali fut gouvern par Plion, qui accepta en 1807 le mandat prsidentiel que n'avait point voulu Christophe.
La collaboration du Snat s'avra vite gnante. Cette Assemble le comprit et se tint l'cart, gratifiant ainsi le Prsident d'une autorit presque absolue. Ption n'en m-susa point, si l'on en croit l'avis de presque tous les historiens. Sa politique fut dmocratique, sur le terrain agraire surtout. Son patriotisme clair lui a valu les loges de la postrit.
Des complots mirent parfois son uvre en pril. Mais sa popularit eut raison de toutes les manuvres.
En 1815 il provoqua des lections en vue de la runion d'un nouveau Snat. L'anne suivante, cette assemble donna le jour une Constitution que les Hatiens gardrent longtemps. Le Pouvoir Excutif tait confi un Prsident nomm vie, dot de larges prrogatives et pouvant dsigner son successeur. Les fonctions lgislatives taient dvolues deux chambres lues : le Snat et la Chambre des Reprsentants des Communes,


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Sur ces entrefaites Bolivar, exil de Colombie et du Venezuela, dbarqua en Hati. 11 y rencontra Ption, et ces deux hommes, sur le sol de la jeune Rpublique, mirent debout le plan d'mancipation des noirs, que Bolivar ralisa si glorieusement plus tard,
Ption mourut le 29 mars 1818, pleur de tout son peuple. Il n'avait point us du droit de dsigner son successeur,
D. -Ce fut le gnral Boyer, lu Prsident vie par le Snat, qui le remplaa. Le nouveau Chef d'Etat profita de la mort de Christophe en 1820 pour rattacher la Rpublique le Nord d'Hati. En 1821 il ralisa l'unit complte de l'Ile en annexant sa partie orientale, qui avait fait retour l'Espagne la chute de Napolon.
La Prsidence de Boyer fut marque par un autre gain. L'Indpendance d'Hati n'avait pas encore t reconnue par notre gouvernement et les Bourbons, restaurs sur le trne, tentrent de reprendre l'ancienne Colonie, Des envoys du roi arrivrent en Hati pour ngocier le retour la France. Mais ces dmarches reurent un si mauvais accueil que le projet fut abandonn. C'est alors que des pourparlers s'engagrent pour arriver une entente entre les deux Etats. Un compromis aboutit, non sans difficults.
En 1825, une ordonnance de Charles X promit de reconnatre la Rpublique d'Hati mais la dclara dbitrice envers les colons expropris d'une indemnit de i5o millions de francs verser en cinq annuits. Le gouvernement hatien, aprs avoir pay 3o millions, ne put acquitter le reste de son obligation au-dessus des ressources financires de l'Etat. Boyer plaida fort habilement la cause de son pays et l'ordonnance royale, qui devint caduque, fut remplace par deux traits signs en i838. Dans le premier la France


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reconnaissait sans rserve l'Indpendance de son ancienne colonie, dans le second Hati s'obligeait rembourser en trente ans un solde de 60 millions seulement.
Le successeur de Ption rencontra sur sa route beaucoup d'ingratitude. Il fut accus d'avoir pay trop cher la rconciliation avec la France et les compressions, introduites par ses soins dans les dpenses publiques, dplurent aux employs qui margeaient aux caisses de l'Etat. Sa politique fut mme mise en cause l'occasion d'infortunes : tremblements de terre, incendies, dont le pays souffrit.
Vingt cinq annes de pouvoir avaient lass tout ie monde. Une grosse insurrection l'obligea partir pour l'exil.
On doit ce Prsident l'initiative de lois parlementaires fort importantes. En 1825 fut publi le Code Civil qui reproduit les grands principes du Code Napolon. Le Code de Procdure Civile parut l'anne suivante, puis le Code de Commerce et le Code Rural. Ce dernier recueil de lois fut trs mal accueilli du public. Nous aurons l'occasion de l'apprcier dans le prochain chapitre,
2. De Rivire Hrard Tlection de Salomon
A. A Boyer succda Bivire Hrard, port au pouvoir par l'insurrection militaire dont il tait le chef. Peu aprs fut vote la Charte dmocratique de i8/|3. Le Prsident, les maires et les juges relevaient dans cette Constitution du suffrage populaire.
Il faut dire que le nouveau Prsident avait d sa fortune au soutien des campagnes, hostiles Boyer, Les paysans, les proltaires ruraux surtout, attendirent d'Hrard qu'il partaget les terres des riches et les biens fonds de l'Etat. Cette promesse leur avait t faite en change de leur


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aide. Mais ils s'aperurent vite qu'on les avait tromps. Les paysans du Sud, ulcrs par cette duplicit, se soulevrent en masse. Arms de piques ils se dirigrent, menaants, vers le Nord. Les troupes gouvernementales, prvenues assez tt, chargrent cette Arme souffrante et l'anantirent.
Cette rvolte des Piquets du Sud n'est pas pisodi-que dans l'Histoire d'Hati. Dans la plupart des guerres intestines qui ont dchir ce petit pays, la colre paysanne a domin le bruit des batailles.
Rivire Hrard pensa retrouver son prestige en prvenant la scission de la Rpublique en deux Etats indpendants. La partie orientale de l'Ile, qui avait gard l'empreinte de la civilisation espagnole, ne pouvait moralement associer son destin celui de notre ^ancienne colonie. Nous verrons plus tard comment le lgislateur avait t conduit, au lendemain de l'Indpendance, interdire aux blancs l'acquisition de la proprit foncire. Or l'Est les blancs taient trs nombreux. Ils ne purent supporter ce rgime d'exclusion. L'insurrection sortit de l.
C'est en vain que le Prsident tenta de la combattre. La scession fut consomme en i844. Et depuis, Saint-Domingue, organise en Rpublique, vit en bon voisinage avec Hati.
Hrard, de moins en moins pris, dut finalement s'exiler la suite d'un complot.
B. Le gnral Guerrier eut ensuite la Prsidence de i844 i845. Sa mort abrgea son mandat.
Pierrot passa quelques mois au pouvoir. Puis Biche y accda pour une dure presque aussi phmre. Il mourut en 1847 aprs avoir pacifi les Piquets du Sud, rvolts nouveau.


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C. C'est cette date que Soulouque, ancien esclave affranchi en 1793, fut appel pour prsider aux destines de son pays. Ce nouveau matre, pour loigner les factieux, fit rgner la terreur,
La crainte respectueuse qu'il inspira servit son ambition. En i852 il fut sacr Empereur hrditaire sous le nom de Faustin Ier. Une Constitution autoritaire, vote trois ans avant, avait affirm ses pouvoirs.
Mais les ftes du couronnement, entoures d'une pompe exagre, cotrent trs cher. Une campagne inutile dans l'Est avait dj provoqu de fortes dpenses. Tant de prodigalits ne purent qu'obrer les finances de l'Etat. Il fallut recourir des expdients fiscaux et cesser momentanment de rembourser les annuits dues la France, crancire de l'indemnit de l'Indpendance et d'une somme rcemment emprunte.
Toutes ces difficults minrent l'autorit de l'empereur. Menac par une conspiration, il dut s'exiler en i85g.
D. On rtablit alors la Rpublique, Le gnral Gef-frard, qui avait contribu renverser Soulouque, devint Prsident. Les guerres d'embuscades contre le chef de l'Etat ne l'pargnrent point. Elles durrent jusqu' sa dmission, pendant les huit annes de son mandat,
Geffrard organisa l'Eglise catholique en Hati, Il dfendit Saint-Domingue contre les vises espagnoles.
L'agriculture et le commerce prosprrent sous sa Prsidence.
Mais cet administrateur aux ides assez larges ne fut pas toujours en accord avec l'opinion. Il fut l'inspirateur de la rforme vote par les Chambres le 18 octobre 1860. La loi nouvelle permettait le mariage entre Hatiens et trangers sans donner cependant au conjoint tranger le droit d'ac-


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qurir des immeubles. Le dsir de Geffrard tait de rapporter la rgle, qui rservait aux Hatiens le monopole de la proprit foncire. De tels sentiments devaient le ruiner dans l'estime publique,
E. Une rvolte du Nord, en 1867, ouvrit une nouvelle vacance du Pouvoir. Selon la rgle ce fut Salnave, le conspirateur, qui prit la place du matre. Les acclamations populaires poncturent son accession la Prsidence, o il prit le titre de Protecteur de la Rpublique, La Chambre des dputs, nouvellement lue, s'insurgea vite contre sa politique. Alors la populace, qui soutenait le nouveau Prsident, chassa les dputs du Palais Lgislatif,
Une violente sdition clata dans les campagnes du Nord. Les paysans rvolts, qui portaient le nom de Cacos , semrent une panique soudaine dans tout le pays, Salnave accourut pour rtablir l'ordre ; mais l'insurrection pendant ce temps gagna le Sud, qui s'rigea en Rpublique indpendante. Le Prsident eut beau faire appel aux Piquets, il fut envelopp. Les vnements suivirent la courbe habituelle. Le chef, port en triomphe deux ans auparavant, connut l'amertume d'une dfection gnrale en 1869. Comme il voulait rsister il fut fusill.
F. Une Assemble fut lue pour dsigner son successeur. Saget, un vieux gnral, fut choisi pour quatre ans. C'est sous sa Prsidence qu'une rforme montaire, impose par la dvalorisation de la monnaie nationale, autorisa la circulation du dollar en Hati.
Saget puisa la dure de son mandat II se retira en 1874. Domingue, son successeur, fut moins heureux. Deux oprations d'emprunt, dont quelques courtiers furent seuls profiteurs, dressrent l'opinion contre lui. Il dut s'enfuir en 1876. Boisrond-Canal le remplaa pendant trois ans seule-


ment. Les multiples conspirations qu'il eut djouer l'amenrent rsigner prmaturment ses fonctions,
S 3. De Salomon au meurtre de Vilbrun Guillaume Sam
A. Une Assemble Nationale porta ce moment Salomon au pouvoir. Ancien Ministre des Finances de Faus-tin Ier, ce nouveau chef tait un homme d'Etat d'une intelligence remarquable, instruit, probe, connaissant fond les hommes et les choses de son pays... (i) Il se dvoua tout de suite la chose publique et remit en tat les Finances. Une Banque fut cre au dbut de sa Prsidence, et la dette de l'Indpendance fut entirement paye. Une monnaie nationale, la gourde, qui s'lvera au pair avec le dollar en 1887, I1Jt frappe aux armes de la Rpublique.
L'uvre de Salomon la plus intressante pour notre tude est sa loi sur les concessions conditionnelles, abroge seulement cette anne. Elle tait destine rcompenser les efforts des fermiers de l'Etat les plus mritants. Nous aurons l'occasion plus loin de la commenter.
Salomon eut le rare bonheur d'tre rlu la Prsidence aprs avoir rempli un septennat entier. Son second mandat fut interrompu par un complot en 1888.
B. Une Assemble dut se runir. Elle vota une Constitution et appela Lgitime au pouvoir. Ce Prsident s'exila d'ailleurs l'anne suivante. Sa charge passa au gnral Hyp-polite, lu pour sept ans. Hati trouva en ce dernier chef un Prsident trs digne, qui sut s'entourer d'excellents collaborateurs. Parmi ses ministres, il convient de citer Antnor Firmin qui s'occupa des Finances et des Relations Extrieures.
(1) J. C. Dorsainvil : op. cit., page 3a6.


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Hyppolite, sur le point de conjurer une sdition, en 1896, mourut subitement. Le gnral Sam hrita du pouvoir. On retrouva ses cts Antnor Firmin, Ministre des Finances. Solon Mnos fut galement appel dans les conseils du gouvernement. Nous reverrons ces deux Hatiens, dans un autre Chapitre, instituer un dbat doctrinal l'occasion des droits immobiliers dont jouissaient les trangers.
Sam, en 1902, la suite d'un incident diplomatique avec l'Allemagne trs offensant pour Hati, remit sa dmission. Aprs six mois d'interrgne et de troubles, le gnral Nord Alexis fut proclam par ses troupes Prsident d'Hati. 11 garda six ans ce poste que les intrigues de ses anciens adversaires l'obligrent finalement quitter. Le gnral Antoine Simon l'occupa ensuite.
C. C'est ce dernier Prsident que l'opinion reprocha d'avoir sign, au profit des financiers amricains, un contrat pour la construction d'un chemin de fer du Nord. Sous son gouvernement fut conclu aussi, avec la Banque franaise de l'Union Parisienne, le fameux emprunt de 1910.
L'opration, qui roulait sur plus de 60 millions de francs, fut trs critique. Et dans l'avenir on put mieux encore mesurer la faute commise par les auteurs de ce contrat financier, qui avaient consenti de sang froid endet- ter un pays sans dfense, et dont les facults sont forc-c ment restreintes vu sa superficie, le nombre de sa popu- lation, le peu d'tendue de son dveloppement conomi- que, les conditions dans lesquelles il a pris naissance comme Etat libre (1).
(1) Marc E. Malval : La politique financire extrieure de la Rpublique d'Hati depuis 1910, Paris ig3:j.


Cette politique fut certainement dfavorable l'autorit d'Antoine Simon, Un mouvement hostile dans le Nord le contraignit en 1911 fuir l'tranger.
D. - Leconte alors s'imposa. Sa prsidence occasionna de nouveaux dsordres. 11 tait au pouvoir depuis un an peine lorsqu'il prit tragiquement dans l'explosion du Palais National. Tancrde fut choisi pour lui succder, mais la mort le surprit ds le dbut de son mandat, en mai i9i3,
Jusqu'au 27 juillet i9i5 quatre Prsidents se succdrent : Michel Oreste, Oreste Zamor, Thodore et Vilbrun Guillaume Sam. Ces chefs phmres durent passer leur temps combattre les rvolts, les Cacos notamment. L'anarchie, il faut bien le dire, svissait en Hati, Le dsordre et la guerre civile, auxquels on ne savait quel remde apporter, avaient fini par dmoraliser les esprits et nerver les forces vives du pays. Les circonstances vraiment pnibles, dans lesquelles le dernier Prsident Vilbrun Guillaume Sam dut payer de sa vie les fautes qui lui furent attribues, provoqurent l'intervention du Gouvernement des Etats-Unis.
On a pu affirmer qu' cette poque, les excs dgo- tants des guerres civiles dmoralisantes avaient tu la vieille fiert hatienne (1).
Section III L'OCCUPATION AMRICAINE
Si,- Les dbuts de l'intervention des Etats-Unis
Les Amricains qui, depuis quelque temps, suivaient avec grand intrt les convulsions politiques dont souffrait
(1) Docteur Franois Dalencour : La Croise des chemins, 2" dition, Port-au-Prince 1926.


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Hati, se dcidrent intervenir. Le lendemain du meurtre du Prsident Vilbrun, le 28 juillet igi5, leurs troupes dbarqurent Bizoton, tout prs de la Capitale, L'occupation s'installa le 29 Port-au-Prince. L'Europe, alors en pleine guerre, se dsintressa de cet vnement qui procurait aux Etats-Unis des avantages incontestables de stratgie navale.
Le 8 aot 1916, une Assemble Nationale lut la Prsidence de la Rpublique le snateur Sudre Dartiguenave et, le 17 septembre suivant, une Convention fut conclue entre Hati et les Etats-Unis. Cet Acte dfinissait les buts de l'intervention amricaine et les obligations respectives des deux parties contractantes.
Les bons offices des Etats-Unis devaient cesser en 1925. Leur dure fut prolonge, d'un commun accord, avant mme l'expiration du terme prvu'.
Malgr le caractre bilatral de ce trait, l'intervention amricaine a plac la petite Rpublique sous une sorte de tutelle, qui a vivement bless les patriotes hatiens. Les hommes politiques comprirent que la Constitution et les lois hatiennes allaient dsormais rester lettre morte et pouvaient tre considres comme suspendues par le seul fait de l'occupation militaire d'Hati par les Etats-Unis de l'Amrique du Nord (1). Aussi, partir de 1915, la politique a t domine par le problme de la libration du territoire. Un front unique, pourrait-on dire, s'est form contre le pril de l'annexion, sous le signe du drapeau national.
La Convention de igi5 tait la fois politique et financire. Les Etats-Unis eussent sans doute dsir y obtenir des avantages plus apprciables. Les dlgus Nord-Amri-
(1) Timothe Paret : Dans la Mle... Penses, Confrences, Discours (1916-1931), tome 1, Paris, 1932, page 53.


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cains, si l'on en croit l'opinion du Docteur Dalencour, avaient insist plusieurs reprises sur la cession du Mle Saint-Nicolas, comme base navale Nord-Amricaine (i). En fait, les Amricains, pendant plusieurs annes, furent peu prs les seuls matres des destines du pays.
2, La Constitution de 1918
Le 12 juin 1918, une Constitution nouvelle fut approuve par le peuple. Le vote ne fut certainement pas entour de toutes les garanties qui en eussent assur la sincrit. Cette Constitution, qui avait t prpare par les Occupants amricains, ratifie tous leurs actes, au point qu'un juriste hatien n'a voulu voir dans cette charte qu'un rglement de circonstance labor sans la participation du peuple hatien et destin rgir un tat de fait anormal (2).
L'une des graves innovations de la Constitution de 1918 rside dans le fait de la suppression du systme parlementaire, dont les Hatiens respectrent toujours le principe depuis leur indpendance. Le Parlement, en effet, disparut et le pouvoir lgislatif fut confi un Conseil d'Etat, dont les membres devaient tre nomms et rvoqus par le Prsident. C'est ce mme Conseil qu'incombait la responsabilit de voter les lois et d'lire le chef de l'Etat.
Cette atteinte, porte la sparation des Pouvoirs, alarma vivement les patriotes et trouva trs peu de dfenseurs en Hati, Cependant, d'minentes personnalits gardent la conviction que ce changement constitutionnel s'im-
(1) Extrait d'un article du Docteur Dalencour paru dans Paris Sud et Centre Amrique le 29 Mars 1927.
(2) Clovis Kernisan : Les Etrangers et le Droit de proprit immobilire, Paris 1922, page i4g.


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posait presque en raison des vnements. M, Louis Borrio, Prsident de la Rpublique d'Hati de 1922 1930, pense qu' <( une procdure parlementaire, toujours lente, aurait t inefficace en cette priode de crise, o les problmes appelaient des solutions urgentes. A cette raison, il con-<( vient d'ajouter l'inhabilet du peuple hatien tirer tout le parti possible des institutions parlementaires, qui n'ont jamais fonctionn srieusement en Hati (1).
La Constitution de 1918 prsente un grand intrt pour le sujet que nous traitons parce qu'elle est la premire, dans l'Histoire d'Hati, qui permette l'tranger d'acqurir, sous certaines conditions, il est vrai, la proprit foncire. Nous commenterons plus loin cette rforme importante.
Le i5 mai 1922 Sudre Dartiguenave, qui avait t nomm pour sept ans, descendit du Pouvoir, Le Conseil d'Etat le remplaa la Prsidence par M, Louis Borno, dont le mandat fut fix quatre ans.
S 3. L'immixtion amricaine dans les affaires publiques
C'est en coopration troite avec l'occupation amricaine que le gouvernement de M, Borno, trs autoritaire, dirigea le pays. Un Haut-Commissaire amricain, aux pouvoirs trs tendus, partageait en 'fait l'autorit avec le Chef de l'Excutif,
En avril 1926 M, Borno, dont la politique avait heurt violemment le sentiment national, fut tout de mme rlu par le Conseil d'Etat pour quatre autres annes.
Cette Prsidence fut l'occasion d'offenses frquentes qui indignrent le peuple hatien. On ne saurait expliquer
(1) Entretiens avec M. Louis Borno en octobre et novembre iq33.


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autrement la grande impopularit du chef de l'Etat la fin de son second mandat. Le i5 mai 1930 M, Borno quitta la Prsidence et se rsigna s'loigner provisoirement de sa patrie. Il se rendit en France, o il vcut trois annes, puis revint en Hati en octobre 1933.
La politique de ces huit annes de dictature et de collaboration trangre apporta de grands changements dans la Rpublique. Nous aurons y puiser de trs prcieux enseignements pour notre sujet. L'enqute que nous avons faite sur place pour clairer ce pass tout rcent nous a conduit des conclusions souvent imprvues, qui ont fix nos convictions.
Voici ds maintenant ce qu'il faut retenir des vnements politiques, qui ont jalonn cette priode :
Nous avons eu l'occasion de parler de l'emprunt contract en 1910 par la Rpublique d'Hati, L'Etat avait alors rserv la Banque de l'Union Parisienne l'exclusivit des achats en Bourse et autres ngociations. Il avait accept en outre que les droits d'exportation et d'importation fussent affects par privilge la garantie du capital et des intrts de la crance. La Banque de l'Union Parisienne, en excution de cette convention, fut autorise donner la Banque Nationale de la Rpublique d'Hati le mandat d'encaisser les droits gags.
C'est ce contrat malheureux qui fut le point de dpart d'une srie de traits et conventions, la suite desquels la National City Company, Banque Amricaine, fut dlgue dans les droits et privilges de la Banque franaise. Les Amricains invoqurent cette situation pour imposer en 1919, aux termes d'un Protocole, un nouveau contrat d'emprunt Hati, Le Gouvernement Dartiguenave avait refus de signer un pareil engagement qui devait endetter


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l'Etat de 4o millions de dollars. Les Amricains insistrent en prtextant de leur intention d'aider la Rpublique occupe se librer de ses obligations financires, Diartiguenave descendu du pouvoir, son successeur en 1922 consentit signer. C'est cet acte que les Hatiens imputrent, non sans raison, la perte partielle de leur indpendance.
Le respect des clauses contenues dans l'emprunt de 1922 cota au gouvernement hatien son autonomie financire. Un tarif douanier favorable aux Etats-Unis fut impos et, pour garantir le service rgulier des intrts aux porteurs amricains, il fut accord un privilge sur les douanes de la Rpublique,
L'occupation amricaine a entran, outre la prsence de troupes armes sur le territoire hatien, un vritable contrle sur les finances publiques et la dcapitation de tous les grands services de la Rpublique, lesquels furent dirigs jusqu' ces dernires annes par des chefs amricains.
Vers le terme du second mandat de M. Borno les esprits, en Hati, s'chauffrent de plus en plus. Le peuple semblait prt toute extrmit pour recouvrer son indpendance. Les Etats-Unis, mesurant le pril, envoyrent une Commission enquter sur la situation gnrale. Un rapport assez sincre fut rdig ; il marque, on peut dire, le dbut d'une priode constante de progrs dans la lutte mene par les patriotes en vue de la libration.
S 4, L'uvre de la libration
Aprs le dpart de M. Borno, le citoyen Eugne Roy, dsign par les dlgus du peuple, fut lu Prsident ternie poraire de la Rpublique avec mandat impratif de faire (( les lections lgislatives, en vue de donner la Nation un Prsident dfinitif librement lu par une Assemble Na-


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<( tionale issue du suffrage populaire (i), M, Roy s'acquitta de son mandat avec une grande loyaut. Il remit les rnes du Pouvoir M, Stnio Vincent, Prsident actuel de la Rpublique d'Hati, lu librement par l'Assemble Nationale le 18 novembre io,3o,
M. Stnio Vincent venait d'tre lu Snateur par le Dpartement de l'Ouest lors des lections gnrales, les premires depuis l'Occupation, quand ses collgues des deux Assembles relevrent pour six annes la Magistrature 6uprme,
Antrieuiement il avait t chef de division au D- partement de l'Instruction Publique, Magistrat commu- nal de Port-au-Prince, commissaire du Gouvernement (( prs le Tribunal de Cassation, charg d'affaires d'Hati Bruxelles, Secrtaire d'Etat du Dpartement de l'Int- rieur et Prsident du Snat (2),
Ce prsident fut le porte parole des patriotes. Aujourd'hui ses efforts se tournent avec succs vers l'affranchissement de la tutelle trangre. Comme je l'ai solennelle-<( ment promis, au soir de mon arrive la Premire ma- gistrature de l'Etat, dclarait-il rcemment, et comme je n'ai jamais cess d'en donner la formelle assurance, je ne considrerai ma mission compltement remplie que le
C'est un avocat et ancien Btonnier de l'Ordre de Port-au-Prince, qui s'est fait un nom grce ses talents de journaliste et d'crivain,
(1) Bulletin de la Commune de Port-au-Prince, Port-au-Prince 1982, page 9.
(2) Idem, page 10.
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jour o le peuple aura rintgr la totalit de ses droits (i).
Le 5 aot ig3i, un accord tant intervenu entre les gouvernements hatien et amricain, la Direction gnrale des Travaux Publics, le Service National d'Hygine, le Service technique de l'Agriculture et de l'Enseignement professionnel firent retour au contrle exclusif d'Hati,
C'est une tape importante vers l'hatianisation complte des services publics.
Pour rgler la dsoceupation militaire un autre accord a t sign le 7 aot iq33. Cet accord fixa le retrait des fusilfers marins vers octobre iq34, au lieu de io36, date prcdemment prvue, et le remplacement de tous les lments trangers de la garde hatienne par les natio- niaux (2),
Ce trait vient d'tre excut.
Il reste le Contrle financier dont les Hatiens ont demand la suppression maintes reprises, notamment la Confrence de Montevideo l'an dernier. Le Gouvernement des Etats-Unis, tout en reconnaissant qu'Hati faisait honneur ses engagements financiers et excutait scrupuleusement les obligations contenues dans le contrat d'emprunt, s'est refus faire suite cette demande. Il a estim qu'il avait le devoir de protger les porteurs amricains et que la prsence du Conseiller Financier dans l'Administration hatienne tait encore souhaitable.
Au printemps dernier, M. Stnio Vincent s'est rendu Washington auprs du Prsident Roosevelt, L'entrevue fut cordiale et provoqua la prparation d'un dernier arrange-
(1) Extrait de la Proclamation par M. Stnio Vincent publie dans Hati-Journal, numro du i4 dcembre 1933.
(2) Extrait du Temps de Paris, numro du 21 aot 1933.


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ment qui, nous l'esprons, est sur le point de rendre l'Etat hatien sa totale indpendance,
5, ' La Constitution actuelle
Il faut noter parmi les actes les plus importants de cette poque le vole de la Constitution du i5 juillet 1932. Cette charte libre est compose de i32 articles et de 6 dispositions transitoires sans porte aujourd'hui,
La sparation des trois Pouvoirs excutif, lgislatif et judiciaire est respecte. En fait, l'autorit de l'Excutif empiLe beaucoup sur les deux autres, comme on va s'en apercevoir.
Le Pouvoir Lgislatif est confi deux Assembles : la Chambre des Dputs, compose de 36 membres choisis pour k ans et le Snat, qui en comprend 20, Les deux Chambres se recrutent peu prs comme les ntres de mme nom. Le Snat n'est pas renouvelable par tiers comme en France ; on le rlit entirement tous les six ans. La Chambre des Dputs ne peut tre dissoute.
L'initiative des lois, les lois financires mises part, appartient tous les membres du Corps lgislatif et au Chef de l'Etat,
Le Pouvoir judiciaire est un peu organis comme le ntre. A la tte de toutes les juridictions est plac un tribunal de cassation, qui juge souverainement du droit et statue aussi sur la constitutionnalit des lois. Les tribunaux infrieurs sont les tribunaux civils et les juges de paix. Les juridictions d'appel viennent d'tre supprimes. Le Snat s'rige aussi, en Hati, en Haute Cour de justice qui connat des dlits et crimes politiques.
Le Pouvoir excutif appartient au Prsident de la Rpublique que les deux Chambres, runies en Assemble Natic-


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nale, lisent pour six ans. Le Prsident, en Hati, a de larges pouvoirs, 11 s'entoure, pour gouverner, de Secrtaires d'Etat qui ressemblent aux Ministres franais. Ces Secrtaires d'Etat forment un cabinet dont les runions sont prsides par le Chef de l'Etat, non par un Prsident du Conseil comme dans notre pays, La responsabilit des Secrtaires d'Etat devant les Chambres est plutt illusoire. C'est le Prsident qui choisit ses collaborateurs et les rvoque. Il tient compte, dans une certaine mesure, du sentiment des Assembles, mais il ne se croit pas li par un vote de dfiance contre son gouvernement.
Le Chef de l'Etat a, en plus, le droit d'objection, sorte de droit de veto suspensif lui permettant de paralyser momentanment l'exercice du Pouvoir lgislatif. C'est lui seul aussi qu'appartient l'initiative des lois intressant les dpenses publiques.
Quant aux juges ils ne sont pas inamovibles, comme dans notre Constitution de 1876, mais nomms pour 10 ans seulement par Je Prsident. Le justiciable est priv ainsi d'une des garanties les plus chres aux peuples libres.
Il rsulte de cette analyse succincte de la Constitution de ig32 que le rgime hatien s'loigne assez du systme parlementaire franais. C'est un type de rgime autoritaire prsidentiel,
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* *
Maintenant que nous avons expos en raccourci l'Histoire du peuple hatien, il nous semble moins tmraire d'aborder le vif de notre sujet. Comme on le verra, les (questions foncires, en Hati, prennent leur vrai visage dans l'Histoire. La rpartition de la richesse immobilire entre les habitants du pays, l'tendue des proprits, la na-


ture des droits acquis sur le sol, la dvolution des hritages fonciers, par exemple, ne sauraient s'expliquer sans un retour sur les faits du pass.
Le cadre que nous avons trac permettra de restituer les vnements qui ont agi sur l'volution de la proprit immobilire. Les conjonctures, qui paraissent se situer tout fait en dehors de notre sujet et que nous avons pris le soin de relever tout de mme, ont eu leur influence sur la lente organisation du droit foncier. Les institutions humaines ne surgissent jamais inopinment dans l'Histoire. Elles ont chemin longtemps avant de voir le jour. Il serait donc prsomptueux de vouloir tudier, sans aller aux sources, la lgislation et les traditions d'un peuple.
Les rformateurs du Droit doivent bien se pntrer que les vnements les plus fluides qui traversent l'Histoire des nations laissent toujours quelque dpt, qui se retrouve ensuite dans la contexture des lois ou des usages. Aussi ne doit-on pas ambitionner de changer les habitudes juridiques d'un peuple, mme avec l'intention louable d'amliorer sa condition, sans rechercher scrupuleusement d'abord comment ces rgles se sont cristallises dans le temps.
De l'aperu historique que nous avons prsent, quelques traits importants se dgagent, qui aideront fixer la psychologie du peuple hatien dans les affaires publiques.
Hati, qui n'a pas un sicle et demi d'indpendance, a montr fort longtemps son imprparation la vie nationale. Les Constitutions, chez elle, se sont presque aussi souvent succd que les Chefs d'Etat.
Pourtant cette nation tient essentiellement son autonomie. C'est une des premires colonies qui ait lutt victorieusement pour son indpendance. Et le drame de Tinter-


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vention amricaine prouverait lui seul l'attachement d'Hati la conqute de sa souverainet internationale,
La libert est une chose trs chre aux Hatiens qui sont imprgns, il ne faut pas l'oublier, de civilisation franaise. Il y ,a dans leur Constitution et leurs lois un souci de libralisme et d'organteation dmocratique qui reprsente certainement une forme d'idal politique.
Il n'est pas sr pourtant qu'un rgime vraiment dmocratique puisse s'acclimater facilement en Hati. L'attitude de ce peuple le conduit trop souvent subir ce qu'il craint, l'oppression. Nous ne pouvons dire si c'est l'atavisme, ou l'cho de longs tourments, ou le heurt des couleurs, comme on l'a avanc tour tour, qui furent la cause de tant de dsordres dans l'Histoire. Mais il est indniable que la tendance l'insurrection n'a jamais cess d'tre prjudiciable aux intrts de notre ancienne Colonie.
Hati est encore l'ge de l'apprentissage politique. Et nous pensons que cet tat d'adolescence aura quelque dure parce que la grande majorit du peuple est ignorante. Ce fait explique la part peu active que prend la masse rurale, encore arrire, dans la vie publique.
La paysannerie, en effet, ne s'meut que lorsqu'elle se sent attaque chez elle, sur le soi qu'elle cultive. On touche l la cause constante des rvoltes fomentes par les travailleurs de la terre, trop souvent abuss malheureusement, qui craignent soif le retour des colons et l'esclavage, soit leur viction au profit de privilgis.
Les dboires de beaucoup de gouvernements ont eu pour cause aussi la mauvaise situation financire du pays. Le systme fiscal hatien est criticable et ne trouve son excuse que dans la persistance de vieilles habitudes invtres chez les paysans, Hati, appauvrie de ce fait, eut trop


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souvent recours aux expdients et prit la mauvaise habitude d'emprunter l'tranger.
Il devient mme urgent pour l'Etat, l'aube de sa seconde Indpendance, de s'assurer pour l'avenir des ressources financires durables. C'est quoi peut tendre indirectement une rforme de la lgislation foncire qui relvera la valeur des terres du pays.




CHAPITRE III
L'Historique de la proprit foncire
Dans l'expos qui prcde nous nous sommes surtout attach mettre en relief les grands faits historiques, qui ont concouru former la personnalit de l'Etat hatien. Ce travail de reconstitution sommaire d'un pass plein d'enseignement va nous permettre de conduire, travers la longue volution de la proprit foncire en Hati, une investigation plus sre et plus vivante.
/ Le sort de la proprit immobilire dans ce pays, comme nous le verrons, fut toujours incertain. Les rgles d'attribution de la terre, l'poque coloniale, taient fondes sur les vieux dogmes anti-galitaires et absolutistes en vigueur en France avant 1789. L'Indpendance, en 180/i, fit table rase du pass et provoqua une vritable rvolution agraire. Puis, au fur et mesure que s'organisrent les classes sociales et qu'apparurent les nouveaux propritaires de l'Etat souverain, les Gouvernements se reprsentrent les difficults de l'uvre de reconstruction. Il fallait la fois satisfaire au devoir de rcompenser les serviteurs de l'Indpendance, rpondre aux exigences de la morale nouvelle favorable la cause des dshrits et pourvoir au besoin imprieux de lier la scurit de la patrie l'tablissement de la petite proprit. Ce programme laborieux fut souvent mal appliqu. Et les fautes de politique agraire suscitrent


des rvoltes qui parfois firent tache d'huile et bouleversrent pour longtemps l'ordre intrieur. Tantt ce fut la cupidit des nouveaux seigneurs de la terre qui attisa les haines. Tantt la colre gronda chez les fils d'esclaves, parce que les gouvernants n'avaient plus leur confiance et mettaient en pril leur condition de paysans libres.
En France, les assises de la proprit foncire remontent une poque lointaine. Indpendamment de la supriorit de son organisation immobilire, notre pays profite donc aujourd'hui du tassement qui s'est opr lentement pendant de longs sicles et auquel nous devons le plus clair de notre stabilit agraire. En Hati, au contraire, l'uvre du temps reste insuffisante. La rvolution agraire de i8o<4 a t suivie de longues hsitations. On ne peut donc tre surpris de la fragilit qui caractrise encore aujourd'hui la situation de nombreux propritaires du sol.
Ce n'est que plus tard que nous ferons le procs de la lgislation foncire hatienne, inadapte aux besoins du pays et ignorante des ressources de la science moderne. Mais ds maintenant, nous tenons faire remarquer que parmi les tribulations, dont l'Histoire de la proprit foncire est charge, beaucoup sont imputables l'insuffisance de cette lgislation.
Tout rcemment encore, depuis l'intervention des Amricains, l'opportunit d'actes politiques intressant la situation de nombreux paysans provoqua de violents conflits. Le fondement juridique de la proprit foncire fut mme mis en cause.
Le but recherch par les rgles foncires est d'asseoir sur des bases solides les titres divers : contrats ou faits, qui confrent la proprit. Nous aurons maintes fois l'occasion de constater que ce but, en Hati, est loin d'tre atteint. Les


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titres immobiliers dans cet Etal n'ont pas toujours une provenance trs claire. Et faute de leur trouver une force juridique invincible, il arrive souvent qu'on en doive dgager l'origine dans l'Histoire. On donne ainsi aux titres, dont la validit est discutable, un appui moral incontestable.
Ce mode de preuve restera peut-tre le seul, qui puisse tre utilis, dans l'avenir, pour vrifier la lgitimit de certains droits de proprit.
Aussi ne pouvons-nous contester, pour notre tude, l'intrt qui s'attache l'Historique de la proprit immobilire. Nous y puiserons les ides essentielles, qui devront guider la rforme de l'organisation foncire.
Nous aurons ainsi l'occasion d'apprcier, ds ce chapitre, les diffrentes situations qu'occupent, l'gard de la terre, ceux qui s'en prtendent en certaines circonstances les vrais et seuls propritaires : l'Etat, les dtenteurs de titres, les fermiers, les possesseurs et les simples occupants.
Section 1 LA PERIODE COLONIALE
i. La lgislation coloniale Saint-Domingue
A. Pendant la priode coloniale franaise notre possession de Saint-Domingue tait rgie par les principes de la Monarchie absolue. Le roi de France tait le suzerain le plus lev et, de ce chef, le titulaire d'un droit absolu sur toutes les terres comprises l'intrieur des frontires de la mtropole- Il en tait de mme dans les pays d'outre-mer appartenant la France.
La proprit prive Saint-Domingue se trouvait donc place sous le patronage, la suzerainet du roi. Elle faisait


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partie du Domaine minent de la couronne. Les droits des propritaires taient, en ralit, des droits concds.
En raison de l'tat d'esclavage, o les indignes furent rduits jusqu'en i8o4, les noirs taient privs du droit de proprit. Seuls les blancs, les colons et leurs descendants pouvaient se rendre matres du sol.
Au dbut de la colonisation, l'poque des Aventuriers, le roi dlgua son autorit la Compagnie des Indes Occidentales, tablie par l'Edit de 166/1, Il fut arrt, en outre, que la Coutume de Paris formerait dsormais le droit commun dans l'Ile, l'exclusion de toute autre coutume de France,
Le privilge de la Compagnie fut de courte dure. En 167/i un Edit le supprima et fit relever la Colonie directement du roi. Un gouverneur fut alors envoy Saint-Domingue. Plus tard, ce haut personnage prit le nom de Gouverneur-Lieutenant gnral des Iles sous le Vent, En imitation du systme franais, appliqu dans la Mtropole, un Commissaire-Ordonnateur, faisant fonction d'Intendant, fut nomm pour pourvoir l'Administration Civile.
C'est ces deux reprsentants du pouvoir royal que la charge incomba d'octroyer les concessions de terre. Ils hritaient des attributions que les agents du roi d'Espagne, avant la conqute franaise, tenaient de leur souverain.
Chaque concession motivait la rdaction d'un acte authentique, dont le contenu faisait foi. Nous avons pris connaissance de l'un de ces documents, qui reprsentent le point de dpart de l'organisation de la proprit prive en Hati. Nous en reproduisons le texte :
Csar Henri
Comte de la Luzerne


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Lieutenant Gnral des Armes du Roi, Gouverneur (( Lieutenant Gnral des Iles Franaises de l'Amrique sous le vent, et Inspecteur Gnral des troupes d'Artille- ries, Milices et Fortifications des dites Iles .
<( Et
<( Franois Barbe Demarbois
Conseiller du Roi en ses Conseils et en son Parle- ment de Metz, Intendant de Justice, Police, Finances, de la Guerre et de la Marine des dites Iles.
(( Nous, en vertu du pouvoir nous donn par Sa Majest, avons concd et concdons perptuit au nomm Pierre Garaud Tierceron libre, un terrain pour <( culture de mille pas en quarr vatro situ au quartier <( de Saltrou, juridiction de Jacmel, paroisse des Cayes, born au Sud du terrain,
Enregistre au mme mois que cette concession, ser- vira au nomm Pierre Garaud charge par lui de se conformer en tout l'article premier du titre trois de <( l'ordonnance du premier Avril 1773, Fait dfenses (( toutes personnes de le troubler dans sa proprit sous les peines de droit,
Auquel terrain ne pourra tre vendu ni cd sans notre permission expresse par crit et ledit Pierre Garaud fera apposer les bornes et autres marques pour le faire reconnatre, l'effet de quoi les voisins seront appels et assisteront, si bon leur semble, au procs-verbal qui en sera fait ; lequel ils signeront ou sera rapport fait de leur refus pour y tre ensuite pourvu et tre fait droit qui il appartiendra. Le dit, procs-verbal ainsi fait sans opposition servira de prise de possession du dit terrain au dit Pierre Garaud, aux siens ou ayants-cause qui en

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aprs toutefois et sous la condition expresse qu'ils forme- ront un tablissement sur le dit terrain et commenceront le mettre en valeur dans une anne de la date des pr- sentes, comme aussi qu'ils dfricheront les deux tiers du dit terrain dans les six annes suivantes, savoir : le tiers dans les trois premires annes et l'autre tiers dans les trois dernires, le tout peine d'tre dchus de la pr- sente concession, et de runion du dit terrain au domaine <( du Roi ; et la charge aussi par les propritaires d'entre- tenir les chemins et passages, et d'tre sujets aux servi- tudes et contribution qu'il conviendra faire pour le srie vice de Sa Majest et l'utilit publique. Ne pourront le Donn Port-au-Prince, sous les clefs de nos Armes c et contre-seings de nos Secrtaires, le quatre Fvrier 1787.
Sign : La Luzerne-Demarbois,
A t enregistre la prsente Concession au Greffe (( de l'Intendance des Iles franaises de l'Amrique sous le vent, par moi soussign, Greffier de ladite Intendance,


_ 7i _
(( Port-au-Prince, le 6 Fvrier 1787.. Sign: Lapommeraye,
L'expression : cinquante pas du Roi contenue dans le texte, se rattache une trs vieille institution coloniale. Une ordonnance du roi de France avait prescrit de planter de cactus et d'autres plantes pineuses le littoral de la mer sur une longueur de 5o pas. Le but de cette disposition tait de protger le littoral contre tout dbarquement possible d'ennemis. Ces 5o pas taient rputs, en consquence, la proprit du Roi.
Au surplus, tout ce qui n'tait pas susceptible d'ap-proprialion prive ou n'tait pas encore concd formait l'ensemble de la proprit du roi de France.
Une analyse du fondement et de l'tendue des droits immobiliers de l'poque serait facile faire en se rfrant la Coutume de Paris,
Les conflits qui surgissaient l'occasion des concessions de terre taient ports devant une juridiction spciale: le Tribunal Terrier. Voici ce qui a t dit propos de ce Tribunal :
Les gouverneurs et intendants taient les seuls juges de toutes contestations de terre. Pour rendre son juge-(( ment le gouverneur devait s'adjoindre trois officiers des conseils souverains. Il n'y avait qu'un tribunal terrier qui se dplaait avec le gouverneur selon la position des terrains en litige, il connaissait aussi des prises d'eau. Ce tribunal fut supprim en 1787 et ses attributions chu- rent au gouverneur (1).
Grce aux concessions de terre la proprit acquit, peu peu, un grand dveloppement dans la colonie de Saint-Ci) Docteur Franois Dalencour: Histoire de la Nation hatienne, Tome quatrime, Volume premier, Port-au-Prince, 1930, page a65.


Domingue. Ce signe de prosprit la fit appeler la Reine des Antilles..
Les colons propritaires formaient la classe des planteurs. Cette classe se subdivisait en grands planteurs et en simples planteurs. Les premiers possdaient les grandes proprits rurales et comptaient dans leur rang beaucoup de nobles ; ils formaient la haute aristocratie coloniale, bien que la fodalit de la mtropole n'y ft pas tablie. Les autres possdaient les proprits rurales de moindre importance ou celles des villes CO
B. L'autre classe de propritaires tait celle des affranchis qui avaient acquis des biens fonciers.
On sait les conditions dans lesquelles les affranchis apparaissaient. Multres, issus de l'union d'un colon blanc avec une indigne noire, l'affranchissement leur tait octroy par les soins de leur pre naturel. La mre bnficiait souvent de la mme faveur.
Cet acte, qui les levait une condition meilleure, s'appelait un acte de libert.
D'heureuses consquences en rsultaient. Voici, sur ce point, ce que prescrivait l'article 5q du Code Noir de Col-bert .;
Octroyons aux affranchis les mmes droits, privil- ges et immunits dont jouissent les personnes nes libres; voulons qu'ils mritent une libert acquise, et qu'elle (( produise en eux, tant pour leurs personnes que leurs biens, les mmes effets que le bonheur de la libert natu- relie cause nos sujets,
(i) Idem, page 270.


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En vertu de cette disposition du Code les affranchis acquraient donc facilement la proprit foncire Saint-Domingue.
Nous allons exposer, titre d'exemple, comment devint propritaire une ancienne esclave affranchie par son matre, ainsi que ses quatre enfants, multres libres.
La ngresse Marie Claire, le 8 mai 1771, fut affranchie par le sieur Pasquier, son matre, avec la permission des Gnral et Intendant de la colonie de Saint-Domingue, qui avaient rendu, cet effet, une ordonnance portant la date du i4 mars prcdent. L'acte de libert, consenti par le sieur Pasquier, fut enregistr par ses soins le i4 mai 1771 au Greffe de l'Intendance,
Neuf ans plus tard, Marie Claire, bnficiant d'une libralit testamentaire, devint propritaire de la manire suivante :
En l'anne 1780 le 20 novembre eut lieu la dlivrance d'un legs fait par le sieur Jean Etienne Pasquier, ngo- ciant Port-au-Prince, d'un lieu appel Petit Paradis , sis sur la route de Petionville :
A la requte du sieur Augustin Doir, commis de ngociant, institu par les testament et codicille reus par le Notaire soussign en prsence des tmoins les 3o aot et 6 dcembre 1776, comme l'un des excuteurs tes- lamcntaires chargs de requrir la dlivrance du legs, fait tant la nomme Marie Claire, surnomme Larampe, ngresse libre, qu' ses enfants : Lour, Franois Nol Gis- sel, multres libres, Marie Olive Emilie, Justine France oise dite Roxane, multresses libres : seuls enfants natu- rels,
Comparution de Marie Claire Larampe suivant le nom qu'elle en a pris au Greffe du Tribunal, conform-
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ment au rglement de Messieurs les Gnral et Intendant du 16 juillet 1773, demeurant au Petit Paradis, ngresse libre, ainsi qu'elle l'a justifi par la reprsentation qu'elle en a faite d'une expdition dlivre par Pont, ce Reprsentation :
ce 20 De l'expdition d'une sentence de celte juridic-e< tion, en date du 21 du mme mois, qui constate que ce ladite multresse Marie Olive Emilie est fille naturelle de ce la nomme Marie Claire surnomme Larampe, ngresse ce libre, qu'elle est ne le 19 novembre 1772 et baptise au ce mois de mars, ayant pour parrain et marraine.....


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3 D'un extrait des mmes registres constatant la naissance de Franois Nol Gissel, baptis le........
4 De Vexpdition de l'acte de libert de Justine Franoise dite Roxane, multresse, consenti par sa mre
(( naturelle par acte pass devant notaire le,.......
en consquence de la permission elle donne par.......
.............(i)
sur quoi Nous, Notaire soussign, avons donn acte aux parties de leurs comparution, dires et dclarations .
Et remise provisoire ordonne par la susdite sente tence des objets compris au legs, dont le recollement a t fait par nous, Notaire, sur une expdition nous re- prsente par ledit sieur Doir, en qualit, de l'inventaire des biens et effets dudit feu Jean Etienne Pasquier.
Nous avons extrait, ce texte d'un acte de dlivrance de legs, dont la minute est conserve dans les archives de Matre Pasquier, Notaire Port-au-Prince,
Tous les actes juridiques, emportant mutation de droits immobiliers, pouvaient rendre propritaires fonciers les multres libres.
De quelque manire que ce ft, il est incontestable que les affranchis de Saint-Domingue runirent assez vite entre leurs mains une part importante de la proprit du soi. L'historien Ardouin value la proprit des affranchis, en 180/1, au tiers de la totalit des droits immobiliers, dont les deux tiers appartenaient aux colons.
Les esclaves, nous le savons, furent toujours privs du droit d'acqurir. Ils formaient, comme il rsulte clairement du texte authentique que nous venons de reproduire, des
(i) Le pointill remplace des phrases illisibles ou des mentions que nous avons jug inutile de rapporter.


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immeubles par destination, susceptibles d'tre vendus avec les biens-fonds auxquels ils taient attachs perptuelle demeure,
2. Uinfluence de la Rvolution Franaise.
Aux dernires annes de la priode coloniale les ides rvolutionnaires, en honneur en France, faillirent renverser les vieux principes appliqus dans la Colonie.
Polvrel, aprs la \ictoire sur les troupes espagnoles, le 21 aot 1793, rendit une proclamation qui distribuait <( les proprits mobilires et immobilires des condamns <( aux ngres qui combattaient les ennemis de la Rvolu- tion (1),
Sonthonax, le compagnon de Polvrel, caressait l'espoir-d'atteindre au mme but, avec des moyens diffrents.
Nous savons comment les planteurs ragirent contre cette politique, si funeste leurs intrts. En sorte que les ides nouvelles proclames par les deux commissaires franais veillrent de grandes esprances et prparrent l'avenir, mais demeurrent sans rsultat pratique immdiat.
Il ne semble pas que le passage de Toussaint-Louver-ture au pouvoir ait t marqu par une srieuse refonte du rgime agraire. Les grands propritaires conservrent toujours une autorit humiliante sur l'ensemble des noirs, malgr l'ordre de Toussaint-Louverture supprimant l'esclavage. En fait, les mmes mauvais traitements taient infligs aux ngres devenus libres. Les noirs, attachs aux habitations de leurs anciens matres, devaient continuer d'y travailler la culture de la terre. Ils ne pouvaient changer
(1) Docteur Franois Dalencour : Le Sauvetage national par le retour la terre, chapitre II, Largentire (Ardche), 1923, page k-


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d'habitation que si l'autorit militaire le permettait. Cette politique a suggr cette rflexion amre au Docteur Dalencour, partisan intransigeant de la petite proprit : L'an-(( cien esclave (Toussaint-Louverture) fut aussi dur que les anciens matres, l'gard de ses malheureux frres (i) .
Le systme de la petite proprit n'entrait donc pas du tout dans les vues du Gouverneur Gnral, trop imbu des prjugs coloniaux. On peut mme dire qu'il s'effora de maintenir l'ancien rgime, menac par des principes plus libraux, en empchant c. la formation de la petite proprit par sa dfense aux notaires de passer des actes de vente au-dessous de 5o carreaux (2) de terre (3).
Section II LA REVOLUTION AGRAIRE
1. L'expropriation des Colons
L'Acte d'Indpendance fut le point de dpart d'une grande rvolution agraire. Tous les colons furent expropris et les terres vacantes passrent aussitt au domaine de l'Etat.
C'est la Constitution impriale d'Hati, en Tanne i8o5, qui sanctionna le nouvel tat de fait.
L'article 12 de la Dclaration prliminaire de cette Constitution prcise qu' aucun blanc, quelle que soif sa <( nation, ne mettra le pied sur ce territoire, titre de ma-
(1) Docteur Franois Dalencour: Le Sauvetage national par le retour la terre, chapitre II, Largentire (Ardche), 1923, page 6.
(2) Mesure agraire un peu suprieure l'hectare.
(3) Armand Thoby : La question agraire en Hati, Port-au-Prince, 1888, page 25.


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tre ou de propritaire et ne pourra l'avenir y acqurir aucune proprit ,
L'article 12 des Dispositions gnrales dclare que toute proprit qui aura ci-devant appartenu un blanc (( franais est incontestablement et de droit confisque au profit de l'Etat ,
L'article i3 carterait tout doute, s'il en tait besoin. Il est ainsi conu : Tout Hatien ayant acquis une pro- prit d'un blanc franais, et n'aura pay qu'une partie du prix stipul par l'acte de vente, sera responsable, en- vers les domaines de l'Etat, du reliquat de la somme due ,
Il aurait t surprenant qu'un changement aussi brutal s'oprt sans injustices et mme sans scandales. Les colons, dont la plupart avaient quitt Saint-Domingue bien avant son indpendance, avaient pris quelques prcautions avant leur migration. Ils avaient lou ou vendu leurs terres des indignes. Aprs leur dpart, des noirs ou des multres s'installrent sur les terres devenues vacantes, les uns en possession de titres, les autres dpourvus de tous droits. Quant aux affranchis, comme nous le savons, beaucoup taient devenus propritaires. Mais ne furent pas rares ceux qui se prtendirent, sans titre aucun, hritiers naturels d'anciens colons dont, par hasard, ils portaient le nom.
Ces situations, qui heurtaient l'quit, ne laissrent pas d'apporter une grande confusion dans les problmes soulevs par la nouvelle charte de la proprit. Dessalines s'indigna au rcit des escroqueries pratiques l'occasion de l'application de la Constitution. Avant la prise d'armes contre Leclerc, disait l'Empereur, les hommes de couleur, fils de blancs, ne recueillaient point les successions de leurs <( pres ; comment se fait-il, depuis que nous avons chass


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les colons, que leurs enfants rclament leurs biens ; les noirs dont les pres sont en Afrique n'auront donc rien... Prenez garde vous ngres et multres, nous avons tous combattu contre les blancs, les biens que nous avons conquis en versant notre sang appartiennent nous tous, j'entends qu'ils soient partags avec quit .
A ces paroles rpondirent des actes. Les contrats, que les colons passrent avant leur dpart avec les indignes, furent annuls. En outre, certains affranchis propritaires, suspects d'usurpation, furent obligs de prsenter leurs titres sur rquisition d'envoys du Gouvernement.
Une telle nergie cota cher Dessalines. En 1806, le premier Empereur d'Hati voulut porter quelques-uns <( de ces concitoyens produire les titres en vertu desquels ils prtendaient exercer des droits de proprit sur cer- faines portions de terrain qui auraient d revenir au Domaine national, mais dont ils s'taient empars par fraude ou par force ; en mme temps il exigeait d'un petit nombre d'individus qui .avaient occup, sans en avoir le droit, des plantations ayant appartenu d'an- ciens colons dont ils portaient les noms, de prouver par actes ou tmoignages authentiques, qu'ils taient les fils ou les parents de ces anciens colons et qu'ils en pouvaient hriter. Ces titres, ces actes ou tmoignages, peu de perte sonnes taient en mesure de les produire. Les faux pro- pritaires fomentrent une rvolte laquelle on prit la <( prcaution de donner une couleur politique pour en mas-ce quer la vritable cause (1),
(1) Louis-Joseph Janvier: Les Affaires d'Hati, Paris i883-i884, page i55.


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Ainsi se vrifie dj ce que nous faisions remarquer dans notre conclusion sui l'Histoire d'Hati. La plupart des dsordres, des troubles civils furent provoqus par l'organisation dfectueuse de la proprit foncire.
Le soulvement du Sud doit tre imput au mcontentement des propritaires que Dessalines et ses secrtaires dpouillrent de leurs terres, aprs vrification gnrale des titres. Une fraude grossire consistait enfumer de faux documents pour leur donner le caractre apparemment authentique. L'empereur fut sans piti pour les dtenteurs d'actes apocryphes ou falsifis. Une vaste enqute fut confie ses collaborateurs et des victions nombreuses s'ensuivirent.
On ne pouvait rien trouver redire au principe de la vrification des titres. L'arrt suivant prouve au contraire une certaine sagacit :
Voulant mettre ordre aux abus qui ont eu lieu dans toutes les parties de l'empire, en prenant des mesures pour assurer aux vritables propritaires la paisible jouis- sance de leurs biens et rprimer les mises en possession illgales qui ont eu lieu,
Vu l'article ier du titre II de la loi du 28 mai qui or- donne que les enfants ns hors mariage, reconnus ant-<( rieurement la prsente loi, qui auront t mis en pos- session des biens de leurs pre et mre, en tout ou en partie, n'importe par quelle autorit lgalement consti- tue, sont tenus de justifier de nouveau, et ce, pardevant le ministre des finances, des titres en vertu desquels ils ont t mis en possession ;
Vu les dispositions de la susdite loi', le ministre des Finances et de l'Intrieur arrte ce qui suit


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Art. ier. A dater du i" aot prochain, tous les propritaires indistinctement, sont tenus de se prsenter au secrtariat des finances et de l'intrieur, nantis de leurs titres de proprit vrifis, viss et enregistrs pour recours au besoin, et leur tre dlivr de nouvelles mises en possession.....
Art. k- Les administrateurs des divisions mili- taires sont tenus de former le cadastre gnral des pro- pritaires de leurs divisions d'aprs les nouvelles mises en possession qui leur seront dlivres en vertu de Tarte ticle i01' du dit arrt.....
Le prsent sera soumis la sanction de Sa Majest pour en ordonner ce qu'Elle jugera propos.
Approuv comme ci-dessus, au palais impri'al du Cap, le l\ Juillet i8o5, Tan 2e de l'Indpendance d'Hati.
(Sign) Dessalines,
Contresign par Vernet, le Ministre des Finances et de l'Intrieur ,
Nous verrons plus tard que les passages de cet arrt, o la confection du cadastre est envisage, restrent lettre morte. Quant aux mesures de contrle et de rpression destines atteindre les faux propritaires, elles ne furent peut-tre pas appliques avec toute la probit dsirable.
Voici ce que l'Historien Madiou nous apprend :
Aussitt aprs la publication de cet arrt, tant au Cap que dans les autres villes de l'empire, les proprit taires et les fermiers se htrent de s'y soumettre, en envoyant leurs titres ou en les apportant eux-mmes au


<( visa du ministre des Finances et de l'Intrieur, Ce fut une occasion d'normes bnfices pour les employs de ce ministre ; ils se firent plusieurs piastres pour chaque signature appose au bas des pices ; plusieurs d'entre eux firent mme viser, en transigeant avec leurs devoirs, des titres qui n'taient pas en rgle (i).
Ce travail de contrle ne put donc tre men bien pendant longtemps.
L'insurrection eut raison de l'autorit et la mort tragique de Dessalines reprsente, si l'on peut dire, le premier pisode sanglant de la reconstruction agraire depuis l'Indpendance,
L'Empereur, domin surtout par le souci de dcouvrir les profiteurs de la Rvolution de 180/t, afin de faire entrer dans le domaine de l'Etat toutes les terres qui devaient y figurer, n'eut pas une politique agricole et sociale bien diffrente de celle de Toussaint-Louverture.
Il se rserva le droit d'attribuer des proprits importantes, de grandes habitations aux chefs militaires, gnraux et colonels, et aux fonctionnaires civils les plus levs. Mais les biens de l'Etat, d'une manire gnrale, furent afferms pour une dure normale de cinq annes. D'aprs un Rglement des Cultures, qui fut jug avec une grande svrit, les cultivateurs placs sous l'ordre d'un propritaire ou d'un fermier de l'Etat avaient droit au quart des produits du sol. En fait ces hommes produisaient, rcol- taient les fruits de la terre et ne recevaient pas bien souci vent le prix de leur travail, ils ne jouissaient pas de ce qu'il leur revenait, et ils taient encore contraints un travail forc, comme sous les colons, par de mauvais
(i) Thomas Madiou fils : Histoire d'Hati, tome III, page 206.


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<( traitements : de l leur tendance se rfugier dans les villes pour s'y soustraire (i).
La physionomie gnrale du pays, malgr les grands bouleversements apports par le nouveau rgime politique, n'avait donc pas subi de changement bien sensible. A la place des planteurs d'autrefois, un propritaire gant : l'Etat, reprsent par des fermiers d'une svrit, d'une duret extrmes envers d'anciens esclaves, demeurs astreints au travail forc.
Bien qu'il soit difficile de discerner dans la politique de Dessalines tout ce qui est imputable la volont de ce monarque, plac la tte d'un Etat frachement form, en butte aux convoitises soudainement veilles de ses compagnons, il semble que le bon sens dconseillait de pratiquer celle manire de systme fodal, si contraire aux aspirations de la population rurale.
Des esprits mme se sont demands si l'entreprise de vrification des titres, cette poque, n'tait pas une faute politique et si les signataires de la Rsistance l'oppression, la veille de la mort de l'Empereur, n'avaient pas raison d'tre mcontents du cong injuste donn des milliers de famille, surprises sur leurs terres sans titres de proprit.
Le Gouvernement n'a peut-tre pas considr, en effet que le fait d'tre rest plus de dix, vingt pu trente annes sur un bien confrait, dfaut de titre, le droit se prtendre propritaire.
Sans aller jusqu' reprocher Dessalines et quelques chefs militaires d'avoir song rester les seuls propritaire) Beaubrun Ardouin : Etudes sut l'Histoire d'HiXti, page n6.


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res de tout Saint-Domingue (i), nous pensons qu'il y avait une autre altitude adopter pour asseoir un rgime de proprit solide, favorable la sant morale et la prosprit matrielle du pays. Cette attitude sera celle de Ption, le successeur de Dessalines.
2. L'apparition de la petite proprit
A. Ption a inaugur une politique agraire qui jusqu'alors n'avait t qu'bauche en Hati. Il partagea, au profit de ses compatriotes les plus mritants, une partie importante des terres de l'Etat. Celte tche fut poursuivie d'une manire si humaine qu'elle provoqua l'loge de la plupart des historiens et l'admiration de tous les chefs d'Etat hatiens.
Armand Thoby, trs clairvoyant dans les questions d'conomie politique, a fait remarquer qu'au lendemain de l'Indpendance l'opinion que la prosprit de l'Etat tait attache au maintien de la grande proprit et de la <( grande culture (2) prvalait dans les esprits clairs.
Les dirigeants, pour cette raison, se seraient vus dans la ncessit d'organiser des ateliers agricoles et de maintenir, en quelque sorte, te travail collectif servile.
Ption, converti au systme de la petite proprit dont il avait admir les bienfaits en France, conut sa tche d'organisateur dans un esprit tout autre. Il regardait l'affermage des terres de l'Etat comme un procd prjudiciable aux intrts de l'agriculture. Il avait la conviction qu'un?
(1) Docteur Franois Dalencour : Le Sauvetage National par le retour la terre, chapitre II, Largentire (Ardche), page 9.
(2) Armand Thoby : La question agraire en Hati, Port-au-Prince 1888, page 6.


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| petit propritaire apporterait plus de zle, plus de dvouement cultiver la terre qu'un mercenaire aux ordres d'un .fermier puissant. L'tablissement de la petite proprit, ;dans sa pense, devait tre le meilleur moyen de fixer au /soi le paysan hatien que l'instinct de conservation par la ) suite lierait au rgime, attacherait l'Indpendance. Et i puis, y avait-il meilleure rcompense offrir aux dfendeurs de la patrie qu'une part de la terre qu'ils avaient arrache l'ennemi ?
Sous l'influence de ces nouvelles ides, la politique de Dessalines fut compltement abandonne. Certaines mesures, qui avaient entran la dpossession de propritaires ruraux, furent mme rapportes.
Le Snat, le 9 fvrier 1807, prit ce sujet un arrt rparant certaines injustices. Voici le dbut de ce texte, reproduit dans le Code Domanial de MM, Nau et Telhomme:
<( Le Snat, considrant que s'il est juste de remettre << en possession de leurs biens ceux qui en ont t dpos- sds arbitrairement, il est galement juste de rendre l'Etat les biens dont certaines personnes se sont empares, sans aucun titre ; aprs avoir dclar l'urgence, dcrte ce qui suit :
Article 1. - Toutes personnes dpossdes de leurs biens et dont les titres de proprit ont t perdus, ou incendis dans les vnements qui1 se sont succd dans cette le pourront y suppler de la manire suivante :
e< Article a. Elles se prsenteront pardevant le trie bunal de paix de leur commune, etc., (1)
(1) Maurice Nau et Nemours Telhomme: Code. Domanial, Port-au-Prince, ig3o, page i5.