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HIDE
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 Acknowledgement
 Table of Contents
 De la religion du negre
 Du vaudoux
 Du culte ou de la religion des...






Group Title: vérité sur le vaudoux
Title: La vérité sur le vaudoux
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 Material Information
Title: La vérité sur le vaudoux
Physical Description: 4, 67 p. : ; 22 cm.
Language: French
Creator: Légitime, François Dénis, 1842-1935
Publisher: s.n.
Place of Publication: Port-au-Prince
Publication Date: 1892?
 Subjects
Subject: Voodooism   ( lcsh )
Religion -- Culture -- Haiti -- 19th Century
Genre: non-fiction   ( marcgt )
Spatial Coverage: Haiti
 Notes
General Note: "Ce fasicule imprimé à 100 exemplaires."
 Record Information
Bibliographic ID: UF00081404
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: oclc - 21731250

Table of Contents
    Front Cover
        Front Cover 1
        Front Cover 2
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    Acknowledgement
        Acknowledgement
    Table of Contents
        Table of Contents 1
        Table of Contents 2
    De la religion du negre
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    Du vaudoux
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    Du culte ou de la religion des ancetres
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Full Text


LE GENERAL LGITIME
ANGIEN PRESIDENT DE'LA REPUBLIQUE D'HATI
-4.


LA VRITE


LEVAUROUX
LE VAUDOUX


Audite, insule, et
attendite, populi de'
lone (Isaie )


PORT-AU-PRINCE.- (HAITI.)




























UNIVERSITY
OF FLORIDA
LIBRARIES







.A MERICA



-- --






LE GENERAL LGITIME
ANCIEN PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE D'HATI


LA VRIT

SUR


LE VAUDOUX


Audite, insult, et
attendite, populi de
lone (Isaie *)


POR'-AU-PRINCE.- (HAITI.)




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UNIVERSITY OF FLORIDA

3 1262 04539 0613
3 1262 04539 0613


Avis Important

Ce fascicule imprim a 100 exemplaires, est

destiny uniquement aux amis, qui sont priL :.

le retourner a l'auteur aprs l'avoir lu et de

vouloir chacun lui communiquer ses impres-

sions.











LA VRIT
SUR


LE VAUDOUX
'w-J

CHAPITRE Ier
DE LA RELIGION DU NGRE.

Voudoux en Hati.
Deuxime Partie.


CHAPITRE ler Mditations sur les conditions phy-
siques du lieu et I influence du milieu.
S 2 Etat de la question.
S 3 De la Divination,
4 De la Sorcellerie.
5 De l'Antiopophagie.


1er
'9


Troisime Partie
- De la Qtiestion dps Races hu
- De la formation et de la d
des Races,
- De l'lluianit,
- De la nationalist Haitienne,
- De l'Evolution social,


iiigaines,
livorisit


Quatrieme Partie
ler Des Difficu tes et la Solution du pro-
blme social
2 De la Lgislation Gnrale.
3 De la loi d'Amour.


pr-


CHAPITRE
f


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CHAPITRE






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UNIVERSITY OF FLORIDA



3 1262 04539 0613


Avis Important
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LA VRIT
SUR


LE VAUDOUX


CHAPITRE Ier.
DE LA RELIGION DU NoGRE.

Pour connatre la vrit, une rvlation et plus sou-
vent une enqute devient ncessaire. L'opinion autant
que la justice recourt toujours ce dernier moyen
afin de s'clairer. C'en est absolument le cas pour la
vrit sur le Vaudoux. vieux culte don't les rites et
les crmonies ne cessent, parat-il, d'tre encore un
mystre pour le monde.
Ainsi quiconque voudrait voyager, aller en Afrique
,en vue de s'en rendre compete, en reviendrait srement
dcourag s'il ne s'tait donn la peine d'investiguer
.au pralable sur ce su.et, vulgaire et pourtant si pal-
pitant
Mais comment procder?
Plus vaste que l'Europe, l'Afrique est envahie de
.puis des sicles par une grande multitude de peuples
diffrents de races, de langues et de religions.
Et, plus grave inconvnient pour qui veut y pntrer,
ce pays n'offre sur une superficie de 1820 lieues de
longueur et de 1650 de larger, qu'un petit nombre
de rivires navigables.
< Son circuit de 7.000 lieues de ct ne comprend
que quelques ports et rades prsentant un abri aux











vaisseaux, enfin aucun golf n'ouvre un chemin vers
l'intrieur de cette grande masse de terre. Un isthme
troit celui de Suez, la rattache par le Nord-Est au
continent asiatique: ainsi, elle est borne au Nord par
la Mditerrane, l'Ouest par l'Ocan Attlantique, au
Sud et l'Est par l'Ocan Indien et au Nord par la
Mer Rouge. L'Equateur Ta partage par le milieu. (1)
La configuration de ce continent n'empche pas
cependant toute communication avec l'intrieur. Dans
le pass, alors qu'il tait rput inconnu, quelques
voyageurs avaient pu y accder sans risque. On peut
citer entire autres Ren Calli, le Capitaine anglais
(larperton, et plus rcemment Levingston, Stanley,
Baratier qui, apr's avoir heureusement traverse, ce
continent de l'Ouest a l'Est, en sont revenues sains et
saufs, racontant les uns ce qu'ils avaient vu et admir,
les autres ce qu'avaient pu leur suggrer l'imagination,
mais rien du Vandoux.
C:eux qui en parlaient rptaient simplement ce que
d'autres en avaient dit.
A quidonc faut-il alors s'adresser pour tre renseign
exactement sur le Vaudoux ?
Les anciens historians et gocraphes se taisent ce
sujet, Malte Brun l'un des meilleurs consulter n'en
fait mme pas allusion, ii'eu donne aucun indice
part les superstitions qu'il rapporte d'aprs le dire non
control des voyagers. Mais en compensation, sa go-
graphie publie en 1838 content sur la flore et la
faune de l'Afrique, sur son climate, sur les meurs et
la religion des habitants de ce pays,de prcieuses in-
dications que voudrait obtenir tout individu allant cn
Afrique pour un motif quelconque.


_ IJ _


0l) 1Maltp-Brun.










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Le tout peut d'ailleurs se rsumer dans le tableau
suivant :
Le climate gnral de l'Afrique est celui de la zone
torride; rien n'y tempre la chaleur: quelques pluies
priodiques, les vents de mer et l'lvation du sol. Il
est de mme remarquer que ces trois circonstances
se runissent quelquefois dans un plus haut degr sous
l'Equateur que dans la zone tempre. Ainsi, quelques
parties de la Guine, de la Nigritie et de l'Abysinie
jouissent d'une temperature infiniment moins brrante
et moins sche que les dserts sablonneux au Sud du
Mont Atlas, quoique ceux-ci soient loigns de 30
degrs de la ligne quinoxiale. Partout o le sol est
humect, la vgtation acquiert la plus.grande vigueur.
Les dserts qui rgnent aujourd'hui sur cette parties
des ctes de la Mditerranne o les Anciens avaient
fond des colonies si florissantes, indiquent la richesse
que pourraient acqurir certaines contres de l'Afrique
si elles taient places sous l'influence de la civi-
lisation.
(omme products de celte riche contre, l'auteur a
cit la Vigne $d Barbarie et, prs du Cap de Bonne
Esprance, le froment, l'orge et le riz. La vgtation
naturelle, dit-il, se dveloppe en divers endroits avec
une vigueur particulire. La plupart des montagnes
sont couvertes de forts don't les arbres ne cdent en
majest aucun de ceux de l'Italie et de l'Espagne et
des autres rgions du globe; celles du Mont .Atlas
galent les plus belles forts de l'Italie et de l'Espagne;
celles de la Guin.e, de la Sngambie, dii Congo et
de la Nigritie rappellent les paisses forts de l'Am-
rique Mridionale.
On reconnait dans cette court numration quel-
ques-uns des caracteres de la vgation Asiatique.
Le rgne animal prsente plus d'originalit, L'Afrique









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possde la plupart des animaux de l'Ancien Continent,
mais ils y sont plus vigoureux: le cheval de Barbarie
le bull du Cap, le mulet du Sngal en sont des exem-
ples. Le lion de l'Afrique est le seul digne de ce nom;
l'lphant et le rhinocros, d'une taille moins colossale
que ceux de l'Asie, ont beaucoup plus d'agilit et peut-
tre plus de frocit...
Il n'en faut pas d'avantage pour faire cmprendre,
au point de vue gographique, ce qui rapproche et di-
vise en mnAme temps les populations vivant depuis
des milliers de sicles, sous un climate different dans
chacune des trois parties de l'Ancien Continent.
On en a bien vite l'impression lorsque de l'Equateur
au Ple Nord, on se rappelle la diversity des nuances
qui distinguent ces populations et les fait classer en
trois grades categories sous l'pithte de race blanche
race jaune et race noire.
Malheureusement, ce qui frappe le plus souvent
l'observateur, c'est le movement regressif et progres-
sif qui, suivant les conditions de lieu et du mode de
travail plus ou moins favorable au dveloppement de
la civilisation, sert fire mal juger de l'aptitude de
ces diffrents peoples.
Malte iBrin en a fait la remarque: les rives africaines envoyrent des colonies gyptiennes
porter dans l'Europe savage les premiers germes de
la civilization ; aujourd'hui, l'Afrique est la dernire
parties dlu monde qui attend de la main des Europens
le joug salutaire de la legislation et de la culture .
C'est deplorable. Il n'est pas moins vrai, d'aprs
l'histoire, que jadis existait une civilisation africaine
don't on parle peu, mais don't les ruines attestent encore
l'existence, soit Tomnbouctou, dans la Sngambie,
dans l'Acliantie, enfin dans toute la zone central de
ce continent, le Takour, surnomm la NIGRITIE











cause des noirs, qui y ont t refouls par l'invasion
successive des peuples alors mieux arms, mieux orga-
niss et plus puissants.
Aux gnrations qui en avuaent perdu le souvenir,
Amlineau se fit un jour le devoir de le leur rappeler.
Parlant dans une assemble de savants, il dit en ter-
mes qui ne laissaient aucun doute:
< On est habitu aujourd'hui croire que la civilisa-
tion, notre civilisation, drive de la civilisation grec-
que et romaine. Je connais bien des gens qui se si-
gnent . . . . . .. . . . . . ... .
come s'il s'agisssait l de chasser un esprit mauvais,
disons simplement qui regardaient comme un tmraire
quiconque tente d'etablir qu' une poque o la Grce
n'existait pas encore, je veux dire une poque o elle
n'avait pas rec les populations qui la constituaient
dfinitiveme it, l'Egypte tait -son dclqin. Et cepen-
dant, nous n'ayons qu' prter l'oreille aux grands
crivains grecs, aux sages, aux L4gislateurs pour en-
tendre les plus grands d'entre eux se glorifier d'avoir
visit l'Egypte, d'avoir tudi sous ses prtres et
d'avoir rapport dans leur pays le fruit de leurs en-
seignemeis. Ils se faisaient eux-mmes honneur
d'avoir t puiser la science ou leur art dans les coles
les plus clbres de l'Egypte et nous nous refusons
de croire que la Grce doit quelque chose l'Egypte.
Amlineau avait raison ; les IHaitiens co-lri-
tiers des traditions africaines, auraient assurment tort
de ne pas v songer toujours pour s'en fair uin mrite,
un litre d'honneur, l'honneur de toute une race, ce
en quoi rside et peut tre mesure, la valeur ini-
tiale de l'Espce humaine.
Oui, c'est un fait bien tabli et consacr par l'histoi-
re : une civilisation africaine,' la plans morale, la plus
savante, la plus fruciueuse existait dans le pass.









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Or, se peut-il qu'il en reste seulement le vaudoux, ce
culte tant dcri, don't le type semble-t-il, n'a pu enco-
re tre rpr que dans le milieu haitien I
IIl serait absurde de le penser. Aussi avons-nous plus
que personnel 4'intrt fouiller dans cet amas de re-
ligions et de superstitions qualifi Religion du ngre
pour essayer d'en dgager l'esprit.
Le Dr. Eugne Verrier nous en fournit le moyen.
President de la section africaine souche la Socit
d'Ethnographie, il avait de son vivant toute l'autorit
pour parler avec competence et en connaissance de
cause. Ds les premiers mots, il nous rassure et nous
oriented.

On a costume, dit-il, de signaler la religion du ngre
come une forme particulire du polythisme avec le
nom singulier de ftichisme. Cependant, en tudiant
exactement cette matire intressante, on trouve que
cette religion ne possde pas un caractre bien tran-
ch, ni qu'elle soit d'une forme svre relativement aux
cinqs religions des aulres peoples qui vivent encore
l'tat natural, except pourtant pour ce qui touche
certaines crmonies extravagantes et fantastiques qui
tiennent au caractre mme du ngre et qui dteignent
sur totes ses actions.

Cette opinion toute fois ne peut tre soutenue que si
l'on considre seulement cette religion dansses crmo-
nies extrienres, on si l'on appuie son interpretation sur
des suppositions arbitraires comme la fait M. le profes-
seur Adolphe Wutlke, ( Geschichte des Heindenthums
1, 69, 71. Mais par une investigation plus exacte et
plus complete dans Idquelle, aujourd'hui, plusieurs
savants consciencieuxr.Font ehgags avec succs, on









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parvient ce rsultat inattendu que plusieurs tribus de
ngres chez lesquelles on ne peut coffstater, ni mme
supposed l'influence de populations plus civilises, ont
fait des progrs plus grands dans le dveloppement
de leurs ides religieuses que presque tous les antres
peuples plus avancs en civ.lisation.
Ce dvloppement nous permet de dire que ces ngres
se trouvent sur la limited du monothisme, bien que
leur religion soit encore mle d'un grand nombre de
grossires superstitions qui nuisent dans d'autres
tribus au dveloppement d'ides religieuses plus le-
ves,
M. Wilson, l'auteur de l'ouvrage Western Africa, its
history condition and prospects, London 1856,p.209. nous
a donn la meilleure relation sur la religion iuin ngre.
Dans ce travail, l'auteur s'empresse de prouver que
I'on a nomm ftichisme l'adoration d'objets particu-
liers auxquels le ngre attribue des forces surnatu-
relles, sans cependant cesser de croire en un seul
Dieu. D'aprs une note dj publie dans l'histoire
gnrale des royaumes du monde, T. III, p. 466, les N-
gres supposent l'existence d'un tre supreme, crattf.
de totes choses, don't ils invoquent le nom par trois
fois dans toutes les grades et solennelles occasions.
11 n'y a aucun doute contre cette affirmation qui con-
serve sa valeur, quelques restrictions prs.
Une grande quantit de tmoins sont unanimes
prouver que les ngres partir des Yolofs, dans le
nord, jusqu'aux Loangos, dans le Sud, croient a un
Dieu supreme et bon come Crateur du monde et
ils lui donnriieiu nom particulier.
Ces preuves, quoique nombreuses, ne doivent ce-
pendant tre admises qu'avec precaution parce que
d'autres sources nous confirment dans l'opinion qu'au.
cun culte n'tait accord l'tre clment (Winter-









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battom, 1805, p. 284 : Park, t. II, p. 24 et d'autres )
et qu'aucune lgende sur l'histoire de la creation ne
Parait se retrouver chez les Ngres, spcialement sur
la creation des homes qui, d'aprs eux, seraient ve-
nus de la terre, sorts de trous ou descendus des arbres
Quelques doutes que ces'i.ernires indications puis'
sent jeter dans l'ide d'un Dieu unique, ils doivent
cependant se dissiper devant les temoignages plus cer-
tains qui citent les noms que porte l'tre supreme chez
les peuples ideireligieuses indpendantes des autres
religions monothistes ou n'ayant pas t influences
par elles.
Ces noms, dans la plupart des cas, signalent l'tre
supreme et les puissances clestes qui donnent la pluie
et le beau temps come aussi, quelquefois, le soleil.
Les EDEEYAHs de Fernando Po, vnrent ROUPI com-
me un tre supreme, en admettant beaucoup de pe-
tits dieux comme intermdiaires. Les DUALLAS. sur le
fleuve Cameroun appellent galement ROUPI le grand
esprit et le soleil ( Allen and Thompson, ep. 11, 199,
395 note )
Les YORUBAS croient OLOROUN come au Seigneur
du Ciel (ep. M. Tucker Abbeokut a or Outline of the
origin and progress of the Yoruba mission, 51h ed., Loii-
don, 1856, p. 192, note et les YEUUS prient genoux,
le visage centre terre, le crateur du monde invisi-
ble qu'ils nomment leSeigneurou roi da ciel (ep. d'Ave-
Zacr, 1 I. )
Dans l'Aura, M Kiner nous fait observer qu'on
tem:igne an soleil levant une espce dei vnration
( Nachrichten von der Kuster Guinea, Copenhag et
L ipzig 1769, p. 84 ) penda't que M. Ziminermann,
( Grammatical Skech of the Aura or Ga Language and
Vocabulary, p. 337), dit qu'aucune adoration n'est ac-
corde a des choses particulires.









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Iougmaa signal en mme temps le Dieu supreme et
la pluie dans l'Aquapim, c'est--dire dans le language
lankkupong, l'opposition du bon et du mauvais prin-
cipe.
Halleur, dans les comptes rendus mensuels de la
Socit de Gographie de Berlin ( nouv. srie, IV, 87 )
signal le Dieu supreme et le temps; galement le
Magasin de la Mission de Ble, anne 1837, p. 559.
ainsi que Bonny.
Dans l'Afrique Orientale, chez les Mascouas, un seul
mot signifie tout la fois Dieu, le ciel ou un nuage
( ep. Koler, Gottingam, 1848. ) Sait Travel to Abyssinia,
1809, 1810, London, 1814 p. 41. Les Ngres voient prin-
cipalement dans les clairs, le tonnerre et les orages
la presence d'un ltre supreme. (Monrad, 1805. 1809.
Mis Norton, A Rsidence at Sierra Leone, London, 1849,
p. 96. )
Dans le royaume de Dahomey, le soleil est consi-
dr comme l'tre supreme ; cependant jamais il n'y
a t ador, (cp. Omboni, Viaggi nell' Africa occiden-
tale, Milano, 1845, p. 309 .)

Nous devons donc, en presence de ces tmoignages
bien constats, abandonner l ancienne opinion si pro-
fondment enracin que la religion des ngres ne con-
siste que dans un culte grossier de ftiches, qui nous
a t dcrit souvent d'une manire compltement
absurde, et nous ne devons pas persister davantage
dans la prtention abstraite que les Ngres ne sont pas
susceptibles de croire a aucun ibon principle, vu qu'ils
n'attendent d'aucun tre suprieur des faveurs qui pour-
raient leur plaire ( Foole, Africa and the American flug,
New-Yoik, 1854, p. 55 ).










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M. le docteur Matli, mdecin de la marine, a pris
subrepticement Outeha, sur les boards du Niger, une
idole compose de plusieurs dieux qui semblaient tre
adors par les Ngres de la contre. Si ce n'est pas l
un culle spirituel, toujours est-il qu'il y a dans l'en-
semble de ces dieux runis une ide suprieure au
flichisme et au gris-gris des sorciers du pays.
.................. .** **
Nous possdons encore, heureusement du reste, d'au-
tres preuves qui loigneront tous les doutes au sujet
de l'exislence d'une ide religieuse chez le Ngre.
Les Ibos experiment ainsi leur foi en matire de reli-
gion : Tschoukou a tout fait. les hommes blancs et les
inoirs. Il a deux yeux et deux oreilles, un dans le ciel
et l'autre sur la terre. 11 ne dort jamais et il est invi-
sible. Cependant, l'homme de bien le voit aprs sa
inmti, mais le mchant va dans le feu ternel. Dans
une ville de ce pays d'Ibo, o il done ses oracles, se
trouve sa demeure, sa voix sort l des entrailles de la
terre.
Il extend tout ce qu'on dit de lui, mais il ne peut
cependan se manifester qu' celui qui s'approche de lui,
le prie,l'adore ou croit en lui. Schon and Crowter, Jour-
nal of the expedition o/ the Niger 1841, London, 1842,
p. 51. et ibid. l'anecdote, p. 72. L'existence d'un esprit
se manifestant partout en tendant sa puissance sur les
peuples les plus loigns de la manire la plus efficace,
n'a rien qui choque les ides du ngre ; elle est plutt
au contraire un besoin pour sa nature.
La ville d'Ife dans le territoire de Kakomda est con-
sidre come la residence gnrale des dieux ( 5c
longitude orientale et 80 latitude septentrionale ) ; c'est
l d'o ils tirent leur origin ; c'est l d'o l so(leil et
la lune sortent tous les jours de la terre o ills taient










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primitivement enfouis et o ont t crs les premiers
hommes ( Mistress Tucker, Abbeokuta, or an Outline
of the original and progress of the Yomba Mission 5, de
London, 1856, p. 248 ). Macou est considr par l
peuplade de langue Ecohe, come le premier des tres
suprmes ; il a cr les homes et les dieux infrieurs
l'aide desquels il gouverne le monde (Schlegel, 1857
XII ). Le Dieu supreme et le crateur du monde est,
pour le Ngre de la Cte d'Or, Njongmo ou Jonginaa,
le ciel qui se trouve partout et qui existe de toute ter-
nit. Un adorateur de ftiches exprimait un jour sa
foi naturelle par ces paroles : Nous voyons chaque jour
comment par la pluie et par le soleil qu'il envoie (le
ciel Njongmo ) l'Frbre. l'herbe et le grain pousse, com-
ment ne serait-il pas le crateur de toutes choses ?
Cette religion de la nature n'est pas sans posie. Les
nuages sont le voile et les toiles sont les ornements
du visage de Njongmo.
Il envoie ses enfials les Worngs ou esprit de l'air, qui
lui servent, sur la terre, transmettre ses ordres et o
ils ont accomplir des commissions. Et, cependant, ce
Ngre tait un aJorateur des ftiches Du reste. les
homes qui croient aux ftiches comme les hommes
rellement religieux s'adressent trs souvent sans ii-
termdiaire la bienveillance de Njongmo pour le
prier de leur donner manger le pain de chaque
jour et de leur procurer des bndictions chacune
de leurs maladie; enfin, ils l'invoquent tous les matins
aunlever du soleil. ( Magasin de la Mission de Ble,
1856, 11, 128. )
N'y a-t-il pas l un rapprochement fire avec la
prire dominicale des chrtiens ? Peut-tre concevra-
t-on des soupons que ce rcit embellit trop laJfoi des
paiens, mais il est rapport par un missionnaire chr-
tien.











Chaque martin, come nous lisons dans l'Histoire
gnrale des royaumes du monde, t. III, p. 466, les
Ngres se rendent ensemble vers le fleuve voisin, se
lavent et repandent une poigne d'eau et de sable
sur leur tte : ils ferment et ils ouvrent leurs mains
en prononant plusieurs reprises et voix basse le
nom : Eksuvair, ils lvent leurs yeux vers le ciel
et rsument leurs prires dans ces paroles : < Dieu,
donne-moi aujourd'hui du riz et du yams, de l'or et
des agries ; donne moi des esclaves, des richesses et
de la sant, afin que je puisse tre vif et agile. C'est
essentiellement la mme foi qui se retrouve chez les
Aquapims, le Dieu supreme est contempl dans le fir-
mament, le second Dieu s'occupe de la terre come
la nourricire de l'humanit et le troisime qui com-
plte la trinit divine est le premier des ftiches ( Bo-
sumbra ).
A la veille d'une .grande entreprise, on prlude par
une libation gnrale laquelle on convie en ces ter-
mes cette Trinit divine ; Crateur, viens et bois ;
Terre, viens et bois ; Bossumbra, viens et bois. ( Ibid.
1852, IV. 237. )
Par suite des guerres intrieures et de la traite des
esclaves avec les Europens, des ides religieuses plus
completes paraissent avoir t repousses par plusieurs
peuples de ces contres o elles ont perdu toute pr-
pondrance On retrouve cependant chez les Odseliis
( Aschanti ) des traces d'une volution religieuse plus
avance ; il est vrai qu'il appellent encore ciel, l'tre
supreme, mais ils entendent .souvent par ce mot un
Dieu personnel don't ils disent qu'il a fait toute les
choses.qu'il est le dispensateur de tout bien et qu'tant
present partout il sait tout ce qui se passe et connat
les penses des homes et n'a piti d'eux qu'en raison
de leur misre. Des esprits infrieurs gouvernent le
monde d'aprs ses avis et seulement les plus mchants










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d'entre eux reoivent des hommages et des sacrifices
( Rus, Magasin de la mission de Bale pour l'anne 1847,
IV, 244-248. ) Les Odchis possdent, d'aprs Rus, p.
VII, une ide assez exacte de la divinit, qu'ils nom-
ment le haut ou le plus haut s, comme les catholi-
ques qui appellent leur Dieu le trs haut .
Ce Dieu est crateur, il fait luire le soleil pour tous et
envoie la pluie bienfaisante et tout le bien qui existe sur
terre. C'est lui qui a fait la semaine qui content sept
jours, il voit tout et reserve l'homme just dans sa
ville ou dans sa maison un asile aprs la mort. Mais
il laisse chacun son libre arbitre et se trouve d'ail-
leurs trop au dessus de l'humanit pour exiger le res-
pect des homes.
Des esprits crs qui paraissent le plus souvent sous
une forme sensible communiquent leurs ides parti-
culirement aux prtres et sont charges par Dieu de
la surveillance de la montagne et de la valle, de la
fort et des champs, des fleuves et des lacs. On croit
qu'ls sont semblables aux hommns, et come eux bons
ou mauvais. Le plus mchant d'entre eux demeure
spai des homes, dans un monde transcendental.
Des fragments d'ides plus anciennes et encore meil-
letres ont t rencontres par M. du Marchais dans
le Widah, Voyage en Guine '1725, 1727, Amsterdam,
1731, t, II, p. 129-215. L seulement, dit-il, les nobles
et les grands crurent un Dieu supreme rsidant dans
le ciel, voyant tout, et omnipuissant, present partout,
t tenant compete des bones et des mauvaises actions et au
quel cependant les homes ordinaires ne s'adressaient
qu'en dernier resort, qliand tous les autres moyens
avaient t inutiles.
Si nous recourons aux lgendes populaires chez les
Aquapims qui nous ont t communiques par M-









- 14 -


Ptermann en 1856 dans ses Miltheilungen, p. 465, nous
trouvons qu' l'poque prcdente les ides thistes
pures dominaient sur certaines autres qui s'y trou-
vaient aussi relates, telle, par example, qu'une histoire
analogu-e la destruction de la tour de Babel qui ne
s'tait du reste rpandue que par suite d'une mauvaise
interpretation de la doctrine des missionnaires,
Le ciel tait autrefois, d'aprs ces lgendes, plus
facile oblenir pour les hommes qu' present. Le
Dieu Suprme, crateur de routes choses donna dans
ce temps aux humans des doctrines pleines de sagesse;
mais, voyant leur conduite, il s'est peu peu retir
d'eux et reste inaccessible dans le ciel. Quoique les
habitants de la Cte d'Or croient depuis Irs longtemps
au Dieu supirme qui a cr le monde et le gouverne,
le grand a'ni qui m'a cr , come ils le nomment,
n'y est que rarement invoqu. Dans leurs calamits,
ils disent cependant: le me trouve, dans la main de
Dieu, il fera de moi ce qui lui plairai (Cp. N. Cruick
shank, Leipsig, p. 217. '1834).
En gnral, on ne doit pas conclure de celte cir-
constance que la foi en ce Dieu crateur s'a aiblit et
s'efface de la conscience de ces adoraleursdes idoles,
que leur religion ne les enthousiasme pas, come
elle le fait pour d'autres populations, mais qu'elle ne
les touche que d'une manire trs superficielle.
Les Ngres ne s'engagent jamais dans une affaire
important sans consulter auparavant leurs Dieux.
C'est surtout chez les habitants de la Cte d'Or que
l'on rencontre eet usage. come le remarque M-
Chruickshank, Leipsig. t. 1, 228, 229, auquel nous de-
vous ce prcieux renseignement quoique sa descrip-
tion soit peul-lr,, un peu exagre










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Si quelqu'un doutait encore de la puissance de la
religion sur le coeur des Ngres, il pourrait aussi re-
courir au tmoignage des missionnaires chrtiens qui
sauront dire que la foi du ngre au Dieu supreme
n'est pas du tout de minime importance pour lui.
Certains de leurs prtres eux-mmes ont plus de con-
fiance dans le Dieu qui gouverne les destines de cha-
cun ici-bas que dans leurs ftiches.
Nous renvoyons une ide exprime par un prtre
dans le Magasin de la Mission de Ble (1885. t. I, p.
88). De grands vices qui, dans certaines contres de
l'AfriqHe. accompagnent le culte divin sont inconnus
la Cte d'Or et les abominations que l'on entend vien-
nent presque toutes de la bouche des Europens, et
le missionnaire ajoute d'une faon trs precise qu'ils
reconnaissent bien des milliers de ftiches avec leur
Dieu mais qu'ils ont cela de common avec beaucoup
de chrtiens ( Ibid, 1883 ; II, p. 86 ).
Nous ne pouvons pas dcider au just quelle est
I'tendue de la croyance des Ngres en un seul Dieu
crateur, mais nous devons supposed qu'elle est plus
grande que nous ne le sivions jusqu' prsnt, puis-
que les peuples chez lesquels elle a t parfaitement
constate taient considrs inigure encore comme
n'ayant aucun sentiment religieux. Peut-tre les sour-
ces o cette opinion a t puise taient-elles mauvai-
ses, ou superficielles; il est d'ailleurs difficile de s'i-
nilier profondment ce sujet en raison de la multi-
plicit des religions des ngres.
La croyance un mauvais esprit doit aussi exister
pr dA celle d'un Dieu supreme sauf chez les Banjuns
et chez quelques tribus des bo!'ds de la Cazamance,
au Benin et des boards du flauve Zare ( ep. fHecquard,
1854, Labarte 1803, p. 137, le rcit de M. Palisot-Bean-
vois et celui de M. Landolphe dans les mmoires con-
tenant l'histoire de ses voyages rdiges par Quern,









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Paris 1823, t. II, p. 70 et Tacakey, Narrative on an
expedition to explore the riu r Zaire in 1816, London,
1818, p. 214). Mais nous ne savons plus au just quelle
tait la position de l'un par rapport l'autre.
Les Ngres de la Cte d'Or ne croyaient pas dans
l'origine un mauvais esprit suprieur quoiqu'ils
adressassent des sacrifices conciliateurs a de mauvais
esprits qu'ils comment Euhye c'est--dire diables, en-
Semble de petits tres malins (cp. M. Schlegel, 1857).
Si les lments que nous venons de dtailler com-
posaient l'tendue des ides religieuses du ngre, ou
s'ils n'occupaient qu'une part considerable dans sa foi
religieuse -ce qui n'est pas, nous pourrions trs fa-
cilemtent conclude que le degr de dveloppement au-
quel il est arriv soit un des plus levs qui puissent
tre atteints par des peuples adorateurs de la nature ;
mais telle n'est pas la situation. Presque partout un
polythisme sans systme domine sur les ides plus
leves et comme chez d'autres peuples, amis aussi
de la nature, concourt une sorte de culte de cette
nature qui se traduit chez le ngre, en raison de sa
trs grande sensualit et de son got pour les concep-
tions fantastiques, par les varits les plus extravagantes
des imaginations sauvages.
11 done de la vie toutes les choses naturelles jus-
qu'au point le plus extreme, et cependant sa raison
est trop inculte' pour concevoir la vie d'un seul tre
spiritual gnral dans la nature et pouvoir fixer cette
ide dans son cerveau.
Sa fantaisie se rpand dans cette conception jusqu'aux
dtails les plus minutieux. D'aprs la situation de son
existence, il trouve un esprit dans chaque' objet minme
inanim, o il le suppose exister, et quelquefois mme
des esprits trs grands et trs puissants dans des ob-
jets trs vulgaires. Ils croient que cet esprit ne fait pas
corps d'une faon intime avec l'objet qui le content,










- 17 -


mais qu'il n'y a que son sige ordinaire et principal.
Le Ngre,dans son ide, distingue souvent l'esprit de
l'objet o il rside et il (apporte quelquefois l'un a
l'autre, mais dans les cas ordinaires il les runit tous
deux, et cette runion constitute le ftiche, objet de
son adoration quotidienne.
On conoit donc facilement que les ftiches du ngre
soient pour lui des espces de dieux gouvernant le
monde et principalement les destingihumaines, mais
seulement des dieux plus bas que l'tre supreme, des
sortes de demi-dieux, car d'eux-mmes ils ne pour-
raient rien crer. Ils paraissent plutt avoir besoin d'un
corps sensuel,afin d'chapper la possession des forces
naturelles qui sont saints et en relations avec les
esprits suprieurs.
Le Ngre a parfaitement conscience de ces concep-
tions et les distingue les unes des autres.
Son ftiche lui est un Dieu et son seul Idole sou-
vent reprsent par un bloc de bois qui est Dieu lui-
mme et auquel il attribue touted les qualits poss-
des par la divinit, qu'il soit bois, arbre, animal, pot, sa-
crifice, endroit pour les sacrifices, prtre inspir ou pro-
phte, temple, c'est Dieu mme. Il en est ainsi pour
toutes les personnel doues d'une force surnaturelle,
pour un remde, une amulette, un jour de bonheur ou
de malheur, une alimentation dfendue, un peu de
poison, tout ce qui peut tre employ dans les int-
rts de la tribu.
La mdecine des indignes de l'Amrique septen-
trionale, le Tabou des habitants de la mer des Indes
ont quelque analogie avec le Mokisso du Congo ou le
ftichisme des ngres. Dans ces notions, il v a la mme
confusion des ides religieuses, le mme mlange sans
clart dans les dtails d'aprs lequel toutes les ides
possibles sur l'essence divine se runissent dans une
ide commune.









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Ce n'est pas de l'adoration qui est accorde tous les
objets qui frappekIleur sens, mais plutt une sorte de
conception confuse de l'essence de la divinit, due
l'ignorance profonde des ngres qui se manifeste sous
le rapport religieux.
Quelques peuplades ngres, en adorant le soleil et
la lune qui brillent toujours d'un bel clat dans les
pays qu'elles habitent, croient adorer les puissances
clestes en gnral come reprsentant l'tre supr-
me. On rencontre cet usage de l'Ouest au Nord'Est de
l'Afrique central et jusqu'au Loango (Caillaud, Voya-
ge Mro ou Nil Blanc en 1819, 1822. Paris, 1826. et
Proyart, p. 117 ),
Dans ces contre, la nouvelle come la plaine lune
o-ont clbres par des danses et des chansons, et les
habitantss en suivent les phases avec intrt.
Les Mandingues reconnaissent 12 mois lunaires; ils
les distribuent en semaines de 7 jours et chaque jour
en 4 parties. Au besoin, on admet 14 mois qui portent
des noms particuliers( Park, 11, 21. Bosmann, Viaggo
in Guinea, trad. dal franzese, Venezia, 1752, 111, 284).
Jusqu' present nous ne savons pas comment con-
cilier cette division en 14 mois avec le movement
terrestre autour du soleil et la march des saisons.
Sans doute, la raison pour laquelle ces populations
rendent hommage la lune es'tprincipalement fonde
sur son importance dans la distribution du temps. Ils
admettent aussi que l'air est rempli par des esprits
qui voltigent de tous cts.
L'oiseau lui-mme qui vole dans l'espace est une
incarnation (le la divinit. Sa vitesse en fait le messa-
ger du trs haut, elle le fait Dieu, car elle est une qua-
lit essentielle de la toute-puissance. A la Cte des
Esclaves, on compare la vitesse de l'oiseau cell de
l'clair qui envoie la lumire (Schlegel. p. 15, 1857).
Ce n'est pas seulement parce qu'ils ont charge de nel-









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toyer les rues chez les Aschanti, au Dahomey et au
Benin que les oiseaux de proie sont inviolables, mais
bien parce qu'ils sont oiseaux, c'est--dire dieux,
Bowdick, Mission au Loango et aux Aschanti, 1820-
p. 362 ; Forbet, Dahomey and the Dahomans. Paris,
1851, p. 36, Landolphe, Mmoires contenant l'histoire
de ses voyages rdigs par Quesne. Paris, 1823, 11, 54).
Bien que nous ne puissions pas affirmer que des bos-
quets et des arbres trouvaient des adorateurs come
tant le sige de la divinit, ils n'en taient pas moins
vnrs comme tant le sjour d'oiseaux qui taient
rputs saints.
C'est au moins trs vraisemblable.
Ordinairement ce sont les arbres les plus grands et
les plus touffus don't on fait l'objet d'une sorte de culte,
c'est leurs pieds qu'on offre les sacrifices; dans le
Widah, les malades s'adressent aux arbres pour obte-
nir leur gurison et ils sont pour cela quitts par leur
famille (Bosmann, t. Il, 64, 323; t. III, 153. Desmar-
chais, t. II, 132). M. Tuckay, l'auteur de Narrative of
an expedition to.explore the R. Zaire in 1816, London,
1818, p. 366. nous apprend que la famille des princes
et le conseil d'Etat ont l'habitude de s'assembler sous
un figuer sacr (Ficus religiousus ).
De plus, la mer, les lacs et les fleuves, principaletnent
leurs sources, jouissent aussi du privilege d'un culte
special. Dans quelques tribus riveraines du Niger, ce
fleuve est considr comme un Dieu mle, et les rivi-
res qui s'y jettent come des desses (cp. Lauder.
chez Ciappertoni, 414). Il est souvent dangereux pour
le voyageur tranger de visitor les suree; (les fleuves
( cp. Laing dog, dans le 'liimnnni, le Klo;iraiko et le
Souliinana en 1822. l'aris 1826, p. 31ii ), car la source
Ast considre comme le sige de l'espiit et de la force
vitale du fleuve, et l'on craint, come cl;ia a t prou-
v par M. Molliens, que cet esprit ne soit irrit par










- 20 -


la visit d'un blanc ou qu'il en prouve an dommage
quelconque ou la mort.
C'est ainsi que dans un conte instructif de M. Atkins,
public dans une collection allemande d'Histoire, t. IV,
p. 180, nous apprenons quelles ides les ngres se font
de ces esprils des eaux: A. Akra, on jettait un jour
avec beaucoup de solennit dans un tang sacr qui
reprsentait le message de tous les fleuves du pays,
un vase en le priant de conduire celui-ci aux autres
fleuves et tangs pour acheter de l'eau et l'on esprait
que l'tang rapporterait le vase rempli d'eau en quan-
tit suffisante pour verser sur le grain afin de le faire
fructifier.
Les animaux occupent dans le service de la nature,
chez les ngres, une position toute particulire, gale
pour le plus grand nombre, mais suprieure pourtant,
lorsque par leur extrieur ou leurs costumes ils rap-
pellent quelque chose du dmon; tels sont, par exem-
ple, les oiseaux de proie et les serpents, ou ceux encore
qui leur paraissent dous d'une grande capacity intel-
lectuelle.
Dans ces contres, l'homme ne se trouve pas tou-
jours la tte de la nature ni au-dessous des animaux,
et ces derniers lui paraissent comme des tres nigma-
tiques don't la vie et la conduite sont obscures et mys-
trieuses et qu'il voit sur lui et sous lui.
A l'exception de quelques animaux, qu'une raison
gnrale porte ainsi la vnration, il y a d'autres
qui sont un sujet d'horreur superstitieuse parce que
les Ngres pensent que des esprits suprieurs ou des
sorciers puissants peuvent se changer en un de ces
animaux, ou encore que les mes de morts, acceptent
d'entrer quelques fois dans leurs corps, oi bien en








2 1


core en raison de ce queles animaux dvorent les hom-
mnes,qu'ils dterrent les cadavres et mangent ainsi avec
le corps les mss humaines et se les approprient. C e
dernier sentiment parait tre plus rpandu chez les
Kaffirs qui abandonnent leurs morts au loups: telle
est la raison principal de leurs horreurs contre ces
animaux.
Enfin, parmi les animaux don't il est question figure
en premiere ligne le serpent.celui que Moreau de St. Mery
a fait le dieu du vaudoux. Donc il mrite ce titre d'tre
l'objet de notre attention, et pour cela nous devons sa-
voirce qu'en a pens le Dr. Verrier.
c ADRA et WIDAH concentrent leur adoration sur
une sorte de serpent. Ce culte tire son origine d'Adra
quoique 'on dise qu'il ne se retrouve pas en ce pays.-
Voir des Marchais Voyages en Guine, 1725, 1727
Amsterdam 1731, t. 11, pages 1331230.- On raconte
qu'un serpent s'tant approch de l'arme pendant la
guerre, venait jusqu'au bivouac, ce qui tait considr
comme un signe trs favorable ; aussi le serpent depuis
ce temps tait l'objet d'une sorte de culte. -
On croit gnralement que c'est toujours au mme
serpent que s'adresse les hommages des naturels, mais
ce culte, par extension, a fini par tre rendu tous
les serpents du mmre genre, et c'est un grand crime
de les tuer. Ils sont au contraire, soigneusement nour-
ris.
En est-il ainsi du culte de Vaudoux ?
Le Dr. Verrier n'en sait absolument rien. Il a seu-
lement entendu parler de ce culte trange, notamme nt
par Iseit, auteur don't l'opinion exprime en 1790,
n'aurait pu pn& lm- faire aulorit
Voulant alors"se renseigrer, il se refre au paga-
nisme et en arrive pouvoir,l yppothtiquement, met-
Ire l'opinion suivante :









22 -

Le serpent est considr comme le Dieu du temps,
de l'agriculture, de la richesse et des troupeaux ; il
est aussi le symbol de la force cratrice de la nature.
Les dbauches des prtres se rattachent l'xistence
de ce culte qui couvre leur sensualit ; c'est ainsi qu'ils
forcent les filles du people de faire croire qu'elles
sont piques par des serpents. Elles tombent alors en
attaque de nerfs et sont portes dans le temple o, une
fois entres, elles appartiennent au culte dq serpent,
c'esl--dire aux prtres du dieu.
C'est de l sans doute que drive l'antique culte de
vaudoux pratiqu encore dans les retraites caches de
-Hati et des aatres Antilles par les ngres marrons qui
poussent la cruaut jusqu' immoler un enfant au ser-
pent,quelquefois mme leur propre enfant et se repa-
tre de sa chair.
.Cette pratique anthropophagique parait cependant
tre teinte depuis longtemps en Afrique.La prostitution
sacre don't nous avons parle plus haut est peut-tre
mme le seul example o la religion du ngre serve
de prtexte la dbauche des prtres.
C'tait en cela beaucoup dire surde simples probabilits.
L'hypothse n'en reste pas moins vrifier. Moreau de
St.-Mry qui a rvl l'existence du Vaudoux ne lui a
pas impliqu cette pratique anthropophagiqne; au
contraire il a rfut prerntirement l'accusation de sor-
cellerie don't le ngre transport Si.-Domingue tait
l'objet dans la colonie ; mais ayant, d'autre part. affir-
m l'xistenee en d'autre pratique des faits non contr-
ls, son opinion ne reste pas moins aussia i.
que l'antie. I i
Dans ce cas, laquelle de ces deux opinions celle qni
se rapproche le plus de la vrit ?
On le saura certainement lorsque, plus loin,
la question aura t srieusement approfondie divers










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points de vue, historique, social, moral, et religieux.
L'essentiel c'est savoir actuellement comment elle a
t pose et pourquoi, elle reste jusqu'ici sur le tapis
sans solution.
A cet gard, le Dr, Verrier nous prvient.' Sans oser
nier, ni affirmer. Il refuse d'admettre comme monnaie
de bon aloi les faux billets, les rcits propags par
milliers et donns titre d'argent comptant; c'est pour-
quoi il fait observer en terminant sa notice :
Il va sans dire qu'il ne fault pas tenir compete de la
position assigne aux animaux dans leurs relations avec
les hommes, car les ngres les reprsentent comme des
personnels pesantes et agissantes.
C'est ainsi qu'il y a une grande quantit de fables et
de lgendes chez les Ngres. Par example, au Bornbo
les homes et les animaux taient suppioss s'entendre
l'origine des temps, mais ces relations ont cess api s
que l'homme en et fait confidence la femme, et l'on
a tir cette conclusion qu'il ne faut confier la femme
aucun secret...
a 11 est vraissemblable que les fables que l'on rap-
porte sur les animaux, en gnral, aussi bien que la
nilre.doivent leur origine la raison plus grande qu'on
Satiribuait'animaux sur' celles qu'ils ont rellement.
EI, plirs loin, *pages 180-181 :
Nous pouvons trouver extraordinaire et mme ab-
surde que le ngre adore les productions artistiques-..
Nous concevons facilement cependant que les Ngres
inciviliss vnrent des vases.faits par des mains d'ar-
tistes, et il en est de mme pour tous les peoples dans
l'enfance de la civilisation er de l'art...
Pour eux l'Univers est plein d'esprils surnaturels









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et on n'a pour les dcouvrir qu' trouver le lieu o ils
resident et o ils se sont dfinitivement fixs.
Il est curieux de voir la quantity d'esprits ou WONGS
auxquels les ngres de la Cte d'Or n'hsitent pas a
Croire.
Ces esorits habitent entire le ciel et la terra, ils
engendrent des enfants, ils meurent et se revivifient,
Ils sont spars en diffrentes classes, ayant chacune
leur attributions qui rpondent aux choses de la vie
naturelle.
Ainsi les WONGo president :
10 A la mer et tout ce qui s'y trouve,
tf, '20 Aux fleuves, aux lacs et aux sources,
/ ea 30 Aux pices de terres entoures e d.'el6ae ou
haies de separation et mme aux huttes fermees par
les termites.
40 Aux Otoulous, etc...
5 A certain arbres,
60 A quelques animaux comme le crocodiles, le singe :
le serpent. etc. Pendant que d'autres animaux sont r-
puts SAINrT par les WONGS,
71 Aux images ciseles par les ftiches et qui leur
sont consacres, etc...
A toutes ces choses qui rappe!lent la superstition,
nous attachons le ftichisme du ngre, mais nous
croyons qu'on a tort d'en faire une espce particuli-
re de Religion.
Bien que le nombre des dieux et des idoles auxquels
les Ngres sacrifient soit considerable%, on ies&a ce-
pendant encore exagre% jusqu'a ces derniers temps
par suite d'un mal entendu qui prend son origine dans
le peu de nettet des ides religieuses du ngre et
dans les rapports trop peu exacts des voyageurs.








- 05 -


Nous signalons encore,en terminant, que les indig-
nes de la Cte de Seherbro jusqu'au Cap Palmas ainsi
que les Akous ont des dieux diffrents et leur rendent
un autre culte. ( Robertson notes) Africa. London,
1919, page 56 and Clarke, Sierra Leone, Londres 1846.)
Dans ces rgions, les Ngres ont la coutume de pen-
dre, soit leur cou, soit sur leurs habits des amulettes
auxquelles ils ne rendent pas de culte proprement dit,
mais qui leur servent de moyen d&enchantement ou
plus simplement d'ornement. Si ces amulettes sont
attaches aux choses consacres, c'est pour eux une
espce de sacrifice ou preuve de leur dvouement
la divinit.
C'est surtout en cas de maladies que les Ngres
croient l'influence des enchantements de leurs amu-
lettes.
Ce sentiment du reste existe chez des peuples ci-
viliss et mme religieux de l'Europe.
Telle est, en definitive, l'opinion du Dr. VERRIER sur
les former diverse de la religion ilu Ngre, sur les
fables et l,-gendes rapportes par les voyageurs, enfin
sur les superstitions qui envel'oppent, encerclent le
tout comme d'un halo mystrieux don't l'ombre tend
A ohcurcir de plus en plus les images et les ides.
On ne peut s'en tonner aprs qu'on a suivi avec
attention l'expos dtaill fait par l'auteur sur l'en-
semble de la question. Et, si profonde qu'a pu tre
l'ignorance de% ngres inciviliss rpandus dans la
brousse de la zone quatoriale, il n'tait pas possible
de leur prter en matire\ religieuset une conception
plus obscure ou plus confuse que celle des anciens ha-
bitants de l'Europe Mrlors sauvage,et'des populations vi-
vant encore l'tat primitif dans les montagnes du
Caucase,du Tibet en Asie et dans celles de l'AMAZONE
c'est--dire les PEAUX-HOUGE de L'AMERIQUE.











En traitant avec mthode la question relative h la
religion du Ngre. le Dr. EUGENE VERRIER a rendu
in grand service l'Histoire des RELIGIONS. Il faut
lui en rendre honmmage. On ne pouvait y mettre
Plus de clart et fire preuve de plus de competence.
de bone toi et de bonne volont.
Dans sa notice si les terms tels que dieux et ado-
ration s'accroclent l'un l'autre et prtent parfois
aux illusions, on sait qu'ils n'ont qu'une valeur fictive
don't le taux est bien dtermin par les lexicographes et
nootamment par le clbre fondateur de la Socit d'Etno-
graphie de Paris, Adorer. a trois acceptions dis-
iiiictes, a fait remarquer Lon de Ronty: 11 signifie V-
nr'er, redoutler ct adorer.
Or, ce fit eu ces trois acceptions que son illustre
collgue a enmploy ce term, soit qu'il s'agisse di
I'El'RE SUPIEME. le seul vrai Dieu qu'ou adore, soit
que par extension ou licence de latngage,, on parle d'es-
prits ou d'objets vnrs ou redouts en raison de leur
caractre propre.
Le;s chrtiens ne disent-ils pas adoration de la
Croix potir exprimer la vnration due l'arbre,sym-
hole du salt, signe de la R4demptiou du genre Hu-
main ?
Il y a dans tontes les langues des mots, des abr-
viations qui, exprimant une ide concrte,s'imposent
l'esprit.
On pett supposed qu'il en est de mme pour les lan-
goes africaines el, notamment, pour le Vandonx.
Mais nous n'en sommes pas lia' propose de ce culte don't
nous voulons bien dgager le caractre de cet amas de
religions et superstiois.. Patieilee I Lq Dr. VERRIER
nous a iniiqu la voie 'qu'il faut suivre et au bout de
laquelle nous esprons voir surgir la vrit sur le
Validoux.


- oti -









- 27 -


CHAPITRE II.
Dni VAUlDOUX

VAUDOUX, come tout devait le faire pressentir, est
une expression vicieuse qui, en raison de son tran-
get, trouble l'esprit et l'incline instinctivement vers
l'Afrique en vue d'en chercher l'origine, l'ide ou l'ob-
jet, sinon 1 Etre qu elle semble indiquer.
Oit a beau cherch de ce ct sans arriver encore
dcouvrir, un monument, une inscription on un au-
tel pouvant attester au moins l'existence d'un culte
pareil a celui don't Moreai de St.-Miry a fait la des-
criplion dans son ouvrage.
Vaudoux, come il a crit, signifie un tre surnaturel,
tout puissant don't dpend tous les vnements qui
se passent dans le monde piiisW'il dfint cet tre en
disant : c'est un serpent non venimeux ou une espce '
de couleuvre ayant pour attributes: connaissance du
pass, science du present et prescience de l'avenir.
Sur quoi Moreau de St-Mry s'ftait-il repos pour r-
vler cette nouvelle idolatrie ?
Cela se pratiquait-il ainsi St.-Domingue.
Le R.P. Charlevoix, qui le premier, en 1731, avait
public un excellent ouvrage sous le titre a Histoire de
St.-Domingue. cependant ignorait le Vaudoux. Seule-
ment, il a dit parlant des ARADAS. indignes d'Adra
transported de l'Afrique dans la colonie; ils sont plon-
gs dans la pins paisse superstition jusqu' rendre
un culte divin aux couleuvres de leur pays; puis, il
ajoute:; mais en sortant de l'Afrique, ilk se dfont de
leur attachment leur croyance et a leur culte su-
perstitieux ou suppos qu'ils eu eussent encore onta
aucune peine a les fire chrtiens, et le plus grand
embarras.des Missionnaires est pour leur dferrer le
Paptme sans les choquer jusqu'a ce qu'ils soient suffi-









- 28 -


samment instruits, et il est mme rare d'en voir
apostasier.
Serait-ce de cette source que Moreau de
St.-Mry venu un demi sicle plus tard St.-
I)oniingue aurait tir !l'tonnante couleuvre don't il a
fait part ses contemporains ? Il y aurait vraiment de
quoi s'effraver si la lgende raconte par le Dr. Verrier
n'tait de caractre ;t rduire sa plus simple expres-
sion, le prtendu culte divin du Pre Charlevoix, sorte
de culte due A la croyance accrdite aussi bien
Rome qu' Widah et suivant laquelle l'apparition su-
bite du serpent en temps de guerre tait un prsage de
la victoire.
A St.-Domingue, on pouvait bien ignorer cette par-
ticularit, se liver it mille commentaires et fire des
(onijectu'res a ce sujet. mais Ptait-ce l une base solide
pour difier le temple du Dieu Vaudoux.
Il est vrai que du temps des Romains comme de
celui des anciens Grecs, on levait des temples l'hon-
nieir de Pan, uni chvre-pied, sorte de divinit cham-
ptre reprsentant les forces cratrices de la nature par-
fois symbolise par un serpent.
Mais en quoi cette coiiception mythologique, simple
allgorie, offrait-elle quelque parit avec le serpent
surnaturel imagin par Moi eau de St.-Mry?
-\ Home, foyer alors de la civilisation ou les, oies et
les poulet- sacre taient nourris au Capitole avec
autant dle soinis que le serpent Widah, l'apparition
subite de ce reptile n'avait pu tre considre qu'au
mnme titre augural, come l'indique ce trait rapport
par Ci*'ron.
Quant au serpent, dit-il, qui apparut Scylla dans
nii sccrilice, je mie souviens que Scylla, au moment de
partir pour une expedition, vit un serpent s'lancer
au pied de l'autel o il immolait, mais je me rappelle








29-

aussi que la victoire remporte ce jour fut due la
valeur du gnral et non l'interprtation de l'arus-
pice.
Aurait-il pu en tre autrement?
Bien qu'on ne ce ss aujourd'hui encore d'interpr.
ter dans un sens plus ou moins favorable la nuance,
le vol obstin d'un simple papillon apparu. subitement
dans un appartement, c'est toujours avec effroi que pro-
voque par tout, la vue d'un serpent, animal redout et
considr mme en Afrique,comme quelque chose qui
rappelle le dmon.
Cicron, sa,)s doute, prouvait le mme sentiment
cet gard. Aussi n'avait-il pas manqu l'occasion
de manifester dans l'un de ses pomes le ddain que
lui inspirait ce reptile.
Le satellite aile du Maitre du tonnerre, bles-
s l'improviste par la morsure d'un serpent
lanc d'un tronc d'arbre, dchire de ses ongles ac-
rs le reptile a demi mort don't la tte nuance,menaail
encore. Le serpent se tord sous les cops de bec ensan-
glant. L'aigle veigi de ses douleurs cruelles jette dans
les eaux les restes palpitants de son enneiii et dirige son
vol vers la demeure clatante du soleil. Marius aperut
I'oise;u divin aux ailes rapides,et il y voit I'augure envoy
par les dieux,l'heureuse announce de sa gloireet d son re-
tour dans la patrie.Le matre du Ciel tonne gauche,et Ju-
piterlui-mme confirm ainsi l'augure de soi messager.
Eh quoi Moreaiu i'aurait-il pas lu Cicron ?
l'eu lui en important, parait il, il avait sa conviction
Il est natural pensait-il, qu'on croit que le Vaudoux
doit son origin ati culte du serpent auquel sont par-
ticulirement livrs los halilitai ts du .Jida qui se di-
sent originaires du Pays d'Adra (le la miime cte des
escluves, et quand on a lu jusqu quel point les Afri-
cdinu poussent la superstition pour cet arii;ndl. il est









- 30 -


ais de reconnatre la vrit dans ce que je viens de rap-
porter.
Pauvre argument Trop clair pour n'en pas sen-
tir la faiblesse, Moreau aroulu l'tayer sur un fait
positif, pluttMsurun simple phnomne psychique don't
les manifestations diversement interprtes autrefois
sont aujourd'hui l'objet d'une observation attentive.
Ce qu'il y a de trs vrai et en mme temps, de
C e trs remarquable, a-t-il fini par aftirmer/dans le vau-
{- / doux di ette espce de magntisme qui porte ceux
qui sont runis danser jusqu' danser jusqu' la perte
du sentiment La prevention est si forte cet g ird
que les blancs trouvs piant les mystresAette secte
et touchs par l'un des membres qui les avait dcou-
verts, se sont mis danser et ont consent payer
la Reine Vaudoux pour faire cesser le chatiment.
Il y a magntisme,, donc il y a influence du serpent.
Etait-ce bien l raisonner ?
Moreau de St.- Mry eut, certes, pens autrement si
avant de venir St.-Doifinigue, il avait t dans l'Inde,
ou avait visit les ctes nord de l'Afrique o l'on voit
encore avec quelle puissance l'homme on la femme
arrive chariner le serpent le plus vnimeux, exer-
cer par consquent l'influence magntique que, dans
ce cas, il attribue si gratuitement .la bte.
Mais confiant en son propre jugement et plus crdule
qu'un St.-Thomas. St.-Mry crut facilement, sans voir,
comme parole de l'Evangile, aux racontars propags
dans. la colonie.
Ne faut-il pas recuser le tmoignage de ce grave his-
torien, comme entach d'erreur ? Ces erreurs namoins
s'expliquent. .......... ... si tout ce qu'il
rapporte on ajoute les rcits des voyageurs venus non
du pays des Aradas, mais du Congo.









- a) -


Parlant des Indignes decette contre, ils croient,ont
dit ces voyageurs, l'existence de quelques divinits
qu'ils appellent Zombi, et ont des images de ces divi-
nits qu'ils appellent Mokisso, et qu'ils conservent dans
des tentes. Mais les objets de leur culte habituel sont
diverse espces de ftiches ou substances censes tre
remplies d'une vertu divine : c'est tantt une plume
d'oiseau, une dent de requin; tantt un arbre, un
serpent, un crapaud...
Qu'y avait-il en cela d'trange ou de nouveau ? N'en
disait-on pas autant de la religion des naturels du
Nouveau-Monde et, notamment, du culte des premiers
habitants de l'le d'Haiti, la Hispaonola des Espagnols,
le SI.-Domingue des Franais.
Mais, propos de prtres don't le Verrier lui-mme
semble avoir t proccup, ces voyageurs ont rappor-
t des faits beaucoup plus graves:
Les prtres, disaient ces naifs....... .s'appellent
Gangas. leurs chefs Chitom est cens avoir une auto-
rit divine...Rien d'autres pontiff subalternes excitent
la crdulit des Ngres : l'un gurit toutes les maladies,
d'autre command aux vents et la pluie, celui-l sait
ensorceler les eaux et celui-ci prtend conserver la
rcolte.Les N quits sont membres d'une confrrie sacre
qui. dans les profondeurs de la fort, clbre d'af-
freux mystres mls de dances lacives. Une espce de
magiciens nomms Atombala prtendent savoir ressus-
citer les morts,leurs jougleries,exerces sur un cadavre
en presence des missionnaires en imposrent tellement
ceux-ci qu'ils crurent voir le mort remuer et entendre
quelques sons inarticuls sortir de sa bouche, ce qu'ils
attriburent au pouvoir des esprits infernaux.
Voil de ces rcils qui. mls a tant d'autres do
mme genre taient capables de trouble les esprits,
de fausser le jugement jusqu' provoquer certain








-32-


moment une sorte de terreur panique dans une socit
colonial fonde sur l'esclavage des Ngres.
Moreau vivant alors St.-Domingue ne pouvait
chapper l'influence de ce milieu. Nanmoins, s'il a
pu liminer de ses informations la navet des voya-
geurs touchant la divinil des Zombi, tout le reste, con-
frrie, danse t jongle irkdes N quits congo, s'adaptaient
sa conception vaudouiste.
Il n'aurait pu, d'ailleurs, y faire entrer les Zombi, sa-
chant que dans le patois crole, ce terme Z'Ombi si-
gnifie Revenants. (Ombres-bis) ou le Double, comme il
est indiqu dans le Rituel funraire de l'ancienne
Egypte.
Ainsi leurs prtendues images,-les Mokisso- n'avaient
qu'une valeur fictive ou representative gale celle
des Zms, ces figurines trouves l'le Cano, ( lie
cabrits) dans la baie de Port-au-Prince, par le R. V.
Pre Piacentini, du Collge St.-Martial. Ces sculp-
tures o les anciens auteurs avaient vu priori que
pes idoles n'taient, a dit le pre, que le rsultat de
leur culte le manisme. (1)
Ces considerations non seulement expliquent les er-
reurs de Moreau, mais attnuent encore jusqu' un
certain point sa faute d'avoir contribu si largement
propager l'ide d'un dieu S pent de qui dependent
tous les vnements accomplish sur le globe. 4
Mais pouvait-il ignorer l'histoire des Bacchantes de
la Palestine et de la Grce,.les lgendes populaii'es du
serpent et, probablement le songe dans lequel Orphe,
personnage galement lgendaiie, aurait cru voir le
serpent astral. (2)


1 Voir l'Introduction.
2 Voir la Revuo des deux Mondes.









- 33 -


On comprend que, suggestionn plant par des remi-
n sciences mythologique, que par des fables et des lgen-
des, l'esprit trouble arrive se reprtssenter la scne
suivante :
e A chacune de ses invocations,le Roi Vaudoux se
recueille l'Esprit ag-t en lui. Tout coup, il prend la
boite o est la couleuvre la place terre et fait mon-
ter sur elle la Reine Validoux. -- Ds que. l'asile sacr
est sous ses pieds, nouvelle pythonise, elle est pn-
treidieu, elle s'agite, tout son corps e3t dans un
tat convulsif et l'oracle parle par sa bouche ( page 59,
Tome J.)
Effrayanle vision Rappele par le sduisant nar-
rateur, elle peut de nos jours encore vous transporter
dans les temps fabuleux, un peu au-del du jour o !es
flches du divin Apollon n'avaient dj transpers le
moiistreux python don't les habitants le Dlos parais-
saient avoir t cruellement tourments.
Ah le monde a march, volu. Que de changements
se sont depuis accomplish. La Grce parvenue au pinnacle
de la civilisation, en est descendue, cdant 1 hgmonie
l'empire remain, vaste tat qui,dans la suite, a eu le
mme sort, tandis que, rayannant, l'astre du jour. sym-
bole di la justice et de l'amour, ne cesse d'clairer,
de recha:ller les mes, de dveloppr les nergies en
to0tL sens. Allumant ainisi les intelligence il va jus-
qu' inspire un habile nautonier. Christophe Colomb,
le hard project d'aller, en dpit des obstacle-, .t tra-
vers mille dangers, dcouvrir une nouvelle lerre, un
nouveau continent aui centre duquel merge l'ile mon-
tignense d'Hati la Quisqueya des ancient Aborignes,
Quelle immense fortune, aors tant d checs et de
deceptions, de dca.lenu:es et de ruines 1
Ctle Ile merveilleuse, surmonte alors d'une croix,
la croix du Christ vrai prisage de la victoire et de la










- 34 -


gloire, apparaissait sous sa robe de bure, son manteau
vglal, ses forts vierges, destine servir de phare
clairant le nouveau monde et devenir enfin le pala-
diiumi de la libert.
Illas Nous en connaissons assez 1 histoire.
Aujourd'hui encore, tout nous ramne cette le,
voire mme le Vaudoux, don't nous poursuivons inlas-
sablement l'enqute, toujours avec intrt.
Nous en rvleri-l-elle enfin le secret ? C'est
nui problmne,inais'cette le peutservir de boussole pour
nous diriger travers les broussailles et l'immensit
des mers, cet Ocan des ages, suivant la belle expres-
sion d(e LJ:imartine.
Tout d'abord, une chose est r e m a r q u e r,
c'est l'tat physique et la condition morale, social et
politllii dl:s Hailiens l['un des deux peuoles qui o0-
cupent actuille tient le territoire de C- pVys, surnom-
m la Reine des Antilles.
Plus mallieireux que les anciens habitants de Dlos
ils sont sans cesse tourments ton plus par le mme
python. mais part des reptiles plus petits et auie4 non
moins dangereux nous voulons paler de ces crivains
foltres qui, march it sur les traces de Moreau de
St.-.lry, se sort do,,i le malin plaisir d'en largir
le sillon, f'ilsitiant ou amplifiant les textes de son ou-
vrage. de faon en rendre l'effet virulent nocif, sans
se soucier dle savoir si l'poque o le matre com-
posait cet ouvrage, le baquet de Mesaer, transport
St.-Domingue par un officer de la marine franaise,
n'oprait dj sans l'intervenition du serpent autant de
i erveilles effect magntique que la prtendue boite
couleuvre. irpied sacr du Calchas africain.
Les Ilastiens nle sont-ils donc pas plaindre ?
Namoins, ils peuvent se rjouir de ce qu., l'en'
centre de ces crivains vnimeux r -'.n ttoujours


!!
i









-3:35


d'autres la fois libraux et conservaleurd,hommes de
science et de penses, sociologues, philosophes huma-
nistes et religieux,dont les prcieux travaux nousaident
composer l'antidote propre neutraliser abolir
sinon compltement l'effet meurtrierdu poison distill
par les autres.
Pour cela il imported de ne pas se tromper.Les sour-
ces d'information revenues par suite aussi diverse que
nombreuses, il y a lieu de choisir celle qui nous rap-
proche le plus prs de la voie indique par l'honora-
ble Docteur Verrier.
L'une dl'elles, la plus apparente4, est sans doute l'ou.
vrage intitul EN HAITI et don't l'auteur se cache sous
le pseudonyme d'Eugne Aubin.
Celui-ci, tout en rendant homage au mrite incon-
testable de Moreau de St.-Mry, qu'il estime le mieux
inform des crivains coloniaux, se spare nette-
ment de son cole pour dire ses propres impressions
en racontant ce qu'il a vu et entendu.
Son ouvrage bien rdig ne laisse pas moins cepen-
dant percer des traits imprgns des premires ides
reues, notamment dans le chapitre consacr la des-
cription de la petite plaine du Cul-de-Sac, aux environs
de Port-au-Prince.
Le dbut dconcerle unr peu. Et, chacun part soi,
petit s'en faire une assez just ide en lisant ce qui suit :
"Quelque gros-ier que pataisse le culte issu du fti-
:hisme haitien,la faute n'en est point au principle imme
'e ces croyances qui se bornent rechercher les mani-
istations dle la divinit dans les phnomnes de la na-
ure.- C'est un panthiisme come. un autre, log
la mme enseigne que le paganisme ou les religions de
1 Inde."
"Le grand tort des ngres fut de se gather l'existence
en exagrant le. caractre malfaisant du monde surna-
turel et en envisageant l'univers comme peupl d'es-









- 36-


prits mauvais, parmi lesquels les lois et les anctres,
jouent volontiers un rle agressif l'gard de l'huma-
nit souffrante. Ils en concluent qu'il fallait conjurer
les nfastes influences par des sortilges,des offrandes,
des sacrifices ; aux papalois ou sorciers gens ins-
truits dans les mystre.s, reviennent la charge et le b-
nfice de ces conjurations.
Le christianisme une fois entr en contact avec les
religions africaines, les ngres s'mpressrent d'intro-
duire une divinit nouvelle dans leur collection de
dieux et d'admettr,au dessus et en dehors des esprits
traditionnels, le dieu supreme rvl par notre dogme.
Peu peu se constitute un mlange intime de ce
christianisme et de ftichisme o chacune des deux
croyances ragit l'une sur l'autre, d'une faon assez ana-
logue A celle don't l'ancien paganisme ?lave continue de
pntrer le christianisme orthodox dans certai)nepar-
ties de l'Europe orientale. (Page 47).
Peu flatteuse pour les religions de l'Afrique et les
sectateurs du Vauduux, l'assertion, de l'autenr ne l'est
pas d'avantage l'g;ard des Haitiens qu'elle envelope
vaguement dans uivatmosphre toullant(de ftichisme.
On se demande avec anxit quel est ce genre de su-
perstitions d'o serait issue le Vaudoux hatien.
Il est certain que. sduit par les apparences et dj
mis au courant de ce qui a lt prcdemment dit, Eug-
Aibin s'est laiss entrainer parler de la sorte.
Ne cherchons ( as discuter ici ses ides ; comparons
les plutt aux magistrales dclarations faites par le D'.
Verriertrailint le minm suj-t.Celui-ci ne les aurait-il pas
faites relativement l'Etre suprme,que Mariette et Mas-
pro. deux clbres archologues franais, publiant
l'heureux rsultat de leurs recherches, avaient dja
proclam urbi et orbi la confession en la croyance








- 37 -


(le l'Etre, esprit tout-pu'ssant omniscient qui, il y a plus
de quatre mille ans planait sur le panthon de l'Egypte.
Nous faisons cette remarque en soulignant en quel-
que sorte les deux paragraphes cits, non pour faire un
inutile procs Eug Aubin, mais implement en vue
de faire constater une fois de plus la persistence d'une
trs facheuse prevention nourrie contre les Haitiens
affects du venin de la calomnie.
Il ne serait pas just d'en faire grief un tranger qui'
envov en,Haiti pour une mission spciale ettemporaire,
a utilis ses vacances en excursions aux environs de Port-
au-Prince. en vue d'tudier les mours du paysan Ha-
tien et dr fouiller dans tous les recoins pour.dcouvrir
le Vaudoux dont-il avait entendu tant parler.
Son ouvrage a certainement' une valeur comme source
d'informations,mais c'est loeuvre d'un impressifniste ar-
m d'un crayon et muni d'un kodac pour photographer
et rdiger rapidement ses notes sans se proccuper
autrement queiintresser le public de son pays.
A ce titre, il ne nous intressa pas moins pour avoir
d'abord mieux que d'autre pos la question du Vaudoux
en faisant valoir le principle qui se borne, dit-il cher-
cher les manifestations de la divinity dans les forces
(le la nature en-suite pour la suret de son coup d'oeil
qui, come on le verra, lui permet de pntrer jus-
qu'au fond des choses et de monter assez haut audes-
sus des contingences et des misres immriic pour
reconnaitre et proclamer l'endurance physique, les fa-
cults mentales et assimilatives d'une population don(
les e autrefois avaient t si malhhureux./e'rdaf /,P,
a Li transplantation qui dura. dit-il, de la fin du
dix septime sicle la Rvolution fut pour les Afri-
cains une terrible preuve. La mortality fat pouvan-
table ; on calculait au huitime de la cargaison le d-








- 38 -


chet du voyage en mer et au tiers des individus d-
barqus. la perte des trois premires armes La sant
gnrale restait prcaire jusqu' l'acclimatement dfi-
nitif. Le temps finit par former le ngre crole, la
race hatienne naquit ainsi du mlang3 diverse des peu-
plades africaines, affect par le climate des Antilles, l'in-
troduction du christianisme et son contact avec nous.
( page 34)
Eugne Aubin, aprs avoir esquiss ainsi dans un
court expos la gnse di people haitien, s est appli-
qu fire ressortir les faits relatifs son dveloppe-
ment au milieu des plus pnibles difficults. Mais l
n'est pas prcisment pour le moment l'objet de nos
recherches. C'est pourquoi laissant de ct tout ce
qui peut nous en loigner, inous attirons de prfrence
l'attention sur les faits subsqueniitobsprvs parlir du
moment o le narrateur s'arrtant comme pour re-
prendre haleine commencera donner quelques pr-
cisions sur la forme de sa pense.
Eugne Aubin n'est pas homme fire attendre long-
temps son public Aprs un point il reprend son r,:it
en dduisant du mlange des tributs et de la difference
des rites les fits suivants :
c Selon les tributes, les ritps, les traditions diffraient.
De mme que les ngres de Saint-Domingue afflurent
de toile la cte d'Afrilque, le Vaudoux hailien rsulte
de la confusion de toutes les croyances africaines. Il a
cppendant dgag deux rites principaux, comportant
chacune un culte distinct, le rite de Guine et le < rite
('ongo. Bien que les noirs de la Colonie soient ve-
inus en plus grand nombre du Congo que de la Guine,
la clientle se partage peu prs galement, selon les
origins ou les convenances des families ; mais cepen-
dant les superstitions de Guine exercent une influence
prpondrante sur les do tripss actuelles du Vaudonx.








- 39 -


Dans chacun des deux rites, les gens experts relvent
une srie de subdivisions, correspondent aux diverse
tribus du Nord et du Midi de la cte d'Afrique. Arada,
Nago, Ibo, appartiennent au rite de Guine ; il semble
que la cte Nord ait eu le ftichisme plus doux et
admit volontiers les esprits du bien. L'Arada serait le
culte le plus simple et le plus pur de tous, ne connais-
sant point de malfices. Les esprits vnrs la c6te
Sud sont plus frquemment mchini s; ces derniers
abondent dans les subdivisions du rite Congo, le Con-
go franc, le Ptro, et le Caplaou .
Les scnes de canibalisme qui se produisent en-
core parfois (un fait de cette nature a t jug en
1904, par le tribunal criminal de Port-au-Prince, ) se-
raient l'oeuvre des adhrents, heureusement peu nom-
breux, certaines fraction4du Ptro et du Caplaou
quelques unes pourraient tre imputables au c Mon-
dongue don't le caractre est un peu special, bien
qu'appartenant au rite Congo. (1)
II n'y a, dans cette parties du discours, part quelques
noms redreser, rien reprendre quant la clart de
l'expression et la ralit des faits. Voyons la con-
clusion :
L'apport de tous ces rites a cr une vritable my-
thologie dans le Vaudoux haitien. Les lois, les saints,
les mystr's peuplant la nature, ont reu le nom
d'anciens rois d'Afrique ou bien des localits, o ils
ont t diviniss.On y ajoute le qualificatif de mattre,
papa ou si monsieur . Legba, Dambala, Aguay,

(4) MOUDONtGES. Les gographes parent de MODONUE, an- -. rl a a
cien people du Haut Sngal aujourd'hui dissmins et don't une parties
, .-chez les Bambarras et l'autre s'migrant est parvenu s'tablir au Sud
du lac Tchlah/ ville o leur sultan a transfr sa residence. Il est pro- /~ -{-'
able que led individus transports St. Domingue comme esclave et
designs sous le nom de MOUDOOGUES aient t capttre parmi les
debris de ce people durant Ilmigration.








- 40-


(Gud, venus du rite de Guine. sont l'objet d'un
culte a peu prs gnral : Maitre Ogouir, Loco, Saugo,
Papa Hadre. ..et il y en a aussi une infinite d'autres.
Le Roi d'Engole ( Angola ) et le Roi Louango (Loan-
go ) appartenant au rite Congo. Chacune de ces divi-
Inits,possde un caractre particulier ou revt certain
attributes qui lui sont propres. Legba est l'esprit su-
pri uir des Aradas ; Dambala prside aux sources ,
Aguay, aux eaux de la mer ; Gid est le dieu de la
mort ; Loco. cllui des forts ; Sango, de la foudre;
lidre, ,i vent. Dans lenr incarnation, les mysires
du Ptro franc reprsentent la svrit, Legba, person-
nifie la Sagesse ; Dainbala Onedo. la force et la bontA.
Lui et sa femme, Aida Oueddo. sont considrs com-
me les anctres du genre human. Aguay est le navi-
gatepur ; Legba, le lgislateur du Panthon haiien. Ces
lois habitent de prfrence les vieux arbres et les ttes
(le leau. Ils ont une representation tangible ; Agiay
a pour symbol un petit bateau ; Dambala, la couleu-
vre ; la plupart se sont confondus avec les saints du
Christianisme, et les images dle pit s'adaptent aux
mystres Vaudoux. Ogoun est devenu Saint Jean-Bap-
tisle, Loco, Saint-Jacques le Majeur. (page 50)
Ici, se rsume synthtiquement aprs leurs diverse
combinaisons, tous les lments apr rsultant du
aiii mlanae des tribus africaines,~/cr,it suivint l'impres"
sionl d'Eugne Aubin, une vritable mylhologie dans le
vaudou Hailien.
Cette vue d'ensemble est loin d'tre attrayante. Ce-
pendant si lon en reprend les lments pour les sou-
mettre l'analyse, il est probable que 'l'on n'arrive
)pas ensuite au mme rsultat que 1 lgant auteur de
En Hati. Et cela ne doit pas nous surprendre.
Po ir Engne \uhin, il tniit natural qu'en sa quality










-41 -


d'tranger, ayant entendu pour la premiere fois pro-
noncer les qualificatifs enfantins,et des noms.baroques
donns en Hati aux lois, aux saints, aux mystres, il les
recueillit et les reproduisit avec l'exactitude du radio,
tout en assimilant le Vaudoux un panthisme quel-
conque log la mme enseigne que le paganisme an-
tique et les religions de l'Inde.Papa Badre ne devait-il
pas lui rappeler Hindra, le dieu du vent ; puis Damballa
et Aida Oueddo n'tait-ce pas pour lui sous d'autres
noms, Pan ou Dam3ster, considr dans le paganisme
comme forces gnratrices de la nature ?
Mais qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son,
suivant l'adage.Il y en a d'autres don't ilne faut pas
ngliger d'couter le tintement, si faible qu'il soit.
Accordons au moins quelque attention en son parler
familiar la voix un peu criarde du sectateur du
Vaidoux qui lui-mme, s'il nous coutait dirait :
Tout a pasa.. messieurs, dans notre culte, nous ne
confo,,lons pas Dieu avec les Saints que nou- appe-
lons lois. Toujours nous disons. Bon Dieu douvanl.
N'y aurail-il pas dans ce language quelque raison ?
Spcieuse, si l'on veut..... mais raison qu Eugne
Aubin semble avoir oressentie. en dsignant les rites
spars, il dit : Legba esprit suprieur des Aradas est
le lgislateur du panthon Vaudoux, culle don't le
principle, si grossier qu'en paraisse la forme, se borne
la recherche des manifestations de la divinit dans les
forces de la nature.
Parce qu'il se mle cette conception foule de
croyances superstitieuses prendtkelle le caractre
d'une vritable mythologie
Examinons un peu la question.
Y aurait-il profonde diflrence centre les mots
Saints, anges, mystres, ou lois employs dans le Vau-










-42 -


doux et celui de Djins par.les arabes et Wongs, don't se
servent les Africains pour designer les sident la mer,aux sources, aux fleuves,aux forts,etc.
C'est bien ce mme ordre d'ides qu'ultrieure-
rement vint se rattacher la lgende des faunes, des
sylvains, des.nymphes,ces gnies que l'imaginalion s'est
complu peupler ggifWna le paganisme greco-ro-
main sous les formes les plus burlesques inconnues
en Haiti comme en Afrique.
Mais ici come partout la forme ne peut jamais
l'emporter sur le fond, objetdont l'ide ou la substance
est,souvent exprim(par des mots diffrents, et les mots
d'une laige traduits dans une autre langue n'en altrent
pas l'esprit.
S11 en est ainsi de la lumire qui rsulte des
diver's rayon;,ronges, noirs, violets,bleus, jaunes don't
l'ensemble en forme la substance.
Examiie ce point de vue la question se simplifie et
parait n'tre plus qu'une question de distance o tout
dpend de la perspective, du coup d'oeil, du milieu et
surtout de l'ducation.
En effet, a la distance o l'histoire place sous nos yeux
le paganisme au regard de la religion des peoples pri-
mitifs toute dffrence ent.r les mois Legba et Mi-
nerve disparait danis l'ide de Sagesse.
Poser la qiesiion c'tait donc la rsoudre presqu'aus-
sitt. -\iireinent il serait absurdede supposed que Legba,
Esprit du bien, de sagesse et de lgislation don't le nom,
co ninecelui du Grec et d Latin,dsigne tout un glroupe.
de lang ies et de nations, soit en principle infrieures
sa sour cadette, desse de la sagpese sortie, dit on,
toutt arme du crveai malale de Jupiter.
S'il n'lait pas,an cotitraire,lans la pense de ses fidles
le m.ne que 'Aqios Sophaia, sagesse ternelle, sainte










- 43 -


sagesseil ne saurait absolument en tre l'antithse.l'an-
tinomie. (1).
Cette opinion est la ntre.Emise en vue de mettre plus
en relief le caractre du Vaudoux elle ne s'loigne pas
tout fait de celle d'Eugne Aubin en ce qui a trait
la mythologie, question qui n'est pas en ce moment
examiner. Jusqu'o ne nous menerait-elle pas ?
Aujourd'hui. une poque # la science exprimen-
tale tend demsurment son empire sur le champ des
connaissances humaines, il ne reste gure de'place dans
les colleges pour une chair de mythologie. Son ensei-
gnement cepe:id nt n'avait pas t strile ; il nous a
laiss dans la mmnoire de nombreux souvenirs don't
deux particulirement nous reviennent en ce moment,
l'un relatif la naissance d'Apollon et l'autre, l'incar-
nation, de Bacche, espce de St.-Michel don't Jupiter
aurait excit le courage dans la chaleur du combat con-
tre les Titans rvolts par cette exclamation : Euoh I
Bacche. Euohe !
Il est facile de s'imaginer, que sous l'gide du Pre des
dieux, Bacche/ devait finir par gagner la guerre et
consommer la ruine de ses terrible ennemis. Bah
ce fut le contraire qui arriva. Bacche dchir et mis
en pieces n'a pi revivre que dans l'un de ses fragments
incirn par les amours de Jupiter et de Sml, prin-
cesse grecque, pour devenir ensuite sous la tutelle d'un
faune,'et le nom di Bacchus le dieu de la vigne ador
par les Romains.
Tel ne fut pas le sort d'Apollon,le dieu de la musique,
de l'loquence, de la littrature. Mais sa lgende, si
l'on en croit Ta;ite,n'a pas t sans trouble.Les (nciens,
(1) Les langues du Nord'Est du Haut Soudan se partagaient en qua.
tre groups : le group CUREN. 2me le group LEGBA qui embrasse
le legba, le Kaure, le Kiamba ou DSAMBA, parl dans le canton qui a
Kafado pour capital ; le group KOAMA, auquel appartient le bag-
balan : 4eme enfin, le group Kasm-Yula, parl l'ouest du pays de
GUERESCHA. Voir Geographie des Langues.










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rapporte cet historien, croyaient qu'Apollon tait
n les uns, Dlos, prs d'un palmier, et, d'aprfs
d'autres, Elphse prs d'un olivier. Cependant dans
une assemble tenue Iome, l'an.... sous le rgne de
Tibre, les reprsentants d-. cette vi le soutinrent que
Diane et Apollon avaient pris naissance sur leur ter-
ritoire, ot que l'on voyiit un bois sacrA appel Ortigis
o Latonte appuyd& r un olivier aurait a:couche de ses
deux dits prs dufluve Gan-iris,et qiue Apollon s'tait
rfugi en cet endroit pori fuir la colre de Jupiter
aprs avoir tu les cyclopes.
C'tait bien l, en mythologie,l'exergtique, la concep-
tio.i r3ligieuse des peoples alors rputs lei plus civili-
ss du monde ?
Oh que de fables, de lgendes est faite une mytho-
logie, Impossible cependant de nier que sous la dsi-
gnation plus lgante, plus idale,de manifestation des
forces de la nature. Bacchus et Apollon surnomm le
pythonien,interviennent souvent dans la pratique du Vau-
doux colonial ou hatiet. '
Enfin s'il est vrai que fables et lIgendes roulent
sur un fond de vrits ides-forces ou ides gn-
rales, voire mne des rbalils. il ne serait 1 as moins
intre-sant de rappeler, sais vouloir prolonsger ind-.
finiment la dissertation ce sujet, l'une d'elles qui a
rapport l'histoire de la jeunesse hatienne
Les jeunes hatiens, comme tous les adolescents de
leur ge raffalent des contest de fes et savent & tirer
des contest croles autant de leons que compoitent
les fables de La Fointaine.C'est ui fait. Qui n'a pas.lu
Cric-crac de Georges Sylvain ? A cette rudition en-
fantine s'ajoute la lgende de Bacchus Ne' pou-
vant jamais rien y comprendre, les enfants s'avisrent
un jour -et c'est sans doute l la lgende-d'en tire







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le motif d'un jeu pour eux plein d'attrait : le Bac-
chini.
Le soir. en rcration, ils s'y livrrent en se
groupant, la main dans la main, de faon former
un cercle au-centre duquel l'un d'eux doit s'efforcer de
chercher Bacchini.
Bacchini sauv,
Baccho.
Cherchez Bacchini
Trouvez Bacchini
Fait li turner

chantent-ils tous en choeur.Le'difficile pour le patient ce
n'tait pas toujoursAde trouver Bacchini cach-sous une
fornme quelconque; mais de trouver Bacchus lui-mme
en chair et en os, Bacchus, ce dieu de la vigne qui
tourne les ttes, nivre si furieusement les Bacchan-
tes, puis le fair tourner, retransform en Bacche,
le dieu ouralien. C'tait l, on avouera, l'une de ces
hypotheses que. Laplace plus encore Darwin, le c-
lbre naturaliste anlgais, se serait excuse avec raison,
de n'avoir pas song examiner..
Proposer une pareille nigme un paysan, un pri-
mitif, n, serait pas raisonnable, alors que tant d'au-
tres, dans des pays plus avancs en religion, en art et
en civilisation snnt encore si ignorants, si simples. En
voici un example :
C'tait en 1877. Parmi les nombreux villageois venus
Paris pour assister l'ouverture de l'Exposition uni-
verselle du 7rocadero il s'e, trouva un naf pour dire,
tout exta4i. ses camarades en leur montrant les cam-
panules du pa'ais de cette exposition : c Tiens je
vois bien.deux i caderos, mais lautre ? ousqu'on l'a
fou rre ?








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N'tait-ce pas amusant ? Ce menu fait rel ou irrel
s'adapte bien la mentality paysanne. Le journalist
qui l'a public parmi tant d'autres n'avait sans doute
d'autre but que d'amuser le public.
Ce fut sans doute le cas d'Eugne Aubin qui, pro-
pos des images de pit adoptes aux mystres du Vau-
doux, a crit : Ogoum est devenu St.-Jean Baptiste,
et Loco St.-.Iacques le Majeur.
Rire a dit Rabelais, est le propre de l'homme ; et,
depuis, on s'amuse chanter dans certain milieu :
Je suis gai, soyons gais,
Je le veux.
Eugne Aubin tait il gai ?:..
S'il ne l'tait pas, qu'aurait-il gagn en s'appliquant
prouver par A+ B que Ogoum, par example, est ou
peut tre un diminutif de N'joumo le ciel des Noirs
de la cte d'or. Damballa, une simple altration de
Atombalia, des a'quits congo ou trs probablement
du a DHa ALLAH de l'arabe.
Le public qui ne cheree dans les relations de voya-
ges, dans les romans, cMne lives de thtre que
des aperus nouveaux on des expressions locales
moyen de se distraire, se strait peu intress celui
de l'auteur don't nous parlons.Donc Papa Badre,Ogoum
et autres faisaient mieux l'atfaire.
Mais ousque le journalist diplomat, ce pince sans
rire, a voulu aider ses lecteurs trouver le troisime
caderos de son exposition Vaudoux,le toucher du doigt,
c'est lorsque, supprimant hardiment l'X algbrique,
cette espce d'appendice don't s'tait servi Moreau pour
reprsenter la queue de son serpent, if dit :
( La base du culte Vaudou) se trouve dans la
famille. Chaque chef de famille, revtu du sacerdoce
familial, honore l'esprit des anctres et les lois pro-
tecteurs des siens. Une pice de sa case content un








- 47-


p, c'est--dire un exhaussement en maonnerie qui
ert d'autel un culte restreint. Une fois l'an, la fin
e l't, le pre remplit le devoir, en c!brant la
te de la famille par un manger ignames. C'est le re-
pas en l'honneur des anctres, auxquels on offre ainsi
les prmices des products du sol ; il comporte des
ignames. des haricots rouges, du poisson sch l'huile
Dans cette circonstance solennelle, les enfants accou-
rent de tous les.points du pays se grouper autour de
leur auteur.
Cette fois. l'oeil de l'observateur ne s'est pas trouble.
ntrant travers la masse du monument jusqu' la
ondation, il a offert aux regards baillis ou amuss
u spectateur ce qu'il fallait pour satisfaire sa urio-
it et, il s'est trouv lui-mme d'accord avec le docteur
ugne Verrier.Celui-ci, dans sa notice sur la religion.
u Ngre,n'avait pas manqu de faire observer lui aus-
si que les Ngres du centre de l'Afrique qui
paraissent avoir des liens anthropologiques. avec ceux
de l'Afrique mridionale, vnrent les mes .des an-
cetres, comme cela se pratique chez les Kaffirs; les
tribus sauvages du sud de Jakoba qui, il est vrai, ad-.
mettent l'existence d'un Dieu supreme et prs de lui
un bon et un mauvais esprit, pratiquent un veritable
culte vis-.vis des Ames des morts.
Le Or. Verrier a cit encore les Bambarras, qui sont
musulmans c ils nommaient leur dieu Nallah (qui se
rapproche de Allah, mais l'objet de leur culte, outre les
&mes des anctrei, c'est Bouri, Bouli, Boulidou ou Si.
lama ) qui demeure dmns une calebasse ou dans une
cruche brise. Ce dieunest multipli presqu' l'infini et
il y en a un dans chaque village.
Il y a donc pas. -pourle moment, .s'arrter plus
longtemps sur la question. Le eulie qui, en Afrique
-I qui ~diqLy







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s'appelle culte des anctres ou culte des morts est le
mme qui constitute en Haiti la base du Vaudoux.
Eugne Aubin qui revient le mrite de l'avoir mise
pour ainsi dire jour, n'aurait pu en parler avec tant
d'assurance s'il n'avait lui-mme pris la peine d'en ex-
plorer toutes les parties et d'en bien tudier la structu-
re et le systme.
S'agit-il de clbrer de grands services en l'hon-
neur des anctres, de concilier les lois de la famille
ou ceux de l'habitation, l'intervention du papalois (le
prtre) devient ncessaire.
Ce culte n'est donc pas seulement un culte de famille
isole, mais association de familles,un culte public qui
a son organisation propre, ses status, sa disciple, son
temple, le houmfort. (1)
< Autour duquel le papaloi group les siens en une
socit hirarchise selon les degrs de l'initiation ;
cette socit possde ses drapeaux qui lui servent d'en-
seigi.es. Le papaloi est assist de servants, houngu-
nicons, qui deviendront papaloijA leur tour; les adh-
rents, homes et fenmmes, se partagent en hounsis-
canzos et hounsis-bossales ces derniers sont des aspi-
ra its ; le, primiers ont seuls une instruction suffl-
sante pour savoir server et desservir le zain ils por-
tenit en tatouage la marque distinctive de la socit.
C est avec leur concourse que le papaloi procde aux
services de famille, quand il s'agit, aprs la mort
mystre 11i cadavre, ou de concilier l'influence des
jumeaux par l'.rganisation d'un manger-marassas ;

1 ) Ce mot HOUMFORT, semble avoir eu d'abord pour racine le
mot anglais HOME, qui signifi mason, mais HOUM a t traduit par
BOIS SACRE, dans un article public e, Nov. 1922 dans la REVUE
DES DEUX MONDES, puis par F IANTE MEDICINAL. dans un ou-
vrage plus ancien, l'ouvrage de Fabld'Olivet. Un volume


NYY








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services gnraux ei l'honneur des lois du houmfor
notamment lors de fte de la mason.

Voil expss en dtail tout ce qui, en some, forme
la base non l'difice du Vandoux lui-mme que nous
avons plus haut compare a celui d'une exposition,
celle du Trocadro,ou autre exposition international
dans laquelle, ct des ouvres artistiques de tous
genres se trouvent accumuls et souvent confondus les
products exotiques de toutes provenances.

Il va sans dire qu'en cela, notre intention n'-
tait pas d'induire le public en exagrer l'ide pour
se fire une image pareille celle de ce monumental
palais, encore moins d'un temple l'instar de l'Acropo-
le de Pallas Athene ou de la grande mosque de
Constantinoole, que les chrtiens, selon Maurice Barrs
avaient voulu ddier la saint sagesse Agios Sophia
plutt qu' Sainte Sophie. (1)

Si l'ide devait au contraire veiller l'image d'un
panthon consacr la mmoire des grands homes,
come celui de Paris, les trop modestes proportions,


(1) Dans un article public en 1924 par l'Illusfraiton, une
Revue franaise, on a pu lire l'observation suivante
faite relativeinenl au changement de noms dans 1 A-
frique quatoriale :
a La tenue rigurieuse des registres et des fiches nous
done beaucoup de travail. Si, pour les noms des su-
jets. cela pouvait encore aller, il tait plus difficile de
prciser celui de son village. Les naturels le pronon-
eie it d'une inanire, l'ad iiii!istratioii de l'autre, et si
par hazard, il figurait sur I;l carte, on se trouvait en
prsetne d'une troisime version. Enfin, les villages
se dolacent facilemen t et rinent souvent le nom de
chef, sujet lui aussi aux chaijgements.
(Au Pays de la maladies lu somineil page 314, No. 18)










la forme rustique du pantheon Vaudou\ en dtourne-
raient aussitt la pense.
Ce Panthon, c'est le houmfort bli l'instar des cases
ou des chaumires de nos campagnes, et don't l'ouvrage
de Eugne Aubin offre un spcimen en ses nombreuses
phototypies.
Ce houmfort est celui de M. Asse (Romulus Jacques)
de la plaine du Cul-de-Sac. Il ne nous offre aucun in-
trt particulier. Si nous en faisons nous-mmes men-
tion, c'est par. rapport ai norn da proprietaire, nom
de famille hrit avec la function et qui rappelle celui
de Ben-Aissa, nom d'une important tribu du Maroc.
Il y a entire eux un singulier rapprochement. Se peut-il
q/4y ait galement affinit de races ?
Jusqu'ici aucun nom ne peut servir dcouvrir
la vrit que rnos cherchons, Ils dependent tous
du temps, de lidiome de chaque contre et aussi des
circonstances, tel par example, Badagry, nom d'un
ancien petit royaume de la cte de Guiine, lequel sert
designer un prtendu loi du panthon Vaudou.
Et ce Vaudou lui mme, combien de fois ce vocable
n'a d changer de forme et d'accent durant le course
des ges. Tout a un commencement: ne dsesprons
pas d'en retrouver la racine lorsqu'aura lui une lumire
qui, come toujours, nous vient de l'Orient.









-51 --


CHAPITRE 1II


Du Culte ou de la Relijion des Anctres.

Le rituel funraire de l'ancienne Egypte don't il a l
question dans le prcdent chapitre, pourrait encore
nous fournir amples renseignements sur le culte des
Anctres, si ce culte pratiqu actuellement en Orient>
n'offrait en spectacle un tableau plus saisissant com-
me moyen le plus propre nous clairer.

On est d'autant plus l'aise pour en tudier le sujet
que, sous le titre de Le Peuple Chinois, ses murs et
ses institution, un ouvrage rcemment public par M.
Fernand Fargenel. professeur du Collge libre des
sciences sociales, met en quelque sorte la porte de
chacun tout ce qu'il faut savoir pour bien apprcier
les donnes fournies par Eugne Aubin sur le culte des
Anctres, commit base du Vaudou hatien.
Couronn par l'Acailmie franaise, le live de M.
Fargenel offre toute garantie qui vent le consulter
avec assurance.
Aujourd'hni, a dit cet auteur, il y a en Chine plu-
sieurs religions : le catholicisme, le protestantisme,
l'islamisme, le bouddhisme,.le tosme et la religion des
anctres. De ces religions, les quatre premires sont
d'origine trangre; elle n'ont pas exerc une lis
grande influence sur les mours, encore moins sur les
institutions chinoises.
a Le boudhisme lui-mme, import dans le Royaume
du Milieu en l'an 67 de notre re et devenu aujourd'hui
l'une des trois religions nationales, n'a point marqu








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d'une empreinte profonde, le people chinois.

Ce dernier doit son caractre propre un ensemble
de meurs et de croyances beaucoup plus anciennes
qu'inspira la doctrine du prince ascte Cakiamouni.

C'est la religion des anctres, le culte des morts, ac-
compagn de croyances animistes qui, de tout temps,
a rgn en Chine; c'est cette religion et ce cuite qui
ont prsid au dveloppement des families; qui au-
jourd'hui encore, impriment leur marque puissante sur
toute la civilisation de l'Extreme Orient et fournissent
aux homes de ces rgions lointaines, les principles
inspirateurs de leur droit.

... Quand au taosme, qui est thoriquement,
la dgnrescence d'une philosophie transcendantale
panthiste, ne vers le Vme. sicle avant notre re, en
fait, il ne sert plus aujourd'hui qu' donner des for-
mules et des prtres au culte des forces naturelles qui,
en chine, come ailleurs, a toujours exist avec le
culte des aeux.
Lq culte des ancetres n'est donc pas un fait nouveau,
particilier Iiaiti, come rsultant (du mlange des
religions al'icaiiies, mais un f.tit gnral dont l'origine
remote la pius haute antiquit comme vient nous
l'apprendre M. Fargenel.

:O a, pour s'en ,ion!vaincre, qu' liie attentivement
l'ouvrage. de cet auteur. Ce no. sera point de notre part
abuser du droit de reportage que de faire ici, pour fa-
cliier les recherches, quelques extraits de son ouvrage
en sectionnant les parties correspondent chacune\ aux
croyances, la doctrine, l'organisation du rit et cr-
monies du cuite que nous voulons tudier dans son
insti tulion.







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CROYANCES.
L'adoration des Anctres gnrateurs de la vie est
donc bien la Religion principal, la vraie religion na-
tionale du people des Cent families.
Les vieux lives chinois ont religieusement conser-
v les formules rituelles qui rvlent les dogmes anti-
ques. On "'y voit que, depuis plus de trois mille ans
les Chinois croient que l'homme ne meurt pas tout en-
tier. Lorsqu'il a rendu le dernier soupir, la parties la
plus prcieuse et la plus noble de son tre: son me
survit; elle demeure sur la terre, ou du moins, elle
glisse dans l'espace, invisible ; elle se tient dans la mai-
son et dans ses alentours; elle voit ce qui s'y passe,
elle suit les actes de ses descendants.
< Dans ce monde supra-sensible o elle habite dsor-
mais, elle a des besoins comme elle en avait dans le
monde des vivants: besoin de recevoir l'hommage de
ses enfants, de ses proches et de ses serviteurs; besoin
de recevoir l'alimentation ncessaire l'entretien de
sa vie spirituelle.
S Si cette mne est celle d'un chef de famille, elle souf-
frira si ses fils, ses femmes, ses serviteurs encore vi-
vants la ngligent et alors, comme la puissance de
l'homme se prolonge au-del de la tombe, l'me irrite
fera descendre, s'il lui plat, des calamits sur la fa-
mille impie.
Aujourd'hui rgne encore la croyance au Houesi-cha:
Revenir tuer; si les descendants d'uni dfunt sont asez
oublieux de leurs obligations pour laisser dans l'aban-
don l'me paternelle, celle-ci viendra punir les ingrats
sacrilges.
Qans la haute antiquit, au-del des temps histo-
riques, la coutume d'immoler, la mort d'un chef ou







54 -

d'un homme considerable, ses femmes et ses serviteurs
existaient sans doute en Chine, comme elle a existe
chez certain peuples primilifs.
a Ne faut-il pas voir une survivance symbolique de
ces meurs farouches, dans la coutume actuelle de br-
ler le jour des funrailles, sur la tombe du dfunt.
des reprsentions en paper des objets qui lui ont
servi et des prsonnages qui l'ont assist. en ce monde.
Les livres chinois orit conserve quelques lointains
souvenirs de ces ges reculs, o les hommes parais-
saient avoir t si voisins des btes sauvages.
DOCTRINE
La croyance l'autorit et .la puissance survivanles
des dfunts, dit M Farjenel, n'est pas la seule qui ait
rempli et qui remplisse toujours l'me chinoise; les
forces de la iiatureont pour elle quelque chose de divin.
l)ans l'eau des ruisseaux et des. fleuves dans le flanc
des montagnes, dans le sol de la lilaine, dans la pro-
fondeur des bois, dans l souffle du vent, vivent, res-
pirent et circulent dles puissances spirituelles, person.
nelles et conscientes; ces esprits qui sont l'me vivante
des choses, ont, eux aussi, un pouvoir bienfaisant ou
nfaste; eux aussi, ils rcla.ment des services et un
culte. Voil pourquoi il n'est pas de famille qui, en
dehors du culte dles aieux ne vnre aussi quelques
dieux de la nature physique et leur fasse des offrandes-
Un dieu familiar que l'oin trouve partout, c'est le
Tsao-Kiuni-Kong le prince du foyer; habituellement, il
vit dans la flamme bienfaisante qui prpare les ali-
ments destins entretenir la vie de la famille et sur-
tout traiitsformer les mets du sacrifice....
On rt c iinait l, unt reste encore vivace du culte
antique du foyer, que l'on retrouve l'origine des graa-









des civilisations don't les hommes ont fix dans les
livres sacrs, l'histoire primitive.
SMais en Chine, le culte du foyer est loin de tenir la
premiere place. Le foyer n'est pas dans la pice prin-
cipale de la maison; le lieu vraiment sacr, dans la
demeure chinoise, c'est l'autel o sont dposs, les ta-
blettes des aieux.
LE TANG CHINOIS.

Les families importantes et riches possdent un
temple o tous les parents se runissent aux poques
des sacrifices, les autres ont au moins dans leur mai-
son, une pice consacre au culte; c'est le Tang, don't
le nom signifie Temple; les plus pauvres suspendent
des tablettes encestrales dans le lieu le plus honorable.
de leur chaumire et vont sacrifier dans les Temples
publics. . .
En entrant dans une cour intrieure de la maison
chinoise, on se trouve en face du Tang, construction
droite et gauche de laquelle sont raugs les loge-
ments de la famille.
C'est l, dans ce temple ou dans la salle qui en
tient lieu, que se dploient toutes les manifestations
cultuelles toujours si importantes dans la religion chi-
noise; c'est l que le chef de la famille invoquera les
mnes: c'est l qu'il ira annoncer ceux-ci les prin-
cipaux vnements heureux ou malheureux qui arrive-
ront leur famille. Car les morts font toujours parties
du group familial, ils vivent de sa vie; d'ailleurs la
famille vivante n'est-elle pas leur prolongement dans le
temps? La vie Sing-mig, est un principle sacr com-
muniqu aux hommes l'origine des temps, par le
ciel; les anctres qui ont t le canal par lequel s'est
fait ce influx de la vie, ont quelque chose de divin.








Tel est le dogme moderne, expos en maints en-
droits par les canonistes, tel tait certainement le
dogme ancien que les sages out exprim partout dans
les livres sacrs
Les families aises, fait remarquer Mr. Farjenel, ont
eniore un autre logis aux cts duquel se trouve le
jardin avec ses montagnes artificielles, ses viviers et
ses bassins. Au centre de ce logis est le Riamido, autre
Temple des anctres. Il remplit toujours le rle de
l'alium dans l'antique maison romaine. On y voit tou-
jours les divinits domestiques. Du reste, la maison
chinoise moderne est identique la maison grecque,
ainsi qu' la maison romaine des derniers temps de
ses rpubliques, avec leur gynce et leur pristyle ; et
celle des vieux ges est de tous points semblable
l'habilatien romaine primitive, telle que les savants
travaux des rudits !'ont reconstitue. ...
Le temple ou le lang est divis en deux parties prin-
cipales, comprises dans l'encinte sacre, laquelle com-
mence la deuxime porte, la porte postrieure est
toujourssurleve de plusieurs marches; dans les miaio
ou temples spciaux, c'est un pavilion central.
e La religion des anctres qui. donne aux parents,
tePe place dans l'im-'gination de l'homme, qui leur
confre le caractre sacr, qui en fait ponr leurs en"
fants des dieux flturs, a exist de tout temp; chez le
people chinois. On la trouve aux origins mmes de
son histoire et certes elle remote bien au del.
C'est elle qui retient, toujours etroitement groups
autour du m,ne autel, tous les membres de la famille
considrant les tablettes des aieux comme le plus pr-
eiPrx -des biens.
C'est elle qui fait que les chinois voient dans le










petit group natural, un tout pour ainsi dire indivisible,
dans lequel s'absorbe et disparait presque l'indivi-
dualit de chacun. Si bien que lorsqu'on dsigne pour
les gens du dehors, le groupement famillial, on l'ap-
pelle le temple d'anctres de tel nom ....

ORGANISATION SOCIAL

En fait, les personnel qui vivent sous le mme toit
sont nombreuses; en moyenne, un Kia, ( la maison )
compete de trente quarante individus; des commu-
nauts plus grande ne sont pas rares et des clans im
portants, qui ont jusqu' 1.300 membres et plus, exis-
tent en certaines rgions de la Chine.
Il va de soi que les membres des clans ne demeu-
rent pas tous dans la mme maison; mais ils sont
agglomrs dans un mme ilet....
Pour computer les degrs de parent, le chinois ne
se sert pas, come nous le faisons, d'une appellation
numrique, le degr se dsigne par l'habit de deuil
que l'on doit porter pour le parent don't on veut ex-
primer la parent avec soi mme. (page 31).
Or, pour cet habit de deuil, on compete cinq degrs :
la robe couple, la robe ourle, la robe grossire, la
robe fine et la robe de chanvre soyeux.
Il ne s'agit ici que de la parent en ligne paternelle,
car le droit de la femme ne tient qu'une bien petite
place dans la legislation chinoise, malgr sa partici-
pation au culte du mari; la parent en line mater-
nelle, ne compete pour ainsi dire pas...

La famille eQt donc bien, ainsi que son nom l'in-
dique, l'union des hommnes par une mme doctrine,
par une mmne religion, plutt qu'une socit purement
naturelle. La legislation a subi l'effet de cette concep-











tion de la famille d'une faon trs remarquable ...
page 331.
A la mort du chef de'famille, la dignit sacerdo-
tale ne pouvant appartenir qu'aux mles, son fils
ain ou son petit-lils, dfaut du fils, lui succde.
On reconnat le future chef de famille qui va imm-
diatement officer dans toutes les crmonies du deuil.

RITUEL DES CRMONIES

De ces crmonies qui sot longues et minutienses,
nous ne retiendrons ici que ce qui se rapporte notre
sujet et particulirement au Zain, don't il est fa.t men-
tion dans le culte voudou.
La famille seule assisted la descent dans la fosse;
les amis se retirent. C'est le chef du deuil qui
met le p r e i i e r la terre sur le cercueil et qui la
tasse avec soin et sans movements brusques. Au
milieu de cette operation, on sacrifice l'esprit pro-
tecteur du lieu, puis on met dans la fosse tons les ob-
jets apports qui serviront au dfunt dans l'autre vie,
toffes et ustensile-, on crit l'pitafe, on -remplit la
fosse de terre, on la maconne.
La fume de l'encens monte vers le ciel. le vin des
libations couple sur le sol. L- priiur, pregnant la planche
des prires, va se p'arer 'a droite du ch f de tamille,
il prie come pricdemnne it, mais il dit: Le fils
orphelin un tel. o;e annioacer se- parents dfunts,
qu'un tel, revtu de cette dignil, portant tel nom, est
retourn, quait son corps, dans la nluit du tombeau
et quant oii esprit, dans le temple de sa mason.
IPuisqute sa tablette est acheve, que l'esprit vnrable,
abandonnant l'ancienne ( tablette), se repose dans la
nouvelle. t 1)
1.- On fait une t:blettp sl,'ciale pour la crmonie, otc. etc.


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< Ceci termin, le prieur embrasse la tablette et se
relve.
Lorsque l'enterrement est termin, le cortge sui-
vant la civire o la tablette du dfunt a t pose, re-
vient en sanglotant pas lents la mason; on pose
la tablette dans le temple on dans la salle qui en tient
lieu et tous les assistants viennent pleurer et se pros-
terner devant cette tablette qui porter dsormais le
nom de Chenn Tchou, Seigneur-Esprit.
A midi, on fait le premier sacrifice au mort, dit
sacrifice d'apaisement. Pralablement, les assistants se
purifient par un bain et vont oTfrir leur oblation, s'ils
le peuvent prs de la tombe mme; dans le cas o le
cimetire est trop !oigni ils le font la maison.
Pendant toute la dure du deuil, on fera des sacri-
fices particuliers au dfunt.
Plus tard, il devra se contender des offrandes rgu-
lires et ordinaires faites aux anctres dans ces cr-
monies.

Dans ce tableau on voit comment d'aprs ses
croyances, ses moeurs et ses institutions, se pratique
en Chine la religion des Anctres base de l'organisation
social du people dit des Cent lamilles.

A ce tableau si nous confrontons celui qu'a esquiss
grands traits, Eugne Aubin, :omme base du
Vaudou, arriverions nous les (Iloger tous deux la
mmne enseigne. *
II semble que, placs ainsi, l'un en face de I'autre,
les traits se rpondent ou se rppro luisent comme dans
un miroir en dpit de leur.i proportions respective.
Qu'est-ce qu'en ralit que le T'ANG Ou RIAMIDO,
Temple chinois sinon LE HOUMFORT Voudou autour du-









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quel le chef a group les siens en une socit hrar-
clise?
Le Housi Cha, don't le chinois redoute tant les ri-
gueurs, ne rappelle-t-il pas le Houssis-Canzo' qui,
dans le Vaudou, a pour devoir d'aider le matre
servir et desservir le Zain , reproduction grossire
de la tablette des anctres.
Et ce matre lui-mme, papaloi ou Hougan, serait-il
autre chose que le devin. L'Augur (Agura) qui, en
Chine interprte ia volont des dieux et fixe l'poque
des sacrifices.
Mis ainsi l'un en face de lautre les deux cultes ne
prsentent gure de difference. Tout y parait sinon
identique du moins analogue t l'exception du KIA chi-
nois type parfait d'une communaut uniform, inva-
riable, place en face d'une autre plus petite, toute
rcei.te, qui n'est qu'un simple agrgat d'individus is-
sus de diverse tribus africaines ou du mlange par-
tiel, foi tuit de ces individus depuis leur transplantation
en Haiti.
La difl'riene ce point de vue est d'autant /fus
sensible qu'elle s'accentue par des accessoires qui ser-
vent distinguter diverse sectes du Voudou, tandis que
l'atire, le KIA chinois ne cesse parlout et toujours
dans les villes, les communes come dans les moindres
districts, de prsenter un front unique d'individus sortis
de la mmie souche, d'une mme ligne, marque de
la mme empreinte, du mme et unique caractre re-
ligieux.
Le caractre religieux des villes, fait observer Mr.
Farjenel, a subsist, les croyances de leurs habitants
ont subian course des sicles des modifications, elles ont
d voluer coiiime la socit elle-mme et prouver
l'influence des contacts avec les populations aborignes









de l'Asie qui avaient, elles aussi leur religion propre.
Certain auteurs estiment mme que le culte des as-
tres serait le produit de ces contacts trangers et que
dans les temps primitifs, le people de Cent families
aurait profess une religion monothiste comme celle
du people hbraque.
Quoi qu'il en soit, il est indniable qu' une poque
dj bien ancienne dans son histoire, le spectacle de
la vie toujours renaissante sur la terre, avait pnitr
le people chinois de reconnaissance pour la force mys-
trieuse qui transform toute chose. Les astres sym-
boles visible de l'nergie fcondante, personnifi par
l'imagination, prirent une place dans le culte ct des
anctres des princes qui avaient t les pres des cits.
Les montages, les fleuves, le sol fertile furent aussi
l'objet d'une vnration religieuse. Un gnie prsida
chacune des productions de la terre.
c Ce culte de la nature parait surtout dans les repas
sacrs qui se donnaient dans les districts chinois et
dans les villes, come jadis en Grce; dans les ban-
quets caractriss par les invocations, des prires des
libations, les assistants symbolisaient les astres bien-
faisants et tenaient en quelque sorte leur place dans
la crmonie. Si l'on croit le mnAmorial des Prtres, il
en tait ainsi dans les fe.tins des districts dits: Ru-
nion o l'on boit le vin dps districts. LA les h6tes re-
prsentaient le ciel, l't(empthytrion (le chef du district)
reprsente la terre, leurs a-kitint. reprsentent le
soleil et la lune, les trois lrincipaux reprseentent les
trois lumire?.

Chaque ville capital dd district, a un patron don't
les mines veillent sur la destine. Ce patron est ins-
titu canoniquement pir l'Empereur lui-mme, qui
consacre de son autorit supreme les usages relig;eux








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populaires. Ce patron, un homme clbre par de rares
vertus et par le souvenir de ses grands services, est
la fois l'esprit proeteteur de la ville et du district tout
entier. C'est le 21,ine jour de la septime lune que
TCHIEU-THIEN, ou sous-prfet, doit lui offrir le sacrifice
dans le temple qui lui est rserv.
Une fois par an, galement, il sacrifiera aux gnies
tutlaires da la prairie et du sol, et une fois par mois
aux gnies des champs et au gniie des grains: Hou-
Tsi. Ce dernier dit la lgende, naquit sans douleur
d'une vierge qui avait march dans l'empreinte des
pas du Seigneur. .....
Le magistrate local doit aussi faire annuellement le
sacrifice au dieu du vent, des nuages, de la pluie, du
tonnerre, des montagnes et des fleuves.


Dans le rituel du Tcheou, ont voit, en effet que les
chefs des petits groups n'ont que des functions secon-
daires, ils n'ont point de dignit sacerdotale: etc. .
Le chef du group des cent families est le seul qui
ait des attributions religieuses come le chef de can-
ton et de district eux mmes. Au printemps et l'au-
tomne, il sacrifice aux esprits malfaisants pour les apai-
ser ; le sacrifice a lieu sur un autel en terre, fait pour
la circonstance car la commuue ne poss.de pas en-
core de temple cet effet.


Ceci coniirme cla. c'est-I-dire tout ce qui a t ex-
pos plus haut relativement au caractre propre de la
religion nation;le du people chinois,- il n y a pas lieu
d'insister d'avantage sur le sujet pour s'autoriser
jeter le dfi quiconque aurait encore la vellit ou
la fantaisie, de jeter lui mme la premiere pierre aux
lHaitiens. sous le fallacieux prtexte de Voudou.







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Une objection est pourtant prvoir en ces matires
comme en d'autres toujours plus ou moins compli-
ques. .
S'il est vrai,- comme l'estiment certain auteurs,
- que dans les temps primitifs, le people des cent
families aurait profess une religion monothiste com-
me celle du people hbreux, ses anciens rituels ne le
laissent gure supposed. Serait-ce omission ou simple
oubli par suite d'un naturisme exalt devenu la fin
inconscient en raison inverse de l'volution social.
Il y a certainement omission ; elle est patente et
dte manire justifier mnme cette nave complaint du
sectateur Voudou :
Papa Legba, pau'diable, pau'malheureux! !
Il s'inquite Cette omission observe un peu partout
est un mystre pour lui, pauvre diable, malheu-
reux illettr fort excusable d'ignorer encore que le
chinois, incrust pour ainsi dire dans ses coutumes,
ses vieilles traditions une ide concrete, conception
plus nette, plus positive que Legba de la Sagesse ter-
nelle, le Seigneur don't le culte, come nous l'assure
M. Fargenel, a toujours t pratiqu en Chine.
Quel tait, a dit cet auteur, dans l'esprit des Chinois
de la haute antiquit, ce Seigneur ? Etait-ce un Dieu
analogue au Jhovah des Hbreax ? Etait-il conu/un ///t,-,- -
esprit infini, ternel, indpendant (le la matire cre
par lui? Etait-ce seulement le Dieu panthe don't l'me
anime le monde matriel, son corps.
A cesquestions don't l'objet estsi subtil, l'imprcision
des vieux textes ne permet gure de rpondre avec
nettet.
iais toujours est-il que ce Dieu y est dpeint
comme un personnage cleste, un esprit don't le ciel







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est la demeure, esprit intelligent et tout-puissant,
qui envoie aux homes des bienfaits, et des maux,
qui rcompense les princes vertueux et chatie les per-
vers et ceux qui ngligent son culte.
< Ce Dieu y est considr comme un anctre mys-
tique du prince lui-mme.
Son nom est CHANG-TI, Seigneur d'en-haut, c'est
l'Empereur qui a la charge de son culte; ce culte est
le principal dans I'Empire, Sans doute, le souverain
vnre aussi les six vnrables: (1)
Celui-ci domine tous les esprits, et les gnies, tous
les dieux ou demi-dieux, come l'Empereur domine
les rois et les princes.
Aussi b!en, le culte de ce Dieu Sip -me tait-il l'a-
panage jalousement conserv du souverain lui-mme.
Dans toute l'histoire chinoise, on voit les princes qui
s'emparent du pouvoir supreme, prendre le pontificat
qui le consacrait.


Le grand mandate, c'est la puissance que le Ciel
confre au Souverain pour gouverner les peuples, selon
l'ordre et la justice. Si les princes ne remplissent pas
avec vertu leurs obligations et surtout s'ils tnaccoiii-
pliss nt pas .la premire de toutes: -lhommage et le
sac'rifile au prit cipe de. closes : !e Ciel, ils deviennent
indignes de conserver le pouvoir.
D'antre part, eux seuls ont quality pour commu-
niquer directement avec le Ciel; de mme que, dans la
famille, le pre seul peut vallablement communique
avec les anctres, prononcer les formulas sacramen-
telles qui ont la puissanc de rendre les oblations
agrables et de faire descendre les mnes; de mme
1 Termes encore mal dfinis.









dans l'Empire, l'Empereurseul eut valablement adres-
ser la prire et offrir le sacrifice au Ciel.
Le Souverain est donc le pontife supreme de la
nation toute entire, aucun autre que lui, n'a le droit
de communiquer avec le grand Dieu, qui domine toit,
qui embrasse tout, avec l'esprit du Ciel, le supreme
Seigneur.
Depuis la foundation de l'Empire, il en est ainsi, et
aujourd'hui, le code observe encore ses chtiment-
ceux qui oseraient empiter sur cette supreme prro-
gative. ..
Car le caractre du souverain n'a point change avec
les sicles.
Comme au temps de YAo et de CHoNN, l'Empereur
est toujours avant tout, l'auguste: HOANG-CHANG. On
l'appelle aussi le Fils du Ciel, T'IEN-TZEU.

Fils du Ciel, 1 Empereur est par excellence le fou-
mou, c'est--dire le pre et la mre du people tont en-
tier, si les magistrats produisent le mme qualificatif,
c'est qu'ils tiennent de lui la dlgation qu'on leur
confre avec la dignit sacerdotale,le droit de comman-
dement.
Il est l'homme qui relie le ciel la terre, comme
le pre relie les anctres dfunts toute la ligne des
vivants. Son caractre essential est donc toujours le
caractre religieux.
C'est dans ce caractre que se trouve l'explication de
son pouvoir politique, de sa dignit surminente et
aussi de tous les actes de sa vie.


Comme l'officiant catholique, l'Empereur offre l'en-
cens que lui prsente cet effet le thurifraire pendant


- F65 -








- ((i -


to te la c'rmonie, telle qu'elle estdcitc dans routes
les ditions du rituel inclus dans le TA-TSING HOEI T'IEN
les riles s droulent presque identiques, quant l't:n-
seiiible des a :es liturgiques. Les diflfrerces que l'on
remiiarqup portent seulement uiir les dtails et sur ce
que, au culte du Suprime Seigneur, se trouvent asso-
cis les cultes secondaires des gnies on demi-dieux
qui animent les astres et les forces naturelles, auxquel-
les on fait galement ds offrandres toujours infrieures
en nombre et en quality celles que l'on prsente au
Supreme Seigneur.
C'est dans les cacrifices impriaux que l'on peut
seuleiment immoler de j-uiines taureaux, parceque l'of-
frande -le cette victim de choix est r-erve au CHANG-
Ti, souvent qualifie dans les rituels: Auguste et C-
leste, Seigneur Suprme.
< L'importante crmonie du solstice d'hiver est ex-
pose ainsi que les autres avec la minutieuse precision
ordinaire aux rituels chinois dans la collection des r-
glements de ladynastie actuelle, le TA-TAING HOI T IEN.

M. Farjenel ayant nettement fait ressortir par ce
dernier irait le caractre de la religion national du
people chinois, il ne reste pour confronted le tableau
et les declarations faites par Eugne Aubin sur le culte
des Anctres, come bas-e du Voudou, rien de plus
glaner dans ce champ dsormais clair par la lu-
mire du Levant.
On y peut reprer galement le tlye de la mme
religion.
S'ils difrent entire eux, ces deux types, au point de
vue social, ils se rapprochent exactement par les
moeurs, la doctrine, les croyances fonde sur l'ide du
sacrifice: Racheter les fautes de l'homme par des dons
volontaires.








67 -

Ainsi/trouvent galement confirmes et justifies nos
apprciations personnelles sur l'ensemble de la ques-
lion pralablement pose par le Dr Verrier, relative-
ment la religion du Ngre.

On a coutume, a dit celui-ci, de signaler la religion
du Ngre comnne une frime particulire du prolythis-
me avec le nom singulier de FIICHIS.ME. Cependant
en tudiant exactement cette matire intressante, on
trouve que cette religion ne possde pas un carac-
tre tranche ni qu'elle soit d'une forme svre re-
lativement aux cinq des religions des autres peuples
qui vivent l'tat naturel. except en ce qui touche
certaines crmonies extravagantes et fantastiques qui
tiennent au caractre du ngre et dteignent sur ses
actions.
Cette opinion n;est-elle pas conforme la vrit? Si
l'on hsite l'admettre cause de certaines crmo-
nies extravagantes et fantastiques. on pourra en mieux
juger jI'examen que nous aurons faire de la danse
et des mystres du Vaudou.




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