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HIDE
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 Acknowledgement
 Foreword
 Discours du substitut Justin...
 Discours de me. Paul Boucherea...
 Discours de me Elie Lescot
 Appendice














Group Title: audience mémorable au Tribunal de cassation
Title: Une audience mémorable au Tribunal de cassation
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 Material Information
Title: Une audience mémorable au Tribunal de cassation Hier et aujourd'hui
Alternate Title: Hier et aujourd'hui
Physical Description: 23 p. : ; 20 cm.
Language: French
Creator: Bouchereau, Paul
Publisher: Impr. A.P. Barthelemy,
Impr. A.P. Barthelemy
Place of Publication: Port-au-Prince
Publication Date: 1941
Copyright Date: 1941
 Subjects
Subject: Politics and government -- Haiti -- 1844-1934   ( lcsh )
Genre: non-fiction   ( marcgt )
Spatial Coverage: Haiti
 Notes
General Note: Cover title.
 Record Information
Bibliographic ID: UF00081371
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: ltuf - AFM7437
oclc - 20577733
alephbibnum - 001130195

Table of Contents
    Front Cover
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    Acknowledgement
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    Foreword
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    Discours du substitut Justin Montas
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    Discours de me. Paul Bouchereau
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    Discours de me Elie Lescot
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    Appendice
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Full Text








Une Audience Memorable au Tribunal de
Cassation
Hier et Aujourd'hui
by
Paul Bouchereau




















972. 9404

B 74-3 ar












UNIVERSITY
OF FLORIDA
LIBRARIES






PAUL BOUCHEREAU


Une


Audience


Memorable


ailr


Tribunal de Cassation




Hier et Aujourd'hui



PRIX: DEUX GOURD f -


Imprtmerie A. P. BARTH EY
136, Rue du Magsgin de I'Eta 36
Pott'au-Prnce ( Hait )
1941

















CI-























C'est grce a la bienveillante autorisation que m'a accorde -
Madame Marguerite Dgand, l'pouse de l'infortun journalist, I
SLouis CALLARD, que j'ai pu me servir, en les tirant du Jour-
Snal Le Pays", des documents ncessaires la parution de
Scette plaquette.
S Je l'en remercie trs sincrement et lui renouvelle l'expression
Sde ma respectueuse sympathie.
mmawnamAilwrmJa nu wummml













AVANT PROPOS

Le but de cette plaquette est d'apporter un hommage special
Son Excellence Monsieur ie trsident Elie Lescot en evoquant une
poque de sa brillante carrire et en montrant la part du destin
dans une vie marquee par des tapes glorieuses et qui tait comme
promise une floraison supreme, ce combie d'honneur qui est
le couronnement ultime d'une grande existence.
Remontant le course d'un pass qui n'est pas lointain, nous revoyons
encore avec nettet, dans notre souvenir, cette inoubliable audience
de notre Tribunal Je Cassation o Monsieur Elie Lescot, nomm
Commissaire du Gouvernement prta le serment requis, dans l'appa-
rat d'une solennit qui empruntait une atmosphere spciale a certai-
nes circonstances qu'il serait trop long de rappeler ici,
Nous reproduisons dans cette plaquette les discours qui ont t
prononcs cette occasion en demandant une attention spciale,
come cela se doit, pour celui du Commissaire du Gouvernement
Lescot. Le lecteur le parcourra avec le plus grand intrt, essayant
de saisir la pense du Magistrat de 1932, se demandant mme si
di quelque chose n'annonait pas le future Prsident de la Rpu-
blique, car ce n'est jamais sans profit qu'on se penche sur le pass
des personnalits de premiere grandeur. Presque toujours, il continent
en germe leur avenir. .e jour de cette prestation de serment, un
mot prophtique fut prononc dans l'auditoire. C'tait quelques
minutes avant que le Tribunal ft en sige. Quelqu'un, on ne sait
plus qui, un humoriste certainement, fit entendre ces paroles:
" Vincent est une guillotine qui. le bouton une fois press, glisse
sans bruit entire les colonnes d'acier ". Un autre rpondant : Lescot,
lui c'est un fleuve qui suit sa destine ".
Ces propos qui alors semblaient insignifiants furent rapports
par le journal Le Pays dans le numro du 6 Fvrier 1932.
Nous laissons a d'autres ou l'histoire le soin de rechercher si
le President Vincent a justifi ce qui fut dit de lui. Nous considrons
comme venue d'une inspiration prophtique la boutade mise
l'endroit de Monsieur Lescot : le serment qu'il prtait come
Magistrat en Cassation annonait-il dj l'autre que dans un avenir
plus ou moins loign qu'il ne pouvait pas vraiment bien entrevoir
et don't il dut parfois avoir comme une sorte de prmonition trs
vague, il allait profrer la Maison Nationale ?
Le voil maintenant Chef de l'Etat, dtenteur du pouvoir supreme.
Une immense esprance soulve le pays d'o lui vient une adhsion
unanime.









Bien que le Prsident Lescot soit encore dans sa priode d'ins-
tallation, de prise de contact avec le pouvoir, en sent que le
people haitien tel qu'on l'a laiss, depuis le 15 Mai 1941, dvitalis,
pareil une bte lchant ses plaies et en proie de pnibles sou-
venirs, semble avec Lui, retrouver des motifs d'espoir et de fei
dans les destines de la Nation. C'est comme un grand souffle
vivifiant qui passe, rassrnant l'atmosphre, apaisant les nerfs
tendus, plongeant les esprits comme dans une nouvelle source de
vie et de force.
Nous avons une absolue confiance dans les promesses faites par
Mr. Lescot, au Pays. Nous sommes convaincu qu'Il remplacera, Lui.
par des actes ralisateurs de vains et fastidieux discours trop
longtemps prodigus.
Toutefois nous n'attendons pas de Lui aucun miracle, sachant
que c'est de l'effort lent et persvrant que sortira le progrs n-
cessaire dans le sens de la prosprit spirituelle et matrielle de
la Nation. Et ce qui nous parat rassurant, c'est la conviction qui
s'chappe d toutes ses paroles et de tous ses gestes, c'est l'activit
et le dvouement que ds son election et avant mme qu'il eit
pris possession du pouvoir, il apporte au service du pays, entrepre
nant avec succs des ngociations aux Etats Unis. intressant des
capitalistes i la production du caoutchouc en Haiti et jetant les
bases d'autres pourparlers qui se traduiront bientt en actes. C'est
aussi et surtout la conception qu'il a toujours eue des hautes fonc-
tions qu'il a occupes et don't il n'a jamais fait des sincures grasse-
ment rentes ni des agencies vreuses l'extrieur, c'est sa m-
thode pratique de travail, son esprit d'entreprise et de decision et
son indifference pour les honneurs, et les decorations trangres
qu'il n'a jamais qumandes ni rv d'avoir en stock comme
d'autres.
Il y a des choses que l'on sent. Le people tout entier sent qu'il
y a maintenant au pouvoir, non un dilettante dsabus, se battant
les flancs pour trouver des solutions inadquates aux problmes
poss, non un chef la volont dfaillante, incapable de rprouver
et punir des infractions scandaleuses venues de ses collaborateurs,
non un vaniteux double d'un picurien clamant, comme le grand
apostat "O mal sois mon bien'" mais un homme d'action capa-
ble d'inspirer aux haitiens et surtout aux fonctionnaires de l'Ad-
ministration. la volont ferme d'lever le travail intelligent et m-
thodique l'tat de loi, afin d'en faire bientt de vritables serviteurs
de la chose publique, des serviteurs la fois laborieux et dvous,
aptes seconder l'action gouvernementale.

Nous connaissons les difficults presqu'insurmontables qui atten-
dent le Prsident Lescot, tant donn l'hritage obr qui Lui
chet, le passif lourd et sans prcdent dans l'histoire national
qui lui est lgu.
Il y aurait peut-tre lieu de se dcourager si nous ne savions le
President Lescot si parfaitement rsolu, en pregnant d'une main
vigoureuse, le gouvernail, de reliever les ruines accumules comme








dessein en ces dernires annes, de faire dans tous les ordres de l'ac-
tivit national, le redressement qui s impose. Le Prsident Lescot se
le doit Lui-mime, Il le doit la Nation avec qui, d'ailleurs. Il est
uniquement li par contract authentique, en dpit de ce que peuvent
s'imaginer encore certain esprits chagrins et dsempares par la
soudainet des derniers venements politiques qui nous L'ont donn.
Le President de la Rpublique, nous en sommes srs, lvera le
voile prudemment jet sur l'difice national pour en masquer les
lsions parce qne anim du saint dsir d'en offrir les rparations
ncessaires, Nul doute alors qu'il continuera se livrer, pour le
bien vident de la Collectivit, des entreprises fructueuses et
sincres qui soient l'oppos des actes spectaculaires, des pseudo-
oeuvres caractre faussement humanitaire don't les buts vritables
et inavous n'ont jamais t'et n'ont pu tre ignors de personnel,
sauf des coquins et des sots. Ces euvres crans, products de la charit
force ont fait suer sang et eau au people haitien depuis leur
creation. Ce bon people s'est vu fruster d'environ deux trois mil-
lions de gourdes don't le sort vritable demeure encore une nigme
au regard du plus grand expert en finances, car ces valeurs n'ont
jamais figure dans le compete des recettes publiques et leur emploi
attend encore la justification impose par la legislation financire.
Qu'on y prenne garde! La France tait mre pour la dbacle du
14 Juin 1940 partir du jour o pour assurer l'impunit d'illustres
fripons, les dirigeants de l'poque avaient touff, dans le sang,
l'affaire Stawisky.
Ds son avnement la Prsidence de la Rpublique, Monsieur Elie
Lescot nous a heureusement fait comprendre qu II ne se dvouera
pas seulement au progrs matriel de la Communaut haitienne,
mais aussi au relvement du niveau moral du pays qui, ces dernires
annes, avait considrablement baiss sur le plan des vertus car-
dinales. En pre de famille honnte et srieux, Il instaurera bientot,
nous en avons la conviction. sa politique d assainissement moral en
vue de remdier cette grande corruption de nos lites si magis-
tralement et si vigoureusement dnonce, il y a un ou deux mois.
par un de nos meilleurs crivains. Monsieur Alfred Viau, dans un
article immensment retentissant. L'histoire d'un people comporte
souvent des heures graves o certaines manifestations spontanes
dcident de la fortune definitive d'un seul homme et de la destine
d'une Nation.
Les applaudissements enthousiastes et sincres, les vritables ac-
clamations qui ont salu l'lection du Prsident Lescot, parties du
plus profound du cour des Haitiens, sont assurment le tmoignage
non quivoque de l'universel accord de la Nation avec son Grand
Chef. Elle qui se refuse toujours, mme quand elle se tait, d'aima-
bles sceptiques qui, sans la connaitre et l'aimer, osent prtendre
en diriger les pas, avec quelle joie spontane. selon sa noble tradi-
tion, se donna t-elle, la Nation, ce vrai Chef chet qui la passion
du bien public se manifesto si gnreusement qu'elle meut et
gagne jamais l'homme de bonne volont qui, une fois dans son
emprise, se sent comme puissamment prcipite dans la voie lumi-








neuse et droite au bout de laquelle se laisse entrevoir le salut de
notre malheureuse patrie.
C'est qu'au moment o elle succombait sous les coups rpts
de ceux en qui elle avait naivement plac sa confiance, o cette
situation subitement aggrave des prils extrieurs ns de la guerre
mondiale semblait infiniment foudroyante, le Prsident Lescot arrive
plein d'amour et de foi. Il comprend que la politique faire est
celle des rsultats ; cette politique qui met de cot toute rverie
inutile et toute sentimentality vaine et qui avant tout est affaire de
traits, d'tudes, d'observations et d'excution prcise, rapide, et m-
thodique.
11 sait qu'Il a une mission remplir et Il ne s'en cache pas l'im-
portance Au contraire, Il y consacre toutes ses activits.
D'ailleurs, sans ces gnreuses preoccupations don't la possibility
a t teste ensemble son haut prestige aux Etats-Unis, sans les
relations importantes qu'il a su crer la-bas dars les milieux politi-
que. diplomatique et des affaires en gnral, aurait-Il pu jamais
obtenir pour notre pays les grands succs auxquels nous faisions
allusion plus haut et don't l'heureuse influence sur notre avenir est
certain.
Nous sommes donc fonds, partant de ces rsultats jusque l ines-
prs et des projects don't I'excution prochaine sur un plan arrt
d'avance, se laisse aisment deviner. considrer comme sauve
l'existence national que dix ans d'efforts striles et nuisibles d'une
administration incapable paraissaient terrasser jusqu'au point de
la rendre pitoyable A l'Extrieur don't la charit s'est plusieurs fois
exerce a notre profit sous les espces d'un gnreux moratorium.
Le President Iescot qui a de l'avenir et de l'ordre dans l'esprit
est imbu des rels besoins du pays et il en connait toutes les possi-
bilits de mme que les faiblesses. Il n'a sans doute pas perdu le
souvenir de nos rcentes preuves et de toutes les occasions man-
ques d'en sortir avec honneur et profit.
- Il ne pouvait donc pas. en patriote clair ngliger de saisir vite
la valeur d'une collaboration efficace avec les Etats Unis d'Amri-
que au point de vue politique et conomique. Aussi fait-il de cette
collaboration un article de foi et l'un des points essentiels de son
programme de dveloppement national. L'effort qu'Il dplcie dja
avec succs dans ce but portera ses fruits grce la popularity
considerable don't il jouit dans le monde official amricain qni a
toujours hautement apprci chez lui, lors de sa mission Was-
hington, un diplomat distingu don't la correction est telle qu'il
et t capable de rsister, ses risques et prils, aux ordres
d'un Gouvernement s ils taient franchement contraires aux in-
trts nationaux. La politique de son Gouvernement, sous ce rap-
"port, sera une politique de sincnrit vis vis des Etats- Unis.
avec des buts avouables. clairs et prcis comme d'ailleurs il I'a
expos dans ses discou s et declarations. Tous les facteurs don't
il pourra disposer seront mis en uvre en vue d'une meilleure
politique base sur des principles nouveaux et en complete har-








monie avec les idaux panamricains. C'est dire que notre col-
laboration avec les Etats Unis se fera dans le cadre du pana-
mricanisme don't le principal est l'union de plus en plus troite
des Rpubliques Amricaines aux divers points de vue politique,
conomique et cultural. Une telle union dfendra ces Etats contre
toute ingrance trangre en prservant l'indpendance de chacun
d'eux. Il s'agit d'un panamricanisme de bon aloi, celui don't
le President Lescot fait tat. pour marquer son dsir de collaborer
sans rticence avec le Gouvernement Amricain qui ne nous
veut aucun mal et qui ne nous a jamais voulu du mal quoiqu'en
pensent certain esprits prvenus ou insuffisamment informs quand
ils ne sont pas des victims de l'erreur fatale de 1930. Dans
un autre ordre d'ides, nous constatons dj que le Gouver-
nement du Prsident Lescot sera, pour nous redire, un gou-
vernement d'apaisement. Apaisement des passions individuelles et
aussi des apptits et des intrts particuliers qui seront main-
tenus subordonns l'intrt national. Son Gouvernement sera
ouvert tous comme une grande association o tous les hommes
de bonne volont ayant au cur l'amour dsintress de leur
pays, pourront se runir pour travailler ensemble au bien public
et la grandeur de la patrie.
Le nouveau Chef de l'Etat l'a dit: Il n'est l'esclave ni le
prisonnier d'aucun parti. Il n'est que le Serviteur du Pays, Il
est contre tous ces mots en iste" qui. dans le pass. taient
des vocables marquant la tendance de quelques uns faire leur
fief de tous nos -gouvernements. Pour Lui, l'union national
ne doit pas tre une formule prime, vide de sens mais plut6t
un facteur dcisif dans l'excution d'un programme d'action devant
amener la renaissance certain de la Rpublique.
Cette union national sera l'une des conditions du maintien
de l'ordre et de la discipline qui s'imposent plus que jamais, en
ce sens que la vraie conception de cet ordre et de cette discipline
devra tre exclusivement le corrlatif du just quilibre entire la
loi et la libert.
N'est-ce pas dans un but d'ordre, de discipline, d'apaisement
social que le Prsident Lescot a pris la haute direction de l'Arme
haitienne autant pour assurer l'unit dans le Commandement que
pour apprendre tous que le Soldat, cette fleur de vaillance et
d'honneur, ne peut servir d'instrument de tyrannie, et qu'il est le
rempart des liberts et de la justice, et comme tel, incapable d'in-
famie et de lchet.
Comme ces crivains, porteurs d'un message, le Prsident Lescot
vient avec le sien qui est un appel la libert. l'ordre et au
travail, toutes choses qui constituent les conditions du relvement
du pays.
Il sait que pour amliorer il faut connatre. Donc avant tout,
l'homme d'Etat, qui rve de dvelopper la prosprit national,
doit commencer par se rendre compete avec precision du nombre
et des qualits diverse de la population qui vit sur son territoire,
de ses besoins, de ses proccupations constantes, autant que de
son tat mental, moral et matriel, de sa religion et mme de ses






superstitions.
Ainsi l'acte primordial par lequel inaugurer le movement, ne
peut tre que le recensement scientifiquement opr des habitants
du pays envisag. 11 ne sera pas difficile, en Haiti, de s'y livrer malgr
l'impcuniosit de l'Etat: l'emploi des Prfets, des Curs. des Pas-
teurs, des Magistrats Communaux, des Juges de Paix. de la Police.
Rurale, des officers de l'Etat civil, des agents agricoles qui sont tous
dj salaries et qui par consquent une rmunration supplmentaire
pourra suffire, permettra certes de raliser la chose sans un dbours
excessif. N'est-il pas temps que l'on sache combien d'mes s'lve
notre communaut que le Prsident Lescot tiest i coeur de rendre l'-
gale de toutes autres agglomrations politiques, tant sous le rapport
spiritual et moral que matriel. On le saura bientt grce Lui qui
se promet) de faire connatre partout que : L'Hastion n'est pas un
ssnge, mass un home ".- Ne pourrait on pas profiter d'une telle
occasion pour essayer de rtablir l'tat civil de nos paysans don't les
noms patronymiques n'existent gure? Nul plus que Lui n'tait quali-
fi pour une telle mission. Il est la plus grande force et la plus haute
esprance de la Rpublique. Il ne faillira pas la tache.Non.Il ne fail-
lira pas; parce que la vraie gloire du Prsident Lescot ne se
trouvera pas seulement dans la satisfaction personnelle d'un grand
devoir accompli, mais en ces trois choses bien nettes, savoir,
l'organisation qui aura servi de fondement l'difice national
restaur de fond en comble, l'habilet veille qui sait saisir et
rsoudre les proplmes entirement nouveaux, et le courage superbe
qui brle comme une flamme inextinguible, dans le cour du Chef
de la Nation.











Discours du Substitut
JUSTIN MONTHS
Monsieur le Commissaire,
Mission delicate que celle don't nous avons la responsabilit. C'est
nous qu'il est demand d'indiquer la solution definitive des con-
testations qui divisent les parties, et souvent le tribunal, en les
tranchant, adopted nos conclusions Nous contribuons aussi pour une
grande part la solution qui rejette, ou consacre les prtentions
des justiciables. Avons nous fait tout notre devoir ? C'est cela que
nous nous demandons quand le procs est termin et que la victim
emporte dans ses foyers ou parfois en prison, ses chagrins et ses
angoisses, souvent sa ruine sans retour. Nous lui donnons une pense
de piti. Comment en serait-il autrement en presence de cette veuve
sans soutien, de ce vieillard sans force pour reconstituer sa fortune
perdue ?
Mme quand aucun reproche ne trouble notre conscience, nous
nous posons l'angoissante question de savoir si dans telle espce
donne malgr la bonne foi du Ministre Publio, l'impartialit et la
sagacit du Tribunal, la vrit judiciaire a t conforme la vrit.
Qu'importe cependant si l'Atmosphre o nous accomplissons notre
mission n'a jamais t trouble par la passion et la haine. Nous
pouvons toujours, au lendemain des procs les plus scandaleux, mal-
gr les rcriminations et les accusations, puiser la force de continue
la lutte dans la pense d'avoir accompli notre tche dans la plnitude
de notre conscience. Il nous suffit de connaitre la loi, de la respecter,
d'avoir souci de notre dignit, d'aimer notre Pays. d'avoir la pense
de cet amour dans les actes de notre ministre, pour que. au milieu
de la lutte des passions, du tumulte des plaideurs, nous conservions
la maitrise de nous-mmes, l'impertubable srnit qui assure la
noblesse des apprciations.
Avec une telle complexion morale et de telles directives, il ny' a
pas de doute, le succs couronnera nos efforts. Nous marquerons
notre passage dans la function et lorsque nous n'y serons pas, il
y restera un peu de nous-mmes qui profitera d'autres et rendra
service la collectivit.
Donc, rjouissez-vous, Monsieur le Commissaire. Le champ d'action
dans lequel il va vous tre donn d'exercer vos activits, est riche
et fcond. Vous y entrez aprs avoir, dans la Magistrature du pre-
mier degr, donn la measure entire de votre competence, de votre
courage, Vous tes un Magistrat de carrire. Venez prendre, entour
de notre cordiale sympathie', la place laquelle vous a appel la
confiance du Chef de l'Etat. Vous continuerez avec ce bel entrain et
cette plnitude de force qui vous distingue, la tche qui vous a dj
valu tant d'estime et de respect.
Nous croirions manquer notre devoir si avant de finir, nous
n'adressions un salut Me Ols Lger qui laisse au Parquet de ce
Tribunal, le souvenir d'un fonctionnaire laborieux et competent.














Discours
DE Me. PAUL BOUCHEREAU
Qielle heureuse rencontre, Monsieur le Commissaire Elle me re-
met la pense le bon accueil que, Secrtaire d'Etat de l'Instruc-
tion Publique, vous me fites le 19 fvrier 1930, alors que, revtu de
la confiance du Prsident de la Rpublique, je me prsentais dans
votre Dpartement pour en prendre la direction comme Chef de
Division parce que, en un de ces moments difficiles o le choix du
fonctionnaire ne s'accommode d'aucune faveur, sur mon nom et
assurment sur mes modestes qualits, votre avis spontan avait
rencontr l'agrment du Chef de l'Etat.
Cet accueil inoubliable fut suivi de la plus confiante collaboration.
Aussi quand vous quittiez le Dpartement pour aller remplir les
functions de Juge d'instruction prs le Tribunal de Premire Ins-
tance d'o vous venez, je connus les regrets de perdre un Chef
qui, par dessus les grands murs de la hirarchie administrative et
au milieu d'une tche immense, avait su placer une bienveillance
laquelle rpondait mon dvouement quotidien avec la delicate
motion d'une amiti partage.
Et voici que tout un concours de circonstances imprvisibles me
vaut aujourd'hui ( 5 Fvrier 1932 ) le grand honneur, en lieu et
place de Monsieur le Btonnier empch, de saluer au nom du
Barreau de Port-au-Prince, votre nomination comme Commissaire
du Gouvernement prs le Tribunal de Cassation de la Rpublique.
Il m'est donc ais de situer votre physionomie dans le pass, soit
comme Chef d'Administration, soit comme Distributeur de la Jus-
tice, car je vous ai suivi; et, une fois pour toutes, d'engager votre pa-
triotisme l'oeuvre de renovation que nous nous devons d'accom-
plir dans l'intrt du corps social et pour le bel avenir de la R-
publique.
Du reste, l'on vous connait dj sous les traits d'un Magistrat
intgre et d'un citoyen absolument soucieux de l'avancement de
notre malheureux pays.
Dj Port-de Paix, Commissaire du Gouvernement, vous avez su
montrer cette distinction, cette loyaut, cette intgrit, ce souci de
la responsabilit qui font les grands Magistrats et les mettent
l'abri de la crainte des lendemains amers.
La lgende rapport qu'un nergumne ils sont nombreux dans
l'avenue des chemins qui montent s'avisa, pris d'envie, pour
essayer de vous dtourner de vos devoirs, de vous agonir d'injures
immrites. Peine perdue, du haut de la chaire de la Cathdrale








de cette ville, on s'en souvient, la rponse lui fut donne tout le
long d'un sermon mmorable sur la calomnie. C'tait, si je ne m'a-
buse. le 26 janvier 1930... Deux jours plus tard, un portefeuille
ministriel vous chut, celui-l mme qui me permit de pratiquer
intimement vos rares qualits d'administrateur. Je ne veux rappe-
ler ici qu'une circonstance entire mille o vous etes occasion de
mettre en relief ces qualits-l. Il s'agissait de sauver l'avenir du
Lycee du Cap profondment compromise par des querelles intes-
tines particulirement graves. Mettant contribution vos dons na-
turels d'homme d'Etat, en un tournemain, vous stes rejeter de
ct tout ce qui divise. Et. surprise agrable, l'affaire du Lyce eut
un denouement la fois heureux et inattendu,
Qui niera le dvouement et l'indpendance avec lesquels vous
avez servi le Gouvernement de l'poque ?
C'est que, de bonne here, vous avez considr que l'ordre domine
toute la vie national et que de son maintien dpend notre avenir,
que le but de l'Etat, c'est le bonheur de la collectivit, que toutes
ses institutions ont pour fin ce bonheur, que la cit est une asso-
ciation de famille, pour jouir ensemble d'une vie parfaitement
heureuse et indpendante, que bien vivre c'est vivre heureux et
vertueux, qu'en principle les actions honntes et vertueuses sont
le but de la socit politique et non pas seulement la vie com-
mine, que ceux qui contribuent le plus A former une telle asso-
ciation ont plus d'importance dans l'Etat que ceux qui, gaux
ou suprieurs aux autres en talents et en naissance, sont ingaux
en vertu politique, que ceux qui dissertent sur les diffrentes
forms de gouvernement, ne disent qu'une parties de la vrit, car
la vie des peuples comme celle des individus exige un effort
continue dans le sens du progrs et que la paix est un bien qui
ne s'achte pas une fois pour toutes par l'abdication, mais qui
se conquiert chaque jour honorablement. en manifestant la force
de se dfendre et la volont de la conserver n'importe quel
prix...
C'est ainsi que votre action d'homme de Gouvernement est,
aux yeux de tous ceux qui se donnent la peine de se pencher
attentivement sur votre vie, exempte de tout sectarisme parpe
ciuz'absorbe par l'unique preoccupation de raliser cote qqe
cote le bien public. Aussi quand vint pour vous l'heure de
vous soarer du Chef de la Nation, vous conntes la jofe
d'un hommage public et official en conscration de la meilleure
et de la olus loyale collaboration. Puissent-ils, les adversaires,
car ils doivent rres nombreux les vtres. puisque vous agissez
sans vous cacher puissent-ils vous prendre en modle si, comme
vous. il leur arrive de partager les responsabilits d'un Chef
en des heures difficiles o la moindre dfaillance, la plus petite
hesitation compromet l'existence de la Nation.
Votre passage au pouvoir ne fut pas de longue dure. Le
Chef de l'Etat vous restitua la Magistrature. Ce fut pour
vou's l'occasion de vous rvler l'attention des Juristes de
Port-au-Prince et de conqurir sans tarder l'estime des justi.







cables, en dpit des 24 heures rglementaires o les Juges
connaissent la maldiction de ceux qui succombent.
C'est tout cela- il me plait de le souligner- qui a guid le
choix fait de vous par Monsieur le Prsident de la Rpublique
comme Chef du Parquet au Tribunal de Cassation.
Votre tat de service vous y prparait d'ailleurs assez
pour que l'on vous trouve votre place et conoive de vous les
meilleures esprances. Jugez donc : 12 annes de barreau, 6 annes
de judicature. A votre prestige personnel vient s'ajouter celui de
vos nouvelles functions. Il dpendra de votre action pour vous
apparenter aux Jean Franois Acloque, aux Eugne Bouijolly. aux
Duverneau Trouillot, aux Volmar Laporte, aux Edmc.nd Heraux,
aux Lamartinire Denis, aux Llio Dominique et tant d'auties si
remarquables par leurs talents.
Mais il vous chet, tant d'une autre poque, d'tre un adver-
saire dclar de l'anarchie. Car, l'anarchie s'est installie dans ce
pays comme la nuit s'installe sur la terre sans qu'on s aperoive
du moment o il a cess de faire jour...
Soyez galement, Monsieur le Commissaire, par votre apport
l'oeuvre de justice, un des ouvriers constructeurs de la cit
rgnre.
Qu'il me soit permis de finir par une rflexion sur la conduit
tenir par les hommes de ma gnration: il convient de fire
la revision de la Rvolution de 1803, qui, aboutissant triompha-
lement l'Indpendance Nationale, fut liquide au profit des
coquins, des parasites et des exploiteurs aux dpens des hon-
ntes gens et de la Masse nave. affuble, pour toute rcompense,
d'un lambeau de kpi sur une tte pouilleuse. O Race haitienne
douce et forte !
Faisons donc, Messieurs, la liquidation de la Rvolution de
1930 qui fut l'oeuvre incontestable d'une jeunesse splendid en
hroisme- oui faisons-la au profit de la Rpublique et aux dpens
des coquins !


--- --












Discours
DE ME ELIE LESCOT
Monsieur le Prsident,
Messieurs,
II est quelque lgitime orgueil, se sentir plac bien haut au-
desses des torts don't tentent de nous accabler des prventions
immrites.
Ma nomination ce poste lev, en venant fortifier ma confiance
dans ma respectability personnelle, me fait prouver ce sentiment
en ce moment.
Aussi comprendra-t-on que pour la premiere fois que ma voix
se fait entendre au sein de ce prtoire, ma pense, dans un lan
de gratitude se porte tout entire vers Son Excellence le Prsident
Stnio Vincent, le Chef loyal don't la volont vient de se manifes-
ter en ma faveur d'une faon si flatteusement significative, en esti-
mant que le Juge d'Instruction Elie Lescot, spontanment dmis-
sionnaire pour raisons de convenance personnelle, est digne d'occuper
cette function de haute confiance de Commissaire auprs de ce
Tribunal, en replacement du titulaire don't le Gouvernement a
dcid de mettre les services en disponibilit.
Je tiens dire publiquement combien une telle distinction me
comble de confusion et de fiert. Et ie me hte d'ajouter que rien
n'est plus propre i augmenter le prix pour moi, que d'assister cet
difiant spectacle qui s'offre mes regards satisfaits : Le Tribunal
de Cassation de la Rpublique runie en audience solennelle et
plnire, en mon honneur, sous la prsidence du Magistrat mi-
nent et remarquable qui le dirige avec tant de maitrise et de sage
autorit, pour recevoir mon serment...
Certes, la succession et l'enchainement des venements qui ont
about si heureusement ce rsultat, intressent de trop prs ma
modest personnalit, pour que je me permette de m'attarder en
tirer des commentaires, et je me content exclusivement d'tre le
bnficiaire d'une promotion laquelle j'tais trs loin de m'atten-
dre, pour n'avoir aucune pense la solliciter.
Mais, Messieurs, si je m'interdis volontairement une pareille
proccupation, il est certain qu'il chappe mon pouvoir d'empcher
que d'autres en prennent occasion pour juger combien le Destin,
ironique quelquefois, se joue de nos calculs, et que, sous les plis de
son manteau, il sait, lui aussi, cacher des surprises en mettant une
certain coquetterie avoir toujours le dernier mot.







Ne pourraitoen pas dire, que sons le rapport de l'imprvu, les ar-
rts qu'il prononce, ne les cdent pas ceux qu'enfante la raison
des hommes, incertaine et fragile ? ... Simple rflexion qui s'offre
tout naturellement la meditation des esprits enclins la philoso-
phie des rapprochements pour en tirer une leon utile et un sage
enseignement.

Pour ma part, en fait d'enseignement et de leon, je ne voudrais
n'en attendre d'autres que ceux que je pourrai recueillir de l'appli-
cation strict aux devoirs pour lesquels je suis appel ici, en comp-
tant pour m'encourager les accomplir convenablement, sur la cor-
dialit des rapports par lesquels je souhaite marquer mon passage
au milieu de vous et par l'troite collaboration de nos deux Magis-
tratures. Encore que diffrentes par la nature de leurs attributions.
leur moyen de travail, leur mode d'activit, elles n'en restent pas
moins troitement lies par leur but identique et commun d'une
justice toujours plus sereine, plus large et plus leve.

Mais je pense que, en ouvrant cette audience, par un besoin irr-
sistible de rtrospection, peut-tre, vous tait-il revenue l'esprit
l'cho persistent des discours mmorables que mon prdcesseur en
des circonstances semblables, avait pris l'habitude de vous gratifier
avec un tel accent de rude franchise, que le bruit en dpassait, non
sans fracas, le cadre troit de cette salle d'audience. Et peut-tre
aussi,s'attendait-on me trouver pench sur le mme sillon et atten-
tif suivre de tels examples. Mais quoiqu'il en soit, je m'tais bien
promise de m'en abstenir, aimant mieux me contenter de me prsenter
ici, tel que j'ai toujours t. soit dans la vie politique comme D-
put ou comme Ministre, soit dans la vie judiciaire durant les quinze
annes de participation cette vie, soit comme Avocat. Membre du
Conseil de Discipline de l'ordre ds Avbocats Port-de-Paix, et soit
comme Commissaire du Gouvernement ou Juge en Premire Instance
toujours Port-de-Paix et tel que je m'tais fait le ferme propos
de rester au course de la carrire que je viens de parcourir, avec ma
toge sans accroc.

Il me sera donn, je l'espre, de voir ma nouvelle Magistreture
couronne de succs avec l'aide que voudraient me prter mesiesti-
ms collaborateurs. Laissez-moi aussi computer pour raliser ce "dsir,
sur la science prouve de tant de membres minents du Barreau
qui j'envoie mon salut cordial et mes remerciements pour les pa-
roles bienveillantes qu'ils viennent de m'adresser par l'organe du
distingu reprsentant de l'ordre des Avocats du Barreau de Port-au-
Prince.

Quant vous, Messieurs, puiss-je constater dans l'avenir que
chacun de vous en particulier, parvienne mriter qu'on lui dcerne
le mme flatteur hommage que le btonnier Hennesson adressait, il
n'y a pas longtemps, au Prsident Le Poitevien de la Cour de Cas-
sation de France, don't il disait qu'il tait de ceux qui l'on demand
la Justice en pleine tranquillity d'esprit et que see arrts, indulgents
ou svres, favorables ou contraires, taient toujours accueillis







come l'expression de la souveraine et pacificatrice inrpartialitC.
Vous excuserez ma sobrit, mais je ne trouve de paroles plus flat-
teuses et plus justes la fois pour rpondre. en manire de remercie-
ments, aux trois discours par lesquels, le Tribunal, le Parquet et le
Barreau viennent de me souhaiter la bienvenue.














APPENDICE











Compte rendu de l'audience

du 6 Fvrier 1932
TRIBUNAL DE CASSATION
Prsidence de Me. Emmanuel ETHEA RT
Prestation de Serment de Me. Elie LESCOT
Comme Commissaire du Gouvernement prs la Cour Suprme
Hier matin, ds neuf heures, une foule de curieux a envahi
la salle d'audience du Tribunal de Cassation. On y voyait des
gens de toutes nos couches sociales: avocats, mdecins. tu-
diants, littrateurs, plusieurs membres de la Presse, le Magis-
trat Communal Duvignaud, le Prfet Fanfan, quelques dputs
et Snateurs la Capitale. Monsieur Jrmie. ancient Juge en
Cassation, les directeurs du Pays ", d'Haiti-Journal ", plu-
sieurs Chefs des diffrents services de nos Dpartements mi-
nistriels, employs publics, reporters de journaux, courtiers.
La foule grossit. En attendant l'arrive du Tribunal, de petits
groups se forment, s'interrogent. Sur les lvres de ceux qui
se piquent d'avoir de l'esprit, violent les noms d'Emmanuel
Ethart, de Lescot et du Prsident Vincent auxquels ils trouvent
des rimes riches qui tombent comme le couteau de la guillotine. Un
humoriste a mme lanc le mot.
Vincent est une guillotine qui. le bouton une fois press, glisse
sans bruit entire les colonnes d'acier.
Et Lescot ? dit un autre.
C'est le fleuve qui suit sa destine!
Et Ethart?
Un philosophy qui, depuis le 8 Janvier 1932, selon la belle ex-
pression de l'Acadmicien Georges Lecomte, "a tourn le dos
l'immoralit, aux hontes et aux lgantes pourritures de
notre lite pour ne considrer que son devoir accomplir avec
hroisme (?)
Une fuse de rire allait clater, quand l'huissier annona: le Tribu-
nal. A pas lents, le Tribunal s'avana sans regarder la foule qui se
tenait debout, et prit sige.
En se rassayant, l'auditoire trs houleux baissa la tte lorsqu'il







vit se faire, vis--vis sans se sourire, deux ttes blanches.
celle d'Emmanuel Ethart prsidant la sance, et celle de Lescot,
l'imptrant.
Sapristi! s'cria Mercoeck, le cocomacaque A la main. la pipe
aux lv es, Le Pays" a gagn l'enjeu, Ethart prside.
Tais-toi, vieux grognard lui jette un loustic.
Aussitt, le Prsident Ethart annona, d'une voix mue
tremblotante, l'ouverture de l'audience solennelle de ce jour.
Ethart est gn, trs gn: il se pince le nez, arrange sans cesse
ses lunettes qui glissent de ses yeux, sous l'action d'une sueur
abondante.
Maitre Justin Montas, charge du Parquet. requiert le Tribunal
de recevoir la prestation de serment de Monsieur Elie Lescot,
" nomm, par commission de Son Excellence le Prsident d'Haiti,
en date du 28 Janvier 1932. Commissaire du Gouvernement
prs le Tribunal de Cassation, en replacement de Monsieur O!s
Lger ".
Sur cette rquisition, le Prsident Ethart ordonna au Gref-
fier de donner lecture de la Commission. Cette formality remplie,
le rcipiendaire prta le serment prvu par la loi. puis se tint
debout, les yeux tourns vers Ethart et vers l'image du GRAND
CRUCIFIE. Le tribunal donna ac.te,au Commissaire Lescot de sa
prestation de serment.
Cette minute est angoissante. Que va dire Ethart? N'est-
ce pas sa victim qui est devant lui sous sa toge immacule ?
La foule frissonne. Enfin, le Prsident Ethart tire son petit
paper. Il lit: le dbut est pnible. Bien oue son discours
soit crit, l'orateur tremble, ttonne, il fait de grands efforts
pour se convaincre nue les expressions sont de c elles qui
plaisent et don't le Prsident de la Rpublique. Monsieur Vin-
cent et le Commissaire Lescot. seront pleinement satisfaits.
Il lit sans lever les regards sur la foule qui l'observe et qui
dj, s'chauffe, murmure lorsqu'elle entend Ethart dire : Mon-
sieur le Commissaire, le Tribunal, avec ses meilleures flicita-
tions, vous donne acte de votre prestation de sermrpnt et s'estime
heureux de consacrer dfinitivement le choix que Son Excellence
le PrAsident de la Roublique a fait de vous pour occuper la
trAs haute function de Commissaire du Gouvernement prs la
Cour Suprme ".
Consacrer le choix Quelle ortention ? Le president du Tribunal
de Cassation a- t-il un droit de veto sur les nominations que fait le
President de la Rpublique conformment la Constitution, la
loi et aux aptitudes de ses lus ? Aucune constitution n'a encore
accord ce privilge aucun de nos corps constitus. Pourquoi. Mr.
Ethart qui connait bien les subtilits de la langue n'a-t-il pas
Acrit : "Heureux de s'associer au choix qui. etc, etc. ? Pourquoi ?
cette phrase est une manire de craner ", de prouver l'audi-







toire qui s'impatiente que le Prsident du Tribunal de Cassation
est au-dessus du jugement impartial de l'Opinion Publique. Mais
il s'y prend mal. Ses gestes sont embarrasss, et sa voix saccade
donne l'impression d'un grand pcheur auquel le Tribunal de la
pnitence a donn une me nouvelle pour la solennit de ce jour.
Son discours, trs mesur, trs prudent, est un rosaire de compli-
ments (qu'on nous permette cette alliance) que Mr. Ethart grenne
l'intention de Saint Vincent.
Ethart continue sa lecture:
"Ce que reprsente cette charge leve de la Magistrature, les
minentes qualits qu'elle rclame pour tre dignement remplie, je
ne peux les rappeler un homme qui fut Commissaire du Gouver-
nement et juge du Tribunal Civil de Port-de-Paix. Ministre com-
ptent. judge d'instruction au Tribunal de 1re Instance de Port au-
Prince. Mr le Commissaire. vous avez une conscience parfaite de
vos devoirs et de vos responsabilits ... d'aujourd'hui.
"Nous jugeons, parfois, d'aprs votre rquisitoire. Mais quand
nous dcidons, dans la liberty et la svrit de notre conscience,
nous croyons que NOUS SOMMES LA JUSTICE.
Vous nous montrez le chemin qui conduit A la justice. que l'en
rclame. Quel mrite, quelle satisfaction pour le Parquet quand le
Tribunal dit le mot de justice d'aprs son rquisitoire !
Mr. le Commissaire. vous succdez un Magistrat qui soutenait
toujours son point de vue juridique avec une notion claire de ses
devoirs. (Ici une voix ajoute: ET DE SES INTERETS POLITI-
QUES. )
Vous tes un homme de cur. continue le president Ethart.
Vous nous excuserez de mler notre cordial salut des paroles de
regret que nous lui adressons.
Mr. Ols Lger disait dans un de ses discours : Ici, il faut tra.
vailler, travailler intelligemment. "
Nous ne doutons pas de votre puissance de travail. "
L'orateur ne lit plus. Il regarded fixement le Commissaire et lui dit :
Vous avez toujours le visage souriant qui cache un trsor inpuisa-
ble. Recevez notre cordial salut et nos sincres flicitations. C'est
tout. Si notre stnographe, quelque inexpriment, a commis des
erreurs, au distingu president d'ores et dj, de nous les indiquer.
Ethart a rempli son devoir avec hroisme, avec indpendance
mme, car dans son discours, il n'a pas voulu continue se montrer
" le reprsentant de toutes les colres, de toutes les haines, de toutes
les passions et de toutes les vengeances de feu Ols Lger.
Vivre sa vie n'est-ce pas la supreme sagesse haitienne. Et
alors, pourquoi se critiquer les uns les autres ? Non. Le Prsi-
dent de la Rpublique a vaincu par sa loyaut et par sa droiture.
Ethart a aussi vaincu... Lescot aussi, par la rectitude de sa vie
qui se lit sur son visage toujours souriant et qui cache un trsor
inpuisable, "






Aucun applaudissement n'a accompagn, soulign le discours de
Mr Ethart. Le silence du moment inquitait. La foule qui veut
se faire turbulente est l, sans doute par sympathie pour le nouvel
lu, mais aussi par curiosity; car pour elle, cette sance du Tri-
bunal de Cassation est une sance de liquidation de comptes. On
se raopelle que Le Pays avait soulign avec quelle froideur
MM. Justin Montas et Albert Blanchet avaient t reus Substi-
tuts par feu Ols Lger et Emmanuel Ethart. Les plaies sont-
elles encore vives ?
Le penser cette minute douloureuse, c'est ne pas connaitre
Justin Montas. Le Substitut qui va recevoir le Commissaire Lescot
est un Psychologue qui s'incline charitablement devant les misres
haitiennes. Quand il fait une excursion a travers les profon-
deurs des ames malades, c'est pour y trouver des raisons nou
velles de s'affranchir toujours d'une lite qui pervertit le sens de
la vie social et de la vie morale. Il y a une grande gnrosit de
sentiments chez lui. jamais rien de vil, ni par parole ni par action.
C'est le propre des hommes braves. Justin Montas manie la plume
aussi bien que l'pe. Aussi son discours est-il la personnification
de l'homme, qui, plac sur une cime leve, pardonne et oublie...
Maitre Paul Bouchereau, reprsentant de l'Ordre des Avacats de
ce barreau, ne comprend pas ainsi son rle. Il recommande que la
revolution de 1803 ne doit plus rester au profit des coquins et
au dtriment des paysans, affubls d'un kpi -, II veut que
Monsieur Stnio Vincent ralise dfinitivement la revolution de
1930 faite par une jeunesse hroique. au profit du Pays et au d-
triment des coquins. "
Ces deux discours sont applaudis. L'atmosphre est change. On
sent le coup d'orage qui va clater.
11 clate,e en effect, aux premieres paroles de remerciement du
Commissaire, au Prsident Vincent.
La foule a bruyamment manifesto. Le Prsident Ethart perd sa
contenance.
Si ces manifestations se renouvellent, dit-il, avec une colre
continue, le Tribunal sera au regret de faire vacuer la salle. "
C'est une imprudence, disent les uns, c'est une provocation disent
les autres. Comment nous n'avons donc plus le droit d'acclamer
le nom du Prsident Vincent, le Chef Loyal. "
Les yeux d'Ethart sont fixs sur le coin de la Salle o ces tr-
pidations se font Ah diable pourquoi a t-il menac cette foule
visiblement hostile sa personnel et sympathique celle de Lescot?
C'est Lescot lui -mme qui rtablira le silence en suppliant l'au-
ditoire de cesser un instant ses manifestations La foule obit -
Et Lescot continue son discours. On l'coute avec une attention
religieuse. Lescot le voile discrtement. Ses paroles sont entrecou.
pes d'applaudissements frntiques. Avec le Prsident de la
Rpublique, il a gagn la bataille de ce jour.







Les Juges Duval, Mitton, semblent satisfaits. Ils ont des yeux qui in
sourient joyeusement et des lvres qui se pincent de plaisir a *
chaque phrase qui tombe bien et que les applaudissements sou~i- -
gnent.
Le President Ethart se lve. La sance a pris fin dans i
vacarme.
Le Tribunal, au complete, prsente affectueusement la main a
Commissaire Elie Lescot, en mme temps que le barreauxet ,ec
amis.
Par les discours que nous publions plus loin, on jugera que cetti,
sance solennelle, sous la prsidence de l'minent et remarquable
Magistrat Ethart. tait une matine littraire o chacun a fait vrn" .
nouvelle experience des hommes et des choses de la Ripublique
d'Haiti.
A Son Excellence le Prsident Vincent et au Commissaire Elie
Lescot, Le Pays souhaite de nouveaux et mrits succs.



Coups de flash
Lorsque Emmanuel Ethart eut fini de prononcer ces mots sacra.
mentels: L'audience solennelle de ce jour est leve ; prcdes de
leur Prsident, les Juges, tels des moutons, en file indienne, gagn-
rent l'tage suprieur.
Un loustic ne put s'empcher de lcher ce mot:
Pige moi donc ces sardines qi se sont si bien laisses domesti-
quer par leur Chef. ,
" Cependant, seuls Paret et Mitton restrent pour presser la main
au Commissaire Lescot.

On sait que le Juge Beauvoir vient de passer prs d'une anne
l'tranger.
On dit mme que le Vice-Prsident de notre Tribunal de Cassation
a fait un voyage de... milliardaire amricain en visitant toutes les
Capitales de l'Europe.
Et comme Mr. Beauvoir ( Emmanuel ) n'tait pas ici pour assister
aux dernires difficults survenues entire l'Excutif et le Judiciaire.
le Vice-Prsident de la Cour Suprme, en laissant Mr. Ethart. alla
voir Mr. O[s Lger pour complter son information au sujet de
l'incident :
Mais enfin, Mon cher Lger, racente-moi tout cela.
O LESCOT REFERENS-soupira l'ex-Commissaire, en abordant
le sujet. ,- .




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