• TABLE OF CONTENTS
HIDE
 Front Cover
 Title Page
 Front Matter
 Frontispiece
 Dedication
 Preface
 Introduction
 Me voici
 Je connais un mot
 Confession
 Au-dessus de ta tombe
 Mon ami voici ta Noel
 Je ne viendrai pas
 Testament
 Regret
 Le Baiser au Leader
 Espoir
 L'Ombre de ma croix
 Piete Filiale
 Aveu
 Donnez-moi la liberte
 Seul dans la nuit
 Allo! Allo!
 C'est la guerre
 Visions mortes
 Dialogue des ondes
 Face a la nuit
 Table of Contents
 Back Cover














Group Title: étincelles
Title: Étincelles
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 Material Information
Title: Étincelles
Physical Description: xv, 44 p. : port. ; 19 cm.
Language: French
Creator: Depestre, René
Publisher: Imprimerie de l'e´tat
Imprimerie de l'état
Place of Publication: Port-au-Prince Haïti
Publication Date: 1945
Copyright Date: 1945
Edition: 2. éd.
 Subjects
Genre: non-fiction   ( marcgt )
Spatial Coverage: Haiti
 Notes
General Note: Poems.
 Record Information
Bibliographic ID: UF00081370
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: ltuf - ADL6017
oclc - 09454685
alephbibnum - 000675288
lccn - 46004363

Table of Contents
    Front Cover
        Front Cover 1
        Front Cover 2
    Title Page
        Page iii
        Page iv
    Front Matter
        Page i
        Page ii
    Frontispiece
        Page v
        Page vi
    Dedication
        Page vii
        Page viii
    Preface
        Page ix
        Page x
        Page xi
        Page xii
    Introduction
        Page xiii
        Page xiv
        Page xv
        Page xvi
    Me voici
        Page 1
        Page 2
    Je connais un mot
        Page 3
        Page 4
        Page 5
    Confession
        Page 6
        Page 7
    Au-dessus de ta tombe
        Page 8
        Page 9
    Mon ami voici ta Noel
        Page 10
        Page 11
    Je ne viendrai pas
        Page 12
        Page 13
    Testament
        Page 14
        Page 15
    Regret
        Page 16
        Page 17
    Le Baiser au Leader
        Page 18
        Page 19
        Page 20
    Espoir
        Page 21
    L'Ombre de ma croix
        Page 22
        Page 23
    Piete Filiale
        Page 24
        Page 25
        Page 26
        Page 27
    Aveu
        Page 28
    Donnez-moi la liberte
        Page 29
    Seul dans la nuit
        Page 30
        Page 31
    Allo! Allo!
        Page 32
        Page 33
    C'est la guerre
        Page 34
    Visions mortes
        Page 35
    Dialogue des ondes
        Page 36
    Face a la nuit
        Page 37
        Page 38
        Page 39
        Page 40
        Page 41
        Page 42
        Page 43
        Page 44
    Table of Contents
        Page 45
    Back Cover
        Page 46
        Page 47
Full Text


fI q


RENE DEPESTRE


ETINCELLES


IMPRIMERIE DE L'ETAT
PORT-AU-PRINCE, HAITI
RUE HAMMERTON KILLICK












UNIVERSITY
OF FLORIDA
LIBRARIES


THIS VOLUME RAS BEEX
I'UCROFItED
BY TUE UNIVERSITy 0F
FLORIDA LIBRARIES.


I








RENE DEPESTRE







ETINCELLES










IM RIMERIE DE L'ETAT
PORT-AU-PRINCE, HAITI
RUE HAMMERTON KILLICK












FqIi6?


AUTOGRAPHED
IATIN
kAMUWA


Il a t tir de cet ouvrage dix
exemplaires sur paper velvetone
India, hors commerce, numrots
de un dix.








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Zlii~ii





















A ma Mre
Joseph L. Djean

toute la Jeunesse hatienne
Je ddie ce cahier de vers.
























EN PREPARATION

Mourir... (roman)
G bes de sang (cahier de vers)













Tous droits de traduction et de reproduction rservs.
Copyright by Ren Dpestre, 1945.





















PREFACE


Ren Dpestre a dix-neuf ans. L'ge o le ceur d-
borde de toutes les vertus, de toutes les promesses. O
l'intelligence, non encore avilie, alourdie, mais agile
comme une flche dcoche, va droit au cour des pro-
blmes. Des problmes qui, semble-t-il, auraient d tre
la passion ncessaire, consumante de tous les esprits.
Ici quelle foi, quel enthousiasme crateur! L'enthousias-
me brle dans chaque vers, mme quand le pote, tor-
tur, dborde son angoisse. Et ce n'est pas jeunesse ou
utopie, mais un talent prcoce se rvle, attachant, lourd
de promesses; et l'artiste affirme aussi une prise de cons-
cience dj aigu de sa position de classes, comme de la
loi profonde de son tre. Pour quelques hommes, la vie
est impossible sans la conqute et le dpassement de soi-
mme.










Parce qu'un art nouveau s'exprime ncessairement dans
une forme nouvelle, Ren Dpestre n'a pas cru devoir sa-
crifier aux vieux ftiches de la rime, de la csure et de
l'alexandrin carr. Sans contest, c'et t l un jeu
d'enfant pour ce jeune pote la chair si sensible, au
temperament si vibrant. Et il ne s'est attard la lune ni
aux toiles, la verdure des champs, la crainte strile
de la mort, au sourire de sa mie, au murmure du ruisseau;
mais un instinct profound lui a enseign qu'un art man-
querait sa vocation, s'il se drobait cette exigeance su-
prieure de rpondre aux aspirations les plus vraiment
humaines d'une poque.
En beaux vers, le pote nous dit son amour pour Hati,
la terre natale, terre promise notre race, autrefois glo-
rieuse, valle de larmes aujourd'hui. Et cet amour le
soulve:
Je connais un mot aux rsonances d'ailes
il provoque le vertige du bonheur
il ressucite les heures immortelles
il fige une lueur d'amour au coin de mes yeux
Il songe l'ignoble calvaire de sa race, il pousse un cri
d'corch:
Tes enfants ont faim
Tes filles sont violes
tes hommes sont lynchs
0 race martyre!
Mais il est trop lucide dj, trop totalement human,
pour ne distinguer dans ce grand concert de souffrances










que le cri de sa race. Par toute la terre, il y a des mil-
lions d'hommes qui triment inutilement, pour un impossi-
ble pain quotidien, et crvent sans raison. Ce paquet de
sang, la honte d'un monde qui s'croule. Et dans un m-
me amour le pote confond tous les damns:
J'entends dans le lointain
la grondante symphonie des abandonns.
blonds, jaunes, noirs, peu imported.
ils versent tous un sang rouge
et les larmes n'ont pas de couleur
Et la faim tenaille d'une seule faon
Mme une ardente passion ne le distrait pas de l'appel
dsespr des foules. D'abord il faut lutter, et ensuite
encore lutter. Ce n'est que dans la lutte qu'on tiendra
son pouls vritable:
Je ne viendrai pas ce soir
tisser au fil de ton regard
des heures d'abandon
de tendresse
d'amour
des camarades de bronze
ont convi ma jeunesse
l'assaut de cette citadelle
qui s'croule
Aujourd'hui des millions de jeunes hommes comme
lui sont. broys dans un carnage inhumain, et Ren D-
pestre en est hant:
Ma jeunesse est salue par une salve meurtrire
ma jeunesse s'ouvre sur des lointains tragiques
les treintes ont la cruaut des corps--corps
Ma jeunesse connat un destiny de gibier..










Partout, la mme dtresse humaine; partout, la d-
tresse humaine le pursuit. C'est son mal, le vautour au
flanc de Promthe:
Les arbres, mes cts
prennent des airs d'oblisques
j'ai peur
j'ai peur de regarder la mer..
Mais Ren Dpestre ne chante pas que la douleur et
les larmes. Les souffrances, il les accepted comme la condi-
tion ncessaire d'un monde plus beau, prparer ds
cette terre, un monde enfin rendu l'humain. Il chante
l'espoir:
Partout o l'on pleure
partout o l'on trime
partout o l'on espre
la lune des premiers jours
pntrera par toutes les fissures.
Pour ma part, ce m'est un bien grand honneur de pr-
senter au public hatien ce jeune pote d'un si beau ta-
lent. Je sais, d'aucuns relveront chez lui l'influence
trop marque de Langston Hugues. Mais on le lui par-
donnera mille fois, j'espre, pour la richesse de ses dons,
pour sa conscience lucide et frmissante, pour la grande
promesse que constitute ce cahier de vers, promesse que
certes il tiendra, de se rvler avant longtemps, ayant
matris sa personnalit authentique, un des meilleurs et
des plus vibrants artistes de chez nous...
Edris St. Amand.




















INTRODUCTION


Une pliade de jeunes et remarquables crivains, enthou-
iastes, convaincus, acquis l'humanisme d'avant-garde,
affirmaient, il y a quelques annes, leur volont de ruiner le
4onformisme dbilitant et impudique des mandarins de la
faction bourgeois.
i Abandonnant les themes traditionnels d'une littrature
tatriotarde, trique et vieillotte, ils entendaient ramener
art l'humain, l'intgrer, en transformant la vocation de
'artiste, dans le cadre historique du dveloppement dia-
lectique de la socit.
I Jamais dans la succession des suites haitiennes, gnra-
tion littraire n'a embrass un plus vaste movement d'-
largissement de la culture national, jamais quipe d'intel-
ligences n'a manifest un. plus brlant dsir de librer









l'homme hatien, de lui faciliter certaines conqutes sur
des forces abatardies et dmodes de civilisation.
Ces artistes ont-ils ralis leur idal?
Le moment n'est pas encore venu de faire le procs des
crivains qui ont essay leurs premires armes littraires
sous l'Occupation Amricaine.
D'ailleurs, des jugements, pour significatifs qu'ils soient,
ports sur des faillites individuelles et sur des attitudes
quivoques qui foisonnent ces jours-ci dans le milieu, ne
peuvent en rien modifier le climate de pense, instaur dfl-
nitivement chez nous par les tenants acharns du non-con-
formisme littraire et social.
Il s'agit de continue le dialogue avec dans nos coers
le souci enthousiaste et ferme d'aller l'art human,
l'humanisme nouveau qui libre l'homme et la culture, iden-
tifie leur destin et les runit dans une harmonies profonde
en vue de les intgrer au but de transformation sociale.
La nouvelle Gnration apparat au moment o l'on
essaie par tous les moyens possibles d'laborer dans un in-
trt passionn de paix universelle et de libert intgrale
une declaration plus efficace des Droits de l'Homme et du
Citoyen, au moment o la libert d'expression, condition
ncessaire de l'expansion de la.culture, va tre une nouvelle
conqute de l'humanit sur la nuit...
Lourde, trs lourde, est la tche de cette gnration; mais
elle le paratra, certes moins, si chacun de ses militants
ralise que la vie acquiert un sens profound lorsqu'on con-
sent sacrifier et sa chair et son sang pour un advancement









de l'homme, pour le triomphe de certaines raisons essen-
tielles sans lesquelles cette vie est une absurdit, une sorte
de gageure perdue l'avance, parce que les chances de
bonheur sont trop indcemment ingales.
SMon action me rend aboulique l'gard de tout ce
qui n'est pas elle dclare Garine dans les Conqurants de
Malraux. Seuls ceux qui se font forts de cette vrit humai-
pourront cracher la face de la torture, en toute cons-
ience et en toute volont, mme en hurlant.>
Ce recueil est un essai mri sur les bancs de l'cole,
artir de l'instant o la vie cessa de nous apparatre come
travers de nues: en effet, l'motion potique nous agita
s que nous smes que l'existence ne prend une signi-
ation, ne se qualified que pour celui qui s'engage fond,
corps et me, dans une venture extrme...
Je remercie chaudement les parents, amis, intellectuals,
tous ceux qui m'ont encourage de leurs conseils salutaires
et de leur gnreuse souscription.
De pareilles manifestations de sympathie, l'endroit d'un
art presque.toujours dcri, parce que rarement raliste,
nous fortifient dans la certitude dj enracine dans notre
conscience que cesser d'esprer et surtout de letter, qui-
vaut une trahison, un avilissement de sa personnalit,
une sorte d'abdication de la condition humane: la seule
qui donne un sens la vanit de notre monde..
R.D.
Ce 20 Avril 1945.


XV
























ME VOICI

Grard Chenet


Me voici
citoyen des Antilles
l'me vibrant
je vole la conqute des bastilles nouvelles.
Je glane dans les champs ensoleills
des moissons d'humanit
j'interroge le pass
je mutile le present
j'enguirlande l'avenir
tout mon tre aspire au soleil!
Me voici
fils de l'Afrique lointaine









ETINCELLES


partisan des folles quipes.
Je cherche la lumire
je cherche la vrit
je suis amoureux de r'me de ma patrie.

Me voici
ngre aux vastes espoirs
pour lancer ma vie
dans l'aventure cosmique du pome
j'ai mobilis tous les volcans
que couvait la terre neuve de ma conscience
et j'ai renvers
par un pompeux coup d'tat
toutes les disciplines nuageuses de mon enfance.

Me voici
proltaire
je sens grounder en moi la respiration des foules
je sens vibrer en moi la rage des exploits
le sang de toute l'humanit noire

fait clater mes veines bleues
j'ai fondu toutes les races
dans mon cour ardent.

Me voici
pote
adolescent
poursuivant un rve immense d'amour et de libert.






















JE CONNAIS UN MOT

A Thodore Baker


Je connais un mot aux rsonnances d'ailes
Il provoque le vertige du bonheur
n ressucite les heures immortelles
II gonfle le voile de mes rves
Il fige une lueur d'amour au coin de mes yeux
Je connais un mot en tourment d'pope
n flotte sur 'mail des prairies
sur la brise mntrier volant
sur l'rosion des collins
sur la dtresse des cigales
sur la flte du rossignol
sur la mer immobile et inquite










ETINCELLES


Je connais un mot aux charmes caraibes
il brille dans les dtours des rivires
dans la lune au fond des mares
dans le bruissement des feuilles
dans le gazouillis du berceau
dans la fume panache des chaumires.

Je connais un mot au pass innombrable
il pitine la moue des lvres poseuses
Il trne dans la misre des mansardes
dans le sommeil riv aux nattes
dans le trop plein des villas
dans la solitude des tombes

Je connair un mot tout flambant d'histoire,
il reprsente la diane des matins incendis
les rassemblements dans les bois fraternels
les champs de canne rtis par la souffrance
l'inquitude de milliers d'opprims
la libert voltigeant sur les ailes de la mort.

Je connais un mot qui est le bien de tous
et des paysans enchans
et des donzelles en robes de rubis
et des pontifes aux ttes d'abime
et des enfants aux joues macies
et des pintades dans les clairires.










ETINCELLES 5

Je connais un mot qui renferme toute ma vie
mes espoirs
ma tristesse
mes soirs de tte--tte
mes bondissements de poulain
lach dans la savane du monde.
ce mot donne un sens ma vie
il explique la couleur de ma peau
la fatalit de mes baisers
ma haine des compromise
la dtente de mes mains prtes
gifler ceux qui auront prostitu leur mtier d'homme
ce mot est mon avenir
ce mot est mon amour'
ce mot est ma folie: Hati.


























CONFESSION

A Grard Gourgue


On a jalonn mon pass
de promesses striles
on a sillonn ma unique de coutures
le silence du rsign
comme un relent
coula dans le creux de ma peine.
on invent la bible.
on invent les chaines
on invent mille faons
d'inoculer










ETINCELLES


la soumission dans toutes mes cellules
mais depuis j'ai su la vrit
plus de baumes pour ma plaie
plus d'accolades
plus d'oublis.
mon espoir
sauvage
fmant
bouillonne
comme une lave aux flancs de l'histoire.
Promesses, baumes, accolades, oublis,
dfroques,
ombres avilies par la massue des faits
vaut mieux la conqute
vaut mieux la fonte
de mon angoisse
de ma confiance
de ma force
dans le creuset des chaudes rencontres
pour que ma vie
jeune
dcide
jaillisse, bondissante, sur un monde croul.

























AU DESSUS DE TA TOMBE

Pour toi, O Bien-Aime


C'tait une nuit paisse comme la boue
des montagnes par un temps de pluie.
le silence avait un got de sang
qui versait goutte goutte
l'angoisse dans mon me

C'tait une nuit sans un son sans couleur
l'ombre distillait un relent de chair moisie
qui brisait sur mes paupires limes
les vagues successives du sommeil.











ETINCELLES 9

C'tait une nuit longue comme l'absence
de l'tre aim
l'horloge s'tait tue touffe par mon deuil
et mes mains autour de moi dans un geste d'amour
cherchaient ma vie que je croyais parties.

C'tait une nuit sans commencement sans fin
je restais les bras croiss seule treinte durable
veillant nos souvenirs
dj rongs par l'oubli.

C'tait enfin la nuit
o je voulais chanter
bien au-dessus des temps
ton beau visage enlev mon regard
ta belle jeunesse fiance avec la terre...



















V


MON AMI: VOICI TA NOEL

A Jehan Dess et Joseph Thvenin

La Nol du petit Jsus
n'existe pas
pour les mains sales
pour les guenilles
pour les yeux vides
pour les regards suspendus aux pains du boulanger.

pour le ricanement de la misre
sur des lvres bantes
la Nol du petit Jsus
n'existe pas
pour l'ombre des chaumires
pour le bton du grabat
pour l'absence de couvertures










ETINCELLES


pour le paradoxe du gagne-pain
pour le crime du salari
pour cette humanity souterraine
que tu veux clairer du flambeau de ta parole
non, mon ami,
la Nol des vitrines luisantes
des beaux joujoux,
des robes dcolletes,
des rveillons-dansants,
des coups de canon,
des sermons ridicules,
des messieurs faux-cols,
qui dilapident l'avenir de tes enfants.
des rigolades dans les villas
non, si le pauvret de Bethlem
a choisi ce jour, pour natre
dans le vertige des danses capiteuses
la Nol n'existe pas pour toi.

Ta Nol, mon ami
sommeille dans ta conscience.
dans ta rancour
dans tes espoirs
dans tes points d'interrogation
en face du monde que l'on t'a fait
dans le dbordement de tes haines accumules.























JE NE VIENDRAI PAS

A celle que j'adore

Je ne viendrai pas ce soir
tisser au fil de ton regard
des heures d'abandon
de tendresse
d'amour.
Des camarades de bronze
ont convi ma jeunesse
l'assaut de cette citadelle
qui s'croule.
je ne viendrai pas
noyer ma tristesse
dans le flot tumultueux










ETINCELLES 13

de tes cheveux d'bne
une toile de pourpre luit l'horizon.
je ne viendrai pas
mirer mon fol espoir
dans le crystal
de tes prunelles sauvages
car quel sens donner
nos baisers
nos treintes
ce soir brlant de fivre
si notre amour reste indifferent
aux appeals dsesprs de la souffrance humaine.




















VII




A Pierre Saint-Fort Colin
et Ren Lafontant


J'ai dboucl la valise du monde
qui s'en va
Un pli griffonn avec la dernire goutte de sang
a saut sur mes mains sans chanes.
Testament! Testament!
Bravo!
Vingt sicles d'oubli
de mpris pour ma condition d'homme
de ripailles dans les caves
aux bons vins
d'abandon de toute ma carcasse souffrante
a l'angoisse de mon venture dsert, vide









ETINCELLES


comme une nuit sans toiles
vingt sicles de pitinement,
d'embargo sur les masses
me laissent un testament.
Ouvrons-le sans dlai:
il tarde aux enrags d'achever le mourant...
Funrailles sans diacre et sous diacre.
Pas de palais au cimetire. Je dois arriver
au ciel,
dans le modest appareil d'un chrtien de dernire heure
je ne lgue pas de fortune
puisque rien ne m'appartient de droit...
C'est rigolo! monde-qui-craque
tu auras le royaume des cieux;
mais je suis las de ton jeu sur la terre;
je ne support plus ma vie de paria
comme d'avoir chaud sous le soleil des tropiques!





















vm


REGRET


A Mondo



Tu auras peur d'corcher ta peau brune
au contact de ma chair
que l'approche des chocs fracassants
va hrisser de saillies dfensives...
un haut-le-corps ddaigneux secouera ton tre
la vue de mon armure de guerrier antillais
une nause dgotante bousculera ta gorge
quand s'infiltrera travers nos lvres confondues
le got cre des vomissements
apprts par ma poitrine bouleverse









ETINCELLES


pour le succs de notre festin de haine.
Ta ferveur bouillante et juvenile s'effritera
au moment d'enflammer
dans la poussire touffante des rues dsoles
mon me livre l'enthousiasme de vaincre.
Tes menottes de velours
craindront de panser la blessure sanguinolente
qu'une balle vagabonde aura faite mon flanc dchan
voudras-tu boire dans la cabelasse tnbreuse
de mon camarade de combat.
Non, chre enfant
ton amour ne pourra braver l'abime
que l'histoire a creus entire nos routes parallles
je t'aurais aim infiniment
s'il n'y avait entire nos destins
cette foule dsespre
qui m'appelle.

























IX


LE BAISER AU LEADER

A la mmoire de Jacques Roumain


Camarade Roumain
les pis que tes mains ont moisonns
ne pourriront point dans l'humidit des hangars
Des bras fraternels et libres
et pieux
les lieront en gerbes lourdes
pour les hisser
jusqu'aux sommets o tu planais jadis









ETINCELLES


au-dessus des faiblesses multiplies.
Les gnrations militants
lasses d'un monde o les valeurs sont anmies
par manque de soleil
par manque d'une sve abondante et fconde
se nourriront de tes pis mrs
et leurs regards seront de feu
et les gorges des officiants
se contracteront en hoquets saccads
sous l'acier de leurs poignes juveniles
Camarade Roumain
tu germeras
avant de connatre le desschement
des rcoltes avortes. Tu germeras
dans la terre fertile de notre avenir
et ta pense fleurira
et ton action fleurira
et la cit de tes rves fleurira aussi
Nous viendrons phalange accorde
recueillir pleines mains les trophes de ta vie
flottant encore au-dessus de ta tombe
en pais manteau de bravoure
de haine sans issue
de ferveur sans accroc
d'amour sans sillage
Camarade Roumain
tu es notre but
tu es notre flamme









ETINCELLE$


tu es notre dieu
ta place est definitive
dans la ronde tragique des camarades
rassembls
pour le vertige du grand soir
Camarade Roumain criera une voix
et le cheur rpondra present.
Parmi les lauriers des jours triomphants
dans la gloire de la terre retrouve
des mains encore rouges du pass
pointeront vers les cimes
la pierre de ta presence ternelle
et les femmes avec des nouveaux ns
et les voyageurs blouis
et les foules recueillies
dans un large geste-d'amour
et de pit rvolutionnaire
enverront un baiser immense
au grand leader ressuscit
















ESPOIR

A George A. Beaufils

Ils se lveront les jours ensoleills.
Is se lveront les fantmes de la nuit.
le ciel sera rouge comme de sang,
les toiles diront
l'clatant message
des foules ressucites
le luxe terrass poussera des cris sauvages
des-femmes, regards impossible
devant moi viendront se tapir
les hommes se front petits
devant le feu de ma vengeance
partout o l'on pleure
partout o l'on trime
partout o l'on espre
la lune des premiers jours
pntrera par toutes les fissures
Le bon people de mon pays,
haletant, bloui, enchant
regardera monter travers l'espace
l'ombre fantastique de la foi nouvelle...























XI


L'OMBRE DE MA CROIX

A une indiffrente


Je voudrais d'une prodigieuse voix
pour signifier
tous les amoureux de la terre
que dans le pays des palmiers
un adolescent
subit le joug d'un immense amour
oui, Antillaise de mon avenir
je voudrais traduire
l'clat du courage sans limits
que le miracle de tes seize ans









ETINCELLES 23

pourrait insuffler ma jeunesse militant.
Mais mon message
s'est bris dans ma gorge
des paroles douloureuses
angoissantes
dcoches avec dsespoir
annoncent
tous les amoureux de la terre
qu'un enfant inquiet et sans pch
se prpare construire
sur le roc escarp d'un refus
sur le nant des yeux vides
sur le sable mouvant d'un impossible amour
la charpente de sa prochaine croix.



















XII


PIETE FILIALE

A James Langston Hughes


O race Africaine,
sur ta route pas de sourires
sur ta route pas de fleurs
tu as laiss un long sillage de larmes
et de sang...
plus pourpre que tous les coquelicots
tes rameaux transplants
sur des terres peu hospitalires
n'ont pas tous des feuillages verts...
O terre d'Afrique
la vraie tunique du combattant
est colle ma chair.
Je veux aujourd'hui parler uniquement pour toi
pour donner un sens la vie de tes enfants









ETINCELLES


gars dans les arcanes du monde.
Mais j'entends dans le lointain
monter la sourde clameur d'une mosaque de souf-
frances
la grondante symphonie des abandonns.
Blonds, jaunes, noirs peu imported,
ils versent tous un sang rouge
et les larmes n'ont pas de couleur
et la faim tenaille d'une seule faon.
0 terre lointaine
Ils ont voulu m'carter de ta grandeur immortelle
mais leurs voix n'ont pas eu d'chos
mais leurs venins n'ont point mouss
ma ferveur et mon amour.
On aura beau fait, la vache n'allaitera jamais
les petits de la brebis...
Ainsi donc je t'appartiens.
O race trop malheureuse,
tous les champs de bataille ont hum
les derniers souffles de tes fils
ils ont suc leur sang...
Ce sang a enrichi la terre des autres
et ces terres sont revenues belles
et ces terres sont mailles de fleurs
et des plants y grandissent
et des rcoltes y abondent









ETINCELLES


mais tes enfants ont faim
tes filles sont violes
tes hommes sont lynchs
O race martyre...
ton courage a fltri leur orgueil
sculaire
alors de toi l'on a fait un cran
livr la fureur des canons
si tu souris dans tes instants d'angoisse
on t'affuble d'insouciance
si dans la ferveur des soirs nostalgiques
tu t'identifies tes hros morts
tu deviens une race sauvage
O ma mre...
depuis que des pirates ont
parpill tes enfants
au gr des mers bouillonnantes
ils se sont tous accrochs des fatalits ingales
certain ont frapp le lourd blier
de l'hrosme
contre le mur de la vie,
qu'on leur a inflige
le soleil a jailli de toutes parts
mais la libert demeure encore pour eux
une proie saisir.










ETINCELLES


ils ne sont pas tous suspendus
ta mamelle fconde
c'est pourquoi, le lait de la conscience,
n'arrive pas jusqu' leurs lvres altres
ma race bien-aime
tant qu'il y aura des hommes sous le soleil
tant qu'il faudra se reconnatre dans
le miroir des sicles
il y aura des brebis qui te voudront
toile.
tes rayons rechaufferont les petits enfants de nos petits
enfants
c'est pourquoi nous militons
pour que les filles restent vierges
jusqu'aux noces joyeuses
pour que les bbs, leurs biberons
pleins de lait
remplissent les foyers de cris
pour que les fiancs prolongent les lunes de miel
jusqu'aux limits du bonheur
pour qu'il n'y ait plus de lits sans draps blancs
pour qu'il n'y ait plus de faim plus de soif dvorante
plus de dfaites au bout des luttes
plus d'espoir sans issue
plus de maisons sans gaiet et sans amour.














XII


AVEU
A l'Indiffrente
Dans le pass
j'ai cueilli les plus beaux pis du sacrifice
j'ai hum l'arme des cruels abandons
j'ai march sur les clous aigus du dsespoir
j'ai connu le bagne des tristes solitudes
mais ma vie
Signorait encore l'ivresse des sommets
o l'amour construit son nid
dans le mystre d'une journe immortelle
j'impose le silence autour de tes seize ans
je ne dis rien de ta jeunesse incroyable
seulement
je voudrais broder en fils d'or
l'instant o
tous les visages de mes soirs amoureux
toutes les promesses des lvres palpitantes
se sont vanouis dans tes beaux yeux noirs
et j'ai mordu avec ferveur
la pulpe ardente du bonheur
et ma vie n'a pas de sens
sans l'atmosphre troublante
de ton cour
et le faste de ton existence.

















XIV


DONNEZ-MOI LA LIBERTE

A Marcel Boni

Dites aux quatre vents des ondes
que je suis un vagabond
un crivassier, monstre du ridicule
dites que je me suis embarqu
dans l'aventure du pome
sans diplmes (prsomptions de connaissance)
sans passeports
sans aucune servitude
dites que mes soirs s'puisent
dans le drame des bas-fonds obscurs.
que je perptue
les manages d'une suite de mcontents
dites que je suis laid
lpreux, fou, rvolutionnaire
mais, de grce,
donnez-moi ma libert.
























XV


SEUL DANS. LA NUIT

A Kesler Clermont et Max Boucicaut


L'ombre s'tend sur la cit
o le dsir apprte d'tranges festins
voici venir la nuit, mystres innombrables
voici venir la nuit aux solitudes trop vastes
et, moi,
je m'en vais sur un banc
risquer ma petitesse parmi tant d'immensits,
l'toile sur ma tte
couve un douloureux secret










ETINCELLES


que n'ose pntrer mon triste regard d'homme
la lune
escorte d'infirmires
pursuit sa course maladive de fantme
au loin
la montagne
enivrante d'altitude
s'offre comme une femme la volupt des nues.
Les arbres mes cts
prennent des airs d'oblisques
j'ai peur
j'ai peur de regarder la mer.
Les flancs azurs
charrient une multitude tourdissante de vie
j'ai peur de n'avoir point de place
dans cette ronde cosmique d'infini
mais voil que se lve
le vent bouillonnant de ma conscience
et ma barque, lgre, frmissante
merge du nant des choses immobiles
et mouvantes
gigantesques et puissantes
pour tracer sur quelque page blanche
un sillage d'esprance
un sillage d'amour
un long sillage de pense vivante et claire...


















XVI


ALLO! ALLO!

A Laurore St. Juste
et Sylvestre Wainright


Allo! allo! Maison Blanche! yes
c'est un ngre qui est l'appareil.
-les quatre liberts
est-ce de la frime pour les hommes d'bne?
-non, non, une ralit,
pour vous, comme pour tous les peuples
bravo! camarades! bravo
pote reprends ton luth de combat
et announce tous les vents
la decision de la Maison-Blanche
les femmes sourient
les vieillards meurent soulags
la jeunesse s'amuse. Bravo!










ETINCELLE


--allo! allo! Kremlin? oui
c'est un ngre qui parle
les quatre liberts
est-ce un bluff pour nous autres noirs
non, non,
vous tes des enfants dorlots par la revolution
rjouissez-vous! c'est surtout pour vous
bravo! camarades! bravo!
Pote reprends ton luth de combat
announce tous les vents
la bonne nouvelle
1'Etoile rouge brille aussi pour nous.
Allo! Allo! Palais National! oui
c'est un patriote qui parle
quatre liberts! Qu'en pensez-vous?
demain, elles seront proclames,
-Pote reprends ton luth de combat.
Annonce tous les vents
l'approche du bonheur
Maison Blanche, Kremlin, Palais National
tout le monde est d'accord
les enfants chantent tue-tte
les fiancs multiplient les baisers
une ronde joyeuse pursuit
sa gloire jusqu'au vertige...
bravo! la bonne nouvelle!
camarades! VIVE LE NEGRE!













XVII


C'EST LA GUERRE
A Arnold Hrard

Ma jeunesse est salue par une salve meurtrire
ma jeunesse s'ouvre sur des lointains tragiques
je retrouve l'odeur des champs de bataille
jusque dans la chevelure
de ma brune Antillaise
les baisers brlent du feu des lance-flammes
les treintes ont la cruaut des corps--corps
partout la guerre m'accueille!

ma jeunesse moissonne des pis de cadavres
les rivires roulent du sang
les arbres sont des baionnettes
les oiseaux entonnent la diane
le ciel arbore des drapeaux blancs
partout la guerre m'accueille!

ma jeunesse connat un destin de gibier
les entretiens rpandent des clameurs d'artillerie
les mots couvent l'clat des bombes
toutes les mains braquent une arme, une arme!
partout la guerre m'accueille!
AhJ! ma jeunesse rclame des horizons plus beaux.












XVIII


VISIONS MORTES

A Flix Vieux


des visions d'anges ariens
de saints triomphants
ont orchestra
dans le tapage des trompettes dmesures
les rves ensevelis de mon enfance inconsciente.
les soirs solitaires de mes dix ans
ont bouscul mon tre
sur la piste embourbe des lgendes mystiques
mais la nuit sombre de mon adolescence
pour retrouver sa clart essentielle
n'a point cueilli
les petites toiles des votes gothiques
plus que tous les catchismes
plus que tous les chapelets
plus que tous les chos de toutes les cathdrales
l'trange clameur de la souffrance humaine
a seule projet dans ma conscience
les raisons lumineuses d'une vie
o n'apparat pas
la froide acceptation de l'illustre crucifi.











XIX


DIALOGUE DES ONDES

A Ulysse Pierre-Louis

Radio-Moscou: Proltaires de tous les pays
unissez-vous?
radio-Vatican: Heureux les artisans de la paix
car ils seront appels fils de Dieu!
radio-Paris: La France renat.
radio-Washington: Quatre liberts
radio-Londres: voyez la Grce
radio-Hati: Le sphinx parle:
il est temps de faire de ce pays
un vaste enclos o l'amour fleurira
o les peuples de la terre,
de Tokio Boston
de Qubec Rio
de Narvick Melbourne
viendraient voir
comment un people comprend la vie
comment un people attend la mort.
le sphinx parle:
il est temps de faire de ce pays
une communaut sans fissures
un seul espoir dans un seul dieu
un seul cerveau dans un seul tre
un seul amour dans tous les coeurs.

























XX


FACE A LA NUIT

A Ren Blance


Elle tait ne sur la grand'route
dans les bras du soleil
elle tait ne sur la grand'route
berce par le soleil.
Mais elle avait grand, autour de la chaumire
de la chaumire perche sur la colline
elle avait grand
autour des lopins plants de pois congo









ETINCELLES


de pois congo que becquetaient les petits oiseaux.
Quand elle eut seize ans
parce qu'elle eut seize ans
quand elle cueillit seize toiles
dans le ciel de la vie
parce qu'elle cueillit seize toiles
dans le ciel de la vie
elle agrandit son royaume
claire par ses seize ans
elle pouvait tendre son royaume
la clart de ses seize toiles.
Elle alla de sentiers en sentiers
de collins en collins
de hameaux en hameaux
jusqu' la ville voisine
la ville o habitat une dame
une dame bien comme il faut
une dame que les hommes dvoraient des yeux
une dame qui demeurait dans une belle maison
une belle maison sur les hauteurs
l o il fait frais
l o il n'y a pas de poussire
de poussire qui vous bouscule le nez
et le palais et la gorge
l o la canaille ne pntre pas
l o les tudiants parent du bon franais
comme si nous ne parlions pas du bon franais










ETINCELLES


nous autres les damns.
Mais je m'emporte
l'on s'emporte toujours parler de ces choses l.
Elle rencontra donc la dame
la dame qui l'attacha son service
comme domestique
comme esclave.
La dame n'tait pas seule.
elle avait un mari
un mari trs comme il faut
qui citait et Racine et Corneille
et Voltaire et Rousseau
Set le Pre Hugo et le Jeune Musset
et Gide et Valry
et tant d'autres encore
un mari qui savait tout
mais parler franc qui ne savait rien
parce que la culture ne va pas sans concession
une concession de sa chair et de son sang
une concession de soi-mme aux autres
une concession qui vaut
et le classicisme
et le romantisme
et tout ce don't on abreuve notre esprit.
ce mari trs comme il faut
n'avait jamais fait de concession.
Mais quand mme il tait civilis









ETINGELLES


quand mme il tait cultiv
civilis comme le colon le fut
cultiv comme le colon le fut.
La dame prsenta l'enfant son poux
comme on prsente un chien son nouveau matre.
L'enfant qui avait seize ans
l'enfant qui avait cueilli seize toiles
l'enfant qui entrait dans cette maison
la clart de ses seize toiles
l'enfant ne sur la grand'route
l'enfant qui avait grand
autour de la chaumire
autour des lopins plants de pois congo
et parce qu'elle tait ne sur la grand'route
dans les bras du soleil
et parce qu'elle avait grand
autour des lopins plants de pois congo
et parce qu'elle avait tendu son royaume
de sentiers en sentiers
de collins en collins
de hameaux en hameaux
jusqu' la ville voisine
devint domestique
devint esclave '
de ces gens qui taient clu bois
du bois don't on chauffe la machine social.
Elle devint celle qui. se lve










ETINCELLES


la pointe du jour
tandis que les gens comme il faut
se prlassent encore dans des lits trop vastes
celle qui dort aprs le retour des gens
qui vont au cin en grand gala
et qui rentrent minuit
celle qui lave celle qui repasse
celle qu'on gifle celle qu'on bouscule
celle qui pleure celle qui hait la vie
parce que la vie pour elle c'est tout a.
Elle devint autre chose encore...
Une nuit elle rva de ses bois
et de ses bayahondes
et de ses flamboyants en fleurs
et de combites au travers des saisons
elle rva enfin de l'amour...
l'enfant de seize ans ignorait
ce qu'il y avait en ce mot.
Elle ne savait pas
elle ne pouvait pas savoir:
quand on est n sur la grand'route
dans les bras du soleil
quand on a grand
autour des lopins plants de pois congo
quand on a tendu son royaume
de sentiers en sentiers
de collins en collins










ETINCELLES


de hameaux en hameaux
jusqu' la ville voisine
et parce qu'on est n sur la grand'route
dans les bras du soleil
et parce qu'on a grand
autour des lopins plants de pois congo
et parce qu'on a tendu son royaume
de sentiers en sentiers
de collins en collins
de hameaux en hameaux
jusqu' la ville voisine
l'amour s'appelle prostitution.
un mtier vilain
un mtier qui enlve la vie
comme la mer enlve le sable!
elle devint donc autre chose...
elle sut autre chose
la-ville lui apprit autre chose
Ce mme soir o elle rva de l'amour
elle sentit sur ses paules fatigues
et sur ses genoux meurtris
le sceau brlant de l'homme
de l'homme qui citait
et Racine et Corneille
et Voltaire et Rousseau
et le pre Hugo et le Jeune Musset
et Gide et Valry










ETINCELLES


de cet homme civilis
civilis comme le colon le fut
qui se glissait sous l'escalier
comme le colon s'insinuait
dans la case o dormait l'esclave.
Mais l'enfant qui avait seize ans
fut surprise
surprise par la dame
la mme dame comme il faut
qui l'accabla de gifles
de gifles lourdes comme je n'en sais rien.
qui la poussa dans la nuit
Set la nuit n'offrait rien l'enfant
et la nuit crasait l'enfant
et la nuit livrait l'enfant tout entire
la prostitution,
ce mtier vilain
ce mtier qui enlve la .vie
comme la mer enlve le sable.
Alors celle qui tait ne sur la grand'route
dans les bras du soleil
celle qui avait grand autour de la chaumire
de la chaumire perche sur la colline
celle qui avait grand
autour des lopins plants de pois congo
celle qui avait tendu son royaume
de sentiers en sentiers









ETINCELLES


de collins en collins
de hameaux en hameaux .
jusqu' la ville voisine
et parce qu'elle tait ne sur la grand'route
dans les bras du soleil
et parce qu'elle avait grand
autour de la chaumire
de la chaumire perche sur la colline
et parce qu'elle avait grand
autour des lopins plants de pois congo
et parce qu'elle avait tendu son royaume
de sentiers en sentiers
de collins en collins
de hameaux en hameaux
jusqu' la ville voisine
bafoue, trahie
poitrinaire, abandonne
elle est morte de la prostitution
de ce mtier vilain
de ce mtier qui enlve la vie
comme la mer enlve le sable!
















TABLE


Prface ..................................................................... IX
Introduction................................... ........................ X III
I M e voici................................ .. .... . ... ................ 1
II Je connais un mot............................. ................. 3
mI Confession ................................. ................. ... 6
VI Au-dessus de ta tombe....................... .............. 8
V Mon ami voici ta Nol........................ ................. 10
VI Je ne viendrai pas....................................... 12
VII Testam ent ................................................... .... 14
VII Regret....................... ................................. 16
IX Le Baiser au Leader....................... ................. 18
X Espoir............................... ................ 21
XI L'Ombre de ma croix............................................... 22
XII Pit Filiale................................. ... .......... 24
X III A veu ...................................................... .... 28
XIV Donnez-moi la libert.......................... ................... 29
XV Seul dans la nuit............................. .......... ........ 30
X VI Allo! Allo!................................................................. 32
XVII C'est la guerre............................... ..................... 34
XVIII Visions M ortes ................ ......... ........................ .. 35
XIX Dialogue des ondes........................... .............. 36
XX Face la nuit.................................... ................... 37







'4







AUlOG RAPHEO




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Last updated October 10, 2010 - - mvs