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Title: Pounette
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 Material Information
Title: Pounette comédie en un acte de Marizancene pseud
Physical Description: 22 p. : ; 23cm.
Language: Spanish
Creator: Castro Fernández, H. Alfredo
Publisher: Impr. Trejos Hnos.,
Impr. Trejos Hnos.
Place of Publication: San José C.R
Publication Date: 1937
Copyright Date: 1937
 Subjects
Genre: non-fiction   ( marcgt )
Spatial Coverage: Costa Rica
 Record Information
Bibliographic ID: UF00081356
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: ltuf - AAQ8464
oclc - 01885772
alephbibnum - 000142310

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COMDIE EN UN ACTE
DE MARIZANCENE



















UNIVERSITY
OF FLORIDA
LIBRARIES


THIS YoLMF 4s BEE11
MICROFI-tMED
BY THE UNIvEpSrry OF
FLORIDA LIBPTRIES


1 1


























POUNETTE















































TOUS DROITS RESERVES

















POUNETTE


Comdie en un acte

de

MARIZANCENE r., d


San Jos


IMPRIMERIE TREJOS INOS.
Costa Rica
MCMXXXVII


4'
























SCENE.-Une trs jolie chambre a coucher au
quatrime tage d' un immeuble Paris. Au fond,
fentre donnant sur une large vue de maisons et de
jardins. Porte droite. A gauche, une salle de bain
moderne don't on peut voir les murs blancs. Lit divan,
meubles divers. L'ensemble donne une agrable im-
pression de fraicheur, de confort et de gaiet. II est
tard la nuit, en t. La fentre est ouverte. On
entend, de temps autre, la sirne d' un bateau sur
la Seine. La chambre est trs claire. Quand le ri-
deau se lIve, Pounette est en train de faire sa toilette
dans la salle de bain et Jacques est assis sur un pouf.
On entend 1' eau des robinets couler avec force.


POUNETTE JACQUES

PoUNETTE.-(Jeune femme, jolie, blonde, menue, ltrs
gracieuse dans ses attitudes. Elle est dans la salle
de bain. Elle ouvre un robinet, puis le ferme, et
1'ouvre de nouveau. Bruit d'objets qu'elle remue).
Jacques... Jaaacques... Je t' appelle...m' en-
teds-tu, oui ou non?









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JACQUES.-(Assis sur un ouf) Pounette, je t'coute.
POUNETTE.-Tu ne t'ennuies pas au moins, tout seul?
JACQUES.--Non, j' attends.
POUNE-rTE.--Je fais un brin de toilette et je suis
toi. Tu permets? (a sera vite fait. (Elle ouvre le
robinettlout grand et, eu aprs, le referme). Avec
ce robinet ouvert on ne s'entend pas. J'ai besoin
de t'entendre parler. Parle-moi un peu. II me
semble que le temps est moins long quand j'en-
tends ta voix... tu es silencieux (criant) Jacques!
JAcQUEs.-(De mme). Pounette?
POUNETrE.-Et, d' abord, o es-tu?
JACQUES.-ICi.
POUNETTE.-Bien sr ... mais o' ga?
JAcQUEs.-Sur un pouf.
POUNETTE.-(Se montrant dans 1' embrasure de la
porte en peignoir. Frache apparition d'une joli
tte blonde. Souriante). Sur un pouf! Ah mon
pauvre ami... mais tu es tres mal sur un pouf!..
je comprends que tu ne souffles mot! .. mets-toi
dans un fauteuil; tu seras beaucoup mieux. Je
ne suis pas trop longue?
JACQUEs.-Non... Je te ferai, cependant, remar-
quer qu'il est tries tard.
POUNErTE.-Tu vois, je te le disais bien ... tu es
tres mal sur ce pouf! Tu es l assis, tout raide.
JACQUEs.-Dame, la journe a t longue; la soire
s'est prolonge fort avant dans la nuit chez les
Grosjean. Je suis entr, je me suis assis sur le









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bord de ce pouf et, je ne le quitterai que pour
me coucher dans ce lit qui est bien tentateur.
POUNETTE.-Avec Pounette?
JAcQUEs.-Evidemment avec Pounette... qui se
fait dsirer. Si je ne restais dans cette position
fige, je tomberais assoupi tout de suite.
PoUNETTE.-Alors, ce lit est tentateur pour le
repos et le sommeil que tu y goteras? J'avais
cru comprendre autrement... et qu' il est ten-
tateur parce que... parce que...
JAcQUES.-Cela va de soi, Pounette. II est donc
doublement tentateur et raison de plus pour
nous y coucher sans plus tarder.
POUNETTE.--a c' est gentil... (un temps). Tu ne
t' endormiras pas tout de suite?
JACQUEs.-Non ... non, pas tout de suite, mais,
enfin, on dormira tout de mme un brin?
POUNETTE,-(Remuant rapidement la tete). Non.Pas
ce soir. (Elle le menace sentiment du doigt). Nous
avons un petit compete a rgler ensemble...
tu sais? Je vais terminer ma toilette. J' ai dja
fait un bon plongeon dans la baignoire et cela
m'a refraichi le corps et les ides... je vois
clair, maintenant. J' aime, quand nous rentrons,
surtout come aujourd' hui, faire une toilette
A fond; il me semble que je fais peau neuve,
que je me retrouve bien moi, Pounette, sans
contrainte d' aucune sorte et, surtout, sans les
influences ni les penses du dehors. Je veux









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que tu m' aies telle que je suis avec ma petite
nature- pas toujours trs commode-mais qui
(air grave) t' aime, Jacques.
JACQUES.-Tu es simplement dlicieuse. Nous
bavardons... nous bavardons (il montre le lit)
Hein?
POUNETTE.-(' est ta faute. Si tu n' tais pas rest
silencieux, il y a belle lurette que j' aurais t
prte. Quand tu es la, je veux entendre ta voix.
Quand tu parles, tu ne penses pas. Tu es plus
avec moi et je suis heureuse. Es-tu heureux?
Trs heureux?
JACQUEs.-Tres.
POUNETTE.-Tu m' aimes?
JACQUEs.-Oui.
PouNETE.-Pourquoi est-ce que tu ne me le
dis pas?
JAcQUES.-Je te le prouve, c' est mieux.
POUNETTE.-II faut le dire et le prouver. Le prou-
ver et le dire. C' est comme cela que 1' on
s' aime.-Soucieux?
JACQUEs.-Nullement.
PoONErTE.-Alors, c' est bien. Je vais disparaitre
quelques instants encore. Comment me veux-tu?
En pyjama ou en chemise de nuit... tu sais
ma jolie parure?
JACQUES.-(fndiffrent). Euh... en pyjama.
PoUNETTE.-(Dsappointe) Ah... pourquoi en
pyjama? Tu as une prfrence?









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JACQUEs.-Non. Comme tu voudras.
PoUNErTE.-Voyons. Tu as dit en pyjama. Quand
je te 1' ai demand j' avais peur que tu choi-
sisses le pyjama; j' aurais tant voulu que tu
dises, sans la moindre hesitation et venant tout
droit du coeur: Pounette, mets ta jolie parure
de nuit.
JACQUES.-Cela n' a aucune importance.
POUNETTE.-Si, une trs grosse importance. Ca-
pitale. Surtout cette nuit.
JACQUEs.-Je ne vois pas...
POUNETTE.-MOi, oui. Je vois clair. Tu me fais
beaucoup de peine...
JAcQUEs.-Sincrement, je ne vois pas o est le
mal; il y a l une subtilit telle...
POUNETTE.-(Boudant). Je m'entends. Ton choix
m' ouvre un monde nouveau. Tout s' claire
lumineux! Eblouissant! Je souffrais. Car, j'ai
souffert tout le long de cette interminable soi-
re chez tes amis les Grosjean. J' espere que
tu t' en es apergu? Non. Encore mieux! J' tais
dcompose. Je souffrais donc en silence mais
j' avais encore 1' espoir de me tromper. Le py-
jama ne me permet plus aucun doute... aucun...
pas le moindre...
JAcQUES.-Je t' en prie, Pounette, calme-toi et
laisse-moi rflchir (lentement) Voyons, en py-
jama tu es gracieuse, amusante... c' est bien
ca, tu as une silhouette amusante; en parure









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de nuit-c' est bien la blanche, adorable, que
tu as en vue?..-en parure, tu es encore gra-
cieuse, charmante et... et... (sa figure s'claire
de gaiet) h h, tu as raison... en effet, il y
a autre chose... oh... oh'.. de...
POUNE'TE.-(Avec joie). Que te disais-je?
JAcQUEs.-II y a quelque chose de plus... savou-
reux oh mais, mais c' est plus...
POUNETTE.-Tu saisis, c'est heureux. Les subtilits
de cette espce ont donc leur importance. Je
sais que nos entretiens ne sont pas du tout
les mmes quand je suis en pyjama ou en pa-
rure. Remarque, qu' ils ont leur charme tous
les deux et que je les apprcie comme il con-
vient. De la gaiet, de la frivolit avec le py-
jama-nous pouvons trs bien jouer aux cartes
avant de nous coucher-avec la parure ce serait
plus difficile, en tout cas, je puis te 1' affirmer,
cela ne nous est jamais arriv... II y a plus
de sensualit, plus de passion, plus d' amour.
Alors?
JAcQUES.-Sans la moindre hesitation: la parure.
POUNETTE.-Oh! (un temps). Allons-y pour le py-
jama puisque tu l'as choisi... (Elle disparaUt
dans la salle de bain et 1' on extend des objets qui
sont dplacs avec rapidity).
JACQUEs.-Pounette! Elle est adorable, adorable!
(Quelques instants. Jacques rest immobile, pensif).
PouNETT .-(Dans la salle de bain). Attention!!









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(Elle apparait radieuse en une belle parure de
nuit). Me voici..! (Jacques sursaute. Elle va a
lui soucieuse). Jacques, voil que tu penses en-
core! Je ne le veux pas. Quand tu es avec moi
il ne faut penser a rien d' autre qu' notre
bonheur d' tre ensemble, qu' A notre amour.
JACQUES.-Je ne pense pas.
POUNETrE.-Je sais ce que je dis. (Un peu triste
elle s'assoit doucement sur les genoux de Jacques
de tell sorte que le public puisse surtout voir
ses jambes. Ses petits pieds sont chausss de deux
babouches blanches, charmantes, gros pompons
qui indiqueront au public, par leurs movements
lents, rapides ou par leurs arrUts brusques, me-
nacants, l'tat d' ame de Pounette). Jacques, tu
me fais de la peine... je sais bien que tu as
tes procupations journalires, comme tout le
monde, mais oui... Pounette est raisonnable;
elle sait faire la part des choses. (Durant qu'elle
parole ses jambes montent et descendent lentement
1' une aprs 1' autre comme si elle hsitait dans
ses sentiments). II faut aussi penser A ta Pou-
nette. Je suis si heureuse quand tu es avec
moi... ne gte pas mon bonheur par tes pen-
ses... Tu es 1l, et, on dirait que tu es sans
Ame; tu es ailleurs; cela m' est trs pnible et
j' en souffre. Fais comme moi: je n' ai d' autre
sentiment que toi, d' autre pense que toi. Je
suis tienne, entirement... que tu sois present









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ou absent. Je ne suis pas exigeante. Quand
nous sortons... dans la rue, en taxi, au thtre
ou au caf, je me content de te prendre la
main et je n' ai plus de soucis; je sens un grand
bien-tre, j' ai la sentation de quelque chose de
doux, de lger, d' irrel. (Elle parole comme dans
un reve et ses jambes, un peu cartes, reposent
sans effort; les deux petites babouches sont im-
mobiles et semblent se regarder, les points in-
clines I' une vers 1' autre, avec contentement).
Voil comme elle est ta Pounette et voil com-
me elle voudrait, mchant ami, a son tour
tre aime.
JACQUEs.-Tu es adorable croquer.
POUNETTE. -Tu le dis et tu ne le fais pas. Cro-
que-moi. FaudralPl te le demander?
JACQUEs.-Oh que non! (II 1'embrasse sur la bou-
che. Baiser dlicieux, sans doute, car les petites
babouches s' agitent games et folles avec rapidit
pour, enfin, s' arreter brusquement suspendues
au bout des pieds raiders et uns).
POUNETTE.-Je t' aime et je ne me lasse pas de
te le rpter. Je ne trouve rien d' autre te
dire: je t' aime, je t' aime. Tu vois cela vient
du fond de mon tre; cela me soulage et
calme mes angoisses... (Un temps; avecforce).
Jacques!
JACQUEs.-(Sursaute. Vite). Je t'aime!
(Heureuse, Pounette se retourne, se spend au cou









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de son ami et I' embrasse avec passion; les ba-
bouches suivent, inquietes, ces movements de
roulis).
POUNETTE. -Vrai?
JAcQUES.-Tout ce qu' il y a de plus vrai. Dans
mon coeur il n' est d' autre sentiment...
PouNETTE.-Senentment? Non. Amour.
JACQUES.-C' est la mme chose.
POUNETTE.-Pas pour moi. (Jacques pose la main
sur les genoux de Pounette; elle a un grand fris-
son et serre nerveusement les jambes). Oh! oh! oh!
(Jacques faith mine de retire sa main). Non
laisse-la (a I' oreille) pyjama ou parure?
JACQUES.-Parure! Parure!
(Pounette s' est leve et elle march, coquette, puis
elle va vers le lit et 1' arrange un peu. Elle re-
garde, de temps a autre, Jacques toujours assis
sur son pouf et dans la meme position qu' au
dbut de 1' acle. Pounette ouvre les yeux grands,
faith une petite moue et tapote le lit).
POUNETTE.-Tu Y penses?
JACQUE .-Pourquoi Y?
POUNETTE.-Tu soulignes Y. Evidemment tu Y
es. J' en tais sre; tu Y peinse (fdche; locu-
tion rapide. Et c' est toujours ainsi! Toujours!
(a me crispe; pas une minute, pas une second
qui soit a moi entirement. Dans notre plus
grande intimit, comme cette nuit, o le monde
n' existe plus pour nous, pour moi, tout au









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moins... il faut que ta pense s' en aille au
loin chercher quelque endroit pour s' y loger
et s'y complaire au lieu de rester gentiment
chez nous o elle est son aise et choye...
(Avec les yeux humides sur un ton grave). Et
c'est toujours ainsi, mme al dans notre lit...
quand je suis serre contre toi j' ai le senti-
ment de solitude, de vide... (elle essuie du bout
des doigts une larme). Je suis sotte. Que veux-tu?
Je ne peux pas me refaire. (Jacques fait un
geste pour indiquer qu' il est content tell qu' elle
est). Tu as beau dire... Tiens ce que je vou-
drais entrer dans ton cerveau pour y voir ce
qu' il y a! Je t' assure (elle se secoue drolement)
que je te le secouerais de la belle fagon, et
que j' y mettrais bon ordre! Cette nuit je suis
particulirement inquiete, j' ai lieu de 1' tre;
Jacques, tu Y pensej(elle boude).
JACQEhs.-Navrant. Tu boudes maintenant?
POUNErrE.-Oh! oh! Je m' entends.
JACQUES.-Et cette mauvaise humeur parce que
j' ai eu la maladresse, bien involontaire, d' ap-
puyer un peu sur 1' Y?
PoU.ETTE.-Encore! (Elle sursaute comme si elle
avait t blesse).
JAcQUES.-As-tu mal?
POUNETTE.-Tu m' as donn un coup de dague
avec ton Y point. (Avec une grimace drle a
I' endroit de Jacques).. Y... Y... Y...









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JAcQUEs.-Quoi, pour un mchant petit mot de
rien du tout.
POuNE-TE.-Je sais bien. Pas mme un mot, une
lettre, une voyelle et encore qui vient en queue.
JACQUES.-Tu vois... peuh... insignifiante!
POUNETTE.-Oh que non! Pour moi cet Y est
effrayant, monstrueux. Sais-tu ce qu' il repr-
sente pour moi? Y, c' est o ta pense est; Y,
c' est o nous avons pass la soire: chez les
Grosjeans; Y, c' est surtout-et l tu ne me
contrediras pas-c' est Wanda, oui, Wanda...
cette femme qui proccupe ton esprit.
JACQUES.-(Abasourdi). Qu' est-ce que tu vas
chercher? Inimaginable. Les bras m'en tombent!
PoNETTrE.-(Lssal'ant d' Utre camee. Tu aimes les
blondes? Tu en es sr?
JACQUEs. -Oui. Absolument sr. Tu n' es pas une
mauricaude que je sache?
PorNETrE.-Naturellement, il aime les blondes,
il ne peut aimer que les blondes, j' en tais
sre, et, elle est blonde, trs blonde.
JAcQUES.-Pardi! C' est une Nordique.
PouNETTE.--(a y est! Une Nordique. Ya pas, ca
sonne bien, et alors ton imagination de trotter.
Nordique ca voque, le froid, la neige, les
fjords, que sais-je encore? et des Ames tran-
ges qui sduisent. Nordique, un mot et 1' on
est pris d' une femme.
JACQUEs.-L' observation ne manque pas de fi-









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nesse. En effet, il est des gens qui s' prennent
d' une nationalit et les voil amoureux d' une
francaise, d' une espagnole ou d' une russe; il
est des femmes qui s'prennent d'une profession
ou d' un tat et les voil amoureuses de na-
vigateurs, de peintres, d' ingnieurs (ouvrant
comiquement les yeux) et surtout de militaires,
encore parmi ceux-l, il y a des armes qui em-
portent toutes les faveurs, enflamment tous les
coeurs... J'irai plus loin: il est des personnel
qui n' aiment que par reflet si je puis m' ex-
primer ainsi... example curieux entire tous, ce
jeune tudiant russe, grand admirateur de Dos-
toiewski qui aima, au point de 1' pouser une
vieille mattresse de cet crivain. II cherchait
en elle un reflet-tres terni, je le reconnais-
du Maitre. Possder cette femme qui avait t
possede par Dostoiewski, c' tait en quelque
sorte...
POUNETIE.-... possder le Maitre! Tu es com-
pltement idiot avec ton histoire de reflects (un
temps). Elle t' intresse, cette Wanda?
JACQUEs.-Oui. Et toi, qu' en penses-tu?
POUNETTE.-Peuh... une passionne: curieux pour
une femme des pays glacs.
JACQUES.-Grosse erreur, Pounette! (Prenant un
air important). Le climate n' a rien a voir avec
1' nergie gnsique d'un people; seule la race
compete. L'Esquimau est trs salace, rotique,









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lascif. Le Lapon, par contre, est frigide. Ils
habitent, cependant, les mmes rgions arcti-
ques. Si donc...
PoUNETE.-Halte-l... oh l ld ... quel est cet
air doctoral?.. Mais, mon ami, il faut parler
comme tout le monde, gentiment, et d'abord
qu'est-ce que ces mots affreux dans ta bouche:
lacif, rotique, frigide et salace? Que ne dis-
tu, comme il convient, que tes Esquimaux sont
ardents en amour?
JAcQUES.-(Riani de bon coeur)... Et que les La-
pons sont d'une reserve coupable?
POUNET'E.-Tu me laisses tout chose... l, tu
bouleverses des connaissances que je croyais
tre bien tablies. Pays de soleil, temperament
chaud; pays de neige, temperament froid. Que
je suis heureuse d'tre dans une excellent
moyenne: quand on aime c'est dlicieux et
quand on n'aime pas, on pense s'aimer et
c'est encore dlicieux.
JACQUEs.-Moins... moins... (suppliant) Pounette?
PouNE'TrE.-(Reflchissant). Une passionne ta
Wanda. Elle me dgote cette femme. Aban-
donner son maria et ses enfants pour suivre un
amant! Avoue, que ce n'est gure propre. Et
voil la femme qui te laisse rveur, qui gte
les quelques moments o nous sommes ensem-
ble et od je ne veux que personnel vienne se
mettre en tiers...









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JAcQUEs.-Tu prends feu pour peu de chose. Si
nous nous couchions au lieu de nous dispute?
Ce serait plus sage.
PONETrrE.-Merci. Pour qu'elle vienne s'allonger
entire nous deux. J'ai horreur de ces fausses
situations. (Pounette monte sur le lit et s'y assied
en Bouddha). Nous ne retournerons plus chez
les Grosjean.
JACQUES.-Ces excellent amis!
PONETTrr.-Chaque fois que nous leur rendons
visit, nous avons une petite scne. Les heures
que nous passons chez eux sont des heures
que j'ai en moins avec toi.
JACQUEs.-Jalouse ce point?
POUNETTE.-Oui. Je suis jalouse de tout ce qui
t'entoure et surtout de tes amis, avec lesquels
tu es trop gai. C'est malheureux d'tre comme
cela et je m'en fais souvent des reproches. Tu
ne m'en tiendras pas rigueur; tu sais que je...
JACQUES.-... t'aime. Tu m'aimes et tu me mets
a la torture.
PoUNETTE.-Quand je pense qu'il serait si simple
de s'aimer tout bonnement...
JACQUES.-... avec les enthousiasmes que nous y
apportons?
POUNETTE.-Tu me fais rougir.
JAcQUEs.-De honte?
POUNETTE.-Non, de plaisir.
JACQUEs.-Voil une pense heureuse qui clt









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admirablement cette petite incursion de Pou-
nette dans l'ame de son ami. Si tu ne te mets
pas au le lit, je te fourrerai de force dans
les draps.
POUNETTE.-Encore un mot, pour en finir ja-
mais avec cette histoire qui me tracasse et tu
verras comme je serai mignonne. Coupart, 1'
invit des Grosjean, est de tes amis?
JACQUES.-Oui.
POUNETTE.-C'est un acteur?
JACQUEs.-Oui.
POUNETTE.-Et, il est bien l'auteur de cette pi-
ce... of il y a Wanda, la Nordique? Pour.
quoi ne nous l'a-t-il pas lue lui-mme? Pour-
quoi t'a-t-il pri de le faire a sa place?
JACQUEs.-Parce que je lis bien.
POUNETTE.-Oh, trs bien! Tu y mets une cha-
leur, une ame... tu prends part avec tout ton
coeur ax passions des personnages et quand
il s'est agi de Wanda!!... tu tais mu tel
point que j'en tais malade comme si elle avait
t une vraie femme en chair et en os.
JAcQUEs.-(Enchante). De l'Art, Pounette, de 1'
Art. La pice est donc bonne. Excellent, par-
fait! (II sefrotte les mains, content). Parfait!
J'ai, d'ailleurs, bonne opinion de ce drame; j'en
suis content. (II tire de sa poche le manuscript
et le pose sur une table).
POUNETTE.-COm ment?









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JAcQUEs.-Laisse-moi t'embrasser; tu es intelli-
gente, sensible: excellent public! Ton jugement
est sain. (II l' embrasse a plusieurs reprises en-
thousiasm).
POUNETTE.-Alors ?
JACQUES.-(Vite). Comprends donc ma joie, Pou-
nette, mon admirable Pounette. Je voulais es-
sayer sur toi et sur les Grosjean, 1'effet que
produirait mon drame. C'est concluant.
POUNETTE.-Tu en es l'auteur? Tu cris et tu
ne m'en a jamais rien dit?
JACQUEs.-Oui, non. Enfin, oui: j'cris. Non, je
ne te l'ai pas dit. Tu comprends, je ne tire
pas vanit de quelques ouvrages sans impor-
tance. Mais cette fois, je tiens un succs cer-
tain.
POUNETTE.-(Se levant et allant a lui bouleverse).
C'est pire que je ne croyais... Dieu que c'est
affreux! Si tu as crit cette pice tu connais
done cette femme, elle vit, tu l'aimes! Car, tu
n'aurais pas pu autrement y mettre tant de
passion ni tant de vrit. Je ne veux pas d'amour
partag, aucun prix, tu entends?
JACQUEs.-L'imagination d'un auteur, ma Poune-
tte, cre des personnages et leur donne une
ame: il les ptrit son gr et ils ne tiennent
de la vie relle que par certain c6ts, par des
penses et des sentiments qui nous sont tous
communs.









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Po~NErrE.-Affreux. Veux-tu connaitre mon opi-
nion sincere su ta pice? Elle trouble, elle gene,
elle est malsaine. II ne faut pas la garder. Je
ne pourrais plus vivre tranquille; il faut la
dtruire. (Elle prend le manuscript et faith mine
de le dchirer).
JAcQUEs.-N'y touche pas.
PoUNErrm.-Choisis: Pounette ou ga. (Elle mon-
tre le manuscript .
JACQUES.-(Se dirigeant vers la porte). C'est tout
choisi. (Pounette dchire le manuscript; Jacgues
sort en claquant la porte).
PoUNETTE.-Jacques! Jacques!
(Elle court a son lit et s'y jette en sanglotant.
La porte s'ouvre et Jacques entire en souriant).
JACQUES. -Pounette!
PoUNETTE.-(Elle court a lui et 1' embrasse avec
passion). Pardon, Jacques, ta Pounette est re-
pentante: elle sera 1' avenir trs gentille. Ton
manuscrit? Je vais patiemment recoller les mor-
ceaux et je te le rendrai. (Elle ramasse quel-
ques morceaux el commence a les joindre). H6!
je suis mignonne... ton drame? Tu 1' auras... oh
cela me cote beaucoup mais je me fais violen-
ce parce que je t'aime, Jacques. (Ellefait des
boulettes avec le manuscript el nerveusement les
jette au loin).
JAcQUEs.-(Riant). Mais... laisse donc, Pounette.
POUNETTE.-Oh non, je veux que tu aies ton ma-










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nuscrit en entier... mais si!.. je dois m'im-
poser cette punition... (Elle fail semblant de
recoller les morceaux, et soudain boudeuse, elle
froisse le paper el le jette au nez de Jacgues).
JACQUEs.-Encore une fois ne te donne pas cette
peine... Tiens, tu peux le brfler si tu veux...
(Pounette le regarded reconnaissance) ... oui...
cela n'a aucune importance puisque J'AI L'
ORIGINAL.
POUNETTE.-C'est trop fort!
JACQUES.-Sur ce, au dodo.
PoUNErTE.-Ouf! de grand coeur: oui. (Elle fait
un bond rapid dans le lit. Un temps). Dieu!
que tu es assommant avec ta manie de te cou-
cher toujours si tard... allons, viens vite au
lit. Jacquot, je t'aime. (Rideau).





F IN


Patalillo, le 8 Mars 1937.




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