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Group Title: Pour notre libération économique et financière
Title: Pour notre libération économique et financière
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Permanent Link: http://ufdc.ufl.edu/UF00081320/00001
 Material Information
Title: Pour notre libération économique et financière
Physical Description: 25 p. : ; 21cm.
Language: French
Creator: Hudicourt, Pierre L
Publisher: E´dition du Parti socialiste populaire,
Édition du Parti socialiste populaire
Place of Publication: Port-au-Prince
Publication Date: 1946
Copyright Date: 1946
 Subjects
Subject: Finance -- Haiti   ( lcsh )
Economic policy -- Haiti   ( lcsh )
Foreign relations -- Haiti -- United States   ( lcsh )
Foreign relations -- United States -- Haiti   ( lcsh )
Genre: non-fiction   ( marcgt )
Spatial Coverage: Haiti
United States of America
 Record Information
Bibliographic ID: UF00081320
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: ltuf - AAP5744
oclc - 01646968
alephbibnum - 000129728
lccn - a 48006316

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Pour Notre

Economique

Financieree


I


Liberation

et


LL-


Par: PIERRE L. HUDICOURT


X ,

'530.97294-
S84 p


EDITION DU PARTI SOCIALIST POPULAIRE


















UNIVERSITY
OF FLORIDA
LIBRARIES


THIS VOLUME HAS BEEN
MICROFILMED
BY THE UNIVERSITY OF
FLORIDA LIBRARIES.


I





























Pour Notre Libration


conomique et Financire

Par : PIERRE L. HUDICOURT













>*; ~ .'.'
'"**









330. '2~1



LATIN
AMERICA













Pour Notre Libration


Economique et Financire

Par Pierre L.JJUDICOURT.



I

Maintenant que la fivre lectorale commence tom-
ber et que se rapproche le Gouvernement dfinitif, repre-
nons la libre discussion des diffrents problmes du pays.
Essayons de dterminer les donnes exactes de ce que les
candidates, dans leur laconisme lectoral, ont appel notre
liberationn financire et conomique." Quoique ce terme de
liberationn" soit impropre, nous l'utiliserons parce qu'il a
t :.grandement popularis par les programmes de tous les
parties, de tous les groups et de tous les particuliers.
Chacun en effet a cru bon de promettre la liberation fi-
nancire et conomique d'Hati et pour y arriver, a recom-
mand sa thrapeutique de mdecin ou ses incantations
de. thaumaturge.
Quelles sont actuellement nos obligations contractuel-
les envers les Etats-Unis, telles qu'elles dcoulent des em-
prunts de 1922, de la J. o. White et de la Shada?


- 1 -









Emprunt 1922.-
La loi du 26 Juin 1922 autorisa le Gouvernement
Hatien contractor un emprunt de 40.000.000 de dollars,
et mettre pour une premiere tranche de cet emprunt
16.000.000 de dollars d'obligations dites srie A. Le 27
Septembre suivant, une nouvelle mission de 3 millions de
dollars dite srie B est faite. Le contract d'emprunt du 26
Mai 1926 autorisa une 3me mission dite srie C de
2.660.000 dollars, soit un total d'obligations de 23.660.000
dollars aux intrts annuels de 60/o.
Cet emprunt fut conclu en execution des terms de
la Convention de 1915, de l'acte additionnel du 28 Mars
1917 et du Protocole du 20 Octobre 1919. La Convention
de 1915 confiait un Conseiller Financier et un Rece-
veur Gnral amricains l'entire responsabilit de la ges-
tion des affaires d'Hati qui s'engageait ne pas augmen-
ter ses obligations financires et ne point modifier son
tarif douanier sans accord pralable avec le Prsident des
Etats-Unis.
Dans le contract d'emprunt de 1922, le Gouvernement
Hatien accept de crer une hypothque sur tous ses re-
venus internes et ses revenues de douane. L'arrangement
financier du 7 Aot 1933 transmit les services du Conseil-
ler Financier et du Receveur Gnral un Reprsentant
fiscal, charge de veiller l'excution de routes les obliga-
tions contractes par la Rpublique d'Haiti, maintenues et
amplifies dans le nouvel arrangement. Le Gouvernement
Hatien prit l'engagement de ne point assumer de nouvelles
obligations financires (Art. XVII), de ne point disposer
de ses placements (Art. XVIII), de ne point modifier le ta-
rif douanier et les taxes internes (Art. XX) sans l'accord
pralable du Reprsentant Fiscal. Cet accord fit du repr-
sentant fiscal le mattre absolu de la vie financire et co-
nomique d'Hati.
L'arrangeme-nt du 7 Aot fut remplac par l'accord du
13 Septembre 1941 qui transmit la Banque Nationale de


-2-










la Rpublique d'Hati les services du Reprsentant Fiscal
en accordant en outre cette dernire le droit de percevoir
et de contrler les fonds communaux, demeurs libres de
l'emprise amricaine depuis 1915. L'art. VI de cet accord
dispose "La B. N. R. H. aura le pouvoir et le devoir de
mettre de ct par prfrence toutes autres dpenses les
valeurs ncessaires pour le service de l'emprunt de 1922
et 1923 et, en tant qu'agent constitu du Gouvernement,
d'effectuer tous les paiements requis par les contracts d'em-
prhnt."
L'art. VII dclare "que le service d'intrt et d'amor-
tissement des titres de l'emprunt 1922 et 1923 constitute
irrvocablement une premiere charge sur tous les revenues
(d'Haiti) et l'art. IX que "le systme d'encaissement et de
dpense des revenues (d'Haiti) se fera conformment aux
lois hatiennes actuellement en vigueur relatives aux m-
thodes de comptabilit et aux rglements fiscaux, lesquelles
ne pourront pas tre modifies sans le consentement pra-
lable des deux gouvernements" (hatien et amricain).
Emprunt J. G. White.-
En Juillet 1938, le Gouvernement haitien signe avec la
J. O. White Engineering Corp. un contract de Travaux
Publics excuter pour la some de 3.000.000 de dollars
(porte dans la suite 3.440.000 dollars) couverte par des
billets ordre signs par le Gouvernement Haitien et ac-
cepts au pair par la Export-Import Bank de Washington.
Taux 4ofo. Ces billets ordre grvent les revenues d'Haiti
d'une second hypothque en stipulant :
"La garantie et le traitement actuellement en vigueur
ou qui l'avenir pourront tre convenus en ce qui a trait
aux obligations de l'emprunt 1922 s'appliqueront ce billet,
sauf que le gage consent par l'Etat Hatien pour assurer
le paiement en capital et intrts de ce billet ordre vien-
dra immdiatement aprs celui concd aux obligations de
Pemprunt 1922."


-3-









Emprunt Shada.-
La S. H. A. D. A. constitute le 15 Juillet 1941 ngocia
le 15 Aot suivant une convention avec la Rpublique
d'Haiti et la Export Import Bank et signa un contract le 22
Aot avec le Gouvernement Haitien en vertu desquels elle
bnficia d'une ouverture de credit de 5.000.000 de dollars
pour entreprendre ses operations en souscrivant des billets
ordre avaliss par Hati. Ces billets ordre grvent les
revenues d'Haiti d'une 3me hypothque en stipulant: "La
Rpublique d'Haiti s'engage pour tout le laps de temps
que le billet ordre ci-dessus ne sera pas intgralement
pay en principal et intrts ne contractor aucun em-
prunt ou obligation d'aucune sorte jouissant de parit
avec l'obligation assume par le present aval ou tout aval
donn pour tout billet ordre mis ou mettre en ex-
cution de la convention sus-mentionne ou encore jouissant
de droits et privileges gaux ou suprieurs ceux accords
par le sus-dit aval ou les sus-dits avals sus-mentionns,
reserve faite des obligations extrieures six pour cent
trente ans de l'emprunt 1922 en faveur desquelles a t
constitute une premiere hypothque sur les revenues g-
nraux et les droits de douane; reserve faite aussi des
billets ordre mis ou mettre en vertu du contract du
6 Juillet 1938, tel qu'il a t amend entire la Rpublique
d'Hati et la J. G. White Engineering Corp."
En conclusion, jusqu' complete paiement de l'emprunt
de 1922 et des billets ordre White et Shada, tous les
revenues d'Hati sont grevs d'une premiere, d'une deu-
xime et d'une troisime hypothques et la Banque Na-
tionale de la Rpublique d'Hati (Dpartement Fiscal), sous
la direction de fonctionnaires amricains, soi-disant repr-
sentants des porteurs de bons, a le pouvoir exclusif de
grer nos finances et de rgler notre conomie.


-4 -











Quel est le montant actuel approximatif des soldes
dus sur ces trois emprunts?
Emprunt 1922. Au 30 Septembre 1945, nous restions
devoir sur l'emprunt 1922 la some de 6.392,773,86 dollars
environ. En vertu de l'accord excutif additionnel sign le
14 Mai 1946, nous devons payer en outre 700.000 dollars
pour l'exercice 1945-46.
Emprunt J. G. White.- Au 15 Novembre 1945, le solde
d sur l'emprunt White s'levait 3.470.000 dollars environ.
Le 15 Mai 1946, selon l'arrangement sign le 15 Novembre
1943 par notre Secrtaire d'Etat des Finances et la Export-
Import Bank, nous avons fait le versement semestriel prvu
de 400.000 dollars.
Emprunt Shada.- Les 5 Millions de dollars du credit
ouvert par la Export-lmport Bank la Shada ont t com-
pltement tirs et le Gouvernement Hatien a avalis tous
les billets ordre mis par la Socit. Aucun de ces billets
ordre n'est arriv chance car l'article 4 de la Con-
vention du 15 Aot 1941 entire le Gouvernement Haitien,
la Export-lmport Bank et la Shada dispose que le premier
versement semi-annuel sur les billets ordre mis ne sera
d que 5 annes aprs la date d'mission du billet. La
Shada n'aura 5 annes d'oprations qu'au mois d'Aot
prochain. Signalons, d'ailleurs, que le silence total est gard
sur les operations de cette socit qui se prtend une
Socit d'Etat et qui est en fait gre par des dirigeants
amricains sous le contrle de la Export-lmport Bank.
Comment le service de ces emprunts a-t-il t assur?
Emprunt 1922.-Le service de l'emprunt 1922 a t
rgulirement assur jusqu'en 1938. Nous avons souvent
fait des paiements anticips. Dans les annes qui suivirent
la- signature du Contrat d'emprunt, le Conseiller financier









amricain se faisait une gloire de noter dans ses rapports
toutes les valeurs verses pour la reduction de la dette en
excs des provisions du contract d'emprunt. En 14 ans, de
1924 1937, la dette est rduite de 13.000.000 de dollars
soit prs de 1.000000 de dollars par an. L'anne suivante
en 1938, nous demandions un moratoire qui fut annuelle-
ment renouvel jusqu'en 1943. Durant 6 ans nous fmes
annuellement un paiement symbolique d'environ 20.000 dol-
lars. En 1943-1944, en dpit du moratoire dj accord
pour 25.000 dollars, nous paymes 350 mille dollars; en
1944-1945, il nous fut exig par le Gouvernement amri-
cain, malgr les multiples dmnarches du Gouvernement
Hatien, un amortissement de 700.000 dollars. La position
intransigeante du Gouvernement amricain a t maintenue
pour l'Ex. 1945 -1946 malgr les vnements politiques
qui invitablement doivent avoir leur contre-coup sur notre
conomie. Le 14 Mai 1946, nous avons sign un accord
additionnel excutif en vertu duquel nous nous engageons
payer pour l'exercice un amortissement de 700 mille dol-
lars si nos recettes totales dpassent 7.000.000 de dollars.
Emprunt White.- En 1943, quand les premiers billets
ordre de White arrivrent chance, le Gouvernement
Hatien entreprit des dmarches auprs de la Export-lmport
Bank pour obtenir un nouvel amnagement du paiement
de cette dette. Le 15 Novembre 1943, le Secrtaire d'Etat
des Finances signa avec la Banque un arrangement en ver-
tu duquel nous devons payer par semestre 400 mille dol-
lars de 1944 1947 et 300 mille dollars de 1947 1951.
Nous avons dj pay 800 mille dollars annuellement en
1944 et 1945 et 400 mille doll rs le 15 Mai 1946.
Le Gouvernement Amricain a toujours refus de lier
les deux questions: Emprunt 1922 et White.
Ainsi en 1943-44, nous n'avons pay que 350 mille
dollars sur l'emprunt 1922 6 olo tandis que nous payions
800 mille dollars sur l'emprunt White 4 olo. En 1944-45
et 1945-46, nous payons annuellement 700 mille dollars


-6-










sur l'emprunt 1922 6 olo et 800 mille sur l'emprunt White
4 oo. Les intrts hatiens sont ainsi sacrifis et le Gou-
vernement Hatien est oblig de consentir cette total
mconnaissance des intrts de la Nation: rembourser d'a-
bord un emprunt 4 o/o qui n'est garanti que par une
second hypothque et obtenir des moratoires sur un em-
prunt 60oo garanti par une premiere hypothque.


III

Ces trois emprunts ont-ils aid au dveloppement de
l'conomie du pays ?
La Convention de 1915 stipulait pour les Etats-Unis
l'obligation "d'aider au dveloppement efficace des ressour-
ces agricoles, minires et commercials" d'Haiti et "d'tablir
les finances haitiennes sur des bases solides". C'est pour
raliser ces objectifs que fut conclu en principle l'emprunt
1922: unifier la dette publique du pays, consolider les
finances et dvelopper l'conomie.
A la vrit, l'emprunt conclu, les financiers amricains
se limitrent, par une gestion court vue, en assurer
le service sans se soucier de promouvoir l'conomie na-
tionale. Ds 1924, dans un pays o tout tait faire, ils
commencrent les fameuses reductions de la dette en excs
des provisions du contract et dcidrent de constituer des
reserves au trsor pour maintenir le service de la dette aux
annes dficitaires.
De 1924 1929, la situation du commerce extrieur
est excellent, les prix de vente de nos denres sont le-
vs et le volume de nos exportations satisfaisant. La tche
des financiers amricains est facile: percevoir, controller,
payer. S'ils avaient la moindre intention "d'aider au dve-
loppement des resources agricoles, minires et commer-
ciales", ils auraient aussi profit de ces bonnes annes pour


-7-










investor dans des travaux rentables. Or ils remboursent en
excs des provisions contractuelles et font cette chose in-
croyable, absurde, illogique, criminelle: ils constituent des
reserves au trsor cependant que nous payons 6 olo d'in-
trts sur la dette. Au 30 Septembre 1924 la reserve cash
est de 1.300.000 dollars; elle augmente d'anne en anne
pour atteindre le 30 Septembre 1929 la some norme de
4.000.000 de dollars, se maintenir 3 millions environ du-
rant 5 ans, diminuer partir de 1935 pour tomber en 1939
au-dessous de 100.000 dollars.
En 1938, nous signons le contract de la White pour
l'excution de 5 millions de dollars de travaux publics,
travaux qui taient tout aussi urgents en 1930 et que nous
aurions pu excuter avec nos propres fonds sans recourir
l'emprunt. Ces travaux, entrepris dans le but apparent
de dvelopper l'conomie national et de combattre le ch-
mage, ne le furent la vrit que pour maintenir artificiel-
lement le niveau des recettes fiscales et continue le service
de la dette. La guerre (perte des dbouchs europens
traditionnels) et la politique de circonstance adopte par
les Etats-Unis (aide aux nations latino-amricaines) nous
firent accorder en 1941 une nouvelle ouverture de credit
de 5.000.000 de dollars pour la Shada. Le public haitien
connait trop bien les conditions dans lesquelles furent gas-
pills les millions White-Shada et les repercussions d-
sastreuses que l'xcution de ces contracts eut sur notre
conomie pour que nous insistions outre-mesure.
En rsum, les trois emprunts n'ont nullement aid
au dveloppement conomique du pays don't le volume
de la production n'a pas augment. Nos bonnes annes
commercials ne sont dues qu' la hausse des prix sur
les marchs extrieurs des denres que nous produisons.
Par contre, les exigences du service de la dette qui nous
prend annuellement 25 30 pour cent de nos recettes to-
tales ont port les officials amricains responsables de nos
finances prlever jusqu' 20olo sur les fonctionnaires


-8-









publics, augmenter de 21olo (1921-22) 50.77oo1 (1938-39)
la moyenne des droits l'importation, accumuler irra-
tionnellemeni des reserves normes aux priodes de pros-
prit, recourir aux expdients financiers White et Shada
aux moments difficiles. Depuis 31 ans, la gestion finan-
cire amricaine a systmatiquement et graduellement ap-
pauvri toute la nation haitienne au profit de l'Etat et des
porteurs de bons amricains.


IV

Le comportement des Etats-Unis envers Hatti est celui
d'un usurier la petite semaine envers son dbiteur. Quand
ce dernier se trouve en difficults, son prteur lui advance
un peu d'argent gros intrts mais, ds que sa situation
s'amliore, il lui est vite exig un remboursement brutal
d'une forte parties de la dette, ce qui le plonge dans de
nouveaux embarras et l'oblige recourir une nouvelle fois
aux bons offices de l'usurier. L'usurier agit ainsi pour em-
pcher le dbiteur de stabiliser son conomie et pour le
maintenir en permanence sous sa coupe. Eh bien le but
des Etats-Unis est exactement le mme avec cette difference
que son mobile n'est pas de nous soustraire quelques
misrables millions de gourdes mais de nous contraindre
par la pression conomique et financire, nous conformer
la ligne de la politique international amricaine.
En plus des consequences conomiques dsastreuses
que nous avons exposes prcdemment, le comportement
des E.-U. notre gard produit sur notre vie national des
effects politiques et moraux encore plus difficiles contra-
rier :
a) Citoyens amricains, les officials amricains, con-
seiller financier, receveur gnral, reprsentant fiscal, agent
fiscal, president et directeur de Banque, administrateurs de









la White et de la Shada, n'ont jamais compris qu'ils g-
raient des intrts hatiens. Borns, mais pleins de.morgue
A cause du complex de supriorit racial don't ils souf-
frent, ils vaquent aux diffrentes tches de leur function
avec comme unique souci la sauyegarde des intrts am-
ricains en jeu. Sortant souvent des attributions strictes de
leur mission, ils s'opposent toute tentative; national d'-
tablir des industries locales susceptibles de :concurrencer
des products yankees et toute tentative trangre qui n'est
point nord-amricaine de dvelopper les contacts commer-
ciaux avec Hati.
b) Cette attitude enhardit considrablement les capi-
talistes amricains la tte d'entreprises prives en Hati.
Srs d'tre protgs en toute circonstance, ils ne conoi-
vent le "Business" avec Hati et ls Hatiens qu' travers
des privileges, des monopoles, des abus de tous genres,
obtenus par pression ou par concussion ou tolrs par la
distribution de prbendes.
c) Les dirigeants hatiens, las d'une lutte dans laquelle
ils se savent vaincus d'avance, deviennent pusillanimes,
doutent de nos droits, cdent au moindre froncement de
sourcils du premier petit blanc-bec frais dbarqu des
"States ". D'autres, p us corrompus, battent monnaie avec
"'I' quoi bonisme" de la grande majority. "Puisqu'il faut
toujours cder aux Amricains, se disent-ils, pour ne pas
tout perdre, tirons notre pingle du jeu." Et de suite, c'est
la concussion, les prbendes, les calypsos" etc., etc.
En conclusion, tous les effects du contrle financier
amricain, directs et indirects, conomiques, politiques, mo-
raux, nous maintiennent dans un tat de sujtion total
dans nos rapports avec les Etats-Unis. Nous sommes, en
principle un tat souverain, en fait presqu'un territoire sous
mandate. Les emprunts qui nous ont t si gnreusement
accords comme une entr'aide fraternelle sont des emprunts
politiques don't la seule raison est de justifier la tutelle


-10-









conomique et financire qui nous est impose depuis 3i
ans.
Bien nafs les Gouvernements qui se sont puiss en
vaines ngociations pour nous librer de l'emprunt 1922.
Bien puriles ont t leurs dmarches prs des groups
financiers franais, anglais, belges ou autres. Les grandes
banques, informes sur la question hatienne ont refus
tout prt car leur Chancellerie consulte leur rpondait
invariablement: le Bassin des Caralbes est une zone r-
serve la Finance Nord-amricaine. Aussi nos dirigeants
se sont-ils grotesquement jets dans les bras d'aventuriers
internationaux- style Debachy- don't l'espoir tait de
btir quelque vaste escroquerie notre prejudice et aux
dpens des gogos qui se seraient laisss extorquer la forte
some la vue des signatures officielles de nos repr-
sentants, dment scelles aux armes de la Rpublique.
Bien nafs sont ceux qui aujourd'hui croient qu'il suffit
de payer les emprunts 1922, White et Shada pour nous
librer de l'emprise des Etats-Unis. En admettant l'hypo-
thse, irrationnelle d'ailleurs, que cette valeur puisse tre
trouve je ne sais o, les Etats-Unis recourront milleter-
giversations pour en reculer le remboursement. Le contrle
financier nous a t impos par la Convention de 1915.
Nous ne devions pas aux Etats-Unis. Sept ans aprs, l'em-
prunt inutile nous fut impos pour qu'il puisse, l'expi-
ration de la Convention de 1915, servir de prtexte jus-
tificatif de la continuation de la tutelle nord-amricaine. Le
President Dartiguenave en refusant obstinment de l'accepter,
pressentait quel carcan il devait tre pour nous.
Que nos dirigeants de demain se le tiennent pour dit:
Les Etats-Unis n'admettront pas facilement qu'Haiti se libre
compltement de ses obligations financires envers eux.
Le Gouvernement Amricain defend des intrts vitaux
dans l'hmisphre amricain, dans l'Amrique Centrale et
dans le Bassin des Antilles. L'instinct de conservation et le
droit la lgitime defense l'obligent considrer la Zone


- I -









des Carabes, particulirement vulnerable,. cdmme une Zone
rserve.
La solution de nos problmes conomiques et finan-
ciers n'est donc point dans la liberationn financire et co-
nomique" telle que la conoivent ou l'exposent nos po-
liticiens. C'est une utopie don't la matrialisation prsuppose
la disparition des Etats-Unis come premiere puissance
financire, navale et arienne du monde.


V

La liberation financire et conomique envisage par
nos politicians est uiie utopie pour les raisons suivantes:
LIBRATION FINANCIRE. Pour raliser la libra-
tion financire, nos politicians proposent tout bonnement
de payer la dette. Comment? Par nos. propres m yenss,
c'est impossible. Le service des emprunts 1922 et White
(intrts et amortissement) nous cote 2 millions de dollars
environ par an. Si la Shada ne peut faire face au paiement
des billets ordre mis par elle et avaliss par l'Etat Hai-
tien, nous aurons payer partir de 1947, 700 mille dol-
lars d'intrts et plus de 2 millions de dollars d'amortis-
sements pour les 3 emprunts. De nos recettes totales, en
supposant qu'elles se maintiennent au mme niveau, il ne
nous restera que 5 millions de dollars pour assurer la.
march de tous les services publics. 11 est impossible d'ef-
fectuer sur une si faible valeur des prlvements pour payer
l'emprunt.
Par un nouvel emprunt extrieur de consolidation?
Nous avons dj expliqu les raisons politiques, pour
lesquelles un pareil emprunt ne pourra jamais tre ngoci
sans la participation de la finance nord-amricaine.
Par un emprunt intrieur ?L'pargnant haitien se mfie
des Titres d'Etat et n'achtera jamais avec. enthousiasme


-12--









ds obligations haitiennes. 11 rest: la possibility d'un em-
prunt forc- si l'on obtient le consentement pralable du
gouvernement amricain selon les terms de l'accord de
Septembre 1941- qui, excut dans les meilleures con-
ditions, ne donnerait pas plus de 3 millions de dollars, soit
50olo du montant de l'pargne haitienne.
LIBERATION ECONOMIQUE. Selon leur degr de
dpendance conomique des Etats-Unis, les Rpubliques
Amricaines se divisent en trois groups. Haiti appartient
au troisime grupe, le plus dpendant- pays essentielle-
ment agricoles cultures tropicales. Cette dpendance s'est
encore accrue en raison de la formidable victoire amri-
caine. Tout dveloppement conomique future de notre pays
est en function directed du resserrement de nos relations
commercials, conomiques, financires, touristiques, etc.,
avec nos trop puissants voisins du Nord. N'en dplaise
aux nationalists chauvins, ce n'est pas une question sen-
timentale, c'est une question de fai.
Aussi paradoxal que cela puisse paratre au premier
abord, la solution du problme ne se trouvera que dans
une meilleure cooperation conomique avec les Etats-Unis.
Une cooperation sur de nouvelles bases c'est--dire qui ne
soit plus au profit exclusif des Etats-Unis, une cooperation
qui cesse de nous imposer un contrle financier humiliant
pour notre dignit de people souverain et dsastreux pour
notre conomie national, qui cesse de former nos pro-
duits l'entre du march amricain par des barrires doua-
nires et des quotas, qui ne s'oppose point au dveloppe-
ment de nos petites industries locales de transformation,
qui ne nous contraigne point arracher nos cultures vi-
vrires pour planter la cryptostegia, qui cesse de nous en-
voyer comme experts des imposteurs comme Fennel, de
confier la vie conomique de la Nation d'anciens "mari-
nes ou d'anciens ouvriers maons du Canal Zone.
Notre objectif ne doit pas tre le remboursement de
la dette mais plutt la fin -du contrle financier amricain


-13 -









et la reprise complete par Ha'ti de la responsabilit de la
gestion financire et conomique des affaires nationals sans
restriction aucune. Notre objectif est de faire comprendre
au Gouvernement Amricain que nous ne voulons plus de
cette soi-disant cooperation au profit d'un seul, que nous
serons toujours disposs pratiquer une politique de relle
cooperation hatiano-amricaine quand nous aurons repris,
pour sauvegarder notre dignit de people libre et la lgiti-
me defense de nos intrts collectifs, le plein exercise de
notre souverainet national. Nous ne voulons plus de tu-
telle, plus de tuteurs revtus, par l'hypocrisie yankee, des
dehors bienveillants d'un frre ain. Nous voulons que nos
rapports de dbiteur cranci.r, de faible puissant se
poursuivent conformment au principle de l'galit souverai-
ne des Etats Membres de l'Organisation des Nations Unies.
Pour atteindre cet objectif, le prochain Gouvernement
doit avoir une attitude ferme, une position intransigeante.
Pour tre intransigeant, il doit tre honnte, srieux. Pour
tre ferme, il doit tre compltement dmocratique, appuy
sur les forces vives de la Nation. Les Gouvernements dic-
tatoriaux Vincent-Lescot qui gaspillaient les fonds publics
ou tolraient leur dilapidation n'avaient pas quality pour
faire le procs de la gestion financire amricaine. S'ils es-
sayaient parfois de faire la sourde oreille des demands
amricaines contraires leurs intrts, ils s'enpressaient de
cder la moindre pression parce qu'impopulaires, ils crai-
gnaient l'aide que les Amricains fourniraient l'opposition
ds que se prciseraient leurs vellits de faire tte. Les
circonstances de la chute de ces deux dictateurs ont pleine-
ment justifi leurs apprehensions. Pour rclamer nos droits
et dfendre nos. intrts, le gouvernement de demain doit.
tre soutenu par la majority des Haltiens. Un nouveau dic-
tateur ne peut que continue jouer le jeu amricain.
Ce Gouvernement ferme et intransigeant doit prsen--
ter des rclamations justes et fondes. Il faut soumettre au
Dpartement d'Etat un cahier de nos desiderata contr laI


- 147--









dsastreuse politique financire pratique depuis 31 ans par
les officials amricains en Haiti. Ce cahier de "desiderata"
ne doit point contenir des dclamations ampoules de po-
liticiens sonores en mal de publicity. Il faut qu'il fasse le
procs, avec pices et chiffres l'appui, de la gestion am-
ricaine des affaires d'Hati. En rappelant les conditions de
force dans lesquelles la convention de 1915 et l'emprunt
de 1922 nous furent imposs, il doit dmontrer combien
funeste a t pour notre conomie la politique purement
fiscal des contrleurs financiers amricains.
Ds l'instant que le nouveau gouvernement aura en-
trepris la preparation de ce cahier des charges contre les
Etats-Unis, il devra aiguiller notre politique extrieure vers
la poursuite d'un seul et mme objectif: la fin du contrle
financier amricain. 11 faudra resserrer le plus possible nos
liens avec les gouvernements latino- amricains amis,- le
Mexique, Cuba, le Vnzula, le Chili, le Prou,- en crer
de nouveaux avec l'Argentine, le Brsil; en Europe il faudra
tablir les relations diplomatiques avec l'U. R. S. S. Puis
tenir tous ces gouvernements au courant de nos dmar-
ches auprs du Dpartement d'Etat, obtenir la promesse
de leur appui, au cas o les ngociations hatiano-amricaines
n'aboutissant point, nous nous voyions dans la ncessit
de porter la question par-devant l'organisme regional ou
mondial competent.
Car, vraisemblablement, le gouvernement amricain
rsistera nos premires dmarches. Habitu, en resistant,
voir nos gouvernements faiblir et ne plus insisted, il
utilisera une nouvelle fois cette tactique. Nous insisterons
pour le convaincre qu'il est en presence d'un nouvel tat
de choses et d'un Gouvernement haitien rsolu se librer
du joug financier amricain. Si les Etats-Unis refusent, il
ne nous restera qu'une seule voie, suspendre d'autorit
le service de la dette et porter la question devant l'opinion
mondiale et alors, ce que nous n'aurons pas pu obtenir
par des dmarches ritres et parfois humiliantes, nous
15--









serons surprise de voir le colosse amricain nous l'accorder
d'un coup et peut-tre davantage encore que ce que nous
aurons demand.


VI

La suspension du service de la dette rar le Oouver-
nemeiit HaTtien et son refuse de remplir ses obligations
contractuelles de l'accord de. Septembre 1941 placeront le
Dpartement d'Etat dans une alternative: svir ou cder.
Nous allons examiner laquelle de ces deux attitudes sera
plus conforme aux intrts amricains.
SVIR: La decision de svir signifie l'intervention,
l'intervention directed qui s'exercera par le dbarquement
de forces militaires et la roccupation d'Haiti ou l'inter-
vention indirecte par l'adoption de sanctions conomiques.
L'intervention militaire unilatrale serait une violation
flagrante de la Clarte de San Francisco et un reniement de
la politique du "bon voisin" inaugure par Roosevelt, con-
tinue depuis 13 ans par le Dpartement d'Etat. Elle aurait
des consequences trs graves pour la politique internatio-
nale des Etats-Unis tant en Europe qu'au sein du syst-
me interamricain. La position prise par les Etats-Unis sur
le vieux continent pour contrecarrer l'expansion de l'in-
fluence sovitique serait immdiatement battue en brche
par la contrepropagande que Moscou entreprendrait contre
un tel acte de violence international. Dans l'hmisphre am-
ricain, le Dpartement d'Etat perdrait en un jour le fruit de
nombreuses annes d'un labeur patient et difficile don't l'ob-
jectif est de raliser dans un avenir prochain un bloc am-
ricain o la grande mfiance des Latino-Amricains contre
les Nordiques aura disparu.- Une brusque reprise de la po-
litique- du "dollar" et du big stick" seraitilargement ex-
ploite par les grande. nations latino-amricaines, notam-










ment l'Argentine, qui ont intrt combattrela prpond-
rance politico-conomico-financire des Etats-Unis. Le grand
espoir du Dpartement d'Etat d'difier en un tout un sys-
tme regional pourvu de ses propres organismes politiques,
juridiques et conomiques serait srieusement compromise.
Le Gouvernement amricain ne recourra srement pas
l'intervention militaire unilatrale.
Il demeure la possibility de dclencher une interven-
tion multilatrale se manifestant par une intervention mili-
taire ou l'adoption collective Je sanctions conomiques
contre Hati. Le Dpartement d'Etat a-t il intrt porter
lui-mme la question du contrle financier devant un orga-
nisme international? Le simple refus par Hati de remplir
des obligations financires, sa decision de discontinuer un
service d'emprunt trop onreux pour ses resources limites,
son dsir d'obtenir de son crancier un rajustement de
la dette justifient-ils une intervention multilatrale directed
ou l'adoption de sanctions collectives ? Une telle attitude
de la part du gouvernement haitien peut-elle tre consi-
dre comme une menace pour la paix mondiale ?
Le Dpartement d'Etat comprendra fort bien qu'une
telle question ne saurait tre agite par devant l'un des
organismes des Nations-Unies parce qu'elle entranerait
une perte de prestige pour le gouvernement des Etats-Unis.
Les raisons politiques relles du contrle financier am-
ricain sont inavouables. Le simple nonc des principles
essentiels de la Charte des Nations empche les Etats-
Unis de laisser voir que ces emprunts "fraternels" nous
ont t accords comme moyen de pression pour con.
traindre un pays libre et un people souverain garder
constamment une attitude orthodox conforme aux n-
cessits de la politique extrieure des Etats-Unis. Le D-
partement d'Etat prfrera laver ce linge sale au sein de
la prtendue grande famille amricaine.
Le gouvernement amritain peut appliquer seul des
sanctions conomiques contre nous. Notre situation de


-17-










pays dpendant dit grand voisin du nord nous rend trs
vulnerable de telles measures. Notre conomie serait s-
rieusement touche mais pas mortellement. La tche de
notre diplomatic serait d'obtenir des pays latino-amricains
et extra-continentaux amis une aide suffisante pour com-
penser en parties les dommages que les reprsailles am-
ricaines causeraient notre commerce extrieur. L'tablis-
sement de ces nouveaux courants politiques et commerciaux
serait prjudiciable aux Etats-Unis qui sont jaloux de leur
suprmatie dans la Zone des Carabes. Aussi ils ne les
laisseront point se dvelopper et prfreront toujours con-
sentir quelques sacrifices pour sauvegarder l'intgrit de
leur zone rserve.
Pour ces diffrentes raisons, le Dpartement d'Etat
aprs avoir rsist, blufff, menac, psera le pour et le
centre : Les intrts suprieurs de la politique extrieure
des Etats-Unis tant en Europe qu'en Amrique leur inter-
disent une intervention unilatrale ou multilatrale, directed
ou indirecte, militaire ou conomique dans l'une quelcon-
que des Rpubliques amricaines. Les reprsailles unilat-
rales sont inefficaces et contraires, si elles se prolongent,
aux intrts amricains. La sagesse de "businessmen" des
officials du Dpartement d'Etat leur recommandera ce
moment la meilleure attitude : celle de cder. Et c'est ce
que le Gouveinement Amricain a dj fait dans une es-
pce semblable celle que nous avons expose.


VIl

Plac dans l'alternative de svir ou de cder dans le
cas dominicain, le Dpartement d'Etat a prfr adopter le
second parti. Nous allons brivement exposer ce cas pres-
que identique au ntre.
En 1905, sous prtexte de protger les intrts des


-18-









porteurs de bons amricains et europens auxquels la R-
publique Dominicaine devait environ 5.000.000 dollars, les
Etats-Unis imposrent au gouveruement dominicain un con-
trle douanier par un Modus Vivendi. Par l'appt d'un em-
prunt de consolidation de 20 millions de dollars, le Dpar-
tement d'Etat obtint le 8 fvrier 1907 que ce modus vivendi:
soit convtrti en une convention formelle qui tablit un con-
trle rigide et permanent sur les finances et l'conomie do-
minicaines.
Selon les clauses de cette convention, les impts doua-
niers dominicains furent perus par un receveur gnral
des douanes qui assura directement et par prfrence
toutes autres obligations le service de la dette amricaine.
Le solde des recettes, quand il y en avait, tait vers au
Gouvernement Dominicain qui prit l'engagement de ne pas
modifier le tarif douanier et de ne pas augmenter la dette
publique (clause 3) sans l'autorisation du Gouvernement
amricain. Cette Convention, contraire au principle de la
souverainet national, de fait plaait la Rpublique Domi-
nicaine sous mandate amricain.
En effet, en 1916, une prtendue violation de la clause
3 servit de prtexte une intervention militaire amricaine.
Pour vaincre l'obstination du gouvernement dominicain
ne pas cder aux exigences des autorits militaires, le re-
ceveur gnral amricain discontinue le paiement des d-
penses publiques. La measure provoqua l'effacement des
dirigeants dominicains et les "marines" de l'amiral Caperton
tablirent un gouvernement militaire.
En 1918, en 1921 et en 1922, ce gouvernement de
"marines" fit trois missions de bons d'une valeur total
de 16 millions de dollars. Ces missions dites de conso-
lidation avait pour rel objectif de placer la Rpublique
Dominicaine sous le joug financier permanent des Etats-
Unis. La pression morale de l'opinion latino-amricaine
dcida le Dpartement d'Etat dsoccuper en 1924 la R-
publique Dominicaine non sans avoir, par l'appt d'un









nouvel emprunt de 20 millions de dollars, port le gou-
vernement civil rtabli signer une convention qui ritre
et amplifie les obligations de 1907.
En 1931, au fort de la crise, la situation financire de la
Rpublique Dominicaine est dplorable.A ce moment le
montant total de la dette extrieure s'lve 20.000.000 de
dollars don't 10.000.000 emprunt 1922 et 10.000.000 emprunt
1924. Le service des intrts 5 et 5 et demi pour cent
monte annuellement 900.000 dollars et le service d'a-
mortissement de la dette prs de 2.000.000 de dollars
par an. Les recettes totales tombent de 15000.000 en 1928
7. 200.000 dollars en 1931. Le service de la dette (intrts
et amortissement) prend le tiers des resources totales. Le
Gouvernement Dominicain est oblig de former les coles
rurales, d'abandonner l'entretien des routes publiques, de
rduire de 15 pour cent le salaire des fonctionnaires, de
couper 25 pour cent sur le budget des services adminis-
tratifs. Toutes ses dmarches prs du Dpartement d'Etat
pour obtenir un ramnagement de la dette se heurtent
une intransigence d'usurier. Les dommages considrables
causs par le cyclone de 1930 laissent insensibles les offi-
ciels amricains. Ils envoient spectaculairement des secours
de croix-rouge et de la Navy mais refusent de reconsidrer
la question de la dette. En Octobre 1931, la situation du
gouvernement dominicain est dsespre. Aussi se dcide-t-il
risquer un coup de tte et le "big stick" de l'Oncle Sam.
Le 23 Octobre 1931, le gouvernement dominicain d-
crte une loi d'urgence qui enlve d'autorit le contrle
douanier au Receveur Gnral amricain, le confie un
agent special et notifie au Dpartement d'Etat les raisons
pour lesquelles il dcide en violation des obligations con-
tractuelles, de suspendre le service de la dette amricaine
pendant deux ans. Voici la traduction de la conclusion
de la Note Dominicaine:
"C'est avec peine et en parfaite connaissance que notre
action n'est pas d'accord avec les obligations contractes


- 20 -










par la Rpublique dominicaine dans la Convention signe
avec les Etats-Unis en 1924 ni avec les stipulations con-
tenues dans les contracts d'emprunts extrieurs que mon
Gouvernement se voit forc de prendre de telles measures
dans le but de protger la vie mme de son people. Il n'a
recouru ces measures qu'aprs que toutes les autres so-
lutions de nos difficults financires ont t recherches
sans succs."
Le Dpartement d'Etat fit une protestation de principle
mais n'intervint pas. En 1933, le Gouvernement Dominicain
prolongea la loi d'urgence et suspendit le service de la
dette pour 5 nouvelles annes. Le Gouvernement am-
ricain, craignant de perdre compltement le contrle finan-
cier et politique de la Rpublique Dominicaine, dcida de
transiger. Le Conseil de Protection des Porteurs de Bons
trangers fut charge d'entamer des ngociations qui abou-
tirent au rtablissement du Receveur Gnral des Douanes
et un moratorium de 5 ans du, service de la dette.
Soulag durant sept ans du carcan de la dette am-
ricaine, le Gouvernement dominicain put investor des mil-
lions de dollars dans des travaux rentables pour dve-
lopper son conomie. Ses resources en profitrent dans
des proportions inespres. En 1945, les recettes totales
dominicaines se sont leves 22 millions de dollars, plus
de trois fois leur montant de 1931 et la dette extrieure a
t rduite 12.000.000 de dollars environ. Aussi ds
1940, Cordell Hull et Trujillo signaient Washington un
accord qui mettait fin au contrle douanier amricain tabli
en Rpublique Dominicaine depuis 1905. Voil les rsultats
que l'on obtient quand on prend la resolution de se librer
du joug amricain.
Ainsi en 1931, le Dpartement d'Etat n'a pas ragi; en
1933, l'inauguration de la politique du "bon voisin", il
prit le parti de transiger. Aujourd'hui en 1946, aprs la
conference de Chapultepec et la Charte de San Francisco,
la veille de la signature du Trait d'Assistance Mutuelle


-21-









de Rio de Janeiro, si le Gouvernement Hatien dcide de
suspendre d'autorit le service de la dette et de reprendre
la direction de ses Finances, le Dpartement d'Etat une
nouvelle fois transigera.


VIII

De cet expos de la question de la liberation financire et
conomique d'Haiti, rappelons, avant de conclure, quelques
points essentials:
1) L'accord du 13 Septembre 1941, reprenant et am-
plifiant les clauses de la convention de 1915 et de l'arran-
gement financier de 1933 enlve Hati le contrle de ses
finances et de son conomie jusqu' complete paiement de
l'emprunt 1922 et des emprunts White et Shada.
2) Le but de ces emprunts n'est pas d'aider au d-
veloppement du pays mais de prolonger le contrle finan-
cier amricain.
3) Le service de ces emprunts, confi par les dispo-
sitions contractuelles des officials amricains, est assur
de manire retarder sine die la liberation financire d'Haiti
par la voie rgulire de l'extinction de la dette.
4) Ce contrle financier n'a pas comme justification,
ainsi que le prtendent les actes officials, la protection des
intrts des porteurs de bons amricains; ce n'est qu'un
moyen de pression, une forme d'intervention don't dispose
le Dpartement d'Etat pour maintenir le gouvernement Ha.
tien dans un tat de sujtion.
5) La position d'Haiti dans le Bassin des Carabes,
sphre d'influence nord-amricaine, et son statut de pays
conomie colonial rendent illusoire tout espoir de lib.
ration total de l'emprise nord-amricaine. Le Dpartement
d'Etat s'opposera toujours la creation, entire des puissances
extra-continentales et nous, de liens politiques, financiers


-22-










et conomiques assez forts pour contrecarrer les intrts
yankees.
6) Une relle cooperation haitiano-amricaine ne peut
tre que profitable Haiti; c'est le mode imprialiste de
prtendue cooperation pratique jusqu'ici qui affected notre
souverainet national et contrarie notre dveloppement
conomique.
7) Le refus par Haiti d'excuter l'accord de 1941 et de
remplir les obligations des emprunts 1922, White et Shada
ne provoquera aucune intervention de la part des Etats-
Unis.
Ces traits essentiels fixs, il imported de rechercher la
solution rationnelle. Nous recommandons les measures sui-
vantes: suspendre d'autorit le service de la dette, enlever
le contrle financier aux officials amricains, rserver les
droits des cranciers, porter la question devant l'opinion
mondiale et les organismes internationaux comptents en
demandant un ramnagement de la dette et le retour du
contrle des finances et de l'conomie haitiennes aux Haitiens.
Cette solution nous parat la seule rationnelle pour les
raisons suivantes: lavraie cause de notre ruine progressive
n'est pas la dette don't le montant total est d'environ 14
millions de dollars. Ce n'est pas non plus le contrle fi-
.nancier amricain. Ce ne sont que les effects. La cause fon-
damentale est l'imprialisme amricain. Il ne faut point re-
chercher une solution par des moyens financiers; la solu-
tion rationnelle ne peut-tre que politique.
Les Etats-Unis se trouvent dans une position trs
delicate cause de la contradiction manifeste qui existe
entire les principles gnraux qui'ils proclament tre les
leurs et qu'ils prtendent dfendre et la politique imp-
rialiste qu'ils continent pratiquer, notamment dans l'Am-
rique Centrale et les CaraYbes. Cette contradiction n'est
pas un fait nouveau. Le Wilson des quatorze points du
Trait de Versailles et de la Socit des Nations venait
d'ssaillit de nombreuses petites rpubliqtes amricaines


-23-









et la plus grande drision a t de voir les reprsentants
de ces nations violentes venir s'asseoir autour des tables
de conference pour soutenir les points de vue du Dpar-
tement d'Etat. L'un de nos dlgus comprit si bien sa
mission qu'hatien et ngre il vota yankee contre l'galit
des races.
Mais depuis Versailles, l'chiquier international s'est
modifi. Le Gouvernement amricain a compris, il y a quel-
que quinze ans, qu'il fallait, face aux menaces extra-conti-
nentales, former, de l'hmisphre amricain, un bloc sans
fissure. La mfiance des Etats du continent l'gard des
Etats-Unis, ne de la politique du "big stick", tait le prin-
cipal obstacle la formation de ce bloc. Le Gouvernement
amricain cessa de jouer au croque-mitaine pour prendre
le ton amical du "bon voisin" et du frre an. A measure
que les gouvernements latino-amricains sont devenus plus
confiants, leurs reprsentants aux runions internationales
ont parl avec plus d'assurance et plus d'indpendance.
Aujourd'hui, les suggestions du Dpartement d'Etat ont
toujours beaucoup de poids, mais elles valent leur pesant
d'or et les gouvernants intelligent savent comment se
laisser persuader. Nous sommes un des rares petits tats
de l'Amrique qui jouent le jeu nord-amricain sans com-
pensation.
Le temps n'est plus o le principle de la non-interven-
tion ne pouvait mme pas tre mis en discussion, o
"l'Oncle" touffait les cris des petites nations. Le pril
nazi a disparu; le cauchemar japonais n'est qu'un mauvais
souvenir. Mais chaque jour les Etats-Unis voient se profi-
ler plus nettement sur l'horizon europen l'ombre immense
du Kremlin. Plus que jamais, le Dpartement d'Etat com-
prend que le bloc amricain doit tre sans fissure. Ce n'est
pas le moment pour lui de laisser taler la contradiction
qui existed entire sa position de principle et sa position de
fait.
Cette contradiction, c'est le point vulnerable. C'est la


.-24-









que nous devons attaquer pour nous librer du contrle
financier amricain. Nous devons exercer plein gosier
notre droit de gueule, crier de toutes nos forces, utiliser
tous les moyens de propaganda, la press, la radio, les
pamphlets, nos agents diplomatiques, les conferences inter-
amricaines, les runions internationales, les organismes po-
litiques, conomiques, juridiques, culturels, rgionaux et
mondiaux pour porter les Etats-Unis, en ce qui nous con-
cerne, conformer son attitude ses principles qui sont
ceux des Nations-Unies et nous rendre le plein exercise
de notre souverainet national.
Notre opinion est que cette solution esf .la seule ra-
tionnelle et notre conviction est que le Dpartement d'Etat
n'attendra pas que la question ait pris les proportions d'un
scandal international pour transiger.
Le premier point de tout programme de reconstruc-
tion national est la fin du contrle financier et conomi-
que amricain.


-25-









Pour notre liberation econ UGL
330.97294 H884p



3 12b2 01126 9353


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