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Title: Courtes explications à mes concitoyens
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 Material Information
Title: Courtes explications à mes concitoyens
Physical Description: 11 p. : ; 19 cm.
Language: French
Creator: Lafontant, Nicolas Stephen
Publisher: Lightbourn's Press
Place of Publication: St. Thomas D.W.I.
Publication Date: [1904]
 Subjects
Subject: Politics and government -- Haiti -- 1844-1934   ( lcsh )
Genre: non-fiction   ( marcgt )
 Record Information
Bibliographic ID: UF00081282
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: aleph - 001129794
oclc - 23818538
notis - AFM7030

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Courtes explications

a .MES CONCITOYENS
PAR
NICOLAS STEPHEN LAFONTANT

- .. ..-. ,: ..; .' .


ancien Secrdtaire d'Etat des
finances d& du Commerce, etc., etc.


LIGHTBOURN' S PREMS, ST. TROMAS.








INA*







Courses explications a mes concitoyens.

LA Chambre du conseil de l'Instruction criminelle du ressorVr
de Port-au-Prince a rendu son ordonnance du rer Juillet
-1904 relative a 1'affaire de la consolidation et me renvoie par
devant un tribunal de repression pour avoir detourn6 parties
des bons du tresor abandonn6s au profit de l'Etat par
M. SMnbque Pierre et d'en avoir obtenu la consolidation en un
J bon 6 o/b ; sOustrait frauduleusement a l'Etat le'montant du
bon du tr6sor No. 1499 faisazit parties de ceux don't il vient
d'etre parlg, etc. etc."
Si les juges qui ont sign cette ordonnance avaient W6t plus
soucieux de leur dignity, plus scrupuleux de leur devoir profes-
sionnel, ils se seraient demand s'ils avaient le droit et le
--'nrimriner des actes d'une geFtion minist6rielle d6jA
ti.'-hambre des comptes et finalement
le- CeC gn I Ils auraient,


I'attitudt de ce1ghici l a
ils avaient conseni i obbir uhe'torif gi -,'_..',L "
libres C'est A ceete mmnie consigne qu'obbissa'?W-Ie'. 'V
d'instruction Poujol, lorsqu'h deux reprises il m'appelait -en
son cabinet etconvertissait finalement ses mandates de com-
parution en mandate d'amener et mettait A mes trousses la
police de Port-au-Prince; c'est a cette meme consigne,--con-
s6quence logique !-qu'ob6iesaient la commission d'enquete
politique si6geant a la prison de ,la Capitale et le conseil sp6-
cial militaire irigi en cour martlale ?-eri verti de quelle loi ?
-en envoyant le i6 Janvier 1904, devant les murs du cimetibre,
mon infortun6 frbre Cl4ment Lafontant et ses trois com-
pagnons de martyre !
C'est encore h la meme infernale consigne qu'obeiront, sans
doute, jur6s et jages formant la cour criminelle qui va nous
Sjuger tous et qui s'assemble ddjh lb.-bas !
De toutes ces iniquit6s,je ne m'occuperais pas; j'assisterais en
spectateur indifferent la tragi-pom6die qui va sejouer Que
m'importe les faits de l'heure prsiente Ce procks,, je le sais,
sera de nouveau appel6 devant un autre tribunal dans des
jours prochains, je l'espbre. Par un just retour des choses





4

d'ici-bas, les accusateurs d'aujourd'hui seront au banc des ac-
cus6s, et A l'heure solennelle oh sera prononc6 l'arr&, ils, ver-
ront se dresser devant eux, dans l'ombre du prttoire, terrible,
et la poitrine troupe de balles Cl6ment Lafontant, Christophe
Destouches et les autres !
Mais des amis qui vivent loin du mauvais lieu qu'est deve-
nue entire les mains de ces bandits ma ville natale, Port-aw-
Prince, et qui ne comprennent pas, s'inquietent et me sollici-
tent de sortir de ma reserve et de les rassurer. C'est pour eux
que j'6cris ces lignes que je ferai braves. C'est pour eux que
je secoue l'immense douleur qui me couvre comme un linceul
pour prendre A mon tour la parole. Car il faut que je leur
dise ce qu'est la Commission d'enquite administrative et de
verification institute par farreti du Prisident de la RMfubliqie
du 21 Mars 1903, de quels 6l6ments elle s'est compose, quel
programme elle s'est donn6 et comment St4phen. Lafontant,
ancien chef du Cabinet particulier de l'illustre Pr6sident Salo-
mon, l4ritier de sa pens6e, d6positaire de ses papers secrets,
membre fiddle du grand parti national, devait fatalement se
trouver sur son chemin.
--he coup d'Etat de dicembre 1902, en livrant le pouvoir a
un vieillard presque nonagenaire, aux facult6s 6teintes par l'Age,
ouvrait en meme temps, les portes"du Palais national aux
estaries de toutes sortes, h des camarillas 6hontdes qui al-
laient tenter de gouverner ce president de hasard que rien
pendant sa longue carrier, except ses derniers exploits devant
le Limb6 devenu le tombeau de sa vieille reputation militaire,
n'avait d6signd pour un tel r6le.
Parmi ces groupements cbaque jour plus nombreux et plus
remuants, un surtout parut, d&s la premiere heure, mieux
organism que les autres et plus propre I r6ussir dans ses
louches combinaisons.
Compos6 d'hommes aux robustes app6tits que le pouvoir
d6chu avait tenus trop loin de l'assiette au beurre et don't la
fringale s'ktait encore aviv6e au spectacle de l'orgie 4norme
du gouvernement Provisoire, il se presentait avec un pro-
gramme rassurant en apparence, cachant le dechainement de
ses passions sous des dehors soigneusement surveilles. Arribre-
faix du Parti liberal, il se drapait des grands noms d'Edmond
Paul et de Bazelais don't il trainait un des fils dans ses rangs,
ne parlant que de patrie, d'ordre, d'4conomie. Au fond, ce






groupement revait on ne sait quelle sanglante revanche du
parti mulitre, I'6cartement d6finitif du pouvoir du parti noir
combien d6laiss6 h6las par ceux-lA memes que tout d4signait
comme les qontinuateurs de l'oeuvre du g6n4ral Salomon, et,
enfin la disparition individuelle de quelques anciens Salomo-
nistes, gardens des traditions du grand Prasident don't il avait
plus directement A se plaindre et qu'il consid6rait come un
obstacle s6rieux A la r6ussite de ses plans.
Ce programme soigneusement 6labor6, il s'agissait de trouver
un terrain d'action oh P'on put manoeuvrer A l'aise. On songea
A une commission d'enquete administrative. II n'dtait gubre
possible de trouver une combinaison meilleure. Une com-
mission d'enquete, c'6tait la faculty d'6voquer devant soi tous
ceux qui, de prbs ou de loin, avaient appartenu.aux adminis-
trations pr6cidentes, de letenir dans les mailles d'un filet
habilement jetd tous ceux don't on voulait se d6barrasser et
qu'il 6tait faciie d'accuser de tous les crimes. On composa
done entire soi cette commission d'enquete. On se distribua
les r6les. II ne restait plus qu'A faire accepter la machination
par le VIEUx," comme on appelait familibrement celui qui
tr6ne au Palais National. On prApara le d6cret de nomination
et bravement on se rendit en Corps au Palais,-On chambra
le vieillard somnolent. On lui parla du d6sordre qui r6gnait
partout, de la n6cessite absolue de nettoyer ces 6curies d'Augias
qu'avait 6t6 administration du g6n6ral Sam. Une pareille
tache devait, lui disait-on, le couvrir de gloire. L'histoire lui
tiendrait compete de ce travail d'6puration et de propret6, ---II
6couta, pe comprenant pas. Ces 4curies A nettoyer, cut
Augias don't il fallait se faire le palfrenier, tout cela lui parais-
sait peu compatible avec ses hautes functions actuelles. Son
amour-propre se cabrait et il allait les mettre sans plus de
fatons A la porte, quand le plus avis6 de la bande, sentant le
mauvais effet de" cette phraseologie mythologique, le retint
sur le terrain de la r6alit6. II lui expliqua longuement que
des sommes 6normes avaient 6t4 voles par le g6n6ral Sam, ses
ministres et la Banque, leur complice, qu'une enquete serieuse
ferait rentrer dans la caisse publique ces valeurs soustraites.
On posa des chiffres; on precisa les sommes. Un million
de dollars...... peut-&tre plus. Le centenaire approchait. On
aurait, au moins l1, 1'argent n4cessaire pour feter dignement
Dessalines et les grands aieux. Le Vieux dressa F'oreille......







de l'argent, un million Le Centenaire, diable! on serait
convaincu A moins. \u bas du d4cret il griffonne une magis-
trale signature......donna des blancs-seings qui allaient placer
la Commission au-dessus de tous les pouvoirs publics........et
la farce &tait j.ou6e *
On se mit au travail. Le premier design pour le sacrifice
fut, d'un commun accord, St6phen Lafontant.
Tous ou presque tous dans la commission avaient eu maille
a partir avec lui dans un sens ou dans l'autre. L'un avait
6t6 remerci6 par le Pr6sident Sam pendant son ministere. Un
autre, employ dans ses bureaux particuliers et chafg6 de sa
caisse avait, sans vergogne, puis6 dans les coffres du patron,
et, pris la main dans le sac, avait dG confesser par 6crit ce
moment d'6garement et Lafontant avait en poche cette lettre
compromettante. Un troisibme avait eu recours A sa com-
plaisance dans des moments de gene, promettant de rem-
bourser avant POt2, foi d'animal et POOt avait pass et les
bons souscrits demeuraient impay6s entire les mains de ce
diable d'homme. Une liquidation g6ndrale s'offrait, comment
resister A pareille tentation ? Sus donc A Lafontant -
On fouilla de fond en-comble son administration. On mit
A la torture le payeur du d6partement des finances, ses an-
ciens employs .........rien, on ne trouva rien. Un premier
rapport sur les titres bleus 6tait achev6 et remis au juge d'Ins-
truction. Lafontant n'y figurait pas, iP ne pouvait y ktre
incrimin. II1 fallait pourtant lui porter un premier coup.
Mr. le Juge d'instruction Poujol bien styl6 lui lanta un man-
dat de comparution pour fournir des renseignements sur des
faits auxquels il 6tait completement stranger. Ces renseigne-
ments seraient forc6ment incomplets. Le mandate serait con-
verti en mandate de d6p6t et Lucza qui depuis......mais alors
jouissait de l'estime de la corporation, se chargerait de La-
fontant avec la meme bonne grace que -pour l'infortun6 Vava
Rameau !
Pr&venu A temps, j'6chappai au pifge et refusal de me
rendre au guet-apens de Mr. Poujol. Le mandate d'amener
fut lanc6 et je devins un gibier offert aux plus fins limiers de
administration.
C'6tait d6jA un r6sultat appr&ciable......On attendrait main-
tenant l'occasion d'achever ce qu'on avait si bien commence
et on passa A une second victoire.







Si Lafontant avait Wtd le chef de cabinet, le confident du
general Salomon, le d6positaire de ses traditions nationals,
Maximilien Monplaisir 4tait son neveu par alliance. Candi-
dat A la prdsidence, d4sign6 par le g6n6ral Sam, c'6tait un des
chefs du Parti national, et'son audace, sa bravoure extreme
faisaient de lui un adversaife redoutable. II fut d6sign6 A
son tour. Maxi resista. Pendant deux jours du haut de son
balcon, la carabine au poing, il d6fia sans crainte d'aucune
sorte les force, envoy6es contre lui, insulta et la Commission
d'enquete et ses laches adversaires! puis, fatigue d'attendre
1'attaque qui ne venait pas, disparut et continue W
l'oeuvre de vengeance A laquelle il s'6tait voue.
On connatt le dernier acte du drame, on en connait aussi
le sanglant epilogue. Stephen Lafontant demeurait toujours
ihtrouvable, on prit son frbre, et Cl6ment Latontant, le 16
Janvier 1904, tombait devant les murs du cimetiere, et la
Commission d'enquete c6l6bra bruyamment cette nouvelle
victoire.
Grace A la protection du ministry d'Allemagne, Mr. de
Zimmerer, A qui je suis heureux de pouvoir adresser ici l'ex-
pression renouvel6e de ma gratitude, j'ai pu m'embarquer
pour l'Etranger, 4chappant ainsi A la fureur de ces bourreaux.
Aprbs l'assassinat, aprbs l'exil, on pourrait croire la com-
mission d'enquete lasse et satisfaite C'efit kt6 mal connaitre
les grands cceurs don't elle est compose. II fallait aller
jusqu'au bout. L'opinion publique 6tonn6e de tarit d'acharne-
ment contre un homme vaincu et disarm4, attendait les
preuves promises. On touchait A la fin de l'enqukte et l'on
n'avait rien trouv6. On redoubla d'ardeur et I'on mit enfin la
main sur l'affaire S6neque Pierre.
A la suite d'une entente avec le gouvernement, Mr. S4neque
Pierre avait fait abandon a l'Etat d'un chiffre de 23,000 dol-
lars en bons a 6chdance fixe. Partie de ces bons, soit $8,ooo
environ, se trouvaient consolid6s A 6 o/o au nom de Mr. La-
fontant. Donec Lafontant, Ministre, s'etait appropri6 ces pa-
piers. Le vol 6tait manifeste.......on tenait enfin Lafontant.
Si la commission avait procidd dans son enquete avec les
conditions d'dquitd et de justice voulues, quelques explications
lui auraient vite dUmontr6 1'inanit6 de cette accusation. Elle
n'aurait pas tard6 a comprendre qu'un Ministre qui soustrait
A son profit des papers de l'Etat, a tout int6ret A les faire







disparaitre en se les payant et en les renvoyant rejoindre,
dans la fosse aux millions, tous les paiements sur regus qui
attendent la r6gularisation finale; qu'il y avait danger a gar-
der en portefeuille ces bons voles pour les presenter apres A
une consolidation gendrale. Il ne resterait plus qu'h expliquer
comment- ces bons se trouvaient 8tre la propri6t6 de Mr La-
fontant. Cette explication, je l'offre au public et A mes amis
'oucieux de v6rit6 et de lumiere.
II existe chez nous, sous tous les gouvernements, et il exis-
tera tant que nos mceurs publiques et administrative n'au-
ront pas et6 entibrement modifies une serie de d6penses,
terreurs des ministres en exercise, depenses. pour lesquelles
jamais n'a figure aucune provision budg6taire et qui se rdgu-
larisent, tant bien que mal, meme par des virements ou
d'autres expedients tres peu reguliers. Si 1'on me press de
preciser la nature de ces dipenses, d'en expliquer le m6ca-
nisme, j'aurai recours, pour me faire mieux comprendre, a'
l'anecdote suivante :
Qui ne se souvient d'une des dernieres visits, que fit au
President Sam, le tout-puissant d6l6gue du Nord, le general
Nord Alev's ? Le vieux general avait, pendant des mois, fait
la sourde oreille aux appeals rep6t6s du Pxrsident. II boudait,
disait-on,-brusquement, il announce son arrivee prochaine.
On fit "A la Presidence de grands prdparatifs pour le recevoir
dignement. Le Ministre Leconte qui lui donnait l'hospita-
fit6 alla a sa rencontre au quai dans une des voitures de la
Prrsidence et l'amena au Palais oh l'attendait le Chef de
1'Etat. On le vit passer dans les rues de la Capitale, les
yeux protdg6s par d'enormes lunettes bleues, le corps courb6
en deux, si caduc et si frele qu'on se demandait s'il arriverait
\ ivant a destination.
Ceux qui l'avaient vu au Cap-Haitien, quelques jours au-
paravant, s'6tonnaient de cette soudaine d6g6ndrescence et se
doutaient un peu de cette comkdie que jouait l'octogenaire
subitement passe centenaire. La reception fut chaude et
cordial. Le President Sam decida qu'une fete militaire lui
serait offerte. Une revue de la garnison tut annoncie pour le
dimanche suivant. Assis dans un bon fauteuil devant la grille
de la villa du Ministre Leconte, le dleIgu6 vit d6filer devant
lui cette armee que le President n'&tait pas fichM de lui mon-
trer. Le lendemain de cette manifestation militaire, le Mi-





nistre des finances re9ut la visit inopinde du D61lgu6 et fut
mandd au Palais.
Mon cher Secrdtaire d'Etat, lui dit le Prisident, le gendral
Nord Alexis part demain. Faites en sorte qu'il s'en aille
avec un cheque de......(le chiffre 4tait assez rond) sur la suc-
cursale de la Banque au Cap.
Le Ministre des finances (c'dtait moi) se gratta la tete, geste
familiar a tous ceux qui se sentent embarrasses ; mais Pr6si-
dent, nous sommes A sec. Qa c'est votre affaire, reprit le
Chef, d'humeur peu agr6able d'autant plus que, en sa quality
de vieux soldat, it s'entendait beaucoup dans l'art de soigner
la paix publique et le Ministre n'avait pas l'air de le com-
prendre.
Celui-ci insist :...... Le G6n6ral Nord a-t-il quelque piece
impaybe appointments ou ordonnances qui me permettront
"de r6gulariser cette sortie de fonds ?
' Non-et en aurait-il que je vous invite a les refuser. Ce
serait d6naturer, du coup, 1'acte que je fais. Comprenez
" donc que c'est un cadeau, un don......que diable! la paix
" publique, la bonne entente entire tous, vaut bien ce 16ger
"sacrifice." Le ministry se retira mediocrement convainpu et
fort erinuye. Inutile de dire que le lendemain fillustre Vieil-
lard, le grand Honnite homme repartait, avec, dans ses ba-
gages, le cheque, le prdcieux cheque, et, la paix publique
6tait assuree pour quelque temps.
C'est A une d6pense du meme genre que furent employes
les effects abandonnds par S6neque Pierre. Autoris6 a battre
mofinaie de ces bons, je cherchai h les n4gocier. Ils ne va-
laient pas grand, chose, subissant la meme ddpr4ciation que
les autres effects du gouvernement, feuilles d'appointements,
ordonnances, etc., etc., peut 6tre 25 o/o. Je les offris a la
maison G. Keitel & Co. Monsieur A. Jaegerhuber, le chef
de la maison, malgr6 son amabilitd habituelle, me refusa net
de les prendre. S" Que voulez-vous que j'en fasse, me disait-
" il ? Des bons a ichdance fixe ? mais vous n'aurez jamais
"de disponibilit6s pour les payer. Cependant comme je
"vous vois tres embarrass, je vous offre de mettre h votre
"disposition les sommes don't vous avez besoin. Vous me
"laisserez ces bons en garantie et vous les reprendrez quand
"vous me remb9urserez mon argent. Mais il est bien enten-
"du que je ne fais IA aucune affaire avec le Gouvernement et







" que c'est plutot k Mr. S. Lafontant qu'au Ministre des
" finances, que j'avance ces sommes." J'acceptai. II y avait
urgence. Mr. Jaegerhuber avait raison. Les bons ne furent
pas pays. Je quittai le Ministere sans meme pouvoir les
retire de la maison Keitel. Mr. Jaegerhuber, suivant les
conditions passes entire nous, ddbita mon compete personnel
des sommes qu'il m'avait avanc6es et garda A mes ordres les sus-
dits bons ; puis les pr6senta A la consolidation quand le mo-
ment fut venu de les faire r6gulariser: Et voilA comment je
devins propri6taire, sans le vouloir de ces effects, qui en bonne
logique auraient do ktre d6truits, mais qui, eux aussi, avaient
servi, suivant la formule, assurer la paix publique !
Je crois devoir m'arrkter ici. Ces explications suffiront, je
pense, aux yeux des gens de bonne foi pour me disculper des
stupides accusations lances contre moi. Pour les autres,
leur siege est fait. Je ne les convaincrai pas. Par moments,
je me demand si, 6prouvant le besoin de me faire d61livrer un
brevet de probity et de r6gularit6 administrative, j'aurais pu
m'adresser it des juges meilleurs pour moi que ceux qui si6-
gent dans la Commission d'enqukte. Je me demand si,
plus que le rapport dela Chambre des Comptes, plus que le
vote du Corps LUgislatif me donnant decharge de ma gestion
minist6rielle, la m6ticuleuse et heureuse enquete qu.ils vien-
nent de faire ne parlera pas en ma faveur!
Quoi, on a pass des mois et des mois A chercher.........on
n'a rien trouv ...... ..Chaque rapport livrS au public est plein
d'insultes t mon adresse. Je suis le grand dilapidateur des
finances haitiennes J'ai r6alis6 des fortunes scandaleuses au
detriment de la caisse publique. On va jusqu'I me compare
au fastueux surintendant qui menagait de son ombre le soleil
levant de Louis XIV !
Fouquet, a-t-on dit, c'est Fouquet lui-meme Et quand. il
faut justifier tant de solennelles declarations, quand il faut
ktayer de chiffres ces monstrueuses declarations, on ne trouve
que cette miserable affaire S6neque Pierre qui se r6duit, tout
compete fait,a une soustraction, h un vol, si on le veut, de 4 A
5,ooo dollars !
Oh sont les splendours des fetes de Vaux ? O6 est done le
cortege merveilleux des poetes en delire, et des grandes et
honestes dames don't de grasses pensions et des dons somp-
t ueux entretenaient autour du maitre et la verve po6tique et









les amoureuses ardeurs ? Pauvre Fouquet haitien. I uee
piteuse figure vous faites dans ce riant tableau avec vos
pauvres bons A 6cheance fixe convertis en consolid6s 6 o/o !!
J'ai fini; oui, j'ai bien fini et je retombe dans mon ombre
et dans mon silence. J'attends avec calmne le moment oi
mon pays, r6veille du cauchemar dans lequel il se d6bat,
dglivrd des 6treintes du vieillard inconscient et sinistre sous
lequel il agonise et rile, reprendra possession de lui-meme et
nous vengera, nous les vaincus, les proscrits d'aujourd'hui, des
iniquit6s don't nous sommes abreuv4s !
N. S. LAFONTANT.
Saint Thomas, (Antilles I)anoises) 3 Noveimbr 1904.




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