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HIDE
 Title Page
 Foreword
 I. Appel au soldat
 II. Appel au citoyen














Title: Sur la route de la seconde independance en compagnie du soldat et du citoyen haitiens
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 Material Information
Title: Sur la route de la seconde independance en compagnie du soldat et du citoyen haitiens
Physical Description: 78 p. : ; 20 cm.
Language: French
Creator: Vincent, Sténio, 1874-
Publisher: Impr. de l'Etat
Place of Publication: Port-au-Prince Haiti
Publication Date: 1934
 Subjects
Subject: History -- Haiti -- American occupation, 1915-1934   ( lcsh )
Armed Forces -- Haiti   ( lcsh )
Social conditions -- Haiti   ( lcsh )
Genre: federal government publication   ( marcgt )
non-fiction   ( marcgt )
 Notes
Statement of Responsibility: Sténio Vincent.
 Record Information
Bibliographic ID: UF00081277
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: aleph - 001130188
notis - AFM7430
oclc - 20424972
oclc - 23763996

Table of Contents
    Title Page
        Title Page
    Foreword
        Foreword 1
        Foreword 2
        Foreword 3
    I. Appel au soldat
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    II. Appel au citoyen
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1 STENIO VJNCENT
PRESIDENT D'HAITI




SUR LA ROUTE
DE LA

SECOND INDEPENDENCE

EN COMPAGNIE DU SOLDAT
ET DU
CITOYEN HAITIENS


PORT-AU-PRINCE, HAITI
IMPRIMERIE DE L'ETAT










AVANT-PROPOS



Toutes les fois que les circonstances l'y contraignaient, S. Ex.
Stnio Vincent, Prsident de la Rpublique, exposait au people,
avec autant de force que de nettet, les lignes principles de son
programme de Gouvernement. Peu peu, se prcisrent ainsi les
directives d'une politique de liberation national, de progrs co-
nomique et de renovation social, en mme temps que se gravis-
saient les tapes de l'oeuvre obstinment poursuivie, travers des
difficults sans nombre, et parmi, quelquefois, l'incomprhension
des uns, les critiques intresses des autres, et l'apathie dcoura-
geante du plus grand nombre.
Maintenant que nous avons atteint l'un des paliers les plus
levs de notre vie collective, il nous a paru ncessaire de runir
ces harangues suggestives qui sont comme les jalons de la magni-
fique ascension et le tmoignage vivant des efforts qui l'ont rendue
possible. Soudes les unes aux autres, et dbarrasses par ainsi
de leur caractre fragmentaire, elles illuminent mieux l'ide d'o
elles jaillirent toutes.
Avec le dpart avanc des Forces Etrangres, dpart qui fut la
pense prdominante du Chef de la Nation, un des axes essen-
tiels de notre indpendance recouvre devient l'Arme national.
L'autre axe est la conscience de nos responsabilits devant les
exigences d'une situation totalement renouvele. Aussi, la parole
du Chef se faisait-elle mouvante et prcise, convaincante et
catgorique, lorsque, tour tour, elle s'adressait au soldat et au
citoyen, pour rappeler l'un et l'autre tout en les leur d-
finissant, les devoirs nouveaux que les circonstances nouvelles
imposent nos consciences inquites.
On a cru bon de srier ces appeals, ici.






Elles attestent, ces pieces, que l'Elu du 18 Novembre 1930,
pas une minute, ne fut au-dessous de la confiance raisonne que
le people plaa dans sa probit immarcescible, dans son nergie
calcule, dans son patriotism sans publicity, dans son dvoue-
ment de toutes les heures la Chose Publique et dans sa sour-
cilleuse et profonde connaissance des vrais besoins de la Nation.
Elles attestent, ces pices, que l'Elu du 18 Novembre 1930
est le grand ouvrier d'une grande uvre et que l'Histoire, dj,
lui assigned sa place parmi ceux qui, dans le sang et le feu, fon-
drent cette Patrie qu'il vient de restaurer, tout comme ces mo-
numents historiques que son patriotism alert a sauvs d'une
ruine certain.

21 Aot 1934

MARCEAU DESINOR
Directeur de l'Imprimerie de l'Etat
Editeur



















I

APPEL AU SOLDAT





Au soldat, le Prsident de la Rpublique dit que la stability
gouvernementale s'adosse l'organisation mthodique de la force
publique. D'o les responsabilits multiples et diverse de la
Garde d'Hati, garantie de l'Avenir national, de la defense de la
socit, de la protection des masses rurales soucieuses d'ordre, de
travail et de paix. Pour tre la hauteur de ce rle, deux l-
ments sont indispensables: l'autorit du Chef, la discipline des
hommes. Ainsi, la Garde d'Hati, assurant l'ordre l'intrieur,
condition primordiale de tout progrs, l'ordre QUI DOIT
ETRE MAINTENU A TOUT PRIX, ET AU BESOIN,
IMPOS, la Garde sera aussi la gardienne supreme de la scu-
rit et de la dignit du Pays, QUI N'ENTEND PAS, UNE
NOUVELLE FOIS, TRE DEU ET HUMILI.
Au citoyen, le Prsident de la Rpublique dnombre les voices
ouvertes devant ses pas, et dsigne la seule qui soit digne d'tre
choisie. Il montre que l'avenir de la Patrie n'est pas seulement
confi aux bras, mais aussi, mais surtout, qu'il doit tre dans les
esprits et dans les ceurs. Et il confront la valeur unique de nos
grands souvenirs avec les froides et brutales ralits du present;
puis, il voque la solidarity de toutes les forces sociales devant la
belle et pnible tche de la reconstruction national.
Ces discours resteront. C'est qu'ils ne sont pas d'harmonieuses
rveries, ni de pures abstractions. Mais, taills mme les faits
ou jaillis d'actualits brlantes, ce sont des actes, des attestations
de luttes intelligemment et calmement menes, des preuves cla-
tantes de ralisations successives et patentes. Ils constituent la
parties principal du dossier de ce grand procs que l'Histoire in-
tente, tour de rle, tous ceux qui, des heures de pesantes
responsabilits et de promptes decisions, ont eu en mains les des-
tines de leur Pays, heures tellement tragiques que l'on n'ose
mme pas en vouloir ceux qui parsemrent de leurs dsespoirs
tendus le chemin que seuls les vraiment forts n'ont pas discon-
tinu de monter...
Le verdict de l'Histoire, Celui-l a le droit de l'attendre avec
une srnit parfaite qui peut, son actif, produire des pieces
comme celles qui sont la matire de ce recueil.












HAITIANISATION DU DEPARTMENT

MILITAIRE DU CENTRE

(4 Dcembre 1931)


HINCHE


LA STABILITY GOUVERNEMENTALE
REPOSE SUR
L'ORGANISATION DE LA FORCE PUBLIQUE


Messieurs les Officiers,
La presence du Prsident de la Rpublique cette crmonie
en precise le caractre et la porte.
Je me flicite, en effet, de marquer aujourd'hui le premier
rsultat partiel de cette just et ncessaire politique d'haitianisa-
tion qui va se poursuivre et se dvelopper dans une harmonie
d'intentions, d'efforts et de buts.
L'action du Gouvernement, base sur les sentiments profonds
du Pays, ne peut que rencontrer et de la manire la plus heu-
reuse,-les desseins trs nets du Prsident Hoover, qui a si admi-
rablement comprise le devoir du' people amricain vis--vis du
people hatien, et envisag, avec un si large esprit, les problmes
positifs qui confrontent la fois la liquidation des responsabilits
amricaines et l'tablissement d'un Gouvernement stable dans ce
Pays.


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Cette stability gouvernementale, qui nous proccupe un gal
degr et qui est la condition sine qua non de tous les progrs,
elle repose surtout sur l'organisation de la force publique.
Notre force publique doit tre efficace. Elle doit pouvoir main-
tenir la paix et l'ordre, assurer la scurit gnrale l'intrieur
et le respect des droits de la Rpublique. Que, aprs quinze ans
d'organisation et d'administration, on ait compris qu'on pouvait
remettre la direction d'un Dpartement militaire un personnel
exclusivement compos d'officiers hatiens, c'est l un rsultat
que le Gouvernement enregistre avec la plus grande satisfaction
et aussi avec le ferme espoir que d'autres suivront le plus rapide-
ment possible.
Le dsir du Gouvernement est que la formation des cadres,
pour notre force militaire de demain, se poursuive d'une ma-
nire encore plus adequate que par le pass, afin que les capacits
d'administration, le dvouement la tche, la competence et
l'indispensable esprit de discipline de nos officers puissent per-
mettre d'hatianiser, dans le plus proche avenir, les autres
Dpartements militaires du Pays.
En adressant mes plus vives flicitations au Chef de la Garde
pour les rsultats presents, il m'est infiniment agrable de dire
aux officers hatiens, qui ont su mriter la haute distinction don't
ils ont t l'objet de la part de leur chef, combien le Gouverne-
ment compete sur eux, sur leur nergie et sur leur loyalisme, pour
assurer, dans toute la region qui est dsormais confie leur
patriotism, l'ordre dans la rue et sur les routes, la garantie des
droits de tous et la protection du travail national.


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HAITIANISATION DU DEPARTMENT

MILITAIRE DE L'OUEST

(30 Janvier 1932)


GONAIVES


L'ORDRE, CONDITION INDISPENSABLE
DE TOUT PROGRS


Messieurs les Officiers,
Le President de la Rpublique est particulirement heureux
d'apporter aujourd'hui, l'occasion de l'hatianisation du deu-
xime des cinq Dpartements militaires d'Haiti, la sympathie et
les flicitations du Gouvernement au brilliant officer de carrire
qui income dsormais la charge de la nouvelle administration.
Dans le plus haut intrt national, en vue du maintien de
l'ordre dans ce pays, de la conservation de la paix publique et
de la garantie de l'intgrit du territoire,-conditions indispen-
sables de tout progrs,-le principal souci de mon Administration
est, non seulement de conserver l'organisation don't vous faites
parties, sa tenue, son efficience actuelle, mais encore de l'amliorer,
sans cesse, pour qu'elle continue rendre la communaut les
services pour lesquels elle a t institute, et pour qu'elle soit, de-
main. la force intelligence et sre appele garantir la stability
du Gouvernement et tre la supreme et-vigilante gardienne de
l'Indpendance national.


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III

HAITIANISATION DU DEPARTMENT

MILITAIRE DU SUD

(17 Dcembre 1932)


CAYES


LES RESPONSABILITS DE LA GARDE
ET L'AVENIR DU PAYS
LE NOUVEAU STATUT DE L'ORGANISATION


Messieurs les Officiers,
Ma joie de me trouver dans la belle et hospitalire cit des
Cayes, unie et solidaire, dans la grandiose et inoubliable rcep-
tion qu'elle a faite au Prsident de la Rpublique, je l'ai procla-
me, hier, en arrivant, devant la foule immense accourue notre
rencontre, de toute la force de mon coeur dbordant d'motion
et de reconnaissance. Celle que j'prouve ce matin s'accompagne
aussi d'un grand devoir: celui de prsider l'hatianisation du
Dpartement Militaire du Sud.
Je suis heureux d'apporter en personnel l'Officier distingu
qu'est le Major Jules Andr les flicitations du Gouvernement
de la Rpublique l'occasion de sa promotion dans la Garde o
ses brillantes qualits militaires l'ont constamment dsign
l'attention de ses Chefs hirarchiques.
C'est pour moi une fiert et un lgitime orgueil de rappeler
que, ds mon avnement aux Affaires, j'ai eu envisager la


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nationalisation de notre force publique, et la raliser en com-
menant, ds le 4 Dcembre 1930 par l'installation du Colonel
Calixte, comme Commandant du Dpartement militaire du
Centre. Une anne aprs, le 30 Janvier 1932, c'tait le tour du
Dpartement militaire que command l'heure actuelle le Colo-
nel Lafontant.
J'exprime le veu le plus fervent de voir le Major Andr con-
tinuer ici, come ailleurs, la belle activity qui marque toute sa
carrire, et ce bel example de dvouement aux populations don't
on lui confie la scurit et la. protection. Ce sont les rsultats
que vous avez dj obtenus dans les diffrents postes que vous
avez occups, M. le Major, qui vous ont fait mriter la haute
distinction don't vous tes aujourd'hui l'objet. Le Gouvernement
espre que, come les Colonels Calixte et Lafontant, vous ne
tarderez pas montrer que vous tes la hauteur de vos mul-
tiples responsabilits administrative.
Mon seul regret, en cette circonstance patriotique, est que
l'hatianisation de la Garde ne puisse pas tre complete en 1934,
come le Gouvernement l'escomptait, par suite du ralentisse-
ment du rythme qui avait t dtermin. Le Gouvernement ne
renonce pas, cependant, l'espoir qu'on pourra revenir l'arran-
gement que les circonstances ne nous ont pas permis d'excuter.
De lourdes responsabilits vont dsormais peser sur la Garde.
Elle constitute, en effet, le fondement mme de l'oeuvre de Recons-
truction et de Redressement don't l'Assemble Nationale m'a
confi la haute direction.
C'est pourquoi le Gouvernement accord une attention toute
spciale au statut donner la Garde dans notre organisation
publique, pour l'empcher de devenir, au moment o nous recom-
mencerons a nous gouverner tout seuls, ce qu'avait t, en some,
-et c'est une grande tristesse de le rappeler-notre ancienne
arme: une cause de dpenses inefficientes et un facteur de
dsordre et d'anarchie, puisque ses units de commandement
intervenaient dans l'administration, s'occupaient de politique mi-
litante et pouvaient dtourner l'lment militaire de ses fins
de conservation social, pour le mettre au service de causes par-
ticulires, en vue de la conqute du Pouvoir.


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Aussi, le Gouvernement prpare-t-il tout un corps de lgisla-
tion envisageant la retraite des Officiers et des soldats; l'ta-
blissement d'une chelle de soldes correspondent aux diffrents
degrs de la hirarchie, et suffisantes pour mettre l'officier
l'abri du besoin-condition de preservation indispensable du
pouvoir civil-et pour que l'institution elle-mme ait son fonc-
tionnement intrieur nettement spar de l'Administration. La
loi devra aussi renforcer la jurisdiction militaire pour des dlits
spciaux, notamment la forfeiture attentatoire l'ordre public,-
rendre enfin, Messieurs, vos functions si avantageuses qu'elles ne
vous laissent d'autre ambition que celle de parcourir, dans la
conscience prcise de votre rle social, tous les degrs de votre
carrire.
Le Gouvernement de la Rpublique et le pays tout enter con-
sidrent cette nouvelle tape que nous atteignons aujourd'hui,
comme la plus rapproche de la liberation definitive du territoire.
Et j'ai la certitude d'exprimer le sentiment unanime de mes con-
citoyens, en vous disant, dans cette circonstance solennelle, que
nous ne voulons, aucun prix, que les pnibles efforts de ces
derniers temps pour la reprise de notre souverainet total, soient
dpenss en pure perte et abandonns aux competitions crimi-
nelles qui, dans ce pass que je viens d'voquer, ont saccag, avec
tant de dsinvolture, le fonds du patrimoine des Pres et nous
ont valu la douloureuse ralit d'une occupation militaire tran-
gre.
Messieurs les Officiers, l'avenir de notre Pays est en grande
parties entire vos mains. Il sera ce qu'auront voulu votre esprit de
discipline, votre sens de la hirarchie et surtout le souci constant
de vos hautes responsabilits. Ce sont toutes ces qualits essen-
tielles qui front du Soldat haitien, dans sa situation particulire,
l'ennemi irrconciliable des compromissions mesquines, et, par
consquent, le dfenseur intraitable des garanties d'ordre, de
scurit et de paix qui doivent constituer dsormais les assises de
la nation hatienne renouvele.


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IV

REMISE DE DIPLOMES AUX NOUVEAUX
OFFICERS DE LA GARDE

(31 Juillet 1933)


ECOLE MILITAIRE


L'AUTORIT DES CHEFS ET LA DISCIPLINE
DES HOMES
LE ROLE ADMINISTRATIF ET SOCIAL DES OFFICERS


Messieurs les Officiers,
Monsieur le Gnral Commandant de la Garde d'Haiti a
pens que la presence du Prsident de la Rpublique la cr-
monie de ce jour ajouterait quelque chose la joyeuse fiert de
vos efforts et de vos succs, et il a bien voulu me demander de
vous adresser quelques mots l'occasion de la proclamation de
votre premier grade et de la remise solennelle de votre premier
brevet.
Certes, aucune dmarche ne pouvait m'tre plus agrable que
celle qui me vaut le plaisir d'tre parmi vous et de vous apporter
mes flicitations personnelles aussi bien que celles du Gouverne-
ment. Je crois tre, en outre, l'interprte du pays tout entier en
vous transmettant ses souhaits de bonne carrire et en vous
disant les esprances qu'il fonde, just titre, sur l'avenir de
votre promotion, qui peut tre considre comme la plus brillante
de notre jeune Ecole Militaire.


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Il y a quelques mois, j'assistais des exercices pratiques dans
vos sales de course, et, le mme jour, aux belles manoeuvres par
lesquelles vous appliquiez, en plein champ, les connaissances que
vous avez acquises dans votre section d'artillerie.
J'ai t merveill, comme tout le monde, de la sret de votre
technique dans le maniement des armes les plus compliques, et
je suis rest persuade, depuis, que notre petite arme hatienne
pouvait dsormais computer sur des cadres qu'elle n'avait jamais
eus. Vous allez donc renforcer l'organisation de la Garde par
votre capacity technique, c'est--dire spcifiquement militaire, et
la rendre de plus en plus propre aux services qui constituent
sa function essentielle, sa function de force publique, savoir:
maintenir l'ordre l'intrieur et assurer, l'occasion, la defense
national.
Vous n'oublierez pas que c'est l'autorit des chefs, tous les
degrs de la hirarchie, et la discipline des hommes qui condi-
tionnent ces rsultats indispensables.
Que sera donc cette autorit et d'o viendra cette discipline?
Votre autorit ne sera pas seulement l'autorit que vous donnera
votre grade. Elle doit tre aussi une autorit personnelle, celle
qui mane de vous-mme et qui est faite d'une synthse de qua-
lits individuelles: intelligence, competence, experience, ordre,
quit, prestige moral, initiative, etc. Cette autorit facility sin-
gulirement l'obissance aussi bien que le commandement, et
dpasse, en rendements utiles, la simple autorit du grade ou de
l'emploi.
Il n'y a pas d'arme sans discipline, c'est entendu. Mais il
est certain aussi que tant vaut le chef, tant vaut la discipline.
Par ailleurs, votre activity ne se bornera pas des occupations
exclusivement militaires. Il y a un rle administratif et social qui
vous attend, et qu'un officer de l'arme, dans notre pays surtout
o il y a tant faire, ne doit pas perdre de vue. L'occasion vous
sera donne d'avoir non seulement protger le travail, mais en-
core stimuler mme notre production agricole par un exercise
intelligent de vos pouvoirs de police dans les campagnes.
Lorsque l'on vous demandera, par example, de designer quel-
qu'un pour tre officer de police dans une section rurale, vous


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ne vous arrterez pas aux recommendations ordinaires de ceux
qui dsirent seulement une place pour un camarade ou un com-
pre. Vous vous rendrez personnellement dans la section, vous
ferez une enqute sur place, vous chercherez savoir quel est,
parmi les habitants, celui qui est considr comme le meilleur
travailleur, celui qui jouit de plus de credit au milieu de sa com-
munaut, celui qui frquente le moins les gadjres et autres
jeux, o se rfugie habituellement l'oisivet, mre des vices-
celui qui est, en un mot, le plus respect, parce que le plus honnte
et le plus actif. Un tel homme qui dispose dj, chez lui, d'une
certain autorit social, s'il est appel tre le chef de la section,
ne peut qu'assurer l'essor de sa petite region, par l'ordre et le
travail, et la strict application des excellentes dispositions de
notre Code rural.
Cette procedure, gnralise et mise en ouvre, avec la coo-
pration de l'agent agricole, partout o vous aurez exercer
votre autorit militaire, ne peut que contribuer au dveloppement
conomique du pays.
Et surtout, jeunes officers, prservez-vous, comme de la peste,
de la politique et des politicians.
Ce serait un grand malheur pour ce pays si votre admirable
organisation ne se dfendait pas de toutes ses forces contre la
terrible et mortelle ventualit....
C'est pourquoi, plus nous allons vers la liberation, plus la
patrie semble tre en danger. On n'cartera vritablement ce
danger que si toutes les jeunes forces nouvelles, jaillies, comme
vous, de l'ordre et de la paix organise, s'associent pour letter
d'un mme cour et d'une activity jamais lasse, et pour triom-
pher des vieilles puissances de revolution et d'anarchie,-que si
vos gnrations, formes l'cole et l'esprit de la vie moderne,
se dressent devant les orgueils aveugles et routiniers et devant
ces cadavres de systmes don't on voudrait encombrer la route,
leur significant qu'on ne passe plus et que leur est interdit dsor-
mais l'accs des chantiers o vous allez reconstruire la Patrie....


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BANQUET OFFERT PAR LA GARDE
A SON EXCELLENCE

LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

(30 Dcembre 1933)


LA NOUVELLE POSITION DE LA GARDE
DANS SES RAPPORTS AVEC LE GOUVERNEMENT


Officers et soldats,
Je me rjouis beaucoup de me trouver aujourd'hui en votre
compagnie. Et je veux profiter de ce contact affectueux entire le
President de la Rpubliqie, chef constitutionnel de l'arme, et
les officers et soldats de tous rangs et de tous grades, runis ici
pour prendre part ce mess special, pour dire quelques paroles
trs simples, d'ailleurs, mais aussi trs srieuses, qui me parais-
sent ncessaires dans les circonstances actuelles.
Au course de l'anne qui va bientt s'ouvrir, l'Occupation mili-
taire amricaine dans ce pays va prendre fin, et la Garde, rede-
venue la seule force publique, aura seule aussi, dsormais, la
charge du maintien de la paix pour assurer l'ordre et la stability
gouvernementale, conditions indispensables de notre dveloppe-
ment conomique, de notre progrs matriel et moral et, en
definitive, de tout l'avenir de dignit et de prosprit que nous
rvons pour la Nation.
Il faut donc que, ds maintenant, la Garde, et notamment les
officers suprieurs qui la commandent, soient bien pntrs des


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responsabilits qu'ils vont bientt confronter, et qu'ils aient le
sens le plus prcis des devoirs formidable et dlicats qu'ils
auront dsormais remplir pour garantir la nouvelle Indpen-
dance national, acquise au prix de tant d'efforts, contre toutes
les ventures et tous les prils, et surtout, contre un retour pos-
sible de ce dsastreux esprit rvolutionnaire du Pass, qui, il
y a dix huit ans, a amen l'intervention d'un Gouvernement
tranger dans les affaires intrieures de ce pays.
A ce sujet, voici quelques directives et quelques rflexions qui
doivent tout particulirement retenir votre attention et guider
votre conduite.
Et d'abord, il imported, au plus haut point, que le contact soit
permanent entire les Chefs de la Garde et le Prsident de la Rpu-
blique, plac, par la Constitution, la direction et au comman-
dement supreme des forces armes de la Rpublique. Jusqu'ici,
et c'est un effet, je dirais presque natural, de ce rgime mixte
exceptionnel que nous avait valu le Trait de 1915, la Garde
paraissait quelque peu distant du Gouvernement, malgr la d-
frence de ses hauts grads et leur sincre dsir d'une collabora-
tion utile. C'est que la Garde ne dpendait pas exclusivement
du Gouvernement et qu'elle tait oblige, par la nature mme des
choses, de se retourner quelquefois vers une autorit militaire
trangre qui contrebalanait, en dpit de la discretion et de la
measure qu'elle apportait dans ses rapports, l'autorit du pouvoir
local. Sous ce rapport, la Garde hatianise doit se mouvoir sur
un autre plan. Elle recevra directement ses ordres gnraux
du Chef du Gouvernement, et c'est ce dernier qui aura contrler
et sanctionner les decisions d'urgence qu'elle sera amene
prendre dans certain cas spciaux o l'initiative peut lui revenir.
Tout cela se ramne, en some, la discipline,- la discipline
des chefs qui doit tre constamment un example vivant pour la
discipline des soldats.
Cette discipline, nous entendons qu'elle soit rigoureuse et que,
pour tre efficace, pour qu'elle donne son plein rendement d'uti-
lit gnrale, elle soit la base de toutes vos dmarches comme
de toute la vie de votre organisation.


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Accepte ou impose, elle doit tre une rgle claire, simple et
saine, appele rgir aussi bien le Corps dans son ensemble que
chacun de vous en particulier.
Dans une organisation comme la vtre, c'est la fiert d'obir
qui lgitime le droit de commander.
Vous obirez donc quelque grade que vous apparteniez, G-
nral ou simple soldat.
Et c'est l'exemple que vous donnerez tous de votre rgle et de
votre discipline qui conduira ce malheureux pays vers cette dis-
cipline social qui lui manque un si haut degr, don't l'absence
a t peut-tre la cause de tous ses malheurs, en faisant de notre
socit, au lieu d'une collectivit cohrente, bien ramasse, et
sachant o elle veut aller, une masse d'individus pars, mietts,
discordants, et au fond, encore sans but et sans idal communs.
De telle sorte que tout le problme de l'avenir de la Nation,
le problme dominant au moment o va s'ouvrir une nouvelle
priode de notre Histoire, se pose, d'abord et avant tout, sur un
terrain d'ordre et de scurit.
C'est par l'ordre bien assur et la scurit bien garantie, que
le travail sera protg, que nos resources seront mises en valeur,
que ce people hatien, si bon et si digne d'un mieux-tre, sera
arrach son abjection actuelle de misre et d'ignorance.
C'est sur les paules d'une Garde forte, organise, et rigou-
reusement discipline, c'est sur vos paules, Messieurs, que tout
cela va dsormais reposer.
Le Gouvernement actuel ne va pas vers les masses avec des
idologies, des theories desschantes ou des rves de l'esprit, mais
il leur apporte-et il leur apportera toujours,-des ralits con-
crtes qui leur assurent, et leur assureront dans l'avenir, une
tranquillit laborieuse, et dans le calme indispensable les fruits de
leur travail et plus d'aisance dans leurs foyers.
La force qui pourra aider dispenser au people hatien ce
bonheur qu'il mrite est une force ncessaire.
Que la Garde d'Haiti soit cette force et qu'elle comprenne que
les nouvelles destines de ce pays sont lies la solidit de son
organisation.


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C'est dans ces sentiments que je lve mon verre Monsieur
le Gnral Vogel et tous ses dvous auxiliaires qui vous don-
nent chaque jour un si bel example de tenue, de discipline, d'ordre
et de correction personnelle dans l'accomplissement de leurs
devoirs militaires, et que je forme les voux les plus ardents pour
que les chefs hatiens de demain s'inspirent constamment de ce
haut example dans l'exercice du commandement qui leur sera
bientt confi.


- 16-













REMISE DE DIPLOMES AUX CADETS

DE L'ECOLE MILITAIRE

(14 Juillet 1934)


LE DEVOIR DE PROTECTION DES MASSES RURALES
POUR LA SCURIT DE LEUR TRAVAIL



Messieurs les Officiers,
La crmonie de ce jour emprunte aux circonstances actuelles
une importance particulire.
En rpondant encore une fois l'appel de Monsieur le G-
nral Commandant de la Garde d'Haiti pour vous apporter la
rcompense de vos efforts et la conscration de votre mrite, je
ne peux m'empcher de penser au grand vnement qui vient
de s'accomplir et qui fait de notre force publique, aujourd'hui
rajeunie, instruite et organise, la premiere garante de la Nou-
velle Indpendance Nationale.
L'indpendance de ce pays est dsormais presque tout entire
entire vos mains. C'est votre action, d'abord, qu'il appartient
de la fconder pour la consolider et pour raliser les esprances
de la patrie.
Il s'agit de conserver l'hritage et d'en augmenter sans cesse
la valeur. Rappelez-vous toujours que le vrai moyen-l'unique
moyen pour y arriver-c'est la paix, cette indispensable paix qui
s'impose nous plus que jamais et don't vous devez tre les plus
enthousiastes artisans. C'est autour de cet axe essential que vos


- 17-






jeunes activits vont bientt turner, et c'est dans vos coeurs
pleins de processes et d'Amour que je vous demand de trouver
le ciment special fait de toute la force et de toute l'angoisse de
votre idal pour construire l'difice qui attend vos cerveaux et
vos bras, et par quoi notre destin sera la fois clair et fortifi.
Le problme n'est peut-tre pas si complex qu'il en a l'air.
Dans les divers milieux o vous serez appels exercer vos
devoirs militaires, avec la haute comprehension de la force que
vous personnifiez, vous trouverez heureusement, dans l'ensemble,
un pays absolument sain dans ses lments les plus vitaux. Les
masses rurales, qui forment, en effet, les neuf diximes de notre
population, n'aspirent qu' l'ordre et la paix pour la scurit
de leur travail et de leur mieux-tre. Votre tche, qui consistera
surtout les aider et les protger, sera ainsi plus aise et plus
efficace.
Quant aux ternels tenants de l'ignoble industries politicienne,
si, ce qu' Dieu ne plaise, ils tentaient de dpasser les limits
permises pour se livrer leurs instincts de revolution ou d'anar-
chie, l'inbranlable volont du Gouvernement et la rigoureuse
discipline de votre organisation y mettraient bon ordre avec tout
l'esprit de decision et d'exemplarit qu'exigeraient les circons-
tances.
L'enjeu est formidable. Il s'agit de l'avenir national, il s'agit
de nous maintenir dans les voies utiles qui doivent l'assurer
dfinitivement.
Charge de la supreme responsabilit de l'Ordre public pour
des fins si leves, la Nation hatienne peut computer que je ne
faillirai pas ce devoir sacr....


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VII

CEREMONIES D'INSTALLATION
DU
COLONEL CALIXTE
COME
COMMANDANT DE LA GARDE D'HAITI

(1er. Aot 1934)


LE PAYS N'ENTEND PAS ETRE UNE NOUVELLE FOIS
DEU ET HUMILI.
L'ORDRE DOIT TRE MAINTENU ET,
AU BESOIN, IMPOS


Monsieur le Commandant,
En exprimant une dernire fois M. le Gnral Vogel nos plus
sincres remerciements pour l'oeuvre qu'il a accomplie dans la
Garde d'Haiti et en lui souhaitant de tout cour tout le succs
qu'il mrite dans la poursuite de sa noble carrire, je suis heu-
reux de vous apporter mes flicitations personnelles aussi bien
que celles du Gouvernement au moment o vous venez d'tre
invest du commandement de nos troupes.
Je veux simplement ajouter un mot: c'est la confiance pleine
et entire que nous avons- et que le pays tout entier partage
avec nous que vous saurez, avec l'aide effective et la collabora-
tion loyale des officers qui vous entourent, non seulement main-
tenir l'organisation sur le pied splendid o elle se trouve ac-
tuellement, mais la fortifier, la consolider, la perfectionner de


- 19-






plus en plus, pour qu'elle soit constamment la hauteur des
tches que des circonstances spciales imposent notre force
publique organise.
Pour le moment, ces tches diverse peuvent se rsumer en une
seule, essentielle, inluctable, vitale: celle de fconder la libra-
tion national enfin venue... Dans l'affirmation actuelle de tous
les espoirs, ce sont les garanties d'ordre, de paix et de travail que
vous incarnez qui en constituent les principaux lments.
Le pays, qui n'entend pas tre une nouvelle fois du et hu-
mili, et qui allie le sens de son intrt sa foi dans l'avenir,
vous a comme intgrs l'oeuvre de reconstruction national
qu'il attend. De chacun des hommes qui font parties de votre
organisation, il a fait un ouvrier permanent de cette oeuvre n-
cessaire. C'est qu'il a saisi d'instinct que le problme que nous
confrontons d'abord et avant tout, l'heure o nous reprenons
notre rang dans la communaut international, est un problme
d'ordre.
C'est sur l'ordre que reposent dsormais les assises de notre
avenir, parce que, dans la crise pouvantable que traverse le
monde, la faillite des dfenseurs de l'ordre nous conduirait fata-
lement la plus honteuse et la plus mortelle des anarchies.
Vous maintiendrez donc l'ordre, parce que, d'abord, c'est votre
devoir de le maintenir, et qu'il ne saurait venir la pense de
personnel qu'aucun officer hatien, dans les circonstances ac-
tuelles, puisse se drober un tel devoir; parce qu'ensuite,
c'est par l'ordre maintenu, et impos au besoin, que nous pour-
rons assurer l'organisation definitive de notre production et d-
velopper nos resources matrielles de faon nous permettre
de crer les forces morales et sociales qui nous manquent; et
parce qu'enfin vous vous souviendrez toujours que c'est l'esprit
d'indiscipline, de trahison et d'inconscience de l'ancienne arme
- ouverte, d'ailleurs, priodiquement tous les aventuriers de la
politique qui nous a valu, en definitive, tous nos dboires et
toutes nos misres et qui a failli compromettre notre existence
national elle-mme.


-20-






Pour atteindre les grands buts nationaux auxquels je viens de
faire allusion, le Gouvernement et la Garde ont donc parties lie
normalement et par la force des choses: l'un pour la decision et
l'autre pour l'action.
C'est cette exacte et just comprehension de nos devoirs rci-
proques et de nos rapports ncessaires qui rpond aux veux les
plus fervents de la nation et qui sera dsormais la rgle de nos
efforts et de notre collaboration.


-21-

















CI

APPEL AU CITOYEN










VIII

PROCLAMATION DU ler JANVIER 1931



L'AVENIR DE LA PATRIE DOIT ETRE
DANS LES ESPRITS


Concitoyens,
L'Anne 1930 qui vient de finir n'est certes pas aussi glorieuse
que notre immortel 1804.
Dans le recul des temps, elle ne brillera pas du mme clat.
'Mais deux dates -le 14 Octobre et le 18 Novembre 1930,-
auront t le dmenti brutal, inflig par tout un people fier d'un
grand pass, aux calomnies de ses dtracteurs. Ces deux dates
ont une signification et un but. Elles doivent avoir des rsultats.
Mis l'preuve, nous avons en effet victorieusement rpondu
la sommation des vnements, et nous gardons le ferme espoir
que l'homme d'Etat illustre qui prside aux destines du grand
people des Etats-Unis, fidle ses solennelles dclarations, con-
tinuera d'tudier avec nous, dans le plus large esprit de droit et
de justice, les modalits proposes par notre Gouvernement pour
la liberation de ce pays.
Pour assurer l'avenir de notre Patrie, il faut que cet avenir soit
d'abord dans les esprits.
Les problmes dlicats qui sont actuellement poss devant le
Gouvernement de la Rpublique ne peuvent se rsoudre que dans
l'ordre et dans la paix.
Le Gouvernement du 18 Novembre la plus vidente mana-
tion de la volont populaire que ce pays ait jamais connue;-
poursuivra la tche patriotique qui lui a t confie par les libres


-25-






suffrages de l'Assemble Nationale, avec toute la srnit et
toute la fermet que rclament les circonstances, sr que vouf
voulez aussi la paix qui permettra de l'accomplir et qui garantira
le succs des entreprises de progrs conomique et de justice so-
ciale, qu'il se propose d'inaugurer au course de la prsente anne
Quant nous, nous ne voulons tre jug que par nos actes.
Nous voulons qu'ils viennent justifier les esprances places ei
nous, et qu'eux seuls fassent aimer notre Gouvernement et parent
en notre faveur, lorsque, plus tard, au terme de notre mandate
nous aurons retrouv le calme de la vie prive.
































26-









IX

APPEL
AU PRESIDENT HOOVER POUR UNE RAPIDE
CESSATION DES EFFECTS DE LA CONVENTION
DE 1915 ET DE L'OCCUPATION MILITAIRE



Port-au-Prince, le 4 Juillet 1931.

Son Excellence Herbert Hoover
President des Etats-Unis

Washington.

Il m'est particulirement agrable d'exprimer Votre Excel-
lence mes souhaits les plus sincres et les plus cordiaux l'oc-
casion de la date glorieuse de l'Indpendance des Etats-Unis.
A cette occasion, je crois devoir adresser un supreme appel
pour une execution plus vigoureuse des recommendations approu-
ves par Votre Excellence, en vue d'une rapide cessation des
effects de la Convention et de l'occupation militaire.
Une telle measure apaiserait l'opinion hatienne fort agite et
sauvegarderait les excellentes relations existant entire les deux
peuples.
Stnio VINCENT
President d'Haiti


-27-











HAITIANISATION DES
SERVICES CIVIL
(ler. Octobre 1932)


DIRECTION GENERAL DES TRAVAUX PUBLICS


...Rien de ce qui est noble, tile et organis ne saurait tre au
dessus de nos efforts et de notre patriotisme...



Messieurs,

Si l'accord du 5 Aot dernier a recueilli l'adhsion presqu'una-
nime des populations de ce pays, il faut avouer qu'il n'a pas
moins fait natre, dans certain bons esprits, d'assez vives inqui-
tudes. On s'est en effet demand, ds que fut sign cet instrument
diplomatique, si nous n'avions pas prjug de nos capacits, et
si nous pourrions maintenir dans la voie de la discipline et du
progrs, les important services qui allaient tre rendus une
administration strictement haitienne.
.Ces inquitudes qui parent, je le crois, du moins, d'un patrio-
tisnre de bon aloi, le Gouvernement que j'ai l'honneur de prsider,
ne les a point ressenties. Lorsqu'il engageait et poursuivait les
ngociations qui ont about l'heureuse situation qui s'inaugure
officiellement aujourd'hui, il n'a pas seulement eu en vue la pers-
pective d'un succs diplomatique, ni le dsir unique d'tre fidle
la promesse de liberation que, par mon organe, il faisait le 18


- 28-






Novembre de l'anne dernire. D'ailleurs, ce succs qu'on est en
droit de considrer comme un premier pas dcisif vers la rint-
gration du Pays dans sa souverainet entire, n'est pas d aux
seuls efforts fermes et mthodiques de ceux qui incumbent les
prilleuses responsabilits du Pouvoir. Nous le devons, en grande
parties, tout le Peuple Hatien. Car, sans l'encourageante et
bienfaisante confiance qu'il nous a manifeste des moments o
il et t presqu'impossible de s'en passer, rien de ce qui a t fait
n'aurait pu tre ralis.
Nous avons compris, en rclamant nos droits lgitimes et la
libre administration d'un Pays acquis au prix de retentissantes
victoires et de sacrifices hroques, que ce n'tait vraiment pas
la peine de languir dans une tutelle inpose d'ailleurs, lorsque
nous avons parmi nous des hommes de competence et de morality
qui les tuteurs eux-mmes avaient la loyaut de rendre hom-
mage. Nul, en effet, ne peut contester qu'elle est de tout premier
ordre, cette pliade d'ingnieurs, d'architectes, de technicians de
toutes categories, et tous hatiens qui forme, partir d'au-
jourd'hui la Direction Gnrale Hatienne des Travaux Publics.
L'opinion que le Gouvernement a de vous, opinion qui l'a
soutenu et encourage, au course des discussions qui prcdrent
la signature du Protocole du 5 Aot, -vous avez maintenant
pour devoir, Messieurs, et c'est l qu'entrent en jeu votre
esprit de discipline et le souci de vos responsabilits, de l'im-
poser nos dtracteurs professionnels, ceux don't la mission
semble tre, en ce bas monde, de collectionner des preuves de
notre inaptitude au self-government. La sympathie gnrale qui
a accueilli la nomination de ceux qui sont dsormais confies
les destines de la Direction Gnrale des Travaux Publics per-
met tous les espoirs. Quant moi, je reste convaincu que cette
oeuvre ne priclitera pas en des mains haitiennes, qu'elles s'y
fortifiera et s'y dveloppera de plus en plus, et que c'est enfin
par des progrs incessants qu'elle contribuera montrer ceux
qui s'obstinent douter de nous que rien de ce qui est noble,
utile et organis, ne saurait tre au-dessus de nos efforts et de
notre patriotism.
Certes, c'est dans des circonstances particulirement difficiles


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que vous allez assumer la direction de nos Services des Travaux
Publics. Des compressions budgtaires presque dramatiques
vous acculeront parfois de plus dsesprantes compressions
d'activit. Vous veillerez garder tout votre sang-froid devant
la crise angoissante que le pays traverse. Notre situation n'est
pas sans issue. On en sortira. Il y aura toujours des gens, sans
doute, pour accuser mchamment votre peu de rendement au
course de cette premiere anne terrible de votre administration.
Qu'importe! C'est encore une nouvelle preuve, c'est presque un
nouveau combat que le destin nous livre. Vous tiendrez le coup.
Vous banderez toutes vos nergies de reaction et vous ferez
bravement la manoeuvre qui assure le succs.


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SERVICE NATIONAL D'HYGIENE
ET
D'ASSISTANCE PUBLIQUE


INSTALLATION DU DIRECTEUR HAITIEN
(1er. Octobre 1931)


... Le Gouvernement affirme sa foi dans la science et la
discipline hatiennes.

Messieurs,
Le ler Octobre prendra rang certainement parmi les anniver-
saires heureux de notre Pays; mais il marquera aussi une date
o nous aurons prouv plus que jamais, le sentiment des impor-
tantes responsabilits qui sont les ntres dsormais. A dessein,
et en vue de trouver des raisons la perptuation d'un tat de
choses qui n'a pas sa raison d'tre, on a trop souvent fait entendre
des oreilles trop bnvolement accueillantes que le sens du com-
mandement et celui, tout aussi indispensable dans une administra-
tion, de la discipline, faisaient dfaut notre temperament, pour
que les mdecins hatiens qui dirigent seuls maintenant le Ser-
vice National d'Hygine, l'Hpital Gnral, l'Ecole Nationale de
Mdecine, ne se fassent pas une just ide de la multiplicit et de
la dlicatesse des devoirs qui s'ajoutent, ds ce matin, leurs de-
voirs professionnels. Il ne s'agit plus seulement, pour eux, d'tre
des hommes de l'art, studieux et consciencieux, susceptibles,
chaque fois que s'en prsente l'occasion, de risquer leur vie, pour


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sauver une vie peut-tre moins prcieuse. Il faudra aussi qu'ils
se rappellent, toutes les minutes, qu'ils ont, d'accord avec les
ingnieurs de la Direction Gnrale des Travaux Publics et les
Directeurs du Service National de la Production agricole et de
l'Enseignement Professionnel, une mission tout aussi belle que
leur profession, et tout aussi prilleuse: celle de montrer que le
Gouvernement de la Rpublique ne se mprenait pas lorsqu'il
affirmait sa foi dans la science et la discipline hatiennes.
Le Service National d'Hygine Publique, l'Ecole Nationale de
Mdecine, l'Hpital Gnral jouissent d'une excellent rputa-
tion, acquise au prix d'efforts incessants, d'une discipline in-
flexible et de l'ducation scientifique d'un personnel don't la tenue
a satisfait les plus difficiles. Lorsque, en un geste symbolique,
l'honorable Dr. Gendreau tendait au jeune et sympathique sa-
vant qu'est le Dr. Lon Mose, les clefs de l'Hpital, je suis
presque certain que l'motion qu'il a d ressentir lui est venue,
moins de la crainte de voir s'effriter une oeuvre au dveloppement
de laquelle ses prdcesseurs et lui s'taient gnreusement con-
sacrs que de la certitude qu'elle ne peut que s'amliorer aux
mains d'anciens collaborateurs qui ont une notion si haute de la
grandeur de leur mission.
Cette conviction, c'est sans effort que le Gouvernement la par-
tage. Trop de mdecins comptents, trop d'infirmires habiles,
trop d'employs disciplines, se dvouent chaque jour ici, avec
trop de constance, pour que ce soit en vain.
L'avenir de votre organisation dpend donc, dsormais, de
votre exactitude au travail, de votre sens de la hirarchie et du
souci de vos responsabilits.


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XII

SERVICE NATIONAL DE LA PRODUCTION AGRICOLE
ET DE L'ENSEIGNEMENT RURAL


INSTALLATION DU HAUT PERSONNEL HAITIEN
(1er. Octobre 1931)


...Notre nation est une nation paysanne. Les activits de la
bourgeoisie comme celles des lites intellectuelles sont
en raison directed de la richesse produite par
les travaux des champs...



Messieurs,
Je veux dire trs simplement et trs brivement ma.satisfac-
tion d'assister la crmonie de ce jour. Un des efforts du Gou-
vernement de la Rpublique s'achve aprs des luttes trs dures
et aprs avoir affront tous les obstacles. L'Etranger nous rend
un des services les plus important de notre rouage administratif,
que prennent en mains des citoyens hatiens. On ne saurait
exagrer la complexity et la dlicatesse de la tche dsormais
confie nos nergies. Notre nation est une nation paysanne. La
grande masse de ses fils, c'est la terre qu'elle demand, avec
des possibilits de vivre, la fiert des fronts qui ne se courbent
que sur les sillons nourriciers. Et les activits de la bourgeoisie,
comme celles des lites intellectuelles, sont en raison directed de la
richesse produite par les travaux des champs.


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Ce paysan, tous les gouvernements, l'envi, se sont rencontrs,
pour magnifier son labeur et lui promettre un sort meilleur. Mais
les ralisations ne suivirent gure les promesses sincres. Peut-
tre, dcoule-t-elle d'une ide fconde, l'institution d'un tablis-
sement scientifique d'extension agricole et d'enseignement rural.
Mais, entire l'organisation et les milieux sur lesquels elle devait
agir, il n'y eut pas cette concordance de moyens et de buts, sans
laquelle rien ne peut s'panouir en rsultats pratiques.
Une grande euvre est l, devant nous, qui sollicite nos efforts
et nos soins. J'ai la conviction qu'un jour pas trop lointain -
nous pourrons l'admirer avec une lgitime fiert, puisque c'est
au patriotism et la science que le confie le Gouvernement de
la Rpublique.
Je suis convaincu que votre volont d'action utile et le sens
prcis des ncessits et des possibilits de notre dveloppement
conomique assureront dans l'avenir- et un avenir prochain -
les consequences heureuses qu'attendent les espoirs de notre
jeune dmocratie.


-34 -









XIII

HAITIANISATION DU SERVICE
DES CONTRIBUTIONS
(ler. Octobre 1933)


Le patriotism, lorsqu'il est avis, consiste moins se heurter aux
....circonstances, presque toujours plus fortes que les hommes,
qu' tenter de cheminer parmi elles, tout en faisant
rendre chaque jour le maximum de satisfactions
lgitimes qu'il comporte

Messieurs,
Il y a de cela un peu plus de deux ans, le 1er. Octobre 1931
exactement, je prsidais une crmonie analogue. En execution
de l'Accord du 5 Aot de la mme anne, aboutissement logique
de nos premires ngociations, je prenais possession, officielle-
ment, de trois de nos services et y installais les Hatiens qui
allait incomber l'honneur de les diriger, dsormais.
Ma joie de ce matin-l, je la retrouve aujourd'hui identique,
mais renouvele et fortifie. C'est que cette runion fixe un autre
succs de la politique de liberation progressive que j'ai choisie,
et qui, sans heurt, come sans inutiles effusions romantiques,
nous conduit, d'un pas gal, mais dcid, l'Intgrale Sou-
verainet.
Et nous voici l'un des derniers paliers. Nous le gravissons
sans essoufflement, et gure fatigu d'ailleurs. Nous allons donc
continue monter. Cette ascension mthodique, facilite par l'hu-
maine et intelligence politique de bon vouloir du Prsident
Roosevelt, et la loyaut de Monsieur Norman Armour qui la
reprsente si dignement parmi nous, atteindra son point de per-
--35-






section, en continuant suivre le rythme que nous lui avons
dlibrment et, je crois, assez habilement imprime, en juger
par les vnements de ces derniers jours.
Pas une minute la vie national n'a t l'aventure et encore
moins suspendue. C'est que nous avions compris, nous, et tout
de suite, qu'il n'tait pas indispensable, qu'il n'tait pas sage de
brouiller les cartes, et que le patriotism, lorsqu'il est avis,
consiste moins se heurter aux circonstances, presque toujours
plus fortes que les hommes, qu' tenter de cheminer parmi elles,
tout en faisant rendre chaque jour le maximum de satisfactions
lgitimes qu'il comporte. C'est cette politique de bon sens et
de mthode, politique que justifient des rsultats successifs et
fconds que nous devons ce nouvel Accord du 7 Aot 1933 don't
l'excution nous rend, aujourd'hui, les services des Contributions
et des Douanes, et en Octobre prochain la Garde d'Haiti et le
retrait de l'Occupation Amricaine.
Pour diriger cette Administration, dfinitivement haitianise,
et l'une des plus lourdes qui soient, vous m'avez t, Monsieur
le Directeur, trs chaudement recommand. Mais ce n'est que
par vos qualits et votre seul tat de service. Vous tes un admi-
nistrateur discipline, intelligent et scrupuleux. Et, contrairement
ce que l'on pourrait croire, c'est votre modestie elle-mme qui
conditionne votre autorit vidente. Vous marquerez votre
passage la tte de cette Administration, comme vous l'avez
lumineusement marqu la D. G. T. P. o les multiples regrets
que vous laissez ne se supportent si allgrement que parce qu'ils
alternent avec les espoirs d'un retour probable.
J'ai foi en vous, en votre jeunesse, en vos lumires, en votre
probit. J'ai la conviction que si, quelque jour, un de ces chroni-
queurs exotiques en mal de calomnie retentissante, s'oubliait
parler de notre inaptitude commander, j'ai la conviction que
votre nom, simplement jet dans le dbat, prendra, mme ses
yeux, le caractre d'un dmenti catgorique et la puissance d'un
argument sans rplique.
A ce que j'attends de vous, et avec moi, tous vos anciens
camarades, et le Pays tout entier, vous jugerez de l'tendue, de
la varit et de la dlicatesse de vos nouvelles obligations.


-36-









XIV


LE 125me ANNIVERSAIRE DE LA
MORT DE DESSALINES
(17 Octobre 1931)


DESSALINES LE GRAND EST UN BLOC

Il reste le Chef...
...Il nous command d'difier notre Histoire avec des mat-
riaux plus srs pour la sauvegarde mme de cette Ind-
pendance qu'il nous a donne et que nos erreurs
et nos fautes ont failli compromettre.


Messieurs,
Il y a cent vingt-cinq ans, sous des balles hatiennes, un homme
tombait,victime de cette horrible convulsion politique de 1806 qui
a ouvert, hlas! dans ce pays, l're jamais maudite de ces agi-
tations perptuelles et de ces tueries rptes qui font de presque
chaque page de notre histoire un tableau de Misre, de Ruine et
de Sang.
Et quel homme !...
C'tait celui-l mme qui venait de crer la Patrie hatienne,
celui qui, de l'Abjection o croupissaient depuis trois sicles les
Anctres martyrs, les avait levs l'Humanit par le Fer et par
le Feu.
Cet home est unique.
La Haine l'a presque difi, et la Vengeance l'a grand. Haine
faite d'Amour, Vengeance faite de Justice ncessaire.


- 37-






*
* *


Mais l'Histoire est venue.
L'Histoire est chose humaine.
Du moment que Dessalines y tait entr, la function critique
de l'historien devait s'exercer sur ce Hros.
Son Oeuvre a t apprcie et juge.
L'Action immense a engendr deux coles historiques.
La premiere fait le dpart entire Dessalines et Jacques ler.
La second confond le Hros et l'Empereur.
La premiere est plus scientifique.
La second est d'ordre sentimental.
Mais il faut prendre parti.
Il n'y a pas moyen de rester habilement camp sur une frontire
calcule.
Toutes les ides dessaliniennes sont revenues, dans le people.
un sentiment universal.
Et le Peuple admire sans reserve.
Il a fait de l'Homme un Symbole.
Symbole de Foi et d'Esprance, symbol des gloires du Pass.
symbol de la Grande Oeuvre destructrice du Rgime escla-
vagiste.
Il est bon qu'il en soit ainsi et que ce Sentiment utile l'emporte
quelquefois sur la grave Raison historique, mticuleuse et froide.

*

Dessalines le Grand est un bloc.
La clart de l'aube nouvelle qui se lve l'claire d'une incom-
parable et saisissante lumire, tandis qu'elle rapproche, en des
perspectives difiantes, l'une des plus formidable ventures des
annales du Monde.
Elle nous montre mieux peut-tre qu'avant, cause d'une
sensibility publique avive par les plus douloureuses preuves
nationals comment la volont implacable de l'Homme dressa
les masses hroques pour les suprmes victoires de la Justice


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et tout ce qu'a pu accomplir sa vaste nergie tumultueuse pour
que jaillit, comme un miracle, la cohsion des phalanges parses
et que se ralist le grand effort spontan des disciplines nces-
saires en vue du triomphe final des forces inattendues d'un idal
nouveau de libert humaine.
Debout aujourd'hui autour de ces grands souvenirs, le people
hatien confront les gloires et les dfaillances de son pass, et les
devoirs dlicats que lui impose la charge d'un demain meilleur.
Il n'y a pas hsiter au carrefour tragique o nous sommes.
La route suivre dsormais et qui s'ouvre trs large devant
nous est celle qui conduit aux ralisations vitales, quoique
souvent obscures, de la paix par le dveloppement incessant de
toutes nos activits intellectuelles, conomiques et sociales, et
qui nous oblige du mme coup nous carter pour jamais des
dplorables sentiers que nous avons battus pendant plus d'un
sicle.
C'est l'Empereur lui-mme qui nous y convie, puisque c'est son
Oeuvre qu'il s'agit de sauver. C'est lui qui nous demand, c'est
lui qui nous commande-car il reste le Chef et veille sur les
destines de son people d'difier notre histoire avec des mat-
riaux plus srs, pour la sauvegarde mme de cette Indpendance
qu'il nous a donne et que nos erreurs et nos fautes ont failli
-compromettre.
C'est dans ce pacifique esprit de progrs et de civilisation que
la Patrie hatienne reconnaissante apporte aujourd'hui des fleurs
son immortel Fondateur.


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XV


PROCLAMATION DU ler JANVIER 1932



LA POLITIQUE QUI CONVIENT.- LES DEUX VOIES


Concitoyens,
Le pass d'hrosme et de gloire que nous sommes fiers,
just titre, de commmorer annuellement, cette date du ler
Janvier, ne conservera dsormais sa haute signification que si
nous y puisons des motifs d'initiative, d'nergie et d'endurance
pour les indispensables ralisations de la paix.
Seules, ces longues et patients ralisations garantiront dans
l'avenir la souverainet du people hatien restaure.
L'Oeuvre commune de la liberation de ce pays ne se conoit
pas sans une preoccupation parallle de progrs conomique et
social.
L'heure est venue d'quiper dfinitivement la Nation pour un
grand effort de production organise.
C'est donc vers l'avenir que vont aujourd'hui toutes nos pen-
ses.
La situation national examine, avec clairvoyance et probit,
ouvre nos populations averties deux voies nettement traces.
L'une, celle de la dmagogie, de l'ambition incontrle, de la
palabre thtrale et vaine, de l'outrage et de la calomnie, des
agitations ruineuses, de l'exploitation politicienne de la misre
publique et de l'ignorance des masses, de toutes les exagrations
et de toutes les surenchres qui, en nous divisant, nous affai-
blissent et compromettent les efforts qui se font pour dgager
compltement le Pays de l'emprise trangre;


-40-






L'autre, celle de la discipline, de l'ordre, de la paix constructive,
de la stability politique, de l'ducation, d'une conomie moderne
et dirige, de la scurit l'intrieur, du respect des autres na-
tions, de la liquidation mthodique et rapide du Trait de 1915,
de notre Indpendance fortifie et mise enfin l'abri des aven-
tures.
J'ai choisi la second.
C'est celle qui mne au succs certain de nos plus chres re-
vendications.
Et c'est aussi la voie du travail et de la prosprit.
J'ai la conviction profonde que je serai compris et suivi par
l'immense majority du people.
Vive L'Indpendance Nationale.


- 41 --










XVI


PROCLAMATION DU 16 SEPTEMBRE 1932


Concitoyens,
Le 5 Aot de l'anne dernire, le Gouvernement, fidle la
seule mthode pratique et sre qu'il avait adopte pour dgager
notre pays de l'emprise trangre, conclut avec le Gouvernement
des Etats-Unis d'Amrique l'accord qui fit passer aux mains de
l'Administration hatienne les trois important Services des Tra-
vaux Publics, de l'Hygine et du Service technique de l'Agri-
culture. Poursuivant ses ngociations pour la liquidation dfi-
nitive du Trait de 1915, il aborda courageusement les problmes
plus difficiles et plus pres de l'Haitianisation de la Garde, de la
dsoccupation militaire et surtout du contrle financier am-
ricain.
De ces ngociations il est sorti le Trait du 3 Septembre 1932
don't le principle mme a t rejet par l'Assemble Nationale.
Les nouveaux rsultats de nos pourparlers avec l'honorable
reprsentant du Gouvernement amricain consistaient:
1 dans l'Haitianisation complete de la Garde au 31 Dcembre
1934, avec une Mission militaire qui devait en surveiller le fonc-
tionnement pendant un certain temps, la preparation htive des
cadres en vue du replacement rapide des Officiers amricains
pouvant faire craindre, au dbut, une certain faiblesse dans ce
Corps. Le nombre des membres de la Mission et la dure de son
mandate devaient tre fixs dans le rglement d'organisation
intervenir. Il tait entendu, ds maintenant, que cette Mission
militaire serait compose de cinq neuf membres, -neuf pour
le cas o nous voudrions avoir un service d'aviation, et que la
dure de son mandate ne dpasserait pas deux ou trois annes,
partir de l'hatianisation;


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2 dans le retrait du territoire hatien, cette mme date du
31 Dcembre 1934, de la Brigade de Marines des Etats-Unis et
de la Mission Scientifique Amricaine tablie par l'Accord du 5
Aot 1931;
3 dans l'amnagement des attributions de contrle d'un repr-
sentant fiscal, conformment au Protocole de 1919, la Note qu
ler Juin 1922 prcisant et spcifiant les dispositions du dit Pro-
tocole, et au Contrat d'emprunt de 1922, contrle qui cesserait de
plein droit au cas de rachat par anticipation de cet emprunt ga-
ranti par le Gouvernement des Etats-Unis, ce qui montre, une fois
de plus, que tout le problme de la liberation national ne con-
siste plus aujourd'hui que dans le paiement de ce que nous devons.
Le nouveau Trait comportait, en outre, avec le Service des
Contributions hatianis, la libre disposition de notre Budget, en
dehors des dpenses affrentes au Service de la Dette publique
et l'Administration du Reprsentant Fiscal.
C'tait donc la fin de l'Occupation ds le 31 Dcembre 1934.
C'tait aussi, en fait d'activit amricaine officielle s'exerant
encore en Haiti, la seule Agence fiscal organise par le proto-
cole B du Trait avec, certainement, des attributions excessive,
Smais cantonne quand mme dans sa zone spciale et s'attendant,
chaque jour, en tre pacifiquement dloge, -soit que, avant
la date fixe pour la mise en euvre du nouvel organisme, une
operation du credit vint nous permettre de racheter les obligations
de l'emprunt;soit que les volonts de sacrifice de la nation elle-
mme, concertes et tendues vers le but commun, ralisassent le
magnifique effort du paiement librateur.
En ce qui concern le contrle financier la parties du Trait
qui a, sans contest, soulev les principles critiques il est utile
de rappeler que le Gouvernement n'a pas eu examiner ou
discuter de nouvelles propositions faites par le Gouvernement
amricain ce sujet. Il s'agissait simplement, dans l'opinion irr-
ductible de ce dernier, de dterminer les dtails d'application du
contrle des recettes et des allocations des revenues qui servent de
gage l'Emprunt, tel que ce contrle, avec toute la force que les
Amricains attachent ce mot, avait t dj prvu par article


-43 -






8 du Protocole de 1919, l'article 9 du Contrat de 1922, et les
autres actes y relatifs qui ont t invoqus dans lespce.
Toute la discussion a donc t conditionne par ces circons-
tances antrieures de fait ou de droit, et tous les efforts que nous
avons tents pour essayer d'attnuer les modalits de ce contrle
se sont heurts l'unique preoccupation de l'autre parties de ga-
rantir par les moyens qu'elle estimait les seuls srs et au mo-
ment o elle convenait avec nous de liquider dfinitivement le
Trait de 1915 le service rgulier des intrts et de l'amortis-
sement de l'Emprunt.
A plusieurs reprises, et comme nous insistions chaque fois, au
fur et measure que nous avancions dans la discussion, pour les
attnuations qui nous paraissaient convenables, on nous fit en-
tendre, et de la manire la plus catgorique, que le Gouvernement
amricain, tant donn sa responsabilit morale vis--vis des
porteurs jusqu'au complete amortissement ou jusqu'au rachat
ventuel de l'emprunt, ne consentirait jamais un contrle moins
strict que celui qu'il demandait et qui avait t dj convenu en
1919 et en 1922, et que c'tait notamment en function de cette
responsabilit spciale qu'il croyait devoir insisted, son tour,
pour une Garde forte et discipline, capable d'assurer la stability
gouvernementale et un rgime d'ordre et de paix indispensable au
dveloppement conomique du pays.
Fallait-il rompre les ngociations parce que les vues du Gou-
vernement sur le contrle financier ne pouvaient pas prvaloir?
Ou ne valait-il pas mieux profiter des dispositions actuelles du
Gouvernement amricain pour tablir, une fois pour toutes, la
situation du pays vis--vis de ce Gouvernement, en lui pargnant
ainsi le risque des changements d'hommes, d'ides et de politique
qui peuvent se produire aux Etats-Unis, d'ici 1936?...
Les rsultats important que nous avions pu nous assurer sur
tous les autres points dbattus et le caractre conditionnel du con-
trle financier qui devait, en effet, cesser automatiquement la
ralisation de l'opration de rachat prvue et que nous pour-
suivons, d'ailleurs, trs activement depuis quelques mois-nous
avaient dtermin ne pas interrompre les ngociations en vue
de la conclusion d'un Trait destin dfinir, ds maintenant,


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nos positions respective, et nous permettre dsormais, toutes
nos difficults essentielles tant rgles de ce ct, de marcher,
d'un pas plus sr, vers la solution des problmes conomiques
si angoissants qui sont poss devant le Gouvernement.
C'est quoi le Gouvernement avait cru devoir s'arrter, dans
sa perplexit au regard des decisions qui se proposaient son
experience et sa responsabilit.
Concitoyens,
L'Assemble Nationale du 18 Novembre 1930, dans un geste
rflchi et gnralement apprci, me fit le redoutable honneur de
m'lever la premiere Magistrature de l'Etat, un tournant
prilleux de la vie national. Et, m'inspirant du sens profound de
ce geste d'apaisement, je rsolus et jurai sur le champ d'y con-
former ma conduite.
Si ce sens d'apaisement et de moderation chappa alors
quelques uns, il ne tarda pas tre totalement mconnu par quel-
ques autres, dans un moment o, plus que jamais, le sentiment
des ralits tangibles devait s'imposer tous, l'intrt suprieur
de la Patrie commandant la discipline et une indfectible con-
corde.
Constitutionnellement invest de la confiance du people et char-
g d'orienter ses destines nouvelles, j'ai rempli patriotiquement
mon devoir, et je continuerai de le remplir jusqu'au bout, avec
mon habituel et constant souci du bien gnral.
S'agissant de liquider le Trait de 1915, intervenu entire les
Etats-Unis d'Amrique et notre Rpublique, j'ai demand leur
loyal concours ceux de nos concitoyens que leur dvouement
la chose publique dsignait comme tant capable de mener
bonne fin cette entreprise de restauration national, en conciliant,
dans toute la measure du possible, les intrts divergents et les
prtentions contradictoires des Hautes parties en cause.
Des ngociations prolonges, particulirement laborieuses, en-
treprises ds le dbut de mon Administration et tendant faire
cesser au plus tt la situation spciale cre par le rgime ins-
titu et organis par le Trait de 1915, aussi bien que par les ac-
cords et contracts subsquents, avaient donc about un Trait
de liquidation mthodique et definitive, finalement conclu et


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sign de bonne foi le 3 Septembre courant et soumis la ratifi-
cation de l'Assemble Nationale, runie cet effet le 7 du mme
mois.
Le Pouvoir excutif avait pris ainsi ses responsabilits.
L'Assemble Nationale du 15 Septembre 1932, en rejetant ce
Trait, dans le libre exercise de ses prrogatives constitution-
nelles, a pris aussi les siennes.
Quoi qu'il advienne dsormais, le people haitien, aujourd'hui
officiellement averti, jugera.
Donn au Palais National, Port-au-Prince, le 16 Septembre
1932, an 129e de l'Indpendance.

Stnio VINCENT


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XVII

PROCLAMATION DU ler JANVIER 1933



LA VRAIE VALEUR DE NOS GRANDS SOUVENIRS
ET LES REALITIES DU PRESENT


Concitoyens,
Tous les ans, pareille date, nous voquons un magnifique
pass de gloire et nous nous enorgueillissons de la grande Aven-
ture L'Unique qui fit surgir une Patrie nouvelle et inatten-
due. et la dressa, hroque et frmissante, dans l'Histoire des
Nations.
Rien de plus lgitime et de plus just.
Mais la vraie valeur de cet immortel souvenir don't nous avons
fait bon droit une tradition respectable et solennelle ne peut
plus se dgager de la srie des vnements gigantesques que
nous commmorons chaque anne, que comme une force mo-
rale suprieure propre nous soutenir dans une catgorie d'ef-
forts et d'actions d'un ordre compltement different.
La grande histoire de nos origins n'a qu'une relation loin-
taine, et purement idale, avec l'histoire original que nous vi-
vons.
Elle ne peut servir, par consquent, aucun usage politique
ou conomique contemporain.
Quelles que soient la sduction et la noblesse des images que
nous offrent les situations, les gestes et les personnages que con-
crtise 1804. la passion de l'avenir de notre pays doit tre la plus
forte.


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Nous avons, en effet, gagner d'autres batailles -et de plus
rudes que celles o triomphrent jadis les anctres martyrs.
Pour nous librer de nous-mmes et des contingencies funestes
qui nous environment; pour ne pas nous exposer d'illusoires li-
brations nationals, il faut une continuity d'nergies rflchies
et de volonts permanentes, unies et associes dans les labeurs
quotidiens de la paix, et qui galent, au moins, en courage tenace
et en vertus sans clat, les explosions et les rues d'hrosme
militaire d'o sortirent les ncessaires victoires du pass!
Le fait conomique et le fait scientifique et quelquefois le
fait politique ont engendr une conception, entirement renou-
vele, des rapports internationaux.
Que de problmes inconnus, compliqus, urgents, tragiques
mme, depuis 1804! Et que de facteurs entirement nouveaux
doivent intervenir dans leur solution!...
Un petit pays comme le ntre ne peut aujourd'hui computer que
sur son organisation, sa discipline, sa capacity productive pour
vivre d'une vie indpendante et respecte.
Equiper notre milieu conomique, produire, augmenter et di-
versifier la production, assurer l'change de nos products, tells
sont les activits constructive qui rclament immdiatement
l'effort des citoyens.
Seules, elles nous dlivreront enfin du parasitisme politician,
du fonctionnarisme agressif, de nos priodiques agitations d'im-
puissance, de ces verbalismes desschants, mystificateurs et sub-
versifs, qui ont constamment paralys l'lan natural du people
vers la conqute de son bien-tre et obstru la voie des ralisa-
tions utiles.
Et vous vous souviendrez, en ce jour solennel, que les fonda-
tions de notre nouvelle Indpendance, pour qu'elles soient solides
et pour qu'elles rsistent tous les assauts des ennemis du pays
et de la race, ne doivent avoir pour matriaux qu'une vie national
ordonne, paisible, faite de dignit acquise par le travail et par
l'aisance de plus en plus gnralise.


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XVIII


LA VISIT DU PRESIDENT DE LA
REPUBLIQUE A PORT-DE-PAIX
(20 Octobre 1933)

RECEPTION DU CHEF DE L'ETAT A L'HOTEL
DE LA PREFECTURE

Nous vivons une poque d'empirisme gnralis o la solution
des problmes les plus graves et les plus vitaux pour
un pays, tient des facteurs et des moyens qui
passent et qu'on ne retrouve plus si on ne les
utilise pas aussitt qu'ils se prsentent.

C'est par l'autorit don't ils disposent que les chefs des Nations
modernes peuvent se saisir rapidement de ces facteurs
et de ces moyens et s'en servir pour la gran-
deur et le bien-tre des peuples.

Mesdames,
Monsieur le Prfet,
Messieurs, et chers concitoyens.
La cit historique de Port-de-Paix, la gracieuse Capitale du
Dpartement du Nord-Ouest, n'aura pas attend trop longtemps,
et en vain, la visit du Prsident de la Rpublique.
C'est avec joie que je rponds aujourd'hui cette longue at-
tente, et c'est de tout coeur que je remercie le people tout entier
de cette intressante region, de l'accueil si enthousiaste et si
spontan qu'il a fait au Chef de la Nation.
J'adresse galement mon merci le plus cordial M. le Prfet
qui vient d'exprimer, avec un accent qui m'a profondment tou-


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ch, les sentiments de loyalisme et de dvouement de toutes les
populations laborieuses qu'il administre, et aussi vous tous qui
avez tenu, en venant ici en foule, ce matin, m'apporter le plus
clatant tmoignage de votre sympathie et de votre attachment
ma personnel.
Les ovations qui m'ont accueilli hier, au seuil mme de votre
Dpartement, et qui se sont prolonges sur tout mon parcours,
sont pour moi un puissant rconfort dans la lutte formidable que
constitute ma besogne quotidienne dans l'intrt de la collectivit
hatienne.
Mais ce n'est pas tout de vous remercier.
Chef de la Nation, et, par consquent, son mandataire le plus
autoris, c'est un devoir pour moi, devoir que je remplis avec
le sens le plus exact de mes responsabilits d'aller le plus sou-
vent possible devant le people et de lui rendre compete de la
gestion des affaires qu'il m'a librement confie. Je tiens ce qu'il
approve directement les efforts et les ralisations de mon Gou-
vernement et ce qu'il me continue sa confiance bon escient.
Je sens que je ne peux pas me passer de cette confiance popu-
laire la plus saine, la plus dgage des passions et des haines
politiciennes pour marcher, avec toujours la mme conviction
et la mme nergie, vers les deux grands buts qui rsument d-
sormais le programme don't nous poursuivons l'excution: la sta-
bilit gouvernementale dans l'avenir et l'amlioration de la 'situa-
tion conomique de ce pays.
C'est la confiance du people confiance que, depuis trois ans,
il n'a jamais cess de me tmoigner de la manire la plus sre
et la plus touchante partout o j'ai rencontr debout pour
acclamer le Prsident de la Rpublique les masses urbaines et
les masses paysannes, unies dans une mme et admirable pense
de dfrence et de respect, oui, c'est cette confiance du people qui
se manifeste, chaque fois, dans une immense amiti collective,
qui me permettra de mpriser les hypocrisies ambiantes et les
invitables tiraillements de l'intrigue politique, pour me consacrer
corps et me aux activits gouvernementales essentielles don't
dependent son bien-tre matriel et son volution intellectuelle
et morale.


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La responsabilit de l'effort entrane la responsabilit du succs,
et le succs n'est possible que par l'autorit et la conscience du
chef.
Nous vivons une poque d'empirisme gnralis o la solution
des problmes les plus graves et les plus vitaux pour un pays,
tient des facteurs et des moyens qui passent et qu'on ne re-
trouve plus si on ne les utilise pas aussitt qu'ils se prsentent.
C'est par l'autorit don't ils disposent que les chefs des Nations
modernes peuvent se saisir rapidement de ces facteurs et de ces
moyens et s'en servir pour la grandeur et le bien-tre des peuples.
A l'heure incertaine et sombre o nous sommes, que peut entre-
prendre un chef et comment peut-il russir, si son autorit est
constamment conteste et inutilement contrarie, sous des pr-
textes qui sont absolument secondaires devant les grands besoins
du people et les satisfactions indispensables et immdiates qu'ils
rclament ?...
Or, cette responsabilit de l'effort et du succs ne pse, aux
yeux du people, que sur les paules du Chef.
C'est pourquoi, plus logique et plus just que tous les rhteurs
et tous les clercs de ce pays qui n'ont fait que faillir ou trahir
depuis 1804, le people hatien a toujours plac l'Autorit ct
de la responsabilit, ayant compris instinctivement que l'une ne
pouvait tre que la condition de l'autre.
Les vnements les plus regrettables de notre Histoire ont t
provoqus par la lutte nfaste qui s'est droule, pendant plus
d'un sicle entire cette conception populaire, pleine de sens et de
raison, de l'Autorit et de la responsabilit, et l'importation des
ideologies que les rhteurs et les clercs, dans la plus funeste in-
comprhension du milieu et de ses besoins primordiaux, ont voulu
p!aquer vainement sur l'esprit national.
Dieu nous preserve de persister dans cette carrire o nous
n'avons trouv que dboires, honte et misre...
Nous avons dit, samedi dernier, au Cap-Hatien et longuement,
dans quelles conditions a t ralise,par l'Accord du 7 Aot 1933,
la liberation national. Mais, aprs le dpart du dernier marine, le
sol hatien entirement libr, qu'allons-nous faire de notre pays?


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Allons-nous retourner aux luttes ridicules et ruineuses du pas-
s qui nous ont acculs toutes les hontes, ou bien allons-nous
suivre une autre voie, chercher autre chose et transformer notre
attitude national et politique?
La stability gouvernementale et la prosprit conomique sont
les deux pierres angulaires de notre avenir. Et, dans une large
measure, c'est d'une certain prosprit conomique que dpendra
la stability gouvernementale.
Il faut donc tout prix que notre pays devienne prospre et
que l'Etat cesse d'tre comme le seul dbouch pour les activits
de ceux qui ont quelque culture intellectuelle, si nous voulons
avoir l'assurance que la second liberation du territoire ne finira
pas par une faillite, come a fini, en 1915, la premiere liberation
si glorieusement commence, ici mme, par Maurepas, tout au d-
but de la premiere parties de la guerre de l'indpendance.
Et comment devenir prospre?
Par le travail, le travail scientifique et continue.
Dans le monde moderne, produire est une technique ardue.
Trouver des dbouchs, transporter les products, les conserver,
les vendre des prix rmunrateurs, voil des problmes tout
aussi difficiles.
Dans l'opinion du Gouvernement, le moment n'est pas venu
pour lui de prendre exclusivement sa charge l'effort ncessaire
pour transformer notre agriculture et la mettre au niveau des
centres agricoles modernes. Le budget de la Rpublique, par les
moyens insuffisants qu'il offre au Gouvernement, ne lui permet
pas encore d'aller chez le paysan dans toutes les rgions o la
culture de la figue-banane est possible, de lui labourer sa terre,
de lui assurer l'irrigation indispensable, de faire les plantations
en lments prpars et slectionns, et de ne laisser au propri-
taire que le soin de l'entretien, avec la garantie qu'au moment de
la maturity des rgimes, il lui sera pay un prix convenu par r-
gime et fix par contract, ou le prix official tabli d'aprs la cote
des marchs avec en outre, la garantie du transport des r-
gimes au port d'embarquement, de l sur le march tranger,
et enfin de la vente du rgime de figue-banane sur ce march.


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Une telle entreprise gouvernementale n'est pas encore possible
Mais puisque nous avons besoin d'un nouveau produit d'exporta-
tion, puisqu'il nous faut, au moins pour un produit, un dbouch
certain sur le march amricain don't nous prenons les 759% de
notre importation, puisque la figue-banane est en constant
demand aux Etats-Unis, c'est pour nous le moment de lancer
la figue-banane hatienne, de lui donner enfin un nom et une
marque. Voil les motifs et l'conomie du contract que le Gouver-
nement vient de signer avec M. Brignac et qui sera prochaine-
ment soumis la sanction du Corps Lgislatif.
L'Etat ne prend aucun engagement pcuniaire. Les intrts
du producteur sont sauvegards. Le succs du concessionnaire
dpend entirement du bon vouloir du producteur hatien, et le
bon vouloir du producteur dpendra exclusivement des avantages
que le concessionnaire saura lui offrir. Tout par le producteur
et rien sans lui.
Et dans le plus bref dlai, il sera possible d'tendre aux Dpar-
tements du Nord-Ouest et du Nord les avantages que le commerce
de la figue-banane aura procurs aux rgions de l'Arcahaie et de
l'Artibonite. Le seul regret du Gouvernement, c'est que cette ex-
prience n'ait pas commenc dans le Nord-Ouest don't les vail-
lantes populations ont t les premires montrer la Rpu-
blique quel profit il y avait, l'avenir, tirer de la culture de la
figue-banane. Mais,je puis vous dire que toute votre production de
figues-bananes et mon veu le plus cher est qu'elle soit massive
souhait trouvera toujours un placement sr et avantageux,
parce que nous avons pris des measures pour que des organizations
d'achat et de transport s'tablissent dans votre region, aussi s-
rieusement que dans les rgions de l'Arcahaie et de l'Artibonite.
Je vous flicite vivement d'avoir t les devanciers dans une
voie qui, je l'espre fermement, est la voie du salut, et je ne sau-
rais trop vous engager y persvrer.
Le plan que le Gouvernement a adopt pour la figue-banane
pourrait, avec quelque modification et une suffisante adaptation
aux ncessits pratiques et aux intrts acquis, s'appliquer nos
autres products d'exportation. Et, au bout de quelques annes,
nous vous trouverions tout naturellement la tte d'une exporta-


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tion compltement contrle et slectionne, ayant des dbouchs
assurs et une renomme tablie. Il ne serait plus utile de renou-
veler les contracts, l'Etat tant alors prt assumer la direction
des organizations cres, don't le fonctionnement serait devenu
tout fait normal et facile.
Nous ne devons pas nous lasser de le redire. Plus les bras se-
ront occups, plus la russite social et matrielle sera lie l'ef-
fort individual productif, plus la politique incertaine et haineuse
sera dlaisse, plus sr sera l'avenir de notre pays.
La propaganda tracassire et venimeuse cessera de harceler les
Gouvernements au travailet les chefs responsables et actifs,rev-
tus de toute l'Autorit indispensable, n'auront pas de plus grande
fiert que celle de parcourir, lorsqu'ils seront parvenus au terme
de leur mandate, la longue liste de leurs ralisations salvatrices.


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XIX


LES RAISONS DE METTRE FIN AU
CONTROL FINANCIER

APPEL DU PRESIDENT VINCENT AU
PRESIDENT ROOSEVELT

Port-au-Prince, le 16 Novembre 1933.
Palais National

A Son Excellence
Le President Francklin D. Roosevelt

Maison Blanche, Washington

Monsieur le Prsident,

Ds la signature de notre Accord du 7 Aot dernier, il m'avait
paru opportun et il me semble encore utile d'crire Votre Ex-
cellence une lettre particulire au sujet de cet vnement con-
sidrable don't l'importance ne saurait tre exagre, vu sa si-
gnification et sa porte aussi bien que l'espoir qu'il suscite et la
promesse qu'il implique et don't il est raisonnablement possible
d'attendre l'heureuse ralisation dans un proche avenir.
C'tait en mme temps l'occasion et je la saisis avec un vif
plaisir de rendre au distingu plnipotentiaire de Votre Ex-
cellence un hommage mrit: ce n'est d'ailleurs que justice due
au tact, la droiture de Monsieur Norman Armour, toutes les
qualits de l'homme qui ont si bien servi le diplomat au course des
dlicates ngociations qui aboutirent au rsultat don't il est permis
nos deux Gouvernements de se fliciter.


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Pour sa part, le Gouvernement hatien, anim, Votre Excel-
lence le sait bien, du sincre dsir d'entretenir avec le Gouverne-
ment des Etats-Unis des rapports de paix et d'amiti bass sur
l'quit, a donn la preuve la plus clatante de sa bonne volont,
de sa loyaut, de son scrupuleux respect des engagements inter-
nationaux, de sa ferme resolution de les excuter de bonne foi,
et ceux qu'il a hrits des Gouvernements prcdents et les siens
propres. Tel est le sens exact de l'Accord du 7 Aot dans ses dis-
positions financires qui, du fait qu'elles sont conformes aux sti-
pulations du protocole de 1919 et du contract d'emprunt de 1922,
n'en sont pas moins de nature, comme le sont d'ailleurs ces enga-
gements antrieurs eux-mmes, porter atteinte des attributes
essentiels de la Souverainet d'une nation amie.
Cet amoindrissement d'un membre de la grande famille pan-
amricaine, est-il, aprs tout, bien ncessaire?
C'est, d'ores et dj, la gloire de Votre Excellence d'avoir inau-
gur dans notre hmisphre la plus haute politique qui pt tre
conue et la plus clairvoyante mettre en pratique par le Chef
de la plus grande et la plus puissante Nation des Amriques:
politique tendant crer une atmosphere de solidarity et de s-
curit entire les peuples amricains, les rapprocher les uns des
autres en groupant et en conciliant leurs intrts, de manire
faire de l'ensemble des Etats amricains une sorte d'unit inter-
nationale base sur la souverainet politique des peuples et la
conscience prcise de leurs responsabilits les uns envers les
autres.
Quelle plus belle politique, en action, que cette nouvelle poli-
tique de bon vouloir? Aprs avoir contribu aplanir bien des
difficults et facility la reprise du contrle de nos princirau.i
Services Publics, en assurant la liberation complete de notre ter-
ritoire partir du ler Octobre 1934, elle justifie notre dsir de
reprendre aussi rapidement que possible notre complete souve-
rainet.
A la suite et en consequence des actes officials intervenus en
1919, et 1922. notre Accord du 7 Aot reconnat que ce qui reste
du contrle financier, que les Etats-Unis ont entendu exercer dans


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notre pays, se fonde sur la garantie des intrts et de l'amortis-
sement de l'emprunt de 1922.
La Rpublique d'Hati, malgr la crise sans prcdent qui
treint encore le monde et don't elle a terriblement souffert come
tous les autres pays, non seulement a fait rgulirement face
ses engagements, mais a mme pay d'avance plusieurs annuits.
Elle est peut-tre le seul pays agissant de la sorte, et une tell
conduite l'gard des cranciers atteste qu'ils ne pourraient avoir
de crainte srieuse sur la parfaite rgularit du service de la
dette hatienne dans l'avenir.
Les Etats-Unis tiennent de l'amendement Platt le droit d'in-
tervenir Cuba, et, malgr le dveloppement d'une situation po-
litique videmment prcaire dans cet intressant pays voisin,
nous constatons que leur avis est que la situation Cuba demeure
un problme cubain don't la solution ne doit tre apporte qu'au
moyen des seules mthodes cubaines. Cette belle et gnreuse
attitude du Gouvernement des Etats-Unis a produit la meilleure
impression sur le people hatien comme sur les autres membres
de l'Union Panamricaine, et elle est d'un profound enseignement.
Le Gouvernement hatien est rest fidle son programme de
se dgager sans aucun heurt avec les Etats-Unis du rgime ex-
ceptionnel tabli par le Trait de 1915 et les Accords subs-
quents. Il lui est bien permis d'envisager, et il l'espre, avec une
lgitime conviction, que, de son ct, le Gouvernement des Etats-
Unis, voulant donner une nouvelle preuve de son dsir de vivre
dsormais en bon voisin avec tous les Etats de l'Amrique, pour-
rait renoncer un inutile contrle financier en Haiti, dans un
geste spontan qui serait l'affirmation la plus loquente d'une-vo-
lont commune d'amiti, de meilleure comprehension, de colla-
boration et de cooperation conomique interamricaine pour le
bien tre respectif des peuples des trois Amriques.
C'est dans cet espoir rconfortant, Monsieur le Prsident, que
j'ai la satisfaction de renouveler Votre Excellence les assu-
rances de ma vive et constant amiti.

Stnio VINCENT


-57-









XX


INAUGURATION
DE LA
GALERIE DES MAIRES
A L'HOTEL DE VILLE DE PORT-AU-PRINCE
Le 18 Novembre 1933


Au course de la crmonie, le Magistrat Communal, M. Frdric
Duvigneaud, remet au Prsident de la Rpublique une Mdaille
d'or commemorative de l'Accord du 7 Aot 1933, initiative
d'un group de citoyens notables de la Capitale.

DISCOURS
DE
SON EXCELLENCE LE PRESIDENT VINCENT

Les Accords du 5 Aot 1931 et 7 Aot 1933 ne sont que des tapes
dcisives vers l'ascension finale...
L'idal c'est la Souverainet intgrale... Nous le ferons rentrer
bientt dans le cadre des ralits tangibles.

Monsieur le Magistrat.
J'aime le caractre de la crmonie de ce jour. C'est la glorifica-
tion d'une ouvre belle et des ouvriers qui la guidrent vers un
idal de perfection. Vous avez eu bien tort de vous excuser de
votre rapide historique de nos Institutions communales. Il tait
indispensable pour montrer la lente laboration d'un organisme
social travers les difficults et les luttes de toutes sortes. Leon
ncessaire. et qu'il sera toujours utile de rappeler aux impatiences.


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sincres ou calcules, de ceux qui pensent qu'il est possible de
devancer les rendez-vous qu'imposent les ralits aux esprances
ou aux illusions.
L'oeuvre est grande et solide, prcisment cause des diffi-
cults qui se dressrent devant elle. Elles l'obligrent, pour les
vaincre, se dgager, d'un coup ou peu peu, des faiblesses inh-
rentes toute organisation humaine, sortir sa force essentielle
du domaine idologique pour l'adapter au monde extrieur en
volution. C'est parce que la Commune n'est pas une pure abs-
traction, c'est parce qu'elle est une manation palpitante de la vie
de la collectivit, que sa ncessit s'impose, malgr les critiques
que suscite son fonctionnement.
L'oeuvre n'est pas indpendante de l'ouvrier. Aussi, ftes-
vous inspir, Monsieur le Magistrat, lorsque ayant grands
traits. si fermes et si justes, rappel les lignes principles de
l'Institution Communale. vous avez fix pour nos mmoires.
quelquefois si injustement oublieuses, les noms de ceux qui y
consacrrent leurs efforts, qui servirent avec intelligence et pas-
sion la Ville capital et ne ngligrent rien pour la parer de plus
de beaut et lui assurer plus de confort.
Au nom du Gouvernement de la Rpublique, je m'associe
l'hommage que vous avez rendu ces bons serviteurs de la Ville
de Port-au-Prince. Je m'incline devant les morts et je salue les
vivants. Ils ont bien mrit de la ville, proclame l'Arrt de
reconnaissance pris par votre Conseil. Nulle louange n'est plus
pure. puisqu'elle atteste qu'en face des devoirs qu'ils confron-
trent, ils donnrent de toute la puissance de leurs cerveaux et
de toute l'nergie de leur cour.

*
Monsieur le Magistrat.
Si jusqu'ici. j'ai t l'aise dans mon remerciement votre
mouvante harangue, nie voici. en ce moment, embarrass, et
peut-tre confus, puisque vous vous tes souvenu que j'eus l'hon-
neur. moi aussi, d'occuper cette function que vous remplissez
avec tant de competence et de distinction. Vous avez bien voulu
montrer l'unit de la vie de celui qui, aynat t jadis le premier ci-


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toyen de Port-au-Prince, est aujourd'hui, et par la volont libre
et librement exprime. des mandataires du Peuple, le premier
citoyen dle la Rpublique.
C'est vrai. C'est cette mme piti pour les humbles cette
sorte d'obscure communaut d'me qui pencha le Maire de 1907
vers une tentative d'lgance des quarters suburbains, -qui, ces
jours-ci, guide le Prsident de la Rpublique vers les quarters
gouttes de lumire.
Les humbles de Port-au-Prince n'oublirent pas. Et c'est d'une
manire la fois nave et touchante qu'ils apportrent au Magis-
trat d'alors le modest et sincere hommage de leur sympathie.
Ils mirent toute leur me dans une chanson qui-vous excu-
serez ma faiblesse de vous l'avouer- fut toujours bien douce
mes oreilles, et surtout mon ceur... Ils me dcernrent une
sorte de diplme-mringue qu'ils accrochrent leurs lvres
et don't ils propagrent avec entrain la mention reconnaissante.
Beaucoup d'entre vous se rappellent peut-tre le couplet sim-
pliste et pittoresque par quoi les bonnes gens m'exprimaient leur
satisfaction:
Magistrat Vincent
Nous content
La rue bal
Rigole netti...
Si ceux d'hier n'ont pas oubli, il n'y a donc pas de raison pour
que ceux d'aujourd'hui et ceux de demain ne se souviennent pas
aussi...
S'il est beau de parler aux pauvres gens de leurs droits et de
leurs revendications,- mais qui donc. grands dieux, songe
contester le caractre sacr des uns et la justesse des autres? -
il faut aussi songer aux cruauts de la vie miserable de chaque
jour, tenter de rtrcir, sinon de le combler, l'abme entire la villa
luxueuse et le taudis miserable, et s'vertuer donner la fa-
mille proltaire un humble logement o il y ait au moins de l'air
et de l'hygine. Peu peu, la cit ouvrire, avec ses maisonnettes
proprettes, et modernes, couvrira le sol hatien de nos quarters
pauvres d'un manteau blanc et vert. Le front de l'artisan des


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villes se lvera plus assur, plus confiant, et le matin, il n'offrira
pas au soleil un visage qu'a renfrogn la nuit passe sur l'im-
monde grabat... Une conception plus nette de l'agrgat que doit
tre un people se prcisera. Et, la longue, le legs rpublicain
se trouvera enrichi d'une notion de solidarity citoyenne, plus
certain et plus large.
Celle dj acquise et cristallise, malgr les forces hos-
tiles et les mauvais conseils, permet au people de bonne foi de
juger des rsultats atteints dans la lutte de chaque jour entre-
prise par le Gouvernement de la Rpublique pour radier les hy-
pothques inscrites dans le pass sur le patrimoine national.
Le dernier en date de ces rsultats, c'est l'Accord du 7 Aot de
cette anne. J'ai dj dit, ailleurs, les conditions dans lesquelles il
fut acquis, les difficults qu'il a fallu surmonter, et les bnfices
qu'il consacre, et que vainement tente de nier une certain press
contraire, mais heureusement isole. Je ne rpterai pas qu'il ne
constitua jamais l'idal pour mes aspirations de patriote. L'idal,
c'est la Souverainet intgrale et dans tous les domaines de notre
vie politique et administrative. J'ai la foi absolue que cet idal
nous le ferons rentrer bientt dans le cadre des ralits tangibles.
Il s'agit seulement deux grandes tapes tant dj franchises -
de se fortifier l'me pour la conqute de l'tape de demain.
Il s'agit de considrer l'tape du 5 Aot 1931 et celle du 7 Aot
1933, non pour y rester ou s'y reposer en mchant ses lauriers,
mais pour se rendre compete que cela n'a fait que nous rapprocher
d'un pas dcisif vers l'ascension finale.
C'est ce qu'ont bien compris, Monsieur le Magistrat, ces hon-
ntes citoyens de Port-au-Prince que je vois autour de vous, et
tous ceux de tous les points du pays qui, spontanment, se sont
associs leur geste lorsque la pense leur vint de m'offrir cette
Mdaille commemorative que vous venez de me remettre, ce qui
m'a valu une motion que je n'essaierai pas de surmonter, et qui,
jusqu' mon dernier jour, me rappellera une des joies les plus
profondes de ma vie publique. Vous, Messieurs, qui avez eu
cette delicate pense, si rconfortante, permettez-moi de vous en
exprimer ma gratitude infinie. C'est cette mme gratitude que je
vous prie aussi, Monsieur le Magistrat, de vouloir bien trans-


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mettre aux amis lointains qui vous ont demand d'tre auprs
de moi l'interprte de leurs sentiments.
Et pour attester cette communion total, dans un mme idal,
des citoyens de Port-au-Prince et de ceux des villes des autres
Dpartements de la Rpublique, affirmons, une fois encore notre
:onfiance dans leur grandeur commune: La Grandeur Port-au-
Princienne dans la grandeur Hatienne.









XXI


LA FIN DE L'EPREUVE


LA SOLIDARITY NCESSAIRE DE TOUTES LES
FORCES NATIONALS DEVANT LA TACHE
DE RECONSTRUCTION



(1er. Janvier 1934)

Concitoyens,
L'anne qui s'ouvre porte en elle la fin d'une longue et doulou-
reuse preuve.
Le territoire national sera enfin libr dans quelques mois.
Avec une nergie qui ne se dmentira pas et ne connatra pas
une second de loisirs, mon Gouvernement poursuivra jusqu'au
bout la lutte pour l'intgral affranchissement. Et j'ai la convic-
tion inbranlable-je suis heureux de le rpter aujourd'hui
solennellement qu'avant l'expiration de mon mandate, plus rien
ne survivra des vestiges de ce rgime auquel avaient about les
erreurs et les ttonnements d'un Pass jamais enseveli.
Pour la conqute, au plus tt, de ce but supreme, j'ai besoin,
comme toujours, de me sentir paul par toutes les forces natio-
nales conjugues et solidaires. C'est parce que les Pres, devant
l'Etranger, avaient fait trve de toutes les discussions inutiles et
relgu au dernier plan les vaines querelles de famille, que leur
front commun rompit le cercle de fer tendu contre leur volont de
liberation. C'est en soudant les unes aux autres leurs penses et


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leurs mes, que les fils galeront les anctres, et transmettront
ceux de demain, la Patrie, telle qu'ils l'avaient reue, c'est--dire
orgueilleuse et libre.
En ce jour o nous ranimons annuellement la flamme des
grands souvenirs et o notre motion profonde s'avive encore
de toute la ferveur de nos patriotiques esprances, je vous fais
un supreme appel.
Ne considrons dsormais que la tche ardue qui attend nos
ceurs, nos cerveaux et nos bras. Elle rclame le concours de
tous, de tous en mme temps. Tous ensemble donc! Et que
notre total union, sans rpit, ni fissure, rdite, dans la Paix et
le Travail, le miracle unique de 1804!...


64 -









XXII

AU CONGRESS ANNUEL DES
INGENIEURS HAITIENS
(16 Mars 1934)


...le people est bien persuade aujourd'hui qu'il a tout perdre
dans ces agitations et ces dsordres systmatiques, et rien
gagner. Il a rflchi depuis dix huit ans. Il sait trop
comment il a toujours t le dindon de la farce dans
le pass. Et on aura beau vouloir empoisonner
son esprit, il ne tient pas recommencer...
L'important pour lui, c'est qu'on ralise.


Messieurs,
On a beau sourire des Congrs, ils ont quand mme leur utility.
C'est dj beaucoup, mon avis, si, comme dans celui-ci, o nous
allons entendre d'intressantes communications sur les possibi-
lits de drainage et d'irrigation des diffrentes parties du pays,
ils servent nous rappeler que nous sommes un pays essentielle-
ment agricole, s'ils nous portent orienter quelquefois nos r-
flexions vers la terre et les conditions locales de l'opration cul-
turale, penser qu'il y a encore beaucoup faire, que le plus vaste
compartment de la vie conomique haitienne est l, devant nous,
presque vide, et qu'il nous income le soin de l'amnager enfin, de
l'accommoder aux formes modernes de la production organise.
Les progrs de la culture du sol et les vastes profits collectifs
ou individuals qui en rsultent habituellement sont en function
d'un outillage et d'un quipement national don't le principal l-
ment est la route.


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L'autre problme qui s'impose immdiatement l'attention, ds
qu'il est question d'agriculture chez nous, c'est le problme de
l'eau, c'est--dire l'amnagement conomique de la circulation de
l'eau dans les terres pour les besoins de la production agricole.
Toutes nos planes et tous nos plateaux attendent encore l'appli-
cation d'une politique hydraulique don't votre Congrs de cette
anne indiquera certainement les grandes lignes. Pour la protec-
tion efficace de cette forte paysannerie hatienne, pour la vie mme
de ses activits ordinaires, l'action des Pouvoirs publics est cons-
tamment sollicite de s'exercer dans le sens d'un approvisionne-
ment rgulier et scientifique en eau de toutes ces rgions don't on
va parler tout l'heure, de toutes ces rgions qui la rclament
grands cris depuis longtemps puisque, seule, elle peut mettre en
valeur d'immenses richesses latentes.
Alors, soit qu'il s'agisse de prcipiter les eaux de niveaux trs
levs pour les mettre au service de l'agriculture, soit que l'on
construise des barrages-rservoirs et que les millions de mtres
cubes d'eau qui s'y trouveront emmagasins favorisent les cul-
tures et remplissent leur rle producteur, soit que l'irrigation se
fasse par les pompages des eaux trop basses, soit qu'en sens in-
verse on entreprenne des travaux de drainage pour sauver les
terres que des excdents d'humidit enlvent la production, tout
cela ne peut se faire que par le capital, et tout cela est indispen-
sable au dveloppement de notre agriculture.
Mais voici le cultivateur hatien sur sa terre. Notons, ds main-
tenant, qu'il la possde, la terre. Elle est bien a lui. La dmocra-
tisation terrienne-il y a lieu, plus que jamais, de s'en rjouir-
s'est accomplie ici du premier coup. Et c'est pour nous un fait his-
torique capital. Depuis, le got de la terre s'est de plus en plus
rpandu. La creation et le dveloppement de la proprit pay-
sanne furent pour nous une force insouponne, condition d'une
sorte d'quilibre national qui s'est maintenu malgr vents et
temptes...
Et notre dernire loi sur le bien rural de famille, qui procde
des mmes ides de prvoyance et don't nous poursuivons active-
ment l'application, va encore consolider davantage cette grande
poutre d'tai qui traverse et maintient la charpente mme de
notre socit.
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Notre people possde la terre et la possdera de plus en plus.
C'est l un fait particulirement heureux. Mais pourquoi n'a-
t-il jamais pu la faire valoir comme il faudrait? Parce que
l'agriculture national n'a jamais eu ni mthode, ni outillage,
ni credit. Notre production agricole s'est ainsi heurte toutes
sortes de difficults inhrentes, d'abord aux conditions mmes
de l'oeuvre cultural, lorsqu'elle n'tait pas entrave, ensuite,
dans ses plus modestes efforts, par l'habituel sabotage militariste
et politician des temps prims.
Mais il ne suffit pas de possder la terre. Ses qualits et le
travail de l'homme ne peuvent pas supplier aux avances qu'elle
exige. Il faut dfricher, niveler, amender, prparer enfin mtho-
diquement le sol; il faut planter ou faire des semailles; il faut
construire des immeubles pour l'abri des hommes, des animaux
et des rcoltes; toute exploitation agricole ncessite un cheptel
qui doit y tre attach en vue d'utilisations et de services divers;
il n'y a pas enfin d'activit rurale srieuse sans l'emploi d'un ou-
tillage d'exploitation qui apparat, d'ailleurs, ds le travail de d-
Sfrichement. Et lorsqu'on a fait toutes ces dpenses et qu'on est
parvenu dfendre ses plantations contre toutes les fortunes na-
turelles auxquelles elles sont exposes, il faut encore attendre
f l'chance plus ou moins lointaine des rcoltes, il faut trouver des
dbouchs, vendre ses products et en toucher le prix. C'est alors
seulement qu'on commence rcuprer les avances faites la
terre dans les formes que nous venons de dire, et aussi sous
forme de main d'ouvre. Il y a, par consquent, un appel cons-
tant de la terre au capital pour son uvre de production. Y a-t-on
jamais rpondu dans notre pays? Non. Et alors, n'est-ce par
un fait merveilleux que, sans aide, sans mthode, sans outillage,
sans credit, l'agriculture national, puisqu'il faut l'appeler ainsi,
ait pu assurer, tant bien que mal, la vie de ce pays pendant plus
d'un sicle.
Mais le temps des miracles est pass. Le problme, comme
il fallait s'y attendre, s'est singulirement compliqu. Depuis
une quinzaine d'annes, la situation est alle de mal en pis.
Un ingnieur franais qui a pass de longues annes dans ce
pays et qui est un des plus sincres amis qu'il ait eus, Monsieur


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Henri Thomasset, crivait en 1903: Le grand facteur d'avenir
est, sans contredit, l'agriculture. Or, d'aprs les notes et les
voyages que nous avons faits dans les diverse parties de la R-.
publique, et aprs six ans d'observations, nous avons tabli
qu'Haiti avait huit cent mille carreaux de bonnes terres culti-
vables, et qu'actuellement le chiffre de la superficie cultive
n'atteignait pas plus de cinquante mille carreaux; donc, Haiti
ne cultive que le seizime de la superficie cultivable. Il y a donc
un million d'hectares qui attendent les cultures les plus varies...
Le pays est donc neuf sous le rapport de l'exploitation. De-
vons-nous esprer entreprendre le travail agricole sans mthode,
sans aides, sans capitaux? Non. Il nous faut des praticiens et du
capital tranger.
Voil qui est clair. Et cependant, lorsque M. Thomasset cri-
vait, nous n'avions pas encore atteint le fond de notre politique
d'anarchie et de brigandage. De 1910 1915, la situation s'tait
aggrave encore. C'tait la consequence force de nos stupides
et grotesques rvolutions, passes l'tat endmique.
Donc la terre est l. Les hommes sont l. La main d'uvre est
particulirement abondante. Avec les travaux de concentration
et de transport de l'eau pour l'irrigation, et la liberation des
terres par le drainage des eaux nuisibles, nous aurons apport
un commencement de solution pratique l'oeuvre de construction
de l'conomie national que nous poursuivons.
Ici, l'Etat peut intervenir et raliser, au moyen de ses resources
ordinaires ou extraordinaires, ces belles promesses pour une co-
nomie saine par une production quilibre et diversifie.
Le reste, c'est l'affaire des entreprises d'exploitation agricole.
Grandes ou petites, elles ncessiteront toujours des capitaux.
Ces capitaux ne peuvent tre que des capitaux trangers, puisque
le capital hatien n'existe pas. Au lieu de les repousser, notre de-
voir est de les attirer et de les protger. C'est ce que commnande
l'intrt national le plus vident. Les verbalismes fatigus d'une
poigne de politicians ne prvaudront pas contre ces ncessits
imprieuses.
Nous savons que le pays veut la paix, qu'il veut l'ordre, qu'il
veut le travail.


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Ce pays rel, nous l'avons vu, hier encore, dans l'arrondisse-
Sment de Saltrou, comme nous l'avons vu partout o nous avons
dirig nos pas, dans le Nord, come dans le Sud, dans l'Artibo-
* nite comme dans l'Ouest et le Nord-Ouest. Nous sommes abso-
lument convaincus qu'il ragira, avec son instinct trs sr et
quelquefois une intelligence tonnante de ses besoins, contre
toutes les entreprises d'anarchie anti-nationale que quelques
tourments de la Capitale ont imagines dj pour contrarier
l'oeuvre de liberation politique et conomique si nergiquement
poursuivie par le Gouvernement.
Nous sommes srs qu'il affirmera, avec clat, sa volont d'apai-
sement et de mieux-tre contre les ternels exploiteurs de sa mi-
sre et de son ignorance, et qu'il se sauvera lui-mme, cette fois,
en montrant son vrai visage l'Etranger, son vrai visage paci-
fique et laborieux qui ne souffrira plus le masque hideux de sdi-
tion et de rvolte sous lequel les professionnels de l'agitation r-
volutionnaire voudraient toujours le reprsenter.
Car le people est bien persuade aujourd'hui qu'il a tout
Sperdre dans ces agitations et ces dsordres systmatiques, et rien
gagner. Il a rflchi depuis dix huit ans. Il sait trop comment
il a toujours t le dindon de la farce dans le pass. Et on aura
S beau vouloir empoisonner son esprit, il ne tient pas recom-
mencer...
L'important pour lui, c'est qu'on ralise.
Nous continuerons donc raliser avec le concours de votre
dvouement et de votre technique.


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XXIII

PROCLAMATION DU 20 MAI 1934

VERS LA FIN DU CONTROL DE NOS FINANCES
PAR LE
GOUVERNEMENT DES ETATS-UNIS
D'AMERIQUE

Concitoyens,
Au course des ngociations qui ont eu lieu Washington, entire
l'honorable Prsident Roosevelt et moi, et qui se sont droules
dans une rconfortante atmosphere de cordialit et de confiance,
il a t dcid de mettre enfin un terme au contrle de nos finances
par le Gouvernement des Etats-Unis d'Amrique. C'est pour
atteindre cette haute fin national qu'appelaient de leurs veux
tous les vrais patriots, commencer par les honorables Membres
des deux Chambres, que mon Gouvernement, en parfait accord
avec celui des Etats-Unis, a envisag et ralis le rachat de la
Banque Nationale de la Rpublique d'Haiti, seul moyen sr, dans
les circonstances prsentes, de nous dgager dfinitivement et
sans dlai des liens politiques de l'Emprunt de 1922.
Ce contract sign le 12 Mai de cette anne vient d'tre dpos
sur les bureaux de la Chambre des Dputs et du Snat de la
Rpublique. Ce qu'il apporte, c'est la liberation total de notre
Pays. Nous voil donc au seuil de la dernire tape franchir.
Le Gouvernement n'entend la franchir qu'avec l'approbation en-
tire et raisonne de tout le people de ce pays, et l'harmonieuse
collaboration de ses mandataires constitutionnels. C'est pour-
quoi le project d'acquisition de la Banque Nationale de la Rpu-
blique d'Haiti par l'Etat, comportant un aspect technique assez
marqu, mon Gouvernement s'est mis et se tient encore la
disposition de tous les Corps de l'Etat, de la Presse, de chaque
citoyen en particulier, pour les renseigner sur le mcanisme, le


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6' fonctionnement, la mise en vigueur de la nouvelle organisation
de la Banque. Ce qu'il imported de retenir ds maintenant ce su-
S jet, c'est que cette organisation, tant donn la position respective
des deux Gouvernements dans la question, devait revtir un ca-
ractre special jusqu'au remboursement ou au rachat de l'Em-
prunt de 1922. Par la garantie qu'elle offre aux porteurs des
Titres de cet Emprunt, elle satisfait le point de vue intangible
du Gouvernement amricain, de mme qu'en nous permettant de
reprendre la libre administration de nos affaires financires, elle
ralise vos desiderata et donne pleine satisfaction au point de vue
du Gouvernement hatien.
De plus, la Banque, devenue proprit de l'Etat Hatien, pour-
ra tre un lment important et dcisif dans toute combinaison
avec un group financier quelconque pour faciliter rapidement
une operation de rachat de l'Emprunt de 1922 et pour devenir,
avec un amnagement special fixer ventuellement avec de
nouveaux prteurs, une vraie Banque de dveloppement cono-
mique et commercial offrant toutes les garanties dsirables aux
r affaires publiques et prives et faisant participer l'Etat ses
bnfices.
C'est un rsultat inespr que nous n'avons pu obtenir que
grce aux bons offices du Gouvernement Amricain, et tout par-
ticulirement de son prestigieux Chef, le Prsident Roosevelt,
qui a mis toute sa bonne volont nous aider sortir de notre
double tutelle conomique et politique.
A ce tournant grave de la vie national, la veille d'entre-
prendre cette ultime monte vers la Libert, mon Gouvernement
compete sur la total adhsion de tous les citoyens conscients de
leurs devoirs et qui savent quel prix s'attache l'Indpendance
de la Patrie. D'ailleurs, si nous dclinions cette dernire transac-
tion qu'a bien voulu accepter et patronner le Gouvernement des
Etats-Unis d'Amrique, il ne nous resterait plus que la perspec-
tive douloureuse d'un contrle et d'une hypothque sur nos droits
les plus prcieux et qui devraient durer jusqu'en 1944, poque
laquelle l'emprunt, suivant le rythme qui lui a t imprim, se-
Srait entirement et normalement rembours. Et il est peu prs
certain car il faut que, come d'habitude, je vous dise toute la


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vrit- que le Gouvernement Amricain qui nous sommes
lis par des engagements antrieurs mon arrive au Pouvoir-
ceux de 1919 et de 1922- n'envisagerait plus avec nous, aprs
cette dernire tentative qui tmoigne de son vidente bonne foi,
le difficile problme de la fin du contrle financier qu'il exerce
actuellement en Haiti.
J'ai rapport, c'est en toute conscience que je le dis- j'ai
rapport le maximum de ce qui pouvait tre obtenu. Et cela n'a
pas t sans peine, car le partenaire, lui aussi, avait des intrts
dfendre; il avait sauvegarder la garantie qu'il avait donne
aux prteurs de 1922, obligation pour l'excution de laquelle il
demeure intransigeant.
J'ai l'absolue certitude que le Corps Lgislatif, aussi soucieux
que le Gouvernement de la Rpublique d'assurer au Peuple
d'Haiti une destine digne de son pass et de ses aspirations, se
mettra la hauteur de la situation qui s'impose si nettement
son patriotism et ses responsabilits. C'est son vote qui per-
mettra au Gouvernement Hatien de signer avec le Gouverne-
ment Amricain le Trait appel abroger formellement celui
de 1915, et tous les Protocoles et Accords qui en dcoulent direc-
tement ou indirectement.
Concitoyens,
Le Gouvernement dans la pleine conscience de ses propres res-
ponsabilits, vient de mettre la dernire main l'oeuvre de la
Liberation, telle que la conoivent vos lgitimes et patriotiques
revendications. C'est avec une satisfaction sans mlange qu'il
considre la tche accomplie, et c'est en toute confiance qu'il at-
tend la decision du Corps Lgislatif. Il a le ferme espoir que vos
reprsentants examineront le project qui leur a t soumis en
pleine harmonie avec le sentiment populaire et le haut esprit na-
tional avec lequel il a t ngoci par le Pouvoir Excutif. Et
ce sera pour le seul profit et la plus grande gloire d'une Haiti
redevenue libre et qui, dsormais, matresse de ses destines,
ayant enfin rsolu ses plus dlicats problmes extrieurs, y com-
pris la vieille question des frontires, pourra, avec ses seuls
moyens, se livrer exclusivement, dans la paix et le travail, la
grande oeuvre de rgnration national.


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XXIV


L'ENTREVUE DU CAP-HAITIEN
ENTIRE LE
PRESIDENT VINCENT
ET LE
PRESIDENT F. D. ROOSEVELT

Le 5 Juillet 1934



DISCOURS
SPRONONCE PAR LE PRESIDENT VINCENT

L'Histoire se rpte et ce second Vertires, trs pacifique cette
fois, ce Vertires souriant, ce Vertires en dentelles, se d-
roule dans le mme cadre que le premier, au milieu des
mmes paysages qui virent le dernier grand fait
d'armes de nos Pres, en Novembre 1803...

Monsieur le Prsident,
La joie, la trs grande joie que nous prouvons aujourd'hui
de vous souhaiter la bienvenue est d'une quality particulire, et,
sans effort, elle gale certainement l'inapprciable honneur que
vous nous faites de visiter la terre d'Haiti. C'est une joie lgitime,
et que justifient avec clat les vnements en course, une joie qui
prend sa source ces profondeurs mmes de l'me o s'laborent
les plus purs sentiments de gratitude et de reconnaissance. Nous
ne pouvons pas oublier, en effet, et ce pays n'oubliera jamais
-que c'est votre politique personnelle, cette politique de bon
voisinage que votre administration a si gnreusement inaugure


-73 -





dans ses rapports avec les autres Etats de cet hmisphre que
nous devons d'tre, cette heure, au dernier palier par lequel
nous accderons bientt notre Souverainet intgrale et dfi-
nitive.
J'ai gard, de nos conversations Washington, le plus prcis
et le plus agrable des souvenirs. La sympathie avec laquelle
vous avez accueilli et rconfort les aspirations du petit people
don't j'tais le mandataire, la just et large comprehension que
vous avez montre de ses besoins immdiats et de tout ce qui
peut assurer son bien-tre dans l'avenir, faisaient de Vous moins
un ngociateur qu'un Grand Ami de la cause de notre Indpen-
dance et de notre prosprit. Je suis on ne peut plus heureux de
le rappeler publiquement en ce jour de fte, et de vous en remer-
cier au nom de mes compatriotes runis ici, au nom des manda-
taires autoriss de la Nation, et au nom de tous ceux qui, d prs
ou de loin, participent l'hommage que le Gouvernement de la
Rpublique a tenu rendre son illustre visiteur, dans cette ville
du Cap-Hatien que le destin semble avoir marque dcidment
pour la conscration de nos plus grands vnements nationaux.
Voici, en effet, que l'Histoire se rpte, et que ce second Vertires,
trs pacifique cette fois, ce Vertires souriant, ce Vertires en
dentelles, se droule dans le mme cadre que le premier, au milieu
des mmes paysages qui virent le dernier grand fait d'armes de
nos Pres. en Novembre 1803...
Des trois points essentiels qui ont fait l'objet des conversations
de Washington, deux sont dj des ralisations, du ct, du
moins, du Gouvernement Amricain, qui a fait l'effort ncessaire
en vue de la cessation de son contrle financier dans ce pays, et
qui. spontanment, nous a offert de nous cder si gracieusement
une bonne parties du matriel d'quipement qu'il possde en Haiti.
L'euvre est donc en voie de perfection, et votre troisime pro-
messe sera bientt un fait accompli. Votre Excellence nous avait,
en effet, laiss esprer que, aussitt qu'Elle aurait l'autorisation
demande au Congrs pour conclure des Traits et accords com-
merciaux et modifier, selon les circonstances, les dispositions de
son tarif des douanes, Elle envisagerait, dans le mme esprit de
justice et de bon vouloir qu'Elle a apport au rglement de la


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question du contrle financier, un traitement special pour cer-
tains de nos products.
Comme les pouvoirs sollicits viennent de Lui tre accords,
j'ai la certitude que nous signerons bientt l'Instrument diploma-
tique qui fixera ces avantages douaniers et que les principles
denres et marchandises hatiennes iront dsormais plus facile-
ment vers le vaste march amricain qui, par sa proximity, par
sa capacity de consommation et par la rapidit actuelle des com-
munications, constitute pour notre commerce d'exportation, un
dbouch presque natural.
Voil, Messieurs, ce que nous devons la politique librale et
gnreuse du Prsident Roosevelt et ce que nous sommes en droit
d'en attendre. Aussi, en le remerciant de sa visit mmorable,
en le remerciant de tout ce qu'il a fait et de tout ce qu'il peut faire
encore pour notre cher petit pays, ai-je la conviction d'tre, une
fois encore, le porte-parole de la nation entire, et le fidle inter-
prte de la pense intime de chaque citoyen hatien.
C'est pourquoi je lve mon- verre avec enthousiasme et vous
demand, Messieurs, de lever vos verres au Prsident Roosevelt
et la prosprit toujours croissante de la Grande Nation amie
don't il dirige les destines.


-75 -









XXV


PAROLES PRONONCEES
AUX

CASERNES DESSALINES

PAR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
A LA CEREMONIES DE L'EXALTATION DU DRAPEAU NATIONAL
le 21 Aot 1934


Au nom du peulle hatien, don't jamais, autant que ce martin,
je ne me suis senti, aussi intgralement, l'interprte et le man-
dataire autoris, devant les trois Pouvoirs de l'Etat runis,
dans une meme pense de foi patriotique, pour marquer solen-
nellement le point de dpart d'une nouvelle Histoire de ce pays
fonde sur une nouvelle et imprieuse discipline national, -
en presence des Reprsentants des Puissances amies, tmoins at-
tentifs de nos efforts, de nos ralisations et de nos esprances,-
au nom de tous ceux qui, pieusement, sont morts pour la Patrie
hatienne, au nom de tous les grands Anctres qui, il y a cent
trente ans, l'avaient difie, cette Patrie, dans le fracas des balles
et des mitrailles et don't les ombres augustes, dsormais consoles,
planet, cette minute d'allgresse unique, sur nos foules mues
et recueillies, au nom des gnrations de demain qui se passe-
ront successivement les flambeaux de la vie national et qui, em-
portes, elles aussi, dans la course accidente et ininterrompue
de l'Humanit vers le Progrs, la Justice et la Vrit, claireront
mieux, sans doute, les chemins de notre Avenir, je suis heureux
et fier d'arborer aujourd'hui notre beau drapeau rouge et bleu
sur ces casernes Dessalines qui symbolisaient jusqu'ici la longue
et douloureuse preuve de la Nation.


-76 -






Qu'il s'lve jamais dans la pleine lumire de notre ciel et
qu'il soit dornavant l'emblme respect d'une petite Nation ayant
la volont de vivre, la volont de vivre comme toutes les socits
normales et organises, c'est--dire dans la Libert par l'Ordre,
et dans le Travail sous l'gide salutaire de la paix publique!...

VIVE HAITI INDEPENDANTE!


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XXVI

Le Citoyen Stnio Vincent, Prsident de la
Rpublique, a bien mrit de la Patrie

Resolution vote l'unanimit par la Chambre des Dputs

RESOLUTION

Considrant que le retrait du territoire hatien des forces mili-
taires de l'occupation amricaine est un vnement cher au coeur
de tout hatien;
Considrant la part decisive qu'a prise cet vnement le Pr-
sident actuel de la Rpublique, le tact et l'nergie qu'il a dploys
pour faire triompher les desiderata de la Nation, conformment
au programme de son gouvernement, de dgager ce Pays, sans
heurt, de l'emprise trangre;
Considrant que le people hatien a dj nettement manifest
sa gratitude celui qui a t en la circonstance son trs presti-
gieux. reprsentant et le fidle interprte de ses sentiments:
Qu'il est just ds lors que les mandataires de la Nation consa-
crent le veu populaire par un Acte official et solennel;
La Chambre des Dputs a rsolu:
Article ler. Le citoyen Stnio VINCENT, Prsident de la
Rpublique, a bien mrit de la Patrie.
Article 2.-La prsente Rsolution sera expdie au Secrtaire
d'Etat de l'Intrieur, pour tre publie au plus prochain numro
du Moniteur.
Fait la Chambre des Dputs, le 31 Aot 1934, an 131me.
de l'Indpendance.
Le President:
S) EDG. PIERRE-LOUIS
Les Secrtaires:
S) A. BEAUVOIR. F. LAGUERRE


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