Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: August 12, 1897
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00078
Source Institution: University of Florida
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S Patrie et Libert

PRIX DE L'ABONNEMENT EN FRANCE
RDACTION & ADMINISTRATION 2 An_ ne PARIS.- 12 Aot 1897 TNo 75 PRIX DE LABONNEMENT E AR D N
A S, R1e Saint-AVincent-de-Ral Une anne payable d'avance.. 20 fr. 22. fr.
20, Rue Saint- Vincent-de-Paul Un semester, id. id.. Il Il. 50
Un semestre, id. id... ( 50
Tlgraphe : IEPICUBAINE PARAIT TOUS LES JEUDIS A Ln t'imestre, id. ETRANG ER
Une anne, payable d'avanee......... 5 fr,
Les manuscripts ne sont pas rendus Directeur-fondateur : DOMINGO FIGAROLA CANEDA Un semestre, id. i ......... 13 r.
UN NUMEltO : 0 fr. 25


AVIS

Nous avons l'honneur de prvenir nos
abonns qu' la suite du transfer de notre
imprimerie Pat is, le service du dpart des
numros du journal a d souffrir de certain
retards.
Pour le mme motif et jusqu' complete
installation, le journal sera public dans les
prsentes conditions matrielles.
Que ces lines servent d'explication et
d'excuses auprs de nos abonns.


RPONSE A M. G. E. TRICOUP

la suite d'un long interview
qu'il a eu avec Justo Garcia
Vlez, fils du gnral cubain
Calixto Garcia et ManuelPlanas
M. G. E. Tricoup, rdacteur
deLaPairie, dclare ne donner
ses renseignements qu' titre
de curiosity.
Il est donc regrettable que
les deux rfug's Cubains lui aient rpondu
avec toute l'obligeance qu'ils ont mis le sa-
tisfaire.
M. Tricoup manifeste ensuite sa grande sym-
pathie pour l'Espagne. Heureuse Espagne!
La raison de cette sympathie exclusive doit
tre profondment raisonne et ne s'appuie sans
doute pas sur le seul titre de nation sur don't
M. Tricoup gratifie le royaume d'Alphonse ;
ce titre l'Italie qui certainement n'a pas les synm-
pathies de M. Tricoup les mritca e/olii ii.
Nous serions par consquent, dsireux de
connatre les autres raisons du grand amour
que M. Tricoup professe pour l'Espagne.
L'Espagne est une noble et fire nation dit-il,
.et elle est toujours reste fidle l'amiti tran-
raise.
Quelle amiti '?
Est-ce celle de Francois I" aprs Pavie alors
que le roi chevalier peine on libert, sign
avec l'Angleterre et l'Italie une convention con-
tre Charles-Quint?
Est-ce celle d'Henri IV luttant contre le dLuc
de Parme et les Espagnols dans les planes de
Chelles ?
Est-ce celle de Cond qui remporte une srie
de victoires sur les Espagnols et parvient les
chasser de France.
Plus tard nous voyons l'ambassadeur de
Louis XIV, le comte d'Estrades insult par celui
d'Espagne.
Quelque temps aprs (l1667) la guerre de Flan-
dre.
Pendant cette guerre, l'hiver venu, on pro-
posa l'armistice aux Espagnols. Le gouver-
neur des Pays-Bas, Castel B.odrigo le repoussa
avec fiert. Mais cet accs de fiert fut puni
par la perte d'un nouveau territoire.
Sous la rgence, aprs le trait d'Utrecht, les
plans du cardinal Alberoni menrent une nou


velle guerre avec l'Espague (1719). Berwick
pntra dans ce pays et s'empara de Fontarabie,
de Saint-Sbastien et du port de Passages.
Ni les gnraux Dagobert et Dugommier pen-
dant les guerres de la ]ivolution, ni l'invasion
de 1808, n'ont ciment cette amiti fid.le que
nous cherchons en vain: les victims des pon-
tons de Cadix et de Cabiera n'en ont pas recu
les faveurs.
Plus rcemment nous avons vu le colonel de
hulans de Strasbourg Alphonse XII, amica-
lement reu Paris.
Mais alors !...
Nous ne supposons pas, cependant que ce
soient les tortures infliges aux prisonniers du
chteau de Montjuich qui aient fait de M. Tri-
coup un champion de l'Ibrie. Ca serait faire
injure aux rdacteurs bien francais, par cons-
quent gnreux, de La Patrie que de le croire.
Et cependant ces tortures existent, on ne peut
en douter. Tous les dmentis des Espagnols ne
talent pas pour nous la simple affirmation lde
MM. RIochetort et (G. Clmenceau, qui n'ont pu
tre induits en erreur.
Nous pouvons ajouter que nous-mmes nous
avons assist Cuba, certaines measures de
police qui ressemblent s'y mprendre aux tor-
tures du Saint-Office.
Nous avons dj eu l'occasion de narrer la
pendaison incomplete des accuss dans le but
de leur arracher un aveu. Si la pendaison ne
donnait pas les rsultats attendus, les coups de
matraque, le supplice de la soif domptaient les
rcalcitrants qui auraient dclar avoir vol la
lune.
Que M. Tricoup fasse un -.. ,-. en Espagne
pour s'assurer de la rciprocit de ses bons sen-
tinents; si, par hasard, il n'est pas trait de
gabacho et de fianchute une quantity de fois,
nous jurons de lui fire amende honorable.

A. Hiriart.


LES MILES CIIAFFARIES

La rcente vasion de nos compatriotes MM.
Garcia et Planas a rendu d'actualit les pri-
sons que l'Espagne possde sur la cote Nord de


l'Afrique, et qui se trouvent une distance de
neuf lieues de l'autre lieu de deportation espa-
gnol, Mlelilla.
Des trois iles qui forment legroupedesChaffa-
rines celle de gauche s'appelle Congreso, celle
du centre lsabel 1I et celle de droite Hey/.
11 est inutile de dire que les conditionsde salu-
brit dans lesquelles se trouve cet tablisse-
ment pnitentiaire, sont aussi mauvaises que
celles des autres prisons de l'Espagne.
La mortality des malheureux qui sont con-
damns rsider dans ces les est effrayante.




HAUSSE NOTABLE

DES BONS CUBAINS

L'archimillionnaire John J. Astor, bien connu
aux Etats-Unis par l'importance (le ses affaires
et son habilet come banquier, a achet un
bon de 5.000 francs de la Rpublique Cubaine.
A peine l'achat connu, la Dlgation Cubaine
commena recevoir de nombreuses deman-
des de divers c,,i,,i,._. il, -.
Ce fait produit une hausse notable sur la va-
leur des bons, puisqu'ils commencrent se
vendre, on s'en souvient, 65 010 et qu'actuel
lenment ils sont cots 70 et 80 010. Le Dr. D.
\WV. Seward acheta un bon de 2.000 francs
60 010.
Ceci donnera la press et aux boursiers de
Paris l'exacte vrit.

-----M--* -- ----


GUERRIUiLRS


A la suite de quelques articles publis dans
l'immonde (sicotudo), Avisador Cownercial de La
Havane, M. Lee, consul gnral des Etats-Unis
dans la dite capital a dit que si l'on touchait


un cheveu de sa tte, ceux qui l'attaquent ne
resteraient pas longtemps Cuba et que la
guerre entire l'Espagne et les Etats-Unis serait
un fait accompli.
M. Lec peut tre tranquille, ces gens-l
aboient mais ne mordent... que les faibles.


A propos des nombreux commercants de La
Havane, arrts dans la nuit du '12 au 13 juillet
puis remis en libert, le Heraldo de Madrid re-
produit un passage d'une lettre crite par un
Espagnol pur sang habitant Cuba:
Et l'on veut, s'crie le pur-sang, qu'avec la
politique du gouvernement et des autorits
nous soyons de bons Espagnols!
Si le.s Espagnols pur-sang ont des velli-
ts de cesser d'tre de bons Espagnols
pour une injustice d'ailleurs promptement r-
pare, qu'y a-t-il d'tonnant ce que tous
les Cubains soient sparatistes, puisque, depuis
quatre sicles, ils vivent sous le rgime de l'in-
justice et que, loin d'avoir jamais obtenu la
moindre rparation, ils ont vu leurs plaintes
toujours impitoyablement touffes dans lesang?



Encore un chantillon de la fiert castillane
que nous ddions aux admirateurs tant la
ligne du gouvernement espagnol,
Nous lisons dans El Iparcial :
L'auditeur de Marine, Domingo Miguel subit
la suspension d'emploi lui impose par le


Tribunal Suprme pourIle t'it qu'intervenant dans
l'affaire du (Conpetilor, il dclara que tous les
passagers de ce navire devaient tre jugs sui-
vant la mme procedure.
Quelle frousse de l'oncle Sam ont les descen-
dants du Cid O sont les braves d'antan?


-. --- _-

--- -- - -_ _- -.
'-- -_--,-:-_. ... :_ -- ---- . --

-- -.... .... .. ....--
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Les lies Challarines


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2 v^\^ Qm


12 Aot 1897


Les braves d'antan! Ils ont cd la plac b,
des gaillards qui n'ont pas honte de dire tous
les jours :
Nous aurions dj vaincu les Cubains s'ils
ne recevaient pas d'armes des Etats-Unis.
Ainsi il ne leur suffit pas d'tre une nation
qu'ils prtendent forte, il faudrait encore que
leurs ennemis fussent dsarms !
Nous n'en voulons nullement aux fils dg-
nrs de Pelayo de s'exprimer ainsi; '. con-
traire nous estimons qu'on ne saurait mieiv en
dre hommage l'hiosme des Cubains.


Non seulement les Espagnols rendent sans
le vouloir justice aux Cubains, mais encore ils
ne percent pas une occasion de s'amoindrir et
de se dbiner eux-mmes toujours sans le
vouloir.
N'avons-nous pas vu dernirement un attach
d'ambassade dire un reporter que les Cubains
sont des va-nu-pieds mal approvisionns, mal
arms, etc. ? Suivant le dit attach l'arme es-
pagnole est donc la dernire du monde, pour
.que de tels va-nu-pieds puissent lui tenir tte
pendant deux ans et demi!

Moins injustes et plus habiles que nos
ennemis nous reconnaissons leurs qualits; ils
sont braves, endur.ants, disciplines,.. et nous
n'en aurons que plus de mritelorsque nous les
aurons chasss de notre patrie.


Le jocrisse de l'ambassade ibrique doit tre
l'auteur de la fameuse dpche publie par
l'Eclair et par le Matin, le 6 mars dernier, dp-
che qui se terminait par ces mots :
Les hopitaux et les campements des rebelles
ont t tus et un grand nombre blesss
Aprs tout, ce n'est peut-tre pas le mme :
les gens d cette force abondent parmi les Es-
pagnols.
Il n'y a pas de contradiction entire cette guer-
rilla et la prcdente: parmi les qualits que
nous reconnaissons nos ennemis ne figure
pas l'intelligence.

Donnons pour un instant la parole M. Sil-
vela, ancien president du conseil, et chef du
parti conservateur dissident en Espagne :
Pourquoi ne destitue-t-on pas le gnral
Weyler ? c'est parce que le gnral Weyler a
dmontr que sa quality essentielle c'est la do-
cilit. il est parti en champagne quand on le lui a
ordonn, et il a dcrt la pacification quand on
le lui a ordonn.
Que pourrions-nous ajouter?... C'est gal,
M. Silvela collaborant La Rpublique Cu-
baine... !
M. Silvela, toujours d'accord avec nous, a dit
plus loin :
L'autonomie est une esprance illusoire et
ne peut mme pas satisfaire tous ceux qui
Cuba portent le nom d'autonomistes; parce que
si quelques-uns le sont vritablement et accep-
tent la souverainet de l'Espagne, le plus grand
nombre ne se sont servis de ce nom que pour
dissimuler leur tendance au sparatisme.
M. Silvela sait bien que le sentiment cubain
est entirement hostile la souverainet de
l'Espagne et c'est pour cela qu'il parle de la
liquidation de la question cubaine .
M. Silvela a raison : la parties tant perdue il
est plus sage d'arrter les frais.



Et propos de cette liquidation, M. Silvela
qui joint une grande dose de bon sens un
grand courage (qualits qui font compltement
dfaut au farceur Canovas), M. Silvela s'exprime
ainsi :
J'ai dj dit et je rpte ici que dans le
problme de Cuba, il est urgent de procder
la liquidation. Etant hors du gouvernement il ne
m'appartient pas de dire de quelle manire on
doit la pratiquer; non plus dans une affaire aussi
grave, mais mme dans d'autres de moindre
importance, j'aurais besoin pour liquider de
voir auparavant les livres et d'tablir un bilan.
Ce qui revient dire : Cuba est perdue; t-
chons toutefois que l'affaire nous cote le moins
cher possible. Reconnaissons que M. Silvela
comprend mieux les intrts de son pays que
ne le faisait feu M. Cnovas.


Au lieu de feu M. Canovas , nous avions
primitivement plac ct du nom du minis-
tre dfunt, le qualificatif qu'il a mrit par sa
politique d'extermination vis--vis des Espa-
gnols et de mensonge vis--vis du monde en-
tier.
Mais la difference des Espagnols qui, avec
le concours des autorits, organisrent d'immon-
des saturnales pour clbrer la mort de l'hro-
que Maceo, nous ne nous sentons pas capable
d'insulter la dpouille sanglante de celui qui
vient de tomber.


Il n'est peut-tre pas inopportun de rappeler
que vers le mois de novembre dernier M. Cno-
vas disait en plein Parlement espagnol, faisant
allusion la mort possible de Maximo Gmez
et de Maceo :
Deux balles, une seule balle mme pourrait
changer la face de la guerre.
M. Cnovas demandait des assassins. Il en a
trouv pour Maceo... et pour lui-mme.




LA PRESS FRANAISE
Et la Mort de Cnovas.


L'Intransigeant: Si un homme a d tre
peu surprise de recevoir trois balles dans la tte
et la poitrine, c'est videmment Cnovas. Il est,
en effet, probable qu'il s'y attendait plus ou
moins. En sa quality de catholique, il avait sans
doute mdit la parole de son matre Jsus :
Celui qui se servira de l'pe prira par
l'pe. Lui s'tait servi de l'arme feu sur les
cinq innocents rcemment assassins sur les
remparts de la citadelle de Montjuich et il prit
par l'arme feu.
Il faudrait tre dnu de tout sentiment reli-
gieux pour ne pas reconnatre dans ce dnoue-
ment la puissante main de la Providence don't
le meurtrier n'a t que l'instrument et qui,
son tour, a protest contre le rtablissement de
l'Inquisition don't le tortionnaire Canovas s'tait
constitu le Torquemada.
. . .
Maceo, assassin par ordre du mme Cnovas,
est veng au mme titre que le libre-penseur
Gana, don't j'ai vu les pieds sanglants et les in-
testins hors du venture.
L'Autorit : Les rvolts de Cuba peuvent
se rjouir de la disparition de M. Cnovas. Elle
est plus avantageuse pour eux qu'une grosse
victoire,
S'ils profitent du coup, il faut constater,
leur honneur, qu'ils n'ont pas frapp.
Le Rappel: M. Cnovas dut aussi rprimer
plusieurs complots et attentats anarchistes. Mais
en cette occasion comme en toute autre, il eut
la main dure et accumula sur sa tte des haines
et des rancunes qui ne devaient pas pardon-
ner.
Ce sont ces haines et ces rancunes qu'il vient
de payer de sa vie.
La Revue Diplomatique : Les vnements
- ont fait de Cnovas pour Cuba ce que fut le duc
d'Albe pour les Pays-Bas.

La guerre Cuba, avec tout son cortge de
massacres, de deuils et de misres, ces hros
frapps indignement, eux aussi, ailleurs qu'au
plein soleil des champs de bataille, ces vieillards,
ces femmes, ces enfants tourments, affams,
traqus comme des fauves, est-ce que tout ce
sang rpandu sans piti n'a pas rejailli la face
du ciel, appelant les foudres vengeresses sur
l'aute'ir de tant de maux?
Le Rappel des Travailleurs : II ne faut pas
oublier, en effet, que l'homme dispar depuis
ces jours-ci, touffait depuis vingt ans dans sa
patrie les sentiments de libralisme ou mme
plus simplement de rpublicanisme qui essaient
d'y sourdre du sol. Il ne faut pas oublier
qu'avec l'aide d'un ignoble complice recrut
dans les rangs de l'arme, il a trangl les cris
de libert qui voulaient sortir des gorges popu-
laires, et lorsque honteux, au fond de son rle
infme, il se crut oblig de svir, rien ne lui
parut prfrable douze balles flanques dans
des corps pantelants, au bas des fortifications,
sans preuves, sans d'autres motifs que la terreur
lui inspire par l'ignominie de sa propre con-
duite.
Ne mritant pas les regrets des coeurs, il est
au-dessous des condolances de toute me fran-
chement librale. Il meurt peut-tre victim
d'un pseudo-devoir, mais ce qu'il croyait tre
son devoir n'tait que le rle d'un bourreau de
l'humanit.
L'Echo de Paris : Des centaines de pet'r-
sonnes, quatre cents, dit-on, anarchistes ou au-
tres, avaient t arrtes, emprisonnes, et il y
a quelques jours peine, plusieurs excutes,
les autres expulses d'Espagne.
Laplupart taient arrives Londres, racontani
sur leur route les traitements atroces don't ellesm
avaient t les victims dans les prisons de
l'Espagne. Toute la press de l'Europe a parl
des torturs de Montjuich . Peut-on croire
ces horreurs? Faut-il fair la part des exagra-
tions de la vengeance et de la haine? Mais peut-
on ne pas dire en mme temps que l'Espagne
est la terre traditionnelle des supplies et des
folies sanguinaires, comme elle l'a toujours t
de la chevalerie hroque? Ces choses sont-elles
insparables? Et ne sortira-t-on jamais de ce
double et triple cercle de sang, o les cruauts
s'appellent et se sollicitent les unes les autres ?


L'vnement: -.....On ne venge point un
crime par un autre crime, encore que l'on puisse
rprouver les tortures infliges aux prisonniers
de Montjuich, pratiques abominables, renouve-
les des cachots de la sainte Inquisition ou du
tribunal du sang.
Gil Blas : Il ne faut pas tre grand pro-
phte pour pronostiquer des changements con-
sidrables dans l'orientation politique de l'Es-
pagne, puise par une guerre ruineuse, mine
par l'anarchie et dans les couches profondes de
laquelle bouillonnent de nouvelles aspirations.
Le Radical : Les tortures de l'affreuse pri-
son de Montjuich ont t les martyrs d'une. atroce
politique de reaction, et hier encore, avait lieu
Paris, au thtre de la Rpublique, une mati-
ne au bnfice de ceux que M. Canovas a dai-
gn arracher aux mains du bourreau pour les
jeter sans resources la frontire.
Quelque rprobation que nous inspire tout
crime politique, quelque horreur que nous res-
sentions pour ces vengeances qui dshonorent
les parties, nous devons, hlas reconnatre avec
tristesse que, parmi ceux qui pensent comme
nous, beaucoup hsiteront fltrir l'assassin
du ministry devenu bourreau.
Les victims du despotisme espagnol prom-
nent dans les pays hospitaliers o ils ont t
recueillis, leurs ongles arrachs, leurs poitrines
crases, leurs membres briss, leur triste corps
meurtri de coups et couvert de blessures.
Eh! bien J'affirme que quand un gouverne-
ment comment de pareilles atrocits, il se place
lui-mme hors du droit et doit tre mis au ban
des nations civilises.
Le sang appelle le sang; Cnovas rcolte ce
qu'il avait lui-mme sem.

La Petite Rpublique: Quand les dtenteurs
du pouvoir oublient ainsi les rgles lmentaires
de l'humanit civilise, ils donnent un example
qui, tt ou tard, sera suivi. Ils dchainent les
plus mauvaises passions, et aprs en avoir fait
l'instrument de leur rgne, ils les voient tout
coup se retourner contre eux-mmes.
Pour nous socialists, qui plaons au-dessus
de tout le respect de la vie humaine, nous
rptons, devant ce cadavre, notre cri de r-
probation contre le meurtre lgal ou illegal,
commis au nom de l'autorit ou de la vengeance.
Le Gaulois : Mais sa mort est pour son pays
une perte peut-tre irrparable, et dans cette
agitation rvolutionnaire qui se manifeste en
Espagne et dans la lutte admirable mais si p-
rilleuse que l'Espagne soutient contre ses colo-
nies, nul ne sait quelles consequences peut
avoir la disparition du restaurateur de la monar-
chie, de celui en qui tout le monde voyait le
bouclier du trne.
Le Petit Troyen, Troyes : A tous les points
de vue, l'assasin de M. Cinovas nous inspire
une lgitime horreur : ce n'est pas cependant
une raison pour ne pas rechercher la gense,
les causes dterminantes de son crime.
C'est au nom de la vengeance qu'il a frapp.
La vengeance? Il faut bien le dire, hlas! le gou-
vernement espagnol en avait donn le premier
l'exemple. Sous prtexte de rprimer l'anarchie,
ce gouvernement a exerc des perscutions
inoues, non pas seu'ement contre les hommes
que le simple soupon d'anarchisme dsignait
safureurmais aussi, des citoyens uniquementcou-
bles de rpublicanisme. Les ministres espagnols
ont substitu l'arbitraire l'action des lois : ils
ont fait appel la violence et tortur ces prison-
niers don't la culpabilit n'tait nullement d-
montre et qui, s'il elle l'et t, n'auraient pu
justifier les cruauts don't ces malheureux taient
victims. Les cris des martyrs enfouis dans les
cachots de la citadelle de Montjuich ont t en-
tendus du monde entier et ont soulev de toutes
parts l'indignation des coeurs d'hommes contre
les bourreaux.
Les gouvernants espagnols ont sem la vio-
lence et ils s'tonnent de recueillir la rvolte!
Le Petit Var, Toulon : a va dcidment de
mal en pire en Espagne: des troubles Madrid,
les finances de l'Etat vainement puises dans
une guerre colonial sans issue, l'opini n publi-
que inquite et trouble, et, venant aggraver
encore cette situation si critique, l'assassinat de
M. Canovas del Castillo, president du Conseil.
Il est permis de se demander si la faible r-
gence qui gouverne nominalement l'Espagne r-
sistera tantde revers et d'obstacles, ot si quel-
que explosion de colre populaire n'emportera
pas tout.
Ce qu'il y a de ridicule c'est la manie cou-
rante de voir partout de l'anarchisme. A peine
l'attentat commis on a immdiatement parl
d'un complot anarchiste.
Avec a que les Espagnols ont attend les ex-
ploits anarchistes franais pour apprendre se
dfaire des personnalits qui les gnent.
La Libre Parole : Nous nous sommes asso-
cis, par amour de l'humanit, aux nergiques
protestations que M. Tarrida del Mrmol est ve-
nu nous apporter. C'est avec un sentiment d'in-
dignation et de piti que j'ai touchles membres


briss par le bourreau du malheureux prison-
nier de Montjuich, un pauvre tre hve, dchar-
n, squelettique, que M. Marmol m'a ame-
n.
Je ne nie pas que Cnovas n'ait pu tre un
ministry remarquable et mme un homme char-
mant dans le priv, mais je dois la vrit de
constater que l'infortun que j'ai vu avait les
articulations rompues. Si, en Espagne, on met
dans cet tat-l des gens qui n'ont rien fait, puis-
qu'on leur a rendu la libert, je me demand ce
qu'on doit faire aux gens quel'on reconnat cou-
pables, puisqu'on les garde en prison.
Je me suis uni ceux qui ont invit Cnovas
venir s'expliquer devant un jury compost
d'hommes de tous les parties, sur les horreurs
qu'on attribuait son gouvernement. Cnovas
n'a pas jug propos d'accepter, et peut-tre
a-t-il eu tort, car s'il avait prouv que les atroci-
ts qu'on lui imputait n'taient pas de sa faute,
il vivrait peut-tre encore.
La Dpche. Toulouse : Le crime abomina-
ble de l'Italien n'excusant pas les tortures des
prtendus anarchistes espagnols.




REVOLUTION CUBAINE
SERVICE SPECIAL
DE





Du 6 M. Canovas del Castillo, reu une
dpche annonant que le fils du gnral cubain
Calixto Garcia, et d'autres dports, se sont en-
fuis de la forteresse de Chafarines.
-Hier sontarrivs Nemours deux vads des
les Chafarines. L'un d'eux est le fils de Calixto
Garcia, le clbre gnral cubain.
Du 7. Le gouvernement espagnol a ordon-
n une enqute sur les vasions de Chafarines.
Du 8. Canovas, president du conseil des
ministres, se trouvant en villgiature lastation
thermale de Santa-Agueda avec sa famille, a t
frapp mortellement de trois.coups de revolver.
Canovas a succomb peu aprs.
C'est un peu avant l'heure du djeuner,
vers midi, que Canovas, se promenant en com-
pagnie de sa femme, dans la galerie de l'tablis-
sement thermal, a t abord par un in-
connu qui, aprs l'avoir violemment apostroph
en lui reprochant ses perscutions contre les
adversaires du pouvoir, lui a tir presque bout
portant trois coups d'unrvolver qu'iltenaitdela
maiti droite. Atteint la poitrine et la tte, le
ministry a tourn sur lui-mme et s'est abattu
sur les dalles en criant : Je suis perdu! L'agres-
seur, qui s'est laiss arrter sans resistance, a
dit se nommer Rinaldi et avoir agi par esprit de
vengeance. L'arme don't il s'est servi est un re-
volver percussion central du calibre neuf
millimtre.
Un conseil des ministres a t tenu au mi-
nistre de l'intrieur sept heures. Rien n'a
transpir des decisions prises. Mais le gou-
verneur militaire de Madrid, assistant la dli-
bration, il y a tout lieu de croire que l'tat de
sige va treproclani. Des tlgrammes chiffrs
onttexpdisSt-Sbaslien, Barceloneet dans
les principaux centres ordonnant des perquisi-
tions.
L'assasin de M. Canovos est arrt. Il dit
se nommer Rinaldi, mais son vrai nom est Mi-
chelAngine Golli. Les ministry sont runis en
conseil permanent. Le ministry de .l'intrieur
est charge de l'intrim de la prsidence du con-
seil. Le capitaine gnral de Madrid assisted aux
dlibrations.
Les Cubains, le 27 juillet, sont entrs
la Encrucijada. Ils se sont retirs en empor-
tant un riche butin et en emmenant de
nombreuses ttes de btail. Dans la nuit du 29
ils ont fait sauter le pont de Santa Clara et ar-
rt tout traffic avec la ville, o ils sont entrs
dans la nuit du 30. Ils ont parcouru les rues
de la ville pendant plusieurs heures, s'y sont
battus, ont fait beaucoup de blesss et de
morts l'ennemi et ont emport un grand
butin.
Le conseil des ministres d'Espagne
a dcid de fire paratre la Gaceta la nomi-
nation du gnral Azerraga comme president
du conseil par interim. Il a dcid galement
que les funrailles de M. Canovas seraient c-
lbres avec les plus grands honneurs militai-
res. Le corps de M. Cnovas partira mardi de
Santa-Agueda. Il sera embaum.
Du 10. D'aprs une dpche de Washing-
ton, M. Sherman croit que la mort de Cnovas
est susceptible d'apporter quelque changement
dans la politique de l'Espagne, mais que la mort
d'un homme ne saurait modifier le sentiment
du pays, qui est de conserver Cuba. Toute-
fis, M. Sherman ne voit pas comment l'Espa-
gne pourra y parvenir dans les circonstances
acuelles. M. Canovas, a-t-il dit, tait un des
principaux chefs de ce parti, qui est dcid
garder Cuba tout prix, mais il est possible
qu'on lui donne un successeur qui ne partage
pas les mmes ides.

L'administrateur-Gdrant: A. HIRIART.

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