Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: December 10, 1896
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00049
Source Institution: University of Florida
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Patrie et Libert


RDACTION & ADMINISTRATION PRIX DE L'ABONNEMENT (EN FRANCE)
IreIUne anne, payable d'avance... o fr. 22 &.r
20, ue aint-Vincent-d-Paul re Anne PARIS o Dcembre 96 N o 47 unseesre, l. ii ^.": fr .
Un trimestre, id. id. ... 6 fr. 6:50
ADRESSE TELGRAPHIQUE: 3E.L AT.X A L'TRANGER
TEr iP:EONTE PARAIUT TO S LES ET.DIS Une anne, payable d'avance ............. 2 fr.
PA .R.AIT T S LESI JEUJISUn semestre, id. ii. ............ 13 fr.
Les manuscrits ne- sont pas rendus UN NUMERO....... O fr. 25


LE MESSAGE DE CLEVELAND


E dernier message par lequel
M. Grover Cleveland clt l'his-
toire de sa second prsidence
n'a pas surprise le Parti Rvolu-
tionnaire Cubain. Le president
actuel des Etats-Unis a t con-
squent avec sa conduite ant-
rieure dans le conflict cubain.
% B Energique et courageux avec la
hautaine Angleterre, il s'est montr, l'gard de la ca-
duque Espagne, de la plus grande bonhomie. Ce
caractre d'acier qui, en quelques lignes, provoque
la nation la plus puissante du monde, devient peu
aprs le policeman soumis de l'invalide Don Qui-
chotte de la Manche.
Sourd aux clameurs par lesquelles les Chambres
Nord-Amricaines ont plaid en faveur des droits
de Cuba Libre, aveugle aux horribles boucheries
par lesquelles l'Espagne, consquente avec son
pass, achve sa domination en Amrique, il craint
d'accepter devant l'histoire ce qui moralement est
un fait depuis plus d'un an : l'indpendance Cubaine.
Il ne veut servir ni Dieu ni le diable, et il se main-
--tient dans un quilibre que le plus habile Blondin
lui envierait.
Esprit intelligent, il sait parfaitement qu'il est im-
possible de s'opposer plus longtemps aux sympa-
thies que le people des Etats-Unis tout entier prouve
pour la cause Cubaine. Tout le bat mais combien
blmable sentimentalisme de M. Cleveland pour-
,la nation des moines et destoreros est all disparais-
sant peu peu devant 4e succs vident de l'arme
cubaine. De l les passages suivants du Message :
Bien que nous soyons dsireux d'accorder la
souverainet de l'Espagne le respect qui lui est d,
nous ne pouvons jeter les veux sur le conflict actuel
sans considrer que, dans le course des vnements,
nous pourrions tre amens une situation particu-
lire et sans prcdents que fixe la limited de notre
attente patient afin que l'Espagne mette fin la
guerre seule et sa faon, ou avec notre amicale
cooperation.
Lorsque l'inaptitude de l'Espagne vaincre
(deil successfully) l'insurrection sera revenue mani-
feste; lorsqu'il sera dmontr que sa souverainet
n'existe plus Cuba en tout ce qui concern une
existence relle; lorsque enfin une lutte sans esp-
rance dgnrera en un combat n'ayant d'autres r-
sultat qu'un sacrifice inutile de vies humaines, alors
une situation se prsentera dans laquelle nos obliga-
tions l'gard de l'Espagne seront domines par
d'autres plus leves que nous n'hsiterons pas
Saccepter et accomplir.
Ces passages prouvent que M. Cleveland, malgr
son zle excessif en faveur de la domination espa-
gnole Cuba, a d cder devant la march des v-
nemients. Sa conduite n'a pas vari en ce qui con-
cerne le diffrend Hispano-Cubain; mais la force des .
faits l'a oblig crire, propos de la domination
espagnole Cuba, le Mane, Thcel, Phars de la
lgende.

'- ^^ ^


OPINIONS SUR CUBA LIBRE


Nous demanderons aux Chefs des Lettres et des
Arts de nous donner, sous notre titre Opinions sur
Cube Libre, l'appui de leur puissance, comme Vic-
tor Hugo le fit nagure, si noblement et si magnifi-
quement, pour ceux que l'on appelait dj les insur-
gs de Cuba.
Aujourd'hui, nous sommes heureux de publier les
lignes suivantes du sagace' et imaginatif auteur de
L'Atelier Chantorel:

La politique, qui est goste, basse et menteuse, a
invent des frontires pour dsunir et sparer les
hommes ; mais l'amour de la libert n'a pas de pa-
trie, et ceux qui souhaitent la fraternity universelle,
l'union de tous dans une commune tendresse, la
suppression de l'antagonisme criminal entire peuples,
ceux-l resteront toujours de cur avec les oppri-
ms contre les oppresseurs, avec les esclaves contre
les maitres, avec les vaincus contre les vainqueurs,
avec les faibles contre les forts, avec le droit contre
la violence.
Frant; Jourdainz.




A LA PATRIE


Notre confrre Berville, de La Patrie, en prend
vritablement trop son aise avec La Rpublique
Cubaine. Une fois dj, il a bien voulu reproduire
un de nos articles sur la Trocha de Mariel, sans citer
le nom du journal o il l'avait pris, ce qui est ce-
pendant la plus lmentaire des convenances entire
confrres. Cette fois encore, dans son- numro du
8 dcembre dernier, La Patrie reproduit l'article


trousses et des remdes destins au corps medical de
l'arme cubaine car nous .avons oubli de dire
qu'il est destin tre expriment par les troupes
du gnral Weyler contre les insurgs cubains.
Allons, cher confrre, il faudrait avoir un peu plus
de suite dans les ides; et si votre intention tait
d'tre agrable l'ambassade d'Espagne, vous auriez
d au moins tre logique.
Mais eussiez-vous pu y parvenir? Il est vrairtent
permis d'en douter, car, pour souligner sans doute.
votre contradiction, vous avez laiss subsister le
draped cubain sur le dessin que vous nous avez
si complaisamment emprunt ! !




LE VAMOOSE


Le New-York Journalaaffrt le navireLe Vamoose,
don't nous donnons ici le dessin, pour tablir un
service rgulier de dpches entire Cuba et New-
York. La difficult qu'il y a d'envoyer de l'ile des d-
pches reaseignant exactement le public sur les faits
de la guerre, a pouss ce journal amricain tablir
un service pour le transport ses frais des docu-
ments relatifs aux affaires cubaines sans passer par
le contrle de l'Espagne. Le Vamoose measure 40
mtres de long, 6 de large et un dplacement d'eau
de 2 mtres. Sa force motrice est de 800 chevaux-
vapeur. C'est un des navires les plus rapides qu'il y
ait actuellement aux Etats-Unis.
' Le New-York Journal fonde les plus belles esp-
rances sur cette innovation qui servira en mme
temps la cause de Cuba Libre.


Le Vamoose. )


que nous avons donn le 3 dcembre sur le ballon
de guerre qui sera employ par l'arme cubaine au
transport de son matriel et de ses munitions. Nous
ne reprocherions notre confrre que son oubli de
citer la feuille laquelle il emprunte son article
ainsi que le'dessin qui l'accompagne, s'il ne s'tait
laiss aller commettre quelques grosses erreurs qui
peuvent tromper les connaissances de son public.
Comme nous l'crivions dans notre article, c'est le
New-York Herald qui nous a donn ces renseigne-
ments qu'a reproduits mot pour mot le rdacteur de
La Patrie. Combien il aurait d s'en tenir cette
copie servile! Il aurait ainsi pargn ses lecteurs
cette contradiction grotesque dans la mme phrase :
Ce navire arien pourra transporter 125 hommes,
i,ooo fusils, 5oo,ooo tuis cartouches, le matriel
ncessaire pour la fabrication de la dynamite, des


COMIT FRANAIS DE CUBA LIBRE


Nous avons reu du Comit Franais de Cuba
Libre la communication suivante:
Un appel aux pharmaciens et fabricants d'instru-
ments de chirurgie a t lanc par le Comit comme
suite la circulaire du Club Cubain Fdrico de la
Torre pour venir en aide au service de sant et la
Croix-Rouge des rvolutionnaires de Cuba. Le Comit
reprendra, ds aujourd'hui, sa propaganda parmi les
pharmaciens et les fabricants franais en faveur de
cette oeuvre de solidarity humaine.
Le Secrlanire,


EN(OR[E IN F \Ni,'.\IS AIIIETE

AU SNAT DE WASHIINGTON

L'ATTITUDE DU PROU

BRUITS DE DERNIRE IIEURE



Pour se consoler, sans doute, de n'avoir pas de
nouveaux succs contre Maceo nous annoncer
ces jours-ci, Weyler se signal par une recrudes-
cence d'arbitraire. Un mdecin franais, agent
consulaire de France Cienfuegos, le Dr Lay,
vient d'tre arrt.


Le snateur Call a soumis aujourd'hui, au S-
nat, une resolution aux terms de laquelle les
Etats-Unis devraient reconnatre la Rpublique

Cubaine comme un gouvernement libre et ind-
pendant auquel il serait accord tous les droits
et prerogatives d'un gouvernement souverain
dans les ports et territoires placs sous la juri-
diction de l'Union.
M. Olney corrobore, en dclarant que jamais
movement d'une si formidable importance ne
s'tait produit jusqu'ici dans la grande Antille.
Aussi estime-t-il qu' la faon don't les Cubains
conduisent cette guerre, elle ne peut se prolonger
indfiniment.


La commission des affaires trangres de la
Rpublique du Prou a soumis la Chambre des
Dputs un rapport demandant la reconnaissance
de la belligrance en faveur des rvolutionnaires
cubains. Ce rapport est d'autant mieux fond,
pensons-nous, que djii, dans la guerre de dix
ans, le Prou avait reconnu cette quality aux
Cubains. Fond sur un pareil prcdent, il ne
peut manquer d'aboutir la solution que nous
attendons. D'ailleurs, la reconnaissance ant-
rieure n'est pas prescrite, comme La Repbli-
ca Cubana l'a dit dj dans un de ses derniers
numros.


Depuis avant-hier, tous lesjournaux ont donn
de Cuba des nouvelles sur lesquelles nous ne
croyons pas qu'on puisse s'assurer.
On dit: 1o Que Maceo a pass la Trocha pour
se rendre dans la province de La Havane; 20 que
Weyler a t bless; 30 enfin que Maceo et le fils
du gnral G6mez ont t tus dans un combat
oi W\eyler, lui-mme, aurait t bless.
Tout cela n'est-il pas fait pour dconcerter
l'opinion, et en faveur de l'Espagne, devant l'at-
titude de M. Cleveland et certaines dclarations
de son message.


*.


9e





10 DCEMBRE 1896.


COMMUNICATIONS OFFICIELLES


LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE

De la Rp,ubliqie de Cuba

A-t RMubliqcles de l'Aitrique Latihe


Le 24,Evrier.i895, les patriots cubains prirent.de.
n*rvweae- lesar1mes' pour rompge dfitnitivement le iien.
Fpl.-iarqi.que q, a.j: -ur[t!. le,.peuple:Gubaim,,isla,monar-.
ch'le espagne~le.,' Biosepteimbre. suivant;. leurs, airmes
victorieuses avaient lev le drapeau de la libert de-
puis 1extrmit orientale de l'ile jusqu'aux, confines
de la province de.Matanzas.'Les trois quarts de la
colonie taient en armes contre le pouvoir espagnol
et leurs habitants lirent des dlgus pour consti-
tuer un gouvernement, comme premiere expression
de leur souverainet.
L'Assemble Constituante se runit dans les
champs historique de Jimagay. Elle rdigea une
Constitution provisoire, en conformit, avec les n-
cessits de la guerre et dclara constitute la Rpu-
blique de Cuba. Le pouvoir supreme du nouvel
Etat fut confr un Conseil de Gouvernement
compos d'un Prsident, d'un Vice-Prsident et de
quatre Secrtaires charges des affaires de la Guerre,
des Finances, de l'Intrieur et des Affaires Etrangres.
Le citoyen Salvator Cisnecos Btencourt fut nomm
president; le citoyen Bartholom Mas6,vice-ppsident;
le gnral Carlos Roloff, secrtaire de la guerre.; le
licenci Severo Pina, secrtaire, des finances; le
docteur Santiago Garcia Cazifiars, secrtaire de l'in-
trieur, et le licenci. Rafael -Portuondo Tamago,. se-
crtaire.des affaires trangres. Le gnral.Maximo'
Gmez fut dsign pour le-comman~emenrten chef
des armes- cubaines. et le gnral Antonio Maceo
pour lieutenant. La representation de il R- ipubtqu.:
l'tranger fut confie au citoyen Tomas Estrada
Palma qui prit le titre de Dlgu Plnipotentiaire.
Aprs ces vnements, le succs militaire de la R-
volution a dpass toutes les esprances. Les armes
de.la Rpublique ont envahi avec une irresistible
.ardeur les provinces de Matanzas, de La Havane et
de Pinar del Rio,mettant en droute les forces espa-
gnoles, dtruisant les plans de,leurs gnraux, et, en
quelques jours elles sont parvenues l'extrmit oc-
cidentale de l'ile, soulevant le pays en masse. La
march de l'arme d'invasion par le territoire de l'oc-
cident a t une vritable promenade triomphale.
Les populations se prcipitaient la rencontre de
nos soldats et l'adhsion dt people, dans les con-
tres qu'on, considrait come le boulevard de la
domination espagnole, a couronn le succs mili-
taire par le triomphe politique le plus complete.
En presence de ce rsultat, qui serait stupfiant si
les causes qui l'on product n'taient pas patentes, il
est impossible de mconnatre que le people de
la colonie a la ferme volont de changer de condition
politique en compltant son dveloppement histo-
rique comme leur heure ont complt le leur les
nations sours du Continent, lorsqu'elles se sont le-
ves la dignit d'Etat. Il a dmontr galement de
la faon la plus nergique qu'il ne reculera devant
aucun sacrifice pour maintenir sa personnalit et son
indpendance politiques.
Cela tant donn, le gouvernement de la Rpu-
blique de Cuba a cru qu'il tait de son devoir de s'a-
dresser aux autres Etats Amricains ayant la mme
origine que lui, et leur exposer les motifs graves
qui l'ont pouss en appeler la guerre dans le but
de se constituer. Il veut aussi leur exprimer sa re-
connaissante esprance, assur qu'il est de trouver
en eux une grande force morale qui l'aidera efficace-
ment mettre fin au. conflict sanglant dans lequel il
est engag. De la sagesse des peuples libres de
l'Amrique Latine il attend la reconnaissance de ce
fait, que s'tendent au-dessus des frontires natio-
nales des liens antrieurs aux forces politiques et plus
permanents,constitus par la communaut d'origine,
d'histoire et d'idiome, et par la.similitude des.cou-
tumes et des croyances drivant de cette commu-
naut. De ces liens il rsulte que la paix et la pros-
prit d'un people amricain sont, dans la'vie de tous
les autres, des facteurs important; ce qui fait que
la solidarit.amricaine n'est pas un vain mot.
Il y a, dans le.maintien de. la paix, une espce de
devoir international. Lorsqu'un people a recours
la guerre, il ne doit le faire que dans le cas o il lui
est possible de justifier sa conduite devant les autres
peuples et de faon ce que aucun ne puisse m-
connatre les-raisons qui l'ont amen se prvaloir
de cette resource extreme : l'appel au droit. Cuba
se trouve dans ce cas. L'organisation politique que
l'Espagne lui a impose, loin de rpondre aux fins
fondamentales et permanentes de la constitution du
pouvoir public, l'appauvrit, la dgrade, la dmora-
lise et la livre d'incessantes convulsions, d'inces-
sants bouleversements qui sont une menace pour
son progrs et-sa civilisation..
L'Espagne refuse au Cubain l'exercice du pouvoir
politique dans son propre pays. Sur la totalit de ses
habitants, trois pour cent seulement jouissent du
droit de suffrage, et encore, dans cette ridicule pro-
portion, grce. des piges de la loi, l'immense ma-
jorit des lecteurs sont des immigrants pninsu-
laires. Ceux-ci, par suite, reprsentent Cuba au'
Congrs espagnol et sont-exclusivement les matres
des affaires municipales et provinciales de tout le


Spays. En outre du pouvoir politique, l'Espage aci
mis la force militaire aux mains de ces immigrants,.
qui constituent une vritable arme d'occupeioe..
La mtropole maintient de plus:: sa guise dans la
colonies les forces de terre et de mer qui lui
paraissent convenables,, et il n'est pas jusqu', la
police ds villes et des campagnes qui ne soit' aux
mains de. corps, arms jouissant en temps de paix.
des mmes facults arbitraires qu'en temps de
guerre.
L'adhiitnistration de, lai justice est une; mae.h'inee.
d'oppession: et non, u,neu garantie pour~ lis, biens.,
l'honneur; la seurit-et les droits das citoyen: L'a,
judicature est presque entirement aux mains des
Espagnols et les juges se considrent comme de
simples instruments du gouvernement.
Avec le pouvoir politique, le pouvoir militaire et
le pouvoir judiciaire en mains, la Mtropole a
impos la colonie une administration bureaucra-
tique qui est 1i, F.ilia-i -,.rgni:' et elle l'a soumise
la plus complete servitude commercial. Les impts
qui ont pes sur Cuba, sans une vritable reprsen-
tation de contribuables, depuis la fin de la guerre,
en 1878, jusqu' ce jour, dpassent le chiffre de
cinq cents millions de pesos fuertes. Et, comme si
cela ne suffisait pas, le gouvernement espagnol a
fait peser en outre sur Cuba une dette suprieure
celle de tous les pays du monde. A cette exploitation
sans frein, sous forme lgale, s'ajoute l'exploitation
illgale des emplays, gent trangre au pays et
compltement irresponsible. Dans le service des
douanes seul, on a calcul que, de 1878 1894, les
agents du fisc avaient vol deux cents millions.
L'Espagne a fait des tarifs de Cuba une maille
serre 'qui, ferme la porte au, commerce, tranger. A
la fin d. dix-neu.vine :sicle- et;dans ,un, pays don't
le rgime industrial demand imprieusement la li-
bert du commerce, le gouvernement de la Mtropole
nous impose l'abominable systme colonial qui fut
l'une des principles causes de la guerre d'manci-
pation du continent. A l'abri'de ces tarifs mons-
trueux, le commerce de quelqIes provinces espa-
gnoles fait la loi au march cubain et, come si le
monopole ne lui suffisait- pas, l'Espagne s'enrichit
en y ajoutant la fraude au prejudice du fisc et contre
les intrts de nos consommateurs, directement et
indirectement.
Un people qui ne dispose pas du produit de son
travail, qui n'intervient pas dans la gestion de ses
propres finances, qui reoit toutes ses lois d'un pays
tranger et voit son administration tout entire aux
mains des gens du dehors est un people complte-
ment, radicalement esclave. Jamais tyrannie pareille
n'avait exist et il est impossible de la concevoir.
Ce rgime tant donn, personnel ne saurait tre
surprise que nulle scurit n'existe Cuba et que le
droit du citoyen n'y soit garanti en aucune faon.
Et il n'est pas tonnant non plus que, malgr le
got extraordinaire des Cubains pour le travail et
leur esprit d'initiative, les crises conomiques se
succdent Cuba et les aient conduits deux pas
de la ruine.
Il aurait fallu que le people cubain ft tomb dans
une dgradation complete et et perdu.toute aptitude
amliorer sa situation et aspirer au progrs pour
prsumer qu'il aurait pu tolrer, sans rvolte, un
rgime si touffant, si ruineux et dmoralisateur.
Fort heureusement, il n'en a pas t ainsi. Ni les
appeals la dignit, ni l'exemple de l'Amrique n'ont
t perdus pour lui. 11 y a plus de, cinquante ans
que Cuba lutte de toutes les manires, .par la parole,
par la plume et par l'pe, pour mettre en" droute
la-tyrannie espagnole et la remplacer par.un gouver-
nement elle qui soit une garantie d'ordre et de
libert.
Cette lutte ne cessera pas tant que l'Espagne
n'aura pas renonc .sa tmraire entreprise, d'touf-
fer par la force et de mettre entrave nos lgitimes
aspirations. De cette faon, Cuba, non par.safaute,
a t et est aujourd'hui un facteur de dsordre-et de
pril dans le concert des peuples amricains.
L'intrt suprme,-de l'Amrique,' de l'Amrique
latino-lusitanienne particulirement, est que Cuba
cesse d'tre un champ ensanglant o se trouvent
priodiquement aux prises la libert amricaine et
le despotisme europen. Loin de se fortifier, notre.
race en Amrique dgnre par suite de ces luttes
terrible. L'Espagne doit tre considre avec ddain
et dgot par ses anciennes colonies, tant qu'elles la,
verront occupe maintenir sur la terre amricaine
le mme rgime oppresseur qui lui alina l'esprit des
nations du Continent et les obligea rompre les
liens politiques. qui les unissaient autrefois. Cuba'
libre et prospre sera un lment de prosprit et de
scurit pour les peuples amricains de mme ori-
gine. Cuba, anmie et ruine,, peut tre facilement
prise par des races non antagonistes, mais diverse.
Ici apparait clairement. le: grand intrt des-peuples
latino-amricains intervenir, par leurs conseils.et
leur influence, afin de hter l'heure de notre Consti-
tution definitive en Etat. S'ils se dcident .mettre.
leur force morale au service de cette grande ouvre,
ils auront rendu un signal service Cuba et l'Es-
pagne et ils auront fait preuve de provision leur
propre profit.
Le moment est propice et opportun. Livres
elle-mmes, dlivres du despotisme espagnol, les
nations amricaines ont pu entretenir avec leur an-
cienne mtropole, sans dsagrments et avec dignit,


les relations matrielles et morales, toujours plus
fitiles entiree peuples de mme souche et de mme
pprovenance. Les passions hostiles se sont amorties.
L'Espagne a fini par reconnatre que ses anciennes
colonies ont agi sagement et lgitimement en se
constituent en, nations matresses de leur destine.
L'heure vientro elles peuvent voir ce que psent;
leur avis et leur influence dans les conseils de l'Es--
pagne,,dans une question essentiellement amricaine
et.essentiellement identique hcellequi se.:posa 1rs-
qu'elles entre.pirenti elles-mrmes leuri olttioni
pplitique,..
En, intervenanti afin que l'Espagne!. reconnaisse
l'indpendance de Cuba et mette fin l'effusion de
sang:'et la destruction de proprits qui appauvris-
sent et dbilitent une parties de l'Amrique latine,
elles affirmeront une fois de plus leur adhsion au
principle auquel elles doivent leur existence comme
Etats et leur droit tre coutes dans une affaire
international qui intressekun si haut degr l'ave-
nir de la race qui les people et qu'elles reprsentent
dans le Nouveau-Monde. Elles donneront en mme
temps des preuves du vritable intrt qu'elles por-
tent l'Espagne et de leur confraternit l'gard de
Cuba. Il n'est pas possible de concevoir acte politi-
que plus lev, plus prvoyant et plus lhumain.
Cuba, de son ct, est rsolue conqurir son in-
dpendance, dt-elle pour cela en arriver aux plus
terrible extrmi.ts. Mis .au moment o.ses armes
sont promfienes victorieuses dans l'ile entire et o
elle compete sur le concourse de tous ses enfants pour
nourrir ses armes et les pourvoir de tous Jes l-
ments de guerre, mme au prix des plus grands
sacrifices, elle veut dmontrer aux nations surs de
la libre Amrique ses dispositions pour la paix ; et
elle invite leurs gouvernements employer leurs
bons offices avec l'Espagne dans le but de mettre fin
la guerre des conditions qui nous amnent, a
nous l'indpendance et l'Espagne les compensa-
tions qui pourraient rendre moins prjudiciable la
perte d'un territoire qu'elle perdra de toute faon.
Il ne nous reste plus qu' prsenter ces indications
sommaires : nous avons confiance dans le respect et
l'amour de la libert des reprsentants des Rpubli-
ques hispano-amricaines, et nous sommes assurs
qu'ils sauront apprcier la noblesse de nos intentions,
l'indiscutable valeur de nos droits et la mutuelle
convenancequ'il y a pour tous les peuples rendus
solidaires par leurs affinits ce que l'indpendance
de Cuba, cimente par le sang et les efforts des
Cubains, soit couronne par l'intervention et l'accord
de tous les Etats de notre race.
Le President,
Salvador Cisneros Belancourt.
Le Secrtaire des Affaires Etrangres,
Rafael M. Portuondo.

--------~., ----

QUI TROMPE-T-ON ?

Qui trompe-t-on ?
Mon Dieu, on ne trompe personnel, et c'est pour-
tant l'opinion europenne que l'on prtendrait
tromper. Mais cela ne prend point, et cela prendra
de moins en moins.
Les journaux la solde de l'ambassade d'Espagne
grands et petits, car on n'y regarded pas de si
prs auront beau nous center les hauts faits cas-
tillans-et mettre quotidiennement les Cubains en
capilotade, nous nous contentons de hausser les
paules.
.Les faits sont l et palpables en quelque sorte.
L'Espagne a envoy, dans la grande ile, 200,000
hommes environ depuis vingt mois au plus. 6o,ooo
dj ont pri, soit sous les balles cubaines, soit sous
les atteintes du climate. En 1811, la Russie avait
contre nous . le gnral. Hiver; mais, comme
nous le disait, avec une sorte d'esprit tragique, un
rvolutionnaire Cubain: Nous avons, nous, contre
les troupes europennes, quatre grands gnraux,
qui s'appellent: Juin, Juillet, Aot et Septembre.
N'oublions pas, et toutes les correspondances tran-
gres en font foi, que l'incurie espagnole fait chaque
jour aussi ses victims dans l'arme d'Espagne: c'est
un cinquime gnral sur lequel les Cubains peu-
vent computer.
Trve donc de rodomontades !
Si, de 1868 1878, les Cubains ont pu soutenir la,
lutte, cette fois-ci celai ne durera.pas dix ans: ce,
sera, avec de honteuses dfaites, la banqueroute de
la mtropole.
N'aurait-elle pas, d'ailleurs, sur les bras, assez et
plus qu'assez de fil retordre aux. Philippines, .
Porto-Rico... partout, en un mot, o flotte le pavil-
lon espagnol ? Car, partout o il flotte, c'est aussi
l'exploitation jusqu'au' dernier sou et au dernier
sang, le rgime de vexations, d'inquisition, d'innar-
rable horreur que les journaux indpendants d-.
noncent tous les jours -l'indignation du monde
civilis.
S'il reste l'Espagne quelque argent, elle ferait
mieux, aprs le fiasco de son emprunt, de le consa-
crer au rapatriement de ces pauvres troupes qu'elle
envoie l-bas, outre-atlantique, prir misrablement,
et dans des conditions telles que l'histoire enregis-
trera encore cette hcatombe comme un opprobre
de plus, une inexpiable tache de sang pour le gou-
vernement alphonsiste.
C'est cet argent, sans doute, qui sert payer les


feuilles complaisantes charges de nous transmettre
grand orchestra la dfaite de Maceo, la capture
de Mximo G6mez, l'nergique attitude de.Weyler,
en face des Etats-Unis, etc.,.etc.
Vritablement, cela fait plutt piti, et mme-une
profonde piti, cette dcadence d'un people qui.etu,
dans ses jours d'apoge, deux mondes sous son
soleil...
Quant aux promesses de Wevler;. nous. savons
trop bienr ; quoi nous en tenir. Martinez y Campos
Ss'st'retir d, Cuba. avec un certain, decorum ; le
soudard isanguinaire qui est:l-bas aujo.urd'1hui, pro-
claman.t. dictaturant, fusillant; et:.. fuvant tour
tour, mrite ~certainement une.pl.as mnauaise fin. Il
n'a pas'. jir, comme Mayenne pour Henri IV, de
ramernerMi:Madrid, Maceo et G6mez, pieds et poings
lis,- mais il mriterait, lui, d'tre ramen La
Havane par les insurgs triomphants, non pas pieds
et poings lis, mais come une bte froce, dans
une cage 'de: fer. Latcage n'aurait plus protger la
foule contre la bte, mais,la bte froce contre toutes
les haines sanglantes qu'elle a suscites.
Ah pauvre Espagne! Encore une fois, au lieu de
subventionner des journaux qui ne trompeht per-
sonne, gardez donc le peu qui vous reste pour ra-
patrier ces soldats, et laissez Cuba Libre sous son
toile solitaire.






-C------"-f ^r------

TORQUEM IA-, N'ESIT PAS MORT

A Cosmo.
Je regrette de ne pas tre de votre avis, mon cher
Cosmo, lorsque devant les atrocits qui se passent
actuellement dans les prisons de Barcelone, vous
poussez ce cri d'indignation : Il tait donn notre
fin de dix-neuvime sicle, de voir la resurrection de
cette hideur qu'on croyait tout jamais morte et
enterre : l'Inquisition. Croyez-moi, mon cher
collaborateur, l'Inquisition n'a pas eu, la.peine de
ressusciter en Espagne, vu qu'elle y a toujours joui
d'une excellent sant. Un crivain d'une imagination
tourdissante, mais incapable de 'commettre un
monstreux anachronisme, Edgar.Po, nous montre
dans Le Puits et le Pendule, l'excrable institution
plus en vigueur que jamais au dbut de ce sicle.
Des infernales inventions de Torquemada la morue
sale- creation due, parait-il, au cerveau de Weyler,
la chaine est ininterrompue, et cela parce que
l'Espagne n'a jamais cess d'tre l'Espagne de Phi-
lippe II, sauf en ce qui concern le prestige et la
grandeur.
Voulez-vous me permettre de vous faire voir un
coin de l'Espagne actuelle ? Le tableau que je vais
mettre sous vos yeux estinsignifiant, si l'on veut,
mais combien suggestif!,
Regardez, ou plutt lisez ce que public l'Heraldo
de Madrid :
Une respectable personnel de Cadix, oblige par
ses affaires de communiquer frquemment avec la
province de Cuenca, nous dit que cela devient une
entreprise beaucoup plus difficile que de maintenir
des relations avec le centre de l'Afrique.
S Au mois de septembre, cette personnel envoya a
Torrejoncillo une lettre recommande avec un billet
de 25 pesetas, puisque pour cette localit il n'y a pas
de lettres de change, ni de valeurs dclares. La
lettre arriva mais le billet s'vapora en route.
L'preuve avant t recommence avec des enve-
loppes -doubles et un timbre special, les rsultats
furent identiques.
A Horcajada, I'administrateur (!) ne sait pas
crire. Tandis qu'il se donne au travaux des champs,
sa femme expdie les paquets, mais de telle faon
que (en mettant les choses au mieux) les secrets de
la correspondence n'en sont pas pour elle, et que
tout le pays a connaissance des lettres avant les des-
tinataires de celles-ci.
Il y ade nombreux examples du mme fait, mme
dans des localits beaucoup plus importantes; le
directeur de l'Heraldo pourrait en citer quelques-
unes pour la consolation des habitants de Hor-
cajada.
C'est l, je le sais, un fait de minime importance;
mais tout se tient ici-bas, et cette bagatelle veille en
nous de longues mditations sur les Choses d'Es-
pagne . A propos de ce rien, on songe aux proces-
sions que font nos voisinspourqu'il nepleuvepas-
car chez eux les mmes causes produisent des effects
opposs; on songe aux courses de taureaux, aux
vques bnissant les troupes et les friandises -des-
tination de Cuba, aux scapulaires pour battre Maceo,
et l'on constate avec une stupfaction immense que
le moyen ge est nos portes.
Pourtant, ce qui est doit-tre, c'est--dire qu'il y
a des raisons, et par consquent une explication
ce phnomne. Ainsi que le dit M. Gustave Le, Bon
dans son admirable livre (Lois psychologiques de
l'volution des peuples): intellectuals don't l'association forme l'me d'un
people,, reprsentent:la synthse de tout son pass,.
l'hritage de tous ses anctres, les mobiles .de sa-con-
duite. De mme que les caractres anatomiques per-
mettent de classifierles espces, les caractres psycho-
logiques se reproduisent par l'hrdit avec rgula-
rit et constance... Infiniment plus nombreux que
les vivants, les morts rgissent l'immense domaine
de l'inconscient, cet invisible domaine qui tient sous
son empire toutes les manifestations de l'intelli-
gence et du caractre; les morts ne nous imposent


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'lP;P;e~;s~'~;~ec~;r~i~n~~






10 DCEMBRE "tf89?6.


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pas saulement letir.:constit.utioin physique, ils nous
imposent aussi'leurs penses.
C'est pourq.uoi il. estipermis-de'dire que les grades
figures historiques. de chaque people sont l'incar-
nation des sentiments et des ides:de ce people :
.Toiqiuemada loin id'tre..une creature sui generis,
un-,monstre, ;n'tait,pasautre choseique 'l'me espa-
gnole de sori emps, sun. une 'forme marerielle Ges
grandes figures.,peuvent s'lever:par. l'intelligence :ou
la volont au-dessus de la"m'assse:de la.nation,;mais
leurs sentiments et leurs .ides ne sont jamais.que
le reflect ou plutt 'lexagration Mdes sentiments et
des ides de cette masse. 1l-n'-'yav aitqu'unMirabeau
. l'Assemble, mais 'il y en avait certaihement des
millions en France; .de: mme en 93, les Robes-
pierre et .es Danton ppullulaient. .Par .:consquent
Torquemdda.:et ,le.rduc.d'A eib Caihonas et \\'el er'
sont ;-desmaan'ifestations,ide l'ame espagnole ;,,et .es.
deux'derniers sont la preu\e'que cete me est tou-
jouysla.rime.
S. Mais,'Ime.des e raeesssem0ndiefieaet ,a'v.edlles.es
institutions,"merdiarez-vous. Qui, ertes, .imais'iavec
une, Beme., enteur,.: surtout ; a 1premire. I1.- serait
aidade;;ppo'uter ique ila-ppt~ipart.t'des, dlffrences(que
nous' Yoyans.entre notre 'socit.iaQtulle et. lancien
rgime ne sont que des differences apparentes
laristocratie diu capital !a 'remplacc laristocratie de
naissance,' llirppt ;;pse,. toujours plus ,lourdement
-surIes classes infrieures toujours exploites par les
:suprieures.
Vous savez, mieux, que personnel, que mme chez
nous on a change plutt Je nom des choses.que les
choses :mimes 'Sommes-bous.autjo.ud'hui beaucou p
plus prs :de l'idal : Libert,' galit,: Fraternit,
qt'on ne'l'tait il y a un sicle'?
D'ailleurs, les-modifications possibles:dans les sen-
timents d'un people sont e fait de l'inifluence du
milieu et de l'ducation; or, en Espagne,.le milieu
moral- immoral ..serait.'plus just est ce qu'il
tait sous Torquemada, ,je dis : 'dessein sous
Torquemada, et l'ducation national est lettre
morte. l.:Il ien est.ainsi parce sque, -en -Espagne,' le
clerg'n'a jamais.,petdu sa-prpondrance.
1Lagent.denoir-,habille, ennemie ;par :instinct de
la culture intellectuelle-.parce -que celle-ci ne 'peut
aboutir qu'au scepticisme, 'a intercept tous les
rayons .lumineux .qui, .des pays voisins,.auraien t.'pu
pntrer en.-Espagne tt y modifier 'favorablement le
milieu. C'est . ce cl.erg, 'fanatique et itrogtade,
maitre absolu :.deta"conscience etlIde la. volont des
masse. que le peupleespagnc'l doit son ignorance. sa
misre et son immo.ralit; c'est lui-que! l'Espagne,
en:.unmotlJdoit. d'-.tre reste statiorrnnaire laumilieu.
des,:peuples'id'Occident,- tel:point qu'un voyage en
Espagne est:.presq.ue: tcujours, idans l'espritide ceux
qui. l'entreprennent un-voyage... 'dans le-pass.
Oui,: monn cher Eosm0 ;Torq.uemda ..et le duc
d'-Albe vivent ,encore :..ils s'appellent aujourd'hui
-Canovas et Weyler.. Et il y en a bien d'autres.
Sawngo'edo.


i'LETTRES A PtERRE,

Tu te demandeds, mon cher P-ierre; pour quels mo-
'tifs je puis servir avec tant d'ardeur la cause cubaine,
c'est--dire la cause-'de gens don't le soulvement
,contre l'Espagne a produit la ruine de ma famille, la
mienne propre et celle de mon enfant? Tu n'es point
:seul ne pas compren'dre-et-bien des Franais sont
dans, ton cas. qui n'ont.pu voir que .lasuperficie- des
choses.
Tu comprendrais moins encore, n'est-ce pas?
l'aiide. de camp-du gnral. Galixto Garcia, mon'beau-
frre,. donnant, l'ordre 'de consacrer sa propre ruine
par l'incendie de ses plantations et sa promesse de
faire brler, la premiere, sa maison familiale si ses
troupes russissaient, iun jour, pntrer dans sa
ville natale?
C'est que, vois-tu,:mon 'bon .Pierre, les conditions
de, dsintressement et. de patriotisme.dans lesquelles
les Cubains.font actuellement la guerre sont tout
simplement inoues.
L'Espagne a perdu la parties ; bientt, j'en suis
-convaincu, ses troupes ne fouleront plus le sol cu-
bain. Pourquoi? Par suite de la strict execution des
.ordres formels donns par le gnral Mximo Gmez,
chef supreme de l'arme cubaine, par l'emploi de
measures de destruction systmatique, simple moyen
.de defense lgitime et... admirable.
La richesse de'l'lle est exclusivement agricole. Ce
sont les droits exorbitants:pays par les products du
'sol la mre-patrie qui lui ont fourni les moyens
d'entreprendre et de continue la guerre. La perte de
ces droits supprime donc pour l'Espagne le principal
.de ses revenues.
L'exploitation normal des proprits tait l'arme
la plus redoutable que les Cubains pouvaient laisser
entire les mains de leurs adversaires, d'o la destruc-
tion de ces proprits qui, d'abord timide, hsitante,
est devenue systmatique et raisonne.
Cette mthode de ruine, je la qualified d'h-
roque. Pourquoi? Pour cette simple raison que
l'immense majority des proprits appartiennent aux
Cubains; parce que pour ter l'Espagne les moyens
de les combattre, ces propritaires n'hsitent pas
se ruiner eux-mmes!
Rester pauvres, mais rester libres! Tel est le vu
des Cubains.


:Libres.de l'exploitation, de la succion espagnole,
ils serrelveront par le travail, l'ordre et l'conomie,
et ils esp.rent qu'avec les resources naturelles ddu
paysetjdes relations :debon voisinage, ce ne sera
pour eux que l'affaire de qu'elques annes;
Voil,:pourquoi, mon bon: Pierre,,victime de cette
guerre don't je suis, sans -passion, .toutes :les,>ptip-
ties, je ne puis m'empcher d'admirer de toutes mes
forces la grandeur du.dsintressement de ces en-
fants de Cuba qui combattent'pour. l'indpendance,
pour.la vie; normal de -leur ppatrie,. et;.que, rempli
d'motion auxrcits circonstancis.de cette .lutte.h-
roque, je criede tout mon, coeur ide bon Franais :
Vive Cuba Libre
Ton
.;Jacues.
Le.- Gi cines, par .Nogent-+sur-Vernisson, :le 5 dd-
cembre 1896.



I'ESPAGNE "LIBRE


:.Les habitantss .ide la,, grande :ile Antilienne,, qui
pourrait justement.:siappeler l'ile;.hro'ique, sesont
soulevs.,au cri 'Ade.: Vive Cuba, Libre! ..Ceux ,de
.Mariille poussent,,la.;clameur.ianlogue : 'Les Phi-
lippines, Libres! A .-leur tour,i les:;Espagnols 'eux-
mmes, ceux-du moins auxquels ,l'obscurantisme
clrical:et, les.:boucheries ;tauromachiques jn'ont; pas
faitperdre conscience: etudignit, commencent-i re-
gimber.:aussi,. etoes ,-plus .dcids vont jusqu' dire
tout;haut : '.LEspqgne Libre!
.Po.urquoi: pas ?
,.La libert, le progr-s social. l'avnementdmocra-
tiquene:sont pointid'esseneq'particulariste, et ce n'est
certainementpas : ,notre :pqque :de dveloppement
intellectual .qu'on ;pourrait,. condamner ,unpeuple
demeurer indfiniment sous le joug:de>ses abrutis-
seurs et exploiteurs.
Parceque Cuba a.commenc,, ce, n'est, point une
raison pour que l'Espagne ne continue pas,,pour son
compete.
Que le-peuple 'de la pninsule,',au lieu:ide laisser
envoyer ses filss: au, massacre.pour con-servers. une
minority Ide vampires .la .possession d'tunppays.;qui
veut- tre libre,' se soulve pour .conqurir... .l'Espa-
gn'e mme qui, de fait, appartient non ses.'dix-sept
millions d'habitants mais un nombre restreint.'de
pr\ iligle,.
'* Que ceux quii pensent:.quIune, nation 'estfaite.pour
sappartenir ellem-me:et' n'on ,oublier sa'servitude
avec de menteurs:jbulletins.'de victoire,,desrproces-
sionseetdes gorgements de :taureaux, :dans -lesquels
les- vraies btes furieuses. ne ,sont 'pas ces ,quadrup-
des, rclament eux aussi:des competes ceux'qui leur
dnient tout droit la libert -politique et au0bien-
tre -social.
Lorsqu'un 'gouvernement -en :ariivei. conmmettre
non.:plus dans .des; colonies,:loignes "mais.:chez::lui-
mme i des ,atrocits .sem'blables :. elles .iqui -sont
perptres sur les prisonniers 'pliri.qtues'.de'.Mont-
juich,'.atrooits :qi:font, constater -,que l'fniquisition
n'est:pas 'morte; lorsque 'ce..gouvernement.-en.arrive
:faire .attribuer .. des .dputs officieux .des' trois
mille .voix idans :des localits-qui -ne .comptent.que
trois cents lecteurs, on peut, saris:grande. crainte.de
se tromper,aiaffirmer qui l est. bien prs .de sa fin.
La rvolution n'a:pas: settlement :sa aison :d'tre
: Cuba et .aux Philippines : elle est' surtout iurgente
dans le pays o rgne le jeune.'Alphonse numro
treize et o gouverne M.' Canovas del Castillo.
:La 'monarchie alphonsiste aura rperduiles derni-
res colonies de l'Espagne; si celle-ci ne reprenait
enfin possession .d'elle-m'me 'pour .changer son
rgime politique et conomique, ce serait la'fin, la
disparition .irrmdiable du pays dans' une:gigantes-
que banqueroute.
'Mais dans ce pays o les coquins .sontau pouvoir,
tous les hommes :de cour ne sont pas .dans.lespri-
sons. Les dernires nouvelles annonaient un rveil
de la dmocratie rvolutionnaire. De grands vne-
ments sont peut-tre proches dans la pninsule..
Cosnio.

------r~----,-'

LES CAFS-CONCERTS
Par Gustave Coquiot


La librairie de l'Art nous vient d'offrir une dlicieuse
plaquette intitule les Cafjs-Concerts, don't 'auteur,
un jeune, a nom Gustave Coquiot. Nom retenir,
quoique dj bien connu, fort apprci des lettrs et
des ,bibliophiles, qui, certes, n'ont point oubli du
mme crivain la Seine et les Bals publics.
En dehors de la tourmente et de la fivre contem-
poraines, qui se sont empares de nos intellectuals
et artistes, alors qu'ils sont quasiment lgion, cher-
chant le prambule mme' d'une littrature faire,
en gsine de renomme douteuse, envieux de mon-
nayages insuffisamment motivs, j'ai une joie d'ins-
crire ici, comme il sied, le nom d'un de ces paisibles
et silencieux : doux, loyal et savant artiste,' qui, tel
le voyageur ennemi des rocailleuses routes, a prfr
le banc l'ombre, et a su dlicatement nous con-
duire au bon repos, vers la bonne fontaine....
Dans Paris, Gustave Coquiot s'en est all, au ha-
sard, en flnant, aussi bien par les jouis de fine


bruine que par les crpuscules d'arrire-t, et,. tes
feries de la bonne ville lui sont apparues' familire-
ment, avec des nuances tendres, estompes, mlan-
colises, et devant les colonnades ou les frontons,
devant d'autres .architectures que nos yeux eurent
toujours coutume de voir sans rien distinguer der-
rire, lui, l'observateur.aigu et le dessinateuridisert,
en a bien vite dcouvert, scrut,,fouiill, toutes sortes
de;dtails charmants et.profonds, avec,ppour en re-
hausser, la valeur, toute une.adquate psychologie....
,Dessinateur....,ai-je 'crit plus haut. -H oui 1 et
Gustave Coquiot,t'ne se content point id'tre. un
styliste remarquable, un observateur plein de, got
et:d'crudition, c'est un architecte qui, .d'une.page,
d';unephrase,"en:aarrivet nous.doaner, la complete
illusion' d.un: joli .travail,.iaux contextures bien gales
et rectilignes. Son style,.est-net, incisif, tranchant,
procdant par -axiomes vraiment, gomtriques, se
dveloppant.ien'.so.lations magnifiquement raison-
nes,;iavec de-ci, i.de-l, .ides; fioritures, .des ,points
d'arrt ou de suspension....! Et les -mots marchent,
tournoient, -tourbillonnent,.en une rgularit impec-
cable,-et lentement, le dessin..qu'il a vu et imagine,
se trouve tre.construit.
'Henri Degron.

--------^)~ki------

LE PLAN ,D'E VALERIAN'O


'Nous reproduisons eci-dessous .un ,:dessin -ide la
chambre du conseil'du.gnral Weyler ha Havane,
tel que l'a idonn le'Daily Graphic.i Il s'y trouve un
plan en relief de l'ileide Cuba sur lequel le gnral
suit tous les movements de ses troupes, et ceux 'des
armes cubaines. ill a ainsi les :points prcis .o -.se
trouvent! . chaque'heure les diversee' parties de l'ar-
me espagnole en marche, ainsi:que ceux o il sup-
.pose' tre ses,dversaires.


Nos lecteurs savent quels rsultats ont produit
jusqu'ici tant .d'tudes et .tant, d'efforts : il faudra
que Weyler.transforme. son plan.de champagne c'est
cet, jamais fameux plan qui.devait aboutir en q.uinze
jours l'crasement de Maceo. Nous croyons que le
vritable, plan. de Weyler -est de see remplir les poches
avant, de se tirerndes.pieds.




:LES FINANCES ESPAGNOLES


El Nuevo Regimen, Madrid: Les esprances
qu'on avait conues se sontralises. La souscription
publique ouverte pour l'emprunt a donn, non 250
millions, mais 592,' beaucoup plus que ce que le
gouvernement peut recevoir. Le rsultat a t
brilliant et il-n'est personnel qui ne s'en flicite et ne
s'en trouve rconfort.
Un journal conservateur se report -l'anne 1848
et rappelle qu'on' ne put couvrir cette poque un
enprunt de 25. millions de pesetas, qui dut tre
convert en advance force. Et, en.prsence du rsul-
tat d'aujourd'hui, ce journal s'crie : N'est-ce pas
l le symptme le plus clair d'un progrs que, ni de
prs, ni de loin, n'a ralis en un demi-sicle une
nation europenne quelconque ?
Ce journal a oubli le succs d'une souscription
ouverte sous le rgne d'Amde, alors que M. Ruiz
Zorilla tait president du Conseil des ministres. Par
une loi du 27 juillet 1871, le gouvernement fut au-
toris mettre par souscription ou licitation pu-
blique, ou par ces deux moyens la fois, des titres
en quantit suffisante pour produire i5o millions de
pesetas. On adopta le premier moyen et la souscrip-
tion fut -ouverte par dcret en date du 22 aot.
L'emprunt fut couvert cinq fois ; plus de 750
millions furent souscrits. Cela se passait il y a
vingt-quatre ans. Avons-nous avanc ou recul?
Pour obtenir le rsultat d'aujourd'hui, il a fall
donner l'emprunt un caractre national, invoquer
les ncessits de la guerre, frapper-des bureau du
Gouvernement, toutes les portes, crer un paper
special, mettre des obligations 5 o/o amortis-
sables dans le court space de huit annes, affected
au paiement les entres de douanes, dclarer les
titres exempts de toute contribution, recourir, en un
mot, des concessions qu'un gouvernement quel-
que peu soucieux de l'honneur de son pays n'avait
jamais faites.
Pour obtenir le rsultat de 1870, on n'eut recours
aucune de ces measures. L'emprunt se fit en dette '
extrieure, consolide dans la dette courante. On
n'accorda aucune espce de privileges aux nouveaux


titres.. Oni avait, comme aujourd'hui, la guerre
Cuba; mais on ne l'invoqua, pas, pour l'emprunt.
On dit simplement qu'on avait besoin ,de i5o
millions pour. couvrir ,les operations du Trsor et
payer les intrts de la dette. On 'ne,'donna pas.
l'emprunt un caractre national ; et ni les rois, Ri
les prlats, ni les marines, ni les soldats n'y partici-
prent.
Aujourd'hui, la press tout entire -a favoris
l'emprunt; celui 'de 187o0 ne fut-recommand que
par les journaux de la: Rvolution de&Septembre, et
non 'par tous. '1 n'y avait point-:de ,;trve cette
poque pout les gouvernements. Il n'y en eut pas
mme en plein" 'feu .de deux guerres4'la fois : celle
de Don Carlos'et celle de Cba. La presse est deve-
nue aujourd;hii 'bien 'docile, bien doucee, de bien
bon caractre; indulgente mmme. pour les' moines
des Philippines.
L'emprunt 'antul ,,est loil'n:de prouver ,quWaucun
people europenih'a'faiten .quarante-'huitans autant
de progrs 'que 1 l'Espagne. En.'France, idepuis 'la
chute de Napolon, e' budget des depenses a. presque
double et la dette s'est leve de 12 milliards 3r.
Et, cependant, on ne fait pas chez nos voisins un
emprunt sans qu'il soit couvert dix ou douze fois.
On met:des titres'3 o/o et ils sont cotsau-dessus
du: pair.
Sommes-nous.fous? Devrons-nous, :au fur et
measure que s'accentuera notre dcadence, devenir
plus vaniteux?

On a cr une nouvelle catgorie de valeurs,,alors
qu'on>aspirait al'unification:tde la.idette.
On a:mis une dette amortissable, alors "qu'on
avait reconnu qu'il ne convenait pasdd'amortir une
dette par-une dette, sorte d'amortissement inevitable
qui' fait qu'on vit en deficit constant.
On est revenue l'intrt de 5 o/o'quard il n'y a
plus aucune 'nation pour mettre ses titres un' prix
aussi lev. La: France, 'Angleterre, la-Belgique ont
les leurs 3. et 2 1/2 o/o, et ils sont cots plus
de too pour roo.
On:a affect une de nos meilleures resources au
paiement:du capital,et des intrts, chose qu'aucune
nation estimant quelque peu son credit n'a faite et
qui pourrait fort bien nous-amener une intervention
honteuse pour nous.
On .a augment, enfin, de 60,972,640 pesetas
annuelles le chapitre de la Dette Publique, alors
qu'il n'tait personnel qui ne s'alarmt dj l'ide
de la.proportion, existante entire le chiffre des obli-
gations de la dette et celui du budget des d-
penses.
SAvec l'augmentation d'aujourd'hui, les obliga-
tions de la dette s'lvent 379,185,315 pesetas. Le
chiffre total des dpenses tant-de:761,414,6o8 pese-
tas, il arrive que les dites obligations .absorbent
49,75 pour ioo du budget, presque lamoiti, presque
le 5o o/o.
L'emprunt, dit-on, n'est qu'une advance au Trsor
de Cuba; .une charge .purement provisoire pour le
budget de l'Etat. Et-si nous ne sommes pas vain-
queurs ? Mme si n6us l'emportons, combien il sera.
difficile que'G.uba paye! Cuba 'a :aujourd'hui sa
charge, non seulement ces 400 million s de pesetas,
mais encore la- totalit de l'mission de 1890 qui
s'lve 875 millions, et-que nous avons employee
en frais de .guerre alors qu'elle avait t faite pour
convertir les dettes antrieures. De quelle manire
Cuba, ruine, moiti dtruite par la guerre,
pourra-t-elle augmenter tout d'un coup de
83,750,ooo de pesetas annuelles les obligations de
sa dette?
Nous faisons notre malheur et le sien ; nous pro-
voquons sa ruine et la ntre. Chantons, Chantons
les louanges de l'emprunt ralis, non par le people
Sespagnol, mais par la gent qui vit de l'usure ou du
product du Trsor.


,'_ -
-w -


Je crains bien qu'aujourd'hui mes guerrillas ne
soient ennuyeuses pour le lecteur. Comment faire
rire quand on est triste? Et je suis bien triste,
cause de ceci que je viens de lire dans L'Eclair :
Le bruit court que Maceo, serr de prs par les
troupes espagnoles, s'est embarqu.
Ce n'est pas le sort de Maceo qui remplit de dou-
leur mon me; oh! non. Ce qui m'afflige tant,
c'est de voir que Tartarin, le rdacteur de victoires
attach l'ambassade d'Espagne, est bien malade, le
pauvre diable.
Pauvre Tartarin, nagure si amusant! Car je n'ose
esprer que les douches qu'on doit lui administer
Charenton, d'o il a envoy la prcdente dpche,
russissent lui rendre ce qui lui servait de facults
mentales.


__


r~~-*r.(~~i~-e+~LY~'~<_ _.. --.,--






\l\i Ct~Pne


10 DCEMBRE 1896


Et son collaborateur, Calino, va rester tout seul
maintenant pour continue le feuilleton que public
L'Eclair sous le titre L'insurrection Cubaine. Ah !
pauvre Calino Pauvre Tartarin et pauvre Calino!
Mon Dieu, que je suis triste!


Mais il faut quand mme que j'crive; il faut se
fire une raison. Ah si Tartarin pouvait s'en refaire
une. Allons-y la guerrilla, comme la guerre!...
-Le consul d'Espagne Oran a inform le ministre
espagnol-des affaires trangres que l'enthousiasme
'est tel dans cette ville, pour la cause de la mtro-
pole, que plusieurs Franais et de nombreux tran-
gers se sont adresss la lgation pour s'offrir for-
mer une important lgion, si le gouvernement les
autorise aller Cuba pour dfendre l'intgrit de
l'Espagne.
Allons, monsieur le ministry, faites plaisir tous ces
gens-l; vous pouvez le fire trs-bon compete;
envoyez-les reprendre Gibraltar aux. Anglais; ce
n'est pas bien loin d'Oran; une petite promenade.


Attention Voici des chiffres, et loquents, je ne
vous dis que a Mais qu'on ne les accuse pas d'tre
de source flibustire qui aurait cru qu'il y
avait des sources flibustires? Je traduis l'Heral-
do de Madrid :
Suivant les documents remis par le gnral Lo-
sada concerrrant l'tat sanitaire de l'arme de Cuba ;
dans la second dcade d'octobre, il y avait dans les
hpitaux de l'ile:
S13,668 malades don't 755 blesss.
Pendant ces dix jours, il y a eu 503 dcs.
Et l'on se rappelle que d'aprs les' informations
officielles : .6,ooo malades et blesss sont entrs
dans, les hpitaux depuis que Weyler a commenc
oprer dans Pinar del Rio.
L'arme espagnole a donc, l'heure actuelle,
30,000 hros hors de combat
Ces chiffres mritent quelques remarques : 503 d-
cs en dix jours font 1.500 dcs par mois, en
cette saison-ci, qui passe pour tre la plus favorable
aux Espagnols !
Cette constatation suffit pour me convaincre que les
Cubains n'ont pas besoin de battre les Espagnols
pour... les battre. .


Autre remarque. D'o viennent ces 755 blesss ?
Chaque matin je prends note'du nombre des blesss
espagnols d'aprs L'Eclair qui est trs bien renseign,
je suis sr .de ne pas avoir oubli un seul jour, je
suis sr galement de ne pas m'tre tromp dans
l'addition, et je. trouve en fait de blesss espagnols,
depuis le commencement de l'anne :
3 don't 2 lgrement'.
Hum Je souponne l'Heraldo de vouloir faire
baisser l'Extrieure.


Voulez-vous savoir, d'aprs .ma liste, quelles ont
t, dans le mme space de temps, les pertes des
.Cubains ?
123,875 morts et 2 millions de blesss.
Pauvres' Cubains Heureusement que -toujours
d'aprs ma liste ils ont quelques 'ressuscits: G-
mez, Maceo, Delgado, Prez, Inglesito, etc.
Il faut bien qu'ils aient une compensation.


Nous apprenons par The World, de New-York,
que Weyler a souffert, au course de ses operations
dans Pinar del Rio d'une svre indigestion.
Notre confrre amricain assure que le gnralis-
sime espagnol avait mang trop d'avocats (fruit tro-
pical.)
Ainsi, pour. une fois qu'il va-t'en-guerre Weyler
f...rait hroquement dans sa culotte. A qui la faute ?
aux avocats ou la proximity de l'ennemi ?... Chi
lo sa?

--------* ---------- .


REVOLUTION CUBAINE
SERVICE SPECIAL
DE





Du r". M. Jos de Armas y Cspedes, le jour-
naliste cubain bien connu, a quitt Key-W\est pour
se rendre New-York,
Une dpche de La Haxvane announce qu'un sacn-
glant combat a eu lieu' San Jos de las Lajas (i).
Les Espagnols avouent deux officers tus et un of-
ficier et vingt-deux soldats blesss.
Le correspondent de El Imparcial, de Madrid,
le seul journalist qui accompagne le gnral Wey-
ler, tlgraphie que les troupes espagnoles sont arri-
ves dimanche dernier Los Palacios (2), o l'atten-
dait la colonne du. colonel.Hernndez Vela2co.
La fivre typhode fait de grands ravages parmi
les troupes espagnoles Pinar del Rio.

(h) Sa(; J.los de las La/as. Terme municipal de
\r vrr',:nc- dn La 1LHavane. Plus de 8.0003 habitants.
-\. d: ic R.
() !.,S P.:'a''cs. Termne municipal de la pro-
\-:i.: d P n.:-':l R:1 P":us de 5.3o3 habitants. -
'. .


Le commandant Carlos Pio Urhbach, aide de
camp du gnral Lacret, est arriv Key-West,
Scharg d'une mission.
Du 2. Le gnral de marine Navarro a quitt La
Havane pour se rendre sur la cte de Pinar del Rio,
afin de seconder les operations du ggnral Wevler.
Les journaux amricains se livrent, en ce mo-
ment, des calculs sur les dclarations que fera le
president Cleveland, dans le message qu'il doit lire,
lundi prochain, au Congrs. Rien n'ayant transpir
encore ce sujet et le president gardant une rserie
absolue, .on ne peut.donner aucun credit ces sup-
positions.
--Le gnral Weyler active rsolument sa march
sur Maceo, dans l'espoir de battre le gnral cubain.
11 voudrait faire concider sa revanche avec la ru-
nion du Congrs, afin d'influencer sur les decisions
des Chambres amricaines.
Du 3. Dans la province de Matanzas, les chefs
cubains Lacret, Dominguez et Dantin ont battu les
forces espagnoles du colonel Pavia.
Les Cubains ont attaqu la ville de Guanaba-
coa (i).
Une dpche de Washington nous apprend que
le message de M. Cleveland est rdig, sauf la parties
concernant Cuba, et qu'on attend la dernire heure
pour mettre cette question en concordance avec les
vnements qui se prparent.
On assure que le gnral Mximo Gmez est
entr dans Las Villas.
Le gnral espagnol Gonzls Mui6z se trouve
La Havane gravement malade.
A Cienfuegos, le mdecin Perua, le pharmacien
Figueroa et d'autres personnel bien connues ont t
arrts comme suspects.
Di 4. Le steamer Elsa a t retenu Memphis
sur l'accusation faite contre son capitaine de .trans-
porter des armes et des munitions Chba. Aprs
une enqute minutieuse, il a t reconnu que cette
accusation tait fausse.
On dit que le steamer Laurada va partir pour
Valencia (Espagne), afin d'embarquer dans cette ville
des marchandises; mais on craint que cette dtermi-
nation ne provoque des agressions des Espagnols
contre ce navire, ce qui amnerait la rupture dfini-
tive entire les Etats-Unis et l'Espagne.
-- Les chefs.du parti liberal espagnol ont t re-
us par la reine-rgente, laquelle ils ont expos
que l'action militaire Cuba devait concider avec
des rformes conomiques et administrative. Ils ont
appuy sur cette ncessit de faire paraitre ainsi aux
yeux de M. Cleveland la bonne volont de l'Espa-
gne prte la conciliation. Tout ceci prouve la d-
moralisation qui. rgne en Espagne et la crainte
qu'on y a de l'intervention amricaine.
Du 5. Plusieurs jeunes Mexicains, qui s'taient
rendus Cuba pour servir dans l'arme espagnole,
dsirent rentrer dans leur pays. Ils se sont,rendus
auprs du consul mexicain La Havane pour se faire
rapatrier.
On announce de New-York que le vapeur Daun-
tless a t dtenu Jacksonville. On le souponne
d'tre la veille de transporter Cuba un charge-
ment d'armes et de munitions.
La commission dsigne par le meeting, tenu
dernirement Saint-Louis (Etats-Unis), en faveur
de Cuba Libre, a crit au president Cleveland pour
lui demander de recon.naitre les Cubains comme bel-
ligrants.
Du 6. Un tlgramme de source espagnole d-
clare que dans un combat acharn, qui a eu lieu
dans la province d Matanzas, le lieutenant-colo-
nel Aldea a eu vingt-quatre morts et trois officers
et quarante-cinq homes blesss. Le dit colonel a
t lui-mme contusionn. On sait, par des tl-
grammes postrieurs, que cette troupe espagnole a.
t mise en complete droute.
On announce de La Havane que les maladies
dans l'arme augmentent un tel point que toutes
les maisons non habites actuellement sont saisies
par le gouvernement pour tre transformes en h-
pitaux.
Une rencontre a eu lieu PuntaRasa (?). Les
Espagnols ont eu dix blesss et un mort, le capitaine
Gascon.
La nouvelle de la mort du jeune Bernardo Soto
v Estorino, qui a dbarqu Cuba, sous les ordres
du gnral Calixto Garcia, est dmentie.
Du 7.- Un engagement a eu lieu entire les troupes
du gnral Surez Incln et les forces rvolution-
naires. Celles-ci ont poursuivi le gnral jusque dans
ses retranchements.




LA PRESS FRANAISE
Et la Guerre de Cuba

Le Petit Parisien : L'Espagne vient de subir
Cuba un chec trs significatif, le plus grave coup
sr qu'elle ait reu depuis le commencement de
l'insurrection actuelle. L'assaut supreme tent par
le gnralissime Wevler contre les bandes de
Maceo, dans les massifs de la province de Pinar
"del Rio, a t repouss avec pertes et n'a servi qu'
dmontrer la forte organisation militaire de la Rvo-
lution.

(i) Guanabacoa. Ville de la.province de La Ha-
vane. 23,ooo habitants. N. de la R.


Le replacement du gnral Weyler par un autre
chef, ft-il le ministry de la guerre, le gnral
Azcraga lui-mme, ne remdierait en rien aux
vnements presents. Il en est aujourd'hui de Cuba
comme de Saint-Domingue au temps du Consulat.
L'ile ne sera plus reconquise.- Les Espagnols ont
tort de s'obstiner et de faire de la grande Antille le.
tombeau de leur arme.

L'Autorit : Suivant toutes apparences, le
gnral Weyler, en retournant prendre la conduite
des operations dans le Pinar del Rio, joue son der-
nier atout. S'il revient sans avoir russi battre
compltement Maceo et rtablir l'ordre d'une faon
assez complete dans la province, les Espagnols,
comme les Cubains, considreront qu'il a chou
irrmdiablement et qu'il ne..peut se rendre maitre
de la situation.
Sa russite n'est pas probable. Maceo persistera
videmment dans le plan qui lui a si bien russi. Il
continuera sa guerre de guerrillas et vitera toute
bataille range.
D'aprs le correspondent du Times, ce systme
aurait donn, dans la dernire phase des operations,
des rsultats dsastreux pour les Espagnols.
Pour une cinquantaine de rebelles 'qu'il aurait
tus, le gnral Weylei aurait d vacuer 6,ooo ma-
lades et blesss sur les hpitaux, qui contiendraient
maintenant 16,ooo soldats.
Nous trouvons, galement dans la press anglaise,
des nouvelles dsolantes des districts ruraux; la mi-
sre y serait intense. Beaucoup d'hommes vont
rejoindre les insurgs. Les femmes et les infants
s'entassent dans les villes principles, en cons-
quence du dcret ordonnant la concentration des
habitants dans les villes possdant des garnisons. La
famine menace la majority de ces pauvres gens qui
se trouvent sans argent et sans travail.
De ce bilan dress par les Anglais, il faut sans
doute rabattre quelque chose; mais on ne saurait
nier que la situation Cuba ne soit des plus graves
pour l'Espagne.

La France, Bordeaux : Nous avons prdit, il y
a de longs mois, que l'Espagne ne. russirait pas
rduire l'insurrection cubaine, et qu'elle perdrait la
plus belle de ses colonies, la Reine des Antilles ,
si elle ne trouvait pas, bref dlai, un terrain de
transaction.
Le gnral Weyler n'a pas russi dans son grand
effort pour craser les insaisissables bandes de Ma-
ceo, et il a d rentrer en toute hte La Havane: o
il redoutait un soulvement populaire.
Ce voyage n'a pu se fire que par mer, les com-
munications n'tant plus libres et les troupes espa-
gnoles ne possdant en ralit que le terrain occup
militairement par elles.
Quand M. Mac-Kinley va entrer la Maison-Blan-
che, come president de la Rpublique des'Etats-
Unis, le chauvinisme amricain prendra un vif essor
et il faut s'attendre l'apparition Cuba de bandes
nouvelles de flibustiers.
Dans cs conditions, il semble que M. Canovas
del Castillo ne doit pas. esprer dompter les Cubains
et qu'il peut prononcer l'oraison funbre de.la sou-
verainet espagnole Cuba, telle du moins qu'elle
existait-dans le pass.
La question doit tre pour lui de liquider la situa-
tion le moins mal possible. II s'agit, comnme le gla-
diateur antique, de savoir tomber et mourir sous les
yeux du monde attentif.

Le Littoral, Cannes : Quoi qu'en disent les ga-
zettes espagnoles, le combat n'est pas la veille de
cesser; nous n'en voulons d'autre preuve que ce fait
caractristique en lui-mme, savoir qu'au lende-
main de chaque victoire annonce par le gouverne-
ment espagnol, correspond un important envoi de
troupes, don't la ncessit doit fatalement se faire
sentir. Que serait-ce donc si les. Espagnols taient
vaincus ? L'Espagne entire devrait se mettre
en route. Trve de plaisanteries.
Les Cubains font preuve d'une rare tnacit et
d'une nergie exemplaire, indiquant bien que la lutte
qu'ils soutiennent est une lutte patriotique don't l'en-
jeu est l'indpendance de Cuba. De tout temps, com-
battre et mourir pour la patrie fut chose hroque ;
ce titre, nous devons le respect et l'admiration
pour ces bandes insurrectionnelles qui luttent sans
se plaindre et vont froidement la mort pour la d-
fense et l'affranchissement du sol qui les vit naitre.

Le Franc-Parleur, Reims : A Cuba, la lutte se
pursuit ardente et sans trve depuis dix-huit mois.
L'Espagne a consent d'normes sacrifices, englouti
des capitaux et mobilis une arme colonial, co-
lossale mme en cette fin de sicle armements
gigantesques. Deux cent mille hommes ont t, frac-
tion par fraction, expdis dans la perle des An-
tilles ; d'autres, si la pninsule ne se dcide pas
comprendre l'impasse dans laquelle elle s'est jete
et o elle perdra tout, mme l'honneur, y seront
encore envoys et iront grossir la liste dj longue
des victims de cette nfaste champagne militaire.
Un troisime chef supreme ne sera pas plus heu-
reux... Cuba sera libre, que ce soit bientt.

Le Patriote, Poitiers : Les excutions soin-
maires, les rpressions sausages du gnral Weyler,
surnomm le Bourreau, n'ont servi qu' rendre inex-


plicable une guerre don't les pripties deviennent de
plus en plus favorables l'insurrection.
Que demain les Etats-Unis reconnaissent la qua-
lit de belligrants aux insurgs cubains,- et le d-
nouement sera proche.
Dj le Mexique, et, avec le Mexique, toutes ces
rpubliques Sud-Amricaines qui eurent plus ou
moins souffrir de la domination espagnole, t-
moignent ouvertement leurs sympathies Maceo et
ses intrpides compagnons.

------^----

BIBLIOGRAPHIE


Le livre de M. Charles Malato (Cosmo), Les
Joyeusets de l'exil, est tout imprgn de la plai-
sante et pntrante bouffonnerie d'Hogarth. Je veux
dire que M. Malato nous amuse avec le rcit d'un
exil qui n'avait en soi rien de plaisant. Et il faut sa-
voir gr cet crivain de nous avoir vit la lecture
de pleurnicharderies sentimentales, en tous cas fort
niaises, Le style est color, fait de bonne humeur et'
de belle bravoure; ce qu'il faut aussi retenir, c'est la
precision de sa sincrit, alors que M. Malato nous
conte son arrive Londres, sa vie l-bas, soh exp-
dition en Belgique et finalement son retour Paris,
o il fut, avant d'tre rendu la libert, pralable-
ment photographic et mensur par le trs ingnieux
M. Bertillon.
Cela dit, je dclare maintenart aux notoires bour-
geois de ce temps que le livre de M. Malato ne con-
tient aucune cartouche de dynamite dans ses feuil-
lets.



Nota. Aux auteurs et diteurs nous donnerons,
oius notre titre Bibliographie, l'analyse de tous les
ouvrages don't on nous aura adress, franco de port,
3eux exemplaires.




LES THEATRES

Au Divan Japonais. Mon ami, le bon chan-
sonnier E. Lemercier, doit signer la revue d'hiver
du Divan Japonais. Je n'ose croire une pareille en-
tente entire directeur et auteur. Si la chose est mene
bonne fin, les assidus spectateurs du lieu seront
quelque peu dcontenancs par le charge exquis de
ce vrai pote.
Vous souvenez-vous, mon ami, de vote grand
succs, il y a bientt plus de dix ans, alors que nous
assistions la premiere runion de la Vache enrage,
en un banquet rue de Tournon ? Paul Arne,
Charles Cros et bien d'autres taient avec nous;
mais toute la joie de notre fin de dirier, ce fut votre
voix un peu grle, si exquisement chantante et sen-
timentale. Je vous ai peu entendu depuis. Si vous
nous donnez une revue, comme on le dit, prvenez-
moi, mon cher Lemercier, et tchez d'obtenir de la
Direction du Divan Japonais qu'elle ait un peu plus
souci des courriristes, alors qu'ils rclament une
place, une toute petite place, ct de l'oncle !
-Au Concert Europen. La pantomime de
MM. Camille Miron et Frdric Deslandes, Le Man-
nequin, obtient toujours un grand succs dans le
music-hall de la rue Biot.
Par ces temps de froides et cinglantes lanires, o
les ambulantes elles-mmes battent frntiquement
la semelle, deux par deux, il fait bon aller dans ce
caf-concert si vivant, la bonne- et chaude temp-
rature, aux boissons moins inquitantes qu'ailleurs,
puisqu'enfin on ne peut, aux chantants, se dispen-
serde boire.
Dans la parties de concert, trs intressante, nous
devons signaler avec grand plaisir M" Dargenson et
M. Lusset.




--~---- *------

TIMBRES-POSTE CUBAINS


Nous portions la connaissance de nos lecteurs
que la vente des timbres-poste de la Rpublique
Cubaine continue.
La collection se compose de quatre couleurs dif-
frentes : mais bres sont de 2,
le dessin, repr- 5, 10, 25 cen-
sent ci-contre, tavos. Nous
est le mme sommes en me-
pour tous les sure d'affirmer
timbres. qu'ils circulent
Les dits tim- librement en
France. Ces timbres sont la disposition de
toutes les personnel qui en front la demand
centre remboursement. Le prix de la collection,
affranchissement compris, est de deux francs
cinquante centimes.






ENSAYOS POLITICOS


ARTICULOS Y DISCURSOS

POR

RAFAEL. SERRA.


Un volimen de ciento cincuenta paginas,
de venta en la Imprenta Amrica, 284,
Pearl St. 25 cts. cada ejemplar.


L'Adm inistrateur-Grant : FOURREAU.

ToYi:s. Imprimeric G. ARBOUIN, rue Thiers, 1'21i


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