Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: December 3, 1896
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00048
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
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Patrie et Libert


RDACTION & ADMINISTRATION PRIX DE L'ABONNEMENT (EN FRANCE)
o, Ru sait-Vinnt-dP Ir Anne PARIS O Urne anne, payable d'avance... 20 fr. 22 fr.
20, Rue Saint-incent-de-aul re Anne PARIS 3 Dcembre 1896 N 46 est, d.... .
Un trimestre, id. id ... 6 fr. 6.50
ADRESSE TLGRAPHIQUE: U:AL.AD'eCjOGA A L'TRANGER
TEL PHOE' PAR.AIT TOTS LES JEUDIS Une anne, payable d'avance ............. 25 fr.
SUn semestre, id. id. ............ 13 fr.
Les manuscrits ne sont pas rendus UN NULERO....... O fr. 25


MANIFESTO

armi les documents officials
que le government de
Cuba Libre nous a envoys,
se trouve un exemplaire du
Manifeste que le vnrable
President de la Rpublique
4'f Cubaine, M. Salvador Cis-
,,8~j* j neros Betancourt a adress
ses concitoyens l'occasion de l'anniversaire
de la constitution de notre gouvernement. Nous
ne pouvons moins faire de recommander la lec-
ture de ce document, d'abord parce qu'il vaut
d'tre lu et ensuite cause de sa simplicity dans
la forme, de la sincrit de l'lvation des ides
et de la fermet dans les principles qu'il rvle.
Si nous tenons compete de la date du message
et si nous nous souvenons de tous les triomphes
remports depuis sur les champs de bataille,
nous verrons que notre indomptable arme a su
rpondre come elle le devait l'appel qui lui
tait fait et aux esprances fondes sur ses efforts
par le premier magistrat de la Rpublique. Aussi
a-t-elle assur de nouveau le bien de la patrie et
conquis la reconnaissance de ses concitoyens.

Il y a just un an aujourd'hui que l'assemble des
reprsentants constitute pour l'tablissement du
Code fundamental de la Rpublique et l'lection de
ceux qui devaient composer le Conseil de gouverne-
ment comme Pouvoir supreme de la Nation, nous
.remit ses pouvoirs, en nous donnant la difficile et
pineuse mission de diriger les destines du pays
cubain. Une arnne- au course de laquelle, rpondant
aux impulsions de notre bonne volont consciente,
nous avons pris les measures voulues, tantt pour
mpriser, tantt pour vaincre les innombrables
cueils qui, dans les priodes de constitution et d'or-
ganisation de la lutte arme que nous soutenons, se
sont prsents nous. Ce brilliant rsultat est d,
non l'intelligence, l'exprience et l'abngation
de ceux qui s'honorent de composer le corps le plus
lev de la Rpublique, lesquels ne s'accordent d'au-
tre mrite que la bonne volont qui les dirige, mais
la louable soumission du people qui nous soutient,
la discipline de l'Arme don't l'abngation et le pa-
triotisme mis l'preuve mille fois, s'empresse d'ac-
complir les resolutions manant du Pouvoir Excu-
tif et de donner ainsi l'exemple au monde civilis de
l'harmonie de principles qui nous guide et de l'unit
du but que nous dsirons anxieusement atteindre.
Nos representations l'tranger, officieuses encore,
nous donnent tous les jours des preuves de la sym-
-pathie que notre cause a provoque dans le monde
entier; et, bien qu'on ne nous ait pas reconnus
comme belligrants, l'opinion des gouvernements
trangers s'apprte nous reconnaitre comme ind-
pendants.
-L'Espagne, avec son inqualifiable insanit, croit
nous amener merci, grce de nombreux contin-
gents de soldats arrachs de malheureuses mres
au profit de l'ambition de quelques-uns, pour les
Sfaire succomber sur notre terre o ils ont la Nature
mme pour ennemie, comme si cette dernire de son
ct protestait contre la domination impose un
people civilis. Jamais aucune nation n'avait pouss
l'insanit au point de sacrifier ses enfants pour satis-
faire l'ambition.
Elle a jet sur nous, pour nous soumettre, deux


cent mille hommes et elle n'a pu obtenir, en une
anne et demie de lutte, autre chose que de voir son
arme enferme dans les villes fortifies d'o elle ne
sort que pour se faire battre dans la champagne. Elle
dpense annuellement des millions de pesos pour
maintenir l'tat de choses actuel; dpenses qui met-
tent son credit en mauvaise posture et l'exposent
mourir crase sous le poids de sa propre dbilit
morale.
De nouveaux contingents, de nouveaux millions,
tel sera le dernier effort de l'Espagne dans la pro-
chaine saison d'hiver. Doublons donc nos forces
pour combattre les siennes. Que l'enthousiasme et le
patriotism, maintenus jusqu' ce moment, conti-'
nuent l'emporter dans nos mes; que l'harmonie
continue rgner parmi les lments qui composent
notre gouvernement et l'Espagne chouera'de nou-
veau; et Cuba, digne et heureuse, pourra, le front"
haut, offrir son affectueux salut au Nouveau Monde
et ses respects au Vieux Continent.
Patrie et Libert. Sibanic, 18 septembre 1896.
Salvador Cisneros Betancourt.

-------*
BALLONS DE GUERRE


Le New-York lierald a public sur les ballons
de guerre et sur leur application un long article
don't nous traduisons les passages les plus int-
ressants:

























j

3^ 'S

--


Ballons

Le principle appliqu pour la direction de ce mer-
veilleux navire arien est le mme que celui qui sert
la direction des bateaux voile. Une srie de sup-
ports verticaux placs sur la coque et immdiate-
ment au-dessous des soupapes infrieures soutient
une flche mue par l'lectricit qui fait turner la
poupe une immense hlice en forme d'ventail,
laquelle fait l'office de gouvernail et en mme
temps de propulseur. Toutes les pieces de mtal
employes pour la construction de cet norme appa-
reil de guerre sont en aluminium.
Les sphres, en soie de Lvon trs fine et rsis-
tante, sont divises l'intrieur en sections comme
les ctes d'une orange, de sorte que si un accident
arrive au ballon sur un point dtermin, les autres
parties ou ctes n'en sont pas affectes. On trans-
portera des pieces de rechange et le gaz, qui devra
tre employ pour le gonflement, est d'une densit
moindre que celle du gaz ordinaire. Sa composition
est un secret.
La coque mesurera cent .pieds de long sur cin-
quante de large jusqu'au milieu. Sa profondeur sera


de vingt-cinq pieds. Comme on n'a employ pour la
construction de la machine qne Paluminium, elle
est extraordinairement lgre. Elle aura dix-huit fe-
ntres circulaires, neuf de chaque ct, spares l'une
de l'autre de dix pieds. Une srie d'ouvertures
longues et troites, fermes par des barres en alumi-
nium, s'tend autour de la barrire qui entoure le
pont suprieur du navire.
Ce navire arien transportera 125 hommes, 1,ooo
fusils, 5o0,000ooo tuis cartouches, le matriel nces-
saire pour la fabrication de la dynamite, et des
trousses et ds remdes destins au Corps Mdical
de l'arme cubaine.
Une des qualits les plus remarquables du navire,
si nous en croyons le journal new-yorkais, est son
extreme lgret par rapport sa dimension. Le na-
vire consiste en une nacelle en forme de barque,
sans balancement, car elle est soutenue solidement
par cinq ballons disposs de la manire suivante :
Ils sont fixs leur place par cinq rubans d'alu-
mirium qui entourent le pledes ballons et qui sont
runis leur point de contact par des charnires
sphriques, disposes de telle sorte qu'elles peuvent
oprer sans difficult. De plus, chaque ruban peut
jouer un peu d'un ct et de l'autre, suivant le ren-
flement du ballon, sans se sparer du ruban auquel
il est joint; de sorte que les ballons peuvent tre ma-
nis facilement.
En outre du systme de filets qui entoure les
arostats et les maintient fixes, des attaches en
aluminium unissent les rubans la coque de la
nacelle.


de guerre.


Le merveilleux navire arien est pourvu des loge-
ments ncessaires pour 125 hommes. Il content
une chambre pour la machine lectrique, des dor-
toirs et une cuisine lectrique, un observatoire. Il
sera clair, chauff et mu l'iectricit. On se ser-
vira de l'eau du ciel et l'usage du feu sera absolu-
ment interdit. Les soupapes du ballon seront ma-
nies par un systme de boutons lectriques. On
obviera ainsi la confusion que les cordes peuvent
produire. L'observatoire sera pourvu d'un puissant
telescope, de faon ce que l'oprateur planant
une grande distance de la terre, hors de la porte
des canons les plus puissants, puisse dcouvrir ais-
ment le camp ennemi et fire pleuvoir sur lui avec
une remarquable precision des bombes de dyna-
mite. Pour prvenir le balancement du navirearien,
on a plac la parties infrieure de la coque une
quille d'acier. Cinq hommes seulement seront n-
cessaires pour conduire cette machine de guerre.


*


WEYLER N'Y EST PLUS


La fuite de Weyler de Pinar del Rio sur
La Havane a produit, comme c'tait prvoir,
un grave conflict au sein du gouvernement espa-
gnol qui, lui, ne s'y attendait point. Aujour-
d'hui, nul n'ignore que Weyler a obi l'imp-
rieuse ncessit o le dit gouvernement se trou-
vait d'imposer, par des efforts surhumains, un
peu de confiance, faisant tous les efforts possibles
pour carter l'intervention des Etats-Unis dans
les affaires cubaines.
Mais la dfaite prouve par le gnral en chef
une fois en face des troupes du gnral Maceo et
l'apprhension bien fonde des Espagnols rsi-
dant La Havane ont forc Weyler renoncer.
C'est ainsi qu'il rentre dans la capital, pr-
textant, come de just, que sa presence imm-
diate y est rclame par d'autres affaires.
Quand, Madrid, la nouvelle de cet vnement
a t confirme, M. Ctnovas et ses collgues du
ministre se sont trouvs dans l'une des situa-
tions les plus critiques, ne voyant d'autre moyen
d'en sortir que d'ordonner au gnral Weyler de
recommencer sa champagne sans perdre de temps:
pousser sur Pinar del Rio ou donner immdiate-
ment sa dmission.
Bien que le gnral ait cherch de toute faon
obtenir quelques jours de dlai, il est certain,
qu'en fin de compete, il a t forc de marcher
sur Pinar del Rio sans perdre un moment.

-~-~~----*-----

HONNEUR A QUI LE MRITE


Sous ce titre, notre cher confrre de Mexico,
El Continente Americano, vaillant et gnreux
dfenseur de la cause cubaine, public les lignes
suivantes, que nous nous faisons un plaisir de
reproduire, non-seulement parce qu'elles men-
tionnent un fait historique connu de tous, mais
encore cause de la bonne ide que notre con-
frre a ue de la citer :

Le combat naval entie un monitor de la marine
fdrale des Etats-Unis et le Mrimac, pendant la
guerre entire le Nord et le. Sud, fit une revolution
dans la construction navale, de telle sorte que de ce
jour date le systme des navires blinds ou cuirasss.
Les Etats-Unis ont t les premiers exprimenter
et dmontrer les avantages de cette catgorie de
navires sur ceux de bois et de fer.
Les Cubains, de leur ct, se sont servi les pre-
miers du canon la dynamite. Ils l'ont mis
l'preuve dans la province de Pinar del Rio o Maceo
mit le gnral Melguizo en complete droute.
Qui refusera de rendre cet honneur aux hroques
insurgs ?
r






3 DCEMBRE 1896.


FRANAIS ABANDONNS


Comment la France protege es Fran-
ais Cuba


'-ai vcu dans diverse parties du monde et tou-
jours j'ai.it fier.,de me:dire !rana;. aui.:urd'i Li
gaarr:-a'lheur,jge~me:ietrouve . Cu.ba et-non..seulement
je suit h,:rieu\ de ma n.iAionaJitc. mais e core je me
a-,:rvle ipersonae.Je pi fre passer-pour..n tran-
ger quelconque, car tous les citoyens sont protgs
Cuba par leurs gouvernements, sauf les Franais.
Je ne parle pas sans :preuves et.je vais appuyer
mes affirmations par quelques dtails qui montre-
ront en quel abandon se trouvent un grand nombre
de mes compatriotes qui ont eu le malheur de tom-
ber entire les mains du gouvernement espagnol et
d'tre Franais Cuba.
Ds ses dbuts, la guerre .de Cuba a t marque
de faon trs caractristique par 'la' facility avec la-
quelle le gouvernement.espagnol a fait emprisonner
tout individu suspect ou prtendu suspect de sym-
pathies pour la revolution. Il suffisait ensuite de
accusation fausse de quelque ennemi pour tre in-
culp et envoy devant un conseil de guerre.
Quelques trangers eurent ce malheur ;,nmais leurs
consuls ayant pris leur defense, ils obtinrent rapi-
dement.justice et furent remis en libert..Pour les
Franais, il n'en a pas t-de nme.'Aide trs rares
exceptions, ceux'd'entre'eux qui ont .; arrts :par
les espagnols, continent demeurer en prison et y
demeureront si la France ne les protge ,pas 'plus
qu'ellene l'a fait jusqu' ce moment.
Je ne connais-pas.tous les Franais actuellement
-tenus,:et livrs aux horreurs .des..prisons espa-
gnoles. Depuis que la guerre a clat, je n'ai-t
qu' Santiago de Cuba et La Havane. Dans ces
deux villes j'ai trouv ,des compatriotes molests -et
compltement abahdonns parole gouvernement fran-
,ais.
Un des premiers Franais arrts la suite des
vnements, a t M. Eugne Darguillecourt, origi-
-*aire de Bretagne et d'une famille distingue, don't
.des membres servent actuellement dans notre flotte.
Ce monsieur tait employiauximines de.Juragu,
.prs de Santiago de Cuba. Ila t,arrt l'anne der-
.ire, au mo.is de dcembre. On .a invent,, pour
l'accuser, qu'il payait deux cents francs pour chaque
espagnol assassin. Or, M. Darguillecourt .gagnait
prcisment cette some par mois! Malgr l'absur-
'dit de l'accusation, on a ouvert contre lui une en-
qute qui n'est pas termine et qui a pass dj par
les mains de trois juges militaires.
Au -moment o, il fut arrt, M. Darguil.lecount fut
attach un piquet pendant ,quatre jours, --ses
.bras:portent :ecore .la marquee la corde et con-
duit Santiago .pied, toujours attach. On. l'en-
ferma ensuite dans un obscur cachot o il fut main-
'tenu au secret pendant cinqtante-cinq jours, aprs
quoi le secret fut lev sans qu'on lui ait jamais fait
connatre le motif de tant de perscution. Ses com-
patriots, les Frarnis de Santiago, essayrentd'ob-
tenir pour lui du consul franais, M. Glandul, quel-
que protection. Ils ne russirent qu' tirer du consul
cette rponse q.u'il fallait patienter et qu'en .ce, qui
le concernait il avait ordre du gouverneiment fran-
ais de manager le goinieri',; int espagnol (paroles
textuelles).
J'ignore si, au bout de onze mois d'une odieuse
incarceration, M. Darguillecourt n'a pas perdu cette
patience que le consul lui avait recommand d'avoir.
Ce que je sais, c'est qu'il est toujours en prison,
tandis que d'autres trangers,.qui avaient t arrts
en mme temps que lui, sont en libert depuis dj
plusieurs mois.
Malgr le manque de protection du consul,
M. Darguillecourt a t toutefois fort heureux
d'avoir eu la vie sauve. De ses 'quatre compagnons,
en effet, jeunes gens de Cuba, l'un est mort des
suites de la torture laquelle on les soumit pour
leur faire avouer des faits qu'ils ignoraient. Deux
autres ont perdu l'usage de leurs bras, par la faon
don't on les avait ligots.
Moi,qui puis faire si peu pour notre compatriote
M. Dauguillecourt, je lui recommande le remde du
Consul: patience!...
Un autre Franais, horriblement maltrait par les
espagnols, est M. Honor-Franois Lain.
M. Lain se trouvait dans une proprit apparte-
nant sa famille, prs de Matanzas, quandil fut pris
par les insurgs. Il demeura avec eux, en quality de
prisonnier, pendant cinq jours, au bout desquels il
russit fuir. Son premier soin fut de se prsenter
l'autorit espagnole la plus voisine. Il alla ensuite
La Havane avec sa famille, pour se soustraire aux
dangers de la guerre. Dix jours aprs son arrive
La Havane, le 8 janvier, il fut arrt l'htel, la
suite d'une accusation d'un Espagnol, son ennemi
personnel, lequel !'accusait d'tre un chef insurg
et un incendiaire. M. Lain fut mis au secret pen-
dant vingt-cinq jours et enferm ensuite dans un im-
monde cachot de la forteresse de la Cabafia pendant
sept mois. Enfin, on le fit juger par un conseil de
guerre qui le dclara innocent et ordonna sa mise
en libert, qualifiant de calomnieuses les accusations
portes contre lui. Mais l'influence de son ennemi,
dans les sphres officielles espagnoles, tait telle.que


ile gnral Weyler, au lieu de se conformer l'arnt ';
"du Conseil de Guerre, considra ledit arrt comine i
'non avenue, et, pour maintenir plus lontemrps r
M. Lain prisonnnier, refivoya l'Cffiaire devant le Tri-
bunal si prme de Guerre de Madrid.
:)s 'le dbut:de la.,guerre, un dit du gouverne-
ment.espagnol ordonnait que tout insurg qui se
prsenterait devant les autorits espagnoles devrait
tre mis en libert.
1 M..Laina, q.ui n'a jamais t.un insurg's'est.pr-
,sent toutefoistdevant. les&autorits espagnoles ;-mais
mme,.s'irb:a.vait pris partiau movement iisurrec-
tinnel, il tait eft droit de se faire mettle en libert.
M. le comte de Salas, alors consul La Havane,
n'ignorait pas ce fait. Il avait vis lui-mme le docu-
ment constatant la presentation de M. Lain; et ce-
pendant, il n'a protest en aucune faon et a permits
que notre compatriote comparaisse devant un Con-
seil de guerre qui n'avait absolument aucune raison
d'tre. Les dits documents sont, l'heure actuelle,
entire les mains du Ministre des affaires trangres
Paris. Attendons \pour voir ce que fera le.gouver-
nement'franais. En attendant, M. Lain, petit-fils
d'un officer franais qui accompagna Napolon en
Russie et.qui. combattit, Waterloo, est toujours en
prison o il mdite sur le malheur d'tre Franais
Cuba.
M. Paul Supervielle, jeune Franais de dix-sept
ans, fils d'un ingnieur franais distingu qui a cons-
truit plusieurs :aqueducs Cuba, est emprisoun
depuis trois mois et compltement abandonn par
le consul. Le motif de l'arrestation de cet enfant est
le suivant: Il tait en visitechez un de ses parents
rsidant.dans l'ile de Pinos.
Le colonel Berriz, gouverneur.gnral de cette !le,
tait follement-amoureux d'une jeune fille nomme
Evangelina Cosio, laquelle tait fiance.,un cousin
deM. Supervielle. Une nuit, le colonel Berrizpn- '
.tra dans la .demeure .demeure de Mlle Cosio. Cette
dernire appelai L'aide et..sa famille accourut bien-
tt suivie de plusieurs: personnel .parmi lesquelles
les parents.deM. Supervielle, :habitant.dans de voi-
sinage. Le colonel se:voyant surpris:et:dsirant jus-
tifier sa.,criminelle condui.te, annona au gouverne-
ment qu'unegrande revolution se.tramait dans Vile
de Pinos, et.:qu'il :avait. t attir,dans.la:maison de
Mlle Cosio .pour y-& tre iassssin t.... L-dessus on
,procda 'plusieurs excutionset..un.grand, nombre
..d'arrestations. Parm;i les, personnel i.prises se trou-
,vaient le ieun Supervielleet un autre Franais nom-
m Arias. Cesderniers sont toujours en prison et le
consul n'a jamais song les protger.
Tout le monde, taujourd'hui,, connait les dtails
des ,vnements de l'le tde Pinos et est fix sur la
criminelle attitude:d.u colonel Berriz, lequel est tou-
jours en fonctior, d'ailleurs, grce ses influences
il est neveu de M. Azcrraga, ministry de la
guerre Madrid. Et bien que le gouvernement s'ef-
force d'enterrer l'affaire, un grand nombre de mal-
heureux restent emprisonns, parmi lesquels Made-
moiselle Cosio, enferme La Havane, en un lieu
immonde, appel Los Rigodos., o, l'on empri-
sonne les femmes de mauvaise vie.
M. Ren Dart, un autre Franais,.est! en,prison de-
puis sept mois, abandonn dans le fort.du Morro,
sous l'accusation de sympathiser ..avec ila :Rvolu-
tion.
Je sais que dans les prisons d'autres villes de File,
d'autres Franais sont dtenus; mais, comme je n'ai
pas de renseignements sur leur affaire, je n'en;parle
pas afin de ne pas tomber en quelque erreur. Mais
en ce qui concern les cas que j'ai cits, je puis af-
firmer leur vracit.
Les proprits des Franais rsidantdans l'le ont
beaucoup souffert, et nombreuses sant -celles qui
ont t brles par les Espagnols mmes.
M. Domingo Btharte possde une belle planta-
tion de canne sucre dans la jurisdiction de Sagua.
Un jour la troupe espagnole pntra dans la.pro-
prit, assassina tous ceux qui l'habitaient. Parmi
les tus se trouvaient M. Martin Duharte, sujet fran-
ais, lequel pour se sauver s'enveloppa, dams le dra-
peau franais, mais ledit drapeau est si peu respect
Cuba que le malheureux tomba cribl de balles.
M. Btharte a prsent une reclamation au consul.
Nous verrons le rsultat qu'il obtiendra.
A Santiago de Cuba, lusieurs plantations de caf,
appartenant des Franais ont t brles par les
Espagnols. Nos compatriotes ont dj rclam de-
vant le gouvernement franais. Pendant que j'tais
Santiago, la plantation de caf de M. Carron fiat
brle ainsi que la magnifique proprit Juba de
M. Danger; cette dernire par le colonel Garrido.
M. Fermier Berguignan possdait une belle plan-
tation de canne sucre dans la province de Santa
Clara: les insurgs y vinrent plusieurs reprises et
la respectrent comme tant la proprit d'un tran-
ger. Mise au courant du fait, la troupe espagnole se
transport dans la proprit et la brla. M. Ber-
guignan a protest devant le consul, mais, jusqu'
present, en vain.
La mme chose est arrive M. Alfred Moco-
ani.
M. Ernest Paillet, propritaire de la fabrique de
sucre Saratoga, a eu sa proprit occupe pendant
longtemps par les soldats espagnols, qui au lieu
de la protger l'ont en grande parties dtruite en
mme temps qu'ils assassinaient plusieurs em-
ploys Cubains qui y travaillaient.


M. Auguste Lacoste a perdu sa magnifique plan-
tation L4:ngosta.
'TTOus ces messieurs ont envoy leur reclamation
au Consul franais le Comte de Salas.
La plupart des remises de voituresde lounge La
Havane appartiennent des Franais. Lejrgouverne-
ment espagnol les a dpouills d'un grand nomhbre
de chevaux pour sa cavalerie et il ne leur a pas en-
core donn un centime.
Il rsulte de toutce queje viens d'exposer;que:de
tous les trangers tablis: Cub:a, 'les' Franais ,soht
les:plus abandonns: par' leur. gouvernemrent.: Et ce
fait, sans excuse.-et lamentable au supreme degr,
pourrait trouver son explication dans 'la particu-
larit suivante:
Le seul reprsentant tranger ayant accept des
decorations du Gouvernement espagnol pendant
l'insurrection actuelle est M. le comte de Salas,
consul de France.
Ainsi, et seulement ainsi, on peut 'expliquer la
reprehensible et funeste indifference du consul fran-
ais, en ce qui touche le salut et la scurit de ses
infortuns compatriotes dans ce malheureux pays.
Aujourd'hui, M. le comte- de Salas est Paris
mais son successeur, M. Lon Molli, suit la mme
ligne de conduite. Attend-t-il, lui aussi, .une dco-
ration ? Cela ne serait pas, pour surprendre: elles
ont une si grande valeur morale, ici, les decorations
du gouvernement espagnol!
Un Franais.

-------.^-------

CIVILISATION ESPAGNOLE


El Dilntuio de Barcelone public une tude sur
les Philippines. Nous en extrayons le passage
suivant :
Le nen.e a peu fait pour instruire l'Indien. Il lui
suffit que ce dernier connaisse quelque peu le
catchisme. Le reste ne lui imported gure. L'i'n-
dien n'a pas la moindre ide.de la patrie. Il n'a
mme pas- celle de la famille.
Ce qui prcde siffit pour se fair une ide de ce
que lesiindignes des Philippines doivent la civi-
lisation "tant prne par M. Canovas. Voil com-
ment on a compris la colonisation dans l'archipel.
On afrait employ le mme systme Cuba si la
situation gographique de l'ile n'avait permis aux
habiants de recevoir naturellement la lumire des
Etats-Unis, de la France et de l'Angleterre, ce qui a
mis 'le pays la hauteur du progrs et de l'avenir,
malgr une lutte constant contre le gouvernement
espagnol.
C'est une bien malheureuse destine que celle des
aidignes des Philippines. Esclaves, exploits, main-
temas.dans une ternelle ignorance par les moines,
les soldats et les bureaucrats, las de souffrir tant
de rapacit, ils se lancent aujourd'hui dans une
guerre en vue de conqurir leur indpendance, et,
pour comble on les traite d'ingrats, de rvolts et
oe ilutte pour les rendre de nouveau l'esclavage.
'Voyez ce ,qui se passe aux Philippines.et voyez
aua.ssicequ'a t dans ces lies la fameuse civilisation
espagnole.
*--------^----

LA -BTE HUMAINE


A inotre fin de:dix-neuvime sicle, l'poque de.
Darwiin, de Reclus et d'Edison, Canovas et Weyler
nous Udonnent ce spectacle d'animaux carnassiers,
cachant une me de tigre sous des traits humans.
Comme nous tous, ils experiment sinon des ides
ce qui serait trop leur demander du moins des
sons articuls et ne marchent pas quatre pattes
ils savent porter des habits et mme des gants, mais
c'est touat.
.Ce serait infliger notre espceiune injure mor-
telle que de ranger parmi elle le bourreau qui rem-
plit Cuba du bruit de ses atrocits, fait fusiller,
ventrer, trangler femmes, enfants et vieillards,
quite dtaler comme un livre devant les hro-
ques volontaires de Maceo.
Nous ne pouvons tre conforms physiologique-
ment et crbralement comme ce miserable. Plutt
encore la solidarit avec Anastay qui lui, du moins,
n'a assassin qu'une seule personnel !
De mme pour le sefor Canovas del Castillo. Le
vieux sclrat qui, sous prtexte de connatre et
punir le terrorist isol lanceur d'une bombe, fait
arrter et torturer pouvantablement dans les cachots
de Barcelone et de Montjuick, quatre cents hommes,
femmes et enfants, est en dehors de l'humanit, tout
imparfaite soit celle-ci.
Dans quelle srie animal ranger de pareils tres ?
Dpourvus de squelette, ils eussent naturellement -
la frocit n'excluant point la btise t rangs
dans l'embranchement des mollusques; vertbrs,
ils doivent tre classs dans des categories sinon
suprieures du moins diffrentes.
Le domestique tout faire de la monarchie alphon-
siste, Canovas, l'hypocrite supplicieur sang-froid,
appartient incontestablement aux reptiles ophidiens,
genre vipre, et l'on ne saurait trop engager le pro-
meneur qui le verrait, sortant de son marcage,
ramper vers lui lui aplatir la tte d'un coup de
talon. L'Ecriture sainte declare d'ailleurs que c'est
ainsi qu'il faut traiter les serpents, et le dit Canovas


se montre trop bon catholique pour pouvoir, en
l'occurrence, formuler des protestations.
Quant Weyler, orgueilleux comme un-dindon,
cruel comme un tigre, poltrorln'comme.-ln "daimnet'
'bte come une oie, on est vraiment'bien embar-
rass pour lui.donner un tat-civil. Le'plus simple
serait peut-tr de former pour lui seulune classi-
fication distincte, ce qui viterait d'aillieurs- aux
autres btes un coudoiement feheux.
Car si ces deux tres taient re.:Il: iiient desl'hom-
-nies, c'en serait renverser toutes les ides,,scienti-
fiques modernes, auxquelles pour notre; part, nous.
croons.
Il faudrait admettre que l'homme est'plac non
pas au sommet mais tout au' bas de l'chelle zoolo-
gique, qu'il est un animal non pas perfectionn
mais dgnr, et rudement encore.
Canovas et Weyler sont les deux plus beaux
chantillons de la bte humaine.
-Cosmo.



ESPOIR ESPAGNOL


Les Espagnols attendent toujours avec impatience:
la nouvelle dela mortt de Maceo, esprant qu'elle-
mettrait fin la Rvolution. Voici . ce propos ce-
que dit l'important journal amricain The Sun :
L'Espagne s'imagine que -la mort de Maceo
achverait la guerre. Ceci est une erreur. La mort de
Maceo serait certainement considre par les Cu--
bains comme une effroyable infortune, mais elle ne-
porterait aucun coup mortel l'insurrection. Un des
plus illustres hommes d'Etat espagnols, M. Pi y
Margall, a dit propos de la mort.de Jos Maceo -
Rien ne sera change dans l'tat des choses par
cette mort. Ce ne sont pas les homes, mais les
ides, qui font les rvolutions . Maceo mort, qui
lui succderait? Peu imported. La conscience de leur-
droit -donnera des hommes aux Cubains 'et l'Es--
pagne, aprs avoir perdu son dernier fi:ls,:"devra aban-
donner l'ile .

... "


L'INTERVENTION DIES TATS-UNIS


On parle depuis dj longtemps de l'intention des;
Etats-Unis d'intervenir directement dans la question:
cubaine. On ajoute que l'Europe se proccupe de ce:
bruit et qu'elle commence discuter si elle devra, ou.
non accepter l'vnement au cas o il se produisait..
L'Europe, notre avis, doit se taire.
Lorsque les Etats-Unis, ntant encore qu'ne colo-
nie, se soulevrent centre l'Angleterre, leur mtro-
pole, la France les aida de son argent, de sa flotte,
de son arme et reconnut leur iindpendance bien
avant que la guerre ft termine.
L'Espagne de son ct appuya la guerre mais avec
tideur et lchement.
En 1823 la France franchit les Pyrnes, vint jeter
bas, avec plus de 12o.ooo homes, notre regime
constitutionnel et rtablir le gouvernement absolu'..
*Quelques annes plus tard, l'Angleterre, la France
et la Russie favorisrent la rvolte des Grecs contre
les Turcs et firent de la Grce un royaume ind-
pendant.
En 1834 et en 1.847, l'Espagne intervint en Portugal
et consolida sur le trne Dofa Maria de la Gloria.
En 1849, les. puissances catholiques allrent a.
Rome, dtruisirent la rpublique fonde par Mazzini
et Garibaldi et replacrent Pie IX sur le sige de
saint Pierre.
Dans la mme anne de 1849, la Russie se jeta sur
la Hongrie insurge et la rduisit au pouvoir de
l'Autriche.
En 1859, la France entra en Italie avec le dsir de
l'manciper des Alpes l'Adriatique, de la consti-
tuer en une seule nation et de la placer sous un seul
prince. Elle s'arrta moiti chemin ; mais _lle arra-
cha la Lombardie l'Autriche et la remit aux rois
de Sardaigne.
En 1861, l'Espagne, l'Angleterre et la France inter-
vinrent au Mexique. La France leva au trne Maxi-
milien d'Autriche, et Maximilien mourut fusill
Quertaro.
En 1879, l'Angleterre et la France allrent en
Egypte afin d'assurer aux cranciers anglais et fran-
ais et ceux du reste de l'Europe, le paiement de
la dette. Trois ans aprs l'Angleterre intervint dans
un soulvement militaire contre le Kdhive, rtablit
l'autorit de Tewfik, et aujourd'hui, aprs quatorze
ans, elle occupe et gouverne l'Egypte malgr les
rclamations des autres nations.
Nous ne parlons ici que des interventions armes.
Celles purement diplomatiques sont innombrables.
Tout prs, trs prs de nous, nous avons l'action
exerce par la France, l'Angleterre et la Russie en
Extime-Orient, propos de la guerre entire le Japon
et la Chine. C'est l'Europe qui a empch les Japo-
nais vainqueurs de s'tablir sur la cte orientale de
l'Asie.
De quel droit l'Europe se plaindrait-elle si les Etats-
Unis intervenaient Cuba? Les Etats-Unis ont servi
rcemment d'arbitres dans la question de. frontires
entire le Vnzuela et la Grande-Bretagne, Malgr la
brusquerie de leurs procds l'Europe s'est tue et la
Grande-Bretagne a fini par cder.


__


l~;p~,p~'~\s~.eCs~p~iF~~






3 DCEMBRE 1896.


La question du Vnzuela ne touchait que trs peu
ou-pas du tout les Etat-Unis. En revanche. la ques-
tion cubaine les touche. Cuba, pour ainsi dire est
leur porte :. A Cuba ils important presque autant
que notre Espagne. De Cuba ils exportent plus des
deux tiers du tabac produit par 'ile et plus de quatre
cinquimes du sucre qu'elle recueille. A Cuba, ils
.ont engag d'importants capitaux. Leur intervention
Cuba, tant donn le prejudice que la guerre leui
,cause, serait, sans doute, un peu plus lgitime que
celle de l'Angleterre et de la France en Egypte.
L'Europe n'a aucune autorit pour combattre un
.acte de force quelconque. Elle vit et opre sous un
.rgime de force,. Ses dprdations en Afrique n'ont
jamais t gales dans.l'histoire du monde. Elle s'y
partage et s'y adjuge, au mpris des habitants, des
-territoires immense qu'elle ne dominera et.n'occu-
pera pas dans des sicles. Tantt, elle s'arroge le
protectorat, tantt l souverainet sur de vieilles
.nations..
La France, une, fois la Rpublique constitute,
.semblait appele tre lalibratrice des peuples.
Elle a prfr suivre les traces de la monarchie. Elle
s'est empare du Tonkin, des miles de la Socit et de
-celles qui les entourent. Elle s'est adjuge, en 1881,
le protectorat de Tunis, en prtextant des incursions
,de Kroumirs sur.le territoire algrien et, aujourd'hui
-elle a des prtentions sur le Touat 'pour-des liaisons
;analogues. Elle a usurp, il n'y a pas longtemps au
.Siam, le long du fleuve Mekong, plus de 177.ooo00 k-
lomtres carrs de terrain et, il y a quelques mois,
peine, elle. a annex Madagascar, une des plus
grandes les de l'Ocan.
iLa Russie, aujourd'hui son allie, ne russit jamais
, satisfaire son.esprit de domination et -sa rapacit.
.Non contente- de possder la moiti de l'Europe et l1
nord de l'Asie, elle ne cesse pas de surveiller la
Turquie, sur le partage de laquelle, dj en i883,
,elle a engag, des ngociations avec l'Angleterre. Elle
.surveille galement aujourd'hui au Levant, l'empire
,chinois.
Ne parlons pas de la Grande-Bretagne. En Afrique,
en Asie, en Ocanie, elle agrandit d'anne en anne
.son empire. Sans computer ses protectorats et ses
zones d'influence, elle rgne cette heure sur
.14.632.231 kilomtres carrs de territoire, et elle
command plus de 346 millions d'individus.
Il n'existe d'autre droit que celui de la force. Seul'e
celle d'autrui limited aujourd'hui pour chaque pays
l'exercice de la sienne. Les choses tant ainsi, quelles
raisons pourrait invoquer l'Europe contre l'interven-
:tion des Etats-Unis Cuba? Arme, cette interven-
.tion pourrait provoquer un conflict de forces, mais
non de droit; purement diplomatique, elle pourrait
.tre un bien pour eux, pour Cuba,. pour nous et
pour les autres nations. Toutes les nations souffrent
de la lutte actuelle; plus que toutes l'Espagne pour
laquelle elle est. une saigne.
F. Pi y Margall.
.El Nuevo Rgimen).





LE GENERAL 1MATAMORE


L'insane gnral Weyler, qui avait fait du palais
,de la Havane son centre d'oprations, s'est enfin
dcid sortir, tant las lui-mme de piquer d'illu-
soires petits drapeaux sur la carte de Cuba.
En grande pompe, devant ,le front des troupes
formant la haie, il a march contre Maceo, le glaive
flamboyant et la parole brve. La minutetait solen-
nelle; le hros allait intervenir et dicter le devoir
hroque ses gnraux. Gonzalez Mufiz et les sol-
dats de Castille frissonnants d'enthousiasme, le regar-
daient passer. Les agonisants se reprirent vivre,'
les blesss se relevrent pour saluer le Roi et l'Em-
pereur. Maceo, .-bas, tremblait, songeaient-ils; et
'les soldats d'Espagne furent joyeux, et leurs accla-
mations taient la douce musique du triomphe.
L-bas, Maceo attendait le choc de Weyler qu'il
.avait attir. A measure que la hyne d'Espagne avan-
.ait, ses soldats avaient maintenant l'inquitude
terace de l'embuscade. De chaque repli de terrain,
on attendait le corps--corps ; il y avait des pou-
vantes qui passaient; et les hommes oubliaient de
causer, car la.tche tait rude.
Waterloo fut recommenc ici; du moins la parodie
de Waterloo, grande bataille qui fut une sublime
-dfaite pour le dieu de la guerre.
On sait l'aventure en Pinar del Rio. La premiere
priode de l'action militaire de Wevler fut un d-
sastre. Des colonnes qu'il attendait n'arrivrent point;
et la ceinture de fer qui devait treindre Maceo, fut
duverte par lui avec une imptuosit merveilleuse.
Les soldats d'Espagne reculrent; et les jambes
agiles connurent la fuite. Weyler, soldat sans gloire,
son glaive n'tant mme pas fauss, donna le signal
de la retraite son tat-major; et ce fut alors la
cavalcade fasieuse des galonns de l'Ibrie sous les
hues des cavaliers cubains qui, du haut de:la mon-
tagne, les rarbg daient s'enfuir.
Et, ici, le grotesque reprend tous ses droits. Quel
Goya viendra pour cette tche de la guerre hispano-
cubaine?
Ceci est. caratristique.:
Aprs une. fuite -de plusieurs heures, le geral
Weyler, jugeanita terre hostile, mit l'ide de retour-


ner La Havane par le bateau; et on le laissa faire.
L'exprience avait t tente.; c'tait le point princi-
pal. Maceo connaissait fort bien le !angage espa-
gnol; mais il ne comprenait goutte au chapitre des
rodomontades.
Il pleut il pleut tlgraphie Weyler,, et l'honneur
de l'Ibrie est sauf.






TARTUFES !


L'Espagne, en ce moment, triomphe!
Elle triomphe, comme d'habitude, approximati-
remient.
Faute de grives, elle mrange des merles, sous les
espces du nombre respectable de couleuvres que le
gnral Maceo lui a fait servir, accorrimodes sa
faon, dans la province de Pinar del Rio.
Elle les avale, du reste, avec une grce don't l'uni-
vers entier est oblig, de convenir, en mme temps
que de l'audace imperturbable de ses mensonges et
de l'extraordinaire aplomb de ses tartuferies ininter-
rompues.
A l'heure actuelle, Weyler est de retour La Ha-
vane, savourant un repos mrit; quant Maceo,
sans tre partout, comme le bon Dieu, il est... o
bon lui semble et sans que personnel l'en empche.
Que s'est-il donc pass Pinar del Rio ?-
En ces temps l, le deus ex machine monstruosus,
voyait mollir et s'trophier entire ses mains le nerf
de la guerre.
Les rodomontades d'un gnral; avide de rclame,
qui s'offrait terminer la guerre en deux mois, si on
voulait lui confier la capitanie gnrale, permirent
au monstre de cbler au stratge Weyler l'ordre p-
remptoire de vaincre ou de mourir !
La rponse immediate fut fort simple :
Quand on est mort, c'est pour longtemps, et
dame Victoire, amoureuse, il est vrai, du lion espa-
gnol, est capricieuse de sa nature.
Tout semblait donc perdu, surtout l'honneur!
Soudain la Vierge del pilai', toujours favorable
ceux qui la prient, inonda d'une vive lumire l'es-
prit du grand homme d'Etat.
La march triomphale, de Maceo travers toute
l'ile, du sud-est au nord-ouest ne s'tait-elle pas
arrte dans la province de Pinar del Rio ? bon-
heur! Pinar del Rio Province extreme du pays en-
toure de trois cts par la mer! Vite! une simple
ligne fortifie l'est et le gnral Cubain est forc-
ment la merci des armes espagnoles !
Un nouvel ordre est expdi : Jeter Maceo.dans la
mer ou l'craser sur les fortifications de la trocha.
Il est convenu qu'il n'y a plus d'insurrection dans
les autres provinces; plus de brigades, plus de' divi-
sions, plus de corps d'arme Cubains gravitant au
nord, au sud, au. centre et l'est de l'ile; le gnra-
lissime M'aximo Gmez ? fume Le major gnral
Calixto Garcia ? Evanoui Maceo seul existe, Maceo
qui va tre pris !
Weyler devait prendre en personnel la direction
des operations,
La capture de Maceo tait assure et le triom'phe
prochain allait produire des rsultats si considra-
bles, que l'entourage du gnral en chef prit peur,
peur pour lui, de l'motion parfois funeste, cause
par les trop grandes joies : N'tait-il pas plus raison-
nable, au lieu de s'exposer ainsi, de se conserver
la sollicitude de ses troupes, en oubliant implement
un ordre irrflchi de son gouvernement ?
Weyler demeura donc La Havane.
Cependant les operations commencrent; les pre-
miers rsultats, aussi heureux que toujours, n'ap-
portrent au capitaine gnral que ce tlgramme,
sign : Canovas :
A la tte de vos troupes ou destitution immn-
diate.

Quelques jours aprs, parties par mer, parties par
terre, tantt dans un wagon blind, encadr d'autres
fois par une dense escorted, changeant au dernier
moment son itinraire et modifiant ses heures
d'tape, le general (!) arrivait sur le thtre des op-
rations en heure trs opportune... pour voir infliger
ses lieutenants les trois plus sanglantes dfaites
don't peut se vanter le gnral Maceo, toujours
triomphant et toujours insaisissable.
La combinaison des movements des troupes in-
surges a mme t si habile, qu'elle leur a permis
de prendre contact avec le quarter gnral lui-mme,
et si les munitions n'taient pas revenues rares, il
est probable que la fin des crimes de \eyler et t
.proche.
Le fait est que, pendant une heure, le tir des Ma0-
sers cubains est rest fix dans sa direction.............
Vous croyez peut-tre que, saisi d'une noble-furie,
il a saut sur son cheval de bataille, que haut le
sabra et droit sur ses triers, il a su lectriser ses sol-
dats pour les entrainer la victoire; qu'il s'est cri:
Soldats C'est votre gnral que l'on vise, c'est
votre gnral que l'on veut tuer! Votre gnral
n'est rien, mais il reprsente I Espagne qui est
tout.! Soldats.i en avant! et avec.vous, pour vous
et par.vous, Vive l'Espagne


Eh bien! non! ce qu'il a fait, je vais vous le dire:
Dgringolant de son cheval aussi rapidement que
ses triers trop chausss le lui ont permis, il s'est
tendu par terre, il s'est couch dans la boue, car il
pleuvait fort, cette nuit-l, et c'est dans cette pos-
ture la hauteur de ses sentiments que le
froid dans le dos et la peur aux ctes, le gnralis-
sime Weyler, sans tente de champagne, sans aucun
abri, sans nourriture, a pass toute la nuit du 12 no-
vembre, frissonnant d'angoisse et claquant des dents,
l'abri de la batterie Pintos.
C'est ainsi que l'Espagne vient encore de: triom-
pher Pinar del Rio !
Tas de Tartufes !
Frre dacques.



LES JOYEUSETS DE L'EXIL


Notre collaborateur si, assidu et dvou, M. Charles
Malato (Cosmo), .qui dj a racont, en les entrem-
lant d'aperus.thoriques,. les pisodes d'une vie on
ne peut plus mouvemente,, public, cette, fois pres-
que exclusivement dans la note gaie, un nouveau,
livre : Les Joyeusets de l'exil (Librairie Stock).
C'est le rcit on ne peut plus original d'une
priode de proscription, de. lutte social et d'agita-
tions insurrectionnelles en Belgique et en Italie,
mais envisage sous sa face la plus humoristique.
Cependant, la note gaie est couple parfois par de
violentes attaques certaines personnalits don't
l'auteur a eu fort se plaindre une poque o il
n'tait pas mme de.les rfuter. Le lecteur jugera
s'il a eu raison de riposter. En tous cas, le livre se
recomande non seulement par une verve caustique
mais par un ton de grande sincrit.


Les fameuses operations de Weyler contre
Maceo sont, pour le moment, termines. On sait
quels en sont les rsultats :
1t Weyler rentre La Havane;
20 16.000 Espagnols entrent dans les hpi-
taux. Et encore ils n'y entrent pas tous, car le
HIeraldo de Madrid s'crie, affol: a 11 n'y a pas
de place dans les hpitaux pour tant de monde.
Et qu'on ne nous accuse pas de propager de
fausses nouvelles, ce sont les journaux espagnols
qui nous parent des convois qui arrivent jour-
nellement du thtre des operations, conduisant
des milliers de malades don't une bonne par-
tie doivent,tre des blesss.
Et nous savons, du reste, que les Espagnols'
sont incapables d'exagrer leurs pertes.


Pour ce qui est du retour du gnral-bourreau
dans la capital, il a produit dans le monde en-
tier une telle impression, que M. Canovas a de,
nouveau tlgraphi Weyler de repartir pour
Pinar del Rio, et de recommencerles operations.
Et voil Valrien reparti : malgr les pluies.
Esprons qu' force d'aller a l'eau, cette cruche
finira par se casser.
-A,


Et dire que certain journaux ont annonc le
piteux chec du commandant en chef espagnol
par ces mots :
Le gnral Wevler continue diriger mthodique-
ment les operations.
Quelle trouvaille! Ce mlhodiquement nous
plat normment.


Le jour n'est pas loin o Weyler dirigera de
Madrid les operations militaires. Ce jour-l, les
reptiles en question diront :
Le gnral Weyler, marquis de Tnriffe et duc
de l'Evacuation de Cuba, aprs avoir pacific la
grande Antille, est de retour en Espagne. On attri-
bue ce retour aux craintes qu'inspirent les menes
des rpublicains et des carlistes. D'ailleurs, depuis
la proclamation de l'indpendance de Cuba et des
Philippines, la situation extrieure s'est beaucoup
amliore.
Ainsi s'exprimeront les jolis petits reptiles, je
parie la tte de Canovas, je parie mme deux
pesetas.


Toujours la fiert castillane. Au sujet de l'in-
sulte faite au drapeau espagnol, Newcastle


(Etats-Unis), M. Dlupuy de Lme, reprsentant
de l'Espagne Washington, tlgraphie son
gouvernement que l'incident n'a aucune impor- ~"
tance.
Nous sommes d'accord avec M. Dupuy de
Lme.


Nous lisons dans le Heraldo de Madrid qu'aux
Philippines 40 Espagnols ont battu et mis en
fuite 4.000 insurgs.
Nous lisons dans le mme numro, du mme,
Jleraldo, qu'il est indispensable d'envoyer im-
mdiatement 20.000 homes de renfort aux
Philippines.
C'est come Cuba; les mmes clichie' de
victoires quotidiennes, et deux ou trois fois par
mois demand de renforts. "
Franchement, nos voisins ne sont pas nimlins;
puisqu' force de gagner des batailles ils percent
des: colonies, pourquoi ne se mettent-ils pas, se -
faire battre rgulirement?
L'orgueil castillan s'y oppose, direz-vous; oui,
mais le fameux patriotism castillan... Allons,
hidalgos, faites-vous brosser par patriotism.


Mais vous n'en ferez rien, incorrigibles. Cids,
Vous faire battre par. patriotism nervous sourit
gure.
Eh bien continue vous fire battre par
Maceo.



LA PRESS FRANAISE
Et la Guerre de Cuba

L'Autorit: La situation dans la province.
de Camagey a ajout le gnral n'est.peut-
tre pas trs bonne; mais la question est secondaire,
car sur ce point il y a peu perdre.
La situation dans. l'est n'est pas mauvaise; les
travaux de la rcolte sont commencs dans quel-
ques fermes ; d'ailleurs, jusqu'au mois de fvrier il
n'y a rien de compromise.
Trs optimiste, le gnral Weyler; ce qui se com-
prend, puisqu'il est responsible.'
II serait trop long de discuter toutes ses asser-.'
tions. Bornons-nous une brve observation.
Si Maceo ne compete que six mille,hommes, com-
ment n'a-t-il pas pu en finir avec lui; et, si les op-
rations des autres chefs ne sont pas menaantes,
pourquoi est-il entr La Havane?

Le Rappe/l Le lecteur se souvient encore des
quelques lignes qui ont paru ici dans le numro de-'
dimanche dernier, et o il tait dit que la situation,
Cuba tait intenable et qu'avant le 15 dcembre le
gnral Weyler serait forc de faire l'aveu de son im-.
puissance ? Je m'tais tromp de quinze jours : le
gnral qui, au dire de ses partisans, devait rtablir
l'ordre Cuba en quinze jours, a t oblig de ren-
trer La Havane aprs avoir pendant un mois
attend que les insurgs commettent la faute de
l'attaquer. Les insurgs s'en sont bien gards, le g-
nral a perdu patience. il a quitt la Trocha pour
affaires urgentes qui le rappelaient La Havane.
Les officieux espagnols nous avaient habitus des'
mensonges plus adroits !
On nous announce aussi que le gnral Weylei est
rentr La Havane par la voie de mer, parce qu'elle
lui tait plus commode. Mais .ne pourrait-on pas
plutt croire ce qu'a dit le gnral un rdacteur
de La Luch : Je ne sais pas o se trouve Maceo.'
Il n'y a pas moyen de l'atteindre. Il est vrai que
cette singulire assertion ne se trouve que dans les
dpches Reuter et vient par consquent de source
amricaine. Mais quoi qu'on puisse penser de cer-
taines campagnes faites de l'autre ct de l'Ocan,
on n'en est pas moins forc d'admettre que nos con-
frres de New-York sont plus prs. de la vrit qtie
les journaux qui ne reoivent que les nouvelles de
source officielle espagnole. Ce qu'il y a de clair,
c'est que, d'un ct, Maceo a lass la patience du
gnral en chef et va marcher sa guise : que de
l'autre, Gmez march la tte de 35,ooo hommes
dans la direction de La Havane, et que, par cons-
quent, ce ne sont plus les Espagnols qui vont choi-
sir l'heure de l'attaque, mais les insurgs. La con-
clusion est facile tirer.

L'Echo de Paris: Onne peut plus computer les
lgions vaillantes et la fire jeunesse que l'Espagne
a enterres Cuba et l'argent qu'elle y a englouti.
Elle aurait pu, il y a quatre ans, il y a dix ans, ac-
corder aux Cubains ces fr)res! les garanties et .
les liberts qui auraient rendu cette affreuse guerre
inutile. Mais les gouvernements sont immodrs
par nature, ils abusent de leurs avantages jusqu'au
bout ; les parties font de mme. On tend les situations
jusqu' ce que tout clate, plutt que de rien accor-
der. Histoire de la Crte et des Armniens.
Martinez Campos allait tout tuer, le gnral Wey-
ler allait tout avaler : on parle aujourd'hui du gn-
ral Azcrraga, le ministry de la guerre en personnel.
On aime mieux se ruiner, verserdes flots de sang et
perdre tout de mme la parties, que d'tre un peu
luitable.









3 DCEMBRE 1896


Le Temps : II parait que l'intendance espa-
gaole, en lutte, il est vrai, avec de formidable em-
barras, a fait preuve d'une incapacit extraordinaire :
le quarter gnral lui-mme n'aurait pu tre conve-
nablement pourvu de tentes, de vivres et de muni-
tions.
Dans ces conditions, la sant des.troupes n'a pas
tard tre gravement compromise. D'incessants
convois'ont dj amen ax hpitaux de la capital
etdes lieux voisins plus de onze mille malades et
blesss. La fivre jaune, la dyssenterie, le paludisme
ont fait infiniment plus de victims que les balles
de Maceo, dj pourtant assez meurtrires.
4e commandant insurg a men sa defense avec
une habilet suprieure. Se bornant opposeraux
5,ooo hommes de Gonzals Munoz au Nord, aux co-
lonnes du gnral Weyler au Sud-Est et des gn-
raux Segura et Echage l'Est, tout just assez de
de resistance pour se donner le temps de mettre en
Slieu sr son artillerie, ses munitions et le gros de ses
bandes, abandonnant sans fausse piti ses .trainards
l'avant-garde espagnole, Maceo est demeur fidle
la tactique de la guerre de partisans.
Il a fractionn ses troupes en petites bandes d'une
mobilit extreme. Drobant sa march avec tant d'a-
dresse, qu'aprs l'avoir cherch au nord, puis au sud de
Limas, les Espagnols ont fini par croire qu'il avait
fil vers l'ouest ou mme vers la fameuse trocha elle-
m me, Maceo a russi- lasser son adversaire et
chapper aux, mailles serres du filet qui lui avait
t tendu: Il ne s'est pas seulement soustrait un
pril imminent:.il a port au gnral Weyler et son
prestige le coup irrparable que cet officer gnral
se croyait en tat de lui infliger.
C'est un signe des temps que d'entendre de nou-
veau parler du replacement du commandant en
chef. Le gnral Weyler, don't la venue avait t sajue
avec tant d'enthousiasme, en est l'heure actiuelle
peu prs au mme point que le marchal Campos il
y-a un an. Dcidment, Cuba dvore les gnraux
et les reputations militaires de l'Espagne, comme
l'Espagne elle-mme, au commencement du sicle,
dvora les principaux lieutenants de Napolon et les
plus grandes renommes guerrires de la France im-
priale.
La situation est d'autant plus grave- au point de
vue purement stratgique et en laissant entirement
de ct les complications possibles ou probables du
.ct des Etats-Unis qu'avec un effectif encore
bien suprieur celui des insurgs, puisqu'en dpit
des pertes, des maladies, des indisponibles, l'arme
espagnole compete toujours de i3o 140,ooo hom-
hommes contre 25 30,ooo rebelles, elle a t rduite
se mettre sur le pied d'une strict defensive dans
le reste de l'le pour pouvoir tenter dans la Province
del Rio l'offensive qui vient d'aboutir un si dplo-
rable chec.

La Politique Coloniale.: L'chec de la cam-
pagne si pompeusement annonce et qui devait tre
decisive, le retour du gouverneur gnral La Ha-
vane, aprs quelques jours passs la poursuite de
Maceo, semblent prsager pourtant que les
troupes espagnoles seraient hors d'tat de. ve-
iir bout de leurs mobiles ennemis qu'elles
ne peuvent jamais atteindre et qui font preuve
d'une habilet sans pareille dans la guerre de
gurillas. Le gnral Weyler, acclam il y a quel-
ques jours, est aujourd'hui trait comme l'tait, il y
a un an, le marchal Martinez Campos. Il y a cer-
tainement, dans la situation de Cuba, des circons-
tances mal expliques par le gouvernement espa-
gnol; puisque malgr un effort gigantesque,
quelques milliers d'insurgs peuvent braver,
depuis plus d'un an et demi, des forces consi-
drables. Ainsi, mme sans envisager l'ventualit
d'une intervention des Etats-Unis, en tenant compete
seulement des conditions militaires, on peut redou-
ter pour l'Espagne une issue fatale des vnements.
Encore ne tenons-nous pas compete d'un lment
nouveau : le jour o la fivre jaune svirait dans la
Grande ile avec la mme intensity qu'elle le fait en
Hati actuellement, que deviendrait l'arme espa-
gnole ?




REVOLUTION CUBAINE
SERVICE SPECIAL

DE





Du 23. M. Hitt, qui est le reprsentant du
Foreign Relations, a dit dans une interview que le
gouvernement amricain tait dcid reconnatre
immdiatement la belligrance des Cubains. Cette
action est dans les principles politiques internatio-
naux des Etats-Unis.
Un tlgramme official espagnol, en dmentant
un autre antrieur, dit que l'ex-prsident du Hon-
duras, M. Soto, n'est pas mort dans un engage-
ment Cuba. M. Soto rside toujours dans le Hon-
duras.
Du '4. Parmi les arrts comme suspects, qui
remplissent les prisons de I.a Havane, se trouvent
MM.:
Severiano Fernndez Diaz, Anastasio Valds,


Roman Morales Soto, Francisco Aldav Diaz, Rafael
Barduenes Fernandez, Pedro Becerra y Alfonso,
Antonio Acosta Arocha, Francisco Castillo Colina,
Marcelino Torres Valds, Jos Martinez Alfonso,
Vicente Oliva Lima, Cristobal Trujillo Belo, Miguel
Martinez, Adolfo Borda Sola, Francisco Diaz Molina,
Gregorio Tejada Garcia, Jorge Garcia Ofia, Tefilo
Ayala Quintero, Juan Villa Soler, Ramn Gonzalez
Abad, Jos Rolo Basollo, Pedro Martinez Barreto,
Jos Alvarez Gutirrez, Toms Surez Valds, Jos
Cirilo Valds, Jos M. del Valle, Jos Luis Bez,
Ram6n.Borrell Espinosa, Csar Delfin Valds, Eladio
Perdomo Prez, Clodomiro Hernandez, Bonifacio
Castillo Hernandez, Francisco Valds, Agustin de la
Orden y Lastra, Manuel Alvarez Fuentes, Alejandro
Echevarria, Francisco Prez Abreu, Victor Jimnez
Font, Andrs Alvarez Valds, Jos Fermin Valds,
Juan Valds y Ajn, Felipe Villavicencio, Toms
Barrio Ayala, Laureano Campaneria, Manuel Fer-
nindez,.Abelardo Vera, Teodoro Magallanes, Lcas
Hernandez Felipe, Crispin Gordillo Arango, Mar-
celino Gutirrez Cuesta, Daniel Lpez Batista, Jos
Elias Caraballo, Teodoro del Rey, Catalino Soto-
longo Alfaro, Bonifacio del Monte, Gregorio Varela
Herrera, Ricardo Cruz Claro, Francisco Pedro
Carrillo, Jos Victoriano Rivero, Justo Martinez
Pedroso, Jos Policarpo. Gonzlez, Jos Irene
Rodriguez, Aquilino Ajuria Villa, Fliz del Rey
Lpez.


vane, qui a perdu la confiance de la population es-
pagnole, et demand nettement son replacement
par le gnral Azcrraga.
Le gnral Arolas a visit l'hpital de Mariel et
pris les dispositions pour le dpart d'un convoi im-
portant de blesss vers La Havane.
Du 26. Une dpche de New-York announce
comme certain l'intervention de M. Cleveland dans
les affaires cubaines. Son prochain message entre-
tiendra le Parlement de cette question. L'lection de
M. Mac-Kinley, favorable la belligrance, a suffi-
samment prouv les sympathies du people amricain
pour la cause cubaine pour dcider M. Cleveland.
Une dpche d'Ottawa informed que le gouver-
nement canadien a t avis par le consul d'Espagne
Halifax que le steamer Bermuda, en partance dans
ce port, se prparait transporter des munitions
Cuba. Le capitaine du bord a remis des papers en
rgle et une declaration du consul anglais certifiant
leur authenticity.
Les troupes espagnoles Pinar del Rio sont
restes vingt-quatre heures sans vivres.
Le prisonnier de guerre Lopez Colina a t fu-
sill La Havane, aujourd'hui.
-A Crdenas, on a arrtle D' Pedro Iberia, l'avo-
cat Benito Jos Maribona, et l'employ du chemin-de
fer de Crdenas Jcaro, Mauricio Cabeda. On dit
que. main-mise a t faite sur les correspondances
de ce dernier avec les rvolutionnaires.


'WEYLER S'EN VA-T-EN GUERRE
(Parodie de Sangredo)


(D'un journal amdricain.)
9 Novembre. Dpart. 12 Novembre. Retour.


*^**^**7h^**^****^**^**^^***^*~:~tr


M. Dupuy de Lome, ministry d'Espagne Wa-
shington, a prsent une note du sujet de l'incident
soulev par l'insulte faite au drapeau espagnol
Newcastle-Delaware.
De lettres parvenues New-York et adresses
par le gnral Mximo G6mez des Cubains de
cette ville, il rsulte que ce chef a quip actuelle-
ment et instruit trente-cinq mille hommes.
L'incident soulev par l'insulte faite au drapeau
espagnol est rduit mintenant' ses justes propor-
tions. D'aprs le correspondent du Philadelphia
Ledger, tout dans cette affaire serait une mystifica-
tion. Il s'agirait simplement d'un paper aux cou-
leurs de l'Espagne qui aurait t lacr. Le ministry
d'Espagne n'aurait prsent aucune note ce sujet.
Une dpche de La Havane Jacksonville an-
nonce qu'il rgne une grande confusion dans la ca-
pitale par suite du retour inopin du gnral Weyler.
Il semble que le gnral craignait un movement s-
paratiste dans la capital la nouvelle de sa dfaite.
Interview sur la situation du gnral Maco, il a
dclar que le chef cubain disposait de six mille
homes et occupait une position que les Espagnols
n'taient pas assez nombreux pour attaquer.
Du 25. M. Cnovas s'est alarm des nouvelles
prjudiciables au credit de l'Espagne, qu'on a lan-
ces au sujet de l'emprunt. Ce qui vient dmontrer
encore qu'il n'a pas grande confiance en son r-
sultat.
El lmparcial, de Madrid, public une lettre ou-
verte au gnral Weyler, dans laquelle il blme sa
conduite dans la campaign et dclare qu'il n'a pas
pris toutes les dispositions ncessaires la russite
de son plan. Les rsultats acquis ne rpondent pas
aux sacrifices de l'Espagne. Les trochas de Mriel et
de Jcaro n'ont arrt aucun des movements 'de
l'ennemi. De son ct, El Liberal, de Madrid, criti-
que vivement le retour du gnral Weyler La Ha-


Les dports cubains Rafael Usatorres, ancien
rdacteur de La Verdad et La Protesta, de La Ha-
vane; Luis Centenat Figueroa, fils du colonel espa-
gnol du mme nom en operation contre les Cubains
et parent du dput autonomiste mort depuis peu
d'annes, -Miguel Figueroa; Irene Mufi6z, Cornelio
Rojas, Antonio Ochoa, Manuel Rodriguez, un phar-
macien et quelques agriculteurs, sont arrivs
Cadix.
Du 27. -Demain, i50 dports quitteront La Ha-
vane destination de Fernando-Poo.
Ce matin, six heures, est arriv Mariel le g-
nral Weyler en route pour Guanajay; onze heures
il est arriv Artemisa. Il quittera cette ville lorsque
son tat-major l'y aura rejoint. Avant de partir de
La Havane, le gnral Weyler a envoy un tlgramme
-Madrid demandant l'envoi immdiat d'un rgi-
ment de cavalerie.
Le gouvernement anglais a demand au gou-
vernement espagnol une explication satisfaisante
propos de l'emprisonnement des citoyens anglais
M. Thomas et Richard Beatty, accuss d'avoir incen-
di les villages de Media-Luna Manzanillo.
La press de Madrid et les hommes politiques
et financiers sont trs proccups par la prochaine
runion des chambres amricaines et la dtermina-
tion qu'elles prendront au sujet de la question cu-
baine.
Du 28. Hier a t clbr New-York, l'anni-
versaire de la fusillade des tudiants de La Havane en
1871. Les orateurs ont fltri avec une just nergie
la domination espagnole Cuba.
Du 29. Le gnral Wevler est arriv San Cris-
tobal o il a immdiatement pass les troupes en
revue.
L'aide de camp de. Maceo, M. Reyes, dment
d'avoir communiqu- la press amricaine les d-
tails du combat livr Wevler. Mais il raconte un


autre combat qui a eu lieu en octobre, don't les d-
tails sont les mmes que ceux fournis par les feuilles
amricaines.
En presence de la situation critique des Espa-
gnols dans la parties orientale de Cuba, le gouverne-
ment tche d'attnuer l'importance des vnements
en faisant circuler la fausse nouvelle que le gnral
Calixto Garcia manque de munitions d'artillerie.
Le 25, il n'y avait pas moins, dans les hpitaux
de la Havane, de 16,ooo malades et blesss.
Du 30. Un tlgramme adress au Standard,
de Londres, announce que les Cubains ont bloqu le
port de Gibara (i).
Serait jug La Havane: M. Gonzalez Alcorta,
sujet espagnol, directeur de La Pay, de Madrid, et
ex-professeur de l'Institut de Pinar del Rfo.
La Compagnie du gaz de La Havane se prsen-
terait en liquidation.
Du i" Dcembre. Les dpches de La.Havane
El Imparcial annoncent que les forces du gnral
Weyler ont quitt hier San, Cristobal et se retirent
vers l'ouest en ordre de bataille (?). Ordre leur a t
donn de faire halte sur les bords de la rivire de
TacoTaco.



REVOLUTION PHILIPPINE
SERVICE SPECIAL
DE





Du'24. Le steamer arriv San-Francisco a
apport des nouvelles de l'insurrection-des Philip-
pines. Le North China News public le rcit des ex-
cutions des insurgs condamns. Leurs sentences.
ont t lues comme d'ordinaire, vingt-quatre heures
avant la signature de l'ordre d'excution; le lieu
choisi pour le supplice tait le parc public, que fr-
quente une nombreuse population; cette occasion
trente-quatre dames espagnoles taient prsentes et
des troupes de musicians les accompagnaient. L'Es-
pagne fait arrter tous ceux qu'un moindre soupon
dsigne et confisque leurs proprits. Un miller de
prisonniers de la province de Nueya-Ecija ont t
transfrs Manille. Ils taient accuss- de pactiser
avec les rebelles. Emprisonns dans le local.du gou-
vernement, on les en a extraits par groups de cinq
a quinze et on les a prcipits la rivire. Deux
hommes s'tant jets ensemble de leur propre vo-
lont par dsespoir, on les a rattraps, puis des sol-
dats les ont frapps de leurs sabres avec une telle
frocit que leur cervelle a jailli de toutes parts.
Des lettres reues San-Francisco,- venant de
Tokio (Japon), apprennent que le movement sym-
pathique aux insurgs des Philippines s'accentue
parmi la population japonaise. Elle est irrite des
mauvais traitements infligs aux prisonniers par les
Espagnols. Ceux-ci torturent les accuss afin de leur
arracher des rponses compromettantes pour d'au-
tres personnages de l'ile.
On dit que le gnral Blanco, commandant en
chef des troupes espagnoles aux Philippines, man-
querait de munitions.

-------* -------

BIBLIOGRAPHIE


Certes, s'il y a un sentiment, une passion, don't les
romanciers ont us et abus; s'il y a un thme re-
battu, tir en tous les sens, pressure, vid, croire
qu'on n'en tirera plus aucun intrt notoire, c'est
'bien l'amour, l'adultre, en un mot le rapproche-
ment de deux tres pour l'change de deux fantai-
sies et le contact de deux pidermes .
Des romanciers d'une rare navet ou trs confiants
en leur souplesse crivent encore pourtant des idyl-
les de cette nature, sentimentales ou tragiques, hon-
ntes ou simplement niaises.
Mais il est clair que les crivains de talent peuvent
seuls se permettre ces tudes amoureuses, le lecteur
tant l'ternel Jocrisse qu'on tromperait, qu'on ber-
nerait, dans le cas contraire, et qui serait contraint
cependant d'avaler tout le livre qu'il aurait achet
tout de go, en bonne me confiante.
Myosotis, de M. Alfred Bonsergent, est heureu-
rement pour le nombre des livres publis sur cette
matire un succs marqu pour lui et pour la So-
cit libre d'Edition (12, rue d'Ulm),dont le fonda-
teur est le bon romancier Alexandre Boutique. Et
tous les bons souhaits doivent aller ace group d'au-
teurs, publiant ailleurs que chez les marchands de
livres de bonne ou mauvaise renomme.
M. Alfred Bonsergent nous a jet ce dfi qu'il fe-
rait une chose charmante avec l'histoire d'une union
dite irrgulire. Je ne sais si l'auteur a des fils; s'il
en a, il n'a pas pens leur ddier son livre, ainsi
que le -fit un romancier connu en pareille occasion;
et, ma foi, il a vit ainsi un fatras de rflexions fort
indigentes et vraiment puriles. Il v a bien dans ses
pages quelques expressions toutes faites, des poncifs
un peu trop nombreux; mais certes le lecteur ne
cherchera pas, comme nous, midi quatorze heu-
res ; et je peux lui promettre qu'il ira jusqu'au bout.
M. Alfred Bonsergent vient de se servir, aprs tant
d'autres, de ce vieux tremplin : l'amour; et, ma foi I
il ne s'est pas cass les reins.



Nota. Aux auteurs et diteurs nous donnerons,
sous notre titre Bibliographie, l'analyse de tous les
ouvrages don't on nous aura adress, franco de port,
deux exemplaires.

(r) Le Port de Gibara est au nord de l'ile, entire les
points de Sotavento. et Barlovento, dans les terms
de Gibara (province de Santiago de Cuba). N. de
la R.

L'Administrateur-Grant : FOURREAU.

TROYES. Imprimerie G. ARBOUIN, rue Thiers, 1286


~PR~iu~e




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