Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: October 1, 1896
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00038
Source Institution: University of Florida
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Patrie et Libert


RDACTION & ADMINISTRATION PRIX DE L'ABONNEMENT (EN FRANCE)
PfARIS DfPART.
Une anne, payabile (riaatice.,. 20 fr. 22 fr.
20, Rue Saint-vincent-de-Paul ire Anne PARIS er Octobre 1896 N 37 ui.,emestr,, id. id.....ie fr.. i.
Un trimestre, id. id ... 6 fr. 6.50
ADRESSE TLGRAPHIQUE: L.AL. L I A L'TRANGER
A L'ETRANGER
rrtEP O'l .A.IT TQOUS LES JEU DI S Une anne, payable d'avance............. 25 fr.
c it n oUn sem estrce, id.U id ............. 13 fr.
Les manuscrits ne sont pas rendus UN NUMIERO....... O fr. 25


LES DERNIRES ILLUSIONS


rocanter des bateaux d-
sarms, voil ce que con-
tinue faire l'Ibrie.
Douce manie 1 Elle va
pour cela en tous pays,
comme, avant les ven-
danges, le marchand de
tonneaux ambule en toute rues. Aussi c'est une
occasion notoire de se dbarrasser des cuiras--
ss trop instables, des torpilleurs qui sombrent
et des croiseurs sans vitesse.
L'hilarante Mtropole, qui s'est rveille un
beau matin sans marine, est du reste de la meil-
leure composition. Elle va, prcde de ses or-
phons; et, au dpart, elle scelle, de fracassantes
musiques, le bon march don't elle est la dupe.
L'honneur est satisfait, juge-t-elle! La vieille
Ibrie s'arme de fer et d'acier; la bannire rouge
etjaune flottera dsormais aux mts de maints
vaisseaux; certes, mais l'on rira et l'on se
gaussera la premiere escarmouche, au premier
essai de la bataille ou de la poursuite.
Pauvres bateaux vieillots et de nulle terreur,
mlancolique dchet et rebut des nations, un
homme, dans cette Espagne agonisante, a jug
bon, tout de mme, de vous faire suivre par
quelques coques moins inoffensives! Mais la com-
mande est tardive; car ce n'est que dans dix-huit
mois qu'elle sera livre par les chantiers d'Ecosse.
Dix-huit mois, h dater de ce jour, et l'Espagne
accepted! On ne peut mieux avouer pour la
joie de notre me que la repression des Cu-
bains n'est pas une chose faite. Il y a donc encore
de beaux jours pour le droit la Libert.
L'Espagne dsormais va la combattre sans en-
thousiasme comme sans succs. La Mtropole
perdra en jeunes soldats de quoi peupler une
grande province, mais le clerg prononcera jus-
qu' la fin ses harangues folles. Des artistes ont
vu de ces dparts pour Cuba, et c'est, dans leurs
rcits, la mme impression de dgot et de na-
vrement, devant cette comdie de pitre huma-
nit !
Je prie qu'on lise ou qu'on relise, h ce sujet, la
lettre que le peintre J. F. Raffaelli envoyait, le
6 septembre dernier, de Saint-Sbastien, au Fi-
garo. Ce tmoignage n'est pas suspect. L'homme
a une hautaine probit qui l'a toujours gard de
toute venture et de toute compromission. Mais
soyez certain que l'minent artiste a pntr et
exprim toute la philosophie de la rencontre.
Plus rcemment, le 17 septembre, M. Jean Lor-
rain avait occasion de revenir sur ces choses
d'Espagne, et il disait toutes nos erreurs, tout le
mensonge l'endroit de ce pays. Sa merveilleuse
chronique, tout imprgne de grce mlanco-
lique, serait citer, en cette place, tout entire,
si ce n'tait rpter des pages don't les curieux de
lettres se souviennent si pleinement.
Oui, comme beaucoupde choses, les romances
et les romantiques ont menti.
L'Ibrie ne peut plus nous illusionner present
avec ses coeurantes tauromachies, sa quincaille-


rie du pass, ses srnades fort niaises et ses in-
digents fandangos. Je sais bien que le Midi ne
partage point cet avis; mais cela importe-t-il?
Et le Midi, c'est un peu tous les Tartarins et tous
les Gascons de France.
Les quotidiens espagnols peuvent donc cl-
brer, entire deux concours d'orphons, le triomphe
de leurs corridas de toros, il n'y a plus. gure
que les marines franais sans besogne d'outre-mer
pour applaudir a cette stupidit malfaisante, et
nouer, comme l'a fait M. Timothe Viaud, alias
Pierre Loti, les couleurs franaises et espagnoles
en un trophe la gloire de l'Espagne.
Aussi, quoi que fasse et quoi que dise M. Cino-
vas, l'argent franais, qui se souvient de rcentes
et dures catastrophes, n'ira pas chez M. de
Rothschild, malgr les appeals de ce dernier et des
quotidiens franais dvous a l'Espagne. Les
rentiers de ce pays s'abstiendront pour une fois
d'aider la Haute Banque en cette o currency,
non pas par grandeur d'me, bien ente idu, m, i
parce qu'ils voient enfin qu'un prt l'Espagne
serait l'irrmdiable perte de leurs beaux et
chers deniers.
Jean Guiton.

------------i

LES PHILIPPINES LIBRES

Dans une lettre de Ilang-Kong, on lit ceci :
L'insurrection des Philippines est trs grave. Toute
la province de Cavite est au pouvoir des insurgs
qui sont bien arms et organiss. Ils possdent plus
de 3o,ooo fusils achets en Chine et au Japon. Le
gouvernement espagnol envoie dj i 5,ooo'hommes;
mais 5o,ooo ne feraient pas davantage. Dans ces la-
titudes, le soldat europen perd toutes ses facults.
A partir de neuf heures du matin, il ne peut plus
tenir au soleil, et, s'il cherche un refuge l'ombre,
il est pris invitablement de fivre. Cela pendant la
bonne saison. S'il a le malheur d'aller chercher de
la fracheur dans les bois, il est pris de fivre perni-
cieuse qui l'enlve en quarante-huit heures. A Cuba,
bien ou mal, l'Espagnol parcourt le pays et va faire
des excursions; aux Philippines, c'est matrielle-
ment impossible. Je les ai vus pntrer dans un bois
en parties de chasse, pendant la paix, et en sortir
avec d'horribles frissons de paludisme. Dans six
mois, il n'y aura pas un Espagnol hors des hpi-
taux. Quel dsastre quelle imprvision quel aban-
don Tout un pass de despotisme et d'exploitation
se condense aujourd'hui dans cette situation presque
dsespre.
Le gnral Blanco, gouverneur gnral, a beau
fusiller et dporter; il est dj malade lui-mme. La
conspiration qu'il se vante d'avoir dcouverte a t
rvle par un moine qui en a extorqu la trame une
pauvre Indienne fanatise, dans le secret de la con-
fession. De l le massacre des moines Cavite. La
domination des frres jsuites, dominicains, augus-
tins et autres va prendre fin. On commence les
connatre. Ce n'est pas en vain qu'un de nos chefs,
aujourd'hui Cavite, disait, en partant de Paris,
un Cubain : Nous allons finir avant vous. Dans
tous les cas, cette revolution sera le plus puissant
auxiliaire que puisse trouver Cuba.

--------. ^.-------

AUTORIT ESPAGNOLE


On n'carte pas un people de toute participa-
tion la vie publique sans qu'il la cherche par
tous les chemins, mme par le chemin des tem-
ptes.
Emilio Castelar.


*


LE GNRAL RIUS


RIVERA


Les troupes qu'a dbarqu, il y a peu de temps,
Pinar del Rio, le fameux vapeur Three Friends,
taient sous le commandement militaire d'un des
chefs les plus nergiques et les plus courageux de la
dernire guerre. Nous voulons parler du gnral
Rius Rivera. Il naquit en 1847, dans la ville de
Mayagz (Puerto Rico). Nous avons puis les prin-
cipaux traits de sa biographie dans le compete rendu
d la plume du colonel Fernando Figueredo
Socarrs.
Rius Rivera tudiait le droit Barcelone, lorsque
Cspedes lana le cri de libert Yara. Il abandonna
ses tudes et vint Cuba dans l'expdition de
l'Anna (1870), qu'il parcourut depuis Orient jusqu'
Camagey. L, il se rencontra avec le noble gnral
Incln.
Il commena sa carrire comme officer d'tat-
major, jusqu' ce que Calixto Garcia le prit pour se-
crtaire. Il tait dj commandant cette poque;
c'est partir de ce moment-l que date sa brillante
carrire. Ambitieux de gloire, il commena une srie
d'oprations dans la jurisdiction de Holguin, ce qui
lui valut un lgitime renom.


















.. "
,'








Ensuite, il passe las Villas o il prend part,
entire autres combats glorieux, celui de Cafetal
Gonzlez, o les Espagnols furent mis en droute
en presence du capitaine gnral Jovellar.
Rius, nomm chef du rgiment de Holguin, re-
tourna Orient. Son premier fait d'armes fut la
prise d'un convoi qui, charge de provisions, allait
de Mayari Barajagua. Il se fit remarquer Baraja-
gua; et il venait d'tre nomm chef de la brigade
Holguin, la tte de laquelle il livra les meilleurs
combats de cette poque, lorsqu'il fut appel par le
gouvernement accompagner le gnral Maceo
l'tranger. Avant de partir, il eut un entretien avec
le colonel Fernando Figueredo. Ils s'embrassrent;
aprs mille protestations d'amiti et sur le point de
se sparer, Rius, dcrochant son ceinturon, lui dit :
Voici mon machete, c'est celui que j'avais la
main lorsque je fus bless la prise du convoi:
garde-le. Si je reviens, tu me le rendras; si tu es
fait prisonnier, ou si tu abandonnes le camp des
Cubains, brise-le et enterre-le, qu'il ne tombe jamais
entire les mains de l'ennemi.


*


NOUVELLES OFFICIELLES

15,000 DSERTEURS!

LES PHILIPPINES ET PUERTO-RICO

Dans notre dernier numro, nous donnions plu-
sieurs renseignements ayant rapport la dernire
expedition qui a dbarqu Cuba. Nous ajoutons-
aujourd'hui de nouveaux dtails que nous commu-
nique, en son intressante lettre, le vaillant comman-
dant Raul Marti, notre correspondent l'arme du
gnral Maceo.
Delgado, Enrique (marin).
Fernandez Chacn, Salvador (commerant).
Garcia Cuervo, Jos Manuel (bachelier, secrtaire
de l'expdition); Gonzalz, Adolfo.
Jimnez, Augustin (reporter).
SHugot, Ernest (sergent d'artillerie, Franais).
Koustantynowich, Eustaquio (artilleur russe).
Laborderie, Ren (sergent d'infanterie, Franais).
Martinez, Alonso, Evaristo (reporter); Malgrat,
Telesforo; Morales, Francisco (bachelier; Mont-
brun, Honorato (bachelier); Mufidz, Ramon (mca-
canicien).
Pichardo, Benjamin employy.
Quintan, Franciseo (commerant).
Ramos, Manuel (sergent d'artillerie, Amricain).
Simo, Luis (mcanicien).
Velasco y Almansa, Anselmo (sergent de la der-
nire guerre).
A bord du Three Friends, le 5 sep-
tembre 1896.
Le commandant, Raul Marti.

Il resort des documents les plus vridiques pu-
blis par les journaux franais, que le nombre des
Espagnolsqui quittent l'Espagne et se rfugient dans
les villes franaises de la frontire, afin d'viter de
partir pour Cuba, s'lve plus i5,ooo.
Devant ee nombre croissant des dserteurs, et afin
de prvenir tout incident, le gouvernement a pris
des measures d'ordre public et priv, surtout dans le
dpartement des Pyrnes-Orientales.

D'aprs les informations de la press anglaise et
d'aprs les ntres particulires, nous savons que la
revolution des Philippines prend tous les jours
plus d'importance; et que le but poursuivi par les
rvolutionnaires est de conqurir l'indpendance et
de proclamer la Rpublique des Philippines. Nous
l'avions d'ailleurs annonc nos lecteurs il y a deux
semaines.
A Puerto-Rico, la situation du gouvernement es-
pagnol devient de jour en jour plus prcaire. Le g-
nral Marin s'efforce, par tous les.moyens, d'arrter
les agitations sourdes (prtention vaine, d'ailleurs),
et de calmer le mcontentement qui gagne petit
petit toutes les classes de la socit.


*






LA RPUBLIQUE CUBAINE


1er OCTOBRE 1896..


LA GUERRE A CUBA
Du Times


Les mensonges l'aide desquels l'Espagne a tent
en vain de tromper les Nations trangres, au sujet
de la puissance des patriots Cubains et des condi-
tions dans lesquelles ils se sont levs en armes, con-
tre une domination tristement clbre par ses igno-
minies et ses cruauts, reoivent chaque jour de
continuelles et justes rectifications.
La nation des Torquemadas et Pedro Arbus, des
Charles Quint le tratre et Philippe II, des ducs
d'Albe et Jean de Vargas, des Conseils des Troubles
et de l'Inquisition, croit que l'humanit a vcu, en
chantant des chansons ou en tuant des taureaux,
depuis le temps o l'Espagne se vit oblige de se r-
fugier derrire les Pyrnes, grce la loyaut de
Guillaume-le-Silencieux, au pouvoir d'Isabelle d'An-
gleterre et la volont de Mazarin, sans computer les
faits plus modernes survenus depuis le cri De Paix
(Bolivie) jusqu' la bataille de Santiago (Santo Do-
mingo).
L'Espagne croit que cette bataille a eu lieu telle
que l'ont raconte les derniers soldats espagnols
leur retour de Hollande, ou comme l'ont dpeinte
les lettres de quelques survivants de l'Invincible.
Lorsque les Flamands, Bril, sous les ordres de
De La Mark, s'emparaient de la place et fondaient
les assises de l'indpendance des Pays-Bas, le duc
d'Albe, crivait aux puissances, tout comme Cano-
vas del Castillo, au sujet de Cuba : Ce n'est rien,
ce n'est rien.
Et ces pays, avec des alternatives plus grande
que n'en ont eues jusqu' ce jour les patriots Cu-
bains, chassrent coups de crosses de fusils, hors
de leur patrie, les armes des Albe, Requessens,
Jean d'Autriche et tant d'autres de sanglante m-
moire.
L'Espagne, en possession du tlgraphe Cuba,
announce urbi et orbe autant de fausses nouvelles
qu'il lui en prend la fantaisie. Elle chante ses gloires
comme tant d'autres qu'elle s'est toujours attributes,
elle met en droute ses ennemis comme Tartarin
chassait les lions et les btes froces, et elle dpeint
les patriots cubains comme des bandes de ngres
sauvages, et cela, afin de faire croire aux puissances
que la Rvolution Cuba n'est qu'une question de
lutte entire races.
Elle oublie qu'aujourd'hui les peuples sont infor-
ms des succs des Cubains par des sources non
officielles.
Quelqu'un qui n'est ni Cubain, ni Espagnol, mais
qui est tenu de ne dire ses lecteurs que la strict
vrit sur les vnements actuels de la Grande An-
tille, et qui occupe le poste de correspondent du
Times, de Londres, crit de La Havane la date du
20 aot, les lignes suivantes :-
IL NE PEUT TRE QUESTION DE
GUERRE DE RACES.

Composition des troupes Cubaines. -
70 0/0 de blancs, 30 0/0 d'hommes
de couleur.
La nature de la Rvolution, dit ce correspondent,
diffre compltement de touts les rbellions qui
ont eu lieu jusqu' ce jour, non seulement Cuba,
mais dans toutes les anciennes colonies espagnoles
en Amrique.
Le movement a commenc et l par les
classes infrieures de la population et, au dbut de
l'insurrection, l'lment ngre tait essentiellement
prdominant. La vague augmenta graduellement et
engloba les classes moyennes et suprieures tel
point que la sympathie de toute la population cu-
baine est actuellement du ct des rvolutionnaires.
Dans les rangs des combatants cubains, la
proportion, en chiffres ronds, est aujourd'hui
de 70 0/0 de blancs et de 30 0/0 d'hommes de
couleur.
(C'est--dire un nombre de blancs proportionnel-
lement plus grand que le recensement gnral de
l'ile n'en accuse comme total des deux races).
Les Espagnols ne cessent d'affirmer avec aplomb
que la guerre Cuba est une guerre de races -
Blancs contre Noirs.
Cela est faux actuellement. Elle est devenue
une guerre entire Cubains et Espagnols, et ce
n'est que dans ce sens qu'on peut l'appeler
une guerre de races, si tant est que ces derniers
veuillent ainsi la qualifier; mais prtendre que la
question de couleur est le trait caractristique de la
lutte, c'est en donner une ide absolument fausse.

Incomptence du soldat espagnol. -
Supriorit du Cubain, quoique mal
arm. Celui-ci conserve ses posi-
tions.
Un autre trait remarquable de la Rvolution con-
siste dans ce fait, que dans la plupart des rencon-
tres, les rebelles, avec des fusils Remington ancien
systme, des carabines, des escopettes et des ma-
chetes, ont pu se maintenir dans leurs-positions
contre les troupes espagnoles, armes de fusils r-
ptition et pourvues d'une quantit illimite de mu-
nitions.
En gnral, les insurgs ont l'avantage de la po-
sition, et jusqu' present les troupes royalistes, quoi-
que munies d'armes du dernier modle et d'une


artillerie de champagne perfectionne, ne font ,pas
preuve de supriorit dans leurs rencontres avec les
insurgs. Peu peu l'armement de ces derniers
s'amliore grce aux fournitures qui leur sont faites
par les Etats-Unis; mais l majeure parties est encore
arme de carabines Remington modle 1871.
(Il pouvait en tre ainsi lorsque le correspondent
a recueilli ses informations, mais La Rpublique
Cubaine'peut donner ses lecteurs l'assurance que
la plupart des troupes cubaines sont actuellement
armes de fusils Winchester et Mauser du dernier
modle).
Contre les fusils modernes, ces vieux instruments
de mort ne devraient thoriquement produire aucun
rsultat. L'objet de ces remarques est de dmontrer
que pour si bonne que soit une arme, elle n'a que
peu de valeur entire les mains de tireurs inhabiles.
Le SOLDAT ESPAGNOL n'est nullement
exerc au tir et l'absence chez lui de cette
quality si essentielle est favorables AUX RE-
BELLES.
Approvisionnements des Cubains
la barbe des Espagnols.
Dans chaque ville ou village d'une certain im-
portance, y compris La Havane, la poudre et le plomb
passent en contrebande dans le camp des insurgs.
Les cartouches, en petite quantit de 3oo ou 4oo00 la
fois, sont dissimules dans les voitures des gens qui
vont dans les districts ruraux et de cette manire
parviennent quelque agent rvolutionnaire charge
de les recevoir.
Les vtements et les mdicaments s'obtiennent
de la mme faon. Tout cela se passe la barbe des
officers espagnols, presque impunment, car la
capture d'une contrebande de guerre est extrme-
ment rare.

Echee militaire de l'Espagne. Im-
puissance de ses 210.000 soldats. -
Preuves videntes.
Le systme employ par les Espagnols pour
l'occupation militaire de Cuba a subi clairement et
dfinitivement un insuccs complete.
(Have proved clearly and conclusively a complete
failure.)
Il y a 18 mois environ quela Rvolution a clat
Santiago de Cuba. L'arme d'occupation a t peu
peu augmente jusqu'au chiffre de i35.ooo soldats.
Durant ces quatre derniers mois, chaque vapeur
espagnol a transport des troupes pour remplacer
les morts ou les invalides. Le nombre des soldats
irrguliers ou volontaires actuellement sous les
armes dpasse 40.000 hommes.
Les renforts qui viendront d'Espagne dans le cou-
rant du mois prochain (septembre) comporteront
35.000 hommes, ce qui portera 2o1.ooo le chiffre
total des forces sous les armes. (C'est--dire une
Arme trois fois suprieure celle que l'An-
gleterre dut utiliser pour rprimer l'insurrec-
tion de l'Inde en 1857, et plus de trois fois su-
prieure celle qui est ncessaire la
Grande Bretagne pour maintenir l'ordre dans
ce grand Empire de l'Inde).
Malgr ces nombreux soldats espagnols actuel-
lement Cuba, la vie et les proprits ne sont pas
en scurit au del de un mille environ des en-
droits o il y a une garnison. Pour dmontrer cet
tat de choses, il n'y a pas de meilleur example que
ce qui s'est pass avant-hier (18 aot) sur la ligne du
chemin de fer de l'Ouest.
Les rebelles ont fait drailler un train tout prs
de Candelaria, soit dix mille environ de la ligne
des tranches espagnoles et dans un district o il y
a au moins 1o.ooo soldats dissmins. L'escorte du
train tait compose de deux officers et de 60 hom-
mes. Une colonne de secours comprenant 500
hommes fut envoye son aide, Un combat s'en
suivit dans lequel les troupes espagnoles perdirent
6 hommes et un officer et eurent 21 soldats grive-
ment blesss. Les Espagnols se retirrent alors,
abandonnant le train draill, ce qui permit aux
Cubains de le brler rapidement. On ignore encore
combien il y eut de morts et de blesss, car le rap-
port official ne donne pas les chiffres. On ne pou-
vait pas davantage donner le nombre exact puisque
les Cubains restrent maitres du champ de bataille.
Mais, en gnral, ces rapports officials exagrent
considrablement les pertes de l'ennemi.
Il convient d'ajouter que cette scne a eu lieu sur
la principal line de communication entire La Ha-
vane et Pinar del Rio, route absolument indispen-
sable au gouvernement espagnol pour effectuer le
transport des troupes et des approvisionnements, et
que pour cette raison, une grande quantit de sol-
dats stationnent dans cette region. Malgr cela,
les Cubains y font impunment apparition,
empchent tout traffic par voie ferre, repous-
sent les Espagnols lorsqu'ils se dcident les
attaquer, et finalement rduisent en cendres le
train qui tombe entire leurs mains. Et ce n'est l
qu'un fait entire les scores (vingtaines) de cas sem-
blables qui se produisent dans tout le pays. Prenons
un autre incident, comme celui, par example, que
donne un rapport official que j'ai sous les
yeux :
Le 17 courant un convoi fut envoy de Rio Canto
Bavamo, dans la province de Santiago de Cuba.
L'escorte, compose de 1oo hommes, tait comman-
de parle gnral Hernandez. (Ce chiffre, donn par


le rapport official, doit comme tous tre faux, car
selon les ordonnances militaires espagnoles, un
gnral ne peut, en temps de guerre, partir en co-
lonne avec si peu de forces, il doit avoir au moins
50o hommes).
Cet officer rend compete qu'il a t attaqu par les
rebelles et que les pertes espagnoles ont t de un
officer et trois soldats tus, deux officers et 27 sol-
dats gravement blesss, c'est--dire 67 morts ou
blesss sur ioo combatants. (Si l'on calcule d'aprs
la note qui prcde, en tenant compete que le nombre
des hommes commands par le gnral Hernandez
tait de 500, le nombre des morts ou blesss a d
s'lever 335).
Dans ces conditions, l'occupation militaire peut
tre considre tout simplement comme absolument
inutile.

Inhumanity espagnole. Cubains fusil-
ls par centaines. Fouquier-Tinville
command Cuba.
Il est dj trop tard pour esprer transiger avec
les Cubains quelles que soient les concessions qu'on
leur accord. Les combatttants cubains ne con-
sentiraient pas dposer les arms et renou-
veler leur alliance avec l'Espagne, mme au
prix d'une large et complete autonomie.
Je dis cela en connaissance de cause et aprs avoir
examin attentivement la situation dans tous ses
dtails et tous les points de vue.
Les derniers mois ont fait naitre entire les parties
en presence des sentiments qui rendent tout accord
impossible. Les Espagnols veulent reconqurir Cuba
depuis le cap San Antonio jusqu'au cap de Maisi
(une vtille, quoi!!!); sinon ils continueront, de
gait de ceur, une expedition ruineuse jusqu' ce
que le Trsor espagnol n'en puisse plus sup-
porter les frais. Alors ils abandonneront l'le,
come ils le firent autrefois pour les colonies
hispano-amricaines.
Pourquoi, en si peu de mois, s'est-il opr dans
l'esprit des Cubains un si grand changement, qui
rend impossible toute entente ? C'est chose difficile
dire. Une cause cependant a contribu pour beau-
coup atteindre ce rsultat: je veux parler des r-
centes et frquentes excutions pour crime: on traine
les prisonniers devant un conseil de guerre verbal
de rebellion et ils sont fusills. Pendant ces der-
niers mois, dans les forteresses de la Cabana,
La Havane, et de San Severmo, Matanzas,
des centaines de malheureux ont t tus mi-
srablement.
(Salut toi, gnral Weyler! mule dsormais
fameux de Sanson et de Fouquier-Tinville !)
A son point de vue, l'Espagne estimera que le
crime de rebellion exige un chtiment aussi violent
que barbare. MAIS AGIR DE LA SORTE,
TOUT SENTIMENT D'HUMANIT MIS A
PART, C'EST COMMETTRE UNE ERREUR
LAMENTABLE.
(Le prtendu correspondent ignore sans doute
le proverbe qui dit: On ne brle pas sa poudre aux
moineaux. C'est, en effet, brler sa poudre aux moi-
neaux que de prcher l'humanit au pays qui vit
naitre les Tercios de Flandres.)
On n'intimide pas les Cubains en voulant les sou-
mettre ; cela n'empche pas que tous les jours, de
nouvelles recrues ne viennent s'unir aux rvolu-
tionnaires. A QUOI BON USER DE TELS PRO-
CDS? ILS N'ONT SERVI QU'A TENDRE
LES RELATIONS JUSQU'A L'EXTRME.
JUSQU'A AUJOURD'HUI, ON NE SE REN-
DAIT PAS COMPETE DE LA HAINE IN-
TENSE DES CUBAINS CONTRE LES ESPA-
GNOLS. CE QUI EST INCONTESTABLE,
C'EST QUE LES CUBAINS CONTINUERONT
A COMBATTRE TANT QU'ILS POURRONT
OBTENIR DES ARMES ET DES MUNI-
TIONS. ET SI, ENFIN, L'ESPAGNE SORT
VICTORIEUSE DE LA LUTTE, ELLE TROU-
VERA CUBA DVASTE, VIDE COMME
UNE COQUE DE NOIX, SANS. LA MOINDRE
PARCELLE DE FRUIT.
(Attention, Messieurs les spculateurs franais!
Vous savez ce que Cuba rapporterait l'Espagne,
mme si elle tait victorieuse. Rien, absolument
rien. Ceux qui rservent leur argent pour le nouvel
emprunt espagnol en preparation savent dj quoi
s'en tenir.).
Le Credit Cubain et la Rvolution.
Son arme invincible. Espagnols
fixs Cuba s'unissant aux Rvolu-
tionnaires.
Le trs sens correspondent du Times a rserv
pour le dernier paragraphe de sa lettre la cause es-
sentielle du triomphe de toute guerre ou Rvolu-
tion: La question conomique.
De la faon don't il a pos la question, il sera fa-
cile, mme ceux qui connaissent le moins les rap-
ports faits au sujet de la Rvolution Cubaine, de
voir que celle-ci doit, invitablement, triompher.
Une autre cause, crit-il, et qui est la plus im-
portante, parce que de nombreux Cubains, parmi les
plus modrs, sont rsolus n'accepter aucune tran-
saction avec la mre patrie, c'est qu'il n'existe
aucun espoir de voir rtablir le Crdit Cubain
tant que l'Ile restera sous la domination de
l'Espagne.
Les propritaires Cubains et leur opinion est


en cela la mme que celle de beaucoup d'Espagnols
- prtendent que rester sous la domination
espagnole signifie que les frais occasionns
par la prsente guerre et par le maintien d'une
nombreuse arme d'occupation seront imputs
au budget de Cuba. (L'Espagne a toujourspro-
cd ainsi pour toutes les Rvolutions cu-
baines. Le prcdent existe donc.)
Les contributions seront par consquent
normment augmentes afin de payer les d--
penses supplmentaires. Ni actuellement, ni
pendant de longues annes, les industries
Cuba ne seront en measure de supporter des
charges contributives extraordinaire.
(Attention, messieurs les, spculateurs franais !)
Ceux qui ont l-bas des entreprises comprennent
parfaitement le danger qui les menace dans le cas
o l'Espagne reprendrait les rnes du gouvernement.
C'est pourquoi ils prfrent les risques et les incer--
titudes de l'indpendance.
Ceux qui, en Europe, ne connaissent pas les vri-
tables conditions de la Rvolution Cubaine, et tous
les lments que runissent les fils de la Grande
Antille pour former un people non seulement ind-
pendant, mais vraiment libre, doivent s'en rapporter
au dernier paragraphe de la rcente lettre du Times.
Motley qui a dpeint d'une faon si brillante et si
exacte la fois le soulvement des Pays-Bas contre
le despotisme lgendaire de l'Espagne, nous dit, au
sujet des contributions nouvelles que le duc d'Albe
voulait imposer ces nations: La nature humaine
est parfois mallable et fusible quand il s'agit d'in-
trts religieux ( cette poque, oui; aujourd'hui,.
on peut dire politiques), mais dans les questions
matrielles et financires, l'opposition la tyrannie
doit tre unanime. Dans les Pays-Bas, lorsqu'il y
eut conflict entire les intrts de la religion, c'est
encore le rgime politique qu'il faut dire, et les
intrts du commerce et de l'industrie, ces derniers
restrent le plus souvent victorieux.
Il en sera de mme Cuba, don't l'histoire offre
tant de rapports avec celle des Pays-Bas; les int-
rts commerciaux l'emporteront toujours, si la just
cause des rvolutionnaires et leur ferme volont de
mourir jusqu'au dernier plutt que de subir le joug
odieux de l'Espagne qu'ils entraneraient dans leur
chute, ne suffisaient pas d'elles-mmes atteindre
ce rsultat.
Guillaume d'Orange.

------ --*--------



GUILLERMO COLLAZO
Peintre et Patriote Cubain

La colonie cubaine de Paris se trouvait runie,
le 28 septembre 1896, l'glise de la Madeleine,
assistant aux convoi et enterrement d'un des siens
des plus estims et des plus aims, le peintre
G. Collazo, g peine de 46 ans.
On n'est pas all verser des larmes sur cette
tombe trop prmaturment ouverte; mais dire
virilement un dernier adieu l'exil cubain de-
venu jamais l'exil de ce monde. Les patriots
ne pleurent pas leurs morts. Ils savent que leurs
noms seront inscrits aux pages les plus pures,
partant les plus durables de l'histoire de la pa-
trie dsole aujourd'hui, triomphante demain.
Collazo tait de ceux sur lesquels on pouvait
computer pour rpandre parmi les jeunes gnra-
tions cet amour fcond et lev qui est, pour les
peuples sur lesquels la nature s'est plue verser
les finesses de l'esprit et les dlicatesses du cour,
comme un commencement de civilisation; je
parle de l'amour de l'art.
L'amnit du caractre, la simplicity dans la
fortune, la modestie dans le talent, la foi dans
l'avenir de l'art et de la .patrie, la chaleur dans
ses convictions, l'abngation dans le sacrifice,
toutes ces qualits et bien d'autres faisaient de
Collazo un artiste de choix, un patriote d'lite,
un camarade charmant don't l'amiti tait,
just titre, recherche par tous les hommes de
ceur. Aussi pas un ami, pas un camarade qui ne
lui ait port son dernier souvenir : une fleur, un
bouquet, des couronnes en nombre et, sans qu'on
sache comment, on en a trouv parmi celles-
ci une ddie Au patriot par ce mystrieux
Comit Cubain de Paris que l'on trouve par-
tout et qu'on ne voit nulle part, comme s'il n'exis-
tait que dans la volont et les dsirs de tous les
amants de la libert.
Hommage celui qui meurt aim.
Hommage aussi, avec les plus sincres condo-
lances, sa famille; une mre et une sceur,
dans l'exil comme lui, trois fri'es qui sont l-bas
dans les champs de Cuba versant leur sang pour
l'indpendance du pays et sa jeune et noble
pouse aimante autant qu'adore et dsole
comme la Patrie.
Amigos.



*


I__
rC .i-.






ier OCTOBRE 1896.


LA REPUBLIQUE CUBAINE


FLIBUSTIERS DE GOUVERNEMENT

Il n'y a gnralement rien de tel pour oppri-
'mer que les gens qui ont le mot libert la
-bouche, ni pour attenter la bourse d'autrui que
-ceux qui se proclament par-dessus les toits les
dfenseurs patents de l'ordre et de la pro-
prit.
Le gouvernement espagnol, qui a la ridicule ha-
.bitude de traiterde flibustiers tous ceuxquis'insur-
gent contre sa despotique autorit, comment en ce
moment, tant aux Philippines qu'a Cuba, une s-
rie ininterrompue d'actes qu'il qualifierait on ne
peut plus durement s'ils taient perptrs par
ses adversaires. Ce ne. sont partout que confis-
cations, dportations et fusillades. Avec cela, si.
les insurgs ne courent pas sejeter aux pieds de
la mtropole, en implorant 'iiidulto, c'en est
dsesprer de la race humaine!
Pendant des annes et des 'annes, l'adminis-
tration espagnole, qui est peut-tre, de toutes les
administrations europennes, la plus corruptrice
et la plus inepte, a pressure de son mieux les
malheureux habitants de Cuba, entravant en
nmime temps que les liberts politiques tout dve-
loppement conomique de l'le. Defense de culti-
ver ceci, de fabriquer cela : il fallait fire place
.aux products catalans. L'Espagne ayant perdu
:un un tous ses dbouchs commerciaux sur les
diffrents points du globe, il semblait tout natu-
.rel aux compatriotes de M. Canovas de se rattra-
per sur le march cubain. Et come on n'avait
plus de sincures donner aux favors au Prou,
au Chili, au Mexique, etc., ces pays ayant, ds
la premiere moiti de ce sicle, mis fin h un tat
*de choses aussi ruineux, on en avait t quite
pour doubler, tripler, dcupler les sincures
,dans la grande colonie antiiienne : c'est ce qu'on
pouvait appeler le systme des compensations.
Quand les Cubains, aprs des annes de pa-
tience exemplaire, en ont eu assez, ils se sont
rvolts, aimant encore mieux mourir sur le
champ de bataille, en hommes libres, qu'en serfs
affams.
Aujourd'hui, le gouvernement espagnol, mal-
-gr la complicit des banques et la neutralit
bienveillante des puissances, voit Cuba lui chap-
per invitablement. Cependant, tout dsargent
qu'il soit, il tte encore d'un moyen pour se pro-
curer des fonds et, par l, prolonger la lutte. Ne
pouvant plus rien voler et confisquer dans cette
le ruine, o un fisc impitoyable n'a laiss aux
habitants que leur courage et leurs machetes
pour combattre, il opre ailleurs et, sous pr-
,texte d'accointances flibustires , il dpossde
sans relche et sans scrupules les colons riches
des Philippines.
Autour de Manille comme autour de La Hla-
vane, les bandits qui s'intitulent dfenseurs de
l'ordre et de la proprit assassinent, saccagent
,et violent. Les pillages ne sont interrompus que
par les deportations, et les dportations que par
les fusillades. Il n'est mme plus ncessaire de
manifester des vellits librales pour devenir la
victim des dtrousseurs homicides oprant au
nom d'Alphonse XIII, il suffit d'avoir de l'argent.
Cet argent, passant prestement des poches
des victims dans celles des bourreaux, permet-
tra ceux-ci d'envoyer pendant quelque temps
encore leur digne ami Weyler de nouvelles
troupes destines se faire rosser comme les pr-
cdentes.
Et ce sont ces honntes gens qui traitent les
autres de flibustiers !
Cosmo.

*-----.^ -----

ENFONCE, LEONIDAS!!!

L'empressement... intress avec lequel cer-
tains journaux franais reproduisent les dpches
d'origine espagnole devrait cependant les rendre
un peu moins aveugles et ne pas les fire tom-
ber si lourdement dans le ridicule lorsqu'ils pu-
blient l'extraordinaire tlgramme suivant, qui
est un chef-d'muvre dans le genre :
Madrid, 22 septembre.
Une rencontre a eu lieu prs de Calabazar entire
50o insurgs et 99 soldats espagnols qui ont fait
preuve d'une grande bravoure. Les rebelles ont eu
100 homes mis hors de combat.
Les chefs Castillo et Delgado ont t blesss.
De leur ct, les Espagnols ont eu 5 morts et
3i blesss.
O Alexandre le Grand, Lonidas, Annibal,
Csar, Napolon Ier, qu'tiez-vous auprs des in-
vincibles hiros de la noble Espagne qui
viennent a bout de forces enemies quintuples
avec une aussi merveilleuse aisance !


*


Nous recevons du Secrtaire du Comit Fran-
ais de Cuba Libre, la communication suivante :
Paris, ce 26 septembre.
Monsieur le Directeur de La Rpublique
Cubaine.
Mon cher confrre,
J'ai lu dans La Repblica Cubana l'appel
que le Club Federico de la Torre fait aux dames
sympathiques h notre cause, aux pharmaciens et
aux fabricants d'appareils de chirurgie, pour
contribuer, par leurs dons, aux soins donner
aux blesss cubains de la prsente guerre. Per-
mettez-moi de publier la traduction de la lettre
admirable du Dr. Eduardo F. Pli, secrtaire du
Club, sur laquelle j'appelle l'attention de tous
mes compatriotes:
Club
Federico dc la Torre

Monsieur le Directeur de La Rpublique
Cubaine
Paris.
Cher Monsieur et compatriot,
Les mdecins, les pharmaciens et d'autres per-
sonnes rsidant Tampa (Floride) ont constitu un
club politique sous le titre de Federico de la Torre,
en mmoire de ce jeune mdecin mort dans le com-
bat de la Taironas, dans l'exercice de sa profession
humanitaire, et afin de cooprer, dans le sein du
Parti Rvolutionnaire Cubain, avec tous les l-
ments moraux et matriels leur porte, au triomphe
de la Rvolution pour l'indpendance et de fournir
l'Arme libratrice tout le matriel sanitaire don't
elle a besoin.
Organis depuis peu, le Club a accompli dj
d'importants travaux et envoy Cuba de nombreux
remdes, des instruments de chirurgie et des anti-
septiques pour la gurison des blessures. Ces envois
ont pu tre faits en grande parties grce des dons
de particuliers, de pharmacies, de drogueries, de fa-
bricants nord-amricains et de dames distingues de
ce pays.
Connaissant votre influence, je prends la libert,
au nom de notre Club, de vous supplier d'engager
les nobles dames sympathiques la cause Cubaine,
les droguistes, les pharmaciens, les fabricants d'ins-
truments de chirurgie contribuer par leurs dons
en nature aux fins nobles et humanitaires que se
propose notre Club.
La grandiose institution de La Croix Rouge
laquelle le gouvernement espagnol interdit d'exercer
sa mission au profit des maladies et des blesss de
l'arme Cubaine peut, par l'intermdiaire du Club
Federico de la Torre, raliser son oeuvre mritoire.
Au nom de la Patrie, nous vous supplions d'ac-
cueillir et de propager avec ardeur notre ide et de
recevoir dans vos bureaux les dons du pays que
vous habitez, lesquels pourront tre envoys ensuite
l'un des membres de la Commission de Direction
du Club.
Patrie et Libert, Tampa, 9I juillet 1896.
Dr. Eduardo F. Pld,
Secrtaire.
Adresse postal: P. O. Box 281, Tampa (Floride).
Commission de direction du Club: Prsident:
Dr. Sebastian Cuervo, Franklin Str. 1312. Vice-
prsident : Dr. Miguel Barbarrosa,t i th. ave. i6 et
17. Secrtaire : Dr. Julio S. Martin (absent). -
Vice-secrtaire: Dr. Eduardo F. Pl, 15 th. street
2007. Trsorier : Dr. Rafael Echevarria, 'Fran-
klin st. 1407. Vice-trsorier: Dr. J. F. Fust,
Ii, th. ave., Ibor City.
Je crois qu'il appartient au Comit Franais de
prendre l'initiative d'une oeuvre aussi humane.
Que nos pharmaciens, que nos droguistes, que
tous ceux qui peuvent d'une faon quelconque y
cooprer, se htent de runir les mdicaments et
les appareils, don't l'utilit est malheureusement
trop connue dans de pareilles calamits. Le Co-
mit prendra chez chacun d'eux les dons en na-
ture que l'on voudra bien lui remettre et se char-
gera de leur envoi au Club Federico de la
Torre. Il joint son pressant appel h celui ldu
Dr. PIl et fera, par tous les moyens en son pou-
voir, une active propaganda ce sujet. Les noms
des gnreux donateurs seront runis chaque
semaine en une liste que le Comit vous remet-
tra, en vous print de la publier dans La Rpu-
blique Cubaine,
Quant aux dames franaises de La Croix-
Rouge, le Comit se reserve de les rappeler aux
sentiments de piti qui sont leur plus fcond pa-
trimoine en faveur des blesss cubains que La
Croix-Bouge Espagnole laisse prir sur les che-
mins.
En toute sympathie,
Achille Steens,
Secrtaire du Comit Franais de Cuba Libre.



RECONNAISSANCE ESPAGNOLE

Les journaux franais annoncent que le ministry
de la marine espagnole a dcid l'achat d'un cuirass
de io,5oo tonnes, d'un croiseur de 6,5oo tonnes et
de deux contre-:orpilleurs. Cette command sera
faite aux chantiers d'Ecosse. Le prix du cuirass


sera de 750,0oo livres sterling, et celui du croiseur de
3i5,ooo livres sterling.
C'est de cette faon que le gouvernement espa-
gnol entend rcompenser les services que les ca-
pitalistes francais lui ont rendus et ceux qu'ils
pourront lui rendre en souscrivant son pro-
chain emprunt.
Nos compatriotes son prvenus : l'argent fran-
ais servira l'achat d'une flotte construite
dans les chantiers trangers.

--------.^-----------

L'INDEMNIT MORA

La personnalit de M. Maximo Mora a acquis
la suite de la reclamation qu'il a adresse a
l'Espagne, une notorit telle que son portrait
et quelques renseignements historiques ne peu-
vent qu'tre intressants pour tous.


M. Mora, n h Cuba, tait en 1869 un des pro-
pritaires fonciers les plus important de Cuba
et sa nombreuse famille comptait parmi les plus
distingues de La Havane. Cela suffisait au gou-
vernement espagnol non seulement pour confis-
quer tous ses biens, mais encore pour le condam-
ner mort sous prtexte qu'il tait l'tranger.
En sa quality de citoyen des Etats-Unis, M.
Mora adressa une reclamation en rgle. Il fau-
drait un volume pour raconter toutes les prip-
ties de l'affaire. Pendant vingt-cinq ans, le gou-
vernement espagnol a fait le possible pour viter
de payer les 1,500.000 dollars, sans les intrts,
que M. Mora rclamait. Mais enfin l'anne der-
nire les Etats-Unis adressrent l'Espagne un
ultimatum et l'indemnit devint effective comme
le deviendront toutes celles que le gouvernement
amricain rclame ou rclamera l'Espagne,
entire autres, celles relatives au vapeur Virgi-
nius et au Dr Delgado.

------** k I-----

ERRATUM

Dans le dernier numro de notre dition fran-
aise premieree page), au lieu de lire: Le gn-
ral en chef de l'arme cubaine, lisez: Le clbre
gnral de l'Arme Cubaine.


1 1


Le Times, de Londres, qui est trs bien rensei-
gn sur la guerre de Cuba (quoique ce ne soit pas
par l'ambassade espagnole), a reu une lettre
fort intressante de son correspondent dans la
grande Antille. Le dit correspondent rsume
ainsi la situation :
L'Espagne devra abandonner Cuba ou reconqu-
rir l'ile.
Cela revient h dire que l'Espagne devra
abandonner Cuba; car si, la possdant, elle l'a
perdue, il est vident ( fortiori) qu'elle sera
incapable de la reconqurir, d'autant plus qu'en
raison des sacrifices qu'elle a dj faits, ses res-
sources sont aujourd'hui moindres et que son
credit expire.

Le fameux rle civilisateur de l'Espagne .
D)pche officielle:
Madrid, 18 septembre. Dans le dernier conseil


'des ministres, on a pris connaissance d'une dpche
du gnral Blanco, d'aprs laquelle les biens sques-
trs, aprs la condemnation des notables jugs par
la cour martial et excuts, suffiront couvrir les
frais d'envoi de nouvelles troupes.
A eux seuls, Francisco Os6rio et Miximo Inocen-
cio possdaient i5 millions qui ont t confisqus;
Louis Aguado et Victoriano Luciano, galement fu-
sills, possdaient chacun 3 millions environ.
Il est donc permits de dire, comme dans les
faits divers : le vol a t le mobile du crime.


Ce qu'il y a de plus abominable dans ces pro-
cds de civilisation, c'est que la peine de la con-
fiscation est abolie par la Constitution espagnole.
Mais, bah! ces gens-l n'y regardent pas de si
prs; a l'gard des colonies, tout, absolument
tout est permits.


A ce propose, un abonn nous demand pour-
quoi nous ne continuous pas la liste des assassi-
nats commis h Cuba par ordre du gnral Wey-
ler, liste que nous avons publie quelque temps
sous le titre : L'Espagne au Pilori .
La rponse est simple : nous n'avons pas be-
soin de mettre l'Espagne au pilori, elle s'y met
bien toute seule.


Dans un article intitul L'or flibustier, l'H-
raldo (le JMadrid raille agrablement ceux qui
attribuent au mtal cher Weyler, tous les v-
nements qui se succdent de l'autre cit des Py-
rnes : 1o Les manifestations des mres Sara-
gosse et Alicante; 20 l'apparition des bandes
de rpublicains Valence; 30 la bande arme de
Pedralva; 40 la retraite des Carlistes.
Notre confrre a oubli, toutefois, de fire re-
marquer que cette manire d'envisager les faits
ne prouve qu'une chose, c'est qu'en Espagne tout
et tous se vendent.
Cela n'empche pas la fiert castillane, au
contraire!


Tenez, je viens de parler de la fiert castillane;
eh bien, il y a un autre mot que ces hidalgos ont
toujours sur les lvres, c'est le patriotism espa-
gnol. Et ce n'est pas qu'un mot, un vain mot.
Lisez plutt les lignes suivantes, qui ont paru
dans tous les journaux de Madrid, reproduites de
El Mercantil Valenciano :
Hier, s'est prsent notre rdaction, pour de-
mander l'aumne, le sergent Jos Santos, licenci de
l'arme de Cuba et dclar invalide. Santos a 16 an-
nes de service don't i3 comme sergent.
D'aprs lui, tous ceux qui sont de retour de Cuba,
en sont rduits mendier pour manger.
Si cela est certain, c'est honteux, inou, et mme
infme.
Cela est on ne peut plus certain, puisque le fa-
meux soldat de Grenade, qui tait revenue inva-
lide de Cuba, vient de mourir de faim dans sa
propre patrie.


En voulez-vous encore du patriotism espa-
gnol?
En voici
Le nombre des dserteurs espagnols rfugis en
France et en Portugal, crot tous les jours. Certaines
estimations le fixent au chiffre effrayant de vingt
mille.
Alors;- zuze un peu, mon bon, s'ils n'avaient
pas de patriotism.


Il y a quelques jours peine, les dpches offi-
cielles annonaient que l'insurrection des Philip-
pines lail terminal: aujourd'hui, on announce
qu'elle est k peu prs victorieuse.
C'est ainsi que Weyler, le jour o il quittera
Cuba, la tte de son arme (ce sera la premiere
fois qu'on l'y verra), annoncera au monde ie
triomphe des Cabains par une dpche officielle
ainsi conue :
Ai mis fin l'insurrection; n'ai plus rien
fire ici.

-----* T ----


GNROSIT FLIBUSTIERE


Le Nourtelliste de Bordeaux public le laconique
entrefilet suivant :
Le mois dernier, le colonel Velarde, avec soixante
guerilleros et quelques soldats, fut envoy en recon-
naissance la Trocha de Jcaro.
Il tomba au milieu d'une troupe de neuf cents re-
belles et ne put se retire temps. Fait .prisonnier
avec onze hommes, il fut mis en liberi par le cabc-


_







LA RPUBLIQUE CUBAINE


1er OCTOBRE 1896


cilla Serafin Snchez, qui lui remit ses armes et le
fit escorter jusqu'au environ de Morn.
Aujouter un commentaire quelconque serait
amoindrir un tel acte de gnrosit. Nous lais-
sons nos compatriotes juges de la faon don't les
flibustiers cubains font la guerre au boucher
Weyler.
-----~----*-----

LES FINANCES ESPAGNOLES
: .L~~---.-.---

La Petite Rpublique..- Les folles dpenses de
l'Espagne continent. Le gbuvernement madrilne
a rsolu d'envoyer aux Philippines 8.o00 hommes
de renforts, d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie.
On voit que la situation militaire de l'Espagne,
dans cette colonie, n'est pas des plus brillantes,
puisqu'il faut y renvoyer des troupes.
Les hommes d'ailleurs se font rares. Las de n'tre
point pays, car l'Espagne est peu prs ruine
et compete, pour continue la guerre, sur l'emprunt
qu'elle ne peut faire qu'avec le concours de la
France de nombreux recrutables passent la fron-
tire et viennent chez nous, attendre des jours meil-
leurs.
A Cuba, la situation des troupes espagnoles em-
pire chaque jour. Rfugis derrire leur trocha, les
malheureux soldats de la pninsule ibrique s'at-
tendent d'un jour l'autre tre dbords par les
rvolutionnaires cubains.
Dj la fameuse trocha a t force sur quelques
points.
Ce n'est qu' force d'argent que l'Espagne pourra
lutter et elle aura beau mettre emprunt sur em-
prunt, jamais ils ne seront couverts.
On ne prte pas qui l'on sait pertinemment ne
devoir jamais rendre.

Le Temps. On nous crit de Londres:
On nous entretient de divers racontars au sujet
des ngociations en course Paris, en vue d'un em-
prunt espagnol, et de l'opposition que suscitent
toute operation de cette nature les cranciers m-
contents de la ville de Madrid. Ici, il est encore
question d'un emprunt en sterling de 4.000.000 de
livres, disent les uns, que MM. de Rothschild con-
sentiraient sur la base de quelque nouvel arrange-
ment ou remaniement du monopole des mines de
mercure. Il est certain que ce n'est pas directement
la place de Londres que le Trsor espagnol pour-
rait s'adresser, vu qu'on y a pour principle de ne pas
croire la solvabilit de la pninsule, tout en recon-
naissant que le pays possde des resources qui, un
jour ou l'autre, sous l'impulsion d'hommes nou-
veaux, le tireront sans doute d'affaire. Le group
Rothschild prendrait l'emprunt susdit. 93 1/2.

Le mme journal, le 28 septembre. On attribue
l'indcision de la Bourse aux mauvaises nouvelles
des Philippines, la lenteur des ngociations pour
l'emprunt et aux bruits persistants qui ont couru
sur l'accueil assez froid qu'on aurait fait, l'tranger,
aux pourparlers pour lancer environ 500 millions
effectifs de l'emprunt Paris et sur d'autres mar-
chs trangers sous le patronage de la haute banque
franaise.
Le mme journal, le 29 septembre. La baisse
de l'Extrieure fait renaitre les doutes relativement
l'issue des ngociations entames en vue de l'em-
prunt. Toutes ces interpretations n'ont pas de peine
ralentir les transactions sur un march dj trop
troit, et les ventes, ne trouvant pas contre-partie,
font facilement reculer les course.

La Revue Diplomatique. Au moment de mettre
sois press, le bruit court en Bourse que les ngo-
ciations relatives l'emprunt espagnol seraient rom-
pues ou tout au moins que la maison Rothschild se
retirerait de l'affaire. Ce bruit semblait rencontrer
assez de crance pour avoir provoqu hier une baisse
d'un point et quart sur l'Extrieure.

L'Univers et le Monde. L'Extrieure a flchi
subitement de 65 64 o5. Une tenue plus ferme ne
serait pas concevable dans l'tat present de l'Es-
pagne, qui n'est rien moins que favorable, et cette
rente serait tombe beaucoup plus bas si l'on ne sa-
vait qu'elle est puissamment patronne par une
parties de la haute banque.

L'Economiste Franais. Nous avons tudi, il
.y a huit jours, la situation gnrale de l'Espagne et
examin la loi vote par les Corts pour la proro-
gation ventuelle des concessions aux Compagnies
de chemins de fer et l'mission, avec le concours de
celles-ci, d'un emprunt de i milliard de picettes,
soit approximativement 840 85o millions de francs.
Nous avons signal les critiques que l'on peut
adresser la loi et regrett que la prorogation des
concessions n'ait pas t accorde de piano, comme
measure pralable. L'opration d'emprunt et t
ainsi bien mieux prpare et et eu plus de chances
de succs.
Supposons, cependant, que des resolutions ult-
rieures du gouvernement espagnol fassent vanouir
ces critiques et que toute quivoque disparaisse, car
il faut une absence absolue d'quivoque pour que
i'mission de cet emprunt gigantesque soit ralisable.
Pour tout Etat du monde, mme pour celui qui


jouit du meilleur renom financier et qui possde une
clientele tendu, ce n'est pas une mdiocre affaire
que l'mission d'un emprunt de 850 millions de
francs effectifs. Jusqu'en 1871, nous ne sachions pas
qu'il et t mis par aucune puissance un emprunt
unique d'une pareille importance. L'emprunt mis
par la France au mois d'aot 1870 ne.montait qu'
804 millions de francs. Depuis 1871, nous avons eu
nos d'eux emprunts colossaux, l'un de 2,225 millions,
l'autre de 3,478 millions pour la liberation de notre
territoire. Les Franais y ont souscrit, la fois
po.usss par un patriotism ardent et aids par la
possibility de raliser les valeurs mobilires tran-
gres qu'ils avaient achetes en grandes quantits
dans la decade d'annes qui prcda la guerre franco-
allemande. Il y eut l toute une srie d'arbitrages.
Depuis ces emprunts, exceptionnels dans l'histoire
financire du monde, nous ne voyons gure d'em-
prunts aussi considrables que celui que l'Espagne
se propose de contractor. Nous trouvons bien chez
nous, en 1881, ud emprunt de i milliard nominal
en 3 o/o amortissable, puis des emprunts de 350 mil-
lions en 1884, de 500 millions en 1886, de 809 mil-
lions en 1891.
Si nous considrons les emprunts trangers r-
cents, nous rencontrons l'Emprunt Chinois, garanti
par la Russie, de 400 millions de francs en 1895, le
recent Emprunt Russe, galement de 400 millions,
en 1896. Ainsi, quand un trs grand pays comme la
Russie, qui n'est engage dans aucune difficult s-
rieuse, intrieure ou extrieure, qui a un pass et un
present de la plus absolue correction envers ses
cranciers trangers, qui jouit d'un change ferme et
projette mme de reprendre ses paiements sur la
base de l'or, qui suscite, en outre, dans notre pays,
des sympathies exceptionnelles, aborde le march
franais, il se content de lui demander 400 millions
la fois.
Ce seul rapprochement suffit montrer combien
un emprunt de i milliard de picettes ou de 85o
millions de francs effectifs, de la part du gouverne-
ment espagnol, ayant sur les bras les affaires de Cu-
ba et des Philippines, sans computer quelques indices
de troubles l'intrieur, afflig en outre de grcs d-
ficits et d'un change qui n'a cess de flchir depuis
quelques annes, est une operation la fois gigan-
tesque et delicate.
Si le gouvernement espagnol s'adressait au public
en lui offrant simplement la garantie gnrale de la
nation et qu'il lui prsentt soit de la Rente Extrieure
4 o/o au course de fr. 60, soit du 4 o/o amortissable
ou tout autre type de mme nature, il est incontes-
table que l'opration chouerait de la manire la plus
complete; on ne trouverait certainement pas, l'-
tranger, ioo millions de francs quelque taux d'in-
trt que ce ft.
Si, au lieu de la garantie gnrale de la nation, ou
plutt en plus de cette garantie gnrale, elle affected
son emprunt des gages spciaux, dans des condi-
tions qui ne prtent aucune quivoque, l'Espagne
pourra-t-elle russir se procurer I milliard de pi-
cettes ou 850 millions de francs ?
Sans doute, on ne serait pas embarrass pour
trouver en France et en Belgique (il n'y a gure que
ces deux pays qui s'intressent maintenant aux fi-
nances espagnoles), une some de I milliard ou
mme de i,5oo millions, si l'on offrait au public de
ces deux pays des titres d'une incontestable solidit,
au sujet desquels il n'et aucune prevention et qu'on
lui donnt, en outre, du temps pour se librer. Mais
il faut rflchir que l'Espagne est engage actuelle-
ment dans une affaire tellement dangereuse et incer-
taine, la repression de l'insurrection de Cuba, et que,
d'autre part, certain placements espagnols ont
donn tellement de dboires, qu'un grand nombre
des petits et des moyens capitalistes sera fort dis-
pos l'abstention en face d'un emprunt espagnol,
mme trs bien gag. Or, il n'est gure possible de
russir un emprunt de 850 millions effectifs, sans
une forte parties, tout au moins, de la clientle habi-
tuelle des petits et'des moyens capitalistes. Un em-
prunt espagnol, mme avec un gage excellent, pa-
raitra toujours, beaucoup de moyens et de petits
capitalistes, un placement hardi, et il n'y a jamais
qu'une quantit de capitaux limite qui soit dispose
avoir une certain hardiesse.
On dit que l'emprunt serait scind en deux par-
Sties: l'une pour le public national, l'autre pour le
public tranger; la premiere pourrait s'effectuer en
picettes et monter 3oo ou 35o millions de picettes
environ, ce qui laisserait 650 700 millions de pi-
cettes, soit 540 580 millions de francs souscrire
l'tranger. Il serait trs utile que l'Espagne pt
ainsi fournir une parties de ces 850 millions de francs,
car ce ne sera dj pas une mdiocre affaire que de
trouver l'tranger des souscriptions pour 540 580
millions de francs effectifs.
Au cas o l'opration, entoure de toutes ces con-
ditions d'affectation spciale irrvocable, d'exemption
d'impts, de paiement en or, russirait, que ferait
l'Espagne de ces 850 millions de francs? Malheu-
reusement la destination de la plus grande parties
est trop vidente: elle s'en ira Cuba. Il dsirer,
cependant, pour le rtablissement de la situation fi-
nancire de l'Espagne, qu'elle puisse employer les
3o0 millions de pesetas au moins qui seraient sous-
crits dans la Pninsule dgager la Banque d'Es-
pagne d'une parties des titres du Trsor qui l'en-
combrent.


Ce qui domine, toutefois, tout l'avenir de l'Es-
pagne, c'est la pacification de Cuba, nous disons la
pacification plus que la repression; car la repression
pure et simple ne serait qu'un succs temporaire. Le
gouvernement espagnol saura-t-il profiter des succs
que son nergie et la vaillance de ses troupes pour-
raient lui procurer pour tablir un rgime suffisam-
ment liberal qui assurt le dveloppement rgulier
de la grande ile ? On ne peut ternellement gouver-
ner par la force une le superbe et envie, qui est
situe prs des contres les plus libres et les plus
dmocratiques du monde.
En tout cas, si par mauvaise fortune ou mauvaise
politique, l'Espagne n'arrivait pas promptement la
pacification, que tous ses cranciers antrieurs dus-
sent en ptir, il faut que toutes les precautions soient
prises pour que ceux qui, dans des circonstances
aussi graves, consentiront faire une nouvelle et co-
lossale advance au people espagnol soient srs de
n'tre pas les victims de ses malheurs ou de ses
fautes. La crance nouvelle doit tre privilgie
dans toute l'tendue et toute la nettet du mot.
Paul Leroy-Beaulieu.

Le Petit Parisien : On a mis des doutes s-
rieux, Londres et Paris, sur la possibility pour
l'Espagne de raliser, dns les circonstances actuel-
les, un emprunt d'un milliard de pesetas, c'est--dire
de 85o millions de francs environ.
On croit rver, en effet, en voyant l'Espagne, en
l'tat present des divers marchs europens et en
presence des difficults contre lesquelles elle a
lutter Cuba, aux Philippines et mme l'intrieur,
dans quelques-unes de ses provinces, avoir eu la
pense de procder une operation de cette impor-
tance.

L Soir: Un emprunt de un milliard est, par
tous les temps, une operation norme. La Russie qui
dtient chez nous le record de la confiance, n'em-
prunte aux grandes places financires que par 400
millions la fois. Et nous-mmes,qui avons en nous
une confiance illimite, nous ne faisons gure d'em-
prunt de un milliard. Il y a quinze ans que cela ne
nous est arriv.

L'Eclair : Cette grosse operation (l'emprunt)
rencontre, c'est bien natural, de grandes difficults,.
et, sans nous arrter aux bruits mis en circulation,
il faut reconnaitre que la situation devient de plus
en plus difficile pour les finances ibriques; obtenir
un milliard n'est pas facile au milieu des difficults
qui crasent l'Espagne.

L'Autorit:- Les commentaires vont toujours
leur train au sujet de l'emprunt espagnol. Nous
avons dit, dans notre bulletin de samedi, que l'an-
nonce de l'chec du banquier espagnol charger de
traiter de cet emprunt Londres avait t la cause
de la baisse de ce fonds.

Correspondence Bleu e:- On prtend que M. Ca-
novas aurait tmoign de ses prfrences pour l'mis-
sion d'un 5 o/o extrieur amortissable jusqu' con-
currence d'un effectif de 800 millions de francs.
Pourquoi un amortissable? L'amortissement
cote fort cher, et le public n'en tient aucun compete.
A cela, le gouvernement espagnol pourrait dire
que, poursuivant l'ide du concours des compa-
gnies, il croit bien faire en pregnant l'engagement
d'amortir l'emprunt d'ici 1980, c'est--dire en un
laps de temps de quatre-vingt-quatre ans. L'annuit
d'un emprunt de 800 millions se traduirait alors par
une some de 40.640.o00 francs environ. Ce n'est
videmment pas la peine de se priver d'un amortis-
sement' qui coterait si peu. Mais cet amortissement
paraitrait bien court.
Si l'on veut faire un amortissement srieux qui
ait chance de sduire il faudrait qu'il ft au plus
de trente-cinq ans. On aurait alors servir une an-
nuit de 49 millions environ. Et, en calculant 20 o/o
au minimum d' agio , on aurait une annuity
probable de 5o millions de pesetas. Pour les 200
millions d'Intrieure, ajoutons 12 millions; au
total, l'annuit serait de 71 millions. Mais que 'de-
vient alors, pendant trente-cinq ans, le revenue du
tabac ? Il n'en resterait que des bribes: vingt-quatre
millions tout au plus.
En additionnant ce deficit au deficit actuel, on
arriverait ainsi un gros chiffre.
En n'amortissant pas, ou en amortissant sur le
march par ministre d'agent de change, l'opration
serait meilleure pour l'Etat espagnol. Il y aurait
encore un moyen d'allger le budget: ce serait de
ne commencer l'amortissement de cet emprunt
qu' partir de la dixime ou de la vingtime anne.
Le point trs difficile traiter, sous l'aspect lgal,
semble tre tout ce qui a trait aux rapports de la
Compagnie fermire des tabacs avec les contractants
de l'emprunt. Pour se placer sur un terrain solide,
il serait dsirer que les contractants de l'emprunt
fussent galement investis de la ferme des tabacs et
que l'on fit alors cadrer la dure de l'emprunt et
celle de l'amodiation.
Le gouvernement espagnol, s'il voulait tre sage,
aurait un moyen certain d'assurer le succs de l'em-
prunt. Il n'aurait pour cela qu' modifier sa poli-
tique l'gard de Cuba. Plutt que de se ruiner en
armements qui cotent fort cher et don't l'utilit est


des plus problmatiques, ne vaudrait-il pas mieux,.
ne serait-ce pas plus sens, et statesman like, comme
disent les Anglais, de proposer un armistice aux
Cubains ? En quoi la proposition d'un armistice
entraine-t-elle implicitement pour l'Espagne le
moindre renoncement d'une prrogative quel-
conque? Le pouvoir souverain a toujours le droit,
souvent le devoir, de faire des propositions d'armis-
tice, et il peut suivre cette voie sans qu'il en rsulte
le moindre danger pour la justice et les garanties de
la cause qu'il reprsente. Il n'en est pas de mme
des insurgs en armes. De leur part, toute propo-
sition d'armistice ne pourrait tre interprte que
comme une demand d'amnistie et de pardon.
Pour les insurgs et pour l'Espagne, et pour l'Es-
pagne et les insurgs, il est urgent d'en venir au
plus tt des ngociations de paix qui ne peuvent
jamais tre vraiment srieuses qu'autant qu'elles
sont protges par un armistice.
L'Espagne a un int rt de premier ordre profiter
d'un armistice pour se recueillir. Pendant la dure
de l'armistice, tout le monde aurait le .temps de r-
flchir. Il y a un premier but qui serait fort probable-
ment atteint : le placement de l'emprunt. Il se pour-
rait aussi que, par surcroit, on en atteignit un se-
cond, de beaucoup le plus important: la pacification
de Cuba.
Si, pour ngocier, il fallait attendre un triomphe
dcisif, la dure de la guerre de Cuba n'aurait pas
de terme probable. Le problme militaire, dans la
perle des Antilles. se prsente sous la forme d'une
de ces quations indtermines qui n'ont que deux
solutions: ou l'infini ou zro. De se ruiner pour ar-
river forcment l'un de ces deux rsultats, c'est de
la pure folie.
Mais de ngocier l'ombre d'un armistice, alors
qu'on est en force, alors qu'on a la main sur le pom-
meau de l'pe, lorsqu'on peut prendre tmoin
l'opinion publique europenne et qu'on est mme
de jeter dans la balance le poids d'un milliard, c'est
mieux que de la diplomatic du meilleur aloi, car ce
serait faire montre des plus rares qualits don't puisse
s'honorer un grand people lanc toute vapeur dans
le tourbillon des guerres. De la part du gouverne-
ment espagnol, ce serait surtout faire preuve de sa-
gesse, et, l'occasion de l'emprunt, la Bourse de
Paris en tiendrait certainement M. Canovas le plus
grand compete. On souscrirait des deux mains cet
emprunt destin alors, selon toute vraisemblance,
aux euvres fcondes et aux large perspectives de la
paix.

Le March Franais: La Rente extrieure es-
pagnole a prouv un mouvement de recul accen-
tu. Nous la laissons 63 go au lieu de 65 fr.
Si l'on considre que la population de l'archipel
des Philippines dpasse 6 millions et que ta domi-
nation espagnole n'a jamais t bien assise dans une
grande parties de ce vaste territoire, on se rendra
compete de l'effort que 1 Espagne devra faire pour
contenir la fois l'lment indigne continuelle-
ment en rvolte et le parti sparatiste compos 'pres-
qu'exclusivement de colons ou de descendants de
colons espagnols. Or, l'envoi et l'entretien des trou-
pes dans cette contre loigne coteront propor-
tionnellement plus du double qu' Cuba.
Si l'on ajoute cela les symptmes d'efferves-
cence qui se manifestent Porto-Rico, don't le gou-
vernement a d renforcer les garnisons, et les tenta-
tives insurrectionnelles des rpublicains dans la Ca-
talogne et dans la province de Valence, on peut se
demander si, malgr toute son nergie, le gouver-
nement pourra surmonter tant de difficults runies.
C'est ce qui a fait dire Don Carlos, dans une in-
terview publie par le Heraldo, que la situation
politique de l'Espagne tait pire que celle qui prc-
da la revolution de 1868.
En ce qui concern l'emprunt, le gouvernement
tient beaucoup ce que les tablissements de crdits
espagnols, les banquiers de Barcelone, de Bilbao,
Sville et autres chefs-lieux important de la pro-
vince, cooprent au succs des efforts de la Banque
d'Espagne et des banquiers de Madrid, pour placer
dans le royaume mme une bonne parties de l'em-
prunt, en raison de l'effet que ce concours des capi-
taux espagnols produirait,au dehors. Quant l'-
tranger, on dit que le gouvernement se croit sr du
concours des tablissements de credit franais ayant
des relations avec l'Espagne, et qui auraient plus ou
moins d'intrt raliser la condition sine qua non
inscrite dans l'autorisation vote par les Corts pour
rendre definitive la loi des chemins de fer.
C'est par les soins de ces tablissements, et surtout
de la premiere maisort de banque d'Europe, que le
gouvernement espagnol espre obtenir le concourse
des marchs internationaux, afin d'y crer de meil-
leures dispositions de la speculation et du public
vis--vis des valeurs et emprunts espagnols en g-
nral.
En tout cas, les besoins du gouvernement sont
urgents, car en dehors des ncessits de la guerre de
Cuba et des Philippines, qui exigent, au bas mot,
I,5oo,ooo 2 millions de pesetas par jour, les d-
penses pour la creation du nouveau matriel de la
flotte s'lvent l'heure qu'il est i80 millions.


L'Administrateur-Grant: FOURREAU.

TROYES. Imprimerie G. ARBOUIN, rue Thiers, 126"







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