Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: August 27, 1896
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00033
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
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Patrie et Libert


RDACTION & ADMINISTRATION PRIX DE LrABONNEMENT (EN FRANCE)
20, Rue Saint-Vincent-de-Paul Ire Anne PARTI 7 AoUt 1 N ne ane. payaie ., avance... 24,?fc '
______ Anne PARIS 127 Aot 10896 - 32 Un semestre, l. 11 .. fr. 11.50
URIsem tre, skl ii. 11 fr. 1.1.50
ADRESSE TELeGRAPHIQUE: a U t d. id . 6 fr. 6.50
-A L'ETRANGER
TBzEPr-o. PAP.RAIT TOUS LES JEUDIS Uneanne, payaMled'avaiince .......... 25 fr.
Les manuscrits ne sont pas rendus I U NUIJEIIOd......... fr. a
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 0fr, 2Z


L'ESPAGNE BROCANTE

es quotidiens les mieux dis-
poss envers l'Espagne en
arrivent a ne plus enregis-
trer aussi impassiblement
leurs bonnes nouvelles. Le
rsultat tait depuis long-
temps attend, et nous ne
\ B songeons pas du tout.
nous en rjouir bruyamment. Vraiment, aussi,
ces victoires rptes, ces triomphes de chaque
jour, c'tait chose par trop bouffonne. Il ne se
trouvait plus, en France, personnel pour croire
aux succs de guerre des Ibriens. Cela vaut
mieux ainsi... pour la vrit et tout est bien
;qui finit bien.
Car, ceci est encore une de nos convictions
- la gloire de cette grave adventure sera en lin
de compete rserve aux insurgs. Dans combien
de jours ou combien de mois, cela imported peu.
Les Cubains occupent toute l'le, et ils la garde-
ront; les esprits les moins confiants -- je veux
dire les plus castillans peuvent en tre as-
surs.
M. A. Saissy, ce sujet, a public dans Le
Journal du 21 aot un article fort judicieux.
Pour ma part, je fais grand cas de ce brilliant
esprit, impartial le plus souvent et toujours trs
clair. J'prouve donc une grande joie repro-
duire en parties son opinion :
Au commencement, on comptait sur une prompted
pacification; mais malgr les succs chaque jour
annoncs, les campagnes sont aux mains des insur-
gs, largement approvisionns, arms et renforcs.
Les svrits du gnral Weyler n'ont pas eu plus
de succs que les habilets du marchal Martine Z
Campos. Il aurait fall transiger, on n'a pas pu s'y
rsoudre. Cuba va bientt coter au Trsor espa-
gnol un million et demi par jour. Il faudra trouver
cet argent, offrir des garanties, payer des intrts.
Quelles charges nouvelles pour un people qui ploie
dj sous le faix des impts! Et l'on s'tonne que
que dans quelques villes le mcontentement provo-
que des troubles, et l'on accuse les rpublicains de
chercher les exploiter!
Pourquoi donc systmatiquement former les yeux
la vrit! Les.sacrifices que ncessite l'expdition
cubaine crent l'Espagne une situation intrieure
pleine de prils.
Qu'on russisse ou qu'on choue Cuba, le gou-
vernement se trouvera accul d'inextricables dif-
ficults, lorsque la masse ne sera plus retenue par
ces considerations d'honneur national qui, en ce
moment, lui font, malgr tout, un devoir de pa-
tienter.
Don Quichotte ne veut pas se rendre, oui,
voil le fait. Battu pour battu, ruin pour ruin,
il se dit que quelques hommes et quelques pese-
tas ne sont pas une afl'aire. Et il continue.
Aprs tout, c'est le people qui fait les frais de
la guerre, les sans le sou, ceux don't la vie n'est
pas utile pour payer les impts. Alors, autant
s'en dbarrasser, et envoyer au charnier cette
racaille qui manifeste tant de got pour'ls-
corridas de nmuerte.
Mais tout cela ne tire pas et ne tirera.pas M.


de CAnovas d'embarras, au contraire. Aussi bien,
la lourde balancelle qui symbolise l'Espagne fait
eau de toutes parts. Je omprends nettement,
parbleu, les ennuis de M. le Premier ministry,
car voil maintenant douloureuse venture -
que ls Philippines s'agitent et se rvoltent
leur tour devant les concussions des fonction-
naires venus de la Mtropole.
Probes administrateurs, tout de mme Car,
on cite maintespreuves, Cuba comme ailleurs,
de leur plus extreme activity au pillage, la o il
y a davantage d'argent. Et, naturellement, ce
sont les rpublicains qui sont la cause de tout.
Alors, en attendant mieux, on les emprisonne;
et l'on connat la douceur des geles ibriques.
Pendant qu'ils seront ainsi incarcrs, qua-
rante mille hommes partiront pour Cuba. 11 y
aura bien les protestations des mres, mais la
chose sera sans danger. Puis, le gouvernement
ne fait-il pas son devoir? n'est-il pas la hauteur
du pril, rien qu'en achetant des croiseurs hors
de service ?
Bateaux,ateaubat x vendre; avez-vous des


bateaux vendre? C'est le cri maintenant de
l'Espagne; d'un pays qui, aprs avoir tenu belle
boutique, va brocanter dans les rues le dchet
des autres nations.
Jean Guilon.
------. ^ -------

FLIBUSTIERS !

C'est sous cette expression : Les flibustiers,
que la press franaise en gnral (voir encore
Le Petit Journal de ces derniers jours) dsigne
les Cubains soulevs contre l'odieuse tyrannie de
l'Espagne.
Flibustiers, c'est--dire corsaires, voleurs,
bandits ou quelque chose d'approchant.
Frres de Cuba, accepted firement cette quali-
fication. Les Espagnols qui vous appellent et
vous font appeler aujourd'hui flibustiers sont
bien les mmes qui, au xvie sicle, appelaient
gueux les hroques soldats de l'indpendance
des Pays-Bas.
C'est de la mme faon encore, aux grands
jours de la Rvolution, qu'on appelait nos pres
mprisamment les sans-culottes.
Les flibustiers de Cuba vaincront come ont
vaincu les gueux de Hollande et les sans-culottes
de Valmy. Et l'histoire, qui, tardivement, hlas!
remet toutes choses au point, les-glorifiera ga-


element. Mais, malgr tout, la press franaise
qui a soutenu et tympanis les ladrones (c'est
come a que les Espagnols appelaient nos fli-
bustiers de Saint-Domingue, il y,a deux cents
ans) de Panama et d'ailleurs, n'a pas le droit de
traiter de flibustiers des homes qui, avec leur
sang, revendiquent sur leur propre sol le droit
d'tre hommes et citoyens.
Martel[ls.

*-------^.It b------

A L'VNEMENT

Sous ce titre: L'Espagne et Cuba , L'Ecne-
ment public, dans son numro du 23 aot, un
article sign AlbertLe Roy, dans lequel il est
deux fois question de La Rpublique Cubaine
et o nous avons le regret de reliever de graves
erreurs.
Notre journal n'est pas rdig par les litt-
rateurs et les dilettantes du parti de l'indpen-
dance ; son directeur, ses rdacteurs et ses
collaborateurs connaissent suffisamment la ques-
tion cubaine, non seulement pour clairer l'opi-
nion franaise,' mais encore pour indiquer
l'auteur de l'article de L'Evnement toutes les


erreurs qu'il comment et toutes celles qu'il pourra
commettre s'il continue puiser ses inspirations
dans les tlgrammes fabriqus Madrid et dis-
tribus la press parisienne en vue de l'em-
prunt raliser.
Le titre de notre journal, La Rpublique
Cubaine, n'est pas seulement, ainsi que le:dit
notre confrre, un beau titre pour un journal
Squi s'imprime Paris . Il a une importance
beaucoup plus grande que ne l'imagine M. Albert
Le Roy. Il dit ce que Cuba rclame et .ce qu'elle
sera le jour o elle aura conquis son indpen-
dance: une Rpublique vritablement dmocra-
tique; un Etat libre en Amrique, qui offrira
aux autres nations, et particulirement la
France, un dbouch commercial beaucoup plus
avantageux que celui qui pourrait lui tre offer
par la vieille monarchie espagnole, si ardemment
dfendue par l'crivain de L'Ecvnement.
A titre de renseignement, nous avons envoy
a M. Le Roy un exemplaire de la brochure (Cuba
centre Espagne, qui lui donnera une ide exact
de la vrit sur la question cubaine.
Il est bon de dire, en terminant, que les Cubains
qui luttent pour leur indpendance ont t levs
dans les sages princips de la grande Rvolution
franai-e.
*


S CONSPIRATION ,
AUX PHILIPPINES
PRISONS EN ESPAGNE
PROTESTATION DE KEY-WEST
ACTIVITY DES CUBAINS
DSESPOIR DE WEYLER

Les tlgrammes offidiels. reus Madrid, an-
nonant que dans les fles Philippines une cons-
piration sparatiste avait t dcouverte, ont
caus une profonde sensation dans les sphres
gouvernementales, et les masses populaires.
C'est pour ces-motifs que l'on a dcrt en
Espagne une perquisition dans toutes les mai-
sons suspects, et spcialement celles ot sont
installes les Loges maonniques. Bien plus,
Madrid, Sville, Saragosse, Valence, Barcelone,
Alicante, Bilbao et autres grande villes, on vient
(le mettre en tat d'arrestation tout individu
de quelque notorit dans la franc-maonnerie
ou le parti rpublicain: Entre autres, ont t
arrts les directeurs des journaux La Paz et
La Justicia.
Notre correspondent de Madrid nous crit la
dernire here qu'il est impossible de donner
une ide du dsaccord qui existe actuellement
centre les membres du cabinet. La raison est que
nul ministry n'ose avouer les causes des measures
si violentes que l'on prend. Et M. Cos-Gayn a
reproch aux gouverneurs de province, lui mi-
nistre, d'avoir outrepass les ordres qu'il leur
avait communiqus! En mme temps, cepen-
dant, les gouverneurs affirment nergiquement
qu'ils ont obi l'esprit et la lettre des ordres
qu'ils avaient reus.
La consequence de tout cela serait, dit-on, un
envoi de dmission du gouverneur de Barcelone,
M. llinoysa.
Les dsertions continent, les soldats faisant
tout pour ne pas aller Cuba. C'est pourquoi la
surveillance redouble la frontire.

D'autre part,, on announce de Key-West une
manifestation gnrale pour protester contre
l'assassinat d'un journalist amricain, M. Char-
les (Govin, qui a t tu coups de machete par
les Espagnols.
La population a adress un tlgramme au
secrtaire des Affaires trangres, M. Olney, en
faveur des citoyens des Etats-Unis qui, rsidant
;i Cuba, se trouvent sous le coup des sauvageries
du boucher Weylei.
I)e toutes parts, a l'tranger, les migrs cu-
bains multiplient leur activity. De Philadelphie
on announce, la date du 20 aot, le dpart du
magnifique vapeur Howard, sous le commande-
ment du capitaine John O'Brien, conduisant une
expedition pour Cuba, la plus grande quantit
de dynamite qui, jusqu'ici, ait t envoye aux
rvolulionnaires cubains.
Le gnral Weyler, compltement convaincu
de l'inutilit de ses efforts pour arrter les exp-
ditions, et honteux du retentissement du decret
o il offrait de l'argent aux capitainesdes navires
amricains pour vendre les Cubains, a dfendu
la rcolte du sucre et des autres cultures. En
faisant cela, il tait persuade que ceux qui
pourront fire la rcolte sont ceux qui payment
des contributions au gouvernement rpublicain
de Cuba et que le produit de ces contributions
se destinerait l'achat du matriel de guerre.
Cette declaration d'impuissance du gnral
Weylcr a produit une dmoralisalion profonde
en Espagne et dans le milieu espagnol de Cuba.

*


Vicente Mestre Amabile


P



L~n~~


~a'l~F






LA RPUBLIQUE CUBAINE


27 AOUT 1896.


VICENTE MESTRE AMABILE


Nous sommes heureux de donner .aujour-
d'hui la biographie d'un des lutteurs b''la cause
Cubaine. -Sa vie, come on-le verra, est 'an
exemte h lorifier 'anS ''histoire du 'Doue-
eii~erhuiaini Ce:ux qui connaitsent M. Mesfr'e
se diront tdttefoiV que 'bn n'a pas dit tout ce
qu'ly avit drre snr cet himnrde'i natirelle-
mbiit courageux. MtIfs 'e que -je liens brive-
iiient r:ippelr, c'et 'l'eitit paritielilrre qie
nous avons tous pour ce soldat improvis jour-
naliste, collaborant au Temps, LaR renaissance,
La Rpubliqiue Oti able; fondant, ds
1892, Le Mlessager Franco-Amricain, pour
dfendre son tour l'autonomie, et organisant
des ligues du savoir, simplement, pour h&ter de
tout son effort l'indpendance de sa patrie.
S.. L.

N Santiago de Cuba en 1846, il commena son
education aux Etats-Unis, 'puis en Angleterre, et
vint plus tard en France, voulant suivre les course
de l'Ecole Centrale; mais son pre dcida alors de
l'envoyer l'Ecole Navale de Cadix, de laquelle il
sortit comme aspirant un an aprs.
En 1859, il fut embarq-u pour les ctes d'Afrique
la fin d la-gheire, ftd'e l aux les Philippines.
,et en i864suivit toute la champagne de l'le-deSaint-
Domingu'e. En i865, il fit partie de la Commission
Hydrographique des ctes de Cuba, t "en--1:8&67,
tant eibarqu bord du bateau ' vapeur Vasco
Niiie :de Balb,,a, il se signala-hroiquemet. pen-
dant le grand cyclone qui eut lieu d-ans la :baie'-de
Saint-Thomas, o coulrenti fond plus de crit na-
vires et o prirent plus de mille personnel, d son
propre avis, il se jeta dans un cannot avec 25 hom-
mes, et russit sauver 82 femmes et enfants, jus-
qu'au moment o deux vagues conscutives firent
chavirer son embarcation et noyrenttout son quipa-
ge. Lui seul, aprs six heures de lutte avec la tempte,
fut lanc la-cte,;le corps couvert de blessures et
sans connaissance. Les nombreuses decorations qui
honorent M. Mestre ont l leur origine.
Lieutenant de vaisseau en 1868, la Rvolution le
trouva occupant le poste de second commandant de
marine de Santiago de Cuba, o il s'tait signal par
ses ides rpublicaines et abolitionnistes, qui lui
avaient dj valu, dans sa jeunesse, quelques jours
de prison.
Alors, trs nettement, il.exprima au gouverneur
son opinion : La Rvolution est plus que justifie,
et vous vous .apercevrez que tous les Cubains sont
identifies avec elle; moi, pour ma part, je vous pr-
sente ds ce moment ma dmission. Le gouver-
neur irrit,ne trouva rien de mieux faire que de le
nommer commandant d'une canonnire pour aller
bombarder la plantation La Demajagua, de Carlos
Manuel de Cspedes. S'y refusant, naturellement, et
menac de mort, il se dguisa en chauffeur et partit
pour les Etats-Unis se mettre aux ordres de la Junta
Cubana de New-York.
Pendant toute la champagne de dix ans, il prpara
des expeditions, attendant toujours la reconnais-
sance de la belligrance par les Etats-Unis, ce qui
lui aurait permis de prendre le commandement d'un
corsaire.
En 1878, aprs le pacte du Zanjn, le gouverne-
ment espagnol lui accord l'amnistie et le rintgra
dans la marine du royaume. On lui confia plusieurs
missions l'tranger, et il s'occupa de l'tude des
defenses sous-marines et principalement des tor-
pilles. Li d'amiti avec Erikson, inventeur des mo-
nitors et du Destroyer, ce dernier lui confia les
secrets de son canon sous-marin et de ses soupapes
qui, prsents au gouvernement espagnol, ne furent
pas couts.
Le gnral Prendergast, une fois nomm gouver-
neur gnral de Cuba, l'emmena avec lui, afin de r-
diger des rapports sur les rformes appliquer dans
l'ile, aux points de vues politique, conomique et
militaire. Mais rien ne put aboutir, les volontaires
ne furent pas licencis, l'Administration demeura la -
mme, et la marine ainsi que l'arme ne voulurent
rien entendre. Convaincu qu'aucune amlioration
n'tait possible, M. Mestre rentra en Espagne, et de
l retourna New-York, son ancienne Commis-
sion.
En i885, avant t charge d'examiner les condi-
tions du port de la capital de l'le de Puerto-Rico,
il s'arrta, son mandate rempli, Santiago de Cuba,
pour y prendre le bateau amricain. Il demand,
entire temps, au gouverneur Mr. Antonio Molt6, un
permis de chasse, et il s'en fut dans la champagne. Il
ne comptait pas avec la mauvaise foi de ce gnral
qui, en mme temps qu'il lui donnait l'autorisation
sollicite, tlgraphiait au gouverneur gnral:
Surpris conspiration de 6oo ngres; la tte, lieu-
tenant de vaisseau Mestre Ambile. Attach com-
me un criminal, et escort par les gendarmes, M.
Mestre fut conduit de la champagne Santiago de
Cuba et fut enferm au fort Reina-Mercedes o un
conseil de guerre voulut le fusiller. Heureusement
la marine le rclama, le jugea nouveau et l'acquit-
ta. Mais- le gnral Molt6, considrant que sa pr-
sence Cuba tait un motif d'alarme pour le gouver-
rnnient, l'exila de son pays de naissance.


C'est alors que M. Mestre, pleinement persuade
que les Cubains ne devaient rien attendre de l'Espa
gne, dcida de renoncer pour toujours non seule-
ment son grade et ses droits de retraite, mais
aussi la darnEereu ridr;.:..rMii. esppagnole.
Il entr Cdonc en Francr e'n -f.?s. .:t il se lia d'une
gr'nac B iriie ic ac 'M. Flaminarri.:.i et M. le Sn'-
l'eur-'Jin Ma, so.s les auspices Iesquels il ffonda
la Ligue FWinco-Ainricaine de l'Enseignement, '
laquelle il r lia tdotes les Socits d'Enseignement i
d."r'iTiermiqte ft tine. hl "y-; 't pisieurs- iyages t,.
-:fchlt'iiattott 'les ides ; Ligue Fr nihse, l
orinda des coles .rinaises de'toute sorte,, ~s i'urs
de franais pour les classes ouvrires et commer-
antes, et quelques bibliothques. Le gouvernement
franais, voulant alors lui donner un tmoignage de
sa reconnaissance, le nomma Officier d'Acadmie et
Chevalier-de la ALgion d'honneur.
Pourterminercette rapide et incomplete biographie,
nous rappellerons un fait qui honore grandement
M. Mestre.
Le 3o mai 1891, la maison de sant de la rue
Logelbach, le professeur Pan oprait une dame v-
nzulienne d'une tumeur dans l'estomac. L'opra-
tion tait redoutable, et la patient ne pouvait sup-
porter la fin de l'opration par manque de sang.
Pan supplia alors les personnel prsentes de lui
donner un peu de ce liquid pour la mourante, et
ce fut encore M. Mestre, present l'opration, qui
se dvoua et dit, en montrant son bras nu : Puis-
que mon sang vous est utile, vous pouvez en pren-
dre tant que vous voudrez; vers plus d'une fois
sur le champ de bataille, ce n'est pas un sacrifice de
l'employer maintenant une ouvre de gurison.
Cinq ans se sont passs depuis cette poque, et
M. Mestre, malgr les graves consequences de son
acte de gnrosit, est rest l'homme nergique,
salu par Paris Avec respect lors de sa lumineuse
conference l'Htel des Socits Savantes, et qui,
toujours jeune et'exubrant, done la cause cu-
baine, sans computer, le concours de son active vita-
lit faite d'intelligence et d'inbranlable resolution.




AUTORIT ESPAGNOLE


Comment pourrait-on mettre en doute l'immo-
ralit qui rgne Cuba ? Le gnral Prendergast
a remis M. le ministry ou au sous-secrtaire de
son ministre une liste de trois cent cin-
quante employs des douanes et de l'ad-
ministration qui ont t poursuivispour
fraude,et aucun d'eux n'a t puni.
Le vol la Douane car il faut appeler les
choses par leur nom fait que le deficit du
budget augmente. Et qui paie le deficit? Le
pays. Comment pourrions-nous remdier cet
tat de choses quand nous voyons un em-
ploy qui a opr une razzia dans les
fonds cubains augmenter de grade?
Tiburcio Pre: de Caslanieda.
Diario de las Sesiones, 24 juin 1891.
-- t ....


AVEUX D'IMPUISSANCE


Nous appelons l'attention de nos lecteurs sur
l'Opinion en Espagne que nous publions dans
le corps du journal. Ils y verront quel degr
de dcouragement les -Espaignols en sont arri-
vs, en ce qui concern la guerre cubaine, et com-
bien nous avons raison de dire que le moment
n'est pas loign o l'indpendance de Cuba de-
vra tre reconnue par l'Espagne.
Tous ces journaux, en effet, sans distinction
d'opinion, s'accordent reconnatre que la cause
de l'Espagne Cuba est compltement dsesp-
re et qu'il est temps de mettre fin, le plus hono-
rablement possible, une guerre don't l'issue
dsormais ne saurait plus tre douteuse.
Tous sont galement d'accord pour constater
que l'opinion publique, en Espagne, se montre
de plus en plus oppose l'envoi de renforts
Cuba et de nouveaux sacrifices en hommes et
en argent.
Dans ces conditions, il devient de la dernire
evidence, pour les esprits non prvenus, que la
Rpublique Cubaine ne tardera pas prendre
place parmi les rpubliques amricaines.
Les capitalistes qui compteraient sur Cuba,
colonie espagnole, pour toucher l'intrt de l'ar-
gent qu'ils auraient prt l'Espagne, se rserve-
raient donc quelques dsagrables surprises.
L'Espagne ne russit plus quilibrer son bud-
get. Sur quoi gagera-t-elle un nouvel emprunt
si le gage qu'elle offre aujourd'hui doit ncessai-
rement lui chapper dans un avenir que les jour-
naux espagnols eux-mmes sont obligs de con-
sidrer comme prochain?


.


AUX RPBLICAINS ITALIEN8 IRSIBANT A PARIS

'quiels que soient mon peu d'autorit et mes rela-
tions dans la colonies italienne, je mespermets Pa-
dresser aux rpublicains et aux rvolutionnaires un
chaleurux appel eh fa '3'ur des C.tb'aitis qui luttent,
avec 'la dernire 'nergie et au prix du meilleur
sang, pour leur libert, pour leur indpendance.
Il n'estpas besoin de rappeler que nos pres lut-
trent pour cette libetr que nous avons perdue-de-
:puis par notre couardise et nitre insouciance -
:par'notre coilception encore irmparfaite des doctri-
nes et de la valeur des hommes, et aussi par l'insuf-
fisaiihede' nos resources matrielles, pour soutenir
et oentinuer la lutte; cette libert, encore vague, ne
fut du rest que passagre, et disparut un jour sous
la poigne d'un seul homme, fltri parce que sans
morality, sans foi....
Contre nous (comme aujourd'hui contre les Cu-
bains) luttrent les masses esclaves inintelligentes
et lches, incapables d'un lan de gnrosit et de
vritable bravoure, pas plus que de concevoir la
grandeur d'esprit et de dvouement qui amenrent
des homes ses frres tenter l'affranchisse-
ment du people.
Et, cependant, le people italien n'est-il pas-celui
qui a accompli, travers les sicles, le plus grand
nombre de rvolutions, celui qui a boulevers des
rgimes et des constitutions ?
Se donnant tantt au pape, tantt l'empereur et
ensuite au roi, il arriva finalement, toujours pour-
su.vant son idal l'anne 1849, o, se croyant
mr pour conqurir son indpendance, il fonda,
avec Mazzini, la Rpublique, laquelle ne dura que
quelques mois, touffe par les forces coalises des
clricaux du monde entier.
Depuis lors, on n'entendit plus parlerque de pape,
de roi, de liste civil, et, tout dernirement, d'un ma-
riage dans la maison royale; puis, tout bas, tout
bas, on ose s'entretenir de la misre du people,
qui augmente sans cesse.
Nous ne nous lasserons pas de travailler pour
prparer la Rpublique et de rechercher les moyens
propres y parvenir- mais quoi qu'il en soit et
maigr le respect et la sympathie que tout rpubli-
cain sincre voue la mmoire de Mazzini et celle
de ses collaborateurs -notre Rpublique nous ne
s'inspirera pas des mmes principles, ces principles ne
rpondant aucunement aux ncessits de notre
poque, laquelle ne trouverait sa vraie force que
dans l'absolu mpris des Dieux et des Rois.
L'indpendance que rclament les Cubains, les
:nomntbreux appeals aux droits du people rests sans
rponse, doivent intresser et passionner tous les
hommes,senss et de coeur, tous ceux qui voient dans
lalibert le seul facteur d'une paix durable entire ces
masses :lottantes d'tres auxquels on interdit le
droit de vivre heureux et de mourir librement.
Les-rvolutionnaires cubains (je le rpte) n'enta-
ment pas le prlude d'une mle gnrale, qui entr.i-
nera les peuples affirmerleur droit la vie et leur
place au soleil, et il me paraitrait indigne et cruel
de ne pas aider, moralement toujours, et, si possible,
:pcuniairement, ces nouveaux pionniers de la
libert.
Dj, en Italie, on a ouvert des souscriptions, et
si la some recueillie par.un courageux Comit de
Rome n'est pas trs'leve, les Cubains competent,
nanmoins, parmi les rpublicains italiens, de nom-
breux amis et des admirateurs de ce mouvemeut
insurrectionnel, la tte duquel on trouve des
hommes d'une parfaite morality et d'une telle vail-
lance, qu'ils voquent les personnages lgendaires
de la grande Rsvolunon franaise, et, plus prs de
nous, de l'pope garibaldienne.
Nul doute que les Italiens quiviennent en France
pour y travailler mme les plus imbus des beau-
ts royales de leur pays, n'y apprennent en peu de
temps aimer la Rpublique en attendant mieux
et la considrer comme la seule forme de gou-
vernement ralisable. Donc, que toutes les cons-
ciences rpublicaines s'unissent pour fltrir la pla-
titude et le servilisme honts de certain monar-
chistes, qui sous l'initiative du pire laquais, di casa
savoia, se sont unis pour offrir au prince de
Naples de quoi remplir la corbeille de la-robuste
Montenegrina, et ont about au piteux rsultat
que l'on sait.
Crotti Augusto.

------1* --------

POUR LA VRIT

Les insurgs cubains ne demandent pas la
press franaise de prendre fait et cause pour
eux. Ils se bornent souhaiter que les journaux
de Paris, comme ceux de Londres et de New-
York, renseignent exactement le public sur les
vnements qui se droulent Cuba.
On voudra bien reconnatre que nos confrres
parisiens seraient assez mal venus de ne pas s
rendre ce dsir. Ce n'est pas leur demander
trop que de les inviter ne pas induire leurs
lecteurs en erreur et contrler, avant de les
publier, les nouvelles errones et tendantielles
que le gouvernement espagnol lance tous les
matins dans la -circulation.


Il est toujours mauvais de n'entendre qu'uhe-
cloche, surtout lorsqu'elle a les meilleures rai-
sons du monde pour sonner fAux. Or, les.imsur--
gs cabains souhaitent qu'owir -e se coimenteLepa
dif!couter, a Paris, la cloche espagnole. Ils vog-
draient qu'on p!iett aussi l'oreille aux ce s
lointains qui viennent de Cuba :Libre, craisisa-
vent que, pour leur-cause,mnulle pi :.pa,~igai...ler
saurait v-:l,,i'n l i vrit.
iEh bien,, il parat que, mme en -se .mottrant
si :modrs dans leurs d.sr', 'is r'pubbicniri
cubains, lesiflibustiers, come on dit l a~rid,
dpassent,. _-a:x yeux de certtains i,:pul....-n.
franais, les bornes de l'exigence permise.
Invite -roes publicistes se renseigner avant
d'crire et surtout leur fournir les moyens de
s'clairer, c'est.tout simplement un crime prvu
par le Code pnal. La' Libert, l'autre jour, nous
en a prvenus charitablement. Ayant appris
qu'un Comit exclusivement compos d'cri-
vains franais, tait sur le point de se constitucr
en vue de fournir aux journaux des .renseigne-
ments prcis sur l'insurrection cubaine. Celte
feuille a cru bon de nous faire savoir que les dits
journalists s'exposaient tre expulss de leur
propre pays.
II existe dans le Code pnal, nous disait-il,
deux articles, les articles 84 et 85, qui punissent
du bannissement .es-menes de cette nature.
Pourquoi pas la guillotine? Puisque notre
confrre y tait, il auraitpu aller jusque-l sans
s'exposer plus de ridicule.

Voyez-vous des crivains franais bannis de
France pour avoir commis le crime impardonna-.
ble d rechercher et de rpandre la vrit?
Faut-il donc que, pour faire plaisir La Li-.
bert et l'Espagne, pays-ami,.la press fran-
aise passe son temps tromper les lecteurs? Si
nous savons, par example, de source certain
que les Espagnols sont, Cuba, daas une -situa-
tion dplorable; si nous acqurons:l'a conviction
que des atrocits sont commises ipar les soldats
du gnral Weyler; que certain 'de mnoscompa-
triotes innocents de tout crime et 'mme de tout
dlit ont t lchement assassins ; que l'Espa-
gne n'a plus un sou en'caisse pour continue la
guerre; que le gouvernement de la reine Chris-
tine ne nous fait en ce moment des avances que
dans l'espoir de nous soutirer notre argent; qu'il
existe en Espagne mme un movement d'opi-
nion de plus en plus puissant contre l'expdition
cubaine; si nous savons tout cela, devons-nous
le cacher soigneusement sous peine d'tre
bannis?
En vrit ou La Libert a voulu se moquer
du monde, ou son violent dsir de participer
la distribution de prose rtribue ncessite par-
l'emprunt espagnol,'lui a compltement troubl-
l'esprit.

Quoiqu'il en soit, que notre confrre nous per--
mette de le lui dire en toute franchise : S'il est.
des Franais qu'on devrait expulser de France,.
ce sont ceux qui, oublieux du gnie de leur race,.
tout entier de dvouement pour les faibles et les
opprims, passent du ct des puissants et des.
oppresseurs. Non, ceux-l ne sont gure dignes
d'appartenir au pays qui a pouss en 1789 le
plus formidable cri d'indpendance que le monde
ait jamais entendu.
Louis Casabona. (La Correspondance
Dmocratique.)

1-------**-------

LA LOI ESPAGNOLE


Ce n'est certainement pas nous qui nous mon-
trerons surprise des lines suivantes que nous
lisons dans El Tabaco, journal qui se public
San Quintin de Mediona (Barcelone) :
Il ya six semaines que D. Jaime Claramunt y
Mesa, neveu de notre ami D. Antonio Claramunt,
est dtenu dans la prison de Barcelone et maintenu
au secret le plus rigoureux.
Malgr cette longue dtention, le prisonnier n'a
pas t interrog, et ses nombreux amis ignorent
encore les motifs de la measure exceptionnelle que
nous pourrions qualifier d'autre sorte prise contre
lui.
Selon nos informations, M. Claramunt y Mesa
est un jeune Cubain, rdacteur du Dilucio (jour-
nal rpublicain de Barcelone). Il a t empri-
sonn l'poque o on arrta, l'occasion des
crimes anarchistes commis dans cette ville, tous
les citoyens qu'il plut au gouvernement espa-
gnol; et, bien qu'aux terms de la loi, aucun
individu ne puisse tre dtenu plus de soixante-
deux heures sans tre remis en libert ou dclar
prisonlier, voil M. Claramunt qui est dtenu


.





27 AO UT 1896.


LA RPUBLfQ'U, u CURBArIN


.depuis soixante-douze jours en comptant les six
:semaines don't parle El TEb/a,, et les jours cou-
ls.-depuis le fer aot, date de la publication d u
dit journal jusqu'au moment oi nous crivons. .
El c'est 1i le gouvernement qui pousse l'au-
.dace-au point de rclamer pour lui la considra-
.tion et le respect auxquels ont droit les pouvoirs
bien iorganisis; c'est lui qui feint la plus pro-
fonde indignation chaque fois qu'on le repr-
tsente comme le type de la barbarie la plus inhu-
maine et de la corruption la plus profonde!
Garder un citoyenen prison pendant soixante-
douze jours; le maintenir au secret le plus ab-
solu sans l'interroger, sans lui dire les motifs de
son incarceration etprobablement pour un dlit
Squ'il n'a pas commis, cela ne saurait tre le fait
que d'un gouvernement cruel, despotique et sau-
vage, qui ne voit dans chaque citoyen qu'un peu
de chair canon, et dans. la loi qu'il a jur
lui-mme d'observer que du paper bon faire
des cartouches,.comme disait en 1879 cet im-
monde journal de La Havane qui, malheureuse-
ment, s'appela La Vo: de Cuba.
Mais ce n'est pas parce.que le cas de M. Clara-
mnunt ne saurait nous surprendre que nous de7
i'ons ngliger de protester une fois de plus centre
la lchet, l'infamie-et la frocit du gouverne-
tment,que nous combattons et que nous devrons
,combattre jusqu'au jour o nous'? i aIons jet
.hors de Cuba ou que nous aurons consomm
:notre propre extermination.


LE GENERAL J AN B., ZAYAS


Parmi les jeunes patrdisots :qu' fait surgir le mou-
vement rvolutionnair actual, et qui ont acquis,
grce leur quality, -iie -nviable notorit, un des
plus distingus tait l IYJ an Bruno Zayas.


Fils.de D. Jos Maria Zayas et neveu des docteurs
Jun Bruno et Francisco, les trois membres impor-
tants de la Junta central du Parti autonomiste, il
naquit La Havane en 1867, tudia la mdecine
l'Universit de cette capital et, pendant plusieurs
annes, se consacra l'exercice de sa profession
Cifuentes, Remedios et autres villes de l'Occident.
Initi au movement qui clata en Fvrier 1895,
son activity de propagandiste fut trs utile notre
cause. Il-se signal de tell sorte qu'il fut ienac de
la deportation par le gouverneur de Santa Clara.
Le 2 a avril il se lana dans la Rvolution, suivi
d'abord de si.xcompagnons et bien t de vingt et un.
Avec ex,.-il traversa la province de Remedios et
rejoignit, le .o mai, sur la frontire de Camagey, le
chef Joaquin del Castillo, qui commandait dj
plus de trois cents homes.
C'est cette poque que M. Alfredo Zayas, frre
de celui don't nous publions la biographies et membre
de la Centrale autonomiste, eut, conformment aux
instructions de cette, assemble, une entrevue avec
le gnral, afin d'obtenir ce que M. Herminio C.
Leyva sollicitait galement de notre vice-prsident,
Bartolom Maso : la soumission au gouvernement
espagnol. Mais le .patriote havanais, come le pa-
triote oriental, resta ferme dans sa resolution de
mourir en combattant pour l'indpendance de la Pa-
trie, et le frre autonomiste se vit dans la ncessit
de rentrer La Havane et de rendre compete ses co-
religionnaires de l'insuccs de son entreprise anti-
patriotique.
Le premier fait d'armes dans lequel Zayas rvla
ses aptitudes, fut celui qui eut lieu dans la finca
Las Delicias. A partir de ce jour, il acquit un
grand prestige, grce son habilet, sa vaillance,
sa.dcision, son intrpidit et sa force de rsis-
tance. Il commandait rcemment plus de deux
mille patriots avec lesquels il livra de nombreux


combats Las Villas, Matarzas, La .Havane, rem-
portant 'desvictoires enviables pour nos arms. et
pour son existence d'homme de guerre.
Le gnral Zayas est mort le 3p juillet dernier,
Gabriel, jurisdiction de La Havane, en luttant seul
avec son escorted contre un escadron' de cavalerie et
de l'infanterie.
Nous pouvons dire de lui ce que nous disions la
semaine passe du gnrai Jps .'Maceo : Il est mort
comme meurent tous les chts cubains, la tte de
ses soldats, face l'ennemi, en combattant pour
l'indpendance de la Patrie,


e la Y~rociti compare des N gres et des Blancs (4)


Lettre ouverte M. Albert le Roy, de L'Evnement.
Monsieur,
Dans votre article L'Espagne et Cuba, de L'Ev-
nement du 23 courant, vous avez amplement parl
de la Rvolution Cubaine, et d'aprs vous, les sym-
pathies de la France dmocratique doivent aller vers
la monarchique et fodale Espagne, et non vers les
Cubains qui luttent si courageusement pour l'ind-
pendance. Cela m'tonne peine d'un rpublicain
de la Troisime Rpublique, car je sais que le temps
n'est plus o l'affranchissement-des nationalits op-
primes pouvait tre considr comme un article
d'exportation.
Aujourd'hui, toutes ces belles ides de vos pres
de la premiere et de la second Rpublique s'appe!-
lent humaniterie, sensiblerie.
La France rpublicaine ne veut plus continue, selon
le beau mot de Michelet, faire, ses risques et prils,
les affaires du genre human. Tmoins la Crte, Cu-
ba. Je n'y trouve rien redire. Elle a peut-tre raison
de longer ses propres affaires.
Mais au course de votre lettre, vous avez parl,
Monsieur, de Dessalines et de Saint-Domingue; or,
Dessalines, pour nous autres Hatiens, est une idole,
et ce n'est pas seulement vous que Saint-Domingue
rappelle d'odieux souvenirs. Il est indniable, toute-
fois, que les plus odieux souvenirs pour vous sont
les plus chers pour nous; je ne cherche donc pas
m'entendre avec vous.
Je ne vous en veux, Monsieur, que d'avoir ignor
ou mconnu la ralit historique. Ainsi vous crivez
ceci :
Sous le Consulat, la guerre de Saint-Domingue
nous a cot vingt mille hommes, les hroques sol-
dats de la Rvolution anantis par la fivre jaune ou
tombs dans des embuscades et massacrs par les
ngres avec d'horribles raffinements. Il suffit d'ou-
vrir l'ouvrage de M.'Thiers, d'ordinaire si pla:ide
devant les hcatombes militaires, pour retrouver
l'excrable nom et les forfaits nombreux d'un Dessa-
lines.
Je ne veux point vous taquiner sur le chiffre de
vingt mille qui n'est que celui de la premiere exp-
dition. Il est d'ailleurs certain que les balles de nos
pres et la fivre ont fait plus de ravage que cela.
Quant aux raffinements don't vous parlez, Mon-
sieur, ils n'ont t employs que contre les ngres, et
prcisment par ces agneaux sans teaches connus
autrefois sous le nom de colons de Saint-Domingue.
Permettez-moi de vous faire observer en passant que
l'autorit de M. Thiers est ici des plus douteuses et
que sa rvoltante partialit n'est un doute que pour
vous, Monsieur.
Thiers s'tait donn pour mission spciale d'excu-
ser toutes les fautes, les plus criminals desseins de
son grand homme.
Vous ne pouvez ignorer qu'il s'est trouv des gens,
Monsieur, et Fouch et Henri Martin en sont, pour
dire qu'en faisant cette expedition, le premier Con-
sul n'eut en vue que d'loigner de France les soldats
du Rhin don't les sentiments rpublicains contra-
riaient ses desseins cachs de Csar.
Je reviens, si vous le voulez, Monsieur, la ques-
tion des raffinements, car elle imported; et pour vous
difier pleinement l-dessus et vous montrer que nos
pres,.Dessalines en tte, n'ont t que de trs ni-
diocres lves de vos pres vous, je vous prie de
relire, Monsieur, les ouvrages de gnraux franais,
tels que Pamphile de Lacroix, Ramel, du colonel
Malenfant. Relisez.Schoelcher, .sa Vie de Toussaint-
Louverture surtout, le livre le plus vridique, le
plus document qui .ait t crit sur les affaires de
Saint-Domingue.
Vous pouvez trouver tout cela la Bibliothque
National.
Nanmoins, pour ne pas vous dranger de vos
occupations, j'extrais, pour votre dification sur la
cruaut compare des blancs et des ngres, de ces
principaux auteurs, les passages suivants :
N'hsitons pas reporter la responsabilit des
horreurs commises dans ces affreuses journes (il
s'agit ici de la premiere insurrection gnrale des es-
claves en 1791), comme dans toutes celles qui les
suivirent, sur, les colons qui, en ravalant les ngres
au niveau de la brute, leur avaient fait perdre les

(1) Nous publions cette lettre qui nous est adresse,
en laissant toute la responsabilit son auteur. N.
de la R.


sentiments humans. C'est la barbarie du maitre qu'il
faut accuser de la barbarie de l'esclave. Les blancs
qui ont massacre et noy les ngres par centaines
la fois, qui les ont fait dvorer par les chiens, qui
ont dchir coups de fouet des femmes enceintes,
se sont retir tout droit de condamner les actes de
frocit que la soif de vengeance fit commettre aux
esclaves dchains. (i)
Les blancs, dans leur rage, regardrent tout noir
comme un ennemi et augmentrent ainsi le nombre
de rebelles, car, quoique souvent ils trouvassent des
esclaves paisibles et attachs a leurs ateliers, ils n'en
faisaient aucune difference et les massacraient indis-
tinctement. (2)
Quels hommes a-t-on noys Saint-Domingue?
Des noirs faits prisonniers ? Non Des conspirateurs ?
Encore moins. On ne jugeait personnel; sur un sim-
ple soupon, un rapport, une parole quivoque,
deux cents, trois cents, huit cents, quinze cents
noirs taient jets la mer; j'ai vu de ces examples,
j'en ai gmi; j'ai vu trois multres frres subir le
mme sort. Le 28 Frimaire, ils se battaient dans nos
rangs; deux y furent blesss; le 29 on les jeta la
mer, au grand tonnement de l'arme et des habi-
tants. (3)
Le monstre Carrier eut des imitateurs Saint-
Domingue. On inventa des maisons flottantes, appe-
les touffoirs, dans lesquelles, aprs avoir enferm
des ngres et des multresi fond de cale, on les as-
phyxiait en y faisant brler du soufre. On les fit
poursuivre par des chiens dresses cet usage chez
les colons espagnols; c'est un Noailles qui se char-
gea d'aller les acheter Cuba. Noblesse oblige. (4)
Voici maintenant le morceau le plus copieux r
serv pour la fin :
Comme moi, dit le gnral Ramel, le gnral
Lacroix dsapprouvait cette guerre d'extermination
et ces noyades en masse. A cette poque, le gnral
Noailles m'crivait qu'il allait arriver de.La Havane,
avec un renfort de six cents chiens bull-dogs, desti-
ns faire la guerre aux noirs. Je communiquai cette
lettre au gnral Lacroix : il en fut indign autant
que moi. Je me permis d'crire au gnral Rocham-
beau. Je lui parlai de -l'excration- universelle des
Espagnols pour avoir employ de tels moyens... Quel
fut mon tonnement de recevoir, le i5 Germinal,
la Tortue o je me trouvais, une lettre du gnral
Rochambeau ainsi conue :
Je vous envoie, mon cher commandant, un d-
tachement de cent cinquante hommes de la garde
national du Cap, commands par M. Bari; il est
suivi de vingt-huit chiens boule-dogues. Ces renforts
vous mettront mme de terminer entirement vos
operations.
Je ne dois pas vous laisser, ignorer qu'il ne vous
sera pass en compete aucune ration ni dpense pour
la nourriture de ces chiens.
Vous deve\ leur donner des ngres manger.
Je vous salue affectueusement,
Rochambeau .
Quel language! la plume m'chappe des mains...
Le capitaine gnral trouvait trs dplace ma rpu-
gnance me servir des chiens; je ne pus jamais
lui faire entendre raison. (5)
Enfin, Monsieur, pour terminer cette correspon-
dance qui menace de s'terniser, laissz-moi croire
encore la cruaut de la race blanche, jusqu'au jour
o il sera prouv que les plus sanguinaires tyrans
don't ait fait mention l'histoire, les Nron, les Ti-
bre, les Hliogobale, les Alexandre et Csar Bor-
gia, sans oublier les colons de Saint-Domingue,
aient appartenu la mme race que Dessalines.
Veuillez agrer, Monsieur, mes sentiments dis-
tingus.
Hi. Pauldus-Sannon.
33, rue de Poissy.

---------** ------;i--

L'OPINION EN ESPAGNE

El Niuevo Rgimen, Madrid. Que le pays de-
mande la paix, les manifestations de Saragosse au-
tant que l'algarade de Valence l'indiquent, come
l'indiqueront plus clairement encore de rouveaux
faits significatifs. Le pays veut voir revenir les jours
heureux o ceux qui s'exercent aujourd'hui au ma-
niement du fusil reprendront la charrue; il ne veut
pas ter de sa bourse les dernires pieces d'argent
pour poursuivre cette champagne impossible; il ne
veut plus donner une seule goutte du sang de ses
enfants pour enrichir les fournisseurs militaires ; il
n'entend pas que Cuba et la Pninsule achvent de
se ruiner.
Dans quelques jours, 40,000 hommes s'embarque-
ront pour l'ile, 3o,ooo autres partiront en novembre
et, suivant des calculs que personnel n'a dmentis,
avant la fin de l'anne 100o,ooo hommes auront t


(1) V. Schieleher, Vie de Toussaint-Loucerture,
page 31. N. de 'A..
(2) Des Colonies, et particulie'ement de celle de
Sanint-Domiiiuir, page 8, par le colonel Malenfant, an-
cien colon. Paris, 1814. N. de t'l1.
(3) Extrait des m omires du gnral Rtamel, cit par
Lamartine dans la prface de sa tragdie Toussaint-
Loucertu,'e. -. de l'A.
(4) Sclielrlher, Vie de Toussaint-Lofucerture, page
372. N. de 'A.
(.5) Bamel, in S:hcelcher, Vie, de Toussaitt-Lou er-
turc, pages 272, i3. N. dei '..


expdis. La champagne nous cote- I'hcure .i tuelle
plus d'un million de picettes par jour. Elle nous
cotera un million et demi quand les premiers
40,000 hommes seront envoys l-bas, et deux mil-
lions en novembre. Combien nons cotera-t-elle en
janvier ? On veut maintenant donner le coup mor-
tel l'insurrection avant que le nouveau Prsident
de la Rpublique des Etats-Unis soit proclam. Si
on n'y russit pas, on croit probable une guerre avec
les nord-amricains. Notre folie nous poussera-t-elle
jusque-l ?

El Imparcial, Madrid: A la suite d'une dnon-
ciation faite par El Imparcial au ministry de la
guerre le 28 juillet, on procda le 3o du mime mois
une enqute don't nous publions le rsultat com-
plet. De cette enqute, il rsulte que dans le dpt
des colonies qui existe Madrid on avait accept,
come bons pour le service, 87 individus qui
n'avaient pas l'ge requis. Il y avait parmi eux des
vieillards qui pouvaient peine marcher et des en-
fants de seize ans. Les invalides et les malades ne.
manquaient pas non plus. Si grand tait le scandal
qu'il se produisit dans l'opinion un vif movement
de protestation contre les auteurs d'une pareille in-
dignit.

El Globo, Madrid: Les gnraux qui parternt
pour Cuba et qui en reviennent sans avoir eu le
temps d'y faire quoi que ce soit d'utile forment une
ronde tellement trange que l'opinion publique a
fini par s'alarmer profondment,
En peu de temps nous avons vu partir de Cuba
pour revenir en Espagne, ou pour aller ailleurs, les
gnraux Arderius, Marin, Sures Valds, Calleja,
Pando, Salcedo,Canellas et autres don't les noms rne
nous reviennent pas.
..................... ....... ..........
Pour justifier de pareils faits, il fati qu'il y ait des
motifs d'une gravit exceptionnelle;Voyons si nous.
les dcouvrons.
S'agit-il d'une question de sant?; Mais les gn-
raux qui ont donn cette raison se'sont si bien r-
poss pendant la traverse que leurs families ont t
immdiatement rassures en les' voyant. Et cela
mme a contribu plus que touteautre chose proc-
cuper les esprits.

El Liberal : Madrid. Nous,.partageons de plus
en plus les opinions modestement imisi;, s..is notre
signature, dans El Liberal, depuis le commencement
de la guerre cubaine jusqu' cejour, opinions qui
peuvent se rsumer ainsi :
L'ide de mettre fin la guerre par la guerre
nous parait, thoriquement, excllente-et gnrale-
ment accepte par l'opinion comme::la meilleure;
mais tant donn la tournure que les choses ont
prise et les loquents et vigoureuses opinions expri-
mes sur ce point, il nous parat, e.t:il parat tous,
plus efficace et partant de result[ plus prompt et
satisfaisant de combine l'action militaire avec l'ac-
tion politique.
Si, avec les nombreux renforts qui doivent en sep-
tembre augmenter la puissante; .rme que nous
avons dj Cuba, la guerre n'tait' pas termine
pendant la saison sche, les homes auxquels est
confi le salut de la.patrie ont l.e devoir-de songer,
d'ores et dj, cette ventualit. Sans hsitations,
avec une force d'me inbranlable, ils doivent pr-
parer la solution decisive 'du. problme de cette
guerre qui, par les proportions 'qu'elle a prise et la
situation topographique du pays qui lui fournit des
moyens faciles d'existence, est plus difficile termi-
ner que si elle se livrait contre des armes organi-
ses et commandes dans toutes les rgles de l'art et
de la science militaires.
Jos Stncher Bregua.

El Diluvio, Barcelone : Il est de notorit pu-
blique qu'en vertu d'un trait pass avec le ministry
de la guerre, divers fabricants de notre ville et de
Palma (Mayorque) se sont engags confectionner
les vtements de toile que portent les soldats du
corps expditionnaire de Cuba.
Rien dire cela; mais on nous announce aujour-
d'hui que si les fabricants ont soumis lors de l'adju-
dication des toiles un franc le mtre, on emploie
pourla confection des vtements une toffe de qua-
lit infrieure.
Il est, on en conviendra, bien difficile de mesurer,
mme avec les instruments de precision les plus
parfaits, le patriotism e certain individus.

La rage de tout aliner, de tout louer, de tout en-
gager, a dpass, de la part du gouvernement, les li-
mites connues. C'est ainsi qu'il est questionde mettre
en rgie la loterie, le jeu national, les courses de
taureaux, c'est--dire ce qui constitute la marque ca-
ractristique de notre gnie national, le signe de la
race!
Si tout est mis en vente et aux enchres, jet dans
le puits sans fond de la dette publique, de quoi
vivrons-nous ensuite? Comment paiera-t-on les sol-
dats de Cuba, lesquels ne touchent plus dj leur
sold rgulirement et attendent depuis longtemps
- ce qui est absolument scandaleux?
Et il n'est question jusqu'ici que des biens mat-
riels. Qui sait si un jour nous n'en arriverons pas
vendre notre me? Pour peu que les Etats-Unis s'-
chauffent et que le jingoisme y triomphe, tandis


.....~ ~~-- i --- - --. .-. -.-. .-.- .- .. il.-~-----' ;*lii:~..,...;; .~...: ... i I I
;`-i-;ii-ii






LA RPUBLIQUE CUBAINE


27 AOUT 1896


qu'ici s'affaiblissent les resorts de notre nergie,
nous verrons comment on porte au grand mont de
pit de l'Oncle Sain notrehonneur national. Et c'est
l ce que nous pourrions lui donner de pire, par-
dessus le march.
El Campesino, Villanuevay Geltr (Barcelone) :--
Voyez ce qui s'est pass Saragosse': Les mres de
famille rclament leurs enfants guetts par la.mort
dans la guerre insense de Cuba. Le people de Pa-
lafox ne veut plus livrer de nouvelles victims l'in-
satiable Moloch de la guerre. Nous pouvons.tre
grands par la liberty et le travail; nous ne le serons
jamais par le banditisme colonial au profit des puis-
sants et des riches, de ceux qui, grce au vol, ont
amass une fortune et considrent comme des ins-
truments inconscients les fils du people et la ticlesse
du pays.
L'Italie, don't l'histoire peut nous servir de miroir,
grce Crispi, s'aventura en Abyssinie. Comme nous
Cuba elledut lutter et se sacrifier dans chaque ba-
taille. Les femmes arrachrent les rails des trains
et les soldats ne marchrent pas; une crise
ministrielle amena la paix et mit fin aux maux en-
gendrs par la guerre. Cet pisode ne peut-il pas se
rpter ici? Cent cinquante mille hommes sont
Cuba, et l'Espagne ne possde plus l-bas que les
ports principaux et les forts dfendus par des soldats
extnus. Devons-nous striliser nos efforts en r-
pondant la guerre par la guerre ?

Diario de Tarragona: Les femmes, les en-
fants, les vieilles mres des rservistes de Reus, in-
corpors dans l'arme, se trouvent dans la plus triste
situation et se plaignent avec raison de ce que, mal-
gr leurs dmarches, ils n'ont pour obtenir les se-
cours accords par le gouvernement.

La Rpublica Social, Matar6 (Barcelone): -
Les dputes provimciaux madrilnes ont fait les g-
nreux en donnant au torero Guerrita 7,000 pi-
cettes pour son bnfice.
Il est parfaitement natural que les oficionado's
fassent des cadeaux aux artistes qui leur con-
sacrent leur savoir.
Mais ce qui n'est pas natural du tout, c'est que
les 7,000 picettes aient t prises dans les fonds re-
cueillis par la.corrida de bienfaisance.
Cela revient disposer du bien d'autrui, ou mieux
rogner l portion du meurt-de-faim pour augmen-
ter celle-du gav.
La Vo del Obrero : Le Ferrol. Rien de plus
lastique que le patriotism.
Tout le couvre. Les choses les plus infmes de-
viennent dignes d'loges, quand elles sont faites pour
le bien de lapatrie. Et les operations les plus sales,
qui prouvent l'tat de degradation auquel nous som-
nies arrivs, se transforment en examples.
Tmoin ce qui vient de se passer au ministre de
la marine. Le ministry de la marine ngocie sa fan-
taisie l'affaire des croiseurs avec la maison Ansaldo,
de Gnes.
La press et l'opinion protestent parcel qu'elles se
rendent compete de'l'opration dsastreuse qu'on va
raliser. Mais le ministry se moque de tout et persiste
dans son entreprise.
Mais vient le moment dcisif o on lui prouve.
non seulement sa mauvaise foi, mais encore son in-
capacit. Les bateaux, en effect, avaient t dj ven-
dus au gouvernement argentin. Comme si rien ne
s'tait pass, notre Branger s'enveloppe dans le
manteau dupatriotisme et il va presque jusqu' trai-
ter de tratres ceux qui avaient dcouvert le ngoce
projet.
........ ............. ... ....... .. .... .......
Et quoi de plus just que la petition et la protes-
tation. Si la la patrie est en danger et si le devoir
de tous est de la dfendre, l'argent ne compete plus.
Si les pauvres seuls sont obligs de se sacrifier et
de dfendre les intrts de la patrie, alors que ceux
qui jouissent de cette mme patrie restent chez eux,
comment ne protesterait-on pas contre une telle ini-
quit?
El Corsario, La Corogne: Vos fils, mres es-
pagnoles, combattent pour une cause impopulaire et
dtestable : ce sont les Cubains qui ont raison. Mar-
tinez Campos vient de dire que grce la faim, la
Revolution a pris un grand dveloppement.
Ce sont donc des affams ceux que vos enfants-
vont tuer, des affams de pain et de justice. Et ils
vont en mme temps mourir de la fivre autant que
des balles et de faim aussi.
Et tout cela pour un gouvernement criminal qui
opre dans la Pninsule aussi bien qu' Cuba, pour
des gouvernements qui ne connaissent que l'argent
et n'apprcient que les millions et les plaisirs de toute
nature qu'ils procurent, mais qui se soucient comme
de rien de la vie des proltaires. Viande, viande qui
cote peu. Viande ouvrire qu'on a le droit d'exploi-
ter et d'assassiner plaisir. Mais le jour des repr-
sailles ne se fera pas attendre I
---------*-------


DERNIRES NOUVELLES

La garnison du fort de Ciego, prs de Di-
rigo, province de Santa Clara, s'est rendue sans
conditions et sans se dfendre au chef cubain Au-
let. Le commandant du fort a livr 16 carabines
giauser aux Cubains et huit mille cartouches.


On-signale de nombreuses dsertions parmi
les troupes espagnoles dans les provinces de
Puerto Principe et de Pinar del Rio; des officers
mme quittent leurs postes pour se joitrdre aux
rvolutionnaires. Les autorits font tous les ef-
forts possibles pour empcher la publication de
Sces faits.
La fivre jaune continue fair des ravages-
en cette ville. Cette maladie et la picote sont
l'tat pidmique dans beaucoup de localits.
Alfred Adam, Alberico de Varona et M. N-'
iiez ont t jugs en conseil de guerre Puerto
Principe. Adam et Varona ont t condamns
20 ans de travaux forcs et Nfiez la peine de
mort.
Le gnral Ruiz est parti de Cuba pour
l'Espagne, et le gnral Barges doit aitssi partir
par un 'prochain vapeur.
Le vapeur Glance a dbarqu, Key-West,
trois Cubains qu'il avait recueillis dans une
barque environ 20 miles de Cayo Aiena. Ce
sont: Ricardo Delgado, Alberto Fernandez Ve-
lasco et Francisco Prez, officers dans l'arme de
Maceo. Tous sont porteurs de documents impor-
tants pour la dlgation cubaine de New-York.
Le correspondent de La Union Constitu-
cional Santa Clara, annoncela capture du pre
et de la sur du chef cubain Jun Pablo Sarduy
et announce que tous deux seront traduits en con-
seil de guerre.
La misre est si grande La Iavane que
l'vque, aid par le maire et par une commis-
sion de la press, a d fire distribuer des ali-
ments aux innombrables mendiants qui circu-
lent dans les rues.
Le vapeur Pacific apporte la nouvelle que
plusieurs Amricains des dernires expeditions
du Three Friends dnt t capturs et fusills
sur la route, prs de Jaruco. Les: corps des sup-
plicis ont t horriblement mutils h coups de
sabre par les Espagnols, qui ont enlev les bi-
joux que portaient les cadavres. On a pu recon-
nattre le corps de Perry Akinson. On dit qu'il n'a
pas t captur avec les autres, mais que les
Espagnols l'ont trouv perdu, errant dans les
bois. Sa ceinture remplie d'or amricain lui a t
vole.
on announce de Cienfuegos qu'un citoyen
amricain a t condamn aux travaux forcs h
perptuit et dport Ceuta.
Enrique Soler, soldat de la troupe du chef
Roque, condann dernirement la peine de
mort, a t fusill Matanzas.
Le chef cubain Clotilde Garcia, qui avait
fait prisonnier un capitaine espagnol et plusieurs
soldats Managua, a mis en- libert tous ses
prisonniers et les a accompagns jusqu'au pre-
mier poste avanc des Espagnols, San Jos de
los Ramos.
La colonne.,:espagnole commande par le
colonel Ballesteros est retourne la ville de
Pinar del Rio, en emmenant des femmes et des
enfants don't les maris et les pres avaient pris
la fuite en voyant s'approcher la colonne. Le
colonel Ballesteros a mis le feu plus de 2,C00
maisons pendant sa march.
Le colonel Ochoa a t lev au rang de
gnral de brigade et nomm second du gnral
Melguizo. Ce dernier s'tait vant d'avoir obtenu,
dans sa dernire expedition, plusieurs victoires
sur les Cubains. En ralit, il a surtout fait fu-
siller des paysans pacifiques et des blesss; il
ordonnait d'attacher ces derniers deux par deux
et les faisait passer par les armes. Il envoyait
ensuite un rapport official annonant une vic-
toire sur l'ennemi qui avait pris la fuite et laiss
un certain nombre de morts sur le champ de ba-
taille. Ochoa s'est particulirement distingu
dans ces atrocits; c'est un des chefs les plus
sanguinaires de l'arme espagnole. C'est lui qui
command les attentats commis dans la pro-
prit du Dr. Delgado.
La ligne tlgraphique entire La Havane et
Artemisa a t dtruite.
--Le gouvernement espagnol a refus de
prendre en consideration la reclamation des Etats-
Unis demandent $ 100,000 d'indemnit pour le
citoyen amricain, D' Jos Delgado. L'Espagne
prtend que la reclamation des Etats-Unis est
dnue de fondement. M. Olney a envoy des
instructions M. Taylor, ministry des Etats-
Unis Madrid, lui- recommandant de dmontrer
au gouvernement espagnol que les attentats
dont:le Dr Delgado a t la victim sont abon-
damment prouvs.
On announce de La Havane qu'un sanglant
combat a eu lieu Melones prs de Manzanillo,


entire les troupes espagnoles et cubaines. Les E:-
pagnols or.t t dfaits et auraient probablement
tous pri s'ils n'avaient battu en retraite. Deux
lieutenants ont t tus. Le commandant espa-
gnol et un. grand nombre de soldats sont blesss.

------^*'~ i---i--,

LES FINANCES ESPAGNOLES

Correscondance Bleue :
La tenue de l'Extrieure a continue. Presque tou-
jours les course de Paris ont dpass la cote de Ma-
drid et Barcelone. Malgr la %illgiature, les arbitra-
gistes ont opr en important sur la place une cer-
taine quantit de titres qui vient ainsi augmenter la
charge du chameau don't se lamentait le juriscon-
sulte remain.
La question qui trane le plus aux Corts est tou-
jours l'affaire des nouvelles conventions demandes
par les Compagnies des Chemins de fer. Mais il est
facile de voir qu'on n'en fera pas un cas pendable.
De part et d'autre on y mettra du bon vouloir.
Dans les dbats du Snat, on a perdu beaucoup
de temps pour ne rien dire qui vaille. Les ides qui
s'y sont fait jour, c'est tout ce qu'on peut imagine
d'invraisemblable. On serait tent de croire que le
gnie espagnol est antifinancier. Des snateurs du
plus haut rang ont parl en terms fort rprhensi-
bles et fait montre d'une petitesse de vue qui ne
messirait pas chez un bourgeois d'Henri Monnier.
On finira bientt par se mettre d'accord, croyons-
nous. Tout alors sera prt pour l'mission du nou-
vel emprunt espagnol. C'est tort que la plupart
des journaux parent d'un emprunt mis en Dette
intrieure 5 o/o. Il doit s'agir videmment d'une
Dette extrieure5 o/o gage jusqu' due concur-
rence par le revenue du tabac. Il n'y a pas de raison
loin de l- pour faire dans les circonstances ac-
tuelles un 5 o/o anmortissable intrieur. Il est vi-
dent que l'amortissement grvrait en pure perte le
budget espagnol. Quant placer en France de l'In-
trieure espagnole soumise aux pripties du chan-
ge, ce serait folie que d'y songer. L'mission d'Int-
rieure ne pourrait tre utile aujourd'hui que si on la
destinait faire l'change volontaire pour de l'Ext-
rieure (1882). De la sorte, le Trsor se procurerait un
gage prcieux pour le moment, et de l'or pour l'avenir.
Le nouvel emprunt fera parties de la Dette cubaine
proformd. En ralit, le service de cet emprunt se
fera par le Trsor espagnol et, fort probablement,
par la Compagnie fermire des Tabacs par voie de
retenue.
La Dette cubaine se trouverait ainsi porte un
chiffre qu'il est possible d'valuer approximative-
ment la some de 2 milliards environ don't le
service exigerait la some annuelle de r22 millions
de francs.
La Dette cubaine comprendrait alors en ralit :
i* La Dette des Etats-Unis 5 o/o (1834) cre par le
gouvernement prsid par M. le comte de Toreno.
Cette dette est peu important. Le service des in-
trts est fait par la trsorerie de Cuba. Le chiffre
annuel en est de 142,500 francs.
2" La Dette amortissable i o/o don't il reste quel-
ques rsidus qu'on peut chiffrer par la some de 3
millions de francs.
3" La Dette don't fait mention le budget cubain
de l'exercice i894-1895 et qui se chiffrait par un ca-
pital nominal de 870 millions de francs avec une
annuit de 60 millions.
4' L'mission qui a t faite depuis 1895, soit par
vente directed du ministre des colonies, par voie de
nantissement suivi de vente, ou autrement, de
I,265,ooo bons, chiffrant un capital nominal de
632,5oo,ooo francs.
5" L'emprunt au capital nominal de 600 millions
de francs 5 o/o gag par le revenue de la ferme des
tabacs espagnols.
Le total irait alors 2,io5 millions environ.
Jusque l, il n'y aurait pas grand mal, dir-t-on.
Il n'est cependant pas douteux que cette some
considerable, et relativement norme pour l'tat de
richesse de l'Espagne, ne puisse tre considre
comme peu prs perdue pour le progrs conomi-
que de ce pays.
Mais si, comme tout l'indique, la guerre de Cuba
devait trainer en longueur, combien de millions fau-
dra-t-il ajouter ces deux milliards ? A quel point
de ruine faudra-t-il que l'Espagne soit accule pour
que le gouvernement espagnol fasse halte dans la
voie o il est engag ?
Et il ne s'agit pas que d'argent. La fleur de la jeu-
nesse espagnole a trouv Cuba un horrible champ
de mort. Pas de Minotaure qui puisse lui tre com-
par. La mortality de l'arme pour cause de mala-
dies est de 35 o/o depuis un' an. Et, pour comble de
malheur, sur le fivre jaune et tant d'autres maladies
de cet affreux climate vient aujourd'hui se. greffer la
petite vrole.
Des premiers r12,000 hommes envoys Cuba en
I895, il en reste aujourd'hui 70,000 tout au plus. Et
les 40,000 hommes qui vont y tre expdis ne se-
ront pas plus tt arrivs qu'ils seront, au bout de
trs peu de jours, rduits au chiffre de 25,000
hommes. On aperoit au premier coup d'oeil qu'il
en rsulte forcment pour l'arme espagnole un tat
d'infriorit numrique. Des 112,ooo hommes qui
furent envoys en I895 l'le de Cuba et qui, avec


les 17,000 qui s'y trouvaient, compltrent une ar-
me de i3o,ooo soldats environ, il n'en reste que
9o,ooo. De ce chiffre, si on veut avoir le nombre
d'hommes disponibles pour des operations en cam-
pagne, il y a dduire 65,ooo tout au moins forc-
ment prposs la garde des villes, et la dfnse
de certaines positions stratgiques. Il faut donc,,
pour que 25 hommes puissent tre mbiliss en
champagne Cuba, commencer par expdiei 13
hommes. Et il suffira toujours que les insurgs ne,
competent en totalit que moiti de l'effectif des troupes
expdies Cuba pour qu'ils soient en force numri-
que double et mme triple de celle des Espagnols.
Ce sont des conditions de lutte par trop .mau-
vaises qu'on ne peut et doit accepter que pour un.
instant jusqu' ce que l'honneur soit sauf.
D'ailleurs, les operations militaires ne peuvent se
rgler sur aucune ide de stratgie dans une contre
don't la surface est le cinquime de celle de la
France et qui ne possde que 246 kilomtres de
routes carrossables et I,5oo kilomtres de voies fer-
res (i). La longueur de l'le de Cuba est de 1,200
kilomtres sur 15 kilomtres de larger moyenne.
L'Espagne possde l'ile de Cuba depuis quatre
sicles. Dans l'intervalle, que de gouvernements se
sont succd dans les conseils des rois d'Espagne!
Pas un n'a eu l'ide de construire des routes dans la
perle des Antilles. Ils n'y ont pas pens.
-------*- L--~---

LA PRESS FRANAISE
Et la Guerre de Cuba

La Vigie Algrienne, d'Alger Les Espagnols
continent la srie-de leurs victoires Cuba. Le
dernier bulletin confectionn Madrid, mais dat de
La Havane, est particulirement triomphal. Le voici,:
Le gnral L.uio a battu et disperse. p'O de
Candelaria et Carambola, une bande d'insurgs. Les
pertes de ceux-ci sont considrables.
Le malheur, c'est qu'aprs ce carambolage , o
le, bon Loino nous fait voir trente-six chandelles -
comme l'indique le mot candela les insurgs re-
viendront dans huit jours se faire .occire. Ils n'en
sont pas une resurrection prs!
Je suis tent de croire que M. Cnovas a pris un
abonnement dans une agency, qui lui sert astucieu-
sement des victoires de pacotille. Depuis plus d'un
an, en 'effet, Martinez Campos et son continuateur
Weyler nous annoncent avec une rgularit de
comptables des Austerlitz, quirse terminent infailli-
blement par cette note, parue daisl'es journaux les
plus officieux :
L'Espagne a dcid d'envoyer 8o,o0o hommes
Cuba, le mois prochain.
Mais si les insurgs sont morts, quoi servent ces
renforts de troupes ?.Pas mme enterrer les-cad-
'vres, qui ne pourraient attendre aussi longtemps !
M. Canovas ferait mieux de dire l'exacte vrit, la-
quelle est du rest connue de tout le monde. La pa-
cification Cuba ne fait aucun progrs, et les lettres
arrives de l'ile rvolte doivent rtvler' une cruelle
situation, car, en Espagne, l'enthousiasme des pre-
miers jours s'est change en une profonide irritation.
A;Saragosse, ,Bunal, les femmes barrent es rues
aux recrues et veulent les empcher d'e.partir pour
Cuba; il faut l'intervention de la gendarmerie pour
rtablir l'ordre.
C'est entire deux gendarmes que les jeunes cons-
crits vont reporter Cuba les victoires que vous
savez, et si les mres de famille continent les re-
tenir par la veste, je me demand si l'Espagne aura
assez de police pour escorter les 80,ooo homes
don't Maceo et G6mez doivent recevoir la visit au
mois de septembre.
D'ailleurs, les femmes ne sont pas seules essayer
de dbaucher les soldats; les hommes s'en mlent,
et n'y vont pas de main morte.
Le ministry des finances s'efforce de dmontrer
aux capitalistes d'Europe qu'il n'est pas bout d'ar-
gent bien que l'Etat se soit vu dans l'obligation
d'emprunter 5o millions de pesetas la Banque
d'Espagne. Le ministry de la guerre parle d'une le-
ve de 80,ooo hommes, comme s'il n'tait pas davan-
tage bout de soldats. Mais les Espagnols pour-
raient bien tre bout de patience, et ce serait beau-
coup plus grave.
La guerre de Cuba, ternise par un enttement
dguis sous le nom de patriotism, aboutit une
crise don't le jeune Alphonse XIII risque d'tre la
victim. Le quart d'heure de Rabelais n'a pas encore
sonn, et dj les Espagnols se fchent Leur colre
ne connatra plus de borne quand on leur prsen-
tera la carte payer. Ce jour-l, les colonels Alvarez
seront lgion, et, pour les vaincre, il faudra peut-
tre rappeler les 80,ooo hommes de Cuba. Si l'en-
fant-roi avait pass l'ge o l'on fait manceuvrer des
soldats en plomb, il dirait ses ministres :
Vous tes en train de m'enlever mon royaume
pour me conserver une colonie. Le contraire me pa-
raitrait tout fait prfrable.
Et, la place du monarque, je donnerais l'ordre
au gnral Weyler de jouer aux ds l'ile de Cuba
G6mez.

(1) En grande parties dtruites. N. de la R.

L'Administrateur-Grant: FOURREAU.

TROYES. Imprimerie G. ARBOUIN, rue Thiers, 126-


.,*-. ;




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