Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: August 13, 1896
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00031
Source Institution: University of Florida
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Patrie et Libert


RDACTION & ADMINISTRATION PRIX DE L'ABONNEMENT (EN FRANCE)
20, Rue Saint-VAincent-de-Paul re Anne PARIS is Aoit ne ae, p le d ce... rnT
--- __ I I iI.jXu Ar n.n I3 O9Ll 1 3o Un semestre, i(l. i S Iu Unsemnnstre, yld. idc. 10 r. 11.50
ADRESSE TLtGRAPHIQUE: RL".ADO .A Un trimestre, i. id ... 6 fr. 6.50
TE ONI A L'TRANGER
rF A O2 PARAIT TOUS LES JEUDIS Une anne, payabled'avance ............. 2 fr.
r Un semestre, id. id. ............ 13 fr.
Les manuscrits ne sont pas rendus UN NUMERO....... O fr. 25


AUX CUBAINS
ET AUX PORTORICAINS

Constitution de la Rpublique de Cuba
ART. 19. Tous les Cubains sont obligs de
-servir la Rvolution de leur personnel ou de leurs
biens, suivant leurs aptitudes.
Bases du Parti Rvolutionnaire Cubain
AnT. 8. Le Parti Rvolutionnaire Cubain se
propose rsolument :
I. D'unir, dans un effort commun et persv-
rant, l'action de tous les Cubains rsidant
l'tranger.
..... ........ ............ ..................
IV. De runir des fonds d'action pour la rali-
sation de son programme et d'employer constam-
ment de grades resources pour la guerre.

Le Dlgu plnipotentiaire de la Rpublique
Cubaine New-York rappelle aux Cubains rsi-
dant ou se trouvant accidentellement i l'tranger,
qu'ils doivent tous, absolument tous, continue
aider rgulirement de leur argent la Dlgation,
pour lenvoi des armes et des munitions desti-
nes leurs frres, qui luttent et qui versent leur
sang pour la patrie sur les champs de bataille.
Ces articles imposent aux Portoricains les
rnmes devoirs qu'aux Cubains.
Les cotisations, en Europe, sont reues Pa-
.ris, chez le Dlgu, M. le Dr R.-E. Btances,
6 bis, rue de Chteaudun.

-------i ^-------

LA FRANCE ET CUBA


Le bruit court, dans les cercles politiques interna-
tionaux et dans tous les journaux bien informs,que
la France, presse par la diplomatic espagnole de
s'unir au Cabinet de Madrid contre le Cabinet de
Washington au sujet de la question de Cuba, a t
engagee par la Russie ne se montrer en aucune
faon hostile aux Etats-Unis et les aider au con-
traire, dans la measure du possible, sortir leur
advantage de la situation dans laquelle ils se sont
placs en appuyant chaleureusement la Rvolution
cubaine.
C'est la premiere fois que l'empire moscovite fait
preuve de sympathie pour la cause de la liberty et
de l'indpendance, tout au moins en ce qui con-
cerne l'Amrique. En 1824, il s'associa avec la Rpu-
blique nord-amricaine pour notifier au Mexique et
la Colombie que les forces de terre et de mer des
deux puissantes nations seraient la disposition de
l'Espagne si les deux Rpubliques hispano-amri--
caines s'avisaient de vouloir excuter le plan conu
par Bolivar. Ce plan. consistait envahir avec une
arme important, commande par Paez ou Sucre,
les iles de Cuba et de Porto-Rico. La notification de
la Russie et des Etats-Unis eut pour rsultat d'em-
pcher le coup de main projet par le Librateur
sud-amricain en vue d'enlever l'Espagne les
deux seules Antilles qu'elle avait conserves et d'en
faire deux Etats indpendants.
A cette heure, l'alliance de la grande Rpublique
dmocratique et de l'immense Empire autocratique
n'a pas pour objet de sceller davantage les chaines
de deux colonies opprimes par l'Espagne et de main-
tenir l'esclavage dans les dites colonies. Elle tend au
contraire aider l'une d'elles se dbarrasser de
l'iniqde domination espagnole et se constituer une
personnalit dans le droit des gens.
De l'ide troite qui dicta alors l'attitude des deux


gigantesques nations coalises, la larger de vues
don't elles semblent faire preuve aujourd'hui en ce
qui concern Cuba, il y a la difference existant entire
l'esprit ancien, encore admissible dans le premier
quart de ce sicle, et l'esprit moderne qui doit pr-
sider aujourd'hui aux relations des pays civiliss.
Pour ce qui est de la France, s'il est regrettable
que la correction de son attitude dpende des exi-
gences russes, il peut sembler trange que cette atti-
tude ne lui soit pas dicte par ses propres conve-
nances, c'est--dire par le principal mobile des af-
faires internationales.
L'intrt de la France, en effet, la pousse cette
heure du ct de Cuba, don't la population indpen-
dante et progressiste, qui se bat pour sa libert rpu-
blicaine, lui tend la main et lui offre un excellent
dbouch.
C'est un fait reconnu par toutes les personnel au
courant de ce qui se passe dansla prcieuse Antille,
que la seule nation europenne exerant Cuba une
vritable influence, appuye sur la sympathie gn-
rale, est la France. A tel point que, dans leurs gots,
leurs murs et leurs coutumes, les Cubains sont plus
franais qu'autre chose. Et ils ont autant d'attache-
ment et d'enthousiasme pour tout ce qui vient du
pays qui, des rives de la Seine, impose au monde
ses caprices, qu'ils montrent d'hostilit et de rpul-
sion pour tout ce qui vient d'Espagne.
Dans ces conditions, nourriture, vtement, thtre,
sciences, littrature, arts et tout ce qui s'y rattache;
proccupations ou manies sociales, en commenant
par le point d'honneur, tout ce qui appelle l'atten-
tion des Cubains, les domine et les enchante, est ce
qui est essentiellement franais par le savoir, la
finesse ou la pratique.
Les Amricains du Nord, si experts en construc-
tion mcanique, les Anglais qui, en cette matire
comme en bien d'autres, figurent au premier rang,
les Allemands qui font de si grands efforts pour
surpasser tout le monde, ont ralis des prodiges
pour l'emporter sur le march cubain dans la vente
des appareils pour la fabrication du sucre. Or, dans
les moulins sucre de Cuba, les meilleurs mou-
lins du monde,on achte de prfrence les machines
franaises.
Il en va de mme pour tout et, lorsque Cuba dis-
posera d'elle-mme et dirigera ses propres affaires,
l'inclination naturelle de ses habitants les portera
aisment dvelopper le commerce d'importation
avec la France sans que les gouvernants de ce pays
du bon got aient seulement s'en proccuper.
Cela serait pour la France une victoire plus ap-
prciable et glorieuse que celles imagines lors de
l'expdition du Tonkin et que tous les vains efforts
tents en vue d'ouvrir, par le moyen d'une coloni-
sation mal. comprise, des dbouchs aux produc-
teurs franais.
L'attitude politique de la France, protgeant les
Cubains dans leur intressante lutte, serait donc le
meilleur moyen d'obtenir ce patriotique rsultat:
l'entre de l'ile de Cuba dans les marchs important
ouverts au commerce franais.
L'heure de l'indpendance de la Grande Antille
approche. Elle sonnera infailliblement, bien que les
juifs de la Banque de Paris et des Pays-Bas conti-
nuent fournir l'Espagne l'argent ncessaire l'en-
tretien de deux cent mille hommes Cuba.
Le talent de notre gnral en chef et de Maceo,
unis au patriotism des Cubains, l'emporteront de
toutes faons.
Jos dle Armas y Cespedes.



COMIT FRANAIS-CUBAIN


Nous sommes informs qu'il se forme Paris un
(omit Firan ais-Cubain d'hommes politiques
et d'hommes de lettres pour la defense de la
cause des rvolutionnaires des Antilles espa-
gnoles. CG Comit, qui comprend dj plusieurs de
nos confrres de la press parisienne, se propose
d'clairer nos compatriots sur la vritable situa-


tion qui est faite Cuba et l'intervention des
financiers franais dans la ruineuse affaire de
l'emprunt espagnol.
Nous tiendrons nos lecteurs au courant de la
march de ce Comit.

-------.^.-r -------


MADAME CARIDAD AGIERO

Nous publions aujourd'hui le portrait d'une dame
cubaine, doublement belle: par sa beauty de femme
et par ses mrites exceptionnels de patriote.
Madame Agero appartient une famille de Port-
au-Prince des plus distingues et tout entire consa-
cre depuis longtemps la cause de la libert de
Cuba. Plusieurs de ses parents sont morts sur
l'chafaud, victims de la tyrannie espagnole et, tout
en pleurant sur toutes ces iniquits que les nations
civilises laissent commettre impunment Cuba
par la vieille monarchie des Bourbons, Madame
Agero a eu assez de coeur pour conserve, une
haine ternelle la domination espagnole dans sa
patrie.
Cette dame a pris part ds le dbut la guerre
actuelle. De la Havane, elle transport Port-au-
Prince, caches dans des malles double fond, 800
paquets de cartouches, et, dans les doublures de ses
vtements, des correspondances et des mdicaments
destins appuyer le movement que le marquis de
Santa Lucia, aujourd'hui president de la Rpu-
blique de Cuba, prpara si heureusement Port-au-
Prince.


Elle russit galement transporter des armes
dans ses bagages et, ayant t dnonce au moment
o elle rentrait La Havane, mais aprs avoir remis
aux insurgs tout ce qu'elle leur destinait, elle fut
arrte par la police espagnole et soumise au plus
barbare et au plus outrageant des supplices don't
puisse se voir victim une femme honorable et du
meilleur monde. Madame Agfero fut dpouille de
ses vtements sous les yeux de la canaille doni se
compose la police de La Havane.
Cet acte de sauvagerie, qui rpugnerait Behan-
zin lui-mme, est trs commun et est un des proc-
ds ordinaires du gouvernement espagnol, qui parle
tous de civilisation et qui prtend avoir civilis
l'Amrique. Le fait a t public en temps opportun
par toute la press des Etats-Unis et, il avait t si
public et si bien port la connaissance de tous,
que personnel n'osa le nier.
Madame Agero rside aujourd'hui New-York,
o elle s est rendue dans le seul but de servir la
cause de l'indpendance. Il n'est point de repos
pour elle. Elle ne connait qu'un devoir: donner
toutes ses forces pour dlivrer sa patrie de la tyran-
nie espagnooe.
Nous saluons, avec tout le respect don't elle est
digne, cette patriote cubaine qui mrite d'tre don-
ne en example.


*


EN L'HONNEUR DE

MM. LEBLANC ET DE VEYGA


Par lettre que nous venons de recevoir de New-
York, nous apprenons que, le 30 juillet dernier,
le patriote Portoricain bien connu : M. le doc-
teurJ. J.IIenna, a donn, Breroortl-louse, un di-
ner d'honneur pour la presentation de M. Le-
blanc, lieutenant de vaisseau de l'escadre fran-
aise, et de M. le docteur de Veyga, colonel de l'ar- '
me argentine, au dlgu plnipotentiaire de la
Rpublique de Cuba, M. Estrada Palma.
Voici le menu du repas :
Cantaloup; Soupe : clear green furtle; Relishes :
olives, radishes; Fish : broiled pompano maitre
d'htel, potatoes hollandaise ; Entre: larded sweet-
breads, pure of sorrel; Vegetables : green peas;
Sorbet : porto rico free ; Roast : squales en casse-
role au nature; Salade: julienne of celery; mayon-
naise; Dessert : chocolate and vanilla; mringues,
cheese : fruit; coffee; Vins : Graves, Saint-Julien,
Jules Mumm Brin.
M. Estrada Palma arcueillit ces deux Mles
sieurs avec une grande bienveillance, et les fli-
cita pour le patriotism gnreux don't ils don-
naient la preuve, en abandonnant une situation
avantageuse, une 'carrire brillante, en renon-
ant aux douceurs du foyer, pour se meltre au
service de la defense de la Libert Cubaine.
Notre dlgu s'exprime de la imme faacon
envers le vaillant Portoricain, gnral de notre
guerre de dix ans, Juain Rius Rivera, arriv ce
jour-l de l'Amrique Centrale, pour aller com-
battre au ct de ses anciens compagnons
d'armes.
Nous portions la connaissance de nos lecteurs
que M. Leblane a t nomm commandant d'un
navire appartenant au gouvernement cubain, et
M. (e Veyga colonel d'tat-major de notre arme.
Nous flicitons chaudement ces trois patriots
de la distinction qui leur est ainsi accorde en
reconnaissance de leur mrite.

L-------.^.-----

COPIONS:

Le soldat grenadin qui tait rentr malade de
Cuba.vient de mourir.
De Santander Grenade, il lui avait t impos-
sible de prendre le moindre aliment faute de res-
sources.
Quelques heures aprs tre arrive la maison de
ses parents, le malheureux mourait de la prostration
produite par la faim.
Ce triste vnement a caus une veritable indigna-
tion.
Et l'on ne veut pas que les mres espagnoles
protestent devant ce dilemme terrible :
O ton fils mourra Cuba comme chair ca-
non; oi il mourra de faim quand il rentrera in-
valide.

*






LA RPUBLIQUE CUBAINE


13 AOUIT M~96.


z'


TRIOMPHALE A LA GLOIRE DE CUBA

A Saint-Hamans.
Des lisires lointaines de l'A'.tanti'uc., don't les
flots frangs de rubis et d'argent- seltn les caprices
du di'el _- r.-Ulc iiltulgtrsetiment de-.c'tr'i.ses de
vloipt ou des t'eintes de m trt, une braf-e, vi-
b'lminte.t if.i.al clamniur s'est leve, 'domihitrice
aussi, et''cho:s'en est rpercut de'vers 'le monale
ipour ne '' ano. ir iar i ;s plus...
Et quillc.-clamieurl... Non tcelle de-n'afrags, 'd-
sempres dans- lIa nui .prtl'fonde et noire, perdus'-.
l'ne en agonie... sur l'immensit mystrieuse
des vagues, et jetant, travers l'tendue, leurs cris
de dtresse et leurs suprntes prires; :mais celle
d'une forte et loyale race poigne d'hommes -
enfivre par- le mme frisson, tendue vers l'espoir
et la souveraine clart!1...
Ah!... ce jour-l, le soleil s'tait fait,plus splendi-
dement rouge, et les oiseaux d'alentour n'avaient
pas oubli d'ajouter, - leurs chansons coutumires,
de belles notes inconnues, ardentes et vengeresses!
Et c'est-en :harmonie avec.tous ces Tyrtes de l'air,
de l'espace'vraiment li'bre, que-les Insulaires, l-bas,
crirent leur tour, leurs droits la Vie l'Ind-
pendance!...


Ils voulaient, ils veulenteneore jamais, harderr
a leur'lle.-adore, et:pour eux.seuls, sa tiere Beautl
et sa couronne imprissable de Reine, couronne don't
les joyaux fulgurentsurles lames de lOcean, en au-
tant de chatoiements d'azur et d'or...
Ile sacre, endormie et ,berce-sur une nappe im-
posante de neigeuses cumes aux 'murmures, aux
chansons bien cadencs,Let qu'un mme-ciel ternel-
llment pur et bleu baigne de sa'tranquillit large,
et qu'unemme haleine irise de ses roses de perlest...
le chre et douce, que baise pleines floraisons, le
plus exquis et enchanteur des climats, et qui cache
en son sein tous les paysages de rve et d'amour
possibles, toutes les alcves o les soupirs, les voix
se parent d'aimer!... Ile noble et fconde, avec ses
ombrages et ses parures parfums de senteurs ma-
rines ou fleuries, o, sous les palmiers inclins par
les brises, rdent les appeals timides, les sourires et
les baisers... et cela, dans les nuits chaudes, enflam-
mes de toute l'ivresse du firmament!... Ile char-
mante et jolie, propice aux folles fivres, aux longs
oublis, et que jalousent perdment les toiles,
parce que le rve et la clart qui sommeillent dans les
veux de-ses amantes, lui ddient des pomes et des
lyrismes, ,parce que la dQuceur d'amour qui se pr-
cise sur les lvres des belles .Riveraines de ses golfes
solitaire, lui chuchote toutes les possessions, toutes
les extases et les triomphes !...
Oui, vous voulez garder tout cela pour vous seuls,
nobles homes, nobles femmes!... H bien,
gardez : Dieu vous soit en aide!...


Or, les.golands de malheur ont continue par la
plnitude des airs leur course rapide; et, messa-
gers empresss, annonciateurs de nouvelles extraor-
dinaires, ils nous ont fait savoir que dans l'me des
Rvolts flambait l'Avenir, resplendissait la Dli-
vrance, et que, dans les rangs des hroques protes-
tataires, une mme Foi, une mme bravoure, se
chantaient pour la mort ou la Libert !
Des victoires! des victoires Nous les avons ap-
prises ainsi l'a voulu la Renomme et nous
avons battu des mains. Des victoires! et nous avons
pleur firement en songeant aux pouses de l-bas,
penches sur les corps de ceux qui sont morts en
regardant le soleil !
Et puis, il sont Trois, superbes et ddaigneux,
mais don't les noms font dsormais parties de l'His-
toire, qui, entours de sublimes cohortes, bravent
impunment l'effort lchement opinitre et dses-
pr d'une nation en dcadence : Mndximo Gdmet,
Antonio Maceo et Calixto Garcia!...
Ils vont, terrible, farouches et vainqueurs -
pntrs d'une sainte cause, conduisant les leurs de-
vant les obstacles, les prils et les adversaires. Qu'im-
portent eux, et la mle o le sang gicle sur les
visages et les armes, et la tuerie definitive o la
poudre parle, crpite, clate, o les rles s'entre-
mlent aux rles, et les hoquets aux hoquets! ils
vont, promenant tranquillement leur intrpidit,
dans tous les sens et dans tous les lieux, ils vont -
tels des Illumins qu'un flambeau divin claire
la conqute de la Justice et de la bataille!...
Et, come vous tes dignes de tous les pardons,
et come vous aurez bien mrit de l'Humanit,
gnreux Hommes qui voulez rendre votre Ciel plus
libre etvos forts plus spacieuses,:que toutes les plus
belles fleurs du monde tombent vos pieds, en une
couronne d'offrandes; que tous les lauriers de la
terre encadrent majestueusement vos fronts de vain-
queurs ou de mourants... et que toutes les mains de
ceux qui ne savent pas se courber se tendent vers
les vtres, encore corches du fer de vos armes !....
Vous avez le Droit; vous avez la Raison; vous
aurez le Triomphe : il en fut, par le monde, tou-
jours ainsi !...
Contre ceux qui vous veulent touffer, dardez vos
glaives clairs et aiguiss, et dirigez-les vers leurs poi-
trines; ils ne seront point maculs d'un sang de
honte, d'un sang inutilement fratricide, mais par de


,nouvelles, splendides et suaves fleurs rouges, 4c's
glaives seront embellis!..


Enfin, quand bientt, en un matin future, mille
voiles .'vermeilles tresseront leiurs guirlandes aux
,-bords'de vosrhoriz.ons, d'es pavilions sans nomb'e.,
augr desVents,-.'en iront, travers les OcaWs, pro-
clamner vtre Ind!pendance!...
.Culbai 't Rpiublique! Ce jour-l, la perle des An-
'tilles -itelle :Amphitrite .'m~-geant des :ondes -
'sera!.bien' vit thange .en u ei'dlicieuse EtoileI...
'Henri Degroen.
5 aot 1896.

---------*--------

L'AFFAIRE DE M. LAFERT


Nous lisons dans Le Petit Mridional 'de
Montpellier :
Au moment o un vif change de sympathies se
produit entire les populations espagnoles et les popu-
lations franaises, il est ncessaire de poser les ques-
tions suivantes :
Serait-il vrai, comme le dit le journal La Rpu-
blique:Cubaine, qui aurait emprunt elle-mme les
renseignements au Courrier des 'Etats-Unis, qu'un
chimiste franais, M. Lafert, aurait t arrt par
les autorits espagnoles de Matanzas-(Cuba), sous
l'accusation non dmontre d'avoir fourni aux in-
surgs cubains les ingredients ncessaires la fabri-
tion de la dynamite, et ce, malgr les dngations
formelles de notre compatriote?
Serait-il vrai que ces autorits auraient refus
M. Lafert le droit de produire des tmoins et de con-
fier sa defense un avocat?
Serait-il vrai galement que l'agent consulaire
franais, Matanzas, n'aurait adress aux autorits
aucune protestation et n'aurait fait aucune dmarche
en faveur de son compatriote?
Il serait bon qu'une prompted rponse intervnt.
'Oui, cher'confrre, mais....

,----- ...., ,-,.


MENSONGES OFFICIALS


Nous avons dj dit et nous le rpterons
jusqu' satit, afin que lespopulations les moins
.faciles mouvoir en soient informes que
;tous les rapports officials qui parviennent de
,Cuba ou qui se confectionnent Madrid, dans
,les bureaux des ministres, ne sont:autre chose
que des sottises doubles de mensonges, de ca-
lomnies et d'infamies contre les Cubains, contre
la vrit. Ils n'ont d'autre but que de maintenir
l'opinion publique dans la plus honteuse igno-
rance et de fabriquer un credit official capable
de faciliter l'emprunt qu'on se propose de rali-
ser en France.
Que nos lerleurs parcourent la collection de
La Rpublique Gub1aine, ils y trouveront,
maintes reprises, la dmonstration de men-
songes o/ficiels. Mais 's'ils ne ,eulentpas se don-
ner;cette pine. il leur suffira de .prendre garden
ea n veau fit que nous LneIii, l'jns aujpur-
d'hui, et tus t ceux que nous enregistrerq;s ,
l'ay.enir,.
;Un rapp.r't de l'inflnii, assassin Valeriano
Weyler dit que le vaillant chef cubain Antonio
Legn avait t tu par les intrpides Esp.i.Lii1.ls
Or, nous apprenons que Legn, la tte des
forces qu'il command dans la jurisdiction de
Sancti Spiritus, s'est avanc jusqu'aux portes de
cette ville et a invit les Espagnols en sortir
pour venir se mesurer avec les flibustiers et les
vambi. En presence du peu de succs de son in-
vitation, il alla promener le drapeau cubain
dans les champs oit les forces du gnral Gmez
venaient de dmontrer aux invincibles Gumez
et Godoy qu'il peut y avoir d'autres Gusimas
comme celle de Machado.
Qu'il continue donc dbiter des mensonges,
le gouvernement espagnol. Nous ne cesserons pas
de lui donner des dmentis.

-, -... ... -- *


LETTRE A WEYLER


Nous donnons ci-dessous la lettre suivante par
laquelle M. James Creelman, correspondent
Cuba des journaux The World, de New-York, et
La Estrella de Panama, a rpondu au sauvage
dcret d'expulsion rendu contre lui par le sinistre
boucher Weyler. Elle content de nouveaux d-
tails, rapports par un tmoin oculaire, et de na-
ture k difier nos lecteurs sur ce qui se passe
Cuba :

Excellence,
Je viens d'apprendre que votre rponse mes d-
pches au World, dans lesquelles j'ai dcrit en d-


L.


1 4


tail lc r.aissinils des Cubains pacifiques par les
tru-,p'es .. pagnoles dans cette le, n'est pas une en-
quite-,,in.:cre et rapide sur ces faits, mais un dcret
mrexpulsant de Cuba. Cette expulsion prouve que
vous connaissez la vrit et que vous ne vouilez pas
que le monde civilis puisse la connatre;telle prove
queles accusations-sont exactes.
'A huit miles de v,tre palais une journe tout
Ru plus sont rests, les bras attachs, .une cen-
.tainreide cadavres. 'Je vous ai donn :l.s norn';. I'ac.
-et leitmtier'de.la plupart d'entre .eux; vosregistres
nmmes prouvert que'lassassinat de ces malheur..u\
.individus:pacifiqtusifut airnonc' par'les effi.: er. es-
,pianolc come le rsultat d'un combat livr contre
':l'arIe de la Rpublique de Cuba. Les voisins et les
parents de ces victims sont l pour vous dire la fa-
on don't on les a fait sortir de leurs demeures ou
de leurs champs pour tre fusills par vos soldats, '
ct du chemin, sans accusation ni jugement pra-
lable.
Vous connaissez trop bien le fait que des employs
inoffensifs du docteur Delgado et de M. Pedro Ca-
sanova, tous deux citoyens amricains, ont t mas-
sacrs sans forme de jugement dans cette mme ju-
ridiction, par ordre des commandants espagnols. Il
existe dans votre palais des preuves jures de ce
crime, et aussi dans les archives des bureau du
Consulat gnral des Etats-Unis. Ces crimes contre
la civilisation et l'humanit sont commis-journelle-
ment, presque chaque heure, dans diffrentes par-
ties de l'ile, et ils sont aprs publis comme des vic-
toires militaires. Est-ce ainsi que vous comprenez la
guerre? Si c'est -ainsi, pourquoi voulez-vous emp-
cher que le monde sache comment vous obtenez vos
triomphes? Un soldat ne doit jamais avoir honte de
ses victoires.
La plus grande offense que j'aie faite comme cor-
respondant du World, c'est d'avoir refus d'accepter,
pour les publier, des fausses nouvelles donnes par
l'tat-major de l'arme espagnole Cuba, et.de ca-
cher les horreurs et les dfaites de ces mmes trou-
pes sur le champ de bataille. J'ai dit la vrit, vous
en avez conscience.
Cuba est irrmissiblement perdue pour l'Espagne,
mais il est pour vous inconvenant et humiliant d'ad-
mettre le vritable tat de la situation.
Acceptant votre dcret .qui est digne de vous, et
ne voulant pas me rendre votre palais au moment
de mon dpart, je profit de cette occasion pour
prendre cong de Votre Excellence.
James Creelman.




INFORMATION POLITIQUE


M. Jacques Saint-Cre, qui.pourrait difficile-
ment passer pour une autorit en matire d'-
thique, mais qui connat admirablement les des-
sous du journalism contemporain pauvre
journalism, jadis apostolat, aujourd'hui presque
toujours speculation! vient de publierdans
le dernier numro de La Revue Blanche, sous
ce titre L'information politique , un article
des plus intressants mditer. L'ancien rdac-
teur du Figaro commence ainsi:
Est-ce que le public, le bon et acheteur public, ne
va pas finir par voir quelle abominable farce est ce
qu'on est convenu d'appeler l'information poli-
tique , qui se distingue par deux choses: c'est
qu'elle n'est pas informe et qu'au lieu d'tre poli-
tique, elle est financire.
Et aprs avoir montr quel point la press en
gnral se joue de la crdulit du public, l'crivain
ajoute :
Mais qu'on cache, par example, la vrit sur la
situation des Espagnols Cuba, qu'on fasse des
Turcs tour tour des assassins ou des bons gen-
darmes, selon qu'on aime ou qu'on dteste les An-
glais, voil ce qui dpasse mon entendement!
Pour tout individu sachant lire des dpches, il
est vident que les Espagnols sont perdus Pour tout
individu sachant lire une carte et il faut esprer
qu'on apprend au moins cela aux lves de nos ly-
ces, tout au moins ceux qui se prparent aux
coles militaires il est vident que les deux tiers de
l'ile de Cuba sont aux mains des insurgs. Pour tout
individu sachant faire des additions et il est per-
mis de croire que nos financiers sont de cette force
il est vident que 160o,ooo hommes sont dj parties
d'Espagne pour Cuba; qu'il va encore en partir
65,ooo d'ici deux mois, que cela fera 225,000, que
c'est une affaire de 3 millions par jour et que l'Es-
pagne ne peut pas remplacer les pesetas ncessaires
par l'hroque orgueil qui fait l'admiration de tous.
Eh bien lisez les journaux, et si vous en trouvez
cinq, en Amrique et en Europe runies, qui disent la
situation vraie, j'irai le dire la Puerta del Sol o
il doit pourtant faire tide l'heure qu'il est.


Mais quand il n'y aura plus d'Espagnols dans
l'ile du Cuba et plus de Crtois dans l'ile de Crte,
ne sera-t-on pas oblig d'avouer que les Cubains
'sont victorieux et que les Turcs sont des massa-
creurs ? Je ne crois que l'on puisse ce moment
maquiller encore les faits, et quoi aura servi
toute la diplomatic ?


L'auteur des lignes ci-dessus-ne peut-tre sus-
pect d'opposition systmatique au gouvernement
espagnol ni de partialit en faveur deastGulains,
Ses apprciations ont do.nacune vatour touted ya --
ticulire.
I ert cerininqlue I'Epa.gi,' .i, eet hiver,, ten-
ter l'effort suprme, ;ldsepr. Coeune- Wapo-
don 'Waterloo;'elle .vaa ,fre dona is 1 .1 irl,.
:c'esti't-die 1. h uiii h nqu,: oe,..hil..'t, .dlle va.
s',itdrs'er aux g'.:g-, ciar-les fianciei~,sperson-
inllemiertt, queleii.s sympathies ipuissent-ils
:avoir pour.un gouveraiemenrt ilibli':hi. rchant
touffer umnmouvementpqpltiiire ir iirnent gure
rpl1 ,eri~Tmu millions fon'ds perdus.
Ils~sawent trop bien quoi s'en tenir, ces hom-
mes d'argent, sur la valeur des- informations.
fournies par les agencs officieuses.
Cosnw.

'-------~.j^,------

UNE "ERREUR

Dans notre dernier numrro, fiJy a eu une erreur

typographique regrttable dans-l'article :.Aurx
Elats-Unis.
Au lieu de : tisors. crr.a, lr,. i, il fi 1lll t: tnors,
crapuleux.




L'OPINION EN ESPAGNE


La Assemblea Federal, Madrid: -La press mo-
narchique a censur le place envoy au gouverneur
de Saragosse par les mres aragonaises. Cette mani-
festation est qualifie, par les uns, d'antipatriotique;
d'autres l'attribuent aux manouvnes des flibustiers,
qui seraient d'accord avec les rvolutionnaires.
Pypocrites Sous le covert de l'honneur-national,
ils veulent dissimuler l'iniquit de l'injustice de la
loi de replacement et de iecrutement de.l'arme
actuellement en vigueur.


Elles ont raison, les mres aragonaises Nous de-
vons tous partir pour Cuba ou personnel ne doit y
aller.
Tous ou personnel : Il n'est pas admissible que les.
mres pauvres pleurent en voyant partir leurs en-
fants, tandis que celles gui possdent 2,000 pesetas.
aient la possibility de soustraire les leurs la contri-
bution du sang.



La Repblica Social, Matar (Barcelone): Pro-
chainement 40,000 hommes de plus iront renforcer
l'arme de Cuba.
Et on announce que 60,000 autres devront se trou-
ver dans 'ile avant la fin de l'anne.
En presence d'une telle.,perspective, les mres ara-
gonaiees ont voulu faire une manifestation pour
protester contre ces nouveaux envois d'enfants la
boucherie.
Les autorits s'y sont opposes ; mais la manifes-
tation a eu lieu quand mme, dans la measure du.
possible, et la bourgeoisie qui pousse la guerre a
pu se rendre compete du dsir du people de la voir
finir.
L-dessus, les patriotards, les journalists dmo-
crates compris, ont pouss les hauts cris et bav
leur bave empoisonne sur les mres dsireuses de
soustraire leurs enfants aux dangers de la guerre.
On n'a pas dit, toutefois, si ces patriots passion-
ns avaient sollicit un poste dans l'arme expdi-
tionnaire.
Il est vrai que leur presence dans la pninsule est
ncessaire. Ne faut-il pas qu'ils dfendent les Com-
pagnies de chemine de fer, la Compagnie transatlan-
tique, la Compagnie des tabacs et autres corpora-
tions deshrites de la bourgeoisie!



El Corsario, La Corogne : Qu'un gouverneur
commette un attentat, le ministry de l'intrieur est l
pour le dfendre.
Si l'on relisait la collection des Diarios de sesiones
(Journal des dbats parlementaires), on y verrait que
les dnonciations faites par les dputs et les sna-
teurs suffiraient pour constituer une colonie pni-
tentiaire ou pour remplir un bagne d'ex-gouverneurs
seulement.


Aujourd'hui, l'Espagne lutte contre Cuba et elle
envoie dans cette belle colonie proltaires sur prol-
ltaires qui, s'ils savaient ce qui les attend au del
des mers, s'empresseraient de rtrograder atterrs.
L'aveuglement maudit de l'ignorance est l'unique
motif qui puisse faire consentir des milliers et des
milliers d'hommes partir tranquilles pour un pays
o la mort attend forcment l'individu n et accli-
mat dans un pays tempr.
Sous les rayons de ce soleil tropical, avec les mar-
ches forces exiges par la tactique militaire, de mau-
vais aliments et parfois pas d'aliments, quel homme
pourrait vivre? Qui donc ne tomberait pas extnu?






t3 A ruTr 1896.


LA RPUBLIQUE CUBAINE


Qulle hygine p.ourrait lutter contre les maladies
.auxquels-ces prils donnent naissance ? Enfin, com-
menrt ne comprendrions-nous pas pourquoi un 75
pour eent des hommes envoys l-bas sont morts
misrabtem'ent ?
Il nr'ya donc pas lieu de s'tonner que les mres
-de.ces victims cherchent, dans leur anxit, sau-
-ver leurs enfants. Et ces anxits deviennent plus
:grandes quand elles voient que seuls les pauvres
parent tandis que ceux qui peuvent payer 2,000 pc-
:setas se'prlassent ici et vitent d'aller exposer leur
vie.
.Rien de plus mouvant que les embarquements,
.o. les lamentations navrantes des parents, des frres
et des .amis. se. confondent avec. les accords d'une
march triomphale.; o le bourgeois hurle en furi-
bond : Vive l'Espagne tandis que l'ouvrier, les
bras jets au cou de ses. parents aims, verse des
'larmes amres, larmes du condamn mort, prala-
blement livr aux tortures et aux tourments de la
.guerre !
........ ............ .. . e .


La Vo, del Obrero, Le Ferrol :- Une fois de
plus, les feuilles bourgeoises de toutes l'es couleurs
politiques'mettent sur le tapis la question de savoir
.si l'on doit ou non implanter dans l'lle de Cuba les
rformes politiques et administrative afin d'enlever
toute influence ceux qui luttent, dans ces rgions
loignes, pour la conqute des liberts don't ils sont
privs.
. .. .... .... .. ... .. .. .. . ... . .. ... ... .
Et nous qui nous imaginions que le ministry de
la guerre, si encens par la press bourgeoise, tait
unique en son genre, quand il s'agissait d'organiser
'les services pour le bien de ceux qui vont Cuba
verser leur sang Voil qu'on nous announce que le-
dit ministry laisse ses soldats mourir de faim !
Bast Il doit se dire ; Il est. bien suffisant que je
me proccupe du sort des.officiers et que je fasse le
ncessaire pour que quelques ngociants sans cons-
dcience russissent gagner la forte some. Je per-
drais mon temps songer aux soldats. Qu'ils meu-
rent de faim; qu'est-ce que cela peut faire ? Les ou-
vriers auront toujours assez d'enfants !
Et, s'ils veulent viter ce petit dsagrment, qu'ils
patient pour se faire remplacer.
Si, en effect, l'amour de la patrie et le devoir de
.dfendre l'intgrit national competent pour beau-
coup, le fait de donner j,5oo pesetas compete encore
plus.
Et que celui qui ne possde pas cette some ne
se plaigne pas. Il n'a qu'un droit : aller l'abat-
toir.
Voici la Compagnie transatlantique: En suppo-
santqu'elle ait embarqu jusqu'ici 127,ooo soldats,
elle a encaiss vingt millions trois cent vingt mille
pesetas !
Ce qui quivaut dire: Les hommes d'Etat qui
nous gouvernent ont encaiss quelques millions ar-
rachs au malheureux travailleur et l'industriel
actif qui, tant honnte, s'est ruin.



*


VIVE CUBA LIBRE!


INous constatons de nouveau, avec une vive sa-
tisfaction, que nos efforts pour clairer l'opinion
en France sur la l,'gilimit de la cause cubaine
- malgr de puissants intrts financiers con-
traires continent porter leurs fruits.
C'est ainsi que M. Mirmanl, le trs sympathique
dput de la MIarne, vient d'crire, dans Le Petit
Provenal, un gnreux.,article don't nous repro-
duisons les principaux passages.


A measure que la lumire se fera, les homes
impartiaux et vraiment rpublicains viendront '
nous.

Pour la septime fois, depuis moins de quarante
ans, le people de Cuba a pris les armes et lutte h-
roquement contre ses oppresseurs. Terrass en i85o,
en i851, en 1855, en 1868, en 1879, il s'est dress, le
24 fvrier 1895, pour'un nouvel effort et depuis dix-
huit mois l'impitoyable guerre svit dans la Perle
des Antilles .
Ces chiffres dj sont loquents et suffiraient
forcer notre attention. Nous avons beau, en France, i
tre d'une invraisemblable ignorance en tout ce qui
touche la politique des autres pays, nous avons beau,
dans notre gosme national consequence assez
naturelle d'ailleurs de l'anne terrible dtourner
les yeux des preuves supportes par d'autres peu-
ples, cette conviction par les dates que j'ai rappe-
les s'impose nos esprits : Faut-il. que la do-
mination espagnole soit lourde, les abus monstrueux,
faut-il que cette population cubaine soit asservie,
ranonne, exploite, pour qu'ainsi, malgr les hor-
reurs des rpressions, malgr l'pouvante d'une
guerre quasi permanent, o l'on se fond, o l'argent
coule flots, elle se redresse aprs chaque chec, elle
se relve aprs chaque chute, plus assoiffe de libert
et de justice!
Et dj une sympathie instinctive se glisse en nos
mes pour ces indomptables soldats de l'indpen-


dance. Mais combien elle se prcise, devient plus-
forte, s'appuie sur de solides raisons de fait, lorsque
dtournant un instant. nos regards des agitations de
notre France, nous cherchons nous rendre compete
des causes essentielles de cette lutte terrible.

Cuba est un excellent fromage pour les rats espa-
gnols. Les fonctionnaires expdis de la pninsule y
touchent des appointments tropicaux; le gouver-
neur gnral reoit 250,ooo francs et en prend le
double, l'archevque de Santiago, l'vque de La Ha-
vane ont de large prbendes; toute place Cuba, si
modest qu'elle soit ou paraisse, est une source abon-
dante, de revenues. Aussi, c'est, en Espagne, pour les
conqurir, une lutte d'intrigues, une foire aux pots-s
de-vin, un marchandage auprs desquels nos Wil-
son et nos Reinach sont de petits saints. Tout em-
ploy arrivant Cuba possde en Espagne quelque
protecteur associ don't il paye les services.
Pour qu'un tel tat de choses pt subsister, il fal-
lait enlever aux Cubains tout moyen de se faire re-
prsenter dans les assembles lues, tout moyen
d'lever la voix trop haut. C'est ce qui eut lieu.
L'ile est dans un perptuel tat de sige; publi-
cistes qui dnoncent les exactions des fonctionnai-
res, travailleurs qui font grve, sont jugs sommai,
rem.ent, dports ou supprims.
La loi lectorale y est une mystification. Exemple :
le district de Gmines compete 13,ooo Cubains don't
5oo Espagnols, et sur les lists lectorales figurent
32 Cubains et 400 Espagnols !
Ecrass par un militarisme arrogant et cruel, par
une bureaucratic corrompue, par un mercantilisme
insatiable, sans nul moyer, de faire triompher pacifi-
quement les plus modestes et les plus justes des re-
vendications, ce petit people intelligent, ardent, fier,
a pris les armes. Il veut vivre, travailler, s'instruire,
fconder le sol riche de son ile, construire routes et
coles, assurer la libert des individus, se dbarrasser
des sangsues qui l'puisent. Abreuv d'humiliations,
il se dresse, rclamant' le respect de ses franchises
municipales et, avant tout, de sa dignit d'hommes.
Les citoyens de France saluent avec sympathie ces
nobles soldats d'une noble cause. Vive Cuba Libre!
L. Mir ,an.




LA SITUATION A CUBA


Pour ouvrir les yeux aux capitalistes franais,
nous reproduisons quelques passages de la cor-
respondance donne le 8 aot par le journal Le
Soir, correspondence qui confir'me d'ailleurs en
tous points les renseignements dj donns par
nous :

Depuis deux mois, la Rvolution n'a fait que ga- ~
gner du terrain; la saison ces pluies a. copmenc
avec une violence extreme, et il y a actuellement
plus de quinze mille soldats malades dans l'ile.
Presque tous les cas de fivre jaune, dyssenterie et
typhus sont mortels; beaucoup ce blesss meurent
du ttanos; hier, on a enterr deux aides de camp
du gnral Arolas, chef de la fameuse Trocha (ligne


fortifie, leve de Mariel Majana, dans la parties la
plus resserre de l'ile) ; cette Trocha est aujourd'hui
sous l'eau : c'est un foyer d'infection et de palu-
disme.

La situation des Espagnols est rellement terrible;
en ralit, l'Espagne ne possde plus dans l'ile que
les villes importantes.

Le gouvernement espagnol a comprise que tout
Cuba favorite la Rvolution, que tel paysan: l'as-
pect tranquille est un dlgu charge de mener des
bceufs ou des provisions tel ou tel campement in-
surg;, aussi la guerre a-t-elle pris a.ujourd'hu.i un.
caractre effroyable. Sur un simple soupon, les
troupes fusillent les malheureux guajiros (paysans).
Vous ne pouvez vous faire une ide des passe-
droits, des injustices, des rapines et des vols commis
ici. Tous les emplois, occups par des Espagnols,
les Cubains, repousss de partout les impts,
normes; vingt-sept piastres par habitant! L'ile.
l'tat sauvage, en ralit, dans l'intrieur : pas de
points, pas de routes, peine quelques lignes de
chemins de fer, pas de canaux, rien, rien, rien!
Une nue d'employs famliques, parents de tel
ou tel dput, exploitant le pays sans vergogne; une
administration honte; des droits de douane telle-
ment considrables sur les marchandises trangres
que, par example, l'a farine des Etats-Unis va d'abord
en contrebande B'arcelone, et revient ensuite ici
sous pavilion espagnol pour ne pas payer les droits !


Enfin, pour me rsumer, voici ce que disent tous
les Cubains: Ou la libert ou la mort !


La vie devient de plus en plus chre, et dans deux
ou trois mois je ne sais de quoi l'on vivra.
Bien entendu, il n'y a pas penser la rcolte de
l'anne prochaine: pas un champ de canne ou de
tabac n'a t plant: si donc, cette anne, la misre
a t grande, malgr les 2oo,ooo tonnes de sucr
qu'on a pu faire au lieu d'un million comme les au-
tres annes que sera-ce l'anne prochaine ?
En attendant, deux ou trois fois par semaine, des
vaisseaux extrmement rapides et bien construits
passent sous le nez des canonnires espagnoles, et
dbarquent hommes, munitions, armes, dynamite,
provisions.


LES FINANCES ESPAGNOLES

La Bourse Pour Tous:
Le gouvernement rencontre de telles di-fcults
parlementaires, au sujet de ses ::.ii'-b; aii.:. i finan-
cires, qu'on lui prte l'intention de tout ajourner
au mois d'octpkre en renvoyant la Chambre. Ce ne
serait pas une solution.
On affirme, en Angleterre, que les sommes qui
pourraient tre avances au Trsor espagnol, en
change de la prolongation de la concession des
mines de mercury, sont dvores d'avance, et qu'il ne
rsulterait de cet expdient que des embarras nou-


FEUILLETON
de La Republiqie Cubaine


DBUT DE LA REVOLUTION



(1868)




SL'on tait au 7 octobre 1868. Dans l'exploita-
tion Rosario, proprit de Jaime Santisteban,
Carlos Manuel de Cspedes eut une entrevue avec
tous ceux qui travaillaient pour l'indpendance
de notre chre Cuba, afin de dlibrer sur l'atti-
tude prendre, tant donn que le gouverne-
ment espagnol tait au courant des travaux qui
s'effectuaient, et qu'il ne devait pas tarder h
prendre des measures,
Minuit sonnait quand, sous la garden de gens
arms, la sance fut ouverte. Carlos Manuel de
Cspedes fut nomm president, et Bartolom
Mas et Jaime Santisteban, assesseurs. Ce der-
nier fit function de secrtaire. Aprs une discus-
sion gnrale, il fut dcid de rendre immdiate-
ment public l'acte de l'Indpendance de Cuba,
lequel fut sign par tous les assistants. La sance
leve, nous nous retirmes en attendant les ordres
du suprieur hirarchique.
Le 8, six heures du matin, l'ordre fut-donn


d'effectuer le movement; mais, a 8 heures, nous
remes contre-ordre.
Le 9, six heures du martin, Augustin Valc-
rino fit, annoncer que le movement ne pouvait
pas se faire attendre, car l'ordre de nous mettre
en tat d'arrestation, donn par le gnral Ler-
sundi, avait t envoy au gouverneur de Baya-
mio, M. Udaeta. Mais le tlgraphiste, Ismael
Cspedes, ayant d'expdier le tlgramme au
gouverneur, le fit parvenir sans retard, par un
express, Carlos Manuel de Cspedes. Tel fut le
motif pour lequel l'ordre fut donn le 9 d'effec-
tuer le movement, et aussitt tous les conjurs
partirent pour l'usine de sucre La Demajagua,
proprit de Carlos Manuel et lieu de runion.
Juin Fernindcez Ruz et l'auteur de ces lignes
crurent convenable de pousser le cri d'indpen-
dance dans quelques bourgades situes une
lieue de Manzanillo. Ainsi fimes-nous en nous
dirigeant vers Bayamo. Pendant notre march,
quelques hommes s'unirent nous, et les armes
qui se trouvaient dans les tablissements com-
merciaux de Manuel Calvo, Antonio Rincn et
Diego Perera furent recueillies.
A 2 heures de l'aprs-midi, un express de
Cspedes vint nous fair savoir que nous devions
oprer notre concentration La Denmajaglua.
Nous nous dirigemes donc immdiatement vers
ce point, o nous arrivmes h sept heures et
demie du soir.
Aprs avoir pass la nuit La Deimajagua, a


trois heures du martin nous nous formmes en
colonne pour nous mettre en march. Nous n'ac-
ceptmes, Fern'indcz Rluz et moi, qu'un poste
de porle-tendart. Nous tions arrivs a l'usiune
de sucre San Francisco, proprit de Jos
Ramirez Oro, quand le jour part. De li, la
colonne se dirigea sur Pa/mars Allas, f(rme
situe dans les environs de Manzanillo et de
Yara, sur la route royale. Elle y arrival midi.
On fit halte et Cspedes proclama l'affranchis-
sement des esclaves.

A quatre heures de l'aprs-midi, aprs avoir
mang, la colonne se reform et, au moment o
elle se mettait en march sur le chemin de Man-
zanillo, une avant-garde ennemie se prsenta.
Des claireurs de notre colonne allrent de l'a-
vant, en reconnaissance; mais, aprs quelques
coups de feu changs, l'ennemi prit la fuite. Le
jeune Angel Arias y Berdecia fut notre seul
bless. Il avait recu une balle dans le bras droit.
Ce fut le premier sang vers pour la Rvolution.
L'armement de notre colonne improvise se
composait de 45 escopettes, 6 trabucos et quel-
ques machetes. Ainsi arms, nous poursuivimes
notre march et, sept heures et demie du soir,
nous fimes notre entre dans le village de Yara.
L, l'ennemi ouvrit le feu sur les ntres qui se
dispersrent. Nous tions ainsi mis en droute au
premier pas que nous faisions pour rompre les
chaines de l'esclavage.

Nous restmes douze sur les lieux du combat,


avec Cspedes. Le drapeau tait en mon pouvoir;
mais il parait que quelqu'un s'cria: Tout est
perdu 1 Cspedes lui rpondit aussitt: Nous
sommes encore dQoze. Cela suffit,;pQur :'.p.Ji',:
Cuba indpendante. (Paroles teltuelles).
Ainsi rduits, nous nous mimes en marche et
nous arrivmes le 11 au matin la bourgade de
Jibacoa, o les fuyards vinrent n':,o\s !ijtinilr'.
Le mme jour, 8 heures du matin, Luis Mar-
cano, avec 300 homes, s'unit h nous, et ainsi
commena la premiere organisation de notre
nou.velle arme.
I)e ce group qui entra Yara, il ne reste plus
que quatre (1) survivants. Les autres sont morts
en homes de coeur sur les champs de bataille
et couverts de gloire pour la sainte cause d.e ,a
patrie.
Le 10 octobre restera pour nous une date
inoubliable. C( jour-l, fut proclame l'indpen-
dance d la patrie avec la Rvolution ; le premier
sang des ntres fut vers et l'on emprisonna
notre premier prisonnier politique, Manuel Iza-
guirre, au moment o il prenait livraison, sur le
mle de Manzanillo, d'un chargement d'ariies
qui avait t command pralablement pour la
Revolution et que l'ennemi dcouvrit quand on le
dbarquait.
An1gel/ aesl'o.

(1) Millihiicureusuieti, inous td os aijoutter aUujkr l'hlui
ce grou pe l do r0orts illustrt s, le nuin I le I';i ilteur lde ce'
reit, le vaillant gndcrnl Aingl lmi;esire!', n ori, l eit 3J1xi'o
au dbut du muouveiment ntua;itl. -- .\. di: lu i .


i i i
< ~ '





LA RPUBLIQUE CURAINE


13 AOUT 1896


veaux avec une augmentation de charges corres-
pondant un abandon de resources.
De Cuba, les nouvelles pessimistes d'origine am-
ricaine contrebalancent, cette semaine, les nouvelles
optimistes d'origine officielle.
Le gouvernement s'apprte expdier Cuba de
nouvelles troupes, qui, d'ici la fin de l'anne, por-
teront l'effectif 23o,ooo hommes, sauf les vides
que front les maladies et les balles cubaines.
La guerre, qui exige maintenant quinze cent mille'
picettes par jour, en exigera, avec les 230,ooo sol-
dats, 2,5oo,ooo, soit plus de goo nilli.:oni par an! On
aura beau inscrire ces dpenses en dehors du budget'.
ordinaire espagnol, il n'en faudra pas moins y faire
face et tous les jeux, d'criture du monde ne les.
front pas diminuer d'un maravdi.
......... ....... .... . ... .. ... ** . . ...

Journal du Crdit Public:
Les Espagnols ont beau anantir les insurgs cu-
bains dans toutes les rencontres, il n'en est pas
moins ncessaire d'envoyer de nouvelles troupes
La Havane, et les caisses du trsor sont videos. Il
faut donc encore battre monnaie et tenter l'aven-
ture d'un emprunt, bien que la confiance des capi-
taux tiangers commence se dcourager.
On sait que M. Castellano, ministry des colonies,
avait demand aux Corts espagnoles de l'autoriser
d'une faon gnrale emprunter tout ce qui serait
ncessaire pour les dpenses de l'expdition cubaine,
et se servir de toutes les recettes de la nation espa-
gnole pour assurer le succs de ses. operations de
credit.
D'assez nombreuses objections s'tant produites,
le ministry des colonies consentit modifier son
project primitif. Ce project modifi a t vot l'una-
nimit et sans discussion par la Chambre. -
......................... ......... ........
En vertu de cette autorisation, on announce que le
ministry des colonies fera, d'aot novembre, des
operations de credit pour une some qui ne d-
passera pas cinq cents millions de picettes.
Le syndicate qui dirigera. ces operations fera de
suprmes efforts pour reliever et soutenir la cote des
fonds espagnols et cubains. Les capitalistes aviss
seront peut-tre ceux qui profiteront de cette occa-
sion pour sortir d'un placement condamn une
dprciation fatale, qui serait mme dj consomme
si la logique contribuait seule tablir la cote de la
Bourse.


DERNIERES NOUVELLES


Vingt-six volontaires qui taient venus du
Mexico sont passs du ct des Cubains, dans la
province de Santa Clara.
Le colonel Pico est mort de la fivre jaune.
Les hpitaux militaires de l'ile ont reu 8,088
malades pendant le mois de juin dernier. Sur ce
nombre, 1,300 taient atteints de la fivre jaune,
140 de dyssenterie et le reste comprenait des
blesss, des varioleux, etc., etc. Pendant les dix
derniers jours de juin, il y a eu 236 dcs sur
lesquels 177 causs par la fivre jaune. Cette ma-
ladie s'est extraordinairement dveloppe pen-
dant la premiere quinzaine de juillet. Actuelle-
ment, la mortality parmi les troupes espagnoles
augmente d'une faon vritablement alarmante.
En plus de la fivre jaune, de la variole et de la
dyssenterie, le cholra morbus vient de faire
son apparition; plusieurs cas ont dj t signa-
ls dans les hpitaux. Les autorits font tout
leur possible pour cacher ce nouveau flau ; elles
ne communiquent plus la press le bulletin
journalier des dcs dans les h6pitaux.
Le vapeur Montevideo, venant d'Espagne,
a dbarqu des religieuses et 33 surs de charit
destines l'hpital de Matanzas. Cet hpital est
tellement rempli de blesss et de malades, qu'on
a t oblig d'installer des ambulances dans des
maisons particulires.
Les Cubains emploient frquemment la dy-
namite pour dtruire les lignes de chemins de fer
et les trains, dans le but d'empcher les mouve-
ments des colonnes espagnoles. On dit que le g-
nral Mximo Gmez a fait savoir, aux non com-
battants, qu'il tait dangereux de voyager en
chemin de fer. Les gardes civiles qui escortent
les trains ont l'habitude de faire feu par les por-
tires sur les paysans qu'ils rencontrent de
chaque c6t de la voie.
La Discusidn a t condamne 125
d'amende pour avoir public un supplement an-
nonant qu'un train avait t dtruit dimanche
dernier prs de Matanzas. Les rapports officials
fournis par les bureaux du Capitaine-Gnral et
approuvs par la censure ne peuvent mme pas
tre publis par les journaux.
Un des principaux commerants de La Ha-
vane a refuse de payer les contributions dcr-
tes rcemment et a rsolu de former son tablis-
sement. Plus de 400 commerants ont t saisis
parce qu'ils ont refus de payer les contribu-
tions. Leurs tablissements sont ferms et leurs
families sont plonges dans le plus profound d-
nment.
Chaque jour, on constate des dfections
dans l'arme espagnole.
Une' dpche de La Iavane announce que
Mximo Gmez est en march, la tte de ren-
forts considrables, dans la province de Santa-
Clara.
Des abus nombreux ont t commis Ma-
drid, dans le recrutement des volontaires destins


i Cuba; ils ont t dnoncs avec indignation par
la press. Ces protestations, et peut-ctre aussi ;la.
manifestation des femmes de Saragosse. ,oiil I, -
termin le ministry de la sguerfa3 fire .'xainiiiim
avant leur' emnbarlii'.-ni lei- :,;: hommes qui
viennent-'d'arriver Cadix.-.On a eu d'tranges
surprises : Il s'est trouv, parmi ces soi-disant
volontaires, -iies adolescents, presque des en-
fants, arrachs h leur mre par les recruteurs.
Non seulement on a d renvoyer dans leurs
foyeis de nombreux volontaires Ags de seize ansI
a peine, mais l'enqute a fait loigner, en outre,.
plus de 60 hommes dpassant la cinquantaine et'
mime la soixantaine. .Beaucoup ont t cong-
dis. aussi comme infirmes ou malades, reconnus
impropres au service. Les agents recruteurs se-
ront probablement poursuivis. Il parait que des
gens peu scrupuleux, agissant d'ailleurs de con-
nivence avec certain agents de administration,
auraient profit des circonstances pour raliser
de gros bnfices au prejudice de ces malheu-
reux. Les engagements pour le corps des volon-
taires se faisaient dans les cabarets. L on ad-
mettait les individus qui dsiraient aller Cuba
sans exiger d'eux les documents qu'ils auraient
lgalement d produire. L'agent recruteur s'en-
gageait les leur procurer gratuitement. Dans
les mmes cabarets, on faisait boire les impru-
dents qu'on avait, au moyen de trompeuses pro-
messes, attirs Madrid. Puis, quand ils taient
ivres, on leur faisait signer tous les papers qui
constataient leur engagement et mme des docu-
ments en blanc. Les dtails qu'on cite ce sujet
montrent que l'administration publique est par-
fois bien mal compose et que des abus s'y com-
mettent avec la plus grande facility. Un journal
qui demandait l'enqute a dclar que le recrute-
ment volontaire a dj cot des sommes impor-
tantes sans aucun rsultat, ni aucun advantage
pratique. Il parait, en effet, que le gnral Wey-
ler aurait dit bien clairement que, si l'on conti-
nuait d'envoyer a Cuba des individus lgs come
recrues, il ne pouvait rpondre de l'tat sanitaire
de l'arme et qu'il lui faudrait augmenter le
nombre des hpitaux.
Les vnements de Valence sont trs com-
ments, quoique les deux bandes organises aux
environs de la ville ne se soient livres pendant
la nuit dernire aucune manifestation sdi-
tieuse. Les nouvelles sont contradictoires. Une
bande rvolutionnaire aurait t disperse; mais
plusieurs autres bandes ont t vues aux envi-
rons de Torrente. Jusqu' present, on a opr
quatorze arrestations.
De nouvelles arrestations ont t faites
Valence parmi- les rpublicains. Quelques jour-
naux blment les autorits de n'avoir pas su d-
couvrir cette conspiration dans une ville aussi
important que Valence. On sait qu' la tte du
movement se trouve un lieutenant-colonel en
retraite; ce movement coincide avec l'article
d'un journal rpublicain de Madrid, El Pais, le-
quel, l'occasion de l'anniversaire du pronuncia-
miento de'Badajoz, dit :
Nous avons abandonn la lutte lgale parce
qu'il ne nous reste que la lutte avec les armes.
Le mot rpublicain quivaut celui de r-
volutionnaire ; il faut marcher sans excitation
ni faiblesse ; une droute honnte est prfrable
une inaction criminelle.
Les maux de l'Espagne sont si grands qu'ils
exigent un prompt remde. Il faut lutter n'im-
porte comment. Si l'on ne peut tirer des coups de
fusil, il faut letter coups de pierres, aux cris
de : Vive la Rpublique l Ce cri est le sym-
bole de tout ce qui reste de viable et honnte en
Espagne.
Si quelques-uns de nos coreligionnaires s'op-
posent l'action, nous les dclarerons traitres
la Rpublique et la Patrie, et nous passerons
par-dessus eux.
Ce journal sera poursuivi par les tribunaux.
On signal des dsordres Ribadavia, la
suite de la question de l'octroi. Des groups de
manifestants ont parcouru la ville. En presence
de leur attitude hostile, les magasins se sont fer-
ms rapidement. On craint de plus grands d-
sordres, si l'octroi est mis en fermage.
Sur l'ordre du prfet, la gendarmerie a ar-
rt, Bunol, un certain nombre de manifes-
tants qui tentaient, comme Saragosse, d'emp-
cher les soldats de partir pour Cuba.
L'agitation est trs vive dans toute l'Espa-
gne; de graves dsordres sont craindre.
Les paiements les plus urgents du Trsor
de Cuba sont en retard de six mois; pensions et
retraites, fournitures de guerre, soldes des mili-
taires et employs civils. Le budget ordinaire
n'est pas suffisant et il est indispensable de crer
un budget extraordinaire.
Le vapeur Laurada est parti rcemment
du port de Philadelphie. Selon les papers du
bord, le navire devait se rendre dans les ports
de la cte des Etats-Unis. Mais en mer, il a t
accost par un remorqueur et on croit qu'il se di-
rige maintenant sur Cuba avec des munitions de
guerre.
On a appris avec beaucoup de colre, dans
le monde madrilne, qu'un Franais, M. Leblanc,
ex-lieutenant de vaisseau, chevalier de la Lgion
d'honneur et quatre fois mdaill pour actions
de guerre, parti de Paris il y a peu de jours,
vient d'tre nomm commandant d'un des na-
vires composant la flottille flibustire.
Pendant que les banquiers juifs se prparent
gagner une grosse commission sur l'emprunt
espagnol de 500,000 millions, les Franais, qui
r n'ont pas une sacoche ; la place du cour, mani-
festent leurs sympathies aux braves de Cuba !
Dans l'affaire des mines de mercure d'Almadn,
le contract impos M. C~inovas par lesRothschild
garantit ces banquiers un bnfice de 36 mil-
lions de francs. Par ce fait, on pourra juger
des agiotages auxquels va donner lieu l'em-
prunt.
Le ministre de la guerre vient de pu-
blier une brochure numrant les forces et le
matriel de guerre envoys par l'Espagne Cu-
ba, du 8 mars '1895 au '10 avril 1896. Quoique
cette numration soit fort au-dessous de la v-


rit, elle ne laisse pas d'tre considerable, comme
oi penut cn juger par les chiffres suivants
G(inroux, -10; chefs, 562; capitaines et lieute-
nants, 4.768; sous-lieutenants, 3,396; caporaux
et soldats, 112,560; total : 121,326 homes.
Voici maintenant les chiffres de l'armement :
Canons, 143; fusils 150,117; baonnettes, 5,000;
paquets de mitraille, 23,124; cartouches, 61 mil-
lions 878,368 kilogrammes de poudre, 72,326.
On affirme que des proclamations sembla-
bles celles de Saragosse sont arrives Burgos
et ont t distribues aux soldats. Ces proclama-
tions, qui engagentles troupes a ne pas se battre,
n'ont d'ailleurs produit aucun rsultat.



LA PRESS FRANAISE
Et la Guerre de Cuba

La Correspondence Dmocratique : Un de nos
confrres parisiens vient d'interviewer le gnral
Azcrraga, ministry de la guerre de la reine Chris-
tine. Ce ministry espagnol, parlant de la guerre de
Cuba, a fait preuve d'un optimism sans bornes.
La champagne, a-t-il dit en substance, suit son
course natural. Si les quarante mille hommes qui
iront sous peu grossir l'arme expditionnaire ne
suffisent pas, vingt mille autres, ou plus encore,
s'embarqueront en novembre. La guerre de Cuba
finira donc plus promptement qu'on ne pense.
Voil qui est bientt dit. Il s'agit seulement de sa-
voir si les faits justifient tant de confiance.
Or, ce point de vue, nul doute possible.
Non seulement, en effet, les vnements qui se
droulent Cuba et dans la Pninsule montrent
que la guerre cubaine n'est pas prt de finir, mais
ils indiquent encore que la situation des Espagnols,
dans la Grande Antille, est peu prs dsespre et
que les rpublicains cubains finiront par l'emporter.
Il est facile d'affirmer, comme le fait le gnral
Azcrraga, que 70,000 soldats et plus partiront pour
Cuba si le besoin s'en fait sentir. Mais a-t-on Ma-
drid la certitude de pouvoir runir une arme aussi
considerable ? Le gouvernement espagnol croit-il
qu'il lui sera toujours possible de demander au pays
de nouveaux sacrifices? Ce qu'il y a de certain,
c'est que la guerre cubaine devient de plus en plus
impopulaire de l'autre ct des Pyrnes. La mani-
festation des mres aragonaises protestant contre le
dpart de leurs enfants, les tentatives de rvolte
dans les casernes des hommes rcemment incorpo-
rs, le commencement d'insurrection dans la pro-
vince de Valence, la resolution prise par tous les
ouvriers de Bilbao de ne plus participer aux sous-
criptions organises pour subvenir aux frais d'enro-
lement et d'entretien des volontaires, bien d'autres
faits gnralement ignors en France, mais signals
tous les jours par la press indpendante de la P-
ninsule, prouvent que l'opinion espagnole devient
de plus en plus hostile la continuation de la
guerre. Pour peu que cela dure, le gouvernement
de la reine Christine ne trouvera plus lo,ooo hom-
mes envoyer de l'autre ct de l'Ocan.
Mais, mme en supposant qu'il en trouve 70,000
et plus, et qu'il russisse payer la Compagnie
Transatlantique les frais de leur voyage jusqu'
Cuba, comment les entrediendra-t-il l-bas? O
prendra-t-il l'argent ncessaire pour les nourrir, les
habiller, les armer ? Dj les soldats espagnols qui
se trouvent dans la Grande Antille manquent du
strict ncessaire. Depuis plusieurs mois, ils n'ont
pas reu un centime de leur solde et on les laisse
littralement mourir de faim. Nous savons bien que
le gouvernement espagnol compete sur l'argent de
nos rentiers, mais est-il bien assur de ne pas comp-
ter sans son hte ?...
Si nous ajoutons cela que les rpublicains
cubains, combattant pour leur indpendance, ac-
quirent tous les jours de nouvelles forces et in-
fligent aux troupes du gnral Weyler dfaites sur
dfaites; si nous faisons remarquer, enfin, que les
soldats espagnols ont lutter Cuba beaucoup plus
contre la fivre jaune que contre les insurgs, on ne
manquera pas de trouver excessif l'optimisme du
gouvernement de Madrid.
La vrit est que l'Espagne va tre bientt oblige
de mettre les pouces et de proposer aux Cubains un
arrangement. Le malheur pour nos voisins est que
cette proposition arrivera trop tard.
Les Cubains ont got de la Rpublique, ils ne
consentiront plus revenir la Monarchie.
L. C.

Le Voltaire : Aussi bien, ce phnomne, est-il
ais de le constater aux vains efforts que tente le g-
nral Weyler pour joindre les bandes insurges et les
craser. Ces bandes, commandes par des chefs infa-
tigables, audacieux et habiles, restent insaisissables.
Contre elles, on forme des colonnes volantes, mar-
chant d'aprs un plan minutieusement tudi; on les
traque, on les accule sur un point de l'ile, on les v
cerne de toutes parts, dans un cercle de posters et de
travaux de fortification passagre, et quand, croyant
enfin les bien tenir, on dcide le supreme effort sous
lequel elles doivent tre ananties, on ne trouve plus
personnel : elles se sont vanouies comme des om-
bres. C'est que les insurgs, servis par une admirable
connaissance du pays, par les sympathies que par-
tout ils rencontrent, pratiquent merveilleusement la
tactique des gurillas, qui consist n'offrir le com-
bat que quand le succs est assur et ne l'accepter


que quand il leur convient. C'est dire que l'Espagne
est de plus en plus en fcheuse posture dans la Perle
des Antilles, o un gouffre semble bant et inson-
dable pour ses malheureux soldats et ses miion-.' iH-
est fcheux que le gouvernement ibrique he com-
prenne pas que la conservation si problmatique de
Cuba devient pour lui une source de ruine, attendant
les plus graves conflicts qui ne manqueront pas de*
surgir, trs dangereux, quand le nouveau president
des Etats-Unis aura t lu.

Le Journal: L'heure, Madrid, ne devrait pas
tre aux rcriminations. Il faut qu'avant le printemps
on en ait absolument fini avec Cuba, soit qu'on: trite
avec l'insu'rrection, soit qu'on l'ctase.
Nous nous entendrons aprs la victoire , disent
nos voisins. Nous aurions prfr, dans leur intrt,
les voir traiter avant. Il y a plus de magnanimit
reconnatre ses torts et les rparer de son propre
movement qu' chercher en imposer par la force,'
pour la gloriole de ne paraitre point avoir eu la main
force. Nous n'avons cess de le redire depuis e-
commencement de l'insurrection, et nous avons
conscience d'tre parmi les amis les plus dsintres-
ss de l'Espagne.
Temps et peine perdus, paroles tombant dans le
dsert. Personne ne veut entendre parler de modra-
tion et de justice. Il faut que le canon tonne, que
Cuba s'ensanglante et se ruine. On verra plus tard.
Ce sera peut-tre trop tard, si les solutions sont
longtemps encore retardes. Tant que M. Cleveland
est president des Etats-Unis, son sang-froid et sa
moderation permettentde sortir des difficults cres
par l'immixtion des Amricains dans les affaires cu-
baines. Mais M. Cleveland remplac par un des
hommes qui aujourd'hui font champagne pour d-
crocher la timbale prsidentielle, qu'adviendrait-il si
l'Espagne n'avait pas trouv le moyen de rgler la
question cubaine de faon ne plus donner le
moindre prtexte l'intervention des Etats-Unis?

L'Echo de Paris: M. Canovas a fort faire
avec l'opposition librale qui lui contest ses combi-
naisons financires, pour se procurer des vaisseaux
et pour tenter un effort supreme Cuba. Il est vrai
que l'Espagne se ruine dans une politique qui pour-
ra l'amener la perte de ses dernires colonies.
M. Cinovas dit qu'il jettera sa dmission la tte
d'une opposition imprvoyante. Quel est le plus
imprvoyant des deux ?
L'Espagne a dj envoy Cuba cent trente mille
hommes. On ne sait combien sont morts dans les
combats et par les maladies. Il s'agit d'en envoyer
encore soixante mille, en deux groups, aux mois
de septembre et de novembre. Les femmes de Sarra-
gosse se soulevaient hier : on leur a pris assez de
leurs fils, elles ne veulent plus donner ceux qui res-
tent, et que les riches, qui s'exemptent pour i,5oo
pesetas, parent comme les pauvres!
Il faut Cuba des garnisons dans tous les ports
de la cte, dans toutes les villes, dans tous les vil-
lages ; il en faut pour garder la fameuse ligne Tro-
cha de Mariel-Artemisa. Cette ligne a t construite
afin d'enfermer, dans la province de Pinar-del-Rio,
Maceo et ses bandes, et de les sparer des autres co-
lonnes insurges, qui sillonnent les provinces de La
Havane, de Matanzas, de Santa-Clara, Puerto-Prin-
cipe, Santiago. La ligne Trocha est sans cesse tra-
verse et retraverse. Chaque jour, on se tue, et on
pille, et on incendie. Voil deux ans que cette hor-
reur se prolonge.
M. Canovas veut en finir, cote que cote, avant
le 4 mars prochain ; c'est cette date que le prsi-
dent Cleveland doit quitter la Maison-Blanche. Il
pourrait tre remplac par un Prsident, soit M.Mac
Kinlev, soit M. Bryan, qui aurait moins que lui le
respect de l'abstention. Encore sept mois de car-
nage : ce prix, le point d'honneur sera-t-il satis-
fait? Le gnie chevaleresque de Castille aura-t-il son
compete? On en doute.
Combien l'enttement, dcor d'attribus glorieux,
le parti pris systmatique, le prjug farouche, le
snobisme parlementaire, l'empirisme official touf-
fent la vraie vrit humaine et la vraie politique vi-
vante, on ne le dira jamais assez !

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BIBLIOGRAPHIE

La Question Cubaine et le Conflit Hispano-
Amricain. Paris. I896. Un volume in-8"
de plus de 120 pages, public par M. V. Mestre Ama-
bile, chevalier de la Lgion d'honneur, ancien offi-
. cier de marine et fondateur de la Ligue Franco-
Amricaine.
L'auteur, Cubain de naissance, reproduit non seu-
lement la Confrence faite par lui, le 5 juin dernier,
l'htel des Socits Savantes, mais l'a complt
par une srie de documents et de documents officials,
par un rsum gographique et historique de l'Ile,
et par une carte de Cuba, dresse par lui au course
de diverse expditions dans l'lle.
Cet intressant ouvrage content les portraits de
Marti, gnraux Maximo G6mez et Maceo, marquis
de Santa Lucia, Estrada Palma, Enrique Jos Varo-
na et Pi y Margall.
Nota. Aux auteurs et diteurs nous donnerons,
sous notre titre Bibliographie, l'analyse de tous les
ouvrages don't on nous aura adress, franco de port,
deux exemplaires.

L'Administrateur-Grant: FOURREAU.

TPROYES. Imprimerie G. ARBOUIN, rue Thiers, 126"


_ I ~




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Last updated October 10, 2010 - - mvs