Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: August 6, 1896
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00030
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
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Patrie et Libert


RDACTION & ADMINISTRATION PRIX DE L'ABONNEMENT (EN FRANCE)
20, Rue Saint-Vincent-de-Paul re Anne PARIS 6 Aot I896 N 9 N. .,.a..-.. i. r.
2re Anne Pfl IT 6 AO Q I Une anne, payable davance... 20 fr. 22 fr.
-n ne PARIS 6AOUL I1896 j 29 Un semestre, id. idi. ... Il fr. 11.50
ADRESSE TLtGRAPHIQUE: : -AL-Lcc.- Un trimestre, ild. id. ... 6 fr. 6.50
AADE L'ETRANGER
T:LPr.E- aa PA.RAIT TOUS LES JEUDIS Une anne, payabled'avance............ 25 fr.
LsUn semestre, Id. id. ............ 13 fr.
Les manuscrits ne sont *jas rendus UN NUMEIRO....... O fr. 25


AUX CUBAINS
ET AUX PORTORICAINS

Constitution de la Rpublique de Cuba
ART. 19. Tous les Cubains sont obligs de
servir, la Rvolution de leur personnel ou de leurs
biens, suivant leurs aptitudes.
Bases du Parti Rvolutionnaire Cubain
ART. 8. Le Parti Rvolutionnaire Cubain se
propose rsolument :
I. D'unir, dans un effort commun et persv-
rant, l'action de tous les Cubains rsidant
l'tranger.

IV. De runir des fonds d'action pour la rali-
sation de son programme et d'employer constam-
ment de grandes resources pour la guerre.

Le Dlgu plnipotentiaire de la Rpublique
Cubaine New-York rappelle aux Cubains rsi-
dant ou se trouvant accidentellement h l'tranger,
qu'ils doivent tous, absolument tous, continue
aider rgulirement de leur argent la Dlgation,
pour l'envoi des armes et des munitions desti-
nes leurs frres, qui luttent et qui versent leur
sang pour la patrie sur les champs de bataille.
Ces. articles imposent aux Portoricains les
mmes devoirs qu'aux Cubains.
SLes cotisations, en Europe, sont.reues h Pa-
ris, chez le Dlgu, M. le Dr R.-E. Btances,
6 bis, rue de Chteaudun.

------**Ii L--------

LE DR. BTANCES


Bien que l'incomparable modestie et l'excessive
bont qui caractrisent un si haut degr notre res-
pectable ami, le D' Btancs, aient tent le plus pos-
- sible de s'opposer ce que nous nous occupions de
sa personnalit, si ridiculement mise en cause par les
journaux espagnols, nous avons estim notre
'grand regret et au risque de blesser un peu sa dli-
.catesse qu'il tait absolument indispensable de ne
pas laisser passer, sans les reliever, les grotesques
attaques par lesquelles le dpit d'une certain cat-
gorie d'Espagnols a essay vainement de porter at-
teinte l'individualit sans tache, au point de vue
public come au point de vue priv, du Dlgu du
Parti Rvolutionnaire Cubain en France.
Nous allons donc rpondre, le plus brivement
possible, La Epoca, El Inparcial et au Heraldo
de Madrid.
Traiter avec. mpris de vieux un homme quel-
conque et, surtout, un homme qui mrite le respect
et la consideration de tous, est'une mode que ne
doit pas adopter la chevaleresque, noble, galante,
gnreuse, etc., etc., race espagnole. Nous ne pen-
sons pas davantage qu'il soit ncessaire, pour com-
battre un adversaire politique, de lui jeter la face
sa nationality, sa race, sa religion ou ses annes.
D'autre part, et en supposant, ainsi que le prtend
le'Heraldo dans son numro du 20, que le Docteur
Btancs essaie de rendre vains les travaux prpara-
toires de l'Espagne en vue d'un emprunt faire lan-
cer par la maison de Rothschild, comment se fait-il
que, dans son numro du 24, le mme journal qua-
lifie de nuisible l'intrt public le contract avec la
maison de Rothschild ?
En ce qui concern l'expulsion du D' Btancs,
demande avec tant d'ardeur patriotique par le
Heraldo, bien qu'il soit impossible de prendre cette


Dans la dernire sance du Congrs Interna-
tional de Londres, le dlgu franais, M. Argy-
riads, protest avec vhmence, parce que,
dit-il, le bureau refuse de mettre l'ordre du
jour un vu de sympathie en faveur des Cu-
bains, des Macdoniens et de tous les peuples qui
luttent pour conqurir une nationality. (Tu-
multe).
Le president agite sa sonnette. Quand le calme
s'est rtabli, le president protest contre les pa-
roles d'Argyriads. La proposition de celui-ci
-sera soumise au Congrs.
.La proposition d'Argyriads est galement
adopte sans observation.
La Rpublique Cubaine adresse ses re-
merciements au courageux Franais qui a bien
voulu se souvenir des opprims de Cuba qui ver-
sent en ce moment leur sang pour la libert.




WILLIAM MAC KINLEY

Nous donnons, avec le portrait de M. Mac
Kinley, quelques renseignements biographiques.
Il est n Nils, le 26 fvrier 1844. En 1861,
il s'engageait dans le bataillon d'Ohio, et deve-
nait major en 1865, c'est--dire la fin de la
guerre de Scession. En 1876, il est lu dput
pour la premiere fois, et durant quatorze an-
nes reste membre du Parlement. Aux lections


demand au srieux, il y a lieu de rappeler au jour-
nal espagnol que la France n'appartient pas l'Es-
pagne et que M. Mline ne peut pas se mettreau ni-
veau de Weyler, qui fit dputs tous ceux que le
Heraldo lui ordonna. Le D' Btancs, comme tous
les Cubains rsidant ici, non-seulement respect les
lois, mais encore accomplit les devoirs que lui im-
pose l'hospitalit. Et ce n'est ni un journal de Ma-
drid, ni le gouvernement espagnol qui peuvent de-
mander, sous une forme quelconque, qu'on com-
mette en France un de ces actes arbitraires, un de
ces attentats contre les droits de l'homme libre et du
citoyen comme ceux qui sont si communs en Es-
pagne et dans les factoreries espagnoles.
Il est galement de toute justice de reliever les
terms terms don't se sert La Epoca dans son nu-
mro du 21, soit qu'elle ait t mal conseille par la
passion politique, soit qu'elle ne connaisse pas le
D' Btancs.
L'organe ministriel doit savoir que notre ami a
conquis son grade de Docteur Paris mme. De
sorte qu'au lieu d'tre le prtendu Docteur Btan-
cs , notre ami est tout simplement mdecin de la
Facult de Paris. Il n'a, certes, rien de commun
avec ces officers de sant militaire espagnols qui,
munis de la recommendation d'un ministry, se pr-
sentent, avec une lettre du capitaine-gnral, au rec-
teur de l'Universit de La Havane, lequel s'arrange
de faon ce que ledit officer de sant ait gagn, du
jour au lendemain, ses diplmes, pay ses droits
d'examens et mis dans sa poche son titre de mde-
cin. C'est srement parce qu'elle songeait cet Es-
pagnol soi-disant mdecin que La Epoca a cru que
les mdecins de la Facult de Paris taient ainsi.
La Epoca dit que le D' Btancs ne possde
qu'une maigre clientele . La colonie hispano-am-
ricaine, les nombreux Parisiens et les Espagnols qui
se present tous les jours ses consultations et sont
obligs d'attendre leur tour pourront dire au jour-
nal de Canovas combien grande est son erreur. Les
Espagnols surtout, auxquels cet incorrigible flibus-
tier a sauv la vie, grce sa science de soi-disant
mdecin, et sans gagner un sou, pouss seulement
par ses sentiments philanthropiques, pourront uti-
lement renseigner le journal madrilne sur ce point.
D'autre part, La Epoca doit savoir, une fois pour
toutes, que. pendant plus de vingt ans de travail
quotidien Paris, le D' Btancs a gagn une grosse
fortune. Or, cette fortune, au lieu de l'employer
acheter un poste vie de dput espagnol ou se
faire construire un palais Madrid, le D' Btancs
l'a mise au service de la cause de la libert amri-
caine et de l'humanit souffrante.
Borinquefio rengat , cela le D' Btancs l'est.
Il a reni, il renie et reniera toujours la barbare co-
lonisation espagnole, le despotisme, le vol, les d-
portations, les assassinats et tous les crimes qui
constituent l'odieuse administration espagnole dans
ses colonies exploites. Voil un rengat qui tous
les hommes de caur donnent la main avec plaisir,
sympathie et respect.
Pour finir, que le Heraldo, La Epoca, El Impar-
cial et tous les journaux qui s'efforceraient inutile-
ment de salir le D' Btancs, sachent que l'honora-
bilit politique de notre ami vaut autant que son
honorabilit d'homme public. Qu'ils sachent que,
par deux fois, le D' Btancs aurait pu tre snateur
en Espagne et que, par deux fois et par cent si
on le lui avait propos, il refusa absolument,
parce qu'il estime qu'un rpublicain sincere ne
saurait jurer fidlit une tte couronne quel-
conque. Il fit la mme rponse quand une acadmie
savante du pays sur lequel flotte encore malheureu-
sement le drapeau espagnol invita l'honorable doc-
teur poser sa candidature. Par contre, il est dcor
de la Lgion d'honneur, il a t couronn par l'Aca-
dmie franaise, il est respect de tous, possde les
sympathies de tous ceux qui le connaissent et est,
enfin, la representation digne et honore de la pro-
testation de l'Amrique encore esclave contre le
despotisme sculaire de la plus caduque et de la
plus arrire des mtropoles.


*


de 1888 et 1892, le parti rpublicain votant pour
lui, il a refus la Prsidence de la Rpublique.
En 1891, il est lu gouverneur de l'Etat d'Ohio
par un majority de 21.511 voix. En 1893, rlec-
tion avec une majority de 81.995 voix.
A s'en rapporter aux journaux des Etats-Unis,
c'est en masse qu'on acclame la candidature du
major W. Mac Kinley.
Depuis quatre mois, c'est lui que vient,
grossissant chaque jour, la majority des voix des
conventions provinciales.
Le 7 mai, la convention de l'Indiana l'avait
proclam comme candidate. De mme, les dl-
gus de Californie et de Vermont.
Inutile d'ajouter qu'il avait pour lui les rpu-
blicains de l'Ohio.
En ce qui concern Cuba, M. Mac Kinley a d-
clar dans son programme la reconnaissance
aux Cubains du droit de belligrance, non seu-
lement parce qu'ils rclament ainsi la justice et
la Constitution Amricaine, mais aussi parce que
le commerce entire la Rpublique Cubaine et les
Etats-Unis serait plus favorable aux deux puis-
sances.
*r


L'ILE DES PINS ET EN ESPAGNE


Par des dpches prives, parvenues avant les
tlgrammes mensongers de source officielle
espagnole, nous avons appris la nouvelle de
l'insurrection qui a clat dans l'Ple des Pins (1)
pendant la nuit du 26 juillet.
Le lieutenant-colonel et commandant militaire
Brriz fut attir dans une maison o on le retint
prisonnier,
Pendant ce temps, un autre group avait atta-
qu la prison avec l'ide de mettre en libert
tous les prisonniers politiques, tandis qu'un
autre group, plus nombreux, attaquait la ville
de Nueva Gerona (2).
La nouvelle est parvenue La IIavane le 2S
juillet, et immdiatement le gnral Wcyler en-
voya des renforts de terre et de mer.
De nombreuses personnel furent arrtes et
mises en prison.
Les Cubains reurent alors un renfort de 300
hommes qui, ajouts aux premiers, porta leur
nombre 800.
A La Havane, le gouvernement espagnol fait
tout le possible pour cacher l'importance de ce
nouveau movement rvolutionnaire.

Un tlgramme de Madrid nous announce que
l'agitation en Esgagne est aussi gnrale que
profonde.
Dans les villes et les villages, l'opinion est una-
nime contre l'envoi de nouveaux renforts
Cuba et la continuation de la guerre.
La situation du gouvernement est plus grave
que l'on peut supposed, et il est vident que la
revolution est sur le point d'clater.

-------*-----------

AUTORIT ESPAGNOLE

Je ne serais pas surprise si le gnral Weyler
tait forc par les circonstances d'abandonner
bientt Cuba. Lorsque j'y fus envoy, je croyais
qu'il me suffirait de me rendre cheval de vil-
lage en village avec une petite escorted pour venir
bout de l'insurrection. Je me trompais. La si-
tuation actuelle ne peut se prolonger. L'entre-
tien de l'arme qui est dans l'le coterait
au pays cent millions de piastres par an,
et comme les rcoltes sont constamment
dtruites, les revenues sont nuls.
G,nral MArartine Campos.
(Gil Blas du 23 juillet).

() Ile de Pinos. Dcouverte par Christophe
Colomb, dans son deuxime voyage, en 1494, cette
ile se trouve situe au sud de Cuba, 33 kilomtres
de Bataban; elle measure 64 kilomtres sur sa plus
grande larger, et sa population est de 2,000 habi-
tants. N. de la R.
(2) Nueva Gerona. Ville situe au nord de l'ile
de Pinos. Sa population est de i,ooo habitants. -
N. de la R.


'-'Y


'' CSr






LA RPUBLIQUE CUBAINE


6 AOUT 1396.


DE CUBA LIBRE


VRITS


A Dupluy de Lome.
Les Espagnols qui ont, comme Dupuy de Lome,
l'audace de prtendre que nous condamnons sans
raison la conduite criminelle de l'Espagne, pendant
et aprs la guerre de dix ans,.sont responsables, de-
vart le monde et devant leur conscience, des faits
qu'ils prtendent nier autant que ceux qui ont com-
mis les faits en question:
.Chaque page de l'Histoire de Cuba, depuis la con-
qute jusqu' nos jours, content une accusation jus-
tifie contre la nation qui suppose avoir appel la civi-
lisation en Amrique et qui prtend avoir t dsigne
par la Providence pour dcouvrir le nouveau monde.
Les vaillants qui cherchrent, par tous les moyens,
en finir avec la laborieuse population cubaine, qui,
pour imposer la civilisation et apporter la cour es-
pagnole de riches butins, assassinrent ou rduisirent
en esclavage des hommes libres, furent ceux-l
mmes qui usrent de la traite des noirs, dgradante
et criminelle, pour donner de l'extension l'indus-
trie sucrire. Et, aprs avoir transport d'Afrique de
nouveaux homes exploiter et martyriser, qu'ils
obligeaient, par les chtiments les plus iniques, un
travail abrutissant et mortel, ils entretenaient les
vices des maitres qui allaient perdre sur les tapis
verts l'or qu'ils avaient ramass dans les larmes et le
sang detant de malheureux.
On ne saurait oublier que les catholiques importa-
teurs de la civilisation furent ceux-l mmes qui en-
tretenaient et soignaient le fameux chien Becerrillo,
le plus froce et le plus habile retrouver les mal-
heureuses ngresses. Et ce sont ces mmes civilisa-
teurs, pleins de f"oblesse, qui marquaient au fer rouge
le corps des esclaves, et qui obligeaient les femmes
au concubinat et l'adultre, afin que l'levage des
esclaves leur donnt de bons profits.
Et ce sont toujours les Espagnols qui ont exploit
toutes nos richesses et les vicieux qui ont toujours
possd Cuba de commodes factoreries dans les-
quelles on envoie tous les gens de la cour ruins
par leurs vices.
Et ce sont encore ces tristes personnages qui ont
dict des lois condamnant les Cubains de race
blanche un esclavage aussi dgradant que celui du
ngre, puisqu'ils l'obligent malgr le prestige de
sa situation, tre le serviteur, le serf du bureau-
crate ignorant et voleur.
Nous ne devons rien l'Espagne. Elle nous a pris
nos biens, mais elle n'a rien fait pour instruire
notre people, pour donner l'essort nos industries,
protger notre commerce. Elle s'est borne nous
exploiter, nous ranonner comme un bandit en
plein exercise de sa mission dvastatrice.
Avant la guerre, les assassinats des gens de bien
furent nombreux. Tout Cubain protestant contre les
infamies de ses matres dut souffrir la deportation
ou la prison. La plupart moururent dans les sup-
plices. Et aprs la guerre, quelle a t la conduite des
civilisateurs espagnols?
Weyler, Boet, Ampudia, Crespo, Arderius, Valma-
seda et autres misrables peuvent rp.ndre...
Je ne veux pas rappeler les femmes violes et les
enfants assassins par les chefs des forces espagnoles.
Il me suffira de rapporter les actes de sauvagerie ac-
complis sous mes yeux. M. Dupuy de Lome ne con-
tredira pas les faits que je vais numrer. S'il les
contestait parce que je suis un insurg et que
je fais champagne les armes la main, la seule chose
qui me viendra l'esprit, en songeant au malheureux
agent diplomatique du gouvernement espagnol aux
Etats-Unis, sera qu'il est plus qu'un Don Quichote,
un lche.

J'avais environ treize ans quand je fus mis en pri-
son pour la premiere fois. Je fus pris La Havane
par les claireurs du I" bataillon de Volontaires L-
gers. On accusait un de mes frres (i) d'avoir ri des
volontaires, au moment o ils passaient devant notre
fentre, le jour de la grande revue qui eut lieu en
l'honneur du pre du roi, le 4 octobre 1869. Je n'-
tais pas chez moi au moment o le fait se produisit,
mais, quand je vis les volontaires, sans ordre de jus-
tice, et simplement parce qu'ils taient Espagnols,
c'est--dire seigneurs et matres du pays, s'emparer
de mon frre et de certains-de ses amis, quand je vis
un de ces vaillants mettre mon vieux pre en joue,
je chtiai, d'un coup de chaise, ce courageux dfen-
seur de l'intgrit national. On s'empara de moi,
on m'enferma dans le bivouac, puis de l en pri-
son et je fus soumis une enqute. Ce fut un capi-
taine de l'arme espagnole qui m'interrogea tout
d'abord. Comme je dclarai que je connaissais le vo-
lontaire qui avait braqu son fusil sur mon pre, le
capitaine me menaa de son pe, et sur mon refus
de signer les dclarations que j'avais faites s'il ne les
rapportait pas intgralement, plein de fureur, il ap-
pela l'alcade, et, pour ce nouveau dlit, je mritai
huit jours de cellule. On m'enferma et je n'avais
pas encore quatorze ans. Et il fallait que mes crimes
fussent bien horribles, car on me mit dans le cachot
le plus infect, en compagnie d'un condamn mort,


S() Le grand Jos Marti, ami d'enfance du D' Va- i
ds Dcminguez. N. de la R.


le toreador Floro. Et, pour ce ridicule motif qui fit
rpondre un des accuss,-le citoyen franais Ata-
nase Fortier lorsqu'on lui demandait pourquoi il
avait ri quand les volontaires passaient : Parce que
les volontaires passaient quand je riais, pour ce
motif ridicule, je fus jug par un conseil de guerre,
aprs six mois de prison preventive, et condamn
un an de prison dans un des cachots de la Cabafa.
Je mritais un chtiment : j'tais Cubain et, n'tant
qu'un enfant, j'avais dfendu mon pre qui n'tait
pas Espagnol, et corrig- comme je l'avais pu le
frre couard de M. Dupuy de Lome qui essayait de
prpuver sa.grandeur d'me en frappant un vieillard.
Et la sentence qui me frappa fut dicte par un
Conseil de guerre et approuve par le gnral Caba-
Ilero de Rodas.
Et je passai un an dans le mme cachot o l'on
enferma ensuite le patriote Juan Clemente Zenea.

Un des bastions de la forteresse de la Cabana porte
le nom de San Francisco; l'herbe y croit, except
l'endroit o se trouve une pierre blanche. Cet endroit
a t arros par le sang de tous les Cubains fusills
pour avoir commis le seul dlit d'tre Cubains.
Soixante-deux patriots prirent l pendant l'anne
que dura mon incarceration. Je les vis passer tous
sur le lieu du supplice. Mon cachot tait situ prs
de la chapelle dans la rue dcs Volontaires.
L, moururent Ricardo Casanova et Francisco
Junco et tant d'autres, gracis par le gnral Valma-
seda et envoys ensuite au supplice par lui-mme.
Certains restaient vingt-quatre heures en chapelle et
d'autres coutaient la sentence, et, silencieusement,
sortaient pour ne plus revenir. Et la nuit, la lune
claira plus d'un assassinate sur le bastion de San
Francisco aussi bien que dans la cave obscure de la
Surtida, plus connue sous le nom de Porte-des-Morts.
L, se trouvaient le brigadier Lofno, le chevaleres-
que major Gcener, le capitaine Dominices, d'autres
encore et un miserable alfere, nomm Mufioz.

Lorsque jitais en prison, il y avait galement dans
la mme forteresse, en quality de prisonniers, le
lieutenant-colonel Sostrada et le miserable Gonzlez
Boet.
Je ne puis oublier qu'un soir, au moment o je
me rendais auprs du brigadier Loiio qui m'avait
fait appeler pour me remettre des lettres de ma
mre, j'entendis. le courageux Sostrada souffleter
Boet parce que celui-ci avait essay de lui adresser
la parole en passant devant les murailles.
Sostrada tait un militaire espagnol qui mourut
en combattant et qui avait t emprisonn parce
qu'il appartenait la loge maonnique San Andrs.
Cela avait suffi le faire tenir pour un conspirateur
par les gnraux qui approuvaient ou qui commet-
taient les assassinats. Boet, de son ct, tait dte-
nu sous l'inculpation d'avoir viol une jeune fille et
de l'avoir attache au sol pour que tous ses soldats
jouissent d'elle.
Et j'tais la Cabafa quand un conseil, compos
d'officiers gnraux, jugea le miserable Boet, et je
n'oublie pas que parce que le brigadier Lotio n'accepta
pas la resolution du conseil, qui condamnait ce ban-
dit 6 ans de prison, tandis qu'il demandait, lui, la
peine de mort, fut mis aux arrts par le gnral pen-
dant deux mois et admonest pour avoir refus de
reconnaitre le vote de la majority des membres du
Conseil.
Le gnral envoyait Lono aux arrts parce que ce
dernier accusait Boet. Par contre toutes les autorits
militaires taient favorables cet tre infme. Tous
les jours, on banquetait dans le pavilion du dtenu
Boet et l'on voyait figure dans ces agapes les offi-
ciers les plus important : adjudants du capitaine
gnral, chefs des volontaires, sans oublier le rgent
de l'audience, les magistrats et les principaux em-
ploys de l'Administration. Tous faisaient leur cour
l'assassin et au voleur Gonzlez Boet, lequel, fina-
lement, fut renvoy en Espagne, non comme prison-
nier, mais pour lui permettre de se moquer de ses
accusateurs et de rire de tous ceux qui avaient pu
croire qu'un Espagnol peut tre puni pour avoir
employ les procds les plus iniques l'gard des
Cubains.
Demandez donc Weyler, M. Dupuy de Lome,
demandez-lui s'il ne participe pas aux fusillades de
Boet et ses vols.
Mais je vais lui rafrachir la mmoire.

J'ai le malheur d'avoir pour parent par alliance le
lieutenant-colonel du corps des Invalides, D. Arturo
Carreras, ami et compagnon de Weyler, etc., etc.
Weyler se souvient-il de l'poque o ce grand hy-
pocrite de Carreras fut envoy, en quality d'adjudant
de Valmaseda, la recherche des prisonniers Cu-
bains que Gonzalez Boet dtenait dans sa caserne?
Se souvient-il que, pendant la route, tous les pri-
sonniers furent assassins par l'arrire-garde de la
colonne? A-t-il oubli le nom de celui qui command
l'assassinat ?
Prenez note du fait, Monsieur le Diplomate : Plus
de 3oo Cubains furent tus alors sans jugement.
Le motif?
Ils taient Cubains. Y a-t-il plus grand dlit que
celui-l ?

J'ai public un ouvrage : Le 27 Novembre r87t.
Lisez-le, M. Dupuy de Lome. Vous y trouverez les
innombrables infamies autorises, consenties et sanc-


tionnes par l'Espagne; sous le drapeau de la nation
civilisatrice, on assassina huit de mes compagnons
innocents.
Cuba n'oublie pas les faits que j'ai publis dans ce
livre et qui resteront comme un chtiment pour les
assassins et comme une honte pour la nation qui
s'en laissa imposer par une bande d'ivrognes et de
rufians..
Je vais finir: mais avant je vous invite rappeler
votre ami Weyler le souvenir d'un certain capi-
taine Dominguez qui fut condamn 6 ans de fers
lorsque nous allmes San Lzaro pour y tre b-
tonns et pour y.souffrir les insultes des agents du
gouvernement que M. Dupuy de Lome reprsente
Washington.
Le Dominguez en question, qui fut graci en mme
temps que nous les deux dcrets parurent le mme
jour dans la Gaceta de Madrid tait en prison
pour avoir mutil des cadavres cubains auxquels il
avait coup les oreilles qu'il prsenta Valmaseda
dans un de ses festins. Dominguez avait pour dfen-
seur Weyler, qui travailla le sauver et qui y russit
come il avait russi sauver Boet, puisque le mis-
rable ne fut mis en prison que pour la forme.-On
l'envoya Madrid et il ne tarda pas reprendre sa
place dans la vaillante et digne arme espagnole.
Sous le commandement de Weyler, un crime a
t commis don't le rcit seul clame au ciel justice.
Le sous-prfet de Cabezas, ici mme, en Orient,
fut fait prisonnier par les troupes espagnoles. Parce
qu'il fut fidle son drapeau, on le souffleta et,
avant de le tuer, on lui coupa les parties gnitales,
et, enfin, on le fit rtir. Cet homme se nommait
Francisco Alcolea. Et Weyler a ferm les yeux sur
cette dernire sauvagerie moins qu'il l'ait ordonne.
Mais cet crit est dj long et je connais encore
beaucoup de choses que je veux apprendre au diplo-
mate Dupuy de Lome.
L'Espagne aujourd'hui rcompense les infamies
de Weyler, comme elle rcompensa Crespo, l'assas-
sin des tudiants, Lpez Roberts et le lche major
de la prison Arderius, et tant d'autres qui sont morts,
soit genoux comme Lersundi, soit enferms dans
une maison de fous, comme L6pez de Ayala, pour-
suivi par le souvenirde cette soire pendant laquelle il
eut courage de commander, haute voix, le feu sur
le camp de la Punta.
Que M. Dupuy de Lome dfende ses compatriotes
criminals, les uns parce qu'ils ne peuvent effacer de
leur front la goutte accusatrice de sang innocent, les
autres bureaucrats, avares et voleurs pour la plu-
part, tous complices de l'oeuvre ininterrompue d'ex-
termination et de pillage qu'on qualified de colonisa-
tion civilisatrice.
Qu'il demand pardon pour les coupables et qu'il
respect ceux qui, comme nous, ne savent pas men-
tir et occupent, en homes qu'ils sont, leur poste
de combat.
Docteur Fermin V. Domingue:.
En champagne: Canasta, 24 mars 1896.

-------.. ^B- ------

PATRIOTISME

ESPAGNOL


La Par de Madrid reoit de La Havane la com-
munication suivante :
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
La maison Balcells, qui, comme d'autres, fait de
belles affaires avec les fournitures l'arme, avait
rserv pour les campements des conserves qui, si
elles n'avaient pas t refuses par le mdecin de la
sant, auraient empoisonn les soldats. Il en et t
de cela comme des chaussures et des uniforms, qui
n'ont pas dur plus de quatre jours. Les coliques
miserere ne se seraient pas fait longtemps attendre.
Or, sur ce point l'arme doit veiller avec la plus
grande attention afin de ne pas augmenter les mala-
dies produites par le climate pendant la saison des
pluies, vomissements, fivres paludennes, dyssen-
terie et autres pidmies.
C'est pour ces raisons que sont parties Carvajal,
Corujedo, Garcia Tufi6n et autres colonels de vo-
lontaires, lesquels n'auraient pas d. quitter leur
poste puisqu'ils sont partisans de l'extermination par
le fer et le feu, ainsi qu'ils le prouvrent Martinez
Campos lorsqu'ils demandrent un gnral coura-
geux (caliente), qu'ils devaient aider en se mettant
l'avant-garde de ses troupes.
Il y a mieux encore. Qu'on lise ce que dit de
son ct le correspondent de El Imparcial :
Demandez la colonne Segura si, aprs des mar-
ches horribles et des combats sanglants, elle ne
trouvait pas comme logement des curies infectes,
ce qui l'obligeait camper sur la place publique
d'une ville, au milieu des protestations d'un people
entier don't on dvastait ou salissait le beau jardin
public.
Demandez au gnral Losada, qui, tout gnral
qu'il tait, a d payer un peso (I) une bouteille
d'eau gazeuse dans une buvette de Guanajay.
Si l'on exploit ainsi un gnral, que doit-on faire
pour un malheureux soldat? Le lecteur peut en
juger.
Mais les exploiteurs sont des Espagnols. C'est, en

(1) Le peso vaut cinq francs. -. de la R.


effet, dans une boutique espagnole que l'exploitation
la plus honteuse se produit, et dans le Casino appar-
tenant au mme propritaire. Tout, le ptrin o se
fait le pain, les vaches laitires pour les malades,
tout ce qui existe ici, tout ce qui se produit et se
paie, bon ou mauvais, le double de sa valeur, appar-
tient un Espagnol.

Que vous dire des journaux de Paris qui nous.
chantent tous les jours les lounges du patrio-
tisme espagnol, lequel, s'il fallait les en croire,
serait sans example dans l'histoire? Voil donc
les hidalaglos qu'ils nous reprsentent comme
plus patriots que le patriotism mme!

S-----o *-- -


AUX .TATS-UNIS


M. Cleveland, le Prsident provisoire des Etats--
Unis, est l'homme qui s'est impos la tche de lutter
contre les dsirs de ses concitoyens. Alors que tous
les Unionistes souhaitaient ardemment la liberation
de Cuba, et attendaient l'heure de cooprer plus.
efficacement ce devoir de solidarity humaine, I'Elu
de la Maison-Blanche vient d'dictr. de svres
peines contre quiconque prtera assistance aux re-
belles. Bel example des Rpubliques, s'il fallait en-
core juger de celle-l par le chef qu'elle s'est donn !
Ainsi, de par la toute puissance d'un homme -
dans un Etat soi-disant libre voil tout cet Etat
ne pouvant dsormais rien tenter ouvertement pour
Cuba, quoiqu'il en arrive !
J'ose croire que les Unionistes n'ont pas accueilli
sans regimber ce singulier avis, et j'espre qu'ils ne
redouteront pas plus les geles de M. Cleveland que
ses paroles. Rien ne sera change, au fait; sinon,.
une fois de plus, nous assisterons ce dj trs
banal spectacle d'un Prsident de Rpublique pacti-
sant avec une Monarchie. Et quelle Monarchie? La
pire de toutes: une qui n'a plus pour elle le pres-
tige d'une chose grande, quelle qu'elle soit, en
quelque lieu que ce soit.
Vraiment, il serait curieux de connatre les rai-
sons qui ont dict M. Cleveland ce pacte rsolu-
ment former d'abdication ? Qu'attend-il donc de
l'Espagne ?
Rien, sans doute, car il n'en peut tre autrement.
Faut-il donc voir, dans cette dernire measure, un
acte du pouvoir supreme exerc impudemment;
orgueil qui ne se soucie des esprances et autocratie
qui ne s'inquite des dsirs? volont mme de des-
poste rprimer par tous moyens -possibles les
grands lans d'enthousiasme et de passion? ou,
imitant notre reserve, notre trs rare et trs belle
indifference, avant quelque sublime ignominie,
M. Cleveland emprunte-t-il tout simplement le mode
de sa conduite aux hommes d'affaires qui dirigent
- le fait est certain cet Eldorado financier qu'est
notre pays ? La chose n'importe pas; ce qui advien-
dra, en retour, ce seront de lourdes consequences.
Il est, certes, lgitime de computer que les Unio--
nistes montreront tt quel accueil ils ont rserv
la proclamation d'un dit aussi trange. L'appren-
tissage de la libert n'a pas t, chez eux, sans quel--
ques deuils, et sans d'innombrables erreurs sociales;
aussi dtiennent-ils jalousement les prrogatives.
obtenues; ce qu'ils ont conquis, malgr les officines
administrative qui dispensent petites doses la
Libert, l'Egalit et la Fraternit.
Il imported, au reste, pour que la forme rpubli-
caine subsiste, qu'elle donne des preuves de sa vita-
lit, l'occasion survenant.
Et, certes, l'occasion est opportune, pour les
Unionistes, de ne pas suivre qui les mne en arrire,
le mauvais berger qui les force reculer, renier la
premiere vertu de leur grandeur rpublicaine. Et si
l'argent omnipotente Majest veut les contrain-
dre quelque honte, leur solidarity ne s'inquitera
nullement de cette force.
Aussi bien, l'incroyable resolution de M. Cleve-
land fera natre de plus compltes et plus dfinitives
assistance. Les esprits les plus prudents mesure-
ront toute l'ampleur de l'ignominie, la lchet d'tre
les impassibles tmoins de cette lutte si profond-
ment humaine. Il y aura d'absolus besoins d'affir-
mer des caractres d'hommes libres; libres de pen-
ser comme il leur convient, libres d'agir Cuba et
pour Cuba, si telle est leur trs nette volont.
N'importe, M. le Prsident Cleveland a bien m-
rit de l'Espagne et des coulissiers cosmopolites.
L'enthousiasme espagnol, particulirement, avait
grand besoin de cet -propos prsidentiel ; car il n'y
avait plus de guitares.en Espagne. Ce n'est pas, en
effet, prcisment des louanges que chantent en
cette heure les quotidiens madrilnes et d'autres
lieux. Comme, malgr tout, ferait bien mieux leur
affaire une authentique victoire, bien-considrable,.
trs bruyante, afin de reprendre tout de suite les.
tambourins.
Mais voil, en dpit de leurs formidable renforts,.
les Ibriens sont dfinitivement brouills avec la
gloire. Quelle dure maitresse elle est pour eux, vrai-
ment! Non seulement elle ne se laisse pas trousser
les cotes , comme dit l'hroque d'Esparbs, mais
encore ils ne russissent en aucun des prliminaires
d'amour.
I va falloir trouver autre chose. Mais quoi? Son-
nez, sonnez, cloches de la Castille et de l'Aragon I


_ ~ ~






6 AOUT"1896.


LA RPUBLIQUE CUBAINE


Il y a bien les brillantes espadas, les fameux
picadores, tout ce ramassis de bas histrions de l'a-
rne, qui nous infestent si activement, tous les
tisors crapuleux des corridas por muerte, que l'on
pourrait envoyer l-bas, mais les taureaux cubains
-sont un peu plus menaants que les vaches.espa-
gnoles, et donc il y a un pu plus de danger cou-
rir; oh! une quantit de dangers assez grande pour
les laisser leurs courantes tauromachies. Alors,
le salut
Le salut ? Les journaux d'Espagne clairent plei-
nement l-dessus le gouvernement de M. de Cano-
vas, qui ne veut rien entendre.
Des harangues de dgot et de dsespoir s'lvent
des quatre coins de la Mtropole jusqu'au sige im-
prial de M. le Premier Ministre. L'heure est venue
-o il faut pousser le btail human dans les geles,
o il faut le saoler pour le conduire la guerre.
C'est comme une bande de malfaiteurs que l'on ru-
doie coups de plats de sabre, que l'on arrache aux
treintes des mres, avec les hurlements des victoi-
res prochaines et des triomphes anticips.
Admirable spectacle Des renforts, certes, on en
.trouvera toujours; c'est le people qui paie les frais
,de la guerre; mieux, qui va combattre, non pour la
Sdfense'de la Patrie, mais pour la vie des concus-
sionnaires presents et futurs.
Les prbendes sont grasses; en vrit, ils sont
malsants, ces Cubains qui se rebellent force d'ini-
*quit et de lourd esclavage. Que ne se laissaient-ils
tondre plaisir, courber vers la glbe, pour la pros-
prit fainante de l'Espagne! Qu'on les garrotte ou
qu'on les fusille, dit Weyler.
Weyler dit cela, mais la tche n'est pas aise. Il
doit en convenir maintenant, bien que son intelli-
gence ne soit pas la hauteur de sa cruaut -
noble apanage !
N'importe, un rsultat est acquis. Les quotidiens
espagnols ne sont plus dupes maintenant; ils rcla-
ment imprieusement la fin de la gerre; ils sont
las; seuls, les journaux franais, sauf deux ou
trois exceptions, continent enregistrer impassi-
blement les victoires des Espagnols. Qu'ils conti-
nuent!
Aprs tout, c'est un jeu inoffensif! C'est, en
somem, de l'histoire mise la porte des simples;
quelque chose comme les sempiternelles tartouil-
lades , pleurardes et sentimentales, qui salissent
*quotidiennement les mmes gazettes. On lit le pre-
mier mot et l'on passe outre.
Saint-Ha mans.



UN EMPRUNT DIFFICILE


Comme feu Le Pre Duchdne, le Heraldo est
:b...igrement en colre. Il tempte, exige l'expul-
sion de France du docteur Btancs et demand
presque celle de Rochefort, bien que le rdac-
teur en chef de L'Intransigeant soit Franais.
Logique et rage ont toujours t deux choses
diffrentes.
La dernire victoire de Maceo contribute sur-
tout ce dlire cubanophobe, mais ce qui y con-
tribue aussi c'est la crainte, assez justifie que
vous en semble? -- de voir l'emprunt si bien
prpar se rsoudre en un formidable fiasco.
Le plan avait, cependant, t bien chafaud :
rpression impitoyable Cuba, demi-douzaine
-de victoires tlgraphiques tous les jours, avan-
ces dsintresses la France, manifestations
,enthousiastes Barcelone, la Corogne et au
Ferrol, ave execution de Marseillaise et gorge-
ment de taureaux la clef. Comment, avec tout
.cela, ne pas russir?
Malheureusement pour M. Cainovas et ses com-
patriotes ceux, du moins, des Espagnols qui
vivent de Cuba ils avaient compt sans leur
hte. Les dernires nouvelles ont t dsas-
treuses : sur terre, les lieutenants de Weyler se
font battre clectiquement dans le Camagfiey, la
province de Matanzas et celle de Pinar del Rio;
sur mer, en dpit de la rcompense honnte
(24,000 pesos) offerte celui qui aura facility la
capture d'un vapeur flibustier , les navires
parties de Key-West, ou de New-York mime, ne
cessent de dbarquer sur le littoral cubain :
armes, munitions et volontaires.
Il faudrait que les gogos de France, si gogos
fussent-ils, eussent dans les yeux plusieurs cou-
,ches de guano comprim pour se dcider, de
gaiet de ceur, perdre leur argent, ce qui,
pour beaucoup, est infiniment plus que l'hon-
neur dans une speculation beaucoup plus
hasarde que celles du tramway arien et des
mines d'asphalte de Tombouctou.
Telle est la rflexion que se font ici tous ceux
qui ne sont pas frapps de dmence, tandis que
la Lyre biterroise flonflonne Valence et la mu-
sique du 2e gnie Barcelone. (a ne mord pas.
Aussi, avec sa dsinvolture habituelle ce
ne sont certes pas les scrupules qui causeront sa
mort par suffocation M. Cnovas del Castillo


vient-il, une fois de plus, de retourner sa veste.
Leministre du feu roi uhlan, qui a toujours eu
un faible pour les compatriotes de Bismarck,
vient de faire recevoir officiellement et acclamer,
h Malaga, une thorie de tourists allemands.
Ces voyageurs, auxquels certain donnent un
autre nom, ont t accueillis par les autorits et
les notables, grand renfort de fanfares. Tout
se passe en musique de l'autre ct des Pyrnes.
Cet accueil flatteur prouve deux choses :
d'abord que les Franais- lesgarachos, come
on les appelle ddaigneusement en Espagne -
auraient tort de s'enorgueillir de politesses pro-
digues indiffremment tous ceux don't on
espre quelque chose; ensuite, que la russite
d'un emprunt fait la France apparat si pro-
blmatique que dj le gouvernement de hidal-
gos dcavs auquel prside le senior Canovas se
prpare sonder les banquiers allemands.
Ceux-ci voudront-ils ( marcher ? C'est dou-
teux.
Cosmo.

-------- .^,~ ~s------


VIVE CUBA!


Nous disions, au dbut d'un de nos prcdents
numros, propose du courageux et honnte article
de M. Rouanet, que la propaganda que nous fai-
sions pour la defense de notre just cause com-
menait trouver un cho dans l'opinion vrai-
ment indpendante et rpublicaine en France.
Nous trouvons aujourd'hui une nouvelle d-
monstration de cette ide dans certain journaux
locaux, qui experiment l'opinion plus intime du
people franais.
C'est ainsi que L'Avenir de Saint-Germain,
du 19 juillet dernier, fait paratre, sous ce titre:
Vive Cuba! un article don't nous reproduisons
les passages suivants:


On nous permettra de repondre l'agitation espa-
gnole, cet enthousiasme inattendu, l'explosion
soudaine de sympathies d'autant plus exubrantes
qu'elles sont plus intresses, de rpliquer, disons-
nous, par ce seul cri : Vive Cuba! Vive la Rpu-
blique Cubaine !
Et c'est qu'en effet il est temps de ragir contre
cet engouement, disons le mot, contre cet affole-
ment aveugle qui nous jette dans les bras de tant
de peuples voisins, de tant de ttes couronnes qui
ont si besoin de notre prestige pour reliever le leur,
de notre argent pour en remplir leur bourse !
Et c'est qu'en effet Rpublicains nous sommes,
et, rpublicains, nous nous devons nous-mmes
de rester farouches, de former l'oreille au' alliances
louches; que nous devons nous dfier, surtout
alors que des gens qui ne furent jamais dmocrates,
jamais rpublicains, mais bien des soutiens fervents
du trne et de l'autel, des partisans de Don Carlos
ou d'Isabelle la Catholique, viennent l'endroit de
la Rpublique franaise manifester une admiration
au fond de laquelle, en cherchant bien, se retrouve
encore, partout et toujours, la morale de l'intrt
jointe la satisfaction d'instincts sanguinaires au-
tant que bestials !


Eh bien patriots, rpublicains, nous ne devons
pas permettre qu'on puisse un instant spculer sur
nos amitis, sur notre alliance; en aucun cas, nous
ne devons accepter une situation louche qui pour-
rait bon droit exciter la dfiance de nos frres de
la grande Rpublique-Soeur. Aux avances intresses
de l'Espagne, aux attentions perfides de son gouver-
nement, opposons le calme froid, ddaigneux, de
gens qui savent se respecter; mais si jamais il nous
y faut rpondre, un seul cri :
Vive Cuba Libre Vive la Rpublique
Cubaine !
L. Dousinelle.


POUR LA


VRIT


Enfin, on commence donner au public
doses homopatiques il est vrai des rensei-
gneinents exacts sur la droute subie par les Es-
pagnols Najaza.
Voici ce que dit le correspondent que La P ,:,
journal de Madrid, possde Camagiiey :
La colonne de Castellanos se vit entoure pen-
dant deux jours sans pouvoir bouger de l'en-
droit o elle se trouvait.
Le gnral Godoy, la tte d'une colonne forme
de guerrillas et du bataillon de chasseurs de Cadix,
accourut son secours et ce fut lui qui protgea la
retraite de la colonne Castellanos. Dieu seul
sait ce qui serait arriv sans cela.
Il imported, maintenant, que le lecteur compare
les lignes qui prcdent avec le rcit de la ba-
taille de Najaza que nous avons public, dans le


numro de La Repblica Cubana du 18 juin,
sous le titre de ofticias de la Guerra:
Du 14.
Un combat a t livr entire les forces du gnral
Mximo G6mez et celles du gnral Jimenez Cas-
tellanos. L'action a eu lieu Najaza, et les Cubains
firent des charges si brillantes au machete, que les
Espagnols se trouvrent dans la ncessit de se
former en carr pour se dfendre en dsesp-
rs. Ils en arrivrent tre serrs de si prs
que, sans la colonne du gnral Godoy, ils au-
raient t compltement anantis. Les deux co-
lonnes espagnoles durent battre en retraite. Elles
le firent avec la plus grande difficult, laissant leurs
morts et leurs blesss sur le champ de bataille, et
constamment poursuivies par les Cubains. Le rap-
port des chefs espagnols confesse que l'action dura
quarante-huit heures et qu'ils n'eurent pas plus de
quatre homes tus.
Nous n'avons aucune prtention au titre de
prophte. Mais nous tenons appeler l'attention
sur l'exactitude de nos informations et sur la
fausset des rapports du boucher Valeriano.

Aprs avoir crit ce qui prcde, nous avons
lu une intressante lettre crite a Camagiiey
(Port au Prince) quelques jours aprs la bataille.
Nous en publions le passage suivant:
Le gnral Weyler, croyant que le gnral en chef
cubain tait camp Najaza avec deux mille hom-
mes, ordonna au gnral Jimnez Castellanos de
sortir immdiatement de Port au Prince pour aller
attaquer l'ennemi avec deux bataillons d'infanterie,
forts de 1.600 hommes, deux escadrons de cavalerie,
une guerrilla monte,deux companies d'ingnieurs
et une compagnie d'artillerie, munies de deux pices
de montagne et d'une pice tir rapide.
Le gnral Castellanos obit et il se dirigea
marches forces vers Najaa.Pendant toute la route,
la brigade fut harcele par les Cubains jusqu'au mo-
ment o, la hauteur de Saratoga, l'avant-garde
du chef cubain Calunga suspendit sa march. Le
chemin se trouvant'ainsi intercept, le gnral Cas-
tellanos fit tirer quelques grenades qui obligrent
l'avant-garde ennemie se replier sur le gros de
l'arme.
Les troupes la suivirent jusque dans une plaine
o elles furent reues par des dcharges nourries.
Le combat devint gnral quatre heures de l'aprs-
midi. Le feu continue toute la nuit et une parties du
jour suivant. Enfin, les troupes se virent obliges
de battre en retraite la suite d'une charge de toutes
ou presque toutes les forces cubaines, charge ter-
rible qui se renouvela deux reprises diffrentes et
qui- obligea le gnral Castellanos faire former ses
hommes en carr et envoyer des estafettes Port
au Prince pour y demander des renforts et des mu-
nitions, celles qu'il possdait lui paraissant devoir
s'puiser bientt. Le feu continue des deux cts en
dcharges serres au commandement des chefs.
Ds que les estafettes arrivrent la ville, le gn-
ral de brigade qui s'y trouvait prit un bataillon qui
venait d'arriver du lieu des operations, un escadron
de cavalerie, un autre de volontaires mobiliss, une
section de garde civil et deux pices de montagne,
et partit au secours du chef de la division, lequel
tait dans une situation srieusement compromise.
Il arriva sur le champ d'oprations le 12, au point
du jour. Le feu commena aussitt, couvrant la re-
traite de Castellanos, qui put ainsi se retire en bon
ordre et choisir de nouvelles et meilleures positions.
Dis qu'il s'y fut install, il fit braquer les cinq pices
d'artillerie situes l'arrire-garde de toute la divi-
sion, de faon pouvoir couvrir cette dernire de
leur feu.
Les Cubains, de leur ct, chaigrent leurs posi-
tions pour d'autres, o l'artillerie ne pouvait leur
causer aucun dommage. Le feu cessa des deux cts
le 12, io heures du matin.
Quarante-deux heures de combat!
Les troupes chelonnes se retirrent.sur Port au
Prince,toujours protges par l'artillerie, mais cons-
tamment harceles par les forces cubaines.
Les Cubains, de leur ct, levrent leur camp et se
dirigrent vers Ciego Naja'a, o se trouvait Mximo
G6mez.
Les rapports officials, publis dans tous les jour-
naux d'ici, annoncrent que les insurgs avaient eu
5o0 hommes tus ou blesss, tandis que les troupes
espagnoles ne comptaient que cinq morts et seite
blesss; mais on sait aujourd'hui positivement que
les insurgs eurent oniic morts et quarante-deux
blesss et que ce furent les troupes espagnoles qui
en eurent 5oo, principalement le corps command
par Castellanos, qui dut supporter deux charges
fond de la nombreuse cavalerie cubaine, fort bien
commande et compose de 1,800 cavaliers, bien
que le gouvernement ait dit 5,oo00o.
Cette bataille a de trs grands rapports avec celle
de las Guasimas pendant la guerre prcdente, entire
le brigadier espagnol Armifiin y Bscones d'un
ct, et le gnral Mtximo G6mez de l'autre. Elle
eut galement pour rsultat un grand nombre de
morts et de blesss des deux cts et la retraite de
sept bataillons, de quatre escadrons et de deux pices
d'artillerie espagnoles.

*


DE CUBA

ET D'ESPAGNE

Les informations suivantes donneront nos
letteurs une ide exacte de ce qui se passe
Cuba et en Espagne. Nous nous contenterons de
fire des citations sans aucun commentaire. Bor-
nons-nous seulement inviter le lecteur com-
parer les lines que nous reproduisons avec les
mensonges officials que le gouvernement espa-
gnol fait publier tous les jours dans la press
parisienne.
La march de Mximo G6mez vers la zone orien-
tale de la Grande Antille est officiellement con-
firme.
Cette march s'accomplit avec une rapidit ex-
traordinaire, et l'on craint que Gmez ne se jette
bientt sur Santiago de Cuba, don't la population
est, par ce fait, en pleine panique, la ville tant d-
pourvue de toute garnison.
La nouvelle qui prcde a product une triste et
douloureuse impression, et l'on fait des rflexions
peu agrables l'ide qu'une ville de l'importance
de Santiago de Cuba sera bientt au pouvoir du g-
nral G6mez.
Les bandes d'insurgs augmentent considrable-
ment en nombre et en quality, si bien que le gn-
ral Weyler se trouve dans l'impossibilit de les
battre par manque de forces. S'il voulait renforcer
les colonnes en operation, il lui faudrait dgarnir
les villes et, dans les deux cas, le rsultat est dsas-
treux. Si, en effet, il est mauvais de laisser les villes
abandonnes et livres aux insurgs, il n'est pas
galement desirable que les colonnes soient expo-
ses tre battues avec la plus grande facility.
On a crit de La Havane au gouvernement espa-
gnol en lui dpeignant la situation avec la plus
grande clart et en l'engageant vivement envoyer,
sans retard, tous -les volontaires qui se trouveraient
dans la Pninsule en attendant d'tre embarqus.
On lui a fait observer qu'il n'existait pas d'autre
moyen d'viter une grande catastrophe.
Mais si la guerre tait dj flau, la misre.la plus
pouvantable est venue rendre la situation pire en-
core. Le travail manque dans les villes et les champs
ne produisent plus rien, les insurgs avant tout
ras. Cela videmment est de nature augmenter le
nombre des adeptes la rebellion.
La misre qui rgne dans toute l'le de Cuba cm-
mence faire sentir ses effects dans l'arme et parmi
les autres corps arms qui exposent leur vie pourla
defense des intrts espagnols.
Depuis le mois de mars, les soldats n'ont pas tou-
ch leur solde, et il en est de mme des volontaires
qui forment les guerrillas. Ces derniers n'ont pas
touch un sou depuis le commencement de la
guerre. Ils sont donc obligs, les uns et les autres,
de vivre sur le pays et de se rendre, par ce fait,
odieux aux habitants.
En ce qui concern les bataillons de volontaires,
que les vques lvent en Espagne, le seul qui ait
l'air de vouloir entrer en champagne est celui des
Asturies. Celui de Galicie et de Le6n ne sera proba-
blement pas prt dans le courant du sicle present.
Aux souscriptions organises pour former ces ba-
taillons, le people seul contribute. Il n'a rien
perdre pourtant Cuba, si ce n'est la part d'hon-
neur national qui revient chaque citoyen. Mais
aucun de ceux qui se sont enrichis Cuba et qui,
par consquent, ont beaucoup perdre, ne songe
participer aux dites souscriptions. C'est ce qui ex-
plique l'accord intervenu entire les oivriers de la
Corogne de s'abstenir de donner un centime.
Il y a plus : Une grande agitation rgne parmi les
femmes de Saragosse au sujet de l'envoi Cuba de
la prochaine expedition de 40,000 homes. Pour
donner une forme leurs sentiments, elles rso-
lurent d'organiser une manifestation de protestation
contre le dpart des troupes et demandrent l'auto-
risation voulue. L'autorit la leur refusa. Malgr
cela, elles persistent dans leur dsir et elles ont
annonc qu'elles taient dcides empcher le d-
part des contingents assigns aux corps en garnison
Saragosse.
La proverbiale tnacit des Aragonais fait croire
qu'il y aura des troubles srieux et cette attitude des
femmes saragosannes proccupe beaucoup le gou-
vernement.
Une certain agitation pour le mme motif rgr.e
galement Sville, Valence et Barcelone. La press
de Saragosse a dcid de ne publier aucune nouvelle
ce sujet.
Le 8, les journaux rendaient compete d'un sou-
lvement qui a eu lieu la veille dans la caserne de
San Francisco, o avaient t convoqus les volon-
taires prts partir pour Cuba, afin de leur donner
les instructions avant leur voyage pour l'autre
monde.
L'autorit militaire rclama la presence dans la
caserne de forces de la garde civil. Les volontaires,
en effet, refusaient de tenir compete des admonesta-
tions.
Dans les sphres officielles et la caserne, on refu-
sait de fournir la moindre explication sur ce qui
s'tait pass.

*





LA RPUBLIQUE CURAINE'


6 AOUT 1896


-OPINIONS IMPARTIALES

La situation Cuba ,')
(Lesle's TWeeklI Jllustraded, de New-York)

SUITE ET FIN
Aprs de nombreuses difficults, j'arrivai la
station 5 heures de l'aprs-midi; l, j'appris
que depuis deux jours les trains ne circulaient
plus entire cette localit et Matanzas. Quelques
trains qui s'taient aventurs avaient t, au
sortir de cette dernire ville, arrts et- brls;
les points avaient t dtruits, le tlgraphe
coup. Il tait impossible de retourner la plan-
tation mercedes a une heure aussi tardive, et
nous dmes rester dans le village, qui se com-
posait d'une demi-douzaine de maisons, de trois
forts espagnols et de la station. A quelques m-
tres de cette dernire, gisaient quatre cadavres
de blancs tus par les Espagnols; nul ne son-
geait les enterrer ; quelques centaines de
mtres plus loin, un autre cadavre, celui d'un
employ du chemin de fer qui avait t envoy
la station la plus voisine pour prendre des
renseignements et qui, son retour, avait t
tu, pris entire les feux des Espagnols et des
Cubains ; ce cadavre resta plusieurs jours la
mme place sans que personnel ne se donnt la
peine de l'enterrer.
Le brutal lieutenant espagnol qui commandait
la plantation mercedes, et qui avait, sans mo-
tif ni provocation, fusill quatre serviteurs de
M. Carrillo, vint au village avec trois de ses
hommes pour chercher des munitions. Il tait,
cette fois-ci encore, en tat d'ivresse, et, plu-
sieurs reprises, il vint a la station, maudissant
les rebelles et leurs amis; ceci, naturellement,
il le disait pour moi. En effet, mon sauf-conduit,
qui m'autorisait voyager et passer les lines
espagnoles, portait que je suis citoyen aimri-
cain, et, chaque fois que je dus l'exhiber, j'en-
tendis les soldats, aprs m'avoir laiss passer,
pester contre les porcs amricains qui sont en
faveur des Cubains . A ce sujet, le lieutenant se
mit dans un tel tat d'excitation, qu'il sortit son
revolver et tira sur le sol; une balle frappa
contre une pierre et vint s'incruster, aprs avoir
rebondi, sur le mur, quelques centimtres de
la tte du chef de gare. C'est ainsi, dit le
lieutenant ivrogne, que je tirerai sur n'importe
quel rebelle et sur n'importe lequel de leurs
amis.
Dans ce village existait une auberge trs pe-
tite et trs sale, don't le propritaire consentit
nous louer sa chambre, qui renfermait deux lits
misrables et repoussants. Ce gtte tait d'une
telle malpropret, il tait si plein de soldats bu-
vant, fumant et maudissant, que nous rsolmes
de rester la station le plus longtemps possible;
pourtant, 9 heures du soir, nous fmes forcs
de regagner notre chambre, car, cette heure-l',
tout le monde doit se retire ; jusqu' six heures
du matin, nul ne peut aller dehors sans tre im-
mdiatement fusill. En arrivant l'auberge,
nous vmes que l'officier ivrogne avait fait pla-
cer un lit entire celui de mon compagnon de
voyage et le mien; il s'y tait couch, son sabre
d'un ct, son revolver de l'autre. Mauvais,
mauvais! s'cria Garcia, je vous assure qu'il va
nous assassiner. Le mince plancher de notre
chambre tait situ au-dessus d'une table de
pourceaux dans laquelle un de ces animaux gro-
gnait constamment. Quant l'officier, il conti-
nuait profrer des maldictions ; de telle sorte,
qu"entre le bruit et la puanteur qui venaient
d'en bas, l'officier espagnol, pire encore que les
porcs, les milliers de puces et de moustiques,
nous passmes une nuit qui est certes la plus
mauvaise de notre existence. A deux heures du
martin, les chiens se mirent aboyer furieuse-
ment, et une minute aprs commena une fu-
sillade terrible entire les forts et quelques insur-
gs; le feu dura deux heures, pendant lesquelles
nous entendmes les balles siffler autour de la
maison ; enfin, le matin tant arriv, nous
pmes apprendre qu'une petite bande d'insurgs
avait fait feu sur les forts et incendi tout aux
environs.
Ce matin-l, je pus arriver Colon, o je vis
plus de deux cents espagnols blesss. Deux co-
lonnes avaient combattu toute la nuit, mais mal-
gr leurs efforts pour contenir les Cubains, ceux-
ci avaient incendi tout ce qui se trouvait autour
de la ville. Une autre colonne espagnole, forte
de mille hommes et qui aurait d rentrer dans
la ville six heures du matin, n'tait pas encore
revenue, et, au milieu de la journe, on ne savait

(') Voir La Rpublique Cubaine des 11, 18 juin et 16
juillet.


pas encore ce qu'elle tait devenue. Pendant que
je djenais au restaurant, quatre jeunes sol-
dats espagnols entrrent, et tremblants de peur,
dirent un officer qu'ils n'avaient pris aucun
aliment depuis quarante heures et qu'ils se
sentaient si faibles qu'ils ne pouvaient plus
marcher. Par le Christ! c'est honteux! ne
pus-je m'empcher de crier. L'officier me re-
garda tout surprise et, ne voulant peut-tre pas
paratre insensible devant un tranger, il donna
un peso aux quatre soldats pour qu'ils pussent
s'acheter de quoi manger.
Le cas de ces quatre malheureux tait-il une
exception? Nullement. Des milliers de soldats
sont obligs de marcher journellement sans
avoir rgulirement leurs repas, et le plus grand
nombre d'entre eux n'est pas pay depuis plu-
sieurs mois.
Lorsqu'il nous fut possible de partir de Colon
par un train qui allait Matanzas, nous ftmes le
voyage dans une voiture occupe par neuf offi-
ciers, et nous rencontrmes dans le parcours
plusieurs colonnes espagnoles. La pluie tombait
torrents et les malheureux soldats n'avaient
pas de manteaux, mais simplement leurs lgers
vtements de toile, trs uss, trous, et fort
sales.
. Certainement, aucun de ces hommes ne s'est
lav depuis plusieurs semaines, et leurs barbes
et leurs cheveux n'ont pas t soigns depuis des
mois. Neuf sur dix taient dchausss ou n'a-
vaient qu'une chaussure, aussi la moiti des
hommes taient boiteux. Il y a ici des malheu-
reux qui, pendant beaucoup de mois, n'ont pas
eu la nourriture ncessaire, qui ont couch dans
la boue, sous des pluies torrentielles, qui ont
march sur le sable sous un soleil brlant, qui
n'ont pas t pays, qui vont sans vtements ni
chaussures, qui souffrent horriblement du cli-
mat et des fivres, et qui ont t obligs (ceci est
le pire de tout) de courir, et de courier encore
la poursuite d'un ennemi qu'ils n'atteignent ja-
mais quand ils veulent, mais qui, en revanche,
tombe sur eux l'impoviste et les anantit
lorsque, extnus de fatigues et mourants- de
faim, ils passent par des endroits o ils ne
peuvent se dployer.
Nous rencontrons, quelques miles de Colon,
une colonne espagnole don't quelques officers
abordrent le train et, trs excits, disaient aux
autres officers qui voyageaient avec nous: C'est
une honte, le gnral ne devrait pas nous
faire sortir sous une pluie pareille, par une
nuit aussi noire; on n'y voyait pas cinq pas.
A quatre miles d'ici, dans un troit dfil o
nous ne pouvions pas nous dployer, nous
avons t surprise par une grande force d'in-
surgs; avant de nous rendre compete de rien,
nous avions sept officers et trente homes
tus. Nous avons d nous retire dans le plus
grand dsordre, abandonnant nos morts.
Un des officers, commandant de cavalerie,ex-
pliquait que des trois cents hommes qu'il avait
sous ses ordres, la moiti seulement taient mon-
ts et encore sur des chevaux peu prs inu-
tiles.
Voil quelle est la situation de l'arme espa-
gnole Cuba Il n'est pas surprenant que beau-
coup de ces hommes faiblissent la tAche que
l'on attend d'eux. Les insurgs sont pousss
agir et souffrir par esprit de patriotism; le
soldat espagnol, lui, n'a pas ce stimulant, et il
se rjouirait de n'importe quel vnement qui
l'loignerait de la lutte et lui permettrait de se
reposer des privations et des souffrances qu'il
endure actuellement.
A. B. de Guereille.

---DENIRE N----UELE


DERNIeRES NOUVELLES


Une dcdpche de La IIavane announce qu'une
panique prvaut dans l'arme espagnole en con-
squence des proportions terrible que la fivre
jaune a prise durant ces derniers jours. Dans San-
tiago, il y a 4,500 soldatsdans l'hpital; le major
gnral Linez est mourant. Presque tous les offi-
ciers de l'tat-major du gnral Arolaz et le g-
nral lui-mme sont atteints de la contagion. Le
gnral Weyler a ordonn de construire de nou-
veaux hpitaux le long de la Trocha.
Les plus dsolantes nouvelles arrivent de
Matanzas. La mortality est d'environ 60 pour
cent et il est devenu trs difficile d'enterrer les
morts.
Les hpitaux La Havane contiennent prs
de 6,000 patients et leur nombre s'accrot tous
les jours davantage. Les mdecins ne voient pas
comment prvenir cette grande pidmie. L'tat


des troupes espagnoles le long de la Trocha est
terrible. Elles sont mal nourries, leurs vtements
sont en haillons et elles sont forces de boire
dans les ruisseaux o flottent des carcasses
d'animaux.
Le vapeur Tritn, venant de la cte nord
de Pinar del Rio, a dbarqu 150 soldats ma-
lades. D'autres arrivent tous les jours par che-
min de fer.
Dans les cercles militaires, on estime que
les 45,000 homes de renfort qui vont tre exp-
dis en septembre suffiront peine combler
les vides faits dans les rangs par une mortality
beaucoup plus leve cet t que l'anne passe.
Le gnral Maximo Gmez et son lieute-
nant, Calixto Garcia, marchent vers l'est. Leur
march rapide n'est pas sans causer de vives
inquitudes aux autorits militaires espagnoles.
Le gouvernement a supprim les commu-
nications tlphoniques entire Madrid et Sara-
gosse ; ce fait est vivement comment. On ra-
conte que les femmes du people ont renouvel
leurs manifestations et ont parcouru les rues de
Saragosse en criant: Que les riches aillent
Cuba comme les pauvres! Les cris pousss par
ces femmes taient une protestation contre la loi
militaire qui permet de s'exempter du service
moyennant 1,500 pesetas. D'autres manifestantes
criaient:. Vive l'Espagne, mais que nos enfants
restent ici!
En presence des rclamations de la Rpu-
blique Argentine, faisant valoir son droit de pr-
frence pour l'achat du croiseur Garibaldi, la
maison de construction de Gnes aurait dclar
qu'elle ne pouvait pas vendre ce btiment l'Es-
pagne. On s'attend aujourd'hui une longue dis-
cussion la Chambre propos de cette question
des croiseurs.
Dans un interview, M. Sagasta a dclar
que les circonstances sont trs graves. En pr-
sence du prochain envoi Cuba de 80,000 hom-
mes, d'autres ventualits sont probables; M. Sa-
gasta ajoute que les circonstances sont pres-
santes, car l'arme de Cuba reoit sa solde en re-
tard; une solution du conflict financier est donc
urgente.
La situation parlementaire ne s'est pas mo-
difie. L'obstruction des libraux est acharne.
Le bruit court avec persistence que M. Cnovas
serait dcid a quitter le pouvoir s'il ne peut ob-
tenir les resources ncessaires pour faire face
aux besoins. D'autre part, les libraux sont dci-
ds a empcher le vote du project concernant le
fermage des mines d'Almaden. Au Snat, l'obs-
truction continue contre le project tendant ve-
nir en aide aux Compagnies de chemins de fer.
Le ministry de la guerre, en Espagne, a
dclar qu'il n'avait pas de nouvelles de Cuba
au sujet des combats don't les journaux parent.
Dans les cercles politiques espagnols, on
croit une crise ministrielle imminent.
D'aprs un tlgramme de La Havane, re't(
Kly-West, une rencontre sanglante aurait eu
lieu Santiago de Cuba, entire 3,000 Cubains,
commands par Rabi, et le mme nombre d'Es-
pagnols. Ceux-ci auraient t obligs de battre
en retraite, aprs avoir prouv de grosses
pertes.
A Valence, un group d'une cinquantaine
d'individus arms de fusils aparcouru les environs
de la ville, tirant sur les employs de l'octroi.
La police, qui s'tait porte leur rencontre, les
somma de s'arrter; il fut rpondu cette som-
mation par plusieurs dcharges qui blessrent
un inspecteur, deux agents et une femme. Les
villages environnants ont t parcourus par
d'autres groups arms. On croit qu'il s'agit d'un
movement rvolutionnaire. Des patrouilles de
gendarmerie parcourent les routes qu'ont prises
diverse bandes; un escadron de cavalerie s'est
mis la poursuite d'un group qui s'est pr-
sent dans un village des alentours. L'appari-
tion d'une bande de rvolutionnaires aux en-
virons de Valence est officiellement confirme.
On ignore l'opinion politique des rebelles; ce-
pendant on pense que ce sont des rpublicains.

--------^ -------

LA PRESS FRANAISE
Et la Guerre de Cuba

Demain :

Les influences climatriques ont parfois des effects
bien tranges. Ainsi dans la pninsule, les Espa-
gnols acclament les Franais, les couvrent de fleurs,
les portent en triomphe. Aux Antilles, nous sommes
traits d'une faon tout autre : les Espagnols se
jettent au cou de nos compatriotes, mais avec tant
de violence qu'ils les gorgent, tmoin les quatorze
Franaisde la manufacture Betharte, occis le 17 juin:


l'un d'eux, un nomm Duarte, avait mme dploy-
un drapeau tricolore pour rvler sa nationalit; il
n'en fut pas moins massacre. D'o viennent ces
inexplicables divergences de procds?
A propos de Cuba, les 120,ooo hommes du corps
expditionnaire ne parvenant pas craser l'hroque
phalange des insurgs, oo,ooo hommes vont encore
tre dirigs sur l'ile en aot, octobre et dcembre.
Courage, Maceo, mettons flamberge au vent et
bravoure en campagne...


Le Petitl Vr.' Toulon:

La situation du ministre conservateur espagnol
semble de plus en plus difficile. Il ne faut donc
point s'tonner des bruits de crise qui courent
Madrid. La question de Cuba proccupe surtout le
president du Conseil et ses collgues. On en trou-
verait le tmoignage loquent dans le fait des pro-
messes formules, l'autre jour, par M. Canovas del
Castillo dans le discours qu'il a prononc aux
Corts.

Un tel language de sa part n'en est pas moins ca-
ractristique. Il rvle les embarrass du gouverne-
ment. Le gnral Weyler a beau .prendre des me-
sures et payer de sa personne, la mtropole a beau
lui envoyer renforts sur renforts, les insurgs conti-
nuent garder la champagne. Or, c'est chaque jour
pour le Trsor espagnol une dpense de un million de
francs. Comment l'Espagne pourrait-elle tenir long-
temps avec des dpenses aussi disproportionnes
ses forces ?

Les insurgs ne vont pas jeter bas les armes par
ce seul fait que M. Sagasta se sera assis dans le fau-
teuil de M. Canovas. De plus, les libraux sont divi-
ss sur les measures qu'il conviendrait de prendre,
comme ils le sont sur l'opportunit des subventions
accorder aux Compagnies de chemin de fer. Dans
ces conditions, ce n'est peut-tre pas une crise mi-
nistrielle seulement qui s'apprte, mais un vri-
table gchis gouvernemental.

Le Petit IHare:
. .,. . . . . . . . . . . . . . . ., . ,.* .- .*.
Depuis le temps que les journaux nous entre-
tiennent des victoires remportes Cuba par les
troupes de la mtropole, on pourrait s'tonner de
voir la Rvolution plus vivace que jamais, si l'on
ne se rendait compete des conditions assez peu meur-
trires, en some, de cette guerre d'escarmouches
et si l'on ne connaissait l'indomptable nergie des
Cubains, capable nagure de tenir en chec, pen-
dant prs de dix ans, de 1868 1878, les forces espa-
gnoles.
Puis il faut se souvenir aussi du caractre natu-
rellement hyperbolique de nos voisins d'outre-
monts, et l'un de nos confrres de Bruxelles ne se
fait pas faute d'y insisted, avec une lgre point de
malice.

D'ailleurs, s'il est vrai qu'un retirement se pro-
duise dans lh press, ce n'est gure, coup sr, en
faveur des Espagnols.

Mais est-il possible aussi d'oublier les exactions.
sculaires don't furent victims les Cubains? '




TIMBRES-POSTE CUBAINS

Nous avons l'avantage d'annoncer nos lec-
teurs que la vente des timbres-poste cubains
continue.
La collection se compose de quatre couleurs dif-
frentes : mais sontde2, 5,10,
le dessin, repr- 25 centavos (le
sent ci-contre, centavos qui-
est le mme vautOfr. 05 de
pour tous les monnaie). Nous
timbres. sommes en me-
Les timbres sure d'affirmer,
preuves en mains, qu'ils circulent librement en
France. Ces timbres sont la disposition de
toutes les personnel qui en front la demand
contre remboursement.




aRILOS iMANUEL DE CnSPEDIES

POR

C, M. DE CSPEDES Y QUESADA


Un tomo de 343 piginas, con el retrato'
y autografo del primer president de la
Repuiblica Cubana.

Precio : 10 francos el ejemplar (pag'o al
contado) mas el franqueo
Quedan pocos ejemplares


L'Administrateur-Grant : FOURREAU.

TnoYrs. Imprimerie G. ARCOUIN, rue Thicrs, 126-"


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