Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: June 25, 1896
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00024
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
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Patrie et Libert


RDACTION & ADMINISTRATION PRIX DE L'ABONNEMENT (EN FRANCE)
RE T PAYABLE D'AVANCE:
20, Rue Saint -Vincent-de-Paul Ire Anne PARIS 25 Juin 1896 O Une anne...................................
Un sem estre................................... 15 fr.
ADRESSE TLGRAPHIQUE: A O G trimestre ........ RAN .. .......... 50
E TL bnAPHE:1,- PARiIT TOUS LES JEUDIS A L'TRANGER
T -L.PH O NE Une anne................ ..................... 3 fr.
Ps ne our les Annonces et Rclames, s'adresser M. L. GUAGLINO, 39, rue de Chartres, NeuillU-sur-Seine. un semestre............................... .11
Les manuscripts ne sont pas rendius 1N x'UMERw.......... O fr. a1


n13


il4j


AUX CUBAINS
ET AUX PORTORICAINS

Constitution de la Rpublique de Cuba
ART. 19. Tous les Cubains sont obligs de
servir la Rvolution de leur personnel ou de leurs
biens, suivant leurs aptitudes.

Bases du Parti Rvolutionnaire Cubain
ART. 8. Le Parti Rvolutionnaire Cubain se
propose rsolument :
I. D'unir,dans un effort commun et persv-
rant, l'action de tous les Cubains rsidant
l'tranger.

IV. De runir des fonds d'action pour la rali-
sation de son programme et d'employer constam-
ment de grandes resources pour la guerre.

Le Dlgu plnipotentiaire de la Rpublique
Cubaine New-York rappelle aux Cubains rsi-
dant ou se trouvant accidentellement l'tranger,
qu'ils doivent tous, absolument tous, continue
aider rgulirement de leur argent la Dlgation,
pour l'envoi des armes et des munitions desti-
nes leurs frres, qui luttent e't qui versent leur
sang pour la patrie sur les champs de bataille.
Ces articles imposent aux Portoricains les
mmes devoirs qu'aux Cubains.
Les cotisations, en Europe, sont reues Pa-
ris, chez le Dlgu, M. le Dr R.-E. Btances,
6 bis, rue de Chteaudun.




LA SITUATION A CUBA


D'un tmoin impartial


UN RCIT DU TIMES
Le 3o mai dernier, le correspondent du Times, de
Londres envoyait de La Havane, ce journal, une
longue correspondence sur la vritable situation de
la Grande Antille, au point de vue militaire, social
et conomique.
Cette correspondence est, de la premiere ligne la
dernire, d'un trs grand intrt. Le manque de
place nous oblige toutefois n'en traduire que les
principaux passages.
Les voici :
Les pluies ont commence et, de toutes parts, les
autorits donnent avis que l'on entire dans la saison
des eaux. L'arme espagnole ne peut plus aujour-
d'hui, quelque bonne qu'elle soit, et en dpit de la
volont du gnral en chef, prendre une offensive
nergique contre les rebelles. Il y a plus, les souf-
frances des soldats vont avoir, trs certainement, un
caractre plus grave : la grande majority de l'arme,
en effet, se compose de tout jeunes gens, non accli-
mats. On peut s'attendre ce que la fivre jaune
fasse dans leurs rangs de nombreuses victims. De
nouveaux hpitaux,sont crs sur une grande chelle,
mais toute l'intelligence et tout le soin des mdecins
deviennent impuissants contre une pidmie de livre
jaune. La saison des pluies ne semble pas effrayer
les insurgs. L'un d'eux me disait que quatre gn-
raux venaient d'arriver leur secours. Ces gnraux
s'appellent : Juin, Juillet, Aot et Septembre. J'ai
bien peur que mon ami le rebelle ait raison et que
les pertes des Espagnols, pendant ces quatre mois,
soient trs importantes.


La tactique des insurgs triomphante
Aprs un rsum historique de la revolution ac-
tuelle et de son rapide dveloppement, le correspon-
dant du Times continue ainsi :
Ds les premiers jours de 1896, la rebellion prit
nettement le caractre d'une guerre entire Cubains
et Espagnols (the rebellion distinctly assumed the
character of a war between the Cubans and the spa-
niards).
Dans cette guerre, il est vrai, on ne lutte pas sui-
vant les principles militaires, ou en une srie d'actions
dcisives, Le seul systme employ consiste chas-
ser les Espagnols de Cuba en ruinant l'ile et en pui-
sant ventuellement les resources de l'Espagne.
L'excuse donne par les rebelles pour l'emploi de
ce systme, est que, avec seulement 40,000 com-
battants et une
quantit trs limi-
te de munitions,
il leur est impossi-
ble de liver des
batailles ranges .-.
centre les 175,000
soldats espagnols
actuellement sous -
les armes Cuba.
Qu'ils aient tort
ou raison dans la
mthode qu'ils ,
emploient, on ne
saurait nier que
leur tactique a,
jusqu' ce jour, ;
triomph. Les Es-
pagnols ont perdu
compltement
toute autorit sur
les districts ruraux
et il ne leur est
plus possible de
faire payer les im-
pts et respecter
les lois en dehors Henri
des limits -des
villes o ils tien-
nent garnison.
Ineptie militaire espagnole
Mais qu'ont donc fait les Espagnols pour per-
mettre aux rebelles de se rendre maitres du pays ?
La question est embarrassante. Les gnraux espa-
gnols ont t la fois out manuvrred (sans tac-
tique) et out generalled (sans prestige).
Ils ont commis la grande faute de considrer
come infrieure (under rating) la force de leurs
ennemis. Quand le movement clata,en fvrier 1896,
on supposait que l'arme espagnole Cuba s'levait
au chiffre de 20.000 homes. Je doute que la moiti
de cette force ait t effective. Tous les efforts de
l'Espagne tendirent lever cette arme au chiffre
norme d'aujourd'hui Et cependant, malgr tant
d'efforts et de sacrifices, les troupes espagnoles
se bornent se maintenir sur la defensive,
tandis que le pays se ruine.
Il y a certes une excuse cette attitude pour les
derniers quatre mois: la saison des pluies. Mais quelle
excuse pouvait-on invoquer pour justifier l'inaction
des quatre mois qui avaient prcd cette saison ?
Ciacun pour soi
La vritable explication de la situation actuelle de
l'Espagne Cuba, il faut la chercher, trs probable-
ment, dans ce fait que, aussi bien dans l'adminis-
tration civil que dans l'administration militaire de
l'le, il v a, avec excs des employs qui ont besoin
d'affiler les haches come dit le refrain anglais:
Have axes to grind. La hache peut tre grande ou
petite, elle divise l'argent sur une grande chelle. Il
v a encore le dsir d'obtenir une consideration ou
une promotion ; ce dsir existe ici partout et l'admi-
nistration espagnole est domine par lui jusqu'aux
extremes limits.
La faim en perspective
L'Espagne se trouve, en outre, en presence d'un
danger ajouter celui de la rebellion. Les villes
sDnt pleines de rfugis, parmi lesquels un grand


nombre de femmes et d'enfants. Les provisions de
vivres sont presque puises, et elles auront com-
pltement disparu dans quelques mois. On n'a
presque rien sem pour satisfaire aux ncessits lo-
cales, et les rebelles ne permettent pas que les pro-
duits des champs soient transports dans les villes
pour y tre vendus. Les habitants sont donc obligs
de se contenter, pour vivre, de ce qui vient du de-
hors. L'exportation, d'aujourd'hui la fin de l'an-
ne, atteindra les chiffres suivants :
Sucre. i80,ooo tonnes 9 livres...... i.620.000
Cigares. 70,000 8 livres par mille... 560.ooo
Tabac en feuilles. -30,ooo tercios 5 liv. 15o.ooo
Fruits............. ..... ............. 200.000
Fer .................... ......... ... 00.000o
. 2.630.ooo
Ces 2,630,ooo livres reprsentent la puissance com-
plte d'achat de la
communaut jus-
qu' la fin de la
prsente anne. Il
est hors de doute
S:qu'elle ne suffira
pas payer les se-
cours en vivres
~ envoyer de l'tran-
ger pour la sub-
sistance des habi-
I~ t ants des diverse
villes cubaines,
lesquels sont au
nombre de plus
d'un million. Les
Cubains sont
d'une race impr-
voyanteet ils n'ont
I' pas d'conomies
Ssuflfisantes pour
affronter ladisette.
i 'On peut dire sans
exagration qu'il
n'y a pas d'ar-
gent dans le
ochefort pays. A moins
qu'on ne finisse.
par dcouvrir
quelque remde
cette situation, la grande majority de la population
sera en proie la famine avant que quelques mois
se soient couls. Cette situation prcaire, et que
personnel aujourd'hui ne saurait contester, poussera
de nombreux habitants au dsespoir et causera 1rs
probablement des troubles La Havane et dans
d'autres grandes villes. Les habitants desdites villes,
en effet, ne peuvent plus se procurer de travail, les
industries de Cuba tant ruines. Or, sans travail et
sans resources pour acheter des vivres, ces gens-l
vont l'abime.

Pratiques financires espagnoles. Toi, qui
ne peux pas.....
En presence de cette horrible situation cono-
inique du people, on pourrait naturellement suppo-
ser que le gouvernement espagnol va trouver oppor-
tun et recommandable de rendre moins lourdes les
charges publiques, et, abaissant les droits sur les
articles d'exportation et spcialement sur les farines
et autres denres ncessaires l'alimentation. Telle
ne parait pas tre cependant l'intention des
wiiseacres qui s'occupent des affaires cubaines.
Les calculs pour l'anne conomique de 1896 97
donnent :
Frais........ 92.000.000 de pesos or
Rentres.... 30.000.000 -

DFICIT... 62.000.00 -
Fort bien. En 1894, alors que l'ile tait en paix, le
chiffre des recettes s'levait seulement 20.000.000
de pesos. Je demand comment, dans l'tat actuel
du pays, et tant donne l'impuissance du gouverne-
ment faire rentrer les impts, on peut obtenir une
recette de 30.oo0.o00 de pesos. On me rpond: En
augmentant les droits de douanes. Cette ide est
tout simplement une norme folie. Avec les indus-
tries du pays ruines et les habitants mourant de


faim (starving), faire une telle proposition est
absolument cruel.

410.000.000 DE FRANCS DE DEFICIT
PAR AN
Si l'Espagne continue rester Cuba dans les
conditions actuelles, ses frais ne seront, sans aucun
doute, pas infrieurs 92.000.000 de pesos or, et ses
recettes ne dpasseront pas ro.ooo.ooo de pesos.
Le deficit, 82,000,000 de pesos, soit 410,000,000
de francs, devra tre pay par le Trsor espa-
gnol. Le people espagnol commencera probable-
ment mieux comprendre les vnements et la
situation de Cuba, quand on exigera de lui des im-
pts nouveaux pour payer une pareille some.
La municipalit de la Havane a, elle aussi, les
mmes ides en ce qui concern to make both ends
meet, c'est--dire : Il faut que l'toffe suffise quand
mnme. La semaine dernire elle a public un dcret
levant de 5 o/o l'impt sur toutes les industries.
Le comble du chaos financier
Pour augmenter davantage encore le chaos finan-
cier de Cuba, la Banque Espagnole (de Cuba) a t
autorise mettre des billets' pour une valeur de
12000,000o de pesos, soit 60,000,000 de francs. Cette
some sera garantie par une encaisse mtallique
fournie par le Trsor. Mlais il n'est pas fait mention
du chiffre de cette encaisse mtallique destine a
garantir une pareille sommne de papier-monnaie.
Peut-tre s'agit-il du premier pas vers le course force
d'un papier-monnaie inconversible.
En presence du long extrait qu'on vient de lire
de la lettre d'un homme qui, s'il avait une opinion,
serait-plutt favorable la mtropole en lutte pour
conserver une de ses colonies, nos lecteurs sont en
measure de se faire une iie exacte de l'importance
de la Rvolution Cubaine et de l'affollement finan-
cier et militaire que l'Espagne lui opose. Jamais il
n'avait t plus de circons:ance de dire : Ceux que
Jupiter veut perdre, il commence par les rendre
fous.
Ermitanio.

---------*~-------

UN PEU DE VRIT


Veut-on voir clairement combien sont faux les
tlgrammes don't le gouvernement espagnol
alimente la press parisienne? Qu'on lise le pas-
sage suivant d'une lettre crite au vuoL'oJMuntdo
de Madrid par son correspondent de La Ilavane:
Je fais allusion au rgime de mensonge ou, si l'on
veut, de dissimulation de la vrit, inaugur ici. Les
correspondents de journaux ne se rendent au tl-
graphe ou la poste qu'aprs en avoir reu l'ordre
de la Capitainerie Gnrale.
Dans un autre passage de cette lettre, nous
trouvons l'opinion suivante, mise par un bril-
lant of/i'ier d'artillerie :
Le camp d'Artemisa Majana est une formidable'
sottise. On a dpens l des sommes folles. Pour-
quoi? Pour que 3o,ooo homes restent les bras
croiss dans la paresseuse et dmoralisatrice inacti-
vit du campement. Les soldats jouent, boivent,
font tout ce qu'il faut faire pour ne pas trouver
d'ennemi et que le dgot n'entraine pas la corrup-
tion du bon esprit militaire. Pendant ce temps,
Maceo, de son ct, n'tant poursuivi par aucune
force suffisante, fait ce qu'il lui plait. Cela resemble
assez ce mari qui jetait la clef de la chambre dans
laquelle se trouvait sa femme avec un amant afin
que... les voisins ne sachent rien.
Voili, confi'res parisiens. comment, de la
meilleure foi du monde, vous aidez l'Espagne
a se procurer l'argent dles IFranrais, alors que
ce pays n'aura plus demain la possibility de
payer ses dettes et que, tous les jours, il vous
trompe avec ses fausses nouvelles.


*


[t






LA REPUBLIQUE CURA!NE


25 JUIN 1896.


HENRI ROCHEFORT

Etant l'homme le plus populaire de France,
Rochefort est coup sr le mieux cpnpu.
L'tranger ou le jeune homme n'ont eu, d'ail-
leurs, qu' ouvririle D&clionnai'c Larousse orit ;
feuilleter n'importe quelle brochure biographique,
puoi, ip'rendre .que Victor-Ilenri-Jules marquis,
dp Rochgfort comte de Luay, naquit Paris.en,
.831, fit ses tudes come boursi.er au college,
Saint-LouisP quq renonganpt a la millcinji:- par,
suite d'une extme nervosit et devenu le seul
soutien de sa mre et de ses trois sours, il donna
des lerons de llir,i. entra ensuite ,l'I-Hit) de
Ville come employ, aux modestes appointe-
ments de cent francs par mois, et, s'vadant, peu,
i:peu de,l'administration par: l porte entre-baille
de la littrat ire, fut successivement critique
thttral, auteur dramatique, un moment sous-
inspecteur des Beaux-Arts, puis chroniqueur,
avant de devenir l'incomparable pamphltaire
qui transpera 1'( mire, et l'homme politique de
notre sicl'e qui, soutenu par une grande popula-
rit sans example, mit mal le plus grand nom-
br de governments.
Le Larousse et les biographies retracent fidle-
ment les dbuts la Presse Th/eirale,.au Chari-
vari, au Nain Jaune, au Figaro encore hebdo-
madaire, au Soleil, alors exclusivement littraire;
la publication de ces chefs-d'ceuvre de verve
mordante, la Grande Bolhie e, les Franais dle
la Dcadence, les Signes du lemps ; l'apparition
de ce brlot vengeur, La Lanterne, don't la cou-
verture rouge portait, ct du luminaire clai-
rant les entnbrs, cet autre emblme, la corde
destine, comme aux jours de la grande Rvolu-
tion, pendre les malfaiteurs. Ils.disent les
duels.retentissants, les vaudeville ptillant d'es-
prit et de sarcasm : Un Monsieur bien mis, Je
suis mon fils, Les Roueries d'une ingnue, La
Vieillesse dle Brididi, Les Pinceaux d'IHlose,
petc,; puis les vicissitudes de la vie politique,
l'lection de Rochefort Belleville, le 25 novem-
bre 1869, la foundation de La Marseillaise, l'em-
prisonnement Sainte-Plagie, suivid de l'avne-
ment l'ilItel de Ville comme membre du Gou-
vernement de la Dfense Nationale; la lutte dans
Le Mot d'Ordre contre la reaction et pour la
libert sans tiquette de sexe pendant la Com-
mune, la deportation en Nouvelle-Caldonie,
l'vasion, la rapparition en Europe, l fdndation
de L'Intransigeant, la lutte contre les exploiteurs
de la troisime Rpublique, l'exil Londres,
l'amnistie, les apothoses du retour et la lutte,
reprise avec la terrible plume de La Lanterne,
contre les faux dmocrates et les ennemis de
toute libert.
Tout ceci est connu, appartient l'histoire;
mais ce que seuls peuvent connatre ceux qui'
ont approch Rochefort dans l'intimit, c'est
cette vigoureuse haine de l'injustice qui a fait
d'un gentilhomme de lettres un polmiste ou
plutt le polmiste populaire ; c'est ce sentiment
profound d'humanit qui, demi-voil parfois sous
une apparence d'ironiste, lui a toujours fait, pour
soulager les misres, prodiguer l'argent aussi
facilement qu'il le gagnait et, malgr son exp-
rience de l'ingratitude, l'amne l'aide de toutes
les dtresses individuelles ou sociales; c'est enfin
et surtout cette infatigable activity que les an-
nes ne peuvent entamer. II a neig sur le l-
gendaire toupet qui surmonte son front et con-
tribue h l'originalit saisissante de la physiono-
mie, mais l'esprit est rest tout aussi alerte qu'au
jour o, prs du cadavre de Victor Noir assassin,
l'crivain, entire les mains duquel la plume deve-
nait pe, lanait son dfi l'empire et ses
souteneurs. A l'poque toute rcente o, sous
l'ternel prtexte d'assurer l'ordre, la reaction
installe au pouvoir mditait de transformer la
France entire en une immense gele, Rochefort,
du fond de l'exil brumeux o le tenaient les
proscripteurs, dfendit avec une vhmente in-
dignation la libert et les droits de ses compa-
triotes; son journal fut celui qui, de tous, mena
l.a lutte la plus franche, la plus hardie contre
l'arbitraire. Toutes les corruptions qui dshono-
rent notre poque et notre socit l'ont trouv
debout pour les combattre, et tous les mouve-
ments gnreux, toutes les nobles causes ont eu
en lui un dfenseur; come il a glorifi Gari-
haldi, insult par l'ultramontanisme, il a fltri
Weyler, absous par les journalists d'affaires,
la solde de l'ambassade d'Espagne.
A l'poque dj lointaine, vingt-deux ans
nous en sparent oit ayant russi sa surpre-
nante vasion de la Nouvelle-Caldonie, Roche-
fort traverse les Etats-Unis pour retourner en
Europe, il fit h New-York la connaissance du
journalist irlandais O'Kelly, qui arrivait de


Cuba. Par lui d'abord, puis par des families pios-..
crites, il apprit l'pope qui se droulait *l;nii l1;
grande le. grande surtout par l'hrosme, etil;,
donna routes ses s ynmiii.tli.. aux homes
qu'enflaimmait la noblq pa--i..u de la libert. La
11, nlioilioin. npo' vaincue mais endormie par M'ar-
tinaz C nl. a.. Zanj6n, s'estrveille et, au-.
jourd'hui come alors, Rochpfort est avec ceus.
qp i coibattent pour Cuba Libre.
Signe caractrisque, l tchefort, devenu' dmo-
crate tiilt in demeufan gentilhomrpe, a- corn-.
pltemiqnt oubli.qu;li ttait marquis.. A.une po-.
que d'pre cure, oi les parvenus de la veille ne
songent qui' s'affubler de titres retentissants,
Ilochefort se content d'tre l'incarnation aime
de l'esprit parisien et l'intransigeant champion
de la libert : c'est assez beau.
Cosmno.
--------^ t -,--------

UNE AUTORITE

Jamais colonie n'a t aussi impitoyablement
exploite par une mre. patrie.: iilil.: .1 impr-
voyante.

Si l'Espagne s'entte dans.soii orgueil casLillan
et s'obstine dans le protectionism, un jour ou
l'autre Cuba se snparera arec clat (dl' une mrnu
prairie qui ne lui rend plu.!s auciun sercire et
qui l'opprime. Ce serait une humiliation pourl
l'Espagne. Les Espagnols auront eu le mrite de
peupler prs de la moiti du nouveau monde,
mais ils n'auront pas su le conserver,.parce qu'ils
ont oubli qu'une colonie nest pas faite pour en-
graisser les fonctionnaires de la mtropole et
pour rester ferme au commerce tranger.
Paul Leroy-Beaulieu.
(La C.olonisation chei les Peuples modi'enes.--Pages
266-2(8>).
----------.^.--------

IL COMBINE

Le nez, son nez grotesque, coll la carte de
Cuba, et son corps plus grotesque encore coll
h son nez, Weyler combine. 11 en devient aveu-
gle et sourd et il confond tout: Quintin Bandera
(gnral cubain) avec San Quintin (rgiment es-
pagnol), d'o ces rencontres sanglantes entire ses
troupes; les balles Mauser avec des explosifs, et
le drapeau castillan avec le sang, des insurgs.
Il voit rouge et il ne rpond tout que par un
mot : Tue.
0On raconte qu'un soir un officer venant lui
fair son rapport :
Gnral, dit-il, deux femmes sont tombes
mortes de faim aux portes du palais.
Fusillez, rpondit Weyler.
Gnral, la trocha linee fortifie) un raz
de mare a combl les fosss.
Fusillez-le !
Gnral, h la Siguanea, le gnral La-
chambre..
Fusillez! cria-t-il; un Franais? fusillez!
L.- Fi.-ai ai- ne rclament jamais !
Lcha.mbre, qui a t'oblig de quitter Cuba,
tait un' de ses- gnraux, et des plus mauvais,
entire parenthse.
Et Weyler combine.
11 ordonne au gnral Bernal, qui se trouve
trois journes de march de Cacarajicara, o
se tient Maceo, de s'y rencontrer le lendemain
avec Suarez Inclhn, qui en est loign seulement.
de quelques kilomtres, et d'attaquer ensemble.
Surez Incln arriv seul, heure fixe', est
cras; niais c'tait une combinaison. Weyler
a annonc au monde une grande victoire. 11
faut qu'il tue, les siens ou les autres, peu im-
porte.
Il combine et il tue.
Les Crtois ont dit du pacha Abdullah lanc
sur eux: Nous avions demand un gouverneur
et on nous a envoy un sabre , et nous, Cubains,
nous pouvons dire: Nous ne demandions rien
du tout et on nous a envoy un poignard .
La grande politique consiste exterminer.
Exterminons d'abord les Cubains, a dit le bon-
homme Canovas, l'minent home d'Etat de
La Epoca, et nous leur accorderons des r-
formes aprs. L'honneur espagnol avant tout.
Ecrasons d'abord les Crtois, a dit le sultan de
Constantinople, et nous reviendrons ensuite aux
conventions d'llalpa (le Zanjn Crtois). Avant
toutes choses, la dignit de la Sublime Porte.
Il y a pourtant une difference dans la situation
des deux les.
Lorsque les bachi-bouzouks musulmans se
livraient en Armnie h toutes les horreurs des
massacres sans merci, lord Salisbury, Brigh-
ton, se fit le porte-voix de l'Angleterre mena-


ante et arrta le bras des assassins. En Crte
c'est le come Goluchowski qui, au nom de la
Russie, lance la menace et fait rflchir le Com-
mandeur des croyants.
A Cuba, pendant que l'Amrique tout entire,
assistant de prs: au drame qui s'y droule,.
pousse au nord et au sud un cri ]'iI;_- ii;.:,n
centre l'Espagne et envoie ses voeux sympathi-
ques, aux Cubainsf; pendant que le pepper, en
Belgique,, a qui nos flibustiers rappellent les
gueux de, mer, en France d'of les volontaires,.
soldats et ..11i .: ;s, parent chaque jour et vont
s'enriler aux ordres de Maximo GUinez, de Maceo
etlde Calixto Garcia, en Angleterre, en Autriche
qui leur envoient des officers, en Italie o le
parti rpublicain s'enthousiasme pour la lutte,
en Espagne minue, o la dmocratie intelligence
nous soutient: pendant que de routes parts le
peiuple, dis-je, s'meut et applaudit, les gou-
vernements voient d'unriil immobile se drouler
d'effroyables \inements, la press en est encore,
sauf d'honorables exceptions, soutenir les com-
binaisons d'un fou plus ivre de sang que .M'ral,
et les banques nii:,.i..":l des eimprunts h I'Esp:v
g;'.e, en banqueroute et prparent la ruiniii de
leurs .clien ts.
Cependant, lorsque S. E. Crispi envoya lIs sol-
dais italiens en Afrique, et que, dfaits par un
chrtien demi barbare, le ngus fit preuve de
tant d'humanit, toute l'Europe applaudit, et des
journaux, qui n'taient pas encore vendus a l'Ita-
lie, proposrent de le surnommer Mnlik le
Magnanime. Lorsque les Anglais se lancrent sur
le Transvaal, et que vaincus et prisonniers ils
se sont trouvs on face d'un homme de bien,
l'honorable president Kriigeir, plus grand encore
par sa prudence et sa gnrosit que par la force
des armes et le courage de ses concitoyens, en le
voyant pardonner les coupables avec tant de
grandeur d'ime, tous les peuples ont cri: Su-
blime !
A Cuba, c'est diflrent. On n'admire que le
fou furieux qui, come tous les fous, combine.
Et quelles combinaisons !
Il' avait jur en arrivant (fvrier 96) de ba-
layer (sic), pendant la saison sche, les- provinces
occidentales de Pinar del Rio, o Maceo tait entr.
avec cinq mille hommes et of il se trouve au-
jourd'hui la tte de dix mille. Le manche du
balai lui est rest nu entree les mains.
Il avait promise de raser les provinces de La
Havane et de Matanzas, et les partisans n'ont fait
que se multiplier. Son rasoir ne lui sert qu'
gorger des prisonniers.
Souponnant tous les Cubains de servir d'es-
pions l'ennemi, il avait combin l'isolement de
Maceo, par la trocha de Mariel B Majana, dans
la province de Pinar del ltio, avec la concentra-
tion dans ls-illes, oit il prtendait les parquer,
des habitants des campagnes, pour river les.
insurgs de renseignements sur la march de ses
troupes, et les pluies, qui ne tombent que sur les
Espagnols, dfoncent la trocha inexpugnable, et
Maceo fait passer ses gnraux Collazo de dehors
en dedans et Bermidez de dedansen dehors,
come il lui plat, et l'encombrement a produit
d'pouvantables pidmies de dysenterie, de
variole, de vomito, de fivres larves, mconnues
des mdecins pninsulaires..
Il avait imagine combinaison sublime -
d'enfermer Macco dans la souricire de Pinar del'
lRio, en. accumulant, sur la troche, bataillons sur
bataillons, cinq:uante mille -hommes, sauf h d-
garnir les- provinces orientales, et voili M1aceo
qui'lui crit pour lui indiquer les points faibles
de la ligne fortifie, et qui lui affirme qu'il pas-
sera toute la saison des pluies dans la province
of il se trouve trs bien; puis, tout coup,
Mximo (Gmez, (arcia et l'Indien Iabi appa-
raissent l'autre extrmit de l'le, battent
plate couture deux de ses gnraux et lui tuent
mille homes, la bataille de Najaza.
Enfin, il avait combin l'encombrement de ses
soldats d'une part et celui des campagnards de
l'autre, avec la peine de mort dicte contre qui-
conque resterait, dans les champs, en cominuni-
cation avec les insurgs, et aujourd'hui il rejette
hors des villes cette population affame et dsar-
me, sous prtexte qu'elle pourrait fire con-
natre ses combinaisons. et lui ordonne d'aller se
faire nourrir par les siens, aux postes insurgs,
sauf lancer sutr elle par les routes ses bachi-
bouzouks catholiques.
C'est ainsi qu'il fait et qu'il dfait, qu'il
triomphe et qu'il recule, qu'il tue. qu'il gorge
et qu'il massacre. Et les gouvernenments euro-
pens restent impassibles.
Dame !... il combine !
El Antillano.

.


L'TAT DE GUERRE

L'Espagne s'obstine nier que l'tat de guerre-
existe Cuba, ce qui quivaut vouloir catcher
le ciel avec un,moucoir..
Qu'onlise les lines suivantes publies dans le
.e'c- )ork. 11 "orld du,. juin :
En rponse i la demand du ginral, Bradley
T. Jobson (g.nral nord-amricain),. tendant il
obtenir l'autoisation de visiter,.un citoyen am-
ricain, M. Thomas, R. Dawley, le,,cou'rageux
correspondent du Hlasperi, AIccl/,. arrt 'r-
cemmienbsur la dnoneiation de l'inhumain Mel-
guizo,. et dtenu au Morro ou la Cabafia, le
capitaine-gnral crit :
Les lois espagnoles interdisent tout
tranger l'entre dans les forteresses
espagnoles a.en temnp .de guerre.
Les autorits -I. '-n.1. -. ont ni catgori-
quement que Cuba tait en tat de guerre. Les
paroles qu'on vient de. lire semblent dire la
reronnaissattur o1/iciKlle dt la belligrance-
<'bai bne. n
Mais ce nest, pas::cette fois-seulement que
Weyler a reconnaul'tat, de guerreo Le A'e'r-or/
Tribune du 4 j in'. .lit; L'tat de:guerre a t
enfin p'ro'lamna Caub>L.Tellc est,l'unique et rai-
sonnable interp'tation .du. deraier dcret du
gnral Weyler., Leginiral es-pagiol a suspend
pour un an toutes-p.Otursuites exerces contre les
propritaires fonciers, relativement leurs pro-
prits... Bien que.dans le dit dcret il ne soit
pas faith mention de la guerre, le gnral Weyler
en confess l'existence, car nulle autre raison
que la guerre ne saurait justifier la measure prise
par lo chef de l'arme espagnole.
Les. journaux, qui font les rflexions qu'on
vient de lire ne sont pas des:journaux cubains.
En ce qui nous concern, habitus que nous
sommes voir, sous lecommandement du.gn-
ral Weyler, la. correspondence venant de Cuba.
affranchie avec les timbresde la Rpublique:
Cubaine, nous ne trouvons pas tranges les d-
clarations du gnral espagnol cities. ci-dessus.
Gageons qu'au gnral Weyler est chue la mis-,
sion de donner. l'arme espagnole l'ordre
d'vacuer Cuba.

-----C--O~~.q .-------

DIEU FLIBUSTIER

Ou les suites d'un malentendu,

Savez-vous qui est en train de turner au /li-
busiie'risme? Le' bon Dieu. Oui,, le bon,Dieu
lui-mme est sur le point de se brouiller avec les
Espagnols. Motif de la querelle : la pluie.
Les sympathiques sujets de Sa Majest Catho-
lique avaient toujours t, grlce .leur pit, '
leur clerg, leurs processions, en trs bons
terms avec le roi du ciel, et ils en avaient pro-
fit pour lui demander un petit service.: il s'agis-
sait tout simplement de faire tomber de l'eau
sur l'Espagne. Mais le bon Dieu avait, sans doute,
mal entendu ( son. Age, il- est permis d'avoir
l'oreille un peu dure), car.il s'obstinait ne pas
vouloir arroser la terre de Torquemada. Et les
Espagnols d'entonner de nouvelles prires:
Pre Eternel, par cett chaleur torrid, nous
sommes flambs si' tu- ne nous asperges (du ciel,
pas d'Argenteuir)'l
Qu'a fait le: Pre Eternel? Il s'est mis dver-
ser le contenu de son immense arrosoir... sur
Cuba. Notre Pre qui tes aux cieux, ilne faut
pas qu'il pleuve Cuba, afin que nos soldats
puissent oprer. Ne m'avez-vous pas demand
de l'eau ? En Espagne, brave Pre, mais pas
Cuba; ce n'est pas la merne chose. Comment,
ce nest pas la, mme chose Que me chantiez-
vous, alors, avec l'inlgrit de vote territoire ?
- Oh! c'est bon de dire ra dans les journaux de
Madrid et de Paris, bon l're ; mais, entire nous,
vous savez bien ie qui en est. Fallait donc le
dire Vous l'auriez bien compris, si vous
l'aviez voulu. Je ne comprends que ce qu'on
me dit. Dites plutt que vous comumencez
favoriser les rebelles; can la fivre jaune nous
fait beau oup de mal, a nous, tandis qu'eux ils .
s'en soucient come d'une guigne, ce qui en est
une pour nous de guigne. P>ourquoi cette injus-
tice ? Ah mais je n'ai pas de comptes h vous
rendre ; vous devriez savoir que nies voies sont
impntrables.
Et, petit petit, la querelle s'est envenime;
a tel point que le lon Dieu, perdant patience,
s'est enfin cri : Ah c'est trop fort : me trai-
ter de flibustier, mnoi! Eh bien oui; nom de... .






2;5' JLIN 1896.


LA RPUBLIQUE CUBAINE


'mnoi-m'me, je vais l'tre,' flibustier... Et gare ,1
-\vus; car, si je vous abai e vous n'aurez
ptius.pour vous dfendre'que les joirnaiix fran-
ais, et alors........ .
San 'redio.
*, ----, ,.------ ..... "'. '" "...


AVERTISSEMENT T

A partir du Ij' juin, touti ce qui concern
l'Administration de La 'Rpulblique Cubaine
doit tre 'adress M. Fourreau, administrateur-
.rant2, 20, rue Saint-Vincent-de-Paul, Paris.

Tous les mandats-poste et demands d'abonne-
ments doivent tre galement adresss : 20, rue
'Saint-Vincent-de-Paul, Paris, a M. l'Administra-
teur-Grant.

------- ^ ^ -------- :

< CUBA CONTRE ESPAGNE


Notre Lamartine disait, ou .peu prs : La
Sraison d'tre de la France en ce monde, c'est d'y
reprsenter.la Rvolution. Tel fut, autrefois,
,notre rle idal et ralis.; c'est de quoi nous
"pouvons encore 'tre fiers, mais .c'est de quoi aussi
nous fire sentir am-rement note tat d'Afme
.actu'l. O est l'etemps o les Iochanmbeau et les
La Fayette allaient combattre sous le drapeau
.toil de Washington ? Et le temps o nos pres
Sse passionnaient un jour pour la Grce,.le lende-
mainpour la Belgique, la Hongrie, la Pologne...?
Sous le second Empire, mme aux heures d'ava-
chissement gnral, il y avait encore des Fran-
ais comme Flourens pour marcher avec les
'Crtois insurgs.
Les temps sont changes. Sous Louis-Philippe
Sdj, les Polonais commenaient trouver -Dieu
.trop haut et la France trop loin. Aujourd'hui,
nous sommes peu prs'sourds aux sanglots des
opprims (il y en a tant d'ailleurs, au dedans
comee au dehors). Quand un people se soulve
*pour revendiquer son indpendance, nouis lisons
cela dans les journaux et cela nous suffit. Qu'ils
>s'arrangent donc entire eux, ces autres-l ;. leurs
affaires .ne nous regardent plus.
Voil a quoi nous songions amrement, il faut
'le rpter, en lisant la forte et loquente bro-
chure dlEnrique-Jos..Varona : Cuba, ron(tre
Espagne. Celui qui parle l-dedans fut dput
aux Corts. 11 sait par ce qu'il a vu, senti et jug.
Vous pouvez l'en croire. Amis de la justice,
lisez , et vous serez un peu mieux renseigns
,que par les rapsodies de la presse, voire et sur-
.tout peu.t-:tre de nos journaux les plus grands et
les plus graves. Tout le monde sait aussi bien
que, si l'honntet tait bannie du reste de la
terre, elle se retrouverait dans le cur, non plus
de feu Jean-le-Bon, mais de MI.. le snateur Il-
Ibrard, qui prside aux destines du Temps.


Non, les Etats-Unis ne S'intressent pas seule-
ment aux Antilles espagnoles dan s un esprit
mercantile. Le cri de douleur de lia, son cri de
rvolte ensuite, toute l'Amrique l'a entendu et
a vibr de sympathies. Dieu est trop haut et la
'France aussi est trop loin; plus .loin encore que
de la Pologne d'antan. C'est pourquoi les Cu-
bains n'ont plus compt que sur eux-mmes : ils
en ont appel aux armes. :Triste ncessit ,
'dit Varona, mais lgitime, mais sacre, en l'tat
o'i' la mtropole les a rduits. Les soulvements
*successifs de'f850,-181,1853, 853, la guerre de 10
ans de :1868 1878, le long 'ial ,i r':i,:,. de
hros et d'hrones don't la grande tle a dj
illustr l'histoire, tout cela ne vous dit-il rien?
L'Espagne, en effet, n'a rpondu aux justes
plaintes de Cuba que par la fusillade, le garrot,
le bagne de Ceuta. Ses concessions n'ont t que
mensonges : la colonies a t traite come une
place en tat de sige et l'exploitation a continue
de plus belle. On ne travaillait Cuba que pour
'sier de l'or, il faudrait dire s::.', ; de/ l'or, au
profit de la mtropole. Ah! il faut la lire, cette
i'pag e d chiffres 250,000 francs par an au gou-
"ri niir, 92,500 au directeur des finances, 90,000
" l'archevque... et le reste, et tout le rest! Un
compete sinistre, et bien d'autres choses plus
sinistres encore. Varona ecrit, parlant d'une
grve en 4891 : S'il n'y a pas eu ld'excutioins
politiques, c'est parce qu'on a eu recours un
procd plus simple : l'assassinat., Ces agisse-
ments, d'ailledrs, rappellent, come le dit fort
bien l'mineit auteur, les poques les plus
sombres de la guerre de Flandre et de la con-
qute de l'Amrique. L'Espagne trs chrtienne
n'a pas change de procd.
En some, les Cubains, non-seulement humi-
lis et terrorists, taient acculs la ruine, une
autre faon d'gorgement. L'Etat espagnol ne
leur prenait gure que 40 p. 0/0 de leur'produit.
Nous ne parlons pas des services que l'adminis-
tration mtropolitaine pouvaitleur rendre en re-
tour : hygine nant; instruction nant;
tout le reste, idem, ibidem.
Aucun peuple, conclut Varona, aucune com-
munaut humaine, avant le souci de son honneur
et aspirant une condition meilleure, ne saurait
tolrer les injures et les injustices don't on abreuve
Cuba, sans se dgrader honteusement et se condam-
ner l'anantissement dfinitif.
L'Espagne refuse au Cubain tout pouvoir effec-
tif dans son propre pays.
L'Espagne condamne le Cubain l'infriorit
politique sur le sol o il est n.
L'Espagne accapare le product du travail des
Cubains, ne leur donnant, en change, ni existence,
ni scurit, ni prosprit.
L'Espagne s'est montre incapable de gouverner
et d'administrer Cuba.
L'Espagne exploit, dpouille et corrompt
Cuba.
Et, en dernier mot :
Cuba n'attaque pas, elle se dfend. Que l'Am-


tique, que le inonde voient de quel ct sont la rai-
son et le droit.
Cette brochure: Cu.ba centre Espagne, mrite
la plus srieuse attention et nous ne saurions
trop la recommander aux lecteurs soucieux de
la question, ceux qui ne se dsintressent pas
du droit des autres. Pour tre vraiment home,
il faut sentir avec tous ses semblables,' se rper-
cuter, se 'multiplier mme en soi tout ce qu'ils
prouvent, l'injustice qui les frappe, l'indigna-
tion et l'enthousiasme qui les meuvent. Plaise a
Dieu que flotte bientt, sur cette mer des Antilles
o notre drapeau a rgn aux sicles derniers, la
libre oriflamme de Cuba, tricolore comme la
ntre d'aujourd'hui, toile come celle des
Etats-Unis, sous laquelle nos pres ont vers
leur sang.
JMarce'llus.

-------i ;i- i --------

LETTRE DE LA GUERRE

Un des Espagnols domicilis en Algrie, qui
font parties du corps expditionnaire envoy h
Cuba, adresse a .un de ses ;:mis la lettre sui-
vante :
Mon cher ami,
Je n'ai pas eu bien du temps depuis que je me
suis embarqu pour La Havane. Je n'ai encore fait
que marcher en operations, ou, si tu aimes mieux,
en guerre contre les insurgs, qui sont maintenant
plus forts encore.
Au moment o je t'cris, je suis tout fatigue d'un
trs srieux combat que nous avons eu avec les
troupes rebelles. C'tait le 18 avril dans la hiatine,
je faisais parties d'une colonne de deux mille hom-
mes, commande par le gnral Linares, un trs
brave et bon soldat. Sa grande preoccupation tait
de nous encouraged dans la march; car nous tions
trs fatigus et les chemins taient pleins de boue et
de crevasses. Plusieurs fois il nous a fallu traverser
une grande rivire avec l'eau trs courante qui nous
arrivait jusqu'au cou.
Nous tions tremps jusqu' la moelle des os,
lorsque nous sommes arrivs dans un village presque
dsert qu'on appelle Guantnamo. C'est l que nous
avons prpar la soupe, et le gnral nous a laiss
au repos pendant trois heures.

Enfin, vers une heure de l'aprs-midi, nous nous
sommes remis en march jusqu' un village voisin
qui se nomme le Songo et o 'nous ne savions pas
rencontrer l'ennemi qu'on n'avait pas signal.
Tout coup nous sommes attaqus droite et
par derrire. Notre arrire-garde est entoure de
coups de feu; le gnral ordonne qu'on s'arrte et
qu'on laisse les autres nous rpondre. Mais lorsque
le gnral a ordonn de fire face, nous tions tous
ple-mle, disperss dans la broussaille, et il fallait
tout couper et arracher devant nous pour faire un
passage. Mais, pendant que l'on faisait tous ces
prparatifs, l'ennemi continuait tuer et se prcipi-
tait sur nous.
Malheureusement, nous avions dj dans la co-
lonne beaucoup de morts et de blesss qui ne fai-


saient que pleurer et implorer l'assistance du bon
Dieu. Les insurgs taient commands par le gn-
ral Jos Maceo, frre de Antonio Maceo, qui com-
mande pas loin d'ici une colonne de dix mille hom-
mes. Ils sont maintenant Vueta Abajo, prs de La
Havane.
Enfin, revenons notre combat, qui a t trs long
et trs fort, malgr que nous avons de bonnes
armes. Mais les insurgs aussi sont bien arms avec
le fusil Mauser, qui resemble beaucoup au Lebel et
qui se tire six coups.

Sur le champ de bataille, le feu a cess vers les
sept heures du soir. On n'y voyait presque plus, et
quand nous nous sommes mis ramasser les bles-
ss, nous entendions encore les insurgs qui criaient
en se retirant: iViva Jos Maceo Viva Cuba libre!
et i Viva la libertad !
A l'endroit mme o nous avions combattu, on'a
dress le campement et nous sommes rests toute la
nuit avec bonne garde. Pour mon compete, je n'ai
pas dormi un seul instant, et bien peu avec moi ont
ferm l'oeil, car on entendait de tous cts des cris
d'agonie et de douleur. Les blesss qu'on avait laisss
pleuraient et appelaient au secours, et c'tait bien
cruel d'entendre tant de malheur et de gmissements
ct'de soi.
De notre ct nous avions cinq officers morts et
deux autres blesss; ceux-l sont trs gravement at-
teints, mais beaucoup d'autres ont des contusions
plus lgres et continent, comme nous, marcher.
Le gnral, en les voyant tous morts et blesss, en
a pleur bien tristement et moi aussi devant ce mal-
heur.


L'ASSASSINAT CONTINUE


La press franaise vient de publier, avec un
retard de deux rmois, la nouvelle de l'assassinat,
par les soldats du gnral Weyler, de quatorze
ouvriers inoffensifs et, avec eux, du'Franais
Duarte, administrateur de la plantation Olai/ila.
Dans son numro du 2 avril, La Rpublique
Cubaine avait dj racont ce meurtre dans tous
ses details, exposant que Duarte avait t tu au
moment mme o il hissait le drapeau de son
pays comme signe de neutralit. Nos confrres
parisiens s'occupant de la chose aujourd'hui seu-
lement, nous ddions ce glorieux fait de guerre,
qui a de nombreux pendants, ceux qui mditent
de battre le rappel des fonds pour le compete de
la monarchie espagnole.
A toute poque autre que celle o nous vivons,
faite dans les pays qui se vantent de tenir la tte
du movement civilisateur, de scepticisme, d'in-
diffrence et d'gosme, les crimes de Weyler et
de ses dignes acolytes eussent provoqu un de
ces movements d'indignation gnreuse qui, par-
fois, engendrent les popes. Dans le pays de la
Revolution Franaise, qui jeta son verbe au monde
entier, proclama sa solidarity avec les opprims
de partout, enfanta des paladins merchant au.se-


FEUILLETON


de La Rpublique Cubaine









LES ESPAGNOLS A CUBA





(Du correspondant.du Journal, de New-York)







(Suite et fin)


Il y avait plus de soldats llolguin que dans
toutes les autres villes que j'ai visites, et ce fait
provient de ce que dans cette ville la population
est tout entire sympathique la cause cubaine.
En entrant dans la ville, je dpassai une litire
sur laquelle tait tendu un Cubain bless que
les soldats espagnols conduisaient en prison. Le
pauvre bless se plaignait d'une faon pitoyable,
tandis que les soldats lui disaient brutalement tde
se tenir tranquille et de se taire.
Une cinquantaine d'hommes et de jeunes gar-
ons, manifestement tous patriots, suivaient ce


cortge et exprimaient librement et tout hatit la
colre que leur inspirtait la brutality des soldats.
Toutefois, ils ne tentrent pas de dlivrer le pri-
sonnier tout de'suite ; mais, un peu plus loin, en
passant devant une construction massive connue
sous le nom de Li Periquera, le caporal frappa
brutalement le prisonnier la tte avec la crosse
de son fusil, faisant perdre connaissance au
malheureux. A ce spectacle, les patriots, per-
dant patience, se prcipitrent sur les soldats,
les yeux tincelants de colre; une mle s'en-
suivit dans laquelle des revolvers et des junes
apparurent tout h coup. Deux soldats furent
tus.
De pareilles scnes se reproduisaient constam-
ment h lolguin; je quittai cette ville le lende-
main martin; les villages de Banes et de Cayo
Burro que je traversai me parurent paisibles pour
le moment, et, poursuivant ma rouie, j'arrivai
trois jours aprs a la ville (le Baracoa, qui est un
port de mer. J'appris, en y arrivant, que tous
ceux qui le pouvaiient uittent la ville le plus
tt possible, et s'embarquaient pour New-Yorlk,
la Nouvelle-Orlans ou le Mexique. Les gens plus
pauvres, qui n'avaient pas les moyens de payer
leur traverse, se voyaient obligs (le rester, et
come les'affaires taient absolument arr,tes,
tous ces malheureaux se trouvaient dans l'impos-
sibilit de gagner leur vie.
Sans vetemients, sans nourriture, sans abri,
ils erraient par les rues; beaucoup de commer-
ants et de personnel riches de la ville faisaient
leur possible pour soulager les souffrances de
cette multitude: mais les infortunes taient telle-


ment nombreuses, que ces aumnes taient d'une
insuffisante efficacit.
Des femmes et des enfants couchaient dans les
rues, s'abritant aux murs des maisons conti'e le
vent de la m'er qui soullle la nuit; les pat'rouilles
espagnoles, lorsqu'elles passaient, veillaient
brutalement les enfants endrmnis, leur donnant
force coups de pied et vocifrant : Eveillez-
vous, pourceaux; vous devriez dormir sous la
terre et non dessus
A envir'n quatre miles de Baracoa, El Bu-
ren, habitat le grant de la plantation de cocos
et de bananes appartenant M. Angel Toirac.
Un jour, c'tait environ une semaine avant mon
arrive Baracoa, la maison de ce grant reut
la visit d'un dtachement espagnol compost
d'une vingtaine de, soldats. Ceux-ci lui ayant
ordonn de tuer et de prparer un porc pour leur
repas, il satisfit leur dsir, puis descendit la
colline situe devant la maison pour aller leur
chercher de l'eau la rivire. A peine tait-il
la moiti de la pente que ses htes d'occasion se
mirent a tirer sur lui d'en haut; il reut une
balle dans le dos et tomba mort. Non contents de
cette infamie, les soldats espagnols descendirent
la pente leur tour et mirent en hachis le cadavre
de leur victim ; puis, rassemblant les lambeaux
ensanglants, ils remontrent pour les jeter aux
pieds de la mere du malhteureux en distant:
- Voici votre fils; voyez s'il ne s'est pas fait
mal.
Je parties de Baracoa pour Guantanamo par la
route de Las Cuchillas, qui long la cte ; en arri-
vant Guantanamo, j'appris que les autorits


venaient justement d'expdier un convoi de pa-
triotes prisonniers Caimanera, d'o ils devaient
tre embarqus pour Puerto-Rico et, de lh,
Ceuta. Les malheureux taient la station de'
chemin de fer o ils devaient prendre le train,
lorsque je les rejoignis.
Leurs femmes, leurs sceurs, leurs mires et
leurs fiances taient tenues une distance d'en-
viron dix mtres, sans pouvoir mme leur don-
ner le dernier baiser, et je dis le dernier, parce
que ceux qui vont h Ceuta n'en reviennent que
rarement. Les soldats ne permettaient pas qu'on
app'rohAt des prisonniers, malgr des prires et
des larmes qui auraient mu d'autres homes
que ceux-qui portent l'uniforme de sa Gracieuse
Majest Marie-Christine, reine-rgente d'Es-
pagne.
Rempli d'horreur par le spectacle de tant de
cruauts, je quittai Guantinamo par le train
jusqu' Caimanera, o je m'embarquai pour San-
tiago sur le steamer Ar'iles.
Au moment o j'cris ces lines, tout est came
i Santiago; mais tout le monde n'a qu'une voix
pour maudire le bourreau Weyler, qui ensan-
glante l'le tout entire au nom de la nation qui
a laiss, partout ofi elle a pass, le souvenir de
sa bestiale frocit.


*


_ ___
-----


_ __ ~~-II~~R~IIPIP~L~PI~~






LA REPUBLIQUTE CUl,\TNE


25 JUIN 1896


course ou la dlivrance de la Grce, de la Po-
logne, de l'Italie, des hommes, il y a encore un
quart de sicle, se seraient levs afin de combattre
pour Cuba Libre.
Les nations, comime les individus, ont leurs
priodes de crises et de torpeur. Peut-tre revien-
dra-t-il le temps hroqte oil la France comptait
plus de Barbs, plus de de Flotte, plus de Flou-
rens et moins de... mais quoi bon imprimer
les noms : ils sont dans toutes les touches!
Quel que soit son pays, un home est un
homme, et, quelles que soient les circonstances,
un crime est un crime. On peut, cependant, se
demander si les Franais qui sont rests indiff-
rents aux fusillades d'hommes, aux ventrements
de femmes, aux supplices infligs aux deux sexes
et tous les iges, lorsqu'il s'agissait des seuls
Cubains, ne vont pas s'mouvoir un peu plus de-
vant les crimes perptrs sur leurs compatriots.
D'autant plus que l'assassinat de Duarte est
loin d'tre le seul commis sur la personnel d'un
Franais. Lorsque le bourreau de La IIavane
s'avise de menacer un citoyen amricain, imm-
diatement la Rpublique fdrale intervient; la
ntre attend-elle qu'il ne reste plus vivant dans
l'ile un seul de nos nationaux pour formuler une
timide protestation?
Et il y a des gens, la vrit ramassis de bras-
seurs d'affaires et de journaux vreux, qui m-
ditent de nous fire le coup d'un emprunt espa-
gnol! Vraiment, ils choisissent bien le moment!
Le people espagnol n'est pas responsible, c'est
entendu, des crimes de ses matres, ou plutt ne
sont responsables que ceux des Espagnols qui les
supportent sans regimber. Il serait souveraine-
ment injuste, par example, de ne pas reconnatre
qu' ct de Weyler, digne de son compatriote
Torquemada, le pays de Riego et de Mina compete
des hommes de cSur, soit philosophes protes-
tant par la parole et par la plume comme Pi y
Margall, soit lutteurs protestant coup de fusil
comme Mirro, Ceux-l ne sont certainement pas
responsables de l'assassinat de Duarte et des
autres. Si donc c'tait l'lite intellectuelle et g-
nreuse de l'Espagne, la vraie dmocratie avide
de progrs qui se tournt vers la France en lui
demandant son aide dans un but lev ou mme
simplement quitable, nul doute que tout ce qui
ici n'est pas frapp d'gosme invtr et r-
pondu : Prsent!
Mais aller sortir de l'argent, souvent pnible-
ment gagn, et, avec la certitude de ne jamais
revoir capital ni intrts, le remettre bnvole-
ment aux serviteurs du moutard couronn qui
trne Madrid, pour les aider remettre Cuba
sous le joug! Allons donc! ce serait la fois trop
infme et trop bte. C.

-------*~ -------

TRANGE

Tous les journaux franais viennentde publier,
le 17 de ce mois, la nouvelle suivante :
Le Times public une lettre de La Havane, en date
du 3o-mai, racontant que des soldats espagnols,
la poursuite d'un parti de rebelles, envahirent une
manufacture appartenant un Franais nomm B-
tharte et turent quatorze ouvriers. Un surveillant
nomm Duarte dploya un drapeau franais pour
faire connaitre sa nationalit; il n'en fut pas moins
massacre.
Le gnral Weyler aurait ordonn une enqute.
Nous ne nous expliquons pas comment le Ti-
mes, qui est un des premiers journaux du monde,
n'a pas reu plus tt la nouvelle d'un vne-
ment de cette nature, qui s'est produit le 29 f-
vrier dernier et qui a t signal, il y a plus de
deux mois, par La Rpublique Cubaine, et
quelques jours plus tard par Le Soir. Et nous
ne nous expliquons pas davantage comment la
press de Paris reoit come indite une nou-
velle qu'elle a d connatre la date indique.
Voici ce que nous avons public ce sujet
dans notre numro du 2 avril :
Encore un Franais tu par les Espagnols
Le 29 fvrier dernier, un combat eut lieu entire les
troupes espagnoles, sous les ordres du commandant
Afnino, et des forces cubaines commandes par le g-
nral de brigade Bandera dans la plantation Olayita
appartenant un Franais, M. Bertharte. Les troupes
espagnoles furent un moment cernes, prouvant de
grandes pertes la suite des'terribles charges de la
cavalerie cubaine, et ne durent leur salut qu' l'arri-
ve d'importants renforts.
Furieux de cet chec, les Espagnols se vengrent,
suivant leur coutume, en assassinant plusieurs habi-
tants pacifiques, parmi lesquels plusieurs travailleurs
et l'administrateur de la plantation, notre compa-
triote M. Bernard Duarte.
Quelques journaux espagnols essayent de faire
croira que ce Franais fut tu par hasard; mais il ne


peut y avoir de doute cet gard, car notre malheu-
reux compatriote fut frapp au moment o il hissait
le pavilion franais come signe de neutralit.
11 y a plus encore, l'offense notre nation a t
plus grave, car un officer espagnol arracha le dra-
peau et l'emporta Santo-Domingo..
Si nos compatriotes et notre gouvernement veulent
contrler l'exactitude de ces faits, la chose est facile,
mme Paris : il suffit de lire les dtails publis par
le journal espagnol, La Discusion de La Havane,
la date du 6 mars 1896.
Ddi aux Franais qui ont des sympathies pour
la patrie de Weyler.
Plus tard, dans notre numro du 16, nous re-
produisions une lettre de La Havane, publie
dans Le Soir du 9 avril. Cette lettre disait entire
autres choses :
Assassinat d'un Franais, M. Btharte
Aprs la bataille de Olayita, les Espagnols, en en-
trant dans une plantation, ont fusill bout portant
l'administrateur, un Franais, M. Btharte (i), qui
se prsenta eux envelopp du drapeau franais;
ils prtendirent qu'il avait donn l'hospitalit aux
insurgs.
En ce qui concern l'enqute qu'on prtend
avoir t ordonne par le gnral boucher qui
prside aux assassinats de Cuba, il est bien ex-
traordinaire qu'on n'ait song accomplir cette
formality qu'a la fin du mois de mai, alors que
La Discnsin de La IIavane avait, ds le 6 mars,
annonc l'vnement. Qu'est-ce que tout cela veut
dire? Ce qu'il y a de certain, c'est que le fait est
trange et se prte divers commentaires.

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DERNIRES NOUVELLES


Une dpche annonant qu'une escadre
amricaine est parties dans la direction de la Flo-
rideetdu golfe du Mexique, produit Madrid une
vive motion. On pretend a Madrid que le mi-
nistre de la marine aurait signal la gravit de
cette nouvelle dans les couloirs de la Chambre.
Une dpche officielle de La Havane an-
nonce que le 13 juin les Cubains ont coul, i Cau-
to, un vapeur de guerre qui transportait des
troupes. Un lieutenant et deux matelots ont t
blesss. Tous les homes qui se trouvaient i
bord ont t fait prisonniers. Les insurgs ont
ont pendu le Cubain qui servait de guide aux Es-
pagnols.
Une dpche reue de La Havane announce
quedes engagements ont eu lieu t Cuba, mais
qu'il n'est pas possible d'en connattre les r-
sultats, les tlgrammes tant dnaturs.
Le gnral Castellanos tait arriv Puerto-
Principe avec 1,500 hommes, dans le but de re-
connatre les positions du gnral G6mez. A vingt
miles de la ville, les Cubains ouvrirent le feu et
forcrent les Espagnols battre en retraite. Le
gnral Castellanos demand des renforts; 2,000
hommes arrivrent, mais le gnral fut forc de
se replier sur Puerto-Principe, poursuivi par
l'ennemi avec des pertes trs importantes.
La dyssentrie se propage dans l'arme es-
pagnole; 130 cas ont t constats dans un seul
bataillon.
Le gnral Weyler a dclar que la fivre
jaune fait de rapides progrs Matanzas.
--- Une dpche de Lallavane announce l'arres-
tation de deux Catalans souponns d'tre les
auteurs des explosions de dynamite.
Le chef cubain Rodriguez est entr dans la
ville de Bataban. Les Cubains se seraient em-
pars des finances de la ville et du btail. Dans
ce combat, le maire a t bless.
Une nouvelle explosion de dynamite s'est
produite au moment du passage d'un train sur
la ligne de Mantazas.
Le gouvernement amricain a charge M.
Taylor, ministry des Etats-Unis Madrid, de
faire des rprsentations l'Espagne, en vue
d'obtenir reparation pour les mauvais traite-
ments don't le docteur Jos Delgado et d'autres
citoyens amricains ont t l'objet de la part des
soldats espagnols a Cuba. Le dpartement d'Etat
a tlgraphi h M. Taylor, malade Paris, de se
rendre a Madrid ds que son tat de sant lui
permettra de fire le voyage.
Hier sont parties de Jacksonville, en Floride,
les vapeurs Mahy et i'hree-Friends charges de
Ilibustiers qu'ils transborderont en mer h bord
du Cfommiodore, destination de Cuba.
Pendant que M. Foraker dveloppait un ar-
ticle du credo, en parlant de la ncessit d'af-

(1) (:onmn nous l'avons dit dans un mnuImr pIrC-
ldent, ce n'est pas 1t. l t'liarte, 'opruitaire de la plan-
latiion, mais 31. Diarte, l'adilinistrateur, palement
Franu':is, qui a t aasassin par les Espagnols. -V.
1ep L. H. ('.


franchir V'le hroque de toute domination
trangre, un membre de la Convention, M. Fred.
Grant, a dploy le drapeau cubain, au grand
enthousiasme de la plupart de ses collgues.
Nous avons annonc le choix, une trs
grosse majority, de M. Mac Kinley comme candi-
dat rpublicain h la prsidence des Etats-Unis.
M. Ilobart a t dsign comme candidate la.
vice-prsidence, par 533 voix 1/2, ce qui est
aussi un norme total et marque un nouveau
succs pour les mackinleystes. Enfin, ils ont lu
le propre agentde M. Mac Kinley, M. MarkHanna,
comme president de leur nouveau comit natio-
nal. Ces selections, la premiere en particulier,
sont considres, en Espagne, comme fort graves,
au point de vue d'une intervention des Etats-
Unis dans les affaires cubaines.
Une dpche de La llavane dit que le consul
amricain Lee a envoy hier au president Cleve-
land deux rapports sur la situation i Cuba, L'un
est destin particulirement au president, l'autre
au dpartement de l'Etat. Le rapport priv est
rdig en terms tels qu'il semble pouvoir tre
la base d'une intervention arme de la part des
Etats-Unis. Le consul dclare que l'Espagne est
impuissante t protger la vie et les biens des
trangers hi Cuba. 11 conclut en distant qu' moins
que les sujets amricains ne soient mieux traits,
la reconnaissance aux Cubains du droit de belli-
grants s'imposera bientt. L'Agence national a
reu de Londres la dpche suivante : Le cor-
respondant du Daily Mail Madrid made que
l'Espagne fait des prparatifs en vue d'une
guerre avec les Etats-Unis, guerre que l'on con-
sidre coimme inevitable.
Une dpche officielle announce que les
forces de Maceo, le clbre gnral rvolution-
naire, ont remport une nouvelle victoire prs
de la ville de Pinar del Rio, infligeant ses
adversaires de grandes pertes et occupant toutes
leurs positions.
La dysenterie se propage dans l'arme
espagnole; 130 cas ont t constats dans un
seul bataillon.
On announce que le gouvernement aurait
l'intention d'envoyer 100,000 hommes Cuba.
40,000 partiront du mois d'aot au minos de sep-
tembre, 40,000 au mois d'octobre et le reste
avant le mois de janvier. La premiere expedition
comprendra de nombreuses troupes du gnie.

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L'ESPAGNE AU PILORI

Est-ce le rsultat de la chaleur ou des pluies?
Les Espagnols ont beaucoup de peine oprer:
voici toutefois leurs dernires op.ralions... chi-
rurgicales :
A Fierabrls :
Dans cette localit, situe entire las Minas et
Campo Florido, 11 personnel pacifiques, appar-
tenant toutes a la race blanche et don't voici les
noms:
Margarito Varole, g de 14 ans; M. V. Caba-
Ilin, 44 ans, commer!:ant, mari ; lienigno Gal-
laso, 40 ans, agriculteur: Eduardo Jardines,
37 ans, mari ; Cruz Ferrer, 42 ans, agriculteur,
mari ; Inocente Rabell, 40 ans, fruitier, mari
Florentino lRabell, 36 ans; Basilio E. Rubio, 45
ans, agriculteur, mari; Eleno Guerra, 83 ans,
mari.
Par le lieuclenant-colonel Candido Mestre:
On estime a plus de 150 les victims que cet
assassin aurait faites parmi des campagnards
inoffensifs, malades, vieillards, femmes et en-
fants.
Si ce brilliant officer vivait encore, il ne tarde-
rait pas recevoir de l'avancement, et aurait le
droit d'attendre un bel avenir de sa patrie re-
connaissante.
Total ......... 161 personnel Ass.SSrIx:ES
Liste antrieure 557 -, -
Total gnral. 718 -
(A suicre).

-------B .k -------

LA PRESS FRANAISE
Et la Guerre de Cuba

L'ntlransiUeant :

Aprs seize mois d'efforts, de sacrifices, d'puise-
ment, le gouverneme.nt espagnol sent Cuba lui
chapper irrsistiblement.
Ses soldats, mal nourris, mal vtus, privs de paye
pendant des mois, conduits par des gnraux d'e-
battoir ou d'oprette, ont lutt tant qu'ils ont pu.
Aujourd'hui, ils sont bout, avant c'ailleurs fondu
comme neige au soleil.
On sent, dans les efforts dsesp?rs que l'on fait


Madrid, que la fin est proche; c'est l'agonie de
la puissance espagnole aux Antilles qui commence.
On announce que le gouvernement a l'intention
d'envoyer cent mille hommes Cuba. Quarante
mille partiraient du mois d'aot au mois de sep-
tembre, quarante mille au mois d'octobre, et le reste
avant le mois de janvier. La premiere expedition
comprendrait de nombreuses troupes du gnie.
ULne seule question: o le gouvernement prendra-
t-il ces cent mille homes ?


L'A rienir M1iliaire :

On tlgraphie de La Havane la date du 14 juin:
Dans une reunion qu'ils ont tenue, les gnraux
ont dcid de suspendre les operations actives
cause de la saison des pluies et de fortifier les villes
et les villages, afin de repousser toute attaque des
rebelles.
Si ce tlgramme est exact, il content l'aveu que
l'insurrection est arrive ses fins.

Le Jour :

Mais les Espagnols sont mal commands : la ri-
gueur impitoyable don't fait preuve le gnral Weyler
ne peut aucunement tenir lieu de talents militaires.
Le matriel de guerre, le matriel naval surtout, est
rong de vtust et difficilement remplaable parce
que l'argent manque. Enfin, ceux qui, Cuba, d-
fendent avec plus d'acharnement et de dsespoir
que de bonheur le drapeau pourpre et or de la m-
tropole ont le dsavantage de se trouver en face
d'hommes tout aussi courageux et, en plus, con-
naissant admirablement le pays et se battant pour la
libert.
C'est ce qui rend la cause cubaine invincible. Tt
ou tard, l'Espagne, puise, bout .de resources
pour continue la lutte, sera oblige d'accepter l'in-
vitable, d'entrer en pourparlers avec ceux qui sont,,
aujourd'hui encore, des insurgs, et de reconnaitre
leur indpendance, emporte de haute lutte la
pointe du machete. Le plus tt serait le mieux pour
les deux adversaires, mais surtout pour la natiorr
espagnole, saigne blanc, et c'est l'avis d'un Espa-
gnol qui a quelque autorit en politique, M. Pi y
Margall, qui fut president de l'ex-Rpublique trans-
pyrnenne.

Le Signal:

Voil pourquoi, tout en faisant les meilleurs voeux
pour nos voisins du sud-ouest qui sont aussi un
peu nos cousins de race, par les Celtibres, nous.
doutons fort qu'ils puissent jamais reprendre rang
parmi les grandes puissances de l'Europe. Voil.
pourquoi aussi, tout sensibles que nous soyons aux
propos aimables et aux offres d'alliance qui nous.
viennent de ce ct et don't le maire de la Corogne
se faisait hier encore le truchement, en recevant
l'amiral franais et son escadre, nous ne voyons pas.
bien clairement ce que la France gagnerait res-
serrer plus troitement les liens d'affection qui
l'unissent l'Espagne de faon former une vri-
table alliance . Quel serait le but de cette alliance?
S'agirait-il de garantir l'Espagne la possession de:
Cuba et d'intervenir avec elle, au besoin, dans une
guerre navale contre les Etats-Unis? Ce serait
une folie d'y songer. Tout ce que la France pourrait
faire et encore! ce serait de soutenir par voie
diplomatique la cause de nos voisins.



La P'/i Troen., Troyes:
Le Gouvernement Provisoire de la Ripublique
Cubaine vient d'mettre une srie de timbres-poste
qui. ne manquera pas d'tre recherche passionn-
ment par les amateurs de philatlie.
La collection se compose de quatre couleurs,
mais le dessin est le mme pour tous les timbres.
Les insurgs esprent tirer un revenue de la vente et
contribuer aussi, par la circulation de ces petits car-
rs de paper la propaganda de leur cause.
Les nouveaux timbres sont de 2, 5, tO et 25 centa-
vos (le centavo quivaut o,o5); ils seront envoys,
contre remboursement, toute personnel qui en
fera la demand un reprsentant de la Rpublique.
Cubaine Paris.




Le Jour public



LES VENTURES


DE MA VIE

PAR


HENRI ROCHEFORT


L'Ai,, i ist'intri&r-Gr aRit : I iFOURREAU.

TlI:OYEs. Imprimerie G. ARDOUIN, rue Thiers, 12&,




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Last updated October 10, 2010 - - mvs