Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: June 11, 1896
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00022
Source Institution: University of Florida
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qvlI


Patrie et Libert


RDACTION & ADMINISTRATION PRIX DE L'ABONNEMENT (EN FRANCE)
20, Re Saint-Vinent-de-Pal re Anne PARIS Juin I86 ne .. .................30 fr.
ADRESSE TLGRAPHIIQUE : n 'r -I Uifl O19G0'- j IN ^ Unee ...... ... .. ......... ....... 15 f
ADRESSE TLGRAPHiUE: A LUn trimestre.... ........................... 50
TELEP "E A L'TRANGER
P PA .RAIT TOUS LES JEUDIS Une anne...... ... ..........35fr.
Les manuscrits ne sont pas rendus Un semestre.......... ......... 50
U- N_ _U-' MROI........ 0 fr. 20
EEE;;Esiii- i~__~


ET AUX PORTORICAINS

Constitution de la Rpublique de Cuba
ART. 19. Tous les Cubains sont obligs de
servir la Rvolution de leur personnel ou de leurs
biens, suivant leurs aptitudes.
Bases du Parti Rvolutionnaire Cubain
AnT. 8. Le Parti Rvolutionnaire Cubain se
propose rsolument :
I. D'unir, dans un effort commun et persv-
.rant, l'action de tous les Cubains rsidant
4'tranger.

IV. De runir des fonds d'action pour la rali-
sation de son programme et d'employer constam-
ment de grandes resources pour la guerre.

Le Dlgu plnipotentiaire de la Rpublique
,Cubaine New-York rappelle aux Cubains rsi-
dant ou se trouvant accidentellement l'tranger,
.qu'ils doivent tous, absolument tous, continue
aider rgulirement de leur argent la Dlgation,
pour l'envoi des armes et des munitions desti-
nes leurs frres, qui luttent et qui versent leur
sang pour la patrie sur les champs de bataille.
Ces articles imposent aux Portoricains les
Smmes devoirs qu'aux Cubains.
Les cotisations, en Europe, sont reues Pa-
ris, chez le Dlgu, M. le Dr R.-E. Btances,
6 bis, rue de Chteaudun.

--------*~-------

NGRES NOIRS & NGRES BLANCS


e temps en temps, mais principalement lors-
que les gnraux espagnols viennent de se
faire administer une rcle par les Cubains,
ils traitent ceux-ci de ngres. C'est une faon
comme une autre de prendre une revanche, la
lgendaire fiert castillane prouvant vraisem-
blablement moins de honte a tre mise en chec
par des noirs que par des blancs.
Dans toutes les colonies, o des races diff-
rentes ont t en contact, en antagonisme et en
fusion, dominant encore les prjugs de couleur,
si dmods en France, oit ceux qui marchent r-
solument l'avant-garde du movement dmo-
'cratique poursuivent l'mancipation de tous les
tres humans sans distinction. Parfois, des Cu-
bains, horripils de se voir contester la blan-
cheur de leur piderme et traiter d'incendiaires,
ptroleurs, dynamiteurs et autres qualificatifs
don't le plus doux est celui de brigands , se
laissent aller protester.
Ils sont bien bons de prendre cette peine.
Comme si, avant mme que feu senior Ignacio de
Loyola et formul les rgles d'une morale sp-
ciale, tous les despotes n'avaient uniformment
pris l'habitude de traiter de sclrats ceux qui
osaient leur rsister
Assassins ou hros, bandits ou librateurs,
c'est, en definitive, la victoire qui dcide (le l'-
pithte appliquer. Robespierre, l'incorrup-
tible jusqu'au 9 thermidor, devient, aprs la
tragique journe qui lui cota la tte, le pire des


sclrats jusqu' ce que, les passions du moment
tant teintes, ses compatriotes se divisassent
d'opinion sur son compete, les uns pour le traiter
de terrorist, les autres pour le taxer de mod-
rantisme.
Ce serait donc grand tort que de s'mouvoir
d'une guerre d'adjectifs : celle au canon est au-
trement srieuse.
Quant l'imputation, trs fausse d'ailleurs,
d'tre tous ngres, elle n'atteint en rien les Cu-
bains, elle n'est que grotesque. Les Espagnols
connaissent bien mal leur colonie, s'ils se figu-
rent qu'elle n'est habite que par des noirs. Il est
vrai-que c'est prcisment parce qu'ils ne con-
naissaient rien de leurs colonies qu'ils les ont
toutes perdues.
Si l'arme rvolutionnaire qui combat pour
Cuba libre content bon nombre de ngres et de
sang-mls, cela fait honneur leur intelligence
et a leur courage, voil tout. En France, pays qui
a compt des philosophes de quelque valeur,
personnel, en l'an 1896, n'oserait fire i quel-
qu'un une insulte de la nuance de sa peau; on
estimerait qu'un homme teint bronz et che-
veux crpus peut loger en- lui une grande Ame
come Toussaint Louverture, et qu'un homme a
teint clair et cheveux blonds ou roux peut fort
bien tre une canaille ou un imbcile.
La honte n'est pas d'tre ngre de naissance,
ce qui n'implique aucune faute personnelle et ce
qu'il n'est au pouvoir de personnel d'empcher;
l'altligeant, c'est de le devenir, du moins dans le
sens mtaphorique attach dsobligeammcnt au
mot ngre.
Si tre ngre impliquait s'abandonner sans r-
serve toutes les passions brutales, piller, voler,
violer, torturer, massacrer, hbler gueule-que-
veux-tu, les gnraux espagnols seraient de la
plus pure race thiopique.
Je ne sais si mon aveu paratra excessif, mais,
si j'avais choisir, je prfrerais infiniment tre
homme de couleur comme Maceo que ngre
blanc comme Weyler.
Cosmo.

------**-------- *

AUTRE FLIBUSTIER


A peine en possession de ses nouvelles fonc-
tions, le nouveau consul gnral des Etats-Unis,
la Havane, s'est vu dans l'obligation de protes-
ter contre la manire sauvage don't les Espagnols
font la guerre Cuba.
Le chef de colonne Olivera a fusill une mre
et son enfant, parce que celle-ci refusait de dire,
ou ne savait pas, o se trouvaient les hommes
qui composent sa famille; et, comme il se trou-
vait que les victims de ce nouvel attentat taient
citoyens amricains, le consul de cette puissance
a immdiatement prsent une reclamation au
gnral Weyler.
11 ne pouvait se trouver un sujet plus barbare,
pour motiver l'intervention du reprsentant des
Etats-Unis, que celui de l'assassinat d'une pauvre
femme et de son enfant, et on peut se fire une
triste ide de la civilisation espagnole, en pr-
sence d'une pareille barbarie.
Come on le voit, voici un nouveau conflict
entire l'Espagne et les Etats-Unis, et le consul de
cette dernire nation class dans la catgorie des
flibustiers....

r


1 DBARQUEMENT

DU LAURADA


Dans notre numro du 21 mai, nous parlions
du Competitor: nous disions que nous nous r-
servions de publier plus tard quelques nouvelles
que nous avions reues d'un envoy digne de foi.
Nous pouvons aujourd'hui donner connais-
sance a nos lecteurs de quelques-unes de ces
nouvelles, puisque l'une d'elles a pu se raliser
avec la plus grande complete russite. Nous
voulons parler du dbarquement de l'expdition
du vapeur Laurada, ayant sa tte le gnral
Juan Ferniindez Ruz, vaillant vtran de la der-
nire guerre de 10 ans, qui comprenait un im-
portant matriel de guerre et une centaine de
patriots rsolus.
Voici la liste des expditionnaires:
Aguiar, Enrique P. Arias, Miguel. Artiz,
Alfredo.- Teniente Argilagos, Frank. Argilagos,
Roberto. Alsina, Oscar. Alfonso, Federico.
Betancourt, Carlos. Broderman, Roberto.'-
Teniente Bueno, "Bernardo J. Bacallao, Germn.
- Bacallao, Pablo. Bazn, Manuel.
Cardenas, Frank de. Carrera, Jos. Culmell,
Teodoro. Carbonell, Eduardo. Conte, Rafael.
- Campi, Gustavo. Campi, Luis. Calderin,
Jos.
Dally, Fernando.
Echevarria, Alfredo. Echeverria, Carlos M. -
Espinosa, Emilio.
Forsbury, Georges. Fernndez, Ernesto. -
Ferrn, Ricardo. Fernandez Maceo. Fuero,
Fernando. Fernandez, Arcadio. Ferrell, H. S.
-- Falero Eduardo. Fernandez, Arcadio. Fe-
rrell, H. S. Falero Eduardo.
Guerrero, Jos Maria. Gras, Ricardo. Garcia,
Adolfo. Galds, Manuel. Gonzalez, Fernando.
- Garcia, Manuel. Guenard, Jos.
Herrera, Bernardo.
Jimnez, Agustin. Junquet, Luis. Jantsha,
Maximiliano.
Lyng, Charles. Labarthe, Arturo. Lera, Fer-
nando. Lpez, Ernesto.
Me Nelly, Samuel. Mendive Adolfo. Montel
Cecilio. Madan, Julio. Montalvo, Juan. Ma-
done, Roque. Madone, Manuel. Montes, Pe-
dro. Martinez, N. Marshall, Lino. Madan,
Jos Rafael.- Mazorra, Ramiro.- Moya, Rafael de.
Niez, Eugenio. Nadal, Manuel. Nnez, E..
Prada, Carlos. Penichet Sotolongo.
Quintana, Victoriano. Quinn, Jaime F.
Rocha, Ignacio.- Ramirez, Raimundo. Rodri-
guez, Jos. Ros, Antonio. Rodriguez Pedro. -
Reno, Georges correspondentt d'un journal des
Etats-Unis). Recio, Agero Manuel. Ruiz,
Ramn. Rodriguez, Jos. Rutea, Jos.
Soto, Pedro de. Sueiras, Manuel. Sariol Er-
nesto. Soto, Leopoldo. Snchez, Ernesto.-
Stivens, J. H. Slave, V. de la.
Torre, Florestn de la.
Ubieta. Domingo.
Valle, E. del. Villuendas, Jorge. Villuendas,
Enrique.


Service militaire de Sant
Docteurs : Alvarez, Jos Antonio. Gonzalez,
Rafael. Rodriguez, Jos. Sanforth, N. Tru-
jilo, Carlos.
Le matriel de guerre de cette expedition consiste
principalement en :
750 fusils systme Winchester.
68o,ooo capsules pour les mmes.
Dynamite et autres explosifs.
Machetes d'un nouveau modle.
Pharmacie et instruments de chirurgie.
Uniformes, vtements et chaussures.
Montures et autres accessoires pour la cavalerie.
Matriel pour bureau et imprimerie.
Appareils pour la confection de cartouches MaIs-
ser, Winchester et Remington et pour preparer les
explosjfs.
Nous ne voulons pas terminer sans envoyer
nos felicitations ceux qui ont contribu la
formation de cette, nouvelle expedition et surtout
notre ministry plnipotentiaire, M. Estrada
Palma ; au sous-dlgu, M. Joaquim Castillo;
au chef de l'expdition, le colonel Emilio Mufiez,
et i notre dlgu Paris, M. le Dr Betancs.

------* ~-------


LA FIVRE JAUNE


Les quelques lines que l'on va lire sont tires
du livre Espaiioles e Insurreclos, d la plume
de M. Francisco Camps, colonel de l'arme espa-
gnole en retraite.


Tous les ans, beaucoup d'officiers, et de, soldats.
meurent, et quand le vmito fait son apparition, des
families entires, rcemment arrives de la Pninsule,
disparaissent. De 1869 1870, le bataillon San
Quintin perdit en 5 mois 6o officers et plus de
700 homes; et dans ces dernires annes, le bri-
gadier March a d licencier le bataillon de chasseurs
de Bailn et la cavalerie pour teacher d'enrayer la
mortality cause par le vdmito, qui s'tait surtout
attaqu et d'une manire effrayante aux soldats
nouvellement dbarqus.,
En juillet 1887, il y eut aussi beaucoup de mor-
talit.
Une compagnie de gendarmes perdit 24 hommes,
et dans les autres bataillons d'occupation environ
40 o/o des soldats moururent.
En trois mois, une seule pidmie en foudroya
1,800.
En aot 1888, 96 hommes du bataillon de San
Quintin, dtachs Sancti Spiritus, perdirent 23 des
leurs. Dans le dtachement de Paredes, sur 9 hommes
attaqus 7 moururent.
Nous publions ces renseignements afin que
ceux de nos lecteurs qui ignorent les ravages que
fait ce flau, se rendent compete de l'ennemi' re-
doutable que les Espagnols ont combattre a
Cuba, surtout l'poque des pluies, o il svit
avec plus d'intensit.
Par contre les Cubains sont tout fait rfrac-
taires cette maladie: la fivre jaune ou
ovmito, et comme ils connaissent admirable-
ment la topographie de l'lle, ils peuvent atta-
quer, quand bon leur semble, les Espagnols.
Et l'on peut se demander: Avec tous ces en-
nemis, la domination espagnole arrivera-t-elle h
se rtablir sur Cuba l'hiver prochain ?


AUX


CUBAINS






LA RPUBLIQUE CUBAINE


11 JUIN 1896.


A. L'HOTEL DES SOCITS SA\ANTES

La conference donne vendredi dernier par
M. Mestre a t un vritable succs.
Avec l'autorit que tous ceux qui le ccinaissen t
se plaisent a lui reconnatre, le confrencier,
dans un,langage trs clair, sans auiiiil- piiL:.
de provocation ou de haine pour lEspagne, a re-
fait l'histoire de la Rvolution actuelle, expli-
qu .les tristes et nombreuses causes qui ont
amen celle-ci, et fait tomber une une toutes
les insinuations,,toutes les accusations perfides
lances ,par,le gouvernement espagnol.
Son discoprs, trs documented, .trs prcis,
marqu asu- ibos .endroits .d'.aecdotes qui ],ne
faisaient qu'en accroitre lintrt, a t maintes
fois interrompu par les applaudissements de
l'assistance.
Quant la proraison, tout le monde la con-
nat, minme ceux qui n'ont pas entendu M3. Mestre:
c'est un chaleureux plaidoyer en faveur de l'in-
dpendance cubaine.
Il faudrait en effect, notre avis, que de seim-
blables conifrences pussent tre faites aux quatre
coins cle la France; ce serait bien servir la noble
cause cubaine que de la fire connatre tous
sous son vrai jour, et peut-tre l'pargne fran-
aise y trouverait-elle un avertissement.
Nous ne pouvons,regretter qu'une chose, c'est
de ne pas avoir vu cette dernire conference, sur.
l'estrade, aux cts de M. Mestre, come asses-
seurs, le D1) Betancs et Ernest Roche, qui, trop
modestement. se trouvaient mls.i la foule.
Ce sont deux figures qu'on ne saurait trop con-
naitre. Il faut que tout Paris, connaisse cet in-
flexible et vnrable champion de la libert qui
n'a cess d'tre dans l'exil,Betancs, et que beau-
coup de nos hommes politiques pourraient
prendre come example. Quant Ernest Roche,
c'est notre avocat de demain au Parlement; il
eit t hlon que tous ceux qui assistaient la
confrence'de vendredi le connussent.



SUR CUBA

Nous lisons dans Le Prog(Ire de Villeneuve-
sur-Lot :
La lutte. continue .Cuba entire les troupes es-
pagnoles et les rvolts, et cette guerre qui, au
dire des feuilles officieuses de Madrid, devait se
terminer bref dlai par la soumission des in-
surgs, prend un caractre de plus en plus ter-
rible et menace de se prolonger longtemps en-
core.
Le gouvernement espagnol comptait beaucoup,
pour terminer promptement cette champagne, sur
la fermet et l'nergie presque sauvage du gn-
ral Weyler qui, come on sait, a succdau ma-
rchal Martinez Campos dans le commandement
des troupes espagnoles. Si Weyler n'a pas encore
russi avoir raison de la resistance obstine des
patriots cubains, ce n'est pas faute d'employer
les moyens les plus nergiques nous dirions
volontiers les plus barbares. Les dpches de
Cuba nous apprennent, en effet, que ce gnral
se livre de terrible reprsailles, qu'il traque'
les insurgs come des btes fauves et fait le d-
sert sur son passage.

On voit, par ce qui se passe aujourd'hui, que
les leons du pass n'ont servi de rien au gouver-
nement de Madrid. C'est en vain que la plupart
des colonies espagnoles de l'Amrique ont russi
secouer le joug de la mtropole et conqurir
une autonomie que l'Espagne leur avait obstin-
ment refuse; le cabinet de Madrid persvre
dans les vieux errements du pass et s'entte
traiter les colonies comme des pays conquis.
C'est pourquoi il a donn au gnral Weyler
des instructions d'une svrit que l'on peut qua-
lifier, a just titre, d'excessive. Ce gnral tait
bien l'homme qu'il fallait pour accomplir la triste
besogne rclame par le gouvernement espagnol.
Suivant les ordres qu'il a reus de Madrid, non
seulement il fait h l'insurrection une guerre sans
merci, mais il ne fait aucun quarter aux Cubains
qui sont pris les armes la main et il fait fusiller
sans procs ceux d'entre eux qui sont souponns
de favoriser les rvolts ou d'entretenir des intel-
ligences avec eux; les vieillards, les femmes, les
*enfants ne sont mme pas pargns.
Cette effroyable repression, de nature a jeter
la terreur dans des A mes inoins nergiques que

celles des patriots cubains, n'a pas eu le rsultat
que l'on en avait espr Madrid. Non seulement
l'insurrection n'est pas vaincue, non seulement
elle n'a pas dsarm, mais elle semble, au con-
traire, prendre des forces nouvelles au fur et me-
sure que l'on se montre plus inexorable en vers elle.
Ceci est si vrai que le gnral Weyler se trouve
oblig de demander de nouveaux renforts pour
continue la champagne. 11 dclare qu'il ne lui
faut pas moins de 30,000 homes de troupes r-
gulires. Or, il a dj 160,000 homes a sa dis-
position, sans computer les volontaires.
Cela prouve videmiment que l'insurre'tion
gagne du terrain, quoi qu'en puissent dire les
dpches de source officieuse que publient les
journaux de Madrid.


A en croire ces dpches, le gnral Weyler
ajouterait presque chaque jour une nouvelle vic-
toire celle qu'il aurait remporte la veille et les
chefs de l'insurrection seraient rduits aux abois'
et ne tarderaient pas a demander merci.
.Comment concilier ces racontars avec la de-
mande de renforts.que Weyler vient d'adresser
au gouvernement espagnol?
Il est vident.que les dpches.et les nouvelies
publiesous le contrle du cabinet de 'M.adrid
1.ii-li' tiil 1,. vrit dans un but facile deviner.
(.,u.i qu'il en soit, laidemande de renforts du
gnral Weyler va ncessairement avoir pour
consequence de modifier la situation, en ce sens
que la Rpublique des Etats-Unis se basera sur
ce fait pour motiver son intervention en faveur
des Cubains et rclamer pour eux la quality de
belligrants.
Que fera l'Espagne lorsque les Cubains pour-
ront se procurer des armes et des munitions ea
Amrique? Son gouvernement ferait plus sage-
ment d'accorder Cuba les concessions qu'elle
demand depuis si longtemps.
P. Heyire.

M. J. Frank Clark, correspondent de la Presse
I nie, publiait dernirement, son retour 'de la
Ilavane, l'expos suivant de la.situation dans l'le:
Trois conclusions s'imposent h moi aprs cinq
mois employs observer la march de la Rvo-
lution de Cuba. Les insurgs font trs bonne fi-
gure.et lIimpuissance de l'Espagne les craser
a t dmontre. On ne voit pas bien clair dans
la suite des vnements, mais il n'y a aucun
doute que Cuba soit en train d'aidlt)ppr A lFIs-
pagne et, sauf vnement imprvu, elle sera per-
due pour la mre patrie. Au surplus, il s'y com-
met des atrocits et l'on emploie des mthodes de
guerre rpudies par les nations civilises.
La situation Cuba n'est pas difficile tablir.
L'Espagne a envoy.150,000 hommes de troupes
rgulires et on a lev 60,000 volontaires dans
les villes de l'le. Ces derniers sont utiliss presque
exclusivement pour la police locale. Des troupes
rgulires, 25,000 hommes ont succomb aux
balles ou la maladie pQndant l'anne, 15,000
sont h li'.pit.il ou ont t licencis, et 100,000
environ restent disponibles pour les operations
actives. Ces chiffres ont t fournis par un cli-
rurgien militaire et ne doivent pas s'carter beau-
coup de la vrit.
La Ipresse officielle espagnole parle de 3,800
homes perdus, par diffrentes causes, pendant
l'anne, ce qui est trop absurde pour mriter que
l'on s'y arrte. Une bonne moiti des troupes r-
gulires utilisables' dans une champagne active
sont prises par le service des garnisons dans les
villes et dans les bourgs. Il a t construit envi-
ron 2,000 fortins ou bloc/khouses, et tout cela est
occup par les troupes. La construction de la der-
nire Trocha entire Mariel et Majana absorb en-
viron 30,000 rguliers charges de la defense de
la ligne. Il y a environ 10,000 rguliers diviss
en colonnes volantes de 1,500 2,000 hommes
chacune, charges d'attaquer Maceojuste 'ouest
de la Trocha de Pinar-del-Rio,.et dans toutes les
autres provinces, il y a plus de 15,000 hommes
de troupes devant l'ennemi.
Le gnral Weyler a fait plusieurs tentatives
contre Maceo et G6mez pendant son premier
mois dans lile. Il a chou. Il a eu alors recours
un procd espagnol us, qui se nomme Troc/a,
que Campos et Marin ont abandonn comme inu-
tile. En vue de fortifier sa ligne, il a, en fait, sus-
pendu les operations dans toutes provinces, sauf
l'ouest, et concentr l ses troupes. G6mez, La-
cret, Jos Maceo, Calixto Garcia et d'autres chefs
insurgs, bien pourvus de troupes, ne rencontrent
aucune resistance. Ils vont d'une province
l'autre, constamment occups recruter des
troupes et tendre la flamme de la rvolte.
Chaque jour ils gagnent des accessions dans les
classes aises, et on ne saurait plus qualifier leurs
fidles de noirs ignorants. Le nombre des insur-
gs en armes est aujourd'hui pleinement de
45,000. Les Cubains prtendent, il est vrai, a
60,000-75,000, mais ils comprennent dans ce
nombre des gens sans armes la suite des camps,
et des hommes arms seulement du marlele.c

----"-----

L'ESPAGNE AU PILORI

A La IIHarav :
La Estrella de Panamnd rapport que 30 pri-
sonniers politiques, dtenus dans le fort de La
Cabafna, ont t fusills par groups de dix dans
la cour du dit fort.
A Las Minas :
Assassinat de 5 habitants pacifiques, les nom-


ms Macho, Ag de 71 ans; Timoteo Ceferino, ag
de 18 ans; Castellanos, Mal as Daria, Juin iMa-
china, agriculteur.
A Jesus Maria, plantation A' ..,,.. :
Assassinat de 15 personnel: Martin Sosa, agri-
culteur ; Andres Guillama et son secrtaire, tous
deux maris; Francisco D)az et son. fils; Leo-
nardo Ilcrena, Luz Gutirrez et son fils: Cari-
dad Reyes ; Benito Bueno ; Julio llern'ndcz,
!pre de 12 enfants; Abelardo, Cartoya et trois
autres don't on ignore le nom.
A Las Cruces :
Le lieutenant espagnol C;ndido Mestre mon-
trait partout, comme trophes, les oreilles de
ceux qu'il assassinait. Parmi les victims de cette
brute se trouve un neveu de la femme du gn-
ral espagnol Surez Valds. Le capitaine Alba,
inform du fait, a fait fusiller le lieutenant
Mestre, dans les poches duquel on trouva plu-
sieurs oreilles de ngres et de blanks.
A iMalanz:a :
Fusillade de Florentino Ilerrera, prisonnier de
guerre, et du mtis Ignacio Viart, qui avait t
emprisonn pour motifs poliliqtues.
Total......... 53 personnel ASSASSINES
Liste antrieure 450 -

Total gnral. 503 -
(A suivre).



NAUFRAGE DU "KATIKIN

REVUE IIISTORIQUE

New-York, 12 fvrier 1896.
A M. le Docteur Julio E. Delgado,
Bluefields.
Mon cher ami,
Il est certain que vous avez lu les contradic-
tions de la press new-yorkaise au sujet de la
perte du lHaurkins, le 27 du mois pass. Comme
je fus l'un des naufrags et, par miracle, l'un des
moins prouvs, quoiqu'ayant pass pour mort,je
vais vous faire une court et fidle description
de ce que j'ai vu.
Dans la nuit du 25, 10 heures 28, au nombre
de cent, nous prenions la mer sous les ordres du
major gnral Calixto Garcia Ifliguez. L'aube du
26 fut salue par les vivats enthousiastes de
tous les expditionnaires.
A 7 heures 30 du matin, nous fmes tous ap-
pels au bureau du gnral Garcia, qui nous
fit connatre l'organisation donne aux expdi-
tionnaires, et qui tait la suivante :
M. Fiol, secrtaire gnral ;
Gnral de brigade, Miguel Betancourt, chef
d'tat-major .
Le docteur lamn Negre, directeur du corps
de sant ;
Lieutenant-colonel J. Rodriguez, intendant g-
nral
Lieutenant-colonel Juan P. Cebreco, brigadier
Juin Fernindez Ruz, et moi qui parle, chefs des
groups du service militaire ;
M. Mariano Alberich, porte-tendard.
Plus tard, vers neuf heures, on communique
en particulier aux chefs de groups l'ordre
d'embarquement suivant :
Lieutenant-colonel Cebreco, tat-major g-
nral -d'avant-garde; brigadier Ruz, centre, et
Avelino Iosas, arrire-garde.
Le poste auquel on me dsigna me fit plaisir ;
c'tait une preuve de confiance, car, tant donn
les lenteurs dans le dbarquement auxquelles
nous soumettait l'inexprience de nos marines
improviss, notre arrire-garde courait les plus
grands dangers. Les secteurs Bueno, Cuti, lie-
via et Menocal, qui taient sous ma direction, de-
vaient tre les premiers se battre contre la
flotille ennemie dans les eaux qui refltent
l'toile solitaire de l'Atlantique.
Vers onze heures, et aprs que chacun de nous
eut rpondu l'appel de son nom l'intendance,
nous reilmes une musette contenant : un panta-
lon de coutil crois de couleur fonce, une va-
reuse de la mme couleur, une paire de bottines
en cuir'anglais, un hamac et une couverture.
Avec ce luxueux quipement, il y eut des exp-
ditionnaires qui ne voulurent pas aller djeuner
pour rester sur le pont du fiaw/,'icis afin de s'ap-
prendre la manire don't on porte le sac dans les
ni a.iluas de Cuba.
Quant moi, excusez-moi de vous le rpter,
pendant que la plupart de mes compagnons cau-
saient si agrablement, associant ardemment le
souvenir de la femme aime aux douces impres-
sions du retour dans la patrie, je contemplais
dans une extase profonde, mais avec une volont


de fer, l'immensit de l'ocan; combien j'tais
loin, si loin de ma patrie, de mon cher foyer!..


:Les conversations, les impressions changes
pendant la matine du 26 avaient donn les l-
ments ncessaires pour passer gaiement l'aprs-
midi, et, tandis qu.. nous tions pntrs par un
froid glacial, c'tait fort curieux d'entendre le
mlange des pigrammes et des plalsanteries de
tous-ces jeunes gens appartenant, pour la plu-
part, aux classes leves de Cuba.
Onze heures venaient de sonner quand notre
splendid soire fut tout coup interrompue par
le Galicien Flix de los Rlos, qui nous cria de la
passerelle : Messieurs, il faut que tout le
monde se mette au travail, le bateau fait eau.
Je me levai et me rendis la machine, d'oi tait
parties l'alarme, et je vis, effectivement, dans
quelle mauvaise situation se trouvait le Haw-
ii s : il faisait eau depuis huit heures, et la
pompe ne fonctionnait plus. Je me rendis imm-
diatement la salle manger, ot se trouvait le
gnral Garcia, pour le mettre au courant de ce
qui se passait; mais il avait prvu le pril et
finissait de donner ses instructions au comman-
dant du bateau.
Comme le froid augmentait et qu'il commen-
ait neiger, je m'en fus ma couchette, non
sans avoir fait part de ce qui se passait mes
compagnons de cabinet.
A minuit, 1' iit.iioiii devint extreme parmi
l'quipage, et il fut impossible de dormir : le g-
nral Garcia venait de donner ses ordres pour
mettre le cap sur.la terre et, djii, on avait com-
menc jeter l'eau le chargement.
La position du bateau ne s'amliorait pas, et
tous, alors, apprciant avec sang-froid limmi-
nence du danger, se mirent au travail. On com-
mena d'abord par jeter le carbon, puis la pro-
vision de vivres, et puis,.quand l'eau eut emp-
ch la pompe de fonctionner, 24 boxs chevaux,
150 machetes Collins, 'une caisse de revolvers
Smith et Wesson, 1,050 fusils Remington-Lee,
500,000 cartouches, un canon IIoskins avec
une grande quantit de munitions, et, enfin,
300 livres de dynamite.
A 3 heures 45 du martin, la neige cessa; mais
le vent se dchana et, peu de temps aprs, l'eau
envahit la chaudire,' le gouvernail, le rompit,
et nous fmes alors la merci de la bourrasque.
Dans ce moment critique, aucun de nous ne
faiblit et, au contraire, chacun paraissait avoir
double ses forces physiques. On organisa un ser-
vice pour rejeter l'eau avec des seaux; mais
tous ces efforts furent vains: pour 5 tonnes d'eau
que nous rejetions, il en entrait 15, et, pendant
ce temps, la mer tait devenue plus forte et notre
situation de plus en plus critique.
Il tait 4 heures 12 du 'matin quand le com-
mandant mit le feu une torche en signe de
perdition. C'tait notre unique resource et notre
dernire esprance. Les canots la mer
cria un matelot. Non rpondirent les patriots:
il est nuit et nous nous perdrions encore plus
srement et plus vite.
Nanmoins, le cri de ce matelot avait achev
de jeter l'alarme, et le prvoyant Falero plaa des
sentinelles pour empcher que les canots ne fus-
sent mis la mer avant le jour, et ordonna qu'au
moment supreme, le nombre des personnel que
devrait contenir chaque cannot n'excderait pas
vingt, y compris un matelot pour dix expdition-
naires.
Jamais de ma vie je ne verrai un spectacle
plus digne de la personnification d'un people
qui lutte pour la libert.-
A six heures du matin de ce jour mmorable,
le 27 janvier, il tait impossible de rien distin-
guer au travers de l'pais brouillard qui rem-
plit Patmosphre de ces rgions pendant l'hiver.
El le rude travail, entrepris minuit, fut seule-
ment interrompu par l'un ou 'autre d'entre nous
pour demander de quoi fumer ou pour entonner
la Marseillaise quand son tour de travail arri-
vait.
Lorsque toute esprance fut perdue, le gnral
Garcia vint sur la passerelle du IHawkiins et,
avec l'imposante majest du vtran, dit ses
camarades : Compagnons, mourir sur les
champs de bataille ou disparatre ici, tout est
gal ; nous avons accompli note devoir.
La patriotique exhortation de ce grand soldat
ful salue d'un cri formidable de : i Vive Cuba
Libre! Et, au mme moment, les nuages se dis-
persrent, les rayons du soleil clairrere t le fiont
de nos intrpides compagnons, et la neige, qui
couvrait leurs vitements, commena fondrue.
A measure que la lumire se faisait jour au tra-
vers' du brouillard, les regards des naufrags in-
terrogeaient l'horizon, mais en vain. Tout tait


--uiiii--------
- 2i~iii----~-





111 JUIN 1896.


LA RPUBLIQUE CURAINE


solitude autour d'eux. Les matelots s'taient
abandonns leur infortune et les forces phy-
siques des expditionnaires taient impuissantes
faire flotter davantage le navire.
Il tait huit- heures, moins quelques minutes
-quand nous entendmes une voix qui cria : Un
,point noir! Oui, une embarcation. C'tait Al-
fredo Arango qui avait vu la proue, oi il tait
-de garde, le Leander-Beebe qui dviait de sa
route pour venir a notre secours. Quelques-uns
refusrent d'y croire; mais Arango affirma qu'il
ne s'tait pas tromp, et, en effet, on put voir
,l'horizon un bateau qui faisait toutes-voiles pour
venir notre secours. ,Pourquoi nous leur-
rer avec cet espoir? demanda- quelqu'un.
. Une embarcation, rpta Arango, ( Je ne
me trompe pas. Effectivement, le brouillard
ayant-disparu l'horizon, nous avions t aper-
,us par le capitaine Howes, qui avait fait d-
ployer toutes les voiles de son navire, afin de
venir notre secours, et avait fait en mme
temps des signaux deux embarcations qui se
trouvaient h sa porte : le Iellen LM Benedicl
et la Alica Crosby.
Quand tous eurent aperu le Leander-Beebe,,
,on entendit alors une cataracte de sublimes in-
vocations. 'L'un voquait le souvenir de fille
chrie, l'autre rptait avec ferveur la prire que
:sa mre lui avait fait apprendre sur ses genoux.
L'autre encore rendait graces h Dieu... Ah!
quelle extraordinaire confusion d'esprances res-
sentit cet instant le coeur de tous ces hommes.

Mettez les canots la mer et embarquez
!par sections,. tel fut l'ordre donn 10 heures
!par le-docteur Carlos Garcia.
Par sections en ordre de travail, dit un
autre.
Alza! fut le troisime ordre. El tous, sus-
;pendant le rude travail qui, jusqu'h present,
.avait pu nous empcher de couler, commencrent
. s'embarquer dans un ordre parfait.
Vingt minutes aprs, et quand nous emes t
.recueillis par nos sauveurs, le vieux IHawkins,
.levant la proue, disparaissait dans les abmes de
l'Ocan par 720 12 de longitude et 390 37 de lati-
.tude, entranant dans son remous notre porte-
drapeau, Mariano Alberich, Emilio Jallais, Victor
G6mez, Augusto Benech et Francisco Gait.n.
'Dans cette tombe, dorment, envelopps dans
.le drapeau cubain, cinq rpublicains, auxquels
le Destin avait assign la mer pour Patrie. Et
entiree ces grands voyageurs se dtache Gaitan,
fils du Magdalena.
Il semble que les Colombiens qui portent
,un tel nom recherchent toujours une vaste couche
pour s'endormir de l'ternel sommeil de nos gloi-
res nationals!
Dans les lines, qui prcdent, je crois avoir
trac la physionomie que prsenta le Hawkins
-dans ses diverse phases. Ce qui manque cette
relation, je regrette de ne pouvoir le faire con-


natre, mais il m'tait impossible (le voir ce qui
se passait au del de l'endroit que j'occupais.
Permettez-moi cependant, avant de continue,
de vous faire part de quelques ides qui corres-
pondent h mon sentiment intime :
Parmi le peu de remarques que j'ai pu fire
ce moment sur mes compagnons de naufrage,
cette expedition se composait (les hommes les
plus distingus de Cuba sous divers points de
vue : les uns, comme les Argilagos et les Recio
Agiiero, ns sous les affts des canons insur-
gs pendant la guerre proclame par Carlos Ma-
nuel de Cspedes; les autres, comme (Garcia Ve-
lez, los Agramonte, los Ctrdenas et los Troncoso,
qui portent un nom lgendaire dans l'histoire
national de Cuba; et le reste, ceux qui sont dis-
tingus comme de glorieux guerriers la faon
des Betancourt, des Ruz, des Rodriguez, des
Guerra et des Cebreco, au moins sont-ils points
avec le sang de leurs pres sur les autels de la
Patrie qu'ils proclamrent en 1868.
Je voudrais bien rappeler dans ces lignes, un
par un, tous mes compagnons; mais comme ce
n'est pas la tache que je me suis propose, j'ai
l'ide de composer une mosaque littraire qui
serait dite sous les auspices d'un patriote dis-
tingu, dans laquelle seraient insrs les portraits
des expditionnaires reprsent',s, ple-mrle, sur
le pont du.navire.
C'est seulement de cette manire qu'il serait
possible de rendre justice chacun.
Si par hasard quelqu'un me demandait ce qu'il
y avait de plus grandiose dans cette catastrophe,
je-rpondrais comme le docteur Uribe au Snat
de la Colombie, en parlant de la bataille de los
Chaucos: Le pont du Hffawkins, avec sa cou-
che de neiges, semblait tre une table de marbre,
sur laquelle l'Aigle de la Libert avait jet une
poigne de poudre d'or.
Et pourquoi nous dire cela? Le chef qui diri-
geait cette expedition sur les champs de bataille
de la moderne Grce, c'tait Calixto Garcfa Ifii-
guez, le complement de Gmez et de Maceo dans
la guerre de dix ans, le hros extraordinaire de
Santa Rita, Baire, Jiguani, Hlolguin, Bayamo,
Cupeijal et Santa Maria. Il fut le Cond de la Pa-
trie de l'immortel Jos Martil!...
Votre ami affectueux,
Avelino Bosas.
--_------.^-------

OPINIONS IMPARTIALES

La situation Cuba
(Leslie's WTleeklfl Illustraded, de New. York)
I.
Ce n'tait pas mon intention d'crire au sujet
de Cuba, lorsqu'il y a quelques semaines je par-
tis de New-York pour cette belle et malheureuse
le. Si j'y tais all dans ce but, je n'aurais pas
vu ce que j'ai t assez heureux de voir. L'affaire
qui m'amenait Cuba tait d'importance suffi-


sante pour dcider le gouverneur gnral me
donner un sauf-conduit, m'autorisant i voyager
dans l'intrieur du pays, et traverser les lines
espagnoles, afin de me rendre la plantation de
sucre MJercedes, situe prs de Colon, dans le
cour de la province de Matanzas oit avaient lieu
toutes les batailles. Gmez tait tout prs, et Ma-
ceo se battait, retournant vers La lHavane, aprs
avoir eu une entrevue avec Gmez..
Non, certes, ce n'tait pas mon dsir d'crire
sur Cuba, ou sur les. conditions de la.lutte actuelle,
parce que j'ai beaucoup d'amis intimes en Es-
pagne, dans les cercles officials et ailleurs; par-
ce que je conserve les plus agrables souvenirs de
mon sjour dans ce pays, et parce que mer sym-
pathies taient pour les Espagnols.
Je me rendais compete que, mme en crivant
en leur faveur, j'aurais dplu mes amis et je
me rsolus ne pas crire. Mais ce que j'ai vu et
entendu m'a forc h changer de resolution et
d'ides, aussi bien en ce qui concern l'tat des
choses Cuba, qu'en ce qui concern mon dsir
de ne pas mettre de jugemnt quel qu'il soit.
Mon admiration pour l'Espagne a reu un rude
coup, et je dois avouer loyalement que toutes mes
sympathies sont maintenant pour les Cubains.
Quant h l'Espagne, je ne puis que la plaindre
pour la lutte inutile et ruineuse qu'elle soutient.
Le plus grand nombre des informations que l'on
envoie de La Havane sont tellement fausses du
tout au tout, que je crois qu'elles doivent tre d-
menties.
Oui, il faut quie le monde le sache : il n'est
pas vrai que l'Espagne ait l'avantage dans la.
lutte; il n'est pas vrai que ses soldats soient im-
patients de se battre; il n'est pas vrai que ses
troupes soient toujours victorieuses et ses pertes
insignifiantes; il nest pas vrai que la- classes la,
plus leve de la socit cubaine soit contre les
insurgs, ni que les cruauts aient cess. Ce qui
est vrai, c'est tout le contraire. C'est un fait que
les neuf diximes du people de Cuba est contre
l'Espagne; que les soldats espagnols sont dmo-
raliss et qu'ils craignent les Cubains. Ceux-ci
possdent tout le pays saif les villes, et chaque
jour ils gagnent du terrain. Je. puis prouver tous
cela, et je le prouverai dans le rcit de mon
voyage Cuba, crit expressment sur la demand
du Leslie's Wleekldy.

,le ne suis pas surprise que tant d'Amricains
eussent l'habitude d'aller Cuba avant la. guerre,
De New-York a La lIavane, par la Floride, c'est
un voyage de trois jours seulement, et il n'y a
pas de voyage plus dlicieux. La baie de Tampa,
oit le train arrive jusqu'au bateau, est h un jour
et demi de New-York. Trente-six heures aprs
avoir quitt Tampa, six heures du matin, notre
bateau, l'Olivette, arriva l'entre du port de La
Havane. La journe tait belle et claire; je regar-
dais un point blanc qui par moments grandissait
et se dveloppait de minute en minute; peu


peu je pus distinguer une multitude d'difices;
c'tait La Iavane. A notre gauche, sur une hau-
teur, on apercevait le vieux et imposant chateau
du Morro, avec ses grands canons modernes tour-
ns vers la mer. Son architecture hispano-mau-
resque me rappela beaucoup de forteresses d'Es-
pagne, notamment les fortifications de Tolde.
Je ressentis une trange impression en songeant
tous les mystres qui restent ensevelis derriere
ces murs pais et sales, faits de pierres normes,
en me rappelant les centaines d'hommes qui y
sont encore actuellement, attendant leur tour,
avant d'tre brutalement expdis pour l'autre
monde. Pourtant, en regardant de l'autre ct de
la baie, on contemplait La .lavane, blanche et
pittoresque, avec ses grandes places, ses difices,
au-dessus desquels des palmiers levs balan-
aient leurs branches au souffle d'une brise l-
gre. La vie d'un ct, pensai-je, la mort de
l'autre !
L'on m'avait inform que je trouverais de nom-
breuses et de grandes difficults pour dbarquer;
aussi ma surprise fut grande lorsque je vis que
tout se passait pour le mieux. Ds que les em-
ploys eurent vrifi que mon passport tait en
rgle, on me permit d'aller h terre tout a fait li-
brement, et je me dirigeai vers l'htel oit je de-
vais longer. Si je n'avais su que Cuba tait en
guerre, je n'aurais pu le deviner d'aprs l'aspect
de la ville. Je ne vis pas un seul soldat par les
rues: tout tait aussi tranquille que possible. Je
ne tardai pas tre renseign sur l'tut des
choses : j'avais des lettres de recommendation
pour les personnel les plus influences de. La la-
vane, Matanzas, Colon, et par elles j'appris im-
mdiatement. que les neuf diximes du meilleur
monde de Cuba sont favorables aux insurgs.
Sauf de trs rares exceptions, l'Espagne n'a pas
d'autres partisans que les Espagnols mmes; si
tous les Cubains qui sont sympathiques la R-
volution se joignaient aux forces de Gmez, celui-
aurait une arme de cinq cent mille hommes. La
grande majority des Cubains dsireux de se battre
se voient obligs de rester dans leurs foyers,
faute d'armes et de munitions. D'ailleurs, on
comprend facilement que des banquiers, des avo-
cats minents, des fonctionnaires ne puissent pas
abandonner leurs occupations pour aller au com-
ba.t; j.'ajouterai qu'en restant la tte de leurs
affaires, ils servent la cause cubaine, en lui four-
nissant des fonds, plus utilement qu'ils ne pour-
raient le faire en pregnant un fusil.
Ces homes sont d'une grande prudence; ils
n'expriment pas leurs opinions, sachant bien
qu'un mot prononc contre l'Espagne ou en fa-
veur des insurgs signifie la mort, ou l'empri-
sonnement au chateau dcl Morro, ce qui est peut-
tre pire. Un des citoyens les plus distingus et
les plus connus de La Havane n'a dit textuelle-
ment : Ma plantation de sucre, qui valait deux
millions et demi de francs, a t justement in-
cendie par les insurgs. Ils ont eu raison, et j'en


FEUILLETON 1
de La Rpublique Cubaine





LES ESPAGIOLS A CUBA







Parti de La Havane il y a six semaines, je
viens d'arriver Santiago de Cuba, aprs un
long et prilleux voyage don't j'ai accompli la
plus grande parties cheval. J'ai parcouru la
cte mridionale de l'ile, l'esprit rempli des
scnes pouvantables auxquelles j'ai assist dans
les villes et dans les villages.
Sur ma route j'ai visit, sans parler des loca-
lits de moindre importance, les villes de Matan-
zas, Puerto Principe, HIolguin et Guantinamo.
Bien que je fusse habitu depuis quelque temps
au spectacle du sang et des supplies, j'ai t
rempli d'horreur par ce que j'ai vu et par les r-
cits que j'ai entendus sur les atrocits des Espa-
gnols.
Pendant que je sjournais Guantainamo, une
femme y fut fusille pour avoir conspir contre
le gouvernement. Son prnom tait Thrse,
mais je n'ai pu savoir son nom de famille. C'tait
une belle femme, n'ayant pas plus de vingt-cinq
ans, appartenant la classes moyenne et mre de
deux enfants. Comme elle avait eu comparatre
devant un conseil de guerre, elle avait peu de


chances de s'en tirer la vie sauve, elle tait con-
damne d'avance. Son sexe, son ge, sa beaut
ne purent toucher ses juges; elle n'tait qu'une
fille du people, et comme telle avait peu d'impor,
stance leurs yeux.
A sept heures du matin, le cortge funbre fut
form dans la prison. Thrse apparut la pre-
mire, les bras attachs derrire le dos, mar-
chant lentement mais d'un pas assur ; elle sem-
blait majestueuse, seule au milieu de la foule
qui la contemplait silencieusement et don't l'an-
goisse continue se lisait nanmoins sur tous les
visages.
Derrire la condamne, marchait un peloton
de six soldats; puis venait le prtre cheval,
suivi d'un enfant de chaur portant une cloche,
qu'il sonnait de temps en temps. Ensuite mar-
chait un piquet de soldats au nombre d'une
vingtaine environ et commands par un lieute-
nant.
La lugubre procession se dirigea lentement
vers le lieu de l'excution qui tait situ h l'ex-
trmit du mur du cimetire. L. on s'arrta;
Thrse murmura une prire ; le prtre lui ad-
ministra les derniers sacrements, tandis que la
multitude s'agenouillait. Alors on banda les
yeux de la condamne, on la plaa environ
cinq pieds du mur, genou, puis, sur un signe
du jeune lieutenant, la dtonation de quatre fu-
sils se fit entendre.
La femme tomba en avant, la face contre terre.
Elle expira au bout de quelques seconds. C'tait,
autant qu'on peut l'assurer, la premiere femme
officiellement excute par les Espagnols depuis
le commencement de la revolution actuelle.
Les choses que j'ai entenduees et cues senm-
bleraient incrogables, mme'ne moi-me'me, si je


n'en avais tl tmoin. par n&essil et si je
n'lais oblige de m'en raapporter mes propres.
sens; mais, hlas! ce que je raconte est bien la
ralit et non un horrible cauchemar.
Les atrocits commises par les Espagnols
Cuba sont dj connues de tout le monde civi-
lis, mais leurs plus pouvantables forfaits sont
encore ignors de tous ceux qui n'ont pas habit
ce beau pays pendant cette guerre d'indpen-
dance. La plupart des rcits envoys l'tran-
ger ont t soigneusement. corrigs par les
creatures de Martinez Campos et plus tard de
Weyler; ceux qui, en trs petit nombre, ont
russi chapper cette surveillance, n'ont
parl que de meurtres et d'incendies come il
s'en comment partout en temps de guerre.
L'on n'a presque rien dit sur les acts abomi-
nables des soldats espagnols dans les endroits
que visitent rarement les correspondents de
journaux. La press d'Amrique et d'Europe a
parl vaguement, et plutt comme de rumeurs
que de faits certain, mais n'a rien public des
terrible dtails de la lutte dans l'intrieur de
l'le et sur la cote occidentale. D'ailleurs, tout
correspondent qui, coutant la voix de sa
conscience, a voulu renseigner le public sur ces
faits a t expuls de l'le.
C'est ma connaissance du pays et mes re-
lations avec beaucoup de chefs des deux armes
enemies que je dois d'avoir pu accomplir mon
voyage dans une scurit relative. De plus, tous
ignoraient ma mission, et si on avait su que
j'tais correspondent d'un journal amricain, il
est certain que j'aurais t fusill come un
chien par le premier officer espagnol venu, ou
tout au moins envoy dans les horribles bagnes
de Ceuta, Fernando Po, ou de l'le des Pinos.


J'allai (le La Havane San Ju;'n de las
Llagas (1) sans trouver les Espagnols en fla-
grant dlit de brutalit; je ne vis que des loca-
lits abandonnes et des fuyards qui me dirent
qu'ils se sauvaient parce qu'ils craignaient d'tre
accuss par les Espagnols d'tre en connivence
avec les patriots qui luttent pour la libert. Les
populations de Guanabacoa, Calabazar et La
Sierra taient trs effrayes par la perspective de
batailles sanglantes; elles se prparaient fuir
vers le nord.
J'arrivai h San Juan de las Llagas. L, je
trouvai le milieu du cordon des troupes espa-
gnoles que Martinez Campos avait en vain plac
pour empcher les patriots de se rapprocher de
La Havane. 11 y avait dans le camp espagnol des
centaines de prisonniers cubains, transfrs de
Matanzas a La Havane parce que les prisons
taient remplies dans la premiere de ces villes;
ces prisonniers taient attachs deux deux, les
bras lis derrire le dos. La plupartl laient des
jeunes /ens (le l'aristoc'ratie avocats, mde-
cins, banquiers et propritaires; j'en reconnus
quelques-uns pour les fils de n'rillionnaires. Ces
malheureux taient en haillons, sales: quelques-
uns allaient pieds nus, d'autres avaient des
alpargalas; beaucoup d'entre eux semblaient
malades. Come il leur tait dfendu de me
parler et que, d'ailleurs, il aurait t dangereux
pour eux et pour moi de nous reconnatre, je ne
m'approchai pas trop d'eux.

s( l s ir're.)



(1) De las Llcias- V. du T.


r.iusiii -i ~BIIIPlls~s~LO~PP~~ i ~ ,, -~s ---~- ~C ii






4 LA RPUBLIQUE CURAINE


suis fort content. Il faut, pour vaincre l'Espagne,
lui enlever toutes ses rentes. La maison o j'ai
l'honneur de vous recevoir vaut dment cin-
quante mille francs, et j'en ai encore deux autres
dans la ville, et je les verrais avec plaisir brler
toutes jusqu'aux foundations, si cela aidait notre
cause. En some, lout Cubain aimerait mieux
.e voir ruined, aimerait mieux e'tre tu que cle
continue a roir I'odieu.r drapeau espaglnol
. flotter en'ore sur ce pays Tous les Cubains
avec lesquels je me suis entretenu m'ont mani-
fest les mmes sentiments.
A. B. de Guernille.
(A suivre.)

------* *------


DERNIRES NOUVELLES

On tlgraphie de Madrid que M. Canovas
est trs souffrant et qu'il est probable que M. Pi-
dal, president actuel des Corts, sera nomm pr-
sident du Conseil.
Les journaux espagnols blment l'amiral
Branger, ministry de la marine, au sujet du croi-
seur Filipinas qui est arriv compltement en-
dommag la Havane. On attribue l'accident
des dfauts de construction. Une enqute parle-
mentaire sera probablement demande sur la
gestion de l'amiral Branger.
D'aprs des nouvelles de Cuba, les Cubains
ont dtruit par la dynamite un pont entire Guara
et Durn. La circulation des trains est suspendue.
A la suite d'une discussion au sujet de l'ex-
pdition de Cuba entire le gnral Borrero et le
marchal Martinez Campos, ce dernier se jugea
offense par certaines remarques du gnral Bor-
rero. Une rencontre fut dcide. IIier, le marchal
Campos et le gnral Borrero se sont rendus,
avec leurs tmoins, dans un htel de la prome-
nade de la Castellana. Mais, au moment o le duel
allait commencer, le capitaine-gnral de Madrid
s'est prsent et l'a empch.
Le gnral Lee, consul des Etats-Unis la
Havane, vient de dposer une plainte contre le
colonel espagnol Olivera. Celui-ci, digne sous-
ordre et imitateur de Weyler, a fait, Matanzas,
fusiller avec son enfant une femme qui refusait
de dire o se trouvaient les hommes de la famille.
Les victims sont sujets amricains.
M. Canovas dclare que, si le gnral Wey-
ler demand des renforts, ils lui seront envoys
immdiatement.
Suivant une dpeche de la Havane, deux
nouvelles expeditions de Cubains auraient d-
barqu a Cuba.
La march en avant des Cubains cause une
profonde motion la Havane. Le gnral Maximo
G6mez, second par ses lieutenants Antonio Ma-
ce, Lacret, les frres NMilez, Quintin Bandera,
Lazo et Bermidez, a russi passer, sans qu'au-
cune resistance ne lui ait t oppose, travers
la region la plus riche de la grande Antille :
savoir les provinces de Santa Clara et de Matan-
zas et une parties de celle de la IIavane. A measure
qu'il advance, il brle les plantations sucrires. Il
n'accepte le combat que lorsqu'il a advantage le
faire, et tourne le plus souvent les troupes en-
voyes sa rencontre. Il ne se trouve plus qu'
quelques jours de march de la Havane.
Le bruit de la prochaine retraite de Weyler
se confirm. Le commencement des pluies para-
lyse les operations et dmolit dj la fameuse
trocha leve par les Espagnols et qui se compose
d'un foss coupant l'le du nord au sud dans sa
plus faible larger, avec, de distance en distance,
de petits forts en bois.
Le vapeur Tlhree Friends est arriv Jack-
sonville (Floride) aprs avoir dbarqu plus de
100 hommes, des armes et des munitions de
guerre Cuba.

On made de la Htavane que l'Anerty a em-
barqu, dans la baie de Gravesend (Etat de New-
York), une cargaison de dynamite et de poudre,
et s'est dirige s ostensiblement sur Port-Barios ,
mais en ralit sur Cuba. Un autre steamer, la
Laurada, a pu dbarquer son chargement.
Morgan a fait un long discours au Snat
pour appuyer sa resolution demandant au Pr-
sident des renseignements sur l'affaire du Com-n
petitor. Le tmoignage dujournaliste Lawrence,
qui a assist aux dbats du Tribunal militaire de
la Havane, dmontre que la procedure a t ab-
solument irrgulire. Le snateur Mills dit qu'il
est certain que les Amricains ne comprenaient
pas les dbats, ceux-ci tant conduits en espagnol.
Le snateur Morgan dit que le droit de dcla-
rer la guerre appartient au Cougrs. Si les Am-


ricains ne sont pas relchs, il faut autoriser le
President faire la guerre. Cela suffira pour ob-
tenir la liberation des condamns.
Une dpche de la Havane announce que,
par suite de la saison des pluies, les operations
deviennent trs difficiles. Pour le trajet qui s-
pare Bahia-Honda et Palma, il a fallu une co-
lonne un jour entier. Cent vingt homes de la
colonne sont tombs maladies pendant le par-
cours.
De nouveaux renforts partiront pour Cuba
avant le mois de septembre.
Les Cubains ont fait sauter un train avec
de la dynamite.
On announce de New-York la mort du gn-
ral Rafael de Quesada. Le gnral de Ouesada
avait jadis pris part la dernire guerre du
Mexique. Il se jeta ensuite dans la Rvolution
Cubaine de 1868 1878, pendant laquelle il d-
barqua Cuba les quatre plus importantes ex-
pditions qui aient t organises pour lutter
contre la domination espagnole. Dans ces exp-
ditions, le gnral Quesada remporta souvent
des succs signals contre les troupes de la m-
tropole, jusqu' ce que, finalement, la lvolu-
tion tant vaincue au bout de dix ans de lutte,
il dut s'ouvrir un chemin travers les lines en-
nemies et gagner la cte, d'o un navire qui
l'attendait le transport la Jamaque.
Une dpche de la Havane announce que les
Cubains ont attaqu la ville de (iuanabacoa, prs
de la Havane, et se sont retirs aprs s'tre ap-
provisionn.
Le gouvernement espagnol lui-mme a d-
menti les bruits d'emprunt et d'oprations avec
la maison Rothschild. La politique financire du
cabinet consiste dans l'ajournement des solutions
Sdfinitives et dans l'adoption d'ei'p'dienls finan-
ciers pour crer les voies et moyens de continue
la lutte et de fire face aux besoins du Trsor
espagnol jusqu' la pacification de Cuba.
Un journal de New-York assure que le se-
crtaire d'Etat, M. Olney, aurait adress M. Ci-
novas del Castillo une'lettre dicte par M. Cleve-
land At exposant d'une faon nette et prcise la
politique des Etats-Unis l'gard de l'tat de
guerre qui rgne Cuba.
Au Snat amricain, M. Morgan dfend son
amendment au bill d'migration tendant ce
que les restrictions indiques par le bill ne soient
pas applicables aux personnel venant de Cuba.
MI. Morgan a expos nouveau ses vues sur l'ad-
ministration espagnole dans l'le. L'orateur d-
clare que si la reine d'Espagne ou une autre
reine europenne pouvait assister aux atrocits
qui se commettent .Cuba, l'administration de
cette brute de lF-eyler aurait bientt pris fin.

------i3 .g----

A NOS LECTEURS

Nous recommandons tout particulirement la
lecture de l'intressante correspondence de
M. A.-B. de Guerville, que nous publions plus
haut sous la rubrique : Opinions impartiales.

---------il---------


LA PRESS FRANAISE
Et la Guerre de Cuba


L'Intransigeant :

A la salle des Socits Savantes, M. Mestre a fait,
devant un public nombreux et entirement sympa-
thique, une conference des plus intressantes sur la
question cubaine.
Parmi les auditeurs se trouvaient notre ami Ernest
Roche, dput; M. Isaac, snateur de la Guade-
loupe; le docteur Betancs, reprsentant Paris du
Gouvernement Provisoire Cubain, etc. Une grande
carte, pingle de petits drapeaux rouges et bleus,
permettait de suivre la demonstration des operations
militaires.
M. Mestre s'est scrupuleusement abstenu de toute
injure l'adresse de la nation espagnole, qu'il n'a
pas voulu confondre, a-t-il dit, avec son gouverne-
ment. Toutefois il s'est lev avec chaleur contre
l'pithte de flibustier prodigue si gnreusement
par les amis de Weyler aux patriots rvolution-
naires . Le nom de flibustiers, a-t-il constat, s'ap-
plique l'envahisseur d'un pays. Nous appeler flibus-
tiers, nous qui sommes du pays et voulons son in-
dpendance, c'est incomprehensible.
Des applaudissements unanimes ont prouv
M. Mestre que son avis tait absolument partag par
l'assistance.


Le Petit Temps :
Hier soir, M. Mestre Ambile, ancien officer de
la marine espagnole, originaire de Cuba, a fait
l'htel des Socits savantes une conference sur la
question cubaine.
Devant un auditoire de quelques centaines de per-
sonnes, l'orateur a tudi la politique espagnole
Cuba depuis le commencement de ce sicle, poli-
tique qui n'a malheureusement tendu et about,
dit-il, qu' diviser les Espagnols et les Cubains.
Il a expliqu les causes de la revolution de 18(38
et ses consequences. Le pacte du Zanjn qui y mit
fin aurait sans doute eu un rsultat satisfaisant si
M. Canovas del Castillo n'avait pas rappel en Es-
pagne le signataire de cette convention, le marchal
Campos. Condamnant durement les gouvernements
et les hommes politiques de l'Espagne qui, depuis
1878, date du pacte, jusqu' 1895, ne changrent en
rien leur politique ni n'accordrent aux Cubains ce
qui avait t convenu, c'est--diie une complete r-
forme du regime politique, conomique et adminis-
tratif de l'ile, l'orateur dnonce la rforme Maura-
Abarzuza come une duperie et justifie le mouve-
ment rvolutionnaire de 1895 comme un acte de
dsespoir des Cubains, convaincus que l'Espagne
ne leur donnerait jamais l'autonomie.
M. Mestre Ambile a expos ensuite l'organisa-
tion des insurgs qui ont constitu un gouverne-
ment rpublicain et des autorits civiles et mili-
taires. Il attribue l'insuccs de la mission du ma-
rchal Maitinez Campos ce fait qu'il n'avait pas
pouvoir de reconnaitre l'autonomie de l'ile, ce qui
et arrt la guerre.
Aprs avoir rendu hommage l'humanit et la
valeur du marchal, il a attaqu vivement la con-
duite de son successeur, le gnral Weyler, inca-
pable et inhumain, surnomm l'hyne d'Espagne .
Enfin, M. Mestre Ambile s'est attach prouver
que les Cubains, par l'organisation rgulire qu'ils
se sont donne militairement et civilement,sont dans
les conditions requises par le droit international pour
tre reconnus comme belligrants.
L'orateur regrette que l'Espagne ne prfre pas
traiter directement avec les Cubains rvolts et leur
accorder de bon gr leur indpendance, en change
d'avantages commerciaux et d'indemnits pour
toutes les proprits nationals qu'elle possde dans
l'ile, plutt que de s'exposer voir Cuba lui chap-
per par la force et sans aucune compensation.


La Bercue Diplomatique:

Dans ces diverse rencontres, l'ennemi est tou-
jours repouss avec perte, ds homes blesss, des
chevaux capturs, etc., etc.
Voil ce que l'on crit chaque jour non dans la
Gazette de... Hollande, mais dans les Gazettes d'Es-
pagne.
On se demande vraiment comment, aprs de si
nombreuses dfaites, le gnral Weyler rclame sans
cesse des renforts et comment il existe encore dans
l'ile de Cuba un seul flibustier .



La Cocarde :

La nouvelle plusieurs fois dmentie de la dmis-
sion du gnral Weyler se confirm aujourd'hui.
Le sabreur, en qui le gouvernement de la Reine
avait mis toutes ses esprances, se voit rduit
suivre l'exemple de Martinez Campos.
Il a dclar, parat-il, pour justifier sa retraite, que,
d'une part, l'obligation de manager les Etats-Unis
qui lui tait impose, et, de l'autre, la proximity de
la saison des pluies le rduisaient l'impuissance.
A cela, i:1 serait facile d'objecter que le gnral qui
lui sera donn pour successeur, qu'il ait nom Pola-
vieja ou Rivera on parle des deux -'ne sera ni
plus ni moins favoris dans l'oeuvre de repression.
Aussi cette note nous semble-t-elle plutt l'indice
d'un dcouragement profound. Avouons qu'on pour-
rait dsesprer moins. La situation empire chaque
jour. Le Comit de New-York enforce et approvi-
sionne sans cesse les troupes cubaines; les soldats
espagnols passent l'ennemi par milliers, nombre
de colons rvolts par les exactions et les massacres
commands par Weyler favorisent ouvertement le
parti de la Libert. L'heure est proche o la Perle
des Antilles, pour avoir trop souffert de IFgosme
rapace et cruel de la mtropole, secouera dfinitive-
ment sa domination.
Est-il home' libre pour ne pas penser et dire
avec nous que ce sera justice ?


Le Figaro :

Mais la guerre de Cuba, les difficults diploma-
tiques avec les Etats-Unis ; enfin, les mauvaises
conditions conomiques o se trouve l'Espagne
nervent visiblement le pouvoir civil. Sommes-ncus
la veille de complications ou mme de nouvelles
convulsioqs chez nos voisins du Sud ?


L'Erho d'Oran :


Quatre grands transatlantiques,- 'Alphonse XII, la


11 JUIN 1896

Reina-Maria Cristina, la Ciudad de Cadi; et le
Santo Domingo reoivent des modifications en vue
d'tre employs comme croiseurs auxiliaires et affec-
ts la surveillance des ctes de Cuba. Ils devront
tre livrs au gouvernement tous quatre avant la
mi-juin.
Grce cette nouvelle combinaison, le marquis
de Comillas va pouvoir empocher quelques mil-
lions de plus. N'empche que les officieux citeront
son patriotisme comme un example suivre.


BIBLIOGRAPHIE

L'Echo des Courses. -Journal de Sport quotidien
Nous avons entire les mains le premier numro de
L'Echo des Courses, journal special de sports.
Notre nouveau confrre a su s'entourer de tous
les lments dsirables pour faire un organe des
mieux informs, rpondant aux besoins de toutes
les personnel qui s'intressent aux courses.
Les parieurs ne devront plus dsormais engager
aucun pari avant d'avoir consult L'Echo des
Courses, qui donnera, chaque jour, les pronostics
les plus srs, grce son mode d'informations et
au personnel special qui compose sa rdaction.

Nota. Aux auteurs et diteurs nous donnerons,
sous notre titre Bibliographie, l'analyse de tous les
ouvrages don't on nous aura adress, franco de port,
deux exemplaires.

-------* r --------

AVERTISSEMENT

A partir du le,' juin, tout ce qui concern
l'Administration de La Rpublique Cubaine
doit tre adress M. Fourreau, administrateur-
grant, 20, rue Saint-Vincent-de-Paul, Paris.

Tous les mandats-poste et demands d'abonne-
ments doivent tre galement adresss : 0, rue
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teur-Grant.

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>i 35, l'angle de la rue Le Pelletier et du
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32, en face le Ciaf Riche.
18, i l'angle du boulevard et de la rue du
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31, en face le Caf de la Paix.
S 240, en face le Grand Htel.
213, Id.
12, on face les magasins du Old England.
10. en face le Grand Caf.
S 1, place de la Madeleine, Station des Om-
nib.us Passy-Bourse.
5, l'angle du boulevard et do la rue des
Capucines.
S 8, en ace l'Olympia.
S 25, en face le Crdit Lyonnais.
S en face la Gare Saint-Lazare (cour des
lines de banlieue).
S 37, en face le Cafr C'ardinal.
41, en face le Bec Auer, entree les rues Riche-
lieu et Vivienne.
290. l'encoignure do la place de l'Opra et du
boulevard des Capucines.
134, rue Royale, on face le restaurant Larue.
S 140. avenue des (1 ....-i.El. :-. entire la rue
de Cliaillol et l'avenue do l'Alma.
S 141, avenue des Champs-Elysdes, en face de la
rue du Bel-Respiro.
en face les Magsins (du Printemps.
pros la station do la Muelle-Tailbout, bou-
levard HIaussmann et rue Taitbout.
place de la Bourse, vis--vis le bureau de
posted.
faubourg Poissonnire, Conservatoire.
S place du Palais-Royal, angle de la rue de
Rivoli, en face lcb bureau des omnibus.
n l'encoignure du la rue de la Botie et du
faubourg Saint-IIonor.
place Saint-Augustin, arrt des tramways
Muette-T''aibout.
215, avenue Wagram et rue Troyon.
place de l'Etoile et avenue Mac-3ahlon.
22, i l'angle de la rue du Jlelder et du boule-
vard, en face la machine Yost.
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