Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: June 4, 1896
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00021
Source Institution: University of Florida
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Patrie et Libert


Li~


SUPPLEMENT AU NUMERO DU




S TL ATI C NT


4 JUIN


1896


C1TEi.T


Irnporta.nt IDoc.urnen.t

Rapport envoy a une grande maison de commerce de New-York, par sa succursale de La Havane


SCURIT INDIVIDUELLE

Hors des villes, la scurit individuelle dimi-
nue chaquejour davantage.
Il semble que l'ide qui parat prvaloir parmi
les militaires est d'exterminer la population paci-
fique du pays.
Ce moyen de destruction tant beaucoup plus
facile que celui qui consiste poursuivre les in-
surgs, il en rsulte que les paysans sont terri-
fis des abus qui se commettent et qu'ils s'en-
fuient tous aussitt qu'ils apprennent qu'une co-
lonne espagnole est proximity.
Les guerrillas locales sont particulirement
affectes ce genre de poursuite, et il est fr-
quent d'entendre dire que tel ou tel a t emmen
de chez lui, n'a pas reparu, mais que son ca-
davre a t retrouv deux ou trois jours plus
tard.
En dehors de ce systme d'arrter des gens
inoffensifs pour l'unique raison qu'tant ns
dans le pays ils doivent tre suspects, il en
existe un autre qui consiste en tuer le plus
possible aprs chaque rencontre avec les insur-
gs, afin d'ajouter le nombre de leurs morts
celui de l'ennemi, faisant paratre ainsi leurs
pertes plus leves.
C'est ainsi que dans un grand nombre de cas
bien connus, o les pertes s'levaient environ
25 0/0, le grossissement du nombre mentionn
sur les bulletins tait d cette manire d'agir.
Un tel systme a pour effet d'augmenter con-
sidrablement le nombre de ceux qui prennent
part la guerre, car, en presence de ce qui se
passe, la population rurale considre qu'il y a
plus de scurit pour elle se rfugier parmi les
insurgs qu' demeurer neutre. En effet, si cha-
cun court le risque de trouver la mort dans un
engagement, le danger n'est pas imminent et il
ne se trouve pas expos journellement se voir
arrach de son foyer et lchement assassin.
C'est ainsi que s'exprimait un paysan, il y a
quelques jours, et il ajoutait que depuis qu'il
s'tait joint aux insurgs, il dormait plus tran-
quille, n'ayant plus d'autre souci que celui de se
dfendre quand on l'attaquerait. D'autres, au
contraire, s'engagent parmi les guerrillas de la
localit, afin de n'avoir rien craindre du gou-
vernement.
C'est pourquoi ces milices contiennent tant
de natifs du pays; ces malheureux esprent, en
agissant de la sorte, obtenir la fois quelques
bribes pour eux et leurs families et tre moins
perscuts qu'en poursuivant leurs paisibles tra-
vaux.
Dans les operations militaires, ces guerrillas
servent d'espions et de sentinelles; on les place
en tte des colonnes. Lorsqu'elles sont dfaites
ou qu'elles subissent des pertes, on les porte au
compete de l'ennemi.
D'un autre ct, les insurgs commettent aussi
beaucoup de dgts ; ils prennent les chevaux,
emportent les provisions et le linge, laissent sou-
vent le paysan presque dnu de tout moyen de
subsistence; mais, comme ce dernier sympathise
avec l'insurrection et qu'on lui laisse la vie, il
accepted sa misre avec resignation et support
sans se plaindre de se voir ainsi dpouiller de
tout ce qu'il possde.
Le gouvernement a dcrt dernirement la
concentration des populations rurales dans l'in-
trieur des villes fortifies. Il est trs difficile de
mettre cette measure execution, car le paysan
se trouve ainsi dpourvu de tout moyen d'exis-
tence et sans argent pour pouvoir se loger. Dans
la champagne, il a toujours sa maison et quelque
pice de terre ou quelque champ ; il a des
poules, des oufs, des cannes sucre, etc., etc. ;
enfin, il peut porter la ville une parties de ces
products; en un mot, mme en lui enlevant pres-
que tout ce qu'il possde, les insurgs le laissent
dans tous les cas dans une meilleure situation
que s'il allait demeurer dans la ville.


LA GUERRE

Il semble difficile que la guerre puisse se ter-
miner par la force des armes, attend qu'elle est
soutenue par un people qui prfre mourir et
tout sacrifier plutt que de subir les vexations
qui lui sont imposes, et supporter la corruption
des rgimes civil et militaire, et des pratiques
conomiques auxquels il est soumis malgr ses
plaintes jamais coutes.
Cette guerre ne peut se terminer que par un
arrangement; c'est quoi doit songer tout d'abord
le gouvernement, car, si elle devait durer six
mois encore, elle entranerait infailliblement la
ruine de Cuba et celle de la nation espagnole.
Le gouvernement a, de son ct, toutes les
chances favorables pour la continuation de la
guerre, telles que : les chemins de fer, les lignes
tlgraphiques, les vaisseaux de guerre, les
ports, etc.; ce qui semble lui assurer le triomphe
final, tandis que les insurgs sont privs de tous
ces avantages, et se trouvent court d'armes et
de munitions; ils vitent, en consequence, autant
que possible, les rencontres et, dans certaines
occasions, ile doivent abandonner le combat
quand leurs cartouches sont puises. Le gouver-
nement dit alors qu'il a faire des lches;
mais peut-on qualifier ainsi des gens qui atta-
quent l'arme blanche un ennemi arm de f-
sils rptition.
De leur ct, les insurgs dtruisent de plus en
plus les proprits; aprs avoir brl les planta-
tions de cannes sucre, ils incendient aussi les
usines; c'est pourquoi je rpte que si la guerre
devait durer encore six mois, la ruine du pays
serait complete et la misre lamentable.
Dj la misre actuelle a grandement contri-
bu l'extension de la guerre, et comme elle ne
peut aller qu'en augmentant, plus grand sera le
nombre de ceux qui, par dsespoir, y prendront
part.
Cependant, il y a encore dans les villes des
personnel qui ont des moyens d'existence et qui
n'auraient jamais song prendre les armes, si
elles n'y taient pousses par les vexations jour-
nalires don't elles sont l'objet de la part de ceux
mmes qui devraient tre les premiers leur
viter tout prtexte de se mler au conflict.
Les militaires, part quelques honorables
exceptions, ont intrt la prolongation de la
guerre, car, entire les exploits qu'ils peuvent
accomplir et les grades qu'ils peuvent conqurir,
ils trouvent plus d'avantages la continue qu'
la terminer.
Je suis d'avis qu'aussitt que les Corts se
runiront, le Gouvernement devra modifier son
plan de ne faire aucune concession, tant que du-
rera la champagne, car ni l'Espagne ni Cuba ne
seront capable de supporter la prolongation de
cet tat de choses.
Parmi ceux qui combattent, il en est qui ac-
cepteraient volontiers des conditions qui per-
mettraient au pays d'intervenir et d'avoir voix
dlibrative dans ses propres affaires, avec un
gouvernement autonome, plac sous la suzerai-
net de l'Espagne. D'autres, plus radicaux, ne
voulent accepter d'autre solution que celle de
l'indpendance de l'le.
Ils considrent comme impossible tout arran-
gement avec l'Espagne, disant qu'aprs une
guerre de dix annes, suscite par les mmes
causes que celles d'aujourd'hui, et aprs dix-sept
annes de paix durant lesquelles tous les moyens
lgaux ont t puiss, sans produire aucun r-
sultat et sans qu'il y ait eu rien d'accompli, en
dpit des rapports les plus clairs prsents par
les diverse corporations du pays, ils n'ont mme
pas russi obtenir les maigres rformes votes
ces dernires annes; Cuba, soi-disant parce
qu'on tait en tat de guerre, et Porto-Rico,
sans doute parce qu'on avait la paix.
Malgr tout, cette portion du pays, qui avait
tout perdre par l'tat actuel des choses, aurait
prfr attendre les rformes de la force des cir-
constances plutt que d'une revolution; consid-


rant que si excellentes et si nombreuses que puis-
sent tre lesamliorations obtenues par la guerre,
le pays n'en restera pas moins de longues an-
nes avant de se retrouver de nouveau dans des
conditions d'activit, de dveloppement et de
richesse.
L'arme est aujourd'hui assez considerable ;
elle possde plus de 180,000 hommes, en com-
prenant les troupes rgulires, les volontaires et
les guerrillas. Les soldats sont endurcis aux fa-
tigues, sobres, patients et disciplines; mais les
les officers sont gnralement ignorants; ils ne
connaissent pas le pays et ne parent que d'ex-
terminer la population comme moyen de finir
une guerre o ils ont dmontr leur incapacit.
En dpit des nouvelles publies par les jour-
naux espagnols, il parat impossible, d'aprs ce
qu'on entend, qu'aucun des deux parties puisse
arriver vaincre l'autre. Chacun sait que les
feuilles gouvernementales sont soumises une
censure qui ne leur permet de reproduire que ce
qui parat favorable l'Espagne. Ces rcits sont
pour la plupart trs exagrs, puisque, malgr
les nombreuses victoires qu'ils enregistrent,
nous avons des insurgs dans toute l'le, et que la
la colonne qui est dfaite ou disperse aujour-
d'hui peut, le mme jour ou le jour suivant, se
reformer plus nombreuse et offrir la bataille.
Il est galement impossible de rien conclure
au sujet de l'opinion d'une press qui semble
avoir pour rgle de reproduire les rapports
trangers, et don't les apprciations ne peuvent
tre autres que celles autorises par le gouver-
nement; d'ailleurs, il est trs difficile de savoir
la vrit, attend que les insurgs ne publient
pas de journaux et que leurs communications
sont aussi exagres que eelles des Espagnols.
La censure est tellement svre, que les journaux
de Cuba ont donn ordre qu'on ne leur adresst
aucun tlgramme d'Europe ou des Etats-Unis,
touchant les affaires de Cuba, attend qu'il leur est
interdit de les imprimer et que, par consquent,
leur argent serait dpens sans objet. Les seules
nouvelles qui nous parviennent sont celles que
nous apportent, deux fois par semaine, les jour-
naux de New-York.
Le Gouvernement declare ouvertement que la
majority du pays est avec lui; mais il se plaint, en
mme temps, que les operations militaires
soient rendues difficiles par le peu d'empresse-
ment des habitants les aider et leur fournir
des informations sur les movements des re-
belles.
La vrit est qu'en dpit de la ruine gnrale,
la presque totalit du pays est du ct de la R-
volution; la preuve en est dans la resignation
avec laquelle le people support les dommages
don't il est victim, quand ces dommages lui
viennent de la part des insurgs.
Il existe une norme accumulation de haine,
amoncele durant quatre sicles de domination
espagnole, pendant lesquels le Cubain a t
compt pour rien dans son pays, o il lui est per-
mis de vivre comme par charit.
L'arme tire sa subsistence presque entirement
du pays; le fourrage des chevaux n'est mme
pas pay, et ils se nourrissent de plants encore
verts de cannes sucre, qu'ils dtruisent de la
sorte. Les chevaux de cavalerie ne sont pas pays
non plus, le Gouvernement ayant ordonn de les
rquisitionner partout o ils seraient ncessaires;
enfin, l'immense majority du btail ncessaire
aux troupes en champagne est prise et sacrifice
sur place, sans qu'on s'informe mme du nom
des propritaires, ni de la valeur reprsente.

SOLUTIONS

Un grand nombre de personnel, aprs avoir tu-
di la question dans toutes ses phases, ne voient
pas d'autre solution que l'intervention des Etats-
Unis pour arriver terminer la guerre avant que
Cuba ne soit mtamorphose en un monceau de
cendres et ne disparaisse d'entre les nations ci-
vilises du globe.
Si nous pouvions avoir ici un gouvernement


autonome tel que celui don't jouissent les Cana-
diens, cela serait trs acceptable et mettrait fin
la guerre; mais il n'y a pas l'esprer, car ce se-
rait vouloir transformer des Espagnols en An-
glais. Le Gouvernement espagnol, tant dans la
ncessit de favoriser les intrts de la pninsule,
se voit oblig de protger tous les monopoles, et
ceux-ci, pour faire bnficier leurs spculations,
nous obligent acheter les farines amricaines
et les marchandises franaises, allemandes et an-
glaises, comme products espagnols, privant ainsi
le Trsor des revenues de la douane, attend que
ces marchandises ne patient pas d'entre dans
l'le. Cela force le Gouvernement augmenter les
impts, rend !a vie plus chre et nous empche
de produire aussi bon compete qu'il serait n-
cessaire de le faire, pour rivaliser avec les pays
qui patient une prime aux fabricants de sucre.
Nous avons en plus l'intrt de la dette et les d-
penses de l'arme de terre et de mer qui aug-
mentent de jour en jour et qui sont exclusivement
supportes par Cuba. Sous un tel rgime, il fau-
dra encore un grand nombre d'annes avant que
Cuba, mme la guerre finie, puisse renatre de
ses ruines.
Comme example de ce systme de protection
qui fait taxer les articles trangers et mme ceux
que l'Espagne ne produit pas, nous mentionne-
rons l'acier et toutes les pices des machines des-
tines aux plantations, qui patient ici un droit
aussi considerable que le prix de la machine en-
tire en Angleterre.
L'Espagne est pauvre, et lors mme qu'elle
tenterait loyalement de concilier les choses, les
moyens don't elle disposerait ne parviendraient
pas aider le pays dans son dveloppement,
puisque toutes les dpenses actuelles sont au
compete du Trsor de Cuba, dj surcharg par
200 millions de dollars de dettes, total qui, l'an-
ne dernire et aprs dix-sept ans de paix, tait
beaucoup plus considerable que la some qui
restait due la suite des dix annes de gueree
termine en 1878, cela malgr les normes bud-
gets qui ont surcharg l'le depuis cette poque.
De tout l'argent recueilli, rien absolument n'a
t affect au dveloppement'et aux progrs du
pays, sa richesse provenant exclusivement des
efforts individuals.
Par sa position gographique, il semble natu-
rel et logique que tt ou tard Cuba fasse parties
des Etats-Unis. Tout son commerce est avec les
Etats-Unis, celui avec l'Espagne tant fictif et
consistent surtout en importations, puisque l'Es-
pagne ne consomme pas nos sucres, ni nos tabacs
et nos rhums, qui sont les principles produc-
tions de notre pays.

Ce que nous aurions d produire en 1896:
Sucre, 1.100.000 tonnnes 50 fr. 55.000 000
Mlasses ....................... 1.500.000
Rhums ............. .......... 2.000.000
Tabacs en feuilles ou manufac-
turs........................ 25.000.000
Fruits et lgumes............... 5.000.000
Peaux, Cires, Miels, Acajou et
Cdre ....................... 3.500.000
Minraux ...................... 2.000.000
Total .................. fr. 94.000.000


Ce que nous avons produit:
Sucre, 180.000 tonnes
60fr........... 40.000.0(
Mlasses ........... 50.0C
Rhums ............ 450.0(
Tabacs en feuilles ou
manufacturs..... 8.000.00
Fruits et lgumes... 2.500.00
Peaux, Cires, Miels,
Acajou et Cdre... 1.500.00
Minraux .......... 2.000.00


)0
>0
)0

0
)0


i0
00


Total .........fr. 25.400.000 25.400.000
Difference de 1895........fr. 68.600.000






LA RPUBLIQUE CUBAINE


LES FRAIS DE LA GUERRE

Il nous a paru particulirement intressant,
aujourd'hui, de fixer l'opinion publique sur ce
que cote l'Espagne la guerre actuelle de
Cuba:


Le gouvernement espagnol a d
emprunter, jusqu' la fin de jan-
vier, la Banque d'Espagne..$
Prlvement postrieur, la mme
Banque.....................
Prlvement du solde qu'il avait
dans cet tablissement.........
Compte dbiteur la Banque de Pa-
ris et des Pays-Bas.......... ...
Ngociation en Bourse des billets
de Cuba 1886 et 1890..........


31.000.000

5.000.000

3.000.000

15.000.000

7.000.000


Total.........$ 61.000.000
Il convient de dire que le gouvernement fut
autoris pour disposer des billets hypothcaires
de l'mission de 1890. De cette mission, il y
avait en portefeuille, au Ministre des Colonies,
en mars 1895, $ 1.265.000 desquelles 640.000
furent, jusqu' fvrier de cette anne, mis en
circulation et qui reprsentaient une valeur de
$ 64.000.000. Il restait donc en portefeuille
625.000 billets reprsentant $ 62.500.000 nomi-
nales. Dernirement, le gouvernement espagnol
rsolut de vendre 50.000 de ces billets la Ban-
que de Barcelone, don't la valeur nominale tait
de $ 5.000.000, et esprait recevoir de ce fait
$ 3.600.000. Il restait alors 575.000 bons hypo-
thcaires.
Voyons maintenant de quelle manire l'admi-
nistration espagnole a ngoci cette affaire :
En billets
En effect hypothcaires


Reu de la :
Banq. d'Espagne..$ 3I.ooo.ooo.
de Paris et des
Pays-Bas... i5.ooo.ooo
de Barcelone. 3.600.000

Totaux... .$ 49.600.000.


Remis $ 46.000.000

Id.... 17.000.000
Id.... 5.ooo.ooo

Remis$ 68.000.000ooo


Il rsulte donc que les billets hypothcaires
ont t approximativement pris avec 35 0/0
d'escompte. Comptant sur cette base les
$ 57.500.000 qui restent de ces billets, le gou-
vernement comptait uniquement en fvrier, pour
les frais de la guerre, $ 37.300.000. Mais il est
probable que ces billets subissent une baisse
d'autant plus grande que la lutte se prolonge et
que la revolution gagne du terrain, et pour cette
raison il est difficile d'apprcier exactement la
some mentionne plus haut.
D'autre part, on sait que, pendant l'anne
1874, alors que l'arme espagnole comptait
62.000 hommes, les frais mensuels s'levaient
a $ 4.500.000, comme l'affirme dans son remar-
quable mmoire M. l'intendant Cancio Villaamil.
On sait aussi que jusqu'au mois de janvier de
l'anne courante, l'Espagne avait dpens
$ 62.000.000. Il n'est donc pas aventureux d'as-
surer que maintenant qu'elle a le double de sol-
dats, les frais ont d doubler. Mais nous ne vou-
lons pas computer avec $ 4.500.000, et seulement
avec $ 6.000.000 par mois. Voici 14 mois que
dure la guerre, et les frais de la guerre ne doi-
vent pas tre, ds lors, infrieurs $ 80 ou $ 84
millions.
Et maintenant, si nous prenons en considra-
tion que pour pouvoir les payer, l'Espagne se
voit oblige donner ses billets en garantie avec
35 0/0 de perte, il est vident qu'elle a d re-
mettre pour plus de $ 120.000.000 de ces mmes
billets pour faire face aux frais de la guerre, ou
ce qui revient la mme chose, la mtropole ne
doit plus avoir, l'heure actuelle, de billets hy-
pothcaires de 1890 pour se procurer des res-
sources, ou si elle en a encore, elle sera promp-
tement oblige de s'en dfaire. Et, pour termi-
ner, nous nous demandons comment fera l'Espa-
gne pour faire face aux normes frais de cette
champagne.
Suivant notre faon de voir, il ne se passera
pas deux mois sans que la nation espagnole ren-
contre des obstacles insurmontables pour obtenir
l'argent ncessaire la continuation de la guerre,
Une nation appauvrie comme l'est la nation
espagnole, ne peut supporter l'norme saigne
mensuelle que ncessite une guerre don't la fin
nous parat de plus en plus loigne. Et, pour
augmenter ses angoisses, il se trouve que. le 8
du mois dernier, elle doit remettre la Banque
de Paris et des Pays-Bas $ 3.000.000; le 8 cou-
rant une some gale et, au commencement
d'aot, les 3 derniers millions de l'emprunt; et
l'antique opulente le de Cuba ne pourra, eu
gard son extreme pauvret actuelle, rien re-


mettre au Trsor national, lequel aura faire
face nanmoins aux $ 13.000.000 d'intrts
annuels que ncessite la dette de la Grande An-
tille.
Pour l'Espagne, la revolution cubaine signifie
la dbcle conomique, si elle ne sait pas se reti-
rer temps, parce que le Trsor de la nation
exige chaque anne $ 140.000.000 qui ne suffi-
sent mme pas couvrir ses propres besoins, et
nos lecteurs pourront facilement voir combien
sera dsorganise conomiquement la patrie de
Weyler et de Pelayo si, de cette some, on retire
annuellement $ 80.000.000 pour fire face i la
champagne actuelle et la dette de Cuba.
Nota. La $ piastree), vaut 5 francs.

-------.^rr~LI--------

LE BUDGET DE CUBA

Le Temps a public la dpche suivante:
Madrid, 26 mai, 9 h. 1o.
Le gnral Weyler a fait prparer par l'intendant
gnral des finances le project de budget de Cuba
pour l'exercice 1896-1897. On y remarque que les
dpenses, y compris les frais de guerre, dpasseront
450 millions de picettes, et que les recettes seront
seulement de i5o millions, en supposant mme que
la rforme des tarifs et les nouveaux impts sur les
octrois, les tabacs et l'levage du btail donnent les
rsultats esprs. Le deficit devra tre couvert par
une operation de credit avec garantie du Trsor es-
pagnol.
300 millions de deficit annuel, pour le seul
budget de Cubal car il est clair qu'il ne s'agit, dans
cette dpche, en aucune faon du budget de la
mtropole.
Cet aveu, venant de Madrid, n'est pas fait pour
nous dplaire, car il ne fait que confirmer ce que
nous avons dit maintes reprises : que la guerre
actuelle de Cuba cotait l'poque plus de sept
cent cinquante millions de francs par an.
Mais o donc ce nouveau Robert Macaire Na-
varro Reverter avait-il la tte, quand il a dict
cette parties de la dpche : en supposant mme
que la rforme des tarifs et les nouveaux im-
pts sur les octrois, les tabacs et l'levage du
btail, donnent les resultats esprs.
La rforme des tarifs et les nouveaux impts
sur les octrois..... Mais puisque la champagne
Cuba ne produit plus rien, absolument rien, que
les vivres les plus indispensable viennent de
l'tranger, o diable prendra-t-il des excdents
sur les octrois? Quant aux rformes des tarifs,
elles n'auraient, si elles taient appliques, aucun
effet pour la mme raison que nous donnons plus
haut, car l o il n'y a rien, le diable lui-mme
perd ses droits.
Pour les tabacs, il faudra chercher autre
chose, puisque les Yankees ne veulent pas en
entendre parler, et que, dame vous tes bien obli-
gs d'en passer par o ils veulent.
Quant l'levage du btail I... dans les cir-
constances prsentes, a dpasse les limits de la
btise ou de l'astuce.
Or, donc ce n'est pas 300 millions de deficit,
comme vous tes amens l'avouer forcment,
cambrioleurs honts, que vous avez Cuba,
mais bien le montant du budget tout entier, soit
450 millions.
Quant l'opration de credit don't vous parlez
pour couvrir ce deficit, nous savons en France
mieux que partout ailleurs, hlas ce que cela
veut dire. C'est une nouvelle escroquerie que
vous prparez; mais cette fois vous en serez pour
vos frais ; car tant va la cruche (ceci n'a rien de
personnel pour le ministry des finances espa-
gnoles) l'eau qu'elle se casse.
Pour redonner un peu de confiance, il suffira
de publier, comme nagure, un interview dans
Le Matin, et le rsultat, comme alors, ne.se fera
pas attendre: Un point de baisse la Bourse en
3 jours.



CONSTITUTION
du Gouvernement Provisoire de la
Rpublique de Cuba

La Revolution pour l'indpendance et la creation
d'une Rpublique dmocratique Cuba, dans sa
nouvelle priode de guerre commence le 24 f-
vrier 1895, dclare solennellement la separation de
Cuba de la Monarchie espagnole et sa constitution
comme Etat libre et indpendant, avec un Gouver-
nement propre, par autorit supreme, avec le nom
de Rpublica de Cuba , et confirm son existence
toutes les Puissances, et en son nom et par la
procuration que lui ont donne cet effet les
Cubains en armes, dclarant devant la Patrie la
puret de ses sentiments, libres de violence, de


prevention, et seulement inspirs par l'ide d'inter-
prter convenablement les votes populaires pour
l'institution du rgime et du Gouvernement provi-
soire de Cuba en Assemble Constituante ont, d'ac-
cord, devant Cuba et le mode civilis, avec la foi
de leur honneur, engag l'accomplissement des
articles suivants de la Constitution:
ART. i". Le Gouvernement supreme de la R-
publique consistera en un Conseil de Gouvernement
compos de : Un Prsident, un Vice-Prsident et
quatre Secrtaires d'Etat, pour l'expdition des af-
faires de la Guerre, de l'Intrieur, des Affaires et des
Finances.
ART. 2. Chaque Secrtaire aura un Sous-Secr-
taire pour le supplier en cas d'empchement.
ART. 3. Les attributions du Conseil de Gou-
vernement seront: i" Promulguer toutes les disposi-
tions relatives la vie civil et politique de la Rvo-
lution; 2' Imposer et recevoir les contributions,
contractor des emprunts publics; mettre du papier-
monnaie; rpartir les fonds recueillis dans l'ile
quelque titre que ce soit, ainsi que ceux recueillis
l'tranger; 3' Concder des patentes de course, lever
et quiper des troupes, dclarer la conduite suivre
avec l'ennemi et ratifier les traits; 4' Donner l'auto-
risation, quand il le jugera utile, de soumettre le
President et les autres membres du Conseil au pou-
voir judiciaire; 5' Rsoudre toutes les difficults,
sauf celles du resort du pouvoir judiciaire, que
tous les hommes de la Rvolution ont le droit de
lui presenter; 6' Approuver la loi, les rglements et
ordonnances militaires que lui proposera le gnral
en chef de l'arme; 7' Confrer les grades militaires
des principaux chefs de l'arme, aprs rapport de
leurs chefs suprieurs immdiats et du gnral en
chef, et la nomination de ce dernier et du lieutenant-
gnral qui doit le remplacer en cas de vacance;
8" Ordonner l'lection de quatre reprsentants par
chaque corps d'arme, chaque fois que, conform-
ment la Constitution, la convocation de l'Assem-
ble sera ncessaire.
ART. 4. Le Conseil de Gouvernement inter-
viendra seulement dans la direction des operations
militaires, quand son avis il le jugera absolu-
ment ncessaire la ralisation d'autres vues poli-
tiques.
ART. 5. Les actes du Conseil de Gouvernement
ne seront valables que si les deux tiers au moins
de ses membres ont pris part aux dlibrations et
s'ils ont t vots la majority des membres pr-
sents.
ART. 6. La charge de Conseiller est incompa-
tible avec les autres charges de la Rpublique et ne
peut tre occupe que par un citoyen g d'au moins
21 ans.
ART. 7. Le Pouvoir excutif sera exerc par
le President ou, son dfaut, par le Vice-Prsident.
ART. 8. Les actes du Conseil de Gouvernement
seront sanctionns et promulgus par le Prsident,
qui prendra les measures ncessaires pour qu'ils re-
oivent leur application dans un dlai qui ne pourra
excder io jours.
ART. 9. Le Prsident peut signer des traits,
avec la ratification du Conseil de Gouvernement.
ART. 10. Le Prsident recevra les Ambassa-
deurs et distribuera les ordres tous les fonction-
naires.
ART. II. Le trait de paix avec l'Espagne, qui
doit avoir prcisment pour base l'indpendance ab-
solue de l'le de Cuba, devra tre ratifi par le Conseil
de Gouvernement et l'Assemble des Reprsentants,
convoque expressment cet effet.
ART. 12. Le Vice-Prsident supplera le Prsi-
dent.
ART. 13. Dans le cas o les functions de Prsi-
dent et de Vice- Prsident cesseraient d'tre exerces
par suite de dmission, de destitution, de mort, ou
pour toute autre raison, l'Assemble des Reprsen-
tants se runira pour procder l'lection de nou-
veaux titulaires. Les Secrtaires les plus gs seront
charges de l'intrim de ces functions.
ART. 14. Les Secrtaires prendront part aux d-
librations et aux votes de tous les dcrets de quel-
que nature qu'ils soient.
ART. I5. Les Secrtaires auront dans leurs attri-
butions la charge de proposer les titulaires des divers
bureaux.
ART. 16. Les Sous-Secrtaires suppleront les
Secrtaires d'Etat et auront, comme eux, le droit de
prendre part aux dlibrations et aux votes.
ART. 17. Toutes les forces armes de la Rpu-
blique et la direction des operations de la guerre,
seront sous les ordres directs du gnral en chef, qui
aura ses ordres et pour le remplacer, le cas
chant, le lieutenant-gnral.
ART. 18. Tous les Cubains sont obligs de ser-
vir la Rvolution de leur personnel et de leurs biens,
selon leurs aptitudes et leurs accessoires.
ART. 19. Les fonctionnaires de n'importe quel
ordre se prteront un appui mutuel pour l'accom-
plissement des resolutions prises par le Conseil de
Gouvernement.
ART. 20. Les proprits appartenant aux tran-
gers seront soumises un impt en faveur de la


Revolution, tant que leurs gouvernements respectifs
n'auront pas reconnu la belligrance de Cuba.
ART. 21.- Toutes les dettes et obligations con-
tractes au course de la guerre actuelle jusqu' ce que
cette Constitution ait t promulgue, par les chefs
de l'arme au service de la Rvolution, seront recon-
nues.
ART. 22. Le Conseil de Gouvernement pourra
destituer ceux de ses membres qui l'auront mrit.
Cette measure devra tre vote par les deux tiers des
Conseillers, et il devra en' rendre compete la plus
prochaine reunion de l'Assemble.
ART. 23. Le Pouvoir judiciaire procdera avec
une entire indpendance sur tous les autres points;
son organisation et sa rglementation seront la
charge du Conseil du Gouvernement.
ART. 24. Cette Constitution sera applicable
Cuba pendant deux ans, partir de sa promulga-
tion, si la guerre de l'Indpendance n'est pas termi-
ne avant. Pass cette date, l'Assemble des Repr-
sentants sera convoque de nouveau, pourra modi-
fier cette Constitution et procdera l'lection d'un
nouveau Conseil de Gouvernement et au jugement
du prcdent.
Ainsi l'a sign et, au nom de la Rpublique, l'a
ordonn, l'Assemble Constituante, en Jimaguayu,
le 17 septembre 1895, et, en tmoignage, l'ont sign
les Reprsentants dlgus par le Peuple Cubain en
armes :
Salvador Cisneros y Betancourt, president. -
Rafael Manduley, vice-prsident. Raimundo
Sdnche;. Fermin Valds Domingue.. Pedro
Pifidn de Villegas. J. D. Castillo. Mariano
Sdnche! Vaillant. Pedro Aguilera. Enrique
Cspedes. Lope Recio L. Francisco Dia?
Silveira. Rafael M. Portuondo. Dr. San-
tiago Garcia Cahniares. Enrique Loynds 'del
Castillo. Severo Pina. Rafael Pre; Mora-
les. Marcos Padilla. J. L6pe Leiva, secr-
taire. Jos Clemente Vivanco, secrtaire. -
Orencio Nodarse, secrtaire.

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OPINIONS IMPARTIALES


Ce que sont les insurgs
Nous lisons dans El Nuevo Rgimen, de Ma-
drid :
A Cuba, ceux qui nous font la guerre ce ne sont
ni des spculateurs, ni des aventuriers, c'est la colo-
nie. Des aventuriers et des spculateurs ne lvent
pas en quelques mois 5o,ooo hommes et ne sou-
tiennent pas la lutte durant des annes; des aventu-
riers et des spculateurs ne tiennent pas en chec
durant des mois et des mois une arme de i5o,ooo
soldats bien arms et matres de toutes les places et
de toutes les forteresses. S'il en tait ainsi, quelle
honte ne serait-ce pas pour nous 1 L'Espagne de
Corts et de Pizarro ne pourrait pas lutter contre
une multitude de spculateurs et de bandits
Les ngres soutiennent l'insurrection, dit-on, et la
haine de race est un des lments de la lutte. Mais
n'y a-t-il pas parmi les insurgs des hommes aussi
blancs que nous? Ces blancs ne sont-ils pas le plus
grand nombre ? ne sont-ils pas commands par des
hommes de notre propre race ? Les ngres taient
hier esclaves et sont aujourd'hui des hommes libres ;
comment nous hairaient-ils plus aujourd'hui qu'hier?
Est-ce que, parce qu'ils sont libres, nous ne leur
sommes plus suprieurs par les armes, comme nous
le sommes par l'intelligence?
11 est douloureux de voir que, par patriotism, l'on
rappetisse la patrie. Non, nous ne luttons pas contre
des masses d'aventuriers: avec les insurgs sont
l'me et le cour mme de Cuba.


Dans un discours prononc l'Athne de Ma-
drid, dans la soire du 16 mai 1896, le grand
rpublicain espagnol Pi y Margall s'est exprim
en ces terms :
Partant du principle de l'autonomie, il est vident
que je dois condamner toute violence d'individu
contre individu, de group contre group. Je con-
damne, sans la moindre hesitation, le droit de con-
qute et n'accepte la guerre que dans le but de re-
pousser des invasions trangres ou d'ouvrir des
chemins que des nations gostes veulent former,
puisque la terre n'est le patrimoine d'aucune nation,
mais appartient toute la race humaine. Je con-
damne la conqute et reconnais aux peuples con-
quis le droit ternel de chasser hors de leur terri-
toire les conqurants, sans tre arrts par les avan-
tages qu'ils ont pu tirer des dits conqurants ni par
la prescription de plusieurs sicles. Depuis sept
sicles, les Arabes de Grenade dominaient ici, lors-
que les rois catholiques se mirent les combattre:
on leur devait de grands et de signals bienfaits et,
cependant, nous combattimes sans relche jusqu' ce
que nous les chassmes aux rivages d'o ils taient
venus.


L'administrateur-grant : G. ETARD.

TROYES. Imprimerie G. ARBOUIN, rue Thiers, 126.




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