Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: May 21, 1896
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00018
Source Institution: University of Florida
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Patrie et Libert


RDACTION & ADMINISTRATION PRIX DE L'ABONNEMENT (EN FRANCE)
Rue Baudin ire Anne PARIS 21 Mai 1896 N 18 PAYABLE D'AVANCE
90, Rue Baudin i.anne ................................... fr.
Un semestre........................ 15 fr.
ADRESSE TLGRAPHIQUE: EE.-A- Ai-T X C3-.d Un trimestre ........................ 7 50
TELE PEOKE A L'TRANGaE
I----- PARAIT TOUS LES JEUDIS Une anne..... ANG ........ 35 fr.
Les manuscripts ne sont pas rendus U NMn semetre f. 1 5
...........................................................................................................................................................I 5'


AUX CUBAINS
ET AUX PORTORIICAINS

Constitution de la Rpublique de Cuba
ART. 19. Tous les Cubains sont obligs de
servir la Rvolution de leur personnel ou de leurs
biens, suivant leurs aptitudes.
Bases du Parti Rvolutionnaire Cubain
ART. 8. Le Parti Rvolutionnaire Cubain se
propose rsolument :
I. D'unir, dans un effort commun et persv-
rant, l'action de tous les Cubains rsidant
l'tranger.

IV. De runir des fonds d'action pour la rali-
sation de son programme et d'employer constam-
Sment de grandes resources pour la guerre.

Le Dlgu plnipotentiaire de lai Rpublique
Cubaine New-York rappelle aux Cubains rsi-
dant ou se trouvant accidentellement i l'tranger,
qu'ils doivent tous, absolument tous, continue
aider rgulirement de leur argent la Dlgation,
pour l'envoi des armes et des munitions desti-
nes leurs frres, qui luttent et qui versent leur
sang pour la patrie sur les champs de bataille.
Ces articles imposent aux Portoricains les
mmes devoirs qu'aux Cubains.
Les cotisations, en Europe, sont reues Pa-
ris, chez le Dlgu, M. le Dr R.-E. Btances,
6 bis, rue de Chteaudun.


ANNIVERSAIRE.

Les Cubains clbraient hier un triste
anniversaire. Le 20 mai 1895, Jos Marti
est mort. Les patriots pleurent leur chef
incomparable et, dans tous leurs journaux,
rendent homage au maitre qui iconsacra
sa vie au service de] la patrie. Nous rem-
plissons un devoir en ddiant La Rpu-
blique Cubaine de ce jour l'infatigable
organisateur de la Rvolution, au patriote,
au hros, au martyr tomb dans l'embus-
cade de Dos Rios, au conspirateur qui a
mrit d'tre appel le MazziniCutbain.
SGloire Marti !


RENCONTRES DIPLOMATIQUES


On s'occupe, dans le monde politique, des
reunions qui ont lieu chez Madame la duchesse
de Monteagudo, et oi se rencontrent LL. EE. les
ambassadeurs d'Allemagne et d'Espagne.
Serait-ce sous l'inspiration de M. le gallophobe
Cinovas del Castillo :?


*


Nous voudrions donner une biographie complete
de l'immortel Marti; mais cette biographie ne peut
se faire en quelques lignes et ncessite un livre qui
paraitra d'ailleurs en mme temps que la proclama-
tion de la Rpublique.
Aujourd'hui, nous donnerons seulement nos
lecteurs une court relation de la vie et de la mort
du chef du movement rvolutionnaire actuel, pour
qu'il puisse tre connu et apprci par ses actes les
plus saillants.
Jos Marti naquit la Havane le 28 janvier
i853; son pre tait D. Mariano, n Valence


deux amis s'taient moqus d'eux. L'accusation fut
juge suffisante pour les faire condamner la pri-
son. Plus tard il fut envoy en Espagne, l'Univer-
sit de Saragosse, et en sortit avec ses licences de
droit de philosophie et de lettres.
Il n'en continue pas moins lutter sans cesse
pour l'indpendance de Cuba, soit par ses articles
de journaux, soit par ses brochures : El Presidio
Politico en Cuba et La Repiiblica Espahola ante la
Revoluci6n Cubana, soit avec sa magnifique lgie:
A los estudiantes de medicine fusills, soit encore
la tribune de l'Acadmie de Jurisprudence, o il
passa sept heures combattre pied pied, de la fa-
on la plus brillante, devant un nombreux auditoire,
la proposition qui obligeait les Cubains se confor-
mer au rgime du gouvernement rpublicain fdral


en passant par la France et les Etats-Unis, et alla
s'tablir Caracas, o il fonda et rdigea en 1881 la
Revista Veneiolana.
Mais au boutde peu de temps, il partit pour New-
York, o il s'installa, ayant toujours son ide fixe
de la Patrie Libre, et on peut dire que depuis lors
commena la second tape de sa vie.
Les journaux auxquels il collabora furent : The
Sun, La Edad de Oro et ElEconomista Americano;
il traduisit aussi les deux intressants romans: Mis-
terio et Ramona, crivit les deux livres de vers : Is-
maelillo et Versos Sencillos; fut consul des rpu-
bliques du Paraguay, de l'Uruguay et Argentine,
correspondent de La Nacin de Buenos-Ayres, pro-
fesseur dans plusieurs Universits, reprsentant de
nations sud-amricaines aux congrs Pan Americano
y monetario de Washington.
Mais toujours il revenait avec une nergie inoue
et la tranquillit d'un esprit convaincu, sans souci
de sa personnel et sans jamais perdre un instant,
la ralisation de son oeuvre colossale qui l'a plac
entire les premiers organisateurs et les plus grands
patriots de tous les temps et de toutes les nations.
Comme nous disions dans La Repblica Cuba-
na du 30 janvier : Malgr les sceptiques, les indiff-
rents et les gostes qui feignaient de le mpriser,
seul, sans aucune aide, come un aptre, il organisa
un club, fonda un journal, constitua le comit, cri-
rit les articles, rdigea la proclamation, discuta sur
les places publiques, centralisa l'argent, acheta des
armes et des navires, et indiqua le moment o de-
jrail clater la Rvolution, pour enfin tre tu Idche-
ment sur la terre cubaine, envelopp dans le 'dra-
peau qui, come l'a dit un orateur, peut se recon-
natre de bien loin, car c'est celui qui aura t
arros par le plus de sang vers par les mains
espagnoles.
Quant fut lanc, le 24 fvrier de l'anne dernire,
le cri de l'Indpendance ou la mort, Marti, repous-
sant tous les efforts de ses amis, considra que son
devoir tait de se trouver l o il y avait du danger.
Il avait considr qu'il devait dbarquer Cuba pour
poursuivre pendant quelque temps l'organisation des
forces rvolutionnaires, et aucun obstacle ne fut ca-
pable de l'arrter.
Dans une petite embarcation, avec Mximo G6-
mez, l'un de ses fils, le brigadier Francisco Borrero,
le colonel Angel Guerra et le non moins enthou-
siaste patriote Sala, il abandonna les ctes d'Hati
dans les premiers jours d'avril et dbarqua sur la
plage de Baracoa. Le 14, ils se joignirent aux forces
cubaines du colonel Flix Ruenes, devant lesquelles
le gnral G6mez proclama Marti major gnral de
notre arme.
Ils entreprirent alors la march sur Guantanamo,
puis, aprs s'tre occups de l'organisation, se dirig-
rent surlas TunasetCamagey; mais, vendus par un
miserable: Carlos Chacn, au colonel Ximenez San-
doval, celui-ci prpara une embuscade entre Bijas. et
Dos Rios. sur la rive droite du Contramaestre. L'en-
gagement dura plus d'une heure, et les forces cubai-
nes, commandes par Gmez, Mass6, Borrero et
par Marti, se battaient avec acharnement quand ce-
lui-ci tomba mortellement frapp de deux balles :
l'une au cou, l'autre la poitrine. Ceci se passait le
-o mai, et le gnral Gomez en rendit compete, dans
une lettre envove notre Dlgu actual, de Ciego
de Najasa : < A quelque distance de l'ennemi, je lui
ordonnai de se retire; il ddaigna mon ordre, et je
commandai la charge, mais il ne fut plus possible
de voir Marti. Quand je pus voir qu'il tait tomb,
je fis tout ce qu'il tait en mon pouvoir de faire, et
m'lanai seul pour essayer de m'emparer de son ca-
davre. Cela ne me fut pas possible.
11 fut enterr dans le cimetire de Remanganaguas
et peu aprs conduit le 27 Santiago de Cuba.
Ainsi mourut comme l'avait dsir le grand pa-
triote : pour la liberty de Cuba.



*


(Espagne), militaire retrait et fonctionnaire de la
police; sa mre tait Dofa LeonorPrez, ne la Ha-
vane. Il fit ses premires tudes au college de San
Anacleto, que dirigeait alors Rafael Six;o Casado,
et ses tudes suprieures l'Ecole Normale fonde
et dirige par notre clbre pote Rafael Maria de
Mendive. II s'y lia d'amiti avec Fermin Valds
Dominguez, aujourd'hui subsecrtaire des affaires
trangres de notre Gouvernement. Cette amiti
leur valut, l'un et l'autre, leur premiere dtention
pour le fait qu'on va lire :

Confiants dans la loi de i869 qui rgissait la li-
bert de la press, Marti et Valds Dominguez (qui
venaient de recevoir le titre de bachelier) eurent
l'occasion de faire leurs premires armes dans le
journalism politique. Le premier surtout, car en
mme temps qu'il collaborait La Patria Libre, il
dirigeait El Diablo Cojuelo, defendant le drapeau
qu'avait arbor, sur les champs de Yara, Carlos
Manuel de Cspedes. Une aprs midi, il se trouvait
chez Valds Dominguez quand vint passer une
procession au milieu de laquelle se trouvait un grand
nombre de volontaires qui prtendirent que nos


espagnol, et enfin, remettalit entire les mains de D.
Estanislao Figueras, Prsident de la Rpublique Es-
pagnole, un vibrant plaidoyer pour l'indpendance
de Cuba.
Install Mexico en 1873, il rdigea la Revista
Universal, fit reprsenter au thtre son joli pro-
verbe: Amor con Amor se paga; fut professeur,
m.ais n'accepta jamais aucun emploi qui pt l'emp-
cher de continue sa lutte pour l'indpendance de la
patrie. Il observa la mme attitude au Guatemala en
1877, o il cda la chaire d'Histoire et de Phi-
losophie; fut nomm president de la Socit El
Porvenir; donna au thtre de cette capital un
drame historique qui lui fut demand par le gouver-
nement et continue, sans jamais se lasser, dans la
press de ce pays, sa propaganda pour l'indpen-
dance de Cuba.
De retour la Havane, aprs le Zanjn, tous com-
prirent que le sjour de Marti dans sa patrie ne
pourrait tre de longue dure.
Le gnral Blanco, alors gouverneur de l'ile, ne
tarda pas trouver un motif pour le bannir et l'en-
voyer en Espagne, d'o il put s'chapper en 1880,


Jose 1V[a.rti






LA RPUBLIQUE PRATINE


21 MAI 1896.


TRISTE SPECTACLE


La patrie du flibustier Lafi,vettU nous offre
aujourd'hui un lamentable sp:' ctal. par son
a'ch trnement, dans la press' .contre les'iflibus-
tiars cuhains.
: rM.i.rid plaide, par-devant l'Europe, contre
Washington -et lui refuse le droit de reconnaltre
lu peulle cil.-jiri in colmme 1i-lligirai i. Son argu--
,iuer,l pri ip.l
II il'y : pas-de guerre a Cuba.-Tous 'les 'Cu-
bains sont des criminals de'droit commun.
Fort de ce principe qui ne prira jamais en
Espagne, Weyler peut fusiller ou trangler,
Mausser ou garrot que veux-tu, tous les sus-
pects qui lui tombent sous la main.
Or. h Washington, on connatt. eyr. .On a
des renseignements, mme sur ses instincts d'en-
fance don't parent encore ses condisciples de
l'cole primaire. On n'imagine pas, racontent
ses anciens camarades, combien il.se..plaisait
crever les.yeux des petits oiseaux qu'il achetait.
11 les lchait ensuite et, la joie dans les yeux, re-
gardait les malheureuses bestioles s'envoler dans
les tnbres, se frapper la tte contre les murs et
retomber ananties, come rsignes la mort
la plus cruelle, moins cruelle cependant pour
elles que la ccit. Jusqu'ici Weyler a bien manr-
ch. Sans sourciller, comme Jupiter, il a mis en
pratique, par lui-mme ou par les officers sous
ses ordres, sa lugubre loi d'extermination. En
l'honneur de l'humanit espagnole, il faut dire
que plus d'un, pour ne pas se prter ces hor-
reurs, est rentr au plus vite en Espagne.
Mais, Washington, o l'on croit que le
people cubain n'est pas un troupeau de loups af-
fams, ni un ramassis de brigands, et plutt une
socit d'hommes polis et vaillants, on rpond:
S'il p'y a pas de guerre Cuba, vous n'avez
le droit de condamner ceux que vous appelez des
flibustiers, quand ils portent des armes dans ce
pays, qu'aux peines rserves aux contreban-
diers, surtout de par les traits en vigueur, quand.
il s'agit de citoyens amricains.
D'ailleurs, vous devez vous souvenir que,
pendant la guerre amricaine de scession, vous
avez reconnu les esclavagistes du nord comme
belligrants. Vous leur avez offer un entrepl
oi ils dposaient leur coton, o ils se fournis-
saient d'armes et de munitions et o ils trou-
vaient des provisions de toute espce. Cet entre-
pt, c'tait la Havane. Nous avons pris un grand
nombre de leurs coureurs de blocus, que nous
avons confisqu, mais nous n'avons pas fusill
un seul des flibustiers qui les montaient.
Donc, aujourd'hui, bord du Competitor,
cinq hommes ont t arrts, qui allaient au se-
cours des Cubains en armes. D'autres se sont je-
ts la mer et ont essay de se sauver la nage.
On les a fusills du haut du navire espagnol
Mensajero, sous prtexte de les sauver des re-
quins qui auraient pu les dvorer. Parmi les pre-
miers, il y a, parat-il, un Anglais, et la press
britannique, prise de piti, a demand sa grce
Madrid; un autre est Allemand, et le consul
imperial s'est empress de demander l'indulgence
de Weyler en faveur de son compatriote; il y en
a d'Amricains, et le president Cleveland, par un
ultimatum nergique, a fait suspendre la sen-
tence prononce contre eux en cour martial;
enfin, il y a un Franais, et M. Francis Charmes,
homme civilis s'il en fut, dclare, au Journal
des Dbats, que la diplomatic de la Rpublique
franaise ne doit pas s'occuper du sort du con-
damn ; que, sans les Etats-Unis, arsenal dles
flibustiers, l'Espagne aurait djh vaincu l'insur-
rection ; que la conscience universelle, la cons-
cience immanente de l'histoire ne peut donner
raison ceux qui font appel la conscience de
l'humanit civilise, et que la press franaise a
bien agi en publiant, sans s'y arreter, le tl-
gramme qui signal un Franais parmi les ac-
cuss.
Rochefort a protest comme Voltaire -
contre ces theories plus ou moins immanentes o
se plaisent les constructeurs de phrases sonores.
Il faut protester aussi contre l'affirmation qui
attribue, avec tant de flatterie, l'Espagne un
triomphe hypothtique et accuse les flibustiers
de ne se dfendre que par les armes amricaines,
come si l'Espagne ne se soutenait qu'h l'aide
de l'Amstrong anglais, du Mausser allemand et
des spculations sclrates d'un dgradant syn-
dicat parisien. Par le rle odieux que donne
M. Francis Charmes la press franaise, hos-
tile la libert d'un people et livrant sans souci
un des siens la frocit d'un ennemi, il faut h
la France cette insulte de s'allier, toute grande


qu'elle est, l'Espagne et i WVeyler contre' les
cinq homes du Compelitor.
Il a oubli, sans doute, le cas du carliste-Sa-
balls, vainement rclam '-la France par l'Es-
pagnel'C'est le gouvernement ifranais lui-mme
,quid'a dclar alors : Le dlit politique prime
le crime de droit commun. C'est un cri de la
conscience humaine. Les peuples civiliss ne
condamnent pas h mort les condamns poli-
ftiques, et les Cubains .en.donnent l'exemple aux

.El A'ntillano (Reamnees ).

-------" ^ ~------

POUR NOTRE CAUSE


Nous reproduisons, sans autres commentaires,
Ilalettre suivante que nous. avons reue et qui
fait voir combien, dans le people franais,
l'ide de liberty est profondment enracine :
Monsieur le Directeur
de La Rpublique Cubaine.


Je ne vous cacherai pas que depuis le jour o
vous avez eu l'aimable attention de m'adresser La
Rpublique Cubaine, j'ai suivi avec un vif intrt
et une trs profonde sympathie la lutte hroque de
ce vaillant people, pour conqurir son indpen-
dance.
Je me suis mme demand, souvent avec peine,
comment il se fait que nous autres Franais et R-
publicains qui avons,- autrefois, combattu volontai-
rement pour l'iodpendancy de l'Amrique et,
plus rcemment, pour celle de la Grce, nous res-
tions aujourd'hui indiffrents devant le spectacle
de Cuba versant son sang pour la Libert. Faut-il
voir, dans ce fait caractristique, un signe de dca-
dence de notre race? Je ne le pense pas; je crois
plutt que cette indifference est due uniquement au
silence, presque gnral de la press dans notre
pays, relativ.epent aux,vnements de Cuba. Oui,
la press franaise, quidevrait cependant s'mouvoir
et chercher ,tablir un courant d'opinion en faveur
des hros.cubains, est muette.
Ce silence de la press pour une si noble cause,
silence qui parait sinon iptress, tout au moins sus-
pect, ne semble-t-il pas justifier les attaques don't
elle est aujourd'hui l'objet?
C'est l, j'en ai la conviction, le motif de l'indiff-
rence actuelle, en France, pour la noble cause cu-
baine; et je voudrais bien que les Cubains lecom-
prissent afin qu'il ne nous jugent pas trop svre-
ment; car, je considre come trs prcieuse, pour
nous autres Franais, fils de la Rvolution de ,1789,
l'estime de ces hros.
Il serait temps, enfin, de sortir de cette indiff-
rence.
Je voudrais voir un journal franais, disposant
d'une grande publicity, commencer le premier cette
croisade d'opinion en faveur de l'affranchissement
de Cuba, Son example ne tarderait pas tre gn-
ralement.suivi; les hommes de talent et de 'ceur
ne nous manquent pas- ils sont lgion en France.-
qui mettraient leur plume au service de cette grande
cause qui est celle de l'humanit et de la civili-
sation.
11 est permis de ,croire qu'un tel example, partant
de chez nous, gagnerait promptement les autreS na-
tions, et.que l'oiJion gnrale, en Europe, s'tabli-
rait irresistible en faveur de la liberty et de la patrie
de Jos Marti.


A. F.


DISCOURSE DU TRONE PERC

Et moi aussi, j'ai d faire mon petit discours
du trne, qui m'a t command par mon amie
Fifine, de Straslourg, pour l'ouverture du Parle-
ment de son royaume.
Bien commodment assise sur sa chaise, Fi-
fine, sachant qu'il est d'usage de lire au lieu (de
rciter ce genre de monologue, quoiqu'elle le st
par cnur, profit de ce qu'elle avait du paper ai
ct d'elle pour fire semblant de lire, ce qu'elle
lit en ces terms :
Messieurs. Je suis gravement proccupe des
troubles causs par les discordes intestines, qu'un
vent de tempte a dchaines. Une de mes provinces
s'est rvolte; elle m'a nettement et effrontment si-
gnifi qu'elle ne voulait plus rien savoir avec moi.
Jusqu' present elle avait t trs gentille mon
gard : elle pavait mes dettes et faisait des rentes
tous ceux de mes sujets qui ne voulaient pas tra-
vailler. C'tait, vous le voyez, une vraie perle que
cette petite province. Et voil que tout d'un coup
elle a la prtention de vouloir se sparer de moi, sous
prtexte qu'elle est arrive l'ge de sa majority et
qu'elle veut disposer librement de ses richesses et
du fruit de son travail! Fi, la vilaine!
Mais je ne veux pas me sparer d'elle, car je l'aime
maternellement. Voil plus d'un an que j'essaie de
la retenir; tous mes efforts ont t vains: mon pre-
mier marchal a chou (quelques-uns de mes na-


viresaussi), mes conomies sont parties, personnel
ne ,veut plus me prter de l'argent. Pourtantje ne
*reculerai devant aucun sacrifice pour maintenir
mnon autorit sur elle, et je dpenserai jusqu'au der-
nier sou des autres, et jusqu' la dernire'goutte de
sang... des autres-.aussi...
Vraiment, ma situation est fort triste; aussi, j'ai
rassembl mon Parlement pour lui :faire faire con-
natre mes ennuis. Du haut de mon trne (c'est,
comme vous le voyez, un vieux fauteuil.; il n'est lpas
trs beau, mason y est trs bien assis), du haut de
.mon trne, dis-je, je m'adrsse aux reprsentants de
.mon people.
.Ecoutez bien, car ce n'est pas de la petite bire, et
etvous n'aurez pas tous les jours la bonne aubaine
d'entendre un discours du fauteuil... je veux dire du
trne :
Messieurs les Dputs, Moi, Reine par la grce
de Dieu et d'un pronunciamiento, je vous ai con-
voqus pdur vous dire des choses qui ne vous front
peut-tre pas plaisir, mais que je dois nanmoins
vous dire.
Vous savez que malgr tous nos sacrifices, mal-
gr notre hrosme, nous n'avons rien obtenu; vous
savez qu'en dpit de nos victoires, aussi clatantes
que quotidiennes, nous sommes, sauf votre respect,
dans le ptrin; vous savez tout cela, mais peut-tre
ne savez-vous pas quel parti nous devons prendre.
C'st pourtant l ce qu'il importerait le plus de sa-
voir.
Nous serious certainement venus bout de la
rebellion si elle tait reste sans armes, et si elle
s'tait laiss attacher les bras. L'intrpidit de nos
soldats et fait le reste. Mais la perfide a prfr
avoir des armes et la libert de ses movements!
C'est pourquoi je ne sais plus quel saint me
vouer.
Il y a bien un Monsieur amricain qui m'a don-
n quelques conseils; il m'a dit, fort amicalement
d'ailleurs, que je devais me rsigner perdre notre
chre petite perle; mais vous pensez bien que je n'ai
pas tenu compete de ses observations, parce qu'il sera
toujours temps d'en arriver l.
Il v a encore Lon, vous,savez,.ce brave Lon
Duvatican, qui m'a-propos :sa m di.ii...n Pauvre
.vieux, c'est bien gentil de sa part, rmais il ne peut
pas nous servir, il n'a pas le sou ".
Et c'est l le 'hic. ,Le,:nerff delagiaerre nous
fait totalement 'd'faul. et:puisque no.u~. v voil, je
vous avouerai franchement que je- ne vous ai ras-
sembls que pour rechercher avec ,vous les moyens
de nous procurer un peu de ce' il. i n-ial in lequel
on ne peutrien faire. Hlas! c'qst itriste;de le cons-
tater, mais nous n'avons pas t'ombre d'uin marav-
di! Rien dans les mains, rien -dans les. poches ,
tell pourrait tre aujourdlhui note .devise. Dans
notre prochaine sance, vou neii ferez pai des ides
qui pourraient vous venir ,pour nous itimer d'une si-
tuation aussi fcheuse. iD'ici .l, Messieurs, priez
Dieu; c'est un moyen qui est'- nore p...rte puis-
qu'il ne cote rien, et':qui rujit qilqiuer..; ainsi
que vous l'avez vu, pour la pluie qui. en s'obstinant
ne pas tomber, semblait, elle :aussi, conspirer
contre la prosprit de notre patri. bien-airi....
Aprs cette plhti alhrliq pirr ion. 'Eiliii' s'est
retiree e peu plus gatie et Ilus lgs Elle ne
,crpit pas, vrai diie, que son Parlemeni arrive
trouver le remde de la .si"rtiiion (moi non
plus), mais a fait lou jui s pl.iisi' 'lde p .." .' ri
un discours, surtou.t un di-ours diu lTi ne.




LE COUP DE L'EMPRUNT ESPAGNOL

De L'Intransiyleant du 17 courant:
Enfin nous avons le secret des avances aimables
faites par le gouvernement du roi d'E:p.an,. celui
de.la Rpublique franaise; nous savons pourquoi
Madrid et Barcelone, tandis qu'on brisait les vi-
tres du consulate amricain, on arborait nos trois
couleurs ct du drapeau or et pourpre, en accla-
mant l'alliance franco-espagnole . Nous compre-
nons aussi nous nous en doutions bien un peu
- pourquoi certain journaux dressaient des arcs
de triomphe au bourreau Weyler : on nous prpare
le coup d'un emprunt espagnol.
Depuis quelque temps dj, un syndicate d'agio-
teurs et de publicistes... d'affaires s'est form pour
amener la Bourse une hausse scandaleuse sur les
fonds espagnols : aprs quoi, on aurait aid tout
naturellement M. Canovas mettre un emprunt.
Avec l'or soutir aux gogos franais, on s'efforce-
rait auvre ardue d'craser la revolution cu-
baine.
Weyler n'ayant pu vaincre, on fait appel Roths-
child. Le chiffre de l'emprunt projet est norme :
il ne s'agirait plus seulement de millions. Du reste,
quand on dpense douze cent mille pesetas par
jour !..
Nous esprons bien que nos compatriotes ne se
laisseront point prendre ce traquenard. Il serait
odieux que, rditant sur le terrain financier le crime
commis en 1849 contre la Rpublique romaine, la
France aidt la monarchie espagnole combattre
l'hroque revolution cubaine. Il serait stupid, pour
les possesseurs de quelques conomies, d'aller les
confier un gouvernement accul une catastro-


phe; moins d'avoir l'invraisemblable navet de
s'imaginer que la Rpublique Cubaine victorieuse
reconnatra les dettes de l'Espagne!
L.es Franais ne voudront pas perdre la i.- leu
honneur et leur argent. :'
11 v a d.j longtemps -que nous avioniiprvu
et'dit ceci. Nous n'en remercions pas moins ch.a-
lerercusement notre excellent confrre.

------- ->^,,. --------u

'GUERRE DE ,MENSONGES


Ils ont'eommenc par.i'-ire, par i'crire, par an-
ri...nll: :. i i. I au monde entier que nous n'tions
qu'une poigne de ngres perdus dans la mani-
giia, sous les ordres de Guillermon, vivant de.
vols et de rapines, et Guillermon s'est immorta-
lis et ses trois cents compagnons sont tous morts
pour la patrie, come les compagnons de Lo-
nidas, come son fils qui vient de tomber hro-
quement an champ d'honneur. Ils ount invent
ensuite les plateados (argentis, des bandits qui
n'ont exist, que sous'l'e. rgime monarchique, au
service de Manul Garcia, le roi 'des hamp.s de-
Cuba, et les .jfir/t/ih, :ni t disparu ds que la
Revolution a-'it.'.I s oist'f"it ::savoir que nous
sommes des l.'iihes, .pl'.irmI's de machetes
nous n'osons prii'prsenter la poitrine a leurs
Maussers, et les troupes de' Weyler se trouvent
huit ou neuf fois par jour -en 'face des insurgs.
Weyler, il est vrai, les gagne toutes, ce qui fait
qu'aprs les deux ans de dure qu'il donne l'in-
surrection, il reviendra vainqueur en Espagne,
couronn de six mille victoires. En attendant,
ces lches qui, au commencement de 1895, tou-
chaient terre en orient au nombre de vingt avec
Marti et Maiximo Gimez, pendant que Martfnez
Campos dbarquait vers l'occident, la Havane,
avec vingt mille soldats, ces ldches ont si bien
fui a travers les rangs espagnols, qu'ils occupent
aujourd'hui, moins les grades villes, les six
provinces cubaines. Ils nous ont appels incen-
diaires sans se souvenir de Sagonte, de Numance.
de Sarragosse et des sublimes incendiaires de
Moscou; ils nous. ont appels pirates, oubliant
les gueux de mer; ils nous ont jet a la face inju-
rieusementle nom de flilustiers, sans se rappeler.
qu'il a t anobli par Lafayette, Rochambeau et
leurs compagnons.
Mais -quoiqu'ils aient pris h leurs gages la
press prostitute et des agioteurs sans vergogne,
i!s n'ont pas pu faire du patriotism cubain un
crime, de l'abngation une hypocrisie, et de la
gloire une bassesse.
Aujourd'hui, ne sachant plus que faire pour
nous mettre hors la loi, ce qui leur permettrait,
nalgr l'intervention d'u people amricain, de
continue fusiller, garrotter, trangler dans
les prisons, exterminer dans les campagnes les
gens pacifiques, tout en rptant : A, /,,l,,,'i,,
(ngrados) de Maceol Aventuriers de Gmez'
Bandits de Calixto Garcia! Ils veulent fire croire
qu'on se sert contre eux de balles explosibles.
Weyler trouve que c'est dangereux, come si ses
grenades taient faites de coton et charges de
confetti. Btancs a protest dans la press pari-
sienne, et Le Temps, lui-mme, reproduit sa pro-
testation en ces terms

Cuba
Des informations de Madrid assurent que les in-
surgs cubains font usage de balles explosibles. Le
docteur Btancs, dlgu du Comit cubain Pa-
ris, protest contre cette assertion et nous dclare
formellement que les insurgs n'emploient come
armes que le machete (sorte de sabre lgrement re-
courb qui sert couper la canne sucre), le fusil.
le canon et les balles ordinaires. En outre, ils n'ont
recours l'incendie que contre les proprits servant
de points stratgiques l'ennemi.
Les allegations contraires, a ajout M. Btancs,
sont inexactes et ne pourraient tre confirmes ofli-
ciellement par les autorits espagnoles Cuba que
dans le but de prsenter les insurgs comme des in-
cendiaires, des criminals et des hors-la-loi et de jus-
tifier les measures extremes adoptes leur gard par
le capitaine gnral W\eyler.
L'Eilair, qui avait, un des premiers, lanc la
nouvelle h Paris, a reu le premier la protesta-
tion avec prire de dmentir l'erreur commise.
Il n'a pas daign faire la rectification.
Mais a quoi bon rectifier? La Rvolution triom-
phe sur tous les points. La dfaite complete de
Su'irez [nclini h Cacarajicara, qui est le pendant,
en occident, de la droute espagnole de Pralejo
en orient, prouve une fois de plus que les Cu-


C






i' MAI, 1896.


LA REPUBLIQUE CUP. NE


' bains sont;::matres,de l'le, :et-;?dans quelques
,mois, malgreles fanfaronnades de Weyler, Cuba
-se prsentera aux-nations civilises, meurtrie, il
est ,rai,- mais.superbe, dposant, som pe sur
l'autel de la Patrie, montrant au people les en-
:seignes du travail: et: prte h fconder sa terre
sacre sous l'inspiration de la saintedesse : La
Libert!
Quibidin.

---------**-------

,UNE LETTRE BU: NRRL MAXINMO GOMEZ

Sagua, Cuba.
-A Tomds Estrada Palma, Dlgu de.la
Rpublique de Cuba.
,Cher ami,
La .guerre continue plus odieuse et plus dvas-
tatrice cause du caractre de frocit que lui a
donn le gnral \Veyler. Les, Espagnols suivent
.nos blesss et les assassinent impitoyablement.
Celui qui a le.malheur de tomber au pouvoir des
tioupes espagnoles est sacrifi invitablement,
ainsi que .tous les paisibles habitants des cam-
pagnes.
A Cuba, aujourd'hui comme en 1868, on ne
'voit que des mares de sang dessches par les in-
cendies. Nos ennemis brlent les habita-
tions pour nous priver, disent-ils, d'asile en ce
.printemps.
Jamais nous n'userons de repr'sailles, car
nous sommes convaincus que la Rvolution n'a
:pas besoin, pour vaincre, d'tre cruelle et san-
guinaire. Nous continuerons la lutte, don't le r-
-sultat final ne doit pas nous inquiter : les armes
de.la Rpublique seront victorieuses.
Nous combattons lorsque cela nous convent
et contre un ennemi fatiguet sans foi. Ceux qui
sont sous mes ordres comprennent mes plans, et
.tous savent' ce.qu'ils doivent, faire.
Donnez-nous des munitions pour que nos sol-
dats puissent se battre, et vous pouvez tre as-
sur qu'aprs la champagne d't, l'ennemi se
trouveraLfort diminu, et que l'Espagne se verra
oblige d'envoyer une autre arme.
Je ne sais s'il ne serait pas hasardeux de dire
que peut-tre la mtropole manquera des res-
-sources ncessaires pour cela; ce qui est certain,
c:'est que nous avons une grande supriorit mi-
litaire, cause de l'incapacit d'e la plupart des
gnraux de Weyler.
Les rapports officials de leurs soi-disant vic-
toires, grce auxquels ils prtendent se tromper
eux-mmes et tromper leur gouvernement et le
monde, contribueront rendre plus prompted la
'victoire de la Rvolution.
Aucune uvre humaine base sur la fausset
et l'infamie ne peut-tre forte ni durable. Tout ce
que l'Espagne ordonne et tout ce qu'elle envoie
sur cette terre qu'elle arrose du sang de ses pro-
pres enfants ne sert qu' dtruire son pouvoir.
Elle ne pouvait choisir d'autre home que le
gnral Weyler pour reprsenter en Amrique
l'Espanie de Philippe II.
On parole et on crit beaucoup au sujet de la
reconnaissance de la belligrance par le gouver-
nement amricain. Cet vnement nous serait
.trs avantageux et ne ferait que nous rendre
justice; mais, comme, lorsque nous nous sommes
levs contre la tyrannie, nous ne comptions que
sur la force de nos armes et sur notre ferme r-
solution de vaincre, nous allons de l'avant sans
nous proccuper, satisfaits, car ce qui doit arri-
ver arrivera.
Votre ami,
MIximio Gdmnez.



AVIS

La Dlgation de la Rpublique de Cuba
New-York, est transfre de 66 Broadway,
56 NEW STREET, 2e tage.

.--------p -------

L'ESPAGNE AU PILORI

Suite des assassinats commis Cuba par ordre
du gnral Weyler, reprsentant en Amrique de
la nation sanguinaire que quelques-uns de nos
confrres parisiens appellent tendrement notre
seur latine .
S A Malan:as.
Au chteau de San Severino, on ouvrit la
porte 'a '5 prisonniers :cubains, en leur annon-
an.t qu'ils taient libres; puis on les fusilla dans
la cour de la prison. La dpche officielle, pour


expliquer ce massacre, ajoutait que les prison-
niers avaient tent de s'vader.
Fusillade du prisonnier cubain Timoteo
Vega.
A La Havane.
Dans la forteresse, la Cabafia, fusillade, le 17
avril dernier, de 3 prisonniers: Jos Bacallao,
Gregorio Borges et Esteban Hernindez.
Le 27, fusillade du prisonnier Mariano Mar-
tinez.

A La Havane, Matanzas, a Santiago de Cuba,
on continue a emprisonner en masse tous ceux
qui sont souponns d'avoir des sympathies pour
les patriots. Un mot, un geste, une dnoncia-
tion anonyme suffisent pour vous faire envoyer
Ceuta pour la vie, si vous avez la bonne fortune
de ne pas tre fusill ou trangl en prison.

Total ......... 20 personnel ASSASSINES
Liste antrieure 386 -

Total gnral. 410 -
(A suivre).


Aiforce de prires, le- E1pji.,il'-. ont russi
fire pleuvoir. La Viergte du, Tabeirnace et le
Christ des Angoisses.n'ont rien refuse r leurs
fidles.
Il est probable que les dites prires ont. t
chantes.


La grande fte que Weyler avait l'intention de
donner en l'honneur des volontaires de la lia-
vane a t suspendue par ordre du gouverne-
ment... amricain.
Les prisonniers du Compe/ilor ne seront pas
fusills.
Un peu de philosophie, braves volontaires,
quediable.! 1 E-pagr- n'est pas d'humeurjoyeuse
pour le moment; et puis, ce n'est pas de sa
faute : Cleveland n'a pas voulu.


Je coiimpr"'nl- que c'est fcheux, quand on
esprait bien s'amuser, de voir la representation
dcommande ; d'autant plus que tout prsageait
un succs gal celui de la fusillade des liu-
diants et du massacre des prisonniers du Viri-
nius.
A propos du Virginius, La Patrie rappelant
le fait, dit : Le massacre des Virginiens.
Notre confrre a pris un bateau pour des
hommes. Etonnez-vous, aprs cela, que ses sym-
pathies soient pour l'Espagne.


L'Heraldo de Madrid, parlant d'un... sieur
Cajizote, qu'il assure tre un ancien insurg qui
combattrait maintenant dans les rangs espa-
gnols, dit :
On le vit, aprs avoir eu un cheval tu sous lui,
abattre un insurg et frapper de coups de machete
plusieurs autres, mritant l'admiration de tous. Il
fut atteint gravement d'une balle, mais il continue
letter jusqu' ce qu'il tombt travers de part en
part.
Et dire que, quelques jours auparavant, cet
Achille s'enfuyait perdre haleine (puisqu'il
tait insurg) ds qu'il croyait apercevoir l'extr-
mit de la pointe d'un fusil espagnol.
Il lui a suffi de se joindre aux soldats de Wey-
ler pour devenir un hros.
Que voulez-vous ? L'influence du drapeau.


Pour cette action, le tratre a reu la croix du
mrite militaire (il n'y a pas de croix d'honneur
en Espagne) et une pension annuelle de 25 pe-
setas.
Quelle noce! .


L'on dit, dans certain milieux, que Deibler
est en instance pour obtenir de pouvoir changer
de nom, craignant d'tre confondu avec Weyler,
Monsieur de La Havane.


Nous comprenons fort bien ces scrupules qui
honorent Monsieur de Paris.


Actuellement, les Espagnols assurent que notre
gnral Maceo ne tente pas de passer la fameuse
line militaire (Irocha) tablie par l'assassin
Weyler, parce que la dite line est inexpu-
gnable.
Retenez bien ceci : quand Mlaceo aura forc
le passage et ce sera bientt les Espagnols
diront:
SManquant de munitions, de vivres, voyant ses
troupes dmoralises, Maceo a t oblig d'aban-
donner la province occidentale. Dans sa fuite, il a
laiss entire nos mains des documents qui per-
mettent de croire que...
que le syndicate qui soutient l'Extrieure la fera
monter.de quelques centimes.


Que Maceo. passe ou ne passe pas, ce sera tou-
jours une victoire pour les Espagnols. Leur de-
vise est : A tous les coups l'on gagne
Donnez.une gifle un Anglais, il vous traduira
devant un tribunal; donnez-la un Fran-ais, il
vous enverra ses tmoins; donnez-la un Espa-
gnol, il se vantera partout de vous avoir donn
un magistral coup de joue sur la main.

L3
Pourquoi en Espagne appelle-t-on la rente
l'Extrieure ?
Parce que ce sont les gens du dehors que
l'on vcut mettre dedans.

---------* -------


DERNIMRES NOUVELLES


La situation s'empire de plus en plus pour
le gouvrnement espagnol. Weyler a d, en
prorogeant le dlai accord aux insurgs pour
se soumettre, fair l'ayeu de son impuissane.
De nombreux missaires de M. Canovas
tentent, mais en vain, d'entrer en pourparler
avec les dlgus du Gouvernement Provisoire
Cubain, tant aux Etats-Unis qu' Paris et
Londres.
Les tlgraimmes espagnols eux-mimps de-
viennent trs pessimistes. Une longue dpche
de la Ila Havane, adresse El Imparcial, co r
firmae que le gnral Weyler est trs mcontent
de ne pas pouvoir chtier nergiquement les
prisonniers, par suite des rclamations de.Was-
hington.
El Imparcial estime qu'il est urgent d'en-
voyer k C(ba un nouveau renfort de 20,000
homes.
Tous les jout;naux amricains publient des
articles sur l'incident du Competilor. Ils sont
unanimes bhlmer le gnral Weyler, qu'ils
rendent responsible des difficults existent ac-
tuellement.
Cu Fran.:ais, qui' se trouve parmi les pri-
sonniers' du Co..ipetitor, va passer en conseil de
guerre.
Le tl'orld( dit que la culpabilit des pri-
sonniers esl. doutiuse. Si Weyler les assassiqe, il
aura choisi le moyen le plus rapide pour assurer
l'indpendance de Cubii. e .\eur- 'ork Timnes
fait observer que l'E,| i-i. sait bien que l'ex-
cution d'\Anricains serait une violation des trai-
ts et qu'elle amnerri.t la guerre, et, par suite,
l'indpendance de Cuba. Selon le lew- York
HIrald, une telle execution rvolterait le monde
civilis et rien n'empcherait la gueixe. Le Jour-
nal de New-York dit : Nous ne pouvons pas
permettre le massacre des A-,iii'r..aiin engags
dans le cominerce conforiminent aux droits des
gens. ,
-- Le gnral espagnol Mui',oz, voulant emp-
cher C'ilixto Garcia de se diriger vers l'occident,
avait fait passer en bateau le Canto h une par-
tie de ses troupes. 11 comptait ainsi arrter la
march des insurgs et les rejeter sur Manza-
nillo, o ils auraient t pris entire deux feux.
Calixto Garcia, ayant opr sa jonction avec
Rabi et Rodriguez, attaqua Muiioz i Zanja et le
mit en complete droute, lui tuant deux cents
homes. Quatre cents blesss espagnols furent,
en outre, ramens h Manzanillo. Si les bateaux
n'eussent t l, c'en tait fait compltement de
la colonne Muiioz.
Les combinaisons de Weyler deviennent
indcises. Avant il voulait fire la concentration
cle ses forces pour obliger les rvolutionnair'es a
se concentrer aussi et cuuper la tite de la Itvo-


lution d'un seul coup de sabre; aujourd'hui, il
donne l'ordre ses gnraux de s'opposer la
concentration des forces insurges. Il n'est plus
sr de lui.
Aprs plusieurs autres gnraux espagnols,
le gnral Pando quite la place et rentre
M3adrid. Le gnral Pando, dans une conversation
qu'il a eue avec un journalist, s'est montr as-
sez pessimiste sur la situation Cuba. D'apres
ses dires, Mxiximo G(mez aurait russi franchir
la rivire Ilanibana et continuerait marcher
vers l'ouest.
Les volon.taires de la Havane auraient re-
fus de se mobiliser pour dfendre la ligne mili-
taire entre-Mariel et Artemisa.
Chaque jour, des informations menson-
gres sur l'insurrection cubaine sont forges
dans les bureau du ministre de la guerre de
Madrid, et. transmises aux agencies dvoues qui-
les rpandent aussitt dans la press euro-
penne.
A Washington, le snateur Morgan a pr-
sent une resolution conjointe pour la reconnais-
sance des insurgs de Cuba come belligrants
.la commission des affaires trangres du Snat
et a expliqu' que le moment tait venu pour les
ppOiLoirs publias des Etats-Unis de faire connatre
leur attitude. Il a rappel dans quelle position se
trouvent les Amricains Cuba et a insist, pour
que des measures fussent prises . Larsolu-
tion conjointe, dit-il, aura pour effet d'obliger le
president Cleveland agir. La commission des
affaires trangres du Snat a ajourn sa dci-
sion sa prochaine runion.
Les dernires dpches annoncent que
Maximo Gmez a mass environ 12,OQO homes
prs de Santo-Espiritu, dessinant un movement
vers l'ouest.,
Le bruit persiste que les volontaires de la
Havane auraient refus de se mobiliser pour d-
fendre la ligne militaire entire Mariel et Arte-
misa.
Une.dpche de Tampa enFloride announce
le dpart d'une nouvelle expedition pour Cba 'a
bord du steamer Three-Friends.
Suivant une dpche de la Havane, le prin-
cipal chef.des insurgs, Maximo Gmez, conti-
nue son mouvement-eu avant. Son avant-garde
est arrive prs de Colon.
Des informations de Madrid assurent que
les insurgs cubains, font usage de balles explo-
sibles. Le docteur Btancs, Dlgu du Comit
Cubain Paris, protest contre cette assertion et
nous dclare formellement que les insurg} n'em-
ploient comme arme que le machete (sOrte de
sabre lgrement recourb qui sert couper la
canne sucre), le fusil, le canon et les balles or-
dinaires. En outre, ils n'ont recourse l'incendie
que contre les proprits servant de points stra-
tgiques 'l'ennemi. Les allegations contraires,
a ajout M. Btancs, spnt inexactes et ne pour-
raient tre confirmes officiellement par les au-
torits espagnoles a Cuba que dans le but de
presenter les insurgs comme des incendiaires,
des criminals et des hors-la-loi et de justifier les
measures extremes adoptes leur gard par le
capitaine-gnral Weyler.
La resolution du snateur Morgan, deman-
dant au comit des affaires trangres d'tudier
les traits existant entire les Etats et l'Espagne,
Sen ce qui concern les arrestations des citoyeos
de chacune des deux nations, a t adopte par
le Snat.
Les rapports se tendent entire l'Espagne et
les Etats-Unis. Hier, le Snat a adopt une rso-
lution du snateur Morgan relative aux traits
existant entire les deux pays. Le snateur am-
ricain a qualifi la Rgente de cruelle . D'aprs
les tlgrammes de la matine, une grande
motion rgnerait Madrid.
Les resolutions conjointes de M. Morgan,
tendant la reconnaissance de la quality de bel-
ligrants aux insurgs cubains, ont t adoptes
par le Snat.
Dans les cercles officials de New-York on
considre la situation come sans autre issue
qu'une guerre trs brve chance avec l'Espa-
gne. De grands prparatifs militaires sont faits,
notamment en Floride, d'o partirait, ds le d-
but du conflict, une forte expedition destination
de Cuba. Il n'est pas prsumabhle que les forces
de l'amiral Navarro, chef de l'escadre des An-
tilles, puissent supporter le choc de la marine
amricaine don't la sup riorit est crasante.



*


_


1 \







LA REPUBLIQUE CUBAINE


21 MAI 1896


LA PRESS FRANAISE
Et la Guerre de Cuba

L'Intransigeant:
. .. .... .... .. .. .. .. .. . ... .. . .. ......
Chaque jour, des informations mensongres sur
l'insurrection cubaine sont forges dans les bureau
du ministre de la guerre de Madrid, et transmises
aux agencies dvoues qui les rpandent aussitt
dans la press europenne. .
C'est ainsi que les dfaites des Espagnols devien-
nent des victoires. C'est ainsi que les vaillants ci-
toyens de Cuba, qui luttent pour l'indpendance de
leur ile avec un courage hroque et une grandeur
d'me admirable, sont reprsents comme des ban-
dits de sac et de corde, des incendiaires, des pillards
et des flibustiers .
Le gouvernement de la reine parvient, de la sorte,
charger les insurgs de tous les crimes commis
par son gnral, le bourreau Weyier, l'impitoyable
'fusilleur, le tortionnaire de femmes et enfants.
Et les journaux, ne possdant aucune autre source
d'information, insrent bnvolement toutes les ca-
lomnies.. Ils dnaturent les faits. Ils trompent l'opi-
nion.
A peu prs seul dans la press parisienne, notre
excellent ami et collaborateur Cosmo a mis le public
en garde contre les mensonges des Espagnols.

Tous les rpublicains, tous les bons Franais,
suivent avec une motion sincre les pripties de la
lutte que soutient, si bravement, depuis plusieurs
mois, le people de Cuba pour sa libert.
SLa France, elle aussi, eut souvent combattre
pour son indpendance. Elle eut chasser aussi' des
envahisseurs qui rpandaient sur son territoire le
meurtre et l'incendie.
Nos sympathies, notre admiration accompagnent
les efforts de la vaillante arme cubaine.
:Vive Cuba Libre !
Ph/. Dubois.

La Libre Parole :
.......... ............. ..........................
Quelles que soient les sympathies de la France
pour l'Espagne, nous ne pouvons oublier que la
cause des opprims est celle de La Libre Parole,
et qu'ils ont droit y faire entendre leur voix.
J'ajouterai qu'au point de vue purement historique,
c'est un fait constat que l'Espagne a perdu, par sa
faute, presque toutes ses colonies. C'est par sa faute
encore qu'elle est la veille de perdre Cuba.
Il tait donc doublement intressant d'accorder,
dans la Presse parisienne presque tout entire hos-
tile aux insurgs cubains, une tribune leurs reven-
dications.

Nous examinerons prochainement les causes de la
Revolution, causes qui doivent tre cherches,
d'aprs lui, uniquement dans la tyrannie et la mau-
vaise foi de l'Espagne.
.................. ...........

La Rerue Diplomatique
......................... ...............
La situation Cuba n'a pas tard revtir le ca-
ractre de gravit que nous avons prvu ici ds le
jour o le Parlement amricain a vot les rsolu-
tions que l'on sait en faveur de la reconnaissance de
la belligrance aux insurgs cubains.
La question du Competitor soulve une vive mo-
tion.
....... .... ......... .......... .......... ...
Ces incidents, qui vont se multiplier, prouvent
que, bon gr mal gr, le gouvernement de M. Cleve-
land a dcid d'intervenir dans le conflict hispano-
cubain, dt une guerre en rsulter avec l'Espagne.
Si l'on joint cela que les insurgs, malgr les
dmentis officials, sont de plus en plus maitres de
la situation, il faut plus que jamais considrer
comme inevitable et imminent la perte de Cuba par
l'Espagne.
Les amis de l'Espagne doivent mme souhaiter
que cette separation, si douloureuse soit-elle, se pro-
duise le plus tt possible, car, si elle se faisait at-
tendre, elle se compliquerait fatalement d'une guerre
avec les Etats-Unis.
.... ......... ............ .......... .............

Le Monde :
....... ......................... .......... ....
II ne faudrait pas que des conflicts, comme celui
qu'a provoqu l'incident du Competitor, se produi-
sissent souvent entire l'Espagne et les Etats-LUnis,
car ils rendraient difficile, la longue, le maintien
de la paix entire les deux nations. Cette fois, la si-
tuation est particulirement delicate.


Le Petite l;pblllique Frfni,'a/n s :

II semble que le dnouement de justice et de li-
bert si longtemps attend soit proche, et qu'e les
Cubains, crass et ranonns par l'Espagne, sou-
mis au regime des tribunaux privilgis, pliant sous
le poids des impts, carts des emplois publics,
privs de representation srieuse, massacrs tantt
en pleine salle de spectacle, comme dans le thtre
de Villanueva, ou dans les rues de la Havane, soient
enfin la veille de recouvrer leur indpendance.
S ... .. ,. . ...... ... ................ ......


Et la condemnation mort prononce par un con-
seil de guerre espagnol contre les passagers amri-
cains du Competitor va faire clater la-guerre entire
les Etats-Unis et l'Espagne, si cette dernire ne com-
mue pas la sentence; en tout'cas, la situation, dj
si tendue entree les deux Etats, deviendra plus grave
encore, et, que la quality de belligrants soit ou
non reconnue en droit aux insurgs, elle le sera en
fait aussi 'compltement que possible. Cela suffit
pour que l'indpendance de la plus grande des An-
tilles ne soit plus qu'une'question de temps.
............... ......... ................... ..

Les Eludes Religieuses :

L'insurrection de Cuba continue crer les plus
grands embarras et exiger des sacrifices consid-
rables. Pas plus que son prdcesseur, le gnral
Weyler ne parvient ni cerner les insurgs ni les
empcher de continue leurs ravages et leurs dpr-
dations. Les cultures sont dvastes, les communi-
cations interceptes, le commerce paralys ; les d-
barquements de soldats et de munitions sont mena-
cs, et parfois ne s'oprent qu'au prix de combats
assez srieux. Le chef rebelle Maceo, cern par
les troupes, a russi s'chapper. Le gnral
espagnol Olivera serait tomb dans une embuscade,
et a prouv des pertes srieuses. Impossible de pr-
voir la fin de l'insurrection.


Le Vollaire :


Il y a-beau jour que l'insurrection cubaine ne se-
rait plus qu'un douloureux souvenir pour nos voi-
sins, si le quart seulement des bulletins de victoire
publis par'le ministre espagnol eussent t dignes
de crance. Le bon sens l'indique et la nation qui
l'on fait chaque jour suer sang et or ne s'y trompe
pas.
Mais un autre point restait lucider. Il s'agissait
de savoir si les accusations de cruaut portes con-
tre les insurgs valaient d'tre revenues.
Nous avons sur ce point suspend notre juge-
ment et nous avons bien fait.
Dans une lettre indigne, un colonel cubain r-
fute, en. terms o la. bonne foi clate, ces accusa-
tions, videmment destines dtourner de l'h-
roque phalange les sympathies qui, de toutes parts,
lui viennent.
Il suffit, d'ailleurs, pour donner ces allegations
un dmenti formel, de relater qu' l'heure prsente
12,3oo soldats, dserteurs de l'arme espagnole,
combattent dans les rangs des insurgs.
En revanche, si nous nous reportons la lettre de
l'officier en question, les Espagnols, quand ils se
voient obligs de prendre la fuite devant ls Cubains,
massacreraient femmes, enfants, vieillar'ds.
S Et comme cette manire de combattre rpond
assez aux meurs guerrires du gnral Weyler, nous
en venons croire que le gouvernement espagnol
n'a trouv rien de mieux que de mettre ses hauts
faits l'actif de l'insurrection.


L' Universe:


Les rapports entire les Etats-Unis et l'Espagne se
tendent de plus en plus propos de Cuba, et M. C-
novas se trouve dans une situation difficile. D'une
part, il a affaire aux susceptibilits du patriotism,
aux exigences de ses gnraux, et, d'autre part,
aux protestations du gouvernement amricain.
M. Cnovas a fait appel au sentiment du'devoir
chez les gnraux qui voulaient dmissionner et il a
ordonn qu'on lui envoyt le dossier de l'affaire du
Competitor, qui sera juge par les tribunaux ordi-
naires et suivant les traits passs entire l'Espagne et
les Etats-Unis.
De ce ct, tout danger imminent parait cart.
Mais une question reste brlante: les Etats-Unis r-
clameraient en effetudes indemnits pour la dvasta-
tion des proprits appartenant, Cuba, des sujets
amricains. L'opinion en Espagne est trs excite;
M. Cinovas a besoin, en ces circonstances, de beau-
coup de sang-froid.


Le Petit Parisien :
Un de nos compatriots trs en vue et trs au
courant du conflict, mais don't nous tairons le nom.
nous adresse des Etats-Unis, o il est depuis quel-
ques semaines, la dpche suivante:
New-York, i5 mai.
La Revolution Cubaine est beaucoup plus.grave
qu'on ne le croit gnralement en France.
Nos renseignements les plus srs nous permet-
tent d'affirmer que dj 40,000 insurgs sont enr-
giments et que trs prochainement ils seront pour-
vus de bonnes armes et de munitions, grce l'ar-
gent que peut se procurer le gouvernement provi-
soire.
Ce gouvernement a dcid d'mettre des bons
pour 5o millions de francs, et dj la premiere mis-
sion de 1o millions a t souscrite New-York au
course de 62 i /2 o,'O.
Un steamer, le Bermuda. parti rcemment d'un
port des Etats-Unis, portant des hommes. 1,ooo fu-
sils, 600,000 cartouches, de la dynamite, etc., vient
de dbarquer le tout en sret Cuba.


-D'autres expeditions vont suivre. Les Cubains
vont ainsi s'armer et s'organiser pendant la saison
des pluies, qui rend les operations impossible pour
les Espagnols et, l'hiver, la champagne sera dure et
trs dangereuse pour eux.

La France:

L'attention de l'Europe, quelque peu distraite un
moment par les vnements d'Abyssinie, se porte
nouveau tout entire Cuba.
Cette insurrection formidable qui, tout d'abord,
ne pouvait mouvoir que, l'Espagne menace dans
ses ouvres vives, prend des proportions inquitantes
et menace, de par les faits qui se produisent, d'int-
resser sous peu et, de trs directed faon, les diverse
puissances.


L'A utorilt

On a vu les nouvelles qui nous sont parvenues de
Washington, de la Havane et de Madrid.
Elles sont d'une extreme gravit pour l'Espagne.

Quelque grande que soit son habilet, il aura la plus
grande peine russir.
Il se trouve en face d'un problme quasiment in-
soluble.
S'il rsiste aux rclamations des Etats-Unis, c'est,
suivant, toutes probabilits, une guerre avec eux;
guerre qui cotera trs cher aux Etats-Unis, mais
qui sera ruineuse pour l'Espagne et dans laquelle
elle perdra certainement Cuba, qu'elle a dj la plus
grande peine conserver sans cette norme com-
plication.
S'il cde, il risque une revolution en Espagne, le
renversement de la royaut, l'closion de la rpu-
blique.


L'Ervnement:


Les relations entire l'Espagne et les Etats-Unis
sont arrives un point de tension tel, que la moin-
dre imprudence dans les ngociations peut amener
une rupture.
. . .* .. .. . . . . . . .*. .*. . .*.*. ... ....' ...*.**
Les faits peuvent tre gros de consequences: il ne
s'agit rien moins que du maintien de la paix entire
l'Espagne et les Etats-Unis, et pour l'instant, selon
l'adage bien connu, les deux nations assurent cette
paix en prparant la guerre.


Le Public :

Il paraissait vident que si le conflict menaant
surgi entire les Etats-Unis et l'Espagne, au sujet de
l'insurrection de Cuba, tait apais, il n'avait pas
compltement disparu, les causes qui l'ont fait
naitre subsistant aussi vives que jamais. La moindre
circonstance devait fatalement lui rendre toute son
acuit.

L'heure est grave pour les deux pays, pour l'Es-
pagne surtout qui, malgr tous ses efforts, verrait
lui chapper l'ile pour la conservation de laquelle
elle s'est impose de si crasants et douloureux sa-
crifices.



Le Pelit Mloniteur l'niversel:


Le conflict qui s'est lev entire l'Espagne et les
Etats-Unis, propos de l'affaire du Competitor, est
grave et il fallait s'attendre ce qu'il en ft question
dans le discours du trne prononc l'ouverture
des Corts.

On affirme. d'ailleurs que le gouvernement espa-
gnol ne fera pas appliquer la sentence prononce par
les tribunaux.

C'est l videmment une grave concession qui
cotera beaucoup l'orgueil castillan bien connu.


LA PRESS ETRANGRE
Et la Guerre de Cuba


La Gazelle de Cologne :
Nous avons reu une lettre date de Mexico, 24
avril, que nous insrons, parce que les dpches offi-
cielles du gouvernement espagnol offrent si peu de
garanties, que nous croyons utile d'couter la parties
adverse. Voici cette lettre :
Aussitt arriv ici, j'ai parcouru plusieurs nu-
mros de La Gaette de Cologne et je' vois que les
nouvelles de Cuba proviennent de dpches men-
songres du gouvernement espagnol.
L'arme espagnole a t vaincue, non dans des
combats sans importance, comme les Espagnols le
prtendent, mais dans des batailles srieuses, par nos
troupes bien disciplines et trs bien armes.
Nous sommes present au -nombre de 82,ooo
homes avec 5o canons Maxim, Gatling et Placen-
cia. et des fusils.Mausser arrachs aux Espagnols dans
les batailles de Yaguas, Peralejo, Taguasco, Caliseo,
Colon, San Cristobal. Candelaria, Pinar del Rio, etc.
Dans l'intrieur de l'ile, nous avons dispers les
Espagnols, et nous avons pouss de Punta Maisi
jusqu' Cabo de San Antonio, et cela toujours en
combattant.


Maintenant, les quatre cinquimes de l'ile sont
entire nos mains.
Notre infanterie possde 4,000 fusils Mausser, arra-
chs aux Espagnols, 2,000 Winchester et 32,000 Re-
mington.
SLe reste de nos troupes est arm de pistolets et de
machetes.
Nous avons un grand nombre d'officiers trs ca-
pables qui, comme moi, ont servi dans les coles
militaires.
Plusieurs centaines de nos officers parent diff-
rentes langues.
Notre arme est une arme civilise. Les langues
des soldats espagnols, que nous avons remis en li-
bert, pourraient en tmoigner, si cela tait nces-
saire.
Dans nos troupes insurrectionnelles, nous comp-
tons 12,3oo soldats espagnols qui ont dsert chez
nous et qui se sont brillamment battus contre les
troupes espagnoles.
Comme la saison pluviale va commencer et comme
mon gnral Antonio Maceo vient de les chasser de
la province de Pinar del Rio, nous les chasserons
aussi des provinces de Habana et Matansas, et les
assigerons dans les ports.
Les soldats espagnols n'ont pas reu de solde de-
puis le mois de novembre.
Ils sont dcims par la faim et par la fivre.
C'est une arme en droute, qui ne se dfend que
faiblement et qui n'oppose aucune resistance nos
machetes.
Tous les racontars des victoires prtendues des
Espagnols ne sont que des, mensonges et des fanfa-
ronnades.
En trente minutes, nous avons fait l'assaut de
Villalara, de mme celui de la ville de Pinar del Rio.
Svpez-vous ce que les Espagnols font lorsqu'ils
prennent la fuite?
Ils massacrent, par vengeance, de malheureuses
femmes et des vieillards paisibles et inoffensifs.
Nous en avons assez. Nous sommes dgots
jusqu'aux oreilles de ces conqurants, de ces sou-
dards grossiers et arrogants. Nous comptons bien
les jeter tous la mer.
M. Varona,
Lieutenant-colonel de la i" division
d'infanterie cubaine.

L'E.'press, Lige :
Nous avons public un rsum du discours du
trne d'Espagne aux Corts, travers la brivet
duquel il n'tait pas bien difficile de discerner une
grande lassitude et plus d'ennui que de vritable con-
fiance.
Ce discours affirmait ce fait que l'Espagne tait
dcide ne donner aucune rforme aux Cubains
avant que l'insurrection ft termine.
Nous savons aujourd'hui, par un manifeste du
gouvernement provisoire cubain qui vient d'tre
rpandu parmi les membres des comits cubains
de toute l'Europe, qu'en vrit, l'Espagne ne posait
pas, en ce faisant, un acte politique bien consid-
rable en ses consquences.
Le manifeste dclare, en effet, en substance et
trs nettement, que le gouvernement provisoire de
Cuba ne consentira jamais ngocier avec l'Espagne
qu'en pregnant pour base l'indpendance absolue de
l'lle..
Il ajoute, au surplus, que si les Espagnols rus-
sissaient craser la prsente insurrection (et ils en
sont plus loin que jamais), un nouveau soulvement
ne tarderait pas.
On sait, du rest, que le movement actuel a t
trop longuement organis et accept avec trop d'en-
thousiasme par les Cubains du monde entier, pour
qu'on y puisse voir autre chose que l'pope d'un
people dcid se faire exterminer ou conqurir
enfin sa libert. Ce sont des movements auxquels
on ne rsiste pas.

La Rforme, Bruxelles :
Les' affairs de l'Espagne Cuba sont dcidment
de plus en plus. mauvaises, et le nouveau conflict qui
vient d'clater avec les Etats-Unis n'est pas fait pour
ranimer l'espoir des Espagnols. On sait de quoi it
s'agit : le gnral Weyler, ce froce Allemand d'ori-
gine qui, d'aprs le New York'Sun, a dj fait mas-
sacrer plus de mille Cubains pacifiques, parmi les-
quels nombre de femmes et d'enfants, vient de faire
condamner mort par ses tribunaux militaires cinq
passagers, don't trois Amricains faits prisonniers
bord -du Competitor, au moment o ils se por-
taient au secours des insurgs. M. Cleveland, par
l'organe de M. Olney, a aussitt protest contre
cette condemnation et prvenu, le gouvernement es-
pagnol des consequences qu'ntranerait sa mise
execution. Le president des Etats-Unis invoque le
trait de 1795 et le protocole de 1877 stipulant que
les citovens amricains ne peuvent tre jugs que
par les tribunaux ordinaires.
On conoit le profound embarras du gouvernement
espagnol : passer outre aux protestations de M. Cle-
veland et de la nation amricaine tout entire qui-
vaudrait rompre les rapports entire les deux puis-
sances et assurer dans un bref dlai le triomphe
dfinitif de l'insurrection cubaine, et, d'un autre ct,
se soumettre aux injonctions amricaines, c'est hu-
milier l'amour-propre espagnol, favoriser les exp-
ditions des flibustiers et obliger le gnral Weyler
se dmettre.
Au fond, et quoique de nouvelles dpches d-
mentent la dmission du commandant des troupes
espagnoles Cuba, il semble bien que celui-ci, d-
courag il l'a prouv dj diffrentes reprises -
ne demand qu' se soustraire l'obligation de
remplir les promesses qu'il a faites fort imprudem-
ment, au moment de sa prise de commandment, et
don't aucune n'a mme reu un simple commence-
ment d'excution, si ce n'est celle de se montrer im-
pitoyable.
La vrit, malgr les nombreuses dpches espa-
gnoles et en dpit des affirmations formules dans
le discours du trne de lundi lequel, soit dit en
passant, a e.u pour premier effet de provoquer une
baisse considerable la Bourse c'est que la situa-
tion des Espagnols Cuba a encore empir. Le
discours du trne, si optimiste, l'avoue implicite-
ment en annonant l'envoi de nouveaux renforts.
A qui fera-t-on croire que si l'insurrection tait en
dcroissance, il serait ncessaire de renforcer en-
core les 140,ooo homes qui se trouvent dj dans
lile ?





Dentiste Amricain

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23, Avenue de VA;~-"afn


L'administrateur-grant : G. ETARD.

TaoYPs. Imprimerie G. ARBOUIN, rue Thiers, 126.







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