Title: Republique cubaine
ALL VOLUMES CITATION THUMBNAILS PAGE IMAGE ZOOMABLE
Full Citation
STANDARD VIEW MARC VIEW
Permanent Link: http://ufdc.ufl.edu/UF00081139/00010
 Material Information
Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: March 26, 1896
 Record Information
Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00010
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.

Full Text













Ve


Patrie et Libert


RDACTION & ADMINISTRATION PRIX DE L'ABONNEMENT (EN FRANCE)
Rue Baudin PAYABLE D'AVANCE:
Rue Baudn re Anne PARIS 26 Mars 1896 N io Une0e ........................ fr.
Un semestre............................ 15 fr.
ADRESSE TLGRAPHIQUE: E O G Un trimestre............................... 5
TELAP-ol A LETRANGER
TPEA IIT TOA ATT T US LE S JEUDIS Une anne............................... 3fr.
Les manuscripts ne sont pas rendus n semester ................................ 50
UN NUMRO ....... 0 fr. 50


UN TACTICIEN DANS L'EMBARRAS

Le secret de l'art de la guerre, dclarele g-
nral Boum dans La Grande Duchesse, consiste
en cei : couper et envelopper . Comme la
galette, observe un irrespectueux.
Cette mthode du gnral Boum est aussi celle
de son minent confrre Weyler. Martinez Cam-
pos, qu'il et t plus just de surnommer d-
campos , pour les aptitudes la course don't il
fit preuve devant Maceo la bataille de Peralejo,
avait chou avec le systme des petits dtache-
ments parpills dans toute l'le. Weyler veut
fire les choses en grand, comme il convient
un tacticien de sa trempe, et il s'ingnie, grands
renforts de concentrations, entourer les gue-
rillas cubaines. Ses colonnes, partant de trois ou
quatre points diffrents, se rejoignent, croyant
pousser devant elles et enfermer au centre d'un
polygone de fer et de feu les forces insurrection-
nelles. Quand elles sont arrives au point de
concentration, elles s'aperoivent qu'elles n'ont
emprisonn que le vent.
Ce petit exercise, plus rcratif pour les spec-
tateurs qu'hyginique pour les soldats, cote
lEspagne environ un million par jour. Au prix
o est l'Extrieure, c'est cher, et on se demand
combien de temps encore l'Espagne pourra sou-
tenir pareille dpense.
En tous cas, Weyler doit s'apercevoir mainte-
nant qu'il est plus facile de fusiller des femmes
et des enfants sans defense, transforms en com-
battants sur les rapports militaires, que de sou-
mettre un people insurg pour conqurir son
indpendance. Du moins, son prdcesseur avait
lutt pendant plus d'une demi-anne; lui, en un
mois, en a eu assez et, dj, il parle de dmis-
sionner.
Ce pauvre diable de bourreau, costum en g-
nral, ferait presque piti tant il sue sang et eau
-- sang surtout se dmener inutilement. Il
n'est rellement pas fort : il met les journalists
dans la confidence de ses embarras et entasse
contradictions sur contradictions.
Ecoutez-le en fvrier : 11 vient d'arriver la
Havane et, avec son coup d'oeil d'aigle, a recon-
nu instantanment que tout allait la drive :
J'ai tout trouv, dclare-t-il, dans un complete
( tat de dsorganisation. Les rebelles taient
15 kilomtres de la capital. L'arme tait tel-
element disloque que les fractions des mmes
corps se trouvaient dans des provinces diff-
rentes.
Constatations plutt dsobligeantes l'adresse
de Martinez Campos; mais, entire confrres qui
sont surtout des concurrents, on n'y regarded pas
de si prs.
Une semaine s'est peine coule que tout a
change: la Havane est dgage, les communica-
tions rtablies dans toute l'le; Maceo, qu'on n'ose
plus tuer tant il ressuscite facilement, est battu
tous les jours et dans toutes les provinces la
fois; Gomez s'est volatilis. Encore deux mois
et l'ordre sera aussi parfait Cuba qu' Prado.
Mais nous sommes en mars et voici que, mal-
gr le naufrage du JHawkins et la capture du


Bermuda, qui portaient des secours aux insur-
gs, ceux-ci tiennent toujours. Bien mieux, ils
prennent l'offensive sur toute l'tendue de l'le,
depuis Santiago jusqu' Pinar del Rio. Leurs
colonnes paraissent et reparaissent devant la
Havane, qu'elles enveloppent d'attaques par-
tielles, ne pouvant l'assiger dans les rgles. Des
guerrillas sortent de terre dans l'extrme ouest,
jusqu'alors rfractaire au movement. Le vote
du Snat amricain donne la Rvolution un
appui moral, en attendant mieux. Et alors Wey-
ler de s'crier:
Il ne faut pas se dissimuler que si, dans la pnin-
sule, on est impatient, d'une part, d'arriver une
solution et si, d'autre part, on veut conserver la
prudence impose par le conflict avec les Etats-Unis,
le problme est impossible rsoudre.
L'opinion publique dans la pninsule, les difficul-
ts cres par la question de la belligrance et celles
cres par les elections, peuvent produire une telle
perturbation dans la direction des operations, que je
me croirais dans l'obligation de donner ma dmis-
sion.
L'parpillement a chou avec Martinez Cam-
pos, la concentration avec Weyler; que pourra
bien trouver le prochain gnralissime espa-
gnol? Il faut, cependant, qu'une porte soit ou-
verte ou ferme.
Cosmo.


L'ESPAGNE AU PILORI

Devant l'indignation produite aux Etats-Unis
par les crimes commis par les Espagnols Cuba,
les journaux de Madrid fopt semblant de. s'ton-
ner et nient effrontment les faits les plus
connus.
Dans notre dernier numro nous avons parl,
avec dates, noms et textes l'appui, des 17 pri-
sonniers cubains massacrs et de plusieurs per-
sonnes arrtes, enchaines et condamnes la
deportation et la rclusion perptuelle dans les
prisons de l'Afrique, sur une fausse dnonciation
par une lettre anonyme d'un garon de 16 ans.
Pour continue la srie, nous parlerons cette
fois des massacres des habitants pacifiques de
Punta Brava et de Guatao.
Ces deux villages, situs 12 miles de la Ha-
vane, sont en proie la terreur cause par les
faits suivants :
Une dpche officielle espagnole, la date du
dimanche 23 fvrier, annona qu'une rencontre
avait eu lieu la veille, prs.de Punta Brava,
entire des troupes envoyes de Marianao et des
forces cubaines commandes par Villanueva et
Acosta. Ce fut, comme toujours, une victoire glo-
rieuse pour les Espagnols. Les sparatistes eurent
20 morts et 45 prisonniers. /
Les habitants de Guatao reconnurent, parmi
les morts, 18 qui taient, ainsi que les prison-
niers, des personnel pacifiques.
Les correspondents des journaux, parmi les-
quels se trouvaient quelques trangers, ont fait
une enqute qui a donn ces rsultats :
Le 22 fvrier, dans la matine, 40 insurgs
furent attaqus sur la route par des troupes
espagnoles commandes parole lieutenant Ziugesti
et la gendarmerie de Hloyo Colorado (village
situ 2 miles O. de Punta Brava).
Une escarmouche eut lieu l'entre 0. de
Punta Brava, don't il ne rsulta qu'un soldat
espagnol bless la tte par une balle, et qui
mourut une demi-heure aprs.
Les Espagnols entrrent Punta Brava, o ils
restrent deux heures, et envoyrent des cour-
riers Marianao (5 miles l'E.1 pour demander
des renforts. Ziugesti conduisit son dtachement


HIoyo Colorado. Le marquis de Cervera, maire de
Marianao, envoya 200 hommes, y compris
des gardens de la paix, volontaires, pompiers
et une section d'artillerie commande par le ca-
pitaine Calvo.
Les troupes eurent une escarmouche avec 25
insurgs, sur la route l'entre E. de Punta
Brava, 4 heures du soir, sans rsultat. Les
insurgs se retirrent, et la colonne espagnole
entra Guatao, qui est un mille plus loin, tirant
des coups de fusils droite et gauche sur tout
ce qu'ils avaient devant eux. Un laitier, qui
chargeait sa voiture devant sa maison, tout prs
du village, fut bless, et, comme il se rfugia
chez lui, quelques soldats le poursuivirent et le
turent dans sa chambre coucher.
Tout le monde fuyait devant cette fusillade
inattendue : les uns pour s'enfermer chez eux,
d'autres vers les bois. Quelques-uns furent tus,
tant trop vieux pour se sauver. Un malheureux
malade, souffrant de l'rysiple, fut tu dans son
lit. Les soldats entraient dans les maisons et
massacraient les hommes dans leurs chambres.
Une femme se mit devant la porte de la pice o
se trouvait son mari, en suppliant qu'on l'par-
gnt; d'un coup de crosse on la fit tomber sans
connaissance, et le mari fut tu ainsi qu'un autre
homme de 58 ans.
Des trois frres Chavez, ouvriers qui travail-
laient la Havane et qui taient parties samedi
pour voir leur mre Guatao, l'un fut tu et les
deux autres faits prisonniers (!)
Les troupes rassemblent les morts en face
d'une boutique. Les prisonniers, pris naturelle-
ment sans armes, furent ligots et conduits
pied Marianao, et maltraits un tel point,
pendant le chemin, qu'il fallut leur donner des
soins mdicaux.
Trois mdecins de la Croix Rouge se rendirent
4uatao et trouvrent 13 morts et aucun
blessed. Cinq prisonniers furent tus, ce qui fait
un total de 18 morts.
Les journaux espagnols disaient que les insur-
gs essayaient de se dfendre dans les maisons;
mais un examen approfondi permit de constater
qu'il n'y avait pas de traces de lutte ni de balles.
Parmi les mnorts,'tait le fossoyeur du cime-
tire.
Les habitants de Marianao affirment que les
soldats taient compltement ivres leur retour
avec les prisonniers. Eduardo Sanchez, propri-
taire d'un magasin, se vante devant tout le
monde d'avoir tu, dans une maison, Guatao,
un pauvre homme qui se cachait.
Les villages de Punta Brava et Guatao sont
abandonns par les habitants, qui fuient la
Ilavane. A Punta Brava, o il y avait 1.710 ha-
bitants, il n'en rest plus que 1i1!
Des rcits de ces massacres ont t publis,
avec beaucoup de dtails, dans tous les journaux
amricains, et surtout dans T/e Eveninq Tele-
graph du 27 fvrier.

D'aprs le Heraldo, de Madrid (21 mars):
Les proclamations du gnral Weylcr sont
mises en vigueur et on a fait de nouvelles arres-
tations. L'ancien maire de Matanzas, M. Antonio
Zanetti, a t arret au moment o il s'embar-
quait pour lEurope, mais il a t relch aprs
une enqute.
Les autonomistes ont fait des rclamations
auprs du gnral Weyler, cause de l'arresta-
tion de plusieurs de leurs amis politiques dans
la province de Santa Clara.


*


LES FORCES AMRICAINES


SDui ew-Yorh Ilerald:
Les journaux d'Europe, en valuant 27,000
combatants les forces des Etats-Unis, parent
comme si c'tait l tout ce don't ils pourront dis-
poser immdiatement. Il y a prs de 500,000 sol-
dats vtrans dans l'organisation de la Grande
Arme de la Rpublique, lesquels ont combattu
dans les rangs de l'Arme de l'Union, et il y a
une Grande Arme de vtrans confdrs qui
ont combattu du ct des Etats du Sud. Le Gn-
ral Miles estime que 300,000 de ces vtrans
s'engageraient comme volontaires dans le cas
d'une guerre trangre.
Si l'Espagne et les Etats-Unis en venaient aux
mains, je sais qu'une centaine de mille de ces
vtrans, don't un grand nombre s'engagea
dans les deux armes la veille de la fin de la
guerre des hommes relativement jeunes et ne
dpassant pas, pour la plupart, la cinquantaine -
s'engageraient d'un seul coup pour le service
actif.
En quality de Premier-Aumnier de la Grande
Arme de la Rpublique, je me suis trouv la
tte de prs de 90,000 de ces vtrans de l'Union,
dans l'Etat-Major du gnral Palmer (comman-
dant de la Grande Arme), il y a de cela trois
ans; c'tait Washington; par consquent, je
connais ce don't je parle.
Puis, il y a la milice d'Etat de quarante-cinq
Etats, et, derrire elle, environ soixante-dix mil-
lions d'habitants.
Les Etats-Unis pourraient mettre en ligne prs
de dix millions de combatants, si cela tait n-
cessaire, en dehors de soixante-dix millions de
population.
Ce sont l des lments don't il faut tenir
compete lorsque l'on value les forces don't dis-
pose la Rpublique des Etats-Unis. Les vtrans
du Nord et du Sud les hommes qui portrent.
l'uniforme bleu et les hommes qui portrent l'uni-
forme gris combattront cte cte et en rangs
serrs en toute guerre contre une puissance
trangre.
L.-D. Paine,
Premier-Aumnier de la Grande Arme
de la Rpublique.

---------*--

REMERCIEMENTS

Nous sommes heureux de constater, aprs les
dboires que nous ont procurs certain journa-
listes parisiens, qui plongent leur plume dans
l'encrier et leur main dans la caisse de l'ambas-
sade espagnole, que la press de province et de
l'tranger prend en main, avec une spontanit
et une loquence rares, la cause de l'indpen-
dance cubaine.
A Paris, L'/nlransigeant. Le Jour. La Revue
Diplomatique, La Pelile ep ublique Franaise,
La Lanterne, etc., nous ont soutenus de leurs
efforts.
En province, nous avons remercier tout par-
ticulirement l'infatigable et distingu publiciste
M. Jean-Bernard, qui, par ses intressantes Let-
Ires Parisiennes, a su gagner notre cause au
moins quinze journaux o nous avons retrouv
ses vaillants plaidoyers en faveur de la libert et
de la justice..
En Suisse, l'minent correspondent du Jour-
nal de Genve, M. Macon, don't les opinions sont
si respectes, met ses compatriotes au courant de
ce qui se passe dans les Antilles et rappelle avec
joie aux siens ce quest capable de fire un petit
people quand il veut tre libre et indpendant.
Nos remerciements bien sin'res ceux qui
nous font l'honneur de nous accorder leurs sym-
pathies.


*






LA REPUBLIQUEI CUBA!NE


26 MARS 1896.


CUBA CONTRE ESPAGNE

(Suite)
III : :
Il rest donc acquis que, malgr les processes de
l'Epirn' et les changmetits de forme 'qu'elle a
intricduis dnr,. son systme de gouvernement' les
ELspagi's d'Luope ont continue naintenir Cuba
Ssus le poids d'un rgime de fer et ont conduit leur
colonie la ruine.
Ct 'te domination tyrannique rachte-t-elle, par des
S-avahitagesqelcOnques, lenanqeie de povoir effectif
don't se plaignent les habitants de l'le? Plus d'un
despotisme a cherch , se faire oublier par le bien-
tre matriel qu'il rpandait autour de.' ti, par la s-
curit qu'il assurait ses sujets, par les liberts et
ls encouragements qu'ilprodiguait aux cultivateurs:
'Voyotls si les 'Cubans'sont red'evables dequelques-
unes de ces compensations au gouvernement in-
,flexible de l'Espagne.
La scurit personnelle n'est chez nous qu'un
mythe. Des homes hors la loi et d'autres que
la loi protge, ont constammertt-dispos de la vie, de
la tranquillit et d la proprit des habitants de'
Cuba. La -garde civil, loin de protger les campa-
gnards cubains, leur a toujours inspir une terreur
instinctive.
En maints endroks, les. membres .de.cette corpo-
ration de paix semaient l'pouvante autour d'eux,
par leurs brutalits envers les habitants qui dser-
taient parfois leur foyer la seule approche des
agents del'autorit.
SSous les-prtextes les.plus futiles, ils maltraitaie nt
.cruellement d'inoffensifs paysans et ils'turent,
iplusieurs reprises, les prisonniers qu'ils taient char-
igs de conduire.
.Ces exe s en arrivrent * tre tellement.connus,
que le i5 p topbe I883, le gnral Denis, chef :de
.orps, dut.publier urne circulaire o pi il dclarit que
ses subordonjns, dalns le but de provoquer des
aveux, ont recours des moyens violent, et qu'en
de nombreuses occasions, des individus, se trouvant
sous la conduite de la force arme, essaient de
prendre la fuite et obligent leurs gardens 'faire
usage de leitrs armes.
Malgr les euphmismes du language official, on
distingue clairement la signification de ces dclara-
tiops.
Cette circulaire, qui date de :i ans, avait pour ob-
jet de mettre un frein ces abus. Elle ne chan-
gea malheureusement rien l'tat de choses exis-
tant.
En j886, l'tablissement de bains de Madrus. un.e
des stations d't les plus frquentes de l'ile, fut
tmoin des exactions du lieutenant Sainz.
Les tortures qu'on infligea aux frres Aruca don-
nrent lieu au procs retentissant du componte .
Quelques jours aprs, un sieur Riveron tait poi-
gnard Govea, prs de la Havane, par des agents
de la police.
Citons encore les cas de M. Manuel, Martinez Mo-
Tran et M. Francisco Galaiena, demi assomms,
J'un f. Calaabzar et l'autre Yaguajay; de M. Jos
Flipe Canosa qui faillit tre assassin Sjint-N;c,
las; d'un habitant de Ceiba Mocha, qui la garde ci-
yile intima. l'ordre brutal d'avoir quitter immia-
.tement son logis.
.Tout cela tait cependant peu de chose.
Au centre mme de la Havane, au Champ de
'Mars, un individu fut mis mort par les gardes
charges de le surveiller.
Les excutions d'Amaril'as et les assassinate de
Puentes Grandes et Alquizar jouissent dans l'le
d'une triste clbrit.
Pendant que la police maltraitait et assassinait les
habitants pacifiques, les brigands erraient tranquilles
et dvastaient impunment le pays.
Malgr les 3 millions figurant au budget pour le
service de sret publique, il y a eu des contres,
comme la province de Puerto Principe, o les.habi-
tants ont d s'armer eux-mmes pour donner la
chasse aux bandits.
On a vu jusqu' ciqq et six. mille homes de
troupes rgulires poursuivant une poigne de mal-
faiteurs sur un territoire peu tendu, sans pouvoir
russir s'en emparer.
Une commission sp.ciate pour la rp.-t,-,;...r du
banditisme fonctionnait pendant ce temps . la Ha-
vane; des sommes considrables lui furent affectes.
Le Gouvernement en a t le plus souvent rduit
traiter avec les brigands, leur tendant un pige et
les assassinant ensuite, ainsi que cela se passa bord
du vapeur. Baldomero Igiesias, dans la baie de la
Havane.
L'existence du brigandage a eu pour effect d'amoin-
drir les prrogatives des. tribunaux ordinaires et de
maintenir les Cubains soumis la jurisdiction mar-
tiale, quoique la Constitution de l'Etat fit procla-
me.
En effet, le Code de justice militaire dispose que
les attentats contre les personnel, les chemins de ter
ou autres agents de transport, et l'incendie, tombent
sous le coup de la loi pnale militaire, lorsqu'ils
sont commis dans les provinces d'Outremer ou dans
les possessions d'Afrique et d'Ocanie.
Un texte lgal et formel n'tait, d'ailleurs, pas n-
cessaire, pour rduire nant les terms de la
Constitution.


Lorsque celle-ci fut promulgue dans l'ile, elle
contenait un prambule qui. laissait subsister' les
droits antrieurs du Gouverneur Gnral et 'ae s'-
dlgus.
Les dIortations ont'. continue tout aussi bien
aprs qu'avant cette promulgation.
Au mois de dcembre 1891, il. y eut une grve de
travailleurs de ,port et de quais. dans la province de:
Santa-Clara. Le gouverneur gnral, pour y inettre
fin, s'empara des grvistes et les dporta.en masse
l'le des Pins.
Les dportations pour'raisons politiques ont ga-
leterit continue depuis la guerre. S'il.n',. a pas eu
d'excutions politiques, c'est parce qu'on a eu re-
cours un procd plus simple : l'assassinat.
Le gnral Polavieja a dclar, avec le plus grand
sang-froid, qu'en dcembre. I886 il s'empara, Pal-
m'a, San Luis, Cuba, Songuo, Guantnam'a y Sagua
de Tnamo, de 265 individus qu'il dporta sur
l'heure-et dans la mme journe l'le africaine de
Fernando-Poo.
Aprs l'insurrection 'de 1879-1880, de nombreux
Cubains avant capitul furent interns.dans les pri-
sons d'Afrique.
La flonie don't fut victim le gnral Jos Maceo
rappelle l'es poques'les plus sombres de la guerre
de Flandre et de la conqute de l'Amrique.
C'est avec horreur que Cuba se remmore l'pou-
vantable assassinat.du.gnral Arcadio Leyde Vidal,
commis Nipe en septembre 1879.
La guerre venait de se rallumer en Orient.
Enrique Jos Varona,
Ex-dput aux Corts.
New-York, le 23 octobre 1895.
(A suivre.)



VRITS CONTRADICTOIRES

Notre confrre L'Eclair, qui puise ses infor-
mations aux .sources espagnoles,les plus autori-
se, et qui, pour cette raison, doit toujours dire
la vrit4, public dans son numro du 20 mars la
dp'cli'- suivante:
Le .redement des impts Cuba, du mois de
juin au mois de novembre 1894, s'est lev huit
millions de douros, soit quarante millions de francs.
Pendant la mme priode de 1895, c'est--dire en
pleine insurrection, les recettes ont t de sept mil-
lions et demi de douros, 35,5oo,ooo francs. Les
douanes ont t en augmentation de 400,000 douros,
soit deux millions de francs.,
Ces chiffres officials prouvent que l'insurrection
n'a pas atteint jusqu'ici, comme on pouvait le
craindre, .les sources de revenue qui font la richesse
de Cuba,
De son cte, notre vnrable et toujours vri-
dique confrre Le Temps, qui puise ses rensei-
gnements des sources non moins espagnoles et
aussi dignes de foi, insre, la mme date, lin-
formation que voici:
Suivant une dpche de la Havane, les pertes r-
sultant de la rebellion cubaine pour la premiere
anne sont values 134 millions de dollars.
Qit-670 millions de franps.
Bien que nos deux respectables confrres disent
exactement le contraire, nous sommes obligs,
vu leurs antcdents, de les croire tous les deux.

--- -----------

VOLEURS ET VOLS

l-a faillite de l'Espagne
L'le de Cuba compete environ 1,600,000 habi-
tants; les neuf diximes de la population sont
sympathiques, aux insurgs. Ceux-ci sont pleins
d'espoir et d'enthousiasme; c'est pour eux, d'ail-
leurs, une question de vie ou de mort. Les Cu-
bains sont tellement imposs par le Gouverne-
ment espagnol qu'il leur reste peine de quoi ne
pas mourir de faim.
Les Espagnols essaient de faire croire qu'il
n'y a, au fond du soulvement, qu'une question
de race, un movement de ngres. Cela est faux.
La majority des insurgs se compose de blancs et
beaucoup d'Espagnols se sont joints aux rvolts.
C'est la rvolte de tout un people, cras par
la bureaucratic et le militarism.
A Cuba, il y a deux classes : la classes dirigeante
(la bureaucratic espagnole) ayant tous les privi-
lges, et, d'autre part, les. Cubains pouvant sup-
porter toutes les charges et opprims comme au
temps de Philippe II et du duc d'Albe.
Ces charges sont rellement crasantes. Tout
est impos, mme l'abattage d'une vache (pour
la consommation personnelle du fermier). En
fait, il n'y a que deux choses que le Cubain peut
fire sans payer d'impt : respirer et mourir.
On estime la taxe impose par l'Espagne
75 francs par habitant, non compris les impts
communaux, ni le paper timbr (il en faut pour
tout), ni les papers, identification ou passe-
port que tous les Cubains sont obligs de porter


constamment avec eux et d'exhiber h premiere
.:quisition des autorits, espagnoles, depuis le
-guriverneur jusqu'au garde-champtre et au
concierge des monuments publics.
L'Angleterre, le people le plu- ii p.",'"', ne paie
que 55 francs et les Etats-Unis 30 francs par tte.
La dette publique est de 575 francs par habi-
tant.
Celle du Chili est de'125 francs par.'habitant.
.Celle des Etats-Unis est de 110 francs par ha-:
bitant.
Les dpenses pour l'ilrnsir:lioii publiqui- so't:
Anux.Etats-Unis, de ......... F. 14 10partte
:.A Canada,de.............. 9 00 -
MA-la Rpublique Argentine, de 660 -
A Cuba, de................. 0 55 -
Cela donne une ide de la sollicitude des Espa-
gnols, pour leur colonie.
Le 7 fvrier de l'anne dernire, l'Espagne
accord Cuba une loi lui donnant une certain
autonomie.
Elle ne fut vote que sous la pression de la
force et n'avait qu'un but : duper une fois de plus
les Cubains.
En voici quelques extraits :
Les maires seront lus par les conseils, ex-
cepte quand 'le gouverneur ye'ral jugera op-
portun.de nommer un autre memibre du con-
seil.
Les gouverneurs civils (nomms par l'Es-
pagne) peuvent annuler les decisions des muni-
cipalits.
'Le Conseil provincial sera compost de la fa-
on suivante :
Le Gouverneur en sera president de droit;
le gouvernement espagnol nommera 15 membres;
.les quinze autres seront nomms par le people
de Cuba.
Lorsque le Gouverneur gnral jugera qu'une
dcision,,prise par le.conseil provincial, est-con-
traire aux lois gnrales et aux intrts de la na-
tion, il en suspendra l'e.re'eution et adoptera
lui-mnume tells measures qui lui sembleront ne-
cessalires .
Ces decisions et ces actes arbitraires du Gou-
verneur gnral sont sanctionns .par un Conseil
d'Etat, compos des membres suivants : l'arche-
vque ou l'vque de Cuba, le commandant g-
nral de la marine, le dput gouverneur gn-
ral, le president de la Cour supreme l'avocat
du Gouvernement, l'administrateur. des fi-
nances et le directeur de la justice. Tous sONT
ESIPANOLS ET NOMMS PAR LE GOUVERNEMENT. En fait,
les Cubains sont gouverns par et pour les Espa-
gnols.
Il est attribu aux Cubains un reprsentant
pour chaque' 50,000'habitants. Mais le droit lec-
toral est organis de telle.faon, que plus d'un
million de Cubains ont seulement 8.reprsen-
tants. tandis que 140,000 Espagnols rsidant
dans l'leo en ont !0, soit le double.
Voici maintenant quelques chiffres reprsen-
tant les traitements des fonctionnaires espagnols
Cuba :
Gouverneur gnral,............. 250.000 fr.
Direoteur gnral des finances.... 92.500
Archevoque de Cuba............. 90.000
Evlue de la Havane ........... 90.000
Commandant de la marine....... 84.600
President de la Cour suprme..... 75.000
Lieutenant gnral.............. 75.000
Gouverneur de la Havane........ 40.000
1"r secrtaire du Gouverneur gnr. 40.000
Gnraux de division............ 37.500
brigade.............. 22.500
Colonels ................... . . 17.250
Lieutenants-colonels ............ 13.500 )i
Capitaines de marine............. 31.800
Commandants.................... 22.800
Lieutenants..................... 16.850
Chef d'administration de Ire'classe. 25.000
2e classes. 20.000
a g classes. 15.000 a
Receveur de douane. ............. 20.000
Administrateur des loteries....... 20.000
Etc., etc.
Finira-t-on enfin par comprendre, pourquoi les
Cubains se rvoltent?
Veut-on savoir maintenant les provisions les
plus optimistes?
Les Cubains ne pourront se maintenir dans
les grades villas, ni dans les ports: mais, par
contre, ils sont et resteront matres incontests
des campagnes. Or, la richesse de Cuba consiste
dans le sucre, le tabac, le caf et autres products
similaires qui ne poussent gnralement pas sur
les trottoirs des grades villes.
Ne pouvant plus rien tire de l'le, l'Espagne
est et sera oblige de payer de ses propres de-
niers l'arme d'occupation.


De tous ctEs et minme de ses plus fervent.
amis, reconnaissant que l'Espagne n'a pas faith
son devoir Cuba, les conseils lui viennent d'a-
bandonner Cuba. .amais., 'nem n en mettant les
choses. au mieux, elle ne pourra'sortir de ce
glchis.
L'exemple.de l'Italie.-lui suffira-t-elle et ne se
trouvera-t-il pas, un home de bon sens ayant le
,:,: .1rag, i1.- le lui dire et de lui faire comprendre
ou'Ie :.l i I...
Le people esp i-o ll pr:trndl que l'hen1 n r na-
tional et militaire-sont en jea.
Ce niest(pas srieux. QuTE '. ri demand
piul.'t aux rl4Iubliii .s 'de l'Amrique central
el I.k' l'.Ti':rique mI '.lIonale ce qu'elles pensent
de son honneur national et militaire.......
Et pourtant ces Rpubliques n'taient alors
que de ,i.,;,u Etats. De partout ils ont t chas-
ss. Et c'est un pareil I'-i i.le. qui a accumul
checs sur checs, dfaites sur 'dfaites, qui se
permet de parler encore duu drapeau et de mon-
trer les dents 'une nation 'commn.e' les Etats-Unis-
de l'Amrique du Nord....
C'est tellement mprisable que cela n'a pas de
nom l.-ii l- ,rr. '- l n u.-.
Voici r im.teni.t d'ar'es crhil~ :
150.000 liomnie- 2j .,<'frf.,e( -
luation tspanol'. a ;.. ....'.. `375 millions.
Transports,, ,ratriel, imprrvu
(sans c.:.iupti' tes pe.i-iini. 50 ,
Auxquels its icontvieit d'ijot r
come 1; ,iac~i 12il-.1 Ic-,.,: iIe. 225
au moins provenant de l'ttit de
guerre actuel a Cuba.

650 millions.
IUne annee de guerre Cuba cote donc, au
'b.as'rot, l'Esptine :
Six CENT CINQUANTE MILLIONS! !
"Ni l'Angleterre "ni la France ne pourraient
s'offrir unpareil luxe sans jeter la perturbation
dans leurs finances.
'Il est vrai que le "Crispi espagnol affirme que
tout va bien et qu'il n'a besoin d'aucun aide.
Comme a se trouve....; et que de jFlus il n'aura
pas besoin de fire de nouvel emprunt. Il y a.
une fable de la Fontaine qui se termine par le
proverbe suivant: Ils soni trop verts, dit-il, et
bon pour des goujats. Gageons que CGnovas-
Crispi l'a lue.
On frmit en songeant qru'il y a en France pour
plusieurs milliards de valeurs espagnoles!...
Pauvre pargne franaise, de quel krach vas-tu
encore tre victime!.... Ah il n'y aura pas que
les Cubains de vols !

*------ roa>- **-- -----

A RIO DE JANEIRO

Dans son numro du .24 fvrier, O Pairz, Te
journal le plus important de Rio-Janeiro, public
les portraits du Prsident de la Rpublique
Cubaine et des gnraux MAximo Gmnez et An-
tonio Maceo.
Dans cet article, O Pair refait l'historique de
l'insurrection actuelle et constate les rsultats
acquis par les troupes cubaines.
Nous aurions voulu reproduire cet article
,in-eitnso: mais, la place ,nous manquant, nous
nous ,contentons d'en extraire les passages sui-
vants:


En publiant tes portraits des chefs l'es plus
illustres dela Rvolution Cubaine, nous ne fai-
sons qu'affirmer une fois de plus notre complete
solidarity avec ce vaillant people qui lutte, avec
une nergie au-dessus de tout dloge, pour la
cause de son indpendance.
En une anne de guerre, ces glorieux cham-
pions de la liberty ont inflig aux troupes de la
mtropole des pertes considrables, djou totes.
les combinaisons stratgiques, dcourag le
meilleur marchal de l'Espagne par leur cou-
rage, leur bravoure et leur tnacit, ralliant
leur cause, par leur magnanimity et la dignity
de leur conduite, les quelques hsitants et les.
quelques timides qui pouvaient hsiter.

Le marchal Martinez Campos assurait, en
avril 1895, que les rvolutionnaires n'arriveraient
pas pntrer dans la province de Puerto-Prin-
cipe; et, peu de temps aprs, il perdait la ba-
taille de Peralejo, Franchissant la route Cama-
gii.ey, ils foraient la ligne' fortifie de La Trocha,
dfendue par plus d:e 10,000 homes. Refoulant
sans cesse devant erx les troupes espagnoles,
leiur commandant en hebf se voyait oblig de
transfrer son quarter gnral i Puerto-Prin-
cipe, pais . Las Villas i Cienfuegos, Coltn,
pour arriver finalement la Havane, o se


C
I *






261 MARS I,96.


LA REPUBLIQUE CUBAINE


:trouve n ce moment le Restaurateur de la mo-
narchie espagnole.
Faut-il rappeler tous les exploits? Tous ceux:
,qui s'intressent leur noble cause les ont en-
core presents la mmoire. a

Parlant ensuite du marchal Martinez Cam-
ps, O Pair dit que le vainqueur de Melilla (1!)
avait cru jusqu'au dernier jour que la revolution
n'tait qu'un e rvolte d'exalts, sans cohsion,sans
appui dans les hautes classes du pays, probable-
ment parce que le movement avait t prpar
sans bruit et que l'agitation n'tait. pas parties
des clubs, qui, en Amrique, jouent un si grand
rle dans tous les soulvements.
Aprs :s'tre tendu longuement sur les per-
so:nnalits don't il publiait les portraits, O Pair
ajoute :
Ces trois homes : Bst'ancourt, G6mez et
Maceo symbolisent, l'heure prsente, la Rvo-
lution Cubaine. Puisse l'Amrique entire saluer
bientt come vainqueurs ces braves, que i'his-
toire appellera des hros, et dont le nom passer
la postrit.
Nous ne pouvons nous empcher de signaler
une c6incideiice curieuse qui petut-:tire:sera un
jourun motif de plus grande sympathie entire
ces deux peuples :
Le 24 Fvrier 1891, l'Empire du Brsil adop-
tait dfinitivement la constitution r,.upulili.aiinii
et devenait la Rpublique des Etats-Unis du
B," ,il.



LES AMIS DE WEYLER


Si tonnant que cela puisse paratre, dans une
nation qui, par la voix de ses philosophes -et le
canon de ses rvolutions, a proclam, en mme
temps que les droits de l'individu la libert, la
iolidaritd de peuple-, il se trouve en.France une
bonne douzaiTie e1 d.riie d radmirateurs avous
du systme Weyler. Tropmann avait moins d'a-
deptes: que voulez-vous! le prestige du suri n
plit devrat celai de saibe.
Weyler a pour lui ltes plus gaJants. Quel petit-'
fils de don Juan ne se sentirait dlicieusement
ravi par le dernier expl':,it d..s soldats espagnpls ?
Dans la province de ':iritingio de Cuba, ils ont
-arrach leurs 'vtements 'des 'femmes et les ont
forces- de danser, nues, le :apateo. On n'est pas
plus talon rouge.
Weyler a pour luii les fidles du roy la race
n'en est pas absolument aussi teinte que celle
du plsiosaure qui estiment que Jle petit-fils
d'un monsieur oisif et bien' rent a, ds le ber-
ceau, le droit de proprit matrielle et morale-sur
ses concitoyens. Les .mangeurs de peuples se sou-
tiennent entire eux... mii iix. h:ia. qie i,- peuples
ne le font. Du haut ,le I',.:riiil. lilly. Trestail-
lon, Mammone et Fr.i Iiis a1'o, tous ceux qui, au
moins une fois dans leur vie, massacrrent et
chapardrent au nom du monarque lgitime,
font risette au successeur de Martinez Campos.
Pour Weyler aussi sontles fervents de l'autel
qui verraient avec une dlectation sans bornes
un nouveau "orqu-inia,a, ou mme plusieurs,
reliever dans le pays des encyclopdistes et de
Voltaire l.s bit,hei- renverss de l'inquisition.
A tort ou raison, les Ctibains sont incrimins
de ne prorfsseir lu'un r-.pect mitig pour les
hauts dignitaires de l'Eglise qui. envoys de la
it ri:ip,:le vivre aux rais des insulaires, prchent
ceux-ci le ie-ipett des pouvoirs tablis. Et il
suffit que les irsurgs soient soutenus, tout au
mr:i ns moradleumeut, dans leur lutte contre la ca-
tholique monarchie espa:gn:le par 'la grande
rpublique iiord-.Jmiricairie, pays de libert
religious, pao r que, riusi'tlt, le,. journaux les
'plus -notoirement ,-lerii:au x de FrnBi--,n leur jettent
l'anathme. Anaith,"me . qui.:onqni se rebelle
contre Poppression! Aiathern' iui aiuI.u:Illi.,:, com-
bat pour une libert! comme on les reconnat
bien l !
A cet igard, 'le lin-iage de l'Unirers et de la
Libre Parole est pd.riti.uli r-:nient intressant.
L'ancien journal de Louis Venillot et celui de
M. Edouard Drum'ont -'exprimrent. au sujet du
rtablissement de 'ordre dans la Pologne
espagnole, en des terms qui ont d fire tres-
saillir de joie dans leur s,-pultmure les carcasses
-de Philippe II et du duc d"'Albe.
Le dernier de ces journaux, ssurtout, qui voile
son ultramontanisme sous des apparences quasi-
rvolutionnaires car, lorsqu'on a perdu le
pouvoir, on devient ou redevient gnralement
rPvolutioin aire peor iee irecon qrir, s' n r d i e
des marques de sympathie ,doan.es par les Etats-
Unis aux vietimes de Weyler. Pl y .a uinsi des
gens qui, dans les gorgements, n'ont jamais de
piti que pour les bourreaux.
Je me tromi pe, na autre people qui mrite
Aussi la sympathie, car, pressure, saign aux
quatre veines, il a tout au moins tent de reliever
la tte, T'Armnie, 'excite la pTrofoande compassion
du journal antismite. Il est bon que l'Arm'nie
soit dlivre et ce n'est pas nous qui y con-
tredirons seulement, il est indispensable que
Cuba demeure sous le joug.
D'o vient cette difference? Tout simplement
de ce que l'Armnie est catholique se rvoltant
contre l'islamisme, tandis que Caba est rpu-
blicain se rvoltant centre la ,monarchie, 'et contre
la monarchie la plus catholique du 'monde.
Que psent auprs de cela les viols de femmes,
les gorgecments de prisonniers et de prison-
nires 1 Les Cubains n'avaient jamais, jusqu' ce
jour, pass pour de farouches perscuteurs du
catholicisme, et il est vraisemblable que l-bas,
comme ailleurs, les opinions religieuses ou phi-
losophiques sont assez mles; mais les Espa-


Sgnols se prsentent comme les rlchLr ion-iii: eon-
sacrs de l'orthodoxie politique et religieuse. A
ce titre, tout, lur eat p,~emis.
Le gnral Weyler peut tre fier des amitis.
qu'il a rencontres ici : elles ne sont sans doute
pas trs nombreuses, mais le brave guerrier
estimera sagement que la quality vaut mieux
que la quanitit. C. .

--- *----

ARITHMETIQUE ESPAGNOLE


Pendant la guerre de dix ans, un professeur de
langues trangres, d'origine amricaine, mais
n Cuba, a conserve systmatiquement une
note des pertes subies pendant eette guerre, pu-
blie et autorise dans les publications de la .Ha-
vane, Il a donn tous les dtails concernant cha-
que bataille, tels que dates, endroits, nombre des
forces tant d'un ct que de l'autre, et les
pertes des Cubiiiii nimurts, blesss et prisonniers.
A la fin de la guerre, le total, a t le suivant :
Morts ............... 39 .856
Blesss......... ...... 726.490
. Prisonniers ............ 451.000
Total.......... 1.573.346
La population.de l'le tait de 1.250.000 habi-
tants; e chiffre est nme quelque peu exagr.
Or, il rsulte, d'aprs es notes, que le Qnombre
des morts, blesss et prisonniers, est suprieur
celui de la population.
Les pertes espagnoles prseatent un curieux
contrast avec celles des Cubains. Pour en d-
moantrer la vcraci.t, nlous .publions idessous le


ninabre 'd'himaoes don't
ment l'arme espagnole,


subies:


1869 .......
1870.... ...
4871 ......,

1'873 ........
:87'3 ........

187 ........
1876........
1877...... ..

Total.....


se coiposait adnuelle-
et les pertes qu'elle a
el. ,Ho
Pertes Hommes

5.504 :,...-,0
9.395 .. 47..242.
i, :;74 ;.j 3;57
7.780 58,708
5.902 2..di0
5.923 '62.578
6.361 63.312
8.482 78.099
17.677 90.245
7500 81'.700 ..

.8.0@98 625.211


De ces notes officieles, il rsulte que 6.488
hommes seulement moururent ou furent blesss
sur le champ de bataille. En d'autres terms,
un 92 pour 100 des pertes espagnoles a t em-
port par les fivres; cependant, il n'y eut
jamais moins de 14 pour 100 de l'arme dans
les hpitaux et, en 1 874, il n'y eut que 18 pour
1.00 uai ne .fussent pas iaffecbs de maladies.

1--------^ (aL-------

LE MEURTRE -D'UN FRANAIS


NoUas avons putIi. daring un nrimnro prcdent,
des details sur i'assassinat d'un citoyen 'franais
par les troupes espagnoles pendant la guerre de
dix ans Cuba.,
A ce a~uet, aons venons de recevoir une lettre
de 'M. R.-yuondauJ de 'illebardiel frre de la.
victim, et ruin lui-mme par les Espagnols.
Voici cette intressante lettre
Alger, 17 fvrier 1896.
Monsieur le Directeur de la Rpublique
Cubaine, Paris
SMonsieur,
Par !'nirermdiatre d'un ami, j'ai sous les yeux le
n' a de votre journal du 3o janvier dernier, dans le-
quel a paru un article intitul : Un Franais fu-
*siU par Weyler.En pregnant lecture de cet article,
j'ai eu le regret de constater qu'il content beaucoup
J'crre.urs,et que,-sans nul doute, la personnel qui
vous a renseign n'a,pas eu comme moi (frre de la
victim) de forts raisons pour n'avoir rien oubli!
En perdant alors si tristement un frre aim, j'ai
reu aussi le troisime et dcisif coup port ma
fortune, ma ruine, et celle des miens! Ci-joint,
j'ai l'honneur de vous remettre des extraits exacts de
ce qui s'est pass alors... Les 400,000 francs ont t
verss la neuve et .aux enfants de mon pauvre
frre... Mais les Franais ruins par cette guerre ci-
vile de dix ans n'ont encore rien obtenu come in-
demnit de l'Espagne, malgr toutes nos supplica-
tions la France, et tandis qu'Anglais et Amricains
ont t indemniss depuis longtemps.
Quant aux noms des officers et sous-officiers qui
commandaient la contra-guerrilla qui a assassin
mon frre, je ne les ai jamais sus, j'en avais assez de
savoir celui du gnral idiot qui a sign l'ordre.
J'ai entire les mains une rponse de M. Jules Fer-
ry (1884) qui reconnait due une indemnit aux
Franais, victims Cuba.
Agrez, Monsieur, l'assurance de ma consideration
distingue.
Revgondaud de Villebardet,
8, rue du Carrefour, Alger.


Extraits de quelques Articles de Journaux sur
l'Assassinat d'un Franais Cuba, le 18
Aot 1875.

LE MEURTRE D'UN FRANAIS PAR DES SOLDATS
ESPAGNOLS, A CUBA

Monsieur le Rdacteur,
Permettez-moi, pour l'honneur de la vrit, de
complter et, certain gards, de rectifier une
information qui, accueillie par Le XIX' Sicle, a t
reproduite par La Gironde. Il s'agit d'un Franais,
M. Edmond Rigaudeau, qui aurait t fusill Cuba
par les Espagnols.
Je commence par reliever une erreur de nom :
M. Edmond Rigaudeau n'est autre, en effet, que
M, Edmond Reygondaud de Villebardet, grand pro-
pritaire, jouissant d'une haute consideration et
appartenant une des meilleures families fraqaises
de la colonie.
Cel. dit, .voici, d'aprs des lettres particulires,
absolument dignes de foi, la relation de ce qui s'est
pass :
< M. Edmond Reygondayd, taqt sur sa sucrerie
de Gyantiamp, fut averti, dans les derniers jours
de juillet, qu'une forte ban4e d'insurgs, un miller
au moins, se prparait envahir sa plantation.
N'ayant aucune fore srieuse lui opposer, il prit
le parti de se rfugier, lui et les siens, dans un
ajoupa au milieu des pois, La bande pass en effet
ce jour-l, mais sans s'arrter et sans commettre au-
cun dgt.
Sur la nouvelle de sonr dpart, M. Reygondaud
tait rentr sur sa proprit, lorsque l'approche d'une
nouvelle troupe lui fut signale, en mme temps
qu'un incendie se dclarait dans le vpisinage. Alar-
m de noqveau, il retourna son ajoupa, mais ne
tarda pas le quitter, sur l'assurance donne par ses
claireurs que les derniers occupants tient des
soldats d'une colonne espagnole. Malheureusement,
il trouva que ces gardens de l'ordre n'avaient pas
eu la mme retenue que les'insurgs. Ils avaient
bris les portes de 'la grande case, dfonc les meu-
bles, et fait main-basse sur tpus les animaux de
basse-cour. Pour comble, deux officers s'taient
commodment installs dans les lits de sa femme
et de sa fille. On suppose, d'aprs la lettre que lui-
Smme a crite et qui a t interrompue par sa mort,
que, devant un pareil spectacle, M. Reygondaud
dut se plaindre avec quelque vivacit, et que 1e
commandant de la colonne le supplia de me pas
donner suite cette affaire.
Le surlen.demain de cet vnement, M. .Reygon-
daud reut, par une contra guerrilla, :ri'.iail.:.n
de se rendre auprs d.u commandant, afin 4e irgler
un point de dtail qui aarait t nglig. N'ayant
'aucune mfiance, -il partit seul, pied, entiree ,ces
homes cheval.
Cinq minutes ne s'itaient pas &coples, qu'on
entendit de la grande ,case unM coup de fei auquel
personnel ne prit garde tout d'abord. Cependant,
aprs une heure et demie d'attente, M" Reygon-
daud, inquite de ne pas voir revenir son mari,
envoya un ieupe nre .-Ir ses traces; ce ngre re-
vint au boous d',un momentn, les 'traits bouleverss,
disant qu'il venait de voir soin :mat~e lendu, sains
vie, non loin de 'l.
A cette nouvelle, 'la maiilh- rcuse icp.,, youJ)lt
se rendre sur Tes lieu x poiar:faire enlewea ,e oaeps de
son minri.; maiss oette co'nso>~tioon mnime 'lui alt trefa-
se, et, ce rre fut que le soit, aprs 'avoit *'t 'eexpts
'toute la journe aux intempries, que le pauvrne ca-
davre put tre port ila maison...
iOn put alors constamer que M d 'Reygofdaul iralit
mort d'un coup de revolver tir 'ai iiaiqut. P.r W-
rire et h bout po'rt.nt.I
Un mot pour finir : M.. PReit...i'i ud ,tai connu
par son attachment la cause espagnole, et par
l'appui qu'il lui avait toujours prt.
Interrog:su>r ces faits par le consul franais de
Sar,,iago, le goeuverneur de Cuba n'a pas roigi de
rditer pour la cenitime fois cette si:aiistre iplais'an-
terie, cet impudent clich, , savoir que le prison-
nier, ayant tent de s'enfuir, aurait t fusill:
formule qui peut aller de pair avec cette autre : Con-
ducir con toda seguridad, ce qui veut dire dans le
language official : fusiller en chemin. Car c'est par de
pareilles joyeusets que les Espagnols de Cuba, d-
daigneux de donner l'opinion un motif juridique
quelconque, ont coutume de codloret leurs 'assA'ssi-
nats.
Une enqute est, dit-on, commence sur cette
affaire et celles de quelques autres FEranais 'empri-
sonns' ou mis mort dans tces derniers temps; unee
enqute, sodit, et ntous sowhaito.ns, 'sans l'espirer
beaucoup, qu'elle abou'tisse chtier 'les .'ou'pables.
A ce propos, il s'erait pent-'t-re d'siter que nos
consuls d'outremer fussent invests, come 'les
consuls anglais, du pouvoir discrtionnaire de re-
qurir immdiatement 'l'es navires de guerre de la
station, et mme d'ordonner le bombardment. 'En
pareil cas, la menace seule suffit, si 'bi'en que les
gouvernements hispano-amrioains n'ont garde de
toucher aux sUjets anglais, et que, s'il arrive qu'un
d'eux soit ls, ils s'empressent de dfrer aussitt
aux rclamations souvent hautaines de nos voisins.
Ai-je besoin de le dire ? Les choses ne se passent
pas ainsi pour nous, et ces mmes gouvernements
russissent presque toujours, moyennant les len-


teurs de. la voie diplomatique et les subterfuges
d'une enqute illusoire, enterrer dans les cartons
ces affaires dsagrables. X...
(La Gironde du 30 septembre 1875).

M. d Chaqdurd)J noqr ambassadeur Madrid,
retardera de quelque temps son voyage Paris, d-
sireux qu'il est, dit La.Presse, de terminer avant son
dpart la triste affaire du Franais tu Cuba par
une contre-guerilla espagnole. Le cabinet de Ver-
saiiles rclame la punition des assassins et une in-
demnit pcuniaire pour la famille de la victim.
(La Gironde du 2 octobre 1875.)

La press franaise tout entire a reproduit 'int-
ressante lettre que nous a adresse un correspon-
dant relativement au meurtre d'un de nos- nationaux
de Cuba, M. Reygondaud de Villebardet, assassin
par des troupes espagnoles qui se sont conduites,
en cette cireonstance, come une bande de bri-
gands. Les assertions de notre correspondent vien-
nent d'tre pleinement confirmes par une lettre que
le frre de la victim a publie dans Le Figaro, Nous
avons la ferme conviction que notre reprsentant
Madrid obtiendra reparation de.cet pouvantabil at-
tentat au droit des gens ; mais il imported dp fire
remarquer que les autorits espagnoles de.Cuba
sont coutumrires du fait, et que leur mpris -des
conventions internationles aussi bien qu'une I 4ro-
cit particulire a dj provpqu -plusi4rs c.)nJiiiS
diplomatiques. Le cabinet de Madrid a dj shire-
ment expi Yaffaire du Virginius,; cette. nouvelle
aventure le dtrminera-t,-e le a eeereer sur ses
agents une surveiilince et une action srieuses?
(La Gironde du 3 ,ctfb:re 1876.)

Tergnier, 28 sepitmbrc 'i .
A Monsieur de Villemessant,
Rdacteur en chef diu journal Le Figaro,
VQtre jpFufai du. 27 septsenfsre cosinzstfi it qleeies
notes sur l'horrible assassinate qui a t commis ur
un ii 4gociala ,fraiais rsiiagnt C5iAbN,.' riil pps-
4it des plirntatiu.os de af , M. Prgrinditj u de
Villebarde (t non Rigaudeau). 1,1 abiaitt uaae de
ses proprits avec sa femme et saes deux.itmB~ .
Les membres de cette famille ayant reu 'des 4 dtail
tTs circonstancis, je crois utile .k e vous en t ais-
mettre uan S umle saucint, t vmou. d 4 afly t toQute
latitude d'en faire l'usage qu'il vous conviendra,
Le 25 iudljt .dernier, une bande d'insurg4s appa-
rut sur la proprit habite par M. Edmond eyZgopn-
daud 4e Villebardet. Ds leur appropce, on c~ut se
rfugier ,dans les bois. Ces insurgs ,se dirposa;int .
mettre le feu l'habitation quand arrivrent quel-
qpes braves gens du '.ois;nage qui, par leurs suppli-
cations, obtinrent du chef qu'il ne serait pas donn
suite ces projects: ils continurent donc leur route.
Le 1o aot, nouvelle alerte; mais cette fois c'est un
,dtachement de soldats: on se crut dlivr, protg.
Mais la maison fut pille de fond en comble et la
basse-cour compltement dtruite. Vers quatre heu-
res du matin, cette troupe s'loigna. Deux jo-urs
aprs, elle revint et les deux officers qui la com-
mandaient demandrent ap pru..pritijire de ne pas
donner suite celte affaire et de ne point fair de
rapports sur eux. Ils furent avec raison fort mal re-
us. Aussi, ds le lendemain, vers six heures du ma-
tin, un des officers se prsenta accompagn d'un
fort dtachement chevall. I'1 pria M. Reygondaud
de Villebardet de le suivre, lui refusant mme la per-
Tn'ssiotn de monster cheval. On marchait depuis
une demi-heure peu prs, quand le malheureux
prisonli'er fut foudroy pur une dcha ge ' 'bout
portant tire derrire la tte.Lecorps fut abandonn
isur ;'le beodl du 'hetiin jusqu' onze hetures du soir
avec defense absolue la malheureuse veuve ,'de le
faire :ellever. Quand 'on l1 rapport, 'la ggufe tait
*affreeseienti mnutile et noircie par la poe'dre. Leur
arim e 'e s'ar t.a pas l: trais proprits, apparte-
teianrt Jiilfernt.s nminit.res de la fami;lle, ont t in-
cendies peu de teimps aprs.
Quatah ai mobile de ces crimes odieux, nous
iligmorons. Les prt-c.ndues accointances avec les in-
surgs ne sontt que de vains prtextes, que les faits
eux-ienmes dmernent quand on se reported ce qui
s'"est pass le a5 juilet,. Nous pensionss au 'contraine
devoir attribuer 'ette horrible excuatio.n une ven-
geatce toute personneill e e pce s 'qui, redoutant an
.chdtinien.t svre pour les actes de pillage du
ao :ost., se lott faits assassins et incendiai~s.
M.. Reygondatd 'de Viilebardet ne s"'tait :jamais
occup d'e p,!.lnque. et, dans tous les can's, ses sy.m-
pa'Il- es n'oat jamais 't pbur l'insurrection. Il avait
su s'attirer l'estime de tous cen.x qui 'le comnaissaiqnt
et sa mortt est lne ipete srieuse pour ceux qui
s'talent habitus ses incessants bienfaits.
il ta'it atlli de hauts fonctionnaires de la ma-
gistrature frainai'se et de .l'arme. 11 a une nom-
breuse famiile en France et beaucoup d'amis
Paris.
Vous apprcierez, Monsieur, comme ils le m-
ritent, ces actes de cruaut et de vandalism. Mais il
me semble que le devoir du gouvernement franais
dans une pareille circonstance est, non,seulement
d'exiger une repression svre, mais de demander
pour ses nationaux la rparation des dommages ma-
triels immense qui leur ont t causes. Il y a
beaucoup de Franais Cuba et, pour que chacun
puisse se croire en sret, il faut que tous sachent


I~ I __






LA RPUBLIQUE CUBAINE


26 MARS 1896.


que le gouvernement ne les oublie point, tout loi-
gns qu'ils sont de la mre-patrie.,
Veuillez agrer, Monsieur le Rdacteur en chef,
l'assurance de mes sentiments dvous.
N. Reygondaud de Villebardet,
Ingnieur au Chemin de fer du Nord.
Tergnier (Aisne),
Aujourd'hui, inspecteur principal Bou-
S logne-sur-Mer.

SOn, lit dans Le Moniteur Universel :
Nous croyons savoir, d'aprs ce qu'on nous
Scrit de Madrid, qu' la suite des nergiques et pres-
santes rclamations du .gouvernement franais,
l'affaire Reygondaud est la veille de recevoir une
solution satisfaisante.
Les informations demandes Cuba, et qui
s'taient trop longtemps fait attendre, sont arrives
Madrid. Le cabinet espagnol, instruit des. faits, ne
pouvait plus hsiter s'associer l'indignation
cause dans le .monde entier par l'odieux' attentat
don't notre compatriote a t victim. On assure qu'il
a fait parvenir au gouvernement franais l'expression
de ce sentiment.
Il aurait galement l'intention d'accorder
la malheureuse famille de M. Reygondaud ne
indemnit don't le montant se discute en ce mo-
ment.
Resterait obtenir, comme dernire satisfaction,
la punition du coupable. Il semble que le brigadier
Valera, signal par l'opinion publique comme l'au-
teur du crime, aurait trouv, dans l'enqute la-
quelle on s'est livr Cuba, des complaisances qui
pouvaient avoir pour rsultat de faire retomber la
responsabilit sur des agents secondaires.i Le gou-
vernement espagnol se serait dcid tlgraphier
au gouverneur gnral de suspendre cet officer de
son commandement et de le renvoyer immdiate-
ment en Espagne, o il aura fournir des explica-
tions qu'il lui sera certainement difficile de donner.

On tlgraphie de Madrid au Journal des D-
bats :
Le gouvernement franais ayant cru que le g-
nral de brigade Valera pouvait seul donner des
explications suffisantes sur l'excution de M. Rey-
gondaud Cuba, le cabinet de Madrid a expdi,
par le tlgraphe, cet officer gnral, l'ordre de
se rendre en Espagne pour fournir ces explications.
Le gnral Valera est attend incessamment
Madrid.
On lit, d'autre part, dans La Rpublique Fran-
aise :
Le gouvernement espagnol vient d'tre con-
damn rembourser un citoyen amricain, M.
Joaquin de Angarica, la some de 748,180 dollars,
soit 3,963,355 francs, avec intrt 6 p. o/o jusqu'au
pavement de ladite some. Il avait plu aux autorits
espagnoles de Cuba de confisquer les proprits de
M. Joaquin de Angarica, sous le prtexte que leur
possesseur s'occupait de 'politique. Les autorits
espagnoles avaient, au moment de cette saisie, omis
de fusiller M. Joaquin de Angarica. Celui-ci s'est
plaint son gouvernement, et c'est M. Bartholdi,
notre ambassadeur Washington, qui a rendu la
sentence, en sa iqalit d'arbitre choisi par la Com-
mission des rclamations amricaines et espagnoles.
Quand M. Bartholdi, ou tout autre, sera-t-il appel
dcider dans l'affaire Reygondaud ?



OPINIONS IMPARTIALES

UNE PAGE D'HISTOIRE CONTEMPORAINE

Nous lisons dans El Nuevo Rgimen, de
Madrid :
Aujourd'hui, les passions parent et nous oublions
notre propre histoire. Le seul fait de nous indiquer
que nous devons reconnatre l'indpendance de
Cuba est, dit-on, un outrage pour nous; la nation
ne passera jamais par une telle honte.
Si honte il y a reconnatre l'indpendance de
peuples qui hier taient des colonies, combien de
fois n'avons-nous pas d rougir! Dans le premier
tiers de ce sicle, nous avons perdu les vastes ter-
ritoires qui constituent actuellement en Amrique
les Rpubliques du Mexique, Guatemala, Salvador,
Honduras, Nicaragua, Costa Rica, la Colombie,
l'Equateur, le Prou, la Bolivie, le Chili, Buenos-
Aires, l'Uruguay, le Paraguay et le Venezuela. Pen-
dant des annes et des annes nous combattmes
soit pour les conserver, soit pour les reconqurir, et
la fin, nous dmes tout abandonner sinon humi-
lis, d.u moins vaincus.
Notre dernier jour de guerre l-bas fut au mois
d'aot 1829. Venezuela entendit alors le dernier bruit
de nos armes. Sept ans aprs, le 16 dcembre i836,
nos Corts sanctionnrent une loi par laquelle le
gouvernement tait autoris conclure des traits
de paix avec les nouvelles rpubliques sur la base
de la reconnaissance de leur indpendance, et de
notre renonciation tout droit de possession ou de
souverainet.
Faisant usage de cett autorisation, nous ne tar-
dmes pas conclure des traits avec le Mexique,
l'Uruguay et le Venezuela, un peu plus tard avec les
autres Rpubliques. Le fimes-nous en rougissant?
Non, au contraire, nous le fimes joyeux et satisfaits,
parce que nous renouions ainsi nos relations avec


des hommes de notre race, et parce que nous ou
vrions des marchs nos products.
Vingt-cinq ans plus tard, par le dcret du !9
mars 1861, nous faisions rentrer dans la patrie espa-
gnole une parties de l'ile de San Domingue, que,- par
le'trait de Basilea, nous avions cde ila France en
-1795, et qui maintenant se jetait dans nos bras, fati-
gue d'une existence mouvemente et pnible, Nous
ne pmes mme pas la conserver cinq ans, Nous
l'abandonnmes et lui rendmes son indpendance
en juin 1865. Le. fimes-nous en rougissant? Non
plus. Par une loi, les Corts avaient dcrt son
abandon et toute la nation avait applaudi au dcret.
Nous avions dpens dans l'le prs de 1oo millions
de picettes, et perdu plusieurs milliers d'hommes.
Et ce n'est pas l'Espagne seule qui a d recon-
natre l'indpendance de ses colonies. L'Angleterre,
la fin du sicle dernier, dut reconnatre celle des
possessions qu'elle avait au-dessous du Canada,
dans l'Amrique du Nord. La France et l'Espagne,
surtout la France, voulurent lui imposer cette ind-
pendance et l'Angleterre, lorsqu'elle crut l'heure
arrive, se prsenta ouvertement et rsolment devant
ses colonies ,et traita la paix avec elles sur la base
de leur indpendance. L'on signa les prliminaires
le 3o novembre 1782, et le trait dfinitif le 3 sep-
tembre 1783, un peu plus de neuf mois aprs. Par
l'article i", l'Angleterre reconnaissait, comme Etats
libres, souverains et indpendants, ses anciennes
colonies, et renonait pour elle et pour ses hritiers
toute reclamation contre les droits rsultant de leur
qualit'd'Etats-indpendants.
.D'autre part, n'est-il pas plus honteux de sup-
porter que le territoire de la Pninsule soit amoin-
dri? Gibraltar tomba aux mains des Anglais le
4 aot 1704. Aprs le formidable sige de 1781, nous
n'avons rien fait pour le recouvrer. Et puis, et le
Portugal? Et le royaume voisin lusitanien ? Nous
reconnaissons si bien son indpendance qu'il serait
difficile de trouver un Espagnol croyant que nous
pouvons ou que nous devons le reprendre par la
force.
---------*-Li-------

LETTRE D'UN MILITAIRE

Paris, le 20 mars 1896.
Monsieur le Directeur de La Rpublique
Cubaine,
Depuis le mois d'aot 1865, je suis avec intrt
le dveloppement de l'insurrection de' Cuba, en
lisant attentivement les journaux; de cette lec-
ture je tire une conclusion, c'est que l'arme
cubaine est une des plus vaillantes qui aient
exist, pour la raison suivante : c'est que, quoi-
qu'ils soient battus continuellement et sans dis-
continuer pendant des mois, ils sont toujours
prts recevoir leur ration quotidienne de d-
faites. Etant moi-mme un vieux soldat, je puis
garantir que rien ne dmoralise le troupier
comme les revers rpts.
J'ai l'orgueil de dire qu'en France on se con-
nat en fait de bravoure; eh bien, celle don't font
preuve vos soldats de quelques mois est admi-
rable.
D'ailleurs, votre arme doit s'tre renouvele,
puisque, d'aprs les dpches officielles espa-
gnoles, elle a dj perdu plus de 60,000 hommes.
En revanche, que vous dirai-je du brave gnral
Weyler ? Depuis son arrive dans l'le, il s'est
born rdiger des proclamations sans mettre
le bout du nez hors de la Havane; nous autres
Franais nous ne comprenons pas ces hates
combinaisons stratgiques, et nous payons de
notre personnel, comme l'ont fait le gnral Du-
chne Madagascar et le gnral Doods au Da-
homey, simplement, sans criailleries, parce que
c'est le devoir.
Quel officer franais pourrait-il jamais s'en-
fermer dans une ville quand ses hommes mar-
chent l'ennemi?
Je termine cette lettre, trop longue dj; mais
je me suis laiss entraner par la sympathie que
m'inspire votre malheureux pays.
Un ancien militaire.

N. de la R. Bien qu'tranger notre
pays, nous constatons avec plaisir que vous
avez su faire des Espagnols un portrait
absolument ressemblant.



LA PRESS FRANAISE
Et la Guerre de Cuba

Le Tour du Monde :

Il faut convenir du reste que le rgime conomi-
que et politique de Cuba n'tait pas pour satisfaire
les colons. Toutes les charges sont donnes des
Espagnols pur sang : les indignes ou croles n'ont
d'autre privilege que de payer les impts. En outre,
la mtropole entretient dans l'ile un rseau de doua-
nes trs serr : elle peroit sur tous les products des
pays trangers des droits formidable, et, par un
illogisme extraordinaire, elle frappe de droits trs
levs les products cubains leur entre en Espa-
gne. On voit la situation du colon. Oblig d'acheter
hors de prix les objets de premiere ncessit venant
de l'tranger, il ne peut pas mme vendre ses pro-
pres products dans la mtropole, et il a toutes les
pines du monde les couler l'tranger, parce
que chaque pays, en manire de reprsailles, ferme
l'entre aux products cubains. Cette situation cono-
mique dplorable durait encore rcemment, malgr


des experiences instructives qui auraient d clairer
l'Espagne.
D'autre part, la guerre actuelle ne fait qu'aggraver
la crise conomique. L'industrie des tabacs, si com-
promise dj par les excs de la. contrefaon, aura
sans doute bien de la peine se reliever. Quant
celle du.sucre, ce n'est pas les coups-rpts qu'elle
subit depuis six mois qui lui permettront de se
maintenir au milieu de l'universelle concurrence des
sucres trangers.
.........; ;.... ..... ... ..:.................

L'Esprit pratique:
........ ...................... ......... ...
Ce qu'il y a lieu de remarquer, c'est l'attitude des
rpublicains espagnols. La logique et voulu, ce
nous semble, qu'ils fussent les premiers appuyer
la tentative d'mancipation de leur corrligionaires,
les rpublicains de Cuba. Il n'en est rien. A la tte
de toutes les manifestations qui ont eu lieu dans
les grandes villes de l'Espagne, particulirement
Barcelone, o le temperament Catalan a l'esprit
d'indpendance, des populations se sont donn libre
carrire ce sont des rpublicains qui dirigeaient le
movement.
..........................................,

Journal de Marseille:
... ......... ... ... ..... ....
La grosse difficult pour l'Espagne consiste sur-
tout dans l'tat embarass de ses finances.
....... ........ .. .. ... .... ....... .........

Le Progrs, Orlansville :

La nouvelleattitude prise par les.Etats-Unis montre
bien que les jours de la domination espagnole
Cuba sont compts.
i


Le Cambrsis, Le Cateau :
.......... ...................,-. -o o ,
C'est l sans doute une de ces victoires que l'Es-
pagne se paie tous les huit jours... sur le paper ; les
Espagnols nous annoncent qu'ils sont toujours
vainqueurs, et en ralit les Cubains ne sont jamais
vaincus.


L'Echo du Mdoc, Pauillac :
... ... ................. ................
Mais la tactique des insurgs est si spciale, qu'elle
paralyse en quelque sorte les efforts des troupes r-
gulires.
............ .... .o ,.... . ... .. ....... ... ..

Le Colon, Philippeville :
...... ............. ....... .. ... ...........
Avec une le aussi fertile, si riche en mtaux, il
n'y a pas l'ombre d'un doute, qu'une fois supprims
les obstacles apports par l'Espagne, les immigra-
tions de premier ordre y seront attires et que le
dveloppement du pays s'effectuera rapidement.
Jusqu' present, l'Espagne a fait tout son pos-
sible pour empcher l'accroissement de la popula-
tion blanche, comme le prouve le dcret en vertu
duquel aucun tranger ne peut rsider Cuba plus
de trois mois sansy dclarer election de domicile et
sa quality de catholique remain; mais, malgr tout,
pendant que la population blanche s'accrot, la noire
diminue et atteint peine le quart de la population
total.
. ......... ..... ..... .. ,.. .... ... .....

L'indpendance Havraise:
.. ... . .. . . . . . . . . .
L'on estime que depuis un an, l'insurrection a
cot l'Espagne 3oo millions de francs. La dpense
journalire est de I million. Le gnral Weyler,
ayant fix comme dlai pour la fin de la guerre l'es-
pace de deux ans, sans computer le temps coul, on
peut estimer que la guerre de Cuba aura cot
l'Espagne plus d'un milliard. La situation cono-
mique de ce pays ne lui permettrait pas de soutenir
plus longtemps un pareil effort.


Les Colonies, Martinique :

Les insurgs, loin de se laisser abattre par les
measures rigoureuses adoptes par l'arme espagnole,
mnent toujours trs nergiquement la champagne et
menacent, si on continue fusiller leurs partisans
faits prisonniers, de faire sauter la Havane au moyen
d la dynamite.
Comme on le voit, le moment est encore assez
loin o l'Espagne pourra chanter victoire.
. . . . . . .. . .... .... ... .... ..

La Ieril, Guadeloupe :

Opprims par le gouvernement, victims des plus
rvoltants prjugs, les Cubains se sont rsigns
lutter contre leurs dominateurs gostes, c'est--dire
vaincre ou prir pour leur indpendance, leur
libert effective, leur dignit, leurs droits mconnus
d'hommes libres vivant au milieu de la civilisation
des.nations europennes et amricaines.


Nous croyons que le bon droit est du ct des
Cubains, et alors nous ne pouvons que former des.
voeux pour son triomphe dfinitif, en quoi nous
avons la plus grande confiance.
. .. .---... -. - -



LA PRESS TRANGRE
Et la guerre de Cuba


Courier (le l'/llinois. Chicago :

L'Ile de Cuba compete aujourd'hui une population
de .,65o,ooo mes, don't 65 o/o sont des blancs et
35 o/o des noirs; qui tous veulent arborer le drapeau.
de la libert et se mettre au rang des autres nations
civilises et des rpubliques amricaines. Voil un
but qui est trs noble.


Le Franco-Louisianais, Nouvelle-Orlans :

L'autorit espagnole occupe les principaux ports
de la Perle des Antilles ; les patriotes cubains
tiennent la champagne bravement, en hommes ner-
giques, dcids vaincre ou mourir pour l'ind-
pendance de leur patrie; mais ces derniers peuvent
difficilement renseigner le monde extrieur.
Si l'on devait s'en rapporter aux tlgrammes
transmis, cela va sans dire, par la voie espagnole,
les insrgs seraient vaincus sur toute la ligne, r-
duits implorer leur grce, et cela depuis long.-
temps.
Toutefois l'insurrection tient bon toujours, de-
puis une anne, et le gouvernement central de Ma-
drid s'puise, en argent et en hommes, pour alimen-
ter la nombreuse arme expditionnaire, cui depuis.
douze mois ne peut arriver anantir les rebelles,..
lorsqu'elle n'prouve pas, un peu de tous les cts,
des dfaites qu'on se garde bien de nous fairecon-
natre.



AVIS
On trouve La Republique Cubaine,
Paris, dans les kiosques suivants :
Mm Slineider, l'angle du faubourg Montmartre et.du
boulevard.
Kiosque 46, en face le passage Jouffroy.
35, l'angle de, la rue Le Pelletier et du,
boulevard,
32, en face le Caf Riche.
18, l'angle du boulevard et de la rue du
Helder.
31, en face le.Caf de la Paix.
S 246, en face le Grand Hdtel.
213, Id.
12, en face les magasins du Old England.
10, en face le Grand Caf.
S 1, place de la Madeleine, Station des Omn-
nibus Passy-Bourse.
5, l'angle du boulevard et do la rue des-
Capucines.
S 8, on face lOlympia.
S 25, en face le Crdit Lyonnais.
en face la Gare Saint-Lazare (cour des.
lines de banlieue).
37, en face le af Cardinal.
41, en face le Bec Auer, entire les rues Riche-
lieu et Vivienne.
S 290, l'encoignure de la place de l'Opra et du
boulevard des Capucines.
134, rue Royale, en face le restaurant Larue.
S 140, avenue des Champs-Elyses, entire la rue-
de Chaillot et l'avenue de l'Alma.
S 141, avenue des Champs-Elyses, en face do la
rue du Bel-Respiro.
en face les M.agasins du Printemps.
prs la station de la Muette-Taibout, bou-
levard Iaussmann et rue Taitbout.
place de la Bourse, vis--vis le bureau de
post.
S faubourg Poissonnire, ConservatoireL
place du Palais-Royal, angle de la rue de
Rivoli, en face lebureau des omnibus.
S l'encoignure de la rue de la Botie et du
faubourg Saint-Honor.
place Saint-Augustin, arrt des tramway.s-
Muette-Taibout.
215, avenue Wagram et rue Troyon.
place de l'Etoile et avenue Mac-Mahon.
22, l'angle de la rue du Helder et du boule-
vard, en face la machine Yost.
S 17, boulevard des Capucines, en face le caf6
Napolitain.


ADMINISTRATION

Nous prions ceux de nos abonn~
don't l'abonnement choit fin courant,.
de v'ouloir bien nous faire parvenir'
avant cette date le montant de leur

-nouvel abonnement.

Notre premier numro n'ayant paru.
que le 23 janvier, les renouvellements-
d'abonnement se trouveront en cons-
quence rduits de 1 franc, soit: l'abonne-
ment trimestriel: fr. 6.50, et l'abonne-
ment semestriel: fr. 14.
L'A dmninistrat eur.


L'administrateur-grant : G. ETARD.

TROYES. Imprimerie G. ARBOUIN, rue Thiers, 126.


_ --L----- ,~




University of Florida Home Page
© 2004 - 2010 University of Florida George A. Smathers Libraries.
All rights reserved.

Acceptable Use, Copyright, and Disclaimer Statement
Last updated October 10, 2010 - - mvs