Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: March 19, 1896
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00009
Source Institution: University of Florida
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Patrie et Libert


,RDACTION & ADMINISTRATION PRIX DE L'ABONNEMENT (EN FRANCE)
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Les .man.scris. ne sont pas rendu.s Un semestre.............................. .. 1 1 50
UoN NUMRo ....... 0 fr. 50


LA LIBERTY AUX BRAVES

Il y a plus d'un an que le monde entier a
les yeux fixs sur la lutte gigantesque et
,hroque qu'une poigne de braves sou-
tiennent contre leurs oppresseurs, avec une
constance, une fermet, une bravoure qui'
ne peuvent avoir d'autre rcompense que la
victoire.
Oui, tt ou tard, la victoire sera le digne
couronnement de cette lutte titanique. Les
Cubains prouvent notre vieux monde d-
crpit, vicieux, corrompu et indifferent
tout, comment on lutte, comment on meurt
pour la libert.
Ils sont 40,000, mal arms, mal vtus,
mal nourris, assigs par mer et par terre,
seuls, sans que personnel ;leur porte le
moindre secours, contre 135,000 soldats
lancs contre eux par la soi-disant mre-
patrie qui, pour eux, a toujours t une
cruelle et froce iiartre.
Cuba, la perle des Antilles, a toujours
t, pour lamonarchie espagnole, sa banque,
son grenier d'abondance, une mine inpui-
sable de richesses, o elle envoyait ses
suppts ruins s'engraisser, remplir leurs
bourses vides.
Et un million et demi de Cubains devaient
,courber lPchine, mourir la besogne, pro-
duire des trsors pour enrichir une poigne
de rastaquoures, une bande de dtrous-
seurs, de filous, de voleurs, lesquels, aprs
s'tre gobergs des sueurs de ces pauvres
,Cubains, s'en retournaient en Espagne fire
lSs grands seigneurs et gaspiller dans le
vice (les richesses qui ne leur cotaient rien.
Ah mais, force d'aller l'eau, la cruche
se case, et ces braves Cubains, lasss d'tre
la proie de ces loups famliques, se sont re-
bells, et, forts de leur droit, de la justice
de leur cause, sans rien demander per-
sonne, confiants dans leur nergie et dans
leur courage, combattent comme jamais
people n'a lutt pour sa libert.
Cela nous autorise croire et dire que les
Cubains seront bientt libres; ils en sont
dignes, mille dieux car la liberty est aux
braves; aux lches, le servage.
La victoire des Cubains, c'est la mort de
la monarchie, la Rpublique en Espagne.
L'avenir de ce people est entire les mains
des glorieux insurgs.
La monarchie espagnole est puise en
hommes et en argent, et elle vendra le der-
nier bijou de la couronne pour saisir la
proie qui lui chappe.
Esprons qu'elle ne la ressaisira jamais,
car la chute de Cuba serait un deuil pour
l'humanit, un reproche sanglant pour tous
les rvolutionnaires du monde de l'avoir
dlaisse, abandonne.
A.milcare Ciprianli.


*


D'ACCORD

Nous reproduisons, avec grand plaisir,
la lettre que nous adresse un Cubain trs
distingu, qui exerce en France la profes-
sion de mdecin, de la Facult de Paris. La
lettre a t publie dans Le Progrs de
Seine-et-Oise :
Monsieur,
Je ne suis pas Cubain, puisque je suis natu-
ralis Franais et que j'ai l'honneur d'appartenir
a l'arme franaise en quality de mdecin aide-
major; mais je ne puis pas oublier que je suis
originaire de Cuba, n la Havane, et que dans
ma jeunesse j'ai t insurg cubain, et j'ai mme
failli tre fusill pour cela.
Mon Dieu, je crois qu'il n'y a pas de dshon-
neur soutenir et dfendre une cause que je
crois absolument just, d'autant plus que ceux
qui la dfendent se comportent, malgr l'ardeur
de la lutte, d'une manire bien plus digne, beau-
coup plus humaine, que.ceux qui ne dsirent
rester matres de Cuba que pour continue la ty-
rannie, le despotisme, le vol, la concussion, l'ou-
trage, qu'ils ont toujours pratiqus aux dpens
des habitants du pays, et qu'ils continueront
pratiquer tant qu'ils y resteront. Je vous affirme
que je n'exagre en rien; il faut connatre le
pays, il faut l'avoir habit pour se faire une ide
de la faon odieuse don't les Espagnols se sont
toujours comports.
Je viens donc vous remercier'de l'article que
vous faites insrer dans le Progrs sur la ques-
tion cubaine ; il est impartial et il est just. Dans
sa sincrit, il ne peutqu'tre sympathique pour
ceux qui, l-bas, se battent pour chasser l'op-
presseur, faire triompher les ides de justice et
de libert qui forment la base de la doctrine r-
publicaine, et .se faire une place, si modest
qu'elle soit, parmi ceux qui travaillent et qui
pensent.
Permettez-moi, nanmoins, de vous signaler
une petite erreur. Il semblerait, d'aprs vos pa-
roles, que si bien vous admettez que les Espa-
gnols sont de sang latin come les Franais,
les Cubains ne le sont pas. Ce n'est pas exact,
car nous, tant tous except les noirs) fils d'Es-
pagnols, nous sommes forcment de sang latin
comme eux. Les Cubains veulent fonder en Am--
rique une Rpublique qui serait exactement une
Rpublique latine; il ne faut pas se tromper l-
dessus.
Veuillez agrer, Monsieur, avec mes plus vifs
remerciements, l'expression de mes sentiments
les plus distingus.
Dorteur X...



JAMAIS !

Dans quelques thtres espagnols o, entire
quelques exercices de clowns et des exhibitions
de danseuses, on a acclam le massacreur Wey-
ler, il parait que le cri: Vive la France! Vive
l'alliance franco-espagnole s'est fait entendre.
Sans attacher une importance exagre ces
manifestations, il convient de ne pas les passer
sous silence.
Tout d'abord, disons qu'il n'y a au ceur du
people de France aucune haine contre le people
d'Espagne. Les guerres acharnes don't la p-
ninsule a t le thtre, entire les soldats de Na-
polon et les guerrillas surgies spontanment
pour dfendre leur pays, ont laiss des souve-
nirs piques ou terrible: elles n'ont point en-
gendr ces rancunes enfielles qui font soupirer
aprs les gorgements futurs. Bien au contraire,
tous les vaux des parties d'avant-garde franais
sont allies, depuis prs de trois quarts 'de sicle,


l'lite de la dmocratie espagnole luttant pour
s'affranchir du restant des vieilles tyrannies.
Nous n'en sommes que plus l'aise pour dire
franchement ce que nous pensions aux manifes-
tants de tra los montes.
La diplomatic peut avoir ses subtilits, ses r-
ticences, son tiquette; des reprsentants de la
Rpublique franaise peuvent, sans bondir, en-
tendre les hommes d'Etat de la monarchie espa-
gnole leur proposer de cooprer, moyennant
courage honnte, l'crasement d'un people
soulev pour revendiquer sa libert, jamais la
vritable France dmocratique et travailleuse ne
souscrirait pareille infamie si on osait la lui
proposer.
En dehors des politicians endurcis,'inaccessi-
bles aux passions gnreuses, aux enthousias-
mes pour une ide haute, et qui vendraient, avec
l'honneur de leurs concitoyens, la libert des
autres peupls pour un bout de ruban, il existe
heureusement l'lite intellectuelle qui pense, la
masse qui sent et agit, la nation enfin. Cette na-
tion a eu ses emballements, ses faiblesses, elle a
pu abdiquer parfois sa fiert devant des indivi-
dus indignes: elle n'a jamais fraternis avec les
massacreurs.
Nous sommes mme de savoir trs person-
nellement que, chaque jour, des hommes de
ceur, qui suivent avec passion les progrs de la
revolution cubaine, heureux lorsqu'elle triomphe
comme Peralejo et Ramon de las Yaguas, s'at-
tristant lorsqu'un vnement funbre, comme le
naufrage du iHawkins, vient la couvrir d'un
crpe, cherchent aller lutter pour la libert de
la grande le. Incessantes sont les lettres qui
nous parviennent demandant si Paris on en-
rle des volontaires pour Cuba , et auxquelles
nous sommes obligs de rpondre ngativement.
Si un movement plus prononc, plus appa-
rent de sympathie pour les compagnons d'armes
de Gmez et de Maceo ne se manifeste pas ici,
c'est pour ne pas engager la colonie cubaine de
Paris qui, avec une correction d'allures admi-
rable, reconnat l'hospitalit franaise et laisse a
ses ennemis les captures de drapeaux dans les
sales de dpches.
Il est donc impossible, archi-imnpossible qu'un
gouvernement qii affirmed vouloir gouverner avec
l'opinion publique et conformment aux princi-
pes dmocratiques, se hasarde souscrire aux
demands du gallophobe CAnovas, au risque lde
soulever contre lui la plus grande parties de la
population et toute la press indpendante. Ce
fut peut-etre un tort d'couter avec une courtoisie
par trop diplomatique les propositions du pre-
mier ministry de la monarchie espagnole, mais
jamais cabinet n'oserait aller plis loin et deman-
der srieusement aux petits-fils des rvolution-
naires de 92 de se fire les complices de la rac-
tion monarchique.
Tout au plus, si l'on veut faire acte de com-
plaisance envers le gnral Weyler qui demand
du secours, qu'on lui envoie M. Deibler. Et en-
core, peut-tre ce dernier, pris d'un haut-le-
cour, pourrait-il refuser.
Nul ne saluera avec plus de joie que nous
l'avnement d'un rgime de liberty pour les
Espagnols eux-mmes, lorsqu'ils auront balay
leurs matres, s'en s'arrter acclamer de
nouveaux camlons du genre Castelar: nul ne
leur tendra la main avec plus de fraternelle sin-
crit. Quand h les aider remettre sous le joug
un petit people hroque qui veut tre libre,
jamais !
Cosmo.
CO1O


L'ESPAGNE AU PILORI

Sous ce titre, nous continuous le rcit, dj
commenc dans le numro prcdent, des atro-
cits que les Espagnols commettent chaque jour
Cuba.
On pourra se rendre compete de la raison qu'ont
les Etats-Unis de s'indigner devant de pareils
crimes, et peut-tre se convaincra-t-on que l'Eu-
rope, loin de blmer l'attitude des Chambres
amricaines, devrait l'applaudir et suivre leur
example.
Quelques prisonniers politiques du dparte-
ment oriental, arrivs la Havane, ont t mis
en libert au moment o on allait les conduire
sur le vaisseau qui devait partir pour Ceuta,
parce que les renseignements donns au gnral
Pando, et qui avaient t cause de leur arresta-
tion, taient faux.
Les prisonniers taient tous blancs et d'aspect
distingu. Ils avaient t arrts, enchains et
condamns la deportation et la rclusion
perptuelle dans les prisons d'Afrique sur une
fausse dnonciation, une simple lettre anonyme
d'un garon de 16 ans !
Parmi les prisonniers se trouvaient MM. Cha-
morro, Jos Nestor, Francisco et Serafin Ma-
chado; Antonio Aldama, Dr. Jos Prez, Antonio
M. Zamora, Alvarez Molina et d'autres, des per-
sonnes importantes de Puerto Padre dans la
parties orientale de l'le.
Ils furent tous arrts dans leurs propres mai-
sons, arrachs leurs femmes et leurs enfants,
leurs proprits confisques, et on les condamna
i la deportation perptuelle sans aucune preuve
contre eux, pour une dnonciation anonyme.

Le gnral Canella- celui qui fut surprise dans
une embuscade par Pedro Diaz, qui y extermina
lks troupes espagnoles a rsign le comman-
dement la suite d un crime.
Aprs la bataille de Candelaria, ce Canella,
qui tait encore la tte des troupes espagnoles,
fit fusiller 17 prisonniers cubains. On n'ose
parler de cela par crainte de la proclamation qui
punit de mort celui qui sympathise avec Yes
Cubains ou dshonore le nom le l'Espagne en
action, en paroles ou par la pense .
Mais voici ce qui est arriv.
Aprs la bataille, une dpche fut publie qui
parlait de 26 morts, 17 prisonniers et 300 bles-
ss. Cela se passait dans la matine du 7. Le
mme jour, au soir, on communique aux journa-
listes une dpcche qui donnait quelques details
du combat, et finissait en distant : En recon-
naissant plus lard le champ de bataille, nous
avons trouv encore 17 morts de l'ennemi .
On disait dj tout bas que ces 17 morts taient
les prisonniers de Canella qui avaient t fusil-
ls; et les soupons commencrent quand on sut
que la dpche officielle prsente au censeur,
qui portait 26 morts, 17 prisonniers et 17
morts trouvs plus tard avait t change en
cette forme : 19 morts trouvs plus tard , pour
viter la concordance du nombre des prisonniers
avec celui des morts.
Les journalists imaginrent une dpche o
ils parlaient (les prisonnier.s qui devaielt ar-
rirer la Harane , et cette phrase fut suppri-
me par le censeur, les prisonniers n'existant
plus ce moment. Une troisime dpche qui di-
sait : On dment la nouvelle que les prison-
niers cubains ont t fusills , fut aussi sup-
prime.
Les habitants de Candelaria commncrent
fuir vers la Ilavane, et plusieurs Cubains et
Amricains quittrent l'ile immdiatement.
Partout on rptait la imcme chose : qu'aprs
la bataille, les 17 prisonniers avaient t rangs
en face des troupes espagnoles et fusills.
Un journalist de la Ilavane tait avec Canella,
et quand on l'interrogeait, s.on retour. sur ce
lqui s'tait passe, il repondait : Ne me deman-
dez pas cela .
Les personnel qui seraient tentes de nous
souponner de partialit dans le rcit de ces
crimes n'ont qu' parcourir les journaux amri-
caiis du 45 au 20 fvrier, et, notamment, The
.Mail anld Express. de New-York, du 17 fvrier,
qui done sur ces vnements de plus amples
details.
L





LA RPUBLIQUE CUMINE


19 MARS 1896.


CUBA CENTRE ESPAGNE

(Suite)
II
Enfin elle a termin- son cuvre d'obti'uction par
l'tablissefhent de deux droits4 l'un- quelle: intiule
industrial et l'autre.d chitgement, ce deriier qtti-
valatit, en ralit, ,un vtitable droit d'exportaitioh.
Pour frapper le op final, l'Espagne a institu les
lois commercials du 3e juin et du ao juillet 188:,
qui ont ferm virtaeleftent au com~nmere.n stranger
les pa'rte, de Cutba et consacr le monopole des pro-,
duchir, pfriinsltaires, sans compensation aucune'
pour la colonie.
Le but apparentde. ces lois tait'd'tablir le cabo-
tage entire Cuba et l'Espagne.
La premiere eut pour effect la suppression du
droit d'entre, dans la Pninsule, des products, sauf,
toutefois, l'eau-de-vie, le tabac, le sucre, le cacao, le
caf, te chocolate, qui demeurrent grevs- tnporai-
reen t/
La consequence de la second fut la reduction
progressive et annuelle des droits d'importation de
l'Espagne Cuba.
Quant au rsultat final, il se devine aisment : les
droits, soi-disant temporacires, appltiqus aux princi-
paux products cubains (.iiqutes, serait plus exact),
existent encore aujourd'hui,; les droits inhrents aux
produits espagnols ont totalement disparu. Le
cabotage s'effectue bien d'Espagne Cuba, mais il
-n'existe pas de Cuba l'Espagne.
Les products espagnols ne patient pas d'entre
dans l'ile; les products cubains la patient et trs forte
en Espagne.
Comme on a de plus continue mettre en vii
gueur un tarif accablant pour les articles strangers,
le march cubain s'est trouv la merci de la pro-
duction pninsulaire.
Pour qu'on puisse se rendre.compte du.monopole
insens de l'Espagne, rappelons que certain pro-
duits trangers sont surchargs, comm'e droit d'en-
tre, dans l proportion de 2,000 2,3bo o/o, com-e
parativement au taux des articles de provenance es-
pagnole.
Cent kilos de coton patient 3 'fr. 30, s'ils viehnrermt
de la Pninsule, et 236 fr. 3o s'ils vientrent d
l'tranger.
Cent kilos de mailles de bas, venant d'Espagne,,
patient 54 fr. 75; le mme article, arrivant de l'tran-
ger, 'est tax p75 fr. pour'la mme quantit.
Mille kilos de sacs sucre patient 23 fr. 45 s'ils
sortent-d'Espagne, et 412 fr. 5o s'ils sont de prove-
nance trangre.
Cent. kilos de laine patient : product espagnuol,
72 fr. 35 : produit tranger, 5oo fr.
Si, au moins, l'Espagne tait un pays l'indus-
trie florissante, produisant les articles ncessaires
la consommation de Cuba et, l'entretien de ses in-
dustries spciales, le mal, quoique grand, serait ce-
pendant en parties attnu.
Mais tout le monde connait l'tat lamentable et
sommaire de l'industrie espagnole et l'impossibilit
dans laquelle elle se trouve de fournir la colonie
les products que son travail rclame.
Il a fallu que les Cubains se rsignent se servir
d'articles.espagnols de mauvaise quality, ou payer
un prix excessif ceux qui proviennent du dehors,
Une loi inique, qui nationalisait certain products
et en autorisait l'importation Cuba, a, de plus, ou-
vert aux commerants de la mtropole une nouvelle
source de fraudes. Cette proposition mercantile in-
sense n'avait qu'un but : le maintien du monopole
du commerce espagnol. ,
Aussi, lorsque la.Pninsule, par suite d'un pacte
international, s'est vue dans l'obligation de le modi-
fier lgrement, elle ne l'a fait qu' contre-coeur et
s'est empresse de saisir la premiere occasion venue
pour annuler ses promesses.
Se souvient-on du trait mercantile conclu avec
les Etats-Unis, accueilli avec joie .par les Cubains,
entrav de mille faons par l'administration pnin-
sulaire et qui fut dnonc par le gouvernement
espagnol, lorsqu'un prtexte quelconque vint
surgir.
Les maux et les branlements que ces lois ont
products dans l'ile sont incalculables; elles n'ont t
qu'une source de pertes matrielles et de mcon-
tentements profonds.
L'anne dernire, le Cercle des Propritaires et
Agriculteurs, la plus riche corporation de l'ile, les
jugeait en ces terms svres :
Il est.impossible de s'expliquer la signification
de ces lois au point de vue conomique et poli-
tique, car, sous le premier rapport, elles consti-
tuent un agent destructeurde la richesse publique
et elles engendrent politiquement un mcontente-
ment inextinguible, tout en contenant le germe de
discordes graves.
Mais l'Espagne, sans se soucier de cette situation,
a continue .son systme primitif, cherchant seule-
ment satisfaire ses militaires et ses bureaucrats.
C'est pour ceux-ci qu'est rserve la meilleure part
du butin arrach Cuba.
De gros appointments et les coudes branches
pour les employs se rendant la colonie; des r-
munrations rgulires pour les homes politiques
qui les patronnent en Espagne.
Le gouverneur gnral gagne 250,ooo fr. par an ;
il a un palais, une proprit d't, une nombreuse


domesticit, chevaux et voitures, et une caisse de
fonds secrets.
Les appointments du directeur gnral des,-Fi.
nances sont de 92,500 fr. : ,
L'.ircheiqu' de S.iniiao etr i'.'. q'iu de la Havane
ont chacun un traitement de r.:.:o .r.
Le commandant gnral du p.:rt et le comnmai-
dant en second gagnnt : le pre-niuri. b,960 fr.,.et le
second, 750ooo f. ; le gouvernaetr de la Havne,
40,000 fr..: le secrtaire du gouverneur &riral.
40,000 oofr..; l'administrateur nral des Postes et
Tlgraphes i5,ooo fr. ; l'administrateur des lotee-
ries, ao,ooo fr.; les chefs.'d'administration de pre
mire classes, 25,ooo fr.; on en trouve de deuxime
classes gagnant 20,000 fr. et de troisime gagnant
I5,ooo fr.
Les marchaux de camp ont une solde de 37,500
fronts'; cetle dtes gnraux de brigade est de 22;500
francs et de 25,ooo fr. lorsqu'un commandement
leur est confi.
Les colonels ont un traitement de 17,250 f. ; trai-
tement qui est augment lorsqu'ils sont chef de
corps.
Les capitaines de vaisseau, ayant un commande-
ment, gagnent jusqu' 31,8oo fr.; les capitaines de
frgate, 22,800 fr. ; les lieutenants de premiere
classes, i6;85o fr.
La plupart de ces foncti'~nnaires ont, de plus, le
logementt et le service gratuit.
Vient ensuite la foule innombrable des petits em-
ploysi tous grassement pourvus et jouissant de
toutes les facilits pour se pourvoir, encore mieux.
C'est Madrid, au ministre des colonies, auquel
le trsor cubain assigned tous.les ans 484,000 fr., que
commence la danse chevele des capitaux de la
colonie.
On y gaspille l'argent du contribuable de l'ile sans
scrupules ni responsabilits, des fois par impritie,
mais le' plus souvent par un esprit honteux de
lucre.
Il a t dmontr que, par suite de l'incapacit du
fiinistre Fabi; la dette tait de 251,162,500 fr. Lors
de son passage aux affaires, la Banque d'Espagnc
emprunta au Trsor cubain une some de o2 mil-
lions, qui aurait d se trouver ladisposition du mi-
nistre pour la fameuse operation du retrait des billets.
Cuba qui payait un intrt pour ces millions,
continue le payer, tant que la Banque les utilisa.
En 1892, le. ministry Romero Robledo prit dans
les caisses de la Banque d'Espagne, sans aucune au-
torisation, un millions de pesos, qu'il avana la
Compagnie Transatlantique don't il tait actionnaire!
L'illgalit tait frappante I
Menac d'tre traduit la barre, il rpondit avec
arrogance que ses pic'dece;seur', de tous les parties,
viendraient le rejoindre.... Les menaces s'vanouirent
comme pair enchantementi!
A.u mois de juin 1890, un scandaleux :dbat
eut lieu aux Corts espagnoles, o l'on dvoila quel-
ques-unes des fraudes commises au prejudice des
finances.cubaines.
Il fut prouv qu'un vol de 32.500.ooo fr. avait t
commis la Caisse des Dpts, quoique celle-ci ft
ferme par trois clefs se trouvant entire les mains de
trois personnel diffrentes.
On apprit galement que, pendant la dernire
guerre, on tait arriv soustraire au Trsor, au
moyen de faux tats de vivres et de transports, une
some de 114.057.586 francs.
Au mois de mars, le gnral Pando affirmait que
les vols perptrs lors :de l'expdition des mandates
par la commission de .la dette excdait 12.000.000.
Ce ne sont l que quelques faits saillants. Ces
chiffres, quoique respectable, reprsentant une
faible part de ce qu'une administration vnale et sre
de l'impunit, a pu soutirer aux travailleurs de
l'ile.
L'altration des documents, l'escamotage des re-
cettes, les ententes secrtes avec les dbiteurs rcal-
citrants, les exigences illgales du fisc envers cer-
tains campagnards inexpriments, le retard dans
l'envoi des dossiers afin de forcer la gratification
plus ou moins important, sont autant d'artifices
quotidiennement employs pour vider la bourse des
contribuables et remplir les poches de MM. les
fonctionnaires.
Ces faits honteux ont t plus d'une fois mis en
lumire. On s'est montr du doigt les prvarica-
teurs. Les a-t-on par hasard punish ?
Au mois d'aot 1887, le capitaine-gnral Marin
se prsenta la tte d'une troupe arme, devant la
douane de la Havane, l'occupa, et aprs avoir pris
connaissance des operations en course d'excution,
destitua tous les employs.
Le scandal fut norme..., mais pas.un deces fonc-.
tionnaires ne fut inquit davantage.
En 1891, il y avait Cuba 35o employs poursui-
vis pour fraudes; aucun ne fut condamn.
D'iileurs, comment le seraient-ils?
Ce n'est un s-cret pour personnel que tout em-
ploy arrivant Cuba, possde en Espagne, quelque
puissant protecteur don't il paie consciencieusement
les services.
Le gnral Salamanca l'avouait sans dtours et
personnel en Espagne ne l'ignore. On conoit ces
hommes politiques qui se font les plus grosses
rentes aux frais des employs de l'ile, et qui sont en
mme temps, cela va sansm~ire, les partisans les
plus convaincus de la domination espagnole Cuba.


Mais la bureaucratice possde en Espagne de si
profondas racines, qu'elle a russi se dfendre
avanie eu-smcnt i contre l'action de la justice elle-
niimfe.
Il existe un dcret royal (2 septembre 82), en vi-
gueur Cuba, par lequel les tribunaux ordinaires
sont incomptents en matire de faux, soustractions
ou malversations de deniers :publics, etc., commis
par des einploys, si ceux-ci n'ont pas t aupara--.
vaut soumis une.'enqute adminisitr.,'.e qui ait'
conrclu leur culpability.,
L'administration se juge donc elle-mme.
La justice ne peut franchir le.:seuil de.sa porte.
Quelle plus grande garantie pourrait, en vrit,
dsirer la bureaucratic coupable.
Enrique Jose Varona,
Ex-dput aux Corts.
New-York, le 23 octobre 1895.
/ (A suivre.)



LETTRE DE MACEO

Nous lisons dans The Star, de Washing-
ton, une intressante lettre de Maceo adres-
se au directeur de ce journal. Voici cette
lettre :
Quartier-Gnral, Province dePinar del Rio,
le 27 Janvier 1896.
Mon cher monsieur, "
J'ai le plus grand plaisir satisfaire le dsir
manifest par votre correspondent h Cuba, en le
renseignant sur les movements de mon arme
dans cette province. Je voudrais aussi rpondre
brivement aux accusations que l'on a portes
contre moi, au sujet de dissentiments entire le
gnral G(imez et moi. Ces accusations' tant,
dans un certain sens, de la plus grande impor-
tance, j'y rpondrai tout d'abord.
En premier lieu, vous me dites que l'on croit
aux Etats-Unis qu'il y avait de la division dans
l'arme cubaine, et de la msintelligence entire
le gnral en chef et moi; que mon arm.e, pour
employer les propres mots des Espagnols, fut
abandonne par le gnral G imez, eti lance sur
la province de Pinar del Rio pour y tomber dans
une souririre.
De tells affirmations sont si ridicules, qu'au-
cune personnel srieuse ne peut les prendre en
consideration; mais il y en a beaucoup d'autres,
parmi nos amis les plus sincres et nos correli-
gionnaires, qui sont assez candides pour croire
que ce bruit avait quelque fondement..
D'abord, il ne peut y avoir de semblables divi-
sions ou dissentiments, come il vous plaira' de
l'appeler, entire le gnral (ki'mez et moi. C'est
lui qui est-le Gnral en chef, et ses ordres sont
des lois pour moi. Je ne suis qa'e Lieutenant-
Gnral de 'l'arme, et en tous temps, en tous
lieux, et pour toutes raisons, je suis sous ses
ordres.
Notre arme n'est pas compose d'une mulli,
tude o celui qui crie le plus fort est celui qui
command; elle est, au contraire, organise sui-
vant les rgles d'une force militaire moderne,
oft l'ordre et la discipline sont observes et les
suprieurs respects. Mais, en dehors des rgles
de la discipline militaire, il n'y a pas un seul
soldat de l'arme cubaine qui soit capable, un
seul instant, de dsobir aux ordres du gnral
Mximo G'iimez. Toute l'arme a confiance dans
son patriotism et dans son habilet. Nous, qui
l'avons connu et suivi dans d'autres guerres,
nous sommes convaincus de notre infriorit par
rapport lui, et ne pouvons douter de sa science
et de sa droiture.
Au sujet de l'allgation qu'il prit le comman-
dement et s'en alla dans la province de La Ila-
rane, en nous laissant, comme disaient les Am-
ricains, dans le bourbier, je n'ai rien dire.
Nous avons nos plans de champagne dans la
guerre de Cuba, et il n'est pas ncessaire que
tout 'le monde les connaisse. Le gouvernement
espagnol serait bien aise de savoir pourquoi nous
avons spar nos forces dans la province de Pi-
nar del Rio; il serait bien aise de savoir pour-
quoi le gnral MAximo G6mez retourna la
frontire de Matanzas; il serait bien aise de sa-
voir pourquoi nous faisons certain movements
et pourquoi nous n'en faisons pas d'autres.
Lorsque les autorits espagnoles ne voient pas
une raison plausible aux movements impor-
tants excuts par les forces rebelles, elles in-
ventent immdiatement quelqu'agrable thorie
et la lancent aux quatre vents. Nanmoins, nous
n'avons pas a nous plaindre, pace que si cela
leur cause quelque satisfaction, pour nous cela
ne nous inquite nullement, et nous les laissons
se rjouir de leurs theories.
Ce qui, en revanche, me surprend beaucoup,
c'est que ces gens-la jouissent tant de leurs men-


songes. 11 en est ainsi.depuis le commencement
de la guerre, et ils continueront certainement de
mme jusqu' la fin. Ils ne s'alper.uivelt. pas
qu'ils se couvrent de ridicule devant le monde"'
enter; en effet, que peuvent croire les persounes
senses'de ceux qui disaient dans des dpches
officielles que la Rvolution tait une chose insi-
gitfian.te en: lisant, le lendemain, dans ls jour-
n;aux d'Espagne, qu'on embarquait encore des
troupes pour renlnceer l'arme de plus de cent
mille homes qu'ils ont ici?
Le gnral Campos' s'amusait cela, car tous
les soirs-il env,.y.iit. ,,- dpeches saluantla reine,
le iiinistieet le people espagnol, et, en mme
leiiil. il prparait son dpart pour l'Espagne,
car il tait incapable, non-seulement de vaincre,
maisencored nuire srieusemen t la Rvolution.
En ce qui concern l'invasion de cette pro-
vince, nous n'avons, de notre ct, pas nous
plaindre. J'avoue que la population ne dsirait
pas notre arrive, car elle craignait que nous ne
dtruisions la rcolte du tabac. Nanmoins, cette
crainte n-'tait pas fonde, car dans toutes nos
marches, nous avonsvit de passer parles plan-
tations de taba;, qui nWactaijst as .manqu
d'tre ruinres par lb pa.age dfe ant de milliers
d'hommes.
Ce que nous aons gagnit r enr ah'ir cette pro-
vince? BE.-.ioup-. D'abord, noes aons attir
l'attention des autorits espag aoiesusur cette ex-
trmit de l'ile, et ensuile le- 6,000- hommes de
renforts commands par Nnufix, Sauchez, Bermu-'
dez, Zayas et mon frre Jos Maceo ont pu venir
de l'extrmit orientale de 'ile jusqu'h la pro-
vince de La .Havane sans rencontrer d'obstacle.
Nous avions besoin de .ces renforts pour faire
une demonstration plus important devant la ca-
pitale de la province, et nous avions besoin de
renouveler nos munitions, etc.; nous ne voulions
pas faire rtrograder nos forces jusqu' la Ci-
naga, Sancti-Spiritus, ou Cubitas pour obte.nir
des munitions.
Notre second advantage a t d'attirer toute l'es-
cadre des croiseurs espagnols qui surveillaient
les ctes septentrionale et mridionale de l'ouest
pour empcher le dbarquement d'expditions
qu'ils supposaient destines arriver prs du cap
San Antonio. Pendant que la flotille, avec la-
quelle nous avons, pour ainsi dire, eu quelques
renconltres, surveillait entire Cuba, la Floride et
le Mexique, plusieurs expeditions ont dbarqu
en Orient, venant de la Jamaque et de San Do-
mingue; en mme temps les cargaisons taient
dposes par nous dans la Sierra Maestra entire
les mains de nos amis. Notre line de communi-
cation entire cette extrmit de l'ile et la province
de Santiago de Cuba est absolument parfaite et
nous ne craignons pas qu'on puisse jamais la
couper. Les Espagnols depuis longtemps ont re-
nonc l'ide que les lignes fortifies (trochas)
pouvaient nous maintenir dans des limits d-
termines, parce que nous les avons traverses,
retpaverses et rendues toujours inutiles; main-
tenant leur plan est, ce que je vois, d'entourer
avec de grandes forces les petites bandes, l'une
aprs l'autre, et de terminer ainsi la guerre peu
peu.
Le gnral Gmez s'en est, lui aussi, rendu
compete; aussi a-t-il fractionn l'arme pour faire
plaisir aux gnraux espagnols' qui, cependant
n'ont encore captur aucune des petites bandes.
Mon arme, compose de 8,500 hommes, princi-
palement d'infanterie, a parcouru toute la pro-
vince de Pinar del Rio, et jusqu' present nous
n'avons eu aucun combat important, sauf celui
de Las Taironas, quoique, d'aprs ce que j'ai ap-
pris, ils eussent prs de 20,000 homes che-
lonns d'ici la ville de La Iiavane.
Depuis que nous sommes arrivs dans cette
province, les forces de l'arme cubaine ont aug-
ment de 25 0/0, en d'autres terms, 10,000
patriots se sont enrls sous nos drapeaux; la.
moiti, sous former de cavalerie, est avei'c G6mie
et Nuliez, 3,000 sont mes ordres, et le reste sous
ceux de Delgado. Si nous avions des armes suffi-
santes pour tous ceux qui offrent leurs services
la patrie, l'arme de la Rpublique cubaine,
dans les provinces de la hIavane et de Matanzas,
monterait 35,000 hommes don't la moiti de ca-
valerie. Mais nous n'avons pas assez d'armes a
leur donner et il est inutile de dire le contr.aire,
car rien ne sert de dbiter des fanfaronnades
comme le font les Espagnols. Nos soldats ne sont
pas bien arms en aucune sorte. S'ils l'taient, il
n'y aurait pas aujourd'hui une seule colonne es-
pagnole hors des villes de la Hlavane, Matanzas
et Santiago de Cuba.
Malgr tout, nous avons beaucoup gagn du-
rant les deniers mois, et cbaque jour r.ous som-
mes en meilleures conditions pour combattre.


C-i--ii---i
- ~






19 MARS 1896.


LA REPUBLIQUE CUBAINE


L'arme cubaine est remplie d'enthousiasme.
S.L'ide de la liberty enflamme les poitrines et sou-
tient l'esprance et les vux de la grande majo-
rit du people de Cuba.
Je ne me hasarderai pas vous dire, en r-
ponse votre question, combien de temps la
guerre durera; peut-tre quelques mois, peut-
tre quelques annes, je ne puis le dire. Mais ce
qui est certain c'est que le chiffon rouge et jaune
de l'Espagne ne flottera plus, triomphant, sur
Cuba esclave.
Cuba doit tre libre. Les Cubains opprims
ont consacrleur vie l'oeuvre de l'mancipation,
et le Dieu des Cieux fortifiera leurs bras.
Antonio Maceo.
Lieutenant-Gnral.

MACEO
La lecture de la lettre prcdente convaincra
les journaux qui ont pris au srieux certain
grotesque proclamation attribue au gnral
Maceo, que ladite proclamation tait, comme
nous l'avons dit, l'euvre du gouvernement es-
pagnol.
Pour ceux qui douteraient encore, nous repro-
duisons le jugement d deux personnel don't
l'opinion a quelque valeur, et qui toutes 'deux
nous montrent Maceo sous son vritable aspect.
La premiere est le docteur E. IIernandez, un
des praticiens les plus distingus de la IIavane,
et connu Paris o il a fait de srieuses tudes
mdicales :
Maceo est un caractre; ses manires' sont polies
et douces avec ses infrieurs; respectueuses et dignes
avec ses suprieurs; correctes et gnreuses avec les:
vaincus. Dans son' campement,l'ordre rgne comme
dans sa personnel; il sait o il va et advance toujours,,
sanshsiter, par te: chemin droit qui conduit a l'in-
dpendance de la patrie.. Il ne s'arrte:que devant ce
qui pourrait compromettre l'unit et l'harmonie. de
la Revolution. Form par la lutte hroque .et sans
example de l'mancipation de Cuba, il sera demain
un des soutiens.de la paix et de la libert de la nou-
velle Rpublique. Je suis son ami, je crois trs bien
le connaitre et je suis sr qu'il a la noble ambition
de placer les intrts de. la patrie au-dessus de tout.
Le gnral'Maceo a une grande estime, une admira-
tion sans bornes pour le gnral Mximo Gmez;
j'ai les preuves que Maceo fut le premier proposer
la nomination de Gmez comme gnral en chef.

La second personnel don't il s'agit est l'hon.
Hubert Howard, fils de lord Howard, et auteur
du rcit : Cinq semaines parmi les insurgs cu-
bains, que nous publions en feuilleton :
Le gnral Antonio Maceo est la force motrice de
toute la Rvolution; c'est un mtis de haute taille,.
aux paules large, jouissant d'une reputation de
bravoure toute preuve et ayant acquis, dns la
dernire insurrection, une grande connaissance de la
guerre de Cuba. 'I est le hros des Cubains et la ter-
reur des soldats espagnols, c'est un volcano d'ner-
gie. Ses manires sont sduisantes, son visage ex-
prime la bont, et ses yeux sourient constamment
sous une paire de lunettes d'or.
Voil,. homme que les E-p i--n..l voudraient
firee passer, . 'tranger, pour un bandit, faisan t
la guerre de races ; pour uni trattre, pour un
espion, et mme pour un anthropophage!
Et pourtant, malgr toutes les calomnies espa-
gnoles, voici ce que t'on pense de Maceo en Am-
rique. A Noticia, journal de Rio de .Janeiro,,
ayant cru la mort de Maceooubliant quecelui-
ci dtient le record des rsurrections, s'ex-
prime ainsi :
La mort du gnral Maceo est un motif de deuil
pour tous les Amricains, et mme pour ceux qui,.
en conservant pour la vieille Europe des rapports
dfrents, suivent la lutte de l'Indpendance Cu-
baine: avec la plus vive sympathie.

--------.^,-----

LES FINANCES ESPAGNOLES
Et la Guerre de Cuba

Du Journal Financiei Francais :
Les ventualits que l'on peut envisager au sujet
des valeurs cubaines ne laissent pas-d'tre fort in-
quitantes pour les porteurs. Vaincu ou victorieux,
Cuba serait hors d'tat de fair face une dette don't
les arrrages atteignent dj la totalit des recettes
du budget de l'ile.
Reste la garantie de l'Espagne; mais celle-ci aura
fort faire elle-mme pour liquider sa dette flottante,
qui s'lve actuellement plus de 420 millions, et
pour rtablir l'quilibre de son budget; et, sans dou-
ter de sa bonne volont, on peut douter de ses
moyens.

Tout rcemment le ministry des finances espa-
gnoles, interview par un journalist franais, dpei-
gnait la situation de l'Espagne sous les couleurs les
plus favorables. L'Espagne n'aurait aucun besoin


d'argent pour le moment, les resources don't elle
dispose suffisent pour subvenir aux frais de la
guerre pendant un an. Le president du conseil,
moins optimiste, avait dit sitmplement jusqu'au mois
de mai.
Le ministry des finances a insist, parait-il, sur les
plus-values de recettes ralises durant le premier
semestre de l'exercice; nous en avons indiqu la
cause, une augmentation de 28 millions dans le pro-
duit du rachat du service militaire .
La diminution de quelques millions dans les d-
penses tient aussi la guerre; les frais de celle-ci
tant la charge du Trsor cubain, le budget de la
pninsule se trouve allg du montant de la solde
des. 5,176 officers envoys dj Cuba, soit au. bas
mot d'une quinzaine de millions. Il en est de mme
pour la troupe, l'effectifde l'arme reste en Espagne
tant rduit de moiti et l'autre moiti expdie
Cuba tant entretenue. aux frais de l'ile.
De ce second chef, il doit y avoir pour le budget
espagnol une conomie de 20 25 millions.
En rsum, sans l'insurrection cubaine, le premier
semestre de 1895-96 se-traduirait par une moins-va-
lue de recettes de i5 millions 1/2 et un excdent de
dpenses sur les prvisions.de 25- 3o millions, au-
trement dit par un deficit d'une quarantine de mil-
lions. Il est vrai qu'au point o en sont les choses,
l'Espagne n'en est plus 40 millions prs.
Au surplus et c'est un point retenir, ces
dclarations rassurantes n'ont que peu d'effet en
Espagne mme, o cependant on est mieux mme
d'en apprcier la valeur. La preuve en. est que l'Ex-
trieure se cote constamment dans les Bourses espa-
gnoles des course trs infrieurs la parit de Paris.
Ces jouts-ci l'cart entire les prix de Barcelone et
ceux de Paris atteignait prs de i o/o.

Du Petit Troyen, Troyes :
Il s'agit. de savoir seulement si les bas de laine de
nos renters se videront dans les mains des.Es.pa-
gnols ou dans celles des Cubains.
Oui, des Cubains eux-mmes.
On announce, en effet, depuis quelques jours, que
des financiers parisiens ont offert aux dlgus de la
Rpublique Cubaine Paris, 3oo millions, la con-
dition que cette some serait garantie par le revenue
des tabacs.
Si la nouvelle est confirme et je la tiens de
bonne source, l'emprunt espagnol pourrait bien.
tre srieusement compromise, et alors... adieu, Cuba.

Dl La Chronique, Bruxelles :

Si menaant que soit un conflict 'arm entire les
Etats-Unis et l'Espagne, on ne. croit pas, en gnral,
qu'il clate. La situation est assez grave, d'ailleurs,'
sans admettre cette extreme calamit; car, ce qui
pourra difficilement tre vit dsormais, c'est que
les insurgs ne reoivent ouvertement des secours,
qu'ils n'empruntent, qu'ils ne fassent, en un mot,
acte de gouvernement rgulier et constitu; et c'est
l, dans leur lutte pour l'indpend4ice, l'aide la plus
puissante qu'ils puissent recevoir. Par consquent,
l'Espagne doit, si elle veut conserver Cuba, et elle le
veut, se rsoudre un effort gigantesque, et se sai-
gner blanc pour suffire aux dpenses; par cons-
quent encore, il est craindre qu'en l'tat de ses fi-
nances, avec une dette flottante de plus de 4o00mil-
lions, avec un credit presque puis, le trsor espa-
gnol ne soit contraint de prendre les frais de guerre
exclusivement sur les revenues de la nation, et peut-
tre de suspendre ou au moins de rduire le' service
de la dette extrieure.
Quant la dette cubaine, il est possible qu'elle soit
renie par les insurgs triomphants etqu'elle income
tout entire la mtropole. Les insurgs seraient-ils
vaincus quie le service de cette dette n'en retomberait
pas moins sur l'Espagne, parce que Cuoa, aprs la
guerre, sera ruine et incapable d'en porter le fardeau.
Il faut se souvenir qu'aprs la premiere insurrection,
qui-dura dix ans, le budget de l'le dut tre allg'
des trois quarts.
Ce qui arrive, nous l'avions redout. Il serait trop
long de rappeler tout ce que nous avons dit de' la
situation hispano-cubaine. Nos lecteurs nous ren-
dront cette justice que nous n'avons laiss chapper
aucune occasion de les prvenir des dangers qui
menaaient les porteurs de fonds espagnolss-et cu-
bains.

L'Erho du, Me.Eique :

Le dsastre qui menace les finances espagnoles
doit fatalement prcipiter le denouement du conflit
cubain. Leur situation est aujourd'hui critique, me-
naante; demainr elle sera dsespre! Que nous
sommes loin du budget vot pour fair face aux d-
penses du corps d'occupation? Les provisions qui ne
devaient pas atteindre quatre-vingt millions de pias-
tres, sous peu de jours dpasseront trois cents mil-
lions! C'est un budget crasant de vingt-cinq mil-
lions de pesetas qu'il faut mensuellement pour pi-
tiner sur place.

Ce qui me fait, maintenant, dsesprer de l'issue
du conflict au profit de l'Espagne, ce sont les malen-
contreuses dlarations du gnral Wevler.


Le Petit Colon, Alger :

L'pargne de la France, le produit du travail de
ses laboureurs et de ses artisans, les conomies si
laborieusement amasses par les ntres ne sont pas
faites pour aller alimenter les manufactures de ca-
nons de Turin, pour aider l'Italie remplir ses ports
mditerranens de cuirasss don't nous savons la
destination.
Notre argent franais ne doit pas nouveau com-
mettre l'imprudence qui lui fut si souvent fatale, de
sortir des bas de laine au moindre appel de l'Es-
pagne.
Les deux pays sont la veille d'une banqueroute
complete; si on examine sincrement leur situation
budgtaire, on ne peut raisonnablement leur accor-
der pour deux sous de credit.

-----i,- .-----

LETTRE D'UN INSURG


Extrait de la Correspondance du Quimbo Ha-
banero :

Je vous cris du fond d'un cimetire o je suis
de passage, en route pour New-York o je porte
.des ordres de Miximo Gmez. Ce cimetire, c'est
la Havane. Quels changements! Je n'aurais ja-
mais cru moi-mme que nos chefs eussent tabli
un blocus aussi complete, si je n'assistais aujour-
d'hui au spectacle qu'offre la capital de Cuba.
Rien n'y arrive des campagnes environnantes.
Le movement est nul. Plus de commerce, plus
de voitures dans les rues que les chariots portant
des provisions aux troupes qui occupent les villes
les plus rapproches, plus de canots, plus de"
chalands portant des sacs de sucre aux navires
strangers et rapportant des marchandises arri-
ves sous les drapeaux anglais, allemands et
amricains, et je ne dis pas franais,.parce que je
ne vois pas au port un seul pavilion tricolore. Et
l'on dit que la France fait alliance avec l'Es-
pagne En un seul'jour les recettes des douanes
ont baiss de sept mille piastres (trente-cinq
mille francs). Les boutiques, les cafs, les ma-
gasins sont vides. En quarante jours, plus de
dix mille personnel ont migr, et come l'exode
continue, ceux qui restent, en les voyant partir,
rptent : Heureux ceux qui s'en vont!
On ne voit par les rues que des employs des
administrations, des mairins, des officers, des
gardes civils, des soldats maladies ou invalides
demandant l'aumne. Je, fais comme eux pour
dtourner'les soupons et je mendie en 'attendant
l'heure de m'embarquer. Ce-matin, je me suis
prsent chez un picier catalan et je lui ai de-
mand suivant la formula :
Pour Dieu, mon frre, un morceau de
pain.
Que le diable t'emporte! Va te battre contre
Maceo.
Hlas! je suis dj invalid; il m'a log
une balle dans le pied.
II aurait dlt te tuer plutt et ce serait une
bouche de moins' la I[avane.
J'esprais que notre grand gnral Wey-
ler......
Weyler est un animal qui n'a rien fait de
ce qu'il avait promise.
Et voil que l'ogre commence baisser dans
la consideration des Catalans. Il prpare pourtant
une grande combinaison; il est trs fort pour
cela; il en a dj prpar bien d'autres qui toutes
lui ont pet (pardon de l'expression) dans les
mains; il va fair une nouvelle concentration,
pour prendre h la fois Maceo et Ma:ximo Gmez.
Vous avez d observer que ces concentrations
lui russissent bien.
Il a voulu d'abord, par concentration, acculer
Maceo dans la province de Pinar die Ri.o au
moyen d'une ligne militaire de sept lieues ,
comme les bottes du Petit Poucet, et Maceo a
pass entire les jambes de ses troupes vers la pro-
vince de la Havane en les laissant sur ses der-
rires; il a voulu les retenir, Maceo et (G6mez,
dans cette dernire province, la plus petite et la1
moins montagneuse de l'ile, et ils lui ont brl la
politesse, come il leur a plu, en passant vers
Matanzas et vers la Cinage ou en revenant 'a
Pinar del RIio. Aujourd'hui, il s'agit de fire
partir Sancho Pando de las Villas i, la tte de
20,000 hommes, de sortir, lui Weyler, de la Ha-
vane avec autres 20,000 hommes, et de prendrao
notre armine comme une simple tranche de jam-
bon entire deux crotes (et quelles crotes) de
pain. Ce sandwich sera peut-tre difficile
avaler.
D'ailleurs, ce petit homme grosse tte, laid,
grossier et rpulsif, joue mal les Attila et, sa
vue, un grand nombre des siens a prouv un


dsenchantement. Ils commencent croire qu'il
ne fera pas plus que Martinez Campos, surtout
avec son systme de se tenir loin de la fume des
champs de cannes-ilcendis et de la poudre, rec-
tifiant constamment ses plans de concentration
et de lignes militaires. 11 s'y tient pendant que
les rpublicains entrent, autour de lui, Hoyo
Colorado, Guatao, Punta Brava, Santa Maria del
Rosario, Tapaste, Las Minas, Bacuranao, Calva-
rio,.San Francisco, San Miguel, Managua, Ar-
royo Naranjo, Jaruco, Cardenas, etc., et que ses
gdnraux l'abandonnent,, courags par cette
guerre o les assassinats 'es prisonniers et les
fusillades'des campagnards sans defense que l'on
fait passer, dans les rapports, pour des insurgs
tus en combattant, jouent un rle principal.
Ainsi a-t-on vu partir pour l'Espagne les gn-
raux Canella, Navarro, Mella, Echagie et d'autres
officers suprieurs. Weyler n'est digne d'tre
servi. que par des Garrido, des Molina et des ga-
Iriens capable de massacrer femmes, enfants
et vieillards.
J'ai vu quelques journaux espagnols qui por-
tent 3,500 seulement les morts depuis le com-
mencement de la champagne sur 125,000 hommes
envoys d'Espaigne, et encore, disent-ils, plus de
3,000 sont morts de maladie. Il est vident que
ce beau rsultat, compar celui de l'expdition
franaise de Madagascar o prirent 4,500
hommes sur IJ.'i,00, en quelques mois, est d
la supriorit de l'administration espagnole, qui
'entasse.250 malades.dans un hpital fait pour 50,
sur l'administration fra-aaise et a la difference
d'endurance entire le soldat espagnol, toujours
admirable.etqui ne fuit jamais qu'avec hrosme,
et le petit soldat franais qui lui est si infrieur.
On coirmmence trouver trange, cependant, que
Weyler se plaigne de ne trouver ' Cuba qu'une
arme de 60,000 hommes alors. qu'on en a en-
voy 125,000 de la pninsule et que l'on continue
en envoyer. Que sont devenus les autres
65,000? Voil la question.
Et je termine en vous transmnettant l'ordre de
commencer la rcolte fin mars. L'animal, come
disait l'picier catalan, qui donne cet ordre aux
planteurs ne se doute mme pas que c'est le me-
ment o la canne commence pousser des pis
et se dessche et o, par consquent, l'on cessede
rouler faute de jus dans le roseau. Cet ordre res-
semble un peu a celui du ministry des colonies
qui prescrivait de suspendre la chasse Cuba et
Porto-Rico;.pendant ls temps de neige, sous
les tropiques, 18 degrs de latitude, s'il vous
plat.
Et ce sont ces borgnes-l qui veulent nous
gouverner, comme si nous tions des aveugles.
Patrie et Libert!
Jimaguay.




LA PRESS FRANAISE
Et la Guerre de Cuba


La. Nouielle Revue:
..... ...... ......... ................ .. ....
L'Espagne' et l'Italie s'puisent toutes deux pour
l'honneur de leur drapeau, avec l'ardent dsir de
voir le prestige de leurs armes sauvegard; leurs
amis ont un autre dsir, celui de la cessation des
deux guerres par des arrangements dignes de l'Italie
et de l'Espagne.
Les Abyssins sont un people chrtien qui possde
une civilisation et que l'Italie pourrait accepter come
voisin, et pntrer de sa civilisation europenne dans
des luttes pacifiques.-
En Espagne, tout ce que le people ressent et subit
prove que le gouvernemnent aurait d fire des con-
cessions Cuba, alors que l'ile n'tait point encore
rvolte, et tenir les engagements pris par le mar-
chal Martine Campos l'avant-dernire insurrec-,
lion. Les Espagnols sont aujourd'hui trop punis
d'avoir voulu faire une victoire militaire de ce qui
n'avait t qu'une victoire de persuasion par des en-
gagements prcis.
Qu'il est triste de voir tant d'argent si ncessaire
l'Espagne dpens, et pour aboutir en un temps
donn la reconnaissance de certaines liberts nces-
-saires !



Le nationall :

D'autre part, malgr l'nergie, peut-tire plus mili-
taire qu'habile, dploye par le gnral V'eycler, la
pacification de Cuba ne fait gure de progrs. Il faut
encore envoyer des renforts et les resources du
Trsor s'puisent.


Il serait temps pour l'Espagne d. ri"hir et de
se rendre compete que la conservation de Cuba si
aucun accroc grave ne survient lui cota horri-


_ ~ _~







LA RPUBLIQUE CUBAINE


19 MARS 1896.


blement cher, ce qui n'est pas un mirifique calcul.
C'est beau, la fiert, sans doute, mais c'est bien
triste, la ruine!
..... ................ .......... ....... .


Journal Financier Fi ai, n ;, :


Malheureusement, nos voisins se font de singu-
lires illusions. N'ont-ils pas pris au srieux une in-
formation, d'ailleurs trs suspect, d'aprs laquelle
ils pourraient computer sur notre concours, tout au
moins financier, moyennant l'abandon de leurs
droits sur le Maroc ? L'absurdit de cette nouvelle
saute aux yeux. Quelle que soit notre sympathie
pour un people si durement prouv, elle ne saurait
aller jusqu' nous brouiller du mme coup avec les
Etats-Unis et avec l'Angleterre. Et puis, il y a une
raison principal qui reverse cette mirifique com-
binaison. L'Espagne, ne possdant pas le Maroc, ne
peut vraiment pas nous le donner. Elle ne pourrait
que nous offrir de le prendre, ce qui n'est pas pr-
cisment un cadeau.



La Politique Coloniale:


Les measures svres prises par le gnral Weyler,
ds son arrive Cuba, n'ont pas tard recevoir
leur contre-coup aux Etats-Unis.
... ... ..... .. .. . .. .. .. .. .. .. .. .. . .. ...
Cette grave resolution pourrait fort bien changer
compltement l'aspect de la question cubaine.
............... ..... .... ... ,. I ........... .


Le Rappel :
Au sujet de l'article que nous avons public sur
Cuba Libre, nous recevons d'un de nos lecteurs qui
connait Cuba, M. Albert Hiriart, des renseignements
prcis montrant l'atrocit des crimes commis par
les troupes de Weyler, lors de la dernire insur-
rection :"
.. ........... ........ ................ .
Enfin, quand les insurgs se rendirent, aprs
une lutte de dix annes, en 1878, l'Espagne leur
promit une certain autonomie; mais quand elle
s'assura de la complete dsorganisation de l'insur-
rection, elle ne tint pas ses promesses.
Bien que les Cubains et les Espagnols soient de
mme race, ces derniers tablissent autant que les
premiers, sinon plus, une difference de caste entire
eux.
C'est ainsi qu'on a vu le gnral Polavieja,
gouverneur de 'ile de Cuba, envoyer sa femme fair
ses couches en Espagne pour ne pas avoir un fils
cubain.
Les maires, les juges, en un mot tous les fonc-
tionnaires espagnols font argent de tout dans la
reine des Antilles.
Ils pressurent les habitants et, oiseaux de pas-
sage, comme le disait un orateur cubain, ils vont,
une fois leur magot fait, manger leurs rentes dans
la mre-patrie.
J'ai entendu, moi-mme, dire un individu qui
venait de commettre un meurtre :
Avez-vous 3 centenes (3X25 fr.), vous serez
serez libre.
Il est rest un peu de caractre inquisitionnel:
chez ces Espagnols qui ont vu les plus beaux jours
de l'inquisition.
A Cuba, quand on arrte un individu soup-
onn d'un dlit quelconque, on lui fait subir la
question (il faut videmment que le coupable ou
prtendu tel soit de basse condition, qu'il ne pos-
sde rien). On le pend, on le dpend; on le met
devant un peloton d'excution, on le couche en
joue, puis on surseoit son execution jusqu'au mo-
ment o, las, anmi, sans force ni volont, il
avoue.
Encore faut-il dire que ces measures ne peuvent
paraitre justifies par la sauvagerie des Cubains, qui
sont bien suprieurs en education et en intelligence.
aux gouvernements espagnols qui leur ont t don-
ns jusqu'ici.
Ces notes de notre correspondent prouvent quelle
est la frocit des Espagnols l'gard de colons
qui ils ont tout promise et rien donn.
En dpit de toute humanity, du droit des gens, ils
veulent Cuba et ses richesses; que leur imported les
Cubains !

......................................
Le Petit Troyen, Troyes:
Tandis que l'Italie, cruellement revenue de ses
rves de gloire, se dbat au milieu de difficults sans
nombre, l'Espagne va s'affaiblissant de plus en plus
par les efforts auxquels l'engage sa lutte contre les
Cubains rvolts.
Les deux nations latines n'ont vraiment pas se
fliciter d'avoir essay de vivre et de se dvelopper
hors de l'influence franaise. De ceux qu'elles con-
sidraient comme leurs allis, aucun secours ne
vient, aucun encouragement, aucun conseil. Et, de
son ct, la France, don't on avait cru pouvoir se
passer aprs 1870, qu'on considrait come une
quantit dsormais ngligeable, a le droit de rester


impassible et de laisser aller les vnements . leur
gr.

Il est probable que M. Cleveland finira par avoir
raison, la Constitution lui accordant le droit de
veto.
Mais cela n'empchera pas la population des Etats-
Unis de prter son concours aux Cubains, don't le
triomphe ne fait plus aujourd'hui de doute pour
personnel.
L'Espagne, dcidment, aurait mieux fait de, gar-
der ses millions et de laisser les Cubains proclamer
leur indpendance.



Journal du lHarre, Havre:
............... ........... ...... ..... .....
En presence de l'attitude des Etats-Unis, mena-
ant de passer de la bienveillance occulte envers les
insurgs une protection avoue, l'Espagne ne doit
pas se dissimuler qu'il faut en finir et que, pour en
finir, il est plus pratique de se battre et de battre les
insurgs que de se livrer, en Espagne, des mani-
festations sans courage, et, en tout cas, striles
contre la lgation et les consulats des Etats-Unis.
Le gouvernement espagnol, et les Espagnols plus
encore, par example ces soldats qui refusaient de
s'embarquer, estimant que c'tait aux voisins par-
tir pour Cuba, -,ont un srieux examen de cons-
cience faire.
S'ils ne sont pas disposs agir autrement que par
le pass et terminer l'insurrection dans un court
et vigoureux effort, quoiqu'il puisse en coter
d'hommes et d'argent, il ne leur reste pas d'autre
parti que l'vacuation immediate sans phrases.



Journal de Pont-A demer:
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
L'intervention des Etats-Unis a eu videmment
pour cause l'envoi Cuba du gnral Weyler.
Lorsqu sa nomination come remplaant du ma-
rchal Martinez Campos fut connue, elle rencontra
une rprobation unanime, non pas Cuba, mais
encore dans toute l'.tendue de la grande Rpublique
amricaine.
SOn se rappelait que lors de la dernire insurrec-
tion, il s'tait montr sans piti pour les malheureux
vaincus, et qu'en maintes circonstances, il avait
pcuss l'nergie de la repression jusqu' la cruaut.
Ces souvenirs douloureux taient rests gravs dans
dans toutes les mmoires, et l'on avait lieu de
craindre que, cette fois encore, il ne se montrt
cruel, sans piti pour les insurgs vaincus. Un jour-
nal disait nagure de lui : Il supprimera les Cu-
bains pour garder Cuba. Ce serait, il faut l'avouer,
une trange manire de pacifier le pays.


Si, dans les circonstances actuelles, les Etats-Unis
prenaient fait et cause en faveur de Cuba, il n'est
pas douteux que les Espagnols pourraient faire leur
deuil de cette colonie comme de beaucoup d'autres
qu'ils ont dj perdues par leur faute en se mon-
trant trop exigeants et en les pressurant outre me-
sure.
... .. .. ... .. .. .. ... .. .. .. .. .. .....' "


Le Progrs de La Chalosse, Saint-Sever:


II est trs possible qu'avant de longues annes
Cuba cesse d'tre sous la domination de l'Espagne.

A premiere vue, il semble qu'on doive souhaiter
le succs aux insurgs cubains. Ils semblent com-
battre pour leur indpendance; et si, vraiment, cette
indpendance devait par la suite tre assure, il n'y
aurait qu' se rjouir.



La Vigie A l,,;ri,+,', .. Alger :
.. .. . .. .. .. .. .. .. .. . . .. .. .. .. .. ..
Vous series sans doute trs heureux de connaitre
le chiffre exact des batailles gagnes par les Espa-
gnols sur les Cubains. Par malheur, elles sont si
nombreuses qu'avec des journes de 24 heures seule-
ment, je n'arriverais jamais les computer. Je me
content de remarquer qu'elles sont largement com-
penses par une dfa'ite diplomatique, survenue
Washington. A une majority de 64 voix contre 6, le
Snat amricain a vot la resolution suivante :



La Bretagne. Brest :


Les dernires nouvelles qui nous parviennent sont
des plus graves. Les insurgs cubains se maintiennent
dans leurs positions, et depuis que les Etats-Unis
les considrent comme belligrants, ils paraissent
avoir plus d'audace et de force.


L'Union Rpublicaine, Albi :


Mais quelque vives que soient les sympathies fran-


aises pour l'Espagne, la France ne peut pas oublier
que son intervention dans le conflict cubain aurait
pour consequence immediate de provoquer la guerre
dans le monde entier.
Non! la France se manquerait elle-mme, elle
manquerait sa mission civilisatrice si, cdant
l'entrainement de ses amitis, elle s'engageait dans
une action qui mettrait immdiatement aux prises
l'Amrique tout entire et l'Europe.
Lors mme qu'un pareil cataclysme ne serait pas
redoutei-, la France, en raison d'intrts particu-
liers, propres elle, qu'elle n'a pas le droit de d-
serter, aurait le devoir de s'interdire cette interven-
tion.


Il n'y a plus d'illusions se faire: Cuba est irr-
mdiablement perdue; tout l'hrosme don't l'Es-
pagne a fait preuve et don't elle est encore capable,
serait impuissant conjurer cette fatalit inluc-
table, car elle rsulte de la force mme des choses.


LA PRESS ETRANGRE
Et la Guerre de Cuba


La Chronique, Bruxelles


Le dada des haussiers, ce sont les victoires espa-
gnoles Cuba. Y en a-t-il, de ces victoires Il ne se
passe pour ainsi dire pas de semaines sans que le t-
graphe nous apprenne que les insurgs ont t tail-
ls en pices. Peut-tre le gnral Boum de l'endroit
ne les taille-t-il que dans un sens, ou bien encore
qu'aprs avoir coup l'arme ennemie, il nglige de
l'envelopper!
Toujours est-il qu'aprs avoir t dcime, cette
arme est toujours mieux portante qu'auparavant.

Gazette de Lausanne, Suisse:


Les bulletins de victoire nous venant de Cuba,
via Madrid, sont toujours les mmes, que le gnral
en chef s'appelle Martinez Campos ou Weyler. Ainsi
une dernire dpche de la Havane nous dit que les
bandes de Maceo viennent encore d'tre battues et
qu'en gnral les insurgs ont subi des pertes dans
plusieurs rencontres. Si l'on faisait l'numration de
tous les insurgs tus ou blesss, d'aprs les d-
pches officielles, depuis l'ouverture de la cam-
pagne, on arriverait un chiffre fantastique, et l'on
se demanderait si rellement il existe encore un seul
rebelle dans toutes les possessions espagnoles.


La Rforme. Bruxelles:


Chaque jour les journaux espagnols, pregnant
leurs dsirs pour des ralits, nous annoncent la
mort ou la capture de G6mez. Et le hros cubain
ne s'en porte pas plus mal.

Ds les dbuts de l'insurrection prsente, nous re-
trouvons Gmez la tte des insurgs cubains et,
chaque jour, les feuilles nous rapportent les exploits
hroques du vieux chef rvolutionnaire.



La Semaine Littraire, Genve :

Weyler est un fils d'Allemand naturalis, mais il a
su s'approprier les nobles traditions de Torquemada
et du duc d'Albe. Le marchal Martinez Campos r-
pugnait massacrer des prisonniers ou des malheu-
reux sans defense. Il trouvait cela plus lche encore
que froce. Weyler ne souffre pas de ces accs de
sensiblerie.
............ ....... .............................
Pourtant, quand les journaux madrilnes vomis-
sent leur mpris pour ce people de marchands, qui
ose s'immiscer dans les affaires de leur hraldique
patrie, quand ils ne discernent dans le movement
des Etats-Unis que des intrts grossiers et de basses
convoitises d'argent, ils percent de vue, d'abord la
conduite' de leurs reprsentants Cuba, ensuite les
vnements contemporains du Nouveau-Monde. Ce-
lui don't le discourse les a le plus irrits, est le sna-
teur Sherman. C'est un chef de ce parti rpublicain
qui osa provoquer, conduire et mener bien une des
plus grandes guerres de ce sicle, pour dlivrer de
l'esclavage une race proclame infrieure par ses
oppresseurs, et supprimer un tat social incompa-
tible avec la loi de Jsus-Christ. Voil un titre de no-
blesse qui vaut bien ceux du gnral Weyler.



Le Soir, Bruxelles :



La vrit est que les Etats-Unis ont mille fois
plus de droits d'intervenir Cuba que l'Europe en
Armnie et que les Italiens en Abyssinie.
Les Espagnols seront tt ou tard chasss des An-
tilles. Ainsi les fils expieront les crimes des pres.


La Tribune de Genre :

Ds le dbut de cette guerre, l'Espagne aurait d
tenir aux Cubains le discours qu'adressait rcem-
ment Montral le gnral Montgomery, comman-
dant des forces anglaises :
Aussi longtemps que le Canada dsirera conser-
ver un lien avec l'Angleterre, il pourra computer sur
toute la force de l'Angleterre pour id dfendre. Si,
d'un autre ct, le Canada dsirait mener une exis-
tence indpendante, il n'y aura pas un coup de fusil
tir par l'Angleterre pour l'empcher de conduire sa
destine conformment son dsir. Tel est le senti-
ment actuel en Angleterre.


CARNET MONDAIN


La coquetterie fminine ne consiste pas seule-
ment tre bien habille. Une robe lgante, un
joli chapeau. un vtement d'une coupe savante,
sont extrmement gracieux porter; mais, il est
certain details de toilette qui doivent tre soi-
gns particulirement. Je veux parler des gants
et de la chaussure, souvent sacrifis alors qu'ils
devraient passer en premiere line, car rien
n'est moins correct qu'une vilaine chaussure.
Pour la rue, on porte de prfrence la bottine en
chevreau mat ou glac, claqu verni; elle est
plus habille et les bouts miroitants sous le re-
troussi de la jupe compltent la recherche appor-
te l'ensemble; le soulier Molire est aussi trs
en vogue, laissant entrevoir les chevilles fines et
dlicates, faisant valoir le pied mignon et cam-
br. Les talons dits anglais, de forme plate,
sont seuls admis pour la rue. Le talon Louis XV
est exclusivement rserv pour le soir, chaus-
sures de diner, soire ou bal. Il est alors trs l-
gant et, ne subissant pas le contact du pav, il se
conserve intact. Les vritables mondaines ont
depuis longtemps renonc son emploi pour la
march, car, outre le bruit sec du bois, il a le
dsavantage de s'abmer et, en trs peu de
temps, d'tre hors d'usage.
On fait de charmants souliers dcouverts en
satin noir, brod de fines perles et sans autre
ornement qu'un noeud minuscule, ou encore une
petite boucle imperceptible. Ces souliers, fort
lgants, ne se portent pas en ville ; le bon got
exige de les rserver pour l'intrieur, ou dans le
monde ; ils sont d'ailleurs gnants pour les cour-
ses, car ils tiennent en gnral trs mal aux
pieds.
Les giants foncs seront toujours prfrs pour
le jour par les personnel senses ; ils se dfra-
chissent moins vite que les gants clairs et sur-
tout que les blancs, si la mode depuis quelque
temps. Ils n'offrent pas l'oeil la vue fcheuse
de gants jadis immaculs mais qu'un usage pro-
long ou un nettoyage souvent rpt ont fltris.
Je trouve que rien n'est plus triste et pnible
voir, lorsque les personnel don't la fortune est
modest, la mise quelquefois de la plus grande
simplicity, pour n'employer que cette expres-
sion, exhiber dans les voitures publiques des
gants blancs don't la blancheur n'existe plus
qu' l'tat de souvenir; ne vaudrait-il pas mieux
tre frachement gant de couleur sombre quit
n'offrirait pas le spectacle lamentable de ruines
prtentieuses qui ne trompent personnel, pas
mme celles qui les portent, et font ainsi ressortir
plus cruellement une pnurie et un amour insa-
tiable de ce luxe qu'elles ne peuvent raliser sui-
vant leur dsir. C'est une lgance navrante,
si toutefois il y a lgance montrer nu sa mi-
sre.
Comtesse de Tramar.


ADMINISTRATION


Nous prions ceux de nos abonns
don't l'abonnement choit fin courant,
de vouloir bien nous faire parvenir
avant cette date le montant de leur
novel abonnement.


Notre premier numro n'ayant paru.
que le 23 janvier, les renouvellements
d'abonnement se trouveront en cons-
quence rduits de 1 franc, soit: l'abonne-
ment trimestriel: fr. 6.50, et l'abonne-
ment semestriel: fr. 14.
L'A dm in istrateur.


L'administrateur-gralnt: G. ETARD.

'I'ovYES. Imprimerie G. ARBOUIN, rue Thiers, 126,


I~




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