Title: Republique cubaine
ALL VOLUMES CITATION THUMBNAILS PAGE IMAGE ZOOMABLE
Full Citation
STANDARD VIEW MARC VIEW
Permanent Link: http://ufdc.ufl.edu/UF00081139/00008
 Material Information
Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: March 12, 1896
 Record Information
Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00008
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.

Full Text






















Patrie et Libert


RDACTION & ADMINISTRATION PRIX DE L'ABONNEMENT (EN FRANCE)
PAYABLE D'AVANCE:
Un semestre................................... fr.
ADRESSE TLGRAPH-QUE: T-AL..RrA.3OC'r.A. d. Un trimestre.................................. 50
TE.-IE OE A L'aTRANGER
SPAR.AIT TO TJS LES -JEUDIS Une anne................................ 35 f.
Un semestre.................................. 1150
Les, a 'nl., .'rrit,. i is,, ro u I/'t UN I UMRO....... O fr. 50


LETTRE OUVERTE
A H. ROCIIEFORT

Paris, 9 mars 1896.
Mon cher Rochefort,
Vous tes le premier, en France, qui ayez os
prendre virilement en main la cause de Cuba.et,
avec elle, la defense de l'homme rpubliqain
(Intransigeant, 8 mars 96). Je vous en remercie
au nom de tous ceux qui, dans les Antilles, ont
consacr leurs biens et donnent leur sang la
lutte pour la libert des peuples.
Ds qu'on vous a. parl d'une alliance possible
entire l'Espagne monarchique et la. France rpu-
blicaine, pour faire contre-poids l'influence des
Etats-Unis Amricains et pour touffer la rvolu-
tion cubaine, votre gnrosit s'est rvolte et
vous avez lanc une de vos vibrantes apos-
trophes.
Nous vous en exprimons publiquement notre
reconnaissance.
Emigrs et exils de Cuba et de Porto-Rico,
nous sommes venus chercher un refuge au pays
des droits de l'homme et y vivre laborieuse-
ment, pleins de respect pour vos institutions et
pour vos lois. Nous avons t plusieurs, depuis
plus de vingt ans, travailler, silencieux mais
enthousiastes, pour rendre la France de plus, en
plus sympathique nos frres de l'Amrique La-
tine. Nous avons redoubl d'efforts pour ramener
vers elle le courant de la jeunesse qui, aprs les
,dsastres de 1871, se dtournait vers les Univer-
sits trangres et allait porter ses homages au
vainqueur. Nous pouvons nous flatter d'avoir
russi dans notre euvre. La Colonie latino-am-
ricaine de Paris fait honneur nos rpubliques,
o elle revient priodiquement se disperser et
rpandre de tous cts l'influence franaise.
Nous poursuivons ce travail chaque jour plus
important pour votre France que nous aimons,
car, malgr les troubles des rvolutions, heritage
.fatal du systme d'oppression et d'exploitation
suivi par les gouvernements de l'Espagne dans
ses colonies, il y aujourd'hui quarante-cinq mil-
lions d'habitants l o les successeurs d'Isabelle
la Catholique n'en avaient laiss que douze mil-
tions.
L'Amrique Latine march et 'on peut bien
le dire au moment o la Sainte Alliance touf-
fait en Europe la voix de la dmocratie, c'est
chez elle que s'est rfugie la Libert. Elle l'a
,accueillie avec joie, elle s'est leve toute en
armes et elle l'a sauve pour ses peuples, c'est
vrai, mais pour les nations europennes aussi.
Comment? En chassant l'Espagne de chez elle,
.en quoi elle a fait oeuvre de civilisation. C'est
:ainsi qu'en crant Paris un centre de fraternity
pour les enfants de nos rpubliques, nous avons
cherch les unir les uns- aux autres en les rat-
tachant tous la France. Cette euvre de synt/hse
n'est pas faite, je pense, pour dplaire Mon-
-sieur le Ministre des Affaires trangres, au sa-
vant illustre don't le nom Berthelot appar-
tient l'humanit.
La lutte de Gmee et de Maceo Cuba n'est
que la suite de la grande guerre libratrice de


l'Amrique latine soutenue par Hidalgo et
Morlos, par Bolivar et Santander, par Sucr,
Flors, San Martin, O'lIiggins et tant d'autres,
du Mexique au Chili. L'Achille vnzulien, le
gnral Paz, me disait un jour (1868) moi-
mme que dj, vers 1820, Bolivar l'avait mis la
tte de douze mille hommes pour envahir Cuba
et Porto-Rico et jeter les Espagnols la
mer (sic).
Et l'on voudrait que ces Antilles restassent
sous le joug espagnol et monarchique au milieu
de toutes nos rpubliques ?
Non, mille fois non, le gouvernement franais
ne peut pas se laisser se sduire par les men-
songes du dictateur espagnol, du gallophobe
Canovas del Cas-
tillo et par les
phrases ronflan-
tes de l'homme
aux gots csa-
riens, le vieil es-
thte Emilio Cas-
tlar.
L'minent
homme d'tat
(Canovas), dit un
journal de Ma-
drid, autoriserait
la France p-
ntrer dans le
Tchad et lui ac-
corderait la pos-
session d'une des *
Canaries un
rocher. Peut-tre
pousserait-il la / ]
gnrosit jus-
qu' lui cder un Gnral Franc
coin des galres
de Ceuta ou quel-
que lot prs de
Melilla en la


chargeant de soutenir la guerre perptuelle avec
les Kabyles.
En change, le fusil Lebel irait se mettre
Cuba au service de la hyne espagnole, de ce
Weyler don't les crimes remplissent d'pouvante
la civilisation et qui, prtendant les cacher, jette
sur les prisonniers massacrs dans les geles le
mot: bandits,. comme un linceul que le people
soulve pour voir ses morts, pour les computer et
s'en souvenir. Non, ce ne sera pas; votre Lebel
vous trahirait.
Et peut-on supposed que le gouvernement fran-
ais par une folle resolution, ft-elle purement
diplomatique, en arriverait, pour les beaux yeux
de Canovas, oublier, repousser les plus sin-
cres sympathies de l'Amrique Latine qui, la
fois, viennent la France et vont Cuba Libre?
Je ne parle pas de l'Amrique saxonne. Croyez-
vous que ces propositions ( brutales , disent
les Espagnols, du Snat amricain n'ont pas leur
raison d'tre ? Martinez Campos, condamn parce
qu'il n'tait pas assez froce, doit sourire et se
trouve dj veng. La cruaut de Weyler tant
connue en Amrique, ds qu'on l'a nomm on
s'est prpar Washington reconnaitre aux
Cubains les droits des belligrants, et si les Am-
ricains violent un soi-disant droit international,
ils proclament et ils consacrent les droits sup-
rieurs de l'humanit. D'ailleurs, notre noble
Calixto Garcia l'a dit en face des ennemis: Don-
nez-nous des armes et qu'on nous laisse seuls avec
eux. Et mme lorsqu'on oppose l'arme blanche
au Mauser, l'Espagne s'effraie et demand la
France du secours en faveur du bourreau; mais la
France a-t-elle jamais souill son noble drapeau?'


Tout le monde, chez vous, a suivi le dvelop-
pement parallle de l'Amrique du Nord et de
l'empire des czars. On l'enseigne dans vos coles.
Les deux colosses, placs face face et grandis-
sant ensemble, se sont mesurs et se sont tendu
la main. Qui ne sait combien sont intimes les
relations de la Russie avec les Etats-Unis Am-
ricains? Et quelle est l'alliance laquelle la
France attache le plus d'importance? Irait-elle
outrager ;les amis du czar pour obtenir l pro-
tection de M. Cnovas Melilla et aux Cana-
ries ? On ne discute pas une folie.
La vrit est que'le gouvernement espagnol est
bout de resources. Son ministry des finances
fait bien insrer dans le Matin (5 mars 96), une
longue rclame.
Il prsente une
thse qui suffi-
rait fire con-
damner aux ga-
lres le premier
escroc venu qui
en ferait autant
pour tromper le
R public, et il prou-
ve aux affams
de gros intrts
que l'Espagne a
assez d'or pour
en prter la
France et l'An-
'.. gleterre. D'autre
part, le syndicate
.e parisien, don't
. .. -. les coffres sont
bourrs d'E.rt-
rieurs etde Bons
,isco Carrillo Cuba, garantis
par l'Espagne et
rpudis ds
aujourd'hui par
la Rpublique
Cubaine, se trouve au board d'un krach plus for-
midable que celui de l'Union Gnrale et du Pa-
nama ensemble. Ce syndicate et ce gouvernement
s'entendent comme des larrons en foire pour
prsenter leurs tripotages come des actes di-
plomatiques, sans se proccuper de l'insulte in-
Ilige la fois au gouvernement de M. Flix
l'aure et la France rpublicaine.
Je vous devais nos remerciements avec ces
explications. Comptez donc sur notre parfait d-
vouement vous et votre grand pays. Person.
nellement, vous le savez, je suis tout vous.
B]lant s.
------- ^ -------

GNRAL FRANCISCO CARRILLO

C'est un chef de grand prestige sur lequel
compete beaucoup la Rpublique. Non seulement
il est un des plus braves dans une arme o le
courage est une religion et il possde au plus
haut degr toutes les qualits militaires, mais il
est encore un bon citoyen, un homme loyal, mo-
deste et sans ambition.
Carrillo a fait toute la guerre de dix ans et
celle qui suivit le pacte du Zanj'in. Enrl come
simple soldat dix-sept ans, il pass de las Villas
au Camagiiey, aux ordres du gnral Jordan,
pregnant part des combats trs important.
Rentr dans le premier de ces dpartements, il
se fit remarquer aux batailles de Ojo de Agua,
Corojo, plantation Truffin, .Manaquita et d'au-
tres.
En 1870, il pass h Santiago de Cuba et prit
part aux combats de Gabajaney et Barajagua,
Ilolguin. Encore une fois au Camagiiey il se
trouva, sous le commandement des gnraux
Agramonte et Miximo (ii-mez, aux batailles de
San Francisco, Trinidad, La O, leguas, Buey,
Magarabomba, Sabana, Santa Cruz del Sur, Gui-
simas, Jimaguayi, San )Miguel.


En 1874, la tte de 60 hommes, il traverse
les lignes espagnoles, et faisant, aprs deux ren-
contres heureuses, sa junction avec d'impor-
tantes troupes cubaines, mit en droute Arcas
les Espagnols qui y laissrent 30 morts; il atta-
qua la ville de Sancti Spiritus, pregnant dans les
casernes une grande quantit d'armes et de mu-
nitions. Dans sa march, se rendirent les garni-
sons espagnoles de Banas, Ilerradura, et de la
plantation San Manuel.
Peu de temps aprs, Carrillo prit le fort
Tetu'm , la plantation Santa Rosa, attaqua
Buenavista et dirigea les combats de Vega de
Palmas, Meneses, Manaca, Pozo Azul, Seiba,
Pozo. Colorado, Remate, Cajero, Bija, Pifieiro,
Tasajeras, chemin de Yaguajay Meneses, Mon-
teagudo, attaque du Centaure.
Avec le gnral S'nchez, il prit Guayos, Re-
mate, las Papayas, o l'ennemi laissa dans sa
fuite 60 morts.
Spar de ce gnral, Carrillo dirigea les com-
bats de Jumento, plantation Zaza, San Jos, San-
taiia, Estero Real, et prit et dtruisit le fort
Nazareno . Il tait aux ordres du gnral G-
mez la prise de Jibaro et celle de Rio Grande.
Avec d'autres chefs cubains, il mit en droute
Nuevas de Jobosi une colonne espagnole qui
laissa 100 morts sur le champ de bataille. Il
attira maintes fois les troupes royalistes aux
Seborucales (Remedios) et les dfit toujours i cet
endroit,'qu'on a nomm le cimetire des Espa-
gnols.
En 1878, la guerre finie on pouvait croire qu'il
avait besoin d'un repos si bien gagn, et cepen-
dant, le 9 novembre 1879, par ordre du clbre
gnral Calixto Garcia, il se rvolt de nouveau
Remedios et soutint la premiere action dans
les rues mmes de la ville. Dans ce soulvement,
il eut avec les Espagnols les combats de Cabrero,
Sabanas Nuevas (o fut tu son frre), Cintra,
les plantations Maria et Adela, Sabanas pour la
second fois, Jiquibd, Cambas, Pesquero, Ajen-
jibral, plusieurs dans les Seborucales, et prit
d'assaut le fort Lazo.
Cette lutte finie, il partit pour les Etats-Unis et
ne rentra Cuba qu'en 1892.
Le gnral Carrillo est aujourd'hui un des prin-
cipaux chefs du dpartement de las Villas.
------- -----

LA GUERRE DES ESPAGNOLS

Les soldats de Weyler, les assassins qui s'in-
dignent de se voir dmasqus par le Snat am-
ricain, viennent d'ajouter deux nouveaux ex-
ploits la liste dj longue de leurs crimes.
Il y a une vingtaine de jours, prs du village
de Ciego, prit feu une maison appartenant un
M. Philippe Sanchez (nous prcisons). Le pro-
pritaire, ses fils et quelques voisins essayaient
d'teindre l'incendie lorsque arriva une colonne
espagnole forte de 200 hommes.
Le commandant, croyant peut-tre avoir af-
faire des insurgs, ordonna de faire feu sur
eux. Les voisins fuirent devant cette brutale
aggression : quelques-uns se cachent dans un
champ de canne que les soldats incendient;
d'autres vont s'abriter dans une mason pro-
chaine, laquelle les soldats mettent le feu
aussi.
Un voisin, Pedro Roque, sort en criant qu'ils
ne sont pas des insurgs et tombe frapp d'une
ball; quatre autres sont tus coups de sabre
et, quoique beaucoup de personnel criassent au
commandant qu'il n'avait tu que des malheu-
reux car il n'y avait pas d'insurgs dans cet
endroit il fit mettre le feu une autre pro-
prit et jeter les cadavres dans les flames. La
femme de Pedro Ioque fut /orre( de signer
que son mari tait mort dans une rencontre.
Le commandant espagnol fit son rapport
comme s'il s'agissait d'un combat glorieux pour
les troupes de Sa Majest Catholique!

Voici l'autre criine.
Une dpche adresse El Imparrial, de Ma-
drid, (i mars, dit:
Le commandant militaire de San Nicolas commu-
niqua hier soir que, dans une embuscade prpare
par e capitaine Fernndez et 6 volontaires, avait t
lu le chef insurgt Colunga.
Le gnral Weyler fit vrifier la nouvelle et on
s'aperut que ce n'tait pas un insurg qui tait
mort. mais un pcheur.
1)es simple trruars, come vous voyez.
C'est ainsi que font la guerre i Cuba ceux qui
voudraient une alliance avec la France.


*


*. 1 l,






2 LA RPUBLIQUE ,AINE


12 MARS 1896.


CUBA CONTRE ESPAGNE


(Suite)

IIl
., s% : ," .

..:. 0oirr .. .
Sa trile ftgrn expl.:.'t. r Cubair indique siti-
.'t a amn rt .' .
En rcali, l'Espapgn. n'a pis de palitique t c-
t le / .- < ":
Ei.. i' ',:hcr. h, adjns Tes conr-i. I; lrr rines'q'&re
a soumises par la force, que la richesse immediate,
celle qu'elle a arrac.he.au travail deC rs unatucl.-
C'est pour cela qu l'ESigne n'est;' de nosd jurs,
qu'un parasite de Cuba.
Elle l'exploite.avec sqsn rgime fiscal, spn regime
mercantile et spo r,gime bureaucratique, qui consti-
tuent les formes de l'exploitation officielle; Ne
parlons.pas, pour le moment, des autres.
Quand la gfiui 'de 1878 ft termine, les deux
tiers de l'le restrententirement ruins.
L'autre tiers, qui comprenait la population reste
pacifique, se trouvait en pleine priode de produc-
tion, mais il lui fallait subir le contie-coup de l'vo-
lution conomique qu'allait entraner l'abolissement
imminent de l'esclavage, impos pour ainsi dire par
l'insurrection.
Une politique sage et prvoyante conseillait l'all-
gement des charges fiscales d'un pays se trouvant
dans de semblables conditions.
L'Espagne s'occupa avant tout de faire payer
Cuba les frais de la guerre. Elle lui infligea des
budgets monstrueux qui en arrivrent dpasser
23o.ooo.ooo de francs et qui servirent combler le
trou bant qu'avaient ouvert, dans les finances espa-
gnoles, les abus-et le gaspillage de l'administration
civil et militaire et les frais d'occupation pendant
la champagne.
Citons quelques chiffres :
Le budget de 1878-1870 se montait 232.970.000
de francs. Celui de 1879-1880 s'levait la mme
some. l tait de 179.300.000 francs en 1882-
1883, et de 170.850.000oo francs en 1883-1884,.ainsi
qu'en 1884-1885. Celui de i885-i886 se montait
155.845.ooo fr.
Les autres ont oscill'autour de 'i3o.ooo.ooo fr.,
chiffre qu'atteignait celui de 1893-1894, prorog pour
l'anne conomique courante.
La diminution progressive qu'on a pu remarquer
dans cette numration, n'tait pas due.au dsir de
rduire la charge accablante'qui pse sur le pays ;
.'c'est la ncessit qui l'a impose; car, comme il
tait facile de le prvoir, Cuba n'a pu faire face ces
monstrueuses exigences et le deficit continue et
menaant a rendu'ces reductions indispensable.
En 1878-1879, le dcouvert fut' de plus de
40.000.000 de francs; il tait de 00o.o0o.ooo de francs
en 1879-1880, et de 5o.ooo.ooo de francs en ,883. -
Les autres annes donnent une moyenne de
S22.5oo.oo fr. On peut valuer 50o.o7.0ooo de
francs la some total de tous ces deficits.
La consequence de cette gestion financire insen-
se, fut l'augmentation de la dette cubaine dans des
proportions fabuleuses.;
Nous avions, en 1868, 125.ooo.ooo de francs. -
Lorsque la guerre actuelle a clat, on valuait notre
dette 190o.ooo.ooo de francs. Au 3t juillet de
cette anne, on a calcul que l'ile doit en tout
1.478.536.320 fr.
Toutes proportions gardes, tant donn sa popu-
lation, la dette de Cuba est suprieure celle de tous
l'es Etats de l'Amrique, les Etats-Unis inclus.
Le paiement des intrts impose chaque habi-
tant.une contribution annuelle de 48 fr. 95. Elle
n'est que de 31 fr. 5o en France, le pays .le plus
charge sous ce rapport.
Cette dette norme, contracte aux dpens du
pays, ce fardeau qui l'crase et l'empche non seu-
fement de capitaliser, mais encore de s'occuper de
son relvement et de l'entretien sommaire de son
industries, reprsente une des forces les plus iniques
de l'exploitation qu'elle subit.
Elle comprend : Une dette de l'Espagne aux
Etats-Unis; les sommes employees pour l'occupa-
tion de Saint-Domingue et l'invasion du Mexique,
Sen compagnie de la France et de l'Angleterre; ainsi
que les fiais occasionns par ses dmls avec le
Prou; les avances faites au Trsor espagnol pen-
dant les dernires guerres carlistes et tout ce que
l'Espagne a dpens pour maintenir sa souverainet
sur l'ile et rparer les gaspillages de son administra-
tion depuis i868.
Pas un centime n'a t distrait de ces sommes co-
lossales pour cooprer l'oeuvre de civilisation et de
progrs.
A-t-on construit avec ces fonds un seul kilomtre
de voie ferre ou de route carrossable? A-t-on
lev un phare? A-t-on dragu un port ? A-t-
on difi un asile? A-t-on ouvert une cole? -
Les gnrations venir .ont hrit des charges sans
compensations ni profits.
Mais les simples chiffres des budgets et ceux de
la dette cubaine en disent encore bien peu. Il est
ediliant d'examiner de plus prs le dtail de ces
comptes. Les dpenses de Cuba, dans les der-
niers budgets, s'lvent 132.o56.574 fr. 5o, se r-
partissant ainsi :


Obligations gnrales............. 64.422. -1 ,75'
Ministre de la Justice............ 5.03o14 8
Ministre de la Guerre ............ 27.5-Q5q
Ministre des F;r 3an:c ......,,, .... 3.35.46f2 25
Mr.n.i-i.de la M.rnie;,.... !.. 5.459.848 25
i.; bt nri ic.:.r i M .r 'te'r de I'luie-
rituri ..' ..... .... 20.[ 1 r3 5
FdmL.nio. i \lirstre des Trai.dux .
publicses).. ..'. ........... .. 3. 4.
L' Cuba '..'mpIe. d' es le deri.... recensemient,,ce-
lui de js. .'.'3.ri, 7 mes. '
Ce tribute pe:c ddnc suc ell.. dans la prpori't.n de'.
.fi r r-t par :ilabitaoi. Les Espagmifai.SdE pagne'
patient 42 pesetas o6 par tte. En tenant compete
du change (95 pesos valent 5oo pesetas), on peut
valuer 85 pesetas la redevance de chaque Cu-
bain, plus du double de l'impt des Espagnols euro-
pepensi. .
Comme on a pu le voir, la plus grande part de ce
lourd fardeau s'applique, des faits entirement im-
productris.
La dette consomme le 40.89 o/o du chiffre total.
La defense du pays contre... ses propres habitants,-
le seul ennemi qui ait jamais menac l'Espagne et
- comprenant les- dpenses. de -la Guerre, de la. Ma-
rine, l'entretien de la garde civil et de la police,a'
absorb le 36.59 o/o.
Que reste-t-il pour toutes les autres exigences de
la.vie civilise? le 22.52 o/o.
Et sait-on combien l'Etat, par un prodige de gn-
rosit, nous reserve sur cette some pour prparer
l'avenir et active l'closion des resources du pays ?
le 2.75 o/o.
Voyons maintenant si l'Espagne fait quoi que ce
Ssoit pour encourager le dveloppement de la pro-
duction et de l'industrie de l'le, qu'elle accaparait
avec Son r.,jrn'mc fiscal, oeuvre immorale de la cupi-
dit et de l'impritie.
Voyons si elle a seulement song lui laisser une
certain vitalit pour pouvoir au moins continue
l'exploiter avec profit.
L'organisation conomique de Cuba est des plus
simples ; elle produit pour l'exportation et imported
presque tout ce qu'elle consomme.
Il faut donc qu'elle ne soit ni crase par des im-
pts qui annihilent ses efforts, ni gne dans ses
relations mercantiles, a-fin de pouvoir acheter ' de
bones conditions et vendre de mme.
L'Espagne a fait tout just le contraire. Elle a
trait le tabac en ennemi, elle a inflig d'normes
droits au sucre, surcharg d'impositions normes et
entrav, par ses divers remaniements lectslat.i..
l'exploitation minire.
Et, pour couronner son uvre, elle a entour,.
Cuba d'un rseau de tarifs monstrueu... et lui a im--
pos une legislation mercantile qui pil.iir t la colo-
nie la merci du monopole ruineux ..: ceiainis n--
dustriels et marchands pninsulaire., c-mrme a.
plus beaux jours du pacte-colonial.
La region de Vuelta-Abajo, qui produitle mrnllEur
tabac du monde entier, manque de tous les moyens"
de communication et de transport qu'offre la civili-
.sation pour favoriser et faire valoir la production.
- On n'y troupe ni chemins, ni points, ni ports.
L'Etat, en effect, peroit les contributions, mais se
garde bien d'en distraire la moindre some pour en
fire profiter l'industrie de l'ile.
Non content de cet abandon et alors que les
autres pays, dsireux le s'approprier la riche indus-
trie du tabac, fermaient presque leurs marchs nos
products privilgis, en leur imposant d'normes
droits d'entre, le Gouvernement, son tour, les
grevait la sortie de nos ports d'un droit d'exporta-
tion.s'levant 9 fr. par 1ooo cigares finis.
Ce dernier trait ne coristitue-t-il pas un vritable
acte de dmence ?
Tout le monde connat la crise que traverse l'in-
dustrie sucrire depuis quelques annes, par suite
de l'lan qu'a pris la production universelle.
Tous les goivernements ont pris les mesu'res
qu'ils ont jug ncessaires pour protger la leur.
Ne les analysons pas. L'essentiel est de rappe-
ler qu'ils ont cherch mettre leur industries mme
de rsister avec advantage l'envahissement des pro-
duits trangers.
Qu'a fait l'Espagne, non pas pour maintenir la
trs forte position que Cuba occupait dans cette
spcialit, mais pour lui permettre de continue
lutter avec des rivals chaque jour. plus formi-
dables ?
Elle paie des primes au sucre que produit la p-
ninsule et elle ferme ses marchs celui de Cuba, en
lui infligeant-un droit d'entre de 3I fr. par Ioo kilos.
- On a calcul qu'une arrobe de sucre de Cuba,
vendue Barcelone, subit, par suite des droits, une
plus-value de 143 o/o.
Elle accable le producteur par des exigences con-
tinuelles, elle entrave l'introduction des machines
indispensables pour raffiner le sucre et entrave son
transport en imposant d'onreuses contributions aux
chemins de fer.
Enrique Jos Varona,
Ex-dput aux.Corts.

New-York, le 23 octobre 1895.
(.4 suivre.)


*


PERSPICACITY ESPAGNOLE


Un homme qui doit se faire, wne pin.ie de bon
sang l'heure actuelle, c'.-l ~- m.i.-h liil Mar-'
tineri'e 1Gmnrio. 'iiJ est x ra I w'l In'i pas .:tf 'hia-
r'eux, il ioii' -,ibl.: que l'assassiin .pic"i I'- g-
Svernement eslpagnol a evoy iv .Cubas-ppour Ai
Ssuier: .l n.- I'.:it -.I re iplus L'apIl.' riti,,r r : La
Huarni' ,l.e i-t r-xcrIm nt de lai e'vil.iatioa a : f Lit .
j~hs pour la c.iusep ,ib ii, tip ,p i Gotes es pilet
inlige-s aux tteonies dSt inirmai.,lt A'lm.ri pe -
dant lii m.lis.
Cp.ni.:i.mi. ce grand home, cet ignoble mas-
<.-'ri.ur lJi ,it, il y a quelques jours, qu'il tait
trs satisfait, de la tourn!re .que prenaient les
choses depuis son arrive et que l'on devait se
montrer rassur sur l'issue de la guerre. Allons,
tant mieux; mais zuzez un peu ce que serait la
situation si cet illustre home de guerre s'tait
montr inquiet 'ott implement soucieux.......
Gnie, va !.....
Un autre grarid home n'a pas t plus heu-
reux dans ses provisions. Nous voulons parler de
celui que le gouvernement espagnol entretient
Washington sur un pied au moins gal celui
de la Belle Otero sa compatriote. Cet autre gnie,
ce nouveau Metternich disait nagure, il y a
peine une dizaine dejours, qu'il tail impossible
que le gouvernement des Elats-lUnis recon-
naisse la quality rle belligrants aux Cubains.
Avec des agents aussi perspicaces, que ne peut
affronter la diplomatic espagnole!.... Enfoncs
les nouveaux rayons du docteur Roentgen ?
A la lecture de ces dpches, plutt embtantes
pour le gouvernement espagnol, plusieurs jour-
naux, qui reoivent le mot d'ordre dfaut d'autre
chose a l'htel du boulevard de' Courcelles, n'ont
pas manqu de dire que jamais l'Espagne n'ac-
cepterait cette intervention et que, plutt que de
la subir, elle irait jusqu'au bout. Ces mmes jour-
naux don't beaucoup s'intitulent journaux r-
publicains d'ailleurs oublient de nous dire
comment les Espagnols entendent donner une
sanc:tin pr ilique leur declaration.
'-ov''-\-ii. un peu si les Amricains avaient
le alh' in' ele persister dans leur dtermina-
Lion.... i,'j'i quelques journaux de Madrid se
sof livrs a des comparisons d'ordre maritime
.et iiilil. .re; et, come toujours ces comparai-
Sons ont t toutes l'avantage de l'Espagne.
Ce- m.ue-- journaux ont, il est vrai, nglig,
conimre ,4t.1ii tout fait incident et d'ordre se-
,ond.lire'. il s'occuper de la question financire.
N'est-ce pas le dernier mot de la folie?...
. De pareilles bravades ne sont heureusement
pas faites pour intimider la nation qui a com-
battu aux cts de La Fayette et de Rochambeau
et qui, plus rcemment, a su donner la measure
de son courage et de sa force dans la guerre de
Si'ession.
Un haussement d'paules; c'est l'unique r-
ponse qu'une grande nation puisse fire une
menace venant de l'Espagne ; et, n'en dplaise
la morgue espagnole, il n'en sera pas autrement.
Allons, compatriotes de' Don Quichotte, faites
votre mea rulpa ; couchez les pouces, et dites-
vous bien que c'est fini :
L'Espagne, l'Espagne monarchique a vcu, et
Cuba sera libre.

-------^.-------

OPINIONS IMPARTIALES


De L'lntransi/eant :
II est des nouvelles tellement fcheuses que c'est
dj trop qu'elles soient fausses, car elles donnent
supposed qu'elles pourraient tre vraies. Celle qu'on
colportait hier et qui sera, nous l'esprons, dmen-
tie demain, appartient ce genre d'informations.
On annonait que le gouvernement franais, pregnant
nettement parli contre les patriots cubains, tait
dispos aider pcuniairement et diplomiatique-
ment l'Espagne dans sa latte contre des insurgs
que les Etats-Unis vont reconnatre comme bellig-
rants.
Le Rpublique franaise appuyant la plus catho-
lique des monarchies dans la repression d'un mou-
vement rpublicain soutenu et encourage par la,
Rpublique amricaine, ce serait donner au monde
un spectacle que L'Empire mme n'aurait pas os lui
offrir.
Employer notre argent et utiliser nos diplomats
l'gorgement d'un people hroque qui a rsolu
d'tre libre, ce serait couvrir le drapeau rpublicain
franais de tout le sang que nous contribuerions
faire verser. Le ministre qui se prterait un pareil
rle prendrait place dans l'histoire ct de celui
qui organisa l'crasement de la Rpublique romaine
et qui Victor Hugo lanait ces vers plains de tris-
tesse :


Et ces deux sewurs, hlas nos mres toutes doux,
Roine, qu'en pleurs je nointtte,
El la France sur qui, rlffinoiient hideux,
(oule l1 sang di Rpiim !
. Il parait que, pour exc ser c.. ~ai.:. I, p.:i,r,-
ciens font valoir qu'en change .: i ... i. 1iitp ..
lt r-nr.ire, intrer .entn aii l': cub.ic.i..-, t'F.. p. i-a nous.
i'i.;d, i i .. iqu.lu.L .es advantages u uu.... du
Maroc. -. .
I ,n se, demand de quetle rn.iure p.iui-ranarii bien
etr. .:..s ti ant-..:.. qu.. i'Espa3rr: na auasinre quality
po "u nous pr.-.i..itre: mas eussent-iit s Icts s--
n qu'ils n'ont.pars. notre Ioniieur national et
notre mission libral,-;.:. dan l, I.- iind.': ne nous
p..m t e'it iienl p.i de n.iu. y i r ,. ,:iun. instant.
,, ,f ,ct r.:... gei At l'a,',j;,inja d'une nation, c'est ce qu'on
appelle toucher le.prix. du sang,

Mais plus un crime s'annonce comme devant
tre avantageux, plus il est abominable, puisqu'il
,n'a mme pas pour excuse la passion, soit amou-
reuse, soit politique. Les odieux clricaux qui prsi-
daient l'expdition de Rome pouvaient,. du moins,,
arguer de leur ultramontanisme. Un cabinet radi-
cal, comme celui qui est actuellement aux affaires,
n'aurait mime pas cert juj;rniai;.:.n, opposer au
cri de l':.pi:nioa fraian et europeane
Nc.u- sCa'mes en Ri~ putiqegi t ubtins vou-
draient -.'- meBr,-aussr : maisS.~nt .r,,.. us pro-
posant quelques a&.nt:ces dchrc,_.i d.u Mair.:, nous
allons lu. ppniruier iLu. le, fondcs Jori clle i besoin
pour r. plarI r Ctua a u-s le i ucgiXrni irch.:iiq
Voi. qui a .rat itau gropret ..
... -, ..., . . . .
C'est dj bca.trtoap. d prn. du ministre ac-
tuel, d'avoir tant tard' reconnaitre aux intrpides.
Cubains la quality de belligrants laquelle ils ont
droit, alors que les Etats-Unis, avant une semaine:
peut-tre, la leur auront confre.
Les finances de l'Espagne, qui dpense un million.
par jour combattre Maceo et mme le tuer
priodiquement sont, en effet, dans un assez.
mauvais tat; mais elle a un moyen tout indiqu
pour les rtablir : c'est de renoncer opprimer -un.
people qui ne veut pas d'elle, et de quitter une le-
o les habitants sont dcids ne plus la tolrer.
Les Italiens aussi auraient besoin de secours pcu-
niaires et diplomatiques pour occuper l'Abyssinie.
Mais, en 1870, ils ne nous ont pas beaucoup offert
les leurs ni les Espagnols non plus, du reste.
jHenri Roche/lort.
Alphonse XII; comme le prince de Naples, a
revtu l'uniforme allemand ; Alphonse XIII fera
de mme ds qu'il sera assez grand, et cela ne
tardera pas:
Il grandira p-uisqu'il est Espagnol.

------" -P --_----

A BUENOS-AYRES


Ce qu'on va lire prouvera, une fois de plus,
combien est naturelle et justifie la haine que
tous les peuples de l'Amrique Latine ont voue
leurs anciens matres.
Le 23 janvier dernier, on avait organis, dans
le quarter le plus central de Buenos-Ayres, une
grande runion philanthropique ayant pour but
de rechercher les moyens de faire parvenir quel-
ques secours aux blesss cubains.
Toute question politique avaiii t soigneuse-
ment carte de l'ordre du jour, et le salon de la
Socit Uiijone Benevolenza ne tarda pas -
se remplir (le l'lite de la jeunesse de Buenos-
Ayres.
Cette manifestation ne fut pas du got des
Espagnols qui, pour tmoigner leur indignation,
se livrrent dans la rue un vacarme pouvan-
table, profrant des injures contre les chefs cu-
bains et des menaces centre les personnel qui se
trouvaient ai l'intrieur de la salle.
Les vivats l'Espagne et h Cuba espagnole:
Viva Cuba Espafiola! accompagns de cris d'ani-
maux et de silflets, remplissaient l'air et inter-
rompaient la circulation.
Quand ils se crurent en nombre suffisant
vaillance castillane! ils songrent einvahir
la salle et mettre fin la reunion.
Nos amis veillaient et, coups de (rique -
c'est la seule arme employer avec de 'pareilles
"brutes djourent les perturbateurs.
Tout paraissait' terinin; la sance avait t
leve et les personnes qui se troivaient. la ru-
nion se disposaient sortir qtiand une foule
norme, attire par le tapage, manifest spon-
tanment sa sympathie aux Cubains et, en ma-
tire de protestation, poussa 'un formidable cri
de : Viva Cuba Libre !
On vit alors la mme bande d'Espagnols, qui
avait t tout l'heure disperse, se ruer, arme
de coups de poings amricains, de casse-ttes, de
cannes plombes sur les personnel qui sortaient
de la salle.
On devine l'dsordre, la confusion qui suivi-


C ---~---- IY rrl. T~






* 1 IARS 1896.


rent. Fort heureusement les Argentins ne son.t
pas gens s'effrayer facilement et, en moins de
temps qu'il n'en faut pour l'crire, ils avaient
envelope les Espagnols et repouss coups
de poing et coups de pied. On ne sait ce qui
serait advenu de ces pauvres gatlegos, en pr-
sence-de la .fureur de la foule, si une escouade
de vigilants n'tait intervene pour rtablir
l'ordre.
On porta les blesss ils taient nombreux;
et c'tait justice dans despharmacies voisines,
et tout fut dit.
Que dire de pareilles mneurs, de pareils proc-
-ds que nous n'ayions dj d it?...
tMais quel contrast avec l'attitude des Cubains
et de leurs amis de Buenos-Ayres mme, lorsque,
il y a sixsmois, dans cette .mme ville, les volon-
taires enrls sous le drapeau 'espagnol se pro-
menaient dans les rues les plus frquentes de la
ville, dans les lieux publics, le fusj sur l'paule
Set.la guitar en sautoir, awecdes.airs de bravoure
,et de provocation que tout le monde a encore
presents la mmoire.
,On et pu alors, par anticipation, couvrir ces
futures conquranits de la Manigua de pommes
Suites, de.4rognons de.chaux.et de tomatoes ; ce-
pendant, aucune contre-manifestation ne se pro-
.duisit.
Il est vrai qu'ils ne perdront rien pour atten-
.dre, et les quelques-uns -qui. reviendront pour-
.ron't-'en -co rain cre.

-------.^ ,~tI-------

LA GUERRE DE CUBA
D'aprs un gnral Espagnol

Le gnral Canella, qui vieat-d'arriver .Ma.-
*drid aprs 'avoir, pendant -un ,certain temps, pris
part la guerre de Cuba, a fait aux reporters de
,la .presse madirilne des dclara'lions ijimpor-
.tantes.
Vici ells quie nous 'trovons dan's El '1i-
parcial:
Le gnral Canella dit que des forces enemies,
rcelles des friees Maceo ant soutenu plus souvent et
'a~ec plus n'nergie le combat que celles de Miximo
G6mez. Celui-ci jouit sans doute d'un .grand pres-
tige-entre les siens, mais il n'est pas suprieur come
.guerrillero 'ni mmie come organisateur Antonio
"Maceo, vrita'le idole des rbl lles.
L'adoration que les insurgs ont pour Maceo est
:telle, qu'ils l'obligent :se retirer .des -combats et
l'loignent to-ijowrs du'.edanger comee si ide .sa vie
dpendait le succs de l'insurrection.
C'est pourquoi on n'a vu Maceo combattre per-
sonnellement-en premnire.ligne que dans l'action de
Peralejo. Dans celle-ci nos soldats .le distingurent
parfaitement, et c'est un vritable htasard qu'il sortit
:sain et sauf d'un combat aussi acharn.
Malgr le -espect qu'i.nspire .Mximo G6mez, et
malgr ;la suggestion que M-ace exerce sur .es siens,
la mort de ces deux principaux personnages de
l'insurrection ne mettrait pas fin d la guerre. Dans
l'opinion du gnral Canella, cet -vnement, bien
probable, influerait beaucoup sur les insurgs, mais


LA REPUBLIQUE CUBAINE 3


d'autres cabecillas recueilleraient l'hritage,
comme Mac'eo et G6mez le recueillirent, dans la
guerre antrieure, de quelques autres chefs insurgs,
de grand prestige, qui prirent.
L'objet principal de cette entrevue tait ce qui est
entire nous, ici, le sujet de la plus grande proccupa-
tion, c'est--dire la permanence des principles
bandes dans la province de la Havane.
Le gnral Canella l'explique par la difficult
qu'ont nos troupes du fait de l'tendue de l'insurrec-
tion. C'est'ici, prcisment, qu'clate la difference
entire laguerre actuelle et l'antrieure ; tout le pays,
sauf tes pninsulaires et l'lment- official, tout le
pays est avec les insurgs, et l'accumulation des
forces, ainsi que .la parfaite distribution qu'en a faite
le gnral Weyler, est absolument inutile du mo-
ment qu'on ne trouv.e.aucun confident honnte ni
aucun guide loyal.
Nos colonnes, manquant d'lments aussi essen-
tiels dans toute guerre, se voient obliges marcher
l'aveuglette, parcourant inutilement la champagne
pour trouver un ennemi qui, grce ceux qui tou-
jours nous dpistent et toujours le protgent, peut
fuir sans 'danger, se fractionner .en toute liberty et
traverser ainsi ces provinces.
Il test donc ,tabli ,que cette guerre, que les
Espagnols appelaient guerre de bandits, est
l'expression des. aspirations de Cuba, puisque,
suivant le gnral Canella: lout le pays, sau/'
les pninsulaires et l'lemnent official, tout le
pays est avee les insurgs.



DiEPECTIES POUR L'EXPORTATION

11 est curieux de constater qe les dpches de
la guerre de 'Cuba publies par certain journaux
de Paris dpassent en inexactitude mme les
journaux de Madrid, quoique cela puisse paraitre
impossible.
Vdicinune dpche du Temps:
Le ,gnral Bernal a rencontr Loma-Maney
(Santa-Clara) 3.ooo insurgs commands par Anto-
nio Mutioz,-Caito Alvarez, Serafin, iSanchez. Le
combat a dur trois heures. L'ennemi a t dlog
de routes ses positions en perdant 25 morts don't un
chef et en abandonnant 400 chevaux :avec leur har-
nachement.
Eh bien le Heraldo, de Madrid, en parlant
de la mihe rencontre danss.son numr du 4
mars, dit :
On a oil, quoiqu'il n'y ,a rien de certain, ,qiu'un
des chefs est mort.
Par contre, il a'voue, *dans la mme dpche,
que le commandant espagnol Pascual Herrera a
t :grivement bless *et 'que les troupes espa-
gnoles n't eu 30 moir's et blesss don't le Temps
ne parole pas.
C'est vrai.gque les correspondents espagnols.
payment de -retour ces journaux. Voici un exemn-
ple: le Temps du 3 mars dli1, en parlant des'affaii-
.res d'Espagne :.
On sait assez que, si Cuba a servi de mine in-
puisable aux fonctionnaires qui l'ont administre au
nom de .la mre-patrie, si les employs, depuis le
gouverneurfusqu'au dernier d'es douaniers, y ont


fait des fortunes rapides et invraisemblables, le
people lui-mme n'en connait le nom que par les
sacrifices que cette possession lui a cots. En jurant
de garder ou de reconqurir la perle.des Antilles, les
Espagnols s'engagent jeter dans ce gouffre bien
des vies et bien des millions. Cela est peut-tre impo-
litique, mais cela est srement gnreux.
Ce que le correspondent du lHeraldo traduit
librement de cette faon :
C'est trs digne de l'honneur national qui inspire
le people espagnol, cette attitude intransigeante et
hautaine en jurant de garder les Antilles o les
:Espagnols sacrifient.leurs vies et-leurs trsors. Cela
est peut-tre impolitique, mais cela est srement
gnreux.
On voit que seules les dernires lignes sont
fidlement traduites.
Mais de la mine ;;l. ',,,ibl,. des employs
voleurs, des forlunes rapids et ineraisembla-
bles, ,pas un, mot.
Voil ce qui s'appelle relpe.:[.: le public.

I------- ^.------

EN SCENE, LE CID !

Paraissez .Navarrais, Maur.is et t'. .ii ..,
EL tout re que l'Espagne a nourri do vaillanis.
Allons, paraissez Vous n'etes.jamais meil-
leure occasion. Pour le moment vous vocifrez:
tous vos grands mots, toutes vos ridicules fanfa-
ronnades sont l'ordre du jour, mais que ferez-
vous ? et ferez-vous seulement quelque chose?
Nous ne dissimulerons pas le l-disir' que nous
prouvons vous entendre.
C'est avec le visage rouge de honte que les bons
Espagnols liront aujourdh'ui le compte-rendu de la
discussion au Snat amricain,...
Vous vous .trompez, s'il y a .encore quelques
espagnols capable de rougir, ils se aTjouironit
d'un fait qui prsage la fin prochaine .d'une ty-
xannie:sans gale.
assemble don't quiaanque en avait besoin, apu
cent fois acheter les votes...
l* P'urqu.ii ne les avez-vous donc pas achets,
vous qui en aviez tant besoin.? Si vos moyens ne
vous permettaient pas de le faire cent fois, ,.ne
seule fois eut suffi.
Et puis, vous jugez donc tous les autres d'aprs
vous Parce que vous tes la corruption et l'im-
moralit mmes,.vous croyez qu'il n'y a nulle
part d'honntes gens! D'ailleurs s'il avait t
question d'acheter, les CBainse seraient adres-
:ss directemient .vous, ler aurai t'lfait gagner
du temps et... coul moins cher.
L'on 'a dit au Snat de Washington que nous
sommes en train de'violer les lois de l'humanit...
On a eu tort, on aurait du dire que vous les
avez violes Cuba, de tous temps.
que les mains de nos gnraux sont rouges du
sang de femmes sans dfense....
Rien n'est plus vrai.
que notre domination Cuba eSt un crime...


Vous seuls le contested.
Que les Etats-Unis devront nous chasser de l
coups de pied...
Nous ne tenons pas absolument ce que ce
soit coups de pied, la manire nous est indiff-
rente.
'Ecoutons cet autre:
Notre patrie ne manquera pas d'nergie, de vitalit,
de trsors de rsistance...
D'autres trsors vous vaudraient peut-tre
mieux.
Ecoutons encore celui-ci:
Il en rsultera un conflict transcendental si les pou-
voirs publics d'Espagne n'adoptent pas'une attitude
virile et nergique.
Qu'entendez-vous par l? croyez-vous que
vous pourrez jamais intimijii er les Etats-Unis si
nergique et si virile que puisse tre votre atti-
tude ?
Quoi qu'il en soit, votre joue garde encore.
l'empreinte du soufflet que vous a administr le
Snat amricain. Serez-vous aussi dignes devant
les forts que vous tes arrogants avec les faibles ?
Nous croyons piliot'que vouis n'attendrez mme
pas d'tre enrous pour cesser de crier, et qu'a-
vant quinze jours, vous reprendrez vos guitars
et vos castagnettes, comme si rien ne s'tait
pass.
Il se peut toutefois que nous nous trompins,
aussi nouus ous attendo'ns I''-uvre.:
Paraissez; Navarrais, Maures et Castillans,
*. Ettout 'ce iquo PEriEr a .iMllr'ri: do tBigna~its !
Sangred o..

SWa-.lin:lin, 2 mars.
M. Taxlor, ministry des Etats-Unis Madrid,
announce que l'l.spagnri. a offer une .rparaation
complete pour l'incident de Barcelone.

""------, 9----*"

GUERRILLAS


Encore des renforts! Mais ceux-ci, l'Espagne
'les avait sous la main, et il est surprenant qu'elle
n'y et pas song plus tt :
Voici en effet ce que dit l'Heraldo :,
On est en train de terminer I'.:.r.iri':.at...n du ba-
taillon des forats de cette ville, lequel va proclainep
ment partir pour.combattre les insurgs
Nous nous reprsentons le gnral Weyler kha-
ranguant ces troupes regulires :
Camarades, la patrie vous confie son hon-
neur; ayez-en soin come du vtre.... otre his.
toire... etc.


Depuis quelques jtlrs,. op.lit. en-tte des jour-
naux espagnols : Outrage l'Espagne, et quel-
ques.lignes plus bas : .Rparations aux Etats-
Un is.


FELI LLEl'i CN
de la R'piublique Cubaine


CINQ SEMAINES

PAII LES 1NSLRGsc S COUBAINS



(De la Conle mpora'y Retiew.)





Pendant une anne presque entire, depuis le
commencemennt de 1895, 'l'Espagne s'est en vain
efforce de rprimer la 'cinquime insurrection
qui a clat Cuba depuis le commnemceent de
ce sicle.
Tandis 'que d'auntes coleni'es 'espagnoles de
'l'antre -ct'. de l'At i ritiqpi.- :rrivai'ent par la r-
ibellion h l'indpen liin,. i.u la restait fidle, sup-
portant une lourde tyrannie militaire et finan-
cire, da'ns 'l'espoir 'que, 'par reconnaissance ou
par experience, l'Espagne apporterait quelque
changement dans la manire 'de-gouverner ses
colonies, qu'elle cesserait de ne voir en elles
qu'une source de trafics et de bnfices perp-
tuels et un vaste champ destin enrichir les
officers espagnols ncessiteux ad moyen du
pillage.
Par sa longue patience et sa resignation, Cuba
avait gagn le surnom de a to ujurs -fidle ,,
mais pas autre chose. En elle, lPEspagne poss-
dait une le capable d'un rapide dveloppement
et d'une merveilleuse prosprit, si ses modes
d'administration n'taient pas rests toujours les
mmes; l'entreprise et l'industrie sont mortes
sous la domination espagnole, qui a prfr ra-
masser le butin d'aujourd'hui plutt que d'at-
tendre les bnfices suprieurs de demain.


L'Espagne reconnatt maintenant, et elle a tou-
jours reconnu, que son administration est cor-
rompue, et 'el,..-.iii.ini elle n'a jamais essay de la
modifier; le flot des rformes constitutionnelles
qui, en 1836, inonda l'E-pI rif., a t, de parti
pris, dtourn de Cuba, et les derniers vestiges
de la fidlit cubaine se sont vanouis.
Les Espagnols taient pleinement conscients
du but qu'ils poursuivaient. D'un ct, donner
l'le la libert roi-tiiilii ri.nll,, la voir- devenir
riche et f ilr-. cela' auai't priv l'Espagne da
beaucoup -le profit' et aurait pu, avec le temps,
mener a l'indpendance ; tandis que, d'autre
part, le systme employ tait eelui-l mme qui,
est ih iiliiel aux Espagnols : la politique de l'op-
pression financire et administrative. Ils pre-
naient tout ce qu'ilspouv'aient sur.le moment, es-
prant que le jour de la restitution resterait loi-
gn et que le m..n;ont:it.-n,..'nt etla rancunedes
Cubains pourraient encore longtemps tre conte-
nus par la 'force.
Les rsultats d'une telle politique ont t les
revolutions clatant aprs les revolutions, et la
haine des Cubains contre I'ETp.i-.iie, grandissant
d'anne en anne.
Avant la guerre de dix ans, les Cubains
s'taient soulevs trois fois et ils avaient t sou-
mis ; mais, en 1868, cammeiga l'insurrection
qu'ils purent faire durer contre tout le pouvoir
de l'Espagnejusqu'e a, 878.~?ndau t dix ans, ils
combattirent dans des conditions beaucoup plus
dsavantageuses que celles o ils sont aujour-
d'hui, et, finalement, ils ne furent pas;vaincus :
ils ne firent qu'accepter les conditions de paix
offertes par le g.n,:.r.I Martinez Campos. Celui-ci
s'employa lui-mme obtenir certaines rformes
constitutionnelles; envoy Cuba spcialement
:our pacifier, il s'acquitta de sa tiche ; mais ses
promesses ne furent jamais ralises par l'Es-
pagne.
Ds cette poque, l'le commenca prparer
l'insurrection actuelle. Si les Espagnols veulent
conserver Cuba, il leur faudra vaincre les Cu-
bains sur les champs de bataille, car la lutte,
maintenant, est pour l'ind,,pendance absolute,
sans terms moyens, ni transaction.
Le monde sait peu de chose au dehors sur
l'tat actuel des affaires de Cuba, durant la pr-


senate guerre. Le plus grand nombre 'des nou-
velles provient des sotures officielles espagnoles;
ces nouvelles sont mensongres et falsifies dis
qu'elles sont dlavorables : 1'E-I, ii,-.n. D'autres
informations sont fournies par les reporters
attachs aux diffrents journaux de la capital
de Cuba, et ces dip., he-i consistent ncssaire-.
ment dans utin sum d(les brits 'qui circulen't
constamment de Ibouche en 'bouche et ,qui, favo-
rables ou pon l'Espagne, sont. d li ur. ,au
point de n'tre plus reconnaissables ou entire-
ment dcnus de fondement.
A Santiago, on a assure avec une insistia-e
plus qu'ordinaire que 'e gnral Antonio Maceo
avait t piteusement battu, grivement bless
et qu'il tait mort ou mourant. Je le vis aprs
cela, come lui et son escorted de cent chevaux
dfilaient au grand galop pour aller se prsenter
au President rcemniint lu de la Rpublique
Cubaine, scne thtrale oi le residentt et le
gnral s'embrassaient, tandis que les troupes
saluaient et poussaientdes acclamationsjoyeuses.
Maceo s'tait trouv dans diffrents combats,
mais il n'avait pas reu la moindre blessure
depuis le commencem'nt de la prsente guerre.
eDe mme, peu de temps avant que je n:eusse
rejoint les forces insurges, des rcits circons-
tancis avaient t publis dans les journaux
amricains sur une action dans laquelle les Es-
pagnols se vantaient d'avoir compltement dfait
les insurgs en nombre trs suprieur, n'ayant
prouv. quant eux, qu'une perte d'une'dou-
zaine d'hommes. J'eus la chance, quelque temps
aprs, de descendre dans la valle o cette vic-
toire espagnole s'tait accomplie; la route est
celle qui mne de Santiago Gtrantanamo et, de
chaque ct, c'est une fort paisse. Une colonne
espagnole, forte de 2;000 3,000 homes, avait
t attaque l par 400 ou 500 insurgs qui, pen-
dant dcux jours, avaient refoul en dsordre les
Espagnols. La route tait profondment dtrem-
pe, presque impraticable, la dynamite tait
dissimule sur le chemin et les insurgs tout au-
tour et par consquent invisibles. et l, le
long de la route, gisaient les squelettes des Espa-
gnols morts; une certain place, o la dyna-
mite avait fait des siennes, les ossements taient
ple-mle et disperss au hasard ; cette place


seulement, quinze ou vingt homes devaient
avoir succemb.
1.1 est rare que les insurgs puissent envoyer
du champ de bataille des dpches donnant leur
version sur les vnements. Chaque jour aug-
mente la difficult de traverser les lines espa-
Pnoles et enterprisee devient de plIs ln plus ha-
sardeuse ; tous ceux. qui traversent les liness
sont suspects et s'exposent tre fouills, qu'ils
soient ou ne soient pas munis-d'unsau'-conduit.
On conserve bien d'es communica-tions avec les
villes, mais les nouvelles exactes, loqrsqu'elles ar-
rivent, ont t devances par des rcits qui leur
enlvent le credit qu'elles mritaient.
A l'intrieur, l'ele entire est au ,pouvtoir les
insurgs, mais les villes al"parliinrinrit aux Es-
pagnols, ainsi que les moyens de rendre compete
des vnements de la champagne. Les troupes
espagnoles ont t verses dans Ile mil'liers sur
milliers et p. ,'luc, de vue. Les tlgrammes et
les rcits dcrivent, en Angleterre et en Am-
rique, les actions espagnoles et donnent le nom-
bre des homes engags et les pertes de chaque
ct, mais c'est toujours la mme histoire pour
les autorits espagnoles : que la fin est trs pro-
che, que Martinez Campos n'attend que les ren-
forts pour commencer la march en avant, au
bout de laquelle est l'crasement final de la r-
volte..
L'opinion gnrale est que l'insurrection est
dfendue par des bands sauvages, indiscipli-
nes, des guerrillas mal armes, formes par le
rebut de la socit cubaine, et les ngres, que,
chasss de.place en place par les rguliers espa-
gnols et condamns par la portion saine des
Cubains, ils se maintiennentdans les forts et les
montagnes, pratiquant une guerre de pillage et
de meurtre et vitant les troupes espagnoles, ex-
cept lorsqu'ils ont un advantage numrique con-
sidrable.


(A suivre.)


Hubert Howard.


-- --


I I II,, LI -1 ~ II I i I_. ~ --. C i --






LA REPUBLIQUE CUBAINE


12 MARS 1896.


M. Canovas, parlant des cinq bombes qui cla-
trent le Mardi-Gras au Palais-Royal de Madrid,
dit textuellement (voyez l'Ieraldo) .
Cet vnement n'a aucune importance, et je pense
que ce n'est qu'une farce de Carnaval.
M. Cnovas, qui ne s'meut de rien, dit de
mme que la belligrance des Cubains n'a pas
d'importance.
Il pense sans doute que c'est une farce de Mi-
Carme.


D'une dpche officielle :
..... L'ennemi s'enfuit en dsordre, abandonnant
la localit....
Voulez-vous donc qu'il l'emportt ?
Si la chose tait possible, il y a longtemps que
ladite localit serait... en Espagne.



La fameuse fiert castillane, d'aprs ce que
nous voyons, consiste voler firement les
faibles, et_ lcher firement les bottes des
forts.



LE TRSOR ESPAGNOL


Tel est le titre sous lequel le Matin du 6 mars
public un des articles les plus extraordinaire-
ment drles que nous ayons jamais lus.
N'oubliez pas que l'ex-directeur du Matin
tait un certain Edwards, qui affirma nagure
qu'il tait d'autant plus Franais qu'il n'tait
pas n en France.
Dans cet article, il s'agit d'un envoy special
du Matin (mazette!...) et d'un certain Na-
varro Reverter, ministry des pseudo-finances es-
pagnoles.
................. ....... ................
A une demand, l'envoy special, Reverter,
rpond que jamais le Trsor, avec un grand T,
n'a t plus prospre, et que l situation actuelle
est la plus claire et la plus favorable qui ait
exist depuis peut-tre plusieurs sicles. (Vous
avez bien lu, n'est-ce pas?) De plus, ajoute l'in-
terview, non seulement l'Espagne n'a pas t
oblige d'augmenter la dette flottante pour sa-
"tisfaire aux besoins de la guerre; mais on n'a
pas touch jusqu' ce jour aux 75 millions que
le budget l'autorise crer l'aide de la dette
-flottante.
L'envoy special insisted; et, l'aide des chif-
fres ci-dessous, Reverter lui dmontre, clair
comme le'jour, que c'est grce la guerre de
Cuba que le budget se trouve enfin et pour la
premiere fois quilibr


Banque d'Espagne...............
Operation avec la Banque de Paris et
des Pays-Bas........... ......
Operations sur valeurs de Cuba, en-
viron.................. .......
Vente de valeurs de Cuba, environ..
Ressources de rserve.............

Soit un total d'environ..........


i5o.ooo.ooo

75.000.000
o75o.ooo.ooo
100.000.000
100.000.000
75.ooo.ooo

500.ooo.ooo000


Je vous donne ces chiffres approximative-
ment et d mmoire, car la gestion de ces opra-
tions relve du ministre des colonies et non de ce-
lui des finances, ce qui vous indique, une fois de
plus, la complete separation financire du budget
de Cuba et du budget de la pninsule.
a c'est dj gentil : ces chiffres a>pproxima-
tifs donns par un ministry des finances!...
mais continuous.
Sous le titre : Larges reserves, l'interview
continue et atteint des proportions piques.
L'envoy special ayant dit que les Cortes n'a-
vaient pas le don de faire jaillir l'or .spontan-
ment, et ayant demand d'o pourraient prove-
nirles resources nouvelles, s'il en tait de n-
cessaires, Reverter lui rpond : . . .
De diffrentes faons. Je vous citerai, entire
autres impts cubains pouvant garantir de nouvelles
missions de bons, la rforme douanire. Les pro-
duits des douanes cubaines affects la garantie des
missions actuelles sont d'environ 60 millions; ils
taient, il y a dix ans, de plus de 1oo millions; une
sage rforme, don't l'tude est faite, leur restituera,
avec excs,,le rendement ancien, la garantie des mis-
sions actuelles s'augmentera et la plus-value pourra
permettre la creation de nouvelles resources.
O,-- C'est l tout ce sur quoi vous comptez ?
R.- Pas du tout, je ne vous cite qu'un des
moyens notre disposition, mais nous en avons
d'autres : par example, la circulation fiduciaire.'Au-
jourd'hui, en pleine guerre, elle est peu prs nulle;
la monnaie courante Cuba est de l'or, et vous com-
prendrez, sans autre dtail, qu'un remaniement de
la Banque espagnole Cuba peut fournir d'abon
dantes resources par une augmentation de
capital et une affectation de garanties spciales
l'mission des billets.


D. Mais l'ile de Cuba pourra-t-elle supporter
cette circulation fiduciaire?
R. Incontestablement, puisque dj, pendant
la grande insurrection de 1878, elle a support une
circulation de 36o millions. A present, il ne pourra
jamais s'agir que d'une centaine de millions bien
garantis.
D. Permettez-moi, monsieur le ministry, de re-
venir sur un point de grande importance. Les res-
sources dj cres et les resources crer, par
mission de bons ou autrement, possdent, n'est-il
pas vrai, en dehors des garanties cubaines,'une
garantie.spciale de la mtropole, et, par suite l'aug-
mentation de ces resources aura ncessairement
une action reflexe sur les budgets de la mtropole ?
R. C'est une erreur partielle; si le budget cu-
bain est absolument spar en principle de celui de
l'Espagne, toutefois les bons dj crs comportent,
en effet, la garantie subsidiaire du Trsor, mais les
resources don't je viens de parler comme devant
tre ventuellement ralises ne comporteront plus
la garantie pninsulaire. Vous voyez, monsieur,
que la situation est parfaitement claire et que vous
pouvez en juger comme moi-mme. Nous avons les
resources ncessaires pour rprimer l'insurrection
sans modifier les functions normales des finances
mtropolitaines.
Ne croirait-on pas assisted ' une reprsenta-
tion-des Brigands.du-joyeux)Offaabach?..
L'envoy special, qui ne veut dcidment pas
voler son argent, demand encore s'il n'y a pas
de danger pour les porteurs de Dette Extrieure.
D'aprs ce qui prcde, vous devinez la rponse
du ministry des pseudo-finances espagnoles,
n'est-ce pas?Il ajoute mme :
Non, aucun gouvernement espagnol ne songera
jamais une de ces conversions forces qui sont une
faillite dguise. Le respect de notre signature nous
l'interdit et le dveloppement de la prosprit natio-
nale nous permet de faire appel des moyens plus
conformes la justice.
Nous passons sur la parties de l'article: Le
prochain budget quilibr parce que, pris du
fou rire, il nous est impossible d'crire, et nous
arrivons au morceau de resistance, celui pour
lequel l'envoy special est all Madrid, '
moins qu'il ne se soit arrt boulevard de Cour-
celles :
L'emprunt de consolidation.
D. En tout cas, vous devez raliser un emprunt
qui a dj t autoris; avez-vous fix vos intentions
ce sujet, l'poque d'mission, la garantie qui y
sera affecte?
R. Sur cette question si delicate, je ne puis
vous donner de dtails, et cela pour la mme raison
que tout l'heure; mon chef, M. Canovas del Cas-
tillo, n'a pas encore statu; mais j'estime, pour ma
part, que la cote de la Rente espagnole est ridicule-
ment dprcie, et cela sans raison plausible. Je
viens de vous expliquer la solidit de nos finances ;
la dette total nominale est, vous le savez, de six
milliards seulement. C'est, en ralit, une des plus
faibles d'Europe, si on tient compete du nombre des
habitants de l'Espagne, de sa richesse et de son in-
'cessant dveloppement.
D. Mais enfin, monsieur le ministry, il vous
faut rsoudre la question de la dette flottante qui
grve la Banque d'Espagne ?
R. Mais vous faites erreur, les 400 millions de
la dette du Trsor, forme par les anciens deficits
accumuls, ne grvent pas la Banque d'Espagne;
cette dette est place en obligations et cela presque
entirement dans le public; le service des intrts
nous cote moins qu'un emprunt aux taux actuels.
Cette dette est donc moiti consolide et un em-
prunt de consolidation ne nous press aucun titre.
D. En tout cas, vous devez avoir prvu des
garanties trs solides indpendantes des recettes
ordinaires. Ne vais-je pas mettre le comble l'indis-
crtion en vous demandant ce dernier renseigne-
ment ?
R. Ma foi, je vous avoue que vous allez un peu
loin dans le sige en rgle auquel vous me soumet-
tez, mais je vais vous rpondre une dernire fois
pour manifester mes sympathies pour la grande
press franaise en gnral, et tout spcialement
pour le Matin , qui a si justement clair le pu-
blic sur notre veritable situation. Oui, dans le cas
d'un grand emprunt, nous avons d'abord la garan-
tie gnrale du pays, qui est largement suffisante.
Dans un cas d'extrme ncessit nous aurions, pour
constituer une garantie spciale, le choix de n'im-
porte quelle branch des revenues de l'Etat; elles
sont toutes absolument libres, et mme les contracts
des deux grands monopoles d'Etat expirent dans
deux ans peu prs.
D. Et ces monopoles sont?
R. Mais c'est la ferme des tabacs, qui rapporte
90 millions, et le monopole de la vente des products
des mines de mercure d'Almaden qui a t, il y a
vingt-six ans, concd en garantie d'un emprunt
contract envers la maison de Rothschild, etc., etc.
Suit la question des Clhemins de fer, traite
avec non moins de dsinvolture et de gaiet, et,
pour.mettre fin l'entretien :
Que puis-je apprendre de plus, aprs avoir vu


le tableau si clair et si rassurant que vous venez de
tracer? J'tais entr ici plein d'une sincere admira-
tion pour le noble courage avec lequel la nation
soeur traverse les plus difficiles circonstances, mais.
avec l'apprhension que ses resources matrielles
disponibles ne fussent pas la hauteur de ses ncr-
gies morales. Je sors de cet entretien avec la certi-
tude que rien ne peut trouble dsormais son vo-
.lution vers le plus brilliant avenir.
Et, quittant .le palais du ministry pour rentrer
dans l'animation de la calle de Alcala, gaiement
claire par le clair et rayonnant soleil de Madrid, il
n'en.est pas de plus triste au monde, je cheminai
en rflchissant l'tonnante manifestation de force,
de scurit et d'intelligence qui se dgage de la per-
sonne de mon minent interview, et je me disais
que le Matin avait fait bonne besogne, dans l'intrt
du public, en me chargeant, au milieu de la bour-
rasque financire actuelle, d'un emission qui permet
de savoir quel pilote hors de pair est confie la
barre du navire et quelle route sre il a dtermine.
Voulant continue amuser ses lecteurs, La
Rpublique Cubaine ouvre un concours et
offre, comme prix, aux personnel qui voudront
bien lui envoyer des articles de ce genre, c'est--
dire aussi amusants :
1er prix, Une superb. eau-forte.de Canovas,
Crispi, Weyler ou Ravachol (au choix) ;
20 prix, Un abonnement d'un ael La Rpu-
blique Cubaine ;
3e et dernier prix, 100 kilogrammes de titles :
Dette E.tlrieure Espagnole.
(Si le gagnant de ce dernier prix est un Espa-
gnol, il lui sera compt, en espces et sur sa de-
mande, 42 fr., reprsentant le prix de ces 100
kilogs de paper.
Le jury sera compos de 7 membres : 1 prsi-
dent, 2 Amricains, 2 Franais et 2 Espagnols
(mme refugis).
Pendant les dlibrations du jury, et par sim-
ple measure d'ordre intrieur, les Espagnols se-
ront musels.
Le concours sera clos le 31 mars courant, et
les rsultats publis le jeudi suivant.

-------- **-------

L'ESPAGNE AU PILORI

Le journalist G6mez mort de la torture
Nous lisons dans le Iew-York Herald :
Les Cubains n'ont pas t surprise, ici, en lisant
dans les dpches que Juan Gualberto Gmez, an-
cien rdacteur de La Lucha, arrt en fvrier 1895
et envoy Ceuta (Afrique) afin de subir la prison
perptuelle pour motifs politiques, est mort.
Il y a un mois peine, la femme de G6mez, qui
se trouvait alors La Havane, reut de son mari une
lettre crite avec du sang, laquelle lui annonait
qu'elle serait bientt veuve; qu'il se trouvait, lui,
dans un cachot obscur, avec une double chane;
qu'on le forait dormir sur la terre humide; sa
seule nourriture tait un plat de soupe de haricots
deux fois par jour; on le faisait mourir peu peu
avec des instruments de torture don't se servaient
centre lui ses geliers, qui s'efforaient d'obtenir de
lui des dclarations contre Jules Sanguily, au sujet
de la conspiration don't l'insurrection cubaine est
issue. On voulait encore le forcer rvler le lieu o
des armes et des munitions avaient t caches par
Antonio Maceo et par lui-mme, dans,la province
de Matanzas, il y a quelques annes. En terminant
sa lettre sa femme, Gmez disait :
Quoique ma torture soit cruelle, je ne ferai pas
de fausses accusations contre Sanguily, qui est in-
nocent, et je ne trahirai pas le secret de Maceo. Je
mourrai plutt en te recommandant, toi, ma pauvre
femme, la charitable sympathie de mes compa-
triotes et la protection de Dieu.
La torture au xxe sicle L'Espagne seule est
capable d'une telle monstruosit.

Pour dmontrer que la torture inflige au
journalist Gmez n'est pas un fait isol, et que
ce nest pas la press trangre seule qui fltrit
la conduite d'une nation qui se dit civilise, nous
reproduisons aujourd'hui, dans notre parties es-
pagnole, un article du Niuevo 'ginen, de Ma-
drid (7 mars 1896). Dans cet article, on rappelle
au gouvernement espagnol que les dputs cu-
bains, me'e les simples suspects, aprs avoir
t confondus dans les prisons de Madrid avec
les criminals de droit commun, sont, au bagne de
Ceuta, traits de faon telle qu'un Certain nombre
sont srieusement malades. L'un d'eux, notre
ami l'crivain Gustave Gavald, qui souffrait de
rhumatismes, a t enferm dans un cachot si
noir qu'il est aujourd'hui compltement invalid
et que l'on craint pour ses jours.
Le journal espagnol demand au gouverne-
ment comment il peut s'tonner que d'autres na-
tions veuillent intervenir dans la guerre de Cuba.



LA PRESS FRANAISE
Et la Guerre de Cuba *

LA BELLIGRANCE
Le Figaro :
**** .******. *. ........... .. ... . .. ......
Mais ces observations n'infirment point ce fait que
le vote du Snat amricain a t motiv par l'attitude
violent prise par le gnral de Weyler, remplaant
du marchal Martinez Campos la tte de l'arme
de repression. On en peut dduire que si le marchal
Mlartinez Campos avait t laiss libre de poursuivre
sa tactique temporisatrice mais prudent, la compli-
cation don't on se plaint ne serait pas survenue.
Ainsi, le rappel du vieux soldat a t une double


faute : il a cr une situation nouvelle et galement
difficile l'intrieur et l'extrieur.
.............. ..... ... ......... .. .... ......

L'e Xational :

Comme consequence assez probable, nous pou-
vons entrevoir la formation et la, reconnaissance de
la Rpublique de Cuba. C'est dans l'air.
Et malgr la sympathie que peuvent inspire la
rgente d'Espagne et son auguste fils, en dpit du
sentiment chevaleresque qui loigne les rvolutions
srieuses pendant les minorits, on peut prvoir,
comme contre-coup de la declaration cubaine, la
proclamation de la Rpublique en Espagne.
Les financiers sentnt la situation si pleine de p-
rils que les valeurs ibriques en donnent une preuve
malheureuse.
Nous sommes peins pour l'Espagne et son people
de cette alternative; mais, si jamais la grande loi
des compensations s'est manifeste, c'est bien pour
eux dans l'tat actuel des choses.
Le gnral Weyler a pouss le terrible cri de : fu-
sillez-les tous !
Immdiatement l'Humanit a rpondu et son cho
qui vient du Nouveau comme de l'Ancien monde a
jet dans l'espace cette phrase superbe et vengeresse :
Soyez indpendants ; soyez libres; soyez rpubli-
cains.

La Renve Diiplomatique:

Les Cubains qui l'on applique l'pithte d'in-
surgs ou de flibustiers combattent pour leur in-
dpendance, au nom du droit imprescriptible des
peuples la libert; ils cherchent s'affranchir de
.la dureautelle-qui leur est-impose,ie la perptuelle
minorit en laquelle on prtend les tenir. Quand
l'4ge de raison vient aux peples, ils cherchent
s'manciper. Y a-t-il en cela motif le' mettre hors
la loi ?
Les Anglais combattant les Abyssins, les Russes
combattant les Turcomans, les Franais combatant
les Arabes, ont donn l'exemple en considrant leurs
ennemis ou leurs adversaires comme des soldats
defendant leur patrie et non comme des flibustiers,
.. ..... .. .. .. . .... . . .. . ..

La Lanterne:
....... ........
Quant la situation Cuba, telle qu'elle rsulte
des manifestations qui viennent d'avoir lieu au
Parlement amricain et qui, vraisemblablement, vont,
se poursuivre en s'accentuant, il faut que l'Espagne
'erivisage virilement.
Il n'y a plus d'illusions se faire: Cuba est irr-
mdiablement perdue; tout l'hrosme don't l'Es-
pagne a fait preuve et don't elle est encore capable
serait impuissant conjurer cette fatalit inluc-
table, car elle rsulte de la force mme des choses.
.. ..... ................. ......,.. ...... ...

Le Petit Troyen, Troyes :
La reconnaissance, par le Snat de Washington,
de la quality de belligrants aux rvolts cubains, a
rvolt le vieil orgueil espagnol et a mis l'Espagne e.
bullition.
Ce ne sont que meetings de protestation suivis de
manifestations bruyantes contre l'Amrique: on a
dchir le drapeau amricain et le gouvernement es-
pagnol a t oblig, pour ne point s'attirer de trop,
graves reprsailles, de prsenter ses excuses l'am-
bassade amricaine.
Je comprends l'irritation des Espagnols, mais je
m'explique aussi la conduit du Parlement des
Etats-Unis. L'ile de Cuba n'a jamais accept la do-
mination espagnole. Riche et fertile, ce pays entre-
tient de ses products et de son argent une mtropole
qui a, depuis longtemps dj, dsert la grande
cause du progrs industrial.
C'est par millions que se chiffre sa contribution
annuelle envers l'Espagne, et alors que Cuba pour-
rait s'approvisionner en Amrique et entretenir des
relations commercials avec ses voisins, le systme:
prohibitif qui lui est impos l'oblige l'inaction et l'a
conduit au dcouragement.
Le Cubain est travailleur, industrieux, et surtout
amoureux de libert et d'indpendance. Trs coura-
geux, fort de son droit, il a lutt avec une nergie
farouche, et, comrpe la fortune des armes lui a t
favorable, il a sollicit du gouvernement amricain
la quality de belligrant, qui vient de lui tre ac-
corde.
Cette reconnaissance va lui permettre de s'outiller
pour le supreme combat, et il est fort probable,
qu'en l'tat o en sont les choses, la Rpublique
Cubaine ne tardera pas tre officiellement pro-
clame.
Cette vieille Espagne s'en va par miettes.

---------*-- -------

CARNET MONDAIN

Les nouveauts de printemps font leur appa-
rition, malgr l'inconstance du temps. La mode
sera gracieuse et seyante suivant le got de cha-
cune car, on ne portera rien de dfini, la vatit
des toffes permettra d'aborder tous les styles.
C'est un progrs heureux au point de vue de l'es-
thtique, le bon sens prend une place srieuse
dans nos toilettes et l'on ne se croira plus dsor-
mais oblige de porter ce qui bien souvent tait
ridicule pour certain personnel alors que pour
telle autre c'tait ravissant.
Cependant, les vtements de la saison, seront
la jaquette, toujours pratique, mais surtout le
petit collet qui se fera trs court et trs frou-
frout, orn de broderies multicolores sur tulle ta-
misant les dessous de taffetqs changeants, don't
les tons, un peu crus, seront adoucis par des plis-
ss de gaze de soie ou de tulle point d'esprit que
recouvriront les tulles brods.
Les chapeaux en crin ajour de dentelle sont.
la grande nouveaut, ainsi que les rubans de
gaze Louis XIII aux fleurs d'un tendre colors.
Les robes en linon brod couleur seront ornes.
de dentelles, et le fichu Marie-Antoinette dga-
gera le cou, remplaant les cols officers qui
n'taient pas- gracieux pour les femmes don't le-
cou n'tait pas de ceux dits de cygne.
L'ensemble du costume sera donc trs frais et
charmant l'oeil; il n'y manquera que le nuage
de poudre de jadis pour voquer le souvenir des.
gracieuses femmes du xvwne sicle.
Comtesse de Tramar.

L'administrateur-grant : G. ETARD.

TROXEs. Imprimerie G. ARBOUIN, rue Thiers, 126.


<


"v ,,il .
. ,/ '--




University of Florida Home Page
© 2004 - 2010 University of Florida George A. Smathers Libraries.
All rights reserved.

Acceptable Use, Copyright, and Disclaimer Statement
Last updated October 10, 2010 - - mvs