Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: March 5, 1896
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00007
Source Institution: University of Florida
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v4


Patrie et Libert


DATIO AD STATION PRIX DE L'ABONNEMENT (EN FRANCE)
RDACTION & ADMINISTRATION PAYABLE D'AVANCE:
PAYABLE D'AVANCE:
oO, Rue Bayclin Ire Anne I PARIS 5 Mars 1896 ( No 7 .e ..................................... .
Un semestre...15.......................1. fr.
ADRESSE TLiGRAPHIBUE: rRAIXT.MAa9OCr'A Un trimestre................................. 50
T- E i i o ~A L'ETRANGER
ELO_ PAR.AIT TOUS LES JEUDIS Uneanne ................................. 35fr.
Un semestre............................... 1 50
Les mgnzuscrits ne sont pas rendus lUN NUMRO....... 0 fr. 50


LA BELLIGRANCE


Le droit et la justice viennent de rem-
porter une clatante victoire. Les patriots
cubains ont lutt vaillamment une -anne
entire contre la tyrannie espagnole, ne
recevant comme prix de leur effort h-
roque que l'indiffrence et endurant par-
fois la calomnie.
Les nations, mme les plus grandes et
les plus prises de libert, se sont conten-
tes, pour juger la question cubaine, des
mensonges passionns du gouvernement et
de la press espagnols. Rien n'y a fait : les
accusations les plus injustes, les contradic-
tions flagrantes entire les affirmations et les
faits, les rapports les plus invraisemblables,
tout a t admis sans contrle, avec em-
pressement, comme si tout le monde avait
pris plaisir au spectacle de l'crasement
d'un people combattant pour la revendica-
tion des droits les plus lmentaires.
Et quand les Etats-Unis, ce people grand
et gnreux, avant-garde de la civilisation,
sortant d'une reserve leur gr trop lon-
gue, viennent enfin de reconnatre la justice
de la cause cubaine, et, dans un lan de
mle franchise, arracher le masque une
nation hypocrite, barbare et corrompue,
voil qu'une certain press s'attendrit sur
le sort, de cette nation arrogante et brutale
avec le faible, humble et plate avec le fort.
Quelques-uns mme se rjouiraient de
voir la France, l'Europe entire, fair
cause commune avec l'Espagne. A les en-
tendre, le people qui proclama les droits de
l'homme, devrait oublier sa noble histoire,
son intervention pour la libert des Etats-
Unis, de la Belgique, de la Grce, de
l'Italie. La France, qui suit l'gard de ses
colonies une politique large et honnte, de-
vrait se fire solidaire de cette politique
espagnole d'exploitation, d'iniquit et de
honte,
Mais le people franais, qui compete au
nombre de ses qualits la logique, se rap-
pelle que c'est lui qui, en 1776, a montr
aux Amricains le chemin suivre. Et
pourtant la domination anglaise d'alors ne
peut tre compare au despotisme effrn
qui a toujours t la seule rgle des Espa-
gnols.
De quoi s'tonne-t-on maintenant ? En re-
connaissant aux Cubains les droits de bel-
ligrants, les Amricains ne font pas autre
chose que ce que fit l'Espagne lors de la
guerre de Scession, et mme s'ils se dci-
daient intervenir par les armes, ils ne fe-
raient que suivre l'exemple de la France
lorsque La Fayette et Rochambeau menrent


leurs soldats la victoire sous les drapeaux
des insurgs.
Assez d'hypocrisie Il serait ridicule que
les nations europennes se scandalisent de
ce que l'on fasse en Amrique ce qu'elles
font constamment elles-mmes : chaque
fois qu'une colonie se soulve contre sa
mtropole, les nations voisines de celle-ci,
parfois mme les allies, envoient aux in-
surgs des armes pour combattre et des
chefs pour les conduire. Les Amricains
n'en sont pas encore l.
L'Europe qui s'est intresse au sort des
Armniens, qui les poussa mme la r-
volte quoique cela n'ait t que pour
les abandonner ensuite la vengeance des
Turcs l'Europe assist impassible, pen-
dant dix ans, de 1868 1878, ce que les
Espagnols appellent une guerre, c'est--dire
aux pillages, aux viols et aux gorgements
monstrueux.
Aujourd'hui, come en 1868, les Cubains
luttent contre une arme de 150,000 hom-
mes. Ils n'ont pas de marine, pas d'artille-
rie, pas d'arsenaux: la plus grande parties
de leurs armes ont t prises l'ennemi.
Mais ce n'est pas assez, parait-il, car il y a
des esprits qui songent former une nou-
velle Sainte-Alliance contre cette le mal-
heureuse et hroque.
Nous leur demandons ce que doit fire
la fin du dix-neuvime sicle un people qui
ne veut plus tre exploit et qui a rsolu
d'tre libre.
-------* -------

L'POPEE CUBAINE

A une poque prosaque entire toutes, alors
que, partout ailleurs, l'idal supreme semble
tre de jouir et jouir vite, les insurgs de la
grande le se battent afin de conqurir, non des
places, mais la libert: c'est pour cela qu'ils m-
ritent d'tre glorifis.
Eceurs par le triste grouillement des ambi-
tions malsaines, froisss par le choc brutal des
apptits grossiers, nombre d'crivains, des jeunes
pour la plupart, et cependant des dsesprants,
en taient venus jeter l'anathme au monde
rel, pour se rfugier dans le mysticisme du
rve qui ne leur parat beau que parce qu'il est
insaisissable.
Eh bien! Qu'ils regardent l-bas, oil le soleil
se couche, de l'autre ct de l'Ocan.
Quel rve pourrait galer en sublimit de d-
voments l'pope qui, depuis un an dj, se
pursuit l-bas, sous le ciel bleu des Antilles ?
Ah! ils ne luttent pas, ceux-l, pour s'arra-
cher un mandate confrant le droit au pot-de-vin,
pour difier une chapelle ct de la chapelle
rivale, pour s'difier une popularity coups
d'ordres du jour retentissants. Ils ont des chefs,
mais ces chefs come leurs volontaires ne sont
pas pays, ils mangent la mme cuelle de riz,
dorment sur la mme terre nue, communiant
galitairement devant la mort, sans cesse entre-
vue et brave. Ils ralisent ce prodige de char-
ger, machete au poing, des troupes rgulires
armes de fusils rptition, et souvent ils les
enfoncent. Marches forces, alertes le jour, veilles
la nuit, combats incessants, pas de solde, pas
d'abris, pas de vtements, peine d'armes et de
munitions, pas de soins si l'on est bless, la fu-
sillade ou la .1endaison si l'on est prisonnier.
voili ce que (G'mez et Maceo promettent qui


veut les suivre et ils trouvent plus de combat-
tants qu'ils n'en peuvent emmener.
Quel est donc le politician arrive et satisfait
qui avait dclar les temps hroques termins?
A Cuba, l'hrosme coule pleins bords.
La libert est ternelle comme le progrs : son
flambeau peut passer en des mains diffrentes, il
ne s'teint pas. Le souffle de la tempte ne fait
que l'aviver.
La vieille Europe, encore monarchique jus-
qu'aux moilles, assistant d'abord indiffrente,
presque hostile, ce duel d'une arme et d'un
people. Peu peu, les insurgs de Cuba ont,
force de vaillance et de sacrifices, conquis son
admiration d'abord, ses sympathies ensuite.
Et aujourd'hui, Paris, Londres, Rome,
peut-tre en secret par quelques-uns Madrid
mme, des voeux sont faits pour Cuba libre.
C'est que l'ide de justice plane bien au-dessus
des frontires.
Quant l'Amrique continental, presque tout
entire, du dtroit de Behring au cap Horn, et
des rivages de l'Atlantique a ceux du Pacifique,
elle suit avec une motion pleine de sympathie
les pripties d'une lutte qui lui rappelle les
combats qu'elle-mme soutint pour son affran-
chissement, ici avec Washington, l avec Mina
ou Bolivar.
Le Snat des Etats-Unis qui, en cette circons-
tance, n'a t que l'enregistreur de la volont po-
pulaire, vient de reconnatre enfin ceux qui,
pour le gouvernement espagnol, sont encore des
insurgs, la quality de belligrants.
Cet example sera certainement suivi d'enthou-
siasme par les autres Rpubliques du continent
amricain ; le rsultat n'en sera pas seulement
moral et platonique : les formalistes qui, hier
encore, hsitaient assister des hors-la-loi, leur
apporteront demain leur concours, concours in-
tress, sans doute, qu'importe I le people qui
aura vers tant de sang pour conqurir son in-
dpendance, saura bien trouver un peu d'or pour
payer ses fournisseurs d'armes.
Insurgs hier, belligrants aujourd'hui, les
Cubains seront demain vainqueurs, libres sur
leur sol et matres de leurs destines. Qu'ils ap-
portent alors clans leur rorganisation social
autant d'esprit pratique qu'ils auront montr
d'invincible courage dans la lutte, et leur .Rpu-
blique naissante pourra donner des examples au
vieux monde.
Cosmo.
-------- t^ ^-----

800.000.000

Nous sommes en measure d'affirmer qu'on
a fait au Dlgu de la Rpublique de Cuba
Paris, la proposition de donner Cuba
Libre
Trois cents millions de francs
en change d'une concession du monopole
des tabacs.
On voit bien que, pendant que le credit
de l'Espagne s'effondre, celui de la nou-
velle Rpublique s'tablit, et non seulement
en Amrique.


HIDALGOS

En voyant comment les Espagnols crivent
l'histoire contemporaine, comment ils prsentent
les faits auxquels nous assistons, nous nous de-
mandons ce qu'il faut croire de leur soi-disante
hruque histoire.
A la rigueur, on conoit qu'on puisse trouver
en France (en cherchant bien) quelques nafs


capable de prendre au srieux le rcit de leurs
victoires imaginaires, tant donnes la distance
qui nous spare de la manigua et l'origine des
dpches que nous recevons. Mais vouloir nous
faire prendre des vessies pour des becs Auer,
propos de faits qui se sont drouls Paris et,
pour ainsi dire, sous nos yeux, a, vraiment,
c'est trop fort.
Voulez-vous un example? Au sujet de la gro-
tesque manifestation laquelle s'est livre, l'au-
tre soir, au Petit Parisien, une bande d'Espa-'
gnols, voici ce que raconte le Heraldo :
Un group d'Espagnols, passant sur le boulevard
Montmartre, o se trouve la salle des dpches du
journal Le Petit Parisien, s'aperut qu'un drapeau
cubain y tait expos.
Le group s'approcha et l'arracha.
D'autres individus, qu'on suppose Cubains, pr-
tendirent le reprendre; mais les Espagnols eurent
recours des procds convaincants et il en rsulta
une altercation o les soufflets abondrent.
Vous en avez mentil Il n'y avait pas de Cu-
bains, sans quoi vous n'auriez pas touch au
drapeau; il n'y eut pas de procds convain-
cants don't vous tes incapable, pas plus qu'a-
bondance de soufflets; il n'y eut qu'un sergent
de ville aux trousses de quelques individus qui
venaient de s'approprier le bien d'autrui.
Vous savez, d'ailleurs, que les Cubains ne sont
pas hommes recevoir des soufflets.
Vous en avez menti encore, fanfarons que vous
tes, lorsque vous racontiez dans un autre jour-
nal qu'un Cubain avait t soufflet, au Grand-
IItel, par un correspondent espagnol. Vous sa-
vez come nous, car il y avait l plusieurs des
vtres, que le distingu Cubain don't il s'agit,
aprs avoir provoqu inutilement son adver-
saire, leva la main sur lui impunment.
Vous pouvez, sous le masque de journalists,
jouer librement un autre rle, si vous avez du
got pour ce mtier. Mais prenez garde, car si
les Cubains, jusqu' ce jour, ont pens que la
i,,,i,;iqu, tait le seul terrain o ils devaient se
rencontrer avec vous; s'ils ont cru que ceux qui
ne sont pas l-bas doivent respecter l'hospitalit
franaise, vos provocations pourraient les pous-
ser bout, et vous seuls series responsables de
ce qui pourrait arriver.
Nous sommes heureux de vous entendre publi-
quement qualifier d'acte patriotique une action
qui ne rvle ni courage ni autre chose que
l'abaissement de votre sens moral.
Vous ajoutez une page glorieuse votre his-
toire : la salle des dpches du Petit Parisien
est votre pont d'Arcole! Enfin, vous avez un Na-
polon !
-------I.---------

NOS NATIONAUX A CUBA

Sous ce titre, nous lisons dans La Patrie:
Protection ncessaire
Une dpche de Madrid nous apprend que l'am-
bassadeur de France, M. de Reverseaux, a confr
avec M. Canovas sur les measures appliquer aux
Franais accuss d'avoir pris part au movement
cubain.
Nous esprons que le reprsentant de la France
aura su convaincre le ministry espagnol de l'injus-
tice qu'il y aurait mettre hors la loi nos compa-
triotes au moment o les autonomistes cubains sont
reconnus belligrants.
Les Franais sont alls batailler Cuba au nom
de la libert et de la dignity humaines, comme au-
trefois, en Amrique, La Fayette et Rochambeau;
comme, en Grce, Flourens; comme, en Sicile,
Edouard Lockroy.
M. de Reverseaux a d s'en souvenir.

*






LA RPUBLIQUE CI BAINE


5 MARS 1896.


CUBA
Au Snat et la Chambre de Washington

Comme on s'y attendait, la question de la bel-
ligrance de Cuba a t discute le-28 fvrier au
Snat-a.iricain.
La discussion qui aabouti au vote du Snat a
t marque par des expressions violentes
l'gard de l'Espagne.
Le.snateur Sherman, president du comit des
.-affaires trangres, ancien secirtaire: du Trsor,
l'un d-!' principaux leaders du parli r.pi.ibliain.
a dit que l'heure est venue pour les Etats-Unis
d'intervenir pour mettre un term un crime
qui dfie mme toute description.
L'organisation des insurgs cubains est aussi
complete que l'tait celle des Etats-Unis pendant
la revolution. Les Cubains ne se sont pas mon-
trs d'une frocit -barbare, tandis que les Espa-
gnols ont prfr rappeler un chef human, le
marchal Martinez'Campos, pour le remplacer
par un massacreur, le gnral Weyler.
Les 'mains de Weyler, ajoute l'orateur, sont
rouges du sang des homes et des ffemmes sans
defense. Si on le laisse faire, aucun pouvoir au
monde n'empchera les iEtats-Unis de chasser-ces
barbares.
Il-n'y a pas dans les deux Amriques de pays
qui n'envoie des hommes pour mettre fin ces
infamies..
Le snateur Lodge declare que le gnral Wey-
ler a commenc fusiller des gens sans defense.
Tout le monde civilis saluera de ses acclama-
tions l'attitude que les Etats-Unis se proposent de
prendre.
D'autres .snateurs appuient avec une gale
nergie la resolutionn. Ils vont jusqu' dclarer
que l'Espagne est ila pire nation qui existe, que
c'est une nation de- parias qui n'a aucun droit
au respect et la consideration dus aux autres
nations.
La resolution vote est ainsi conue:
a Le Snat dcide, concurremment avec la
Chambre des reprsentants, que, dans l'opinion
du Congrs, il y a tat de guerre entire le gouver-
nement espagnol et le gouvernement qui, depuis
quelque temps, a t et est maintenu par la force
des armes par le people de Cuba, et que les
Etats-Unis doivent observer une strict neutralit
entire les puissances belligrantes et accorder
chacune d'elles tous les droits des belligrants
dans les ports et sur le territoire des Etats-Unis.
Le Snat dcide que les bons offices des Etats-
Unis doivent tre offers par le president au
gouvernement espagnol pour obtenir la recon-
naissance et l'indpendance de Cuba.
Cette resolution a t adopte par
64 voix contre 6

La Chambre des Dputs a discut son tour
la question le 2 mars.
Au course des dbats, le dput Ilitt dit que
l'Espagne ne possde actuellement que un quart
ou tout ou plus un tiers de l'le de Cuba. Elle ne
peut donc pas s'offenser, puisqu'elle-mme avait
reconnu la confdration des Etats-Unis avant la
bataille de Bull-Run.
Le dput Mac Creary dclare que les Etats-
Unis doivent employer leur pouvoir donner
l'indpendance aux patriots cubains qui luttent
contre un despotisme cruel.
M. Adams dit que l'heure de l'action a sonn.
Le plus illustre gnral de l'Espagne n'a pas pu
touffer la revolution, et le massacreur Weyler a
t envoy pour anantir les insurgs. M. Sulzer
dit que les Cubains out un gouvernement et une
arme de 40.000 hommes.
M. Botiveill demand des dlais, parce qu'une
resolution pareille quivaut une declaration de
guerre.
M. Cummins dit que la proclamation du gn-
ral Weyler est un renseignement bien suffisant.
Le gnral Weyler est un monstre en uniform.
M. litt termine le dbat en disant que l'Espa-
gne ne s'offensera pas de l'attitude des Etats-
Unis, bien que le droit de visit qu'entrainerait
la reconnaissance (les droits de belligrants aux
insurgs pt amener des consequences pril-
leuses.
La Chambre adopted cette resolution par
263 voix contre 16
Rlsultat total dans les deux Chambres :
327 voix contre 22


-----^ -----
La Dictature Espagnole t l'F1mperaur (uillaumle II

Sous la signature de son directeuri, La Patrie
publiait, il y a peu de jours, un article editorial
oi elle conseillait la France dle s'embarquer
avec l'Espagne dans le conflict hispano-amricain.


L'intention peut tre fort louable, et surtout
fort agrable l'ambassade espagnole de Paris;
mais que diable la France irait-elle faire dans
cette galre ?
N'est-il pas plus probable que le Dictateur es-
pagnol, le gallophobe'Canovas del Catillo s'en-
tende en ce moment avec l'empereur Guillaume
et.:lui offre de faire entrer l'Espagne, en cas de
besoin, dans l'arme allemande pour craser la
France ? En attendant, il -y aura des journaux
franais qui front l'loge de l'r inent home
d'Etat et qui prendront la defense des Weyler
centree -es Cubains.
------* Oi-----

Interview de M, Ie d0cteur Btancs

Du Rappil:
Au reu de la nouvelle de la reconnaissance, par
.les Etats-Unis, du titre de belligrants aux. combat-
tants cubains, nous nous sommes rendu chez M.
Btancs, ministry de la Rpublique Cubaine,
Paris, pour lui demander son opinion sur les cons-
quences que l'attitude des Etats-Unis peut avoir
dans la guerre actuelle.
C'est, nous dit-il, l'assurance du prochain
triomphe des Cubains.
Depuis quelques -jours'dj, le dlgu gnral
m'a,vait:fait savoir qu'on esprait beaucoup obtenir
la reconnaissance du titre de belligrants et que
c'tait le succs de notre, cause, car en effet, nos
troupes toujours yictorieuses, malgr les fausses d-
pches espagnoles,:ne peuvent craser les Espagnols
parce qu'elles manquent d'armes. Tous les jours
Maceo refuse des volontaires, il ne peut les armer.
Dornavant les choses vont changer, les Etats-Unis
ne nous empchant plus d'importer les matriaux
de guerre, nos troupes vont s'augmenter dans des
proportions considrables et leur armement leur
permettra de lutter-dans .des conditions normales.
Dans trois ou quatre mois, tout sera fini, nctre
advantage.
Il nous a t difficile d'arriver ce rsultat, mais
l'Espagne nous a beaucoup aids en envoyant le
gnral Weyler Cuba.
Dj nous avions tabli que tout Cuba voulait
tre libre, que les Espagnols tablis chez nous taient
avec nous, car partout o les troupes de Maceo ont
pass, elles ont t reues bras ouverts et quantit
de colons espagnols ont demand leur enrle-
ment sous le drapeau cubain. C'tait prouver notre
bon droit.
-Les choses allaient lentement, lorsque Weyler
succda Martinez Campos. Alors la rprobation
gnrale accueillit cette nomination. On n'envoyait
plus contre nous une arme, mais un bourreau.
On s'est rappel les atrocits de la dernire rvolu-
tion et l'on a craint de les voir recommencer. On
avait raison. Weyler recommence aujourd'hui ce
qu'il a fait autrefois. Il comment des atrocits sans
nom et ne recule pas devant des infamies que le
monde entier rprouve.
Ce qu'il veut, c'est supprimer tous les Cubains
pour garder Cuba. Il ne le pourra pas.
Les troupes, composes de malheureux enfants
de seize dix-huit ans, venus sur des promesses
mensongres, ne peuvent tenir dans un pays incon-
nu d'eux, o le climate leur est meurtrier, o l'admi-
nistration militaire ne peut subvenir leur nourri-
ture et leur logement; elles faiblissent tous les
jours, dcimes par la maladie, la famine et les
combats. Des 145,000 hommes de l'arme expdi-
tionnaire, il .ne reste pas 80,000 hommes valides, ca-
pables de soutenir une attaque.
Je sais bien que l'Espagne prtend le contraire,
mais c'est l un vieux procd de Weyler qui forait,
lors de la premiere revolution, les femmes des in-
surgs venir danser avec ses officers sous peine
de mort. Il rpte ce systme en se faisant acclamer
par les femmes et les enfants.
De plus, come il tient faire croire que ses ren-
contres avec nos troupes sont meurtrires pour elles,
il laisse la main libre ses officers qui tuent partout
o ils passent, paysans,.artisans, propritaires inof-
fensifs, n'ayant pris part ni pour ni contre la rvolu-
tion. Toutes les victims de ces excutions som-
maires et barbares sont comptes et l'on tlgraphie
Madrid: L'ennemi a perdu tant d'hommes .
C'est un mensonge qui vient expliquer un crime.
Quant nos troupes, accueillies partout bras
ouverts par des amis, elles passent et repassent au
travers du corps expeditionnaire, n'attaquant qu'
coup sr, car on les a prvenus de l'importance du
corps d'arme qu'elles vont attaquer, de ses posi-
tions, etc.
Ceci tant dit, il est facile de coniclure que le jour
o nous pourrons armer roo,ooo homes et les op-
poser aux E-spagnols, la lutte ne sera plus longue.
Cuba libre me parait proche.
Alors il se peut que cela ait un retentissement
dans la vieille Europe. Dj Porto-Rico est en effer-
vescence, son soulvement est proche, c'est l'arme
continental rduite, sans cadres pour ainsi dire, et
les rpublicains qui guettent, prts secouer le trne,
tentant une revolution.
Cuba libre pourrait amener la rpublique espa-
gnole.


*t


PEOPLE DE-MARCHANDS


L'lmpartial du 1e'' mars, aprs de longs com-
mentaires sur le vote du Snat amricain,
ajoute :
Nous ne sommes pas si faibles que notre
hostility devienne indiffrente un people de
marchands, qui n'a rien de guerrier.
D'abord, l'pithte de marchandn'a d'offensant
que par la signification qu'essaient de lui donner
ceux qui'l'emploient ; et, partant de si bas, elle
devrait tre ddaigne. Mais, s'il est vrai que les
Amricains sont un people de marchands, les
Espagnols devraient bien relire leur histoire de-
puis deux sicles et ils verraient d'abord qu'ils
n'ont t puissants que tant qu'ils ont t mar-
chands -eux-mmes; le commerce du bois
d'bne mme ne leur rpugnait pas, si nous
avons bonne mmoire et que, quand ils ont
cess de l'tre, ils sont devenus ce qu'ils sont en-
core aujourd'hui : un people d'oppresseurs et
d'imbciles:
Relisez votre histoire, pauvres gens, et dmen-
tez-nous.
La guerre avec les Etats-Unis?... Mais tous
les Espagnols doivent la souhaiter; non pas que
l'issue de la lutte puisse, mme pour les plus op-
timistes, tre douteuse, mais parce que mourant
les armes la main, ils pourraient ainsi s'viter
de mourir de decomposition.
Un Amricain.



DELEGATION


M. le Docteur Btancs, Dlgu de la Rpu-
blique de Cuba Paris, nous communique le t-
lgramme envoy l'illustre snateur, M. Sher-
man :
La Colonie cubaine de Paris exprime toute
sa reconnaissance l'loquent orateur, au Snat
et au Peuple amricains, qui prtent leur appui
moral au Peuple cubain opprim, et qui, depuis
la fin du sicle dernier, lutte hroquement pour
son mancipation.
Btances.

-------** t L---------

BATTUS ET CONTENTS


Les Espagnols n'ont mme pas le talent de
mentir ; car ils mentent de telle faon que nul ne
peut s'y laisser prendre... Aprs tout, ils doi-
vent connatre mieux que nous leur public, et,
s'ils en racontent de si rides, c'est que, relle-
ment, il y a chez eux des gens assez btes pour
les croire..
Nos lecteurs ont pu voir, dans notre dernier
numro, qu'en additionnant les pertes attributes
aux deux armes par les dpches officielles, on
arrive au rsultat suivant :
Insurgs hors de combat. 25.264
Espagnols. . . .. 4.028
Peut-tre savent-ils que les mmes dpches
officielles n'accusent qu'une mortality de deux
pour cent par la fivre jaune, proportion ridi-
cule d'aprs laquelle cette maladie si redoute ne
serait pas plus redoutable que le rhume de cer-
veau.
Mais cela n'est rien ; car, la rigueur, les Es-
pagnols sont capable de croire que tous leurs
soldats tirent come Ira Paine ou Cody, et que
leurs mdecins militaires font des miracles.
Mais coutez ce que raconte I'lieraldo de MAa-
crid, et... vous m'en direz des nouvelles.
Le combat /'ttf trs acharn; nos troupes etu-
rent subir qtuatre charges au nir(icelte erc'-
tIes j'par la caralerie ennemie, forle de mille
chera.rv... i'ous eicmes sept blesss.
()On serait presque tent de croire qu'il s'agit
de chevaux... de bois; car mille chevaux (fus-
sent-ils de fiacre) lancs contre la foule sur la
place de la Concorde, feraient plus de mal.
Ah ces correspondents, ces rcits circonstan-
cis publis soiis ];i rubrique Par le Cdible! Au
risque de tomber dans les redites et de passer
pour des rabcheurs, nous ne saurions trop dlire
que tout cela est faux; depuis le premier rmot
jusqu'au dernier, les soi-disaint dp'ches sont fa-
briques en Espagne, quelques-unes mme .;'
Paris. Chaque jour, clique feuille espagnole re-
coit d'un correspondent imaginaire des'd6pches
qui occupent trois ou quatre colonnes du journal
et qui reprsenteraient (a ,7i le mot, une d-
pense quotidienne de 2.000 i 3,000 francs. Mais,
si cela tait, l'Espagne ne serait pas l'Espagne.
I


'r Nous savons bien que pauvrelen'est pas vice,
quoique celle de nos voisins soit assez mrite;
mais, enfin, personnel n'ignore que l'Espagne
n'est riche qu'en mendiants et en l:i '.ilor', et,
pour que nous la respections, il est indispensable
qulellc-mme respect le bon sens du pubi'c..
Mais, bah ces lascars-l s'inquitent ,pcu dt
bon sens. Un jour, ils annoncent que leurs co-
lonnes maneuvrent pour empicer les .insurgs
de passer de tel point tel autre, le lendemain
ils annoncent que les insurgsontpa-ss et chan-
tent [victoire quand mime. C'est ainsi que, ds
le dbut, ils se sont efforcsd'.--,p,'rhi.-r l'inva-
sion des.provinces occidentales; l'invasion a lieu.
Vous (croyez qu'ils sont embarrasss? Pas du
tout ; ils jubilent et crivent : Les operations
vont tre plus faciles maintenant, puisque nous
avons russi 4 attire l'ennemi dans un pays
moins accident. Aujourd'hui, Weyler.dit: Je
vais barrer. la route G6mez et Maceo qui
reulent retourner dans les provinces de Matanzas
et de Las Villas, mais, comme il sait quoi s'en
tenir l-dessus, il dit, d'autre part : Avant la
saison d't, j'aurai nettoy de rebelles les pro-
vinces de Pinar -.il RiLo A;et .de LaIlavane, et je
compete arriver -.les ,efouler.dans celles de Ma-
tanzas et de.Las 'ill.iis Ch.eque fois que les in-
surgs russissent.dans leurs plansn, les Espa-
gnols sont enchants; c'est, e iielk., fort simple :
Si Gmez advance sur eux, , Victoire! nous les
avons attirs dans une souricire. Si Gumez bat
en retraite, Victoire! an us laesavons chasss.
Battus et contents, .voilaala-fire devise de ces
descendants du Cid.
Et ils ont toujours t les mmes; lisez leur
histoire, jamais ils n'ont perdu une bataille, et,,
cependant, on les a mis la porte de partout. Ils.
ne savent mme pas :prparer le terrain pour le
cas o ils perdraient Cuba, comme ils ont perdu
le reste; au lieu d'exagrer les difficults, ils an-
noncent leur victoire prochaine; ils ne se ren-
dent pas compete qu'ils se couvrent de ridicule en
dnigrant un.ennemi qui a videmment le des-
sus dans la lutte actuelle. Que leur imported la
contradiction qui existe entire leurs rengaines et
les vnements? En mme templslqu'ils dcla-
rent la situation excellence, ils demandent des,
renforts. Enfin, vous verrez que lorsqu'ils re-
tourneront chez eux, avec mille victoires.de plus
et une colonie de moins, ils chanteront le Te
Deum.
Peut-tre croyez-vous qu'alors ils baisseront le
nez et que vous pourrez, enfin, leur faire avouer
qu'ils se sont moqus du monde. Nenni! vous ne
les connaissez pas. Voici ce qu'ils vous diront :
Ces misrables Cubains ne mritent pas l'hon-
neur d'tre gouverns par nous. Nous les aban-
donnons leur destin. Que Dieu ait piti d'eux!
Emoent.

------- --------

A LA LIBERTY


La Libert du 26 Fvrier, aprs avoir apprci
l'acte de vandalism commis dans .la salle des
dpches du Petit Parisien, se livre de cer-
taines allusions que nous tenons reliever.
Nous ne frquentons point, comme vous, mon
.cher confrre, les antichambres ministrielles.
Nous n'avons jamais fait parties du quatuor qui,
quotidiennement, va chercher son mot d'oidre
ou sa pture la place Beauveau, porte gauche.
Nous rpudions toute compromission ; nous
l'avons dj dit et le rptons. Nous sommes en
France le reprsentant official du Comil Cubain
de Paris: et nous ne sommes que cela. Nous ne
comprenons vraiment pas le dpit de notre con-
frre, journal soi-disant rpublicain, don't chaque
numro porte en sous-titre : Toutes les institu-
tions sociales doivent avoir pour but l'amlio-
ration du sort moral, intellectual et physique
de la classes la plus nombreuse et la plus
pauvre et qui se fait le dfenseur de la mo-
narchie.
Que cherchons-nous donc, mon cher confrre,
si ce n'est d'appliquer, pour notre propre compete,
votre devise:....
Il nous imported peu, nous autres, que le rle-
lier suit gauche ou a droite ; nous n'y avons
pas de place rserve ; et, que le mrinistre fran-
ais porte l'tiquette Bourgeoi-. lIibot, Loubet,
l)upuy ou Goblet, nous sommes certain qu'il ne
se trouvera ja-mais un government rpubli-
cain, dignc te ce inom, pour chererc'ei entraver
ou paralyser notre propaganda, en admeltant
time que la loi lui permette de le fire.


*


_ __ _ __ _






5 MARs 1896.


LA RPUBLIQUE CUBAINE


DU SANG-FROID

De L'Intransigeant :

L'enlvement d'un drapeau

Il y a trois jouis, vers neuf heures et demie' du
. soir, un group d'Espagnols, jeunes gens pour la
'plupart, pntrait 'dans la salle des dpches du
Petit Parisien. L'un d'eux, s'emparant d'un dra-
: peau cubain qui y tait expos, le dchirait et s'en
partageait les lambeaux avec ses amis, aux cris de" :
- A bas Cuba! Vive l'Espagne
Puis tous s'enfuyaient; mais l'auteur du rapt,
.Franois Couriel, tailleur, g. de vingt-cinq ans,
. tait arrt et conduit devant le commissaire de po-
lice Archer, qui, aprs interrogatoire, le laissa, en
libert provisoire.
Tout en trouvant plus que sans-gne et singuli-
rement contraire aux lois de l'hospitalit la manire
d'agir de ces individus, qui auraient, nous dit-on,
accompli leur acte . l'instigation de certain fami-
-liers- de l'ambassade:espagnole, nous nous tions
abstenus, de donner de la -publicit, . cette affaire.
Nous ne voulions pas que. nos sympathies sans r-
serves l'gard des, Cubains, luttant pour leur. ind-.
pendance, pussent nous faire taxer de parti pris
contre tout.ce qui est espagnol : une fois de plus,
nous le rptons, les peuples ne: sont point, pour
Snous, solidaires, de leurs gouvernements; nous.com-
,battons les Weyler et leurs. mules;: nous respectons
en .1'Espagne elln-mme une .nation fire aux, aspi-
rations dmocratiques.,
Mais il s'est pass.un. nouveau fait qui nous oblige
Asortir.de notre reserve : certain compatriots, de.
Franois Couriel, porteurs de poignards. se, seraient
promise d'attaquer le docteus Btanrcs, dlgu du
Scomit cubain, et auraient mme arrt dans la.,rue:
un: Franais, le.prenant pour notre ami.,
Les.rsidents cubains de'Paris, que. ces individus
cherchent probablement pousser bout,, afin. de.
provoquer, ensuite' leur expulsion:, ont. gard,, mal-,
gr leur indignation un came: admirable;' mais ils
sont hommes se dfendre. Or, nous trouvons que
les tripements de taureaux, mis lai mede.par quel-
ques aficionados, sont plus que suffisants, et nous
ne'voulons'point les voir suivis-chez:nous de: guet-
apens et de luttes au couteau.
Si M. Couriel et ses amis dsilent enlever des dra,
peaux aux Cubains, qu'ils aillent Cuba: ils trou-
veront certainement qui parler. C.
Nous rie nous tions pas. plus tendus,. dans
notre dernier numro, sur l'attitude: de l'ambas-
sade: espagnole, craignant' que la colre et l'indi-
gnation ne nous fassent voir mal4 les choses. Ce-
pendant, plus nous y rflchissons et plus. nous
trouvons trange l'attitude de M. l'ambassadeur
d'Espagne, dans -ette. affaire.
Comment? voil un personage considerable,
.un ambassadeur qui, ainsi que le- veulent les
usages, n'accorde d'audience qu'aprs une de-
mande-pralable, est prt, 10 heures et demie
du soir, alors que les. ftes mondaines battent
leur plein, recevoir des individus de: cette cat-
gorie..
Y avait-il urgence?... Aucunement,, puisque
ces chenapans avaient t remis; en- libert! pro-
visoire.
Alors ?... Nous laissons' nos lecteurs le soin
de conclure.
La fin de l'article de notre confrre est encore
plus grave; aussi ne saurions-nous trop exhorter
nos amis- avoir du calme. Plus le moment de la
victoire definitive approche et plus ils doivent
montrer de sang-froid, en s'inspirant de la ma-
gnanimit et: de la dignit de leurs frres de l-
.bas.
Il ne faut aucun prix donner barre sur nous:
ein-tombant dans les piges qui nousisont tendus.
'------ *.---


LUINQUISITION A CEUTA

WASHINGrON, 2 mars. Le Snat a renvoy la
commission une resolution demandant M. Cleve-
land d'exiger de l'Espagne des explications au sujet
de la nouvelle que le journalist Gmez aurait t
mis pendant deux mois la torture Ceuta, parce
qu'on.voulait. obtenir de lui des tmoignages contre
M. Sanguilly, sujet amricain naturalis.
Cela confirm les nouvelles qui nous parvien-
nent de tant d'infortuns Cubains, martyriss
dans les cachots de Ceuta, au milieu des crimi-
nels de droit commun, pour avoir dfendu l'in-
dpendance de leur patrie, quelques-uns mme
pour avoir t simplement souponns.
Quant au malheureux journalist Juan Gual-
berto GUmez, suivant nos informations, il est
mort des suites des atrocits don't il a l vic-
time.
Voili la nation qui prtend tre appuye par
l'Europe au nom lde la civilisation (!) contre la
just indignation de toute l'Amrique.


S ,, .


TOUTE LA LYRE

Ces pauvres Espagnols ont reu dans ces der-
niers temps une telle quantit de tiles (sans
parler des bolides) sur la tte, qu'ils sont abso-
lument en dmence.
Non contents d'avoir attribu Maceo une pro-
clamation, o il prchait la guerre de races, et
appelait ses.soldats, flibustiers (!) ils viennent de
trouver mieuxe encore:
Devinez quoi ? je vous le done en mille.
Eh bien, Maceo (ne riez pas) est.... anthropo-
phage;. vous- avez bien hl: anthropophage. Tous
les journaux de la Pninsle nous racontent s-
rieusement ce qui suit:
Dans une tape,.Antonio Maceo, manquant totale-
ment de vivres, fit gorger un des ngres son ser-
vice, puis il obligea son cuisinier griller les ro-
gnons du:malheureux....
Oh! le gourmet !
qu'il dvora avec une faim canine.
Quoi? tout le malheureux ?
Il y a quelques annes, Maceo avait pour mai-
tresse une petite modiste franaise...
Veinard, va !
Celle-ci layant tromp, Maceo, d'un coup de:dents,
lui arracha la moiti de l'oreille.,
Il faut croire que le trottin tait gentil. cro-
quer. .
Et l'avala comme une pilule.
Ah le'goinfre I
Il n'y a pas a. dire :. quand les Espagnols s'y
mettent, ils sont vraiment spirituels.




LES FINANCES ESPAGNOLES
Et la guerre de Cuba.

La Garette de Francfort vient de.publier une cor--
respondance.de Madrid:sur;l'tat. des finances espa-
gnolesr'qui nous a paru assez:documente pour m-
riter d'tre signale.-
Voici l'article deila Gagette de Francfort :
Les renters espagnoles- ont subi ces temps derniers,
une'forte-baisse. Prenant pour base la cote de Ma-
drid, nous trouvons que depuis le printemps dernier
l'Intrieur 4 o/o est tomb'de! 75.50 64.50, soit une,
baisse de i points. De-mme, l'Ex:treiur 4 o/o est.
descendu de 84.10 74.10 (i); dans la mme priode'
la Dette amortissable a subi un movement en ar-
rire d'environ 6 points. Les Billets hypothcaires de
Cuba 5 et 6 o/o sont encore plus prouvs : pour
eux la baisse n'est pas de moins de 15 o/o. Le change
sur .Paris,. qui tait en. fvrier, et. mars de l'anne der-
nire 6 o/o, varie maintenant entire 21 et 22 o/o.
On comprend que la Bourse discute la situation fi-
nancire; il convient, par consquent, d'en prsen-
ter un tableau dtaill.,
En ce qui concern d'abord la: situation cono-
mique de l'Espagne,,il saute aux yeux que les pr-
visions pour les recettes et dpenses donnent de
grande dceptions, les sommes ralises s'en car-
tant sensiblement. Voici, en effet, les rsultats des
quatre dernires annes :
Dpenses Recettes Dlicis
Prvi- JEffe- Prvi- Effoc- Prvi- El'c-
sions tives sions tives sions tifs
(En millions do posetas)
1891-1892 844 820 818. 771 26 41
1892-1893 769 754 71) 707 19 \i
1893-1894 770 727 787 747 + 17 20
1894-1895 816 780 802 705) 14 '5
Mme en tenant compete du rsultat exceptionnel-
lement favorable:de 1893-94, le deficit moyen annuel
des 4 dernires annes s'lverait donc 36 millions,
chiffre rond, et serait pour la dernire anne large-,
ment du double. En fait, la situation relle est en-
core plus dfavorable parce qu' ct des dpenses
courantes, il faut mettre en ligne de compete les d-
penses extraordinaires. Les lois du 7 juillet 1888 et
du 14 juillet 1891 ont ouvert pour travaux, tels que :
matriel de guerre et de marine, chemins de fer,
ports, routes, etc., un ensemble de crdits extraor-
dinaires montant 234 millions; sur cette some,
il avait t dpens largement 208 millions jusqu'
fin juin 1895. Il revient donc chacune des annes
signales plus haut une dpense supplmentaire de
3o millions environ en moyenne. Quant la perte
au change rsultant du paiement' du coupon
l'tranger, elle est bien inscrite au budget mais les
provisions l'ont fixe trop bas, savoir 12 o/o. Je ne
crois pas me tromper en augmentant, de ce chef, le
deficit de o10 millions. Ainsi le deficit parait s'tre
lev pendant la priode de 1891-92 1894-95 76
millions en moyenne par an.
Si important que soit ce deficit, il est encore au-
dessous de la moyenne officiellement constate pour
les annes 1885-86 1889-90 qui en totalit s'levait
529 millions, ce qui quivaut un deficit de 106
millions par an. On peut donc admettre une certain
tendance du deficit se rduire : de mme, la pre-
mire moiti de l'exercice courant n'a laiss qu'une
nouvelle moins-value de 1,970,000 pesetas sur une


(1) A. 1(2 .!" le 3ams,


rentre d'impts de 415,910o,ooo pesetas; mais l'an-
ne 1844-95, ainsi qu'on a pu le voir plus haut, avait
donn une forte moins-value, et actuellement la si-
tuation devient beaucoup plus mauvaise, comme on
le verra plus loin.
La Dette publique espagnole se chiffre comme
suit :


Capital


Service annuel


Consolide :
Extrieure.. 1.97.000oo.ooo intrts
Intrieure.. 2.270.0o0.000 -
Dette amort.. 1.654.ooo.ooo -
amort.
Emprunt Rothschild sur mines de mer-
cure Almaden, amortissements et in-
trts....... ...... ..: ..............
Avance de la Socit du Monopole des
Tabacs pour.la construction de la
flotte, amortissements et intrts...
Dette flottante.....................
Intrts pour dpts................


79.000.000
)0.000.000
io.ooo.ooo
56.ooo.ooo

5.000.000




I2.000.000
r2.ooo.ooo


17.ooo.ooo
4.00000oo


Ensemble...... 307.000.000
Il est noter que l'emprunt Rothschild et celui
du Monopole des Tabacs seront entirement amor-
tis dans un dlai, de 3 ans. D'un autre ct,.il ne faut
pas perdre de vue que la Dette flottante, mme sans
Cuba, a toujours: augment, et que cette.Dette devant
tt ou tard tre rgle, il ne suffilt pas.de la.consi-
drer seulement au. point de vue deson service d'in-
trts,.ainsi qu'une dette consolide. Le I" dcembre.
1895, la dette flottante tait de 420,797,648' pesetas,
contre 378.840.086 pesetas l'anne. prcdente.
11 y a en outre deux points noi.rs. l'horizon, fi-i
nancier de l'Espagne, qui attirent tout particulire-:
ment l'attention, savoir : la guerre de Cuba; et la. si-,
tuation de la Banque d'Espagne.
Les Corts ont vot,- ds le dbut de: l'insurrectioni
cubaine; un. credit de'6oomillions de, pesetas pour
les frais.de la guerre. Les resources affrentes de--
vaient tre ralises au moyen de. la vente-des.titres,
jusqu'alors tenusen reserve de lemprunt 50o/o Cuba
mission- 1890, quoique ces obligations. i890.n'eus--'
sent t cres qu'en vue de la- conversion de l'em-
prunt Cuba 1886. Depuis 1895, le gouvernement a
dispos des sommes suivantes pour dpenses de
guerre Cuba :
Solde crancier du compete courant
du dpartement colonial la Banque
d'Espagne..................Pesetas. 17.0oo.0ooo
Avances de la Banque d'Espagne... 157.500.ooo
Vente de titres Cuba la Bourse... 35.ooo.ooo

Pesetas. 209.500.000
Avance de. la Banque deParis et des
Pays-Bas. .................. Erancs. 50.ooo.ooo
La moyenne des-dpenses de guerre Cuba a t.
pour les derniers neuf mois de plus de:3o millions
de pesetas par mois. On prtend, il est vrai, au mi-
nistre des finances, qu'il reste encore dans les caisses
de l'administration militaire de la, Havane,, un solde
d'environ 25 millions et que d'un autre ct on n'a
pour ainsi dire pas touch la dernire des avances
de la Banque, d'Espagne, de 50 millions. Cette objec-
tion qui, un certain point de vue, sa valeur, ne'
peut pas tre prise ici en consideration, parce que
en revanche, 75- millions de pesetas reprsentant les
recettes budgtaires de. Cuba, y ont t: dpenss;
pour la guerre et ceci au point que les fonctionnaires.
de l'Etat n'ont-pas. touch leurs appointements-de-
puis quatre mois et que d'une manire gnrale tous
les paiements de l'administration publique sont sus-
pendus.
Pour continue la-guerre il reste au gouvernement
la.ressource de vendre le solde des titres Cuba et les
avances non utilises des Banques, qui ensemble
ont une valeur nominale de 312 millions et demi de
pesetas. Mais quelles conditions et - quels, taux
ces valeurs pourront-elles tre ralises ? Les tires
Cuba 1890 cotent aujourd'hui environ 80 o/o; la
baisse s'accentuerait certainement encore, si un lot
important tait jet sur le march. Pour empcher
cette baisse dans la force de ses moyens notre gou-
vernement a l'intention d'lever sensiblement les
droits d'entre de Cuba qui forment principalement
la garantie des emprunts en question. Mais il est
permis de douter de l'opportunit de cette measure
projete. Ajoutons encore que la Banque de Paris a
promise d'ajouter conditionnellement son advance
de 50 millions, 25 autres millions, elle aura prendre
une decision jusqu'au lo fvrier. Mais le gouverne-
ment don't les besoins sont comme on sait, beau-
coup plus grands; s'est empress de demander simul-
tanment la Banque d'Espagne une nouvelle advance
de 50 millions de pesetas. Cette nouvelle advance a
t accorde, mais aprs seulement une longue hsi-
tation et avec la remarque toute spciale que ce serait
l la dernire operation de ce genre.
La Banque d'Espagne, a en effet tout lieu de ne
pas perdre de vue le danger de sa propre situation.
Le gouvernement aura donc chercher d'altres
moyens de se procurer les resources ncessaires. Si
la guerre ne dure pas trop longtemps et si la situa-
tion Cuba s'amliore, il ne sera peut-tre pas trop
difficile de trouver des fonds. Mais il en serait bien
autrement si la guerre devait se prolonger et trainer
en longueur. Il est certain et tout le monde est d'ac-
cord ici sur ce point, que l'Espagne est dcide
obtenir la pacification de 'ile tout prix. Mais quels
sacrifices cela demandera-t-il; personnel ne peut le


dire. Si la guerre actuelle devait par venture durer
une dizaine d'annes, comme celle de 1868-78, elle
entranerait une dpense d'au moins 3 milliards, ce
qui influerait natuellement gravement sur nos
finances.
Aujourd'hui, le budget de Cuba est entirement
spar de celui de la mtropole et notre gouverne-
ment songe porter finalement les dpenses de
guerre au dbit de Cuda. Si les frais de la guerre ne
sont pas trop levs, Cuba les supporters bon gr
mal gr; mais dans le cas contraire il faudrait tout
de mme avoir recourse au budget de la mtropole.
Je n'ai pas besoin de rappeler que les emprunts cu-
bains sont garantis par le gouvernement espagnol.
Si le cas devait se presenter o Cuba ft dans l'im-
possibilit de faire le service de sa Dette publique,
l'Espagne aurait prendre son lieu et place, ce qui
pserait naturellement lourdement sur nos finances.
Le sort des finances espagnoles est donc troitement
li celui de Cuba. Ici on espre que l'insurrection
durera tout au plus une anne encore. Mais quelle
serait la situation des porteurs de titres cubains si
l'ile parvenait se sparer de l'Espagne? Ceci est
une question don't l'examen nous mnerait trop loin.
Il est impossible de dire d'une manire prcise quelle
serait l'attitude d'un Cuba indpendant en face du
fardeau non seulement de la dette existante, mais
aussi de celle contracte par le gouvernement actuel,
en vue de la guerre. Mais peut-tre l'le serait-elle
absorbe par les Etats-Unis et il est permis de croire
que ces derniers ne refuseraient pas de ratifier les
engagements des grandes Antilles.
Comme deuxime point noir l'horizon financier
espagnol, j'ai mentionn la situation de la Banque
d'Espagne. Voici le dernier bilan du 25 janvier 1896:
ACTIF


Or ................................
Argent.............. ;............
Crances l'tranger..............
Portefeuille tranger..............
Effets d'escompte .:..............
Avances.........................
Effets chus.....................
Monopole du tabac..............
Portefeuille .....................
4 o/o Amortissable .............
Amortissable (loi du 14 juillet 1891).
Bons du Trsor..................
Bons ngociables.................
Cuivre.........................
Comptes courants effects ) .........
Crances l'tranger pour compete
du Trsor ......................
Avances au Trsor ...............
Immeubles ................ ....
Divers ... ......... ..... .....


200.111'4. 092-
256.234.220
30.060':550
1.664.566
156.5851400
217.037.690
3.895.83&5
12.270: 000
18.992.873
402.666.6221
4.052.987
66.162.500
87.685.645
6.135.975
14.81. 658


659.301
150:;.0000.
17.3761528'
67.-115.628


PASSIF
Capital .......................... 150.000:000
Fonds de reserve ................. 15.000.000
Profits raliss................... 1.419.919
Profits non raliss ............... 713.423
Circulation de la Banque......... 1.010.642.450
Comptes courants............... 376.923.534
Dpts .......................... 23.894.053
Cranciers .......... ..... ........ 36.7.".. i m 1
Reserves d'impts ................ 3.842.611
Trsor............ .............
Trsor, coupons Dette consolide.. 4. .
Avances prvues, non utilises sur
fonds publics .................. 89.745.599
Ce qui saute tout d'abord aux yeux c'est la dis-
proportion monstrueuse qui existe entire la circula-
tion et la reserve mtallique. Sous ce rapport, la
situation a empir d'une manire extraordinaire dans
l'espace d'un an. Au mois de mars 1895, lorsque
M. Canovas est arriv au pouvoir, la circulation
s'levait 904 millions, aujourd'hui elle est de,
I,oIo millions, donc en 10 mois il s'est produit une
augmentation de o16 millions! Les valeurs sur l'-
tranger et la couverture mtallique ne sont ensemble
que de 48 o/o du montant de la circulation et en or
de 20 o/o seulement.
Cependant la Banque est toujours en rgle avec la
loi, car en vertu de la loi du 14 juillet i89g elle n'est
tenue une reserve mtallique que du huitime de
la circulation, don't la moiti en or et la Banque est
autorise avoir en circulation des billets jusqu'
concurrence de I,5oo millions. Le gouvernement
qui fit voter la loi du 14 juillet 189r. a commis la
colossale erreur de considrer les 405 millions de
Dette amortissable que la Banque conserve immo-
biliss, comme des valeurs 90 jours de vue. Une
ignorance aussi grossire des lois conomiques s'ex-
pie toujours tt ou tard. Aujourd'hui la Banque
court le risque d'tre littralement crase par les
valeurs du Trsor. Elle possde 405 millions de
dette amortissable, 4 millions de la mme du 14 juil-
let 1891, 66 millions de bons du Trsor, 88 millions
d'obligations, 15 millions de crances en compete
courant avec le Trsor, soit ensemble 728 millions
de crances sur l'Etat. Par contre, il n'y a que i96
millions' d'escompte et 217 millions d'avances sur
titres. Mais personnel n'ignore que pour ce dernier
article il ne s'agit encore que d'avances sur fonds
d'Etat et prts des spculateurs de Bourse qui les
emploient en achats de nouveaux ti.tres. Quant
l'escompte on croit dans nos cercles financiers que
son importance relle est infrieure au chiffre du
bilan et que c'est seulement dans le but d'viter une


i


7






LA RPUBLIQUE CURAINE


5 MARS 1896.


impression par trop dfavorable qu'une some con-
sidrable qui devait figure dans les avances sur
titres a t transfre sous certain prtextes l'ar-
ticle escompte.
Quoi qu'il en soit, il est certain que les engage-
ments vue (billets, comptes courants, dpts) s'-
lvent 1,410 millions, tandis que la reserve mtal-
lique et les valeurs 90 jours de vue, y comprise
mme les avances sur titres, ne font ensemble que
836 millions. Il existe donc rellement un deficit de
674 millions. C'est videmment une situation dan-
gereuse. Une panique subite, jointe un retrait des
dpts et une demand de remboursement des bil-
lets contre espces, suffirait pour amener une catas-
trophe. Dans l'assemble de la Chambre de com-
merce du 22 janvier, cette fcheuse situation de la
Banque a t longuement discute et il a t dcid
de demander au gouvernement de mettre un frein
la circulation toujours croissante, afin de rendre
plus normal le change qui est aujourd'hui 22 o/o.
En mme temps, le dsir a t exprim que la
Banque emploie renforcer la reserve or d'une par-
tie des profits normes qu'elle distribue ses ac-
tionnaires (20 22 o/o).
En attendant, le gouvernement espagnol ne pou-
vant cependant mettre indfiniment des billets, a
accord la Banque Espagnole de la Havane le droit
d'mission et il aurait l'intention d'en faire autant
pour la Banque de Manille, ce qui ne fera naturel-
lement qu'empirer les choses.

Encore un emprunt
De L'Eclair:
On made de Madrid que les bruits les plus accr-
dits donnent comme imminent' la signature du
dcret royal autorisant le gouvernement prsenter
aux Corts, aussitt leur ouverture, parmi les pro-
jets les plus urgents, celui de l'emprunt extrieur en
or, pour consolider la dette flottante.
Il parat que cette nouvelle dette s'lvera un
milliard de francs; elle rapportera 3 1/2 o/o et sera
gage sur le revenue des tabacs.
Sur la promesse formelle donne par le gouverne-
ment aux reprsentants des grandes Compagnies de
chemins de fer espagnols, pour voter une loi favo-
rable leur intrt et quitable pour les intrts du
commerce, l'mission de l'emprunt se fera l'tran-
ger par l'intermdiaire des banquiers de ces Com-
pagnies.
Nous ferons observer que cette correspondence
madrilne est antrieure la decision du Snat de
Washington, et qu'un appel au credit de'l'tranger
rencontrera peut-tre dsormais des dificults que
l'on ne pouvait raisonnablement prvoir, il y a seu-
lement quelques jours.
'----* -- -"

LA PRESS FRANAISE
Et la Guerre de Cuba

LA BELLIGRANCE
Le Temps :
CUBA, L'ESPAGNE ET LES TATS-UNIS
On ne sait encore si la substitution du gnral
WVeyler au marchal Martinez Campos, c'est--dire
de la manire forte la manire douce, du rgime
de la terreur et de la repression outrance au rgime
de la conciliation, va porter Cuba les fruits que
semble s'en promettre le cabinet de Madrid., Par
contre, on sait dj l'effet produit au dehors et sp-
cialement aux Etats-Unis par cette entre en scne
de la mthode impitoyable.
La seule publication du dcret rendu par le
gnral Weyler ds son arrive la Havane, appa-
remment en guise de don de joyeux avnement, et
don't les douze articles se terminent par c. refrain
sinistre: la peine de mort, a suffi pour faire plus en
un jour que n'avaient fait de longs mois de guerre
civil. Si la force est le remde ncessaire contre une
insurrection, si l'on ne peut blmer le gnral Wey-
ler de tendre tous les resorts de son autorit pour
dfendre une cause qu'il doit croire sacre et don't
le succs dpend de lui, il n'aurait peut-tre pas
fallu oublier qu' notre poque l'humanit, la phi-
lanthropie international, voire la sensibility sont des
facteurs important mme en politique et dans les
relations de people people.
........................................ .
Tout cet ensemble de motifs avait depuis long-
temps pouss certain membres du Congrs saisir
le Snat et la Chambre des reprsentants de projects
de resolutions relatives la guerre civil cubaine. Il
a fallu l'impression prodluite par l'arrive du gnral
Weyler et l'inauguration de sa politique nouvelle
pour donner ces vellits individuelles la consis-
tance et la porte d'une manifestation gnrale.
Quand c'est M. Sherman, c'est--dire un des
leaders rpublicains, un homme d'Etat du premier
rang, un ancien ministry des finances, un ex-candi-
dat la candidature prsidentielle, qui parle -
quand c'est le comit des affaires trangres du
Snat qui agit quand c'est ce grand corps, asso-
ci de par la Constitution la direction des relations
extrieures, qui vote, il n'est plus temps de se rfu-
gier derrire un sourire sceptique.
Le texte de la resolution du Snat ne content
que trois paragraphes, mais ces trois paragraphes
en disent assez long. .Reconnatre la quality de


belligrants aux insurgs, dclarer la neutralit des
Etats-Unis, offrir leur mediation aux deux parties,
en voil assez pour un dbut. La Chambre des
reprsentants se ralliera ce project, la chose est cer-
taine.
Que fera le president Cleveland? Il ne peut ngli-
ger entirement de tenir compete de l'opinion qui se
prononce avec ardeur pour les Cubains et peut-tre
plus encore pour leur absorption ventuelle. Il a
prouv dans l'affaire du Venezuela tout ce qu'il y a
de patriotism amricain, voire de semi-chauvinisme,
dans cette raison si came, dans cet esprit si pon-
dr. Aprs le message du 14 dcembre, on n'a pas
le droit d'liminer priori l'hypothse d'une action
nergique du president.
Il est vrai qu'on le croit dispos la moderation
sur ce point. Ses amis le disent; mais ses amis le
trahissent parfois. Et puis, il ne faut pas oublier
que nous sommes dans une anne d'lection prsi-
dentielle.

Le Rappel:
Un fait grave, trs grave pour l'Espagne, vient de
se produire. Maintenant les Etats-Unis interviennent
en faveur de Cuba ; ils reconnaissent aux patriots
cubains la quality de belligrants et commencent des
dmarches pour que leur indpendance soit re-
connue.
Autant vaut dire que l'Espagne peut faire ds au-
jourd'hui son deuil de la perle des Antilles.
On lira ailleurs les dclarations qu'a recueillies
notre collaborateur E. Willme de la bouche du
docteur Btancs, reprsentant Paris des patriots
Cubains. Le docteur Btancs croit la Rpublique
cubaine, au soulvement de Porto-Rico et une
revolution en Espagne qui amnera la chute de la
dynastie !
Il a raison. Tout cela se produira. Aprs Cuba,
Porto-Rico; aprs Cuba encore, la chute de la
royaut espagnole. C'est dans l'ordre. Car les Espa-
gnols .ne pardonneront jamais la 'rgente et
M. Canovas la perte de Cuba.
Un gouvernement prvoyant aurait accord
Cuba le self-government, ce qui aurait pargn la
pninsule une humiliation et lui aurait vit de d-
penser prs d'un milliard.

La Justice:

L'intervention des Etats-Unis dans la question
cubaine va sans doute amener une solution plus
prompted. Depuis l'ouverture des hostilits, l'Espagne
a dpens plus de trois cents millions, c'est--dire
un million par jour, pour cette guerre nfaste. L'-
puisement rapide de ses resources a conduit le gou-
vernement espagnol contractor la Banque d'Es-
pagne un second emprunt de 5o millions. Cet tat
de choses surexcite les esprits, fait craindre une
crise financire.


Le Petit Moniteur Universel:

Les Etats-Unis entreraient donc en scne en affir-
mant hautement leurs sympathies pour la cause de
l'indpendance cubaine. Cette sympathie ne faisait
doute pour personnel, mais jusqu' present aucun
acte du pouvoir ne l'avait officiellement dnonce.
Il n'en sera plus de mme aprs le vote de la motion
don't nous venons de parler.
......................................

La Vrit:
.................... ..... ...... ..........
Nous saurons bientt ce que l'Espagne dcide en
face d'une complication .......................
Malheureusement elle fait parties d'un vieux monde
divis et affaibli par la maonnerie contre un nou-
veau monde formidablement arm.
.'. ..... .......... ...... ..... .......

Le Voltaire:
..................... ....o ........ ..... ..
Or, il a suffi des coups de poigne du gnral
Weyler pour l'anantir. En effect, la measure du
gnral ordonnant la confiscation des biens des in-
dividus don't l'absence ne sera pas justifie ; l'ex-
cution du chef insurg Bettancourt; aux, violentes
measures militaires et civiles, le Snat des Etats-Unis
vient de rpondre par un vote qui aura un terrible
retentissement dans la pninsule, au moment o se
prparent les elections et don't les consequences
peuvent tre incalculables.

D'ores et dj on peut dire que la situation de nos
voisins Cuba est gravement compromise.

Le Sicle :

On ne peut savoir encore si le replacement du
marchal Campos par le gnral Weyler aura pour
effet de rduire promptement les insurgs l'im-
puissance, mais ce qui parait ds present certain,
c'est qu'il a provoqu une recrudescence de la sym-
pathie que la cause des rebelles a rencontre ds le
dbut dans l'Amrique du Nord.


La Petite Rpublique Franaise:

En rponse la proclamation du gnralissime


espagnol Cuba, le massacreur Weyler, le Snat,
concurremment avec la Chambre des reprsentants,
se prononce pour la reconnaissance immediate aux
insurgs de la quality de belligrants et l'intervention
mdiatrice de la Rpublique nord amricaine dans
le conflict pendant.
Voil qui est bien. Les dirigeants espagnols sont
ainsi dment avertis qu'on ne substitute point impu-
nment la manire forte la manire douce dans la
repression d'une insurrection lgitime, du reste, de
tout point par les excs de la mtropole. Le soudard
Weyler apprendra aussi qu'il se troupe parfois des
consciences indignes pour protester contre l'orga-
nisation de la tuerie sommaire d'hommes, voire
mme d'enfants et de femmes, don't l'unique crime
est d'tre sympathique un movement dans lequel
se sont engags leurs amis, leurs proches,, bref la
chair de leur chair.
. . . . . . . .. .. ...... . . . . . . . .. . .
La premiere des nations europennes qui les suivra
dans cette voie s'honorera grandement, et par amour
pour son bon renom nous souhaiterions que celle-
ci ft la France.
Il ne s'agit point de craindre de blesser une nation
amie. La parties saine du people espagnol est assur-
ment de cour avec l'insurrection ou rprouve du
moins les measures sanguinaires et l'impitoyable
politique recommandes par les gouvernants de
Madrid et adoptes par le massacreur Weyler.
Du reste on ne fait jamais fausse route en prot-
geant la faiblesse et en dnonant le crime.
.......................... ... ............

L'Autorit :

Ce sont l de trs graves vnements pour l'Es-
pagne.
A la question de Cuba, dj si complique par
elle-mme, si difficile rsoudre, s'ajoute une grosse
difficult international, qui peut amener la guerre
entire l'Espagne et les Etats-Unis.


L'Echo de Paris:

Et puis, c'est un vnement considerable que la
seule reconnaissance du droit de belligrants aux
deux parties, par une puissance qui occupe dans le
monde la place de la grande Rpublique amricaine.
C'est l'opinion du monde civilis tout entier qui
est saisie par un tel fait. Le gnral Weyler peut-il
encore traiter de rebelles et en rebelles des hommes
qui, par leur courage, se sont fait reconnatre
comme puissance belligrante et qui sont parvenus
fonder et maintenir un vritable Etat, aujour-
d'hui accept et reconnu officiellement?
....* .... .... ....... ..... ......... ............ .


L'Union Rpublicaine, AIbi:

On comprend fort bien que l'honneur castillan
puisse exiger une victoire qui lui donne satisfaction
et qui restaure le prestige des armes espagnoles;
mais la question ne sera pas rsolue par un succs,
quelque grand qu'il puisse tre. Le mot fameux de
John Bright mot qu'il avait appliqu en premiere
ligne au cas de l'Irlande : La force n'est pas un re-
nmde, est tout aussi vrai pour Cuba.

La Rpublique du Jura, Jura:

En Espagne, on fait annoncer cette semaine en-
core, comme toujours, que les insurgs sont en
droute.
La vrit est que les Cubains tiennent les Espa-
gnols en chec. Du reste, il faut reconnatre qu'il se
dessine en France un fort courant en faveur des
Cubains, movement accentu encore par les actes
de barbarie que commettent les soldats du gnral
Weyler, surnomm la hyne espagnole et qui a
pris les measures sanguinaires que le gnral Marti-
nez Campos s'tait refus appliquer, aussi l'a-t-on
rappel.

L'Homme de Bronze, Arles:
.................................. ... ..........
Le commandant en chef Weyler essaie d'employer
la terreur. Il a ordonn que tous les paysans seront
concentrs dans les villes et les villages; defense
d'en sortir, et tout individu trouv dans les champs
est considr comme un rebelle et fusill.
Jamais une pareille terreur ne fut rpandue dans
un pays. Ces atrocits acquirent aux Cubains bien
des sympathies hsitantes jusqu'ici.

La Rpublique Librale, Arras:

Que seront les Cubains ? nous n'en savons encore
rien, car vous entendez bien que je n'ajoute pas la
moindre crance aux nouvelles espagnoles qui nous
reprsentent les Cubains vaincus tous les huit jours.
Il y a cinq mois que l'Esagne taille en pice les r-
volts tous les matins, ce qu'elle prtend, et il y a
cinq mois qu'elle est oblige d'envoyer de nouveaux
renforts; les morts qu'elle tue se portent assez bien.

Le Rveil du Dauphin, Isre:

Vous savez que tout Cubain pris les armes la
main est fusill, ce qui est dj bien coquet; mais


il parait que cela ne suffit pas au gnral Weyler,
que l'on vient d'envoyer la place du marchal
Martinez Campos, qui, lui, ne voulait pas appliquer
les traitements atroces qu'on exigeait de lui. Son
successeur, que les Cubains appellent la hyne es-
pagnole , n'a pas de scrupules, et il fusille en
masse. Il a ordonn tous les paysans de se masser
dans les villages et dans'les villes, avec defense d'en
sortir. Tout paysan rencontr dans un village sans
tre inscrit sur les registres des autorits est trait
en insurg et fusill sans autre motif hi autre forme
de procs. Ceci n'est pas discutable puisque les mi-
nistres espagnols l'ont dclar eux-mmes dans les
dpches officielles.
Evidemment, les affaires de Cuba ne nous regar-
dent pas, mais ces actes de sauvagerie rvoltent la
conscience, et les nations europennes sont souvent
intervenues chez les peuples sauvages, ou rputs
tels, pour moins que cela.

Le Petit Colon, Alger:

Nous ne sommes pas surprise de voir le gnral
Weyler qu' cette mme place nous avons dj
qualifi de monstre, inaugurer un rgime de ter-
reur contre les soldats de la Rvolution Cubaine.
On ne pouvait pas moins attendre de l'assassin de
notre compatriote Reygonbaud, don't rcemment,
au Petit Colon, nous racontions la fin dramatique,
vieillard qui fut impitoyablement fusill par ordre
de Weyler, sous l'accusation, reconnue fausse de-
puis, d'avoir donn l'hospitalit 250 partisans qui
s'taient au contraire imposs autour de sa demeure
et auxquels, expliqua-t-il vainement son juge-
bourreau, il n'avait pas pu rsister, seul qu'il tait
avec sa femme et ses enfants.
Une fois de plus, comme en Septante, quand les
Prussiens pendaient nos francs-tireurs et brlaient
vifs nos officers aprs les avoir enduits de ptrole,
l'histoire l'a enregistr, le monde attrist va
revoir la force primer le droit.
Mais les misrables ne triomphent pas toujours...
et'gare, Weyler, aux reprsailles !

Le Progrs, Lyon:
S ......... .......................
En tout tat de cause et en mettant les choses au
mieux, il (Weyler) announce lui-mme que l'insurrec-
tion ne sera pas compltement dompte avant deux
ans. Ce dlai est bien long. On calcule ds mainte-
nant qu'avant la fin du printemps la champagne aura
cot 300 millions. La dpense est de prs d'un
million par jour. Or, l'Espagne n'est pas riche, et
il y a lieu de redouter que cette situation, si elle se
prolonge, ne mette ses finances dans le plus regret-
table tat.




CARNET MONDAIN

L'existence agite des parisiennes, l'activit
qu'elles dploient pour arriver suffire aux
obligations de la vie mondaine indique chez ces
frles organizations une force de resistance que
l'apparence mignonne de leur physique ne paur-
rait faire prvoir.
La matine se passe en courses diverse, o le,
costume-tailleur rgne en matre. L'aprs-midi
est consacr aux visits, aux explorations des
salons d'art; l, la toilptte de ville s'panouit
dans toute sa splendeur, enfin, les diners et,
pendant les jours de pnitence, les concerts
classiques, runions charmantes qui permettent
d'exhiber les ravissantes crations de nos grands
prtres de la mode les attirent,
Parmi les brillants concerts de cette anne, il
faut citer celui que vient de donner, la salle
Erard. M,1'' Elise Kutscherra, l'minente canta-
trice tschque, qui fut la protagoniste des oeu-
vres de Richard Wagner. Doue d'une voix d'une
puissance et d'une gnrosit extraordinaires,
quoique d'une souplesse rare, Mlle Kutscherra
peut border sans crainte tous les rpertoires l-
gers et dramatiques; la qualit de cette voix,
merveilleusement pure, est en outre service par
une diction d'une nettet parfaite. C'est dire que
l'auditoire enthousiaste, qui avait dj eu la
bonne fortune d'entendre la grande artiste aux
Concerts Colonne, lui a fait des ovations juste-
nent mrites. Ce grand vnement artistique a
forcment attir l'attention des directeurs de nos
premires scnes lyriques. Ils ont, d'ailleurs, pu
se souvenir que Mlle Elise Kutscherra se fit en-
tendre chez Colonne, dans la version franaise
d'Alfred Ernst, de la Ttralogie, et que la jeune
cantatrice y fut splendid.
Il est just aussi de citer les artistes qui ont
tenu apporter MN10 Kutscherra l'appoint de
leur talent et don't les noms sont bien connus
des amateurs de bonne musique : Mlle Madeleine
Godard,' la brillante virtuose; M. Hermann De-
vris, l'excellent et sympathique chanteur;
M. Niederhofheim, pianist au brilliant doigt.
Le public, charm, ne pouvait se dcider i se
sparer de ces artistes exquis, qui lui ont fait
passer des heures dlicieuses.
Inutile de dire que les jolies femmes illumi-
naient de leur beaut radieuse cette fte de l'art
et que les toilettes somptueuses jetaient une note
lgante sur la note triste des habits noirs des.
hommes.
Comtesse de Tramar.

L'administrateur-grant : G. ETARD.

T1UYES. Imprimerie G. ARBOUIN, rue Thiers, 120.




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