Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: February 27, 1896
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00006
Source Institution: University of Florida
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Patrie et Libert


RDACTION & ADMINISTRATION PRIX DE L'ABONNEMENT (EN FRANCE)
S P R 86 PAYABLE D'AVANCE:
0, Rue Baudin Ire Anne PARIS 27 Fvrier 1896 N 6 u... ......... .. ........ 30fr.
27 Fv, 8 6 1 Un semestre............................ .. 15 fr.
ADRESSE TLGRAPHIQUE: ERtAL.".a3 C X-.A.mdor Un trimestre................................. 50
TE"LOPo -A L'TRANGER
PARAIT TOUS LES JEUDIS Une anne ................... .......... .. ..... fr.
Les smanuscrittre..s ne sont pas rendus .......................... .
Les manuscrils ne sont pas rendus ilN .N......o ....... 0 fr. 05o


24 FVRIER


Il y a aujourd'hui un an qu'a clat la
revolution Cuba.
L'insurrection, parties de Santiago de
Cuba, est aujourd'hui aux portes de la Ha-
vane.
Le meilleur marchal de l'Espagne,battu,
dcourag, a t rappel par le gouverne-
ment espagnol et siffl son'arrive dans
la Pninsule.
Son successeur, d'odieuse et sanglante
mmoire, n'a pu cacher sa crainte de voir
la guerre se prolonger.
L'Espagne, accule, rduite aux pires ex-
pdients, la veille de la faillite, perdant
chaque jour des sympathies qui s'en vont
aux Cubains, don't la conduite gnreuse et
loyale fait l'admiration de tous les hon-
ntes gens, n'a plus de faute commettre.
Dj des craquements bien significatifs se
font entendre et doivent donner rflchir
la Rgente et ses conseillers.
Plus d'hommes, plus de confiance, plus
d'argent, le dcouragement partout, surtout
dans les troupes envoyes l-bas, voil le
bilan.
De l'autre ct, la Rvolution triom-
phante, faisant chaque jour de nouveaux
proslytes et enseignant au monde entier ce;
que peut un people qui veut conqurir la
libert.
Voil\ ce qu'en terms aussi loquents
qu'levs a si bien dit l'autre jour notre
cher et vnr dlgu, le D' Btancs, dans
le banquet donn pour clbrer ce glorieux
Sanniversaire.
Tant de succs, tant d'encouragement -
ils viennent dsormais de partout sont
bien faits pour nous donner confiance dans
l'avenir et nous donner la certitude que l'an
prochain, aprs avoir secou le joug de la
monarchie espagnole, tous les Cubains se
retrouveront cette mme date, non plus
sujets espagnols, mais citoyens d'un pays
libre: la Rpublique Cubaine.
Du plus profound de notre coeur, nous en-
voyons un salut mu aux braves gens qui,
l-bas, luttent avec un courage et une intr-
pidit qui ne se sont jamais dmentis pour
l'indpendance de notre chre patrie. Notre
devise sera toujours : POUR LA PATRIE!
POUR LA LIBERTY!


LE DOCTEUR BTANCS


Nous sommes heureux d'offrir nos lecteurs
le portrait du docteur R.-E. Btancs, dlgu de
la Rpublique Cubaine Paris, et son premier
reprsentant en Europe.
Dvou entirement a la cause de la libert,
pour laquelle il travaille sans cesse avec ardeur
et persvrance, il a consacr sa vie a l'idal de
l'indpendance des Antilles opprimes sous le
joug tyrannique de l'Espagne.
Sa triple personnalit de savant, d'homme de
lettres et d'agitateur, ne saurait tre traite
comme il convient dans la place restreinte
don't nous pou-
vons disposer.
Nous ne fe-
rons donc que
rappeler les
traits les plus
saillants de son .
existence si bien
remplie et si
mouvemente.
N en 1830, i i
Cabo Rojo (Puer-
to Rico), il vint
de trs bonne
heure en France
pour y faire ses
tudes, et, aprs
avoir conquis les .
diplmes de ba-
chelier s-lettres
et de bachelier
Ss-sciences, tu-
dia la mdecine '
la Facult de ;.. "
Paris o il obtint ..
le grade de doc- '
teur.
Les courts loi-
sirs que lui lais-
Dr. R.-E
saient ses tudes
scientifiques, il DELEGUI DE LA R'PU
les consacrait la littrature. Il collabora
dans plusieurs journaux parisiens et notam-
ment au XIXe Sicle, lorsque ce journal
tait dirig par Edmond About, et fit paratre
la Vierge de Borinquen, conte fantastique qui
obtint un grand succs en Amrique; les Voya-
ges de Scaldado, un Hymne Borinquen,
Courtisanes, etc.
De retour Puerto Rico, au moment o le

cholra svissait dans l'le, Btancs se dvoua
aux malheureux, prodiguant ses soins jour et
nuit, partout, dans les villes et les plantations,.
jusqu' la fin de l'pidmie.
Cette belle conduite lui valut une grande popu-
larit, surtout parmi les esclaves et les dshri-
ts du pays; sa reputation et son influence s'ac-
crurent rapidement. Il en profit pour rpandre
les ides de libert, ce qui le conduisit un pre-
mier exil en 1858.
Rentr dans son pays pour la deuxime fois,
il se consacra de toutes ses forces, pendant qua-
tre annes, organiser dans l'le le soulvement
qui se produisit en 1868 et qu'on connat sous le
nom de Rvolution de Lars. Celle-ci choua;
Btancs, chef de la conspiration, fut poursuivi
et sa tte mise prix; mais le colonel charge de
l'arrter et de le faire fusiller l'avertit Maya-
gfiez quelques heures avant, et le rvolution-
naire eut le temps de s'embarquer dans un cannot
qui le conduisit Saint-Thomas.


L 'I

BLI


Aprs avoir visit les Antilles, poursuivant'
toujours son idal de libert, il vint de nouveau
se fixer a Paris, au milieu des sympathies
de ses anciens condisciples et de ses amis; il fut
dcor de la Lgion d'honneur par le gouverne-
ment franais.
Le docteur Btancs est un ardent patriote, un
grand esprit et un grand coeur, passionn pour
toutes les ides gnreuses, aim de ceux qui
l'approchent et respect mme par ses adver-
saires politiques.
Sa belle tte couronne de cheveux blancs
qui tourbillonnent l'entourant d'une aurole, sa
longue barbe soyeuse qui descend jusqu' la
poitrine, font songer la statue d'un grand
fleuve. Parfois, quand ses yeux brillent en par-
lant de la Pa-
trie lointaine, on
a l'impression
.. d'un de ces der-
viches qui vont
de village en vil-
lage, prchant la
;__ guerre sainte.,
Et c'est ce qu'il
fait, aprs tout:
sans bruit, sans
s: s'agiter dans le
vide, ce qui est
.' le dfaut de bien
c des rvolution-
Sl naires, il suit
toujours droit
'i : son chemin, sa-
chant ce qu'il
veut et o il va.
.'Trs mattre de
lui-mme, il ne
S' 'se laisse jamais
Si entraner; il voit
S' ., tout, coute tout,
A ne dit que ce
qu'il faut dire et
devine ce qu'on
Btainc ne lui dit pas.
Quand la rvo-
QUE CUBAINE A PARIS lution actuell
clata, le docteur Btancs fut dsign come
dlgu Paris, o il a travaill sans trve avee.
un admirable dvouement, ce qui lui donne en-
core de nouveaux titres l'amour et h la vnra-
tion des Cubains.
------ .^ .------

GNRAL D'ABATTOIR

Il n'est si froces que les dfenseurs de
l'ordre quand ils s'y mettent pour de bon:
la lgalit couvrant leurs actes, ils ne re-
culent plus devant rien. C'est ce qui ex-
plique les Paskivitch, les Haynau, les Ra-
detzky et les Weyler.
Ce dernier, au course de la prcdente in-
surrection cubaine, se rvla au-dessous de
la bte froce. Jusqu' ce jour, les carnas-
siers les plus carnassiers n'ont jamais tu
que par ncessit, pour obir la loi de
lutte pour la vie, aux revendications de leur
estomac ou sous l'impulsion du natural,
irresistible chez la brute. Weyler, lui, fut
cruel froid et raffina ses tortures; les
femmes surtout furent le jouet ensanglant
de ce miserable, chez qui, par un trange
amalgame psychi(ue, les ardeurs du tem-
prament mridional s'alliaient l'impassi-
bilit calculatrice de l'homme du nord.
On cite de lui des traits inous, qu'on ne
sait par quelles priphrases retracer: des
femmes livres une soldatesque effrne


violes d'abord, cela va sans dire, puis tri-
pes, vides et souilles de djections, des
enfants embrochs au bout des baonnettes.
C'est ce que ce bandit appelait faire rgner
l'ordre! La langue officielle a de ces euph-
mismes.
Tel est l'homme merite-t-il ce nom?
que le Gouvernement espagnol envoie
Cuba faire triompher la civilisation mena-
ce, parat-il, par les insurgs. Ces der-
niers ne fusillent pas les prisonniers, soi-
gnent les blesss de l'ennemi tombs entire
leurs mains, rendent mme la libert sur
parole des garnisons entires, mais ils
sont des insurgs, et, ce titre, tout est
permis contre eux.
Le premier soin du gnral Weyler, en
arrivant la Havane, a t de publier une
proclamation vouant la cour martial,
c'est--dire la mort, non seulement tous
les Cubains combattant pour la conqute de
leur indpendance, mais encore tous les
habitants souponns de les aider d'une fa-
on quelconque. C'est une loi des suspects,
concluant non 'la transportation comme
celles qui furent prsentes en France dans
les jours de reaction, mais la fusillade
sans phrase.
Quant aux residents trangers Cuba,
ils n'ont qu' bien se 'tenir. Franais et
Yankees, nombreux dans la grande le, de-
vront assister aux pires atrocits, en s'abs-
tenant soigneusement d'avoir un mot de
sympathie ou mme de compassion pour
les vjctimes.
Avec un gnralissime du calibre de
Weyler, toutes complications drivant de la
frocit et de l'arbitraire sont possibles. Les
nationaux de la rpublique nord-amricaine,
qui ont de tous le plus d'attaches et de re-
lations avec Cuba, sont de tous les plus ex-
poss aux vexations et pire encore. Subi-
ront-ils, sans protestations de leur part et
de celle de leurs compatriotes, l'arbitraire
d'un soudard enivr de sa toute-puissance?
Nous ne le croyons pas.
Lorsque Paskivitch rtablit l'ordre'
Varsovie, ce fut un cri gnral d'indi-
gnation dans, l'Europe mme monarchique.
Lorsque le Bourbon napolitain, de sinistre
mmoire, bombarda Palerme qui rclamait
une constitution, Gladstone se leva au Parle-
ment anglais pour vouer le roi assassin
l'excration du monde. Haynau, l'Autri-
chien fouetteur de femmes, fit, son tour,
dans un imprudent voyage Londres, con-
naissance avec le fouet des charretiers an-
glais, vengeant les martyrs de la Hongrie.
Et Radetzky, que ses cruauts ne sauvrent
point de la dfaite Goto, inspira Pierre
Dupont, le grand chansonnier du people,
ces vers vengeurs :

Mettons au bout de nos fusils
Les oppresseurs de tous pays
Les poitrines des Radetzky.
Weyler vaut lui seul Paskivitch,
Bourbon, Haynau et .Radetzky. Le monde
civilis, qui a protest centre ces criminals
de marque, laissera-t-il, indifferent, ce g-
nral d'abattoir accomplir sa sanglante be-
sogne?
En tous cas, et l'histoire entire le prouve,
la frocit ne replace pas le talent, le sang
fconde les vengeances, il n'assure pas la
victoire. Pendant que, dj, on fusille la
Havane et ailleurs au nom du roi de toutes
les Espagnes, la jeune Rpublique cubaine,
surgissant firement du monceau des ca-
davres et des ruines, fait flotter l'air libre
son drapeau toil.
Cosno.


~:-- :,;





LA RPUBLIQUE CUBAINE


27 FVRIER 1896.


CUBA CONTRE ESPAGNE

(Suite).


Pour rduire le Cubain l'impuissance dans son
propre pays, l'Espagne,. qui,:administre Cuba sans
mnagements, n'a eu quiklui donner des lois .lec-
torales, adroitement labores et produisant 'deux
effects: .
i' La reduction du-n.nTibre d, lecteurs;'
a .La.mnajorit assure aux:Espagnols, c'est--dire
. tauc'tolous, i ropens, qcuoiquse emuxu-ci r prsentent.
peine le 9.3 o/o de la population total de l'ile.
Pour y arriver, elle donna comme base au droit
de vote le paiement d'un impt qui parut d'autant
plus lev et onreux que, par suite de la dernire
guerre, les--propritaires cubains se trouvaient en
grande parties, ruins.
Elle a pu, de cette faon, obtenir que dans une ile
ayant i,600,ooo habitants, 53,ooo seulement poss-
dent la quality d'lecteurs, ce nombre reprsentant
la proportion de 3 o/o de la population total.
Pour donner l'lment espagnol europen une
prpondrance decisive, la loi lectorale, s'cartant.
de la rgle suivie gnralement dans les pays o le
droit de vote est subordonn l'impt, a, accord ,
l'industrie,, au commerce etaux fonctionnaires. pu-
blics, toutes les facilits dsirables, pour-.acqurir les
droits lectoraux, au prjudice-.de la.proprit fon-
cire.
Dans ce but, tout en abaissant la taxe de l'impt
territorial 2 o/o, measure rendue ncessaire. par la
ruine.du pays, on infligeait une-contribution de 25
piastres tout propritaire foncier dsirant.devenir
lecteur.
La mme loi facilitait aussi singulirement la
fraude. La simple declaration du, chef d'une mai-
son de commerce suffisait pour que ses employs
fussent considrs comme ses associs et, partant,
come ayant droit de vote.
-Nousavons eu,'de cette faon, des socits de 30
'associs et;plus.
La plupart des Espagnols rsidant dans l'ile, sont,
-:au moyen de ce stratagme, devenus lecteurs, au
.mpris du texte strict de la loi..
Ainsi, dans le district municipal de Guines, qui
compete 13,ooo habitants, il y a seulement 5oo-Espa-
gnols ou Canadiens. Et cependant, sur ses listes
Sde recensement lectoral, l'or'ne voit figure que 32
l-Cubains contre 400 Espagnols.
La proportion est donc la suivante : Cubains,
0.25 o/o; Espagnols, 80 o/o.
Mais ce n'est pas tout. Certaines operations,
telles que l'inscription ou l'exclusion d'lecteurs et
les polmiques.en rsultant, sont.soumises la.juri-
diction de la Commission Permanenme des Dputa-
tions provinciales, don't les membres sont nomms
par le Gouverneur gnral. Inutile.de dire.que la
majority est toujours de l'avis du Gouvernement.
Quand il arrive qu'un lecteur se trouve ls par
les resolutions adoptes par cette Commission, il lui
reste la resource d'en appeler au tribunal du dis-
trict. Mais ces tribunaux sont presque tous com-
poss de magistrats europens; ils se trouvent de
plus soumis l'autorit du Gouverneur 'gnral et
deviennent, dans sa main, de vritables, instruments
politiques. Citons, comme example frappant de la
faon don't ces- tribunaux font droit aux rclamations
des Cubains, le. cas qui s'est prsent: Santa-Clara.
L'lecteur qui se trouvait en tte de la liste des
rclamants ayant, au.dernier moment, omis un chif-
fre, plus de mille citoyens parfaitement qualifis
furent exclus.d'un seul coup des listes lectorales.
La mme audience a mis plusieurs fois deux
jugements diffrents:dans deux cas semblables.
En 1887, celle de la Havane,.sans tenir compete du
texte formel de'la loi; a dispens les employs du
certificate de residence qu'elle leur exigeait aupara-
vant.
Eni 885, la mme audience dclarait.que les con-
tributions feraient retour' lEtatet la municipa-
lit et, en t887, elle dcidait'le contraire. Le but
de ce changement .tait.d'exclure des listes des cen-
taines d'lecteurs.cubains. Voil comment le Gou-
vernement et les tribunaux espagnols ont cherch ,
apprendre aux colons de .l'le le respect de la loi et
la. pratique des mours lectorales!
On comprendra maintenant facilement pourquoi,
en certaines occasions, il n'y a que 3 dputs de la
Grande Antille au Parlement espagnol. Aux
: temps les plus prospres ils n'taient que six -
Trois dputs sur 427 !!!
La moyenne exacte de la representation cubaine
n'a parfois pas dpass le 0.96 o o du total des
membres du Congres:espagnol.
Quant la representation au Snat, le procd
employ son gard a encore t plus simple.
Les conditions exiges pour tre snateur ont
rendu cet emploi presque inaccessible aux Cubains.
En effet, pour faire parties de la Chambre Haute,
il faut avoir prsid soit le Snat, soit le Congrs,
tre ancien ministry de la Couronne, ou bien v-
que, grand d'Espagne, lieutenant-gnral, vice-ami-
ral, ambassadeur, ministry plnipotentiaire, conseil-
ler d'Etat, president ou procureur du Tribunal Su-
prme, de la Cour des Comptes, etc., etc.
Pas un Cubain n'a rempli ces lonctions et deux ou
troi.s seulement sont Grands d'Espagne.


En ralit, ne peuvent tre snateurs-que les Cu-
bains ayant sig dans trois Congrs diffrents, les
professeurs-d'Universit ayant quatre ans d'ancien-
net, condition qu'ils aient i,5oo pesos de rentes,'
les nobles, les anciens ,dputs provinciaux ou
maires de villes de plus de 20,000 mes, s'ils jouis-
sei.,d'un revenue de 4,000 pesos, ou s'ils patient 800
pesos- de contributions directed au Trsor.
Ce. qui porte en tout deux ou trois douzaines
le nombre des Cubains possdant les qualits re-
quises.
II s'en est suivi que les travaux parlementaires
relatifs.. Cuba ont tourn la farce.
'Les reprsentants des provinces pninsulaires ne
se donnaient mme pas la peine d'assister aux san-
ces o' se traitaient les affaires cubaines, et il arriva
parfois que le budget de la Grande Antille fut dis-
cut devant moins de trente dputs, et en presence
d'un seul ministry, celui d'Outremer. (Sance du 3
avril 1880). Soit en mettant profit les artifices
de la loi, soit en commettant- de nombreuses irr-
gularits dans son application, on est galement
parvenu priver les Cubains de la. representation
qui leur correspondait dans les corporations locales.
- Ils. en ont, souvent t compltement exclus..
Lorsque, malgr toutes-les entraves lgales et la
partialit du pouvoir, les insulaires ont pu obtenir
de passagres majorits, le Gouvernement a russi
en annuler le succs.
Le parti autonomiste eut une seule fois le dessus,
dans la Dputation provincial de la Havane; en
cette mme occasion,,le Gouverneur gnral conm-
posa d'Espagnols la majority de la Commission per-
manente, don't les opinions avaient t jusqu'alors
sensiblement les mmes que celles de la Dputation.
C'est par des procds semblables que les Cubains
ont mme pu tre exclus des assembles municipales.
Disons seulement que, d'aprs la loi, la charge la
plus onreuse des contribuables municipaux, les
derranas, ne doit pas figure dans la computation
des quote-parts de l'impt.
Les majorits composes d'Espagnols s'empres-
sent de fire retormber lourdement ce fardeau sur le
propritaire cubain. Celui-ci est, ainsi, aussi mal
partag comme contributions que comme droits de
vote. C'est'grce cela que nous avons eu dernire-
ment,' la Havane, un Conseil municipal ne renfer-
mant pas un seul Cubain.
En 89i, les Espagnols avaient l'avantage du nom-
bre dans 31 municipalits, sur les 37 que compete la
province de la Havane.
'Le conseil municipal de Guines, ville de 12,500
habitants, ne comptait pas un seul Cubain parmi ses
membres.
Vers la mme poque, il n'y avait que trois dpu-
ts de l'ile dans la dputation provincial havanaise,
deux dans celle de Matanzas, trois dans celle de
Santa-Clara.
Ce sont cependant les regions les plus .peuples
de Cuba.
Comme, d'autre part, c'est le Gouvernement de la
Mtropole qui nomme les employs, tous les posters
lucratifs, tant comme influence-que comme avan-
tages et representation, sont accapars par les es-
pagnols europens. -- Gouverneur gnral, gou-
verneurs igionaux, gouverneurs de. province, in-
tendants, contrleurs, comptables, trsoriers, -di-
recteurs des communications, directeurs des douanes,
chefs d'administration, gouverneurs et sous-gou-
verneurs de la Banque d'Espagne, secrtaires d'Etat,
presidents d'Audiences et de Cours, magistrats,
procureurs, archevques, vques, chanoines, curs
de paroisses riches, tous, sauf de rarissimes excep-
tions, sont des espagnols d'Espagne. On reserve
aux cubains des places d'expditionnaires dans les
.bureaux.
A eux les grosses besognes et les appointments
drisoires.
La province.de Matanzas a eu vingt gouverneurs
de 1878 ce jour, don't dix-huit expagnols et deux
cubains.
Mais, ces derniers taient : l'un le gnral Acosta,
militaire au service de l'Espagne, qui avait combattu
ses compatriotes, et l'autre, M. Gonzalez Mufioz, un
bureaucrate.
Dans la province de la Havane il n'y a eu, pen-
dant toute cette priode, qu'un seul gouverneur
cubain de naissance, M. Rodriguez Batista, qui avait
Spass toute sa vie en Espagne o il fit et continue sa
carrire administrative. Quant aux autres pro-
vinces, il est peu probable qu'elles aient jamais
possd un gouverneur n dans l'ile.
En 1887, on cra, 'au ministre des colonies, un
conseil d'Outremer. Pas un seul Cubain n'en fai-
sait parties. On a pu, par contre, admirer parmi
ses membres les gnraux Armi5an et Pando.
Mais l'mpire du gouvernement ne s'arrte pas l.
Il exerce la plus forte pression sur les corpora-
tions locales.
Dans certaines dputations provinciales, don't les
moyens d'action sont dj fort restreints, c'est le
Gouverneur gnral qui nomme le president et tous
les membres de la Commission permanent.
Il existe des municipalits lues d'aprs un loi
ractionnaire datant de 1877, et que M. Canovas a
soigneusement revue, corrige et augmente, lors-
qu'il s'est agi de l'appliquer Cuba. Le Gouver-
neur gnral nomme lui-mme ses maires, qui peu-
vent ne pas appartenir la corporation; quant aux


'secrtaires, ils sont nomms par les gouverneurs de
province.
Les maires, le gouvernement se reserve le droit de
lesdestituer ou de les remplacer; il peut, quand
bon lui semble, suspendre les conseillers et les' mu-
nicipalits, partiellement ou en masse. Il a sou-
vent us de ce droit, pendant les.'priodes lecto-
rales, toujours, -bien entendu, au prejudice des
Cubains.
La politique astucieuse de l'Espagne a donc tout
prvu.
Le pouvoir se trouye en enter dans les mains du
Gouvernement de Madrid et de ses dlgus dans la
colonie et, pour donner son 'despotisme un lger
cachet de rgime reprsentatif, l'Espagne a su, par
d'h'biles lois, se concilier des majorits complai-
santes, au sein des diffrents milieux lectoraux.
Elle a, en cela, trouv un puissant appui auprs
des immigrants europens qui, moyennant de con-
tinuels avantages, ont toujours soutenu le gouver-
nement de la Mtropole.
L'existence d'un parti espagnol, come nagure
celle d'un parti anglais au Canada, a constitu la
base de la domination de la Pninsule Cuba. -
Un regime de castes, avec sa squelle de rrtonopoles,
de corruption, d'immoralits et de haines, s'y est
implant au nom de la loi et sous les auspices du
Gouvernement.
Les luttes politiques, loin d'tre le choc fcond.,
d'ides opposes ou la polmique pacifique d'hommes
aux tendances contraires, mais merchant d'accord
la, recherche des rformes sociales,, n'ont :t que le
combat de factions hostiles, le duel d'ennemis achar-
ns, prcurseurs sombres de la guerre sans merci.
L'espagnol resident n'a voulu voir dans la plus
lgre protestation du Cubain, qu'une menace,
qu'une attaque sa situation privilgie o se cimen-
tent son influence, sa fortune et son pouvoir. Et
toujours il'a voulu les touffer.par la perscution et
les outrages!
Enrique Jos'-Varona,
Ex-dput. aux Corts.
New-York, le 23 octobre 1895.
(A suivre.)

------ *- -------

CONTRASTE

:Enparlant du conflict avec les Etats-Unis, la
Westminster Gazette, de Londres, dit
L'Anglais vcit dans l'avenir la runion de sa race.
Nous ne combattrons pas entire nous tant menacs
par tant de dangers de toutes parts.
Si le Canada veut entrer dans la confdration des
Etats-Unis, nous ne lutterons pas contre nos frres.
C'est le language d'un people libre, fort, riche
et grand.
El Imparcial de Madrid
Nous ne voulons pas mme discuter avec ceux qui
ne reconnatront que le systme antrieur la.guerre
tait bon. Quand la guerre finira, quand ladloy-aut
et la trahison seront chties, alors nous verrons ce
qui convient l'Espagne.
C'est ainsi que parole une nation impuissante,
pauvre, babarre qui est encore au seuil de la ci-
vilisation.
.Le contrast entire le language des Anglais et
celui des Espagnols suffirait, s'il n'y avait pas
tant d'autres raisons, pour expliquer la conduit
si diffrente du Canada et de Cuba envers leurs
mtropoles.
.-------"- h i-----


BMnquet fl^ rMvolutionnaires cubains


Nous reproduisons ci-dessous, d'aprs
notre confrre l'i transigeant, du 25 f-
vrier, le compete rendu du banquet, et, nous
adressons nos remerciements les plus cha-
leureux M. Henri Rochefort, pour sa lettre
si sympathique et si pleine de coeur.
Hier soir, a eu lieu au restaurant Marguery un
banquet organism, par la colonie cubaine de Paris
pour fter l'anniversaire de la revolution qui, depuis
un an, jour pour jour, tient tte . .toutes les forces
de la monarchie espagnole.
Jamais runion n'a t la fois plus courtoise et
plus anime de l'enthousiasme de la libert. Au des-
sert, notre ami, le docteur Btancs,'qui la prsidait
patriarcalement, donne la parole notre collabora-
teur Cosmo, qui exprime les sympathies de la 'rdac-
tion de l'Intransigeant pour les braves luttant afin
de conqurir non des places mais la libert, et qui
donne lecture de la lettre suivante :
Lettre d'Henri Rochefort

Mon cher ami,
Vous savez comme je m'appartiens peu el quel
travail impossible interrompre me retient au
journal et me rive mes articles; mais je ne
veux pas laisser passer ce grand jour du 2.~ f-
vrier, anniversaire de deux revolutions : rvo-
lution franaise et revolution cubaine, sans vous
prier d'exprimer, en mon nom et au nom de tous


les rpublicains mancipateurs des peuples,
quel point je suis de tout mon ceur et de tous
mes voux les efforts hroques de nos amis de la
grande le.
Dj, aprs mon vasion de la Nouvelle-Chi-
donie, en J874, j'ai confr, a New-York, avec
plusieurs chefs de l'admirable revolution de
1868. Je n'ai cess, partout o il m'a t donn
d'crire, de crier aux nations europennes :
Pensez aux Cubains
Aussi ai-je accueilli avec une joie profonde
l'clatant movement qui date d'unn an ;j'li et
don't chaque jour rapproche nos amis .du triom-
phe final etinvitable.
Nous salerons de cris d'enthousiasme et de
victoire' la proclamation de leur libert, don't leur
nergie, leur persvrance et leur bravoure les
ont rendus si dignes.
Rptez-leur que nous ne les abandonnerons
jamais et embrassez, pour moi et pour nous
tous, mon ami, le brave et loyal docteur B-
tancs.
Vive la revolution cubaine!
Henri Rochefort.
Des discours vibrants sont prononcs successive-
ment par led'Dominici, par M. Alfonso Preciado qui,
au nom des Cubains, remercie le rdacteur en chef de
l'Intransigeant de son concours, par"MM. Isaac et
Gerville-R.C,.h. pu', notre -ami :Ernest Roche rap-
proche loquemment les deux dates 'de la revolution
franaise du 24 fvrier 1848 et de la revolution cu-
baine du 24 fvrier 1895,
Comme nous, dit-il, on vous souifette de l'pi-
thte de rvolts. Acceptons-la.,et glorifions-nous-
en, car tous ceux devant qui la postrit s'incline
reconnaissante furent des rvolts.
Le citoyen Amilcare Cipriani salue la petite le qui'
donna au monde un si grand example d'hrosme.
Puis, le docteur Btancs, aprs avoir remerci les
amis de l'indpendance cubaine de leur concours,
prononce un discours plein la fois de verve et
d'loquence mue que nous regrettons vivement, vu
le manque de place, de ne pouvoir reproduire. Il
fait ressortir l'analogie frappante entire la revolution
franaise de fvrier 1848, qui 'abolit l'esclavage, et la
revolution cubaine, revolution bien plus d'amour
que de haine, qui s'attaque non au people espagnol,
mais la tyrannie de son gouvernement.
Il remercie la Rpublique franaise de son hospi-
talit envers les Cubains et porte un toast son pr-
sident.
A l'issue de cette belle soire, notre ami\'Cipriani
propose un ordr du jour, acclam d'enthousiasme,
exprimant les sympathies de l'assistance.'aux deux
Garibaldi de Cuba, G6mez et Maceo.


Dans Le Jour, nous trouvons la superb
proraison suivante de M. Ernest Roche :
On vous soufflette, comme nous jadis, de
l'epithte d'insurgs. Soyons-en fiers, nous
sommes en bonne compagnie: Spartacus tait
un rvolt de l'esclavage. Galile un rvolt de
la science; Blanqui, Proudhon, furent aussi des
rvolts.
Je salue votre victoire prochaine, votre dra-
peau, l'toile solitaire, qui porte dans ses plis
tant de fiert mlancolique. Je salue ces combat-
tants qui donnent au monde et la civilisation
cet example sublime d'un petit people, grand
jusqu' l'hrosme, sachant lutter, souffrir, mou-
rir pour la:plus noble des causes, la libert, la
dignit, l'indpendance, sans lesquelles la vie
ne vaut pas qu'on la support.
Au nom de la Prance rpublicaine, au nom
'de la Rvolution mancipatrice des peuples, jo
bois Cuba, a ses dfenseurs, ses martyrs!

--------^6 OL------

Discours fde Monsieur le :Mteur BLTANGS

Amis, patriots et compatriotes,
Je vous remercie tous d'tre venus fter ce
premier anniversaire de la revolution cubaine.
C'est un bonheur de voir la justice de la cause
que l'on dfend consacre par la presence d'hoim-
mnes comme vous, et par l'adhsion de citoyens
aussi populaires que M. Rochefort.
Je voudrais remercier chacun de vous, l'un
aprs l'autre, en inscrivant vos noms sur le car-
net des patriots; mais je prfre laisser i quel-
ques enrags de Madrid le soin de racontar les
choses leur manire :
Une bande de deux cents insurgs, un ra-
massis de ngres-marrons, de sauvages et de
bandits, aprs avoir mis au pillage le restaurant
Marguery, se sont tablis au haut d'une mon-
tagne inaccessible, occupant, dans une position
formidable, une immense grotte que, dans leur
folle prsomption du triomphe, ils avaient pa-
voise de drapeaux la belle toile, appele par
eux l'Etoile solitaire. Le 24 fvrier, ils ont t
surprise, attaqus par trois gardes civils hiroques


_ Lic







27 FVRIER 1896.


LA RPUBLIQUE CUBAINE


et dlogs de leurs positions. Vers minuit, aprs
un combat de quatre heures, ils taient disper-
ss et poursuivis la bayonnette aux reins. Ils ont
laiss cinquant( morts sur les boulevards. Le
reste, pour se sauver, s'est divis en quatre
groupesqui sont alls se rfugier rue Campagne-
.Premire, 17 bis (o ,demeure le snateur Isaac);
ruie Claude-Bernard, 6 chezz le dput Gervilte-
Rache); rue Chabanel., 10 chezz le rvolution-
naire it ilien Cipriani), et le group le plus fort,
rue Montmartre, 142 (imprimerie de l'Inlransi-
geant), o ils se sont mis sous los ordres de Rb-
chefort. Les trois gardes civil hroques sont en
train de les exterminer.
Dernire heure.- Rochefort a t tu. L'Ex-
trieure a gagn trois points .
Laissonis-leur ce plaisir et rservons-nous la
joie de voir ici reprsente toute l'chelle dmo-
cratique, depuis l'tudiantjusqu'atu snateur, d'y
voir des membres des deux Chambres franaises,
des reprsentants de la press parisienne et aussi
de l'Italie latine qui saura bien, nous n'en dou-
tons pas, ramener elle l'Italie allemande, des
enfants de l'Amrique du sud, depuis le Chili
jusqu'au Mexique, et, enfin des patriots cubains
et portoricains, don't je me garderai certes de
dire les noms, pour ne pas livrer leurs families
aux fureurs de cette espce de bourreau alle-
mand. Weyler, que M. Canovas a envoy centre
nous et qui a dj tu une fois MAximo Gomez et
Mace. Cet ogre-l fera come les autres. Vous
savez qu'il n'y a pas unr seul- sous-lieutenant de
l'arme espagnole qui, dans ses rapports officials,
n'ait eu la gloire de battre, de poursuivre et de
tuer plusieurs fois nos deux chefs, tout en leur
laissant-le pouvoir, aprs leur mort, d'incendier
les stations de chemins de fer, de s'emparer des
armes emmagasines dans les casernes et d'em-
mener les convois remiss dans les villes atta-
ques par eux.
Je vous remercie bien, vous tous.
J'ai le devoir aussi, bien doux d'ailleurs rem-
plir, de rendre hommage au people qui nous
donne l'hospitalit. La grande et glorieuse exile
de la Lirraine et de l'Alsace a appris a souffrir'
les angoisses de la proscription, et elle accueille
avec bont les exils' qui ont lutt, qui luttent
encore et qui lutteront toujours pour le droit
centre la force et pour la liberty contre la ty-
rannie.
La France, Messieurs, clbre .aujourd'hui,.
comme nous, une date historique et il est bon
de signaler ce point de contact. La Rvolution
Fiancaise de fvrier 48 et la .Rvolution Cubaine
de fvrier 95 descendent de la mmc mre et, si
elles ne sont pointsoeurs, elles sontp.ou le moins
cousins germaines.
La Revolution de 48,: en effet, a laiss trois
foundations -dont on. peut dire que, pour le
bonheur du people, elles ne s'crouleront plus
jamais: l'abolition.de l'esclavage avec Schoelcher,
le suffrage universal avec Ledru-Rollin, et le droit
d'association avec Louis Blanc.
Cu'ba et Porto-Rico ont lutt de longues annes
pour rsoudre le problme de l'abolition et, ds
1792, sous l'influence de la rvolution-mre, le
bloc de 89-93, nous y trouvons des conspirateurs
qui prparent l'abolition de la traite ; ds 1848,
il se forme dans les deux miles des socits .se-
crtes, don't les membres jouaient tout simple-
ment lPurs ttes, pourla redemption des esclaves,
et enfin, en 1867, les grands propritaires
croles envoys Madrid la Junte d'informa-
tions , prside par ce mme premier ministry
quipropose aujourd'hui de les exterminer, les
Sdputs croles, dis-je, rclamrent l'abolition
de l'esclavage avec ou sans indemnity. Les
grands hommes d'Etat de l'Espagne ne se te-
naient pas.de rire en face de ces navets. Ils
renvoyrent les dputs dos c dos dans leur
pays, et la chatne d'infamie fut rive par un
bout aux pieds de l'esclave et par l'autre aux
pieds du maitre. Et l'on s'tonne qu'ils emboitent
'si bien le pas aujourd'hui Ceci se passait, ai-je
dit, en 1867.
En 1868, la revolution qui fut le commence-
ment de celle-ci, et qui dura dix ans, clata dans
les deux les, et elle inscrivit la premiere page
de sa Constitution : Tous les habitants des deux
Antilles sont libres et gaux devant la loi. De
meme. en 48, le (;ouvernement Provisoire avait-
'il dcrt :
Le sol franais ne sera dsormais foul que
par des homes libres.
Je vous demand pardon de revenir sur une
question depuis lqngtemps juge, l'abolition de.
l'esclavage impose l'Esi:agne par les croles;
mais c'est un point d'histoire qu'il imported en-
core d'claircir.
Dans un banquet clib:';, il y a quelques


annes, L'Ul.nion Latine, j'ai entendu M. Leroy
de Beaulieu affirmer, devant un auditoire de
deux cents personnel qui paraissaient des hom-
mes clairs, qu'en 1868, l'Espagne avait t
oblige d'envoyer Cuba deux cent mille
homes pour' imposer aux propritaires croles
l'abolition de l'esclavage.
Et voil justement comme on crit l'histoire.
Quant au suffrage universal, nous marchons sa
conqute par l'indpendance ainsi qu' celle du
droit d'association et des liberts ncessaires.
Je ne veux pas prolonger cet entretien et rap-
peler les affinits de caractre entire croles et
franais, affinits qui se retrouvent d'ailleurs
dans toute l'Amnrique Latine. C'est que Paris est
pour nous, une espce de Ville Sainte sans
la religion o nous venons chercher les inspi-
rations littraires, les enseignements de la science,
les progrs de l'industrie, les relations commer-
ciales et p.rf,.-: pourquoi ne pas le dire? les
joies faciles de la vie indpendante. La France
nous blouit de ses splendeurs de toutes sortes,
elle excite nos sympathies les plus vives, et,
come nous sommes dj.prs de cinquante
millions d'habitants, s'il est vrai que Dieu pro-
tge les bons quand ils sont plus forts que les
mchants, eh bien l'avenir est i elle, la
France et h nous, si nous savons ma'rcher en-
semble.
Encore quelques mots, Messieurs, onr conti-
nuant le rapprochement, pour vous donner une
ide de notre revolution telle que je la com-
prends.
Revolution du mpris disait Lamartine en
1848. Un.de nos grands penseurs, Enrique Jos
Varona, a dit de 1895 Cuba, revolution du d-
sespoir ; nais le dsespoir est une passion nga-
tive. Or, quand on nie, on a toujours l'air dle
reculer, et nous, nous voulons aller de l'avant.
Malgr le despotisme impie qui a pes sur nous
pendant quatre sicles, non, ce n'est pas le d-
sespoir qui nous pousse. S'il m'tait permis de
concilier deux terms qui paraissent incompati-
bles, je dira's plutt: Rvolution d'amour.
Le premier rsultat le noir libre le
prove; puis, coutez ceci:
Le grand 'aptre, le grand organisateur, le
matre des mattres, pote et homme d'action,
Marti, ne pronona jamais une parole de haine.
Il donna la Rvolution une Constitution si
forle que l'pe du premier des gnraux espa-
gnols n'a p1as pu lbranler, et il 'ne se conternta
pas de ce travail : il voulut cimenter de son sang
son euvre d'indpendance, il se jeta dans la
mle et, au combat de Los Dos Ri'os, il tomba,
tenant d'une main son pe et pressant de l'autre
sur son cour l'image sacre de sa bien-aiic :
Cuba libre.
Voulez-vous une autre preuve:
Lisez les lettres de ceux qui vont mourir. Le
jour o ils vont tre fusills, ils crivent leurs
femmes, leurs mres, leurs enfants:
Glorifiez-vous, rjouissez-vous, je vais mourir
pour Cuba libre
Toujours Cuba libre! Et chaque jour apparat
un nouveau Curtius qui se jette dans le gouffre
pour sauver la patrie.
Mais coutez encore : C'est le noble .et vaillant
gnral Calixto Garcia Ifiiguez, qui command
l'expdition' board du vapour IIawklins. Par un
froid glacial, aprs une nuit noire, le jour com-
mence a poindre, et l'on sent le navire qui couple
bas. Rien l'horizon. Aprs mille efforts inuliles
pour vider la machine envahie par l'eau, aprs
avoir je't h la mer le carbon, les meubles, les
provisions, tout, except les armes il y Cn eut
qui-proposrent de sacrifier les homes, de se
jeter l'eau un un afin dle sauver peut-tre les
fusils i. ceux qui se battaient li-bas ces jeunes
homes, l'lite de la socit cubaine, embras-
saient les caisses qui renfermaient l'armement,
s'attachaient elles et... rien a l'horizon.
Enfants, s'crie alors Garcia, mourir ici ou
mourir sur le champ de bataille, c'est tout un :
c'est toujours mourir pour Cuba. ,,
Et un cri formidable part alors de toutes les
poitrines :
Vive Cuba'libre
Le Vengeur, lui aussi sombrait, et vos marines
criaient :
Vive la Rpublique
Ne vous disais-je pas que nos deux rvolutions
taient cousins germaines?
Puis, par une espce de prodige prcurseur du
triomphe dfinitif, des voiles apparaissent, des
golettes s'approchent...
Dix braves ont pri et, parmi eux, un chimiste
franais. Ils sont all:s au fond des eaux, comme
s'ils avaient voulu former une. garde au repos,
autour des a:m' s qu'ils n'avaient pas pu sauver.


Je termine, Messieurs, par, une sorte d'invo-
cation.du.pote de la Man'gUia. Nous ignorons
encore son nom, quoique ses strophes nous soient
parvenues.
Qui chante-t-il? Vous le devinez; la femme
crole, personnification de Cuba libre. Je tra-
duis :
Oui, oui, noble adore, je te veux. Je te
veux avec tes yeux clatants comme des toiles
et tes lvres de pourpre, plus pures que le
carmin des roses ; mais je te veux aussi por-
tant au cceur le pardon pour l'ennemi et l'amour
de la patrie.
Je me dis, moi : Nous pardonnons, donc nous
triomphons.
Et, si maintenant vous me dites que notre r-
volution n'est pas une revolution d'amour, vous
conviendrez au moins avec moi que c'est une
revolution de justice et de dignit.
C'est en raison de ces principles suprmes, si
bien reprsents en France par le fils du people,
le ferme rpublicain, le dmocrate sr, le pa-
triote inbranlable, c'est aussi en raison de notre
gratitude pour l'hospitalit que nous recevons,
qu'au nom de Cuba libre je me permits, dans
cette runion prive, de porter un toast
M. Flix Faure, president de la Rpublique fran-
aise.
------ '------

RECEPTION

Le comte Emmanuel d'Almeda, nouveau mi-
nistre plnipotentiaire de la Rpublique Domini-
caine Paris, a prsent, le 19 courant, en au-
dience officielle, ses lettres de crance M. le
president de la Rpublique.
M. Mollard, directeur-adjoint dii Protocole,
tait all prendre l'htel de la lgation, rue lde
Balzac, le nouveau ministry/ plnipotentiaire,
dans une voiture de la prsidence.
A 4 heures et demie, M. d'Almeda, escort
d'un peloton de cuirassiers, faisait son entre
l'Elyse o les honneurs militaires lui taient
rendus par une compagnie.
Reu par le commandant de Lagarenne, offi-
cier de service et par le capitaine Bouchez, com-
mandant du palais, il a t immdiatement:in-
troduit dans le salon.dor, auprs du president
de la Rpublique ayant, ses cts, le gnral
Tournier, secrtaire gnral de la prsidence.
L'entrevue, trs cordial, a dur environ vingt
minutes, t, le comte d'Almeda a t reconduit
l'htel de la lgation avec le mme crmonial.
Nous envoyons nos meilleurs souhaits de bien-
venue au sympathique reprsentant de ce vail-
lant pays.
-------...^,Bi---------..

DRAPEAU CUBAIN DCHIRE

L'Eclair d'hier public l'information sui-
vante :
Espagnols au Pe P Pi ariisien . Uzn pa-
tr.iotisme bien e:rhubrant.
-Ilier soir, neuf heures et demie, un group de
jeunes gens d'origine espagnole a provoqu un inci-
dent dans la salle des dpches du Petit Parisien.
Un modle du drapeau adbpt par les insurgs
cubains y tait expos.
C'est un spectacle que ces jeunes gens n'ont pas
voulu tolrer. L'un d'eux s'est empar du drapeau
et l'a dchir; il en a distribu les morceaux ses
camarades qui criaient : Vive l'Espagne! Vive la
France A bas Cuba
Le gardien.de la salle a requis. des agents qui ont
arrt le coupable, un ouvrier tailleur. du nom de
Franois Couricl. M. Archer, le commissaire de po-
licedevant qui il a t conduit hier, a dress procs-
verbal et l'a laiss provisoirement en libert.
Les. manifestants se sont ensuite rendus l'anr-
bssade d'Espagne. Le reprsentant de leur pays'les
a reus et les a engags au calme., Ils sont'aussi. ve-
nus nous voir parce que, nous ont-ils dit, nous
ne voudrions pas que l'on fit courier le bruit que
nous tions ivres' .
Ils ont invoque l'ardeur de leur patriotism pour
s'excuser d'avoir mconnu la loi franaise qui dfend
de porter-atteinte au bien d'autrui et de s'tre ainsi
rendus passibles d'expulsion.
Si demain des Cubains lacraient un drapeau es-
pagnol qu'y pourrait-on, si l'on n'avait pas fait res-
pecter la loi par les Espagnols ? Le patriotism a se
enthousiasmes, mais l'hospitali: a ses devoirs. Les
perturbateurs auraient pu y- penser.
.Les. apprciations de L'Erlair', sont abso-
lument justes quoiqu'insuflisantes pour nous.
Nous avions voulu jusqu' ce jour ne pas con-
fondre le people' espagnol avec ceux qui le gou-
vernent. Etant donn la quality ou plutt le
manque dequalit de l'individu arrt avant-hier
et laiss provisoirement en liberty, nous ne pou-


vons plis tablir de distinction. Si, cela, nos
lecteurs et nos amis ajoutent les injures et les
menaces, toutes anonymes d'ailleurs, que"
nous recevons quotidiennement, ils compren-
dront que, la patience ayant des bornes, nous
nous trouvions dans l'obligation de sortir de
notre reserve habituelle.
Nous n'avons pas rechercher les raisons qui
ont peut-tre oblig ces individus vivre en
dehors de leur pays ; mais ce que nous pouvons-
,dire, c'est que les voyous qui se sont livrs cet'
acte de vandalism sont des imbciles, des maGl
faileurs et des lIches.
Des imbeciles: parce qu'en agissant ainsi, ils
ne pouvaient nous rendre un plus grand service,
Des malfaiteurs : parce que violer un endroit
public comme la salle des dpches du Pelit
Parisien, ouvert a tout venant et plac sous la
sauvegarde du public, est pire que crocheter une
serrure. Il y a d'ailleurs un proyerbe qui dit que
qui le plus peut, le moins. Nous en doutons
moins que jamais.
Des lches : parce que, quand on.est vraiment
patriote, il ya une vritable et effective faon de
le prouver dans le cas ilui nous occupe, c'est de
prendre du service pour Cuba; et n'ayez crainte,
sinistres voyous, le ministry de la guerre espa-
gnole, qui ne peut plus choisir, vous accueillera
bien. Oui, mais; c'est que voil, il pleut du plomb
' Cuba, et ces lches malfaiteurs n'en ont cure.
Ldches encore parce que, craignant les repr-
sailles 'e la foule, ils se sont empress de crier
avec: Vive l'Espagne, Vive la France. Garden
vos vivats, misrables, nous les ddaignons ; e
quant vous, nous vous mprisons.
Et puis, que dire de cet extraordinaire embas-
sadcur qui a reu ces-malfaiteurs et qui, ne, trou-,
vant pas une parole de blme, les a seulement.
engages au calme... A nous autres, insurgs,
les convenances et les devoirs de l'hospitalit,
nous font un devoir de ne pas dire ce que nous
pensions d'un pareil procd; mais nos lecteurs,.
eux, sauront lire entire les lines.
Il est possible que de pareilles' mours aient
couirssure les bords du Manganars; ici, chez un
people civilis, elles ne peuvent tre acceptes;
et, tant que le people espagnol n'aura pas su
s'aflranchir d'un gouvernement qui le met
l'index des nations civilises, nous les confon-
drons dans un mme mpris.
On a souvent dit que la Turquie devrait dispa'
raitre de la carte d'Europe.
Nous croyons fermement que la civilisation ne
pourrait, que gagner i vair aussi .les Espagnols
retourner dans le pays leur anctres, qui,-
eux au moins, avaient leur grandeur.
Allons, Monsieur le Prfet de police, vous-qui'
avez dji tant fait pour la salubrit de Pdris; ne
vous arrtez pas en si bon chemin et jetez-nous
tout a la basur'a.

C'est par erreur que plusieurs journaux',ont.
annonc que ce drapeau avait t pris aux Cu-
bains. C'est une copie exact et rduite du dra-
peau cubain que nous devons la gnrosit de
notre -ivi'rable dlgu, M. le docteur Btancs.
D'ailleurs, les, ddeppches espagnoles n'ont ja-
mais parl d'aucun drapeau pris aux Cubains, et
ce serait, dans tous les cas, singulirement ho-
norer .une trophe, que de l'exposer h semblable
souillure.


GUERRILLAS

Le .New-York Ilerald announce que le docteur
Ruilio s'est joint aux insurgs avec 900 hommes,
et ajoute : M.'Rubio est un autonomiste re-
connu pour l'homme le plus minent de la pro-
vince de Pinar cel Rio.
Voilh un blond (Rubio signifie blond) que les-
Espagnols voulrom;t fire passer pour plus que
brun, car il est entendu que tous'les insurgs
sont noirs.
En tous cas, cher docteur, si c'est vous qui-
dtes le ngre.,., continue.


Avis aux collectionneurs :
L'Eclair vient.de publier le portrait de Wey-
ler. Celui de Voignier paraitra prochainement.


Les journaux espagnols viennent dle tuer en-
core Antonio Maceo.
Mais il parait que cette fois c'est vrai et la
preuve c'est... qu'on envoie :0,000 hommes de
renfort.


D'apr,"s une dp&hc de Madrid du 16 fvrier,-
le gnral Boum (Weyler) ordonne que le:; rol-
porteurs de fausses noucelles, rcelatl'eimi.t
la gterre, seront jugs militairement.
Quel a ildon t, jusqu'h ce jour, le prin,-ipal






LA RPUBLIQUE CURAINE


27 FVRIER 1896.


-sinon l'unique colporteur de ces'lfausses nou-
velles, si ce n'est [le Gouvernement espagnol
lui-mme? Mais, mon pauvre gnral Boum, si
les craies nouvelles de la guerre sont communi-
.ques sans tre un peu... arranges, toi aussi -
pardon de la familiarity tu seras rappel par
cble avant un mois.
Et puis, a arrive un. peu comme les carabi-
niers de l'oprette d'Offenbach : Tou-jours trop
tard. Il est vrai que les Cubains, eux, arrivent
toujours trop tt au grjdcs Espagnols.

Du lieraldo :
La colonne Martin, poursuivant la bande de Sera-
fin Sanchez, rencontra un dpt de 120 chevaux et
tira sur l'ennemi.
Le Iferaldo oublie de dire si les chevaux ri-
postrent.

La saison des pluies adj commenc'en Es-
pagne: dans ce beau pays privilgi, il tombe
des giboules de bolides. ,
Enfonc, le Midi

Le gnral Weyler a grande confiance dans le zle
prouv
(Quand donc?)
des marines espagnols. Si les ctes sont bien gardes,
dit-il, les expeditions n'arriveront pas,
(O La Palice!)
et l'ennemi en prouvera un grand prjudice...
(Vous croyez ?)
Si, si..... Si, ma tante....

Le correspondent du Heraldo, . la Havane,
tlgraphie:
Avec les renforts qui vont arriver, on former de
nombreuses colonnes dans le but de pdursuivre
constamment l'ennemi jusqu' ce qu'il se rende ou
se dissolve.
Les insurgs sont solubles, parat-il. Ce cor-
respondant doit tre chimiste.

Non, c'est dcidment un mathmaticien, car
il dit plus loin :
Nous vaincrons, parce que nous devons vaincre.


LA PRESS FRANAISE
Et la Guerre de Cuba

Le Monde Economique :
SLa situation de l'Espagne Cuba notrs:parait trs
mauvaise raison de ses embarrass financiers., On
arrive augmenter l'arme au point de Ja porter
140.ooo hommes, et on aura compltement puis la
dernire centaine de millions de francs don't on dis-
pose, vers la fin de mai, tandis que le nouveau vice- -
roi, M. Weyler, dclare ne pas pouvoir pacifier l'ile
en moins de deux ans.
Peut-tre permettra-t-on la Banque espagnole de
la Havane d'mettre encore plus de billets. Elle en a


dj mis pour un milliard de. francs, en mme
temps que sa reserve d'argent diminuait, pendant la
dernire anne, de plus d'une soixantaine de mil-
lions:, d'autre part, les provinces ne fourniront
gure de recettes, car elles sont en grande parties ap-
pauvries, et, en tout cas, les insurgs ont presque
entirement empch la culture des plantations de
sucre, de caf et de tabac. Dj, avant l'insurrection,
l'ile avait un deficit de plus d'une vingtaine de mil-
lions de francs par an et, dans la dernire anne, les
douanes n'ont pas mme pu couvrir l'intrt et
l'amortissement des intrts de l'emprunt de 1886.

Le Petit Parisien illustr :
L'Espagne aurait besoin de beaucoup de diamants
de cette valeur pour combler le deficit de ses fi-
nances. L'insurrection de Cuba lui cote autant de
millions que l'expdition d'Abyssinie. en cote
l'Italie. Et elle ne parat pas prs de prendre fin.
Le Temps
Dans l'ordre d'ides mi-politiques, mi-financires,
le gouvernement aura demander, soit par impts,
soit autrement, des resources extraordinaires pour
la guerre de Cuba, qui s'annonce, malgr le grand
effort fait dernirement, comme une longue guerre.

L'Intransiigeant :
Weyler triomphe sur toute la line : c'est entendu.
Nanmoins, le gouvernement juge indispensable
d'envoyer de nouvelles troupes dans le gouffre cu-
bain, qui ne tardera pas les dvorer comme les
prcdentes.
De nombreux renforts allant Cuba ont quitt
Bilbao.

Le Progrs du Cantal, Aurillac :
Les choses se gtent Cuba, o les Espagnols sont
en train d perdre la perle des Antilles.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . ...

Gazette du Centre, Limoges :

Quant l'Espagne enfin, il est dsormais hors de
doute qu'elle est la veille de perdre Cuba. Lors-
qu'un homme comme le marchal.Campos, dclare
lui-mme, aprs six mois de luttes, que l'Espagne
doit cder, c'est--dire faire des concessions aux in-
surgs, il faut l'couter, sous peine de rsultats au-
trement pnibles pour l'orgueil espagnol.

Le Petit Provenal, Marseille :
Si la situation des Italiens en Erythre me-
nace d'tre dangereuse pour la monarchie de Sa-
voie, la situation des Espagnols Cuba est plus
grave encore,et les consequences plus dangereuses.
En dpit des -informations revues et corriges par
le Cabinet de Madrid, nous nous trouvons Cuba
non en,prsence d'une vulgaire rebellion, mais d'un
acte volontaire 'd'uri people qui cherche son affran-
chissement.
Dj en r878, alors que le marchal Martinez Cam-
pos tait gouverneur de l'ile, une insurrection
s'tait,produite. .Elle fut vaincue, mais le marchal,
en une lettre rmarquable, indiquait les motifs de
cette insurrection, et, en quelque sorte, d celle
d'aujourd'hui.
Les promesses jamais tenues, les abus de tous


genres, le fait de n'avoir rien accord aux chapitres
des travaux publics, l'exclusion des naturels du
pays'de toutes les branches de l'administration, et
-une foule d'autres fautes, crivait Martinez Cam-
pos, ont donn naissance l'insurrection de Yara.
Les gouvernements, en croyant qu'il n'y avait ici
d'autre moyen employerque la terreur, et qu'il y
allait de leur dignit ne pas introduire les rformes
avant que le dernier coup de fusil n'et t tir, ont
perptu ce rgime de, terreur. En continuant dans
cette voie, nous n'aurons jamais fini, mme en cou-
vrant l'ile de soldats; il est ncessaire,' si nous ne
voulons pas ruiner l'Espagne, d'entrer franchement
dans le terrain des liberts.
L'on croyait auparavant que les habitants de ce
pays n'taient pas dous pour la guerre : aussi bien
le blanc que le noir, tous nous ont prouv le con-
trairei Aujourd'hui ils sont aguerris, et s'il n'y a pas
parmi eux de grands gnraux, il ya ce don't ils ont
besoin : des guerilleros remarquables.
Cette lettre, date du 21 juin 1878, est encore une
vivante actualit et l'on peut ajouter que le chef de
l'insurrection, Jean Maceo,yn'a pas seulement donn
les preuves d'un remarquable guerilleros, mais d'un
gnral la fois savant et prudent.
A bientt disait Martinez Campos disgraci,
son successeur le gnral Weyler. A bientt , r-
pte Maceo qui, en dpit des prtendues droutes,
s'avance journellement sur la Havane et qui, en dis-
trayant de sa couronne la Perle des Antilles, assure
d'une faon complete l'croulement de la mionarchie.
espagnole.
Journal d'A Isace, Strasbourg:
.. . . Le succs (de Weyler) se fait at-
tendre; il n'y a rien de modifi jusqu'ici dans les d-
pches officielles que le gouvernement espagnol veut
bien communique au.public ; il est toujours ques-
tion de rencontres partielles avec les insurgs, de 20,
3o ou 40 tus et de quelques centaines de blesss.
De temps autre, un tlgramme, arriv de .la Ha-
vane, par une voie plus directed que par Madrid,
chante sur un autre ton. Ainsi une dpche d'hier,
transmise par le New- York Herald, announce un gros
succs remport par les insurgs, succs qui aurait
livr ces derniers la ville de Marianao, situe 5
kilomtres seulement de la capital. On comprend
que l'motion rgne dans cette dernire ville, et que
le gnral Weyler demand, come on l'annonce,
de nouveaux renforts, des munitions et des res-
sources pcuniaires qui, l-bas, tout aussi bien qu'en
Europe, forment le nerf de la guerre.


AVIS

L'Administration du Journal a l'hon-
neur d'informer ses Lectrices que, dsor-
mais, elles trouveront dans chaque nu-
mro un Carnet Mondain, dd la Comtesse
de Tramar.
L'autorit qu'a su s'acqurir, en sem-
blable matire, le signataire de ces Car-
nets IVondains, nous dispense d'insister
sur l'intrt qu'ils prsenteront pour nos
Lectrices.


CARNET MONDAIN

Aprs les jours splendidement beaux don't
nous avions t favoriss pendant les ftes du
Carnival, le froid se fait sentir assez dsa-
grablement. On s'tait vite accoutum cette
temperature, annonant le printemps, faisant
entrevoir dj les toffes lgres et. les fraches
toilettes. Mais le vent du Nord a souffl et les
fourures, les robes paisses et chaudes ont repris
leur place. Esprons que ce ne sera pas pour
longtemps, que bientt les beaux jours revien-
dront et, cette fois, pour longtemps.
Voici d'ailleurs l'poque o, avec les frondai-
sons vertes, s'panouissent les merveilles de la
mode, crations artistiques destines parer la
femme don't la beaut, ainsi adorne, fte le r-
veil de la nature.
Les plus jolies toffes choisir sont : les taffe-
tas glacs, les grenadines lgres aux dessins
varis, la gaze de soie, toujours triomphante, et
le mohair, tissu srieux et lger destin la rue,
aux dplacements, bravant la poussire et les
-ondes perfides.
J'ai consult Flix, le clbre couturier, don't
le got fait loi ; j'ai appris ainsi que les robes se
porteront toujours trs samples, mais que les tis-
sus raiders sont supprims, ainsi que les godets,
dsormais bannis de toute toilette lgante.
La veste Louis XV est trs en vogue; faite en
soie de.fantaisie, elle permet de varier le cos-
tume par une substitution de jupe. C'est un trs
grand advantage pour la femme lgante, don't les
resources sont restreintes.
Les chapeaux seront toujours, trs volumi-
neux, charges de fleurs; on en fait mme enti-
rement en fleurs; la capote 1830 en tulle ou
crpe couliss sera le chapeau de la saison;
mais, tant trs difficile excuter et n. suppor-
tant pas l' peu prs fantaisiste, il faut s'adres-
ser une des clbrits de la mode, afin d'avoir la
tte orne d'un chapeau don't le cachet et l'l-
gance front passer l'excentricit et qui, s'il
tait mal fait, serait absolument ridicule.
Afin d'tre agrable aux lecteurs et aux lec-
trices de La Rpublique Cubaine, je me
tiendrai au courant de tout ce qui paratt de
nouveau, les renseignant srement sur les
choses qui pourraient leur tre utiles et je me fe-
rai un veritable plaisir de rpondre aux lettres
qui me seront adresses et aux questions qui
peuvent intresser nos lecteurs.
Comtesse de Tramar.

Dr, Roberto F. TRUFLEY, aabo-
gado, se encarga de toda clase de ne-
gocios judiciales y extrajudiciales re-
lacionados con su profesin.
22, rue Bergre, Paris.

L'administrateur-g'rant: G. ETARD.
TRO'iES. Imprimerie G. ARBOUIN, rue Thiers, 126.


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Por Enrique Jos Varona

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Un folleto, de venta en la Admi-
nistraci6n de Patria.

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Cons1agrado0 la IReo0liiciii ilerladori(0 de Culia


EDITOR: JUAN IIELLIDO DE LUNA


ADMINISTRATOR: FELIX A. FUENTES


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Director y Redaclio: E. TRUJILLO


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Se ha puesto la venta, al precio de
25 cts. ejemplar, el folleto que contiene
el discurso del senior Manuel Sanguily,
pronunciado el 27 de noviembre iltimo
en Chickering Hall, y que est reputado
como la mnis Ifulgurante de sus oraciones
tribunicias.
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Peridico fundado por Jos MAnTri
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