Title: Republique cubaine
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Title: Republique cubaine
Series Title: Republique cubaine
Physical Description: Serial
Language: French
Publication Date: February 13, 1896
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Bibliographic ID: UF00081139
Volume ID: VID00004
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
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Ve


Patrie et Libert


RDACTION & ADMINISTRATION PRIX DE L'ABONNEMENT (EN FRANCE)
SR au PAYABLE D'AVANCE:
20, RueBaudin Ire Anne PARIS 3 Fevrier 86 No 4 .....:........................:....30fr.
AeIF i 14Un semestre.................................. 15 fr.
ADRESSE TLGRAPHigUE: E AIL-Xrj-A-X O r.>C ,,. a Un trimestre...... ........................ 1 50
'T'EI t-PH- 0T E A L'TRANGER
PARAIT TOUS LES JEUDIS nenne............................... a.fr.
Les manuscripts ne sont pas rendus Un semestre .......................... 50
UN NUMIERO ....... 0 fr. 50


POUR CUBA


L'enthousiasme n'est, certes, pas un des
traits caractristiques de notre gnration.
A l'poque o nos rpublicains taient
moins homes de gouvernement, la Rvo-
lution cubaine et trouv parmi eux des
volontaires. Aujourd'hui, les dmocrates
jadis tougueux ont le sang plus froid; ils
coquettent avec les monarchies et blment
les rvoltes intempestives, sauf les en
glorifier lorsqu'elles ont russi.
Et,. cependant, malgr l'opportunisme
o s'enlisent nos dirigeants, malgr les
veuleries, le scepticisme, l'amour de la vie
facile et la peur des horions, malgr les
mane uvres de l'ambassade espagnole, la
lutte vraiment pique qui se pursuit dans
la grande le amricaine fini.t par attire ici
plus que l'attention, les sympathies, de tous
ceux qui ne pensent pas par le venture.
Les insurgs de Cuba ont-ils exaclement
la mmie conception que ceux qui, en
France et dans les autres pays de la vieille
Europe, reprennent en sous-ceuvre la tche
inacheve de la grande Rvolution ? De
quelle tiquette peuvent-ils se rclamer?
Sont-ils radicaux, fdralistes, unitaires,
socialists, libertaires ? J'avoue, quelles que
soient mes opinions personnelles, que je ne
m'en proccupe pas outre measure.
Avant tout, ils sont des homes qui, op-
prims politiquement et conomiquement,
accabls d'impts, livrs l'arbitraire de
trainers de sabre et'de fonctionnaires pa-
rasites, ont eu le courage de se rvolter,
comprenant que les seules liberts qu'on
arrive obtenir sont celles non qu'on men-
die mais don't on s'empare. A ce titre, dj,
ils mritent toute notre sympathie.
Le gouvernement espagnol, qui perdit
toutes ses colonies force de tyrannie im-
'bcile ceci n'est pas l'adresse du people
espagnol lui-mme, car gouvernants et gou-
verns cela fait deux avait fait de Cuba
sa vache lait. A elle seule, l'ile devait
suffire l'entretien de sa mtropole. Un
hidalgo bien en cour tait-il dcav, on
l'envoyait se remplumer Cuba. Sur ce
sol exceptionnellement riche, la culture du
bl tait interdite ; il fallait favoriser la
vente des produits'agricoles d'Espagne;
interdite aussi, ou-,du moins, paralyse
l'industrie : il fallait protger par un mo-
nopole. l'exportation catalane. On payait
pour l'entretien des routes et il.n'y avait
pas de routes ; 4Qrl payait pour l'clairage
public et, hors de la Havane, on ne pouvait
fire deux pas, la nuit, sans se munir d'une
lantern. Cette mise en coupe rgle s'ap-
pelait l'ordre: c'est de cet ordre-l que les
Cubains ne veulent plus.
Insurgs Ah! certes, ils le sont, et de
toute leur me, ces insulaires qui n'ont
reu de leur mtropole qu'oppression. La
force est l'accoucheuse des socits, a dit
certain philosophy qui savait qu'on ne s'-
mancipe.ni avec des suppliques, ni mme
avec de retentissants ordres du jour.
Insurgs Qu'importe ce titre qui ne peut


v )


pouvanter que les mes faibles, lesquelles,
vraisemblablement, ignorant que tout pro-
grs moral, social ou politique a t con-
quis par une rvolte. N'tait-il pas un su-
blime insurg, Galile. lorsque, seul contre
les dogmes recus et contre tout son sicle,
il affirmait le movement de la terre ?
Insurgs Ils le sont, come le furent
les comiuniers du Moyen Age, les gueux
des Flandres, les sans-culottes de 89 et 92,
que notre sicle glorifie. On les tient hours
la loi: qu'importe la loi qui a pour lui le
droit !
Ils font une guerre de destruction, g-
missent les amis du gouvernement espa.-
gnol. Vraiment! est-ce que la guerre est
autre chose
que la destruc-
tion mme?
Que l'arme em-
ploye soit la
sagae primiti-
ve, le fusil, le
ptrole ou la
dy n am it e,
n'est-elle pas i r
monstrueuse
dans son es-
sence, mais
ayant parfois
une justifica-
tion : la rvolte
contre l'oppres-
sion, et un but
logique qui
justified les
moyens: la vie- '
toire: ;
Nagure les '
soldats espa-
gnols se cou- Gnral C
vraient de gloi-
re (style offi-
ciel) en es-
sayant leurs ar-
mes perfectionnes sur des tribus mo-
resques et des sauvages ocaniens. Fran-
chement, ils ne peuvent trouver mauviis
que les Cubains les Mambis , come
ils les appellent ddaigneusement recour-
rent dans leur lutte des moyens scienti-
fiques, car, sonmne toute, c'est une arme
trs scientifique que la dynamite. Si scienti-
fique que le gnral Ducline n'a pas hsit
l'employer contre les Hovas. Il faut tre
just: ce qui est admissible Madagascar'
ne peut tre abominable Cuba.
Les plantations brlent ; pour mieux
frapper l'ennemi, le priver de ses ressour-
ces, les volontaires de Gmez et de Maceo
font le vile devant eux. Et puis ? Faut-il in-
voquer l'opinion de Victoer Hugo, en rappe-
lant ce passage des Misrables : Le feu
grgeois n'a pas dshonor Archimde,
la poix bouillante n'a pas dshonor
Bayard. Toute la guerre est de l'pou-
vante, et il n'y a rien choisir. Les
Espagnols, (qui glorifient avec une just
fiert la defense pique de Saragosse, n'ont
pas le droit rditent Palafox.
La prcdente insurrection, avec laquelle,
en fin de compete, le gouvernement dut trai-
ter. avait dur 10 ans, come la guerre de
Troie, come celle des Gaules Combien
de temps se prolongera celle-ci ? C'est ce
qu'on ne peut conjecturer, mais tout fait
prvoir que les insulaires finiront par l'em-
porter.
Cuba sera libre. Pour nous qui, du vieux
continent, suivons avec motion les prip-
ties du gigantesque duel, nous formons le
voeu que la jeune Rpublique qui va surgir


soit meilleure que la ntre et que, sans
distinction de races et (le classes, elle
assure tous ceux qui auront contribu
la fonder le bien-tre et la libert.
Cosmo.

--------*I k~------

GNRAL CARLOS ROLOFF

Le 10 avril 1869, la Chambre rvolutionnaire
des reprsentants venait, de voter la Constitution
rpublicaine et l'abolition de l'esclavage, lors-
qu'un incident inattendu vint provoquer une
grande motion. Un jeune Polonais, qui depuis
deux mois tra-
vaillait au sou-
lvement de las
Villas, se pr-
senta et dclara
que, fils d'une
nation opprime,
il venait offrir
son pe et sa
vie aux Cubains
qui luttaient
pour la libert.
Puis, au milieu
de l'motion g-
nrale, il jura (le
combattre pour
Cuba, sa nou-
velle patrie, jus-
J C, qu' la mort. Ce
jeune homme
los Roloit tait Carlos Ro-
loff.
Il fit preuve de
relles qualits
d'organisateur enu furmant l'arme de las Villas
et, pendant les dix ans que dura la guerre, il
se montra digne de la confiance don't l'avait
honor le gouvernement de la Rpublique Cu-
baine. Les Espagnols connaissaient sa conduite,
qui lui valut le grade de gnral ; mais il fut un
de ceux qu'ils dnigrrent le plus: ils le trai-
taient d'tranger et d'aventurier.
Roloff qui, avant la guerre de 1868, avait su se
fire aimer et respecter Cienfuegos, o il habi-
tait, Rololl' quitta Cuba ds que la paix fut si-
gne. Il alla, pauvre et digne, vivre l'tranger,
mais non loin de Cuba, afin d'tre prt venir la
dfendre au premier signal; il avait, aupara-
vant, refus firement les offres du gouverne-
ment espagnol, ne voulant pas servir dans l'ar-
me des oppresseurs.
Les Espagnols paraissaient alors oublier qu'ils
l'avaient trait d'tranger, mais cela n'a rien de
surprenant, car ils ne se font aucun scrupule de
revendiquer pour leur patrie les gloires de
Charles-Quint, de Farnse,de Philibert dle Savoie
et dle Bourbon.
Aprs le trait du Zanjin, Roloff, convaincu
que l'Espagne ne tiendrait aucun de ses engage-
ments, prit part a diverse conspirations et se
tint toujours pret. Au dbut de la guerre ac-
tuelle, il dbarqua Cuba en mme temps que
le gnral Sanchez la t'te d'un corps expdi-
tionnaire, avec une grande quantit d'armes, de
munitions, de dynamite, de canons tir rapid.
Il est rest dans le dpartement de las Villas, o


les Espagnols avaient concentr toutes leurs
forces, jusqu'au jour o ceux-ci en furent refou-
ls par l'invasion victorieuse de GOmez etMaceo.
C'est'alors que Roloff, Snchez, Lacret et Car-
rillo eurent lutter contre les 60,000 soldats de
Martinez Campos. On sait quel a t le rsultat
de cette lutte.
Carlos Roloff est actuellement secrtaire (mi-
nistre) de la Guerre du Gouvernement Provi-
soire.
--------^. -----

GOUVERNEMENT PROVISOIRE
De la Rpublique Cubaine

PRESIDENT :
Salvador Cisneros Betancourt, marquis de Santa-
Lucia.
VICE-PRSIDENT :
Bartolom Masso.
SECnTAIRES :
De la guerre : Carlos Roloff. Finances : Se-
vero Pina. Intrieur : Santiago Garcia Ca-
fiizares. Affaires trangres : Rafael Por-
tuondo.
SOus-SEGRITAIRES :
Guerre : Mario Menocal. Finances : Joaquin
Castillo. Intrieur : Carlos Dubois. Af-
faires etrangres : Docteur Fermin Valds
Dominguez.
DI)LETG PLNIPOTENTIAIRE
Agent *1,',,' r ,' de la Rpublique l'tranger:
Toms Estradas Palma, 66, Broadway New-
York.
Trsorier : Benjamin Guerra, 19s, Water St.
Secrtaire : Gonzalo de Quesada.
Sous-DLU A PARIs :
Docteur R. E. Betances, 6 bis, rue de Chteau-
dun.
--------* -A -------

UNE VICTOIRE ESPAGNOLE

La censure oblige les journaux de Cuba gar-
der le silence sur certain vnements, et c'est
dommage, car il y en a qui valent la peine d'tre
connus. Tel le suivant.
A la fin de 189), quatre cubains taient dte-
nus dans la prison de Santa Clara pour des mo-
tifs politiques, et le maire leur tmoignait une
tell haine qu'il leur donnait, pour toute nour-
riture, les restes des autres prisonniers. Les
malheureux mouraient litteralement de faim, et
ils rclamrent a diverse reprises, jusqu' ce
qu'enfin le sanguinaire commandant-gnral,
Luque, couta leurs rclamations. Mais, voici
comment : la nuit mme, il fit sortir les prison-
niers hours de la ville et les fit fusiller pour
qu'ils cesssssent de se plaindre , paroles tex-
tuelles dle ce serviteur de l'Espagne. A minuit,
les quatre cubains sans defense furent assassins
dans la champagne voisine et laisss pour morts.
Deux cependant survcurent, don't l'un russit
rejoindre l'arme cubaine, quoique muet, une
balle lui ayant dtruit la langue. L'autre survi-
\ant, qui s'tait cach sur un arbre, fui, dcou-
vert le lendemain et tir come un oiseau par
ordre de .lhumanilaire gnral Luque.
Cette victoire que, par modestie sans doute,
les Espagnols n'ont pas annonce en Europe,
cette victoire, disons-nous, fait le plus grand
honneur aux armes espagnoles.
Nous ne pouvons nous empcher de rendre
hommage au talent du chef, et i l'hrosme des
soldats.
-*---






LA RPUBLIQUE CU.BINE


13 FVRIER 1896.


LA REVOLUTION A CUBA
(Suite et fin)


En 1878, la Rvolution se terminal, non,pas
que.iFnsurr1ection fit vain..... mais parce que
l'Espagne accept le Trait de Zanjon, par lequel
diverse concessions et quelques avantages rsul-
ta t d'un bon :u\.-ri,. iiim'it taient promise
Cuba; nanmoins, pendant dix-sept ans, tous les
efforts faits par les principaux Cubains t quel-
cques Espagnols, pour amener l'Espagne rem-
plir les engagements qu'elle avait pris par ce
trait, tous ces efforts n'ont about qu'au mpris
et la raillerie. Le gouvernement, actuellement,
est aussi mauvais, sinon pire qu'auparavant, et
il a forc les Cubains se rvolter une fois de
plus, non pour obtenir l'accomplissement des
processes, mais la separation definitive de leur
pays et de l'Espagne, ou mourir en combattant.
Il faut en finir, une fois pour toutes, avec cette
assertion constamment faite par l'Espagne,
savoir que Cuba n'est pas capable de se gouver-
ner elle-mme. Cuba est un pays d'environ
50.000 miles carrs, don't un dixime seulement
:,st cultiv, sa population est de 1.631.687 habi-
tants don't 1.102.689 blancs. Cette population est
videmment hors de proportion avec le territoire
qu'elle occupe, car il y a de l'espace pour douze
ou quinze millions d'habitants. Avec une le
aussi fertile, si riche en mtaux, il n'y a pas
l'ombre d'un doute, qu'une fois supprims les
obstacles apports par l'Espagne, les immigra-
tions de premier ordre y seront attires et que le
dveloppement du pays s'effectuera rapidement.
Jusqu' present, l'Espagne a fait tout son pos-
sible pour empcher l'accroissement de la popu-
lation blanche, comme le prouve le dcret en
vertu duquel aucun tranger ne peut rsider
Cuba plus de trois mois sans y dclarer le.ction
(le domicile et sa quality de catholique remain ;
mais, malgr tout, pendant que la population
blanche s'accrot, la noire diminue et atteint
peine le quart de la population total.
A peu de distance de Cuba, sont situs les
1'tat-Unis d'Amrique, o les Cubains ont appris
i aimer la libert, la justice et les institutions
fortes et librales.
Cuba entrera dans la famille des nations sans
dette et avec d'abondantes resources pour se
consacrer son dveloppement; c'est pourquoi,
ouvrant ses portes une bonne immigration, elle
pourra tre en tat d'viter les divisions et
de fortifier son gouvernement. La consolidation
du Mexique depuis qu'il a adopt ce systme est
ab meilleure preuve que nous puissions citer.
Ce que l'on appelle la dette cubaine, et qui
atteint un total de 930.000.000 de francs, est en
ralit une dette espagnole, dette qui rsulte des
expeditions contre le Mexique, le Prou, Chili,
de la guerre carliste, etc. Comme intrts de cette
dette, Cuba paie annuellement 62.872.425 francs,
ce qui quivaut une taxe par habitant de 7.70
en piastres (38-50 francs).
Cette contribution de 12.574.485, piastres
(i2.872.4-25 francs) est indpendante de celle de
5i.W<04.084 piastres (29.520.420 francs) pour le
ministre de la Guerre, et de celle de 4.015.034
piastirs (20.075.170 francs) pour le ministre
de l'Intrieur. De 1878 1891, Cuba a pay
1 l:i.336.304 piastres sur le total de la dette
(i.., ." I.',2D francs), et cependant celle-ci, au lieu
de diminuer, augmente constamment. On calcule
que le pays paie annuellement 20.000 piastres,
du fait d'exactions frauduleuses. Ajoutons que
les products de Cuba ont t lourdement imposs
pi:r l'Espagne, notamment le sucre et le tabac;
d'autro part, tandis que les products espagnols
jouissent d'une entre presque libre Cuba, les
products cubains sont soumis des droits exor-
Ihitants leur entre en Espagne.
Le fait qu'en dpit de toutes les injustices de
l'Espagne ai l'gard de leur patrie, les Cubains
unt attend patiemment et si longtemps avant
de recorii'ir la resource extreme des armes, et
qu'avant de le faire, ils ont sollicit les rformes
les plus indispensables, ce fait prouve clairement
oq-e les Cubains, au point de vue constitutionnel,
ne sont pas des rvolutionnaires.
i.se vrit bien connue est que l'Espagne n'a
;iuiiiun amouir pour la justice, car elle a toujours
troimtp le Cubains h l'aide promesses qu'elle
m'Ia .ijuaia tenues, mais la vritable raison de
di opinifiiltrt rside dans la question cono-
iiiiniiique. I.'Espagne ne peut perauettre aux
..u ':icins de se 'ouverner euix-mmes, sans se voir
obligi'i dc se dclarer en banqueroute, parce
qu'a;u fois qu'elle ne pourrait plus saigner
t..uri), !es I'; oud'e la nation espagnolc 'qui-vivent


de cette saigne se trouveraient galement en
banqueroute.
Dernirement et obissant i une grande pres-
sion, le Congrs accord aux Cubains la loi
connue sous le nom de loi Abarzuza, loi don't
voici les dispositions:Il y aurait Cuba une
chambre de Reprsentants compose de 30 mem-
bres, don't 15 nomms par election et 1Ei par le
gouvernement.
Le.capitaine-gnral, come Prsident, aurait
une voix decisive, le droit de veto, et le pouvoir
de rvoquer jusqu' 10 membres, en l'absence
desquels la Chambre continuerait fonctionneri
comme si elle. tait au complete. Naturellement,
les 15 membres nomms par le gouvernement,
seraient des homes excuter tous les ordres
du capitaine-gnral, et comme celui-ci pourrait,
en outre, en rvoquer.jusqu' dix la fois, point
n'est besoin d'une grande perspicacit pour com-
prendre que l'tablissement d'une telle Chambre
n'aurait fait que rendre plus diespre encore
(si c'est possible) la situation des Cubains. El
c'est pourtant ce qui aurait eu lien, si la dernire
Revolution n'avait clat, parce qu'un arrange-
ment secret tait en train de se conclure par
lequel le gouvernement espagnol devait fire un
emprunt de 50.000.000 de livres sterling garanti
par la Douane cubaine et approuv par la dite
Chambre des Reprsentants. Par suite de la R-
volution, l'arrangement choua, autrement Cuba
aurait t charge d'un nouveau fardeau don't on
apprciera le poids.
Pour terminer, les auteurs regrettent sincre-
ment de s'tre vus dans l'obligation de blmer
l'Espagne ; mais leur but est de porter devant le
monde les justes griefs de Cuba et de s'attacher
la sympathie que mrite toute cause just. Les
Cubains ne se battent pas par haine contre les
Espagnols, mais parce qu'ils n'ont pas d'autre
moyen de conqurir leurs droits. Si l'Espagne
devenait plus sage qu'elle ne l'a t jusqu'i pr-
sent, elle se convaincrait qu'elle ne peut plus
gouverner Cuba, que la volont des Cubains et
des Espagnols qui ont des proprits dans l'le,
et qui ne sont pas des employs du gouverne-
ment espagnol, que cette volont, disons-nous,
est de s'affranchir des exactions espagnoles: elle
se convaincrait qu'au lieu de sacrifier des hom-
mes, de l'argent et de dtruire des proprits, il
vaudrait mieux reconnatre l'indpendance de
Cuba et conclude avec ce pays une entente ami-
cale avantageuse aux deux nations.
La tche des Cubains est trs difficile, parce
qu' part leur climate tout est contre eux; tous
les avantages rsultent de la navigation va-
peur, du tlgraphe, des fusils ' rptition,,des
traits de paix, tout cela est en faveur de l'Es-
pagne; mais la volont d'un people opprim
depuis prs d'un sicle, d'un people soucieux de
ses droits et de ses devoirs, triomphera de tous
les lments contraires ; sinon, les Cubains suc-
comberont laissant une nouvelle gnration le
devoir de continue la lutte. L'Espagne elle-
mme a combattu les Romains pendant deux
sicles et les Maures pendant sept, et cela avec
succs. Comment les Cubains, fils des Espagnols
et qui, plus qu'eux, ont une ide parfaite de la
libert, pourraient-ils chouer?
Le Comiitl Cubain Londrlex.

-------^^ ^-------


DEUX FRANAIS EN PRISON


Quelques confrres parisiens se sont occups
de l'arrestation, par le gouvernement espagnol,
de plusieurs de nos compatriotes, qui habitent
l'le de Cuba; on avait mme parl d'nergiques
representations faites par notre ambassadeur au
cabinet de Madrid.
Si c'est ainsi, il faut avouer que le gouverne-
ment de M. CAnovas a une faon toute spciale
de rpondre nos rclamations. En effet, deux
Franais ont encore t arrts et envoys en
prison : MM. Lain et Sabourin, trs distingus
tous les deux et avantageusement connus h la
HIavane.
Nous ne serions pas surprise si on nous appre-
nait que le gouvernement espagnol les considre
come suspects, car il en voit partout. Songez
que la press de Madrid appelle Ilibustiers des
journalists parisiens comme M. de Kratry, et
que dernirement le Ileraldo a qualifi de labo-
rante (insurg) notre confrre Le Temps !
Mais il faut esprer que notre ambassadeur
Madrid fera comprendre au gouvernement espa-
gnol que nos compatriotes ne doivent pas tre,


l-bas. sujets aux caprices de ces roitelets qui
*Veulent se rattraper sur les citoyens pacifiques
des,.checs qu'ils subissent sur les champs de
bataille.
C'est surtout maintenant que vient d'arriver a.
Cubal e gnral Weyler, celui qui assassina un
Franais, M. Reygondand, qu'on doit se montrer
nergique et veiller la sret de nos compa-
triotes.

-------^.~-------


LE RECORD DU GROTESQUE


A M. Canovas
Il n'y a dcidment pas qu'au thtre que
les Espagnols prtent rire; nous n'en
voulons.pour preuve que le fait suivant :
La Rpublique Cubaine a t sai-
sie la /frontire espagnole.
La nouvelle nous en est donne par l'un
de nos confrres de la press madrilne,
qui, d'ailleurs, s'empresse d'ajouter qu'il
a pu nanmoins se procurer un numro
de notre journal. Avouez que c'est plutt
drle.
Le fait n'est pas pour nous surprendre.
Nous nous y tions toujours attendus et
nous remercions le grand premier ministry
d'Espagne, qui a su trouver des loisirs
pour daigner s'occuper de notre modest
personnel et nous rendre ainsi comme
toujours en pareille occurrence un si-
gnal service.
Tant de candeur voyez, M. Cinovas,
comme nous sommes courtois, nous autres,
La Rpublique Cubaine! de la part
de l'homme de gnie qui prside actuelle-
mentaux destines de l'Espagne, nous d-
sarme.
Mais l, vrai, nous ne pouvons arriver
comprendre.
Qu'a donc de si subversif notre journal?
Si, exceptionnellement, nous nous occu-
pons des choses de la Pninsule, ce n'est
que quand ces choses ont trait aux affaires
de Cuba. Il se dgage d'ailleurs une telle
odeur des choses d'Espagne qu'on a peu
envie de s'y attarder. Et puis, si vous sa-
viez, M. le Premier Ministre, combien est
grande notre indifference pour ce qui se
passe en Espagne! Sa prosprit ou sa
ruine nous laissent absolument froids.
Cuba, Cuba seule nous intresse.
Nous comprenons bien qu'il n'est pas
toujours agrable de s'entendre dire des
vrits; mais nous ne vous apprenons rien,
SM. Canovas. Ce que nous disons, vous le
savez aussi bien que nous; pourquoi le.
cachez-vous?... et pourquoi tant de men-
songes, tant de perfidie?...
Savez-vous, M. Cinovas, ce qui serait
piquant? Non. Eh bien! nous allons
vous le dire :
Ce serait de voir le Gouvernement fran-
cais interdire, lui aussi, la frontire, les
feuilles a votre dvotion pour publication
de fausses nouvelles susceptibles de trou-
bler sinon l'ordre public, tout au moins
l'pargne publique: et dame, en France,
nous aurions quelque raison d'agir ainsi,
pas vrai?
Nous aurions bien d'autres choses r-
pondre cette measure imbcile, mais
quoi bon prendre les choses au tragique et
vouloir ouvrir les yeux des gens qui ne
veulent plus, qui ne peuvent plus y voir
clair.
Et puis, quand le 'grotesque atteint
de telles proportions, il ne peut plus nous
fair prouver qu'un sentiment: la piti.
C'est assez gnralement le sentiment que
la politique espagnole inspire en ce mo-
ment. Mieux que personnel vous le savez,
et nous comprenons qu'au point ot vous
tes arriv vous n'ayiez plus le choix des
moyens.
Et maintenant, permettez-nous, M'sieu
C'inovas, avec tout le respect que nous de-
vrions avoir pour un homme occupant
votre situation, de vous donner un avis
dsinteress.


Croyez-nous : Trouvez autre chose, pour
donner le change l'opinion publiqae, que
vos bulletins de victoire journaliers. Per-
sonne n'y croit plus. Je sais bien que vous
n'tes pas malin, malin, quoique Prsident
du Conseil peit-tre mme cause de
cela mais enfin, avec vos collgues du
Cabinet, faites des efforts et tchez d, troiu-
ver quelque chose; come : la banque-
route continue, les piles s'accumulent, la
revolution apparat, les carlistes s'agitent,
les rpublicains aussi, etc., etc. En un mot,
quelque chose de gai el de rconfortant qui
sche les larmes des mres qui ont leurs
enfants ensevelis l-bas, qui donne du cou-
rage ceux qui n'en ont jamais e et qui
en redonne ceux qui n'en ont plus.
Nous disons quelque chose de gai, ar if
nous semble, M'sieu C'novas, que vous de-
vez tre un home gai; et puis, atu fond,
un brave home tout de mme, malgr les
apparences. Vous devez srement tre boa
poux et bon pre, et, s'il y avait une garden
national en Espagne, vous series certai-
nement un bon garde national.
Nous ne voulons pas terminer par une
mauvaise plaisanterie, mais bien vous don-
ner une parole di'eniiloraiaii ent. Si jamais
il arrivait tout arrive present au
Cabinet don't vous tes le chef si peu re-
marquable et pourtant si remarqu, une
catastrophe, rappelez-vous que La Rpu-
blique Cubaine vous sera toujours ou-
verte. Nous n'osons pas vous assurer un
haut emploi ils sont rares dans notre
mason et actuellement tous occups -
mais n'oubliez jamais que l'antichambre
vous sera toujours ouverte.
Geo.


LE DRAPEAU CUBAIN

Dans une correspondence publie par note
confrre L'Echo d'Oran, on dit que le drapela
cubain, don't nous avons donn une reproduction,
a les mmes couleurs que le pavilion espagnea
Les Cubains se seraient bien gards de rappe-
ler, mme par les couleurs, le pavilion qui a.
covert tant d'ignominies, tant de crimes.
Comme l'ont dit le correspondent du Soir '
la IHavane et Le Monde Illustre en en publiant
un dessin, le drapeau cubain est compos de la
faton suivante : cinq bandes horizontales don'tt
trois bleues et deux blanches), la naissance
desquelles se trouve un grand triangle avec, au.
milieu, une toile blanche.
Ses couleurs sont donc celles de la Franceet
des Etats-Unis. C'est pour cela qu'on l'appele
aussi le drapeau tricolore.

-------i4 iPi------

THILIRAPEUTTIQUE ESPAGNOLE


Le courier d'Espagne nous apporte la nou--
velle d'une dcouverte don't nos lecteurs appr-
cieront certainement la porte. Un mdecin de
Madrid, le docteur CAnovas, aurait enfin traov
le remde si longtemps attend gurissantde la
tuberculose ; et, ce qu'il y a de plus merveillex,
c'est que le mme remde est infaillible contreles.
rhlumalisines et le mal de dents. C'est, du moins,
ce qu'on assure.
Est-ce une nouvelle voie ouverte Palrt mdi-
cal? Peut-tre; car la mthode du savant dce-
teur Canovas n'a rien de commun avec celle de
Pasteur. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'n-
manit, qui devait dj tant l'Espagne, vient
encore de contractor une lourde dette envers
cette gnreuse nation, en qui on est fore de
voir une Providence terrestre.
La direction de ce journal, toujours a laSg,
de l'actualit, m'a charge d'interviewer le sava. t
docteur.
En un clin d'mil je fus chez lui, Madrid.
J'c;pargnerai au lecteur la description del'auil
o M. (anovas travaille jour et nuit pour le bon-
heur de ses semblables; je ne ferai mime pas le
portrait du personnage, car M. CAnovas st,
connue tout vritable savant, d'une modestie
extreme, et ne cache pas ses rpugnances peur
tout ce qui pourrait avoir l'air d'une rclame-
Voici donc, tout simplement, la conversation
que j'eus avec M. Cinovas.






t13 Fvr~rlRI 1896.


LA RPUBLIQUE CUBAINE


Je vous prviens, commena-t-il par me
dire, que je serai excessivement bref; d'autant
que mon systme ne peut manquer de trouver
beaucoup d'adversaires ; mais la vrit finit tou-
jours par triompher et 'avenir me rendra cer-
tainement justice. Mon traitement consiste tout
implement envoyer les malades se battle
Cuba.
le ne pus mattriser un movement de sur-
prise, et M. Canovas continue :
Vous n'tes pas sans avoir entendu parler
da tai.tement par le grand air; le grand air, et
SFexercice, voyez-vous, tout l'avenir de la, mde-
cine est l. Ainsi, nos soldats, qui ne font que
marches et contre-marches pendant des journes
ePtires qui couchent la belle toile...
Mais, docteur, l'intemprie? les pluies?...
Sont des facteurs trs important dans ma
mthode, interrompit le docteur qui commenait
s'animer, mais il y en a d'autres plus prcieux.
Le climate, sans doute, dis-je avec une
pointe d'ironie.
Certainement, rpondit-il, le climate contri-
bue aa succs, et ce nest pas moi qui le dit.
Avez-vous vu les statistiques? Eh bien! il rsulte
de ces documents officials et Irrfutables que la
mortalit dans notre arme de Cuba est moindre
que oelle de n'importe quel pays, en temps de
paix C'est l, comme je vous disais tout
herer, une consequence de la vie de champagne;
le grand air, l'exercice, l'intemprie...
Et la fie~re jaune? interrompis-je, gogue-
nard..
La ftvre jaune elle-mme ne rsiste pas
un regime aussi salutaire, reprit M. Cnovas
avetc haleur; d'ailleurs, les cas sont excessive-
ment rares et, suivant moi, presque tout ce'que
'on dit sur les ravages de cette maladie est de
pure invention.
Dans quel but dirait-on...
.-- Eh t mon.Dieu, qui sait? la politique est
mne chose si bizarre... c'est peut-tre une ma-
noeuvre de l'opposition,
Je regardai le docteur avec mfiance; depuis
quelques instants une ide m'tait venue et l'ide
devenait petit a petit une conviction : Cet home
tait fou. Nanmoins je voulus aller jusqu'au
bout; aussi je m'criai, simulant la crdulit :
Il est certain, docteur, que les faits vous
donnent raison, et que tous nos braves soldats
4pii sont alls l-bas n'ont qu' se fliciter de
leur dplacement, mais la guerre a ses dangers
et une balle...
--Les insurgs ne savent pas tirer, et c'est
tant pis pour nos soldats, car les projectiles enne-
mis sont toniques et fbrifuges.
Je ne doutais plus que j'avais fair un
malheureux alin, je me gardai donc de discu-
ler. Mais avant de me retire, je posai une der-
nire question :
Alors, docteur, comment vous expliquez-
vous que quelques-uns de vos soldats (en nom-


bre insignificant, il est vrai) soient morts sur le
champ de bataille?
C'est bien simple, me rpondit le docteur
Canovas avec l'accent d'une ferme conviction,
ces malheureux ne savent pas se modrer; dans
le feu de l'action, ces jeunes gens s'emballent
alors ils se mettent tuer des insurgs, et en-
core, et toujours, et ils finissent par succomber
la fatigue.
Sur ces mots, je remerciai le docteur de son
bon accueil et je me retirai, dissimulant de mon
mieux mon ahurissement.

Dehors, le grand air me fit du bien; pour chan-
ger mes ides, j'achetai un journal et je tombai
sur les lines suivantes,: L'tal sanitaire de
nos troupes qui sont restes dans la Pninsule
laissant dsirer, le Gouvernement vient de
dcider de les. envoyer toutes fire une cure
dans la Grande Antille.
Dr Sangredo.

-------.*,t~P"-----

RPONSE AUX ESPAGNOLS
par un Espagnol

Comblen il est vrai que nous voyons une paille
dans l'eil d'atrui et ne voyons pas une poutre
dans le. ntre Nous ne trouvons pas de paroles
assez dures pour condamner le Vandalisme
des insurges de Cuba et nous oublions celui
que nous avons exerce contre ceux qui nous ont
domins.
Jugeons entire nous les Rois catholiques! Ju-
geons ce roi Ferdinand, mis par l'glise au
nombre des saints! Auprs de ce roi, que sont
Gomez et Maceo? Aprs la prise de Alhama, dit
Antonio de Nebrija, le Roi catholique, commena
dvaster la champagne de Grenade. Il rasa non
seulement ce qu'il trouva sur son, chemin, mais
encore droite et gaiche, quatre miles; il
dvasta les chaumires, villes, maisons de cam-
pagne, curies, tours, mme les cahutes qui par
les mauvais temps, servaient d'abri aux paysans
et aux bergers. Il passa de Alhama Alhendi,
qui tait entour de vignes, d'oliviers et de toute
sorte d'arbres, et sem de crales et de lgumes
l o il n'y avait pas d'arbres : il rasa et dtruisit
tout par le fer ou par le feu.
Ne parlons pas de ses actes de barbarie dans
beaucoup de localits, surtout Malaga, o il
condamna l'esclavage tous les Maures qui y
habitaient.
Ainsi donc... et Ferdinand III? L'archevque
de Tolde qui l'accompagnait, nous renseigne
ce sujet. Il commena toutes ses campagnes
contre les Arahes d'Andalousie, en dtruisant
tout, et en dtruisant tout sans cesse il retourna
aux frontires de Castille. En entrant come en
sortant, il portrait avec lui la dsolation et la
mort. Il fut inhumain et cruel comme personnel,
et feignit d'tre magnanime en laissant sortir de


Sville, les trois cent mille Maures qui y habi-
taient alors. Trente ours aprs, il y entra en
grande pompe et en magnifique appareil sans
que ses yeux fondissent en larmes dans cette
ville auparavant si anime, et en ce moment si-
lencieuse et dserte.
De quoi vous plaignez-vous maintenant, vous
qui toujours exaltez ces rois et vous mettez en-
core genoux devant eux? S'ils furent grands
parce qu'au moyen de leurs dvastations, ils
firent l'indpendance de l'Espagne, vous devez
tenir aussi pour grands ceux qui au moyen des
mmes dvastations, cherchent l'indpendance
de leur patrie. Ou tous hros ou tous sclrats,
voil ce que la raison et la justice exigent que
nous disions.
Quant nous, fidles nos principles, nous
commenons par condamner toute conqute et
par reconnatre tout people conquis, le droit
ternel de chasser les conqurants de son terri-
toire: Nous avons exerc ce droit contre toutes
ces races qui nous ont domins, et grce notre
invincible tenacity, aujourd'hui encore tout d-
chus que nous sommes, nous inspirons le respect
aux autres nations. Pourquoi donc nous tonner
de ce qu'un autre exerce maintenant ce droit
centre nous et emploie les moyens que nous
avons employs nous-mmes?
Respectons-nous en les respectant.
Pi y Margall,
(El iVuevo Rgimen, 28 dcembre 1895).

-------.^----------

GUERRILLAS

Soldes!
Au rayon des articles de Madrid.
Les annonces de El Imparcial:
Soldat bon march, dsire aller Cuba. -
San Bernardo, 29.
Remplaant pour Cuba. Bon march. -
Ancha, 29.
On accepted d'aller Cuba par substitution.
Prix modr.
Allons, M. le ministry de la guerre, la main
la poche; profitez de ces occasions exception-
nelles.
Nota : On ne rend pas l'argent.... mais le
comptoir des gnraux reprend examplee Marti-
nez Campos) ceux qui ont cess de plaire.


Tandis qu'en Espagne les reprsentants du
sexe dit fort trouvent, moyennant un prix mo-
dr , des pauvres diables qui vont se battre
leur place; II y a dans les rangs cubains, rap-
porte El Heraldo, plus de 300 combatants ap-
partenant au sexe dit faible.
Nous nous garderons bien de faire le moindre
commentaire.
-if
Les journaux espagnols ne dissent jamais nos
soldats , ni mme nos braves soldats , c'est
toujours au moins nos hroques soldats ; ils


devraient alors passer sous silence des dtails
comme celui-ci: Au milieu du combat de Mal-
tiempo il se jetrent.... genoux devant les
Cubains. (Ileraldo, 4le fvrier.)
Pour des hros, c'est une singulire faon de
recevoir l'ennemi.

El Imparcial dclare que pour vaincre les pa-
triotes cubains, il faut l'Espagne un gnral
runissant les qualits suivantes :
L'imptuosit d'Alexandre, la perspicacit6
de Csar, le jugement de Gonzalve de C'r:ird.IIJ,
la tnacit de Frdric de Prusse, le coup, d'oeil
et la stratgie de Napolon, i'etxu.lilud,: et la
provision de de Moltke.
Eh bien! si c'est l ce qu'il vous faut, vous
tes dans de jolis draps!


Il y avait Cuba 42 gnraux espagnols, mais
comme on avait. congdi deux d'entre eux,
MM. Martinez Campos et Arderius, on a envoy
en change 7 autres. Total, maintenant 47.
Mais ce qui est plus curieux, c'est quon parle
du retour Cuba du gnral Saleede, qui le
marchal avait donn, ses huit jours.
En voulez-vous, des gnraux?
Ohl le Salcedo!



LES FINANCES ESPAGNOLES

Du journal El Correo, de Madrid :
Il y a quelques jours, nous avons manifest
notre conviction que la principal preoccupation du
gouvernement devait tre et serait la. manire de
trouver les resources ncessaires pour faire face aux
besoins de la situation Cuba. Nous avons expos,
grands traits, la gravit du problme, et dmontr
avec des chiffres qui n'ont pas t et qui ne peuvent
tre rectifis :
i" Que, depuis le commencement, cette' guerre
nous a cot, en chiffres ronds, 250 millions de
picettes;
2' Que cette norme some a t obtenue' a'
moyen d'emprunts, court chance, de la Banque
d'Espagne et de la Banque de Paris et des Pav.s-Bra..
emprunts pour lesquels nous avons engag comme
garantie des billets hypothcaires de l'ile de Cub'a et
la responsabilit du Trsor de la Pninsule ;
3" Que du moment qu'on ne peut esprer que la
guerre ait une fin prochaine, il tait indispensable et
urgent, pour la soutenir, que le caractre des res-
sources correspondit cette triste perspective.
*.........*. ....-... .. . ...... ... .. ........ ...
. *.*.**. ....... .... ... ... ....... ...-...
A chances de trois et quatre mois, on a djg em-
prunt la Banque d'Espagne 157 millions db pi-
cettes, et on est en outre convenu, avec ladite' Ban-
que, et dans les mmes conditions, d'une remise de
76 autres millions, chiffre qui fera trs prochaine-
ment arriver a33 millions de picettes le crdit de
la Banque d'Espagne sur le Trsor de Cuba.
Il faut tenir compete de ceci: sur ces 233 millions,
io8 (parmi lesquels figurent les 8 de l'indemnisation
Mora) sont garantis par le Trsor de la Pninsule.


1 FIwLuETroN de La Rpublique Cubaine



L'ILE DE CUBA


Avant de commencer la publication cette place
d'intressants souvenirs de la guerre de Cuba, de
M 8 1878, nous voulons reproduire quelques petits
fragments du livre L'Ile de Cuba, que M. Hippolyte
Piron crivit cette poque, lors d'un voyage qu'il
fit dans l'lle.
Nous sommes heureux de pouvoir inaugurer cette
section en faisant connatre nos lecteurs une opi-
nion franaise.

LES ARMES DES TNSUIRGS. LEUCI TACTIQUE.

Pe peu les insurgs sont parvenus se
procurer des armes de guerre, jusqu' des
canons ; ils en ont fait venir une parties des Etats-
Unis et en ont pris d'autres sur l'ennemi, Les
fusils sont de diffrents modles, mais ils s'en
"servent'avec habilet; c'est l'essentiel pour eux.
Beancoup d'entre eux, du reste, combattent avec
le machete, ce sabre classique du pays, qu'ils
manient avec une grande adresse. Ils ne livrent
jamais bataille en rase champagne; par petites
-bandes, ils harclent l'ennemi incessamment,
lattaquant l'improviste, lui tendant des em-
buscades dans les routes escarpes. Ds que leur
entreprise n'a pas russi leur gr, ils aban-
donnent la parties et se rfugient dans les bois,
don't ils connaissent les moindres mystres et o
il est impossible de les poursuivre. Les petits
chevaux du pays, trs vigoureux et trs agiles,
leur sont d'un trs utile secours; les manuvrant
avec beaucoup de facility, les intrpides insurgs
peuvent frquemment renouveler les attaques et
fatiguer leurs ennemis: Les pertes, de part et
d'antres, ne sont jamais grades; mais, come
cs engagements parties se renouvellent simul-
tanment en diffrents endroits et chaque jour,


le nombre des morts est assez considerable au
bout de l'anne.


LES CUBAINES TRANSFORMKES EN HIERONES.

Au commencement de l'insurrection, les cam-
pagnes furent prcipitamment abandonnes par
les autorits espagnoles; les hacendados se
trouvrent ainsi livrs sans defense aux insur-
gs, qui vinrent exiger d'eux des armes et des
munitions. Plus tard, les volontaires, avec l'in-

justice qui les caractrise, demandrent ces
malheureux un compete svre de la faute excu-
sable d'avoir cd de telles exigences.
Ces implacables tyrans inspirent mme' aux
femmes des Cubains une haine vivace qui se ma-
nifeste par des actes. Ces femmes, si jolies, si
gracieuses, si lgantes, l'apparence si frle et
si delicate, sont transformes en hrones par
l'amour puissant de la patrie avilie. L'indigna-
tion a soudain rvl en elles des facults qu'on
tait loin de souponner. Combattant ct de
leurs frres, de leurs pres ou de leurs maris,
elles montrent une vaillance vritable et savent
mourir avec un courage sublime. Elles ont toutes
quelque tre ador, quelques-unes mme leur
honneur venger, et elles poursuivent leur
vengeance travers mille prils, qui, au lieu de
les intimider, ne font que les exalter davantage.
Beaucoup d'entre elles aux environs de San-
tiago de Cuba s'organisent en gurillas, se r-
pandent dans les maniguas (savanes) et tiennent
tdte leurs redoutables ennemis.
Un jour vers la fin de 1873 une douzaine
de femmes, parcourant une fort, rencontrent
fort inopinment une colonne de volontaires. Le
lieutenant qui command celle-ci demand ces
dames si elles ne connaissent aucun campement
dans les environs; comme elles rpondent nga-
tivement, on les attache deux deux par son
ordre, et on les emmne comme prisonnires.


Elles font montre d'une ddaigneuse impassibi-
lit. Mais, quelque distance de l, on trouve un
petit campamento (campement) d'ins ur-s ; une
vive fusillade est change de part et d'autre;
pourtant, come les Cubains sont en grande
minority, ils sont obligs de fuir, abandonnant
quelques morts sur le champ de bataille. Les
prisonnires s'approchent de ceux-ci, les re-
gardent avec anxit, et bientt l'une d'elles re-
connat son mari parmi eux. Sa faiblesse alors
se trahit: un cri de dsespoir lui chappe; elle se
jette sur ce corps inanim d'un poux regrett,
le couvre de baisers et de larmes. Cette profonde
douleur, se manifestant ainsi, n'et-elle pas tou-
ch des homes d'un peu de cour? Mais un
chef des volontaires de Cuba peut-il tre acces-
sible la piti? Que fait notre lieutenant? il or-
donne ses soldats de fusiller les douze femmes,
et cet ordre barbare est excut immdiatement.
Cette scne horrible, raconte par les acteurs
eux-mmes en se vantant, donne une ide exacte
de ce qui se passait presque chaque jour dans la
.malheureuse ile. Dans les campagnes, un simple
lieutenant pouvait faire fusiller hommes et
femmes sa fantaisie sans jugement aucun.
Les volontaires se sont conduits l-bas comme
se conduisaient nagure les Prussiens en France;
ils n'ont rien respect. Il est souvent arriv que
des femmes, des jeunes filles, pousses par le d-
sespoir, ont eu la folle imprudence d'aller se
prosterner devant eux pour implorer la grce
Sd'un mari, d'un pre menac de mort, et elles
les ont quitts plus dsoles encore, en les, maiu-
dissant de leur avoir ravi l'honneur.



LE CARACTrai DES CUBAINS EN GN;RARL.
.. ..... ......... ... .... . .. .............
Si l'Espagne se trouve maintenant gravement
expose perdre sa plus belle colonie, c'est -
ainsi qu'on l'a vu cause de l'injuste faon
don't elle a trait le people cubain. Par ce mot


j'entends, on le sait, tous les habitants ns dans
l'le. C'est un peupl doux, human, sensible, ca-
pable de grandes actions, facile conduire, et
qui a donn durant de longues annes, la P-
ninsule, des preuves frquentes de sa docilit et
de son attachment. Lorsque, prs de lui, les co-
lonies continentales, en se soulevant, lui don-
naient un example qui devait le tenter, il.de-
meurait impassible. Cette attitude exceptionnelle
tait vivement apprcie alors, car le gouverne-
ment, dans les rapports officials, ne dsignaitla
reine des Antilles (lue par ces- mots flatteurs,
bien mrits : La siempre field isla de Cuba (la
toujours fidle le de Cuba). Mais il ne faut pas
pousser ce people bout, car alors il devient
terrible: il a du sang espagnol dans les veines et
il sait har comme ceux don't il descend et qui le
traitent en paria.
. . . . . . . . . . . . . . . . .. . i .


I.A CONDUITE DES ESPAGNOLS

Les Espagnols, don't la haine est encore surex-
cite, poursuivent les insur'gset, sur leur 'ps-
sage, s'emparent des proprits qui leur plaisent,
incendient les autres et fusillent les malheuriux
hacienderos habitantss, planters) qui leur toii-
bent sous la main. Ce sont les Espagnols qui ont
donn les premiers examples de ce systeine in-
placable, et ils le poursuivent avec une inlicxible
resolution.

Mais, aux inccnd les, les volontairi's onit ;ajoil .
(les crimes qui sont la honte de l'humanit. OnQ
de malheureux, rests paisiblement dans leurs
haciendas, ont t surprise par eux, taits prisom-
niers, puis masascrs sans piti coups d (le 1-
chete! Beaucoup des Iacienderos diu lrazo de
Cauto ont pri de cette fa;on.


__


ebesrrcuwr~ili~asssriia~P~ ,-- I~_ ~


H. Pir),:>,






LA RPUBLIQUE CUBAINE


13 FVRIER 1896.


Nous arrivons maintenant ce qui est le plus
grave.
La Banque de Paris et des Pays-Bas a prt 50 mil-
lions de francs, et dans les dix premiers jours de ce
mois prtera encore 25 millions; par consquent le
credit de ladite Banque, sur le Trsor de Cuba et de
la Pninsule, se monte 75 millions de francs, car
le Trsor dela Pninsule a t stipul responsible
et garant dans les contrats.qui ont t faits.
Ainsi donc, ces 75 millions de francs ont comme
chances: 25 millions le 8 mai, 25 millions le 8
j. uin, et. les derniers 25 millions la date. qui sera
stipule et qui sera, vraisemblablement, les premiers
jours d'aot.
Par consquent, il est vident que, si aux dates
indiques on ne peut satisfaire aux chances, le
Trsor de Cuba et celui de la Pninsule seront la
merci de la Banque de.Paris et des Pays-Bas, qui
pourra imposer au gouvernement espagnol telles
conditions qu'elle voudra, puisque celui-ci s'est
aussi imprudemment plac entire ses mains.
Devant un tel danger, la plus lmentaire pr-
voyance imposerait au gouvernement le devoir de
tenir tout prts les fonds ncessaires pour lui faire
face; mais, malheureusement, bien que trois mois
seulement nous sparent de la premiere chance,
on n'aperoit pas dans le gouvernement le moindre
indice permettant de croire qu'il se rend compete de
la gravit des vnements qui nous menacent,
cause du systme de vivre au jour le jour.
D'une part, le gouvernement a puis les ressour-
ces de la Banque d'Espagne, laquelle on pourrait
autrement recourir pour payer celle de Paris et des
Pays-Bas, comme. on fit en 1893, quand il fallout
payer la mme Banque de Paris les 5o millions de
francs qu'on lui avait emprunts en 1892 avec une
imprvoyance presque gale celle d'aujourd'hui.
Il serait en effet dangereux de demander mainte-
nant la Banque d'Espagne un effort pareil celui
d'aldrs, car ses avances au Trsor de Cuba montent
dj, comme nous l'avons indiqu, 233 millions
de picettes.
De telle sorte qu'il faut nous rsigner, si dsa-
grable et si triste que cela soit, il faut nous rsigner
l'ide que, dans trois mois, le Trsor et le Crdit
national seront, par rapport la Banque de Paris,
dans la mme situation que la souris, par rapport au
chat qui la tient entire ses griffes.
Et nous donnons ces avertissements temps, non
seulement au gouvernement et au pays, mais encore
aux intresss sur le march des valeurs don't les
oscillations dpendront, lorsqu'approchera la date
des chances, des resolutions que, de jour en jour
et d'heure en heure, on attribuera l'tablissement
de Credit don't nous parlons.


Les rapports qui circulent, au sujet des esprances
que fonde le gouvernement sur le recouvrement des
droits d'importation Cuba, et sur le course forc
de nous ne savons quelle espce de papier-monnaie
dj baptis du nom pompeux de billets de guerre,
ces rapports, disons-nous, loin de nous tranquilli-
ser, ne font qu'augmenter nos alarmes.
La premiere de ces measures ne donnerait que de
maigres rsultats au Trsor Cubain, surtout dans
les circonstances actuelles, et, en outre, ses effects se
feraient en tous cas sentir trs lentement en propor-
tion des besoins que, grce elle, on prtend satis-
faire.
Quant l'mission de papier-monnaie avec course
forc, le seul fait d'en parler rvle une ignorance
absolue de l'tat actuel des affaires Cuba. Pour quels
paiements, autres que celui des appointments des
employs civils, le Trsor pourrait-il prtendre qu'un
pareil papier-monnaie puisse tre accept ?
On a aussi parl, ces derniers jours, de projects et
de combinaisons se rapportant la Banque Espa-
gnole de l'ile de Cuba; mais ce que l'on dit ce sujet
ne mrite pas d'tre pris au srieux. Il suffit de dire
que l'on indique que le Trsor de Cuba pourrait
obtenir des resources de la dite Banque, en lui
donnant des facilits pour augmenter son mission,
alors qu'actuellement elle peut mettre 24 millions
de piastres, la condition d'avoir dans ses caisses
une quantit en or gale au tiers de sa circulation
in billets, et cependant on n'arrive pas ce que
cette circulation atteigne 3oo,ooo piastres, quoique
-ddans les bilans de cet tablissement figurent plus de
trois millions de piastres en or et prs d'un million
en argent.
L'explication de ce phnomne, incomprehensible
pour beaucoup de personnel ici, est trs facile pour
ceux qui connaissent l'histoire du credit Cuba
dans ces dernires annes et les vicissitudes don't
l'examen demanderait un chapitre part; nous
nous bornons, en ce moment, affirmer, sans crainte
d'tre contredits srieusement, qu'il serait aujour-
d'hui absolument inutile que le gouvernement ait
recours au credit, sous n'importe quelle forme,
Cuba, pour trouver des resources.
Considrer comme des solutions, dans les circons-
tances effrayantes o nous nous trouvons, le recou-
vrement des droits, le course forc ou l'aide de la
Banque Espagnole de Cuba, c'est un comble de
na'ivet; et, ce qu'il y a de pire c'est que, si le gou-
vernement se laisse prendre de tels mirages, il ne
cherchera pas les solutions vritables qu'il s'obstine
i chercher dans des arbitrages faciles et des exp-
dients .anodins.


Des situations comme celles que le gouvernement
s'est cres ne peuvent tre domines sans de grands
efforts et des sacrifices considrables-.
Plus on tardera le reconnaitre, plus le. conflict
s'aggravera et la situation, par l'imprvoyance du
gouvernement, la situation qui, au mois de mars
dernier tait grave, est'aujourd'hui vritablement
alarmante.
La grande masse du pays n'en a pas encore cons-
cience; mais, pour cette mme raison, si l'on n'vite
pas les graves vnements qui nous menacent, l'im-
pression qu'elle prouvera lorsqu'ils arriveront en
sera d'autant plus dangereuse.
Pendant dix mois on a dit au pays que Cuba sera
toujours espagnole; mais on ne lui a pas donn une
ide des consequences invitables de cette rso-
lution.
Au contraire, sans Corts pour tudier le problme
et sans autre plan que de vivre au jour le jour au
moyen d'oprations de dette flottante, on a confi le
dnouement aux faits, et ceux-ci, jusqu' present,
n'ont dnou que le changement de l'autorit sup-
rieure Cuba.
De telle sorte que, lorsqu'il faudra, l'ouverture
des Corts, rendre compete du pass et exposer les
projects pour l'avenir, lorsque, sous la pression des
normes chances des fonds puiss et qui, alors,
ne seront pas infrieurs 350 millions de picettes,
devant la perspective d'une dpense gale l'anne
suivante, lorsque, dans ces circonstances, il faudra
contractor des emprunts considrables des condi-
tions onreuses et avouer au pays, et lui dclarer ce
qu'on n'a pas voulu lui faire entendre jusqu' ce
jour, 'branlement de l'opinion sera plus fort et le
coup reu par le sentiment public beaucoup plus
rude.
Il est donc urgent de parler franchement au pays
et de lui exposer avec une entire sincrit les terms
du problme qui nous est pos.
Il faut lui dire que le replacement du gnral
Martinez Campos signifie ceci : Les moyens de la
politique et du gouvernement sont considrs
comme inefficaces pour rtablir l'ordre Cuba, et
l'on estime qu'une guerre sera ncessaire et efficace
pour que cette le continue tre espagnole.
Une fois ces dclarations faites, il faut exposer
aussi les consequences, invitables pourla nation et
les finances, qu'entraine avec elle l'adoption de ce
project et de ce systme.

------7T B------

LA PRESS FRANAISE
Et la Guerre de Cuba

Le XIX Sicle :
Il faut croire que M. Canovas del Castillo, chef du
gouvernement clrical que subit cette pauvre Es-
pagne, tient en bien mdiocre estime l'opinion pu-
blique europenne, car, chaque jour, il essaie de la
tromper. Il n'est pas de soir, en effet, qu'il n'arrive
en France, en Belgique, en Allemagne, une dpche
de Madrid annonant que les troupes espagnoles
viennent de reporter une grande victoire sur les
patriots cubains. Or, le lendemain, cette dpche
est dmentie et nous apprenons, par la voie de Lon-
dres ou par celle de New-York, que les patriots, loin
d'tre disperss, continent leur march sur la ville
de la Havane.
A quoi rime, je vous le demand, cette politique
de mensonges, du moment que l'ile de Cuba entre-
tient.des relations trs suivies avec l'Amrique et
avec l'Angleterre, qu'elle est situe proximity de la
Floride, centre d'un des plus important rseaux de
cbles sous-marins; que, malgr le blocus de leurs
ctes, les patriots cubains communiquent facile-
ment avec le dehors, et enfin, que, de la Havane,
parent chaque semaine, dix ou douze paquebots-
poste amricains, franais ou anglais? Oui, je vous
le demand, que sert-il de mentir aussi impudem-
ment du moment que les faits peuvent tre rtablis
dans toute leur ralit?
Voici, par example, Maximo Gmez, gnral en
chef de l'arme de l'indpendance. Vingt fois, M. C-
novas a fait rpandre le bruit qu'il avait t tu ou
captur et que ses forces avaient t ananties. Et il
se trouve qu'aprs avoir t vingt fois tu ou fait
prisonnier, Gmez est le maitre de la province de la
Havane. Peut-tre mme, dans un court dlai, la ca-
pitale de l'ile sera-t-elle en sa possession.

Au dire du correspondent du Temps, Gmez ne
dispose que de 3o,ooo hommes, alors que les troupes
espagnoles atteignent le formidable chiffre de
182,000 fantassins et cavaliers. Les patriots cubains
se battent donc raison de un contre six, et malgr
tout sont victorieux.
Je salue ces braves colons don't l'amour pour la
libert supple tout, et don't le courage, l'habilet,.
le patriotism voquent le souvenir de nos armes
rvolutionnaires luttant pour la Rpublique franaise
une et indivisible contre l'Europe monarchique coa-
lise.

Il a rappel le marchal Martinez Campos pour le
remplacer par le gnral Weyler. Ce nom lui seul
est tout un programme.
Car ce nom signifie: guerre outrance, guerre
impitoyable, massacres, fusillades, incendies.


Et pourtant la repression sanglante rve par
M. Canovas del Castillo ne russira pas l o a
chou l'action sage et prudent du marchal Cam-
pos. Il faut rendre, en effect, justice ce dernier.
C'est un esprit noble et lev. Il savait que les reven-
dications des Cubains sont fondes; il a combattu
les patriots loyalement et la mort dans l'me, car, si
le gouvernement l'avait laiss libre, il aurait accord
aux colons une large autonomie qui aurait respect
la suzerainet de l'Espagne et mis fin, en mme
temps, la guerre civil. Avec Weyler, au contraire,
nous allons assister une lutte de sauvages qui
amnera la rvolte complete de tous les habitants de
Cuba. Les rguliers ne pourront jamais rencontrer
les insurgs, insaisissables dans leurs forts monta-
gneuses. D'un bout l'autre du pays, les champs
seront ravags et un jour l'Espagne, puise, ayant
dpens plus de ,5oo millions, sera oblige de re-
noncer la perle des Antilles. Mieux vaudrait donc
qu'elle traitt ds aujourd'hui.
Au surplus, l'Espagne a tellement exploit ses co-
lonies et tellement tyrannis leurs populations qu'elle
ne peut s'tonner de ce qui arrive.

Le Monde Illustr :
Depuis que nous avons public, il v a neuf mois,
notre dernier article sur les affaires de Cuba dans le
Monde Illustr, les vnements ont confirm nos
conjectures. La revolution triomphante s'est tendue
dans toute l'ile, refoulant l'arme du marchal Mar-
tinez Campos.
L'impuissance de celui-ci et ses derniers insuccs
ont dcid le gouvernement espagnol le rappeler
et nommer gouverneur gnral de l'le le gnral
Weyler.
Les troupes des gnraux cubains Gmez et Maceo
se trouvent aux environs des principles villes et
et ont presque mis le sige la capital.

La Rpublique Franaise :
Malgr la sympathie qu'en France nous pouvons
avoir pour nos voisins d'au del des Pyrnes, nous
n'apprendrons rien personnel en disant que l'Es-
pagne a toujours t trs dure pour ses colonies. Ses
exactions l'ont fait chasser successivement de pres-
que toutes ses possessions du Nouveau-Monde, et
l'on se rappelle combien de sang fut vers autrefois,
par sa faute, au Prou, au Mexique, au Vnzuela.
Ce sont des raisons identiques qui nagure ont fini
par exasprer les insulaires de Cuba.
Ecrass d'normes impts qui ne profitaient qu'
la mtropole et aux insolents fonctionnaires envoys
d'Europe,-ne pouvant obtenir aucune amlioration,
aucun progrs, les Cubains, aprs avoir essay de
tous les moyens pacifiques et support maintes hu-
miliations, dcidrent de prendre les armes.

Le Grand Journal:
A Santiago de Cuba, Guantanamo, Manzanilla,
quelques, rares fabriques sont encore en activity. La
liste des proprits dtruites par les insurgs dans
leurs incursions travers les districts du centre et de
l'ouest semble indtermine. Ds qu'une liste est
close, on est oblig d'en ouvrir une autre.

La Patrie :
Les Droits de l'humanit. Dans l'ile de Cuba,
les troupes espagnoles sont aux prises avec les sol-
dats d'une insurrection sans cesse croissante.
Au Tigr, les Italiens sont tenus en chec par les
efforts de resistance d'un people qui combat pour
son indpendance.
Quel sera le rsultat de la lutte ? Nul ne le peut
encore prvoir. Quoi qu'il en soit, le moment nous
parat venu de donner en example nos deux sours
l'attitude de nos soldats Madasgacar.
Jamais, au plus fort de la lutte, nous ne nous
sommes dpartis de ces principles d'humanit qui
sont l'honneur de la civilisation europenne. Sou-
haitons que dans les ardeurs du combat, l'exaspra-
tion, ne d'une resistance trop prolonge, n'entraine
point les belligrants commettre ces excs que
seules la barbarie et la sauvagerie des races peu-
vent, dans une certain measure, excuser.
Ici, comme ailleurs, la France a le droit de se
donner en example. Avec elle, les droits de l'huma-
nit.ne sont jamais prescrits.

Le Moniteur Universel
Quecettedisgrce (celle du marchal Campos) soit,
d'ailleurs, absolument immrite, c'est ce qu'il se-
rait, aprs tout, impossible d'affirmer ; car, pour si
brave et si loyal qu'il soit, il est un fait indniable.
c'est qu'il n'avait pas russi et que l'insurrection,
malgr toutes les resources mises sa disposition,
n'avait pas cess de faire tache d'huile, gagnant jus-
qu'aux environs de la Havane elle-mme.

L'Autorit :
On voit, une fois de plus, quel immense dvelop-
pement a pris l'insurrection cubaine, combien est
terrible sa tactique, quelles normes difficults il
faudra vaincre pour la rduire, quels efforts, quels
colossaux sacrifices de toute nature devront tre
encore ajouts par l'Espagne ceux qu'elle a dj
prodigus, et, au point o en sont arrives les
choses, sans certitude de russite.

Le Journal :
Le marchal Martinez Campos, rentrant de Cuba
aprs avoir t relev de son commandement, a t


siffl Madrid et dans quelques autres villes d'Es-
pagne. A ces demonstrations, il aurait pu rpondre
et, s'il et dit tout ce qu'il sait, tout ce qu'il pense,
il aurait eu plus beau jeu, Madrid, de ceux qui
l'attaquent que ses successeurs, Cuba, ne l'auront
peut-tre des insurgs.

L'Inlransigeant :
La vrit sur Cuba nous est fournie aujourd'hui,
non pas par un ami de l'insurrection, mais par un
Espagnol, et par un Espagnol pay pour s'y con-
natre, le marchal Campos lui-mme.
Dans une interview qu'il a eue, il y a trois jours,
avec un journalist, la Corogne, l'ex-gnral en
chef de l'arme de Cuba a dclar sans ambages
qu'il tait indispensable de mettre fin la champagne
par tous les moyens possibles. Il faut, a-t-il dit, ar-
river une solution non-seulement par les armes,
- ce qui d'ailleurs n'a gure russi jusqu' present,
- mais par des concessions et des rformes, ac-
corder mme l'ile son autonomie si cela est nces-
saire . Tombant de pareille bouche, ces paroles
sont significatives.
Martinez Campos a fait ressortir que Cuba est hors
d'tat de couvrir les frais de la champagne, les res-
sources de la colonie tant puises. Les dpenses
annuelles s'lvent dj 375 millions de pesetas.
Le marchal, qui parlait on ne peut plus srieuse-
ment, s'est abstnu d'aborder le burlesque en racon-
tant la mort de Maceo, la fuite de G6mez et les vic-
toires des invincibles Tranchas-Montanas, Estocados
et Matamors y Blaguinos.

La Lanterne :
Il convient de revenir sur les renseignements con-
tenus dans la lettre qu'un de nos confrres a reue
de la Havane et don't nous avons hier reproduit des
extraits.
Ces renseignements confirment ceux que nous
avions prcdemment donns concernant l'excel-
leqte organisation des insurgs et l'existence d'un
gouvernement provisoire ayant dj proclam la.
Rpublique cubaine, don't le marquis de Santa-Lucia
a t solennellement nomm president il y a trois
mois.
""".........."""".... "". "-.*-**..............

Le Voltaire:
L'Italie a jusqu'ici dpens 80 millions pour les
frais de sa champagne en Afrique, et l'on trouve ce
chiffre norme. Mais comment qualifier alors les
dpenses faites par l'Espagne pour soutenir la guerre
de Cuba Plus de trois cents millions, soit un mil-
lion par jour environ, ont t engloutis jusqu'ici, et
chaque jour qui passe grve d'un nouveau million
le budget de cette guerre funeste.
.. ...- ...... ...... ......... .. ... -,-. ..
Cette situation, dsesprante, si elle n'est pas d-
sespre, inquite just titre non-seulement le
pays, mais encore toute l'Europe politique, et l'on
se demand si une crise conomique et politique
n'est pas imminent.

Le Pelit Troyen, Troyes :
Malgr l'importance incontestable des vnements
qui se passent Cuba, il ne semble pas devoir se
crer, en France, de courant soit pour, soit contre
le movement insurrectionnel d'o sortira, sans
doute, l'indpendance de l'ile.
Cette indifference, don't nous sommes peu coutu-
miers en gnral, n'est pas sans nous tonner un
peu, et nous nous demandons quoi elle doit tre
attribue. On ne reoit, il est vrai, des parties belli-
grants, que des nouvelles rares et brves, manant
toutes de la chancellerie espagnole, et dans les-
quelles on sent percer l'inquitude d'une nation qui
a le sentiment de son impuissance. Le laconisme
voulu des dpches qui sont communiques la
press franaise, le ton invariable qu'elles affectent
tmoignent, du reste, de leur manque de sincrit.
Tout autre est le ton des lettres manant d'offi-
ciers et de soldats, adresses des amis ou leurs
families, et don't un certain nombre ont t livres
la publicity.
Il n'est pas question dans ces missives, d'o le
souci des intrts de l'Etat est cart, de bandes iso-
les, de pillards et de bandits, nullement coordon-
nes et oprant sans plan dtermin, incendiant pour
le plaisir de dtruire. Les sparatistes, admirable-
ment organiss et dirigs par des chefs intelligent
et intrpides, obiraient au contraire des ordres
parfaitement raisonns et ne sacrifieraient leurs biens
que pour faire le vide derrire eux et priver ainsi les
Espagnols des resources qui leur sont ncessaires.
Loin d'tre dsapprouvs par la population cu-
baine, chaque jour de nouveaux lments se joi-
gnent eux pour repousser les armes mtropoli-
taines.
Il y a l un tat de choses qui doit mouvoir la
press franaise, qui doit veiller dans notre pays les
sentiments gnreux qui ont fait surgir des lgions
autour de Lafayette lorsqu'il s'est agi d'aider les ci-
toyens des Etats-Unis d'Amrique conqurir leur
autonomie.
Nous devons, dans ce conflict, turner nos regards
vers ces frres trop longtemps opprims par l'Es-
pagne monarchique, vers ces hommes qui luttent,
cent ans aprs la Rvolution franaise, pour con-
qurir la liberty, vers cette dmocratie que l'on veut
touffer dans son berceau, et faire des vux pour le
succs de leurs armes.

L'administrateur-grant : G. ETARD.

P.aRs. Imprimerie spciale de la Rpublique Cubain e,
20, rue Baudin.


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