• TABLE OF CONTENTS
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 Front Cover
 Dedication
 Preface
 Kouroumon ou le fleau du 18...
 Epilogue
 Notes et variantes
 Errata














Title: Kouroumon, ou Le fléau du 18 aout 1891
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 Material Information
Title: Kouroumon, ou Le fléau du 18 aout 1891
Alternate Title: Fléau du 18 aout 1891
Physical Description: 23 p. : ; 21 cm.
Language: French
Creator: St. Prix Roné, Eleuthère
Publisher: Impr. de la défense coloniale
Place of Publication: Saint-Pierre Martinique
Publication Date: 1892
 Subjects
Genre: poetry   ( marcgt )
 Notes
Statement of Responsibility: par Eleuthère St. Prix Roné.
General Note: Cover title.
General Note: Poetry.
 Record Information
Bibliographic ID: UF00080544
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: aleph - 003249290
oclc - 71281921

Table of Contents
    Front Cover
        Page 1
        Page 2
    Dedication
        Page 3
    Preface
        Page 4
    Kouroumon ou le fleau du 18 aout
        Page 5
        Page 6
        Page 7
        Page 8
        Page 9
        Page 10
        Page 11
        Page 12
        Page 13
        Page 14
        Page 15
        Page 16
        Page 17
        Page 18
        Page 19
        Page 20
    Epilogue
        Page 21
    Notes et variantes
        Page 22
    Errata
        Page 23
Full Text

























MONSIEUR TH. BLAISEMONT





Public par vos soins, voire amical office,
Ce livre vous appartient:
,'est en 6tant aux gens favorable, propice ,
Que par le coeur on les tient.
















P 1 : FACE



L'accueil bienveillant que le public tout enlier a
daign6 faire a la premiere partie de notre pobme,
publiee dans la Defensc Coloniale du 17 AoMt dernier,
nous a enhardi A lui donner tout I'ouvrage, malgS6'
les imperfections qu'il doil contenir et que le peu de
loisir que nous laissent nos occupations, essentielle-
ment commercials, ne nous a pas permis de corriger.

Le poitc n'est pas loujours un richissime
El le Lesoin parfois lulle contre la rime.

Puissent los deux derniEres parties, philosophique
cl dligiaquc, pour lesquelles nous ne dissimulerons
pas notre prdfdrence, jouir do la mime indulgence
don't a bidk'i6cid pris de nos clicts compatriots la par-
tie descriptive.
Dans cc cas, nous n'aurions que plus de raison de
itur tirc infiniment reconnaissant et de leur adresser
nos sincures remerciemen(s.













IKOUJROUJIMOW

OU

LE FLEAU DU 18 ABOUT







D'abord, dis le malin, de grands nuages lords,
Noirs el velus, ainsi que des pans de velours,
( heminaient dans le ciel sombre,
IIideux el menacanls, inlerceptant le jour,
Et versant sur nos fronts inquiets, tour 5 tour,
De la pluie et de l'ombre.

El.du vent, par moments, un souffle imp6lueux,
Passant sur I'ocdan, rendait lumullueux
Son sein vaste eL profound et jusqu'alors placide,
Calme depuis un mois, si ce n'est plus encor,
Comme un lac en tL, come un ceur sans remord,
011 Dieu mime reside.

El puis,on enlendail comme un sourd grondement
Venant on de la terre on du noir firmament,
Semblable an bruit des chars surle pavr des villes.
Et puis, tout se taisait. Et le vent et la mer
Et I'amas suspend des nuages dans l'air
R edevenaientsoudain inerles, immobiles I

Pr6ludes d'un combat 'of tous les eldments
Allaient s'enlre-heurter, a\cugles instruments
De la coltre divine,
Un silence de mort, plein de bruits indistincts,
Comme ceux qu'on entend venant des bois lointains,
Ou du fond d'une ravine,








-6-


Succidait tout a coup aux bruits ripercutds
Des vents incilaleuims et des lltls incil,'s;
Et ce silence dlail coupd dte plaintes mornes,
i)e sourds gemissemenis, si:lisres, inddcis,
Qui s'exhalaienl ties champs,des bois,des rocs assis
Sni les llanes rugueux doe nos Lornes.

Tels, au thdilre, avant les applaudissements,
Des murmures confus, de longs fremissem lls
Parcourent le sein de la foule,
te lel, pour prIluder a ses d(C3gils alreux,
Je cyc!one mnlaitl c confondail entre eux
Les grains torrentiels, la rafale et la houle.

Mlais le soir est venu. L'Angilus a sound.
C'eslt luree oi les onfants voit sommeiller : sept lieures?
El c'est I'heure of le monstie, a la (in ddchaind,
Croit devoir se hearter a toutes nos demeures,
Terrible et forcend !

Voyez-vous dans le ciel :ivide
Celt deinel dclair,
Feu de Bengalequi, rapid,
En tons sens rae Fair ?
Allumant partout dans I'ombre
Une paupiere de feu !
Illuminant l'espace sombre
La terre el la mer, Irails sals nombre
iu'on croirait !ances par Dieu !

VoCez-vous, briilantes cascades,
Ces nappes d'tleclricitl
Qui, sur nos tdles par saccades,
Tombenl de tout cIte ?
tiuelle avalanche de Ilammes,
A iroubler toules les ties,
IDgringole du fond des cicux !
\Vil-on jamais dans nos parages,
Si seconds en vastes orlges,
lien d'aussi prodigieux ?

Le pdlinoniiiue incendiaire
eU la votile tclesle enlii're
Fail couinne ni cralife, iln v'olcan
Quoi 'omiall; luutesle g illt!e.








-7-


Snr lon;s les puinls des flots de soufnre.
El le noire ile, come nn camp
Of plus de mille et mille glaives,
Comme les lames sur Ics grIves.
Ahis par les mains de noirs demons, -
So croiseraient, laneanit dans I'ombre,
Fer contre fer, des reux sans nombre,
'Pa' dessus la ch;aine ties months

L'horizon est de braise. Elrange mdlrore I
L'espace est inondt des rayons de I'aurore
An milieu do la nnil I
Est-c le fen falal qui, lomhant sur Gomort he
lt les villes ses scours, par Dien memo conduct
Brfia maisons, palais et lo frais syconmore
E I'lierbe du vallon, rii, s'allnmani encore,
Plus intense aujourd'hni
El, changeant chaiqe ine en dlessc Fulgore (I)
Sur nos fronis, Ilaime 4t luit !

Specacle grandiose, aJdirable, sublime I
Tenesire vision de ViinFernal abime,
L'iicendic esl dans les cieux I
Quelconmbat a Lieu donc, quelle lutl.l se passe
Entre 'air et le fen dans I'insondable space
Aux porches myslirieux ?
Calacdlsme cllnrayanl I lionuvanlable drame!
Tout en 1 dIconcerlan't I'osprit, et trolu lant I'mrne,
Qui nous ravil les yenx !

Farouche ~ olonpl I pusic on dtmcnce I
On se sent dans Ie cmur comme une joie immense,
Que Iraverse parfois une vague lerreur I
Et, pourlanl, on voudrait se miler. 6 dtlire I
Que, scul, peut dpiouver lhommefils de la lyre,
A touol celle liorreur I
A ces convulsions de la lh're-Naluro
So ddballant aux mains de Dion qui la trilure,
Pleine de trouble cl de fuicul!

Oui, cos commolions, mbres des grands desaslres,
Qu'on doil a la loinlaine influence des aslres (-2)
Pour qui n'existent pas
La distance et le temps -: grisent le Iccnr el F1'me I
On vondrait par moment,. lre onde, souffle on flamme,








- -


Ces Irois forces d'ici-bas,
Pour jotir pleinement de celle immense vie
Qu'aux Ir ulaux elements notre impuissance envie,
Fit-ce mcme par le trepas!



II

Entendez maintenant la voix vaste el profondo
)u cyclone dans l'air, sur la terre et sur l'onde!
Que suis-je, 6 Sabaolth 6 sombre Adoni I
Moi, chctir, impuissani, pour oser sur la lyre
Peindre, exprimer, ddcrire
CO vent de la fureur an disordre inoui!
Oh I seuls, ces sublimes poles,
Issus de la terre et du ciel,
Connus sous le num de propliles,
David, Isaie, Ezicliel,
Dans leur language tout de flames
Ppurraient peiiidre aux yeux comme aux ames
La sombre el fridmissante horreur
De celte inft-rnale soiree,
Don't la soivenance abliorrde
Nous remplit cncor de terreu'.

Nuit don't les souvenirs, disormais l0gendaires,
Soul tous graves aux coaurs meurtris de Lant de pores,
De fmnilles en deuil, viclimes de vos coups I
Vous qui files coulcr tant de larmes amBres,
Renaissez sons mu plume en traits dignes de vous,
Atin que nos neveux, n des jours plus prosperes,
Sachenl ce qu'esl le ventjoint aux Ilusen courroux.

Figurez-vous, venu duiond des cieux sans bornes,
Un giganlesque oisean, Rock, Vautour ou Condor,
Debout,les pleds pos(s aux sornmets de nos mornes,
La queue immense au Siud, la tOle dnorme au Nord I
Etre dOmesurd, pheinomnal, Otrange,
Tel qu'on dOpeint Salan Ierrasse par l'Archiai)ge,
.'est-i-dire a la fois hideux et flawmbovant I
Qui, dans les airs iu'il trouble ct remplil d'dlincelles
iE d'dclairs, remuieralt dlex effroyables ailes
Du couch.inl a I'orienc I







-9-


Figurez-vous ce monstre au souffle formidable,
Aux poumons faits d'acier, terrible, inabordable,
Ayant pour mission, toujours sombre, irritd,
Par tous les points du globe oiu soudain il s'arrele;
De ddchainer les vents et les lots, la temple
Au vol prkcipitd;
Un beau soir s'abattant sur notre ile chdrie
Avec on no sail quclle infernale furie,
Quelle fdrocite,
Et 1'ctreignant, ainsi qu'en un champ d'asphodcle
A quelque pauvre iqsecle, abeille ou demoiselle,
Le ferail un enfant plein do brutalild;

A ce moment fiaal, brusquemeni remudes
Comme par mno main fdroce, los nudes
Se ldchirent, amrn eaux dans lout spacee errands,
Laissant voir tans Ic ciel onlr'ouvert et qui fume
Plein do plnie ct do brume,
Mille claimss fulgurants !
Le vent.on lourbillons, plls prompt quo la pensdo,
Fail le tour dn comp.ns, ct la mer, conivulse,
Est come un champ crcusd par des socs ddchirants!

Ce fut I'liure suprrnme, horrible, inenarrable,
Of Pile tout entire, bier encore admirable
Pour sa flore salvage et sa ficondil6,
Ses champs bariolts, ses grands Lois, sa verdure,
-0 mon pauvre pays, sons le ciel rien no dur-
Perdit en un instant sa verdeur, sa beantd t

__., Qu'6trcint par une serre invisible et brutale
Le doux pays des fleurs, I'ile Aladinina,
Qu'a touts les horreurs le ciel abandonna,
Fut soudain violate, ainsi qu'une veslale
Par ce sinistre brigand
Au baiser inhimain, ah la Ivre falale,
Que l'on nomme ouragan !

Et ce fut effravant cerlaine minute
L'on so ligurorail
Assister a la clule
De tonic une foril.
On de mille gdanls, contre le ciel on lullo,
Qui des vasles hautmours de P'lernei plafond,
Ainsi que Briarde, Encelade et Typhon,


dn-~ 'A/~:,/7 ,, / / n -7
/








- 10 -


Seraient prdcipitls, formidable culbute,
Dans I'abime sans fond I

Commeon dit que grondaient les porches du Tdnare,
Qu'aboyaient le Cocyte et I'Achdron barbare,
Et le Styx qui sept fois contournait le Tartare
Et roulait au lieu d'eau des flames et du sang,
On entendait dans l'air le bruit assourdissant
De mille chariots sur des gravois glissant;
Je ne sais quelle elrange et sombre sonaerie
De cloches; quel vacarme affreux, Mtourdissant
De bombes 6clatant, de canons rugissant;

Tout ce qu'une brutale et vaste artillerie
Peut projeter d'Vchos au ciel retentissant,
Joint au vaste fracas d'une cavalerie
Fumante, achevelde, et pleine de furie
Sur le dos d'une armee enfoncee et meurtcie
Et des monceaux de fer an grand galop passant I

Et, rapide, bruyante, en nombre immense, tell
Que les feuilles des bois en automne une grele
De tuiles, tournoyant en tous sens dans les airs,
Siffle et tombe, brisant les trottoirs, la chaussde,
Enzombrant lesjardins et les course -, plus pressed
Que les rouges galets sur le sable des mers I

On ecit cru par moment, dans ce d6sordre extreme
Cel infernal concert,
Que chain kcoutait surprise, hagard et blame,
Que le ciel tout entier, le ciel avec Dieu meme,
Tout a coup entr'ouvert,
Dans un terrible effort, ddfinitif, supreme,
S'dbranlail et voulait crouler au noir enfer I

Tumulte que ne peut rendre aucune parole
Le monstre qui, dans 1'air galope, danse et vole
Frndlique I et mettant tous les cceurs aux abois,
Siffle, gronde, rugit, pleure, chante, grommelle
Se cabrant, se ruant sur Lout, et, pele-mele,
Brisant sous ses talons d'acier, d'abord les toits,
Puis les cloisons, les murs don't il ne laisse a peine,
Dans sa course effrende et sa sauvage taine,
Que d'informes debris de pierres et de bois 1







- 11 -


III

FlIau du dix-huil Aoat, sinistre Kouroumon, (3)
Qui pourra jamais dire, 6 Typhon, 6 demon I
Monstre a la colbre f6brile,
Tous les signes divers don't tu fus precedd,
Et le flot de malheurs sur nous lous d6bordd,
Quand tu l'abattis sur notre ilel


Oui, tandis que dans 'air, nuit de sombres prodiges t
Passaient ces chars fulgurants;
Roulaieni dans tos les sens ces rapides quadriges
Aux quatre coins du ciel errants;
Qn'on entendail au loin le bruit discord, strange,
les arbres, des maisons, l'un sur l'autre croflant;
Et celui des ruisseaux ddbordant, pleins de fange,
Tous grossis par la pluie en lout lieu ruisselant,
El les cris effrayds des enfants et des femmes
Dont tressaulaient les coeurs, don't s'affolaient les ames
Devant laut de dangers parlout s'accumulant;

La mer, ainsi qu'un drapque des mains furibondes
Secoueraienl, soulevant la masse de ses ondes,
En longs plis ondulenx, comme dans les vallons
Parmi les champs de bl, les moissons toute blondes,
Sont les lertres chenus el les verts mamelons,
La pousse sur ses bords, el, fProce, brulale,
El se senlant aide encore par la raffale,
Prend en passant et jelte aux brisants, aux dcueils,
A tous les accidents multiples de la c6le
De barques et vaisseaux marchands toule une flolle;
Come des coques d'oeufs brisds le long des seuilst

lls sont la tons, baleaux, bricks, trois-mits, godlettes,
Dont la vague en courroux a fail ou des squeletles,
Ou des radeaux, ou des ponions;
Les uns, les reins caPsds, el tout le bois par piles
Comme les os humans le long des Thermopyles (i)
Epars en multiples troncons;
Et les autres, couchds en nos criques, nos havres,
Comme de monslrueux cadavrcs
D'aildiluvicns poissons !









- 12 -


El les digues du ciel avaient brist leurs vannes.
Et la terre tremblait, faisant crouler parlout
Les toils que louragan daignait laisser debout
Et. courant sur les months, errantdans les savanes,
Uu feu bleuatre et rose, aux reflels sulfureux,
Etrange, fantastique, au vol capricieux,
Semblable a ceuxqu'on voit le long des caravanes,
Ou sur le sein fangeux des verdatres marais,
Le feu St Elme enfin, I'effroi de la nature,
S'allumant dans nos champs, nos vergers, nos forces
Ddlruisait toule verdure,
Et laissait le pays dtpouill, nu, desert,
Sans une fleur, un fruit, don't un hote de Fair
POt faire sa nourrilure !

Maintenant c'est le jour. L'aube luit. Regardez 1.(5)
Et voyez comme sont rouges et ddnudes,
BrOlts, cicatrises, ravages, tristes, mornes,
Tels que le sont les champs maudits d'Haceldama
Et d'Ascalon que, seul, le meurtre sombre aima
De la base au sommet, nos collins, nos mornes I

Maintenant, supputez les pertes. les dCgats
Du flNau destructeur dans ses affreux bats !
El complex les victims
Qu'il a faites: vieillards dtbiles, languissants,
Jeunes filles, garcons a la (leur de leurs ans,
Ses dtpouilles opimes;

Pires, meres, enfants qui, surprise, affolks
Se sont vus 6crases sous les murs cboulds, (6)
Ecrabouilles sous les dicombres
Et ne sont deji plus, dans la tombe enfouis,
Rien que des souvenirs perdus, dvanouis,
Parmi les spectres ct les ombres.

Pas un arbre debout tous couclhis sur le sol I
Deracines, cassds I Le peu que dans son vol
Le cyclone n'a faith qu'effleurer do son aile
Vivent- mais sans feuilllage au front- et n'ayant plus(7)
Que des trones mutil6s, que des membres perclus
El qu'on les voit dresser vers la vote dlernello
Comme pour accuser I'Auteur de 1'Univers
De tous les maux par eux endures et soufferts
Dans la tourmente criminelle









- 13 -


Oh I laissez-moi pleurer tous ces arbres ddlruils,
Les uns avec leurs fleurs et les autres, leurs fruits;
Qui prirent plant d'anndes
Pour se d6velopper, croitre sous le ciel bleu,
Et qu'en quelques instants ont ravages le feu
Et les rises contre eux de partout ddchaindes I

Aussi hauts qu'un clocher, plus large qu'une tour,
Freres du baobab, du sapin et du chine,
J'ai vu de ces giants a 1'immense contour
Q'embrasseraienti peine
Dix bras d'hommes format a leur base une chain
Qui, 'air grave, debut au milieu de la plane,
Selon l'heure du jour,
De leur ombre couvraient la colline prochaine
Ou les champs d'alentour;
El ne sontaujourd'hui, couches dans les savanes,
Foulds au pied, en pioie aux vers, aux champignons,
Quo des amas pourris de bois aux noirs moignons
Qu'enveloppe un rdseau de gourmandes lines I

Cerles, j'ai bien plourd sur les inforlunds
Dans la funeste null si vile moissonnes;
Tous les maloueureux soul mes frcres. (8)
Je me lis un devoir dans cc malhcur commune
De suivre de ilns td'ut
Les resales luniraires. (9)

Mais ces arbres giants, ces grands inoffensifs,
Selon le temps qu'il faith, ou diserls ou pensifs;
Ces peres nourriciers de tant de creatures
Dont les fronts verdoyanls s'6dlvaient jus(u'aux cieux
Charges de lleurs, de nids d'oiseaux, do graines mures;
DIs l'aube, pleins de chants, de bruins milodieux,
On do confus murmures;

Et qui, le soir venu, mornes, silencieux,
'renaient sur les clteaux des airs mysldrieux
De speclres, tie guerriers aux pesantes armures,
Ou de bUtes de bois don't s'6tonnaient nos youx
De voir les large flancs, les fronts prodigieux
Ornds do noirs cimiers fails d'dpaisses ramures;
Mais ces braves amis de tout itre vivant
Qui, dans tous nos vergers, sur nos places, souvent







- 14 -


PrBlaient i ma douleur leur ombre fraternelle,
El me faisaient river, dans un monde meilleur (10)
Des Champs-Elyseens, une source elernelle
De paix et de bonheur !

Je ne peux pas comprendre
Qu'ils soient la, sur le sol, agonisanis ou morts,
Couverts de boue ou de cendre:
Et j'ai comme un remords,
Dans ma piti6 pour eux et poelique et tendre,
De n'avoir pu les defendre
De la fureur du monstre aux sinistres transports;
Et rien qu'i voir la hache approcher de leurs corps
Je sens mon cceur crainlif s'6mouvoir et se fendre.

Car, moi, j'aiipe la plante, arbre, liane ou fleur,
De la racine i la feuille;
Je ne froisse jamais les uns et je ne cueille
Jamais l'autre, de peur
Qu'ils en aient quelque mal. Non; maisje me recueille,
Plein d'une douce joie et d'un naif bonheur,
Lorsque sous son ombrage un grand arbre m'accueille,
Et je bEnis en lui l'ceuvre du Crtateur !

Car quel homme pent dire, assurer qu'il ne vive -
EL ne palpile pas
Sous 1'dcorce de I'arbre une ame sensitive,
Puisqu'en lui, comme en tous les Otres d'ici-bas,
Le sang circle et bout, force vivace, active;
Qu'il nait faible, chl!tif, croir, vieillit, puis, arrive
Comme eux-mme au trdpas.

II en est un surtout, dans un bourg de notre ile, (11)
Doul le doux inom to'clchappe, et qu'entre tous, j'aimaiS
D'un amour que jamais
N',fit p6re pour son fils. Le poIle Virgile
Eut aimt respirer sous son ombrage 6pais,
Edinien, tranquille;

Dcclieux, Bernadin de St Pierre, on Rousseau,
En drive et mourant (do soif sutr un vaisseau
Que I'Ocan baltrail de sa vague mobile,
Voyant pris de priri uni plant d'arbre si beau,
Eussent, pour ranimer son front p)ale et dlbile.









- 15 -


Repandu dans son nceud de bambou, plein d'argile,
Leur faible ration d'eau;

Car c'tait come un pan du ciel bleu sur la terre
Que cet arbre puissant aulant que gracieux,
Qui vivait solitaire
El le front dans les cieux;
Etendant sa grande ombre h plus de cent couddes,
Les branches de rayons, de lumiere inond6es,
Resplendissant de Hears, ainsi que I'est d'iddes
Le front vaste et reveur d'un barde aimed des dieux 1

Si le vent I'a vaincu, si sur le sol inerte,
II glt, deracind, cass6, ddfigurd,
De cet arbre divin ne m'apprend'pas la perle,
Car j'en aurais le coeur navrd, dtsespdrs !



IV

Mais le vent de malheur a tout detruil. ( Adieul I
Mainlenant c'est le mot, le refrain monotone
Qu'en ce pauvre pays I'on extend en toul lieu,
Depuis le lendemain du terrible cyclone,
Le pire flau de Dieu I

El maintenant, adieu sur tous les points de I'lle,
ForEts, vergers, jardins tout verdoyant asile,
Tous delicieux abris

Ou, par un ciel d'azur, sous l'ombrage tranquille
Des blonds frangipaniers, des papayers fleuris,
Agitant les couleurs de leur aile febrile,
Volaient les papillons et les bleus colibris t

Chantaient et pepiaient les moissons et les grives;
Oi, sous les longs bambous,
Pres des sources plaintives
Erraient les verls Idzards et les sarigues roux;

Ou, jour el nuil, poussant leurs plaintes elernelles,
Pleuraient et ghmissaient les brunes lourterelles







- *16 -


Et, dans les buissons en fleurs,
lMlant leurs cris percants au bruit des cascalelles
Tombant des rockers ea pleurs,
Stridulaient les criquels; les vives sauterelles
Et solfiaient les silleurs.

Adieu, mes chers grands bois des Deux-Choux, de La
Des hauteurs du Lorrain ct de la Calebasse, [Trace,
Terrestres paradise aux arbres toujours verts !
El vous aussi, hameaux de mon aim6 Parnasse
El des Fonds St Denis don't, partout en mes vers,
'ai si souvent chanlt les mornes plains de grace,
Los gorges, les vallons, tous les sites divers I

Adieu cos oasis quo ma panvre time, eprise
De touts les beaut[s, -- sut tant aimer, hilas !
Verdoyanle Grande-Anse au board des cax assise !
Aimalle 1lornc-l1ouge aux cliarmainles villas,
On'embaumaient en passant les femmes et la h ise;
S.jour plein du parfum dcls lis et Js lilas (12)
Oh, ldgers, folltraiiJnl sous les vertes allcs
Tant de joyeux enfants I lmes aux fleurs miles,
Ivres d'air et d'azur I gais lhlins jamais las !

Of montaicnt vcrs le ciel, en sa coquetle 6glise
A la fllihe 6lancee, aux tableaux ra'issants,
Elque si hrusquement le veni secoue ct brisc-(13)
Tant de doux chants pieu, taut d'accords frdmissanus,
Exhales par des ccurs que la foi podlise
Et ravit, 5 travers un nuago d'encens !

Adieu, beaux pavilions, kiosques, chalets, chaumieres
Que nous voyions debut, a l'ombro des lizires,
S'etaler, hier encor, si gais ct si riants,
Avec leurs colombiers, leurs jets d'eau, leurs parterres,
Sons les epais rideaux, les d6mes luitlaires
Des manguiers et des flamboyants I
Oui, adieu tons nos bourgs sur tons nos frais rivages
Nagu'res Clendus
Et tous ceux qui, b lis sur des mornes sauvages,
Y semblaient suspends;
On bien qui, parsemant dans nos crenses allies
Jeurs cases, lears maisons, par las arbres voi'des,
Y paraissaient perdus!







- 17 -


Adieu du doux pays, oceanide verle
Par Christophe Colomb un martin decouverte;
De 'ile des palmiers, paradise indien,
Dont toujours 1Igndris revoyait dans ses reves, (14)
Quand on Fen eul chass6,, les maternelles groves,
Les bois, les months aims, it ne rest plus rien I

Plus rien de ces forkts, de ces bois magnifiques
Oft dansaient les Caciques
A 1'ombre des galbas,
Sur le senil des Karbets aux toils multicolores,
Au bruit des chants sacrds et des chachas sonores
Des butios et des sambas (15)

Plus rien de ces vergers pleins d'ombre et de myst&re
Aussi sonores que frais,
11las, ni du Petit, ni du Grand Sdminaire
Qu'dgalait seul dii Fort Io, riant presbylire 1
Pour P'ine recueillie, amante de la paix,
Si doux I morceaux du ciel projelds sur la terre I
Lieux don't la rOvcrie heuroiuse et solitaire
Aimait l'onde et les fleurs et les arbres dpai3 !

Perrinelle n'est plus qu'un enclos sans ombrage,
Sans fleurs ni fruits desert qu'on n'a pas le courage
De regarder de prs; doul tous les muscadiers,
Les poiriers, les galbas an reluisant feuillage
Sent couclis sur le sol eslropids, broyds !

Le vert Quarlier-Monsieur,le doux Morne Dorange, (16)
Chabert mime, ne sont que des lieux d(vastes
Ou l'on ne trouNe plus une pomme, une orange;
Seuls, les hlncs des Pitons, chance vraiment dlrange,
Par quelques grands palmiers sont encore abritis.

El c'est horrible i voir lc Vauclin, tl Gros-forne,
'offTrenl plijs qu'un aspect d sold, triile, morne,
Fait pour briser le cul:r. Li tout n'est que debris,
lurs et toils C lroilds. Le Sainte ]'hilombne
Est tout enlier giant au board des Ilots surprise.
Pas un scul de nos bourgs qu'en sa f'reCur soudaine(17)
LJe tlau destruclur nail coil:lc sur ]'a. ie
Avec ses halaitants bous ulds ot mcourlis !








- 18 --


V

o) Jardin liuanique aux Ibruyaioes cascades,
Oh soot de tes palmiers les blancles colonnades,
Tes rouges banians et les Liguiers d'Adam,
Tes jeunes palasas el tes a tl6ts negresse )
Dont le fruit aux enfants causait lant d'allgresse
En leur teignant le doigt et la joue et la dent ?

Oi tes begonias, tes cippes, les gouanes
Et les tiguiers maudits, frbres des verts platanes ?
Tes giants de Java, Borndo, Sumatra,
Et tes bleus ayallas aux feuilles diaphanes,
Tous les arbres fruitiers venus des cinq Guyanes
Qu'aux jours de ta splendeur l'tranger admira ?

Oui, que sont devenus ta forkl de fougures
Et tes souples mahots, tes lines leeres
Qui, folles, s'enroulaient aulour des tulipiers
Bigarraient de leurs fleurs multiples tes allies
De jaunes azaldes
Dont-ils tuaient les pieds ?

Tous renverses, dtlruits par l'horrible avalanche,
L'dhoulis des terrains qu'ont emportls les eaux;
Maculant dans le tnf leur tile rose ou blanche,
Les troncs bris6s, n'ayant plus une verte branch
Broy6s comme tes jones et tes frEles roseaux I

PWcoul n'exisle plus. (18) Les Trois Ponts, gai village,
Ou 'on vivail heureux sous 1'lternel ombrage
Des myrles, des jasmins et des bruns canangas,
Ayant de l'ouragan essuyd les d.gals,
N'(ffre plus, comme avant, une seule retraile
Aux loisJrs crdaleurs du peintre, du poete
Parmi toules ses villas I

Et partout la douleur, les cris de la souffrance,
Ou la dUsesperance I
Partout des gens en deuil
Pleurant sur un cercueil,
Ou... regardant la France,
Tout l'espoir !,, ou IEcueil I,,, (19)










Nul ne ful epargne, ni Ilihomme, ni la bEle :
D'innombrables oiseaux pIrireil en tout lieu.
On en trouva partout dans les chalnmps, sur I'ierbette,
Victims de la faim ou du froid :l lBon Dieu
Appesanlit sa main jusque sur les aheilles.
On en vii par milliers, a des folles paroilles,
Diserlant les forils, do maison en maison
Ptindlrer, e, volant, hllesses iinmrmodes, (20)
'Pa'loul sur les dressoirs, les tables, les commodes,
Y cllercller vailemeniil les llours de la saisoni.

)Iirai-je les mn issons, les fuirliines i titu iles (21)
Les families do soir an leademai'l, rcilnites
An plus Irisle des rnaux. la faim, I'hon ile fJinm ?
'T'ant dle millions de gens r il'ds, p|elo-mile.
Sans ol albri, gisant sir l' ire il llern lle ..
Toulcs inos eproeu\es eilin !

Non car lo coenr e foindii I: sole pensee,
Ilien qu'at i noir soN\ leniir
Do la passe qlue, lons, inous a\vos Iraversde...
Sans souil doe Faveniir !



\I

Un jour, lorsque Ic lomps et linduslrie humaine
Auront so rdparer tous los dig(tls causes
Pr l'horrible lldau, que, telle (qu'uno reino
jeure et belle et charmant les emturs les plus hlas6s,
Notre ile renaira de sos Iristes rines;
Que ses months divaslis, ses vallons. sos collins,
Joyoux el fiers, reil'Iiront
Lenr parure de ftle ot que, verle et ftconde,
On la verra de loin surgir du sein do 'onde,
Sa couronne de fleurs au fronl !

(elui-li qui lira mon ('plorv poeiml. ,
Relomarq'iiant les ricils terrilles que je fais
Din yphon odieux el do s s noirs effels,
So dira ( le polo csl til melnlour supl'rme
Oui onlljours; ia pli;ijr, xagbr les fjils h )i








20 -

Et pourlant, 6 Cyclone, A tous les points, funeste,
Sinistre plus affreux que la guerre et la peste,
Quel barde peut ddcrire, exprimer par ses vers
Les desastres sans nom, tous les maux que tu causes
Sur terre quand, frappant du pied sur toules choses,
Tu passes, rcmuant les cieux, les months, les mers I







- 21 -


EPILOGUE


El maintenant, 6 morls chdris I sainles victims I
Fronts sacres, designs pour expier nos crimes,
Nos offenses a Dieu,
Peut-Wlre..... (qui sonda les desseins plus qu'intimes
Du Seigneur ? ) recevez mon fraternel adieu I

Reposez tons en paix en vos demeures sombres I

Vous qui. sous les debris, les dpaisses dtcombres,
Perites engages,
Que bienveillant vous soit le cortege des ombres I

Et vous, pauvres naufragds
Qu'ensevelit la mer en courroux, que ses lames,
Sa houle soit hlg6re a vos errantes ames.
A vos corps submerges I

ELEUTIHRE ST PRIX RONE.


Juin 1892.








- 22 -


NOTES ET VARIANTES


(1) Var. Et changcant chaquc nue en un vaste fulgore,
(2) G'cst la mime opinion que, longlentlms aprbs nous, vient
d'imettre dans une conference a l'Acadtmie M. ;alland,
I'un do nos savants astronomes, A savoir que les cyclones
sont dues A 1 influence do Yulcain, Mars et Jupiter, cic,
si nous avons bonne m6noire.
(3) Ainsi les Caraibes appelaient 1'ouragan.
(4) Var. Comme des osscmeints humnains aux Thermnopylos.
(5) Var. Les tn6tbres out fui. L'aube luit. legardez !
E t oyez ..............................
(6) Var. Sc sont vus eraser sous les Imurs bou1ls,
(7) Vat. Ticnnent encor, mais vcufs de feuillage t n'ont plus
(8) Var. Tout malheureux est mon frnre, etc,
(9) Var. Le cort6ge fundraire;
(10) Var. Me faisaient esprcer, dans un monde nm.ill.ur,
Une ve ie i venirt etc.
(11) L'arbre de la place publique tie Sainto Luce.
(12) Yar. S6jour plein de parfumr de lis ct de lilas.
(13) Var. Et que si vite, 6 GiCr'st le vent secouc et rise !
(14) Igndris peuplad(s indigenes, peul-'Mre autocltlhones, dos
Antilles, de la Guyane etc., dtlruites par les Caraibes
venus de la COte lernme.
(15l Butios, pretrcs; Sambas, poetes indiens, de la Fli'ride,
des Grandes come des Pctites Antilles.
(16) Voir notre poinle Saint-Picerre el sos environs danls le
Propagateur du 5 ct du 18 juiilet 1885 et la ievue
Exoliquc de Paris.
(17) Var. Pas un de nos hameaux qu'en sa rage soudaine
(i8) Nous entendous par liA ss allies 'aest'bres giailesrques
et deux fois ceitt.naires pour Ile nmoini..
(!9!) la France aujourd'hl i encore', Inut ci nim autrefoni,
les colonies, d lla s Ii jlo l.i'e de noi.s gr.nl s it inllll d'eletl








23 -

no sont cries, dtablies, que pour servir de d6bouch6s
a I'industrie m6tropolitaine, contribuer A sa prospirit .....
nous avions une autre idWe du rl6e d6volu aux m6tro-
poles..... mais passons !
(20) Var. Rentrer, et voletant, hbtesses incommodes
Partout sur les dressoirs....................
(21) Var. Dirai-je les moissons, les recoltes d6truites.
D'aprbs les inspecteurs metropolitains, 48 millions environ
et seulement, mais, pour nous, une perspective de cin-
quante ans de gene et de misere, avant que le pays se
relive.



-- Erratum p. 14

Lisez: Car qui peut affirmer de fagon positive
Qu'il no palpite pas




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