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HIDE
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 Half Title
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 Preface
 A mes meilleurs amis
 Ti prince et medel
 Ti Jean l'Horizon
 Flanerie dans la brousse amie des...
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Group Title: Deux contes Créoles.
Title: Deux contes Créoles
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 Material Information
Title: Deux contes Créoles Ti Prince et médel. Ti Jean l'horizon
Series Title: Deux contes Cre´oles.
Physical Description: 62 p. : ; 19 cm.
Language: Creoles and Pidgins (Other)
Creator: Dufrénois, M
Dufrénois, Charles
Publisher: Figuie`re
Figuière
Place of Publication: Paris
Publication Date: c1936
 Subjects
Subject: Tales -- Caribbean   ( lcsh )
Folk literature, Creole   ( lcsh )
Genre: non-fiction   ( marcgt )
Spatial Coverage: Haiti
 Notes
Statement of Responsibility: par Madame Dufrénois, suivis de Flanerie dans la brousse amie de Antilles (Poeme) par Charles Dufrénois.
General Note: "Pour le tricentenaire des Antilles, 1635-1935."
 Record Information
Bibliographic ID: UF00078410
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Holding Location: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: ltuf - AGN2030
oclc - 20688583
alephbibnum - 001370423

Table of Contents
    Front Cover
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    Half Title
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    Preface
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    A mes meilleurs amis
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    Ti prince et medel
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    Ti Jean l'Horizon
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    Flanerie dans la brousse amie des Antilles
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    Back Cover
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Full Text


M. et CHARLES DUFRENOIS
MrM
POUR LE TRICENTENAIRE DES ANTILLES
1635-1935


DEUX CONTEST

CREOLES
TI PRINCE ET MEDEL
TI JEAN L'HORIZON
par Madame DUFRENOIS
SUIVIS DE
FLANERIE DANS LA BROUSSE AMIE DES ANTILLES
(Poime)
par Charles DUFRINOIS
ACLINEIlNEcs
OEUX FIGUIERI






EDITIONS EUGENE FIGUIERE
PARIS 166, Boul. Montparnasse PARIS















UNIVERSITY

OF FLORIDA

LIBRARIES


THIS VOLUME HAS BEEN
MICROF ILVD
BY THE UNIVERSITY OF
FLORIDA LKRARIES.


__










Deux Contes Creoles






M. et CHARLES DUFRRNOIS
Mr
POUR LE TRICENTENAIRE DES ANTILLES
1635-1935


DEUX CONTEST

CREOLES
TI PRINCE ET MEDEL
TI JEAN L'HORIZON
par Madame DUFRENOIS
SUIVIS DE
FLANERIE DANS LA BROUSSE AMIE DES ANTILLES
(Pocme)
par Charles DUPRFNOIS
ALCNIE GNEma
OEUXRFIUIERi





EDITIONS EUGENE FIGUIERE
166, BOULEVARD MONTPARNASSE. PARIS




































Tous droits rdservds
Copyright 1936 by M. et CHARGES DUFRENOIS












PREFACE



S M tte I ses meillers Amis de Jadis




Vous agez grand et avance, comme moi, bien loin
.wajs la vie, cheers enfants qui rdclamiez d grands cris
joyeux les contest de votre Marinotte ; et souvent vous
lui aves demand de les ecrire pour vos enfants et
Spvos petits-enfamts... Je vous revois tous, presses autour
S'de moi sur ces marches de pierre grise menant aux
bains de Moutte ; sous les grands bambous servant
d'dventails d la brise fraiche, quand le clair de late,
si brilliant qu'on pouvait lire d sa lumiere, renvoyail
vers mes yeux ravis de votre grdce, l'dclat tendre de
vos doux regards.

Une jeune voi. affectueuse, enlendue aprbs une Ion-
Sgueo absence, me rdpondait un jour: c On n'oublie pas
Mar Iinotle I

%r ' '







DEUX CONTEST CREOLES


Marinotte, elle aussi, n'a pas oublie cettc tranche de
vie heureuse, de 1891 i 1902, et c'est 4 vous, qui vous
reconnaitrez dans son cceur fiddle, qu'elle dedie les
deux premiers des Coines de Marinotte, qui vous
rapp.elleront votre enfance crdole et ses joies incbmpat
tables.

Et dans une lente Flanerie a travers la brousse amie
des Antilles, en compagnie du fils de Marinotte, vous
entendrez encore les mille voix grandiose ou murmu-
)antes de cette Nature, 4 nulle autre parcille, de Vile
a enchanteresse ) ; l'le des ( revenants >), dit un pro-
verbe, car on y revient toujours..... quand on le peut I


Neuilly, 1935.













A mes meilleurs Amis




Ils sont 14, tous autour de moi,
Regards brillants, visages roses,
Dans les plus ravissantes poses !
a Allons !... il 6tait une fois... ,
Et l'auditoire gracieux
Suit mon recit capricieux.



En travers des marches de pierre
Les ( grands ) s'allongent, paresseux;
Et moi j'occupe le milieu
D'une bruyante fourmiliere:
Les a petits ) s'entassent, se p'ressent,
Chacun d'eux voulant mes c'aresses.



Mais, soudain, des rappels tonnants
Vibrent, reclamant le silence !
Les a grands ,, d'une forte cadence:
f Voulez-vous done vous taire, enfants !...
Puis, un douxx cri "d'oiseau piailleur:
< ga va commencer... quel bonheur! -







DEUX CONTS GRAOLEMS


Oui, quel bonheur Et pour moi seule,
De voir ces beaux regards heureux
Fixer leur azur sur mes yeux !
Quel bonheur aussi d'etre seule
A recueillir ces doux baisers
Si purs, qu'au Ciel ils font river I



Bousculez-vous, venez en foule,
Enfants chrris, 6 mes amours I
Mes bras vous sont ouverts toujours I
Venez douce et vivante houle;
Venez tous qui que vous soyez
Vous 6tes tous nies pr6fdrds I


MARINOTTE.


Fontaine-Moutte (Martinique), 1894.











Ti Prince et Medel









Ti Prince et M6del



Il etait une fois un petit gargon si gentil de ma-
nitres, toujours si bien habill et suivi partout d'un
domestique, que les enfants du pays l'avaient surnom-
m6 petit Prinee : Ti Prince.
Et Ti Prince en souffrait ; toujours seul A jouer, re-
gardant avec envie les gamins joyeux vagabondant
sans souci de sp salir ou de dechirer leurs habits. Son
petit orgueil n'aimait pas ce surnom.
Un jour, trompant la surveillance de son domestique,
ii se glissa le long de la haie du jardin, le cceur battant.
et prit ses jambes A son cou, droit devant lui. Pour
ne pas s'6garer au retour, il avait bourr6 ses p'oches
de grains de main's pris & la basse-cour pendant qu'on
le jetait aux volailles.
I1 courait, courait, le petit Prince. Puis, il alla moins
vite, Rtant d6jh loin de la maison ; et les grains de
ma'is faisaient une trainee doree apris lui, de plus en
plus espaces, car, la provision s'6puisait. Une petite
baguette a la main, il sifflotait come im home, si
content d'etre libre, sans p'ersonne & sa suite.
Mais la nuit descendait sur la grande camrpagne oui
trottinait, plein de fiert6, ce tout petit homme libre. II
se retourna pour suivre la ligne des grains dores indi-
quant la direction du retour. HIlas !... Ti Prince avail
coipt6 sans les pigeons et les merles, si friends de
mais ; et, plus un grain par terre Que faire ?




1/

14 DEUX CONTES CREOLES

Ti Prince enfila bravement un sentier, mais reconnut
vite son erreur. Revenant en arriere, il prit un chemin
creux, si joli et fleuri : ce n'dtait pas le bon Ah cette
fois, voil la route, la bonne, blanche et toute droite.
Allegrement Plenfant trottine. Mais qu'y a-t-il ? Une
route, deux routes, trois routes, et, avec celle-ci en voill
quatre Et blanches, let droites, et toutes les memes...
Celle-ci, sans doute ? Non, car un peu plus loin il y
a ce gros arbre inconnu. Celle d'&-c6t6, alors ? Oui !
Oui C'est bien elle Ti Prince reconnalt sfrement ce
buisson de goyaviers ofi il a cueilli de si belles et si
parfumees goyaves juteuses. Pourtant.. La... ce champ
ide cannes a sucre ?... Non, Ti Prince ne I'a jamais vu.
Alors, c'est bien oertainemnent la derniere route qui
mene A la maison : il n'y en a pas d'autre.
Et Ti Prince s'y engage bravement 'ar le jour s'en
va, le hoir arrive, 'et il faut suivre le blanc milieu cde
la route pour ne pas tomber dans le foss6 plein de
sauterelles, de petites grenouilles, et de mille Ypetites
bates qui vous assourdissent au coucher du soleil. Le
petit cour bat plus fort ; on soupire, pauvre petit hom-
me Ah papi... 0 maman cherie !... comme votre
petit gargon se sent tout petit et abandonn6 loin de
vous, oh come vous avieez raison de ne jamais le
laisser aller au loin tout seul Jamais, jamais plus
ah dans un gros sanglot il vous le promet vot f
petit gargon ne vous desob6ira ,
II trebuche... 11 fait nuit... II a peur... Commie la mai-
son est done loin; Ah cette dtoile la-bas, Ia-bas...
elle est si basse que c'est yeut-4tre la lampe de mam'an







TI PRINCE ET MADEL


qui brille & travers les arbres II court il court droit
devant lui, le petit Prince, et arrive, haletant, devact
une grande maison... Mais ce n'est pas la sienne !...
Son faible cri a fait accourir une petite fille sur le
person, une jolie petite fille qui lui semble un angc.
I1 tend les bras vers elle et dit en pleurant: < Ce n'est
pas ma- maison Je me suis perdu !... ,
Pauvre petit homme Malheureux petit homme !
r6pond la jolie fillette, les bras levis vers le ciel. Tu
ne sais pas ofi tu arrives C'est la maison du grand
geant, du gros Ogre! Heureusement qu'il est & la
chasse, et la grande Ogresse n'est pas mechante. Elle
a bon app6tit, mais ne mange p'as de chair humaine
come l'Ogre, pour lequel elle engraisse seulemert
les petits infants. N'aie pas peur, moi ils ne me tuent
pas parce que je suis devenue plus maligne qu'eux, &
les observer, et ils ont peur de mes tours. Je te sau-
verai.
Manan Maman g6ante cria la petite fille.
Qu'y a-t-il Mddel ?
Un petit gargon, niaman g6ante, un pauvre petit
criquet maigre qui s'est perdu.
Bon bon bon Encore un de ces infants ddso-
bdissants qui mnritent leur sort Amene-le, ma flle.
Entrant dans l'immense cuisine oiu flambait tout un
arbre gommier sous une 6norme marmite, Mddel, te-
nant Ti Prince par la niain, le faisait asseoir devan*
un gros bol de cafe au lait prdpar6 pour elle, avec und
cassave de manioc bien croquante.







16 DEUX CONTEST CREOLES

Mange, mon fi, rien ne t'arrivera. Tu n'es pas
assez gras. Puis, tu dormiras, et domain, on verra.
Le lendcemain, Ti Prince se r6veilla trWs tard, ktant
si fatigue Medel, vive et sautillante, 6tait deja dans
la chambre.
Allons, mon fi, viens voir mon papa g6ant.
Et Ti Prince crut mourir devant ce monument que
sa petite tte lev6e au plus haut avait peine a voir
en entier. L'Ogre riait fort, a faire trembler les murs.
Ah Ah Ah Quel est cet oiseau pour ma faim
que tu m'amenes-l, M6del ? Mon vieux, tu as besoin
de te remplumer.
Monsieur, dit Ti Prince d'une voix tremblante,
mon bon Monsieur, je suis si petit! Renvoyez-moi A
mon pap'a !
Bon Bon Mon oiseau-mouche, c'est entendu.
Mais auparavant tu vas me rendre un service. Vois-tu,
IA-bas, ce morne tout vert ?
Oui, Monsieur I'Ogre.
Eh bien, avant midi, il faut y avoir coutelass6 les
goyaviers, les canipiches, les touffes d'icaques et de
v6tyver ; fouill la terre A la houe, bechU, ratiss6, sem6,
plantW toutes sortes de ( vivres : patates, manioc, iglia-
mes, bananes, coiiscouches, choux cara'ibes, enfln tous
les bonds gros 1egumes prkts A Otre recoltis. A quatre
heures, je passerai.
Ti Prince, tout etourdi et le cour gonflI, grim-pa
le morne par un sentier tout bord6 de campeches fleiris
bio les mouches h miel bourdonnaient sur les grapes








TI PRINCE ET MEDEL


jaune p'Ale, embaumdes. Mais il ne les voyait pas ; ni
les goyaves mfires & point, ni les boules rouges des
icaques tranchant sur le vert sombre de leurs dures
feuilles luisantes. II allait sans penser a rien !
Au sommet, ii se laissa tomber dans 1'herbe, et se
niit A sangloter, poussant des cris en se tordant : a Pa-
pa, mon papa !... Maman ma petite maman !... Mais
rien ne lui r6pondait, et les heures passaient sans di-
minuer son d6sespoir.
A midi, une petite voix pergante, a ses c6t6s, 1e fit
sursauter, et il sentit sur son ep'aule une petite main
ferme. Medel 6tait lh, mais ses yeux gonfles la voyaient
A peine.
Eh bien, mon fi Pauvre cher Dans quel 6tat
es-tu !
Ah repordit Ti Prince a travers un redouble-
ment de sanglots. tu es bonne, toi !... Comment veux-tu
que je fasse un ( d6grad ) sans coutelas, sans hache,
ni pioche, ni houe, ni pelle, ni beche ? Et tout doit
,tre rfir a quatre heures !...
C'est Ca qui t'inquikte, pauvre beta Allon;,
essuie tes yeux et mange avee moi ce bon manger
creole. Vois, dans nos calebasses : une bonne pates
dle farine de manioc p6trie avec des avoeats et de la
more r6tie. J'ai chip de l'huile d'olive pour assai-
sonner avec le vinaigre des piments confits. O'?st ca
qui est bon Allons, mangeons, et puis je te tirerai
d'affaire.
Ti Prince, ranime par cette assurance, mangea "de
bel ap'p6tit avec ses doigts, qu'il sugait proprement








DEUX CONTEST CROLES


en riant de ce genre inconnu jusqu'ici, lui qui avait
son petit couvert d'argent grave. La gaiet6 de MWdel
le gagnait, et ses pauvres joues bouffies retrouvaient
leur douceur. Uu filet d'eau claire, coulant le long d'une
gouttiere de bambou pose sur des pieus emplit leur
calebasse A boire. Des goyaves et des framboises sau-
vages posees sur de large feuilles de choux caraibes
firent le dessert.
Dors, maintenant, mon fi, pour d6gonfler tes yeux,
dit. Medel, en rangeant son tray de bois blanc. Et prends
cette baguette. A 3 heures 1/2, tu en frapperas la terre,
et tu verras, mon vieux Le grand g6ant, deguis6 en
cavalier passera, et tu lui demanderas de bien vouloir
dire & l'Ogre qu'e son travail est fini. Tu verras, tu
verras !
Et Medel, 6clatant de rire, disparut, en digringolade,
du morne.
A 3 heures 1/2, Ti Prince,. bien rep'os6 et rafralchi
par de grandes eclabouss6es d'eau froide sur son visage,
frappa le sol de sa baguette. 0 miracle O merveille.!
Tout autour de lui fr6missent des tiges de maYs char-
gees d'6pis chev.?lus ; une plantation d'ignames enrou[e
ses lines flexib!es autour des rames seches ; une mi-
niature de forUt ondule au soleil come des palmierg
nains, maniocs d'un vert bleuAtre, argent6s en-dessous ;
et tout un champ de bananiers aux feuilles geantes
montre d.'normes regimes eni pleine maturity !
A quatre heurcs ioins 5, le trot press d'un cheval
sonne sur la route, et Ti Prince crie au cavalier :







TI PRINCE ET MtDEL


< Monsieur! Monsieur! Voulez-vous dire au grand
geant que sont v d6grad est prtt ? )
Le cavalier, ou plut6t l'Ogre d6guis6, n'en croyait pas
ses yeux. Il mit pied a terre, examine le travail et
s'en alla sans mot dire; puis tapa du pied avant de
remonter A cheval, marmottant, furieux : Tonnerre :
Tonnerre Le petit bonhomme est bien plus fort que
moi ,
Le lendemain matin Ti Prince redemanda son depart.
Bi Be Be mon fils, c'est entendu. Mais tu es
si dibrouillard que je te rdclame encore un service.
Vois la-bas cetth montagne des Pitons, en grands bois :
avant quatre htures il faut que tu aies tout abattu it
mis le bois en piles pour mes charbonniers. Et tu mz
mettras & la place un chateau tout en argent avec
mille portes d'or et mille cl6s de diamant dans les
serrures.
Ti Prince prit le chemin pie' de l'immense Piton
touffu, oi l'on passait d'abord en. s'ensanglantant les
jambes dans les herbes-couteaux, puis dans les fram-
boisiers piquant sem6s des -toiles blanches des fleurs
miles aux framboises 6carlates ; ensuite au milieu
d'une fort interminable de fougeres geantes tout en-
tortill6es de lines a grappes rouges. Et 1es grands
arbres commencaient de tous c6tis h lui barrier la route,
toujours plus presses les uns contre les autres. Il dtouf-
fait presque d'efforts et de terreur, le pauvre petit,
pour en sortir.
Enfin, voilh le plateau uni et sa mousse reposante
o il se laisse tomber, en hurlant son dssespoir que Ies







DEUX CONTEST CREOLES


dchos de la mctagne r6p6tent en l'6pouvantant... II
avait peinf si longtemps dans la brousse que miidi
sonnalt, et MWdel arrivait, p'ortant sur sa tkte fris*e
le tray plein de bonnes choses ( chip6es dans les
placards de l'office : matit6 de crabes qui sentait bon
le piment et le citron ; salade de choux palmistes ;
balaous frits ; alalou et acras de pnoru6, un vrai
festin Et pour dessert, des trenches 6paisses de mar-
melade de goyaves, et des mangues divines, fondantcs
comme de la crrme d'or.
Ti Prince Ti Prince !... Mais ofi es-tu ?
Je suis 1a -.. r6pond une petite voix mourante.
Et Medel, posant son tray, decouvre le pauvret enfoui
dans la haute rmousse des montagnes, et si disol6 qu'if
n'en respire plus.
Ah Mon fi Que tu es bete Pour de vrai Tu
as pourtant vu ma ( malintrie d'hier. Tu vas t'es-
suyer les yeux (et manger tout de suite. Tiens cette
baguette.-i n'est pas moins forte que l'autre. Allons.
A table !
Rassure, le petit gargon se relive et ob6it A la petite
fille joycuse.
Done, ? 3 heures 1/2 il tape le sol de sa baguette.
Mcrveille Comn-e un jeu de quilles les brands arbres
s'abattent A perte de vue, entrainant les lines sur les
herbes geantes. Des tas de bOches de toutes tailles se
rangent en ordre pros des piles reguliBres de troncs
6normes : le chb:1tier des charbonniers est p'ret et, sur-
le plateau tout fleuri de roses, s'616ve un magniflque.







TI PRINCE ET MEDEL


clhateau en argent qui etincelle au soleil, avec ses mill-
portes d'rr et sez- mille cl6s de diamant.
Et un cavalier qui arrive au galop, devant ce spec-
tacle tourne bridc, furibond ; et, pendant qile Ti Princ'e
rayonnant, s'4gosille : ( Monsieur Monsieur Dites au
grand g6ant, s'il vous plait... ; il cravache son cheval
en criant : ( Tonnerre Tonnerre Le oetit bonhom-
me est bien plus fort que moi )
Et le lendemain, quand Ti Prince lui redemande son
depart, i1 r6pond. croyant le tenir cette fois : a Bon t
Bon Mon fils, c est promise : tu partiras remain, apres
un dernir service ; tu iras a la riviere. et tu me fetas
trois planches d'eau pour quatre heures .
Ti Prince p'rit la descent vers la riviere. le cour
plus d6sesp6r6 que jamais, ne croyant pas & la puis-
sance de Medel pour cette chose impossible A fair :
trois planches d'eau L'eau qui file si vite entire les
'doigts.
Cependant, que de jolies choses a voir dans ce sentier
de la riviere El que d'amusements partout pour un
petit gargon C' sentier serpentait, tout 4troit, entire
des buissons de bois-patate fleuris de houpp'ettes roses
qui semblent saupoudr6es de poussiere de perles ; des
lisieres de pois-doux et de pommes roses parfumbes, aP
pied desquelles poussent les etoiles d'or des fleurs-
soleil, et les mnarie-honte roses don't les feuilles
sensitives se replient au moindre toucher. Rien, rien
n'arretait le regard de l'enfant. Et les anolis verts s'en
donnaient -de bondir, tout petits lizards families. au
nez de ce petit garcon qui ne pensait p'as b leur lancer








DEUX CONTEST CREOLES


autour du cou i- n(eud coulant de l'herbe cabouya, qui
les 6tourdit ; et ionsuite, on les met dans une petite boitte
avec des mouches pour leur nourriture.
La rivibre bondissait dans le fond de la brousse,
jaseuse i.t claire sur les grosses roches noires oil s'ecla-
boussait son 6cume de neige. Les bambous giants
'ombrageaient ; et sous leur vote sautillaient sans
arret entire les longues branches freles, une foule de
tout petits oiseaux: moissons et cicis bruns, pas plus
gros que le pouce ; didines jaune d'or; sucriers mor-
dords ; merles et rossignols. Sur les branches basses
d'un grand sapelillier, de mignons colibris diapr6s d'or
vert, de bleu et de rouge, avaient pose leur nid de
coton fin en forme de cornet. Mais tout cela n'avait
plus de charge pour Ti Prince, pas plus que les l6gers
papillons voltigeant sur les fleurs, ou les minces de-
moiselles qu'on saisit adroitement par la queue fr&-
missante, pendant que les transparentes ailes nacrdes
vibrent 6perdfiment.
II n'avait qu'ine idWe, le pauvre petit Prince, tomber
sous les grands hambous pour pleurer tout son saoil,!
Mon Dieu Mon Dieu! Pourquoi avait-il voulu 6tre
libre ?... Le voilh tout seul, seul, abandon &h lui-
m6me !... Et que faire ? Cette fois, c'est fini i bien flnil
O maman 6 papa votre p'etit gargon ne vous reverra
jamais !
Ti Prince Ti Prince !... Tu n'es pas foi Tu
vas tomber dans l'eau Les crabes mal z'oreilles te
veillent siir la groqse roche verte !
(a m'est bien 6gal !... Oh la la Oh la la !







TI P.RINCE ET MA13EL


Medel !... faire tro.:is... planches... d'eau ! ihi hi hi !...
Et Ti Prince 6touffe.
Cest ga qui t'inquete ? Ah pov' type Viens
manger, gallons. Tiens, j'ai apport6 deux costumes de
bain pour que nous fassions une bonne parties de ri-
vibre. Voilh du jambon, de la poule au court-bouillon
mul&tre avec du tonton-banane ; et j'ai une fiole d'anis
doux pour nous rechauffer ap'res le bain. Hop dans
I'eau !
Et d'un bond elle s'installe entire deux pierres noires
'd'un beau courant, un vrai (c doum bouilonnant,
don't les globules courent le long de ses petits bras
comme des gouttes d'argent brilliant.
Ti Prince, encore lourd de chagrin, descend douce-
ment et Medel Cclate de rire.
P6v' gros bouffi! Attention aux mordants des
ca 'ribiches sue tes orteils Voici ton coin, mange !
Et Medel cale adroitement les deux calebasses, et les
voilh mangeant A pleines mains, jetant les miettes
aux myriades de petits poissons c.ccourus autour d'eux,
et leur chatouillant les jambes.
L'heure passe et Ti Prince se dresse tout A coup.
Et mes planches d'eau !... M6del, ta baguette, vite I
Ah Mon fl, cette fois-ci ga me depasse Et le
grand g6ant lui-mgme, aussi.
Alors... M6del .fe vait mourir !...
Mais non, gros b1ta. Ecoute : tu crieras d'ici au
cavalier : c Monsieur, cher bon Monsieur, voulez-vous
dire au grand geant que ses trois planches d'eau sont
prates, et de m'envoyer trois torches de fumee bieif








DEUX CONTEST CRAOLES


tressees pour qu; je les pose sur ma tate afin de les
lui porter ,. Et comme il ne pourra pas plus faire de
torches de fumee que trois planches d'eau, tu es
sauvm !
A 4 heares, Ti Prince fit ainsi, et le grand geant,
d < Tonnerre Tc-nnerre Ce petit bonhomme est vrai-
ment plus fort que moi !
Aussi, le soir venu. il lui dit: < Mon gargon, c'est
tres bien. Demain. tu retourneras chez ton papa. ,
Mais apres le diner, Medel, qui se m6fiait, se glissa
comme une souris sous le grand fauteuil de I'Ogre et
entendit qu'il disait tout bas A l'Ogresse :
C'est trop fort Ce petit bonhomme est bien plus
sorcier que moi !
Mais non, mon vieux, dit l'Ogresse, c'est cette
petite M4del qui a appris toutes nos << malintries ,, e
elle finira par nous faire mourir tous les deux Afffte
ton grand coutclas pour les saigner cette nuit, et je
te les preparerai en ragout demain.
Medel ne fit qu'un bond et alla secouer Ti Prince
deja endormi.
Vite Vite Mon fi Crache par terre trois beaux
crachats au pied de ton lit !
Poi-oi-oGrrquoi ?... marmotta Ti Prince dans un
baillement, en se frottant les yeux.
Je. t'expliquerai tout plus tard. Crache, come
moi : Ln Deux Trois! La, c'est fait. Et puis, en
vitesse, partons !
Et, lez jambes a leur cou, les deux enfants semblaient







TI PRINCE ET MADEL


voler sur la grande route blanche au clair de lune-
plus vite, plus vite !
Une here aI;ris, 1'Ogre appela :
Ti Prince !...
Papa r6p:ndit une petite voix sortant du premier
crachat.
M~del !
Papa r6pondit le crachat de M6del!.
L'Ogre murmura :
Bon Ils ic dorment pas encore !
Une hcure apres il reprit:
Ti Prince :
Papa r6p,-nd le deuxieme crachat, pres du pre-
mier dessech6 !
M6del !
Papa Mais la voix diminuait.
Attendons encore.
Deux heures aprBs, cette fois:
Ti Prince
Papa !
Mddel !
Papa !
Les petites voix devenaient toutes faibles.
Enfin, apres deux heures encore, le troisiBme crachat,
presque dess6che, fit entendre un petit souffle en r&-
ponse a ]'appel assourdi de l'Ogre : ( Pa... pa !... ,
pres de chaque petit lit. Et au dernier appel, fait un
peu plus tard, avec precaution : rien !
(( Allons-y fait le gros Ogre, et 1'Ogresse le suit,
portant une petite baille pour recueillir le sang. Le cou-







DEUX CONTEST CRAOLES


telas lui tomba des mains Les lits vides Plus per-
sonne Et l'Ogrcsse, roulant comme lui des yeux blan's
de tous eft6s, indiqua trois petites teaches p'resque des-
s6ch6es devant chaque lit: (c Tonnerre Tonnerre!
C'est encore celte petite sorciere de Medel a cria
l'Ogre, et il s'engouffra sur la route, entire deux hats
talus, filant come un ouragan.
Pendant oe temps-lA, les enfants avaient tant couru
qu'ils arrivaient presque au pays de Ti Prince, quand
un vent furieux, soulevant des tourbillons de poussiBre,
les jeta pan terre.
Oh Ti Prince Vite debout Vite Vite, deviens
rosier et je suis la rose !
L'Ogre, essouffl6, Rtait sur eux.
Beau rosier, belle rose, avez-vous vu passer par ici
un petit gargon ct une petite fllle ?
Le rosier se balance, et la rose se tourne de droite A
gauche ; puis de gauche a droite pour rdpondre : non !
non Et 'Ogre enfile le chemin d'd-c6te.
Vite, Vite Ti Prince, dit M6del en sautant de Ia
rose, tAchons d'arriver chez ton p'apa !
Et les enfants allaient si vite qu'ils touchaient a peine
terre. Mais l'Ogre. ne rencontrant personnel, revenait en
hourrasque ; et M6del se change vite en une belle
riviere sur laquelle nageait un beau canard, qui 4tait
Ti Prince.
B:lle riviere, beau canard, dit 1'Ogre, avez-vous vu
passer une petite flle et un petit gargon ?
La riviAre coula, coula plus fort en faisant : glou
glou glou glou du bord droit au bord gauche et du







TI PRINCE ET MDEL


gauche ru droit; le canard battit des ailes da droite
A gauche, et de gauche A droite : chouA chou& Ef
le geant comprit : non non et non !
II s'6langa de nouveau, roulant comme le tonnerre,
et M~del s'cria : Oh Ti Prince, Ti Prince le
bon Dieu seul peut sauver deux pauvres petits malheu-
reux comme noris Vite, je deviens une Eglise, et toi
un pretre ; et arrose A grands coups d'eau benite le
grand gdant qui revient! ,
Belle Eglise, belle Eglise, n'as-tu pas vu passer
un petit gargon et une petite fille ?
L'Eglise brille au soleil et le pr6tre arrive, avec son
goupillon charge d'eau b6nite ; et le grand m6chant
Diable s'6vapora en fumde A la premiere goutte !
Qa y est O joie O joie Et a la place de 1'Eglise
disp'arue: floup voila une petite folle et un petit
fou qui dansent une biguine Bchevelke, en riant aux
6clats. Et, d6barrass6s cette fois pour de bon de leur
ennemi, ils marcherent moins vite, la ville prrs de
laquelle 6tait l'hMbitatiof 'de Petit Prince se trouvant
tout pres, maintenant.
Allons nous laver un peu 'dans cette riviere, Ti
Prince. Et puis, vois comme je suis d6chiree, habits et
bas en lambeaux. On me prendra pour une vagabonde,
chez tes parents. Va me chercher des v6tements et
reviens me prendre dans cette grande ferme oi je
vais me reposer. Mais, je t'en supplies, mon Ti Prince,
ne te laisse embrasser par personnel car alors, tu
m'oublieras !
Ti Prince promit et arriva bientot chez ses parents







DEUX CONTEST CREOLES


qui portaient son deuil, le croyant mort.. En les voyant,
il s'6lan;:i vers uix : (( 0 cher papa 0 chore maman !
C'est mnoi C'est votre petit ) N'en croyant pas leurs
yeux. mais tremblants de bonheur, le per- et la mere
ouvraient leurs bras : ( Non Non Pas encore. Ne
m'embrassez pas! Une chose terrible arriverait !
Attendons un peci !
Se coiitentant done de se contempler tous les trois
en se tenant I s mains tendrement, ils all6rent d6-
jefiner ensemblee ; p'uis, Ti Prince s'end-ormit d'un
coup sur le divan du salon, 6puis6 de fatigue. Sa
maman tenait -na petite main, lui caressait doucement
le front, et mourait d'envie d'embrasser son petit, de
plus en plus... (t enfin, ne put resister, et p'osa un
petit, tout petit baiser sur sa joue... Et :ela suffit Et
Model fut oublihe au riveil de Ti Prince, en meme
temps que l'Ogr.e, et l'Ogresse, et les travaux, et les
crachats, et la fuite, et tout !...
Des anndes et des annies riasserent. Ti Prince,
charmant jeune homme, 6tait fiance a une belle jeun.i
voisine et 1'on pri'parait la noce. Pour les repas de toute
une semaine 11 fallait des masses d'animaux, mou-
tons, lapins et volailles de toutes sortes. Et il arrival
que drux serviteurs vinrent un matin a la ferme ofi,
depui. si long,.-.mps, Medel 6tait oubliee de son petit
Prince I
La petite Mioel etait revenue une ravissante jeune
fille. cent fois plus belle, avec son siinple costume
et ses -ahots que la fiancee de Ti Prince, qui etait s?
belle pourtant dans ses robes de sole. La voilh, sous







TI PRINCE ET MEDEL


les regards 6mnrveillbs des deux valets, debut dans
]a cour, iancant :t pleine vol6e le mais dor6 aux vo-
lailles. El, merveille digne de cette jolie f6e, on voit
s'elancer un tout petit coq, pas plus gros qu'un merle,
et brilliant de mille couleurs, vers la plus mignonne
et la plus petite p'oule blanche, h crete de corail, qui
soit au monde Et le petit coq, colere et gourmand, la
piquait et la ponssait pour prendre son grain ; et la
petite poule, d'une voix trBs douce, parlaii, oui, parlait
au petit coq, tout tristement : (( Oh Comme tu m'as
oubli6e :.. Et touie une s6rie de reproches si tendres.
si touchants qu'O,- en avait envie de pleurer !
Et sans tarder, les valets coururent annoncer ce pro-
dige h Ti Prince. qui revint dare dare, avec eux.
Il regard a peine Mkdel, qu'il ne reconnut p'as, tout
mierveillM d'entendre ]a petite poule rIp6ter au petit
coq : < Ah Comme tu m'as oubli6e !... Quand j'etais
chez mon pare et qu'il t'a envoy (( degrader n tout
un morne pou' y planter des legumes, sans coutelas,
ni hache, ni pelle, ni houe, ni pioche, qui t'a tir
d'affaire avec sa petite baguette ? Ah Je vois bien que
tu ne penses pas, que tu ne penses pas a moi !... n
Ti Prince 6coutait... 6coutait... sans comprendre en-
core.
Oui, oui Ti m'as oubliee re'rit la petite poule
apres un coup de bec du petit coq. Quand j'6tais chez
mon pere, et qu'il t'a commander de deboiser un grand
piton pour les charbonniers, sans aide, sans corde et
sans outils aucuns, qui t'a sauv6 avec sa baguette, en
faisant sortir de terre un chateau tout en argent, avec







DEUX CONTEST CRAOLES


mille portes d'or et mille clds de diamant ? Ah oui E
Je vois bien que tu ne p'enses pas, que tu ne penses pas
B moi! a
Ti Prince dcoutait... dcoutait... et cherchait a se rappe-
ler quelque chose...
Le petit coq ouvrit les ailes et poussa si fort la
petite poule qu'il la fit trdbucher, et elle reprit d'une
petite voix faible :
Oh Oh Comme tu m'as bien oubii6e... oublide
tout A fait! Quand j'6tais chez mon pore let qu'il
t'a envoy & la riviere pour lui faire trois planches
d'eau, qum t'a sauv6, encore, en lui faisant demander
trois torches de fumee pour les lui porter? Qui a
mis trois crachats pros de chaque lit pour rdpon-
dre pendant que nous fuyions au grand galop sur
la route, oii je me changeais en rose et toi en rosier;
en rivibre et toi en canard ; en Aglise et toi en cure,
dBs quo le coup de vent annongait l'Ogre ? Et I'eau
bdnite l'a chasse ; et nous sommes arrives A la ravine ;
ct je t'ai envoy ine chercher des habits ; et tu ne
devais pas te laisser tembrasser pour ne ipas m'ou-
blier !... Et tu m'as oubli6e, oubli6e tout a fait !... Oh r
Oui Oui Oui !... Je vois bien que tu ne penses pas.
que tu ne penses pas A moi !...
Et un grand sanglot, derriere lui, fit se retourner Ti
Prince, emu, inquiet, qui cherchait A se rappeler quel-
que chose, mais ne comprenait pas encore :
Medel !... s'4cria-t-il, reconnaissant sa petite ami .
Model chdrie Je me souviens !... C'est toi, c'est toi,
si grande et si belle !







TI PRINCE ET MdDEL


Et Medel se jeta a son cou, pleurant et nant de joie I
Ah Ti Prince Mon Ti Prince Enfin Enfin, tu
te rappelles !
Oui, ma petite Medel cherie, je me rappelle que
tu m'as sauv; Je t'aime plus que tout, et c'est toi
qui seras ma femme !
I1 envoya chercher sa belle voiture et la plus belle
toilette, possible pour M6del, et revint chez ses parents
pour leur presenter Model, fralche come une rose et
jolie comme une fe ; et ils la remercibrent en pleurant
d'avoir sauv6 leur fils, et l'accepterent come fille.
La fiancee, qui connaissait a peine Ti Prince, ne se
fAcha pas et 'pousa un autre beau jeune homnie.
On fit merveille au pays pour le marriage de Ti Prince
et de Md1elj On rlangea, on chanta, on idansa pendant
huit jours au son des violons, accordions, triangles,
tambours et ( chachas ).
Et Ti Prince et Mddel furent heureux, et eurent
beaucoup d'enfants charmants, et surtout trWs obdis-
sants i...












Ti Jean 'Horizon








Ti Jean l'Horizon



II dtat une lois un K bkd6 gros M6ne s... Pas dti
gros Morne d'aujourd'hui, qui est un gros bourg civi-
lis6 oh passent sans cesse des autos, des autobus et
des camions ; mais de l'ancien gros Morne des v bB-
kes blames venus de France pour cultiver la terre,
et que les negres, plus malins que ces boas paysans
simples, rommaient o bdk6s gros M6ne ,. Les autres
blanes de 1'lle dtaient les bons b6kds, les b6kes tout bon-
nement
Donc, il y avait une fois un bhkd gros Mdne appeal
Monsieur Beaufond, qui.avait tant plant et rdcolte de
legumes qu'il n3 comptait plus sa fortune. C'dtait un
gros z'habitant ,. avec plusieurs habitations planties
de cannes A sucre, de caf6iers, de cacaoyers, et de e vi-
vres n au colonnage : ignames, manioc, bananes, etc.
Ses savanes etaient pleines de bceufs, vaches, Mulets,
moutons et cabrits.
Ce bekd avait pour fllleul un nigrillon noir et luisant
come 'du cirage, et plein de (( malintrie a dans tout
son petit corps. II avait jurd de s'emparer peu A p'eu
de tois les biens de son partai.
Un jour, Monsieur Beaufond, qui voulait donner Un
grand repas A tous ses camarades bekds du gros Morne,
dit A Ti Jean.
Ti Jean, mon fils, tu me feras le ddjefner avec ta.
manan.





DWUX GONTMS ORAOLES


Oui, parrain, avec plaisir, si tu me donnes tout
ce qu'il faut. Tu sais que les bekds gros M6ne aiment
les manicous (1), les lizards, enfin les bates rare.
Beaucoup de poisson, par example, car le gros Morne
est loin de la mer. Malgr6 leur figure blame come
une patate de six semaines pas toi, parrain, car tu
as de quoi manger ils ont la gueule douce. Surtout
n'oublie pas le punch, quand on corner onze heures !
N'aie pas peur, petit negre, je leur donnerai quel-
que chose pour tenir oeur Fais tes affaires.
Le matin suivant, ti Jean alla au bois avant le chant
du pipiri, ayant siffl6 Fox et Flora, deux fameux
preneurs de manicous. A peine au bor d e la ravine,
Zoz6, qui coulait dans un fouillis de branches, les
chiens sentant l'odeur fraiche du manicou se mirent
A japper : ouap ouap'! ouap !
Fox agitait Jllement sa queue et Flora, ronde comme
une boule blanche et rousse, roulait partout, en re-
muant son petit trognon de queue couple.
Que le calaioi de crabes m'6trangle : cria ti Jean,
st je ne colle pas un manicou ce niatin !
En vdritd, ce negrillon est sorcier II n'a pas referee
la bouche, qu'en levant la tte il apergoit au sommet
d'un corrossolier un superbe papa-manicou, tenant de
ses deux courts mains 6paisses un Bnorme corrossol
don't il se gavait Vous save combien le manicou
aime le corrossol doux-doux !
Ici, Fox Ici, Flora hurla ti Jean. Collez-y


(1) Manicou, petite sarigue.






TI JiAN L'HORIZON


Collez-y !.-. Ereintez ce boug'l, z'enfants !... Collez-y !
Ti Jean est fou !...
Enfin, tous les trois dtourdissent tant ce p'auvre ma-
nicou qu'il se laisse d6gringoler de l'arbre, et ti Jean
le ficelle come un crabe, les deux mains lies sur
le dos.
Ah Ah Mon vieux, tu vas fair connaissance
avec le passage de la farine du gosier de ces b6kds
voraces !
Et la pauvre b te semblait comprendre et se secouait
comme un chien sortant de l'eau, en faisant : fofio !...
fooiol !... commc un matou furieux.
Souffle, mon fl, souffle, dit ti Jean. Tout & l'heure,
je vais te calmer a plein citron, a plein piment!
Quel sc6lrat que ce petit negre !
Arrive A la maison, ti Jean saisit le manicou, 1'as-
somme d'un coup de poing sur la nuque, le tue sec
comme une noix L'6chauder, lui racler les poils, en-
lever les boyaux, l'accorer dans le grand canari de
terre avec haut comme ca de pigments, poivre, gin-
gembre, girofle, enfin de quoi mettre a vif la langue
d'un bleuf, tout cela n'est rien pour ti Jean !
Et puis, il ricana :
Si ces bki's gros M6ne ne boivent p'as aujotlr-
d'hui trois calebasses de tafla chacun, ils n'auront rien
bu !
Pendant ce temps, les autres domestiques avaient
saign6 et pr6par tUie montagne de poules, dindons,
canards, moutons, lapiis et cochons. Ti Jean arrive,
attrape tout ga, le ret dains tous les canaris avec' unQ






DEUX CONTEST ORtOLES


sauce... je ne vous dis que a et les aligne sur un
brasier de feux d'enfer.
DMs qu'on approche de la cuisine on entend : guiou-
bouloume... guioubouloume !... Ce sont les canaris qui
bouent.
Cependant, les invites arrivaient et flairaient de loin
cette bonne odeur qui les affamait ddj?.
Eh bien, B(aufond, dit I'un d'eux, c'est 1'heure da
punch : 6coutez la come de onze heures.
Ca va, mes amis. EdniBe Fais fondre le sucre,
pendant que je fais un tour A la cuisine.
Ti Jean, I'oreille a la serrure, ne fit qu'un bond jus-
qu'& la cuisine II saisit tous les canaris, les pose &
la file, par terre, couvre vite le feu de cendre dpaisse
et prend en main un long fouet. Et le voilh fouettant &
tour de bras les canaris fuhiants, pleins de viande
cuite a point : taii !... t&&W a !... tAAa !..
Monsieur Beaufond resta p6trifli & la porte.
Ti Jean !... Tu es fou Que fais-tu lb ?
Maitre, tu vois bien, je fais bouillir mes canaris.
Comment ?... Avec ce fouet ?... tu fais bouillir tes
danaris ?
Mais oui, Maitre. Quand j'ai bien arrim le man-
ger dans les canaris, je les aligned comme Ca, et je leur
flanque une belle volee de coups de fouet, dt ils se met-
tent a bouillir. Je ne suis pas arrive at dernier que tout
est cuit
Ah Ce petit sorcier !...
Monsieur Beaufond, la bouche grande ouverte, ne
peut que b6gayer :








TI JEAN L'HORIZON


A-t-on jamais vu chose pareille ?
Et, regardant ti Jean dans les yeux :
Ti Jean, il faut me vendre ce fouet!
Ah Maltre Ah Mattre Si je te vends ce fouci
il t'attirera mille ddsagrements, oui !
Tant pis, ii faut absolument me le vendre!
Ti Jean prit !'air le plus malheureux, p'leurant pres-
que : v< Le voici, parrain! Et il en recut un. bon prix.
Monsieur Beaufond, coimme un voleur, se sauva an
grenier oi il cacha le fouet au fond d'une vieille ar-
moire, pendant que Ti Jean dansant et chantant, en
tapant sur une casserole, roulait des yeux blancs, avec
de grands eclats de rire, auxquels sa maman rdpondait L
a Vous autres, mais croyez-vous qu'il est bete, ce vietli
macaque blanco' ... )
Monsieur Beaufond, une fois son trdsor cache, revint
pros du gudridon d'acajou verni ou EdmBe, une jolib
mulAtresse blanche commre du lait, en costume fraud,
foulard de soie drape aux epaules, le madras rouge et
ja-une vif pos6 sur ses boucles noires, avait dispose
un plateau Iour le punch. Les bekes, ranges autour,
n'avaient d'yeux que pour le tafla, le sirop, les ron-
delles de petits citrons verts ; et I'un d'eux, le seu.
rouge comme une 6crevisse echaud6e, avec' la figure
piquete de points bruins, cria A Beaufond -
Mais arrives donc, mon ami On n'attend que
vous Charge !... Mais vous connaissez le proverbe :
un doigt de sirop, quatre doigts de rhum, sans oubliet
la capsule I
Et faites-le faible i








DEvI CONTEST C3R*OLHS


Tous les aotres rirent:
Qui&! QuiA Quia !... I1 est mlaudit ce bougre-lh !
Quand ils eurent plus d'une fois cognd leurs verres :
a A la santd Mon cher, h la sant6 D ils s'assembl&
rent le long de la table h manger pour commenc'er a le
metier sans rire et sans parler ). Ils mangerent Ils
mangbrent jusqu'A souffler: a OuaYe !... . Quant a
boire, n'en parlons pas I
Voilh done ces Messieurs, pleins comme des con-
combres et rounds cdnime des tiques, avec un bouton
defait & la ceinture du pantalon pour ne pas 6clatert
vous connaissez la goinfrerie des bekes gros MOne t
Apr&s avoir pris ttne fleur d'herbe cabouya pour se
ourer les dents, ils allumbrent de certain papas-bouts !
- entendez-vous ? et passerent au salon pour jouer
aix c'ares, I'un coquinant l'autre. Et, jusqu'& la nuit,
ils jouerent, ils fumerent, en sirotant des punch.
Le lendemain matin, chevaux sells et piaffant dans
la cour, on va partir. Mais vous croyez que les b6k~s
gros M6ne s'en vont come ga, non ? Celui qui parlait
le mieux, le rouge et noir cria trWs fort :
Messieurs Avant de partir, le coup de 1'Wtrier !...
Et le plateau d'Edmee reparut: cafe, pousse-caf4,
rincette! Re-pousse, et re-c'af6! Et enfin, coup de
l'dtrier De ce dernier coup, que pourrait-on dire?,..
Hiss6s avec effort & cheval, ils salubrent Beaufond, qui
leur dit alors':
Messieurs, je compete sur vous dimanche pro-
chain... c'est la fete du gros Morne. Notre reps d'hier






TI JEMN L'RORIZON


dtait b6tise de marnaille; mais celui du dimanche i...
Vous verrez ga !...
Vous pensez si ces voraces 6taient contents L
Done, la veille de ce fameux dimanche, un samedL
come vous pensez, ces goulus-la avalbrent tous uns
grosse purgation pour bien se mettre A vide, et le diman-
che matin, au pipiri chantant, les voila chez Beaufond.
Pres de la cuisine, i!s virent un mionceau d'animaux
ddj& saignds, et ils conimencerent a aiguiser leurm
dents !
Pour passer le temps, ils s'installerent sous une touffe
de bambous pir6s de la veranda, A boire, a fumner; I
fumer, A boire jusqu'au hi! han !.. hi han! han
an... an... d'une bourrique.
Ah Ah Messieurs, dit l'un d'eux en 8tant un
long bout de sa bouche, la bourrique change, c'est onze
heures I
Pourtant, pas la moindre bonne odeur de viande git-
lee ou de sauce A 'ail, comme 1'autre aimanche Il
deviennent inquiets... L'unh d'eux se 16ve, en berne, eni
berne... comme pour aller quelque part... avan'e pr~
de la cuisine... allonge le cou par la porte : rien La
cuisine est froide comme la glace !...
Ouille pipe G6 G6 Nous sommes fichus !
commence-t-il a hurler.
Vous save que les bek6s gros M6ne ne badinent pas
du c6t6 du ventre I I1 revient tout droit center aux
autres ce qu'il a vu !... Qu'a-t-il dit 1l ? Les voilA touj.
autour de Monsieur Beaufond, comme des motiches sui
une 'assave de miel.






DEUX CONTMS CRkOLEB


Eh l Qu'y a-t-il donc, mon cher ? Les canaris
ne sont pras au feu, et la bourrique a corn onze heures !
Quant A moi, dit un autre, la peau de mon
estomac colle a mon dos !
Et moi, je ne tiens plus debout, apres cette purge
d'hier !
Enfin, c'6tait A qui 6tourdirait le plus ce pauvre bek.-
l1. Mais il les regard tous et leur dit:
Vous avez peur pour ga, Messieurs Venez voir i
Et il les emmene A la cuisine, les install en 'fae
'des canaris aligns par terre, tout pleins de viande
crue et d'assaisonnements, saisit son fouet et commence
W tailler : tAAA t&AA tia Mais aucun canari ne
bout. Encore un coup : tAa !... tA&&A !... Rien L'eau
est bien claire, et tranquille comme de l'hvile, dans tous
les canaris Ah Pauvre Monsieur Beaufond Il com-
prend la malice de ti Jean et se met A trembler, car
Rl sait que les bek6s gros M6ne ne plaisantent pas I
Ils sont la, leur majole gonfl6e comme les anolis avant
le combat :
Qu'est-ce que Ca veut dire, Monsieur Beaufond ?
II n'y a plus d'ami, mais Monsieur, gros comime 1
bras.
Qu'est-ce que c'est quo ga ? dit 1e rougeaud &
figure tachetee, parlant pour tous. Est-oe que voils aves
1'intention de a nous moquer ?... Nous vous ferns
voir que nous somn'es aussi bons blanks que vous :
De~fiain, vous aurez de nos nouvelles !
Oui Oui Oui !! crierent les autres.
Pauvre, pauvre Monsieur Beaufond 11 resseimble &...









TI JEAN L'HORIZON


- pardon, par respect une... chose de poule devant
un molokoyg pret a la manger; ou A un ravet devant
la poule qui va l'avaler Tous les bekes gros M6ne
sur le dos Bd6ks gros M6ne, oui, mes amis I
Messieurs, voulut-il expliquer, c'est la faute &
i Jean.
Non Non reprirent-ils tous. Point de raisons
II nous faut du sang, du sang, du sang !
Ah !iMonsieur Beaufond avail bien de quoi trembler !
DWs le chant du pipiri, les cavaliers, deux & deux, arti-
yerent: bli bidime bli bidime pour porter les cartels.
Et qu'on ne parole p'as d'arrangement Celui-c' dit
C'est au pistolet, A bout portant, A a rien. p'as E
un coui (1) de balles A tirer !
Celui-l :
C'est au fusil, avec une livre de poudre A broiler!
Un autre demande...
Le canon! Dans un sac !...
Beaufond c marron ,, mes enfants, dans les bois,
mais en jurant que ti Jlean lui paierait Ca I
TI Jean s'en doutait bien et se disait: Ti Jean,
mon fils, tu es fichu si le bon Dieu n'allonge pas sa main
vers toi. (En v6ritd, ce petit sorcier n'a pas peur de
nommer Dieu !) Cabrit, qui n'est pas malin, n'est pas
gras, II faut sortir de cette trappe-l. ) Et il rest la,
le mention dans !) main, A songer, A songer, A songer !...
Puis il yartit d'un dclat de rire : ah quih qui& quiA !
Qu'as-tu donc, mon fils ? dit sa maman, en enle1
Vant son bout de pipe de sa bouche.
(1) Calebasse creuse.









DEUX GONTEB S WOLES


Ah! maniac, je .pense a M. Beaufond. II faut
m'aider a sortir de ses pattes.
Que croyez-vous qu'il fit, ce petit associ6 du diable ?
II ramassa tout le sang des cabrits, moutons, lapins
qu'il put trouver et en remplit une grosse vessie de
bxeuf qu'il ficela bien, et I'attacha ensuite sous le cor-
sage de sa maman, en expliquant:
Maman, je vais faire semblant de dormir. Quand
mon parrain m'appellera, dis-lui que je dors, et que
si fon me reveille, je serais capable de faire un
malheur. Alors, quand il t'aura faith me rdveilleyr de
force, je prendrai un couteau et percerai cette blague
de sang que je mets sur ta poitrine. Tu tomberas
come more, raide par terre. Je prendrai ma petite
come de lambi et je cornerai, et tout ce que je te
dirai de faire, fais-le.
fa va, mon fils.
Sit6t que ti Jean entendit venir M. Beaufond, il se
coucha par terre, a plat venture, et colmmenCa & ronfler :
rouou.. rouou... rouou.. M. Beaufond entra, rouge com-
me un coq de combat.
Oh est-il, ce petit bandit, pour que j'en flnisse
avec lui aujourd'hui meme Ti scdlrat Ti serpent!
Maitre, supplia la maman, il dort !... Entends-
le ronfler.
Reveille vite ce petit audit, pour que je lui case
son passage de farine !
Je t'en conjure, mattre, ne le reveille pas 1 II fera
un malheur, oui, je te le dis !









TI JEAN L'HORIZON


Tais-toi, maman d'enfant du diable! Rien ne
m'empichera de 1'6trangler !
Je suis faite pour t'obbir, Maitre Ti Jean, ho !...
Ti Jean, h6-6 !...
Q'est-ce que c'est ? Qui me rangee 1& ? Je vals
faire un malheur, oui, je vous dis !
Mon fils, c est Monsieur Beaufond qui n'a com-
mand6 de te r6veiller.
Ti Jean se dressed debout: blipe I1 prend son cou-
teau, ~1ve la main et creve I'estomac de sa maman:
bipe La maman tombe A terre: b6 !... baignee de
sang...
Qu'a-t-il vu 1. ?... La maman touchait A peine terre
que Monsieur Beaufond sautait: vloup! comme un
serpent, sur ti Jean.
Sc6lrat Z'higuenot! Tu as tu6 ta mere Ti
maudit Fils de Satan Ah C'est maintenant que je
vais te mettre 'es gendarmes dans les os, ti fils du
diable !
Ti Jean se secoue.
Mais c'est rien, ga, parrain Tu vas voir : je vals
la ressusciter !
Ah Pour le coup, tu mens, graine de sorcier!
Tu ne pourras Ir. faire.
Eh bien, regarded !
Ti Jean prend sa 'orne : Tou, tou, tou Remue une
jambe! La maman remue la jambe... a Tou, tou,
tou I Remue l'autre jambe La maman remue I'autrf
jambe. Tou, to tou !... Remue un bras 7... La ma-
man remue son bras... a Tou, tou, tou !... Remue I'autre








DEUX OONTES CR90LES


bras! ) La maman remue ce bras. a Tou, tou, tou I..
Remue tout ton corps La maman remue tout ei
corps. a Tou, tou, tou, routoutou !... LUve-toi debout I
Et la maman se 16ve debout !
Monsieur Beaufond rest h6bet :
Croyez-vous que ce petit negre est sorcier peut-i!
seulement dire.
Puis, le regardant dans le blanc des yeux :
Ti Jean, vends-moi cette corner !
Ah Non, parrain Impossible Mon fouet t'd
deja p'rocurd trop d'ennuis et ce serait pire avec Ia
corner !
Ce n'est pas ton affaire. Je veux que tu me vendes
cette corner.
Eh bijen- prends-la, parrain. Mais, tu m'y forces,
ne I'oublie pas.
I1 croyait, cette fois, en avoir fini avec Monsieur
Beaufond, qui lui remit une belle somme d'argent.
Voila done ce pauvre b6k6 encore aux mains de ti
Jean. Que croyez-vous qu'il eut I'id6e 'ie faine, ce vieil
idiot ? Cela d6passe toute betise !
La famreuse c-rne dans la main gauche et un grand
couteau point & la main droite, ne rentre-t-il pas
chez lui, montant l'escalier en vitesse pour s'arreter i
la chambre de sa maman, oi la pauvre vieille Dam.
Beaufond se tenait debout, droite et fine comme un
piquet (i) d'acra- de more II l8ve la main, lui fanqu#:
hip un grand coup de couteau en plein estomad !
La vieille Danme fait: han et s'affale p'ar teire comni-f
hn corrossol mfr !...
! (1) Brochette & enfiier les acras (beigts).






n JUMw L'JORflMN


Mais aussitot, I'imbecile commence a corner.
Tou, tou Tou, tou remue une jambe !
Ah -! Ouah Regardez ce niorceau de bois, s'il bouge.
Tou, tou Tou, tou, tou i... Remue l'autre jambe I
La pauvre vieille est 1A, come un paquet de linge I
Tou, tou, tou !... Tou, tou !... Rou, tou, tou, tou !...
Ah Bah elle est toujours raide comme une barre
'de fer. Et 1e pauvre Beaufond, les deux mains sur i~
tete, pousse des Cris.
Ouaie Ouae OuaTe !... J'ai tu6 ma maman !
Ouale !... C'est la faute de ti Jean !
Tous les gens des cases voisines accoururent
Jesus Maria !... Quel malheur Ce bUkd a tue
sa maman !
L'un disait.
Il est peut-4tre fou !
Un autre.
II a dfi trop boire hier au soir!
Un troisibme :
C'est plut6t un sc6l~rat B&k, race maudite I
Enfin, chacun mettait son mot, et les gendarmes arri-
verent. AprBs avoir cout6 le pauvre home ddsold, ils
s'en allrent faire leur rapport. Mais alors tout le
monde se retourna contre ti Jean, qu'on voulait punif
sans retard.
II faut aller le noyer au large, A 1'horizon, sans
quoi il nous fera tous mourir.
Monsieur Beaufond leur fit distribuer du rhum &
pleines chopines et les emmena vers la case de ti Jean.
Ils chantaien tous A tue-tAte :





DEKV CONES aR*oLMs


Allons jeter ti Jean & I'horson I Allons jeter .tf
Jean a& horizon I
Ti Jean, cach6 dans sa case, so dit :
Cette fois-ci, pauvre ti Jean, c'est bieri ton dernteri
jour I Prends Iourage !
Les n6gres entrrrent en foule, saisirent ti Jean, le
fourrerent dans un grand sac qu'ils attacherent dans
le haut avec une solide corde de mahant, et voilh Mon-
sieur ti Jean en route pour I'horizon.
Vous devez penser: cette fois, il est flchu Attended
un peu, vous vefrez !
Avant d'arrivcr ta mier, il fallait passer devant le
I6bit de tafia 6ce Tom Pascal, et c'est ce qui gauva
ti Jean. Je vous dis que ce negrillon est sorcier !
Les n6gres poserent le sac sur la route et entrerent
pour boire a leur soif. Avez-vous jamais vu un negre
Ues plantations passer sans s'arreter devant un 8dbit ?
Vdus 'entendriez plutdt la bourrique corner apres onze
heures! Et comme c'6tait Monsieur Beaufond qui payait,
vous pensez s'ils s'emplirent jusqu'au trap plein!
Oependant, ti Jean pleurnichait dans son sac : Hi!
Hi! Hi! tout en pretant l'oreille. Qu'entend-il ? UN
vieux negre passer sur la route en parlant tout seul.
Papa Cher papa dit ti Jean, ouvre un pert mon
Sac, s'il te plalt. Ces nalfaisants-la veulent me jeter
SI'horizon.
Pas possible !... Qu'as-tu done fait, mon flls ?
Ale Papa, cher papa, j'ai Iaisse un bluf 'u bkE
aller lui manger quelques pieds iI cannes & sucre
dans ses plantations !






-M am1w C'HORSO'9


Ah croyez-vous que ce monde-14 est m6chant,
dit le vieux n6gre : jeter ce pauvre petit-la au fond
de 1'eau pour deux pieds de cannes manges par les
b~xufs Ah I Non Je ne peux pas voir ces choses-l I
II prend son couteau, coupe la corde : hioup Et ti
Jean sort du sac, cherche un gros morceau de bols,
qu'il fourre dans le sac, bien flcel6 ensuite avec la
corde de mahant, let se blottit dans les halliers pIou
voir ce qui se passerait.
Tous ces gens-A, sortirent de la case de Thom Pascal
charges comme des canons. us prirent le sac sans
1'examiner, le mirent dans un cannot, et & grands coups
de rames arrivirent A 1'horizon oh ils le jeterent:
bourn !
Voilh ti Jean sauv' encore une Yois. Vous croyes
peut-Atre qu'il va porter une belle piece de cinq francs
A Monsieur le Cure pour une messe d'Actions de gr&-
ces Ah Ben oul !
Tout cela ne faisait pas son compete : c'est le bien
de son parrain qu'il voulait prendre en enter ; et aussi
lui faire payer !'affaire du sac!
Vous ne pouve7 imaginer son invention !
Un jour, Monsieur Beaufond, assis sous sa verdndf ,
funmait son bout, quand il apergut au loin, un immense
troupeau de bh.ufs sur la route, conduit par un petit
negre qui taillait du fouet : tA Aa t& & & A t I pril
sa longue-vue et regarda. La longue-vue lui tomla des
mains !...
Mais ce n'est pas possible, ga Ce sont mes yeux
qui voient mal! Edmde Edmee Viens uit peu, ma


. 49






DEUX CONTEST OMOLES


fllle. Connais-tu ce petit negre qui court derriere les
bceufs ?
J6sus Maria !... Monsieur, .mais c'est ti Jean !...
Et, faisant un grand signe de croix, elle se saiva
au grenier.
Ti Jean, arrivart devant la maison, 6ta son chapeau :
Bonjour, parrain.
Ti Jean !... C'est toi ?... (a ?... D'oi sors-tu, si
faraud ?
Mais de I'b~rizon, parrain, cii tu m'avais envoy.
Et oii as-tu pris tous ces beaux bceufs ?
Au fond de 1'horizon, parrain ; J6sus Maria (ce
petit effront6 ne craint p'as de nommer Dieu !) Si tu
voyais la quantity de bcxufs qu'il y a au fond de la
nier !
Tu ne mens pas, ti Jean ?
Mentir, moi Maitre Je veux que le calalou de
crabes m'6trangle, si je mens !
En v6ritd, ce petit n6gre doit 8tre associ6 au diable I
Si c'est vrai, dit Monsieur Beaufond, il faut que
tu me conduises A l'horizon !
Ah Non parrain, non et non Tu sais e'ohbien
je t'aime, et j'ai peur de te procurer encore plus UI
desagrements cette fois-ci !
Ferme ton bee, petit piment, et d6pdche-toi de
m'emmener 1'horizon !
Que faire, parrain ? Devant poule, ravet n'a pas
raison Tu veux, A toute force, y aller : j; t'oliDis!
Et c'roirez-vous que cOt imbecile, ce plus qu'idfot el
niais de bWke gros M6ne se laissa fourr'r datas un sao,








TI JEAN L'HORIZON


fermd dur come clou avec la corde, hisser dans un
cannot, par ce satand p'etit nigre, qui chantait en ra-
mant:
Je vais jeter Beaufond a l'horizon Je vals jeter
Beaufond A 1'horizon I
Arrive au large, & l'horizon, ti Jean fit basculer I1
sac dans la mer: bourn I et quand il eut plong6 el
disparu, il riait, riait et dansait dans le cannot, en furant
encore, le petit monstre :
Va, sceldrat! Vieux pendard Pour &tre devori
par les reqins Vieux bk6 Raee maudite! Ah !
C'est ce que tu voilais me faire, hein? Eh bien, boii
plein tes boyaux jusqu'A faire kclater ton venture, vieux
soulard !
Ah Dieu ne punira-t-il pas ce petit sacripantt ?...
Quand il revint a terre, il rentra a la mason dd
Monsieur Beaufond comme chez lul, mit A la porte tots
les domestiques, mmnie la pauvre Edmne qui pleurait,
qui pletirait et il disait a tout le monde :
Moni parrain est parti en voyage et m'a bmis t
sa place.
Mais Dieu est toujouts le Maltre. Quanif vous croyez
qu'1 dort, son Cril grand ouvert regarde jusqu'aiu fond
des csurs.
Un jour, Monsieur Jean, car ce n'est plus ti J d
mais Monsieuff Ti Jean, gros come bras, adonc, Mon-
sieur Ti Jean Rtait saoul come un cochon pardorf,
pa~r respect! Utant, vous pensez bien, tomFe dtns
Ia bioisson jusqu'aiu 'ou. Le minulin de cannes mar-
thait, et Monsieur Ti Jean voulait absolumnent c~sser








DEUX CONTEB CRAOLES


( la gueule ,, A un ieux bonhomme qui fournissait
des cannes au moulin, sous prdtexte que le vieux
n6gre lui avait l coupe z'yeux de travers 'son
passage Malheureusement le pied de Monsieur buta,
il tribucha et tomba de son long sur la roue du
moulin... Ale! Mes enfants !... Tout mon corps .n
frissonne encore !... On entendit: crac !... Et depuis
que jie vous parole, ti Jean a fini de passer dans le
moulin! Et c'est une puree d'homme, mes enfants.
qu'on enleva de I'autre c6t6 de la roue !...
0 mes enfants, dcoutez bien: si Dieu est bon, I1 est
just aussi! I1 ne faut pas frequenter les mavais
camarades. Si ti Jean, au lieu de ( driver partout
dans les halliers, avec die petits vagabonds comme lui,
avait Wte au catechisme de Monsieur le Cure, il serait
aujourd'hui un Ibon chr6tien, au lieu d'aller, bien pro-
bablement rejoinare le diable qu'il avait toujours
ecoutW !











Flanerie dans la Brousse
Amie des Antilles








Flanerie dans la Brousse
Amie des Antilles


Le vibrant colibri, mignonne fde-oiseau,
D'une course f6brile en perp6tuelle chasse
Infatigablement sillonne les berceaux
En y puisant le suc des < pompons roses, grace
Fleurie et parfumde, en frais desserts offers.


Combien de fois, tapi dans ces taillis vert bendre,
Ai-je pu, pi6ge en main, guettant le bref moment
Dii passage des vols de grives les attendre !
Flute d'appel, du cri contrefaisant le chant,
Sur ma bouche tremblant des angoisses de 1'Ame.


L'air est si pur dans les alentours que la give
De trBs loin devinee, arrivant sur la rive,
S'agitant ardemment, de son male r6clame
Le secours empress, imminent, sans retard.


L'anoli, des fflins imitant les prouesses,
Rampe, presque immobile, et, de ses yeux gris-fer,
Fascine son repas : les niouches qui s'empressent
De fuir en bourdonnant. J'ai pourchassd, jadis,
Ces petits lizards verts aux mouvemients jolis,






DEUX CONe R*oLtes


Et, cruel, ignorant la torture infligee,
Je les ai, prisonniers des grottes ddrang6es
Des fourmis affoldes, enfouis. Plus barbare
En ma persecution constant qu'un Tartare
Je me suis d6lect6 de leur martyre hideux;
Leurs entrailles a nu me faisaient rire d'eux!
Et j'imitais 'ces Ptres 6tranges et laches
Qu'en derision, sans doute, envers leurs nobles tAches
On nomme les Hommes Depuis, contrit, honteux,
Je n'ai plus fait de mal A l'etre meilleur qu'eux,
...... ..... ... .. .. .......... ... . ... ., .fy^.-^. '{.},

Dans l'or bruni des jours, de susurrantes palnes
En dais majestueux et protecteurs versaient
La fralcheur d'oasis caressante et si came:
Telle une main de femme, au front de flivre itreint,
Se pose, baume d'aise. et de piti6 empreint.


Les mangoustes fllaient comme un trait brun dans. I'herle
Humide des pleurs de l'aurore. Les gerbes
Recouvraient la savane oi les mouches A miei
Butinaient le calice offert A leur conquete;
Les insects volaient sur les tiges en fMte
Comme portant la foi de la Vie en leurs jeux,
Les criquets, les fourmis, en rivalit6 sourde
Luttaient jusqu'& la mort. Et la vietime lourde,
Par les crocs des vaiuqueurs 6troitement serrie,
Se mouvait sur le sol d'ardeur d6sesp6rde,
Et la horde des vifs barbares s'accroissait.




j -


FLANERE DANS LA BROUSSE AME DES ANTL19s 57


Out, mais les sanglots d'or des grands filaos jaunes
8f mdlent a l'orchestre entralne des criquets,
El pleurent en measure, et comme un glas qui sonne,
Tel le tam-tam hindou des soirs martiifquais.,
Et les'sonoritds en romances coulaient
eS confondant parfois A la complaint lente
Du bleu torrent, tapi dens 1'Ame nonchalante
De la brousse endormie au-dessus de son lit.


Les rocailles du bord de I'eau, murs ddcr~pits,
Dominant du torrent le lit sournois, instable,
Luisalent dans la verdure humide. Et Pair friable
Semblaient en nappes d'or trembler fluidement.


Ees Mevettes sautaient agiles, prestes, brunes,
Entre mes doigts hAtifs. L'onde falsait des plis
Bous le vent. L'air dtait moins vif que sur les months,
Le courant remportait les feuilles en amount.
Mon Ame, conflante, .pousait sa paresse;
Dans.les.flots sinueux de son course, ma tristesse
Be blotissait comme en un refuge pigux.


Soudain, dans les remous d'dcume, mousse fine
PMtillant aux mignonnes criques, se dessine
Peu A peu une flrche audacieuse, pergant
La langoureuse errance en. mon cceur sommeillant.








DE1X COUNTS CIOROLUS


Les bambous dperdus courbent leurs souples iailles,
Epandant sur le sein des ondes, clair miroir,
Un manteau fr6missant de profound nonchaloir.



Vous emportez mon Ame en vos feuilles 16g6res,
Bambous adriens, aux branches que le vent
Balance souplement, le soir au ciel rdvant...



Votre murmure alli6 au chant de la riviere
Qui, monotonement, roule ses eaux toujours,
Endort la passion, et submerge d'amour
Le cOur mourant pose sur sa froide civiere.



Leur faible voix tremblote et conte leur ennui...
Chaque tige, en craquant, grince et chante, et sa plainte
Irr6gulierement frissonne dans la nuit,
Sous le z6phir du soir, de sa tristesse empreinte.
Bra"-58S-* a... i...... ............ EWmunn**

Que crains-tu, doux zephir froufroutant? Et toi, brise
Des nuits de nues amours ofi mon rdve se brise ?
Que peux-tu redouter, aquilon, toi le roi
Des souples soirs d'cxtase oh se terre 1'effroi ?
Et vous, vents aliz6s, effleurant l'onde verte
Des Oceans, au loin, dans cette ame entr'ouverte






FLANBhZIB DA148 IA BROUSSE AU DES MITULUS


A toute solitude, aecucillant les douleurs ?
Peutp-tre pensez-vous aux changeantes couleurs
Uniques des soirs, sous les fratches draperies
Des cr6puscules vifs, frequents en tromperies ?

W Ai ..... . . . & .." -..a...*... .. *.. i .'

Leur murmure est si doux, si faible, que le bruit
De leur souffle inquiet A peine nous arrive,
Bergant leur vaste songe en ce chant qui frdmit
Et frissonne, 6perdu, en des notes furtives...



Parfois, exdcutant uD. gracieux ballet,
Une touffe courbait et redressait sa tete
Au rythme plus hard; d'Eole, don't l'archet
Divinement styl6 organisait la fete.
Le savant prganiste au jeu .dremonieux,
Retourne du livret la page exdcutee,



D'un geste magistral ; et la note flatee
Vibrant des tuyaux d',rgue en chceur harmonieux,
Lp d6chirant appel des sombres filaos
Retentit jusqu'au Ciel comme un plaintif sanglot






DEUX CONTEST CRAOLES


L'4trange m6Iop'6e assourdie et percue
Presque indistinctement dans son prolongenien
Monte, et se perd bient6t dans l'onde inaperque
De l'6ther aux concerts vibrant Utrangement,
Enfin, le vent sifflant a travers les aiguilles,
Glisse si mollement quo'n dirait un serpent -.....
Modulant son appel, qu'un long echo r6pand
Ondulant au lointain... impereeptibles trilles...

....... ....... .., .- .... ... .'. ... * *


Au rythme du bonheur qu'on venait d'y verser
Ta vision troublante, angoissante, impr6vue,
O Nature Revant sous le rdseau des nues,
Mon Ame se laissait nonchalamment bercer...


Dans la nappe 6touff6e en ces ondes fluides
Que la lune filtrait comme A travers un voile
Tendu au firmament -en dentelles d'6toiles,
Les grands arbres, au loin, d'ombre comblaient les vides..


Puis, du Ciel, la fantasque et claire perle sort
Du domaine 4toil6 des brillants. La maitresse
Du songe tourment6, par son puissant resort
D6clanche le secret sacr6 des raves d'o*...
Et le z6phir fr6lant de sa came caresse
Les bambous engourdis aux langueurs des jouts chkuids,





FLANERIE DANS LA BROUSSE AMIE DES ANTILLES


es couvrit de la Paix enclose en chaque pli
)u nuageux manteau d'ombre, don't la paresse
3arda jusqu'au matin les giants assoup7is.



h Ces arbres chdris des Tropiques en fete
les orgues de mon coeur vibrant du bas au fate !...
En ce came serein, profound, des nuits crdoles,
Mes pensers, emportes au gr6 des vents frivoles,
Glissent aux souvenirs transposes aux sapins
Majestueux des ionts des Vosges, noirs et fins.



J'aime tant recolter le pommes seches, noires,
Fruits jets par les vents, preuves de leurs victoires,
Semnblant de petits toits hindous, au sol couvert
De fines souches vers le Ciel tendant leurs feuilles,
Et les voir crepiter danis l'Atre !
Oh Que Dieu veuille
Me permettre, clement, quelques jours de bonheur,
M'accorder dans la paix une retraite, au ccaur
De bois rudes et forts of l'Ame se recueille !
Car rien ne vaut 1'ivresse, pour le cceur frileux
Aux souvenirs 6mus, ardents de la jeunesse,






DEUX Com'Rs OOLES


Que d'en cueillir, aux soirs de desespoir la fleur!
Rien n'est plus ravissant que 1'Aube du Bonheur
Naissant apres la Nuit qui ddrobait sans cesse
De la Foi de 'Espoir, les divines lueurs I


CHAmRE DUFRENOIS.

Fontaine-Moutte (Martinique) 1928.


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