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Group Title: destin de la jeune littérature
Title: Le destin de la jeune littérature
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 Material Information
Title: Le destin de la jeune littérature
Physical Description: 27 p. : ; 17 cm.
Language: French
Creator: Blanchet, Jules
Publisher: Impr. de l'état
Place of Publication: Port-au-Prince Haĭti
Publication Date: [1939]
 Subjects
Subject: Haitian literature -- History and criticism   ( lcsh )
Genre: non-fiction   ( marcgt )
 Notes
Statement of Responsibility: préface de F. Morrisseau-Leroy.
 Record Information
Bibliographic ID: UF00078375
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: aleph - 000674052
oclc - 24146778
notis - ADL4748

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1a
r- *


JULES BLANCHET


Le Destin
de la


June Littrature


PREFACE
de F. MORRISSEAU-LEROY


S


IMPRIMERIE DE L'ETAT
-- PORT-AU-PRINCE
HAITI


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UNIVERSITY
OF FLORIDA
LIBRARIES





JULES BLANCHET


Le Destin
DE LA

Jeune Litt6rature


PREFACE
de F. MORRISSEAU-LEROY







IMPRIMERIE DE L'ETAT
PORT-AU-PRINCE
--HAITI










AMIERcIC





AMER\CD.










PREFACE


La jeune littirature n'aura pas 6td decriie et maudite impune-
ment. Justice va ttre rendue d cette pl6iade d'impertinents qui
oserent 6clater de rire d la barbe des autoritis et renoncer a un
heritage de raideur, d'agreable insincirit6 et de f6cond roman-
tisme..
Il semble bien que, sans la rigolade truculente des badauds qui
montrbrent du doigt en se tenant les c6tes, les lettres ha'tiennes
habill6es de redingote, de col droit, de haut de forme, voire du
pardessus d'hiver au milieu de notre bel 6te, elles auraient con-
tinue d se pavaner dans cet accoutrement pour se fare ridiculiser
par les colons et les parrains d'outre-mer.
Timidement d'abord. tapageusement quelques jours aprks, la
jeunesse a crid que les eternels pastiches n'eveillaient en lui qu'un
sentiment d'deasion, ne satisfaisaient ni sa soif de poksie, c'est-d-
dire les rappels de son subconscient, ni sa curiosity et n'clairaient
pas son destin.
Je crois que le premier merite de ce petit livre de Jules Blan-
chet sera de prouver que la jeunesse a accept le r6le de renouveler
la littirature national. Et dans ces seuls mots se troupe resume
un colossal programme. En effet, une litterature national nous
paraft sans objet ou encore nous paralt avoir epuise son objet
dans les invariables mignardises et lest envoltes patriotiques de
S nos atnes, si elle n'est destinee a aiguiser la conscience sociable en
int6ressant le lecteur a la vie du proletaire et du paysan haitiens.
S A I'heure actuelle o&u dans le monde enter la pensge mane pour
se lib6eer la lutte supreme contre les dernieres et les plus cyniques







formes de l'esclavage, I'ecrivain qui ne se sent pas une mission so-
ciale n'est pas digne de notre respect.
On rjpete dans certain cercles que la litt&rature n'a jamais
sauve un seul paria. Je sais que, dans ces mimes cercles, on mi-
prise Rousseau, on ne parole de Voltaire que pour exalter la beau-
te de la langue franqaise, on une infinite de jeunes 6cri-
vains frangais, allemands, espagnols, chinois, americains qui,
aprks avoir reveill des millions de consciences a la splendid lu-
mitre de la liberty, sont allis sur les champs de bataille d6fendre
encore par l'action la culture et la grandeur de la personnel hu-
maine.
Je ne comprends pas que l'ha'ltien de qui I'accession au rang
d'homme, n'est que la suite heureuse de la lutte des idees des en-
cyclopidistes ait pu se laisser entrainer a la Reaction par des 6du-
cateurs qui, hier, 6taient les bourreaux.
La jeune littirature en s'assignant la mission d'ilaborer peu
a peu une conscience de classes car, on peut ne pas aimer cer-
tains mots, ou les juger pour le moins suspects, I'on ne fera pas
que I'haitien n'appartienne par son Histoire, par sa vie, a la classes
des proletaires fait tomber le prejuge selon lequel tout litte-
rateur serait un fumiste.
Quelle preuve plus 6clatante de cette evolution que la sollici-
tude qu'un esprit aussi serieux que Jules Blanchet accord a la
jeune litterature!!


F. MORISSEAU-LEROY










LE DESTIN OE LA JEUNE LITERATURE


L'existence de la Jeunesse, de notre jeunesse a ite contested. Par
qui et pourquoi? Notre mission d6passe 1'6poque dans laquelle
nous vivons et tout essai de r6ponse 6quivaudrait a un essai de
justification. Nos conceptions ne regardent que les problmes de
remain et ceux d'aujourd'hui ne sollicitent notre attention que
dans la measure oii ils pr4sentent l'aspect dialectique. Le moment
que nous vivons est historique et son inter&t s'explique en fonc-
tion des transformations op6r6es dans le system social: la philo-
sophie de notre epoque s'oppose a la metaphysique abstraite et
statique des constructeurs de chimeres; elle est m6thode et doc-
trine, les deux proc6dant d'une m6me ideologie qui recherche
I'explication des lois de d4veloppement de la soce6t6 et des phino-
menes sociaux.
L'objectif de son action se dessine, se precise et elle trouve
dans la propaganda par le journal et le livre la meilleure forme
de contribution A l'enrichissement de la pens6e haitienne, de la
culture haitienne. La valeur de cette contribution offre I'occa-
sion d'un d6bat doctrinal, d'une discussion d'idees: le destin de
la jeune litterature s'analyse en une some de possibilities et
d'acquisitions d6termin6es par les conditions sociales et 6cono-

NOTE.-Cette conference a 6t6 prononc6e A l'H6tel de Ville de Jac-
mel sous les auspices et au profit de l'obole du Pauvre, A l'occasion
d'une fete de charity organis6e par la distinguee Pr6sidente de l'Oeuvre,
M.me Rivarol Lemaire.


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miques du milieu ; il s'affirme dans le caractere des faits g6nerau
qui accomipagnent la naissance des grands courants de r6forn
intellectuelle. Ces faits existent et ils forment le cadre oil
fixent les traits dominant de la revolution litteraire, de la ver
table revolution litteraire r6alis6e par la generation de l'occu-
pation. C'est une revolution A deux temps: elle s'accorde
d'abord avec un style de vie qui se modifiait et elle s'inscl
ensuite comme un ph6nomene de d6passement. Cette revoluti<
marque la place de la jeune litt&rature dans le movement cr
turel. Elle consomme la fin d'un monde litteraire et achieve
ruine *de l'art conformist.
*


Toute revolution a sa signification. Parfois apparent, parfo
cache. Elle agit sur le proces de vie en modifiant certain ph
nomenes et certain concepts. Les revolutions sont rares ch,
nous. Car, la revolution n'est point une modification formelle
elle consiste dans le replacement d'un ordre ancien par un ore
nouveau, la substitution d'un systeme perfectionne a un syst&r
routinier; elle touche a tous les ordres: elle est id&ologique, po
tique, social, &conomique puisqu'elle procede toujours d'une pl
losophie.
La jeune litterature se pretend revolutionnaire. Et elle enten
se d6velopper dans ce cadre. Comment s'est oper6e cette r6volutic
litteraire ?
Les conditions d'6volution de la culture haitienne ont &tc fatal
A l'6closion d'une pensie original. La vie mat&rielle presental
une physionomie uniform, d6terminait une conscience socia
uniform. La litt&rature etait propre a une classes, 1'elite; elle i


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r minait; spirituellement, elle dominant aussi; domination theo-
lue, A la verit6 puisqu',elle n'accordait aucune suprematie vraie
ns I'ordre cultural. La litt&rature evolua dans un sens unique.
Le movement social allait s'amplifier. Des regimes politiques,
3 systemes sociaux, des institutions 6conomiques naissaient et
Srapports de vie suivaient le changement des processus. L'hu-
knite etait entree dans un nouvel age: les societes prenaient une
entation decisive.
e movement s'6tendit a nous. II n'attira point les esprits
ardes, les routiniers qui croyaient A l'immutabilit6 du procks de
,. Les mimes subirent la reaction nationalist.
ette attitude de reserve adopt6e en face des valeurs nouvelles
duisait une crise de la culture haitienne. De cette culture tra-
ionnelle qui nait avec une classes et disparait avec elle. La d6-
ence de cette culture rendait actuel le problime de la defense
la culture.
ul pouvait entreprendre cette defense?
'ordre de valeurs existent correspondait a une configuration de
ie. Le renouveler en transformant le style de vie 6quivau-
it pour les traditionnalistes a une trahison. D'ailleurs, entire
rs concepts et les notions don't la Jeunesse se faisait I'ap6tre,
stait une opposition irreductible. Le movement social avait
assete le monde capitalist et une humanity, nouvelle s'6difiait.
a Jeunesse voulait y participer. Elle seule pouvait r6aliser
ustement des idles et des institutions. Elle s'empara des con-
.tes de la revolution culturelle et rejetant la litterature pa-
tique et nationalist, elle affirma la n6cessit6 d'un art human,
n humanisme nouveau.

-7-

L^







La Jeunesse a mont6 la garde autour des valeurs. Elle les a
hierarchis6es. Elle a ainsi fixed A la jeune litterature le cadre dans
lequel elle doit 6voluer pour s'integrer dans le movement litt&-
raire international. Le roman renouvele, l'histoire concue selon
la methode mat&rialiste, 1'6conomie politique, la sociologie, la
poesie r6volutionnaire: dans les genres oiu s'exerce l'activit6 de la
Jeunesse, 1'6crivain apporte une conception oppose A la con-
ception traditionnelle. C'est la rupture qu'il veut consommer.
Le movement cultural, au lieu de subir un point d'arr.t, s'am-
plifie: il participe au renouvellement total des concepts. Et ainsi,
le destin de la jeune litterature est lie au destin du movement
social. La litterature se diveloppe en function de l'ordre A cons-
truire; elle le pr6figure en realisant la scission de la culture. Et
cette evolution culturelle se d6finit de la maniere suivante:
4 Un conflict apparait entire les forces spirituelles qui sont diri-
gees vers la creation d'un nouvel ordre de valeurs, et la r6alite
social oi s'incarne la tendance A affirmer les valeurs dijA con-
quises la creation culturelle comme principle de configuration
s'oppose A la consommation culturelle comme forme constitute,
comme style de vie d'une couche enrichie, pour qui la culture, au
lieu d'etre une oeuvre a r6aliser, n'est de plus en plus qu'une posses-
sion A garder et A transmettre A des heritiers. Pendant ce temps,
l'6volution spirituelle ne se conform pas, toutefois, aux idees de
cette r6alit6 nouvelle. Bien au contraire, elle se developpe en op-
position. D'une part, se constituent des ideologies qui proviennent
du desir de s'adapter A la r6alit6; d'autre part, les idees obligent
i .d6passer leur propre ralIisation, en se tournant centre elle.>


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La jeunesse a sa place dans le movement litt6raire haitien.
Hier, timide sur les bans de l'6cole, elle ne comprenait pas la si-
gnification profonde de la presence de l'6tranger. On ne lui avait
jamais expliqu6 les notions ,de patrie, d'int6trt collectif, de sa-
crifice: elle avait grand dans une atmosphere de disespoir. Elle
Iaissait l'6co'le. les humanit6s achev&es, sans avoi,r de r6soilution
precise, et de .but au seuil de la vie. Pourtant, elle exiprimait
une dose d'enthousiasme, un credo de vie, qui avaient une allure
de declaration de principle; comme les pr&c6dentes, la generation
de l'occupation avait 6bauch6 des rives d'avenir. Elle profiterait
de l'exp&rience des aines. Elle aurait une vie f6conde remplie,
avec, au centre, la volont6 d'&tre utile au pays. Et volontiers
elle se figurait le groupement haitien come une communaut6
organis6e. Elle s'en allait ainsi, cultivant 1'espoir. Toute la ge-
neration de 1'occupation s'exaltait de savoir que demain, elle
allait se jeter dans la mel6e, heroique et fire.
On connait le reste. Le r6veil fut douloureux; depuis, c'est au
milieu de la haine qu'elle vit. Repouss6e de tous les c6t6s, livr6e
A elle-meme, elle dut proc6der a un examen de conscience: elle fit
un tour d'horizon. Elle pratiquait d6ja les auteurs avances qui
parlaient de riforme, d'ajusteamient des institutions aux id~es.
Elle se pencha sur le pass, et en 6tudiant l'histoire social de
nos annies d'ind6pendance, elle nota le d6calage qui existait
entire les institutions haitiennes et leur fonctionnement normal.
Elle compare; elle diss6qua et chercha les causes de ce processus
historique accident&. Lentement, la verit6 se d6gageait et la con-
clusion premiere fut que notre soci&te souffrait d'une crise
d'organisation.


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La conjoncture 6tait favorable a la naissance d'une conscience
national. Lentement se format l'idee de la faillite de l'ordre
haitien: I11 fut ce qu'il fut. II ne pouvait ktre autre itant donn6
le climate d'alors. Mais, avouons que les elites ne firent jamais
leur devoir.
Comment apparaissait celui de la g6enration de I'occupation?
La resistance des uns et la revolte des autres ne lui offrirent
aucune alternative. Elle devait servir. Ses enthousiasmes
n'avaient rien de raisonn6. C'6tait la seve abondante de vie qui
6clatait en elle. Elle conqut, A travers I'6pop6e de l'indipendance,
son amour maladif de la Patrie. Elle l'aima davantage de savoir
qu'elle ne l'avait pas connue libre et elle souffrit de sentir que
l'oeuvre commence avec la revolution de 1789 A Saint-Domingue
6tait compromise. Agir, mais I'action commandait la coordina-
tion de l'effort, la fixation de l'itinrraire A parcourir, la determi-
nation du but et des moyens. Les checs accumules condamnaient
toute resistance violent A une fin piteuse.
Elle alla A la litterature comme A une amante fiddle. Elle
voulait trouver un ,derivatif, un champ A son action. Qu'6tait la
litterature A ce moment?
Nos 6crivains tenaient encore aux defroques d'6cole. Ils re-
prenaient A leur compete les cliches des movements litteraires
frangais et les transcrivaient dans une langue decolor6e, inerte.
Cette litt6rature s'apparentait A une matiere morte. A travers
l'ensemble des oeuvres, la g6n6ration de l'occupation s'appliqua
.a trouver les lignes essentielles de l'ame negre. La po6sie
d'Oswald Durand, plut6t patriotique qu'Indigene, r6pondait va-
guement A son ideal national en litterature.
Chaque movement litteraire s'explique en function d'une doc-
trine. Celle de la jeune litterature sortait de la mysique nationa-

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liste. Bient6t, elle group en un faisceau des unites qui con-
cevaient la litt6rature comme la forme la plus noble d'entretenir
l'orgueil national. Litt&rature politique, pleine d'exagerations
au depart, mais qui en se d6veloppant et en se transformant se
rapprochait de plus en plus d'un movement pens6. La nouvelle
doctrine se cristallisera autour de la REVUE INDIGENE, de
la TROUEE, de la NOUVELLE RONDE. La veritable r6vo-
lution litt6raire ne date point de cette 6poque. Cette tentative
marque neanmoins une rupture.
Elle concretisait une maniire de reaction. Diversement commen-
tee, elle r6alisait un acte important de notre generation. La jeune
littirature 6tait n6e. Elle avait ses thboricien's, ses 6crivains, ses
artistes. Elle repr6sentait un movement d'envergure. Dans les
nombreuses publications qui de la Revue Indigene aux Griots,
en passant par La Trou6e, La Semaine Litt6raire, la Revue
Caraibe, Le Cor, Stella, La Relive, servirent A la diffusion de
ses principles, les jeunes ecrivains s'efforcerent de se conformer
Sau nouvel id6al litt6raire. Naturellement, il y eut des fissures
de ci, de l1; en course de route, des partisans, peut convaincus,
se d6tournaient de la nouvelle cole; d'autres revenaient aux
themes classiques; une troisieme cat6gorie cultivait les exage-
rations.
L'incoh6rence des productions devait fatalement provoquer un
courant original, qui fut la synthese du movement. Aujourd'hui,
divises en haitianistes, afri'canistes et revolutionnaires, les reprb-
sentants de la jeune litterature exploitent, selon leurs directives
politiques et sociales, leur point -de vue doctrinal, les theories 6la-
borees par les revues d'avant-garde qui ont disparu mais don't
l'essentiel a &t repris par la nouvelle cole.


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,Nous sommes en ce moment en pleine revolution litteraire.
Et par 1a, il faut entendre que la jeunesse intellectuelle a manifest
son d6sir et affirm sa volont6 de renouveler la litt6rature hai-
tienne. Cette preoccupation est n6e sous l'influence de deux fac-
teurs don't l'action r6ciproque a d6termin6 dans la conscience col-
lective un ohoc profound: un facteur psychologiquie, I'oiccupation
spirituelle repr6sent6e par l'enseignement classique, idaaliste et
abstract; et un facteur materiel: l'occupation militaire du pays.
Selon le facteur predominant, la littirature de la g6n6ration de
l'occupation sera r6actionnaire dans le cadre du nationalism ou
profond6ment revolutionnaire.
Parfois, les deux courants se rencontreront dans leur objectif
d'opirer un classement des valeurs et de poursuivre la creation,
en function du renouveau litteraire, d'une litterature humaine
d'expression national. Les deux faits de l'occupation spirituelle
et de l'occupation mat6rielle ont jou6 un r6le preponderant dans
la formation des theories litt6raires de la nouvelle cole: les esprits
libres de la generation de l'occupation travailleront A une litt&-
rature n6gre. Avant ce movement en profondeur proc6dant d'un
renouvellement des valeurs culturelles, quels caracteres d.finis-
saient la litt6rature haitienne? Elle souffrait de l'impersonnalit6,
nos 6crivains, les poktes plus particulierement, decoup&rent leur
module avec gaucherie sur le patron francais. Cet art inexpressif
et sans originality traduisait dans une langue vid6e de toute subs-
tance des sentiments strangers A l'Ame negre et des idWes qui ne
poss6daient aucune signification r6aliste. L'imitation ne pouvait
6tre que servile: cette litt6rature ne produisit que des oeuvres de
second ou de troisieme mains, sans force, sans valeur inventive
et litteraire intrinseque. Elle prolongeait une sorte de pseudo-


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classicisme melange de romantisme, un courant fatal a la nais-
sance d'une veritable litterature negre.
II faut dire aussi que le refoulement psychologique par quoi
s'explique la persistence de la litterature frangaise d'Haiti trouvait
sa justification dans un comportement social normal. Nous avons
toujours n6glig6 nos h6r6dits. Dans la vie social haitienne tri-
omphe l'6vasion. Amputant ainsi notre personnalit6, nous n'avons
jamais voulu etre nous-memes, c'est-a-dire une catigorie ethnique
nee dans des circonstances historiques sp6ciales. La sociologie et
l'ethnographie en fixant certaines donnees allait contribuer A
1'6veil de la conscience racial.
L'oeuvre des sociologues nous apprit A &tre nous-memes. Elle
rayonna et exerga une influence d'autant plus decisive qu'elle nous
imposait de prendre conscience de notre personnalite: la pensee
dominant rejoigriait la reaction nationalist.
La nouvelle cole assimila le movement. Aussi, le caractere
principal de sa litt&rature du debut sera-t-il d'exprimer les senti-
ments nationaux, les faits nationaux. Tous les 6crivains de cette
&cole ou presque tous sont des nationalists. Ils tiennent a l'idee
nationalist qui leur permet d'exalter la geste haitienne, de com-
battre l'occupation militaire avec fougue et confusion, de trouver
dans les traditions glorieuses du passe, des raisons d'esperer.
Franchement r6actionnaire, la jeune litt&rature sera tapageuse,
excessive. Mais comme le movement n'est pas pense, il ne sera
pas viable.
Le proces de vie social haitienne se developpe. Les evenements
de l'exterieur agissent. Des jeunes ont 6tudi6 dans les facultis
6trangeres, en des pays avanc6s et pris contact avec des disciplines
intellectuelles largement compr6hensives. Ils diffusent les id6es


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nouvelles. Le mythe nationalist, sans contenu doctrinal r6el, se
decompose, les repr6sentants de la nouvelle &cole s'orientent alors
vers les 6tudes sociales. Ils ont note la primauti du social en at-
tendant d'etablir la preponderance du fait 6conomique. Ils pensent
que toute society doit constituer un tout organique. Et ils d6-
nombrent les 616ments de la vie social. La situation de certaines
classes les 6meut; ils sentent toute la trag6die de la vie des crasss
et lentement nait en eux un d6sir vague de reformer la society.
Ils demandent qu'on la refasse sur d'autres bases. La litt6rature
devient alors social.
Elle se propose pour but essential de librer l'homme haitien.
Liberation int6grale de l'individu; developpement et 6panouisse-
ment de sa libre personnel dans une soci6t6 reconstruite et 6qui-
libr6e. Le paysan et le prol6taire ont un destin de serf. II faut
en faire des hommes. Et c'est pour chaque &crivain la veritable
conquite de soi par une initiation aux notions non-conformistes.
Le movement prend de 1'ampleur et la nouvelle litt&rature triom-
phe un peu partout avec des concepts d6rivant du movement
social.
Tandis que le caractere national de la litt&rature de la jeune
cole s'explique par le fait de l'occupation militaire, son caractere
social s'explique par une intelligence plus profonde et plus aiguZ
de la r6alit6 social, la perception des facteurs du proces de vie et
une conception nouvelle de la mission de l'6crivain.
L'6crivain a un r6le social; appartenant A un groiu;pement defini
don't il subit le style de vie, il travaillera A le transformer. Il n'est
plus un dilettante. II a sa place dans les batailles journalieres
de la vie et il cesse d'etre exclusivement un artiste: sa mission est
social.


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Le patrimoine litt6raire s'l6argit alors. II d6passe le cadre na-
tional. II est human. Int6grer dans le cadre human l'humanit6
haitienne et faire de la litt6rature haitienne une province de la
litterature g6ndrale. Un souffle profound de justice imprigne les
6crits. D'angoisse aussi. Plus de frontiere spirituelle: la patrie
litteraire est une.
De cette faCon, tous les concepts se renouvellent. La po6sie,
le roman, le theatre, la critique litt6raire, l'histoire, tous les genres
participent A cette renaissance. Ils ne constituent plus un diver-
tissement, un d6lassement a l'usage des cercles de lettr6s ou des
petites chapelles. Is veulent atteindre le grand public, la foule,
ce nouveau personnage de notre 6poque.
Car le public, dans la litt6rature et I'art contemporain, est un
facteur important dans le processus de la creation litteraire. Finie
la p&riode d'un art hermetique, accessible aux seuls inities et d'une
litterature 6triquie ne donnant de la vie qu'un aspect.
Tout a done change.
La nouvelle cole se dresse en face de l'ancienne ou plut6t de
toutes les anciennes. Les theories litteraires s'imposent progres-
sivement et dja. son influence est manifeste. Des crivains d'avant
1915 ont renouvel6 leur maniere en s'inspirant des tendances de
la jeune litt6rature don't certain caracteres se reflitent entiers
dans nombre de leurs oeuvres. Par ce c6te, le movement est
viable puisque certaines oeuvres, produit integral de la nouvelle
cole ont essay d'utiliser quelques-unes des regles posies. Dans
la measure oiu ces r'les experiment la revolution litt6raire, on peut
affirmer qu'ils ont r6ussi. La conqu6te essentielle de notre revo-
lution, c'est la notion de 1'homme human.


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Ce caractere de la jeune litterature drive done de 1'Huma-
nisme Nouveau. Ce n'est ni l'humanisme chretien ni l'huma-
nisme paien, mais une synthise culturelle qui prend sa source
dans une conception nouvelle des rapports de vie et de pens6e.
D'ailleurs, le courant humaniste avait un caractre abstract trop
prononc6: l'homme etait au centre de la litterature; mais il
n'6tait pas human.
L'homme human est une conquete de la litterature nouvelle;
cette litt6rature non-conformiste don't l'objectif principal est de
protester centre les pr6jug6s, de faire tomber les barrieres et
de montrer la soci6t6 sous une physionomie plus cohirente,
moins individualiste, moins anarchique. Les ceuvres fortes de
notre epoque ne s'attachent plus A noter les reactions de l'homme
en tant qu'unit6 psychologique; elles le placent dans un milieu
en transformation. Or, le but de la litt&rature, c'est de trans-
former les conceptions traditionnelles. L'humanisnie nouveau n6
au niveau d'une soci6te qui s'en va est le produit de valeurs que
crie le procis dialectique de vie: il determine un art human.
L'Artiste ou l'ecrivain ne produisent plus pour une pl6iade.
L'art, en tant que formule hi6ratique, a exist et les 6coles lit-
t&raires, qui satitardent A rapeti'sser les themes, inaugurent des
movements sans lendemain. L'art n'a plus de patrie. puisqu'il
est une some de conceptions, de sensations propres a un en-
semble d'hommes et non plus a une soci6t6 national, a un
group ou A une chapelle littiraire. II depasse le cadre 6troit des
frontiires, il cesse ,de parler au citoyen c'est-a-dire i l'individu,
sujet de l'6tat pour parler au public plus vaste du monde. Et


16--






dans ce sens, on pourrait dire que 1'art contemporain repr6sente
une valeur international. Les themes des litteratures v6cues
n'itaient pas nombreux: quelques grands sentiments vagues, des
gestes heroiques, des meditations profondes suffisaient a pro-
voquer la creation litteraire. Il important de peu un &crivain
que la politique colonial ou le capitalism commissent des abus
ou des exces. Pourtant de temps a autre, des protestations s'&le-
vaient. Mais la reaction n'avait aucune direction: c'6tait des
faits isol6s aux consequences limities.
A cette 6poque qui coincide avec le progres du machinisme,
la litterature n'est point le reflet de la soci&6t. L'crivain est un
poseur, une sorte de d6miurge qui ne prend pas contact avec
la foule, qui la m6prise, l'ignore et don't l'inspiration s'alimente
a une pensee aristocratique. Toute 1'histoire litteraire haitienne
est bien celle de cette perp6tuelle evasion. Quand la litterature
n'est pas nationalist, elle est impersonnelle, sans originality.
L'apport dicisif qui a change l'orientation de la jeune litt&ra-
ture vient de 1'.tude des doctrines scciales. La litterature pure,
la litt6rature des clercs au-dessu's de la m616e rend un son faux;
notre situation de nation proletaire ne s'aocomlmnode pas de cer-
taines contradictions. La jeunesse est all6e alors A l'art human,
A l'humanisme nouveau qui libere l'homme et la culture, identified
leur destin et les r6unit dans une harnnonie profonde en vue de
les int6grer au but de transformation social.
Un livre, comme la Condition Humaine ne pose pas seulement
le problme du r6volutionnaire chinois. II est aussi un plaidoyer
centre certaines conditions de vie, certaines m6thodes d'action,
certain systems sociaux. La pens e profonde de Malraux


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n'est pas tant de faire oeuvre partisan, que de montrer l'homme
convaincu dans l'action. Or, cette action ne revet une significa-
tion profonde que si elle pursuit la r6alisation d'une v6rit6 so-
ciale et scientifique. Humanisme et v6rit6 social ne sauraient
se dissocier. Sans doute, la jeune litt6rature n'a pas encore d6fini
cette v6rit6 social; mais elle sait que de meme que Ia d6mocratie
correspond A I'apparition de la pens6e lib6rale, cette v&rite social
correspond A une culture plus realiste, A une pens6e dialectique.
Nous voulons un art human. Nous voulons un humnanisme
nouveau. La litterature de notre epoque doit 6tre en harmonies
avec la technique social. Et notre pens6e recherche A travers les
situations, la loi qui preside au changement. Sans doute, il y a
encore des manifestations litt6raires possedant un caractire na-
tionaliste. Mais 1'epreuve n'eest pas conchiante.
Que sera cet art human pour l'Haitien?
L'6crivain ou l'artiste consid6rera ses conditions de vie, sa
situation de proltaire; il partira des donnees sp6ciales, parti-
culieres, sp6cifiques au milieu pour en 6largir le sens, et arriver
au general. Que sont dans la vie haitienne l'ouvrier, l'6b6niste,
I'artisan, le porte-faix, le paysan; fixer leur destin, en analyser
l'injustice et faire de ces hommes des hommes humans: voilA i
quoi tend I'humanisme de la jeunesse; voila a quoi tend notre
revoluition litt6~laire; 1'hommie joue un role dans la soci.t6; c'est
par sa transformation d'agent passif en agent actif qu'il rem-
plira sa mission.
Aussi, la jeune litterature accorde-t-elle une importance sp6-
ciale au problem de la liberty d'expression. Tout art nouveau
impose une ecriture nouvelle. Toute science possede sa termino-
logie. Notre art human n'est possible que sous certaines condi-


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tions et le developpement de la pens6e haitienne est subordonn6 A
Ia liberty d'expression.
La liberty d'expression confere A l'6crivain la marque de la
dignity. Elle ne s'inscrit point dans une simple formule de r6-
volte ou un instinct d'individualisme exacerbe: elle s'interprkte
come une prise de conscience par l'homme d'un ideal moral et
social compose de valeurs essentielles; la Libert6 d'expression
doit caract&riser le renouvellement de l'humanisme. La jeune
litt6rature s'appropriera les valeurs de culture et de civilisation
et s'attachera au destin de l'homme et de la culture, dans la so-
ciet6. Elle n'a plus d'autre objectif que celui de la r6alisation
d'un ordre A construire.
Tout ordre pr6etabli est une negation du devenir de la pensee.
Toute soci6t6 conformiste, ou plut6t, tout regime de direction
int6grale tue la liberty d'expression et menace l'avenir de la
culture; c'est encore une signifioation qui se dieglage de l'esprit
de la jeune litt6rature que sa fid6lit6 aux conquetes -de la pensie
humaniste inaugur6e avantageusement avec les mat6rialistes de
l'antiquit6, continue par les transformations progressives du
regime social et prolong6e par le nouvel humanisme qui est a
la fois une conception du monde et une riv.olution idEologique
profonde.


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Combattue ou accept&e, il faut que cette pensee plaide son
proces, que les oeuvres qui ont pris ou prendront naissance d'elles
tout en marquant la rupture avec les conceptions traditionnelles
et statiques, 6tablissent la function de cette pens6e pour son
rayonnement intense. Les 6crivains de notre generation, si fer-
mement attaches au nouvel humanisime ont fix, ses conditions
d'&closion: la liberty d'expression devient un instrument de
combat, un moyen de succis.
Ils ne peuvent dissocier I'humanisme et la liberty d'expression,
ces deux conquetes s'analysant comme une victoire de la pense .
dialectique; ces deux conquetes se trouvant dans une interd6-
pendance &troite. Ainsi la doctrine fasciste a influence d6favo-
rablement la pens6e italienne, la doctrine naziste constitute l'obs-
tacle le plus s&rieux A l'6panouissement d'une pensee allemande
original. Toute pensee dirig6e est un avortement. Dans le mo-
no-6tat ne peut r6gner que la mono-pens6e.
La vie est movement et les formes d'art derivant des chan-
gements sociaux, en refletent 1'asspect; elles se renouvellent ou
blen elles s'6tiolent. Si vrai que dernierement la. revue franeaise
Les Volontaires mettait comme conclusion & une enqu&te sur
le fascisme et l'intelligence -ue le fascisme 6tait contre l'esprit.
On connait la situation des Guglielmo Ferrero, des lib6raux ita-
liens, ide Thomas Mann, d'Einstein etc.
Et cette liberty d'expression qui est le seul cadre dans lequel
puisse s'6panouir la pens&e humaniste, la jeune litterature la
consid&re comme l'attribut essential, l'attribut unique de tout
art human, v6ritablement human.


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Je sais bien qu'on lui fait un process de tendance, je sais bien
que contre ces manifestations. de liberty se dresse I'ombre sinistre
des ennemis de la culture. Qu'impo.rte. Les dictateurs out fait
d'immenses autodaf6s des biblioth6ques.
Ils ont cru tuer l'esprit.
Notre art human veut done un ordre human. Cet ordre hu-
main exprime la v6rit6 social de notre g6n6ration, et il est la
traduction sur le plan de 1'id6e applique de 1'art human.
La culture et la pens6e donnent un appui de base A la frater-
nit6 des hommes: l'6crivain et l'artiste retournent au public ce
qu'il lui a pr&t6.
La function nouvelle de l'humanisme, come celle de la jeune
litterature, est d'l6argir le champ littiraire. On note aussi une
tendanoe particuliEre, propre A noltre 4poque et d6rivant du pro-
gr6s de l'internationalisme: la tendance a rejeter la nation,
comme cat6gorie historique, en tant qu'elle se confond avec le
nationalisme. La nation cesse d'etre un cadre limited de civilisa-
tion et de culture, une expression historique et g6ographique:
elle est avant tout un grouipement humlain. L'hommne pirexiste
A la nation et la science de l'homme doit la depasser. La jeune
litterature repousse le nationalism litt6raire, c'est-A-dire ce prB-
juge constant d'une inspiration patriotique et des themes epi-
ques. Elle conqoit la nation en function du destin de l'homme
haitien, de la r6alisation de 1'ordre social A instaurer pour fa-
voriser le developpement de la culture et donner A la politique
de l'esprit une orientation f6conde. Entre la nation et la litte-
rature ainsi definies et ainsi comprises, nait une solidarity pro-
fonde; elles repr6sentent deux facteurs don't le jeu d'action re-
ciproque possede un caractbre d'interdependance.


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__ ._ __







Nous tenons a int6grer au movement que nous avons d6-
clanch6 les conceptions qui se sont modifies sous l'influence de
la revolution industrielle et ont transformed 1'art, lha science et 1la
litt6rature. Nous voulons utilliser les possibilities que nous offrent
les changements sociaux et nous voulons en mime temps d6-
passer le moment litt6raire en rialisant une formule viable. La
note a trouver, les correspondances a projeter sur le plan de la
creation et de la production culturelles auront la signification de
continuity et de prolongement dans la measure oir elles s'harmo-
niseront, au point de vue psychologique, avec le sentiment de
revolte qui nait d'une scission des normes de la production cul-
turelle et au point de vue general, avec le process dialectique de
1'6volution.
Le probleme de la creation litt6raire s'6tudie au regard de ces
donn6es: il ne vise plus a un renouvellement des proc6d6s litt6-
raires et il pursuit la transformation de l'aicte littinaire et de
l'artiste. Dans le cadre 6troit de la nation, apparait une litte-
rature d'exaltation personnelle ou national, une litterature non
pens6e, articulant des representations deform6es par un rea-
lisme individualiste.
L'art aussi se collectivise. Ce phenomene n'a aucun rapport
avec l'unanimisme bien qu'5 premiere vue, ils semblent traduire
une tendance identique. Le second est une simple formule d'ap-
propriation par l'art bourgeois du r6alisme socialist. Le pre-
mier se confond avec le nouvel humanisme.
L'616ment d6cisif, l'l6lment original de notre revolution litte-
raire, le voici, et son extension A la peinture, aux sciences, au
roman, a la po6sie resume la tiche de la jeune literature: Son.
destin se lie au destin des diverse forces d'art; la sculpture,


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1'histoire, la musique, le chant, n'ont pas encore particip6 au
renouvellement et notre revolution ne les a pas touches. Ce-
pendant les conditions nouvelles d'6volution de la literature, au
sens strict, agiront sur la philosophies de l'art.
Si la notion de race est tomb6e en discredit, ce n'est point
parce qu'elle traduit une illusion anthropologique mais bien
plut6t parce qu'elle contredit Ia g&ographie humaine et que
I'extension donn&e au terme depasse son objet. Ainsi de la na-
tion. La jeune litt6rature brandit I'humanisme nouveau comme
une conqukte definitive.


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La revolutionn que nous avons op6rie comporte deux moments,
deux temps: la p&riode de combat ou de titonnement, celle ou
se fixe la theorie litteraire; et la period d'invention ou de crea-
tion. L'une et l'autre continent de se d&velopper.
Dans le second temps, des oonfires ont note l'orientation qu'a
prise la jeune litt6rature. Elle s'attaque toujours aux abus et
combat le conformisme dans lequel vit notre gen6nation et &volue
une population compose de 99% d'analphabEtes. Le proletariat
urbain et la classes paysanne representent une masse amorphe,
qu'il convient de modeler.
La jeune litterature a fait entrer ces deux personnages nou-
veaux, le prol6taire et le paysan, dan's les ceuivires, non pas come
autrefois pour ridiculiser leur gaucherie ou plaisanter m6cham-
ment leurs moeurs primitives. La satire social s'est exercee
trop souvent a leurs d6pens. Le faux intellectual a trop souvent
jet6 l'anatheme contre eux. Le pli a 6te ainsi pris de se moquer
d'eux, de les traiter comme une humanity tres au-dessous de
nous et frapp6e du complex d'infiriorite.
La litt&rature salonnarde ne pouvait s'61ever A une conception
plus lib6rale. Riv6e aux opinions revues, elle les avait accepties
comme des dogmes. Dogmes absurdes et don't l'inanite appa-
rait a une analyse sommaire. D'ailleurs, elle n'avait product,
cette litterature de contre fagon, que des oeuvres froides et fades.
Elle ne poss6dait aucun sens social. Elle ne recueillait que le
suffrage des snobs et .des parvenus de l'esprit a qui en imposent
l'image et la phrase l16gante.


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Dans de telles conditions, I'art ne pouvait etre consid6r6 que
come un canton ferm6. Son d&veloppement en a souffert. Et
de 1900 a 1915, et meme plus loin, aucune oeuvre forte n'est
sortie de cette litt6rature. N'ayant aucune mission social, elle
ne correspondait pas A la ligne des doctrines actuelles. Et elle
tomba dans le discredit.
La jeune litterature se veut une mission social. Elle a rejet6
les poncifs. Elle est descendue de l'id6e pure. Elle s'est m61e
a l'action, elle reflkte la vie, l'interprete et en fixe les aspects
changeants. Elle s'attache surtout A deplorer les conditions
d'existence des classes humbles. Sans doute, son but n'est pas
de reformer. Mais la litt&rature est dejA une forme de propa-
gande, la meilleure de toutes, celle qui persuade, celle qui
convainc.
Cette mission social ne peut &tre dissocide de notre revolution
litt6raire. Elle est un impiratif categorique. Elle fait corps avec
notre doctrine litt6raire.
Le temps n'est plus oii I'art revetait un sens sacri qui l'6loi-
gnait de la foule.
Nous alllons A la foule; c'est pour elle que nous 6crivons car,
par le phenomene de l'interaction, il se produira entire nos oeu-
vres et elle un &change constant et bienfaisant. Ce n'est pas d6-
ahoir, certes, que d'6crire en function du public. Sarah BER-
NHARD n'6prouvait de veritable satisfaction sur la scene que
quanad elle savait que le people fnissoinnait A lq representation. II
n'est plus cet animal rude et grossier; il ne se montre plus sous
les traits don't le d6corent les humoristes et les aristos de l'esprit.


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Elle commence a se r6aliser, cette mission social. Elle sera
total, int6grale lorsque par le truchement de la langue, un mi-
nimum de connaissances pourra &tre inculqu6 au people. Le pro-
bl6me de la langue et le problem du style dominant la jeune
literature. Et il faut noter la tentiitive de 1.'enseignerneint par le
creole comme une idWe-base ayant pour fin la consommation des
valeurs culturelles de la jeune litterature par la foule, le public.
Toute la mission social de la jeune 'litt6ratuire se trouive in-
cluse dans cette formule: r6habiliter le paysan et le prolitaire
par l'art.







*


- 26.









Sur le plan litt6raire autant que sur le plan social, le succes
depend de la r6alisation de conditions culturelles et de conditions
6conomiques. La revolution litteraire que nous avons d6clanchie
est A ses debuts et c'est pour cela qu'elle n'a pas favoris6 une
production litteraire abondante. II nous suffit de savoir que le
movement existe et que, avec le progres de l'id6e d6mocratique,
ii ne peut que s'amplifier.
Le destin de la jeune litt6rature se r6alise au milieu de luttes
contre les pr6jug6s et les preventions du milieu, les traditions lit-
t6raires malfaisantes, le conformisme qui se satisfait de l'effort
de la pens6e statique, de la pens6e conservatrice.
Notre ideal n'est pas de vivre sur l'h6ritage spiritual des aines;
et de ;e consommer, dans le sens 6conomique du mot. Nous voulons
continue et prolonger le movement de la pens6e humaniste,celle
qui est n6e sous le s:gne du rationalisme, fait ses debuts dans la
Gr&ce antique, s'l6argit avec Epicure et les theories de D6mocrite,
donne un elan au XVIeme siecle francais et atteint son 6panouis-
sement total au XVIIIeme. si&cle avec Diderot, Rousseau, le
Rousseau du Contrat Social, les Encyclop6distes pour poser les
bases inebranlables du positivisme, de l'h6g6lianisme et du
socialisme. La pens6e humaniste a parcouru une tape essentielle-
ment signifiative. Elle ne pouvait ne pas accentuer le courant
de l'idie d6mocratique. Ce sont l1 les origins de notre mouve-
ment litteraire. L'art human se rejoint. L'humanisme nouveau
n'a &t6 possible que grace aux acquisitions de la pens6e huma-
niste des si6cles passes. La jeune litterature sera humaine ou
elle ne sera pas.


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