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HIDE
 Title Page
 Foreword
 Prehistoire Martiniquaise
 Prehistoire Martiniquaise II
 Conclusion
 Bibliography






Group Title: Préhistoire martiniquaise : Les gisements du Precheur et du Marigot (Quatre planches hors texte).
Title: Préhistoire martiniquaise
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 Material Information
Title: Préhistoire martiniquaise Les gisements du Prêcheur et du Marigot (Quatre planches hors texte)
Physical Description: 9-30, 2 p. : 4 pl. ; 26 cm.
Language: French
Creator: Delawarde, Jean Baptiste
Publisher: Imprimerie officielle
Place of Publication: Fort-de-France (Martinique)
Publication Date: 1937
 Subjects
Subject: Pottery -- Martinique   ( lcsh )
Antiquity -- Martinique   ( lcsh )
Genre: bibliography   ( marcgt )
non-fiction   ( marcgt )
 Notes
Bibliography: "Bibliographie": p. 31
General Note: At head of title: J.-B. Delawarde.
 Record Information
Bibliographic ID: UF00078354
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: aleph - 000140044
oclc - 24425878
notis - AAQ6168

Table of Contents
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    Foreword
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    Prehistoire Martiniquaise
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    Prehistoire Martiniquaise II
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    Conclusion
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    Bibliography
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Full Text





J.-B. I ELAWARDI) I


PREHISTOIRE


MARTINIQUAISE.




LES GISEMENTS DU PRECHEUR ET DU MABIGOT



(QUATRE PLANCHES HOURS TEXTE)







FORT-DE-FRANCE (MARTINIQUE). IMPRIMERIE OFFICIELLE
937








l 3,77Z9
L 343
- aTns RtnEnlc~


--~- 1- -7 c-














AVANT-PROPOS


On voudrait ici tenter l'interprdtation des documents de prdhis-
toire martiniquaise decouverts accidentellement au Pricheur et au
\ Marigot. Ce sont, pour la plupart, des outils et des armes de pierre,
des poteries trop souvent fragmentaires, timoins durables cependant
de peuples encore mystgrieux qui se sont succid9 dans 'ile, dispa-
raissant tour ~ tour a la suite de luttes malheureuses ou de catas-
S trophes volcaniques. Certains vestiges sont particulierement impres-
sionnants et 9vocateurs, tel, au Pricheur, ce travail du sol en forme
de jardin que nous avons retrouve intact, enseveli sous plus d'un
metre de ponces et de cendres 6mises par la Pelge i une 9poque
inconnue.

Cette etude ne pretend pas 4tre definitive d'autant que les gise-
ments don't il s'agil, et qui paraissent considdrables, n'ont Ht6 qu'd
peine exploits.






Que MM. Eustache Lotaut, directeur de l'Imprimerie officielle,
Jean de Reynal, Camille Blaisemont, Francois de Reynal, Georges
BertN, Joseph de Meilhac, Fernand Clerc, Clermont Clerc, LUon Saint-
Michel Hayot, Darius Blanche, M. I'Abbe Rennard et le Dr Domergue,
qui se sont intgressgs e cc travail, veuillent bien trouver ici l'expres-
sion de notre profonde gratitude. Nous remercions particulierement,
pour ses pricieux conseils, M. Jacques Soustelle, charge du Departe-
ment d'Amerique au Musie d'Ethnographie du Trocaddro.





















PR HISTOIRE MARTINIQUAISE








LES GISEMENTS DU PRECHEUR ET DU MARIGOT






Pendant les fetes du Tricentenaire de la colonisation de la Marti-
nique, I'exposition de poteries pricolombiennes a 6veille une cer-
taine curiosity. On a pu admirer, procures par M. Joseph DE MEILLAC,
des modelages artistiques et combien curieux avec leurs grotesques
dicoratifs parfaitement strangers aux imaginations europeennes. Ils
6taient exposes aupres d'autres terres cuites d'aspect different et qui
nous avaient Wtt apporties par MM. Jean DE REYNAL et Fernand
CLERC.

On se trouvait 14 devant des elements varies qui suggeraient unc
certain complication.

Avant de tenter, sous le covert de l'hypothese, une relative classi-
fication ou organisation de ces donnees susceptibles d'6voquer la pr6-
histoire, il semble indispensable d'exposer les faits que voici :


-7
















Les premieres poteries que nous avons pu observer provenaient de
l'Anse-Belleville (Le Precheur) et avaient Wte decouvertes par M. Jean
DE REYNAL (1).

Le gisement se trouve sur une terrasse qui dcmine la mer de
quelque 8 ou 10 metres (2). Le sol jui le recouvre est d'une epaisseur
variable commander apparemment par les differences du ruisselle-
ment. La plupart des objets don't il est question ici out Wtd trouves A
une profondeur moyenne de 1" 70 sous diverse couches de ponces
parfaitement rdgulieres et intouchies, revetues elles-mnmes d'une
terre ligere (3). T6moins d'un autre monde et ensevelis par une drup-
tion effrayante, les debris reposent sur une belle terre arable, assez
noire et qui dut 6tre feconde.

Les fragments de poteries tout d'abord decouverts sont abondants
et mels A des outils et armes de pierre, des debris de coquillages, des
carapaces de langoustes, des vertebres de dorades, des dents et griffes
de petits animaux. Ils rivelent des vases de forces variees don't les
parois avaient une 6paisseur moyenne d'un centimntre. Ce sont des
plats don't le diametre peut atteindre 40 ou 50 centim6tres bien que
leurs rebords ne s'dlevent parfois que d'un centimetre et demi ; le
fond de quelques-uns est lIgerement incurved. Ce sont des cylindres
creux mesurant de 12 A 15 centim6tres de hauteur et d'un diametre
int6rieur de 8 a 10 centimetres. Ils sont droits et ourl6s d'un rebord
6pais, ou bien leur diametre est diminu6 en leur milieu et ils s'dvasent


(1) On peut trouver un complement aux prrsentes notes dans : Le Pre-
cheur. Histoire d'un 6tablissement human sur les pentes de la PelBe J.-B.
DELAWARDE, Paris, 1936.
(2) M. Jean de Reynal nous signal presentement que ce gisement s'6tend
sur les contreforts de la Pelde jusqu'a plus de 200 m6tres d'altitude.
(3) En creusant, on rencontrait, sous une couche assez mince de terre conte-
nant des cendres 6mises en 1902 par la Pelee, une cendre terreuse en voie de
transformation. A 80 centimetres 6tait une couche de 10 centimetres de grosses
ponces melees A de petits grains jaunAtres. Le gisement se trouvait A 80 centi-
m6tres plus bas sous un manteau gris blanc de petites,p.oc .I.


___~___























Pierre dure creusde
d'une gouttiere circulaire.

(Ruisseau La Verrinre.)

J.-B. DELAWARDB photo.


Pierre A cupules (pres de la route de Basse-Pointe d Macouba).
J.-B. DELAWARDE phot.





















Modelages
pr6colombiens.

(Gisementdu Marigot.)

C. BLAISEMONT phot.


Fragments
de vases
precolombiens.

(Gisementdu Marigot.)

C. BLAISEMONT phot.


~1.
i~iL:










PREHISTOIRE MARTINIQUAISE 9


vers leurs extremites. Etait-ce des measures, par example des measures
a farine que l'on soulevait une fois pleines laissant sur place la quan-
tit6 mesuree ? Quant a l'Atranglement median il aurait servi A les
diviser aisement en deux parts.

Certaines traces laissies sur des tessons rivelent d'interessants
details sur la c6ramique du Precheur. Ainsi trouve-t-on des marques
indubitables de la fabrication en laniere don't les enroulements appa-
raissent au-dessous des plats, le dessus ayant 6t6 poli. On sait en effet
que, le tour A potier 6tant inconnu de l'Amerique prco6lombienne, les
poteries etaient ou bien model6es directement a la main dans la
masse argileuse ou bien formees de lanieres d'argile enroulkes en
spirales rappelant la forme des conques marines. Ces deux procedes
sont d'ailleurs encore en usage aujourd'hui aux environs du Marin et
de Sainte-Anne selon une tradition immemoriale et le mode de
cuisson actuel semble s'y r6clamer aussi de la coutume indienne : le
modelage achev6, le vase est place entire de petits bois disposes en
grille par dessous et par dessus. Or sur la base de certaines terres
cuites du Precheur on remarque des empreintes qui semblent de
brindilles sur lesquelles elles furent deposees encore molles (1).

Ces diverse poteries sont les unes tres grossieres et sans d6cors,
les autres plus soignees -- quoique sans finesse et ornees soit de
cercles entoures de courbes, soit de dessins polylob6s garnis de traits
et de cercles on bien encore de lignes bris6es ou sinueuses don't les
ouvertures sont remplies de petits jambages. Dans 1'ensemble un
ornement stylish, sobre et de bon gouit qui pourrait cadrer avec une
decoration moderne, n'6tait souvent une hesitation dans le dessin
trahissant-une main malhabile.

Quant au materiel de pierre joint A ces poteries, il est le plus sou-
vent and6sitoide, compose de nombreux galets de mer, inexistants

(1) Dans 1'extr&me Sud de File oih 'on trouve une terre plastique, la poterie
est une industries familiale. Soigneusement tamisie et p6trie, l'argile est modelbe
sans instruments, le rebord des vases est ourl6 avec les doigts, les anses sont
ajoutees ensuite. SechM au soleil, 'objet est poli avec des coquillages, puis il
est cuit.
. Les enfants imitant leurs parents fabriquent ainsi leurs jouets.










10 PREHISTOIRE MARTINIQUAISE


sur la plage actuelle, et qui sont parfois vaguement travailles en
forme d'auges, de pilons, de casse-tetes; leurs eclats semblent avoir
cervi de grattoirs. Des pieces plus fines s'y trouvent m16kes, ce sont
des molettes ou pesons don't quelques-uns portent les traces d'une
primitive gravure repr6sentant un masque human, (1) de petits mor-
ceaux de jaspe jaune ou rouge ayant servi de grattoirs et de polissoirs
enfin une hache amygdaloide et specifiquement caraibe.

Dans I'ensemble ce gisement presentait un caract6re primitif sur-
tout dans la poterie. Cependant une apres-midi que nous avions
longtemps remuI le sol sans rien trouver d'original, une terre cuite
se d6tacha d'une motte bris6e. C'est une tete d'animal, sans doute de
jaguar, longue de 7 a 8 centimetres et si parfaite qu'on la dirait mou-
lMe ; dans sa gueule ouverte apparaissent des dents form6es de petits
cailloux arrondis. Elle semblait annoncer une nouvelle s6rie de qua-
lit6 et apparemment, d'origine diff6rente. Plus tard, en effet, avant
creus6 plus loin et peut-6tre plus profond6ment, M. Jean DE REYNAL
ramassait quatre ou cinq poteries d'un aspect aussi beau. C'6tait un
cylindre intact portant, parmi des traits harmonieusement dessin6s,
une tete stylisbe en relief, entouree de deux bras arques. C'6tait
encore des fragments assez grands de vases de faible 6paisseur, de
formes difficilement imaginables, de courbure 616gante et compli-
quee, d'une finesse de grain remarquable. La peinture rouge don't ils
sont orn6s parait encore toute fraiche. Une figurine expressive perc6e
en son sommet semble avoir servi de bec A quelque gargoulettc.
Toutes ces pieces, par leur fabrication et par leur decoration tant
lin6aire que modelee se rattachent a la technique du gisement du
Marigot.


Au Marigot, la plupart des poteries sont d'une beauty remarquable,
ornees de modelages aussi parfaits que ceux des plus belles pieces de
l'Anse-Belleville.


(1) Au Marigot, on a ramass6 des molettes analogues qui semblent avoir
servi de polissoir pour les bords incurv6s des vases ; en effet, elles en 6pousent
parfaitement les formes.










PREHISTOIRE MARTINIQUAISE 11


Comme au Precheur, les gisements du Marigot sont situes sur de
petites e16vations a proximity de la mer, mais ils sont plus pros de
la surface du sol : on les d6couvre immediatement sous la terre
arable et meme le soc de la charrue depuis longtemps en a soulev6
et mis au jour des tdmoins. Toutefois, oiest dans une couche de ponce
16gere dejh partiellement humifi&e qu'on les trouve normalement.

Les terres cuites out pour la plupart une 6paisseur d'un demi cen-
timetre seulement, leur nuance est rouge, blanche ou noire. Souvent
elles'se composent de plusieurs couches : celle du milieu est d'un
beau noir, les autres sont de terre rougeAtre ou blanche. Leur surface
exterieure est police et peinte d'ordinaire au roucou, mais aussi
quelquefois en une couleur blanche faite peut-6tre avec de la mous-
sache (1). II est 6tonnant de trouver ces peintures souvent bien con-
servies alors qu'il peut suffir d'une 16gere friction du doigt pour les
endommager. Aussi ne subsistent-elles que dans les creux lorsque les
poteries ont Wt&.soumises quelque temps aux pluies.

Le decor lin6aire se compose de droites et de lignes brisees, multi-
pliees et serries en ordre les unes centre les autres tant6t selon la
vertical, tant6t selon l'horizontale. On y trouve aussi des courbes,
par example des forces en S encadrees dans des rectangles, et meme
des dessins plus compliquIs, telle une tete de perroquet habilement
stylisee pour orner l'anse d'un plat.

Cependant les grotesques en relief sont la part la plus original de
cette riche decoration. Ils servent d'ordinaire d'anses ou de pieds.
C'est une t6te d'homme avec de petits yeux enfonces, de grandes
oreilles d6bordantes, un nez retrouss6, des lippes, un mention pro&-



(1) Le roucou, la moussache ou diverse f6cuies 6taient probablement m6lan-
g6s avec une gomme v6g6tale.
Le R. P. BRETON dans ses relations publi6es par I'abb6 Joseph RENNARD nOUS
parole d'une peinture caraibe : < Le rouge est du rocou, le noir est de la saye de
gomme ou de santal.... Pour faire tenir les teintures, rocou ou saye, ils se
servent de 1'rcorce second d'un certain arbre qu'ils d6trempent avec de l'eau
et est comme de la colle forte liquid >. Cf. p. 64 et 65.










PR1RHISTOIRE MARTINIQUAISE


minent (1). C'est une autre figure don't on ne sait si elle represente
une face humaine tant elle est stylisee : I'ceil est un cercle fendu hori-
zontalement, le nez un petit hemisphere, etc. Il y a aussi des figu-
rations de coiffures et de barbes. L'ensemble est rehauss6 de cercles
et de modelages h6misphiriques comportant un point en leur centre.

Dans ce genre, les artistes precolombiens ont donnI le plus libre
course A leur verve : t6te d'hommes, d'animaux, de monstres, se
succedent et finissent par se confondre grace A une fantaisie et une
adresse admirables.

On trouve aussi des anses surmonties d'un moulage polylob6 qui
s'el6ve comme une fleur d'argile.

Ces poteries, brisees pour la plupart, appartenaient A des vases de
petit format et de galbes trbs varies semble-t-il. Certains rappellent
les lampes romaines mais sont plus 6vases et de forme plate, d'autres
ont un fond au-dessous duquel leurs parois se prolongent ; certaines
ouvertures ressemblent a celles de nos crachoirs modernes. L'en-
semble de ces caracteres fait songer aux vases fundraires decouverts
en d'autres lieux d'Amerique.
*
Il existe aussi au Marigot des poteries moins fines et des tessons de
grand format (2).

Les armes et outils de pierre sont relativement peu nombreux. Ce
sont souvent des grattoirs, des points et des polissoirs de jaspe rouge
ou jaune tel qu'on le rencontre aujourd'hui h la Savane des P6trifi-
cations dans le sud de l'ile et A I'extr6mite de la presqu'ile de la
Caravelle.




(1) On retrouve des caracteres presque identiques dans des modelanes se
r6clamant de l'art Maya, bien que ses points de contact avec les Antilles soient
peu certain.
(2) Sur les fragments d'un grand vase de large bandes blanches forment des
lignes brisees a angle droit.
Certaines silhouettes et certain decors rappellent le neolithique de nos
muses d'Europe.










PREHISTOIRE MARTINIQUAISE 13

A la surface du sol et appartenant h un gisement different sont des
haches amygdaloides souvent fagonnees dans une pierre verditre (1).
A signaler une hachette finemen't dentelee sur son tranchant et ceinte
d'une rainure A sa base (elle a pu servir de casse-tete), egalement une
pierre i double pointe comme il en existe dans les collections solu-
teennes (2).



Les d6couvertes archoologiques accidentelles ne sont pas rares a la
Martinique. Bien souvent on n'y attache pas d'interet. Pres de Ducos
on aurait trouv6 entire autres choses, des pipes ornees de figures, mais
elles furent jetees on ne salt oh (3).

Sur le territoire de Sainte-Marie fut ramassee une figurine de terre
cuite don't il ne subsiste que la tote present6e de face. Son caractere
est tres ambricain : yeux brides, pommettes large, nez aquilin, mepr
ton en galoche ; le front est presque inapparent ainsi que chez les
peuples qui s'aplatissaient le sommet anterieur de la tote; un 6lar-
gissement a la hauteur des joues semble une coiffure de pharaon et
donne A I'ensemble une silhouette 6gyptienne ; enfin des stories hori-
zontales au-dessous du mention font songer a un enveloppement de
momie. Simples rapprochements (4).

Un buste anthropomorphe taille dans la pierre fut trouv6 dans la
m6me region. II measure environ 20 centimetres de haut et autant de
large; la face, avec son crane 6troit, son nez 6largi, sa grande bouche
ouverte et ses grandes oreilles, a un aspect gimiesque ; les mains
grossierement traces sont plaques sur la poitrine au-dessous de



(1) Que 1'on trouverait en abondance dans la region du Francois.
(2) On trouve encore divers instruments en particulier des ciseaux et des
haches amygdaloides presque aplaties sur ]'une de leurs faces.
(3) Dz3 < portraits > auraient Wt1 mis an jour lors du percement de la nou-
velle route des Deux-Choux.
(4) On peut voir un moulage de cette piece interessante au Mus6e du Troca-
d6ro (num6ro 33. 26. 2.).










14 PREHISTOIRE MARTINIQUAISE


laquelle apparait le sommet d'une voussure en plein cintre qui fut
brisbe (1).

Sur les hauteurs du Lorrain fut decouverte une pierre dure olivaire
de 17 centimetres de longueur et pesant 7 livres. Non loin, on a
ramass6 une sorte de crosse 6galement en pierre. Assez nombreuses
sont ces roches de forces regulieres qu'il est difficile de considerer
comme le produit du hasard et qui ne semblent pas 6tre des outils
mais seraient peut-6tre de signification symbolique.
A I'extremite nord de la mime commune existe un gisement de

caract6re affin6 don't un vase trouv6 entier resemble beaucoup aux
belles poteries de Porto-Rico.

Au sud du bourg du Francois, vers les hauteurs de Baldara, est une
fontaine bien connue des gens de la region ; I'eau d'une source y
coule sans tarir dans une cuve creus6e a meme le roc sans que ffit
employ, semble-t-il, aucun instrument de fer. La tradition la fait
remonter aux ages pr6colombiens.

II y a dans l'ile d'assez nombreuses pierres a cupules (2).

A la Trac6e, sur une terrasse prbs d'un ruisseau, 6tait un petit bane
taillN dans un bloc de pierre dure, le siege est de forme incurv6e,.les
quatre pieds n'ont que dix centimetres de hauteur.

Sur les hauteurs de Saint-Joseph, pres du lieu dit a Le Calvaire >,
nous avons trouv6, dans un ruisseau appele < Verribre >, des pierres
creus6es de gouttieres circulaires ou mieux d'un cercle en profonde
intaille faisant saillir un noyau central don't le diamntre moyen est
d'environ 10 centimetres. Ces pierres sont assez nombreuses sur un


(1) Offert par Monseigneur Bataille, cet objet figure an mus6e de Fort-de-
France.
(2) Le plus grand nombre semble I'ceuvre des hommes bien qu'on en trouve
de formation naturelle, par example A la Ravine-Vilaine.
M. le chanoine Tostivin a public sur ce sujet une 6tude original et int6res-
sante.










PRRHISTOIRE MARTINIQUAISE 15


segment determine du ruisseau, plus haut et plus has on n'en
rencontre pas (1).
11 existerait des vestiges de murailles precolombiennes au Gros-Ilet
et peut-etre dans la presqu'ile de Sainte-Anne, sans parler de ceux
qui furent decouverts en creusant le tunnel qui conduit de Saint-
Pierre au Carbet.
A signaler encore plusieurs grottes don't ]a scrupuleuse et m6tho-
dique inspection revelerait peut-etre quelques-uns des secrets
d'autrefois. Dans le fond Mascr6, sur le versant m6ridional, des
ouvertures basses et assez large apparaissent beantes mais obscures,
on ne peut s'y aventurer sans cordes et sans lumieres. La grotte du
Macouba, que certain vieillards disent avoir jadis abrit6 des sacri-
fices humans, fut A demi combl6e de mat6riaux voicaniques charries
par la riviere en 1902; son interet ne parait pas bien grand. Sur la
route du Saint-Esprit au Vauclin, au Morne-Wen, il existe une grotte
profon!e paraissant resulter de la formation d'une cheminde volca-
nique, elle comporte plusieurs sales que depuis longtemps dbjh
M. I'abb6 RENNARD a visitees. Peut-etre, sous les concretions pier-
reuses qui semblent recouvrir les parois, distinguerait-on quelque
chose. Au c Fond-Jean-Libre entire Riviere-Pilote et Sainte-Luce,
se trouve une belle grotte de plein air, elle aurait jadis servi de cha-
pelle aux missionnaires pour baptiser les enfants. Dans les ilets qui
s'6chelonnent sur la c6te orientale de l'ile, il y a encore des cavernes.
Comme tant d'autres en Amdrique, ces grottes peuvent livrer des os,
des vases, des idoles, des outils reels ou de sens mythique ayant servi
aux pratiques de sorcellerie indienne.
Nous terminons cette parties descriptive par un article qui a paru
dans la France d'Outre-Mer au mois de decembre 1855 et que M. I'ab-
be RENNARD a publiC dans La Paix du 5 septembre 1936. On y lira les
impressions de nos aines sur une d6couverte archeologique faite par
eux prbs de Saint-Pierre et tout A fait susceptible de les edifier sur la
Montagne Pelbe :

(1) On nous a r6cemment apport6 du Francois une pierre don't la forme est
vaguement celle d'un cylindre plein. Elle porte a l'une de ses extr6mites une
cupule et, a l'autre, une gouttiere circulaire. II est difficile d'imaginer qu'elle
ait pu avoir un but pratique.











16 PRIHISTOIRE MARTINIQUAISE


< Dans une piece de terre de l'habitation Perrinelle, situde au bord de
la mer, en fouillant un trou pour aller chercher la veine de terre rouge
destinde a etre melee a l'engrais, on vient de decouvrir une innombrable
quantity de debris de poteries, don't I'origine parait remonter A une
antiquity tres reculde.

Ces debris, de diff6rentes sortes, semblent affected, les uns, des formes
d'amphores, les autres, et c'est le plus grand nombre, celles de vases
plus ou moins plats, d'un diametre demesurmnent grand. On y remarque
encore des anses, des bees, etc, quelques coquilles fossiles s'y rencontrent.
Ce sont principalement celles appeldes comes de lambis. Mais elles sont
arrivees A un tel degree de decomposition, qu'en les touchant, elles
tombent en poussiere blanche.

Quelle antiquity peut-on assigner a ces restes d'une civilisation don't
la tradition ne nous a laiss6 aucun souvenir ?

Pour r6soudre cette question, il faut d'abord consid6rer les coupes du
terrain qui nous occupe.

Elles sont disposes ainsi :

Au-dessus de la terre rouge qui parait etre le sol primitif (du moins le
sol existant a 1'epoque de la premiere grande eruption qui forme la
Montagne Pelde) regne un lit de ponces d'environ trois pieds de hauteur,
produit par cette premiere eruption.

Le volcan parait s'etre repose alors plusieurs siecles, pendant lesquels
s'est formee une couche noire de terre vegetale qui est un veritable
terreau. S'il est vrai, comme l'affirme BUFFOND, qu'il faut un si6cle pour
clever d'un pouce la couche de terre vegetale, et si l'on admet que cette
regle puisse etre applique a nos climats, on pourra juger du temps qu'il
a fallu pour condenser cette couche qui a environ deux pieds et demi.

Au-dessus de ce terrain s'dtend la deuxieme couche de ponces. Elle 'a
etd produite, selon MOREAU DE JONNES, par la derniere eruption qui s'est
fait jour par le cratere le plus recent de la Montagne, appel6 l'Etang-Sec.

Vient, en dernier lieu, la terre vegetale qui forme le sol actuel.







I -,.- .- .










PRIZHISTOIRE MARTINIQUAISE


Les debris se trouvent dans la couche veg6tale intermddiaire et pro-
viennent d'un people qui a habit notre pays entire les deux grandes
epoques des ph6nomenes volcaniques qui l'ont bouleversd ; 6poques dis-
tantes l'une de I'autre, de vingt A trente si6cles, peut-4tre.


Quel est ce people ? Aucune tradition ne nous en rivele 1'existence.
Les Caraibes n'en ont point parld lors de la d6couverte de l'ile. Comment
l'auraient-ils fait si eux-memes ne se sont 6tablis ici que fort longtemps
apres le dernier cataclysme qui a detruit leurs priddcesseurs ?


A 1'inspection de ces fragments de poterie, un de nos compatriotes,
6claird et competent en cette matiere, car il exploit avec succ6s l'un de
nos premiers ktablissements en ce genre d'industrie, a reconnu que le
people qui les a confectionnes 6tait dedj parvenu h un certain degr6
d'avancement dans I'art cdramique. Les formes sont r6gulieres ; la com-
position renferme un melange de sable a l'interieur, et cependant la
cuisson parait avoir Wtd faite au soleil.

Il est a remarquer que ces debris ne se retrouvent plus dans la mnme
couche, en remontant A peu de distance vers l'interieur.


Le sejour de ces anciens insulaires parait avoir Wtd choisi de predfrence
sur les petits tertres qui s'616vent pres du bord de la mer. LA, A l'abri des
raz-de-maree, ils pouvaient se livrer plus facilement a la pkche, qui, dans
nos mers tranquilles, devait etre, a cette 6poque, d'une merveilleuse
abondance.

Avaient-ils un autre motif, la crainte des serpents, pour ne pas s'aven-
turer dans les forts vierges qui couvraient alors toute l'ile et qui devaient
-fourmiller de ces reptiles ?

Nous devons le penser ; car le docteur RUFZ (RUFZ DE LAVISON, maire
de Saint-Pierre et docteur distingue) qui a public une si interessante
monographie du trigonoc6phale n'a point assign 1'6poque de son inva-
sion dans le pays... II est probable que son origine est de la plus haute
antiquity.







LAd


_I I ___ __ __ ~


17 -











PREHISTOIRE MARTINIQUAISE


Ni I'archeologie, ni la gdologie de notre ile n'ont malheureusement
jamais 6t6 bien Ctudides. Nous avons entendu parler de haches en pierre
et de quelques autres instruments qu'on attribuait aux Caraibes et qui
ont Wtd trouv6s dans les fouilles, principalement au quarter de la Basse-
Pointe, sans qu'on ait pris soin de constater A quelle profondeur et sur-
tout dans quel gisement.


Tout r6cemment, en creusant le tunnel du Carbet (Le Trou, creus6 sur
l'initiative du cur6, 1'Abb6 Goux) on a trouv6 au bord de son ouverture
du c6t6 Sud, une maconnerie qu'aucun individu de la g6ndration presente
ne se souvient d'avoir vue et qui servait probablement a une sorte de
chauss6e pour faciliter le passage de ce c6td de la mer, avant que le
chemin supdrieur cut 6t d6tabli.


M. MOREAU DE JoNN~s parole d'un autel bfti au sommet de la Montagne
Pelee et don't il a trouv6 encore les debris lors de l'ascension qu'il y fit
en 1818.

II serait a desirer que les personnel qui ont des notions pareilles sur
I'histoire de notre sol, voulussent bien les rendre publiques et les consi-
gner dans les journaux qui seront po-::- I'avenir les annales du pays.


Ayant reproduit cet article, nous nous permettrons de faire cer-
taines reserves sur le nombre des eruptions de la Pelke qu'il suppose
et de remarquer que les poteries du Precheur, de Saint-Pierre et du
Marigot sont presque toutes cuites au feu.


D'autres decouvertes semblables furent faites A Saint-Pierre vers
la mime epoque. Au quarter de la Consolation, M. MARIE, trouva
dans le sol un gros tronc d'arbre carbonis6 don't on tira plusieurs
sacs de carbon. Plus tard, son fils, a la batterie d'EsNoTz, aurait
d6couvert sous la ponce, a 3 ou 4 metres de profondeur, un foyer
form de grosses roches autour desquelles gisaient des haches de
pierre, des os et un fond de vase en terre cuite orn6 de dessins. Son-
gea:- alors au tronc d'arbre brfil, on 6voqua Herculanum et Pomp6i.











PREIHISTOIRE MARTINIQUAISE 19


A I'occasion des travaux de dbblaiement et de 1'6tablissement de
nouvelles foundations, les ouvriers qui travaillerent A Saint-Pierre
vers 1922, rencontrerent, sous les assises de 1'ancienne ville du char-
bon de bois, des poteries et nime des ossements qui les intri-
gu6rent (1).


(1) On peut voir, au musde volcanologique de Saint-Pierre, quelques-unes de
ces pieces d'arch6ologie.






















Peut-on, des h present, proposer certaines hypotheses susceptibles
de decouvrir d'int6ressantes perspectives sur des horizons sans doute
trbs lointains.

Des archoologues nombreux ont ktudik les vestiges laiss6s par les
peuples pricolombiens et des travaux furent publi6s oi, grace A des
l66ments disparates et des debris soigneusement recueillis et ordon-
nes, furent acquises des certitudes et construites beaucoup d'hypo-
theses.

Pour la redaction des prbsentes notes, le manuel de BEUCHAT a Wte
principalement consult et les explications proposees au sujet des
migrations et influences indiennes s'inspirent des suggestions de cet
auteur.

Ce n'est pas un secret que des millionaires ont preced& nos trois
cents ans de colonisation et que durant ces millionaires, des peuples
tour A tour sont venus oi nous sommes, y ont v6cu selon des moeurs,
des coutumes, une mentality quasi-myst6rieuses, enfin sont parties,
chassis peut-6tre par de nouvelles invasions ou des eruptions volca-
niques laissant derriere eux, temoins de leur histoire, des debris
d'armes, d'outils, de poteries que le sol a peu a peu absorbs et qu'il
conserve caches.

Les Petites Antilles, en effet, offrirent aux migrations un passage
relativement facile, elles sont peu distantes les unes des autres et
elles ne furent sans doute jamais que m6diocrement peuplees ; A la
progression des cqnquerants, elles n'opposaient pas, ainsi que l'Am&-
rique central, des barrieres montagneuses d6fendues par des
peuples organisms.










22 PREIHISTOIRE MARTINIQUAISE


Si nos.iles furent des terres de passage, on congoit qu'elles puissent
porter des gisements tres divers. Et c'est le cas. Par example, il y a
une difference entire les deux sortes de poteries decrites plus haut et
extraites par M. Jean DE REYNAL A l'Anse-Belleville. On se convainc
des I'abord qu'il s'agit lh de deux civilisations distinctes. Cette multi-
plicit6 presente le danger d'une certain confusion si l'on ne prend
pas soin de distinguer les diverse couches qui peuvent se superposer.
Ainsi, au Marigot, des haches caraibes se trouvent h la surface du sol
et des poteries fines, fort probablement inconnues des Caraibes, sont
h quelque 40 centimitres en dessous.

C'est qu'avant I'invasion des Antilles par les Caraibes (Caribes ou
mieux peut-6tre Craibes) (1), celles-ci 6taient occupies par les Aara-
waks ou Tainos, conquirants eux-m6mes et apparemment destruc-
teurs d'une civilisation superieure h la leur. Ces deux peoples
seraient originaires du bassin de l'Amazone et leurs conqu6tes suc-
cessives auraient dtd la cause d'une decadence croissante. Sans doute
trouverait-on chez les Tainos, surtout dans le travail de la pierre, une
imitation assez habile, quoique non 6gal6e, des techniques de leurs
pred6cesseurs. Quant aux Caraibes, ils auraient achev6 le retour a la
barbarie en ramenant tout h leur niveau, mais s'ils n6gligerent d'imi-
ter l'industrie lithique de leurs devanciers, c'est qu'ils avaient la leur
propre, nettement diff6rencide etperfectionnee, surtout en ce qui
conceruait les armes de chasse et de guerre.

Quelle serait l'ancienne civilisation a laquelle s'attaqubrent tour a
tour Tainos et Caraibes ? Etant laissee de c6td la question de la pr&-
sence probl6matique des Indiens. Tekestas peu 6volubs, il reste l'in-
fluence giietare; celle-ci a dejh 6td signal6e dans les Petites Antilles
et jusqu'h Porto-Rico. Par les Giietares, les techniques s'apparentent
A celles de 1'Amirique central et particulierement a celles du group
ethnique des Chibchas..




(1) Ainsi que prononcent les Caraibes qui vivent aujourd'hui A la Dominique.


. 1









PRIHISTOIRE MARTINIQUAISE 23


A vrai dire, le probl6me est plus compliqu6 puisque l'on trouve
dans les Petites Antilles des formes d'art se rapprochant d'une part
de celles du Mexique et, de I'autre, de celles de l'Amerique du Sud. II
n'en reste pas moins que la source qui inspira surtout la premiere
civilisation de nos iles serait a chercher chez les anciens Americains
de San Salvador, du Nicaragua, de Costa-Rica, en particulier de la
presqu'ile de Nicoya, oh vivaient les Giietares.

II convient done de signaler a l'usage des chercheurs, quelles
etaient les coutumes et les techniques de ces gens-la et quels mat6-
riaux ils employaient. Or, chez eux, les sacrifices humans etaient
d'habitude, on executait sur des pierres plates assez grandes pour y
6tendre un homme (cf. pierres a cupules ?) (1); on fabriquait des
idoles de pierre (cf. buste anthropomorphe au mus6e de Fort-de-
France ?). Les Niquirans du Nicaragua s'applatissaient la tote par
une tradition d'origine obscure et certainement par coquetterie
comme aussi pour faciliter le port des fardeaux, mais parce que les
Arawaks et les Caraibes suivirent le meme usage, ce critere est h
ellminer. Les Niquirans se servaient de lances et de fliches a points
de silex, de cuivre ou d'arktes de poisson ; le maquahuitl, sorte de
massue ou boutou >, faisait encore parties de leur armement, ils y
inseraient, comme des 6perons, des fragments d'obsidienne ou peut-
6tre de jaspe a la Martinique. Inutile de parler de leurs houcliers de
bois et de leurs cuirasses de coton piqu6 don't il ne reste sans doute
aucun vestige. D'autre part, ils ne furent pas des constructeurs de
murs.

Les poteries des peuples de l'Amerique central 6taient souvent
fines, d6licates, de forms nombreuses et decor6es avec varid.t. Ce-
pendant elles portent des caracteres communs a tout le centre de la
civilisation americaine, c'est-a-dire la c6te du Pacifique, depuis le





(1) Les pierres a cupules, que l'on retrouve en Europe et en Asie, appar-
tiendraient A une civilisation beaucoup plus ancienne encore.









24 PREHISTOIRE MARTINIQUAISE


Mexique jusqu'au Chili. Ce sont des vases en formes de mocassins,
des plats supports par des totes d'oiseaux ou d'animaux stylisdes
(P6rou), des bols himispheriques (Amazonie), des 6cuelles tronco-
niques (Mexique), des idoles de terre cuite (Mexique et P6rou).

II n'est done pas sans danger d'attribuer a tel ou tel module decou-
vert aux Antilles une identity d6terminde. La question se complique
du fait que les Arawaks ont imit6 leurs preddcecseurs, sans doute
grossierement pour la poterie mais avec une certain perfection dans
la taille de la pierre. Toutefois les pierres presentant trois points
et ressemblant a un chapeau bicorne paraissent leur appartenir en
propre, de meme, sans doute, des pierres de colliers et ces molettes
particulieres aux petites Antilles et A Porto-Rico don't M. Jean DE REY-
NAL a trouv6 un certain nombre a 1'Anse-Belleville.

L'industrie des Caraibes est plus facile a discerner. Leurs poteries
sont grossieres et, surtout, leur technique de la pierre est caracteris6e
par la belle forme amygdaloide de leurs haches dures et I'abondance
de leurs points de fleches en silex, si bien que cette derniere note, a
elle seule, pourrait servir de critere. Au contraire, les grandes haches
ou herminettes plates et trap6zoidales, parfois arrondies au tran-
chant, seraient arawaks et giietares ; A la difference de celles des
Caraibes, elles prdsentent gendralement une gorge, un p6doncule ou
un trou pour les fixer au manche.




D'apres ce qui precede, on peut essayer de porter un jugement sur
les deux principaux gisements precolombiens actuellement exploi-
tables a la Martinique : celui de M. Jean DE REYNAL 1'Anse-Belleville
et celui que M. Francois DE REYNAL a decouvert sur les terres de
M. Leon BALLY au Marigot.

Comme on l'a vu, 1'Anse-Belleville a livrd des tmmoins divers
correspondent apparemment h des civilisations differentes qui se
seraient succeddes par ordre de decadence dans une 6paisseur de sol
assez mince.
















Modelages
et decoration lin6aire.

(Gisement du Marigot).

c. BLASEMoNTr phot.


En haut et A gauche, un
vase voquant la lampe ro-
maine. Plus bas, divers outils
et armes de pierre; a droite
sont deux aches caraibes.

(Gisement du Marigot).


c. BLAISEoNT phot.


Herminettes
entire lesquelles
est une hAche caraibe.

(Gisement du Marigot).


c. BLASLMONTr phot.



































Modelages et vases. (Gisement du Pricheur.) D, DOMERGUE phot.


Modelages et cylindres creux. (Gisement dit Prdcheur )


D' DOMERGUE phot.










PREHISTOIRE MARTINIQUAISE 25


Plus anciennes, les pieces les plus belles se r6clamant de la civili-
sation de 1'Amerique central, furent sans doute decouvertes un peu
plus profondement que les autres, il nous est impossible de l'affirmer.
Plus recentes seraient les grossieres poteries qu'identifierait une
hachette amygdaloide et done caraibe (1).

Mais l1 s'6leve une difficulty : ce gisement caraibe repose sous plus
d'un metre de ponces et de cendres au-dessus desquelles s'6tend le
sol que cultiverent les premiers colons francais, ce qui fait remonter
bien loin la presence des Caraibes dans l'ile contrairement a ce que
l'on pense communiment (2).

Est-il certain que les Caraibes 6taient de nouveaux venus au
xvIIe siecle ? Nous ne connaissons aucun texte l'affirmAnt nettement.
On se base pour avancer cette hypothese sur des faits qui ont leur
valeur mais ne paraissent pas probants.

On s'appuie surtout sur ce que le language des hommes 6tait diff&-
rent de celui des femmes, de sorte que celles-ci auraient &tA les
.pouses des Arawaks recemment massacres. Sans doute a-t-on\eecon-
nu que les doublets feminins 6taient pour la plupart des mots ara-
waks, mais cette constatation pourrait s'expliquer par une parents
ethnique fort possible et insinuee d'ailleurs par une 16gende que nous
avons r6cemment recueillie chez les Caraibes de la Dominique.

D'autre part, le P. BRETON nous dit an sujet du language des Ca-
raibes : c Les hommes ont le leur et les femmes un autre, et encore
un autre pour les harangues et traits de consequence, que les jeunes




(1) S'il existe des vestiges arawaks, molettes, lessons, etc, au Precheur
come au Marigot leur place serait entire les deux principaux gisements don't
Sil est question, mais il est difficile de discerner la couche qui les content.
On remarque qu'A certain endroits, au Marigot, le soc de la charrue a tout
melang6.
(2) I n'est possible de rien d6duire de pr6cis en calculant l'epaisseur de la
terre arable, qui depend beaucoup, en ces lieux, de l'intensit6 de rI'rosion sur
les hauteurs et de 'accumulation des boues et des roches entrainees.









26 PRIHISTOIRE MARTINIQUAISE


gens m mes n'entendent pas bien > et encore : < Kara'bumque lingua
iterum duplex, alia vulgaris, alia politior, qua in rebus series utuntur,
juvenibus ignota. Vulgaris vero alia virorum alia mulierum ; ridicu-
lumque inter eos cum mulieribus mascula lingua loqui et vice-versa.>
Ce dernier texte surtout est interessant, il 6tablit qu'il existait une
langue special aux guerriers ind6pendamment de tout melange
ethnique et, secondement, que les homes s'adressaient aux femmes
dans un language particulier qu'ils connaissaient aussi bien qu'elles-
memes, et cela par suite d'une convention plutot que d'une n6cessit6 :
Sridiculumque inter eos >. On trouve d'autres examples analogues
ailleurs en Amnrique (1).

II ne semble done pas impossible que la croyance a la r6cente con-
quote des Petites Antilles par les Caraibes, lors de la colonisation
europeenne, ne soit pas fondue et que ceux-lh aient Wtd les temoins de
cette ancienne eruption dissimulee sous le sol arable exploit par les
premiers colons autour de la Pelde. D'apres une tradition, les Ca-
raibes avaient connaissance du danger present par le volcano qu'ils
auraient appele < la Montagne de feu > et lors de la conquete fran-
raise leur dernier carbet sur la c6te occidentale dans la direction du
nord, 6tait 6tabli h I'emplacement du bourg actuel du Carbet, c'est-A-
lirea l'abri de la Pelee. Etait-ce pour avoir conserve le souvenir de
la' citastrbphe qui surprit l'Ntablissement human de 1'Anse-Belle-
ville ? A cet endroit, en effet, apres que la terre arable du gisement
fut soigneusement d6barrass6e des ponces qui la couvraient. nous
apparurent un jour des petites mottes d'environ 25 centimktres de
diambtre et 10 de hauteur, toutes parfaitement r6gulieres et dispo-
sees en lignes, chacune en regard des intervalles des lignes voisines.
A une profondeur d'un metre au-dessous, rien ne fut d6couvert. Etait-
ce 1l les vestiges d'un jardin ? Ces derniers ont encore aujourd'hui





(1) A noter aussi que les Caraibes entretenaient des femmes enlev6es a leurs
.ennemis du nord de l'archipel et qui parlaient arawak. Cf. Tricentenaire des
Antilles par l'abb6 Rennard, p. 7 et Passim.










PREIHISTOIRE MARTINIQUAISE 27


un aspect analogue. Quoi qu'il en soit, conserve intact sous I'6paisse
couche de ponce, ce travail devait dtre recent lors de 1'6ruption qui
l'ensevelit (1).

En m6me temps que les invasions, les eruptions paraissent d6cid-
ment avoir jou6 un r6le dans la prehistoire martiniquaise car, au
Marigot, nous trouvons de nouveau un rapport entire le gisement et
la ponce h laquelle des poteries abondantes sont melees A environ
40 centimetres de profondeur. Comme au Precheur plusieurs ont
gard6 fraiche leur peinture sans doute grAce a un brusque enseve-
lissement.

LA encore, deux couches attestant deux civilisations se superposent.
Elles sont analogues A celles du Precheur et disposees dans le meme
ordre, et sur ce fait il n'y a pas de doute ici. Ainsi trouve-t-on, presque
A la surface du sol, des haches caraibes et, immediatement sous la
terre arable, des tessons tres orn6s analogues A ceux du Precheur
attributes tout h l'heure a la civilisation de l'Amerique central. La
finesse et la beauty de leur decor sont tellement frappantes que l'on
songe en les voyant A celles qui furent decouvertcs a Porto-Rico et
que I'on apparent d'ordinaire A la civilisation chibcha ou plus pre-
cisement guEtare. Etant donnee leur quality et surtout leurs par-
faits modelages en grotesques, il ne semble pas possible de les attri-
buer aux Arawaks et encore moins aux Caraibes. Si g6enralement,
ces poteries sont peintes en rouge, certain fragments sont d'un beau
noir, or < ils faisaient des pots... tous de belle forme, noirs comme du
velours, tres polls, ayant le lustre du jais 6crit OVIEDO au sujet des
Giietares. Autre curiosity : nombreuses sont les terres cuites compo-
sees dans leur 6paisseur d'une tranche noire entire deux autres de
couleur claire et nous lisons dans BEUCHAT, au sujet de la ceramique





(1) Celle-ci dut commencer par une mission de materiaux lagers comme en
temoigne, sur les hauteurs du Precheur, une couche de 10 centimetres de
cendres couvrant immediatement 1'ancien sol.


_P__________ _~









28 PREHISTOIRE MARTINIQUAISE


des Chibchas du plateau de Bogota qu'elle c 6tait de bonne fabrica-
tion, former gendralement de trois couches superpos6es : la couche
mediane est de couleur noire, les couches internes et externes sont en
terre plus fine et de couleur plus claire >. Quant aux nombreux eclats
de jaspe qui sont meles A ce gisement, peut-4tre ont-ils servi A h6ris-
ser des massues comme il 6tait d'usage chez ces peuples.

M. Francois DE REYNAL a remarqu6 une particuliere abondance de
ddbris sur la circonference de l6geres depressions formant-cuvettes
au sommet de petites 6minences. Signalons simplement, a titre de
suggestion, que chez certaines tribus de l'Amerique central on bri-
sait sur les lieux de sepulture des idoles ou des objets ayant appar-
tenu au mort et que dans les cimetieres ou huacals du Chiriqui, don't
les coutumes rappellent quelquefois celles des chibchas, on a trouv6
un nombre considerable de vases funeraires en terre cuite soigneuse-
ment models et points ; les restes humans avaient disparus, Ajou-
tons enfin que chez les Indiens de la meme region, lorsqu'un cassique
mourait on lui faisait une s6pulture grande come une petite colline.
A l'interieur de ce monticule, on construisait une chambre vout6e
susceptible de s'effondrer et de former une depression du sol.
















CONCLUSION.


Sans aucune pr6tention nous sommes rest dans le domain de
I'hypoth6se et n'affirmons rien. On ne saurait en faire grief. II fau-
drait, pour avoir plus de lumi6re, exploiter davantage les gisements
qui paraissent d'ailleurs assez nombreux A la Martinique. Jusqu'ici
cependant on n'y a guere prWte attention. Peut-6tre la curiosity sera-
t-elle 6veillee par une salle consacree a l'archeologie antillaise et que
l'on peut visitor au mus6e de Fort-de-France recemment install par
les soins de M. Theodore BAUDE. II faudrait, d'autre part, que l'on ne
considere pas la pr6histoire comme seul objet de recreation, ce qui
n6anmoins la justifierait parfois. Elle peut presenter un intfrct pra-
tique et apporter des connaissances utilisables. Ainsi l'6tude du P6rou
pricolombien a rivel6 une organisation social remarquable, sorte
de collectivisme d'oi la proprite6 individuelle n'est pas exclue, et il
existe une curieuse analogie entire l'antique administration des Inkas
et notre politique colonial au Maroc. A un autre point de vue, voici
un texte qui aurait pu jadis instruire les planteurs du sud de la Mar-
tinique don't les mornes, autrefois verdoyants, sont aujourd'hui
depouill6s de leur terre feconde A la suite de cultures qui ont livr6
celle-ci au ruissellement : 4 Le long des pentes des montagnes, ils font
niveler la terre au moyen de remblais soutenus par des murs de
pierre non cimentbs de 2 i 3 m6tres de hauteur et de 1 metre d'6pais-
seur, l6gerement inclines en arriere de maniere a mieux resister a la
pression des terres rapporties. Ils 6difient ainsi une s6rie de terrasses
en gradins... Non seulement ces terrasses augmentent la surface
cultivable, mais encore elles 6vitent les effects d6vastateurs des pluies.
t C'est encore aujourd'hui un sujet d'6tonnement pour le voyageur
que de voir comment la moindre parcelle de terre 6tait utilisee et
aussi quels travaux gigantesques ont 6te accomplish pour amener l'eau
dans les champs minuscules *. (Cf. & Les commuhautes agraires du
Perou prdcolombien 3 par L. BAUDIN.)





YI! .- .










30 PREHISTOIRE MARTINIQUAISE


Si, 6tant donn6 l'interkt de ces etudes, tous les concours utiles
etaient assures, on pourrait espirer ajouter une phrase nouvelle A la
prehistoire martiniquaise. Le livre A fouiller est le sol qui nous porte
et les lettres sont mille debris qu'il faut assembler pour former des
mots. Mais ce jeu a ses regles et que l'on se persuade qu'il y a une
m6thode pour exploiter utilement un gisement et, hilas, qu'il y en a
plusieurs autres qui conduisent infailliblement a tout gaspiller et A
tout rendre sterile.





A'



















BIBLIOGRAPHIE.





BAUDIN (Louis). Les communautes agraires du P6rou precolombien.
Paris. Marcel Riviere.

BEUCHAT (H.).-- Manuel d'arch6ologie am6ricaine. Paris. -
A. Picard, 1912.

BRETON (R. P.).- Relations publides par l'abbd J. Rennard.-- Les
Caraibes. La Guadeloupe. 1635-1656.- Paris. -
G. Ficker, 1929.

Journal (La Paix Fort-de-France (5 septembre 1936).

RENNARD (abbe).- Tricentenaire des Antilles. Documents.- Thonon
les-Bains, 1935.






Date Due


ned


Du mme aute ur:





Essai sur installation humaine dans les mornes de la Martinique,
Imprimerie du Gouvernement, Fort-de-France, 1935.

Les defricheurs et les petits colons de la Martinique au XVIIe siecle,
Buffault, imprimeur, Paris, 1935.

Le Pr&cheur. Histoire d'un ktablissement human sur les pentes de
la Pele, Buffault, imprimeur, Paris, 1936.




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