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HIDE
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 Introduction
 Organisation familiale et conditions...
 Hygiene
 Education rurale
 Conditions economiques
 Conclusion
 Bibliography














Group Title: Haiti. Service national de la production agricole et de l'enseignement rural. Bulletin ;, no. 13
Title: Conditions rurales en Haiti
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 Material Information
Title: Conditions rurales en Haiti quelques données basées en partie sur l'étude de 884 familles
Series Title: Haiti (Republic) Service national de la production agricole et de l'enseignement rural. Bulletin
Physical Description: 2 p. l., 59, 1 p. : incl tables. ; 24 cm.
Language: French
Creator: Dartigue, Maurice, 1903-
Publisher: Imprimerie de l'Etat
Place of Publication: Port-au-Prince
Publication Date: 1938
 Subjects
Subject: Agriculture -- Haiti   ( lcsh )
Country life -- Haiti   ( lcsh )
Social conditions -- Haiti   ( lcsh )
Genre: non-fiction   ( marcgt )
 Notes
Bibliography: "Bibliographie": p. 58-59.
Statement of Responsibility: par Maurice Dartigue, M.A.
Funding: Bulletin (Haiti.
 Record Information
Bibliographic ID: UF00078305
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: aleph - 000661429
oclc - 22852692
notis - ADK1673

Table of Contents
    Cover
        Cover 1
        Cover 2
    Title Page
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    Introduction
        Introduction 1
        Introduction 2
    Organisation familiale et conditions de vie
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    Hygiene
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    Education rurale
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    Conditions economiques
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    Conclusion
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    Bibliography
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Full Text



REPUBLIQUE D'HAITI


SERVICE NATIONAL DE LA PRODUCTION AGRICOLE
ET DE
L'ENSEIGNEMENT RURAL


Bulletin No. 13


Conditions Rurales

en Haiti

Quelques donnees basses en parties
sur 1'6tude de 884 families
PAR
MAURICE DARTIGUE, M.A.


x


IMPRIMERIE DE L'ETAT
PORT-AU-PRINCE, HAITI
1938


'Y Ao' Tl


I















UNIVERSITY
OF FLORIDA
LIBRARIES


THIS VOLUME HAS BEEN
MICROFItMED
BY THE UNIVERSITY OF
FLORIDA LIBRARIES.


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I -







REPUBLIQUE D'HAITI


SERVICE NATIONAL DE LA PRODUCTION AGRICOLE
ET DE
L'ENSEIGNEMENT RURAL


Bulletin No. 13



Conditions Rurales

en Haiti

Quelques donnees bases en parties
sur I'6tude de 884 families
PAR

MAURICE DARTIGUE, M. A.


IMPRIMERIE DE L'ETAT
PORT-AU-PRINCE, HAITI
1938








6 5o0 734


rC 13

LATIN
AMERCA















INTRODUCTION



Ce travail constitute une modest contribution d I'etude si com-
plexe des conditions haitiennes. Les travaux de ce genre sont rendus
trbs difficiles par I'absence presque complete de donnees statistiques
elementaires, par l'ignorance des personnel ou des groups qu'on dtu-
die, leur esprit de suspicion naturelle et le manque de preparation des
enqueteurs.
Le lecteur averti doit considered cette dtude pour ce qu'elle est. c'est-
d-dire une <> en pays inconnu. Car. sociologiquement
parlant, Haiti est, pour nous autres haitiens, un pays inconnu. Ce
caractere de reconnaissance> explique pourquoi les investigations
n'ont pas 6dt organisees de facon i couvrir tous les aspects d'une re-
gion donnee, mais ont ete faites plut6t sur des points different de la
Republique. Il explique igalement le fait que certain points n'ont pas
et6 studies d'une facon approfondie. La plupart de ces points de-
vraient &tre I'objet d'une itude spiciale.
Il est necessaire de bien faire ressortir que les resultats consi;cnes
dans ce travail ne sont vrais que pour certaines regions et pour un cer-
tain nombre d'individus dans chaque region et que. par consequent.
on ne doit pas se livrer c trop de gnedralisations. Toutefois, nous pou-
vons considered que ces personnel ou groups, reprdsentant un nom-
bre assez considerable d'individus plus ou moins pris au hasard a tra-
vers toute la Republique, constituent des echantillons assez represen-
tatifs du milieu rural.
Nous avons choisi. pour mener 1'e te. un certain nombre d'ins-
tituteurs serieux. sur la responsabilit a vuracite desquels nous pou-
vions nous fier. Des instructions uniforms leur ont ete donnees sur
la facon de proceder et ils ont ete mis en garde centre les equations per-
sonnelles. Dans beaucoup de cas. nous avons contrdle certaines don-
nees fournies par les instituteurs, soit par des enquetes sur place. soit
en les confrontant avec des etudes ou des statistiques dejdi existantes.









Les feuilles d'investigation de quelques enqueteurs qui ne nous ont pas
semble avoir procdd avec la precision voulue ont ete mises absolument
de c6te.
L'enquete a 6te menie sur 25 points different de la Republique et
couvre 884 families. Ces points sont: Dejoie, Kenscoff, Pont-L'Es-
tire, Payen, Orangers, Bas-d'Acul-du-Nord, Port-Margot, Bonneau,
Marigot, Descloches, Fond-des-Negres, Fauch6, Jonc. Mersan. Mar-
cabie, Cap-Rouge, Parrois, Los Palis, Guerin, Deluge, Trouin. Beu-
det, Cayes-Jacmel, Dessalines, Bayonnais.
Des renseignements d'ordre general ont ete puises dans des bulletins
et rapports officials ou nous ont ete fournis par des bureaux ou socie-
tes commercials, des agronomes, des agents agricoles, des inspecteurs-
instructeurs, qui se sont meme donni la peine, dans certain cas, de
faire des recherches pour nous.
Nous exprimons notre reconnaissance au Directeur General de l'Ad-
ministration des Contributions, M. Charles de Deloa, et a M. T.
Etienne, Chef du Service des Domaines, qui nous ont fourni des ren-
seignements pricieux sur la question de l'affermage des terres de l'Etat,
i M. Georges Heraux, Agronome du district de Port-de-Paix (1). qui
nous a aid ac recueillir des renseignements sur le credit dans les cam-
pagnes, aux Drs. Rulx Leon et Thibaud, qui ont bien voulu corn
piler expressement pour nous certain renseignements utiles, au Dr.
Georges Simpson, pour ses heureuses suggestions et la permission de
faire usage de quelques-uns des renseignements inedits qu'il a recueil-
lis en Haiti, c Messieurs Boigris et Pierre Montas, qui nous ont aide
dans la compilation d'une parties des donnies recueillies et. d'une fa-
Con particuliere, aux instituteurs qui ont contrihbu_ a rendre cette etude
possible. A tous nous presentons nos sinceres remerciements et nos
vioes appreciations.


(1) Actuellement Agronome en Chef.

*















ORGANISATION FAMILIALE ET
CONDITIONS DE VIE


La famille en Haiti se forme par le marriage sanctionne par 1lEglise
et l'Etat et le <. Bien que le mot en Haiti ait gene-
ralement une acception tres large et englobe non seulement tous les
ascendants et descendants directs. mais encore les collateraux, nous
avons demand aux investigateurs de se limiter, autant que possible,
a l'unite familiale represented par le pere, la mere et les enfants.
Une des caracteristiques, d'ailleurs connue de tous, de la famille
paysanne en Haiti est 1'union libre ou le plagage. Sur les 884 families
itudikes, un peu plus de 25% pretendaient vivre dans les liens du ma-
riage. Le fait qu'un certain nombre des families consideries habitent
des bourgs et que, d'autre part, le prestige attache au marriage porte
certain paysans a se dire marines alors qu'ils sont simplement places,
explique ce haut pourcentage qu'on ne rencontre pas ordinairement
a la campagne.(1) Toutefois, ce pourcentage mEme tres elev6 d'un
peu plus de 25% d'unions legitimes se compare d6favorablement a
23% d'unions libres pour tout Cuba en 1889, 19% en 1907 et 16%
seulement en 1931.(2) Le Dr. Simpson estime le pourcentage des
unions legitimes a 17% dans la region de Plaisance.
Bien que le marriage sanctionne par l'Eglise et 1'Etat ait un grand
prestige aux yeux des paysans, comme l'indique la declaration de
quelques-uns d'entre eux qui auraient voulu avoir assez de moyens
pour se marier <, le plagage n'est pas
moins une union stable oui se rencontrent les caract&istiques et les
functions de la famille.


(1) D'apris les statistiques recueillies par le Dr. Simpson et bases sur les bap-
times a Plaisance pour les annees 1926. 1931 et 1936. environ les trois quarts des
enfants baptisms 6taient >. environ 8% 6taient et le reste
gligitimes>>.
(2) Problkms of the New Cuba -Report of the Commission on Cuban Af-
fairs, Page 68


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Une des raisons qui rendent les marriages moins nombreux dans les
campagnes est sans nul doute d'ordre economique. Le marriage im-
plique l'achat des < ou bagues de marriage, de costume et robe
spiciaux, les frais de reception apres la ceremonie a l'Eglise, le tarif
de l'Eglise et de l'Etat Civil qui, ensemble, peuvent varier, selon les
communes, de 40 a 75 gourdes pour les marriages de premiere classes
et de 25 a 60 gourdes pour les marriages de deuxieme classes.
C'est ce c6ti economique de la question du marriage que les paysans
plus haut mentionnes ont fait ressortir lorsqu'ils ont declare qu'ils
auraient voulu avoir <~assez de moyens> pour se marier.
Une autre caracteristique de l'organisation familiale a la champagne
est qu'un certain nombre de paysans entretiennent plusieurs femmes
a la fois. Le point n'a pas fait l'objet de notre investigation. Toute-
fois, certain instituteurs ont signaled, a titre d'observation, que tel ou
tel paysan avait plusieurs femmes et que tels d'entre eux avouaient
etre en faveur de la polygamie. Ainsi un institutcur signal, a propos
d'une des families etudiees: < mes diffirentes. Actuellement, le pere cohabite avec deux d'entre elles.
Elles ne montrent exterieurement aucune jalousie. Elles habitent la
meme <>, mais dans deux maisons differentes.> Par contre,
des instituteurs ont eu a signaler des cas oit, dans une famille, le maria
actuel n'6tait pas le pere des enfants. Ainsi un instituteur declare:
< fUrents>.
La plurality des concubines dans les campagnes semble avoir avant
tout un caractere economique. L'opinion generalement admise est que
le fait que les proprietes ne sont generalement pas d'un seul tenant,
mais dispersees a des endroits differents, porte les hommes a avoir une
femme sur chaque terrain pour le surveiller, le travailler ou le faire
valoir. Cet aspect de la question n'a pas 6t6 consid&r6 dans notre in-
vestigation, c'est pourquoi il ne nous cst pas possible d'apporter aucun
fait precis ni aucun chiffre a l'appui de cette opinion.
Une autre raison qui, selont Dr. Rulx Lion, retient l'homme
de se lier d&finitivement par le marriage est qu'il n'ose pas choisir par-
mi ses concubines celle qui devra etre beneficiaire de 4l'alliance> et sera
place de ce fait au dessus des autres.
Pres de la moitie des families etudices avaient de 3 a 6 enfants vi-
vants. Ce chiffre peut paraitre relativement bas, eu 6gard aux notions


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courantes sur la prolificite de l'haitien, mais si l'on tient compete du
taux 6leve de mortality, particulierement chez les enfants, on com-
prendra qu'il nait beaucoup plus d'enfants par famille. 11 n'y avait
que 11 families sans enfants et 30 avaient plus de 10 enfants.

LOGEMENT ET MOBILIER.
Sur les 884 families etudices, 718 vivaient dans des maisons de
chaume. Quelques-unes de ces maisons itaient plut6t des <.
Pres d'un cinquieme 6tait consider par rapport aux autres en mau-
vais etat. D'une fagon generale, les maisons rurales se composent de
deux pieces. Un nombre relativement restreint ont trois pieces. D'au-
tres n'ont qu'une seule piece, alors il arrive souvent que la famille loge
dans deux cahutes d'une piece placCes l'une pres de l'autre.
L'Ingenieur Louis Dicatrel du S. N. P. A. E. R. fait la description
suivante de 1'habitation rurale dans la Vallee de 1'Estere:
< les hameaux se succedent a peu de distance. Dans ces hameaux, la de-
meure du paysan a garden sa rusticity traditionnelle. Generalement,
c'est un rectangle de 3 a 4 metres de long et de 3 au plus de large. Les
sont forms de poteaux verticaux entrelacks avec des gaules
posees horizontalement. Ce clayonnage recoit sur chaque face un en-
duit de quelques centimetres d'6paisseur form d'argile p6trie avec de
la paille de riz. Ces constructions sont generalement basses (2m,50
au plus sans plafond). Le sol est en terre battue, le toit a double
pente et constitute generalement d'herbes, de paille de riz, de tiges de
mais ou de petit-mil. La demeure du paysan est ordinairement sans
foundations et dans les pieces d'habitation la lumiere et 'air, ces puis-
sants facteurs d'assainissement, ne peuvent pas pn&trer facilement:
les ouvertures sont constamment fermies>. (1)
Pres de la moiti6 des families etudides connaissent plus ou moins
l'usage du lit. Toutefois, il est 2 remarquer que, le plus souvent, cet
usage ne s'6tend pas a tous les membres de la famille, puisqu'il n'y
avait qu'un lit par famille. D'autre part, dans la plupart des cas, c'est
par pure commodity de language quOe terme < est employ, puis-
que ce meuble est compose de caisses placees l'une pres de 1'autre ou de
courts pieux fiches en terre et reunis par des tringles.

1) Decatrel. Louis. Rapport au Directeur de l'Enseignement Rural-En-
qukte sur la Vallie de l'Estere.


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Environ 25% seulement des families avaient des meubles autres
que le lit, des chaises et une table. Ce qui signifie que 75% des fa-
milies n'avaient qu'une table et quelques chaises, tandis que pres de
50% avaient en plus un lit. Le mobilier de 75% de ces families re-
presentait done une valeur cash de 2 a 15 dollars. Certains paysans
n'ont meme pas une table, ni des ustensiles de cuisine, a l'exception
d'une cuiller en bois, d'un couteau, de marmites et de calebasses. J'ai
vu une famille pris de Jonc (Plaine du Cul-de-Sac) don't les membres
prenaient leur repas accroupis, en se servant de leurs doigts pour pui-
ser leurs aliments de leur calebasse.

ALIMENTATION.

La question de l'alimentation est d'une importance considerable
dans la vie d'un people. I1 est gineralement convenu que, du point de
vue alimentaire, le paysan souffre a la fois de sous-nutrition et de mal-
nutrition.
Le Dr. Jules Thibaud, dans son etude: Dentaire Scolaire dans les Antilles, l'Amerique Centrale et Haiti>.
remarque que l'alimentation de l'ecolier de la classes paysanne et ou-
vriere est d6fectueuse parce que presque entierement composee de subs-
tances amidonnies. Le regime alimentaire repose presque complkte-
ment sur les hydrocarbones.
Le Dr. Thebaud donne comme suit le menu courant du paysan
haitien: 1) petit dejeuner: mais boucan6; 2) dejeuner: haricots, pa-
tates, bananes: 3) souper: cassave ou biscuits, ma'is moulu. Parfois,
comme dejeuner extra: pois et riz, patates, bananes, more, avocat.
nu standard, ils consomment quelques fruits, tels que le mango, la
figue-banane, la canne a sucre. D'une faqon ginerale, ils ne tirent pas
parti des products de la ferme ou du verger qui auraient pu leur ap-
porter une assez grande varift6 de vitamins. La carotte, la betterave.
la laitue, les petits pois, les plus beaux fruits du verger, le lait, les
oeufs, etc., sont reserves pour ftre vendus dans les villes... A part ce
regime hydrocarbon, ils consawment beaucoup le sirop de melasse
et ses composes, ce qui n'est pas une amelioration. Ils ne consomment
que rarement la viande et plut6t dessichee.
pagnes tirent-ils toutes les vitamins necessaires? Ils reqoivent une


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certain quantity de vitamin D des radiations intense du soleil tro-
pical et peut-etre une tris faible dose dans les aliments ordinaires.
Pour la vitamin A, elle est en d.ficience marquee, au point qu'il s'a-
git parfois d'une forme d'avitaminose cachee. La malnutrition est
done notoire dans cette classes d'coliers>. (1)
Parlant des nourrissons de la masse rurale ou de la population ou-
vriere des villes, le Dr. Rulx Lion dit: < reste au sein un an ou davantage, mais le nombre des t6tles ne d6passe
pas deux ou trois par jour, la mere etant force, pour gagner sa vie,
de passer toute sa journie dehors. Le petit rtre dans l'entretemps est
nourri de panade (o1 entire beaucoup d'eau, peu de pain et tres peu de
beurre) ou de bouillie, a base de mais. Pour ainsi dire jamais le lait
de vache. L'elevage en Haiti se fait sur une faible &chelle. Les vaches,
abandonnies a elles-memes, donnent d'habitude une quantity minime
de lait, qu'on s'empresse de vendre en ville et don't le petit paysan ne
consomme pas une goutte. Dans un regime pareil, la carence en subs-
tance minerale ne fait pas de doute. Celle des vitamins est plus dis-
cutable. En effet, au course des deux premieres annies de son existence
-et mime d&s les premiers mois-l'enfant mange certain fruits,
comme la mangue. susceptibles de lui apporter de la vitamin A. D'au-
tre part, I'atmosphere lumineuse de notre climate et l'habitude des en-
fants de tous ages de vivre a peine vftus, au soleil, leur permettent
peut-etre l'dlaboration d'une certain quantity de vitamin D. La bouf-
fissure de la face, le ballonnement du venture et la maigreur de l'enfant
ainsi nourri font croire, au contraire. a la possibility d'une avitaminose
B fruste>. (2)
En ce qui a trait a l'alimentation de la grande majority des haitiens,
comprenant les paysans et la classes ouvriire des villes, le Dr. Leon
pense, a just titre, qu'ils n'absorbent pas la quantity de protilnes n6-
cessaire. I1 en est de mime pour les graisses. Selon des renseignements
obtenus du Bureau des Contributions, il a it6 fabrique, pour I'annee
1935-36, 1.684.968 litres 75 d'huile de coton comestible. En sup-
posant que la population d'Haiti soit de 3.000.000 d'habitants. cela


(1) Thebaud, Dr. Jules. Problemes de l'Hygiine Dentaire Scolaire dans les An-
tilles, l'Amerique Centrale et Haiti --- Etude presentee au Congris de Vienne en
1936.
(2) Lion, Dr. Rulx. L'alimentation en Haiti--Bulletin du Service d'Hy-
giine et d'Assistance Publique, Septembre 1937, No. 14.


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representerait un peu plus d'un demi-litre par habitant par an, si
cette huile 6tait 6galement rdpartie entire tous les habitants. La man-
teque de cochon semble peu employee par le paysan. C'est pourquoi
le Dr. Leon a pu remarquer: sont empruntees exclusivement au regime v6g&tal. (1) Heureusement,
I'avocat, qui est employee abondamment dans l'alimentation, fournit
pendant une bonne parties de l'annee une portion des graisses neces-
saires.
Le Dr. George Simpson, sociologue am6ricain, qui a vecu pendant
pres de six mois dans les environs de Plaisance, dit que les paysans
qu'il connait prennent un a deux repas par jour. Ils mangent rare-
ment de la viande, restant souvent deux ou trois mois sans consom-
mer aucune sorte de chair, A 1'exception du poisson. Quelques-uns
depensent de 2 a 4 centimes or par semaine pour du poisson frais et
sale. (2)
Suivant les resultats de notre investigation, pris de 45% des 884
families ne mangent que deux fois par jour et pres de 15% une fois
seulement. Parmi ceux qui mangent trois fois par jour, il y en a un
certain nombre qui competent un morceau de cassave ou une banane
bouillie pris a midi come un repas.
Dans 90 cas, le repas du matin consiste seulement en un peu de
cafe. Dans un plus grand nombre de cas, il y a en plus du cafe, de
l'acassan, parfois du lait et des biscuits. Pres de la moiti6 prennent du
ma'is, de la patate, de la banane bouillie ou boucanee, de la cassave.
Quelques-uns ne prennent que des fruits.
Le repas du soir est ordinairement le plus copieux. I1 consiste le
plus souvent en riz ou main's ou petit-mil et pois (parfois legumes) ou
en bouillon.
II en resulte que le mais, les pois, le manioc, la banane, la patate,
le riz, constituent les denrees les plus consommees. Ces donnees sont
d'accord avec celles presentees par les Drs. Leon et Thibaud.
Pres de 40% des families 6tudiees mentionnent la viande dans leur
alimentation au course de l'un des deux ou trois repas. Mais il n'a
pas 6t6 determine combien de fois par semaine. Un certain nombre
disent qu'ils mangent de la viande, mais en ajoutant que c'est rare-
ment.

(1) LUon. Dr. Rulx. L'alimentation en Haiti-Bulletin du Service d'Hygiene et
d'Assistance Publique, Septembre 1937, No. 14.
(2) Communication A la Socifte d'Etudes Scientifiques de Port-au-Prince. Cour-
toisie du Dr. Simpson.
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Il semblerait, suivant les resultats de l'enqufte, et contrairement
aux opinions ou aux donnees courantes, que l'usage du poisson frais
ou sale et du hareng vint en second rang quant au nombre des con-
sommateurs, mais au premier quant a la frequence.
II n'a pas et6 cherchi a determiner dans cette enqudte la quantity de
viande ou de poisson et hareng consommee par famille. Selon le rap-
port de l'Agent Fiscal, pour l'annie 1935-36, il a 6te imported en Hai-
ti, 3.495.595 kilos de poison estimes a G. 1.509.414. Quelle pro-
portion cette quantity represente-t-elle dans la consommation total
de poisson en Haiti? Nous n'avons pas de donnees precises a ce sujet.
II a ete 6galement import pendant la mime periode 313.873 kilos
de viande estimbs a G. 422.713. A ces 422.713 gourdes, il faut ajou-
ter 85.801 gourdes representant la valeur des animaux vivants im-
portes. Ces animaux sont surtout des bceufs venant pour la plupart de
la Republique Dominicaine.
Les Drs. Lion et Thebaud ont signaled dans leurs etudes respective
le non-usage ou le peu d'usage d'oeufs et de lait que font les paysans.
Un peu plus d'une centaine mentionnent l'usage d'ailleurs tres irregu-
lier du lait en melange avec du cafe ou de l'acassan ou des biscuits dans
leur repas du matin. Le lait n'apparait que dans une trentaine de cas
dans les repas du midi et dans 20 cas pour les repas du soir.
La region de Tuffet dans la Plaine des Cayes nous a ete signal6e
par le Dr. Lion comme celle oiu l'enfant consomme exceptionnelle-
ment le lait et le beurre. A cette region, nous ajoutons, suivant des
renseignements que nous avons obtenus, la region de Desdunes.
L'emploi des ceufs dans l'alimentation paysanne est encore plus
restreint, sinon inexistant. La consommation des oeufs a 6te men-
tionn6e seulement dans 8 cas dans les repas du matin et dans 7 cas dans
les repas du soir. Les ceufs products a la champagne sont envoys en
ville.
L'usage, irregulier d'ailleurs, du pain ou des biscuits est mentionne
dans environ 130 cas dans les repas du matin. Dans une centaine
d'autres cas, il est dit: <>.
Pour les repas du midi, le pain ou biscuit est mentionne dans 13
cas seulement et dans pris d'une centaine de cas pour les repas du soir.
Quelle est exactement la quantity de pain et biscuits ou plus simple-
ment de farine de ble consomme dans les campagnes? Nous ne le
savons pas, except que la consommation de la farine de ble varie se-
ion que les recoltes sont bonnes ou mauvaises. Dans l'ordre d'une


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gradation descendante, le Dr. Lion met la farine de bli au quatrieme
rang en ce qui a trait A la quantity des aliments consommes en Haiti.
Selon le rapport de l'agent fiscal pour l'annie 1935-36., il a Rt6 im-
porte en Haiti pendant cette periode 11.894.084 kilo6sde farine esti-
mis a G. 3.815.195. II est a presumer que la plus grande parties de
la farine imported est consomme par les habitants des bourgs et sur-
tout des grandes villes.
Le riz occupe 6galement une place important dans l'alimentation
en Haiti. Le Dr. Lion le place au cinquieme rang, tout de suite apris
la farine de bli. Suivant les risultats de notre investigation, il sem-
blerait qu'a la champagne le riz viendrait avant la farine de bli. Nous
n'avons pas de donnies quant au volume de la production du riz en
Haiti. Suivant le rapport de l'Agent Fiscal, pendant l'annie 1935-36,
il a et6 import en Haiti, 2.002.685 kilos de riz estimes a G. 547.070.
Combien d'argent le paysan haitien dipense-t-il par jour par adulte
pour sa nourriture, y compris les products de son jardin qu'il con-
somme? Jusqu'a present, cela n'a pas ete 6tabli. A Cuba, il a eti es-
timi, pour l'annie 1933-34, qu'un tiers des families a revenues les
plus bas d6pensait moins de $0.10 centimes or par jour par adulte
pour sa nourriture. (1) II a ete signaled que le regime alimentaire des
Cubains de basse classes est inf6rieur. Pendant la morte-saison, ils
n'ont pas assez de nourriture. Pendant la recolte, ceux qui sont em-
ployes mangent de la viande, des haricots et du riz. (2)
II est peut-8tre intiressant de reproduire la quantity de nourriture
estimee necessaire par annie a un Cubain adulte mile: (3)

Aliments Quantiti
Riz blanc .............. 100 lbs.
Farine de mais ......... . ... 181 lbs.
Pain de bl .... .... ................. 40 lbs.
Lait ... ..... .. ....... 150 litres
Lard ........... 45 lbs.
Sucre brut ..... .............. 50 lbs.
Viande .... ............... 10 lbs.
Haricots .... .... ........ 153 lbs.
Legumes ..... ............. 250 Ibs.


(1) Dans les sales publiques des H6pitaux du Service d'Hygiene en Haiti, on
depense $0.06 a 0.08 centimes or par jour par individu interned. La Garde depense
$0.10 par prisonnier et $0.15 par soldat.
(2) Problems of the New Cuba---Report of the Commission on Cuban Af-
fairs.
(3) Ibid.


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> Cette ration annuelle reviendrait en Haiti a environ 220 gourdes
par adulte mte. II est douteux que le revenue annuel de la famille
paysanne m 6nne lui perme.tte de procurer a ses membres une ration
minima con* l e.
11 resulte de tout ce qui precede que le paysan haitien est non seule-
ment sous-aliment6, mais encore mal alimenti. De plus, ses revenues
actuels ne semblent pas lui permettre, dans une grande parties des cas,
S d'augmenter la qdantite ni d'amiliorer la quality de son alimentation.
S Cette situation est tres grave, non seulement du point de vue de la
resistance a la maladie, mais encore de la production, de l'iducabilit6
et du progres en general du pays.

BUDGET FAMILIAL.
Quel est le revenue annuel du paysan moyen? La diversity des aspects
envisages dans cette iAvestigation et le manque d'experience dans ce
genre de travail des investigateurs ne nous ont pas permis de considirer
ce point d'une fagon convenable. Il n'existe pas de donnees pricises
sur cette question. Le Dr. George Simpson estime de 40 a 300 dol-
lars le revenue annuel d'un paysan dans la region de Plaisance. Cette
estimation comprend non seulement l'argent regu pour la vente des
products de son jardin, mais encore la valeur des products de son jar-
din ou de son industries employes pour la consommation personnelle.
II n'a connu cependant que deux ou trois cas avec des revenues annuels
estimbs a 300 dollars (1).
Dans une 6tude faite a Cuba sur des families types se trouvaient
comprises quatre families haitiennes residant a Cuba. La premiere
etait compose d'un journalier travaillant dans les champs de canne
et de sa femme, ses revenues annuels talentt estimes a $190 et, comme
remarque, il 6tait mentionne que la Centrale sucriere oiu le maria tra-
vaillait 6tait en faillite et que cette famille vivait de jus de canne et de
quelques legumes products sur une parcelle de terre cultivie d'une fa-
con inefficient pendant la morte-saison. La deuxieme famille, de
quatre personnel, avec un revenue de $200, avait une diete alimentaire
inadequate. Le mari &tait un travailleur nomade dans les champs de
canne et de caf6. La troisieme famille, compose du mari et de la fem-
me, avait un revenue de $204; ils avaient tout just de quoi manger
et du tabac pour fumer pendant la recolte. La quatrirme famille,

(1) Renseignements fournis personnellement par le Dr. Simpson.

-9-








composee de trois membres et don't le chef etait un conducteur de
boeufs dans les champs de canne et un travailleur nomnIte pour la cueil.
lette du cafe, avait un revenue de 360 dollars par an. diete alimen-
taire, bien qye limitee, etait meilleure que celle da tvrier igricole*e
nomade, grice a 1'aide de sa femme et a un jardin de produits'afimen-
taires qu'il avait dans la plantation de cafe.
Les sources de revenues du paysan haitien sont representees par la *
vente des products de ses plantations, la vente de se? products animaux, *
la vente des articles qu'il peut fabriquer chez lui pendant la morte-+
saison ou ses periodes de loisir: nattes, paniers, cruches, etc. Enfin urrP
certain nombre de paysans peuvent travaillcr comme journaliers sur
les routes publiques ou dans des usines pendant que .les femmes s'oc-
cupent des champs. Dans d'autres cas, la femme augmeotte les revepus
du foyer par son travail comme blanchisseuse, commerqante de detail
ou revendeuse, charcutiere, etc..
. Les sources de depenses des paysans proviennent surtout de l'achat
de leurs vitements, du tabac, du poisson sale, du sel, de J& farine de
ble sous forme de biscuits. Leur outillage de production, compose,
la plupart du temps, d'ute houe et d'une machette, ne represente pas a
plus de $1.20. Nous avons vu que le mobitier de la grande majority
represente une valeur variant de 2 a 15 dollars. Le# ustensiles de m6-,
nage de la majority ont une valeur variant de $0.80 a 10 dollars.
Suivant les observations de divers investigateurs, il semble que la
superstition et certaines pratiques cultuelles occasionnent des dep(Vses
exag6rees peu en rapport avec les revenues des paysans. Le culte des
morts, par les obligations qu'il impose en ce qui a trait aux servicess>
ou < cet effet pendanm plusieurs annies. Des cas ont &te mentionnea oi des
families ont depens6 jusqu'a 900 gourdes pour des <. Dans
d'autres cas, 200 a 300 gourdes. La frequentation des non
seulement a cause des honoraires de ceux-ci, mais encore des pratiques
ou des ceremonies qu'ils ordonnent, constitute une source de lourdes
depenses pour les paysans qui patient un tribute trop 6leve a leurs
croyances.

AMBITIONS ET ASPIRATIONS.

On s'est souvent demand si le paysan haitien avait aucune sorte
d'ambition ou d'aspirations personnelles et s'il revait jamais a un meil-


- 10I-








S leur sort pour is enfants. En fait 167, soit pris de 20%, n'ont ma-
Shifesti aue ne aspiration personnelle et pres de 14%e n'avaient aucune
ambition po u rs enfants.
La.plupart aspiraient a plus d'aisance ou a acquerirp tus de biens.
Cinqiante-huit aurakent desire pour laisser le
travail de la terre et aisser la champagne pour aller habiter une grandee
Sville, Huit desirail nir fonctionnaires publics ou Chefs de Sec-
tion. Sept voudraient avoir assez de moyens pour se marier et ainsi
e distinguer des autres. L'un desirait savoir lire, un autre remplacer
son cabrouet par un camion, un troisime arranger sa mason et ache-
S ter un orthophonic, alors qu'un quatrieme desirait ftre < honlie>>. Iun'avait comme supreme ambition d'avoir de ( nerailles>>.
Les pa sans semblep bien sentir le handicap de l'analphabetisme,
car 309% eviron ambitionnent instruction pour leurs enfants, < sachent li4 et ecrire>> Cela indique egalement le prestige qui est atta-
che a la faculty de pouvoir lire et 6crire. 30% encore desire t que leurs
infants apprennent un metier. Par la magorlerie, la pncanp ue, la menuiserie, la cordonnerie. Soixante-
,quinze aspiraientia voir leurs enfants devenir des hommes honnites,
laborieux et respectable et 89 a ce qu'ils soient de bons cultivateurs.
Quinze so raitaient que leurs enfants deviennent avocats ou fondus
de youvoir et 4 fonctionnaires publics. Dix-neuf voudraient envoyer
leurs enfants a l'ecole dans une grande ville et 6 marier leurs fills.
Deuxrddsiraient que leurs enfants parentt francais et deviennent Chefs
de Section>, un que son enfant < l'arger>, un dernier que ses enfants deviennent <.
On voit par ces reponses que leurs aspirations personnelles sont
assez vagues, leurs idees 'sur ce qu'ils veulent pour leurs enfants sont
plus precises et que la plupart d'entre eux n'ont pas d'ambitions ex-
travagantes pour leurs enfants.

AFFILIATION RELIGIEUSE.
La question de religion dans les cakipagnes, prise dans son sens lar-
ge, est tres compliquee et tres vaste. Elle a eti traitie avec competence
par les Drs. Mars, Dorsainvil et Herskovits, particulikrement sous
l'angle du culte vaudouesque.
--




4,
9








Dans cette 6tude, il a ete mentionni seulement si les amilles inves-
tigudes allaient a l'Eglise. En parlant d'affiliation religieuse des pay-
sans, on ne doit pas perdre de vue cependant que le faWar le paysan
d'etre ou de se dire catholique ne signifie pas necessairement qu'il a
renonce aux<< loas> du Vodou. Pour lui, il y a les choses de l'Eglise
et les choses du Vodou. II doit se faire bien vq. et de Dieu et des
Saints de 1'Eglise et des , d'autre part. onsequent, il ob-
serve separement les rites de chacune des religions.
Pris de 75% des families ont declare qu'elles allaient a l'Eglise.
La plupart cependant n'y vont que parfois. Toutefois, 6tant donned
que dans les sections rurales, la population est desservie par des cha-
pelles visitees seulement une fois par mois par les cures, ce
ne constitute pas une indication absolue d'assiduite.
Vingt-deux des families 6tudides 6taient prqestantes et une adven-
tiste.

RECREATIONS.
Quelles sont les recreations A la disposition des adults dans les
communautes rurales? Malheureusement, les gaguieres viennent au
premier rang. Ce genre de recreation est on6reux et fait perdre a bon
nombre de paysans beaucoup d'argent qui aurait pu ktre employed a
amiliorer leurs conditionsade vie ou a augmenter leurs instruments
de production. Viennent ensuite les jeux de cartes (trois sept, etc.),
les bals, les danses, y compris vodou et rara; les veillees, les neuvaines
et > constituent aussi des formes de recreation pour les paysans.
La coutume de est une des distractions assez repan-
dues. Dix-sept adults assurent se livrer aux jeux de hasard (dis)
comme divertissement et 178 d6clarent ne se livrer a aucun genre de
divertissement.


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HYGIENE



La question d'hygiene dans les sections rurales d'Haiti est d'une
importance capital pour nous. Malbeureusement, l'importance de ce
problem est sous-estimee dans notre pays. I1 ne s'agit pas seulement
de riduire la mortality infantile et le taux general de la mortality en
Haiti, ni de restreindre ou d'emp&cher la propagation des maladies
contagieuses, ni de maintenir dans les villes un 6tat sanitaire permet-
tant le d6veloppement du commerce stranger et l'extension du tou-
risme; il s'agit aussi de la capacity de production de la population ru-
rale qui englobe la grande majority des producteurs en Haiti. Si l'on
analyse les livres, articles, brochures de ceux qui ont ecrit sur 1'eco-
nomie et la production agricole en Haiti. il serait difficile peut-etre
de trouver mrme un faible pourcentage de ces 6crivains qui aient situ6
le probleme de la sante dans ses rapports avec l'economie et la produc-
tion. Pourtant, le fait est indeniable. Un certain nombre de medecins
ambricains du Service d'Hygiene et quelques rares m6decins haitiens
ont cependant, dans divers rapports, attire attention sur les maladies
qui .
Ils n'ont pas manque de signaler la < des fleaux destructeurs, tels que le pian, les vers intestinaux et la ma-
laria>.
Dans son rapport annuel pour l'annee 1926-27, le Directeur Ge-
neral du Service National d'Hygiene disait: ladies qui affectent la masse rurale, le nombre de ceux qui ne sont
point attaques par l'une d'entre elles est peu 6lev6. Ces maladies, la
treponematose, la malaria et les parasites intestinaux, heureusement
sont diagnostiquees facilement et sont soignees sans grandes difficul-
t8s. La treponematose est le plus grand mal haitien. causant plus de
souffrances, d'infirmites et de pertes iconomiques que toutes les ma-
ladies existant en Haiti mises ensemble.


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Le terme treponematose couvre a la fois le plan et la syphilis. Mais,
dans les campagnes, il se revele surtout dans sa forme rurale non vi-
n4rienne, connue sous le nom de pian.
Selon les reponses donnees au course de notre enquite, la maladies
don't le plus grand nombre se plaignait de souffrir est la fievre ou le
paludisme, tandis que le nombre rapport de ceux qui souffrent ou ont
souffert du pian et de syphilis est relativement tris bas. Dans beau-
coup de cas, il est cependant rapport ou < Bien que, selon les observations du Service d'Hygiine, le paludisme
ne vienne qu'au deuxieme rang, ces r6sultats de notre investigation
s'expliquent aisement, etant donn6 que le pian est une maladie hon-
teuse. Le Dr. Wilson, dans une de ses etudes, signal que le plus
grand nombre de cas recents de pian ne veulent pas aller se faire soi-
gner hors de leur voisinage a plus d'une heure de march et que beau-
coup d'adultes sont arrives aux cliniques la tfte enveloppee de mou-
choirs pour cacher les lesions de la figure. (1)
Dans le Rapport Preliminaire de la Fondation Rockefeller sur les
travaux d'enquete en Haiti, il est dit que dans certaines communautis
rurales, celui qui a des lesions de pian est couvert d'opprobre. Dans
ces communautes, il fut difficile de trouver quelqu'un a avouer qu'il
eut eu a souffrir du pian et qu'en general il semble qu'il y ait moins
de honte a reveler les lesions d'origine syphilitique que celles produites
par le pian. (2). Ces faits expliquent pourquoi le pian, durant la pe-
riode secondaire infectieuse, est une maladie strictement rurale. Le Dr.
Wilson pense que si le pian se trouve relegue dans les districts ruraux,
on le doit surtout a la quarantine automatique et populaire que les
habitants des villes exercent contre cette maladie. Les cas ricents de
pian ne sont pas et n'ont jamais 6t6 autorises A sojourner dans les
villes (3).
Dans le Rapport Annuel du Service d'Hygiene pour l'Anne
1926-27, il est signaled que sur 135.340 malades accuses par le Ser-
vice des Cliniques rurales, plus de la moitie, soit 70.403, 6taient des
cas de treponematose et 13.558 des cas de fievre paludhenne.


(1) Dr. P. W. Wilson-A 1'Assaut du Pian. Demande de Changement de Stra-
tegie. L'Hyginne en Haiti: Un rapport pour l'annee 1928-29 par Cap. K. C.
Melhorn.
(2) Service d'Hygiene Publique-Rapport annuel 1924-25.
(3) Wilson, Dr. P. W.. A l'Assaut du Pian--Demande de Changement de Stra-
tegie. Bulletin de la Societ de Mdecine d'Haiti. Juillet 1929, No. ii, 3e. annie.


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Dans son etude: , le Dr. Camille Lhi-
risson rapporte que sur 2.564 individus examines dans differentes
regions avoisinant Port-au-Prince, la Mission Rockefeller a trouvi
789 de pianiques. La maladie est friquente dans le jeune age. Sur
3.289 cas examines par les Drs. Wilson, Mathis et Lh6risson pendant
les travaux de la clinique ambulance organisde A la Nouvelle Touraine,
a Berly et a Bongars en 1929, 61.09% etaient des enfants au-dessous
de 10 ans.
Le paludisme, le deuxieme fleau des populations rurales. n'est pas
rel6gue dans les campagnes comme le plan. I1 se rencontre sur toute
l'etendue de la Republique. Selon le Dr. S. S. Cook, il y a des localities
ou l'incidence est plus grande que dans d'autres, mais on peut dire
sans crainte qu'elle est un facteur de morbidity partout. I1 n'y a que
deux exceptions g6enrales A cette assertion, ce sont le Desert des Go-
na'ives et les montagnes de plus de deux mille pieds de haut. A la cli-
nique ambulante operant dans les montagnes au Sud-Est de Port-au-
Prince, tres peu de cas de malaria ont et6 observes dans les montagnes
ayant plus de mille pieds d'altitude et aucun dans celles ayant plus de
deux mille pieds. (1)
Bien que le paludisme existe presque partout, il ne se trouve pas
au mime degr6 partout. Dans son 6tude: la malaria>. le Dr. Wilson rapporte que sur 2007 enfants examines
sur divers points de la Ripublique, un pourcentage moyen de 50.52%
ataient atteints de paludisme. Ce pourcentage variait de 9.4% a 74%.
Les communautes ayant le pourcentage le plus elev6 etaient celles de
Petit-Goive (58.2%), Cayes (66%), Jeremie (67 ) et Jacmel
(74%) (2).
Dans ses , parmi les emigrants
de Port-de-Paix a destination de Cuba, le Dr. Wilson constate que
26% de 6.400 emigrants examines furent reconnus porteurs de pa-
rasites de la malaria apres un examen d'une seule preparation epaisse
le sang. Toutefois, ce chiffre ne constitute pas une indication exacte,
itant donni que, selon ce que rapporte le Dr. Wilson, <

(1) Cook. Dr. S. S.. Section de Sanitation-.'Hygiene en Haiti. Rapport pour
l'Annee Fiscale 1928-29.
(2) Wilson, Dr. P. W., Contribution a l'Etude de la Malaria et de la Microfi-
laire par l'examen de 11.000 travailleurs et de 2.007 enfants. Bulletin de la Soci6te
de M6decine d.'Hiti Juilln- 1928, No. 7. 2e. annee.


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migrants avaient au prealable subi un examen physique en vue de
1'elimination des sujets faibles, malades, infirmes ou trop jeunes. On
ne prit des plaques de sang que chez ceux qui itaient autorisss a partir
et selon toute apparence en bonne sant6>. (1)
Les vers intestinaux constituent, par ordre d'importance, suivant
les observations duService d'Hygiene et de la Mission Rockefeller, le
troisikme fleau qui affected les paysans haitiens. Sur les 884 families
interrogees au course de l'investigation qui fait l'objet de cette etude,
19 seulement ont mentionn6 d'une fagon difinie les vers intestinaux
parmi les maladies don't elles sont ordinairement affligees, mais 108
ont cit cles coliques, la cholerine et les maux d'estomac>.
Dans son etude: , le Dr. Camille Lhe-
risson rapporte que les pagnes sont frequentes surtout chez les enfants. La plupart se tra-
duisent par de la dysenterie ou de l'entirite. La dysenterie peut itre
cause par des bacilles (Flexner, Shiga,) c'est la forme 6pidimique con-
nue en Haiti sous le nom de cholerine et qui affected chaque ann&e
a peu pris 26% de notre population rurale; par une amibe (Enta-
mceba hystolitica), forme assez commune dans le Nord et qui affected
environ 10 a 20% de nos paysans selon les regions; par un unfusoire
(Balantidium Coli) et par des vers intestinaux (Anguillules) ).
causes par des espices de Monilia; par des Protozoaires; par des vers
intestinaux: Ankylostomes, Ascaris, Anguillules... En 1925, sur une
population de 4.439 individus des regions de Carrefour, Rivikre
Froide et Degand, nous trouvions 38% d'Ankylostomes, 43% d'As-
caris et 58% de Tricociphales>.
de canne, de cafe, etc. Le nombre de personnel infectees sur l'ensem-
ble de la population haitienne examine est evalu6 a 26%. La fre-
quence et la gravity de l'infection varient beaucoup suivant les loca-
litis>. (2i
Un petit nombre de paysans ont cite au course de l'investigation la
bres de leurs families ont eu a souffrir. La boussarole est une affec-

(1) Wilson, Dr. P. \V.. Notes d'Inspection sur la malaria parmi les emigrants
de Port-de-Paix a destination de Cuba-Bulletin de la Socifti de Medecine. Avril
1927, No. 2, lire Annie.
(2) Lherisson. Dr. Camille. La Pathologie de nos Paysans, Le Temps, Vendredi
26 Aofit 1932, lire annie, No. 8.
-16-








tion signaled par le Dr. Lherisson comme 6tant assez commune dans
la Grande Plaine du Cul-de-Sac, dans la region de Despuizeau. Elle
est caracteris6e par des placards desquamatifs de diverse couleurs.
Comme toutes les dermatomycoses, la malproprete contribute a son
developpement. (1)
I1 n'a ete rapport qu'un seul cas de lepre. Huit cas de tuberculose
ont ete mentionnes ainsi qu'un plus grand nombre de cas de < refroidissement, oppression, etc.>
Selon le Dr. Lherisson, la tuberculose est assez fr6quente dans les
campagnes. Dans les villes, cette maladie semble encore plus repan-
due. Dans une communication a la Societe de Midecine, le Dr. Chois-
ser rapporta les resultats de 300 autopsies rigoureusement contr6l1es
et accompagnees pour la plupart de coupes microscopiques. Quatre-
vingt dix neuf dics sur ces 300 ou 31.6% relevaient de la tubercu-
lose. (2).
Le Dr. Higgins, du Service de Sante de la Garde d'Haiti, rapport
un taux de mortality due a la tuberculose de 4.36 pour 1000 durant
l'annee 1927. Comparant ce taux obtenu pour la Garde d'Haiti avec
ceux des villes de Panama, de Colon et de 41 Etats des Etats-Unis,
il present les resultats suivants:
Taux de mortality pour 1000:
Garde d'Haiti ......... .... 4.36
Ville de Panama (1925) .... 3.67
Ville de Colon (1925) ....... .. 2.01
Etats-Unis (41 Etats) .... .87(3)
HYGIENE DENTAIRE.
I1 se rep&te couramment en Haiti que les paysans haltiens ont de
tris bonnes dents. Comme beaucoup d'autres opinions qui ont gen6-
ralement course, celle-ci n'est base sur aucune donnie et la realite est
toute autre. Selon les r6sultats des investigations du Dr. Jules The-
baud, dans les campagnes et les centres ouvriers des villes la care est
extremement commune. Le cas des paysans, du point de vue den-
taire, se trouve aggrav6 par la malnutrition, le non usage de la brosse
a dents et l'absence de facilities medicales dentaires. Bien que, depuis
1931, des cliniques rurales dentaires aient et6 creees, elles ne peuvent,

(1) Lherisson, Dr. Camille. La Pathologie de nos Paysans, Le Temps, 26 Aoft
1932, lire annie. No. 8.
(2) Choisser. Dr., Un Compte-Rendu de 300 autopsies observers, Bulletin de
la Societe de Medecine d'Haiti, Avril 1928, No. 6, 2e. annie.
(3' H;qgins, D-.. La Tb-rculos? en Haiti. Bulletin de la Societe de Medecine
d'Haiti, No. 7, Juillet 1928, 2e. annie.
-17-








etant donn6 leur nombre et les moyens don't elles disposent, atteindre
qu'un nombre limited d'enfants.
Sur 10.574 icoliers examines de 1932 a 1937 par le Service Den-
taire Scolaire Rural, dans des localities rurales ou semi-rurales, il a Wte
trouve 39.930 cas de caries; 633 ecoliers seulement connaissaient
1'usage de la brosse a dents ou du <. Sur 74.825 &coliers
examines dans toute la Republique de 1931 a Octobre 1937 ,seule-
ment 9.933 avaient la bouche parfaitement propre ou passablemnet
propre et seulement 4.568 avaient des dentures intactes.

SERVICE RURAL DU SERVICE D'HYGIENE ET D'ASSIS-
TANCE PUBLIQUE.
La population rurale est desservie particulierement, du point de
vue de l'hygiene et de la sante publique, par 104 dispensaires ruraux.
A ces cliniques, il faut ajouter I'assistance medicale donnee a un certain
nombre de paysans par le Service externe ou dispensaire de dix h6-
pitaux situes dans les chefs-lieux des districts du Service d'Hygiene
et deux asiles.
Les cliniques rurales fonctionnent les unes tous les jours et les autres
a intervalles fixes. Selon les renseignements fournis par le Directeur
Gin6ral du Service d'Hygiene, le nombre de reunions par an par cli-
nique est en moyenne de 130, soit 13.520 reunions pour les 104 cli-
niques qui furent frequenties par 416.119 personnel pendant 1'annie
1935-36. Il est bon de faire remarquer qu'il ne s'agit pas de 416.119
personnel <, mais plut6t d'un total pour l'annee de
416.119 consultations.
En plus de ces cliniques rurales, il y a la Section rurale du Service
dentaire scolaire. Quatre dentistes scolaires siegent respectivement aux
Cayes. au Cap, aux Gonaives et a St.-Marc, avec rayonnement dans
les bourgs et les ecoles rurales d'une circonscription donn6e. Un cin-
quieme dentist, plac6 a L'ogane, s'occupe du Service dentaire scolaire
de cette ville, mais sans activists dans les 6coles environnantes. Sur un
effectif de 15.174 6leves dans les icoles visities de 1932 a 1937,
10.574 ont 6et examines et 1.647 soign6s.
Selon les renseignements qui nous ont ete fournis par le Directeur
du Service d'Hygiene, il y a actuellement 217 m6decins en Haiti, don't
128, soit plus de la moiti6, pour la seule ville de Port-au-Prince, soit
un medecin pour 13.870 habitants pour Haiti et un medecin pour
environ 625 habitants pour Port-au-Prince.


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Le nombre de dentistes en Haiti etait de 73 en 1937, don't 31 se
trouvaient a Port-au-Prince. Sur les 73, douze etaient employes par
le Service d'Hygiene.
Les 89 medecins qui se trouvent en dehors de Port-au-Prince sont
installs dans les 8 ou 10 villes de la Republique. Parmi les 217 me-
decins d'Hai'ti, un grand nombre sont employes par le Service d'Hy-
giene et d'Assistance Publique a titre de professeurs, medecins d'h6-
pitaux, officers sanitaires, etc.
A Cuba, pour une population estim6e a 4.012.684, il y avait, en
1934, 2.542 m6decins. De ce nombre, 1.200 se trouvaient a La Ha-
vane, avec une population estim6e a 592.500, soit un medecin pour
2.550 habitants dans toute 1'Ile en dehors de La Havane et un mide-
cin pour 494 habitants a La Havane.
Le Rapport de la Commission sur les Affaires Cubaines a pense
essentialel de faire ressortir le fait que Cuba preparait.plus de midecins
que l'Ile ne pourra utiliser suivant le present system de pratique pri-
vie de la medecine et le course probable du d6veloppement economique
du pays.
Haiti n'a pas encore atteint le point de saturation pour les medecins,
particulihrement du point de vue de la pratique de la medecine privie,
en dehors de Port-au-Prince. Toutefois, il est a se demander si ce
point ne sera pas atteint avant longtemps, en tenant compete du fait
que plus de 90% de la population vit a la champagne et dans les centres
semi-ruraux oiu, par manque d'education, la superstition prevaut et
le I conserve encore son prestige. I1 y a certaines maladies don't
la guerison, suivant le paysan, relieve uniquement du minister du
< des cliniques rurales. D'autre part, on doit consid6rer aussi le peu de
moyens don't disposent les paysans et les habitants de certain bourgs
ou villages agricoles pour remunerer convenablement un midecin et
acheter les m6dicaments prescrits. Ce sont ces aspects iducationnels
et economiques du problem qui rendent si important l'action de
l'Etat par l'intermediaire du Service d'Hygiene et d'Assistance Pu-
blique.
Nous avons vu qu'un pourcentage relativement faible de la popu-
lation etait atteint par les cliniques rurales. I1 est necessaire que des
facilities soient donnees au Service d'Hygiene pour les cliniques am-
bulantes, qui ont 6t6 recommandies avec insistence par les Drs. Wil-
son et Mathis du Service d'Hygiene et qui avaient fonctionni pendant


-19-








un certain temps. < faqon detaill&e la n6cessit6 des cliniques ambulantes. Actuellement,
ce sont les seuls moyens don't on dispose pour combattre le pian, I'as-
cariase, I'ankylostome et, certainement, elles sont d'un grand concourse
pour diminuer les effects de la malaria.> Quelques-unes des raisons de
cette opinion ont ete exposes par ces medecins dans leur Rapport pour
I'ann6e 1929-30 et publi6es dans le Rapport G6neral Annuel du Ser-
vice d'Hygiene. trent dans la plupart des sections rurales d'Haiti empkchent aux ma-
lades de se rendre m&me a l'H6pital le plus proche pour recevoir le
traitement don't ils ont besoin et, souvent, il leur est impossible de se
rendre mime aux cliniques rurales les plus proches. L'ignorance et la
crainte sont aussi deux facteurs considerables qui contribuent a garder
les paysans pros de leur lieu de naissance. Les auteurs de cet article,
au course de leurs travaux de clinique ambulante, dans la region de
Furcy, ont et6 particulierement impressionnes par le grand nombre de
gens de chaque locality qui n'ont jamais ete a Port-au-Prince et a
Kenscoff. Au point de vue de l'hygiene publique, le point le plus d&-
courageant du Service des cliniques rurales a Wte de constater que plus
la clinique pinetre a l'inthrieur, plus on se rend compete que les cam-
pagnards ou la grande majority ne vont qu'a une clinique facilement
accessible ou a celle ou ils peuvent rencontrer des amis. On a encore
remarque que les gens d'une Section ont souvent eu une certain r6ti-
cence a se decider sur le point de savoir s'ils doivent aller a une Sec-
tion oiu ils n'ont jamais Wte auparavant.>(1)
A ces considerations, il faut ajouter le fait que le pian est une ma-
ladie honteuse et que veulent pas aller se faire soigner hors de leur voisinage a plus d'une
heure de marche> (2)
A cause du cofit 6lev6(3) des cliniques ambulantes, on pourrait
peut-htre augmenter progressivement le nombre des cliniques rurales
permanentes en y plaqant, suivant une measure qui a Wti prise recem-
ment, des infirmi&res dipl6mies qui y s6journeraient en permanence et
seraient en mnme temps des <.

(1) L'Hygiene en Haiti-Rapport pour l'Annee 1929-30. Service National
d'Hygiene et d'Assistance Publique.
(2) Wilson, Dr. P. W.. A 1'Assaut du Pian-Demande de Changement de Stra-
tegie.
(3) Selon le Dr. Lion.

-20-



&
















EDUCATION RURAL



Pour un pays don't 90% environ de la population peut etre clas-
sifiee come rurale et don't toute l'economie est basee sur l'agriculture,
l'iducation des masses rurales aurait di &tre la grande preoccupation.
L'Education rurale a et6 pourtant la branch la plus neglig6e de l'Ins-
truction Publique, elle a 6te nigligee jusqu'au mepris, bien que le sujet
de l'education des masses ait fait, pendant plus d'un siecle et quart,
le theme des discours pompeux des politicians en mal de pouvoir.
La Revolution de 1843, faite au nom du Peuple, n'a rien fait pour
I'education de la masse rurale. L'annie 1843 n'a vu que trois ecoles
rurales communales. Ce n'est qu'en decembre 1848 qu'une loi fit
mention pour la premiere fois de l'enseignement rural avec un beau
programme qui est rested lettre morte. Non seulement ce programme ne
fut jamais execute, mais selon Auguste Bonamy, cite par Pressoir, jus-
qu'au gouvernement de Salomon, les ecoles rurales ont kte tres peu
nombreuses. Les instituteurs 6taient la plupart illettres ou presque
illettris. peu ou pas de mobilier, peu ou pas de fournitures classiques.
Le programme des etudes 6tait absolument classique, ne repondait en
rien aux conditions du milieu et aux besoins des masses, ce qui eut
pour resultat un pourcentage d'analphabetisme en Haiti d'au moins
90%. I1 a fallu l'exemple de l'Occupation americaine et l'intiret d6-
sintiressi du Gouvernement actuel pour que fussent prises depuis 1931
une serie de measures qui assurent a Haiti, pour la premiere fois dans
son histoire, les bases d'un systeme d'education rurale repondant aux
besoins du pays.
Le systime de l'Enseignement Rural comprend: au sommet, une
Ecole Superieure d'Agriculture, preparant des Agronomes et de futurs
Specialistes: a cette Ecole, est attachee une Section Normale formant
des instituteurs pour les ecoles rurales de garcons. Une Ecole, situee a
Chatard, sert comme une sorte d'Ecole moyenne qui reqoit comme
pensionnaires des eleves recrutes dans les fermes-ecoles lementaires.


-21-









Ces fermes-ecoles, au nombre de 76 donnent un enseignement pri-
maire en mime temps que l'enseignement manuel et agricole. Vingt-
trois de ces ecoles ont une section feminine. A c6ti de ces fermes-
ecoles, il existe 219 ecoles rurales, don't 39 mixtes et 32 de filles, et
101 ecoles de bourgs, don't 49 de garcons et 55 de filles. I1 y avait a
la fin de 1936, dans ces 422 ecoles environ 30.000 lives inscrits, don't
environ 21.186 garcons en moyenne pour l'ann6e et 8.282 filles.
Ces 30.000 eleves sont 6duques par 599 instituteurs de toutes ca-
tegories. Tous les instituteurs n'ont pas la mime preparation clas-
sique et professionnelle. Des 134 instituteurs de fermes-ecoles, 71
avaient fait des etudes superieures a la troisieme, don't 28 leur classes
de rhbtorique; 115 avaient suivi les course reguliers de l'Ecole Centrale
d'Agriculture ou de 1'Ecole Normale de Damien; 19 n'avaient suivi
que des course d'ete. Le salaire moyen de ces instituteurs pour 1'annee
1936 etait de Gdes. 170.20.
Pour les ecoles rurales, 39 parmi les instituteurs et institutrices
avaient fait des etudes superieures a la quatrieme et 37 avaient leur
brevet superieur; 105 n'avaient que leur certificate d'etudes primaires,
ce qui constitute une situation qui doit ktre amelior&e dans le plus bref
dilai possible. Toutefois, cette situation telle qu'elle est constitute un
progres considerable sur ce qui existait il y a sept ans. Comme pre-
paration professionnelle, 31 ont passe par l'Ecole de Damien, 4 par
les ecoles Normales Urbaines de Port-au-Prince, 5 ont leur certificate
d'aptitudes pedagogiques. L'initiation aux m6thodes modernes des
instituteurs qui n'ont pas passe par l'Ecole Normale de Damien se
fait aux course d'ete qui sont organisms chaque annie dans les divers
districts ruraux. Le salaire moyen des instituteurs des ecoles rurales
est passe de Gdes. 32.07 en Octobre 1931 a Gdes. 64.06.
De nombreuses ameliorations ont ite obtenues dans le recrutement
des instituteurs des ecoles de bourgs, don't la r6organisation n'a com-
mence que depuis une annie et demie, bien que 37 de ces instituteurs
n'aient encore que leur certificate d'etudes primaires. Du point de vue
de la preparation professionnelle, 10 sont dipl6mbs de l'Ecole Nor-
male de Damien, 2 d'Ecoles Normales Urbaines, 2 ont leur certificate
d'aptitudes pedagogiques. Ces instituteurs sont 6galement requis de
suivre chaque annee les course d'ete. Ils touchent un salaire moyen de
Gdes. 60.24 alors qu'en Octobre 1935, ce salaire etait G. 42.00 en
moyenne.

-22-



I










Certaines personnel ont critique la measure qui a transfer un cer-
tain nombre d'ecoles de bourgs au Service de l'Enseignement Rural.
Elles ne comprennent pas que sociologiquement, ces bourgs sont des
communautes rurales, ce qu'on appelle des villages agricoles et que,
lorsqu'on parle de society rurale, on n'implique pas uniquement ceux
qui cultivent directement la terre. Sur 94 families studies don't les
enfants frequentaient des ecoles situdes dans les bourgs, 64 s'occu-
paient et vivaient uniquement d'agriculture. J'ai demand au Magis-
trat Communal d'un bourg du Departement du Nord quel etait le
moyen d'existence de la plupart des habitants de son bourg, il m'a
repondu que c'etait I'agriculture. Aux Etats-Unis, d'une facon gene-
rale, tout centre de population de moins de 3000 habitants est clas-
sifi6 rural. Kolb et Brunner, dans leur livre:
ciety>>, disent: < ricaine moderne comme un groupement social important dans la so-
ciete rurale.>
Le programme des etudes ne comprend pas seulement la lecture,
l'ecriture, I'arithmetique, I'histoire, la geographie et l'instruction ci-
vique et religieuse, mais encore agriculture, les travaux manuels, le
dessin, le modelage, le chant, I'hygiene, I'education physique et l'eco-
nomie domestique dans un certain nombre d'ecoles de filles. A chaque
ferme-ecole, est attache un atelier et un jardin scolaire. Soixante-dix
ecoles rurales ont un petit jardin scolaire, alors qu'il y a six ans, au-
cune de ces ecoles n'en avait. L'agriculture theorique est enseignee
dans les autres ecoles, ainsi que dans les &coles de bourgs qui n'ont pas
de jardin. Le but que pursuit la Division de l'Enseignement Rural
est d'avoir un jardin avec terrain de jeux attache a chaque cole.
En vue de developper le sens social et le desir du progres, un grand
nombre de travaux d'extension dans la communaute sont entrepris
par les instituteurs de beaucoup d'ecoles avec leurs eleves, tels que:
drainage de mares, courage de canaux d'arrosage, construction de fosses
d'aisance, embellissement de maisons, 6tablissement de jardins chez
les eleves, fabrication de meubles et d'autres objets par les leaves pour
leurs foyers, activities r6creatives, etc. L'education civique recoit I'at-
tention qu'elle merite, chaque cole a son drapeau et tous les elves
chantent I'hymne national.
Le problem de l'education des adults n'est pas encore abordI dans
son ensemble ni d'une facon tres systematique, bien que beaucoup ait

-23-


4










6t6 deja entrepris par le moyen des associations de parents et de fer-
miers dans un certain nombre d'ecoles; la lecture et 1'explication des
lois et arrtis du Gouvernement sur I'agriculture et le commerce des
denr6es: les causeries sur l'hygiene, I'agriculture, les fetes nationals;
la construction des fosses d'aisance; la visit des jardins scolaires et
les demonstrations sur les m6thodes de culture; la distribution de
plants et de semences: les activities r6creatives.
En dehors des conseils que prodiguent les agents agricoles indivi-
duellement et au course des meetings, des demonstrations qu'ils font
dans les jardins des paysans, du contr6le de la preparation et de la
vente des denrees, il y a certaines activities et un certain concours ma-
teriel et technique qu'ils apportent aux paysans (qui seront 6tudiis
sous la rubrique ) qui exercent une influence educative.
En dehors des agronomes et specialistes de Damien et des agents et
aides-agents temporaires. le Service de l'Extension avait pour l'Exer-
cice 1935-36, un cadre regulier de 12 agronomes, 1 agent special et
37 agents agricoles.
Malgre tout ce qui a ete realis6, la tSche a accomplir est encore co-
lossale. Si I'on admet que 85 a 90% de la population vit dans les
communautes rurales, on a une population d'ige scolaire d'environ
400.000 enfants. Or, suivant les statistiques, il n'y a que 30.000
enfants dans les ecoles relevant de la Division de l'Enseignement Ru-
ral. En supposant meme qu'il y ait 5000 a 6000 enfants dans les
divers autres types d'&coles (presbytirales, communales et priv&es)
qui se trouvent reparties dans ces communautis, le chiffre total des
enfants inscrits dans toutes les ecoles representerait a peine 10% du
total de la population scolaire.
Une autre condition deplorable est la faible proportion du nombre
d'ecoles de filles par rapport au nombre total d'icoles. Sur 425 ecoles,
il n'y a que 148 ecoles de filles, don't 59 se trouvent situees dans les
bourgs et 39 sont des ecoles mixtes. Sur les 30.000 lives en chiffres
ronds inscrits dans les ecoles relevant de la Division de l'Enseignement
Rural, 8.282 seulement sont des filles. Or, etant donni que nous de-
vons considered I'education rurale comme un moyen d'amdlioration
social et non pas seulement de <>, la question de
I'education des filles est d'une grande importance dans tout programme
d'ducation en Haiti.

-24-


t











Le manque de facilities pour l'6ducation des filles dans les centres
ruraux ne se rencontre pas seulement dans l'enseignement primaire,
il se retrouve dans l'enseignement moyen et normal. Jusqu'A present,
il n'existe pas d'Ecole Normale pour la preparation des institutrices
rurales et l'Ecole de Chatard, seule de son genre, existe seulement pour
les garcons.
Comme il a kt6 dit plus haut, etant donned que 90% de la popula-
tion d'Haiti peut etre classes comme rurale, il s'ensuit que 90% de la
population scolaire se trouve dans les communautes rurales. Par con-
siquent, le gros effort d'education en Haiti doit etre port vers 1'&du-
cation rurale, d'autant plus que, dans ce pays agricole, 90% approxi-
mativement des revenues de la Republique restent a la charge directed ou
indirecte du paysan. Or, une comparison des budgets pour l'annie
1937-38 de l'Enseignement Primaire Urbain et de.tout le system
d'ducation rurale montre que le budget de l'Enseignement Primaire
Urbain est plus elevi que celui de tout l'Enseignement Rural, contrai-
rement a l'opinion courante qu'il est n6cessaire de dissiper.

TABLEAU 1
Enseignement Rural Enseignement Primaire Urbain (1)
Ecole d'Agronomie, y compris Ecole Normale instituteurs et bour-
boursiers ..... I siers 1
Section Normale. y compris bour- Ecole Normale institutrices et bour-
siers .. 1 sieres 1
Ecole de Chatard. y compris bour- Ecoles primaires laiques 89
siers .... .... ... 1 Ecoles congreganistes de filles 38
Fermes-Ecoles .. 76 Ecoles congreganistes de garcons 21
Sections feminines attaches aux Ecoles demi-temps. 23
fermes-6coles .............. 23
Ecoles rurales 219 173
Ecoles de bourgs. . 104
425

BUDGET
G. 1.073.903.37 G. 1.439.062.50 (2)
Le budget de l'Enseignement Rural donni plus haut couvre les frais
d'administration, de supervision, de fournitures classiques, de mat6-


(1) Base sur renseignements fournis par la Direction Generale de l'Enseignement
a la fin de 1935 et 1'Expos6 Gnearal de la Situation 1933-34.
(2) Comrpile approximativement suivant les donn&es du Budget de la Ripublique
voti en 1937 pour 1'annee 1937-38.


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riel, mobilier, instruments aratoires, entretien, loyers, transport, sub-
vention aux &coles presbyterales (G. 56.400), etc..
Le budget de 1'Enseignement Primaire Urbain couvre les frais pour
le Service Pedagogique, les fournitures classiques, le materiel, mobilier,
loyers, transport, subventions, etc..
En janvier 1938, des measures de compression budgetaire ayant di
etre prises, le budget de 1'Enseignement Rural fut reduit de G. 65.000.
-et ramene a G. 1.008.903.37 pour l'annee 1937-38(1), tandis
que le transfer du Service de 1'Enseignement professionnel au Dipar-
tement de l'Instruction publique faisait bineficier 1'Enseignement Ur-
bain d'une augmentation reelle ou apparent de Gdes. 15.045. On
peut en avoir une idee en comparant le budget du Service de l'En-
seignement Professionnel et celui du Departement de l'Instruction
Publique en octobre 1937 et en fivrier 1938.
En octobre 1937, le Departement de 1'Instruction Publique, qui
representait I'enseignement primaire urbain, 1'enseignement secon-
daire et 1'Ecole de Droit, avait un budget total de G. 1.949.619.80.
Le Service de l'Enseignement Professionnel Urbain avait, a la meme
6poque, un budget de G. 563.635.50. Or, apres le transfer en jan-
vier 1938 du Service de 1'Enseignement Professionnel au Departement
de l'Instruction Publique le budget de ce Departement se trouve port
a G. 2.528.300.30 (2), ce qui donne un excCdent reel ou apparent
de G. 15.045 sur les budgets reunis du Dipartement de l'Instruction
Publique et du Service de l'Enseignement Professionnel avant janvier
1938.
Le budget total du Departement de l'Agriculture est tomb6 de G.
2.010.819.97 a G. 1.904.567.97 (3).
Pour bien apprecier cette comparison, on doit tenir compete du
fait que les ecoles relevant de la Division de 1'Enseignement Rural
donnent pour la plupart un enseignement agricole et manuel qui n'est
pas donned dans les ecoles de garcons relevant du DIpartement de
l'Instruction Publique, a exception des 13 &coles professionnelles ou


(1) A cc chiffre de G. 1.008.903.48. il a ete ajoute une valour de G. 21.624.94
pour l'ouverture de 16 ecoles devant fonctionner du ler. mars au 31 juillet. en com-
pensation de la fcrmeture de quelques eccles rurales comme consequence des com-
pres;:ons.
(2) Moniteur du 13 janvier 1938. Decret-loi du 13 janvier 1938.
(3) Ibid.

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prevocationnelles, qui donnent un enseignement manuel. Cet ensei-
gnement agricole et manuel exige des instruments aratoires, des outils,
des semences, des materiaux, qui augmentent de beaucoup le cofit per
capital de l'instruction donnee dans ces ecoles. Les icoles urbaines
jouissent egalement de cet autre advantage que les enfants qui les fr6-
quentent, pour la plupart, achitent en grande parties les fournitures
classiques qui leur sont necessaires, tandis que les 6coles rurales, i de
tres rares exceptions, doivent tout fournir.
Suivant l'Expose de la Situation public en 1934, les ecoles pri-
maires relevant du Departement de 1'Instruction Publique avaient un
effectif total de 39.227 lives. Avec le transfer des ecoles d'un cer-
tain nombre de bourgs a la Division de l'Enseignement Rural en
1935, cet effectif devait tomber a 30.000 environ. Mais celui qui
est au courant du genre de statistiques employees jusqu'en janvier
1938 pour les ecoles publiques relevant du Departement de l'Instruc-
tion Publique peut sans crainte de se tromper fixer a 25.000 l'effectif
moyen de ces ecoles.
I1 resulte de la comparison de ces faits, que, en dehors du fait que
85 a 90% de la population scolaire se trouve dans les communautes
rurales, I'enseignement primaire urbain recoit plus d'argent du bud-
get de la Republique que 1'enseignement rural pour moins d'elIves
inscrits et beaucoup moins d'ecoles donnant un enseignement beau-
coup moins riche et varied.
Un autre facteur desavantagcux pour l'enseignement rural en Haiti
est I'absence d'uniti de direction et de coordination en ce qui a trait
a l'administration de toutes les icoles rurales d'Haiti. Bien que le
decret-loi du 13 octobre 1937 ait place dorenavant les ecoles privies
sous le contr6le du Service National d'Enseignement Rural, les ecoles
presbyterales, par centre, fonctionnant sous l'empire de la Convention
du 31 mars 1932, bien que theoriquement soumises au mime pro-
gramme que les ecoles nationals, sont ind6pendantes du contr6le du
Service de l'Enseignement Rural. I1 en est de mime des ecoles com-
munales, 6tablies dans certaines sections rurales par les Com-
munes. (1) Ces ecoles, don't quelques-unes ne fonctionnent pas pen-
dant toute l'annie scolaire, ne sont soumises a aucune directive p6-

S1 ) Cette etude etait deja sous press, quand une loi presented aux Chamrbres par
le Secretaire d'Etat de l'Agriculture. Mr. D. Estime. est venue heureusement placer
les ecoles communales sous le contr6le respectif des Services de l'Enseignement Rural
e: d2 l'1nsci:nement Urbain.

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dagogique, a aucune discipline ni a aucune inspection. Aucune des
municipalities d'Haiti n'a le budget ou l'importance voulue pour avoir
dans ses services une Section d'Education ayant a sa tfte quelqu'un
du metier qui s'occuperait convenablement des ecoles. Ces &coles cons-
tituent, dans la plupart des cas, des moyens de caser telle ou telle per-
sonne qui, par les petits services rendus ou par ses relations politiques
ou familiales, doit avoir un .
L'Education Rurale n'a pas pu occuper comme institution la place
qui lui revient dans le diveloppement social, iconomique et cultural
d'Haiti, parce que, pour beaucoup des membres de l'6lite qui avaient
dirige le pays et bon nombre de ceux qui aspirent a le diriger, elle est
surtout synonyme de <. L'Education Rurale en
Haiti est une vaste entreprise oi interviennent de graves problimes,
tels que ceux de l'hygiene, de l'amilioration des conditions de vie et
de production, du developpement d'une conscience et d'une culture
nationals, de 1'Ytablissement du paysan sur les terres de l'Etat et du
credit rural consid&r6 comme une function social intimement liee i
l'education.


- 28-















CONDITIONS ECONOMIQUES



POPULATION ET MIGRATION

Haiti a une population d'environ 3.000.000 d'habitants vivant
sur une superficie d'environ 28.250 km2, ce qui represente environ
106 habitants par km2, soit environ 274 habitants par mille carre.
Probablement, il n'y a dans les Amrriques que Puerto-Rico qui soit
relativement plus peupl6 qu'Haiti, avec une population estim6e a
1.663.000 habitants, vivant sur 3.400 miles carries, donnant une
density de 480 habitants par mille carre(1). En 1931, la density de
la population par mille carre 6tait de 51 pour la R6publique domini-
caine, de 89.7 pour Cuba et de 213.9 pour la Jamaique(2).
En moyenne arithmetique, il y a en Haiti environ 106 habitants
par km", mais en fait il n'en est pas ainsi, 6tant donned que la popula-
tion n'est pas uniformement distribute sur toute 1'6tendue du terri-
toire de la Republique. En dehors des regions montagneuses qui sont
moins peuplies que les planes, il y a les regions desertiques ou tres
marecageuses oi la population est insignifiante. En considerant la
question du point de vue de superficie habitable, la densit6e par km2
augmente sensiblement et en la consid6rant sous l'angle de la super-
ficie cultivable, le chiffre par km2 s'accroit davantage.
Par consequent, il est pour le moins ose de dire qu'Haiti pourrait
en developpant son agriculture, nourrir convenablement une popula-
tion deux ou trois fois plus grande. Certains pays d'Europe peuvent
supporter, par rapport a leur superficie, un grand nombre d'habitants,
parce qu'ils sont des pays industrialists, avec de grands centres urbains


(I) Pico, Raphael. Studies in the Economic Geography of Puerto-Rico.
(2) Foreign Policy Association. Problems of the New Cuba-Report of the
Commission on Cuban Affairs, 1935.


-29-










don't la population tres dense trouve a s'employer dans les usines.
Leur subsistence depend de l'industrie et non pas tant de la culture
du sol.
Dans les pays agricoles a population tris dense comme Puerto-Rico,
le problem de la population devient angoissant. Dernierement, la Le-
gislature de Puerto-Rico a df voter une loi sur le Les ricents 6venements survenus en territoire dominicain et le ra-
patriement en masse d'un grand nombre d'haitiens de Cuba rendent
necessaire l'6tude du problem de la population chez nous.
II n'existe pas encore en Haiti d'itudes ni de donnies pricises sur le
movement de population des campagnes vers les villes, particuliere-
ment les grandes villes comme Port-au-Prince et Cap-Ha'itien. Le
movement migratoire dans les campagnes memes, c'est-a-dire de sec-
tion rurale a section rurale est assez faible. Pris de 80% des families
etudices 6taient originaires des sections oiu elles habitaient prbsente-
ment. Ii semble que, dans les mornes, le movement migratoire est
encore plus restreint. Nous avons deja signals les observations des
Drs. Wilson et Mathis relativement a la frequentation des cliniques
rurales. Ils ont remarqu6, pour ce qui a trait aux regions de l'intirieur,
decider sur le point de savoir s'ils doivent aller a une Section voisine
oiu ils n'ont jamais 6t6.
En dehors de toute question de superstition, d'individualit6, de
manque de civilisation, etc., les sections ou regions rurales d'une fagon
generale n'offrent pas beaucoup plus de facilities iconomiques ou so-
ciales les unes que les autres pour crier un pareil movement. Des que
ces facilities ou l'espoir de ces facilities s'offrent, le courant s'itablit.
C'est ainsi que nous avons assisted aux grands movements d'emigra-
tion vers Cuba et la Republique dominicaine.
Dans les families etudiees 85 individus, le plus souvent le phre,
avaient 6t6 a Cuba et 30 en R6publique dominicaine. De ces 115 in-
dividus, 58 etaient propriftaires et 38 a la fois propriftaires et fer-
miers.
Le Rapport de la Commission sur les Affaires Cubaines(2) in-
dique que durant administration du President Menocal, de 1913
(1) Cette loi permet de fournir, dans certaines conditions, des renseignements sur
les methodes de < et autorise Cgalcment la sterilisation des malades et
arridres mentaux, des 6pileptiques. des degencres sexuels.
(2) Problems of the New Cuba-Report of the Commission on Cuban Affairs.
Foreign Policy Association. 1935.


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a 1921, 75.000 haitiens sont entries A Cuba. Pour les annkes subse-
quentes, le nombre des entrees lIgales a et: comme suit:
Annie Emigrants haitiens
1921 12.483
19 22 .... . .. .. 639
1923 .. 11.088
1924 ..... 21.013
1925 ............ 18.750
1926 .. ...... 12.346
1927 .......... 14.312
1928 ........... ...... 14.353
1929 ..... .... .. 4.339
1930 .. 5.126
1931 ...... 22
1932 16
19 3 3 . . . 8

Bien qu'un certain nombre d'emigrants aient 6t6 retournes en Hai-
ti, le recensement de 1931 indique qu'a Cuba il y avait 79.838 hai-
tiens.
Sur ce nombre, 30.000 ont ete rapatriis en 1936 et 1937, selon
une declaration de M. Georges Liger, Ministre des Relations Ext-
rieures, fate a New-York et rapportee dans les nouvelles de Presse. (1)
Nous n'avons pas de donnies sur l'6migration haitienne en Ripu-
blique dominicaine. MWme s'il y avait des statistiques concernant
l'entree des haitiens dans ce pays, les chiffres officials n'exprimeraient
pas la situation exacte, car le nombre des entrees illegales a dfi tre
considerable. Selon une communication faite A la Presse dominicaine
par le Gouvernement dominicain, communication rapport6e dans les
journaux haitiens(2). il existerait en R6publique dominicaine, en no-
vembre 1937 (apres le massacre d'environ 5000 haitiens et le rapa-
triement de cinq autres mille), environ 60.000 haitiens. Selon toute
probability, il existe encore beaucoup plus d'haitiens dans ce pays.
En I'absence de statistiques organis6es, il semblerait que la grande
majority des emigrants vers Cuba sortiraient surtout des regions sui-
vantes: Port-Salut, Torbeck, Plaine des Cayes, Cavaillon, Aquin,
C6tes-de-Fer, Fonds-des-Blancs, Port-de-Paix, Gonaives, Cap-Ha'i-
tien. Ceux emigrant vers la Republique dominicaine seraient origi-
naires surtout des regions du Plateau Central, du Nord et de Jacmel.
Port-de-Paix a 6t6 un centre important d'emigration vers Cuba.


(1) Interview a New-York Herald Tribune (No. du 7 Novembre 1937) rap-
portee par Haiti-Journa! du 11 Novembre 1937.
(2) Voir < Le Matin> du VcndreJi 1q Novembre 1937.










On pense g6neralement que le manque de terre est la cause du mou-
vement d'imigration vers Cuba et la Republique dominicaine. Le
Dr. Raymond Renaud, dans sa these de doctorate: cier en Haiti>, semble attribuer, selon les informations qu'il a ob-
tenues en Haiti, la cause ou plut6t I'acclkration de l'exode vers Cuba
et la Republique dominicaine a la dipossession des paysans des regions
du Nord en faveur des companies americaines. Dans sa discussion
de la question de la depossession des terres dans la region de Fort-Li-
berte et Terrier-Rouge, il dit: tiens, condamnes a errer sans abri sur un sol don't s'&tait empare quel-
que maitre stranger refuserent de mendier ou de se louer sur leur terre
natale. Ne voyant d'autre issue que dans l'exil, ils 6migrerent a St-
Domingue, la Republique voisine, ou a Cuba.> (1)
II serait bon d'avoir une &tude s6rieuse et impartiale du nombre
exact de depossessions qui ont ete perp6trees en relation avec l'&tablis-
sement de ces companies americaines. La Haitian Agricultural Cor-
poration occupe actuellement 1415 acres en culture, soit environ 472
carreaux de terre. La Haitian American Development Corporation a
en ce moment 4400 hectares en culture. (2) Ces terres, qui ont te
mises progressivement en culture, sont gen6ralement pauvres, adap-
tees a la culture de la pite et ne pouvant pas donner de rendement sa-
tisfaisant pour la production de cultures paysannes ordinaires. Il
est a noter que I'acte de constitution de la Haitian American Develop-
ment Corporation a 6t6 autorise par l'Arrete du 9 septembre 1926 (3)
et celui de la Haitian Agricultural Corporation par I'Arrt& du 9 mai
1927(4). Par consequent. I'6tablissement effectif de ccs companies
dans le Nord n'a commence que pendant 1927-28. Or, les statisti-
ques de l'entree des immigrants haitiens montrent pour l'annie 1929
un declin de 307o environ par rapport a 1928. Le nombre d'immi-
grants entries a Cuba en 1927 et 1928 etait infirieur a celui de 1924
et 1925. L'emigration a Cuba remontant mime avant 1913 et le
nombre le plus 6lev6 d'immigrants entris lgalement ayant et enre-


(1) Renaud, Raymond. Le Regime Foncier en Haiti. Les Editions Donnat,
,Montchrestien, 1934.
(2) Renseignements obtenus de la courtoisie des Compagnies.
(3) Le Moniteur du 23 septembre 1926, No. 76.
(4) Le Moniteur du 30 mai 1927. No. 43.


-32-










gistr6 en 1924 et 1925, il semble qu'on ne peut sans autres preuves
,onsiderer I'6tablissement des companies am&ricaines dans le Nord
comme la cause de l'accclCration de l'exode vers Cuba. (1
L'6tablissement de ces companies a-t-elle acceler le movement
vers la Republique dominicaine qui avait deji commence depuis long-
temps? II n'est pas possible de l'etablir en I'absence de statistiques ou
de temoignage authentique.
D'ailleurs, on doit tenir compete du fait qu'un assez grand nombre
de travailleurs ont et6 et sont encore engages par ces companies. En
1936, le nombre de travailleurs employes par la Haitian American
Development Corporation, en dehors des employes de bureau et ou-
vriers sp&cialises, &tait de 1800 et celui des travailleurs de la Haitian
Agricultural Corporation variait de 1C0 a 300 suivant les saisons. (2)
Nous 6mettons l'hypothese qu'a c6te du manque probable de terres
disponibles, le movement d'emigration des haitiens s'explique avant
tout par l'opportunit6 iconomique et social. Pendant les periodes de
prosperity, ils gagnaient de tres bons salaires, particulierement a Cuba
et les conditions genirales de milieu, de standard de vie, de r&cr4ation,
talentt meilleures que celles qu'offrent les campagnes d'Haiti.
Le paysan ha'tien transported i Cuba n'avait qu'a produire sa force
musculaire et sa tenacit6 a un travail qui lui 6tait assign. II devait
fournir surtout un rendement physique, tandis que, en Haiti, proprie-
taire ou non, il devait gagner peniblement sa vie, en mettant en branle,
non seulement sa force musculaire, mais encore les resources de son
intelligence qu'aucune education n'avait d6velopp6e. Depouillk de
toute instruction et de toutes connaissances techniques en agriculture
et en arts m6caniques; expos au paludisme, aux vers intestinaux, au
pian, a la tuberculose: prive de tout credit agricole adiquat. et avant
1925 de tout conseil technique: devant faire face au manque d'irriga-
tion, aux attaques des insects et des maladies veg&tales: soumis aux
fluctuations des prix des denries auxquelles il ne comprenait rien, la
lutte pour la production de bonnes r&coltes ou meme tout simplement
pour sa subsistence exigeait un outillage mental et technique qu'il ne
possedait pas et qu'on ne s'&tait jamais soucie de lui procurer.

(1) D'ailleurs dans Ic Sud. ou 1I'migration a Lt' tries active. il n'y a Jamas cu
de depossessions ou d'expropriations. Le Dr. I.eon affirmed qu'il connait be:ucoup
de paysans de la region des Cayes qui etaient proprieaires de terres susceptib!cs d'tre
cultivees et qui les ont abandonnies pour se rendre a Cuba.
(2) Renseignemenis ob-Len, de la courtcisic des Compagnies.


33-










D'autre part, en dehors de quatre ou cinq grande plantations
6trangires, d'une demi-douzaine de plantations haltiennes de dime'
sions moyennes, il n'existe pas a travers le pays de grandes fermes qui
pourraient employer un nombre assez respectable de travailleurs agri-
coles. Comme il n'existe pas d'industrie dans les villes pouvant faire
appel a un grand nombre de travailleurs non spicialisks recrutes A la
champagne, la question de la surpopulation devient un problime aigu.
Haiti compete 3.000.000 d'habitants pour 28.250 km2, ce qui repr6-
sente 106 habitants par km2. Si ''on tient compete des parties non
cultivables, des ravages continues de I'6rosion et du fait que 1'Imigrant
haitien n'est pas regu a l'Ftranger, on doit consider la question de
population comme une question serieuse, qui doit entrer en ligne de
compete dans l'examen du problime agricole, 6ducationnel et social
d'Haiti.
Certaines personnel ont attribui l I1'migration vers Cuba le man-
que d'augmentation ou la diminution de la production agricole dans
certaines regions du pays. Nous n'avons aucune donnee precise a ce
sujet. Toutefois, il est a remarquer que, dans les derniers temps de
1'emigration, c'etaient les hommes les plus forts et les plus sains qui
laissaient le pays, ceux qui partaient 6tant l'objet d'une selection.
Nous avons a ce sujet le timoignage du Dr. Wilson relatif A l'examen
de 6.400 emigrants: emigrants avaient au pr6alable subi un examen physique en vue de
l'elimination des sujets faibles, malades, infirmes ou trop jeunes. On
ne prit des plaques de sang que chez ceux qui 6taient autorises A partir
et selon toute apparence en bonne sant6.&

OCCUPATIONS DE LA POPULATION RURALE ET ACTIVI-
TES PENDANT LA MORTE-SAISON.
L'agriculture est naturellement l'occupation a laquelle se livre la
population rurale. Cependant, un certain nombre de paysans ont des
occupations que l'on pourrait appeler supplementaires. Seulement 91
des chefs de famille ne s'occupaient pas principalement d'agriculture.
Parmi ceux-la, 23 s'occupaient d'agriculture d'une facon secondaire et
13 se livraient a une industries agricole comme guildiverie, apiculture,
dressage de chevaux.
Les autres exerqaient les mitiers suivants: tailleurs (15), charpen-
tiers ou menuisiers (8), boutiquiers (7), masons (2), cordonniers


-34-










(2), seller (1), picheurs (6), marines (3), bouchers (3), tanneur
(I1), cabrouettier (1), guirisseur (1), graveur (1), organisateur de
gaguieres (1), charron (1), grants de fermes-icoles (2), officer
d'&tat-civil (1), fondes de pouvoir (2), greffier (1), huissier (1).
Parmi ceux don't l'occupation principal est I'agriculture, 112
avaient une occupation secondaire en exergant les metiers de tailleur,
speculateur, boucher, menuisier, charpentier, notaire (1), magicien,
houngan, Pire savane, charlatan, lecteur, pkcheur, matelassier, chef
de section, fabricant de sapates et de chaises, vannier, huissier, chauf-
feur de camion (1), orfevre, instituteur (1), contr6leur de camion
(1), chapellier, marin, magon, etc..
La presence parmi les personnel &tudihes d'un notaire, d'un gref-
tier, de fondes de pouvoir et d'huissiers s'explique du fait que les in-
vestigations ont Wte faites par des instituteurs d'ecoles don't quelques
unes 6taient situdes dans ou pres de certain bourgs.
La grande et principal occupation des femmes est egalement l'a-
griculture, plus de 60% des femmes des families etudiies s'adonnent
a ce genre d'activites et parmi celles qui se livraient a une autre forme
d'activite comme occupation principal, pris d'une quinzaine itaient
engages dans agriculture comme occupation secondaire.
Le n6goce (marchandes le long des routes, boutiquieres, vendeuses
au march, revendeuses, etc.) vient au second rang comme occupation
tant principal que secondaire. Les autres sont, par ordre: couture,
lessive, boucherie et charcuterie, boulangerie, speculation, chapellerie,
vannerie.
Avec le system d'agriculture sans irrigation qui privaut gn&rale-
ment en Haiti, il y a des p&riodes fixes de preparation des terrains et
de plantation. En dehors de ces periodes et de celles des recoltes, il
serait int&ressant de savoir ce a quoi s'occupe le paysan pendant la
morte-saison et les periodes d'inaction agricole. Les resultats de l'in-
vestigation n'ont pas &te tres pricis. 30% environ ont declare qu'ils
s'occupent de leurs jardins ou de leurs bestiaux pendant la morte-
saison. 13% s'occupent de negoce ou de m6tiers divers et 3% s'occu-
pent de gaguieres, de coupe de bois, de pkche ou s'emploient comme
journaliers. 10% ont declare franchement qu'ils ne faisaient rien ou
presque rien.
En tenant compete du fait que le paysan, en dehors des periodes de
plantation et de recolte n'est pas tris prodigue de soins a ses planta-


-35 -










tions ni a ses bestiaux, il semble qu'il jouisse pendant certaines parties
de l'annee de pas mal de loisirs. C'est un point assez important qui
merite d'etre 6tudi6 d'une fagon particuliere.

SYSTEM AGRAIRE.

Sur les 2.188.395 carreaux environ ou 7.000.000 d'acres environ
qui constituent la superficie d'Haiti, combien peuvent &tre utilis6s
d'une facon intensive pour la production de denries et de vivres ou
pour des piturages convenant a un 6levage remunerateur? De la parties
ainsi utilisable, combien est actuellement en culture? Ii n'existe pas
de donnies permettant de repondre d'une facon serieuse bien qu'ap-
proximative a ces deux questions.
Si nous admettons I'hypothcse que 55% (1) des terres d'Haiti
soient cultivables, il y a seulement un peu plus d'un tiers de carreau
de terre cultivable per capital en Haiti. En ce qui a trait au pourcen-
tage en culture, il semble peu probable que toute la superficie des terres
occupies par les paysans, soit comme propriftaires, soit comme fer-
miers soit entierement en culture. Sur les 884 families investiguies,
pres de 60% n'avaient pas toute la superficie plant6e. Toutefois,
comme il est de coutume dans les campagnes de reserver une portion
de terre pour les animaux, ces resultats de l'investigation ne consti-
tuent pas des bases assez precises d'appreciation. Personnellement,
j'ai eu a demander a un gross habitant> de l'Asile pourquoi il ache-
tait de nouvelles terres s'il ne les plantait pas, il m'a repondu que
c'6tait pour (pour faire reculer les voisins). D'au-
tre part, I'achat des terres constitute pour les paysans, non seulement
un moyen de satisfaire leur instinct d'acquisition, mais encore un pla-
cement pour leur surplus d'argent.
La superficie occupee par pros de 40% des families studies variait
de moins d'un carreau a 2 carreaux. Ce pourcentage, par rapport au
total, augmente si l'on soustrait les 89 families pour lesquelles la su-
perficie n'etait pas diterminee par suite de l'indivision des heritages ou
pour toute autre raison. Le pourcentage de ceux qui occupaient moins
d'un carreau i 3 carreaux 6tait de pres de 60%; 22% environ occu-
paient 5 carreaux ou plus.


(1) A Puerto-Rico on a estime que la superficie qui peut ftre utilise d'une facon
intensive pour la production des denrees ou le piturage reprisente 56c% de la super-
ficie total de l'Ile.


-36-









L'etendue de la superficie occupee par paysan ou famille paysanne
varie suivant les regions. Dans la region de Verrettes (Artibonite) oii
se trouvent les plantations de la Standard Fruit Co., la majority des
paysans ont moins d'un carreau de terre. Un des lots de terre plants
par la Standard Fruit, ayant une superficie de 45 carreaux, etait divis6
entire 88 proprintaires ou fermiers. Un autre champ de 20 carreaux
appartenait i 50 proprietaires ou fermiers diff6rents.(1) Dans la ri-
gion de Kenscoff, un grand paysan peut posseder 20 a 30 carreaux,
un paysan moyen 2 a 10 carreaux et un paysan plut6t pauvre moins
d'un carreau i un maximum de 2 carreaux.
Lorsqu'un paysan est proprietaire de 3. 4 ou 5 carreaux de terre
et meme parfois d'un carreau, ce n'est pas toujcurs que ces terres scient
d'un seul tenant. A c6te de I'indivision, une des caract&ristiaues de la
propritec dans les campagnes est sa dispersion en deux, trois ou quatre
endroits diffirents. Cela provient de causes diverse. L'une de ces
causes resulte d'une habitude hbritie de la colonie d'avoir. a c6t6 des
plantations de denrees telles que la canne a sucre, le coton, dans les
planes, des terres fraiches dans les montagnes reserves a la culture des
pois et des vivres alimentaires. De nos jours, cela se pratique encore;
les terres des mornes, plant&es en vivres, sont cultivees ordinairement
par le systeme de plantations en plaine. D'ailleurs, mime lorsque toutes les terre, se
trouvent en plaine, mais disperses dans des sections differentes, une
parties est cultiv&e par le system de . II arrive aussi qu'un
paysan, proprietaire d'un demi-carreau de terre, travaille en m-ime
temps comme sur la terre d'un autre situde a une certain
distance de sa propriet6. Une autre raison de cette dispersion des pro-
prietes provient du fait que I'acquisition des terres 6tant un moyen de
placement du paysan pour son surplus d'argent, il est parfois oblige
d'acqurir des terres la ou il les trouve. C'est pourquoi il est assez
rare de rencontrer des paysans grands proprietaires ayant toute leur
propriite d'un seule tenant.
Sur 11.086 fermiers de l'Etat, occupant des superficies differences
inscrites au Cadastre de l'Administration Genrale des Contributions.
8134, soit pres de 74%, occupaient 1 a 2 carreaux de terre et 9.131,


(1) Renseignements obtenus sur place des agents de la Compagnie.









soit 82% environ, occupaient de 1 a 3 carreaux. Ce pourcentage n'cst
que relatif, etant donn6 qu'il existe un grand nombre de fermiers de
l'Etat qui occupent des superficies indcterminees.
Sur les 884 families 6tudiees, environ 55C se declaraient propri-
taires et un peu plus de 20% ataient a la fois proprietaires et fermieres,
soit de 1'Etat, soit de particuliers. Parmi celles qui se d&claraient pro-
prietaires d'une superficie determinee, quelques-unes etaient en raalit6
co-proprietaires, a cause de 1'etat d'indivision de certain heritages.
qui constitute un fait assez courant dans les campagnes d'Haiti. Pres
de 20% etaient simplement ou fermieres de 1'Etat ou de
particuliers. (1)
Peut-on sur la base de ces donnies infirer que 60 a 70%0 des fa-
milles rurales sont proprietaires de tout ou d'une parties des terres
qu'elles occupent? L'incertitude se complique du faith qu'un grand
nombre de paysans qui se disent ou se croient proprietaires ne jouis-
sent que d'une proprietyte apparente, etant donned qu'un nombre
jusqu'ici inconnu ne d&tiennent pas de titres pour prouver leurs droits
et que, depuis la loi du 29 octobre 1864, il n'est pas possible de pres-
crire centre l'Etat.
L'Etat se trouve ftre le plus grand proprietaire rural en Ha'iti, mais
un proprietaire qui ignore l'6tendue de ses domaines. Dans les pays
come Cuba, Puerto-Rico particulierement, les Compagnies 6tran-
geres sont les plus grands proprietaires. D'apres les renseignements
que nous avons obtenus de peut- tre 80% des companies, sociftis
ou personnel etrangeres s'occupant d'agriculture en Haiti, ces compa-
gnies ou personnel contr6lent ou occupent pros de 8.500 carreaux de
terre en culture. Sur les 22.245 fermiers de 1'Etat Haitien inscrits sur
le Cadastre (2) de l'Administration Ginerale des Contributions, seules
les superficies occupies par 11.086 fermiers sont d&terminhes; 11.159
fermiers occupent des terres de l'Etat don't la superficie est inditer-
minee.
Certains fermiers de l'Etat trafiquent avec les terres qu'ils afferment
en sous-louant a un prix plus elev6 a d'autres paysans. Nous con-
naissons personnellement le cas d'un vieux paysan, qui connaissait

(1) Selon les renseignements obtenus par le Dr. Simpson dans la region de Plai-
sance il semblerait que 15% des paysans de cette region n'ont pas du tout de terre.
(2) Le mot Cadastre ici signifie l'inventaire des terres du Domaine de l'Etat,
comportant les noms des fermiers avec en regard les indications de situation et de con-
tenance des proprietes.


-38-










bien les terres de l'Etat de sa region. Il itait fermier regulier d'un car-
reau de terre de 1'Etat, mais trouvait moyen de sous-louer a d'autres
plus d'un carreau de terre, tout en occupant le carreau pour lequel il
payait les droits de fermage.

TABLE II(1)
No. de fermiers Superficie occupee
6.072. en carreaux.
6.07 ...... 1
2.062 2
997 3
233. 4
548 5
498 6
103 ....... 7
42.. 8
85 9
77 10
258 10 a 25
42 .. 25 a 50
30 50 a 100
39 ... plus de 100
11.159. indetermind.

La table ci-dessus se rapporte aux terres de l'Etat pour lesquelles
des droits de fermage sont pays. Elle ne signifie pas que l'Etat ne
possede pas d'autres terres. En pregnant une moyenne de trois carreaux
pour les terres affermies don't les superficies sont inditerminees, nous
pouvons dire que l'Etat a environ 68.306 carreaux de terre donnes
en fermage. Ces terrains se trouvent sirement parmi les terres cul-
tivables.
Si nous reprenons I'hypothese que 55% des terres d'Haiti sont cul-
tivables, cela signifie que des 1,203.617 carreaux de terre cultivables
d'Haiti, 1'Etat n'a que 6% environ ports sur son Cadastre, en dehors
bien entendu des terres non inventoriees et de celles occupies illegale,
ment par des particuliers.
L'arrondissement de Hinche est la region ois 1'Etat a le moins de
fermiers. I1 n'y a que 10 fermiers occupant des superficies determinees
representant un total de 21 carreaux. Toutefois 620 fermiers occu-
pent des terrains don't 1'6tendue est indeterminee.


(1) Ces renseignements, fournis par le Bureau des Contributions, repr6sentent
le total des affermages pour les arrondissements d'Aquin, du Cap-Haitien, du Borgne,
de Grande-Riviere du Nord, du Limbe, des Cayes, des Coteaux, de Fort-Liberte, du
Trou du Nord. de Valliires, de la Grande-Anse, de Tiburon, des Gonaives. de Mar-
melade, de Hinche, de Jacmel, de Saltrou, de L0ogine, de Nippes. de Port-au-Prince.
de Lascahobas, de Mirebalais, de Port-de-Paix, de M61e St.-Nicolas, de St-Marc.


-39 -










De l'Independance a nos jours, le Domaine de l'Etat haitien est
alley en diminuant par les distributions faites sous P&tion et Boyer,
l'appropriation directed par la prescription avant 1864, les concessions
conditionnelles de Salomon et, depuis 1934, par la loi sur le Bien
Rural de Famille qui abrogea la loi du 26 fivrier 1883 sur les con-
cessions conditionnelles. D'apres cette loi, toute portion du Domaine
prive de 1'Etat n'excidant pas cinq hectares propres a l'exploitation
agricole pourra &tre constitute en faveur de tout haitien qualifi6 d'a-
pres les dispositions de la loi et qui aura rempli les formalities qu'elle
prescrit, en une propri&et fonciere insaisissable, appelee Bien Rural de
Famille. I1 ne pourra 8tre constitute par l'Etat plus d'un bien rural
de famille pour une meme personnel.
De la promulgation de la loi sur le Bien Rural de Famille, c'est-
a-dire du 19 janvier 1934, au ler. septembre 1937, des concessions
ont 6t6 faites suivant le tableau ci-dessous:


Arrondissement
Aquin
Cayes
C6teaux
D:ssalines
Fort-Liberte
Gcnai'vcs
Grande-Anse
Hinchz
Jacmel
L.ogane
Marmalade
Mircbalais
M6el St-Nicolas
Nippes
Plaisance
Port-au-Prince
Port-de-Paix
St-Marc
Saltrou
ValliBres


TABLE III
Bien Rural de Famille (1)
Nombre de
beneficiaires Superficie concede
3 11 ha. 18 a.
4 9 ha. 66 a.
2 8 ha.
1 5 ha.
1 5 ha.
4 13 ha. 94 a. 69 ca.
3 6 ha. 11 a. 56 ca.
1 5 ha.
23 60 ha. 14 a. 63 ca.
12 38 ha. 91 a. 98 ca.
4 16 ha. 97 a. 96 ca.
22 50 ha. 87 a. 87 ca.
5 8 ha. 39 a. 75 ca.
1 I ha. 11 a. 72 ca.
1 5 ha.
44 174 ha. 54 a. 53 ca.
3 9 ha. 52 a. 47 ca.
26 41 ha. 84 a. 96 ca.
74 315 ha. 77 a. 77 ca.
1 4 ha. 66 a. 48 ca.


Le nombre des hectares ainsi conced&s s'dleve A 791 ha. 70 a. 37 ca.
repartis entire 235 beneficiaires, soit un peu plus de trois hectares par
bineficiaire. Dans l'arrondissement du M61e, il a 6t6 concede 8 ha.
39 a. et 75 ca. A 5 beneficiaires, representant une moyenne de moins

(1) Renseignements fournis par le Bureau des Contributions.


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de deux hectares par ben6ficiaire. La loi fixe la limited maxima de la
superficie des terres a conceder, mais ne fixe pas la limited minima. Or,
la limited minima a toute son importance, 6tant donned le caracthre so-
cial de la loi. II s'agit d'6tablir des families sur des terres qui peuvent
leur procurer une existence compatible avec un minimum de standard
de vie. La terre doit ftre assez 6tendue pour permettre, en plus de la
reserve d'une petite portion pour l'6levage de deux ou trois animaux,
la culture des vivres alimentaires et des legumes pour la consommation
courante et la production de denrees d'exportation pour procurer le
numeraire necessaire a l'achat des articles tant d'alimentation que d'ha-
billement, d'ameublement, etc., que les cultivateurs ne peuvent pas
produire eux-memes. II s'agirait de determiner quelle quantity de
terre, suivant qu'elle est arros6e ou non, pourrait assurer dans certaines
conditions donnies une subsistence a une famille paysanne hai'tienne
de 5 a 6 membres.
Le Rapport de la Commission sur les Affaires Cubaines a suggere
quelque part que les Centrales sucrieres mettent a la disposition des
travailleurs agricoles, qui ne reqoivent de salaires que pendant une
parties de l'annee, des portions de terre lounes a un prix nominal pour
la production des legumes et des vivres alimentaires n6cessaires a leur
subsistence. La Commission a estim6 qu'un maximum de 10 acres,
soit un peu plus de 3 carreaux, 6tait suffisant pour la culture des pro-
duits alimentaires n6cessaires pour une famille de six. (1)
Pour un certain type de colonisation agricole sur des terres vierges,
en vue de l'6tablissement de fermes destinies non seulement a la pro-
duction de vivres alimentaires, mais encore a la culture des denrees
d'exportation et a un peu d'elevage, la Commission a priconise des
fermes de 20 a 30 carreaux de terre.
Au Mexique, suivant les terms de la derniere revision du pro-
gramme agraire, les lots de terre a distribuer aux paysans sont sup-
poses avoir une superficie de 10 acres (un peu plus de 3 carreaux) pour
les terrains qui ont assez d'eau pour les denries ordinaires de la region
ou regoivent assez d'humiditi sous forme d'eau de pluie, et une super-
ficie de 20 acres (pres de 7 carreaux) pour les terrains non arroses ou
arroses d'une fagon inadequate. (2)

(1) Foreign Policy Association-Problems of the New Cuba, Report of the
Commission on Cuban Affairs.
(2) Dr. Cumberland. The Agrarian Background of the Six-Year Plan, 9th.
Annual Session of the Institute of Public Affairs at the University of Virginia,
July 1935.
-41-









L'Agronome en Chef du S. N. P. A. E. R., dans son rapport an-
nuel pour 1935-36, en faisant certaines considerations sur l'adminis-
tration de la loi sur le Bien Rural de Famille, a remarqui que souvent, les soumissionnaires ne resident pas sur le terrain et les abor-
nements ne figurent pas sur les soumissions comme il conviendrait;
I'agent agricole n'est done guere en measure la plupart du temps de re-
connaitre le terrain don't il est charge de faire l'inspection.> (1)
II a itC reconnu et demontr6 en maints pays don't l'economie est
similaire a la n6tre que la simple distribution de terres ne suffit pas.
La distribution des terres doit aller de pair avec l'Mducation et le credit
ou I'aide directed agricole considers comme une function social de
1'Etat.
VALEUR DES TERRES EN HAITI.
La valeur des terres varie suivant de nombreux facteurs: c'est d'a-
bord la localisation-a measure qu'on s'6loigne d'un centre de con-
sommation la valeur des terres diminue: I'6tat de culture du sol-un
terrain en culture a plus de valeur marchande qu'un terrain non cul-
tive, toutes choses egales par ailleurs: le genre de culture faite sur le
terrain-un terrain plant en cafe a plus de valeur qu'un terrain plante
en vivres; le prix des denrees sur le march local ou mondial-ainsi
actuellement une terre plantle en figue-banane Gros-Michel se vend
plus cher qu'une terre plant6e en cafe: la variWte pour une mime cul-
ture-un terrain plante en Gros-Michel a plus de valeur qu'un ter-
rain plante en figue barrique; les facilities d'irrigation-une bonne
terre irriguee ou susceptible d'etre facilement irriguee a plus de valeur
qu'une terre de mime composition mais non irriguee ou non arrosable;
les attaques des insectes-depuis l'invasion du charancon mexicain,
dans certaines regions, les terres a coton ont perdu de leur valeur.
Il y a encore d'autres facteurs que nous n'avons pas mentionnis.
Toutefois, le point que nous voulons faire ressortir en 6numerant les
facteurs est que, dans l'estimation de la valeur des terres, il y a beau-
coup de distinctions a faire et que les chiffres accepts doivent ftre pris
dans la moyenne et impliquer de grandes variations.
Pour plus de precision, les terres ont Wte divisdes en terres de plaine
et terres de montagne. Les terres de plaine et de montagne ont Wte di-
visees en terres en culture et en terres non en culture. De plus, les
terres de plaine ont Wet considr&es selon qu'elles sont arrosies ou non.

(1) L'Administration des Contributions explique que assez souvent les propri6ets
soumissionn6es ne se trouvaient pas parmi les terres arpentes.
-42-









Les renseignements que nous avons obtenus par l'intermediaire des
agronomes, inspecteurs-instructeurs et agents agricoles se rapportent
aux regions de Jacmel, Martissant, Thor, Carrefour, Petionville, Fre-
res, Kenscoff, Cayes-Jacmel et C6tes-de-Fer, dans le Departement de
l'Ouest; Petit-GoSve, Aquin, 1'Azile, Fonds-des-Negres, St.-Louis
du Sud, J&remie, dans le Departement du Sud; Port-de-Paix, St.-
Louis du Nord, Jean-Rabel, Borgne, dans le Departement du Nord-
Ouest; Port-Margot, Trou, Pilate, Plaisance, Quartier-Morin, Gran-
de-Rivikre, Plaine du Nord, Ouanaminthe et Vallieres, dans le Dipar-
tement du Nord.
En ce qui a trait aux terres en culture, les bonnes terres arrosees si-
tudes en plane valent en moyenne pour toutes les regions mentionnees
plus haut prises ensemble $145 par carreau, les terres non arros&es
$94 et les terres mediocres $39.
Les terres non en culture et situees dans les planes valent en moyen-
ne $63 le carreau pour les bonnes terres et $22 pour les terres mi-
diocres.
Les terres en culture situees en montagne valent en moyenne $95
le carreau pour les bonnes terres et $45 pour les terres midiocres.
Les terres non en culture situdes en montagne ont en moyenne une
valeur de $46 pour les bones terres et $20 pour les terres mediocres.
Aux Etats-Unis, la valeur de ce qu'on appelle <> 6tait
en moyenne de $73 par acre en 1933, pendant la depression economi-
que, soit de $219 environ le carreau. Cette valeur a augmented dcpuis
lors.

AGRICULTURE ET ELEVAGE.
L'exploitation du sol en Haiti se fait d'une facon primitive et ru-
dimentaire par le paysan. L'usage de la charrue est inconnu. La houe
et la machette sont les instruments aratoires les plus important et les
plus communs. La serpette est aussi tris employee. La bache et la
pioche sont assez repandues. Le Service d'Extension Agricole et celui
d'Enseignement Rural s'efforcent d'introduire l'usage d'instruments
plus efficaces, comme la beche, la fourche, la derapine, etc.
Le paysan ne pratique pas une rotation raisonnee des cultures.
Quand une terre est epuis&e, il la laisse se reposer pendant trois, quatre
ou cinq ans. II ignore egalement les procedes relatifs a la conservation
de la fertility et de l'humidite du sol, a la selection des semences et des
plants, a la conservation des grains, a la lutte centre les insects, etc.


-43-









L'agriculture paysanne est une agriculture de subsistence. Le sa-
lariat agricole est, d'une fagon gen.rale, inconnu dans l'economie
paysanne, qui est plut6t une economie pr&-capitaliste. Le travail de
preparation du sol et de plantation se fait par le paysan lui-meme, aide
de la main d'ceuvre familiale si le champ est petit. Autrement, il doit
recourir a l'aide de ses voisins sous forme de coumbite>. Le coum-
bite>, appel6 dans certaines regions du pays, comme le Sud, par exem-
pie, SociftG Congo>, est une sorte d'organisation cooperative de tra-
vail qui constitute un element important dans l'economie rurale
d'Haiti.
Un autre facteur qui a certainement contribute a maintenir l'agri-
culture en Haiti a un stade de subsistence consiste dans les vols fr&-
quents et non reprimes dans les campagnes. Ces vols n'invitent guire
le paysan a cultiver de plus grandes superficies et a concentrer plus
d'efforts dans le travail agricole sans etre assure de pouvoir jouir des
fruits de son labeur.
Le mauvais etat des routes interieures et des sentiers rendant dif-
ficile le transport des products constitute 6galement un handicap pour
le d6veloppement agricole.
On ne realise pas assez en Haiti l'importance de i'eau dans l'agri-
culture. II ne peut pas y avoir de developpement serieux de l'agricul-
ture sans un programme rationnel d'irrigation et de drainage. Beau-
coup de terres actuellement inutilisees pourraient etre mises en cultures
remuneratrices par l'execution de travaux d'irrigation ou de drainage.
Il resulte de notre investigation que, parmi les cultures importantes,
celles qui se faisaient par le plus grand nombre de families etaient, par
ordre: la canne a sucre, le coton, le cafe et le riz, qui 6taient cultives
respectivement par 35, 33, 29 et 25% de la population itudiee(1).
Toutefois, pour la Republique prise en entier, le cafe vient au premier
rang pour 1'exportation, le coton au second rang parmi les cultures
faites par le paysan, ainsi que l'indiquent les statistiques du Bureau
du Repr6sentant Fiscal. Le sucre export provient surtout des planta-
tions entreprises ou contr61les par la Hasco. Quelle est la superficie
plantee en chacune de ces denrees? Nous n'avons pas de donnies mime
approximatives a ce sujet.


(1) Nous n'avons pas considered ici ls cultures vivrieres (patate, banane. igname,
malanga) qui sont probablement les plus repandues.


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TABLEAU IV

Exportations par quantity et valeur-Annee 1935-1936(1)


Denree
Figue-banane
C ire .. . . . .
C acao ......... ..
Noix d'acajou .
R icin .. .. .....
C af6 . . . . ..
M ais . ..
Coton .. ..
Tourteau de coton .. ..
Peaux de cabris
M iel .. ..
Gaiac .....
Camp&che
M6lasse ...
Ananas en conserves .. .
Aananas frais
Rhum .
Pite .. ...
Sucre (brut)
Sucre raffin
Ecailles .. ..
Tous autres .


Total


Valeur
Gourdes
771.807
4.239
567.026
32.056
1.645
S. ... 29.344.792
15.626
. 7.223.409
S 511.064
413.441
.. 152.695
9.185
476.521
570.451
185
1.522
168.627
3.011.878
3.688.240
133.701
14.749
125.735

47.238.594


Quantite
Kilos
595.715 (2)
3.099
1.641.124
27.258
9.751
36.090.503
173.849
5.754.155
6.794.096
165.467
477.200
188.721
12.220.125
11.363.997
342
6.276
42.350 (3)
5.664.554
34.133.635
669.363
511


La comparison de la valeur en gourdes des different products d'ex-
portation, basee sur le tableau ci-dessus, montre que le cafe domine la
vie 6conomique de la Republique. Le cafe, en effet, represente
62.12% (4) de la valeur des products exports pour l'annLe 1935-
1936. Le coton, qui vient tout de suite apres, represente 15.29%.
Les autres products important d'exportation ne representent chacun
qu'un faible pourcentage, dans l'ordre suivant: sucre brut et raffine
8.09%, pite 6.38%, figue-banane 1.63%, cacao 1.20%. Le danger
est evident: dans les p&riodes de crise de la denree principal qui repre-
sente un si fort pourcentage du total d'exportations, le volume et la
valeur des autres products ne peuvent pas compenser les pertes.



(1) Rapport annuel du Bureau du Representan: Fiscal-Anne 1935-36.
(2) Regimes.
(3) Litres.
(4) Suivant le Rapport pour 1936-1937 qui vient de paraitre, le caf6 ne re-
presente que 52.15% en valeur du total des exportations. Cela constitute un2 ame-
lioration.


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Un rapport de la Foreign Policy Association donne, a ce point de
vue, le tableau de la situation en Republique Dominicaine pour l'an-
nie 1934.

Principaux Produits d'Exportation (1)
(1934)
Valeur % du total des
Denree Dollars exports.
Sucre et molasses 7.495.350 58.13%
Cacao .... .. ... .... 1.739.144 13.49%
Cafe .......... .............. 1.675.895 13.000%
Tabac ............ . 435.250 3.38%

Bien que le paysan ait souvent une ou deux cultures principals, il
est rare qu'il ait un seul genre de culture. Moins de 9% des families
6tudiees avaient seulement deux cultures differentes; 70% environ pro-
duisaient dans leurs jardins plus de trois cultures differentes.
Bien que le riz soit cultiv6 dans plusieurs regions de la Republique,
sa production ne suffit pas pour la consommation locale. II a &t im-
porti pendant l'ann6e 1935-36, 2.002.685 kilos de riz estimes a
G. 547.070. Cet argent aurait pu rester en Haiti ou bien servir i
l'importation d'autres articles necessaires que nous ne pouvons pas
produire, si la culture du riz en Haiti 6tait organise et intensifiee si-
rieusement.
En Republique dominicaine, selon les statistiques du Ministire de
l'Agriculture, la production domestique du riz s'est 6levie de 5000
tonnes m6triques en 1928 a 31.000 en 1934. Les importations de
riz sont tombies de 28.000 tonnes mitriques en 1928 a 9.500 en
1935. (2)
Bien qu'on n'accorde pas a 1'elevage l'attention qu'il merite, il oc-
cupe dans l'&conomie paysanne une place important. L'acquisition
des animaux constitute pour beaucoup de paysans une facon de placer
leur surplus d'argent. Ils savent que, lorsqu'ils se trouveront dans
l'embarras, ils pourront se d6faire de leurs animaux pour se procurer
le numeraire n6cessaire. Il est a se demander si ce n'est pas grice a l'ile-
vage des animaux et de la volaille qu'un certain nombre de families



(1) Foreign Policy Reports. Dictatorship in the Dominican Republic, by Ch.
A. Thomson. April 15. 1936. Vol. XII. No. 3.
(2) Ibid.


-46-









paysannes arrivent a subsister, &tant donned que beaucoup de ces fa-
milies ne vivent que sur une superficie d'un demi-carreau a un carreau
de terre, superficie trop restreinte pour procurer meme une maigre
subsistence a une famille de cinq a six membres.
Tout comme la culture du sol, I'Olevage se fait d'une faqon rudi-
mentaire dans nos campagnes. Les paysans ignorent les principles et
les pratiques de croisement, de selection, d'alimentation et les soins
appropries aux animaux. Sur ce point encore, leur education doit &tre
faite.
En considerant la serie d'especes suivantes: cheval, ine, mule, boeufs,
moutons, cabris, porcs, nous constatons que pres de 60% des 884
families etudiees avaient trois a quatre esp&ces representhes parmi les
animaux qu'elles possedaient.
Parmi ceux qui 6levaient des animaux, le plus grand nombre ele-
vaient des porcs. Vient ensuite le nombre de ceux qui possedaient des
boeufs, puis des chevaux. Ceux qui avaient des lines 6taient moins
nombreux que ceux qui possidaient des chevaux ou des cabris.
II n'y a pas de statistiques serieuses sur le nombre de chaque espece
d'animaux existant en Haiti. La plupart des investigateurs de cette
etude n'ont pas donned de chiffres precis quant au nombre d'animaux
de chaque espece par famille. Le nombre d'animaux vaccines centre le
carbon bacteridien pendant une parties de l'annee 1935-36 ne peut
pas servir de base pour un calcul approximatif, etant donned qu'au
moment de la vaccination il n'a pas 6te pris de renseignements relatifs
aux sections rurales ou communes d'origine de ces animaux, ni au
nombre d'animaux par propriftaire. Suivant le Chef de la Section
Veterinaire du S. N. P. A. E. R., les 11.300 bovins vaccines dans
1'Artibonite pendant l'annee 1935-1936 venaient surtout des regions
comprises entire St.-Marc et l'Estere, particulierement des sections de
Grande et Petite-Desdunes, Grande-Saline et l'Estire. Des 18.854
rapports vaccines dans la region de Port-au-Prince, une parties a et6
vaccinee dans la Plaine du Cul-de-Sac, une parties dans la region de
Thor. Selon le VftBrinaire du Service, a peu pres 45 % des bftes vac-
cinees dans les environs de Thor venaient du Sud (Aquin, Azile).
Haiti, pays repute essentiellement agricole, ne produit pas toute la
viande necessaire a son alimentation. Pendant I'annee 1935-36, il
a ite imports 313.873 kilos de viande, estimis a G. 422.713, aux-
quelles il faut ajouter G. 85.801, repr6sentant la valeur des animaux


-47-








vivants imports, surtout des bceufs venant pour la plupart de la R&-
publique dominicaine. Voila encore pres d'un demi-million de gour-
des qui pourraient rester en Haiti ou servir a l'importation d'autres
products utiles.

CAPITAL ETRANGER INVEST DANS L'AGRICULTURE EN
HAITI.
Nous avions voulu determiner la valeur du capital place dans l'a-
griculture par des haitiens habitant les villes ou originaires des villes
qui possedent de grandes plantations, des usines de canne ou autres.
A cet effet, des questionnaires ont ete envoys a des grands planteurs
connus, mais ces questionnaires sont malheureusement rests sans r&-
ponse.
Un autre point de notre investigation a port sur le capital etran-
ger invest dans l'agriculture et les industries agricoles. Nous avons
inclus sous la rubrique cation des huiles de coton et les usines pour la preparation du cafe,
du coton et du cacao. Malheureusement, les maisons 6trangeres qui
possedent ou dirigent ces usines n'ont pas jug6 necessaire de donner
suite a notre demand. Toutefois, toutes les personnel ou companies
etrangeres (a l'exception de deux) qui ont des capitaux investis dans
des entreprises agricoles proprement dites ont repondu d'une fagon sa-
tisfaisante a notre questionnaire.
Les sept companies ou personnel qui ont repondu et donned des
renseignements complete accusent un capital de $3.047.883.83, in-
vesti dans I'agriculture proprement dite. A ce chiffre, il faut ajouter
les capitaux places dans les usines (pite, canne a sucre), representant
une valeur de $3.897.421, donnant ainsi un total pour les planta-
tions, rfichers et usines de $6.945.304.83 en 1936.
Cinq des sept companies ou personnel representent des capitaux
americains, s'elevant A environ $6.785.304.83. Dans une table pu-
bliee dans une etude sur la region des Antilles, le chiffre de 9.000.000
de dollars est donned comme representant le montant des capitaux
americains investis directement dans l'agriculture en Haiti en
1929 (1).


(1) Wilgus, The Carribean Area.


-48 -









A cette ipoque, il y avait $18.000.000 de capitaux americains di-
rectement investis dans l'agriculture a la Jamaique, $62.000.000 en
Ripublique dominicaine et $575.000.000 a Cuba(l). La plus grande
parties du capital ambricain invest a Cuba et en Ripublique domini-
caine est appliquee a la production du sucre.
Des $6.785.304.83 representant les capitaux am&ricains investis
suivant les chiffres fournis par ceux qui ont r6pondu a notre question-
naire, la plus grande parties est employee a la production du sucre.
Selon toutes les indications, le montant total du capital stranger
invest en Haiti dans l'agriculture et les industries connexes ne doit
pas Etre superieur a 10 ou 12 millions de dollars.
CREDIT RURAL AIDE AGRICOLE AUX CULTIVATEURS.

Le probleme du credit rural est une des questions les plus serieuses
et les plus difficiles dans tous les pays. En Haiti, ce problime se trouve
encore plus compliqu6 par l'ignorance et I'analphabetisme des paysans,
I'absence de cadastre et de titres de propri6ts bien etablis, d'6tudes
serieuses des conditions rurales et I'absence de toute organisation tech-
nique agricole qui privalait jusqu'a ces derniers temps.
La seule forme de credit agricole qui ait exists en Haiti est celle des
avances faites par les maisons de commerce et les speculateurs. Ces
avances> ne sont pas toujours destinies a des travaux de plantation,
de sarclage, de construction ou d'acquisition de terres, elles sont faites
souvent a l'occasion d'un cas de maladie, de mortality. Malheureuse-
ment, le paysan fait aussi des emprunts pour organiser un <,
une < ou toute autre pratique superstitieuse.
Les renseignements donnes ici sur la pratique des avances et recueil-
lis grace au concours de M. Georges H&raux se rapportent a la region
du Nord-Ouest. Dans cette region, il n'y a pas d&'poque particulie-
re pour ces avances qui se font durant toute l'annee. Cependant le
paysan emprunte le plus souvent pendant la morte-saison, la s&che-
resse ou la disette et avant la rcolte.
L'intervalle qui spare la date des avances et la r&colte depend du
credit du paysan. Tel habitantt> obtiendra en janvier un prft rem-
boursable a la r&colte de l'annie prochaine. Tel autre n'obtiendra un
emprunt que deux ou trois mois avant la recolte.

(1) Wilgus, The Carrib:an Ar-..


-49-









Les avances, d'une fagon gindrale, ne sont pas faites directement
aux paysans par les maisons de commerce, mais plut6t aux spicula-
teurs, qui, a leur tour, pretent aux paysans. Avec la mauvaise situa-
tion des affaires et la baisse du prix des denrdes, les avances faites aux
paysans sont faibles, de 10 a 15 gourdes pour le paysan moyen. Par-
fois, ces petites avances peuvent ftre repftees en faveur de la meme per-
sonne et finissent par constituer une some de quelque importance.
Certains speculateurs, qui ont plusieurs annies dans le metier, ont de
nombreuses creances sur les paysans, representant parfois jusqu'a
2000 gourdes. (1)
Les avances, dans la region de Port-de-Paix, se font sur le cafe, le
cacao, plus particulierement, et parfois sur le riz et les pois.
En general, il n'y a pas de contract signed, puisqu'il s'agit la plupart
du temps de petites avances. Quand il s'agit d'une forte valeur, le
preteur peut exiger une garantie qui, le plus souvent, est constitute par
le dep6t d'un titre de propriftd ou une hypothique.
Le paysan, particulierement le grand habitant>, s'adresse de phre
en fils a de grands sp&culateurs ou a des commercants connus de la ville.
Ceux-ci lui rendent service pour le garder comme client. La concur-
rence entire les divers speculateurs et commercants permet a l'habi-
tant> de trouver facilement des prfts et de jouir du credit qu'il pos-
sede. D'ailleurs, quand le paysan est embarrass, il commence par
sacrifier ses bestiaux, ensuite les terres qu'il ne travaille pas, avant
d'hypothequer les terres qui le nourrissent ou les maisons qui l'abri-
tent.
En general, on n'exige pas d'interft quand il s'agit de gros clients.
Mais souvent aussi, surtout pour les petits, il est exige un intirft a un
taux usuraire. Ce sont surtout les petits spiculateurs sans capital qui
grugent le paysan. Les grands speculateurs ne le font pas ordinaire-
ment. L'argent avance se rembourse en esp&ces, comme par example
une advance de 10 gourdes pour 15 a la recolte, ou sous forme de den-
rees, 20 gourdes pour une barrique de caf6 ou un baril de riz ou un
lot de cacao. Dans ces cas, le preteur s'arrange toujours pour que l'op6-
ration lui soit profitable.


(1) Ces renseignements. comme il a fte dit. ne valent que pour la region de
Pcrt-de-Paix, dtant donned qu'il nous a ht6 rapport le cas d'un speculateur dans
l'arrondissement dr Nippes qui avait, comrne on dit (en dehors. environ G. 30.000.


-50-









Quand les affaires sont bonnes, le paysan tient tous ses engagements.
Quand elles vont mal, il fait de son mieux. En general, il use de ju-
gement et de psychologie et sait bien envers qui il doit se montrer tout-
a-fait serieux et a qui il doit manquer parole.
On connait beaucoup de cas de mauvaise foi de la part du paysan,
mais pour de petites sommes et surtout de la part de paysans misera-
bles. Cela leur est d'autant plus facile que ces operations se font le
plus souvent de gr6 a gri et sans garantie. On peut dire cependant que
le grand paysan, etabli sur une belle habitation, chef de famille, grand
travailleur, se fait un point d'honneur de tenir ses engagements.
Avec l'introduction et l'intensification de la production de la figue-
banane dans le Nord-Ouest, le systeme des avances tend a se restrein-
dre. Le paysan se libere de plus en plus du joug des speculateurs, aux-
quels il ne s'adresse que dans des cas tres rares. Dans certain centres
de speculation, il a &te observe qu'avec une abondante r6colte de figue-
banane, le paysan ne s'est pas adresse aux speculateurs pour des avan-
ces. Au contraire, il a sold& beaucoup de dettes.
Depuis la creation du Service Technique d'Agriculture, devenu en
1931 le Service National de la Production Agricole et de l'Enseigne-
ment Rural, diverse formes d'aide agricole ont te donnies au pay-
san. Cette aide a consisted d'abord en distribution gratuite de semences
et de plants et en conseils techniques pour l'extension de la culture du
caffier, du cotonnier et de la figue-banane. En outre, pour le cafeier,
une prime etait accord&e pour chaque plant mis en terre par le paysan.
A partir de 1933, une nouvelle faqon d'aider mathriellement les
paysans a 6tendre leur culture a ete adoptee. Dans une region donn&e,
des plantations sont faites chez les paysans par des equipes de jour-
naliers places sous le contr6le permanent d'un certain nombre d'a-
gents agricoles repartis par secteurs. Chaque agent ou aide-agent dirige
un secteur et dispose de plusieurs equipes de plantation composees
chacune de deux journaliers et d'un chef d'6quipe. A titre de primes
d'encouragement aux planteurs qui procedaient eux-memes au d6boi-
sement de leurs terres et contribuaient a leur plantation, des instru-
ments aratoires, houes, machettes, serpettes, pioches et haches, etaient
distributes.
Du mois d'avril a celui de septembre 1933, differentes equipes ont
plant 3.009 hectares en cotonniers selectionn8s dans les regions d'A-
quin, Azile, St-Louis du Sud, La Colline et Macean. A cet effet, il


-51 -









a Wte distribu6 2.043 houes, 3.335 machettes, 382 serpettes, 51 pio-
ches et 84 aches. Dans le Nord-Ouest et l'Artibonite (regions de
Bassin-Bleu et de Gros-Morne), il a ete plant pendant l'annhe
1933-34, 1.150 hectares en cotonnier selectionn6 et distributed 1.510
machettes, 799 houes, 364 haches, 21 serpettes.(1)
Depuis deux annees, en vue d'arriver a une amelioration de la pre-
paration du cafe, le Service de l'Extension Agricole construit dans la
plupart des regions cafeieres des glacis en magonnerie pour les paysans.
Dans certain cas, les paysans fournissent une parties des materiaux.
En vue du developpement de 1'6levage du betail, le Service a entre-
pris depuis 1925-26, dans la region de Hinche, de donner sous con-
trat des vaches aux fermiers serieux. A Damien, et dans une ou deux
autres Stations ou postes agricoles du Service, des 6leveurs aminent des
vaches et des truies pour ftre croisies avec des miles s6lectionn6s ap-
partenant au Service.
Une autre forme d'aide aux agriculteurs est I'aide financiere par
avances, qui a Wte essayee dans la region de Verrettes (Artibonite),
en vue de l'extension de la culture de la figue-banane. D'apris cette
methode, le S. N. P. A. E. R. avangait les frais de cloture, de deboi-
sement, de dessouchage, de labourage, de mise en terre, de drainage,
d'achat et de mise en terre des plants et de soins culturaux. Le plan-
teur, de son c6t6, devait contribuer a ces travaux avec ses fonds quand
il le pouvait, ou tout au moins payer de sa personnel et s'engageait a
rembourser les valeurs avanc&es, en espIces ou en nature, avec un in-
tirft de 6% et a rendre, en outre, au Service une quantity de 2 a
900 drageons par hectare plant, a livrer par moitie des drageons dis-
ponibles. Le remboursement du capital avance devait se faire par
amortissements equivalents au tiers du produit de la recolte. (2)
Ce project n'a pas constitute un succes pour diverse raisons et aussi
du fait du contract pass entire le Gouvernement et la Standard Fruit
qui lui a fait perdre de son intr&ft, etant donn6 que cette compagnie
s'est engage a faire aux planteurs des avances remboursables pour
1'6tablissement de bananeraies.
La forme d'aide directed aux paysans par plantation par equipe et
distribution d'outils, surtout si elle subit les adaptations et les amelio-


(1) Service National de la Production Agricole et de l'Enseignement Rural.
Rapport annuel 1933-34.
(2) S. N. P. A. E. R. Rapport annual 1934-35.


-52-










rations que dictera l'experience, convient peut-ftre mieux a l'dco-
nomie rudimentaire et arrierie des paysanr, malgri scs d;fectuosites
don't la principal est la question de I'entretien par les proprirtaires des
plantations faites par les equipes sous le contr6le des agents agricoles.
Toutefois, la forme d'aide financiire par avances merite d'8tre 6tu-
dike d'une fagon serieuse en vue de faciliter de grands propri&taires ru-
raux d6pourvus de capitaux et de fire retourner a la terre des propri6-
taires de biens fonciers habitant des villes. L'un des points faibles du
plan essays a Verrettes etait que les avances, soit en nature, soit cash,
etaient faites par un Service de l'Etat et remboursables a l'Etat. Etant
donn. la conception haitienne de < de la politique, il serait difficile de rentrer les fonds avances. II aurait
mieux valu voiler la main de 1'Etat par la Banque qui, bien que de-
venue propri&te de l'Etat, a conserve son caractere commercial et laisse
au gros public l'impression d'une institution priv.e.
II a ete fait mention plus haut du contract passe entire le Gouverne-
ment haitien et la Standard Fruit Co. qui lui permet de venir en aide
aux cultivateurs sous forme d'avances ou autres. Dans la region de
Verrettes, la Standard Fruit Co. possede une grande plantation de
figue-banane tablie suivant une sorte de systeme de avec
les propri&taires et fermiers de la region. Les articles suivants du con-
trat type passe entire la Standard Fruit et les proprietaires expliquent
son mecanisme:

el. Le contractant s'cngaage mettre a la dispcsition dc la companies. cn vuc de
la culture de la figue-banane. la propriete ci-dessus designee aux conditions ci-apres
determines.
K2. [.a compagnie s'engage a mettre en parfait Ctat de culture routes ls parties
de la dite propri&te qui seront d'un commun accord reconnucs propres a la culture
de la figue-banane. A cet effect. elle s'occupera de preparer la terre, la labourer. la
planter et l'irriguer.
e3. Les frais de mise en culture geniralement quelconques. ainsi que la taxes pre-
vue A l'article 13 du contract passe entire la Standard Fruit and Steamship Co. et le
Gouvernement Haitjen le 25 fevrier 1935. les frais de coupe et de transport sont a
la charge de la compagnie.
c4. La compagnie paiera au contractant la some de $0.015 (un centime et de-
mi de dollar) par chaque regime standard r&oltd.
65. La plantation, une fois etablie, sera confine a la surveillance et aux soins du
contractant. lequel s'engage a maintenir a ses frais les cultures on parfait etat. A ceet
effect. le contractant veillera a ce que la plantation soit regulierement et convenable-


-53-











ment arrosee et sarclee. II surveillera les plants et devra signaler immediatement a la
compagnie toute circonstance qu'il estimera de nature a entraver le developpement
normal de !a plantation. le tout sous le contrble de la compagnie.
<6. En rimundration de ses peines et soins et pour couvrir les frais necessites par
sa surveillance. le contractant recevra de la compagnie. independamment de celle fixee
a l'article 4. la some de $0.125 (douze centimes et demi de dollar) par regime
standard recolte.
(<7. Dans le cas oil le contractant manquerait a son obligation de surveillance.
telle qu'elle est determinee A l'article 5. la compagnie se reserve le droit de prendre
cette surveillance a sa charge. Dans ce cas. le contractant perdra son droit a l'indem-
niti prevue a I'article 6.
e<8. Le standard prevu au present contract est et demeure fixed, pendant toute la
duree des presentes. ainsi qu'il suit:
Le regime standard doit avoir neuf pattes au moins.
Le regime de huit pattes est consider conlme 3, de regime.
Le regime de sept pattes est consider comme V2 regime.
Le regime de six pattes est considered comme !. de regime.
La patte infirieure de chaque regime doit comporter onze fruits au moins.
Au-dessous de six pattes. les regimes n'entrent pas en ligne de compete et pourront
etre laisses par la compagnie au contractant. Dans les paiements prevus aux articles
4 et 6 ci-dessus. les prix sont calculus en tenant com.pte du tableau etabli dans le
present article.
<9. Au cas ou. par suite de circonstance im'prvue, la recolte resterait au-dessous
du standard. les parties, d'un commun accord, aviseraient aux moyens de l'6couler
sur le march int6rieur pour couvrir les frais qu'aura necessitis la plantation.>

Ce contract present des avantages et des desavantages pour le pro-
priftaire. Dans le plateau des disavantages, il faut mettre le prix r&-
duit d'un centime et demi de dollar, soit sept centimes et demi de gour-
des par regime standard de neuf pattes. Cette valeur semble insuffi-
sante, non seulement en elle-meme, mais encore pour couvrir les ris-
ques de production en ce qui a trait aux regimes n'ayant pas le nom-
bre de pattes necessaires. La Compagnie, par l'aide de ses experts, choi-
sit les terres propres a la culture de la figue-banane, determine les me-
thodes de culture. Or, en cas de non reussite dans la production de
regimes standards, le paysan n'a pas la chance de toucher grand chose.
Toutefois, le contract pr6sente des avantages. D'abord, ces terres,
sans I'irrigation fournie par la Compagnie, ne pourraient pas produire
commercialement de la figue. Ensuite, ces terres sont ameliorees par le
drainage et les soins culturaux aux frais de la Compagnie. Troisieme-
ment, les paysans trouvent un march tout prit, les figures sont ache-
tees en plein champ et transportees par la Compagnie. Du point de


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vue agricole et educationnel, le paysan etant oblige de fournir les
soins culturaux sous le contr6le de la Compagnie, acquiert une cer-
taine technique agricole. Finalement, il trouve a s'employer avec sa-
laire sur sa propre terre. Ce dernier point rend le contract plus int&-
ressant pour le paysan moyen qui travaille sa terre lui-meme et avec
le concours d'une main-d'ceuvre familiale.
Il serait bon que, dans les regions oil ce systime de contract est en
vigueur, 'lEtat, avec I'aide de la Compagnie, entreprenne une vigou-
reuse action d'education des adults, pour les aider i organiser autour
de leurs maisons d'habitation de bonnes plantations de vivres alimen-
taires, comme riz, pois, manioc, des arbres fruitiers, etc., tant pour
l'alimentation de la famille que pour le march interieur, de faqon que
le cash provenant de la Compagnie pour la culture de la figue-banane
serve a acheter les articles que les paysans ne peuvent pas produire pour
leur alimentation et a l'amelioration de leurs conditions de vie. Cette
education devrait s'occuper de leur enseigner et de leur procurer de
nouveaux moyens de recreation, afin de les oloigner non seulement des
pratiques superstitieuses, mais encore des <, qui drainent une
parties assez considerable des revenues de ces paysans.

EPARGNE.

L'economie paysanne 6tant surtout une economie de subsistence,
il n'y a guere de possibilities d'6pargne pour la majority. Toutefois,
un certain nombre de paysans (en dehors des gros paysans) arrivent
a force de restrictions a posseder ce qu'on pourrait appeler un de numeraire>, apres s'ktre procure le strict necessaire en vetement, ta-
bac, allumettes et quelques products alimentaires imports. Ce surplus
sert a l'acquisition de terres et d'animaux qui peuvent etre vendus
dans les mauvais jours.
Toutefois, surtout parmi les grosos paysans>>, il y en a qui disposent
de reserves en esp&ces. Quelques-uns garden cet argent dans les malles,
d'autres le d&posent chez de grands spiculateurs ou de grands com-
mera.nts de leurs amis dans les villes. De tres rares le laissent en dep6t
chez des notaires.


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CONCLUSION



Une etude de ce genre est naturellement incomplete, nous espirons
qu'elle aura le merite de stimuler d'autres etudes plus approfondies
des divers aspects de notre probleme rural.
II est absolument necessaire que les hommes de l'Flite haitienne sor-
tent des livres d'histoire, de littirature ou de politique 6trangere pour
regarder en face la realite haitienne.
La reality haYtienne se trouve dans la masse rurale, tout comme ac-
tuellement l'ioconmie haYtienne se confond avec 1'6conomie paysanne.
C'est une reality don't nous ne pouvons pas nous evader. Au lieu de
former nos yeux et de continue a nous complaire dans la satisfaction
beate d'une culture desuete, artificielle, etrangere et sterile, ayons le
courage de considerer les choses telles qu'elles sont et de ne pas nous
leurrer de mots creux.
II n'existe aucun example d'un movement contemporain de re-
construction national qui ne soit base sur 1'education de la masse.
Le Dr. Ramon Beteta, discutant du programme 6ducationnel et
social du gouvernement Mexicain, dit: important facteurs de notre systime d'education, tant par leur nom-
bre que par le but qui les inspire.>
< vernement, accord une attention splciale au problIme d'education et
prevoit que pas moins de 16% du budget annuel du Gouvernement
Federal doivent ktre consacres a l'education. Le Plan prevoit une aug-
mentation graduelle du budget de 1'education jusqu'a ce qu'il at-
teigne en 1939 la proportion de 20% du budget federal. Plus con-
cretement, le Plan exige la creation de 11.000 nouvelles &coles rurales,
en plus des 1000 6tablies en 1934, premiere annie de l'exicution du


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Plan, ce qui donnera un chiffre total de 20.000 icoles rurales pour la
Republique.> (1)
Le probleme d'iducation rurale en Haiti n'est pas seulement une
question de quantity d'ecoles, mais de quality et de contenu de 1'en-
seignement, conformement a un plan comprehensif de reconstruction
rurale, impliquant l'hygiene, l'extension agricole, l'irrigation, l'or-
ganisation et la consolidation du systime agraire, le credit rural et
l'aide directed aux paysans, qui sont a la fois complementaires a l'6du-
cation et parties integrante de cette education.
Le budget du Service d'Agriculture, de celui de 1'Enseignement Ru-
ral et du Service d'Hygiine devraient etre augments, grace a la sup-
pression des sinecures et a une revaluation de l'importance des divers
Services de l'Etat.
Au lieu de considerer le Service de la Production Agricole et de 1'En-
seignement Rural comme un luxe pour la R6publique et de rep6ter
bWtement une phrase, qui a peut-&tre pu faire rire les badauds, mais
que son auteur lui-meme n'avait jamais prise au serieux, A savoir que
, tout ce
qu'il y a d'honnetes gens parmi notre blite devrait accorder a ce Ser-
vice sa sollicitude, son respect et son appui. Ce qu'il faut detruire,
c'est cette culture borne, superficielle, 6goiste, artificielle et preten-
tieuse, qui est plus dispose a accepter les boutades que les jugements
serieux.
On ne peut pas, comme certain le pensent, considerer separement un
plan qui ne viserait que l'extension agricole ou l'enseignement rural,
ou la distribution des terres, ou l'hygiine, ou l'irrigation, ou le credit
rural, car ce sont tous li les differents aspects d'un meme problkme.
Par consequent, ce qu'il faut c'est la formulation, apres une etude se-
rieuse et d'honnetes &changes de vue, d'un plan g6enral de truction Rurale>. Au centre de ce plan doivent etre l'6ducation rurale
et la production agricole.



(1) Beteta, Dr. Ramon. Program educational y social del gobierno Mexicano.
Ninth Annual seminary of the Institute of Public Affairs at the University of Vir-
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