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HIDE
 Front Cover
 Front Matter
 Title Page
 Preface
 La révolte des Esclaves
 En marche verse l'Indépendance
 Boisrond Tonnerre
 Le Président Boyer et l'Empereur...
 Comment exprimer notre reconnaissance...
 Pièces justificatives
 Cent ans après
 La nouvelle Orientation Politi...
 Table of Contents






Group Title: Le président Boyer et l'empereur de Russie Alexandre Ier. : (Une mission diplomatique a` Saint-Pétersbourg en 1821.).
Title: Le président Boyer et l'empereur de Russie Alexandre Ier
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 Material Information
Title: Le président Boyer et l'empereur de Russie Alexandre Ier (Une mission diplomatique à Saint-Pétersbourg en 1821.)
Physical Description: 51 p., 1 l. : ; 21 cm.
Language: French
Creator: Elie, Louis E
Publisher: Imprimerie du Collège Vertières
Place of Publication: Port-au-Prince Haïti
Publication Date: 1942?
 Subjects
Subject: History -- Haiti -- 1804-1844   ( lcsh )
Foreign relations -- Haiti -- Soviet Union   ( lcsh )
Foreign relations -- Soviet Union -- Haiti   ( lcsh )
Genre: non-fiction   ( marcgt )
Spatial Coverage: Haiti
 Notes
General Note: Introductory letter dated 1942.
 Record Information
Bibliographic ID: UF00077045
Volume ID: VID00001
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: oclc - 01889164
lccn - 43014543

Table of Contents
    Front Cover
        Front Cover
    Front Matter
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    Title Page
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    Preface
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    La révolte des Esclaves
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    En marche verse l'Indépendance
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    Boisrond Tonnerre
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    Le Président Boyer et l'Empereur de Russie Alexandre ler
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    Comment exprimer notre reconnaissance enverse la Russie?
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    Pièces justificatives
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    Cent ans après
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    La nouvelle Orientation Politique
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    Table of Contents
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Full Text

.5 2


LOUIS E. ELIE

pORI1 -, :


Le President Boyer

et

l'Empereur de Russie


Alexandre ler.


(Une
a


Mission diplomatique
Saint-Petersbourg
en 1821.)


Imprimerie du College Vertiares
Port-au-Prince, Haiti.
Prix : G. 2.50
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LOUIS E. ELIE



e President Boyer
et

l'Empereur de Russie

Alexandre ler.

(Une Mission diplomatique
& Saint-Petersbourg
en 1821.)




Imprimerie du Collge Vertieres
Port-au-Prince, Haiti.
Prix : G. 2.50











Port-au-Prince. le 30 Mars 1942


Son Excellence
Monsieur Elie LESCOT,
President d'Haiti.
Palais National.


Monsieur le President,

Les documents inedzts ou devenus trWs rares qui constituent
le fond de cette etude serviront peut-6tre, unjour, d l'examen
de divers problemes .

Et parce que vous avez l'esprit politique tris lucide et tris
clair, tout me fait espgrer que ce petit ouvrage peut aider
a preciser l'dtat actuel et l'avenir probable de certaines ques-
tions 6conomiques.

Je vous l'offre avec plaisir, Monfieur le President ; accepted
en la dedicace comme un hommage a vos qualitds de decision
' et de virility.
Jai l'espoir qu'il ne sera pas trop indigne d'un si grand
parrain.

Veuillez agrger, Monsienr le President, I'expressio n de ma
respectueuse gratitude.


Louis E. ELIE.











La Revolte des Esclaves


AprBs I'assassinat de Vincent Oge. les blanchelandistes, au
tant que les grands planteurs exercrent les plus abominables
cruaut6s sur les gens de couleur revolt6s centre le gourverne-
ment. Ils poursuivirentde leurhaine les infortunds esclaves
qui, ponr avoir 6eoute les mulAtres qui s'6taient engages A
conqu6rir pour eux des droits a la liberty, les avaient sui-
vis un peu partout, a la Gde Riviere du Nord, au Dondon
A Saint Raphael etc.
Les blanchelandistes arraterent de nombreux esclaves dans
les mornes du Cap et ailleurs; ces malheureux furent conduits
dans la savane de la Fossette; 14 on les obligea a creuser
d'immenses fosses pouvant contenir plus de vingt cadavres,
ensuite on les fusilla tous A bout portant.
Ces monstruosit6s jeterent naturellement la consternation
dans les ateliers, I'esprit de rdvolte y passa comme une
trombe, d6chatnant la colere partout. Boukmann incarnera
le people en r6volte; il 6tonnera Saint Domingue par sa voix
formidable et sa haine explosive. Hideux, terrible, il se
baignera dans le sang comme le dragon dans la flamme. Et
I'on verra autour de lui cent mille esclaves, hagards, farou-
ches, mais grands comme la vengeance. Oui, les esclaves
se leveront a leur tour pour demanderleur part de jouissaces
et de liberty; leur revendication sera terrible. Car pour con-
qu6rir des droits de citoyen, pour avoir une personnalit6
d'homme, ils transformeront Saint Domingue en une
terre d'6pouvante otI le massacre, I'incendie, I'effroi de la
mort d6racineront jusqu'au souvenir de l'esclavage.
ooo
On sait, par tous les vieux documents du temps, que les
esclaves dtaient a peine consid6r6s comme home. puisque
tout leur 6tait interdit, a part l'horrible corvee de travailler
jour et nuit. Les distinctions les plus atroces les condam-
naient A l'dtat de victims 6ternelles sans qu'ils eussent rien









fait cependant pour m6riter le sort qui les accablait. Leur
crime, leur seul crime fut d'avoir vu le jour sous le ciel mau-
dit de 1'Afrique. Or ce n'dtait pas l1 assur6ment une raison
pour justifier les odieuses persecutions don't ils furent acca-
blds,de la naissance A la mort. Apres avoir 6te refoules dans
leur pays d'origine par des tribus plus fortes, le hasard de
la guerre les faisait 6chouer sur d'autres terres oil recom-
menqait le ,mame calvaire. Comment s'6tonner alors qu'ils
aient conserves & St Domingue leurs moeurs incultes et leur
grossibre ind6pendance. A Port au Prince, au Cap, A Jac-
mel, partout, leur vie se passait dans l'attente de la guerre.
Soupqonneux et toujours d6fiants contre les blancs, ils atten
daient cette guerre, elle leur 6tait necessaire, elle seule
pouvait briser leurs carcans et' leurs chaines.
En se revoltant centre la M6tropole, les grands planters
donnerent assur6ment un example assez dangereux aux es-
claves; ils 6tablirent un precedent qui devait leur porter
malheur,
"Pourquoi n'imiterai-je pas le maltre qui refuse d'obeir
aux lois de son pays dira l'eselave courb6 sous le baton;
pourquoi continue A souffrir les abominables cruautes d'un
blanc qui ne veut pas se soumettre lui-m8me aux ordres de
ceux A qui il a toujours obdi ? Le monde a done change ? "
Ainsi, sous l'influence de son frere mulatre qui Blargira
son esprit en faisant 6clater les ferments de revolte seculai-
rement accumules dans son coeur, I'esclave sera rebelle.
Les mulAtres se font les missionnaires de la revolte"
avons-nous lu dans les Lundis Revolutionnaires.
Ils parcouraient, en effet, les ateliers, excitant les noirs
et leur faisant entrevoir cette terre promise de la liberty
apres laquelle ils soupirent depuis leur naissance, malgr6
l'abrutissement sous lequel on les a places.
On a toujours dit que les societes de danse : Vaudou, con-
go, petro etc. servaient A St-Domingue pour propager les
idees de liberty.
Le fait est vrai, il est du reste d'accord avec la psycholo-
gie social des africains.









Les negres, pas tous dvidemment, ne s'engagent jamais
dans une affaire politique ou commercial, sans consulter
leurs loas; il leur faut les ceremonies grotesques, inqui6tan-
tes, sinistres memes; il leur faut le language incomprehen-
sible et bizarre du papa-loa; autrement ils sont pleins de
mefiance et de mepris; et c'est pour cela que le Vaudou a
plus d'adorateurs en Haiti que le Christ. Malheureusement.
Ainsi, c'dtait pour se conformer a des habitudes anciennes,
et pour autre chose aussi que les esclaves domestiques s'W-
taient reunis clandestinement au bois Caiman (tout pres de
l'Acul du Nord) la nuit du 23 au 24 Aofit 1791.
A la lueur des torches, ils organisere^ leur premiere as-
semblde politique au sommet j e ~ omine une
vaste plaine. Autour dew Ikn tgila foule innom-
brable des esclaves -ean q Oletelevait un amas de fu-
sils, de pics dur -u; de haches et de coutelas.
Le group 6tait immobile; on aurait pu le prendre pour
un ensemble de corps p6trifies, Mais non, les yeux 6tince-
laient sur ces visages noirs et l'on sentait venir les gestes
barbares.
Tous ces corps admirablement muscles attendaient I'ordre
du Chef pour agir et pour punir, Oui les brutes h6roiques
dtaient l prates A se lancer sur les champs de bataille, sans
organisation, demi-nus, farouches, hostiles aux blanks jus-
qu'A la sauvagerie. Un orage dpouvantable dclate ce jour 1&,
pur effet du hasard assur6ment. (1) "
"Ce fut au bruit du tonnerre et A la lueur des eclairs,
dit Schoelcher, que nos premiers independants firent le so-
lennel serment de vivre libres ou de mourir. Les coups d'o-
rage ont di vivement impressionner ces hommes fanatiques
qui virent la assur6ment une preuve de l'intervention de
leurs dieux "
Boukmann que l'on considdrait comme sorcier parcequ'il
avait la plus grande influence sur les ateliers, invoque les
S dieux africains, il chante en illumin6 qui croit A la puissan-
ce surnaturelle des ancetres :

(1) D'ailleurs l'Pt6 sous les tropiques est fertile en orages imp6.
tueux autant que soudains.









Bon did qui fait soleil qui clair6 nous,
Qui souleve lan mer,
Qui fait grond6 l'orage; et que zott tout tand6.
Bon did l6 cach6 lan nuage.
Et 1~, la p6 gadd nous.
Li ouais tout Ca blancs ap fait.
Bon did blancs mande crimes
Pou tout bienfaits nous faits yo.

Bon di6 pa nous mand4 vengeance.
Li va conduit iras p 'us;
Li va bannou courage;
Li va assist nous.
Jete portrait bon Dieu blancs,
Car li fait d'lo couri lang6 nous.
Coutd la liberty
Qui parle nan coeur nous.

Apres cette priere ou plutot apres cette invocation, Bouk"
mann fit jurer aux esclaves de se venger de toutes leurs
annees de souffrance, d'6gorger leurs bourreaux impitoya-
blement et jusqu'Au dernier,

Deux cents usines A sucre et six cents plantations de ca-
fe furent detruites par les esclaves revolts. Cinq cents
millions de livres tournois disparurent dans les flammes; et
sur tant de ruines accumulees on entassa les cadavres des
colons massacres.
Malgrd ces 6pouvantables repr6sailles, on vit de
nombreux esclaves, au risque d'etre abattuscomme trai-
tres par les chefs de l'insurrection, se devouer pour sauver
les colons qui avaient etd bons pour eux. Aprds avoir con-
duit ceux-ci a bord des navires mouill6s de ci de IA dans la
rade du Cap et ailleurs, ces esclaves revenaient se placer
sous les ordres de leurs chefs.









Ces heros avaient du respect pour les chefs et ce respect sera
inalterable, malgre les allures violentes d'un Boukmann,
malgre les instincts de domination d'un Jeannot ou d'un
Candy.
Ces esclaves etaient capable d'aller au meurtre, au vol,
au mensonge pour rendre hommage A la supdriorit6 des chefs
qu'ils avaient eux-memes choisis; et quand le chef se nom-
mera Louverture, Dessalines, Capois-la-Mort, leur respect
prendra la forme d'un culte. Le sauvage d'hier ira jusqu'aux
dernieres limits du sacrifice pour voir grandir son chef,
quite A 6tre d6vord plus tard par le dominated n choix
Les blancs, revenues de leur epo te V rent fiXr
garde national qui futencadree da'te' trout krguihres;
ensuite, on march contre ivoptb qtui furent d6faits
dans des batailles souvent t-san anglantes.
Les colons victorieux allrent au d6la de la vengeance
qu'avaient exercee les esclaves durant la revolte; ils depas-
serent les cruautes des noirs. Trois echafauds furent dres-
ses sur la place d'armes du Cap, et l'on plant au coin de
presque toutes les rues les totes des principaux chefs de I'in-
surrection.
Tous les chemins etaient bordds de pics au bout desquels
grimacaient des totes d'esclaves, avoue le pbre Constantin
de Luxembourg, prefet apostolique des capucins du Nord.
"Quinze potences et trois roues servaient aux ex6cutions
presquejournalieres des insurg6s faits prisonniers...
"J'ai conduit comme Ministre de la Religion tous les au-
teurs de la Revolution au supplice"
Le pere Constantin affirme aussi dans une lettre date
du 9 Avril 1799, qu'il adressa A l'Abbe Gregoire, avoir connu
Toussaint, negre esclave a l'Hopital des pbres de la Charit6
ot il me servait a table quand j'y allais diner"
"Quand les echafauds et les potences 6tajent occup6s, on
attachait les esclaves revoltes sur des 6chelles et on les fusil-
lait A bout portant. On les fusillait aussi dans les bois."
Des millies d'esclaves se refugibrent au coeur des forts
d'od ils devaient revenir, peu de temps apres, pour venger
leurs frbres sacrifice.








Le terrible Boukmann sera tu6 tout au debut de l'insur-
rection et sa t6te placee au bout d'une pique que l'on plan-
tera sur la place d'armes du Cap, avec cet ceriteau : Titede
Boukmann, Chef des rdvolt6s"
Mais cette tWte conservera la plus tragique expression; les
yeux grands ouverts du chef redoutable semblaient encore
ordonner aux r6voltks le signal du massacre et la continua-
tion des forfaits.
En effet, on verra, comme une troupe de lions et de tigres
alters de sang, des milliers d'autres esclaves, repartis par
pelotons, se jeter sur les colons sans m6fiance. Biassou,
chef supreme de l'insurrection, sera A leur tte. II a fait I'6pou
vantable serment d'egorger tous les blancs,
La plaine du Nord ne sera dclair6e le soir que par la flam.
me qui sortira des usines embras6es.
,Durant des jours, on n'entendra que le rugissement des
fauves, que des chants de guerre d6moniaques qui front
brandir les carabines comme des 6tendards. Car c'6tait le
d61ire collectif, I'hypnose guerriore, la dmence desesp6ree
qui s'etaient empar6s de cent mille homes.
Toutes les tribus s'6taient reconcilides pour defier le colon
sanguinaire. La formidable voix des ancetres semblait sor-
tir de terre, les cadavres aussi, avec leurs blessures et leurs
mutilations, pour former la conscience h6roique des esclaves
et lancer les ateliers A l'assaut des habitations i, Tous-
saint sortira del'ombre. AprBs le d6dain le plus meprisant,
apres la souffrance dans la boue, Toussaint sortira
de sa caverne de fauve, et ce sera, de 1791 A 1802, une existen
ce prodigieuse. fulgurante, faite d'6pop6es et de triomphes.
La volont6 d'un homme allait triompher du hasard des cho-
ses. Avec Toussaint, c'est la march triomphale vers l'ind6-
pendance. C'est la foule hurlante des braves se profilant
dans les hauteurs de la Crete & Pierrot, carabine au poing.
C'est aussi la longue file des heroines de 1802 se mouvant
dans la plaine de l'Artibonite ou dans les hautes herbes de
Vallieres ou du Mont Organise, la houe a la main, pour nour
rir et fortifier les cent mille combattantf de 1803.







II

Et si Dessalines raalisa son oeuvre prodigieuse, comme
vient de 1'6crire Placide David, c'est qu'il avait en main
l'arm6e noire de St Domingue, cet outil patiemment forge
par Toussaint."
Louis E. ELIE










En Marche vers
l'Independance

Le colon sanguinaire a fait travailler l'esclave toute sa
vie, sans presque le nourrir, Et I'esclave a pleur .. Et
ses larmes ont could tristement sur le bord de ses cils. Le
chagrin a pen6tr6 jusqu'au fond de son Ame, car il n'a ja-
mais recu une caresse, un mot aimable, ni un sourire, ni
une joie de qui que ce soit ....
Un ecrivain russe de grand talent : Vladimir Korolenko
a fait un tableau saisissant de la vie d'un paysan sib6rien,
dans un conte celbre qui a pour titre : Le rave de Makar;
je ne connais pas, en v6rite, de protestation plus vdhemente
contre le pouvoir et la richesse. Le paysan de Korolenko
est sombre, il a les yeux ternes, et ses habits sont dechires.
Ses bourreaux ont le regard clair, car ils se lavent avec des
parfums chaque jour; ils n'ont jamais verse autant de lar-
mes que ce malheureux ..
Ce paysan etait pourtant n6 avec un regard clair pouvant
reflechir le ciel et la terre, comme les autres hommes. II
etait n6 avec un coeur pret A s'ouvrir A tout ce qu'il y a de
beau au monde. Mais il arriva un jour oh ce malheureux ne
sut qu'une chose, c'est que la patience 6tait 6puisee dans
son coeur. II arriva un jour que son esprit, tout rempli d'un
desespoir aveugle, ne voulut plus supporter son horrible far-
deau; une dtoile avait brill6 devant lui: l'esperance. Alors,
la colkre se dechaina dans son Ame; come latempete dans
une nuit sombre, elle 6clata furieusement, et ce fut le salut.
En 1802, c'est le meme rave heroique et brutal que l'on-
trouve dans le coeur des esclaves de Saint-Domingue. Le
terrible Dessalines a lance les mots d'ordre sanguinaires et
triomphants : Coupez tetes : boulez cailles : Libertg ou la
Mort! "
Des lors les villes haItiennes flambbrent comme des tor-
ches. De 1802 A 1803, on vit d6ferler des mers de feu par-
tout, comme A Moscou, dix ans plus tard.









Saint Domingue devint un immense brasier. Les vents fu-
rieux des tropiques soulevaient des tourbillons de flamme
qui montaient sinistrement dans l'air et retombaient sur le
sol en cascades d'6tincelles. De tous c6tts, on ne voyait que
d'enormes tisons s'abattant sur les maisons coloniales qui
brasillaient. A Port-au-Prince, au Cap, aux Gonaives, A
Saint Marc, partout, on n'entendait que l'ecroulement des
murailles, 1'dclatement des balles et le sinistre sifflement
des tourbillons de feu. Fracas horrible, epouvantable,
qu'augmentait la formidable detonation des canons. Et Des-
salines, au milieu de cet enfer, dtait debout, grand comme
la Vengeance. Cent mille guerriers en haillons le suivaient.
LibertU ou la Mort!
XXX
Le 18 Novembre 1803, le g6enral en Chef de l'Arm4e In-
digene s'engage dans une manoeuvre desespdree pour rom-
pre le front ennemi et culbuter Rochambeau definitive
ment. II faut qu'il s'empare du Cap, supreme retraite de
I'armee francaise.
Ses soldats sont affames, hallucinds meme apres des mois
de combats et de marches penibles. Leur passage A travers
les villes d6ej conquises : Port-au-Prince, Mirebalais,Saint-
Marc, Gonaives, etc, est marqu6 par des tAches de sang
que laissent aux pierres de la route, leurs pieds blesses. Les
visages sont gris de poussiere et de boue dess6ch6e. Pour
toute nourriture: un dpis de mais par soldat. Mais ces lut-
teurs en haillons sont prets au supreme sacrifice de la vie:
ils sont prets A I'assaut, car il s'agit pour eux de montrer
aux haltiens A naitre la measure deleur devouement la cau-
se national de l'Ind6pendance. Hommes nouveaux surgis
dans une tempete revolutionnaire, ils sont prets a faire 6cla-
ter devant l'ennemi leur 6ternel et tenace besoin de liberty.
Liherta ou la Mort!
Dessalines reconnait que, pour affaiblir et d6moraliser
I 'arm6e de Rochambeau, il lui faut transformer la guerre
en epouvantable terreur. Il se rend compete qu'il lui faut
constammert maintenir son armde par la parole et par l'ac-
tion, sur le plan infernal. La forme la plus efficace de faire









la guerre, selon lui, c'6tait de la rendre aussi effroyable que
possible. Coupez tdtes, boulez cailles "
Le 18 Novembre 1803, Dessalines, A la tkte de 15,000
hommes, fait attaquer les forts et les blockhaus qui defen-
dent le Cap, derniere place forte occupee par les francais.
Je veux, s'6crie le general en Chef, que le drapeau in-
digene flotte sur le butte de Vertieres, duss&-je voir dispa-
raitre numero par num6ro tous les bataillons. "
"Grenadiers, A l'assaut s'ecrie A son tour Capois la
Mort. Qa qui mourri zaffair A yo. Lan point manman, lan
point papa. Grenadierrs, A l'assaut "
Et Capois s'dlance contreVertieres. II 6cume de rage. La
mitraille dcrase ses soldats en march. Mais il ajur de cul-
buter la garde national du Cap et les regiments de ligne
qui defendent le fort. Un boulet reverse son cheval. Tout
couvert de poussiere, il se relive, le sabre A la main et con-
tinue sa march victorieuse sous les triomphales acclama-
tions des soldats francais 6tonn6s. Les obus 6clatent autour
de lui, les balles sifflent partout, et Capois, de sa terrible
voix de fauve, s'6crie toujours : Grenadiers A l'assaut. "
C'dtait la foudre sur le champ de bataille. Et c'etait aussi
la victoire, car trois siecles d'esclavage finissaient IA !
Le coup de tonnerre de Vertibres avait sauv6 le pays.
AprBs la charge h6roique des grenadiers de Capois, Rocham-
beau sentit que la valeur et le d6vouement des soldats fran-
cais ne pouvaient plus rien accomplir de grand A Saint-Do-
mingue. Et pour eviter le sacrifice inutile des debris de son
armee, il proposal un accord A Dessalines. Mais comme ce-
lui-ci venait de le battre en rase champagne, I'6vacuation du
Cap fut 6xig6e, la capitulation militaire absolue 6galement,
DBs lors, le canon cessa de tonner de part et d'autre.
Saint-Domingue sortait enfin d'un cauchemar. Etce cau-
chemar avait dure trois siecles. (1502-1803).
Haiti est a nous s'6cria Dessalines au moment oil le
dernier soldat francais s'embarquait dans la rade du Cap
(24 Novembre 1803).




S/!









Apr6s, c'est le triomphal dAfile des soldats de l'Ind6pen-
dance, victorieux A Vertieres.
On vit flotter d'innombrables drapeaux au haut desidi-
fices comme une attestation de la force et de la joie uni-
verselle. Et quand les 6tendards de la 6e demi brigade,
noircis par la poudre, dechiquetes par les balles, s'abais-
serent devant le general en Chef qui les saluait de son
jp6e, un immense frisson secoua la foule. La multitude bar-
bare d'autrefois, grisee par le carillon triomphal des clo-
ches, acclama le Liberateur : Libertd ou la Mort Gloire
a Dessalines cris farouches, voix irrit~e et vindicative,
mais confiante quand meme et qui ressemblaient au co-
lossal hurlement des fauves. Tous les visages 6taient ten-
dus par I'enthousiasme, La grande place d'armes du Cap
s'6tait transform6e en une immense fort de drapeaux, de
fusils et de baionnettes. II en sera ainsi jusqu'au pre-
mier Janvier 1804.
Le ler. Janvier 1804, c'est l'apotheose.
Pour frapper l'imagination des soldats et tuer la pitid
dans le coeur du people, Dessalines fit rediger, A la hate,
la terrible proclamation que l'on connait. Ensuite, ce fut
le cri farouche et inhumain :" Il reste encore dans cette
Ile des personnel qui ont contribute A faire noyer, suffo-
quer, assassiner, pendre, fusiller plus de 60,000 de nos
frbres sous le fouvernement militaire de Leclerc et de Ro-
chambeau Haitiens votre pays ne peut exister qu'en
criant "Aux Armes! de six mois en six mois.. .. Oui,
nous avons rendu a ces cannibales guerre pour guerre,
crimes pour crimes, outrages pour outrages .. Oui j'ai
sauve mon pays, j'ai veng6 l'Amerique. Mon orgueil est
dans l'aveu que j'ai fait A la face des mortels et des dieux.
Qu'importe le jugement que prononceront sur moi les ra-
ces contemporaines et futures "
Le tigre, en effet, avait arm6 ses soldats de couteaux
pour la tuerie general des colons francais. Crimes pour
crimes, outrages pour outrages.


Louis E. ELIE












Boisrond Tonnerre


-1-
Le ler Janvier 1804, ce fut !a continuity dans
le souvenir et dans I'esp6rance.
On entendit ce jour ls, sur la place d'armesdesGonai-
ves, une voix puissante, sonore comme 1'airain. C'6tait la.
voix de Boisrond Tonnerre hurlant les strophes guerrieres de
la terrible proclamation. On eut la sensation que la plume
de cet homme 6tait v6ritablement une baionnette et qu'i
l'avait trempde dans la lave ardente d'un volcan pour dcri
re le plus prdcieux document de notre histoire.
Le baptistaire des haitiens est sorti de la fournaise
des batailles comme la foudre sort de l'immense brasier des
nues.
Qui 6tait Boisrond Tonnerre ?
Une force de la nature qui portait en lui les dons
miraculeux du voyant, un genie inconscient qui 6crivait des
lettres. des m6moires et des proclamations entire deux ivres
ses... Sa vie de d6pravation met encore sur son front com-
me une couronne d'impuretd. Mais le forgeron des actes
officials de 1804, malgre ses miseres morales et sa manibre
de vivre presque d6mente fut, a coup sOr, le plus 6blouissant
des officers d'6tat-Major de Dessalines. Et c'est aussi pour
cela que, dans cette glorieuse galerie du souvenir oa sont
rassembles depuis plus de cent ans les figures les plus vi-
vantes, les plus rdelles de notre epopee, parmi tous ces
giants de l'histoire que la reconnaissance populaire a sauve
de la mort, le fougueux secr6taire de Dessalines parait
6tre celui qui, v6ritablement, avait allume son Ame A l'A-
me volcanique du Libdrateur.
Par la vigueur expansive et le fulgurant 6clat de
son style,-unique en Haiti,- par sa phrase Apre, for
te, toujours pleine d'indignation, de m6pris et de colbre,









par toute I'amplear tragique de ses declamations militaires,
I'on voit bien que cet homme 4tait ne avec le don fatal
d'bblouir.
Lisez Chardron, lisezChanlatte, Etienne Mentor,
Carbonne, Dupuy, tous, secretaires aussi de Dessalines, et
vous verrez une pompeuse forme vide qui donne A leurs nar
rations je ne sais quelle continuity monotone et triste. La
phrase de Boisrond Tonnerre est chargee d'6tincelles l6ec-
triques; elle est surtout charge de toute la vague de sen-
sations rdvolutionnaires qui tourmentait sa grande ame agi-
tee. Cet homme s'animalisait en dcrivant. Comme l'autre, il
6crivit une langue barbare pour 1'eternit6, Boisrond Tonner-
re etait la bate farouche : lion ou tigre. exprimant avec une
plenitude extraordinaire les frissons de revolte de Dessa-
lines, de meme que la pensee et 1'dmotion de toute l'arm6e.
Ses mots dtaient des sons, des sons vibrants, c'est A dire de
veritables cris d6moniaques qui faisaient passer le contagieux
frdmissement de son coeur dans le coeur des dragons, des
grenadiers et des tirailleurs qui n'avaient qu'une volontd,
l'universelle volont6 de vivre ou de mourir. "LIBERTE OU
LA MORT."
On semble entendre encore ses rugissements de fauve.
-1 1-
'On reproche a Boisrond Tonnerre de manquer de finesse et
de grace. Un lexicographe francais .Claude Boiste s'est mo-
que de lui A propos des verbes lugubrer et brutifier. Oui,
Boisrond Tonnerre n'avait pas la grace dans l'expression; il
ne l'avait pas non plus dans le caractere. "Sa phrase sent
le clairin "dit Guy Joseph Bonnet qui ne I'aimait pas.
Que pouvaient faire, A la verit6, sur des soldats qui sen-
taient la poudre, la finesse des mots et cette quality char-
mante du style que I'on appelle la grace ? Oui, la grace est
grecque et francaise tout ensemble; elle donne A l'expres-
sion cette aimable fluidity que nous observons chez Coriolan
Ardouin, Ignace Nau, Alfred Simonise. Ducas Hyppolyte.
etc; mais ce rythme berceur, cette houle parfumee qui s'adap
tent si bien aux ondulations du rave ne sont pas la source de
I'inspiration guerriere. La grace est certainement plus belle









que la beauty; devant le sourire de la Joconde, les hommes
n'ont pas encore fini de rever. La grAce ne gagne pas les
batailles. Lorsque devant Pergame en feu, I'agile Diomede
blessa V6nus dans les t6nebres, Jupiter alarm s'6cria:
"Vous ktes faite pour I'amour, et non pour la guerre ma fille."
Boisrond Tonnerre, lui, 6tait soldat; il 6tait officer sup6-
rieur attache A l'Etat-major de Dessalines; il ne pouvait
done s'exprimer qu'en formules 6clatantes et barbares. Au
reste. il n'est pas le seul ecrivain qui se soit servi de mots
nouveaux pour exprimerdes sensations nouvelles. Prenez
le livre qui ale plus contribu6 A crier la prose francaise classic
que au XVlle siecle et de qui Bossuet disait: J'aimerais
l'avoir fait", c'est A dire Les Provinciales et vous verrez les
mots violement, tuable, etc, par lesquels Pascal incriminait
les J6suites et leur trop grande indulgence pour les faibles-
ses humaines. Baudelaire se souciait maladivement de la
perfection littdraire; Les Fleurs du Mal, apres avoir rajeuni
et renouvel6 la poesie au XIXe siecle, reste encore la forme
la plus savante et la plus curieusement travaillee peut-ftre
du vers francais; or nous y trouvons le mot fraternitaire.
Dans ses Petits poemes en prose 6galement.
Hugo invent le mot oiselle et, pour s'amuser, il a fait du
general Trochu le participe passe du verbe tropchoir...
Leon Daudet inventa le mot moitrinaire. J'ai lu immacula-
ble dans une traduction francaise des Perses d'Eschyle et le
verbe brissoter dans le journal de Camille Desmoulins :"Les
Revolutions de France et de Brabant."
En some, on doit se rappeler que Boisrond Tonnerre
avait pass la plus interessante parties de sa jeunesse A Pa-
ris et A Nantes. A Nantes, il eut pour professeur, dit-on,
I'oratorien Fouch6 qui sera surnomm6 plus tard le mitrail-
leur de Lyon.
II n'est done pas 6tonnant que Boisrond Tonnerre ait eu
tous les defauts de ce famenx XVllle siecle qui s'acheva
dans la plus sanglantedes orgies. Ce sieclel'avait vivement
jntdress6; la p6riode de tourmente r6volutionnaire surtout.
Pour cette raison bien simple que les 6crivains de ce temps,
pr6occupes avant tout de l'6dification d'un monde ideal (par









la destruction de l'ancien) voulaient cr6er I'homme nouveau
completement dechainD contre la servitude et les privileges
qu'avaient dtablis la plus choquante des inegalitis sociales.
Et c'est precisdment pour cela qu'il se fit, des son retour a
St Domingue, un des soldats de cette lutte colossale oa les
passions et les dynamismes politiques eurent, comme la fou-
dre, un retentissement si prolong.
Son style eut toute la vitality exuberante du revolutionnaire
mais c'6tait pour marquer la volont6 de fer de Dessalines.
"Au premier coup de canon d'alarme, les villes disparais-
sent, et la Nation est debout:"
On reproche enfin a Boisrrond Tonnerre d'avoir Wte
querelleur, licencieux et incredule; d'avoir surtout trop aimb
la d6bauche et la griserie des tripots. C'est entendu. Ce
justiciable de 1'Histoire ne fut tourment6 r.ellement que
par deux grandes passions: "L'EMPEREUR ET LA GLOI.
RE."
Louis E. ELIE

N.B. Boisrond Tonnerre mourot assassin, le 18 Oct4bre 1806, A l'age
de 29 ans. II mourut dans la 2e chambre du ler carr6 de la prison de
Port-au Prince, m'a dit, un jour, son neven :Boisrond Canal jeune.
Boisrond Canal jeune est le grand pare, par alliance, de Monsieur N. J
ROUDE, consul de Yougoslavie en Haiti, mais RUSSE de naissance.











Le President Boyer

et 1'Empereur de Russie

Alexandre ler.
(Une mission diplomatique B Saint-P6tersbourg
en 1822)


Geffrard arriva au pouvoir entour6
de toute une phalange d'hommes nou-
veaux, intelligent et patriots dans
un moment oil le pays semblait se ra-
masser pour un supreme elan vers ie
progres et la civilisation.
Geffrard donna le branle a l'instruc-
tion publique qui a fait de la gen6ra-
tion actuelle (celle de 188 9)une pdpi-
nitre d'hommes instruits et pensants,
n'ayant besoin que de rompre avec la
politique machavelique du passe pour
marcher a la gloire et au relevement
de notre chWre Haiti.
FIRMIN.

Le 19 Septembre 1792, le jour de son installation au Cap
comme Commissaire civil du gouvernement franCais, le ja-
cobin L6ger F6licitU Sonthonax disait pdremtoirement 1l'As
sembl6e colonial : Nous d6clarons que l'esclavage estn6-
cessaire a la culture et A la prosp6rit6 des colonies, et qu'il
n'est ni dans les principes, ni dans la volont6 del'Assemblee
National de France de toucher, A cet 6gard, aux prerogati.
ves des Colons ".
Je ne oonnais pas de declaration politique plus formelle
que celle-l. Cependant, un an apres, le 29 Aoft 1793, Son-









thonax, d6bord6 par les tragiques Iv;nements de l'heure,
i tait oblige de proclamer la liberty generale des esclaves.
La violence guerribre des parties politiques avait bris6 l'or-
gueil du jacobin.
Le 24 Fdvrier 1794, ia Convention Nationale sanctionnait
par un D6cret la decision du Commissaire civil francais.
C'etait la consecration legale et definitive d'un etat de fait
qui, A la v6rite, existait A Saint-Domingue depuis la terri-
ble revolte des esclaves du Bois Caiman.
Au mois de Mars 1814, c'est-A-dire dix ans apres l'6blouis"
sante epopee de Dessalines, Louis XVIII veut ressaisir la
souverainet6 sur Saint-Domingue; un article secret du Trai-
tB de Paris lui en donnait le droit. Voici'cet article :" Dans
le cas ou Sa Majestd Chretienne (Louis XVIII) jugerait con-
venable d'employer quelque voie que ce soit, meme celle
des armes, pour recuperer Saint-Domingue et ramener sous
son obdissance la population de cette colonie, Sa Majest6
Britannique (Georges IV) s'engage A ne point y mettre ou
permettre qu'il soit mis, par aucun de ses sujets, ni directe-
ment, ni indirectement obstacle. ."
Pour replacer Saint-Domingue, a ce moment, sous la do-
mination de la France, il faudrait recourir aux armes; or,
les Haitiens 6taient prets A la guerre.
En tous cas, il est clair que le royaume de France, tout
occupy A une nouvelle organisation politique, issue des
guerres napoleoniennes, n'6tait pas prdt A ressaissir, par
la violence militaire, son ancienne colonie. L'emploi des
forces majeures (le mot est du Ministre Malouet) 6tait pres.
que impossible en ce temps-la. On recourut done A des pro.
cedes tortueux, a la finasserie et au mensonge pour chapter
la confiance de Christoqhe et de Pdtion, les deux seuls mai-
tres de l'autorite executive en Haiti A ce moment. Une mis-
sion diplomatique fut confine A trois Commissaires: Dauxion-
Lavaysse, Dravermann et Franco de Medina, Mais les pro-
positions qui furent faites par ces Commissaires au Presi-
dent P6tion se heurterent a l'indbranlable volont6 de la
nation de vivre libre ou de mourir. Le people d'Haiti
veut 6tre libre et independent; je le veux avec lui. Voila la
cause de mon refus, de ma resistance."








Christophe, lui, camp dans son orgueil farouche, de-
daigne toute n6gociation. Sa declaration est formelle : recon-
naissance absolue de 1'Independance d'Haiti. Liberty ou la
mort !
Deux ans apres 1'6chec de Dauxion-Lavaysse, Draver-
mann et Franco de Medina, Louis XVIII 'confere une nou-
velle mission au Vicomte de Fontanges, au Conseiller d'E-
tat Esmangart, au Capitaine de vaisseau baron Du Petit-
Thouars et au sieur Laujon, ancien membre du Conseil su-
perieur de Saint-Domingue, A titre de Commissaires sup-
pliant, le roi de France avait nomm6 leColonel d'infante-
rie Jouette, le sieur Cotelle-Labouterie, procureur du tribu-
nal de premiere instance de Gien. C'6tait au mois d'Octo-
bre 1816.
La nouvelle mission dchoua comme la premiere. L'indd-
pendance d'Haiti, d6clara P6tion le 25 Octobre, a Wet solen-
nellement jur6e sur les restes de nos infortunds compatri-
otes par les guerriers qui venaient de la conquerir, Ce ser-
ment sacr6 n'a jamais cesse de retentir dans tous les coeurs;
chaque ann6e ii est renouvele avec un nonvel enthousiasme.
Le r6tracter serait un d6shonneur, une infamie don't aucun
Haitien n'est capable. Pour nous enlever notre ind6pendan-
ce, il faudrait nous exterminer tous "

XXX
DBs la prise de possession du pouvoir (ler Avril 1818) le
president Jean Pierre Boyer pensa consolider la Rdpubli.
que, fondue en 1807 par le magnanime Alexandre Petion.
Voici ce que pense a ce propose un 6crivain haitien de
grand merite: Alexandre Lilavois.
"Mais si l'avenir de la Nation dtait assure l'interieur, le
Chef du gouvernement ne pouvait se dissimuler que la gran-
de question exterieure de son autonomie complete n'avait
encore requ aucune solution.
Aussi, pour la preparer, il n'hesitera pas a crier A la Re-
publique de nouvelles relations politiques afin d'arriver a
contrebalancer l'influence de l'ancienne m6tropole en
Haiti et a faciliter sa tache dans les nouvelles negociations









A entreprendre en vue de la reconnaissance de l'ind6pen-
dance par le gouvernement francais.
C'est ainsi que le President s'est rappel6 qu'il pouvait
employer l'intermediaire d'un ancien officer superieur de
l'expedition Leclerc (en 1802) le Gendral Jacques Boy pour
faire des propositions au Gouvernement Russe.
L'homme que Boyer avait choisi etait a ce moment au
service de l'Empereur Alexandre et habitat St Petersbourg
avec sa famille; il ne pouvait avoir une pensee plus heureu-
se, le G6enral Boyd ayant ete son protecteur sous le regime
de sang du feroce Rochambeau. (1)

Pour comprendre maintenant pourquoi le President d'Hai-
ti fit choix d'un g6n6ral franCais comme Plenipotentiaire a
la Cour de Russie, reproduisons ce texte de Beaubrun
Ardouin :
Quelques semaines apres la prise d'armes de Petion, Jean
Pierre Boyer fut arrete a Port-au-Prince oh il 6tait sans
emploi : son intimit6 avec Petion en 6tait la seule cause. II
fut mis en prison, et dans la nuit on le conduisit a bord de la
frigate La Poursuivante ou il rencontra, 6galement arrete,
Moreau et Marc Coupe ; ce dernier, ex aide-de-camp de Tous-
saint Louverture, revenait du Sud ou des affaires de famille
l'avait appel6. De la frigate tous les trois furent embarques
sur une petite goelette qui les amena au Cap; Rochambeau
s'y etait d6ej rendu. Le Capitaine de cette goilette eft des
6gards pour Boyer et Moreau, non pas pour M. Coupe qui
probablement, lui avait 6t0 design comme ayant servi prgs
de T. Louverture. Du Cap ils furent conduits au bureau de
la place, de l1 en prison et mis au cachot : peu d'heures apres
on les transferait a bord du Duguay-Trouin que montait
I'amiral Latouche Tr6ville; ils y trouverent Maurepas, sa
famille et d'autre prisonniers.
"1 tant en prison, Boyer ecrivit a Jacques Boyd, adjudant
general et ancien colonel de la Legion de l'Ouest. Cet officer

(1) Alexandre Lilavois La rangon de 1'Ind6pendance.
(Extrait de Haiti commercial et Industrielle. Annie 1921).









aimait les hommes de couleur et les noirs; il vint sur le
vaisseau et recommanda Boyer aux officers et meme 1' 'Ami-
ral. Le malheureux Coup6 fut npye, peu d'instants apres
Maurepas.
SDes femmes indigenes du Cap venaient assez souvent A
bord du vaisseau apporter des provisions aux prisonniers ;
Boyer pria l'une d'elle d'aller raconter ces faits A Jacques
Boy6 ; elle revient lui dire que celui-ci allait s'occuper de
suite de le faire mettre en liberty : ce qui eut lieu dans la
journee. En descendant au Cap, son premier soin fut d'aller
remercier son protecteur, son ancien ami qui le fit longer chez
un officer du genie et lui recommanda de ne pas trop se
produire dans la ville.
SCet officer le present au colonel Morelut, chef de ce
corps, qui l'accueillit bien.
1 C'dtait un homme fort eclairB et de beaucoup d'humanit6
Boyer continue de resider au Cap sans 6tre inquiete, (Bau-
brun Ardouin. Histoire d'Haiti. tome IX.)
*
**
Le 5 Mai 1821, le President d'Haiti donnait A Jacques Boye,
general francais, les pleins pouvoirs pour n6gocier avec la
France. Cette fois, un traits de commerce Btait envisage,
avec pour base la reconnaissance absolue de l'Ind6pendance
d'Haiti.
Jacques Boy6 eut A Bruxelles et en Hollande diverse
conferences A ce sujet avec Esmangart, On ne put pas s'en-
tendre, comme avant, et les negociations furent rompues a
nouveau. Alors, pour contre-balancer Is politique francaise
en Haiti et I'influence de l'ancienne metropole, le President
Boyer charge le general Jacques Boye de nouer des rela-
tions commercials et autres avec la Russie.
L'Empereur de Russie assistant alors au Congrds de Lay-
bach. A la v6rite, ce fut avec plus de surprise que de joie
qu'il apprit la proposition imprevue que le Comte de Capo
d'Istria, qui dirigeait alors son Ministere des Affaires Etran-
gbres, etait venu soummetre & son agr6ment. I1 ne s'agis-
sait de rien moins que de signer un trait de commerce avec
Haiti.









Sur le sejour de Jacques Boyd a Saint Pktersbourg, com-
me sur les pourparlers avec 1'Empreur Alexandre ler, nous.
ne redirons pas ce que l'on connait ddja, Nous voulons seu.
element ajouter des details nouveaux aux interessants recits
de Beaubrun Ardouin et d'Alexandre Lilavois.
La mission confide par le President d'Haiti A Jacques
Boyd, diplomat improvise, comportait un programme pre-
cis. II s'agissait de dissiper le long malentendu qui, de 1814
b 1821, avait empich6 tout rapprochement, politique ou
commercial, entire la France et son ancienne colonies, d'em-
p8cher de se turner en hostility la tres grande froideur des
peuples de 1'Europe envers Haiti, Il s'agissait surtout d'6-
tablir entire la Russie et la petite Rdpublique antileenne un
veritable trait de commerce afin de neutraliser, de contre-
carrer meme la funeste influence de la France.
A cette oeuvre vraiment difficile, le plInipotentiaire hai-
employa de son mieux toutes les resources de son intelli-
gence et de sa bonne foi. Au debut, la rdussite de la mis-
sion part si douteuse que le comte de Divoff, titulaire
du Ministare des Affaires Etrangdres en l'absence de Capo
d'Istria, essaya de decourager le g6ndral Jacques Boyd
en terms assez cat6goripues; il signal le risque que
courait la Russie de compromettre son prestige, sa dignity
meme par une intervention hasardee A un moment surtout
oi le trait de Paris de 1814 dtait remis a l'ordre du jour
au Parlement francais.
Mais Jacques Boyd n'dtait pas homme A se d6courager au
premier 6chec. Et comme il etait decide mener I'affaire a
bonne fin, il joua de courtoisie, d'6l6gance et d'esprit au-
pros d'Alexandre ler qui, lui-meme, etait un homme aima-
ble et infiniment d'esprit, quoique maitre d'un pouvoir ab-
solu et sans contr6le. Le gouvernement russe etait alors,
comme a toutes les 6poques dd son histoire, exclusivement
conduit par la personnalite toute puissante du Czar. Et c'est
precis6ment pour cela que Jacques Boyd mit toute son
intelligence & conquerir l'affection du maitre, autant qu'il
mit toute la souplesse de sadiplomatie a gagner le comte
Capo d'Istria, le plus capricieux et le plus vaniteux des Mi-
nistres. ( Capo d'Istria 6taitde Corfou. En 1831, il pdrira as-
sassine A Nauple comme dictateur de la Grace dmancip6e.)









Done, en Mars 1821, Jacques Boy6 soumit au Czar le trait
qui assurait aux marchandises russes des avantages singu-
liirement precieux ; il insist meme pour faire jouir le com-
merce moscovite de tous les privileges don't la France avait
jusqu'alors profit.
Cependant, si important que fussent les avantages offers
A la Russie (l'entente commercial A 6tablir cachait si mal
I'entente politique entire les deux pays, la veritable en rea-
litd) le czar eut la loyaut6 de declarer au diplomat haitien
ceci: "La France et Haiti sont deux pays predestines a s'u-
''nir. Comme signataire du Traite de Paris conclu entire les
"quatre grandes puissances de l'Europe, je ne peux pas m'op-
"poser A ce qui a dte d6ja d6cid6. Cependant, je ferai de
"longs efforts pour arriver au grand r6sultat que souhaite le
"President Boyer."
C'6tait lI un echec evidemment; mais Alexendre ler, par
des entretiens d6cisifs avec le Comte de Gabriac, alla au del&
du cadre etroit d'une affaire commercial. La molle et timide
inertie du Comte Pasquier, Ministre des Affaires Etrangeres
de Louis XVIII, il la transform en acceptation decisive du
principle de reconnaissance de l'Independance d'Haiti. D'un
c6te, il y eut assur6ment 6chec, mais de 1'autre, c'dtait le
triomphe complete du point de vue haitien, grace Alasurpre-
nante grandeur d'ame d'un Empereur que plus de trois mille
lieues de distance s6paraient de nous.
Entrons plus avant dans les details de I'affaire. Le ler
Mars 1821, le Comte de La Ferronays 6crivait au Baron Pas-
quier exactement ceci : "Une nouvelle communication que je
viens de recevoir du Ministre russe m'oblige d'appeler, encore
une fois, I'attention de Votre Excellence sur cette affaire...
"Quel que soit le parti auquel Votre Excellence s'arrkte, je
prendrai la liberty de lui faire observer que les Ministres de
Sa Majeste Impdriale (Alexendre ler) regardent comme trWs
urgent que cette decision soit prise le plus promptement possi-
ble. ils ne m'ont pas dissimulg que si aucun arrangement ne
devait se conclure entire la France et son ancienne colonie
(Saint Domingue), I'Empereur ne pouvait pas priver son
people des advantages considerables qu'on lui ofre et qui, a son








refuse, ne seraient peut-6tre pas ggalement rejetes par toutes les
autres puissances.'
Le 2 Mars suivant, le Comte de La Ferronays fixait net-
tement la position du gouvernement russe dans le reglement
de cette affaire. Son language est precis ; il affirme de manibre
absolue, sans dquivoque, avoir eu, au Congres de Laybach,
un entretien personnel avec l'Empereur deRussie. Voici ses
propres paroles : "Dans la conversation que j'aie eue aujour-
d'hui avec l'Empereur, Sa Majest6 m'a entretenu longtemps'
de Saint Domingue. Elle pense que le seul part que puisse
prendre la France est celui de reconnaitre l'Indepen.
dance d'Haiti."
Comme on le voit, rien n'est plus clair, rien n'est plus for
mel que cela.
Voici maintenant ce que disait le comte de Gabriac, Am-
bassadeur francais i Saint PNtesbourg, au baron de Pasquier,
Ministre des affaire Etrangeres de Louis XVIII:
Lettre datee de Saint Pdtersbourg (ler Avril 1821)

Mr. le Baron,

Pendantque j'avais l'honneur de transmettre A Votre
Excellence, en date du 3 Mars, les avis que Mr de Divoff
me donnait touchant l'avantage que la France trouverait A
tirer parti de ses droits sur Saint-Domingue, plut6t par la
voie d'une negociation que par la chance fort incertaine des
armes, le Ministre Imperial donnait connaissance a nos P16
nipotentiaires et, par leur intermddiaire, a Votre Excellen-
ce. des ouvertures faites par Mr. le general Jacques Boye.
La politique genereuse et loyale qui a dictd la reponse
faite par Mr. le Comte de Capo d'Istria A Mr. de Divoff
sur ce sujet et don't je joins ici copie, parait faire desirerau
gouvernement imperial que des ndgociations puissent s'ouvrir,
ici, sous ses auspices entire la Metropole ( la France ) et cette
colonies ( Saint Domingue).
".... Mr. de Divoff, paraphrasant la lettre de M. le
Comte de Capo d'Istria croit qu'il serait tres avantageux
si l'on adoptait le project d'entrer en n6gociations avec Saint









Domingue, de I'6xecuter ici, loin des influences tr&s pr6-
judiciables que de grands int6rets et des passions tres
vives ne manqueraient pas d'exercer sur la march d'une
pareille affaire, si elle se traitait A Paris.
"Mr la gSa&ral Jacques Boy6 m'a communique les pleins
pouvoirs qui lui ont 6te adress6s par le President d'Halti et
don't j'ai 6galement I'honneur de joindre ici les copies i
tout hasard, quoique je pense que Votre Excellence les au-
ra d6j. entire les mains ainsi que celle de la lettre de Mr.
le Comte de Capo d'Istria par l'intermediaire de Lay-
bach. "

Alexandre Lilavois, dans son commentaire sur I'inter-
vention du gouvernement russe dans cette affaire de re-
connaissance de l'ind6pendance d'Haiti, 6crivait ceci dans
le No. 52 (4 Juin 1921) de la revue hebdomadaire Haiti
Commercial et Industrielle :
"Il ne peut 6tre d6fendu, quand on a lu avec attention ces
pr6cieux documents, de penser que les marches actives et
empressdes de l'Agent official de la R6publique d'Haiti
n'aient about A ce que l'on dolt consid6rer comme un suc-
cbs. En effet, la suggestion qu'ostensiblement Sa Ma-
jeste Alexandre ler. et ses Ministres ont faite au Gouver-
nement de S. M. T. C. par l'interm6diaire soit d'un de ses
Plenipotentiaires (Capo d'Istria) au Congres de Laybach,
soit de l'Ambassadeur du Roi de France (le Comte Gabriac)
pres la Cour de Saint-P6tersbourg sont la preuve. W n'en pas
douter, que le gouvernement russe ne se desinterressait pas
de la cause just de notre independance.

C'est 6videmment sous I'inflence du sincere desir ma-
nifestd par Sa MajeestJ Impiriale Alexandre ler que le Cabi-
net frangais, preside alors par le duc de Richelieu, tentera
avant longtemps d'engager de nouvelles negociations avec le
Gouvernement haitien .... Il emploiera par la suite des
Agents secrets ou offlcieux pour preparer la voie a un ar-
rangement qui pourra sauvegarder sa dignity et lui laisser
les meilleurs avantages tirer des relations amicales avee
la jeune Republique ".










Ces nouvelles n6gociations aboutiront a l'ordonnance du
17 Avril 1825, consequence naturelle de la pression exerce
par l'Empereur de Russie sur le Cabinet francais.
Une chose est A noter a la fin de cette etude, c'est que
l'Empereur de Russie, dans ses longs efforts en faveur
d'Haiti, n'envisagea jamais le principle de l'indemnit6 de
150 millions de francs au profit des colons francais depos-
sdd6s. L'Empereur de Russie ne paria jamais non plus d'oc-
troi injurieux de notre ind6pendance par simple ordannance
royale .

Voici les propres paroles du Czar rapportdes par le Comte
de La Ferronays lui meme dans le post-scritum de sa lettre
au baron Pasquier ; Laybach, 2 Mars 1821. La France
doit faire valor cette reconnaissance de l'independance d'Hai-
ti, de laquelle depend entierement celle des autres Puissances,
et s'en prevaloir pour obtenir de grands avantages de com.
merce. "

Aucune allusion done a la fameuse indemnity de 150 millions
qui pesera d'un poids si lourd sur le destin d'Haiti. LA en-
core le grand Empereur donnait a la France esclavagiste
d'alors une lecon de pudeur et de morality politique. (1)



(1) Est-elle inconnue du grand public, cette page de notre histoire
diplomatique ? Peut-6tre oui. Une chose, en tout cas, est significative
c'est que cent vingt ans apres la gendreuse intervention de la Russie
en faveur d'Haiti, il s'esttrouv6 A Port-au-Prince un Russe dc naissan-
ce et de conviction, Mr. N. I. Roude (Consul de Yougoslovie) qui, par
sa culture et ses qualit6s charmantes d'homme du monde, faith grande-
ment aimer ici son pays. Depuis quelque temps, en effet, le people
haitien et c'est un plaisir pour moi de lui rendre ce public homma-
ge s'associe gendreusement au grand reve patriotique de Mr. Rou-
de qui s'efforce de faire fleurir sur notre sol une Are de collaboration,
d'entente, d'amiti6 agissante et productive entire la grande Russie,
presque victorieuse de l'hitlerisme et la vaillante petite Republiqee
d'Haiti. Souhaitons que cela dure, car nous avons un grand intiret
6conomique A realiser le plan conqu par Boyer en 1821.
La Russie, point d'exportation pour nos denrdes, ne doit pas 6tre d6-
daignd, apres la guerre .
Pensons-y serieusement.










Comment exprimer notre
reconnaissance envers la Russie?

***
La matiere historique sur laquelle j'ai travailld,
je la considere surtout par rapport A ses repercussions
futures, par rapport aux actes qu'elle peut provoquer, un
jour, dans le sens de nos relations commercials avec la
Russie.
Nous donnons a nos rues et a nos dcoles, et cela pour
marquer notre admiration et le sentiment de reconnaissance
que nous'6prouvons pour tel ou telpersonnage ... les noms
de X. Y. Z....
Je trouve strange cependant que nous n'ayons pas encore
rappele le souvenir d'un dvenement historique aussi impor
tant que celui du mois d'Avril 1822. Oui, il est bizarre que
l'on dresse pdriodiquement chez nous des autels A tel ou tel
stranger qui n'a jamais rien fait pour nous, que l'on sculpte
pour 1'eternite telle ou telle figure quand notre histoire est
pleine de grands noms que la reconnaissance a pour devoir
de sauver de l'oubli. Et c'est prdcisement pour cela que je
me permets de proposer au gouvernement de mon pays de
c6lebrer, le 2 Avril prochain, le souvenir d'Alexandre ler
Car cet Empereur fut le seul protecteur r6el de notre mal-
heureuse petite republiques durant les tragiques tractations
politiques de 1822. Sans lui on ne sait jamais ce qui serait
advenu de deplorable pour nous.
Rendons hommage A qui hommage est di.
Evidemment il nous sera impossible (le pays est si pauvre
...) de sculpter dans le marbre ou le bronze la grande figu-
re h6roique du Czar, mais il y a divers autres moyens
d'etre reconnaissant, diverges falcons de transmettre a la
posterite le souvenir d'une belle action. A d6faut du monu-
ment qui embellirait une de nos villes, nous pouvons donner
A une rue de Port au Prince le nom d'Alexandre ler. A une
place publique vaudrait assurement mieux.








On pourrait aussi faire imprimer un timbre poste
comm6moratif don't la vignette repr6senterait 1'Empereur
Alexandre, les presidents Boyer et Lescot et les dates
historiques: Avril 1822-Ayril 1942.
Et puis, ne croit-on pas qu'il serait necessaire d'dtablir
& Moscou un Charge d'affaires haitien permanent? Le
gouvernement russe y verrait 16 certainement un tdmoigna-
ge effectif de notre reconnaissance et de notre sympathie.
En tout cas, je soumets toutes ces idees a la generense
appreciation du President Lescot. Noblesse et reconnaissan-
ce obligent.
XXX
Je n'ai etd guide que par un seul et grand ideal dans la
composition de ce petit travail: faire sortir de l'oubli de
vieux papers jaunis; servir mon pays, par surcroft.
Les vieux papers instruisent et donnent de l'exp6rience
a ceux qui n'en ont pas. Ils sont, du reste, les confident silenci-
euxqui, depuis des annees, me protogent et me consolent de
la politique machiavelique et inhumaine des politicians.


Louis E. ELIE










Pieces Justificatives

Le 20 Janvier 1820, le Pr6sident Boyer adressait
a Jacques Boyd la dfptche suivante:

Liberty Egalit4

REPIBLIQUE D'HAITI

Jean Pierre BOYER, President d'Haiti
A
Monsieur le G6neral Boyd,
a St. P4tersbourg

Monsieur le G6neral
Depuis que nous nous sommes s6par6s, j'6tais entierement
priv6 de vos nouvelles. Les quality's eminentes qui vous dis-
tinguait, l'amiti6 qui existait entire nous, les services que
vous avez rendus A beaucoup de mes compatriote lorsqu'ils
6taient vou6s A la mort par une politique toute barbare, m'ont
constamment port6A m'informer de vous avec le plus grand
int6ret, mais toujours je le faisais vainement lorsque ces
jours derniers j'ai eu la certitude que vous habitiez St. P&-
tersbourg, que vous y 6tiez en famille jouissant de la consi
duration que vous a m6rit6e vos vertus. Je vous f6licite. M. le
G4n6ral, de ce que le sort vous ait pr6par6 une vie douce et
tranquille, et je suis d'autant plus heureux de savoir que
vous 6tes devenu le sujet du vaste Empire de Russie que je
crois que vous ne nous refuserez pas B y servir d'une maniere
utile et honorable le people haitien.
Admirateur de S. M. l'Empereur Alexendre don't les ex-
ploits, le caract6re et les principles retraces de toute part
sont parvenus jusqu'A nous et don't la conduite magnanime








envers les peuples memes qui ont d6sol6 ses Etats I'61lve au
rang des plus grands Princes. Je n'ai pas manqu6 de m'ins-
truire de tout ce qui regarded la Russie, et la voyant place
sur le globe plus avantageusement qu'une autre puissance
pour commerce avec le monde entier, j'ai souvent desire que
les avantages que presenterait a 1'Empire Russe son com-
merce direct avec notre Rdpublique, puissent 6tre portes a
la connaissance de l'Auguste Empereur Alexandre.
J'6tais dans l'embarras de savoir comment faire parvenir
Ces informations A la Cours de St-P6tersbourg, lorsque j'ai
appris que vous y sejournez. Je ne pouvais souhaiter de
trouver personnel plus capable que vous, M. le General, de
remplir la mission important que j'ai A confier A ce sujet :
Vous connaissez nos climats, nos moeurs, notre caraetere et
nos sentiments; vous connaissez 6galement les resources de
notre territoire et nos besoins, et puisque vous avez habit
longtemps parmi nous, vous pouvez aisement les expliquer.
Les haitiens, en se d6clarant libres et ind6pendants de
toute domination ktrangere, n'ont ete diriges que qar le be-
soin de se garantir, ainsi qu'A leur posterity, une existence.
civil et politique que trop souvent et pendant trop longs
temas un machiav6lisme affreux a expose aux plus grande
dangers, en essyant tant6t de les asservir, tant6t de leur
6ter la vie. L'ambition du pouvoir et de la domination ne
nous a jamais guides...... Heureux de vivre chez nous sous
la protection de nos propres lois, nous avons eu la sagesse de
decider que le system d'aucun gouvernement ne nous occupe-
rait et que nous nous bornerions a cultiver l'amitii de tous, en
cherchant da tablir avec eux des rapports de commerce.
Depuis dix sept aunees que nous jouissons de l'etat que
nous nous sommes procure, personnel n'a eu se plaindre de
nous. Nous n'avons point d6vi6 de ce que nous nous sommes
imposes. ... VoilA la garantie que nous offrons A ceux qui
voudraient avoir des rapports avec nous,
Je vous autorise, Monsieur le Gendral, par cette dipeche
officielle a presenter ostensiblement, comme Agent de la R&-
publique d'Haiti don't j'ai l'honneur d'etre le Chef, a L. L.
E. E. les ministres de Sa Tres-Haute et Tres Gracieuse Majes.









t6 l'Empereur de toutes les Russies, afin de leur mettre sous
les yeux avec invitation de les soumettre A S. M. I. les avan-
tages que les sujets de l'Empire auraient A commerce direc-
tement avec les citoyens de la Republique d'Hoiti et de la
supplier de faire donner A ses sujets les permissions necessai"
res. et d'encourager, s'il 6tait besoin, les premieres entre-
prises, afin de mettre a portde par 1'exp6rience, de juger de
I'importance, pour la Russie plus particulierement, des rela.
tions a 6tablir.
Vous ne manquerez pas, Monsieur le General, de faire va-
loir que les toileries fabriquees de chanvre et de lin, tant
pour voilure de navire, pour sac A cafe que pour habillement
des troupes et cultivateurs; que le fer, les farines de fromant,
les viandes sales et fumees, les cordages, les pelleteries, les
marchandises de l'Inde et de la Perse, les suifs, etc. etc. sont,
des objets de consommation journalibre dans la Republiquet
comme aussi les sucres brut et terr6, les molasses, les eaux
de vie de canne, les cafes, les bois d'accajou, de gayac, de
campiche, qui se consomment dans 1'etendue de 1'Empire
Russe, sont des objets qui s'exportent de la R6publiqu6 et
don't ses ports de commerce sont toujours abondamment
pourvus.
Penetr6 que vous ne negligerez rien pour attirer attention
du Gouvernement de S. M. i'Empereur Alexandre sur les
resources de notre commerce, j'aime 6galement a penser
qu'il ne vous sera pas impossible d'obtenir d'Elle, pour le
people haitien, une portion de Sa bienveillance qu'E'le a re-
pandue avec une rare bont sur les peuples de tous les cli.
mats, sans r'arreter aux exceptions des detracteurs d'une
parties de l'espece humaine.
J'approuve d'avance, M. le general, les d6marchesque vous
ferez en vertu de la pr6sente lettre, et je recevrai, avec le
plus grand plaisir, vos communications sur les points qu'elle
traite.
A toutes ces fins que dessus, la present, sign6e de ma
main, vous est expedite en vous faisant parvenir par elle,
l'assurence de ma consideration bien distinguee.


(Sign6) BOYER









Rapport de M. de La Ferronnays, date du ler Mars
1821, et adresse a M. le Baron Pasquier, minis-
tre des Affaires Etrangeres de Louis XV11I.
Laybach, ler Mars 1821.

Monsieur le Baron,
J'ai deja eu plusieurs fois occasion d'entretenir Votre
Excellence des communications qui m'ont Rte faites par les
Ministresde l'Empereurde Russie au sujet de Saint-Domin-
gue, N'ayant pas recu de response formelle a ce que je pou-
vais mander a cet 6gard, j'ai du croire que le minist&re du
Roi jugeait le moment peuopportun pour entamer une affai-
re don't le succes, subordonn6 sans doute aux choix de cir-
constances favorables, devait etre compromise par l'essai
d'une demarche intempestive ou prematuree, Une nouvelle
communication que je viens de recevoir du Ministre Russe
m'oblige cependant d'appeler, encore une fois, sur cette
affaire attention de Votre Exellence.
Le Gouvernement de Saint-Domingue, soigneux de pro-
fiter de toutes les occasions qui peuvent constater et faire
reconnaitre son Independance, a pence qu'en s'adressant
directement au ministry Imperial il pourrait par l'appat des
avantages reciproques offers aux n6gociants des deux
Nations, l'edcourager a entrer avec lui dans des rapports
bases sur une 6galite parfaite et determinee officiellement
par une Convention de commerce; dans cette vue il resolft
d'accrediter un Agent auprbs de la Cour de St-Petersbourg.
Le President de la Republique, se trouvait avoir servi
sous les ordres d'un general Boyd qui commandait un Corps
dans l'arm6e de Leclers; il avait meme Wte tres lie avec lui,
et, separ6 par les circonstances, mais ne l'ayant pas perdu
de vue, c'est a lui qu'il s'est adresse pour former des rela-
tions qu'il pretend 6tablir avec la Russie.
Il dcrivit done a ce militaire, le 28 Janvier 1820, l'enga-
gea & se charger de defendre les int6rets du pays don't le
gouvernement lui est confi6 ; et, par une lettre du 4 Aoit









de la meme annie, ii l'accr6dite formellement pres de la
Cour Imperiale.
Le g6enral Boyd devait s'attacher A faire valoir a St-Peters-
bourg les facult6s que la nature des productions des deux
pays offrait A leur commerce, et meme proposer formelle-
ment une Convention special qui assurerait ces
avantages. Monsieur Boyd accept cette commission, et
l'Empreur se trouvant absent lorsque la lettre lui parvint il
demand et obtint un entretien de M. DIVOFF, charge par
interim du porte feuille des Affaires Etrangeres. Dans une
longue conversation qu'il efit le 22 Janvier 1821 avec le
Ministreil s'acquitta de sa commission, insistant principale-
ment sur l'imposiblit6 que jamais la France put retablir sa
domination A Saint-Domingue. Monsieur DIVOFF, se trou-
vant sans ordres de Sa Cour, dit au ge4nral Boye qu'il ne
pouvait recevoir, que pour les transmettre. les pleins pou-
voirs qu'il lui presentait comme Agent de la Republique
d'Haiti: il lui promit de rendre compete de cette conversa-
tion et d'assurer le tout A Monsieur CAPO-d'ISTRIA.
L'Empreur, ayant pris connaissance de cette affaire a donn6
l'ordre A Ses Ministres d'approuver M. DIVOFF de la reser
ve dans la quelle il s'6tait tenu etdeluienjoindredenotifier
A M. Boye que, quel-que fut le d6sir que le Gouvernement
Russe eut de se maintenir en bonne intelligence avee tous
les peuples de la terre, I1 se trouvait dans l'impossiblite
d'accueillir les propositions qui Lui etaient faites, ayant
adhere aux Trait6s qui recconnaissent la Souverainetd de la
France sur l'Ile de Saint-Domingue.
La depeche dans laquelle le Comte Capo d'Istria s'acquitte
des ordres de l'Empereur a 6te exp6dite aujourd'hui meme
et le Ministre Russe se propose de rendre au Gouvernement
du Roi un compete plus detaille de toute cette affaire par un
courier qu'il doit expedier b Paris en quatre ou cinq jours.
J'ai accueilli avec reconnaissance la communication que
les Ministres de S. M. Imperiale m'ont faite, ne peuvant que
rendre hommage a un proc6ed don't toutes les Cours n'ont pas
imit6 la delicatesse, Votre Excellence aura vu, en effet, par
la loi sur les Douanes publi6e A Port-au-Prince, le 3 Aoit
1819, que les droits d'importation dtablis & 12% du montant









de 1'6valuation sur les marchandises de toutes les nations
sont seulement port&es A 7% sur celles de la Grande-Breta-
gne.

J'ai crA, Monsieur le Baron, devoir vous rendre compete de
la Communication des Ministres Russes; si les intentions de
S Sa Majest6 dtaient de donner quelques suites cette affai-
re, il me semble que nous pourrions nous servir utilement
du general Boyd lui-mdme. Ce militaire, ayant servi dans
l'arm6e francaise, en 1812 comme Chef d'Etat Major du
Corps de Partounneaux, a Wte fait prisonnier la bataille de
la B6r6sina; croyant avoir quelque sujet de se plaindre de
I'accueil qu'il recut de I'ambassade du Roi, il renonca au
service de la France pour servir en Russie, ou iljouitd'une
pension de S. M. Impdriale. N6anmoins, les demarches
qu'il a faite en 1815 prouvent suffisament que son pre-
mier desir eut etd de ne jamais se s6parer de sa Patrie. II
serait je crois facile de l'y rattacher en lui accordant la de-
coration de St-Louis et le grade qu'il sollicitait alors et I'on
pourrait profiter avec l'avantage de la connaissance par-
S faite qu'il a d'un Pays ot il a lui m8me sejourne longtemps
et de la bienveillance particuliere que lui conserve le Presi-
dent de la Republique d'Haiti, Dans le cas ot votre Excel-
lence croirait devoir employer le General Boyd il serait ne
cessaire en meme temps qu'elle transmette ses ordres A
M. de Gabriac de solliciter de l'Empereur la permission de
disposer d'un sujet qui, passe A son service, ne saurait ac-
cepter sans son consentement, les offres que nous pour-
rions lui faire.

Quel que soit le parti auquel Votre Excellence s'arrete,
je prendrais la liberty de lui faire observer que les minis-
tres de S, M, Imperiale regardent comme tres urgent cette
decision soit prise le plus promptement possible ils ne m'ont
pas dissimul6 que, si aucun arrangement ne devait se
conclure entire la France et son ancienne colonie, L'Empe-
reur ne pouvait pas priver plus longtemps son people des
avantages considerables qu'on lui offre, et qui, a son re-
us, ne serait peut-6tre pas 6galement rejete par toutesles
autres puissances.









J'ail'honneur de renouveler A Votre Excellence l'as.
surance de ma respectueuse salutation.
(Signe).. COMTE DE LA FERRONNAYS.
P. S. 2 Mars Dans la conversation que j'aie eu aujourd'hui
avec 1'Empereur, Sa Majest6 m'a entretenu longtemps de
St-Domingue. Elle pense que le seul parti que puisse pren-
dre la France est celui de reconnaitre l"ind6pendance
d'Haiti; mais qu'elle doit faire valoir cette reconnaissance
de la quelle depend entibrement celle des autres puissances
ets'en prevaloir pour obtenir de grands avantages de
commerce...









Rapport de 1'Ambagsadeur de France en Russie,
confirmant celui de M. le Comte de La Ferronnays,
adress6 au meme Ministre.
St. PMtersbourg, le ler Avril 1821.

No. 31

Monsieur le Baron,
Pendant que j'avais l'honneur de transmettre A Votre Ex-
cellence, en date du 3 Mars, les avis que M. de Divoff me don-
nait touchant I'avantage que la France trouvera A tirer parti
de ses droits sur St. Domingue plut6t par la voie d'une n6-
gociation que par la chance fort incertaine des armes, le
Ministre Imp6rial donnait connaissance a nos plenipotentiair-
et par, leur interm6diaire, A Votre Excellence des ouvertures
faites ici par Mr. le General Boyd. La politique g6ndreuse et
loyale qui a dicte la r6ponse faite par M. le Comte de Cap-
d'Istria A M. de Divoff sur le sujet, et don't je joins ici
la copie, parait faire desirer au Gouvernement Imperial que
des n6gociations puissent s'ouvrir, ici, sous ces auspices, en
tre la Metropole et cette Colonie. Dans cette vue M. de Divoff
apres m'en avoir entretenu, a engage le General Boyde passer
chez moi trouvant qu'il ne peut negocier avec la Russie, M.
Boyd serait d'autant plus porter A servir d'intermediaire &
une negociation avec la France qu'il ne doute pas que le rd-
sultat d'un accord ne fussent immensement avantageux &
I'ILE de St. Domiegue don't il se trouve I'agent, aussi bien
qu'A la France qu'il considere toujours come Sa Patrie et
don't I'attitude hostile n'a tourn6 jusqu'ici qu'au profit de
I'Angleterre don't les marchandises privilegiees sont exemp-
tes A leur importation A St. Domingue de la moitid des droits
de douane. Les int6erts personnel de M. Boyd ne sont sAire-
ment pas non plus entierement stranger A ces dispositions-
Rebuter durement, quoique legalement sans doute, par le
Ministre de la Guerre de France et par la grande Chancelle.
rie de la Legion d'Honneur lorsqu'il sollicitait de la premiere
de ces administrations le brevet de Marechal de camp, don't









a ce qu'iL assure, il a obtenu le grade en 1812 et rempli des
functions de la second, la decoration d'officier de la Le
'gion o 'onneur don't il soutient 6galement avoir recu la no-
mination par 1'interm6diaire, je crois, de Monsieur le Duc de
Bellune mais don't le titre ainsi que celuide son grade 'a Wt
dgar6 lorsqu'il fut fait prisonnier en Russie, il serait heureux
d'avoir une occasion de pouvoir se trouver par cette n6gocia-
tion, dans une position qui lui faciliterait l'obtention de ses
demandes.... Le Gouvernement de son c6te ne pourrait sans
doute que trouver avantageux de n6gocier avec un home
qui quoique dtabli actuellement en Russie est devenu pere
de famille, recevant, a titre des secours une pension de l'Em-
pereur et pret A entrer A son service, il serait cependant, je
crois, infinimeni sensible A toute espece de faveur de la part
de notre Gouvernement qui le mettrait dans le cas de conti-
nuer A demeurer francais et le rattacherait au service de
son pays. M. de Divoff en outre, paraphrasant la lettre de
M. le Comte de Capo d'Istria croit qu'il Serait tie's aVantageu.,
si l'on adoptait le project d'entrer en negociation a'ive::S'
Domingue, de l'executer ici, loin des influences tres prejudi-
ciables que de grands int6rits et des passions tres vives ne
irianqueraient pas d'exercer sur la march d'une pareille af
fire, i elle se traitait a Paris. M. Boyd m'a cammuniqu6
les ieins pouvoirs qui luiont 6te adress6s et don't j'ai 6ga-
lement 1l'hioneur de joindre ici les copies A tout hasard,
quoique'je pener que Votre Excellence les aura ddjh entire
ses mains ainsi-quecelle de la lettre de M.le Comte de Capo
d*istria par l'interm6diaire de Laybach.... M. Boyd ne doute
pas qu'il n'obtienne des pouvoirs pour negocier avec la
France, si nous consentons & traiter avec lui et peut 6tre
que la convenance d'dtablir cette negociation sous les aus-
pices de la Russie, pourrait en effet y determiner facilement
le Gouvernement de St. Domingue.
M, Boyd estpersonnellement tres connu de M. le Bare~nde
Portal, linistre de la Marine:.... J'ai l'honneur d'etre avec
respect, M. le Baron, de Votre Excellence le tres humble et
tres ob6issant serviteur.

(Signd) LE COME DE GABRIA C




I







Cent ans aprs....

Le puissant organisateur de la Sainte Alliance, 1'hoqme
qui, en 1814, avait replace les Bourbons sur le tr6ne de
France et libdre du joug napol6onien tant de principaut6s
et de royaumes, 6tait, a la v6rit6, une sorte de mousque-
taire, un chevalier A panache qui prenait plaisir A parcou-
rir le monde pour redresser les abus et les torts. PMlerin du
bon droit cheminant toujours vers le mieux, Alexandre ler
portait dans ses fixes prunelles de slave l'inextinguible feu
des choses eternelles.
En 1825, I'ann6e meme de la reconnaissance de notre In-
dependance, il mourait a Saint Petersbourg a l'Age de 48
ans.
Mais qu'aurait dit le grand mousquetaire couronni si, cent
ans apres sa mort, il pouvait revenir sur terre et constater
de ses yeux ce qui a Wte fait de son oeuvre colossale. Lui qui,
peu de temps avant 1825, avait tant contribute A faire entrer
Haiti, -du point de vue international,-dans la grande soci6-
t6 des peuples ind6pendants, qu'aurait-il pense des sinistres
veinements politiques qui mirent notre pays A feu eta sang,
de foyer t Vflbirn Guillaume.
Ou i,,ds que les Haitiens. furent liber6s de l'inquietante
perspective d'une inyasiop francaise, toujours imminent
avant 1825, ils porterent toutes leirs passions explosives
dans des luttes civiles et militaires sans profit. Les chefs,
au lieu d'encourager nos populations & cultiver la terre, a
exploiter toutes les richesses d'un sol lgendaire, pref6rm-
rent career l'insfcuritM partout.
Aux incessantes guerres civiles qui pes6rent d'u'h si
lourd fardeau sur le destin de notre pays et qui l'empdche-
rent de prosperer, ii faut ajouter la profonde ignorance des
campagnards, ignorance qui est la consequence de nos lut-
tes fratricides. Nos anciens chefs de gouvernement, au
lieu de developper toutes les productions agricoles neces-









saires a la subsistence du people haitien, enr614rent plut6t
sous les drapeaux des milliers de paysans inquiets; ils en
firent des soldats et des meurtriers quand il fallait en
faire des cultivateurs et des industries.
Le passe a deposd dans nos moeurs, jusqu'en 1915, divers
flIaux destructifs de tout esprit public.
Avec Soulouque, c'est la domination brutale d'un pays
don't on redoute le m6contentement. Habitue a ne pas con-
naitre de bornes a sa puissance militaire, (car il faut attri-
buer l'inferiorit6 ind6lbile de cet homme a i'orientation
maladroite de sa vie des camps), le terrible Soulouque obli-
geait presque tous les Haitiens a se courber devant lui.
Avec Domingue, on habitue le people a ne plus agir, a ne
plus penser, a subir docilement une servitude ruineuse et
stupefiante. Pas de paroles indiscrotes et tracassikres. Au-
treme-t, c'est le poteau rouge ou l'exil.

Avec d'autres, c'est la prosperity factice et le faste trom-
peur; et c'est aussi la mort, lente et sQre, s'infiltrant myste-
rieusement a travers les barreaux d'un cachot. Locuste a
souvent ragnd en Haiti.
Avec d'autres encore, c'est la paresse incurable, .... mais
calculee. On s'abstient d'agir pour ne pas froisser les int-
rets des uns et des autres ; la consigne est de provoquer le
minimum de protestations. Et le plus str moyen de durer, d'a-
pres ce group maudit, est de ne rencontrer aucune re-
sistance,puisque le m6contentement nalt gendralement, bien
moins del'inactivit6 du Chef que de la maladresse de certai-
nes measures prises par des personnages en sous ordre. En
some, pour conserver la confiance du people ii s'agissait
de ne rien faire....

Et voilh, de 1804 a 1915, I'Histoire en main, ce qu'on a vu
dans ce malheureux pays.
De quelles causes secretes cet dtat de choses fut-il la sui-
te ? Faut-il, dans le developpement de notre vie social, l'at-
tribuer a l'inferiorit6 de nos anciens chefs ? Faut-il plut6t
trouver 1'explication de nos 6checs et de nos malheurs, (du-








rant les cent dernibres annees), au choix d6sastreux des col-
laborateurs fait par tel ou tel president ?
Le secret est certainement lI, car, pour avoir bien su choi-
sir, nul gouvernement ne fut plus stable et plus raisonnable
que celui de Christophe. On peut en dire autant de Gef-
frard et d'Hyppolite qui eurent pour collaborateurs, le pre-
mier : Plsance, Elie Dubois, Alexis Dupuy, Augucte Elie,
t Bance, Jean Simon, etc; le second : Ant6nor Firmin, Hugon
Lechaud, L6ger Cauvin, Nemours Pierre-Louis, etc. Et c'est
pour cela qu'il vaut mieux ktre, au regard de 1'Histoire.
Henri Christophe, Fabre Geffrard, Florvil Hippolyte que
Soulouque, Domingue, etc....
XXX

Le savant docteur Nemours Auguste (le pere de l'actuel
president du Sdnat) disait en 1904, dans son admirable Rap-
port sur le project de loi additionnelle a la loi du 16 Sep-
tembre 1870 sur la Chambre des Comptes exactement ceci:
"Les paroles d'anatheme ne gu6rissent pas les maux, ils
ne r6parent pas les fautes des nations.
"Ce qui gu6rit les uns et rdpare les autres, c'est l'dtude
de leur gendse et de leur developpement; c'est un regard
scrutateur jete sur les souffrances du people, c'est une
connaissance approfondie de son dtat mental, une analyse
patient de son caractere, de sa nature, de ses besoins,
comme aussi de ses dducateurs envers lui."
Et voici comment le savant docteur, qui etait en meme
temps un clairvoyant sociologue, a jete son regard scruta-
teur sur I'histoire d'Haiti, des origins a I'av6nement de
Nord Alexis :
"Attache par une tradition s6culaire A la conception du
gouvernement d'autorit6, faconne depuis l'origine A l'obeis-
sance passive, et identifiant la notion du Pouvoir a celle
de la toute puissance d'un homme, maintenu dans cette di-
rection, ou cette discipline, par un systeme d'administra-
tion militaire oi l'on ne connait de loi que l'ordre emane du
President d'Haiti, pas assez mur peut-6tre pour -apprecier
les bienfaits d'un gouvernement d'opinion, pas assez









Oclaird pour en suivre le d6veloppement et les phases
journalieres; n'ayant gubre de l'tat que la notion sim-
pliste du Chef intangible, indiscute, omnipotent, le peu-
pie haitien comprenait mal le phenomnne historique qui
se deroulait devant lui, et don't il 6tait la matiere animde.
Plus attach aux luttes locales, il se desinteressait de la
solution du probleme national....

"Il sufflsait qu'un citoyen d6core du titre de Pr6sident
d'Haiti dit un mot, que le plus mal qualified de ses Minis-
tres, la plus pale de ses ombres exprimat un de ses d6sirs,
ou un de ses caprices, pour que le jeu des lois fut arrWtd,
pour que les int&erts de la nation fussent sacrifice. On s'in-
clinait avec respect, comme un champ de cannes flexibles
se courbe au premier souffle de la brise.
"Quelle que fit l'incomp6tence du President ou de ses Mi-
nistres, (1) quelle que fOt la gravity des interets en d6bat:
Budget, Credits extraordinaires ou suppl6mentaires, Em-
prunts, Dette publique A consolider. Traitesde Commerce,
on s'inclinait toujours plus bas,

Ce fut une gloire de voter sans examen, sans etudes
comme pour mieux affirmer I'omniscience des Ministres
ou de leur Chef, les yeux fermes, (pour mieux prouver sa
soumission...)

"Un people adapte ses lois a ses moeurs, A ses besoins
au bienqu'il veut faire, au mal qu'il veut r6primer, A la
direction qu'il entend donner A ses affaires. Nous avons
fait fausse route en empruntant A nos inspirateurs ordi-
naires les regles d'un bon control. Leur savante organisa-
tion financibre differe trop de notre organisation
imparfaite ; leurs moeurs administrative sont trop-
eloignees des notres, pour "qu'une adaptation Atroite de leur
systbme A notre administration produise ici des effects qu'il-
produit lI-bas.


(1) Riviere H6rard et Lazare par exemble, Lazare ne savait ni li-
re ni 6orire; il fut Ministre pourtant.







45

"Ne craignons done pas d'entrer tranchement dans une voie
nouvelle ; et trappons a d'autres portes, si nous devons trou,
ver ailleurs des principles 6provvws qui reglent notre conduite..
Et voici la conclusion du copieux Rapport de Nemours Au-
guste pere: "Vous savez, Messieurs, ce que cofttrent au
pays cette soumission et cette venture: la ruine et la honte,
consequence des longs abandons, une dette hors de propor-
tion avec nos ressoUrces, et par dessus tout, une demorali-
sation profonde, plus douloureuse encore que la perte de
notre fortune.
"Voila oi tombe un pays, lorsque, desertant la voie lumi-
neuse oi sa destine I'avait engage,... il livre A la vanity, A
la rapacity et A l'ignorance une administration sans con-
tr61e.
"Mais les nations n'ont pas le temps de s'arrater et de gd-
mir sur les ruines. Les fautes sont comme les grandeurs et
la gloire, un legs transmis par les g6n6rations passes;
nous avons pour premier devoir. non de nous plaindre, mais
de les r6parer et d'en prevenir le retour...
"Les ennemis de l'Etat veillent toujours;nous vous offrons
contre eux de nouvelles armes, et les moyens d'arreter
leurs entreprises,"
Louis E. ELIE











La Nouvelle Orientation Politique


Ne craignons done pas, disait en 1904 le docteur Nemours
Auguste, ne craignons done pas d'entrer franchement dans
une voie nouvelle, et frappons a d'autres portes, si nous de-
vons trouver ailleurs des principles 6prouv6s qui r&glent no-
tre conduite.
Le president Lescot a frappe b d'autres portes. II a jet6
le cri d'alarme et de confiance. etnous sommes tous obliges
de le suivre : ing6nieurs, m6decins, commercaits, histo-
riens, sociologues, industries et artisans, tous, tous. Le
people immense des campagnes 6galement car le Chef de
l'Etat travaille pour ameliorer le sort de quatre millions
d'hommes. Se d6vouer, doit 6tre aujourd'hui le mot d'ordre
g6ndral. Pour ma part, j'accepte volontiers donner,
dans la lutte qui se dessine, tout mon d6vouement, toute
ma bonne foi, non pas pour trouver dans le gouverne-
ment une situation plus commode et plus sfre (mon ind6pen-
dance et mon d6sint6ressement sont connus de tout le mon-
de) mais parcequ'il faut, devant I'abime qui s'ouvre devant
nous, soutenir loyalement, par la parole et par Faction, tout
Chef 6nergique qui prouve qu'il ne veut pas que s'6-
teignent les capacit6s pouvant honorer et servir utile-
meut le pays.
Sur les ruines d'une administration d6cr6pite, le president
Lescot fait de longs efforts pour 6difier une politique nouvel-
le, en rapport avec le d6veloppement toujours accru du pan-
am6ricanisme rooseveltien.
Mais pour affirmer l'influence croissante de notre pays au
dehors, c'est la hiche qu'il faut porter partout, comme fait
un bacheron dans une fort plant6e d'arbres mauvais. C'est
la refonte complete de nos moeurs et de nos habitudes, la
table rase du pass qui doivent nous pr6occuper et nous
dominer. Au farouche vae vctis du r6volutionnaire haitien
d'autrefois, nous devons opposer aujourd'hui l'esprit d'union
et de fraternity dans le travail bien fait.









Les representants de toutes les opinions politiques, le
president Lescot les appelle au Senat, dans les administra-
tions locales, partout, pour ne pas eterniser inutilement
dans le pays les forces de haine et de decomposition social.
II ouvre ses bras A tout le monde, il invite fraternellement
tous ses concitoyens A l'oeuvre colossale de salut public
qu'il veut rdaliser cofte que coite. Homme de volont6 et
de grand courage, il est entr6 franchement dans une voie
nouvelle, celle de la collaboration loyale avec le grand peup-
le amaricain, pour assurer le triomphe des idees de progres
et de civilisation en Haiti. Nous devons le soutenir.
Car dans les deliberations se rapportant au plan continental
americain, a Rio de Janeiro par example, et tout recemment
dans l'eclatant Message qu'il adressa au monde entier de-
vant le micro de la National Broadcasting Company il
joue i'un des premiers r6les, aussi compl6tement libre dans
ses movements qu'on peut l'8tre quand on n'a en vue qu'un
seul et grand ideal: le salut de sa race.
Mais pour former la serie de nos erreurs et de nos decep.
tions, rien ne vaut (A part la substitution du plan conti-
nental am6ricain au dogme utopique et illusoire du lib6-
ralisme haitien) comme la recherche intelligence deshom-
mes II faut des hommes, dans le sens plein du mot,
pour solutionner notre probleme national. Pour rompre avec
un passe ou tout semblait odieux, pour briserles cadres an-
ciens, ii faut ressusciter le patriotism dans le coeur des
Haitiens. II faut donner de la vitality A la generation actuelle.
A ce people replied sur lui-meme depuis cent ans et comme an
kylos6 par le decouragement, il faut qu'on lui ordonne de
se lever. Et c'est precisement ce que fait le president Les-
cot depuis lix mois.
Dans sa march opiniftre et jamais arrdtde vers le
bien, je souhaite qu'il rencontre dans l'Histoire Christophe
et Geffrard, les seuls v6ritables civilisateurs de ce pays.
Les seuls. Car tout lereste n'est qu'approximation ou pitre-
rie de paillasse.
XXX
J'ai cite tout a I'heure le nom de Florvil Hyppolite. Pr6-
cisons un peu.










Le president Florvil disait en audience publique, au mois
d'Octobre 1889, mais avec une 6tonnante puissance de con.
viction : II faut que, sous mon gouvernement, Haiti affirme
sa place parmi les peuples progressistes du monde "
Le president Hyppolite a tenu parole; mais en parties seu-
lement. Car, de 1892 A 1896, il eit la malchance de s'entou-
rer de ministres ddpr6dateurs, de directeurs et de contr6-
leurs de douanes arrogants et pillards. Emissions, em-
prunts ruineux, taxes et surtaxes sur les droits, tel 6tait
alors le plan dconomique facile, (relevant d'une science fi-
nanciere primitive assurement,) quand il fallait prendre pour
mot d'ordre: Agriculture, Education rurale, Industrie, Stan-
dardisation, Ddbouches. De l'ordre surtout, de la sagesse
dans lee d6penses.
On connait le mot de Louis XII : "J'aime mieux voir rire
mon people de mon economie que de ie voir pleurer de ma pro-
digalitg "

Sans l'execution intelligence de ces different points, il
n'y a rien A faire de grand dans ce pays. Le tout est de
trouver aussi des hommes .. (dans le sens. plein du mot)
Or, il y en a, ... il y en a encore en Haiti, et semblable.
a ceux de Christophe et de Geffrard .
On en trouvera certainement, et de plus grande valeur. .
J'en ai la certitude, une certitude absolue.
Le mepris de l'argent existe encore dans certaines famil-
les haltiennes. L'orgueil d'une function 6galement.
Savoir ce qu'il faut faire, avoir appris longuement, mg-
thodiquement ce qq'il faut faire, et le faire vite et bien,
voila tout le secret de la reussite. Economic politique d'a-
bord, mais Economie social dgalement, car sans la connais-
sance approfondie du milieu (et des intirets... qui regis-
sent ce milieu) on ne peut rien faire.. Ou plut6t on rea-
lisera une oeuvre, mais cette oeuvre n'aura qu'une effica-
cit6 imcomplkte ou momentande. Un palliatif. .. en some.
On sera Florvil Hyppolite, non pas Christophe et Gef-
frard.









Henry Christophe et Fabre Geffrard sont incontestable-
ment les deux plus grands Chefs d'Etat de ce pays. Tout
simplementparcequ'ils avaient en horreur les abominables
flatteries des courtisans. Au lieu de s'entourer d'Ames ser-
viles toujours prAtes a les compare aux plus 6blouissantes
figures de 1'Histoire: Washington, Napoleon, etc, ils
aimbrent mieux faire appel A des hommes nouveaux,
intelligent, patriots, courageux surtout. Ceux-la seuls peu-
vent sauver les nations en p6ril, car l'argent pour eux n'est
pas le principal but de la vie: ils ont l'orgueil d'une fonc-
tion, non pas l'ambition. Et c'est parcequ'on a toujours sa-
crifid de pareils hommes, dans le passe (au profit des intri-
gants et des incapables) que notre Histoire est si pleine de
tristesse et de honte .
J'ai parle d'hommes nouveaux, eh bien que I'on me per-
mette de rappeler ici un souvenir de famille.
Mon pere etait un homme nouveau, (malgre ses 55 ans)
quand il monta au Ministbre des Finances en Aoft 1915. Au
service de l'Etat, il voulut mettre ses profondes connaissan-
ces 6conomiques, son devouement et toute sa bonne foi. Neuf
mois apres il 6tait oblige de confesser, avec une obstination
d6sesperante : Nous n'avons fait que changer detristesses."
Etait-il done maudit, ce pays, pour plunger si souvent dans
l'amertume et le d6senchantement, ses meilleurs 'servi-
teurs, c'est-A-dire les plus incorruptibles de ses fils qui vou.
aient quand meme le sauver, et qui, du reste, avaient6tudie
pour le sauver! .
Apres avoir paye plus de cinq millions d'effets publics ar-
riders en neuf mois, Emile Elie s'en alla du Ministere des
Finances exempt de tout reproche, sans une souillure collie
A son nom.
Et moi, tout fier de cette attitude, (inaccoutumee en Hai-
ti), je montai chez mon pere au Bois Verna, le jour de la chi-
te du Ministere, (7 Mai 1916) et je lui adressai les plus vi-
ves felicitations.
L'incorruptible remain me repondit en souriant : II est na-
urel d'itre honnite, mon cher Louis, comme il est nature de









respirer. On eat honnete par respect de soi-m8me. Et puis,
mon but dans la vie n'est pas pricisement de bomber la poitri-
ne comme un ostentateur, mais de ressembler plut6t a mon
pere, a mon grand pere qui furent Ministres aussi et qui ser
virent I'Etat, simplement. Allez au cimetiere et vous verrez
sur la tombe d'Auguste Elie, murt en 1869, ces paroles sn-
dicatrices: Qne ma recompense soit dans la conduite de
mes enfants ... "
Et depuis, j'ai refl6chi, .souvent avec stupeur sur I'in.
coherence des choses haitiennes et la malfaisance des politi-
ciens. Oui, il est natural que moi, fils et petit fils de pareils
homes, je sois ce que je suis : un exile dans mon propre
pays.
Une chose cependant adoucit I'affliction et les ennuis de
ma vie, c'est que, par delA le tombeau, je peux regarder
sans humiliation et sans honte des hommes de caractare et
de grande fermet6 d'ame comme Plesance, Pouget, Lila-
vois, Emile Elie, etc.
Oui, c'est une precieuse consolation A n'en pas douter, que
d'essayer de ressembler A ces rudes et courageux travail.
leurs de la pensee qui essayerent d'unir leur maximum d'ef-
forts pour preserver le pays de la brutality des coquins, de
la bassesse des adulateurs. Plesance, Louis Edouard Pou
get, Alexandre Lilavois, Emile Elie, etc, n'ont pas eu la
chance d'apporter aux tragiques difficulties du problem
haitien la solution definitive et permanente. Mais, pour avoir
affirm leur determination de preserver ce pays de l'influ-
ence malfaisante des arrivistes, ilsresteront aux plus loin-
taines g6ndrations les plus beaux examples de proprete mo
rale, de courage politique et de fiert6.

On n'a jamais sauve aucun pays de la terre avec
la collaboration des intrigants, des flatteurs et des
incapables.
XXX
Faut-il croire que nous touchons, a l'heure actuelle, an
termre de.nos malheurs ? Une telle supposition peut naitre
assurement dans toutes les ames viriles, mais ce n'est pas









en dix mois que l'on transform les moeurs et les detesta-
bles habitudes d'un pays.
Nous sommes encoreau debut de la march vers le pro-
gres; ce qui reste A faire dans le sens du bien est im-
mense. Ne ddsesperons pas. Nul guide ne peut 6tre plus
utile en ce moment que le silence et l'observation clairvoyan-
te Et puis, en attendant le refroidissement lugubre du
tombeau, qui est peut-8tre la fin de tout, esperons, esp&-
rons. L'esperance est une grande consolatrice,

Le President Lescot nous sauvera. Car, dans une
grande ame tout est grand. Tout doit etre grand.
AprBs les jours angoissants et tres durs que nous venons
de vivre, seuls des hommes nouveaux, intelligent etcoura-
geux, c'est A dire les meilleurs fils de la-Patrie peuvent
sauver le pays.
Il y en a..... II y en a .... Et qui ont 6tudid dans ce but,
longuement, methodiquement

Louis E. ELIE













Table des Mateires


Pages
Lettre au President Lescot
I.- La rdvolte des Esclaves . . 6
II.- En march vers 1'Ind6pendance . .. 12
III.- Boisrond Tonnerre .... ..... 16
IV.- Le President Boyer et I'Empereur
de Russie Alexandre ler . . 20
V.- Comment exprimer notre reconnais-
sance envers la Russie ? . . 30
VI.- Pi6ees Justificatives ..... .. 32
VII.- Cent ans apris ........ .. 41
VIII.- La nouvelle Orientation Politique .... 4




















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