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 Du meme auteur
 Title Page
 Foreword
 Les relations Haitiano-America...
 Primaute de la loi internation...
 Le systeme interamericain
 Droits et devoirs des etats
 Droits et devoirs internationaux...
 Citoyen des Ameriques
 Constitutions et mceurs publiq...
 Vceu pour le peuple Haitien
 Democratie pratique
 Mceurs publiques et pratiques...
 Politique d'honnetete
 Prejuges criminels
 Politique interieure et politique...
 Le candidat a la presidence: Viola...
 Drame de conscience
 Les deux formes de l'agression
 Diplomatie d'amitie
 Pesecutions raciales
 Sur les pas des ancetres
 Haiti, nation civilisee
 Dessalines a parle
 Qu'est-ce que la nation Haitie...
 Les eteigneurs d'etoiles
 L'homme et le cadre
 Le cadre rural
 Fortifiez la cellule...
 L'universite, gardienne du...
 Jose Marti. Anti-raciste et...
 Donnez-leur a manger
 Rapprochement des classes
 La commune et l'ecole
 Une voix s'eleva dans la nuit
 Les nations unies
 Les hommes sont fous
 L'alliance Francaise
 Education morale
 Le role national du pretre
 La vie est dure
 Bienfaiteurs de la nation
 L'etat mental de la societe...
 L'amie du peuple
 Conseiils aux petits ecoliers et...
 Dorothy Maynob et la musique...
 Chasez la gueuse
 L'enseignement de l'histoire
 La course a l'abime
 Les valeurs morales a l'ecole
 Valeurs spirituelles
 Dis-moi ce que tu manges
 Montre-moi ton logis
 Un homme de qualite
 La lecon de 1916
 Bonnes et mauvaises traditions
 Table of Contents
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BELLEGARDEDessaliDes aIeiociete d'EditioDSetdeLibrairi.PORT-AU-PRINCE,HAITI1948

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G-ifTor Roy TascaDavis

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.DessaUnes a 'parle, i.\_,'". ...

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DUMEMEAUTEURMORCEAUXCHOISISD'AUTEURSHAITIENS(2 vol.Prose-Poesie,encollaborationavec MM. SolonMenos,AmilcarDuvaletGeorgesSylvain,Imp.MmeF.Smith,Port-au-Prince.1904).Ouvragecouronneparl'Academie fran<;aise. L'ECOLIERHAITIEN,encollaborationavecM.StenioVincent,Bruxelles.,1913.L'ANNEEENFANTINED'HISTOIREETDEGEOGRA PHIE D'HAITI,encolI.avecM.StenioVincent. edit. Bruxelles,1913, 2, 3", '4", 5", 6eed. Imp.deI'Etat. ., ; l;iAITI-ET LESETATS-UNISDEVANTLAJUSTICEINTERNATIONALE,brochure,Imp.Union,Paris,1924.PAGESD'HISTOIRE(L'Esclavage a Saint-DomIngue,laSo cietefranc;;aise deSaint-Domingue,PetionetBolivar).Imp.Cheraquit,Port-au-Prince.1925.POURUNEHAITIHEUREUSE,tomeI,292pages,Cheraquit,1928.POURUNEHAITIHEUREUSE,tomeII,456pages,Cheraquit, 1929.1L'OCCUPATIONAMERICAINED'HAITI,broc.44 pa2es.Cheraquit, 1929.UNHAITIENPARLE,280pages, Cheraquit, 1934.HAITIANDHERPROBLEMS(4lecturesinEnglish)Uni-versitedePuerto-Rico,1936. .LARESISTANCEHAlTIENNE,175pages;Ed.Beauchemin,Montreal,1937.LANATIONHAITIENNE,illustre,362pages,J.de Gi2ord, Editeur,Paris,1938.HAITIETSES PROBbEMES, 300pages,Ed.BernardValiquette,Montreal,1941. .ECRIVAINSHAITIENS,302pages, lereSerie, Soc.d'Ed. et'-. deLibrairie,Port-au-Prince,1947.

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DANTtS BELLEGARDE :.. JI '1''I ; \; .,, Dessalines 'a' d'EditiollSetdeLibrairiePORT-AU-PRINCE,HAITI. 1948

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')''-, \" "V'i-"'i',j",.j AVANT-PROPOSA son retour ,de Washingtonou ilvenait de remplir avec succes,du23marsau4septembre1946,uneimportant. mis sion diplomatique,M., Dantes BeIlegardevoulutbien r"pren dre sa coIlaboration aLa. Phalange.Etil donna' a notrejournalune serie d'articlesquieurentunprofondretentissementdanstoutIepays.C'estpourrepondreauvceu d'un grand nombrede noslee teursquenousreunissonsenvolume,sous titredeDessali pes aParle,ces articles ou notre coIlaborateur s'estexprime,avecsa franchiseet sanettete habitueIles, sur quelques-uns des problemes essentielsdelavie hattienne. Nousles reproduisons ic!. dansleurformeoriginaleet dans leur ordrede publication alindeleur garder leurvivacite et; leur fraicheur:cequifait leur unite, c'estJ'amourde poursonpaysetsonattachementindefectibleauxvaleursspi rituellesquifontla dignite detoute societe humaine. .LAPHALANGE.29 Hptembre 1947.

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24septembre1946. LES RELATIONSHAITIANO-AMERICAINESNouspublionsici,commedocumentshistoriques,Ies dis courl$ quifurent echanges, Ie3juin1946,entreM.Dantes Belle/iarde etIePresidentTruman, a l'occasiondeIa remisedel$Itlttres de creance dupremiercommeAmbassadeur d'Hadi. MonsieurIe President, l'airhonneurdereJllettreentre vos Illains lesLettresparlesqueBes IeGouverneJllent Hai'tien Illet fin it la JIIisjijion de tllonpl;edecesseur M.JacquesC.Antoine etCellesquim'accreditelhaupres deVotreExcellenceCOll1meAm Extraordinaireet Plenipotentiaired'Hai'ti.C'estpour moiunmotifdegrande fierted"etreappele unenouvellefois it travaillerau sueecs d"une
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Ieauxprincipes dCllloeraliquespoursei' anc(. tresOl1t versc leur sangdans Ie pHSSe. Cequ'il,eutau jourd'hui,c'estetahlir lapaix itrinterieurdesonpay" surlabasesolide deIHprosperite nationaleet de la justicesodale.Dans lanomelle Constitutionqu'ilva se dOllnerafin derepondreitscspropresaspirationset auxprescriptionsde l' Acte de Chapnltepecet de la(harte de San-Francisco,ileBtend consaerer,pIns fortementque jamais, lesdroitsdel'Homme it lavie. it la liberte.it r egalite des llloyens d'i-dueation etdetravail. sansdistinc tionde sexe, derace. de langueou de religion.Touten etant ferlllelllent attachesit leurautonomjcpolitiquect a leurill dependanceadlllini"tratint:'t finan ('iere, Ies Haltiens comprennentl,iellquela prosperitede leurnationestetroitelllent lieeit celIede ses ,oisilles.Tousnospaysfonten eHel partied'unvaste sptemed'in terdepel1danceul1iverselle.et c'est par desmesure" collec lives qu'ils peuventall1eliorerla ",ituation economiqueetsocialedeleurspopulations re"pective". Ceta est partieulierement ,'rai pour lesEtab de eel hemisphere qui.solidairement unis par desintereb politiqlu;s.intellec tuels, economiquesetlllilitaire".ont. les 1msenversIe,;;. autres.desdevoirs d'assistal1ce mutuelleet des obligationsde defense conUllune.Lesprogres realises durant ces dernierstempsau sein derUl1ion Pamtmericaine.grfwea lafraternellepolitique dti bon voisin, font desormaisde ('eHeInstitutionRegionaleun 'boulevard pourlapaixetla pro"periteenAmerique et,par con"equel1t. pourla pai"('t la pcrite dumondeentier.Dne solidaire dans lapaixconlIne dans la guerre, unie dans r amitie et dans -10-

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lajustice,puissantepar sel; valeurs.spirituellesetpar seirichesses materielles,resteraunadmirableexempledecooperationetd'harmonie.Elles'imposeracomme ID,odeIeit I'OrganisationdesNationsUnies"dontelleconstitueunefractionilllportanteet. qui, surunplanpluslarge,travaiIleau bien-eIre despeupleset it l'etablissementd'unejustice egale pourtousleshommesdetousles pays,suivantla genereuse expressiondela Gharte del'Atlan}iquedevenueIebreviairede demo' cratie.LaproclamationdesonindependanceIe1erjanvier1804afaitd'HaitiIedeuxiemeEtatindepelldantdecet hemisphere, venantilllmediatelllent apres les Etats-Unisde l'Amerique duNord.L'aidefraternelJe, pretee par son presidentAlexandre Petionit SimonBolivaren1816pourl'elllancipationdes Colonies Espagnolesetl'abolitiondel'esclavageenAmeriqueHispanique,faitd'Ha'itil'undespionniersduPanamericanisllle. Haiti atoujours donneSl! phIS'loy alecontribution it lacausede la solida riteinteralllerit:!aine. C'estponrquoieUecroitavoiracquis1'estimedetoutesses sreurs d'Alllerique.Etc'estpourquoiellecompteparticulierelllentsurlabienveillancepersonnelledeVotre 'Excellence etsnrl'assistanceamicaledevotreGouvernementpourl'aider it sedelivrerdesentravesqui genentsob. essorpolitique,economique 'et financieretpourlui perl1leUre deremplir,entouteliberteet sincerite, auseindel'Union Panalilericaine, Ie role auquelluidonnentdroitsa glorieuse histoireet ses aspirationsdelnocratiques. PermeUez-moi,MonsieurIe President, de.joindremes vreUxa ceuxdu Gouvernemeyt et Peupled'Haitipour-11-

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Ie bOl'1heurpersonneldeVotreExcellenceetla prosperite lagrandeNationAmericaine.*** (Traeluctielt )Reponse du President Truman al' Ambassadeur Dantes BeUeqard.'I\MonsieurI'Alllhassadeur, C'est pourmoiungrandplaisir.Monsieur l'Amb:fi8sadeur, derecevoirde vousIel'i Leurespar Ie:-quellesYotre GouvernenlentVOUB accredite COlllme Ambassadeur ExtraordinaireetPlenipotentiaire de Ia Repuhlique (rHaiti aupres. du <{ouvernement desEtats-Unis J'accepte en melne tempsIesLeures de rappeldevotre M. Jacques Antoine. J'aiete vivement frappe par les remarques,deVotreExcellenceconcernantl'intentiondupeuplehaitiende se devouerauxprincipesdeIa liberte etdeIademocratie.MonGouvernelllent aete heureuxdenoterles me Slues prisesenHaitidansces recents mois vel'Slamiseenpratiquedes regles democratiques,etaprisconnaissancedu desir exprimeparIepresentGouvernement visoire d'Haitide' remeUreIeplus tot possibleIa res.'ponsabilitedesaffairesdeI'Etat a unregime derivantsell pouvoirsdepro cedes constitutionnels.-12-

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Comm,eVotreExcellence 1'a silfortementindique,c;est 1'application duprincipederespect de9 droitsdesautres,aussihienque l'interet des pays decet hemispheredanll Ie hien-etrf dechactin d'cux, quiaproduitIeSystemeInteramericain.La sincerite decettesolidaritefutindu-, bita'blement demontreedurant laderniereguerre -menee pourlapreservationdecesvaleurshumainesetdecesstandardsdedignitenationalequisont com,llle des jaIonsindicateurspourlesRepubliquesde cet hemisphere. C'estmonferme eEpoir -commejesaisquec'estIe votre -quel'applicationde cesprincipesparles memobresdelaCommunauteMondiale,agissantparl'inter mediaire del'OrganisationdesNationsUnies,aboutira.surunplanglobal, it1'accomplisEement des ideaux quiformentleshutsduSystemeInteramericain.C'est 1e espritdemutuelrespectpourla reali sation d6s aspir-ationsnationales, tempere parlaconnais sancequenousavons del'interdependancede touteli les nations,quiimpregnelesrelationsdenosdeuxpaYi. VotreExcellencepeut etre assureedu desir duPeupleet\duGouvernementdes Etats-Unis detravailleravec Haiti auplus devt;loppement dela viepolitiqueet eco nomiquedevotrepaysenaccordavec la solideamitie haitiano-americaine etles interets de nospenpIes relipec tifs. VoustrouverezceGouvernement pret, entouttemps, it discuteravec VotreExcellencelesquestions d'interet COllununpour no" deux pay" et it continuercette cooperationhaltiano-americainedansles affairesconcernantnosdeuxRepubliquesquiaprevaludansIe passe.Le re de ros services it,Wasbington vous pre cure-13 -:-

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,0'"personneilement unenouvelleopportunite. decontrihuerit eet ohjectif.Veuillezaccepter,Monsieur l'Amhassadeur,me!vreWt lesmeilleursetceuxduGouvernementetduPeuple deli EtatsUnispourvotrebonheurpersonneletIe sucresvotre mission, aussihienquepourIehien-etreetIe bonheur'duPeupleHaitien.I -.:.14""':

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19novembre 1946.PRIMAUTEDELALOIINTERNATIONALEDansIediscoursquej'adressaiIe 3juiuau President Trumanenluiremettantmeslettres decreance conuneamhassadeur d'Ha'lti, jefisunedeclarationdont j'avais soigneusement pese lestermes.Les evenelllents quionteulieuenHai'tiau debutde ceUe annee 1946 luidis-je lI10ntrentqueJepeuplehaltienest restefirtele auxprincipesdelllocratiquespourlesquelsses ance-tres ont verse JeursangdansIe passe.Cequ'ilveutaujonrd'hui. c'est etahlirlapaix itl'interieur desonpayssurlahasesolidedeJa prosphite nationaleetdelajustire soriale.DansJanouvelleConstitution qu'ilva se rtonner afin rte repondre itses propresaspirationsetauxprescriptionsde l'Acte deChapultepecetdeJaCharterIcSan-Francisco,ilentendconsacrer,plusfortementquejalllais, Ies droitsdel'Holllll1e it la vi'e,it laliberte, itl'egalite des moyensd'erlucation et de travail,sansdistinction desexc,Ierace,fIe langueoudereligion.Cethommagerendu it notre passe meparaltpleinementjustifie. VEtat d'Hai'ti avait,des Iespremierstemps de notrehistoire,neUeinentcomprissamissionpolitiqueet wciale. LaDeclaration PreIiminaire deIa ConstitutiondessaliniennerIc1805et Jt's Di;;positionsGene---15-

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raIl's de IaConstitution de 1806 sontdeux documents queIes Hai'tiensont It' (hoit dt'mettre;;urlit planlluela Grandt'ChartederAnglt'terre de 1215 etIeBillof Right;; (It' 1689,la Declaration(finMpen dance fles Etats-Unis de 1776.la Declarationdes Droits de I'HOIluueetdu Citoyt'ndt' 1789etrAmerican BillofRights dt' 179]. Reunis.ct's dt'llx doculllt'nti' (formentlaCharte desliberteshai'tiennes parce qu'ih consacrent,dela fa<;on la pluslarge,cesideesdeliherte.(l'egalite et de fr.aternitequi wntlesconqu;'tesJespluspre('ienses III' notrt' civilisation chretiennt'. II esteton nantde con:,tateral{llel point ees troi,.grande,.idet's. qui represelltentre,.,.('ncememede la trouventleurparfaite pt'r:,ol1nificatiol1 en troi,. dt'noshero,. nationaux: Tou,.saint-Louverture incarll(,la liberte;Dessalines.c'estl'(;galih;. caren cOllfluisant HaIti itrindependanct'. ilaffirllla Ie droitd'unpeupleIf origint'ne gre itetretraitc comme egal par toute:,Ie,.nation,. dumonde ciYili,.e;Alexalldr('Petion personnifielafrater nih; (que appelollS aujourd'huijustice sQcialeI parce qu'en fondantla repuhlique ilappela tou;;Ie!'Hai' tiens a participerfraternellementaugouvernement de leurpayspontleur hienetre COllllllunet parc'e que. en aidalltBolivar itlihererIe,.coloniese,.pagnole,.It'cethemisphere, il assura I'aholition deresdavage en Ameri quehispaniqne t't donnaIe premier exemple desi'nteressedesolidarite interamericaine.Bienquelaplupart denosgonvernement".noir,. on llluHitres, ahsorhe:, par de:,preoccupationspuremt"ntego'i'stes, sefussentsucccde au pouvoir,.an,.St"!'oucier d'executer avecetcontinuite Ie pr0l'ralllllle.

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fi d'education et de' travailquidecoulaitde principes constitutionneisde d'egalite etdefraternite,l'instinctdelllocratiques'estmaintenusi vivaceetsipuis.santdansnotrepeuplequ'ila resisteit tousIes essais gouvernelllentabsoluquiont ete entreprisau courS' denotretumultueusehistoire. Et.c'est'acette resistance qu)I fautattribuerlaplupart des reactionsviolentesqui i onttropsouventensanglante litvi@ nationale.Lepeuple' haltien peutsubirpendantIongtemps latyrannie d'unI ilnel'acceptejamais.Quand.onetudie avec soinl'histoire d'Halti, onserend a cetteevidencequenostroubles nesontpointtoujours -' ainsi qU'Olll'aecrit -'lessoubresautsperiodiquesd'une 'Sorte dedemon revolu,tionnaire quelanation ha''itienne porter.aiten (lIle COll1meune bete malfaisante.Presque'toutesnosrevolutions onteteI'reu vredes gouvernell1ents eux-mell1es,quiIesprovoquerentetles justifierent par lel1'rnu:u... gestion des afUires. publiques,parleurdespotismeetleurll1epris des droitR'\ de'l'homll1eetducitoyem>. La plupartde ll()@cliefsd'Etat, unefois instltlles aupouvoir,nedemandaient que Ia paix. Mais Ia 'paixqu'ils.reclall1aient. c'etait Ieloisir\ dedigerer enpleinequietude; c'etait Iebaillonsur Ies bouches,..quinechantaientpasIeuTslouanges; c'etait Ie silence des cill1etieres. EtparcequetoutesIesvoix. s'etaient tues, ilsprodam,aient,selonIa formule,traditiollneIle,quelquefois it laveilledeleurchute,quelapaixregnaitsurtoute i'etend.ue du terrltoire. Paixillusoire! f':ordreetait danslarue,ll1aislacol ere bouillon,r '& nait (Ians Ies ames. Aupremiercride protestation partid'mtpointdupays toutes Ies voixrepondaient,etIe gou -17.

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vf!rnemellt, quin'avaitpasderacinesproondesdausIe peiIple,s'ecroulait lamentablement.Lavitalitedelana s'epuisait dam; ces crises successives. dictature,qu'ellesoit d\m hommeou d'une ou Ie, est ha"issable etaboutitinevitablem,ent a!'insurrection. IIfautdoneempecherladictature.sousquelqueformequ'elle fe manifeste,en aS7urant pardesgaranties serieuses etefficacesla defense de l'homme etlaprotectionducitoyen.CesgarantiesdoiventsetrouverdanslaConstitutiondechaquepays. MaislaConstitution d'unpaysne,' peut-fixer lesdroits e! obligationsque de. ses nationauxouressortiss3nts.Le progresdesidees a brise encettematiereles cadi'esnationaux:cequil s'agit main te:p.antd'eta])lir, ce sontles Droits et Dewirs lntemationauxdeI'H01nme. VAde deChapultepec, dresse parIaConferenceInteramericainede 1945, a consigne, danssaResolutionXL l'adhesion detouteslesRepubliquesAmericainesaux PIiJ;lCipes etablisparIedroitinternationalpourlasauvegardedesdroitsessentielsde l'homme etl'appuiqu'elless'engagent a apporter a l'etahlisselllent d'unsyste medeprotectioninternationalede res droits.D'autre part, laChartedeSan-Franciscoa cree lesNations Unies.organisation d'Etatssouverains quiont agree dejoindreleurseffortsenvuedemaintenirla paix internatio nale, decooperer a lasolutiondes problemes economi ques, sociauxetculturelsd'importanceinternationale.etdepromouvoirsurtoutela terre Iesdroitsde l'hommt' au benefice de tous, sansdistinction derace,dese'ie. delangueoude"religion.Haitiaratifie PActe deChapnlteper t't Ia,Chartedes-18-j

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NationsUnies.Elleest obligeederespecteretd'appliquerlesprincipes ysontcontenus,-que cell principes aientete incorporesou nqn dansnotrenouvelleConstitution.Et meme si ceUeConstitutioncOlllporte desprescriptionsquiysontcontraires, c'est laloinationalequidoits'effacerdevant
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Franceconsentauxlimitatiomdesouverainete necessai res it l'organisationet it la defense delapaix.Lapaixnepourra etre maintenuedansIe monde que lesnations, a commencerparlesplusgrandes.consentent a ceslimitationsnecessairesdeleursouveraine-./ teo De meme, lesplusgrandescomlllelespluspetites 'doivent accepterd'assurerefficacementparleursinstitutionslaprotection intermttionale de l'Homme, enpermettant a tous les hommes de tOllS les ppys de vivre d'uneviedecente,dansladigniteetIerespect dma toute crea turehumaine.AlaConferencedesRepnbliqllesAmericaines.qui se reunira a Bogotaenmars1948,sera discllte unprojet =v, dfl DeclarationdesDroitsetDevoirsInternationallx.del'Homme,dontjeparleraiplustarden detail. Ha'itine peut refuserdes 'yal'lsocier "ans relloncer a .a qualite denationcivilisee. .

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26novernbre LESYSTEMEINTERAMERICAINMesinterventions it l'etrangerpourla defense des iB terets dupeuplehaltienoupourla pr{)tection desdroitsdeI'hommeen generalont euunefortunesinguliere.Tandis qu'a l'exterieurelles attirajentit monpays dessympathiesardenteset loyales, en HaIti elles provo qllaient contremapersonne attaquesacrimonieusei.En presentant meslettresde cnSancea M.MillerandIe 11avril1921COllUlle minislreplenil>otentiaireitParifl, jevantainotreculture quidonne it notrepays sa p4ysionomieoriginaleaumilieudesrepubliques ame quiconstitue run des elements lesplus preS cieuxdenotrepatrimoinenational.Lapresse franf5aise fit Ieplusenthousiasteaccueil it mesparoles,et c'ela facilita considerablementIe succes demamissionenFrance.Maisunfarouchepatriotehaitien ecrIvitdans unjournalhostileque j'avais trahiles interetsd'Haiti enm'aplatissantauxpiedsduPresidentMillerandeteninsultant Hichem.ent lapauvreAllemagne.Enseptembre1922, it la3eAssemblee de"laSociete desNations, j'eIevai lavoixpourdenoncerlaconduite dugouvernementdilSud-Afrique a l'egarddes Negres HottentotsduBondelswartz.Ceiteprotestationproduisitunesensation en ormedans l'as&emhIee et dam \-21-\\

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lapressemondiale.Un Anglais,l'illustre professeur Murray, ecrh'it, dans la revue Head'f.J(ly,que moninterventioncourageuseconstituaitla meilleure preuvedela necessite d'uneliguedesnationspourla defense desdroitsdel'Holllllle.PaulFauchille. dans sonTraitedeDroitInternationalPublic, tOllle leI'.page818de l'edition de 1922, etGeorgesScelle.danssonPrecisduDroit des Gens,page181 rle l'editionde1932,yvirentl'affirmation rleeisive dudroit de controledela Societe desNationssurl'adlllinistration des territoiressousmandat. Mail". en HaIti, unfarouchepatriote me pourfenditde sa plumeindignee enm'accusant detrahisonpouravoirprisla defense deces miserahlesnegres duBondelswartz.ALyon,au Congres del'UnionInternationale de". Associations pour la Sociefe desNations,enjuillet1924.je presentai uneprotestationcontreIemaintiendel'occupationamericained'Haiti.SuivantIejournal ]yonnai".LeProgres, M.Duniway, delegueamericain, reponditendestermesempreints dela plusbelle cordialite. IIexposaIepointdevuedesEtats-Unisetrenouvela l'assu raneequesonpaysferaittoutpour haterl'evacuationd'Halti. IIfut.COIllUleIe deIegue haltien, salue parunelongueovation,etII'Sdeux deleguesseserrerent cordialementlamainaumilieu del"applaudissements unanimes.Endescendantdelatribune.M:Duniway.afindenlontrersasympathiepour la causequeje venais deplaidel', etait eneffetvenu jusqu'a monbaneet m'avait tendulamaincn signed'amitie. A ccUeoccasion,LeProgres de Lyonnota:.Alasortiedelareunionunehellemani feitation de iiympathie eutlieudelapartdupublic a -22-

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l'adressede M. Dantes Bellegarde, delegue de HaIti, dont Iepetitpaysestcher aux etdont r attitudeparticulieremenLloyaleeL {'ourageuSl>au cours dece con gres a souleve l'admiration de tous. :Mais, enHaIti,lUIfarouchepatrioteJIIe pen;a de ses Rechesnees enmereprochant ayec horreur d'ayoiraccepte Iamain que Illetendait M.Daniway aulieudelui eraeherauvisage. UnautrepaLrioie.toutaussifarouche. ecrivit {'ontre lIIoiunelonguebrochurepour demontrer que Ie"AmcrieainsavaienLbienraisond'oceuper Ieterritoirchaitien et dediriger les affairesdupays. .En "eptembre ]93,je pronont,:aia la trihuriedelaSocietedesNations.aGeneve, undiscoursquieutUllgrandretentisseme.ntenEuropeetenAmerique.Ellapportantmon adhesion auprojet des Etats-Un5s d'EuropedeM.AristideBriand. j'osai dire ce que de\raientetre Ies relati0l'\s des EtatsUnisd'Allleriqueavec l'Amc riljUelatinepourquel'Union soitetabliesurIefondelllentsolidede l'amitie, deIasolidarite,deIajusticeetdurespectde l'egalite juridiquedesEtatsde l'hemisphere occidental.Etje declarai queIacrainteetIamefiancecontinueraientd'existerparmiIesrepubli.quesamericainestantquedureraitl'occupationmilitaireetciviledeIa Republiqued'Hai"ti, injustifieeendroitetreposant sur untraite imposepar Iaforceaupeuplehaitiem>.Cette fois, Iefarouchepatriote hai"tiendelegua sespouvoirsauHaut-Commissaireamericain,etc'est Ie General JohnRussellqui sepresenta aupalais prcsidenti&l pourdemandermonrappel a M.EugeneRoy.NOI11metoutdesuite apres minish'e a\Vashington,ouM.Hoover me declara persona grata,je rep-ris aveclei-23-

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N oirl'i Amerieainl'i les rl"laLionsconliale!'qlltr aveceuxdepuis me meierdeque relIes politiques, je mivais.nec-ympalhie leurlutte quo tidienneponrfaireadllletlre dans laloi etdan"lesreglesde droit naLure]etdelignite 11lll11ailledontline l'ioeieteinjustecoutinuaitit leur nfuser f applieation. Je m'interes!'aiitleursel"olesetitleurvie socialt'. Je prislaparole it lUI hanqnet offerl itJames\Yeldon Johnson it New-York Jr fis itAnacostiafeIogede FrederickDouglass.Cetteattitude deplutit PortauPrince. et onme n!procha.ojjiciellelllclllde lUe1U0ntrcr .\'t'grcqu 'Haitien.Jepourraismultiplier Iesex"mp!esdel'e genre. jeveux m'arreteraucasIeplusn;n'nt. Dansilion di,, conI'S adrel'ise Ie 3juiu 19 au Pr(:sidcnt Truman. j'avai" dit:Les progresrealises durant ('('sdernierstelllihaudc,l'UnionPallCunericaine.grit.. 'e itla fraternellepoliti.'que duhon voisin.font desormaisdel'clte InstitutionRegionaleun houlevardpourlapai" et la('nAmerique et. parconsequent. 'pourla pai.\.et lapro-pe.rite dans Ie lllondeentier. CneAIllt:rique.la paixcommc dans laguerre.unie dansLUllitie et 1'1justice, pnissanteparses,,,leur.spirituelle"etparl"ies richesses materidles,restera unadlllirable e"emplede'eooperHtionet d'harlllonie.Elle ,,'illlpo"eracoulmcmodeleit rOrganis'1tion des Natiolls Cnie". dont rlIecon LituennefracLion illlporlunLe t'! IIui. sur UIlplan lar ge, travaiIle allbienelredeset d'une ega Ie pourtow,leI"delei' -24--

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,pays,suivantIagenereuse expression deIa ChartedeI'Atlantiquedevoo.uele brcviaire de ladcniocratie. 'M.Trumanrcpondit de maniereprccise a cettepartiedemon disc(J)urs endisantque
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darite politiqueeteconomique qu"il n' estpas ennotrepouvoirderompre.Pourquoi ceHesolidarite ne denait. ellepassetraduireen acte parretablissement d\me communautefraternelle. de nos21 Republiques"nees toutessousIesigne de laliberteet de la democratie? II y asansdoute.I'Union Ellerenddesservices serait de meconnaitre.Mail'elle pasencorel' orgallisa.ion pacificatriceet regula tricequenous revons pour I'Amerique. Ellen'aencoreni l'aiIlorite ni l'independanee luifaudraitpourremplirIe role d'unveritableConseil des Nations Americaines, pouvantparleraunomdela jW"tice ,etdu drottatous lesEtats d'Amerique,grands etpetits,et possedant laforcemoraleet meme materielleneeessairepourfairerespectersesdecisions.Depuisquecesparoles ontetedites. des progres considerablesont He accomplis dans Ie systellle interalllericain grace enmajeurepartie a lapofitique de bon yoisi nagedeFranklinRoosevelt. Les resolutions etcom-entionsadoptees a laConferencede Montevideo de1933. a laConferencedeBuenos-Aires de 1936, a la Confe rencedeLima de 1938, a laConference de Mexicode1945,auxReunionsConsultativesdesMinistres des RelationsExterieuresdePanamaen1939,dela Hayane en1940,deRiodeJaneiroen 1942, etpartieulierementrAetedeChapultepec,ont cree entreles republiques alllericainesune solidarjte democratiquequitend a de,-enir une veritablealliance pour Ia defense de l'integrite territorialetiespaysdeeet hemisphere etIemaintien deleurs institutionsnationales.AlaConferencequisereunira a Bogotaenmars-26-

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1948troisprojetsd'il11portanceexceptionnelleserontdiscutesetcertainel11entapprouves:10unprojetdePacteOrganiqueduSystel11e Interal11ericain base princi-'paIementsurlesprescriptionsdeI'ActedeChapultepec;2unprojetdeDeclarationdesDroitsetDevoirsInternationauxdeI'Homme;3"unprojetdeDeclaration desDroits "etDevoirsdesEtats.L'adoptiondecestroisprojetscompleteral'organisa.tiondeI'UnionPanamericaineetenferauneinstitutioninternationaleplusdemocratique que I'O.N.U.,car leI droitdevetoenfaveurdes gral!despuissancesn'yestpasreconnu,'etles EtatEi quienfontpartie,qu'ilssoientfortsouaibles,grandsoupetits,sontplacesjuridique.mentsurIepied d'egalite. UndiscourscommeceluideM.Molotovausujetdespetitesnationsneponrraity etre pron.oncesanssouleverd'unanimesprotestations.Lavoix d'Ha'iti a Iedroitdes'yfaireentendreentouteindependance,etlavaleurdesonvote depend, nondel'etenduedesonterritoire,duchiffrede sa populationoude ses richessesmaterielles,maisdelacompetence del'autoritemorale,delaforcede caractere etdesqua lites detactetdel11esuredeceuxquiontl'honneurdelarepresenter. :..27-

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4decembre 1946, DROITSETDEVOIRSDESETATSLaResolutionIXdelaConferencedeMexicode1945.confiaauConseildeDirectiondel'UnionPanamericaineIe soin depreparer,pour etre soumis a la 9" Conference RepuhliquesAlllericainesqui se reunira it Bogotaenmars1948,unprojetdeDeclarationdesDroitsetDevoirsdesEtatscomportantlesprincipesfondamentaux dudroitinternational.CeUeDeclarationsera altache@ COlluueannexeauPacteOrganiqueduSystelllc alllericain. Prepare parunecommission speciale, Ieprojetfutap prouve, Ie17juilletdernier,parIe ConseildeDir'ectiondel'UnionPanalllericaine,quidecidadeIetranslllettr8aux21Gouvernelllentsdel'Ameriqueafinqu'ils pmsent presenterleursobservationsyrelatives dans un delai finissantIe15octobre1946.J'ignoresi IeGouvernelllenthaitiena present.edam Ie deIai prescritsesobservationssurceprojetd'importanceeapitale.J'estimequetouslesHaitiens doivent eneonnaitrelestennes,parcequelavienationaletouten tiere dependdela fal;on dontl'Etat d'Ha'iti entendexereersesdroitsetremplirsesobligationsteIsqu'ilssontdefinisdansl'Acteinternationalauquelilvaparticiper.Jeme conteu'te pourIemomentdetraduire a !'intention-28-

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\denos ]ecteursles' 22 articlesdu,projetde DeclaratIon desDroits ef Devoirsdes Etats. 1.Les Etuts sontjuridiquement egaux entreeux. Us ontles niemes droitset lesmemes obligations.Cette egalite derivedel'existencedel'Etatconunepersonnedudroitinternationaletnonde la puissance qu\l peutavoirpourse deendre onsemaintenirni'deson etendu-e territorialeondeson degre d'avancement.2. LesdroitsdontjouitchaqueEtatenvertududroitinte,rnationaldoivent etre respecteset proteges par tollS les kutres. Etats,puisquedroitetdevoirsont etquechaqueEtata Ie devoirderespecterIe'sdroitsdetouslesauiresEtats. 3. LesEtatsAmcricains reiterent leuradhesionauxprincipes deUlOcratiques etrepublicains,qu'ilsconside ,rentcommeessentielspourlapaixenAmerique.4.Laconservationdelapaix basee surlajusticeetIe drQit est IecriteriumfondamentaldeconduitedanslesrelationsentrelesEtatsAm.ericains.ToutEtatadroit it uneexistence pacifiqueet sure. 5.Labonnefoi,conditionnecessaire 'du droitetde l'equite, doitguiderlesrelationsdesEtatsentreeuxet regir 1'interpretation de leursdevoirsetl'accomplissementdeleursobligations.Laconfiancemutuelledanslaparol,edonneeestindispensablepourune cooperation pacifiqueentrelesEtats.6. LestraitesdoiventavoirIecaracteredeconventionsouvertes I(t,etre fidelementobserves.,7.L'existencepolitiqued'un mmvel Etatest indePe"; dantedesareconnaissancepard'autresEtats.Larecon ''nais8ance, qui est inconditionnelleet

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que Etatsqui reconriaissentIenouvelEtatacceptent sa personna lite avectouslesdroitset lesdevoirsprescritsparIe droit international.8. L'intervention parunouplusieursEtats.directementouindirectementetpourquelquemotifquecesoit,danslesaffairesinternesouexternesd'unautreEtatestinadmissible.9.Leterritoired'unEtatestinviolableetnepeut etre l'objetd'occupationmilitaireoud'autres mesure:o defor ceprisesparunautreEtat,directementouindirectement pour quelquemotifquece soit, meme temporairement.Lesacquisitionsterritorialesoules aYantagesspeciaux obtenusparlaforceoupar d'autre:o moyen;;de coercitionneserontpasreconnus.10.L'emploi laforce armee estcondamneetproscrit.11.LesmeHlresprisesparIe Sysleme InteramericainouparlesNationsUnicspourIemaintien de lapaixetdela securite conformementauxaccordsinternationaux.etIes qu'unEtatpeutprendredansrexercicedesondroitnature!delegitime defensetontre uneaUaque armee, neconstituentpasuneviolation des principesformulesd,ans lesarticles8,9et10IelapresenteDeclaration.12.TousdifferendsquipeuventsurvenirentredeuxouplusieursEtatsAl11ericains,queUequesoitleurnatureouleurorigine,doivent etre exclusivement regles par des moyenspacifiques.13.Lajuridictiondel'Etat dansIes limitesduterritoirenationals'applique it tousseshabitants. Nationaux \,-30-

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etetrangers ref;oivent la mem,e protection etdoivent obeissanceauxloisetaux autorites nationales.14.Lebutdel'Etatest Iecompletdeveloppementde l'lilomme auseindela societe. Les interets delacommu naute doivents'harmoniseravec ctmx del'individu. L'Hommed'AuuSrique nepeutconcevoirl'existencesanslajustice. IInepeutnonplusconcevoir l' existence sansla li'herte. . 15. C'est Iedevoiretl'obligationdechaqueEtatderespecteretdepromouvoirlesdroitset/libertes formules danslaDeclarationdesDroitsetDevoirsInternationaux del'Homme, sansdistinctionde race,deS'exe, delangueou de religion. 16.MindefavoriserIe developpementde la detnocratie etenvue d'assurer Ieprogres economique, socialetculturel,chaqueEtat.apourdevoir d'ameliorer la sante publique,detravailler al'elevation duniveaude vie,de combattre Ie chomage etderepandrelargement l' education.17.Lacooperationeconomiqueestessentielle it Is prosperite communedespeuplesde Lehe soin, auseinderun d'eux, souslaformedela padvrete, delamalnutritionoude 1a maladie, affectechacundecespeuplesetparconsequenttous ensemble. 18.LesEtatsAmericains proclament Ieprincipede l'egalited'acces aucommerceinternationaletauxma tieres premieresdumondecommeauxproduits qui sontnecessairespourleursindustriesetleur commercial. Afin d'atte}ndre ces buts,les' ElatsAmeri /" cainsreconnaissentIedevoirdecoopererentreeuxpourprevenirouecarterlesdiscriminationsinjustes;pour re-31-

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duireles prejudiciablesaucommerce internzt tional;pourempecherlespratiquesquientraventIe commerceinternationaletpoursupprimerles effetsquipeu-ventresulterdunationalisme econOlllique. 19LesEtatsAmericains. st-, rendantcomptede revidente efficacite desechangesde HIes amicaux. speciale mentparlaproceduredeconsultation,peuventsoumettre it laconsiderationdes Gouv.ernementsAmericain .. toutepropositionoutoutesituation it I'examenou it lasolutiondelaquellelesditsEtatsontun comnmn. ., 20.LesEtats, Americainsrenouvellent leur adhesionit lapolitiqueduBonVoisin.qui expl'ime'une ,aspirationcommune it toutes les nationsde lIs considerent ceUepolitiqueCOllllnela regIe quidoit regir leurs com"nuneR relations.21.Les EtatR Americains.reconnaissantpleinement lesfaeteurs geographiquesethistoriquesauxquelsIemouvement panamericain doh'sonorigine.reaffirmentleurfoidansIeprincipedelasolidaritecontinentaleetprodamentleurinalterableloyauteau Systeme Interamericain. Et, enconsequence. ilR remplirontdebonnefoitoutesleursobligationscommememhres(Iece Systeme. 22.Les Etat;; AIUericains. enrenom;elantleurintentiondefortifierlasolidaritecontinentale,proclamentaussileurdetermination de secondnirecommemembres de laConUllunauteMondiale. Et, enconsequence.ilsrempliront de bonnefoitoutesleursobligations('onune l1lC#lhresde l'Organisme Mondial. Chacun de ces 22articlesl1leriteraituncommentaire detaille. Jeveuxsimplementaujourd'huiattirerrattentionde lecteurssurl'article 14 qui definit Ie role de-32-

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PEtat parrapport a l'individudansla societe etles at ticles15, i6 et17qui demanihe precise safonetion economique et sociale.l "Celanous amenea' examinerIeprojetde DeClaration des DroitsetDevoirsInternationarix dePHomme, qui sera egalementsoumis a la9Conference des Repuhli. quell Americaineli. i I'

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/ '10 decemhre 1946 ... Au ColonelLevelt,quidirigeaavecunesiparfaitecorrectionpendantlaperiode,revolutionnaireIeministeredelRelationsExterieures,j' ecri\,is, Ie ]ermai1946.commeambassa{leur it Washington,unelettrepersonnelle dont j'extraisIepassagesuivant:''Jesavais -etvotrecommunicationtelephoniquedecetapres.midimel'aconfirme-l'importance extre mequevousattachez it laquestionde['encre indelRbile. decetteencre serait l'm1 desmeilleursmoyensd'assurerlaloyautedes electionsau' 12'mai,puisquel'inconscienceou l'immoralited'tme largefractiondu.corpselectoralcommandedetellesprecautions...IIest t6ste quenousayons it recourir it depareils procedes pourassurerla sincerite des elections. quanddesques tjons d'une si hauteporteenationaleetinternationaledevraientdominerla penseedes eandidatsetleur inspil"erunplusgrandrespect de lamoralepublique.A ce propos,j'attirevotreattentionsur projetdeDeclara-tion des DroitsetDevoirsInternationauxdel'HODlIDcqueje VOUi envoiepar1avalise diplomatique d'aujour-d'hui.Ceprojetdevrait etre traduit f'tdilitribue aux-34'"

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./ ,'journauxenvuede l' elaborationdelanouvelleConstitution. Coformement auxResolutionIX etXV dela Cone rell"cedeMexicodefevrier-mars1945,IeComiteJuridiqueInteramericainfut 'charge depreparerceprojet'de Declaration, quiconstitue,telqu'il ':ilete approuveparIeConseildeDirectionderVnion Panal1lericaine, I\medes tentati'ves Iesplusserieusesentreprisesdans' Iemondepourassurerlaprotectioninternationale aes droits'essentielsdel'holl1me.IIcomporte21articlesrelatis:'audroit it Iavie; it laliberteindividuelle; it Ia libeJ.:te deparoleetd'expressioll'; it ]alibertedescultes; it la liberte dereunion; a Ia d'association;audroitd'adresser des petitionsaugouvernement;audroit.de propriete; audroitpourchaquepersonne d'avoir une nationalite;it ]a ,liberte desrelationsdefamille; it laprotectionde l'inoividu ('ontretoutearrestationarbitraire;audroit it unjugementimpartial;au departiciper auxelections politiques;audroitautravail;audroitdepartagerles beneficesde lascience;"androit a la secnrite sociale;audroit a I' education; audroit itl'egalite devantIaIoi; aux droitsetdevoirs correIatifs deI'hoInmeen :0ciete;a r obligationpourchacnndes Etats Americains d'introduire !-ces principesdanssaproprelegislation;aucasdevio)ationdecesdroitsalld.etrimentd'llllresidentetranger. # Vnesimple enumeration de ces artieIesnesufitpaspourenfaireconnaitrela'!)ortee.Jelestraduis'ici du texteanglais, Ie plus litteraleme}.lt afinqueIelecteur puisse serendrecomptedesobligationsquel'Etat d'Haiti,en ratifiant]a Declarationdes DroitsetDevoirs-35-

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,Il'lternationauxde I'Homme,va s'engager it rempliren vel'S sesriationauxenvuedefairedelacommunautehaltienneune veritablesociete democratiquepourvue d'un gouvernementreellementdemocratique.1. Toute personneadroit it lavie.Cedroit sjetendau droit it lavie des Iemomentdelaconception;audroit. a laviepourlesincurables,les debilesmentauxetles fous.IIcomprendIedroit itl'assistance et itl'entretien, pourceuxquisontincapablesIesubvenir it leurs 'besoins parleurspropresefforts.EtilimpliqueIe devoir pour I'Etat Ie velIlerit ce qu'une pareilleassistancesoitrendueefficace.Ledroit it lavie peut etre>denie parfEtatquedansIe casdecondamnationpourcrimesdelaplus p-andegravite, auxquelsestattacheelapeinedemort.2.Toutepersonneadroit it laliherteindividuelle. Le droit it laliberteindividuellecomporteIedroitd;alleretdevenir d'un point itl'autre duterritoireIe PEtat,et Iedroitde quitter'l'Etat lui-meme.IIcomprend amsila'Jiherted'etahlir saresidence dans n'importequellepartieduterritoire,ceUefaculte n'etant soumise qu'aux restrictions imposeespar lalegislation genera Ieencequiconcerne I'ordte' publicetla securite de I'Etat. LeOdroit it la liberte individuelleinclutfinviolabilitedu domiciledeTindividu etde sacorrespondance VEtat nepeutrestreindreIe dfoita laliberteindividuelleque.dans Ja mcsurenecessairepourlaprotectionde la sante publique,pourla securite, lasauvegardedes mreurs etdu.bien public, enaccordavec lesprescriptionssuhsequentes decette Declaration.Ledroitde PEt at '
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). soill8 dela deenl5e nationalenedoit pasetreconsidere COlUme'unelimitationdelalibertepersonnelle mail'! commeuner.estrictiontemporaireayantseulementeffettantquedurece cas de necessite nationale..Aueunepersonnene pentetreen1prisonnee outenueens,ervitudeenconsequenced'unesimplerupturede sesobligatiollicon-tractuelles. 3.Toutepersonneadroit Ii Ilalibertedeparole etd' expression. Cedroitcomportela liherte deseformerdesopinions,delessoutenir,delesexprimeren prive C0l111Ueenpublicetdelespublier daiIs formeecriteouilllprimee.Ledroit Ii lalibertedeparoleet d'exprell sions' etendIi detons moyenoS decommunicationappropries:servicespublics des postes, du telegraphe, du telephone et,delaradio;artsgraphiques, theatre,Cinema, etautresagences de disseminationdes idees.Le droit Ii lalibertede parole et d'expression; inclutla liberte auxsourcesd'information,tant interieuresqu'etrangeres. IIcomprendIedroit spe'cial ethautement priviIegieIi lalibertedelap'resse. Les seuleslimitations,querEtat petit imposer Ii cettelibertesontcellespre.-' critesparla legislationgenerale pourlaprotectiondelapaixpnbliquecontredesattaquescalomnieuseson dHra matoires Iiregardd'antrui, contredes pu:blicationsondes discours contredes disconrsonpublicationstendantdirectement Ii laviolence parmiIe peuple. Lacensuredelapresseest'prohibee, qU"elles'exerce 'par, desmoyensdirectsou indirectt; etfonteslimitatioll8 imposeesdans l'interet derordrepublicnepenvent .'.p pliquersubsequemment qu'a publication de ila -37-

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""decrite danslaloicommenuisible.La censure du cine. ma peut foe faireavantlapresentationau public, cJI tenantcomptedelaforme particulierede eettepublicationct de la necc-ssite desoustraireIepublic a lacontemplation de sceneschoquantespourlamorale. VEtat nepeutpas se reserverIemonopole des emissionsradiophoniques defa:;onadenier auxindividus l'occa:-ion merlibrementleursopinionsparcemoyendeCOlllmlllli-cation. 4.Tontepersonneadroit ,a laliherte religieme et a lalibrepratiquedesonculte.Cedroitcomportela ,Iiberte dueulteenpuhlicaussi bienqu'enprive, pargroupesaussibien qn'indhiduelltment; lalibertedelllaintenirdes eglisesetautreslieux ('on:-aeres ancultepublicetde s'y lihrement:la liherte pourles'parents (l'eIever leurs epfants dansla pratitJ.lle deleur'proprereligion;In liberte delapropagande parlaparoleonpar lesen'its.Lesrei'trietiQl18 que PEtat pentmettre al'exercic(' dncnlte :,ont celles qui sontrequisespour hi sauvegardedela pnhlique,dela securite et des hOBnes llIreurs. Detelles re:-tric tions doh-entetre faiteseneonforllliteaveclaloietappli quees sansdiscrifJ.1ination,Unedistinctiondoit etrefaife entreles activitesstric telUentreligieusesetd'antres acti\ite;; de caraetereeeo nomiqneonfinancier associeesitr entretien(rUncultereligieuxllIaisn'enformant pas nilepartie e:-:-entielle. Cesactivitesde ear.ctereeconollli(lne oufinancierpeuvent etre'reglementees parPEtat en accord a\ec les lois generales quiregissent de telIes activites.-38-"

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5.Toutepersonnea Ie d"roitde se paisiblement avecd'autrespersonnesenvued'echangerdes idees surdesquestions d'iIeret COllllllun.VEtata Iedevoirdepermettre1'1l6age des Heuxpublicspour desreullionsge nerales.IIa Iedroit informedesreunionsquidoiventsefairedansleslieux publics; dedesignerlesendroitsconvenablespources reun.ionsetd'imposer des conditionspour l'usage des ditsendroitsdans del'ordreetdela surete pU'hlics.Desemhlahles conditionspeuvent etreimpQt;ees auxreunionsdansles lieux puhlicsoudansdesimmeuhles prives. Mais les condi-tionsimposeespar PEtat pour]a'tenue de)reunions puhliquesnedoiventpas etre detellenaturequ'ellesmet tent obstacle itmeme de ce droit.Aucunecon
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directement 'ouindirecterncnt, a aucuneaction contreIeou lespetitiollnaires. 8. TontepersonIle a Iedroit d'acquerir la propriete.VEtat a Iedevoirdecontrihuer a permettrea l'individud'acqUlSrir unminimum deproprieteprivee enproportiondes hesoins essentielsd'uneviedecente. visant aumaintien .de ladignitehumaine et, a IasaintetedeIa viedomestique. VEtat peutfixerpar' des lois generales deslimitationsaudroitd'acquisitiondela propriete. envuedesauvegarderlajusticesocialeetdeproteger l'interet COlIl;mnndela: societe. Ledroitde propriete privee COlli porteceluide dispo lihrementde sapropriete, --eedroit de dispo.sition' etant toutefois sujet auxlimitations imposees par l'Etatdam;!'interet deconserver patrillloinefamilial.Le droWdepropriHe privee esLsujet au droitde I'Etatd'exproprierpourcaused'utilitepuhlique,unejustecompensation.levant etreaccordee auproprietaire. 9. Toutepersonneadroit it unenationalite. Aneun Etatnepeut refuser d'accordersanationalite a despersonnes nees sursonterritoiredeparentsquisejournent Iegitimement dansIe pays.Aucunepersonnenepeut etre priveedesanatiollalitede naisHance a moins qu'dle n'acquierede son lihrechoix autre nationa'Iite. Toutepersonnea Iedroitderenoncer a sanationalitedenaissanceou a unenationalitequ'eIle ayalt anterieurementacquiseenacquerantlanationalite d'un autreEtat.10.Toutepersonnea Iedroitd'etrelihredetoute inte.t;velltion dans ses relationsdefamiIIe. C'est Iedevoir de l'Etatderespecteretdeproteger les' droitsreciproqucsdumariet de lafemme dani< leursrelationsmu-'-40-

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,I tuelles. Les'parentsont un droitprimordialdecontrolesurleursenfantspendantlaminor:itedeceux-ciet c'est leurdevoiressentiel de' leseleveretdelesentretenir.VEtatapourdevoird'aiderlesparents it maintenir.dansIe foye); familial'desconditionsdebien-etreappro priees-ponr leursenfantsetd'encouragerIepluspossiblel'acquisitiondemaisonsindividuellesafind'assurerles Dleilleuresrelationsdefamille_ J VEtatne peut restreindreIecontroledesparentssurleursenfantsquedansles cas oil cesparentssontincapablesderemplirleurs devoirs enversleursenfants'ou reellement defaut it leursobligations.Encasde necessite, PEtatdoitlui-memepourvoir it laprotectionet it l'entretiendesenfants.*** 1'7 decembre'1946.11.Toute accuseedecrimenepeut etre ar retee quesurmandatlument emis enaccordaveclaloi, 'it moinsquelapersonnenesoitpriseenflagrant delit. Elleadroit a unjugementrapideet it untraitementconvenablependantIe temps qu'elleesten etatd'a,rret. 12.Toutepersonneaccusee decrime \a droit it unpro ces loyaletpublic, it la l;onfrontation avec destemoins, it unjugementpardestribunaux etablis, etconformement it'la loienvigueuraumoment oil l'actecriminela etcperpetre. Aucuneamende lie pent etre imposeequ'enconformiteavec les lois ettoutepunitioncruelleo,uexceptionnelleestprohibee. --41-, I,

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, \ Toutepersonne,nationald'unEtat,adroitde'participer l'electiondes' fonctionnaires legislatifs etexecutisdugouvernement,conformementauxprescriptions delaconstitutionnationale.L'exercicepratique de ce droitpeut,toutefois, etre conditionnepar le det:oir dela personne' demontrer qu' elle est capabledecomprendrelesprincipes sur lesquels laconstitutionestba see. LaconstitutiondeI'Etatpourvoira it Iaformationd'ungouvernementdupeupleparIepeupleetpourIepeuple.Ledroitde voteillipliqueceluideconstituer des partis politiques.IInesera denieit aucunepersonneIedroitd'occnper des fonctionspubliques,on d'etre nonuuee itdes emploiideI'Etatdontelleestunnational.,pourl1wtifderace.dereligion, de sexeoudetouteautrediscrimination ar bitraire.L'administrationdes servicespublics'dePEtal. epce'quiconcerneII'Snominations,termesetconditionsdeservice,doit etre exemptede fawur ondiscrimination.14.Toutepersollne a droitautravailCOlllmeunmoyendes'entreteniretdecontriLuer it l'entretiende sa famille. Cedroitcomporteceluidechoisirlibrementuneprofession'(oumetier)autantqueIepermettentles occa sionsd'emploi.IIimpJiqueegalementceluidequitterunenlploipourenprendreunautreetdechangerdelieudetravail. Associe audroitdetrayaillerestceluideformerdesunionsonsyndicats ollvriersetproNssionnels.Toutepersonne II ledevoirdetravailler commelmecontributionaubien-etre general del'Elat.L'Etata Iedevoird'assister dans l'exercice -42-

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parcelui-cidesondroitdetravaillerquandlespropresefforts del'individtinelui permettent pasdeseprocurerdutravail.VEtatdoitfairetouteffortpourassurerlastabilitedel'emploietetablirdesconditionsconvenablesdetravail.IIdoitfixer desstandardsminimumdejustecompensation.VEtata Ie droit, en temps'd'extre{ne debireappela'ux servicesde l'individudans les cas on deteIs servicessontnecessairespour re pondre a unbesoin public urgent.. 15.Toutepersonneadroitdeparticiper'auxavan tagesresultantdesdecouvertesetinventionsdela science,a des quipermettentunejusteretributiondulabeuretdel'habiletedes auteurs deladecouverteou ael'invenliion. VEtata Iedevoir d'encou;ager le deve loppementdesartsetdes sciences, maisildoitveiller it cequeles loispourlaprotectiondesmarquesdefa brique, brevetsd'inventionetdroits d'auteur neservent a l'etablissementdemonopolesquipourraientempecherla generalite desindividusdejouirdes benefices delascience. Cest Iedevoirdel'EtatdeprotegerIecitoyencontrel'usage 'des decouvertes quandcetusageest susceptible provoquerIacrainteet l'inquie tudedansIepeuple.16.Toutepersonneadroit a Ia securite sociale. VEtat a Iedevoir d'assister toutespersonnes it o'btenirIa securite sociale. Acette fin, PEtatdoitfavoriserIesmesurespropres a' sauvegarderIa sante publique.IIdoit -etahlir des systemes d'assurancessocialesetdes agcnces de cooperationsociale par IesqueIschaqueindividupeut etreasrmred'un niveaudevieconvenableettrouver -43a \

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tioncontreleseventualitesdu chomage, del'accident,de l'incapadite de'travail,delamaladieetdela vieille8se. Toutepersonne,selonsonpouvoir,aIedevoirdecoopereravec I'Etat aumaintienet a l'application des 'mesuresprisespourpromouvoir sa propre securite sociale. 17.Toutepersonne ,a droit al' education.,Le.droit de8 enfants al'education est sup",:eme.VEtat a Iedevoir d'as sis'terl'individudansl'exerciceparcelui-cidesondroit a l'education,enaccordavec lesressources de fEtat.Les benefices'd&.l'education doivent etre ouverts atollS d"unemaniere egale suivant les aptitudesnaturellesdechaquepersonne,etson desir detirerparti def! facilitesofferte:;;.VEtata Iedroitde fixer des reglesgenerales auxquel.leslesetablissementsd'educationdoivents"econformer.pourvuqueces regles soientenaccordavec d'autre6 droitsfondamentauxetsoientles memes pourles ecole:;; publiquescommepourles ecoles Ledroit al'education impliqueIedroit d'enseigner, lequelestsoumisaux memes restrictionsqueIedroit al'education. 18.Touteslespersonnessont egules devantfaloiencequiregardelajouissance de leursdroits faux,.IIn'yadeclasses privilegiees d'aucunesorte. C'est le'devoirde I'Etat derespecterlesdroitsfondalllentauxdetoutesles vivantdansleslilllitesdesa dictionetdelesprotegerdanslajouissancedeleursdroits "contrl(l'ingerence d'autrespersonnes.Danstousles actesrelatifsauxdroitsfondalllentaux,I'Etatdoitpro ceder enstrideconformiteaveclaloietdoitassure'r a chaquepersonneI'egaleprotectiondelaloi.Toutes restrictions -44-

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auxdroitsfondamentauxde1'hommenepeuvent etre imposeesquelorsqu'ellessontrequisespourIemaintiende1'otdrepu'blic. Ellesdoivent etre de caracteregeneral et it toutespersonnesse trouvant,dans meme categorie.19.'Droits 'et devoirs sont corTfHati/s. 'EtIedevoirderespecterlesdroitsdesautres opere entouttempscommeunerestriction itl' exercicearbitrairedes droits .. 20.Lesclauses de la Declaration/erontpar tiedudroitinternedechaqueEtatindividuelpour etre respecteeset appliqnees parles autorites administrativesetjudiciaires de-(amememaniere queto utes1esautres loisdel'Etat.Les clausesdecetteDeclarationnepeuvent etre abro -gees oumodifiees qu'en accord avec lestermes d'uneconvecltion interamericaine ohd'u'ne desNatiJnsUniesliantentreeuxIesEtatsAmericains. 21. Ie cas d'6trangers 'all6guantviolationdes droitsfondamentaux, ,d6finis, par1'Etatdans'IequeI ilssontresidents,laplaintedoit etredecideed'abord parlestribunauxde1'Etat lui-meme, etdansles 'cas oil 'un deni dejustice est allegue par l'E'tat dont l'etranger estunressortissant,l'affaire, itdefautd'un reglementdiplomatique,sera soumise aune CourInternationaledont. Ie,Statutseraincluscommeunepartintegrantede 1'instrument dans lequellapresenteDeclarationdoit etre adoptee.** >I< En d'analyserchacundes articlesdela De 'cIarati,on deli DroitsetDevoirs de1'Hom--45-

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meetdemontrerdansquelespritilsont eterediges suivantles ,commentairesdu Comite luridiqueInterameri.cain,jeveuxretenirl'auentiondeslecteurssurl'engage\ mentquevontprendrelesEtatsd'AmeriquedeconsidereI' les clausesde ceUe. Declar.ation(article20)commepartieintegrantedeleurs Iegislatiompartil'Ulieres. DansLaPhalangedu19novembre, raiessayed'etablir laprimautedudroitinternationalsurlaloinationaleet cite les artjcles 26et28 lanouvelleConstitutionfran -;aise quiconsacrentceprincipe.CeUeconsecrationposi.tivedelasuprematiedudroit international' surIedroitinternedechaqueEtatnOestpasune nouveaute.{)n articledelaConstitutiondesEtats-UnisditeneCfet: CeUeConstittitionetles lois desEtatsUnisquiserontfaitesenvertudecefteConstitution.ettous lestraites. f;onclus Oftquiserontconrlussonsl' alltorite des Ef(lts Vnis,serontlaloi supreme du pays; et le.s jugesseronttenusde s'y conformer flans. touslesEtats (de rUnion).llonobstanttout article contrairecontenu dam laConstitutionon dam lesloisdeleurEtat. Les prescriptionsdela Declarationdes DroitsetDe, voirsInternationauxdel'Homme Yont donefairepartieintegrantedelalegislationinterne d'Ha"iti.Qu'arrive sicesdroitssont IInesuffitpaseneffetd'insererdansnotreconstitutionetnosloisdebeanxprincipeI'!democratiques.ilfautenassurerIe respect eten repriIlltIh violations al'interieur ponrrester fidelfa nospropresinstitutionsnationaleset a nosengagements inte\-nationanx. carils'agit'anjourd'huideprotectioninternationaledesdroits essentielsde rhommcdans tons lespays d'Ameriqne. -46-

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/j'etudieraidans un -prochairi article les moyens de l sanctionquipeuvent etre proposes.pour 8e!!urer cette protection arinterieurd'Ha'iti et dans l'ensenibleduSysteme Interamericain. .,.-47-,.

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... 14 decembre 1946.CITOYENDESAMERIQUES'Citoyen des Ameriques: (0' estIetitreque nousa\-ions clonne auDrLeoS.Rowe.etc'est celuidontil etait Ieplusfier,luiquienavaitunsigrandnomhre it porteravechonnenr.Enapprenantsa fintragique,survenuejeudi de lasemaine derniereit lasuite d'u]]accidenttl'a;ltoll1obile, M.Trumanadressa it I'AmhassadeurAntonioRocha de Colombie, president duConseil de Direction de r1.Jnion Panam.ericaine, Ie suivant:J'ai ete douloureusement frappe parlanlorttragiqueetimp revuedu DrRowe.ParceUemort.la causedu Panamericanismeperdunchampionferventetcompetent.Lesanneeslesplusactivesdesa Vie longueet. singnlierementutile ont etcconsacrees auxaffaires de I'Ameriquelatine. Dir.edenrgeneralde rUnionPan amer\caineAlendantplus d'nnquart fiesiecle. ilaappor teit l'accomplissement fles devoirs de sa fonctionlaricheexperiencequ'ilavaitacquiseparsestravauxanterieurs. Fidele, capable.actif,toujoursaimableet dans sesrelations,ilseraheaucoupregretteetbeaucouppleure. IIn'yapasunmot de cet elogedu PresidentdesEtatsUnisquinesoit justifie.

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J'eusIehonheurdeconnaitreIeDrRoweenmai1927 a Washington, on j'avais ete envoyeparlaChamhredeCommerced'Haiticomme /deleguea la 3", ConferenceCommercialePanamericaine.Dansundiscoursqueje a ceUeConferenceenpresencedeM.Hooveralorssecretairedu commetce, j'avaisexposelesprincipesd'unecolla'horationeconomiqueentrenospays d'Ameriqu'e dansla clignite etIerespectmutuel de nosdroits.M.Rowem'ecrivitpourm'exprimersonapprobation desidees quej'avaisemises,et des cemoments'etablirent luietmoidesrelationscordialesqueIetempsnefit que fortifier.Chaquefoisque j' allais a Washington,quece fut enmissionofficielleou a titre prive. mapre miere visite ctait pourlui.IIme considerait lui-memecommeun ami.desinteresse etardent de I'UnionPan.americaine. Appelc enseptemhre1942 a enseigner a HowardUniversityenqualite de professeur-visiteur,j'allaiIevoir a sonbureau.Etquandjevoulusprendre conge. ilmeretint enme priemt d'assister a une reunion deschefsdeservice de l'Unionetd'yparIeI' des'moyenspratiquesd'assureruneefficace coope. ration litiversitaire entreHaItiet II'S Etats-Unis. IImedemandaegalementIedoimer dans laSalledes Heros Americainsuneconferenceen dontilchoisitluimemeIesujet: Haiti, centreIeculture enAmerique.Le4avrildel'anneeencours,jeprenais siege pourlapremierefoisauConseilSocialetEconomiqueInteramericaincommerepresentantspeciald'Haiti.AuxparolesIebienvenuedeM.SpruilleBraden,quipresidaitlaseanceetqui"oulutbienrappelermOll active collaho--49-

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..ration aPUnionPananHSricaine, jerepondisen tachant demettreenreliefPimportanteetloyall'contrihutiondemonpays ,al'
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instrumentIepolitiquenationale Lee tionsentrelesEtatsdoivent obeir auxnormesdu droit international.Lerespectetl'observationfidele destraitesconstituentune regIe indispensablepourIedeveloppementdesrelationspacifiquesentrelesEtats,les traites nepouvant -etre revisesquesuivantaccordentrelespar-Ities.LacollaborationpacifiqueentrelesgouvernementsetIedeveloppementdes echangesintelleetuelsentrelesdifferentspeuplesconcourent a labonnecomprehensiondes communs.Lareconstructioneconomiquecontribueaubien-e'trenationaletinternational.LacooperationentrelesnationsdanstouslesdomainesIel'activitehumaineestlaconditionneeessaireaumaintien de lapaixetIeplus sur moyen decreer la prosperite pourtous leshommes.sansdistinction rle race,desexe,Iedasse,delangueoudereligion. Voila lesprincipes Ie liberteindividuelle, d'egalite raciale.Iefraternitehumaine,desolidariteinternatio etIejustice socialequeIe pr Roweyoulutdonnercommefondements it l'UnionPanamericaine.Et lorsque ces'principesfurentmisendangerdansunmondedechi re etensanglante,sonorgueilfutdevoir l'Amerique, qui en a assure lasaintegarde,rapporter itl'Europeentenebree Ieflambeau Ie civilisationchretiennequeChristopheColombavaitallumesurcecontinentdansIematin joyeu, du120ctobre14,92.Enseptembre1945,laPan-AmericanSocietydonnaauWaldorfAstoriade New'Yorkunmagnifiquebanquetenl'holllleurduDr pour eelebrer ses nocesd'argentavecl'UnionPanamerieaine.Aux discour!'\ eloquent;;; deM.FrederickE.Hasler,presidentdel'associatioll. de -51-

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l'AmhassadeurJulianR.Caceresdu Honduras, de M. GeorgeWilliam McClelland, presidentdel'UniversitedePennsylvanie,duSenateurTomConnally,presidentduComitedesrelationsexterieuresdu Senat, IeDrRowereponditparcesparolesquimeritent d'etre rappeleesICI. ... Cesvingt-cinqdernieresanneesont 'ete Ie temoin deprofondschangementsdanslasituationinternationaIeduContinentalllericain.En1920 nons nollS trom-ionsaumilieud'uneperiodeexcessivelllent difficile dans lesrelationsinteramericaines.Lapolitiquedes Etats-Unisavaitprovoquelasuspicionet meme l'antagonisllledans tOutel'Amerique latine.Cefutseulement apres laConferencedeMontevideode1933,quandles Etats-Vni,. eurentsouscritsans reservea ladoctrinedenon-interventiondansles affaire!" interieuresde nosrepubliques sreurs, qu'unenouvelle ere deconfianceetdecooperationfutinauguree.Lesdouze annees quisuivirentmarquerentuneperiode d'unite croissantedevuesetdepolitique,quia tvouve saplushauteexpression it laConferenceInteramericainesurlesProhlemesdeGuerreetdePaixtenue a Mexicoenfevrieretmars1945.Parl'Actede.Chapultepec adopteit cetteConference. Republiques d' Ameriqueassumentune responsabilite completeetcollectiveenvuederesister it touteagression sur cecontinent,-quecette agressionprovienne d'une Puissancenon-amerlcaineou d'un Etatamericain.Enbref,lesRepnbliques Americaines sesontrenduessolidairementresponsablesdumaintiendelapaixetdela securitedansl'hemisphere occidental.Lapleinesignification concltuiolli adoptees it Mexico estdevemie -52-

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apparente a laConferencepourune Organisation Internationalequis'estreunie it San-Francisco.ParPactionlInie del' delegations desnationsamericaines,ila ete pos siblenonseulementd'integrerIe Systeme Panamericaindansl'Organisationmondialemais depreserveren lllthue,temps Ie mecanisme existantpourIemaintiendelapaixetde la securite dansnotre hemisphere.'Si onmedemandaitd'indiquerIeplusgrandservicequeIe SystemeInteramericainarenduetqu'ilcontinue itrendrll, jedirais qJ-le c'estdedemontrerquelapaixa lIne significationbeaucoupplusprofondequecelIederepresentersimplementl'absencede conflit.Lapaixestunconceptpositif,dynamique,impliquantcooperationinternationaleetassistancemutuelle.PourI'OrganisationMondialequiCOllll11enCera it fonctionner dans un prochain,c'est Iii une des. plusimportantes.Vneautre quel'experiencedesRepubliques Ame ricaineso arendueevidente,c'estquetout mecaniBmecree pourlaconservationdelapaixestdepeude -valeur,it moillSqu'ilnesoit vivifieetsonenergiefortifieeparlavololltedepaixdes massespopulaires.Aujourd'hui,nouspouvonsvoirplusclairementqu'autrefoislahautemissionquia etlS confieeau Parleurexempleetpar!'influencedeplusenplus grande qu'ellesexercentdanslesaffaireilllondiales, lesAmeriquessontappelees it maintenirlesplushautsstandardsdanslesrelationsinternationaleset it demontrerqueparlacooperationetl'entr'aidelesin terets detouteslesnationspeuvent etre Iemieuxservis. Lesprincipesdeconduiteinternationaledevelop pes danslesAmeriquesdoiventdeveniruniverselsdansleur-53-

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application.Ainsietainsiseulementnous pouvometrede ceUelongueperiodedepaix a laquelleaspirenttouslespeuples de laterre. AinsiII'S paieront-ellesquelquechosedeleurdeuedereconnais 3ance pourles nOlll'breuxLienfaitsqu'ellesont etainsirendrontellesleurplusgrandservice al'humanite etauprogresdelacivilisation.LeSenateurTomConnallydisait dans sondiscoursdeNew-Yorkquelafigure mellle duDr Rowe est siintimementassociee a l'UnionPanamericainequeronhepeutvisiterIemagnifiquepalaisdela 17eme ruedeWashing 'ton,di1a lamunificenced'AndrewCarnegie. "anspensera l'hol11mequirestela plus vivanteexpressiondupanamericanisll1e.Celaestvrai.Etceux qui ontconnuIeDrRowenepourrontjamais geparerdanspenliee I'Holllmeet l'CEmre. Les !)aroles que je viens de eiter rJIontrent ,queLeo Stanton Rowe nefutpas "eulellleut un citoyend@lIAme conuncnOllsnousplaisions itl'appeler.maisaUllli unCitoyendel'HUlllunite. / -54-

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24decembre1946. \ CONSTITUTIONSETMCEURSPUBLIQUES..J'aiprissoindereproduiredansmes precedents articles Ies clausesdeIaDeclarationdesDroitsetDevoirsIl1ternationauxderHommequiserasoumise a Ia Confe renceInteramericainedeBogotaen1948.Ces clauses seretrouventpresquetoutesdarlsnosanciennesConstitutions, a l'exceptiondecelIes l(ui repondent a despreoccupationssocialesquenospremiersIegislateursnepouvaientavoirau debut du19"siecle.DepuislaproclamationdelarepubliqueparAlexandre Petion en1806, h formedugouvernementd'Haitin'ajamais etc serieusementmiseendiscussion.IlyahieneulareactionimperialedeSoulouqueen1849,maiselIen'ajusqu'apresentinspire a aucundenoschefsd'EtatIe desir d'imiterIe gestedeFaustil1ler.Ayantprism.o dele surIaFrance,nousnousSOllunes paye Ieluxede110mbreusesconstitutionsplusoumoinsliberales.Toutesneanmoins.ontrespecteIeprinciperepublicain.. Haiti a adopte,des 1816,Ie systemerepresentatif,avecsuffrageuniverseletseparationdespouvoirs.Elle a. chambredes {leputes,sen at,ministresrespol1saLles, -tousIe;;rouagesdel'orgallisationpolitique la plusmoderne.TousIesprincipesformulesdanslaDeclarationdesDroitsdel'holllmeetducitoyensontincorpores-55-

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dansnotreIoiconstitutionneIle: egalitecivile,Iiherte depensee, Iiberte deconscience.. IiLerte deIapre sse.IiLerte del'enseignement,gratuitedel'instruction.droitde reu nion,droitd'association,droitde prolJrietc. etc.Ie Ie g,islateur s'est illgenicales entourerdetoutes Iesgaranties (Iesirahles. CesgarantiesonteIles etceffieaces? Jeneme pas.bien entendu;de faireHne apoIo gie d'Halti. Jediraidone toht de miteque l'organisation creee parIaConstitutionnecorrespond pas entierement it Ia realitc,Ies m
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Eninvoquantces exempJes, jenepenseenaucunefa c;on justifierles 1001rdesfautescommises, lescrimesquiontsouventensanglantelaterre d'Halti etparfois ruine sa prosperite. Maisjepriequ'onnerendepasresponsa hIe d'erreursbiensouventindividuellestoutIepeuplehaitienetqu'onn'entirepassurtoutcontreluiunepreuve d'inferiorite fonciere. Entre violemmentdansla liberte, sansexperience,sanstraditions,cepeupleapour"suivietpoursuitencoresondurapprentissage,carilyaunapprentissagedela liberte.Laplupartdeceuxquiauraient dftetre ses guidesont ete demauvais tresdanslapireacceptionduterme. D'apres laConstitution,Iepresidentd'Haitiestunchefd'Etatayantdespouvoirsmoinsgrandsqueceux
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armee devenuelllercenaire,lapuissancegouvernementaledisons lllieux,la puissancepersonnelle duehefdupouvoir executif sedeveloppa aux depensdurestejusqu'it secroireet it devenirvraimentruniqueorganedelavienationale. C'estceque laConstitutionde1936 a traduitdanscetteformuleetonnante:LeChefdel'Etatestlapersonnificationdelanation.Etcomllle.suivantladefinitiondesconstitutionnalistes.
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atteintesauxdroitsd'autruidoivent etrejugees: ilfautdon,cquelestribunauxinspirentconfiance it tout Ie monode,auxdelllandeursCOlllmeaux defendeurs.Tressduvent Iepouvoir'executifestcoupablede ces'attentatsit laliberteindividuelleouauxautresdroitsfondamentauxdel'homme.II doit yavoirdesjugespour reprinier detels actes. Quanel Iepouvoirlegislatiflui. mcme abusede l1es privilegesetvotedesmesuresquiviolentlaloiconstitutionnelleoudesengagementsinternationaux,ilfautquecesmesuressoient decretees inope.rantespourcaused'inconstitutionnalite. .. IIestremarquableq\u'Haltiait ete, conuueIeconstateIejurisconsulteamericainGeorgelaffindansColumbiaLaw Reviewd'avril1942,I'undespremierspays it reconnaitre aux .tribunaux i.edroit'd'e proclamerl'inconstitu.tionnalited'uneloi.L'artiele162delaConstitutionde1843diteneffet:Les tribummx doiventrefuserd'apopliqueruneloiinconstitutionnelle.lIsn'appliquerontles etreglements generaux d'administrationpublique.qu'autantqu'ilsserontconformesaux Dansbeaucoupdepaysons'est preoccupe d'assurerd'une lllaniere positivelaprotectiondesdroitsde'I'holllme,enpermettant it toutepersonne lesee, ou it toutcitoyenagissantsimplementaunomde I'interet publicdesoumeUre it I'appreciationdes judiciairesunemesurelegislativeou administratiYe qu'iljuge.attentatoireaux principesconstitutionne}s. AuMexique,parexemple,onconnattl'amparoquisignifieprotection.LaColombieaapportennecontributionimportanteau me canismeconstitutionneleninstituant l' actionpublique(accionpublicaouaccionpopular)qui ducitoyen-59-

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Iechampiondeslibertespuhliques: n'importe que1 citoyenaeneffetIedroitdecontester de\'ant untribunallaconstitutionnalite d'une loi.La Rcpublique deCuba estallee beaucoupplusloindanscette Yoie.Dans",a Constitutionde 1940, quiestactuellement,aupointdevueeconomique 'et social,runedesplus avancees du monde, elle anonsenlewentaccordeaucitoyenIedroit de contesterlaconstitutionnalite d'une loi,maiselle a organise, solISIenom de TribunaldesGarantiesConstitutionnelles,unecour speciale Oil des actionsdecettenaturedoivent etre portees. JeneconnaispasencorelanouvelleConstitution hai" tienne.Jenesaisquelsortelle afaitauxdroitsessen tielsdel'hommeetdequellesgarantiese.fficaces e1le les a entoures;Mais jewetslUoinsd'espoir dans destextesconstitutionnelsquedansunetransformationdenos mreurs pilbliquespourprevenirtouteatteinte ano:" libertesfondamentalesetel1lpecher l'etablissement detoute qu'elle soit celIed'unchefoucelIed'unemasse.I.eChefdel'Etatdoitdevenir,pourIepeuple hai"tien. unmaitredansla tres nobleacceptionduterme. Nos Constitutionsluionttoujours accorde despouvoirs tres larges, meme excessifs. lIssontsuffisantspourluipermettred'entreptendreunprogrammepratique d'educa. tionetdetravail. L'autorite quiluiest necessl;lire pourassurer l'execution d'untell)rogrammede developpement moral,economiqueetsocial, eUenepeutluivenirquedesonrespectdesprincipesdemocratiques,desafermetedans l'execution des lois,deson absoluequilui-60-

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conere IedroitetluifaitIedevoirdel'exiger de sescollaborateurs,desonamoursinceredupeupleetdesonloyalismeenversHaIti. .'1 Decette fac;on seulement,nous'auronsIavraiepaix celledudroitetde Ia justice.-61-I

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31 decembre1946 VCEUPOURLEPEUPLEHAITIEN L'3.ctivite ,economique d'un paysdoit,'iser avant tout it cequelatotaliteIesapopulation dispose de llloyens d'existencesuffisantsetqueehacunypuisse satisJaire sesbesoins legitimes danslamesurecorrespondant a sasituationsociale. Cest cequ'exprimait Iegrand PieXIlorsqu'ilecrivaitdaus sonencyelique Di,'iniRedemptoris:L'organismeeconomiqueetsocial sera sainementconstitueetatteindrasa finalorsseulementqu'ilprocurera it tOllSet it chacllndeses membrestousles hiensque lei ressourcesIelanatureetdel'industrie,ainsiquerorganisationvraimentsocialedelavie economique, permettentIeleur proci.Irer. Ceshiens doiv-entetre abon.dantspoursatisfaireaux hesoins d'unehonnete subsi!!' tanceetpour eleverles hOl11ll1es a ce degre d' aisanl'eetde culturequi,pourvuqu'on enuse sagement.nemet pa,. obstacle a lavertull1aisenfaciliteaucontrairesingulierell1entI'exerl'ice.Or,dansungrand nombr' de wl'ietes humaines.et particulierementdam la notre, lamajeurepartieIelapopulation se trouve dans un etathabitue! Ieprivationdes chosesnecessaires a I'entretienIela vie.c'est-adire enpremierlieu:lanourriture,Ievetement.Ielogement.Etc'eit la cequ'onappellela misere. -62-

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Cettemisere,nousla voyonseirculer a toutesjesheuresdujourdanslesruesdePort.au-Prince,souslaformedemendiantsloqueteux,de portefai.:l'en' d'in-.firmesportantsur kurcprps des plaiespurulentes,depetits etdepetitesfiUespresquenuscourant apres les passantspourleurdemanderl'aumoned'unnickeldecinqcentimes.Laconditiondenostravailleursestdeplorable darts les villes cQmmedansles campagnes.Et meme ceuxquel'onappelled'untonmeprisantlesbourgeoisformentenmajoriteunproletariatqui essaie desecachersous lesapparencesd'unevieinsoucianteetjoyeuse.EmiledeGirardin,enconsiderantdessituationssem blaMesdansl'Europede1850,s'eeriaitunjour:En. Jantsabandonnes:miser'e! Abrutisseillent:misere! De pravationmorale:misere!Crimes:misere!Revolution: misere !CommeEmiledeGirardin,jedis:C'estdone it lacausedumalqu'ilfautremonter!DesmesurescontrelaprosLitution,contreIe crime,contrelesrevolutions.resterontinefficaces sinousnenousattaquonspas a lacause niemequi lesengendre:la misere. C'estla misere quenousdevonscombattreetvainere.Comment?Noustouchon8ieile ureud duprobleme.Notre misere, nousavionsl'habitudedel'attribuer a nosgouvernants.OnditcourammentdansIepeupIe: lflmisere deSalnave,la misere deSam,qu'onappeJaitIecyclonede Tiresias.Onrenversaitungouvernementpoursupprimerla misere, etlamiseredevenaitplusgran(Ie.Evidemment,cen'estpoint la lasQlutionrationnelle.La misere estun phenomene eeonomique. Elle doit .,63-

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etre combattuepardesmoyenseconomiques.Mais ces moyenseconomiquesexigenteux-memes,pour etre effi caces, desconditions moralesetsocialesqu'ilfautd'abordrealiser.Ceuxquisonthabituesauxdisciplines severes delamethodeexperimentaleapportent it l'etudeduprobleme haitien uneintelligencepratiquequileurfait preferer les realites auxideologies. les remedestires de rexpe rienceauxvaguesouviolentessolutions proposees parlesdoctrinaires.C'estpourquoi,aulieudediscuter it perdrehaleine sur la fa,:on ifleale de reformer notre societe, ilsont considere la,nation ha'itienne_ohjectiw ment,danssaformationhistorique.danssonmilieu phy sique,tellequ'elle s'pst develo'ppee au coursdesannees. avec ses tares ataviques, avec aussise;;;virtualites spiri tuelles etsesvertus hereditairesderesistance morale.IIs'agitpourles Ha'itiens d'adopterunepolitiqlle so ciale,quitienllecomptede ces hautesvaleursllluuainesdanslesquelles,commeIereconuaitDurkheim. s'expri melacivilisation.IInepeut etre questionnid'unretourauxtraditionsafrieaines,quigardentencorecertainspeuplesdel'Afrique dans unlamentable etat deprimitivite,nid'uusautbrusquedansranarchieetlaviolence,COllimeIe prechentIe" demagogiH'''. Cequipeut etre obtenupardes moyens simplesethumains. c'est latransformationdenotre paysgraceit un ajustement dela realiteha:Itienneitdes fins !Superieuresde mora lite. Etnousn'arriverons r; untelresultatqu'enagissantsurl'Ha'itienluimeme.(,'est-a-diresur son corpset sur son arne.L'homme estbutetmoyendetoutl'effortsocial.II eit 84':"-

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Pagentessentieldelaprod!ctionetconstitueIe pIvotde toutIemouvementeconomique.Dansles programmes quedesconstructeursde cites idealesproposent it notreadmiration,biensouventcefacteurprimordialrhol11 Ine -estoublie. Ollbien, dansces beaux plansde reHO vationsociale,il n'est questionque d\metretheorique, sans visageetsans ame, d\mesQrte d'entite metaphysi que, aulieud'unecreaturedechairetde sang, ayalltdeshesoins, des appetits, des passions, des aspirations, differentessuivantlestempsetleslieux. C'est unejustice it rendre itrEt at d'Halti: ilreconnut. des Iedebut.queson role essentiel etaitl'eIevation derhommeparl'educationetparIetravail.Comprenantque run desprincipesfondamentauxdelademocraticresidedans l'egalite devant l'education, il decreta nonseulement l' ohligationdel'instructionprimairemaislagratuitedel'enseignementpuhlicatouslesdegres.IIvoulutaussiassurer l'egalite devantIetravail. C'est pourquoilaConstitutionde1805deDessalinesprescrivitenson ariicle 11quetoutcitoyen doit possederunart mecanique,c'est-adire un metier, tandisque,dans ses articles21et22, elle que l'agriculture, commeIe premier, IeplusnobleetIeplusutilede tous les arts, sera honoree et proteg'ee et que Iecommerce,seconde sOurcedela prosperite desEtats,nevoulantetneconnaissantpoint d'entraves, doit etre favoriseetspeciale-ment protege. iii Decesprincipesdecoulaitunprogramme pratique, quipeut etreformuIe dela mal1lere suivante:1. Elevation duniveau moral, il1tellectueletreligieuxdupeuplehaitienparla lllus largediffusionde l'educa-65-

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tion,particulierementdel'instructionprimaireetprofessionnelle, agricoledanslescampagnes,industrielledausles villes. 2.Developpementeconomiqueetcommercial d'Haiti par l' etablissementdeconditionspropres a augmenterlaproductivitedutravail, a faciliterIacirculationdesrichesses aI'iuterieur dupays, a garautirIeplacementavautageiIxdesproduitshaitienssurles marches etraugers.3.Iustedistributiondes profitsentretousceuxquicoucourent a laproductionnationaleparuneequitableremunerationdes servicesdutravailetducapital.4.RepartitiondeschargesfiscalessurtoutesIes classes delapopulation,proportionnellement a Iacapacitecontributivede-chaqueresident du pays. Voila des pfoblellles, dontnosgouvernementsuontpaspoursuivi avecmethodeetcontinuite.PersouneuepeutavoirIapretention de Ies resoudre toutseul.Leurexalllen reclame Iacollaborationdetousceuxqui,avecpatience,avec conscience,avecsympathie.cherchent adeterminer Iesconditions du bien-etremoral.'socialetmaterieldupeuple haitjen. Queohacunapporteicilesresultatsdesonexperienceoudesesetudes.Quechaeunagisse,danslalllesure oil l'initiative privee,so\ls laformeindividuelleoulaforme de I'association,peututilements'exercer.Lagrossepartdela'besoguerev rent auGouvernement a causedesmoyenspuissantsdontildispose:qu'il se consacre a sa tache. LapolitiquesociaLe, dans l'acceptionLapluslargedumot,doitremplacerLapolitiquetoutcourt.Notre v'ceuHa'iti, en ce 31 decembre 1946,c'est-66-

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que, parlapratiquesincereetloy aled'unepolitique so cialebiencomprise,nosfemmesethommesdupeuplemangent a leurfaimettrouventtoujoursavecabondanceunenourrituresubstantielle;qU'ilss'habillentavecdecenceetprop rete; qu'ilshabitentdesmaisonssainesetconfortables;queleuresprits' eleve en meme tempsqueleurstandardde 'vie;qu'ilsseliberentdessuperstitionsdegradantesquilesretiennentdanslamisereetl'ignorance;'qu'ilsapprennent a seconstituerdes famil Ies regulieres parIemariagereligieux;quel' soitdanstouslesfoyers;quechacunpuissevivrecommodementetconfortahlementdesontravail,de saprofession,de son art,de sonactivite laborieusesousquelqueformequ'elle semanifeste;qu'Haltisoitheureusedans la paixdesespritsetdes creurs; qu'ayantlaforcequedonneI'union,ellecollaboreavec lesautresnations a etablirdansIemondelajusticeuniverselle. HaIti nepeuts'isolerdurestedeI'univers,ni se constituerenautarcieeconomiqueouspirituelle.Ellefaitpartiedefa comll1unauteinternationaleet de cette patriesuperieurequis'appellela Chretiente. Sagrandeambitiondoit etre'ens'organisanten societe pai sible,ordonnee,heureuse -d'eIever sonpeupletoutentier a unsihautniveaumoral,spiritueleteconomiquequelanationhaitiennedevienneune elite dansl'humanite'.-67-

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8janvier1947 /' DEMOCRATIEPRATIQUECeuxdesHaltiensquiontsoigneusement etudie Ieproblcmeeconomiqued'Haltietquines'egarentpasdanslesreveriesideologiquescroientauprogres de notredemocratieparl'application del)lethodestres simples. adaptees auxconditionsmoralesetmateriellesdupeuple.DnecommIssion,nommeeenjanvier1912parIe Presi dentLeconte,soumitauGouvernementunplanqui s'in,, pirait,connne elledisait elIememe dans "on rapport, desnecessites socialesetnationalesqniexigentpournoscampagnesuneorganisation plus justeetplushumainequecelIe"qui afaittroplongtempsd'elleslesserves de;; villes.Lacommission n'etait pascomposeedetheoriciens,maisd'educateurs,deplanteurs,d'agronomes,d'ingenieurs:CamilleBruno,AugusteBonamy, Frederic Doret,A.G. Boco,St-MartinCanal.Chavineau Durocher, LouisProphcte,A.Daumec,CharlesDehoux.EmileNan.Enedemandaitdetransformerpeu a peulavie sociale.encore s.i miserabledespopulations pay"annes,de modi fiercertaines fa;ons regrettablesqu'ellesontde sentir, depenseretdecroire,enintroduis'antparmielles lapratiquedecertainesinstitutions liberales, unedirection plus moraleetplusintelligentedeleurstravaux,unepoliceplussoucieuse de lastricteexecutiondes loiliet dela -6i-

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protectiondespersonnes, toutes choses capables,avec l'ecole etl' eglise, deformerenellesunevienouvelleetunenouvellementalite.Jen'acceptaiIe ministere'del'agricultureenjuillet1918quepour.executerceplanpratiquede reorme rurale,d'educationpaysanneetd'organisationagricole!:j'aimontredansmonlivrePouruneHaitiheureuse (2eme volume.;page52) it quelleresistancefarouchese heurterent mes efforts.Lapremieredesmethodesde regeneration nationaleconsiste it sauvegarderla sante physiquedelapopulation.Jereconnais.icientouteimpartialitequel'unedes meilleures entreprisesen Ha''iti parlesAmericainsa ete l'organisationduServiced'HygienePublique.Anterieurement it 1918,ilyavaitdansnosprincipalesvillesdenombreuxmedecinscompetentsquipouvaientprendresoindesmalades.Quelques-unsd'entreeuxavaientdescliniquespriveesouapportaient genereuse. mentleurconcours it des hospicesparticuliers(Hospice deSales,HospiceSaint-VincentdePaul,Asile' it Port-auPrince;HospiceJustinien,auCapHaitien,etc.) ou lesindigentsetaient etsoignesgratuitement.Mais cesmedecins,malgreleur devoue ment,nesuffisaientpas it latache,etIe grosdelapopulation, surtoutdansla campjlgne,etait abandonneauxpratiquesdesrebouteux,medicastres,medecins-feuilles) detoutacabitqui,pourmieuxexploiterla credulite deleursclientsignorants,s'entouraientd'unesortedepres mysterieuxen faisantpasserpourbocon>'ou, houngam>.Untubercufeuxsortaitduhoumfortduhoungan-69-

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'aveclaconvictionqu'ilavait ete empoisonneparunvoisin a quisonbeaujardinfaisaitem-ie. Un porteurdepianavait aUrape samaladieenpietinantun'ouangaqu'unrival avaitdeposedevantsa portepourIepunirdecourtiserla ll1eme femmeqnelui. Un enfant mine pardes vel'Sintestinanx etait,d'apres Iebocor,entraind'etremangeparunloup-garouduvoisinage.tainsidesuite. CespaysansallaientdeceUe a unemortcertaineet a uneruinerapide,puisqu'illeurfallaitdepensertoutesleurseconomies.non a acheterdes semencesoudes outils pourlaculturedeleurschamps,ll1ais a payerauhoungandegrossesredevancesou a organiseI' des servicescouteuxponr se rendrefavorables les espritsetles loas.IIyauraituneinteressante etudea fairesnrIe Yaudou aupointdevuedesesconsequenceseconomiquesetsanitaires.Laquestioninteresse l' economisteautantqueIe ll1edecinouplus particulierell1ent Iepsychiatre.LeDirecteurdnService d'Hygieneecrivait danssonrapportde1928:Leproblemeimportantentretous, c'est l'igllorance de lapopulationdesdistrictsruraux. Laou hommesetfemmesnesaventnilireni ,ecrire.I'hygicne publiqllcest des plusdifficiles a realiseI'.Pendantdes annees. lasyphilis,lamalariaetles vel'Sintestinauxont ete deserieuxobstaclesaudeveloppementeconomique.Pourarriver a triompher de cesmaladies. l'jmportanced'nnsysteme decliniqnesrnrales disserninees dansIepaysparaissait evidente. LacampagnecontreIe tn;poneme aeutantde succes quelesloqueshumainesqu'onvoyaitpartontdisparaissentrapidement. Cest parI'intermediairedescliniquesruralesquenous avons -70-

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pU. i.Dteoduire, de la lespatanfol haJtIens.Ilnya pas d entrepnsequt'mtplusfaa ourchasser lasuperstitionetpourmettreen defavetrIe papa-loioudocteur-sorcier. .'HaIti est,d'unemaniere generaIe, unpays sain. Cependant, ecrit IeDr J. C.DorsainviI, Iazone cotiere quifaitsuite it nosplaineset it nos valIees estla'moins salubre.Generalement tres basse, elleestenvahiep'arlamerquiyformedesmaraissalants,oucouverteparles eaux,qui yconstituentde vastes marecages.Vne vege tation tres densedemangliersetd'autresplantesaquatiquesentretient line humiditesiforteque l'ardeur denotresoleilpendantlasaison seche neparvientpas it Iadetruire.A Ia saison pluv.ieuse, surtout, marecagesdeIaregionsecouvrentdegrandesnappesverdatres etde mousses. Cesvegetaux inferieursontunevie ephemere. Ilsmeurentavecautantderapiditequ'ilsnaissent.Surlapourriture que formentalorsles debris deces alguesviventdes legions demoustiquesquitour-.billonnentau-dessus des marecages. Pourdes raisons que l'hygiene n'a pas dictees, toutesnos villesimportantessont hilties surIelittoral.Aussi sont-e11es malsaines,constituant des foyerspermanentsdepaludisme....Lazonedesplainesetdes valIees esthygieniquementplussaineque_Ielittoral. Neanmoins, quelques-unesd'entreelles,conquetelentedelaterresurles lacset sur Ielittoral,sont tres plates, it peineau-dessusduniveaudelamer. Leseauxyontunecoulementdifficileet tendent, surtout qhand lasecheresse adiminueIe de bitdesrivieres, it former Ielit de cesrivieresunesuite de petitesmares,saliesparles dejections desani--71-

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mauxetpar l'es orduresque leI! habitants eux-memes yjettentparfois.Durant II'S grandespluies. II'S routesdanseesplaineshassessont defollcees, envahiespar II'S eauxdesrivieresetdestorrents.Ellessontainsi,peu apres les semel'S de fOlldrieres, de mares de houeetd'eauxeroupissantes.Avee Ies premieres chaleursde I'ete, dIesnefontalorsqueprolollger a I'interieurdu pays Ielllauvais etat sanitaire(Iulittoral.Lamalariaestdone l'tpledes grandesennemies(Iupeuple haItiI'll, puisqu'elleestpropageeparIemousliqueanophelequivit al'etatde larve a lasurfacedes eaux stagnantes.Quoiquelesresultatsdes ameliorations sanitaireseffectueesdansII'SgrandI'S villes,litIerapportduServiced'Hygienede1928,soientsatisfaisants,la si tuationconcernantIe paludisme dans II'S districtsrurauxcontinue aetre ungraveprohleme. L'eradicatwn decettelllaladie jusqu'a cequ'ellenepuisseplusconstituerunemenaceserieuseaudeveloppementeconomiquedupays depend dedeuxfacteurs:l'extension des mesuresdedestructiondesmoustiqueset I'usage intensifdelaquinine.Lepremier progres 51'realiseraaU5si vitI'queII'SplantationsetII'Sjardinspourront etrecultives, arrosesetdrainesCOllllneilconvient,et aussi rapidementqueIapopulation auraete instruitedes prophylactiqnes a prendreetauraII'Smoyens de s'yconformer.Enattendant,Iegouverllementpourrafranchir uneetape decisive vel'S l'ameIiorationde la sante etdurendementecononziquedeson}leu pIe,enorganisantIecontroledelaventedeIaquinine.Pourdonnerune idee derimportancedestravaux d'hygiene pourIa sante puhliqueetlaproductivitedu-72-

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travail,je citerai l'exemple dudrainagedesmaraisdela region deFortLiberte oil,d'apres Ie Service d'Hygie ne, l'indice delamalariaest tombe en1928de80 it 11pourcentcommeconsequencedecetteoperation .anitaire. Oserai-jedirequecelameparaitplusutilepourIepresentet l'avenir denotrepeuplequetoutesles discus sions aussivainesqu'irritantessurlaquestionderaceetsurlavaleurrelativedes ideologiespolitiques?Pasteurdisait eli 1888:Deuxloiscontrairessemblentaujourd'huienlutte:uneloidesangetdemo .... t,qui,enimaginantdenouveauxmoyensdecombat,oblige les peuples a etre. toujours prets pourIechampdebataille,etuneIoi de pllix, de tnivail, de saIut,quinesongequ' a deIivrerl' hOT1U1!e des fIeaux quiI'assiegent.L'unenecherchequelesconquetesviolentes;l'autrequeIe soulagementdel'humanite.Cellecimetuneviehumaineau-. dessus detouteslesvictoires;celle-Iasacrifieraitdes centainesdemilled'existences a l'aulbitioud'unseu!. Laquelledeces lois l'emportera sur l'autre? DieuseulIe sait. Mais cequenouspouvons assurer, c'estquelaScience Fran<;aise seseraefforcee,enobeissant a laloid'humanite,dereculerlesfrontieresdelaVie.Nousvenonsde feter avec pomne Ies heros de l'inde pendancenationale:Dessalines,Petion,Christophe,Geffrard,Clervaux,Capoix-la.Mort,Gabartetles autres. Ces homm.esont cree lapatriehaltienne,parlacarabineetIecanon,dansIesanget l'incendie. Maislapatrie hal tiennen'apas etecreee pareuxunefoispourtoutes,commeune parfaite:elle est,pourparaphraserIemotadmirabledeRaymondPoincare,unecreationcon--73 -'-

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,tinue'. C'est unestatuequeIe ciseaudusculpteurfaitsortirlentementdumarbre:Ie sculpteur,c'est nous,memes,c'est toutIepeuplehaitien.Chaque generation doitapportersacontributionpetiteongrandeauperfectionnementdelapatrie.TOllSceuxquiontfaituneffort utile,cree nne omvre, concouruenquelquemanierequece soitauprogresspiritueloumaterieldu pays sont des createursdelapatrieetlescontinuateursdes heros de l'independance.Car, il fie s'agit pluspournousdecombattreparlacarabineetIecanonlesennemisdela li'berte. Lesennemis d'aujonrd'hui dupeuplehaitien: e'estl'ignorance,c'est la superstition,c'est la misere, c'estlamaladie.Etnousnepouvons delivrel" Iepeuplehaitien desfleanxquil'assiegent que par l'application Ie laloi de paix, ae travail, de saInt,queIegrandPasteur.s'inspirantdeladoctrinechretienne, met au-des sus Ie toutesles ideologies inhumainesquiprechentlahainedes racesetlaguerredes classes.-74-

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." 14 jaovier'1947. MCEURSPUBLIQUESETPRATIQUESFINANCIERESIe,priequ'onfasse'attentionquecequivasuivreestextraitd'une etude publieedansIe numero dejanvier1910duBulletindelaChambredeCommerce Fran;aise dePort-au-PrinceetreproduitedansmonlivrePourune Halti Heureuse(tome1,page128).Lelecteurseraenmesure,jel'espere,de compareI'lasituationfinanciere a cened'ilyatrente-septansetd'apprecierleschangementsquiontpuseproduiredurantceUeperiodedansnos mreurs publiques.'***Onasouvent eerit et repete queIemeilleurprogrammefinancierpourHa'iti,c'est l'honnetele dansl'administration"publiqueetcetteprudence elell1entaire quicon sistea nepasdepenserau-del a deses ressources reelles.De fiicheuses habitudessesontforll1eesquirendentde VI usenplusdifficilel'applicationdecesimpleprogrammedeprobiteetd'economie.Lesfonctionnairesdes finances,prinCipalell1entceuxdesdouanes,nese genent paspourfaire leurs affaires.Rienneles arreteso'r la-75-

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pentefatale,puisqu'aucunesanctionseneuse-judi.ciaireousociale -nesemble etre attacheeau yol pra tique dansces conditions. Ce n'est paspourtantque les douaniersfideles, les hOlllmes integres manquenten Haiti; maisonnelesemploiepastoujoursouonles ecar tesystematiquement.Nous avons toujourseudes fonc tionnaires.dedouanequiont etedes modelesdeprobiteetdecorrection.Onreco1'l11aissaitqu'ungouvernement etait honneteou i nonsuivantqu'ilfaisaitappelounon it ceshommes.Les NereNuma, lesPaulLochard, les SadracHippolyte,lesIn-CharlesPressoir,les Jackson. les Mexile, lesCharles Bauduy, lesRodolphe Gardece. lesManasseSt-FortColin, les Montillihe, lesEdnerHall.lesBlancEuzebe,lestorquet,les LalIroreNau, lesFou.chardMartineau,lesEtienne,les GeorgesRegnier. les Mathieu,lesChampagneetbeaucoupd'autressesontfaituneinattaquablereputation d'integrite. II convient denoterquelorsqueIeChefdeI'Etatetlesministresetaientenergiquesetentendaientque J'ordreregnatdans l'administrationetdanslesdouanes, meme les agents reputes lesplusmalhonnetessefaisaientdistinguerparleur zeIe: ilsdevenaientvertueuxpourgarderleursplaces.Noustouchonsici it I'undes faits lesplusimportantsdelaviepubliquehaltienneetquimontrequepolitiquementHaitin'estpasunpays saim>.LeTempsdeParisecrivaiten1909 a proposdel'Espagne:.Qu'unpartisuccedeaupouvoir a unparti adverse, enAngleterreparexemple,iln'ya lit rienquedenormal:Iepayss'est detached'un groupepolitique;unenouvellepolitiqueentreenvigueur; c' estl'essence meme du regi-76-

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ine parlementaire; cela n'arien dedangereux. La succes sion despartisaupouvoir assure, au contraire,requili brequidoit.necessairementexisterdanslapolitiquenationaleentreles idees extremesdedeuxpartis opposes. Maissilapolitiquechange,l'administrationsubsiste: runen'.a pas d'influence sur rautre. II n'en estpasde meme enEspagnenidanscertainsautrespaysmonarchiquesourepublicains. La, lapolitiqueestsouveraine;l'adminisirationendepend d'unefac;on absolue;etlesfonctionnairesneconserventleursfonctionsquepourautantqu'ilssont devoues aupouvoir.Les vasessonttropcommunicants,diraitM.Briand.Les placessont'dis tri'buees a lafaveur;lafaveursus citelacorruptionet, a tousles degresdel'echelle sociale,delahierarchieadministrative,les interets particuliersprimentles interetsgeneraux.C'est ainsiquelesgouvernements eux-memes enarrivent a detruire l'idee nationalequ'ilsontpourmissiondedefendre.Ces lignessemblent-avoir ete ecritespourlesHaitiens.II n'y apasen realite, sousquelqueetiquettequ'ilsse presentent, departisen Haiti, personnenesongeant ve ritablement a changerlesinstitutionsetencore ,moins les Inumrs publiques:ily a des associations d'interets autourdenomsconnus.Cequenousappelonsparti, c'est ungroupementd'individusautourd'unhomme,queronpousse a la lesuns,enpetitnombre,parce qu'ils IecroientcapablederealiserquelquebienpourIepays;lesautres,beaucoupplusnombreux,parcequ'ilsattendentdeluidignitesetargent.Chaquegouvernementarriveainsiavecsonmondequ'ilcasedans -\ -77-

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lessituationslespluslucratives,Ieplussouventsansaucuneconsiderationdemerite,decompetenceoudemoralite.C'estIesystemedesdepouillespratiqueauxEtats-UnisdepuisAndrewJacksonetquiprovoquatantd'abusqu'ondutIecorrigerparl'institution des classifiedservicespermettantdedegager des influ.ences politiqueslesfonctionsles plus essentiellespourlaviedelanation.IIseraithonquepareille regIefnt adopteeenHaitipourcertainsfonctionnaires,leurrecrutementet leur avancementdevantsefairedans des conditions galiteetd'impartialitequinelaissentplaceni a lafaveurni a l'arbitraire.Auxvols perpetres,it certaines 'epoques, ouvertemelltdansl'administrationpublique,ilfautajouter les prati lues detestablesrelatives it laconfectionet it rexecutionduhudget.Lehudgetest etahlisans"incerite. Chaqueannee,les depenses augmentent dansdes proportionseffrayantes cellesconcernant particulierement leI" depart'ements delaGuerre,deI'Interieuret Police, desTravauxPublics,troisformidahles sangsues attacheesauxHanesdupeuple"'etquipompent sans ('essesonsangapJlauvri,audetrimentde I'Imtrudion Puhlique.de TA griculture. deI'Industrie etduCommerce.Cebudgetse soIderegulierementen deficit, etchaque anneeau"."i lalistedes credits. supplementairesetdes depenses imprevues,Ieplussouventsomptuaires,s'allonge jusqua depasserIebudgetveritahle.Puisque,parsuitedu desordre des douanes'. leI' rena trees sontinsuffisantes,puisquelesrecettes pen.;ues restentconstammentinferieuresaux previsions hudgetaires.nosgouvernementsrecourent itdes expedients
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reux:tempruni ouIe papier-monnaie.:A un gouverne mentemprunteursuccedeungouvernementemetteur:c'est commeuneloi d'alternance. IIyenaquicumulent. Ces fautes accumuIees ontrendu tres lourdes les char ges delaRepuhlique.Voidquel etait l'etatdelaDettepuhliqueau31 decemhre1909:Vette E:fterieure Emp. 1875 50/0Emp.189660/0VetteInterieure60/030/021/20/0FlottanteFlottantePapier-monnaieNickelBillon $ 3.609.855 8.252.250$5.957.800 1.349.793 5.079.182 1.625.000 G.550.000 8.368.112 6.000.000 225.000 soitpourladetteexterieure:11.862.105 dollars;pourIa detteinterieure:12.221.855 dollars et 15.1!J,3.112 gourdes.Audecemhre 1904,ilyavaiten G. 2.389.194 de papier-monnaie.Au31 mai 1908, Ie chi{ ire en etaiteleve, parde successives emissions, a 14.389.194 gourdes; on emettait dans Ie meme temps de Ia monnaie de nickelpour7.000.000 qui, ajoutesaux225.000 de billon,portaient it 21.614.194lacirculation fiduciaire locale.Pardes retraits operes envertudela-79-

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.1loidu11 aoiit 1903etdecelIedu20 aoiit1909, ce chiffre setrouvaitreduitenjanvier1910 a G.14.593.112.Lepapier-monnaiea conuuisenHaitises meaits ordinaires.IIatout d'abord faitfuir a l'etrangerla monnairo ,metallique d'argent, dontIe stocken1896 Haitde 4.000.000pourtomberen1904 a environ1.000.000:lacirculationenestaujourd'huiinappreciable.Oncrutpouvoir,parllneloidu4mars 1904, arretercette Clui. gration: c'etait simplementpueril!Tantque I'Etat haltien s'etaitcontented\me depapier-monnaieinferieureaux besoins dn public, lamonnaie d' or etrangere ayaitcontinue a eirculerdansIe pays, etlorsqu'onayait a fairedes paiementsal'exte rieuronnepayait qu'une prime legere. Maisa mesurequ'augmentaitl'appetitdesgouyernements emetteurs labonnemonnaie,c'est-a-direlamonnaieuniverselle. se rarefiaitdavHntage;ladepreciation du papier-monnaie sefaisaitplusgrande,par consequent, plus considerablf> laprimesur 1'01'qui, de 10/0au debut, connutleshauteursde900:millegourdeshaltiennespour100dollarsdes Etats-Unis! CefutIetroubleapportedanstoutesnos relations IIn'yeutplusaucune quietude pournos commerr,;anls etparticulierementpourlesimportateursqui,parsuite desvariationsbrusquesdelaprime.se YO yaientexposes a despertes tres fortes sur les stocksdeleursmarchandises, achetees endollars.enfrancsouenmarks,etvenduesengourdessurIemarchelocal.Pournepasavoir a subirIe grave inconvenient quiresultaitdelabaisse survenal1tentreIemoment OU ilsont pris desengagementsetcelui OU ils sont obliges de leiexe-80-

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cuter, iismaintinrentleursprix tres haut: d'oit renche.rissementexorbitantduCOlltdelaviepourlestravailleurset Ie's petitsfonctionnairessurtoutdontlessalairesrestaientles memes.Cettesituationdonnalieu a desspeculations effrenees portantsurIesfluctuationsprobablesducoursdudollar,etnousconnumeslespayables-livrables sortedemarches a termequipermirent a desindividussans capitauxet sans moralitede selivrersurIa placea des ope rationsverita'blementscandaleuses.Onvoulutpardes lllesures legislativesreprimercet agiotagerevoltant.Mais ce n'est pasenattaqualltleseffetsd'unmalqu'onIefaitdisparaitre:ilfautaller a lacause llleme, aupapierlllonnaie.De plus, cesoperationssurIechange-quin'ontriendereprehensibletantqu'ellesrestent regulieres -ont donne naissance a unefouledemaisonsdebanqueminusculesquiyhornentleuractivite. Conul1e ellessontplussusceptibles dedonnerdesprofits,les capitauxlocaux s'y emploientaulieud'aller a l'agricultureet a l'industriedontles benefices sontsouvent aIeatoires. Ence debut de1910, I'Hat dumarche n'aguere chan ge. IIfautnotercependantunecertainefixitedanslaprimesur l'or quioscille legerement entre420et427,soit520ou527gourdespour100dollars. Maistouteinquietude n' apasdisparu:c 'est parsonferme desir derenoncer -it despratiquesdesastreusesetpardesmesuresserieusesqueIegouvernelllentpourraramenerlaconfiance ebranIee. Vneorganisation severe des servicesadministratifs; des rouages fOllctionnant sansa-coup;desimpotsdOllt Ierendementest etahli d'avance;unbudgetdesrecettes-81-

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et des depensesnelaissantaucuneplace a l'arhitraireniauxcaprices desgouvernants;unsystememonetairedonnantlafixiteahsolueaux etnelaissantauxvariationsdes changesquelesvariationsconcomit.tantesdesdifferenls elements delabaiancedescomptesquidoiventenreglerIecours, sf\ns quedesmonnaiesale terees ouunecirculation depreciee viennentyapporter des modificationsbrusquesettroublerles echangesinternationaux;et,par de l'honnetete, encorede I' honnetete, tou-jours deI' honnetete:voilaa queUesconditionsnous pouT'ons avoirdebonnesfinancesetdonnerpleinecon fiance auxcapitalistesdetous les pays. -8>2-

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24 janvier1947.POLITIQUE D'HONNETETELePresidentOrtizdelaRepubliqueArgentine etait unhommedehautevaleurintellectuelleetmorale.Sesadversairespolitiqueslesplus determines rendaient hommageitsa parfaitehonorabilite. 4Quand eclata it Buenos-Airesen1941Iescandaledes aerodroines, onnetrouvapersonnepourIe d'yavoir luimeme participe. Le presidentargentin,queIemauvais etat de sa sante avaitobligedepuisquelquesmois it prendreun conge, nevoulutpascependantqu'ily eut Iemoindredoute it cesujet,etilremit sa demission it l'As sembIee nationalepourprovoquerun dellat etunvote decisif surson cas. Al'unanimiteonrefnsad'acceptersa demission,bienquela.responsabilitedesongouvernement fut engageedanscetteaffaire OU desministresetdesparlementairesavaientscandaleusement realise des illicitesaudetrimentdutresorpublic.IIfautmalheureusementconstaterquedepareilsactesdecorruptionoudemalversationnesontpasraresdanslaplupartdenos paysd'Amerique.Etcelaconstitue tres certainementunobstacle it l'etablissementd'unesainecooperation financihe etcommercialeentreles repu bliquesamericaines.La meiance reciproque,quia silongtempsempoison.ne dansIedomaineeconomiquelesrelationsdesEtatsdecet hemisphere, aeudeuxcausesprincipales:10. -83-

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craintedel'imperia1ismedudollar,puisquetoutcolicoursfinancierdes Etats-Unissemblaitcacheruneentreprisededomination;20.larepugnancedesbanquesou des preteursserieuxa placerdescapitauxdansdes affai res malpropresquilesmettraientencontactsoitavec des speculateurs ehontes, peusoucieuxdefairehonneur it leursignature,soit avec desgraftersquenousappeIons,dansnotrejargonpolitique,djobeursoucalyp sotiers.Lepremier adisparu. gracea lapolitiquedubonvoisia,qili essentiellement Ierespectdel'independanceetIe maintien-del'integrite territoriaIe de tousIesEtatsmembresderUnion Des actes positifsontconfirmecettepolitique, it laquelleIePresidentRoosevelta siheureusementattachesonnometquirestera,fensuiscertain,parcequ'elle /estreveMe IameilleureetIaplusefficace, Iatraditionimmuabledugouvernement des Etats-Unis,quelquesoit 'e partiaupouvoir. Le aeuxieme obstaclenepourra etresupprimedan" quelques-unsdes paysd'Ameriquequeparuneffort energiqueetvirilaccompli al'interieur dechacund'euxPOlU' deIeurs mreurs politiques. "l'ctais ministre it WashingtonquandIeComite de,;; financesdu Senat entrepritenfevrier1932,envertud'uneresolution presentee parIeSenateurHiramJohn !Ion, uneenquetesurIesconditionsdansIesquelles diversempruntsavaient ete contractesauxEtats-UnisparIesgouvernementsdel'AmeriqueIatine, -quisetrouvaient jmtementa cetteepoquedansl'impossibilitedepayer Ies amorti!!llement. et sur leurstitres. iesreve--i4-

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lationseensationnellesquifurentfaites a ceproposentretinrent,pendantplusieurssemaines,lacurio site publiqueetmirentenlumiereles m
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qu'il cOlIDlle ministreou commerceo itIa 3"ConferenceCommerciale Panamericaine tenue it Washingtonenmai1927.OnmeperrnettraderappelericienqueUescirconstances.LaChamhredeCommerce d'Haiti m'avaitfaitl'honneurdeme delegueritceUeConference, dontIepro.grammecomportaitdesquestionsduplushaut interet: transportsetcommunications.procedureconsulaire, re glementationdouaniere.placementsdecapitaux it l'etran.ger.Lesdeux dernieres questionsavaientpour Haiti uneimportanceparticuliere:l'unem'offraitl'occasiond'exposerlasituationpeniblequi etait faite ace moment a notrecommerce'd'importationparsuited'uneapplica tionabmiveetlracassiere delaloidouaniere;l'autre touchaicitrimde,: prohli:'mes les phil" angoissantspourIe dl;veloppel,-}enteconomique despayslatino-americainsetpourIaconservation mcme deleurindependancepolitique.Jefus inviteapI;elldre laparoleaunomde L\1neri. quedelangue fralll:aisea laseanced'inauguration,Ie 2mai1927, precedant immediatementM.Hoover.DansmOlldiscoursje m'effon;ai d'etablirqueIesrelationseconomiques et f'ommerciales desEtats-Unisavecles20antres republiqut'5 americaines:pour etre fructueuses,devaientreposersurIeprincipedeleurparfaite egalite juridiqueet mr Ierespectabsolu de leursdroits d'indepelldancepoEtique etadministrative.Et j"osai conclurequelesNord-Americainsnerecolteraientqnesuspicionsetrancunes[antqu'ilsnepratiqueraient pas ceUepoli.tique d'amitiC etderespectmutuel,--laseulequipuisseleurpermettred'assurerIa t;'raie paixenAmerique et -86-

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d'yfaireen meme tempsdebonnes aI/aires.Cefutpour nloi une'biengrandesatisfactiond'entendreM.Hooveremettresurcepointles memes vues. IIdemandaavec' force que lesgouvernementsprissentl'engagementdeneconsentiraucunemprunt it unautrepays,exceptepourdes depenses productivestendantaubien-etrematerieletmoraldupeuple.Mondiscoursfutaccueilli avec sympathie.Un Arne ricain'duSud,occupantuneimportantesituationcommerciaIe it New.York,medit:VOllSavez ete Ieporteparolede l'Amerique latine.Etun Ar:lericain duNordmetintcelangage:Jenefais pasd'affairesavec HaIti. Maismalongueexperiencedes questionslatinoamerieainesm'apermisd'etudieretdecomprendrelasituationhaitienne.Croyez-moi: les vraishommesd'affai res des Etats-Unisnesontpointetnepeuvent etre partisansdel'imperialismemilitaire.lIsn'ontrien it y gagner. Noussommes it larecherche de bonsclients,etnousles voulons pros peres etriches.Carplusilssontrichesetmeilleures sOnt les affairesquenouspouvonsconlracteraveceux. Aveclapaixrenduesolideparlapratiquedelalibert e, lesentreprisescommercialesetindustriellespourrontnormalementsedevelopperdansvotrepays,etVOUl;trouverezpourcelaauxEtats-Unis, sansaucune in terventionoupressiongouvernementale.touil'argentdontvousaurezbesoin.En aout de cette memeannee 1927, jeretournaiauxEtats-Unispourassisterau 3eme CongresPan-Africaintenu it New-York sous IapresidencedemonamiIeDr.W.E.BurghardtDuBois.Jefus in"iteitdejeuner parM.BruceBliven,editeur de IarevueliberaleTheNew-87-

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Republic,qui,avecTheNation,mellaiten faveur dHa.Itiunecampagneardel1teet genereuse. Jerencontrai it latabledel'eminelltjournalisteunjeune avocat de York.Voicice tIU 'il me dit:Jesuisun liberal,de ceHe especeque ronappellecheznousdesradicaux.rai deendu votrepeuple,d'abordparprincipe,maisaussi que jel'aimepour les grandeschosesqu'il a faitesdansIe passe pourla cau,;e delaIi JJerte. Nevous etonnez pasqueje parleayec unecertainehrutalite:ondoitla verite toutenue it ceux qu 'onaime.Jesuis aIle dausvotrepays,ilyaquelque temps, etjenevouscacheraipasquerenai cmporte une mauyaise impression. J'y suis aIle comme ayocat d'ungroupefinancierquia des interets enHaitiet quidesirait y etendreses affaires.Jenepeuxvousdire it quelpointje fus offu,.que et fachede recevoir, itarrive,des demandes'd'argel1t, sousformede eOlluuissions illicites,delapartdehautsfonetionl1aires ilaltiensqui offraientdeno us faireaccordertousles ayantages possibles pounu qu'ilseussentleurbeurre.Je'rentraifurieux a New-YorketIssavoir it mes clients quejeme desinteressais personnellementd'Halti.JesaisquevousavezehezvousdeshommeshonnetesdansIe GOllYernemenl commedansIecommerce:cesontdetelshommes qui devraientdominer.IIexistelllalheureusementdansdetropnombreuxpays d'AmeriqueuJileetrunge conceptiondu gouverne Inel1tetdel'administrationpuhlique: des fonctionnaires.qui re:;oivcnt unsalaire detennine pourfaireuncertaintravail,croientavoirdroit it unegratification('haque foi,.. qu'onleurdemandedefairequelquechose relevant ceo-88-

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,pendantde leurs attributionslegales. Desministresetdesparlementaires,dont c' estlamission.constitutionnelled'examinerlescontratsde rEtat, etdediscuterles loisdansrunique interet de'la nation, croientavoirdroit a uIle recompenselorsqu'ilssontsollicitesdefairelabesogncpourlaquelleils uneforteindemni. te mensuelle.Comment veut-on, dansces quedeshommesd'affaires serieux de des capitauxdansces pays quand, parlamenacede taxes exces sivesoudemesuresrepressives injustifiees pur chantage 1 -onmetcontinuellementendangerderuineleursentreprises?Laplusexacte honnetete danslagestion desfinances'puLliques;laplusrigoureuseproLiteexigee des fonctionnairesparlapoursuiteet severe repressiondetoutactede corruption, collusion, malversatiQnoufraudedans I'administration; unejusticerigideetimpartialequiim pose Ierespectdesengagementscontractuelset I'autorite delaloiauxpetitscommeauxgrands: voila lesconditionsindispensahlesdudeveloppement agrlcole etindustrieldevotrepaysparrapportdecapitauxsainsdansreconomiehaitienne. Voila lesmoyenspourHaiti d'avoir deLonnesaffaires... rairencontre, plusieurs annees plus tard, moninterlocuteurdechezBliven.Et110Srelationssontdevenuesfortamicales .. Ladernierefoisquejerai vu, iloccupait a Washingtonuneposition tresi"mportante quiluiauraitpermisderendredegrandsservices aHaiti.,Mais, helas!lasituationmoraledenotre pays rendaitalorsimpossible toutedemarche:elle n'etaitguere differentede celIequ'il me depeignait en1927.-89-

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. ,28janvier1947.PREJUGESCRIMINELSCe Mulatre duCap-Raltienmedit:-Commentunjeunemulatrecomme VOU8 peut-it etre firministe 'f Ne savez-vous pasqueM.Firmin est unnoir?CeNoirdePort-au-Princemedit: -Commentunjeunehommede rOuest comme YOUS \peut-il etre firministe'?Ignorez-vousdoncque M. FirminestduNord?.Or,ce MuHitre duCap-Raitien etait partisande Sene que Moniplaisir Pierre,NoirderOuest.EtceNoirdePort-au-Prince eta itpartisandu General NordAlexis, Ie plus nordistedes nordistes.Ainsisesont poses en1902,COlnnle it d'autres epo quesdenotrehistoire,lesdeuxgravesproblemesquiontdominela viepolitiquedupeuplehaitienpendant 'plusieursgenerations : prejuge decouleuret prejuge delocalite, veritablescancers laisses dansnotreorganist mesocialparla societe colonialedeSaint-Domingue. Cesdeux prejuges, tan totisoIes, tantotassocies,ontsouventdresseles'Raltienslesunscontrelesautresdansdes pole.miques passionneesoudansdesluttessanglan testraverseesd'incendiesetdepillages. Despoliticiemenontfaitunmasquepourcacherleurs ambitions ina':-90-

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vouablesouleursappetitsd'argentetdepouvoirlesplushonteux.lIs en ont joue tour a tourcontreleshonnetes gens, noirsoumulatresdu Nord, du Sud, derOuestoude qui, dansIegouvernement,dansl'ad dansles affaires,ont essaye d1elever Ieniveaumoraleteconomiquedelanationhaitienneendonnanteuxmemesl'exempledelaprobiteetdel'honneur.Et sacrilegesupreme! ilsontfaitdel'histoirenationaleunchampclos OU ilstransportentleurshainesetvidentleursquerellespersonnelles,ens'attaquantsanspudeuraux heros lesplusauthentiquesdenotreindependance,noirsetm,ulatres,quela veneration despatriotesdevraitenvelopperdansIe meme linceuldegloire.Lepoisondu prejugedecouleuroudelocalite n'avait pasentameIe metal purdont etait faite l',ame .denotrejeunesse. AnosyeuxM.AntenorFirminincarnaittoutunprogrammedeviehonneteetIaborieuse:il etait lasupreme esperance denotrepatrie,etlacouleurdesapeauouIelieudesanaissance etait pournousdenulIeIimportance.,NotregroupedeLa Ronde,quireconnaissaitcommeguidesspirituelsJustinGodefroyetPetion Geromecaracteresdroits, oreurspursluiavait voue un veritable culte,carnousnevoulionscon sidererque leseminentesqualitesquiluiavaientpermis, a l'interieurcomme a l'etranger,deservireffie acementnotrepeupleetla causede l'egalite des races.INousavions donne lapreuvedenotreferventeaffec.tionpourM.Firminencetteorageusejourneeparle.mentairedu4juin 1897,OU unejeunesseenthousiasteportaentriomphelesministresquevenaitinjustementdeblamer,uneChambreimpopulaire.Nousavions ete --91-

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lesplusardentsparmicesjeunes gem quiavaientaccIaIme Firminet Menos, force lesportesdupalais presiden tielet reclame lapresenceduPresident Tiresias SimonSampourrecevoirdelui l'assurance qU'ilmaintiendraitaupouvoirunministereenquiIepeupleavaittoutecon fiance.OansIafurieuse meleede1902,onIes passions Iesplushautesseheurterentaux interets lesplus sordides. IenoyaudenotregroupeseralliasouslabannieredeL'AppelquedirigeaitIechevaleresqueSeymourPradel.Jepeuxjurericiquenotre desinteressementetait absolu. Nousn'attendionsde M.FirminniargentniplaceBoLaplupartd'entrenousnel'avaientjamaisapproche.NousIe savions extremement rigide sous Ierapportdel'hon netete. Etsinousavions ete en quete defaveurs, nous serions alles ailleurs on nousaurions ete accueillis Ies hrasouvertsetIesmainspleines. M.EugeneRoy,qui eta itmonhon ami, meracontaune scene qui s'etaitpassee au quartier-general ducandidatCallisthenesFouchard.eet ministre des finances,quiavaitfaitl'empruntde1896, etaittres combattuparnous. II etait Ieplusrichedestroiscandidats declares. IIavait it sadevotiondenomhreuxjournauxquic'hantaient ses louangesetIepresentaient it unpuhlicsceptiqueCOnlluel'hommed'EtatIeplusextraordinairequeIaterred'Haiti eut jamais porte. Tous ces eloges emphatiqueset il18inceres etaientd'unefadeurquiluidonnaitIa nausee. Etunjour, exaspere, il s'ecria : Ah!si j'avais avec llloi cesjeunesgensdeL'Appel! lIsnesontpas it reponditune voix. Jementiraissansdoutesi je quetous lespor--92-

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ieursde Petiquette6.rministeetaient au point sinteresses,: ilyavaitde Pivraie, "beaucoupd'ivraie me lee aubongrain. Certaines gensetaientvenues it Firminparcequ'ilsIecroyaient sur delavictoire : avec queUe hate ils Ie lacherent lorsqueIeventtournacontrelui!De meme,je seraisinfinimentinjustesi je nepretendaistrouverquedesperversdansles groupes opposes.Parexemple,autourdeM. 'Solon Menos, qu'unemalheu.reusemesintelligenceausujetdel'AffaireLiidersavait separe desonancien.collegueduministere,uncertainnombrede nos amis intimes s'etait.rassembIe. Menos avaituneculturesinonplusetenduedu moins plusharmonieuseetplusdisciplineequecelle deFirmin,dontlajeunesseavait etc moins favoriseeparlafortuneetqui,autodidacte,enavaittousles deauts inevitables. Menos dissimulaitla rigidit& desoncaracteresous les graces desonespritetIechanhede ses manieres. Nous etions avecluienplus grandesympath,ie intellectuelle. Maisnousavions communie partoutesles fibres de nos creurs avec Iepeuple,toutIepeuple,dansl'amourardentetpassionnequ'ilprofessaitpourFirmin. Guide parson sur et indefectible instinct,cepeupleavaitfaitson choix :ilfutvaincuparladivision des clercsetparcette force nefaste querepresenta ans notrehistoirel'ancienne, armee haltienne,devenuemercenaireetser vile.Opposer Menosa Firmin eta itunelourdefaute:elleamenaaupouvoirIevieuxNordAlexis.Et je trouvaiautourdu general triomphantmonMulatreduCapHaitienetmonNoirdePort-au-Prince,qui -93-

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dresses tous lesdeuxcontreFirminpan'eque celuicietait noiretqu'il eta itduNord! QueUe folienousa ainsi pousses,toutIelongdenotrehistoire, a opposerlesunsauxautresnoshommesdevaleurpourlesdemolir les unsparlesautres.laissantlibresd'evoluersurla scene joncheedeleurs cadavres lesincap ables, lesimmorauxou leI' despotes!... 'Le PresidentSalomon, hOlllllle degrandecultureetd'intelligence tres vive, est Iechefd'Etathaltienquia joue avec Ieplusde lllaestriadu prejl1'ge decouleur.Etcependantiln'avaitpasIe prejuge de coulem:. IIavait epouse uneblanche etiladoraitsa fille mula tresse,IdaFaubert,Ietendre poete de Cmur des !les.Souslui,Ie prejuge decouleurrepritsonintensite de;; tempsdelaguerrecivile de1800et del'EmpiredeFaustinIer,quoiqueSalomon ellt ases cotes de nom rreux mulatresetqueson l'ival,BoyerBazelais, demo cratesincere,comptatparmisespartisans fideles de" noirsauthentiques qui luifurent devoues jusqu'ausacrifice deleurvie. .LePasteurPicot, cite parIeDrC.Pressoir dans Ie2"volumede son ouvrage I.e Protestantisme Haitien, page294, ecrit ausujetdes evenements de 1883 a Port-auPrince:Cetteguerreestuneguerredecouleur.noirscontremulatres,-uneguerred'extermination.Parmitousles dePort-auPrinceil n'y avaitquedeuxnoirs.Done'le gouvernement a ordonn.e ladestruc tion de toute la partie commerr;ante de la ville.Deson cote, I'ArchevequedePort-au-Prince, cite parIeR.P.CabondanssonlivreMgrGuilloux,page 482,ecrivait a l'EvequeduCap-Hailien:... Ledimanche23

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Iseptembre1883,versdeuxheuresdu soir, nous 80mmes alles auPalais, MgrKersuzanetmoi,porterauPresidentSalomonnos doIeances etcelles delapopulation.Nous raYOnS trouvedansun etat deprostrationimpossible.11protestaitqueniluinises generauxn'etaient pourriendanscenavrant etat de choses,quipourtantacontinuejusqu' a ceque le's commandantsdes naviresenrade eussent declare que, si le Gouvernement nepouvaitpasmaintenirl'ordreetfaire cesserl'incendieetlepillage, ilsferaientdebarquer d,es troupes.Touta cesse...LaruedesFronts.Forts,depuis Ie bord-de-mer jusqu'it laCathedrale"larueBonne-Foi,depuislarueduCentrejusqu'auxFontaines,aucoindelaplace de I'Eglise, cette place,laplace Valliere, la rue Traversiere,larue des Cesars, e:lwepte Ie cote norddelaplace Valliere, etbeaucoupd'autresmaisonsn'existentplus.Le commerce in digime est aneanti. On les maispns enpierrepourlespiller.Ces actes dedestructionaneantirent,commeIeditMgr Guilloux, Ie commerce indigene, quiavait etejusque-littres florissant.Toutesles affaires commercialeset indus triellespasserentendesmains etrangeres, etnousconmimesl'industriedes reclamationsdiplomatiquesquidonnerentlieu it destransactionsaussi scandalel1ses ql1'onereusespourIetresorpublic.Lapopulace,exciteepardesmeneurs,avait pille les maisonsde ceuxqueronappelait,comme al1jourd'hui, les bourgeois, c'est.i!.dire lesmulatres.Les bourgeoisetaient ruines,"inais Iepeuple-Ievraipeuple,celuiquitravaille dutpayerde sasueurleslourds impots qui.-95-

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servirent acquitterlesson11nesfai:mleuses par lesetrangersvictimesou victimesde ces exces revolutionnaires.Laruineducommerce indigene aggravala detresse economiquedelanationtout entiere. Certainsde nos chefsd'Etat, pour ne pasparaitrefavoriserl'uneoul'autrefractiondupeuple.une region oul'autreduterritoire,ont procede, dans Ie choix des fonctionnairesetsurtoutdansI'attribution des portefeuilles ministerieIs,it des dosagesplusoumoinssavants oil l'in teret dupaysn'avaitIeplussouventrien it voir. Quel ques-unsnesesontfranchement preoccupes que de donner des places it leurspartisans,noirs OUmulfttres. sans se soucieI'enaucunemanieredubienpuhlic.Ainsi leurs gouvernements etaientreputes Hoirsou mnlatres suivantqu'ilsavaient appe!e dansleurentouragepIns de noirsouplusde mulfttres. Or,il est tout anssi crimine!deconfierunpostederesponsabilite it unJ11ulatr"eincapableouinunorarque d'y HOmmel'unnoi.incapableonimmoral.Dansl'unoul'autrecas. les interetsde lanationsontsacrifies it desambitions indjviduelles :c'estcequeconstate avecuneeloquence amere l'ancienpresident.M. StenioVincent, dansl'acted'accusationondecontritionqueconstitue l' Avertissement du5" tomedesongrosouvrageEnPosant les fuTons ... Apresavoir Inceterriblerequisitoirecontresonentourage,jecomprisquelmagnifiquecomplimentvoulait lile faireM.Vincentlorsque,quelquetempsavantmonrappeldeWashingtonen1933,ilm'ecrivitquej'inspiraisautourdeluiunemefiance generale ...Notregroupede1900 etait biencandideet meme 1'0mantique,d'unromantismesocialquil'inclinaitaffec--96-

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tueusementvers les lnllnhles. N ous etions tOllS,noirset muHitres, sansfortune.Nousavions eteelevesdans pnhliqnes,entretennesavecl'argentdupenple.Nonsail11ions cepenple,dontriennenonsdistinguait'sinonnotrecnlture.Etnousvoulionsle servir etnonnousservir deluipoursatisfairenosamhitions.NotrecandeuretnotrerOl11antisl11eetaienttelsquenousrevionsdefaire ifHaiti commennepetite Suisse:: al11ericaine,avecnnepopulationhenreusedansla lumiere delaliber te etdanslapaixdeslabeursfeconds ... -97-

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6 fevrier 1947.POLITIQUEINTERIEUREETPOLITIQUEEXTERIEURE Faites delabonnepolitique interieure, etvousaurezune'bonnediplomatie: c'estIii unprincipedepolitique generale quelesgouvernements hai'tiens onttropsouventmeconnu.DansIeremarquablearticle qu'il a cons acre ici memea l'Hommed'AirainIeM.T.C. Brutus,M. MarceauLecorpsarappeleIe jugel1lent syl1lpathique porte parM.AbelLeger,danssonHistoireDiplomalique d'Haiti. sur l'Empe,:"eurSoulouque, dontl'esprit etaithante parungrand reve d'uniteterritorialeet qui, pouraccomplircette
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testation au consul M.Wiet,etdu'consulan glais,M.Usher, qu'il envahitlesprovincesorientalesen decembre 1855. Sait-onquelargumentlesChancelleriesavaient a laface de nosdiplomatespourexpliquerleurhostilite?Ungouvernement,avaientelles dit, quiI s'est conduit deb<;on aussiLarLarecontresespropresnationaux,danslarepressiondeI'emeute dtt, 16avril1848etdanslasoidisantpacification (lu Sud,nepentpas etre encouragedanssa contrelapopulationde rEst, quiaaffirmesa volQnte d'independanceetentendresister,par-lesarmes, it toutetentativedelasoumeUreauregimedeterreurexistantdansI'Ouest.Quepi:mvait,parexemple,repondre it untelargumentnotrerepresentant it Paris.M. BeallLrlll1Anlouin. force lui meme dedonnersa dhllissiona lanouvelle que s'on frereCeIigny, ministredel'interieur. ayahetefusillea laCroix.des.Bouquets,Ie 7amit1849,surl'ordrede Sou Iouque'?Bienjeuneencore,puisquejen'avaisque vingt-q!,latre aus, j"ecrivais, dansunarticledelaRondedu18novembre 1,901 consa'crea M.Justin Devot, leslignes,suivantes:Certainsfaitss'accomplissenten HaItis:ins souleverlesprotestationsdupeupleparcequ'il n'en comprendpaslasignification Dnedisposition legale est violee: cela, it sesyeux, n'a pas d'important?e. Mais s'il savaitquel'etrangerpeutsepreyaloir de ceUe viola.tionfaiteparnousmemespourrefuser d'oheira Ia loi haitienne qui,logiquement,devrait etre d'ahordrespec teepar Ies Ha'itiens, Iepeupleexigeraitqueceux it quiila remis Ie soindeses destineesfussentplusrespectueuxdelaloi. -99-\

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'Un faitquicontribue i! rendrepluslibrel'action perInicieusedenoshommespolitiques,c'estnotre eIoigne mentdesgrandscentresd'opinion.LetsardeRussie. souverainautocrate, he siteavantdeprendrecertaines deci sions graves. Sisonministredelapolicepeutnmselerlapresserussecequinesefaitpastoujoursaisement sespouvoirss'arretentauxlimites de l"empire. Vempe renrdevient, au-deli! desfrontieres,justiciablederopinioneuropeenne,quijuge tous se" actes, les blame ou les approuve,etilestbienobligedetenircomptedecetteopiniondans l'interetmeme de son p
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vaie constanunentrappele amOllgouvernement que,notre politique exterieureetmt dansl' etroite dependance de notre politique inte.rieure;jefinis parinspirer al' entourageduPresidentVincentcette mefiance generale dontilmeparlaitdansunedeseslettres.Macorrespondanceparticuliereavecluietavec lesministresdesrelationsexterieuresaboudeencouseils, avisourecommandationsconcernantlaconduiteinterieuredu gouverne1llent envuedefaciliter dema auxEtats-Uriis.Le 23 juin1931,j'ecrivais a M.AbelLeger,l'und,espluscompetentsetdespluscourageuxde nos ministresdesrelationsexterieures,cequisuit:Je suisheureuxdelasageethabileattitudepriseparIeGouvernelllentausujet de laResolutionBellerive.Jevois avecplaisirqu'ellea etevoteeit l'unanimite:cequimontrebienquesurcettequestionnationale I'accord a ete parfait.Jene.cesserai de repeter, COlllmevousI'avezditvous-mell1edansladeclarationll1inisterielle, cOll1bienl'unionestindispensable pour Ie succes denotrecause.Lepretextequel'onavancepourretarderIeretraitdeI'Occupationestquenous iIe SOlluuespasencore assez sagespoursavoirnousconduire.etmaintenirlapaixparminOllS.Ondit it Washingtonque l'haltianisatioll seraitsimplell1entlalibertelaisseeauGouvernell1entdepourvoirsespartisanset all1is de touteslesbonnesplaces, sansconsiderationde ll1eriteoud'efficience, cOllunedi. sent les Alllericains...Jesaisquelaconduitedecertains'denosagents it l'etranger,quivivent it Paris,loindeleurspostes, a etesignaIe COlllllleunepreuvedupeudecasquenollS lllettons dans Iechoix de nosfonctionnairesetdu-101-

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manqueabsoIude con"ciellceque heaucoupdeceux-ciapportent dans I'accompIissementdeleurtache.De Iiiitpenser'l{u'il enestde llleme detoutes Ies autresfonctionspubliques, l{ucIlel{UCsoit leurimportance.il n\ apasloin.On pretend, par consequent, que Ies ServicesditsduTraite,unefoisqu'ilsserontremisauGouvernement,netarderontpas itetre(Iesorganises, queIeServicedesDouanesenparticulicrdeyiendraIaproiedesgraftersetdescontrehandiers.et l{ue Iesereanciers americainsverrontainsidisparaitre toutes Ies gar an tiesprenles pourIerembourselllelltdeIadettehaiticnne...Pendantmon se jourenHaIti, j'avaisentretpnu decettegravequestionIePresidentde Ia Repuhlique et ,-otre predccesseur.)1. PauleusSannon,enattirantleurattention sur Ia necessite et1'urgeneed'uncloisurIeserviceciv}L. Apres Ia cOllelusiondeI'accon] du aoflt1931(lUInousrelllettaittroisServicesdu Traite (Direction des TravauxPuhlies.Service (rHygiene. Servicede Ia ProdllctionAgricole). j'ecrivai" Ie 7 aout'3M.Leger: Troisim.portant,s Services nous "ont remis.lIsnousont coute beaucoup(I'argent;lllais l{uelles que soientIes critiquesauxquellesaitpudonnerlieuleurfonetionnelllent sous Iecontroleamericain.nousdevonsreconnaitrequ'ilsconstituentdesorganes es"elltiels deIa vie nationale .. NotredevoirestdeIesperfectionnerde maniere qu'iIs puis sentdonnerleurll1aXilllUlll d'utilite. II serait ,raiment de sastreuxpour Ia reputati"on d'Haiti que ces Sen-ices. enpassantsousnotredirection,nefussentplusque des nidsdesinecures.eelava etre Ietestaciddenotreaptitude it administrer nospropre"affaires. A eeUeepreuvedccisi\-e nousattendentnosennemisetnosamis:1I0Sellllemis,qui-102-

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comptent sur une desorganisation rapidedeces Servi.cesparsuite des choixpolitiquesquiyseront faits; nos amis., quiesperentdansnotrepatriotismeetdans noille amourdu progres pourinspirerIeGouvernement.Competence, honnetete, efficience: voila cequenousdevons exiger desnombreuxcandidats qui vontassaillir IePresidentetlesministres...JecroisqueIeGouvernementrendraitsa tache plusfaciles'ilfaisaitvoteruneloisoustrayant a lapolitiquecestroisServicesetsoumettantlesfonctionnairesquiysontattaches it desconditionsrigoureusementdetermi nees. Si ,j'insiste surcepoint,cen'estpaspourjouerIe role toujoursfaciledeconseilleur. Placeit unposted'eeoute,faiIedevoird'avertirIeGouvernementde tol1t eequipeut etre pourluiundangerou meme simplement unhandicapdansIe cours de ses neg9ciations. LesAmericainssemblentattacherungrandprix it rendrelaGarde d'Ha'iti veritahlementeffieacedansson role degardiennedelapaix.Pourqu'elleremplissece role, iltautquesaconstitution soit telle qu' ellenepuisse deve.nirunearme aux mains des revolutionnairesniuninstrumentdedespotismeall.serviced'un gouverne11lnt tyran nique.Lesrevolutionsreeentesetlesdictaturesactuelles de l' Ameriquedoivent etre pournousune lel:;on. Plusnousaurons deserieux I'organisa.tiondesTroisServicesquinoussontremis,etplus Q-ous auronsaugmentenos chancesdereprendreladirectiondenotreadministration financiere: Icilesconditionsdenominationdevront etre encoreplusrigoureusesetles sanctionseontrelesprevaricateursplus severes,' parce-103,

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qu'ils'agit dansce cas de'prohSger des ,interets etdes dtoits Ill" sontpat; seulelllent ha''itiens. Endonnant it res interets touteslesgarantiesd'uneperceptionhonnetedenosrevenuset(l'une administrationdenos douanes, nouspourronsobtenir. 1936, que lafonetiondu receveur-ge11t<;ral soitrelllplaeeepar l'agence fiseale prevuedansIes clausesderelllpl'unt1922...Cetteagence fiscaleexerceraunSilllpIe role desurveillanceetn'aurad'autredroitquedefairereserverlapartiedesrecettesdevant servir aupaiement des an nuites deIadetteexterieure...IeIII'alarmai tres serieusementquandIeGouvernement it prendredes lllesures repressives contrecertainespersonnesetcertainesinstitutions.Le24novembre1931, j'eerivisit M.AhelLeger:LeNew-YorkHeraldTribunedu18novel11hre a publieune depeche delaUnitedPress 1'ar restationdu depute JoliLoisetde16autrespersonnes.La depeche presenteM.Jolihoiscounnele'leaderdupartinationalistequis'opposeviolel11111ent it lacontinuation.del'occupation americained'Halti. Lelllelllejournalapubliehierune depeche du22novemhredelaU.P.an nongant quel'UnionPatriotique,uneorganisationpoliotiquefortel11ent opposeeit lacontinuationdelaparticipationamericaine a' l'administrationhai'tienne,a ete dissouteparIe prCfet dePortall-Prince.Cesdeux'nouvellessontdenature aemouvoir considerablementnosCll11isalllericains, ceuxqui dCfendent notrecause'auxEtats-Unis,parce qu'ils sontdesIiberauxetquetouteatteinteauxdroitsdes individrls etauxdroitsdesnations(eurparaitreprehensible.L'und'eux m'a ..-104-

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lithier:'JenecomprendspasqueM.JoliboissohenIprison it causeIesesopinionsconcernantl'occupationalllericaine. Est-ceM.BornoouM.Vincentquiestaupouvoir?Jeluiaifaitrelllarquerquela depeche disaitqueIe depute Joliboisavait etearrete surmandatdu.juged'instructionetqueceUe,arrestationavaitrapport it I'assassinatdu ,depute EliusElie,dontIemeurtrier n'est pasencoreidentifie.L'amilll'a repondu quecelasentaitla maureuvreeIectorale ...L'UnionPatriotiqueest COl18ideree parbeaucoup d'Americains,defenseurs delacausehaitienne,COIIlllleI'associationayant mene lapluscourageusecampagneauxEtats-Unispourlaliberation d'Haiti. Lemellleamilll'a lit:QuepenseraIeSenateurKingquandilaura Hppris ladissolutionparIeprefetIePort-au-Prince d'une associationqueM.Bornolui-memeavaitrespecteepuisqu'ilnetentajalllaisIelasupprimertoutenemprisounantses chefs '?... M. Roger Baldwin,directeurIelaUnionAm,ericanLiberties,estI'undenosplusactifsdefenseurs.Cestempsderniers,'il m'a fait part IesonprojetIeprotestercontreI'emprisonllementdeM.JulioPierreAudain...'IIimportequeIe Gouverllemellt,toutenfaisantrespecterlaloieten defendant I'ordrepublic, soit prudentet modere dansses actespournepasdecouragerlabonnevolontedenosalllisetfournirdesarmes it nosadver.saires.M.Hoover,parlant l:eceulluent auDrGruening,luia lit:La levee det'Occupationsera lme bonne 'cho sepourles Etats-Unisetunebienmauvaise pourHaiti. QuelesHaitiensnedonneutpasraison it eeUeparole.C'estvraiment urte chosedouloureuse'que,sipeude-105-

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temps apres lapremiere etape verslaliberationdenotrepays, Iedechainementdes passionsetdes'ambitionsnous fassetrembler deja pourI'avenird'Haiti!***12 fevrier 1947.ParI'accusationporteecontreM.loliLoisetquise revel ad'ailleursfausse,parlafermeturedel'Union Pil triotiqueetpar d.'autres mesures de violencequejeju geai regrettables; IeGouvernementdeM.Vincents'etaitengagedansunevoie dangereuse.1'insistaisurcepointdansunelettre au 4 decembre 1931 a M.Abel Leger, ministredesrelationsexterieures:
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teindependancemaispourIebien-etrematerieldupeupIe hai'tien. Tousles amis duGouvernement,candidatsauxelections Iegislatives oucommunales,devraientfairede cesdeuxquestionslaplateformedeleurcampagne eleotorale: 10. hate pacifiquepourIarestaurationdeIasouverainetenatiollaIe;20. amiilioration dusortdupeupiepardes mesures pratiquesvisantI'alimentation,I'ha billement, Ielogement, l'educationdes classes populaires,Iedeveloppementde 1:agriculture etde Iaprotection du commerce.Unprogrammepratiquecontrela misere:voilal'ar melaplus sure contrelesdeclamationsdes demagogues.Enrecourantcontreeux a des moyens deviolence.onleurfaitunepopularite qu'ils n'auraientjamaisacquiseautrement.Rappelez-vousquecertainesgenssontdevenuesdes heros' grace auxmesuresrepressivesdontilsfurent1'0bjet sous IeGouvernementdeM.Borno.IIfauteviterdetelles l'ajoute queIe Gouverriementn'apas a craindrequeIapaixpubliquesoittrou blee serieusementparl'actionde ces demagogues, puisqu'ildispose delaforce armee ...Ienecomprends pas Iefonctionnement d'un systeme representatif republicainsansl'existencedansles Chambres,sinond'unpartid'opposition,dumoinsd'un grou peindependant,quidiscuteentouteliberteles actesdeI'Executif.Riennemepara!t a ce pCiint devueplussignificatifqueIasituation priviIegiee faiteen.GrandeBretagneauChefdeI'Opposition,-que l' onappelled'ailleursl'Oppositionde Sa MajesteBritannique.Lapresenced'untelgroupeindependantdansIes assem bIees Iegislatives oblige IeChefde I'Etata choisir des -107"

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...ministrescompetentsethonnetespoursoutenirlespro 3ets dupouvoirexecutifet deendreles mesuresprisesparlui dans l'exercicedesesattributions. ilfaut que ladiscussion soit loyale des-deuxcotes etquelacritiquenesoitpasinspireeparlapassionoupardesmotifs d'interet personnel.Onestcertain,quandon affaire it deshommescapables,probesetvraiment pa trioies,d'arriver it unaccord"surlesquestions santIebienpublicetl'honneurnational.C'estpourquoijedisais qans uneautrelettre it M. U gel': Cequ'ilnefautpassurtout,c'estquelaquestiondelaliberationnationalesoittraiteeconuneuneaffaire de politiqueinterieure,pouroucontreIeGouvernement.II importe quelesbonsHaitienscomprennentqueIe s'ilnepeutpassuivreceuxquireclamentladenonciation inlluedlate deI'Acte de 1915,n'enest p.as mMus oppose it laconventionelle-mellleetqu'ilenveutpoursuivrel'annulationpard'autresmoyensqu'ilcroitplus surs. J'ai parle d'unprojetdetraite iibeilUcoup d'Americains:ils peni;lent queceserait Iiipour les Etats-Unis IemeilleurmoyendefairedisparaitreI'instrumentdetestablede1915etdeseconcilierl'amitiedel'Ameriquelatineetdupeuple hai'tien. Vous avez des amis personnels parmiles deputes et sena teursquiconstituentceque 1'0n appelle1'0pposition: faites-Ieur la ntSeessite de ne' passeseparerdll GOllvernementsurceUequestionnationale.\LePresidentVincentseplaignaitsouventlui-meme,dansleslettresqu'ilmefalsaitI'amitiedem'ecrire,del'oppositionsystematiquequ'ilrencontraitdansuneeer--108-

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talne presseetsurtoutauParlement.Et a ceproposjeluidisaisdansl'unedelueslettres:Cequevousmeditesau sujet des surenchereseIec" toralesauxquellesdonnelieuladiscussiondubudgetestnavrant.Commentles deputes etlessenateursnecomprennent-ilspasqueces exces sontIeplussolideargumentqu'ilspuissentfournirauGouvernement Ame. ricaincontrenotreaffranchissementfinancier?IInousconted'enfaire l'aveu, maisilfautbienquenousreconnaissionsquenousavons vecu dans un desordre'epouvantableetquelalibertenedoitpasconsisterpournous a recommencerles memes erreurs.Ceuxquis'op.posent,parespritdeparti, a touteslesmesurespropo sees pourequilihrerIehudgetetassainirnosfinances, ont-ilsperduIesouvenir de cesterrihles annees,on l'Etat ctait incapahle de payersesdeueset meme les salairesdesesfonctionnaires?Notreincapacite financiere, due a l'extravagance de nos 'depenses, etnotreimpuissance a maintenirlapaix,due anotre manqued'espritdedis.cipline,sontl'explication,sinonlajustificationdel'oc.cupation amciricaine. Si IepatriotismeIevraietait connuetpratique,chacuns'efforcerait de montrerquenoussommescapahlesdemaintenir l'ordre financieretl'ordrepuhlic.Nos amis america,ins lesplus liheraux medisentpar.fois: Nousvoulonsquevousrecouvriezvotrelibertela plus complete.NousIuttonspourunprincipe:Iedroitpourchaquepeupledeconduireses destinees commeille desire, pourvu,bienentendu,qu'ilneportepasatteinteaux interets desautres.Nous fininms parobtenirpourvouslavictoire. Maisquelusage allez-vousfaire-109-

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...,de cette liherte? Allez-vous vousservirde cettelibertepourvousrendreplus etpourrendrevos cito yensplusmalheureuxparlaguerrecivile, ls incendiesetles m,assacres?L'Occupationvohs a donneune petite armee plusintruite,bienentrainee: lagarantiedel'ordre?Oubiensera-t-elleuninstrumentdedespotismeauserviced'ungouvernementtyrannique,ouunearmeaux mains' revolutionnaires?Etdansuneautrelettredu3juillet1932,j'ecrivais a-q. PresidentVincent: Ie melaUedecompteI' avec vousdanscepetitgron. ped'Ha'itiensquiprofessentsijepuisdire-unpatriotismeeconomiqueetquinecroientpasavoirremplitonsleursdevoirsenverslapatriequandilsont celebre laglQire des Ancetresetproclamenotredroit.imprescriptible it lasouverainetepolitique de l'Etat d'Hai'ti. Notrepeuplea des 'hesoinsmaterielsetmoraux,dontseulelacompletesatisfactionferadeluiunenationcivi1iseeetheureuse:besoins denourriture,devetement,d'habitation,d'hygiene,d'education.Orlasatisfactiondeces besoins essentiels devienJ: luideplusenpInsmalaiseeparsuitedesconditionsactuellesdumondeetparsuiteaussidela defectueuse organisation economique dupays ... Vous etes arriveaupouvoirdansdes circonstancesbiendifficiles.Yous aveztrouveIe Gouvernemen,t lie pardestraitesetcontratsquilui olent touteliberted'action...D'uncertaincampviennentdes somrl1ations impe rieuses:Faitespartirl'Americain! L'Americain n 'ayantpasencore decide des'enaller,personnen'a encore ditcommentonpourraillebouterhoI'S d'Ha-iti. Pardes-110-;

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declarations quisont actes, vous avezcourageusement appeIe l'attentionduPresidentHoover,duPeuple Arne ricain,del'Ameriquelatine,dumondeentier,surl'urgenced'une decision definitiveencequi regarde la libe rationintegrale d'Haiti. ,LeMinistre,desRelations Exte rieures,M.Abel Leger, a desprojetsqu'ila ap puyes de notes vigoureuses. Meconformant it cetteattitudeenergique du Gouvernement,je n'aimoi-mthne jamaismanqtleuneoccasiond'affirmernosdroitsetdefaireentendrenosrevendications:monlangage ferme,quoique mesure danslaforme,quifaitl'etonnementdemescolle guesducorpsdiplomatique, m'a valucependantl'estimeduDepartementd'Etat,etdes Americainsen general qui, etant dessportmen,aimentet apprecient lafranchise... Nospatientesnegociations avec IeGouvernementAmericainnous onIamenesit cetteimportanteconcession qu'il nes'opposeraitpasauremboursementanticipedelacreanceamericaine"c'estit diredel'empruntde1922...Qni,parsa vigoureuse diplomatie,M.A'bel Leger avaitobtenucetteimportanteconcession'quinouspermettaitde,chercheraillenrsqu'auxEtats.Uuis, s'il Ie fallait, les m0yens derembourserl'empruntde 1922outoutaumoins d'en fairedisparaitreles clauses politiques. IIavait dem.ontre, dansnnelettrememorabledu22decemhre1931auMinistreAmericainDanaG.Munro,quel'agen ce fiscaleprevueparIe protocole de1919nepouvaitavoir qu'unrole desurv,eillancesurlaperceptiondesrecettes affecteesauservicedel'Emprunt.C'etait Iii uneposi.tionjuridiqueinexpugnable.Maisnneconspirationdel'entouragepresidentiel, ou M. Leger jouissaitd'une _me. -111-..

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...\fiance aussigrandequecelledonton moi: eutraisonde etil dut quitterIe illinistere ell juillet1932.Jene re.;us des lorsaucunecommunicationde ou Ie silence Ieplusabsoluse fitsur lell conversationsduGouvernementaveclaLegationdes Etats-Unis.Etalorsilsepassaunechoseinouie!Le6 septelllbre quelquesjournalistes,quicouvraientIe Depar tementd'Etat,vim'entm'annoncerqu'un traite avait etesigne Ie 3septembre it parIeministredesrelationsexterieuresd'HaitietIe miI1istre des Etats-Unis. Eft Ie 9septemhre,lesjonrnaux. americainspubli8 rentIetexteintegraldu dontje n'avais pasconDUuntraitremot,et j'y Ius avecaliurissement que Ie Gouver nrmentrenon'1ait -jenesais jusqu'it plTeSentpourquel lesraisonsit laposition tres fortequ'avaitpriseM.Abel Leger. surlaquestion fiscale. Les amis d'Haitietlapresse liberale americaine,quiavaienttou. jourssoutenunosxevendications, s'ymontrerent nettementhostiles.Letraitedu3 soumis itl' Assemblee nationaled'Ha'iti,fut reilOUSSeit I'unanimite. Ei j'eusla tachedifficlIe d'expliquer itM( Stimsonet it sescollaborateurs queIevotedes Irepresentantsdelanationne d'aucuneanimo site contreles Etats-Unismaisuniquementde I'interet haitien,saerifiedansIeprojetdetraite.Dansunelonguelettre lin 10fevrier1933,quej'aurais vouiureproduireicitont j'ecrivis auPresidentVincent pOllr luidepeindrel'atlllospherepolitiquedeWashington it laveilledeI'inaugurationde M. Rooseveltetlui.ll1ontrernoschancesd'ohtenirunreglement

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delaquestionhaitienne grace auxnombreuxamisquenousavionsautourdunouveaupresident.Etjedis a M.Vincentenproprestermes:Nous sommessurunterrainsolide,quenousne de vonspasahandonnersurtout a unmomentOilnousavons deschancesdevoiraboutirnosrevendications.C'est unepriere quejevous fais,moncher President, denelaisserentamer auczwe negociation au sujetde l' agence fiscaleavantIe4mars.Le7 aout 1933unAccord,quiressell1blaitCOll1ll1eun frere autraitedu3septembre, eta it signe dansles memes conditionsdesecretahsolu.Etonenavaitfaitunaccord executif afindeIesoustraire a ladiscussiondel'Assem hIee nationale!Cefutun'beau tolIe dansla presse libe raledes Etats-Unis! Mesamisamericainsllledemanderentdedonnermademissionavec eclat pourleurfourniruneoccasiondecOll1hattrel'Accorddu7 aout. qu'ilsestimaientinjusteetprejudiciableaux interets d'Haiti. l'ecrivRisa WalterWhite,Ie 21novemhre1933, a laveille de mon depart deWashington:Quand, a notrerencontre a Paramount Hoief1Ne,v York,avecRaymondLeslieBuelletErnestGruening,vousm'avezdell1andetousles troisdedonnerll1ademis sion avec eclat enprotestationcontrel'accord, rai refusedeIefaireparconsiderationd'all1itiepourIePresidentVincent,parcequeje savaisquecertainsHaitiens, habituesit. rabaissertoutesquestions, meme lesplushautes,auniveaudeleursmesquins interets personnels.auraient donnea monacteuncaracterepolitiqueenfaveurdequelquecandidat a lapresidence.Carheaucoupdegens-113-

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... en lIai'ti ne heIas! preoccupes quedeprendreIepouvoiroude Ie garder... Jerentredanslavie privee, c'est-a-direque je retournedansmonpays avecl'ideebien arretee devivre al'ecart de cettepolitiquehaitieimefaited'intrigues,de mensongesetde mechancetes ...Jesuisretourne a Washington en missiondiplomatique it lafindemars1946.J'avaispour tache defairereconnai ire Ie Comit6 ExecutiMilitaireCOlllmegouvernenmtpro visoire afinquenotrepaysne fut pas livrea l'anarchiedemagogiqueetquelarestaurationdesinstitutions repu blicaines put s'accolllplirdansl'ordreetladignite.Un leader cOlllmunistehaitien,dansune depeche au Con-. sei! de Securite, denoll(;a mapresence a Washingtoncommeunemenace a lapaixuniverselle. Cette depeche provoquannedoucehilariteauSecretariatdes Nations Unies. Mais elleproduisittontde meme sonpetiteffet depropagandeenHa'iti,etIeditleadera au exprimersagratitude a M. Estimepouravoir delivre Iemonded'uneangoissemortelleenmedechargeant,danslespremiersjOl1rSdel'election presidentielle. dufardeauquem'avait confie Ie Comite Executi Militaire./-114-

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\ \\ 21Fevrier1947.LECANDIDATALAPRESIDENCE : VOILA'L'ENNEMI!Voyant Yenir Ietermede sonmandat,IePresidentFlorvilHippolyteconvoqua it Port-au-Princel'undeses repnSsentants provinciauxlesplusinfluents, Ie General Rovigo Barjol1, deIeguedans l'ArrondissementdeJ ac mel,pourluiparlerdeIasituationpolitique..-Jesuis,moncherRovigo.terriblementinquietenpensant it cequivaadvenir it notrepays apres rna dupouvoir.Jeveuxquevousmedisiez teute la verite, rienqueIa verite. Qui. it votrejugement,estcapable Ie meremplacer a lapresidencedeIarepublique? Re pondezsans hesitation. -Jevousparlerai,President.avec Iafranchised'unsoldat.Jeconnaisquelqu'un de vousremplacer...---Qui?delllandaFlorvilHippolyteavecunepointe d'angoissedansIa'voix.-"C'estunh0111111e'degrande ... -Qui?Qui?-criaIe President d'unton irrite. -UnhOlllmedegrandeenvergure,Ie seu1 capabledecontinuervotre reuvre patriotique,Ie seulquelanationpuisseaccepterles bras ouverts,l'holllllleprovidentiel...-115.\ .\ \ \

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-Qui? Qui? Qui? proera Florvilaucomble de l'exasperation. Qui?Mais, V ous, Excellence. V ous! IInepeut etre questiond'unautrequeVOU8.VOU8 etes notresu premeesperance. LepeupletoutentierV ous retiendraitde forceaupalaisnationalsi V ous manifestiezl'intentiond'ensortir. Vous etes Ieserviteurdupeuple,et V ous devez obeirit sa volonte. -Ah,moncher DeIegue, quelbonHaltienvous etes, etconllue vous aimezbienvotrepatrie!J'aivraimelltchercheautourde moiI'homme it quijepourraisconfierla tache decontinuermon Jen'aitrouvepersonne,personne. IIn'ya pas d'honllnes dans cemalheu.reuxpays ...Jenepeuxcertifierla veracite de ce dialogue. Maisjerapportel'incidenttclqu'ilm'a eteraconte parcequ'ildepeint tres exactement l'etat d'espritde tous nos Chefsd'Etat, it l'exceptionde Nissage Saget qui, malgre toutes les sollicitations,quittaIepouvoirautermede son mandatpourabandonner1'1place it soncompereMichel Domingue.Dnefois installes it Ia presidence, nos Chefsd'Etatsecroientomnipotents,onmiscients, infaillibles, choisisparDieului-memepourdiriger indefiniment les destineesdupays. Celuiquiose sedirecandidatouqu'onleurdenoncecom meuncandidat it leursuccession eventuelle levientuncriminelqu'ilfautabattrepartous Ies mo yens.Etlacamarillaquiseformeautourd'euxn'apasd'armepluspuissantepourccarter.lugouvernementunindesirablequede Iedenoncercommeuncandidat ala presidence.-116-

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Del'activitepermCleusedecescamarillas raiparle dansIepremiervolumedemonlivrePour Une Hciiti Heureusepamen1927.J'yai ecritit lapage226:Noschefsd'Etat-celaarrive meme auxplusinstruitslorsqu'ilsontIemalheurd'etrevaniteux-s'entourent d'une courdegens l11ediocres,envieux,jouisseurs, flat leurs,donttoutl'artconsiste it dresserunemurailled'intrigues, de mensongesetdecalol11niesautourde ces sou.verainsquideviennentainsilesprisonniersde leurs propresesclaves.Cettecamarillaparvientd'ordinaire it unetellepuissancequ'elles'opposevictorieusel11entauxconseillers officielsdugouvernel11ellt,qu'elleplaceet(Mplacesuivantses interets. Elleentretient it son service desfolliculairesa-tout-faireeta-tout-ecrire,qui,au/)commandement,chantentleslouangesdes grandl5 hommesinstallesaupouvoiroudeposentleurspetitesorduressurlesreputationslesmieuxassises.Elleestsouventdiviseeenelle-mel11e, sesmemhresformantdesgroupesqui lutterit d'influenceetcherchent,chacun, a prendreladirectiondes affaires duPalais.Mais ellefaitbloccontrel'ennemiCOllunun. L'ennel11iconmlun,c'esttouthommedegrandevaleurmoralequipourraitentrerdansIegouvernementet it quieUesupposeassez d'energje pouressayer delareduire it I'impuissance.Contreuntelpersonnageellebraquetous les canons deses batterieii chargesdecalomniesetn'hesiteraitpas it Iefaireperil' demort.ignoniinieuse.M.StenioVincent,dansl'Avertissementdu 5eme volumedesonouvrageEn Posant les Jalons,afaitunepeinture o'uelle deSOl1propreentourage,peut-etreinjustepour-117-

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quelques-unsdesescollaborateursintil11es.Mais j'ai Iedroit d'DttriJmer dansunecertainelllesure it Jalllalignitedecettecamarilla 1':1 brouiJIelatente qui survintentrel'ancien president etmoi des lasortieduministered'A belLeger enjuiIlet1932.Lacamarillaavaitfinipar hli faire'croirequ'enluirecommandant d'etre danssapolitiqueinterieureetfermedansses revendicationsit Washingtonjevoulais,d'unepart,me menager ,despartisansen HaIti et,d'autrepart,Iecomprolllettre aupres duGouvernelllentAlllericain.Dansunelettredu10fevrier1933,j'ecrivais it M.Vincent:Onproclame al' envilasaintete des traites.Celaneveutpointdireque1'0nnedoivepaschercher a les re viserquandonpensequ'ilssont111auvaisouqu'ilsconstituentnneentrave a labonneelltenteet al'amitie entrelespeuples. Mais cetterevisionnedoit etre rechercheequepardesmoyenspacifiqnes,c'est it direpardes nego ciationsdiplomatiques,parlaconciliationouparl'arbitrage.Nousnepouvonspasrejeter,parunactedenotreseulevolonte,letraitede1915,l'aeteadditionnelde1917,Ieprotocolede1919,Iecontratd'empruntde1922.Maisnous devons detoutesnosforces -etparles llloyens pa cifiquesquisontennotrepouvoir,nousn'enavonspasd'autresd'ailleurs-demanderla revisionde eesaetesparceqll'ilssontinjustes,parcequ'ilsont ete imposesparlaviolence,parcequ'ilssontunobstacle a la bonne ententeentre Ha'lti etlesEtatsUniset it l'avenirdesrelationsinteramericaines... Lesprotestations que nousn'avonspas ceSbe defaireentendre a cesujetet qiwvou:; avezvous-mcmeformuleesavectantd'eloquenceont fixe -118-

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d'une manihetres nettelapositionduGouvernement:j'ai l' assurancequelanouvelle Administration yseraplussensible ... Dans la meme lettre j'ecrivais: ErnestGrueningestunamiveritableetilapourvous une.sympathiesincere. IIoccupeencemomentunesituationdepremierordre undesdirecteursdel'opinionpublique.(11 etaitit. cemomentediteurdeTheNation).Sesrelationsperson.nelles avec lesleadersdemocratesetles progressistes commeRobertLaFollette,Norris,etc.,luipermettentdefaireentendresa voixdansles conseilsduprochaingouverne... ment.(IIfut nomme ennovembre1933conseiller general dela Delegatioil des Etats-Unis it laConferencedeMonte video, Iepresidentdela Delegationetant Ie Secretaire d'EtatCordellHull.)Grueningeroit it unchangementeompletdanslesmethodesduDepartementd'Etat:c'estdumoinssafermeintentiondetravailler it ce change-'lnent.Il pensequenoltsPOlW071Sarriver ft obtenir ll1W conversiondenotredetteauxEtats-Unis,quicotnporte rait unereductionde l'interet de6%quenouspaYOllSuctuellement. Cette conversionpennettrait,dansIenouvelaccord if intervenir,de faire disparaitre les clau sespolitiquesdel' empmnt de1922 ...Toutcequeje viensd'ecrirerevient it 1l10ntrerquenouspouvonsetdevonsdemanderla revision desconventionsetcontratsquinouslientafin de lesajusterauxconditionspresentesetauxprincipesdejusticequiont ete meconnusdansnotre C'estpresqueencestennes'queIeSenateurBorahvientdeformuler l'un des sixpointsduprogrammedereconstructionqu'ilproposeaumonde:Reconsiderinterna tional obligations wi!h aviewofanadjustmentthatwill-119.) \\./IJI

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.._\ besatisfactoryandpermanent...Jevous moncher de donnervotrel)ienveillanteattention it ce probleme., IIimportequeIeGouvernementetahlisseunprogrannll,eLien pretisit soumeUreauDepartement tat.IeVOllSdonne l' assurancequ'ilaural'appllid' amisinfluents... Querepondit it cela, IePresidentVincent?Je vous Iedonneen jevous Iedonneenmille!LePresidentVincentmerepol1dit vousn'allezpasencroirevosyeux! IePresidentVincentmereponditquejeparlaislelangage (leclmnatoire etromalltiqued'uncandidat a la preside/lceetquejedevaisrenoncer it tousmes juge1l'"ellts et (( mesplans,enrompantmesrelationsavec nos amisauxEtats-Unisetavec Iesjournalistes ame ricains!JerepondisIe 3mars it M.Vincent:DndejeunerintimechezM. Stimson et autresob,IigationsoHiocielJes precedant l'installationIunouveau president (FranklinD. Roosevelt) m'ell1pechent de aujourd'hui it fond !'ur IesconsiderationsdevotreIettreetIesappreciationsqu'elleportesurmonactivite it"'Washington.JeveuxYOUSdiretout de suitequecesapprecia-tions m'ontd'abord, parcequ'elJessont (Iepourvues de Iacordialitequia marquenosrelations et.ensuiteetpardessustout,parce qu' elles sont injustes. reluattentivementmaIettredu10 etje trouV'erienquipuissejustifierIereprochequevousmefaitesde pailer Ie Iangagedeclamatoireetromantiql1e candidat it Iapresidencepour1936.La presidence ne pas. Jel1em'occupepas depolitiqueloca--120-

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Ie.Lesvuesque vows m'avezencourage it voussoumettresurIaquestionhai'tiennes'inspirentuniquementderin national.]'ai eteplace parvous it unposted'ecoute,etjevousrapporte fideIement toutcequeje\'ois,toutce que j'entellds,toutcequeIes amis d'Ha'iti suggerentcommepossiblepourunesolutionsatisfaisantedenotreprobleme.Inspire plus encoreparuneamitiepersonnelle clont vous eonnaissezla Ioyaute et,j'aiIedroitdeIedire,Iecompletdesinteressement,jevouslivretoutesmespen sees danscetteeorrespondanceintimequevousm'avezautorise it entretenir avec.. vous, sans souci d' etiquettedestyle,tandisquejemultiplieIesfonnulesprotocolaires dans meslettresauministredesrelationsexterieures.C'estpourquoijenemesuisjamais inquiete, envous ecrivant, des regles du ceremonial ou meme decorrectionlitteraire. Lesjoursdecourrier aerien, jememets a mamachine it ecrire,etje v,us rapportemesobservations,loyalement,ingenument d&ils Ie sellSlatindumot,ayantIesentimentquejeparle a unamiplus qu'it unChefd'Etat.Cetonde franchise a-toilfinipar vous exasperer? Jesuis tente deIecroire,parcequelesconsiderationsdemalettredu10 fe vrier sontexactementles memes quecelles demalettredu8octobre1932dansIaqtiellejevousrendaiscomptedemaconversationavec M.NormanArmouretausujetdeIaquellevousm'avez f61icite parvotreIettredu15suivant.Ces memes considerationsvousparaissentaujourd'huiinquietanteset vousm'invitez areformer ausujet dll probleme hai'tien jugementsetmesplans.Encequiconcerneparexemplelarevisiondestraitesetcontratsinternationaux,je l1e voispascommentje-121-

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pourraisrepudierunprincipequiatoujoursinspirelapratiqueinternationaleenpermettantdemodifier, par consentementmutuel,destraitesetconventionsdontcertainesclausesparaissentnepluss'adapterauxconditionsactuelles. Ceprincipeestdevenududroitpositif,dumoinspourlesEtatsmembresdela Societe des Nations, puisqueIePacteleur perInet derecourirsoit it la media tionduConseil, soit it lajuridiction Ie laCour PerIna nentedeJusticeInternationale,soit it Particle19duCovenantquidonnepouvoir itl'AssembIeedeproceder detemps a aut"e a une. revision des traites reconnus inappli. cables ...Quant it mesplans,jenepeux pas yrenoncerparceque... n'enai pas. JevousaisimplelllentdemandedeprepareI'votreprogrammed'actionenvuedunouveauGouvernementafinquevous soyez pourles negoeia tionsfutures.Les renseignelllentsquejevousdonnen'ontd'autre objet. quedevouspermettred'orientervotreoffensive. Mais c'est vousquidevezconduirel'attaque...Enrem.plissant role d'informateuraussi consciencieusementquejeIe fais grace auconcoursd'amisamericain8dont l'amitie pourHa'lti s'estmanifesleeentantd'occa sions,jenemeseraiscertainelllentpasattendu it inspirerceUe generale dontvousmeparliezdansunedevoslettresd'octobre. Jenem'en etonne pascependant:c'est ha'ltien ...Onmeprendpourunconcurrent...en1936.Onsetrompe.Jeserais completelllentfou d'etre candidat it unefonctiondontjeconnaisles angoissesetles miserespouravoir ete chefducaLinet delapresidenceen1913,.Iesuis certainquevousrepousseriez vous-meme avechorreur l'idee de continuei' cemauvais-122-

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job (l" expressionest de M.Vincent)qui VqllS expose it toutes les injusticeset aux jalousies lesplus /hoces. CeUe derniere phrasenepouvaitqu'enfoncerIeferdanslaplaie.LePresidentVincent eta it deja atteintdelacOlltilluisite, -lllaladie orgaJlique, onpourraitdireconstitutionnelle,dontsontaffectcs nos chefsd'Etatetquiles affliged'unesorte de daltonisllledangereuxpourleurssoi-disalltconcurrents.Cette lllaladieallaitporterM.Vincent it lapolitiqueexterieuredupays a ses decandidat... a sapropresuc cession.Etpar lit s'expliquesa hatea conclure l'Accord du7 aout1933, quiluivalut d'etreconsidere en HaIti COlllllleIefondateurdelaDeuxiellleIndependance!Or,pendantquedegrandioses ccle braient it Port-au-Princela liberation, surIebateauquiIetransportaitennovembreversMontevideo. Ie Secre taire d'Etat des Etats-Unisillvitaitdanssa challlbre M.JustinBarau,chefdela Delegation haltienne,etluidisaitavecsolennite:L'Accorddu7 aoat estinjustepourH azti. N oas allons le/airereviser. L'honnete h0l11111equi s'appelle CordellHullavaitautourdeluiM.ErnestGruening,conseiller general, et J\t SpruilleBraden,conseillertechniquedela Delegation des Etats-Unis it laConferenceInteralllcricainedeMon tevideo ...-123-

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... 25fevrier1947.DRAMEDECONSCIENCEIlll'yapasdecreaturehumainequin'aiteu, a uncertainmoment.desonexistence, sonpetitdramede conscienceplusoumoinscornelien.Con flit desentimentsouconflitdedevoirs,onensortenadoptantIepartiIeplusconformeauxloissuperieuresdelamoraleetdePhonneur.Maisiln'estpastoujoursfacile de savoir, dedeuxpartisquis'offrent it notrechoix,lequelrepondIemieux a cettecondition.Laconclusion del'AccordExecutifdu7 aout 1933. signe contrairement it recommandationslesplus pressantesbitesauPresidentdelaRepu'bliquedansdeslettresintimes,me pla;;a devantcedouloureuxdilemme:sacrifiermon amitie pourM. 'Stenio Vincent,sachantquesesadversairesallaientfairedemongesteunearmccruellecontresapersonne;ousacrifier l'interet demonpays,en'refusantde it nos amis des Etats-Unisunargumentpuissantcontrecetaccordquej'estimais comnw euxprejudiciable itHai"ti. L'issued'unpareilconflitn'etaitpointdouteuse:mOllpatriotismedevaitforcemelltPemportersur Pamitie. Mais M. Stenio Vincentsechargealui-memed'apporter it ceproblemede consciencelameilleuredes solutions.J'avaisobtenuunbref conge, dansladeuxiemequin--124-

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zainedeseptembre 1933, pourvenircauseravec Ie Chef de l'Etat duprogrammedelaConferenceInteramericainequidevaitsereunir it Montevideoen flecembre. LePresidentRooseveltetIeSecretaire d'Etat Hulldonnaientunegrandeimportance it cetteConference OU ilscomptaientfaireapprouverlanouvelledoctrinedubonvoisim>.Jesavais qu'ils etaient tres desireuxdereglerdefinitivementla desagreable question d'Halti, nevoulantpas, conUllemel'avaitditunjournalisteamericaindemes amis, sepresenter it Montevideoavec cetenfantdansles 'bras.J'avais moi-meme faitinsererdansIeprogramme de laConferenceIepointsuivant: Necessite deconstituer un organisme economique etfinancierinteramericuinpermanent.tjedesiraisconvaincreM.Vincentde l'interetd'Hai'tiit concentrerses effortssurIeterraineconomiqneetcommercialafindetirerdenotrecollaborationavec lesautrespays d' AmeriqueIeplus d' avantages possible.Mondesseinsecret etait, jePavone,puisqnejedevais fairepartiedela delegation hai'tienne,d'agiramicalementsurmes collegues desEtats-Unisenvuedel'annulationoutoutaumoms d'une ameliorationsatisfaisantede r Accorddu7 aout.C'est'pendantmon sejourit Port-au-Princequeje de M.ErnestGrueningnnelettredu14septembre,ecritede samainen Cettelettre reveIe dessentimentssi cleves quejen 'hesite pas it endonnericiIetexte integral, enenrespectantlasyntaxeet r orthographe.CherMonsieurBellegarde,-Jeviens a Washingtonrencontrantla grande--deeeption quevous etes partihiersoil'pourNew-YorketPort-au-Prince. J e voulaisdiscuteravec vous Ienouvelaccordqui-125-

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housagrandementsurpris,etquinoussembleincroya.hIe.Quandjedisnons,jeparledetoutnotregroupedeNew-Yorkquis'esttoujoursoppose it l'imperialismedes Etats-Unisetquia luttePQur laliherte des Ha'jtiens. Ienc:comprendspas COllUllcntmoncheramiVincentapucroirequecetaccordfusse necessaire.Nonseulementilauraitpusedebarrasserdelatutelle financiereapres l'expirationdu traite, maisonaurait mcme puagi tel'pourunereduction (Ie ]a dette. V ous allezvoir sure mentquelesCuhainsohtiendrontunediminutiondeleurdetteexterieure.Ienesaispassioncomprenden HaIti laposItIon avantage.usequelesHaitienstieUl1ent it ce m.omentenface dela 7eme ConferencePal1-Americail1e on les EtatsUnisdesirel1tsurtoutse deharra"ser detoutvestigedeleurimperialismeetapparaitrepurs,etc.Lenouvelaccordestpour sur un petit pellmeilleurquel'accordBlanchet-Munro,maisla defense de modi fier les impots et lestarifsdouaniersreste.C'estIe con trole complet,uncontrolehumi]iantd'ailleurspuisqu'iln'apaslavertuducontrole passe d'avoir ete imposeparlaforceetparcequ'ilparaitavoir ete acceptevolontairementparles Haitiens. Loinde vousdeharrasserde 1'0ccupatiol1 vous lagardezdanslaformelamoinsutileetlaplushumilial1tepourquil1ze ans. Et Iepireestquece n'etait pas etce n'esi' pas mcme maintel1ant-necessaire.Ienesaispassi c'est cOllstitutionneld'appelerceUeprolongationdu tt"aite unaccord,etdel'imposerparsimpleacte del'executif.Mais j'en doute.Sil'assem hIee nationalerejettel'accord,jesuis sur quevous ll'au-126-'.

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rezrien it craindreetquevousvousdeharrasseriezdel'Occupationenmai1936. Les Etats-Unis jamais,jamaisdansce temps-ci,veulentsedemontrerdevantIemondegardantuncontrolefinanciersurunpayssupposementindependantpourdesdettesdeparticuliers.Seullecon,sentementdeHaitirendlapositiondes Etats-Unistenahie. Si Ie Senat etla Cham;bre veulentagir, ilsdevraientIefairetoutde suite. Ayezla bonte deconsiderercettecommunicationconfidentielle.Mon interet esttoujoursIe meme: lahonnefoi demonpays, -un interet qliimeparaitidentiqueavec la .revendication complete delaIibertehaitien, ne.--Cordialement votre, Ernest Jecompris,enrecevantcettelettre,quemapositionCOllllueministre it Washington etait Macorrespondance,je Ie savais, passaitparIecabinetnoir,puisque111aqualited'agentdiplomatiquen'empechaitpasqneje fusse traite ensuspect.LePresidentVincentmefit d'ailleursoH'ril' plusienrsfonctionsadministrativesquejerefusai.]'acceptaicependantd'etre transfereit unantrepostediplomatique apres laConferencedeMontevideo. Des mOllretour it Washington,jefisunpetitmot it Grueningpourluiaccuserreceptiondesalettre,etilmedonna" rendez-vous avecWalterWhiteetRaymondLeslieBuell it I'HotelParamountdeNew-York, oil nous nousrencontdhnes Ie soil'du6 octobre.J'exposailonguement it ces amis Iasituationen HaitieJ les raisonsdepolitiqueinterieurequimeparaissaientavoir decide IePresidentVincent it signer avectantde hate l'accorddu7 aout. lIsfurentunanimes it medelilanderdedonnerma clewis--127-

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sionavec eclat afin deleurIourmrunearmedecomhatdanslacampagne qu'ils seproposaientd'entreprendredanslapresseet aupres dei.leurgouvernement.Jeleurexpliquaipourquoi,parrespectdestraditionsducorps'diplomatique,parscrupule d'amitie etaussiparmonsecretespoirdeservirefficacement les interets d'HaIti it laprochaineConferenceInteramericainede Montevideo, ilme sel11'blait impossible desuivreleurconseil.Rentre it Washington apres unediscussionquimeplongeadans run desplusaffreuxcauchemarsdema vie, je rec:;us unelettredu9 octohre, OU Gruening me disaitentreautreschoses: 'Jesaisquevous()colllprendrezquejevous ecrisdans ce meme espritde franchise etde'cordialitequi a toujours caracterise nosrelations,etquevouscomprendrezaussiqueje n'aid'autreinteret que {'elui quinousunitdansnosopinionssnrlaquestion d'Halti, hienqueprohahlementmonpoint de vuecommeAmerieainpuisse etre differentdu votre eOll1llleHaltien.COlllmeAmericain,mon interet est denepasvoirles Etats-Unisdevenirrinstrumentdequelquesindividus inspires pardesmotifs e go'istesetunmanqueahsolu de comprehensiondes vrais interets dupeuple e'estpourceUeraisonque fai travaille quinzeans it faireconnaitrela verite ausujetde !'interventionamericaine en HaIti et itta cherdecorrigerIe dOlllmagequia ete fait it Ia foisauhonrenomdes Etats-Unisetanbiendupeuplehaitien.... Maconvictionestque devezresignervosfonctions de ministre d'Hai'tiit Washington,enrendantvotre de niissionpuhlique it Ia foisenHaItietauxEtats-Unis commeprotestationcontreIerecentAccord...

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'Ie rendscompte qu'il estdifficile deconseillerautruiavecunecompletecomprehensiondesesmotifsd'agiroIesaisquejevousdemandederenoncer it vos moyens d'existence.Iesaisquesi vousdonnezavec eclat v'otre de mission,vous'pouvezvoustrouverexcluduservicepublic,peut-ctrede permanente.C'estbeaucoupdemander it quelqu\mquiaCOllll11evous degrandesrespon sabilites familiales.Cependant,ilmesemblequevousnepouvezpas,enraison de votrelonguecarrieredeprotestationcontrel'Occupation,enraisonde YOS nombreuxecrits oil vous aveztenusihautetsieloqueullnentlatorchedelaliherte,enraisonaussi de Yotrereputationdanslesmilieuxinternationaux,fairealitrement...''Ie rep ondis Ie10octobre if ErnestGruening.]'ai re:u votrelettred'hier.Ietienstoutd'abord it vousremercierpourlafranchiseparfaiteaveclaquellevousvous y etes exprimeausujetd'unesituationsi deli cate, cequiestpourmoiunenouvellepreuvedevotreamitiepourmonpaysetpourmoi-mcme.IemerendsbiencomptequeIepeu de tempsquefava isdevant moiif notrereuniondeParamount Hotel etla necessite deparlerun fran-:ais trop simplifie afin d'etre hiencomprisde nos amisWhiteetBuellnem'ontpaspennisdedonner des explicationssuffisallllnent claires snr maI)ositionpersollnelle it l'egarddel'accorddu 7aont dernier.Ievousaiditquellecollaboration loyale etactivejefournis a M.Ahel Legerflurant son passageau ministere desrelationsexterieures.IImemettaitaucourantdeses l1egociationsetprovoquait mcme mescritiqueset,observationssurses projets. Maismaprincipale tache consis--129-

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iait it Ierenseignersurlasituation it WashingtonetsurI'activitede nos amisauxEtats-Unis afindeI'orienterdansses conversations.Asonarriveeauministereenjuillet1932, M.AlbertBlanchetadoptauneattitudetout it fait ilnemefitaucunecommunicationconcernantsesprojetset dansIeplusgrandsecret, les negociationsquiaboutirent it lasignaturedutraitedu3septembre1932... Cetraitefutrejete.Le meme ministrerepritlespourpar. lersaveclaLegationdes Etats-Unis,toujoursdansIeplusgrandsecret, Iepublichai'tien, Ie Corps legislatifet tous nosrepresentants it l'etrangerayant ete tenusdanslapluscompleteignorancede cequise passait ... Ces ne gociations secretes seterminerentparla.signaturedeI'accordditexecutifdu7 aout 1933.N'ayantpas ete encourage it continuerlacorrespondanceconfidentiellequej'entreprenaisavec M. Abel Le ger,jemeretournaivers IePresidentVincent,quiest Ill,onamipersonnel,etmemis it luiecriredeslettresdecaracteretout if faitintimedanslesquelles jeluifaisaisconnaitremes vuessurlapolitique it suivre it l' egard des Etats-UnisetIe concoursquenouspouvionsattendredenos amisamericainspourIe succesdenos efforts. Ces vues,jelesai resumees dansunelettre it WalterWhite'du22mars1933.Jevouspriedenoterqu'ellessontdon neesit titrepurementpersonnel,puisquejen'aijamais eti autorisepar m.on Gouvernement it lessoutenirofficiellement.Devant l'irreductiblite montreeparIeDepartementd'Etat dam laquestionducontroledesfinanceshai'tien nes pourlaprotection d'interets prjves americains, du--130-

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rantl'administrationdeM.Hoovercommesous Ie regi me actuel,je croyaisquel'actionpersistanteetenergique,denos amjs, agissantcommecitoyens aTf!Rricains aupresdeleurpropregouvernement,auraitfiniparfairecom prendre, envue d'une largepolitique interal11ericaine, la necessited\me revisiondes clausesduprotocolede1919etducontrat d'emprunt de1922relatives a l'agencefisca Ie, parcequecesdeuxactesfurentsignespar HaIti underduress.LeGou.vernementhaitien n'a pasmalheureusementpartagemonoptil11ismeconcernantl'actiondenosamis pres duDepartel11ent d'Etat ... ]'avaisecrit auPresidentVincent,dansunelettrein time, quemonopinionetaitqueIeGouvernementnedevraitriensignerqui comportiit unerestriction a notreindependanceaupointdevuedelagestion de nos finances:ilaautoriseIeministredesrelationsexterieures a signerraccorddu7 aoftt! QueUedevrait etre maconduite it cetteoccasion?V ousmedites:Votredevoirest dedonnervotredemission. Celaparait simple, maiscelane rest pasdutout.0Unagentdiplomatiquenenegocieuntraiteouunaccordque lorsqu'il enestspecialementchargeparsonGouvernement.IIpeutrefuserdesignerunactequiluiparait deavorable aux interets superieursdeson pays, etdansce casildonnesa demissionpareequesa signatureengage sa responsabilite pe'l"sonnelle.20 IeGouvernementconduitdirectementles negociationsaveclalegationdupays pres duquell'agentdiplomatiqueest aceredite, celui-ci n'a aucuneresponsabilitedanslasigna.turedutraiteauquelces negociationsontabouti.Leministredes affaires etrangeres estIe senl chefresponsa-131-

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hIede Iapolitiqueexterieurede songouvernement. n n'estpastenudeprendreeonseil desrepresentantsdupays it l'etrangeroudesuivre leurs suggestions. Ceux cinepeuventdoneeonsidererconuueundevoirde donnerleurdemission tbutes les foisqueleurgouvernementa neglige delesconsulterou n'a passuivileursavis. S'il en etait autrelpent,il n'y auraitpasde carriere diplomatique.Bienqueles regles quejc viens derappeler degagent pleinementma respomahilite.j' ai penseit remeUrellla demission au PresidentVincentaulelldemaindelasignaturedel'accorddu7 aout, COlllllleje I'avais faitenter mes diseretsdansune leure personnelledu]8octobre1932 apres lasignaturedutraitedu septemhrede I' an nee derniere. .Iene l'ai pasfaitpourdifferentes raisons quejevais vous dire. "Pourquelademission cut quelqueeffetsurropinion,ilfam]rait qu'ellefutdonneeavececlat comme vous dites vous-nlellle. IImefaudraitdoneexposer Ies raisonsdeceUe decisiondans Ia presse et, endestermes vehements, dcnoncerlaconduiteduPresidentVincent.PourIefaire,je devraispuhlier deslettresintilllesetalllicaIes echangecs entreluietmoi,carje n'ai jamaisen de officielletouehantIes negoeiations. V ous seriez Iedcrnier it meconseillerunetelleeonduite! QueI seI'ait IeresuItatsur I'opinion amcricaineousurIeDepartement d'Etat de ceUe demission, donnecavee eclat ou (liscretelllent?Aucun..,0Commentmademission,faiteavec eclat, serait-elle consideree enHaiti?COJHmennetrahison,trahiiion demes devoirs d'agent diplomatique.trahisonenversun-132-

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allli avec qtli totljOlll"SenIes relations lespluscordiales.Jamaisonnevoudraitcroireque j' ai oheiit un devoirpatriotique,superieur a toutesautresohligationsmorales.Car, ceci esttriste a dire,lesHaitienseux memes considerentl'accorddu7 aout commeun succes, du n1,Oins conunelameilleurechosequel'on put ohtenirduDepartementd'Etat!Laplupart, obsedes parl'occupationduterritoirenational,sontheureuxdevoirenfinfixeruntermepourl'evacuationdestroupesamericaines:ilssontmoinssensi'blesaudangerdel'occupationfinanciere... LesHaitiensontmalheureusementrabaisselaquestiondelaliberationnationale a uneaffairedepolitiqueinterieure.OnestpouroucontreIePresidentVincentselonqu'on emet uneopinionfavorableou dHa vorable a telacte de songouvernementconcernllntlesrelationsd'Haitiavec lesEtati-Unis.Dans certains cas,depretendusnationalistesont cache SOlIS patriotique des ambitionsoudesrancunespurementpersonnelles. Vetat d'espritest simauvaisqueIe geste Ie plusdesinteresse est interprete avec lllechancete ...DanstoutepersonnequiellletuneopinionsurunequestioninteressantIe pays, IepeupleCOlllllleIe gouvernementvoientuncandidat a Iapresidence,-l'oiseauIeplushaissablequisoitaumonde.Ehhien,ma demis siondonneeavec eclat serait consideree, noncommeuneprotestationpatriotique,maiscomllle lllle manifestationdecandidature a Iapresidence.Etj'aurais,pourcrierana theme contremoi,touslescandidats a lapresidenccopposes a M.Vincentaussibienqueles anus vraisoufauxde celui-ci. Personnenevoudraitadmettreque -U3-

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monacte entete inspire par.Iedesirsincere deservirles .superieursetla'dignitedemoncherpetitpays.Parconsequent,Ieresultatchercheseraitnul,etjen'aurais qu'it deplorerd'avoir porte uncoupcruel it lareputationd'unamique j'aime etquejecrois etre unpatrioteetunhonnetehomme,bienquemonopinion differe delasiennesurl'accorddu7 aont etsurd'autrespointsdesapolitique...LePresidentVincentsaitparfaitementquejesuisoppose it l'accorddu7 aont. Toutemacorrespondanceintime aTec luiIeluiafaitcomprendre...Commentje crpis pouvoirservirmonpaysetcontrebalancerles effetsdeeetaccord it laConferencedeMon tevideo, c'est cequejevousdiraidansuneprochainelettre.Maisjedesirequevouscompreniez des maintenantquecen'estpointl'enviedegardermonjobqui m'a faitadopter l'attitu,de queje YOUS ai exposee.Je n'ai. aucune'fortune,et j'ai delourdesobligationsdefamille,c'estbienvrai.J'aicependantsouvent,aucoursdemacarriere,sacrifie cesconsiderations d' ordremateriel it cequejecrois etrel'interet etla digHite demonpays.Tousceuxquimeconnaissentbien,vousdirontqueles questionsd'argenttiennent tres peudeplacedansmavie ...LeDrGrueningrevint it lachargedansunelettre du 16octobre. Mais Ielernovembrejepouvaisluiecrire:J'aieuhierduministredesrelationsexterieureslalettre j'attendais avectant d'anxiete etque j'ai avectantde,plaisir, celleparlaquelleilm'apprendqueIePresidentVincentm'a revoque ...Quant it la delegationd'HaltiitMontevideo, dont j'etais naturellementexclu, IeChefde l'Etat avait tenu -134-

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it Ia composer desprincipalescouleurs de l'arc-en-ciel haitien, allantdunoirIeplus fonce aujaune,Ieplus clair.Etilavaitprissoin d'y faireentreruncitoyen de Port au-Prince,unautredes Cayes,untroisieme des Gonal ves, unquatriemede ]eremie ...Etl'Accorddu7 /lout 'fut sauve, graceii unehahile manreuvre quipermit de torpiller ii WashingtonIa promesse de revisionfaite ii M.JustinBarauparIeSecretaired'EtatCordellHull!I-135-

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,4 marl 1947. LES DEUXFORMESDEL'AGRESSIONJe ref;us Ie 31oetoLre1933lalettre du ministre deloJ relations exterieupesm'allllonl;ant queIePresident Ste nioVincentavait decidede merappeler.Paruneheu reusecoIncidence, unereunion du Conseil de DirectionderUnionPanamericaine etaitfixee aulendemain.leI' novemLre,it 3 heuresderapres.midi. Je "islit uneexcellenteoccasiondeprendre conge demes l'ollegues,qui;m'avaient toujours temoigne une tres vivesympathie.Et dans ccUevuejeredigeairapidementunpetit discollrlld'adieu, carjenevoulaisrienlaisseraux hasard:;;de rimprovisation. Vordre dujour de Ia seance COlllportait relectiondupresidentdu ConseildeDirection. M. CordellHullfut reelu. II pronon(,;a, avec cette silllpliciteetcette since,rite' emouvantesquiluisontcoutumieres.undiscoursdanslequelilesquissaIeprogralllmedela Conferencede Montevideoenfixant'rattitude queIe,; Etats-Unisseproposaient d'y adopter.II annonl,;a qu'ilallaitpartir Ie soil' mcme pour'prendreIebateau it N ew-York it destinationderUruguay. ('est alorsque jecrus Iemomentvenu de lireIe discoun; (luiva suivre etquejereproduis ici iansenchangerunmot:-136-

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Monsieur Ie President, Chers Collegues, -Iemesens saisi d'une grandeemotionenmelevantaujourd d'hui pour.vousparler. C'est eneffetladernierefoisquejeprendspartauxtravauxduConseilDirecteurde l'Union Panamericaine.Etvouscomprenezquelssentiments m,'agitent aumoment oil jemeseparede colleguesenqui rai toujourstrouvetantdechaudesympathieetunsigrand desir deloyalecollaboration it dejusticeet d'amitie interamericainequenouspoursuivonsICI.Ierentredanslavieprivee.LetempsnemepermeUrasansdoutepasderevoirchacunde vouspourIeremercierenparticulierdeses hontes pourmoi. CeUecirconstanceexceptionnelleexpliquela tout it faitinusiteedontjevousapportelanouvelle maretraite.Vousvoudrezbien m' enexcuser. Laissez-moicroire,messieurs,quevousgarderezquelquesouvenirdemonpassageparmivous.Quelquemodestes qu'aieiItete mes efforts,quelquereservequelU'aitimposeelasituation particuliere demon pays, jecroisavoirconcouruavec vous c'est ma fierte deIecroireitaffinner, commeseulecapabledefairetomhertoutesles mefiances, unepolitiquereposantsurlamoraleinternationale,sur r egalite juridiquedesEtatsgrandsetpetits,surIerespectabsolude l'integrite territoriale et de l'integrite administrativedenos vingt-etuneRepubliquesd'Amerique.Tant qu'il yaurauneseuleexception cequidoit etre la regIe supremedenosrelationsinteramericaines,nousnepourronspasdirequenousavons etahli surunehasedefinitive l'uniol1 etl'amitie entrenous.-137-

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Cettepolitique(l'ullionet d'amitien'a paseudeplus eloquent interpretequeIePresidentdes Etats-Unis. M. Roosevelt,quiex celIe a trouverlesformulesheu.reuses,l'a appeIee lapolitiquedubonvoisin.IIne s'est pascontentedetrouveruneformule. II a exposelasubstancede cettepolitiquedansdeuxdeclarations,quisuffiraient a elles seulespourhonorersa carriere d'hol1ulle d'Etat: 10sa declaration du12avril1933faisantdeladoctrinedeMonroeunedoctrinepanamericaine,c'est-a( direconstituantlaPan.Americacommelagarantecollec.tivedechacunedenos 21Republiquescontreles con voitisesextra-continentales;20son messagedemai1933 a touslesChefsd'Etatdumonderelatif a unpactedenon.agression,dontl'adoptionparlesEtats d'A.Iuerique chacund'euxcontretouteagressiondeson voisin.Ienevouscacheraipasquemonamhition etait d'allerplaider,devantlesgrandes assises de Montevideo,pourlatransformation-enuneententeinteramericai-'nepositive -de cequimeriteradansl'histoire d'etreappeIe ladoctrineFranklinDelanoRoosevelt.Ie n'ai certes pas assezd'autoritepersonnellepourpenserquemaparolepourraitfaireimpressionsurla7eConference. Mais je suis sur quemavoixprendraittoutesa forcepersuasiveduhautidealismeeten meme tempsdusellSprofonddes realites quiontinspireMonsieurIe Presidentdes Etats-Unisdansl'enonciationde sa doctrine. Ceseraitma decollaboreravecl'hommeeminentquenousvenonsd'appeleruneseconde fois a lapresidencedenotreConseiletqui me riteIeplusgrand eloge qu'onpuissefaired'unhommepolitique:M.CordellHullest-138-

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unhonnetehomme,c'est-a-direqu'il qu'il yaunemoralepourlesindividuscommepourlesnationset qu'il esttoujours pretit conformerstrictementsaconduiteauxreglesque celte moraleedicte.Aunomdemapetite HaIti, quiasoufferttantd'injusticesdelapartdesgrandesnationsaucoursdesadouloureusehistoire,aunomdelajustice,aunomdelapaix,aunomdel'amitie,jeprieIeSecretaired'Etat. desEtatsUnis,jeprieles DeIegues detous nos paysdeserappelerqu'ilsontunegrandereuvre a accomplir a Mo.ntevideo: celIedeconsoliderl'unionpanamericaine'enlafaisantreposersurlahaseinehranlahledurespectmutueldesdroitsdesouverainetedenos21 Repu'bliques.Cerespectnepeut etre sauvegardequeparla diationdetouteformed'agression.Onpeutdirequ'ilyadenosjoursdeuxformesd'agression:l'agression mi litaireetcequeManuelUgarteappellel'agression finan ciere.,Le PresidentRoosevelt a caracterise lapremieredansunephraselapidaire:L'agresseur,c'est celuiquia des soldats audelit deses /rontieres.Iemepermetsdecaracteriserl'agressionfinanciereenreprenantlaformuledu President desEtats-Unis:L'agresseur financier,c'est celui quiadministrepar ses fonctionnaires les financesd'unautreEtatindependant.Qu'ilneresteplustracedeces agressions,etnonsauronsretahlilaconfianceetraffermil'amitieentrenous.Etduretahlissemelltde cette confianceetduraffermissement'decetteamitiedecouleronttousles avan tagesmaterielsquenospeuplesendetresseattendentdelaConferencedeMontevideo.-139-t

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It-Mesparolesproduisirentuneprofonde sensation parmilesmemhresdu Conseil. Enleurnom M. CordellHull prononc;aa monadresse cesquelquesmots,quejereproduissuivantIe officieldeIaseance:Jesuis sur d'exprimerlessentiments de chacundesmembresduConseildeDirectionquandje dis combiennousavons goutt; lasplendideallocutiondenotredistin gue associeetcollegueetcombienprofondementnousregrettonsqu'ilnesoitpasplusIOllgtemps avecnom pournousdonnerIe benefice deceUe magnifique collaborationdontilnousa favorisesdurantlestroisanneesdesonassociation avec nous.Jesaisquedanssareh'aiteilemporteraavecluiles bons souhaitsdechacunde nom poursa sante, sonbonheuretsa Iongevite. Commeje l'ai dit dans un precedent article. recrivisil ErnestGrueningIesoirdulernovembrepourluidireque j'avaiseterevoque parIePresidentVincentetpour .. luiremettrecopiedudiscoursquejevena is deprononcer ill'Union Panamericaine.Lelendemain.2novcmbre.jeIusavecsurprisedans IeWashingtonPost unenoted'uneagencedepresse quefavaisdonne mademissionenprotestationcontrel'Accorddu7 J'envoyaiiml1lediatementaujournaluneleurede recti ficationdontjeremiscopisparavion il Port-auPrince.Cettenotede presse, teIegraphieeit Port.au-Prince, de chainacontremoilafureurdesjournauxgouvernementaux. H a'iti] oUrlwl m'administraunefesseemagistra.Ie, commeIeconstateunarliculetdnquotidienLeMatindullllovemhre:...Sipromptqn'aitpu etre Ie dementi. I'ancienministre a WashingtonaeuIetemps d'etre mo Ieste d'importance,etilfandrabeaucoupd'huilepour-140-

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graisser lespartiesencoretouteschaudesdela voIee deboisvert.Tousmes amissaventquejenefaisd'habitudeaucuncas desattaquesdirigeescontremapersonne.Jenelispasces ecrits, generalementinspiresparlahaine,Ie secta risme,l'envie,I'ignoranceouIe desir d'obtenirdes faveursdequelquepotentat a quil'onest sur deplaireen (Ieversant surma tete unpleinbaquetd'injures.Quandilm'arriveaccidentellementdeleslire,je n'y repondsja lllais,etc'est ee silencellleprisantquiacontribue a mefairelareputationdevaniteuxdonton m'acca'ble sans cesse.JeIuscependantParticledu7 novelllbre1933de Haiti Journal,etj'ytrouvailesphrasessllivantes:... M. Bellegarde n'a puresisterau desir defairedubruitautourdesonnom,etpourdes finsqu'ondevine.a preere trom per ses collegues ... II etait deladerniereindecenceetd'une supreme incorrectiondeeritiquerainsipuhliquementunacteduGouvernement...IIs'estchargelui-memededonnerraisonetde justifier IePresidentdelaRepubli.quede n'a\,oir pasrepondu a son desir enI'envoyant aMontevideo, ayant prevu peut etre que,pourfaire imprimersonnomdans les journaux des qliatre partiesdumon de,ilaurait joue surcegrand theatre la scene qu'ila joueea latahledeI'VnionPanamericaine...Vne fee Ca rabossel'affligeadecette vanire quil'aveugleetluifaitperdreIesenscommun,Ieportant it accomplirdes gestesquiIeruinentlui-meme... Sansdoutel'auteurdeI'articlenem'avaitpas accuse, commecertainsI'ontfait,d'avoirretablilacorvee sous Ie regimede I'Occupation;d'avoirenqualitedemi-141-

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\nistredes cultesremisIe CongressionalMedalau General ButlerpoursacapturedufortLaRiviere; d'avoirpris laplacedu General Williamspour decorer delamedaillemilitaireles assassinsde Peralte;.de m'etre engagecommeespionauservice d'un gouvernement etranger, etc. Mais,ecrivantdansIeproprejournaldeM.VincentetprobablementinspireparIePresidentlui-meme, l'auteur auraitpurespectercette regIe deprobite e lementairequi defendit touthonnetehOl11l11edecondamnerautruisanspreuvescertaines.Mondiscours itl'Union Panamericainefut juge auxEtats-Unisautrement qu'en Haiti. L\m {lesnombreux te moignagesdesympathiequeje rel;usit Washington itl' occasiondemonrappelmevintd'unhOl11l11edont j'appre ciaisbeaucouplahautevaleurmorale:jeveuxparlerde M.E.Gil Borges,qui etait alorsdirecteur-generaladjointde l'Unionapres avoir ete l11inistre affaires etrangeres du Venezuela etrepresentantdiplomatiquedeson paysauxEtats-Unis.II etait present it laseancedulernovembreet l11'ecrivit, Ie mel11esoir,"Qn billetamicalqui etaitbien faitpourmeconsolerdes aUaquesacerbesde mescompatriotes.MoncherMinistre, C'est avecregretque j'ai apprisvotreprojetderentrer lavie privee. Votrevoix eloquente, votrepen see elevee, votre c!{Cur vaillantethon nete manqueragrandementdansles conseils deshommes d'Etatd'Amerique:J'espere quevotreretraiteseracourteetquenousauronsencoreIeplaisirdevousvoirdanslaphalangedeshommesquitravaillentetesperentpour l'a venirde l'Amerique. On m'avait injurieetvilipende it cause demonattitu--142-

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de itregard del'accorddu7 aoiit. OrIe President Vincentsechargealui-meme dereniersonpropreenfant!V oicicommentcelaarriva:WalterWhite,RogerBaldwin,DorothyDetzer,RaymondBuell redigerent une pe titionqu'ilsfirent signerparles.representants de cinqgrandesassociations americainesetl'adresserentauPresidentRooseveltenprotestationcontrelaconclusiondudit accord. WhiteenenvoyaunecopieauPresidentd'HaItiquiluireponditIe 27octobre:J'ai ret;u copie delalettrequevous avez hien voulum'envoyeretque American Civil Liberties Unionvientd'adresserauPresidentRooseveltausujet delafinducontrole financier arne ricainenHaIti.Envousremerciantinfiniment,aunomduGouvernementetduPeupleHaltien,devotre nouvel ledemarcheenfaveurdelacause ha'itienne, je vous souhaiteardemmentque, apres les effortsquenousavons faits icidansIe but,cettenobleet genereuse initia tiveaittoutIe succesdesirable etqueles solides argumentsquil'appuientobtiennentlameilleureattentionde votre Gouvernement.C'estpourquoi,felicitantBuelldesonelectionCOlTImepresidentde laForeignPolicy Association, pouvaisecrire,Ie20novemhre1933, it cecherami,mortrecemment:J'aides raisons personnelles demerejouirdeladistinctionquivientde vous etre accordeeparceque,toutenpoursuivantune 'lruvre scientifique, vous avez ser vilacaused'HaItimieuxquene l' ontpufaireungrand nombrc: d'Haitiens.Quelestceluide mes compatriotesquipeutoubliervosrapports genereuxsur'la situationha'itienneettout particulierement celui de decemhre1929(The American Occupationof Ha'iti, de soixante pages)-143I\,

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qui, reproduitiargementparlapresse americaine, decidarenvoidelacommission d'enquete duPresident Hoover? Sinousavonsmaintenantdeschambreslegislativeslibrementelues,un president choisiparceschamhres repre sentantla nation, nousIe devonsengrandepartie a et a tousces amisamericainsqui,depuisquinzeanSAavez sicourageusementtravaillepourlarestaurationpolitiqueetadministratived'Haiti... Vous avez eteoutrage pouravoir dHendu avecdesinteressementlacause hai tienne.Je vouspriedenegardernullerancunedecequipourrait etreconsidere comme de !'ingratitude. Les ex('es delangageauxquelsonselivreencemomenten HaItiet quin'epargnentni Haltiens niAlllericains, restes fideIes a lapolitiquesuivi eparieGouvernement jm.qu'a lasignaturedutraitedu3septemhre 1932, s'expliquentpardesconsiderationspurement lo('ales etpersonnelles.Quandles ned;; seront ('almes, onreviendra aunt> meilleure comprehension des choses.'Deja IePresidentVincent,dansunelettrequeWalterWhitea du vous ('0111 muniquer,s'est associe a laprotestationcontreraccorddu7 aout deI'AmericanCivilLihertiesUnionetautresas sociationsamericaines:ilenvanteles solidesarguments!Lalumierese fait...Quant a moi,quiai1110ntredanstontesces dis('us sions,vousIe savez,unediscretionabsolueetlaplusen tiere loyauteenversIePresidentVincent, j'ai faittoutmonpossihle pour soustraire cette question de la libera tion integmle denwnpays itI' odieuse politique localeetpourla p[aer surIeplan intenwtiollal. C'est('e quiexpliquemOllintervention du lernovembre a I'UnionPanamericaine.-144-

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1-4mars19-47. DIPLOMATIED'AMITIEDansuneconferencesurl'organisationde I. paixfaiteIe 23 decembre 1928 it la Societe d'Etudesluridi.quesdePort-au-Prince presidee parM.HermannChancy, je disais: C"est dansl'amitieetnondanslahaine,c'estdanslaconciliationetnondansladivisionquenousdevonschercherlasolutionduproblellle delapaixinteral1leri caine. LesAmericainsduNorddoiventcomprendrequel'amitiedespeuplesvoisinsduCanaldePanamaconstitueunemeilleure defense quelesplusformidablesfor teresses eIevees danslaZone.Qu'ilsn'oublientpasquecetteami tie nepeut etre etabliequesurIerespectmutuelet l'egalite juridiquedetous lel'i Etats d'Amerique ...Lanaturea cree entrenos paysd'Allleriqueunesolidari te politiqueeteconomiquequ'iln'estpasennotrepou voir derompre.Pourquoicettesolidaritenedevrait-ellepassetraduireenacteparl'etahlisselllentd'unecommunautefraternelledenos 21Republiques. nees toutessous Ie signe de Ia Iiherte etde Iademocratie?(VoirUn Ha"itien Parle,pages209et210).Politique d'amitie nesignifiepaspolitiqued'abandonoudesoumission,maisaucontraire egalite entreIes par tenainsitvolont6 mutuelledeconcilierleurs interets res-145-

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It. pectis.L'amitieexige commetoutepremIereCOlldition Ia confiance,etIa confiancenepeut s' etablirentredeuxindividusouentredeuxnationsqueparIafranchise.En Haiti, malheureusement,beaucoupde genssont tentef; deconfondrelafranchiseaveclabrutaliteou l'arrogance, ladiplomaticaveclaruseetladuplicite.Ieconnaisquelques Haltiens quise sontfaitunegrandereputationd'independanceparce qu'ils ontinsultedansdes feuilles o'bscuresWoodrowWilson, Hoover, Roosevelt.Cordell Hull, SumnerW dIes, SpruilleBraden.en mena.;antde leursfoudres l'armee, la flotte,l'aviationetIe systeme capitalistedes Etats-Unis.J'enconnais d'autres quis'imaginentque l'Ha'itien, passantpourundiplomate ne, peuttoujoursroulersespartenaires americains entirant d'eux Iepluspossibled'avantagespersonnels.Onavuquelques-unsde cesprofiteurssetransformer d'ailleurs enardents deenseurs delasouverainetena tipnale unefois leurpolitiquederuseetdedupli cite avait etedecouverte. Diplomatie d'amitie, impliquantfranchiseetfermete. c'est celIequejemelaued'avoirpratiqueeauxEtatsUnispendanttoutIeCOllI'Sde111a illissiona Washingtondejanvier1931 a novemhre1933.J'ecrivais a ceproposauPresidentVincent.dansunelettredu18octobre1932:Iesuisheureuxque vow; ayezapprouve l'attitude que rai prise vis-a-vis de M. NormanArmouretquiest celIeque rai dureste toujourseuedansmesconversationsavec les Alllericaini', carceux-ciaimentetpratiqnentIefairplay. Qu'il soitnecessairedemontrerdeladiscretion dansses pro pos,que Pon choisisse sesinterlocuteursetqu'onsache-146-

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leurdirejustece qu'ilfaut,c'estHi affaire de tactetd'intelligence.IIyamoyen de diredes choses tresdeli catesetquipourraient meme paraitrefroissantes:Ietout est dansla(onaniere de lesdire.nya desgaffeurs irremediables: lescompliments dans leur.bonchedeviennentinjurieux.Jenecroispasavoir jusqu'icimerite cereproche:..La defense des interets dupaysestchosetropessentiellepourquenousnousattardions,comme VOUi; lites, a desquerellesde desaffaires de susceptihilites.Jemesuisahstenu d'ecrire quoiquecesoitauministredesrelationsexterieuresqui putetreconsidere connnedessuggestionsou me-me des con seils.JenecomprendsvraimentpasIereprochequ'ilmefait de vouloirluiimposerdesdireetives.Jeluiaurais ecrit pourIerenseignersurlesmouvements d'opi nion a Washington.pensalltquecelaauraitpului etre utiledanslaconduite de ses negociations: iln'enveutpas.Jenemeplainspas de sonattitude.IIa saconception duroledel'agent diplomatique:jeInrespecte.S'ilpensequemapresence a Washingtonpeutcontrariersapolitique,ilestlihre de vousdemandermonrappel.Jevous l'ailit, moncherPresident,etjevousIe repete entoute sincerite: fejour OU vouspenserez qu'if est m>ces!wire d' avoir un autreagentauxEtats-Unis,n' hesitez pas un seulinstant.Jecollahore avec vous a UJle tache dif.ficileentonte loyaute, entoutefranchise.Quandvonsmerappellerez,j'iraicultivermonjardin. Ce sera fa retraite Jillisque vous savezbienque c' est IIUlvolonte abosolument arretee de n'accepter aucwze fonction -je vousraidejaecrit -quime mette encontact avecfa politi. que. -147-

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doncdit it M.NormanArmourdesi ressantpourm'attirerlesfelicitationsduPresidentdelaRepublique? Nomme ministre des Etats-Unis it PortauPrinceenrem,placement de M.DanaG.Munro,M.Armour etait venumevoir it la Legation,et nonsaviollSeuunelongueconversationausujetdes affaires d'Halti.L'homme m'avaittoutdesuitepluparsonairdefran-chise, etvoicicommentjerapportaiunepartiedemonentretieIiavecluidansunelettreauPresidentVincentdu8octobre1932....J'envinsalors it I'expose desquestionspendantes.Ieracontai it M.Armourles negociationsquiahoutirent it l'accorddu5 aout 1931 (accordLeger-Munro), puis celIesqui se terminerentparlasignaturedu traite BlanchetMunro(lu 3septemhre1932rejeteparunvoteunanimede I'AssemhIee nationale.J'expliquailesrai sons del'attitudeduGouvernementetduvotede rAseemhIee, ainsique je l'avaisfait it mesdeuxamisdu De partem.en:! d'Etatdanslaconversationdontje vous airenducompteparmalettredu30septembre.LepointIeplusimportant de maconversationfut d'etablir auxyeuxdeM.Armourla necessite ahsoluederouvrirles negociations afin d'ahoutir it unreglell1ent satisfaisantpourlesdeuxpays.Lenouveauministre m'a paruacquis it ceUe idee. Ieneluiaipas cache noscraintes,enpresencedesdesordresquisesontproduitsdansungrandnomhredepaysd'All1erique,en ce quiconcerneIemaintiendela paix si necessaire auprogresde nos financeset it notredeveloppell1enteconomique.J'aidit it M.ArmourqueUe gloire ceseraitpourlui s'il arrivait it ll1eUre sa signatureau baild\m vraitraite -148-

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de paix et d'3mitie, par lequftlHaiti donneraitgarantieauxEtats-UnispourlaprotectionduCanaldePanamaetrecevraitereceux-ci toutesgar an tiespourIerespect deeon independancecontretoutepuissance d'Europe, d'Asieoud'Amerique:vrai traite depaixetd'amitie baie sur l'egalite juridiquedesdeux pays etquiferaitdisparaitrel'odieuseconventionde1915.1'aidemande it M.Armourderechercheravec vous,entouteloyauteetavec sameilleure volonte, les moyensd'aboutir it unarrangementquisoitprofitablepour HaIti, enetablissantlapaixinterieureetnos financessurunebase solide,etprofitable aussipourles Etats-Unisparlaconfiancequ'ilsaurontinspireeauxHaitienset a lous lesautrespeuplesd'Am,erique. rairepeteit monvisiteurcetteformule dont jemesuissouventservienparIant itdesAmeri cains:PlusHaitisera liberee des Etats-U nis,et plusll1lie elle seraauxEtats-Unis.J'aidit it M.Armouruneparolequiaparuegalementl'impressionner:L' amitie francheetloyale des Etats de l' Amerique Centrale et desAntillesestfa11leilleuredefenseduCanaldePanama.Aucunefortificationnepeutvaloirunetelle amitie dans le casd'uneguerreentreles Etats-Unisetunepuissance non-a11lericaine.'ai donne l'assuranceaunouveauministrequ'ilrecevraitdevousIepluscordialetIeplus'bienveillant ac cueil.JeluiaidilqueIetraitdistinctifdevotrecarac terec'est ladroiture,etqu'entoutecirconstance vousIluiparlerezavecloyauteetfranchise;que,profondementattache it notrepetitepatrieetlavoulant prospere etrespectee,vousreconnaissez la necessite depratiquer-149-

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itl'egard des Etuls-Unislme [Jolz:tiql/ede etconliante a11litif.. PourlllieuxfortifierIa confiance dudam Ienouveaurepresentantdiplomatique desEtats-Lnis.fecri vis Ie25 octohre 1932 itM. Vincent: M. Norm.anArmourestparti aujourd'Imiit 4heuresp.m.deN ew-York.Jeluiai adresse, pourluisouhaiterhonvoyage, IaIeltreamicale dont jevousenvoiecopieci-incluse.Lenouveauministrearriveraen HaIti danslesmeilleuresdispositions. IIm'aconfirmesa s)mpathie pournotrepaysaucours de Ia reception intimeque fai'donnee ensonhonneur it Ia et it Iaquelleparti ciperent Iaplupart de mesamisdu (fEtat iilteresses aux affaires haltiennes. IIestevident queIechoix deM. Armour temoigne du sinceredl;sir onGOllvernementJ'arriverit .nnesolutionsatisfaisantepournotreamour-proprenationaL M. HaroldHoran. dans son articled'hier du "'as hingtonPost,parle de Ianouvelle (IediplomatiepsychoIogique que IeDepartement o'Elat paraitvou:10iradopter it notre egard. IIserait assurement pueril de 'toutattendredeceUepolitiquesentimentalequeIenouvelagentseraitcharged'appliquer:ila itdefendre des interets materiels representes pardepuissantesinfluen.ces,etilluifaudraagiravec prwlence pour n'etre pasluimellle hrise. MaisIesentimentjoueun role plusimportant qu'on nepensedanslesaffaires puhIi({ues: ilestparfois Iemeilleurguide del'intelligence paree qn'ilaideit mienxcom.prendre l'ihlle ('unpeuple.raitoujonrspen sequ'un hOlllllledegrandprestigepersonnel CIlYoye en Halti poulTaitfaire bea'ncoup pourIe reglelllent de nos-150-

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difficultes avec lesEtatsUnis... M.Armour n'avaitjamais etemeleit lapolitiquequinom adonne l'emprunt de 1922.Lagrandeautorite qu'il a acquisedam ses divers postesluipermeUra de donnerdes conseils, de fairedesrecommandations, de presenterauSecretaire d'Etat des Etats-Unis les suggestionsque l'etudedu milieuhaltienluiaurainspirees.Toutel'habileteduGouverllementcon sistera, selon nIoi, parunetranche collafJoratioll avec lui, it luifaire reconnaitre la m!cessite de presenter etde de ferulre les suggestions lespluspropres a satisfaire les in terets enpresenceenles conciliant avec les exigences na tionales.Etcomllle,pourll1oi,laprincipalequalite du diplomate c'est ladroiture,j'ecrivaisauPresidentVincentausujet de M.NormanArmour:...Ievousindiquececicom'meuntrait de son caractere: des ministres qu'il connaltbien, Briand, Tardieu,Herriot,celuiquiluiparaitIeplussympathique, c'est cedernier,lllais celuiqu'ilestillleetrespecte, c'estTardieu,parcequeTardieua del'energie, des idees nettesetIe courage de les dMen dreet de les realiseI'. Avecuntelhommeonsait ou ronva.Onpeutdiscuteravec confiance ...Dansla meme lettre du 25 octo'bre,j'avaisdit it M.Vincent:Lemondeentier s'interesseit relectionpresiden.tielle du 8 novelllbreprochain. Cela secomprend: les Etats-Unisexercentuneactionconsiderableettoutchangementdansleurpolitiquepentaffecter les interetsde touteslesnations du globe.Parleuroccupationmilitaire de notrepaysetparl'administratonqu'ilsontassumee de nos finances, ilsontenquelquesorte lie leurpolitiqueinterieure it lanotre.C'estpourquoiles Haitiem ontIe-151\,

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droitde C6mme ils Iefontaux evenements importantsdelavie alllericaine. D'ou pournousl'obligation,ainsiquejevousl'ecrivaisdansmadernierelettre,delWUSassurer des amitiescrans tous lespartis, dea trouverdes deenseurs de notrecausedansIepartivictorieux.C'est Ietravailqueje suis efforce defaire, evi deml1lent avec laplusgrande discretion. EtIe 11 novem)JrejedisaisauPresidentVincent:Lesprevisions demes lettres precedentes ausujet de 1'e lectionpresidentiellesesont realisees, conllneon pO\lvait s'yattendre d'apres lesmouvementsdel'opinionpuhlique.Laluttefut menee lllagnifiquelllentdansles del'niersjoursparIe President Hoover,lll,ais c'etait troptardpouropposerunedigueauflot deVaf4ateur. EtIemardi,8novembre,nous avons assistea la deaite laplusretentissanteetlapluscompletequ'unpresidentamericain,candidat a la reelectioll, ait suhie aucours de l'histoiredes EtatsUnis. Des 9 heures et de1l1ie du soil', M.Hooverreconnaissaitsa deaite etadressait it sonheureuxconcurrentun teIegramme defelicitationselllpreintde Ii!plus grandenoblessedesentiment,luioffrantsonconcourspourIe benefice commundupays.Jevous envoie ce tele grammeetla reponse qu'yafaite M. Roosevelt.Lavictoiren'apas ete seulementpour ce dernier:Ieparti demo crateaconquislaChambre desrepresent antsetIe Senat etungrandnombred'Etatsont rejete leursgouverneursrepublieains.LerenversemelltesttelqueIeSenateurHiramJohnsonapul'appelerunerevolution. Mais iciilfautadmirerl'espritpolitiqueetlamagnifiquedisciplinedecepeuplequi,aumilieu dt' lasituationIaplus qu'ilaitjamaisconnue,est aUeit l'unle dam 1'01'--152-

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dreIeplus parfait, accomplissant sarevolutionnon by 1 bulletsmaisby ballot.Quelle let;on pour nos paysd'Ameriquelatine!Notrepressedevraitappuyersurcetexemple...M.Rooseveltentra it laMaisonBlancheIe 4marsetIe10fevrier1933jeconjuraisIePresidentVincentdenerienconclureaveclaLegationAmericaineavantqueIe New DeaTn'eut atteintIeDepartementd'Etat:je savais queUe pression cordiale nos amis americains exerc;:aient surM.Rooseveltpour it adopteruneattitude\plus genereuseit l'egardd'Haiti.C'est cettepriereardentequiprovoquaIa colere de M.Vincentetqu'ilcom\ paraau angage romantiqueetdeclamatoire d:un can; didat a lapresidence. Quelles magnifiques occasionsontfaitperdre it ce mal/heureuxpayslavaniteextraordinairede nos chefsd'Etatetlesambitiom feroces deleurentourage!... -153.-

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18mars1947.PERSECUTIONSRACIALES en tournee deconferencesauCanadaquandje regusitMontreal, enseptembre1938,uncaLlogramme de M. Leon Laleau,ministredesrelationsexterieures,m'an nongant queIePresidentdelaRepubliqueavaitLien vou lumenommermembredela delegationd'Haltiit la 8e. ConferenceInternationaledesEtats d'Amcrique. CeUeConferences'ouvrit it LimaIe 9decembre1938.Lelllondesortait a peineducauehemardes Sudetes.Per necroyaitseriel,lsementque l'accordde Munich eut retabliIapaixenEurope,lllaigreI'assuranceformelle donnee parHitlerqu'iln'avaitplusd'amhitionsterritoriales. IIavaitditIe26septemLreauPalaisdesSports it Berlin: J'ai assure a M.Chamberlainque, des quelesTchequesseraientparvenus a unregiementsatisfaisantavecleursdiverses lllinorites,jenelll'occuperaisplus des affaires deleurEtat,dontjeserais llleme pretit garantirl'existence. Maisilfallait eIre biencredulepourcroire a Ia sincerite d'unepareilledeclaration.TousIes gens avisessavaientparfaitelllentque l'ere de Iaviolencen'etaitpointferlllee:onenavaitlapreuveevidentedansIesterribiesprogromsquiavaientsuivienAllemagneI'assassinat it Parisdujeunesecretaire bassadeVomRath.Quede si eruellesrepresaiIlesfussentexerceescontredesmilliersd'honnnes,de femmes etd'en--154-

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fantspouruncrimeconllnisparunfouetdontilsetaientincontestablementinnocents, voila qui etait faitpour re volterlaconsciencehumaineetlasoulevercontreladoctrineodieusequipouvaitinspirerde tels actes.Cettedoctrine,c'etaitIe racisme,dontlesnazisavaientfait tin dogmefondamental de leurpolitique, Ieprincipe essen tieldelacharteetdelalegislationdu Reich.Avant d'etre consacredanslaloi et lesinstitutionsgermaniques,Ie racis1l1eavaitCOl1llUdiversesetapes.IIfuttoutd'abordunecOlifusionentrelalinguistiqueetl'anthropologie,certainsauteursayantvouluetablirunlienentrelaparentelinguistiqueetlaparentephy sique.Orcette these avait etedemolie depuislongtempsparIephilologueallemandMaxMUller: IetermepeupIe aryem>,avait.ildit,I est aussi denue de sens que l' expressiongram1l1airebrachycephale. Les partisansde l'inegalitedes raees avaientrecouruensuite a latheoriel110rphologjque:laracesuperieuresetrouva etre celIequisedistingueparsagrande taille, lablancheurdesapeau,sesyeuxbleus,sescheveuxhlondsetlaforIon gee de soncrane. Or,peu d'Allemands repo cesignalement,etonremarquaque Hitler, G Goebhelset quelques autresleadersnazisnetaient guere dansleurstraitsphysiqueslescaracte qu'ils pretendaientdistinctifs de larace elue. AlorsinventaIemythedusang. sttr lequelonvoulut edifi' mondenouveau on lesAllemandsdesangpur jot' Ie r?le, maitres, peupl?
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de Hirszfeldetles loisdeMendel. Mais mr ceterrainencore He furentbattus:laconfrontation des indices san guins des diverses populationsde I'Allemagne aen dIet pleinementconfirme IejugementdeFranz Boas queIanationallemandeestrunedesplus metisseesd'Europe. Le11letissage estd'ailleursla regIedans l"llUlllanite.EtM.HenriNeuvilleabienraisondedireque la dis tinctiondes racespuresestd'autantplus illusoire queIeterme 11leme deracedemeure indefinissahle encequiconcerneI'humanite.Cequi n'einpechapas rhitlerisme c'est-a-dire Ie racismeenaction de dechainer surIe 11l0nde Iespireshorreursaunom d'unemystique qui n'etait qu'unmy the, c'est-a-direun memonge. premierdiscoursqu'il prononc;ait laConferencedeLima, Ie 13 decemLre 1938.M.CordellHull,presidentdela delegation des Etats-Unis.montraIedan gerqueconstitueraitpourl'Amerique!'introductiondansn08jeunesrepuLliquesdesdoctrinestotalitairesqui pre chelaguerredes racesetlaluttedes classes. Mais e directecontreIe raciSlilefut menee parla dele deCuba,quipresentaunprojetderesolutionmantentermes severes loutes persecutions de re collectif po'ur raisons de race Ollde religionreclamantdetous les gouvern:ements l'applicationprincipesdetoleranceetderespect deladignitedesonnehumainepropresauxnations civilisees. A1a 'e.eance d'inaugurationdelaCommissionsur1'01'anisatioi'J delaPaix presidee parIegrandjurisconsulte tresilien Afranio .de MelloFranco,IeSecretaired'Etatcubain,M.JuanJ.Remos, fitune vigoureusedeclaration depl'incipes,danslaquelle, apres avoirrenduhommage-156-

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iti'Europeit quilesrepubiiques americaines doivent leur culture,il affirmal'energiquevolontedenos peupleede maintenir l'integrite physiqueetintellectuelleducontinentetdecombattre,s'il l@ fallait,pourleur ideal deliherte.d' ega lite etdefraternitehumaines. HaIti nepouvaitrestermuetteenunetelle occasion: ses deleguespresentsit la seance se cOllSulterent, et ilfut decide quel'und'entreeuxprendraitimmediatementlaparolepourfixerdansIe debat laposition deleurpays. V oici commentIeJournaldelaConference,danssonnumerodu14 decemhre, page 397, resuma cetteintervention:M. Ie DeIegue Bellegarde(Haiti) annonc;aqu'a l'unedesprochaines seancesplenieres delaConference, IePresidentdela Delegation Haltienne,M. Leon Alfred,exposerait officiellementlapenseed'Haitisurles ques tionsquivenaientd'etresoulevees. Maisildesiraitpro fiter de cette occasionpourfeliciterM.Remosetexprimersonparfaitaccord avec les idees enoncees dansIebrillantdiscoursduChanceliercubain.M. Bellegarderappelaqueson pays, ne desprincipes deliberteet d'egalite de laRevolution nepourraitaccepterdes doctrinesquiysontessentiellementcontrairesetquirepresententunretour it laharbariedumoyen-ageparcequ'ellescreentdenouveauxantagonismes raciaux. IIajoutaquelespeupiesd'Amerique,produitsd'unecooperationde races,doiventop poser systel11estotalitaires del'Europeuneharriereinfranchissahleetel11pecherIe developpel11entparmi euX deIadoctrineraciste, qui,manquantdetoutebase tlcien tifique, pretend substituer it lafraterniteuniverselle Ie dogme d'une rmperiorite fictiveenfaveurdecertaines-157-

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nations.IIsoutintavecforcequetouteslcsnationsproviennentdemultiples melanges desangsdusauxmigrationsetauxcr9isements,etqu'entrelesespritsiln'existepasde frontieres; aucontraire, ils doivcnts'unirenune societe idealepourlacooperationinternationale.Heu reusemen1, declaraM.Bellegarde,touslespeuplesde1'Ameriquesontd'accordpourIutter de toutesleursfor cesetaveclaplusconstante energie contre des systemes politiques,quisont ell completecontradiction avecIes sentimentsdemocratiques des nationsamericaines.Jem'etaisexprimeavecforcemaisavecme sure, megardant Ie toute allusiondireetea certainessituations determinees etm'a'bstenant Ie citernOll1ll1ement les paystotalitairesquiavaientfait Ieces doctrines nefastes ressence mellle deleurpolitique. Mon attaque haitdirigeecontre Ie racisme ell general, contre distinction de race,contreIe prejuge de couJeur parlout oll il semaoni/esteetparquelquepeuplequ'ilsoit pratique.Mais lesjournauxalllericains,quin'etaientpastenus it Ia me mereservediplomatique,insisterentsurIes passages lesplussignifieatifsdemondiseours.LeNew-YorkTimesdu14decemhre.souslasignature de soncorrespondantparticlllierJohnW.White,rapportamoninterventiondela maniere suivante:M.Bellegarde.d'Halti.parlanten franc;;ais, improvi.saundiseours emouvant, pareil it eeuxquiontfaitsarenomlllee it la Societe desNations it Geneve.Ses obser vations degenererent viteenuneviolenteattaquecontrel'Allelllagne. IIdeclaraquel'Ameriquenepouvaitavoirrien de COmnll111avecunenationquiestretourneeauxcoutumesdumoyen-age.M.deMelloFranco pronOl1c;;a -158--

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IacloturedelaseancequandM.Bellegardesefut assis. Alors les delegues se precipiterent vel'S celui-cipourIe feliciteI', quelques-uns l'embrassant, lesautresluitapantsur I'tSpaule. Celaservit it montrerqueles deleguess'etaient de fat;on neUerangescontrel'Allemagne.Pourcorser l'affaire, certainsjournauxdes Etats-Unis rapporterent quedeuxjournalistesallemands avaient, pendantqueje parlais, quittelasalleen maniere deprotestation.' J'apprisqu'aucun incidentde cegenrene s'etait produit,pourl'excellenteraison qu'iln'y avaitpasdejournalistesallemands accreditesaupres delaConfe rence. Mais la chose fitquelquebruit a Port-au-Prince,etIegouvernemerit s'alarma aupointdedemanderpar telegraphe desexplications it M. Leon Alfred.A la seancedu23 decem'hre, laConferenceapprouvalaResolutionsuivante:Les Repuhliques Americainesrep res en teesit la8"ConferenceInternationaledesEtats d/Amerique declarent:10Que, etantdonne Ieprincipefondamentalde l'egalite devantla loi, toute persecution pour raison de raceoude religion,quirendimpossible a ungroupe d'etres humainsdevivredeceIllment,estcontraireauxsystemespolitiquesetjuridiquesde l'Amerique; 2Quelaconceptiondemocratiquede l'Etat garantit atollS lesindividuslesconditionsessentiellespour l'exercice avecdignitedeleurs legitimes activites.; etc.Lacondamnationduracismese trotnre encore formuIee dansla De clarationdeLimaquiproclameI' unite spirituelledesgroupesde l'Amerique ...etleuradhesionahsolueauprincipedela liberte individuelle, sans prejuges raciaux oureligieux. -159-

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Ce paslapremierefoisquejeportais laquestion deracedevantuneassemhleeinternationale.Legrandjournalisteanglais, H.WilsonHarris,dansunarticledelarevuelondonienneOutwardBounddedecemhre1921,rappelait runede mes intenentionsit la Societe desNationsetcitaitdemoi.laphrasesuivante:Unjourviendra ou la Societe desNationsdevrase preoccupe
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Le Conseil SocialetEconomique des NationsUniesestentrain d'elaborer une Declaration desDroitsetDevoirsInternationauxde rHomme, etune Declaration du memegenre, dontraifaitrecenlluent l'analyse#dans La Phalange,sera soumiseenmarsde l'annee prochaine a Ia ConferencePanamericainede Bogota. Les deux Declarations porterontcondamnationdetoutespersecutionsraciales etdetermineront,esperons-Ie, pourIaprotectioneffective des droitsdeI'homme. Ies sanctionsnecessairescontrelesEtatsou les personnesquiaurontenfreintles regles, dejustice ins crites dansles pactesinternationaux.Si ces regles etces sanctionsexistaientavant l'arrivee d'Hitleraupouvoir,lesPuissancesciviliseesdumondeauraienteumandatd'intervenirenAllemagnepourprotestercontreIespersecutionscollectivesquiont prelude auxplussanglanteshecatombesdel'histoire.Les hoI' rem'sdeIa dernihe guerreont donne toutesa forceauprincipeque <
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s;effectuer Iegitimement pourla des crimescontrelapersonnehumaine,commel'a preconise l'EcoleViennoisedeHansKelsenquiproclamelapri maute dudroitinternational.EnFrance,AntoinePillet disait deja en1898que les Etats,loind'etreindependantslesunsdesautres,sontdansunesituationd'interdependanceetLouisLeFurdeclarequelasouvcrai nete de l'Etat n'estpasarbitrairemaislimiteeparlaloimorale,parIedroitohjectifetparIebutmellledeTEtat.VictorHugodisaitdanssa lllanieregrandiloquente:Tous les honunes'sontl'homllleetWendellWillkie LeMondeest Un. Oui,nOllSsonllues dei' hommes,etl'interdependancedesnationsestanjonrd'huisietroitequetouteatteintecriminelle it la vieon it laliberted'unecreaturehumaine,enquelquelieu qu'elle seproduise,interessel'humanite entiere etdoit etrereprimee.

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25mars1947.SURLESPASDESANCETRESEnecontant M. RogerCailloisexposermardi dernier, avectantdesimplicite,d'objectiviteetdeclartelesrapportsdelalitteratureetdelamorale,jepensais it la de finitionqueBergsondonnedel'espritphilosophique.Commelaphilosophie dit.il, s'esttoujonrs astreinteit parlerIe langagedetoutIe monde, eUe n'apasete Ie privilege d'une especedecastephilosophique:eUeestresteesoumiseaucontrolede tous, eUen'ajamaisrompuavecIesens conUllun.Pratiqueepardeshommesquifurentdes psychologues, des biologistes, des physi ciens, des mathel11aticiens, eUe s'estcontinueUemntmaintenneencontactaveclascience aussibienqu'aveclavie. Cecontactpermanentaveclavie, aveclascience, avec Ie senscommun,l'asans cesse fecondee en meme tempsqn'ill'empechaitdes'amuseravec elle-meme,derecom poserartificiellementles chosesavecdesabstractions.Mais silaphilosophie apuse revivifier indefi. nimentainsi,enutilisanttouteslesmanifestationsdel'esprit n'est-cepasparcequecesmanifestationstendaienteUes-memes it prendrelaformephilosophique?BienraresenFrancesontles savants, les ecrivains, lesartisteset memes lesartisansquis'absorbentdansla nwterialite decequ'ilsfout,quinecherchentpas it -163-

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extra ire[nt-ce avec maladresse, [-at-ce avecqueique naivete -laphilosophiedeleurscience, deleurartoudeleurmetier.Lebesoindephilosopherestuniversel:iltend It portertoute discussion, meme d'affaires, surIeterraindes idees. etdes principes. IItraduitprobablement l'aspiration laplusprofondede l'ame quivadroit ii cequiest general etpar IiiIt cequiest genereux. Ence sens,resprit nefaitqu'un avec l'espritphilosophique.C'est ii cetesprit fram;ais quenousdemandede renoncerunneo-racisme ha'itien qui,pardivers traits, serapprocheduracisme hitIerien. Ladure epreuve de 1915 nons a impose nnesorted'examende conscience. NonsnousSOlllmesmil' it larecherchedenotre 3me: Perrenrde qnelques-nns a ete de croireque ceUeihne n'etaitqu'africaine.Tandisqn'unpenseurde laqualitedeM.Price-Marsrecommandaitl'etudedufolkloreetell'ScroyancespopulairescommeunmoyendemieuxconnaltreIepeupleha'itienetaussi commeunesourcede renoun:,llemenJ de nos artsetdenotreliuerature,d'antresont ernque cela snffisait a tontetqu'ilnousfallait.ponr etre completementnons memes, rayerde la penrsee haltienneII'Sacquisitions qu'y a accumuleeslapratique de la langue fran;aise ceUe psychologie cristalliseeCOlUme lit TheoduleRi 'bot OU IeI' ont depose II'Stresors delenrsen sibiliteetdeleuresprit, c' est-a-dire leI' sentiments et les idees dontnonsavonsfait nons-memes lasubstance denotre etre spirituel.QuidonepourraitnierceUeinfluencedelalangue sur Iapensee?Le psychologneEmileBoirac ecrit enef--164-

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fet:Ensecommuniquant it nOU6parI'illtermediairedulangage,lapen see de nos devancierscontribueindio recternent a formerlanotre.Toutvocabulaireestuneclassification;toutesyntaxe estunelogique. SansnOU8enapercevoir,enapprenantunelanguenous appreqonsa voirles idees cornme Iefaisaienlceuxquilaparlaientavantnous. Nousheritons a notreinsudeleurmethodeetdeleuresprit.Pourpenserbantouaulieudepenser fran;ais, ilfaudraitquenousnousmettions a I'usage desinnombrablesdialectes bantousparIes dansl'AfriqueduSud.Etcommenousnetrolnerionspasvraisemblablernentassez deprofesseurs competents pournousles ens eigner,nousn'aurions d'autre ressourcequed'emigrerenmasseetd'allervivreparmiles Cafres. Mais je suis absolumentconvaincuquelesHaitiens-pasplusquelesNoirs Americains, jepeuxI'affirmerenleurnom-nedesirentretournerenAfrique.N Olls sommescheznousen Ame rique et nous entendonsyrester,yvivre libres, indepen dants, maitres de notre soletde nos destinees.Nous!n'entendonspasreniernos origines africaines. Maisnousnepouvons pasnonplusrenoncer it notrecuI.ture NousneIepouvonsnineIe voulons.L'AllemandErnst-RobertCurtiusdisaiten1928:Les idees civilisatricesn'ontjamaispuse developperchez les alItres nationsqu'apresavoirtraverselaFranceettrou vela leurformuledefinitive. IIfautchercherl'explica.tionde ce mystere dans les trois qualites essentielles dugenie laclarte,lasociabiliteetlasympathie.C'estpar la que,pourreprendreunmotde Guizot,laFranceest Ie creur delacivilisation. -165-

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IQuelques-unsde mescompatriotes-quiensontencore it confondreIesnotionspourtantdifferentesde race, denationetdeculture-mereprochent d'ayoirecrit qu'Haitiestuncentredeculture fral1l;aise enAJnerique,parconsequentuneprovinceintellectuelledeIaFrance.IIestevidentqu'endisantFrancej'entendaisdire ch-i lisation,-puisqu'ilnepeuts'agiricidesuprel11atie poIitique.C'estdansce sensqueM.GastonRageotapu ecri requeParisestplusgrandqueIaFrance,parcequepourluiParisest Iacapitale,nonpasdela region qui s'etend dela Mediterraneeit laMancheetde1'Atlantiqueaux l11aisdelacultureoccidentale.J'ailitetje l11aintiensquec'estungrandbonheurpourHaitideparticiper it ceUeculture, pourcontinuerlametaphore Ie Guizot,rundeces vaisseauxqui, apres avoir Ie sangducceur,I'yral11enerajeuniparl'ardente seve africaine.Ainsipensaitmon frere WindsorBellegarde,ancien eleve de I'EcoIe Norl11ale SuperieuredeParis,quandilecrivaiten1903: II yauneloi socioIogique it laquelle n'echappent pasplusles societes quelesindividus:Iagrandeloide1'il11itation.Nulpeuplen'apu conserver sonoriginalite IJril11itive. S'ildevaiten etre autrelllent, I'etat socialtypeseraitlabarbarie.Lespeuples i"illlitent, se penetrentre ciproquel11ent: lit estlaconditionnonnaleduprogreso Nos origines, nosantecedents historiquesnousontdebonneheure impose laFrancecomllle modele. DanslaformationdenotreespritnationalI'apportIeplusconsiderablea ete fourniparelle. Ies foisque nous essayons de penetrer dansles de Ia scienceetde1'artuniversels, c'est.it laFrancequenousdeman -166-:

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dons des guides, 'carc'est elle qui, sansfaireattention it lacouleurdenotrepeau,nousouvre it deuxbatt ants lesportesdeses Universites. C'estdu meme gestem8ternelqu'elletendses mamelles it see nourrissons, qu'ilssoientblancsouqu'ilssoient noirs.Lalanguea vite determi ne entrelesdeuxpeuplesdes affinitesmentalesquiapparaissent des lespremierespagesdenotrehistoire. Lespremiersagentsdenotreformationsocialeauraientpu, it larigueur,aulendemaindenotreindependance, rea liserIe reve tardifde ceuxdenoscontemporainsque seduit l'educationanglo-saxonne. IIleur auraitete sansdouteplusfacile qu'it nous, Ha'ltiens duXX siecle, degreffersurIetroncafricainles idees etles mreurs anglai sesouamericaines.Lavoie etait toutindiquee:ilfallait,en meme tempsques'operaitlarupture,proceder it la re visiondelaconstitutionintellectuelleetmoraledupeu pIe, c'est-it-direrenoncerauxsentiments,aux auxhabitudesdepenserpropres it laFrance,en it sa langue.ParUDeinconsequence-dontnousn'avonspournotrepartaucuneraisondenousplaindreilsn'ypenserentpoint.Nullepart,dansnosrecherches,ilnenousestarrivededecouvrirlatraced'uneredaction creole decesproclamations echeveIees, ecritesd'apresIe gout dutemps.Ceseraitcertesmontrerquelqueimpertinencequedevouloirdonnerauxcreateursdelapatrieha:ltienne. des denationalisme. Quelques-unsn'yontpas cependantmanque:ilsseproclamentplusauthentiquementha'ltiensqueDessalines,Christophe, Pet ion, Clerveaux,Geffrard,Boisrond-TonnerreouCapois-Ia-Mort! II yadansnotrehistoireune scene degrandeurcor--167-

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lleliellne.Toussaint-Louverture ,waitem-oyc enFrance,auCollege de laMarche,IsaacetPlacide,Iepremier son fils legitime, Iesecondsonfilsadoptif. nede safemmeSuzanneSimon.Pouressayer de Ieflechir danssa reso lutionderesister al'armeede Leclerc,Bonapartelui delegua sesdeuxfils souslaconduitedeleurprecepteurl'AbbeCoisnon.L'emouvanterem'ontre eut lieu a Ennery.LegouverneurdeSt-Dominguerestainflexible, laissant aces IleuxjeuueslJOllllnes IechoixdeprendrepartipourluioupourIaFrance.Isaac,chair de"a ehair.sangdesonsang,1I0ircomme llli, se decida pourlaFranceen s'ecriant: Jenepeuxcombattrece11equim'afaitunhomBleenmeconferantJa (lignite de Ja pensee. Placi de,Jnulr1tre, sejetadanslesbrasdeToussaintendisallt:'Jenepeuxabandouner celui qui Ill' afaitunhOlllllleenme (Ionuant la liberte. EtIe viel1x negre. qui s'etaiteleve parla8euleforcedesa pemeesolitairejusqu' ausonmlet de lagrandeurhumaille. le8emhra,;,sa tou,. lesdeuxetleslouad'avoirsuivi.run. l'impuhioll de wnesprit, l'autre,celIede80n c{pur. Les Ha'itiens d'aujourd'huinese trouYent pas dam nnealternativeaussicruelle:riennelesmetendemeure de choisirentreleur C
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mique, orgamseesurIe modele destribusdesbordsduLogone etquiserviraitde laboratoirecentral auxafricologuesou d'attraction pourlestouristesen quete despectacles excitants.Etilsnese genent paspour decre tel'traitres a lapatrieou ala -poureux c'est la meme chose -ceuxdes Haitiens qui .veulent, par l'education, debarrassernos massespopulairesetpaysannes(les traditions, superstitionset prejuges quilesretiennentasservies a ngnoranceet a la misere. QueceUeeducationfassedisparaitredela vie haitiennecertainsdetailspittoresquesoudescoutumes(dansesde vaudou, rarasdelaSemaine Sainte, etc.)quecer.tai nes genspeuvent.trouveroriginales, c'est evideuuuentregrettablepourlesamateursdecouleurlocaleoules01'ganisateursdetourneestouristiques.maisnousn'ypou vonsrien:lesconditionsmoralesetmateriellesdenotrepaysontchange. Ceseraitderaisonpuredevouloirgar del' nospopulations-quandchaquejourpassentsurleurs tetes lesquadrimoteursdelaPan-AmericanAir ways -dans retat primitif oil vivaientleursancetresduCongoouduroyaumedesAradas.. i1estvraimentetrangequedejeunes esthetes,vetusa ladernieremodedeParisoucostumescommelesdanseursdetapedes hoites denuitdeHarlem.croientpouvoirimposer a leurs compatriotes,ecrivains, professeurs, medecins, avo cats, ingenieurs,industriels, pretresou pasteurs, lamentaliteoulareligion des trihusfetichistesde rAfri queEquatoriale.Cenationalismeculturel n'est point dn reste dans latraditiondesfondateursde nndependance haitienne:seuls restent fideles a leur enseignement ceux-169-

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des Ha'itiens quis'attachent it LaciviLisation cllrt?tienneet quiycherchentLaveritable voie de salutetde progres pour le peuple d'Halli. Toussaint.Louverturefutenmellletemps qu\m ferventcatholiqueunfaroucheadversairedu Yaudou. etsonlieutenantDessalinesexecutasouvent d\memaniere cruellelesordresdugouverneurcontrelessectateurs des cultesafricains.Dessalines lui-meme,a quises souffran ces d'esclave avaientinspireunehaine implacable pourles colons, nedetestaitnilascience fran:aise, nilareligionchretienne:ilfitexcepterdumassacre general les savants, les llledecins, lespretres.II represente -quel.queetonnantquecelapuisseparaitre a quelques.unslatendanceprogressiste(}enos Ancetres,al'oppose deschefsdebande,LalllourDeranceenparticulier qui, lui.representaitlapuretraditionafricaine.Jean.JacquesDessalines et ses col'npagnons -Christophe,Petion,Geffrard,Capois. Cleneaux elllprunte. rentauxEuropeensleurscience delaguerreetleursarmesperfectionneespourles vaincre.Quefirent-ilsquandilseurentproclalllel'independance?]urerentilsdereononcer a la civilisation fral1(;aise enmellletempsqu'ils rfmon;aient politiquement a laFrance? Briileren\-ils les eglisescatholiquesoules consacrerentilsaux cultesafri.cains qu'ils connaissaientetpouvaient-mieuxquenous -juger a leur veritable valeur?Dessalinesn'abandonna meme passonnom fran:ais, et c' est sousceluideJacqueslerqu'ilsefitacclamer empeteur. Toutesles localites garderent leursappellations Person-170-

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nene fut.asseztemeraire pourenvahirIes chapelles oty ceIebrer des ceremonies vaudouesquesendansantIe yanvalououIe petro. Etc'esten fraru;ais quefut redigee, aunomduNoirDessalines,parIe MuUitre BoisrondTonnerre,Ia proclamationdu1erjanvier1804, -premiermonumentde Ialitteraturehaltienneautonome.-171-

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1eravril 1947.HAITI,NATIONCIVILISEEVerslafin de 1923,unedame anglaise,ladyDorothy Mills" faisaitannonceI' dans lesjournauxdeLondresqu'ellesepreparait it entreprendreunvoyage des plusaventureux.AyantparcouruI'Afriquedans tollS les seus surles traces de Livingstoneetde Stanley, elle se disposait it alleretudierdansleursrepaireslointainsIes canui hale!d'Haiti, gardiensdespures traditions africaines.Et.pour defendre sapeaucontreces negres haitiensqu'elleimaginaitfriandsdechairfraiche, elleemportaitdi sait-elle aveccranerie-unhrowningdans son sac it maIn.Lahardievoyageuse debarquaIt Port-au-Princeparunbeaumatinde decemhreetfut tresetonnee den'avoirpas it seservirde son arme.Tout Ie mondeavaitlu son interviewets'en eta itfort amuse. Comllleonla sa"'ait d'excellente famillebritannique,oninvita aYec empressementladyDorothyauxgrands hals de.Ia saison,auCercle BellevueetauCerclePort-au-Princien;elle v dan sa infatigahlement.Unsoil',aucoursd'untango nant,son cavalierluiglissa it l'oreille:I-Madame, avez-vous penseit vouslllunirde ,,"otre petitrevolver?raidesinquietudes...Je voi. tantd'homll1esvousdevorer... des yeux.-172-

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Lady Millsritde bonereur de cet avertissementetne semhla nullements'emouvoirdudangerqu'ellepouvaitcouriraumilieudeces hommesenhabitnoireteneravateblanche,galantsetempresses,quineluiparaissaient guere differentsparlesmanieresetl'educationdes mon dainsqu'elleavait rencontres dansles salonslondoniensouparisiens.RentreeenAngleterre,elleracontaavechumourdansungrandjournaldeLondresson aventure...manquee.Onluiavait presente Haiticomme Ie pays delaiuagie etdecritsonpeuplecommeunenationde possedes, en etat permanentde criseepileptiforme.Aussi s'etait eUeattendue it trouver it chaquecoin deruede nos villes,danschaquevillage de nos plaines,danschaquehabi tation de nos montagnes, des groupeseperdusde dan seurs deSaint-Guy;danschaquehutte,d'horribles me geres lippuesfaisantcuiresurungril grossier des creurs d'enfantsoudes cuissots denourrissons volesit leursparents;danschaquejardinde nos campagnes desequipessilencieuses detravailleurs:zombis, viens-viens, corps sans-ames. sarclant,bechant,peinant,sous lesordresdequelqueconll11andeur farouche. Comme eUe se desolait dequitterHaitisansavoirrien vu de ce qu'eUe y etait venuechercher,des amis complaisantsvoulurentdonner it ladyMills Ie spectacled'unedansedeVaudou.Etcequ'ellevitluiparutbanaletinoffensif: elleavaitassiste,enAfrique, it des ceremonies pluspittoresquesetsurtoutplusexciting.L'impressionqu'ellegarda de cetteprise de contact avec Ievaudouhaltienfutquece culte aperdulaplupartde ses caracteresoriginauxetqu'il est devenupourlagrandemajoritedes fideles un.jeu, ailezgrOi-173-

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tsier etrepoussantparla desdanseurs,un diver tissement oil nostravailleurs,fautedemieux,vontchercherchaquesamedi, apres Iedurlabeurdelasemaine,ladetentesinecessaireaucorpset al'ame. DansIe populaire,pratiquerIevaudou est synonymededanserIevaudou.VoicicommentIeDr. Leon Audaindecritcette lanseduvaudou:Acertainesepoquesdel'annee,oninllnole des boucs, des moutons,despouletsetdespintades...pourlesmanger.Onboitdutafiad'unemaniere Onlanseausondutambour,delaclochette,dutriangleetducata.Onse liueit destoursdeprestidigitationassezrelllarquables. Cesceremoniesoil secomplaisentnos gensdupeupleetparticulierementnoscampagnardsnesont par; neamnoinsCODlpletementinoffensives.Leurdanger,remarque Leon Audain,consistedansl'abrutissementperiodiqueetin tense,dansl'excitationllerveuse des servantes,troppropre it engelldrer des nevroses tellesquel'hysterieetl'epilepsieet,dufait meme de ces lleVrOSes, certainessug gestionscriminelles,plusrarescertainementquOonnepensemaiscependantpossibles. Le Dr.Louis Mars, professeurdepsychiatrie,a confirme cette conclusionduDr.Audainparlesnombreuses observations qu'ila recueiI liessurdes cas de deIire paranolaque itthememystique greffesurunepsychose alcoolique. Qu'it cesdivertissementsgastronomiquesse mHent despratiquessuperstitieuses,personneneIe nie. Mais comments'etonnerquedespaysansignorantsattribuent a des causesmysterieusesles evenements heureuxoupeniblesquileurarriventetdontilsnepeuventtrouvereux-me mes l' explication?lIsnejouissentence domaille d' aucnn-174-

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inonopole. L'homme sesentenserre dans untelreseau de forces invisi'bles qu'il envient tresvite, soustoutesles latitudes, a croirequedes influences occultes sefontlesartisansdesonbonheurou'desesmalheurs. C'estla unetendanceuniverselle a laquelle,malgrelesprogresdelascience, n' echappepasentihement jusqu'a present.Dusentimentdefrayeurquelespremiershommesont eprouve devantIedechainementdesgrandesforces destructricesde lanatureest ne cequelesethnologuesappellentlamentalitemystique, c'esta-dire cettedispositionintellectuellequiconsiste a rapporter,soit a des causesabsurdes,soit a desinterventionsdeforces occultes, les phenomenes lesplussimples, lesintemperies,les acci dents, lanaissance,lamaladie,la mort, lachancedansIetravail,etc.M.Larock,professeur a rEcoledesHautesEtudesdeGand, ecrit: Les idees desnon-civilisessurtouteschosessontd'originecollective: Iegroupe,clanoutribu,lescommuniqueetlesimposenevarietur a sesmembres.Ces idees sonttoujoursplusoumoins penetrees d'affectivite:craintes,desirs,amoursethaines s'y melentintimement.Cettementalitemystiquea donne naissance a Ia magie, quipretend,pardes moyensbizarreset mysterieux, produiredeseffetscontrairesauxloisnaturelles.Onne s'e tonnerapasquela magie se soitparticulierementassocieeauxcroyances religieuses desAfricainset qu'elle aittrO'u ve unchampsinguIierementfavorableparmiles negresimportes it StDomingue:MoreaudeSt.MerycOllstate,eneffet,queles sorciersetaientnombreuxdanslacolonieparcequeles roiteletsdela cote d'Afrique,quienavaient-175-

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grand'peur,Iesvendaientyoiontiersauxtrafiquants d'es claves.Onnesaurai'tdiretoutefoisqu'il n'y aquesuperstitionetmagiedansIeVaudon haltien. Le Dr.Jean Price-)'1ar;; aetabli,dalls sonlivreAinsiparTal'Onele,queIeYaudoncomportedanssasubstance les elements d'unereligionprimitive.A sontour,IeDrLouis Mars, dansune etude publieedansIeBulletindu Serviced'Hygiene demars1937sous IetitredeSyndrome et Croyances Vaudoulques,a defini IeVaudou<
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/ dissipationetde debaucheoit elleentretientune partie denostravailleursruraux;parles ten.ebres dontelle enveloppel'esprit d'un tropgrandnomlu"e denosCOl1lpatriotes;parlessuperstitionsquisepropagent it son omhre.Elleestsurtoutredoutable par l'exploitationque l'eu-anger enfait contre nous, par ['annequ'ellemetauxmainsdes e1lnemis denotrerace.AuxHaitiensquineIesavent pas oul'ontoubliejerappellequel'AmiralKnappnecraignit pas, dansunrapportofficielde1919, d'accliser toutlepeuplehattie1l de pratiquerIe et d'etreplus oumoinsanthropophage,afin detrouverunsel1lblantdejustification it l'occupationmilitaire de notrepaysetauxfaitscriminels qui avaientprovo quel'enquete Mayo ...LeVaudoupeut etre unobjetd' etude pourles savants, haitiens ou etrangers, quieherchent l' explicationdes faits sansaucunement s'inquieter deleursrepercussions socia lesoudeleursconsequencesmorales. IInepeut etre un .,objet de foipourIepeuple ha'itien, qui a atteint,danssa majorite, undeveloppeumtmentalquineluipennetpluslIe croire, coml1le it des veriteseternelles, au <
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leursdescendants, unproduitpurdelaracenoiredontcelle-cinepourraitjumais sedetacheretquineserattacheraitlui-meme it aucunautrecultepratiquedansl'antiquite.Les Haltiens seraientainsi, a causedeleursangafricain,eternellementasservisauVaudou,reli gionprimitiveprofesseepardes <
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qui, danssaConstitutionde 1801,declarait queIareligioncatholique,apostoliqueetromaine laseulepubliquementprofesseedans Pile. LaConstitutionrepublicainede1806repritlapenseedugrandPrecurseuret decreta queIareligioncatholi que, apostoliqueetromaine, hant celle de la majorite detOllSles Haltiens, est lareligionde I'Etat. LaConstitutiondeChristophede1807ditformellementquelareligioncatholiqueetromaineestseulereconnueparIegouvernement. L'exercice desautresest tolere maisnonpubliquement.;> Ceserait.unsacrilegedetaxerd'impostureToussaint Louverture, ChristopheetPetion.Vhistoirene revele aucun fait,it llla connaissance,quipuissefairedouterdeleur sincerite. LeRoiduNordfitconstruirepoursonlogement,llOnpasunecase-obus it la des Mo nogousduLogoneafricain,mais, itl'instar deLouis XIV, unpalaissomptueux,avecunechapelleroyalequeIePresidentVincentafaitheureusementrestaurer.EtIemunificentmonarqueappelades Anglicanspourdirigerses ecolesetdes insLitutricesamericainespourinstruireses filles,tandisquedans I'Ouest Petionaccueillait it brasouvertsles Wesleyens.Ni run ni l'autre -noiretmu Hitre -ne penserentit eleverdesautelsauxdieux d'Afri queou it instaureruneculturebantoueoumondongueconUllemieuxadaptee it lamentalite(Ielajeunenation.Ilssavaientque,pour medter degardersaplaceaumilieudesnations civilisees,HaIti devait etre etrester chre tienne.Elleestlaterre d' Amerique on lapremiere cere moniecatholiquea ete celebree, cequifait d'elle lafille ainee de l'Egli;e dansIeNouveau-Monde. Aussi Ie -179-

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PresidentGeffrard, descendantduLiherateurdu Sud quifutrundesplusauthentiques heros del'independancenationale, etaitil dans Ia vraietraditiondenotrepaysquandilcouronna l'reuvre religieuse de nos Ancetresensignant Ie Concordat de 1860pourl'organisation de l'Eglise Catholique d'Ha'iti. RefIechissezit ceque seraitdevenue Haiti si ses crea teursnel'avaientnettementaiguillee dans Ia voie deIacivilisationmoderneetqu'ellese rut transormeeenun Uot dahomeen, aucreur desAmeriques:aujourd'huiIeConseil de Tutelle des Nations Unies seraitentrainde d6lih6rer sur ion sort ... -180-

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8 avril1947.DESSALINESAPARLED'unelettreque j'ecrivais deParisauPresidentDar tiguenaveenseptembre 1921 j'extraisIepassagesuivant:...Unjeuneredacteurdel'Intransigeantestvenumefairevisite cesjoursdernierssous pretexte de me preloienter lee compliments de sonjournal it l'occasion de rna nomination conune ministred'HaitienFrance.Aucours de laconversation,ilmedemandsincidemll1ent si Iemot negre avaitunsens pejoratif.Ieluirepondisqu'iln'en etait rienetque,Ieton faisallt la ehamon, Ie mot pro nonce d'unecertaille maniere pouvait etreconsidere comme desobligeant.Jcluidis que les Haitiem s'appellentvolontiersNoirsparce"quenoir,quiformeundoublet avec' negre derive comll1eluidulatinniger,est deformationplus etant d'origine populaire. Les Americainsemploient eux-memes Iemot colored ouNegro: it cederniervoca'ble Hs donnentunsens neUementinjurieuxenIe nigger. Monvisiteur fit denotreconversationl'objetd'unpetitarticle dans Ie queli1rapporta,de assez inexacte, les explicatiol18 quejeluiavais donneessurce sujet d'ailleurs de mince importance.J'envoyai itl'Intransigeant unelettre de rec tificationdontilnepubliaqu'unephrase...Lesujet retait de minceimportance it Paris mais non -181-

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pas en HaIti,OU Iemoindreincidentnous duMidietdemi-prenddesproportionsextravagantes.Onm'accusadans,lapressehaltienne d'av()ir <
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les ancetres contribuerent dela fal;on laplus' efficace al'ipdependance d'Haiti.V oici les noms glorieuxquifigurentaubas del'Acte immortelqueDessalines,entourede ses lieutenants,reomit a BoisrondTonnerrepour etre luauPeupleet al'Armee encematinmemorabledulerjanvier1804:Dessalines(noir), general enchef;Christophe(noir), Pe tion (mulatre), Clervaux(mulatre),Geffrard(mulatre),Vernet(mulatre),Gabart(mulatre), generaux de division;P. Romain(noir),E. Gerin (mulatre),F.Capoix(noir),Daut(noir),J.L. Franl;ois (noir), Ferou (mulatre), Cange (mulatre),L.Bazelais(mulatre),Magloire Ambroise (noiI'), J. J. Herne (muHitre), Toussaint Bra ve(noir),Yayou(noir), generaux debrigade;Bonnet (mulittre), F.Papalier(mulatre),Morelly(mulatre),Chevalier(mulatre),Marion(mulatre),adjudants gene raux;Magny(noir),Roux(mulatre),B.Loret(mulatre), Quene (mulatre),Macajou(mulatre),Dupuy (muHitre), Carbonne(mulatre),Diaquoi aine (noir),RaphaelMalet(mulatre),Derenoncourt(mulatre),officiers de l'armee, etBoisrond-Tonnerre(mulatre),secretaire.L'autresecretaire de Dessalines etait JusteChanlatte(mulatre).IIavait redige uneproclamationquinepa rutpas suffisamment violenteau general enchefpourla ceremonie dulerjanvier. Mais ilpritsa revancheenecrivant la fameuse adressedu28 avril 1804pourjusti fier Ie massacre general des blancsordonneparDessali nes.OnaccusePetiond'avoir,par prejuge de couleur, re fuse lamainde Celimene queluioffraitI'Empereur.Des salines, qui.admiraitetestimait Petion, voulaitfaire-183-

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de celui.ei 80n gendre. Mab PeLionnepOllvait accep tel' pareillepareequ'ilavaituneeompagne,MadamelouteLachenais,qu'ilaimaiL beaueoup etparcequ'ilsavaitqueson aide.de-camp,IeCapitaineChancy.neveude Toussaint LouL'ertllreetlui-memeaussill1lmu latre,etaitengage avec lajeunefiUeetavait euawe elle desrapportsintillles. Cetteidylletragique, que LiautaudEthearta dralllatiseedans \apiece LaFille de l'Empe. reur, lllontre Lienqu'ilnes'agissait pas silllplementpourDessalines (l'unir laprincesse a un muHltre mais de s'as. surerla fideIitedePetion, dontI'influencepolitique etait grandedansl'Ouestet dans Ie Sud.Ona donnea cetepisodeunetelleimportancehistorique que je veux reproduireici les passages que ThomasMadiou y a consa cres danssonHistoire d'HaIti, 3"volume. page22l.Le general de division Petion avait dans son etal majorunjeuneofficierinstruit.d'unehautetaille,hienfait, elegant, ayantunenoLle figure, qu'ilaffectionnilit beaucoup. C'etait IeCapitaineChancy, age de 23 am, Heveu deToussaintLouverture... Des 1802,laprincesse Celill1ene aill1ait avec palision IeCapiLaine Chaney. Celui ci,quirepondait a sonamour,l'appelaitsa fiancee 'a lacourdeToussaintetdisait 130m elit a Dessalinesqu'ildeviendraitun-joursongendre. Dessalines etait alors tresflatte desattentionsqueportait it sa fille Ieneveudugouverneur.Maisdepuisqu'il etaitdewnu ell1pereur,ils'etaitprononcecontrecemariage,en deelarant queson sang ne se melerait ja11laisavec celuide Toussaint LOll' verture.ChancyavaitI'hahitude de se rendre aMar chand toutt's les foisqueIe general PeLiony expediait des depeches. Ces voyagesduPort-au-Prince a lacapi.-184-

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taleimperiale plusfrequents.IIrenoua clan" destincmentses liaisonsaveclafilledeI'empereuretlesrenditsi etroitesqueIebruitcircula qu'elleetait devenueenceinte.Cebruitparcourutlaprovincede I'Artibo niteetparvintauxoreillesdeDessaliries. E:elui-ci se sen titoutrage:il n'eut jamais pensequ\m deses sujets eutmeprise lamortaupointdeporterIedeshoDneurdanssa famille.IIserenfermadansson palais, tellementexas pere quelaplupartdeses amis lesplusintimes n'oserent I'approcher.IIformaitmilleprojetsdevengeance:tan tot ilvoulaitfaireperil'sa fille.tantotilvoulaitmander a MarchandIecapitaineChancyetIe livrer, sous ses yeux, auderniersupplice.Pendant qu'iletait enproieacescruellesetdouloureuses pensees, Mentor (noir,runIe ses secretaires), au queln'echappa jamaisl'occasion deIeporteraumalpourIeperdre, s'approcha deluietluilit: -Sire, jeres senstoutevotredouleur.Cetaffrontnepeut etrelave quedansIesang:un mllUitre seltZ pouvaitconcevoir I'af freuse ideeac jcterIedeshonneurdanslafamilledeVotre Majeste. undeses sujetsnoirs n'eut com lUis untelcrime!Dessalines fit unprofonlsoupir:IeIlIOtdemulatresortitdesa bouche, avecaigreur,pourla premierc foisdepuisIaproclamationdeI'independance. Saget, (mulfltre)venere dansIequartierdel'Artiho nite, quiluiavait sauve Ia vie a l'epoquedes .(collUDeMmePageot,mulfltresse),serenditaupalaiset decalmerDessalines. (<,Sire,dit-il, nousparta.geonstoutesvosdouleurs;mais I'offense queVotreMa jeste a n'estpas L'Empereurseleva-185-

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etvoulutIe chasseI' de sa presence.-Pardon. Sire, continuaSaget;non, l'offensen'est pasirreparable.La son verainetequevous exercez vous perInet cequenepourraientfairelaplupartdes peres de famille dansnnt> pareillecirconstance:donnezIamaindelaPrincesseanCapitaineChancy.Dessalines s'ecria pleindefureur: IIne l' epouserapas!Peudejours apres, Dessalines ellvoyaenmissionanPort-au-PrinceIe colonelDaran,deson etat-major, avecunecompagnie de dragons commandeeparProphete.DaranetProphetelaisserent]es dragons it la Source-Matelasetentrerentseuls it Port-an-Prince.Germain Frere, COIllmandantdel'arrondissement,mandaaussitotenson bureauIecapitaineChancy. II annon;a aujeuneofficier qu'il seraitenvoye it Marchand aupres de Sa mais qu'en attendantsondepartilseraitemprisonne.DaranetPropheteIeconduisirent it la geole etIefirentmettreaucachot. Desque Ie general PetionappritqueChancyavait eteincarcere, illuienvoya sesproprespis toletsdepochedansuneboite it mangeretluifitdire que,l'Empereur persistant it nepasluiaccorderlamainde sa fille,Hneluirestaitplus qu'it sedonnerlamort.Danslanuitquisuivit, des dragonsquietaientdeservice it la geo Ieaccoururentaucachotduprisonnieraubruitd'une de-. tonation.Chancy s'etaitote lavie d'ul1coupdepistolet. Petion,apres enavoiravertiGermain Frere, fit transpor terIecadavre pres de sademeure,dansunemaison,rue Americaine, pourluirendreles honl1eurs funebres.Le corpsdemeura expose, pendanttoutelanuit.Desdamesetbeaucoupdejeunesfilles firent des prihes et ('hante rentdes cantiqueiJjusqu'aujour.Desmalilltentionnes-186-

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firentcirculer le hruit voulait massacrer leshommesdecouleur. Dejeunes noirset quiaimaientPetionetsavaientquelesjoursde ce general pouvaient etrese reunirentengrandnombrechezluietydemeurerellt ce qu'on eutdonnese pulture it Chancy.Enseduisantlafille de cetinfortunejeullehomme s'etaitprecipite de sonpropremouvementaudevantdelamort. Des Dessalines _it semontrersourdementhostile it Petion,quoiqu'il eut enfincompris -Ie refus qu'avait faitce gene ral delamainde sa fille. part,il entreDessalinesetMentorunesigrandeintimitequecelui-cipartageaitsonlit... LaracedesMentor pasmorte,eteUecontinuesonhorriblebesogne de divisionparmiles Haitiens.Et 1'0n ecoute d'uneoreille complaisante sesmechantspropos jour sevoyantelle-memeendanger,dIecrieanathemecontreceux accablaithierde ses louanges hypocrites. Cenoirdela ce quiavait ete pendantsi longtempsIe,conseillerperversde quandilvitabattrel'Empereurau dit it haute voix:Letyranestabattu.Vivelaliberte!Vivel' ega. lite!(Thomas Histoire 3e. volume, page288).Maisils'accomplit egalement ce jour.lit l'un des plusbeauxactes denotre'histoire. Dessalinestomhantsousunedecharge generale demousqueterie Amonsecours,Charlotin! Et tandisquetous lesautrescompagnons del'Empereurprenaientla Ie ColonelCharlotinMarcadieuxseprecipitasurluietIecouvrit-187-

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de'soncorps. Maisilexpira, dlt l'historien,la tete fendued'uncoupde sabre. CeCharlotinMarcadieux etait un muliltre! C'estunmalheureffroyablepourHaIti que la premiere pagedesonhistoireconllnenationait etetachee dusangdufondateur meme de sonindependance,etricnnepourra''justifierauxyeuxdel'historienIes exces sanguinairesquisuivirentIecrimeduPont-Rouge. Mais c'est uncrimeaussigrandd'enrejeterIaresponsabilitesurtousIes contemporains muliHres deI'Empereuretsurleursdescendants it l'infini.L'hommequis'acharna avec IeplusdecruautesurIecadavrede Dessalinei:', ce futYayou. gene ralnoir.II senlit evidenllnentde Ia plus abominableinjusticedemettresOnhorribleforfaitaucomptede tous les Ha'i'tiens noirs,presentsetfuturs.La \erite historiquenousoblige a reconnaitrequenoirset lIlulatres, rassem hIes autour de Dessalinesou ligue;, contrelui.ontleurpart dercspomahilite dansles eVellt'IlICnts douloureuxdespremiers tempsde notrehistoire(1). Mail' leurs de:-(l)Ondiraitquelesfaitsdel'histoiresesontarrangesd'eux memes pourruiner a l'avancetoutetentativedes politiciensd'exploiterauprofitdeleursambitionspersonnellesl'actesanglantduPont-RougeenIepresentantcommeuncomplotdes mulatres controIeNoirDessalines,.AusortirdeSaint-Marc, ecrit Madiou,-l'Empereurrencontrasurlaroutel'undesesaides-de-campDelpeche (muliitre) qui,fuyantl'insurrection, etait partidePetit-GoiivepourIerejoindre.Celui-cil'exhorta a n'entrer a Port-au-Prince qu'a la tete d'unearmee.Sansluidemander a.ucun renseignementsurcequ'ilavaitlaissederrierelui, Dessalinesluiditavecfureurqu'il etait untraitreetluicommandadesartiI' desapresence,luideclarantqu'ilnevoulaitpasIe voir.IIcontinuasaroute,conduitparuneinexorablefatalite. Delpikhe, consterne,s'acheminasurSaint-Marc,yentra,changeademontureet, guide paruneaveugle fideIite, s'elan---188-

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cendants,noirset llluliltres, doiventserappelerlesparolessolennellesqueleuradressait Dessalihes lui-memedansson messagedu28avril1804:Noirsetjaunes... vousnefaitesaujourd'hui qu'.un seultout,qu\meseule famille ... Memes calamitesont pese survos tetes proscrites, ... me mes interets doiventvousrendre it jamais unis, indivisi hIes etinseparables.Maintenezvotreprecieuseconcorde, cetteprecieuseharmonieparmivous: c' est Ie gagedevotrebonheur,devotre salut, de vos succes; Ie secret d'etre invincibles! L'accord duNoirDessalineset flu MuliltrePetion auHaut-du-Capenoctohre1802rendit pO'ssiblesl'indepen dance .d'HaHirtIn constitutionaucentre desAmeriques!:aa lasuitedel'Empereur;mais,avantqu'il l'eiH atteint,ilfut baYonnette vel'SLanzacpardessoldatsdela 4eme quisuivaientlagranderoutesouslesordresduColonelLouisLonguevalle (muliltre).> SiDessalinesavaitsuiviIe conseildumuIii.tre Delpikhe, ilneseraitpas tombe dansIe piege duPont-Rouge.Etilauraitde me me echappea lamorts'iln'avaitpas mis sa confiancedansIenoir Gedeon. .L'Empereur, ecrit encoreMadiou,ordonnaauColonelThomas(noir)etauChefdebataillon Gedeon (noir)del'attendreauPont-Rouge a undemi-milledePort-au-Princeavecsixcompagniesd'elitedela 3eme demi-brigade...Quandceux-ciarriverent a destination, Us furentfaitsprisonniersparles generauxGerin(mul:fttre), Vaval(noir)etYayou(noir)...LeColonelThomas,quimontradel'hesitation a seprononcercontreDessalines,futconsigneaubureaudelaplace.LeCommandant Gedeon, quiaccueillitfranchementl'insurrection,futaussit6t placea la tete dela 3eme ... Gedeon fitsavoir aGerin quel'Empereurluiavaitordonnedel'attendreauPont-Rouge:ilajoutaqueDessalinesluiavaitditqu'avantd'entrerauPort-au-PrinceitvoulaitIe decou vrirdebout a ceposte...SurlesinstancesdeGerin,ilsedeshabillaetdonnasonuniforme a unofficierdela 21eme de Leogane de meme corpulencequelui....L'historienTimoleonC.Brutusa juge avec severite laconduitede Gedeon quilivraauxins urges Iesecretdel'EmpereuretpermitIedramesanglantdu17octobre1806 . (L'Hommed'Airain,2e. vol, pages231-248). 189 ""'-

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d'une nation haitienne, quines'estmaintenueetnepourraselllaintenirvivanteetlibrequeparlacooperationharlllonieusedes elements ethniques dont eUe est compo see. MalgreladiversiteetIe dosageplusoumoinshalancedeces elements, sons desdehorsparfoisdisselllhiahes tenant it desparticularitesphysiques, Iepeuplehaitienconstituehienunenation, c'est-a-dire unensembled'individusayantdes souvenirs COlllmunsdansIe passe etteonusdes'adapter a unensemblede circonstances geographiquesimmuahles.AyantfaitensembledegrandeschosesdansIe passe. nousdevonsnousefforcerdefaireensemble l\euvre quis'imposeaujourd'hui a tous lesHaitiensconscientsdeleursdevoirsenverslapatrie:celIedela regeneration moraleetlllaterieUe denotrepeuple.Legrand pgeme quenousdevons ecrireem;emble, c'estunenationfortephysiquement,spirituellement,economiquement,enrepoussantavecvigueurlesdoctrinesd'anarchiematerialisteetdehaineracialequi,ensepropageantdansnotre societe, tendent a latransformerenchampdebataillefratricideet a ytarirtoutes les sourcesd'enthousiasmeetdefoi. -190""";'

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i6avril1947.QU'EST-CEQUELANATIONHAITIENNE? .. Bon nomhre d'ideescourantesnousparaissent it untelpointfamilieresquenonscroyons les comprendreparfaitement. Mais si ron nousdemande it hrule-pourpointde les definird'unemanieresatisfaisantepourI'esprit,nousvoilaprisaudepourvu.Les motsquilesexprimentsontsouventemployesdansdes sens differents et,aucours de certaines discussions,ilestfortdifficileauxinterlocuteursdes'entendreparcequ'ilsseserventdes me mestermesenleurattrihuantdes significationsparfoiscontradictoires.OLiherte,quede crimesoncommetentonnom!-avaitditcettejeunefemmemartyredevantlesattentats it laliherte perpetres parceuxquiseproclamaientles deenseurs delaliherte. II est evi dentqueIetermen'avaitpas Ie meme senspourleshourreauxetpourles victimes. Andre Chenier,materialiste, athee, n'ayantde foiqueclanslaraisonhumaine, perit surI'eehafauddelamaindeceuxdontilavait exalte laferveurrevolutionnaire et quiavaienttracluit ses idees defraterniteuniverselleenactesdeviolenceetdehaine. N' offre pasunepier re, clit Ieproverhe malgaphe: elletesel'a jetee unjour.MaissurtoutqueI'onexpliquehien les parolesqu'Ol1-191-

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Jetteit lafoule,car
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!ont aupouvoir cela e'estdeja vu!-VOUlI envoyer pourrir dans quelqueprisonouvouscolleraumurenface d'un peloton d'execution ...pour vous obliger a pensercomme eux. Cedernier procede estune iorte d'arg,ument sans replique, mais leiballef' netuentpasla verite.II yalongtemps ditIegrandsavant Mar cellinBouledanssonadmira'hleouvrageLes Hommes Fossiles qu'en Francedehonsesprits,dansIecampdeshistorienscommedanscelui desnaturalistes,ontin siste surcequelaconfusiondes motsrace, peuple, na tion, langue, cultureoucivilisationpresente d' extremementfacheux.Pourtant,ladistinctionetl'emploihienappropriedecesdifferentesexpressionsn'ontpas encore penetre dansIepublic memeec1aire. C'est veritahle ment a tortet a traversqu'aujourd'huiencoreles auteurslespluseminentsetlesplusacademigues,guandilstraitentdesgroupementshumains,seserventdumotracedansunsenstotalementfausse.IIfautbiense pe netrerquelarace,representantlacontinuited'un type, representeungroupementessel1tiellementnaturel,.pouvantn'avoiretn'ayant generalement riendecommunavec Iepeuple,lanationalite,la langue, les mreurs, qui'repondent a desgroupementspurementartificiels, nullementanthropologiques,etnerelevantque de l'histoiredontilssontlesproduits. C'est ainsiqU'illl'ya pasuneracebretonnemaisunpeuplebreton.pas lIneracefran c;aise maisunenation franc;aise, pasuneracearyennemais deslanguesaryennes,pasuneracelatinemaisuneciviHsation latine. Jedii toutdesliite qu'iln'y a pasunerace haltielUle

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l mais unenationha'itienne.Quefaut-ildoneentendreexactementpar race etnation?Dne espece zoologiqneoubotanique determinee ecrit M.PaulLesler,quifutsous-directeurdulaboratoire d1anthropologie du Museum d"histoirenaturelledeParisest susceptibledepresenter des variationsquipeuventacquerirdanscertainesconditionsetdanscertainsmilieuxnnegrandefrequence.Lesindividuspresentantcesvariationsdeviennelltdes varietes; les croi. sementsentreindividusdela memevariete peuventrenodre hereditaires les caracteresquiluisontpropres:la variete devientalorsnnerace.La race estdonclmeva.riationde l'espece pllls oumoins fixee par fheredite: c'estunfaitstrictementbiologique ... Lestypesraciauxont ete depuisles origines modifiesparladoubleinfluence dllmilieuet des'croisements:ceux-ci sesont exerces avecune intensite inconnuedanslesantresespecesanimalesdepuislaplushauteantiquite,etce brassage desordonne des typeshumainsaentrainedepuislongtemps deja ladisparition des races purespournelaisserquedes metis. Dansces conditions. les classifications racialesnepeuventconslitnerquedes essais. II ya vingt-deux ans, jefus invite parla Federation Internationaledes JennessesDniversitaires, prcsidee par M. RobertLange, a donneruneconferencesurl' egalite des races.ParlantIe10septell1bre1925 a l' Athence de Geneve, je disaulloll1breuxauditoirecaucasienque fa vaisdevantl11oi:Vons etes tous des ll1ctis!EtunjeuneNorvegien,dolichocephaleauxyeux bIensetauxcheveuxblonds, se levapourm'approuver.-Lascience --1;--

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\rous donneparfaitementraison, repondit.il.Nomaussi,Scandinaves,noussommesdesmetis.Tousleshommesactuellementvivantssurlaterre,les Ha'itiens commelesautres,sontdesmetis: a ceUeconclu.sionsesontrallieslesanthropologistes,ethnologuesetethnographesquin'obeissentpas a des consideratiom sentimentalesoupolitiquesconuneIefontlesdisciple.auardesduracisme hitIerien, dunordicismedesBilbosduMississipietdu m!grisme dequelques Ha'i'tiens qui,sedisantderacepure,seposentaujourd'huienaristocratesdelapeaunoire.LegrandsavantamericainFranzBoasdisaiten1936:JepensequeceUequestionderaceestparticulierementimportantepourlesEtats-Unis,carici egalel11ent les gensdeviennentfous(crazy).Elleestencemomentsi aigue qu'onnesauraitenparlertropsouvent.Onconfond heredite individuelleavec heredite raciale.L 'heredite individnelle est nne realite scientifique, mail" parler d'heredite racialeestunnon-sens. CequenousconnaissonscOl11merace est engrandepartieuneaffairedemilieu .. IIn'yapasde race pure.Touteslesracesenropeennes !;ont des melanges desangs divers.L'Allemagneestrun des groupeslesplus mctisses d'Ett\"ope, etc 'est uneparaiteabsurditeqnedeparlerd'uneracegermanique.Lacouleurdelapeaualongtemps servide base a laclassification desraceshumaines,ct c' estccHe classificationqueron retrouve encore dans laplnpartdesmanuelsdegeographie.Maisnous Eavons -etilfautIe repeter souventen Halti -quelacoulenr de lapeaun'aen'ceUematiereaucunevaleurcapitale. M. HenriBerr,directeurdela Rente de SynlluJ.se liistorique, Ie -195-

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ditentermes tres nets:Lacouleurdelapeauqui si long.temps a eteconsideree corumepropre it distinguerles raceshumainesneconstitue,aupointdevueanthropologique,qu'uncaracteresecondaire.Lapsychologie desgroupeshumains, si elle estenrapportavec tels caracteresphysiques,neleurest pas lice. Alalongue,lacouleurdelapeanpeutn'exprimerquedes conditionsplusoumoinsabolies;elle abeaupersister:desconditionsnouvellesontproduitleureffetinterne.C'estnnegrosseerreurdevouloirfondersurunconceptaussiincertainetdisons-Ie aussi antiscientifi.quequeceluideraceuuetheOliequelconquedelanation.LeLarousseecrit:Unenationestunereuniond'hommesayantuneoriginaliteetunelanguecommunes,oudes interets longterups commune. Maisilfaitjuste.mentobserverque, homogtmes dans l'antiquite, les nationsde nosjours resultent Ieplussouventdepeuplesdivers. Cequicaracteriselanationmoderne,c est lacommunautedesentimentsquisemanifestesurtoutparlacommunautedelangueoudereligion.Quepouvonsnousconcluredecesconsiderationsencequiregarde HaIti? C'estque,toutd'abord,ilseraitabsurdedeparlerd'mieraceafricaine d'Ha'iti. II n'y apasderaceafricainemais des racesd'Afrique ou, pourparlerplusscientifiquementd'apresIesavantanglaisSirCyrilFox, despeuplesougroupesethniques,quiontfournileurscontingents it Saint-Domingue:Bamba ras, Senegalais, Mandingues,Quiambas,Congos, Aradas.lbos, Fouedas, Dahomets,etc.Et meme quandonparlederacesafricaines,ilnefautpasoublierqu'il y adei -196-

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Africainsblanes etqu'il existe hoI'sd'Afriquede nombreuxpeuplesnoirs.Lebrass age des contingentsdediverses originesethniquesimportesd'Afrique it Saint-Domingueetleur me langeavec lessangs (normand,hreton,picard,angevin,bourguignon,gascon,poitevin,basque, etc, laFrance etant aupointdevueracial rune desnationslesplus bigarrees dumondequoiquelaplusunifiee)ont amene Iepeuple ha'itien a unmetissageextremementcomplexe.LeDrJ.C.Dorsainvil ecrit: Lepeuplehai, tienestauxquatre-cinquiemesc'est-a-dire 80pourcent-unproduitdemetissage.On rarementchez Ietype haltien,dims leur puretepremiere, les ca racteres anatomiquesdominantsdelaracenoirequiparticulierementcontribue a laformer.Ce metissage si rons'en rapporteaux recits des voyageursquivisiterentI'Afrique des Ie17esiecle -avait deja commencepourlaracenoire. J'ai moi-meme montre, dansuneconferencefaiteen1903surlaformationethniquedelapopulationdeSaint-Domingueetreproduitedansmes Pages d' Histoire,combienfurentnombreusesdanslacolonie lesunions,legitimesetplussouvent illegitimes, entreblanesetnegresses. Lesrelationsentreblancset sangs-meles, entrenoirset sangs-meles, entre sangs-meles et sangs-meIes eux-memes, ont donne naissance a laplusrichegammedecouleursque ron aitjamaisvuesreuniessurunepalettehumaineetdontMoreaudeSaint-Merya tente, avecquelquefantaisie,defaireladescriptionimpossible. Ccs differencesdecolorationdelapeau. n'ont d'ailleursaucunesignification psychologique.Onles constatesouvententre freres et sreurs du meme lit.-197-

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Ceseraitune ahsurdite plusgrandeencore de croire it Pexistence d\me racehaitienTIe. Cequi existe,c'est ungroupeetlmique,infinimentbigarre.quiformelaNation Ha'itie1l1IC. Et ('cUe nationjela definis: <
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Detousces elements quiformentlanationalite hal tienneest ne Iesentimentnational, d'ou.derive pourHaitilavolonte de durer, c'est-it-dire devivreengardantsapersonnalite.Cettevolontededurer s'est manifesteedansIecoursde l' existencedelanation haltienne parlesreactionsde son instinctdeconservationcontreles actesquipouvaientmeUreen peril sonautonomiepolitiqueetspirituelle.IIfautqu'onIecomprenneetquelesbons Ha'ltiens, noirset mulfttres, aientIecouragedeIecrier it touslessourdset it tousles aveugles:Ceuxquicherchent a affaiblir les liens de solidaritequiunissent les elements de la nationalite ha"itienne soit en excitant les noirs contre les 1nuliitres, soitenopposant les classes sociales les unes'-aux autres, soitensattaquantauxforces vives, cultureetreligion,quisont les assises spirituelles de la nation depouillent Haiti detoutIeprestige moral queson his to ire lui a acquisen Amerique etluifontperdre sa personnalite dansIemondecivilise. Ils travaillent contre la patrie haitienne. -199-

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22avril 1947. LESETEIGNEURS D'ETOILESLe8novembre1906. Rene Vivianimontait it latribunedelaChambre desdeputes et prononl;ait, pourjusti fierlacreationdn ministere duTravaildontil etaitIe premiertitulaire,un disconrs reste famenxdans les annalesparlementaires de laFrance.Tousensemble, disait-iLparnos peres, parnos aines. parnous-memes,nonsllOllSsonlluesattachesdansIe pas seit uneceuvred'antielericalisme. it nneceuvre d'irreIi gion.NousaVOllS an'ache les conscienceshumaines it lacroyance,Lorsqu'unmiserable, fatigue dupoidsdujour.ployaitles genoux,nonsraYOnS releve, nousluiavonsdit quederriereles Images iln'y avaitqne des chill1eres. Ensemble,etd'ungeste magnifiqne.nons avons Heint dansIe ciel des lumieres qu' on nl' rallnll1era palO. Lemalheurenx!IIcroyaitdans son folorgueilavoireteintlesetoilesduciel,etiln'avaiteteintqueIeslu. mihes deson ame. Les etoilescontinuaient it brillerdeleurpluspur eclat quand Rene Vivianisombra dans les tenebres delafolie,e1 dans cepetithopitalde RueiJ OU desmainspieusespansaientles hlessuresdesoncorps.eut-il,pendant lesrareseclairsde saraison,Iesouvenirdelaphrase sacrilegequ'iid'nne tribuneretentissantecontreDieuet ('Dnlre Iechristianisll1e?--200-

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Souspretextede creer unordredemocratique,de pre tendusreformateurssont venusquise sontattaquesavec rage a lareligion chretienne et meme ausentimentreli gieux.EtcependantIeplusfarouchedes sectaires,l'adversaire{eroce de l'EgliseenFrance,l'hommequiintroduisitladelation dansl'armeefranC1aise, EmileCombes, disait, Ie26janvier1903, oil laChambre:Nous avons declare quenousnoustiendronssurIeterrainduCon cordat.Pourquoi?ParcequenollS considerons les idees religieuses,queles Eglisesrepandentetqu'ellessontles seules a repandre,comme des idees necessaires. Nous les considerons a l'heureactuelle comme les forcesmoraleslespluspuissantes del'humanite.Rienn'estplusjuste.Aucunenationnepeut etre assn ree devivresi ellen'adopteunepolitiquequitiennecompte. de ceshautesvaleurshumainesdanslesquelles, comme IeditDurkheim,s'exprimelacivilisation. Auennenepeutprogresserqueparunajustementdela realite nationale a des finssuperieuresdemoralite.Or,c'estdanslareligionchretiennequesetrouvelaformulationlaplusimperativedeces regles deconduite1mmaineetdemoralesocialequis'imposent a toutgroupementd'individusetspecialement a toutedemocratie.Lagrande leC10n chretienlleestcontenuedanseeUe roleduChrist:Aimez-vous lesunslesautres,carvous etes freres. Egalite des hommesetdes races, justicepourtous,fraterniteetcharite,respectdelavieetdubiend'autrui,1110nogamiequiconfereunedignite a lafemmeetassurelaconstitutiondelafamille : voila, commeIe constateM.OctaveRomberg,quelques-unes des conquetesprecieusesqueIechristianismeaapporteesau-201-

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mondeetquiseraientpourlespeuples, s'ils pouvaienttousles posseder,unincontestableprogresmoral,intellectuelet social. C'estpareequel'Eglise a toujour,. pre chel'amour entreleshommeset l'egalite entreles races (elle a admisparmisesbienheureuxIe negreMartin, l'undes saints lesplus veneres duPerou); c'estparcequ'ellesefait l'apotre infatiga'ble delapaixinternationaleetdelapaixsoeialequ'elletrouveliguescontreelletouslespartisansdesdoctrinesdehaineetdeviolence fondees sur l'inegalite des racesetsurlaIuttedes classes.Queseraitdevenuelacommunaute haltienne,EOrtie parlesarmesetparl'incendiede l'esc1avage Ie plus abrutissant, nee parconsequentdansIe chaos, si ellen'avaittoutdesuiteado pte lesnormesde Ia civilisation chre tienne? C'esta cette civilisationchretiennequ'elledoitincontestablementIes progresqu'ellea accomplisaumilieudestumultueuses peripeties deson existence nationaleetquiluiontpermis de tenir son rangavecdigniteetparfoisavec eclat dansla societe desnationscivilisees.Etvoicique,souspretextequenotrecommunauten'apasencoreatteintIaperfectioneconomique,on veut Iadepouillerdetoutes les forcesspirituellesqui eleventl'homme au-dessusde l'animalite etIefontparticiperauxjoies divinesdel'espritettlu creur! Pourlaconduire oil ?OnneIeditpas, mais nons neIe savonsquetrop: a Iapiredes servitudes.Levieux liheralqu'etait Clemenceau. se fa isantau Senat Ie deenseur delaliberted'enseignement
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onteruquee'etaitpour s'affranchtr. Pasdutout.C'etaitpourchangerdemaitre.Qui,nousavonsguillotineIeroi:Vivel'Etat-Roi!Nousavons detrone'le Pape:Vivel'Etat-Pape!Nous chassonsDieu:Vivel'Etat-Dieu 1 Etcommel'Etat,enRussie'sovietiqueparexemple, c'est quelquesunsou meme unseltZ:Vivel'Etat-Staline!ViveLenineDieu!Lareligion aunecategoricd'adversairesextremementdangereux:c'est IafouledesHomais,demi-savants,quartsoudixiemesdesavants,quifontprofessiondelibre.penseeetqui,dansl'affirmationdeleurincroyance,selllontrentplusfanatiquesqueIesplusaffreuxsectaires. Cespauvresgens,quin'ontnicherche it savoirniessaye decomprendreIe secretdeIavieetIe sensdeIamort, prennenl: pourdes axiomeseclatantsIesformulesvidesdesensqueleurbeotislllevoltairien erige enlois lueseteternelles. lIsontIuFreud!Etilsricanent,avecunairde grotesquesuperiorite,de Ia pieted\m PasteuroudeIa conversiond'unHenriBergson.Poureux, Iepenpleha'i'tienn'apasbesoindereligion,ouilpeutsansdangercontinuer it pratiqueI'Ia magieetIeVaudou.Etilya aussiceuxquisedisentdepursartistes. Qu'importe Ii viedevagueshumanites,pourvuqueIe geste soitbeau!, ecrivaitcecabotindeLaurentTailhadeaulendemaindel'attentatd'unanarchiste:pourluiIe geste etait beauparcequ'il etait inutile.Qu'importequelaplusgrandeportiondupeuplehaltienvivedansl'ignorance,danslalllisere,danslasuperstition,dansIa polygamie,danslamaladie,pourvuqu'un poete, unpeintre,unmusicien,unromancierpuissetirer, de eetaffreux unchefd'reuvrequiportera80n-203-

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nomauxquatrecoinsdumonde!Unjour. it la campagne. "Baudelairevituncheval creve devantlequelilpassaviteensebouchantIenez:de cette scene repugnanteil fitunbeaupoeme:La Charogne.Ehbien,au risqued'etre traitedebarbare,dephilistin,de sale bourgeois,jedis:Tantpissinousn'avonspas deBaudelaireoudeGoyapourchanteroupeindreces charognes!"Ellesdoiventdisparaitredelaviehaltienne.Unnoblevieillardque rai beaucoupconnuet venere dansmajeunesse,Rallienauthentiqueet chretien fervent,DulcineJean-Louis,pensaitcommemoisurcepoint. Des populationsde nos plainesetde nos monta gnes,personne n' avait sumieuxparlerparce que, ayant vecu ettravailleaumilieud'elles,ilconnaissaitmieuxquetoutautreleurssentiments,leurscroyances,leursbe soins,leursaspirations. II lesavaitvues avides depro gres, abandonnantlessuperstitionsquilesmaintiennentassujetties it la misere et it lamaladietoutes les fois qu'uneparoleamieprenaitIechemindeleur creur etleurmontraitclairementlabonneroute it suivre. II de pIoraitamerementqueceuxquietaientsortis de ces massespaysannespourentrer,par!'instructionouparla .fortune,dans l'elite intellectuelleoueconomiquedelanationeussent neglige sicompletementleur role de gui. des bienveillants deleursfreres attardes.DulcineJean-Louis croyaitfermementqu'en eIevant Ieniveaumoraletintellectuelde ces masses,enleurinspirantIe goutdu bienetre etduconfort.enleurapprenant it sebiennourrir, a se vetir proprementetdecell1ll1ent, it seconstruiredes maisoI;ls salubres, it observerles regles tigoureuses de l'hygiene,it seconstituerdes familles regn-204-

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heres parIemanagereligieux,nousles attacherions au solpardes liens tres douxetleurferionsaimercetteterre d'Hariti on eUes doivent vivre heureuses danslapaixdeslabeursfeconds. Cette reuvre de justice sociale,ilvoulait Ia confier it six autoritesqu'il au pre mierrang dans son estime : Iepretre,l'instituteur,Ie me decin,Ieprofesseur d'agriculture,l'agentvoyer, Ie juge de paix. II croyaitquedevantleuroffensive IeVaudouetses ministres, houngans, bocors, sorciersetautres char latans de cette espece netarderaientpas it disparaitre,etles detracteursd'Haitinetrouveraientplus de pretexte it leursdiatribes.Etalorsunartplussainpourraitnaitre.quinechercheraitpas soninspirationdanslapuanteurdes chairs putrefiees mais danslavie large,salubreetharmonieusede lanationhaitienne.Nousn'aurionspas lesFleursduMal;maisaulieud'un poete maudit,unVirgile surgirait peut-etredusein de nos campagnesquichanteraitdans des versimmortelslabeautede nos pay sages,ladouceurde notre peupleetsa foi dans les des tinees de sa patrie.Quand,Ie 9 aout 1918, quelques semaines apres monarriveeauministere del'agriculture,jepresentaiauCon seild'Etatfaisant fonction d'assemhIee legislative monprojetd'organisationruraleetde developpement agri cole, j'avais,devantlesyeuxdemonesprit, les visages de trois grands Hai'tiensquis'etaient preoccupes avecamouretcomprehensiondusort de nos' massesruralesetquicroyaient indispensable,pourIe progres economique denotrepeuple,la collaboration de l'ecole etdel'eglise, c'est-it-dire de l'instruction etdelareligion.EdmondPaul,DulcineJean-Louis, ArgentineBelleiarde-Foureau > -205-

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pensaienteneffetquepour creereu Haitiune demo cratie reelle,c'est-it-dire un etat dechoses on chacuntrouveIeplusdelibertepossibleetpeutdonnersonmaximumderendement,ilfaut,commeditBergson,quecertainsprincipesmoraux'aient ete misprealablementau-dessus detoutediscussion,quecertaines restrictionsetcertaines contraintes aient etc virtuellemelltacceptees.Quellepuissancepourlavertuetquelleforcede resis tanceaumallorsquelaconscience de rhollunereconnaitcesprincipesmoraux,cesrestrictionsetces sanctionscommelaloi meme deDieu!LephilosopheamericainHenry-DavidThoreaudisait: Videal deDieu, PiMal depatrie, PiMal defamillesontlestroispieces maitresses delaconscience collective.lIsbrillentau-dessus denouscommedes etoiles.Et c'est verseuxquenousdevonsmarcher,quetoute societe 1mmainedoitmarchersi elleveutatteindreaubonheur.C'estCequeje voulaisexprimermoi-memequandjeter'minaismondiscours flu 3septemhre1930 it In SOl'iele desNationspar ces mots:Haitiveut etre riche. Mais ellen'acceptera pas la richessedansIedeshonneur.NOllS savons toutcequ'ilfautattendredesacquisitionsdela scienceetdumachi nisme.Nous as}Jirons tousauconfortetaubien-etre. Mais au-dessus des richessesmateriellesnous pla<:ons cesrealites superieures:la liberteelucitoyen,l'independan cedelanation,ladignitedelapatrie.Nousvoulonsbienlabourernotrechampmais, commedisaitIe poete, enattelantnotrecharrueauxetoiles ... ..-206-

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29 avril 1947.L'HOMMEETLECADRECefutunebienhelle joute quecellequimitauxprises, it la seance du19juin'1906delaChamhredes Deputes, deux des plusadmirablesorateursdelatribunefran c;;aise, Georges ClemenceauetJeanJaures.Ce n'etait passeulementdeuxformes d'eIoquence quis'affrontaient,l'uneincisive,mordante,realiste,l'autre genereuse, idea liste, paree des couleursdel'imaginationlaplushrillante,mais aussideuxconceptions de lavie,deux systemes differentsdepolitiquesociale.IIfaut,disait Clemenceau,distinguerdansl'organisationsocialedeux choses; l'hommeetIe cadre. IIparait plus simple de reformer theoriquementIecadre;chacuns'endonne a plaisir. Mais si vous voulezbienconsidererquetecadredel'organisatioll sociale estetnepeut etre queIeproduitde conceptionshumainessuccessives, modi fierarbitrairement['organisation sociale sans s'inquUiterdesavoir si [' h01ume esten etat des'yadapterne Peut conduirequ'audesordre Ieplus caracterise. Ainsi meme pourceuxquipretendentrefairerorganisatiollsocialed'abord,toutramene it la reorme primordiaIede!'individu.Etalors, setournantvers Jaures, Clemenceauluilan !,ia cetteapostrophe:-207-

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Jeneconnais pas Ieproduitde vos veilles,mais je peuxvousdirequelorsquevousnousaurez donne Ie cadredela societe nouvelle, iI vousrestera a yintroduireunhommenouveau...Jevousdemande,M. Jaures, si vous croyezsin cerementqu'a l'heureactuelleetd'icilongtempslaclasseouvrieresoiten etat d'assurerIa directiontotale desentreprisesindustrielles, agricolesetcommerciales. VOUi'pretendez,continuaClemenceau,fabriquer rectementl'avenir;nousfabriquons,nous,l'hommequifabriqueral'aveniretnonsaccomplissons ainsiunpro digeheaucoupplusgrandqueIe vOtre.Nousnefabriquonspasunhommeexprespournotre cite; nous prenonsl'hommetelqu'iIse presente, encoreimparfaitementdegrossideses cavernes primitives,dans sa cruaute.danssabonte,dansson egolsme, dans son altruisme,dam sa pitie desmauxqu'ilendureetdesmauxqu'ilfait subir luimeme it ses semblahles ... Nous IeprenonsfaiIIibIe,contradictoire,tatonnantversilnesaitquoidemeilleur.etnousl'ec1airons,etnousIe grandissons,etnollS I'atte HuonsdansIe mal,etnousIe fortifiol15 dansIebien,etnousIe liberollS,etnousIe justifiol15; et.partiduregime bestial,nousIe conduisons versuneapproximationdeplusenplusgranded'unejusticesuperieure... Clemenceau avait sans douteraison demettreengardecontreces reformateurs sociaux qui, enfermesdansleurcabinetdetravail,dressent des pIap.s de cites ideales danslesquelles iIs assignent it chacunune tache deter minee comme siune societe humaine etait assimilable it uneruched'abeilles.Cependant,Iegrandorateur s'etait montretropabsoludansl'affirmationde sadoctrineindi-208--

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vidualiste.Etc'est tres justement Iaures lui re pondit:\Oui,l'individuagitsurIemilieu,maisIemilieu de termineaussi les limites, lesmoyens d' action des indivi duset les invite,les oblige, s'ilsveulentvivre, a se trans former.Unecrivaincatholique,M.RohertCornilleau,professeurauCollegelihredes Sciences Sociales de Paris,dit a cepropos:Ce n'est pastout d'agir surl'individu,deIe reformer, deIerendremeilleur.Ilfaut creer unmilieufavorable, des cadres, des ll?is, des mreurs.S'il estjustededirequeles mreurs fontles lois, il n' enestpasmoinsvraiqueles lois,l'interventiondel'Etat,Iepouvoir,ontuneinfluenceconsiderablesurles mreurs. 'Lesdeuxdoctrines,prises peuvelit etre vraiesencequ'ellesaffirmentmais elles se revelent insuffisantes sil'onentendappliquerexclusivement rune oul'autre a une societedonnee. IesaisqueIemoteclectismefaithorreurauxpartisansde rune oudel'autreorthodoxie,-egalementconvaincus qu'ils detiennentla verite a'hsolueet animesd'ulleegale fureurcontreceuxquivoudraien!toucher al'integrite deleurs theses sacro-saintes. Mais l' experiencerecommandedechoisirdanslesdoctrineslesplusdiverses cequ'ellesontchacunedemeilleur del'adaptera la societe danslesdrconstanceslesplusfavorahles Ie tempset Ie milieu: voila lapolitique qui mepara!tlaplusraisonnahle.LeprohlemefOlldamentalde l'homme estceluidel'educatioll.DansIe discoursqueje Ie18mai1920 a l'occasiondelapremiere celehrationIe la Fete de I'Universitt\ jedisais:Toutsysteme d'educatioll -209-

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'poursuit unensemblederesultatsbien determines. Queldoit etre Iebutessentieldunotre?Laformation d'un type d'homrne physiquernentvigoureux,d'intelligence claire, de comrdroit, devolonteenergique,adapteaumilieu ha'itien etcapable,aubesoin, de ledominerpourlemodifierdans le sensdumieuxmoralet economique de lanation.Etfajoutais: L'instruction que nom donnons it l'enfantdoitviseregalement it luifaireconnaitrelaplace qu'il occupedanslacreationetl'universellesolidaritequi l'tmit aux etres etaux chosei' de lanature. it hausserson al11e auxpreoccupations superieures que cree lavie civiliseeetauxobligations imperatins que l'homl11e, des sa naissance.contracteenverssafamille.enverssapatrie,envers l'humanite, enversDieu.Adaptationaumilieuhaltiensignifie,dausmapensee.adaptationauxbesoins spiritueli' eteconorniques de lanation.Quelssontcesbesoins?Cesontceuxquela viemoderneimpose it toutecommunaute civilii'ee. Ces besoinsprennentcependantpour HaIti certainesformesparticulieres,strictementnationales, derivant dela con;; titutionpropredela societe haltienne,de ses originesetlmiques, oe saformationpolitique,de ses traditionsreligieusesetculturelles, des conditionsmateriellesd'exis.tence parlageographie phpjque du pa)'i' etlacompositiongeologiquedeson wI, desrelationspoliti.ques,intellectuelles,comrnerciales.qu'imposent it ceUerepubliquenoiredesAntilles sa positionaucentre des AmeriquesetIe souci deson peuplede s'eIever au plus haut degre possible de civilii'ation.AUK problemes que posentdevantnotreintelligelice les necessites delacivilisation l110derne nomdevons don.-210-

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ner dessolutionsqui s'ajustent aux realites haltiennes.Ces realites, cesontles divers aspectsmorauxetmaterielsdenotre societe telle qu'elles'est formeeaucoursdes ages. Lebutde l' educationnationale est depermettre itcelte societe dese perphuer enmaintenantlesprincipesessentielsde l' organisatioNnationale ; des' ameliorer enmodifiantsanscesselaviefamilialeetsocialedansIe sensdumieux-etredetoutesles classesdelanation.IInefautpastontefoisonblierquesil'educationapourobjectifd'exerceruneactionameliorantesurla societe, eUenepentIe fairequ'indirectell1ent,carellen'adesujetque rindividu. Ednquer 1'individu, c'estagirsurson creur, sonesprit, sa volonte. par lesmethodesquelapedagogie.envoie deperpetnel progres, dell10ntreeommeles ll1eilleuresdans l'etat presentdes sciences psy ehologiquesethiologiquesquiluiservent d'au'5iliaires. EduquerI'enfanthaitien,e'estfairedeluiuninstrumentde progres individueletdeperfectionnementsocial,sans tOll1berdansles exeesd'un nationalisme educatif quitendrait it sacrifierl'individu it 1acollectiviteou it constituerunesorte d'autarcie spirituelled'ailleursim-\_possible. II s'agit -disaitPaulValery-dedonner it cetenfant,prisauhasard,lesnotionsnecessairespourqu'ilapporte it lanationunhommecapabledegagnersa vie,devivredansIemondemoderne on ildevravivre,d'yapporterun element utile.un element nondangereux, element capabledeconcourir it la prosperitegene rale;d'autrepart,capable aussi dejouirdesacquisitionsdetoute espece delacivilisation,delesaccroitre;ensom me,decouterIemoinspossible aux autre"etdeleurap.-211-

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potter Iepius.Et ie grandecrivainajoutaitque l'indi vidusemble essentiel it l'accroissementdelasciencelaplus elevee et it laproductiondesarts.Prenonsgardecependantquel'enfantainsi forme par l'ecole netombedansunmondetropdifferentdeceluiqueluiont presente les belles desesmaitres.S'ilentreencontactavecune societedepravee, perverse, OU l'immoralite,Ie vol,lacorruptionsontenhonneurousimplement toIeres, ilseravite deforme parles exemplesqu'ilauraeussous les yeux.Ou'bien,iltacheradetransformerIemilieufamilialousocialdanslequelilvits'ilpossedelaforce d'ame necessairepourcombattreIe yiceets'il a, autourdelui,les cadres necessairespourorganiserlaresistanceaumal.Pensez it quels chocs violentsilest expose tous les jours,cejeunehommequivientdequitterIe lycee ouIecollege,l'espritencoretoutillumineparlesnoblesenseignementsdemorale,decivisme,depatriotisme,qu'ila rel;us de ses professeurs:ilvoit it chaqueminutepasserles somptueusesautomobilesdanslesquelles se pre lassentd'importantspersonnages,etquandildemandequiilssontonluinommedes gensconnuspourleurs depredations dansles affairesouleurscandaleuseconduitedanslapolitique.Etilfaitladouloureusecomparaisonavec son pere honnete,dontilconnaitles soucisquotidiens,aveclaplupartdesesmaitres,quiluiparlaientdeprobitemaisdissimulaientmalleursinquietudes, avecnombre 4e sescamaradesqui,commelui,aIlaientsouventenclasse sansavoir mange maistravaillaientavecardeurpoursefaireuneplacedansIe mon cile ...parIemeriteetparlavertu.IIfautde l'herolsme -212-

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pour preerer lapauvretevertueuse it larichesse corrompue.Ettous nosjeunesgensnesontpas desheros!Corneille aexprimeunegrande verite pedagogiqueetsocialequandilaecrit:Les exemples vivants sontd'unautrepouvoir!La societe esteneffetuneecole,dontl'enseignementestbeaucouppluspuissantqueceluidu lycee ouducollege. Elle constitue,parsonorganisationpolitiqueeteconomique,parses lois,parses mreurs, Iecadre oil l'individupeutdevelopperses facultesetdonnersonpleinrendement it moinsquedes prejuges, de8 conventions artificiellesoulatyranniedeI'Etatneviennentmettreobstacle it l'epanouissementnormalde sa personnalite.Endonnant it la sOl;iete haitienneparIeConcordatde1860son organisation religieuse, NicolasGeffrardluia donneen meme tempsqueIefacteurdeson unite Iepluspuissantsaplusfortearniature rrwrale,. pareequeI'Eglise,detentricedela veriteehretienne, est l' exem pIe Iepluscompletd'une societe democratiquefondeesurI'ordre,Iahierarchie,lavertuetIe merite. L'epithete democratiqueetonnerapeut-etrecertainesgens: ilsdoiventsavoirpourtantquelanaissance, Ierangoulafortuneimporte peu dansI'Eglise Catholique.Unsimple pretre peut etreeleveit lapapaute,etplusieursdespapesfameuxdel'histoirefurentde Iaplushumbleori gine.LeSaint-Conclave est Ie corps eIectoralle pluslibrequ'onconnaisseetchacunde sesmembreschoisitsuivantsa conscience.Pourdonnerauxpeuplesunebelle le-;;on d'humilite,Ie Fils deDieuchoisitdevivredanslaboutiqued'un pativre charpentieretadoptapourson pere terrestreun-213-

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hOl11mequiappartenait it lanationlaplus persecutee dumonde. L'EgHsequ'il a creee aapporte a rllUmallite rideed'une moralecatlwlique, c'est-a-direll1literselle. enfaisant de Iamorale,non pas unensemble deregles soumisesaux capricesdef'hommes, maisuneformeideale universellede laconduitehumaine, exprimee dansdes principe,..valables pourtoute pemee llormaleousaine.Plusquetoutautre regime politiqueetsocial,la de mocratieabesoindemorale .. demorale ellaction.Lephilosopheamericain Henry-D<:l\id Thoreau disaitaceux qui les affairespuhlitlue,..:
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(i mai 1947.LECADRERURAL11ya it peu pres six ans,unenotelaconiquedesjournauxdePort-au-Prince lamortdeMIle Giles tinaSimon.Lafillede l'ancien presidentAntoineSimon etaitpassee de l'obscurite danslatombesansqu'unarticlesympathique fut venurappelerquela defunte avait vecu deuxansaupalaisnational,choyeepardebelles dames, courtisee pardebeauxmessieurs, adulee commeuneprincessepardesthuriferaires agenouilles. 11nerestepourparlerd'ellequ'unepage odieuseecrite it sonsujet dans TheMagic Islandpar l'auteur americainWilliamB. 'Seabrook.Iepense it lapeineatrocequelapauvrefemmeaurait eprouveeit lalectureduchapitrede celivreintituleCelestinawitha Silver Dish,qui, de crivantune scene macabredesacrificehumaindanslacourdupalaispresidentiel, presente laproprefilled'unChefd'Etatha'itien commelapretresse echevelee decette diremonje harbare.AueunHaitiende creur nepeutlire,sansen etre profondementindigne,lacalomnieuseaccusationdecannibalisme porteeit traverseetteHaltienne cont17e toutnotrepeuple.Lelivrede Sea'brookeutun enormesucces auxEtatsUniset me meenFrance oil ilfuttraduit par M. des Hons.Beaucoupd'etrangersneeonnaissent Haiti que-215-

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pareetouvragequi repond siparfaitementau gout dusensationneldeslecteursamericains.Laventeprodigieusedel'Ile:111agiqueprocUl'a it sonauteurles Illoyens de s'acheter unpetit chateaudans uncoin hien tranquilledeprovince fraJlt;;aise.Ce d'argentexcitarardeur d'autresecrivains qui se mirent it exploiteravec Illoins detalentqueSeabrookIe iueIne filon. ellapportant it unpubliccredulede pretenduesrevelations surlareligiondes sauvagei3 {fHai'ti. Cefutla rueevel'Sron>. Etnous avons eu, suivant rexpressionde Lewis Gannett.une inolJdatiol1de blackbook:,, surla repu bliquenoiredes buIes Occidentales:Black Bagda.d, TheWhiteKingof LaGOIUlve, Cannibal COlisiTis et autre:" elucubrationsdes Craige,Wirkus,Loederer,ZoraHurston.DansCannibal Cousins,Craige, l'ancienmajordelaGendarmerie d'Halti, me presente COJ11meIecousin d'nn anthropophage,etj'enesais quel scrupuleraretenudemefairepasser Inoi-meme pouruncannibale.IIestregrettableque la plupart de;;Haltiens quiparlentouecrivent sur laquestionreligieuseenHaItin'aientpaslu ccs ouvrages. lIs comprendraientpourquoiGeorgesSylvain,avectantderaison,nousmettaitengardecontrela complaisancli extremedontcertains de nosgenscultivesfont preuYeitregard duVaudou.souventparpursnobismeetquelquefoisparhaine '!tu pidedel'Eglise.DansunhelarticledeLaRondedu15mai 1901, Sylvainecrivait:La prhendue religiondu Vaudouestredolltable par l' obstaclequ'elle creeit r epar- gne populaire, par leshabitudesdedissipationetde de bauche oil elleentretient une partie de nos travailleurs ruraux, partenebres donI elle eTweloppe l'espritde-216-

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nos compatriotes, parles superstitionsquisepropagent it son ombre.Elleestsurtoutredoutablepar l' exploitationque r etrangerenfait contrenous,parl'armequ'ellemet,auxmainsdesennemisde ";'otre race.IIest evident quelaplupartdeslivresauxquelsjeviens de faireallusionavaient ete ecritsenvue de justi fier l' occupation americaine d'HaitienmontrantIepeupIehaltiencomme indigne, parsonattachement it unereligionprimitiveetbarbare, de gardersaplaceparmilesnationsciviliseesde PAmerique. Tellefutegalementlaconclusion d'un rapportofficieladresseauNavyDepartmentdes Etats-Unisparl'AmiralKnapp.Aujour d'hui, cesontdesHaitienseux-memes qui,aveugIes parunnationalismeinintelligent.veulentmettreIeVaudou sur Ie meme piedque la\religion chretienneetapportentainsileurcollaboration benevole auxpartisansdela lnise entutelledelapatriedeDessalines.LapratiqueduVaudoucomportedes consequencesinterieureset exU!rieures. Mais sesconsequences inte rieures moraleseteconomiques-doivent it Pheureactuelleretenirparticulierementnotreattention.Etparcequ'ellesseproduisentavecune acuite extreme daml lapopulationruraleabandonnee it elle-memedepuissilongtempsparceuxquiauraient dft sefaireses guideshienveillants,notredevoirurgentestdedonner it cettepopulationlesmoyens d'ameliorer sesconditionsdeviespirituelleetmaterielleparl'organisationducadre OU ellepourranormalementevoluerversIehien.***EleverIelliveaumoraletreligieuxdes masses paysHll-217-

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nes;leurinspirerIe gout duconort etdu hien-etre:creer enleurfavem',etdevelopper !'institution duhomestead;leurapprendre itse construire des maisons salubreset itbonmarche,it s'assurerunealimentationsaineetsubstantielle;leurprocurerdes moyens deproductionetd'educationen me-me tempsque des pourIetransportetIeplacementavantageuxdeleursproduits:telest Ie resume du vaste programme d'action economiqueet socialequeje m'etaisassigne enprenantenjuillet1918ladirectionduministeredel'AgricultureetdennstructionPuhlique,Dans l'Expose delaSituation depose au Comeillegis latif,j'avaispromis(l'apporterdansIeplusbref delai unprojetde loisurl'organisationruraleetla reforme agricole.Je m'etais eneffet, des'le premierjourdemonentreeaugouvernement, atteMit ceHe besognequimeparaissaitprimordiaIe, l'avais eulachancede trouver, danslesarchivesdu departement del'Agriculture oil ildormaitsousla poussiere, unrapportsurla revision duCoderural,qu'unecommission nOllllneeparIe President Leconteavait presente en1912auministreJohnLaroche.Leprojet,inspiredestravaux d'Edmolld Paulet prepare pardes homme" quicOllllaissaient a fondIepeuple ha'itien etses besoins,n'etaitpasune coni'otruction theo riqueresultantde lacompilationde textes etrangers oudue it!'imagination dequelque reformateur enchambre.Toutenenrespectantl'armature, j'y apportaimoi-meme particulierementauxchapitresrelatifs it rorganisationinterieureduDepartementderAgriculture, it lacompositionduConseilCentraletdes Conseils COIDmunauxd'Agriculture, it lavoirie, it l'arrosage des terres, it rensei--218-

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gnementagricole, it la police et it lajusticeruralesd'importantesmodificationsquemeparaissaientimposerles nouvellesconditions I' existencedupays.Leprojetainsimodifie suscitaauConseil des Secre.airesd'Etat unvif interet. Le President DartiguenavetoutIepremierapprouvaavecempressementlaclause relativeit lasuppression de la corvee, dont l'applicationinhumaineavaitprovoquesesnomhreusesetyaines pro testationsaupresduChefde laGendarmerie.Deuxdemes collegues, M. Louis Borno etM. LouisRoycelui ci etant particulierement interessea laquestiondesrou tesetdel'irrigation -prirentune grande part it ladis cussion.EtIe 9 aout 1918,feuslajoie de deposersurlesbureaux du Conseild'EtatIeprojetdeloi surl'orga nisationruraleetagricole,quidevaitremplacerIe Coderuralsurannede1863.J'avaislahauteet legitime amhi.tion d'attacher monnom it cette reorme capitale, dontj' exposai les grandes lignesetsignalai Iecaracteresocialdansundiscours p'uhliedansIe Moniteurdu14septembre1918.Leprojetcomportaitensespartiesessentielles :10I"or gl\nisation duministerede l' Agricultureparlacreationd'uneDirectionTechniqueCentrale, d'unSupe rieurdel'Agriculture(qui,parsa composition,devaitformer1111veritahleconseil national economique) ,deConseils Departeme"ntauxetCommunaux I' Agriculture;2" !'institutiond'un enseignementagricoleambulant, it assurerpardesprofesseurs.inspecteursd'agricuhure de partementaux(agronomes diplOmes haltiensouetrangers)etcommunaux(ceux-ci formesen Ralti) ;30la reo etl'elargissementdel'Ecolepratiqued'Agri--219-

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culturedeThoretl'obIigationfaiteauxCommunes d'y entretenirchacunedeuxboursiers,lesquels, leurs etu des achevees,devaients'engagerpouruneperiodedeter auservicedelacommunequiauraitpourvu a leurinstructionprofessionnelle;40rorganisationdelasecoJ tionrurale,avecunconseil composedenotablesdela sectionet preside parunmagistratcivilquiseraitnom me parIePresidentdelaRepubliquesurladesignationduditconseildesectionetremplirait a lafois les fonc tionsdejugedepaix it eompetencelimitee. d'officierde l' etat-civiletdepercepteur;50lasuppressiondelacor vee etSOIlremplacementparunecontributionpecuniai.re de 50centimesdegourde(10 centimesdedollar)parmois, a laquelleseraientassujettis, a l'exceptiondesenfants,des vieillardsetdesindigentsnotoires,tous ceux,Haltiensetetrangers,quiha'bitentHaiti, a commencerparIePresidentdelaRepublique;60la divisionduproduitannueldeceUecontribution(estimepourlapremie.re anneea 800.000dollars)entroispartsegales:l'uneaffecteeintegralementallXbesoinsdel'enseignementrural;ladeuxiemeaupaiementdes professeurs-inspecteursd'agricultureetauxdepenses del'enseignementagricoleen general; latroisieme consacreeauxtravauxdes communales,cheminsvicinauxetsentiersdemontagne.Jevoulaisdonner a ceUeorganisationruralennebaselargementnationalepuisqu'eUedevaitprincipalementreposersurI'institutiondesprofesseurs-inspecteursd'agri.culture.Cesprofesseursdisais-je it la seance du9 aout 1918duConseild'Etat-sortirontdes entrailJes memes dupeupledes campagnes. Ceneserontpointdesderaci. nes aspirant a quelquevague deministere. Tires -220-

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des1TUlSSeS rurales, ilsyretourneront pour les enrichir de leur science et les,elever vers la lumiere. Cette organisa tiondel' enseignement agricolenevisepas a des resultats purementeconomiques: elle a aU'ssi pour nousun interet hautement social.JepreparaiegalementunprojetdeloicreantuneCaisseAutonomede l'Agriculture,quedevaientalimenter, it partlataxedecapitation deja prevue,quelquesautresimpositions legeres etdeperceptionfacile.Parelle devaitconunencerl'organisationdupetitetdumoyen credit rural,impossibleen Haiti sans Ie coneoursdirectdel'Etatoudes Communes. C'est d"ellequenousallions tirerles fondspourlaconstructiondesroutes,cheminsetsentiers;pourlestravauxd'irrigation,dedrainageet'd'assechement;pourl'achatetlafourniture a basprixauxpaysans d'outils,machinesetappareilsperfection nes; pourIedeveloppementetlaconservationdubetail;pourlaconstitutionoularestaurationdes forets domanialesetlaprotectiondessources;pourlaluttecontrelesanimauxnuisiblesetles maladies desplantes,etc.L'undespointsprincipauxdemonprojet etait lasup pressiondelacorvee.1'avaisditauConseild'Etat:...L.anations'esttrouveepartageeendeuxgroupes:d'un cote, l'elite, a quivonttous les privilegesettouteslesfaveurs;del'autre,lagrandemassetravailleuseetsouffrante.LeCoderuralestvenuconsacrercetteinjusticeenetablissantune legislation specialepourles paysansetenleurimposantdes chargesqueneconnaissent pas les citoyens des villes. Deces charges la plusiniqueestla corvee qui rappelle, parla, far;;on dont elle est pratiquee, les plus mauvais souvenirsdu regime colonial.

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:Mon pland'organisationruraleetagricole souleva au Comeil d'Etatunveritableenthousiasme. Apresav-oir entendumonexpose, oil j'avais 'lnis monardente sincerite ettoutemaoidansIe progrfts dupeuplehai'tien, l'assem bIee'Orma unecommission specialepourl'etudeduprojetdeloi.Lacommission etait si desireuse desemettre a l'ouvragequ'ellesereunit a!'issue delaseanceetnonllna,pourla presider, M.Arthur anciendirecteurdu Iycee duCap-Hai'tien etancienministredel'InstructionPublique,etcom merapporteurIeDrVictorJean-Louis.ancienprofesseur a I'Ecolede Medecine, dontonconnaitlesremarquahlestravaux sur laflore ha'itienne etI'agriculturetropicale.Maisquelqu'un trpuhla la fete ...Parunelettredu c1 septemhre1918,Iemajor americain AlexanderS.WiJ liaIhs,chefdelaGendarmerie d'Hai'tL protestaaunomdelaConventionde1915contreIevoteduprojet.LeDrLeslieBuell,dansuueremarquahle etude surHaitipu bliee en1929, acepropos: ToutenJouantIemi l1istre ha'itienpour sacompetence et son energie. Ie commandant de IaGendarmerieexprimasonoppositionauprojet...En aout 1918. Ie GouYernemeutd'Hai'ti remitpourexamen it M.Bailly.Blanchardcette Ioisurl'agriculture.Deux anuees plustard,Ie President Dartiguenave(dansunmessageauPresidentHarding)seplaignaitqu'aucunereponse n'eiH ete aiteausujetd'uneloiqui etait, disait.il, de Iaplusgl'andeimportancepourragri.cultureha'itienlle. -222-

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13-14 mai 1947.FORTIFIEZLACELLULE...Organiser:telmeparait ihre Ie probleme fondamentaldelapolitiquehaitienne. C'est eneffet Ieplus sur moyen:d'obtenir l'unite de vues etlacontinuited'actionnecessairesdanstouslesdomainesdel'activitenationale.Or,riennenousaplusmanquequel'organisation.Etrien quemieuxquecemanqued'organisationdanscertainesbranchesimportantesdelavie collectivel'echecdes effortsdeprogressocialquiont ete entreprisaucoursdenotrehistoire.Les force&. deprogresexistenten Haiti: elless'egarentetsegaspillentparceque nesontpascoordon nees. Les elements decivilisationsont epars: ilfaut volonte puissante les' amime it pied d'ireuvre etles .soudelesunsauxautresenuneassociationindissoluble.Destentativesnombreusesont et e aitesdansIe passe' etsontfaiteschaquejourpouradapterl'existencenationaleaux necessites delaviemoderne:ellesontavorteourestentinefficacesparcequ'ellessontintermittentesetdis persees.VEtatdoitdevenirIecoordonnateurdeces efforts,lavolontepuissantequiassocie les elementsepars etdirigevers J.1l1 butprecisdecivilisation les forcesnationalesquisecombattentets'epuisent.Cequejedis lit n'estnul.lementencontradictionavec les idees lweralesque rai -223-

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toujoursprofessees. rai toujours pense etcontinue it penserquedel'effortindividueldependprincipalementl'ameliorationdesconditionsd'existencedela societe haitienne.Pourunetelle 'Umvre I'Etatnepeutsesubstituer it l'individu,parcequedansunpays -OUrindividu nesaitpassefaireourefusedesefairel'artisandesonproprebonheuret s'ell remet it I'Etatdusoin deregler sou verainementsadestinee aucunprogresdurable n'est possible: c'estlit une veritequ'il convientdefaireentrer it coupsdemarteaudansla tete dechaqueHaitien.Ienesuisdoneaucunement disposeit sacrifier !'indi vidusur1'autelde1'Etat-Molochnipour saprosperite materiellellipoursondeveloppementspirituelpuisqueje crois, avecPaulValery.que'individu est essentiel it l'accroissementdelascienceet it laproductiondes arts. Mais Ie rOle dedirectionetd'organisation genera Ie unefonctionprimordialede 1'Etat, etI'Etattrahit sa missionlorsqu'il s'yderohe ous'abstielltdelarempliravecvigueur.IIne s'agit pas evidemmenL pourceuxqueIe merite parfois,lachanceoul'intriguesouvellt a places temporairement it la tete de 1'Etat,d'imposer it lanationleurvolonteparticuliereenerigeanten reglesimperatives desimplesfantaisiesilldividuellesou des ideologies inspi rees de l'etranger etinapplicablesaumilieuhaitien.OnavutropsouventenHaitidesgouvernantsapporterunesortede frenesie sadique itdetruire systematiquementlesmeilleuresentreprisesdeleurs predecesseurs,itdcsor ganiser, souspretextede reforme, des servicespublicsquifonctionnaientdemaniereconvenableouquimeritaient'simplement d'etreameliores. Cetteabsencede MJlti--224-

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nuite estmanifestedanstoute l'histoire Adllli. I nistration.Celuiquiarriveaupouvoirveutfairetablerasedetoutcequi afind'avoirlasottesatisfaction'dedirequ'Halti commence avec lui.Vaniteridicule,quifaitreculerlanation au lieudelafaireprogresser!Toutedirectionimpliqueorganisation,c'est-a-dire descadresbien determines etagences, avec des organesqui deliberent etdecident, qes agentsqui executent. Quel.ques-unsdenos'grands seryices publicsnerepondentpas a cetteconceptionrationnelle:ilsnesontpasorganisesenvuedelafonctiondedirection'qu'ilsdoiventexercer.Tel Ie casduDepartelllentdeI'Agriculturequandfenprispossessionenjuillet1918.Je en faire Ie \ Ministere dela Prosperite publiqueenluidonnant\l'organisationnecessaireetenIedotantdes ressources financieresindispensablespourqu'il put remplirson role dansIemouvelllent general de regeneration economiqueetsocialedelanation.Maislorsquejeparlaisdepros perite, jen'entendaispasque I'Etat devintricheenlaissantIepeuplepazwre.Trop I' effortdenosgoovernementsauniquementtendu a procurerdes recet tesau tresor public,sans qu'ons'inquietat dechangerou d'ameIiorer lesconditionsdeviematerielleetspirituelledelamasse dlJ.,. peuple.C'estpourquoijepresentaiune reorme quidevaitplongersesracinesdansles couches lesplusprofondesdeIanation,etjedonnaicommebase a cette reorme l'organisation de la section rurale.Voicicomment,dansmondiscoursdu9 aout 1918auConseild'Etat,jetachaidejustifiermaconception pland'actionagricoleetsociale. (Vojr Un Haltie;l Parle,page 74.)-225-/

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* **Lasectionruraleestlapluspetite unite politiquedupays.Administrativement, socialement, ellenerepresente rien, aujourd'huimoinsquej'amaispuisqueIechefdesectionquilarepresentait-etpourlesfantaisiesduquelelleparaissait ilVoiretecreee -amaintenant cesse d'exister.Jene desire pointlaresurrectionduchefdesection,dontIenom etait devenusynonymed'arbitraireetdebarbarie.Mais si Iechefdesection a cessed'exister, lasection, elle, subsiste:ilfautl'organise:rserieusementet.enfaire la cellulevivanteetagissantedel'organisme national.Etceladoit etre faitparce qu'il estplusfaciled'organiserunepetitecommunaute qu'une grande.Or ganisezlasectionrurale,etl'organisationdelacommunes'ensuivra.Etlacommune organisee,c'est rorganisa.tionde l'Etat assuree.Labasedel'organisationpolitique,economiqueetsociale c"est lasectionrurale.IIyaiciune verite biologiquesurlaquellelamedecinemoderneaetabli ses plusrecentesmethodes thera peutiques:pourquel' organismepuissese defendre: contre lesinfections,ilfautquela cellule soit forteetmiseen etat de resistance.Toutelaluttecontrelamaladieserameneenbiendes casit fortifier l'organisme enfortifiantla cellule. n'y apasd"organismesainavec des cellules dege . .cO-nerees oninactives.II allra pasdevienationale ve ritableen Haiti tant.quenousn"aurons pasdonne la vieit lasectionrurale.Faitesquela section ruralepre1l11econscience d' elle-meme,de ses interets,de sa solidarite-226-

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I avecIe reste dll corps social,et voila Ie probleme national apellpres n!soill. ,Quechaquelocatairebalayesa chambre. etlamaisonserabalayee.Quechaquesectionrurales'administrebien,etlaRepublique entiere serabienadministree.L'organisationdelasectionrurale,tellequ'elle'estprevuedansnotre projeL permettra,jecrois,d'atteindreceresultat.Nousappelons a l'administterceuxquiontIeplus d'intereta cequ'ellesoitbienadministree:lesgrandsproprietaires,lesfermiersimportants,les directeursd'usinesindustriellesetd'exploitationsagricoles, haitiens etetrangers.Nousfaisonscarrementappel al'elementetranger, parcequenousesperonsquesa pre senCe dansceshumblescon seilsdesectionaurauneactioncivilisatriceincalculable.* **Cesontdonclesnotablesdelasection,commeonlesappelaitautrefois,quichoisirentparmieuxlesmembresduconseild'administartiondelasection;etc'estcecon seil ains';,/onne qui designeraau, Presidentde la RePll bliquel'homme jllge IepIllS digne d' etrenomme ma gistratdela section.A cemagistratdesectionnousdon.nonsdesattributionsetuneautoritequiferOllt deluiunpersonnage respecte, capabledebien gererlesinteret" quiluisontconfies SOllS Ie contn,le dll ronseil d' adminis tration delasection. <<.Ie nemefaispasd'illusionsurles difficultesquenousallonsrencontrerdansl'applicationd'unepareille-227-

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rMorme. Dansbeaucoupderegionsnospaysans vegetent dansunetelle misere, intellectuelleetphysique,quenousnedevonsattendred'euxaucunconcours.Nousnousheurteronspartout it desresistances:actives,chezceuxquisedressentenadversairesdetout progres;passives, lagrandemasseindifferenteetmolle. Ces resistan ces,nousles briseron,sparnotre tenaciteit vouloirIebien, it l'imposer it ceuxquin'en veulentpas parcequils n' enconnaissentpasencoretouteladouceur.Nousnepouvonspas laisserIepeuple haitient'ege terdans l'ignoranceetdans la misere. C'estnotremissiondeIerelever,del'amener it prendreconsciencedesa dignite, del'affranchirdesaservitudeeconomiqueetintellectuelle.Plusqu' a aucunautrelWtre sollicitudedoitalleraupaysan,surquinous al"OnS fait peser pendanttoutun siecle ie poidsdenos gaspillages financiers etdenosen'eursrevolutionnaires.Ceseral'honneurduGouvernement,ceseravotrehonneurde fairecesser rin justiceseculairedontIe peuple descampagnesa ete lavictimepitoyable.***Lanations'est trouvee partageeendeuxgroupes:d'un cote, cequenonsappelons l'eIite,it quivonttouteslesfaveursettouslesprivileges;derautre,lagrandemassetravailleuseetsouffrante. Le Coderuralest venu consacrercetteinjustice, en etablissantunelegislationspecialepourlespaysans et enleurimposantdeschargesqueneconnaissel1tpasles citoyens desville..De

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cescharges la plusiniqueestlacor vee quirappelle,parla inhumainedontelleestpratiquee,lesplusmau' vaissouvenirsduregimecolonial.II n'y a certesaucuneindignitedansIetravailmanuelet l' ouvrierquicasse lespierressurIehorddelarouteestaussirespectahlequen'importequeltravailleur:l'humiliationnecommencepourluiquelorsquecetravailluiest impose commeunesortedeservitudecorporelle.Nousavons ete justement emus l'a'utrejourenapprenantquel'undes notres -unintellectueldegrandevaleur,IeDrPriceMars-avait etear,rete pourla corvee parungendarmedePetionville.Maiscomhiend'entrenousontjamaiseuunregarddecompassionpourlespaysanscitoyens comme nousquitravaillentsurleschemins oil roulentnosvoitures'rapides?Lacorveerepond it unhesoinessentiel:celuid'assurerpardehonnesroutes.lescommunicationsentrelesdiverspointsdupays. IInepeutdone etre questiondelasupprimer,purementetsimplement:ilfautlaremplacerparquelquechosedeplus equitable, deplushumainetpouvantdonnerausurplusdes r.esultats materiels plussurs.Dansnotreprojetnousavons suhstitueit lacorveeunetuxe u1?-nuelle desixgouraes($1,20)par tete, paya bleit partird'uncertain age. Cettetaxedoit etrepayee partousceux-Haltiensetetrangers-qui,hahitantIe pays,profitentdetouteslesameliorationsapporteesauxconditionsdevie.enHaiti. Aucune fonctionpuhliquen'enexempte,etM. IePresidentdela Repuhlique lui-memeatrouvetoutnaturelde sesoumettre it lacor vee sous saformenouvelle. Novepoutons estimer it unmillionsur upe popula--229-

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tidn de3millionsd'habitantsIenombred'individus as sujettis lataxe:celanousdonneannuellement6millionsdegourdes. J'admeb qu'au debutIe"difficulte" deperceptionnenousperlllettentpasderecueillirtouteeettesonulleet quI' Ie dechet soitde2 million". Quatremillionsdegourdeson 800.00H dollars.c'est dejaconsi derable,et celanous perllJetd'entreprendretontdesuitede,S reormes importantes.Nous prevoyons eneffetqueIeproduitdelataxesera divise entroisparts consacrees: l'une. a la constr'uction et it l'entretienderoutespubli.ques(eonununales. vi cinales. sen tiers de la 2eme.it l'entretien des hoursiersderEcoIl'pratiqued'Agricultureet a tous les besoinsagricolesdes conllllUnes;la 3eme,il 1aconstruction de 11laisons d'eco1es dans les sections rurales el allXCEuues d'educationpopu1airedansles c(t1npagnes., Jevousaiindique,troplonguement pent,etre.II'S lignesessentiellesduprojet.IIcontientencore-rela tivemlinta la policerurale,a lajustice, a la repression duvagabondage,au regime des eaux et forets. au commerce.it la frequentationscola ire it lacampagnedes di"posi.tions, fortimportantesquejenepourrais exposer ici "ans lasservotrepatience.Je doi" mecontenterde Ie" recommander it votrebienveillantexamen.C'est it une reorme d'une tres hauteportee "ociale eteeonomiquequenousvousdemandonsde vousasso cier.Letravailquenousvoussoumettonsa eteprepare parunecommissiond'homl11escompetents.dontlaplu.partont veende ]avieintimedespopulationsruralesetconnaissentpar ,'ons';qnent leurs hesoins etleurs Nousy avons inh'mInit nOllS-memeSmodification,. -230-

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, \quenousavonserupropres a rendrela rHorme plusimmediatementrealisable.Apportez-y a votretourtoutescellesquevousaura suggerees votreexperiencepersonnelle.L'essen tiel,c'estqu'ilnaisse de notre cordiale col laboration uneamvre de progresetde vie,quiaflran chisseIepeuplehaitiendela double servitudequefontpeser sur son ame l'illnorance etla misere.Etsi,commej'enai l' exaltant espoir, notre _iCuvrerefl,Ssit, lWUS pour. rons, avecun legitime orgueil, nous rendreIetemoignaged' avoir travaillea l' emancipationmoraleeteconomiquede la nation haitienne.

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20-21mai1947.L'UNIVERSITE,GARDIENNEDUDRAPEAULapremiere celebration dela Fete de rUniwrsite eutlieuIe18mai1920. L'emouvanteeeremoniese deroula it Parisianaaumilieud'ullefoulefremissanted' ecoliers et d' etudiants.tcefutunmomentde' fen-eurinten,.e celui oil'l'Archeveque dePort-au-Prince. Mgr Conan.faisantIe gestedelacroix,appelasurlesdrapeauxdesecolesla benediction divine.Oneutendit it cetteminutesolennellepasserau-des sus des tetesinclinees conuneunbruissement d'ailes mysterieuses: n'etait-ce pas raUle deIapatriequi etait venueseposersurretendardbleuetrougede l'Universited'Halti? .Laloidu18octobre1901sur !'instruction puLIiquefaitdel'Univel'site d'HaIti un etre moraL existant au\ dessus des perSOllnesreellesquilacompo'sent: maitrei'. inspecteurs,enfantsetjeulles gens des ecoles. En creant la fete de l'Unh ersite-par decision ministerielledu30decembre1919confirmeeplustardparIa loidu .:1aout 1920-jeVOUIllSdonner itses membre's Iesentimentde l'etroite solidaritequilesunitlesunsauxautre".Etenenfixant 1&.celebration au18mal.datedelacreationdudrapeauhaltien,jevoulusm'olltrer Ie role de tecole dans,laformationdela con,sciellce nationaleet son action-232-

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\pourla delapatrieetIeprogressocial. deformerIes generations successives,d'assurerparconsequentla perpetuite delapatriehaltienneetIemaintiendesesinstitutionsdemocratiques,I'UniversiteestbienlagardienneduDrapeau,dansIequelse mate rialise_1-pourrait-ondire -I'ame nationale.DansIediscoursqueje pronow;ai enpresencedu Pre sidentdela 'Republique, M.Dartiguenave,ducabinet,ducorpsdiplomatique,desanciensministresdeI'instructionpubliquespecialementinvites it cette ceremonie, j'esquissaiunvasteprogrammed'education Etvoici COmI\lent je deinis Ie role del' ecole haitienne:.InstruireeteduquerI'enfant l'enfanthaltien c'esttravailler a sonadaptation a laviehaitienne; c'est Iemettreen etat d'utilisersesaptitudesaumieuxderin terct collectifhaltien;c'estfairedeluiuninstrumentdeprogresindividuel.etdeperfectionnementnational. Voila labase 'sur laquellenousvoulonsfairereposerl'edificedel'educationha'ltienne.Cette co:qception est-elletropetroite?S'inspire-t-elle d'un nationalismeexcessif?Pasdutout.Dansuneso ciete particulihe,Ieprogres general resultedesprogresindividueIs;dansla societe internationale,IeprogresseraIeresultatdesprogresaccomplisparl'ensembledes tionsquiIaconstituent.Developpertoutesles forcesdesonpeuple'forcesintellectuelles,forcesmorales,for ces economiques -c'est travailler a I'avancenlentdeI'humanitetout entihe. Nous serons les bonsserviteursdel' humanitesi noussommesavanttoutles bons serviteurs de notre patrie. Lemotnationalismea ete tellementgalvaude,on en -233-

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afaitdanscertainspaysunsi mauvaisusagequ'iIest devenu,pour quelques-uns,synoI\yme dehainede retran ger.Jen'aipasbesoindedire que Ienationalisme edu catifdontjeparleicin'ariendecommunavecd'aussi'vilainssentiments.Commentparlerdehaine quand, parmileseducateursdenotrejeunesse,nousavons desetrangers quimanifestentavecun zele sitouchantleurprofondattachement it notrepatrie?Commentparlerdehainedel'etrangerquandnousavons,dansnos villesetdansnoscampagnes,tantdepretres,de freres, dereli gieusesvenusdeFranceetdeBelgique.qui se depensentsans compter'pourI'avancementdenotrepeuple?Etdequelleingratitudeje moi-memecoupablesijenerappelais,aunomdela generation de lyceens it laquelle j'appartiens, lapartqu'onteuedansnotreformationmoralelesnobles Franc;ais qui se nommaientJulesMolletHenriVillain!Lenationalismequeje lll"econise a ses fenetreslargesouvertessurIemonde.IIpretend'profiteret se fortifierdetouteslesexperiences,detouteslesacqvisitionsfaitesparlespeuplesqui, graceit delongs sieclesdecultureetdeliberte,marchentdevantnollSsurlescheminsdelacivilisation ...Nousnevoulonspointd'uneeducationqui fasse denosjeunesgensdes deracines et desanemiques:plantesdeserre,auxfleurs pales etmaladives.L'educationnationaledoit etre unbelarbrevigoureux.plongeant ses racinesprofondesdansIe sol haltien,qui, auprintemps.secouvriradefleurseclatantes,enautomne,sechargeradefruitssavoureuxetllourrissants.Etcetarhre sera d'autantplusvigoureux,ses fleursserontd'autantplus-234-

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eclatantes,sesfruitsd'autantplussubstantielsquesesracinesaurontplusprofondement penetre dansIe solpourabsorberles sucsdelaterrematernelle. L'educa tionnationale -sivousmepermettezdecontinuerlacomparaison doitenfoncersesracinesdansles masses" profondesdela societe hai'tienne,etellenepeutIefairequepar l'ecole primaire.L'enseignementprimaireest l'en'seignement demo cratiqueparexcellence,celuiquis'adr'esse it lamasse delanationpour elever son arne etluiinspirerIesentimentde -l'ideal. IIformeuntout parlui-lueme ets'epropose,conune .les autresdisciplineseducatives, d'agir sur I'hom-, metoutentier:corps,esprit,sensibilite, energie, pourIerendrecapabledelutterdans l'apre combatdelavieetaussipourIefaireparticiperauxbienslesmeilleurs:l'intelligenceduvrai,la jouis!?ance dela beaute,la pra.tiquedelavertu... L'ecole pl1imaire ne se' contentepasdeformer I'homme dansl'enfantetdeIerendreapte it rempl'ir sesdevoirsdecitoyen:elleprepare it laviedetouslesjours, viedelabeur OU chacimdoitgagner son pain it la sueur desonfront.Deses eIeves elIeentendfai_ redestravailIeursconscientsqui,enpoursuivantleurproprebien-etre,contribueront it larichessenationale.Elleforgel'armaturesolide dela societe dansIe me talpurde l' enfance.TouteslesintelligencesquidormentdansIepeuple celuides villescommeceluidescampagnes ne\ se revelerontqu'itl'ecole primaire. flIes s'ignorerontetnouslesignoreronssi l'ecole primairen'existepasou si, mal organisee, elIedemeureincapablederemplirson role, -235-

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/ qui est lesespritsetde devoilerIespuissances secretesqueporteen ell,e renfancepopulaire.Lapremiereobligationde ,rhomme d'Etat-quiveutquepartout oil uneintelligences'ouvreeUepuissetrouverralimentnecessaire a sondeveloppell1ent serad'organisersolidell1entl'instructionprimaireetdela rep andre it profusionafinquenullepartlamatieresa cree nerisquedeseperdre.Debonnesecolespartout,sur tow; lespointsduterritoire: voilarill1perieux besoindela de mocJlatie hai'tienne.Etquanddansces ,ecoles -quece soit a Ste-Suzanne'; it CapotilleoudanslesMornesdeMacaya des merites exceptionnelsseseront reveles, lafaveur'gouvernementaleirales'ychercheretlesconduiradansleslieux oil ilspourrontsedevelopper et grandir. C'est pourrendrepossible ceUe selection queIe legislateurhai'tien a decrete lagratuitedel'enseignementpublic a tous les degres.Iln'yapas d'elite dontIerecrutemelltnesoit soumis it uneloirigoureusedeselection.Sicerecrutement se faitenvertudeconventionsoude prejuges arbitraires,onsetrouveenpresenced'ullgroupell1ent artificiel casteouniandarillatsanscontactaveclafouleetvivantd'unevie factice. Untelgroupement,aulieu d'etre laleurd'une societe nourriede seve vigoureuse,est commeuneexcroissanceparasitairequiaffaiblitsans cesse Iecorps'surlequelellevitoDansunedemocratie,r elite doitserecruterdanstousles rangsdela societe etsortirincessammentdescouchesprofondesdela mttion, carc'estdanscegrandreservoirde forcesetd'encrgiequ'elleirapuiserlapuissancederenouvellell1entquiluiassureraunejeullesseeternelle.-236-

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Querepr6sente,dans ia constitution decequenousappelonsnotre eliterapport des massespopulairesetpaysannes?Quelquesfilsdegrandsproprie taires rurauxontpufaireleursetudesdansrundenos etahlissementssecondairesou meme dansun lycee deFrance.lIssontdevenus pour laplupart avodts,mede cins, ou achevent dedevorerendes occupationsfutiles Ieproduitdulaheurdeleursparents.Lesconditionsdanslesquelles ilsont etudie leseloignentplu tot qu'ellesnelesrapprochentdupeupledes campagnes. Cesontsouventdes deracines quicherchentsoigneusement it cacherleuroriginecommes'ilyavaitquelquehonte it sedirefilsdepaysan!llsnesesouviennentde leur village natalquele jour oid'appat d'unmandat legislatif ramime'leurpensee interessee vers cette masse rurale,dontils aur,nent pu etre les directeurs intellectuelsetqueleur egoisme laisse tT(!bucher, sans guides, dans les tene bres de l'ignoranceetde la misere.Chaqueenfantdupeuple-, -qu'une superiorite quel.'conque,intellectuelleoueconomique,appelle it fairepartiede -devrait etre unliennouveauet cpmme unechainevivanteentreles travaillt1urs delapenseeetlestravailleursdelamain... Maisjem'ahuseenparlantd'enfantsdupeuple.Quidone,en Haiti, peutsevanterd' etre dupeupleouden'en, etrepas? Dansunenation,qui/compte it peine115anneesd'existenceetquiesttoutentiere sortie de l' esclavage,ilestpuerildedistinguerentreceuxquiviennentdupeupleetceuxquidescen.draientdejenesaisquai.La verite, c'est q.ue nous appar tenons taus a unearistocratie: celle des heros quiantfon de l'independance.Chaculldenous-,celafaitsafier---237-

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tet peutyallerchercberses ancetres, parmi Ies c'hefsouparmiIes soldats.Aupointdedepart,en1804,c'est l'egalite absolue. Maisl'existenced'unenationimplique divisiondutrarail et differenciation des fonctions sociales.Amesurequenousavancionsdanslavie, des differences cellesquideriventdel'esprit,del'education,du talent, delaforce.del'activite secreaiententre nonset etablissaiententreIesindividuscomposantlanationune inegalite defaitsetdere.sultats,que lesdeclamationsles plus vio lentesnepeuventsupprimerparcequ'elle est une conse quencedel'evolutionsociale. C'est ceUeinegalite qui acree l'elite. Maisl'eliten'estpointdigne de sonnometne ; peutremplir son rOle dansla societe si elle re,.teen contactpermanentavec Iepeuple,siunechangecontinue!de etd'ideesnesefait derunit rautreet si,largementouverte it tous,ellenese renOllyelle sans cessepardes apport!" nouveauxquienrichissent son sangetfortifientses muscles. Cesapportsnesontunenricbissementquelorsqu'ilsrepresententdesvaleurs effectives. des superioritesreelles. Etpourqueces va leurs etce, superioritesse revelent, ilfaut creer laseule egalite quisoitsocialementadmissible:celle desmoyens.pourtoutindividu,de developper sa personllalite, c' est-it-dire l' egalite devantl'education.Lapossihiliteofferte it chacunde s'elever parl'educationetdeprendrerangdans l'elite, si ses aptitudesIeluipermettent,sera realisee parIaconstitutiond'un regimeegal pourtous,quifavorisel'autonomieindividuelle.l'initiativepersonnelle.l'affranchissementetIeplein epa. nouissementdes energiesnationales, I'Etataccomplis--238-

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, sant avec conscienceet honnetettS sa missionquiconsiste,nonpasseulement it.' faire regner l'ordrepublic,la securite dansIetravail, Ierespect descontrats,mais aussi it. seconderles effortsd'individus isoIes ouassociesenvued'ameliorerleurcondition:en resumeit. diriger l'activite delanationvel'SIebien-etreetIebonheurdanslapaixdeslabeursfeconds.Ainsi.favorisees, lespersonnalitesfortes d'elles-memes au-dessusdela melee humaineetprendrontIe role dedirectionauquelleurdonnentdroitleur merite etleurvertu.Mais,pour eclore, ellesdoiventtrouverunmilieuintellectuel, oit baigne lepeupletoutentier,desorte qu'aucune intelligence n'e cliappe it. l'actionbienfaisantedecemilieuetqu'aucunene se perdefauted'avoir trouve l'impulsionnecessaire. Cequenousdevonsdone v!luloir, c'esttoutd'abordquel'instructionsoitpartoutrepanduedansIepeupleetqu'ensuiteune, par la creation de bourses nombreilses dans l' enseignement agricoleetin dustriel, dansl'enseignement secondaireetdans l' enseignement superieur,. permette it. ceuxdontIemeriteexceptionnelse serareveIeitl'ecole primaire urbaineoururale d'acceder it laplushauteculture,queUequesoit leur origineetenquelquepointduterritoire qu'ils soient nes. Telleestlaconceptionquenous no'us faisons.de l'edu cationnationale.Telest Ieprogrammequenous avou"s entreprisd'appliquerpourlaconstitutiondeselites na tionales celIe del'espritetcelledutravail-quidoiventcesserderester etrangeresl'uneit l'autre.LeGouvernementde Republique est decideit fairequeces questions d'education, siintimement lieesit notreavenir-239-

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moraleteconomique,sortentdudomainedes discussionsacademiquesoudesmaresnauseabondesdelabasse politiquepourdevenirdes sousformed'ecoles pri maires serieuses, d' ecoles agricolesetindustriellesbienoutillees,de lycees etd'institutionsd'enseignement supe rieurdignes decenom,donnant it nosenfantsuneinstructionquilesrendecapables,enquelquebranche OU s'exerceplustardleuractivite, detravaillerefficacementethonnetement itleur bien-etreindividuelen memetempsqu'it la prosperite et it lagloire deleurpatrie. -24Q-

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27 mai19047. JOSEMARTI,ANTI-RACISTEETANTI-DEMAGOGUEIIyadeux ans, M.Camejo,Charged'AffairesdeCuba,medemandadefairenne sur Jose Marti aI' occasiondu 50 anniversairedelamortdn heros cubain.Aucnnevienemeparutplusdigned'etreconteequecelIedecemartyrdela liberte, depuissanaissancedansunhumblequartierdelaHavaneIe28janvier1853 jusqu'a samortglorieusedanslavalleedeDosRiosIe19Mai1895.Etaucune poesie, essais,discours,correspondance-nemeparutplusdigne d'etrepre senteeaupublic hai:tien quecelIedece poete, decepenseur,decetorateur,decethomme d'Etat, dontlahautespiritualiteluia merite Ienom d'Apotre de l'Ame rique.Je m'effor:;ai, aucmu'sdemaconferenceauCerclePort-au-Princien,demettreenlumierecertainescirconstancesdelaviepolitiquede Jose Martietcertainsaspectsdesa pensee, quin'avaientpasassezretenuI'attentiondesesnombreuxbiographesetquemoneminentami,M.FernandoOrtiz,a .etudies dansunadmirablearticleintitul6Martiylas Razas(RevistaBimestreCubana, iep tembre-octobre1941).-241-

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Qu;est-ceque :Marti peusaitdelanotionde raceeligeneral? Avantderepondre a ceUequestion,nousdevonsrappelerqu'aumoment oil Jose Martis'engageaitdanslaIUUedes idees etdansl'actionpolitiquepour l'indepen. dancedeCuba,l'influencedeGeorgesVacherdeLa pougeparaissaitdominantedanslesmilieuxscientifiques al'chIde deI'homme.VacherdeLapouge avait inventel'anthropo-sociologieetreprislatheoriegobiniennede l'inegalitc des racesenlafondantsurladoctrinedelaselectionnaturelledeDarwin.D'autre part, l'esclavagecontinuaitd'exister a Cubasousuneforme attenllee envertudelaloiMoretde 1870,etsespartisansetaientheureuxd'invoquer,comme justification ration neUe de ceUeinstitutionbarbare,la these anti-chretiennede l'inferioritefonciere delaracenoire assen-ie. A tous ces savantsdebibliotheque,conUlleillesappelait, a tousces esclavagistes interesses, JoseMarti fit cette Teponse hardie:lIn'ya pas de races.VneteUe rep on sepouvaiteneHetsemblerhardie al'cpoqueoil elIefutformulee:eUenerestplusmaintenantpuisqlle l'etude critiquedela theOl'ie des raceshumainesapermisdefairepleinejusticedugobinismeetdeses succedanes.IIn'y a pasdehainederaceparcequ'il n'y apasderaces,proclameMarti,etilsemoquedeceschetifspenseurs,deces savantsqui, enfermes dansleurcabinetdetravail,ont cree ces races debibliothequera zas de libl'eria--quel'ohservateurconsciencieux cher cheenvaindanslanature, oilrunite universelIe de l'espece humaineest evidente. L 'ame,
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egale et eternelle, de corpsdifferentsdeformeetde couleur.SiMartisesertdumotracedansses ecritsetdansses discours, ilIedepouilledetoutesignificationanthropologiqueoubiologique,enIeramenantsimplement a la designationd\m groupesocial deformationhistorique. Vhomme,ecrit-il,n'a pasdeprivilegesspeciauxparce qu'il appartient a uneraceou a uneautre.Lemothommeimpliquetousles droits. L'homme blancquiditmarace peche parredondance.Le negre quiditmarace peche egalementparredondance...Insistrsurles diffe rences raciales,surles divisionsethniquesd'unpeuple deja divise, c' est r'ndre difficilele bonheur individueletcollectif,qui depend essentiellementde['union des ele mentsappeles a vivreensembledansune meme commu naute. Toutcequidivise les hommes, toutcequilesparticularise,toutcequiles separe oules eIoigne lesnnsdesautresestun peche contre Phumanite.Jose Marti etait blanc,maisilsavaitquedansses vei nescoulaitunsang compose d'eIements divers oil rapportjuif n'etait pasnegligeable. Celaluiimportaitpeu. L'histoire avaitfaitdeluiun Cubain,c'est-a-dire unhomme: qu\m milieugeographique determine etuncertainclimatmoraletsocialavaient demaniere a de velopperlesqualitesindividuelles qu'il tenaitdelanature. Qu'importe, ecrivait-ilen1884,quenousvenionsdeparentsdesangmaureetdepeaublanche'? L'esprit des homll1es lotte au-dessus delaterre oil ilBvivent... Professeur, conferencier,exile, Martivisitaplusieurspaysde PAmerique latine. IIvii it queUesmiserable .. conditionsdetravail Plndien,considere COllune inaiiiimi-243-

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etinferieur, etait soumisdanslaplupartdecesrepubliques.IIecrivitdes pagesemouvantespourdecri re cettesituationetenreclamerIeredressement.IIrendithommageauMexiquequi,entravaillant a releverlaconditionsocialedel'Indien,payaitainsisontributdegratitude a larace d'ou. lui eta itvenusonliberateurJuarez.Maislasituationdu negre auxEtats-Uniset me me a Cubaluisembla particulierement deplorable. Ves clavageavaitsansdoute ete abolidansl'UnionEtoileeparl'acteimmorteld'AbrahamLincoln,etl'Espagnel'avaitsupprimedanssagrandecoloniedesAntillesen1880;maisl'ancienesclaveetsesdescendantsdecouleurcontinuaient aetre traitesdanscesdeuxpaysd'unema niere incompatibleavec Ierespect dua Jadignitehumaine.SurcepointMartiestparticulierementeloquent,etendes pages vigoureusesilfustige ces esclavagistesattar des quipersistaient a faireduracismeuninstrumentdeleur pol:.ique inhumaine.Avecautantdevigueuril s'eIeve contrelespoliticiensdemagoguesqui, a Cuba,essayaientd'exploiter a rebourslaquestionracialecommeunmoyenpourleurpropagande interessee. Estdemagogue,s'ecrie-t-il,celuiquipousse lUte fractiondupeuplecontre ['autre.S'il soule veceuxquin'out rien contreceuxquipossedellt,ilestun dhnagogue. S'ilinciteceuxquipossedent cOlltre ceu.'\: quin'ontrien,ilestundemagogue.Lepatrioteestcellliqui,pourla satisfaction de ses justes aspirations, et'ite Ie dangerd'uneambitionexcessive.Enaffirmantl'unitedel'especeIUlluaineet l'egalite deshommes, Jose Martirepondait it l'avance a latheorieraciste de pretendus savants, obeissantal' enseigne-.-244-

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mentduMeinKampf,ont essaye d'imposeraumonde.Toutcequ'ila ecrit estenparfaitaccordavec les conclu sions delasciencemoderne.NotreAntenorFirmin,danssonlivresur l'egalite des races,luiavait dejadonne rai son. Mais queUeforceapportent it l'opiniondu poete etphilosophecubain les 59anthropologistesetethnologuesdereputationmondialequi,auPremierCongresUniverse!des Racestenuen1911, condamnerlmt la these dela superiorite racialed'ungroupehumainsurl'autreetaffirmerentaucontraire l'unite de l'espece humaine!Pouravoirproclameceprincipe d'unite humaineetavoirvouluenl'appliquantrealiserl'uniondeshommesautourd'un memeideal de bonte, debeauteetdejustice, Jose Martiestplusqu'un poete,plus qu'unphilosophe,plusqu'unpatriote,c'estunbienfaiteurde l'humanite dontlamemoiredoit etre honoreedanstousles paysdemocratiques.-245-

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3juin1947.DONNEZ-LEURAMANGER... J'ai maintefois signale Iemanquede contilluite dam: PAdl11inistration I:Ol11me I'undesgrandsmauxdelapolitiquehaltienne.Ricnnemeparaltplus deplorablea cepointdevueque l' ouhlidanslequelona laisse mouriruneinstitutionbienfaisante ereee en1918en vue de faciliterlafrequentationde l'eeolea nosenfants pamTes.J'avais tout de suilecompris,enprenantladirectiondul11inistere de I'instruetionpllbliqueenjuillet1918.quedansIeproblemede lafrequentationscolaireen HaIti ilyavaitunequestionmaterielleetunequestionmorale.Jecherchaidone a agirsur l'esprit despopulationspardesmoyensde mCl11e ordre.De la naquit ridee delaCaissedes Ecoles.Conforl11ement ala loidu18octobre1901quiprescrit.ensonarticleler, 2alinca, quelescommunes sont teonues,parI'entremisedumagistratcomlllunal.dedonnerleurconcoursgratuitementpour assurer etfaciliterlafrequentationdes ecoles, je fissignerparIePresidentdelaRepuhlique,M. DartiguenaYe. un arrete du18 de cel11bre1918quiinstituaitdansclwquecommuneuneCaisse des Ecolesayantpourhut:lOdefaeiliterla fre quentationdes classes par de" secoursaux cIt-Yes indio gentsoupeu aises, soitenleurdonnantdes lines etfour--246-

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nituresqueleursparentsnepourraientleurprocurer,soitenleurdistribuantdeshabitsetdeschaussures;20decontribuer it labonnemarchedes ecolesenfournissant it celles-ci,danslalimitedeses res sources,toutconcourspropre it rendreleurenseignementefficace. Les ressourcesdelaCaisse secomposaient:lOdessubventionsqu'ellepourraitrecevoirdelacommune;20descotisatiolTsdesesmembresetdessouscriptionsparticulieres;30des dons, legs,produitdes quetes, collectes,et fetes debienfaisance;40desdonsennaturetelsquelivres,articlesdepapeterie,mobilier,materield'enseignel1lent, vetel1lents,denreesalimentaires,etc.Tenant it conserver it laCaisse des Ecoles Ie caractere d'institutionmi-officielle,mi-priveequ'elleaenFranceetquiluiaassureunsi gra:q.d succesdanslapopulation fral1t:;aise,fen fisune societe ou'verte ;i tous, sanS distinction d'age, desexe, dereligionoudenationalite.L'administrationen etait confiee it uncomite preside parIe magistratcommunaletcompose desmembrsdelacommissionscolairelocale,du cure delaparoisseetdedeuxautrespersonnes'eluesparl'assemblee generale des mem bres. Lesmembresetaient divises enfondateurs(cotisatiollannuelledesixgourdes);ensouscripteurs(versementannuelminimumdedouzegourdes);endonateurs(dond'unevaleuraumoinsdecentgourdes,enespecesouenlivres, vetements, materield'enseignement,etc.).Leco mite pouvaits'adjoindre,ennOl1lbre illil1lhe, desdamespatronnesses.LaconstitutiondelaCaisse des Ecoless'inspiraitdemon idee ambitieuse toutlemonde a l' edu cationpopulaireenenfaisantuneaffairenationale. J'y -247-

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visunmoyen precIeUx depropagande ou,siron aimmieux,depuhlicitescolaire. l' employaitoutes les res sourcesdontjepouvaisdisposerpourrelldreIe 'plus largepossihleceUepuhlicite. L'Ull desconcourseffectifsqueje re.,;usit ceUeoccasionfutceluiduClerge:Ie dimanchequisuivitlapuhlicationde l'arrete dansIe Moniteurdu21decemhre1918,un eloquent appel des Eve quesfutIudansles eglises etchapellesdemandantauxfidelesdechaqueparoissededevenirmemhresdela cais secommunaledes ecoles. PourmeUrel'affaireentrain,i]fallait payer de sa personne.J'allaimoi-memerecueillir desadhesions.Des damesdeIa societe port-au-princienne s'interesserent vivement itl"reuvre. Etc'estaumilieud'unenombreuseassistanceque j'inaugurai, fin decemhre 1918, itrHoteI deVille,laCaisse des EcolesdePort-au-Prince.Leco Iuite directeuren etaitainsicompose:president.:\1.AIphee Alphonse,magistratcommunal; tresorier .:\Igr Jan. cure delaCathedrale;conseillers:MmeEmileRouzier .. MmeSuiradVillard,DrPaulSalomon,Dr Fraw:;ois Da M.T.Laleau,M.ArthurSt-Lot.LaCaissedePort-au-Princesemitimmediatement it Iabesogne,sollicita desconcours,obtintdessouscriptiometfutbientotenmesurededistrihuerauxecoliersindigents dessecoursenhabits,chaussures,fournituresclas siques.MaisIa fourniture essentiellemanquaitencore.Le12mai1919,j'adressaiaucomitedirecteuruneIettredanslaquelJejeluidisais:Jeprendsunplaisirparticulier it constaterquevotre s'exerceavec succes danstous les quartiersdelavilleetquevoustachezd'interesser itcettereuvredemo-248-

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cratiquelesdifferentesclassesdelapopulation,endemandant it chacund'ycontribuerdanslamesuredeses moyens. SitousleshabitantsdePort-au-Prince -hal tiensetetrangers,intellectuelsetouvriers,petitsetgrands repondaient it votreappel,vosressourcesseraient decuplees etvouspourriez,ainsiquevousenavezIe desir, soulagerlesinfortunesquisollicitentchaquejourvotrebienveillance, infortunesd'autantplusdouloureusesqu'ellessontsupporteespardesenfants.Parladistributiongratuitede souliers,livresetfournituresclassiquesaux eIeves indigentsoupeu aises, vousencouragezdansunelargemesurelafrequentationseolaire, do'nt Ietaux,icicommedanslesautresvillesdelaRepublique,estcruellement derisoire.-Vetir lesenfantsetleurfournirlesinstrumentsd' etude indispensables,c'estbien. celanesuffitpas.BeaucoujJdecesen/ants, lU3las!arrivent le matin enclasse sansavoir mange etnesontpas certains,enreno Irantchez e-ux, lemidi,d'ytrouverunmorceaudepain!Connaissez-vousdespectacleplustristequeceluid'unenfantquiafaim?Cespectacle,onracependantquotidiennementsous les ye'ux dansungrandnombredenosecolespopulaires.Jepensequenouspourrionsdansunecertainemesureremedier it un-malsi en eta hlissant,danslesquartierspauvresdela ville,s6us ladirectionetIecontroledelaCaisse des Ecoles,descantinesscolaireschargeesdedistrilmerdesportionsgratuitesauxecoliersnecessiteux.Jevousverraisavecreconnaissancemettrecettequestion itPetude. Etsivousvoulezbienm'inviter it laseance on elleseraexaminee,jevien--249-

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draidegrand creur essayer avec vousd'ytrouverunesolutionpratique.M.AlphonseCOllvoqua sanstarder l'assembleegene raIl' delaCaisse des EcolesdePort-auPrinceetinvita a lareuniondesrepresentantsdelapresse. J\Ia propositionde creer descantinesscolairesgratuitesfutaccueiJlie avecenthousiasme.EtIelerjuillet1919.feuslajoiedeprocedermoi-meme a!'inauguration dehllitcon tines.-veritablesrestaurantsd'unepropreteparfaite ouverts auxecoliers indigentE,dontdeuxau Morne-a-TuL deuxau. Bel-Air.deuxau Poste.Marchandet deux it laCroix des-Bossales.Deux fGis parjour,descentainesd'enfantsfurent re.,;us etnourrisdanscescantinesdont.la directionavait ete confiee a despersonueshonorables. Grace auconCOllrs desinteresse quenousapporterelltdes gensdetoutesconditions (j'ai cite leurs nom8 dan;; monlivrePOllrVne HaIti Hellrellse,tomeII,page393).Ie succesfutconsiderable.Unjournal-quis'etaitcependant specialise danslacritiquesouventacrimoniemede111apersonneetde llles actes alIa jusqu'a proposerquecescantinesfussentappeleesCantines-BelIegarde.Bienentendu,jerepoussaienergiquelllentcetteproposition:ce n'etait pasen vuede lllapopulariteque favaiscree unetelIereuvredebienfaisance1. ..LaCaisse des Ecolesfutrendueobligatoirepar voie legale. J'introduisistoutd'aborddansla10idu5 aout 1919ladispositionsuivante:est cree. danschacll1ledescommunesdeIaRepllblique,une'Caisse des EcolesayantpourbutdefaciliterInfrequentationdes classes. Puis,-jefisvoterlaloidu4 aout 1920sur l'universited'Haiti, quiprescritensonarticle7:Les Caissesdes-250-

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Ecoles, institueesenvertudelaloidu5 aout1919, sontohligatoiresdansles communes. Ellessontautorisees a recevoir les donsetlegsquileursontfaitspourfaciliterlafrequentationdes classes, soitpardes secoursaux ele. ves indigents sousformede livres, defournituresclassi ques, vetements, nourriture, outils, matieres premieres, soitpardesencouragementsauxmaitressousformedesupplementsde salaires, indemnitesde residenceoudevie chere, etc.Jenesais sidansIe cyclonequiademolitantdechosesauministerede rInstruction Puhliquecesdeuxloisont ete detruites. Mais ce qu'il ya de certain,c'estqu'iln'existe plusde Caisse des Ecolesen Ha'i'ti. Les cantines scolairesontdisparu.Etcelles qu'on afaitrevivre som; une autre formeont porte des 'nomsdeChefs d'Etat et n'ontete quedes moyens de reclame-politique.-251-

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16juin1947.RAPPROCHEMENTDESCLASSESDansla preface dupremiervoliulle demon line POllr[Tne Ha'iti Heureusej'airappelecesouvenirqui m'est cher:Encore eleve desecondeau lyceePetion, jemefisinscrireen1894COl1Ulleprofesseur bene,ole au Cours d'Adultesdel'Association du Centenairede rIndepen danceNationale.Depuisce jour" deja lointain jusqu'a laminuteprecise oil j'ecrisces lignes,unepreoccupationa domine mapenseeetdirigemon activite sociale: cellede l'eIevationdu peuplehaitienpar l'iiducation etparIe tra'vail. IIn'yapasunepagesortie de maplumequinetemoignedecehautsouci.Pasunacte dema vie publiquequin'enait ete inspire.Sil'ecoledusoil' fondee par M.Jeremie oil moncheretinfortune Masi'illon Coicouprodigualestresors de son ame fraternelleattiratoutdesuitemondevouement juvenile, c'estqu'ellem'apparut,puisqu'ellefaisaitde l'ounier unecolier.commeIeclairsymboledel'union des deuxforcesindis. pensablesaudeveloppementharmonieuxdela societehartienne. Jesuisdevenuplustardprofesseurau lyree, etj'aibeaucoupenseignedansd'autresecoles secondairesousuperieures.Jamaisjenemesentisplusfier demaprofessionetnemecrusmieux recompense demonlabeurqueIejour oil, visitantunchantierdeconstrue--252-

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tIon, jevisvenir it moiuncontremaitre,quimedit:-Vousm'avezappris it lireauCoursd'Adultes,etc'est graceit vousquejepeuxteniricimaplace. Merci.L'educationdupeupleestuneaffairepublique, it laquelletousles citoyens,toutesles familIeset meme lesetrangershabitantIepaysdoivents'interesser it cause de sonimportancecapitalepourl'ameliorationdes con ditionsdevieenHaiti.Monprogramme,lorsquejeprisen1918ladirectionduministeredel'instructionpublique,futd'interesserlanationtoutentiere it I' ecole pu blique, sa:qs distinctiondeclasse,desexeoudereligion.Etjen'aiobtenutantdeconcours desinteresses queparcequej'allaismoi-memeplaideraupresdechacunlacausede l'ecole haitienneeiparcequej'avaisfaitdecettecauseuneaffairepatriotiqueaupremierchef. Me dressantdevantlavolontedesfonctionnairesdeI'Occupationdetoutdetruireoudetout prendre,contrecarrantles pro jets dedominationd'unRuanoud'unMcIlhenny,jeluttaietresistai avecvantage grace aux apptiis volon tairesquimevinrentdetoutesparts.Cesappuis,je Iestrouvaiparcequec'estma fierte deIedire-jecom men.;ais pardonnerl'exemple.Jem'enorgueillis d'etre Iepremierministrehaitiendel'instructionpubliquequi, etant enfonction,aitconsenti it tenir,naturellementsans retributio'll,unechairedansune ecole publique.Jefiseneffet,pendantdeuxans, Ie coursdepsychologieappliquee itl'educationit I'EcoleNormaled'Institutrices dirigeeparMme Rene Lerebours.Chefdedivisionen1904, j'avais egalement donne monconcours it titregracieux it I'EcolePratiquedeMIleIsabelleLaporteet it l'InstitutiondeMme VveAugustePareto-253-

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Quandjevoulus creer laCaisse des EcolesetlesCantinesScolaires,jenemecontentaipasderedigerunar rete et d'ecrire descirculaires:fallaimoi-meme dans les familIesexposerla misere denosecoliersetjetrouvai.dans to utes les classesdela societe, de nobles femmesetdeshommes genereux pourm'assisterdansceUe reuvre. charitable.Mon reveetait defairedechaque ecole puhliquelapupilled'unefamilleoud'ungroupede famille8. Pourrealiserce reve, jerecourus it unmoyenquimepermitdefairecoupdouble: it nos ecoles primairesdetoutelaRepublique, jusque.lit designees parde simple8nume rosd'ordre,jedonnailes noms desvieuxmaitresquiavaient honore de leurs services la carriere del'enseigne ment, 'tje plat;ai ces ecoles SOliSle patronage etla pro-tcrtiondeleurs familles. .L'avisministerielportantles nouvellesdenominationsconstituaitunveritable palmares,on les noms lesplus eclat antsvoisinaientavec lesplushumhles,tous reUni8 dansIe meme hommagedegratituderendu it leur me rite:un proIetaire conUDeCoriolanDessources,dit Co)'o.itcote d'unDaguesseau Lespinasseoud'unGuillaumeManigat;uneClaire.Heureuse,uneBelmour Lepine ouuneArgentineBellegarde itcote d'unemodeste institutriceprovinciale tiree de l' ombre.Laposedesplaquesdonnalieu it detouchantesmanifestations.Jenepeuxresisterauplaisirdereproduireici,eDlesabregeantmalheureusement,deuxdes comptes rendusduNouvelliste.Hiermatin(4fevrier1920),M.l'Inspecteur Tessier21procede, enpresence dela familleDarius Denis,a la pose

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de laplaqueofferte it l'Ecole nationale Darius Denis parlesparents de ceremarquableeducateur.Auxparoleselogieuses de l'inspecteur,M.Louis Roy, ministredes travauxpu'blics, repondit aunom de lafamillepardes remerciements emus. Puis,Iedirecteurde l' ecole, M. Desrouleaux,ditentenuesheureuxsa fierteetcelIe de ses eleves pourl'honneurfait it leuretablissement.M.Dan tes Bellegarde,quiassistait it la ceremonie commeamidelafamille,demandaauxparentsdeDariusDenisd'adoptel'pourfilleuls les elevesdel' ecole, -laquelleaura de sormais commejourde fete annuelleladateanniversairedelanaissance de sonpatron.Leministreaannoncequ'ilallaitetendrela mesureit toutes les ecoles: chacune aurasa fete(lla date anniversairedela naissancedeceluidontelleporteIenom.C'est lit uneinspirationquenoustrouvonstout it faitheureuse. C'etait hiermatin(6fevrier), itl'ecole nationaleprimaireduBel-Air, posedelaplaqueportantIenomdeRichard-Azor. Cette ceremonie, quieutlieuenpresence deMmeVve Azoretde sesnombreuxenfantsetpetitsenfants,futparticulierementtouchante.Leministre de l'InstructionPubliquey assistait. LeDrV.Carre,sousinspecteurdes ecoles, fitunbel eloge deRichardAzorqui,sous IeGouvernementdeGeffrard,fondalapremiere ecole dusoil' du Bel-Airetqui,aucoursd'unelonguecarriere,eutlafierte devoirpassersurles banes de son'mo deste etablissementpresquetoutelajeunessede ce qual'tierpopulaire.M.Bellegarderappelales servicesrendusparRichardAzor it lapopulationduBel-iir,dontil etait devenuIepatriarche ecoute. Leministre,parlant de la necessite d'unebonne education populaire, llemanda aux -255....,..

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familIesduquartierde activement a leur eco le.IIpreconisalafondation associationformeedesnotablesduBel-Air,quisedonneraitcomme tache decontribueraudeveloppementdes ecoles duquartieretd'encouragerlafrequentationscolaire. IIregrettal'absencedesonami,M.AntoineInnocent,quirepresenteIeBel.AirauConseilCommunaletquiest,parconsequent.tout indique pourprendrel'initiative pareilIe reUHe ...Iepourraismultipliercescitations,cardanschacunedenos ecoles se deroula unemanifestationsembIableettoutaussitouchante.Leresultatqueje poursuiyais futatteint:unvifcourantdesympathies'etablitentre nos ecolespopulairesetles familles. J'en donne ces deuxexemples:M.EdmondLespinasseadopta l' EcoleDa guesseau-Lespinasse,fournissantdessecoursaux eleves etprenantpartchaquefois, avec ses enfants,iI Ia fete annuellede l' etablissement.Les familIesHoraceetEmma.nuelEtheart s'interesserent egalement a l'EcolePierre Etlu'>,artdirig.ee avecbeaucoupdedevouementpar )Ille HenrietteValin. pastrouve IiI unexcellentmoyen d'operer cefameuxrapprochementdes classesdontonparlebeaucoupsans fasserienpourIefaciliter?Etcela llevaIaitilpasmieuxquede pl;echer lahainedes classes'? .. -,-256-

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17juin1947.LA COMMUNEETL'ECOLEDanstOilSlespays OU !'instructionpubliqueestserieusementetablie,unelargeplaceyestaite it l'institutionlocale-cheznouslacommune-quiconstituelabasedel'organisationpolitique.Laloihaitiennedu6octobre1881surles conseils com mnnaux amis a lachargedescommunesl'obligationde creer des ecoles pourl'educationdupeuple.Lesloissurl'instructionpubliqueontrenforcecetteobligation:10celIedu18octobre1901,enexigeantdescommunesdontles financessontprosperesd'etabliretd'entretenir,chacune 'il sesfrais,aumoinsune ecole primairedegar I,;ons etunedefilles; 20celIedu4 aout 1919quejefismoi-memevoteretqui,outrequ'eUeprevoitdanschaquesection ruralelacreationdedeux ecoles primaires,instituedesboursescommunalesdansles lycees, colleges prives ou ecoles professionnelles,exclusivement rl!servees aux'enfantsdes sections htraleset des villes oiL n'existepas d'enseignementsecondaireouprofessionnel.Lescommunes,dansleurensemble, n'ont jamaiseuun tres vifsoucideremplirIe role d'unesicapitaleimportancequileurestconfie.Quelques-unesbornentleuraction it subventionnerdes ecolesprivees. Bienrares sont cellesquiinscriventdansleurhudgetcesdepenses pour -257-

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.1'education populairequelaloide1881appelleohligatoi res. L'excuse qu'ellesdonnent it cesujetconsiste it direqueleursres sources financieresnesuffisentpas it assurerlesservicescommunauxessentiels.Orl'instructionpuhliquedevrait etreconsideree aveclapolice,la Yoi rieetl'assistance commel'unde ces services essentielsauxquelslacommuneest oblig.ee depourvoir.Enadmettanttoutefoiscomme fonde l'argumentfinanciermisenavant,l'Etatapourdevoirdefournirauxcommunesles moyens necessairespouraccomplirleur IllisSiOD d'education.De cetteconsiderationnaquitunprojetdeloisurles taxes conllllunales scolairesqueje deposai en1920auConseild'Etatetdontjeparleraiplusloin. Mais,anterieurementau depot deceprojetdetaxes scolaires,unpremierpasavait ete faitparIe gouvernementdeM.Dartiguenaveenvuederendreeffectiveractiondescommunesenmatiered'instructionpuhlique.Parlaloidu2octohre1918,quirestituaitauxmagistrats'communauxles fonctions d'officierdel'etat-civil.etparcelledu2juin1919quila completait, 70%des recet tesdel'etat-civiletaient affectees aux hesoins scolaires des communef',-30% etantaccordees aux magistrats communauxpourleurssoinsetfrais.Laloidu18decemhre1918etcelledu28juillet1919 reglerent l'emploides70%des recettesdel'etat-civilenlesappliquant:10auxfraisd'acquisition,deconstructionoudereparationdes maisonsd'ecoles;20auxfraisd'acquisitiononde confection desmaterielsetmohiliersgarnissantces ecoles; 30aupaiementdesindem nites de residence auxinstituteurs,titulairesouadjointi,-258-

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employesdans une eOlllmune autrequeeelle de leur ha hitation. .Laloi du 28juillet1919reneontrauneviveoppositionauConseild'Etatdelapartdequelquesardents partisans del'autonomieeommunale,quinevoulaientadmettreaueuneontroleduministredeI'instruetionpuhliquesurl'attrihutionetl'emploidesfondsde I'etat-eivil affeeteil auxeeoles. AI'und'eux je fiseettereponse:Jenepeuxlaisserdiresansprotesterqueles depen-, sesprevuespourtraitementsdupersonnel a l'article66delaloide1881surles con seils com'munaux sontplusurgentesetplusneeessairesquecellesconcernantI'instructionprimaire.UnetelleopiniondepasseassurementlapenseeduConseillerquivientdeparler.Non,iln'ya pasdedepensequi soit plus imperieuseque ladetted'instructioneontractee envers Iepeuple.C'estpareequetroplongtempsaprevaludansI'espritdes Haitiens I'opinioncontrelaquelleje m'e(eve queles paysans,pourvoyeursde nos budgets, croupisse'nt dansunesinoireignorance.Nousn'avonspas assezeomprisqu'illallaitdonner itce peuple,paruneinstructionlargement re pandue,les mo yensdes' elever dansLa lu,.",iere et deconquerir son inde pendanceeconomique.Etparee que nousavonseruqu'ilyavait d' autres taches plusurgentesquecelle-Ia,nousavons laisse se perpetuer encepaysun etat de miserema terielleetintelleetuelle,dontc'estaujourd'huinotredevoirleplus imperieux desortir it breIdelai. Cettepetiteloidu2 octohre1918affectantaux ecoles 70 pOUJ:tcent des reeettesdeI'etat-eivilnouspermitdeper cevoirdulerjanvier1919au30septemhre1920, soitenvingtmois,154,674,48gourdes ($ 30.934.99)etde de-259-

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penseI'66.168,38($13.233,67)pour les besoinsdes les,commeonpeutIevoirparmonrapportdu23 de cembre1920auPresidentdelaRepubliquepubliedans / IeMontieurdu20 evrier 1921etreproduitdansmOlllivrePourVne Ha"iti Heureuse(tome 2, page466).30.934dollarsenvingtmois:c' etait evidemmentpeudechose;maisquandonsauraqueIebudgetdel'exercice1919nepreyoyaitque5.000dollarspour m.obilier deto utes les ecoles de laRepublique,ontrom,-eranaturelquejemesois vante desresultatsacquis, dontIeplusimportantpourmoi etait d'avoir interesse lescommunesd'une fa.;on directe a l'educationpopulaireetd'avoirrenodutangiblesauxyeuxdespopulationsles effetsderaetionlocaledansl'undes services lesplusessentielsdel'activitenationale.Jevoulusfaireuneffortplusvigoureuxdansce sem. M'inspirantdelalegislation fran.;aise, quimet a lacharge descopmmnes certainesdepensesde!'instructionprimaireenyaffectantdes ressources'speciales ;m'appuyant, d'autrepart, sur l'article66delaloihaltiennede1881surles conseilscommunaux,quirangeparmiles depenses obligatoiresdescommunescellesconcernantlacreationdesmaisonsd'ecoles,jepreparaiunprojetdeloiqui:10imposaitauxcommunes,sousladirectionetIe con trole duministredel'instructionpublique,Ie soin deconcourirauxdepensesdel'enseignementprimaireurbain et rural;20leurdonnaiten meme tempslesmoyensdepourvoir aces depensesparl'etablissementdeque! questaxescommunalesfaciles it percevoiretderendementcertain.Ceprojet,communiqueparIeministredesfinances,-260-

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M. Fequiere, auconseillerfinancier amerIcain, M. Me Ilhenhy, dechainalacoleredecelui-ci.Dansunelettredu23juin1920,M.McIlhenny de claras'opposerabsolumen! it un pareil projet,qui,suivantsapropreexpres sion,etait inopportun.Je.repliquaivigoureusement,encontestantd'abordauconseillerfinanciertoutdroitdecontrolesurles financescommunales,endemontrantensuite l'opportu:q.ite etla Iegitimite desmesuresquejereclamaisenfaveurdeI'instructiondes massespopulairesetpaysannes.Rien -'ecrivis:je n'estplusopportun,plusindispensable,plusurgentpourIepeuple hai'tien quel'organisationdeI'instructionprimaire,principalementdans nos campagnestroplongtempsabandonnees it elIes memes.Leconseillerfinanciera-toilquelquechosedemieux it substituer it monprojet?J'examineraiavec soin Ies suggestionsqu'ilvoudrabienfaireauGouvernement.Mais cequiimporte,c'estqu'uneffortvigoureuxsoitfaitdansIe sensde I'education populaire;c'est qu'une impulsion soit it l'enseignementprimairerural.N ous avonsundevoirdejusticeetdeconscience it remplirenversnotre peuple a/indele tirerdel'igno ranceetdela misere.LeGouvernementha"itiennepeutpassouffrirplus lcmgtemps quedes voyageurscontinuent it portersurHaitidesappreciationscommecelIequejetrouvedansunerecentebrochuredeM.GabrielGuyInman: The fact isthatthepeople0/thecountry districts, which meanS 90percent0/thepopulation,are littleabovetheanimal...Jedemandeauconseillerfinan.cierdefaireconnaitreauGouvernementles moyensqu'illuiparaitraitplusconvenabledemettre it ladisposition-261-

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au.inistere.l'instructiolll publique r8urrealiserI'omvre indispensableeturgentedel'educationpopulaireetpaysanne.Cettedemande precise restanaturellernent sansrep on se. Etrnagrandetentativedeprogresnationalfut aill8i 6iectr8cutee... ...-262-

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.;; 24juin1947.UNEVOIXS'ELEVADANSLANUIT... Ell souvenirdel'Appeldu General deGaulledu18juin1940,jereproduisiciquelquespassagesdudiscoursqueje enmars1945,aubanquetoffert, itl'Hotel Splendide, it laMission Franc;aisepresidee parIeDrPasteurVallery-Radot.***Depuis1acatastrophedejuin1940,nousavons eu 1avisite denombreux exiles, deJacquesSous telle a Henri Torres, quinousparlerentde laFranc('l meurtrieetdeses esperances. C'estla premiere foisquenousrecevons delaFrance liberee des quiontconnu les horreursdel'occupa:tionallemande,quiontorganiselaresistancede l'interieur, subi1acaptivitedansles campsdeconcentration, verse leursangsurleschampsdebataille.Combiennousvous sommes reconnaissants, mesdamesetmessieurs de1aMission denous.apporter,parvotre presence, lapreuvedecette merveilleuse vita lite quia,permis a votrepatrie,aucours de sadramatiquehistoire,desortirvictorieuse des epreuveo lespluscruellest-263-

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LaFranceest Ie r
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principessupeneursdeviemoralequifontla noblesseetladignitedelanaturehumaine? ... en1904 chef dedivisionau ministere de l'ins tructionpuhlique.Voulantdistribuerdesrecompenses.aux eliwes meritantsdenoscinqlycees, Ieministremeconfia Ie soindechoisirleslivres fran;ais dontlalectureferaitIeplusdebien a nosjeunesgens.Parmilesnombreuxouvrageslitter aires etscientifiquesquejedemandaiauxlibrairesdeParis,jereservaipournos eIeves.de philosophieunlivreadmirableconsacreauplusgrandsavantdeFrance,-auplusgrandsavantdumonde,oserai-jedire,caraucunautren'asuallierau genie Ieplushienfaisantplusdesimplicite,plusdebonte,plusd'humilite.,L'auteurdecelivreadmirablesenomme Rene ValleryRadotetceluidontilracontelavielumineuses'appelleLouisPasteur... N'est-cepasunefaveurexceptionnelledusortquenousayons ce sqir, a' notretable,unillustreambassadeurdelapen see fran;aise, ecrivaindetalentcommeson pereRene Vallery-Radot,savant repute et,commesongrand-pere,LouisPasteur, I\lembrea lafoisde l'Academiefran;aise etde l'Academie deMedecine?...Notre fideIitea laculture fran;aise, auxtraditions fran;aises, personnenepeutenetresurprisouenprendreomhrage.Notrehistoireestintimement meleea la .votre et,encertainspoints,elle seconfondaveclavotre.C'est cequeIeProfesseurRonzea demontre danssabelle conference d'avant-hier'auTheatre-Rex.,IIaeula deli catessedenollSparlerdeceluiquenollSappelonsIe Pre curseur,deToussaintLouverture, aurhentiquegenie delaracenoiredanslestempsmodernes.'Toussaintvousapparlientautantqu'ilnousappartientpuisqu'ilgouver--265-

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na, aunomdela France, la colonie franc;aise de SaintDomingueet qu'ilmourut,general dansuncachotduFortdeJoux.M.Ronzeasoutenuune thesequecontredisentplusieursdenoshistoriens -itsa voirqueToussaint n'a paseu Fideed'une St.Domingue aLsolumentindependanteet souveraine, mais d'une colonieautonome, d'une sorte dedominionquin'aurait ete retenu it laFrancequeparunsimplelien d'alle geance.Quoi qu'il en soit, ily a, danslaconstitutionde 1801, ecritesous l'inspiration du generalnoir, uneexpressionbiencurieusepour I' epoque:eet Acte. queBonaparteallaitcondamnerconuneattentatoire itI'autorite dugouvernementmetropolitain.ditqueSaintDomingueetsesilesadjacentesformentIeterritoire d'une seule colonie qQ.i faitpartiedel'Empire franc;ais. Empire Voila uneformulequiparait etrange mentmoderne, repondant, je crois, a lanouvellepolitiquecolonialedela France, celIequepreconisaiteetautre Noir, cegrand quis'appelait Felix Eboue!... FelixEbouefut Iepremiergouverneurdecolonie it serallier a laResistance.Commeluinousavionsprofondementsouffertdela defaite delaFrance.Quandles AIlemandsentrerentaupasde Toie dans Paris.c'etait comomesileurslourdesbottesniarchaientsurnos ereurs. Toutsemblaitalorsperdu.Maisdanslanuitdu desastre uncri s'eleva: cefutIechantduCoq gaulois,deI'eter nelChanteclerquiproclamaitdansles tenebres Ieretourdela lumiere, Ieleverglorieuxdusoleildevictoire. L'audacieuse entrepriseorganiseecontrelademocratie auraitpu reussir dansIedeuildelaFrancesi-266-

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unegrande voix, pareille a celIe deJeanne d'Arc, ne s'etaiteIev& poursonnerIerassemblementdes ames autourdelapatrieendetresse. D'et-aissesnuees obscurcissaientauxyeux d'un grandnombrede lanotiondudevoirenverslaFrancequandCharlesde' Gaulle, petit general debrigadequi n'avaitd'autre titre it reclamerpareilhonneurquesa foi immense dans IedestindelaFrance eternelle, assuIIia devantIemondeIecommandement supreme dela tance II etait seulet prive detousmoyens d'action. Onqualifiadefolieson reve prodigieuxde de livrerlaFrance enchainee, commelapetitepaysannedeDomremypassapourune possedee du demon quandelle sepretenditenvoyeedeDieupoursauverIebeauroyaumedeFrance.Lafoliesublimedupetit general debrigade-petitparIegrademais sigrandparIe creur seconununiquacommeuneHamme it desmillionsde C'est cettefoliequianimaKoeniget ses hommes a BirHakim. C'est cettefoliequientraina it Ia victoire, danslesrudesmontagnes d'Italie, Juinet ses troupes. C'est cette foliequiamena it rile d'Elbe DelattredeTassignyetses sol dats. C'est cette foliequienflammaces pilotesetces marinsdeFrance qui, danstoutIe cieletsurtoutesles lUers, ontjoyeusementacceptedemourirpourquelaFrance yive. C'est cette folie qui embrasades milliersetdes milliersdepatriotesde rinterieur, hommeset femmes, Idont l'activite courageusefut jugee si efficaceparIehautcommandement alliequ'il lesincorpora des IedebarquementenNormandie,danslesforcesar mees desnationsuniescombattanten France. -267-

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Cettefoliec'estitdire sa foiardente dans Iedestin glorieux de laFrance CharlesdeGaullenerapasseu-lementrepandueparmiles Fran;ais: ilrafaitpartager it tousceuxqui Pont approche. meme auxpIns incre dules.WinstonChurchilla ete sonpremieretsonpluspuissant allie parcequejamaisauparavantne s'etaient rencontresdeuxhommesquifussent miellX apparentespar I'esprit.de resistanceetparlavaillancedu CTur. La sincerite desafoirayonneavecunetelleforcedelaper sonne deDeGaullequenullecreaturehumaine n"y peutresister:savisitedejuillet 194Llit Washington, oil pourlapremierefois Ie general trouva Poccasion deparler itcreur ouvertauPresidentRoosevelt, suffitpourdissiperbiendesmalentendusetremettresurunebasede loyaute etdeconfiancelatraditionnelleamitiefranco-americaine.CommentRooseveltn'aurait-il"pas apprecie Ie patriotii' mepurdeCharlesdeGaulle. luiquiecrivaitau Ma rechal Petainit lasuitedelarupturedesrelationsdiplomatiques declaree parPierreLaval: IIn'est aupouvoirdepersonnedebriserlachaine d'amitie que Phistoire afor gee entrelaFranceetlesEtats-Unis?Ona parle dumiracledelaMarne.PourquoineparleraijepasaussidumiracledeCharlesdeGaulle? C'l'st Iemotquimevientirresistiblement itP espritquand j'emhrasse.du regardles evenements qui se sontaccom plis, de Pappel solitairedu18juin1940 it cette miera. tiondeParis,dontunfilmadmirableafaitderoulersousnosyeux,hier soir, les scenesemouvantes.Nousavons vuDe "'Gaulle marcherdanslesruesdelacapitalefran. ;aise aumilieu d'une fouleenthousiastequ'ildominaitdesahautetaille. II n'avait rien d'un conquerant grise -268-

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par 13 victoire.Etcethommequ'on presentaitcomme undictateur,cepetit general debrigade carilgarde ses deuxetoilesdebrigadier a affirme sonrespectdesinstitutionsdemocratiquesdanslapremiereparoleoffi ciellequ'ilaprononcee itI'Hotel deVille:JenediraipasquelaRepubliqueestrestauree,parcequ'ellen'ajamais cesse d'exister..LamissiondeCharlesdeGaullen'estpasterminee.Elleneseracompletequelorsquese. serarealisee la re conciliationdetousles reunisdansleurpatrie liberee etunisdans }',ceuvre derehabilitationmoraleetdereconstructionmaterielledeleurFrance,quiestaussila notre. Le General deGaulleveutquelaFrancereprenneetgardesaplace -' runedes premieresdansla societe desnations.IItravaille it cetteentreprise aveclafoiardentequ'ilamisedanslaconqueteIdelavic toire alliee.IIsaitqu'ilpeutcompter sur Iepeuplefran pourl'aiderdanssalourde tache dereconstituerlafortunenationaleetdesauver l'ame delaFrancequ'es sayerent. depervertirdesdoctrinespernicieuses...Beaucoupd'etrangers,admirateursdelaFrance,n'avaient ete sensibles jusqu'it cesdernierstemps qu'it sonprestige guerrier,it l'eclatincomparabledesalitttrature,de sa scienceetdesesarts, it soncultedelavieet it la grace deses femmes.Sonhistoire,toutehruissantedegloire,leuravaitparuunenchantement,etilsI'ontai mee dansses ecrivains,dans seS 'savants,dansses artistes,danssesgrandscapitaiuescommedausseshumblesluissiounaires.Mais ilsu'avaient pascOlll,pris quelarayonnantecivilisationdelaFranceaurait ettS impossiblesans-269-

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Ie laheur infatigabledemillions penches surlaterrematernelleetquela"gloiremilitairecommelagloireintellectuelledelaFrance etait faitedu eidelasueurdecesmillionsdetravailleursobscurs.Or. c'estl'energie dupeuple dansleschampset it1,, d l' ff bl USlne, cestsaconstanceanseortpenl e, c est son gout delabesogne -bien faite, cesonttoutescesvertushumblesetpatientesquiontfaitlafortune reelle delaFranceetlui \mt permisdeguerirlesblessures laissees sursoncorpsparles agressions renouveIeesd'un ennemifarouche.M.PasteurVallery-Radotnousa raconte, il y a quelquesinstants,au Theatre-Rex,I'heroi"sme detoutcepeupIe fram,;ais, sansdistinction d'age, de sexe, deprofes sion, de classeouderace,dansIemouvementsublimedelaresistanceinterieure.Savantsetouvriers,paysansetartistes,pretresetathees,mondainesetservantes. riches etpauvres,tous avecune egale ferveuroffrirentleur contri'bution petiteougrandesouventleurvie it lacause dela liberation. IIestjustedereconnaitreIe role magnifiquequelesfemmesontparticulierement joue dansceUetragediedelanation fram,;aise.C' est sansdoutepourrendrehommage it cesfemmesadmirablesautantquepourhonorer les meritespersonnelsdeMmePasteurVallery-RadotqueIeGouvernementdelaRepublique fram,;aisel'adesignee pourfairepartiedeceUeimportanteMission.IImeplaitaussidesignalerlapresenceparminousdelaCom tessedeSieyes qui, Argentinede naissance, a lie sa vie it unpatriote fram,;ais et donne toutson ereurit sonpays d' election:jevoisdanssoncasunsymboled'amourpour-270-

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1aFrancede tous nospeupleslatins disons mieuxdetoutel'Amerique,ycompris IeCanadaetles Etats-Unis,puisquejecitaistout it l'heurelahelleparoleduPresidentRoosevelt.Etpourquoin'irais-je pasplusloin?Jevois icireunis -itcote denomhreux Haltiens, AmericainsduNord,duICentreetduSud des Europeens: Anglais,'Hollandais, Belges, Danoisetau tres. Cesonttouteslesnationsdemocratiquesquise groupent'ainsiautourdes Messagers delaFrance.Le messagequevousnousapportez,mesdamesetmessieursdelaMis sion ranc;:aise, c'esteneffet celui delaFrancequenousaimonsetadmirons,parcequ'elleest it nosyeuxl'expres sion de civilisationchretienneaitedesolidaritehumaine, de justiceentrelespeuples,deranterniteentreles races, depaixetd'amourpourtous les hommesdehonnevolonte. --271-

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1erjuillet1947.LESNATIONSUNIES C' estunecoincidencefortheureusequeM. Carlos Garcia.Palacios,sous-directeurdelaSectionRadiophoni-,queduSecretariatdesNationsUnies,sesoit a Port-au-Princejusteaumoment oil seceIebrait. dansIemondeentier,Ie 2" anniversairedelasignaturedelaChartedeSan-FranciscoparII's deIegues de50nationsrepresentantla tres grandemajoritedelapopulationduglobe.soitenviron1.700.000.000.Le26juinestunedatedesormaishistorique.II mar que,dansII'Sannales de l'humanite civilisee, lanaissance d'une_ InstitutionInternationale oil II'Speuples angoi,, ses abritentaujourd'huileursplus ferventsespoirs de paix, de liberte, dejusticeet de bien-etre.Lespeuplesont-ilsraisondecroirequecettefois-cileursespoirsneseront poiht IIyaeueneiIetune premiere tentatived'organisationinternationale,quiamalheureusement avorte:c'est la Societe desNations creel' parIeTraite deVersaillesde 1919. J'ai connuM.GarciaPalacios aGeneve en1921.auxtempsquej'appellerais herolques deIa Societedesl\"a tions.IIpeutcommemoiportertemoignagedel'enthousiasmequinousanimaittous,particulierementII'Srepre.-272-

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sentants despetitesnations, it laconsolante pem6e quenousallionsenfinetablirlapaixsurdes bases si que nullepuissanceaumonde'ne fUt capabledelesebranler.Onavaitfiniparreconnaitrecette veritequ'll yaunetechniquedefapaixcommeilyenaunedela etqueceUetechniquedevrait etreelahoree -etsanscesse amelioree pours'adapteraux necessites d'unmondeenperpetuelmouvement-pardesinstitutionspermanentesspecialementco'nsacrees it l'organisationpacifiquedel'humanite.Lamachineriedela Societe desNations, compIetee parIeBureauInternationalduTravail, etait sansdouteexcellente,maisilymanquaitIerouage Ie facteurindispensahlepourenassurerIe faconfiancedes penpfes.L'ancienne Societe desNations etait moinsuneassociationdenationsdansIe sensprecisdumotqu'uneligued'Etats,disons -mieux,degouvernements,heaucoupplus preocupes defairevaloirleurs interets particuliersquedetravaillerloyalementaubiencommundel'humanite.Aucoursdecertainesdiscussions itGeni'we, onavaittropsouventl'impressiondesetrouverdansuneassemhleedevainqueursquivoulaienttireI'delavictoirecommunetousles avantages possiblespoureux-memesetquietaient pretsit sedresserlesuns dansuneluttefarouchepourIepartagedes de poujRes. Cesquerellesinterieuresnepouvaientquefortifierla defiance que l'on avait'machiaveliquement creee' autonI'del'Institntionde Geni'we. LapremiereGuerreMondialeavaitprovoqueenEuropede pr9fondi1 houl8versements. Discordesintestines, crii1eseC8JUtmi-273-

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, titles, malaisecommercial, chomage, manifestationsbel.liqueuses,clameursderevanche:telle etait l'atmospherequiregnaitalorsetqui temblait fortpeufavorable a lapaixuniverselle.Cesinquietudes,quirendaientplus evi. dentela necessite d'uneorganisationinternationalepaci fiqueetquidevaientparconsequentrendreplus chere sonexistence,furentaucontraireexploiteescontrela Societe des Nations.Enveloppeedanscetteatmospherededefiance, obligeede menager ses forcespourne pas risquersonexistenceencorefragile,craignantdeprendredes decisionsenergiquesqu'ellesavaitnepasavoirlesmoyensd'imposerauxrecalcitrants,ellesemontrapeureuseethesitante.Etdecelaencoreonlui fit grief,etchaocunedeses decisionsfut critiquee avec Ie soucievident de diminuersonautoriteetsonprestige.Onluireprochaden'avoirpasreussi a etablirtoutdesuitesurdes bases de finitiveslapaixuniverselleetlajusticeinternationaleetden'avoir pas supprime,enquelques annees, lesmalen.'tendus,lesconflits, lesrancunes,lesinjustices,lesantagonismes, leshaines crees parmilespeuplespardes sie clesderivaliteouverteousournoise.II'estjusted.ereconnaitrequel'unedesgrandesfai blessesdel'ancienne 'Societe des Nationsa ete Ie refns desEtats-Unisd'yoccuperlaplacelegitimequileur etaitreservee. ParIantIe 9septembre1922 a latribunede Geneve, jedisaisenproprestermes:Et meme maintenantquela 'Societe desNationssesent sure devivre,unesecreteinquietudelatroubleencore'parcequ'ellen'estpas jusqu'a presentl'associationuniversellequ'elle veut etqu'elledoit etre. Troisgrandesnations,les Etats-Unis,laRussieetl'Allemagneensontencoreabsentes.Etrap--274-

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pelaisderoes vreux Iejourheureux oil Ies Etats-tJnisviendraient s' asseoirdansIetemplequeleurspuissantesmainsavaientcontribue it edifieret qu'ils avaientmalheureusementabandonne it sesprofanateurs.Untelabandonaeules consequencesquelesespritsavisespouvaientprevoir:ila amene unenouvelle guerre, pluscruellequecelIede1914etdanslaquelleles EtatsUnisont ete unenouvellefoisentrainesmalgreIes efforts desesperes.. des isolationnistes aveugles.Onpeutdonedirequelagrandeforce delanouvelleOrganisationdesNationsUniesestfaiteenmajeurepartiedelapresenceen soil seindelapuissanterepubliquenord-aniericaine. L'autreelement deforce estlareconnaissanceparlaConferencede dufaitquelanouvelleIns titl1tion devaitavoirses assises lesplusfermesdanslaconfiance des peuples. C'est pourquoilaChartedesNationsUniescontientdanssonpreambulelasolennelledeclarationsuivante: Nous, Peuplesdes Nations Unies,decidesitdeendre les gene"rations futuresdu fIeau delaguerre qui,it deuxreprisesdans l'espaced'une viehumaine,a imposeitPhu manite d'indici'bles souffrances; decidesit reaffirmernotre{oidansles droits essentiels de l'homme, dansladi gnite etlavaleurdelapersonnehumaine,dans l'egalite desdroitsdel'hommeetdelafemmeetdans l'egalite desnationsgrandeset petites;decidesit etablirdes conditionstelles quelajusticeetIerespectdes obligations derivant destraitesetautressourcesdudroitinternationalpuissentprevaloir; decidesit prolllouvoirIe progres socialet it etablirdansuneplusgrandelibertedemeil--275-

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/ leursstandardsde viepourtous; decidesit pratiquerla tolerance et it vivreensembleenpaixetenbonsvoisins lesunsavec lesautres, it unirnos effortspourmaintenirlapaixetla securite universelle, it assurerparl'acceptationdecertainsprincipesetdecertainesmethodes ade quatesquelaforceneserapas employee, saudans l'interet commun; decidesitcreer les mecanismesinternationauxpropres it encouragerIe progreseconomiqueetsocial.detous lespeuples,Avonsresoludecombinernos effortspouraccomplircesbuts...etavons,enconsequence,etabliuneOrganisationInternationalequiseraconnuesous Ienom de Nations,Unies.Retenezbiencette declaration. CesontlesPeuplesquiont fonde les Nations Unies. CesontlesPeuplesquiprennentlaresponsabilite de maintenircetteInstitution de Liberte, d'Egalite, de Justiceet de BonVoisinage. CesontlesPeuplesquidoiventunirleursforcespourla deendre contretoutesles agressions de laviolence, de lacupiditeetdelahaine.Plusles, P'euplesirontnombreuxetfervents it LakeSuccessetyferontentendreleurvoix avecfranchiseetfermete,plusils y apporterontl'espritde paix. de jus ticeetd'amitie,etplusI'OrganisationdesNationsUniessera forte,plussonautoriteseragrandeetplusefficacementses fiecisions pourronts'imposer it laconscience desnations,-detouteslesnations,desplusfaibles jusqu'auxplusfortes.Pourquelavraiepaix regne SUflaterre,ilfautquenonstachionsderealiserparmileshommesIe desarmement dontparlapourlapremiere foisit la-276-,

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tribunede Geneve mon Frederic Doret. Cedesarmementmoralconsistera a introduire,dansles rela tions desnationsentreelles, celS. notionsdemoralepri vee, c'est-a-diredejustice, d'equite,d'egalite, defrater nite, de solidarite, d'assistanceetdecharitequifontdechaque etre humain a lafois protecteuretIe protege detous ses semblables:Etpourcela develop ponsdansIemondel'esprit internationalquel'ancienpresidentde l'Universite de Columbia, M.NicholasMurrayButler, definit ainsi: L' espritinternationalestl'habitudedepenserauxrelationsetauxaffairesexterieureset.de res traiterenconsiderantles diversesnationsdumonde ci comme des egales etdesamies,cooperantaupro gres de-Iacivilisation,audeveloppementducommerceetdel'industrie, a ladiffusion delalumiereetde l'edu cation dansl'univers.Egaliteetamitie: voila Iecimentdurablequidoitjoindreles :onesauxautresles 55 Nationsquiformentaujourd'huil'Organisationdes Nations Unies.Etildependdelaconfiance desPeuplesquecetteOrganisationdevien ne, dansla liberte, dans Ietravail et dansla lumiere, lagrande Federation humaineverslaquelleaspirentnos C'(eurs etnos esprits.-277-

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.. 8juillet1947 .LESHOMMESSONTFOUS ...Unventdepessilllisllle souffleencemomentsurtoute la terre.Etles hOllllllesrecommencent it parlerdeguerreo Apres HiroshimaetNagasaki, rever ou desirer denouvellesrencontressanglantesentrelespeuplesest assu rementdelapuredemence.CelanereveleraitilpascettevolontededestructionqueIephilosopheallemandrecommandait it notrepauvrehumanitesouslaformedusuicidecosmique?:..Quandils'agitdesauver de lamortun etre humain.nousoublionstouteslesdistinctionsartificiellesque lesprejuges derace,dereligion,denationalite,de dasse oud'educationont 6tablies entreleshommes.C'estpourquoi,nonseulementenperiodedecrisecommeaujourd'huimaisen t0t.1t temps,lespeuplescivilisesont cree etmultiplie lesreuvres dehienfaisancepourlaprotectiondeceuxquelamortguettesousJaformedelamaladieoudela lllisere. Des lllilliersdesavantstravaillent dans leslaboratoirespourassurercette defense dela vie contreles forc"esdedestruction.Etvoicilachosetragique.Tandisque lescreurs et )es esprits s'tmissent danslaluttecontrelallliserehumaine;tandisquechacunmetsonbonheur it soulager"-278-

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ladetresse de sonsembla'ble; tandisqueles medecins,penchessurleursappareils,consacrentleursjoursetleursnuits a rechercherles germes de nosmaladiesetles moyens de lescombattre;tandisquela souffJ.:ance _d'unpetit etreblesse emplitnotre oreur depitie,nousorganisons des flottesetdes armees innombrablespourladestructionenmasse des viesetdes biens.Chaquenationsefaitgloiredepreparersa jeunesseenfleurpourlasacrifiersurl'auteldudieudelaguerre. Les savants,danschaquepays,etudientles substancesetlespro cedes quipermettrontdetuerplusviteuneplusgrandequan tite d'hommes,de femmesetd'enfants.Etunenationse jugeplusavancee c'est-a-direpluscivilisee-lorsqu'ellecroitavoirtrouvelamethodelaplus sure de de sintegrerI'atomeet,parconsequent, Ie monde. Lespeuplesdelaterreont garde danslInecertainemesurelavieilleconceptionquiconsistait,dansI'antiquite, a considererl'etrangercominel'ennemi.De la, l'organisationdes armeesetdes floues pour sedefendre contreI'etrangeret, Ieplussouvent,pourl'attaquer.De la, aussi, commeuneconsequencenaturelle,lacourseauxarmements,-chaquenationvoulant etre pluspuissamment armee quesa voisinepourla defense oupourl'attaque.Quelsoulagementpour lespeuplessi les milliards,soustraitsauxressourcesmondialesetconsacres a desarmementsd'ailleursvite -demodes, etaientemplo yes a des depenses productives, capablesd'augmenterIe bien-etrehumain!Lesnationsontaussiappris a sefaireuneguerre,sansdoutemoinsbrutaledanssesmethodesmaisplussubtile-279-

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\Ietpluscruelledansseseffets:la guerre economique. TandisqueIetravailetIa scienceontperlllisdeproduireenenorlllesquantitesetdetransporterrapidementlesrichessespropres a procurerauxhOlllmesplusde jouis sanceetdebonheur,IesEtats, leurinterdependanceeconomique,ont eIeve autour d'eu.."X dehautesmuraillesartificiellesquiempechentlalibrecirculationdesmarchandisesetleurexacteadaptationauxhesoinsdelaconsol1unation.Resultat:des millions defemmesetd'enfantssont exposesa lamortparlafaim,pendantquedes stocksde ble, de cafe, decacaoetd'autresp'roduitsnecessaires a l'existencehu.mainedemeurentinvendusoufontl'ohjetdespecula.tionscriminellessurlesmarchesnoirsdumonde.Unecrivain M. Constantin-Weyer, adit:Lacivilisationestune defense collectivecontrelamort.lamaladieetla misere. Lesnations civilisees sontcellesquiontsuIemieuxorganisercette defense collective. Comhiendetempsfaudrat.j] a Haitipourmeriter d'etre ap peIee unenationciviliseedansIe sens que Constantin Weyerdonne a cetteexpression?..Onpeutdirequ'avantla28guerremondiale,laplu.partdenospaysd'Ameriquelatine.s'ilsn'etaient pas 'arrives it uneparfaitestabilitepolitique.possedaientcequiestplusprecieux-unecertainestabilitesociale:ilsneconnaissaientpaslaluttedes classes sous saformeaigue.Mais,aujourd'hui,enleursein.un etat de miscre continuetl'apprehensiondenepouvoirs'entirerparIetravailhonneteacculentaudesespoiruntrop-280-

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grandnombred'individus,parmilesquels lesdoctrinesperturbatricestrouventdesproiesfaciles. Ala3ConferenceCommercialePanamericainede1927,uneResolution,inspireeduplushautespritdesoli darite sociale,fut presentee parM.AbbotGoodhue,dela delegation des Etats-Unis.CetteResolution,quej'appuyaivigoureusement,disaitenproprestennesque Ie commerceetlafinancedoiventtendre a l'augmentationdubien-etrehumain, it l'allegementdufardeaudelavieetdutravailetrecommandaitexpressement a l'attentiondesfuturesConferencesl' etudedes'moyens lespluspropres it ameliorerIsconditionsmateriellesdevieetdetravailparmiles classespopulairesdes divers pays. Lesmesures a prendrepourohtenircetteameliorationdevraientavoirundoubleobjectif:10Eleverlacapacited'achatet"parsuite, Iepouvoirdeconsommationdechaqueindividu a unniveauluipermettantderealiser,pourluietsa famille, Ieconfortindispensable a touthomme.civilise.Etc'estlapaixsociale.20Eleverlacapa cite deproductionet,parsuite, Iepouvoird'absorptiondechaquepays a unniveauquiluipermettedefaireface a ses obiigationsenverssonpeupleetenversles au tres.Et voila lapaixinternationale.Lepremierresultatseraobtenu, it l'interieurde chaquepays,parlacooperationharmonieusedes classes so ciales.Lesecondsupposelacooperationloyale desnations. Sanslacooperation it l'interieur,c'estlaguerrecivile. Sanslacooperationdesnationslesunesavec lesautres,c'estunenouvelleguerremondiale,etcette fois,peut-etre,ladisparitiondumonde-parladesintegrationdel'atome.-281-

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LeshommesserontilsassezIouspourvouloireux memes detruirel'humanite?Onserait tente deIecroire: it laparolesuhlimeduChrist,ilssemhlenteneffetavoirsuhslituecettediaholiquesentence:Haissezyous lesunslesautres,carchaquehommeestunlouppour iiIl'homme. -282-

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15 juillet 1947.L'ALLIANCEFRANCAISESousl'administrationduPresident Petion, des sonda ges discretsavaient ete faits pres dugouvernementfran c;ais envuedelareconnaissanceofficielle de l'indepen danced'Haiti.D'autrepart,lesdemarchessecretesou officieuses tentees'parla France,it differentes reprises, pourremettrel'anciennecoloniedeSaint-Dominguesoussonobedienceavaient ete chaquefois repousseesdansIe .Nordcommedansl'Ouestavecune -vehemente indigna tion. Apres biendes negodations, IeRoiCharlesX finitparsigneruneordonnancedu17avril1825,parlaquelleildeclaraitoctroyerl'independance it HaitimoyennantIepaiementauxanciens colonsd'uneindemnitede150millionsdefrancs.Voyant lit unebonneoccasiondemettrefin it unecontroversequiavaittroplongtemps dure, Boyeracceptal'ordonnanceroyale.Cetteacceptation, consideree parbeaucoupd'Haitienscommeunecapitulationhonteuse,attiraaupresidentlescritiqueslesplusacerbes, mitpourtoujourssapopulariteetprovoqua meme uneprotestation armee parmilesplusjeunesofficiersdelagardepresidentielleconduits.parQuayer-Lariviereet Bellegarde.EllefutIepretexteinvoqueparIegouvernementdes Etats-Unispourrefuserderecon--283-

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llaitrel'independance d'Ha'iti etcombattrel'admissiondelaRepubliqueNoireauCongres dePanamaen1826. VAngleterre, la Hollande, la Suede etIeDanemarknefirentpastantdedifficultes: ilsentrerentenrapportsdiplomatiquesavec Iejeune Etat, COllune l'ayait fait pre cedemmentIe Saint-Siegequi n'avait pasattendu jusquela pourconfierunemission officielle a Mgrde Glory.nomme VicaireApostoliqueen Ha'iti aucommencementde1821. LesHaltiensnedoiventpasoublierqueIePapePieVIIfutIepremiersouverain a reconnaitrecommeacquis a Phistoire Paete glorieuxdu1erjanvier1804.Boyerserenditcomptedel'erreurgrave qu'il avaitcommiseenacceptantavectantde hate l'ordonnancedeCharlesX. IImittouteson energie a reparerunetelleerreur.Des negociationspoursuiviesaveccontinuiteetintelligenceaboutirent a laconclusiondedeux traites, sanctionnesIe15fevrier1838parIeSenat: runetait lareconnaissancepureetsimpledel'independance d'Ha'iti parlaFrance; I'autre reduisait a 60millionsdefrancs.lalourdeindemnitede1825. Ces traites, conclusentredeuxEtats lihres, independantset egaux endroit.donnaientune legitime satisfactionauxsusceptibilites na tionales.RecevantIe 9juin1838auPalaisdesTuileries les envoyes dugouvernementha'itienBeaubrun-ArdouinetSeguy-Villevaleix, IeRoiLouis-Philippeexprima l'es poirqueles Ha'itiens seressouviendraient qu'ils avaient ete Frant;iaiset, quoiqueindependantsdela France, serappelleraientqu'elleavait ete leurmetropoleafind'entreteniravec elle desrelationsdebonne amitie et d'un commercereciproquementavantageux.Danscettesim-284-

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pIephrase,Iemonarque indiquaitIe desrelationsquiallaientconstituerlapolitiquetraditionnelle d'Hai'ti a l'egarddelaFrance, a laquelleles Haitiens, malgre labrutalerupturede1804,restentunisnonseulementparlesliensdusangetdel'espritmaispardes interets ,commerciaux,dontl'importance. jusqu'a ces dernierstempsa ete preponderantedansl'histoireeconomiquedel'anciennecoloniedeSt-Domingue.Beaubrun-Ardouinecrivaiten1855dansla preface desonmonumentalouvrageEtudes surl'Histoire d' Haiti:Les interets quirapprochentHaitietlaFrancesontfon des surcequ'ilya depluspuissantparmilesnations:conformitedereligion, de langage, d'idees, deprincipes,de legislation, de mreurs, d'usages,outreIe gout conservepourlesproduits fram;ais. HaitiprocededelaFrancecommel'UnionAmericaineprocededel'Angleterre.Oncomprendalors Ie succes quedevaitavoirparminousl'Alliance quandcette association,fondee if Parisen1883par geographePierreFoncinpourlapropagationdela langue etl'expansiond,ucommercedelaFrance,futconnueenHaiti gracea la'propagandeintelligentedenotrecompatriote Benito Sylvain. M. Georges Sylvain, nommedelegue-general parIe Siege SocialdeParis,animadesa foi perseverante Ie Comite Haitien del'Alliance qui,aucoursde pres d'undemi-siecle, arendules services lesplus signalesif lacau se del'amitiefranco-haltienne.Presidentdu Comite del'Alliance jepronon Ielerjanvier1925 a laLegationdeFranceundis cours(reproduitdanslaRevuedeI'Alliance Pari8, avril1925), oil j'essayai d'exposerles raisonsd'or--285-

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dreintellectueletdecal'actereeconomiquequinousattachentsi fideIementit laFrance.Cen'estpoint -. disais.je -pour oheirit unevainecoutumeniremplirunsimpledevoirdecourtoisiequenousnoussommesaujourd'hui reunis dansceUeMaisondeFrance:notrepresenceiciestnnenouvelleaffirmationdenotreattachement it votrehellepatrieetaux idees deliherte, d'egalite etdefraternitedontelle estdans Iemondela genereuse incarnation.LepremierjanvierrappelleauxHai'tiens Iecouronnement heroique deleurluttepour rindependance nationale.Maisnulleamertumenese meleit ce sou;venir.L'amour, plusfortquelahaine,adepuislongtempsrapprocheles creurs. Etl'usaged'unelanguecommuneetIerespectdes memes traditionsontsiintimementuninotre arneit la votre qu'onneretrouveplus.commedisaitMon.taigne, la cousturequiles ajointes.Toutela yie moraIeetintellectuelledupeuplehaitienreposesurlesprincipesdontles Franc;ais ontfaitIefondement meme deleurcultureetdeleurcivilisation.Etc'estnotrevolontederester fideIesit ces prillcipes,parcequ'ils nOllS paraissentlesplusconformesauhaut ideal dejusticeetdesolidari. te quedoits'efforcerd'aueindretoute societe humaine.Autant que nosrapportsintellectllels,nos relatioll8 economiques' aveclaFranceontcontrihue it rendreplusintimeIerapprochemententreIepeuple haltien etIepeuple franc;ais. Si,faisantahstractiondesliensque creent entrenousIe sang,lalangue,lareligionetles mreurs, unutilitarismehrutal etahliruneechelledes sympa thies hasee surlesstatistiquescommerciales, c'estencore it laFrancequedevraitallernotreaffection,car c'eit286--'

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qui occupelapremiereplacedansietableaudenotrecommerced'exportation.Sinousadoptionscette echelle utilitairedessympathiesinternationales,c'est a peu pres 66pourcentd'amourquenousdevrions a laFrance.Mais les Haitiens n'ontpasl'hahitudede sedonner a moi. tie ouauxdeuxtiers:c'esttoutleur creur qu'ilsdonnent a laFrancepuisquec'estpoureux une des meilleuresfa -;ons deservir Haiti. Nousconstatons avec joie,monsieurIeministre,quedansl'ordreintellectuelcommedansIedomaineeconomiquelaFrancegardecheznousses positions.Ellecomprendheureusementquesondevoirestnonseulementdemaintenirces positions mais encoredeles fortifieretde lesdeveloppersans cesse. C'est pourquoielle accordeaux franco-haitiennesa l'Alliance fran-;aiseen particulierdesencouragementsdontnouslui 80m mesprofondementreconnaissants.Le cafed'Haiti,aime et apprecie enFranceCOllUneilnerestdansaucunpaysdumonde,resterasansdouteIeprincipal element denos echanges. Maisilest agreahledeconstaterqueles serendentdemieuxen mieux comptedes facilitesqu'ilspeuventtrouver, chez nous,pourl'importationenFranced'autresdenreeset matieres premieresnecessaires a l'industrie fran-;aise etpourIeplacementavantageuxdeleursmarchandisessurIe.marchehaitien. L'une deces facilites estd'ordremoral:elleresidedanslacommunautede gouts creee parlacommunauted'educationetdeculture.Esperonsquedes faciliteshancairesetmaritimesvien. dtont s'ajouter a cellelapourrendreplusactivel'exportationdeFranceversHaitiet d'Haiti verslaFrance.-287-,

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A cesdeuxtaches,l'unedecaracteremoral, l'autre denatureeconomique,vousvousappliquez,monsieurIeministre,avecunediscreteperseveranceetlaplusintelligenteactivite.LeComitehaitiendel'Alliancefran enpeuttoutparticulierementtemoigner.Dansrin teret delaFrancecominedanscelui d'Haiti, noussouhaitonsqueIe succes Iepluscompletrecompensevos efforts.Acesouhait,quis'adresse it votrepaysautant qu'au mien.permettez.moidejoindreles particuliersquenousfaisonspourvous,quirepresentezlaFranceavectantde'cordialedistinction,pourMmeVelten,dontla grace accueillanterendsiaimahlecette Legation, pourvotreen fant, dontIecharmerayonnantestlaparureetIe solei!devotrefoyer.Lesraisonsque f evoquaisainsidanscesimplediscoursde1925m'ontfaitacceptersanshesitationIemandatduConseild'AdministrationdeParisdepro.ceder it lareconstructionduComiteHaitiende l' Alliancefran qui de perir dansunecrise tres grave.Etc'estpourmoiunegrandejoied'avoirvurenaitrehier. cejourmemorabledu14juillet,I'Alliance franc;aise dePort-au-Princequivacontinuer, dans l'harmonie des creurs etdesesprits,son reuvre desillteressee d" amitie frallco-haitienlle.-288-

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22juillet 1!47. EDUCATIONMORALEJ'ai cite ailleurscemo,1d'unprofesseur:Le lyceefraw;;ais estplus l'ecole del'inteUigencequeducaractere.Cetteappreciations'appliqueincontestablement it laplupart desecoles haltiennes.Or,l'educationmoraleestune necessite plusimperieu se quel'instructionpure:unelargeplace devrait parcon sequent lui etre faitedans'nosecoles.Pensezquenosenfantspassentenclasseunegrandepartiedeleurexisten ceet a un age oil lesimpressionsmorales etanttres vives-lesbonnesoulesmauvaiseshahitudesseformenteneuxavecplus defacilite. Alafamillesansdouterevientprincipalementlamissiondedonnercetteeducation;mais,malorganiseeouencoreinsuffisammentcons tituee danslamassedupeuple,ellenepeut guere relllplirson role.L'ecole doit done. danslaplupartdes cas, sesubstituer itIn familleet tneme agirsurelleparraY01l1lement,comJl1e Iepreconisaitunegrande edueatricehal tienne,MmeArgentineBeUegarde-Foureau.C'estpourattirerl'attentionsurla necessite decetteeducationmorale al'ecole que j'instituai,etant chefde(livisionauministerede!'instructionpubliqueen1907,1mprixdefrallrhisedanslesetablissementsdefiUesdePort-auPrince,tandisqueM.StenioVincent, alorli1maio -289-

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t'edelaCapitale,offraitunprixde caractere aux ecoles de gan;ons. Laproclamationduprixde proYo quaquelquesurprise.Habituees a voirdistribuerdescouronnesdoreesauxpetites ecolieres pour deyoirs grammaticaux,racinesgrecquesou exercices deversification,beaucoupdepersonnes s'etonnerent d'entendreattribuerunerecompense a des eleves quin 'a vaienteud'autremeritequede <
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tion de nosenfants? L' enfantaunetendancenaturelle it 1dissimulation:c'estuneobservationqu'ont notee touslespsychologues.Tropsouvent,danslafamilleou itl'eco le, onencourageplutotqu'onnecombatcettepredispo vicieuse. II ya des meres quivont jusqu'it tirerva nite del'espritd'inventiondeleursenfants,delafaciliteaveclaquelleilstrouvent de" explicationsingenieuses a leurs actions lesmoinsjustifiables.Celafaithonneur it l'intelligencedupetit gart:;on oudelapetitefille. Mais prenezgarde:unehabitudeseformequ'ilserabiendif.ficiled'arracherplustard!Certainsmaitresfermentvolontiers les yeuxsurce de fautde caraetere oupensentquecen'estpointleuraffairedechercher it encorrigerleurs eleves. Chargesd'enseignerleslettres. les sciencesou meme lamoraleetl'instructionciviqlle t'onformementa unmanuelofficiellement autorise, ilsnesecroientaueunementobligesd'intervenirpourfairedeIamoraledirecte.delamoraleterre-a-terre.Quelques-unss'ouhlient jusqu'a encouragerIesrapporteurs,ces deIateursde demain, it Iesprendre sons Ienrprotection. itIes charger secretementd'epier leurscamarades.Nousenavonstonsconnn,decespoliciersdeclasse.dontIaplupartontfaitnnetriste carrie redansl'espionnagepolitiqneondansIapratiqnedesIettresanonymes.LemalestdevennsiprofondqneIesexamensdnhaccalanreat r;ont anjonrd'hnitransformesenfoired'empoigne:Ie sneet'S vanonpasanx eandidatsIes plusmeritants.lesmienx prepares. maislUXplusmalins.auxplusdehrouillardsou it ceuxquipeuventymettreIeprixpouravoirlessujetsdecompositionsou meme descopiestoutesfaitesbaptiseesdnllomdepoulei. ---291-

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Voiladumoinscequise repete partoutela ville etqueronacceptesansgrandeemotion.tles sallesd'examenssontgardeesparlapolicecommes'ils'agissaitdesurveillerleslocatairesforcesduPenitenciernational.Jetrouvetoutcelad'unetristessesanspareille.car c'estrin dicationd'un etatd'ame extremementdangereuxpourl'avenirdenotrepeuple.IIfautquel'enfant,IejeunehommeoulajeunefiUevivedansuneatmospheredefranchise.Jamaisonnedoitperdrel'occasiondeluimontrerqueIemensonge,Ia faussete oulafraudeestmeprisable.Mentir.c'estsedegrader.Tromperestuneindignite,Frauder, c'est voler. Craignonsquedansl'ecolierd'aujourd'huiquiaccepteunepouleneseprepareIefaussairededemain.J'insistetantsurIafranchiseparcequeceUe qualite meparaitmanquerIeplus it Iamajoritedemescompatriotes.Jecroisqu'ilfautauribuerceUetareau regime colonialquia sidurement pese sur l'ame denos ancetres etaussiaudespotismecrueldeIaplupartdenos gouver nements.L'esclave Haitforce dedissimulersa pensee, deruseravecIemaitre,deIeflatterpour avoir sesbonnes graces, c'est-it-direpourqueIarationquotidiennedecoupsdefouet f-at moinscopieuse.IInousen estreste quelquechose. Noschefsd'Etatprirentlaplacedes dictateurscoloniauxetil fallait, pournepasencourirleurco Ierecequisignifiait Iaruine,Iaprison,l'exilou l"exe sommaire .deguisersa pensee, mentir.medire.flatter, Iesilence memeetantconsidere commeuncrim.e. L'Haltien seproclamevolontiersdiplomate, entendezpar lit l'artde11e pas se Iaisser deviner etdedonner-292-

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Iechangesursessentimentsveritables.J'aientendudes'gensde-grandevaleurintellectuellefaireunedistinctionentreleurparoled'honneurd'hommepuhlicetleurparoled'honneurd'hommeprive!Etpourcertainespersonnesladupliciteestlaqualite supreme d'unfinpolitique.Cet,etrange etat d'espritapporteIeplusgrandtroubledansnosrelationssociales.Personne n' a confianceenper sonne.Chacunse defie deson voisin. L'amitie sefaitrare:e1le estincompatibleaveclamefiance..Touslesparents, tom lesmaitres,tous lesHaitiensdevraientmediter,cesfortesparolesduDrMauricedeFleurydansdanssonbeaulivreNosenfantsauCollege:Iesuisconvaincuquelavitalited'unpeuplese mesure a sonhorreurpourIe mensonge, pourlesmoyens facilesethasdese tirer.d'ennui.Iepensequeleshommesdebonnevolontequisont charges de l' educationdenos filsdoiventtenircettepreoccupationpour l'une desplusimportantes.La verite est sainte.Elleesttouteladignitede l'homme."Unpeuple compose de marchands fraudeurs, de savantspeuconsciencieuxnepubliant rienque"desIfaits favorables a. leurs theories preCOnt;Ues, de philoso phes de parti-pris, de. politiciens estimantquetoutestbon it ramasserpourlapiderunadversaire, d' hommes sans foietsans parole, estunpeuple condamneit mort.-293-

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29juillet1947LEROLENATIONALDUPRETREUnamim'avaitdit:AIlez,voirceUe piece. EIle .amusera.Iesuis aIle voirUn Drole de Depute. Etie m'ysui,;: copieusement amuse. Achaquerepliquede cerepresentantdupeuple,qu'incarnait a laperfectionl'auteurlui-meme, M. Rene Audain,les gens setordaientderire.Etj'entendaisautou)'demoides reflexions comme ceIlesci:C'estbiencela ... IIparlecommel'autre.IIimite rneme ses gestes ... Letitrede la piece esttropsingulier.IIfaudraitdireCes Droles de Deputes, carilssontenmajoritedu me-me acahit...Quefaites-vous alors des 5e nateurs?Croyez vous qu'ils echappent a lacensure?Oncitaitdes noms, et. it proposdetel depute oudetelsenateur,chacunyaIlait de sa histoirepeupropre. / Aufuret a mesure quesederoulaientles peripeties del'actionetqueIepersonnageprincipaletalaitsoninllnoraliteavec Ieplusrepugnantcynisme,un etrange malaisem'envahissait.}emesentais comme honteu.'l: d'avoirtantrioCarIe spectaclequej'avaissous les yeuxetait plusaffligeantquerisible.Etlesparolesque fen tendais revelaient unesituationmoraledesplusgraves. L'auteur avait-il force lanote?Leshistoiresquise reo -294-

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petaientautourdemoi n'etaie.nt-elles quepure mt,di sance?Cela.estbienpossible .. Je saisque lefl rumeursqu'onfaitcirculeraveccomplaisancesurIecomptedebeaucoupdegenssontsouventlesproduitsde laplus fEPItastique imagination. NoU$ sommesduMidietdemi,etlesfanfaronsduvicesontnombreuxchez nous.IIfautreconnaitretoutde meme quenousvivonsencemomentdansuneatmospherelourde'desuspicion,demefianceetdehaine.Lemalestprofond.CommentIecombattre? !Par quila.luttepeut-elle etremenee avecquelquechancede succes? Jetournelesyeuxautourde moi.Jenevoisqu'un etre quiaitl'autoritemoralenecessairepourassumerce role dedirecteurdelaconsciencenationale:c'estIe pre tre.LePretre H ditien. Desmainsimpiessesontabattuessurnotrehistoireetenontvoulufaireune ecole dehaineentre freres. Le18mai, it l'Arcahaie,berceaududrapeaunational,IeP.Papailler,parlantaunomduDieud'amour,fitentendredelachairechretienne,plushautequetouteslestribunesdumonde,desparolessereinesde verite historiqueetd'union sacree, quelesplusfarouches;sectairesn'ontpas ose contredire. Le Iileme jour, it laCathedraledePort-au-Prince,IeP. 50lages censuraitl'immoralitepolitiqueet morttrait aveceloquencequeIe civismeneconsistepasseulement it honorerpardesdiscours ephemeres les heros de rin dependancemais it mainteniret it developperleur reuvre dansIerespectdeIaloietdesdenierspublics.-295-

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Quelquesjoursapres. -j'entendais Ie P. it l'InstitutionSaint-LouisdeGonzague.precher it lajeu nesselapuretedu'corpsetcelIe del'espritpourserendrecapable,quandelleaura rec;u Ieflambeaudesmainsdeses aines,deconduireIepeuplehai"tien dansles yoiesdel'honneuretdubonheur.Etpendetempsplustard, it Saint-Martial,IeP.Sola gesadressaitunvibrantappelanxfamilIes haltiennes pourqu'elleslaissentdebon gre aller vers IeSeigneurceuxde.leursfilsquela grace atouchesetquiveulentconsacrerleurvieaudurlabeursacerdotal.1'avoueavoir 'eprouveune certaine fierteitsuivrefac tion r;enereuse deces pretres -etdetousleurs confreres quitravaillentdansIechampduSeigneur-parcequ'ilssontsortisdel'EcoleApostoliquedePort-au-Princeetque rai euquelqnepartdanslafondationdecet eta blissementde preparation ecclesiastiqne.Etantministredel'instructionpubliqueetdes cuItes.j' annonc;ais dansl'ExposedelaSituationde1920lacreationprochainedel'EcoleApostolique.queles Eve quesd'Halti, it unereunionauCap-Haltien,avaient decided'etablir dansl'undesbatimentsde l'Archeveche dePort-au-Prince.Etrepondant it cettequestion: L'reuvre vivra-t-elle?queje m'etaisposeeit moi-meme.jedisais:Beaucoupdeceuxqui,dansIe passe. ont parle de clergeindigene n'ontvouluvoirdanscette reforme qu'unmoyendecombattreIe clergecatholique franc;ais.Laoil il fallah organiserunecooperationilsont essaye de creeru:q antagonisme.Aussileursefforts,manifestementa gres8ifsetquiheurtaientl'amourprofonddupeuple-296-

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pour sespasteurs,n'ont-i1s jamaiseudechancede Bucces. Non,itnepeutpas etre questionderenoncer.auxservicesd'unClergeadmirable,quivitdepuislongtempsdenotrevie,quijouitdenoshonheurscommeitsaitsouffrirdenos souffrances,quis'est si bienetsi intimement identifieit nousqu'ilconsidere commeuneinjure d'etre appeleetranger.Haiticontinuera it faireappelauxbonsetbraves pretres dontelletient itcreur degarderles genereuses traditions.Cequ' elle deman de a ses fils,c'est qu'ils cooperent avec ceux-la a l'muvre d'emancipation spirituelled'unenation sur laquelle pe sent si lourdement les fatalites de l'histoire.Quel'onnecroie pasquelessentimentsexprimesdanscet exposem'aient eteinspires parunesympathiepersonnellepourcertain.sniembresdu Clerge, ouparIe shu pIe desir deleurplaire,oupardes raisonspurementcon fessionnelles.Ieconnaissais,pourl'avoir etudiee danstoutessesmanifestations, l'omvre religieuse,morale,so cialeeteducativeaccomplieenHaitiparl'Eglise CatholiqueetdontIeR.P:Cabona presente l'impressionnanttableaudanssonlivremagistralcons acre augrandarche veque, MgrJean.MarieGuilloux.Iesavaiscombiendepretres,de freres, de sreurs sont tombes surcechampdebataillepacifique, heureuxlesunsetlesautresd'avoir eIeve lespetitsHaltiensquileuretaient confies ,dans l' amourdeDieu,delapatrieetdutravailetcomme reconfortes, aumomentdemourir, it la pensee quela poussiere de leursos,ainsiqueIedisaitunvieux Frere del'InstructionChretienne,serait melee a la bonne terre d'Hditi. Iepourrais enumerer lesnomsdeceuxqui,enconstruisantsoit des eglises paroissiales,soitdeschapelles-297-

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rurales,sontdevenusdes createurs de village, ou de villes.Certainsvillagesoupetitesvillesde l'interieur doiventeneffetleurexistence a laconstructiond'unehumblechapelleaucentred'une region agricoleouenunpointderassemblement pour l'echangedesproduits.Onpeutciter a ceproposlaVallee.de-Jacmelqui, grace auP.Bonneauet a ses successeurs,estreconnueaujourd'huicommel'unedes agglomeratiofis lesplusinteressantesdupaystantaupointdeVUeagricolequesous Ierapportreligieuxetscolaire.Quineconnait l'reuvre duP.Onno a Moron, a laquelleIeDrCattsPressoir,protestant.renodituneloquenthommagedans duler aout 1932?... Cesont la desexemplesqu'ilnefaudrapasouhlierquandIeGouvernementauramislamain a sonprogramme general d'aineliorationdesconditionsdela vie ruraleparlacreationou l'anJenagement de villages mo deles surtoutIe territoire delaRepublique.J'ai ecrit dansmonlivreLaNation Ha"itienne (page336): IIn'y aaucun Ha'itien de bonne foiquinere connaisselagrandeurdes servicesrendus aHaiti parIe' Clerge Catholiqueetles Congregationsenseignantesethospitalieres.Nonseulementdesmilliersd'hommesetdefemmesont eteformes dansleurs ecoles ousoignesdansleurshospices,maisles Religieux denosdifferentesinstitutionsont,parleurstravauxpersonnelsoules facilites d'etudesqu'ilsontmises a la portee de tom. contribuelargement a ladiffusiondelacultureintellectuelledansIe pays.L'ObservatoireMeteorologique du Petit-SeminaireCollegeSaint-Martial,qu'ontillustrelestravauxduP.Scherer,laBibliothequeHistoriquedeeetetablisse--298-

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mentetlaBihliothequeHaitiennedeSaintLouisdeGon zaguesontdescreationsd'uneutiliteincontestable.Ayantmoi-meme rel.;u toutemoninstructiondans des ecoles la'iquesexclusivementdirigeespardes Ha'itiens, feprouve unesatisfactionparticuliere it rendrece sin cere hommage itl"reuvre admirableaccomplieenHaitipar les Congregations enseignantes. Al'occasiondujubilesacerdotalduP.Tissandierqui,venuen Haitiitl'age de26ans,avait depense 50annees servicedenotrepays,I'ArchevequedePort-au-Princemontrait,avec sahaute eloquence, la necessite pourles Ha''itiensdeprendrelapluslargeplaceetlaplus legitime danslagrande armee dusalutd'Haiti.Etilindiquaitl'EcoleApostoliquecommela pepiniereoil serecrutel'Etat-Majorindigenedecette armee depaixetd'amour.Depuisquatre-vingtsans-disaitensubstanceMgrLeGouaze-vousnevoyez guere quedespretresetrangel'S,si 1'0npeutappelerdecenomceuxquisedevouenten Haiti; et, apres 80ansdechristianismeorganise ici, ce faitconstitueuneanomalie.IIfautque cesse.IIestgrandtempsquelesbonnesfamillesdece pays cessentdebouderausacerdoceetdonnentlesmeilleursdeleursfils it I'Eglisedeleur IIesttempsquelajeunesse,quiaspiretantau moral,socialetreligieuxdelaNation,collabore it \cerelevement...Unautreobstaclequis'oppose it la rapidedupays,c'estlasuperstition.Dans noltl campa-gnes, et me medanscertainscentresurbains,jnoteavec tristessequeIebocorest roi.S'ilest Ieroiesnon-convertis,ilexerceaus'sisoninfluencesurden Hnbreuxconvertis...J'attendsdelafoietdupatriotismdupeuple ha''iJien

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. les dignessuccesseursdespretresquitravaillent al'reuvre d' evangelisationd'Haiti.Lasituationmoraledupaysesttragique. L'ame delanationestendanger.Auxpassionshaineusesqui nollS ontfaittantdemaldansIe passe etquedes appetits ferocestententderessuscitersesontajouteeslesdoctrinesmaterialistesqui,ensepropageantdansnotre societe encoremal equilibree, tendent it ytarirtoutesles sour ces .d'enthousiasmeetdefoi.Quenosjeunespretresseportent it lapointeducombatpourrepousserl'assautdesdemolisseurs!_ Ces demo lisseurss'attaquent it tous lesprincipesdemoralepubliqueou privee,it touteslesvaleursspirituellesquifontlavraieforcedesnations.Nepouvantpas etre tous dellpretres, les Ha'itiensdebonnefoidoiventagir,chacundanssasphere d'activite, comme s'ils etaientdignesd'exercerIe sacerdoce.Qu'ilsfassentconvergerleurseffortsversl'affranchissementmoraleteconomique d'nne nation,quiportefermementenellelat"olontede vine etquidoitdurerpourrepondreauxaspirations genereu sesdesesfondateurs.ji-300-

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5 Bout 1947LAVIEESTDURE...Cequevous allezlirea eteecrit en1901parunjeunehommede24ansquimeressemblait commeun frere ...* **... ,Pouravoirserviauxplusbasses besognes certains' mots tres nobles sesont uses. Comme cespauvresfousqueronrencontre'aucoindes. miserables loqueshumaines lavieintellectuelle ils semblentavoirperdutou,tepuissanceexpressive:' ce 'nesontplusquede vaines syllabesqui desflatus vociseutonditdansI'Ecole.Quand !'id"ee s'estretireedumot, Iemot mtmrt ainsiquetombelabranchequenenourritplusla seve fecondante.Etrienn"estplus Ibmentableque lamortde ces choses aiIees quivolentsurles evres innombrablesdeshommeslorsqu'avece11es quelquesbeauxsentimentsetdes illusions magnifiques ... Videal deDieu, I'ideal depatrie, !'ideal defa mille sont, comme l'ecritQavid Thoreau"lestroispieces maitressesdelaconscience collective. lIs laissent expo Seeatous les coups demainet atoutes lesaventuresla -301-

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nationchezquiils cessent d'exister. Leshommespourvivreontbesoinderassemblertoutleurcceurautourd'ungrand Quandcepuissantmoteurmanque.lavie decouronnee decequienfaitlagrandeurapparaittellequ'elleest, quelquechosedefortmiserableensommeetquine nH'iriteraitmeme pas d'etrevecu si lessplendeursdu Reve n'envenaientcacherlespIa.titudes.Les illUsions etquinousditquece n'est qu'illusions? rendentlaviemeilleure,etc'estune erreurquedevouloirlesenbannir.CheznousIebeaumotpatriesemblevouloirdis.paraitreavecla'chosequ'ilexprime.QuanddansuneconversationIemotest jete, on, seregardeet ron sourit.Ce Bourireestlatraductionpoliede cettebrutaleinterrogationinterieure: aif oufarceur?Onles a lues si souvent,ceslettreseclatantes,dansdesprogrammesmenteurs;ellesont traine, encadreesdansunerhetoriquepompeuseet fausse, surtantde Ievres jmpuresetimpudentesque,videesdeleurmoellesubstantifique.ellessontaujourd'huiCOl11memortesetquenouslesentendonssans lescomprendre.Etdepeur d'etre confonduavec lesautresongardeIe silen\-e. Oncraintd'affronterl'ironiequ'onsentvoltigerautourdesoi.On hontedeparaitreaimerson pays!...Cetetrange etatd'ame estcertesdangereux.L'amourdevientunehabitudequinese conservequeparla rt'ipe. tition.Ona cesse d'aimerquandonnefait plus acted'amour. L'idee porteenelle lIne forcequi Hut qu'elle ten deconstamment a se realiser.Quandellene se realise pasouqu'aucuneffortn'estfaitpourenpermettrela rea lisation,c'estqu'ellen'existeplusouqu'ellea perdu ia-302-

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puissance.LesoeiologuenejugedeIavaieur d;un sentimentqueparsesmanifestationsexterieuresetses conse quencessociaIes: IesentimentenIuimeme-objet d'etu depour.Iepsychologuene.l'interesse pas.Pour nepassemanifester nepas etre ...*** .LavieenHaitiestdurepourceuxquisont possedes dequelquebeau reve interieur.Petitshommesetpetites voila Ie spectaclequi leursregards. Les ehosessontlaidesettristes.Onvoudraitendetourner yeux: ellessont la quivoussollicitentsans cesse. Leshommessontodieuxet Usontdesapplaudisse .. mentspourles des sarcasmespourles vain eus.Etcommelesvaincus sontlesvainqueurs biensouventIesarcasmeesquisse enapplaudissement.Un cote duvisagerittandisque l'autre grimace.Faut-ilrire a droiteetgrimacer a gau che't Oubiengrimacer a droiteetrire a gauche?CesjeuxdephysionomieseraientIeplus rejolJissant des spec tacles ne revelaient laversatilitedes consciences.ChaquefoisqueIevent les tetes sedressent,curieusesetinquietes.vientIevent?...Etlorsquecepointdel'horizonsemble fixe, lessouriresdebienve.nue surles faces rejouies. Les salamalecscommencent.La paree fastueux.faittintersesgrelots,'etcettemusiquefausseetcriardeplaitauxoreillesmieuxquelavoix discreteetharmonieusedelafranchise.L'ami est eloigne parce --303-

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qu'ilnesaitpoint la verite. Maisonreviendra it luidemainlorsquelescourtisansd'aujourd'huis"eniront,aussirapidementqu'ils etaient venus,porterleurhommagede fidelite aunouveaudieuqui s'avance. Et c'est toujoursla meme chose.Ettoujoursles hommes, comme s'ils avaientenarrivantaupouvoirperdutoutespritdediscernement, se laissentprendre it lagiudumensonge,distribuantlesfaveurs it ceuxquilestrom pent, reservantleurscoleres it ceux qui. tropfierspours'a'baisser it cesindignes manfPuvres, osent se tenirdeboutaumilieudel'aplatissement general. Aupays des bossus leshommesdroitssontmal ref;ius, disaitmonvieuxmaitrede sixieme Nelzir Gro!'pere.Done, soyons bossus,etplusnousauronsla CQ,JlS ciencebossueeet etmieuxeel avaudra!Beaucoupdegensse Iesont dit, etce systeme car eel aa eteeleveit lahauteur d'un systeme estIemeilleurquelesarrivisteshaitiensaientencoretrouve.Vhonneur?On s'en souciecommede sapremiere cigarette ..La patrie? HeIas!heIas!'" ***Leshommes se trompentsouventsurleursvrais in terets etoublientvolontiersque l'honneteteest lameilleuredespolitiques.lIsvontde preference aux moyens violentsquileurassurentunevictoireimmediate mais combieninstableet ephemere, puisqu'ilsjustifientlesrepresaillesdelaforceetquelaforce. sedeplace facile.-304-

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mentauseindenotregroupesocial.lIsnecomprennentpasqu'endehorsdelaverturienn'estdurabledansunedemocratieetquel'autorite,pour etre lihrementacceptee,doitd'ahords'imposerauxconsciences.Lesmassesseplientdifficilement a unediscipline,quandsurtoutcette(lisciplineregie etablieparl'arhitraire-neleurpara!tpointconforme a I'instinctdejusticequ'ellesportentenelies.Ellesessaientdelabriseret,de la, souspretextederevendications.ces commotionsterriblesquidesolentIepays.Mais.ignorantes,elless'abandonnentaupremiercharlatanvenu.EtIa meme etsanglantehistoirerecommence.LeRoyestmort!ViveIeRoy!Vne p01itique:aite defranchiseet d'honnetete estlaseulequisoitdesirable:elleauraitl'avantaged'etre it lafois un exemple-pour Ie peupleetunfreinauxpas sionsambitieusesdequelques.uns.La Lonte n'exclutpaslafermete.OndoitvouloirIebienetIefaireaccepterdesplus reractaires. Maisilfautquece soit Iebien.Rien d'autre nejustifie l'emploi delaforce. Sil'onn"entrepasdanscettevoie.unjourviendrafatalementoil IepeuplemettraenjeuIeprincipe mel11e del'autorite et Ia legitimite dupouvoiraunomduquelonagit;il pereIra foien Iui-mcme.t't ceseraaI01'Sranarchiedanstoutesonhorreuretdanstous sesdehor dements... ... **Lepeuple!Encoreun tht'me propiceauxvariationsQratoires.ToutIe1II0n<1e elwz nousaime1epeuple,mais-305-

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combiensont-ilsqui occupentreellement?IIfaudraitmoinsdeparolesetunpeuplus d' actes. Les promessesquineserealisentjamaisirritent it lafin it 1l10insqu'ellesnedecouragent.Cen'est pasassez dedireaupeuple:Nousvousaimons.Lesplus eloquentes protes.tationsdesympathienevaudrontjamaislamoindrebonneaction...Craignezsurtoutque,votreconduite eon tredisantvosparoles,Iepeuplen'envienne itsuspecter votrebonnefoiet it ctendre it tousladefiancequeluiontinspireequelques-uus.Ricnd'utilenide fecond ecrit M.Justin Devot n'a jamais germedansIe..('lEurs quel'espritdedefiancea desseches.Unesocietequi doute estpres de sa fin:ilfaut.pourqu'elIe sereleye. unereactionvigoureuse quidetruiseles semencc,.cte mortqu'onya jetees. Maiscettereactionnepeut etre quemorale. Les ea nonsetII'Sha'ionnettesnechangent pointramI' d'unenation. lIs n'onttoujours cause queruines:ruinesmorales,ruinesmaterielles.Pouragir sur la societe ilfautaller a l'individu,qui est Iefacteur Ie tout progreso D"Oil necessite defairedechaque indiyidu uneforce con,. ciente,de develop perenluila puissanceIepenser etdevouloir.IIimporteque l'indiyidu soitalltonome,disaitnaguereM. ]eremie,c'e:;tadire qu'il soit une COIlS cience,uneintelligenceetunevolonte.IIfautqu'ilaitlaclairenotion de sesdroits,desesdevoirs, de sa personnalitemoraleenfin,etqu'ilaitIe l1OlH'oil" derendreoperantesles idees (I'ordreetdeIihertequ'ila acquises. IIyaparconsequentpourrautorite sociale une ctouhle obligation:donner a chacun les 1I10yensd'acquerircesidees d'ordreetdeliberte;respecterensuite Ies manifes--306-

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tatioI]s desapersonnalite,enneluienlevantpointlafoi, Iecourage,la dignite, enn'etouffantpasenluitouteaspiration elevee et genereuse ...*** Voila cequ'ecrivaitdansLa Rondedu15 aoiit 1901unjeunehommede24ansquime ressell1blait commeun frere.........307---

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12aout.1947:BIENFAITEURSDELANATIONPourheaucoupd'Hai'tiens cultives. l'histoire d"Hai'ti estmoinsl'histoiredupeuple hai'tien c'est-a-diredeses origines,desaformationetdesondeveloppementaucoursdesannees-quecelle deshommespolitiquesquiyont joue un role plusoumoinsapparent.Pendantquel'onsedisputeautourdecespersonnages,.lesunsleslouant,lesautreslesconspuant'-chacunselon ses prejuges decouleur,delocaliteoude classe Ieveritable dela piece, lepeuple,estmaintenudanslacou lisse.Oubien,ilnesemontrelui-memequedans ses acces defureurquand,exciteparde rusesmatadors. ilserue,commeIetaureaudans l'arene sanglante,surIepremiermanteaurougequ'onluipresentepourdetournersacolerede ses ennemisveritables.Et alors onl'appelleIepeuplesouverain'parce que, pendantsa courtesouverainete,ilpeutselivrersanscontrainteaupil lageetaumeurtre. Nomenclature dechefsd'Etat,liste desrevolutionsquilesrenversentlesunssurlesautrescommedesjouets de risoires, voila dequoisemble etre faitetoutel'histoireha'i'tienne. IIseraitsansdoutederaisonnabledenierl'actionbienfaisanteoumalfaisantedesindividussurla societe. Le genied'un Toussaint Louwr-308-

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tlue,l'energie militaire d'un Dessalines, l'esprit constructii d'un Christophe,Ieliberalismesocial d'un Petiohonteuuneinfluienceconsiderablesurles destineesdelanation;mais c'est la nation elle-memequireste en definitivele sujet essentiel, comme la matiere premiere de l' histoire. eUe s' estformee;queUestransformationssesontproduites,Ie long des annees, danssa vIe mentaleetdans -sa viematerielle;quelles circonstances'interieuresetexterieuresont acceIere ouretardesamarcheversuncertain ideal decivilisation, -telestIe ve rita'bleobjet d'etude pourl'historienquiseproposeautrechoseque l'anecdote, Iedetailpittoresq'ueoulacontroversepolitique.Ce .quiforme rinteret delaviepour l'enorme majo rite desindividusecrrt justementCharlesSeignobos cesont
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obscuredupeuple.Lesjournallx haltiens ontpresquetoujours etepreoccupes depolitiquedans 1'acc('ption la.plusbasseduterme,grossissant demesurementles faits, tantot pourexalter les hommesau pouvoir. tantotpourleshonnirquandilsn'ysontplus. C'est parlatraditionoralequenlHls sommes mis Ieplus souvent aucou-'rantdes evenements du passe. Avons-nousbesoindedirequeUe mefiance doitnousinspirerceUesourceimpured'information historique'? Nous n'avons. pournousmettresurnosgardes, qu'it constater,dansIe present, les me faitsdelapresseverhaleondela Lavisiondeshistoriens NIX-memes. ditSeignobos, asouvent ete troubleeparleurpropretendance.Laplupart.engagesdansles conflitsdeleurtemps,ont porte leurspassionspolitiques.religieusesounationalesdansl'histoiredu passe. lIsenontfaitunplaidoyerouunacted'accusation.Acombiendenosecrivainsou .Ie nos professeurscejugementnepourrait.ilpass'appliquer? Prejuge decouleurou prejuge delocalite-etparfois les deuxensemble--sontIeplussouvent it labasedeleursappreciationssurnospersonnageshistoriques.de soretequ'ilsfontde l' histoire d"Halti Zl1le ecole dehaineetdedivisionaulieu d'zl1lenseignementdeconcordeetd' amitie nationale.DeceUetendanceeriminellenousa"vonseucestempsderniers despreuveshelas! tropnombreuses...Montrer, a traversIe flotmouvantdes evenements. lafiliationdes idees dontIepenpIe hai:tien afait.bon gre mal gre, 1'axedesonexistence; chercherdansles faitsdu'presentlatracedessentimentsoudes prejuges anciens;determinerlesrepercussionsdel' etat economique-310-

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'.. surledeveloppementmaterieldes diverses classesdela societe; fixerlapartdel'educationetdelacroyance, c'est a-diredelareligion,danslaformationducaracteresocialhaitien: voila quisollicite leshistoriensd'Ha'iti, 'reuvre dehaut interet philosophiquequiaurait,enoutre,commeresultatpratiquededetruirebiendesmalentendusquiempoisonnentjusqu'icietaffalblissentlanationhaitienne.Dansunehistoire d'Ha'itiecrite danscetesprit,uneplace legitime serafaiteauxreuvresquiont ete creees etauxeffortsquiont ete accomplisparnosdevancierspourameliorerlesconditionsdeviemoraleetmaterielledupeuplehaitientoutentier.DansIe discoursqueje commeministredel'instructionpubliqueIe18mai 1920, a l'occasiondela premierecelebration dela Fete deI'Dniversite, je disais:Lapatrieestunecreationcontinue.Lapatrieha'itiennen'apas Hecreee unefoispourtoutesparleshommesde1804:elle se creesans ces se,chaque generation ayantIedevoird'ajoutersoneffort a ceuxdes precedentes pourIe developpementetlagrandeurdelapatrie.Tousceuxquiontfaituneffortutile, cree une i(Cuvre, contribueenquelquemanierequeCe.soit a l'avancementdupays,sontdescreateurs lapatrie. Tous doiventprendrerangdanslagalerie desbienfaiteurs d'Halti, quelsquesoientlacouleurdeleurpeau,Ielieudeleurnaissance,leursexeouleurclasse.ParI"reuvreutilequ'ilsont realisee et menee ausucces, leshommesdequije vaisparleroccupentuneplace emi nentedanslagalerie desbienfaiteursauthentiquesdelanationhaltienne.-311j

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I***Venseignel11enttechniquesuperieurn'ayantpas ete organisepar l'Etat, Iesjeunes Haltiens, ausortirdu Iycee ouducollege,netrouvaientdevanteux,jusqu'en 1902, quedeux debouches: Ia l11edecineouIedroit.-deuxcarrieresencol11hrees oil Ieschancesde succes devenaientparconsequentdeplusenplusaleatoires.IIestutilesansdoutepour HaIti queIes sciences l11edicalessoientIargelllentrepanduesafin de detruirecertains prejuges contre l'hygiene priveeetdetropnOlllhreusespratique!'populairesprejudiciables a Ia sante publique. Toutefoii', une pIethore d'avocatsetdel11edecins -queleur sionnepeutplusnourriretqui(\roiraientderogerenacceptantderel11plirdemodestes taches -parut extremement dangereusepourl'avenirdeIa societehal tienne.Pourparer a unpareildangeretaussipour pre parer dutravailen Haiti, sixhOl11l11esdehonnevolonte:uneminentjuristeeteducateur.A. Bonamy; deuxingenieurs.de }'Ecole NationaleSuperieuredes MinesdeParis, Frederic DoretetLouis Roy; uningenieurdel'EcoleCentraledesArtsetManufactures.JacquesDurocher;uningenieur-agronomedeI'InstitutdeParis.ChavineauDurocher,etunhrillantprofesseurdemathematiquesdu Iycee Petion,Horace EthearLse constitue-.rentencomitcd'organisation.EtIe 3 fcvrier 1902.rEco-. IeLibredes Sciences Appliqueesfutinauguree.Cet eta blissement,s'assignaitcommehutdedevelopperdansIajeunessehaltienneIe gout des etudesI:'cientifiques enluidonnantIes1110yensd'entirerpartiparl'accession -312-

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carrIeresauxquelleselless'appliquent,c'est-a-direauxcarrieres d'ingenieur,d'archite.cte, deconducteurdetravauxpublics,dechefd'exploitationsindustrielleset 'a gricoles. Les debuts de I'Ecole fUi"enttres difficiles. Lesfondateursetles amisquivinrentimmediatementse autourd'eux professerent plusieurs annees -jepuisIe certifierayant etel'un d'eux-sans'aucune espece de re tribution.Aulieuderecevoirdel'argentde ses eleves, I'Eeoledutpayer Hne bourse a quelques-1ll'lspourlesretenir.Ellead'ailleurs'continue it recevoirses etu diantsgratuitement.Quoique1'0npuissepretendre,ilyaeuetilyaencoredesHaltiens desinteresses... LeGouvernementdeson cote -absorbepar l' operationfameusedelaConsolidation-restaitsourd a tousles ap pelsdesecours.EtsanslabienveillanceaveclaquelleIepublicaccueillitles listes desouscriptionouvertespardespersonnes genereuses enfaveurde!'institution,laviedel'Ecoledes SciencesAppliquees eutete extremementcourte.Maislasituations'ameliora it partirde1904.Leministredel'instructionpubliqueMurville Ferere -aupresdequij'occupaislafonctiondechefdedivision -s'interessavivement it l'etablissementet <;on trihua,engrande partie,acreer auPalaisdelaPresidencecetteatmospherefavorablequipermit it l'Ecoled'obtenirdu General NordAlexis'un .arrete dereconnaissanced'utilitepublique.Le succes nefutpasmoindreauCorps legislatif.IIyavaitence temps-Ia itla Chambredes lIeputes une equi pe tres progressistedanslaquellefiguraient enpremiere ligneFleury Fequiere, EdouardPouget,WindsorBelle--313-

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garde,Price-Mars. Le deputeFequiere fit d"abord im crireaubudget.de1905unesubventionannuelle de 4.800dollarsenfaveurde PEcole. Puisilpdt,en1906,Pinitiatived'unepropositiondeloiquidonna it eet eta blissementses assises definitives enIereconnaissantcomme societe civileetenluiattribuantuninuneublede PEtat pourPinstallationde services. proposition.appuyeeparunremarquablerapportde W.BellegardeetapprouveeparIeministredel'instructionpublique M:ur ville Ferere etIeministredestravauxpublicsNumaLaraque,fournitl'oecasionau depute EdouardPougetdeprononcerun eloquent etsubstantieldiscourssurl'enseignementseientifique et les besoinseconomiquesdupeuple. ha'i'tien.SeymourPrade!,quiavait des Ie debutprone dansunmagnifiquearticlelacreationdel'Ecole des SciencesAppliquees.eutlajoieplustard,commeministrede l'interieur dugouvernementde TancredI' Auguste.designerIecontratquiremettait it eet etablissementrim meuble qu'il occupeaujourd'hui.Devenumoi-meme ministredel'instructionpublique.je creai en1918deuxecolestechniques,l'EcoleduBatimentetl'Eeole Indm trielle,quefannexai itl'Ecole des SciencesAppliquees. BienquelaDirectionAmericainedesTravauxpublics eut officiellementreconnulavaleurtechniquedes inge nieursformespar l'Ecole enleurconfiant des postes importants,celle-cine rec;;ut aucunconcourseffectifdel'Occupationqui, meme,it partirde1922,luimontraunecertainehostiliteet menac;;ait plusieursreprisesdesupprimersasubvention. en societe civileparla loidu14 aout 1906, l'Ec.:ole des SciencesAppliqueesfutratachee it la Direc--314-

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tion f1esTravanxPublics,devenuehaltienne,en vertu d'un contrat du 6 decembre 1931 passe entreIeSecretaire d'Etatdes travauxpublicsetIepresident du conseil d'ad ministration.Commemembre de ce conseil, je fusheureux de mejoindre it mes colleguespourremettreles des de notreEcoleaux ingenieurs, formespar elle, (lui dil:igent aveccompetencerundesplusimportantsservicesdeI'Eta1.Enecrivant it cetteoccasion it monrepresentant,Me.Christian Latorfue, qui we suppleaitdepuisplusieurs annees conuneprofesseur de droitusuelet d'economie industrielle,jeluifislarecommandation de veillerstrictcmellt it ceque
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d'ingenieurdel'Ecolelibre ell'SScience,.Ceuxlit aul110insnepeuventouhlierles nomsd'AugusteBonamy,de Frederic Doret,deChavineauet de Durocher,el'HoraceEtheart,de Louis Roy, bienfaiteursdelaNationHa'itienne.-316-

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19 aout 1947L'ETATMENTALDELASOCIETEHAITIENNEJe suis alle interrogersurl' etat mentaldela societe haitiennece jeune hommede24ansquime commeun frere.Etil in'a mis sous lesyeuxquelquesextraitsd'unarticlequ'ilconsacra it Justin' Devot dansLaRondedu18novembre1901.***... Silaloi estimpuissante it protegerIe citoyencontrelescoups de maindelaforce,iln'yobeirapas lui-meme etlavioleraquandceserasontourde Ie pouvoir.Orsavoir obfdr a,ux loisest,ditM. Devot, l'unedesprincipalesconditionsauxquellesseconstitueunpeuplerespectable. Cetteconditionen .amene uneautresanslaquelleaucun progre8 n'est possij)le: lavolontedevivrepaisibles.Le citoyen chezquil'onaura developpe lafibre legale etquise sera livre auxoccupationsd'uneexistencedepacifiqueslabeursn'aura.d'autre but quedetravailler it sonbien-etre nwral etmateriel'et,par suite, aubiencommun,Iebonheurdelanation n'etant quelasomme desbien.etreindividuels.IInesera-317-

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pointtourmentedu desirimmodere dechanger a tout,boutdechampconstitutionsetgouvernants:ilexigeraseulementdeceux-ci,pourleurcontinuersa confiance,uneattentiontoujours eveillee. unebonnevolontecontinueetbiensoutenuedansIe servicedeses interets. Est-ce Ie casdeI'Haitien'?Silesintelligencess'obscurcissent, si les volontes s'enervent, ecrit M. Seailles. laliberterisquefortde n'etre plusquelatyrannieconsentie.QuandIe citoyenn'estpasinstruit,pourraitajouter M.Devot. les plusbellesformules legales, incomprisesetforcementinappliquees,restentlettremorte.C'estcommeunjoyaudegrandprixqu'ona misentrelesmainsd'unenfant. Venfant Ie dedaigne ouIe brise. Aquoisert-ild'a VOIT une'constitution oil sont consignes lesprincipes les plusbeauxsiceluipourquielle estfaite n\ comprendrien?LedevoirdeI'Etat,notredevoir a tous n'est-ilpas maintenantassezclair? C'est par
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deux defaireregnerl'egalite parmises citoyensetsincerementattacheauxprincipesdefraterniteetdesolidaritequisetrouvent a labasedetoutevraie delllocratie. **Fraterniteetsolidarite!Principes feconds quetroplongtempsnousmeconnaissons. Freres, nousIe sommes tousetparnotreoriginecommuneetparnossouvenirscommuns:,souvenirsdegloire,souvenirsdetristesse. Solidaires,nousdevrionetous I'etre, nos interetsetantle"smemes etlagrandeurdechacun etant lagrandeurdetous.Etpourtantnousavons vecu commesinousavionstpujours .etede'S ennemis.Pendantqueles ,motsd'unionetdeconcordesonnaientdansnosbouches,nousnouscombattions,augrandjouroudans I'ombre.' Etpourquoi?Nousosons a peinerepondretantla verite noushruleraitles levres. Lesinjustespreventionsetlesineptes prejuges, fruitsdeI'ignorance,sonttombesdansIepeupleetyont germe. IIimportequenousles fassions disparaitre sous des lotsdelumiereetque s'etablisse de finitivemententre.lesenfantsd'une meme famillecettefortesympathie d'ames qui,auxjoursdes:grandsdangers,feraselever,fremissante,lanationtout entihe. Orcettesympathienesera creee quesi lesbarrierestombentquiseparentIepeupledeson elite intellectuelle.A-t-on assezremarqueladifferencespirituellequiexisteentrelamassepopulaireetnos genscultives?D'un cote, l'extremeignorance;del'autre,lesraffinementset de licatesses descivilisations'lesplusavancees.Decela re-319-

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suItepourIepeuplehaitienun etat dedesequilihremoraldesplusdangereux. Dnt! partiedelanationignorel'autre:onnesympathise.qu'avecceuxquivous ressemblent:Lemal.disparaitraavec l'avtmement detous it lalumiereetnon pas, commeIevoudraitIepiquetisme re volutionnaire,par1'asuppressionbrutalede l'aite.Vegalite desconditionsseratoujoursunechimeretant qu'onn'aurapas supprimel'effortindividueletlaconcurrence;leshommesnesontpastous susceptiblesdu memede"e loppementintellectuei. r eu conviens. Onreconnaitraneanmoins qu'il yaunminimumdecultureque tous sontcapables d'acquerir.C'est ceminimum qu'il'estne cessairequechacunpossede.Leluifournir,c'est remplirundevoirsocial. Mais, a-t-on pretendu, instruirec'estaugmenterlapuissancedesentir.Plus l'intelligences'eclaire. et plus nombreusesdeviennentles occasionsdesouffrir.Ladouleurfaitcrier l'homme dupeuplemaisne laisse surson ame qu'unetrace legere.Vhomme depen see caresse sonmal, l'analyse,Ie creuse,etensouffred'autant.C'estbienvrai. N'ollblions pascependant qu'il ya des souffrancesquiennoblissent,etquejamaisladouleurphy.siqued'unportefaixnevaudralasouffrancemoralequ'inspire it unJustin Devotl'enorme disproportionquiexiste entre son reve degrandeurnationaleetles yilai nes .realites dela h,altienne. est comprendre,etsouffnrpour les autres ces,t seleyer au ,dessusdel'humanitellloyenue. IIu'yaquecette souffrance-lit pourenfanterdesdevouemeutsetdes herols mes...D'ailleurs,la verite nedoit-elle pas etre connuedetous"etn'est-ce pas egolsme quedelavouloir reserver --320-

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seulementit queiques-uns?Pourquoifermerions-nous It lafouledenos freres dupeuplel'accesdelapensee,quiseulefaitnotre dignite? Les enthousiasmes, les elans del'imagination s'elevant' au-dessus desplatitudesdenotreexistence.miserable,les envoIees de l'ame versl'ideal,touthommedoitpouvoirleseprouver.Etc'estlorsqueladestineepourluis'est plusdurequ'ilest necessaire qu'unpurrayon depoesie vienneilluminersa vieetlarendre supportable. Onaurabeaudire,toutestvain aupres de ces trois cho. lesquelles se resume Ielaheurhumain:bienvivre,rechercherla verite, aimerlabeaute.LaisserqueIe peu pIe lesignore,c'estuncrimecontrel'humanite.Etc'est .undanger...* **QueUessont les' tendancespresentesdupeuple hal tieri?Ladirectionqu'ilsuitest-ellelameilleure?Sinon,quelles sont les forcesqu'ilfaut [a ireagirpourmodifier Iemouvementimprime,etenquelpointconvient-il de lesappliquer?Tellessontles questions que poseM.Justin Devot danslesdeux etudes qu'ilvientd'offrirau'public:LeTravail intellectueletla Memoire Sociale; Considerations surl' etat mental de la societe haltienne(Pichon,Paris,1901).Lavoie on s'est engagee Ianationestmauvaise:ceian'estpoint d6uteux. Presqueun siec1e d'experienceIe prOl{ve irrefutable. Pourquoilanationa-t-ellesuivi cette voieplutot qu'une autre?Laforcequil'ya poussee neserait-elle paslaresultantede certailJeli iii-321-

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positionsd'espritet d;ame propres it la tres grandemajo rite desHaltiens?Sansaucundoute. Les faitssonttelsqu'iln'estpaspossibledesoutenirqu'ilsne80ntquedes phenomenes temporaires, exceptionnels.sans signification sociologiquehienprofonde.Les choses etant ainsi,ilestdetouteurgencedeneutralisercetteforcemauvaiseenluienopposantuneautrequiaitassezd'intensitepourlancerIepeupledansunedirectiondifferente.C'est la ungraveprohlemede me caniquesociale a resoudrequenouspourrions.enempruntantIe langage desmathematiciens,formulerdecettemaniere:Dneforce etantdonnee, entrouveruneseconde qui,; agissantensenscontrairedela premiere. agissedans Ie sensdelaseconde ... Les forcesspirituellesquiexistentdansnotremilieuseraient deja suffisammentintensespour S'opp08er. avecquelquechancede succes, auxinstinctsretrogradesquisemanifestentd'autrepartdansIegroupesocialhaitiensi ellesn'etaienteparsesetn'agissaientendespointset a desmomentsdifferents.C'est ales organiser. ales rendreconvergentesqu'ilfauttendre.Lapatrie haitienne. pourparaphraserunaphorismede ConIte cite par M. Devot, sera!'ensembledesHaitiensconvergents.Deuxchosesnecessaires a toutenationorganiseefontencore dMaut aupeuplehaitien:latraditionetl'opinion.Y a-toilunetraditionhaitienne,c'est-a-direunfonds d'idees etdesentimentstransmisde generation en gene rationetqueIetempsmodifie sans les alterer ence qui1s ontd'essentiel?Y a-toiluneopinion hai'tienne. c'est-adireunensembledeprincipessuperieurs,surlesquelsles Ha'itienssonttous d'acord etdontchacuntireen me-322-

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/ me tempsquesa regIe individuellel'auto rite necessairepourap'precierlesactionsd'aulrui?Y a-toildansIepeuplehaltienuneconscience collectivequi :8etrit, certainsactesetapprouvecertainsautres,-uneconsciencenationalequicommandeetquijuge?Acesgravesinterrogationsles faitsrepondenttrophrutalementpourqueIedoutesoit possible.***Leprogress'accomplitdansIe monde, accompagne,ilestvrai, a decertainesepoques, de. mouvementsde re gression. Maisils'accomplittoutde meme, etquoiqu'onfasseils'accompliraegalementenHaiti.Un etat d'isolement absolu nesepeutconcevoirpaspluspourlanation hai'iienne quepourtoutautrepeuple.Toutelaquestionest de savoir si c' est a nous, negres haitiens,quereviendral'honneurd'imprimer a notrepayscemouvementdecisij,ousi l' elanseradonne endehorsdenouset mtl'fere nous.Ledeuxiemetermedelaquestionse rea lisant,celaequivaudrait a un avortementnationalou,pourmieuxdire, a unebanquerouteethnique:nousaurionsfailliauxesperancesqu'avaitpufairenaitre l'tmtree, dans l'arene internationale,d'unpeuplequisedisaitIerepresentantd'unerace meprisee dontil pre tendait fierement entreprendrelarehabilitation.Si nous,nevoulonspasqu'ilensoit ainsi,nousdevonsnous ha ter:Ietempspresse, et nousnesommes pas seulsdansIemonde.La,s aurontbeau dire, 11e -323-

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nous manquepail. Cequinous ,faitdefaut, c'estla bon. 'nevolonteetuneconscienceplusnettedenotremission specialedansI'humanite.Lafoi deshommesdontl'espritaentrevuleshautesdestinees reserveesa Haiti n' est pas assez agissante.Quant a lamasseplongeedans l'igno ranceetdanslasuperstition,eUes'envadeplusenplushumiliee,-meutesans ideal quedesdclamateursauxgestesfuribonds menentitl'egout ou it lamort.RendredeplusenplusgrandIenombredeceuxquicomprennentlanoblesse dela tache imposee a lanation;conduireIepeupledes tenebresa la lumiere; con cretiserenqueIque sorte a sesyeuxIanotiondepatrieparIesavantages moraux etmaterielsqu'iltrouvera a assurer envers etcontre tousIemaintien de la nationalite haitienne;donner a chaquecitoyen Iesentiment de. saresponsabilitesociale;determineruneconvergencedetous les effortsindividuelsversun'but definidebien etre communetdedignitenationale:teUe est l'reuvrea accomplir.Combieny a-tild'Haitiens a vouloirresolument s'y mettre?-324-

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26 aout 1947.., L'AMIEDUPEUPLEOnl'appelait l'Amie duPeuple. Mais ellene l'etait pas it lamaniere d'un Marat dechaine. Ellen'avaitriennonplus d'une CharlotteCorday.Carl'armequ'ellevoulaitmettre au" mainsdupeuplepour,sa defense, cen'etait niIe poignard de l'assassin Iii Ia homhedu revoIutionnaire, mais l'education. Nee Ie 2 aout 1842 itl'Arcahaie, Argentine Bellegarde etai1 venuetoutenfant it Port-au-Prince. Mais jamais elle n: oublia Ie coin deterre baigpe de soieH oil elle salualavie de son joyeux vagissement. L'Arcahaie, quecaressent Ies ventsdularge soufflant dans Iegolfe de Ia Gonave, estlaoterredes rudes laheurs, Iaterreauxmamelles puissantesquinourritdeforceetd'ardeursesenfants:ellemarquade son indelehile empreintecette femmequinaissait d'elleet qui, toutesa vie, garda Ie culte delaterre genereuse etnourriciere. Cette fille depaysanne-etquis' enorgueillissaitdese dire paysanne elle-meme -connutpourtanttoutes Ies splendeurs de la fortune. Son pere, Ie General Jean Louis de Bellegarde, etait dueet marechal del'EmpiredeSoulouque. C'etaitunrudesoldat.II s'etait fait connaitre par' sa participation, commejeuneofficier de Ia garde presidentielle,it Ia conjuration de QuayerLariviere-325-

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... contl'e l'acceptationde rOrdonnance de CharlesX.Lecomplotayant etedecouvert, il s'etaitreugiedans unegrottedes'hauteurs de Turgeau, oil ilnefut guere in. quietepa'rce queBoyerl'aimaitbeaucoupetpartageaitd'ailleursl'opiniondeses officierssurcettequestionpa.triotique:c' estpourquoiIePresidents'empressa dere parerparIetraite de 1838sonerreur de 1825.Amiintime du BonhommeCouachi,JeanLouisBellegardefutfaitgouverneur de Port-au-Princeetdevintdue de Saint.Louis du Nord itravenementdeFans. tinleI'aupouvoir. Illettre, ilvoulutquesa fille fut instruite.La chere tantemeracontaitsouventavecattendrissementsonenfaneejoyeuse sous Ieregardaimant du bonmarechal,quilafaisaitaccompagner itl'ecole pardeuxlaquaisenlivree.LapetiteArgentinefit ses etudesit I'Institution de MmeIsidoreBoisrond -Cecp Zidorcommel'appelaient familierement sescontemporains.C'etaitalors l'etahlis sement dejeunes filles Ie mietlx frequentedu pays:elleenfut l'une des eIeves lesplusremarquables.Elle y trouva l'occasionde montrerses precoces dispositionspourl'enseignement.Elle sen-aitde monitrice itses camarades des divisions inferieures,etplusieurshambins de laclasseenfantine,appelesplustard itde hautesdes.tinees,apprirent it rassemhlerleursleUres sous ladirection eveilIee de latoutejeunemaitresse.Lorsque,heaucoup d'anneesapres, Ie President SalomonappelaArgentineBellegarde it dirigerIePensionnatNationaldes Demoiselles fonde par Alexandre Petion.il savaitit quellesmains'suresilconfiaitlajeunesse du pays.Elles'etait prepareeit ce sacerdocepar deserieu-326-

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sesmeditationssur l'etat moraldupeuplehaltien,pardes rMlexions profondessurIe role socialdelafemme,dontilfallaitdetoute necessite rendrecelle-cientierementdigne.Ets'etantditquetantvautfafemme,tantvaut['enfantettantvautl'homme,elle s'assigna cehut:preparerdehonnesepouses,de'honnes meres defamilleafindefairedehOllScitoyens.C'etait lit toutsonprogrammepedagogique.Riendeplussimplemais ausBi riendeplusricheen heureuses.Ellepensaitquelafemmeadroitcomme Thommeit lahautecultureintellectuelle.MaispourelleIeplusgrandsavoirnecomptaitpass'iln'etaitenquelquesorteconsolideparlahonte.Formerdes ClPurs:c' estlaphrasequirevenait constamI\'ent surses le,vres ... L'lPuvre de l'education populaire,personnen'eneutplusgrandsouci. De son ecole elleavaitfaitlaraison' meme de son existence. Oil trouverai-jeunposte disait-elle oil jepuissemieux defendre Iepeuple?Decepeupleellen'attendaitrienpourelle-meme.Ellesavait,qu'ilprostituesouventsesfaveurs,conspuant ses vrais amis,acclamantceuxqui,amateursde hellesphrasesoufaiseursde promesses mirifiques,excitentsesmauvaises passionsenIemenant it l'ahime.Ellenevoulaitpasqu'il fili l'eternel dupe etque,telIetaureaudans l'arene, ilcontinuat it seprecipitersurIepremiermanteaurougequ'onlui presente, -manteautrompeursousIequelse cache Ieferdu ruse matador.Lemanteaurou gequ'onpresentaitaupeuple it rette epoque,c',etait Ie prejuge decouleur.MaisArgentineBellegardeavait epouse UlysseFoureau,naircommeelle,etelleavaitapprouvesonmarid'avoir iuiviit MiragoaneIegrand libe-327-

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ral qu'elle-metlle gardait toute affection it Salomon. r ancien due deSaint-Loui"duSud.quiavait ete sontntenr, rEmpire.IIfautinstrnireIepeuplerepetaitArgentint' BellegardeIeeondniredes tenehres de !'ignorance et(Ielasuperstition it la lumiere derespritetdeIa foichretienne;veillersur pas hesitants etmal assuressurIe chemindelacivilisation;Ie revelerit lui-memeenluidonnantIesentimentdesa dignite etlaconsciencede sa force.Elleavaitfoi damsonO?ll\Tt'. Chaque mere defamillequejeformeestunprogresaccompli dans Ie ,.ens del'emancipationpopnlaire.Enedisait:Voyez!La clientele des danses publiquesduMarche-Deboutdevient Ie jour .en jourmoimnom'breuse. Les jeunesfilIesdn Morne-it-Tnf. qnand dIes ont parmon ecole.n'y Yontplusetempechentleurs parentsd'yaller.L'une(relIeslitunefois a.mere: Quepenserontdel1lui Mme Bellegarde-Fonreauet me" camaradessil'onvousvoit licnxde dehauche'? Cereprochesuffitpourqnela dame du Yandon comp tat uneclientedemoim.Leproposfut rapporteit IaDirectriceparIa mere elle-meme.Pourcette educatrice, la tilclw ne con"istait passeulement itagir surl'enfantetpar "nitesnr sadescendance.Enevoulaitque l'(>lel'eezlt en l]uelqu sorte un poul'oirderaY01l11ementquilui permitd-exerrer uneinfluence immediate surIemilieufamilialetdeIemodifierdansIesensdubienphysiqueelmoralde1(/famille.Elleluiapprenait donetrestotit regarderla vie enface;elleluiindiquaitles graves devoirs queIe present et l'awnir luiimposent;elleluienseignaiteetartqn'elIe posseda -328-

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si pleinementdeparlerau creur et d'ydeposer, parladouceurpersuasive, les semences.duhien.ILesenfantsquiformaientlaclienteleduPensionnatappartenaientpTesque torttesaupeuple:eUesnerecevaientpastoujours dans leursfamilles quandeUesenavaient! une education irreprochahle. C'estacela qu'eMmeBellegarde-Foureause devoua tout.particulierement. fautprepare,rlajeune6.l1e aetre unmodelepoursesparentsenattendant qu'eUe devienneun pour Sesenfants: systhne admirahle d' educationquependanttoutesacarriereeUe d'appliqucr!LePensionnatne parU:t pas a ArgentineBellegarde un champ d'activite assez vaste. EUe Ieprojet d'etablir sursonhabitationde'Duvivier,danslaplainedu CuI-dc-Sac, une ecole etune EUenecroyait pas, commeheaucoupde gens, que ronpeut, parlavio lence,faire,disp'araitreduseindupeuplecertainespratiquessuperstitieuses. L'homme delacampagne est fon cierementreligieux, mais sa croyance asubiuneperver./ sionprofonde ou, pourmieux dire, unegrave deviation. Sivousluienlevez-leVaudou,ilfauttoutdesuitemettrequelquechose a la place, eti1 n' accepteracequevouslui aurez apporte que si vous Ierendezcapahle d'en reconnaitre l' excellence. De cettemethodeArgentineBeUegarde fituneapplication tres interessante. EUeavait passe plusieursjours a Duvivier.Chaque nuit, la luiapportait I'echo destamhoursetles voixenroueesdes chanteuses,eteUe serepresentaitpar I'esprit les danses orgiaques oil ces ,lahoureursperdaientlavigueurdeleurcorpsetleurardeuraUtravail. Sansriendirede sesintentions,elle-329-

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fit batir une <
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president refusa,disantqu'ilavaitlapreuve gue .M. 'De lormeconspiraitcontrelui.Mme insista,revintplusieursfois itl'::'ssaut.'-Souvenez ,vous, dit-elle alorsauChefdeI'Etat,queI'h.istoire sera tressevere pourvous simalheurarrive it M.Delorme. Reflechissez avantdeporterlamain sur cethomme afin quevous n' ayez pas it vousenrepentir-plustard.CeuxquiVOltS rJonnent des conseils de haineneVOltSaimentpas.CeUe ferme paroledecida IePresidentSalomon,etDemesvarDelormefutrendu it laliberte.ArgentineBellegarde etait la bontememe, etsa bonte allaitauxhum'bles comme ,aux puissants,.carles puis sants aussietplusencoreontbesoindenotrecompassion. Leshommesnefurentpastoujoursjustes envers elle. Comme lesautres,eIleconnutlesamertumesde l'exis. etlesingratitudeshumaines.Mais elle savaitpardonner. Aquoibonlahaine?disait-elle.Lahaineestdestructiveetanti-chretienne.Lemalseulesthais sable.L'hommemechantestunmalheureuxqu'ilfautplaindre... Lorsquesa mort survintenjuillet1901,uneveritablemanifestationpopulaireseproduisit a Port-au-Prince et; sursatombe,Georges SylvaininterpretaIe sentiment publicendisantqueIepeuple vraimentenIapersanned'ArgentineBellegarde-Foureauunecontilluatricede l"reuvre de llatiollale.-331-

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2septembre1947CONSEILSAUXPETITSECOLIERSET...AUXGRANDESPERSONNESNous avons, M.StenioVincentet moi,ecrit encolla" horationdeuxmanuels ilcolaires:rAU11ee Enfantine d' Histoire et de Geographie d' Haiti, quienest it sa sixie:rfJ.eedition, etl'Ecolier Haitien,recueildelectureshis to \riques, g,eographiqueset litter airesdestineaux eIeves ducours eIementaire des ecolesprimaires.La conclusion de cedernierlivreest, sousformedecon seils, Ie resume d'unvasteprogramme d' educationphysique,moraleetcivique. Ces conseilss'adressentauxpetits ecoliersd'Haiti.lIspeuventaussi etre utilesauxgrandespersonnes. C'estpourquoije lesreproduisici.PetitEcolier -Ont'a parle, aucours de ce livre, desheautesetdes richesses detonpays.On 1'a mon tre avecquelamouretquelenthousiasmetes compatrio tesontdecritsessplendeurs.On 1'arappele les heroiques exploits accomplisparceuxquiontcomhattupourte Ie guerunepatrie.Etont'adit:Aime-la.Oui,tudoisl'aimer.Aime-Ia, sans paroles vaines, san!! -332-

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, .' .1 gestes inutiles. E'st-cequetuvaspartout repetant quetuadoresta mere? Tutecontentesdela cherir danston creur, etcelavautmieuxquelesplushelles Mais si elle souffre, si' elle est IIlalheureuse,tuseras pret auxsacrifices les'plusgrands,tuserascapahledulaheurIepluspenihlepoursoulager ses souffrancesetluiapporterunpeudehonheur.Ainsituaimerastapatrie. N'imite pasceuxquiclamentsans cesseleurpatriotismemaisnefontaucuneffortpourrendreleurpaysplusfortetplusrespecte. Prepare-toiitetre utile it tapatrie.Tuluiserasutilesi,pendantquetuesenfant,tu ecou tes les conseils depropreteetd'hygienequetedonnent)ceuxquiontIe soucideta sante; situassoupliset fiestoncorpsparles lihresjeuxetparlagymnastiqueafinqu'ilsoittoujoursvigoureuxetsaineTuluiserasutilesi tri prendsl'hahitudedutravail,developpestonintelligenceetsuis les de tes.'mai tres.Tuluiserasutilesituapprends it nejamaismentir, it nejamaisHatter, itetre; toujoursfrancavec tesparents, avec tes camarades, avectoutIemonde, qu'on fconfianceentoi.Tuverrasplustardcomhienunhommegagne a inspirerconfianceauxautres.Onneconfieuntravail it unouvrierque' sil'onest sur qu'ill'executera.enconscience.Le sansmora lite, sansprohi te, quitrompelesacheteurssur'laqualitedesamarchandise,quitrompesescreancierssur l'etat deses se voit,quandses mensongessontdecouverts, delaisse parlesunsetparlesautres:ilestcondamne it laruine. Rends-toidonefortparIe corps,fort parI'esprit" fort-333 ........ '

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parie caractere. Cesontlesfortsqui reussissentdans lahatailledelavieetquipeuventrendre it leurpatriede reels services.Haitiahesoindetels hommes.Necroispasquepour etre utile it tapatrieiltefaudra etrefonctionmtire deI'Etat, depute, senateur,ministre,presidentdelarepuhlique. Tupourraslui etre utile,quelquesituationquetu oc cupesdansla societe. utiles,l'ouvrierquifaitloyalementsa tache pdurunsalaireraisonnahle;Iecultivateurqui,pardes efforts intelligentset perseverants, tiredelaterretoutcequ'ellepeutdonner;Ie commerc;ant actifetlahorieux;Ieprofesseurquinousinstruit; l' architectequi hatitnos maisons;I'ingenieurquiconstruitnosroutesetlespont"SUI'nosrivieres; 'I' artistequinouscharme;Ie medecin quisoulageetgueritnosmauxphysiques;I'avocatquiprendsoindevantles b:ihunaux denos interetsmenaces. -tousceux qui produisent,tousceuxquitravaillentdelamainouducerveau,tousceuxqui,cherchant it s'enrichirparunlaheurhonnete,enrichissenten meme tempslanation.Si Iesortcependantt'appelle it ladirectiondes affai respuhliques,tusaurasquetescompatriotesne l' ont pas confieleursdestineespourquetulesopprimesetles mal traites.Dansunpaysrepuhlicain,lesgouvernantsnesontpasles maitres de lanation,mais ses serviteurs. ,Tusauras oheira laloi;respectertes concitoyens dans leur vie,dans leurliherte. 'dans leursbiens. dans leur dignite; travailler a relldretapatrie plmriche et plus-:-334 -,

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.. aitrayanie pouries Haltiens cominepourles etrangers quil'habitentoulavisitent. Si tous lesenfantsquipeuplentles ecoles d'Ha'iti dissentdansde tels sentiments,notrepaysnetarderapas it setransformer.II pr06.tera des merveilleusesinventions,des magnifiques decouvertes duesaux de Phumanite. Nos villesserontpropresetbelles comme celles des Etats-Unis, delaFrance,delaBelgique, delaSuisse, de l'Angleterre,de l'Allerriagne. DescheminsdefersillonnerontIeterritoirehaitiendanstousles sens ..Notreagriculture'sera:8orissante,notrecommerce ac tif. Des ecoles, etabliesdansdes biitiments spacieux'etconfortables,seront installees dansnos bourgs lesplus recules. Etla deserteranos foyers ...PetitEcolierd'aujourd'hui,c'estsurtoiquelaPatriecomptepourfaire Preuvre quetes aines n'ontpas ac complie.**I* .. Ces con seilsrepondent a maconceptiond'une iorte educationmoraleetciviquepournotre peuple. Etantchefdedivisionau ministere del'InstruotionPublique,jepreparai l'arrete du22septembre1904quirenditcetenseignementobligatoiredansles classesde 6eme, de 5eme de des lyceeset colleges delaRepublique--335-

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etdetermina,parIeprogrammequiy est annexe, les tieres a etudier dans chacunedeces classes .. Jedecidaimon frere WindsorBellegarde a composer.conformement a ceprogramme,unManuel d'lnstruction 'Civique 'tMoralequirestel'undesmeilleursouvrages 'de ce genre. ecrits enHaiti. L'arrete du22septembre1904 etait accompagned'unecirculairedontj'extraisles passages suivants.LeMinisteredel'Instructionpublique,enintroduisaritdanslesprogrammesscolairesl'enseignement ch-i queetmoral,aentendurepondre a rundesbesomslesplus essentieIsde la societe haitienne.ToutIemondecomprendeneffetquerenseigne, ment donne dansnos ecoles nesauraitavoirpourbutuniquelaculturedel'intelligence.C'estune preoccupa tionnaturellement legitime dechercher adevelop perl'espritde l'eleve,a fortifier saraisonet a larendrecapabledecomprendretoutes lesmanifestationsdelapen see humaine.Maisunetelle, tache nedoit pasa cepointabsorberIemaitrequ'elleluifasseoublierl'obligationtoutaussihautedepreparer a leur rOle futurde citoyens lesenfantsconfies a ses soins.Notrepays etant soumisau regime democratique, re colierd'aujourd'huiaurapeut-etredemain a exercerune.actionpreponderantesurIecoursdes destineesnationales.Sansvouloir evidemment fairedeluiuncandidat precoce auxfonctions'publiques,l'educationqu'il re;;oit doit lui donnerunensembledenotionsquiluipermettront,siune lui echet plustarddansIe gouvernementou l'admitiiiltration dupays,desavairc1airement --,. 336-

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oil est son devoir etcequeiuicommande l'interetsuperieurdelapatrie ... Cen'estcertainementpasexagererlaporteehienfaisantede I'instruction quedeproclamerqueplus I'homme a acquis danssonjeune age deprincipesmoraux,pluscesprincipessesontincorpores a son etre etplusilestenmesurederesisteraumal. L'idee estuneforce:elletend a serealiserdansIes actesen sur l'individu une,pressioninterieurequiIe pousse a agirdansIe sensde I'idee. A cepointdevue,onpeutdirequeposseder I'idee duhienc'est deja commencer a faireIehien.Ceprincipe interieur de resistance au mal etd'actionpourIebien, voila cequimanque a la majoriu!de nos compatriotes.Leplus souvent ils agissentmal paree qu'ilsnesaventpas toujours distinguer cequiestbon (Ie cequiest mauvais,.cequiest per:mis decequiest defertdu parla loi moraleouparla loi positive.L'accomplissementdecertains devoirssupposeeneffelautrechosequeles lumieres naturellesdela conscience.Bien'des abus regrettables,dontles consequencesont etede sastreusespourIe pars, eussent ete evites siuneexacteconnaissance 4e leurs obligationsetdeleurs droits avaitretenulesuns sur lapente,fatale de l'arbitraireetinspireauxautres Ie salutaire courage de resistera' des actes injustes par lesmoyenspacifiquesquela loimetenleurpouvoir. C'estpourquoiilimporteque l'eIeve -depuis celui denosecoles rurales jusqu' a celuidenos lyceesetcol leges -ait l' espritconstammenttenduvers cet idealpatriotique, quiest Pun deshutsde natio--337.-

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nat:faire d'Haiti un pays oil Ierespectdelaloi, ia 'pratiqueduhien,lavolonte devivrepaisihleassurent a chaque la liberte deconsacrertoutes les forcesde son activite it lapoursuitede sonhonheurindividueletduhien-etre collectif. \ C'estune tache delicate detrouverdesmaitres qui, parladignite deleurvieetlarectitudedeleurconduite,soient capables dedonneravec efficaciteunpareilenseignement, -leurseulepresenceaumilieudes eIe yesdevant etre, commejel'ai ecrit ailleursde Damocles Vieux,unevivante le;on demoralepratique.Lemeilleurprofesseurdemoraleetde civisme est celuiquipourraitdire it ses jeunes disciples:Prenez modelesur moi. -338-

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9septembre1947DOROTHYMAYNORETLAMUSIQUEHAITIENNEDemainarrivera a Port-au-Prince,lagrandechanteuseamericaineDorothyMaynor. passeraseulementdeuxjoursdansnotre capitale, etje.doutequ'enuntempssicourtelle soitenmesured'offrirunconcertaupublicport-au-princien.C'estbien dommage,car, sansfaireoublierMarianAnderson,Dorothy Maynor a acquisdansIemondeartistiqueuneplacede premierrang, etelletrouveraitcertainementsurla scene duRexun succes egala, saprestigieusereputation. J'etais professeur.visiteur a l'Universited'Atlantaen1940quandj'apprisqueDorothyMaynoravait ete in viteea l'InstitutdeTuskegee.J'allail'entendre.Elleavaitchoisiune variete de themes quesa lnerveilleuse voixdesopranoluipermitde nwmcer avecunesou plesseetonnante:desmorceauxde deSchubert.deBrahms,deFrantz,deDebussy,de Grovlez, deDu pare, deCharpentier;puisdes spirituals, chansons ne greset scenes dramatiquesarrangesparNathaniel Deu, Rosamond, Johnson,Lahmer,Dawson, Paul Nordoff, WinterWaUs, A.Beach. En ecoutantceUejeunechanteuse noire interpreteravecunetelle surete etuneemotionsi inten;e des maitre!-'-339 -,

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\ aussi divers-allemandsou fran;ais, blancsou enentendantlesapplaudissementsnourrisdece nomhreuxauditoiredenoirscultivesqn'un egal amourdel'artavaitreunisdanslaSalleLogandelagrande Imti tutiondeBookerT.Washingtonet G'eorge W. Carver, jepensais llvecamertume etironieauxtheoriciens criminels qui,sebasantsurquelquesdifferencesphysiquespure-ment superficielles,croientp.ouvoirdetruirerunitespirituelledel'humaniteetcleverd'artificielles barriere5 entreles ames. Peudejours apres sonconcertdeTuskegee. Dorothy Maynorremportaitdevantunauditoireblanctout a faitexceptionnelun succes sans precedent, -plussigni. ficatifquetousceuxqu'elleavait deja connus.Elle repe taitIevendredi28mars1940,avec IefameuxOrchestreI SymphoniquedePhiladelphie,lesmorceauxqu'ellede-vaitchanter it uriprochainconcertquand, apres soninterpretationdeDepuisIeJourdeCharpentier,les mu siciens,interrtnnpantla repetition, se leverent d'unseul l110uvementet fireptit I'artisteuneovationindescriptihIe. Cefutsispontaneetsiemouvantque Dorothy, toutetremblante,setournaversIechefd'orchestre Eugene Ormandycommepour l"appelerit son secours. Celui-ci.serrantla maili delajeunefemme,dit it haute Voila l'une de!' plusgrandescantatricesque r aie encore entendue!La scene futrapporteeparlesplus importantsjournauxamericains,etIeproposd'EugeneOrmandyconsacradcfinitivementlarenommeedeDorothyMaynor.QuandonentendDorothyMaynoroilMarianAnderson,quipense a seposerl'absurdequestiondesavoir-340-

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sil'uneetl'autresontnoires,blanchesoujaunes?L'artestuniversel,etilfaut etre unbarbarepourn'en point sentirIecharme. C'est Ieplus sur instrument de rapprochementdes ames. La8eConferencePanamericaineIecompritainsipuisque, aprcs avoirproclamedanslafameuseDeclarationdeLima l'unite spirituelledesna tions d'Amerique, elle aformellementreconnu,parune: Resolutio:Q votee Ie24decembre1938,qu'uneconnais sanceplusapprofondie del'; artsetdelamusiqueenparticulierfortifieraitles liensd'amitiequiunissentlespeuplesdeceContinent.-DeceUeResolutiondecoulepourlesHaltiensuneobli.gation:celIededevelopperleursartset particuliere mentleurmusiquede fa<;onit participerefficacement it laviespirituelledespeuplesdecet hemisphere. J'etaisministre it Washingtonquandmourut it NewYork,en1932,moncheramiJustinElie.Jepriainotreconsul-general;M.LucienLafontant,d'allerofficiellementpresenter'mes condoIeancesit lajeuneveuvedugrandmusicien,elle-memeuneremarquableartiste.Etj'ecrivisauMinistredes Relations Exterieurespour ,. luidecrirel'impression qu'avait'produitedan,s lesmilieuxartistiquesdelacapitale federale la dispa. ritionde l' auteurdesBacchanales,quifutsisouventapplaudiauxconcerts latino-aniericains organises, durant l'ete, parl'UnionPanamericaine.JustinElie etait eneffetgrandement apprecie parlesamateursdebonnemusique.Jemerappellequ'aprcs l'execution,itl'un deces concertsdeWashington,desonmorceaucaracteristiqueQueenofthe Night(ReinedelaNuit),lafemmeduministrede l'Equateur, MmeGonzalQ-341-

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ZaldumLide,diplomeeduConservatoire de Paris.me dit avec enthousiasme:Ah! Voila de r originaleethellemusique! JustinElie etait Ieseul haitien a figurersurlesprogrammesdeees concertsd'ete. Lui disparu, Haitiallait-ellerestermueHe? Dam malettreauministre des relations exterieures, jeluidemandaivivement d'insister aupresdenosmeilleurs lllUsiciens,de Ludo\-ieLamothetoutparticulierement.pourobtenird'euxrenvoidequelques-unesde leurs compositionslesplusexpressivesau DirecteurGeneral de PUnion Panamericaine.Marecommandationn'eutaueunesuite.Levide cree parlamortdeJustinElien'estpas.je erois.jusqu'ici comLle.JustinEliepreparaitunegrande U'U\-re lycique.ins piree dufolklore haitien, quandlamortvintIesurprelldre.Jenesais 8'ilavaiteu Ietempsd\ mettreladel' niere main,-ayant etcoblige, pour vine dansce New Yorktumultueux,dedonner des demusiqueoudeconduiredes symphoniques.IIfaudraitIe repetedepuis longtemps-encourager )fmeit publierlesparties achnees de l'U'uvre capitaIe l:J.ue sonmariavait reved'ecrire pourlaplusgrandegloire de lamusique hai'tienne. Maisilimporteaupremier chefque IemouvementinaugureparJustin Elie soitcontinuedansIe semd'une exploitationartistiquedufolklore national,ainsi queje l' ecrivaisdansLaPhalange'avril1940.Les Etats Unisnousoffrentsur ce pointunexempleprecieux.Lepremiermusicienqueronpeutproclamer \-raimentarne ricainestEdward Mac-Dowell,ne en1861. Maisayant, -342-

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e0l:llme presquetous sescontemporains,faitses etudes. musicalesenAllemagne,iln'avaitpaseudecontact reelavec lavie anlerieaine. Des musiciens, conuneCadman ne en 1881, commeHenryF.Gilbertmorten 1928, eurent !'idee d'utiliser,danslacomposition deleurs '(EUvres,l'un lestraditionsindiennes, l'autre lesspiritualsetles chansons d'esclaves.OnsaitqueGeorgeGershwin,dontIe deeespremature en'1937inter'rompitunecar riere qui desplusbrillantes,afait du jazz l'un des caracteres essentiels d.e l'expressionmusicaleauxEtatsUnis.Personnene cont,este plus l'apport con siderabledu Negre Americaindanslaformationdece qui pourrait etreappeIe laconscience musicale ameri caine:Les ouvragesdeDuBois, deWeldonJohnson,d'AlainLocke,deHandy, etc., Iedemontrentsurabondamment: Chose curieuse, Iecompositeurquidonneence momentlesplusgrandesesperancespourl'avenirdelamusique'auxEtats-UnisestunhommedecouleurWilliamGrantStill,dontlaSymphonieenGmineura etejouee parl'OrehestreSymphoniquedePhiladelphiesousla'directiondeStokowski. Still a acheveun opera dontIe theme estlavie de Dessalinesetdans Ie.' quelila utilise engrandepartieleschantspopulairesd'Ha"iti.Enpuisant it la meme source, IecompositeurnoirClarenceCameronWhitea ecritOitanga, dont rai euIeplaisir d' entendredesfragments it Washingtonen1933.Onauraremarquequeles compositeurs,quiontpudonnereet elanit lamusique amerieaine, ontcommenceparacqueriruneculturemusicale tres etendue.Onne-343-

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peutfaire de l' original qu'a cettecondition.Lesgemesnaturelssontraresetlesprodigesnevontpas tres loinsileurtalentspontanenese fortifiepointpar consciencieusedeleurart.Aussi est-ilindispensablequeIesetudesmusicalessoientenfinserieusement organisees en Haiti etqu'unmouvelllentdecisif.conduitparIesLudovicLamothe,J aegerhubel\ Carmen Brouard, Simone Dupuy, AndreeetValerioCanez,Miot,Jean-Baptiste.LinaMathon,Maria Etheart, Georgette Moliere, Du lllerve, etc.,soitencouragede manihe efficace.OnditqueIesHaitienssontmusiciensdans r arne.Sicelaestvrai,cettedisposition doit etredewIoppee paruneeducationmusicalelargelllentrepandue.Quandbeaucoup d'Hai"tiens saurontapprecierIahonnemusique, HaIti deviendrareellementuncentremusical.etdesartistesconuneDorothyMaynorserontcertains d'y trouver, a n'illlportequelmoment,unpublicaccueillantetenthousiaste.-344-

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16septembre1947CHASSEZ LA GUEUSELaGueuse, c'estlapoliti que, -dumoinslapoli tellequ'elleestcompriseetpratiquee nous. ,Et Ie doinaine dela vie nationaledontilfautlachasseI' sans pii+e, c'est celui del'education. Lil politique it l'ecole'primaire,au lycee ou it laFa-. culte, c'estl'indiscipline,labaissedesetudes,l'incurieetlaruine.f .La politique,corrompttout.Elledecourage Ie 'vraimetiteet Iechamplibre it l'intrigue,aumensongeet it lahaine.Ceuxquiveulent d';nnerit notrejeunesseuneforte education morale,civiqueetintellectuelledoiventeleverautourde l'ecoleunetriplemuraillepour empecher la d'y penetrer avec seil passions, ses ambitions, ses duplicitesetsesrancunes.Quandje fus nommeen 1904chefde divisionau De partementdel'Instruetionpublique,l'unde miers actesfut'd'adresserauxinspecteursdes ecolesunecirculairedanslaquellejeleurdisais,aunomduministre,M.Murville Ferere: La regIe doit etre celle-ci ence qui regarde lesrecomtnandations:toutes les foisqu'unevacanceseproduitdansIepersonnelenseignant,ilfauttoujours preererIe candidatIeplusmeritant et .-345-

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Ie pllls1noral. Vinspecteurquiagitautrementprendlaresponsabilitedumal cause parIe directeur ouIe pro fesseur qu'il acontribue a fairenommer.Eteetteresponsabiliteest treslourde, earles deviations intellectuel lesetles perversions de conscience produites parrenseignementd'unmaitreignorantouimmoralsontdes llWUX quinese reparen/ point.Ie cousidere eomme ruue desprincipalescallsesdemarevocationen'1907llla ferllleattitude a eet egard, ainsiqueIelllontre Iefaitsuivant.Unjourquejereveuaisdeprendrepart a unexalllen.enqualitedememobredu jury, jetrouvaiIeministre (e'etait alors M. T. Laleau), installedansmonbu.reaudepuis deja bonnedemi-heure. Ouf! medit-iI.Iesors d\mevriie bataille. II m'a faUu vous deendre. Me deendre! Dequoidone?Etcontrequi?,ContreBorgella Severe ... II vous accuse d'avoir faitrevoquerMmeXetilestvenureprendrelacommission signeeparIePresidentNordAlexisenfaveur d'une nouvelledirectrice,etenvoyeeauministerepour etre en registree. Gette Mme X etaitdireetriced'uneecole primairedefillesderarrondissementde Mirebalais, etelleavait ,etcdenoncee pourinconduitenotoirepar rinspeeteur,M.Montas, dontIerapportcirconstancieavait ete com j muniqueauPresidentdelaRepublique.Borgella Severe, qui etait unlllembreinfluent de lacamarilla pre sidentielle,protestacontrelarevocationdecelIe qu'il necraignitpasdereclamerCOlllme... son amie.IIdechiradansIebureau meme duministreIa commissionqui-346-

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portaitlasignaturedu Chef 'del'Etat...Resuliat:les fa milIeshonnetesdelacommunerefuserentd'envoyerleursenfantsdanscettemaisondeperdition,etil fallut ouvrirdenouvelles classes 8 l'ecolecongreganistetenueparles Religieusesde St-Josrph de Cluny ... .Fleury Fequiere,dans sonlivreL'Education Ha'itienne quebeaucoupde'nospedagogues'd'aujourd'huin'ontprobablementpaslu,ecrivaiten1906: II n'est guere etonnantqueIeDepartementdel'Instructionpuhliqueenarrive 8 confierladirectiondes ecolesrurales 8 desindividusdepourvusduminimumd'aptitudeexigibleenpareilcas.IIestjusted'ajouterqu'engacheusequ'elleest,ladissolvantepolitique ,trouve moyenparfoisdefourrerIenezjusque-18,en deces modestesfonctionnairesqui,attributivement,n'ontrien 8demeleravec elle. .. 'Lapolitiquen'avait .evidemment rien 8 yfaire,maisnefallait-ilpasqueIe pere dujugedepaix,labelle-mereduchefdesection, Ie beau-filsdumagistratcommunal,lamaitresseducommandantdelaplaceoudu depute fussent cases danscespetitsfroma ges regionaux? C'etaient 18 menuscadeauxqueIepouvoircentralcroyaitdevoir faire8 cesautoriteslocalespourassurersapopulariteparmiellesetretenirleur Quantauxecoles elles-memes,onn'en ('ure ...Et la meme choseou it peu pres dansles eta blissementspublicsdetousles de,gres:lapolitique presi daitIeplussouventauchoixdesinstituteursdenosmo destesecolesprimairescomme desprofesseursderenseignementsecondaireetdel'enseignementsuperieur! VEtat ruinaitlui-memede cette laconfiance des-347-

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, .. famillesdanssespropres ill8titutions puisqu'ilfaisllitduministeredel'instructionpublique,suivantIemotcrueld'unministredesfinances,M. Calisthenes Fouchard, ll bureaudebienfaisancepublique. J'essayai d'eleverdansJ'enseignementsuperieurunediguecontrel'invasiondelapolitique.ChargeparIeMinistre Murville-Ferere deredigerdeuxprojetsdeloi.l'unsur,]'enseiguementdudroit,l'autresurl'enseignementmedical(quisontdevenusles lois des13et16septembre1906),j'yintroduisisune innovatio:p importante:lacreationduconseil des professeurs, it quifutreconnue.entreautresattributions,cellededonnersonavis motive surtoutedemandederevocation presentee contrel'undesprofesseurs.L'article2delaloisurl'Ecolede Mede cineprescrivaitd'autrepart:Les placesdeprofesserirs suppIeants' sontdonneesauconcours ... Apres unstaged'aumoinsdeuxans, lesprofesseurssup pIe antssontdedroitappeles it occuperleschairesvacantesounouvel les. Ces nefurentpasobservees ...Quandjepris,enjuillet1918,ladirectionduminis tere del'instructionpublique, fermementlahIttecontrel'intrusiondelapolitiquedansl'enseignement.Jetrouvaitoutdesuitel'occasiond'agirdansce sens.Sixprofesseursdel'EcoledeMedecine-etdesmeilleurs-avaient ete chassesdeleurschaires pour avoirrefused'obtemperer it l'ordrequileur'avait etedonne d'allervoterlaConstitutionplebiscitairede1918.Jefisnettementconnaitre nlOn opinionsurcepointauPresidentdelaRepublique,M.Dartiguenave:Lesmaitres (Ie l'enseignement,luidis-je, it quelquecategoriequ'ilsappartiennent,sontdesprofessionnelsdont-348-

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i'Etat paieles services etit quiilnepeut dehtander que competence, mora lite,regularite, respectdela'disciplinetellequ'elleest etablieparles loisetreglementsdel'instructionpublique.Voterestunactepolitique, qqe chaquecitoyen accomplitous'abstient,d'accomplirseIoncequeluidictentsa conscienceetsonjugement.Si j'avais ete ministrede!'instructionpubliqueaumomentdu plebiscite, jen'auraispasaccepte detransmettre it mescollaborateursl'ordredevoterlaConstitution...quejen'aid'ailleurspas votee moi-meme comme citoyeri." EtIePresidentDartiguenave,qui etaitun liberal,fitdroit it rna dereintegration.(VoirPourune Haiti Heureuse,tome2, page251).Pouracheminerles ecoles superiettresvets cette autonomiequej'avaisvoululeurdonner des 1906etqui,seule,leurpermettraitde seconsacrerentouteliberte it leurbesogne scientifique sanss'inquieterdesremousdelapolitique,jefisvoterlaloidu4 aout 1920surI'Uni versitequi,parsonarticle6,leuraccordelapersonnalite civile.L'EcoledeMedecine,parexemple,ayantlaa culte derecevoirdes donset liberalites, Ie Conseil desProfesseurs,quialagestion de ses interets maferiels,pourrait,avecquelqueespritd'initiativeetdecontinuite,obtenirdes coneoursparticuliersquiluipermettraientd'organiserou d'ameliorer certainsservices necessaires it l'enseignementmedical.'Ienecrois pasqu'ilyaitbeaucoupde gens it connaitrel'existencedecette loidu4 aout 1920etilm'estimpossible de savoir moimeme si elle a ete abrogeeounon.L'acteIeplusimportantdemonministereetqui, it luiseul,meparaitsuffisantpourjustifiermonpassageau -349-

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Gouvernement,c'estd'avoir cree la carrIere d'institu.teur.Jedisbiencreer,quelqueorgueilquel'on veuille. trouverdans nne telledeclaration.Quelles regles presidaientavant1918aurecrutementdesmaitresdel'enseignementprimaire?Aucune. Les nominationsse faisaientaupetitbonheur,suivantles fantaisiesdelapolitiqueoules necessites locales: ellesetaientquelquefois hel1reuses; Ieplussouventellesetaient desastreuses pourlamoralepubliqueoupourIebiendes eIeves. destabiliteetaient assureesit ces rares maitresheureusementchoisis?Aucune.Le systemede depouilles,instaureauxEtatsUnisparIePresidentJackson-etquiaprisenHaItiIenomd'equilibre de mocratiquesevissaitdans comme dansles .autresbranchesdel'administrationpublique.Achaque de Chef d'Etat,deministreou memed'ins pecteur d'ecoles, onchangeaitlesinstituteurscommeonchangedechemise. Quelles perspectivesd'ayenirs'ouvraientauxmaitres?Aucune.lIsdevaientsecontenter-pourIerestedeleurexistence des maigres salairesdu debut. IIfallait changer ceUesituation,etjefis Yoter la loidu28juiIlet1919qui,enses36articles, fixe les condi tions denominationetd'avancementdesinstituteurspublics, les avantages attachesit leursfonctionsetles sanctions qui doivent etre appliqueesencas d'inaccomplissementdeleursobligations. Cetteloi etablit nne echelle detraitementscorrespondantauxcinq classes d"institu. teursetallantde100gourdes (20dollars)comme salairede debutif 250gourdes(50dollars)pourIe. cours com pIementail'e, lesinstituteursmontant d\me classe it -350-

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, .' ,\'l'autreparvoie demeriteouautomatiquement p"r raisond'anciennete.DansladiscussionauConseild'Etat je declarai:Cetteloitend it exclureIe favoritisme ...Ieveux arriver'it un regime quipermette it l'instituteurde'fairevaloirses droits meme,it l'encontre,d'uneal1toritescolairedemau vaise volonte.En d'autre; termes,ildoitpouvoirdire:L'avantagequefai acqurs'.neji'a pas ete accorde,jeIetiens deIaIoi. Plusieursecoles primairespubliquessontdirigeespardes Congregations enseignantescatholiques .etablies de puis longtempsdansla RepUblique d'Haiti:lesFreresdel'InstructionChretienne(1864),les Religieuses deStJosephdeCluny(1864),lesFillesdelaSagesse(1875),lesFilles ,de MariedeLouvain,.dites Sreurs d'ElieDuhois(1913).Lesortdes ecolestenuesparles Freres del'InstructionChretiennesetrouva it un certain)noment fortmenace.Laloi surles CongregatIOns,endisp.ersant itr etrangerles Freres deLaMennais,enavaitrenduIe re,crutement difficileenFrance.D'autre'part,laguerrede1914,enappelantsous lesdrapeauxtousleshommesvalides,avaitfaitdes videsnombreuxdansles rangsdelaMission d'Ha'iti.LeConseil dela Congregation pensa tres serieusement it seretirerdenotrepaysoutoutaumoins it yrestreindreconsiderablementsonactivite afinderepondre it desappelspressantsquiluivenaientdenombreusescontrees, particulierement duCanadaetde l' Argentine. .Il fallait retenir ces auxiliaires precieux,carlafermeturedel'Institution.SaintLouisde Gonzague fondee en1890et autresetahlissementstenuspar lei -351--

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..Freres aurait ete unecatastrophepourIepeuplehaitien.Oheissantau de nospopulations(VoirExposedelaSituationde1920,pagell8),jefusheureuxderepren dre'Ie projetquiavait etesigne en1877entre M. Armand.ThohyetIe FrereLiphard, Directeurprincipaldes Fre resdel'InstrnctionChretienne,etquidevintIecontratdu30septembre1920sanctionneparlaloidu24 de-. cemhredela memeannee.di80D.S enpassantqueIe long delai entrelasignatureducontratetsa ratification legis latives'expliqueparlaresistanceduConseiller financier, M.McIlhenny,quis'opposaparticulierement it raugmentationdessalairesdesinstituteursIaiqueshaitiens it employerauhesoindansles ecoles congreganistes.II etait eneffet prevu dansIecontratque,dansIe cas d'insuffisancedepersonnelreligieux, Ie Directeurprill cipalpourraitemployer des instituteurslalques a SOilchoix;qu'ilserait libre de les changer maisqu'il at"ise rait IeDepartemelltde l'Illstructionpublique deces chall'gementsetlui elf ferait connaitre lesmotifs.D"autrepart. IeSecretaired'EtatsereservaitIedroitdedemanderIeremplacementouIedepartd'un Frere pourinfractiongraveauxloisdupaysoumanquement it ses devoirs pro fessionnels.IIne pas etre questiond'imposerauDirecteur p'rincipal des Freres del'InstructionChretienne des maitresIa'iques parIeGouvememellt: :'auraitete Ieplus sur moyend'introduiredans les ecoles congrega nisteslapolitique,Ie favoritisme,que j'essayais dechasserdel'enseignementnational.La memereserve, expresseoutacite,futobserveedanslesarrangements speciaux quifurelltfaitsparrunde mes successeurs (M.HemiC -352-

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\.Dorsinvillesi jene me trompe)avec les ReligieUl!!eS deSaint.JosephdeCluny(loidu14juillet1922)etavec les d'ElieDubois(contratdu30septembre1925)envued'assurerIefonctionnementd'ecoles ditespopulaires.S'ilenavait etea"litrement, des gensd'immoralitenotoireoudes athees auraient ete charges, graceit des influencespolitiques,d'enseignerleursdoctrinesanti-ieligieusesetdemagogiquesdansles ecoles tenuesparles Freres del'InstructionChretienne,les Religieuses de' Cluny,lesFillesdelaSagesse, les s.reurs d'ElieDubois, les SaIesiens etles SaIesiennes, sans compterlesautrescongregationsamericainesetcanadiennes etabliesdansIeNordetdansIe 5ud. Ces tionsauraientsimplement ferme leursecolesetseseraientretireesd'Haiti:jenesais ceque certainespersonnesyauraient gagne maisjesuisconvaincuqu'uncoupmortelaurait eteporte aupeuplehaitien.\

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23 septembre1947i:ENSEIGNEMENTDEL'HISTOIRECejeunehomme etait fortexcite.Ilfaisaitdegrandsgestesetsesyeux des eclairs. -Oui,criait.il,ilfautenseignerIepatriotisme itnos erifants, -'-it nos filles comme it nos garl;;ons. Caril n'y apasdepatriotismedansce pays.Pourquoi?Parcequel'histoired'Haltin'estpas enseignee dansnos ecolei'. Nousn'avonspasd'historiensnationaux... -Pourtan!,BeaubrunArdouin,Thomas Madiou. -Bauvais Lespinasse,EmileNau,Enelus Robin, HannibalPrice,AntenorFirmin;J.B. Dorsainvil,Jacques 1'1.Le ger,PauleusSannon,JustinLherisson,WindsorBellegarde,JustinDorsainvil-pourneparlerque des morts-ont laisse desreuvresinteressantes... -Jen'aipasIuIeursreuvres,maisj'affirmequel'histoired'Haltin'est pas ecrite, ouiIfautlarecrire.-Dansquelsens? DlIllS Iesens de Niebuhrou dans celuideTreitschke?Lejeunehommemeregarda d\mreiI croyantsansdoutequeje voulaismepayer satete.\ -'-Cen'estpaspourfaireIepedantque raicite ces deuxnoms.NiebuhretTreitschkerepresententles poles opposesdel'historiographieallemande.Etvous avez itchoisir entrelaconceptionniebuhrienneoulaconcep--354-

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tiontreitschkeenne,seionquevousvouiezaire de l' en seignementhistoriqueunmoyen d'educatian moraleet ,intellectueIle ouunsimpleinstrumentdepropagandenationalisteouideologique. Ne en1776, morten 1831,Berthold-GeorgeNiebuhra ete IecreateurenAllemagnedela methode critiqueenhistoire.Onpeutdirequ'ila fixe de manieredefini tiveles reglesfondamentalesde1arecherchehistorique.Avanttoutechose, ecrivit-il,nousdevonsgarderintactennousI'amourdela verite,eyitermetne toutefaus seapparence,nepasdonnerIe plus petit detail commecertainsans etre pleinementpersuadesdesacertitude.' Sinousnedeclaronspasnous-memes,toutesles foisquecelaestpossible, lesfautesque croyonsavoircom mises,etqu'unautrenedecouvriraitpeut-etrepas;si,aumomentde deposer laplume,nousnepouvonspasdire a laface deDieu: rai tout peseeLexamine, etjen'airienditsciemmentquinesoitvrai;jen'ai donne aucunefausseopinionnisurmoi-memenisurlesautres;jen'airienavance, meme surmesadversaires,dontjenepuisse repondreit I'heuredemamort;sinousnepou vonsfairecela,lascienceetleslettresn'aurolltservi qu'it nouscorrompreet a nouspervertir. .Cetteextremerigueur et cetteconsciencemeticuleusequ'ilapportaitdanssaconduitepersonnelleet dam ladirectiondesapensee,Niebuhrentendait it I'histoireuniversellecomme a I'histoire.desonproprepays. Aussidonnait-il a l' etude des temoignagesuneimportanceconsiderabletantpourladeterminationdesfaitshistoriquesquepourIejugementmoralqu'ilfallaitportersurles tem?ins eux-memes,dont lei attestati8IIil-355-

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devaient. passerau crihle d'unecritiquesevereparcequ'ellespouvaient etre vicieesparlapassion, Ieparti pris,les prejuges declasse,derace,dereligion,denatio nalite oud'ideologie.La methode d'HenrideTreitschke (ne en1834,morten1896)esttoutedifferente.Pour lui,l'impartialiteest unechoseimpossible;elle est meme condanmable.Onnecomprendquecequ'onaime,ecrit-il. Mais l'amour chez luin'estqu'unefacedelahaine.IIaimesonpaysmaiscontre oks autrespays.IIaimesa classemaiscontrelesautresclas.ses.Orcetamouroucettehainerem peche decomprendreetparconsequent d'etre juste.Quandonest if cepointav;eugleparunepassion, memegenereuse, onnepeut etre impartialetgarderentouteoccasionla serenite del'historienveritable:pourcelui ci,unbienestunbien,qu'ilsoitaccompliparunamiouparunadversaire,uncrimeestun crime,qu'il soit commisparun heros nationalouparunennemidesapatrie.Treitschkeavaitentrepris d'ecrire rhistoirepolitiquedela Confederation germanique:Allemand,ilvoulaitdonner it I'AllemagnelapremiereplacedansIemonde;Prussien,ilentendaitfairejouer it laPrusseun rolepreponderant enAllemagne;nobleetfils d' officier.ilmettaitl'armee et lanoblesse au-dessusde toutesles autresclassesdela societe prussienne.Mais ce qui adominelapenseeIe Treitschk'e conuue de presquetous lesautreshistoriensallemandsit rexceptionIeNiebuhr,IeRankeetdequelques-nnsde leurs disciples -c'est ['idee de la race, -et specialement cette idee -qu'uneraceaenelleunevigueurphysiqueetmoraled'autantplusgrandequ'elleest resteeplm pure-356-I'

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d'eIements etrangers.L'auteurd'uneexcellentehistoirede.lalitteratureallemande,M. A. Bossert,ecrivait it ceproposen1904:CequeFichteavaitditpourretremper l'ame desescontemporainsetpourles encou ra.gerit l'actiondevintundogmehistorique.Pourquece dogme eftt unevaleurhistorique,il.faudraitprouverd'abordqu'ilyaeu,danstouteI'histoiredumonde, une1"ace sans melange; etIejour OUl' onconnaitratouteslesoriginesdeiaraceallemande, iell e setrouverapeut-etrelaplus nielangee detoutes. Aujourd'h",i, ronpeutdireque I'idee dela race, telledumoinsquecertainshistoriensI'ont for'llmIee avec lesconsequences llJorales qu'ils en ont tirees, a dispacu delascience. Mais ellecontinuedevivredansIepeupleallemand;elles'est des-, .cendantde coucheencouche, dans les masses lesmoins lettrees. C'est unede ces idees quetoutIemondefinitparacceptetsansquepersonnecherche it les dreetquiconstituent it lalongue,parleuraccumulation,' Ielourdbagagedes prejuges nationaux.Ce prejuge nationalallemandnousa donne H.itler.EtHitlera trouve dansla mae dupeupleallemandles complicesdesescrimesparcequecette masseavait eteempoisonnee parunenseignementhistoriquefaitdehaineetd'orgueil.Nousavonseula2eGuerreMondiale.Maisune3eIGuerreMondialese prepare parcequ'unenseignementhistoriquefaitegalementdehaineet d'or gueilentraineles masses russes it unnouvelassautcontre lacivilisation.DansIemanueld'histoiredela RUliisie,adopte parunecommissionquepresidaitIeeamaradeZdanoff,onapprendauxjeunesRusses it mepriserou itha'lr lesautresnations reputees capitalisteset it voir-357-

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dansl'U.R.S.S.l'EtatIeplus avance etIepluspuissantdumonde,-celuiquiapourmissiond'apporterauxpeuplesdel'universl'opulenceetlajO,ie graceit ladiffusiondel'ideologiesocialiste.IIyadanscemanuel, re dige sous Ja directionduprofesseurA. Chestakoff,unetrangeessaideconciliationdupointdevuedel'Internationalemarxisteavecunpointdevuetoutdifferent etmeme contradictoirequ'onpourraitappeler,ditAlfredObermann.patriotiqueounationaliste.La RussieSovie tiqueesteneffe.tdevenueaussinationalisteetaussi imperialistequelaRussie tsariste. LesConferencesinternationales rparticulierementcelIe deChapultepecetcelIede San Francisco-ont YU danscettesorted'histoirel'armelaplusdangereusecontrelapaixdespeuples. it l'interieurcomme itl'exte rieur.Aussil'undesprojetsderUNESCO est-iL com me l'a ditsondirecteur general JulianHuxley,d"entreprendreune etude desmanuels scolaires enusagedanslesdifferentspays_I prirlcipalement ceuxd' histoireetde -etd'enexpurgercequipeutnuire alL'" relationsinternationales, il est essentielquel'histoiresoitecrited'unpointdevueimpartialetobjectif.IIya des gensen HaIti quientendentl'enseignementdel'histoireexactementtolllmeTreitschke,COlllilleHitleroucommeChestakoff.J'aieul'hollneurderedigerlapartiedurapport de laCommissionde Reorme de1906 relativeit renseignementdel'histoiredansles lyceeset colleges. Jelarepro duis ici (VoirLaNation Ha'itienne, page259).***-358

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-L'histoireest I'expose methodique, raisonne; des faits quionteuquelqueinfluencenotablesurlasituationpoliotique,socialeeteconomiquedespeuples,surleur deve loppementintellectueletsurleursdoctrinesmoralesetreligieuses. C'est de cette definitionquenousnoussommesinspirespourredigerIeprogrammed'histoire generale etd'histoired'Ha:lti. Nousenavonsbannieneffet tous lesdetailsinutiles,tousles faitsdontles con sequences hist,oriques qe nousontpasparujustifier suffisammentlaplacequ'onleuraattribueedansunerevueforcementsommairedu passe. Tropsouvent on: oubliequel'etudedel'histoire,dans les lyceesetcolleges, a moinspourbutde'faire cOllnaitreitl'eleve laplusgrandemasse de faits possiblequedeluimontrerlacontinuitedel'efforthumaindansIetempsetl'espace,et l'enchai: nementdes actesquiensont lesmanifestationslesplussignificatives.Entendreautrementcet enseignement, c'estluifaireperdretoutevaleur educative, touteinfluencesurlaformationmora1eetintellectuelledel'enfant. Delyceen'a paspourmissiondefairedeserudits,etjamaisunecollection de faits,quelquerichequ'ellepuisse etre, nevaudrapourunjeunehommelaperception d'un rapportde cause it effetentredeux evenements ouuneappreciationjusteporteesurlaconduited'unpersonnagehistorique. lInefautpasqu'on,perdedevuequel'enseignementdeI'histoireestunmoyend'educationintellectuelleetd'educationmoraleetsociale.D'unepart,ilcontribue it formerIejugementpar l' expose des faits, deleurscausesetdeleurs parlesappreciations motivees sur,les evenements etles personnagesdu pasiie, parlamise359"7"

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enreliefdes idees dominantes d'une epoquedonnee.nfortifiela'memoire par l'effort'incessantqu'illuiimpose. IIs"adresse,parson cote pittoresque,poetiqueoudramatique, it l'imaginationqu'ildeveloppe.D'autrepart, gra ceaux lec;;ons qu'iltiredesfautescommisesoudes faitsglorieuxaccomplisparles generations anterieures,auxnotions qu'il apportesurIefonctionnementdes organie messociauxetparticulierementdel'organismenational.auxrapprochementsqu'il perInet defaireentreIe passe ,etIe present, ilconcourt it l'education Civique et sociale des eIeves. Maiscetenseignement,pour etre profitable,doits'adapter itl'age etaudeveloppementintellectuel dee enfantsauxquelsils'adresse. Lesnouveauxprogrammes(ceuxquejemisenvigueuren1918) sont unessaid'adaptationde ce genre.Ainsidansladivision eIementaire(8" et7") -oil l' histoire nation ale rem place completementl' histoireancienne ilest recoml1landedefaireappelsurtout it l'il1lagination. lafacultedejugerne pleinements'exercerqueplustardetlamemoirene,devantpas etre surchargee.Leprofesseur,aulieude par exposes abstraits.recourraauxrecitsanecdotiques, it des causeriesfamilierescapablesde captiver etderetenirI'attentiondes eleves, qu'ilferaparti.ciperIe .plus possible it la lec;;on pard'habilesinterro-gations.i DansIepremiercycle (6", 5", 4e), l'enseignel1lent historiquedevientplusrigoureuxets'adressedavantage it ,lamel1loireet it laraisonparce que nousavons'maintenantaffaire it desenfantsplusavancesen age. Nousin.troduisonsicidesnotionsd'histoire generale, maislabase-360-

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del'enseignementestconstitueeparl'histoired'Hai'ti.DansIedeuxiemecycle(38 ,28 Iere etPhilosophie)nousreprenonslesmatieresvuesdansIepremier;maisnousinsistonssurIedeveloppementdesinstitutions,surIepro iresdesqlreurs etdelacivilisation,surlestransformations operees dansIemondemoderneparlascienceetl'industrie, prepara:nt ainsil'espritdes eIevesa l'intelligence desgrandesloisquiregissent Ia viedespeupies. C' est a ce devuephilosophiquequel'histoired'Haltiestelle-meme etudiee, Ieprofesseurs'attachant,danscettederniereetape, a expliquerles changementsimportantssurvenusdansla societe ha:itienne,larepercussiondes faitssociauxlesunssurlesautres,les causesprofondesetlesconsequenceslointainesdes eve nementslesplusnotablesdel'existencenationale.Onremarqueraquenousavonsfaitlapart tres large' a d'Ha'itiet al'histoire contemporaine.Nouspensonseneffet qu'il estplusavantageux,pourla pre parationdesjeunes HaJtiensa lapratiquedelavieet it lacomprehensiondesgrandsproblemesactuels,qu'ilsBoient inities,des Ie lycee, auxdiversesmanifestationsdel'activitedespeuplesmodernesetqu'ilsapprennentqueUe placeleurpaysoccupedans lemondeetqueUe J situationhonorableilpeuts'yfaire par le developpe l1wnt rationnelde ses ressources moralesetmaterielles.N ousnesacrifionspas cep((ndant Iepoint de vuechronologique,carnousvoulonsque l'eleve sachequelacivilisationpresenten'est 'pas due it unesorte degeneration spontaneeetquelesprogresactuelsont eteprepares parIelentetinfatigableeffortdes generations successives.Mais'nousnegardonsdecettehistoiredes originesque-361-

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... lesgrandsfaitsmarquantles eta pes decisives del'huma nite, alinqueIejeunehomme aperl;oive IelienquirattacheIepresentau passe etlacontinuitedela tache ac complieparl'homme it traversles siec1es.*** Voila notreconception de l'histoire.Et voila l'espritdanslequelnous voulons qu'ellesoit enseignee a nosenfants.Nousn'accepteronspasqu'onenfasseun trumentde divisiondansla societe haitienneetundangerpournotrenationalite. -362-

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, 2 octobre 1947LACOURSEA L'ABIMEII yajustetrois ansquesereunissait a Port-au-PrinceIepremierCongresInternationaldePhilosophietenuenAmerique.Ensouhaitantla bienvenue-a M.JacquesMaritain,qui }Ivait bienvouluenaccepter la presidence,jedisaisici meme, dansLa Phalange>y du20septembre1944,quesapresenceen Ha'jti mettait al'ordre dujourunprobleme que Iegrandphilosophecatholiqueconsidere commefondamentalpourtoutesles societes humaines:celuidel'education.Tandisquelestheoriciens'delapedagogieditemodernepadent ainsiqueI'ecrivaitIeProfesseurFranckO'MalleydansTheReviewofPolitics -d'edu cationpourIepresent,d'educationpourl'avenir, d'edu cationpourlademocratie,d'educationpourI'utiliteso ciale,d'educationpourlascienceetpourl'industrie,d'educationpourIepouvoir,d'educationpourIe fascis me, Ie nazismeouIe communisme,M.Maritainlui-meme n'envisagel'education'quepourI'hommeetparrapport a l'homme.Maisqu'est-cequel'homme? Voila unequestionquiferasourirebeaucoupd'hom-'mes!Chacundenous,parIefaitqu'ilexiste,croiteneffet qu'ilse connaitparfaitementetcroitaussiconnai. ,, -363 --.

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trelesautres.Erreuretillusion!IIne cQnnaitmeme passoncorps: des qu'ilsouffredansunepartie myste rieusedesonorganismeilseprecipitechez Ie medecin. quiaconsacrede anneesit etudierl'anatomieetlaphysiologiedel'homineetqui,biendes fois. meme avec l'appui d'instrumentsd'extremeprecision.n'ensaitpasplusquesonmalade.Etquandils'agit del'esprit. ladifficulteestplusgrandeencore.Lapsychologiede l'homme normalestpleined'emhuchesetcelIe desanormauxparaitinextricable.Dansson recentouyrage LaLuttecOlltre la Folie,IeDrLouisMarsafaitunesieffrayante revue denos affections nerve-gses,' des plus legere", auxplus graves,qu'un grandnombrede ses lecteu.rs Be demandentavec anxiete si etlX-memeS,leursparents.leursvoisins, nosjournalistes,nos'hommespolitiques.nos,agitateursdetoutescouleursnedoiventpas etreclas ses parmilesparanoiaques,leshypocondres.leshalluci nes, leskleptomanes,les deli rants reYendicateurs. lesalienes vaudouisants,lesdementsantisociauxOll les schizophreniques,-tOllSjusticiablesde lapsychiatrie. Vue definitionsatisfaisantedel'holllllle estde nos joursd'autantpluscompliqueequenousnoussommes mis it differencierleshommeslesunsdesautresparuneinfinitededistinctionsartificielles.OnneparlecheznousdepuisquelquetempsquedeI'Holllme-Haitien.EtcetHomme-Haltien,nousenfaisonsune entite quenousopposons itI'Honllue,.-Dominicain,a I'HommeCubain. itaI'Homme-Fran(,;ais.a l'Homllle Anglais, it I'Hollllue.AlIemand, it I'HonnneRusse, it I'Homme-Chinois. a I'Honllne-Hindou.arHommeEsquimau.CetHommeHaltien lui.meme, nous rayons,-:364-

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territorialement, coupe enquatre:nousavonsrHomme-. Haitien du Nord, derArtibonite,derOuestetduSud.Nous ravons, politiquement, coupe endeux:nousavonsrHomme-Haitien-Noir-AuthentiqueetrHomme-Ha'itien MuHltre. Nous ravons,economiquement,'coupe endeux:nousavonsrHomme-Haitien-Bourgeoiset rHoIIllJle Haitien,,-ProIetaire. Ienecomptepasles divisionsetsub divisionsquiresultentdecettetripleoperationchirurgi 'cale,etantdonnes leshasardsdela naisS'ance, lesnuancesmultiplesdecolorationdelapeauchez lesHa'itiens, les differeQ.ceset leschangementsde,niveaudevie enlre lesindividus auxdiverses couches delacom mUl.laute ha'itienne. Or Iiioiti.l ya divisionetdiscriminationentreleshom mes, dufaitdelanaissance,delarace,dela nationalite,' delaclasseoudelareligion,ilya prejuge, antagonisme,. haine,conflit, guerre:con flitsentrecitoyens d'unmcme pays;guerresentrenations. J'ecrivais exactementdansLaPhalangedu5 septembre1944:Des conferimces internationalessesont'teuniesenvuedetrouverlesmeilleuressolutions aux pr6blemesderapres-guerre.Ellessesontoccupeesdelaquestion d'alimentation,de larestaurationeconomiquedespays devastes, deremploidestravailleurs,de r,entr'aide internationale,dela delaguerre,del'organisationdelapaix.Toutcelaestfortbien.Mais cela n'aboutirait qu'il desresultatsfactices si ron n'allait it l' hom,me lui-lllclllepourIe reformer et.1'orientervers une nouvelle, plusjusteetplus noble conceptiondelavie. C'est rhomme-moyenetbut revolution sociale-quidoit etrereforlllc pour qu'il comprenneque-365-

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toutecette sciencedontilest si fier, toutescesmerveilleusesinventionsdesonintelligence,quiaugmententsonpouvoirsurlanatureetluifontl'existenceplus agreable. 1'0ntconduitetleconduirontencoreauxplusredoutablesantagonismes,auxpirescatastrophes. s'il ne s'ac complitpasegalementdansl'humanite-jeciteiciBergson unprogresspirituel correspondant.qn effortplusgrandverslafraterniteetIerapprochement des ames.Beaucoupdemescompatriotesconfondentencore \nstruction aveceducation.lIspadentaujourd'huidelatechniquecommed'unesortedepanaceemiraculeusecapabled'apporteraupeuplehaltienl'opulenceetlajoie.IIseraitevidemmentidiotdene pas reconnaitreleshienfaitsdela scienceet latechnique dans, unmonde dominepar lamachine.Mais Ie spectaclequenousoffreactuellementIe lllondenousconduit it penserquenotrelllaitrise des forces de ]anaturenous mene toutdroit it l'abillle. C'est ceque constate. dansun re centarticleduListenerdeLondres(reproduitparEcho d'aout1947), IefameuxphilosopheanglaisBertrandRussell:NousavonsmaintenantatteintIepoint oil laconnaissancedel'universeten meme tempsl' de'tout prpgres moralnousfontentrevoirunecatastrophetotale.CeUesciencesans conscience del'homme daujourd'hui, cettetechniquesans alllequ'ila acquise, ilra ... miseauservice desdoctrinesdehaineetdedestructionquinousont donne la2eGuerreMondialeetquitravaillentinfatigahlement it lapreparationde,]a3.Ietreuve dans l'excellenterevue llew-yorkaise, La-366-

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,.Republique Franf;aise dejuin1947, un articleimpressionnantdeM..FeliksGrosssurladecadencemoraledel'E'urope.M. Gross,' quiestprofesseurde politiques 3 I'Universitede Wyomingetactuellementprofesseur-visiteur a I'UniversitedeNew-York, a ete l'undes chefs lesplusactifsdupartitravaillistedePologne.Iedetachedeson.article les passagessuivants:Ladecouvertedel' energie intra-atomiqueest evidemmentIecommencementd'une ere nouvelledansIe pro gres technique,susceptibledetransformerradicalementnotrevieeconomiqueetsociale...Unefois de plus, nous voici 3 I'aube d'une epoquedegrandprogreshumain.Peut-etren'est-ce" 13 ,qu'uneillusion. N'est-ce pasunefausseimpressionquinousconduit 3 deinir Ie progresentermesdeconquetestechniquesexcIusivement?Ets'il estvraiqu'ausenstechniquel'ameJiorationa ete eonstatee,nousavons ete temoinsdepuisIe debut dece siecIed'undeclinmoralcontinuo Voila IeproblemeIeplusdangereuxauquelnotrecivilisationait a faireface. L'eIetnent derupturetragiquedenotreculturemoderne,c'estque notre progresmecaniques'accompagnedela des integration des.valeur!} morales....Nenouslaissons pastromperparIefaitqu'ilyaplusd'etudiants, p!us d'Universitesetmoinsd'illettres qu'a aucu'neautreepoquede I'histoire.L'absenced'illettresneconstituepasiesigne sur d'une plus'morale. generalisee, aussiparadoxalquecela paraisse,peut 'etre_ dallgereusedanscertainescirconstances,etIe developpementde r educationformellevaparfois l'encontredes illterets commUllS ...L'illstructiona aide les Nazis 3 de velopperleurpotentieldeguerreet a mobiliserl'int6--367-'I, ./.

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". gralitedela societe envue d'une guerremodernequi a menace aJendant plusieursanneesl'existence mcme de f notre'civilisation ...Pendant de'S sieclesonnousa hourre Ie crane avec ceUe idee queplus d'ecoles etplus d'instruc tionrepresententtoujoursungainet menentnecessairetpent au plus grandhiendel'humanite.Rien n'est plusfaux.Le probleme crucial est celui des fins morales.Laquestionquidoitse poser,c'est:it quellefin desirom nousplus d'education, plusde lumieres? Si c'estpourlaguerre,sans p.lus, alors l' educationestnuisihle; si c'estpour .l'ameIioration ethiqueetculturellede l'humanite. alors blle devrait Ctre unedesentreprisesessentiellesde l'activite humaine... McmeBi lahomheatomiqueest contr.olee paruneorganisationinternationale,iln 'y aurade securitequesi les gensquilacontrolenthasentleurconduitesurdesprincipesmoraux.Lecontrole' international est devenu nne sorte'depanaceeulliversellepourtoutesnosdifficultes;maiscecontroleD'estpasquelquechosed'impersonneletdemystique,puisquelescontroleurssontdes etres humaills.,IIdependrad' eu.x quece con trolejoue enfaveurdes morauxettechniquesouenfaveurdeladestructiontotale... Ainsi.la decou vertedelahomheatomiquenous ramene plusfortementque japlais auprohlemedelamoralite.Le progres moralestaujourd'huiaussi necessairequelaluuecontre Ie chomage. Sansreconstructionmoralecemondesera. tot ou tard, condamne.Laseule garantiedurablecontrelesdangersde l'energie intra-atomiqueest l'elevation desstandardsdenotremoralitepublique;c'estlareconstructionmoraledel'humanite.Dnehumanite comci@nte \'-368 ,

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des valeursmorales {era usage desdecouvertestechniquesdansunespritdeprogresveritable.Mais. sansgaorantie cesdecouvertesetinventions technique!! nepeuventquetropfacilementdevenirdesinstrumentsdedestructionet doncdelarna-niere laphlSimperativeque a nousIe "besoin deprogresaansla ethiqueet libremoraldanslascience., Onserendcomptedelagravitedelasituation pre. sentedumondequandonsaitquedans'certainssystemes appliquesdansdespays puissants. lesprincipesmorauxquiservent 4e base a notrecivilisation chretiennesontofficiellementcondamnesetrejetescommedessurvivancesridicules etat theologique perime. respectdelaparole fidelite auxengagements execu tiondes onligationscontractuelles: faiblesses dignes desnationspourries!Si vous savoirpour it ilest si difficile au.x deIegues desNationsUniesde cherchez-enlaraisondanscetaffaiblissementdes valeursspirituellesquipermetau a l'injureet a lacalomniededevenirdesarmesefficacesauservicedelapropagandeideologiquelapluscynique :;t laplusmeurtriere.Ungranddangermenacela societe haitienne:les doctrinesmaterialistes propagentrapidemntparsuitedela depravation des mreurs publiquesetprivees. Commeunfeude foret, elles brftlent surleurpassagefoi,enthou probite, sincerite, amourdudevoir,sentimentIelaresponsabiliteindividuelle,sensdelajustice, -toutescesvertushumblesetpatientes sur les--369-\

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queiless'edifielaforce veritable desnations.Leseulrempartquenouspuissionsopposer it cesdoctrinesdehaine,dedivisionetdedestruction,c'estl'education.Del' ecolenoul'! devonsfairelaforteressedelaresistancehalitiennecontrel'atheisme,Ieracismeetl'immoralisme,sousquelquemasque qu'ils sepresentent.Cequigardeunislesunsauxautreslesdivers ele mentsdela societehaltienne, cequiempechenotrepeu pIe,malgre,les meneurs,deselivrerau vol, aupillage.aumeurtre,ce n'est pasla "force desarmesnilacraintedelapolice:cesontlesprincipesmorauxquiformentlabasedenoscroyances religieuses. Cesontcesprincipesmorauxquiretiennentnotre pellple chretien, lors.qu'ilestabandonne it1ui-meme, surlapentedel'anarchiesanglante. LesHaitiensquiveulent detruire enluicesprincipesmorauxIecondamneraient it unemortcertaine s'ils reussissaientdansleurentreprisecril11inelle.Parleurvaillance,leurfoidanslalibertehUl11aineetleurunion sacree, nos Peres ontfaitIequelques.centaitainesdel11illiers denoirsetde mullitres unenation inde pendante, lapremieredesnationslatinesdecet he misphere.Parnotrerespectdes valeursspirituelles,parlal110ralite denoshommespublicstraduitedansles ac tesplusquedansles mots,parnotresouci d'une justice egale pourtous,parnotrelignitedepeupleal11oureusementattacheautravailhonnete,nouspouvonsfaire it notrepetiteHa'i'tinne grande placedansl'histoiremo. ralede.l'humanite.-370-

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7octobre1947LESVALEURSMORALES A L'ECOLELesjournaux fral1l;ais semontrenten generaltresseveresitregard du planisme. quiprendenFranceIenomdedirigisme.Unefeuilleparisiennedeniandaitrecemment,avecquelqueironie,d'appliquerceUe me thodedegouvernementauxvaeanees it l'etranger.Auxcapricesduvoyageur, ecrivait-elle, ilfaudraitsuhstituerIeplanismeintegral.Parexemple,ceuxquiserepaissenttoute I'annee des denrees du marche noirseraientautorises it passerleursvacaneesenAngleterrepours'ymettre it la diete. Ceuxqui eprouvent encorenneeertaineindulgencepourIeregimefascisteiraientmediter dans lesruinesdelaRuhret du MontCassin,consequencesdelapolitiqned'HitleretdeMussolini.Quandl'Intouristreprendrapar lela Ierideaudefersespromenades educatives, lesfervents d\me veritahledemocratieiraientenURSSpourvoircommentonypratiquelaliberte.OnenverraitenSuisse lespetitsFran pourqu'ilsydeeouvrentquelalihertepeut etre nonpasunconceptquidiviseles citoyem d'un llleme paysmaisun ideal quilesrapproche.Sous saformehUlllorisque.lanute du journalparisiennous rallltmeit'la question de I'homme,qui,s'ilest semblable itIhimeme ensonfond, evolue etvariepar ['education, suivantlestempsetsuivantleslieux, 371--

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Desloisd'uneextremerigueuront etevotees etmisesenexecutionenFrancecontreIemarche noir, et cepen. dantIemarc he noircontinuede s'y epanouirdans toute salaideur.EnAngleterre,il n'y apasde marchenoir,et \ lesAnglaissesoumettent sto'iquement, comme iisl"avaient faitpendantlesterriLlesbombardements del"aviation allemande,auxrestrictionsetrationnementsimposesparlasituationeconomiqueduroyaume.Pourquoicettedifferencedeconduite?Parceque l' Anglais.nnefois qu'il a donnel"aclhesionde sonintelligenceetdesaconscience a unemesurequ'il estimenecessaire.s' enfaitcommeuneloipersonnelle a lal[uelleildoit obeis. sancesansaucunepreoccupation de sanction' penale. La,grande idee anglaise,c'estlapersuasion.ditTaine.que l"homme estavanttoutunepersonnemoraleet libre. etqu'ayant conc,;u seuldanssaconscience et devant DieuhtregIe desa conduite, ildoits'employertoutentier al' appliquerenlui,horsde lui,obstinemenL inflexiblement,parnneresistanceperpetuelle opposee aux autre,.. parunecontrainteperpetuelleexerceesur sob>.C nepa reille'ideeest, ponr l' action sociale, uneforceincompa.rable:ellegrandit l'hommeen faisantdechacunde :'es actes,ponrtantconforme a lanorme generale. une crea tionpersonnelle,fruit de saraisonet de ,.aconscience. Silesprogresdufascismeondll bolchevisme-deux masquescachantun visage faisaientperdreauxAnglaisleurfoidanslavaleurmoraledela per5011ne hu maine, lanationanglaiseauraitperdupar la la plmpni:,. santearmatureIesaconstitutionsocia Ie. AladifferencedelaGrande.Br'etagne.monarchie he reditairedanslaquelle Ie Roi.figurantsymholique -372-

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'hautement respecte, regneetnegouverne pas, laRussie estuneUniondeRepubliques OUregne etgouverneunautocrateabsolu. TIn livre recent, RussiaandtheRus sians,nousdonnerexplicationdecetteapparentecontradictionduregimesovietique. Vauteur, M.EdwardCrankshaw,ferventamidela Russie, marque renormefosse quiexisteentrela pensee russeetla pensee occidentale.Pour lui, l'autocraterusse n'est pasunaccident:elle a sesracinesprofondesdansIecaracterenationaletdansl'histoire.M.Crankshawcite ce passage d'un ecrivaindu 1gemesiecle, Leontiev:Ie reve parfois qu'unTsarrmse pourrasemettre it la tete du Inouve mentsocialisteetl'organisercommefitConstantin pour laChretiente.Cetsarestvenu: c'est Staline.n n'est pas l'heritier desRomanofsmaiscertainementIe coilti nuateur d'Ivan IeTerrible,dePierre-Ie-Grand,de Ca therine II, dePaul Ier, d'AlexandreIer .aussinationalistequetouscesautocratesetpoursuivantcommeeux avectenacite larealisationdeleurgrand reved'impe rialisme slave, queradjonctiondumarxismeluipermetaujourd'hui d'etendre aumondeentier(I).CombiendifferenteestrautreUniond'Europe'-queformelaConfederationdesRepubliquesHelvetiques! La (1).ApresIemariaged'IvanIIIavecSophie Moscoudevintla 3eme Rome, l'heritiere dudroitdivin l'Empire.d'Orient.C'estensebasantsurcette idee qu'IvanIe 'Terrible pritIetitredetsar(cesar),toutcommePierreIeGrandceluid'empe-'reur...IIestadmisqueStalineestIevojd,Iechef.Quandonparle delui, onditaussiIeKhoziaine,Iemaitre.Vojdestl'equivalentrussedeDuceetdeFuehrer.Ajoutonsque,pourmontrerquel'UniondesRepubliquesSovietiquesestunEtatmilitaristeStalines'estattribueIegradedemarechaldel' Armee Rouge. -373-

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5e trouventreuniesquatrepopulationsd'origines diyer ses (allemande, fral1l;aise. italienne.rheto-romande).parlantquatrelangues reconnue" conuneofficielles (1' aIle mand, Ie l'italienetIeroumanche).Et malgre cettediversite niciale etlinguistique,il n'y a pasdansl'univ'ers unseulEtat oil lesprincipesdemocratiquesdesouverainete populaire, deliberte, d'egalite, de justice socialeetdesolidaritenationaleBoientmieux observes etplus veneres. LaSuisse repond parfaitement it ceUe defi nitiondeRenan:Une grande agregation d'hommes. sained'espritetchaZldede Cf1!Zlr.cree uneconsciencemoralequis'appelleunenation.CeUeconsciencemorale a permis it laSuissedemontrer.aucoursde son histoire.unevolontede vivre quiluia donne laforcede defen drevictorieusementsonautonomiecontreles conyoiti ses de ses voisines.Aucoursdelagllerre re cente -ecrit H.G.Danielsdansla Contemporary ReviewdeLondres Ie sellS du droit. dela justice. delaliberteetdelasolidaritehumaine. s' ajoutantauxdangersqui constamment rindependance delaSuisse,l'emportasurtouteconsiderationracialeoulinguistique. Si laRussie etait habiteepardes Suisses, aucunemenacedeguerreneplaneraitencemomentsurIemonde.Unhistorienphilosopheviendrafixerquelquejourles causes delacrisemorale on se debat actuellementlaFrance,etje suissurqu'il auribueraunegrandepartderesponsabilite,dansladecadence presentedesmreurs puhliqueset privees,a unecertainelitterature,frelateeetcynique,dontl'effeta ete d'altererla sante de l'espritetdediminuerlachaleurde OrEW' dupeuple franc;;ais. La-374-

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conscience l110raledelaFrance s'en estressentie.Dans unereuvre puissante,France,prendsgarde de perdrefa liberte, unecrivaincatholique,G.Fessard,a denonce avec des argulIientstroublantsIedangercOl11muniste.Un'autreecrivain repute,Andre Malraux,quifut it sonheureunrevolutionnaireconll11unisant, estdevenuIelieutenantIeplusardentdu General deGaulledanslalutteineneecontre Pemprise sovietique.L'hOnll11equi,danslanuitdu desastre, poussaIecrisupremederalliement,afaitunnouvelappelaux Fram,;ais pourqu'ilsserassemblentautourdelapatrieendetresse.Et Pappel (l'aujourd'huiaurapeut-etredans Phistoire unplusgrandretentissementqueIeerid'alarmedejuin]940.Dansunaveu meIancolique, EdouardHerriotareeonnuquelaFrancea cesse d'etreunegrande pui;.;sance dansIe sel1srealiste dumot.Maisil affirmequ'elle resteraetdevraresterunenationdequa lite. Ellenepourraceopendantrestertellequesi ellecontinue a cultiverlesqua lites intellectuelleset1110ralesquiluiontvalutantdeprestigedansIemondeetqu'unenseignementmaterialiste, fonde surunefausseconceptiondelavieetsur les conclusionshativesd'unescience sociologiqueencoreenenfance,a essayedeternir.Etc'esticiquereparaitlaquestiond'education.** Dansmaconception, l' education,pour etre integraIe,doit etreit lafoisphysique,moraleetintellectuelle.Aucune ecole nemeriteIenomdemaison d' educationsiunexactequilibre n'y estetablientrecc'strois elements. II-375-

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Iestrarequ'unhommeavantla tete hienfaite. Ie cceursensihle et droit. Ie vigoureux, nepossedeenme metempsIe courage moral.expression supreme du caraetere. Aussi,"dans Ie reglement sur les lyeeesquefelaborai sousformed']llslrztcl;01ISminislerielles(25 fevrier 19191.jedonnaiunelarge placeitreducation morale itcotedel'educationintellectuelle etdelaculture physique. CesInstructionsfixentlesattrihutionsdudirecteur.du cen seurdes etudes.desprofe"i'eurs.desrepetiteurs et des maitres d'etutles. Ellescontiennent des recolllmandations etconseilsqui, lIlieux que touteautre explication. marguentmespreoccupations(['ordremOl'al etsocial.rilledu directeurest de fairedu lycee un centred' education,--cefonctionnairedevant'appliquer it connaitreIefort et Iefaihle deses eollahorateurs. it cerner leshesoins.lestendances.les aptitudes dechaeundeseleves. afin de eoordonner lesforcesedueath-esqu'il asouslamainet deIes faire senirit laformation et audeveloppementdelapersonnemorale enpui5sancechez l'enfant.Le censeur des etudesrepresentedansdetailsl'autorite {Jue Iedirecteur exerce dansl'ensemble.IIdoit.plus strietement encoreque ce dernier. chercheritdecouHir les hesoins. les tendances, lesaptitudesindividuel1es desecoliers afin de pomoirtravaillerplussiirement itametiorerleurintelligence et leurcceur. Aux professeurs est speeialementconfieel'instruetion. Toutd'abord,laconscienceprofessionnelleleurimpose.conuneundevoir, de faireprofiterdeleurenseignementtousleurs ethes.lIsregleront avecintelligenee etsou plessel'alternancedes lel.:0m,des devoirset autresexer cicesdela classede maniereit teniren haleine. augrand-376-

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,Iprofitdeladiscipline,lesremuantsetlesbavards,lesplusfortscommelesplusfaihles.lIsserappelleroritquelavaleur educative deleurenseignementsemesurenon pasa laquantitemais it la qzwlite des connaissance-s qu'ilsauront faitacquerir aux eleves. Aussidevront-ilschoisiravecsoinlesexercicesdelaclasseetneproposeraux eIiwes queceuxquipeuvent avoir'a plusgrandeeffica cite aupointdevuedeleurformationintellectuelle. L' effortindividueldel' eleve retiendra particulierement 1'attentiondumaitre.Encontactcontinueravec les eleves, Ieprofesseurpeut sureuxunegrandeinfluence,pourleurhienoupourleurmalheur. C'est pourquoilesInstructionsnenegligentpasdeconsidererIatenuemoraleetphysiquedumaitre.CeIui-cidoit etre irreprochahledansIe ser vice.Parseshahitudes,sesfrequentations, sa discretion dansl' expression'puhliquedeses idees etdesessentiments.parsaconduite generale enfin,ilmarquerasonsoucidedonnerlameilleureopiniondeluimemeetdu corps auquelilappartient.Oncomprendtoutel'impoI'tancedecettereconlluandationdansunpays OUles enfantssontdehonneheure melesit lavieetentendent, ,.. dans leurs familiesou aillellrs. exprimerlihrementde-vanteuxlesappreciationslesplusdiversessurleshom mes etsurles choses.Commentpeuvent-ils avoir con fiance. par exemple, dansleurpro/esseur demorale si celui-ci estpubliquementC01l1lUcommeunmenteur,unIlaueur,un di>lateur. unagitateurouunvoleur?La miseduprofesseur etant aussirunedes cdndi tionsdesonautorite,ilnemanquerapasd'yapportertouteladecencequecommandeIerespectdesoi-meme-.377-

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etdesautres.S'imposantainsi ('ommeWl modele, ilpour.rafacilement aSr,iurer lapolicede sa cIa:"se. faireacqueriraux eteves deshabitudesde hienscance etde politesse. enrecourantIemoinspossibleauxpunitions.Jedirai.(lansunarticleprochain.quelles me:"ures ont eteprevues dansIeReglementpourprotegerla sante physiquedes eleves, pourdeveloppereneuxrespritdesolidarite,Ie sens social, IesentimentdeIaresponsabilitepersonnelle,pour etablir unecOl'dialccooperationentrelesmaitresetunefructueusecollahorationentreIe Iycee etles familles. Maisjeveuxinsisteravecforcesur !"importancede reducationmoraledans les Iyccc:et colleges et.parconsequent,surla delicate!"se du probleme queposelaquestionduchoixdesprofesseurs.Lemaitre est toutoupresquetoutdansl'enseignementdetousles degres: IetitrequiluiconvientIemieuxestceluidellwniteuroudeguide,carildonnedes avis, des conseils. des ilindiquelavoie -lameilleureitmivre. IInefaut'pasqueses let:;ons ternissent rame de soneleve; nnefautpasqueBes conseils l"engagent dans lescheminsquimcnentauvice,auscepticisme, it l"anarchiemorale, it lahaine, a lademagogie.WilliamBennett Munro. professeur it l'UniversitedeHarvard,disaiten1928: Pres. quetoutIeproblemedel'educationuniversitaire se resu meencesdeuxpointsfondamentaux:Ierecrutement de eIeves etla selection dupersonnelenseignant.CesontIeshommesetnonles methodes quifontd'un college unetablissementdepremiereoude deuxiemeclasse. Trouvezd'abonlleshommes.etIes methodess'ameIioreront d'elles-memes.-378-

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.\-Pourtoute reformeit entreprendreen Ha.iti, laquestionprincipaleest detrouver.leshommescap.ablesd'en assurer Ie succes.Et,specifiquement,pourladirectionmoraledelajeunesse, cesonttousles peresetmeres defamillequisont interesses auchoixdesmaitrescharges deguiderleursenfants.Lamoralenepeutpas etre en seigneepardes gensquinientlamorale,dansleursecritsouparleursactes .-379-/ \.

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/14octobre 1947 VALEURSSPIRITUELLESDansunelettre ecrite en1836 it rundeses amIS.oAlexisdeTocquevilledisait:LalibertegeulepeutcombaUre efficacement, dansles societes, les vicesquileursontnaturelset leI' retenir sur lapente oil elles glissent ....Iemontreraidoncfranchementce gout delaliberte. Mais, en memetemps, jeprofesseraiunsigrandrespectpourla jq.stice, unsentimentsivraide l'amour derordreetdes lois, unattachementsiprofondetsiraisonne ptmr lamoraleetles croyances religieuses, quejenepuiscroire qu'onn'aperc;oiye pasenmoiunliberald'uneespece' nouvelle,qu'onmeconfondeaveclaplupartdesdemocratesdenosjours. L'auteJ.lr La Democratie enAmeriqueetdeL'Ancien Regime etla' Revolution,quifutmagistrat, depute en1848 it l,aConstitutantepuis it laLegislative,ministredes affaires etrangeres dansIecabinetd'OdilonBarrot,membrede l' Academie 'franc;aise, s' etaitattirel' estimerespectueusedet01lSlespartis graceit la noblesse desoncarac tere, larectitude saconduite, it lahauteurde ses vuespolitiqueset it lafermetedeses convictions inorales.Une etude approfondiedelson monumentaledonneunesortederenouveau it ses idees politiquesetso ciales.UnauteurallemandW.Diltheyapu ecrire en-380-

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1933queTocquevilleest
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d;autoritea ses cOl11patriotes a certaines decisive" del'histoiredela France, enestaujourd'huireduit a verserdespleurssurIesortpitoyabledesapatrie.Quelques-unsdemes lecteurs, quiont,comme m6i d'ailleurs,unegrandesympathiepourM.Herriot,m'ontexprimeIedesir'd'ensavoirdavantagesurIe aetueldel'ancienpresidentdu consell. Jenepeuxmieux re pondre a leur weuqu'en reproduisantquelques passa ges d'b.ne conference, Vame delaFranceetPortRoyal, doimee parlui it rUniversitedesAnnalesetpu bliee dansConferenciadu15janvier1947.On verra commecertainesdeses considerations s'appliquentexac tel11ent a lasituationmorale d'Halti. je suisrevenudecaptivite.ditEdouardHerriot,ilm'est arrive deprononcerunephrasequi m'aete, dedivers cotes,severement reprochee.LaFrance.disais-je,a besoind'une reforme morale beaucoup plusqued'une rl!forme politique.Eneffet, si l'reuvre delaliberationavaitprovoqued'heroiquesefforts. d'austeres sacrifices,ilmesemblaitqueplusieursanneesd'occupation...avaientlaissenotrepays trouble, hesitant. deconeerte, etqu'il eutete necessaire,avanttouteautreentreprise,d'yretablirnosvertustraditionnelles. Cetait la pensee d'unhOl11mequiavaitvul'Allemagneluttercontresondestin;quil'estimaitetqui r estimetoujoursdangereuse:elleest reduite, ellen'estpas supprimee.:Vous nepouvons plus agir par laquantite:il nous faut. a toutprix,demeurerunenationde qualite.Jen'aipaschanged'opinion.Les evenements quenousavonspnobservermeparaissentrendre necessaire Ieretour a certai'nesvertustraditionnelles de laFrance.

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ienchoisirai quelques-unesseulement,lespius necessai res.Puis,jevousdemanderaidefaireavecmoiunema niere deretraiteenundeshautslieux onl'onaperf;ioit IeplusnettementIe genie spiritueldelaFrance, itPortRoyal... .Certes,laFranceahesoin d'etre restaureed'ahorddanssaforcematerielle,danssoncorps, it lasuitedes effroyahlesdestructionsqu'ellea subies ... Maiselleanontmoinshesoind'une reorme morale.Ledevoirdes generations quisurviventestdeluirendrenonseulementsoncorps,maisson iime.... IIyatoutunaspectexterieurdelaFrance-galanterie,coquetterie,badinage-quiasouvent ete retenuparlesetrangers... Mais,outreque l'on n'enseignepasl'esprit-spiritusubivultspirat -lesvertusquisoutie:nnentunenation,quiIafontvivre,sontheaucoupplussimples.TandisqueIaFranceseduitIemondeparsesqualitesdeluxe,ellepoursuituneactionenprofondeurquiest l'
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, accident, tend it devenirune regIegenera'e. sont nos controleursquinousendonnentl'exemple. Et Ieplusgrave,peut-etre,c'estmoinsIescandalelui-memequelafaciliteaveclaquelleilest accueilli...Lesujetest si penihlequ'onhesite it yinsister. Lemal est grave.n de moralisel'opinionpuhlique.11comprometnotre repu tation a l'etranger.11fautenguerirIe pays.La probite doit sappliquer a tous Ies actes deIavie publique ainsiquO a tous les actes deIavie privee.LaFrancedoitmettreaupremierrangdeses devoirs Iecultedela loyaute. Ie culte-decetteprohitequia son reBetjusquedansnotrelangue...Jeviens it latroisiemevertu qui, selon moi. definit l'ame I'amour deIa Iibert!>. Il n'est pasd'ideesurlaquellenos grandsecrivains reviennentpluscomplaisamment,plusahondamment.Malgreladivergencedeleursopinions,ilsendonnentla meme definition. Sous cenomde liherte,ecrit BossuetdanssonHistoireUniverselle(III, 6), lesRomainsse figuraient. avec les ,Grecs, unEtat oil personnene filt sujetquedelaloiet oil laloi filt pluspuissantequeleshommes. Cest la meme conceptionqueV oItaire a resumee dansunephraSelapidaire:La Iibert!> consiste it ne dependre quedes lois ...Jepenseque,dansl'ordremateriel,laliherte. avec Iecorollairedelaconcurrence,est cequifavoriseraitIemieuxnotreexistence.Jepenseque,dansl'ordreintellectuel,laliberteseulepermetlacreationdeces elites si necessaires it notrepays.La democMtie, seion moi. n' estpllSIesysteme qui. rabaisse tous les hommes au lneme niveau etau nit:eau -384-

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Ieplus bas. C'estIe quipermetla libreformation des elites parladiffusiondusavoir.Je voirseconstituer, danstoutesles faniilles spirituelles de la France, reserve faite desopinionsetdes convictions, des elites decideesitrf'!clamerle retourauxvertus tradition nelles quej'ai tente dedecrire:Ietravail, la probite, la liberte.Ainsia parle M.EdouardHerriot,avec l'autorite quelui confere, nonseulementson gran"d talentd'ecrivainet d' orateur,mais sa hautefonctionde presideiltde.!' As sembIee NationiIle. Les con seilsqu'il.donne a ses compatriotesn'auraientcependantaucunechance d'etre sui vis si Ieregimeholchevique,contraire a touteslesvertustraditionnellesdelanation fralll;aise,etaitimposeit laFrance. C' estpourempechercemalheurqueleselitesspirituellesdelaFrancesontsortiesdeleurinactionetquenousles "voyons aujourd'huiseregrouperautourdu deGaulle.Etc'estpourquoi Andre Malraux, l'auteur revolutionnairedesConquRrants, l'ancien commandantdel'aviationinternationaleenEspagne,Iechef heroique delabrigadeAlsace-Lorraine,Ie compagnondelaLiberation,disaitauxnombreuxCompagnons rassemble"S Ie 2juilletdernierauVelodromed'Hiver:Nousici,noustousquisommes la, aunomdeIaFrance,aunomdu General deGaulle,nousvousappelons a veniravecnous'refaire laFranceavec vosmainsnues!RefairelaFrance.Comment? C' estun grand savant ,franc;ais, heritier d'un nomilIustre,quivanousIedire:Aumilieudesperilsquiassaillentdetoutespartsla France, menuceederuineetpeut-etre de11wrt,laseule -385-'ii

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voie pour sauvei' uneseconde foisnotrePatrieen red onnant it I'Etat deaillant sonautorite,ensoustrayantIeParlement it latyranniedespartis,en unevraiedemocratie,justeetfraternelIe,enretablissantlalibertesoustoutessesformes,laseule voieestcelIequenousmontrel'hommequi,danslanuitdela deaite etdelahonte,fitbrillerdevantnousladigniteetlagrandeur franc.;aises. Celui quiparleainsin'estpasunvulgairepoliticien:c'estM.PasteurVallery-Radot,melllbredeI'Academie franc.;aise etdeI'Academiede Medecine,quenousavonsvuetapplaudi it Port-au-Prince.CesparolesconfirmentIejugementd'EdouardHerriotsurlagravitedelasituationmoraledelaFrance.Nes'inspirent-ellespaselles memes d'uncertainoptimisllle?Paul Valery aecrit:LaFrance s'elhe, chancelle,tombe,se releve, serestreint,reprendsagrandeur,sedechire,seconcentre,lllontranttour it tourla fierte, laresignation,l'insouciance,l'ardeur,etSedistinguanten tre lesnationsparun caractere curieusementpersonnel.Toutcela est Maisilestbienvraiaussiquelesnationsnesontplusmaintenanttout it faitmaitressesdeleurdestinetqu'ellesnepeuventplussansdangerselivrer it detels exercicesd'acrobatie:cellesquilaissentaffaiblirdansdesIuttesinterieuresleursforcesmoralesderesistancedeviennentdes'proiesfacilespourlesvautoursquisurvolentleschampsdepourriture.Unedoctrinepolitique,d' origine etrangere, donnel'assaut it lastructuresociale delaFrance;unephilosophiede deses poir,d' origine etrangere, demolitlaconsciencemoraledeIaFrance;unelitterature,d'inspiration etrangere,i'atta-

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que cetteclarte de lalangue fran<,;aisc quicst, euivant l'expression de Rivarol,uneprobiteauacheeau geniede laFrance.L'histoire de lanation fran<,;aise.dit encorePaulVa !ery, estunechaine de cimesetd'abimes.SouhaitonsquelaFranteremonteunenouvellefois de l'abime a ladme!Lenobleetpurecrivain.quisigneiciI'AMI,aussipurdanssonstylequedanssapensee,ditdanssaBrisede Mer du10octohre:Lecri general devientune epouVa)lte pourceuxquidemeurentchretiensdefoietdeconduiteetquivoientIedebordementaetuel de lajeunesseautourd'eux.Quandlaconnaissancedel'ideologiecommunistenousrepresentequeceUeinulloralitesanspuleurestlaconsequencedesadoctrinematerialiste.onad'ahordIesentimentquetantde erimes quicouventsous eeUe doctrineetquieommencentd'enjaillirvontouvrirlesyeuxauxgouvernementsaunomdelamoralepublique...Etpuisquandonserendcomptequeles gouvernements eux-memes portenten eux latarede l'atheis mequifavoriseceUeimmoralite,on desespere dejamaisvoirsortirla societe del'abimeouvertlevant elle.L'AMIquiUerabientotnotre HaIti, quiestaussilasienneparl'espritetparIe cceur, notre HaIti qu'ilatant aimee etqu'ilcontinuerad'aimer-nousensommeS SUTS -enquelquelieuqueluiimpos6ntdevivrelesdevoirs Ie samissionsacerdotale.A ee bienfaiteurdelajeunessejevoudraispouvoiraffirmerqu'en repan dantsurnotresol les trel-iors desonintelligenceet de.sa foichretiellneilll'a passeme suruneterreingrate.Mal grelei fermentsdehaineetdediscordequ'onessaie d'y -387-

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jeter,lanationhaitienne,dans samajorite,garcleencore sesvertustraditionnellesdontlaplusestimableestlareconnaissance.Etcombienhautdanssonrespectetdansson affection elledoitplacerIe ReverendPere Henri Gore!--388-

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21 actabre 1947DISMOICEQUETUMANGES Dis-moi cequetumanges, jetediraiquitues!Nevous hiitez pas decrierauparadoxe.La science a demontre dela fac;on laplus categorique quel'alimen.tationconstitue,avec Ie soletIe climat,rundesfacteurslesplusimportantsdeladifferenciationdes raceshumaines. Cela apennis alV,I. Georges Lakhovsky,auteurde savants ouvragesd'anthropologie,de aire les consta tationssuivantes:Les Anglais,quisenourrissentengrande majorite deroastbeefsaignantetde pommes a l'anglaise arrosees d'ale,possedentuntypederacespecifique.L'Allemand,quimangedelachoucroute,delasaucisseettoutela gamme deschouxetboitdela biere, presenteuntypegermanique tres accuse. Le Franc;ais qui,lui,consommebeaucoupdepain,quiboitduvinetdontlanourritureest raffinee, auntypecaracteristique. Si,parhasard,unAmericainrencontreun Franc;aisa New-Yorkou a Chi cago,quece soitunBasque,unPicard,unNormandouunBreton,il n'l;lura aucunehesitation a reconnaitreenluiun Franc;ais, queUequesoit sa race.L'Italien,quial'habitudedemangerdesmacaronisetdelapolenta, Itt quiboilduchianti,a Ietypelatin... Des mille observationsetexperiencesqu'ila pu.faire-389-

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\ Lakhovskytirelaconclusion generale que c'est. en defi nitive,Ie soletIemilieuquifontles races,tenantcomptedel'influencede la nourriture.Etilajoute,commefac nonnegligeabledestransformationsraciales, r eau,quel'hommeemploienonseulementpourlaboissonmaispourlesablutions,lesbains.pourlacuisineettouteslesapplications Al'appuidecetteopinion,ildonneIe cas desnegresquifurenttransportesengrandnombreauBresil: a l'heureactuelle,dit-iLcetteracenoireimportee s'est transformeeenunpurtype hresi lien.Nosethnologues,biologistes et sociologuesne peuvent se desinteresser, dans l'etude dupeuple hai'tien, decetteiinportantequestiondel'influencedusoLduclimatetdel'alimentation,puisqu'ilsembleaujourd'huiacquisqueces trois' facteursexercentuneactiondeterminantedanslaformationdesgroupessanguins. -baseactuelledelaclassification des races. Mais jen'insistepasdavantagesurceproblemedecaracteretheorique:cequidoiticiretenirnotreattention.c'estIepointdevue hygie nique,economiqueetsocial.Onseplaintgeneralement de laparessedutravailleurha'jtien. Mais combiendegens sepreoccupentdesavoircequ'ilmangeou meme s'il mange?OrcetravailleurestIeplussouventsous-alimente. II senonritmal lOa facampagne,parcequ'ilnesaitpaschoisirsesalimentsoulescombiner,danssarationquotidielllle.demaniere a leurdonnerlaplushautevaleur llutriti';e; 2dansles villes,parcequ'iln'apasl'embarrasduchoix,sonsalaireinsuffisant-quandilenaun!-neluipermettantpas-390-

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de seprocurerlanourriture.varieenecessaire a la repa rationde ses forces.Lecultivateurou l'ouvrier, insuffisanunentnourri,recourtautalia alcool dequaliteinferieure quiluidonneuneenergiefactice:cequidetermine a lalongue,dansnotrepopulationouvriereoururale,unaffaiblissementphysiquequilalaisse exposeea touteslesattaquesdelamaladie.L'alcoolisme,auquelilfautajouterl'usage immodere dutabacprincipalementparmi les paysan nes, estunmalqu'ilesturgentdecombattrepour empe cherla degenerescence denosmasses laborieuses.Etcela avecd'autantplusderaisonque l'excitation alcooliquepousseaux exces sexuelsetprovoque,commeditAntenorFirmin,uneproliferationabondante. D'ou uneprogeniture vouee d'avanceauxpires decheances. Si a cestares s'ajputel'alimentationdCfectueuse desenfants,onvoitcequepeut etrel'avenir dupeuple ha:i tien!De l' opiniondes physiologistes,lacarencealimentaire, al'ageou lesenfantssontenpleinecroissance, estun leau pireque l'aicoolisme, car
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IeDrMauriceArmand revelalesdangeri' nomhreuxquimenacentI'enfancehaltienne et, par eonseqnent.rave nil'delanation.LeDrRnlx Leon. anciendirecteurdnServiceNational d"Hygiene. nttira particulierelllentI' attentionpubliqne WI' I'aliuwntation deectueusedes nourrissonsdansunerel1larljuahle etude (Bulletin.septelllbre1937).Onpeut dire,ecri, ait-il.quOnneminoriteinfime,appartenantaux famillei'aii'ees dei',illes,se nourritdans lesmemes conditions ljue renfantden'illlportequellecapitale amcrieaine onenropeenlle.maisqnela grandelllajOJ;ite, quiappartiellt it fa ma"se rnraleou it lapopulation ouvrieredei' ville:,. s aliuwnte antrement.Generalement.Ienourrisson reste anseinunanondavantage,maisIenomln'edes tetee" Ill' depas:,e pas deux ou trois parjour.la meredantforcee. ponr 1!agner i'a ,ie.depassertoutenneJ' ournee an dehors. Lepetit etre.. aansI'entretempi', estnonni de panadelOllentrentheau-coup'eau,peudepainet tre,..peude beurre).ondebouillie it hasede mals. Ponr ain,..i dire.jamaisIelait de vache. L'elevage enHaitisefait snr unefaihleechelIe.Lesvachesahandonnees itelles-memes donnentd'hahitudenne ljnantit{>minilllede lait. qll' on empressede ",lulre en rille et dOllt Iepetit paysall neconsommepasnnesenlegontte.Cette derniere relllurqne esttrt':' caractenstlque de la muniere hal,ituelledn paYSaIl haltien: ilconsomme fortpenpoursonalimentation df cequ'ilproduitlui-meme. U en reserve laplusgrandepartiepour rechange contre les lllarchandisesdeprovenance etrangere dontilaprisIe gont oudontil abesoinpoursonhabillement.son10gementetsontravail:farinede hIe. harengssaul'Son-392-

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sales, articles devetementoud'ameuhlement,outilsouseluences, etc.Enprenantlapopulationdansson ensemhle, IeDrRulx Leoncite, dans I'ordred'une gradationdescendante,lesprincipauxalimentsconsommesenHaIti: mais, pois sees varies, manioc,farinede hIe(importee), rizenpartie poli, hananes patatesetfruits varies, pois sons secs (enpartie importes),viande,lait,reufs. Lapartie aisee delapopulationurhaine,c'est-a-direuneassezfaihle minorite, suitunregimealimentaire qui, luipermetdeproduireIe nomh're, decaloriesdontson organisme ahesoinetd'ahsorherlaquantitede protein.es, d'hydrates decarbone, degraissesetdemineraux necessaires, sans compteI' lesdifferentesvitainines utiles a sasante. VHajtien jouissant d'une aisancerelativeprendsestroisrep as par jour, maiscomme IeDr Felix Coicou I'a montredansuninteressantarticledesAnnalesdeMedecinedemai1939 ces trois, repasnesontpastoujoursheureusementbalancespourdes gens qui,exert;ant Ie'plussouventdes profes sions sedentaires, fontunedepensephysiquepeuenrapportavec Ienombredecalories qu'unechere tropricheaccumulesans necessite dansleurorganisme.LeDrRulx Leon concluaitson etude de1937par celte tristeconstatation:En resume, la carence alimentairesemhleexister '(m HaIti.Elleseraitdueengrande partie, ici commedans d'autrespays, a lapauvreteet a l'igno rance, -deuxentravesconsiderahles itPaction de I'hy gitme publique. C'est a peu presa la meme conclusionqu'ont eteamenes tousceuxquisesontoccupesde I'an goissantequestionde l'aliIllentation en Halti, notamment-393-

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IeDrCamilleLherissondansunecommunicationauCon gres deMedecinedela Havane, IeDrJulesThebauddansunmemoiresurles affectionsdentaires,lesDrsRodolphe Charmant,Franl;ois Dalencourt,GastonDalencourdansleursmanuelsd'hygiene,M.MauriceDartiguedansuneexcellentemonographiesurles delavieruraleenHaIti.Laquestiondel'alimentationestdevenueunproblemeinternational.La Societe desNationslamit it l'ordredujourdeson assembIeegenerale de 1936.OnydiscutalestravauxdelaSectiond'Hygiene fhargee derechercherlesmeilleursmoyens d'etablir unepolitiquedefalimentationpour torts les pays.Unouvraged'importancecapitale,NutritionandHealth,servitdebase it cestravaux:c'estIerapportde MM.BurnetetAykroyd. dans lequelcesdeuxexpertsindiquentcequisefaitdanslesprincipauxEtatsdumondepouressayer d'eIever auplushaut degre possible Ieniveaudela sante publique,enmontrantquelesprogresacquisdanslasciencedelanutritionpermettentaujourd'hui it chaquepeuple,soucieuxdesonavenir,d'adopterunepolitiquenationaledel'alimentationetdedeterminerdesmenussubstantiels lit unprixquisoit it la portee despluspauvres.Alasuitedela dernie,re guerremondialeunorganismeinternationala etecree -laFoodAgricultureOrganization(FAO)souslapresidencedugrandspecialiste anglais,SirJohnOrr,envuederealiser l'un desbutsdelaChartede l' Atlantique:permettreauxhommesdetouslespaysetdetoutesles races des'affranchirdela faim,c'est-it-dire desatisfaire,danslesmeilleuresconditions-394-

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.. possibles. Ie besoin Ie plus essentiel deleurnature. celui denourriture.IIimporte qu' Haiti ait une: politique nationale de la nu trition, comportdnt un programme de grande production agricoleetindustrielle de substances alimentaires.-395-

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28 octobre 1947MONTREMOITONLOGIS -. Montre-moitonlogis,etjesauraiquitu es. Onpeutjugerpresque it coupsurdu' degred'educa tiond'unilldividuparIe souciqu'ilmontre, dans sa personneetdanssamaison,delaproprete,de l'hygiene etdelabeaute.De meme, onest porteit jugerdela ch-ili. sationd'unpaysparl'aspectdeses villes,leurpropreteetIeconfortqu'onytrouve.Onferadifficilementcroire it untouristeetrangerqueIepeuplehaitienest civilise quandilvoitunebonnepartiedenos genscroupirdansd'ignoblestaudisetcirculer, it peu pres nusou deguenillesmalpropres,danslesruesdelacapitaIe d'Halti. Depuisplusieurs annees jeerie sansquerna voix sO,itjusqu'icientendue-que l'interet Ieplus egoiste des riches,haitienscommeetrangers,exige,endehorsdetoutsentimentd'altruismeoudesimple bonte, qu'ilsne res tentpasindifferents it l'inquietantequestiond'hygienepriveeetde sante publiquequepose'devantleurcons cienceIeproblemedulogementsalubre it bonmarche.VueSection Ha'itienne duRotaryClub s'etait formee it Port-au-Princedanslespremiersjoursde1920.EllecomprenaitdesAmericainscomme MM.Elliot,VonSchilling,Berlin,des commeM.'Edouard -":396-

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desjournalisteseommeMM.ErnestChauvetetClement des ingenieurs, avo catseommeMM.Horace Etheart,FredericDoret, LouisBorno.Sonbutprincipal etaitd'e.udier lesmoyens niretd'embellirPort-au-Prince.ElletenaitsondejeunerhebdomadairechezDereix et, au ondiseutaitlesprojets tourde role presentaitet deendait chacun de sesmembres: c'est ainsiquedenombreusesseancesfurentconsacrees a ladiscussion desmesureslespluseffi cacespourla protection delacapitalecontreIe Beau redoutablede l'incendie. A Ia seancedu27avril 1920, fattirai l'attention demes colleguessurIe spectacleaffreuxqu'offrent a touteslesheuresdujonrlesruesdePort-au-Prince,pleinesdemendiantsloquetenx,deportefaixenguenilleset mesportantsnrleur corps desplaiespurulentes. J'insis taiparticulierementsurla necessited' etndierunprojetdeconstructiondemaisonspopulaires saines, confortahIeset a loyersreduits.Lespirituel collegue, chargedurapportsurmes deux propositions,neIesconsiderapascommebienimportantesetlesetouffaproprementsous Ies leurs. Et, eomme fetaisa cetteepoquememhredugouvernement.unaimablejonrnalistede l'opposition, qni s'etaitspecialise dansIacritique de mapersonne.demesparolesetdemes actes, enpritpretextepourm 'ac cuserdesplusnoirsdesseins:jevoulais, eerivit-iI, vendreIe pays it des compagnies etrangeres eten meme temps fairetIu bolchevisme, cequi etait qllelquepencontradictoire.Unautre,toutaussibien informe, mereprochadurement mes tendances itr etatisme.BreI.jeIus parcertainspoliticienscommeundange-397-

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reuxpecheurdeluneetparquelquesautrescommeunmalaiteur.Etpourtant,ya-toilunproblemequisoitplusangoissantetplusurgentqueceluideslogementssainseteconomiques?DenombreuxquartiersdelavilleoffrentIespectaclerepoussantdelasaleteetdelalaideur.Dnepopulationmiserableetpouilleuseygrouille. C'estla queron trouYe cesmaisonncttes a 5gourdesparmois, loyer deja troplourdpourlaboursedenosouvriersethommesdepeine.Entrez-yun ins!ant, quelquemalqu'eneprouvela deli. catessedevosnarines.Entrez-yencompagniedu me de, cinqueIedevoiryappelleparfois.etvoiciIelamentablespectaclequifrappera vos yeux:unbougeignoble. sere vant it lafoisdechambre a coueher,de cuisine. delavoiret...detoutIe reste.Pas (Ie lit:Iemalade couche surunenattedejoncousurlaterrebattuerecouvertede vieille,. hardesmalpropres. souilIees de dejections. Pasdechai ses. Desmurs lezardes quilaissententrerIevent. l'1It' toiturecribleedetrollsquilaissentpasserlapluie.Quandonsongequ'encepaysd'airpuretde lumiere radieusedesmilliers d'Haltienshommes.femmes.enfants,-s'entassentainsi pele-mele endepareilstaudisetdansunesioffensante promiscuite, onsesenthonteuxetvaguementinquiet.Inquiets!Nousavonsbienraisonde retre parcequ'ily a, sijepeuxdire.unesolidaritemorhidequi nOlE lie it cescompatriotesinfortunes. C'es1 endfet dan;:Ie;: quartierspauvresdelavillequeles epidemieseelosent etsedeveloppentrapidement. C'est de laqu'elles prennentleurvolirresistiblevel'STurgeau.BoisYerna, Bellevue, Bourdon,MontJoli, Bolosse e1autreslieux-398-

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deplaisance. Lesmoustiques, gonflesd'hematozoaires, voyagent,sur Paile delabrisemarine,desmaresfan geuses oil ilspullulentauxresidences s'omptueusesquiornentdeleurguirlandemulticolorelesvertescollinesdePort-au-Prince.Etlesmicrobespernicieuxdelatuberculose.etdetant d'autres maladieseffroyahles -quitrouventdanslamalpropretedesquartierspopulairesdesconditionspropices it leurmultiplicationinfinie ,connaissentmillevoies ingenieusespourforcer l'entree des villas lesmieuxcloses. Des cites-jardins, deshabitationssalubres a bonmar che pourlesouvriers,lesartisans,lespetitsemployesdecommerce, les modestesfonctionnairesde PEtat,c'estla, pensez-vous, reve grandioseetinaccessible?Etudiezde pres Ieprohleme:vousverrez qu'iln'est pasplusinsolubleenHaiti qu'il ne l'aete danslaplupartdes paysdumondecivilise.Sileshommesd'affairesveulentserieusement s'yinteresser, ils se comptequecette. leuvre d'assistance socialepeut etre aussiuneentrepriselucrative.Je croiseneffetquede la collqboration de l'Etat," dela Commune etde [,initiative privee resulterasansaucundouteuneactionbienfaisante qui, graduelle ment, transformeraPort-au-Princeetlesautresvillesde la Republique, toutenelevantIeniveaumoral'desclas sespopulairesetendeveloppantleurrendement economlque. Voulantdonner it ces idees uneformeconcreteetpratique,jedemandai it mon ami,l'Ingenieur Daniel.Brun, d'etudier avecmoiunplande cite ouvriere oil ,seraitetabliecettecollaborationnecessairede I'Etat, delaCommuneetde privee.Ceplan-typecomprenait-399-

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1.872logementspouvantabriterunepopulationde11.232personnes t
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de ieursagents, iis ont quaiite comme patronsotientre preneurspourleurprocurerdeshabitationssatisfaisant it certainesexigencesdeconfortetpourleurfaciliter l'ac cession a la propriete de la maison de fa'mille; 3 envertudeleursfonctions generales d'actionetrevolutionnaturelleversIe progres, ilspeuventpromouvoiretsoutenirlestentativesderassociationetderindividuparunconcours it modesvaries.Pour creer lafamille,ilfautIe foyer.Quelle amelio rationn'apporterions-nouspasaux mreurs populairessinouspouvionsassurer it nostravailleurshonnetesla propriete delamaisonfamiliale?Dans r expose des motifsdesaproposition,quiestdevenuelabelleloi socialedu10avril1908,rholl1ll1ed'Etat fran.;ais AlexandreRibotdisait:Si ron envisage les diverses etapes queparcourtundeces modestestravailleurs,onreconnaitquelaplusdecisivepourluietpourla societe tout entiere est celIe 00. ilsemarie.Enfondantunefamille,ilprendconscience des devoirsqu'elleluiimposeetdesresponsabilitesqui pesent desorll1aissurlui. C'estit cemoment,plusencorequedanslavieillesse,qu'ilimporte deluitendrelamain.SinoustrouvonsIe mQyenderendreproprietaires,toutaumoinsdeleurfoyeretd'unjardin,touslestravailleursqui n'ont, ensemariant,d'autrefortunequeleursbras et. leurbonnevolonte,nousauronsbeaucoupfaitpourassurerlapaix sociale.Nousaurons,entoutcas,rempliIedevoirquiincomhe itdes"Iegislateurs dansune societefondee sur l'idee de fraternite.Sijevisaisparticulierementen1924lacreationd'une cite-modele dans run desfaubourgsde Port-an-Prace -401-

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sur iabase du projetdeM.Daniel Brun, je desirais de plus qu'une solution generalefut donnee a laquestiondeshabitationseconomiquesetqu'elle put s'appliquer it tous les quartiers populaires defaCapitaleetdes autres villesdelaRepublique.Monambitionallaitencoreplusloin:jesouhaitaisardemmentque flit egalementenvi sage Ieproblemedes maisonssalubres it lacampagne.-problemequidoit etreliea ceuxtoutaussiimportantsdelapetite propriete paysanne insaisissabfe etdefacreationoude la reconstitution des villages.Cedernierpointa ete reprisavechonheurdansunepartiedurapportdeMM.Louis Roy,Edme Manigat,L.GentilTippenhauer,membresdelaCommission des frontieres, reproduitedansTemps-Revuedu22juillet1939.Legoupement,des maisonsrurales,aujourd'hui isolees, autourdelachapelle,de recole, dudispensaireetdumagasin coopera!if deconsommation, c.reerait descentresd'acti, vite quideviendraientvite des foyersdecivilisation (VoirUn Haitien Parle,page101.)Conseille sansdouteparsa MIle Resia Vincent.quiapportaauPalaisNationalde sinceres preoccupationsdejusticesociale, M.StenioVincentdonnasonattention it laquestiondeshabitationspopulaires;malheureusementil n'y mitpas desuite necessaire, et r entreprisesiinteressantedelaSalinedevintunvulgaire depropagande eIectorale, comme cefutplustardIecaspourlaCite-LescotduCap-Haitien.Cependant, l\euvre des Salesiensetdes Salesiennes, solideme:llt implanteedansl'undesquartierslespluspauvresdelacapitale,resteunadmirableeffortdesolidaritesociale,dontla nedoitpas etre perdue.-402-

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::',":.'.;C'est mon grand espoirqueIe PresidentEstime mettrasonorgueiletson honmiurit realiserunprogrammecom plet deconstructiondemaisons hygieniques it bonmar che, etque derestaurationqU'il ainauguree it Belladeres'etendra it toutle paysafin que toutnotre peuple, puisse,dans un, avenirprochain,vivreparsontravailhonnetedansles conditions de sante, deconfortetde dignitequ'imposela civilisl\tion moderne. <. 'I i -483-

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it novembre 1947 'UNHOMMEDEQUALITELamortdeMIle DenyseGuillaumea jete unvoilededeuilsurPort-au-Prince on cettejeunefille cultivee, aimabIeetbonne etait universellell1ent adll1ireepour Sf'S raresqualitesde ereur etd'esprit.Jelatenaismoi meme enuneparticuliereestimeetavaissuivisa carriereinteret parcequej'avaisretrouveenellequelquesunsdestraitsdecaracterequilll'avaientrendusi sympatihquesongrand-perell1aternel, M.DulcineJean-Louis.QuandjeIeconnusvers1900,M.DulcineJean-Louisvenait d'entrer danssa soixante-troisieme annee.etantneit Jacmelle23 'decenibre 1837. Cetait ungrandvieillard it lamine tre15 douceetauxll1allieres accueillantes. Mais cehi nese reveIait pleinement qu'il ceux qui avaientIebonheur admis a son foyer.Etcefoyer etait Iepluscharll1antquel'on putimaginer, illuminequ'il Hait parla grace dequatrejeunesfilles, vives,instruites,spirituelles,ll1usiciennes.Ayant etedepute des Cotes-de-Feren1887, ins peeteurdes eeolesdela circonscriptiqn deJaclllel en 1889,senateuretll1emepresidentdenotrehaute assemblee legislative, M.DulcineJean-LouisportaitIechapeauhaut-deforllleetl'alllpleredingotequidistinguaientIegrandfonctionnairede r epoque. Rentre chez lui, ilsedebarrassaitdece ll1ajestueuxvetementetreprenait,-404-

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avec sonsourire,son Ieger paletot d'ete. Et c'etait avec cethommed'interieurqu'ilfaisaitboncauserparceque,encausantaveclui,on a Iemieuxconnaitreetaussi a connaitreIepeupleha'itiendanssa vieintime,danssesdouleursetses joies,danssesdefautsetsesqualites,dansses petitesses commedanssesaspirationslesplushautes. J' etais moi-memeence temps-Iaunpetitjeunehommede22ansenviron.Mais lesjeunesgensdema genera tionavaientunetendresseparticulierepourcesbeauxvieillards,pleinsde souvenirs, dontlaparole etait pournouscommedel'histoire vivan!e. Nouspratiquionscettevertuatheniennedurespectpourlavieillesse.Et,neconnaissantaucunde ces prejuges -'quidressentlesjeunescontreles vieux, les nctirs contrelesjaunes, les Ha'itiensdel'OuestetduSudcontreles Ha'itiens duNord nouspartagionsnos c'reurs entreun Franc;ois LegitimeetunDuracinePouilh,entreunTurenneCarrieetunAntenorFirmin,entreunJustin Devot etunDulcineJean-Louis. Lesjeunesgensd'aujourd'hui quin'ont a labou.. cheousouslaplumequ'injuresetmeprispourles ainesa quiilsreprochent de n'avoirrienfaitpourHaitiet a qui cependant ils doiveftt tout nesaventpas a quelpointilssontinjustes.lIssontinjustes,parcequ'ilsignorentcomments'estformeecette elite qu'ilsaccusentdetousles crimes. lIsignorentles difficultesqu'elletrouvasursonchemin,lesluttesqu'elledutlivreraux elements retrogradesdisposantdel'argentoudelaforcebrutale.lIsignorentIedurmartyrequ'elleconnuttrop8ouvent: misere, prison,exil,executionssommaires. Siquelques-405-

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memhresdecette elitesedetacherent del'idealpatriotiquepourrechercher des fins particulieresderichesseetdepouvoirpersonnelensefaisantles servilesadulsteursdeladictaturemilitaire,commentne pas reconnaitrel'effortdesautres, du plus grand nombre,p'ouramenerIepeupleha'itientoutentier a un etat superieurdecivilisationetles resultats., modestesmaisapprecia hIe!!, qu'ilsontohtenusdansIe dOil1ainede l'edueation enparticulier?IIfaudraitetahlirlaliste-etelleestlonguedeceux.noirset ll1uHitres, quisesonteonsa cres auservicedelapatriehaltienl1eetquiluiont donne leurtemps,leurspeinesetll1ell1eleurs vies sansautreconsiderationquecelIedu,hienconllnun a realiser.Al'accusationd'incapacitefonciere portee contrenous a causede notre racepardes et alaquelle., pourdesraisons d'interetego'iste, souscriventstupidementtantd'Ha'itiensinconscients.toutel'histolred'Haitiproteste:histoired'unenation negre, issueviolemmentdel'esclavageIeplusavilissantet qui, malgrelestaresdelaservitude, malgre l'hostilite generale despeuplesesclavagistes, a traverslesepreuvesetlestatonnementsdelaviepolitique,sanseducation,sansorganisation eeo nomique,sansdirectiontechnique,sansmecanismeadministratif,apu neanmoins;\m quelques annees, s'organiseren societe civilisee,occupantorgueilleusementetayantIedroitd'occupersaplaceparmilesEtatsSOlIverainsdumondemoderne, fiere d'uneculturequiluipermetdetenirdignementsonrangdanslacommunautepanamericaineetdefaireentendrehautementsavoix ". independantedanslesgrandesassisesinternationales.EtceuxquierientIeplus fort' contre l'reuvre des aines, ce-406-

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ceux'quienontIe plus profite etqui,aulieude l'ameliorer comme c'est Iedevoirdechaque generation survenante,meltentunesortedevoluptediabolique it ladesorganiserou it la detTuire. DulcineJea,n-Louis aappartenu it notre elite travail.leuseethonnete.Commentil fit ses etudes,jenepourraisvous Ie dire.Jesais qu'il e:ut unmaitre franc;ais quisenommaitDebree.Danslesenvironsde1845,les inoyensd'etudesn'etaient guere facilespourunjeunehommedesireuxdes'instruire.Etlasituation etaitplus" deplorableencoreenprovince. 'Le plus sou vent,Iejeunehommeenqtiete de savoirtrouvaitunprecepteurdontlasciencen'etaitpas tres etenduemaisquipouvaitluiservirdeguideutile:sabonnevolontefaisaitIe reste. C' est aillsiquese sont formesquelques.unsde nos meilleurs ecrivains, de nosplus celebres avo catset meme denos medecins lesplus reputes dansIe passe. OnconnaitIe casvraimelltextraordinairede ceDr Revolu, l'undespluseloquentsorateursdelabri!lante periode parlementairede1872-1876:ayantappris it lirecommeToussaintLouverture itl'age de50ansetdevenupharmacien,puismedecinestime' it J eremie, ilaHadanssa 70emeanneeit Parisetput admis it dis sequerit Clamart'sous lesyeux etonnes deprofesseursI franc;ais' comme Moissenet,AndraletPaulDubois,de dela'Charite. DulCine JeanLouisn'attenditpassi longtempspourfaireses etudes.nfut juge capabledebonneheured'occuperuneplaceimportante it l'Administrationdes ,.. financesdeJacmel oil ilpassa 22ansetdontildevint. Ie chef.11passa plus tard it ladirection del'inspection-407-

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.. scolairedeJacmel.COl1lmeadministrateurdes financesetensuitecoml1leinspecteurdes ecoles, ileutIeprecieuxavantaged'entreprendredenombreusestourneesdansl'interieurdupays:cela Iemitenmesuredemieuxohserveretetudiernospopulationsrurales,aumilieudes queUesilavaitd'ailleurs passe quelquesanneesde sa jeunesse.En eitet, COnlll1eilIeracontelui-meme,son pere, quifutsonveritableprofesseurd'agriculture,possedaitunehabitationdanslaplainedeJacmeletl'yamenaitsouventavec lui. Dulci,nedirigea it sontourcettehabitationpendantuncertaintemps.Et c'est' pourfaireprofitersescompatriotesdelagrandeexperienc.e qu'il avaitacquisedanslestravauxagricoles qu'ilecrivitses Manuels deCultureappropriesauclimatetau terroi-,. d'Ha'iti, etudes rerilarquables,pleines d'observatiom interessantessurl'economiehai'tienne etdontbeaucoup d'Haitiens ignorent mel1le l'existence. ,'iulcine Jean-Louistravailladetoutesonactiviteaudeveloppel1lentdenotreagriculture.Qu'est-cequiem pecha sonbeau reve d'aboutir?Lapolitique!Lapolitique pure, ecrivait-ilen 1891, lapolitique, miseremiseres, absorbetoutIe temps, toute la penseedenosgouvernantset d'une tropgrandepartiedes gouvernes, et cela, auplusgrandprejudicedetoutcequipourrait de veloppernotreagriculture.Nos ancetres -Alexandre Petion enparticulier-avaienteu l'idee genialede creer lapetite propriete ruraleenrendantnospaysansmaitresdelaterre qu'ils cultivent.Et ceIa constitue jusqu'a presentla solide armaturedela societe hai'tienneetsameilleuresauvegardecontreIeconlll1unisme. Mais lapetite propriete est liee -408-

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it lapetiteculture:ellemanquedecapitaletdedirectiontechnique.IIfallaitque futcreee"it cote d'ellepourrenca'dreretlaguiderlanwyenne propriete, administreepardesHaitiensprofessionnellementcompetents et disposantdemoyens financiers suffisants.C' etait la regIe autrefoi,s pournoshommeslesplusremarquablesd'allertravaillerauxchamps:ils posse daientdes.domainesrurauxoudesentreprisesindustrielles usines sucrieres, distilleries,fours a chaux,briqueteries,etc., qu'ils.dirigeaientoucontrOlaient eux-memes. C'estainsiquelesBoisrond-Canal,lesBrice,lesSeneque-Pierre,lesHannibal Price, lesBeliard,les Boco, les Despu\eaux Daumecettantd'autresetaientfiersdes'appelergrandsplanteurs.Mais cesgrandsplanteurs, des qu'ilsavaientacquisquelqueinfluencedan"sleursregions,devenaientsuspectsaugouvernement.Car,enHaiti, meme sivousnevous occupezpasdepolitique,la politiques'occupe de vous,commedisait .. JustinLherisson.Autrefois,ilyavaitdes"planteursetdesindustrielshaitiensquifaisaientaccidentellementdelapolitique. A\ljourd'hui, lapolitiqueestdevenue lIne profession... qui se suffit it elle-meme.Elledevienttellementabsorbantequ'elletend it accaparertoutesles activites intelli gentesdupeupleet,par'consequent,toutesles sourcesdel'energienationale.Etcelaconstitueundanger tres grave.IIfautdoncrevenirauprogrammede Dulcine Jean-Louisqui prevoyait, pourIedeveloppementagri coleetpourIeprogressocialdupays,unecollaborationetroite entrenotre classedirigeanteetnospopulationsrurales,sibonnes,sihospitalieres,si laborieuses.Rien-409-,

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neparaissait facile it cethommede 1'elite intellectuellequ'unetellecollaborationpourune reuvre communedesalutnational. VeIite haltienne n'estpas, comme 1'aecritit tort M. CharlesLeyburndansTheHaitian People,unecaste fermee, susperposeeaupeuple,'distinctedeluiparlara ce, lareligionoulatradition. L'elite haitienneestsortiedupeupleetcontinuesans cesse it sortirdeluiparvoiede selection naturelle.Elleestde meme formationethniquequeluietne s'en distinguequepar 1'edtication, lafortuneouIepouvoir,sansquecestrois elements dedistinctionsetrouventtoujoursreunis -dans un meme groupesocial:ilya proIetairesparmi les intellectuels,des gensfortunesquisontincultesetdeshommespolitiquesqui n'ontdu leurinfluence qu'it l'intrigueet it larapine.Onpeutdirequel'elitehaitienneestlafleur et Iefruitdu meme arbreplongeantsesracinesplrofondesdanslaterred'Haiti.Enese mele etsefond dans lanation qu'elle represente.Elleales memesobli; gationsetles memes droitsquelesautrescategories so cialesdupeuplehaitiefi.. Mais sondevoirestplushautetpluslourdpuisqu'elleestchargee de ladirectiondelanationet que desoneffort,desabonne foL desapro bite, desonintelligence,desoncourageciviquedependIedestinsupremedelapatrie. e estpouravoir,servicet ideal d'uneHaitiheureuse,prospere,hienfaisante,fraternelleetjustepourtoussesenfantssansdistinctionqueDulcineJean-Louisadroit it lagratitudedesHaitiens.Et c'est pouravoir,pendantsacourtevie,suiviIe memeideal queDenyseGuillaume deprendreplace itcote deson grand-perc. -410"

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18 novembre 1947LA DE1916En Haiti on Iila memoirecourte. Qui sesouvienten coredenosangoissesdefin1916?L'Allemagneayantaffirme savolonteinebranlabledepoursuivresans dis criminationlaguerre sons-marine, ilen resultaentre elle e1: les Etats-Unisunesituation ext:t:emementtendue, qui aboutit, Ie 3fevrier 1917,a larupturedesrelationsdiplomatiqlles et, Ie 4avril suivant,it uneformelledeclarationdeguerredugouvernement -de' Washington.Ces evenements eurentunefacheuse repercussion surlesaffairesdenotre donttoute l'activite commerciale etait etroitement lieea celledelaFrance PQur ses exportationset it celle des Etats-Unispour ses importations.Obligeedepenser d'abord auxobjetsdepremiere necessite -armesetprovisions -indispensables a lacon duitevictorieusedela guerre, laFranceavaitconsiderablementrestreint ses achats al'etranger.L'une deces mesures restrictives consistaitdansIecontingentementdu cafe. Nousnoustrouvionsreduits it laportioncon grue. Mais, pourtransporternotrecontingent,nousnedisposionsplusdemoyens directs, -laCompagnie Generale Transatlantiqueayant ete forcee it uncertainmomentde suspendre, fautedebateauxouparcraintedetorpillage,Ie serviceHavre-Haiti.NosexportateurscomptaientsurNew-Yorkpourlareexpedition it Bor--411-

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deauxouauHavre, esperant bien,malgre l'enormeele vationdefretquienresultait,obtenirunesuffisantecompensationsurleshautsprixdumarche frall(;ais. IIfallut Mentot renoncer a cette esperance, l'extremecon gestionduportdeNew-Yorkrendantimpossiblela re expeditionenFranceetfaisantsupporter a lamarchan diseemmagasineedanslesentrepotsnew-yorkais desftais considerables. L'exportation du cafe ha'itientomba ainsi, duchiffrede40.742.203kilosen1913-14, a 22.521.177en1915-16et a 23.617.963en1916-17. Cequinoussauva,cefutIeboom mt'raculeux ducampechequinouspermitdevendre aui Etats-Unis115.629.446kilosdeceUe essence, laplusforteexpeditionquenouseus sions enregistreedansnotrehistoirecommerciale.Lasituationdevintpournousdramatiquequand les Etats-Unis entre rentdanslaguerre.Enattendant d'a"\-oirl'armee etlaHottequidevaientleurpermettredejouerun role efficacedanslagrande melee sanglante,les Arne ricainsmirenttouteleur activitea ravitaiIlerles Alliesenmaterieldeguerreetenprovisions.Leursnaviresfurent employes presqueentotalite a transportermarchandisesetmunitionsenEurope.Lecommercedes comestiblesconnutbien tot desrestrictions.Certainesmatieresalimentaires,tellesquelafarineetlamanteque,nepouvaientplussortirduterritoiredel'Unionpourunpaysnon-belligerantsansuneautorisatimispecialedugouvernement.Or Ha'itin'etait pasbelligerante,etelledependaitpresqueentierementpoursonalimentationdesEtats-Unis!Unmatin,Iebruit('ourutquelaCompagnieHollandaiseallaitelle-meme cessersontrafic, sesbateauxayant ete saisisdansIeportde-412-

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New-York. Cetterupture probahle denosrelationscommereialesavecnotreprincipalfournisseurjetal'epouvantedansnos familles. C'etait comme sil'onse proposaitdecouperIecordonombilicald'un avantqu'il fiit constituepourvivrede sayie propre.La denotreimprevoyance etaitla, vivante, patente,tragique.Nulleoccasionnepouvaitdonc etre meilleurepourmontrerles defauts delastructure econo miqued'Ha'iti.Ieresolus delasaisiret d'e'n fairelabased'unedemonstrationquidevaittirertoutesa forced'une realiteobsedante: lacraintedelafamine.Ie unappel a lapopulationde Port-au-Prince.Et a Parisiana,devantunpublicfremissant,jerendisevident,pardes faits, des chiffres, des statistiques douanieres, Ie peril qui Ha'ltidansson commerceexterieurcommedansI'existencedeseshabitants.Ieproclamaiavec forcequecedangervenaitdenotredependanceeconomiquepresqueabsolue vis-a-vis del'etranger:d'abord,parnotre s.ys.teme demonoculture,quiassujettissaittoutelavie commercialedupaysauxfluctuationssurIemarche exte rieurd'uneseuledenree,denree deluxe;ensuite,parI'insuffisancedelaproductionlocale,quimettaitnotreapprovisionnementensubstancesalimentaires it lamercid'unecriseoud'un conflit international.N'etait-ilpasscandaleuxque fussions obligesbonanmaland'importer:25 millionsdekilos defarined'unevaleurdeplusde2 millions dedollars,quandnousavons nosnourrissantesbananesetfigues-bananes, nospatates,nos igna mes, nos malangas,notremais;-3 a 4 millionsdekilos de riz,quandlaseule vallee de l' Artibonitepeutnousfournir aSS6Z derizpourtoutelarepublique; 7 mil--413-

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,-'. .lionsdekilosdepoissonsenconserves, deharengs sales etdeharengssaurspourunevaleurde800.000dollars,quandnosmerssont it cepointrichesqu'encertainesregionsdulittoralonprendles poissonscommeonramasse descailloux;-2millionsdekilosdelardoude vegetale pourunevaleurapprochantdumilliondedollarsdansunpays on nemanquentpoint... les cochonsetquand :Qous pouvonsobtenirtantdemillionsdelivresd'huilescomestiblesdenos grainesdecoton, co cosetautresfruits?Sices 5 it 6 millionsdedollars depenses annuellementpourl'achat it l'etrangerdesubstancesalimentaires-quenouspouvonsproduire nous-memes dans desconditionsavantageuses -etaient verses dansl'agricultureetl'industrielocales,quelsang genereux n'apporteraient-ilspasdansnotrecirculationeconomique?Amoncri:Enavant,pouruneplusgrandeproduction!Iepublicreponditavecenthousiasme,etilfut decide surl'heuredefonderuneLigued'Actionagricole, it laquelletoutel'assistanceadhera.La societe seconstituasoUslapresidencedeM.F. Fequiere etentrepritimmediatementunepropagandeintense it Iepays:Ie comite duCap-Haitienfitpreuved'unebelleacti vite avec MM.JosephBaptisteetEugeneNazon,deuxhommesd'initiativequiont cree, onpeutdire,dansIe'departementduNordl'industrieapicoleenluidoonantuneorganisationscientifique.Et it Port-au-Prince, oil les citoyensnes'etaientjamais jusque-lit assembles enmeetingsquepourparleroudiscuterdepolitique,on vit ce spectaclesingulier: line reunionpubliqueessentiellementconsacree it ladiscussiond'unequestioneconomi--414-

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. >... ",quetellequela liberte d'exportationdu mals. Cela mar.qUaitnne date dans notrehistoire.L'actionde1aLiguefutelleefficace? Nous pouvons, -sans excessive vanite, luiattribuerunebonnepartdes reo sultatsobtenusen l'annee 1917.Deuxexemplesnouspermettrontde justifier cette pietention. L'exportationdes pois etharicotsne depassait pasunemoyenneannuellede2.000kilos: pOUJ;l'annee 1916 elle monta it 215.468kilosetatteignit,seulementpourIederniertrimestrede i 1917, 48.440kilos.L'histoiredu mais fut plus merveilleuseencore:laplusforteexportationen avaitete, en1910,de7.440kilos. Nousenexportames298.391 k.en1916-17;puis,duleroctobre1917au31 mars 1918, c'estit direensix mois,nousatteignimes Ie chiffre considerablede19.997.078kilos.Lefaitcaracteristiquedel'annee1917futIedeveloppementde nosrelationscom merciales avecCuba graceit l'exportationdes vivresalimentairesetdes grains.Decedeveloppement, accelere parremigrationhaitiennedans l'ile voisine,resultaun'mouvementd'affairesquisetraduisitparuneaugmentationconsiderable des tiragessurHa'iti desbanquescubainesetparl'abondancedupapieramericain. Les ope-.. rationsbancairesentreCubaetHaitiprirent it uncertainmomentunetelleimportancequ'ellescompterentcommel'undes elements determinantsduchangeNewYork.. La Ligue poussanonseulement it !'intensificationdelaproductionvivrieremaisencoreaudeveloppementdes petitesindustrieslocales,dontlesproduitsdevaientremplacersurnos tableslaplupartdes substancesalimentairesquenousfournissaienthabituellementles Etats-Unis.Elle les experiences faitespourlapanification415--c

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,.. decertainesmatieresfarineusesetpourl'extractiond'huilescomestibles de diversesplantes o1eagineuses. Onserappellequelacassave,soigneusement preparee, connutlaplusgrandevogue a Port-au-Princeetquel'huile.debennolive,produiteparIedocteurEdouardRoy.parutaussifineetdelicieusequeles fameuseshuilesd'Aix.LenouveaudirecteurdelaBanqueNationale,M.OscarScarpa,s'interessavivement a cesrecherches:il fit etablirparl'ingenieurbeige V unepetite fa briqued'huiledecotoncomestible.Onsaitquecette industrieapris,depuis,une tres largeextensionparl'etablissementdel'Usine a MantequedePort-au-Prince.LaLiguesepreoccupadelaquestionducreditagrico Ie.C'etaitIeproblemeIeplusdifficile a resoudre.Beaucoupdepetitsoumoyensproprietairesvoulaientbiensuivrenosconseils ;beaucoupdecitadins actifsnede mandnient pasmieuxquede se faireentrepreneursdeculture.Maisauxunsetauxautresl'argentmanquait.II n'y apasd'entrepriseagricole possible sansavancedefonds. Eot lesplus eIoquentes homeliessur
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Nous de autrementetplussimplementlaquestion:une societe civileimmobiliereparactionsfutfondee.Dans.notrepen see, e11e'devaitservirde modeleit plusieursautresgroupementssimilaires itcreer unpeupartoutdansIe pays. Cette societe, quireunissaitdes Bommes tels quePaulSantallier,Bonamy, Fequiere, Pradel, etc., seconstituaaucapitalde2000dollars divise en20actions de100dollars chacune. EUe af{ermaunegra:ndehabitation it Montrouis d enconfialadirection it runde ees membres,JosephDufort. L'experience que tentionsains,icomportaitundoubleenseignement:elleindiquaitIemoyenIeplus sur de reunir lescapitauxnecessairesauxmoyennesentreprises agricoles;ellemontraitIechemindelaterrecom me unevoie de salutauxintellectuelsqueles carrieresliherales nepouvaientplusnourrir,puisqueJosephDu. fort, licencieendroit,avocat,ancien depute, hommedumondeaux quiavait passe vingt-ci:nq ann6ee de savieenFrance,acceptait d'allermenerlarudeexistence deragriculteur.\

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25 novembre 1947BONNESETMAUVAISESTRADITIONSLe Comite Baltiende r Alliance fran;aise,preside parIeDr Leon Audain,avaitorganiseen1906desconferences post-scolairesquiavaientpour but, comme l'ecrivait GeorgesSylvainquienfutIeprincipalanimateur.de shppleer auxincertitudes d'un enseignementpleinde Iacunes, oil manquentIe complement necessaire des etu deslitterairesetscientifiquesetIe secours desbibliotheques. Ellesdevaient etrel'embryond'uneecole supe rieure des lettresetdes sciences. Maisilnousfallut;modifiernotreprogrammeinitial,parsuitedelacompositiondenotreauditoire:aulieudesetudiants sur lesquels nous comptiorisetquinevinrentpas,nousnoustrollvimesenpresencedegensdumondequ'auraient vite en nuyes des le;ons tropdogmatiques.Quelquesrarespersonnessesouviennentencoredeces entretiens,oiI Ieplaisantsemariaitagreablementau severe: GeorgesSylvain ,arIait de 'art dedire;CamilleBrunoducieletdesastres;SeymourPradeldes fem mesdelatragedieracinienne;IeDr Leon Audainde 'hygiime dutube digestif;l'architecteLeon Maignande'lamaisonha'ltienne; Leo Alexis desdroits d,e lafemmedansla legislation haltienne; Damocles VieuxetEmilePrezeaudestendancesdu theatrefranlJaia; con-.418-

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temporain;Price-Marsdes des.Etats-Unis et de l'esthetiquedanslesraces;IeCommandant Benito Sylvaindel'Ahyssinie. moi-J1lemedonne une serie decauseriessurIeJaponmoderneet surle styleetlapsychologiedel'ecrivain.Unjeuneprofesseurdel'Ecolededroit,pleindescien ceetdetalent,(il estmortilyaquelquesannees),avaitchoisicommesujet.desesconferences:principesconstitutionnelsdu democratique.Analysantla Constitution de1889ilmontraquecettecharte,commetoutescellesquil'avaient precedee, necorrespondaitenaucune a nos mreurs etpratiquespolitiques.Etil eIoquemment cesimitateurs inconsideresqui, dansleurmaniedesingerIaFrance,avaient donnea Ha''itiunvetement
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I'I desgeneralites assez vagues.Quelsetaient, d'apreslui, lesprincipes qu.'il fallaitexcluredenotreconstitution? Etait.ce, parexemple,laliherteindividuelle, l'egalite devantlaloi, Iedroitdeparleretdepuhliersa pensee,1agratuite. del'enseignementpuhlicetl'ohligationderins. tructionprimaire,l'independancedupouvoirjudiciaire.l'aholitiondelapeinedemortenmatierepolitique?Quellesetaient,aujuste, ces mreurs etpratiiqueshaitiennesauxquelles ii convenaitd'adapterlaconstitutio.nd'Haiti'pourenfairequelque chose depurementhaitien?Considerait-ilyraimentcomme desimitateurs,des oudesignorantsleshommesquiavaient ecrit nosconstitutions, unSalomon,un Leger Cauvin,un Aritenor Firmin,parexemple?Cesquestionsparurentfortementemharrassernotreami.M.RodolpheGardere,connupoursonliheralismearBentetsonintransigeante honnetete dansl'administrationpuhlique,ajouta it l'emharrasdu conferencier enluidemandantdes'expl'iquerneUementsurcepoint:LesChefsd'Etat haitiens, laplupartdesmilitaires,sesonten majt1rite, aucoursdenotrehistoire,attrihuedroitdevieetdemortsurtousles citoyenshaitiens.TIsont considere commel'unedeleursprerogativesessentiel lesdedepenser it leurconvenancelesdeniers puBlics. Etes-vous d'avis,pouradaptercomme vous ditesnotreconstitution it nos mreurs politiquesetadministratives,d'inscrirecespratiquesdanslaloiconstitutionnelle?Dansce cas,pour etre vraiment realiste, laConstitution, d'Ha'i'ti devraitseramener it cesdeuxoutroisarticles:LeChefdel'Etatest Iechefrevolutionnairequia reu8si. --IIgardeIepouvoir jusqu'it cequ'ilsoitrenversepar-420-

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'.unerevolution. -Pendantla duree plusoumoins lon dumandatqu'ils'estlui-meme octroyeparlaforce des armes,ilauraIedroit'd'emprisonner,d'exiler,defu siller les citoyenshaitiensetdeconfisquerleursbiens a son profit. IIpourraegalementleverdesimpots a son gI:e etdisposer deleurproduitsuivant fantaisie... Effraye, Ieconferenciernous pl-ia denepasinsister.Nousn'insistamespas. Detempsentemps,nousentendonsles memes propos: ilfautadapternotreconstitution a nostraditions, mreurs etcoutumes.Orcestraditions,mreursetcoutu mes,nousles avonsheritees duregime colonialdeSt-Do-' mingue. / Toutcequerai deja faittoucherdudoigtaulecteursurlesveritablesconditions politiquesetsociales delacolonie'deSaint-Domingue me-.,dispense d'insisterdavan tagesurlanature,detestable a touslespointsdevue,des .traditionsquien sonta lamalheureus6 societehaitienne. L'instruction dedaignee,mepriseedu hautenhasde l' echelle sociale; les blancs,hommeset restantaussimalpartages a cet egard queleursesclavesnoirs;lesplusgrandesdamesdelacoloniesachant a peinelire,neparlant exclusivenient,n'entendant guere quele or-et)le, lalanguedes esclaves, a laquelleMoreaudeSt Mery s'est efforce, sansdoutepoursauvegarderla te desespauvres S'reurs blanches,de forger desbeanteslitterairessurlesquellesdevaits'exercer plus tardIe genie deSpencerSt-John. Pasd'instruction,pas de regles morales, pas de lois, pasdepatriotisme,pasdegouvernementautrequeIebonplaisirdu General, duProconsul envoye deFrancepour __ -421-

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"..exerceruneautoritediscretionnairesurlesmaitres coin. ,/ mesurles esclaves; Ie limriageconferant apeine une djs tinctionsociale a lafemmeblancheounoire;lapassiondujeuchezleshommesconstituantpresqueI'uniquediversion a uneexistenceexclusivementadonnee a la de bauchesexuelle;Iefauxpointd'honneurduduellisterestantenfin ladernieremanifestationdela virilitemales dansune societe s'abandonnantcyniquement,brutalement, a toutesles jouissances sensuelIes, a tous les vi cesmoraux,affranchie de touslesliensdelapudeur.deI'education,delareligionoudes lois qlli sauvegardentailleursla dignite humaineetpermettent a l'hommeIibredesedevelopper,degrandir,demarcheraubonheur. a unehautecivilisation,enfondantl'ordrepublic sur lamoralitedes citoyens,surlaresponsabilitedes famil Ies.C'estHannibalPricequiparleainsidansLa Rehabili' tat ion de la Race Noire par la Re publique d' H alti, un grand livre oil touslesproblemeshaitienssontexami nes dansI'espritIeplus cleve eten meme tempsIe plus positif.L'erreurlaplusfUlleste est decroirequelaconstitutionoulalegislationd'un pays doitrefleterexactement l'etat present des mreurs dupeupleet,par COll5equent. Ieconserver tel quel, a moinsdepenserquecepeuplea dejaattein, laperfectiondans tollS Iesdomainesde. Ia vieindividuelle,familialeetsociale.Toute doit depasser la realite dumomentpourproposer it unenationun ideal, qu'ellen'atteindrasansdoutejamaismaisvers lequel81le doits'efforcersans cesse.Etcet ideal pourlanationhaitiennenepeut etre quelademocratie.-422-

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Lademocratierepresenteeneffetlaveritabletraditionhaitienne. Dans cemotnousfaisonsentrertroisgrandes idees: la liberte,regalite etlafraternite.Surces democratiquesdoitreposerla individuelle,familiale, socialeetpolitiquedupeuple d'Ha'iti. Je n'he site pas a direquela democratie ainsi entendue me rite d'etreappeIee cb,retienne, carelleimpliqueIe christia nismequeToussaintLouvertureavaitlibrementadoptedansson cireur etdontil affirmalaprimaute daus sa constitutionde180l.CettedemocratiechretiennefutcelIeduPresidentRoosevelt. M. JacquesMaritain ecrit dansLeCrepuscu le de la Civilisation:Dnedes chosesdont raiete IeplusfrappeauxEtats-Unis, c'estquenonseulementonyaclairementconsciencedu peril couruparlacivilisationetdes responsabilites-quece peril oblige a prendre,maisque l'Amerique sentla necessitede revisersatabledes valeursmoralesetderenouvelersaphilosophiepolitique. C'estla,a monavis,un phenomt'me d'importancecapita Ie. L'Amerique comprendqu'illuifaut a lafois deendre lademocratieetelaborerunenouvelledemocratie,etquecette i(uvren'est possibleque si lesvaleurs chretie:t:lnes y soU:t vitalement integrees. -Eta propos'dumessagedu4janvier1939deM. Roose velt,l'auteurcite cetteappreciationdeWalter-Lippmann:Unteldiscours temoigne d'un changementdansles idees absolumentfondamental,d'un changementquineconcernepasseulementlapensee deM.Roosevelt lui,meme, mais, cequiestplussignificatif,lapensee des grandes massesd'hommes,enAmeriqueetailleurs,dontil est, vertude sa charge, l'interprete Ie plus -423-

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presentatif. Ce messagemarquela quiest mai'ntenant enroute apres plusd'un siecle deconflit destructeur,entreIe patriotisme, la liherte, la democratie etlareligion.LefaitqueIePresident,quiest leaderdemocratiqueIeplusinfluentdansIemonde,reconnaitlareligioncommelasourcedelademocratieetdelahonnefoiinternationaleconstitueunereorientationfondamentaledanslaconceptiondemocratiquedelavie. C'est it.cette democratie chretieIine que doit s'adapterIepeuplehaitienet pas itl'heritageneaste des potisme,ignorance,superstitionet miserequ'ilare qude l'affreux systeme colonial de Saint-Domingue., -424-

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..... \ TABLE DESMATIERES, f! .. .)I

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TABLE-DESMATIERES Pares Avant-Propos 8Les Rell:\tions Haitiano-Americaines 9ReponseduPresident a l'AmbassadeurDantesBellegarde........................... 12Primautedela LoiInternationale................ 15LeSystemelriteramericain21DioitsetDevoirsdesEtats.....................28DroitsetDevoirsInternationauxdeI'Homme......34Citoyendes Ameriques48Constitutionset Mreurs Publiques' ".........55 flVreu pourIePeuple Haltien .................... 62DemocratiePratique68 Mreurs PubliquesetPratiquesFinancieres75Politique d'Honnetete .............,............83 Prejuges Criminels .....................90PolitiqueInterieureetPolitiqueExterieure........98LeCandidat a laPresidence: voilal'Enllemi! ...... 115DramedeConscience ".........124LesdeuxFormesdeI'Agression ..................136Diplomatied'Amitie 145 Persecutions Raciales 154SurlesPasdes Ancetres ....... 163Haiti,NationCivilisee 172 Dessalines a Parle :.....................181 Qu'est-cequelaNationHaitienne?191LesEteigneursd'Etoiles.............. '. .......200

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L'HommeetIeCadre..........................207LeCadreRural215Fortifiez la Cellule...223L'Universite,GardienneduDrapeau............ 232 Jose Marti, etAnti-Demagogue.......241Donnez-leur it Manger.....,.....'.' ..............246.RapprochementdesClasses..................... 252LaCommuneetI'Ecole 257UneVoix s'elevadanslaNuit...................263LesNationsUnies 272 LesHommessontFous...278L'Alliance Fran<;aise ..,........................283EducationMorale.............................289Le Role NationalduPretre.....................294LaVieestDure; ". 301 Bienfaiteurs de laNation'. ..........308L'EtatMentaldela Societe Hai'tienne ............317L'AmieduPeuple:..325ConseilsauxPetitsEcoliersetauxGrandes Personnes 332DorothyMaynoretlaMusiqueHai'tienne339ChassezlaGueuse345L'Enseignementdel'Histoire354LaCourse it l' Abtme 363 Les ValeursMorales it I'Ecole ................... 371 Valeurs Spirituelles .. ..........................380Dis-moi cequetuManges ........... 389 Montre-moitonLogis ..........................396 UnHommedeQualite....:...................404La Le<;on de1916 ............................. 411 Bonnes'etMauvaisesTraditions.................418

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J Soelete etdeLibrairie P6UtT-AU-PlUNCE, HAITI19


Dessalines a parlé
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 Material Information
Title: Dessalines a parlé
Physical Description: 424 p. : ; 20 cm.
Language: French
Creator: Bellegarde, Dantès, 1877-1966
Publisher: Société d'éditions et de librairie
Place of Publication: Port-au-Prince
Publication Date: 1948
 Subjects
Subjects / Keywords: Haiti   ( lcsh )
Haïti   ( rvm )
Genre: non-fiction   ( marcgt )
Spatial Coverage: Haiti
 Record Information
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: oclc - 01885816
lccn - 48027987
System ID: UF00077043:00001

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    Front Matter
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    Half Title
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    Du meme auteur
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    Title Page
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    Foreword
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    Les relations Haitiano-Americaines
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    Primaute de la loi internationale
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    Le systeme interamericain
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    Droits et devoirs des etats
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    Droits et devoirs internationaux de l'homme
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    Citoyen des Ameriques
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    Constitutions et mceurs publiques
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    Vceu pour le peuple Haitien
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    Democratie pratique
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    Mceurs publiques et pratiques financieres
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    Politique d'honnetete
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    Prejuges criminels
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    Politique interieure et politique exterieure
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    Le candidat a la presidence: Viola l'ennemi
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    Drame de conscience
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    Les deux formes de l'agression
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    Diplomatie d'amitie
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    Pesecutions raciales
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    Sur les pas des ancetres
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    Haiti, nation civilisee
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    Dessalines a parle
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    Qu'est-ce que la nation Haitienne?
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    Les eteigneurs d'etoiles
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    L'homme et le cadre
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    Le cadre rural
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    Fortifiez la cellule...
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    L'universite, gardienne du drapeau
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    Jose Marti. Anti-raciste et anti-demagogue
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    Donnez-leur a manger
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    Rapprochement des classes
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    La commune et l'ecole
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    Une voix s'eleva dans la nuit
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    Les nations unies
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    Les hommes sont fous
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    L'alliance Francaise
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    Education morale
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    Le role national du pretre
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    La vie est dure
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    Bienfaiteurs de la nation
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    L'etat mental de la societe Haitienne
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    L'amie du peuple
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    Conseiils aux petits ecoliers et aux grandes personnes
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    Dorothy Maynob et la musique Haitienne
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    Chasez la gueuse
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    L'enseignement de l'histoire
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    La course a l'abime
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    Les valeurs morales a l'ecole
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    Valeurs spirituelles
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    Dis-moi ce que tu manges
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    Montre-moi ton logis
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    Un homme de qualite
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    La lecon de 1916
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    Bonnes et mauvaises traditions
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    Table of Contents
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    Back Cover
        Back Cover
Full Text

DANTES BELLEGARDE





salioes a parie


Soeift d'Edltions et de Librairle
PORT-AU-PRINCE, HAITI
1948











(ari can
Collection

riftof Roy Tasco Davis




$-~a, t~~a,
~P~d-n~a,


wvxmov


& 12,L7









Dessalines a parle













DU MEME AUTEUR


MORCEAUX CHOISIS D'AUTEURS HAITIENS (2 vol.
Prose Po6sie, en collaboration avec MM. Solon
Menos, Amilcar Duval et Georges Sylvain, Imp. Mme
F. Smith, Port-au-Prince. 1904). Ouvrage couronne par
1'Acad6mie frangaise.
L'ECOLIER HAITIEN, en collaboration avec M. St6nio Vin-
cent, Bruxelles, 1913.
L'ANNEE ENFANTINE D'HISTOIRE ET DE GEOGRA-
PHIE D'HAITI, en coll. avec M. St6nio Vincent. 1&re
edit. Bruxelles, 1913, 2I, 3", ,4', 5", 6 e6d. Imp. de 1'Etat.
Port-au-Prince..
SAITIFET LES ETATS-UNIS DEVANT LA JUSTICE IN-
TERNATIONALE, brochure, Imp. Union, Paris, 1924.
PAGES D'HISTOIRE (L'Esclavage a Saint-Domingue, la So-
ci6t6 franqaise de Saint-Domingue, P6tion et Bolivar).
Imp. Ch6raquit, Port-au-Prince. 1925.
POUR UNE HAITI HEUREUSE, tome I, 292 pages, Chera-
quit, 1928.
POUR UNE HAITI HEUREUSE, tome II, 456 pages, Ch6ra-
quit, 1929.
L'OCCUPATION AMERICAINE D'HAITI, broc. 44 pages.
Ch6raquit, 1929.
UN HAITIEN PARLE, 280 pages, Ch6raquit, 1934.
HAITI AND HER PROBLEMS (4 lectures in English) Uni-
versite de Puerto-Rico, 1936.
LA RESISTANCE HAITIENNE, 175 pages, Ed. Beauchemin,
Montr6al, 1937.
LA NATION HAITIENNE, illustr6, 362 pages, J. de Gigord,
Editeur, Paris, 1938.
HAITI ET SES PROBLEMES, 300 pages, Ed. Bernard Vali-
quette, Montreal, 1941.
ECRIVAINS HAITIENS, 302 pages, l1re Serie, Soc. d'Ed. et ,
de Librairie, Port-au-Prince, 1947.





I fI
DANT9S BELLEGARDE






Dessaline arli







Society d'Editions et de Librairie
PORT-AU-PRINCE, HAITI
1948















AVANT-PROPOS


A son retour ,de Washington od il venait de remplir avec
succes, du 23 mars au 4 septembre 1946, une important mis-
sion diplomatique, M. Dantes Bellegarde voulut bien repren-
dre sa collaboration a La Phalange. Et il donna ia notre jour-
nal une serie d'articles qui eurent un profound retentissement
dans tout le pays.
C'est pour r6pondre au vceu d'un grand nombre de nos lec-
teurs que nous rdunissons en volume, sous q titre de <(Dessali-
nes a Parle>, ces articles o6 notre collaborateur s'est exprime,
avec sa franchise et sa nettet6 habituelles, sur quelques-uns des
problemes essentiels de la vie haitienne.
Nous les reproduisons ici dans leur forme original et dans
leur ordre de publication afin de leur harder leur vivacity et
leur fraicheur : ce qui fait leur unit, c'est 'amour de I'auteur
pour son pays et son attachment indefectible aux valeurs spi-
rituelles qui font la dignity de toute socidt6 humaine.

LA PHALANGE.

29 aoptembre 1947.












24 septembre 1946.


LES RELATIONS HAITIANO-AMERICAINES


Nous publions ici, comme documents historiques, les dis-
cours qui furent changes, le 3 juin 1946, entire M. Dantes
Bellegarde et le Pr6sident Truman, a 1'occasion de la remise
des lettres de cr6ance du premier comme Ambassadeur d'Haiti.

Monsieur le President.

J'ai I'honneur de reiiettre entire vos mains les Lettres
par lesquelle, le Gouvernenient Haitien met fin a la mis-
sion de mnon piredcessenr M. Jacques C. Antoine et Celles
qui ii'accrediteiit aupres de Votre Excellence coinine Am-
bassadeur Extraordinaire et Pldnipotentiaire d'Haiti.
C'est pour moi un motif de grande fierte d'etre appel6
une nouvelle fois a travailler an success d'une oeuvre a
laquelle je me suis devoue de tout mon coeur an course
de ma premiere mission diplomatique a Washington:
celle de rendre de plus en plus cordiales et fructueuses
les relations de mon pays avec les Etats-Unis et celle aussi
d'assurer une complete et sincere collaboration de nos
vingt-et-une Republiques d'Amirique dans tous les do-
maines de la vie international.
Les C6vnements qui ont eu lieu en Haiti an debut de
cette ,annle montrent que le people haitien est reite fide-


-9-








le aux principles democratiques pour lesquels ses ance-
Ires ont verse leur sang dans le passe. Ce qu'il veut au-
jourd'hui. c'est etablir la paix aL linterieur de son pays sur
la base solid de la prosperity national et de la justice
social. Dans la nou\elle Constitution qu'il a se don-
ner afin de rdpondre a ses propres aspirations et aux
prescriptions de 'Acte de Chapultepec et de la Charte
de San-Francisco, il extend consacrer, plus forteinent que
jamais, les droits de 'Honnne i a vie. a la liberty. a 1'ega-
lit6 des moyens d'education et de travail. sans distinc-
lion de sexe, de race. de langue ou de religion.
Tout en etant ferniement attaches a leur autonomie
politique et a leur independence administrative et finan-
ciere, les Haitiens comprennent hien que la prosperity
de leur nation est etroitement liee a celle de se. voisines.
Tons nos pays font en effet parties d'un vaste system d'in-
terdependance universelle. et c'est par des inesures collec-
tives qu'ils peuvent ameliorer la -ituation economique et
social de leurs populations respective. Cela est parti-
culierement vrai pour les Etats de cet hiemisphbre qui.
solidairement unis par des interEt- politiqu9s. intellec-
tuels, economiques et imilitaires. out. les uns- enters les
autres, des devoirs d'assistance niutuelle et des obliga-
tions de defense commune.
Les progress realises durant ces derniers temps au sein
de l'Union Panamnricaine. grace a la fraternelle politi-
que du , font desormain de cette Institution
Regionale un boulevard pour la paix et la prosperity
en Amerique et, par consequent. pour la paix et la pro-
perite du monde entier. Une Amerique. solidaire dans
la paix conuie dans la guerre, unie dans flamitie et dans


-10-








la justice, puissante par ses valeurs. spirituelles et par
ses richesses mat6rielles, restera un admirable example
de cooperation et d'harmonie. Elle s'imposera comme
modele a l'Organisation des Nations Unies, don't elle
constitute une fraction important et qui, sur un plan
plus large, travaille au bien-ktre des peuples et a l'6ta-
blissement d'une justice gale pour tous les homes
de tous les pays>, suivant la ge6nreuse expression de la
Charte de l'Atlantique devenue le breviaire de la demo'
cratie.
La proclamation de son ind6pendance le ler janvier
1804 a fait d'Haiti le deuxieme Etat ind6pendant de cet
hemisphere, venant inmmdiatement apres les Etats-Unis
de 1'Amurique du Nord. L'aide fraternelle, prkt6e par
son president Alexandre PWtion a Simon Bolivar en 1816
pour l'6mancipation des Colonies Espagnoles et I'aboli-
tion de l'esclavage en Amirique Hispanique, fait d'Ha'ti
l'un des pionniers du Panamericanisme. Haiti a toujours
donni sa plus loyale contribution a la cause de la solida-
rite interam6ridaine. C'est pourquoi elle croit avoir ac-
quis I'estime de toutes ses sceurs d'Amerique. Et c'est
pourquoi elle compete particulierement sur la bienveil-
lance personnelle de Votre Excellence et sur l'assistance
amicale de votre Gouvernement pour I'aider a se delivrer
des entraves qui genent soi essor politique, economique
et financier et pour lui permettre de remplir, en toute
liberty et sinc6rite, au sein de l'Union Panambricaine, le
r6le auquel lui donnent droit sa glorieuse histoire et ses
aspirations d6nlocratiques.
Permettez-moi, Monsieur le President, de joindre mes
vceux A ceux du Gouvernement et du Peuple d'Haiti pour


- 11-









le bonheur personnel de Votre Excellence et la prosp&-
rite di la grande Nation Amiricaine.


*

(Traeuctien)

Reponse du President Truman
& 1'Ambassadeur Dantes Bellegardo

Monsieur l'Ambassadeur,

C'est pour moi un grand plaisir. Monsieur 'Anibasa-
deur, de recevoir de vous les Lettres par lesquelles Votre
Gouverneuent vous accredite comime Anibassadeur Ex-
traordinaire et Plenipotentiaire de la Republique d'Haiti
aupres du Gouvernement des Etats-Unis d'Amerique.
J'accepte en minme temps les Lettres de rappel de votre
pred6cesseur, M. Jacques Antoine.
J'ai ete vivement frapp6 par les remarques de Votre
Excellence concernant intention du people haltien de
se devouer aux principles de la liberty et de la democra-
tie. Mon Gouvernement a ete heureux de noter les me-
sures prises en Haiti dans ces recents mois vers la mise
en pratique des regles democratiques, et a pris connais-
sance du d6sir exprilnm par le present Gouvernement pro-
visoire d'Haiti de remettre le plus t6t possible la res-
ponsabiliti des affaires de 1'Etat a un regime derivant
ses pouvoirs de proc6des constitutionnels.


- 12-








SComme Votre Excellence l'a silfortement indiqu6, c'est
I'application du principle de respect des droits des autres,
aussi bien que l'intdert des pays de cet hemisphere dans
le bien-etre de chacun d'eux, qui a produit le Systeme
Interamericain. La sincerity de cette solidarity fut indu-
bitablement d6montree durant la derniere guerre men6e
pour la preservation de ces valeurs humaines et de ces
standards de dignity national qui sont come des ja-
Ions indicateurs pour les Republiques de cet hemisphere.
C'est mon ferme espoir come je sais que c'est le
votre que l'application de ces principles par les mem-
bres de la Communaute Mondiale, agissant par 1'inter-
mediaire de I'Organisation des Nations Unies, aboutira.
sur un plan global, i l'accomplissement des id6aux qui
forment les buts du Systeme Interamericain.
C'est Ie mnme esprit de mutuel respect pour la r6ali-
sation des aspirations nationals, tenmp6r par la connais-
sance que nous avons de l'interd6pendance de toutes les
nations, qui impregne les relations de nos deux pays.
Votre Excellence peut etre assuree du desir du Peuple et,
du Gouvernement des Etats-Unis de travailler avec Haiti
au plus complet developpement de la vie politique et eco-
nomique de votre pays en accord avec la solide amitie
haltiano-amiricaine et les int6rkts de nos peuples respec-
tifs.
Vous trouverez ce Gouvernement prkt, en tout temps.
a discuter avec Votre Excellence les questions d'int6rkt
common pour nos deux pays et a continue cette coopd-
ration haitiano-americaine dans les affaires concernant
nos deux Republiques qui a pr6valu dans le passe. Le re-
nouvellement de yos services A Washington vous procure


-13-









personnellement une nouvelle opportunity de contribuer
A cet objectif.
Veuillez accepter, Monsieur l'Ambassadeur, mes vweux
les meilleurs et ceux du Gouvernement et du Peuple des
Etats-Unis pour votre bonheur personnel et le succis de
vote mission, aussi bien que pour le bien-ktre et le bon-
heur du Peuple Haitien.



























-14-












19 novembre 1946.


PRIMAUTE DE LA LOI INTERNATIONAL


Dans le discours que j'adressai le 3 juin an President
Truman en lui remettant mnes lettres de creance conune
ambassadeur d'Haiti, je fis une declaration don't j'avais
soigneusement pese les terms.
< cette annee 1946 lui dis-je montrent que le people
haitien est rested fiddle aux principles democratiques pour
lesquels ses ancktres ont verse leur sang dans le passe. Ce
qu'il veut aujourd'hui. c'est etablir la paix A l'interieur
de son pays sur la base slide de ]a prospirite national
et de la justice social. Dans la nouvelle Constitution
qu'il va se donner afin de repondre a ses propres aspi-
rations et aux prescriptions de I'Acte de Chapultepec et
de la Charte de San-Francisco, il entend consacrer, plus
fortement que jamais, les droits de l'Honnne A la vie,.
la liberty, a 1'Pgalite des nmoyens d'education et de travail.
sans distinction de sexe. de race. de langue on de reli-
gion.
Cet honnuage rendu a notre passe me parait pleine-
inent justified. L'Etat d'Haiti avait, des les premiers temps
de notre histoire, netteinent comprise sa mission politique
et social. La < de la Consti-
tution dessalinienne de 1805 et les Dispositions GCnd-


- 15-








rales> de la Constitution republicaine de 1806 sont deux
documents que les Haitiens out le droit de mettre sur It
nime plan que la Grande Charte de F'Angleterre de 1215
et le Bill of Rights de 1689. la Declaration d'indepen-
dance des Etats-Unis de 1776. la Declaration francaise
des Droits de l'Homne et du Citoven de 1789 et l'Ameri-
can Bill of Rights de 1791. Reunis. ces deux documents
forment la Charte des liberties haitiennes parce qu'ils
consacrent, de la facon la plus large, ces idees de liberty.
d'6galit6 et de fr'aternite qui sont les conquMtes les plus
precieuses de notre civilization chretienne. I1 est eton-
nant de constater a quel point ces trois grande id(es.
qui represeentn l'essence mniene e la democratic. trou-
vent leur parfaite personnification en trois de nos heros
nationaux: Toussaint-Louverture incarne la liberty:
Dessalines. c'est l'ggahlt'. car en condnisant Haiti a 'in-
dependance. il affirma le droit d'un people d'origine ne-
gre a &tre trait conine legal par touted les nations du
monde civilis;: Alexandre Petion personnifie la frater-
nit( (que nous appelons aujourd'hui justice syciale) par-
ce qu'en fondant la > il appela tous les Hai-
tiens a participer fraternelleient an gouvernement de
leur pays pour leur hien-etre coiiiinun et parce que. en
aidant Bolivar a liberer les colonies espagnoles de cet
hemisphere, il assura ]'abolition de 1'esclavage en Ainri-
que hispanique et donna Ie premier example desinteresse
de solidarity interamericaine.
Bien que la plupart de nos gouvernements. noirs ou
mulatres, absorbes par des preoccupations purement
egoistes, se fussent succede au pouvoir sans se soucier
d'executer avec methode et continuity le programme


-16- 1








d'dducation et de travail qui ddcoulait de ces principles
constitutionnels de liberty, d'6galit6 et de fraternity,
l'instinct democratique s'est maintenu si vivace et si puis-
sant dans notre people qu'il a r6sist6e tous les essais de
gouvernement absolu qui ont et6 entrepris au course de
notre tumultueuse histoire. Et, c'est a cette resistance
qu'il faut attribuer la plupart des reactions violentes qui
ont trop souvent ensanglant6 IA vie national. Le people
haitien peut subir pendant longtemps la tyrannie d'un:
home: il ne l'accepte jamais.
Quand on 6tudie avec soin l'histoire d'Haiti, on se
rend a cette evidence que nos troubles civils ne sont point
toujours ainsi qu'on l'a 6crit -'les soubresauts p6rio-
diques d'une sorte de que la
nation haitienne portrait en elle comme une bete mal-
faisante. Presque'toutes nos < ont 6te l'oeu-
vre des gouvernements eux-m&mes, qui les provoqunrent
et les justifi&rent par leur mn'?uva,'se gestion des affaires-
publiques, par leur despotisme et leur mepris des droits
de homeome et du citoyen>. La plupart de nos clefs
d'Etat, une fois installs au pouvoir, ne demandaient que
la paix. Mais la paix qu'ils reclamaient. c'etait le loisir
de digerer en pleine quietude; c'6tait le billion sur toutes
les bouches... qui ne chantaient pas leurs lounges; c'Xtait
le silence des cimetieres. Et parce que toutes les voix
s'6taient tues, ils proclaniaient, selon la formula tradi-
tionnelle, quelquefois a la veille de leur chute, que paix r6gnait sur toute 1'etendue du territoire>. Paix illu-
soire! L'brdre 6tait dans la rue, mais la colhre bouillon-
nait dans les ames. Au premier cri de protestation part
d'ur point du pays toutes les voix r6pondaient, et le gou-

-17 r-









vernement, qui n'avait pas de racines profondes dans le
people, s'ecroulait lamentablement. La vitality de la na-
tion s'6puisait dans ces crises successive.
Toute dictature, qu'elle soit d'un home ou d'une fou-
le, est haissable et aboutit inevitablement a l'insurrection.
I1 faut done empecher la dictature. sons quelque forme
qu'elle se manifeste, en assurant par des garanties serieu-
ses et efficaces la defense de l'homme et la protection du
citoyen. Ces garanties doivent se trouver dans la Cons-
titution de chaque pays. Mais la Constitution d'un pays
ne peut fixer les droits et obligations que de. ses natio-
naux ou ressortissants. Le progrbs des idees a brise en
cette matiere les cadres nationaux: ce qu'il s'agit main-
tenant d'Ctablir, ce sont les Droits et Decoirs Internatio-
naux de l'Homne.
L'Acte de Chapultepec, dressed par la Conference Inter-
amnricaine de 1945, a consign, dans sa Resolution XI.
principles 6tablis par le droit international pour la sau-
vegarde des droits essentiels de l'hommne et I'appui
qu'elles s'engagent a apporter a 1'etablissement d'un syste-
me de protection international de ces droits>. D'autre
part, la Charte de San-Francisco a cree les Nations Unies.
dre leurs efforts en vue de maintenir la paix internatio-
nale, de cooperer a la solution des problems economi-
ques, sociaux et culturels d'imnportance international.
et de promouvoir sur toute la terre les droits de 1'honuue
au benefice de tons, sans distinction de race, de seye. de
langue on de religion>>.
Haiti a ratifi6 1'Acte de Chapultepec et la 'Charte des

-18-









Nations Unies. Elle est obligee de respecter et d'appli-
quer les principles qui y sont contenus, que ces prin-
cipes aient ete incorpores on non dans notre nouvelle
Constitution. Et inme si cette Constitution comporte des
prescriptions qui y sont contraires, c'est la loi national
qui doit s'effacer devant de la loi
international.
Telle est la regle en ce qui regarded les conventions ou
Straits internationaux.
La France vient de consacrer solennellement cette r&-
gle en en faisant une clause de sa nouvelle Constitution,
don't Particle 26 est ainsi congu: ques r6gulibrement ratifies et publiCs ont force de loi
dans le cas mume of ils seraient contraires a des lois in-
ternes frangaises, sans qu'il soit besoin pour en assurer
I'application d'autres dispositions legislatives que celles
qui auraient dte necessaires pour assurer leur ratifica-
tion.>> Et Particle 28 ajoute: r6guliereient ratifies et publics ayant une autorit6 su-
p6rieure a celle des lois internes, leurs dispositions ne
peuvent ktre abrog6es, modifies ou suspendues qu'a la
suite d'une d6nonciation reguliere, notifi6e par voie di-
plomatique>>...
Evidemhient, il y a lA une restriction on une attein-
te au principle de la souverainete national, et les natio-
nalistes endurcis, qui continent a croire que tout Etat
independent a licence de tout faire, meme de violer ses
obligations internationales, pousseront de hauts cris.
Mais la nouvelle Constitution francaise dit elle-mime
dans son pr6ambule:
19 -









France consent aux limitations de souverainete necessai-
res a l'organisation et a la defense de la paix.>
La paix ne pourra ktre maintenue dans le inonde que
si les nations, a commencer par les plus grandes. con-
sentent a ces limitations necessaires de leur souveraine-
t6. De meme, les plus grandes comme les plus petites
doivent accepter d'assurer efficacement par leurs insti-
tutions la protection international de l'Homme. en per-
mettant a tous les hommnes de tous les pays de vivre d'une
vie d6cente, dans la dignity et le respect dus a toute crea-
ture humane.
A la Conf6rence des Republiques Amnricaines. qui se
r6unira A Bogota en mars 1948, sera discut6 un project
de Declaration des Droits et Devoirs Internationaux de
l'Homme, don't je parlerai plus tard en detail.
Haiti ne pent refuser de s'y associer sans renoncer a
sa quality de nation civilis6e.









I


-20 -











26 novembre 1946.

- LE SYSTEM INTERAMERICAIN


Mes interventions A l'etranger pour la defense des in-
tur&ts du people haitien oi pour la protection des droits
de l'honune en general ont eu une fortune singuliere.
Tandis qu'A l'extfrieur elles attiraient a mon pays des
sympathies ardentes et loyales, en Haiti elles provo-
quaient centre ma personnel des attaques acrimonieuses.
En prdsentant mes lettres de cr6ance a M. Millerand
le 11 avril 1921 come minisjre plenipotentiaire a Paris,
je vantai notre culture francaise qui donne a notre pays
sa physionomie original au milieu des r6publiques amn-
ricaines et qui constitute l'un des 616ments les plus pr&-
cieux de notre patrimoine national. La press franchise
fit le plus enthousiaste accueil a mes paroles, et cela faci-
lita considerablement le succes de ma mission en France.
Mais un farouche patriote haitien 6crivit dans un jour-
nal hostile que j'avais trahi les interkts d'Haiti en m'apla-
tissant aux pieds du President Millerand et en insultant
lchement la pauvre Allemagne.
En septembre 1922, a la 3 Assemblee de'la Soci6t6
des Nations, j'elevai la voix pour d6noncer la conduite
cruelle du gouvernement du Sud-Afrique a 1'6gard des
Nigres Hottentots du Bondelswartz. Cette protestation
produisit une sensation enorme dans l'assembl6e et dans
N


-21-







la press mondiale. Un Anglais, l'illustre professeur
Gilbert Murray, ecrivit, dans la revue Headway, que
mon intervention courageuse constituait la meilleure
preuve de la necessity d'une ligue des nations pour la
defense des droits de I'Honiine. Paul Fauchille. dans
son Trait6 de Droit International Public, tome ler. page
818 de l'edition de 1922, et Georges Scelle. dans son
Precis du Droit des Gens. page 181 de 1'edition de 1932.
y virent I'affirmation decisive du droit de control de la
Socidtk des Nations sur I'administration des territoires
sous mandate. Mais, en Haiti. un farouche patriote me
pourfendit de sa plume indignee en m'accusant de tra-
hison pour avoir pris la defense de ces miserables negres
du Bondelswartz.
A Lyon, au Congres de FUnion Internationale des
Associations pour la Societe des Nations, en juillet 1924.
je presentai une protestation contre le maintien de l'occu-
pation ainmricaine d'Haiti. Suivant le journal lyonnais.
Le Progrbs, < en des terms empreints de la plus belle cordiaflte. II
exposa le point de vue des Etats-Unis et renouvela l'assu-
rance que son pays ferait tout pour hiter 1'evacuation
d'Haiti. II fut. conime le delgue haitien. salue par une
longue ovation, et les deux delegues se serrerent cordia-
lement la main au milieu des applaudissenents unani-
mes>>. En descendant de la tribune. M* Duniwav. afin de
montrer sa sympathie pour la cause que je venais de plai-
der, etait en effet venu jusqu'a mon bane et m'avait tendu
la main en signe d'amitid. A cette occasion. Le Progres
de Lyon nota: < festation de sympathie eut lieu de la part du public i


-22-








Fadresse de M. Dantes Bellegarde. d6elgu6 de Haiti, don't
le petit pays est cher aux Francais. et don't I'attitude par-
ticulierement loyale et courageuwe au course de ce con-
gres a soulex l'admiration de tous>. Mais, en Haiti,
un farouche patriote me perpa de ses fl&ches empoison-
nees en me reprochant avec horreur d'avoir accept la
main que ime tendait M. Duniwavy au lien de lui cracher
au visage. Un autre patriot. tout aussi farouche. ecrivit
contre mioi une longue brochure pour demontrer que les
Aminrieains avaient bien raison d'occuper le territoire
haitien et de diriger les affaires du pays.
En septembre ]930, je prononiai a la tribune de la
Society des Nations. a Gene \e, un discourse qui cut un
grand retenlissement en Europe et en AmIrique. En
apportant m1on adhesion au project des < rope> de M. Aristide Briand. j'osai dire ce que devraient
&tre les relatiorts des Etats-Unis d'Amirique avec 1'Ane-
rique latine pour que 1'Union Panaimricaine soit 6tablie
sur le fondement solide de 1'amiti6, de la solidarity, de
la justice et du respect de l'6galit6 juridique des Etats de
'h6niisphere occidental. Et je declarai que et la m6fiance continueraient d'exister parmi les r6publi-
ques amnricaines tant que durerait ]'occupation militaire
et civil te la Republique d'Haiti. injustifice en droit et
reposant sur un trait impose par la force au people hai-
tien>. Cette fois. le farouche patriote haitien delegua ses
pouvoirs au Haut-Comunissaire americain, et c'est le Ge-
neral John Russell qui se present au palais presidential
pour demander mon rappel a M. Eugene Roy.
Nommin tout de suite apr&s ninistre a Washington. o0i
M. Hoover me declara persona grata, je repris avec let


-23-









Noirs Amn ricains les relations cordiales que j'enlretenai-
avec eux depuis longtempiP. Sans me meler de leurs que-
relles politiques, je sui ais avec ymnpathie lcur lutte quo-
tidienne pour faire adiettre dai- la loi et (!an. l- liiPur-
:es regles de droit nature et de dignity humainie don't
line socie6t injuste continuait a leur refuser application.
Je nr'int6ressai a leurs ec'oles ct a leur \ ie social. Je
pris la parole a un banquet offert a Jainme, eldon John-
son a New-York. Je fis a Anacostia 'eloge de Frederick
Douglass. Cette attitude deplult Port-au-Prince. et on
me reprocha officiellemenl de ine montrer plu- Ncgre
am6ricain qu'Haitien.
Je pourrais multiplier les exnmpile de ee genre. mai-
je veux in'arr&ter au ca- Iv plu-, recent. Dan. 11ion di.--
cours adrcsse Ic 3 juin 1916 au Prieident Truman. j'a ai-
dit:
de 1'Union Panaimericaine, graice a la fraternelle politi-
que du d)on voisin>>. font tdsormai- de cette In-titntion
Regionale un boule\ ard pour ]a paix et la pro-peritd en
Amrrique et. par consequent. pour la paix et la pro-pd-
rite dans le monde enter. Une Amerique. -olidaire dan-
la paix conune dans la guerre. unit dans anti' et dan-
la justice, puissante par ses \ ;ieur- :pirituelle- et par
ses richesses matirielles, reslera un admirable example
de cooperation et d'llarmnonie. Elle -'iipo-era colne
module a l'Organisation desi Nation., Lnie-. don't elle con--
titue une fraction iinporlante et cqui. ur uni plan plu- lar-
ge. travaille au hien-etre de- pteiple- ct it l'et;hlli--cient
d'une justice gale pour

-24--








pays>, suivant la g6nereuse expression de la Charte de
l'Atlantique revenue le br6viaire de la ddniocratie>,
M. Truman r6pondit de maniere precise A cette parties
de mon discours en disant que autres nations et l'int6rkt des pays de cet hemisphere
dans le bien-ktreide chacun d'eux forment la base du
Systeme Interamericain>, qui vise a ces valeurs humaines et de ces standards de dignit. natio-
nale qui sont come des jalons indicateurs pour les re-
publiques americaines>. Et le President des Etats-Unis
exprima l'espoir que les inembres de la Communaut6 Mondiale, agissant par
l'intermidiaire de l'Organisation des Nations Unies,
aboutira, sur un plan global, a l'accomplissement des
id6aux qui forment les buts du Systeme Interamiricain>.
Cette conception 6lev6e que j'ai toujours eue et que
j'ai si souvent exposee d'une Union Panam6ricaine, ba-
see sur l'amitie et la justice, rebut l'approbation unani-
me de mes collogues de WAshington, qui d6sirent une
sincere cooperation dans tons les domaines de I'activit6
intellectuelle et 6conomique entire les Etats de cet hemis-
phere, le Canada compris, une cooperation avantageu-
se pour chacun d'eux et laissant a chacun d'eux sa pleine
autonomie et sa dignity intacte. Mais, en Haiti, un farou-
che patriot emboucha sa trompette pique et me voua
a la vindicte populaire en d6noncant cette parties de mon
discours comnne un monument honteux de platitude et
de servilit6 a 1'egard des Etats-Unis...
Dans une conference faite a la Socidt6 d'Etudes Juri-
diques de Port-au-Prince, le 23 d6cembre 1928, je disais:


-25-








darit6 politique et 6conomique qu'il nest pas en notre
pouvoir de rompre. Pourquoi cette solidarity ne devrait-
elle pas se traduire en acte par l'etablissement d'une
communaute fraternelle de nos 21 Republiques, nees
toutes sous le signe de la liberty et de la democratic? I1 v
a sans doute.l'Union Panamericaine. Elle rend des ser-
vices qu'il serait injute e d miconnaitre. Mais elle n'est
pas encore l'organisation pacificatrice et regulatrice que
nous ravons pour l'Amerique. Elle n'a encore ni l'anto-
rite ni l'ind6pendance qu'il lui faudrait pour remplir
le role d'un veritable Conseil des Nations Americaines.
pouvant parler au noni de la justice et du droit a tous
les Etats d'Amirique, grands et petits, et possedant la
force morale et inmne materielle necessaire pour faire
respecter ses decisions.>>
Depuis que ces paroles out ete dites, des progress con-
sid6rables ont Rte accomplish dans le system interameri-
cain grace en majeure parties A la poritique de < nage> de Franklin Roosevelt. Les resolutions et conven-
tions adoptees a la Conference de Montevideo de 1933.
a la Conf6rence de Buenos-Aires de 1936. i la Confe-
rence de Lima de 1938, i la Conference de Mexico de
1945, aux Reunions Consultatives des Ministres des Rela-
tions Ext6rieures de Panama en 1939, de la Havane en
1940, de Rio de Janeiro en 1942. et particulibrement I'Ac-
te de Chapultepec, ont cree entire les republiques ameri-
caines une solidarity d6mocratique qui tend i devenir une
veritable alliance pour la defense de l'integrite territo-
riale des pays de cet hemisphere et le maintien de leurs
institutions nationals.
A la Conference qui se reunira i Bogota en mars


-26-








1948 trois projects d'importance exceptionnelle seront
discutes et certainement approuv6s: 1 un project de
Pacte Organique du Systnme Interamericain base princi-
palement sur les prescriptions de l'Acte de Chapultepec;
2" un project de D6claration des Droits et Devoirs Inter-
nationaux de 1'Homme; 3" un project de D6claration des
Droits et Devoirs des Etats.
L'adoption de ces trois projects completera l'organisa-
tion de l'Union Panam6ricaine et en fera une institution
international plus democratique que I'O.N.U., car le1
droit de veto en faveur des grades puissances n'y est
pas reconnu, et les Etats qui en font parties, qu'ils soient
forts ou faibles, grands ou petits, sont places juridique-
inent sur le pied d'egalit6. Un discours come celui de
M. Molotov au sujet des petites nations ne pourrait y
ktre prononce sans soulever d'unanimes protestations.
La voix d'Haiti a le droit de s'y faire entendre en toute
independence, et la valeur de son vote depend, non de
l'etendue de son territoire, du chiffre de sa population
ou de ses richesses materielles, mais de la competence
technique, de l'autorit6 morale, de la force de caraetere
et des qualit6s de tact et de measure de ceux qui ont l'hon-
neur de la representer.


-27-











4 d6cembre 1946,


DROITS ET DEVOIRS DES ETATS


La Resolution IX de la Conference de Mexico de 1945
iconfia au Conseil de Direction de 1'Union Panamericaine
le soin de preparer, pour ktre soumnis a la 9' Conference
des R6publiques Am6ricaines qui se reunira a Bogota
en mars 1948, un project de Declaration des Droits et De-
voirs des Etats comportant les principles fondamentaux
du droit international. Cette Declaration sera attached
come annexe au Pacte Organique du Systeme Inter-
americaln.
Pr6par6 par une commission special, le project fut ap-
prouv6, le 17 juillet dernier, par le Conseil de Diiection
de 1'Union Panamericaine, qui ddcida de le transinettre
aux 21 Gouvernements de I'Amnerique afin qu'ils pussent
presenter leurs observations y relatives dans un delai
finissant le 15 octobre 1946.
J'ignore si le Gouvernement haitien a present. dans
le delai prescrit ses observations sur ce project d'impor-
tance capital. J'estime que tous les Haitiens doivent en
connaitre les ternes, parce que la vie national tout en-
tiere depend de la facon don't l'Etat d'Haiti entend exer-
cer ses droits et remplir ses obligations tels qu'ils sont
definis dans l'Acte international auquel il va participer.
Je me content pour le moment de traduire intention


-28-









de nos lecteurs les'22 articles du.projet de Declaration
Sides Droits et'Devoirs des Etats.
1. Les Etats sont juridiquement 6gaux entie eux. Ils
ont les nimmes droits et les mmnies obligations. Cette 6ga-
lit6 drive de l'existence de l'Etat come personnel du
droit international et non de la puissance qu'il peut avoir
pour se defendre ou se mlaintenir ni de son 6tendue ter-
ritoriale ou de son degr6 d'avancemeni.
2. Les droits don't jouit chaque Etat en vertu du droit
international doivent etre respects et prot6g&s par tons
les autres. Etats, puisque droit et devoir sont correlatifs
et que chaque Etat a le devoir de respecter les droits de
tous les autres Etats.
3. Les Etats Am6ricains reiterent leur adhesion aux
principles dimocratiques et rppublicains, qu'ils conside-
rent come essentiels pour la paix en Amerique.
4. La conservation de la paix basee sur la justice et
le droit est le critirium fundamental de conduite dans
les relations entire les Etats Americains. Tout Etat a droit
a une existence pacifique et sure.
5. La bonne foi, condition necessaire idu droit et de
l'6quiti, doit guider les relations des Etats entire eux et
r6gir l'interpr6tation de leurs devoirs et l'accomplisse-
ment de leurs obligations. La confiance mutuelle dans
la parole donn6e est indispensable pour une cooperation
pacifique entire les Etats.
6. Les traits doivent avoir le caractere de conven-
tions ouvertes 9t Wtre fidelement observes.
7. L'existence politique d'un nouvel Etat est ind6pen-
dante de sa reconnaissance par d'autres Etats. La recon-
unaissance, qui est inconditionnelle et irrevocable, signifie


-29-









que les Etats qui reconnaissent le novel Etat acceptent
sa personnalite avec tous les droits et toun les devoirs
prescrits par le droit international.
8. L'intervention par un ou plusieurs Etats. directe-
ment ou indirectement et pour quelque motif que ce
soit, dans les affaires internes ou externes d'un autre
Etat est inadmissible.
9. Le territoire d'un Etat est inviolable et ne peut etre
l'objet d'occupation militaire ou d'autres measures de for-
ce prises par un autre Etat, directement ou indirectement
pour quelque motif que ce soit, mnme temporairement.
Les acquisitions territoriales ou les avantages speciaux
obtenus par la force ou par d'autres moyens de coerci-
tion ne seront pas reconnus.
10. L'emploi de la force armee est condanmne et
proscrit.
11. Les measures prises par le Syseme Interamiricain
on par les Nations Unies pour le maintien de la paix et
de la sCcurite conformement aux accords internationaux.
et les nsesures qu'un Etat peut prendre dans l'exercice
de son droit natural de legitime defense eontre une atta-
que armee, ne constituent pas une violation des princi-
pes formulas dans les articles 8, 9 et 10 de la pr6sente
Declaration.
12. Tous differends qui peuvent survenir entire deux
ou plusieurs Etats Americains, quelle que soit leur na-
ture on leur origine, doivent etre exclusivement regles
par des moyens pacifiques.
13. La jurisdiction de 1'Etat dans les limits du terri-
toire national s'applique a tous ses habitants. Nationaux
3
-30-









et strangers recoivent la meme protection et dolvent Agale
obbissance aux lois et aux authorities nationals.
14. Le but de l'Etat est le complete developpement de
l'bomme au sein de la societY. Les interets de la commu-
naut6 doivent s'harmoniser avec ceux de l'individu.
L'Homme d'Anmrique ne peut concevoir I'existence sans
la justice. II ne peut non plus concevoir l'existence sans
la liberty.
15. C'est le devoir et l'obligation de chaque Etat de
respecter et de promouvoir les droits etlibertis formulas
dans la Declaration des Droits et Devoirs Internationaux
de l'Homme, sans distinction de race, de sexe, de langue
ou de religion.
16. Afin de favoriser le developpement de la ddmno-
cratie et en vue d'assurer le progrbs economique, social
et cultural, chaque Etat a pour devoir d'amliorer la
sante publique, de travailler a 1'elNvation du niveau de
vie. de combattre le ch6mage et de r6pandre largement
I'Mducation.
17. La cooperation economique est essentielle a la
prospirite commune des peuples de l'Amerique. Le be-
soin, au sein de l'un d'eux, sous la forme de la pauvreti,
de la malnutrition ou de la maladie, affected chacun de
ces peuples et par consequent tous ensemble.
18. Les Etats Americains proclament le principle de
l'galite d'accs au commerce international et aux ma-
tibres premieres du monde come aux products qui sont
necessaires pour leurs industries et leur developpelment
commercial. Afin d'atteindre ces buts, les' Etats Ameri-
cains reconnaissent le devoir de coop6rer entire eux pour
privenir ou carter les discrimination injustes; pour r6-


-31-








duire les barrieres pr6judiciables an commerce interna-
tional; pour empecher les pratiques qui entravent le com-
merce international et pour supprimer les effects qui pen-
vent r6sulter du nationalism 6conolhique.
19 Les Etats Am6ricains. s4 rendant compete de F16vi-
dente efficacit6 des changes de vues amicaux. speciale-
ment par la procedure de consultation. peuvent soumet-
tre a la consideration des Gouvernements Americains tou-
te proposition on toute situation a l'examen on a la solu-
tion de laquelle les dits Etats ont un inter&t conmnun.
20. Les Etats Americains renouvellent leur adhesion
a la politique du >. qui exprime'une.aspira-
tion commune a toutes les nations de 1'Amerique. Ils
considerent cette politique coinme la regle qni doit rtgir
leurs communes relations.
21. Les Etats Americains. reconnaissant pleinement les
facieurs geographiques et historiques auxquels le mou-
vement panamericain doit son origine. r6affirment leur
foi dans le principle de la solidarity continental et pro-
clament leur inalt6rable loyaute an Systeme Interame-
ricain. Et, en consequence, ils rempliront de bonne foi
toutes leurs obligations commune membres de ce Systeme.
22. Les Etats Americains, en renouvelant leur inten-
tion de fortifier la solidarity continental. proclament
aussi leur determination de se conduire come membres
de la Communaut6 Mondiale. Et, en consequence. ils
rempliront de bonne foi toutes leurs obligations come
meubres de 1'Organisme Mondial.
Chacun de ces 22 articles meriterait un commentaire
d6taill6. Je veux simplement aujourd'hui attirer Fatten-
tion de nos lecteurs sur article 14 qui d6finit le r6le de

-32 -



,i









1'Etat par rapport a l'individu dans la socikt6 et les ar-
ticles 15, 16 et 17 qui determinent de manibre precise sa
function 6conomique et social.
Cela nous amiene a' examiner le project de Declaration
des Droits et Devoirs Internationaux de l'Homme, qui
sera 6galement soumis a la 9" Conference des Republi-
ques Amiricaines.


-33-












'10 dicembre 1946.


DROITS ET DEVOIRS INTERNATIONAUX
DE L'HOMME


Au Colonel Levelt, qui dirigea avec une si parfaite cor-
rection pendant la periode revolutionnaire le minister
des Relations Exterieures, j'ecriyis, le ler muai 1946. com-
me ambassadeur k Washington. une lettre personnelle
don't j'extrais le passage suivant:
Je savais et votre communication' tdelphonique
de cet apres-midi me 1'a confirmei l'importance extre-
me que vous attachez a la question de l'encre inddlebile.
L'emploi de cette encre serait lull des meilleurs moyens
d'assurer la loyaute des elections 'du 12 'nai, puisque
1'inconscience on l'immnoralite d'une large fraction du
corps electoral commande de telles precautions... Il est
triste que nous ayons i recourir A de pareils proced6s
pour assurer la sincerity des elections, quand des ques-
tions d'une si haute portee national et international
devraient dominer la pensee des candidates et leur inspi-
rer un plus grand respect de la morale publique. A ce
propos, j'attire votre attention sur le project de Declara-
tion des Droits et Devoirs Internationaux de l'Honune
que je vous envoie par la valise diplomatique d'aujour-
d'hui. Ce project devrait etre traduit et distribu aux

-34-









journaux en vue de I'dlaboration de la nouvelle Cons-
titution.>>
Conformnment aux R6solution IX et XL'de la Confi-
rence de Mexico de f6vrier-mars 1945, le Coinit6 Juridi-
que Interamericain fut charge de preparer ce project de
Declaration, qui constitute, tel qu'il -a 6t6 approuv6 par
le Conseil de Direction de l'Union Pananiiricaine, l'une
des tentatives les plus serieuses entreprises dans le mon-
de pour assurer la protection international des droits'
essentiels de l'homme. II comporte 21 articles relatifs:
au droit A la vie; A la liberty individuelle; A la liber.t
de parole et d'expressioni; A la liberty des cultes; A la
liberty de reunion; A la ibert6 d'association; au droit
d'adresser des petitions an gouvernement; au droit de
propri6td; au droit pour chaque personnel d'avoir une
nationality; A la liberty des relations de famille; A la pro-
tection de l'individu contre toute arrestation arbitraire;
au droit A un jugement impartial; au droit de participer
aux elections politiques; au droit au travail; au droit de
partager les benefices de la science; an droit a la s6curite
social; au droit a l'6ducation; au droit Ai 1'galit6 devant
la loi; aux droits et devoirs correlatifs de l'hoinnne en ro-
ci6te; a l'obligation pour chacun des Etats Americains
d'introduire ces principles dans sa propre legislation; au
cas de violation de ces droits au detriment d'un resident
stranger. *
Une simple 6numeration de ces articles ne suffit pas
pour en faire connaitre la port6e. Je les traduis 'ici du
texte anglais, le plus litteralement possible, afin que le
lecteur puisse se rendre compete des obligations que 'Etat
d'Haiti. en r atifiant la Declaration des Droits et Devoirs


-35-









Internationaux de 1'Homme, va s'engager a remplir en-
vers ses riationaux en vue de faire de la communaut6
haitienne une veritable soci6et d6mocratique pourvue
d'un gouvernement r6ellement democratique.
1. Toute personnel a droit a la vie. Ce droit s:'tend
au droit i la vie des le moment de la conception; an droit
a la vie pour les incurables, les d6biles mentaux et les
fous. II comprend le droit a assistance et i l'entretien
pour ceux qui sont incapables de subvenir i leurs besoins
par leurs propres efforts. Et il implique le devoir pour
l'Etat de veiller a ce qu'une pareille assistance soit ren-
due efficace. Le droit a la vie ne peut ktre denied par 1'Etat
que dans le cas de condemnation pour crimes de la plus
grande gravity, auxquels est attache la peine de mort.
2. Toute personnel a droit i la liberty individuelle.
Le droit i la liberty individuelle comporte le droit d'aller
et de venir d'un point a l'autre du territoire de l'Etat.
et le droit de quitter 1'Etat lui-mnme. II comprend aussi
la liberty d'6tablir sa residence dans n'importe quelle par-
tie du territoire, cette faculty n'6tant soumise qu'aux res-
trictions imposes par la legislation general en ce qui
concern l'ordre public et la security de l'Etat. Le droit
A la liberty individuelle inclut l'inviolabilite du domicile
de-'1individu et de sa correspondence personnelle. L'Etat
ne peut restreindre le droit a la liberty individuelle que
dans la measure necessaire pour la protection de la sant6
publique, pour la security, la sauvegarde des mceurs et du
bien public, en accord avec les prescriptions subs6quentes
de cette D6claration.
Le droit de l'Etat'de faire 'appel aux services de 1'indi-
vidu en cas de danger public ou pour repondre aux be-


-36-








soins de la defense national ne dolt pas etre consider
come une limitation de la liberty personnelle mais com-
me une restriction temporaire ayant seulement effet tant
que dure ce cas de necessit6 national. Aucune personnel
ne peut etre emprisonnee ou tenue en servitude en con-
sequence d'une simple rupture de ses obligations con-
tractuelles.
3. Toute personnel a droit A 'la liberty de parole et
d'expression. Ce droit comporte la liberty de se former
des opinions, de les soutenir, de les exprimer en priv6
come en public et de les publier dans la forme ecrite
ou imprimee. Le droit a la liberty de parole et d'expres-
sion s'6tend a l'usage de tons moyens de communication
appropri6s: services publics des postes, du tdl6graphe,
du telephone et de la radio; arts graphiques, theatre,
cinema, et autres agencies de dissemination des idees. Le
droit a la liberty de parole et d'expression, inclut la liberty
d'acces aux sources d'information tant int6rieures
qu'etrangeres. II comprend le droit special et hautement
priviligi6 a la liberty de la press. Les seules limitations,
que l'Etat pett imposer A cette liberty sont celles pres-
crites par la legislation g6n6rale pour la protection de la
paix publique centre des attaques calomnieuses ou diffa-
matoires A l'gard d'autrui, contre des publications ou des
discours indcents, centre des discours ou publications
tendant directement a provoquer la violence parmi le
people.
La censure de la press est prohibee, qu'elle s'exerce
par. des moyens directs ou indirect; et toutes limitations
imposees dans l'interkt de l'ordre public ne peuvent s'ap-
pliquer subs6quemment qu'a l1 publication de ila matiere


-37-








d6crite dans la loi conune nuisible. La censure du cine-
Sma pent se faire avant la presentation au public, en te-
nant compete de la forne particuliere de cette publication
ct de la necessity de soustraire le public a la contempla-
tion de scenes choquantes pour la morale. L'Etat ne
peut pas se riserver le monopole des emissions radiopho-
niques de facon a denier aux individus l'occasion d'expri-
mer librement leurs opinions par ce moyen de communi-
cation.
4. Toute personnel a droit ,a la liberty religieuse et a
la libre pratique de son culte. Ce droit comporte la
liberty du culte en public aussi bien qu'en prive, par
groups aussi bien qu'individuellement; la liberty de
maintenir des eglises et autres lieux consacres an culte
public et de s'y assembler librement: la liberty pour les
parents d'dlever leurs enfants dans la pratique de leur
,propre religion; la liberty de la propaganda religieuse
par la parole on par les ecrits. Les seules restrictions
que l'Etat pent mettre a l'exercice du culte sont cells
qui sont requises pour hi sauvegarde de la -ante publi-
que, de la s6curite et des bones nieurs. De tells restric-
tions doivent ktre faites en conformity avec la loi et appli-
quees sans discrimination.
Une distinction doit etre faite entre les activities stric-
tement religieuses et d'autres acti\iteI de caractere eco-
nomique ou financier associees a l'entretien d'un culte
religieux mais n'en formant pas une parties essentielle.
Ces activists de caractere 6conoiique on financier peu-
vent &tre reglement6es par 1'Etat en accord avec les lois
generales qui regissent de telles activists.


-38-








5. Toute personnel a le droit de se r6unir paisiblement
avec d'autres personnel en vue d'6changer des idies sur
des questions d'inter6t commun. L'Etat a le devoir de
permettre l'usage des lieux publics pour des reunions g6-
n6rales. II a le droit d'etre informed des reunions qui doi-
vent se faire dans les lieux publics, de designer les en-
droits convenables pour ces reunions et d'imposer des
conditions pour l'usage des dits endroits dans 1'int6ret
de l'ordre et de la sfiret6 publics. De semblables condi-
tions peuvent etre iimpo'ses aux reunions dans les lieux
publics ou dans des immeubles priv6s. Mais les condi-
tions imposees par l'Etat pour ]a tenue deg reunions pu-
bliques ne doivent pas etre de telle nature qu'elles met-
tent obstacle a l'exprcice min&e de ce droit. Aucune con-
dition n'est requise pour la reunion de petits groups de
personnel en public ou dans des endroits priv6s. Le droit
de reunion implique celui d'organiser des d6fil6s publics.
sujets aux nmmes restrictions que celles qui sont impo-
sdes aux reunions publiques.
6. Toute personnel a le droit de s'associer avec d'autres
personnel pour la protection et la defense d'int6rkts legi-
times. L'Etat a le droit d'adopter des rigles pour diriger
les activities des associations, pourvu que ces regles soient
appliques sans discrimination contre un group particu-
lier et pourvu qu'elles ne transgressent pas le droit d'asso-
ciation lui-meme.
7. Toute personnel a le droit, soit par action indivi-
duelle, soit en union avec d'autres personnel, d'adresser
des petitions au gouvernement pour redressement d'abus
ou pour toute autre matibre d'int6ert public ou prive.
La publication de telles petitions ne pourra donner lieu,


-39-







direetement ou indirecternmnt, i aucune action penale
contre le ou les petitiopnaires.
8. Toute personnel a le droit d'acquirir la propriety.
L'Etat a le devoir de contribuer a permettre a l'individu
d'acquerir un minimum de propriiet priv6e en propor-
tion des besoins essentiels d'une vie decente. visant au
maintiende la dignity humaine et, a la saintete de la vie
domestique. L'Etat peut fixer par' tles lois g6enrales des
limitations an droit d'acquisition de la proprite. en vue
de sauvegarder la justice social et de proteger l'interkt
common de la socite6.
Le droit de propriet6 priv6e Ciomporte celui de dispo-
ser librement de sa propri.t6, ce droit de disposition,
6tant toutefois sujet aux limitations imnposees par 1'Etat
dans I'int6ret de conserve lie patriioine familial. Le
droit'de propriet6 privee estsujet au droit de 1'Etat d'ex-
proprier pour cause d'utilit6 publique, une just com-
pensation devant ktre accordee au proprietaire.
9. Toute personnel a droit a une nationality. Aucun
Etat ne peut refuser d'accorder sa nationalist ai des per-
sonnes nees sur son territoire de parents qui sejournent
lgitimement dans le pays. Aucune personnel ne peut
6tre privee de sa nationality de naissance a moins qu'elle
n'acquiere de son libre choix une autre nationality. Toute
personnel a le droit de renoncer a sa nationality de nais-
sance ou a une nationality qu'elle avaft ant6rieurement
acquise en acquerant la nationality d'un autre Etat.
10. Toute personnel a le droit d'etre libre de toute
intervention dans ses relations de famille. C'est le devoir
de 1'Etat de respecter et de prot6ger les droits recipro-
ques du maria et de la femme dans leurs relations mu-


-40-








tuelles. Les parents ont un droit primordial de contr6le
sur leurs enfants pendant la minority de ceux-ci et c'est
leur devoir essential de les lever et de les entretenir.
L'Etat a pour devoir d'aider les parents a maintenir,
dans le foyer familial-des conditions de bien-ktre appro-
prides-pour leurs enfants et d'encourager le plus possi-
ble l'acqiiisition de maisons individuelles afin d'assurer
les meilleures relations de famille. L'Etat ne pent res-
treindre le contr6le des parents sur leurs enfants que
dans les cas oiu ces parents sont incapables de remplir
leurs devoirs envers leurs enfants'ou font reellement d6-
faut A leurs obligations. En cas de necessity, l'Etat doit
lui-mnme pourvoir A la protection et A l'entretien des
enfants.

*

17 d6cembre 1946.

11. Toute personnel accusee de crime ne peut etre ar-
ratee que sur mandate dfiment 6mis en accord avec la loi,
a moins que la personnel ne soit prise en flagrant delit.
Elle a droit a un jugement rapide et a un traitement con-
venable pendant le temps qu'elle est en 6tat d'arrkt.
12. Toute personnel accusee de crime droit i un pro-
ces loyal et public, a la confrontation avec des tnmoins,
a un jugement par des tribunaux etablis, et conform6-
ment a 'la loi en vigueur au moment ofi l'acte criminal
a -te perp6tre. Aucune amende he pent etre impose
qu'en conformity avec les lois generales, et toute punition
cruelle ou exceptionnelle est prohib6e.


-41-








13. Toute personnel, national d'un Etat, a droit de
participer a 1'election des fonctionnaires legislatifs et
executifs du gouvernement, confornmment aux prescrip-
tions de la constitution national. L'exercice pratique
de ce droit peut, toutefois, etre conditionne par le devoir
de la personnel de montrer qu'elle est capable de com-
prendre les principles sur lesquels la constitution est ba-
see. La constitution de 1'Etat pourvoira a la formation
d'un gouvernement du people par le people et pour le
people.
Le droit de vote iniplique celui de constituer des parties
politiques.
II ne sera denied i aucune personnel le droit d'occuper
des functions publiques, on d'etre nommnie a des emploii
de l'Etat don't elle est un national, pour motif de race.
de religion, de sexe on de toute autre discrimination ar-
bitraire. L'administration des services publics de 'Etat.
en ce qui concern les nominations, terms et conditions
de service, doit etre exempte de toute faveur ou discri-
mination.
14. Toute personnel a droit au travail come un mo-
yen de s'entretenir et de contribuer a 'entretien de sa
famille. Ce droit comporte celui de choisir librement une
profession (ou m6tier) autant que le permettent les occa-
sions d'emploi. Il implique 6galement celui de quitter
un emploi pour en prendre un autre et de changer de
lieu de travail. Associe au droit de travailler est celui de
former des unions ou syndicate ouvriers et profkssionnels.
Toute personnel a le devoir de travailler comme uine
contribution au bien-6tre general de l'Etat.
L'Etat a le devoir d'assister 1'individu dans l'exercice


-42-








par celui-ci de son droit de travailler quand les propres
efforts de l'individu ne lui permettent pas de se procu,
rer du travail. L'Etat doit faire tout effort pour assurer
la stability de 1'emploi et etablir des conditions conve-
nables de travail. II doit fixer des standards minimum
de just compensation. L'Etat a le droit, en temps'd'extr&-
me n6cessit6, de faire appel aux services de l'individu
dans les cas ofi de tels services sont n6cessaires pour re-
pondre a un besoin public urgent.
15. Toute personnel a droit de participer -aux avan-
tages resultant des decouvertes et inventions de la science,
a des conditions qui permettent une just retribution du
labeur et de I'habilete des auteurs de la dIcouyerte ou
de 1'invention. L'Etat a le devoir d'encourager le d6ve-
loppement des arts et des sciences, mais il doit veiller
A ce que les lois pour la protection des marques de fa-
brique, brevets d'invention et droits d'auteur ne servent
a l'6tablissement de monopoles qui pourraient emppcher
la gne6ralite des individus de jouir des benefices de la
science. Cest le devoir de l'Etat de prot6ger le citoyen
S centre l'usage 'des d6couvertes scientifiques quand cet
usage est susceptible de provoquer la crainte et l'inqui&-
tude dans le people.
16. Toute personnel a droit a la security social. L'Etat
a le devoir d'assister toutes personnel a obtenir la secu-
rit6 social. A cette fin, 1'Etat doit favoriser les measures
propres a sauvegarder la sante publique. II doit -6tablir
des systems d'assurances sociales et des agencies de co-
operation social pat lesquels chaque individu peut ktre
assure d'un niveau de vie convenable et trouver protec-


-43-








tion contre les eventualites du ch6mage, de 'accident. de
1'incapacit6 de'travail, de la maladie et de la vieillesse.
Toute personnel, selon son pouvoir, a le devoir de
coop6rer avec 1'Etat au maintien et a l'application des
measures prises pour promouvoir sa propre security
social.
17. Toute personnel adroit a l'education. Le.droit des
enfants a I'dducation est supreme. L'Etat a le devoir d'as-
sister 1'individu dans l'exercice par celui-ci de son droit
A 1'dducation, en accord avec les resources de 1'Etat. Les
benefices de l'dducation doivent ktre ouverts a tous d'une
maniere gale suivant les aptitudes naturelles de chaque
personnel, et son d6sir de tirer parti des facilities offertes.
L'Etat a le droit de fixer des regles ginerales auxquel-
les les ktablissements d'dducation doivent se conformer.
pourvu que ces rbgles soient en accord avec d'autres
droits fondamentaux et soient les mmes pour les 6coles
publiques come pour les ecoles privees.
Le droit A l'6ducation implique le droit d'enseigner.
lequel est soumis aux mnmes restrictions que le droit a
I'education.
18. Toutes les personnel sont egules deviant la loi en
ce qui regarded la jouissance de leurs droits fondamen-
taux. II n'y a de classes privilhgi6es d'aucune sorte. C'est
le devoir de 1'Etat de respecter les droits fondamentaux
de toutes les personnes vivant dans les limits de sa juri-
diction et de les prot6ger dans la jouissance de leurs droits
contre I'ing6rence d'autres personnel. Dans tous les actes
relatifs aux droits fondamentaux, I'Etat doit proceder
en strict conformity avec la loi et doit assurer a chaque
personnel l'6gale protection de la loi. Toutes restrictions


-44-










aux droits fondamentaux de l'honnne ne peuvent etre
imposes que lorsqu'elles sont requises pour le maintien
de l'ordre public. Elles doivent etre de caractere g6n6ral
et sappliquer a toutes personnel se trouvant dans une,
- mme cat6gorie.
19. Droits 'et devoirs sont correlatifs. Et le devoir
de respecter les droits des autres opere en tout temps
comme une restriction a 1'exercice arbitraire des droits.
.20. Les clauses de la present Declaration front par-
tie du droit interne de chaque Etat individual pour etre
respectees et appliquees par les autorit;s administrative
Set judiciaires de la m6rne maniere que toutes les autres
lois de l'Etat.
Les clauses de cette Declaration ne peuvent etre abro-
*gees ou modifies qu'en accord avec les terms d'une
convention iiteramericaine oh d'une convention des
Nations Unies liant entire eux les Etats Americains.
21. Dans le cas d'6trangers 'all6guant violation des
droits fondamentaux, ci-dessus. d6finis, par l'Etat dans' le-
quel ils sont residents, la plainte doit etre decidee d'abord
par les tribunaux de l'Etat lui-meme, et dans les cas oiu
un d&ni de justice est all6gu6 par l'Etat don't 1'itranger
est un ressortissant, l'affaire, a defaut d'un rgglement di-
plomatique, sera soumise a un6 Cour Internationale don't
le Statut sera inclus come une part int6grante de l'ins-
trument dans lequel la present Declaration doit etre
adopt6e.
*


En attendant d'analyser chacun des articles de la De-
claration des Droits et Devoirs Internationaux de l'Hom-


-45-









ine et de montrer dans quel esprit ils ont Rt6 rediges sui-
vant les commentaires du Comite Juridique Interamnri-
.cain, je veux retenir Pattention des lecteurs sur Fengage-
ment que vont prendre les Etats d'Amerique de conside-
rer les clauses de cette. Declaration (article 20) conune
parties integrante de leurs legislation particulieres.
Dans La Phalange du 19 novembre, j'ai essay d'etablir
la primaute du droit international sur la loi national et
cit6 les articles 26 et 28 de la nouvelle Constitution fran-
caise qui consacrent ce principle. Cette consecration posi-
tive de la suprematie du droit international sur le droit
interne de chaque Etat nest pas une nouveaute. Un
article de la Constitution des Etats-Unis dit en effet:
< faites en vertu de cefte Constitution. et tous les traits.
conclus o qui seront concluIs sons l'autorite des Etats-
Unis, seront la loi supreme du pays; et les juges seront
tenus de s'y conform'er dans.tous les Etats (de 'Union).
nonobstant tout article contraire contenu dans la Cons-
titution on dans les lois de leur Etat.>
Les prescriptions de la Declaration des Droits et De-
voirs Internationaux de 1'Honune vont done faire cpartie
intigrante> de la legislation interne d'I~H ti. Qu'arrive-
rait-il si ces droits sont violes? I1 ne suffit pas en effet
d'inserer dans notre constitution et nos lois de beaux
principles democratiques. il faut en assurer le respect et
en reprinmr lAs violations a 'interieur pour rester fiddle
a nos propres institutions nationals et a nos engagements
internationaux. car il s'agit aujourd'hui de protection
international des droits essentials de Ilhoinue dans tous
les pays d'Amerique.


-46-










J'6tudierai dans un -prochain article les moyens de
- sanction qui peuvent ktre proposes pour assurer cette
protection A I'int6rieur d'Haiti et dans 1'ensenible du Sys-
teme Interam6ricain.





























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47-












14 d6cembre 1946.


CITOYEN DES AMERIQUES


:<>: c'est le titre que nous avions
donned au Dr Leo S. Rowe. et c'est celui don't il 6tait le
plus fier, lui qui en avait uun si grand nonmbre a porter
avec honneur.
En apprenant sa fin tragique. survenue jeudi de la
semaine derniere A la suite d'un accident d'automobile,
M. Truman adressa a l'Ambassadeur Antonio Rocha de
Colombie, president du Conseil de Direction de l'Union
Panamericaine, le message suivant:
que et imprevue du Dr Rowe. Par cette mort. la cause
du Panamiricanisme perd un champion fervent et com-
p6tent. Les annees les plus actives de sa Vie longue et
singulirement utile out te6 consacrees aux affaires de
l'Am6rique latine. Directeur general de l'Union Pan-
am6ricaineApendant plus d'un quart de siecle. il a appor-
t a l'accomplissement des devoirs de sa function la riche
experience qu'il avait acquise par ses travaux anterieurs.
Fiddle, capable, actif, toujours ainiable et courtois dans
ses relations, il sera beaucoup regretted et beaucoup
pleur>>.
Il n'y a pas un mot de cet loge du Pr&sident des Etats-
Unis qui ne soit justified.


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J'eus le bonheur de connaitre le Dr Rowe en mai 1927
a Washington, oi j'avais ete envoy par la Chambre de
Commerce d'Haiti comme ,delgu6 A la 3".Conf6rence
Commercial Panamericaine. Dans un discours que je
pronoinai A cette Conference en presence de M. Hoover
alors secr6taire du commerce, j'avais expose les principles
d'une collaboration economique entire nos pays d'Am6ri-
qde dans la dignity et le respect mutuel de nos droits.
M. Rowe m'6crivit pour m'exprimer son approbation des
idWes que j'avais 6mises, et des ce moment s'6tablirent
entire lui et moi des relations cordiales que le temps ne
fit que fortifier. Chaque fois que j'allais A Washington,
que ce fit en mission officielle on a titre prive. ma pre-
miire visit 6tait pour lui. I1 me considerait lui-nime
come un ami .desinteress et ardent de l'Union Pan-
americaine. Appele en septembre 1942 A enseigner A
Howard University en quality de professeur-visiteur.
j'allai le voir a son bureau. Et quand je voulus prendre
cong6. il me retint aimablement en me print d'assister
a une reunion des chefs de service de 1'Union et d'y par-
ler des moyens pratiques d'assurer une efficace coopd-
ration universitaire entire Haiti et les Etats-Unis. Il me
demand egalement de donner dans la Salle des HWros
Americains une conference en francais. don't il choisit
lui-mime le sujet: Haiti, centre de culture frangaise en
Am6rique.
Le 4 avril de l'annde en course. je prenais siege pour
la premiere fois an Conseil Social et Economique Inter-
amiricain comme representant special d'Haiti. Aux pa-
roles de bienvenue de M. Spruille Braden, qui pr6sidait
la stance et qui voulut bien rappeler mon active collabo-


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ration a l'Union Panamericaine, je r6pondis en tachant
de mettre en relief I'importante et loyale contribution de
mon pays a I'oeuvr e e la solidarity interamericaine.
J'exprimai ma joie de retrouver a la direction general
de l'Union, toujours jeune de corps et alerte d'esprit.
homee qui, depuis vingt-six ans. avait conduit le frle
adolescent que nos 21 Republiques lui avaient confie en
1920 jusqu'i la maturity vigoureuse que son pupille a
aujourd'hui atteinte.
Ce n'est pas un compliment banal que j'entendais faire
au Dr Rowe en parlant de sa jeunesse. 11 etait jeune bien
qu'il efit ses 75 ans presque revolus. parce que. portant
en son ame un grand ideal de paix. de justice et de fra-
ternit6, il regardait toujours devant lui. vers l'avenir.
c'est-a-dire vers la r6alisation progressive de son reve.
Ceux-li sont toujours jeunes qui out foi dans 1'avenir.
et que cette foi inspire et anime dans leur activity bien-
faisante.
Quel etait done le reve du Dr Rowe? II revait d'inti-
resser tons les Etats du mionde et. en premier lieu. ceux
d'Ami rique a la le regime du droit, de la paix basee sur la justice et le
bien-ktre social et economique de l'humanitd>>. Reve im-
mense, don't il vit les contours se dessiner et la substance
se consolider dans les principles adopts par les differentes
conferences panamericaines qu'il guida de sa sfire exp6-
rience.
L'intervention d'un Etat dans les affaires interieures
ou exterieures d'un autre Etat est inadmissible. Tous les
differends de caractere international doivent ktre r6solus
par des moyens pacifiques. L'usage de la force come


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instrument de politique national est illicite. Les rela-
tions entire les Etats doivent obeir aux normes du droit
international. Le respect et l'observation fiddle des traits
constituent une regle indispensable pour le d6veloppe-
ment des relations pacifiques entire les Etats, les traits
ne pouvant etre revises que suivant accord entire les par-
ties. La collaboration pacifique entire les gouvernements
et le developpement des changes intellectuals entire les
different peuples concourent a la bonne comprehension
des problems communs. La reconstruction economique
contribute au bien-'tre national et international. La co-
operation entire les nations dans tous les domaines de
l'activite humaine est la condition n6cessaire au maintien
de la paix et le plus stir moyen de crier la prosp6rit6
pour tons les hommnes, sans distinction de race, de sexe,
de classes, de langue ou de religion.
Voila les principles de liberty individuelle, d'egalit6
racial, de fraternity humaine, de solidarity internatio-
nalM et de justice social que le pr Rowe voulut donner
come fondements a l'Union Panamnricaine. Et lorsque
ces-principes furent inis en danger dans un monde dechi-
re et ensanglante, son orgueil fut de voir l'Amerique, qui
en a assure la sainte garde, rapporter i 1'Europe entene-
bree le flambeau de civilisation chretienne que Christo-
phe Colomb avait allum6 sur ce continent dans le matin
joyeux du 12 octobre 1492.
En septembre 1945, la Pan-American Society donna au
Waldorf-Astoria de New-York un magnifique banquet en
l'honneur du Dr Rowe pour celebrer ses noces d'argent
avec l'Union Panamericaine. Aux discourse eloquents de
M. Frederick E. Hasler, president de association, de

-51-









l'Ambassadeur Julian R. Caceres du Honduras, de M.
George William McClelland, president de l'Universit6 de
Pennsylvanie, du Senateur Tom Connally, president du
Comit6 des relations extdrieures du S6nat, le Dr Rowe
repondit par ces paroles qui nmritent d'etre rappelees
ici.
<...Ces vingt-cinq dernieres annees ont ete le temoin
de profonds changements dans la situation internationa-
le du Continent amiricain. En 1.920 nous nous trouvions
au milieu d'une p6riode excessivement difficile dans les
relations interamericaines. La politique des Etats-Unis
avait provoqu6 la suspicion et mimie l'antagonisme dans
tdute 1'Amerique latine. Ce fut seuleinent apres la Con-
ference de Monteviddo de 1933, quand les Etats-Unis
eurent souscrit sans reserve a la doctrine de non-interven-
tion dans les affaires interieures de nos republiques-
sceurs, qu'une nouvelle ere de confiance et de cooperation
fut inaugur6e. Les douze anntes qui suivirent marqub-
rent une periode d'unit6 croissante de vues et de politi-
que, qui a trouv6 sa plus haute expression a la Conferen-
ce Interamericaine sur les Problemes de Guerre et de
Paix tenue A Mexico en f6vrier et mars 1945.
les R6publiques d'Amerique assument une responsabilite
complRte et collective en vue de resister a toute aggression
sur ce continent, que cette aggression provienne d'une
Puissance non-americaine ou d'un Etat americain. En
bref, les R6publiques Anmricaines se sont rendues soli-
dairement responsables du maintien de la paix et de la
security dans l'hemisphbre occidental. La pleine signifi-
cation des conclusions adopt6es a Mexico est devenue


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apparent a la Conference pour une Organisation Inter-
nationale qui s'est reunie a San-Francisco. Par Faction
unie des delegations des nations americaines, il a et6 pos-
sible non seulement d'int6grer le Systeme Panamericain
dans l'Organisation mondiale mais de preserver en mime
temps le mecanisme existant pour le maintien de la paix
et de la s6curite dans notre hemisphere.
que le Systeme Interamericain a rendu et qu'il continue
a rendrt, je dirais que c'est de demontrer que la paix a
une signification beaucoup plus profonde que celle de
representer simplement I'absence de conflict. La paix est
un concept positif, dynamique, impliquant cooperation
international et assistance mutuelle. Pour l'Organisa-
tion Mondiale qui commencera a fonctionner dans un
avenir prochain, c'est ai une lecon des. plus importantes.
Une autre lecon que l'experience des Republiques Ame-
ricaines a rendue 6vidente, c'est que tout mecanisme
cr66 pour la conservation de la paix est de peu de valeur,
i moins qu'il ne soit vivifie et son 6nergie fortifiee par la
> des masses populaires.
< qu'autrefois la haute mission qui a kt6 confine au
Nouveau-Monde. Par leur example et par l'influence de
plus en plus grande qu'elles exercent dans les affaires
mondiales, les Amnriques sont appel6es a maintenir les
plus hauts standards dans les relations internationales et
a d6montrer que par la cooperation et l'entr'aide les in-
terets de toutes les nations peuvent ktre le mieux servis.
dans les Amxriques doivent devenir universels dans leur


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application. Ainsi et ainsi seulement nous pouvons etre
assures de cette longue piriode de paix a laquelle aspi-
rent tons les peuples de la terre. Ainsi les Amnriques
paieront-elles quelque chose de leur dette de reconnais-
sance pour les nombreux bienfaits qu'elles ont recus. et
ainsi rendront-elles leur plus grand service a I'huinanite
et au progres de la civilisation.>
Le Senateur Tom Connally disait dans son discourse de
New-York que la figure iiime du Dr Rowe est si intime-
ment associde a l'Union Panainericaine que l'on he pent
visiter le magnifique palais de la 17mnie rue de Washing-
ton, dfi & la munificence d'Andrew Carnegie. sans penser
SP'homine qui reste la plus vivante expression du pan-
amnricanisme. Cela est vrai. Et ceux qui ont connu le Dr
Rowe ne pourront jamais separer dans leur pensee
1'Hoinme et 1'CEuvre.
Les paroles que je viens de citer montrent que Leo
Stanton Rowe ne fut pas seulement un citoven des Ane-
riques, come nous nous plaisions A l'appeler. mais
aussi un Citoyen de I'Hulnanite.


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24 d6cembre 1946.


CONSTITUTIONS ET MCEURS PUBLIQUES


J'ai pris soin de reproduire dans mes precedents arti-
cles les clauses de la DCclaration des Droits et Devoirs
Internationaux de l"Hoinne qui sera soumise a la Confe-
rence Interamericaine de Bogota en 1948. Ces clauses se
retrouvent presque toutes dads nos anciennes Constitu-
tions, a l'exception de celles qui repondent a des preoc-
cupations sociales que nos premiers lIgislateurs ne pou-
vaient avoir au d6but du 19' sibcle.
Depuis la proclamation de la republique par Alexandre
Petion en 1806, la forme du gouvernement d'Haiti n'a
jamais kt6 s6rieusement mise en discussion. Il y a hien
eu la reaction imperiale de Soulouque en 1849, mais elle
n'a jusqu'a present inspire i aucun de nos chefs d'Etat
le d6sir d'imiter le geste de Faustin ler. Ayant pris m.o-
dble sur la France, nous nous sommes pay le luxe de
nombreuses constitutions plus ou moins liberales. Toutes
neanmoins ont respect le principle rdpublicain.
SHaiti a adopt, dbs 1816, le systmue representatif, avec
suffrage universal et separation des pouvoirs. Elle a
chambre des diputes, senat, ministries responsables,
tous les rouages de l'organisation politique la plus
moderne. Tons les principles formulas dans la Declara-
tion des Droits de 1'homlne et du citoyen sont incorpores


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dans notre loi constitutionnelle: egalit6 civil, liberty de
pens6e, liberty de conscience, liberty de la press. liberty
de l'enseignement, gratuity de l'instruction. droit de r6u-
nion, droit d'association, droit de propriety. etc. Le le-
gislateur s'est ingenid a les entourer de toutes les garanties
d6sirables. Ces garanties ont-elles 6et efficaces?
Je ne me propose pas. bien entendu. de faire une apolo-
gie d'Haiti. Je dirai done toht de suite que Forganisa-
tion crede par la Constitution ne correspond pas entiere-
inent a la reality, les uneurs publiques n'entretenant
pas autour des principles constitutionnels une atmosphe-
re de suffisante ven6ration. Le jeu des institutions. sauf
a de rares epoques de notre histoire. n'a jamais ete aussi
parfait qu'on 'Peit desire. La machine crie. ses resorts
grincent, et les principles les pauvres principles en
sortent 6trangement defigures. Des ecrivains liaitiens,
come Armand Thoby dans Jacques Bonhomme d'Haiti.
Frederic Marcelin dans Thlmistocle Epamninondas Labas-
terre, Fernand Hibbert dans Sena. Justin Lherisson dans
Pitite-Caille, ont d(peint les droleries et aussi les tri-tes-
ses qui resultent trop soument de cette disconvenance
entire les nueurs et les lois.
Que Pon n s'enipresse pas toutefois d'en inf6rer la
prcuve de notre inaptitude an self-government: ce serait
montrer qu'on connait mial l'histoire de la formation poli-
tique des peuples. La constatation que je viens de faire.
d'autres 1'ont pu faire A propos de nations plus avancees.
Ceux qui sont initi6s aux secrets de la vie publique dans
la plupart des Etats du monde considers counme demo-
cratiques savent ce qui se cache parfois derriere la fa-
cade trompeuse des institutions parlementaires.


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En invoquant ces examples, je ne pense en aucune fa-
con justifier les lourdes fautes commises, les crimes qui
ont souvent ensanglant6 la terre d'Haiti et parfois ruin
sa prosperity. Mais je prie qu'on ne rende pas responsa-
ble d'erreurs bien souvent individuelles tout le people
haitien et qu'on n'en tire pas surtout contre lui une
preuve d'inf6riorit6 fonciere. Entr6 violenunent dans la
liberty, sans experience, sans traditions, ce people a pour-
suivi et pursuit encore son dur apprentissage, car il y a
un apprentissage de la liberty. La plupart de ceux qui
auraient dfi etre ses guides ont ett de mauvais n tres> dans la pire acception du term.
D'aprEs la Constitution, le president d'Haiti est un
chef d'Etat ayant des pouvoirs moins grands que ceux
du president des Etats-Unis et plus 6tendus que ceux du
president de la r6publique francaise. En realit6, les
nmeurs publiques en ont fait un vrai monarque. Pour
s'expliquer une pareitle situation, on doit se reporter aux
origins. II fallait, au d6but, a la nation jui venait de
naitre A la vie independante un gouvernement fort, qui
pilt la proteger contre les agressions. Nos Peres sentaient
autour d'eux une telle hostility qu'ils craignaient a tout
instant de la France on des autres Etats esclavagistes
d'Amirique une tentative toujours possible de rdasser-
vissement. Pour ce motif, le pouvoir ne pouvait etre con-
fid qu'aux militaires: ils le garderent.
Presque tous nos chefs d'Etat ont 6t6 des g6neraux
on se sont affubl6s du titre de general pour se donner du
prestige aux yeux du people. Ne trouvant aucun contre-
poids dans la masse de la nation ddpourvue de toute 6du-
cation politique et s'appuyant sur les baionnettes d'une


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armie devenue mercenaire, la puissance gouvernemen-
tale disons mieux, la puissance personnelle du chef
du pouvoir executif se developpa aux d6pens du rest
jusqu'a se croire et a devenir vraiment 'unique organe
de la vie national. C'est ce que la Constitution de 1936
a traduit dans cette formule etonnante: (Le Chef de
l'Etat est la personification de la nation. Et commne.
suivant la definition des constitutionnalistes. personnification juridique de la nation>>. I'equation posee
par la Constitution de 1936 se ratnenait a la formule de
Louis XIV: >. Ainsi. le president
d'Haiti pouvait lui-mime noinner des senateurs et des
deputes... du people, revoquer des juges a sa fantaisie.
disposer des fonds publics come il l'entendait, suppri-
mer toutes les franchises de la nation. violer les droit-
les plus sacres de 1'honiue et du citoyen inscrits dans
la charter constitutionnelle...
Notre experience de plus d'un siecle nous montre bien
qu'il ne suffit pas, pour assurer la protection interieure
des droits de I'honune. d'inscrire dans la Constitution les
plus beaux principles democratiques. II faut que les
noeurs publiques permettent et exigent I'application de
ces principles, et que des institutions fortement etablies
en garantissent I'application impartiale. La justice est
la principal de ces institutions. Pour remplir son role.
elle reclame de ceux qui sont charges de la distribuer une
competence solid et une ind6pendance a toute epreuve.
Les atteintes aux droits de I'homme sont souvent le fait
d'individus qui ne comprennent pas que l s'arrkte la oi commence la liberty des autres>>. C'est dans
des tribunaux, ouverts a tous sans distinction, que ces


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atteintes aux droits d'autrui doivent etre jug6es: il faut
done que les tribunaux inspirent confiance a tout le mon-
de, aux demandeurs comme aux d6fendeurs.
Tres sduvent le pouvoir ex6cutif est coupable de ces
attentats A la liberty individuelle on aux autres droits
fondamentaux de l'holnne. II doit y avoir des juges pour
r6primer de tels actes. Quand le pouvoir legislatif lui-
mme abuse de ses privileges et vote des measures qui
violent la loi constitutionnelle ou des engagements inter-
nationaux, il faut que ces measures soient decretees inop6-
rantes pour cause d'inconstitutionnalite.
Il est remarquable qu'Haiti ait et, conmne le constate
le jurisconsulte amiricain George Jaffin dans Columbia
Law Review d'avril 1942. 1'un des premiers pays a recon-
naitre aux tribunaux 'le droit'de proclamer l'inconstitu-
tionnalite d'une loi. L'article 162 de la Constitution de
1843 dit en effet: pliquer une loi inconstitutionnelle. Ils n'appliqueront les
arrets et reglements g6n6raux d'administration publique
qu'autant qu'ils seront conformes aux lois.>>
Dans beaucoup de pays on s'est pr6occupd d'assurer
d'une naniere positive la protection des droits de l'hom-
me, en permettant A toute personnel les6e, on a tout cito-
yen agissant simplement an nom de l'int6r&t public de
soumettre a l'appr6ciation des institutions judiciaires une
nmesure legislative on administrative qu'il juge attenta-
toire aux principes constitutionnels. Au Mexique, par
example, on connalt l'amparo qui signifie protection. La
Colombie a apport6 une contribution important au mi-
canisme constitutionnel en instituant Faction publique
(accion public on accion popular) qui fqit du citoyen


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le champion des liberties publiques: n'importe quel cito-
yen a en effet le droit de contester devant un tribunal
la constitutionnalit6 d'une loi. La Republique de Cuba
est all6e beaucoup plus loin dans cette voie.' Dans sa
Constitution de 1940, qui est actuellenient. au point de
vue economique et social, Fune des plus avancees du
monde, elle a non seulement accord au citoven le droit
de contester la constitutionnalit6 d'une loi. mais elle a
organism, sons le nowi de Tribunal des Garanties Consti-
tutionnelles, une cour sp6ciale oh des actions de cette
nature doivent Wtre portees.

Je ne connais pas encore la nouvelle Constitution hai-
tienne. Je ne sais quel sort elle a fait aux droits essen-
tiels de 1'homme et de quelles garanties efficaces elle
les a entour6s. Mais je mets moins d'espoir dans des
textes constitutionnels que dans une transformation de
nos nmoeurs publiques pour prevenir toute atteinte a nos
libert6s fondamentales et empecher l'etablissement de
toute dictature, qu'elle soit celle d'un chef ou celle d'une
nmasse.
Le Chef de 1'Etat doit devenir, pour le people haitien.
un dans la tres noble acception du terme. Nos
Constitutions lui ont tonjours accord des pouvoirs tres
large, mime excessifs. Is sont suffisants pour lui per-
mettre d'entreprendre un programme pratique d'educa-
tion et de travail. L'autorit6 qui lui est n6cessaire pour as-
surer l'ex6cution d'un tel programmne de developpement
moral, economique et social, elle ne peut lui venir que de
son respect des principles dinocratiques, de sa fermet6
dans 1'ex6cution des lois, de son int6grite absolue qui lui


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confere le droit et lui fait le devoir de 1'exiger de ses
collaborateurs, de son amour sincere du people et de son
loyalisme envers Haiti.
De cette facon seulement, nous aurons la vraie paix
-celle du droit et de la justice.












31 dicembre 1946


VCEU POUR LE PEOPLE HAITIEN


L'activit6 .economique d'un pays doit viser avant tout
i ce que la totality de sa population dispose de movens
d'existence suffisants et que chacun y puisse satisfaire
ses besoins legitimes dans la measure correspondent a sa
situation social. C'est ce qu'expriinait le grand Pie XI
lorsqu'il ecrivait dans son encyclique Divini Redempto-
ris: constitute et atteindra sa fin alors seulement qu'il procure-
ra i tous et ih chacun de ses membres tous les biens que les
resources de la nature et de I'industrie, ainsi que For-
ganisation vraiment social de la vie economique, per-
mettent de leur procurer. Ces biens doivent etre abon-
dants pour satisfaire aux besoins d'une honnkte subsis-
tance et pour clever les homes a ce degree d'aisance et de
culture qui, pourvu qu'on en use sagenlent. ne met pas
obstacle a la vertu mais en facility au contraire singu-
librement l'exercice.>>
Or, dans un grand nombre de soci6ets humaines. et
particulibrement dans la n6tre. la majeure part e de la
population se trouve dans un des choses necessaires A l'entretien de la vie>> c'est-A-dire
en premier lieu: la nourriture. le vetement. le logement.
Et c'est la ce qu'on appelle la mis re.


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Cette misbre, nous la voyons circuler A toutes,les heu-
res du jour dans les rues de Port-au-Prince, sous la forme
de mendiants loqueteux, de portefaix en'guenilles, d'in-
firmes portant sur leur corps des places purulentes, de
petits garcons et de petites filles presque nus courant
apres les passants pour leur demander I'aum6ne d'un
< de cinq centimes.
La condition de nos travailleurs est deplorable dans
les villes come dans les campagnes. Et mnme ceux que
l'on appelle d'un ton meprisant les > forment
en majority un proletariat qui essaie de se cacher sous
les apparences d'une vie insouciante et joyeuse.
Emile de Girardin, en consid6rant des situations sem-
blables dans FEurope de 1850, s'6criait un jour: < fants abandonnes: misere! Abrutisseiment: misbre! Di-
pravation morale: misere! Crimes: misere! Revolution:
misere!>>
Conune Emile de Girardin, je dis: cause du mal qu'il faut remonter!> Des measures contre
la prostitution, contre le crime, contre les revolutions,
resteront inefficaces si nous ne nous attaquons pas a la
cause mimie quii les engendre: la misere. C'est la misere
que nous devons combattre et vaincre. Comment? Nous
touchons ici le nteud du problem.
Notre misbre, nous avions I'habitude de l'attribuer a
nos gouvernants. On dit couramment dans le people: la
misbre de Salnave, la misere de Sam, qu'on appelait le
. On renversait un gouvernement
pour supprimer la misere, et la misere devenait plus gran-
de. Evidemment, ce n'est point la la solution rationnelle.
La misere est un phenomene economique. Elle doit


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etre combattue par des moyens 6conomiques. Mais ces
moyens economiques exigent eux-memes, pour etre effi-
caces, des conditions morales et sociales qu'il faut d'abord
r6aliser.
Ceux qui sont habitues aux disciplines severes de la
mnthode experimentale apportent a l'6tude du problkme
haitien une intelligence pratique qui leur fail pr6efrer
les r6alites aux ideologies, les remedes tirds de 1'expe-
rience aux vagues ou violentes solutions proposees par
les doctrinaires. C'est pourquoi, au lieu de discuter a
perdre haleine sur la facon ideale de reformer notre
socitd6, ils ont consider la nation hai'tienne. objective-
ment, dans sa formation historique. dans son milieu phy-
sique, telle qu'elle s'est developp6e au course des annees.
avec ses tares ataviques, avec aussi ses virtualites spiri-
tuelles et ses vertus hereditaires de resistance morale.
I1 s'agit pour les Haitiens d'adopter une politique so-
dale, qui tienne compete de ces dans lesquelles, conmme le reconnait Durkheim. s'expri-
me la civilisation>. I1 ne peut etre question ni d'un
retour aux traditions africaines, qui garden encore cer-
tains peuples de 1'Afrique dans un lamentable 6tat de pri-
mitivite, ni d'un saut brusque dans l'anarchie et la vio-
lence, coinue le prechent les demagogues. Ce qui pent
etre obtenu par des moyens simples et humans. c'est la
transformation de notre pays grace a un oajustement de
la r6alit4 halitienne i des fins superieures de morality> .
Et nous n'arriverons a un tel resultat qu'en agissant sur
1'Haitien lui-meme. c'est-a-dire sur son corps et sur son
iame.
L'honime est but et inoyen de tout 1'effort social. II ect


-64-









l'agent essential de la prodAction et constitute le pivot de
tout le movement 6conomique. Dans les programmes
que des constructeurs de cites idWales proposent a notre
admiration, bien souvent ce facteur primordial l'hom-
me est oubli6. Ou bien, dans ces beaux plans de reno-
vation social, il n'est question que d'un etre th6orique,
sans visage et sans Ame, d'une sorte d'entit6 metaphysi-
que, au lieu d'une creature de chair et de sang, ayant des
besoins, des app6tits, des passions, des aspirations, diff6-
rentes suivant les temps et les lieux. ,
C'est une justice A rendre A l'Etat d'Haiti: il reconnut.
dbs le d6but, que son r6le essential 6tait l'6levation de
1'homme par l'6ducation et par le travail. Comprenant
que l'un des principles fondamentaux de la d6mocratie
reside dans l'dgalite devant I'education, il decrrta non
seulement l'obligation de 'instruction primaire mais la
gratuity de l'enseignement public A tons les degrees. II
voulut aussi assurer l'egalite devant le travail. C'est pour-
quoi la Constitution de 1805 de Dessalines prescrivit en
son article 11 que tout citoyen doit poss6der un art
mecanique>, c'est-a-dire un metier, tandis que, dans ses
articles 21 et 22, elle teclarait que le premier, le plus noble et le plus utile de tous les arts,
sera honor6e et protgie>> et que source de la prosp6rite des Etats, ne voulant et ne con-
naissant point d'entraves, doit etre favoris6 et speciale-
ment prot6g6.>>
De ces principles d6coulait un programme pratique, qui
pent etre formula de la maniere suivante:
1. Elevation du niveau moral, intellectual et religieux
du people haitien par la plus large diffusion de l'dduca-


-65-









tion, particulibrement de l'instruction primaire et pro-
fessionnelle, agricole dans les campagnes, industrielle
dans les villes.
2. D6veloppement 6conomique et commercial d'Haiti
par l'6tablissement de conditions propres a augmenter la
productivity du travail, a faciliter la circulation des ri-
chesses a l'int6rieur du pays, a garantir le placement
avantageux des products haitiens sur les marches
strangers.
3. Juste distribution des profits entire tous ceux qui
concourent a la production national par une equitable
r6mun6ration des services du travail et du capital.
4. Repartition des charges fiscales sur toutes les classes
de la population, proportionnellement a la capacity con-
tributive de chaque resident du pays.
Voila des problems, don't nos gouvernements n'ont
pas poursuivi l'exicution avec methode et continuity.
Personne ne peut avoir la pr6tention de les resoudre
tout seul. Leur examen r6clame la collaboration de tous
ceux qui, avec patience, avec conscience, avec sympathie.
cherchent a d6terminer les conditions du bien-etre moral.
social et materiel du people hai'ten.
Que ohacun apporte ici les resultats de son experience
on de ses etudes. Que chacun agisse, dans la measure on
l'initiative privee, sovs la forme individuelle ou la forme
de association, pent utilement s'exercer. La grosse part
de la besogne revient au Gouvernement a cause des mo-
yens puissants don't il dispose: qu'il se consacre a sa tIiche.
La politique social, dans l'acception la plus large du
mot, doit remplacer la politique tout court.
Notre vceu pour Haiti, en ce 31 d&cembre 1946, c'est


-66-









que, par la pratique sincere et loyale d'une politique so-
ciale bien comprise, nos femmes et homes du people
mangent a leur faim et trouvent toujours avec abondan-
ce une nourriture substantielle; qu'ils s'habillent avec
decence et proprete; qu'ils habitent des maisons saines
et confortables; que leur esprit s'6leve en mmne temps
que leur standard de vie; qu'ils se liberent des supersti-
tions d6gradantes qui les retiennent dans la misere et
l'ignorance;'qu'ils apprennent A se constituer des famil-
les r6gulieres par le marriage religieux; que 1'aisance soit
dans tons les foyers; que chacun puisse vivre commod&-
ment et confortablement de son travail, de sa profession,
de son art, de son activity laborieuse sous quelque forme
qu'elle se manifeste; qu'Haiti soit heureuse dans la paix
des esprits et des coeurs; qu'ayant la force que donne
l'union, elle collabore avec les autres nations A 6tablir
dans le monde la justice universelle.
Haiti ne peut s'isoler du reste de 1'univers, ni se cons-
tituer en autarcie 6conomique ou spirituelle. Elle fait
parties de ra communaute international et de cette pa-
trie sup6rieure qui s'appelle la Chretiente. Sa grande
ambition doit ktre en s'organisant en une society pai-
sible, ordonnee, heureuse d'elever son people tout
entier a un si haut niveau moral, spiritual et economi-
que que la nation haltienne devienne une elite dans
l'humanit,.


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8 janvier 1947


.- DEMOCRATIC PRATIQUE


Ceux des Haitiens qui ont soigneusement ktudie le
problbme economique d'Haiti et qui ne s'egarent pas
dans les reveries ideologiques croient au progres de notre
democratic par I'application de meithodes tres simple.
adapties aux conditions morales et materielles du people.
Une commission, nommee en janvier 1912 par le Presi-
dent Leconte, soumit au Gouvernement un plan qui s ins-
pirait, comme elle disait elle-meme dans son rapport,
campagnes une organisation plus just et plus humaine
que celle qui a fait trop longtemps d'elles les serves des
villes>. La commission n'etait pas compose de theori-
ciens, mais d'6ducateurs, de planteurs, d'agronomes. d'in-
genieurs: Camille Bruno, Auguste Bonamy, Frederic
Doret, A. G. Boco, St-Martin Canal. Chavineau Durocher.
Louis Prophete, A. Daumec, Charles Dehoux. Emile Nau.
Elle demandait de < encore si miserable des populations paysannes. de modi-
fier certaines fagons regrettables qu'elles out de sentir. de
penser et de croire, en introduisant parmi elles la prati-
que de certaines institutions liberales. une direction plus
morale et plus intelligence de leurs travaux, une police
plus soucieuse de la strict execution des lois et de la


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protection des personnel, toutes choses capable, avec
colee et I'6glise, de former en elles une vie nouvelle et
une nouvelle mentality> .
Je n'acceptai le minister de agriculture en juillet
1918 que pour ex6cuter ce plan pratique de r6forme
rurale, d'6ducation paysanne et d'organisation agricole;:
j'ai montr6 dans mon livre Pour une Ha'iti heureuse
(2eme volume, page 52) a quelle resistance farouche se
heurterent mes efforts.
La premiere des methods de reg6ndration national
consiste a sauvegarder la sant6 physique de la population.
Je reconnais ici en toute impartiality que l'une des meil-
leures oeuvres entreprises en Haiti par les Am6ricains a
ete l'organisation du Service d'Hygiene Publique.
Ant6rieurement A 1918, il y avait dans nos principles
villes de nombreux midecins competents qui pouvaient
prendre soin des malades. Quelques-uns d'entre eux
avaient des cliniques priv6es ou apportaient genereuse-
ment leur concours a des hospices particuliers (Hospice
St-Francois de Sales, Hospice Saint-Vincent de Paul, Asile
Francais, a Port-au Prince; Hospice Justinien, au Cap-
Ha'itien, etc.) oh les indigents 6taient recus et soignes
gratuitement. Mais ces m6decins, malgr6 leur devoue-
ment, ne suffisaient pas A la tiche, et le gros de la popu-
lation, surtout dans la camppgne, 6tait abandonni aux
pratiques des rebouteux, medicastres, <
de tout acabit qui, pour mieux exploiter la cr6dulite de
leurs clients ignorants, s'entouraient d'une sorte de pres-
tigp myst6rieux en se faisant passer pour > ou
' Un tuberculeux sortait du du houngan


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avec la conviction qu'il avait etR empoisonne par un
voisin a qui son beau jardin faisait envie. Un porteur
de avait attrape sa maladie en pidtinant un
'< qu'un rival avait depose devant sa porte pour
le punir de courtiser la mnme femme que lui. Un enfant
mine par des vers intestinaux etait, d'aprbs le bocor, en
train d'etre par un loup-garou du voisinage. Et
ainsi de suite. Ces paysans allaient de cette facon a une
mort certain et a une ruine rapide, puisqu'il leur fallait
d6penser toutes leurs economies. non a acheter des se-
mences on des outils pour la culture de leurs champs,
mais a payer au houngan de grosses redevances ou a orga-
niser des services coufteux pour se rendre favorables les
<> et les <.
I1 y aurait une interessante etude a faire sur le Vau-
dou au point de vue de ses consequences economiques et
sanitaires. La question interesse l'economiste autant que
le midecin on plus particulierement le psychiatre.
Le Directeur du Service d'Hygiene ecrivait dans son
rapport de ]928: c'est l'ignorance de la population des districts ruraux.
La oif homnnes et fenumes ne savent ni lire ni -crire.
I'hygiene publique est des plus difficiles a realiser. Pen-
dant des annies, la syphilis, la malaria et les vers intes-
tinaux ont kte de serieux obstacles au developpement
economique. Pour arriver a triompher de ces maladies.
I'importance d'un systeme de cliniques rurales dissemi-
nees dans le pays paraissait evidente. La champagne con-
tre le treponeme a eu tant de success que les loques humai-
nes qu'on voyait partout disparaissent rapidement. C'est
par l'intermediaire des cliniques rurales que nous avons


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pu introduire de la mndecine moderne chei les paysans
haltiens. II n'y a pas d'entreprise qui'ait plus fait pour
chasser la superstition et pour mettre en defavetr le
papa-loi ou docteur-sorcier.>>
Haiti est, d'une manibre generale, un pays sain. < pendant, 6crit le Dr J. C. Dorsainvil, la zone cotiere qui
fait suite a nos planes et a nos vallees est la moins salu-
bre. G6neralement tres basse, elle est envahie par la
mer qui y forme des marais salants, ou couverte par les
eaux, qui y constituent de vastes marecages. Une vege-
tation tres dense de mangliers et d'autres plants aqua-
tiques entretient iune humidity si forte que 'ardeur de
notre soleil pendant la saison seche ne parvient pas i
la d6truire. A la saison pluvieuse, surtout, les marecages
de la region se couvrent de grandes nappes verdftres
d'algues et de mousses. Ces vegitaux infirieurs ont une
vie 6ph6mbre. Ils meurent avec autant de rapidity qu'ils
naissent. Sur la pourriture que forment alors les debris
de ces algues vivent des legions de moustiques qui tour-
billonnent au-dessus des marecages. Pour des raisons
que l'hygiene n'a pas dictees, toutes nos villes impor-
tantes sont bities sur le littoral. Aussi sont-elles mal-
saines, constituent des foyers permanents de paludisme....
La zone des planes et des vall6es est hygi6niquement
plus saine que le littoral. NVanmoins, quelques-unes
d'entre elles, conqukte lente de la terre sur les lacs et
sur le littoral, sont tres plates, a peine au-dessus 'du ni-
veau de la mer. Les eaux y ont un 6coulement difficile
et tendent, surtout quand la secheresse a diminu6 le de-
bit des rivieres, a former dans le lit de ces rivibres une
suite de petites mares, sales par les dejections des ani-


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maux et par Nes ordures que les habitants eux-m&mes y
jettent parfois. Durant les grandes pluies. les routes dans
ces planes basses sont d6fonces, envahies par les eaux
des rivieres et des torrents. Elles sont ainsi, peu apres
les averses, semees de fondrieres, de mares de boue et
d'eaux croupissantes. Avec les premieres chaleurs de lete,
elles ne font alors que prolonger a l'interieur du pays le
mauvais 6tat sanitaire du littoral.>>
La malaria est done l'une des grades enemies du
people haitien, puisqu'elle est propagee par le moustique
anophble qui vit a l'etat de larve a la surface des eaux
stagnantes. nitaires effectuees dans les grandes villes, dit le rapport
du Service d'Hygibne de 1928, soient satisfaisants. la si-
tuation concernant le paludisme dans les districts ruraux
continue A ktre un grave problime. L'eradication de
cette maladie jusqu'a ce qu'elle ne puisse plus constituer
une menace serieuse au developpement economique du
pays depend de deux facteurs: I'extension des measures de
destruction des moustiques et l'usage intensif de la qui-
nine. Le premier progres se realisera aussi vite que les
plantations et les jardins pourront etre cultives, arroses
et drains come il convient, et aunsi rapidement que
la population aura ete instruite des measures prophylac-
tiques a prendre et aura les moyens de s'y conformer.
En attendant, le gouvernement pourra franchir une tape
decisive vers l'amelioration de la sante et du rendement
economique de son people, en organisant le control de
la vente de la quinine.>
Pour donner une idWe de 'importance des travaux
d'hygiene pour la sante publique et la productivity du


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travail, je citerai l'exemple du drainage des marais de
la region de Fort-Libert6 oii, d'apres le Service d'Hygie-
ne, l'indice de la malaria est tombe en 1928 de 80 i 11
pour cent come consequence de cette operation sani-
taire.
Oserai-je dire que cela me parait plus utile pour le
present et l'avenir de notre people que toutes les discus-
sions aussi vaines qu'irritantes sur la question de race et
sur la valeur relative des ideologies politiques?
Pasteur disait en 1888: aujourd'hui en lutte: une loi de sang et de mort, qui,
en imaginant de nouveaux moyens de combat, oblige les
peuples a &tre. toujours prkts pour le champ de bataille,
et une loi de paix, de travail, de salt, qui ne songe qu'a
delivrer homee des fleaux qui l'assiegent. L'une ne
cherche que les conquktes violentes; I'autre que le soula-
gement de l'humanit6. Celle-ci met une vie humaine au-.
dessus de toutes les victoires; celle-la sacrifierait des cen-
taines de mille d'existences a 1'ambition d'un seul. La-
quelle de ces lois l'emportera sur l'autre? Dieu seul le
sait. Mais ce que nous pouvons assurer, c'est que la
Science Francaise se sera efforc6e, en obeissant a la loi
d'humanite, de reculer les frontieres de la Vie.>>
Nous venons de feter avec pomBe les h6ros de l'inde-
pendance national: Dessalines, P6tion, Christophe, Gef-
frard, Clervaux, Capoix-la-Mort, Gabart et les autres. Ces
homes ont cr6~ la patrie haitienne, par la carabine et
le canon, dans le sang et l'incendid. Mais la patrie hai-
tienne n'a pas ete creee par eux une fois pour toutes,
comme une oeuvre parfaite: elle est, pour paraphraser le
mot admirable de Raymond Poincard, une creationn con-


- 73-








tinue>>. C'est une statue que le ciseau du sculpteur fait
sortir lentement du marbre: le sculpteur, c'est nous-
m6mes, c'est tout le people hai'tien. Chaque generation
doit apporter sa contribution petite ou grande au perfec-
tionnement de la patrie. Tous ceux qui ont fait un effort
utile, cr6i une oeuvre, concouru en quelque manibre que
ce soit au progress spiritual ou materiel du pays sont des
> et les de l'ind6pendance>. Car, il ne s'agit plus pour nous de
combattre par la carabine et le canon les ennemis de la
liberty. Les ennemis d'aujourd'hui du people haltien:
c'est I'ignorance, c'est la superstition, c'est la misere, c'est
la maladie. Et nous ne pouvons dlivrer le people hal-
tien des que par I'application
de la loi de paix, de travail, de salut, que le grand Pasteur.
s'inspirant de la doctrine chritienne, mef au-dessus de
toutes les ideologies inhumaines qui pr&chent la haine
des races et la guerre des classes.


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14 janvier 1947.


MCEURS PUBLIQUES
ET PRATIQUES FINANCIERES


Je prie qu'on fasse attention que ce qui va suivre est
extrait d'une etude publide dans le numero de janvier
1910 du Bulletin de la Chambre de Commerce Frangaise
de Port-au-Prince et reproduite dans mon livre Pour une
Haiti Heureuse (tome 1, page 128). Le lecteur sera en
measure, je l'espere, de compare la situation financiere
d'aujourd'hui a celle d'il y a trente-sept ans et d'appr6cier
les changements qui ont pu se produire durant cette
periode dans nos mioeurs publiques.


*

On a souvent 6crit et r6pet6 que le meilleur program-
me financier pour Haiti, c'est l'honn6tetL dans l'adminis-
tration publique et cette prudence lementaire qui con-
siste a ne pas depenser au-dela de ses resources r6elles.
De ficheuses habitudes se sont formies qui rend6nt de
plus en plus difficile l'application de ce simple program-
me de probity et d'6conomie. Les fonctionnaires des
finances, principalement ceux des douanes, ne se genent
pas pour faire > affaires. Rien ne les arrkte sir la


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pente fatale, puisqu'aucune sanction serieuse judi-
ciaire ou social ne semble etre attachee an vol pra-
tiqu6 dans ces conditions. Ce n'est pas pourtant que les
douaniers fiddles, les homes integres manquent en
Haiti; mais on ne les emploie pas toujours ou on les ecar-
te systnmatiquement. Nous avons toujours eu des fonc-
tionnaires de douane qui ont Rte des modules de probity
et de correction. On reconnaissait qu'un gouvernement
etait honnete oulnon suivant qu'il faisait appel ou non
a ces homes. Les Nird Numa, les Paul Lochard, les
Sadrac Hippolyte, les Jn-Charles Pressoir. les Jackson.
les Mexile, tes Charles Bauduy, les Rodolphe Gardere.
les Manasse St-Fort Colin, les Montilliere, les Edner Hall.
les Blanc Euzebe, les Lorquet, les Laurore Nau, les Fou-
chard Martineau, les Etienne, les Georges Regnier. les
Mathieu, les Champagne et beaucoup d'autres se sont fait
une inattaquable reputation d'integriti. I1 convent de
noter que lorsque le Chef de l'Etat et les ministres etaient
energiques et entendaient que > dans
Administration et dans les douanes, inme les agents re-
putes les plus mualhonnetes se faisaient distinguer par
leur zele: ils devenaient vertueux pour garder leurs
places.
Nous touchons ici a l'un des faits les plus important
de la vie publique haitienne et qui montre que quement Haiti n'est pas un pays sain>.
Le Temps de Paris ecrivait en 1909 a propose de 1'Espa-
gne: . en Angleterre par example, il n'y a la rien que de normal:
le pays s'est detach6 d'un group politique; une nouvelle
politique entire en vigueur; c'est 1'essence mime du rigi-


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me parlementaire; cela n'a rien de dangereux. La succes-
sion des parties au pouvoir assure, au contraire, I'Nquili-
bre qui doit.n6cessairement exister dans la politique
national entire les idWes extremes de deux parties opposes.
Mais si la politique change, I'administration subsiste:
l'une n'a pas d'influence sur 1'autre. Il n'en est pas de
meme en Espagne ni dans certain autres pays monarchi-
ques ou rdpublicains. LA, la politique est souveraine;
Administration en depend d'une facon absolue; et les
fonctionnaires ne conservent leurs functions que pour au-
tant qu'ils sont devoues au pouvoir. Les vases sont trop
communicants>>, dirait M. Briand. Les places sont dis-
tribu6es a la faveur; la faveur suscite la corruption et,
A tous les degr6s de l'6chelle social, de la hi6rarchie ad-
ministrative, les int6rets particuliers priment les int6rets
generaux. C'est ainsi que les gouvernements eux-memes
en arrivent a detruire l'idWe national qu'ils out pour
mission de defendre.>
Ces lignes semblent- avoir 6t6 6crites pour les Haitiens.
Il n'y a pas en realite, sous quelque etiquette qu'ils se
pr6sentent, de parties en Haiti, personnel ne songeant v6-
ritablement A changer les institutions et encore moins les
moeurs publiques: il y a des < tour de noms connus>>. Ce que nous appelons parti, c'est
un groupement d'individus autour d'un home, que
l'on pousse a la presidence, les uns, en petit nombre,
parce qu'ils le croient capable de raaliser quelque bien
pour le pays; les autres, beaucoup plus nombreux, parce
qu'ils attendent de lui dignit6s et argent. Chaque gou-
vernement arrive ainsi avec son monde qu'il case dans


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les situations les plus lucratives, le plus souvent sans au-
cune consideration de mdrite, de competence ou de mo-
ralit6. C'est le systeme des d6pouilles> pratique aux
Etats-Unis depuis Andrew Jackson et qui provoqua tant
d'abus qu'on dut le corriger par l'institution des clas-
sified services permettant de degager des influences po-
litiques les functions les plus essentielles pour la vie de
la nation. II serait bon que pareille regle fiMt adopt6e en
Ha"iti pour certain fonctionnaires, leur recrutement et
leur avancement devant se faire dans des conditions d'>-
galit6 et d'impartialite qui ne laissent place ni a la fa-
veur ni A I'arbitraire.
Aux vols perpetres, A certaines\epoques, ouvertement
dans l'adininistration publique. il faut ajouter les prati-
ques d6testables relatives A la confection et a l'execution
du budget. Le budget est etabli sans sinc6rite. Chaque
annee, les defenses augmentent dans des proportions
effrayantes celles concernant par.iculierement les de-
partrements de la Guerre, de l'Interieur et Police. desTra-
vaux Publics, trois formidable sangsues attaches aux
flancs du peuple'et qui pompent sans cesse son sang ap-
pauvri, au detriment de F'Instruction Publique. de I'A-
griculture, de l'Industrie et du Commerce. Ce budget
se solde regulierement en deficit. et chaque annee aussi
la liste des credits suppl6mentaires et des d6penses im-
pr6vues, le plus souvent somptuaires, s'allonge jusqu'a
d6passer le budget veritable.
Puisque, par suite du d6sordre des douanes. les ren-
tr6es sont insuffisantes, puisque les recettes percues res-
tent constamment inf6rieures aux provisions budgetaires.
nos gouvernements recourent a des expedients dange-


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reux: lemprunt on le papier-monnaie. A un gouverne-
ment emprunteur succede un gouvernement emetteur:
c'est comme une loi d'alternance. Il y en a qui cumulent.
Ces fautes accumulees ont rendu tres lourdes les char-
ges de la Republique. Voici quel etait l'6tat de la Dette
publique au 31 d&cembre 1909:

Dette Extrieirre
Emp. 1875 5 o/o $ 3.609.855
Emp. 1896 6 o/o 8.252.250
Dette Interieure
6 o/o $ 5.957.800
3 o/o 1.349.793
2 1/2 o/o 5.079.182
Flottante 1.625.000
Flottante G. 550.000
Papier-monnaie 8.368.112
Nickel 6.000.000
Billon 225.000

soit pour la dette ext6rieure: 11.862.105 dollars; pour la
dette int6rieure: 12.221.855 dollars et 15.143.112
gourdes.
Au 31 dicembre 1904, il y avait en circulation G.
2.389.194 de papier-monnaie. Au 31 mai 1908, le chif-
fre en 6tait Olev6, par de successives emissions, a
14.389.194 gourdes; on 6mettait dans le meme temps de
la monnaie de nickel pour 7.000.000 qui, ajoutis aux
225.000 de billon, portaient A 21.614.194 la circulation
fiduciaire locale. Par des retraits operas en vertu de la


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loi du 11 aofit 1903 et de celle du 20 aoft 1909. ce chiffre
se trouvait r6duit en janvier 1910 A G. 14.593.112.
Le papier-monnaie a commis en Haiti ses mefaits ordi-
naires. II a tout d'abord fait fuir A l'etranger la monnaic
m6tallique d'argent, don't le stock en 1896 etait de
4.000.000 pour tomber en 1904 A environ 1.000.000: la
circulation en est aujourd'hui inappreciable. On crut
pouvoir, par une loi du 4 mars 1904, arreter cette emi-
gration: c'6tait simplement pu6ril !
Tant que l'Etat haitien s'etait content d'une quantity
de papier-monnaie inferieure aux hesoins du public, la
monnaie d'or 6trangere avait continue A circuler dans le
pays, et lorsqu'on avait A faire des paiements I'exte-
rieur on ne payait qu'une prime legere. Mais A measure
qu'augmentait l'appetit des gouvernements emetteurs la
bonne monnaie, c'est-A-dire la <>. se
rar6fiait davantage; la depreciation du papier-monnaie
se faisait plus grande, par consequent, plus considerable
la prime sur l'or qui, de 1 o 'o au debut, connut les hau-
teurs de 900: mille gourdes haitiennes pour 100 dollars
des Etats-Unis!
Ce fut le trouble apport6 dans toutes nos relations
avec'l'6tranger. I1 n'y eut plus aucune quietude pour nos
commercanits et particulierement pour les importateurs
qui, par suite des variations brusques de la prime. se vo-
yaient exposes A des pertes tres fortes sur les stocks de
leurs marchandises, achetees en dollars. en francs on en
marks, et vendues en gourdes sur le march local. Pour
ne pas avoir A subir le grave inconvenient qui resultait
de la baisse survenant entire e le moment oh ils ont pris
des engagements et celui oi ils sont obliges de les ex6-


-80-








cuter>>, ils maintinrent leurs prix tres haut: d'oiz renchA-
rissement exorbitant du cofit de la vie pour les travail-
leurs et les petits fonctionnaires surtout don't les salaires
restaient les mnmes.
Cette situation donna lieu A des speculations effr6nees
portant sur les fluctuations probables du course du dollar,
et nous connfimes les << payables-livrables >, sorte de
marchLs a terme qui permirent A des individus sans ca-
pitaux et sans morality de se livrer sur la place A des ope-
rations v6ritablement scandaleuses. On voulut par des
measures l6gislatives r6primer cet agiotage r6voltant. Mais
ce n'est pas en attaquant les effects d'un nial qu'on le fait
disparaitre: il faut aller a la cause mine, au papier-
monnaie. De plus, ces operations sur le change qui
n'ont rien de r6pr6hensible tant qu'elles restent r6gu-
lieres ont donned naissance a une foule de maisons de
banque minuscules qui y bornent leur activity. Comnme
elles sont plus susceptibles de donner des profits, les ca-
pitaux locaux s'y emploient au lieu d'aller a l'agriculture
et a I'industrie don't les bhn6fices sont souvent al6atoires.
En ce debut de 1910, I'6tat du march n'a guere chan-
g6. II faut noter cependant une certain fixit6 dans la
prime sur 'or qui oscille legerement entire 420 et 427,
soit 520 ou 527 gourdes pour 100 dollars. Mais toute in-
quidtude n'a pas disparu: c'est par son ferme desir de
renoncer a des pratiques desastreuses et par des measures
serieuses que le gouvernement pourra ramener la con-
fiance 6branlee.
Une organisation s6evre des services administratifs;
des rouages fonctionnant sans A-coup; des imp6ts don't
le rendement est 6tabli d'avance; un budget des recettes


-81-








et des d6penses ne laissant aucune place a l'arbitraire ni
aux caprices des gouvernants; un systeme monetaire
donnant la fixite absolue aux transactions et ne laissant
aux variations des changes que les variations concomit-
tantes des diff6rents 616ments de la balance des comptes
qui doivent en r6gler le course, sans que des monnaies al-
terBes ou une circulation depreciee viennent y apporter
des modifications brusques et trouble les changes in-
ternationaux; et, par dessus tout, de l'honnatets, encore
de l'honnetete, toujours de l'honnetete: voili i quelles
conditions nous pou, ons avoir de bonnes finances et
donner pleine confiance aux capitalistes de tous les pays.


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24 janvier 1947.


POLITIQUE D'HONNETETE

Le President Ortiz de la Republique Argentine 6tait
un homme de haute valeur intellectuelle et morale. Ses
adversaires politiques les plus determines rendaient
homage a sa parfaite honorabilit6. 4Quand eclata A
Buenos-Aires en 1941 le scandalae des aerodroines>, on
ne trouva personnel pour le soupgonner d'y avoir lui-
m6me particip6. Le president argentin, que le mauvais
etat de sa sante avait oblige depuis quelques mois a pren-
dre un conge, ne voulut pas cependant qu'il y efit le
moindre doute a ce sujet, et il remit sa d6mission a 1'As-
semblie national pour provoquer un debat et un vote
d6cisif sur son cas. A l'unanimit6 on refusal d'accepter
sa admission, bien que la.responsabilit6 de son gouver-
nement filt engagee dans cette affaire oi des ministries
et des parlementaires avaient scandaleusement realis6
des profits illicites au detriment du tresor public.
II faut malheureusement constater que de pareils actes
de corruption ou de malversation ne sont pas rares dans
la plupart de nos pays d'Amerique. Et cela constitute
tres certainement un obstacle a 1'etablissement d'une sai-
ne cooperation financiere et commercial entire les repu-
bliques americaines.
La m6fiance reciproque, qui a si longtemps empoison-
ni dans le domaine iconomique les relations des Etats
de cet h6misphbre, a eu deux causes principles: lo. la


-83-








crainte de l'imperialisme du dollar, puisque tout con-
cours financier des Etats-Unis semblait catcher une entre-
prise de domination; 2o. la repugnance des. banques ou
des preteurs serieux a placer des capitaux dans des affai-
res malpropres qui les mettraient en contact soit avec
des speculateurs 6hontes, peu soucieux de faire honneur
i leur signature, soit avec des graftersrs>> que nous appe-
lons, dans notre jargon politique, < ou < sotiers>>.
Le premier obstacle a disparu. grace A la politique du
<>, qui repose essentiellement sur le respect
de l'independance et le maintiende l'intigrite territoria-
le de tous les Etats membres de l'Union Panamericaine.
Des actes positifs ont confirmed cette politique, a laquelle
le President Roosevelt a si heureusement attache son
nom et qui restera, j'en suis certain, parce qu'elle s'est
r6v61ke la meilleure et la plus efficace, la tradition im-
muable du gouvernement des Etats-Unis, quel que soit
le parti au pouvoir.
Le deuxieme obstacle ne pourra ktre supprime dan-
quelques-uns des pays d'Anmrique que par un effort
energique et viril accompli A l'int6rieur de chacun d'eux
pour I'assaiiqissement de leurs mceurs politiques.
J'etais ministry a Washington quand le Comiti des
finances du S6nat entreprit en f6vrier 1932, en vertu
d'une resolution presented par le Senateur Hiram John-
son, une enqukte sur les conditions dans lesquelles divers
emprunts avaient 6et contracts aux Etats-Unis par les
gouvernements de 1'Amerique latine, qui se trouvaient
justement a cette 6poque dans l'impossibilite de payer
les amortissements et int&rets sur leurs titres. Les riv6-


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nations sensationnelles qui furent faites a ce propos
entretinrent, pendant plusieurs semaines, la curiosity pu-
blique et mirent en lumiere les mneurs detestables des
politicians impliquis dans ces operations scandaleuses.
Les affaires les plus retentissantes furent celles aux-
quelles avaient te mi16s le fils du Pr6sident Legiiia du
Perou et le gendre du President Machado de Cuba. Je
me souviens de l'indignation qu'elles provoquerent par-
mi certain de mes collogues. Mon eminent ami, I'Am-
bassadeur Miguel Cruchaga Tocornal, 6crivit au Comiti
du S6nat pour nier toute participation du gouvernement
chilien a de pareils scandals.
Je fis de m~me. et grace au concours amical de M.
Drew Pearson, qui 6tait a ce moment au Baltimore Sun,
et de M. William T. Stone, alors vice-pr6sident de la
Foreign Policy Association, je pus obtenir que M. Geor-
ges L6ger ffit entendu par le Comit6 S6natorial. Avec
courage, fermetd et precision, M. L6ge, qui avait accep-
t6 de faire i ses propres frais le voyage de Washington,
exposa les conditions dans lesquelles avait ete contract
l'emprunt d'Hai'ti de 1922; et les s6nateurs et les jour-
nalistes, amants du >, lui firent une reception
enthousiaste. Current History, le grand magazine de
New-York, qualifia de sensatipnnelle cette lumineuse de-
position. En Ha'iti, on lui fit un accueil plut6t froid, bien
qu'elle constitute un document de premier ordre dans nos
n6gociations pour ce que l'on appelle financiere>>. Un journal de Port-au-Prince reprocha mn-
me a M. Georges Leger de remuer les cendres du passe!
L'emprunt de 1922 6tait un emprunt politique. Mon-
sieur Hoover avait d6nonc6 ces sortes d'emprunts dans


-85-









i; Zcours qu'il prononca. connme ministry du commer-
ce. la 3' Conference Commerciale Pananlmricaine tenue
a Washington en mai 1927. On me permettra de rappe-
ler ici en quelles circonstances.
La Chambre de Commerce d'Haiti m'avait fait l'hon-
neur de me ddleguer a cette Conference, don't le pro-
gramme comportait des questions du plus haut interet:
transports et communications. procedure consulaire, re-
glementation douaniere. placements de capitaux a 1'etran-
ger. Les deux dernieres questions avaient pour Haiti une
importance particuliere: l'une m'offrait l'occasion d'ex-
poser la situation penible qui 6tait faite a ce moment a
notre commerce d'importation par suite d'une applica-
tion abusive et tracassiere de la loi douaniere; Fautre
touchaic a F iun de- problbmes les plus angoissants pour
le developpenment Economique des pays latino-americains
et pour la conservation minme de leur independence po-
litique.
Je fus inviite p;endre la parole au noim de l'Amnri-
que de langue francaise a la seance d'inauguration, le
2 mai 1927, pr6cedant immediatement M. Hoover. Dans
mon discours je :n'efforCai d'itablir que les relations
economiques ei commerciales des Etats-Unis avec les 20
autres republiquce americaines. pour ktre fructueuses,
devaient reposer sur le principle de leur parfaite egalitd
juridique et ,ur le respect absolu de leurs droits d'inde-
pendance pol;tique et administrative. Et j'osai conclure
que les Nord-Amnricains ne recolteraient que suspicions
et rancunes iant qu'ils ne pratiqueraient pas cette poli-
tique d'amitii et de respect mutual, -- la seule qui puisse
leur permettre d'assurer la rraie paix en Amnrique et

-86-








d'y faire en mrme temps de bonnes affaires. Ce fut pour
moi une bien grande satisfaction d'entendre M. Hoover
6mettre sur ce point les memes vues. II demand avec
force que les gouvernements prissent l'engagement de
ne consentir aucun emprunt a un autre pays, except
pour des depenses productive tendant au bien-6tre ma-
teriel et moral du people.
Mon discours fut accueilli avec sympathie. Un Am6-
ricain du Sud, occupant une important situation com-
merciale a New-York, me dit: parole de l'Amnrique latine.> Et un Amn6ricain du Nord
me tint ce language: Mais ma longue experience des questions latino-
amrricaines m'a permis d'6tudier et de comprendre la
situation haitienne. Croyez-moi: les vrais hommes d'affai-
res des Etats-Unis ne sont point et ne peuvent etre parti-
sans de l'imp6rialisme militaire. Ils n'ont rien a y gagner.
Nous sommes a la recherche de bons clients, et nous les
voulons prosperes et riches. Car plus ils sont riches et
meilleures sont les affaires que nous pouvons contractor
avec eux. Avec la paix rendue solide par la pratique de
la 1 i b e rt 6, les entreprises commercials et industrielles
pourront normalement se developper dans votre pays, et
vous trouverez pour cela aux Etats-Unis, sans aucune in-
tervention ou pression gouvernementale, tout l'argent
don't vous aurez besoin.>>
En aofit de cette meme annee 1927, je retournai aux
Etats-Unis pour assister au 3eme Congres Pan-Africain
tenu a New-York sous la presidence de mon ami le Dr.
W. E. Burghardt DuBois. Je fus invite i dejeuner par
M. Bruce Bliven, dditeur de la revue libdrale The New


-87-








Republic, qui, avec The Nation, menait en faveur d'Haiti
une champagne ardente et genereuse. Je rencontrai & la ta-
ble de 1'eminent journalist un jeune avocat de New-
York. Voici ce qu'il me dit :
nous des radicaux. J'ai defend votre people. d'abord par
principle, mais aussi parce que je l'aime pour les grandes
choses qu'il a faites dans le passe pour la cause de la li-
bert6. Ne vous etonnez pas que je parole avec line certain
brutality: on doit la verite toute nue a ceux qu'on aime.
Je suis all6 dans votre pays, il y a quelque temps. et je ne
vous cacherai pas que j'en ai emporte une mnauvaise im-
pression. J'y suis alle conm e avocat d'un group finan-
cier qui a des interets en Haiti et qui desirait v etendre
ses affaires. Je ne peux vous dire a quel point je fus offus-
qu6 et fache de recevoir. a peine arrive. des demands
d'argent, sous forme de commissions illicites. de la part
de hats fonctionnaires haitiens qui offraient de nous
faire accorder tous les advantages possibles pourvu qu'ils
eussent leur < heurre >. Je rentrai furieux A New-York
et fis savoir A mes clients que je me desinteressais person-
nellement d'Haiti.
< dans le Gouverneent conmme dans le commerce: ce sont
de tels holnm es qui devraient dominer.
pays d'Amirique uqe strange conception du gouverne-
ient et de administration publique: des fonctionnaires.
qui recoivent un salaire determine pour faire un certain
travail, croient avoir droit i une gratification chaque fois
qu'on leur demand de faire quelque chose relevant ce-


-88-








pendant de leurs attributions lIgales. Des ministres et des
parlementaires, don't c'est la mission constitutionnelle
d'examiner les contracts de 'Etat, d'etudier et de discuter
les lois dans l'unique interft de la nation, croient av6ir
droit- a une recompense lorsqu'ils sont sollicits de fire
la besogne pour laquelle ils recoivent une forte indemni-
te mensuelle. Comment veut-on, dans ces conditions, que
des homes d'affaires s6rieux acceptent de placer des ca-
pitaux dans ces pays quand, par la menace de taxes exces-
sives ou de measures r6pressives injustifi6es pur chanta-
ge! on met continuellement en danger de ruine leurs
entreprises ?
S publiques; la plus rigoureuse probity exig6e des fonction-
naires par la poursuite et severe repression de tout acte
de corruption, collusion, malversation ou fraude dans
administration; une justice rigide et impartiale qui im-
pose le respect des engagements contractuels et l'autorit6
de la loi aux petits come aux grands: voilA les condi-
tions indispensables du d6veloppement agricole et indus-
triel de votre pays par I'apport de capitaux sains dans
I'economie haitienne. Voila les moyens pour Haiti
d'avoir de bonnes affaires>...
J'ai rencontre, plusieurs ann6es plus tard, mon inter-
locuteur de chez Bliven. Et nos relations sont revenues
fort amicales. La derniere fois que je l'ai vu, il occupait
a Washington une position tres important qui lui aurait
permis de rendre de grands services a Haiti. ,Mais, helas!
la situation morale de notre pays rendait alors impossible
toute demarche: elle n'6tait guere diff6rente de celle qu'il
me d6peignait en 1927.


-89 -











*


-90-


28 janvier 1947.

PREJUGES CRIMINALS


Ce Mulitre du Cap-Haitien me dit:
Comment un jeune mulatre comme vous peut-il
etre firministe? Ne savez-vous pas que M. Firmin est un
noir?
Ce Noir de Port-au-Prince me dit:
Comment un jeune homme de l'Ouest conune vous
peut-il etre firministe? Ignorez-vous done que M. Firmin
est du Nord?
Or, ce Mulatre du Cap-Haitien etait partisan de Sene-
que Momplaisir Pierre, Noir de l'Ouest. Et ce Noir de
Port-au-Prince etait partisan du Gendral Nord Alexis, le
plus nordiste des nordistes.
Ainsi se sont poses en 1902, come a d'autres epo-
ques de notre histoire, les deux graves problemes qui
ont domino la vie politique du people haitien pendant
plusieurs g6enrations : prejug6 de couleur et pr6jug6 de
locality, veritables cancers laiss6s dans notre organis-
me social par la society colonial de Saint-Domingue.
Ces deux pr6jug6s, tant6t isol6s, tant6t associ6s, ont
souvent dress les' Haitiens les uns contre les autres dans
des polemiques passionn6es ou dans des luttes sanglan-
tes traverses d'incendies et de pillages. Des politicians
en ont fait un masque pour catcher leurs ambitions ina-








vouables ou leurs app6tits d'argent et de pouvoir les plus
honteux. Ils en ont jou6 tour a tour centre les honnates
gens, noirs ou mulatres du Nord. du Sud, de l'Ouest ou
de l'Artibonite, qui, dans le gouvernement, dans l'ad-
ministration, dans les affaires, ont essay d'elever le ni-
veau moral et 6conomique de la nation haitienne en don-
nant eux-memes l'exemple de la probity et de l'honneur.
SEt sacrilege supreme! ils ont fait de l'histoire na-
tionale un champ clos oif ils transportent leurs haines
et vident leurs querelles personnelles, en s'attaquant
sans pudeur aux h6ros les plus authentiques de notre in-
dependance, noirs et mulAtres, que la v6neration des pa-
triotes devrait envelopper dans le meme linceul de gloire.
Le poison du pr6jug6 de couleur ou de locality -
n'avait pas entam6 le mital pur don't 6tait faite I'ame de
notre jeunesse. A nos yeux M. Ant6nor Firmin incarnait
tout un programme de vie honnkte et laborieuse : il 6tait
la supreme esperance de notre patrie, et la couleur de
sa peau ou le lieu de sa naissance 6tait pour nous de nul-
le, importance., Notre group de La Ronde, qui recon-
naissait comme guides spirituels Justin Godefroy et
Pktion Ger6me caracteres droits, cceurs purs lui
avait voud un veritable culte, car nous ne voulions con-
siderer que les eminentes qualit6s qui lui avaient per-
mis, a l'int6rieur comme a Pl'tranger, de servir efficace-
ment notre people et la cause de l'6galit6 des races.
'Nous avions donn6 la preuve de notre fervente affec-
tion pour M. Firmin en cette orageuse journ6e parle-
mentaire du 4 juin 1897, oi une jeunesse enthousiaste
porta en triomphe les ministres que venait injustement
de blamer une Chambre impopulaire. Nous avions 6t$


--91-








les plus ardents parni ces jeunes gens qui avaient accla-
/ mi Firmin et Menos, force les portes du palais prdsiden-
tiel et r6clame la presence du Pr6sident Tiresias Simon
Sam pour recevoir de lui I'assurance qu'il maintiendrait
au pouvoir un minister en qui le people avait toute con-
fiance.
Dans la furieuse mnl1e de 1902, oi les passions les
plus hautes se heurterent aux int6irts les plus sordides.
le noyau de notre group se rallia sous la bannibre de
L'Appel que dirigeait le chevaleresque Seymour Pradel.
Je peux jurer ici que notre disint6ressement 6tait absolu.
Nous n'attendions de M. Firmin ni argent ni places. La
plupart d'entre nous ne l'avaient jamais approch6. Nous
le savions extremement rigide sous le rapport de I'hon-
nktete. Et si nous avions ktC en quete de faveurs. nous
serious allies ailleurs oiu nous aurions 6td accueillis les
bras ouverts et les mains pleines.
M. Eugene Roy, qui 6tait mon bon ami, me raconta
une scene qui s'etait passe au quartier-gen6ral du can-
didat Callisthenes Fouchard. Cet ancien ministre des
finances, qui avait fait I'emprunt de 1896, 6tait tres com-
battu par nous. II 6tait le plus riche des trois candidates
d6clar6s. II avait a sa devotion de nombreux journaux
qui chantaient ses louanges et le presentaient a un pu-
blic sceptique come l'homme d'Etat le plus extraor-
dinaire que la terre d'Haiti efit jamais porter. Tous ces
eloges emphatiques et insinceres etaient d'une fadeur qui
lui donnait la nausee. Et un jour, exaspire, il s'ecria :
Ah! si j'avais avec moi ces jeunes gens de L'Appel
Ils ne sont pas a vendre'! rdpondit une voix.
Je mentirais sans doute si je disais que tous les por-


-92-








teurs de 1'6tiquette firministe etaient au meme point dd-
sint6ressis,: il y avait de l'ivraie, beaucoup d'ivraie m&-
l1e au bon grain. Certaines gens etaient venues A Firmin
parce qu'ils le croyaient stir de la victoire : avec quelle
hate ils le lacherent lorsque le vent tourna contre lui !
De meme, je serais infiniment injuste si je ne pr6ten-
dais trouver que des pervers dans les groups opposes.
Par example, autour de M. Solon Minos, qu'une malheu-
reuse misintelligence au sujet de l'Affaire Liiders avait
s6par6 de son ancien collogue du minister, un certain
nombre de nos amis intimes s'6tait .rassemblk. Minos
avait une culture sinon plus etendue du moins plus har-
monieuse et plus disciplinee que celle de Firmin, don't
la jeunesse avait ete moins favorisee par la fortune et
qui, autodidacte, en avait tous les d6fauts inivitables.
Minos dissimulait la rigidit& de son caractere sous les
graces de son esprit et le charthe de ses manibres. Nous
6tions avec lui en plus grande sympathje intellectuelle.
Mais nous avions c6mmuni6 par toutes les fibres de nos
coeurs avec le people, tout le people, dans l'amour ardent
et passionne qu'il professait pour Firmin. Guid6 par
son siur et indefectible instinct, ce people avait fait son
choix : il fut vaincu par la division des <> et par
cette force nefaste que reprisenta dans notre histoire
l'ancienne armee haltienne, devenue mercenaire et ser-
vile.
Opposer Menos I Firmin 6tait une lourde faute: elle
amena au pouvoir le vieux Nord Alexis. Et je trouvai
autour du g6n&ral triomphant mon Mulatre du Cap-
HaTtien et mon Noir de Port-au-Prince, qui s'6taient


-93-








dresses tous les deux centre Firmin parce que celui-ci
6tait noir et qu'il 6tait du Nord !
Quelle folie nous a ainsi pousss, tout le long de notre
histoire, A opposer les uns aux autres nos homes de
valeur pour les demolir les uns par les autres. laissant
libres d'6voluer sur la scene jonch6e de leurs cadavres
les incapables, les immoraux ou les despotes!...
Le President Salomon, honmne de grande culture et
d'intelligence tres vive. est le chef d'Etat haitien qui a
jou6 avec le plus de maestria du prejtrg6 de couleur. Et
cependant il n'avait pas le pr6juge de couleur. II avait
epouse une blanche francaise, et il adorait sa fille muli-
tresse, Ida Faubert, le tendre poete de Cweur des Iles.
Sous lui, le prejuge de couleur reprit son intensity des
temps de la guerre civil de 1800 et de 1'Empire de
Faustin ler, quoique Salomon efit a ses c5t6s de nom-
breux mulftres et que son rival, Boyer Bazelais, demo-
crate sincere, comptft parmi ses partisans fiddles des
noirs authentiques qui lui furent devouds jusqu'au sacri-
fice de leur vie.
Le Pasteur Picot, cite par le Dr C. Pressoir dans le 2'
volume de son ouvrage Le Protestantisme Haitien, page
294, &crit au sujet des evenements de 1883 a Port-au-
Prince : contre mulatres, une guerre d'extermination. Parmi
tous les commercants de Port-au Prince il n'y avait que
deux noirs. Donc'le gouvernemnent a ordonne la destruc-
tion de toute la parties commergante de la ville.>>
De son c6te, l'Archeveque de Port-au-Prince. cite par
le R. P. Cabon dans son livre Mgr Guilloux, page 482,
ecrivait a l'Eveque du Cap-Haitien: ...

-94-








septembre 1883, vers deux heures du soir, nous sommes
all6s au Palais, Mgr Kersuzan et moi, porter au Pr6sident
Salomon nos dol6ances et celles de la population. Nous
l'avons trouv6 dans un etat de prostration impossible. II
protestait que ni lui ni ses g6n6raux n'6taient pour rien
dans ce navrant 6tat de choses, qui pourtant a continue
jusqu'a ce que les commandants des navires en rade eus-
sent declare que, si le Gouvernement ne pouvait pas
maintenir l'ordre et faire cesser l'incendie et le pillage,
is feraient debarquer des troupes. Tout a cess6... La
rue des Fronts-Forts, depuis le bord-de-mer jusqu'k la
Cath6drale, la rue Bonne-Foi, depuis la rue du Centre
jusqu'aux Fontaines, au coin de la place de l'Eglise, cette
place, la place Vallibre, la rue Traversi6re, la rue des
C6sars, except le c6t6 nord de la place Vallirre, et beau-
coup d'autres maisons n'existent plus. Le commerce in-
digene est aneanti. On enfoncait les maispns en pierre
pour les piller.>>
Ces actes de destruction aneantirent, comme le dit Mgr
Guilloux, le commerce indigene, qui avait 6t6 jusque-lI
tres florissant. Toutes les affaires commercials et indus-
trielles passerent en des mains etrangeres, et nous con-
mimes l'industrie des <> qui
donnerent lieu a des transactions aussi scandaleuses
qu'onCreuses pour le tr6sor public.
La populace, excite par des meneurs, avait pill6 les
maisons de ceux que l'on appelait, comme aujourd'hui,
les bourgeois, c'est-A-dire les mulftres. Les bourgeois
6taient ruins, mais le people le vrai people, celui qui
travaille dut payer de sa sueur les lourds imp6ts qui


-95-








servirent a acquitter les sonunes tabuleuses reclamnes par
les strangers victims ou soi-disant victims de ces excess
r6volutionnaires. La ruine du commerce indigene ag-
grava la d6tresse economique de la nation tout entire.
Certains de nos chefs d'Etat, pour ne pas paraitre favo-
riser l'une ou l'autre fraction du people. une region on
l'autre du territoire, ont procedd, dans le choix des fone-
tionnaires et surtout dans l'attribution des portefeuilles
ministeriels, a des dosages plus ou moins savants oi I'in-
t6rkt du pays n'avait le plus souvent rien a voir. Quel-
ques-uns ne se sont franchement preoccupes que de don-
ner des places h leurs partisans, noirs on mulftres. sans
se soucier en aucune maniere du bien public. Ainsi leurs
gouvernements etaient reputis noirs on inulAtres suivant
qu'ils avaient appelM dans leur entourage plus de noirs
on plus de mulAtres. Or, il est tout aussi criminal de
confier un poste de responsabilite a un multre incapa-
ble ou inunoraf que d'y nommer un noir incapable
on immoral. Dans l'un on l'autre cas. les interkts de
la nation sont sacrifids a des ambitions individuelles:
c'est ce que constate avec une eloquence amere I'ancien
president. M. St6nio Vincent. dans l'acte d'accusation ou
de contrition que constitute l'Avertissement du "5 tome
de son gros ouvrage En Posant les Jalons... Apres avoir lu
ce terrible r6quisitoire contre son , je com-
pris quel magnifique compliment voulait ihe faire M.
Vincent lorsque. quelque temps avant mon rappel de
Washington en 1933, il m'6crivit que j'inspirais autour
de lui une ...
Notre group de 1900 6tait bien candide et mrme ro-
mantique, d'un romantisme social qui l'inclinait affec-


-96-









tueusement vers les humbles. Nous etions tous, noirs et
mulitres, sans fortune. Nous avions kt6 Olevis dans des
coles publiques, entretenues avec l'argent du people.
Nous aimions ce people, don't rien ne nous distinguait
sinon notre culture. Et nous voulions le servir et non
nous servir de lui pour satisfaire nos ambitions. Notre
candeur et notre romantisme etaient tels que nous revions
de faire dHaiti come une petite Suisse americaine, a-
vec une population heureuse dans la lumibre de la liber-
t6 et dans la paix des labeurs f6conds...


--97-












6 f6vrier 1947.


POLITIQUE INTERIEURE

ET POLITIQUE EXTERIEURE


une bonne diplomatic>>: c'est IA un principle de politique
g6n6rale que les gouvernements haitiens ont trop sou-
vent m6connu.
Dans le remarquable article qu'il a consacre ici meme
Sl'Homme d'Airain de M. T. C. Brutus, M. Marceau
Lecorps a rappele le jugement sympathique porter par
M. Abel Leger, dans son Histoire Diplomatique d'Haiti.
sur 1'Empereur Soulouque, don't l'esprit 6tait hant6 par
un grand reve d'unit6 territorial et qui, pour accomplir
cette oeuvre de , eut l rage d'appeler dans-les services publics, tant au dedans
qu'au dehors, des homes v6ritablement instruits et e-
clairs>>. Mais notre representation a l'exterieur, quelque
brillante et compitente qu'elle ffit, se heurta A l'hostilite
irreductible des gouvernements rangers parce que la po-
litique interieure de Soldouque etait mauvaise.
La France, l'Angleterre et les Etats-Unis s'entendirent
pour fare pression sur l'Eipereur et l'amener A renon-
cer A toute enterprise militaire contre les Dissidents de la
Partie de 1'Est. Et c'est au m6pris d'une vigoureuse pro-

-98-









testation du consul francais, M. Wiet, et du consul an-
glais, M. Usher, qu'il envahit les provinces orientales en
decembre 1855. Sait-on quel argument les Chancelleries
avaient jete a la face de nos diplomats pour expliquer
leur hostility? s'est conduit de facon aussi barbare centre ses propres
nationaux, dans la repression de F'meute dut 16 avril
1848 et dans la soi-disant <, ne peut
pas etre encourage dans sa cainpagne centre la population
de 1'Est, qui a affirmed sa volonte d'independance et en-
tend resister, par *les armes, a toute tentative de la sou-
mettre au regime de terreur existant dans l'Ouest>. Que
pouvait, par example, r6pondre A un tel argument notre
repr6sentant A Paris, M. Beaubrun Ardouin. forc6 lui-
mime de doriner sa dimission A la nouvelle que son frere
Cdligny, ministry de I'interieur, avait det fusillie la
Croix-des-Bouquets, le 7 aofit 1849, sur 1'ordre de Sou-
louque?
Bien jeune encore, puisque je n'avais que vingt-qpatre
ans, j'6crivais, dans un article de la Ronde du 18 novem-
bre 1901 consacre a M. Justin Devot, les lignes suivantes:
< les protestations du people parce qu'il n'en comprend
pas la signification international. Une disposition 16gale
est violee: cela, a ses yeux, n'a pas d'importance. Mais
s'il savait que l'6tranger peut se preyaloir de cette viola-
tion faite par nous-mnmes pour refuser d'ob6ir a la loi
haitienne qui, logiquement, devrait etre d'ahord respec-
t6e par les Haitiens, le people exigerait que ceux a qui il
a remis le soin de ses destinies fussent plus respectueux
de la loi.


-99 -









< ,nicieuse de nos homes politiques, c'est notre Bloigne-
ment des grands centres d'opinion. Le tsar de Russie. sou-
verain autocrate, h6site avant de prendre certaines deci-
sions graves. Si son ministry de la police peut museler la
press russe ce qui ne se fait pas toujours aisement -
ses pouvoirs s'arrktent aux limits de l'empire. L'empe-
reur devient, au-dela des frontieres, justiciable de l'opi-
nion europ6enne, qui juge tous ses actes, les blame on les
approve, et il est bien oblige de tenir compete de cette
opinion dans I'interkt meme de son pouvoir. Cette obser-
vation, faite par Gustave Le Bon (Lois psychologiques de
l'rvolution, des peuples) pour expliquer 'oinnipotence
des presidents de certaines republiques de l'Ainmrique la-
tine, s'applique parfaitement a notre pays. Nous sommes
trop isoles pour que l'opinion etrangere ait sur notre po-
litique int6rieure une influence effective et efficace.>>
Quand j'fcrivais ces lignes il y a 46 ans, les progres de
la teligraphie sans fil. de la radiophonie. de I'aviation.
n'avaient pas encore supprime les distances jusqnu' met-
tre tous les peuples civilises en contact perpetuel. Aujour-
d'hui, rien ne reste cach6. I1 n"y a plus de diplomatic se-
crete. Les sources d'information sont ouvertes a la press
mondiale. Et quelque precaution que prenne la Russie
actuelle pour <> sa politique intdrieure derriere un
rideau de fer, la verit6 filtre a travers mille fissures. com-
me le montre le recent livre d'une Polonaise The Dark Si-
de of the Moon, qui raconte les souffrances effrovables
de milliers de Polonais transports dans les regions deser-
tiques de la Siberie.
Parce que, come ministre d'Haiti A Washington, j'a-


- 100 -








vais constamment rappel6 a mon gouvernement que no-
tre politique exterieure etait dans rltroite dependance de
notre politique interieure; je finis par inspire a 1'entou-
rage du President Vincent cette don't
il me parlait dans une de ses lettres. Ma correspondence
particuliere avec lui et avec les ministres des relations
exterieures abonde en conseils, avis ou recommendations
concernant la conduite int6rieure du gouvernement en
vue de faciliter l'accomplissement de ma mission aux
Etats-Unis.
Le 23 juin 1931, j'fcrivais A M. Abel LUger, Fun des
plus comp6tents et des plus courageux de nos ininistres
des relations exterieures, ce qui suit:
le Gouvernement au sujet de la Resolution Bellerive. Je
vois avec plaisir qu'elle a 6te votee ai l'unanimite: ce qui
montre bien que sur cette question national l'accord a
ete parfait. Je ne cesserai de repeter, come vous l'avez
dit vous-mime dans la declaration ministerielle, combien
l'union est indispensable pour le succes de notre cause.
Le pritexte que l'on advance pour retarder le retrait de
l'Occupation est que nous ne sommnes pas encore assez
sages pour savoir nous conduire et maintenir la paix par-
mi nous. On dit A Washington que > se-
rait implement la liberty laissee au Gouvernement de
pourvoir ses partisans et amis de toutes les bonnes places,
sans consideration de mirite ou d'efficience, cornue di-
sent les Americains... Je sais que la conduite de certain
de nos agents a l'Ntranger, qui vivent a Paris, loin de leurs
postes, a 6et signal comme une preuve du peu de cas que
nous mettons dans le choix de nos fonctionnaires et du


- 101-




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