Group Title: Bulletin quotidien de presse étrangère
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 Material Information
Title: Bulletin quotidien de presse étrangère
Series Title: Bulletin quotidien de presse e´trange`re.
Physical Description: dl. 30 cm.
Language: French
Creator: Ministère des Affaires Étrangères
Publication Date: April 8, 1947
 Subjects
Spatial Coverage: France
United Kingdom
Russia
Poland
Germany
Belgium
 Notes
General Note: 1009: gebaseerd op afl. 5605 (1934).
 Record Information
Bibliographic ID: UF00077027
Volume ID: VID00070
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: oclc - 72892915
ccp - PA0245063

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SERVICES ERANAIS
D'INFORMATION
(MINISTARE DE LA JEUNESSE,
DEs ARTS XT DES LETTRES)

Direction de la Documentation
14-16, rue Lord-Byron, Paris ;8).


DE

8 avril 1947.


LA DOCUMENTATION FRANQAISE


PRESS


DES


QUOTIDIfEW



ETRANGIRE


Nouvelle Serie N 638


SOMMAIRE

I. PRESS BRITANNIQUE.
a) Le 21 discours de Strasbourg
Gaulle.


du general de


1. Daily Heirald (8/4).
2. Tilnes (8/4).
3. Daily Telegraph (8/4).
4. News Chronicle (8/4).
b) Les travaux de la Conf6rence de Moscou (News
Chronicle, 8/4).

II. -- PRESS AMERICAINE.
a) Autour de l'amendeement de M. Vandenberg au
project d'aide A la Grace et a la Turquie (New
York Herald Tribune, 8/4, 6d. euro.p.).
b) La question des r6parati-ons a Moscou (New York
Herald tribune, 7/4).

III. PRESS BELGE.
Autour de la Co'nfrence de Moscou (Le Peuple,
6-7/4).

IV. PHESSE SUISSE.
Le probl6me allemand.
1. Tribune de Geneve (5-6-7/4).
2. Basler Nachrichten (5-6/4),


I. PRESS BRITANNIQUE


Reuae de lu press britannique du 6 auril 1947
Les journaux dominicaux consacrent la plupart de leurs
commentaires politiques a la decision du gouvernement de
ramener de 18 h 12 moin la dur6e du service militaire; la
Conference de Moscou est pratiquemcnt delaissee par les
journaux populaires.
Tandis que le Reynolds News approve la reduction du'
service militaire, measure qui facilitera le recrutement de la
main-d'ceuvre et qui d6montrera les. intentions pacifiques dc
la Grande-Bretagne, le Sunday Chronicle et le Sunday Ex-
press critiquent les conditions dans lesquelles est intervene
le changement de politique.


La declaration de M. Churchill condamnant la reduction
est reprodu'ite cu bone place par les deux organs ainsi
que par le Sunday Times et I'Observer.
Un article de fond du Sunday Times fail remarquer que
ce qui est en jeu n'est pas l'appui que Ie* Etats-Unis accor-
deront al Royaume-Uni, mais cclui que 1'Europe lui portera
parce que l'Eu'ropc a d6jh pay6 si chcr le manque de prepa-
ration .anglais en 1939.
Le Sunday Pictorial public un article du ddputd travail-
liste R. Crossman qui expose le fait se-lon lequel il n'y
aurait pas au scin du group parlementaire travailliste de
rebellcs. M. Crossman montre que les d6putes travaillistes
qui ont faith opposition au gouvernement ces temps derniers
nc sont pas tou'j ours les mimnes et que les motifs qui les
font agir sont trbs different. II affirmed que le group parle-
mnintaire est decide a ne pas provoqucr uneo crise minis.
L6riellr.

Rev:e de la press britannique du: 7 avril 1947
1. Con frenc e de Mosco
Sailf lc Times, ]c Daily Telegraph et le Manchester Gatr-
dian, les journaux britanniques de cc martin ne donnent que
de briefs complcs rendus des ddbats de Moscou. Leur ton est
gindralement pcssimiste. Aucun correspondent 'ne semble
croire que les ministries parviendront L. resoudre le pro-
blme des reparations qui, jusqu'a maintenant, a entrav6
tout progrcs de la Conference. Le correspondent du Times
declare notamment que si quclque chose d'inattendu no se
produit pas dans le course de cette semaine, la Conference
actuelle n'aura guere cu de resultats app'eciables.
De mnme quo son colligue du Times, Alexander Werth,
dans le Manchester Guardian, a d6clar6 quc la scmaine qui
vient do se terminer et don't on attendait des r6sultats impor-
lants n'a prmiis d'arriver a aucun resultat substantial,
, depuis la session secrete de mardi dernier, l'impasse parait
6trc complete sur la question de 1'industrie'et des reparations
allemandes et su'r le problem de l'unit6 6conomique dc
I'Allemagno ,. I1 ne fait pas de doute pour lui que si 1'on
ne parvient a faire aucun progrns sur cette question, la
Conference de Moscou aura 6te un dchec malgre les quelques
points limits sur lesquels les ministries se sont mis d'ac-
cord. II signal 6galemert que la conference se dnrouale dans
un climate totalement dbpourvu de cordiality et il regret e,
comme certain milieux de la Conf6rence, que les Quatre
Grands n'emploient pas leur temps A des discussions plus
utiles que cells qui pourraient etrc laissics h leurs sup-
'plants.
Le correspondent diplomatiquic du Daily Telegraph an-
nonce en titre quce Ics espoirs d'arriver a un accord dimi-
nuent .et que rien n'a .&t6 decide aprrs quatre semaines de
pourparlers. II fait dtat pour expliquer 1'impasse oh s'cst
fourvoye la Conference du d6sir qu'aurait M. Bidault do
ne rien fair qui puisse mecontenter les communists de
son pays et de l'impossibilit6 of sc trouve M. I.olokov de se
rendre compete des difficulties 6conomiques de 1'Allcmagne et


BULLETIN


-I I








2 BULLETIN QUOTIDIEN DE PRESS ATRANGBRE


de penser A autre chose qu'hades reparations pour son pays
d6vaste.
W. N'. Ewer, du Daily Herald, ostime, d'autre part, que
la champagne a! laquelle se livre la press' sovietique centre
les allies n'est pas faite non plus poui faciliter les (hoses,
elle serait destined, selon ce' correspondent, A expliquer aux
yeux du peoplee russe 1'6chec 6ventuel de la Conf6rence et
A ,lui donner l'impression que les Anglo-Saxons lui refusenut
cc qui lui est du.
Robert Waithman, du News Chronicle, 'dcla'e, h son tour,
qu'aucun accord n'est en vue et qu'il reste encore des pro-
blmes 6normes a r6soudre.

2. Etats-Unis
Plu'sieurs journaux reproduiscnt l'essentiel du di:;cours
que le Pr6sident Truman a prononc6 samnedi, dernier. Le
correspondent du, Times i Washington s'abstient -e tout
commentaire. tandis que. le correspondent du Manchester
Guardian announce que la popularity du Prdsident Truman
s'accroit sans cesse. Selon lui, cette popularity serait due au
faith que les r6pu'blicains n'ont pas r6alis6 leurs processes
depuis qu'ils possddent la majority 'et aussi a l'habilet6
avce laquelle le Prdsident Truman leur a < voled deux de
leurs positions favorites en inaugurant une politique hos-
tile a l'egard des communists am6ricains et en adoptant
une attitude moins conciliante a 1'egard de la Russie. 11
ajoute que M. Truman a montre qu'il avait conscience de
sa popularity hier soir lorsqu'il a rdaffirm6 sa politique et
ignore les recentes critiques qui lui sont adress6es par les
r6publicains et par les libdraux ind6pendants. c Monsieur
Truman sent maintenant, dit-il, qu'il a le people derrire6
Jui et les r6publicains craignent fort < qu'il ait raison >.

3. France
Presque tons les journaux rdservent des articles de lon-
gueur variable A la commemoration de la Liberation de
Strasbourg et aux paroles que le g6ndral de Gaulle a pro-
noncees. Le correspondent special du Daily Telegraph estime
que l'appel du g6ndral de Gaulle pourra fort bien cr6er des
divisions au sein de tous les parties, le parti communist
except.
Certain chefs de. parties auraient cu ddej des conversations
entire eux .afin d'adopter une attitude commune a 1'6gard du
g6ndral de Gaulle. Bert Tyler, dans le Daily Herald, derit
que le g6ndral s'est s'abstenu de faire un discours de poli-
tiqu!e interieure malgre l'espoir d'un grand nombre de ses
partisans qui attendaient de lui un << cri de' ralliement >.
De son c6td, William Forreot, dans le News Chronicle,
dcrit que le discours que le g6ndral de Gaulle a pronennce
n'est pas celui que touted la France attend : Aujourd'hui,
dit-il, nous avons entendu le g6ndral de Gaulle < le I.ibd-
rateur s; demain, nous entendrons le g6ndral de Gaulle
SP'homme politique ,. Ccla sera beaucoup plus interessant. '
Le correspondent diplomatique du Daily Worker se rlon-
tre 6videmment hostile au g6ndral do Gaulle qu'il accuse de
mcner une propaganda r4actionnaire et de colmbler
d'dloges les Etats-Unis en essayant d'identifier la politique
de la France a cell de l'Am6rique. Enfin, dans un long
article, Walter Farr, dans le. Daily Mail, brosse un tableau
de la situation politique et morale en France. Malgr6 les.
apparences s.6duisantes, il avait decel6 I'approche de la c plus
sombre des crises ,, d'une crises qui pourrait d6cider de
l'avenir de toute Ja parties de I'Europe qui est proche des
Iles britanniques >. M. Farr signal que moins do deux ans
aprds la fin d'une guerre destiny/ A 6ecraser la dictature en
Europe, des millions de Frangais craignent que leurs libres
institutions r6publicaines don't la restauration a coftid lant
de sang risquent de s'effondrer devant une nouvelle forme
de dietature. Il estime que des millions de Franvais crai-,
gnent u'ne dictature de droite dirig6e par Ic general de
Gaulle on une. dietature de gauche conduit par Maurice
Thorez et que la croisade du g6ndral de Gaulle centre la
Constitution revient en fait A une declaration de guerre du
g6ndral de Gaulle aux communists.
Toutefois, Walter Farr.ne pcnse pas que le g6ndral de
Gaulle ait des visees dictatoriales. Le g6ndral de Gaulle,
l'homme qui 'a le plus aide restaurer les institutions de
la R6publique frangaise par 1'attitude qu'il a adoptee pen-


dant la guerre ne cherchera sfirement pas A les d6truire
maintenant. Ce commentateur pense que le but du general
de Gaulle est de permettre A la France de retrouver sa stabi-
litd et de ne plus s'enliser dans des querelles de parties qui
inqui6tent, d'ailleurs, tous ses amis. Pour cela, le g6ndral de
Gaulle veut un pouvoir presidential fort. Cependant, ii pense
que certain milieux rdactionnaires obligeront le g6ndral de
Gaulle A devenir dictateur malgrd lui. II en veut pour
example la champagne de publicity intense qui est faite autour
de sa personnel et oque rappellent les proc6dds totalitaires.
Faisant dtat, ensuitc, des diff6rents scandals qui ont
dbranld la population dans ses chefs, Walter Farr conclut
en ecrivant qu'il est certain quo la France a ddsesp6rdment
besoin de l'honnftetd, de I'intigritd et de la dignity du gd-
neral de Gaulle; mais la France, comme la Grande-Bretagne,
ne veut pas O tre A la merci de ce qui pourrait ressembler a
une dictature personnelle. o Elle ne peut pas so permettre
d'ignorer la masse hien organis6 et ddcidde de sa classes
ouvridre. >

Revue de la press britannique du 8 avril 1947
C'est le diocours du general de Gaulle et la Conference
.dc loscou qui se partageint, cc martin, I'attention de la
press. Ensuite vient la question de 1'aide amiricaine A la
Grco et a la Turquic et le manifesto du pe6tendant au trone
d.'Espagne. Les questions de politique intirieure sont prati-
quements passes sous silence.

1. Discours dui gndcral de Gaulle
Bien que la plupart des articles he fassent que reproduire
les principaux passages du discours du g6ndral de Gaulle,
et d6crivent I'enthousiasme de son auditoire, les manchettes
ne manquent pas cependant de presenter ce -discours avec
tout le relief possible. Par example, le News Chronicle fait
prec6dcr son article en premiere page d'une photographic du
general .de Gaulle parlant au balcon de I'hOtel de ville de
Strasbourg et de la manchette : a Le general de Gaulle pose
sa candidature au pouvoir et la foule le reclame comme
chef.
Les manifestations d'enthousiasme qui ont accuoilli ses
paroles inspiirent A William Forrest, correspondent de ce
journal, la phrase suivante : a Au course des vingt dernieres
ann6es, I'Allenmagn, et l'Italie ont etd tdmoins de scenes
scmblables, miis la France, jamais. ,
Une importance gale est accordde h ce discours dans .e
Daily Herald qui intitule son article c Le gendral de Gaulle
rentce dans la politique pour mettre fin A la IV RBpublique.
II vcut un seul parti en France, un bloc occidental doit faire
la balance entire les Etats-Unis ct l'U.R.S.S.
Ce journal, cependant, insure A co6t de son article sur le
discourse de, Strashourg des declarationss de M. Ldon Blum
faites au course d'une interview accord6e A son correspondent
et dans losquelles 1'ancien president condamne l'action du
gindral de Gaulle et ajoute qu.e le parti socialist luttera
pour dd6fendre la Rdpublique.
Par contre, le Daily Telegraph present le discours du
general de Gaulle d'une mani&rc tries favorable. II met en
vedette I'appel A I'unitd lane au pays par le g6ndral de
Gaulle, une trdve qui permette aux querelles des parties les
rdformes qu'il prdconise pour 6vitor l'anarchie, a l'accent mis
par le general de Gaulle 'sur la nocessit6 d'employer des
m6thodes legales implique qu'il n'a pas I'intention d'en-
freindre la Constitution et de parvenir an pouvoir par des
moycns anticonstitutionnels ..
Le correspondent du Manchester Guardian voit mal com-
ment le general de Gaulle pourrait realiser les buts qu'il se
propose sans crder un nouveau parti ou faire une alliance
des parties existant ddjh. Cependant, le commentateur croit
que les declarations du gdn.ral. de Gaulle sont surtout
susceptible de grouper tous les chefs des parties contre lui.
Le premier editoriall du Times est consacr6 au general
de Gaulle. (Voir cet article plus loin.)
Le correspondent du mnme journal croit savoir cependant
que beaucoup do Frangais voudraient voir le general de
Gaulle remplir un role d'arbitre et de guide et que los accla-
mations qui ont accueilli ses paroles confirment ee desir
g'n&ial. odilefois, il fait remarquer que. la foule qui so
pressait A Strasbourg 6tait compose surtout d'hommes et








BULLETIN QUOTIDIEN DE PRESS TTRANGRBE I


de femmes appartenant h l'une des provinces de France Les
plus conservalrices, < oih les souvenirs de la domination
dtrangBre influent sur les opinions politiques a.
Mac Kenzie Porter, du Daily Graphic, met surtout en relief
l'appel a 1'unite europ6enne adressee par le general.
Le, Daily Mirior voit dans le diseours une invitation i
tous les Franlais i se grouper derriere le gindral de Gaulle
en. un parti politique.
L, Daily Worker accuse le g6ndral de visdes dictatoriales.
Kartun icrit dans ce journal que le g6ndral de Gaulle est alli
h Strashourg pour ouvrir sa champagne contre la Constitu-
tion frangaise et le parti communist. La press parole de son
retour sur la scene publique avec une certain inqui6tude.
On salt qu'il a des ambitions politiques illimitees et de
nombreux amis haut places. Strasbourg *est la citadelle du
M. R. P. et du gaullisme, cela explique la reception impres-
sionnante qffi a eti reserve au g6ndral de Gaulle.

2. Confdrence de Moscou
Le ton des correspondents est de plus *en pessimiste. Cer-
tains journaux mettent en relief la phrase dans laquelle
M. Bevin a soulign6 que rien n'avait idt r6alis6 depuis un
mois.
Le Times ne consacre meme pas i la Conference de Moscou
un article de son correspondent et se content de reproduire
une lon~gue depceho Reuter.
Al. Werth, dans le Manchester Guardian, ecrit que le plus
noir pessimisme rbgne dans les milieux de la Conf6rence
et qu'il reste encore quatorze problimes A 6tudier. Co mAme
journal reproduit une autre depeche Reuter d'une teneur
semblable a celle publiee par le Times au sujet de I'attitude
adoptee par MM. Bevin, Bidault et Marshall i 1'6gard de la
proposition russe. d'un plebiscite allemand destined fixer
la structure politique de 1'Allemagne.
W. N. Ewer, dans le Daily Herald, qualific la seance d'hier
de particulibrerment futile et les paroles de M. Bevin seraient
pour lui Ic premier signe visible d'impuissance devant la
lenteur et I'inutilite des pourparlers.
Robert Waithman, du News Chronicle, ecrit lui aussi que
malgrd toute la bonne volontd du monde, il 6tait difficile,
cr soir, de comprendre pourquoi M. Molotov voulait dresser
un novel obstacle en suggirant que le peuple allemand
devait stre autorist it decider par. un pldhiscite s'il desire
un gousvernement central on fiddral. M. Bevin, d'abortd.
M. Bidault et M. Marshall, apres lui, ont repousse cctte ideo
carrdmcnt et tavc unoc certain exasperation.
Al. Clifford, d.u Daily Mail, critique les modalitis suivies
par les ministries : un sujet ou I'autre, puis laissent tout tomber, puis le ren-
voicnt ulne'commission quelconque .

3. Parte ingino-gsovidlique
Al. Werth, dans le Mancdiester Guardian, croit savoir qne le
comit6 anglo-sovietique se reunira aujourd'hui pour la troi-
siishe foiF afin ld'tudier la revision du trait& anglo-sovieti-
que. II 6erit i ce sujet : Poiurparler franchement, les
Ru';ses voudraient connaitre la position do la Grande-
Bretagne au cas oil un conflict s'el6vcrait entire la Russie et
les Etats-Unis. II est clair que l'arriere-plan politique est
hien plus compliqud que celui, par example, de l'alliance
angln-franqaise.

LE DEUXIAME DISCOURS DE STRAsnoURn DU GiWi'RAL DE
GAULLE.

1. Daily Herald (8/4, travailliste) :
< Tous ceux qui on.t foi dans les idWes et les institu-
tions d(mocratiqu.es considrreront avec m6fiance les r6-
percussions possibles du discours proononcc hier i
Strasbourg par le general Charles de Gaulle.
De Gaulle n'est pas le seul h s'inquieter des divisions
qui, avant et depuis la fin de la guerre, ont rendu im-
possible existence d'un gouvernement stable et d'une
politique continue. Les trois principaux parties, socia-
liste, communist et M. R. P., sont trop 6quilibrBs pour
que l'un d'eux puisse prendre le pouvoir en disposant


d'une majority suffisante, et trop opposes pour consti-
tuer une coalition harmonieuse. Mais lie moyen de sortir
de cette situation delicate n'est pas forc6ment la solu-
tion franchement autoritaire prdpos6e par le g6n6ral de
Gaulle. Son appel invitant a abandonner les parties pour
fire bloc autour d'un nouveau movement ou, ce
qui est pire encore, autour d'une personnalite 6veille
des 6chos sinistres dans la memoire de tous ceux qui
reflechissent.
Son dernier discours peut trouver un echo favorable
chez les elements de droite, mais il mettra certainement
sur leurs gardes les socialists, A la suite du plus grand
Francais de nos jours, L6on Blum. Ces derniers d6fen-
dront la Constitution et. la liberty politique don't elle est
la base.
Tout semble indiquer que le seul r6sultat de l'appel
du general de Gaulle serait non pas l'abolition des divi-
sions politiques, mais la creation d'un nouveau group
militant. >>

2. Times (8/4) :

<< La brusque entree du general de Gaulle dans l'arnie
politique qu'il a affected pendant si longtemps de mb-
priser ne marquera probablement que le d6but d'une
controversy acharn6e en France. Si M. Ramadier avait
essay de dissuader le g6enral de s'engager dans cette
voie, il a kchou6; et une champagne, qui diminuera pro-
bablement encore dava.ntage l'unit6 pr6caire de la
France, vient de s'ouvrir.
De 1940 jusqu'a son retour en France, le general de
Gaulle a ete le symbol de la R6sistance francaise et
de l'u.nitd de tous les Francais qui refusaient de d6ses-
p6rer de leur pays. Depuis janvier 1946, date A laquelle
Sil a brusquement quitt6 le pouvoir, il est ddevenu un
sujet de discord. Ses partisans sont peut-Wtre aussi
nombreux aujourd'hui qu'ils I'ont jamais W6t, mais ce
noc sont pas les mimes. Depuis qu'il est rentr6 en Fran-
ce, it a 6volu6 vers la droite et maintenant il est Pen-
nemi declare des communists A l'interieur et il se m6-
fie ouvertement des intentions de la Russi.e sur le plan
cxthrieur. Les communists franqais lui ont d6clar6 la
guerre comme il la leur a d6claree; il ne jouit.pas
non plus de la faveur des socialists. Ce qu'ils craignent
c'est son temperament autoritaire.
En r6clamant la revision de la Constitution, le gene-
ral de Gaulle ne fait qu'exercer un droit qu'ont tous
les Frangais. En demandant la formation d'un nouveau
parti pour appuyer le programme social, 6conomique
et politique trace par lui, 15 a soulign6 qu'un parti de
ce genre devait agir da'ns un cadre legal et sur une
base r6publicaine. Malheureusement, tout nouveau parti
qui pourrait etre crd6 actuellement aurait le desavan-
tage d'etre exclu du Parlement et par consequent de la
seule facon d'aboutir A une reforme normal de la Cons-
titution jusqu'a de nouvelles elections, qui ne pourront
avoir lieu, sauf si les Chambres sont dissoutes par le
President; ce qui semble improbable, avant 1951. C'est
Irne longue altente et c'est 15 la raiso.n de l'anxiet6 de
tous ceux qui craignent que le g6enral et ses partisans
ne puissant 6tre tents, on incites par leurs ennemis,
a se lancer dans des activities extra-eonstitutionnelles.
L'alternative, c'est. que le g6enral de Gaulle gagne A
ses vues un nombre suffisant -de parties actuellement re-
prnsentis au Parlement. II va -de soi que cela ne sera
pas r6alisable sans une rupture du gouvernement de
coalition actuel. Celle-ci pourrait avoir lieu assez faci-
lement sans que le g6enral de Gaulle la provoque. Si
eI g6ndral diminuait la conflance reciproque des parties
du gouvernement dO coalition de M. Ramadier, au point
de faire tomber ce gouvernement, il est possible qu'il
ne r6essisse a exclure du gouvernement que les parties







4 BULLETIN QUOTIDIEN DE PRESS fTRANGARE


qui se rapprochent le plus de ses conceptions. Une
telle exclusion cr6erait une situation dangereuse. II ne
fait aucun doute que la France se trouve dans tine si-
tuation politique delicate, mais en d6pit des forces riva-
les qui s'affrontent dans son gouvernement, il n'y a
aucune raison de croire qu'elle ne saurait gui6rir si on
lui appliquait des remindes normaux avec patience et
fcrmet6. Le danger tdu .dfi lancC par Ic g6enral de
Gaulle reside ,en ce qu'il pourrait persuader tun trop
grand nombre de Francais ses ennemis tout come
ses amis de l'inutilitC/des rem6dcs ct de la ndcessit6
d'une intervention chirurgicale. >

3. Daily Telegraph (8/4, conservateur) :
c Tant que la France sera profond6ment divis6e h
l'int6rieur, sa renaissance sera lentie et son influence
limit6e. Mais ces divisions existent. Elles ne seront pas
supprimbes par un simple changement dans la Consti-
tution. La paix int6rieure ne peut venir que du people
et ne peut pas 6tre impose par les dirigeants. Aussi,
alors qu'on peut etre d'accord avec le g6n6ral de Gaulle
quand il condamne les c parties rigides et exclusifs >>
et < l'odieuse machinerie totalitaire et bureaucralique >>
que certain de ces parties cherchent a imposer, lIs rai-
sons pour lesquelles on regrettait ses attaques de l'au-
tomne dernier centre la Constitution sont encore vala-
bles aujourd'hui. >

4. News Chronicle (8/4, liberal) :

< Le gOnnral de Gaulle s'est servi de son prestige
pour atlaquer la Constitution de la IV, Republique.
II petu dissimuler ses intentions sous u-n flot le pa-
roles sur la faillile des parties; ii peut rappeler 1'histoire
gloricuse de la France et faire appel au sentiment pa-
Iriotique des Fran~ais; ii peut cliercher A se justifier
sur le plan internati-onal en invoquant l'equilibre des
puissances, mais il ne pent pas catcher le ton autoritdire
de sa voix.
En soulignant les difficulties ct les divisions de la
France, il essaye de placer ce pays dans tune situation
oi il sera oblige de choisir entire la faucille et le mar-
teau d'une part et la croix de Lorraine d'autre part.
Si cela continue, il ne peut y avoir qu'une seule issue.
Nous avons observe les memes symptdmes dans d'au-
tres pays : I'attrait d'un grand nom, la presence hyp-
notisant les foules, l'intimidation, le faith de poser un
faux dilemme, et on se jette ]a tete la premiere dans
la fosse du totalitarisme. Cc serait navrant que la
France suive Ia ninme voie.
La France n'a pas besoin d'un sauveur : elle peut
se sauver ellc-mmec. Mais avant qu'il soit trop tard,
clle ferail bien de se rappeler que ceux qui coninen-
cent par attaquer les Constitutions finissent souvent par
les d6fler. >

b) LTS TRAVAUX DE LA CONFiRENCE DE MOSCOU (NeIos
Chronicle, 8/4, liberal) :

< Quand les discussions touchen[ aux problnime;s co-
nomiques, les minislres des Affaires 6trangeres sc re-
Iranchent derriere leurs diffirentcs doctrines et 6vitent
d'aborder les points essenliels.
Dans une guerre noderne, les vainqueurs ne peuvent
pas s'attendre i ce que leurs pertes solent rcmbours6es
par le vaincu. Et malheureusement, dans E'e cas, cette
proposition devrait etre en parties accepted par la Rus-
sie qui, 6tant donn6 l'ampleur de ses souffrances, ne se
sent pas capable de l'envisager. *
L'initiative doit done in6vitablemenl retomber sur les
Etats-Unis, et nous devons une fois de plus reprendre


le project hardi et constructif propose par M. Walter
Lippmann. L'aide am6ricaine sur l'6chelle envisag6e par
lui aide accorded non seulement A ]a Russic, mais
A toute 'Europe changerait la situation internatio-
nale. La Russie serait ainsi assuree de cetle aide qu'elle
espere obtenir de l'Allemagne. Le redressement de 'in-
dustrie et de la culture en Europe serait ainsi acc61lr6.
Ell dissiperait en parties les suspicions qui empoison-
nent actuellement 1'atmosphere international.
Les Etats-Unis peuvent Mlever les relations interna-
lionales a un niveau qui permettra h I'espoir de re-
naitre i nouveau. .


II. PRESS AMERICAINE


Reole de la pre.se ambricaine dui 5 avril 1947
1. Affaire grecque
L'intervention du sdnateur democrat George a l'appui de
la proposition d'aide am6ricaine a la Grece et A la Turquie,
an course( du dihat au Scnat, est present6ee dans la press
comime la nouvelle ]a plus important se rapportant A cette
affaire. Cct ancien president de la Commission des Affaires
itrangcres a d6clard notamment qu'il donnait d6lib6rement
son appui i cc project de loi, parce que : a Je crois qu'il est
vital pour nous d'arrcter expansion russe d6s maintenant :
si on ne lui fait pas echec maintenant, la Russie ,domincra
indvitablement I'Europe, 6tendra son influence en Asie et
peut-etre mcm.e en Amrique du Sud. >
D'autre part, touted la press reprend le questionnaire sou-
mis par le journalist amcricain Johannes Steel i M. Molo-
tov, et les reponscs de cc dernier. A la question : comment
la democratic peut-elle etre le mieux reinstalll6e en Grice ?
AM. Molotov aurait rpondu que cc serait par abandon des
interventions itrangeres dans les affaires domestiques grec-
ques . Molotov aurait declare qu'il doutait quo la nouvello
politique amiricainc puisse restaurer la d6mocratie en
Grece a.
Le correspondent du New York Times a M'oscbu estime
que ces r6ponses ne sont pas aussi cat6goriques qu'on aurait
pu s'y attendrc. II voit dans cette attitude moddrie de
M. Molotov le dssir de ne pas comprOmcttre les discussions
sur les reparations au Conseil des Affaires &trang6res.

2. Diclaration de M. Acheson
Le secretaire ,d'Etat par interim a d6clarC i sa conference
de press que 1'attitu'de du gouvernement amiricain ia l'gard
du irgime d'e Franco n'avait pas change, malgrc l'interven-
lio)n annonci6C, par le Caudillo de restaurer la monarchies
espagnole. II a revel6 que 'anmbassade amiricain ith Madrid
avait reu pour instructions -de protester contrc I'expulsion
du corespondant (iu New York Post, M. Me. Mahon. I1 a
annonei5 galement quie M. Henry Grady. ancient secretaire
adjoint aux Affaires itrangeres, avait et6 d6sign6 par le
President Tru-man pour occuper le post de premier ambas-
sadcur amcricain aux Indes.

3. Niwnelles franerises
Callender, dans le New York Times, reprend l'article du
Monde publiant les lettres chiangCes entire les giniraux de
Gaulle et Eisenhower en janvier 1945, au sujet de la ~ifense
de I'Alsace, au moment oil celle-ci 6tait menace d'une non-
'velle invasion allemande, quelque temps apr6s la liberation
de, Strashourg. Ce correspondent passe ensuite en revue la
situation politique crc6e par le discourse du. gRiniral de
Gaulle, notamment : < Le gouvernement craint que, comme
Itl dit M. Blum, le general de Gaulle divise la France en
deux blocs, alors mcme qu'il prkche l'unitd qu'il salt impos-
sible. II ne peut guere diviser ce qui est dejk divis6, mais
il peut crier de nouvelles divisions, principafement a l'inte-
rieur ,du M.R.P. qui, depuis quelque temps, recherche un
moyea term entire le communism et le gaullisme ,. Apris
avoir constati que la politique 6trang6re du gdn6rql de









BULLETIN QUOTIDIEN DE PRESS ATRANGERE e 5


Gaulle est de, maintenir la neutrality entire la Russie et les
Etats-Unis, alors que ceux-ci sont seuls capable de venir en
aide au redressement Bconomique frangais, dit-il, il ajoute
que les socialists croient fcrmcm'ent que Ie credit frangais
gagnera s'ils conservent la direction du pays, mais qu'il
baissera si le parti communist on le general de Gaulle
prennent la -direction. C'est .pourquoi les socialists vou-
uraient que les Etats-Unis pensent que le 'parti communist
est divist et par consequent qu'il n'est pas important et que
I'influence du ggenral servirait a accentuer les divisions qui
existent en France parmi lcs anticomAfunistes.
Le WashIngton Post est le premier journal a consacrer un
editorial a ce qu'il appelle e ,Lc retour du general de
Gaulle ,. II constate que Ics craintes que les Franqais Ipeu-
vent avoir i 1'gard des buts vises par le .gniral ont eu
probabloment pour effet de jeter les socialites .dans une
nouvelle alliance defensive avec les communists >. II estime
que la Iposition du M.R.P. est a quelque peut ambigui > et
ne pense pas que le g6enral veuille profiler de la confusion
present pour s'installer en dictaleur. 11 conclut : < Mais il
est certain qu'il rcecmandera une Constitution dans laquelle
le pouvooir lgislatif sera divisd ct kIc pouvoir exdcutif rcn-
force. Et, puisque la France a fait une demonstration icla-
tante de l'impossibilit6 d'etre gouvernae par une legislature
' oh les communists constituent une mino'itd puissante, 11
n'est pas improbable quo lo general de Gaulle arrivera i
ses fins. 1

4. Chiie

Une d.ipeche A.P. de P6kin announce que cinq fusiliers-
marins amnricains out .6td tuis et seize bless6s par des dissi-
dents chinois qui cherchaient a s'cmparer, d'un dep6t de
munitions amiricain.

a) AuiTOUR DE L'AMENDEMENT DE M1. VANDENBERG AU PRO-
JET D'AIDE A LA GiRCE ET A LA TURQUIE (New York
Hertdd TrWibwme, 8/4. Ed. europ.).
< Si le gouvernenent accepted rapidemnent t g6ne-
reusement l'amendement Vandenberg, une fort majoritC
sera alors assuree au Congres en faveur du project de
loi d'aide A la Grece et A la Turquie. Cet amendment
remedie, en effect, aux d6fauts les plus *rieux de la
proposition origiiale de M. Truman.
M. Vandenberg a rCtabli le principle essential de la
Charte a savoir qu'une action important, affectant la
s6curit6 international, ne peut 6tre entreprise de fagon
unilaterale c'est-h-dire sans etre soumise aux Na-
tions Unies.
L'adoption 'de cet asliendement donnera aux Nations
Unics le droit de desapprouver notre intervention et de
decider qu'elle cesse. Par consequent, tant que les Na-
lions Unies ne nous demanderont pas de nous reti-
rer, nous n'agirons pas de fac'a unmilat6rale, mais avec
le consentement 'de I'O.N.U.
L'amendement de M. Vandenberg est un moyen de
renforcer notre position, non seulement notre position
morale, mais aussi notre position politique, en assu-
rant le success de cette entreprise extremement difficile.
Ce qui est surprenant, c'est que le department 'd'Etat
ait manque de prudence et de prCvoyance au point 'de
ne pas rendre conditionnelle son aide a la Gr&ce et
de donner carte blanche A un gouvernement corrompu,
reactionnaire et de toute evidence pen repr.6sentatif.
L'amendement 'de M. Vandenberg r6pare cette faute
dans une certain measure, car en stipulant que l'aide
A la Grece peut etre supprimee dans certaines condi-
tions, la- promesse d'aide n'est plus inconditionnelle >>.
(Walter LIPPMANN.)

4 ) LA QUESTION DES REPARATIONS A MOSCOU (New York
Herald Tribune, 7/4).
e L'interet evident que porte M. Molotov A la ques-
tion des reparations nous semble beaucoup plus impor-


tant que ce qu'il a dit en fait A ce sujet. Le language 'diplo-
matique ,de la Russie est different du language diploma-
tique habituel et par consequent difficile A comprendre
pour les AmBricains. II peut sembler pr6somptueux de
noire part d'essaycr d'interpr6ter M. Molotov, mais il
nous semble que, dans ce cas, on pourrait traduire ses
remarques 'de la facon suivante : ( Vous, Americains,
no comprenez pas l'importance que les reparations re-
prisenlent pour nous. Si seulement vous faisiez des con-
cessions A cct regard, je suis stir que nous pourrions
nous mettre d'accord sur d'autres probllmes. Dix mil-
liards de dollars n'6taient qu'un chiffre que nous avons
cit6. Nous aimerions davantage et nous accepterons
niclns; mais comment pourrons-nous arriver a u.n ac-
cord si vous ne voulez mcme pas -ue l'on commence a
diJ-cuter ,
M. Marshall n'a pas refuse carr6ment en a'dmettant
que les Etals-Unis pourraient envisager que des repara-
dions soient pr6levCes sur la production courante si
i',n restreint les rCparations prelev.es sous forms
d't quipements.
II semble que les reparations sont la base d'un
reglement du probl6me allemand. Ii semble Cgalelnent
qu'il soit impossible de rnaliser de nouveaux progress en
discutant de ce qui a Cte et 'de ce qui n'a pas et6 dit
ou implique a Yalta on a Potsdam. II faut border le
probllme d'une fagon diff6rente et constructive et nous
esperons eneore que la Conference le permettra >>.




III. PRESSED BILLGE



AUTOUR DE LA ,CONFERENCE 1DE 1MSCOU (Le Peuple,
7/4), socialist,

4 Comment espiter assainir la situation en Allema-
gne, si les quatre < Grands > n'arrivent p'as a se mettre
d'accord sur les princips les pilus cssenticls de la poli-
tique a!lice dans ce qui reste du Reich 2
Si les < petils ) voisins avaient e e admnis A Moscou,
its auraient pu exercer une influence m6diatrice et con-
Iribuer a la recherche des solutions acceptable pour
tons les Allies. On n'a pas voulu les y admettre. Et nous
devons assister, impuissants, aux querelles des
o< Grands >>, et en subir les consequences dans la
repartition du carbon de Ia Ruhr, dans les troubles
qui menacent notre secteur en Allemagne et dans l'ins-
labiltie qui continue A entraver le r6dressement de
I'Europe >.
(G. KOULISCHER).


IV. PRESS SUISSE



Li I'lOIILIME ALLEMAND.
1" (La Tribune de Genave, 5, 6, 7/4).
< Mal instruils peut-Ctre par l'exenrple du mar6chal
Petain qui se rCp6tait chaque matin que la France itait
vaincue, les Allies ont pens6 que 1'Allemand accepte-
rait sa d6faite. Or il n'en est. rien. Le vaincu, ce n'est
pas lui, ce sont les chefs qu'il a suivis depuis 1933 et
don'tt il s'est d6solidaris6 en 1945, mais auxquels il ne
reproche pas tant d'avoir mis 1'Europe a feu et a sang
que de ne pas avoir su gagner la guerre. Les Allemands
d'aujourd'hui, dans leur grande majority, se tiennent










6 BULLETIN QUOTIDIEN DE PRESS ATRANGBRE


pour innocents et n'entendent pas 6tre traits come
des coupables.
D'autre part, les vainqueurs, a l'exception peut-Ctre
des Francais qui connaissent leurs voisins de longue
date, se sont imagines que, une fois 'd6pouill6 de son
hitl6risme, l'Allemand serait anim6 d'un sentiment d'.hu-
:iilit6 ct de repentance lui laissant pour seule ambition
ie disir de r6parer le mal commis. LA encore, les Alli6s
se sont trompes. Its out bien pu imposer dans leurs
zones; respectives leurs diverse conceptions de la d6mo-
cratie, favoriscr la renaissance des parties Iraditionnels,
organiser 1'epuralion ct pourchasser les criminals de
guerre. Mais ils ne peuvent empecher les cadres 6pur6s
ct les parlis antinazis de fire une politiquc dont le
but est !a grandeur el I'intlgrit de I'Allemagne, ia re-
crina.ssance des droits du people allemand blanchi
tie 'outes les accusations jetces centre lui. DB6j, les rares
Ailkinan'ds qui out, come le pasteur Niemoller, le cou-
rage d'inviter leurs compatriots h reconnaitre leurs
fautes, sont en butte a une vive hostility. El le language
nalionaliste d'un sociald6mocrate tel que M. Schuma-
cher ,eveille les echos que les occupants ne percoivent
pas sans inqui6tude.
Dans le mime ordre d'ide6es, les manifestations r6pe-
tles auxquelles se livre la population de la zone an-
glaise sont bien faites pour accroitre l'anxi6t6 et la per-
plexit6 des autorit6s d'occupation. Sans 'doute, le micon-
tentement populaire a-t-il des motifs srieux : le ravi-
taillement est mal organism, les rations insuffisantes.
Mais les forces que prend l'Vxpression de ce m6conten-
lement, le ton imp6ratif des leaders in-diquent que les
Allemands s'estiment en droit de parler au inoins d'6gal
A 6gal avec leurs vainqueurs, et prouvent, une nou-
velle fois, que l'effet moral de leur d6faite s'est d6ja
singulibrement attinue en eux.
A la lumnire de ces evunemens. ]a mnsentente entire
les quatre Grands prend tout son sens. Chaque jour qui
passe sans qu'ils se soient mis d'accord sur le probl6me
allemhand rend ceiui-ci plus difficile A r6soudre, et
done au vaincu p'us d'assurance, plus d'app6tit et plus
'd'audace. Et cela n'est pas, pour le repos de !'Europe,
un tres bon presage >>.

(Jean-Jacques CHOUET).


2 Basler Nachrichten, 5/6 avril.)
< L4t proposition de M. Bidault tendant a 'arrrt des
deportations d'Allemands habitant les territoires voisins
de l'Est, dtait, on le salt, en relation avec son project
d'ouvrir une issue du c6t6 occidental A l'exces de popu-
lation 'de 'Allemagne grAce au transfer en France de
quclques centaines de miilicrs d'ouvriers. Et cc project
iui-riinen faisait partic ini'gr:'anet du plan francias qui
a pour objAt de luncr centre la suprematic allemande
dans Ic domain de l'industric du carbon et de I'acier
et d'61cver la France au rang de centre industries de
I'Europe. Cet enchainenient a emllpche M. Bidault de
rbussir auprds des autres allies, et c'est pourquoi la sug-
gestion ido suspendre provisoireiment les dIportations a
ete classee, avce le reste de son plan, dans le dossier
des questions a examiner, plus tard. Un dossier fort
bien garni Les ministres des Affaires eirangeres rdu-
nis I Moscou out 6galement, au course de cette semaine.
renvoye a plus tard, une fois de plus, toutes les d6ci-
.,ions essentielles parce qu'ils ne pouvaient s'entendre
sur i'ordre de priority entre les questions 6conomiqucs,
les questions constitulionnelles et les questions de fron-
liires int6ressant l'Allemagne.
Mais quelque jour on pourrait bien s'entendre malgr6
tout, et le gouvernement 'de Varsovie prend sagement
ses precautions centre cette 6ventuaiit en se hAtant de
chasser auparavant encore 400.000 Allemands au del 'de
la frontidre de Potsdam. Si le 30 juin, date limited fixee
par le cabinet polonais, ils olit franchi l'Oder et la Neis-
se, alors la Pologne sera entierement ddlivr6e des Alle-
mands. Et oh iront ces gens-lA ? Vers la mort par Ia
famine. D6ja, en ce ddbut d'avril les revoltes 'de la faim
de la zone britannique montrent qu'il n'y a plus assez
A manger pour la population actuelle. Mais a la fin de
juin, c'est-h-dire plus d'un mois avant qu'on ne rentre
la nouvelle moisson, ni les anciens, ni les nouveaux
immigrants avec leurs femmes et leurs enfants, ne trou..
veront rien qui les sauve de ]a mort par inanition... On
peut avec quelque imagination se representer les symp-
tomes de la catastrophe en partant du fait que les occu-
pants britannlques ne sont d6s maintenant pas capable
,de preserver du pillage plus 'de la moitid des convois
de denrtes alimentaires. A c6te de cette r6alit, les dis-
cussions de Moscou sont extrrhiiement peu Tintres-
santes >>.


S._ P.I m.,2,re ioe Prs-318 ri r


S. P. 1. Ilmp., 27, rue Nicolo, Paris 31.300


Prix : 6 fr.


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