• TABLE OF CONTENTS
HIDE
 Front Cover
 Table of Contents
 le quatorze juillet
 Un poeme
 Connais-toi toi-meme
 Les tendances de la musique...
 La langue Francaise ne fera-t-elle...
 Deux poemes
 Vauvenargues ou la philosophie...
 Paul Valery professeur de...
 Les lecons de style que mon pere...
 Lettres, science et arts en...
 Chronique
 Back Cover














Title: Conjonction
ALL VOLUMES CITATION THUMBNAILS PAGE IMAGE ZOOMABLE
Full Citation
STANDARD VIEW MARC VIEW
Permanent Link: http://ufdc.ufl.edu/UF00076567/00005
 Material Information
Title: Conjonction bulletin de l'Institut franðcais d'Haèiti
Uniform Title: Conjonction (Port-au-Prince, Haiti)
Physical Description: v. : ill., ports. ; 24-28 cm.
Language: French
Creator: Institut franðcais d'Haiti
Publisher: L'Institut
Place of Publication: Port-au-Prince
Publication Date: 1946-
Frequency: quarterly[1983-<1995>]
bimonthly[ former 1946-1982]
quarterly
regular
 Subjects
Subject: Civilization -- Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Civilization -- Periodicals -- France   ( lcsh )
Civilisation -- Pâeriodiques -- Haèiti   ( rvm )
Civilisation -- Pâeriodiques -- France   ( rvm )
Genre: periodical   ( marcgt )
Spatial Coverage: Haiti
France
 Notes
Dates or Sequential Designation: No 1 (janv. 1946)-
Numbering Peculiarities: Nos. 2-3 never published. Cf. Union list of serials.
Numbering Peculiarities: Some issues combined.
General Note: "Revue franco-haitienne."
 Record Information
Bibliographic ID: UF00076567
Volume ID: VID00005
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: oclc - 03009058
lccn - 52032401
issn - 0304-5757

Table of Contents
    Front Cover
        Front Cover 1
        Page 1
    Table of Contents
        Page 2
    le quatorze juillet
        Page 3
        Page 4
    Un poeme
        Page 5
    Connais-toi toi-meme
        Page 6
        Page 7
        Page 8
    Les tendances de la musique contemporaine
        Page 9
        Page 10
        Page 11
        Page 12
    La langue Francaise ne fera-t-elle plus foi?
        Page 13
        Page 14
        Page 15
        Page 16
    Deux poemes
        Page 17
    Vauvenargues ou la philosophie inachevee
        Page 18
        Page 19
        Page 20
        Page 21
        Page 22
    Paul Valery professeur de poetique
        Page 23
        Page 24
        Page 25
        Page 26
        Page 27
    Les lecons de style que mon pere m'a donnees
        Page 28
        Page 29
        Page 30
    Lettres, science et arts en Haiti
        Page 31
        Page 32
        Page 33
        Page 34
        Page 35
        Page 36
        Page 37
        Page 38
        Page 39
        Page 40
    Chronique
        Page 41
        Page 42
        Page 43
        Page 44
        Page 45
        Page 46
        Page 47
        Page 48
        Page 49
        Page 50
        Page 51
    Back Cover
        Back Cover
Full Text





ANNEE 1947


C0 JON. ACTION

No. 9


SOMMAIRE 11 JL
L Albert Mousset: .LE QUATORZE
Jean F. Brierre: Un Pome.
Francis Jeanson: .CONNAIS-TOI TOi ..
Jean Brile: LES TENDANCES DE LA M UFCO
TEMPORAINE.
Raymond Las Vergnas: .LA LANGUE FRANCHISE NE
FERA-T-ELLE PLUS FOI?.
Ren6 B6lance: Deux Poemes.
Antoine Manneby: ,VAUVENARGUES OU LA PHILOSO-
PHIE INACHEVEE..
Leon Laleau: .PAUL VALERY, PROFESSEUR DE POE-
TIQUE..
Michel Pr6vost: .LES LEMONS DE STYLE QUE MON PERE
M'A DONNEES..
IL LETTRES, SCIENCES ET ARTS EN HAITI
.Black Soul. de J. F. Brierre.
Revue des revues.
Note sur I'Institut d'Ethnologie.
Centre d'Art: L'Exposition Borno Turnier..
.L'Exposition Paysages d'Ha~iti.
III. CHRONIQUE.
A la Legation.
A l'Institut


BULLETIN DE L'INSTITUT FANAIS D'HAITI
SPORT AU- PRINCE


,.i,*. -
t~ -
--. .-,.---
..~ /


JUIN













CONJUNCTION
Est le Bulletin de l'Institut Frangais d'Haiti.

SES BUTS

-Diffuser les idees fondamentales qui caracterisent la pensee fran-
caise vivante.
-Resserrer les liens traditionnels unissant Haiti et la France.
-Apporter une collaboration effective a l' panouissement de la
culture haitienne.
-Rendre compete non seulement des activities de l'Institut Fran-
cais mais encore de l'activit6 intellectuelle d'Haiti.
(CONJONGTION)) n'est pas une revue de propaganda. Elle ne
vise a aucune action politique ou confessionnelle. Elle sollicite
la collaboration des auteurs haitiens et strangers.

SON MOT D'ORDRE

Tout faire pour que les homes diff6rents par leur h6redit6, le
milieu g6ographique et social qui les a models, par les disciplines
intellectuelles qui ont form leur pensee, puissent se connaitre, se
comprendre, et soient mis en measure d'apporter leur contribution
original a l'6laboration d'une veritable conscience humaine.











Les livres et les manuscrits doivent 6tre envoys
au Directeur de 'Institut Frangais
3, Avenue Charles Summer Port-au-Prince Haiti
Telephone : 5452

ABONNEMENT ANNUEL
(6 numnros) :

En Haiti : 2 dollars
a I'Stranger : 2 dollars 50
Le Numero est vendu : 2 gourdes ($ 0,40)

Pour la publicity, qui est strictement limited,
s'adresser l'Institut Franvais.



SOMMAIRE
I. Albert Mousset: .LE QUATORZE JUILLET..
Jean F. Brierre: Un Poime.
Francis Jeanson: .CONNAIS-TOI TOI-MEME..
Jean Brille: .LES TENDANCES DE LA MUSIQUE CON-
TEMPORAINE..
Raymond Las Vergnas: .LA LANGUE FRANCHISE NF
FERA-T-ELLE PLUS FOI ?
Ren6 Bl6ance: Deux Poimes.
Antoine Manneby: .VAUVENARGUES OU LA PHILOSO-
PHIE INACHEVEE..
L6on Laleau: .PAUL VALERY, PROFESSEUR DE POE-
TIQUE..
Michel Pr6vost: .LES LEMONS DE STYLE QUE MON PERE
M'A DONNEES..
II. LETTRES, SCIENCES ET ARTS EN HAITI.
.Black Soul. de J. F. Brierre.
Revue des revues.
Note sur l'Institut d'Ethnologie.
Centre d'Art: .L'Exposition Borno Turnier..
*L'Exposition Paysages d'Haiti..
III. CHRONIQUE.
A la L6gation.
A l'Institut.













Albert Mousset : LE QUATORZE JUILLET


L'histoire de la commemoration de la prise de la Bastille,
qui devait avoir en France et dans le monde entier un tel re-
tentissement, nous montre comment un 6venement change, sui-
vant les generations, de physionomie et de resonance.
Apres la f6te de la F6edration, qui fut le premier anniver-
saire de la chute de la celebre forteresse, le retour du Quatorze
Juillet tomba dans une demi-indiff6rence. Il donna lieu a des
manifestations officielles sans 6clat. En 1792, on donna un bal
de nuit fort r6ussi sur les ruines de la Bastille.
L'ann6e suivante, le meurtre de Marat avait plong6 la ca-
pitale dans une atmosphere de deuil. On entonna, a la Con-
vention, un hymne civique. On d6cr6ta que ville de Paris n'avait pas cess6 de bien m6riter de la patrie.
Et tout fut dit.
Ce fut le 7 mai 1794 que, sur la proposition de Robespierre,
la Convention d6cr6ta que la R6publique c6elbrerait tous les
ans les fetes du 14 juillet 1789, du 10 aoit 1792 prisee des Tuile-
ries), du 21 janvier 1793 mortt de Louis XVI) et du 31 mai 1793
(echec du coup d'Etat centre la Convention).
Mais c'6tait inscrire trop de saints au calendrier. Les f6tes
sont cofiteuses, et le vent est aux economies. On se content de
jouer la Marseillaise et 1'Hymne A la Libert6 pendant la seance
de la Convention; 1'assembl6e decide d'incorporer le texte de
ces deux hymnes dans le proces-verbal de ses s6ances.
En 1796, une parade militaire a lieu au Champ de Mars:
c'est le precedent des celebres deviendront plus tard la manifestation la plus populaire de cet
anniversaire.
En 1798, les organisateurs de la fete se bornent a pavoiser
les rues et font lAcher un ballonn a6rostatique au son d'une
musique guerriere. Il en coite 110.000 francs.
Les credits allou6s aux rejouissances publiques tombent
l'ann6e suivante a quinze mille francs : just de quoi edifier un
autel de la Patrie et l'entourer des sages de l'antiquit6 et des
temps modernes. Ce spectacle fait mediocre impression sur la
foule, et les journaux reprochent au gouvernement sa l6sinerie.
Aussi le Consulat r6agit-il contre cette indifference. I1 donn'e


-3-








a la celebration du Quatorze Juillet un 6clat qu'elle n'avait
jamais eu depuis 1790. Mehul compose un hymne pour cette so-
lennite. Mais les yeux de la foule se portent vers le general heu-
reux qui vient d'achever la carrpagne d'Italie. On ne parole que
de Bonaparte.
Et, a.:artir de.-J'annmee;sivante, le Quatorze Jullet perd,
dans l'esprit du gouvernement, sa signification' revolrtlonnaire.
Il sert a feter la paix continental : un Te Deum est chant6e
Notre-Dame. Dans les rues, le people danse le rigaudon: la
valse n'etait pas encore arrivee jusqu'a lui. On 1'amuse avec des
spectacles forains: un lecher de parachute, des sauteurs, des
mimes et meme Le Quatorze Juillet jacobin est mort. Sous 1'Empire, il est
remplac6 par la fate de Saint-Napoleon; sous la Restauration,
par celle de Saint-Louis.
II faut arriver a la Troisieme Republique pour voir se re-
nouer la tradition revolutionnaire. Un journal donna, en ces
terms, le sens de l'evocation du Quatorze Juillet : -On pourra,
tant qu'on voudra, nous d6montrer et meme nous prouver que
la Bastille etait une vieille prison defendue seulement par une
centaine de Suisses et d'invalides; ce raisonnement d'historiens
ne changera absolument rien a la tradition populaire. La prise
de la Bastille ne fut pas un fait d'armes. Ce fut un grand fait
moral,.
,Le 8 juin 1880, la Chambre des Deputes vota ce texte pro-
pose par Raspail, l'illustre chimiste et homme politique:
jour:de fete national annuelle,.
Cette loi trouva sa premiere application cinq semaines apres.
Jamais r6jouissance ne fut plus g6nerale et plus familiale que
celle-la. Une foule 6norme parcourut les rues pavoisees et illu-
minees. La revue des troupes a Longchamp fut le de la
journee; on y acclama l'armee qui, apres la defaite de 1870, se
reconstituait et retrouvait son prestige et sa popularity. On dis-
tribua les drapeaux aux units reorganisees. On vendit des bou-
quets tricolores dans les rues.
Gambetta en acheta un et le porta toute la journee sur lu1
Ce bouquet, on peut le voir encore aujourd'hui sous verre dans
une sorte de reliquaire conserve aux archives du Departement
de la Seine...
Ainsi s'est realisee la proph6tie de 1'abb6 Gr6goire quand
il disait a la Convention: A jamais memorable : c'est le jour oii le people a recouvre sa
dignity en retrouvant la charte de ses droits sous les decombres
de la Bastille,.
-4-













Jean F. Brierre : UN POEME
FANNY
A RenB Villejoint.


Vous vous appeliez Fanny.
Vous 6tiez grande et mon ami vous aimait.
Chaque soir, vous donniez a boire
a des hommes las
qui vous parlaient a travers le brouillard de leur peine
et regardaient votre sourire
a travers le blond whisky
ou vibrent des couleurs de mais en fleurs.
Entre deux verres,
ils vous disaient leur vie noire,
leur solitude noire,
l'amertume noire
qu'ils apaisent au fond de leur gorge,
au-dessus de leur cceur noir,
de ces liqueurs a vertige
oi dort l'oubli de tout.
Et vous r6pondiez des mots gais
et des rires frais
comme des chansons d'enfance
A tout ce d6senchantement 6pars autour de vous,
a toutes ces douleurs a odeur d'alcools et de mis6re.
Un jour, brusquement,
Un ivrogne s'est d6saoul6
parce que dans son verre
votre visage 6tait triste et qu'il avait l'impression
de boire dans son alcohol
les larmes de vos yeux.
Et ce fut lui, tout un soir,
Qui vous berqa du rythme profound de son silence,
de ses sanglots refoul6s
et des cadavres de ses obsessions
remonthes tout A coup
a la surface de l'ivresse.
Miami, Mars 1947.


-5-













Francis Jeanson : CONNAIS-TOI TOI-MEME


La fameuse formule, que Socrate avait lue sur le fronton
du temple de Delphes, recele une equivoque fondamentale: elle
pose un problem, que toute philosophie se devrait de consid6-
rer de la fagon la plus attentive au lieu de le tenir pour re-
solu avant meme d'en avoir d6fini les terms. La pens6e philo-
sophique se distingue de toute autre forme de pens6e par le plan
sur lequel il lui faut situer les valeurs qu'elle s'efforce d'in-
venter et de caracteriser. Elle ne vaut point comme th6orie -
car toute th6orie est de type scientifique ou para-scientifique -.
et non plus comme technique car toute technique est le pro-
longement d'une science, don't elle se borne a accomplir effec-
tivement les provisions. C'est dire que le souci philosophique
n'est pas celui d'6tablir des lois, et pas davantage celui de les
utiliser comme instruments d'action: il est souci des fins et non
pas des moyens; non point souci de quelque verit6 mais souci
de la valeur pratique et de la signification humaine de toute
verite. La philosophies n'est rien si elle ne tend A l'elucidation,
pour chaque homme, de son metier d'homme,.
De la le caractere original de l'effort de connaissance qu'elle
a cependant a accomplir. L'homme ne peut conf6rer lui-m6me
un sens a son existence, s'il n'entreprend de se connaitre : mais
la philosophies est pr6cis6ment le point critique ou cette connais-
sance se retourne sur elle-meme pour s'interroger sur sa propre
valeur, puisque le type d'action vers lequel elle s'oriente est
action non plus sur quelque objet, mais action du sujet sur lui-
meme entreprise de renovation, de conversion, de r6alisa-
tion de soi.
Le probl&me initial de toute philosophies parait done consis-
ter A choisir la forme de tible de permettre une reprise de soi, la plus apte a se prolonger
en une attitude authentiquement morale.
A cet 6gard, la formule socratique prise A la lettre -
semble fournir une r6ponse tr6s ferme: c'est-A-dire : ne t'oublie pas dans une science de l'homme, dans
une m6taphysique de l'humain ou tu risquerais de perdre le
contact avec les exigences pratiques de ta propre edification.
Et Cic6ron loue Socrate d'avoir fait ,redescendre la philoso-
phie du ciel sur la terre.


-6-








Mais, en fait, que nous offre Socrate si du moins, nous
en croyons Platon? Il nous offre une methode de definition des
diverse vertus,, sur les notions desquelles tout homme doit
guider sa conduite : c'est-a-dire une morale universelle, imper-
sonnelle, valuable pour tous, en tous temps et en tous lieux une
morale d'ideaux determines, et don't la connaissance est acces-
sible au jeune esclave comme au riche athenien.
Il s'agit done, pour le sujet, de se connaitre dans ce qu'il
a de moins subjectif, de moins concrete, de moins reel; et d'orien-
ter selon cette connaissance son existence subjective, concrete,
reelle. Pour Socrate, la possibility d'un tel saut de la th6orie a
la pratique est evidente : la vertu est affaire de science,. Mais
il faut voir a quel prix. La condition n6cessaire pour que le
saut soit possible, c'est... qu'on n'ait pas a l'effectuer, c'est qu'on
renonce a la moralisation de la personnalit6 empirique, c'est
qu'on nie l'existence de celle-ci pour se situer d'emblee sur le
plan d'une morality ideale : ser de ce monde oi tout est trompeur pour se turner vers le
monde pleinement intelligible des pures idees. Des lors, guide"
sa conduite sur la reconnaissance de celles-ci, ce sera, en fait,
supprimer la n6cessite de se conduire au prix de s'etre con-
duit une fois pour toutes en contempteur de l'existence effective.
Sur le plan instinctif, l'attitude homologue de celle preco-
nisee par le Socrate de Platon semble bien etre celle de la pure
Antigone, don't la fort belle piece moderne de Jean Anouilh re-
prend le personnage pour en accuser certain traits: sous cet
eclairage que Sophocle aurait sans doute reni6, mais que sa
tragedie semble impliquer d6ja -, Antigone apparait comme
un etre incapable de s'adapter a la vie, incapable d'y mener une
existence de lutte. Le geste qu'elle accomplit reput6 crimi-
nel par les lois de la Cite -, on sent bien qu'il n'est qu'un pre-
texte, et qu'elle eCt saisi la premiere occasion venue pour ma-
nifester, de faqon irremediable et purement negative, son refus
global de toute ,compromission,. Et lorsque Cr6on qui la
comprend fort bien s'ing6nie a la sauver, elle s'entete dans
ce courage ultime de vouloir mourir, elle perd de vue la signi-
fication de son geste pour ne plus tendre sa volont6 que vers un
veritable suicide don't elle fait sa liberation. Jeune fille inca-
pable de surmonter une crise d'absolutisme moral, elle se con-
nait dans ses plus nobles aspirations:
Je suis nee pour l'amour et non pas pour la haine>, (disait
deja 1'Antigone de Sophocle), mais elle se revele incapable d'un
effort progressif pour r6aliser ces valeurs si parfaites qu'elles
repugnent a valoriser autre chose qu'elles-memes.
Une telle connaissance de soi ne donne a l'6tre aucune prise


-7-








sur lui-meme : elle l'abandonne a la nostalgia de l'6ternel irrea-
lisable, et ne lui laisse pour viatique qu'un goit de mort sur
les levres. Le dernier mot de la morale est alors 1'6vasion A soi,
la demission de l'homme qui prefere, en un sursaut d'h6roisme,
s'absenter de sa tAche humaine que de la mener difficultueuse-
ment dans le domaine du relatif.
Encore l'exemple que nous avons choisi n'illustre-t-il que
1'attitude la plus digne qui puisse decouler d'une telle perspec-
tive. Mais il faut craindre beaucoup plus l'attitude inverse, plui
facile, qui consiste en une resignation passive A toute imperfec-
tion puisqu'aussi bien la perfection, seule souhaitable, de-
meure inaccessible. L'homme alors emploie sa vie a se recla-
mer th6oriquement de valeurs supremes qu'il v6nere cepen-
dant que son comportement effectif demeure en marge, livr6e
lui-m6me, priv6 d'un guide don't les indications passent trop
haut par-dessus lui.
Aussi m'apparait-il n6cessaire de porter l'effort de connais-
sance de soi sur le terrain de la personnalit6 concrete, ou il
puisse apparaitre deja comme un effort moral. Pour cette rai-
son meme, il conviendra d'eviter 1'6cueil sym6trique de celui
que nous venons d'etudier : celui d'une introspection a l'infini,
au course de laquelle le sujet se consid6rerait comme le lieu d'une
multiplicity changeante de motifs et de mobiles apparaissant
en lui de facon imprevisible, et rendant vaine toute tentative
de sa part pour orienter son propre comportement. L'homme
ne peut se saisir que dans son unite : il lui faut se d6finir a
lui-m6me non par ce qu'il est ici ou la, A tel moment ou a tel
autre, mais par l'inspiration d'ensemble que p6entre tous ses
actes, par le project > fundamental qui constitute sa personnalite.
II demeure done exact que la connaissance de soi n'est pas
connaissance theorique de soi-meme en tant qu'objet, mais d6ej
ressaisissement pratique de soi-meme en tant que sujet, en tant
qu'origine de ses actes et responsible de leur signification. La
reality n'est accessible qu'a travers l'id6al : mais ici la r6alit6
est celle du sujet, et il ne peut s'agir que de son propre id6al.
La morale est reprise de soi et conversion total; la science
6tudie l'6tre a partir de ses elements, l'homme se transform
au niveau du choix fundamental qu'il opere de lui-meme. Tel
est l'immense interit de la methode de connaissance de soi qu.
propose Jean-Paul Sartre la psychanalyse existentielle et
qu'il applique avec tant de bonheur dans son Introduction aux
Ecrits Intimes de Baudelaire, (1) apres en avoir expos les prin-
cipes et assure les fondements dans L'Etre et le Niant.

(1) Les Editions du Point du Jour Paris 1946.


-8-












Jean Brille : LES TENDANCES DE LA MUSIQUE
CONTEMPORAINE (Extraits)*


De 1871 a la guerre de 1914, la Musique franqaise se deve.
loppa avec une telle vigueur et un tel elan que nul pays ne fit
preuve en ce domaine d'une plus riche vitality que le n6tre.
La lere guerre mondiale ralentit a peine les compositeurs, et
de 1919 a 1939 l'on vit naitre beaucoup d'oeuvres de grande va-
leur, et cela dans tous les genres. Ainsi, deux crises graves ont
about en musique a une merveilleuse renaissance. Il est pro-
bable que la crise, plus grave encore, qu'a traverse la France
de 1940 a 1915, aura, dans un avenir prochain, ses consequences
sur 1'art musical.
Il n'est pas question d'essayer de se livrer sur la musique
future a des provisions plus ou moins hasardeuses, mais de
s'efforcer de d6gager certaines conditions essentielles de la mu-
sique d'hier et d'aujourd'hui, done de celle de demain. En par-
ticulier d'examiner, dans la creation musical, le problem de
la technique et de la pensee.

La plus grande decouverte du Moyen-Age fut certainement
celle de la polyphonie et du principle du movementt contraire
(qui veut qu'une voix monte pendant qu'une autre descend);
ainsi prit naissance le contrepoint qui est l'art de superposer
deux ou plusieurs lignes melodiques. C'est en contrepoint que
Roland de Lassus, que Claude le Jeune, que Chr6tien de Troyes
et tant d'autres ecrivirent les si delicates et si fines chansons
franqaises des XVe et XVIe siecles. C'est encore en contrepoint
que furent ecrites les oeuvres de Jean-S6bastien Bach, l'un des
plus grands, sinon le plus grand musicien de tous les temps.
Mais par la suite, on renonca au style contrapunctique en
faveur de l'ecriture harmonique, c'est-a-dire des successions d'ac-
cords; l'on renonqa aussi a l'emploi des diff6rents modes connus
au Moyen-Age et l'on se servit a peu pres exclusivement du
mode majeur et du mode mineur classique (avec sensible).
II faut aller jusqu'au milieu du XIXe siecle pour noter, avec
le chromatisme de Richard Wagner (c'est-a-dire l'emploi de notes
*Conference radiodiffusee prononcee a 1'Institut Frangais le 3 Juin 1947
par M. Jean Brille, professeur de Mathematiques a l'Institut.

-9-









6trangeres a la tonality) une innovation dans l'ecriture musi-
cale. Vers la meme 6poque, l'on peut apercevoir un retour au
contrepoint : Beethoven ecrivit ses derniers quatuors dans Ie
style horizontal.
Vinrent plus tard l'aimable fantaisiste qu'etait Erik Satic,
et surtout Claude Debussy. L'6criture de ce dernier est souvent
caracterisee par l'emploi d'accords installs sur ce qu'on appelle
les mauvais degres de la game; il se cree ainsi une incertitude
tonale et l'auditeur, qui prend ce mauvais degr6 pour tonique,
a l'impression d'etre, non plus en Majeur ou en Mineur clas-
sique, mais en l'un des modes moyennageux presqu'oublies en
1880. Bien entendu l'exemple donned par Debussy fut suivi.
Mais, on alla plus loin et au lieu de se contenter d'utiliser
les diff6rents modes connus dans les differentes tonalit6s, l'on
se mit a superposer deux ou plusieurs melodies ecrites dans
des tons et des modes different: c'est la polytonality et la
polymodalit6. Ou encore a harmoniser une melodie dans un ton
ou un mode different du sien. Cela finit comme cela devait
finir, c'est-a-dire par ciser dans quel ton (et quel mode) est ecrit un morceau. L'ap6tre
de l'atonalite est l'Autrichien Schoenberg don't la celebre piece
intitulee Il vint enfin des musicians dotes de l'esprit scientifique, qui
se dirent qu'apres tout, puisqu'il n'y avait dans l'octave que 12
sons, le nombre de leurs combinaisons 6tait forcement limited et
que l'on pouvait en faire une etude systematique. Ce qui fut
fait. Comme il n'y avait pas de raisons fondamentales pour
qu'une game ait 7 sons, on se mit a en fabriquer de 6, de 8,
ou d'un nombre quelconque. Par example, Olivier Messiaen,
un jeune compositeur contemporain, jeune, c'est-A-dire de
40 ans inventa les games obtenues en suppri-
mant un son sur deux, ou sur trois, dans les douze notes de
l'octave. On 6crivit, dans ces games, des melodies que l'on
superposa et harmonisa de toutes les faqons possibles. On peut
d'ailleurs trouver un example de la game defective de six
notes par tons entiers (do, re, mi, fa diese, sol diese, la diese, do)
dans un court passage de la d'un mode accidental d'expression artistique et non de l'ex-
ploitation syst6matique d'une formule.
La division de l'octave en 12 demi-tons ayant paru insuffi-
sante, l'on a cree des quarts de ton et les morceaux ainsi ecrits
se jouent sur deux pianos accords eux-mimes a un demi-ton
d'intervalle.
Voici done ou nous a amen6s 1'invasion de la musique par la
technique. Il est evident que le mot -technique, est un mot d'ac-
-10-









tualit6, caract6ristique d'une 6poque industrielle oi tout tra-
vail individual doit 6tre bien d6termin6e l'avance pour pren-
dre place dans une oeuvre commune; que la technique est, dans
bien des cas, le triomphe du social sur l'individuel.
. . . . . .. . . . . . . . . . .
On objectera sans doute que ces problems de technique ont,
de tout temps, retenu attention des musicians. Certes, la mu-
sique est celui de tous les arts ou l'evolution du language due aux
perfectionnements techniques, est la plus rapide si bien que 2 ou
3 fois par siecle, le public s'indigne et ne comprend pas. et Melisande>, fort rapprochees de l'evolution et de ses surprises.
Mais jusqu'a la fin du siecle dernier, cette etude syst6ma-
tique de la technique musical venait apres la creation de l'ceu-
vre. Le professeur du Conservatoire qui ecrivait un trait d'har-
monie ne le faisait qu'apres avoir etudie avec soin les oeuvres
du Passe. La grammaire d'une langue est le recueil des regles
existantes a un moment donn6 et ne se concoit que si la langue
existe deja. Or, en musique, c'est la march inverse qui a 6te
suivie depuis cinquante ans et qui est suivie actuellement. On
peut dire que souvent la technique a conquis la liberty pour la
musique; mais dans bien des cas, cette liberty n'est que d6sordre
et anarchie. Le compositeur, actuellement, peut a peu pres tout
dire et n'importe comment; encore faudrait-il qu'il ait quelque
chose a dire.
Parmi les abus que l'on peut reprocher aux compositeurs
d'aujourd'hui, il convient de noter 6galement l'insignifiance des
themes initiaux, souvent reduits a un motif de quelques notes
qui semblent disposees presqu'au hasard. Beethoven arrivait, on
le sait, a tirer un developpement symphonique d'un th&me sou-
vent fort sobre; des compositeurs qui n'ont point son g6nie fe-
raient bien de se donner le secours des themes significatifs et
surtout suffisamment travailles.
Un autre abus est le d6faut d'unite. Les oeuvres actuelles
donnent souvent l'impression d'etre insuffisamment construites.
Certes, un certain renouvellement dans architecture musical
serait souhaitable. Sans demander au compositeur moyen un
plan r6volutionnaire pour chacune de ses oeuvres, on serait heu-
reux de lui voir connaitre un tant soit peu l'art du d6veloppe-
ment.

Il semble que l'on puisse reduire a deux sources essentielles
les courants de la pensee musical:
Il y a une musique descriptive, d'inspiration litt6raire ou pic-
turale, dite encore musique a programme. Ou encore, musique
11 -









humoristique, bouffonne. Cette musique convient particuliere-
ment, semble-t-il, au caract6re franqais et elle s'illustra au cour3
des siecles avec Rameau et Couperin, puis tout r6cemment avec
Debussy et Ravel. L'inspiration des compositeurs franqais d'entre
les deux guerres a certainement beaucoup puise a ce courant.
Mais il convient de ne pas en abuser, surtout dans la m6lodie.
La suggestion vraiment musical 6meut autrement que par une
imitation ou une evocation.
La deuxieme source de l'inspiration musical est dans l'ame
meme de l'artiste, dans sa vie interieure. C'est cet elan inte-
rieur qui anime les grands g6nies. Si la musique franqaise con-
nait les sources d'inspiration pittoresque, elle n'ignore pas celles
du cceur. Nous ne citerons que Faur6 don't jusqu'ici l'influence
fut plus limit6e et plus discrete que celle de Debussy. Nous
croyons que les jeunes musicians gagneraient a 6tudier sa tech-
nique merveilleusement subtile, qui semble ne rien bouleverser
et qui est pourtant toute nouvelle et exigee rigoureusement
par la pensee.........
Parmi les jeunes musicians frangais contemporains, nous
citerons avec le regret d'en oublier, Jean Frangaix d'une pro-
digue virtuosity, Tony Aubin, 1'un des mieux dou6s, Emile Gou6,
mort pr6matur6ment apres 5 ans de captivity.

Il semble que la virtuosity technique fut le signe d'une 6po-
que heureuse, fut la marque de la prosp6rit et de l'abondance
Elle fut un luxe, un luxe de privilkgies. Les compositeurs ne
sortaient pas de petits c6nacles oil ils s'ingeniaient A des pro-
diges d'astuces techniques et de roueries de m6tier. A l'inverse
de l'industrie, la technique semble marquer dans l'art, ou tout
au moins dans la musique, le triomphe d'un individual, assez
peu assure d'ailleurs, sur le collectif. La musique, sfire actuel-
lement de sa technique, doit s'efforcer de retrouver l'audience
des foules, l'acces aux Ames populaires. Il me parait hautement
probable que les masses, delivr6es des 6preuves et des soucis
qui les ont accabl6es si longtemps, ne soient pr6tes a entendre
une conception de l'art plus 6tudi6e et plus profonde que jadis.


-12-












Raymond Las Vergnas : LA LANGUE FRAN(AISE
NE FERA-T-ELLE PLUS FOI ?


L'annonce que la langue frangaise avait cesse de faire foi
diplomatiquement a provoque dans les milieux culturels fran-
cais une emotion qui, pour avoir ete assez lente a se manifeste:,
n'en a pas moins acquis une force a present tres vive, don't les
effects, il est permis de le penser, iront en se developpant. 11
semble qu'au moment ofi fut prise la decision de 1'ONU rela-
tive a la position linguistique de la France, on ne se soit pas,
tout de suite, rendu compete dans le public de l'importance du
recul auquel la langue francaise etait astreinte. On fut plut6t
sensible au fait que les futurs traits de paix seraient rediges
en francais aussi bien qu'en anglais et en russe, parallelisme
que d'aucuns n'osaient plus esperer et dans lequel ils se plurent
a voir le signe d'un maintien de prestige fort agreable a leur
fiert6. Ce n'est qu'un peu plus tard qu'on commenqa de se sou-
cier du paragraphe stipulant qu'en cas de contestation seuls le
russe et l'anglais seraient considers comme faisant foi. Alors
seulement l'on comprit qu'une atteinte decisive venait d'etre
portee a la suprematie international francaise sur le plan de
l'expression.
Il ne m'appartient pas ici de discuter les raisons politiques
qui ont motive un tel recul. Je reconnais volontiers qu'une pro-
longation de l'exclusivite qui fut, pendant des siecles, le pri-
vilege de la langue franchise euit constitu6 un anachronisme
difficilement defendable, et qu'il est parfaitement just que de:;
peuples comme le Russe, 1'Am6ricain et le Britannique prennent
a la redaction de la paix une part correspondent au role qu'ils
jouerent dans l'obtention de la victoire. Mais, entire l'exclusivitL
et la disparition, il y avait mille nuances, et 1'on ne comprend
pas qu'on ait supprim6, d'un trait de plume l'authenticit6 des
documents frangais. Cela est d'autant moins comprehensible
qu'en dehors de raisons purement quantitatives, lesquelles sem-
blent inad6quates (si les statistiques de population doivent main-
tenant donner le ton, comment refuser au chinois la premiere
place, dans les entretiens diplomatiques?) il apparait que l'a-
bandon du francais est, du seul point de vue acceptable en la
matiere, je veux dire celui des vertus linguistiques, une erreur


-13-








grave don't il faudra, peut-etre, dans les n6gociations de demain
attenuer, voire reparer, les consequences.
I1 est clair que la preeminence de la langue franqaise uni.
versellement admise en Europe a partir du jour ou le latin eut
perdu son h6gemonie, n'a pas ete un 6evnement fortuit, et qu'il
a fallu, pour justifier un semblable agr6ment des autres peu-
ples, des qualities profondes, susceptibles de rallier l'unanimite
Cette unanimity s'est, d'ailleurs, poursuivie sans interruption
et il serait ais6 de grouper, au course des ages, les temoignages
d'une appreciation qui ne connut pas de frontieres. Si c'est
l'Allemand Schwab qui parla, dans sa r6ponse a la question
mise au concours pour 1'Acad6mie de Berlin, de la superiority
du franqais, due, d6clara-t-il, a sa discipline et a sa fermet6
c'est l'Anglais Saintsbury qui insist sur le caractere quasi
automatique de sa nettet6. Le Slave Novicow 6tait, lui, sur-
tout frappe par sa density et par sa vigueur. Mais le plus bet
eloge qui ait 6te rendu A la langue franqaise par un stranger
est probablement celui de 1'Americain James Brown Scott. Dans
le gros volume de plus de trois cents pages qu'il a, a la veille
de la pr6sente guerre, consacre a cette question, 1'auteur a fait
du Frangais, langue diplomatique moderne une etude a la fois
enthousiaste et serree, abondant en rappels historiques et en
perspectives d'avenir.
L'existence de ces jugements d'outre-monts et d'outre-mers
met plus A l'aise pour 6voquer ce que penserent tant de Fran-
qais eminents. Sans remonter jusqu'a la Pleiade et A l'admi-
rable Defense et Illustration de Joachim du Bellay, il n'est peut-
etre pas inutile de se souvenir de cette limpidite et de cet ordre,
don't Voltaire, dans le Dictionnaire Philosophique, vantait les
insignes m6rites. A peu pres au meme moment, le chevalier de
Rivarol, dans une dissertation restee celebre et qui est, sans
doute, le module des plaidoyers de ce genre, s'attachait A suivre
le deroulement de 1'instinct logique de cette langue et a ana
lyser le pouvoir qu'elle a de se hausser vers l'abstraction. jours silre, remarquait-il, de la construction de ses phrases, ell-
entre avec bonheur dans la discussion des choses abstraites... et
sa sagesse donne de la confiance a la pensee,. Les 6loges, de-
puis, se sont multiplies. Joseph de Maistre n'a pas craint de
parler de la -magistrature, du frangais, et de la monarchie,
que lui conferait sa -puissance,. Georges Clemenceau, a son
tour, a d6fini le Franqais comme une clart6, de verite et comme ,un moule parfait de la pens6ee
oiu venaient, tout naturellement, a-t-il pr6cis6, sensations les plus subtiles, les conceptions les plus hautes, les
affirmations les plus g6nereuses.
-14-








Un tel concert de louanges ne peut que r6pondre A des ve-
rit6s de fait, et je crois que personnel dans le monde ne songe
a nier l'aptitude sp6ciale du Francais a l'exposition dialectique.
Il a, pour une grande part, herit6 des qualit6s juridiques du
latin, v6hicule approprie des stipulations du code, et c'est pour
cela qu'il se prete avec tant de souplesse robuste aux ramifi-
cations et aux incidents, a l'articulation, a la demonstration. II
poss&de une syntaxe tout ensemble diligente et malleable, ri.
goureusement exacte, et, cependant, capable de detours et de
nuances infiniment sensibles. Les exigences et les repentirs de
cet echafaudage analytique ont frapp6 tous les traducteurs un
peu psychologues et Ferdinand Brunot n'a pas eu tort de dire
que la version en Francais d'un texte stranger donnait tou-
jours, quel que fat le talent de l'interprete, l'impression d'6t!.2
un commentaire.
Une autre de ses caracteristiques est la repugnance a l'in-
version, repugnance si marquee que la march de la proposi-
tion est, le plus souvent, comparable a une progression ma.
thematique. La langue francaise ne transcrit pas l'ordre brut
des sensations lequel est, n6cessairement, un ordre empirique,
a priority affective, mais l'ordre superieur etabli par l'enten-
dement dans le chaos initial des emotions. De lT, est venu cette
celebre accorder. (Ce qui n'est pas clair, a ecrit Rivarol, n'est pas Fran-
gais>. Et Stendhal d'ajouter : qais se trompe, ou il cherche a tromper les autres,.
Cette clarte ne s'est pas imposee en un jour. Elle n'etait
nullement un don magique, fait a sa naissance par quelque mar-
raine de legende. Un labeur incessant a ete necessaire pou:
que vienne s'ajouter aux vertus de brievet6 et de grace quc
signalait d6ja Henri Estienne dans sa Precellence, cette lumiere
qui est devenue, depuis lors, sa dominant. Ainsi que l'a note.
Brunetiere, le Francais n'etait pas, a l'origine, sp6cialement clair
en soi. Ce qui 6tait clair, c'etait la pensee franqaise, et ceile-ci
ne devait le devenir que pour avoir travaille durant a se faire comprendre,. Le r6le des ecrivains frangais
dans cette lente monte a done ete capital. Ce sont eux qui
progressivement, ont inculqu6 l'habitude du classicisme, le de-
sir puis l'amour de ce climate intellectual, fait d'equilibre et de
just milieu, ouvert aux hardiesses de la pensee comme aux
revenues de la forme, 6minemment apte au bon goit et a la
sociability. Les historians de la langue ont tous rendu hommag.
a ce caractere de courtoisie qui lui a permis d'etendre son em.
pire dans 1'univers. Elle s'est r6pandue parce qu'elle 6tait la plu3
directed, mais aussi la plus civil, et que l'influence des femmes.


- il -








dans les salons et les bureaux d'esprit, lui avait prWt6 un accent
souverain d'61lgance et de bonne compagnie.
Ces m6rites (les derniers surtout) qui eussent dai lui assu-
rer la faveur des diplomats n'auront pas r6ussi, en cette aube
de 1947, a lui conserver la supr6matie. Frapp6e d'indignit6
linguistique, la France ne songe pas a r6criminer. Elle souhaite
seulement que 1'Europe et le monde ne soient pas contraints
quelque jour, de m6diter amerement la formule de Rivarol.
-Les puissances ont appel6 la langue frangaise dans leurs trai-
tes. Elle y r&gne depuis les conferences de Nimegue... Desor-
mais, les int6erts des peuples et les volont6s des rois repose-
ront sur une base plus fixe. On ne s6mera plus la guerre dans
des paroles de paix,.


-16-












Ren6 B61ance : DEUX POEMES


EXALTATION

Si le temps s'allonge a tes pieds comme une bite docile
tu me prendras la main pour me montrer le chemin
qui mene ou je veux dresser mon nid

mais je n'ai pas le coeur mou de dormir
je marcherai seul au milieu des haliers
jusqu'au bois touffu qui barre l'horizon
pour y mettre le feu
et broiler un vieil accoutrement





PARTIR

le jour de pain dur
me met aux pieds des pantoufles de plumes
que brCle le sable
tes bras d'ailes d'avirons m'indiquent
l'entree d'une baie propice au butin du r6veil


- 1-












Antoine Maneby : VAUVENARGUES
OU LA PHILOSOPHIE INACHEVEE


En 1746, paraissait chez Antoine Claude Briasson, rue St-
Jacques, a l'enseigne de la Science et de 1'Ange Gardien, un
petit livre intitule : Introduction & la connaissance de l'esprit
human, suivie de reflexions et de maximes, sans nom d'auteur
Celui-ci, qui n'avait pas voulu se r6veler, sans doute par
crainte de deroger, se nommait Luc de Clapiers et portait, con-
curremment avec son pere, le titre de marquis de Vauvenar-
gues. Ce fut lui qui illustra ce nom auquel, en principle, il n'a-
vait aucun droit. Il ne devait plus rien publier de son vivant,
car il mourut l'annee suivante, le dimanche 28 mai 1747, voici
deux cents ans.
Luc de Clapiers etait ne trente deux ans plus t6t a Aix
en Provence, d'une famille don't la noblesse etait prouv6e de-
puis le d6but du XIVeme siecle. Son pere avait ete Premier
Consul de la ville et sa conduite courageuse, lors de la peste
de 1720, lui avait valu l'erection en marquisat de sa terre de
Vauvenargues. II avait quatre enfants don't trois garcons qu4
furent officers et une fille qui entra au Carmel.
La jeunesse de Luc, qui 6tait 1'aine, se passa dans la mal-
son familiale d'Aix ou au chateau de Vauvenargues. Ces de-
meures sombres et tristes sont encore debout. Le pere, Joseph,
devait etre une maniere de tyran domestique. Nous manquons
de confidences a ce sujet, mais certaines reflexions generales
de notre auteur laissent supposed une experience personnelle.
Ainsi :
ou
encore,
-Les hommes sont trop interess6s et trop imperieux pou:
apprendre A leurs enfants la g6nerosit6 et l'independance; ilN
ne leur apprennent qu'a etre 6conomes et souples; ils les eni-
vrent des petites choses don't ils sont eux-memes possedes,.
De ses etudes, on salt seulement que, vers quinze a seize
ans, Vauvenargues fut transport par la Vie des Hommes Illus-
tres de Plutarque, les Epitres de Seneque et les Lettres de Bru.-
tus a Cic6ron.










4Je melais ces trois lectures et en 6tais si 6mu, ecrivit-il
dix ans plus tard, que je ne contenais plus ce qu'elles mettaient
en moi; j'6touffais, je quittais mes livres comme un homme e,.
fureur, pour faire plusieurs fois le tour d'une assez grande
terrasse, en courant de toute ma force, jusqu'a ce que la lassi-
tude mit fin a la convulsions.
Compte tenu de 1'outrance propre au XVIIIeme siecle dan.
1'expression des sentiments, ces lectures eurent sur lui un..
l'influence certain et durable, car il continuait :
que je conserve encore...'
En se qualifiant de philosophie, il d6finissait parfaitement
l'orientation de sa pens6e toujours appliquee a la connaissance
platonicienne des grandes v6rites permanentes.
rer aux amateurs de la v6rit6 le desir de la connaitre davan-
tage ...

$*
*

Aux environs de sa dix-huitieme annee, l'heure de fair
carriere etant venue, Luc choisit et entra comme cadet au re-
giment du Roi. Deux ans plus tard, il etait nomm6 lieutenant
Apres une court champagne en Italie, il revint en France, en
1736, et y mena la vie de garnison jusqu'en 1741, de ville en
ville, au hasard de la fantaisie minist6rielle. Il semble que cette
periode lui ait inspire un vif degoft, cependant qu'il prenait
pleine conscience de sa valeur :
4I1 y en a qui aiment a faire distribuer de la paille, a mettre
en prison un soldat qui n'a pas bien mis sa cravate, ou a donner
des coups de canne a l'exercice; ils sont rogues, altiers et suffi--
sants de leur petit poste; un homme de plus de merite se trou-
verait humili6 de ce qui fait leur joie, et n6gligerait peut-ftre
son devoir,.
Si son esprit meprisait les besognes sans gloire de la vie
de caserne et d6daignait de s'appliquer a la tactique ou a la
strat6gie, deja son oeuvre philosophique s'elaborait et 1'on con-
qoit que les autres officers de son regiment nommassent pere Vauvenargues, ce compagnon taciturne qui, a vingt-cinq
ans, s'ecartait de leurs beuveries et de leurs debauches. Il avait
le goit de la gloire et nous l'a dit sans detour, avec une hauteur
qui jette une vive lumiere sur le personnage: Celui qui a
ecrit ces reflexions aime assez la gloire pour ne pas s'approprier

-19-










celle d'un autre. Mais le manque d'argent mettait la gloire
hors de sa port6e. Le service du Roi comportait une solde fort
mince, insuffisante a l'entretien d'un officer. Luc recevait une
petite pension paternelle et faisait des dettes qui assuraient le
necessaire. Par contre, il ne put jamais reunir les quelques cen-
taines de livres indispensables, tant en frais de voyage quc
d'6quipement, a un gentilhomme pour se faire presenter a la
Cour. Or, loin du Souverain, il ne fallait esp6rer aucune faveur
quels que fussent le merite ou le talent.
Ainsi enlist dans sa mediocrity financiere, Vauvenargues
suit le sort de son regiment quand 6clate la guerre de Suc-
cession d'Autriche, en 1741. Apres deux annees de dures cam-
pagnes il rentre a Nancy, promu capitaine, mais assez mal en
point, car il avait eu les jambes gelees au course de la retraite
de Boheme. Diminue physiquement, il juge le moment venue
d'occuper un emploi plus conforme a ses aptitudes, a ses gotts
et a ses ambitions. Il ecrit alors au Ministre des Affaires Etran-
geres, avec beaucoup de dignit :
Je ne demand pas que l'on m'emploie, sur ma parole, a
des affaires essentielles; je m'offre de servir dans les pays
strangers sans appointments et sans caractere, jusqu'a ce que
l'on me connaisse,.
Comme sa bonne volont6 reste meprisee, il donne sa de-
mission et quite d6finitivement l'armee, en mars 1744. I1 a
vingt-huit ans.




Le retranchement de sa solde dans son maigre budget l'obli-
gea tout d'abord a se retire dans le manoir familial oi une
terrible atteinte de petite verole le defigura et le rendit presque
aveugle. Etait-ce le dernier coup port a son d6sir de gloire?
Non. Il se tourna vers la gloire litt6raire, mais non sans depit:
pugne dans le fond autant qu'il diplaira a ma famille....
Cet esprit refl6chi avait lu et m6dite la plume a la main,
sans arriere-pensee de publication. I1 utilisera ce tr6sor accu-
mule en dix ann6es. Quoique reduit a des resources minimes:
il revint a Paris en 1745, prit un logement garni de deux pieces
a 1'H6tel de Tours, rue du Paon, que le boulevard St-Germain
et 1'Ecole de Medecine ont efface de la carte parisienne, et se
mit a l'ceuvre. Un envoi au concours d'eloquence de 1'Acade-


-20-









mie Franqaise ne fut pas prime. I1 se consacra alors a l'ouvrage
qui devait paraitre une ann6e avant sa mort.
Quand celui-ci parut, il l'envoya a Voltaire avec qui il en-
tretenait une correspondence suivie depuis trois ans et qui l'en
remercia dans un billet plein d'hyperboles;
d'avoir donn6 au public des pensees au-dessus de lui....
Mais sa sant6 allait d6clinant et il 6crivit, le 11 fevrier 1747
,Je ne me flatte pas encore de sortir de sit6t, car il n'y a aucu-.
changement a mon engelure; la plaie est toujours de m6me et
l'os fort gonfle. Le d6faut d'exercice influe sur ma sant6, je ne
digere point et je suis plein d'humeurs qui se portent sur m;
poitrine et irritent ma toux...>
Il devait mourir le 28 mai 1747, vers quatre heures dL
matin.



Cette vie obscure, manqu6e, pr6luda a une gloire posthume
qui r6siste a l'6preuve du temps. Son oeuvre offre un caract6re
d'humanit6 et de sinc6rit6 total car il y a livre sans detour
les notes qu'il prenait pour jalonner le course de sa pens6e, les
documents d'observation qui constituaient les pieces d'un dos-
sier don't la mort interrompit la constitution. Mat6riaux prets
pour une construction don't l'architecture nous est restee in
connue.
Sans doute a-t-il subi l'influence de ses auteurs favors Pas-
cal, La Bruyere, La Rochefoucauld mais surtout dans la forme.
Ne nous dit-il pas : ,Je parole des choses ou j'en 6cris selon qu'elles
m'affectent ou m'interessent>. La est son originality : il se donne
le sentiment, le coeur, les passions, nous dirions aujourd'hui l'af-
fectivit6, comme moyen supreme de connaissance. II appartenait i
Bergson, cent cinquante ans plus tard, de d6velopper avec 6clat
cette th6orie: < faire connaitre les choses avec la meme evidence que nous les con-
naissons par sentiment. Connaitre par sentiment est done le plus
haut degr6 de la connaissance; il ne faut done pas demander une
raison de ce que nous connaissons par sentiment>>.
Vauvenargues fixe l'homme comme but supreme de la connais-
sance :
< qu'il n'y a point de certitude hors des math6matiques, 'hommrne
d'un esprit flexible et d6li6 apprend par le commerce des hommes


-21-









le secret d'aller a ses fins; il sonde les routes du coeur, s'instrui.t
des resorts de l'Ame, et, au moyen d'une science incertaine selon
les math6maticiens, se procure certainement les plus grands avan-
tages de la vie. Peu jaloux des experiences de l'61ectricit6 ou de la
pesanteur, ou de tel autre effet encore plus rare et don't les causes
sont ignorees, moins occupy de calcul que de sentiment, il fait des
experiences de 1'humanit6, du courage et de la prudence>>.
II ajoute :
rieurs, que nous apercevons la plupart des choses: les sots ne con-
naissent presque rien parce qu'ils sont vides, et que leur coeur est
6troit. Mais les grandes Ames trouvent en elles-memes un grana
nombre de choses exterieures; elles n'ont besoin ni de lire ni de
voyager, ni d'6couter, ni de travailler pour d6couvrir les plus hau-
tes v6rit6s; elles n'ont qu'h se replier sur elles-memes et a feuilleter,
si cela se peut dire, leurs propres pensees.>


-22-












Leon Laleau* : PAUL VALERY
PROFESSEUR DE POETIQUE (II)


Valery bien qu'ayant pousse ses recherches exemplaires jus-
qu'a leurs confins, echappe heureusement aux exces ou sombre-
rent quelques-uns de ses candides imitateurs. Il n'a jamais, lui,
ou presque jamais, transformed le mot en boule de jongleurs ni
donn6 au vers l'allure de la batte d'Arlequin. Et puis n'a-t-il
pas sauv6 la Po6sie du liquoreux delayage oi semblait la con-
duire le vers libre, en meme temps que de ces monotones imita-
tions ou, sous pr6texte de classicism, elle se p6trifiait. C'est
qu'il a su tout mettre a contribution, et opportunement, pour
s'annexer l'ame du lecteur, mime des points de suspension habl
element calculus. Et ce sont exactement les moyens memes de son
serpent en quite de se saisir d'Eve:
Plus doux des dits que tu connaisses.
Allusions, fables, finesses,
Mille silences ciseles,.
En huit vers, le poete enrichit le Couchant d'une nouvelle
virginity inattendue et rachete la fin du jour de toute les h6mor-
ragies don't 1'on embourbee les mauvais poetes:
<0 douceur de survive a la force du jour,
Quand elle se retire enfin rose d'amour,
Encore un peu brulante, et lasse, mais comblee,
Et de tant de tresors tendrement accablhe
Par de tels souvenirs qu'ils empourprent sa mort
Et qu'ils la font heureuse agenouiller dans lor,
Puis s'etendre, se fondre, et perdre sa vendange
Et s'eteindre en un songe en qui le soir se change.
La lune, elle-meme, est remise a neuf, comme lessiv6e par le
bain qu'elle s'offre a la source oil s'admire Narcisse:
Et la lune perfide 6leve son miroir
Jusque dans le secret de la fontaine 6teinte.
Et comme si elle venait de s'epanouir au bout de sa tiger
ployee et fr6missante de feuilles, la Rose, au bout du dernier verse

*Voir

-23-









d'un des tercets de La Fileuse, ne dirait-on pas qu'elle retrouve
la candeur et la fraicheur don't elle se plait a gracieusement
orner les premieres heures des premieres matinees d'Avril:
Courbe le salut vain de sa grace 6toilde,
Dediant magnifique, au vieux rouet, sa rose.-
Et je ne sais, dans toute la parties de la Poesie Franqaise que
je crois connaitre, rien d'aussi parfait, tant par le rythme, la pre-
cision, que par l'emotion simul&e et le choix des mots, que ce
joyau de 8 vers intitule : La distraite, qui est 1'un des derniers
poemes qu'ait compose Valery:
Daigne, Laure, au retour de la saison des pluies,
Presence parfumee, 6paule qui t'appuies
Sur ma tendresse lente attentive a tes pas,
Laure, tres beau regard qui ne regarded pas,
Daigne, tate aux grands yeux qui dans les cieux t'dgares,
Tandis qu'd pas reveurs, tes pieds vouds aux mares,
Trempent au clair miroir, dans la boue, arrondis,
Daigne, chore, ecouter les choses que tu dis.
Et ne faut-il pas remonter jusqu'A Racine pour joindre un
vers de cette eurythmie et de cette souplesse, un vers qui scintil-
le et vocalise a ce point :
Conspire au spacieux silence d'un tel site.
Et ces quatre vers, leurs contours nets et tranch6s, sans
suintements ni bavures, la fagon toute personnelle don't ils sont
tailles, la variety de couleurs qu'ils 6voquent, leur fini, enfin, ne
rehabilitent-ils pas, et pour longtemps encore, ce cr6puscule a
qui nous sommes redevables de tant de fadaises et de barbouilla-
ges :
Quand le Ciel couleur d'une joue
Laisse enfin les yeux le cherir
Et qu'au point dore de perir
Dans les roses, le Temps se joue...
Jamais, du moins m'en semble-t-il, le pouvoir des mots
n'a, en po6sie, gravi des cimes aussi levees que dans ce passage
de La Jeune Parque et j'en suis a me demander si la descen
te au sommeil, cette transition presqu'insensible du conscient
a jamais 6et si harmonieusement, si pointilleusement saisie:
Mais le soleil s'6prit d'une douceur si grande,
Et nouee & moi-meme au creux de mes cheveux,
J'ai mollement perdu mon empire nerveux.


-24-








Au milieu de mes bras, je me suis faite une autre.
Qui s'alidne?. Qui s'envole?.. Qui se vautre?..
A quel detour cache mon cceur s'est-il fondu?
Quelle conque a redit le nom que j'ai perdu?

Doucement,
Me voici: mon front touche a ce consentement
Ce corps, je lui pardonne, et je gofite & la cendre.
Je me remets entire au bonheur de descendre,
Ouverte aux noirs temoins, les bras supplicies
Entre des mots sans fin, sans moi, balbuti6s.
Dors, ma sagesse, dors. Forme-toi cette absence.
Retourne dans le germe et la sombre inconscience.
Abandonne-toi vive aux serpents, aux tresors,
Dors toujours! Descends, dors toujours! Descends, dors, dors.
Non, jamais, la Poesie n'est descendue si profondement dans
le subconscient; mais, avec, a l'encontre des surrealistes, pour
compagne et guide, la raison froide et p6netrante.
Dans cette vigoureuse parties d'echecs qui se joue entire l'ceu.-
vre et l'ouvrier, pour citer a peu pres Valery, la moindre
inexperience, la distraction la plus fugitive, met le destin de tou-
te la parties en peril. La score la plus insignifiante, le grain de
sable le plus fin et le plus imperceptible, abime et paralyse toute
la savante horlogerie du poeme.
On sait quel gain fut pour le lyrisme de Rilke, son contact
opportun avec de l'auteur de CHARMES ec
comment celui-ci tira un chef d'oeuvre: Le Cimetiere Marin de cc
poeme parfaitement terre-a-terre de Pierre Lebrun: Le Cimetic-
re au bord de la Mer. La comparison est saisissante que, des
deux textes, fait, pour la premiere fois, M. Theophile Spoeri.
Valery, lui aussi, prenait son bien ou il le trouvait. Mais il y
imprime a ce point la marque indelebile de son genie, de son
temperament que, l'ceuvre finie, on ne reconnait plus, on ne
soupgonne plus l'existence de la matiere premiere qui est a son
origine. Car, et c'est la la grande lecon, le Poete, et ici
le mot rejoint son sens grec, le Poete reste un createur, un
fabricateur. Val6ry, que le calembour n'effraie pas toujours, sou-
ligne:
S'il ne reste pas obstin6ment clos aux avances de l'inspira-
tion, beauty facile qui ne choisit pas, mais s'offre A tous, du
moins les soumet-il au crible d'une rigueur qui r6duit a presque
rien le don trop aise et oppose-t-il a tant de generosite une de-
cence et une dignity qui en limitent les d6sastreux effects. Car, -
et je le cite encore, en substituant, cette fois, un mot a un autre


-25-








(inspiration a pensee) : ,Incoh6rente, sans le paraitre, nulle ins-
tantanement comme elle est spontanee, l'inspiration, par sa na-
ture, manque de style>.
Seul le metier lui en impose un.
Ce metier qui imprime A la po6sie valeryenne cette s6r6nite
fille de la perfection et cet aspect lumineux de lac au repos, ru-
tilant sous le soleil de midi le just, et non ce desordre volubile
de la riviere en crue don't la course ne retient rien...
S'il a des paroles de ferveur pour cel6brer l'inspiration diri-
gee, celle qui vient, hesitante et timide, sur la pointe des pied."
se soumettre a la Raison; et mise en movement l'horlogerie
du poeme, se retire, confiant la suite a la meditation et au tra-
vail :
< Qu'ils sont doux tes pas retenus !
Dieux tous les dons que je devine
Viennent ei moi sur ces pieds nus ,
il n'a que des paroles de defiance centre ces transes poetiques
qui jouent, dans leur debordement romantique et limoneux, le3
forces aveugles de la Nature a quoi ne r6sistent ni canalisa-
tions, ni barrages. LA PYTHIE est le plus puissant et le plus
just des requisitoires qui jamais ait ete dressed contre le poete
reduit a n'etre plus que le steno-dactylo des Muses:
WVa, la lumiBre, la divine
N'est pas l'dpouvantable 6clair
Qui nous devance et nous devine
Comme un songe cruel et clair!

La solitude vient luire
Dans la plaie immense des airs
Oil nulle pdle architecture
Mais la dichirante rupture
Nous imprime de pures deserts !
Dans la meme piece, ne dogmatise-t-il pas:
A nos faibles tiges, d'uniques
Commotions de ta splendeur !
L'eau tranquille est plus transparent
Que toute tempete parent
D'une confuse profondeur.,
Et ce n'est pas sans ferveur que, dans PALME, il exaltera la
reflexion lucide :


-26-









Connais le poids d'une palme
Portant sa profusion!

Ces jours qui te semblent videos
Et perdus pour I'Univers
Ont des racines avides
Qui travaillent les deserts !
Et la patience, cette longue et f6conde patience, mere nour-
riciere des oeuvres qui, seules, s'assurent de justes hypotheques
sur la Posterite, il trouvera pour l'exalter l'accent de Ron-
sard jumele a la profondeur de Mallarm :
<,Patience, patience,
Patience dans l'azur !
Chaque atome de silence
Est la chance d'un fruit mfr !
I1 ne s'agit pas de decliner ce que Roger Caillois d6fimt
si justement l'h6ritage de la Pythie. Mais, seulement, de le re-
cueillir sous b6n6fice d'inventaire.
Le poete est bien ce mendieur d'azur qu'6voque le Prince
de l'Obscur, je veux dire Mallarme.
Mais la probity intellectuelle ne 1'oblige-t-il pas, tout de
meme, a ne pas detourner ses regards de ce tdcheron infati-
gable et scrupuleux qui, un peu plus de huit heures par jour,
tresse, sans distraction, sa pite, ou humecte de sa sueur fruc-
tueuse, son geste ininterrompu et rythmique, de tailler sa
pierre... Et ce n'est qu'a ce prix, a ce prix unique, que l'on
peut, comme Valery, et suivant l'image po6tique de Duhamei,
ramener la barque de Mallarme dans la lumiere de Racine.


nr'
-41 -














Michel Provost : LES LEMONS DE STYLE
QUE MON PERE M'A DONNEES


Jean PREVOST, I'dcrivain francais bien connu tud par les Alle-
mands dans le Vercors, a laissd trois enfants. L'aind. Michel, est
nd en ddcembre 1927. I1 avait done 16 ans et demi lors des ba-
tailles du Vercors. II y prit part comme infirmier et mdrita la
croix de guerre avec une belle citation.
Jean PREVOST suivait de tres pros la formation intellectuelle
de ses enfants. II fut, pendant l'annde scolaire 1943-44, le seul pro-
fesseur de Michel qui se prdparait a passer son baccalaurdat et vi-
vait avec lui & Voiron, pres du Vercors.
Ce sont les conseils de son pire en matiere de style que Mi-
chel Prdvost a rdunis ici.
tenant ou plus tard, tu trouves dans ce gros travail le secret
du m6tier de Stendhal, du mien, du tien, peut-&tre, un jour
Tu y verras comment il a fait ses livres, et comment il s'est fait
A lui-meme son genie,.
Ainsi mon pere m'a-t-il d6dicac6 son livre, La creation chez
Stendhal, il y a maintenant plus de quatre ans. J'aime a penser
qu'il me laissait la ses derniers conseils, pour r6ussir dans ce
metier qu'il aimait, qui m'attirait deja.
Depuis longtemps, il m'exergait A 6crire: j'ai gard6 de
vieux cahiers sur lesquels je resumais pour lui les livres qu':l
m'avait choisis; j'ai des fiches ou il m'explique comment sur-
monter les difficulties des redactions que j'avais a faire dans
les petites classes; enfin, il a ete mon professeur de francaiQ
quand je pr6parais mon baccalaureat, pres du Vc-cors.
J'ai soigneusement conserve toutes ces fiches, tous les de-
voirs qu'il a corriges; il aurait voulu composer ainsi, a la longue
un art de penser et un art d'6crire a mon usage, don't il ma
laisse les premiers 6elments; je puis y ajouter les nombreux
conseils qu'il me donnait au course de nos promenades; de?
conseils de creation et des conseils de style.
Les premieres fiches s'intitulent Pensees, Raisonnement, Ju-
gement:
ner, pour soi ou pour 6tre capable de les exposer aux autres;
pour inventor, on peut avoir recours a l'exp6rience, au hasaro


- 28-








aux series, c'est-a-dire a la meilleure mise en ordre possible
des mots qui se rapportent a une idee, ce qui permet de cher-
cher des rapports entire eux,.
Si l'art de penser est venu ainsi en premier, c'est bien par
mithode: il consid6rait avant tout la formation de l'ecrivain
comme un long travail sur soi-mime, ce meme travail assidu
qui avait permis a Stendhal d'6crire La Chartreuse de Parme
en cinquante-deux jours; ce travail, il l'avait, pour sa part, com-
mence tres jeune:
Lorsque j'avais ton age, je notais sur un cahier les evene-
ments, et je m'efforcais de determiner leurs consequences possi-
bles; je reprenais mon cahier un peu plus tard pour verified
et mes erreurs devinrent de plus en plus rares.
C'est dans le meme but qu'apres les resumes de livres, il me
donna des tableaux a decrire; d'abord voir et r6flechir, puis
essayer de composer, telle est la second leqon.
Il m'a laisse, toujours sur fiches, le plan de la dissertation
scolaire, don't j'ai decouvert depuis qu'il pouvait servir a peu
pres chaque fois que l'on a quelque chose a exprimer par ecrit:
j'en extrais trois recommendations qui m'ont beaucoup servi:
,La difficult de l'introduction, c'est qu'il faut fixer une idee
general et 6viter la platitude; il faut toujours faire un broui.-
ion. Pour le developpement, prendre soin de pr6ciser chaque
idee par un example ou une citation. Dans la conclusion aussi.
gare a la platitude: terminer si possible par une idee nouvelle:
faute de mieux, placer la la meilleure phrase du devoirs.
Pour la construction des phrases, le style proprement dit,
mon pere me conseillait avant tout de lire les auteurs qui ecri-
vaient bien: Merimee, Stendhal, etaient ses examples favors;
il me faisait admirer la rapidity et la precision de leur style :
Le mot important dans la phrase, c'est le verbe: il doit
donner la precision et le movement. Evite les verbes auxi-
liaires les participes presents, aux places importantes; tu peux
presque toujours eviter les adverbes avec des verbes bien choi-
sis et bien places. Cherche a ktre aussi precis que possible:
evite les mots trop vagues, comme chosee, <6tre,, ou Prefere toujours la repetition au manque de precision. Enfin,
la langue francaise tend un certain nombre de pieges don't il
faut te garder avec soin: transition; mieux vaut ne pas s'en servir pour marquer une
nouvelle nuance,.
Il n'aimait pas ceux qui eprouvent le besoin de souligner
des mots a tort et a travers dans leurs lettres: Cela relieve
du psychiAtre.


-29-









I1 attachait une grande importance a la ponctuation : < complete le texte; deux points peuvent remplacer un membre
de phrase inutile,.
Mon pere poursuivait tous ces defauts dans les devoirs que
je lui remettais chaque samedi soir, comme le montrent cer-
taines de ses corrections.
J'avais ecrit: rait egoiste et 6troite, mais cependant propre a faire le bonheur
des hommes,; il a corrige : Le bonheur de ceux qui la suivent,.
Je vois ailleurs : teur, mais qu'entend-il par le mot auteur? Dans la marge, unc.
correction : fin, dans un devoir d'histoire, j'avais 6crit: <. Napoleon va
se contenter de r6gner tranquillement sur la France, auquel
cas les Alli6s n'auraient pas a intervenir. Mais, non seulement
le premier point est incertain, mais encore le second est impos-
sible,. Je lis dans la marge deux appreciations : -Gauche,, et la correction : incertaine; centre lui, une nouvelle entr6e en guerre des Allies
est in6vitable.
Toutes ces qualities, art de penser, de composer, d'ecrire
mon pere voulait me les faire acquerir comme J1 les entrete-
nait en lui par un travail continue; nous avons parcouru tou.
les deux le Vercors, ou il se montrait tres actif (il ne me disait
jamais exactement pourquoi); chaque soir, l1'hotel, il sortait
de sa poche un grand carnet noir a feuillets mobiles, et se me'-
tait a ecrire :
a ecrire un petit peu chaque jour. Pour ecrire, comme dans le
sport, il faut garder sa forme par des exercices quotidiens, et
c'est le seul moyen de se perfectionner,.
Cependant, les defauts de style, les compositions non clas-
siques ne le genaient pas lorsque le movement de la phrase
etait assez puissant pour tout emporter, tout faire oublier : ii
admirait cette force chez Balzac, et aussi les longs d6veloppe-
ments auxquels une phrase simple sert de denouement; il aimait
A citer La femme abandonnie :
il avait mis son fusil en revenant de la chasse, et se tua,.
La grande regle de style de mon pere tenait en une court
formule :
,Le bon style n'est pas fait de 1'absence de d6fauts, mais
de la presence de qualities .


-30-









II


LETTRES, SCIENCES ET ARTS EN HAITI (*)

<(BLACK SOUL>) de Jean F. Brierre
Par Philippe North.



.I1 est des parfums frais comme des chairs d'enfants, doux comme les haut-
bois, verts comme les prairies.... Oui, cela est certain: dans 1'univers de cha-
cun existe une correspondence affective, telle qu'a des sons r6pondent des cou-
leurs, a des parfums des figures, etc... I1 ne se peut, par example, que 1'audition
d'une symphonie, d'une senate ou m&me d'une fugue ne d6clenche l'appa-
rition de quelque representation visuelle (Walt Disney l'a montr6 dans
Fantasia>, qui est l'illustration par le dessin d'une s6rie de grandes ceuvres
musicales). Seulement, ces me de toute oeuvre d'art vient pr4cisdment de ce qu'elle donne A chaqu'
homme les clefs de son universe particulier: chaque valeryste a son Valry
et votre impression devant une toile de Bonnard n'a aucune commune me-
sure avec la mienne. C'est pourquoi tout commentaire est, d'habitude, odieux
et la contrainte en ce domaine particulierement insupportable: rien n'est
plus d6plaisant que d'etre ainsi mene comme par la main vers des sensa-
tions qu'on veut a toute force vous faire 6prouver. Si Disney volt des
petits anges joufflus quand il entend du Beethoven, tres bien, mais je lut
en voudrai toujours de m'en avoir fait part, parce que je ne peux plus
me ddfaire, quand j'entends la Symphonie Pastorale, de cette vision qu'll
m'a impose contre mon gr6. J'aime Verlaine et j'aime Charles Trene:
mais je n'aime pas que Trenet chante un poeme de Verlaine. Que les des--
sinateurs laissent tranquilles les compositeurs et les compositeurs les poetes
Donc, parce que je n'aime pas les commentaires, je n'aime guere, d'ordi-
naire, 6tre gen6 par des illustrations dans la lecture d'un poeme. II so
trouve cependant que j'ai trouv6 grand plaisir A lire BLACK SOUL>(1) de
Jean Brierre, illustre par Geo Remponeau. C'est qu'a vrai dire il s'agit
moins ici d'une illustration que d'une collaboration et, si efficace, qu'on
ne peut dissocier la part de chacun: BLACK SOUL n'est pas un poeme
en prose de Jean Brierre ni une suite de dessins de Geo Remponeau; ce
n'est pas 1'un plus 1'autre: c'est l'un avec 1'autre, l'un en l'autre, c'est quel-
que chose don't l'unit6 original interdit qu'on lui accole une etiquette. On
peut imaginer le poeme sans les dessins, mais ce ne serait plus BLACK
SOUL.
*Les auteurs sont prids d'adresser directement a 1'Institut Frangais, les
ouvrages don't ils ddsirent faire rendre compete dans cette rubrique.
(1) Editorial lex La Habana Cuba.


-31-









race nAgres, avertit l'6diteur. On s'attendrait done a une certain gravite,
a un certain lyrisme et peut-&tre meme a quelque solennit6. De fait, certain
vers ne sont pas exempts de cette gravit :
... don't les levres ferm6es vous parent a voix basse...>,
et il arrive que le lyrisme montre le bout de l'oreille: Je songe a la fin C'.
poime o Brierre dit bellement son espoir de voir reconnaitre enfin les droit.
des nIgres 1a oi ils sont meconnus,
S...partout enfin oil vos mains noires
ont laissd aux murs de la Civilisation
des empreintes d'amour, de grace et de lumi&re.>
Seulement, les dessins toujours si spirituels de Remponeau ont pou,
effet constant de corriger l'impression que le po&me, nu, susciterait. C'est
comme une petite musique discrete et cocasse qui se faufile A chaque instant
dans le texte et don't le resultat n'est point d'interdire l'6motion, mais seule-
ment de la doubler d'un tres leger sourire tendre et de sauver ainsi le text
de tout elan trop appuy6. Brierre par example montre des noirs dansant A
Montmartre :

o...tout votre ktre suintait la joie
Vous etiez la musique et vous etiez la danse.
Mais persistait aux commissures de vos levres
se ddployait aux contorsions de votre corps
le serpent noir de la douleur.>
Ces vers, seuls, sugg6reraient une souffrance sourde, masquea par les eclats
d'un jazz, et une joie trop bruyante, souffrance ;a l'arriere-plan et d'autant
plus dechirante. Mais regardez le dessin et la pose spirituelle du joueu,
de trompette... Je trouve cette dissonance continue infiniment original et
savoureuse.. A chaque instant, Remponeau nous garde d'&tre cpris" par la
gravity de Brierre, et nous force A temperer d'un leger sourire notre emo-
tion. Cela. fait qu'on lit dans une atmoslphre tout a fai'
particulibre d'attendrissement tres legerement amuse. Atmosphere tris mo-
defne aussi: je pense qu'il faut vivre en 1947, dans une epoque aussi terri-
blenent consciente quest la notre, pour gofter bien cette espece de pudeur
voilee qu'il y a dans Sn'affirmer jamais avec trop de force et a sourire toujqur un peu de s;1
tristesse. Or, ce sont les croquis de Renjponeau qui rendent sensible cette
atmosphere.
SSi j'insiste a ce point sur les, dessins, c'est que l'ouvrage est signed de
Jean Brierre alors qu'il devrait l'&tre aussi de Remponeau. Mais il convie n
de souligner les merites du texte qui sont grands. Ce qui plait le plus dans
BLACK SOUL> c'est la simplicity .


-32 -









d Paris.
Vous vous disiez du Senegal on des Antilles
et les mers traversees 6cumaient a vos dents...>
Ainsi commence le poLme et ces premiers vers donnent le ton: une ba-
nalite extreme a quoi Brierre accroche la po6sie. Brierre n'a pas ete cher-
cher la poesie: la poesie est venue a lui d'elle-m&me, tandis qu'il ouvrai,
grands les yeux sur la platitude du quotidien. Qu'est-ce que CBLACK
SOUL>? Une peinture riche et coloree des souffrances de la race negre,
comme dit a peu pris 1'editeur? Pas du tout. Aucune couleur dans < SOUL> et une certain pauvret6. Des vers libres, qui sautillent ici et s'attar-
dent un peu plus la. Guire d'images, mais pr6cieuses. Une extreme sim-
plicit6 de moyens:
S...Vous bdtissiez des oasis
dans la fumne d'un migot sale...
< n'est pas une peinture, c'est un film documentaire, une
succession de petits spectacles qui difilent, valant par eux-mimes: un ascen-
seur, une boite de nuit, un passage qui chante sa plainte A 1'arriere d'un
paquebot, des tambours qui halktent en Guinee, des homes qui souffrent
en Ethiopie... Et a chaque instant, la sensibility de Brierre charge la r6aliLt
la plus banale d'une poesie inusitee:
evous sortiez de la cuisine
et jetiez un grand rire a la mer
comme une offrande perlee.
J'arrkte le film sur deux images don't la succession me parait prouver chez
Brierre, l'existence d'une reelle maitrise des moyens: un matelot noir, dan;
la nuit qui tombe, suit des yeux une mouette 6garBe.
son dernier adieu triste
sur le quai des tenebres.>
A la proue cependant, un autre matelot s'exalte:
< des poussieres de lune aux diamants des yeux,
et votre rave atterrissait dans les dtoiles.>>

J'aime que cette grandiloquence voulue, suive immediatement cette pauvre
tristesse des humbles, sans 61an, qui n'arrive pas a la claire conscience d'elle-
mime, j'aime que ces vers terriblement pompeux suivent ces petits vers qui
s'effilochent.
Particuliirement sensible ici par cette juxtaposition, mais partout prd-
sente grace aux dessins de Remponeau, cette atmosphere d'6motion un pen
amuse est ce que j'aime dans BLACK SOUL.


-33-













REVUE DES REVUES


Conjonction>> a regu le No 5 de , la revue du Centre
d'Art. Un article sur Bonnard rappelle la fagon original, en notre temp-,
qu'a cet artiste d'61aborer ses toiles, qui, bien que tres concert6es et tres
pr6m6dit6es, savent garder la fraicheur de l'inspiration, parce qu'elles ne s-
fondent point sur la th6orie et parce que l'art de Bonnard est sans doctrine.
M. R. Baussan dans un article sur < expose de fagon concrete
les raisons qui l'incitent A esp6rer beaucoup de l'avenir touristique de la
R6publique d'Haiti. Des reproductions heureusement choisies agr6mentenr
les textes de cette revue pour l'envoi de laquelle Conjonction> remercie
le Centre d'Art.
a 4galement requ le numbro de Mars du Bulletin ouI le
Bureau d'Ethnologie expose le bilan des travaux qui l'ont occupy pendant
le dernier trimestre 6coul6. Ainsi, A c6te d'une description des diff4rents
moments presents par le bapteme du feu dans le culte vaudouesque, due
a M. Lorimer Denis, le Directeur du Bureau, peut-on lire un tres interessant
travail sur les ,jeux A gages., oi M. Emmanuel C. Paul met en oeuvre les
memes qualit6s qu'ont fait apprecier ses ,Contes et Proverbes Haitiensn. Le
Bulletin comprend encore un utile article de M. Kurt Fischer ayant pour
objet la culture prehistorique d'Haiti et, dfi A la plume de Regnor C. Ber-
nard, un 6mouvant hommage A Marie Noel, la d6vou6e informatrice du Bu-
reau d'Ethnologie.


-34-













NOTE SUR L'INSTITUT D'ETHNOLOGIE.


Le docteur Louis Mars charge de la direction de l'Institut d'Ethnologie
en replacement du Docteur Price Mars, Ambassadeur d'Haiti a Ciudad-
Trujillo, a bien voulu communiquer a <> un court memoire rela-
tif a l'institution qu'il dirige et aux course qui y sont professes. Nous lui
empruntons les renseignements qui suivent:
L'Institut d'Ethnologie ouvrit ses portes en Octobre 1941 grace au d6-
vouement et a la gdn6rosite intellectuelle du Dr. Price-Mars qui fit passer
dans la r6alit6 un de ses vieux reves: doter Haiti d'un Centre d'enseigne-
ment des sciences sociales. Au d6but, Price-Mars fut largement secondA par
les grands intellectuals Jacques Roumain, Pierre Mabille Catts Pressorj
Frederic K6breau, Mme Comhaire Sylvain, Camille Lh6risson. Au Dr Louis
Mars fut confi6 le course de psychologie.
D'un coup, 1'Institut connut un grand succs : le nombre d'etudiants
monta A 35 et est rested A ce niveau. Parmi eux on compete de brillants sujets
L'un, J. B. Remain, est actuellement inscrit A l'Institut d'Ethnologie de Paris
ouf il se fait remarquer par son serieux et son assiduite au travail. Un autrc,
Emmanuel C. Paul, est assistant d'Ethnographie au Bureau d'Ethnologie et
public p6riodiquement des articles scientifiques serieux et objectifs.
Le personnel est compose comme suit:
1 Frederic Kebreau, professeur de gdnetique;
2 Dr. Catts Pressoir, professeur d'Histoire des Religions;
3 Kurt Fisher, professeur d'arch6ologie precolombienne;
4 Dr. Paul Moise, professeur d'anatomie et de physiologie du systAmo
nerveux;
5 Philippe North, professeur d'Anthropologie et d'Ethrographie;
6 Jacques Butterlin, professeur de pr6histoire;
7 Dr. Louis Mars, professeur de psychologie et charge de la Direction


-35-




























K N~


CRABIERS.
Luce Turnier











Centre d'Art: L'EXPOSITION BORNO-TURNIER
(27 Avril-11 Mai)

Par Philippe Thoby-Marcelin


Assur6ment l'une des plus interessantes que nous ait offertes le Centre
d'Art, cette exposition associe deux individualitis sans les opposer, car les
qualities ou les faiblesses de Maurice Borno et de Luce Turnier s'6quilibrent
et se compensent.
PassionnA de la couleur, aimant les recherches perilleuses, Borno use
d'une grande liberty d'expression qui 1'apparente, dans une certain measure.
aux Amules de Matisse; mais son interpretation comprehensive de la vie
populaire haitienne, exempte de sentimentalisme, indiff6rente au detail pitto-
resque, le place dans la saine tradition inaugur6e par Petion Savain.
Borno amplifie, pure, assujettit le dessin a la glorification de la couleur.
Composant ses tableaux avec soin, il est avare des demi-teintes et se plait .
opposer franchement les tonalit6s les plus sonores. La truculence de son
talent s'affirme par des proc6des analytiques, des partis-pris plastiques, des
harmonies audacieuses, hautement contrast6es, qui r6vilent A premiere vue
un goat tres vif pour l'expressionisme.
Mais parfois le caractere agressif de certaines deformations, que ne jus-
tifie pas le rythme de la composition, choque l'ceil par leur 4vidente gra-
tuit6; ou bien telles couleurs, nettement employees pour elles-memes, don-
nent au tableau une allure decorative. Ce qui n'empeche pas, cependant,
de classer Borno come le peintre le plus vigoureux de la jeune g6enration.
Tout comme lui, Luce Turnier interprete le monde exterieur avec li-
berte; mais dou6e d'un talent tres souple, qui allie la spontaneite et la force
A la delicatesse, elle nous offre de la reality une vision moins analytique
que celle de Borno.
Elle laisse percevoir davantage sa sensibility sous la trame de la cou-
leur. L'appel emotionnel est plus apparent dans ses toiles. La palette est
sobre dans les dominantes; par centre, elle est d'une grande vari6et dans
les demi-teintes.
Borno a plus de force, de maitrise dans la touche, plus de science de la
couleur; tandis que Turnier montre un metier moins 6labore, plus spontane,
plus delicat dans le jeu des accords.
Et si l'ensemble des toiles de Borno present une louable unite dans le
style, des tendances pleinement accuses, chez Turnier, une certain di-
versite dans la facture des tableaux n'infirme en rien 1'affirmation d'une
6criture personnelle.
Aussi doit-on la consid6rer, elle aussi, come un des espoirs les plus
sirs de la peinture haitienne.


-37-


















































Maurice Borno














Centre d'Art: L'EXPOSITION ( (5 au 20 Avril)

Par Lucien Price



Delaisse a tort, ces jours-ci, le Paysage est un genre ayant de rares
fiddles. Parmi ces derniers, il en est un qui lui voue un culte passionne
exclusif: le Reverend Pere Jean Parisot.
Ce moins de quarante se plaisait, adolescent, A decrire le visage de la
Terre. Devenu pr&tre, il consacre ses loisirs a mieux l'approfondir. Sous le
titre evocateur , il nous offre un choix de ses recents
tableaux: une trentaine d'huiles.
Parisot est un Realiste. I1 traduit ses impressions avec clart6. Ami de la
quietude, sa vision demeure avant tout impregnee de serenit6. Elle decrit
la Nature avec tendresse, measure, sobriety. La montagne semble ktre le
theme favori de l'artiste. On la retrouve en effet dans la plupart de ses
ceuvres. CrAtes legerement noyees sous les brumes matinales, collins d6-
nudges et surplombees parfois d'un vieux port, ville c6tiere somnolant au
fond d'une baie couronn~e par les mornes, figurent en ce rdpertoir du meil-
leur de nos sites que sont ses <.
L'artiste accord grand soin aux effects d'atmosphere. Une toucne large
ou minutieuse, une matiere qui se plie aux exigences du model, sont les
moyens don't il use pour fixer les nuances fugitives Achelonnees sous le jour
tropical. Situer l'heure du paysage n'est pas chose aisle: Parisot, lui, excelle
dans cet art. Coloriste discret, il fait valoir ses qualities d'impressionniste
par les demi-teintes. Ces dernieres, Alaborees a l'aide d'une palette moins
limitee, se feraient davantage apprecier dans les grands formats.
L'Exposition est un beau panorama ensoleille. Conqu selon les rigle;
traditionnelles, il affirme a nouveau, que Jean Parisot reste l'un de nos
meilleurs paysagistes, l'un de nos plus sinceres artistes.


-39-


__ ______























. ,x

EtA


CPAYSAGES D'HAITI
R. P. Parisot
















CHRONIQUE


A LA LEGATION.-
L'ANNIVERSAIRE DE L'APPEL HISTORIQUE DU
GENERAL DE GAULLE CELEBRE A LA MBC.-

Mercredi 18 Juin, la demi-heure franchise de la MBC a etd consacree &
la celebration de l'anniversaire de I'Appel Historique du Gnderal de Gaulle.
Les auditeurs ont pu entendre le disque de I'Appel du 18 juin 1940. Puis
M. Maurice Chayet, Ministre de France, prononca une allocation, et M. Fer-
dinand Fatton, Chef de la France Libre en Haiti prit la parole. On entendit
6galement la biographies et la lettre d'adieu de Jacques Decour, Agrge'
francais fusille par les Allemands en 1942. L'dmission prit fin par le chant
de la Libdration. Nous publions ci-dessous I'allocution de S. E. le Ministre
de France et le Discours de M. Ferdinand Fatton :

Discours de S. E. M. Maurice Chayet, Ministre de France.

En ce jour anniversaire du 18 Juin, je voudrais, A 1'intention de mes
compatriotes et des amis nombreux que nous comptons dans ce pays, non
pas certes retracer la vie toute entire de celui qui a comment 6 cette date
la croisade de gloire et d'honneur qui devait sauver la France, mais du
moins rappeler brievement quelques faits de la carriere de l'homme provi-
dentiel et exceptionnel entire tous. qui s'est d6ej montr6 deux fois prophite
a des heures d6cisives de notre histoire.
Grand, svelte, les yeux clairs ayant le reflet meme des chars d'acier qu'il
commandait alors a Metz; 6elgant, ferme, 6nergique, eloquent et pr6cis, tel
il apparaissait, aux environs de 1934 a ceux qui ont eu le privileg e e 'ap--
procher dis 1'epoque ou il essayait, au milieu de l'indiff6rence g6nerale, de
fair admettre les audacieuses et g6niales conceptions militaires don't l'adop-
tion en temps utile eft permis d'eviter l'effroyable carnage que le monde
a subi depuis.
II 6tait a peine connu en dehors des milieux de 1'Ecole de Guerre. La
meme, les uns le portaient aux nues, les autres trouvaient ses idees sur
l'emploi massif des chars de combat trop hardies, originals mais h6t6ro-
doxes. Des cette &poque, il avait expose ses vues novatrices et fecondes dans
des ouvrages tels ,Au fil de l'4p6ee ou Vers l'Armbe de M6tier,, ainsi
que dans de lumineux articles publids dans des revues specialisees. 11 venait


-41 -










de rediger toute la parties technique d'un project de loi que M. Paul Reynaud
allait soumettre a la Chambre des Deputes. II s'agissait d'obtenir les credits
necessaires pour la formation d'un corps mecanise, dotd d'engins puissants et
d'un personnel specialist. Helas, le plan de Gaulle-Reynaud devait rester
lettre morte, alors qu'outre-Rhin on ne tarda pas a s'en inspire pour mettre
sur pied les trop fameuses Panzer-Divisionen. Si miraculeux prophete que
1'on soit, nul n'est prophAte en son pays. La France de 1940 donna tragi-
quement raison au vieil adage. Les sanglants combats du printemps trou-
verent de Gaulle sur le champ de bataille. Il fut l'inspirateur et l'ex6cutant
de la contre-attaque de Rettel, une des rares actions couronnees de succes,
du c68t des Allies, dans la champagne de France.
Ses chars couperent et encerclerent une colonne de blinds allemands
puis regagnArent les lignes franchises non sans avoir fait un butin consi-
derable et capture de nombreux prisonniers.
M. Paul Reynaud, successeur de M. Daladier a la Pr6sidence du Con-
seil, l'appela aupres de lui et lui confia le Sous-Secretariat d'Etat a la Guerre.
Ces hommes clairvoyants don't les avis ont et6 trop longtemps dedaign6s
sont enfin au pouvoir. Mais il est trop tard pour arreter l'avalanche. La
defaite se consomme A Bordeaux et s'aggrave d'une capitulation qui pre-
tend empecher la flotte frangaise, intacte, ainsi que les possessions d'outre-
mer, de continue la lutte.
Une veritable providence place de Gaulle A Londres, a ce meme mo-
ment. L'homme au regard d'acier relAve le drapeau, ayant compris, sa foi
dans les destinies eternelles de la patrie aidant, que les tragiques Av6ne-
ments qui venaient de se d6rouler n'6taient que le premier acte d'un drame
oa, avec le sort de la France, la cause de la liberty du monde etait engage
Infatigable et tenace, il ramenera les Francais de l'int6rieur et de 1'extdrieur
au combat, les conduisant a la victoire, A travers mille 6preuves, par le
chemin nicessaire, douloureux et glorieux du sacrifice. Cet homme a incar-
n6 notre volonte de vivre et su ktre, pendant de dures annees, purement et
h6roiquement, inseparable de la France. II a 6te la France mmme.
Si grand que soit le passe d'un pays, si just sa cause, il est voude une
mort certain des l'instant ou sa vigilance s'endort, oui tous ses fils ne sont
pas pr3ts, des la premiere alarme, A s'immoler plut6t que d'accepter la
servitude ou une dech6ance certain qui de son fier g6nie, ne laisserait sub-
sister qu'un souvenir. A personnel, la liberty n'est donnee une fois pour
toutes; elle echappe et 6chappera toujours A la main oublieuse du sacrifice
qui 1'a conquise.

Discours de M. F. Fatton, Pr6sident de en Haiti.
Sur la demand du Ministre de France, je me retrouve, en ce jour de
glorieux anniversaire, devant ce micro de la MBC qui fut toujours si gra-
cieusement mis A la disposition du Comit6 France Libre durant la guerre.
Je veux remercier Son Excellence du grand honneur qu'Elle me fait


-42-









Lt ne saurais trouver meilleure occasion de Lui exprimer notre gratitude
pour Son grand d6vouement a l'ceuvre qu'Elle a entreprise pour le re-
dressement du prestige de la France et le rayonnement de sa Culture en
Haiti avec la pr6cieuse collaboration des 6rudits Professeurs de 1'Institut.
Apres la brillante allocution de Son Excellence Maurice Chayet que
vous venez d'entendre, ma tAche est extrEmement delicate et je m'y serais
d6rob6, n'6tait-ce la certitude que j'ai de votre bienveillante indulgence.
18 juin 1940! La France est tomb6e a l'avant-garde du gigantesque
combat pour la liberty des peuples. Terrass6e par la plus favorable force
m6canique jamais imagine, la France pour certain allait 6tre effac6e
pour toujours de la carte du monde... Mais, dominant le d6sastre, la voix
d'un de ses fils se fait entendre affirmant que bataille, la France n'a pas perdu la guerre.... et, dans cet Acte de Foi,
d'Esp6rance et d'Amour, un homme au nom pr6destin6: de Gaulle, cr6ait
a Londres le movement France Libre, la Resistance Francaise, qui ne de-
vait pas tarder a nous 6tonner tous. ,Quoiqu'il arrive, affirmait encore le
premier Resistant de France, la flamme de la R6sistance Frangaise ne doit
pas s'6teindre et ne s'6teindra pas. De Gaulle avait ramass6 le Glaive
bris6 de Patrie pour en forger un autre et ce fut, sous le signe de la Croix
de Lorraine, le rassemblement des Forces Frangaises Libres a travers tous
les continents.
Vous savez tous en Haiti quel 6cho l'Appel du G6ndral de Gaulle trouva
dans vos cceurs et dans les n6tres. Notre ralliement fut spontan6 et si,
jusqu'a la Lib6ration de la France, le Groupement des Frangais Libres d'Haiti,
que j'ai eu l'honneur de presider, a pu dans la measure de ses possibilities
aider A entretenir la Flamme de la Resistance Frangaise allum6e par le
general de Gaulle, c'est grace a votre sincere et profound amour de la France,
chers Amis haitiens. Vous avez compris l'id6e trLs haute qui, jamais, n'a
cess6 d'animer nos activities, l'id6e tres haute de la France Libre, vous
avez partag6 nos angoisses avec une Foi in6branlable, m6me aux heures
les plus sombres dans la R6surrection de notre France.
Comme l'avait predit de Gaulle la France n'avait pas perdu la guerre>. La Flamme de la R6sistance Fran-
caise ne s'est jamais 6teinte. Apris un carnage sans example dans 1'Histoire,
aux c6t6s de ses vaillants Allies, la France Combattante a 6t6 pr6sente
a la Victoire retrouvant sa Libert6 et sa Grandeur.
Martyris6e en combattant pour la Liberte, la France a gravi coura-
geusement son long calvaire pour sortir r6g6n6ree et plus glorieuse du creu-
set de la Douleur. Au lendemain de ses 6preuves, elle ne demand pas de
gratitude. Le monde a int6rEt a ce qu'elle vive et pense librement. Ce que
la France demand c'est qu'on lui fasse confiance.
Dans le chaos mondial actuel, dans ce tumulte de passions d6chain6es
et aviv6es par des ideologies dissolvantes, le Peuple, tout en pansant ses
blessures, se ressaisit et, pour parer au nouveau danger qui le menace, sa
rassemble autour de son Lib6rateur lui demandant d'entreprendre avec lui

-43 -










la grande ceuvre de Renovation en sauvant les valeurs de civilisation don't
il est le depositaire afin d'etablir les bases d6finitives d'une Democratie So-
ciale assurant la Paix aux hommes.
En ce jour de glorieux anniversaire du 18 JUIN 1940 ayons tous une
pieuse et reconnaissante pens6e pour nos morts, pour les innombrables mar-
tyrs de la Resistance, pour tous ceux qui ont ecrit avec leur sang la Gloire
de la France et A qui nous devons notre Liberte.

A L'INSTITUT.-
LES MARDIS RADICDIFFUSES.
L'Institut Frangais a poursuivi au troisieme trimestre ses conferences du
Mardi soir. Voici quel a 6te le programme du troisieme cycle:
Mardi 27 Mai L'Hygi&ne Mentale et la Communaut6 haitienne, par le Dr
Louis Mars, Directeur de 1'Institut d'Ethnologie.
Mardi 3 Juin Les tendances de la musique contemporaine, par M. Jean
Brille, Agrege de l'Universit6, ancien Eleve de 1'Ecole Nor-
male Sup6rieure, Professeur de Mathematiques a l'Institut
Frangais.
Mardi 10 Juin La poesie lyrique haitienne, par Maitre Dominique Hyppo-
lite, Avocat. Poemes dits par Mile G. Dauzon.
Mardi 17 Juin Plaidoyer pour la Province, par M. Adrien Martin, Profes-
seur de LittBrature A 1'Institut Frangais.
Mardi 24 Juin L'existentialisme, par M. Philippe North, Professeur de
Philosophie A l'Institut Frangais.



LES TOURNEES DE CONFERENCES.

Les Professeurs de I'Institut Frangais aux Gonaives.
La visit aux Gonaives des Professeurs de 1'Institut Frangais differed
une premiere fois par suite de circonstances independantes de leur volont6
a pu enfin se r6aliser les 10, 11 et 12 avril dernier.
Grace A l'amabilit6 de Monsieur Coirin qui envoya sa propre voiture
pour les chercher A Port-au-Prince, les deux conf6renciers prevus: MM. But-
lerlin et Colle arriverent aprAs un rapide et agr6able voyage dans la char-
mante cite.
Fort aimablement regus par le Comite d'accueil preside par M. Pelissier
ils prirent contact de suite avec les autorites locales, civiles et religieuses
et le soir meme le Professeur Colle prononga une Conference sur Paris dans
la salle des Fetes du Cercle du Commerce obligeamment pretee par son
President M. Allen. Avant la conference, M. Pelissier avait tenu A saluer
les Professeur de l'Institut dans des terms don't l'amabilit6 extreme mit


-44-








leur modestie a rude 6preuve. Apres la causerie, deux bandes documen-
taires firent defiler sous les yeux des spectateurs ravis, les plus belles :mages
de .
Le lendemain samedi, les Professeurs de 1'Institut furent les h6tes de
la famille Coirin qui leur fit admirer les charmes incomparables des envi-
rons des Gonaives et qui offrit en leur honneur dans leur propriety de
Passereine un garden-party au course duquel ils purent faire connaissance
avec 1'l6ite de la society locale. Connaissance qu'ils eurent le plaisir de com-
pleter le soir meme au course de la reception organisee par le Comit6 d'Ac-
cueil dans les salons du Cercle du Commerce autour d'un buffet magni-
fique et aux sons d'un orchestra entrainant.
Le Dimanche matin a 10 heures, M. Butterlin parla, devant un au-
ditoire aussi nombreux qu'attentif, de la (>, puis, a l'issue
de la Conference, il traca un tableau des principles activities de 1'Institut
Francais de Port-au-Prince.
C'est avec regret mais aussi avec l'espoir que des relations si bien
commencees se poursuivront dorenavant r6gulierement, que les professeurs
quitterent leurs h6tes des Gonaives en important le meilleur souvenir d'un
accueil si aimable.

Tournde de Conferences jointes de
MM. Maurice d'Arlan Needham et S. B. Lando.
Du 23 au 30 avril, diverse localities du Departement du Sud ont bB-
neficie d'une tourn6e de conferences jointes du diplomat americain charge
des int6erts culturels et du Directeur de 1'Institut Frangais d'Haiti. Les
deux conf6renciers ont pris place le 23 avril dernier dans le sound-truck
de 1'Ambassade des Etats-Unis et visited notamment la region des Cayes
(23 au 27 avril), Aquin, MiragoAne et Petit-GoAve. Dans chacune de ces
villes, l'elite intellectuelle, accourue au grand complete, a chaleureusemenc
applaudi les deux orateurs qui ont, 1'un et 1'autre, outre leur causerie litte-
raire, tenu a donner des indications sur les buts et le fonctionnement actuel
de 1'Institut Haitiano-Ambricain et de 1'Institut Francais d'Haiti.
Au course de cette tourn6e, des bandes documentaires frangaises et am_-
ricaines ont et6 projet6es a 1'intention de la population rassembl6e dans de-;
salles de cinema ou sur les places publiques des differences localities du par-
cours Port-au-Prince-Camp6rin. Les Prefets et les Magistrats Communaux,
ainsi que les religieux francais et americains ont partout reserve A MM. Mau-
rice d'Arlan Needham et S. B. Lando le meilleur accueil, leur facilitant
grandement la tache. Cette heureuse initiative, prise par l'Ambassade des
Etats-Unis, a ete couronnee du plus large success et merite d'etre 6tendue
et approfondie.

Les Professeurs Lando et Butterlin A Port-de-Paix.
Une nouvelle tournee de conferences en province a 6t6 organis6e du
4 au 9 Juin dernier. Sur l'aimable invitation de la ville de Port-de-Paix,


-45 -









M. Simon Lando, Directeur de l'Institut Frangais et M. Jacques Butterlin,
Professeur de sciences naturelles, sont all6s prononcer des conferences dans
le chef lieu du D6partement du Nord-Ouest qui leur a reserve un accueil
inoubliable.
M. Dieudonn6 Legros, PrBfet du D6partement du Nord-Ouest, M. Fu-
mence Bien-Aim6, Magistrat Communal, le Major Pierre Montrosier, M. le
Commissaire du Gouvernement, M. Byron Bouzi, Directeur du Lyc6e, un
Comit6 d'accueil pr6sid6 par Me Ambert Saindoux, Mme et M. LUon Godart
qui ont log6 les conf6renciers dans leur propre maison et de nonibreux autres
Port-de-Paixiens, se sont multiplies aupr6s de leurs h6tes pendant un s6jour
qui a paru trop court aux visiteurs. Le Comit6 d'Accueil avait organism avec
l'appui de M. Godart une excursion de deux jours a 1'Ile de la Tortue. Sous
la conduite du Pere Saindoux, administrateur des Palmistes, don't ils 6taient
les h6tes, les professeurs ont pu explorer, parties a cheval, parties a pied,
que!ques-uns des remarquables sites de cette ile merveilleuse o0i le souvenir
des flibustiers et des boucaniers hante constamment les promeneurs. Ceux-ci
cnt pu admirer ainsi les falaises a pic de la c6te Nord, tr6s sauvage, les grottes
profondes de la T&te Chr6tien, les ruines de 1'Habitation de Pauline Bona-
parte et se livrer mime A quelques observations scientifiques.
C'est dans la salle de la mairie mise gracieusement a la disposition des
organisateurs par M. le Magistrat Communal qu'ont ete prononcees les con-
ferences. M. Lando a parle le samedi 7 Juin de Moreau de St Mery et de
1'Abbe Gr6goire et le dimanche soir, avant la conference de M. Butterlin sur
la bombe atomique, il a dress un tableau rapide des activities de 1'Institut
frangais d'Haiti. Plus de 250 personnel ont assisted A chacune des causeries
suivies d'un bal oi l'entrain et la bonne humeur n'ont pas manque.
Plusieurs receptions ont 6t6 organisees en l'honneur des visiteurs par
le Pr6fet, M. le Major de la Garde, M. Godart, le cercle .
Nous citons seulement l'allocution prononcee par Me Ambert Saindoux
du Cercle d'Etudes (>; cela suffira A donner une idle de l'amabilit6
avec laquelle M. Lando et M. Butterlin furent resus.
Voici l'allocution prononce :


< < << cette grande famille du Corps enseignant.
(Je m'autorise encore a clever la voix au nom de toute l'intellectualit6
<

-46 -








evotre Agard, et plus particulierement l'indicible all6gresse qui loge dans tous
< activitiess pour maintenir un climate de cooperation intellectuelle et d'6changes
< aliens seculaires qui unissent la France et Haiti. Tenus au courant des sa-
evotre erudition. Aussi, la nouvelle que vous vous proposiez d'entreprendre
chezz nous l'une de vos tournees de conferences fut-elle accueillie avec en-
cthousiasme.
< < oet l'Academia, ce que n'empAche votre grande culture en regard de nos
< ccordial et marqu6 au coin de la plus chaude sympathie afin que votre sejour
ici soit des plus heureux. Nous doutons que nous ayons reussi, car malgre
cnos efforts, nous sommes loin de r6aliser tout ce que nous avions r&ve.
Je crois ainsi traduire le vceu de toute cette intdressante population qui
< entretenir avec combien de maitrise dans cette belle langue frangaise,
S<"si douce qu'a la parler, la femme sur la levre en garde le sourire."
dl'Academia, apportant ainsi aux h6ros du jour le t6moignage de votre pro-
< < < .
En conclusion, excellent prise de contact avec la soci4t6 cultiv6e de
Port-de-Paix qui a manifesto son d6sir de recevoir souvent des conferen-
ciers et s'interesse vivement a notre revue .

CREATION D'UNE ,.
Le samedi 17 Mai, sur 1'antenne de la H.H.B.M., grace A l'amabllit6 de
M. Franck Magloire, directeur de ce poste, 1'Institut Francais a eu le plai-
sir d'inaugurer .
D6sormais, le mercredi et le samedi de chaque semaine, de 6 heures ea


- 47 -










demie A 7 heures p. m., i'Institut frangais diffuse des nouvelles litterairds
artistiques, scientifiques et autres et retransmet quelques morceaux de mu-
sique le6gre et de musique classique, ces derniers accompagnes d'un com-
mentaire r6dig6 par les soins de M. Brille, professeur A l'Institut.
Pour la premiere mission, apres la presentation faite par M. S.. B. Lando,
Diredteur de l'Institut Frangais, on a eu le plaisir d'entendre la voix de
M. Jacques Alexis, qui termine actuellement A Paris ses 6tudes, come
boursier, adresser a tous ses compatriotes d'Haiti, <, un
message de France, , selon l'heureuse expression d2
Jacques Alexis lui-m^me. C'est au gracieux concours de Mme F. Magloire,
de Mme Lando, et de cette parfaite disease qu'est Mile Guyta Dauzon, que
l'on doit le plaisir d'entendre cette qui vient pro
longer l'effort de l'Institut frangais pour aider A 1'Apanouissement de la cul-
ture frangaise et resserrer ainsi les liens d'amitie unissant Haiti et la France

UN COURSE DE DICTION A L'INSTITUT.
Le 20 Mai, Mle Guyta Dauzon, du Theatre National de l'Odeon, pre-
mier prix du Conservatoire de Paris, a inaugur6 un course de diction, sous
les auspices et dans les locaux de 1'Institut Frangais. Les Port-au-Prin-
ciens avaient eu deja l'occasion d'appr6cier le grand talent de Mlle Dauzon,
qui avait brillamment interprAte quelques poemes, A l'issue d'une confe-
rence de Roger Caillois.

qCONJONCTION> EN PROVINCE
Nous avons chaque mois le plaisir de voir s'6tendre le champ de diffu-
sion de notre revue en province. Le nombre de nos correspondents nous
est une preuve que le but que nous poursuivons: Une illustration porio-
dique de la culture haitienne et de la culture frangaise et un bilan r6gu-
lier des efforts de 1'Institut Francais, qui est le moyen vivant de cette colla-
boration des intelligence, ne saurait laisser indifferents les intellectuals hai-
tiens. De nouveaux noms viennent ce mois-ci s'ajouter a la liste de nos
correspondents. Ce sont:
A Miragoine, M. Edmond Tovar,
Aux Cayes, M. Fritz Bourjolly, Directeur du Lyc6e Philippe Guerr:er,
A Aquin, Me Saint-Julien, Avocat,
Aux Gonaives, M. Coiron.
qui, avec tant de devouement, mettent leur zele au service de notre effort.

COMITE D'ACCUEIL AUX ARTISTES.
Sur l'initiative conjointe de 1'Institut Frangais et de 1'Institut Haitiano-
Am6ricain, il a ete constitute A Port-au-Prince un Comit6 d'Accueil aux Ar-
tistes. S. E. M. Dumarsais Estime, President de la Republique d'Haiti et


- 48-










LL. EE. M. Harold Tittmann, Ambassadeur des Etats-Unis, et M. Mauric.
Chayet, Ministre de France ont bien voulu accepter la pr6sidence du Comit6
d'Honneur. Le Comit6 d'Action est ainsi constitu6 :
-Mme Carlo Jaeger -Philippe Charlier
-Mme Florence Ochard --Simon Lando
-Jean Brierre -Charles E. Miot
-Jacques Butterlin -Maurice d'Arlan Needham
-Val6rio Canez -John Nevins
La premiere manifestation de l'activit6 de cet organisme a 6t6 l'organisa-
tion du RECITAL MARTIAL SINGER.
Vendredi 27 juin, le c6lKbre baryton.frangais de l'Opdra de Paris et du
Metropolitan Opera de New York, Martial Singher, invite par ce Comit6, a
donn6 un recital de chant au theatre Rex, la plus grande salle de la capital
haitienne. Dans un programme 6clectique et judicieusement compose, allant
du 16e siecle a Maurice Ravel, l'artiste a remporte un veritable triomphe.
La salle 6tait comble. On notait dans les loges officielles, la presence du
Chef de la Maison Militaire accompagn6 de deux officers repr6sentant S. E. le
President de la R6publique, de LL. EE. Harold Tittmann, Ambassadeur des
Etats-Unis et Maurice Chayet, Ministre de France ainsi que la plupart des
membres du Corps Diplomatique, et Consulaire.
Devant le success eclatant remporte par cette manifestation, le Comit;
improvisa, pour le lendemain samedi 28 juin, un autre recital qui eut lieu
dans la Salle de Conferences de 1'Institut Frangais.
Aupris d'un public moins nombreux en raison de l'exiguit6 du lieu
mais non moins choisi, Martial Singher a trouv6 la m&me faveur dans ur
programme enti6rement renouvele. Le qui, avec
la Marseillaise, terminait ce second recital, a particuliarement 6mu l'assis-
tance. Une reception intime offerte par 1'Institut Frangais dans les locaux
de Turgeau, r6unissait ensuite autour du musicien, ancien Bl6ve de l'Ecole
Normale Sup6rieure de St Cloud, quelques membres des cercles univer-
sitaires et artistiques de la ville, ainsi que des amis de 1'Institut.

EXPOSITION A L'INSTITUT.
Le 20 Mai 1947 une nouvelle exposition de photographies a eu lieu
sous le titre . Elle groupait d'admirables
photographies des chateaux de Versailles, Chantilly, Villandry, Combourg, etc.
Dans les vitrines etaient exposes les livres d'arts de l'Institut ainsi que
les derniares revues , <, etc.


- 45 -











A chaque usage convient une quality du
"RHUM TROPICAL"

RHUM *
RHUM **l
RHUM *-k-k-k
Reserve Tropicale
Propri6taire: RENE AUDAIN
Rue Macajou Gd. Rue.
Port-au-Prince. T6l. 37-47



La Maison DESCHAMPS
N'EDITE QUE DE BONS ROMANS:
MARC VERNE ANTOINE BERVIN ROGER DORSINVILLE
MARC VERNE
((Yoyo)
ANTOINE BERVIN
(Pantal h Paris)
ROGER DORSINVILLE
(



GUY SEJOURNE et MAURICE VABRE
Grand'Rue -- Port-au-Prince

La grande Maison de liqueurs de la place. Seule fabrique
des Antilles exportant en Europe:
CREME DE CACAO CREME DE MENTHE
ANISETTE REVERENDINE
ABSINTHE
etc... etc...











La WESSON HOUSEWARE PRODUCTS

Recommande les products suivants :


ODOR KILL d6sodorisant puissant
LIQUID WAX pour plancher et
meubles


D D T en poudre a 10%
PLASTI SPAR vernis a base de
matiere plastique


Repr6sentant: MAURICE BORNO & CO Port-au-Prince






RHUM BARBANCOURT


Appreci6 depuis 1862






Port-au-Prince
Tel. 2756


PHARMACIE SEJOURNE
Fondle en 1864


ETIENNE SEJOURNE
(1864-1889)


FREMY SEJOURNE
(1889-1937)


RAOUL et MAX SEJOURNE
(1937)
LABORATOIRE D'ANALYSES
Laboratoire de preparation d'ampoules sterilisees Port-au-Prince








































































Imp. HENRI DESCHAMPS




University of Florida Home Page
© 2004 - 2010 University of Florida George A. Smathers Libraries.
All rights reserved.

Acceptable Use, Copyright, and Disclaimer Statement
Last updated October 10, 2010 - - mvs