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HIDE
 Front Cover
 Table of Contents
 Frontispiece
 Haiti, l'incomparable
 Deux sonnets inedits
 L'abbe Gregoire et Moreau de Saint...
 L'agriculture et la paysannerie...
 Les lettres en Haiti
 Chronique
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Title: Conjonction
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 Material Information
Title: Conjonction bulletin de l'Institut franðcais d'Haèiti
Uniform Title: Conjonction (Port-au-Prince, Haiti)
Physical Description: v. : ill., ports. ; 24-28 cm.
Language: French
Creator: Institut franðcais d'Haiti
Publisher: L'Institut
Place of Publication: Port-au-Prince
Publication Date: 1946-
Frequency: quarterly[1983-<1995>]
bimonthly[ former 1946-1982]
quarterly
regular
 Subjects
Subject: Civilization -- Periodicals -- Haiti   ( lcsh )
Civilization -- Periodicals -- France   ( lcsh )
Civilisation -- Pâeriodiques -- Haèiti   ( rvm )
Civilisation -- Pâeriodiques -- France   ( rvm )
Genre: periodical   ( marcgt )
Spatial Coverage: Haiti
France
 Notes
Dates or Sequential Designation: No 1 (janv. 1946)-
Numbering Peculiarities: Nos. 2-3 never published. Cf. Union list of serials.
Numbering Peculiarities: Some issues combined.
General Note: "Revue franco-haitienne."
 Record Information
Bibliographic ID: UF00076567
Volume ID: VID00003
Source Institution: University of Florida
Rights Management: All rights reserved by the source institution and holding location.
Resource Identifier: oclc - 03009058
lccn - 52032401
issn - 0304-5757

Table of Contents
    Front Cover
        Front Cover
    Table of Contents
        Table of Contents 1
        Page 1
    Frontispiece
        Page 2
    Haiti, l'incomparable
        Page 3
        Page 4
        Page 5
        Page 6
    Deux sonnets inedits
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    L'abbe Gregoire et Moreau de Saint Mery
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    L'agriculture et la paysannerie Francaise
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    Les lettres en Haiti
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    Chronique
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        Page 34
    Back Cover
        Back Cover
Full Text



















17
N451
4-








Aupste Viatte 00ti VInco ble
h Inkuts
4ni, m U -VAbbet Moreau 4!wspont

Vve,,Voffe VcooWques et,
"Vie P.
Us 1*048 "Ia tribne's
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....... .......
-4 Si,










CONJUNCTION

Est le Bulletin de l'Institut Francais d'Haiti.
SES BUTS
-Diffuser les idees fondamentales qui caracterisent la pensee fran-
caise vivante.
-Resserrer les liens traditionnels unissant Haiti et la France.
-Apporter une collaboration effective a 1'epanouissement de la
culture haitienne.
-Rendre compete non seulement des activities de l'Institut Fran-
cais mais encore de 1'activit6 intellectuelle d'Haiti.
((CONJONCTION)) n'est pas une revue de propaganda. Elle ne
vise a aucune action politique ou confessionnelle. Elle sollicite
la collaboration des auteurs haitiens et strangers.

SON MOT D'ORDRE
Tout faire pour que les hommes diff6rents par leur h6redit6, le
milieu geographique et social qui les a models, par les disciplines
intellectuelles qui ont former leur pensee, puissent se connaitre, se
comprendre, et soient mis en measure d'apporter leur contribution
original a l'elaboration d'une veritable conscience humane.

SOMMAIRE
I. Auguste Viatte : Haiti l'Incomparable
Joseph Rolland : Deux Sonnets InBdits
Simon Lando : L'AbbW Gr6goire et Moreau de Saint
MWry (Extraits)
Yves Colle : Aspects Economiques et Humains de
la Vie Paysanne en France (Extraits)
II. Les Lettres en Haiti (3e trimestre 1946)
III. Chronique
A la Legation de France
A l'Institut










Avec les meilleurs compliments de

J. COTY
MASON NADAL ET CIE.
agents genrnaux
Port-au-Prince


Les livres et les manuscrits doivent 6tre envoys
au Directeur de l'Institut Francais
3, Avenue Charles Summer Port-au-Prince Haiti
Telephone : 5452

ABONNEMENT ANNUEL
(6 num6ros) :
a Port-au-Prince : 1 dollar 40;
en Province: 1 dollar 60;
a 1'Etranger : 2 dollars.
Le num6ro est vendu :- 1 gourde 50.

Pour la publicity, qui est strictement limited,
s'adresser a l'Institut Francais.


PHARMACIE SEJOURNE
fondue en 1864
ETIENNE SEJOURNE (1864-1889)
FREMY SEJOURNE (1889-1937)
RAOUL ET MAX SEJOURNE: (1937)
LABORATOIRE D'ANALYSE
Laboratoire de preparation d'ampoules st6rilis6es
Port-au-Prince





















































Son Ex. M. MAURICE CHAYET
Ministre de France














Auguste Viatte : HAITI, L'INCOMPARABLE.



A chaque pays sa destine, que sa vocation est de realiser.
Mais de tous ceux que je connais, HAITI me parait le plus uni-
que, le moins interchangeable.
Haiti pays des contrastes, ou se rencontrent la mer et la mon-
tagne, 1'Europe, l'Afrique et 1'Amerique, le primitif et le raffine,
dans un pittoresque inoui; ou au sortir d'un cocktail oi vous au-
rez discute de Mauriac ou de Jean-Paul Sartre, vous croisez une
caravane de marchandes avec leur ballot sur la tete; ou vous
passez de Port-au-Prince a Kenscoff et de Kenscoff aux soli-
tudes de la Selle ; oi les ,cailles> coexistent avec les villas de Tur-
geau et avec au moins une merveille d'architecture, la Citadelle.
Haiti, people oi le melange des sangs dement toutes les theo-
ries du racism, car il n'est pas sans doute si different, en ses 61e-
ments constitutifs, des autres peuples color6es du continent, et
pourtant cent cinquante ans d'evolution historique s6paree ont
suffi A fair-! du noir des Etats-Unis et de 1'Haitien deux types
d'homme aisement reconnaissables. Haiti qui a donn6 1'exem-
ple d'un vouloir-vivre invincible et lorsque l'on deplore ses
lacunes, lorsque ses enfants s'efforcent a bon droit d'y reme-
dier, comment pourtant ne pas 6tre 6bloui, si l'on r6fl6chit que
cette belle capital, cette soci6t6 police se sont 6lev6es sur les
ruines fumantes et sur le b6tail human transport par les ne-
griers !.
Haiti qui, dans notre monde boulevers6 d'apres-guerre, a su
faire sa revolution dans l'ordre et d6mentir 1'accusation d'anar-
chie en conservant une stability et une paix int6rieure rares au-
jourd'hui.
Haiti l'Africaine : avec tout ce que 1'Afrique a de fascinant et
d'incantatoire; avec l'envouitement de ses tambourins et de ses


-3-










melopees ; avec son folklore et son occultisme ; avec cette percep-
tion des forces secretes de la nature, qui, laiss6e sans contre-
poids, expose d'ailleurs a de dangereuses ivresses; avec la v6he-
mence de ses instincts et de ses sensations; avec cette joie sim-
ple de vivre, qui 6clate chez le paysan malgr6 la misere ; avec ce
goft spontan6 du beau, visible dans la disposition des terre-pleins
sur les mornes, toujours en vue de paysages admirables; avec
l'absence d'utilitarisme, et une sagesse biologique qui eCit enchan-
t6 Alexis Cairel; avec tout ce qui, dans les mceurs et le visage
des campagnes, 6voque les recits que nous ont laisses les premiers
explorateurs du continent noir. Un stranger, venu des pays tem-
p6r6s, mettra quelque temps a saisir cet aspect: une fois qu'il
l'aura per'u. il en comprendra la plenitude, tout comme il ad-
mirera les statues d'6ebne que les guenilles m6me ne peuvent
avilir.

Haiti l'Antiricaine: non, sans doute, par sa structure physique,
beaucoup moins massive et plus vari6e que sur le continent, ni
par son &conomie, qui n'a 6videmment rien d'< au sens
populaire du mot; mais par son l6an de nation jeune, par sa vo-
lont6 d'indcpendance, par la fagon don't l'6pop6e de ses origins a
fait 6cho a celle de Washington et pr6par6 celle de Bolivar ; par la
sym6trie de son destin avec celui des R6publiques voisines ; par
la solidarity que lui prescrit la g6ographie contre les perils ex-
t6rieurs; par sa libre participation a un effort commun en vue
d'6carter les agresseurs et faire regner la paix.

Haiti la Frangaise : tellement frangaise, qu'un Franqais peut
evoquer, non sans melancolie mais du moins sans amertume, sa
naissance douloureuse; elle a 6et s6par6e de la France dans le
sang, par une operation c6sarienne, elle n'en est pas moins sa
fille; c'est un id6al venu de France qui l'a guide a travers son
emancipation. Haiti au drapeau issu du tricolore, a la devise -Li-
bert6, Egalite, Fraternit6e. Haiti don't les ecrivains ajoutent une
vari6et tropical a l'herbier de notre litterature; don't 1'Eglise
a vu le jour et se soutient encore aujourd'hui grace a des de-
vouements frangais; don't le creole fait un echo savoureux a nos
vieux patois, tandis que les salons revetent de la langue la plus


-4 --










pure la pens6e la plus subtle. Haiti, seule nation au monde, hor-
mis la France, don't le frangais soit la langue exclusive sous ses
deux former litt6raire et patoisante, et qui, le Canada ne faisant
pas parties de 1'Union panamericaine, repr6sente a elle seule,
parmi les R4publiques du Nouveau Monde, cette civilisation
francaise qui est avec l'anglaise, l'espagnole et la portugaise une
des quatre civilisations m6res du continent.
C'est li sans doute son actif, un actif don't elle ne measure
pas toujours assez la valeur. Le passif d'Haiti p6se assez lourd.
Ce n'est pas un pays riche. Ce n'est qu'un tout petit pays. Il
s'est d6battu, au course de son histoire pourtant breve, .tra-
vers de multiples spasmes. On n'oserait dire que les difficulties
aient disparu, et l'immensite de la tAche A remplir, compare
a la modicit6 des resources, a quelque chose de d6courageant.
Mais du moins Haiti a pour elle son caractere unique. Cette
convergence de trois mondes, dans la splendeur tropical, lui
confere une beauty presque 6tourdissante. Place comme elie
l'est, au coeur d'une mer que sillonnent d6sormais les croisieres
de tourists, au milieu d'iles enchanteresses sur lesquelles sa va-
ri6et et la fraicheur de ses sommets lui assurent la pr6esance,
elle devrait pouvoir devenir un centre incomparable d'attrac-
tion.
Et, par son aspect frangais, elle devrait non seulement attirer
mais rayonner. Avec le Canada, elle partage, en terre d'Am6ri-
que le d6p6t d'une civilisation qui reste, A c6t6 de 1'anglo-saxonne,
la seule pr6sente dans les cinq parties du monde, comme sa lan-
gue est, avec l'anglais, la seule langue de travails dans les as-
semblees internationales. Pr6cis6ment parce qu'elle ne relive
de personnel que d'elle-m6me, elle peut dissocier cette expan-
sion culturelle de toute contamination politique. De m6me que
les Congre6 de la Langue frangaise ont rassembl6 A Qu6bec des
d6elgu6s venus de toute 1'Amerique Septentrionale, et que le Co-
mit6 permanent de la Langue francaise y constitute un organisme
don't les directives sont suivies jusque dans l'Ouest canadien
et jusqu'en Louisiane, Haiti semble pr6destin6e A jouer un r61e
de ce genre aux Antilles: d'autant mieux que, situ6e A l'inter-
section de 1'orbite anglo-saxonne et de l'orbite hispanique au


__5(-









lieu d'etre cernee par une masse homogene, elle peut ainsi con-
server. plus aisement son originality, l'enrichir de contacts plus
divers, associer ce que sa culture a de plus accessible avec ce
qu'ont de pius particulier sa race, sa destine historique, son ge-
nie propre. Symetrique au Canada, elle en semble le complement
natural et le pendant dans ces regions trop, 6loign6es pour perce-
voir, autrement qu'attenues, les echos du Saint-Laurent. Et si
nulle part, en travaillant a la diffusion de la culture frangaise, on
n'a l'impression d'agir dans un esprit 6goiste, puisque cette
culture s'adiesse a l'homme en tant qu'homme et m&rite ainsi
son universa!it6 -, celui qui s'en occupe en Haiti a la joie de
sentir qu'il sert a la fois, tres directement, son propre ideal et
la cause national du pays don't il est l'h6te.











Joseph Roland : DEUX SONNETS INEDITS.

LE DESTIN DES FLEURS


Chaque fleur est une ame en route pour le ciel.
Elle est la Charitd qui jamais ne se lasse,
Et qui s'offre toujours, sensible a nos appeals,
Dan: le vide des jours oit les brumes s'amassent.
Son parfum qui siduit aux festins solennels,
Emboume aussi d'espoir le cadavre qui passe..
Elle est dans nos foyers, ainsi que sur l'autel,
L'embleme de l'Amour, quand le mal nous. terrasse.
Otez la fleur du monde, et le chaos renait,
Dan. le dedale obscur des choses confondues,
Le ndant surgirait des p6tales dichus.
Et, rcmme au Golgotha, quand le Juste expirait,
Les tenebres, soudain, se confondraient aux nues,
Et feraient une tombe d la beauty dichue.

LE GLADIATEUR MOURANT
La lar.ce a fracass6 le grand r6ve de gloire
Qui rivelait son coeur a la hauteur des dieux.
Le voici etendu dans sa blancheur d'ivoire,
Le dos contre la terre et le front dans les cieux.
Le fer, qui dans ses yeux, a mis une ombre noire,
Immortalise un coeur auguste et valeureux.
La foule, avec eclat, applaudit sa m6moire,
Sou' le regard luisant du C6sar glorieux.
Noble gladiateur endormi dans le sang,
L'arene est un autel interdit aux souffrances.
Mai: les dieux, par ta mort, ont embelli leur rang.
Ton ardeur au combat est un d6fi au sort:
En cc coeur terrass6, survit ton esp6rance
De conqu6rir la gloire au delA de la mort .


-7-











Simon Lando : L'ABBE GREGOIRE
& MOREAU DE SAINT MERY (*)

(Extraits)



Depuis ma recent arrivee dans ce pays, souvent je me demand
a quelle 6poque remontent les premieres images, les premieres
infiltrations par lesquels il a pris une place r6elle dans ma sensi-
bilit6. Je fais volontiers bon march de quelques souvenirs de
classes plus qu'incolores : pales notions g6ographiques, mentions
purement livresques de Toussaint Louverture et de son 4pop6e
merveilleuse et tragique. Quelques recits sur les Corsaires de la
Tortue, lus dans l'adolescence, ont bien davantage parl6 h mon
imagination. Mais ma vraie revelationon haitienne>, je ne l'ai re-
trouv6e dans mes souvenirs que voici peu de jours en refl6chissant
a notre future entretien. Pour y parvenir, j'ai df me livrer a un
veritable travail d'introspection qui eft enchant6 un specialiste
de la psychanalyse, a de lents cheminements vers le < trouv>>. Je vous 6pargne les descriptions de ces coups de sonde
dans les brumes de ma m6moire. En voici, brutalement le r6sultat:
C'est en mai 1931 que je d6couvris, a mon tour Hispaniola en mmme
temps que la figure de 1'Abb6 Gr6goire. Etudiant, je suivais a la
Sorbonne les course de Ferdinand Brunot, le grand historien de la
langue franchise. Dans une de ces brillantes digressions qu'il ai-
mait A multiplier, nous faisant momentan6ment dl6aisser le s6vere
commentaire de quelque texte en vieux frangais, le maitre, mai-
re du XIVe arrondissement pendant la tourmente de 14 18, hom-
me d'action autant que grand universitaire, se mit a nous parler
des efforts qu'il 6tait en train de d6ployer, aid6 par Albert Mathiez,
le Colonel Cainot et quelques autres, pour tirer de l'oubli l'une des
figures les plus extraordinaires et les plus admirables de la grande
epoque r6volutionnaire, l'abb6 Henri Gregoire, pr6curseur en lin-
guistique comme dans beaucoup d'autres domaines. L'occasion, ou
le pretexte, c'etait, nous disait-il, le centenaire de sa mort survenue
en mai 1831. Et de nous retracer la carriere du d616gu6 du Clerg6
de Lorraine aux Etats-G6n6raux, d6pute a la Constituante, devenu,
apres le vote de la Constitution civil, 4veque de Blois, convention-
nel de premier plan, membre illustre du Comit6 d'Instruction pu-
blique, philaiitrope, ami des noirs, historien de 1'Eglise gallicane,

(*) Conference radiodifusee prononcee & I'Institut le 9 Juillet 1946.

-8-










emancipateur des Juifs de France, etc ... Nous 6tions 6blouis, mes
camarades et moi, et, jusqu'C ce jour, je ne m'explique guere com-
ment je n'assistai point aux c6elbrations du centenaire auquel nous
conviait le Maitre. La jeunesse est bien 6tourdie Mais vous allez
voir que la vie ou le hasard, comme vous voudrez, se chargerait de
me ramener vers Gr6goire et ses . Un an plus tard,
toujours 6tudiant quoique deja licenci6, et, comme de just, plus
-iche d'espoir que d'argent, je m'adressai au Bureau de Rensei-
gnements de la Sorbonne afin de trouver un pr6ceptorat pour- la
dur6e des grandes vacances. La chance me sourit, car je ne tardai
pas a me trouver install dans une somptueuse villa, a Hossegor.
l'une des plu:; belles plages de notre Cote d'argent, si admirable
par ses dunes et par la beauty de la fort landaise aux pins blesses,
g6n6rateurs de r6sine. Partag6 entire les plaisirs de la natation
et les lemons de latin, je jouissais de la plus g6n6reuse et de la
plus familial des hospitalit6s. Je liai avec mes deux 616ves sor-
tis par la sale l'ain6 de 1'Ecole Polytechnique, le cadet de 1'Ins-
titut agronomique ainsi qu'avec leur p6re adoptif une ami-
ti6 qui ne devait plus se d6mentir. Mais il est temps de nommer
mon h6te de 1'6t6 1932. C'est un grand jurisconsulte de la R6pu-
blique, ancien chef de cabinet d'Aristide Briand, ami intime d'A-
natole France:, Monsieur Paul Grunebaum-Ballin, actuellement,
President de section honoraire au Conseil d'Etat. Pendant les an-
n6es sombres, j'allais le retrouver dans les rangs de la R6sistance
ofi, malgr6 ses 70 ans passes, il militait vaillamment, alors que 1'un
de ses fils mes anciens 61lves -, 6tait prisonnier en Allemagne
et l'autre, arret6 par les sbires de Vichy pour avoir distribu6 des
tracts > en pleine gare de Toulouse. Le vieux juriscon-
sulte travaillait alors dans l'entourage de Jean Cassou, pokte, 6-
crivain et critique, qui devait devenir, apr6s la Lib6ration le ler.
Commissaire de la R6publique, dans la region du Sud-Ouest. Ce-
ci est .une parenth6se; ce qui imported plus a notre propos, c'est
que, des nos premieres conversations du fameux 6t6 32, Monsieur
Grunebaum Ballin m'apprit qu'il 6tait vice-pr6sident de la So-
ci6t6 des Amis de l'Abb6 Gr6goire. Doutez encore, si -vous pou-
vez, de ma predestination haitienne ... Naturellement, je ne man-
quai pas un jour, de rappeler a mon h6te les m6morables propos
de mon maitre Ferdinand Brunot, prononc6s a son course de la
Sorbonne. A cette vocation, je le vis bondir, le front rougi d'indi-
gnation. Devant mon 6tonnement, il d6clara : < cet homme aussi savant que mal 6lev6. L'autre jour, je devais faire
une conference sur 1'Abb6 Gr6goire. Le Doyen Brunot invite, de-
vait, lui, prononcer une petite allocution de quelques minutes en
guise d'introduction. II arrive et prend la parole. Emport6 sanis


-9-










doute par l'enthousiasme que lui inspirait le sujet, il parole d'abon-
dance, avec une eloquence admirable quoique improvisee. Cela
a dur6 deux heures, peut-6tre deux heures et demie, jusqu'a ce que
certain auditeurs, impatient6s par une si longue harangue, ou
presses de regagner leur foyer, eussent bruyamment remud leurs
chaises et pris leurs chapeaux. Quant h mon discours, il n'est pas





























M. LANDO
Agrege de M'UniversitM
Directeur de PInstitut Frangais.
sorti de ma poche. Le hors-d'ceuvre 6tant devenu plat de resistance,
je n'avais plus qu'a partir apres avoir offert au Doyen les f6licita-
tions les moins sinceres de ma vie>. Voil qui prouve du moins,
1'admiration incorcible du regrett6 Ferdinand Brunot pour 1'ab-
b6 Gr6goire.


-10-











Pour quiconque s'interesse profond6ment et n'est-ce pas le
cas de nous tous ? aux origins de la nation haitienne, deux hom-
mes, deux Fiangais, venus d'horizons tres diff6rents, ont acquis
une autorit cexceptionnelle a la fois comme temoins et inspirateurs
hors-pair des 6evnements qui aboutirent a son ind6pendance. Ce
sont l'Abb6 Henri Gr6goire, cur6 lorrain, et Moreau de Saint-M6ry,
avocat au Parlement de Paris, issu d'une noble famille originaire du
Poitou, mais 6tablie depuis longtemps h la Martinique. Tous deux
ont jou6 un rl1e de tout premier plan dans la R6volution francaise
de 1789, tous deux ont puissamment contribu6 a l'6veil et au d6-
veloppement des libert&s haitiennes. Leurs ouvrages, ils ont l'un
et l'autre 6t6 des 6crivains f6conds et particulibrement clairvo-
yants, sont encore aujourd'hui consid6res h just titre comme e-
tant les sources les plus sfres pour la plus important p6riode de
l'histoire de ce pays. Les protagonistes de la Revolution frangaise -
entendez: la Grande R6volution, celle qui fut dans les temps mo-
dernes, le module et l'instigatrice de toutes les autres, les prota-
gonistes de la R6volution, dis-je, aimaient a se draper a 1'antique.
Si pour beaucoup d'entre eux, ce ne fut lh qu'une pose, une affecta-
tion de language, une mode, un style, le declamatoire pseudo-clas-
sique, quelques-uns, par la dignity et l'aust6rit6 qu'ils savaient
mettre dans leur vie priv6e, par l'intransigeance avec laquelle ils
se conformaicnt a leurs propres principles, par leur civisme, par
leur savoir encyclop6dique, surent s'1lever aux plus hauts som-
mets d'une vertu toute romaine et de la sagesse des Anciens. C'6-
tait une 6poque oa l'on acceptait encore de combattre et de mourir
pour ses id6es:. Incontestablement, Gregoire et Moreau furent des
hommes de cette trempe-lh. Voila pourquoi, si nous en avions le
loisir ici, nous aimerions parler de ces personnages un peu a la ma-
nitre de P!uiarque, dans ses Vies paralleles. C'est un hommage
qu'ils eussein t1 coup str goitt de leur vivant.
Par une coincidence que je livre aux meditations des astrolo-
gues ils -:ont n6s dans la meme ann6e 1750, le future pretre, fils
de notables de village A V6ho, pros Lun6ville (d6partement de la
Meurthe), le jeune aristocrate a Fort-Royal (aujourd'hui Fort-de-
France) Martinique -

A tres large traits, nous avons retrace, limitee autant que faire
se pouvait a ses rapports avec les Antilles, la vie de Moreau et de
Gr6goire. L'euvre de ces hommes interesse au premier chef non
seulement les historians de la R6publique d'Haiti, mais encore,
d'une fagon plus g6n6rale, tout Frangais et tout Am6ricain cultives.


-11-










Eh bien, laihsez-moi maintenant faire une constatation qui, je l'es-
p6re de tout cceur, va vous emouvoir et scandaliser profond6ment et
retentir come un cri d'alarme: Rien n'est, aujourd'hui, plus inac-
cessible que !es 6crits de ces deux auteurs, rien n'est plus difficile a
trouver et, par consequent, a lire, a 6tudier, a exploiter que leurs li-
vres. Ils ont,uous l'avons dit, l'un et 1'autre beaucoup produit. Les ci-
tations et les analyses que vous venez d'entendre ne donnent qu'une
faible id6e de leur f6condite. Nos G6meaux furent aussi des Geants.
Reunis, les ouvrages de chacun composeraient une honorable biblio-
theque, oh l'apport antillais serait tres gros. Les publications de
Gr6goire touchant Haiti sont, pour la majeure parties, des bro-
chures ou des pamphlets devenus tres rares meme a Paris, n'ayant
jamais 6t6 rl6dits ; nombre de ses 6crits, et non des moindres, sont
demeur6s in6dits. Je renvoie les curieux plus particulierement a
ceux qui, roLIs la cote 6573 des manuscrits, sont conserves a la
Biblioth6que de l'Arsenal (Paris) Ceci vaut aussi pour Moreau de
Saint-Mery. Sa fameuse Description de la parties francaise de Saint-
Domingue est pill6e ou d6marqu6e par tous ceux qui se m6lent d'6-
crire sur Haiti. Pour s'en convaincre, il n'est, que de se reporter
A 1'Index de la toute r6cente Life in a haitian Valley de M. Melvil-
le Herskovits. Eh bien, cette fameuse Description est pratiquement
'ntrouvable dans 1'6dition princeps. Et la r66dition, incomplete du
reste, due a Rouzier et Laforesterie, deux Haitiens de m6rite, fait
d6jA parties des livres tr6s rares, hors de la port6e du lecteur moyen.
J'ajoute que Moreau est, lui aussi, en grande parties, un auteur
.-
Depuis que je suis en Haiti, j'ai d6couvert et feuillet6 avec
plaisir un outrage compose par Monsieur Mercer Cook, Profes-
seur A 1'Universit6 Howard de Washington, bien connu a Port-
au-Prince oh il est venu faire des course d'6t6. C'est une anthologie-
groupant les meilleures pages de la 4litt6rature nord-am6ricaine sur
ce pays. Ne serait-il pas, Mesdames et Messieurs, 6galement ur-
gent de rassecnbler, a l'usage de la jeunesse studieuse et du public
cultiv6, les textes classiques francais relatifs a Haiti, recueil oh
viendraient s'ins6rer largement les plus beaux passages de Moreau
et de Gr6goire ? J'ai A peine besoin de dire avec quelle joie notre
Institute francais contribuerait A la r6alisation d'une tolle entre-
prise.

Cependant, elle parait, 'Dieu merci, bien lointaine cette annie
1931 oh le regrett6 Ferdinand Brunot se plaignait, a just titre,
que le souvenir de l'Abb6 Gr6goire fit enseveli dans le plus pro-
fond oubli, ce qui, ajoutait-il non sans ironie, r6pondait aux voeux
concordants de tous les hommes de droite et d'un grand nombre


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d'hommes de gauche. Tres active a la veille de la guerre et pr6sid6e
actuellement par Monsieur Grunebaum-Ballin mon h6te de
l'6et 1932 la Soci6et des Amis de 1'Abb6 Gregoire accomplit avec
zele une besogne utile, un travail de restauration soutenu. J'ai
su, avant de partir, qu'elle avait fait appel au nouveau represen-
tant de la REpublique d'Haiti a Paris pour singer dans son Bureau.
Nul doute que le p6lerinage annuel ne reprenne r6gulier, au cime-
tiere Montparnasse sur la tombe de Gregoire. Nul doute aussi que
les conferences et les articles d'6rudition sur 1'Ami des Hommes de
toutes les couleurs, reorganisateur de 1'Institut de France, fon-
dateur de 1'kEcole des Arts et M6tiers> de Paris, ne se multiplient
a souhait. Mais quand verrons-nous une r6impression de ses ceu-
vres ?
Je ne voudrais pas finir cette conference sans vous apprendre
une tres bonne nouvelle. Elle int6resse Moreau de Saint-Mery,
ce pere de l'bistoriographie haitienne. On s'occupe beaucoup de
lui a Paris, cn ce moment. Avant de m'embarquer pour le Nou-
veau-Monde, j'ai 6t6 en measure de visiter sa bibliothique. Vous
entendez-bien ? La bibliotheque de Moreau de Saint-Mery, c'est-
h-dire la collection quasi-complete des ouvrages, p6riodiques, fac-
tums, manuscrits, pieces judiciaires, m6moires, etc, qu'au course
d'une longue vie de labeur, ce grand Franqais, un des erudits les
plus brillants de son temps, avait soigneusement amass6s pour la
documentation de ses ouvrages consacr6s aux Antilles, Ce tr6sor
que j'ai eu la chance d'admirer de pres comme dans un 6blouisse-
ment se trouve rue Oudinot, a la Bibliotheque du Ministere des
Colonies, grace a un legs fait par les h6ritiers de Moreau. Il est
inestimable. Guid6 par un savant haitien de la colonies de Paris que
sa modestie m'empkche de nommer et par Monsieur Laroche, Cdn-
servateur des Archives du Ministere des Colonies, et grand ami
de ce pays, j'ai pu ouvrir, un a un, ces magnifiques livres du XVIIIe,
rouges sur tranche, ces superbes cartes graves don't leur exacti-
tude fait un vivant et eloquent cadastre de la Saint Domingue co-
loniale et rivolutionnaire. J'espere qu'A ma suite les etudiants hai-
tiens de Paris, particulibrement nos boursiers, se pr6senteront
souvent rue Oudinot h l'obligeant M. Laroche pour inventorier,
classer et exploiter cette mine d'une richesse inouie. Mais il y
a mieux: je suis autoris6 a vous annoncer que deux catalogues
sont en voie de publication a Paris: le premier donnera le detail
de tout le contenu de la bibliotheque de Moreau de Saint M6ry en
d6p6t au Ministere des Colonies, le second dressera l'etat des pa-
piers du mpme auteur consigns aux Archives Nationales. Ils
seront prefaces et pourvus de notes explicatives par MM. de Dam-
pierre et May, sp6cialistes accomplish des questions antillaises. II

-13-









faut que ces publications parviennent rapidement et en grand nom-
bre a Port-au-Prince. II serait plus que souhaitable je m'ex-
cuse d'etre a la fois si convaincu et si p6remptoire que le gou-
vernement haitien souscrivit en son propre nom pour des exem-
plaires a distibuer au profit des Etablissements scolaires et des
societ6s savantes de la R6publique. L'affaire me parait d'un int6r&t
vraiment nc.tonal. Je le pense A telles enseignes que des le lende-
main de mon arrive le 24 avril dernier exactement je pris la
liberty d'en entretenir le Colonel Alexandre, membre du Comite
Ex6cutif, charge du D6partement de l'Education. Ne soyez pas
surprise en apprenant que j'ai rencontre aupres de ce Ministre la
plus obligeante comprehension.
.................... .............................. ..................
Notre reconnaissance a l'6gard des grands hommes du passe, a
l'6gard de nos <, comment mieux la marquer
que par la lecture attentive, scrupuleuse, critique mais aussi intel-
ligente et constructive de leur oeuvre ? Dresser l'inventaire complete
des 6crits de Moreau de Saint-MWry et de Gr6goire, en faire des
editions critiques, des extraits judicieux, les commenter, les etu-
dier, les m6diter: voila qui me parait urgent, necessaire et plus
que jamais profitable. La tAche est lourde, je le reconnais. Mais
elle est d6ji commencee. Il imported qu'elle soit poursuivie sans
desemparer. Que chacun apporte sa pierre A l'6difice : 1'Universit6
de France, les chercheurs et les 6rudits des Etats-Unis et des R4-
publiques soeurs de toutes les Am6riques; les lettres, les curieux et
les savants d'Haiti. L'hiritage don't le sort est en jeu leur est com-
mun.
Si mes trop longs d6veloppements pouvaient tant soit peu con-
tribuer a promouvoir une cause aussi noble, j'aurais le sentiment
de ne pas avoir perdu ma peine en venant vous parler ce soir.


-14 -












Yves Colle : L'AGRICULTURE ET LA
PAYSANNERIE FRAN(AISE (*)

(Extraits)



Dans le monde nouveau qui est en train de se construire, l'im-
portance d'un pays s'6value de plus en plus par son potential 6-
conomique, potential qui, autant sinon plus que le facteur human,
a d6cid6 de i'issue du dernier conflict. Sans doute les valeurs spiri-
tuelles et intellectuelles jouent et joueront encore un r6le important,
mais, pour l'inrtant du moins, c'est par la puissance de son industries,
de son agriculture ou de son commerce que chaque nation prend
rang dans le monde. QuAl sera celui de la France?, c'est la question
que se posent avec une certain anxi6te tous les amis de notre
pays et je sais qu'ils sont particulierement nombreux en Haiti.
Question h laquelle il est d'ailleurs difficile de r6pondre, car pour
le moment l'6conomie frangaise reste une des grandes inconnues
de demain. Elle a souffert plus qu'aucune autre de la guerre, puis-
que par deux fois notre sol a servi de champ de bataille aux for-
ces en presence, puisque pendant cinq ans elle a 6t6 syst6mati-
quement pili6e par un adversaire implacable, puisque pour affai-
blir celui-ci nos allies et nous-mEmes avons 6te obliges de d6-
truire nos vojes de communication et nos centres de production.
Une 6conomie ainsi boulevers6e, dans quelles conditions peut-elle
se reliever, sur quelle base va-t-elle se reconstruire, c'est, je crojs,
un problem qui m6rite d'6tre 6tudi : c'est pourquoi je me pro-
pose de l'examiner avec vous au course de quelques-uns de ices
entretiens du mardi soir.
Aborder un tel sujet sans dire quelques mots du cadre dans le-
quel il 6volue semblerait une gageure. En France, plus encore
qu'ailleurs, il est difficile de s6parer le paysan de la terre qu'il
travaille, tant il fait corps avec elle. C'est pourquoi vous me per-
mettrez de vous dire quelques mots de la champagne FranChise a-
vant de vous parler des diff6rentes formes de l'6conomie rurale
et de vous rrontrer la place qu'elle tient dans la vie 6conomique
et social du pays.

(*) Confdrer.ce radiodiffusee prononcee a I'Institut le 25 Juin 1946.


-15-










L'impression dominant qui se d6gage de nos campagnes, meme
lorsqu'on les parcourt rapidement, c'est celle d'une grande va-
riete. Jamais on n'6prouve cette sensation de monotonie que l'on
ressent dans d'autres pays, plus vastes mais moins pittoresques.
Les paysages les plus divers se d6roulent sous nos yeux. Quelques
heures de chemin de fer suffisent a vous faire passer des horizons
un peu m6lancoliques de Bretagne, si chers a Le Braz et t Le Goffic,
aux calmes paysages de l'Ile de France don't la belle ordonnance rap-
pelle un javdin de Le Notre. Des coteaux harmonieux de Tou-
raine ou d'Anjou, si justement chants par Ronsard et Du Bellay, on
passe rapidement aux paysages mediterran6ens tout vibrants de
lumiere, don't les escarpements d6nud6s se d6tachent avec nettet6
dans un ciel transparent. Paysages chers a Mistral et a Giono.
Les volcans d'Auvergne et du Velay sont voisins des crates d6-
chiquetees des Alpes qui touchent elles-memes aux douces ondu-
lations du Jura. Tel est le cadre si divers qu'offrent nos campa-
gnes.
Ce cadre c'est d'abord la nature qui I'a fagonn6. Sa variety
s'explique en parties par celle des sols qui le composent. Vari6t6
qui juxtapose des terrains aussi diff6rents que les calcaires de
Champagne, les argiles de Normandie, les granites de Bretagne, les
schistes des Alpes, les basaltes du Massif Central etc ... etc ... Elle
s'explique 6galement par les formes si varies du relief qui com-
pose le squelette de notre pays. Relief don't on a pu dire qu'il of-
frait un raccourci de tous les types de 1'Europe. Les planes du
Nord, les collines de l'Ouest, les massifs anciens du Centre et les
chaines r6centes du Sud se rapprochent a tel point en France qu'on
passe de 1'une a l'autre presque sans apercevoir de transition. Ajou-
tez A tout cela un climate tres nuance don't la game va des rigueurs
septentrionales aux chaleurs africaines avec, pourtant, toujours
comme leitmotiv, la proximity de la mer don't l'influence adoucis-
sante se faith partout sentir et apporte avec elle les pluies bienfai-
santes.
Vous comprendrez mieux maintenant la diversity de nos campa-
gnes et la variet6 de leurs aspects.
Il est pourtant possible dans cette diversity de retrouver certain
616ments d'unit6. Ces 61lments c'est l'homme qui les a apport6s en
domestiquant la nature et en la fagonnant selon ses goits et ses
besoins. On peut facilement se rendre compete en parcourant les
diff6rentes provinces que partout les memes paysages ruraux se
retrouvent et qu'on peut les ramener A trois types principaux:
les bocages de l'Ouest


- 16-










les plains d6couvertes du Nord et du Nord-Est
les huertas du Midi.
......En some diff6rents regimes agraires se rencontrent dans les
campagnes franchises. Ils r6fletent l'influence de la nature, mais
encore plus celle de l'histoire. Ils se r6f6rent surtout a de vieilles
civilisations agricoles qui se sont implant6es sur notre territoire.
Le regime le plus ancien parait celui de l'Ouest et du Sud-Ouest.
II a pour caractere fundamental l'etablissement du cultivateur au
centre et a proximity de ses champs en general d'un seul tenant,
d'oa, comme consequence, la dispersion de l'habitat et la polycul-
ture. Il se attache aux lointains de l'histoire et de la pr6histoire,
il rappelle 1'ind6pendance, 1'initiative des premiers d6fricheurs. Son
aire d'extension correspond aux plus anciens 6tablissements des
Celtes et des Gaulois. Le system d'enclos qui s'associe volontiers
a ce regime n'est en fait qu'un ph6nomene accessoire motive par
l'61evage. Cette organisation rurale primitive est entr6e en con-
tact A l'Est et au Sud-Est avec deux autres regimes agraires intro-
duits 1'un par les Germains, l'autre par les Gr6co-romains et qui
apportaient chacun des techniques nouvelles comme l'araire ou
charrue a roues. Si le regime m6diterrannen proc6dait du meme
individualisme agraire que les vieilles soci6t6s rurales qui se trou-
vaient en Gaule, il en allait autrement du type de civilisation im-
port6 par les Germains. Ceux-ci, nous l'avons dit, concevaient
1'exploitation agricole comme un travail collectif avec assolement
force, troupfau commun, habitat group. Ce mode de culture
transform profond6ment les pays de 1'Est en donnant ce type de
paysage d6couvert si caract6ristique, il rayonna non sans subir
certaines modifications dans le Nord et se retrouve meme au Sud
de la Loire ................................. ....... ... ................
.........C'est cet aspect profondement human de nos campagnes
qui reste finalement leur trait dominant Cette conquete de la na-
ture par l'homme a d'ailleurs 6t6 le fruit d'un lent et long travail
qui s'est op6rt tout le long des si&cles de notre histoire, chaque
generation apportant sa part a l'oeuvre commune, depuis les moi-
nes du Moyen-age qui ont d6frich6 les f6rets jusqu'aux ing6nieurs
du XX me s ccle qui ont mis en valeur les Landes, la Crau et la
Camargue. Partout oi il pouvait, le paysan frangais a asservi la
terre: on reste stup6fait des v6ritables tours de force qu'il a su
realiser, come ces champs en terrasse de Provence ou ces pol-
ders du Poi'ou qui valent bien ceux de Hollande. Mais le r4sultat
est de ceux don't peut s'enorgueillir un people. Sur 54.500.000 hec-
tares, moins de 6 millions ne sont pas cultiv6s et dans ce chiffre
rentrent les spaces habits, les routes, les fleuves, les canaux, les


-17-










montagnes elevies etc ... La France est le second pays du monde
pour la proportion des terres cultivees, elle serait sans doute la
premiere si les terrible pertes de deux gurres successives n'a-
vaient ralenti cet effort .......................................................
.........C'est de ces diff6rentes formes de l'activit6 agricole qu'il
nous faut parler maintenant ..........................................
.........Le bl a lui seul couvre cinq millions d'hectares, soit le
quart des terres labourables. On peut dire que c'est la culture
Franqaise par excellence, car nous sommes certainement le pays
du monde qui lui consacre le plus de terre par rapport a sa sur-
face total C'est ce qui nous permet de nous ranger parmi les
grands producteurs a c6t6 de pays beaucoup plus vastes pourtant,
comme la Russie et les USA. Cette culture revet en France deux
formes trbs differentes: la premiere c'est celle de la petite exploi-
tation qui pssocie son travail avec celui d'autres plants tres di-
verses, on du bl6 d'abord pour ses besoins personnel et on
ne vend que le surplus de la r6colte, lorsqu'il y en a. Cette forme
de culture qui est encore r6pandue un peu partout, mais surtout
dans 1'Est et le Sud-Ouest est le reste d'une tres vieille economie
dans laquelle le paysan essayait de se suffir i lui-meme et d'a-
cheter le moins possible A 1'ext6rieur. Cette culture de petits ex-
ploitants se fait avec des proc6d6s assez primitifs et les rendements
sont peu elev6s. Sa place dans la vie familiale est important,
mais son r61l dans l'economie l'est beaucoup moins.
La grosse production tend de plus en plus a se localiser dans
quelques regions exceptionnellement fertiles, telles que les pla-
teaux des environs de Paris, le Nord de la France, la Picardie, la
Flandre et quelques riches depressions comme la Limagne et I'Al-
sace.
Ces pays produisent a eux seuls presque les 4/5 du bl6 Frangais.
La culture y rev6t une allure presque industrielle, elle est pratiquie
dans de grosses exploitations disposant d'un puissant outillage et
utilisant des proc6des perfectionnes, ce qui permet d'obtenir de
forts rendements (30 a 40 quintaux a l'hectare). Le r6sultat de
tout cela donne une production oscillant entire 95 millions dans
les bonnes ann6es et 60 dans les mauvaises, c'est-h-dire une moyen-
ne de 75 A 80 millions de quintaux, ce qui place la France au troi-
sieme rang dans le monde aprbs 1'URSS et les Etats-Unis, sur
le meme plan a peu pres que le Canada et les Indes anglaises ......
.........Apres le bl6, la second grande culture Franeais : c'est cel-
le de la vigne. C'est celle sans doute qui a le plus fait pour la r6-
putation de notre agriculture, car ses products sont appr6cips dans
le monde entier....................A l'heure actuelle, les principaux


- 18-









vignobles Franqais se trouvent tout d'abord dans le Midi m6diter-
ran6en, oi la vigne a pris l'allure d'une veritable monoculture, 6-
liminant pratiquement toutes les autres plants. Elle est culti-
v6e dans de grands domaines, selon des proc6des perfectionnds,
Smais qui visent plus h de forts rendements qu't la quality. Les vins
de cette region, sauf d'honorables exceptions, telles que le Ban-
yuls et Frontignan, sont de quality ordinaire, utilises pour la con-
sommation courante: c'est ce qu'on appelle familibrement chez
nous: >.
Avec le Sud-Ouest, specialement la region bordelaise, nous pas-
sons au contraire dans un pays de vin fin: a part le M6doc, qui
produit des aualit6s courantes, tous les autres vins de la region
sont crus de bonne lign6e chez qui la richesse n'exclut pas la fi-
nesse et don't la noblesse ne tient pas seulement aux titres ron-
flants des grands domaines qui les produisent. Vins blancs ou
vins rouges, les Sauternes, les Graves, les C6tes etc. jouissent d'une
reputation mondiale qui explique leur prix tres 6lev ..............
........Sortant du Midi, nous abordons avec le vignoble du Nord
et du Nord-Est des regions oui la vigne est pros de sa limited sep-
tentrionale, oil elle exige par consequent des precautions speciales:
aussi n'est-elle cultiv6e que dans des endroits soigneusement choi-
sis tels que les vall6es bien abritees de la Loire et du Rhone, les
c6teaux ensoleill6s de Bourgogne, de Champagne et d'Alsace. La
viticulture pr6sente dans ces regions des caracteres bien particu-
liers: elle est le fait de petits exploitants qui travaillent en famille
et qui y apportent tout leur soin, tout leur amour. Le vigneron
bourguignon ou champenois est un personnage tres curieux, c'est-
un artiste plus qu'un paysan, chez qui le goat de la terre s'allie a
une fantaisie fort r6jouissante et don't plusieurs 6crivains, parmi
lesquels Jules Romain nous ont laisse un tableau pittoresque. Il
y aurait tout un livre ah crire sur les soins don't on entoure la vi-
gne dans ces regions : elle ne laisse pas un instant de repos a ceux
qui s'en occupent, mais aussi les r6sultats sont ceux don't un bon
ouvrier peut 6tre fier. II ne s'agit pas ici de quantity, mais de
quality et celle-ci est sans rivale. Le simple nom de Champagne, de
Bourgogne, de Saumur sur une etiquette, quand elle est sincere,
se passe de commentaires. C'est un 6crivain allemand, Sieburg, qui
a 6crit en parlant du Bourgogne: On sent A travers lui tout le
pays, la richesse des c6teaux, le ciel dor6, la gait6 fonci6re de ses
habitants. 11 est clair que quiconque en boit est en quelque sorte
pris dans son reflet et dolt, la dur6e d'un instant, regarder en soi
et mediter. Quel meilleur commentaire au vers c6lbre de Bau-
delaire : > ? .........
.........Quel 6tait avant cette guerre le r6le de 1'agriculture frangai-


-19-










se dans 1'6conomie du pays: tout d'abord, elle couvrait presque en-
tierement les besoins alimentaires du pays, mises i part certaines
denr6es exotiaues...... ...L'importance de ce fait n'6chappe a per-
sonne, qu'on se souvienne seulement de ce que couite A l'Angleter-
re la n6cessit6 d'acheter en dehors les 3/4 de ses aliments, qu'on *
se rappelle les efforts de 1'Allemagne entire les deux guerres pour
s'affranchir de ce tribute a l'6tranger don't elle avait senti toute l'im-
portance en cas de conflict. Notre agriculture nous a permis de
subsister pendant les cinq annees d'occupation avec des rations
insuffisantes sans doute, mais que nous r6ussissions heureusement
i am6liorer en allant chercher directement chez le producteur
ce qu'il s'ingeniait a soustraire aux requisitions de l'ennemi. Les
Frangais ont compris mieux que par de longs discours ce que re-
pr6sentait une agriculture prospere et l'importance qu'elle avait
dans la vie de la nation. Ils se rappelaient aussi, non sans regrets,
que cette agriculture, quelques ann6es au paravant, non seule-
ment les nourrissait largement, mais encore exportait de nombreux
products h 1I ranger, en tout premier lieu, des vins et des alcools
qui, bon an inal an, rapportaient 1 milliard 1/2, des fruits, des 16-
gumes, du betail qui repr6sentaient a peu pros la meme valeur, ce
qui faisait 3 milliards d'argent frais qui rentrait chaque annee dans
les caisses. Si l'on y ajoute la valeur des products consommes sur
place, on voit l'importance que ces marchandises tenaient dans notre
balance commercial.
Cette situation helas semble un pass lointain, car les ann6es
terrible qua nous venons de passer se sont r6percut6es sur notre
vie rurale comme sur notre industries et le tableau doit subir de
profondes retouches. Notre sol appauvri par des ann6es de cul-
ture forcee, sans engrais, ne peut plus produire comme avant guer-
re: la seule production de ble est tomb6e aux environs de 40 mil-
lions de quintaux ; pour le vin, pour les legumes, meme deficit.
Mais c'est notre cheptel qui a le plus souffert des 6vbnements de
guerre et dej requisitions sans piti6. On estime qu'il a diminu6 de
moiti6. La tache sera rude, mais comme toujours apres les nom-
breuses gueries qui ont ravag6 notre sol, le paysan Franqais va
se remettre au travail, d6fricher ses champs, replanter ses arbres
et multiplier ses troupeaux. C'est en vous parlant de lui, que je
voudrais Mcsdames et Messieurs terminer ce long eritretien.........
......;.Par contrast avec 1'Anglo-saxon, I'Allemand ou l'Am6ricain,
le Franqais peut passer pour le type meme du paysan, petit pro-
prietaire, travaillant seul sur sa terre et vivant d'elle. Proprie-
taire d'abord, le paysan en est fier: 60% des proprietes sonit ex-
ploit6es directement, par leur possesseur. Petit propri6taire, notre
campagnard n'eii rougit pas:

-20-









dans mon verre>>. Il est fier au contraire d'exploiter son domaine
avec l'aide de. sa seule famille. C'est justement parce que la terre
lui appartient qu'il lui prodigue tous ses soins, tous ses efforts et
tout son amour. Car le paysan aime son sol un peu comme son en-
fant, enfant parfois.ingrat, don't il se plaint souvent. On a note
avec justesse que l'homme des campagnes est rarement content et
il faut avouer qu'il a souvent des raisons de ne pas 1'6tre.
Le travail est p6nible; lev6 a l'aube, couches apris le soleil, le
paysan ne connait pas les loisirs de la ville, ni la semaine de qua-
rante heures, ni les cong6s pays, ni meme le repos hebdomadaire
quand la moisson l'attend.
Les r6sultats sont parfois mediocres, sans computer les fleaux de
la nature, les prix sont capricieux et la concurrence 6trangere
souvent rude. Certaines cultures ont connu des crises terrible:
les cer6ales Dvant cette guerre, la vigne, il y a cinquante ans. Pour-
tant le paysan aime son m6tier : il gofite pleinement cette liberty
de 1'homme seul en face de la nature, la tache est dure, mais elle
se fait au grand soleil et non dans l'atmosphere empuantie d'une
usine. La vi! est fruste, mais elle est saine.
L'heureux agencement de son 6conomie lui permet, bon an mal
an de mettre de 1'argent de c6St et son niveau de vie s'est bien a-
m6lior6 depuis cinquante ans. Il a pu, grace aux progres techni-
ques, all6ger sa tfche: beaucoup de fermes ont l'electricite qui 6-
pargne bien des efforts, elles possedent un apparel de radio qui
les relie au monde exterieur, parfois une camionnette, qui permet
d'aller facilement la ville voisine. Le paysan est devenu un mon-
sieur, ses enfants vont a 1'cole, a 1'Ecole d'Agriculture, lui-
mime s'intdresse au progres, a la vie du pays. Si bien que, sous
ses plaintes, perce quand meme la satisfaction de l'homme qui
sent des efforts r6compens6s. I1 ne faut pas s'6tonner, dans ces
conditions, si la paysannerie Frangaise a toujours form une el6-
ment mod6rateur dans la vie, du pays. Pleine de bon sens et de
finesse, elle ne se laisse pas piper aisdment et les promesses faciles
ont du mal a 1'emouvoir. Profondement attachee au regime rdpu-
blicain qui lui a donn6 la propri6t6 du sol, elle demand A 1'Etat
une bonne administration, l'ordre et la paix. Ideal terre A terre,
direz-vous, mais qui n'exclut pas un profound patriotism: cette
terre qu'ils aimaient, un million de paysans sont tombs pour la
ddfendre en 1914-1918, plus de cent mille ont renouvel6 ce sa-
crifice dans la seule champagne 39-40, combien d'autres sont tom-
b6s dans la Resistance.
En some, le paysan a toujours Wt4 en France l'6elment solide


-2t'-











sur lequel s'est bAti la nation, Comme il fait moins de bruit que
d'autres, on a peut-6tre tendance h l'oublier, mais chaque fois
que la France a besoin d'hommes pour reconstruire, c'est vers sa
paysannerie qu'elle se tourne et c'est dans son sein qu'elle puise.
Ce sor.- des paysans Frangais qui ont mis en valeur le Canada, ce
sont eux qui ont colonist 1'Alg6rie, la Tunisie, 1'Empire. Ce sont eux
qui aujourd'hui se sont d6ja remis a 1'ceuvre pour que la France
reprenne bient6t dans le concert des grandes nations la grande
place qui lui revient.


Une Conference a l'Institut


-22-













LES LETTRES EN HAITI (*)
(3e Trimestre 1946).


Ernest BENETT .-(Ce que Chantent les Vagues. (Editions H.
Deschamps).- Un jeune homme de dix-huit ans qui < l'Am6rique>>. Tout lui parait miraculeusement neuf et il exprime
sa surprise face a la vie, face A la femme, face a l'amour, face A
lui-meme. A c6t6 de conclusions hitives et p6remptoires qui por-
tent la marque de la jeunesse, des remarques nuances, fines, pr6-
cises, parfois d'une v6rit6 inattendue. Environ deux cents pensees
qui constituent la promesse multiple et 6clatante d'un rh6toricien
qui essaie de s'affranchir des conformismes et y revient sans le
vouloir, momentan6ment enchain6. Un livre oui chaque lecteur
retrouvera la flamme et la fraicheur de son adolescence.
JEREMIE: (Le Ballil6ismen .- (Editions Imprimerie de 1'Etat).
Un culte qui remonte au Veme siccle et don't on retrouve des ma-
nifestations dans nos campagnes. L'auteur, en l'analysant et en
faisant judicieusement le depart entire ses fondements religieux
et le catholicisme, fait oeuvre de savant et de croyant. Il y mle
aussi, et parfois tr6s 6troitement, des souvenirs de son enfance
ou des anecdotes de notre histoire qui detendent, au moment ot
il le faut, attention du lecteur. La clart6 de l'expression, la pro-
pret6 de la forme, la s6r6nit6 du style rendent la lecture de l'ou-
vrage agr6able et facile. Un certain relichement dans la compo-
sition, a peine perceptible d'ailleurs, est la seule ombre du livre
qu'un lecteur exigeant puisse d6plorer.

J. B. ROMAIN:--Memoire sur 1'Anthropometrie en Haiti.,
(Imprimerie VertiBres) .- Sous ce titre, J. B. Remain reprend avec
bonheur le sujet de sa these pr4sent4e a 4'Institut d'Ethnologie
d'Haiti. Cet opuscule d'un tres grand int6ret vient combler une lacu-
ne dans les recherches scientifiques qui laissent encore des champs
d'investigation inexplor6s A tous ceux qui essaient de trouver une
solution rationnelle a nos multiples problkmes. C'est en meme


(*) Les autenrs sont pries d'adresser directement a I'Institut Frangais
les ouvrages don't ils desirent faire rendre compete dans cette rubrique.


-23-












temps le r6sultat de quelques enquetes ex6cut6es avec un souci
d'exactitude qui range J. B. Romain parmi les rares hommes de
science de ce pays. Le livre est pr6sent6 par le professeur Jacques
Butterlin, de l'Institut frangais.

Kl6ber Georges-Jacob.- (Contribution a l'Etude de 1'Homme
Haitien>.- (Imprimerie de 1'Etat) .- L'auteur de <<'Ethnie Haitien-
ne>> vient de faire paraitre sous ce titre un fort volume de 200 pages
ou il 6tudie avec ser6nit6 la personnalit6 de l'Haitien en brossant
toutes les demarches par oui nous avons pass depuis les trafics
odieux de la traite des n6gres soulignant quelques survivances
des Indiens jans la formation ethnique du people haitien jus-
qu'au metissage d'une bonne parties de notre population. Nos moin-
dres ph6nomenes sociaux sont analysis avec un souci d'objectivit6
6vidente. Les problemes de races, la formation psychologique et mo-
rale de la soci6et haitienne, le vaudou, la litterature haitienne, les
notions d'Autonomie et d'Interdependance a travers l'Histoire en
un mot tous les problemes qui concourent a donner a la soci6t6 sa
physionomie actuelle, sont dtudi6s pour l'6dification d'un meilleur
devenir de !'Homme haitien.
Rene BMlance
Roger Gaillard










NOUVEAUX LIVES A L'INSTITUT FRANCAIS



L'Institut Franqais vient de recevoir, de Paris, pres de quatre
mille livres parus depuis la Liberation, et le public lettre de Port-
au-Prince, qui a d6ja eu l'occasion d'en parcourir les titres ou de
lire quelques uns d'entre eux, a 6t6 sans doute, comme nous, sur-
pris et reconfort6 par l'extraordinaire vitality don't temoigne au-
jourd'hui l'edition francaise.
Le nombre des volumes accumul6s constitute d6eja lui seul, un
sujet d'6tonnement et de plaisir. Sur les rayons des nouvelles bi-
bliotheques qu'il a fallu ajouter a celles qui meublaient depuis
l'annee derniere la salle de lecture, s'alignent et s'6tagent en rangs
compacts ou en 6chelles resserr6es, des ouvrages de tous formats
et de toute 6paisseur, du mince cahier de po&mes aux lourds ex-
pos6s de biologie ou d'economie politique.
Certes, de cette richesse, c'est a Paris surtout que nous som-
mes redevables. Mais il n'est que just de rappeler que 1'Institut
Frangais d'Haiti a b6n6ficie de la largesse de ses nombreux amis du
Nouveau Monde. Plusieurs auteurs haitiens lui ont fait don de
leurs ouvrages: le Dr. F. Dalencour, M. M. Kleber Georges-Ja-
cob, J. B. Ronmain, Morisseau-Leroy, Prosper Christophe, Mile L6-
lia Lh6risson, M. Caius Lherisson et quelques autres. Des diplo-
mates en poste a Port-au-Prince ont marqu6 leur sympathie par des
envois substantiels; 1'Ambassadeur des Etats-Unis, le Ministre du
Mexique, le Charge d'Affaires de la Republique Dominicaine sont de
ce nombre. Le D6partement frangais de la Maison Brentano's .de
New York s'est egalement acquis un titre a la reconnaissance de
1'Institut et de ses 6tudiants haitiens.
Voila un beau faisceau de bonnes volont6s mises au service de
la culture frangaise.
La quality de la presentation des livres, captive aussi le regard,
le s6duit par l'elegance ou le luxe des couvertures. Quelques-unes
sont en deux couleurs pourpre et noir le plus souvent; d'au-
tres harmonisent, pour le nom de l'auteur et celui de l'ouvrage, des
caracteres de typographie raffin6s ou primitifs, r6unis avec un
tact infaillible. Tous les miracles de la reliure se deploient aussi
dans les vitrines, montrant les surfaces marbrees polies des vo-
lumes, leurs branches dorees ou coloriees et leurs titres graves or
sur de la peau animal souple et resistante.
Parmi ces tr4sors l'attention se prom6ne et se laisse iblouir par


-.25-










la diversity des ouvrages. Il y a l1 de quoi faire le ravissement
d'un artiste et satisfaire largement un passionn6 de sciences exactes.
Ici, la critique 6tablit son royaume et nous offre, sur Stendhal et
Jean Cocteau, les conclusions de psychologues avertis ou de psy-
chanalistes r6put6s. LA, un m6decin examine les maladies tropi-
cales et ausculte un palud6en. A cot6, flamboie la po6sie moderne
sans distinction d'6coles ou de doctrines politiques : Claudel cou-
doierait hardiment Aragon si Rimbaud entire eux ne s'6tait instal-
16 pour maintenir la Paix. Plus loin, la critique musical a 6tabli
son campement, modest, soit, mais o0u figurent quand m6me quel-
aues biographies de Pourtales et le dernier Suares iconsistant en
des r6flexions savantes rassembl6es sous le titre . En
se haussant un peu sur la pointe des pieds, un profane curieux
de mots rares et ktincelants, pourra d6chiffrer des noms sonores
de chimie, de physique, de strat6gie, de balistique. II se complaira
peut-ftre aussi a relire les titres 6vocateurs des romans d'aventu-
res de son enfance : > et l'interminable
et affolinte s~rie Arsene Lupin. Puis, en continuant, il rencontre-
ra des historians 6voquant les fastes et les d6boires des siecles e-
coul6s, et des hommes des temps presents (de Blum a Mauriac, en
passant par Jules Romains) apportant d'6mouvants t6moignages
sur la grande tourmente de la g6n6ration qui s'en va.
Ces livres, embrassant toutes les branches de la Connaissance,
6voquent, par leur quantity et leur vari6td, ce qu'a pu ktre dans
la 16gende le laboratoire du docteur Faust. Mais, dans ce quarter
ombreux et frais de Turgeau out 1'Institut Frangais a son local, au-
cun M6phisto ne ricane dans le feuillage, les disciples peuvent ac-
courir sans crainte, pour chercher a travers ces milliers et ces mil-
liers de pages, le mot magique qui leur fera comprendre leur exis-
tence, la formule fabuleuse qui les r6v6lera a eux-memes ou am-
plifiera encore leur soif d6sesp6r6e. Le d6mon du savoir partici-
pe d'une fagon irr6s6stible a 1'enchantement de cette salle silencieu-
se et c'est en toute liberty d'esprit et volupt6 au ceur que nous
pourrons pratiquer dans cette complicity indulgente des ktres et
des choses, notre . R. G.



REVUES FRAN(CAISES

La litt6rature franqaise 6clate resplendissante dbs les premiers
jours de la liberation. Elle ne fait pas que sortir en plein jour,
elle reprend sa place dans le monde apres une eclipse plus ou moins
longue, plus ou moins r6elle. Elle tale ses beaux atours et sa


-26-










seve vivifiante qui donne aux hommes le gouit acre de vivre dans
la dignity et l'independance.
On a parl6 d'un humanisme nouveau qui s'installe de plain-pied
dans le courant actuel de la pens6e et qui r6vele toutes ses tendan-
ces; de cette litt6rature nourrie a la source des grandes 6preuves
de la clandesrinit6 allant de l'exaltation lyrique des poktes, a 1'exil
sombre propo(r par J.-P. Sartre et ses disciples. Pour ma part, je
vois 1l la reprise d'un long dialogue don't les 6chos ne nous 6taient
pas parvenus pour un temps et qui plonge ses racines dans les gran-
des heures de la defense de la dignity humaine.
II va sans dire que c'est par les nombreuses revues r6cemment
arrives de France que nous d6couvrons le panorama de tous les
courants de la pensee. Un regard attentif port sur les rayons
de la bibliotheque de l'Institut Frangais nous met au coeur de
la bataille des id6es qui se joue lh-bas et qui tend a tracer dans
la lumi6re, les routes de l'id6al assign6es h la condition de l'homme.
En feuilletant ces publications aussi riches que varies oiu se trou-
vent m616s la voix inquiete des sceptiques et l'enthousiasme de
ceux qui plaident pour la venue d'un monde meilleur, les 6cri-
vains c6e1bres d'hier et les jeunes recrues dignes des plus nobles
traditions de la litt6rature franqaise, on se trouve vite averti que
1'esprit entend garder ses droits dans la cite. Des publications de
l'importance de L'ARCHE, LA NEF, CAHIERS DU SUD, FON-
TAINE, CONFLUENCES, VALEUR, LETTRES, POESIE 45,
CHRONIQUES DE MINUIT, ETUDES etc. nous rassurent sur
la p6rennit6 et la vitality de cette litt6rature qui se caracterise par
sa lucidity, son courage, sa po6sie, mis au service de la grandeur
de l'Homme et la beauty du Monde.
Ce n'est pas sans raison que la Po6sie occupe une place pr6pon-
d6rante dans l'activit6 des hommes de lettres. On disserte avec
inqui6tude ou quelque virulence, sur le destin qui doit lui 6tre
assign. De 1 cette controversy passionnante qui oppose les tenants
de la po6sie d',vant-garde repr6senthe par Maurice Nadeau, Gaetan
Picon, le group surr6aliste, a Pierre Emmanuel, L-G Gros et les
partisans de la po6sie engage. M6me les vertus du language sont
mises en discussion. Et dans cette vaste reconstruction spirituelle
a laquelle travaillent les plus beaux esprits de ce temps, un fait
nouveau, n6 peut-6tre de la peur de vivre, occupe l'attention soute-
nue du public. C'est 1'existentialisme don't Jean-Paul Sartre dans
sa revue: (Les Temps Modernes> est le chef de file. Ecole philoso-
phique et litt6raire, l'existentialisme, qui a pour anc6tres Kierke-
gaard et Heidegger, se d6finit comme le monde>,.


-27-










I1 convient de noter que les intellectuals frangais, d'une faqon
g6n6rale, appellent une litt6rature qui, sans renier ses d6couvertes.
sache les donminer et ne les oppose plus A 1'instinct qui nous attache
a nous-memes. Une litt6rature fibre de 1'homme, de son existence
et de son possible, reconnaissante envers un monde in6puisable,
confiante enfin dans son language : intelligible, en meme temps qu'hu-
maine>. (1) R. B.




































(1) Gaetan Picon : Confluences, No. 6.


-28-











III


CHRONIQUE

A LA LEGATION DE FRANCE

Le 14 Juillet :-



Le Dimancne 14 Juillet, pour commemorer la Fete Nationale, Son
Excellence le Ministre de France et Madame Maurice Chayet, offraient
en leur residence du Manoir des Lauriers une reception aux Frangais
et aux amis de la France.
De hauts fonctionnaires du Gouvernement Militaire, des officers de
1'Etat Major de la Garde, les membres du Corps Diplomatique et con-
sulaire, plusieurs directeurs de quotidiens, des personnalites du clergy
et de l'Administration publique, l'elite intellectuelle et mondaine de
Port-au-Prince avaient tenu en ce glorieux anniversaire A offrir au re-
pr6sentant de la France tous leurs vceux de sympathie.
Apres une Lmouvante allocation du Ministre, Son Excellence et Ma-
dame Chayet lecurent leurs invites dans le cadre enchanteur des splen-
dides terrasse.; du Manoir. Un buffet magnifique fit la joie des gour-
mets don't les oreilles etaient en mime temps charmees par- les sons me-
lodieux de la musique de St. Louis de Gonzague qui pritait son con-
cours a la fEte.- Cette belle reception fut une nouvelle preuve de l'a-
miti6 si profonde qui unit Haiti et la France.

Radio-festiva' du Comite Alexandre Pktion Simon Bolivar.-

Par une tmvchante attention, le Comite P6tion-Bolivar, a donned le
dimanche 14 Juillet dans la matinee un radio-festival A la station
H. H. C. A. a ]'occasion de la Fete Nationale frangaise.
Le Directeur et les Professeurs de 1'Institut assistaient a cette c6re-
monie qui dCbuta par le chant de la Marseillaise. Le Pr6sident du
Comite souhaila la bienvenue aux Professeurs frangais et c6da la Pa-
role a M. Simon Lando qui prononca une breve allocution don't voici
le texte :
.Le Comite Petion-Bolivar nous a fait, a mes collogues de l'Institut
frangais d'Haiti et a moi-mmme, t'honneur de nous associer au Radio-
festival qu'il a organism a l'occasion de la Fete national de la France.
Delicate attention pour laquelle nous remercions d'un coeur emu M. le
Dr. Dalencour et ses collaborateurs. A des milliers de kilom&tres de


-29-











Paris, au fond de la Mer des Antilles, grace A 1'exquise hospitality de
ce pays, grace au culte qui est soigneusement entretenu des grandes
idees humanitaires qui, congues et formulees en France avec une re-
doutable clart: vers la fin du 186me siecle, se sont repandues, irre-
sistibles, sur toute la face du globe, nous avons le bonheur de feter le
quatorze Juillet avec la mime ferveur partag&e, dans la meme at-
mosphere d'all6gresse populaire que sur les bords .de la Seine. Il y a un
an, Avenue des Champs-Elys6es, du haut du balcon de mon bureau de
la Radiodiffusion frangaise, j'assistai au defil6 des troupes frangaises
et allies, je vis les glorieuses colonnes s'6tirer sous un soleil eclatant
vers la Place de la Concorde. Quatorze Juillet de la Victoire ...... Une
formidable Bastille, plus implacable que la premiere, immense, invisi-
ble, avait ete lentement dressee par l'Esprit du Mal, pour emprisonner
A jamais et partout ce que l'humanit6 pouvait conserver de dignity,
pour 6touffer toutes les libert&s qui 6taient sa raison d'etre. Nous n'ou-
blierons jamais ce qu'il a fall, tout au long de ces six atroces ann6es
ou le destin dii monde 6tait en suspens, ce qu'il a fallu de sang, de
sueur et d'indicibles souffrances pour la demolir. Les Bastilles renais-
sent toujours ; la liberty, ce bien supreme, se derobe a qui n'a pas les
mains fermes, elle est A reconqu6rir sans cesse. Je rappelais mardi der-
nier que l'abbe Gr6goire, infatigable champion des liberties haitiennes,
pr6sida le 14 Juillet 1789 cette memorable stance de 1'Assembl6e Cons-
tituante, au course de laquelle il fut annonc6 que le people de Paris
s'6tait empare de la Bastille. L'historien Auguste Magloire va retracer
pour vous les tapes de la civilisation frangaise en Haiti avec de toute
sa grande competence. Nous l'en remercions vivement.
Gr6goire ... Pktion... Bolivar et leurs precurseurs de la grande 6po-
que revolutionnaire nous ont donn6 une magnifique legon don't l'hu-
manit6 s'enrichira encore longtemps. Nous felicitons le Comite Petion-
Bolivar d'entretenir dans ce pays le souvenir et le culte des initiateurs
des libert6s modernes.

Vive le Comit6 Petion Bolivar. Vive la Republique d'Haiti, Vive
la France.,
L'6minent bhitorien Auguste Magloire fit ensuite un bref expose de
l'oeuvre de la civilisation frangaise en Haiti, puis le President du Co-
mite, le Dr. FranCois Dalencour, traita de la question palpitante de
l'influence do la R6volution frangaise sur 1'Independance Haitienne. II
traga de saisissants portraits des promoters de 1'Ind6pendance, Vin-
cent Og6, Chavannes et suivit les tapes de l'affranchissement jusqu'A
la proclamation de l'Ind6pendance en 1804.
Par cette large fresque, il montra que la R6publique d'Haiti fut le pre-
mier enfant de la Revolution frangaise de 89.


-30-












La Marseillaise cl6tura cette matin6e du souvenir oC la France et
Haiti furent associ6s dans un pieux hommage.-

Arrivee de M. Guillaume Paul-Boncour.-
Nous avons le plaisir de signaler le passage a Port-au-Prince de M.
Guillaume Paul-Boncour, conseiller commercial de France aux Grandes
Antilles.
M. Paul-Boncour don't la residence est a la Havane, est venu prendre
un premier contact avec les autorites haitiennes au course du mois de Sep-
tembre.
M. Paul-Boncour, qui a combattu dans les Forces Frangaises Libres
en Afrique, est le fils de 1'avocat et homme politique bien connu M. Jo-
seph Paul-Boncour.-

A L'INSTITUT :-

Arrivee du Professeur Viatte:-
Le Professeur Viatte est arrive A Port-au-Prince le 11 Juillet 1946. M.
Auguste Viatte. docteur es-lettres, laur6at de 1'Acad6mie frangaise, pro-
fesseur a 1'Universit6 Laval de Quebec, est venu a Port-au-Prince en
Mission Culturelle de trois mois.
A ce titre, ii a fait quelques conferences, a 1'Institut Frangais et en
province; il a egalement pris contact avec les autorit6s universitaires
d'Haiti en vue d'6tudier le resserrement des liens culturels entire Haiti
et la France.
M. Auguste Viatte en est a son septieme sejour en Haiti, oui il a pro-
fess6 aux course d'e6t de 1943 a 1945. I1 y retrouve chaque fois de plus
nombreux amis, et il a e6t particuli6rement heureux de saluer dans la
personnel du nouveau Chef d'Etat, M. Dumarsais Estim6; le ministry 6mi-
nent de 1'Education don't il a Wet en measure d'apprecier la haute com-
petence et le souci intelligent des questions culturelles d6s son voyage
de 1939 1940.

Exposition :-
Sur le theme la -Reconstruction en Franceo a partir du 15 Octobre, une
exposition de photographies est ouverte 6 1'Institut Frangais.
Une nouvelle exposition est d'autre part annonc6e. Elle mettra a
meme le public de la Capitale haitienne d'admirer les dernieres revues
litt&raires francaises ainsi qu'un choix de livres d'art illustrant la re-
naissance de l art de I'edition en France.












Conferences a i'Institut Frangais:-
Les Conferences publiques radiodiffusees de l'Institut seront reprises
vers la mi-novembre.
Conferences en Province.-
Les Professeurs Viatte et Butterlin ont entrepris une tourn6e de con-
f6rences en Province.
-La premiere tape de leur p6riple les conduisit a Jacmel. Ils y fu-
rent accueillis par un comite constitute en leur honneur. Ils prononcerent
chacun, deux conferences : l'une a l'Hotel de ville, I'autre au Cercle Ex-
celsior ; toutes deux furent suivies par un nombreux public.
Le professeur Viatte parla :
-de l'Humanisme de Frangois Mauriac
-du Fait fralcais au Canada.-
Le professeur Butterlin,
-de la Bombe atomique
-des Promenades d'un naturaliste en Haiti.
A l'issue de la derniere conference, le Cercle de Jacmel organisa une
charmante reception dans ses salons. Un souper, suivi d'une soiree dan-
sante, permit aux professeurs de prendre contact avec 1'l6ite intellec-
tuelle et mondaine de la ravissante cite du department de l'Ouest.-
La deuxieme Ltape devait comprendre les Gonaives et le Cap-Hai-
tien. Mais la voiture pr6vue pour ce voyage, mise a la disposition des
deux Professeurs par M. le Secr6taire d'Etat de l'Education Nationale,
s'6tant trouvee malencontreusement hors de service, ce n'est que deux
jours plus tard que le depart put avoir lieu et en avion.- Par suite,
seul le Cap fut visited .-
Chacun des deux professeurs se fit entendre dans la grande salle de
l'Hotel de Ville devant un public choisi, tres attentif.
Invites a un cocktail, a 1'Union Club, cercle tres vivant du Cap-Hai-
tien, ils purent se livrer a des &changes de vues intoressants avec les au-
torit6s administrative et les lettres de la grande cit6 du Nord.
Cette premiere tourn6e de conferences en province, a permis de pren-
dre contact avec la society cultiv6e de deux villes; qui se plaint d'etre
fort abandomnne a elle-meme, et marque, d'une manirre touchante, le
plaisir qu'elle eprouve a accueillir des repr6sentants de l'Universit6 fran-
gaise. Les liena cultures entire Haiti et la France ont conserve toute leur
solidity, dans 'a province haitienne.-
C'est pourquoi l'Institut Frangais se propose d'organiser de nouvelles
tourn6es dans les autres villes ainsi que dans cells qui ont d6ja etC
visitees.-


-32-


























"DUNBRIK"
ET

"DUNSTONE"
((DUNBRIK et DUNSTONE construisent de meilleures
maisons, a meilleur march et plus solides.
Demandez notre livret illustr6 ou vous verrez quelques-uns
des types de construction les plus populaires en maconnerie,
rendus possibles par 1'utilisation de la brique ((Dunbrik, de
16 X 10 x 20 et des briques ((Dunstones 6 x 20 30 cm. et 6 x
20 x 30 cm.
La solidity d'un mur de maconnerie depend:
1 de la solidity des mat6riaux qu'on utilise pour sa cons-
truction
2 du mode de construction
3 de la quality des joints de mortier qui relient les mate-
rjaux entire eux.
La eDUNBRIK) et la ((DUNSTONE), remplissent toutes
les conditions requises pour 1'6reCtion d'un mur solide:
Elles sont r6gulibres, ce qui permet d'avoir des joints d'une
m6me ,paisseur, et, par consequent, augmente la resistance
du mur.
L'adhrence naturelle au mortier est renforcee par le joint
de mortaise obtenu grace a la cavity de la Dunbrik, ce qui
donne au mur la solidity d'un monolithe.
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